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Gunter Grass

L'article présente une rencontre avec l'écrivain Günter Grass, qui évoque son parcours et ses réflexions sur la littérature et la mémoire allemande. Grass, lauréat du Prix Nobel, aborde des thèmes tels que la guerre, la survie et la responsabilité historique, tout en partageant son processus créatif et son engagement politique. Le texte met en lumière son dernier livre, qui traite du naufrage du Wilhelm Gustloff, et la difficulté d'aborder les tragédies passées dans le contexte allemand.

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Gunter Grass

L'article présente une rencontre avec l'écrivain Günter Grass, qui évoque son parcours et ses réflexions sur la littérature et la mémoire allemande. Grass, lauréat du Prix Nobel, aborde des thèmes tels que la guerre, la survie et la responsabilité historique, tout en partageant son processus créatif et son engagement politique. Le texte met en lumière son dernier livre, qui traite du naufrage du Wilhelm Gustloff, et la difficulté d'aborder les tragédies passées dans le contexte allemand.

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03/03/2025 16:55 GLM-search

Télérama - Magazine - p. 53 - 16497 signes 05 octobre 2002


LIVRES N°2751

RENCONTRE AVEC GÜNTER GRASS, AUTEUR DE "EN CRABE"

LES ENFANTS PERDUS DE LA BALTIQUE


Il avait tout dit, croyait-on, des grandes douleurs du siècle. Mais le Prix Nobel de littérature, socialiste, gastronome et conteur magnifique, n'en finit pas de

ressusciter les naufrages passés. Pour mieux explorer les tréfonds de la conscience allemande.

François Granon
Il y a des écrivains comme ça, on les connaît sans les connaître. Leur nom nous est familier, on les a lus, oui, mais quand était-ce ? On a le souvenir d'un
détail, et pour cet écrivain-là c'est souvent le détail d'un regard farouche et d'une grosse moustache ; on parierait volontiers qu'il a eu le Nobel, et en effet il
l'a eu, en 1999, mais alors le reste... Ah oui, on se rappelle, un écrivain plutôt engagé, non ? Et, ça nous revient, Günter Grass, c'est Le Tambour ? Le livre du
film de Schlöndorff ? Mais comment est-ce qu'on prononce, au juste ? " Gounter " ou " Guneter " ? Et puis, il faut vous dire franchement, la littérature
allemande, c'est si loin vu de France : comme une extrême Asie, mais sans le dépaysement. Presque comme nous et pas du tout comme nous. Remarquez,
Le Tambour, et aussi Le Turbot, ça me revient, c'était quelque chose (1).

Pour un géant de la littérature, il est plus petit qu'on n'aurait cru. Un peu voûté. Un corps compact, des épaules de débardeur. Il nous fait visiter les lieux.
C'est à Lübeck que cela se passe, dans cette ville ahurissante, près de la mer Baltique, que les bombardiers anglais ont épargnée parce qu'on n'y trouve
nulle usine : que des maisons ou des palais en brique aux toits pentus. Lübeck, au milieu de l'Allemagne reconstruite à neuf et à l'angle droit depuis 1945,
est une survivante. Comme Günter Grass. " Oui, on peut dire ça. De tous ceux qui étaient en classe avec moi, dans les années 30, combien ont eu droit à la
vie ? Les purges nazies, puis la guerre, puis la débâcle, la misère, les purges staliniennes, ça fait du monde. Je me souviens, lorsque j'ai été incorporé dans
la Wehrmacht, c'était en 1945, quelques mois avant la fin, nous étions une centaine dans un bois, j'avais 17 ans, un déluge de grenades et d'orgues de
Staline nous est tombé dessus. Presque tout le détachement, mort. Cela donne à celui qui survit une conscience particulière. Quand j'écris, j'écris pour
chacun de ces absents. "

Donc, il nous fait la visite des lieux. Un dernier étage dans une vieille maison de Lübeck, une charpente en bois, des fauteuils qui appellent la conversation.
C'est son secrétariat. Lui habite à la campagne, quand il n'est pas dans sa maison du Portugal ou dans une île danoise. Lorsqu'il n'écrit pas, il aquarelle,
sculpte ou dessine. " Vous voyez ces statuettes, près de la fenêtre. Oui oui, vous pouvez toucher. J'en ai fait dix-neuf. Dix-neuf couples en train de danser.
Terre cuite, puis coulées en bronze. Je les ai sculptées en même temps que j'écrivais mon dernier livre. Comme le livre était tragique et pénible, j'ai fait des
sculptures heureuses. Je fais toujours comme ça. Et quand le livre est fini, me laissant un grand trou, il me reste le bonheur des statuettes. "

Il s'assied. Il pose sur la table des mains à vous tordre le cou. Il porte à l'index gauche une bague énorme - en argent ? - qui enserre toute la phalange. Et il
vous regarde. Il a des yeux comme on en voyait dans les récits de pirates. Des yeux petits, très sombres, excessivement luisants, enfoncés loin dans le
crâne et calfeutrés par des paupières asiates. La mère de Grass, cette Helene qui l'a aimé au-delà de toute mesure et lui idem, était cachoube, du nom d'un
peuple quelque peu tartare dont il ne reste, à l'embouchure de la Vistule, qu'une poignée. Et lui, Günter, né à Dantzig en Prusse qui aujourd'hui se nomme
Gdansk en Pologne, ressemble cet après-midi, malgré le décor cosy digne d'un grand artiste multiforme, à un chef de horde descendu de son cheval pour
accueillir la reddition du journaliste. Un homme farouche, on pourrait dire ça.

Mais non, pas du tout, on se trompe. Il est tout heureux. Il frotte ses mains immenses. Les socialistes allemands ont gagné hier. Ça fait longtemps qu'il
n'avait pas ri comme ça. " Toute l'Europe vire à droite, vous-mêmes en France..., et voilà qu'en deux semaines les Suédois d'abord les Allemands ensuite
renouvellent son bail à la gauche. " Et d'expliquer, à sa façon précise, que le mode d'élection en Allemagne, où l'on dépose deux bulletins dans l'urne, l'un
pour choisir un député local et l'autre au bénéfice d'un parti politique, recèle peut-être quelques vertus. " Des centaines de milliers d'électeurs ont pu
choisir un député socialiste, bien implanté, bien sérieux, et en même temps s'offrir de voter pour les Verts. " Günter Grass n'irait pas jusqu'à proposer la
manière allemande en modèle, " mais enfin, quand on voit le formidable boulot de Jospin, et que la désunion de la gauche..., et finalement Le Pen, Chirac...
Ç'a été une catastrophe. Moi, après cette victoire, je ne dirais pas que je suis fier d'être allemand, non, mais je suis fier par exemple que Schröder [le
chancelier socialiste réélu] ait été le seul, en Europe, à dire tout haut ce que beaucoup de dirigeants pensent tout bas : que ce projet de guerre à l'Irak est
une folie, que le gouvernement américain a tort et qu'on ne combat pas le terrorisme avec des armes, mais en aidant les pays du Sud à sortir de leur
misère. "

Il parle, parle. On en oublie ses mains d'ogre et ses yeux noirs qui ont épongé malgré eux les grandes douleurs du XXe siècle. On oublie même le propos.
On se laisse captiver par la langue, cet allemand flexible, charnu, goûteux et infiniment ramifié qui sort de sa bouche. On s'enhardit. Aurait-il la gentillesse
de lire un paragraphe de son dernier livre, si peu politiquement correct et qui a si fort scandalisé l'Allemagne ? Les yeux noirs clignent. Bonne pioche. Grass
demande à sa secrétaire un exemplaire du livre. En attendant, il explique ce qu'est pour lui la langue. " La langue orale, n'est-ce pas. L'origine de toute
littérature. Raconter une histoire tout haut, captiver un auditoire, puis quand le charme s'épuise trouver une chute et remettre la suite à plus tard. Et
recommencer. La langue, la langue parlée, est mon seul matériau. Avant d'écrire, je mâche les mots, je marmonne les bouts de phrase, je les malaxe. Après
seulement je les trace sur le papier. Ah merci, Hilke. Voilà le bouquin. Quel paragraphe vouliez-vous ? "

On voudrait le paragraphe où la mère, cette vieille femme impétueuse qui n'en fait qu'à sa tête, engueule son quinqua de fils, sa chiffe molle de fils, parce
que comme tous les types de sa génération il a refusé de parler de cette tragédie, le torpillage en 1945 du Wilhelm Gustloff, bateau chargé de 10 000
réfugiés allemands s'il vous plaît dont 3 000 nourrissons, ce qui nous donne 8 000 ou 9 000 morts soit le plus grand naufrage de l'histoire, Titanic enfoncé
si l'on peut se permettre. Et si la mère est si furieuse c'est qu'elle y était, sur le tragique Gustloff, enceinte jusqu'au bout des cheveux, qu'elle a survécu
malgré l'eau glacée et les - 17 °C pour donner aussitôt naissance, précisément, à cet invertébré de fils qui aujourd'hui, en 2000 et quelque, s'étonne que les
cadavres sortent de l'eau glacée et viennent chatouiller la mauvaise conscience allemande, attendu qu'il ne saurait y avoir de victimes allemandes puisque
les Allemands, même un journaliste sait ça, sont tous coupables.

Alors Günter Grass pose sa pipe dans le cendrier et lit ceci. " Mère n'a rien dit. Comme chaque fois que quelque chose la frôlait d'un peu trop près, elle a
fait ses yeux "yapersonnalamaison", c'est-à-dire révulsé les prunelles jusqu'à la limite de l'impossible. De toute façon, elle était persuadée que ce genre de
choses-là [les désordres qui sont le sujet du livre, NDLR] ne pouvaient qu'arriver lorsque pendant des dizaines d'années "on a pas eu l'droit de causer du
Justloff. Chez nous à l'Est, en parlons pas. Et chez toi à l'Ouest, si jamais on parlait d'l'époque, c'était toujours pour d'autres trucs, des mauvais, Auschwitz et
tout ça. Ah ça bon Dieu ! C'qu'y-z-ont pu s'énerver au collectif du Parti quand comme ça en passant j'ai dit quèqu'chose de positif sur les bateaux Kadéeff
[KDF : la Force par la joie, l'organisation de loisirs des nazis], que le Justloff par exemple c'était un bateau sans classes..." "

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Le traducteur en français du roman, Claude Porcell, n'est pas en cause. Il a accompli sa tâche avec excellence. Mais la tâche était impossible. Entendre
Günter Grass lire, non : proférer, ces mots qui au début du paragraphe coulent et s'enlacent comme une tresse sur la nuque d'une femme, puis d'un seul
coup se désarticulent, Gustloff devenu Justloff, la voix baissée d'une octave, les voyelles qui explosent, la salive günter-grassienne (salive nobélisée, s'il vous
plaît) qui huile les syllabes pour mieux les entrechoquer, faisant revivre " ce parler ouest-prussien que nous sommes combien, en 2002, à connaître encore
? ", entendre cela c'est revenir, comme le veut Grass, à la naissance de la littérature, quand on se blottissait au fond de huttes pour entendre un gars plus
doué que les autres raconter des histoires et conjurer la nuit.

Dans son discours de réception pour le Nobel, justement, Grass raconte qu'il a eu du mal, avec cette langue. Le nazisme avait corrompu les mots. Sang,
honneur, guerre, Allemagne, comment porter encore en bouche ce pain-là ? Il y avait même cette menace d'excommunication définitive sur la littérature
qu'avait proférée le philosophe Adorno, selon laquelle il était impossible, après Auschwitz, d'écrire encore de la poésie. Ils sont pourtant quelques-uns, vers
1950, à avoir essayé de bâtir sur les ruines. Ils se nommaient Groupe 47. Des gens comme le vieux Heinrich Böll, l'humaniste catholique, mais surtout des
jeunes, Ingeborg Bachmann, Martin Walser, Uwe Johnson, tous illustres aujourd'hui sauf en France, et aussi un garçon déjà farouche et moustachu qui a en
2002 à peine vieilli.

Günter Grass a appris à lire dans la pauvre cuisine familiale, " en me bouchant les oreilles parce que ma soeur faisait du raffut ". Il a joué, à la récré, à la
guerre d'Espagne, sauf que c'était les rouges qui devaient mourir, assiégés dans les toilettes. Il a porté l'uniforme et chanté les chants des Jeunesses
hitlériennes, " et on aimait bien ça parce que, comme tous les gosses, ça nous permettait d'échapper à nos parents ". Il se souvient comme hier du jour où
la guerre a explosé, les Stuka bombardant les Polonais tout proches " et nous, gamins inconscients, prenant tous les risques pour récupérer des fragments
de bombes dont le métal tordu nous fascinait ". Il a survécu, on l'a dit, " et ça m'a laissé la conscience très nette que mon existence ne tient qu'au hasard ".
Puis les copains du Groupe 47. Le refus définitif, radical, physiologique, de tout extrémisme : " Nous, les enfants aux doigts brûlés, avons répudié le noir et
blanc, et sommes devenus les rejetons du scepticisme, les adeptes de toutes les nuances du gris. " Enfin la redécouverte de cette langue " que j'ai si
longtemps crue coupable ". Redécouverte de son " envoûtante douceur ", de sa " souple dureté " de ses dialectes et de ses excentricités, et même, tenez-
vous bien écoliers, " de la façon si belle dont éclo- sent ses subjonctifs ".

La suite n'est qu'une histoire de gloire en marche, depuis le succès immédiat, explosif du Tambour en 1959, jusqu'aux hantises écologico-scientifiques de
La Ratte en 1986, en passant par cette parabole canine du IIIe Reich, Les Années de chien en 1963 ou ce conte torrentiel, en 1977, Le Turbot, " parce que
j'en avais assez qu'on raconte toujours l'histoire humaine sous forme de conclaves et de batailles, et que la nourriture ça compte aussi ". Tout ça sans
oublier le dessin, la sculpture, la confection de recettes qu'il affectionne mitonnées (" les tripes, c'est peut-être ça que je préfère, à l'italienne avec des
tomates, à la polonaise avec du cumin ou pourquoi pas à la mode de Caen "). Et puis la politique, la politique, encore la politique. Socialiste de toujours.
Fidèle de Willy Brandt. Amoureux de " comment s'appelait-il, celui qui avait mis fin à la guerre d'Indochine en 1954 ? Meilleur, à mon avis, que Mitterrand...
Ah, son nom... Mendès France, ça y est. Il y a encore des gens comme ça, en France ? ". Et pour le reste une vie comme tout le monde, une femme belle et
très grande qui l'a accompagné pour l'inter- view, des enfants (lire le Journal d'un escargot, 1974) qui posent toujours à leur écrivain de père les ques- tions
qu'il faut pas...

Justement, les enfants. Cet enfant précis. Celui du dernier livre. Le petit-fils de la Mère au terrible parler ouest-prussien. Le fils, donc, du quinqua un peu
lâche. Ce gamin-là, oui, qui s'appelle Konrad - dites " Konny ". Un garçon comme tout le monde, avec des jeans larges, une copine, pas du tout le genre
crâne rasé-manche de pioche mais tout de même gentiment néonazi. Un accro d'Internet. Il y passe ses nuits. Il a monté son site. Et là on trouve quoi ?
Tout sur le naufrage du Wilhelm Gustloff. Bateau fantôme de l'Allemagne. Verboten d'en parler. Sauf que lui, Konny, ne pense qu'à ça. Il pose toutes les
questions, surtout les gênantes. Ces milliers de bébés morts la tête en bas dans l'eau glacée de la Baltique, seraient pas des victimes, des fois ?
L'organisation la Force par la joie, qui emmenait les braves ouvriers de l'Allemagne nazie, pour pas cher, en croisière, elle avait pas du bon, aussi ? Tous ces
réfugiés d'Allemagne orientale qui fuyaient devant l'Armée rouge - et l'Armée rouge n'était pas avec eux d'une tendresse proprement maternelle -, on ne
pourrait pas, par hasard, les plaindre et raconter leur atroce histoire ? Et lui, le grand écrivain qui manipule en coulisse le roman et dans lequel il n'est pas
difficile de reconnaître un certain Günter Grass, est-ce qu'il n'aurait pas " failli à la tâche de sa génération " : exprimer cette misère et donner à ces pauvres
morts une sépulture de mots ?

Günter Grass bourre sa pipe. Les yeux noirs s'enfoncent vers le passé. " Nous avons eu tort. J'ai eu tort. D'abandonner ce pan d'histoire à la droite et à des
groupes de nostalgiques. La gauche a fait l'erreur de prendre les gens pour des idiots. Comme si les ouvriers des chantiers navals, qui acclamaient Hitler
en 1935, n'étaient pas les mêmes qui avaient voté rouge quelques années plus tôt. Comme s'il n'y avait pas, dans le nazisme, le mot national mais aussi
socialisme. Nous avons démonisé. Il fallait dire les faits. C'est ce que j'ai voulu faire dans ce livre. C'est ce que le jeune Konny, le héros, essaie d'accomplir, à
sa manière tordue, mais à sa manière. Moi je ne suis pas dans sa tête. J'ignore ce qu'il pense. Je le regarde. Vous me dites qu'il est fascinant, parce qu'on le
trouve sympathique en dépit de ses idées odieuses. Peut-être. Moi je ne suis là que pour raconter : montrer les faits, ressortir les vieux albums de famille
et poser des questions sur les photos qui manquent. "

L'interview est finie. La nuit est tombée sur la grande plaine d'Allemagne du Nord. Une nuit très claire, déjà fraîche, piquée d'étoiles. Là-bas, vers l'est,
Dantzig où est né Günter Grass n'est plus Dantzig. L'écrivain ne plonge vers le passé que pour réveiller des spectres. Lorsque son narrateur regarde les
photos jaunies des jeunes soldats, en 1940, il leur trouve une ressemblance dérangeante avec son propre fils, né quarante ans plus tard. Lorsqu'il dévisage
des portraits d'auxiliaires féminines de la Wehrmacht, il lui semble voir dans ces visages de blondes aux cheveux raides sa propre femme, Gabi, qui est de
la génération 68 et qui essaie d'arrêter de fumer.

On se demande parfois si le vieux romancier, qui n'aime guère le mot " allemand " et qui se définit, du bout des doigts, comme " un patriote de la
Constitution, c'est tout ", n'a pas passé sa vie à creuser le sens et l'histoire de ce mot, Allemagne. Et pendant qu'on dîne, seul dans un bistrot italien, on relit
ce roman de lui qu'on préfère, Toute une histoire, livre qui contestait la réunification et fit scandale, et dans lequel le fantôme de l'illustre écrivain Theodor
Fontane vient chatouiller les pieds d'une Allemagne paisible et inquiète, riche et coupable, incurablement romantique, embuée de rêves, finalement
méconnue et méconnue surtout d'elle-même -

François Granon

(1) Tous les livres de Günter Grass sont parus au Seuil. Par ailleurs, Olivier Mannoni a écrit une excellente biographie, Günter Grass, L'honneur d'un
homme (éd. Bayard, 560 p., 24,39 e). Enfin, souhaitons au lecteur de découvrir l'oeuvre de Theodor Fontane, en particulier Errements et tourments ou Effi
Briest (éd. Laffont, coll. " Bouquins "), grand inspirateur de Grass et dont le génie égale celui de Flaubert.

A lire

En crabe, de Günter Grass. Ed. du Seuil, 265 p., 19 e.

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En crabe, Günter Grass

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