Cours
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Mohammed MOUSSA
Octobre 2024
Table des matières
1 Tribus et Mesures 2
1.1 Tribu ou σ -algèbre, espace mesurable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Notions de mesure positive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3 Mesure complète & complétion de mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Exercices 7
Corrigé des exercices 9
2 Fonctions mesurables & Intégrables 14
2.1 Fonctions mesurables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.2 Opérations sur les fonctions mesurables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.3 Fonctions étagées, Intégrale d'une fonction étagée . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.4 Intégrale de fonctions positives mesurables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.5 Théorème de Beppo-Levi et Lemme de Fatou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.6 Mesures à densité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.7 Fonctions intégrables & Théorème de Convergence Dominée . . . . . . . . . . . 22
Exercices du chapitre 2 25
Corrigé des exercices 27
3 Mesure extérieure & mesure de Lebesgue sur Rd 32
3.1 Mesure extérieure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.1.1 Mesures extérieures construites à partir de mesures . . . . . . . . . . . . 34
3.2 Mesure de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.3 Comparaison avec l'intégrale de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.4 Intégrales dépendant d'un paramètre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Exercices du chapitre 3 40
4 Produit de mesures 42
4.1 Tribu produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
4.2 Mesure produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.3 Intégrales itérées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Exercices du chapitre 4 45
1
Chapitre 1
Tribus et Mesures
1.1 Tribu ou σ-algèbre, espace mesurable
Dénition 1.1 (Tribu ou σ-algèbre). Soient E un ensemble, T une famille de parties de E
(i.e. T ⊂ P(E)). La famille T est une tribu (ou une σ-algèbre) sur E si T vérie :
1. T est stable par passage au complémentaire, c'est-à-dire :
A ∈ T =⇒ Ac ∈ T .
2. E ∈ T ,
3. T est stable par réunion dénombrable, c'est-à-dire :
[
∀n ∈ N, An ∈ T =⇒ An ∈ T .
n∈N
Dénition 1.2. Soient E un ensemble et T une tribu sur E , le couple (E, T ) est appelé espace
mesurable. Les éléments de T sont appelés les parties mesurables de E .
Remarque 1.1. Comme une tribu est stable par passage au complémentaire alors la stabilité
par intersection ou réunion sont équivalentes il sut de vérier l'une d'entre elles.
Exemple 1.1. Soit E un ensemble non vide, on a toujours les deux tribus évidentes suivantes
T1 = {∅, E} et T2 = P(E)}. Il s'agit de la plus petite et la plus grande des tribu qu'on puisse
construire à partir de E .
Proposition 1.1 (Stabilité par intersection des tribus). Soient T E et I deux ensembles. Pour
tout i ∈ I , on se donne une tribu, Ti , sur E . Alors, la famille i∈I Ti = {A ⊂ E; A ∈ Ti , ∀i ∈ I},
est encore une tribu sur E .
Preuve Laissé comme exercice.
Cette proposition nous permet de dénir la notion de tribu engendrée.
Dénition 1.3 (Tribu engendrée). Soient E un ensemble et C ⊂ P(E). On appelle tribu
engendrée par C la plus petite tribu contenant C , c'est-à-dire la tribu T (C) intersection de
toutes les tribus sur E contenant C . On la note σ(C).
Exemple 1.2. Soient E un ensemble non vide et A ∈ P(E), A ̸= E et A ̸= ∅, alors σ(A) =
{∅, A, Ac , E}.
Si E = {a, b, c, d} alors T = {∅, {a}, {b, c, d}, E} est une tribu sur E . C'est la plus petite
tribu contenant l'ensemble {a}. T = σ({a}).
2
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
Dénition 1.5 (Tribu Borélienne). Soit (X, τ ) un espace topologique. On appelle tribu de
Borel ou tribu Borélienne sur X , notée B la tribu engendrée par la topologie τ . C'est à dire,
B(X) = σ ({O | O ∈ τ }) .
La tribu Borélienne sur un espace topologique est la plus petite tribu contenant tous les ouverts
(tous le fermés aussi) de l'espace topologique (X, τ ).
Proposition 1.6. On a,
B(R) = σ({[a, +∞[, a ∈ R}).
Plus généralement,
( n )!
Y
n
B(R ) = σ [ai , +∞[, ai ∈ R, i = 1, . . . , n .
i=1
M. MOUSSA 3/47
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
Un ensemble X muni d'une tribu T sur laquelle est dénie une mesure positive devient un
espace mesuré et on le note (X, T , µ).
Exemple 1.3. Soit Ω un ensemble quelconque muni de la tribu T = P(Ω), on dénit une
mesure sur (Ω, P(Ω)), dite la mesure de décompte sur Ω, en posant µ(A) = card(A) = |A|
si A est une partie nie de Ω, µ(A) = +∞ si A est une partie innie de Ω.
Exemple 1.4. Soit Ω un ensemble et T une tribu sur Ω ayant la propriété de séparer un point
donné a des autres points de Ω (pour tout b ̸= a, il existe des parties A et B dans T , disjointes
et telles que a ∈ A et b ∈ B ). Une mesure très intéressante sur (Ω, T ) est la mesure δa de Dirac
au point a dénie par δa (A) = 1 si a ∈ A ∈ T et δa (A) = 0 sinon.
Proposition 1.7. Soit (X, T , µ) un espace mesuré de mesure µ positive, alors on a,
1. si A et B sont mesurables, deux éléments de T , tels que A ⊂ B , on a µ(A) ≤ µ(B).
2. si (Ak )k est une suite nie ou dénombrable d'éléments de T , alors
!
[ X
µ Ak ≤ µ(Ak ).
k k
(propriété de σ-sous-additivité)
3. si (Ak )k≥0 est une suite croissante (Ak ⊂ Ak+1 pour tout entier k) d'éléments de T ,
alors !
[
µ Ak = lim µ(Ak ).
k→+∞
k∈N
4. si (Ak )k≥0 est une suite décroissante (Ak ⊃ Ak+1 pour tout entier k) avec µ(A0 ) < +∞
d'éléments de T , alors !
\
µ Ak = lim µ(Ak ).
k→+∞
k∈N
M. MOUSSA 4/47
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
3. soit (Ak )k≥0 est une suite croissante d'éléments de T et dénissons la suite Bn par
B0 = A0 et pour n ≥ 1, Bn = An \An−1 . Alors les Bn sont 2 à 2 disjoints et ∀n ∈ N,
n
[
An = Bk
k=0
n
Les Bn sont mesurables et par σ -additivité µ(An ) = µ(Bk ). Donc,
X
k=0
! !
X [ [
lim µ(An ) = µ(Bn ) = µ Bn =µ An .
n→+∞
n∈N n∈N n∈N
4. soit (Ak )k≥0 une suite décroissante d'éléments de T avec µ(A0 ) < +∞, alors, la suite
Bk = A0 \Ak est croissante, d'après ce qui précède,
!
[ \
lim µ(A0 \An ) = µ (A0 \An ) = µ A0 \ An
n→+∞
n∈N
Or, si A ⊂ B , µ(B\A) = µ(B) − µ(A). Ainsi, par l'égalité précédente on trouve que,
lim µ(A0 \An ) = lim µ(A0 ) − µ(An ) = µ(A0 ) − lim µ(An ).
n→+∞ n→+∞ n→+∞
et !
\ \
µ A0 \ (An ) = µ(A0 ) − µ An .
n∈N
D'où, !
\
µ An = lim µ(An ).
n→+∞
n∈N
Corrolaire 1.1. Soient (X, T ) un espace mesuré muni d'une mesure positive µ. Alors, pour
tout A1 , A2 ∈ T de mesure µ nie, on a,
µ(A1 ∪ A2 ) = µ(A1 ) + µ(A2 ) − µ(A1 ∩ A2 ).
M. MOUSSA 5/47
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
Notons que les (h−1 (bn ))n est une famille d'ensemble de mesurable de X deux à deux
disjoints, car h−1 (Bn ) ∩ h−1 (Bm ) = h−1 (Bn ∩ Bm ).
A1 ⊂ E ⊂ B1 , µ(B1 \A1 ) = 0
Supposons alors que , Ai ,Bi ∈ M, i = 1, 2. Alors A1 ⊂ B2 ,
A2 ⊂ E ⊂ B2 , µ(B2 \A2 ) = 0
donc µ(A1 ) ≤ µ(B2 ) = µ(A2 ). En répétant l'argument dans l'autre sens, on montre aussi que
µ(A2 ) = µ(A1), donc µ∗ est bien dénie.
Vérions que M∗ est une tribu sur X .
1. C'est évident que X ∈ M∗ ,
2. Si A ⊂ E ⊂ B , par passage au complémentaire on a B c ⊂ E c ⊂ Ac et comme Ac \B c =
B\A alors µ(Ac \B c ) = µ(B\A) = 0. Donc, si E ∈ M∗ ⇒ E c ∈ M∗ .
3. Si An ⊂ En ⊂SBn avec µ(BSn \An ) = 0 alors A = n An ⊂PE = n En ⊂ B = n Bn .
S S S
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Exercices du chapitre 1
Exercice 1.1. Soit E un ensemble non vide, on pose
T = {A ∈ P(E) | A ou Ac ni ou dénombrable }.
Exercice 1.7. Soit E un ensemble inni muni de la tribu engendrée par les singletons. On
pose, µ(A) = card(A) si A est ni et µ(A) = +∞ sinon. Montrer que µ est une mesure positive
sur E .
Exercice 1.8. Soit (X, M, µ) un espace mesuré telle que µ(X) = 1. T = {A ∈ M| µ(A) =
0 ou µ(A) = 1}. Montrer que (X, T ) un espace mesurable.
Exercice 1.9. Soit (Ω, T ) un espace mesurable, (µn )n∈N , une suite de mesures positives sur
(Ω, T ) et (pn )n∈N une suite de réels positifs. Pour A ∈ T on pose :
X
µ(A) = pn µn (A).
n∈N
n∈N
7
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
Exercice 1.10. Soient µ et ν les mesures sur (R, B(R)) dénies par
X X
µ= e−n δ 1 et ν= en δ 1 .
n n
n≥1 n≥1
1 1
1. Calculer µ ({0}), µ 0, et lim µ 0, .
k k→+∞ k
2. Mêmes questions avec la mesure ν .
Exercice 1.11. Dans (R, B(R)), on considère les mesures positives
X X 1
µ= δ1/n , ν= δ .
n 1/n
n≥1 n≥1
2
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Corrigé des exercices du chapitre 1
Corrigé de l'exercice 1. Soient E un ensemble et T = {A ∈ P(E) | A ou Ac ni ou dénombrable }.
Montrons que (E, T ) est un espace mesurable.
1. ∅ est ni donc ∅ ∈ T . ∅ = E c ni donc E ∈ T .
2. Soit A ∈ T donc soit A soit Ac est ni ou dénombrable comme (Ac )c = A donc aussi
soit Ac ou (Ac )c est ni ou dénombrable. Donc, Ac ∈ T .
3. Si (An )n ∈ T on distingue deux cas. Soit tous les An sont nis ou dénombrable soit
S il
Sn0 qui est ni ou dénombrable. Dans
existe un An0 tel que c'est le Ac
S le cpremier
T cas An
est au plus
S dénombrable donc An ∈ T . Dans le deuxième cas ( n An ) = n An ⊂ Acn0 ,
c
Notons que si E est ni ou dénombrable alors T = P(E) (Toute partie de E est ni ou
dénombrable.
Corrigé de l'exercice 2. Soit E un ensemble inni et S = {{x}, x ∈ E}. Montrons que
σ(S) = T = {A ∈ P(E) | A ou Ac ni ou dénombrable }. En eet, comme le singleton est de
cardinal 1 donc ni, alors S ⊂ T . Par suite, σ(S) ⊂ T .
Réciproquement, soit A ∈ T , alors
S A ou A est ni ou dénombrable. Supposons, par exemple,
c
que A est dénombrable alors A = xn ∈A , nN. Ainsi, A ∈ σ(S). D'où, T ⊂ σ(S). Le résultat en
découle.
Corrigé de l'exercice 3. Soit (Y, N ) un espace mesurable, X un ensemble quelconque et f
une application de X → Y . alors M = {f −1 (B) ⊂ X| B ∈ N } est une tribu sur X . En eet,
1. ∅ = f −1 ({∅}) et ∅ ∈ N donc ∅ ∈ M. De même, X = f −1 (Y ) et Y ∈ N donc X ∈ M.
2. Soit A ∈ M, donc A = f −1 (B), B ∈ N , comme Ac = (f −1 (B))c = f −1 (B c ) et B c ∈ N .
Donc, Ac ∈ M. (x ∈ (f −1 (B))c ⇔ x ̸∈ f −1 (B) ⇔ f (x) ̸∈ B ⇔ f (x) ∈ B c ⇔ x ∈
f −1 (B c )).
3. Soit S(An )n ∈ M, donc −1
n ), Bn ∈ N , ∀n. Alors
S S −1
An = f (B n An = nf (Bn ) =
f ( n Bn ) ∈ M car n Bn ∈ N .
−1
S
n Bn ∈ N .
D'où N est une tribu sur Y .
9
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
Corrigé de l'exercice 5. Soient E une ensemble et T une tribu sur E . Soit A ⊂ E , on pose
TA = {A ∩ X | X ∈ T }.
1. Comme ∅ = ∅ ∩ A et A = E ∩ A et ∅, E ∈ T alors ∅, A ∈ TA .
2. Soit U ∈ TA . Donc U = V ∩ A avec V ∈ T . A\U = A ∩ U c = A ∩ (V c ∪ Ac ) =
(A ∩ V c ) ∪ (A ∩ Ac ) = A ∩ V c or V c ∈ T . D'où U c ∈ TA .
3. SSoit (Un )n ∈ TAS alors Un = Vn ∩ S A, avec Vn ∈ T , ∀n. D'où, n Un = n (Vn ∩ A) =
S S
n Vn ∩ A. Or n Vn ∈ T . Donc, n Un ∈ TA .
Ainsi, TA dénie bien une tribu sur A. On l'appelle tribu trace sur A.
Corrigé de l'exercice 6. Soit X un ensemble et (An )n∈N une suite d'éléments de P(X). On
pose : !C
n−1 [
B0 = A0 , ∀n ≥ 1, Bn = An ∩ Ak .
k=0
Soient n, m deux entiers tels que n ̸= m, supposons, par exemple, n < m, alors, Bn ⊂ An et
Bm ⊂ Am[ \An donc,[Bn et Bm sont disjoints. Pour l'égalité [ des réunions, comme Bn ⊂ An ,
∀n, alors Bn ⊂ An . Pour l'inclusion inverse, soit x ∈ An alors il existe m telle que
n∈N n∈N n∈N
x ∈ Am , deux cas se présentent, soit que x n'appartient à aucun Ak , 0 ≤ k < m et dans ce
cas x ∈ Bm , sinon
[ il existe
[0 ≤ k < m tel que x ∈ Ak , posons k0 le plus petit de ces k alors
x ∈ Bk0 . Ainsi, An ⊂ Bn . D'où l'égalité
n∈N n∈N
[ [
An = Bn .
n∈N n∈N
Corrigé de l'exercice 7. Soit E un ensemble inni muni de la tribu engendrée par les sin-
gletons T . Alors la fonction dénie sur T par µ(A) = card(A) est une mesure. En eet,
1. L'ensemble vide est un ensemble ni de cardinal zéro donc, µ(∅) = 0
2. Soit (An )n une famille de T deux à deux disjoints. Alors,
(a) s'il existe un m tel que card(Am ) = +∞ alors,
[ X
+∞ = card(Am ) ≤ card( An ) = card(An ) = +∞.
n n
Par suite, [ X
µ( An ) = µ(An ).
n n
(b) Si tous les An sont nis (de cardinal ni). On distingue deux cas
i. Soit il existe une innité d'ensembles Ank qui ne sont pas vides, ∀k
[ ∈ N et dans
ce cas card(Ank ) ≥ 1 ainsi on a, +∞ = card( n (Ank ) =≤ card( An ) ≤ +∞.
S
n
D'autre part, card(Ank ) = +∞. D'où, l'égalité
P P
n card(An ) ≥ k
[ X
µ( An ) = µ(An ).
n n
M. MOUSSA 10/47
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
ii. Soit sauf un nombre ni des An qui ne sont pas vides et dans ce cas il s'agit d'une
réunion nie d'ensembles disjoints nis et par suite,
[ X
µ( An ) = µ(An ).
n n
Dans tous les cas on a l'égalité souhaitée et ainsi µ est une mesure sur T .
Corrigé de l'exercice 8. Soit (X, M, µ) un espace mesuré telle que µ(X) = 1. Posons
T = {A ∈ M| µ(A) = 0 ou µ(A) = 1}.
Montrons que (X, T ) un espace mesurable.
1. Comme µ(X) = 1 alors X ∈ T ,
2. Soit A ∈ T ⊂ M, donc µ(A) = 1 ou µ(A) = 0. Comme µ est une mesure sur M alors
Ac ∈ M et µ(A) + µ(Ac ) = µ(X) = 1. Donc, µ(Ac ) = 0 si µ(A) = 1 et µ(Ac ) = 1 si
µ(A) = 0. Donc Ac ∈ T .
3. Soit (An )n une famille deux à deux disjoints d'élément de T , deux cas se présentent,
(a) ∀n, µ(An ) = 0, comme µ est une mesure µ( n An ) = n µ(An ) = 0. Donc, n An ∈
S P S
T.
(b) ∃k ∈ N tel que µ(A S k ) = 1. P
Dans ce cas comme µ(X) = 1, Salors µ(An ) = 0 pour tout
n ̸= k . Ainsi, µ( n An ) = n µ(An ) = µ(Ak ) = 1. D'où, n An ∈ T .
Corrigé de l'exercice 9. Soit (Ω, T ) un espace mesurable, (µn )n∈N , une suite de mesures
positives sur (Ω, T ) et (pn )n∈N une suite de réels positifs. Pour A ∈ T on pose :
X
µ(A) = pn µn (A).
n∈N
n∈N
n∈N
(b) Soit (Ak )k∈N , une famille d'éléments de T deux à deux disjoints. On a :
!
[ X [
µ( Ak ) = pn µn Ak
k n k !
X X
= pn µn (Ak )
n X
X k
= pn µn (Ak )
n X
X k
= pn µn (Ak )
k
X n
= µ(Ak )
k
n∈N
probabilité. En eet, comme
X X
µ(Ω) = pn µ(Ω) = pn = 1.
n n
M. MOUSSA 11/47
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
Corrigé de l'exercice 10. Soient µ et ν les mesures sur (R, B(R)) dénies par
X X
µ= e−n δ 1 et ν= en δ 1 .
n n
n≥1 n≥1
1. Pour la mesure µ, On a,
(a) µ ({0}) = e−n δ 1 ({0}) = 0 car, ∀n ≥ 1, ̸∈ {0}.
X
1
n n
n≥1
e−k
X X
1 1 1
(b) µ 0, = −n
e δ1 0, = −n
e = −1
. Car δ n1 0, = 1 pour
k n k 1 − e k
n≥1 n≥k
1 1
n ≥ k , ∈ 0, et 0 si 1 ≤ k < n.
n k
e−k
1 1
(c) lim µ 0, = lim = 0. Comme µ 0, est nie, on pouvait
k→+∞ k k→+∞ 1 − e−1 k
1
utiliser la continuité inférieure e la mesure puisque la suite des ensembles 0,
k k
!
1 1
est décroissante alors, lim µ 0, = µ ({0}) = 0.
\
=µ 0,
k→+∞ k k≥1
k
,
2. pour la mesure ν , on a,
(a) ν ({0}) = en δ 1 ({0}) = 0.
X
n
n≥1
1 1
(b) ν 0, en = +∞. Somme d'une série numériques
X X
n
= e δ1 0, =
k n≥1
n k n≥k
de terme général positif ne tend pas vers 0!(en ≥ 1).
\ 1
1
(c) lim ν 0, = +∞ ̸= ν 0, = ν ({0}) = 0. Car tous les ensembles
k→+∞ k k≥1
k
1
0, ont une mesure innie. La continuité inférieure de la mesure ne s'applique
k
pas.
Corrigé de l'exercice 11. Dans (R, B(R)), on pose
X X 1
µ= δ1/n , ν= δ1/n .
n≥1 n≥1
2n
1
1. µ(] − ∞, 0]) = δ1/n (] − ∞, 0]) = 0 car ∀n ≥ 1, ̸=] − ∞, 0], ainsi δ1/n (] − ∞, 0]) = 0.
X
n≥1
n
X X
1 1 1 1
2. Soit k ∈ N , µ 0,
∗
= δ1/n 0, = 1 = +∞, ≤ pour n ≥ k .
k n≥k
k n≥k
n k
X 1 X 1
3. ν(R) = δ
n 1/n
(R) = n
= 1. δ1/n (R) = 1, ∀n ≥ 1.
n≥1
2 n≥1
2
1
4. Soit k ∈ N, si k = 0, ∀n ≥ 1, ̸ ] − ∞, 0], ainsi δ1/n (] − ∞, 0]) = 0, par suite,
∈
k
1
ν(] − ∞, 0]) = 0. Si k ≥ 1, ∀n ≥ 1, ∈] − ∞, k], ainsi δ1/n (] − ∞, k]) = 1, par suite,
n
M. MOUSSA 12/47
CHAPITRE 1. TRIBUS ET MESURES
X 1
ν(] − ∞, k]) = n
= 1. En résumé,
n≥1
2
0 si k = 0
ν(] − ∞, k]) =
1 si k ≥ 1
Corrigé de l'exercice 12. Comme [a, +∞[ est fermé dans R c'est donc un borélien par suite
B(R) ⊃ σ({[a, +∞[, a ∈ R}). Pour montrer l'autre inclusion, on commence par montrer le
résultat topologique suivant :
Tout ouvert de R est réunion au plus dénombrable d'intervalles ouverts de R.
En eet : Soit O un ouvert de R. Écrivant O comme réunion de ses composantes connexes,
on obtient [
O= Ci .
i∈I
(Ci )i est un famille de connexes ouvert de R. Or, les connexes de R sont exactement les inter-
valles donc chaque Ci =]ai , bi [ de sorte que
[
O= ]ai , bi [.
i∈I
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Chapitre 2
Fonctions mesurables & Intégrables
2.1 Fonctions mesurables
Dénition 2.1. Soit (X, M) et (Y, N ) deux espaces mesurables. On dit qu'une application
f : X → Y est mesurable si f −1 (B) ∈ M, ∀B ∈ N
Dénition 2.2. Soient X et Y deux espaces topologiques muni de leurs tribus boréliennes. On
appelle fonction borélienne de X dans Y toute fonction mesurable de (X, B(X)) dans (X, B(Y )).
Proposition 2.1. Soient X et Y deux espaces topologiques et f : X → Y . Si f est continue
alors elle est borélienne.
Preuve : Il s'agit de montrer que l'image réciproque d'un borélien de Y est un borélien de
X . Or, d'après le lemme précédent, il sut de vérier que l'image réciproque d'un ouvert de Y
est un borélien de X . Comme, f est continue, alors l'image réciproque d'un ouvert de Y est un
ouvert de X et en particulier un borélien.
14
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Proposition 2.2. Soient (X, M) un espace mesurable et A ⊂ X . Alors, 1A est mesurable si,
et seulement si, A est mesurable.
Preuve : Commençons par faire la remarque suivante :
Remarque 2.2. Soit A ⊂ R alors la trace de la tribu borélienne B(R) sur A coïncide avec
P(A) si les éléments de A sont isolés.
M. MOUSSA 15/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
sont mesurables.
M. MOUSSA 16/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Ainsi, g est mesurable. Comme inf n fn = − supn (−fn ) alors inf n fn est aussi mesurable. En
conséquence, lim sup fn = inf n supk>n fk et lim inf fn = supn inf k>n fk sont mesurables.
Corrolaire 2.5. Soit (X, M) un espace mesurable et fn : X → R une suite de fonction
mesurables, si fn → f = limn fn , simplement sur X , alors f : X → R est mesurable.
Preuve : Comme fn converge simplement alors f = limn fn = lim inf fn = lim sup fn et
d'après la proposition précédente, la fonction limite f = limn fn est mesurable.
Corrolaire 2.6. Soit (X, M) un espace mesurable et fn : X → R une suite de fonction
mesurables, alors {x ∈ X| limn fn (x) existe } est mesurable.
Preuve : Si limn fn (x) existe alors limn fn (x) = lim supn fn (x) = lim inf n fn (x). Ainsi,
{x ∈ X| lim fn (x) existe} = {x ∈ X| (lim sup fn − lim inf fn )−1 {0}}.
n n n
Comme lim supn fn et lim inf n fn sont mesurables alors {x ∈ X| limn fn (x) existe} est mesu-
rable.
M. MOUSSA 17/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
i=1
Z X
φ dµ = αi µ(Ai ).
X 1≤i≤k
M. MOUSSA 18/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Évidemment, on a , ν(∅) = 0 car l'intégrale sur l'ensemble vide est toujours nulle. Soit alors
(An )n∈N une suite d'éléments de M deux à deux disjoints, par dénition de µ, on a,
! Z
[
ν An = h1Sn∈N An dµ
n∈N X
k
Z X
= αi 1Bi 1Sn∈N An dµ
X i=1
k
Z X
= αi 1Bi ∩(S An ) dµ
n∈N
X i=1
k
!!
X [
= αi µ Bi ∩ An
i=1 n∈N
Xk X
= αi µ (Bi ∩ An )
n
i=1
k
XX
= αi µ (Bi ∩ An )
n i=1
k
XZ X
= αi 1Bi ∩An
X
n ZX i=1
= h dµ
n An
X
= ν(An )
n
M. MOUSSA 19/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Corrolaire 2.7. Soit (fn ) une suite de fonctions mesurables positives et soit f = fn ,
X
n∈N
f : X → [0, +∞]. Alors f est mesurable et on a,
Z X XZ
fn dµ = fn dµ.
X n∈N n∈N X
n
Z XZ
S
f dµ = f dµ.
n An n An
d) Si An ∈ M et An ↗ X , alors
Z Z
f dµ = lim f dµ.
X n→+∞ An
Dénition 2.7. Dans un espace mesuré (X, M, µ), on dit qu'une propriété P (x), x ∈ X , est
vraie presque partout (ou µ-presque partout) si elle est vraie en dehors d'un ensemble négligeable.
C'est à dire que µ ({x ∈ X| P (x) n'est pas vériée }) = 0.
Remarque 2.3. Le Théorème de la convergence monotone reste valable si la convergence est
seulement µ-presque partout.
Proposition 2.11. Soit f : X → [0, +∞] une fonction mesurable alors on a :
Z
1
1. l'inégalité de Markov : ∀a > 0, µ ({x ∈ X| f (x) > a}) ≤ f dµ,
a X
M. MOUSSA 20/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Z
2. Si f dµ < +∞ alors f < +∞, µ-presque partout.
X
Z
3. f dµ = 0 ⇔ f = 0, µ-presque partout.
X
4. Si f et g : X → [0, +∞] sont mesurables, alors
Z Z
f = g, µ − presque partout ⇒ f dµ = g dµ.
X X
Proposition 2.12. Considérons (N, P(N), µ) où µ(A) désigne la mesure de comptage. Alors
pour toute fonction mesurable f : N → [0, +∞], on a
Z X
f dµ = f (n).
N n≥0
Preuve : On rappelle que lim inf n→+∞ fn = limk→+∞ inf n≥k fn , en particulier c'est une limite
croissante, donc par le théorème de convergence monotone,
Z Z
lim inf fn = lim inf fn .
X n→+∞ k→+∞ X n≥k
D'autre part, ∀p ≥ k Z Z
inf fn dµ ≤ fp dµ.
X n≥k X
En en déduit que, Z Z
inf fn dµ ≤ inf fp dµ.
X n≥k k≥p X
D'où,
Z Z Z Z
lim inf fn dµ = lim inf fn dµ ≤ lim inf fp dµ = lim inf fn dµ.
X n→+∞ k→+∞ X n≥k k→+∞ k≥p X n→+∞ X
M. MOUSSA 21/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Alors, ν est une mesure sur (X, M) appelée mesure de densité f par rapport à µ. On note
souvent dν = f dµ.
Proposition 2.16. Soient (X, M, µ) un espace mesuré et f, g : X → [0, +∞] deux fonctions
mesurables, alors Z Z
g dν = gf dµ.
X X
2. Si g est une fonction étagée positive, le résultat est vrai par additivité et homogénéité
positive de l'intégrale.
3. Cas général : il existe une suite croissante (gn )n∈N de fonctions étagées positives conver-
geant simplement vers g . D'après ce qui précède, on a pour tout n ∈ N,
Z Z
gn dν = gn f dµ
X X
D'autre part, la suite (gn f )n est croissante, positive et converge simplement vers f g donc
toujours par le théorème de convergence monotone
Z Z
lim gn f dµ = gf dµ.
n→+∞ X X
Ainsi, on a Z Z
g dν = gf dµ.
X X
D'où la justication de la notation dν = f dµ.
M. MOUSSA 22/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Dénition 2.8 (Cas de R). Soit f : X → R une fonction mesurable. On dit que f est inté-
grable (ou sommable) par rapport à µ si
Z
|f | dµ < ∞
X
Dénition 2.9 (Cas de C). Soit f : X → R une fonction mesurable. On dit que f est inté-
grable par rapport à µ si Z
|f | dµ < ∞
X
On note L1C (X, M, µ) l'espace des fonctions, à valeurs dans C, intégrables sur X .
Proposition 2.18. Les propriétés suivantes sont vériées
1. L1C (X, M, µ) est un espace vectoriel sur C, et l'application f → X f dµ est linéaire.
R
Z Z
2. f dµ ≤ |f | dµ
X X
Z Z
3. Si f , g ∈ L1C (X, M, µ) et f = g, µ-presque partout alors f dµ = f dµ
X X
M. MOUSSA 23/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Preuve : f est mesurable car limite simple p.p de fonctions mesurables, et comme |f | ≤ g,
alors f est intégrable. Étant comme |f − fn | ≤ 2g , on peut appliquer le Théorème de Fatou
à la suite 2g − |fn − f | ≥ 0, il vient :
Z Z
lim inf (2g − |f − fn |) dµ
2g dµ =
X n X
Z
≤ lim inf n 2g − |f − fn | dµ
ZX Z .
= lim inf n 2g dµ − |f − fn | dµ
Z X Z X
= 2g dµ − lim sup |f − fn | dµ
X n X
Z Z Z Z
D'où, lim sup |f −fn | dµ = 0. D'où, lim |f −fn | dµ = 0 Ainsi, lim fn dµ = f dµ.
n X n→+∞ X n→+∞ X X
Théorème 2.4 (Variante du Théorème de la convergence dominée). Soit fn : X → C
une suite de fonctions mesurables telle que :
1. il existe f : X → C mesurable telle que f (x) = limn fn (x)) pour presque tout x ∈ X .
2. il existe g : X → [0, +∞[ intégrable telle que, pour chaque ∀n ∈ N, on ait |fn (x)| ≤ g(x)
pour presque tout x ∈ X . Alors f : X → C est intégrable, et on a :
Z Z Z Z
f dµ = lim fn dµ = lim fn dµ, et lim |fn − f | dµ = 0
X X n n X n X
Alors la série n fn (x) converge (absolument) pour presque tout x ∈ X vers une fonction f
P
intégrable, et on a Z Z X
f dµ = fn dµ.
X X n
Preuve : Soit φ : X → [0, +∞] la fonction dénie par
X
φ(x) = |fn (x)|.
n
Donc φ est intégrable. Par suite, il existe E ∈ M tel que µ(E c ) = 0 et que φ(x) < +∞, ∀x ∈ E .
Ainsi, la série n fn (x) converge absolument pour tout x de E . On dénit alors
P
P
n fn (x) si x ∈ E,
f (x) =
0 si x ∈
̸ E
N
!
Par le théorème de la convergence dominée, appliqué, à la suite dominée
X
fn (x)
n=0 N ∈N
par φ1E , on obtient
Z N
Z X N Z
X XZ
f dµ = lim fn dµ = lim fn dµ = fn dµ.
X N →+∞ X n=0 N →+∞ X X
n=0 n
M. MOUSSA 24/47
Exercices du chapitre 2
Exercice 2.1 (Preuve du Théorème de Beppo-Levi). Soient (X, M, µ), fn : X → [0, +∞] une
suite croissante de fonctions mesurables positives telle que fn ↗ f simplement sur X .
1. Montrer que f est mesurable.
Z Z
2. Montrer que lim fn dµ ≤ f dµ.
n X X
3. Soit h ∈ E + (fonction étagée positive) telle que 0 ≤ h ≤ f et soit 0 < ε < 1. Posons,
An = (fn − εh)−1 ([0, +∞[) = {x ∈ X| εh(x) ≤ fn (x)}.
(a) Montrer que (An )Z est une suite
Z
croissante d'ensemble mesurable telle que ∪n An = X .
(b) Montrer que lim h dµ. (Poser dν = hdµ).
h dµ =
n An X
Z Z
(c) En déduire que ε h dµ ≤ lim fn dµ. (Sur An , εh ≤ fn ).
X n
Z X Z
(d) En déduire que, ∀0 < ε < 1, ε f dµ ≤ lim fn dµ.
X n X
(e) Par passage à la limite sur ε, en déduire le Théorème de convergence monotone.
Exercice 2.2. Soit (X, M, µ) un espace mesuré et f : X → [0, +∞] mesurable. Montrer que
si An ∈ M et An ↗ X alors Z Z
f dµ = lim f dµ.
X n→+∞ An
Exercice 2.3. On considère (N, P(N), µ) où µ(A) désigne la mesure de comptage. Soit f ≥ 0.
Posons An = {0, 1, . . . , n} et fn = f 1An .
Z n
1. Vérier que f (k).
X
f dµ =
An k=0
Z
2. En déduire que f (n).
X
f dµ =
N n≥0
3. Soit (un,p )n,p≥0 une suite de réels positifs. Montrer que, un,p .
XX XX
un,p =
n≥0 p≥0 p≥0 n≥0
X 1
4. En déduire la valeur de la série .
n,p≥2
np
Exercice 2.4. Soient (X, M, µ) un espace mesuré complet et f : X → [0, +∞] une fonction
mesurable.
1. Montrer que Z
∀A ∈ M, µ(A) = 0 ⇒ f dµ = 0.
A
25
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Exercice 2.6. Soit (X, M, µ) un espace mesuré. Soient f et (fn )n≥0 ∈ M+ (ensemble de
fonctions positive mesurables de (X, M) dans (R, B(R))) telles que f = lim fn (limite simple).
Z n→+∞ Z
Montrer que s'il existe un réel C > 0 tel que fn dµ ≤ C alors f dµ ≤ C .
X X
Exercice 2.7. Soit fn : R → R, x → 1[n,n+1] . Montrer que la suite (fn ) converge p.p. vers 0
mais ne converge pas dans L1 (R).
Exercice 2.8. Soit fn : R → R, x → 1[ n−2k , n+1−2k ] pour tout 2k ≤ n ≤ 2k+1 − 1. Montrer que
2k 2k
la suite (fn ) converge dans L1 (R) mais ne converge pas p.p.
Exercice 2.9. Soit (X, M, µ) un espace mesuré et f : (X, M) → (R, B(R)) une fonction
mesurable. On suppose que µ ({x ∈ X| f (x) > 0}) > 0. Démontrer qu'il existe ε > 0 tel que
µ ({x ∈ X| f (x) > ε}) > 0.
Exercice 2.10. Soit (X, M, µ) un espace mesuré et f : (X, M) → (R, B(R)) une fonction
mesurable. Pour tout n ∈ N, on dénit fn , la troncature de f au niveau n, par :
−n si f (x) < −n
fn (x) = f (x) si |f (x)| ≤ n
n si f (x) > n
Exercice 2.12. Soit f : R → R une fonction monotone. Montrer que f est Borélienne.
M. MOUSSA 26/47
Corrigé des exercices du chapitre 2
Corrigé de l'exercice 1. Soient (X, M, µ), fn : X → [0, +∞] une suite croissante de fonc-
tions mesurables positives telle que fn ↗ f simplement sur X .
1. Comme fn est croissante et mesurable alors f = limn fn = supn fn est mesurable.
2. On a, ∀n, fnZ≤ f la monotonie de l'intégrale
Z donne
Z ∀n,
intX fn dµ ≤ f dµ. Par suite, lim fn dµ ≤ f dµ.
X n X X
3. Soient h ∈ E + telle que 0 ≤ h ≤ f et 0 < ε < 1. Posons, An = (fn − εh)−1 ([0, +∞[) =
{x ∈ X| εh(x) ≤ fn (x)}.
(a) An est mesurable car c'est l'image réciproque d'un intervalle (borélien) par la fonction
mesurable fn − εh. Soit x ∈[An , donc εh(x) ≤ fn (x) ≤ fn+1 (x). Par suite, x ∈ An+1 .
Soit maintenant x ∈ X\( An ) alors, ∀n, x ̸∈ An , c'est à dire fn (x) < εh(x) <
n
h(x) ≤ f (x), par passage[à la limite, on obtient que f (x) ≤
[εh(x) < h(x) ≤ f (x).
Contradiction, ainsi X\( An ) = ∅. C'est à dire que X = An . D'où le résultat.
n n
(b) ZSoit A ∈ M, considérons la mesure, ν , de densité h par rapport à µ. On a, ν(A) =
h dµ. D'après la continuité supérieure d'une mesure positive, X = An et An
[
A n
est croissante, alors, ν(X) = ν( n An ) = limn ν(An ). C'est à dire,
S
Z Z
h dµ = lim h dµ.
X n An
27
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
k=0
par dénition de l'intégrale d'une fonction étagée, on trouve,
Z Z n
X n
X
f dµ = fn dµ = f (k)µ({k}) = f (k).
An X k=0 k=0
2. Comme An ↗ N, d'après l'exercice précédent, les An sont mesurables car N est muni de
la plus grande tribu P(N), on obtient
Z Z n
X X
f dµ = lim f dµ = lim f (k) = f (n).
N n An n
k=0 n
Ainsi, comme les fn sont positives, d'après la question précédente (utilisée à deux re-
prises) et le corollaire du T.C.M, on obtient,
XX X Z Z X XZ XX
fn (p) = f (p) = f dµ = fn dµ = fn dµ = fn (p).
p n p N N n n N n p
D'où le résultat.
4. D'après ce qui précède
X XX 1 XX 1 X 1/n2 X 1 X 1
(ζ(p)−1) = = = = = = 1.
n p n p 1 n(n − 1) n(n + 1)
p≥2 p≥2 n≥2 n≥2 p≥2 n≥2 1 − n≥2 n≥1
n
M. MOUSSA 28/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Corrigé de l'exercice 4. Soient (X, M, µ) un espace mesuré complet et f : X → [0, +∞] une
fonction mesurable. Z
1. Montrons que ∀A ∈ M, µ(A) = 0 ⇒ f dµ = 0. Il sut de le montrer pour les fonc-
A Z Z
tions étagées positives sur A. Car, par dénition de l'intégrale, f dµ = sup h dµ| h ∈ EA ,
+
A + A
h∈EA
pour EA+ est l'ensemble des fonctions positives étagées sur A. Soit alors h une fonction
p
étagée positive sur A. Donc, h = αi Ai , Ai ⊂ A, Ai = h−1 (αi ). Or par hypothèse,
X
k=1
µ(A) = 0 et par dénition de l'intégral d'une fonction étagée, on a,
Z p
X
h dµ = αi µ(Ai ) = 0.
A k=1
D'où, le résultat. Z
1
2. Montrons l'inégalité de Markov. C'est à dire ∀a > 0, µ f (]a, +∞[) < −1
f dµ.
a X
D'après la monotonie de l'intégrale et comme a.1f −1 (]a,+∞[) < f . Alors,
Z Z
−1
aµ f (]a, +∞[) = a 1f −1 (]a,+∞[) dµ < f dµ.
X X
D'où le résultat.
3. On pose A = {x ∈ X| f (x) = 0}. Alors
[ 1 ! [
c −1 −1
[
−1 1 1
A =f (]0, +∞[) = f , +∞ = f , +∞ = x ∈ X| f (x) ≥ .
n≥1
n n≥1
n n≥1
n
Z
4. Montrons que, f dµ = 0 si, et seulement si, f = 0 µ-p.p.
X Z
La condition est nécessaire, en eet, supposons que f dµ = 0. Posons A = {x ∈
X
X| f (x) = 0}. Comme f est mesurable, A l'est aussi, il s'agit de montrer que c
µ(A ) =0
1
par suite f = 0 µ-p.p. Par la question 3. µ(Ac ) = limn µ(An ) où An = f −1 , +∞
Z n
et d'après l'inégalité de Markov, ∀n, µ(An ) ≤ n f dµ = 0. Par suite, µ(Ac ) = 0.
X
La condition est susante, supposons
Z que f =Z0 µ-p.p. Posons
Z A = {x ∈ X| f (x) = 0}
c'est à dire que µ(Ac ) = 0. Ainsi, f dµ = f dµ + f dµ. La première intégrale
X A Ac
est nulle car f est identiquement nulle sur A et la deuxième intégrale est nulle d'après
la première question car µ(Ac ) = 0.
Z
5. Montrons f dµ < +∞ ⇒ {x ∈ X| f (x) = +∞} est µ-négligeable. En eet, notons
X
que {x ∈ X| f (x) = +∞} = {x ∈ X| f (x) ≥ n} la continuité inférieure de la mesure
\
n
et l'inégalité de Markov entrainent que
Z
1
µ ({x ∈ X| f (x) = +∞}) = lim µ ({x ∈ X| f (x) ≥ n}) ≤ lim f dµ → 0
n n n X
M. MOUSSA 29/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Z
car f dµ < +∞. D'où le résultat.
X
Corrigé de l'exercice 5. Soient (X, P(X), δa ) un espace mesuré, a ∈ X et f : X →
Z +∞] une fonction mesurable. Alors comme δa (X\{a}) = 0, d'après l'exercice précédent
[0,
f dδa = 0. D'autre part, la restriction d'une fonction à un singleton est étagée car elle
X\{a} Z
ne prend qu'une seule valeur, de plus, f dδa = f (a)µ({a}) = f (a). En conclusion,
{a}
Z Z Z
f dδa = f dδa + f dδa = f (a).
X X\{a} {a}
mesurable. Supposons de plus que, ∀n ≥ 1, µ (An ) = 0. Comme An est une suite croissante
d'ensemble mesurable, la continuité supérieure de la mesure, implique que
!
[
µ f −1 (]0, +∞[) = µ
An = lim µ(An ) = 0.
n
n
D'où le résultat.
M. MOUSSA 30/47
CHAPITRE 2. FONCTIONS MESURABLES & INTÉGRABLES
Corrigé de l'exercice 10. Soit (X, M, µ) un espace mesuré et f : (X, M) → (R, B(R)) une
fonction mesurable. Pour tout n ∈ N, on dénit fn , la troncature de f au niveau n, par :
−n si f (x) < −n
fn (x) = f (x) si |f (x)| ≤ n
n si f (x) > n
1. On a, ∀n ∈ N,
fn = −n.1]−∞,,−n[ + f.1[−n,,n[ + n.1]n,+∞,[ .
Comme fn est somme et produit de fonctions mesurables alors elle est aussi mesurable.
2. Supposons que f est µ-intégrable alors, par dénition de fn , on a ∀n ∈ N, |fn | ≤ |f | donc
fn est µ-intégrable, de plus fn → f simplement sur R. En eet, soit x ∈ R, alors il existe
n0 ∈ N tel que |x| ≤ n0 , ainsi fn0 (x) = f (x) et pour tout n ≥ n0 , fn (x) = f (x). D'où,
fn (x) → f (x), ∀x ∈ R. Comme la suite fn est intégrable et dominée par une fonction
intégrable et converge simplement vers f sur R, alors le Théorème de la convergence
dominée assure que, Z Z
lim fn dµ = f dµ.
n→+∞ X X
k≥n n
X 1 1
(de mesure nie) µ(Bn ) ≤ = n → 0. Donc, par continuité inférieure
X
µ(Ak ) = k+1
k≥n k≥n
2 2
!
de la mesure µ(B) = µ = limn µ(Bn ) = 0. B est donc µ-négligeable. Or, Comme
\
Bn
n
An ⊂ Bn alors Z Z Z
0= |f | dµ = lim |f | dµ ≥ |f | dµ ≥ ε.
B n Bn An
Absurde. D'où, le résultat.
Corrigé de l'exercice 12. Soit f : R → R une fonction monotone. Montrons que f est
Borélienne. Il sut, du fait que la tribu borélienne est engendrée par les intervalles de montrer
que l'image réciproque d'un intervalle par f est un intervalle.
Soit alors J un intervalle de R et posons I = f −1 (J). Montrons que I est un intervalle de
R. Soient alors x < z < y tels que x, y ∈ I , par monotonie de f alors f (x) ≤ f (z) ≤ f (y)
si f est croissante ou f (y) ≤ f (z) ≤ f (x) comme x, y ∈ I alors f (x), f (y) ∈ f (I) = J
or J est un intervalle donc toute valeur comprise entre f (x) et f (y) reste dans J . par suite,
f (z) ∈ J = f (I). Donc, z ∈ I . D'où le résultat.
M. MOUSSA 31/47
Chapitre 3
Mesure extérieure & mesure de Lebesgue
sur Rd
3.1 Mesure extérieure
Dénition 3.1. Soit X un ensemble quelconque. Une application µ∗ dénie sur P(X) et à
valeurs dans R = [0, +∞],
+
A 7→ µ∗ (A),
est appelée mesure extérieure sur X si,
1. µ∗ (∅) = 0,
2. A ⊂ B ⇒ µ∗ (A) ≤ µ∗ (B),
!
3. pour toute suite dénombrable de sous-ensemble (Ak )k de X , µ∗ µ∗ (Ak ).
[ X
Ak ≤
k k
Dénition 3.2. Soient X un ensemble non vide muni d'une mesure extérieure sur µ et A ⊂ X . ∗
32
CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
µ∗ (M ∩ B c ) = µ∗ ((M ∩ B c ) ∩ A) + µ∗ ((M ∩ B c ) ∩ Ac ).
M. MOUSSA 33/47
CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
Dénition 3.3. Une mesure extérieure µ∗ dénie sur un espace métrique (X, d) est une mesure
extérieure métrique si,
µ∗ (A ∪ B) = µ∗ (A) + µ∗ (B),
Pour tous les ensembles, A, B ⊂ X tels que d(A, B) > 0.
Théorème 3.1 (Carathéodory). . Soit (X, d) un espace métrique. Si µ∗ est une mesure
extérieure métrique sur (X, d), alors les ensembles fermés sont mesurables.
Corrolaire 3.2. Soit (X, d) un espace métrique. Si µ∗ est une mesure extérieure métrique sur
X , alors les ensembles boréliens sont µ∗ -mesurables.
Nous avons vu qu'une mesure extérieure permet de dénir une mesure, en restreignant le
domaine de dénition. Ici, c'est la démarche inverse qui va être adoptée.
Dénition 3.4. Soit (X, A, µ) un espace mesuré. La mesure extérieure µ∗ associée à µ est
l'application
µ∗ : P(X) → [0, +∞]
(3.1)
A 7→ µ∗ (A) = inf{µ(B) : A ⊂ B ∈ A},
Proposition 3.3. Soit (X, A, µ) un espace mesuré. L'application µ∗ dénie par la relation
(3.1) est une mesure extérieure, au sens de la Dénition 3.1 sur X .
Preuve : Le seulPpoint à discuter est le troisième. Soit (Ak )k une suite de sous-ensembles de
X . Supposons que k (Ak) < +∞. L'autre cas est évident. Soit ε > 0, pour tout k , soit Bk ∈ A
un ensembleScontenant Ak et vériantP µ(Bk ) ≤ µ∗ (Ak )+ε/2k . L'ensemble B = k Bk appartient
S
à A, inclus k Ak et vérie µ(B) ≤ k µ∗ (Ak ) + ε. Dés lors, µ∗ ( k Ak ) ≤ k µ∗ (Ak ) + ε. ce
S P
qui termine la preuve, puisque ε est arbitraire.
M. MOUSSA 34/47
CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
Étant donné un sous-ensemble A deS Rd , soit PA la collection de toutes les suites (Rk )k de
pavés compacts de Rd telles que A ⊂ k Rk . Considérons l'application L∗ suivante :
( )
X
L∗ (A) = inf V ol(Rk ), (Rk )k ∈ PA .
k
X ε
V ol(Rk,j ) < L∗ (Ak ) + .
j
2k
X X
∗ ε X ∗
V ol(Rk,j ) < L (Ak ) + k = L (Ak ) + ε.
kj k
2 k
M. MOUSSA 35/47
CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
Preuve : Étant donné ε > 0, soit (Rk )k une suite de PK telle que
X
V ol(Rk ) < L∗ (K) + ε > 2.
k
Pour un indice k xé, soit Qk un pavé compact dont l'intérieur contient Rk et tel que V ol(Qk ) <
V ol(Rk ) + ε/2k+1 . La famille formée des Q̊k constitue un recouvrement ouvert
SN de K , on peut
donc en extraire un recouvrement ni. Ainsi, il existe N ∈ N tel que K ⊂ 1 Q̊ et
N
X X
L∗ (K) ≤ V ol(Qk ) ≤ V ol(Rk ) + ε/2 < L∗ (K) + ε.
1 k
Pour tout ε > 0, il existe deux pavés compacts I1 et I2 tels que I1 ⊂ I ⊂ I2 , V ol(I) <
V ol(I1 ) + ε et V ol(I2 ) < V ol(I) + ε. Puisque L∗ est une mesure extérieure, on a L∗ (I1 ) ≤
L∗ (I) ≤ L∗ (I2 ) et donc, par le résultat qui précède,
pour A ⊂ Rd , où P ′ est la collection des suites de pavés ouverts (ou semi-ouverts) bornés (Rk )k
S A
telles que A ⊂ k Rk .
M. MOUSSA 36/47
CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
Si (Rk )k est une suite de PA′ , considérons la suite (Rk )k ∈ PA . Il vient directement
X X
L∗ (A) ≤ V ol(Rk ) = V ol(Rk )
k k
ce qui implique L ≤ µ . Soit ε > 0, si (Rk )k est une suite de PA , soit (Qk )k une suite de PA′
∗ ∗
telle que pour tout indice k, l'intérieur de Qk contient Rk et V ol(Qk ) < V ol(Rk ) + ε/2k . On a
!
X X X X
µ∗ (A) ≤ V ol(Qk < V ol(Rk ) + ε/2k = V ol(Rk ) + ε.
k k k k
Proposition 3.8. La mesure extérieure de Lebesgue est une mesure extérieure métrique.
Preuve : Soient A et B deux sous-ensembles de Rd tels que d(A, B) > 0. On a L∗ (A ∪SB) ≤
L∗ (A) + L∗ (B). Soient ε > 0 et (Rk )k une suite de pavés compacts tels que A ∪ B ⊂ k Rk
et k V ol(Rk ) < L∗ (A ∪ B) + ε : Quitte à subdiviser les pavés trop grands, nous pouvons
P
supposer que diam(Rk) < d(A, B), ∀k. Dès lors, la suite (Rk )k peut être décomposée en deux
sous-suites (Ak )k et (Bk )k telles que A ∩ Bk = ∅ et B ∩ Ak = ∅, ∀k. Donc,
X X X
L∗ (A) + L∗ (B) ≤ V ol(Ak ) + V ol(Bk ) = V ol(Rk ) < L∗ (A ∪ B) + ε,
k k k
ce qui permet de conclure, puisque ε est arbitraire. Nous pouvons maintenant dénir la mesure
de Lebesgue.
Dénition 3.7. La restriction de la mesure extérieure de Lebesgue L∗ aux ensembles L∗ -
mesurables est appelée la mesure de Lebesgue et est notée L. Un ensemble L∗ -mesurable est
appelé un ensemble Lebesgue-mesurable (ou un ensemble L-mesurable).
Corrolaire 3.4. La mesure de Lebesgue sur Rd est une mesure complète dénie sur les en-
sembles boréliens B(Rd ). i.e B(Rd ) ⊂ L(Rd ). L'inclusion est stricte.
Proposition 3.9. La mesure de Lebesgue est régulière, i.e. pour tout sous-ensemble A ∈ L(Rd ),
on a
1. L(A) = inf{L(U ) : U ouvert; A ⊂ U }
2. L(A) = sup{L(K) : Kcompact; K ⊂ A}.
Proposition 3.10 (unicité). Si µ est une mesure non-nulle sur (Rd , B(Rd )), invariante par
translation et nie sur les ensembles boréliens bornés, alors il existe une constante c > 0 telle
que µ(A) = cL(A), ∀A ∈ B(Rd )).
i=1
au sens de Riemann, est dénie par :
Z n
αi mes(P i) ∈ C
X
f dx =
P i=1
M. MOUSSA 37/47
CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
On pose alors, Z Z
f dx = lim ψn dx.
P n P
Proposition 3.11. Soit f : Rd → C une fonction intégrable au sens de Riemann. Alors f est
mesurable pour la tribu de Lebesgue L(Rd ), f est intégrable pour la mesure de Lebesgue λ, et
on a, Z Z
f dλ = f dx
Rd Rd
Lebesgue Riemann
Démonstration Soient (ψn )n et (φ)n deux fonctions en escalier, φn > 0, telles que
Z
|f − ψn | ≤ φn ∀n ∈ N et φn dx → 0.
P
Notons que φn ∈ E + (Rd , B(Rd )) (car elle en escalier) est une fonction étagée pour la tribu de
Borel, et Z Z
φn dλ = φn dx, ∀n ∈ N.
Rd Rd
XZ
Comme φn dx < +∞, alors φn (x) < +∞ pour presque tout x ∈ Rd , i.e ∀x ∈ E
X
n Rd n
où E ∈ B(Rd ) tel que λ(E c ) = 0. En particulier, ∀x ∈ E , limn φn (x) = 0, on en déduit que
∀x ∈ E , limn ψn (x) = f (x). D'où f est mesurable pour la tribu de Lebesgue L(Rd ). En eet, si
l'on suppose, pour simplier, que f est à valeurs réelles alors, ∀a ∈ R,
f −1 (]a, +∞[) = {x ∈ Rd | f (x) > a} = {x ∈ E| f 1E (x) > a} ∪ {x ∈ E c | f (x) > a} = A ∪ B.
A ∈ B(Rd ) car f 1E est borélienne. Par ailleurs, comme |f − ψ0 | ≤ φ0 , f est une fonction
bornée et nulle en dehors d'un ensemble borné. Il existe donc M > 0 et un pavé P ⊂ Rd tel que
(1P . f est donc intégrable pour la mesure λ. Quitte à remplacer ψn par (χM ◦ψn )1P avec
|f | ≤ M
z si |z| ≤ M
si |z| > M , on peut supposer que |ψn | ≤ M 1P , ∀n ∈ N (et on a toujours
χM = z
M
|z|
que |f − ψn | ≤ φn ). En appliquant le théorème de convergence dominée, on trouve donc :
Z Z Z Z
f dλ = lim ψn dλ = lim ψn dx = f dx.
Rd n Rd n Rd Rd
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CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
Preuve : [a, b] = {a}∪]a, b[∪{b} ⇒ λ([a, b]) = λ({a}) + λ(]a, b[) + λ({b}) = λ(]a, b[). Les
autres égalités en découlent.
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Exercices du chapitre 3
Z +∞
dx
Exercice 3.1. Calculer, n→+∞
lim .
0 (1 + x2 )(1
+ xn )n
Z n
x n −bx
Exercice 3.2. Calculer, b > 1, n→+∞
lim 1+ e dx.
0 n
Z +∞
dx
Exercice 3.3. Calculer, n→+∞
lim x n √ .
0 1+ n
x
n
Z +∞
n x
Exercice 3.4. Calculer lim √ sin dx.
n→+∞ 0 (x + 1)x x n
Z n n
sin x
Exercice 3.5. Calculer, lim dx.
n→+∞ 0 x
Z +∞
x
Exercice 3.6. Calculer, lim dx.
n→+∞ 0 1 + xn
Z 1
xn−1
Exercice 3.7. Calculer, lim n dx.
n→+∞ 0 1+x
+∞+∞
(−1)m n 1
Exercice 3.8. Montrer que, lim .
X X
2
= 2
n→+∞
m=1
n + nm + 1 m=1
m + 1
+∞ Z +∞
x
Exercice 3.9. Calculer, dx.
X
n=3 1 (1 + x)n
Z +∞
1
Exercice 3.10. Calculer, n→+∞
lim x n dx.
0 x1/n 1 +
n
Z +∞
n sin(x/n)
Exercice 3.11. Calculer, n→+∞
lim dx.
1 x3
1
ln(1 − t) ln t
Z
Exercice 3.12. Calculer dt.
0 t
Z +∞
sin x
Exercice 3.13. Calculer dx.
0 ex − 1
XZ 1 Z 1
1
Exercice 3.14. Montrer que, 2n
x (1 − x) dx = dx. En déduire la valeur de
n∈N 0 0 1+x
X (−1)n
.
n∈N
n+1
40
CHAPITRE 3. MESURE EXTÉRIEURE & MESURE DE LEBESGUE SUR Rd
Z +∞
Exercice 3.15. Soit f : R → R , continue et bornée. Calculer n→+∞
+ +
lim nf (x)e−nx dx.
0
Z +∞
nf (x)
Exercice 3.16. Soit f : R+ → R+ , intégrable. Calculer n→+∞
lim dx.
0 1 + n 2 x2
Exercice 3.17. (F. Z. SADI) Soit f : R+ → R+ , continue et bornée. Calculer
Z +∞
f (x)
lim n ln 1 + dx.
n→+∞ 0 n
Z n n
t
Exercice 3.18. (Noura Zahmouna) On pose In = 1− ln(t) dt. Calculer lim In .
0 n n→+∞
Z 1
x ln x
Exercice 3.19. (Hajar Benkhouir) Calculer I = 2
dx.
0 x −1
Z n 1− x
n
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Chapitre 4
Produit de mesures
4.1 Tribu produit
Soient ((Xj , Aj ))j∈J une suite d'espace mesurables non nécessairement dénombrable et pour
chaque j , fj : X → Xj une application. Notons
!
[
σ (fj : j ∈ J) = σ fj−1 (Aj ) j ∈ J = σ fj−1 Aj ) : j ∈ J
.
j
la plus petite des σ -algèbres A sur X telles que les applications fj sont mesurables par rapport
à A et Aj quelque soit j ∈ J .
Dénition 4.1. Soient ((Xj , Aj ))j∈J une suite d'espaces mesurables non nécessairement dé-
nombrable et πk la projection Q
πk : jX j → Xk
(xj )j∈J 7→ xk .
La σ-algèbre produit engendrée par les σ-algèbres Aj est la σ-algèbre suivante,
!
O [
(Aj ) = σ πj−1 (Aj ) : j ∈ J .
j∈J j
Q
On pose .
Q N
j∈J (Xj , Aj ) = j∈J Xj , j∈J (Aj )
Proposition 4.1. ((Xj , Aj ))j∈J une suite d'espaces mesurables. Si J est dénombrable, alors
!
O Y
(Aj ) = σ Aj : Aj ∈ Aj .
j∈J j∈J
Corrolaire 4.1. ((Xj , Aj ))j∈J une suite dénombrables d'espaces mesurables telle que Aj =
σ (Cj ), ∀j . On a, !
O Y
(Aj ) = σ Cj : Cj ∈ Cj .
j∈J j∈J
Proposition 4.2. Si (( Xk , dk ))k est une suite nie d'espaces métriques séparables, alors
Q
!
Y O
B Xk , dQ = B(Xk , dk ).
k k
42
CHAPITRE 4. PRODUIT DE MESURES
Proposition 4.3. Soient (X, A), (Y, B) et (Z, C) trois espaces mesurables. Si f : X → Y est
une application mesurable par rapport à A et B et g : X → Z est une application mesurable
par rapport à A et C , alors
(f g) : X → Y × Z (x, y) 7→ (f (x), g(y)).
Proposition 4.4. Soient (X, A) et (Y, B) deux espaces mesurables. Si E ∈ A ⊗ B, alors, pour
tous x ∈ X , y ∈ Y , on a Ex ∈ B et Ey ∈ A.
Corrolaire 4.3. Soient (X, A) et (Y, B) deux espaces mesurables. Si f : X × Y → R est une
application A ⊗ B-mesurable, alors pour tous x ∈ X , y ∈ Y , f (., y) est A-mesurable et f (x, .)
est B-mesurable.
Proposition 4.5. Soient (X, A) et (Y, B) deux espaces mesurables. Si E ∈ A ⊗ B, alors
l'application x → ν(Ex ) est A-mesurable et l'application y → µ(Ey ) est B-mesurable.
Théorème 4.1. Soient (X, A, µ) et (Y, B, ν) deux espaces mesurés σ-nie. Il existe une unique
mesure µ × ν sur l'espace mesurable (X × Y, A ⊗ B, µ × ν) telle que
µ × ν(A × B) = µ(A)ν(B),
Corrolaire 4.4. Soit Ld la mesure de Lebesgue dénie sur les ensembles boréliens de Rd . On
a Lm+n = Lm Ln
Preuve Ceci découle du fait que pour tout rectangle Rm+n de Rm+n la mesure de Lebesgue
coïncide avec son volume qui est aussi égal au produit des volumes des rectangles Rm de Rm
et Rn de Rn qui à son tour égal au produit des mesures de Lebesgue de Rm × Rn de Rm × Rn .
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CHAPITRE 4. PRODUIT DE MESURES
Théorème 4.3 (Fubini-Lebesgue). Soient (X, A, µ) et (Y, B, ν) deux espaces mesurés σ-nie.
Si f : X × Y → R est une fonction A ⊗ B- -mesurable et µ × ν -intégrable, alors l'application
f (x, .) est µ-intégrable pour presque tout x ∈ X et l'application f (., y) est ν -intégrable pour
presque tout y ∈ Y . De plus on a, l'application
Z
f (x, y) dν(y) si f (x, .) est ν − intégrable
g(x) = Y
0 sinon
Dans le sens où, si l'une des intégrales existe, alors les deux existent et sont égales. Jφ désigne
le jacobien du changement de variable φ.
M. MOUSSA 44/47
Exercices du chapitre 4
T.D. Mesure & Intégration
Série N°4 : Mesure produit & Théorème de Fubini
Exercice 4.1. On considère, les intégrales doubles suivantes,
1 1 1 1
x2 − y 2 x2 − y 2
Z Z Z Z
I1 = dy dx, I2 = dx dy.
0 0 (x2 + y 2 )2 0 0 (x2 + y 2 )2
x2 − y 2 1 2y 2
1. Calculer I1 , utiliser la décomposition 2 2 2 = 2 2 − 2 2 2 . Puis, utiliser
(x + y ) x +y (x + y )
une intégration par partie pour la deuxième expression.
2. En déduire I2 . (Changement de variable). Que conclure ?
x2 − y 2
Z
3. Calculer I = dλ2 .
[0,1]2 (x2 + y 2 )2
Exercice 4.2. Calculer,
Z
y 2 1
lim 1 dx dy, Dn = (x, y) ∈ R | 0 ≤ x ≤ 1 − , 0 ≤ y ≤ x .
n→+∞ D
n
x2 +
n2
n
Z
Exercice 4.3. En calculant de deux façons diérentes e−xy dxdy où K = [a, b] × [0, +∞[
K
avec 0 < a < b, calculer
b
e−ax − e−bx
Z
dx.
a x
Z Z +∞
1 ln x
Exercice 4.4. En calculant dλ 2 , donner la valeur de d x.
(R+ )2 (1 + y)(1 + x2 y) 0 x2 − 1
Exercice 4.5. Soit n ∈ N∗ ,
1. Montrer que Z n Z n Z +∞
sin x −xy
dx = e dy sin x dx.
0 x 0 0
Z n
2. Calculer Fn (y) = e−xy sin x dx. y > 0.
0
Z +∞
3. Calculer lim Fn (y) dy .
n→+∞ 0
Z +∞
sin x
4. En déduire l'intégrale de Dirichlet dx.
0 x
Exercice 4.6. Soient (X, A, µ) un espace probabilisé, µ(X) = 1 et f : X → R de µ-carré
intégrable. Calculer Z
1
[f (x) − f (y)]2 d(µ × µ).
2 X×X
45
CHAPITRE 4. PRODUIT DE MESURES
n
Montrer que (X, B) est un espace mesurable.
Exercice 4.8. (5 pts.) Soient µ et ν les mesures sur (R, P(R)) dénies par
X 1 X 1
µ= δn et ν= δ1.
n≥1
n2 n≥1
n2 n
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CHAPITRE 4. PRODUIT DE MESURES
Session de Rattrapage
Mesure & Intégration
Donner des réponses complètes.
Exercice 4.11. Rappeler les dénitions des notions suivantes :
1. Un ensemble négligeable dans un espace mesuré ;
2. mesure extérieure sur un ensemble non vide ;
3. une mesure complète ;
4. La complété d'une mesure incomplète ;
5. Mesurabilité au sens de Carathéodory.
Exercice 4.12. Soit (X, M, µ) un espace mesuré et f : X → [0, +∞] mesurable. Montrer que
si An ∈ M telle que pour tout n, An ⊂ An+1 et n An = X alors
S
Z Z
f dµ = lim f dµ.
X n→+∞ An
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