Qu'est ce que “le” diabète ?
On regroupait autrefois sous le terme de diabète tous les états pathologiques aigus ou
chroniques en rapport avec un trouble de la glucorégulation. Actuellement, on a renoncé à
donner une définition du diabète et on décrit plutôt ses symptômes et ses complications :
"En l'absence de traitement, le diabète sucré se reconnaît par l'élévation chronique de la
concentration de glucose dans le sang. Celle-ci s'accompagne parfois des symptômes
suivants: soif intense, diurèse importante, perte de poids et troubles de la conscience
aboutissant à un coma mortel."
Le plus souvent, les symptômes sont beaucoup moins sévères et il n'y a pas de
troubles de la conscience. Pendant plusieurs années, la maladie s’installe et est
asymptomatique.
QUELS SONT LES DIVERS TYPES DE DIABETE ?
Différents mécanismes peuvent induire l'état diabétique. L'hyperglycémie et les autres
anomalies biochimiques résultent d'un déficit de production d'insuline ou d'une diminution de
son action. La sévérité des symptômes dépend fortement du degré d'insuffisance d'activité
de l'insuline. En fonction de sa durée, la maladie diabétique peut:
- développer des lésions progressives des capillaires de la rétine, des reins ( chez 40
% des diabétiques), des membres inférieurs
- causer ou favoriser des lésions au niveau cérébral et des nerfs périphériques
- aggraver les lésions d'athérosclérose au niveau du cœur, des jambes et du cerveau
- induire la formation de dépôts amyloïdes pancréatiques
Les diabètes peuvent également avoir une origine génétique:
• Dans le cas de jumeaux homozygotes, la probabilité de développer un diabète chez
un des jumeaux si l’autre en est atteint est de 47% alors qu’elle n’est que de 10% si l’on
est en présence de jumeaux hétérozygotes.
• Un enfant dont un des parents est atteint de DNID a 33% de chance d’en développer
un lui même, cette probabilité atteignant 50 % si les deux parents en sont atteints.
• On a pu identifier certains gènes qui semblent prédisposer à l'expression d'un diabète
de type II. Il s'agit de gènes de récepteurs comme celui de l'IRS1 (Insulin Receptor
Substrate 1), du récepteur β 3 adrénergique et du récepteur de la sulphonylurée. De
même, une altération du gène IB1 provoque une fragilisation des cellules B, diminuant
leur production d’insuline et favorisant leur autodestruction par apoptose.
Cependant, ces diverses susceptibilités génétiques sont bien incapables d'expliciter
la vaste prévalence de cette pathologie dans la population mondiale: le DNID possède des
causes multiples, et une susceptibilité génétique n'est pas un simple rapport de cause à effet
!
Diabète non insulino dépendant (DNID) Diabète insulino dépendant (DID)
Chromosome Génes impliqués Chromosome Gènes impliqués
gène CAPN10 (région NIDDM1)
codant pour une protéase de type
2 calpaïne liée à la cystéine,
Prédisposition: gènes
exprimée au niveau pancréatique
1 associés à la sialite et à
et hépatique.
la péri-insulite.
gène APM1 codant pour
3
l’adiponectine
gène de la glucokinase des patients
7 atteint de MODY (Maturity Onset 3 gène associé à l'insulite
type Diabetes in the Young).
gène MAPK8IP1 de la protéine
IB 1 (Islet Brain 1) a effet insulino-
gène de la phase
11 stimulant et anti-apoptotique. La 11
finale du diabète
molécule active la transcription du
gène du transporteur GLUT 2.
2 locus différents sont impliqués.
Un seul est lié à une transmission prédisposition (gènes
12 17
autosomique dominante. du CMH)
De nombreux gènes sont plus ou moins impliqués dans les pathologies diabétiques
Les points communs à toutes les formes cliniques du diabète sucré sont :
- une hyperglycémie plus ou moins marquée, qui définit l'affection
- une atteinte, primaire ou secondaire, des cellules B pancréatiques
- une sécrétion d'insuline minime ou nulle exigeant la prescription de cette hormone dans
le cas d'un diabète de type 1 (diabète insulino-dépendant)
- une sécrétion d'insuline insuffisante, voire normale, transitoirement surabondante, mais
surtout inefficace rendant l'insulinothérapie inutile (dans un premier temps) dans le cas
d'un diabète de type 2 (diabète non insulino-dépendant.)
En 1985, l'OMS a établi une classification du diabète sucré et des catégories apparentées
d'intolérance au glucose selon 5 types:
le diabète insulino-dépendant
le diabète non insulino-dépendant
le diabète gestationnel qui concerne 1 à 14 % des futures mères
les diabètes "secondaires"
l'intolérance au glucose.
Le diabète de type I
Il s'agit d'une maladie auto-immune: l'organisme fabrique des anticorps dirigés contre
ses propres cellules. Ici, il y a dégradation immunologique des cellules B du pancréas.
Il se caractérise, en plus d'une hyperglycémie, par une hypo-insulinémie due à une
destruction de la plus grande partie des cellules B sécrétrices d'insuline. Cette auto-immunité
est favorisée par les antigènes existant à la surface de certaines cellules lymphoïdes et par
les antigènes présents sur la surface de toutes les cellules possédant un noyau. Ces
antigènes constituent donc des substances de détection immunologique du diabète insulino-
dépendant. Il existe d'autres marqueurs immunologiques, notamment les anticorps anticellules
d'îlots de Langerhans que l'on trouve chez 50 à 100 % des sujets ayant un diabète insulino-
dépendant récent. Ces anticorps sont de 3 types: cytoplasmiques, dirigés contre des
antigènes de surface et cytotoxiques. Des études plus récentes ont permis de détecter des
anticorps anti-récepteurs de l'insuline ainsi que des anticorps anti-insuline.
Le diabète de type I 1/2
Caractérisé chez l'Homme, cette atteinte est un diabète de type II présentant des
caractères cliniques mais surtout immunologiques qui le relient au type I: il existe dans un
ensemble conforme au type II des auto anticorps caractérisant une atteinte auto immune
typique du diabète de type I.
Le diabète de type II
La pathogenèse du diabète non insulino-dépendant reste encore sujette à
controverse et demeure mal comprise. Reprenant les travaux réalisés ces dernières années,
certains chercheurs en sont venus à considérer le diabète NID comme étant essentiellement
une maladie des cellules B pancréatiques. Pour d'autres auteurs, c'est le phénomène
d'insulinorésistance (voir + loin) qui semble pré-existant dans cette pathologie, ainsi que
l'atteste l'étude de certains modèles animaux.
L'étude de populations diabétiques, incluant parfois des jumeaux monozygotes, a
permis de mettre en évidence de nombreux facteurs liés à cette pathologie:
• Quelques gènes de prédisposition portant en particulier sur des récepteurs, mais qui
sont loin d'être associés systématiquement à une pathologie exprimée !
• Un faible poids de naissance semble prédisposer au diabète NID, mais sans qu'un
facteur génétique n'ai pu être mis en évidence
• Une faible activité physique, une nourriture riche en lipides génèrent une obésité
associée à un taux plasmatique et tissulaire élevé en acides gras libres
• Une activité réduite de la glycogène synthase musculaire pouvant servir d’indice pour
la détection d’une susceptibilité diabétique à long terme, car elle se manifeste très tôt
Le diabète non insulino-dépendant est une maladie indolore, d'installation tardive, dont
les signes cliniques ne sont pas clairement définis. Elle peut souvent être révélée par une de
ses complications, plus que par l'affection originelle.
Cependant, on a pu mettre en évidence trois anomalies métaboliques conduisant à
l'installation de l'hyperglycémie chronique caractérisant ce diabète:
• une insulinorésistance des tissus périphériques, particulièrement au niveau musculaire
squelettique
• une insulinopénie liée à une ou à des perturbations de l'insulino-sécrétion
• une synthèse hépatique de glucose exagérée
A ces anomalies métaboliques sont liées une augmentation de la lipolyse du tissu
adipeux et une sécrétion insuffisante de Glucagon Like Peptide 1 (GLP-1). Récemment, le
rôle de signaux délétères d'origine intestinale a été mis en évidence grâce à l'amélioration de
l'état diabétique induite par certaines interventions chirurgicales.
La pathologie diabétique de type 2 se caractérise principalement par une glycémie
élevée alors que l'insulinémie est normale ou élevée. Cette hyperglycémie exerce un effet
toxique sur:
- les cellules B pancréatiques
- les hépatocytes dont la production glucosée est perturbée
- les tissus périphériques (consommation glucosée anormale)
Pour bien comprendre la gravité du diabète, il faut avoir présent à l'esprit que le
glucose, très abondant dans l'organisme, n'est pas un produit neutre. Trop abondant, il va
exercer des effets délétères:
• physiques, en accroissant la viscosité du sang, ce qui endommage les vaisseaux
• physiologiques, en modifiant les sécrétions pancréatiques (c'est là l'origine de la
plupart des effets métaboliques de cette pathologie)
• chimiques, en formant des liaisons entre les acides aminés des protéines
(l'hémoglobine, par exemple, subit une glycosylation): ces phénomènes sont
impliqués dans les complications du diabète NID
La sensibilité au glucose est diminuée chez le diabétique: alors que chez un sujet sain
le doublement de la glycémie conduit (à niveau identique et constant d’insuline, de glucagon
et d’hormone de croissance) à une augmentation de 69 % de l’assimilation périphérique du
glucose et inhibe de 42 % la production de glucose endogéne, ces chiffres ne sont plus que
de 49 et 0% chez un diabétique NID. Cette absence d’inhibition de la production endogène
de glucose et la diminution de la stimulation de son assimilation montre que dans le diabète
NID l’autorégulation du glucose est déficiente. A contrario, la synthèse de glycogène est
extrêmement sensible aux changements de la glycémie chez les diabétiques.
Les stades successifs du diabète de type II sont présentés dans le tableau suivant:
stade nom description
Glycémie après 8 heures de jeûne comprise entre 1,10
1 intolérance au glucose et 1,26 g/l
Pour 25% des intolérants au glucose:
2 diabète de type II glycémie à jeun >= 1,26 g/l à 2 reprises
Atteintes micro et macro angiopathiques.
c o m p l i c a t i o n s Après traitements diététiques et hypoglycémiants
3 dégénératives oraux, on peut être conduit à administrer de l'insuline:
diabète insulino-requérant.
On cherche ainsi à rétablir chez les diabétiques une glycémie à jeun < 1,2 g/l et un taux
d'hémoglobine glycosylée < 7 %. On surveille annuellement chez les malades la
créatininémie et la microalbuminurie. D'autres facteurs associés au diabète (obésité,
tabagisme, dyslipidémie) sont également pris en charge.
Pour surveiller de façon non invasive l'évolution de la maladie, on peut analyser le taux
de monoxyde de carbone CO exhalé. Cette molécule résulte du stress oxydatif subi par les
cellules à cause des protéines glycosylées. Un sujet en bonne santé (et non fumeur!) exhale
2.9 +/- 0.2 ppm de CO alors qu'un diabétique de type II exhale 5.0 +/- 0.4 ppm de CO (et
4.0 +/- 0.7 ppm pour un diabétique de type I). Ces taux sont corrélées à la glycémie des
sujets mais également à la durée de leur pathologie.
A l'état normal, l'insulino-sécrétion se fait selon 2 phases après injection intraveineuse
d'une surcharge glucosée:
- une 1° phase précoce dépendante de la quantité de glucose injectée
- une 2° phase tardive dépendante de la durée et de l'importance de l'élévation de la
glycémie.
Chez les sujets présentant un diabète non insulino-dépendant, le 1° pic précoce de sécrétion
d'insuline est réduit alors que le 2° pic, tardif, n'est diminué que lorsque la glycémie dépasse
un certain seuil.
LES COMPLICATIONS
L'aboutissement de toutes ces dérégulations sont les complications du diabète qui en
font toute la gravité.
Les complications du diabète sont directement ou indirectement liées à
l'hyperglycémie ou au déficit insulinique. Elles sont souvent la conséquence au moins partielle
d’une atteinte structurale et fonctionnelle des lames basales des organes considérés. Les
atteintes chroniques les plus importantes du diabète peuvent se schématiser en altérations
vasculaires atteignant la macro et la micro-circulation correspondant à deux types
d'angiopathie: la macroangiopathie et la microangiopathie. Les complications à long terme de
la maladie se caractérisent par des troubles fonctionnels pancréatiques irréversibles, rénaux et
cardiaques ou par la cécité.
En ce qui concerne la macroangiopathie, c'est une atteinte non spécifique au diabète
des artères de gros et moyen calibres notamment l'aorte. Ces atteintes correspondent à
l'athérosclérose. Le diabète est reconnu comme l'affection favorisant le développement de
l'athérosclérose, et de ce fait est considéré comme un facteur de risque. En effet, trois
diabétiques sur cinq meurent de maladies cardiovasculaires .
L'hyperinsulinémie pourrait jouer un rôle important dans l'athérogenèse, avec laquelle
elle est souvent associée . Elle est également fréquemment associée aux facteurs de risque
des maladies cardiovasculaires, c'est-à-dire hyper-triglycéridémie, niveaux des HDL bas et
LDL élevés, hypertension, hyperglycémie et obésité. On retrouve ces différents facteurs
chez le modèle animal diabétique Psammomys obesus.
La microangiopathie touche les petits vaisseaux (artérioles, veinules et capillaires). C'est
une lésion diffuse à tout l'organisme, mais qui intéresse particulièrement l'œil et le rein. Elle
peut également participer à une dégradation des fonctions cognitives reflétant des altérations
cérébrales corticales .
Rôle de l'amyline (où IAPP).
On a montré depuis quelques années qu'au niveau des îlots de Langerhans des
sujets diabétiques présentant un diabète non insulino-dépendant, on observe l'existence de
dépôts amyloïdes détruisant l'architecture normale des îlots et présents en nombre beaucoup
plus élevé que chez les sujets non diabétiques.
C'est la polymérisation d'une substance amyloïde, appelée amyline par de
nombreux auteurs, qui conduit à la formation de dépôts amyloïdes. L'amyline revêt peu
d'analogies structurales avec l'insuline bien qu'elle soit localisée au niveau des granules
sécrétoires, dans les cellules B, où on estime qu'elle pourrait intervenir en provoquant des
troubles fonctionnels et des lésions membraneuses irréversibles, assumant une certaine
responsabilité dans l'atteinte des cellules B et entraînant la mort du sujet diabétique.
Chez l'Homme et chez le chat cette molécule s'accumule dans les cellules par suite
d'une production inadaptée de proamyline. On peut expérimentalement provoquer par un
long régime hyperlipidique la formation de dépôts amyloïdes chez la souris, mais ils n'ont
aucune incidence sur la glycémie de cet animal.
Outre l'IAPP, de nombreux peptides ou protéines peuvent induire le dépôt de fibres
amyloïdes. L'insuline elle-même peut provoquer une amyloïdose qui reste cependant
localisée à sa zone d'injection.
Facteurs intervenant dans la pathologie diabétique