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Contentieux du recouvrement fiscal

Le document traite des procédures judiciaires relatives au contentieux du recouvrement fiscal, précisant les compétences des juridictions judiciaires et administratives en matière de réclamations fiscales. Il souligne l'importance de la réclamation préalable avant de saisir la juridiction et les conditions de mise en recouvrement des impositions. Enfin, il aborde les rôles des comptables publics et les implications de la jurisprudence sur la procédure de recouvrement des créances fiscales.

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Contentieux du recouvrement fiscal

Le document traite des procédures judiciaires relatives au contentieux du recouvrement fiscal, précisant les compétences des juridictions judiciaires et administratives en matière de réclamations fiscales. Il souligne l'importance de la réclamation préalable avant de saisir la juridiction et les conditions de mise en recouvrement des impositions. Enfin, il aborde les rôles des comptables publics et les implications de la jurisprudence sur la procédure de recouvrement des créances fiscales.

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Fasc. 9618 : CTX - CONTENTIEUX DU RECOUVREMENT. – Juridiction judiciaire.

– Procédure
JurisClasseur Fiscal
Première publication : 29 juillet 2021
Martine Betch
Conseiller honoraire à la Cour de cassation
Points-clés

Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents
de l'Administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir, soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul
des impositions, soit la constatation d’une irrégularité formelle de l’acte de poursuite, soit encore le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition
législative ou réglementaire (V. n° 1 ).

Le tribunal judiciaire est compétent pour connaître des recours formés par les contribuables sur des décisions rendues par l’Administration qui ne
donnent pas entière satisfaction aux intéressés lorsqu’elles portent sur l’existence de l’obligation de payer, le montant de la dette, l’exigibilité de la
somme réclamée en matière de recouvrement des droits d’enregistrement, de taxe de publicité foncière, de droit de timbre, de contributions indirectes et
de taxes assimilées à ces droits, taxes ou contributions et d’impôts sur la fortune immobilière. Il est également juge du privilège du Trésor public (V. n°
65 à 107 ), des actions en revendication d'objets saisis (V. 155 à 191 ), des contestations soulevées lorsque les comptables publics font usage de la
saisie mobilière et juge de la procédure collective (V. n° 405 à 407 et 429 à 447 ).

Le juge de l’exécution est le juge judiciaire compétent pour connaître des recours formés par le contribuable qui concernent les vices de formes de l’acte
de poursuite pour l’ensemble des impôts et taxes recouvrés par les comptables publics compétents, impôts relevant tant de la juridiction administrative
que judiciaire (V. n° 387 à 427 ).

Avant la saisine de la juridiction, le contribuable doit présenter une demande en opposition (réclamation préalable) au recouvrement d’impôts, au
comptable public compétent qui exerce les poursuites. La personne revendiquant la propriété des biens saisis doit également présenter une réclamation
préalable à l’administrateur général des finances publiques. Cette demande doit exposer l’ensemble des griefs et être accompagnée de l’ensemble de
pièces et justificatifs (V. n° 193 à 228 ).

La réclamation préalable peut être accompagnée d’une demande de sursis de paiement qui est la faculté proposée au contribuable qui conteste le bien-
fondé des impositions mises à sa charge, de différer le paiement de l’impôt jusqu’à la décision, soit de l’Administration, soit du tribunal administratif ou
judiciaire selon l’impôt en cause, en offrant des garanties de paiements. À compter de la demande de sursis de paiement, la prescription de l’action en
recouvrement est suspendue. L' article R.* 281-4 du LPF prévoit que le comptable public compétent, chef de service, doit accuser réception de la
réclamation (V. n° 229 à 279 ).

Le contentieux fiscal de l'assiette de l'impôt présente la particularité de déférer à la connaissance du juge administratif ou judiciaire, non le titre de
recouvrement de la créance du Trésor public mais la décision administrative, expresse ou implicite, de rejet de la réclamation préalable (V. n° 305 ).

En contentieux d’assiette, l’Administration ainsi que le contribuable, dans la limite du dégrèvement ou de la restitution sollicités, peuvent faire valoir tout
moyen nouveau, tant devant le tribunal judiciaire que devant la cour d'appel, jusqu'à la clôture de l'instruction. Il faut cependant distinguer les moyens
nouveaux, recevables jusqu'en appel, des demandes ou conclusions nouvelles, qui sont irrecevables (V. n° 330 à 335 ).

En contentieux du recouvrement, si le juge doit se prononcer exclusivement au vu des justifications qui ont été présentées au chef de service, la
jurisprudence admet que les dispositions de l’ article R. 281-5 du LPF ne font pas obstacle à ce que le contribuable soulève devant le juge de l'exécution
un moyen nouveau de pur droit dès lors qu'il n'implique pas l'appréciation de nouvelles pièces justificatives ou de nouvelles circonstances de fait omises
dans sa réclamation préalable au chef de service (V. n° 169 ).

Lorsqu'une tierce personne, mise en cause en vertu de dispositions autres que celles du CGI, conteste son obligation d'acquitter la dette, le tribunal
administratif, lorsqu'il est compétent, attend pour statuer que la juridiction civile ait tranché la question de l'obligation. Selon la jurisprudence tant
administrative que judiciaire, il incombe au juge de l’impôt de surseoir à statuer lorsque la contestation de l'obligation d'acquitter la dette soulève une
difficulté sérieuse. Le juge judiciaire doit retenir l’existence d’une question préjudicielle, ordonner le sursis à statuer et renvoyer l’examen de la question
de l’exigibilité de l’impôt devant le juge de l’impôt lorsque le dirigeant conteste la dette fiscale de la personne morale, même si cette dernière n’a exercé
aucun recours (V. n° 345 et 346 ).

La compétence judiciaire s'étend à l'appréciation de la responsabilité encourue par l'Administration, non pas à raison de ses décisions d'engager des
poursuites, mais à raison des fautes qu'elle aurait commises au cours de la procédure d'exécution des poursuites et qui ne seraient pas détachables de
cette procédure. Si la faute a été commise dans le cadre de l’exécution des poursuites, la compétence du juge judicaire est exclusive quel que soit l’
impôt ou la créance en cause (V. n° 58 à 64 ).

Introduction

§ 1 Les règles relatives à la mise en recouvrement et à l'exigibilité des impositions établies par voie de rôle sont régies par les dispositions de l' article 1658 et
suivants du CGI . La mise en recouvrement de l’impôt doit faire l’objet d’un titre exécutoire. La règle générale qui prévaut est qu'à défaut de paiement dans un
délai calculé à partir de la date de mise en recouvrement, les impositions deviennent exigibles et le comptable est fondé, sur la base de ces titres exécutoires, à
en poursuivre le recouvrement par toutes voies de droit ( CGI, art. 1663 ). L'action en recouvrement forcé ne peut être engagée qu'après la date limite de
paiement figurant sur les titres exécutoires ou avis d'imposition.

Pour le recouvrement forcé des créances publiques, le législateur autorise les agents chargés du recouvrement des créances à utiliser les voies d'exécution
civiles (L. n° 91-650, 9 juill. 1991. - D. n° 92-755, 31 juill. 1991 ). Le contentieux du recouvrement ne s'ouvre qu'à partir du moment où intervient une mesure
d'exécution forcée, en l'absence de paiement après mise en demeure précédée d’une lettre de relance restée infructueuse (LPF, art. L. 257-0 A et L. 257-0 B).
Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de
l'Administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir, soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des
impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire.

Les recours contre les décisions prises par l'Administration sur les contestations relatives à la régularité en la forme de l’acte de recouvrement sont portés devant
le juge de l'exécution, qui est un juge judiciaire ( LPF, art. L. 281, 1° ).

Le contentieux du recouvrement des impositions relève pour partie de la compétence des juridictions administratives et pour partie de celle des tribunaux
judiciaires. Le juge administratif est le juge de l’imposition en matière d’impôts directs (IS et IR notamment) et des taxes sur le chiffre d'affaires ou taxes
assimilées (V. JCl. Fiscal, fasc. 9612 et 9614). Le juge judiciaire est le juge de l’imposition en droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière, des droits
de timbre, des contributions indirectes et des taxes assimilées à ces droits, taxes ou contributions, de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et de l’impôt sur la
fortune immobilière (IFI) - depuis 2018 l’IFI remplace l’ISF ( LPF, art. L. 199 ).

I. Acteurs de la procédure
A. Comptable public chargé du recouvrement

§ 2 En droit fiscal, le recouvrement des créances fiscales est confié aux comptables publics compétents par arrêté du ministre chargé du Budget ( LPF, art. L. 252
).

§ 3 Le décret n° 2016-1099 du 11 août 2016 relatif à la réorganisation du traitement du contentieux juridictionnel fiscal au sein des services de la direction
générale des finances publiques (DGFiP) a mis en place des pôles juridictionnels spécialisés pour le traitement des contentieux fiscaux d’assiette, de
recouvrement et des recours pour excès de pouvoir ( Procédures 2016, comm. 350 ). Ce décret donne compétence au directeur départemental des finances
publiques, au directeur régional pour agir devant le tribunal administratif, à certains directeurs régionaux pour agir devant le juge judiciaire et au directeur
interrégional des douanes et droits indirects ou, pour l'outre-mer, au directeur régional pour agir devant les deux ordres de juridiction, à compter du 1er septembre
2016 ou, pour les litiges avec les services à compétence nationale et les directions spécialisées, à compter du 1er avril 2017. Les mêmes directeurs des finances
publiques sont également compétents pour prononcer les dégrèvements.

§ 4 La fusion des directions générale des impôts et générale de la comptabilité publique en une direction générale des finances publiques (DGFiP) n’a pas eu d’
influence sur la jurisprudence établie. Le comptable public territorialement compétent est toujours l'agent chargé du recouvrement des impositions au sens de l'
article R. 281-1 du LPF . Ainsi, il a été jugé que dès lors que la direction des grandes entreprises (DGE) avait repris, pour les entreprises dont le chiffre d’affaires
ou l’actif brut est supérieur à 400 millions d’euros, la mission générale auparavant exercée par les directions des services fiscaux, le directeur de la DGE devait
être regardé comme un " directeur des services fiscaux " au sens et pour l’application des dispositions de l’article R. 256-8 du LPF ( CAA Versailles, 3e ch., 25
nov. 2015, n° 13VE02335, SAS Distribution Casino France : JurisData n° 2015-030423 ; Dr. fisc. 2016, n° 7-8, comm. 185 , concl. B. Coudert. - Cass. com., 22
oct. 2013, n° 12-23.352 : JurisData n° 2013-023448 ).
1° Comptable public compétent

§ 5 Arrêté de nomination du comptable public


L’arrêté de nomination du comptable public par le ministre chargé du Budget doit être publié.

Dans une décision du 9 décembre 2014, la Cour de cassation a précisé que les nominations dans la fonction publique devaient faire l’objet d’une publication
suivant les modalités fixées en décret en Conseil d’État ( Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365, FS-P+B, Sté Conception bureautique et organisation du travail
(CBOT), note J.-P. Maublanc : JurisData n° 2014-030656 ). Elle a rappelé que le défaut de publication d'un acte administratif à caractère réglementaire ne
constituait pas un vice propre de cet acte qui échapperait à la compétence de la juridiction judiciaire. En réalité, il est vrai que l'absence ou l'irrégularité de la
publication d'un règlement est sans influence sur l'existence ou la légalité du règlement ( CE, 27 mars 1914, Laroche : S. 1914, III, p. 97, note M. Hauriou. - CE,
sect., 27 janv. 1961, Daunizeau et a. : Lebon, p. 57 ; AJDA 1961, p. 75 , chron. J.-M. Galabert et M. Gentot. - CE, ass., 21 déc. 1990, n° 105743, 105810, 105811
et 105812, Confédération nationale des associations familiales catholiques et a. : JurisData n° 1990-046626 ; Lebon, p. 368, concl. B. Stirn ; AJDA 1991, p. 158 ;
RFDA 1990, p. 1065). Cette solution avait été déjà utilisée par le Tribunal des conflits à propos de l'opposabilité des dispositions du statut du personnel de la
société Air France (T. confl., 3 juill. 2000, n° 3205, Synd. pilotes d'Air France et a. c/ Sté Air France : JurisData n° 2000-138994 ; Lebon, p. 768 ; Bull. civ. n° 19 ).
Par ailleurs, s'il avait existé un vice propre de l'acte réglementaire, la plénitude de juridiction du juge judiciaire de l'impôt, même restreinte dans les conditions
spécifiques au contentieux du recouvrement, le conduirait à écarter l'application du règlement entaché d'illégalité (V. par ex., Cass. civ., 28 avr. 1926 : DH 1926,
p. 299. - T. confl., 26 mai 1954 , Sté des hauts fourneaux de la Chiers : Lebon, p. 706. - Cass. civ., 12 mars 1954 : AJDA 1954, p. 414 , note R. Drago). Partant
de cette constatation, la Cour de cassation a rappelé que les tribunaux de l'ordre judiciaire étaient compétents pour constater, s'il y a lieu, une publicité
incomplète d'un acte administratif à caractère réglementaire, la solution valant également pour les lois et les règlements ( Cass. civ., 6 janv. 1994, n° 209 , PF+R,
Leloup : RJF 1994, n° 598) et pour les conventions internationales ( Cass. com., 2 mai 1972 : Bull. civ. IV, n° 124 ) et en a déduit que l'existence ainsi que le
caractère régulier ou complet de la publication d'un acte réglementaire étaient une condition de son entrée en vigueur et que ce contrôle faisant partie de l'office
de tout juge même judiciaire ( Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365, FS-P+B, Sté Conception bureautique et organisation du travail (CBOT) : JurisData n° 2014-
030656 ; Bull. civ. IV, n° 182 ; Dr. fisc. 2015, n° 15, comm. 265, note J.-P. Maublanc ; RJF 2015, n° 274. - cité, n° 169, 201, 223, 315, 335, 394, 417, 420. - V.
Cass. com., 26 nov. 2003, n° 01-03.488 : JurisData n° 2003-021128 ; Dr. fisc. 2004, n° 9, comm. 291 ; RJF 2004, n° 330).

§ 6 Cette solution ne se rattache pas à la jurisprudence administrative selon laquelle des décisions individuelles sont illégales lorsqu'elles ont été prises en
application d'actes réglementaires n'ayant fait l'objet d'aucune publication, et qui, partant, ne sont jamais entrés en vigueur. Mais l'hypothèse soumise à la Cour
de cassation n’était pas analogue dans la mesure où les mesures de poursuites n'avaient pas été prises en application d'un règlement non publié, mais par un
agent dont la nomination n'avait pas fait l'objet d'une publication régulière ( CE, 4 mai 1960, min. Aff . étrangères c/ Mrazovich : Lebon, p. 294. - CE, 7 janv. 1970,
Chaze et Bussière : Lebon, p. 6 ; AJDA 1970, p. 138 . - CE, 7 juill. 1999, Glaichenhauss : Lebon, p. 241 ; RFDA 1999, p. 1119). Toutefois, la décision de la Cour
de cassation qui reconnaît la compétence du juge de l’exécution pour rechercher la publicité (incomplète) de l'acte de nomination du comptable public signataire
du commandement de payer est à rapprocher de la jurisprudence qui lui attribue exclusivement compétence pour connaître des contestations relatives à la
compétence de l'auteur des actes de poursuites. De telles contestations sont jugées se rattacher à la régularité en la forme des actes de poursuites ( CE, 9e et 8e
ss-sect., 9 sept. 1996, n° 65912, n° 66806 et 11229, Berque : RJF 1996, n° 1228. - T. confl., 23 févr. 2004, n° 3366, M. Marchiani : JurisData n° 2004-237653 ;
RJF 2004, n° 518 ; BDCF 2004, n° 66, concl. G. Bachelier. - CE, 8e et 3e ss-sect., 17 mars 2010, n° 315715 : JurisData n° 2010-002270 ; Dr. fisc. 2010, n° 19,
comm. 309 ; RJF 2010, n° 642. - T. confl., 23 juin 2003, n° 3357, M. Montaignac : JurisData n° 2003-229723 ; RJF 2003, n° 1283. - Et pour l'appréciation de la
compétence de l'huissier du Trésor, CE, 8e et 9e ss-sect., 5 avr. 1993, n° 88530 : JurisData n° 1993-042365 ; Dr. fisc. 1993, n° 26, comm. 1376 ; RJF 1993, n°
727). Sur la compétence exclusive du juge de l'exécution, le Conseil d'État fait une application stricte de la loi fiscale en jugeant que la juridiction administrative
n'était pas compétente pour connaître du moyen tiré du défaut de compétence du comptable public, s'agissant d'un moyen relatif à la régularité en la forme de
l'acte de poursuites ( CE, 9e et 10e ss-sect., 19 févr. 2014, n° 344228 , M. A : JurisData n° 2014-002974 ; Dr. fisc. 2015, n° 12, comm. 227 , note R. Vabres ; RJF
2014, n° 500 ; BCDF 2014, n° 62, concl. C. Legras. - TA Versailles, 2e ch., 23 nov. 1984, n° 8313/81 : Dr. fisc. 1985, n° 49, comm. 2151).

§ 7 Il faut signaler toutefois que sur une question concernant l'absence de publication de la décision de nomination ou d'affectation des agents des impôts, le
Conseil d'État a jugé que cette omission était sans incidence sur la validité de leurs actes. Selon le Conseil d'État, la raison tient à ce que les agents chargés du
contrôle fiscal sont, dès la signature de la décision individuelle leur conférant leurs fonctions, habilités à prendre toutes mesures entrant dans les attributions de
leurs emplois ( CE, 8e et 3e ss-sect., 26 sept. 2001, n° 208238, SARL Espace Loisirs : JurisData n° 2001-080016 ; Dr. fisc. 2002, n° 25, comm. 536 , concl. G.
Bachelier ; RJF 2001, n° 1590).

§ 8 Compétence territoriale
Sont compétents pour les poursuites engagées dans leur ressort territorial, le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans
lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la
direction générale des finances publiques ou encore le directeur interrégional des douanes et droits indirects ou le responsable du service des douanes à
compétence nationale ou, en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion et à Mayotte, le directeur régional des douanes et droits indirects ( LPF, art. R.* 281-1 ). Ces
comptables exercent également les actions liées indirectement au recouvrement des créances fiscales qui n'ont pas une cause étrangère à l'impôt au sens de l'
article 38 de la loi n° 55-366 du 3 avril 1955 ( LPF, art. L. 252, al. 2 ).

§ 9 Délégation de signature
S’agissant d’une délégation de signature, le Tribunal des conflits a jugé que l'appréciation de la régularité de la délégation de signature faite au signataire de
l'autorisation de requérir une vente immobilière, ne relève pas de la compétence du juge de l'exécution, mais de celle du juge administratif. Cette solution a été
justifiée par le fait que l’acte de délégation de signature contesté devant le juge de l’exécution n’était pas un acte de poursuite au sens de l’ article L. 281 du LPF
et ne relevait donc pas de la compétence du juge de l’exécution ( T. confl., 15 mars 2010, n° 3706, Mallet c/ TPG Yvelines : Dr. fisc. 2010, n° 21, comm. 337 ;
RJF 2010, n° 631). Cette décision diffère d’une décision de la Cour de cassation du 9 décembre 2014 qui a énoncé que le contrôle de l'existence et de la
régularité de la publication de la nomination du comptable public, lequel relève de la compétence du juge de l'exécution, ne diffère pas fondamentalement de celui
de la régularité d'une délégation de signature faite par le comptable chargé du recouvrement des finances ou le trésorier-payeur général, dans la mesure où ces
actes ne sont pas des actes de poursuites ( Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365 . - V. n° 5 ).

§ 10 Anonymat
Afin de préserver l’anonymat des agents de l’administration fiscale lorsque les circonstances de la procédure le justifient, la loi de finances pour 2020 a prévu la
possibilité de recourir à un numéro d’immatriculation administrative ( LPF, art. L. 286 B. - L. n° 2019-1479, 28 déc. 2019, art. 174 : Dr. fisc. 2020, n° 34, comm.
117).
a) Qualité pour agir en procédure de recouvrement forcé de l’impôt

§ 11 Délégation de pouvoir
L' article L. 252 du LPF n'oblige pas le comptable à agir en personne. Il a la faculté de déléguer ses pouvoirs en application des dispositions de l' article 410 de
l'annexe II du CGI , lequel n'est pas contraire aux dispositions dudit article L. 252 ( Cass. com., 25 juin 2002, n° 00-20.162, FS-D : JurisData n° 2002-015076 ;
Act. proc. coll. 2002, comm. 189 , obs. C. Regnaut-Moutier ; RJF 2002, n° 1325). Toutefois, à la demande du contribuable, l'Administration doit produire la
délégation de signature. À défaut, le délai de recours contre la décision de l'Administration ne court pas ( CAA Marseille, 6 févr. 2003, n° 98MA02091 : RJF 2004,
n° 655).

§ 12 Mandat de représentation
La partie qui se désigne comme l'agent de recouvrement doit établir sa qualité de comptable habilité à exercer les actions relatives au recouvrement des impôts (
Cass. com., 24 mars 1987, n° 83-12.878, Puyeo : JurisData n° 1987-000666 ; Bull. civ. IV, n° 76 ; Dr. fisc. 1988, n° 40, comm. 1841 ). Dans les faits, le comptable
public compétent est le comptable investi personnellement d'un mandat de représentation de l'État pour exercer ces actions en justice (comptable du Trésor : V.
Cass. com., 12 janv. 1999, n° 96-20.644 : JurisData n° 1999-003300 ; Dr. fisc. 1999, n° 25, comm. 51 . - Cass. com., 5 oct. 1999, n° 96-20.643 : Dr. fisc. 2000, n°
18-19, comm. 395 ; RJF 1999, n° 1615. - Cass. com., 25 févr. 2003, n° 99-20.594, F-D , Trésorier public Loir-et-Cher c/ M. Devin : JurisData n° 2003-018068 ;
RJF 2003, n° 772. - Comptable de la DGI, V. Cass. com., 22 juill. 1986, n° 85-14.649 : Dr. fisc. 1987, n° 18, comm. 938 . - Cass. com., 22 juill. 1986, n° 85-11.077
: JurisData n° 1986-001598 ; Bull. civ. IV, n° 178 ; Dr. fisc. 1987, n° 22, comm. 1089 ; RJF 1986, n° 1183. - Cass. com., 22 juill. 1986, n° 84-10.944 et 85-13.312 :
Dr. fisc. 1987, n° 22-23, comm. 1162 . - Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-14.171, Cts Figue et a. : Dr. fisc. 1988, n° 19, comm. 976 . - V. n° 168, 183, 184 ).

Le défaut de qualité du directeur général des impôts ou du directeur des services fiscaux (V. LPF, art. L. 252 ) doit être relevé d'office (CPC, art. 122 et 125. -
Cass. com., 22 juill. 1986, n° 85-14.649 : Dr. fisc. 1987, n° 18, comm. 938 . - Cass. com., 22 juill. 1986, n° 85-11.077 : Dr. fisc. 1987, n° 22, comm. 1089 . - Cass.
com., 22 juill. 1986, n° 84-10.944 et 85-14.031 : Dr. fisc. 1987, n° 22-23, comm. 1162 . - Cass. com., 12 nov. 1986, n° 85-14.031 : Dr. fisc. 1988, n° 15, comm.
784 . - Cass. com., 26 nov. 1996 , n° 94-19.38 : RJF 1997, n° 269). Ainsi, il a été jugé qu'un trésorier-payeur général, non habilité formellement, ne pouvait
défendre la validité d'une saisie-arrêt contestée à la place d'un autre représentant de l'État ( Cass. com., 25 févr. 2003, n° 99-20.594, F-D , Trésorier public Loir-et-
Cher : JurisData n° 2003-018068 ). Il n'avait non plus pas qualité ni pour défendre personnellement à l'action, ni pour le compte du comptable compétent ( Cass.
com., 12 juill. 1993, n° 91-20.985, Borcelle . - Cass. com., 16 juin 1998, n° 96-18.113, TPG Hte-Savoie et a. : JurisData n° 1998-002776 ; Bull. civ. IV, n° 199 ;
JCP E 1998, p. 1483. - Cass. com., 12 janv. 1999, n° 96-20.644 : JurisData n° 1999-003300 . - Cass. com., 28 févr. 2006, n° 03-18.589 , Robin).
b) Qualité pour agir en procédure collective

§ 13 Comptable public
Le comptable public chargé du recouvrement d’une créance fiscale qui, aux termes de l’ article L. 252, alinéa 2 du LPF , exerce les actions liées indirectement à
ce recouvrement ainsi que l’administrateur général des finances publiques de la Polynésie française ont qualité pour demander l’ouverture d’une procédure
collective à l’égard d’un redevable (comptable public : Cass. com., 7 févr. 2012, n° 11-11.347, F-P+B, Druz c/ Comptable SIE et a. : JurisData n° 2012-001806 ;
Bull. civ. IV, n° 27 ; JCP E 2012, 1414 , note Ch. Lebel ; Act. proc. coll. 2012, comm. 78. - Polynésie française : art. 76 de la délibération n° 95-205 AT du 23 nov.
2005, relative à la réglementation budgétaire, comptable et financière de la Polynésie française et de ses établissements publics. - Et Cass. com., 25 nov. 2020,
n° 19-14.250 : JurisData n° 2020-019239 ; JCP E 2020, pan. 1539).

§ 14 Comptable de la commune
Le comptable de la commune a qualité pour déclarer les créances de la commune dans une procédure collective (Cass. com., 23 oct. 2007, n° 06-19.069 :
JurisData n° 2007-041014 ; Bull. civ. IV, n° 221 ).

Attention
Il ne relève pas de la compétence du juge de la procédure collective, saisi d’une demande d'ouverture d'une procédure collective formée contre un redevable, de
se prononcer sur l'existence ou le montant des créances fiscales à inclure dans le passif exigible afin d'apprécier la cessation des paiements de ce redevable (
Cass. com., 11 avr. 2018, n° 16-23.019 : Bull. civ. IV, n° 42 ; JurisData n°2018-005809 ; JCP E 2018, 1429, n° 2, obs. Tehrani ; Act. proc. coll. 2018, comm. 120 ,
obs. Fin-Langer).

Le pourvoi en cassation formé par un comptable public qui n'a pas été appelé et qui n'est pas intervenu à la procédure collective devant les juges du fond, est
irrecevable (Cass. com., 12 janv. 1999, n° 96-20.644 : JurisData n° 1999-003300 . - Cass. com., 1er déc. 1987, n° 85-18.645 : JurisData n° 1987-002043 ; Bull.
civ. IV, n° 255 ; Dr. fisc. 1988, n° 40, comm. 1841 . - Cass. com., 28 juin 1988, n° 86-17.360 : JurisData n° 1988-001762 ; Bull. civ. IV, n° 223 ; Dr. fisc. 1988, n°
40, comm. 1841 ).

c) Autres compétences du comptable public

§ 15 L'intervention du comptable public est multiple


Les comptables publics exercent également les actions liées indirectement au recouvrement des créances fiscales et qui, dès lors, n'ont pas une cause étrangère
à l'impôt au sens de l’ article 38 de la loi n° 55-366 du 3 avril 1955 relative au développement des crédits affectés aux dépenses du ministère de l'Économie et
des Finances et des Affaires économiques pour l'exercice de 1955 ( LPF, art. L. 252, al. 2 ).

Le comptable public peut, comme tout créancier privé, être amené à :

produire à des procédures d'ordre ou de distribution, notamment lorsqu'il n'a pas été en position d'agir par voie d'avis à tiers détenteur, - à exercer les
actions du débiteur et spécialement à provoquer le partage des biens indivis entre lui et des tiers ;

poursuivre, par la voie de l'action paulienne ( Cass. 1re civ., 15 janv. 2015, n° 13-21.174 : JurisData n° 2015-000210) ou par la voie de déclaration de
simulation, l'annulation des actes consentis par le contribuable en fraude de ses droits ;

demander la réintégration dans le patrimoine de l'intéressé des biens qui appartiennent apparemment à des tiers ;

intervenir aux instances en séparation de biens entamées par le conjoint du contribuable ou à former tierce opposition aux jugements obtenus par lui.

d) Intérêt à agir

§ 16 Appel d’une ordonnance du juge de l’exécution


Parce que l'avis à tiers détenteur comporte, sauf opposition faite dans les 2 mois de la notification, effet d'attribution immédiate au profit du comptable
poursuivant, la Cour de cassation, en relevant un motif de pur droit, a justifié un arrêt de cour d'appel qui avait décidé que le comptable chargé du recouvrement
principal avait intérêt et qualité pour faire appel de l'ordonnance du juge de l'exécution (Cass. com., 6 oct. 1998, n° 96-18.230, Sté Arm conseil).

§ 17 Exigence d’un titre exécutoire


Toute exécution forcée implique que le créancier soit muni d'un titre exécutoire à l'égard de la personne qui doit payer l’impôt. Pour les créances fiscales, le titre
exécutoire est constitué par l'Administration. Il s'agit la plupart du temps du rôle de l’impôt ou d’un avis de mise en recouvrement (AMR). Il est établi qu’une
décision judiciaire exécutoire est un titre exécutoire ( Cass. com., 12 déc. 2006, n° 04-14.241 : JurisData n° 2006-036571 ; Dr. fisc. 2007, n° 20, comm. 524. - V.
JCl. Fiscal, fasc. 9616). La Cour de cassation a confirmé récemment cette jurisprudence en décidant que constitue un titre exécutoire suffisant pour fonder
l'action du comptable public à l'égard d’un dirigeant, une décision judiciaire définitive lorsqu'elle porte mention d'une créance liquide, c'est-à-dire évaluée en
argent ou comportant tous les éléments permettant son évaluation ( Cass. com., 27 janv. 2021, n° 18-20.422 : JurisData n° 2021-001623 ).

§ 18 Transmission d’une demande mal dirigée


Le comptable des impôts doit transmettre au comptable des impôts compétent les réclamations adressées à l'Administration. Ce principe est applicable à l'action
en opposition à poursuites comme à l'action en revendication de biens saisis prévue par l' article L. 283 du LPF ( Cass. com., 28 juin 1988, n° 86-17.360 :
JurisData n° 1988-001762 ; Dr. fisc. 1988, n° 40, comm. 1841 . - Cass. com., 6 mars 2007, n° 05-21.925, Thillerot. - Cass. com., 6 nov. 2012, n° 11-19.116 :
JurisData n° 2012-025756 ; Bull. civ. IV, n° 201 ). Mais lorsqu'il s'agit d'une assignation en justice dirigée irrégulièrement contre lui personnellement, le comptable
chargé du recouvrement n'est pas tenu de la transmettre au comptable ayant qualité pour défendre à l'action ( Cass. com., 28 févr. 2006, n° 03-20.833, Gonzalez
: JurisData n° 2006-032477 ; RJF 2006, n° 784).
2° Compétence du comptable public au sein de l’Union européenne
a) Assistance au recouvrement de créances au sein de l’Union européenne

§ 19 L'Administration peut requérir assistance des États membres de l'Union européenne. Elle est tenue en réciprocité, de leur prêter assistance en matière de
recouvrement, de notification d'actes ou de décisions, y compris judiciaires, de prises de mesures conservatoires ou d'échange de renseignements relatifs à
toutes les créances afférentes.

§ 20 Principe
Le comptable public compétent doit donner suite à une demande d'assistance au recouvrement d'un État membre de l'Union européenne dès lors que cette
demande contient une déclaration certifiant que la créance ou le titre de recouvrement ne sont pas contestés dans l'État requérant et que les procédures de
recouvrement appropriées mises en oeuvre dans cet État ne peuvent aboutir au paiement intégral de la créance. Par ailleurs, le montant total de la créance ou
des créances à la charge de la même personne doit être supérieur ou égal à 1 500 euro(s). L’Administration n'est pas tenue d'accorder l'assistance pour
recouvrer la créance d'un État membre lorsque la demande initiale concerne des créances fondées sur un titre exécutoire établi depuis plus de 5 ans. Mais, si la
créance ou le titre en cause font l'objet d'une contestation, le délai de 5 ans court à compter de la date à laquelle il a été définitivement statué sur la créance ou le
titre de l'État requérant. Dans tous les cas, l'administration compétente n'est pas tenue d'accorder l'assistance lorsque la demande concerne des créances
exigibles depuis plus de 10 ans (LPF, art. L. 283 A).

§ 21 Procédure
Dès qu'elle est informée par l'État membre requérant ou par le redevable du dépôt d'une contestation de la créance, l'administration compétente suspend le
recouvrement de la créance jusqu'à la notification de la décision de l'instance compétente de l'État requérant, sauf si celui-ci la saisit d'une demande expresse de
poursuite de la procédure de recouvrement assortie d'une déclaration certifiant que son droit national lui permet de recouvrer la créance contestée.

§ 22 Comptable public ou des douanes compétent


Le recouvrement des créances, et la prise de mesures conservatoires sont confiés aux comptables publics ou des douanes compétents (LPF, art. L. 283 C, I).
Ces créances ne bénéficient d’aucun privilège (LPF, art. L. 283 C, IV). Les fonctionnaires des administrations des autres États membres dûment habilités par
l'autorité requérante par un mandat écrit et autorisés par l'Administration française peuvent assister les agents de l'Administration dans le cadre des procédures
judiciaires engagées en France ( LPF, art. L. 283 F ).

Dans un dossier où une faute de l’Administration était alléguée, la Cour de cassation a approuvé une décision de cour d’appel qui avait analysé toutes les
diligences accomplies par le comptable saisi auquel il ne pouvait être reproché aucune faute ( Cass. com., 21 juin 2011, n° 10-19.146, F-D, Sté Anteo NV et a. c/
DGFiP).

§ 23 Compétence judiciaire
Le Tribunal des conflits a jugé que le juge judiciaire était compétent pour connaître d’un litige portant sur l’existence de l’obligation de payer la créance fiscale
étrangère, sa quotité ou son exigibilité, s’agissant de recouvrement d’impôts directs. Ce juge est également compétent pour examiner la régularité en la forme de l’
acte de poursuite comme la contestation portant sur les conditions dans lesquelles la demande d’assistance au recouvrement a été présentée par l’État étranger (
T. confl., 4 juill. 2011, n° 11-03.802 ).

§ 24 Créances concernées
L'ensemble des taxes, impôts et droits quels qu'ils soient, perçus par un État membre ou pour le compte de celui-ci ou par ses subdivisions territoriales ou
administratives ou pour le compte de celles-ci, y compris les autorités locales, ou pour le compte de l'Union ainsi que les intérêts et les frais relatifs à ces
créances ; les sanctions, amendes, redevances et majorations administratives liées aux créances pouvant faire l'objet d'une demande d'assistance mutuelle
conformément au 1° prononcées par les autorités administratives chargées de la perception des taxes, impôts ou droits concernés ou des enquêtes
administratives y afférentes ou ayant été confirmées, à la demande desdites autorités administratives, par des organes administratifs ou judiciaires ; les
redevances perçues pour les attestations et les documents similaires délivrés dans le cadre de procédures administratives relatives aux taxes, impôts et droits
ainsi que les intérêts et frais relatifs à ces créances.

§ 25 Créances exclues
Sont exclus de cette assistance mutuelle les cotisations sociales obligatoires dues à l'État membre ou à une de ses subdivisions ou aux organismes de sécurité
sociale relevant du droit public ; les redevances qui ne sont pas mentionnées aux 2° et 3° du II de l’article L. 283 A ; les droits de nature contractuelle, tels que la
contrepartie versée pour l'exécution d'un service public ; les sanctions pénales infligées sur la base de poursuites à la diligence du ministère public ou les autres
sanctions pénales qui ne sont pas mentionnées au 2° du II du même article.

§ 26 Modalités de recouvrement des créances


À la demande de l’État requérant, l’État requis procède au recouvrement des créances fiscales de l’État requérant ( LPF, art. 283 A ) comme s'il s'agissait de ses
propres créances fiscales. Ainsi, les actions en recouvrement sont diligentées conformément aux lois de l'État requis nonobstant le fait que la créance ne soit pas
née dans ce dernier. En revanche, les questions portant sur l'existence de la créance et/ou de l'instrument permettant son recouvrement (titre exécutoire)
demeurent exclusivement régies par la législation de l'État requérant. Par conséquent, les actions intentées contre l'existence, la validité ou les montants de la
créance doivent être intentées devant les tribunaux ou organes administratifs de l'État requérant. Les intérêts de retard courent à compter de la date de réception
de la demande de recouvrement. Si le recouvrement porte sur une créance qui n'a pas d'équivalent dans le système fiscal de l'autorité requise, la créance est
recouvrée comme en matière d'impôt sur le revenu (LPF, art. L. 283 C, II). Dans ce dernier cas, la créance ne bénéficie d’aucun privilège prévu aux articles 1920
à 1929 du CGI (LPF, art. L. 283 C, IV).

§ 27 Titre exécutoire initial


L'administration compétente donne suite à la demande d'assistance au recouvrement lorsque la créance a fait l'objet d'un titre de recouvrement (LPF, art. L. 283
C, V).
La demande d'assistance au recouvrement est accompagnée d'un instrument uniformisé établi par l'État membre requérant et permettant l'adoption de mesures
exécutoires. Cet instrument reflète la substance du titre exécutoire initial (LPF, art. L. 283 C, VI). Les titres de recouvrement transmis par l'État membre requérant
sont directement reconnus comme des titres exécutoires. Ils sont notifiés au débiteur. Les administrations financières communiquent aux administrations des
autres États membres, à leur demande, tous renseignements utiles pour le recouvrement de la créance, à l'exception de ceux qui ne pourraient être obtenus pour
le recouvrement de leurs propres créances de même nature sur la base de la législation en vigueur. Elles ne peuvent fournir des renseignements qui révéleraient
un secret commercial, industriel ou professionnel, ou dont la communication serait de nature à porter atteinte à la sécurité ou à l'ordre public français (LPF, art. L.
283 B, mod. Ord. n° 2010-420, 27 avr. 2010, art. 97. - CGI, art. 1920 à 1929). Les informations minimales qu'il doit comporter sont fixées par voie réglementaire.
Cet instrument est transmis par l'État membre requérant. Il constitue le fondement unique des mesures de recouvrement et des mesures conservatoires qui sont
prises pour garantir le recouvrement de la créance de cet État et il est directement reconnu comme un titre exécutoire (LPF, art. L. 283 C, VI).

§ 28 Régularité de l’acte de saisie


La Cour de cassation a jugé que la double certification contenue dans la demande d'assistance au recouvrement d'un État membre de l'Union européenne n'était
pas prescrite à peine de nullité de ladite demande. Elle a approuvé une cour d’appel qui considérant que dès lors qu'une demande indique que le montant
réclamé est définitivement dû et recouvrable, qu'un commandement de payer est validé par jugement non frappé d'appel et que le contribuable ne justifie ni d'une
contestation en cours dans l'État requérant, ni d'une quelconque possibilité de recouvrement de la créance de ce dernier, a retenu, sans inverser la charge de la
preuve, que les vices de forme invoqués par le contribuable ne sauraient lui avoir causé un quelconque grief et a pu en déduire la régularité de l'acte de saisie (
Cass. com., 18 mai 2010, n° 09-12.068 : JurisData n° 2010-006956 ; Bull. civ. IV, n° 90 ; Dr. fisc. 2010, n° 40, comm. 509 , note J.-P. Maublanc).

§ 29 Créances non contestées et mises en recouvrement


L'assistance au recouvrement est accordée pour autant que la créance ou le titre de recouvrement ne sont pas contestés dans l'État membre requérant et que les
procédures de recouvrement appropriées ont été mises en oeuvre dans cet État (LPF, art. L. 283 C, VII).

§ 30 Difficultés constatées lors du recouvrement


L'État membre requérant peut également demander l'assistance au recouvrement lorsqu'il est manifeste qu'il n'existe pas d'actifs pouvant être recouvrés sur son
territoire ou que les procédures de recouvrement ne peuvent aboutir au paiement intégral de la créance et qu'il dispose d'informations spécifiques indiquant que
le redevable dispose d'actifs en France et lorsque la mise en oeuvre des procédures de recouvrement donne lieu à des difficultés ou à un coût disproportionnés
pour l'État membre requérant (LPF, art. L. 283 C, VIII). Dès qu'elle est informée par l'État membre requérant ou par le redevable du dépôt d'une contestation de la
créance ou du titre, l'administration compétente suspend la procédure de recouvrement jusqu'à la notification de la décision de l'instance compétente de l'État
membre requérant, sauf si celui-ci la saisit d'une demande expresse de poursuite de la procédure de recouvrement assortie d'une déclaration certifiant que son
droit national lui permet de recouvrer la créance contestée (LPF, art. L. 283 C, IX).

§ 31 Mesure d’enquête par l’Autorité de la concurrence


Il résulte de l' article 22 du règlement (CE) n° 1/2003 du Conseil du 16 décembre 2002 , qui est d'application directe et qui ne peut être mis en oeuvre que pour la
recherche d'une infraction relevant, à tout le moins, des dispositions des articles devenus 101 et 102 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne
(TFUE), que l'autorité de concurrence qui accepte d'exécuter sur son territoire une mesure d'enquête y procède en appliquant son droit national et non celui du
pays de l'autorité demanderesse, au nom et pour le compte de laquelle la mesure est effectuée. Ainsi l'exécution de la mesure d'enquête sollicitée n'est pas
subordonnée à l'autorisation préalable d'un juge de l'État pour le compte duquel elle est effectuée ( Cass. com., 20 janv. 2015, n° 13-16.745, 13-16.764, 13-
16.765 et 13-16.955 , publié au Bulletin : JurisData n° 2015-000577 ).

§ 32 Mesures conservatoires
À la demande de l'État requérant, le comptable public compétent prend toutes mesures conservatoires utiles pour garantir le recouvrement de la créance de cet
État (LPF, art. L. 283 C, X). L'administration compétente donne suite à une demande de prise de mesures conservatoires lorsque la créance a fait l'objet d'un titre
de recouvrement mais que la créance ou le titre de recouvrement sont contestés au moment où la demande est présentée et lorsque la créance ne fait pas
encore l'objet d'un titre de recouvrement, dans la mesure où la législation de l'État membre requérant permet de prendre des mesures conservatoires en
l'absence d'un titre exécutoire (LPF, art. L. 283 C, XI).

La Cour de cassation a approuvé une cour d'appel qui avait retenu que si, en vertu des articles 3 et 16 de la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 ,
sur la demande d'assistance formulée à la diligence de l'autorité requérante d'un État membre de l'Union européenne, l'autorité requise d'un autre État membre
prend des mesures conservatoires lorsque sa législation nationale l'y autorise et conformément à ses pratiques administratives, les textes régissant cette matière
ne confèrent pas au juge français le pouvoir d'autoriser des mesures conservatoires portant sur un compte bancaire détenu en Espagne. Ainsi, en vertu du
principe de l'indépendance et de la souveraineté respective des États, le juge français ne peut, sauf convention internationale ou législation communautaire l'y
autorisant, ordonner ou autoriser une mesure d'exécution, forcée ou conservatoire, devant être accomplie dans un État étranger ( Cass. 2e civ., 21 janv. 2016, n°
15-10.193 , publié au Bulletin : JurisData n° 2016-000615 . - V. n° 359 ).

§ 33 Délais
Selon l’article L. 283 B, l'administration compétente n'est pas tenue d'accorder l'assistance pour recouvrer ou prendre des mesures conservatoires, pour notifier
des actes ou des décisions, y compris judiciaires, et pour fournir des renseignements lorsque la demande vise des créances exigibles depuis plus de 5 ans. Ce
délai n'est pas opposable lorsqu'une première demande a été formulée avant cette échéance.

Lorsque la créance ou le titre de recouvrement initial font l'objet d'une contestation, le délai de 5 ans court à compter de la date à laquelle il a été définitivement
statué sur la créance ou le titre de l'État requérant mais lorsqu'un délai de paiement ou un paiement échelonné des créances a été accordé au redevable par
l'État requérant, le délai de 5 ans court à compter de l'expiration du délai de paiement.
§ 34 Prescription
Les questions relatives à la prescription de l'action en recouvrement et au caractère interruptif ou suspensif des actes effectués par le comptable public pour le
recouvrement des créances d'un autre État membre sont appréciées selon la législation de l'État requérant. Lorsque la législation de l'État requis ne permet pas
d'interrompre, de suspendre ou de proroger le délai de prescription, les actes effectués par l'Administration de cet État sont réputés avoir les mêmes effets
interruptifs ou suspensifs que s'ils avaient été accomplis dans l'État requérant (LPF, art. L. 283 C, XII).

Attention
Les articles L. 283 A à L. 283 D du LPF s'appliquent au recouvrement des créances étrangères à l'impôt, des amendes et condamnations pécuniaires recouvrées
par les comptables de la direction générale des finances publiques, à l'exclusion des sanctions pénales (L. n° 2011-1978, 28 déc. 2011, art. 59, V).

b) Échanges entre administrations financières

§ 35 Les administrations financières communiquent aux administrations des autres États membres, à leur demande, toute information vraisemblablement
pertinente pour le recouvrement des créances mentionnées aux 1° à 4° du II de l'article L. 283 A, à l'exception de celle qui ne pourrait être obtenue pour le
recouvrement de leurs propres créances de même nature sur la base de la législation en vigueur. Elles ne peuvent fournir des renseignements qui révéleraient un
secret des affaires ou un secret professionnel ou dont la communication serait de nature à porter atteinte à la sécurité ou à l'ordre publics. Toutefois, les
administrations financières ne peuvent refuser de fournir ces informations pour la seule raison qu'elles sont détenues par une banque, un autre établissement
financier, une personne désignée ou agissant en qualité d'agent ou de fiduciaire ou qu'elles se rapportent à une participation au capital d'une personne.

§ 36 Les informations échangées dans le cadre des dispositions des articles L. 283 A à L. 283 F ne peuvent être transmises qu'aux fins de mise en oeuvre de
mesures de recouvrement ou conservatoires portant sur les créances mentionnées aux 1° à 4° du II de l'article L. 283 A. L'administration bénéficiaire de ces
informations est soumise au secret professionnel dans les termes des articles 226-13 et 226-14 du Code pénal. Les informations échangées dans le cadre des
dispositions des articles L. 283 A à L. 283 F peuvent être invoquées ou utilisées comme preuve par les administrations financières.
3° Autres procédures diligentées par le comptable public

§ 37 L'intervention du comptable public est multiple. Le comptable public peut, comme tout créancier privé, être amené à produire à des procédures d'ordre ou de
distribution, notamment lorsqu'il n'a pas été en position d'agir par voie de saisie administrative à tiers détenteur, à exercer les actions du débiteur et spécialement
à provoquer le partage des biens indivis entre lui et des tiers, à poursuivre, par la voie de l'action paulienne ( Cass. 1re civ., 15 janv. 2015, n° 13-21.174 :
JurisData n° 2015-000210) ou par la voie de déclaration de simulation, l'annulation des actes consentis par le contribuable en fraude de ses droits, à demander la
réintégration dans le patrimoine de l'intéressé des biens qui appartiennent apparemment à des tiers, à intervenir aux instances en séparation de biens entamées
par le conjoint du contribuable ou à former tierce opposition aux jugements obtenus par lui. Ainsi, comme tout créancier, il peut recourir à l’action paulienne, l’
action oblique et à l’action de déclaration en simulation.
a) Action paulienne

§ 38 L’action paulienne est prévue par l’article 1167 du Code civil dans les termes suivants : " Ils (les créanciers) peuvent aussi, en leur nom personnel, attaquer
les actes faits par leur débiteur en fraude de leurs droits " (Cass. com., 6 déc. 2016, n° 15-20.142). L’action paulienne, présente un caractère personnel. En effet,
elle ne peut atteindre que l’auteur et les complices de la fraude ( Cass. civ., 13 déc. 2005, n° 03-15.455 ). Dans ces conditions, c’est la prescription susvisée de 5
ans qui s'applique, à compter du jour où l’Administration a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer cette action (publication de l’acte
frauduleux). La démonstration de la fraude paulienne, nécessite que soient remplies des conditions relatives au créancier, au débiteur et à l'acquéreur.

§ 39 Conditions relatives au créancier


Elles sont au nombre de deux :

la première : la créance certaine en son principe, ou le principe de créance, doit exister, antérieurement ou non à l'acte attaqué (sur l'habilitation à
l'exercer par le comptable public : V. Cass. com., 5 mai 1981 : Bull. civ. IV, n° 204 . - Cass. com., 19 juill. 1991 : Bull. civ. IV, n° 267 . - Cass. 3e civ., 15
mars 2006, n° 04-11.861, FS P+B, Duler et a. c/ Percepteur de Fleurance et a. : JurisData n° 2006-032674 ; Bull. civ. III, n° 64 ; JCP G 2006, IV, 1789 ) ;
en principe, l'acte critiqué doit être postérieur à la naissance de la créance, en matière fiscale, la date de naissance de la créance correspond au fait
générateur de l'imposition ( Cass. com., 12 oct. 2010, n° 09-16.754, Loghmari et a. c/ Trésorier de Nice-La Plaine : JurisData n° 2010-018493 ; RJDA
2011, n° 40) ;

la seconde : la nécessité d'un préjudice ; l'action paulienne suppose que l'acte attaqué ait rendu le débiteur insolvable ou ait augmenté son insolvabilité
préexistante ; le créancier doit prouver l'insolvabilité de son débiteur ou un appauvrissement de celui-ci rendant impossible le recouvrement de sa
créance ( Cass. 1re civ., 17 nov. 2010, n° 09-11.979 : JurisData n° 2010-021545 ; Dr. famille 2011, comm. 2 . - Cass. com., 1er juill. 2020, n° 18-12.683)
; les juges du fond doivent rechercher si, à l'époque où l'action est engagée, le reste des biens du débiteur ne suffirait pas à désintéresser le demandeur (
Cass. 1re civ., 27 juin 1972, n° 70-11.822 : JurisData n° 1972-000163 ; Bull. civ. I, n° 163, p. 142 ).

La Cour de cassation a approuvé une cour d’appel qui a retenu la fraude paulienne dans un dossier de donation-partage, la fraude résultant alors de la seule
connaissance qu'a le débiteur du préjudice qu'il cause au créancier en augmentant son insolvabilité ( Cass. com., 18 nov. 2020, n° 18-10. 965 . - Cass. 1re civ.,
17 févr. 2021, n° 19-17.571 : JurisData n°2021-003874 ).

§ 40 Conditions relatives au débiteur


Il doit y avoir obligatoirement présence de l'élément moral, la fraude, qui doit être recherchée à la date de l'acte critiqué ( Cass. 1re civ., 12 mai 1989, n° 87-
16.484, Cts Guiol c/ R. et a. : JurisData n°1989-701732 ; Bull. civ. I, n° 172 . - Cass. 1re civ., 17 déc. 1996, n° 94-20.450 : JurisData n° 1996-004961 ; Bull. civ. I,
n° 448 ; Contrats, conc. consom. 1997, comm. 57 , obs. L. Leveneur ; JCP N 1997, n° 18, II, p. 659 ; Gaz. Pal. 9-11 mars 1997, p. 49 ). La fraude paulienne
résulte de la seule connaissance par le débiteur du préjudice qu'il cause à son créancier, même futur, en se rendant insolvable ou en augmentant son insolvabilité
( Cass. 1re civ., 17 déc. 1996 : Bull. civ. I, n° 448 . - Cass. 1re civ., 17 févr. 2004, n° 01-15.484 . - Cass. 1re civ., 21 nov. 2006, n° 04-20.731 , B. Fey et a. :
JurisData n° 2006-036063. - Cass. com., 19 déc. 2006, n° 04-11.893, F-D , SARL Sté nouvelle d'équipements (SNEEM) : JurisData n° 2006-036782 ; Dr. fisc.
2007, n° 49, comm. 1036. - Cass. com., 15 mai 2019, n° 18-10.403 : JurisData n° 2019-008156 ). Si l'insolvabilité du débiteur doit exister au jour de l'acte
frauduleux, elle doit demeurer au jour où l'action est intentée ( Cass. 1re civ., 6 janv. 1987 : Bull. civ. I, n° 1 ; RTD civ. 1988, p. 137 , obs. J. Mestre. - V. aussi
Cass. 1re civ., 27 juin 1972, n° 70-11.822 , préc. - Cass. 1re civ., 31 mai 1978 : Bull. civ. I, n° 209 . - Cass. com., 14 nov. 2000 : Bull. civ. IV, n° 173 ; JCP G 2001,
I, 315, n° 3 , obs. Ph. Simler ; Defrénois 2001, art. 37309, p. 240 , obs. R. Libchaber. - Cass. 1re civ., 30 juin 2004, n° 01-17.247. - Cass. 1re civ., 16 mai 2006, n°
04-11.891, Domenge , Bel et a. : JurisData n° 2006-033908 ). Dans un arrêt récent, la Cour de cassation approuve un arrêt de cour d’appel qui avait fait ressortir
que le créancier faisait état de créances certaines et exigibles alors que le contribuable, par une donation concomitante, se trouvait dans un état d'insolvabilité
apparente à la date de cette donation et que s’étant volontairement appauvri en connaissance du préjudice causé au Trésor public, il était encore dans
l'incapacité de répondre de ses dettes fiscales à la date d'exercice de l'action paulienne (Cass. com., 1er juill. 2020, n° 18-12.683 : JurisData n°2020-009437 ).

§ 41 Conditions relatives au tiers acquéreur


Le comptable public qui poursuit la révocation d'un acte doit établir la complicité personnelle du tiers acquéreur à titre onéreux, c'est-à-dire l'intention de nuire ou
la connaissance de l'existence ou de l'aggravation de l'insolvabilité du débiteur avec lequel il a traité ( CA Chambéry, 4 juin 1984 : BOI 12 C-5-85 . - Cass. 1re
civ., 27 juin 1984, n° 83-12.749 : JurisData n° 1984-701191 ; Bull. civ. I, n° 211 ). Cette preuve se fait par tous les moyens (faisceau de présomptions graves,
précises et concordantes, Cass. 3e civ., 13 févr. 1970 : Bull. civ. III, n° 107 ), les juges appréciant souverainement les éléments de preuve fournis par le créancier
( Cass. 1re civ., 16 mai 1979 : Bull. civ. I, n° 144 ). Elle se déduit notamment :

de l'existence de lien de parenté ou de concubinage entre l'acquéreur et le débiteur (pour une vente consentie à un fils, Cass. 1re civ., 28 févr. 1978 :
Bull. civ. I, n° 77 . - Cass. com., 14 mai 1996, n° 94-11.124, P, Receveur principal des Impôts de Clermont-Ferrand c/ Izorche : JurisData n° 1996-
001802 ; Bull. civ. IV, n° 134 ; JCP G 1996, IV, 1461 ; D. 1996, IR p. 141 ; RTD civ. 1997, p. 943 , obs. J. Mestre. - Cass. 1re civ., 6 févr. 2001, n° 98-
23.203, M. Marie , P. Dordor et a. : JurisData n° 2001-008162 . - Cass. 1re civ., 11 janv. 2005, n° 02-12.519 . - Adde CA Paris, 21 nov. 1988 : LPA 24
avr. 1989, p. 13 , note P. Bouteiller. - V. également, Cass. 3e civ., 21 janv. 1981 : Mémorial des percepteurs 1981, p. 103. - Cass. 3e civ., 21 nov. 1984 :
Mémorial des percepteurs 1984-1985, p. 132. - Cass. 3e civ., 1er juill. 1998, n° 96-18.515, M. Trivier et a. : JurisData n° 1998-003201. - Cass. 1re civ.,
28 nov. 2000, n° 98-10.778 , Sté de développement régional de la Bretagne (SDRB) : JurisData n° 2000-007150. - Cass. 1re civ., 11 janv. 2005, n° 02-
12.519 . - Pour une vente consentie entre époux, V. Cass. com., 1er mars 1994 : Bull. civ. IV, n° 81 ; D. 1994, somm. p. 215, obs. E. Fortis ; JCP G
1994, IV, 1162 ; Defrénois 1994, art. 35891, p. 1118 , note D. Mazeaud) ;

de la connaissance par l'acquéreur de la situation du débiteur et des conditions dans lesquelles l'acquéreur a procédé à l'acquisition du bien ( Cass. 1re
civ., 6 févr. 2001, n° 98-23.203, M. Marie , P. Dordor et a.). La Cour de cassation s’en remet aux constatations et appréciations des juges du fonds pour
retenir le bien-fondé de l’action paulienne à l’encontre d’un redevable qui agit en fraude des droits de l’Administration en se rendant insolvable (Cass.
com., 6 déc. 2016, n° 15-20.142).

b) Action oblique

§ 42 Selon l’ article 1166 du Code civil , les créanciers peuvent exercer tous les droits et actions de leur débiteur, à l’exception de ceux qui sont exclusivement
attachés à la personne (V. Cass. com., 4 déc. 2012, n° 11-14.592 : JurisData n° 2012-028181 ; Bull. civ. IV, n° 222 ). Cette action n’est recevable que si l’action
en recouvrement du comptable n’est pas elle-même atteinte par la prescription fiscale de 4 ans fixée par l’ article L. 274 du LPF . Par ailleurs, cette action est
soumise à la prescription de 5 ans ou 30 ans selon qu’il s’agit d’une action personnelle ou réelle du débiteur.
c) Action en déclaration de simulation

§ 43 Cette action a pour objet de faire constater l’inexistence d’un acte, en raison de son caractère fictif. Le créancier, tiers à l’acte, qui agit en déclaration de
simulation exerce un droit qui lui est personnel. En effet, il ne met pas en oeuvre une action appartenant à l’une des parties à l’acte simulé. Il suit que toute
personne qui se voit opposer un acte simulé peut engager cette action aux fins d’obtenir que ne soit tenu compte que de l’acte effectif pour ce qui concerne ses
propres intérêts. L’action peut être engagée au nom du comptable chargé du recouvrement ( Cass. com. 14 déc. 1993, n° 91-10.412 : JurisData n° 1993-003209 )
. Comme il ne s’agit pas d’une revendication directe d’un droit de propriété, le délai de prescription est de 5 ans et commence à courir à compter du jour où l’
Administration a connu ou aurait dû connaître l’acte argué de simulation ( C. civ. art. 2224 ).
4° Responsabilité pour faute de service
§ 44 Le débiteur de l’impôt peut intenter une action en dommages et intérêts fondée soit sur une faute personnelle du comptable public ou de l'agent de
poursuite, soit sur une faute de service.

Attention
Il convient de rappeler que le juge administratif et le juge judiciaire connaissent des actions en responsabilité contre les services fiscaux de l'assiette et du
recouvrement relatifs aux impôts relevant de leurs compétences respectives dès lors que la faute alléguée se rattache à la procédure d'imposition ou de
recouvrement ( T. confl., 1er juil. 2002, n° 3294, Sté Pinault Bretagne : JurisData n° 2002-187087 ; Lebon, p. 547 ; Dr. fisc. 2002, n° 43, comm. 859).

§ 45 Principe
Une faute commise par l'Administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature
à engager la responsabilité de l'État à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si la faute leur a directement causé un préjudice. Le préjudice qui ne
peut résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'Administration et, le cas échéant, des
dérèglements dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie.
a) Compétence administrative
§ 46 Lorsque les conditions d’engagement de la responsabilité d’une personne publique sont réunies, le juge administratif peut soit condamner l’Administration au
versement de dommages et intérêts, soit faire cesser le dommage (" si mieux n’aime l’administration "), soit enjoindre à la personne publique en cause de mettre
fin à ce comportement ou d’en pallier les effets ( CE, 27 juill. 2015, n° 367484 : JurisData n° 2015-017901 ; JCP A 2016, chron. 2069).

§ 47 Faute lourde
Avant 1913, l'administration fiscale bénéficiait d'une irresponsabilité totale (V. CE, 21 févr. 1913 , Cie générale parisienne des tramways : Lebon, p. 247). Puis le
Conseil d’État a retenu la faute d'une " gravité exceptionnelle " ( CE, 1er juill. 1927, n° 86543, Demoreuil : Lebon, p. 739), puis une faute " manifeste et d'une
particulière gravité " ( CE, 30 oct. 1959, n° 38425 , min. c/ Murat : Lebon, p. 566).

§ 48 Le régime de la faute lourde a été mis en place suite à l'arrêt Dame Husson-Chiffre ( CE, 21 déc. 1962 : Lebon, p. 701). Recherchant le lien de causalité
entre la faute du service et le préjudice, le Conseil d’État a refusé d'indemniser les héritiers du gérant d’une société pour les pertes de rémunérations et les
troubles dans les conditions d'existence, au motif que le préjudice subi ne présentait pas un lien de causalité direct avec la faute. Une solution identique a été
retenue pour une salariée d’une entreprise, licenciée suite à la fermeture de l'entreprise. La plaignante qui estimait que la faute commise par les services fiscaux
était à l'origine de la perte de son emploi et de certains troubles dans ses conditions d'existence a été déboutée au motif que les préjudices qu'elle invoquait
n'avaient pu résulter que de liens contractuels, sans lien direct de causalité ( CE, 7e et 8e ss-sect., 11 juill. 1984, n° 45920 et 46285 , Sté industrielle de Saint-
Ouen (SISO) : JurisData n° 1984-041842 ).

§ 49 Faute simple
En 2012, le Conseil d’État a opéré un revirement de jurisprudence et a abandonné l’exigence d’une faute lourde. Il a considéré dans l’arrêt Krupa qu’une simple
faute était de nature à engager la responsabilité de l’Administration, lors de l’exécution d’opérations se rattachant aussi bien aux procédures d’établissement que
de recouvrement de l’impôt, à l’égard du contribuable ou " de toute autre personne " si la faute leur avait directement causé un préjudice ( CE, sect., 21 mars
2011, n° 306225, M. Krupa : JurisData n° 2011-004653 ; Lebon, p. 101 ; Dr. fisc. 2011, n° 13, act. 109 ).

§ 50 Avant cette date, le Conseil d’État avait notamment retenu certaines fautes permettant d’engager la responsabilité de l’Administration et notamment, l’
omission par l’administration fiscale d’informer le comptable d’une demande de sursis de paiement ( CE, 31 oct. 1990 , n° 71073, Champagne : JurisData n° 1990-
052425), un retard anormal sur une mainlevée de sûreté sur des biens après dégrèvement ( CE, 24 févr. 1986, n° 40031 , Consorts Legrand, inédit), un "
acharnement administratif " au cours de la procédure de vérification (CE, 6 avr. 2001, n° 194347, M. L., T.), ou encore la méconnaissance par une loi fiscale d’
une convention internationale (CE, ass., 8 févr. 2007, n° 279522, G. : JurisData n° 2007-071434 ).

§ 51 À la suite de l’arrêt Kupra, l’administration fiscale a publié une instruction du 2 février 2012 au Bulletin officiel des impôts. Cette instruction a précisé la notion
de faute, qui touche les procédures d'établissement et celles de recouvrement de l'impôt. La faute résulte, selon l'instruction, d'erreurs matérielles ou d'une erreur
dans l'application de la règle fiscale. C'était le cas dans l'arrêt Krupa où les dispositions de l' article 1763 A du CGI n'ayant pas été respectées, la mise en oeuvre
de la loi fiscale avait entraîné une illégalité constitutive d'une faute. Au fil de sa jurisprudence, le Conseil d’État a reconnu la possibilité pour une personne ayant
fait l'objet de prélèvements illégaux sur son compte en règlement de la dette fiscale d'un contribuable dont elle n'était pas solidairement responsable, d’exercer un
recours en responsabilité de l'État du fait de la perception indue des sommes en cause et demander réparation d'un préjudice distinct de celui correspondant au
paiement à tort de ces sommes ( CE, 20 févr. 2018, n° 393219, M. Durup de Baleine : JurisData n° 2018-002202 ; Dr. fisc. 2018, n° 45, comm. 446 , concl. E.
Cortot-Boucher).

§ 52 A contrario, la procédure de rescrit qui se borne à délivrer un simple avis au contribuable ne peut engager la responsabilité de l'État.

§ 53 Lien de causalité entre faute et préjudice


Le préjudice invoqué par le contribuable ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'Administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la
même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en
compte, ou encore qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition.

L’Administration peut aussi invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité, comme cause d'atténuation ou
d'exonération de sa responsabilité ( CE, sect., 21 mars 2011, n° 306225, M. Krupa : JurisData n° 2011-004653 ; Lebon, p. 101 ; Dr. fisc. 2011, n° 13, act. 109 ;
JCP A 2011, 2185 , note L. Erstein ; RJF 2011, n° 742, chron. C. Raquin, p. 597 ; BDCF 2011, n° 76, concl. C. Legras ; AJDA 2011, p. 1278 , note F. Barque. -
RJEP 2011, comm. 30 , note M. Collet, La généralisation d'un régime de responsabilité pour faute simple des services fiscaux : une bonne nouvelle pour les
contribuables ou pour l'Administration ?. - V. également C. Raquin, Abandon de la faute lourde en matière fiscale : quelles conséquences au-delà du symbole ? :
RJF 2011, p. 597 à 605 . - CE, 9e et 10e ch., 5 juin 2020, n° 424036 et 424037 : Dr. fisc. 2020, n° 44, comm. 424 , concl. É. Bokdam-Tognetti).

§ 54 Faute détachable
Le juge administratif retrouve son entière compétence pour les impôts relevant de l'ordre judiciaire si la faute est détachable des procédures d'imposition ou de
recouvrement ( T. confl., 29 mai 1875, Ramel . - T. confl., 31 juill. 1875 , Renaux : DP 1876, 3, p. 45, concl. David. - CE, sect., 21 déc. 1962, n° 36207 et 51158,
Husson-Chiffre : Lebon, p. 701 ; Dupont 1963, p. 201 et 202 ; D. 1963, p. 588, note Lemasurier. - CE, 11 juill. 1979 , min. c/ Sté Méditerranéenne de transit :
Lebon, p. 316. - A contrario, CE, 4 mai 1955, Laurent-Atthalin : Lebon, p. 235. - CE, 9 mars 1960, Sté MAB : Lebon, p. 190. - T. confl., 27 juin 1966, Union
française de douanes et de transit : Lebon, p. 900).

§ 55 Procédures hors compétence de la juridiction administrative


La compétence de la juridiction administrative n'a pas été retenue :

pour apprécier les conséquences dommageables qu'aurait entraîné une perquisition effectuée sur le fondement des dispositions de l' ordonnance n° 45-
1484 du 30 juin 1945 , ainsi qu'une plainte pour fraude fiscale déposée par l'Administration ( CE, 11 juill. 1984, n° 45922 et 46284, Dumas et a. : RJF
1984, n° 1257) ;
pour se prononcer sur les erreurs que comporteraient les rapports du vérificateur transmis au Parquet par l'Administration à l'appui d'une plainte pour
fraude fiscale ( CE, 24 févr. 1986, n° 40031 , Consorts Legrand : Dr. fisc. 1986, n° 42, comm. 1769, concl. O. Fouquet ; RJF 1986, n° 430) ;

pour connaître de l'action en responsabilité engagée contre l'État du fait de la contrariété avec le droit communautaire de l'article 1613, II, 2° du CGI,
relatif à la taxe sur les produits des exploitations forestières importés en France, dès lors que le préjudice invoqué a pour fait générateur direct la
décision individuelle de faire application du texte au requérant ( CAA Paris, 11 oct. 2001, n° 99PA03225, Sté Pinault Bretagne et Compagnie : RJF 2002,
n° 435).

b) Compétence judiciaire

§ 56 L'action en indemnisation devant les tribunaux judiciaires se fonde sur l’ article L. 141-1 du Code de l’organisation judiciaire . Ce texte dispose que " l'État est
tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux de la justice. Sauf dispositions particulières, cette responsabilité n'est engagée que par une
faute lourde ou par un déni de justice ".

Dès le XIXe siècle, la Cour de cassation a estimé que " le principe de responsabilité des articles 1382 et 1384 du Code civil avait vocation à s'appliquer aux
administrations et aux régies investies d'un droit de poursuivre devant les tribunaux la répression des contraventions fiscales " ( Cass. crim., 15 juin 1872, Martin :
D. 1872, p. 206).

La compétence judiciaire s’étend en matière de recouvrement aux droits d'enregistrement, aux droits de consommation sur les alcools, aux taxes foncières et
droits assimilés, dont le contrôle appartient à l'autorité judiciaire. Tel est le cas des irrégularités relevées dans la réalisation de la saisie et de la vente des biens,
ou lors de l'émission de SATD (ex. avis à tiers détenteur) ou d'une faute liée aux conditions d'ouverture forcée d'un domicile lors d'une saisie-vente. En 2012, la
Cour de cassation a approuvé une cour d’appel qui avait retenu que la délivrance d’avis à tiers détenteur n’était pas un acte manifestement insusceptible de se
rattacher à l’exercice d’un pouvoir de l’Administration constitutif d’une voie de fait, même si les avis étaient irréguliers ( Cass. com., 7 févr. 2012, n° 11-11.347,
5ème moyen : JurisData n° 2012-001806. - V. n°13). Cependant, la jurisprudence reste rigoureuse dans l'appréciation du lien de causalité entre la faute commise
et le préjudice subi. Ainsi, la chambre commerciale a rejeté les prétentions des plaignants car les juges du fond avaient constaté qu’aucune faute n'avait été
commise par l'administration des impôts ( Cass. com., 21 juin 2011, n° 10-19.146, F-D, Sté Anteo NV et a. c/ DGFiP).

§ 57 Faute lourde, faute simple


Au fil de sa jurisprudence, la Cour de cassation a reconnu la responsabilité de l’État non seulement sur le fondement de la faute lourde mais également sur celui
de la faute simple dans le cadre des opérations d'assiette et de recouvrement de l’impôt (Cass. com., 20 mars 1990, n° 88-13.382 : Dr. fisc. 1990, n° 20, comm.
1036 ; RJF 1990, n° 633). Ce passage de la faute lourde à la faute simple a permis d'engager plus facilement la responsabilité de l'État en cas d'agissements
fautifs de l'administration fiscale lors des procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt.

Les tribunaux de l'ordre judiciaire ont retenu leur compétence pour connaître :

d'une demande d'indemnisation fondée sur le préjudice causé par l'émission irrégulière de procès-verbaux établis en matière de droit de timbre sur les
affiches dont le contentieux relevait de ces mêmes juridictions (T. confl., 14 mai 1984, n° 2302, Bonnet : JurisData n° 1984-041244 ; Lebon, p. 531) ;

des conclusions d'un contribuable tendant à la réparation du préjudice subi à l'occasion de la saisie d'un cheptel, relevant du contentieux des poursuites (
CE, 22 juin 1984, n° 44853, Esquilat : RJF 1984, n° 962) ;

des conséquences dommageables de la décision par laquelle une administration saisit l'autorité judiciaire d'une plainte tendant à l'engagement de
poursuites pénales contre un contribuable, une telle décision n'étant pas détachable de la procédure pénale (Cass. civ., 1er déc. 1987, n° 86-12.244,
Pantanella : JurisData n° 1987-002287 ; RJF 1988, n° 1032) ;

pour déterminer si le recouvrement par le service des douanes de la taxe sur les produits des exploitations forestières, instituée par le 2° du II de l'article
1613 du CGI, est de nature à engager la responsabilité de l'État à l'égard d'une société qui y a été assujettie ( T. confl., 1er juill. 2002, n° 3294, Sté
Pinault Bretagne : JurisData n° 2002-187087 ; Dr. fisc. 2002, n° 43, comm. 859) ;

pour statuer sur les contestations relatives à l'exercice du droit de préemption, est également compétente et pour connaître de l'action en responsabilité
de l'État à raison d'une faute du service non détachable de l'opération ( Cass. com., 20 mars 1990, n° 439, D, Houssin ) ;

pour statuer sur les actes accomplis par le directeur des services fiscaux, agissant en vertu de la loi du 20 novembre 1940 en qualité de curateur à une
succession vacante, selon les voies de droit commun des articles 813 et 814 du Code civil . Il en a été ainsi s'agissant de l'action émanant d'un créancier
d'une succession visant à la condamnation d'une direction des services fiscaux fondée sur la faute que le curateur aurait commise en payant un autre
créancier d'une succession qui se prévalait d'un jugement de condamnation non définitif ( T. confl., 20 janv. 2003, n° 3295, Malet-Plicque : JCP E 2003,
n° 7, n° 272 ; JCP G 2003, n° 27, IV, 2231 ).

§ 58 Faute non détachable


La compétence judiciaire s'étend à l'appréciation de la responsabilité encourue par l'Administration, non pas à raison de ses décisions d'engager des poursuites,
mais à raison des fautes qu'elle aurait commises au cours de la procédure d'exécution des poursuites et qui ne seraient pas détachables de cette procédure.
Ainsi, si la faute a été commise dans le cadre de l’exécution des poursuites, la compétence du juge judicaire est exclusive quel que soit l’impôt ou la créance en
cause ( T. confl., 22 févr. 1960 : Lebon, p. 861).

La Cour de cassation a décidé que la faute commise par un chef de centre de chèques postaux, se dessaisissant au profit du comptable du Trésor, sur le
fondement d'un avis à tiers détenteur non notifié au débiteur, du solde d'un compte qui avait fait l'objet d'une saisie-arrêt antérieure n'était pas détachable de la
procédure de saisie dont le contentieux relève du juge judiciaire ( Cass. 1re civ., 10 févr. 1987, n° 85-15.499 : JurisData n° 1987-000147 ; Bull. civ. I, n° 48 . -
CAA Nancy, 2e ch., 23 mars 1995, n° 93NC01081, Lecherf : JurisData n° 1995-610105 ; RJF 1995, n° 771).
Par ailleurs, suite à un arrêt du Conseil d’État du 30 décembre 2011 ( CE, 8e et 3e ss-sect., 30 déc. 2011, n° 323542 : JurisData n° 2011-032482 ; Dr. fisc. 2012,
n° 18, comm. 290 , note J.-M. Communier) par lequel ce dernier avait saisi le Tribunal des conflits pour trancher la question de savoir quel ordre juridictionnel était
compétent pour se prononcer sur une action indemnitaire engagée contre l’administration fiscale aux fins de réparation des préjudices qu’un contribuable aurait
subis du fait de la déclaration prématurée par l’Administration de sa créance fiscale à une procédure collective, le Tribunal des conflits a précisé qu’un recours en
responsabilité de l’État pour faute du service chargé du recouvrement de l’impôt relevait du juge administratif dès lors que la contestation n’était pas née de la
procédure collective et n’avait pas été soumise à son influence juridique (T. confl., 15 oct. 2012, n° 3869, Palusci). Dans cette espèce, la faute alléguée de l’
Administration avait été commise lors de l’établissement et du recouvrement de l’impôt et l’impôt concerné relevait de la compétence du juge administratif. Ainsi la
faute n’avait pas été commise pendant l’exécution des poursuites mais lors du choix opéré par le comptable d’engager ou non les poursuites. Par ailleurs, le
moyen tiré d’un lien avec un redressement judicaire manquait en fait ( CE, 8e et 3e ch., 8 juill. 2016, n° 371080, Palusci ).

Attention
Si la faute a été commise dans le cadre de l'exécution des poursuites, la compétence du juge judiciaire est exclusive, quel que soit l'impôt ou la créance en cause
( T. confl., 22 févr. 1960, Bernard : Lebon, p. 861. - CE, 30 mars 1960, Duval : Lebon, p. 241. - CE, 8 févr. 1963, Thomas : Lebon, p. 845. - CE, 5 févr. 1964,
Jacquemont : Lebon, p. 856).

Si la faute a été commise lors de l'établissement de l'impôt ( CE, 30 mars 1960, Duval . - CE, 7e et 8e ss-sect., 11 juill. 1984, n° 45920 et 46285 , Sté industrielle
de Saint-Ouen (SISO) : JurisData n° 1984-041842 ; Lebon, p. 272 ; Dr. fisc. 1984, n° 43, comm. 1868 ; RJF 1984, n° 1256, concl. O. Fouquet ; Gaz. Pal. Rec.
1984, 2, jur., p. 765) ou, en matière de recouvrement, lors de la décision d'engager des poursuites ou dans le choix des mesures de poursuite ( T. confl., 22 févr.
1960, Bernard . - CE, 25 juill. 1975, Tchen : Lebon, p. 950. - CE, 7e et 8e ss-sect., 27 févr. 1979, n° 5146, SA Éts Bernstein : Dr. fisc. 1980, n° 51, comm. 2626 ,
concl. P. Rivière ; RJF 1979, n° 67), le juge compétent est le juge de l'impôt et l'on retrouve la dualité de juridictions administrative et judiciaire en fonction des
impôts concernés.

§ 59 Faute du service et responsabilité de l’État en droit de l'Union européenne


Lorsqu’est recherchée la responsabilité de l’État du fait du paiement d’une imposition établie sur le fondement d’une loi contraire au droit de l'Union européenne,
la jurisprudence de la CJUE doit s’appliquer. En conséquence, la responsabilité de l’État ne peut être recherchée sur le terrain de la faute simple mais est
subordonnée à l’existence d’une " violation caractérisée du droit communautaire ".

§ 60 Non-conformité de la règle de droit à une règle de droit supérieure


L'action en réparation du préjudice subi fondée sur la non-conformité de la règle de droit dont il a été fait application à une règle de droit supérieure ou la
demande de dommages et intérêts résultant de la faute commise dans la détermination de l'assiette, le contrôle et le recouvrement de l'impôt ne peut porter que
sur une période postérieure au 1er janvier de la 2e année précédant celle au cours de laquelle l'existence de la créance a été révélée au demandeur ( LPF, art. L.
190 A ).

§ 61 Faute du service à l’encontre d’une société en procédure collective


Selon le Tribunal des conflits, le juge judiciaire est en principe le seul à pouvoir connaître des contestations nées du redressement ou de la liquidation judiciaire,
même si les créances dont il s'agit sont de nature fiscale et concernent un impôt dont le contentieux relève de la compétence de la juridiction administrative ( T.
confl., 26 mai 2003, n° 3354, Chorro : JurisData n° 2003-225110 ; Dr. fisc. 2003, n° 51, comm. 930 ; RJF 8-9/2003, n° 1025 ; Mémorial des percepteurs 2003, p.
264).

§ 62 Responsabilité de l'administration fiscale en lien avec une procédure pénale fiscale


La mise en cause de la responsabilité de l'État lors de l'engagement d'une procédure pénale relève exclusivement de la jurisprudence judiciaire. Cette
jurisprudence a été reconnue par le Tribunal des conflits (T. confl., 5 juin 1972, Cie méridionale Falandry et Chambaret : Lebon, p. 948) et confirmée par le
Conseil d'État (CE, 5 mars 1975, Lance : AJDA 1975, p. 418 ).

Le dépôt d'une plainte pour fraude fiscale n'est pas considéré comme détachable de la procédure pénale et relève encore du régime de la faute lourde (Cass. 1re
civ., 1er déc. 1987, n° 86-12.244 : Bull. civ. n° 321 ; Dr. fisc. 1988, n° 31, comm. 1663, note G. Tixier et T. Lamulle).

§ 63 Responsabilité de l'administration fiscale en lien avec les droits de douane


De nombreux arrêts illustrent la compétence du juge judiciaire pour statuer sur les litiges mettant en cause la responsabilité de l'État à raison de l'établissement
ou du recouvrement de droits de douanes, cette compétence étant impliquée par la rédaction de l' article 357 bis du Code des douanes qui dispose que " les
tribunaux judiciaires connaissent des contestations concernant le paiement, la garantie ou le remboursement des créances de toute nature recouvrées par
l'administration des douanes et des autres affaires de douane n'entrant pas dans la compétence des juridictions répressives " ( CE, 1er mars 1985, n° 1176 et
1177 , Les docks vinicoles et nantais et SA Friedrich : JurisData n° 1985-040317 ; Lebon, p. 473-514. - T. confl., 26 oct. 1987, n° 2484 , préfet région Île-de-
France c/ SA Onno : Lebon, p. 453. - CE, 27 janv. 1989, n° 68448, Chrun : JurisData n° 1989-640278 ; Dr. fisc. 1989, n° 25, comm. 1260 ; RJF 1990, n° 611. - T.
confl., 18 mars 1991, n° 2646, Barcelo Balmana : Lebon, p. 460. - T. confl., 24 oct. 1994, n° 2934, Noirel : JurisData n° 1994-047880 ; Lebon, p. 847. - T. confl.,
27 févr. 1995, n° 2925, Oronoz et Saint-Martin : JurisData n° 1995-040802 ; Lebon, p. 491. - T. confl., 1er juil. 2002, n° 3294, Sté Pinault Bretagne : JurisData n°
2002-187087 ; Lebon, p. 547 ; Dr. fisc. 2002, n° 43, comm. 859).

Les juridictions de l'ordre judiciaire sont également compétentes pour connaître des actions par lesquelles un redevable demande à l'État réparation du préjudice
imputable aux actes accomplis par les agents de l'administration des douanes et des droits indirects à l'occasion de la détermination de l'assiette des droits
indirects, y compris lorsque la responsabilité de l'Administration est recherchée du fait de l'application d'un texte incompatible avec le droit communautaire ou une
convention internationale ( T. confl., 31 mars 2008, n° 3631, Sté Boiron : RJEP 2008, comm. 37 , note M. Collet ; RJF 2008, n° 716. - T. confl., 31 mars 2008, n°
3634, Sté Yves Saint Laurent Lassigny SAS :JurisData n° 2008-360923 ; RJF 2008, n° 716).
§ 64 Responsabilité de l'administration fiscale en lien avec les droits d'enregistrement
Le juge administratif de l’impôt ne peut connaître d'une mise en cause de la responsabilité de l'État fondée sur la faute qu'aurait commise un receveur de
l'enregistrement, en refusant au contribuable le bénéfice de l'exemption de droits d'enregistrement ( T. confl., 6 juill. 1981, n° 2194, Allart : Lebon, p. 685). Il est
également est incompétent pour connaître, s'agissant de droits d'enregistrement, d'une opposition à l'acte de poursuites que constitue un avis à tiers détenteur et
d'une demande d'indemnité pour les frais exposés par le contribuable à raison des poursuites dont il a fait l'objet ( CE, 18 nov. 1985, n° 67138 : RJF 1986, n° 104)
. Par ailleurs, la juridiction administrative n'a pas compétence pour connaître de conclusions tendant à la mise en cause de la responsabilité des services fiscaux
à raison d'une faute non détachable de la procédure de recouvrement de droits d'enregistrement, dont le contentieux relève des juridictions de l'ordre judiciaire (
CE, 6 janv. 1986, n° 47111 , Bal : JurisData n° 1986-605258 ; Dr. fisc. 1986, n° 15, comm. 801 , concl. O. Fouquet ; RJF 1986, n° 231). Le Tribunal des conflits a
néanmoins été amené à nuancer la portée de l'arrêt Chorro par deux décisions ultérieures : si la procédure collective est annulée, le juge de l'impôt est compétent
avec effet rétroactif ( T. confl., 17 déc. 2007, n° 3643, Delcamp c/ Trésorier principal du Vésinet : RJF 5/2008, n° 590 ) ; et, à la clôture définitive de la procédure
collective, le juge de l'impôt redevient compétent ( T. confl., 19 oct. 2009, n° 3694, M. Fougou c/ Directeur des services fiscaux de la Moselle : Dr. fisc. 2010, n°
15, comm. 277 ; RJF 2/2010, n° 159 ). En fait la juridiction administrative retrouve sa compétence lorsque la procédure collective n'est plus en cours, soit qu'elle a
été annulée, soit que, à la date de la saisine du juge de l'impôt, elle a été irrévocablement clôturée.
B. Trésor public

§ 65 Lorsqu’un contribuable ne s’est pas acquitté de sa dette fiscale dans les délais, l’administration fiscale dispose de prérogatives spéciales, en particulier d’un
privilège sur les meubles du contribuable qui prime sur les privilèges prévus par les dispositions de l’article 1920 du Code civil lorsque plusieurs créanciers se
retournent contre un même débiteur et en vertu des dispositions de l’ article 1929 ter du CGI , elle bénéficie d'une hypothèque légale sur les biens immeubles des
contribuables qui sont redevables de l'impôt. Le Trésor public peut aussi recourir à la procédure de la saisie administrative à tiers détenteur pour recouvrer les
impôts.
1° Privilège du Trésor public

§ 66 Le privilège est un droit que la loi reconnaît à un créancier, en raison de la qualité de sa créance, d'être préféré aux autres créanciers sur l'ensemble des
biens de son débiteur ou sur certains d'entre eux seulement. Le privilège est une sûreté légale ( C. civ., art. 2095 ) qui porte sur les biens meubles par nature et
par destination ( CGI, art. 1929 quater ). Le privilège est attaché à la créance. Pour les recouvrements confiés au service des impôts, l'État a, lorsque les
dispositions prévues aux articles 1920, 1923 à 1928 ne leur sont pas applicables, un privilège sur tous les meubles et effets mobiliers des redevables qui s'exerce
immédiatement après celui de l'impôt sur le chiffre d'affaires et des taxes instituées en remplacement de cet impôt (CGI, art. 1929).

§ 67 En matière de contributions directes et taxes assimilées, acomptes qui doivent être versés en l'acquit de l'impôt sur les sociétés dans les conditions prévues
par l' article 1668 du CGI , le privilège du Trésor public s'exerce avant tout autre, sur les meubles et effets mobiliers appartenant aux redevables en quelque lieu
qu'ils se trouvent. Ce privilège s'exerce aussi, lorsqu'il n'existe pas d'hypothèques conventionnelles, sur tout le matériel servant à l'exploitation d'un établissement
commercial, même lorsque ce matériel est réputé immeuble par application des dispositions du premier alinéa de l'article 524 du Code civil. Il s'exerce en outre
pour la fraction de l'impôt sur les sociétés due à raison des revenus d'un immeuble, sur les récoltes, fruits, loyers et revenus de cet immeuble, pour la taxe
foncière sur les récoltes, fruits, loyers et revenus des biens immeubles sujets à la contribution (Cass. com., 6 févr. 2007, n° 05-16.034).

§ 68 Concernant la taxe foncière sur les récoltes, fruits, loyers et revenus des biens immeubles sujets à la contribution, le paragraphe 2, 2 de l’article 1920 du CGI
ne distingue pas selon que le bien est ou non resté aux mains du même propriétaire, à la différence du paragraphe 1er du même article. La jurisprudence a donc
constaté que le privilège spécial du Trésor public comportait un droit de suite (Cass. com., 28 mars 2006, n° 03-13.822 : Bull. civ. IV, n° 80 ).

§ 69 Le privilège peut également être exercé pour le recouvrement des versements qui doivent être effectués par les contribuables en exécution de l'article 1664
avant la mise en recouvrement des rôles dans lesquels seront comprises les impositions en l'acquit desquelles les versements seront imputés et dès l'exigibilité
desdits versements ( CGI, art. 1920 ).

§ 70 Depuis 2008, la publicité du privilège doit être désormais requise par le comptable public lorsque l'ensemble des sommes dues, à un même poste comptable
ou service assimilé, à l'issue d'un délai de 9 mois, est supérieur à 15 000 euro(s) (quel que soit le montant du chiffre d'affaires ou des recettes du redevable). Le
point de départ de ce délai est le 1er jour du mois qui suit la date :

à laquelle le redevable a encouru une majoration pour défaut de paiement pour les impôts directs recouvrés par les comptables du Trésor ;

à laquelle un titre exécutoire a été émis, pour les taxes sur le chiffre d'affaires et assimilées et les contributions indirectes, ainsi que pour les impôts
directs et taxes assimilées recouvrés par les comptables des impôts.

À l'expiration du délai de 9 mois, le comptable public dispose d'un délai d'un mois pour effectuer la publicité du privilège du Trésor.

a) Prévention des difficultés des entreprises

§ 71 Entreprises en procédure collective


La notion de créance fiscale est entendue comme un rapport d’obligation en vertu duquel l’administration fiscale peut exiger du contribuable l’acquittement de ses
impôts. En droit des procédures collectives, cette situation préférentielle accordée à l’administration fiscale n’existe pas. Cette branche du droit a connu une
rénovation importante avec la loi du 26 juillet 2005 , en faveur des entreprises en difficultés, laquelle s’est poursuivie avec les ordonnances du 18 décembre 2008
et du 12 mars 2014. Il en est résulté que l’Administration fiscale est devenue un créancier soumis aux règles de droit commun et n’échappe plus à la discipline
collective. Le souci étant le maintien de l’activité entrepreneuriale, le législateur a fait bénéficier d’un traitement privilégié les créanciers qui soutiennent
financièrement l’entreprise en difficulté ( C. com., art. L. 622-17 en matière de sauvegarde et de redressement judiciaire. - C. com., art. L. 641-13 en matière de
liquidation judiciaire). Il a ainsi permis à certains créanciers dont les créances étaient postérieures au jugement d’ouverture d’être payés en contrepartie de l’aide
apportée au débiteur.

§ 72 Sous l’empire de cette législation deux voies étaient données au Trésor public pour le recouvrement des impôts :
soit sa créance fiscale contribue à satisfaire l’objectif poursuivi par le législateur et bénéficie d’un traitement privilégié ;

soit la créance reste soumise aux règles de déclaration fondées sur le principe de légalité des créanciers. Désormais la situation de l’administration
fiscale dépend du privilège de procédure. Lorsque l’administration fiscale ne bénéficie pas de ce privilège de procédure, sa situation est moins favorable.
Selon l’ordre de paiement établi par le II de l’article L. 622-17 du Code de commerce , les créances fiscales déclarées sont payées au cinquième rang
dans le cadre d’une procédure de sauvegarde et de redressement judiciaire et au sixième rang dans le cadre d’une procédure de liquidation judiciaire.

§ 73 Plan d’apurement
En cas de plan d'apurement échelonné, les dettes qui font l'objet d'un tel plan ne sont plus soumises à la publicité du privilège du Trésor mais elles conservent
néanmoins leur caractère privilégié. Dès lors, l'ouverture d'une procédure collective ne remet pas en cause le caractère privilégié des sommes, non publiées,
comprises dans un plan d'apurement. Cette absence de publicité est conditionnée par le respect du redevable du plan d'apurement et des obligations fiscales
courantes qui s'entendent des obligations déclaratives comme des obligations de paiement. En cas de non-respect par le redevable de son plan d'apurement et
/ou de ses obligations fiscales courantes, le comptable public met fin au plan d'apurement, en le dénonçant par lettre recommandée avec accusé de réception et
procède à l'inscription du privilège du Trésor dans le délai de 2 mois suivant la réception de cette dénonciation par le redevable.

L'administration fiscale a publié une instruction du 28 mai 2009 ayant pour objet de rappeler les conditions d'acceptation des plans d'apurement échelonné par les
comptables des impôts ainsi que leurs effets en matière de publicité du privilège ( BOI 12 C-2-09, 25 juin 2009 ; Dr. fisc. 2009, n° 27, instr. 14132 ).

§ 74 Entreprises en redressement ou en liquidation judiciaire


Le Trésor public, qui se trouve dans l'impossibilité d'inscrire son privilège pour la totalité de sa créance en raison de la prohibition instituée par l' article L. 622-30
du Code de commerce , conserve son privilège, en application du second alinéa de ce texte :

pour les créances qu'il n'était pas tenu d'inscrire à la date du jugement d'ouverture, dès lors que ces créances ont été déclarées ( Cass. com., 24 juin
2003, n° 00-18.828 : JurisData n° 2003-019635 ; Bull. civ. IV, n° 107 ; JCP G 2003, I, 115, n° 13 , obs. M. Cabrillac ; Act. proc. coll. 2003, comm. 220 ,
obs. C. Regnaut-Moutier ; RD bancaire et fin. 2003, comm. 229 , obs. D. Legeais ; D. 2003, AJ, p. 2012 ; RJDA 2003, n° 1096 ; RJF 2003, n° 1316) ;

pour les créances mises en recouvrement après la date du jugement d'ouverture, dès lors qu'elles ont été déclarées dans les conditions prévues à l'
article L. 622-24 du Code de commerce ( Cass. com., 8 févr. 2003, n° 00-12.974 . - Cass. com., 2 mai 1989, n° 87-12.192 : Bull. civ. IV, n° 141 ; Dr. fisc.
1990, n° 52, comm. 2490).

b) Compétence exclusive du juge judiciaire

§ 75 Le Tribunal des conflits, en décidant que les contestations relatives à l'existence et à la portée du privilège du Trésor devaient être considérées comme se
rattachant à la contestation de la forme des poursuites, a jugé que celles-ci devaient échapper à la compétence de la juridiction administrative ( T. confl., 13 janv.
1936 : S 1936 , 3. - T. confl., 24 juin 1954, n° 1503 . - CE, 23 déc. 1981, n° 34026, M. Loredon : Dr. fisc. 1982, n° 15, comm. 863 ; RJF 1982, n° 233. - Doc. adm.
DGI 12 C-2313, 31 janv. 1995) . Cette position a rejoint l'idée que le juge judiciaire est le seul compétent pour tout ce qui concerne l'exécution des mesures de
poursuites, c'est-à-dire les mesures mises en oeuvre par l'Administration pour assurer le recouvrement de la créance fiscale (T. confl., 27 févr. 1995, n° 2935 :
JurisData n° 1995-042587 ; JCP G 1995, n° 26, IV, n° 1570, p. 200 , note M.-C. Rouault).

§ 76 Depuis lors, le Conseil d'État considère que les contestations relatives à l'existence et à la portée du privilège du Trésor ne peuvent être portées que devant
le tribunal judiciaire ou, le cas échéant, du juge de l’exécution (JEX) lorsque la question est soulevée à l'occasion d'une opposition à un acte de poursuite et
échappe de ce fait à la compétence du juge administratif ( Cass. com., 19 janv. 1988 : Bull. civ. IV, n° 35 . - CE, 28 mai 1975, Belça : Lebon, p. 950 ; Dr. fisc.
1976, n° 3, comm. 65 ; RJF 1975, n° 385. - CE, 23 déc. 1981, n° 34026, Loredon . - CE, 27 juill. 1990, n° 85963, Begué : RJF 1990, n° 1258. - CE, 21 mars 2008,
n° 293828 : JurisData n° 2008-081293 ; Dr. fisc. 2008, n° 16, comm. 285 ; RJF 2008, n° 749. - V. aussi JCl. Fiscal, fasc. 9612). Ainsi, le Conseil d'État a admis
que l'opposition formée par une société d'économie mixte, propriétaire d'un immeuble, envers l'avis à tiers détenteur émis à l'encontre de son locataire pour le
recouvrement de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle l'ancien propriétaire de l'immeuble avait été assujetti, était fondée sur une
contestation de l'existence et de la portée d'un droit de suite sur les loyers, attaché au privilège du Trésor et qu'une telle contestation ne relevait pas de la
compétence de la juridiction administrative ( CE, 21 mars 2008, n° 293828 , préc.). Mais si la juridiction administrative reconnaît qu'elle ne peut se prononcer sur
l'existence et la portée du privilège du Trésor, qui relève de la compétence du juge judiciaire, elle a pu constater que le privilège du Trésor ne pouvait avoir pour
effet de constituer débitrice une personne autre que le redevable légal de l'impôt ( CE, 13 juill. 2006, n° 269576 : JurisData n° 2006-080962 ; Dr. fisc. 2007, n° 15
comm. 420 ; RJF 2006, n° 1623).
c) Inscription du privilège

§ 77 Le Trésor public doit inscrire son privilège mais l'inscription n'est ni une mesure de recouvrement, ni une mesure conservatoire ( CE, 8e ss-sect., 10 nov.
2004, n° 271403, Sté DG Diffusion Objectifs Autos : JCP E 2005, pan., 26 ; RJF 2005, n° 182).

Dans une décision de principe ( CE, 5 mars 1993, n° 95780 : JurisData n° 1993-052265), le Conseil d’État a jugé que l’inscription du privilège du Trésor n'entrait
pas dans les prévisions des dispositions relatives au sursis de paiement, qu’elle ne constituait ni une garantie ni une mesure conservatoire et qu’elle ne
ressortissait pas à la compétence du juge administratif statuant en matière de référé fiscal ( Rép. min. n° 674 : JOAN 17 févr. 2015, p. 1187 , Cresta).

L'inscription du privilège peut-elle être confondue avec les garanties visées à l' article L. 277 du LPF ? La jurisprudence administrative semble divisée ( TA Lille,
22 juin 1988, n° 5135 : Dr. fisc. 1990, n° 22, comm. 1091 . - Contra TA Paris, 5 juill. 1989, n° 895669 : Dr. fisc. 1990, n° 22, comm. 1091 ). Statuant sur la validité
d'un avis à tiers détenteur délivré au dirigeant d'une société en liquidation des biens, condamné sur le fondement de l' article L. 267 du LPF à supporter
solidairement le passif fiscal de la société, la Cour de cassation a approuvé une cour d'appel ayant jugé que l' article 1929 quater du CGI ne prévoyait aucune
dispense de renouvellement des inscriptions durant cette procédure. Ainsi, il n'y a pas de dispense de renouvellement des inscriptions durant une liquidation
judiciaire ( Cass. com., 16 juin 1998, n° 96-15.998 : JurisData n° 1998-002774 ; Bull. civ. IV, n° 195 ; Dr. fisc. 1998, n° 52, comm. 1188 ; RJF 1998, n° 1220. -
Cass. com., 23 févr. 1981, n° 79-15.161 : Bull. civ. IV, n° 97 ; D. 1981, IR p. 391, obs. A. Honorat ; RD imm. 1981, p. 538 , obs. M. Dagot). La loi n° 2005-845 du
26 juillet 2005 de sauvegarde des entreprises impose au comptable public de demander la radiation de l'inscription dans un délai d'un mois à partir du moment où
le débiteur s'est acquitté de sa dette (CGI, art. 1929 quater, 8 bis).

§ 78 Rang de la créance
Le rang de la créance est primordial. Les contestations à cet égard relèvent de la compétence des tribunaux de l'ordre judiciaire (Cass. com., 28 janv. 1992, n° 90-
14.803 : JurisData n° 1992-000290 ; Bull. civ. IV, n° 45 ; Dr. fisc. 1993, n° 20, comm. 1047 ). Il en va de même de la contestation du rang de la créance du Trésor,
dont le recouvrement est poursuivi par voie d'ATD (Cass. com., 15 juin 1993, n° 91-14.454 : JurisData n° 1993-001384 ; Dr. fisc. 1993, n° 49, comm. 2365 ).

§ 79 Privilège du Trésor public et amendes pénales


Dans un arrêt de principe, la Cour de cassation a décidé que le comptable public ne pouvait recourir à la procédure de l’avis à tiers détenteur pour recouvrer les
amendes pénales : " Le recouvrement des amendes pénales, fût-il garanti par le privilège du Trésor, n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 262 du LPF " (
Cass. com., 23 oct. 2007, n° 06-18.264, F-D, Lionnet c/ Trésorier Lyon amendes : JurisData n° 2007-041063 ; RD bancaire et fin. 2007, comm. 228 ; RJF 2008,
n° 227, 1re esp. - Cass. com., 31 mars 2009, n° 05-11.432, Lemoine : JurisData n° 2009-047725 ). En effet, si selon les dispositions de l’article L. 262 du LPF, les
dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables d'impôts, de pénalités et de frais accessoires dont le
recouvrement est garanti par le privilège du Trésor, sur la demande qui leur en est faite, sous forme d'avis à tiers détenteur, notifié par le comptable chargé du
recouvrement, de verser, aux lieu et place des redevables, les fonds qu'ils détiennent ou qu'ils doivent, à concurrence des impositions dues par ces redevables,
cet article ne vise pas les amendes pénales (V. n° 86 ).
2° Recours à la saisie administrative à tiers détenteur (SATD)

§ 80 Le Trésor public peut aussi avoir recours à la SATD (V. JCl. Fiscal, fasc. 9616, n° 204 et s.) pour recouvrer les créances suivantes :
a) Impôts assortis du privilège du Trésor public

§ 81 La SATD s’applique au recouvrement des créances de toute nature, y compris les amendes dans les conditions prévues à l'article L. 262 ( LPF, art. L. 263 B
). Elles s’appliquent également aux produits dont le recouvrement est assorti du privilège général du Trésor public codifié à l' article 1920 du CGI qui prévoit que "
le privilège du Trésor public en matière de contributions directes et taxes assimilées s'exerce avant tout autre sur les meubles et effets mobiliers appartenant aux
redevables en quelque lieu qu'ils se trouvent [...] ". L'exercice du privilège du Trésor public s'étend également au recouvrement de la fraction de l'impôt sur les
sociétés dû à raison des revenus d'un immeuble, sur les récoltes, fruits, loyers et revenus de cet immeuble ; de la taxe foncière sur les récoltes, fruits, loyers et
revenus des biens immeubles sujets à la contribution sociétés ( CGI, art. 1920, 2, 1° et 2° ). Il peut être exercé pour le recouvrement des acomptes qui doivent
être versés en l'acquit de l'impôt sur les sociétés dans les conditions prévues par l'article 1668 ( CGI, art. 1920, 4 ).

§ 82 Jusqu'en 1981, étaient exclus les droits de timbre et d'enregistrement, ainsi que les contributions indirectes. Mais l' article 8, II de la loi de finances
rectificative pour 1981 a opéré une simplification et une unification du régime applicable à tous les impôts privilégiés. Ainsi ce sont tous les impôts garantis par le
privilège du Trésor public prévu aux articles 1926, 1929 et 1920 du CGI. Cette procédure est applicable en ce qui concerne les taxes sur le chiffre d'affaires et
taxes assimilées (CGI, art. 1926), les droits d'enregistrement, la taxe de publicité foncière, les droits de timbre et les taxes assimilées (CGI, art. 1929) et les
contributions indirectes ( CGI, art. 1920 . - LPF, art. L. 262).
b) Taxes départementales et communales assimilées aux contributions directes

§ 83 Les dispositions des articles 1920 et 1923 sont applicables aux taxes départementales et communales assimilées aux contributions directes ; toutefois le
privilège créé au profit des taxes départementales prend rang immédiatement après celui du Trésor, et le privilège créé au profit des taxes communales,
immédiatement après celui des taxes départementales ( CGI, art. 1924 ).
c) Taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées

§ 84 Pour le recouvrement des taxes sur le chiffre d'affaires et des taxes assimilées, le Trésor a, sur les meubles et effets mobiliers appartenant aux redevables,
en quelque lieu qu'ils se trouvent, un privilège qui a le même rang que celui de l'article 1920 et qui s'exerce concurremment avec ce dernier. Le privilège s'exerce
dans les conditions prévues au 1 de l'article 1920.

§ 85 Pour le recouvrement des prélèvements effectués en application des articles 49 et 50 du traité du 18 avril 1951 instituant la Communauté européenne du
charbon et de l'acier, la Commission des Communautés européennes bénéficie dans les mêmes conditions du privilège prévu au premier alinéa. Toutefois, les
dispositions de l'article 1926 du CGI ne concernent pas le recouvrement des taxes susvisées à l'importation pour lesquelles il est fait application de l' article 379
du Code des douanes (CGI, art. 1926).
d) Droit fixe de procédure et amende pénale

§ 86 En vertu de l' article 1018 A du CGI , le recouvrement du droit fixe de procédure et des amendes pénales est garanti d'une part, par le privilège général du
Trésor public codifié à l' article 1920 du CGI et d'autre part, par l'hypothèque légale prévue à l'article 1929 ter ( CGI, art. 1018 A, 5°, al. 7 ). En 2004, la Cour de
cassation a considéré que la procédure d'avis à tiers détenteur (SATD) étant applicable au recouvrement des impôts, pénalités et frais accessoires, en application
de l'article L. 262 du LPF, le recouvrement des amendes pénales, fût-il garanti par le privilège du Trésor public, n'entrait pas dans les prévisions de ce texte (
Cass. com., 12 mai 2004, n° 01-02.710 : JurisData n° 2004-023744 ; Bull. civ. IV, n° 91 . - Cass. com., 31 mars 2009, n° 05-11.432 : JurisData n° 2009-047725 . -
V. n° 79 ).
e) Majorations, pénalités et frais accessoires

§ 87 La procédure d'avis à tiers détenteur (SATD) peut également être utilisée pour recouvrer les majorations, pénalités et frais accessoires aux droits dont le
recouvrement est assorti du privilège du Trésor public (V. JCl. Civil Code, Art. 2327, fasc. 10 ). Les pénalités d'assiette et de recouvrement doivent s'entendre de
celles qui sanctionnent le non-respect des dispositions qui régissent l'assiette et le recouvrement des droits ( L. fin. rect. 1981 , n° 81-1179, 31 déc. 1981).

Les majorations prévues à l' article 1728, 1 ancien du CGI ne sont pas des pénalités de mauvaise foi ( Cass. com., 19 janv. 2010, n° 08-21.476 , publié au
Bulletin).
f) Créances étrangères à l’impôt

§ 88 Tous les autres produits, même s'ils sont assortis d'un privilège spécial et alors même que leur recouvrement est poursuivi comme en matière d'impôts
directs, ne peuvent être réclamés par voie d'avis à tiers détenteur. La formulation de l'article L. 262 du LPF exclut les créances non fiscales du Trésor public,
même lorsqu'elles sont privilégiées.
3° Sûretés

§ 89 Les contestations relatives aux sûretés dont dispose le Trésor public pour garantir le recouvrement des créances fiscales se rattachent à la contestation en
la forme des poursuites. Le juge judiciaire est donc compétent ( CE, 27 oct. 1982, n° 26618 : Dr. fisc. 1983, n° 25, comm. 1379 ; RJF 1982, n° 1179 : validité d'un
ATD, par lequel le percepteur a pris une sûreté est inséparable de l'ensemble des actes de poursuites. - CE, 17 mai 1982, n° 22972 : JurisData n° 1982-607165 ;
Dr. fisc. 1982, n° 42, comm. 2846 : mainlevée d'une hypothèque. - Cass. com., 4 mars 1986, n° 84-12.696 : JurisData n° 1986-002502 ; Dr. fisc. 1987, n° 1,
comm. 33 : radiation d'une hypothèque. - Cass. 2e civ., 3 mai 2007, n° 06-13.257 : JurisData n° 2007-038646 ; Bull. civ. II, n° 115 : radiation d'une hypothèque).

§ 90 Quelle que soit la nature de la sûreté prise, le comptable public doit en informer le débiteur à peine de caducité de la mesure. Deux publicités sont prévues :
la publicité provisoire, qui conserve la sûreté pendant 3 années renouvelables une fois, et la publicité définitive, qui donne rang à la sûreté à la date de la
formalité initiale.

§ 91 Mesures de sûretés en matière de taxation d’office


Pour assurer le recouvrement des impositions établies par voie de taxation d'office dans les conditions prévues aux articles L. 66 à L. 70 du LPF au nom de
personnes qui changent fréquemment de lieu de séjour ou qui séjournent dans des locaux d'emprunt ou des locaux meublés, les directeurs départementaux des
finances publiques sont autorisés, dès réception du rôle et avant l'envoi de tout avis d'imposition au contribuable, mais après avis de la commission
départementale des chefs des services financiers et des représentants des organismes de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'assurance
chômage, à faire prendre des sûretés sur tous les biens et avoirs du contribuable et, notamment, à faire procéder au blocage de tous comptes courants de dépôts
ou d'avances ouverts à l'intéressé (LPF, art. L. 270).
4° Hypothèque légale

§ 92 L'hypothèque légale du Trésor est une sûreté réelle immobilière constituée sans dépossession du débiteur, qui porte sur un ou plusieurs biens déterminés
appartenant au débiteur ou à un tiers. Les comptables publics disposent donc de l’hypothèque légale du Trésor sur les immeubles du contribuable pour garantir le
recouvrement de leur créance restée impayée. Cette hypothèque prend rang à la date de son inscription au fichier immobilier. Elle ne peut être inscrite qu'à partir
de la date de mise en recouvrement des impositions et pénalités y afférentes lorsque celles-ci résultent d'une procédure de rectification ou d'imposition d'office ou
à partir de la date à laquelle le contribuable a encouru une majoration ou pénalité pour défaut de paiement ( CGI, art. 1929 ter ).
a) Champ d’application

§ 93 Inscription de l’hypothèque légale


Les comptables publics doivent opérer l’inscription de l’hypothèque sur des immeubles déterminés et pour des créances déterminées au service de la publicité
foncière tant que la créance n’est pas atteinte par la prescription. Le Trésor public qui a procédé à l'inscription hypothécaire est investi d'un droit réel accessoire
garantissant sa créance et a la faculté de faire vendre l'immeuble grevé, en quelque main qu'il se trouve, et d'être payé par préférence sur le prix. Le jugement
d'ouverture de la procédure collective arrête le cours de l'inscription de l'hypothèque légale.

L’hypothèque légale ne peut être inscrite qu'à partir de la date de mise en recouvrement des impositions et pénalités y afférentes lorsque celles-ci résultent d'une
procédure de rectification ou d'imposition d'office ou à partir de la date à laquelle le contribuable a encouru une majoration ou pénalité pour défaut de paiement (
CGI, art. 1929).

Le droit dont dispose le comptable public de faire inscrire l’hypothèque légale du Trésor, suppose que soit établie la qualité de redevable d’impôt du propriétaire
du bien, sur lequel sera effectuée cette inscription et, pour cela, un titre exécutoire (AMR ou rôle) est indispensable ( Cass. com., 3 oct. 2006, n° 04-14.728, Trés .
Faulquemont c/ Mallavergne : JurisData n° 2006-035340 et 2006-033317 ; Bull. civ. IV, n° 200 ; RJF 2007, n° 84).

§ 94 L'hypothèque légale du Trésor public atteint les biens immobiliers appartenant aux redevables directs de l’impôt et aux tiers solidairement responsables en
vertu d'une disposition légale (officiers ministériels) ou d'un jugement (dirigeants de société déclarés solidairement responsables. La garantie s’étend sur le
principal de l’imposition, les intérêts de retard, les majorations pour défaut ou insuffisance de déclaration et les majorations d’assiette pour dépôt tardif des
déclarations prévues par la loi ( CGI, art. 1728 . - CE, 27 oct. 2004, n° 266024, Mastellone : Dr. fisc. 2005, n° 11, comm. 297, concl. S. Verclytte ; RJF 2005, n° 92)
.

Ainsi, les propriétaires d'un fonds de commerce, en vertu du principe de solidarité posé par l'article 1684, 3 du CGI, sont solidairement débiteurs de l'impôt dû à
raison de l'exploitation de ce fonds et peuvent donc être poursuivis personnellement, dès lors que le créancier dispose d'un titre exécutoire. Dans une affaire où le
trésorier disposait d'un titre exécutoire à l'encontre de la société locataire du fonds de commerce appartenant à des époux et où cette dernière ne s'était pas
acquittée des impôts directs établis à raison de l'exploitation de ce fonds, la Cour de cassation a approuvé une cour d'appel ayant rejeté la demande d'inscription
du trésorier aux motifs que " la solidarité prévue par l' article 1684-3 du CGI entre le propriétaire et le locataire gérant d'un fonds de commerce pour le paiement
des impôts directs à raison de l'exploitation du fonds ne dispense pas l'Administration de la production d'un titre visant personnellement le propriétaire du fonds de
commerce concerné " ( Cass. com., 3 oct. 2006, n° 04-14.728 : JurisData n° 2006-035340 ; Bull. civ. IV, n° 200 ; RJF 2007, n° 84).

§ 95 Droit de préférence
Le droit de préférence permet de primer les autres créanciers non inscrits ou inscrits postérieurement. Prenant rang à la date de son inscription, l'hypothèque
légale est cependant primée par les privilèges des frais de justice et des salaires du conservateur dispensés d'inscription.
§ 96 Droit de suite
L'inscription de l'hypothèque légale permet au Trésor public d'appréhender l'immeuble grevé jusqu’entre les mains de l'acquéreur qui aurait omis de purger
l'hypothèque.

§ 97 Adjudication
Hors le cas où l'hypothèque est réinscrite du chef d'un adjudicataire tenu de l'obligation garantie en qualité d'ayant-cause (CPC, art. 717, al. 3), l'adjudication de
l'immeuble, si elle purge toutes les hypothèques, n'entraîne pas la disparition du droit de préférence du Trésor public qui est reporté sur le prix. Le droit de suite
permet au Trésor public d'appréhender l'immeuble grevé entre les mains de l'acquéreur qui aurait omis de purger l'hypothèque. La Cour de cassation a ainsi
approuvé une cour d'appel qui avait rejeté la demande de l'administration des impôts tendant à ce qu'il soit dit qu'un bien en nature de bois et forêts resterait
grevé, nonobstant sa vente sur saisie immobilière, de l'hypothèque légale inscrite pour garantir le paiement éventuel des droits d'enregistrement éludés par
l'acquéreur initial en contrepartie de l'engagement pris pour lui et ses ayants cause, de soumettre les bois pendant 30 ans à un régime d'exploitation normale (
Cass. com., 17 juill. 1984, n° 83-10.360, DGI c/ SCI du Buisson Réau : JurisData n° 1984-701332 ; Bull. civ. IV, n° 237 ).

§ 98 Mesures conservatoires à l’encontre d’une caution


Le créancier peut prendre des mesures conservatoires à l'encontre de la caution (C. com., art. L. 622-28, al. 3). Ces mesures peuvent être prises dès la
conclusion du cautionnement, s'il y a urgence et si le recouvrement de la créance est en péril (Cass. com., 1er mars 1971, n° 68-10.705 : JurisData n° 1971-
097065. - Cass. com., 26 mars 2008, n° 06-13.278, CIC Paris ).

§ 99 Saisie-attribution, saisie-vente
Le comptable public, simple créancier chirographaire, ne peut pas utiliser la procédure de l'avis à tiers détenteur, mais uniquement les procédures d'exécution de
droit commun, comme la saisie-attribution ou la saisie-vente ( Cass. com., 19 déc. 2006, n° 05-11.290, Lemaini : JurisData n° 2006-036645).

§ 100 Droit de mutation par décès


Le Trésor dispose, pour le recouvrement des droits de mutation par décès, d'une hypothèque légale sur les immeubles de la succession qui prend rang du jour de
son inscription au fichier immobilier dans la forme et de la manière prescrite par la loi et sur les immeubles du groupement forestier (CGI, art. 1929 et 1929 ter).
Dans une affaire, un contribuable qui avait vendu des bois et forêts à une personne ayant pris l'engagement de les exploiter, demandait à être exonéré de l'impôt
sur les grandes fortunes ( CGI, art. 1723 ter 00 A ancien et 793, 2, 2°). La Cour de cassation a décidé que l'exonération était subordonnée à la faculté laissée à
l'Administration d'inscrire l'hypothèque légale sur l'immeuble. Cette faculté lui ayant été retirée du fait de la vente du bien avant le dépôt de la déclaration de l'IGF,
l'exonération ne pouvait être accordée ( Cass. com., 18 juin 1991, n° 89-17.132 : JurisData n° 1991-002022 ; Bull. civ. IV, n° 225 ; JCP N 1992, n° 17, II, n° 148 ).
b) Mainlevée de l’hypothèque

§ 101 La jurisprudence considère que seule l'autorité judiciaire est compétente pour connaître d'une demande de levée d'une sûreté, dès lors que la validité de
l'acte par laquelle celle-ci a été prise, de même que l'obligation qui incombe à l'Administration d'y mettre fin, sont inséparables de l'ensemble des actes de
poursuites ( CE, ass. plén., 13 juin 1980, n° 10219 et 11497 : Dr. fisc. 1981, n° 29, comm. 1495, concl. D. Fabre). Dans une espèce, l’Administration, pour
garantir sa créance, avait inscrit une hypothèque légale sur un immeuble appartenant à la société. Celle-ci s’apprêtant à vendre le bien, le service des impôts lui a
adressé une lettre par laquelle il subordonnait la mainlevée de l’hypothèque légale au séquestre au bénéfice du Trésor public d’une partie du prix de vente jusqu’
au règlement du litige l’opposant à la société. La Cour de cassation a requalifié la lettre du service des impôts fixant les conditions de mainlevée de l’hypothèque
légale en " acte de poursuite " et a considéré que la contestation de la décision de substituer à l’hypothèque légale un séquestre du prix de vente de l’immeuble
qui en était grevé portait sur la régularité de l’acte en la forme et a retenu ainsi la compétence du juge judiciaire (Cass. 2e civ., 13 mai 2015, n° 14-16.640, F-P+B,
Sté Technogram : JurisData n° 2015-011128 ; Dr. fisc. 2015, n° 39, comm. 594 ).
c) Extinction de l’hypothèque légale

§ 102 En cas de cession à l'État ou aux collectivités et organismes mentionnés au I de l'article 1042 d'un bois ou d'une forêt grevé de l'hypothèque légale, celle-ci
s'éteint de plein droit. La même règle s'applique aux mutations de jouissance ou de propriété au profit d'établissements ou de sociétés, en vue de la réalisation
d'équipements, aménagements ou constructions d'intérêt public, qui pourraient donner lieu à l'établissement d'une servitude d'utilité publique au titre de ladite
mutation, ainsi qu'aux bois et forêts faisant l'objet d'une interdiction de reconstituer les boisements après coupe rase en application des deuxième à neuvième
alinéas de l'article L. 126-1 du Code rural et de la pêche maritime.

Lorsque la sûreté a été cantonnée sur le bien cédé, les droits complémentaires et supplémentaires correspondant à d'autres biens deviennent exigibles et sont
colloqués sur le prix de vente au rang de l'inscription si l'hypothèque légale n'a pu être inscrite en rang utile sur ces autres biens préalablement à la cession. Il en
est de même lorsque la sûreté a été cantonnée sur des bois et forêts qui font l'objet soit d'une mutation de jouissance ou de propriété au profit d'établissements
ou de sociétés, en vue de la réalisation d'équipements, aménagements ou constructions d'intérêt public, qui pourraient donner lieu à l'établissement d'une
servitude d'utilité publique au titre de ladite mutation, soit d'une interdiction de reboisement après coupe rase en application des deuxième à neuvième alinéas de
l'article L. 126-1 du Code rural et de la pêche maritime, soit d'un procès-verbal dressé en application du III de l'article 1840 G (CGI, art. 1929).

d) Renouvellement de l'inscription

§ 103 Le renouvellement de l'inscription provisoire de l'hypothèque s'accomplit dans les mêmes formes que la publicité initiale et s'effectue dans les conditions
prévues aux articles 61 et suivants du décret du 14 octobre 1955 concernant la publicité foncière.
5° Hypothèque judiciaire et conventionnelle

§ 104 Le comptable public compétent n'a qualité pour prendre des sûretés que pour garantir les créances qu'il est chargé de recouvrer (Cass. com., 28 janv.
1992, n° 90-14.803 : JurisData n° 1992-000290 ; Bull. civ. IV, n° 45 ; Dr. fisc. 1993, n° 20, comm. 1047 ). Mais, quelle que soit la qualité du créancier ou la nature
de la créance invoquée, c'est toujours aux tribunaux de l'ordre judiciaire qu'il appartient de connaître " d'une procédure d'inscription provisoire d'hypothèque
judiciaire, quelle que soit la qualité du créancier ou la nature de la créance invoquée " ( Cass. 1re civ., 13 mai 1986, n° 85-10.669 : JurisData n° 1986-700923 ;
Bull. civ. I, n° 129 : Dr. fisc. 1986, n° 52, comm. 2483 et instr. 10154 ; D. 1986, n° 30, p. 389, note J. Prevault. - Cass. com., 26 avr. 1984, n° 83-10.955 :
JurisData n° 1984-701025 ; Bull. civ. IV, n° 139, p. 117 . - Cass. 2e civ., 13 oct. 1982, n° 81-13.618 : Bull. civ. II, n° 123 . - Cass. com., 25 mars 1991, n° 89-
13.122 : JurisData n° 1991-001218 ; Bull. civ. IV, n° 117 ). Un titre exécutoire délivré par un huissier de justice qui n’est pas un jugement, n’autorise pas l’
inscription d’une hypothèque judiciaire définitive (Cass. 3e civ., 21 janv. 2016, n° 14-24.795 : JurisData n° 2016-000637 ; Procédures 2016, comm. 88 , obs. C.
Laporte).
6° Cautionnement

§ 105 Les comptables des impôts peuvent demander à un créancier d'exécuter l'obligation du débiteur. Cette sûreté est souvent utilisée comme un moyen de
prévention contre les risques de fraude ou d'organisation d'insolvabilité. Les dispositions légales relatives aux privilèges doivent être interprétées restrictivement.
C'est pourquoi le privilège du Trésor public, reconnu aux articles 1920 et 1926 du CGI comme s'exerçant avant tout autre sur les meubles et effets mobiliers
appartenant aux redevables en quelque lieu qu'ils se trouvent, ne peut être étendu à leur caution solidaire (CGI, art. 1920, 1926 et 1929 ter. - C. civ., art. 2011 et
2095 . - Cass. com., 19 déc. 2006, n° 05-11.290 : JurisData n° 2006-036645 ; Bull. civ. IV, n° 264 ; Dr. fisc. 2007, n° 16, comm. 445 ). En effet, le Trésor public
n'a pas sur le patrimoine de la caution les mêmes privilèges et sûretés que ceux qu'il est en droit d'exercer sur le patrimoine du redevable cautionné. Il ne peut
seulement utiliser contre la caution les procédures d'exécution de droit commun, à l'exclusion de l'avis à tiers détenteur (SATD). Par ailleurs, les dettes fiscales
cautionnées peuvent faire l'objet d'une suspension d'exigibilité pendant 2 années et d'un rééchelonnement de 10 années. Le comptable public n'est toutefois pas
totalement dépourvu. Il peut engager une action paulienne si la caution organise son insolvabilité (sur le cautionnement, V. JCl. Fiscal, fasc. 9128).

Le cautionnement ne se présume point ; il doit être exprès, et on ne peut pas l'étendre au-delà des limites dans lesquelles il a été contracté ( C. civ., art. 2292 ). Il
constitue une sûreté personnelle. Il ne confère donc aucun privilège particulier, mais seulement un droit personnel de créance contre celui qui a souscrit
l'engagement de caution. L'engagement de caution ne libère pas le débiteur, qui reste tenu de la dette.

§ 106 Délai d'exécution de l'obligation


Les poursuites à l'encontre de la caution (saisie-vente, saisie immobilière...) sont subordonnées à la notification d'une mise en demeure. Si, à l'expiration d'un
délai de 30 jours suivant cette mise en demeure, le paiement n'a pas été effectué, le comptable public peut engager des poursuites ( LPF, art. L. 257-0 A ).

§ 107 Privilège du Trésor public


Le privilège du Trésor, reconnu aux articles 1920 et 1926 du CGI comme s'exerçant avant tout autre sur les meubles et effets mobiliers appartenant aux
redevables en quelque lieu qu'ils se trouvent, n’est pas étendu à la caution solidaire ( Cass. com., 19 déc. 2006, n° 05-11.290, Lemaini : JurisData n° 2006-
036645 ; Bull. civ. IV, n° 264 ; Dr. fisc. 2007, n° 16, comm. 445 ; RD bancaire et fin. 2007, comm. 60 , note A. Cerles ; RJF 2007, n° 622).
C. Personnes tenues ou recherchées en paiement de l’impôt

§ 108 Le recouvrement incombe aux comptables publics. Les contestations prévues par l' article L. 281 du LPF sont à formuler auprès de la direction générale
des finances publiques. Elles peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire ( Cass. com., 22 janv. 1973, n° 70-12.049 : JurisData n°
1973-097032 ; Bull. civ. IV, n° 32 ), mais aussi par toute personne concernée.
1° Débiteur de l'impôt

§ 109 Le redevable peut contester le recouvrement des impôts mis à sa charge par l’administration fiscale à la suite d’une reprise, d’une rectification ou d’un
redressement fiscal. La réclamation doit faire l’objet d’une demande, laquelle doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service
compétent ( LPF, art. R.* 281-1 ).

§ 110 Qualité pour agir


La réclamation est individuelle ( LPF, art. R.* 197-1 ) mais une réclamation pour autrui est recevable si la personne qui l’introduit ou la soutient justifie d'un
mandat régulier qui doit, à peine de nullité, être produit en même temps que l'acte qui l'autorise ou enregistré avant l'exécution de cet acte.

Il a été jugé que le tiers qui agit doit avoir qualité pour représenter le requérant (CAA Marseille, 4e ch., 24 janv. 2006, n° 04MA01653, M. Cerri : RJF 2006, n°
1278). Ainsi, un ancien conjoint d'un redevable n'a pas qualité pour former une opposition à une compensation en matière de TVA ( CAA Nantes, 1re ch., 5 oct.
1999, n° 96NT00476, M. Villeroy : RJF 2000, n° 123).

Par un arrêt récent du 3 décembre 2019, une cour administrative d’appel a jugé que, dans le cadre d’une cession de créance dite " loi Dailly ", le cédant ne
pouvait pas se prévaloir d’une réclamation préalable présentée par le cessionnaire et qu’il était donc tenu, s’il entendait saisir le juge de l’impôt, d’introduire lui-
même une réclamation préalable ( CAA Versailles, 12 ch., 3 déc. 2019, n° 18VE02434 ). En effet, le cessionnaire ne peut être regardé comme étant le
mandataire du cédant.

Par ailleurs, les dispositions de l' article R. 281-1 du LPF font obstacle à ce qu'une contestation puisse être introduite par voie d'action oblique au nom d'un
débiteur négligent dans les conditions prévues à l' article 1166 du Code civil (CAA Bordeaux, 10 nov. 2005, n° 02BX00950 : JurisData n° 2005-291504 ; Dr. fisc.
2006, n° 29, comm. 526 ; RJF 2006, n° 468. - CE, 27 mars 1981, n° 27717 : JurisData n° 1981-606614 ; Dr. fisc. 1981, n° 28, comm. 1440, concl. C. Schricke).

§ 111 Mandat express


Toutefois, il n'est pas exigé de mandat des avocats inscrits au barreau ni des personnes qui, en raison de leurs fonctions ou de leur qualité, ont le droit d'agir au
nom du contribuable. Il en est de même si le signataire de la réclamation a été mis personnellement en demeure d'acquitter les impositions mentionnées dans
cette réclamation. Les officiers publics ou ministériels désignés aux 1° à 3° de l'article 1705 du CGI sont autorisés à présenter ou soutenir sans mandat exprès
une réclamation relative aux impôts, droits ou taxes qu'ils sont tenus d'acquitter en application de cet article ( LPF, art. R.*197-4 ).

Hormis l’hypothèse du mandat, la jurisprudence n’autorise une personne à se prévaloir de la réclamation introduite par une autre, par exception, que lorsqu’elles
sont codébiteurs solidaires auxquelles cas elles sont réputées se représenter mutuellement ( CE, 3e et 8e ss-sect., 8 mars 2004, n° 248132 : JurisData n° 2004-
080533 ).
§ 112 Intérêt à agir
L'action est ouverte à tous ceux qui ont un intérêt légitime au succès ou au rejet d'une prétention, sous réserve des cas dans lesquels la loi attribue le droit d'agir
aux seules personnes qu'elle qualifie pour élever ou combattre une prétention ou pour défendre un intérêt déterminé ( CPC, art. 31 ). Toute prétention émise par
ou contre une personne dépourvue du droit d'agir est irrecevable ( CPC, art. 32 ).

Il résulte du principe " pas d'intérêt, pas d'action " qu'un débiteur ne justifie d'aucun intérêt à agir lorsqu'il entend contester des mesures d'exécution forcée qui se
sont avérées totalement infructueuses. Ainsi en est-il d'avis à tiers détenteur restés sans effet dès lors que les comptes ouverts au nom du redevable étaient
débiteurs ( Cass. com., 26 juin 2007, n° 06-13.773, F P+B, André : JurisData n° 2007-039779 ; Bull. civ. IV, n° 173 ; JCP E 2007, n° 37, 2102 . - Cass. com., 25
avr. 2006, n° 03-19.836 : JurisData n° 2006-033207). Le Conseil d'État avait adopté la même solution dans une affaire où les avis à tiers détenteur notifiés à
l'établissement bancaire gérant le compte de la débitrice n'avaient pas eu d'effet sur le recouvrement d'impositions, le solde du compte étant débiteur. Après avoir
relevé que la poursuite éventuelle du recouvrement sur le même compte aurait nécessité la notification des nouveaux avis, le Conseil d'État en a déduit que la
redevable était sans intérêt et par suite irrecevable à saisir la juridiction administrative de contestations des avis à tiers détenteur litigieux ( CE, 6 mars 1991, n°
67438 : JurisData n° 1991-052561 ; Dr. fisc. 1993, n° 49, comm. 2366 ).

2° Débiteur solidaire de l'impôt

§ 113 Pour le Conseil d’État, la garantie que constitue, pour le Trésor public, l'existence de débiteurs tenus solidairement au paiement d'une créance fiscale ne
peut être mise en oeuvre que lorsqu'il existe un débiteur principal de l'impôt ou de la pénalité fiscale. Il faut donc que la créance soit régulièrement établie à l’
égard du débiteur principal, en l’occurrence le contribuable, destinataire d'un avis de mise en recouvrement régulièrement notifié dans le délai de reprise. Il s’
ensuit que la personne recherchée en paiement solidaire d'une imposition ou d'une pénalité mise à la charge d'un débiteur principal, est fondée à soutenir que
l'imposition ou la pénalité n'a pas été régulièrement établie si l'Administration n'a pas, avant l'expiration du délai de reprise, régulièrement notifié au débiteur
principal un avis de mise en recouvrement ( CE, 8e et 3e ss-sect., 9 déc. 2015, n° 367310, M. Palaprat : JurisData n° 2015-027927 ; Dr. fisc. 2016, n° 7-8, comm.
183, concl. B. Bohnert).
3° Codébiteur solidaire de l'impôt

§ 114 Après la suppression au plan fiscal de la notion de chef de famille, les époux ou les partenaires liés par un pacte civil de solidarité ont la qualité de
codébiteurs solidaires des impositions établies à leur nom. L’ article L. 54 du LPF en tire les conséquences procédurales en rendant les actes faits par l’un des
conjoints ou des partenaires liés par le pacte civil ou notifiés à celui-ci opposables de plein droit à l’autre. Sur ce point, le Conseil d’État a décidé de renvoyer au
Conseil constitutionnel une QPC portant sur l’absence d’exception à l’opposabilité de plein droit à un conjoint des réponses et actes de procédure faits ou notifiés
à l’autre lorsque ceux-ci sont séparés ou divorcés ( LPF, art. L. 54 A ). Le Conseil a estimé sérieux le moyen tiré de ce que les dispositions de cet article portent
atteinte au droit des personnes d’exercer un recours juridictionnel effectif devant une juridiction ( CE, 10e et 9e ss-sect., 25 sept. 2015, n° 391315, M. Rado :
JurisData n° 2015-021672 ; Dr. fisc. 2015, n° 49, comm. 642, concl. É. Crépey). Le Conseil constitutionnel tout en validant la présomption irréfragable de
représentation mutuelle, a introduit une réserve sur le seul terrain du droit à un recours juridictionnel effectif en imposant, pour faire courir le délai de réclamation,
la notification de l’avis de mise en recouvrement à chacun des codébiteurs, à la condition qu’ils soient désormais imposés séparément à la date de notification de
l’AMR et que l’Administration ait été informée du changement de situation matrimoniale de ses liens au titre d’un pacte civil de solidarité ou de sa résidence et le
cas échéant de son adresse ( Cons. const., 4 déc. 2015, n° 2015-503 QPC, M. Rado : JurisData n° 2015-026956 ; Dr. fisc. 2015, n° 50, act. 682 ; RJF 2016, n°
174).

§ 115 Ainsi, les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité défini par l’ article 515-1 du Code civil sont solidaires pour le paiement de l’impôt sur le
revenu lorsqu’ils font l’objet d’une imposition commune, de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et autres locaux meublés non affectés à l’habitation
principale lorsqu’ils vivent sous le même toit ( CGI, art. 1691 bis ) et de l’impôt sur la fortune immobilière ( CGI, art. 1723 ter-00 B). La solidarité des époux et des
personnes pacsées est totale mais ceux-ci peuvent demander une décharge du paiement de l’impôt en cas de divorce ou de séparation de corps ( CGI, art. 1691
bis, II) . Dans cette hypothèse, le juge administratif est seul compétent pour statuer sur la question de l'imposition commune ou séparée des époux à l'impôt sur le
revenu ainsi que sur celle de la décharge de la solidarité du conjoint au titre de l'article 1685 du CGI alors applicable. La Cour de cassation a considéré que
méconnaissait ce principe l'arrêt qui, pour débouter une ex-épouse de sa demande d'annulation d'une inscription d'hypothèque prise sur un bien qui lui a été
attribué lors du divorce, en garantie d'impôts sur le revenu et de contributions sociales dus par son ex-mari, retient que l'établissement, avant le divorce, d'avis
distincts d'impôt sur le revenu au titre des années concernées n'était pas de nature à exonérer les époux de la solidarité prévue par l'article 1685, 2 du CGI dès
lors qu'ils ne se trouvaient pas dans un des cas prévus par l'article 6, 4 du même code sur l'imposition distincte obligatoire et que, même si la solidarité était
écartée, l'ex-épouse resterait débitrice de la moitié des impôts sur le revenu et contributions sociales dus par l'ex-époux en application de l' article 1483 du Code
civil ( Cass. com., 9 nov. 2010, n° 09-69.316 : JurisData n° 2010-020852 ; Bull. civ. IV, n° 170 ). Il en résulte que la proposition de rectification peut donc être
adressée à l’époux comme à l’épouse puisqu’ils sont personnellement redevables de sommes dues ( Cass. com., 2 nov. 2011, n° 10-23.953, F-D, Combret : Dr.
fisc. 2011, n° 45, act. 334 ). Mais la solidarité des époux ou des personnes pacsés ne s'étend pas aux prélèvements sociaux, CGS et CRDS (CE, 9e et 10e ss-
sect., 10 juill. 2012, n° 336492 : JurisData n° 2012-011660 ; Dr. fisc. 2012, n° 45, comm. 512).

Concernant l’action en recouvrement, la Cour de cassation a décidé que " si l’administration fiscale pouvait choisir de notifier les redressements à l’un seulement
des redevables solidaires de la dette fiscale, la procédure ensuite suivie devait être contradictoire. Ainsi la loyauté des débats doit l’obliger à notifier les actes de
celle-ci à tous ces redevables " ( Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-30.396 : JurisData n° 2012-012802 ). Cette solution est constante ( Cass. com., 7 avr. 2010, n°
09-14.516 : JurisData n° 2010-004336 ; RJF 2010, n° 750. - Cass. com., 18 nov. 2008, n° 07-19.762 : JurisData n° 2008-045897 ; Dr. fisc. 2009, n° 4, comm. 491
; Bull. civ. IV, n° 195 . - Cass. com., 21 janv. 1997, n° 95-10.180 : JurisData n° 1997- 000212 ; Bull. civ. IV, n° 21 ).

§ 116 Procédure collective


Le jugement ouvrant la procédure de redressement judiciaire à l'encontre de son époux interdit toute poursuite individuelle du comptable du Trésor à l'encontre
du débiteur soumis à la procédure collective, il ne fait toutefois pas obstacle à ce que, postérieurement au jugement arrêtant le plan, ce comptable poursuive le
recouvrement des créances fiscales à l'encontre du conjoint, débiteur solidaire des impositions en cause ( CAA Douai, 2e ch. 13 déc. 2016, n° 15DA00375 ).
§ 117 Présomption de représentation mutuelle
Saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a validé la présomption irréfragable de représentation mutuelle entre les personnes
soumises à imposition commune pour la procédure de contrôle de l'impôt dû au titre des revenus perçus au cours de la période d'imposition commune. Toutefois,
il a dit pour droit que lorsque deux personnes précédemment soumises à imposition commune font l'objet d'une imposition distincte à la date de notification de
l'avis de mise en recouvrement, émis aux fins de recouvrer des impositions supplémentaires établies sur les revenus perçus par le foyer au cours de la période
d'imposition commune, la garantie du droit à un recours juridictionnel effectif impose que chacune d'elles soit mise à même d'exercer son droit de former une
réclamation contentieuse, dès lors qu'elle a informé l'administration fiscale du changement de sa situation matrimoniale, de ses liens au titre d'un pacte civil de
solidarité ou de sa résidence et, le cas échéant, de son adresse ( Cons. const., 4 déc. 2015, n° 2015-503 QPC, M. Rado : JurisData n° 2015-026956 ).

§ 118 La deuxième chambre civile de la Cour de cassation a décidé que la possibilité de poursuivre, sur le fondement de l' article 1413 du Code civil , le
recouvrement de dettes fiscales nées du chef d'un époux pendant la communauté sur les biens mobiliers et immobiliers communs, à moins qu'il n'y ait eu fraude
de l'époux débiteur et mauvaise foi du créancier, et sauf la récompense due à la communauté, ne porte pas atteinte au respect de ses biens dont bénéficie toute
personne en application de l' article 1er, [sect] 1, du Protocole n° 1 à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales , aucune
charge spéciale et excessive n'en résultant pour le conjoint du débiteur. Elle a donc rejeté le pourvoi des demandeurs qui excipaient d’une déclaration d’
insaisissabilité de leur immeuble d’habitation en rappelant que la juridiction administrative avait préalablement rejeté la demande contestant l'obligation de payer
fondant le commandement aux fins de saisie immobilière, de leur demande tendant à obtenir la mainlevée de la procédure de saisie immobilière ( Cass. 2e civ.,
11 avr. 2019, n° 17-26.651 ).
4° Tiers détenteur

§ 119 Notion de tiers détenteur


Le tiers détenteur est le dépositaire, le détenteur ou débiteur de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. Le tiers n'est pas appelé
personnellement à régler la dette (ce n'est pas une caution), mais il doit remettre à l'Administration les fonds qu'il détient en qualité de dépositaire, débiteur, etc.
pour le compte de la personne poursuivie pour l'impayé, dans les 30 jours suivant la réception de la saisie. À défaut de respecter ce délai, le tiers devra non
seulement remettre les sommes réclamées à l'Administration, mais devra aussi s'acquitter d'un intérêt de retard.

À l'énumération non limitative qui figurait autrefois à l' article 1922 du CGI (" tous fermiers, locataires, receveurs, économes et autres dépositaires et débiteurs de
deniers "), l'article L. 262 du LPF a substitué une formulation générale plus satisfaisante : " Les dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou
devant revenir aux redevables d'impôts ". Cette formulation est reprise dans la version applicable en vigueur au 1er janvier 2019.

a) Employeurs, banques

§ 120 En pratique, les tiers détenteurs le plus souvent recherchés sont les employeurs pour les impôts dus par les salariés, ainsi que les banques, pour les
impôts dus par les titulaires de comptes. Mais parfois un avis à tiers détenteur peut être exercé contre un locataire " Si à partir de la notification à un locataire d'un
avis à tiers détenteur relatif à des impôts dus par le bailleur, ce locataire ne peut être condamné à payer au bailleur le montant des loyers échus antérieurement à
l'avis à lui notifié, le bailleur n'en est pas moins fondé, malgré la notification de l'acte susvisé, à obtenir le prononcé de la résolution du bail et l'expulsion du
locataire pour le défaut de paiement des loyers au cours de la période antérieure à cette notification " ( Cass. com., 3 nov. 1988, n° 85-18.275 : JurisData n° 1988-
702644 ; Bull. civ. IV, n° 282 ).
b) Dépositaires de fonds

§ 121 Les huissiers de justice, commissaires-priseurs judiciaires, notaires, séquestres et tous autres dépositaires publics de fonds ne peuvent verser ceux-ci aux
héritiers, créanciers et autres personnes ayant-droit susceptibles de toucher les sommes séquestrées et déposées qu'après vérification et justification du
paiement des impôts dus par les personnes dont ils détiennent les fonds. Ces séquestres et dépositaires sont autorisés à payer directement les impositions qui
se trouveraient dues avant de procéder à la délivrance des fonds qu'ils détiennent. Ces dispositions s'appliquent également aux liquidateurs de sociétés
dissoutes, en ce qui concerne les impôts directs dus par ces sociétés. Les obligations imposées à ces personnes s'étendent au règlement des acomptes
provisionnels d'impôt sur le revenu, des acomptes d'impôt sur les sociétés, des acomptes de cotisation foncière des entreprises et de cotisation sur la valeur
ajoutée des entreprises (LPF, art. L. 265).
c) Gérants, administrateurs, directeurs ou liquidateurs des sociétés

§ 122 La SATD (ex ATD) s'applique également aux gérants, administrateurs, directeurs ou liquidateurs des sociétés pour les sommes dues par celles-ci (LPF, art.
L. 262, 1, al. 6) et peut porter aussi sur un contrat d'assurance rachetable, en entraînant dans ce cas le rachat forcé du contrat dans les conditions précisées au
point 2 de l'article L. 262 du LPF. Ces dispositions s'appliquent au redevable souscripteur ou adhérent d'un contrat d'assurance rachetable, y compris si la
possibilité de rachat fait l'objet de limitations (LPF, art. L. 262, 2).
d) Caution

§ 123 Par ailleurs, la notion de redevable inclut non seulement le contribuable lui-même mais aussi les tiers responsables ainsi que les cautions fiscales ( Cass.
com., 29 nov. 1988, n° 87-11.203 : JurisData n° 1988-702704 ; Bull. civ. IV, n° 327 ; D. 1988, IR p. 294, qui valide l'avis à tiers détenteur notifié à l'employeur de
la caution du contribuable). En effet, la caution devient dans ses rapports avec le comptable public un débiteur de l'impôt au même titre que le principal obligé ;
toutefois si la caution conteste la validité de son engagement en dehors de tout acte de poursuite, les règles édictées en matière d'oppositions à poursuite ne
s'appliquent pas, ces contestations relevant du droit commun et de la compétence du tribunal judiciaire. Une action tendant à faire déclarer nul le contrat de
cautionnement peut dès lors être portée directement devant ce tribunal, avant même l'engagement d'un acte de poursuite.
5° Tiers tenu du paiement de l’impôt en vertu d’une disposition légale

§ 124 La Cour de cassation admet que des tiers puissent être solidaires de l'impôt dû par un contribuable. Entrent, notamment, dans cette catégorie :

les associés de sociétés civiles ou commerciales ;

le loueur du fonds de commerce ;


le liquidateur d’une société dissoute ;

le tiers dirigeant de société, rendu solidairement responsable des dettes fiscales d’une personne morale ( LPF, art. L. 267 ).

a) Associés de sociétés civiles ou commerciales

§ 125 La Cour de cassation a accordé au comptable public la possibilité de poursuivre les associés d'une société civile de construction-vente, sur le fondement
d'un titre exécutoire émis à l'encontre de cette société. Elle a décidé que l' article L. 211-2 du Code de la construction et de l'habitation institue à la charge des
associés d'une société civile immobilière, tenus au passif social à proportion de leurs droits sociaux, une obligation de paiement sur simple commandement ou
mise en demeure, lorsque la mise en demeure qui a été notifiée à la société est demeurée infructueuse et que l'avis de mise en recouvrement émis à l'encontre
de cette société constitue, aux termes de l' article L. 256 du LPF , un titre exécutoire authentifiant la créance fiscale, dont la personne tenue au paiement d'une
imposition incombant à une autre personne peut obtenir copie en application des dispositions de l' article R. 257-2 du LPF . Elle a conclu que la procédure suivie
à l'encontre de l'associé d'une société civile immobilière, par voie de mise en demeure, était régulière dès lors qu'un titre exécutoire avait bien été émis à
l'encontre de la société et que les mises en demeure à l'encontre de cette dernière étaient demeurées infructueuses (Cass. com., 20 nov. 2001, n° 98-17.137, M.
Rabadan : JurisData n° 2001-011778 ; Bull. civ. IV, n° 184 ; Dr. fisc. 2002, n° 5, comm. 92 ). La Cour de cassation a également décidé qu'un créancier qui a
obtenu un jugement de condamnation assorti de l'exécution provisoire contre une société civile immobilière, dispose d'un titre exécutoire et peut, après avoir
adressé à la société un commandement de payer resté infructueux, poursuivre le règlement de la dette sociale contre les associés à proportion de leurs droits
sociaux ( Cass. 3e civ., 8 mars 1995, n° 93-11.268 : Bull. civ. III, n° 72 . - Sur la solidarité, V. JCl. Fiscal, fasc. 9634 . - V. CE, 9 déc. 1985, n° 54469, Szumeray :
Dr. fisc. 1986, n° 41, comm. 1728, concl. M. de Guillenchmidt ; RJF 1986, n° 228).
b) Loueur du fonds de commerce

§ 126 Le loueur du fonds de commerce est tenu d'acquitter les dettes contractées par locataire pour l’exploitation du fonds ( C. com., art. L. 144-7 . - Cass. com.,
8 janv. 1980 : Bull. civ. IV, n° 13 ; JCP 1980, II, 19358 . - CE, 5 janv. 1972 : Gaz. Pal. Rec. 1972, 2, jur., p. 620 [impôts directs]. - CAA Nantes, 26 mai 2004, n° 00-
1349 : JurisData n° 2004-259742 ; RJF 2004, n° 1194 ; RJDA 2005, n° 29 [TVA]. - Cass. com., 4 mai 1999, n° 97-14.031 : JurisData n° 1999-001983 ; Bull. civ.
IV, n° 92 , cotisations sociales. - Cass. com., 2 juill. 2002, n° 00-18.243. - Cass. com., 9 nov. 2004, n° 02-13.685 : Bull. civ. IV, n° 193 ). Le Conseil d'État a
précisé qu'en vertu des règles générales qui définissent les obligations des codébiteurs solidaires et notamment des articles 1200 et 1203 du Code civil ,
l'Administration peut réclamer indifféremment au propriétaire ou au gérant la totalité du montant des impôts directs établis à raison d'un fonds de commerce ( CE,
4 avr. 1952 : Lebon, p. 707).
c) Liquidateur d’une société dissoute

§ 127 Selon l’article L. 265 du LPF le liquidateur d’une société dissoute est autorisé à payer directement les impôts directs, les acomptes provisionnels d'impôt sur
le revenu, les acomptes d'impôt sur les sociétés, les acomptes de cotisation foncière des entreprises et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises qui se
trouveraient dues avant de procéder à la délivrance des fonds qu'il détient. Cependant la chambre commerciale considère que la responsabilité encourue sur le
fondement de l'article L. 265 du LPF ne fait pas obstacle à la mise en oeuvre, par l'administration fiscale, des poursuites prévues par l'article L. 267 du même livre
(Cass. com., 6 sept. 2016, n° 15-14.245 : JurisData n° 2016-018317 ). D’autant qu’en application de l'article L. 237-12 du Code de commerce, le liquidateur d'une
société dissoute est responsable à l'égard des tiers des conséquences dommageables des fautes par lui commises dans l'exercice de ses fonctions. Par ailleurs,
la chambre commerciale de la Cour de cassation a considéré que la procédure suivie par l'Administration (commandement et saisie-exécution) à l'encontre du
liquidateur d'une société dissoute, alors que les titres exécutoires n'avaient pas été délivrés contre l'intéressé, était illicite (Cass. com., 23 nov. 1993, n° 92-10.120
: JurisData n° 1993-003015 ; Bull. civ. IV, n° 425 ; JCP E 1994, pan. 201 ; Mémorial percepteurs 1994, p. 30 ; RJF 1994, n° 206). La jurisprudence administrative
est en sens opposée. Elle a décidé que le liquidateur qui se dessaisit des fonds qu’il détenait avant la clôture des opérations de liquidation sans avoir
préalablement assuré le paiement des impôts par la société, peut être personnellement poursuivi en recouvrement de l’impôt ( CAA Paris, plén., 20 juin 1989 , n°
89-133, Israël : Dr. fisc. 1990, n° 8, comm. 389 . - TA Strasbourg, 7 juin 1999, n° 95-1289, M. Desbos : JurisData n° 1999-124308 ; Dr. fisc. 2000, n° 26, comm.
538).
d) Tiers dirigeant de société, rendu solidairement responsable des dettes fiscales d’une personne morale (LPF, art. L. 267)

§ 128 Le dirigeant de personne morale peut, en vertu d'une décision de justice, devenue définitive, prononcée soit par le juge civil, sur le fondement de l’ article L.
267 du LPF , soit par le juge répressif, sur le fondement de l' article 1745 du CGI ( CE, 10 janv. 1973, n° 79312 : Lebon, p. 23 ; Dr. fisc. 1974, n° 8, comm. 223 ,
concl. J. Delmas-Marsalet. - Cass. com., 23 janv. 1973 : Bull. civ. IV, n° 32, p. 27 ) être rendu solidairement responsables des dettes fiscales de la personne
morale.

§ 129 Solidarité de l’article 1745 du CGI


Selon les dispositions de l’ article 1745 du CGI , tous ceux qui ont fait l'objet d'une condamnation définitive, prononcée en application des articles 1741, 1742 ou
1743 peuvent être solidairement tenus, avec le redevable légal de l'impôt fraudé, au paiement de cet impôt ainsi qu'à celui des pénalités fiscales y afférentes. La
solidarité prononcée contre le dirigeant social en application de l' article 1745 du CGI constitue une garantie de recouvrement de la créance fiscale et ne tend pas
à la réparation d'un préjudice, ne fait pas obstacle à la condamnation de ce dirigeant à supporter, à raison de la faute de gestion consistant à soustraire la société
à l'établissement et au paiement de l'impôt et à omettre de passer des écritures en comptabilité, tout ou partie de l'insuffisance d'actif de la société, comprenant la
dette fiscale (Cass. com., 5 sept. 2018, n° 17-13.626 : JurisData n°2018-015021 ; Act. proc. coll. 2018, comm. 241, obs. B. Thuillier).

Lorsque le redevable soutient que l'Administration a étendu la solidarité au-delà de celle fixée par le juge pénal, la contestation relève du contentieux du
recouvrement. En revanche, s'il fait valoir que le magistrat a retenu le principe de solidarité, sans fixer l'étendue de celle-ci qui reste à déterminer, la contestation
relève du juge pénal qui a prononcé la solidarité ( CE, 29 nov. 1991, n° 68591, Derymacker : Dr. fisc. 1992, n° 12, comm. 635 ; RJF 1992, n° 153 ; Mémorial
percepteurs 1992, p. 87).

§ 130 Reprise de poursuites individuelles après une procédure de liquidation judiciaire clôturée
L’ article L. 622-32 du Code de commerce prévoit que le jugement de clôture de la procédure de liquidation judiciaire pour insuffisance d'actif ne faisait pas
recouvrer aux créanciers l'exercice individuel de leurs actions contre le débiteur, sauf si la créance résultait soit d'une condamnation pénale du débiteur pour des
faits étrangers à l'activité professionnelle du débiteur, soit de droits attachés à la personne. Ainsi les créanciers recouvrent leur droit de poursuite individuelle dans
certains cas ou, lorsque le débiteur, ou, la personne morale dont il a été le dirigeant, a été déclaré en état de cessation des paiements et que la procédure a été
clôturée pour insuffisance d'actif. Rappelons toutefois que la reprise des poursuites individuelles ne concerne, en loi de 1985 comme en loi de sauvegarde, que
les créances déclarées à la procédure et celles nées antérieurement au jugement d'ouverture (L. n° 85-98, 25 janv. 1985, art. 50, codifié C. com., art. L. 621-43,
ancien, repris C. com., art. L. 622-24 en loi de sauvegarde). Mais depuis 2008, le créancier qui prévoit de reprendre la poursuite individuelle doit être en
possession d’un titre exécutoire qui peut être une décision judiciaire ( Cass. com., 27 janv. 2021, n° 18-20.422 : JurisData n° 2021-001623 , cité n° 16). Aussi il a
été jugé que le comptable public, qui dispose du privilège de se délivrer lui-même son titre exécutoire, n’est cependant pas dispensé de saisir le juge qui vérifiera,
par cette saisine, que la reprise des poursuites est possible (CE, 9e et 10e ss-sect., 28 juill. 2011, n° 314189, M. De Prada : JurisData n° 2011-018606 ; Dr. fisc.
2011, n° 39, comm. 536, note M. Douay ; RJF 11/2011, n° 1234 , cité n° 445). Depuis cette jurisprudence, le défaut de saisine préalable du juge constitue un
obstacle à la poursuite de l’action en recouvrement d’impôts du comptable public qui ne peut s’exonérer des règles et contraintes de la procédure collective (la
jurisprudence du Conseil d’État a rejoint celle de la Cour de cassation, avec l’ arrêt CE, 10e et 9e ss-sect., 14 oct. 2015, n° 375592 , Crogier : JurisData n° 2015-
023294 ; Dr. fisc. 2016, n° 2, comm. 71 , note R. Vabres). Il s’ensuit que le comptable public qui en application de l' article 169 de la loi du 25 janvier 1985 , ne
recouvre pas l'exercice de son droit d'agir contre le débiteur dont la liquidation judiciaire a fait l'objet d'une clôture pour insuffisance d'actif, conserve toutefois, la
dette d’impôts n'étant pas éteinte, le droit de poursuite à l'encontre du dirigeant qui n'a fait l'objet personnellement d'aucune procédure collective qui lui est donc in
bonis.

Dans une affaire soumise à la Cour de cassation, l'action du comptable public en recouvrement de la condamnation pénale au paiement solidaire des impositions
et pénalités dues par une société X dont la procédure a été clôturée pour insuffisance d’actif, condamnation antérieurement prononcée contre son dirigeant, a été
jugé recevable ( Cass. com., 21 juin 2017, n° 16-12.674 : JurisData n°2017-012243 ; Dr. fisc. 2017, n° 43-44, comm. 520 ).

§ 131 Solidarité de l’article L. 267 du LPF


Concernant l’ article L. 267 du LPF , lorsqu'un dirigeant d'une société, d'une personne morale ou de tout autre groupement, est responsable des manoeuvres
frauduleuses ou de l'inobservation grave et répétée des obligations fiscales qui ont rendu impossible le recouvrement des impositions et des pénalités dues par la
société, la personne morale ou le groupement, ce dirigeant peut, s'il n'est pas déjà tenu au paiement des dettes sociales en application d'une autre disposition,
être déclaré solidairement responsable du paiement de ces impositions et pénalités par le président du tribunal judiciaire. À cette fin, le comptable public
compétent assigne le dirigeant devant le président du tribunal judiciaire du lieu du siège social. Cette disposition est applicable à toute personne exerçant en droit
ou en fait, directement ou indirectement, la direction effective de la société, de la personne morale ou du groupement. L' article R. 267-1 du LPF prévoit qu'en cas
d'assignation prévue par le premier alinéa de l'article L. 267, le président du tribunal statue selon la procédure à jour fixe (Cass. com., 19 janv. 2010, n° 09-13.422
: JurisData n° 2010-051190 ).

§ 132 Selon le Conseil constitutionnel, les dispositions de l' article L. 267 du LPF qui prévoient une procédure autonome par rapport aux procédures pénales
fiscales et répondent à l'objectif de valeur constitutionnelle de lutte contre la fraude fiscale et qui ont pour objet, sous le contrôle du juge judiciaire, d'apprécier la
responsabilité d'un dirigeant de société, solidairement avec cette dernière, au titre de manquements aux obligations fiscales leur incombant, ne portent pas
atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. En effet, d'une part, le juge n'est pas tenu de relever nécessairement la mauvaise foi ou le caractère
intentionnel des manquements pour prononcer la solidarité, et s'il estime la demande fondée, le dirigeant condamné à payer solidairement la dette fiscale de la
société peut présenter un recours gracieux afin d'en être déchargé et dispose, le cas échéant, lorsqu'il a acquitté ces impositions, d'une action récursoire contre le
débiteur principal ou des codébiteurs solidaires, de sorte que la mesure prononcée ne revêt pas le caractère d'une punition ; d'autre part, la situation du dirigeant
de société est vérifiée concrètement par le juge selon une procédure contradictoire soumise à des voies de recours, ce qui lui permet de contester sa qualité de
débiteur solidaire en se prévalant de l'ensemble des moyens que la société pouvait elle-même invoquer et, le cas échéant, par la voie de la question préjudicielle,
de remettre en cause le bien-fondé et l'exigibilité des impositions réclamées à la société ( Cass. com., 24 janv. 2019, n° 18-19.152 : JurisData n° 2019-000662 ;
Dr. fisc. 2019, n° 20, étude 262 ).

Il s’ensuit que l’action diligentée sur le fondement de l’ article L. 267 du LPF n’a ni la même cause, ni le même objet, ni le même demandeur que celle de l’action
de l’article 1750 du CGI. Les deux actions sont donc autonomes et peuvent être diligentées independamment l’une de l’autre ( Cass. com., 13 mars 2019, n° 17-
19.421 : JurisData n°2019-003912 ).

§ 133 Autorisation hiérarchique


La procédure prévue à l' article L. 267 du LPF ne doit être mise en oeuvre que sur décision personnelle du directeur départemental des finances publiques qui
doit doit s'assurer que les circonstances propres à chaque affaire justifient ou non l'engagement de l'action (Cass. com., 5 juin 2019, n° 17-25.809). L' article L.
252 du LPF investit personnellement le receveur des impôts territorialement compétent d'un mandat de représentation de l'État pour exercer les actions en justice
liées au recouvrement des impôts. Le juge doit vérifier si, préalablement à l'action, le comptable public a demandé et obtenu l'autorisation hiérarchique d'engager
les poursuites et que ce comptable a eu connaissance des circonstances propres à l'affaire (Cass. com., 14 févr. 2018, n° 16-18.084 : Dr. fisc. 2018, n° 22, étude
288 . - Cass. com., 29 janv. 2020, n° 18-14.723 : JurisData n° 2020-001329 ; Dr. fisc. 2020, n°30-35, chron. 322 , R. Salomon).

§ 134 Pour l’application des dispositions de l’ article L. 267 du LPF , la jurisprudence exige l’existence d’un lien de causalité entre les manquements aux
obligations fiscales et l’impossibilité pour le comptable public de recouvrer l’impôt. La mise en cause du dirigeant est possible lorsque celui-ci est responsable des
manquements aux obligations fiscales de la société.

§ 135 Principes généraux relatifs à la faute requise au titre de l’article L. 267 du LPF
La mise en oeuvre de la responsabilité du dirigeant suppose que soit établie l’existence de manoeuvres frauduleuses ou d’une inobservation grave et répétée des
obligations fiscales. Ces deux conditions sont alternatives. La responsabilité du dirigeant peut être déduite de la seule contestation de l’inobservation grave et
répétée des obligations fiscales de la société ou en cas d’accomplissement de manoeuvres frauduleuses. L’appréciation se fait au cas par cas, selon des critères
objectifs ( Cass. com., 7 juill. 2004, n° 02-15.792, F-D, RP Clermont-Ferrand nord-ouest c/ Hernent : JurisData n° 2004-024785 ; RJF 2004, n° 1193. - Cass.
com., 7 déc. 1993, n° 91-19.493, D , Bonhomme : RJF 1994, n° 344. - Instr. 23 mars 1994 : BOI 12 C-3-94 ; Dr. fisc. 1994, n° 20, instr. 11135. - Cass. com., 25
avr. 2006, n° 03-20.709, F-D, Moneron : JurisData n° 2006-033251 ; Bull. Joly Sociétés 2006, n° 8-9, note P. Serlooten, p. 1050 ; RJF 2006, n° 1109). La Cour de
cassation a récemment précisé que les conditions d’application de l’ article L. 267 du LPF étaient strictement déterminées par ce texte, qui ne retient aucune
circonstance exonératoire de la responsabilité fiscale solidaire du dirigeant liée à son comportement dans l’entreprise et aux aléas du contexte économique (
Cass. com., 6 oct. 2015, n° 14-20.352, F-D, DGFiP c/ M. Constantin-Toye : JurisData n° 2015-022241 ; Dr. fisc. 2015, n° 48, comm. 707 , note M. Douay). Cet
arrêt consacre le lien de causalité. C’est ce lien seul et seulement qui détermine la responsabilité fiscale solidaire du dirigeant.

§ 136 Lien de causalité


En fait, le point d'équilibre de la procédure de l’ article L. 267 du LPF se situe autour du " lien de causalité ", qui renvoie dos-à-dos le dirigeant et le comptable
public. Il faut que les manquements graves et répétés du dirigeant doivent avoir rendu impossible une action en recouvrement de l'impôt engagée, sans
négligence, par un comptable suffisamment diligent. Dans un arrêt du 15 mars 2017, la Cour de cassation approuve les juges du fond qui ont suffisamment
démontré que " l'administration fiscale n'a pas été négligente " ( Cass. com., 15 mars 2017, n° 15-21.809 : JurisData n° 2017-004911).

§ 137 Société en procédure collective et plan de règlement


Le plan de règlement doit indiquer que le comptable ne peut poursuivre son dirigeant en paiement solidaire de sa dette, à défaut de respect des échéances
prévues au plan, qu'à la condition d'avoir préalablement informé que, dans cette hypothèse, il engagerait la responsabilité du dirigeant pour les impôts concernés.
Si cette mention fait défaut, le comptable ne peut pas utiliser la procédure de l’ article L. 267 du LPF (V. Cass. com., 18 déc. 2001, n° 99-11.994 : JurisData n°
2001-018446 ; Dr. fisc. 2003, n° 18-19, comm. 367 . - Cass. com., 17 déc. 2002, n° 01-02.490, Monfort : JurisData n° 2002-017046 ; BJS 2003, n° 60, note P.
Serlooten ; RJF 2003, n° 502. - Cass. com., 15 mars 2017, n° 15-21.809 : JurisData n° 2017-004911). C'est en effet de manière explicite que doit être informé le
dirigeant des risques qu'il encourt d'être tenu personnellement responsable des dettes de la société ; à défaut, sa responsabilité ne peut être engagée ( Cass.
com., 23 juin 2004, n° 01-16.498, F-D, Richard : JurisData n° 2004-024506 ; Dr. fisc. 2004, n° 46, comm. 841 ; RJF 11/2004, n° 1190 . - Cass. com., 7 juill. 2004,
n° 00-21.389, Schouartz : JurisData n° 2004-024774 ; RJF 2004, n° 1191. - Cass. com., 28 nov. 2006, n° 05-12.463, F-D, Receveur principal des impôts de
Pontoise Ouest c/ Leder : JurisData n° 2006-036236 ; RJF 2007, n° 621).

Par ailleurs, le dessaisissement du dirigeant résultant d’une procédure de liquidation, fait obstacle à la mise en oeuvre de l’action de l’ article L. 267 du LPF (
Cass. com., 8 janv. 1991, n° 90-12.124 : Bull. civ. IV, n° 17 ; RJDA 1991, n° 214. - Cass. com., 9 mars 1993, n° 90-19.565, Degaie : JurisData n° 1993-000780 ;
Bull. civ. IV, n° 97 ; Dr. fisc. 1993, n° 31, comm. 1596 ; JCP E 1993, pan. p. 194 ; RJF 1993, n° 937 ; D. 1993, IR p. 100 ; Gaz. Pal. Rec. 1993, pan., p. 250 ;
RJDA 1993, n° 300. - Cass. com., 21 sept. 2004, n° 03-12.583, Kalsron : JurisData n° 2004-025036 . - Cass. com., 27 avr. 2011, n° 10-14.639, M. Briec : Dr. fisc.
2011, n° 42-43, étude 565 , chron. R. Salomon, [sect] 22).

§ 138 Sursis à statuer


La chambre commerciale considère que lorsque le dirigeant conteste la dette fiscale de la personne morale, même si cette dernière n’a exercé aucun recours, le
juge doit retenir l’existence d’une question préjudicielle, ordonner le sursis à statuer et renvoyer l’examen de la question devant le juge de l’impôt ( Cass. com., 11
mars 2003, n° 00-15.604, F-D, Leomy : RJF 2003, n° 770. - Cass. com., 3 mars 2004, n° 02-14.882, Charavel : JurisData n° 2004-024926 ; Dr. fisc. 2004, n° 41,
comm. 763 ; Procédures 2004, comm. 140, note J.-L. Pierre ; RJF 2004, n° 792 ; Bull. Joly Sociétés 2004, [sect] 165 , note P. Serlooten. - Cass. com., 17 déc.
1991 : Bull. civ. IV, n° 392 . - Cass. com., 16 nov. 2004, n° 03-12.160, Marrot : JurisData n° 2004-025718 ; Dr. fisc. 2005, n° 6, comm. 195. - Cass. com., 25 avr.
2006, n° 03-20.709, Moneron , préc.). Le juge apprécie cependant la pertinence de la question préjudicielle (Cass. com., 14 sept. 2010, n° 09-14.898, F-D, M.
Baranger : RJF 2011, n° 111), surtout si la contestation est de nature à influer sur la responsabilité solidaire qui lui est imputée ( Cass. com., 17 janv. 2012, n° 11-
10.060 : JurisData n° 2012-000628 ; F-D, Georges des Aulnois et Demesy : RJF 2012, n° 523. - V. R. Salomon, Droit pénal fiscal : Dr. fisc. 2012, n° 16, étude
262 ).

§ 139 La question de l’inconstitutionnalité de l’ article L. 267 du LPF a été posée et considérée comme ne présentant pas un caractère sérieux, en ce que les
dispositions de cet article qui ont pour objet, sous le contrôle du juge judiciaire, d'apprécier la responsabilité d'un dirigeant de société, solidairement avec cette
dernière, au titre de manquements aux obligations fiscales leur incombant et répondent ainsi à l'objectif de valeur constitutionnelle de lutte contre la fraude fiscale,
ne portent pas atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, dès lors que les impositions litigieuses ont été établies à l'issue d'une procédure
administrative contradictoire à laquelle la société a été partie et que les conditions de mise en oeuvre de ce texte imposent d'apprécier, au regard des irrégularités
à l'origine de ces manquements, la responsabilité des dirigeants de droit ou de fait poursuivis, ceux-ci pouvant, selon une procédure contradictoire soumise à des
voies de recours, contester devant le juge judiciaire leur qualité de débiteur solidaire en se prévalant de l'ensemble des moyens que la société pouvait elle-même
invoquer et, le cas échéant, par la voie de la question préjudicielle, remettre en cause le bien-fondé et l'exigibilité des impositions réclamées à la société ( Cass.
com., 9 nov. 2017, n° 17-16.464 : JurisData n° 2017-022534).

§ 140 La responsabilité du dirigeant pour inobservation grave et répétée des obligations fiscales incombant à la société est engagée sans qu'il soit nécessaire
d'établir sa mauvaise foi ou le caractère intentionnel des manquements qui lui sont imputables ( Cass. com., 24 juin 2020, n° 17-12.497 : JurisData n° 2020-
008897 ; Dr. fisc. 2020, n°30-35, étude 322 . - Cass. com., 5 juin 2019, n° 17-15.598 : JurisData n°2019-009874).

§ 141 Qualité de gérant


La qualité de gérant de droit ou de fait doit être établie pour que celui soit déclaré solidairement responsable des impôts dus par la société ( Cass. com., 18 sept.
2019, n° 17-27.530 : Dr. fisc. 2019, n°46, étude 437 ). Les juges du fond doivent s’en assurer, d’autant que le gérant est responsable en sa qualité de déclarant,
de l'exactitude des mentions portées sur les déclarations fiscales et que les services fiscaux n'ont pas pour mission de procéder à des contrôles systématiques
des déclarations pour s'assurer de leur concordance et de leur régularité ( Cass. com., 12 mai 2015, n° 13-27.507 : JurisData n° 2015-011035, publié au bulletin
de la Cour de cassation. - Cass. com., 5 juin 2019, n° 17-22.647 : Dr. fisc. 2019, n° 37, étude 361 ). Par ailleurs, la personne poursuivie en qualité de débiteur
solidaire d'une dette fiscale peut opposer à l'administration des impôts, outre les exceptions qui lui sont personnelles, toutes celles qui résultent de la nature de
l'obligation, ainsi que celles qui sont communes à tous les codébiteurs, notamment l’irrégularité d’un redressement en matière d’impôt sur les sociétés et de TVA (
Cass. com., 18 oct. 2017, n° 16-15.111 : JurisData n°2017-020732 ).
§ 142 Existence avérée d’un préjudice pour le Trésor public
Les juges du fond doivent analyser les circonstances du non-recouvrement de l’imposition, telles qu'elles résultent des éléments de preuve que lui soumettent l’
Administration, pour déterminer dans quelle mesure ce défaut de paiement, et notamment bien qu'intervenu après le jugement d'ouverture de la procédure
collective de la société, et l'impossibilité de recouvrement qui en était résultée, peut être imputé à l'inobservation grave et répétée, par ses dirigeants, des
obligations fiscales qui leur incombent ( Cass. com., 14 oct. 2020, n° 18-19.154 : Dr. fisc. 2020, n° 46, chron. 435 ). L’impôt éludé doit prendre en compte tous les
prélèvements financiers obligatoires, notamment la taxe d’apprentissage, la contribution au développement de l’apprentissage, du développement de la formation
professionnelle continue et de la participation à l’effort de constructions (Cass. com., 13 mars 2019, n° 17-22.102 : JurisData n°2019-003913 ). Le non-
reversement de TVA entre aussi dans le champ d’application de l’ article L. 267 du LPF ( Cass. com., 13 mars 2019, n° 17-31.197 : JurisData n°2019-003914 ).
Mais encore faut-il que la créance de l'administration fiscale à l'égard de cette société soit définitive ( Cass. com., 29 janv. 2020, n° 18-12.041 : Dr. fisc. 2020, 30-
35, étude 322 ) et irrécouvrable (Cass. com., 18 déc. 2019, n° 18-22.132 : JurisData n° 2019-023934).

La doctrine administrative prévoit que les rappels et les taxations d'office, non encore authentifiés à la date du jugement mais qui ont fait l'objet d'une déclaration
à la procédure collective, entrent dans le champ d'application de l' article L. 267 du LPF .

Par ailleurs, les juges du fond, saisis d'une demande fondée sur l' article L. 267 du LPF , qui estiment que les conditions d'application de ce texte sont remplies
pour la totalité de la somme restant due par la société, ne disposent pas du pouvoir de limiter le montant de la condamnation à prononcer ( Cass. com., 11 janv.
2005, n° 02-16.597 : Bull. civ. IV, n° 7 . - Cass. com., 11 juill. 2018, n° 18-40.022 : JurisData n°2018-013122. - Cass. com., 24 janv. 2019, n° 18-19.152 :
JurisData n° 2019-000662 ; Dr. fisc. 2019, n° 20, étude 262 . - Cass. com., 27 mars 2019, n° 17-23.564 : Dr. fisc. 2019, n° 20, étude 262 ).

En revanche, les créances fiscales régulièrement contestées ayant fait l'objet d'une demande de sursis de paiement, au jour de l'assignation du dirigeant de
société en responsabilité, doivent être écartées du champ d'application de l' article L. 267 du LPF ( Cass. com., 27 mars 2019, n° 17-23.564 , préc.).

§ 143 Principes généraux relatifs à l’appréciation du lien de causalité


L’idée directrice est que le " lien entre l’inobservation grave et répétée des obligations fiscales de la société et l’impossibilité de recouvrer les impositions " doit s’
apprécier par rapport aux chances que le Trésor public aurait eues de recouvrer ces sommes si les déclarations fiscales avaient été faites, sans omission, et en
temps utile. Les juges du fond doivent donc retenir non seulement le défaut de déclaration et ou de paiement mais aussi les conséquences d’un tel défaut sur le
recouvrement ( Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-13.313 : JurisData n° 1987-002174. - Cass. com., 29 janv. 2020, n° 18-14.723 : JurisData n° 2020-001329 ).

§ 144 Délai
L’ article L. 267 du LPF ne prévoyant aucun délai pour la mise en oeuvre d’une action en responsabilité pécuniaire à l’encontre d’un dirigeant, celle-ci peut être
engagée aussi longtemps que des poursuites tendant au recouvrement de la créance fiscale à l’égard de l’entreprise elle-même ne sont pas prescrites ( Cass.
com., 12 oct. 2010, n° 09-71.002, M. Cayatte , M. Le Roudie : Dr. fisc. 2011, n° 42-43, 565 , chron. R. Salomon, [sect] 23. - Cass. com., 19 janv. 1988, n° 86-
16.899 : JurisData n° 1988-000072 ; Dr. fisc. 1988, n° 16, comm. 844 . - Cass. com., 15 mars 1994, n° 92-12.410, Nanteuil : Dr. fisc. 1994, n° 23, comm. 1122 ,
obs. J. Brandeau ; RJF 1994, n° 837). Pour la Cour de cassation le délai pour engager l’action de l’ article L. 267 du LPF doit être suffisant et satisfaisant ( Cass.
com., 10 avr. 2019, n° 17-19.844 : JurisData n°2019-005816 ; Dr. sociétés 2020, chron. 1. - Cass. com., 13 juin 2018, n° 17-13.165 : Dr. fisc. 2018, n° 49, étude
489 ).

§ 145 Titre exécutoire


La décision judiciaire, exécutoire, qui déclare un dirigeant de société solidairement responsable avec celle-ci du paiement des impositions et pénalités dues par
cette dernière, seule redevable légale, constitue un titre exécutoire suffisant pour fonder l’action du comptable public à l’égard de ce dirigeant ( Cass. com., 31
janv. 2012, n° 11-11.761 . - Cass. com., 18 oct. 2011, n° 10-25.932, F-P+B, Jegat : JurisData n° 2011-022531 ; Bull. civ. IV, n° 166 ; Procédures 2011, comm.
390 , note L. Ayrault ; RJF 2012, n° 174. - Cass. com., 21 juin 2017, n° 16-12.674 . - CPC exéc. art. L. 111-3 et L. 114-4 . - Pour l'application de l' article L. 267 du
LPF, Cass. com., 20 nov. 2001, n° 98-22.648, FS-P, Receveur des Impôts d'Ajaccio c/ Farinacci : JurisData n° 2001-011755 ; Bull. civ. IV, n° 183 ; Dr. fisc. 2002,
n° 5, comm. 93 ; D. 2002, IR p. 45 ; RJF 2/2002, n° 229 . - Cass. com., 20 janv. 2015, n° 13-27.097, M Marinelli : JurisData n° 2015-000660 . - Et en cas de
condamnation pour fraude fiscale, Cass. com., 18 oct. 2011, n° 10-25.932, F-P+B, Jegat : JurisData n° 2011-022531 ; Bull. civ. IV, n° 166 ; Procédures 2011,
comm. 390 , note L. Ayrault ; RJF 2/2012, n° 174 . - Cass. com., 31 janv. 2012, n° 11-11.761 . - Cass. com., 27 janv. 2021, n° 18-20.422 , cité n° 16. - Sur une
décision judiciaire concernant la caution condamnée au paiement d'impôts, V. Cass. com., 20 oct. 2015, n° 14-23.177 : JurisData n° 2015-024064 ).

§ 146 SATD
La SATD s'applique également aux gérants, administrateurs, directeurs ou liquidateurs des sociétés pour les sommes dues par celles-ci.

§ 147 Impartialité. Récusation


La juridiction du premier président, saisie d'une requête en récusation formée à l'encontre d'un juge, doit rechercher si les fonctions successives de ce juge,
d'abord en qualité de juge des libertés et de la détention ayant autorisé l'administration fiscale à procéder à une visite domiciliaire et des saisies sur le fondement
de l'article L. 16 B du LPF, puis en qualité de président de la formation de jugement, l'amenaient à connaître des mêmes faits ce qui était de nature à constituer
une cause permettant de douter de l'impartialité du juge ( Cass. 2e civ., 4 juin 2020, n° 19-10.443 : JurisData n°2020-007736 ; JCP G 2020, 745 ).

§ 148 Pourvoi en cassation


Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé à l'occasion d'un pourvoi en cassation
doit être présenté, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé remis au greffe dans le délai d'instruction de ce pourvoi ( Cass. com., 4 mars 2020,
n° 19-14.749 : JurisData n° 2020-003344. - Cass. com., 28 mars 2019, n° 18-22.132 : JurisData n° 2019-004770 ).
6° Débiteur-saisi

§ 149 Le débiteur peut demander la nullité de la saisie de ses biens meubles ou objets mobiliers envisagée par l’Administration en déclarant que les biens saisis
ne lui appartiennent pas (D. n° 92-755, 31 juill. 1992, art. 127). Seul le débiteur saisi a la possibilité de demander la nullité de la saisie portant sur un bien dont il
n'est pas propriétaire.
7° Tiers revendiquant des biens saisis

§ 150 Le tiers qui prétend avoir un droit de propriété, d'usufruit ou de gage sur des biens meubles saisis chez un débiteur qui en a la possession doit, avant leur
cession, demander au juge de l'exécution, leur distraction ( CPC exéc., art. R. 221-51 ). L'action en distraction cesse d'être recevable après la vente des biens
saisis. Toutefois, le tiers reconnu propriétaire d'un bien déjà vendu peut, jusqu'à la distribution des sommes produites par la vente, en distraire le prix non diminué
des frais (CPC exéc., art. R. 221-52). Ainsi, après la vente des biens saisis, le tiers peut exercer l'action en revendication sur le prix.
II. Incidents au recouvrement
A. Opposition à poursuites

§ 151 Les oppositions à poursuite revêtent deux formes :

Opposition à exécution. - Le redevable soutient que les poursuites sont mal fondées en contestant l'existence, l'exigibilité ou la quotité de son obligation après
notification d'un titre exécutoire.

Le juge compétent pour connaître de l'opposition à exécution est le juge de l'impôt, administratif ou judiciaire, tel qu'il est déterminé par l' article L. 199 du LPF :
c'est-à-dire le juge administratif lorsqu'il s'agit d'impôts directs ou de taxes sur le chiffre d'affaires, et le juge civil lorsqu'il s'agit de droit d'enregistrement et de
droits assimilés à ces droits.

Opposition à poursuites. - Le redevable peut invoquer un vice de forme entachant l'acte de poursuite. Sa contestation porte alors sur la régularité en la forme
de l'acte de poursuite. L’opposition à l’acte de poursuite ne peut viser que la validité de l’acte en la forme (Cass. com., 17 janv. 2012, n° 11-10.102 : JurisData n°
2012-000589 . - V. JCl. Fiscal, fasc. 9616). Les contestations sur la régularité en la forme de l'acte de poursuite sont entendues dans un sens large par la
jurisprudence. On distingue généralement les contestations portant sur la régularité formelle de l'acte de poursuite au sens strict du terme, sur la régularité de la
procédure (certaines contestations à ce titre pouvant d'ailleurs l'être également au titre de la précédente), sur d'autres objets ou motifs ne mettant en cause ni
l'existence de l'obligation de payer, ni le montant de la dette compte tenu des paiements effectués ou l'exigibilité de la somme réclamée. Ces oppositions ont pour
effet de suspendre le recouvrement de l’impôt ( D. n° 92-1369, 29 déc. 1992 . - D. n° 92-1587, 29 déc. 1992 ). Dans cette hypothèse, le juge judiciaire compétent
pour l’ensemble des impôts que ceux-ci relèvent du juge administratif ou du juge judiciaire est le juge de l’exécution.

§ 152 Le juge administratif considère cependant qu'il lui appartient d'apprécier si les conditions de notification ou de signification de l'acte sont régulières quant à
ses effets sur l'exigibilité ou l'existence de la créance ( CE, 11 mai 1994, n° 93770, Mischke : JurisData n° 1994-050442 ; Dr. fisc. 1995, n° 13, comm. 674 ; RJF
1994, n° 839). En effet, en matière d'IR, d'IS et de TVA, il est seul compétent pour connaître des contestations sur l'exigibilité des sommes réclamées. Il peut
donc apprécier, le cas échéant, si un acte de poursuite antérieur à celui qui a provoqué la réclamation du contribuable, eu égard aux conditions dans lesquelles il
a été notifié ou signifié, a eu effet sur l'exigibilité ou l'existence de la créance fiscale ( CE, 3 mai 1989, n° 92975 : Dr. fisc. 1989, n° 50, comm. 2382 ; RJF 1989, n°
769. - CE, 9e et 8e ss-sect., 9 déc. 1992, n° 99538 , Telle : RJF 1993, n° 287 ; Mémorial percepteurs 1993, p. 29. - CAA Paris, 24 déc. 1991, n° 90-287, Carlier :
Dr. fisc. 1993, n° 9, comm. 444 . - CAA Paris, 4 juin 1992, n° 91-00105 : Lebon, p. 881 ; Dr. fisc. 1993, n° 27, comm. 1413. - CAA Lyon, 16 déc. 1992, n° 91-719 :
JurisData n° 1992-048452 ; Dr. fisc. 1993, n° 38, comm. 1742 ; RJF 1993, n° 601).

§ 153 Titres exécutoires


Seuls les titres exécutoires peuvent faire l’objet d’une contestation.

Ne peuvent pas faire l’objet d’une opposition à poursuites au sens de l’ article L. 281 du LPF , l’avis de mise en recouvrement, l’avis d’imposition, les
contestations relatives à la saisissabilité des biens, sauf en cas de contestation de la procédure d’exécution par laquelle le redevable fait valoir que les meubles
saisis entre ses mains sont la propriété d’un tiers (Cass. com., 11 janv. 2005, n° 03-14.766. - V. n° 160, 161, 164 ) et les contestations relatives aux mesures
conservatoires.

§ 154 Autres procédures d’opposition


Les procédures d'opposition sont prévues par l'article L. 1617-5, 1° et 2° du CGCT pour les recettes des collectivités territoriales, par l' article 9 du décret n° 64-
1333 du 22 décembre 1964 pour les amendes et condamnations pécuniaires et par les articles 117 et 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la
gestion budgétaire et comptable publique, pour les recettes non fiscales de l'État.
B. Revendication d’objets saisis

§ 155 En vue du recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques, le comptable public compétent
peut faire pratiquer une saisie mobilière sur des biens meubles en possession du débiteur de l’impôt. Mais si en fait de meubles, possession vaut titre, celui qui a
perdu ou auquel il a été volé une chose peut la revendiquer pendant 3 ans à compter du jour de la perte ou du vol, contre celui dans les mains duquel il la trouve ;
sauf à celui-ci son recours contre celui duquel il la tient ( C. civ., art. 2276 ). Les dispositions de l’ article 2276 du Code civil combinées avec les celles de l’ article
L. 283 du LPF permettent à la personne qui prétend avoir un droit de propriété, d’usufruit ou de gage sur des biens meubles corporels qui ont fait l’objet, à la
demande du comptable public, d’une saisie mobilière alors qu’ils se trouvaient en possession d’un débiteur d’impôt de saisir le juge de l'exécution, afin que les
objets revendiqués soient distraits de la vente ( CPC exéc., art. R. 221-51 . - Cass. com., 19 oct. 1989, n° 88-13.988 : Dr. fisc. 1991, n° 6, instr. 10187 . - V. 158 ,
159. - D. n° 92-755, 31 juill. 1992, art. 127. - Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-10.624, F-P+B, Sté Kerville international LLC : Dr. fisc. 2012, n° 48, comm. 540 ,
note L. Maublanc).
1° Cadre juridique

§ 156 Les dispositions de l’ article 2276 du Code civil combinées avec les celles de l’ article L. 283 du LPF permettent à la personne qui prétend avoir un droit de
propriété, d’usufruit ou de gage sur des biens meubles corporels qui ont fait l’objet, à la demande du comptable public, d’une saisie mobilière alors qu’ils se
trouvaient en possession d’un débiteur d’impôt de saisir le juge de l'exécution, afin que les objets revendiqués soient distraits de la vente.

La demande en restitution d’objet saisi répond à un formalisme rigoureux d’autant que le juge de l’exécution ne peut requalifier la demande formulée par le tiers
revendiquant pour lui restituer son exact fondement.
§ 157 Saisie mobilière préalable
L’action en revendication d'objets saisis ne peut être formée que s'il a été procédé à une saisie mobilière (saisie-vente ou saisie conservatoire) en vue du
recouvrement de l'impôt ( LPF, art. L. 283 ). Elle constitue un incident de la procédure de saisie et doit être soulevée par le tiers à la procédure de saisie-vente
jusqu’au jour de l’audience de la vente ( D. 31 juill. 1992, art. 128 . - Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-18.420 ). Le tiers qui se prétend propriétaire des biens
mobiliers saisis peut demander la restitution des biens ainsi saisis.
2° Personne revendiquante

§ 158 Selon l’ article L. 283 du LPF , une tierce personne qui se prétend propriétaire des objets mobiliers saisis ou d’effets mobiliers corporels identifiables en
possession du débiteur fiscal, peut s’opposer à la vente de ces biens saisis en demandant leur restitution ( Cass. com., 19 oct. 1989, n° 88-13.988 : Dr. fisc.
1991, n° 6, instr. 10187 ).

§ 159 Action en distraction des biens saisis


Le tiers qui revendique la propriété d’objets saisis doit, à peine d’irrecevabilité de la demande, se borner à demander la distraction de certains biens. Il n’a pas
qualité pour demander la nullité de la mesure conservatoire qu’est la saisie ( LPF, art. L. 283 . - Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-10.624, F-P+B : Dr. fisc. 2012, n°
48, comm. 540 , note L. Maublanc ; Bull. civ. IV, n° 118 . - Cass. com., 19 oct. 1989, n° 88-13.988 : Dr. fisc. 1991, n° 6, instr. 10187 . - V. n°158).

§ 160 L'action en distraction cesse d'être recevable après la vente des biens saisis. Toutefois, le tiers reconnu propriétaire d'un bien déjà vendu peut, jusqu'à la
distribution des sommes produites par la vente, demander la distraction du prix non diminué des frais (CPC exéc., art. R. 221-52).

La Cour de cassation a fait une lecture littérale des articles 127 du décret du 31 juillet 1992 et L. 283 du LPF qui la conduit à dégager les 2 caractéristiques de l’
action en revendication d’objets saisis relativement à son auteur et à son objet :

seul le tiers qui prétend avoir un droit de propriété, d'usufruit ou de gage sur des biens meubles saisis à la demande du Trésor, entre les mains d'un
débiteur d'une dette fiscale qui en a la possession, ou entre les mains d'un tiers qui les détient pour le compte du débiteur, peut, avant la vente de ces
biens, exercer l’action en revendication. L’objet de l’action en revendication est précis puisque l’action doit viser exclusivement la distraction des objets
saisis. Le tiers revendiquant doit, à peine d’irrecevabilité de la demande, se borner à demander la restitution de ses biens, sans pouvoir remettre en
cause la validité de la mesure de saisie (Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-10.624, préc. - A contrario V. Cass. com., 29 nov. 1988, n° 87-10.549 :
JurisData n° 1988-703266 ; Bull. civ. IV, n° 330 ; Dr. fisc. 1990, n° 43, comm. 2019. - V. n° 173 ). Avant la vente des biens saisis, le tiers revendiquant
peut s’y opposer et demander restitution des biens dont il se prétend propriétaire ( LPF, art. L. 283 ). Après la vente, le tiers revendiquant peut exercer
l'action en revendication et jusqu'à la distribution du produit de la vente en distraire le prix non diminué des frais (D. n° 92-755, 31 juill. 1992, art. 129) ;

le débiteur fiscal n’est pas recevable à exercer l’action en revendication d’objets saisis visée à l’ article L. 283 du LPF ( Cass. com., 10 oct. 1989, n° 88-
13.988 ). L’ article 127 du décret du 31 juillet 1992 lui réserve la possibilité de contester la saisie en soutenant qu’il n’est pas le propriétaire de biens qu’il
déteint et qui ont été saisis (Cass. com., 11 janv. 2005, n° 03-14.766 : JurisData n° 2005-029008 . - V. n° 153, 161 , 164. - Cass. com., 12 juin 2012, n°
11-10.624 : Bull. civ. IV, n° 118 . - Cass. com., 10 oct. 1989, n° 88-13.988 ) et demander la nullité de la saisie-vente (Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-
10.624 : JurisData n° 2012-013341 ; Bull. civ. IV, n° 118 ; Dr. fisc. 2012, n° 48, comm. 540 , note L. Maublanc. - Cass. com., 24 mai 2016, n° 14-29.938 .
- Cass. com., 10 oct. 1989, n° 88-13.988 ).

§ 161 Action en nullité de la saisie de biens


L’action en nullité de la saisie relève de la procédure de l’opposition à poursuite fondée sur les dispositions de l’ article L. 281, alinéa 1er du LPF et ainsi du
contentieux du recouvrement (Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-19.342 : JurisData n° 2002-014594. - Cass. com., 16 nov. 2004, n° 02-18.809 : JurisData n° 2004-
025859 . - V. n° 200 ). Recevable selon les dispositions de portée générale des articles 127 et 128 du décret du 31 juillet 1992 relatif à la procédure de saisie-
vente (D. n° 92-755, 31 juill. 1992, art. 127), elle est donc soumise à l’obligation de réclamation préalable et ce, avant toute saisine de la juridiction compétente, à
peine d'irrecevabilité (Cass. com., 11 janv. 2005, n° 03-14.766 : JurisData n° 2005-029008 ; Dr. fisc. 2005, n° 26, comm. 514 . - V. n° 153, 160, 164 ). Par
exemple, il a été jugé qu'était irrecevable la demande tendant à l'annulation d'une saisie d'objets mobiliers formée par une femme tenue solidairement pour des
impôts dus par son mari, qui prétendait suffisantes les réclamations formulées par celui-ci ( Cass. com., 11 juin 1981, n° 80-12.081 : Bull. civ. IV, n° 266 . - V. n°
206 ). Toutefois, lorsque l'épouse est intervenue aux débats et a présenté un mémoire préalable, les juges du fond doivent rechercher s'il n'y a pas représentation
d'un époux par l'autre (Cass. com., 25 oct. 1972, n° 69-14.807 : JurisData n° 1972-097265 ; Bull. civ. IV, n° 265 ).

Attention
Les dispositions de l’ article L. 283 du LPF ne sont pas applicables aux contestations des créances détenues par les établissements publics et les groupements
d'intérêt public de l'État ainsi que par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable.

3° Biens sur lesquels peut porter la revendication

§ 162 L’action en revendication ne peut être engagée par la personne qui revendique la propriété d’objets qu’à propos d'objets ou d’effets mobiliers identifiables
déjà saisis chez un débiteur qui en a la possession, mais avant que la vente n'en soit consommée ( CA Rennes, 21 juin 1950 : Mémorial des percepteurs 1950, p.
304). Elle ne peut l'être pour la revendication d'objets fongibles, créances ou sommes d'argent ( T. civ. Cherbourg, 10 févr. 1958 : Dr. fisc. 1958, n° 41-42, doctr. ,
concl. Chédeville).

§ 163 Confiscation des biens saisis en droit douanier


Le Conseil constitutionnel a été saisi le 17 octobre 2011 par le Conseil d'État (CE, 17 oct. 2011, n° 351085 : JurisData n° 2011-022359 ), d'une question prioritaire
de constitutionnalité, relative à la conformité aux droits et libertés que garantit les articles 374 et 376 du Code des douanes . Selon l'article 376 de ce code, les
objets saisis ou confisqués ne peuvent être revendiqués par les propriétaires, ni le prix, qu'il soit consigné ou non, réclamé par les créanciers même privilégiés,
sauf leur recours contre les auteurs de la fraude. Le Conseil constitutionnel a, dans une décision du 13 janvier 2012 , décidé qu'en privant les propriétaires de la
possibilité de revendiquer, en toute hypothèse, les objets saisis ou confisqués, les dispositions de l' article 376 du Code des douanes portaient au droit de
propriété une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Il a déclaré contraires à la constitution les articles 374 et 376 du Code des douanes tout en reportant au
1er janvier 2013 la date de cette abrogation, afin de permettre au législateur de remédier à l'inconstitutionnalité de ces articles (Cons. const., n° 2011-208 QPC,
13 janv. 2012 : JO 14 janv. 2012, p. 752 ; JurisData n° 2012-000299 ; Procédures 2012, comm. 91 ).

Désormais, à compter du 31 décembre 2012, lorsque la marchandise de fraude ou ayant servi à masquer la fraude a été saisie et sous réserve qu'elle ne soit pas
prohibée au titre de la réglementation douanière, la mainlevée est offerte, sans caution ni consignation, au propriétaire de bonne foi non poursuivi, même lorsque
la juridiction répressive en a prononcé la confiscation. Cette mainlevée est subordonnée au remboursement des frais éventuellement engagés par l'Administration
pour assurer la garde et la conservation de la marchandise. Par dérogation au 1 bis du 1er alinéa de l’article 376, aucune mainlevée n'est proposée lorsque la
marchandise de fraude ou ayant servi à masquer la fraude a été détériorée en raison de son utilisation à cette fin ( C. douanes, art. 376 ).

4° Procédure (revendication d’objets saisis)


a) Phase administrative

§ 164 Réclamation préalable


Pour toute contestation relative à la propriété des biens saisis, le débiteur fiscal, en ce qui concerne l’action en nullité de la saisie-vente, comme le revendiquant
de biens saisis chez le débiteur doit préalablement saisir le directeur général des finances publiques ( LPF, art. L. 283 . - Cass. com., 17 mars 2015, n° 14-10.238
. - Cass. com., 30 mars 2010, n° 08-22.072 : JurisData n° 2010-002982). La phase administrative a un caractère impératif ( Cass. com., 16 janv. 1996, n° 94-
10.137 : JurisData n° 1996-000146 ; Dr. fisc. 1996, n° 18-19, comm. 601 ; RJF 1996, n° 513), d’autant que le requérant ne peut pas présenter ensuite au juge de
l'exécution des pièces justificatives non produites devant l'Administration (Cass. com., 11 janv. 2005, n° 03-14.766 : JurisData n° 2005-029008 ; Dr. fisc. 2005, n°
26, comm. 514 . - V. n° 153, 160 , 161. - Cass. com., 4 févr. 2004, n° 01-02.160 : JurisData n° 2004-022270 ; Bull. civ. IV, n° 22 ; Dr. fisc. 2004, n° 28, comm. 624
; RJF 2004, n° 652. - Cass. com., 11 juin 1981 : Bull. civ. IV, n° 266 . - Cass. com., 25 janv. 1972, n° 70-12.031 : JurisData n° 1972-097033 ; Bull. civ. IV, n° 33 . -
Cass. com., 6 mars 1985, n° 83-14.765 : JurisData n° 1985-000616 ; Bull. civ. IV, n° 89 ; Dr. fisc. 1986, n° 14, comm. 749 ).
b) Phase judiciaire

§ 165 Règles générales


Les affaires portées devant les juridictions de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif, relatives au contentieux des impôts, droits, taxes et redevances prévus
au CGI ainsi que des amendes fiscales correspondantes, sont jugées en séances publiques ( LPF, art. L. 199 B ).

§ 166 Compétence judiciaire


La demande de nullité de la saisie diligentée par le débiteur de l’impôt au motif qu'elle porte sur des biens dont il n'est pas propriétaire comme l’action en
revendication de biens saisis relèvent de la compétence du juge judiciaire (CE, 8e et 9e ss-sect., 1er juin 1983, n° 22995 : JurisData n° 1983-607657 ; Dr. fisc.
1984, n° 12, comm. 631 ; RJF 8-9/1983, n° 1075. - CE, 9e et 7e ss-sect., 12 nov. 1990, n° 74203 et 74205, Pompanon : RJF 1/1991, n° 111 . - CE, 9e et 8e ss-
sect., 14 févr. 1996, n° 77129, Melingue : JurisData n° 1996-610314 ; RJF 4/1996, n° 510 . - CAA Paris, 2e ch. B, 21 nov. 2003, n° 99PA03801, Kerangueven :
RJF 4/2004, n° 412 . - Cass. com., 3 févr. 2015, n° 13-23.614, n° 13-27.071 ). Mais selon la Cour de cassation, il n’appartient pas au juge de l'exécution de
restituer son exact fondement juridique à la demande présentée par un tiers qui revendique la propriété d'objets saisis (Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-10.624 :
JurisData n° 2012-013341 ; Bull. civ. IV, n° 118 ; Dr. fisc. 2012, n° 48, comm. 540 , note L. Maublanc).

§ 167 Délais
La demande de nullité de la saisie diligentée par le débiteur doit, sous peine d’irrecevabilité, être présentée dans un délai de 2 mois. Le revendiquant d’objets
mobiliers saisis doit présenter également sa demande dans le délai de 2 mois à partir de la date à laquelle il a eu connaissance de la saisie ( LPF, art. R. 283-1,
al. 1er . - Cass. com., 4 févr. 2004, n° 01-02.160 : JurisData n° 2004-022270 ; Dr. fisc. 2004, n° 28, comm. 624 ). Cette dernière règle est donc identique à celles
applicables en matière de contestation des actes de poursuites. Elle pose et a posé le problème du dépôt des pièces justifiant la propriété des biens revendiqués.
5° Preuve de la propriété des biens saisis

§ 168 Charge de la preuve


Celui qui se prétend propriétaire d'objets saisis et en demande la distraction à son profit doit administrer la preuve de sa propriété. La charge de la preuve de la
propriété sur les objets revendiqués incombe au revendiquant et non pas à l'administration fiscale ( Cass. com., 7 déc. 1994, n° 93-12.491 . - Cass. com., 12 déc.
1995, n° 94-11.927 : JurisData n° 1995-003938 ; RJF 1996, n° 514). Les moyens sont laissés à l'appréciation des juges du fond ( Cass. 1re civ., 14 janv. 1959 :
D. 1959, somm. p. 100. - Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-14.171 : Dr. fisc. 1988, n° 19, comm. 976 . - V. n° 12, 183 ,184). La charge de la preuve de la propriété
des biens saisis incombe au revendiquant. Le juge judiciaire a un pouvoir souverain d'appréciation des preuves ( Cass. com., 12 déc. 1995, n° 94-11.927 :
JurisData n° 1995-003938 ; RJF 1996, n° 514).

§ 169 Moyens de droit


Concernant le recouvrement de l’impôt, selon les dispositions de l' article R. 281-5 du LPF , le juge doit se prononcer exclusivement au vu des pièces et
justifications qui accompagnent la demande présentée au comptable public compétent. Les redevables qui l'ont saisi ne peuvent ni lui soumettre des pièces
justificatives autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans ces mémoires. Le juge
doit se prononcer exclusivement sur les justifications jointes à la demande préalable et ne peut accueillir ni faits nouveaux, ni moyens de droit nouveaux. Dans un
premier temps, la Cour de cassation appliquait strictement les dispositions de l’ article R. 281-5 du LPF en délimitant le cadre du litige au contenu de la
réclamation, ce qui faisait obstacle à la présentation de tout moyen nouveau devant le juge ( Cass. com., 31 janv. 1989, n° 201, P, TPG des Hauts-de-Seine :
RJF 4/ 1989, n° 517). Puis, la Cour de cassation a admis que ces dispositions ne faisaient pas obstacle à ce que le contribuable soulève devant le juge de
l'exécution des moyens de droit nouveaux dès lors qu'ils n'impliquent pas l'appréciation de nouvelles pièces justificatives ou de nouvelles circonstances de fait (
Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365 : JurisData n° 2014-030656 ; Bull. civ. IV, n° 182.- cité, n° 5, 201, 223, 315, 335, 394, 417, 420. - Cass. com., 14 avr. 2015,
n° 13-28.797 : JurisData n° 2015-008088 ; Bull. civ. IV, n° 68 . - V. n° 299, 304, 335, 420 ). En revanche, concernant la procédure du recouvrement de l’impôt, la
juridiction administrative admettait que la disposition de l’ article R. 281-5 du LPF ne faisait pas obstacle à ce que le contribuable puisse soulever, devant le
tribunal administratif ou la cour administrative d'appel, jusqu'à la clôture de l'instruction, des moyens nouveaux de pur droit dont il ne pouvait faire état dans sa
demande préalable devant l’Administration ( CAA Paris, 2e ch. A, 15 juin 2005, n° 01PA01003 ). Cette jurisprudence a été reprise par le Conseil d’État dans une
décision datant de 2018 ( CE, 10e et 9e ch., 28 déc. 2018, n° 410912, Sté Immo Lorrain et A, concl. A. Iljic). Dans la mesure ou le dépôt d’une demande en
revendication d’objets saisis suspend de plein droit les poursuites sur les biens saisis dont la propriété est discutée, le revendiquant devrait être en mesure de
pouvoir présenter au juge de l’exécution des pièces justificatives de sa propriété des biens saisis même si ces pièces étaient absentes lors de la demande en
restitution présentée au préalable au comptable public compétent, d’autant que la règle que l’ article L. 281-5 du LPF ne connaît pas d'équivalent en contentieux
d'assiette, la loi n° 96-1181 du 30 décembre 1996 de finances pour 1997 ayant introduit dans le LPF un article L. 199 C qui n’est pas applicable en contentieux du
recouvrement ( CE, 8e et 9e ss-sect., 17 mars 1999, n° 163929 : JurisData n° 1999-051320) et qui permet à l'Administration et au contribuable, dans la limite
pour ce dernier du dégrèvement ou de la restitution sollicités, de faire valoir tout moyen nouveau devant le juge, en première instance et en appel, et ce jusqu'à la
clôture de l'instruction. Dans son rapport de 2008 sur l'amélioration de la sécurité juridique des relations entre l'administration fiscale et les contribuables, le
président Olivier Fouquet préconisait d'ailleurs l'abrogation de l'article R.* 281-5 et l'alignement des règles applicables en contentieux du recouvrement sur celles
applicables en contentieux d'assiette (proposition n° 46).

§ 170 Saisie-vente en procédure collective


Statuant sur une demande de restitution d’objets faisant l’objet d’une saisie-vente en procédure collective, la Cour de cassation a considéré que la sanction de
l'absence de revendication dans le délai légal n'était pas le transfert du droit de propriété au profit du débiteur mais son inopposabilité à la procédure collective de
ce dernier de sorte que le propriétaire, qui n'a pas revendiqué son bien dans le délai légal, est fondé à en obtenir la restitution contre le tiers acquéreur de
mauvaise foi (Cass. com., 15 déc. 2015, n° 13-25.566 : JurisData n° 2015-028294 ; RD bancaire et fin. 2016, comm. 87 . - Cass. com., 3 avr. 2019, n° 18-11.247,
publié au Bulletin : JurisData n° 2019-004972 ).
6° Preuves de la possession

§ 171 Les situations sont différentes selon que le revendiquant est ou non en possession des biens saisis et que la possession ou le droit de propriété invoqué
est équivoque ou non.
a) Revendiquant en possession des meubles saisis

§ 172 Présomption de propriété et preuve contraire


Dans la majorité des cas, le revendiquant en possession des biens saisis se borne à invoquer la présomption de propriété énoncée à l' article 2276, alinéa 1er, du
Code civil ou, lorsqu'il est le conjoint du débiteur saisi, marié sous le régime de la séparation des biens, les stipulations de son contrat de mariage ( C. civ., art.
1538, al. 2 ).

La présomption de propriété énoncée par l' article 2276 du Code civil ou par le contrat de mariage peut être combattue non seulement par des preuves ou
commencements de preuve, mais également par des présomptions contraires (Cass. 1re civ., 19 déc. 1978, n° 77-13.581 : JurisData n° 1978-000396 ; Bull. civ. I,
n° 396 . - Cass. 1re civ., 20 déc. 1977 : Bull. civ. I, n° 460 ; JCP G 1978, IV, 45 . - Cass. 1re civ., 19 juill. 1988, n° 86-10.348 : JurisData n° 1988-002310 ; Bull.
civ. I, n° 250 ; Defrénois 1989, p. 478 , G. Champenois. - CA Versailles, 12 déc. 1988 : JurisData n° 1988-049761 ; D. 1989, p. 601). Mais le caractère de
possession " équivoque " ou " non équivoque " est parfois difficile à établir. Lorsqu'il y a cohabitation des deux parties, celle-ci a été jugée " non équivoque " ou "
équivoque ", selon les circonstances de l'espèce. C'est donc une question de fait, la possession étant jugée équivoque, notamment, lorsqu'il y a confusion des
patrimoines.

§ 173 Saisie-exécution
La Cour de cassation a admis que le tiers en possession de meubles faisant l'objet d'une saisie-exécution ayant été pratiquées en garantie d'une créance
d'impôts directs dus par une société sur un stock de matériel et de marchandises entreposés au lieu du siège de la société dont le demandeur se disait locataire-
gérant et que ce dernier, qui avait été constitué gardien de la saisie, prétendait être en possession des objets saisis en qualité de propriétaire, pouvait agir en
nullité de cette saisie ( Cass. com., 29 nov. 1988, n° 87-10.549 : JurisData n° 1988-703266 ; Bull. civ. IV, n ° 330. - V. n° 160 ).

§ 174 Possession de bonne foi


Le revendiquant doit être de bonne foi. Le revendiquant qui est en possession des biens saisis doit faire état de cette possession dès l'engagement de l'action (V.
jurisprudence sur la collusion entre revendiquant et tiers saisi : Cass. 2e civ., 18 févr. 1976, n° 74-10.915 : JurisData n° 1976-099061 ; Bull. civ. II, n° 61 . - Cass.
1re civ., 14 déc. 1971, n° 67-10.577 : Bull. civ. I, n° 315 ; JCP G 1972, II, n° 17102 , note G. Goubeaux).

Les possesseurs de bonne foi de papiers du véhicule peuvent se prévaloir du bénéfice de l' article 2276 du Code civil pour s'opposer à une action en
revendication ( Cass. 1re civ., 8 nov. 2007, n° 06-20.094, Sté Deluc : JurisData n° 2007-041317 ). En matière de saisie de véhicules automobiles, la jurisprudence
considère qu'un même véhicule peut avoir plusieurs propriétaires et donc que la carte grise peut mentionner plusieurs noms ( CE, 5e et 10e ss-sect., 31 oct.
1990, n° 77881, Trudelle : JurisData n° 1990-645191 ; JCP G 1991, IV, p. 60 ; D. 1990, n° 16, p. 220, note M. Fornacciari). Il est vrai que l'immatriculation est une
simple mesure administrative et de police qui ne règle pas la question de la propriété ( CA Riom, 20 mars 1953 : Mémorial percepteurs 1953, p. 121). Dès lors, la
carte grise établie au nom du revendiquant ne peut, à défaut d'autres documents, constituer une preuve suffisante du droit de propriété, alors surtout que la
possession par le saisi du véhicule revendiqué réunit les conditions prescrites par l' article 2276 du Code civil ( CA Montpellier, 20 mai 1969 : RJCA, 3e partie, n°
49).

§ 175 Possession non équivoque


Le droit de propriété invoqué peut être fondé sur une présomption de propriété en faveur du revendiquant si la possession n'est pas équivoque. La possession
n'est pas équivoque lorsqu'elle est continue, paisible, publique. Dans ce cas, la possession fait présumer le droit et le possesseur du bien en est réputé
propriétaire. Bénéficie de cette présomption, le revendiquant qui est, apparemment, en possession des meubles saisis en justifiant qu'il est l'occupant légal du
local dans lequel la saisie a été pratiquée et que sa possession est continue. Le caractère non équivoque de la possession n'est pas toujours évident, notamment
lorsque le revendiquant et le débiteur-saisi cohabitent, cohabitation pouvant résulter de liens personnels entre les intéressés (époux, concubins, compagnons,
parents et enfants, frères et soeurs...) ou cohabitation de personnes sans liens particuliers. Les juges du fond recherchent alors une éventuelle collusion entre les
parties.
§ 176 La possession non équivoque est admise pour :

le revendiquant, conjoint du débiteur-saisi, marié sous le régime de la séparation de biens et qui invoque les clauses de propriété de son contrat de
mariage, présomption résultant de l' article 1538 du Code civil ;

le revendiquant marié sous le régime légal de la communauté ; tous les biens du mariage constituent a priori des biens communs (acquêts de
communauté) ( C. civ., art. 1402, al. 2 ) ;

la concubine qui revendique la propriété de biens saisis pour le recouvrement d'impôts dus par son concubin ( CA Paris, 6 juin 1973 : BODGI 12 C-13-74
; Dr. fisc. 1974, n° 22-23, instr. 4508 ) ;

le revendiquant qui a communiqué à l'Administration, en même temps que son mémoire, le contrat de location établi à son nom, ce contrat précisant que
le preneur doit " garnir la maison de meubles et objets mobiliers en quantité et de valeur suffisante pour répondre du loyer " et lorsque rien ne permet de
dire qu'une telle clause n'a pas été respectée, compte tenu des circonstances de l'espèce ( BODGI 12 C-13-74 , préc.) ;

un fils revendiquant des objets garnissant son logement et saisis au titre des impôts dus par son père, habitant avec lui (ce qui rendait la possession
invoquée équivoque), l'intéressé prouvant toutefois par la production de factures qu'il s'était rendu acquéreur pour lui-même des objets revendiqués, le
fait que la contribution mobilière est établie au nom du père (mais acquittée par le fils) étant inopérant et les circonstances de la cause ne permettent pas
d'établir qu'il y ait collusion entre les parties ( CA Angers, 11 déc. 1974 : Mémorial percepteurs 1975, p. 29) ;

un restaurateur en possession d’oeuvres de l’artiste Arman depuis 2000 que sa veuve n’a pas revendiquées au décès de l’artiste en 2005 ( Cass. 1re
civ., 3 févr. 2010, n° 08-19.293 : JurisData n° 2010-051393 ; JCP E 2010, n° 11, 1260 ).

§ 177 En fait, les revendications d'objets saisis constituent toujours des cas d'espèce. Le revendiquant qui invoque la présomption de propriété produit le plus
souvent à l'appui de sa demande des éléments justifiant de son droit de propriété et lorsqu'il ne le fait pas, le juge recherche s'il n'y a pas confusion de biens.

§ 178 Possession équivoque


La cohabitation ne rend pas obligatoirement la possession équivoque ( CA Paris, 6 juin 1973 ). Ce n'est pas un élément rendant à lui seul et de plein droit la
possession équivoque : elle n'est qu'un élément de fait dont l'appréciation, du point de vue du caractère de la possession, appartient souverainement aux juges
du fond ( Cass. req., 18 déc. 1984 : S. 1985, 1, p. 136 ; BODGI 12 C-13-74 ; Dr. fisc. 1974, n° 22-23, instr. 4508 , note, al. 4). Cependant, la Cour de cassation a
jugé que, lorsque les meubles saisis garnissent des locaux occupés en commun, spécialement par des époux ou des concubins, le prétendu propriétaire, dont la
possession est équivoque, ne bénéficie pas de la présomption de propriété sur ces meubles, car ce vice est absolu et l'intéressé doit justifier ses prétentions sous
peine d'être débouté de sa demande en revendication ( Cass. req., 13 déc. 1943 : S. 1944, I, p. 109. - Cass. civ., 13 juill. 1948 : S. 1949, I, p. 19).

§ 179 Pourtant, la jurisprudence retient que la cohabitation du revendiquant avec le débiteur saisi rend la possession équivoque ( Cass. 1re civ., 31 janv. 1951 :
Bull. civ. I, n° 44 ; S. 1951, 1, p. 192 ; RTD civ. 1952, p. 54 , obs. G. Lagarde. - CA Paris, 23 juin 1988 : D. 1988, IR p. 232. - Cass. 2e civ., 10 nov. 1998, n° 96-
18.740 : JurisData n° 1998-004256 ; Bull. civ. II, n° 270 ; Gaz. Pal. Rec. 1999, n° 245, p. 18, note M. Véron. - Cass. 2e civ., 29 janv. 1986, n° 83-16.232 :
JurisData n° 1986-700257 ; Bull. civ. II, n° 3 ; Gaz. Pal. Rec. 1986, 2, som., p. 422, obs. M. Véron). Le revendiquant doit démontrer le vice éventuel ou la précarité
de la possession du débiteur saisi s'il ne peut produire un inventaire dressé avant sa demande ( CA Paris, 3 oct. 1990 : Gaz. Pal. Rec. 1991, 1, 113. - CA Aix-en-
Provence, 6 juin 1974 : Mémorial percepteurs 1975, p. 134).

§ 180 Il a aussi été jugé que le seul fait que les meubles aient été saisis au domicile personnel du revendiquant n'autorise pas celui-ci à invoquer l' article 2276 du
Code civil , le revendiquant devant justifier d'une possession sans vice. L'article 2276 est inapplicable lorsque la possession du revendiquant est équivoque par le
fait qu'il a cohabité avec le gardien saisi et que le bail ainsi que la taxe d'habitation étaient au nom de ce dernier ( CA Paris, 1re ch. B, 23 juin 1988 : D. 1988, p.
232).

§ 181 Lorsque des objets ont été saisis au cours d'une information entre les mains d'une personne non inculpée, la demande en restitution formée après le
jugement définitif de l'action publique par ladite personne demeurée étrangère aux poursuites, ne peut, en l'absence de toute contestation émanant d'autres
personnes prétendant avoir des droits propres sur les mêmes objets, être rejetée, motif pris du caractère équivoque de la possession, sur le seul fondement de l'
article 2276 du Code civil , ce texte régissant l'action civile en revendication, distincte de l'action en restitution prévue par les articles 479 et 484 du Code de
procédure pénale ( Cass. crim., 11 juill. 1978, n° 78-90.762 : Bull. crim. n° 232 ).

§ 182 Ont également été jugées équivoques :

la possession d'un véhicule par un professionnel qui a accepté de l'acquérir d'un autre professionnel sans se faire remettre la carte grise y afférente ni, à
tout le moins, vérifier que celui-ci détenait ce document ( Cass. com., 15 oct. 2002, n° 00-14.328, SARL Daniel Automobiles : JurisData n° 2002-015902
; Bull. civ. IV, n° 146 ; JCP E 2002, 1702 . - Cass. 1re civ., 14 mai 1996, n° 93-21.187 : JurisData n° 1996-001832 ; Bull. civ. I, n° 199 ; Gaz. Pal. Rec.
1997, 1, pan. jur., p. 64. - Cass. 1re civ., 30 oct. 2008, n° 07-19.633 : JurisData n° 2008-045576 ; JCP G 2008, IV, 2889. - Cass. com., 24 avr. 2007, n°
05-17.778 : JurisData n° 2007-038519 ; Bull. civ. IV, n° 115 ; JCP G 2007, IV, 2109 ) ;

la revendication par une mère des objets mobiliers garnissant un appartement saisis au titre des impôts dus par son fils qu'elle héberge, la cohabitation
ayant pour effet de rendre équivoque la possession qu'elle invoque, l'obligeant à apporter la preuve de ses titres ( CA Paris, 16 mars 1978 : Mémorial
percepteurs 1978, p. 151) ;

la revendication des biens saisis, dans un appartement occupé par le redevable de l'impôt, formée par une personne se déclarant locataire de
l'appartement alors que le redevable s'y domiciliait, que l'intéressée n'établissait pas que celui-ci avait l'intention d'établir son domicile ailleurs et qu'à
l'époque de la saisie, c'était leur domicile commun, rendant équivoque la possession invoquée, ce qui obligeait la revendiquante à justifier de son droit
de propriété ( TGI Soissons, 20 mai 1987, n° 87114 . - Cass. 2e civ., 10 nov. 1998, n° 96-18.740 : JurisData n° 1998-004256 ; Bull. civ. II, n° 270 . -
Cass. 2e civ., 29 janv. 1986, n° 83-16.232 : JurisData n° 1986-700257 ; Bull. civ. II, n° 3 ; Gaz. Pal. Rec. 1986, 2, som., p. 422, obs. M. Véron).
b) Revendiquant n'étant pas en possession des objets saisis

§ 183 Lorsque le revendiquant n'est pas en possession des objets saisis, il lui appartient de justifier du droit de propriété qu'il invoque. À défaut, sa demande est
rejetée.

Ainsi a été rejetée :

la revendication par le père du débiteur saisi de machines saisies chez son fils, où il était employé, alors que la possession du fils répondait au critère de
droit ( C. civ., art. 2276 ), que le revendiquant n'administrait pas la preuve que son fils détenait l'outillage à titre provisoire (en particulier, en vertu de
commodat ou de dépôt) et qu'il en avait conservé la propriété au moment de la saisie ( CA Douai, 23 nov. 1959 : Mémorial percepteurs 1960, p. 191) ;

la revendication par le propriétaire de l'appartement occupé par le débiteur chez lequel avait été pratiquée la saisie, les juges du fond ayant
souverainement fondé leur décision sur un ensemble de motifs, dont l'absence de date certaine de bail précisant qu'il s'agissait d'une location
d'appartement meublé (Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-14.171. - V. n° 12, 168, 184 ) ;

la revendication par un fils de meubles saisis au domicile de son père au titre d'impôts dus par celui-ci, le demandeur ne rapportant pas autrement que
par ses affirmations la preuve, de ce que son père n'exerce pas sa possession à titre de propriétaire ( TGI Lyon, 13 juin 1980 : Mémorial percepteurs
1981, p. 94) ;

la revendication par une soeur des meubles saisis dans l'appartement de son frère au titre des impôts dus par ce dernier et qu'elle lui avait achetés pour
lui permettre d'acquitter ses dettes, l'acte de cession apparaissant comme un acte de pure complaisance dès lors que l'intéressée n'avait pas pris
possession des objets mobiliers achetés et que l'acte de cession suivait de peu la notification de l'imposition ( TGI Dijon, 1er févr. 1994 : Rev. huissiers
1994, p. 700 ).

§ 184 Justifications autres que les présomptions de propriété


Le revendiquant " peut administrer la preuve de sa propriété par tous moyens abandonnés à l'appréciation des juges du fond " ( Cass. 1re civ., 14 janv. 1959 : D.
1959, somm. p. 100. - Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-14.171. - V. n° 12, 168, 183 ). La production de différents documents (titres, bail, factures...) est
essentielle. Cela étant, à elles seules, les quittances de prix d'achat d'objets mobiliers peuvent ne pas être suffisantes si un doute existe sur l'origine des sommes
ayant permis l'acquisition, toute personne payant avec les fonds d'autrui pouvant obtenir du fournisseur une quittance à son propre nom. Les juges du fond
manifestent une certaine exigence, en particulier en ce qui concerne leur origine, leur nature, les circonstances dans lesquelles ils ont été établis et vérifient qu'ils
ne résultent pas d'un accord de complaisance. L'appréciation de la valeur de ces éléments relève du pouvoir discrétionnaire des juges du fond ( Cass. 1re civ., 14
janv. 1959 , préc. - Cass. com., 21 févr. 1968 : Mémorial percepteurs 1968, p. 73. - Cass. 3e civ., 20 déc. 1977, n° 76-11.369 : JurisData n° 1977-099460 ; Bull.
civ. III, n° 460 . - Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-14.171. - V. n° 12, 168 , 183. - Cass. com., 15 févr. 1994, n° 92-14.870 : RJF 1994, n° 752).

§ 185 En revanche, la preuve par témoins, permise en matière commerciale, ne l'est pas en la matière. En effet, les juges ne peuvent se prononcer qu'au vu des
éléments soumis au chef de service du comptable poursuivant à l'appui de la demande préalable ( Cass. com., 28 oct. 1952, n° 5899 : Bull. civ. IV, n° 320 . - CA
Rennes, 17 févr. 1959 : Mémorial percepteurs 1959, p. 154. - Cass. com., 21 févr. 1968 , préc. - Cass. com., 25 janv. 1972, n° 70-12.051 : Bull. civ. IV, n° 33 . -
Cass. com., 8 juill. 1994, n° 1565, D ).

§ 186 La Cour de cassation exerce un contrôle spécifique. Ainsi, elle a annulé l'arrêt d'une cour d'appel qui avait rejeté une demande en revendication d'objets
saisis fondée sur un contrat de prêt, écartant un avis de la direction générale des impôts accueillant la demande des revendiquants en mainlevée d'une saisie
pratiquée chez leur fils sur les meubles dont ils se prétendaient propriétaires : les juges du fond ne pouvaient considérer que " cet avis ne constitue pas une
preuve juridiquement admissible " que les revendiquants sont restés propriétaires des meubles, objets du litige, qu'ils ont remis à leur fils, sans examiner si cet
avis, produit par les intéressés, n'établissait pas que ceux-ci étaient propriétaires des meubles, objet de la saisie litigieuse (Cass. com., 15 févr. 1994, n° 92-
14.870, Robine : RJF 1994, n° 752).

§ 187 Le tribunal peut ordonner une expertise ( CA Montpellier, 8 avr. 1952 : JCP 1953, II, 50161 ).

§ 188 La jurisprudence a retenu que :

la date de certaines justifications tendant à établir que le demandeur avait effectivement réglé le coût des objets qu'il revendiquait était incertaine ( Cass.
2e civ., 13 juin 1963 : Bull. civ. II, n° 450 ) ;

les éléments de preuve étaient insuffisants pour établir le droit du demandeur sur les objets revendiqués et la précarité de la possession des biens par le
débiteur saisi ( Cass. 1re civ., 19 déc. 1978 : Bull. civ. I, n° 396 ) ;

l'acte, bien qu'enregistré, était manifestement de pure complaisance, ou présentait un caractère douteux, compte tenu des éléments de l'affaire (acte de
vente enregistré postérieurement à la mise en recouvrement des impôts, maintien sur les lieux des meubles vendus) ( CA Aix-en Provence, 1er oct.
1974 : Mémorial percepteurs 1974, p. 187) ;

l'absence de date certaine d'un document produit par un requérant pour justifier de sa propriété des biens saisis n'était pas à lui seul un motif suffisant
de rejet de sa demande ( Cass. civ., 4 nov. 1987 : Mémorial percepteurs 1987, p. 247).

§ 189 Régime de la communauté légale


Le paiement des dettes dont chaque époux est tenu pendant la communauté peut être poursuivi sur les biens communs ( C. civ., art. 1413 ) et tout bien est
réputé commun s'il n'est prouvé qu'il est propre à l'un des époux par application d'une disposition de loi ( C. civ., art. 1402, al. 1er ). Ainsi, l'époux revendiquant
peut combattre cette présomption et établir que tel bien est sa propriété personnelle.
§ 190 Régime de la séparation de biens
Il a été jugé que les règles de la propriété entre époux séparés de biens, édictées par l' article 1538 du Code civil , excluent l'application de l' article 2276 du Code
civil ( Cass. 1re civ., 27 nov. 2001, n° 99-10.633 : JurisData n° 2001-011877 ; Bull. civ. I, n° 297 ; JCP G 2002, II, 10050 , note S. Piedelièvre ; Defrénois 2002, p.
259 , obs. R. Libchaber ; Dr. famille, 2002, comm. 9 , obs. B. Beignier. - Cass. 1re civ., 7 nov. 1995 : Bull. civ. I, n° 395, p. 276 ; JCP G 2002, n° 13, p. 607 , note
S. Piedelièvre ; Defrénois 2002, n° 4, p. 259-263 , note R. Libchaber ; RTD civ. 2002, p. 121-125 , n° 1, note T. Revet ; D. 2002, n° 2, p. 119-120, note Y. Chartier)
.

Par ailleurs, en matière de séparation de biens, l' article 1538, alinéa 3, du Code civil prévoit que les biens sur lesquels aucun des époux ne peut justifier de
propriété exclusive sont réputés leur appartenir indivisément, à chacun pour moitié. Ainsi, à défaut pour le comptable public d'apporter la preuve de la propriété
privative de son débiteur, la présomption légale de propriété indivise édictée par cette disposition joue. Dans cette situation, en application de l' article 815-17 du
Code civil , le comptable des impôts ne peut procéder à la saisie directe de la part d'un indivisaire sans engager au préalable une action en partage, le
recouvrement forcé de la créance fiscale s'exerçant en définitive sur la part échue à son débiteur ( CA Paris, 25 févr. 1986 ).

7° Effets de la revendication

§ 191 Suspension des poursuites


La revendication suspend de plein droit les poursuites sur les biens saisis dont la propriété est discutée ( LPF, art. R. 283-1, dernier al.). Cette suspension prend
fin avec le jugement du juge de l'exécution rejetant la demande puisque la décision est exécutoire de plein droit immédiatement (L. n° 91-650, 9 juill. 1991, art. 37)
. Le délai d'appel n'a pas d'effet suspensif (D. n° 92-755, 31 juill. 1992, art. 30) sauf si un sursis à exécution est prononcé.

Cela étant, la revendication ne paralyse pas l'exécution du titre à l'égard du redevable. La prescription de l'action en recouvrement continue donc à courir. Le
revendiquant engage donc une action superflue s'il s'adresse au juge des référés pour faire ordonner la suspension des poursuites que le saisissant n'a pas
l'intention de continuer.

Il a été jugé que l'absence du recours préalable au trésorier-payeur général, prévu par l' article 1910 ancien du CGI en cas de demande en revendication d'objets
saisis, ne prive pas le redevable de l'impôt du droit d'invoquer devant les tribunaux la nullité d'une saisie irrégulièrement pratiquée (Cass. com., 18 mai 1976, n°
74-13.011 : JurisData n° 1976-097169 ; Bull. civ. IV, n° 169 . - Cass. com., 16 févr. 1967 : Bull. civ. IV, n° 77 ).

III. Poursuites
A. Phase administrative

§ 192 Avant la saisine de la juridiction, la personne recherchée en paiement de l’impôt doit présenter sa demande en opposition au recouvrement d’impôts au
comptable public compétent qui exerce les poursuites. La demande doit exposer ses griefs et développer ses moyens. La personne revendiquant la propriété des
biens saisis doit également présenter une réclamation préalable à l’Administration.
1° Réclamation préalable
a) Principe

§ 193 Avant l'entrée en vigueur du décret du 29 décembre 1992 applicable aux créances de l'État visées par l' article 80 du décret du 29 décembre 1962 , il
existait des divergences entre les juges judiciaires, favorable au recours préalable avant saisine de la juridiction ( Cass. 2e civ., 15 juin 1973, n° 70-13.476,
Gandelli : Bull. civ. II, n° 197 ) et les juridictions administratives, hostiles à un recours systématique ( CE, 29 mai 1981, n° 12315 : Lebon, p. 671 ; Dr. adm. 1981,
comm. 30 ). La doctrine était favorable au recours préalable pour les créances de l'État. En revanche, les créances des collectivités publiques devaient échapper
au recours préalable. En l’état de la législation, les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires
et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées préalablement à l'Administration dont dépend le comptable
qui exerce les poursuites ( LPF, art. R.* 281-4 ), mais en application des dispositions de l' article L. 1617-5, 2° du Code général des collectivités territoriales , un
débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale peut contester directement devant le juge de l'exécution mentionné aux articles L. 213-5 et
L. 216-6 Code de l'organisation judiciaire , la régularité formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre.

§ 194 Créances d’État


En application de ces textes, la 2e chambre civile de la Cour de cassation, statuant sur des poursuites exercées pour le recouvrement d'une créance de l'État
mentionnée à l' article 80 du décret du 29 décembre 1962 , a décidé qu'une réclamation préalable lors d'une opposition à l'exécution du titre était indispensable (
Cass. 2e civ., 21 déc. 2000, n° 99-15.231, Scapicchi : JurisData n° 2000-007618).

§ 195 Créances des collectivités locales


Concernant ces créances, la Cour de cassation a considéré que les articles R.* 198-1 et R.* 198-10 du LPF visant expressément et exclusivement l'administration
des impôts et l'administration des douanes et des droits indirects, les dispositions des articles R.* 196-1 et suivants du même livre, qui concernent la procédure
préalable auprès de l'administration des impôts, relative aux réclamations des contribuables, n’étaient pas applicables au contentieux des réclamations
concernant les procédures de recouvrement sur état exécutoire appliquées aux créances publiques locales (y compris en matière de taxe locale sur la publicité
extérieure (TLPE), lesquelles ne relèvent pas de ces administrations : Cass. com., 14 déc. 2004, n° 02-15.617 : JurisData n° 2004-026199 ; Bull. civ. IV, n° 226 . -
Cass. com., 6 févr. 2019, n° 17-11.889 : JurisData n° 2019-001649). Par ailleurs, la Cour de cassation a décidé qu’un débiteur pouvait également contester
devant un juge judiciaire un titre exécutoire émis par un établissement public national à caractère administratif, même si l'action en justice n'était pas précédée
d'une réclamation devant ledit établissement (Cass. 2e civ., 11 sept. 2003, n° 01-13.652 : Bull. civ. II, n° 252 ; JCP G 2003, IV, 2693 . - Cass. avis, 14 mai 2001,
n° 00-10.003 : JurisData n° 2001-009782 ; Dr. fisc. 2002, n° 24, comm. 511 . - Pour le recouvrement de la taxe locale sur la publicité extérieure, V. Cass. com., 13
juin 2018, n° 17-11.364, 17-11.89 et 17-11.895 : JurisData n° 2018-010434 . - Et Cass. com., 6 févr. 2019 , susvisé).
§ 196 Créances de l'établissement public, du groupement d'intérêt public ou de l'autorité publique indépendante
Cependant, lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l’État, par un de ses groupements
d'intérêt public ou par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement
public, du groupement d'intérêt public ou de l'autorité publique indépendante pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites ( LPF, art. L. 281 ).
b) Contestation

§ 197 Contestations relatives à l’assiette de l’impôt


Selon les termes de l' article R. 190-1 du LPF , le contribuable qui désire contester tout ou partie d'une imposition doit adresser une réclamation au service
territorial de l'administration fiscale, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects, dont
dépend le lieu d'imposition. Ces réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts doivent être présentées
à l'Administration au plus tard le 31 décembre de la 2e année qui suit la mise en recouvrement du rôle ou la notification d'un avis de mise en recouvrement ( LPF,
art. R. 196-1 ). L'article R. 196-2 du même livre précise que le délai de réclamation prend fin s'agissant des impôts locaux et des taxes annexes au plus tard le 31
décembre de l'année suivant l'année de la mise en recouvrement du rôle ou de la mise en recouvrement de l'imposition.

Ces dispositions obligent l’Administration à mentionner sur l'avis d'imposition ou sur l'avis de mise en recouvrement par lequel l'Administration porte les
impositions à la connaissance du contribuable l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation
prévue à l' article R. 190-1 du LPF , ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation. Il en résulte que le non-
respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire
obstacle à ce que les délais prévus par les articles R. 196-1 et R. 196-2 du LPF lui soient opposables.

§ 198 Contestations relatives au recouvrement des impôts et taxes


Le principe de la demande préalable à l’Administration est une obligation absolue et d'ordre public, que l'acte de recouvrement soit régulier ou irrégulier (CE, 28
janv. 1983, n° 14444 : JurisData n° 1983-607395 ; Dr. fisc. 1983, n° 25, comm. 1380 , concl. Rivière. - Cass. com., 7 janv. 1997, n° 95-11.917 : RJF 1997, n° 385)
. En effet, selon l’ article R.* 281-1 du LPF , tout redevable (ou la personne tenue solidairement) peut contester le recouvrement des impôts, taxes, redevances et
sommes quelconques dont la perception incombe au comptable public compétent, sous la forme obligatoire d'une réclamation préalable adressée au chef de
service de la DGFiP (l'administrateur des finances publiques) dont dépend ce comptable ( LPF, art. R.* 281-1 ) dans un délai défini, et ce, avant toute saisine de
la juridiction compétente.

Lorsque la contestation porte sur la régularité en la forme de l'acte, le juge de l'exécution est compétent. Dans les autres cas, les contestations doivent être
portées devant le juge de l'impôt, juge administratif ou juge judiciaire, tel qu'il est prévu à l' article L. 199 du LPF . Aucune démarche ou autre acte ne peut
remplacer la demande préalable. Cependant, la présentation d'une demande préalable est subordonnée à la notification ou à la régularisation d'un acte de
poursuite.

§ 199 Nécessité d’un acte de poursuite


Sans demande préalable, la contestation par le redevable des titres exécutoires émis par l'État pour le recouvrement d'impôts, taxes ou redevances visés par l'
article L. 281-1 du LPF est irrecevable ( CAA Lyon, 1re ch., 8 juin 2010, n° 08LY00811, Sté Pellenc . - CE, 7 mai 2010, n° 304376, Cie AGF et Philippot :
JurisData n° 2010-005457 ; JCP A 2010, 2252 , note L. Erstein ; AJDA 2010, p. 1138 , chron. S.-J. Liéber et D. Botteghi). Il en est de même si ce recours a été
exercé hors délai ( CE, 22 nov. 2006, n° 289839, Assoc. Squash rouennaise : JurisData n° 2006-071071 ; Lebon T., p. 998 et 1080). Toutefois, l’irrecevabilité de
la demande préalable n'est opposable au demandeur qu'à la condition qu'il ait été précisément informé, par l'acte de poursuite, des modalités et des délais de
recours, ainsi que des dispositions des articles R.* 281-4 et R.* 281-5 du LPF .

§ 200 Depuis la réforme, la jurisprudence de la Cour de cassation est inchangée ( Cass. com., 7 janv. 1997, n° 95-12.445, Sté Alpes Sanders . - Cass. com., 18
avr. 2000, n° 97-21.034, Sté Vetter immobilier : RJF 2000, n° 1015. - Cass. com., 16 nov. 2004, n° 02-18.809 : JurisData n° 2004-025859 . - V. n° 161 ). Elle a
confirmé dans un arrêt du 24 mai 2017 sa jurisprudence du 14 décembre 2004 qui avait décidé qu'une fin de non-recevoir tirée de l'absence de saisine préalable
du trésorier-payeur général n'était opposable au contribuable que s'il avait été précisément informé, par l'acte de poursuite, des modalités et délais de recours
ainsi que des dispositions des articles R. 281-4 et R. 281-5 du LPF ( Cass. com., 14 déc. 2004, n° 02-15.617 : JurisData n° 2004-026199 ; Bull. civ. IV, n° 226 ;
Dr. fisc. 2005, n° 10, comm. 280 ).

§ 201 Information du redevable


Il est donc établi que le redevable doit bénéficier d’une information précise sur les modalités et les voies de recours mentionnée sur l’avis d’imposition ( Cass.
com., 24 mai 2017, n° 16-10.512 . - Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-19.511, FS-P , Le Bail : JurisData n° 2002-014592 ; Bull. civ. IV, n° 99 ; Dr. fisc. 2002, n° 51,
comm. 1031 ; RJF 2002, n° 1320. - Cass. com., 31 mars 2004, n° 00-20.779, FS-D, M. Montaignac : JurisData n° 2004-023336 ; RJF 8-9/2004, n° 939. - Cass.
com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365, FS-P+B, Sté Conception bureautique et organisation du travail (CBOT) : JurisData n° 2014-030656 ; Bull. civ. IV, n° 182 ; Dr.
fisc. 2015, n° 15, comm. 265, note J.-P. Maublanc ; RJF 3/2015, n° 274 . - cité, n° 5, 169, 223, 315, 335, 394, 417, 420). La jurisprudence du Conseil d’État est
également dans ce sens (CE, 25 mai 2007, n° 285747, Maucolin : JurisData n° 2007-081162 ; Dr. fisc. 2007, n° 37, comm. 838 ; RJF 2007, n° 1167. - CE, 27 juill.
2012, n° 331748, Manseau : JurisData n° 2012-019023 : Dr. fisc. 2012, n° 42, comm. 487 , concl. F. Aladjidi ; RJF 11/2012, n° 1073 . - CE, 9e ss-sect., 12 oct.
2011, n° 321024 . - CE, 9e ss-sect., 12 oct. 2011, n° 327962, M. Laskier : Dr. fisc. 2012, n° 20, comm. 299 . - Textes appliqués : LPF, art. L. 274, R. 281-1 et R.
281-2 . - CJA, art. R. 421-5 ).

§ 202 Demande préalable indispensable


La jurisprudence est stricte sur l'étendue de cette obligation. Une demande de délai ou de remise gracieuse, un simple échange de correspondance, des
réclamations présentées par l'autre époux ne peuvent pas constituer la demande préalable. A ainsi été cassée une décision déclarant valable l'opposition formée
contre un commandement de payer sans recours préalable, au motif que le redevable avait déjà, à plusieurs reprises avant la signification du commandement,
contesté sa dette auprès du trésorier-payeur général, en développant une argumentation identique à celle présentée devant la juridiction saisie et que, de ce fait,
il n'avait pas à renouveler sa réclamation (Cass. com., 24 mai 1976, n° 74-14.660 : JurisData n° 1976-097177 ; Bull. civ. IV, n° 177 ; Dr. fisc. 1977, n° 6, comm.
194 ; BODGI 12 C-15-76 ; Dr. fisc. 1976, n° 38, instr. 5183. - Cass. com., 16 juin 1975, n° 74-11.861 : JurisData n° 1975-097166 ; Bull. civ. IV, n° 166 ).

De même, ne dispense pas de la présentation de la demande préalable le fait que :

le redevable ait contesté l'imposition ayant motivé la saisie : la réclamation contre le titre n'interrompt pas son exécution ( TGI Bobigny, 14 oct. 1976 :
BODGI 12 C-15-77 ; Dr. fisc. 1977, n° 24, instr. 5410) ;

une signification par exploit d'huissier ait été pratiquée au moment même de la vente des biens ( TA Versailles, 21 avr. 1956 : Mémorial percepteurs
1956, p. 169) ;

la saisie porte sur des biens déclarés insaisissables par la loi ( CA Bordeaux, 23 nov. 1970 : Mémorial percepteurs 1971, p. 12).

La Cour de cassation, a même étendu la demande préalable avant la saisine de la juridiction aux poursuites exercées pour le recouvrement de produits
communaux ( Cass. com., 8 janv. 1962 : Bull. civ. IV, n° 11 . - Cass. com., 7 déc. 1953 : Bull. civ. IV, n° 376 ).

§ 203 Moyen d’ordre public


Ce moyen qui est d’ordre public peut être soulevé à tous les stades de la procédure y compris en cassation ( CE, 4e et 5e ss-sect., 28 sept. 2005, n° 266208,
Louis : JurisData n° 2005-068950 ; AJDA 2005, p. 1869 ). Selon une jurisprudence constante du Conseil d’État, l’irrecevabilité tirée d’un défaut de recours
préalable obligatoire ne peut pas être régularisée ( CE, 22 nov. 2006, n° 289839 , préc. - CAA Lyon, 25 mai 1989, n° 89LY00153, SA Lefebvre : Lebon, p. 795).
Mais le juge qui relève d'office la fin de non-recevoir tirée de l'absence de réclamation préalable doit inviter les parties à présenter leurs observations ( Cass.
com., 6 févr. 1985, n° 83-12.952, Carnot : JurisData n° 1985-700251 ; Bull. civ. IV, n° 52 ).
c) Personnes concernées

§ 204 L'obligation de présenter une demande préalable à toute saisine de la juridiction judiciaire ne souffre d'aucune dérogation ( CA Paris, 4 déc. 1980 : Dr. fisc.
1981, n° 41, comm. 1828 ; BODGI 12 C-12-81 ; Dr. fisc. 1981, n° 29, instr. 6961 . - Cass. com., 5 mai 1970 : Bull. civ. IV, n° 145 . - Cass. com., 10 juin 2004, n°
03-11.003, Gribe : JCP E 2004, 1145). Selon l’ article R.* 281-1 du LPF , les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être
formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement ( LPF, art. R.* 281-1 , mod. en 2018, ancien art. R.* 281-1 du LPF : les
contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire).

§ 205 Ainsi, cette obligation s'impose à la personne mise en cause elle-même ( Cass. com., 25 nov. 1974, n° 73-14.435 : JurisData n° 1974-097301 ; Bull. civ. IV,
n° 301 ; BODGI 12 C-4-75 ; Dr. fisc. 1975, n° 13, instr. 4750), c'est-à-dire au contribuable ou aux tiers mis en cause. Elle s’impose aussi au tiers détenteur : les
décisions de rejet de contestations présentées par le tiers détenteur directement devant le tribunal sont assez fréquentes. Le principe a été clairement posé par
un arrêt de la Cour de cassation du 22 novembre 1967 ( Cass. com., 22 nov. 1967 : Dupont 1968, n° 10463). Depuis, la jurisprudence de la Cour de cassation est
constante ( Cass. com., 8 déc. 1975, n° 74-13.494, SCI Résidence d'Orient à Montpellier : JurisData n° 1975-097294 ; Bull. civ. IV, n° 294 ; BOI 12 C-8-76 ; Dr.
fisc. 1976, n° 13-14, instr. 5067 . - Cass. com., 24 mai 1976, n° 74-14.660 : JurisData n° 1976-097177 ; Bull. civ. IV, n° 177, p. 150 ; Dr. fisc. 1977, n° 6, comm.
194 BODGI 12 C-15-76 ; Dr. fisc. 1976, n° 38, instr. 5183. - Cass. com., 22 juill. 1986, n° 85-11.410 Dr. fisc. 1987, n° 28, comm. 1343. - Cass. com., 12 mai 1987,
n° 86-11.738 : Dr. fisc. 1988, n° 43, comm. 1989 . - Cass. com., 15 juin 1993, n° 91-14.454 : JurisData n° 1993-001384 ; Dr. fisc. 1993, n° 49, comm. 2365 ).
Toutefois, lorsque c'est l'administration fiscale qui a attrait le tiers détenteur devant le juge de l'exécution aux fins de délivrance d'un titre exécutoire aux motifs
qu'il refuse de payer la dette fiscale ou ne répond pas à l'avis qui lui est adressé, ce dernier n'est pas l'auteur de la contestation au sens de l' article L. 281 et R.
281-1 du LPF et la recevabilité des moyens qu'il invoque n'est donc pas subordonnée à la présentation d'une réclamation préalable à l'Administration ( Cass.
com., 3 déc. 2002, n° 00-20.505 : JurisData n° 2002-016636).

§ 206 L'obligation de la demande préalable s'impose également :

à la caution (Cass. com., 12 juin 2007, n° 05-22.116 : JurisData n° 2007-039591 ) ;

au tiers solidaire (pour une épouse, V. CE, 13 juin 1980, n° 10219 et 11497 : JurisData n° 1980-606622 ; Dr. fisc. 1981, n° 29, comm. 1495. - Cass.
com., 11 juin 1981, n° 80-12.081 . - V. n° 161. - Cass. com., 16 févr. 1955 : Mémorial percepteurs 1955, p. 117. - Cass. com., 22 janv. 1973 : BODGI 12
C-6-73 ; Dr. fisc. 1973, n° 18-19, instr. 4188 . - Pour un propriétaire de fonds de commerce, V. CAA Nantes, 12 mai 1993 : Dr. fisc. 1994, n° 14, comm.
686 ) ;

au revendiquant (Cass. com., 2 déc. 1986, n° 85-12.189 : JurisData n° 1986-002623 ; Bull. civ. IV, n° 231 . - Cass. com., 4 févr. 2004, n° 01-02.160 :
JurisData n° 2004- 022270 ; Dr. fisc. 2004, n° 28, comm. 624 ; Bull. civ. IV, n° 22 . - Cass. com., 16 janv. 1996, n° 94-10.137 : JurisData n° 1996-000146
; Bull. civ. IV, n° 19 ; Dr. fisc. 1996, n° 18-19, comm. 601 ; RJF 1996, n° 513) ; l'auteur de la demande préalable doit être le même que le revendiquant (
Cass. com., 11 juin 1981, n° 80-12.081 . - V. n° 161 ) ;

aux dirigeants de sociétés, organes d'une procédure collective, liquidateur d'une société dissoute mis en cause personnellement ainsi qu'aux associés
d'une société civile.

d) Personnes non concernées

§ 207 La procédure de droit commun reprend ses droits lorsque l'opposition aux poursuites est formée non par le redevable au sens des textes fiscaux, mais par
un tiers ( Cass. com., 19 mars 1962 : Bull. civ. IV, n° 179 ). La chambre commerciale de la Cour de cassation a même considéré que la procédure suivie par
l'Administration (commandement et saisie-exécution, devenue saisie conservatoire) à l'encontre du liquidateur d'une société dissoute, alors que les titres
exécutoires n'avaient pas été délivrés contre l'intéressé, était illicite (Cass. com., 23 nov. 1993, n° 92-10.120, Maier c/ TPG Jura : JurisData n° 1993-003015 ;
Bull. Joly Sociétés 1994, p. 67 ). Par ailleurs, un tiers détenteur qui est attrait devant le juge de l'exécution par l'administration fiscale n'est pas tenu à la
présentation d'une réclamation préalable pour faire valoir ses moyens.
e) Impôts concernés

§ 208 L'obligation de présenter une demande préalable concerne tous les impôts, contributions, droits ou taxes en cause (V. taxe d'habitation. - Cass. com., 14
déc. 2004, n° 02-15.617, Bellan : JurisData n° 2004-026199 ; Dr. fisc. 2005, n° 10, comm. 280 ).

Toutefois, en matière de droits d'enregistrement ou de taxe de publicité foncière, les réclamations relatives à la valeur vénale réelle d'immeubles, de fonds de
commerce et des marchandises neuves qui en dépendent, de clientèles, de droits à un bail ou au bénéfice d'une promesse de bail portant sur tout ou partie d'un
immeuble, de navires et de bateaux, sont adressées au service du lieu de situation des biens ou d'immatriculation des navires et bateaux ( LPF, art. R.* 190-1 ).

f) Forme et contenu de la réclamation

§ 209 Aucune forme particulière n'est prescrite pour la demande préalable. Mais tous les griefs et moyens sur lesquels le redevable fonde sa contestation doivent
être produits à l'appui de la demande préalable. L'absence des éléments et des pièces rend la réclamation irrecevable (V. JCl. Fiscal, fasc. 9510).

§ 210 Moyens développés dans la demande


L' article R. 281-5 du LPF impose au juge judiciaire de se prononcer exclusivement au vu des éléments qui ont été préalablement présentés au chef de service.
La détermination et le choix de ces éléments dès l'établissement de la demande préalable sont donc essentiels et doivent être effectués avec le plus grand soin.

§ 211 Convention européenne des droits de l’homme, article 6


Au nombre des moyens invoqués par les redevables figure, parfois, l'irrégularité des poursuites exercées qui résulterait du non-respect des dispositions de l'
article 6, paragraphe 1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales , imposant à l'Administration
l'intervention préalable d'un juge avant toute mesure de poursuite, alors que les poursuites contestées n'ont pas été précédées d'une telle intervention. Sur ce
point, la jurisprudence est partagée. Pour le Conseil d'État ces dispositions " ne sont pas applicables aux procédures de recouvrement des impositions " ( CE, 15
avr. 1992, n° 96407 : Dr. fisc. 1993, n° 44, comm. 2084 . - CE, 12 sept. 1994, n° 94943, SARL Création Violette : RJF 1994, n° 1381) ; en revanche, la Cour de
cassation a implicitement admis qu'elles le sont en considérant qu'une cour d'appel n'avait pas méconnu ces dispositions, mais en avait fait l'exacte application (
Cass. com., 20 nov. 1990, n° 89-16.473, Donsimoni : Bull. civ. IV, n° 288 ; RJF 1991, n° 123).
g) Signataire de la réclamation

§ 212 La réclamation préalable doit comporter la signature du contribuable ou de son mandataire (V. Ord. 23 oct. 2015, n° 2015-1341 , pour la signature
électronique. - Cass. com., 16 mai 1995, n° 93-17.047 : RJF 1995, n° 1059). L'irrecevabilité tenant à l'absence de mandat est d'ordre public et ne peut être
régularisée dans la demande formée ultérieurement devant le tribunal judiciaire. Par ailleurs, pour l'application de l' article R. 199-1 du LPF , lorsque le rejet de la
réclamation d'un contribuable, effectuée par voie postale, est reçue par une personne autre que le contribuable lui-même ou une personne spécialement
habilitée, il appartient au contribuable qui conteste la régularité de la notification d'établir que le signataire de l'avis de réception n'avait pas qualité pour recevoir
l'envoi ( Cass. com., 17 janv. 1989, n° 87-14.283 : JurisData n° 1989-700223 ; Bull. civ. IV, n° 24 ; JCP E 1989, n° 41, I, p. 263 ).

§ 213 Nature de la demande


La Cour de cassation veille à ce que la contestation soit adressée préalablement au comptable compétent. Elle a jugé qu’une demande adressée à
l'Administration n’étant pas une réclamation mais une assignation en justice dirigée irrégulièrement contre le comptable compétent, ce dernier n'était pas tenu de
la transmettre au comptable ayant qualité pour défendre à l'action ( Cass. com., 3 juill. 2019, n° 17-27.845 : JurisData n°2019-012444 ).
h) Destinataire de la demande

§ 214 L’ article R.* 281-1 du LPF a été plusieurs fois modifié. Depuis 2016, les contestations font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes
les justifications utiles, au chef de service compétent : le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la
décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des
finances publiques ; le directeur interrégional des douanes et droits indirects ou le responsable du service des douanes à compétence nationale ou, en
Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion et à Mayotte, le directeur régional des douanes et droits indirects pour les poursuites émises dans leur ressort territorial (
LPF, art. R.* 281-1 ). Ainsi, il appartient au redevable, préalablement à la saisine du juge judiciaire (tribunal ou juge de l’exécution, d’adresser sa contestation à l’
administration fiscale ( LPF, art. R.* 190-1 et R.* 281-1 . - Cass. com., 30 mars 2010, n° 08-22.072 : JurisData n° 2010-002982).
i) Délai pour présenter la demande

§ 215 L’ article R.* 281-3-1 du LPF détermine les nouvelles conditions de recevabilité de la réclamation préalable à la saisine du juge compétent : la demande
prévue à l’article R.* 281-1 doit, sous peine d’irrecevabilité, être présentée, selon le cas, à l’Administration dans un délai de 2 mois à partir de la notification :

de l’acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ;

de tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l’obligation de payer ou le montant de la dette ;

du premier acte de poursuite permettant d’invoquer tout autre motif.

Le délai de 2 mois imparti par l’ article R. 281-3-1 du LPF doit être observé à peine de nullité, quels que soient les motifs invoqués. Selon une jurisprudence
constante de la Cour de cassation, l'opposition à poursuites ou la revendication doit être formée auprès de l'Administration, à peine d'irrecevabilité, dans le délai
de 2 mois à partir de la notification de l'acte de poursuite si le motif invoqué est un vice de forme ou, s'il s'agit de tout autre motif, dans un délai de 2 mois après le
premier acte qui permet d'invoquer ce motif (Cass. com., 4 févr. 2004, n° 01-02.160 : JurisData n° 2004-022270 ; Bull. civ. IV, n° 22 ; Dr. fisc. 2004, n° 28, comm.
624 ; RJF 2004, n° 652. - Cass. com., 16 janv. 1996, n° 94-10.137 : JurisData n° 1996-000146 ; Dr. fisc. 1996, n° 18-19, comm. 601 . - Cass. com., 2 déc. 1986,
n° 85-12.189 : JurisData n° 1986-002623 ; Dr. fisc. 1988, n° 15, comm. 785).

§ 216 Décompte du délai


Le délai de 2 mois est décompté, conformément aux règles fixées par les articles 641, alinéa 2, et 642 du Code de procédure civile ( Cass. com., 10 mars 1976,
n° 74-12.159 : JurisData n° 1976-097094 ; Bull. civ. IV, n° 94 . - V. n° 225, 301 ). Le délai expire donc le jour portant le même quantième du 2e mois suivant la
date à laquelle le revendiquant a eu connaissance de la saisie. À défaut de quantième identique, le délai expire le dernier jour du mois. Tout délai expire le
dernier jour à 24 h 00. Le délai qui expirerait normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.

La contestation doit être reçue par l'Administration à l'intérieur du délai de 2 mois ( CAA Lyon, 27 janv. 1994 : Mémorial percepteurs 1994, p. 94). Le cachet à
date du service peut servir de justification de la date de réception de la correspondance. Ainsi, une réclamation adressée par la poste le dernier jour du délai,
reçue après que ce délai a expiré, est irrecevable ( CE, 21 nov. 1973, n° 87674 : Dr. fisc. 1974, n° 29, comm. 926 , concl. D. Mandelkern). En revanche, la
réclamation reçue après l'expiration du délai est recevable dans le cas où s'est produit un retard anormal dans l'acheminement de la correspondance par le
service postal et à la condition qu'elle ait été postée en temps utile pour parvenir dans le délai légal ( CE, 21 nov. 1973, n° 87674 ).

En procédure collective, la Cour de cassation a jugé que le délai de 2 mois ne commençait à courir qu'à compter de la date à laquelle le redevable et
l'administrateur de la procédure collective, si ce dernier a pour mission d'assurer l'Administration de la société en difficultés, ont eu connaissance de la déclaration
d’une créance fiscale à la procédure collective ( Cass. com., 8 mars 1994, n° 91-17.383, Florent : JurisData n° 1994-001533 ; Bull. civ. IV, n° 104 ; Dr. fisc. 1994,
n° 42, comm. 1829 ).

§ 217 Réclamation mal dirigée


Le Conseil d'État considère également que lorsque la contestation a été introduite auprès d'un service incompétent, la date de la réclamation reste celle de sa
réception par le service primitivement saisi ( CE, 2 févr. 1987, n° 58023 : Dr. fisc. 1988, n° 29-30, comm. 1560 ; RJF 1987, p. 202 ).

§ 218 Réclamation hors délai


La réclamation formée contre une imposition déposée tardivement devant l'Administration rend irrecevable la demande présentée devant le juge judiciaire en tant
qu'elle porte sur cette imposition.

§ 219 Délai raisonnable


Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait
obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut
d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci
doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Aussi, si la notification de la décision ne comporte pas les mentions
prévues par l' article R. 421-5 du CJA ou si la preuve de la notification de cette décision n'est pas établie, le contribuable doit adresser sa réclamation dans un
délai raisonnable à compter de la date à laquelle l'acte de poursuite lui a été notifié ou de celle à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Sauf
circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, ce délai ne saurait excéder un an ( CE, 31 mars 2017, n° 389842 , publié au recueil Lebon, M.
Amar : JurisData n° 2017-006149 ; Dr. fisc. 2017, n° 24, comm. 351 , concl. B. Bohnert et note J.-L. Pierre).

§ 220 Preuve de l’envoi


Depuis le 1er novembre 2000 (L. n° 2000-321, 12 avr. 2000, art. 16), la date à retenir pour apprécier la recevabilité de la réclamation est désormais la date
d'envoi de celle-ci par le contribuable requérant et non plus la date de réception par le service des impôts. Selon les textes aujourd’hui en vigueur, toute personne
tenue de respecter une date limite ou un délai pour présenter une demande, déposer une déclaration, exécuter un paiement ou produire un document auprès
d'une autorité administrative peut satisfaire à cette obligation au plus tard à la date prescrite au moyen d'un envoi de correspondance, le cachet apposé par les
prestataires de services postaux autorisés au titre de l’ article 3 du Code des postes et des communications électroniques faisant foi, ou d'un envoi par voie
électronique, auquel cas fait foi la date figurant sur l'accusé de réception ou, le cas échéant, sur l'accusé d'enregistrement adressé à l'usager par la même voie
conformément à l' article L. 112-11 du Code des relations entre le public et l'administration ( LPF, art. L. 286 ).

Il appartient au contribuable de justifier de la date du dépôt de cette réclamation par le cachet de la poste qui fait foi ou par tout procédé télématique ou
informatique homologué. Le Conseil d'État applique désormais cette législation (abandon de la jurisprudence antérieure à l'entrée en vigueur du texte. - CE, 10e
et 9e ss-sect., 13 nov. 2013, n° 344064 : JurisData n° 2013-026167 . - CE, 9e et 10e ss-sect., 6 déc. 2006, n° 271935, Richard : JurisData n° 2006-081064 ; Dr.
fisc. 2007, n° 44, comm. 950 , concl. L. Vallée ; RJF 2007, n° 341) cette règle légale générale ( LPF, art. L. 286 ) à la réclamation fiscale préalable ( CE, 8e et 3e
ss-sect., 30 déc. 2011, n° 336602, SAS Score : JurisData n° 2011-031696 ; Dr. fisc. 2012, n° 13, comm. 237 , concl. L. Olléon, note L. Faulcon et A. Fournier ;
RJF 2012, n° 413 ; BDCF 2012, n° 49, concl. L. Olléon. - CE, 13 nov. 2013, n° 344064, Marcon : JurisData n° 2013-026167 ; Dr. fisc. 2014, n° 6, comm. 157 ,
note A. Bonnet ; RJF 2014, n° 116. - Rappr. TA Nice, 6e ch., 28 nov. 2006, n° 06-1653 , Martel : RJF 2007, n° 968).

§ 221 Envoi de l’étranger


Les dispositions concernant la date d’envoi de toute correspondance ne font pas obstacle à ce que puissent être admis, lorsque cet envoi est opéré depuis
l'étranger, des modes de preuve présentant une garantie équivalente. Ainsi, un bordereau établi par une société de messagerie étrangère, filiale de la Royal Mail,
atteste valablement la date d'envoi, à partir de l'Italie, d'une déclaration (CE, 15 oct. 2014, n° 368927, Sté MDS Promotion : JurisData n° 2014-024717 ).

§ 222 Correspondance électronique


Le nouveau code, porté par l' ordonnance du 23 octobre 2015 ( Ord. n° 2015-1341, 23 oct. 2015 ) relative aux dispositions législatives du Code des relations
entre le public et l’administration prévoit l’envoi électronique de toute demande, déclaration, document ou paiement en ligne. L'assurance pour l'usager que la
formalité a été accomplie dans le délai ou avant la date limite peut passer soit par l'utilisation d'un service de confiance de type lettre recommandée électronique (
CRPA, art. L. 112-1) soit par un accusé de réception renvoyé par l'Administration ( CRPA, art. L. 112-13 ). L’accusé de réception électronique doit comporter la
date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; la désignation, l'adresse
postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier, le cas échéant, des informations mentionnées à l'article
L. 114-5 (liste des pièces et informations manquantes). Dans ce cas, fait foi la date figurant sur l’accusé de réception ou, le cas échéant, sur l'accusé
d'enregistrement adressé à l'usager par la même voie (CRPA, art. R. 112-5).
§ 223 Voies et délais de recours dans l’acte de poursuite
Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques doivent être adressées dans un délai ainsi défini à
l'Administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites, et ce, avant toute saisine de la juridiction compétente pour en connaître, à peine
d'irrecevabilité. Mais cette irrecevabilité n'est opposable au demandeur qu'à la condition qu'il ait été précisément informé, par l'acte de poursuite, des modalités et
des délais de recours, ainsi que des dispositions des articles R.* 281-4 et R.* 281-5 du LPF (déjà jugé dans ce sens, V. not. Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-
19.511, FS-P , Le Bail : JurisData n° 2002-014592 ; Bull. civ. IV, n° 99 ; Dr. fisc. 2002, n° 51, comm. 1031 ; RJF 2002, n° 1320. - Cass. com., 31 mars 2004, n° 00-
20.779, FS-D, M. Montaignac : JurisData n° 2004-023336 ; RJF 8-9/2004, n° 939. - Et plus récemment Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365, FS-P+B, Sté
Conception bureautique et organisation du travail (CBOT) : JurisData n° 2014-030656 ; Bull. civ. IV, n° 182 ; Dr. fisc. 2015, n° 15, comm. 265, note J.-P.
Maublanc ; RJF 3/2015, n° 274 . - cité, n° 5, 169, 201, 315, 335, 394, 417, 420. - Pour le Conseil d'État, V. not. CE, 25 mai 2007, n° 285747, Maucolin : JurisData
n° 2007-081162 ; Dr. fisc. 2007, n° 37, comm. 838 ; RJF 2007, n° 1167. - CE, 27 juill. 2012, n° 331748, Manseau : JurisData n° 2012-019023 ; Dr. fisc. 2012, n°
42, comm. 487 , concl. F. Aladjidi ; RJF 11/2012, n° 1073 . - CE, 9e ss-sect., 12 oct. 2011, n° 321024 . - CE, 9e ss-sect., 12 oct. 2011, n° 327962, M. Laskier : Dr.
fisc. 2012, n° 20, comm. 299 . - V. également LPF, art. L. 274, R. 281-1 et R. 281-2 . - CJA, art. R. 421-5 ).

La Cour de cassation rappelle dans un arrêt du 24 mai 2017 que le requérant doit bénéficier d’une information précise sur les modalités et les voies de recours (
Cass. com., 24 mai 2017, n° 16-10.512 ). Il a été jugé que les mentions figurant sur l'acte de poursuite (avis d'imposition ou avis de mise en recouvrement), qui
énoncent avec précision la forme que doit revêtir la réclamation et le délai dans lequel elle doit être présentée mais qui n'indiquent pas l'irrecevabilité d'une
saisine directe du juge, ne permettent pas d'opposer au contribuable les délais prévus aux articles R. 196-1 et R. 196-3 du LPF ( CE, 27 juin 2005, n° 259368 :
JurisData n° 2005-080736 ; Lebon, p. 249 ; Dr. fisc. 2005, n° 38, comm. 626 . - CE, 8e et 3e ss-sect., 25 mai 2007, n° 285747, M. Maucolin : JurisData n° 2007-
081162 ; Lebon T., p. 787 ; Dr. fisc. 2007, n° 37, comm. 838 ; RJF 2007, n° 1167. - Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-19.511, FS-P , Le Bail : JurisData n° 2002-
014592 ; Bull. civ. IV, n° 99 ; Dr. fisc. 2002, n° 51, comm. 1031 ; RJF 2002, n° 1320).

Par ailleurs, l’information sur l’existence de voies et délais de recours suite à des opérations de saisies (LPF, art. L. 16 B) n’est pas valable lorsqu’elle est
effectuée dans un mémoire destiné au seul avocat ( CAA Versailles, 1re ch., 13 oct. 2016, n° 15VE02224, Develay , concl. S. Rudeaux : JurisData n° 2016-
026039).

§ 224 Dépôt de la demande après saisine de la juridiction


La demande déposée après la signification de l'assignation devant la juridiction compétente n'est pas susceptible de régulariser la procédure ( CE, plén. fisc., 26
avr. 1976, n° 95585 : JurisData n° 1976-600187 ; Dr. fisc. 1976, n° 41, comm. 1441 . - CA Paris, 21 oct. 1955 : Mémorial percepteurs 1956, p. 51. - Cass. com., 7
juill. 2009, n° 08-18.275, Vigroux et a. : JurisData n° 2009-049221 ; RJF 2009, n° 1167). Mais il n'y a pas lieu d'exiger que le redevable soumette préalablement
ses moyens de défense à l'Administration lorsque le premier acte de poursuite qu'il peut contester, ou qui fait naître une contestation, le place en position
immédiate de défendeur dans une instance. Tel est le cas de l'ancienne saisie-arrêt avec assignation en validité ( Cass. com., 4 déc. 2001, n° 98-17.323 :
JurisData n° 2001-012833 ; Dr. fisc. 2003, n° 6, comm. 108 ).

§ 225 Forclusion
Le délai de 2 mois est un délai préfix qui doit être impérativement respecté à peine de forclusion, peu important les raisons éventuellement invoquées par
l'opposant pour justifier de son retard ( CE, 21 févr. 1966, n° 65483 : Lebon, p. 166 ; Dupont 1966, p. 166 ), aucun événement n'étant susceptible de le rouvrir (
CE, sect., 4 févr. 1972, n° 81099 : Lebon, p. 110 ; Dr. fisc. 1972, n° 28, comm. 136 , concl. G. Schmeltz).

L'interprétation stricte à donner aux termes de l' article R. 281-4 du LPF a amené la chambre commerciale à considérer que c'était un délai de forclusion et non
de prescription (Cass. com., 5 nov. 2002, n° 99-19.261 : JurisData n° 2002-019405 . - Cass. com., 18 févr. 2004, n° 01-01.654 : JurisData n° 2004-022549).

Le délai de forclusion ne peut être ni interrompu, ni suspendu ( Cass. 2e civ., 14 oct. 1987, n° 86-13.059 : JurisData n° 1987-001628 ; Bull. civ. II, n° 195 ; RTD
civ. 1988, p. 753 , obs. J. Mestre. - Cass. 1re civ., 22 oct. 1996, n° 93-20.602 : JurisData n° 1996-003963 ; Bull. civ. I, n° 363 ; Contrats, conc. consom. 1997,
comm. 14 , obs. G. Raymond. - Cass. 1re civ., 17 juill. 1996, n° 94-13.875 : JurisData n° 1996-003234 ; Bull. civ. I, n° 329 . - Cass. 1re civ., 22 mai 2001, n° 99-
10.212, SA Sygma Banque c/ Bridoux : JurisData n° 2001-009703 ; JCP E 2001, p. 1211 ). La Cour de cassation a tiré les conséquences de ces constatations en
approuvant une cour d'appel qui avait décidé que le délai au cours duquel le redevable devait saisir le tribunal compétent ne pouvait être interrompu par la saisine
d'un tribunal incompétent ( Cass. com., 12 juill. 2004 : Bull. civ. IV, n° 159 ; Dr. fisc. 2004, n° 50, comm. 901 . - En sens contraire, Cass. com., 10 mars 1976, n°
74-12.159 . - V. n° 216, 301 ).

§ 226 Action en relevé de forclusion


Le comptable de la commune, qui tient de la loi le pouvoir de poursuivre la rentrée de tous les revenus de la commune et de toutes les sommes qui lui sont dues,
peut agir en relevé de forclusion (Cass. com., 13 sept. 2017, n° 16-11.531, publié au Bulletin : JurisData n°2017-017685 ).

§ 227 Irrecevabilité de la réclamation


Ainsi, sans réclamation préalable adressée à l’Administration dans le délai requis, la contestation par le redevable des titres exécutoires émis par l'État pour le
recouvrement d'impôts, taxes ou redevances visés par l' article L. 281-1 du LPF est irrecevable ( CE, 28 févr. 1983, n° 25800, Sakloff : JurisData n° 1983-607037
; Dr. fisc. 1983, n° 28, comm. 1528 , concl. P. Rivière ; RJF 1983, n° 751. - CAA Lyon, 1re ch., 8 juin 2010, n° 08LY00811, Sté Pellenc . - CE, 7 mai 2010, n°
304376, Cie AGF et Philippot : JurisData n° 2010-005457 ; JCP A 2010, 2252 , note L. Erstein ; AJDA 2010, p. 1138 , chron. S.-J. Liéber et D. Botteghi).
L'irrecevabilité découlant de cette forclusion est un moyen d'ordre public ( CE, 18 mai 1992, n° 82267, Momaur : JurisData n° 1992-052045 ; Dr. fisc. 1994, n° 9,
comm. 442 , concl. J. Gaeremynck ; RJF 1992, n° 1075).

Il en est de même si la réclamation est hors délai ( CE, 22 nov. 2006, n° 289839, Assoc. Squash rouennaise : JurisData n° 2006-071071 ; Lebon T., p. 998 et
1080). Une cour administrative d'appel a ainsi déclaré la demande irrecevable comme tardive alors que le redevable faisait valoir qu'il n'avait pu contester le
commandement en temps utile, en raison de la grève des services et de l'absence de réponse des responsables auxquels il s'était adressé (CAA Bordeaux, 2e
ch., 17 déc. 1992, n° 91BX00230, Glissant : Mémorial percepteurs 1993, p. 43).
Par ailleurs, selon une jurisprudence constante du Conseil d’État, l’irrecevabilité tirée d’un défaut de recours préalable obligatoire ne peut pas être régularisée (
CE, 22 nov. 2006, n° 289839 : JurisData n° 2006-071071 , préc. - CAA Lyon, 25 mai 1989, n° 89LY00153, SA Lefebvre : Lebon, p. 795).

§ 228 Nouvelle demande


Le contribuable à qui est opposée cette fin de non-recevoir peut présenter une nouvelle demande si le délai de réclamation n'est pas expiré ( Cass. com., 7 juill.
2009, n° 08-18.275 : JurisData n° 2009-049221).
2° Réclamation et demande de sursis de paiement

§ 229 Le sursis de paiement est la faculté proposée au contribuable qui conteste le bien-fondé des impositions mises à sa charge de différer le paiement de l’
impôt jusqu’à la décision, soit de l’Administration, soit du tribunal administratif ou judiciaire selon l’impôt ( LPF, art. L. 277 et s. ).
a) Principe

§ 230 Le mécanisme du sursis de paiement a pour objet de geler, sur demande, le processus de recouvrement dès lors que la dette d'impôt est contestée. Le
sursis de paiement est de droit pour le contribuable. Il n'est pas subordonné au caractère sérieux des moyens soulevés dans la réclamation contentieuse. Par
ailleurs, la constitution de garanties pour le paiement futur des impôts contestés n'est exigée qu'au-delà d’une dette fiscale de 4 500 euro(s).

§ 231 Recevabilité de la demande de sursis de paiement


La demande de sursis de paiement est recevable si le contribuable la formule concomitamment avec sa réclamation contentieuse. Elle se présente donc comme
l'accessoire ou le prolongement d'une réclamation d’assiette, préalable, de sorte que la recevabilité de cette demande est elle-même suspendue à la recevabilité
de la réclamation qui doit être présentée avant l’expiration du délai légal de contestation fixé par les articles R.*196-1 et suivants du LPF . Il est jugé que l’octroi
du sursis de paiement étant subordonné à l'introduction d'une réclamation, celui-ci ne peut être accordé, dès lors que la réalité de la présentation d'une demande
contentieuse n'est pas établie et ce, alors même que le contribuable aurait constitué des garanties auprès du comptable compétent (CE, 2 juin 1989, n° 55514,
Sté " COMAP " : RJF 1989, n° 1044).

La demande doit être chiffrée, c’est-à-dire que celle-ci doit préciser le montant ou les bases du dégrèvement sollicité auquel le contribuable estime avoir droit (CE,
2 juin 1989, n° 55514 : Dr. fisc. 1989, n° 43, comm. 1984 . - LPF, art. L. 277, al. 1er . - CE, 11 janv. 1984, n° 37480 : JurisData n° 1984-607692 ; RJF 3/1984, n°
371 . - CE, 2 mars 1994, n° 104837 : JurisData n° 1994-610189 ; RJF 5/1994, n° 641 . - CE, 2 mars 1994, n° 104837 : JurisData n° 1994-610189 ; RJF 5/1994,
n° 641 ).

Le bénéfice du sursis de paiement étant subordonné à la condition de former une demande expresse à l'occasion d'une réclamation contentieuse régulière et ce
dans le délai légal. Le contribuable peut valablement solliciter le sursis de paiement par une demande postérieure à sa réclamation dès lors que le délai légal de
réclamation n'est pas expiré.

§ 232 Irrecevabilité
Si la réclamation d’assiette est irrecevable, la demande de sursis de paiement l’est également et ne peut emporter effet ni en ce qui concerne la suspension de l’
exigibilité des impositions contestées ni la suspension de la prescription de l’action en recouvrement.

§ 233 Garanties
Lorsque le montant des droits contestés (en principal, hors pénalités) est supérieur à 4 500 euro(s), le contribuable doit constituer des garanties (caution
bancaire, nantissement de fonds de commerce...) propres à assurer le recouvrement de l'impôt que le comptable peut accepter s’il les estime suffisantes.

§ 234 Demande en remise ou modération, demandes de transaction


Les demandes de sursis de paiement incluses dans des demandes de nature gracieuse (demande en remise ou modération, demandes de transaction) ou
présentées à l'appui d'une opposition à poursuite n'entrent pas dans le champ d'application de l' article L. 277 du LPF . Elles ne sont donc pas susceptibles de
suspendre le recouvrement de l'impôt.

§ 235 Sort d’une SATD antérieure au dépôt de la demande de sursis de paiement


La SATD produit tous ses effets dès sa notification et n'est dès lors pas caduque par le dépôt ultérieur d'une réclamation assortie d'une demande de sursis de
paiement. Elle conserve son effet interruptif de prescription et les frais de poursuites restent dus par le débiteur (CE, 3 juin 1987, n° 66723. - CE, 9 mai 1990, n°
77416 ). Toutefois, il a été jugé à plusieurs reprises, que les sommes et les biens appréhendés par le Trésor antérieurement à la demande de sursis de paiement
devaient, malgré l'effet attributif des mesures pratiquées, être restitués au contribuable lorsque celui-ci assortit sa demande ultérieure de sursis, de garanties
jugées suffisantes (CE, 25 avr. 2001, n° 213460. - CE, 8e et 3e ss-sect., 22 mai 2002, n° 224591 . - CE, 13 juin 2007, n° 306252). Pour tenir compte de cette
jurisprudence, l' article R. 277-3-1 du LPF précise que lorsque le redevable fournit des garanties suffisantes au sens de l’ article R.* 277-1 du LPF , celles-ci se
substituent aux sommes ou biens appréhendés avant la réclamation assortie d’une demande de sursis de paiement, pour le recouvrement des créances
contestées. Dans cette situation, le comptable doit restituer les biens ou sommes ainsi appréhendés et ce, que les garanties aient été acceptées expressément
(par le comptable ou le juge du référé) ou bien encore tacitement par le silence du comptable dans le délai de 45 jours à compter du dépôt de l’offre (que ce
dépôt soit d’ailleurs consécutif à la demande du comptable ou qu’il soit spontané).
b) Effet du sursis de paiement

§ 236 Le sursis de paiement a pour effet de suspendre immédiatement l'exigibilité de la créance fiscale en litige dès le dépôt de la demande et la prescription de
l'action en recouvrement.
c) Procédure

§ 237 Le sursis de paiement prend effet dès la demande du contribuable, formulé concomitamment avec sa réclamation ( CE, 27 juill. 1984, n° 42701, Sender-
Trouette : JurisData n° 1984-605562 ; Dr. fisc. 1986, n° 14, comm. 745 , concl. M.-A. Latournerie ; RJF 8-9/84, n° 1102).
§ 238 La demande de sursis de paiement cesse d’avoir effet si le contribuable ne défère pas, à l’expiration du délai de 2 mois qui lui est imparti, la décision
explicite de rejet total ou partiel de sa réclamation par les services d'assiette de l’Administration devant un tribunal administratif ou judiciaire selon les cas (LPF,
art. R.* 199-1). L’impôt devient alors exigible. Par un arrêt du 6 novembre 2006, le Conseil d'État a jugé que les effets du sursis de paiement cessent, dans le cas
où le redevable saisirait tardivement la juridiction de premier degré compétente, à l’expiration du délai de recours, computé à partir de la date de réception par le
redevable de la décision de l’Administration ( CE, 6 nov. 2006, n° 287940 ).

§ 239 En revanche, l’absence d’une décision de l’Administration, dans le délai de 6 mois prévu par l’ article R. 198-10 du LPF ne peut être assimilée à un rejet de
la réclamation et ouvre au contribuable la possibilité de saisir la juridiction compétente, ce sans qu'il puisse se prévaloir d'une absence de motivation de la
décision de l'Administration (Cass. com., 7 oct. 2008, n° 07-17.902 : JurisData n° 2008-045294 ; Bull. civ. IV, n° 167 ). L’expiration de ce délai ne met pas fin au
sursis de paiement et même à la suspension de la prescription. Pour le Conseil d’État, la circonstance qu’une décision implicite de rejet serait née du silence de l’
Administration pendant 6 mois sur la réclamation d’assiette initiale n’a pas eu pour effet de rendre l’imposition litigieuse à nouveau exigible, et n’a eu dès lors non
plus aucun effet sur la suspension du cours de la prescription (CAA Versailles, 30 mai 2006, n° 04VE02437).

§ 240 La demande de sursis suspend la prescription de l’action en recouvrement. La prescription de l'action en recouvrement recommence à courir à compter de
l'expiration de ce délai et non à la date à laquelle le tribunal rend une décision constatant l’irrecevabilité de la requête déposée hors délai. Dès lors, à défaut de
saisine du tribunal compétent dans le délai de 2 mois suivant le rejet de la réclamation, l’action en recouvrement doit reprendre dès l’expiration du délai de
contestation devant le tribunal ( CE, 6 nov. 2006, n° 287940 : JurisData n° 2006-081030 ).
d) Suspension de l’exigibilité de la créance

§ 241 Le sursis de paiement a pour effet de suspendre immédiatement l'exigibilité de la créance fiscale en litige dès le dépôt de la demande. Il fait obstacle à ce
que cette créance soit recouvrée (Cass. com., 15 mai 2019, n° 18-14.309 : JurisData n°2019-008263 ; Rev. proc. coll. 2020, comm. 69, note R. Vabres).

§ 242 Tribunal compétent


Le juge compétent est le juge de l'impôt ( Cass. com., 23 janv. 2007, n° 04-20.831, Barbarin : JurisData n° 2007-037117 ; RJF 2007, n° 619. - V. n° 347, 348 ,
410. - Cass. com., 20 févr. 2007, n° 05-17.483 . - V. n° 410. - Cass. com., 1er déc. 2009, n° 08-12.054, Sté Chaudronnerie d'Anor : Rev. proc. coll. 2010, comm.
153 , note B. Saintourens ; Gaz. Pal. 16-17 avr. 2010, p. 21 , obs. Fl. Reille).

Mais, en cas de sursis de paiement, le contentieux relatif à la limitation ou à l'abandon des saisies conservatoires prises à défaut de garanties suffisantes
proposées par le débiteur qui demande le sursis de paiement en application de l' article L. 277 du LPF , est porté directement devant le juge du référé ( LPF, art.
L. 277, al. 5 et L. 279 ) ainsi que les contestations relatives à la solidarité fiscales entre époux séparés de biens et de fait ( CE, 17 mai 2013, n° 348892 :
JurisData n° 2013-010345 ).

§ 243 Le sursis de paiement continue de produire ses effets jusqu'à la décision définitive de première instance, c’est-à-dire jusqu'à la notification du jugement de
ce tribunal statuant sur le bien-fondé des impositions ( CE, 27 juill. 1984, n° 42701, Sender-Trouette : JurisData n° 1984-605562 ; Dr. fisc. 1986, n° 14, comm.
745 , concl. M.-A. Latournerie ; RJF 1984, n° 1102. - CE, 9e et 10e ss-sect., 26 mars 2004, n° 252128, Sté Fauba France : RJF 6/2004, n° 643 . - CE, 9e et 10e
ss-sect., 27 juill. 2012, n° 331748, Manseau : JurisData n° 2012-019023 ; Dr. fisc. 2012, n° 42, comm. 487 , concl. F. Aladjidi et note E. Laporte ; RJF 11/2012, n°
1073 ; BDCF 11/2012, n° 132, concl. F. Aladjidi). Mais comme le bénéfice du sursis de paiement ne s'étend pas au-delà de la date de notification de la décision
du tribunal, les impositions dont la décharge n’est pas prononcée redeviennent exigibles et les poursuites de nouveau possibles ( CE, 20 janv. 1989, n° 69663 :
Dr. fisc. 1990, n° 52, comm. 2463 . - CE, 2 nov. 1987, n° 73849. - CE, 20 janv. 1988, n° 66745, SARL Manufacture mézinaise de lièges et bouchons. - CE, 30
nov. 2001, n° 234654 : JurisData n° 2001-080052).

§ 244 L’effet suspensif ne s'étend pas aux recours ultérieurs devant la cour d'appel et aux pourvois en cassation. Une demande de sursis de paiement est
irrecevable devant la cour administrative d’appel (CAA Paris, 6 nov. 1997, n° 95-3686, Chabrier-Alloo : Dr. fisc. 1998, n° 39, comm. 840). Ainsi, ni l’appel interjeté
à l’encontre du jugement ayant rejeté la contestation d’assiette, ni la demande de sursis à exécution de ce jugement n’ont d’effet suspensif. Ils ne sauraient donc "
faire obstacle à ce que le comptable public poursuive le recouvrement de celles des impositions qui restent ou sont redevenues exigibles " ( CE, 30 nov. 2001, n°
234654 : JurisData n° 2001-080052). La circonstance que le tribunal, saisi tardivement par le contribuable, ait ultérieurement rejeté sa demande comme
irrecevable est sans incidence ( CE, 6 nov. 2006, n° 287940 , min. c/ M. Cavigneaux : JurisData n° 2006-081030 ; Dr. fisc. 2007, n° 16, comm. 448 , concl. L.
Vallée ; RJF 2007, n° 79).

§ 245 Caducité de la mise en demeure de payer antérieure au sursis de paiement


Le Conseil d'État considère que la suspension de l'exigibilité de la créance du Trésor rend caduque la mesure de recouvrement précédemment décernée. Si les
impositions redeviennent exigibles, le comptable public doit la renouveler pour en poursuivre le recouvrement. Cette analyse s'applique à la mise en demeure de
payer prévue par l' article L. 257-0 A du LPF et l'article L. 257-0 B du LPF.
e) Suspension de la prescription

§ 246 À compter de la demande de sursis de paiement, même si celle-ci n’est assortie d’aucune offre de garantie, ni suivie d’aucune invitation de la part du
comptable à l’intention de l’auteur de la demande à constituer ces garanties, la prescription est suspendue pendant la durée de l’instance judiciaire ou pendant la
durée de la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire ( Cass. com., 31 janv. 2006, n° 03-16.777 : JurisData n° 2006-031931 ; Bull. civ. IV, n° 24 ).
Ainsi, le délai de prescription est suspendu - et non pas interrompu - jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise par l'Administration ou, en cas de saisine du
juge, jusqu'à la notification du jugement du tribunal compétent (Cass. com., 15 mai 2019, n° 18-14.309 : JurisData n° 2019-008263 . - CE, avis, sect. fin., 30 avr.
1996 : RJF 10/96, n° 1229 ). Dans ce cas, la période de suspension n’est pas comptée dans le délai de prescription.

Le Conseil d’État précise que le sursis de paiement entraîne la suspension du délai de prescription de l'action en recouvrement pour non seulement le
contribuable mais également pour tous les codébiteurs solidaires de l'imposition et ce, même si ces derniers n’ont pas introduit une telle demande. C'est l'unicité
de la dette d'impôt, même en présence de plusieurs codébiteurs solidaires, qui détermine le caractère de la suspension de l’exigibilité de la dette fiscale ( CE, 10e
et 9e ch., 4 déc. 2017, n° 394903, 394907 et 394908, concl . É. Crépey : JurisData n° 2017-024696 ). Cette solution est reprise d’une jurisprudence constante du
Conseil d’État qui a jugé à plusieurs reprises que les poursuites engagées contre le contribuable interrompent la prescription à l'égard du débiteur solidaire ( CE,
7e et 9e ss-sect., 29 sept. 1982, n° 29839 : JurisData n° 1982-607027 ; Lebon T., p. 575 ; sur ce point, Dr. fisc. 1983, n° 23, comm. 1254 , concl. Ph. Bissara ;
RJF 12/1982, n° 1078 . - CE, 9e et 8e ss-sect., 18 mai 1994, n° 93768 et 93769, Mischke et a. : JurisData n° 1994-610205 ; RJF 8-9/1994, n° 988. - CE, 8e et 9e
ss-sect., 10 déc. 1999, n° 196113, Legros : JurisData n° 1999-051584 ; Lebon T., p. 740 ; Dr. fisc. 2000, n° 16, comm. 331 , concl. J. Arrighi de Casanova ; RJF 2
/2000, n° 285 , concl. J. Arrighi de Casanova. - CE, 9e et 10e ss-sect., 10 oct. 2014, n° 364344, Sté CISE. - CE, 10e et 9e ch., 4 déc. 2017, n° 394903, 394907 et
394908, concl . É. Crépey : JurisData n° 2017-024696 ).

La Cour de cassation a jugé dans ce même sens en matière de production de créance par le Trésor public à une procédure collective. Elle a décidé que la
production de la créance avait interrompu la prescription et que cet effet interruptif s'était trouvé prolongé jusqu'à la date à laquelle la procédure collective était
parvenue à son terme par le jugement de clôture pour insuffisance d'actif ( Cass. com., 16 juin 1992, n° 90-14.524, Cazabat : JurisData n° 1992-001652 ; Bull.
civ. IV, n° 242 ; Dr. fisc. 1992, comm. 2494 , note J. Dadouche ; RJF 8-9/1992, n° 1256). Par ailleurs, la décision du 4 décembre 2017 du Conseil d’État (préc.)
reprend une ancienne jurisprudence en matière d'interruption de la prescription, selon laquelle " la décision juridictionnelle déclarant, sur le fondement [de l' article
1745 du CGI , qu'une personne par ailleurs condamnée en application des articles 1741, 1742 ou 1743 du CGI est tenue au paiement solidaire de l'impôt fraudé,
interrompt la prescription de l'action en recouvrement dudit impôt ". Mais dans cet arrêt, le Conseil d’État souligne cependant que le nouveau délai de prescription
court " à compter du jour de lecture de la décision juridictionnelle, sauf dans les cas où le code de procédure pénale prévoit que cette décision doit être signifiée. "
( CE, 9e et 10e ss-sect., 6 juin 2007, n° 282629, 282631 et 282632, Depouly : RJF 10/2007, n° 1163 ).

f) Restitution des sommes appréhendées antérieurement à la réclamation assortie d’une demande de sursis à paiement

§ 247 La saisie administrative à tiers détenteur (SATD) produit ses effets dès sa notification et n'est dès lors pas caduque par le dépôt ultérieur d'une réclamation
assortie d'une demande de sursis de paiement. Elle conserve son effet interruptif de prescription et les frais de poursuites restent dus par le débiteur (CE, 3 juin
1987, n° 66723. - CE, 9 mai 1990, n° 77416 ). Toutefois, il a été jugé à plusieurs reprises, que les sommes et les biens appréhendés par le Trésor public
antérieurement à la demande de sursis de paiement devaient, malgré l'effet attributif de la mesure pratiquée, être restitués au contribuable lorsque celui-ci
présente lors d’une demande ultérieure de sursis de paiement, des garanties jugées suffisantes (CE, 25 avr. 2001, n° 213460 : JurisData n° 2001-062259. - CE,
8e et 3e ss-sect., 22 mai 2002, n° 224591 . - CE, 13 juin 2007, n° 306252). Pour tenir compte de cette jurisprudence, l' article R. 277-3-1 du LPF précise que
lorsque le redevable fournit des garanties suffisantes au sens de l’ article R. 277-1 du LPF , celles-ci se substituent aux sommes ou biens appréhendés avant la
réclamation assortie d’une demande de sursis de paiement, pour le recouvrement des créances contestées. Dans cette situation, le comptable doit restituer les
biens ou sommes ainsi appréhendés et ce, que les garanties aient été acceptées expressément (par le comptable ou le juge du référé) ou bien encore tacitement
par le silence du comptable dans le délai de 45 jours à compter du dépôt de l’offre (que ce dépôt soit d’ailleurs consécutif à la demande du comptable ou qu’il soit
spontané).
g) Exit tax et le sursis de paiement

§ 248 Champ d’application


L’exit tax s’applique aux contribuables qui étaient résident fiscal français pendant au minimum 6 des 10 dernières années, qui ont transféré leur domicile fiscal à l’
étranger et qui détiennent un patrimoine de plus de 800 000 euro(s) en valeurs mobilières françaises ou étrangères (actions, parts sociales, obligation) ou une
participation de plus de 50 % au capital d’une société. Le transfert de résidence fiscale entraîne l’application de l’exit tax et donc l’assujettissement à l’impôt sur le
revenu et aux prélèvements sociaux sur les plus-values en report d’imposition ; les plus-values latentes liées à une participation (directe ou indirecte) d’au moins
50 % au capital d’une société ou à une participation directe dans une ou plusieurs sociétés dont la valeur totale cumulée excède 800 000 euro(s) ; les créances
représentatives d’un complément de prix. Lors du transfert du domicile fiscal à l’étranger, les plus-values latentes sont immédiatement imposables. Elles sont
soumises à l’impôt sur le revenu au taux forfaitaire de 12,8 % et aux prélèvements sociaux de 17,2 %. Le contribuable a toutefois la possibilité d’opter pour l’
application du barème progressif de l’impôt sur le revenu.

§ 249 Assiette de l’exit tax


L’assiette sur laquelle est calculée l’exit tax correspond aux plus-values latentes accumulées sur les valeurs mobilières depuis leur date d’acquisition, dont le
contribuable est propriétaire. Le montant de la plus-value latente correspond à la différence entre la valeur réelle des valeurs mobilières au jour du transfert de la
résidence fiscale, et le prix de revient de ces valeurs mobilières pour le contribuable. La valeur réelle des valeurs non cotées au jour du transfert est égale au prix
auquel le contribuable aurait pu vendre ces valeurs à un tiers. Le prix de revient des valeurs mobilières est égal à leur prix d’achat majoré des frais d’acquisitions.

§ 250 Paiement de l’exit tax


En principe, le contribuable doit s’acquitter de l’exit tax dès son transfert de résidence fiscale.

§ 251 Sursis de paiement


Dans certaines conditions, le paiement peut être reporté à une date ultérieure en cas de demande de sursis à paiement. Le sursis de paiement est
automatiquement accordé dans le cadre d’un transfert de domicile vers un État membre de l’UE ou dans un État ou territoire ayant conclu avec la France une
convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales, ainsi qu'une convention d'assistance mutuelle en matière de
recouvrement (sauf État considéré comme non coopératif). Dans le cadre d’un transfert dans un autre de ces pays, le contribuable peut, sur option, demander un
sursis de paiement dans les 30 jours qui précèdent la date du transfert de domicile fiscal.

§ 252 Demande de sursis de paiement de l’exit tax


À compter du 1er janvier 2019, le contribuable peut bénéficier d'un sursis de paiement (pour l'IR et les PS) automatique et sans prise de garanties de l’exit tax,
lorsque son domicile fiscal est transféré dans un État membre de l'Union européenne ou dans un autre État ou territoire ayant conclu avec la France une
convention d'assistance administrative ou une convention d'assistance mutuelle et qui n'est pas un État et territoire non coopératif (ETNC) et, sur demande, s'il
transfère son domicile fiscal dans un État ou territoire autres que ceux pour lesquels le sursis est automatique c'est-à-dire un ETNC ou un État n'ayant pas conclu
avec la France une convention d'assistance administrative et une convention d'assistance au recouvrement (CGI, art. 167 bis, VIII, 4. - L. n° 2018-1317, 28 déc.
2018, art. 112, I, 1° : V. Dr. fisc. 2019, n° 1-2, comm. 32 ). Grâce au sursis de paiement, le contribuable ne paie pas immédiatement l’exit tax, paiement qui n’
interviendra que lorsque l’un des évènements suivants se produira : cession, rachat, remboursement ou annulation des valeurs mobilières.
§ 253 Proposition de garanties
Pour le bénéfice du sursis de paiement sur demande, le contribuable doit, dans les 90 jours précédant le transfert de son domicile hors de France, déclarer ses
plus-values et créances à l'appui d’un formulaire (n° 2074-ETD), désigner un représentant fiscal et faire parvenir une proposition de garanties au service des
impôts des particuliers non résidents dans le même délai ( CGI, ann. II, art. 91 duodecies . - LPF, art. R.* 277-8 nouveau) et non plus dans les 30 jours précédant
le transfert. Jusqu'au 31 décembre 2018, ces garanties n'étaient pas exigées en cas de transfert de domicile fiscal pour des raisons professionnelles dans un État
ou territoire non partie à l'accord sur l'Espace économique européen (EEE) mais ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue
de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales ainsi qu'une convention d'assistance mutuelle en matière de recouvrement.

Attention
Le montant des garanties est égal à 12,8 % du montant brut des plus-values et créances (il n'est fait application d'aucun abattement) sauf en ce qui concerne les
plus-values d'apport placées sous le régime du report d'imposition de l’ article 150 et l'article 150-0 B ter du CGI pour lesquelles le montant des garanties est
déterminé par application du taux d'imposition qui leur est propre (CGI, art. 167 bis, V, 1).

§ 254 Demande de dégrèvement


L’exit tax peut également faire l’objet d’un dégrèvement d’office appliqué par l’administration fiscale en cas de décès du contribuable, de retour en France du
contribuable, de transmission des valeurs mobilières à titre gratuit, ou de conservation des valeurs mobilières pendant les 15 années qui suivent le transfert du
domicile hors de France.
h) Garanties pour le paiement de l’impôt

§ 255 Principe
Les articles R.* 277-1 et suivants du LPF précise qu'en cas de demande de sursis de paiement des impositions, et portant sur un montant d’impôts supérieur à 4
500 euro(s), le contribuable doit constituer des garanties du même montant que les droits contestés ( LPF, art. R.* 277-1 et R.* 277-7 ). Il dispose d'un délai de 15
jours à compter de la réception de l'invitation formulée par le comptable pour faire connaître les garanties qu'il s'engage à constituer. Le comptable apprécie les
garanties présentées et peut les juger suffisantes ou insuffisantes.

Lorsque les garanties sont jugées suffisantes, le contribuable bénéficie du plein effet du sursis de paiement. Dans cette hypothèse, la jurisprudence avait
considéré que le comptable était tenu de restituer au contribuable les sommes qu'il avait appréhendées avant la présentation de la demande de sursis de
paiement (CE, sect., 25 avr. 2001, n° 213460, Sté Parfival : JurisData n° 2001-062259 ; Dr. fisc. 2001, n° 29, comm. 711 , concl. J. Courtial ; RJF 7/2001, n°
1012, p. 611 , chron. J. Maïa ; BDCF 7/2001, n° 102, concl. J. Courtial). Cette jurisprudence a été entérinée par le décret n° 2009-986 du 20 août 2009 qui a
inséré l' article R. 277-3-1 au LPF , lequel prévoit : " Lorsque le redevable fournit des garanties suffisantes, au sens de l'article R. 277-1, à l'appui d'une
réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement, celles-ci se substituent aux sommes ou biens appréhendés avant la réclamation pour le
recouvrement des créances qui font l'objet de la contestation ".

Par contre, si les garanties sont jugées insuffisantes, le contribuable bénéficie tout de même du sursis, mais le comptable est en droit dans cette situation de
prendre des mesures conservatoires.

§ 256 Impôts garantis


L'ancienne rédaction de l’ article L. 277 du LPF prescrivait des " garanties propres à assurer le recouvrement de la créance du Trésor ", ce qui incluait les droits
en principal ainsi que les pénalités ou amendes. Désormais, le débiteur de l’impôt doit offrir des garanties plafonnées au montant des droits contestés ( LPF, art.
L. 277, al. 3 ) à l'exclusion des pénalités ( CE, 11 janv. 1984, n° 37480 : RJF 3/84, n° 371 . - CE, 2 mars 1994, n° 104837 : JurisData n° 1994-610189 ; RJF 5/94,
n° 641 . - Cass. com., 12 avr. 2016, n° 14-25.602 : JurisData n° 2016-007514 . - LPF, art. L. 277 ). Le contribuable n’a donc pas à présenter de garanties pour les
intérêts de retard.

§ 257 Nature de la garantie


Ces garanties peuvent être constituées par un versement en espèces placé par le Trésor public dans un compte d'attente ou des créances sur le Trésor, par la
présentation d'une caution, par des valeurs mobilières, par des marchandises déposées dans des magasins agréés par l'État et faisant l'objet d'un warrant
endossé à l'ordre du Trésor, par des affectations hypothécaires, par des nantissements de fonds de commerce ( LPF, art. R. 277-1, al. 2 ). Un arrêté du ministre
chargé du Budget détermine les conditions dans lesquelles les valeurs mobilières peuvent être constituées en garantie et notamment la nature de ces valeurs,
ainsi que le montant pour lequel elles sont admises, ce montant étant calculé d'après le dernier cours coté au jour du dépôt ( LPF, art. R. 277-6 ). Cette
énumération n’est pas exhaustive.

§ 258 Présentation d’une caution


Les dispositions des articles L. 277 et R. 277 du LPF ne font pas obstacle à ce que les contribuables qui demandent un sursis de paiement s'engagent à
constituer une garantie portant sur un bien appartenant à une tierce personne, à condition que le Trésor public soit en mesure de recouvrer sa créance si ceux-ci
font défaut à leurs obligations. Ainsi, lorsqu’un contribuable offre, en garantie d'une demande de sursis de paiement, une affectation hypothécaire portant sur un
bien lui appartenant, ou qui appartient à une personne distincte mais solidaire devant les impositions contestées, le Trésor peut inscrire une hypothèque légale
sur ce bien en l'absence d'un acte de cautionnement. En revanche, lorsque ce bien est la propriété d'une personne distincte et non solidaire du contribuable, le
Trésor ne peut inscrire une hypothèque légale que si le propriétaire de ce bien se porte caution personnelle et solidaire des contribuables par un acte de
cautionnement. Il s’ensuit que faute d'acte de cautionnement, le Trésor est en droit de refuser la garantie offerte si celle-ci ne lui permet pas de disposer, par
d'autres moyens que l'hypothèque légale, d'un titre exécutoire pour recouvrer sa créance en cas de défaut des contribuables à leurs obligations ( CE, 8e et 3e ss-
sect., 30 janv. 2009, n° 312683, M. Thacker : JurisData n° 2009-081446 ).

§ 259 Changement de garanties


Le comptable public peut autoriser le contribuable, à tout moment à remplacer la garantie qu'il a constituée par une autre garantie, d'une valeur au moins égale (
LPF, art. R. 277-4 ). Par ailleurs, le contribuable qui a demandé à différer le paiement de l'impôt peut, en cas de saisie de matériel ou de marchandises
indispensables à l'exercice de sa profession, être autorisé, par le comptable chargé du recouvrement, à vendre des objets saisis, à charge par lui soit de les
remplacer par des objets de valeur au moins égale, soit d'en consigner le prix de vente ( LPF, art. R. 277-5 ).

§ 260 Garanties insuffisantes


En cas de dépréciation ou d'insuffisance révélée des garanties constituées, le comptable public peut à tout moment, dans les mêmes conditions que celles
prévues par les articles L. 277 et L. 279, demander au redevable, par lettre recommandée avec avis de réception, un complément de garantie pour assurer le
recouvrement des impôts contestés. Si le redevable ne satisfait pas, dans le délai de 45 jours, à cette demande de complément de garanties, le comptable peut
prendre des mesures conservatoires pour garantir le recouvrement ultérieur des impositions contestées ( LPF, art. R. 277-2 ).

§ 261 Absence de garanties suffisantes et mesures conservatoires


À défaut de constitution de garanties ou si les garanties offertes sont estimées insuffisantes, le comptable peut prendre des mesures conservatoires pour les
impôts contestés ( LPF, art. L. 277, al. 4 ). Toutefois, en l'absence de constitution de garanties, le sursis de paiement, sollicité dans l'attente d'une décision
définitive sur la contestation soulevée, fait uniquement obstacle aux actes de poursuite ayant pour effet de déposséder le contribuable (Cass. com., 2 mai 2007,
n° 06-13.247, F-D, Tournois : JurisData n° 2007-038697 ; Dr. fisc. 2007, n° 27, comm. 708 ; RJF 2007, n° 975).

§ 262 Saisie conservatoire


Le comptable public prend une mesure conservatoire si les garanties offertes par le contribuable sont insuffisantes ou absentes. La mesure conservatoire peut
prendre la forme d’une saisie conservatoire sur les biens meubles corporels, sur des créances ou sur les droits d’associés et valeurs mobilières et les biens situés
dans un coffre-fort. Dans ce cas, la cour de cassation rappelle que la mesure conservatoire que peut prendre le comptable public n'est pas applicable à la saisie
conservatoire mise en oeuvre en application de l' article L. 511-1 du Code des procédures civiles d'exécution avant que le contribuable ait formé une demande de
sursis de paiement ( Cass. 2e civ., 12 mai 2016, n° 15-17.722 , publié au Bulletin : JurisData n°2016-008990 ).

Lorsque le comptable a fait procéder à une saisie conservatoire en application du quatrième alinéa de l’article L. 277 du LPF , le contribuable peut demander au
juge du référé prévu, selon le cas, aux articles L. 279 et L. 279 A, de prononcer la limitation ou l'abandon de cette mesure si elle comporte des conséquences
difficilement réparables. Les dispositions des troisième et quatrième alinéas de l'article L. 279 sont applicables à cette procédure, la juridiction d'appel étant, selon
le cas, le tribunal administratif ou le tribunal judiciaire ( LPF, art. L. 277, al. 5 ).

§ 263 Avis à tiers détenteur (SATD)


Il a été jugé que l’avis à tiers détenteur ne pouvait être utilisé dans ce cas, puisque l’ATD n’est pas une mesure de nature conservatoire ( Cass. com., 16 déc.
1997, n° 95-17.464 : JurisData n° 1997-005109 . - Cass. com., 25 avr. 2001, n° 98-15.471). Cependant l’impossibilité d’utiliser la procédure d’avis à tiers
détenteur ne dispense pas les comptables d’avoir recours à la procédure de saisie conservatoire de créances. Toutefois les rémunérations d’un salarié ne
peuvent faire l’objet d’une saisie conservatoire ( C. trav., art. L. 3252-7 . - C. trav., art. L. 145-6 , nouveau). Dans ces conditions, les comptables publics ne
peuvent notifier à l'encontre des redevables qui ont déposé une réclamation d'assiette accompagnée d'une demande de sursis légal de paiement, mais qui n'ont
pas constitué les garanties demandées, un avis à tiers détenteur ou une saisie à titre conservatoire sur leurs rémunérations. Par analogie, ces règles s'appliquent
aux pensions de retraite dont les règles de saisissabilité sont celles des rémunérations ; il en est notamment ainsi pour les pensions de retraite du régime général
de sécurité sociale ( CSS, art. L. 355-2 . - Rép. min. Budget n° 18224 : JOAN 19 déc. 1994, p. 6322 , M.-B. Carayon).

§ 264 Concernant un avis à tiers détenteur, la Cour de cassation considère que par cet avis, la créance d'impôt du débiteur est transportée dans le patrimoine du
comptable public dès notification de l'avis, nonobstant l'impossibilité d'en exiger le paiement avant l'expiration du délai de contestation de l'avis ou l'issue de cette
contestation engagée dans le délai légal ( Cass. com., 23 juin 2004, n° 01-01.217 : JurisData n° 2004-024435 ; Dr. fisc. 2004, n° 46, comm. 840 ; RJF 2004, n°
1184).

§ 265 Commandement de payer


Un comptable public peut donc délivrer un commandement de payer portant la mention manuscrite " à titre conservatoire, article L. 277 du LPF " ( Cass. com., 14
mars 2006, n° 03-15.262 : JurisData n° 2006-032754 ; Dr. fisc. 2006, n° 38, comm. 602 ; RJF 2006, n° 782). Mais le fait d’apposer sur le commandement de
payer qu’il délivre la mention " commandement décerné à titre conservatoire " ou de l’accompagner d’une lettre affirmant ce caractère, s’il marque la volonté du
comptable du Trésor de renoncer volontairement à la mise à exécution du commandement, reste sans effet sur la qualification d’acte de poursuite et les
conditions de sa délivrance (Cass. com., 3 juin 2014, n° 13-18.713, Abihssira : JurisData n° 2014-0122 ; RJF 2014, n° 945 ; BF Lefebvre 2014, inf. 790).

Attention
Le commandement de payer n’est plus une mesure conservatoire. Ainsi le contribuable qui conteste le choix du comptable de recourir à cet acte de poursuite doit
porter sa contestation devant le tribunal judiciaire (CE, 19 juin 1970, n° 63861 : Lebon, p. 416. - CE, 19 déc. 1979, n° 381, M. Gugenheim : JurisData n° 1979-
606196 ; Dr. fisc. 1980, n° 25, comm. 1406 , concl. B. Martin Laprade. - CE, 24 avr. 1981, n° 16130 , SARL " Tranchant Frères " : JurisData n° 1981-606877 ; Dr.
fisc. 1983, n° 5, comm. 149, concl. P. Rivière. - CE. 10 avr. 1991, n° 105591, M. Merckle : RJF 6/91, n° 876 . - T. confl., 17 juin 1991, n° 2640, M. Matijaca :
JurisData n° 1991-644161 ; Dr. fisc. 1992, n° 14, comm. 749 . - CE, ass. plén., 10 avr. 1992, n° 49905, M. Siégel : JurisData n° 1992-049564 ; Dr. fisc. 1993, n°
14, comm. 758 , concl. Ph. Martin. - CE, 9 avr. 1999, n° 143102 et 177208, M. Hadjez : JurisData n° 1999-051279 ; Dr. fisc. 1999, n° 52, comm. 960, concl. G.
Goulard. - CAA Paris, 29 nov. 2001, n° 97-502, M. Riedel . - CAA Paris, 2e ch. A, 24 sept. 2004, n° 04-1233, Sté Bonkenburg France : JurisData n° 2004-262257)
et non le juge du référé fiscal.

§ 266 La prise de mesures conservatoires, en raison de leur nature, ne met pas fin au sursis de paiement.

§ 267 Décision définitive du comptable compétent


Le comptable public qui estime ne pas pouvoir accepter les garanties offertes à sa demande ou spontanément par le contribuable doit notifier sa décision par pli
recommandé avec demande d'avis de réception postal dans un délai de 45 jours à compter du dépôt de l'offre. À défaut de réponse par le comptable dans ce
délai, les garanties offertes sont réputées acceptées.

Lorsque la valeur de la garantie est insuffisante pour garantir intégralement la créance fiscale contestée, le comptable est fondé à conserver les sommes
appréhendées par des mesures devenues définitives avant la réclamation mais seulement à concurrence des droits non couverts par la garantie (CE, 14 nov.
2001, n° 221588, Sté Orkos Diffusion : JurisData n° 2001-080036 ; Dr. fisc. 2002, n° 21, comm. 459 , concl. G. Bachelier. - BOI-REC-PREA-20-20-40, 12 sept.
2012, [sect] 130 ). Le Code des procédures civiles d'exécution permet de convertir en saisie-attribution la saisie conservatoire dès la mise en recouvrement de
l'imposition ( CPC exéc., art. L. 523-2 et R. 522-7 ).

§ 268 Restitution des garanties après rejet du recours


La décision judiciaire qui rejette le recours du contribuable peut être assortie d’un sursis à exécution du rôle correspondant aux impositions critiquées. Le Conseil
d’État a précisé que le sursis à exécution prononcé par la juridiction alors que le sursis de paiement avait cessé de produire effet dès la notification de la décision
judiciaire, impliquait la restitution des garanties prises par l’Administration et constituées par le contribuable lorsque ce dernier a demandé le bénéfice du sursis
de paiement ( CE, 10e et 9e ss-sect., 25 mai 2005, n° 257873 : JurisData n° 2005-080700 . - LPF, art. L. 208 , pour la restitution des sommes consignées à titre
de garanties en application des articles L. 277 et L. 279). En effet, la décision du juge prononçant, en application de l' article R. 125 du Code des tribunaux
administratifs et des cours administratives d'appel , le sursis à l'exécution des articles de rôles correspondant à des impositions en litige, comme d'ailleurs la
décision de suspension de la mise en recouvrement de l'imposition qui peut être prononcée depuis l'entrée en vigueur de l' article L. 521-1 du Code de justice
administrative , n'implique pas la constitution de garantie par le contribuable. Aussi, l'Administration n'a pas à conserver les titres donnés par le contribuable en
garantie lorsqu'il a demandé le bénéfice du sursis de paiement, ni à maintenir aucune inscription de privilège sur ces titres ( CE, 10e et 9e ss-sect., 25 mai 2005,
n° 257873 : JurisData n° 2005-080700 ). L’Administration ne peut se prévaloir ni du jugement prononçant un rejet de décharge qui ne lui donne seulement le droit
de recouvrer les impositions en cause, ni de la disposition accordant le sursis à exécution des articles du rôle, la constitution de garanties n'étant pas une
condition prévue pour l'octroi du sursis à exécution ou de la suspension, ni d’un titre lui donnant le droit de conserver les garanties constituées par le contribuable.
Toutefois, la restitution desdites garanties ne constitue pas une mesure d'exécution nécessaire de la décision prononçant le sursis à exécution des articles, des
rôles d'imposition ou la suspension de la mise en recouvrement de ces impositions.
i) Référé fiscal

§ 269 Le juge du référé fiscal est un juge, statuant à juge unique, administratif pour les impôts directs et les taxes sur le chiffre d'affaires ( LPF, art. L. 279 ),
judiciaire pour les autres impôts ( LPF, art. L. 279 A ). Ce juge ne se confond pas avec le juge des référés prévu à l' article L. 521-1 du Code de justice
administrative habilité à prononcer la suspension d'une décision administrative (sur cette différence, V. CE, sect., 25 avr. 2001, n° 230166 et 230345, SARL
Janfin : JurisData n° 2001-062260 ; Dr. fisc. 2001, n° 25, comm. 581 , concl. G. Bachelier ; RJF 7/01, n° 1012 , chron. J. Maia, préc. ; LPA 2001, n° 149, p. 6 ,
note J.-M. Février), ni avec le juge de l’exécution compétent pour examiner la régularité en la forme des mesures conservatoires ( LPF, art. L. 281 ).

Le contribuable peut porter devant le juge du référé fiscal (administratif ou judiciaire selon l’impôt contesté) une contestation relative à la constitution des
garanties ou aux saisies conservatoires prises par le comptable public compétent ( LPF, art. L. 279 et L. 279 A ). L' article L. 277 du LPF prévoit également que le
contribuable peut demander au juge du référé de prononcer la limitation ou l'abandon d'une saisie conservatoire ( LPF, art. L. 277, al. 5 ).

§ 270 Compétence judiciaire


En matière de droits d'enregistrement, de taxe de publicité foncière et de droits et taxes assimilées ainsi qu'en matière de contributions indirectes, de timbre et de
législations assimilées, les contestations sont portées devant le juge du référé judiciaire, qui est un membre du tribunal judiciaire désigné par le président de ce
tribunal ( LPF, art. L. 279 et L. 279 A. - T. confl., 13 mars 2000 : Bull. T. confl., n° 7). La Cour de cassation veille au principe de séparation des pouvoirs entre le
juge administratif compétent pour les impôts directs et la taxe sur la valeur ajoutée et la juridiction judiciaire pour les autres impôts ( Cass. com., 7 mars 2000, n°
97-19.190 : JurisData n° 2000-001035 ).

Attention
La procédure du référé doit être engagée avant l'intervention du jugement du tribunal administratif ou judiciaire statuant sur l'instance relative à l'impôt contesté
pour lequel un sursis de paiement a été demandé. La procédure du référé serait en effet rendue sans objet par ce jugement qui est immédiatement exécutoire, le
recours à la juridiction d'appel dont il serait frappé n'aurait pas d'effet suspensif pour le recouvrement de l'impôt.

§ 271 Délai pour contester


Le contribuable a un délai de 15 jours à compter de la réception de la lettre recommandée refusant les garanties offertes.

§ 272 Demande
La contestation est formulée par une simple demande écrite dans laquelle le contribuable demande au juge du référé fiscal d’apprécier la valeur des garanties
offertes, lesquelles avaient été refusées par le comptable. Il peut également demander au juge de prononcer la limitation ou l'abandon de la saisie conservatoire
si cette mesure comporte des conséquences difficilement réparables ( LPF, art. L. 277, al. 5 ).

§ 273 Mesures conservatoires


Pendant la durée de la procédure de référé, le comptable ne peut exercer sur les biens du redevable aucune action autre que les mesures conservatoires
prévues à l' article L. 277 du LPF .

§ 274 Consignation de sommes dans un compte d’attente


La demande n'est recevable que si le redevable consigne auprès du comptable, à un compte d'attente, une somme égale au dixième des impôts contestés. À ce
sujet, le Conseil d’État estimait qu'il était uniquement possible de consigner au titre du dépôt du dixième de l'imposition contestée un dépôt spontané d'une
somme d'argent sur un compte d'attente au Trésor ou la remise d'une caution ou de valeurs mobilières cotées. Dans un arrêt SARL ECIOM ( CE, 15 oct. 1997, n°
175722 et 175798 : JurisData n° 1997-055828 ; Dr. fisc. 1998, n° 9, comm. 150, concl. F. Loloum ; RJF 11/97, n° 1060 , chron. S. Verclytte, p. 667 s. ; BDCF 6
/97, p. 64 s., concl. F. Loloum), il avait jugé que la créance qu'un contribuable détenait sur une commune en règlement d'un marché et qui avait été retenue au
moyen d'un avis à tiers détenteur par le comptable public n'avait pas le caractère d'une somme consignée à un compte d'attente auprès du comptable public (sur
les effets d'un ATD retenant une créance résultant d'un marché public local, V. A. Taillefait, Aspects financiers et comptables des marchés publics locaux :
Imprimerie nationale, 2002, p. 202 et s.). Ainsi, les mesures d'exécution prises par le comptable avant la présentation régulière d'une demande de sursis de
paiement étaient donc irréversibles en raison de leur caractère translatif de propriété. Si le comptable public était efficace et compte tenu de cette jurisprudence,
le contribuable n'était plus recevable à discuter devant le juge du référé fiscal la valeur des garanties qu'il pouvait présenter.

Dans une décision du 20 avril 2001, le Conseil d’État a opéré un revirement de jurisprudence en considérant que, non seulement " le contribuable qui en fait
expressément la demande dans sa réclamation a droit au sursis de paiement sur la totalité des impôts qu'il conteste ", mais que " ce droit ne peut être restreint
par les mesures de recouvrement prises par le comptable avant la demande de sursis ". Il a ainsi autorisé le contribuable à se prévaloir en guise de consignation
d'une somme dont l'État est devenu propriétaire. De plus, les sommes entrées dans le patrimoine de l'État doivent non seulement être prises en compte dans le
calcul de la consignation mais elles doivent aussi être restituées si le sursis de paiement est accordé (CE, sect., 25 avr. 2001, n° 213460, Sté Parfival).

Pour la Cour de cassation, une caution bancaire ou la remise de valeurs mobilières cotées en bourse peut tenir lieu de consignation. Mais la consignation auprès
du comptable du Trésor d'une somme pour assurer le recouvrement de la créance du Trésor public ne constitue pas un contrat de gage ( Cass. com., 27 oct.
1998, n° 96-12.188 : JurisData n° 1998-004066 ; Bull. civ. IV, n° 266 ).

§ 275 Décision du juge du référé fiscal


Le juge du référé fiscal décide dans le délai d'un mois si les garanties offertes par le contribuable répondent aux conditions prévues par l' article L. 277 du LPF et
si, de ce fait, elles doivent être ou non acceptées par le comptable ( LPF, art. L. 279 et L. 279 A ). Il peut également, dans le même délai, décider de dispenser le
redevable de garanties autres que celles déjà constituées ( LPF, art. L. 279 et L. 279 A ).

§ 276 Le juge qui envisage de soulever d’office des moyens doit en informer les parties. Ainsi, il ne peut pas relever d'office le défaut de validité juridique de la
garantie proposée sans en avoir avisé les parties, dans les conditions prévues par l’article R. 611-7 du CJA ( CE, 8e et 3e ss-sect., 30 janv. 2009, n° 312683, M.
Thacker : JurisData n° 2009-081446 ).

§ 277 Restitution des sommes consignées dans le compte d’attente


Lorsque le juge du référé estime suffisantes les garanties initialement offertes, les sommes consignées sont restituées. Dans le cas contraire, les garanties
supplémentaires à présenter sont diminuées à due concurrence.

§ 278 Appel de la décision du juge du référé fiscal


Dans les 8 jours suivant la décision du juge, le redevable et le comptable peuvent, par simple demande écrite, faire appel devant le président de la cour
administrative d'appel ou le magistrat désigné à cet effet. Celui-ci, dans le délai d'un mois, décide si les garanties doivent être acceptées comme répondant aux
conditions de l' article L. 277 du LPF .

En appel, Les contestations sont portées devant le tribunal judiciaire ( LPF, art. L. 279 . - Cass. com., 11 févr. 2003, n° 00-12.629 : JurisData n° 2003-020236 ).

En droit administratif, le Conseil d’État a rappelé que les dispositions de l’ article L. 277 du LPF , la juridiction compétente pour statuer sur l'appel formé par un
contribuable contre une ordonnance du juge du référé fiscal du tribunal administratif est le tribunal administratif, dès lors que sont en cause les mesures
conservatoires prises par le comptable à la suite de la demande de sursis de paiement présentée par ce contribuable ( CE, 3e et 8e ch., 4 avr. 2018, n° 411792,
Sté Alliance Développement Capital SIIC : JurisData n° 2018-004983 , concl. E. Cortot-Boucher).

§ 279 Effet de la procédure du référé


Pendant la durée de la procédure du référé, le comptable ne peut exercer sur les biens du redevable aucune action autre que les mesures conservatoires
prévues à l' article L. 277 du LPF .
3° Demande de crédit de paiement

§ 280 En matière de droits de mutation par décès, le débiteur de l'impôt peut bénéficier d'un crédit de paiement à condition de constituer des garanties. Lorsque
ces garanties n'ont pas été constituées dans les 3 mois suivant le dépôt de la demande de crédit, la déchéance du différé de paiement est encourue de plein droit
( CGI, ann. III, art. 403 . - Cass. com., 9 oct. 2007, n° 05-14.142 : JurisData n° 2007-040736 ; Bull. civ. IV, n° 213 ; Dr. fisc. 2008, n° 7, comm. 175. - Cass. com.,
7 juin 1988, n° 86-19.294 : JurisData n° 1988-001635 ; Bull. civ. IV, n° 195 ; Dr. fisc. 1988, n° 32-38, comm. 1730 . - Cass. com., 31 oct. 2006, n° 04-10.796 :
JurisData n° 2006-035703 ; Dr. fisc. 2007, n° 39, comm. 870 ). Les modalités de paiement différé ou fractionné des droits d’enregistrement ont été assouplies par
le décret n° 2015-1548 du 27 décembre 2015 pris pour l’application de l’ article 1717 du CGI relatif au paiement fractionné ou différé des droits d’enregistrement
ou de la taxe de publicité foncière ( CGI, ann. III, art. 400 ).
4° Demande de compensation

§ 281 Principe
La compensation peut être effectuée ou demandée entre les impôts suivants, lorsque la réclamation porte sur l'un d'eux à condition qu'ils soient établis au titre
d'une même année, entre les droits d'enregistrement, la taxe de publicité foncière exigible sur les actes qui donnent lieu à la formalité fusionnée en application de
l' article 647 du CGI et les droits de timbre, perçus au profit de l'État ( LPF, art. L. 204 ).

Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'Administration peut, à tout moment de la procédure et malgré
l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés
et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande ( LPF, art. L. 203 ).
La compensation interrompt la prescription courant à l’encontre du créancier détenant la créance la plus élevée, pour la partie de sa créance qui n’a pas été
compensée. Pour que la compensation comporte un effet interruptif, il ne suffit pas que les conditions la faisant opérer soient réunies. Il faut par ailleurs qu’elle ait
été invoquée.

§ 282 En matière de paiement de l'impôt, l' article L. 257 B du LPF instaure une compensation fiscale de recouvrement. La compensation est purement fiscale,
c'est-à-dire qu'elle ne concerne que les produits fiscaux à l'exclusion des amendes pénales, produits divers, redevances domaniales, droits de douanes, etc. Cet
article L. 257 B du LPF dispose que le comptable public compétent peut affecter au paiement des impôts, droits, taxes, pénalités ou intérêts de retard dus par un
redevable, les remboursements, dégrèvements ou restitutions d'impôts, droits, taxes, pénalités ou intérêts de retard constatés au bénéfice de celui-ci. La
compensation intervient à la seule initiative du comptable public. Le contribuable ne peut ni s'en prévaloir pour se dispenser d'acquitter une dette fiscale (en vertu
du principe de l'insaisissabilité des deniers publics), ni s'y opposer. Toutefois, le redevable peut solliciter du comptable qu'il effectue une telle compensation pour
apurer une dette d'impôts.

La jurisprudence a considéré qu'aucun texte législatif ou réglementaire ni aucun principe général du droit ne s'opposent à ce que l'autorité responsable du
recouvrement de l'impôt affecte au règlement d'un autre impôt dont un contribuable est redevable, les sommes que ce dernier a versées en paiement d'un autre
impôt dont il a été reconnu ultérieurement non passible. Il faut toutefois que les deux dettes réciproques de l'État et du contribuable soient l'une et l'autre liquides
et exigibles ( CE, 7e et 8e ss-sect., 2 oct. 1989, n° 71333, Aurran : Dr. fisc. 1991, n° 30, comm. 1566 . - CE, 8e et 3e ss-sect., 27 juill. 2005, n° 257241, Sté
Tecenet AG : JurisData n° 2005-080742 ; Dr. fisc. 2006, n° 3, comm. 75 ; RJF 11/2005, n° 1302 ).

La compensation n'a pas lieu au préjudice des droits acquis à un tiers ( C. civ., art. 1347-7 ). Il en est ainsi notamment en cas de saisie intervenue à une date
antérieure à celle à laquelle les conditions nécessaires à la compensation ont été réunies. La compensation n'a pas lieu si la créance du redevable sur
l'Administration (deuxième terme) a été appréhendée par un tiers par la voie d'une procédure de saisie-attribution dont l'acte initial est antérieur à la date de la
décision de la compensation, étant entendu que cet obstacle disparaît si l'opposition ainsi pratiquée n'est pas jugée valable.

En revanche, une telle procédure est sans effet sur la compensation si elle est engagée postérieurement à ladite date. En pareille hypothèse, le saisissant ne
pourrait se voir attribuer éventuellement que le reliquat de la créance après compensation. Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 du
LPF sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'Administration effectue une rectification lorsque ce contribuable
invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition.

§ 283 Notification de l’avis de compensation


L’ article R. 257 B-1 du LPF énonce que lorsqu’il exerce la compensation prévue à l’ article L. 257 B du LPF , le comptable public notifie au redevable un avis lui
précisant la nature et le montant des sommes affectées au paiement de la créance. Conformément à la jurisprudence administrative, le redevable peut contester
cette compensation dans les 2 mois de la réception de cet avis suivant la procédure des oppositions aux actes de poursuites ( LPF, art. L. 281 . - LPF, art. R.*
281-1 . - LPF, art. R.* 281-3-1 . - LPF, art. R.* 281-4 . - Et LPF, art. R.* 281-5 ). En effet, selon les juridictions administratives, si la compensation n’est pas
juridiquement un acte de poursuite, ses effets sont analogues à ceux d’une double saisie réciproque de deniers et comme telle, contestable suivant la procédure
spéciale des oppositions. L’avis de compensation est adressé au redevable par courrier recommandé avec accusé de réception. L’envoi de cet avis a un effet
interruptif de prescription, dès lors qu’il manifeste la volonté du comptable d’exercer son droit et corrélativement, chez le débiteur qui ne la conteste pas, la
reconnaissance du droit du comptable.

§ 284 Compensation en procédure d’apurement collectif de passif


Étant étrangère à tout mécanisme de connexité, la compensation fiscale ne peut s'appliquer aux procédures d'apurement collectif du passif. Il n'est donc pas
possible de compenser une dette antérieure au jugement d'ouverture avec une créance postérieure à ce jugement. En revanche, une compensation peut
intervenir avant l'ouverture d'une procédure collective, dès lors que la créance n'a pas été déclarée (dans le cas contraire elle ne serait plus exigible) ou après
l'ouverture de la procédure collective dès lors que la demande de paiement de la créance détenue sur le Trésor est postérieure au jugement, comme la créance
fiscale. Ainsi, en cas d'ouverture d'une procédure d'apurement collectif du passif, la compensation produit ses effets si les conditions requises ont été réunies
antérieurement au jugement déclaratif, que ce soit avant ou pendant la période suspecte, quand bien même elle ne serait invoquée qu'après le jugement.

Cette règle, qui est également applicable en cas d'ouverture d'une procédure de suspension provisoire des poursuites, ne souffre aucune exception. Il est précisé
notamment que l'interdiction d'opposer la compensation subsiste même lorsque l'Administration a recouvré son droit de poursuite individuelle dans les conditions
prévues par les dispositions de l' article L. 643-11 du Code de commerce .

§ 285 Compensation de créances connexes


Le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction de payer toute créance née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception du
paiement par compensation de créances connexes (C. com., art. L. 622-7). La compensation pour connexité ne peut être invoquée pour apurer une créance
antérieure à l'ouverture de la procédure collective que si celle-ci a été régulièrement déclarée à la procédure ( Cass. com., 14 mars 1995, n° 91-20.806 : Bull. civ.
IV, n° 77, p. 72 ).

Pour bénéficier du mode de paiement inégalitaire que constitue la compensation pour dettes connexes prévue à l'article L. 622-7 du Code de commerce, qui peut
jouer après ouverture, le créancier dont la créance est antérieure à l'ouverture de la procédure collective doit avoir déclaré sa créance ( Cass. com., 3 mai 2011,
n° 10-16.758 : JurisData n° 2011-007711 ; Bull. 2011, n° 66).

§ 286 Compensation de créance contestée


Selon l’ article L. 203 du LPF , lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'Administration peut, à tout moment de
la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation, dans la limite de l'imposition contestée, entre les
dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction
de la demande, à la condition que l’Administration n'y ait pas renoncé (Cass. com., 11 janv. 2017, n° 15-18.429, publié au Bulletin : JurisData n°2017-000657. -
CE 28 juin 1991, n° 63066).
5° Demande de transaction

§ 287 Principe
En principe la légalité de l'impôt, d'où découle le statut du contribuable, exclut tout aménagement contractuel des règles applicables entre un contribuable pris
individuellement et l'administration fiscale ( Cass. req., 13 mars 1895, Dreyfus Frères c/ Enregistrement : Sirey 1895, I, p. 465 , note Wahl. - CE, 4 mars 1956 ,
Sté des Établissements Molte et Porrise : AJDA 1956, II, p. 406 . - CE, 28 juin 1961, n° 33758 , Cie générale : Lebon, p. 443 ; Dr. fisc. 1961, n° 42, doctr. concl.
M. Poussière). Pourtant, conformément aux dispositions de l' article L. 247, 3° du LPF et sous réserve bien entendu que les pénalités ne soient pas définitives, l’
administration fiscale et le contribuable peuvent conclure une convention portant atténuation des amendes fiscales ou majorations lorsque celles-ci sont établies
et lorsque les impositions principales ne sont pas définitives (BOI-CTX-GCX-10-20, 12 sept. 2012, [sect] 60).

Attention
La possibilité pour l'Administration de transiger sur les sanctions fiscales lorsque des poursuites pénales sont envisagées a été rétablie à compter du 25 octobre
2018 ( L. n° 2018-898, 23 oct. 2018, art. 35 : JO 24 oct. 2018, texte n° 1 , obs. C. Sand ; Dr. fisc. 2018, n° 46, comm. 459 ). Cependant, l'Administration ne peut
transiger lorsque le contribuable met en oeuvre des manoeuvres dilatoires visant à nuire au bon déroulement du contrôle ( LPF, art. L. 247 ).

§ 288 Nature et portée d’une transaction


Si la transaction fiscale est un contrat au sens de l’article 2044 du Code civil, son régime diffère profondément, tant dans ses conditions que dans ses effets. La
transaction fiscale ne porte que sur l'atténuation des pénalités, prononcées ou encourues (le contribuable pouvant seulement formuler une demande de
transaction, sans propositions chiffrées) et ne peut conduire, en aucun cas, à l'atténuation des droits en principal.

Par ailleurs, la transaction ne devient définitive qu’après accomplissement des obligations qu’elle prévoit ( Rép. min. n° 12705 : JO Sénat 8 avr. 1999, p. 1155 ,
M. Herme ; Dr. fisc. 1999, n° 21-22, comm. 444 . - V. également, JCl. Fiscal, fasc. 9500, Transactions, par G. Giltard. - Ph. Terneyre, Les transactions fiscales
devant le juge administratif : LPA 1984, n° 10. - M. de Guillenchmidt, Transactions fiscales : RJF 1984, p. 2 . - M.-C. Bergerès, La transaction fiscale et la
restriction mentale, note sous TA Bordeaux, 18 avr. 1985 : LPA 1985, p. 127 . - J.-L. Rossignol, Attention transaction ! Du recours à la transaction lors d'un litige
avec l'administration fiscale : LPA 2003, n° 34, p. 6 . - Ch. de la Mardière, La transaction, regard fiscal, in La transaction dans toutes ses dimensions : D. 2006, p.
169 ; Prévenir et guérir à l'amiable les litiges fiscaux : Éditions législatives, coll. Vous avez le droit, 2000. - Th. Lambert, La transaction fiscale : une pratique
autant qu'un droit : BF Lefebvre 1999, p. 271).

§ 289 Concernant les effets et la portée d’une transaction, la chambre commerciale de la Cour de cassation, saisie d'un litige portant sur les effets d'une
transaction, a considéré que la signature d’une transaction définitive ne faisait pas obstacle au recouvrement d’impositions non visées dans la transaction ( Cass.
com., 18 janv. 2011, n° 10-11.962, M. Duburcq : JurisData n° 2011-000454 ; Dr. fisc. 2011, n° 27, comm. 418 , note J.-P. Maublanc).

Également, la juridiction administrative s'est prononcée à de nombreuses reprises sur la nature et la portée de la transaction ( CE, 4 mai 1988, n° 59198 :
Kondolff : Dr. fisc. 1988, n° 40, comm. 1835 ; RJF 1988, n° 434. - TA Rennes, 13 déc. 2001, n° 97-3058 : RJF 2002, n° 559. - CE, 24 mars 2006, n° 257533 : Dr.
fisc. 2006, n° 39, comm. 625 ; RJF 2006, n° 764. - CAA Nancy, 10 oct. 2002, n° 98NC01504 : Dr. fisc. 2003, n° 10, comm. 198 . - CE, 9 févr. 1983, n° 29313 :
RJF 1983, n° 249. - CE, 4 mai 1988, n° 58991 : LPA 21 oct. 1988, n° 127. - CE, 15 mai 1991, n° 76979, Faure : RJF 1991, n° 577. - CAA Lyon, 8 mars 2007, n°
03-1570 : Dr. fisc. 2007, n° 26, comm. 686 . - CE, 14 nov. 1990, n° 69875, Cypel : Lebon, p. 325 ; RJF 1991, n° 64).

§ 290 Ainsi, pour le Conseil d’État, comme pour la Cour de cassation " Une transaction, dont les énonciations précises et concordantes font expressément et
seulement référence à l'impôt sur les sociétés et aux majorations et à l’intérêt de retard applicables à cet impôt en vertu des dispositions de l' article 1728 du CGI ,
ne saurait être réputée avoir inclus dans son champ la pénalité prévue par l' article 1763 A du CGI , alors même que les notifications de redressements et
réponses aux observations du contribuable visées dans l'acte de transaction comportaient notamment indication d'une éventuelle application de cette dernière
pénalité " ( CE, 24 mars 2006, n° 257533, SARL Le Coeur Samba : JurisData n° 2006-080873 ; Dr. fisc. 2006, n° 39, comm. 625 , concl. L. Vallée).
B. Décision de l’administration fiscale

§ 291 Le comptable compétent ou l’ordonnateur de l’établissement public du groupement d’intérêt public ou de l’autorité publique indépendante pour le compte
duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites doit se prononcer dans un délai de 2 mois à compter de l'accusé de réception de la réclamation ( LPF, art. R.
281-4, al. 1er ). L'absence de décision vaut décision de rejet.
1° Accusé de réception de la demande préalable

§ 292 L' article R.* 281-4 du LPF prévoit que le chef de service doit accuser réception de la réclamation, l'accusé de réception postal n'étant pas suffisant. L’
accusé de réception doit comporter certaines mentions pour être opposable au demandeur.

§ 293 Mentions apportées sur l’accusé de réception


L'accusé de réception doit comporter les mentions suivantes :

la date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ;

la désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier.

L'accusé de réception doit indiquer si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans
le premier cas, les délais de saisine de la juridiction appelée éventuellement à connaître de cette décision et les voies de recours à l'encontre de la décision
doivent être mentionnés. Dans le second cas, la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer une attestation d'acceptation tacite doit être mentionnée. À
cet égard, la transcription des articles L. 281, L. 199 et R.* 281-4 du LPF constitue valablement cette information.

Sur le fondement de ces dispositions, la cour administrative d'appel de Paris a jugé que le délai pour saisir le tribunal ne court pas en l'absence, sur l'accusé de
réception, de mention relative à la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse la réclamation serait considérée comme rejetée ( CAA Paris, 10 déc. 2004, n°
03PA03200, Baffray : Lebon T. ; RJF 2005, n° 399. - V. JCl. Fiscal, fasc. 9614).

Au regard de ce texte, dans un arrêt récent, la Cour de cassation a rappelé que, dès avant l'institution du Code des relations entre le public et l'administration par l'
ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015 , la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000, complétée par le décret n° 2001-492 du 6 juin 2001 , disposait que toute
demande adressée à une autorité administrative devait faire l'objet d'un accusé de réception comportant, notamment, la date de réception de la demande ainsi
que la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci serait réputée acceptée ou rejetée et rappelé également à ce que les délais de recours n'étaient
pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui avait pas été transmis ou ne comportait pas les indications requises (Cass. com.,
20 nov. 2019, n° 18-13.503 : JurisData n° 2019-021351).

2° Transmission de la demande au comptable compétent

§ 294 La doctrine administrative avait décidé qu'une demande adressée à une autorité incompétente pour procéder à son examen devait être transmise, dans les
meilleurs délais, au véritable destinataire ( Doc. adm. DGI, 12 C-2311, 31 janv. 1995, [sect] 34 ). L'Administration a confirmé cette doctrine en précisant qu’" en
matière de recouvrement, une demande adressée à une autorité incompétente pour procéder à son examen devait être transmise, dans les meilleurs délais, au
véritable destinataire " ( BOI-REC-EVTS-20-10-20, 12 sept. 2012, [sect] 130 ). Ce principe est repris d'une jurisprudence du Conseil d'État de 2007 (CE, 9e et
10e ss-sect., 17 oct. 2007, n° 293973, Griffoin : JurisData n° 2007-081194 ; Dr. fisc. 2007, n° 48, comm. 1019 ; RJF 2008, n° 8 ; BDCF 2008, n° 12, concl. P.
Collin).

La jurisprudence judiciaire considérait pour sa part que la date d'enregistrement d'une réclamation était celle de la réception par le service du recouvrement (
LPF, art. R. 190-2 ). Mais lorsque le redevable avait adressé sa demande à un service incompétent, le délai de réponse de 2 mois courait à compter de la
réception de la contestation par le service incompétent.

Le comptable devait accuser réception à l'auteur de la demande dans les mêmes conditions que s'il l'avait reçue directement (Cass. com., 23 oct. 2007, n° 06-
15.601 : JurisData n° 2007-041050 ; Dr. fisc. 2007, n° 47, comm. 996 ).

Elle estimait que " la réception de la décision explicite de rejet postérieurement au terme de ce délai n'est pas de nature à interrompre le délai de recours de
l'article R.* 281-4 " ( Cass. com., 18 févr. 2004, n° 01-01.654 : JurisData n° 2004-022549), et encore que " le délai au cours duquel le redevable devait saisir le
tribunal compétent ne pouvait être interrompu par la saisine d'un tribunal compétent " ( Cass. com., 12 juill. 2004, n° 01-14.555 : JurisData n° 2004-024692 ; Bull.
civ. IV, n° 159 ; Dr. fisc. 2004, n° 50, comm. 901 ). Cette solution était acquise par l'ordre administratif et la doctrine administrative depuis 1965 ( CE, 7e ss-sect.,
31 mai 1965, n° 35655 : Dr. fisc. 1965, n° 27, comm. 776 ; Dupont 1965, p. 296 . - CE, 9e et 7e ss-sect., 3 déc. 1986, n° 50058 : Dr. fisc. 1988, n° 29-30, comm.
1560 ; RJF 1987, n° 252. - CE, 8e et 9e ss-sect., 29 nov. 1991, n° 63218 et 68591 : Dr. fisc. 1992, n° 12, comm. 634 ; RJF 1992, n° 153. - CE, 8e et 3e ss-sect.,
18 févr. 2004, n° 230257 : JurisData n° 2004-080524 ; Procédures 2004, comm. 117 , note J.-L. Pierre ; RJF 2004, n° 551).

§ 295 Le service compétent doit également accuser réception d'une demande adressée initialement à un service incompétent, dans les mêmes conditions que s'il
l'avait reçue directement. Il doit, au surplus, dans cette situation, mentionner cette transmission.

§ 296 La Cour de cassation a décidé que lorsqu'une demande est adressée à une autorité administrative incompétente, il résulte des articles R.* 190-2 du LPF et
20 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 que cette dernière doit la transmettre à celle qui est compétente, en en avisant l'intéressé, et que le délai au terme
duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'autorité initialement saisie (Cass.
com., 6 nov. 2012, n° 11-19.116, Coullet et Fiaschi : JurisData n° 2012-025756 ; Dr. fisc. 2013, n° 6, comm. 148 ). Ainsi, par l' arrêt de novembre 2012, la Cour de
cassation a mis à la charge de l'autorité incompétente initialement saisie d'une opposition aux poursuites non seulement l'obligation de transmission de cette
opposition aux poursuites aux services compétents, mais aussi l'obligation d'informer le contribuable de cette transmission.

Toutefois, l'arrêt ne s’est pas prononcé sur les conséquences de l'absence d'accusé de réception sur le délai de saisine du juge qui découle du délai de réponse
des services fiscaux. Pour la Cour de cassation le délai de 2 mois court à compter de la réception de la contestation par le service qui a été saisi le premier, fût-il
incompétent (Cass. com., 23 oct. 2007, n° 06-15.601 : JurisData n° 2007-04.1050 ; Dr. fisc. 2007, n° 47, comm. 996 ). Or l'obligation d’un " accusé de réception "
prévue par l' article R.* 281-4 du LPF ne peut se confondre avec l'obligation d'aviser le redevable puisque ces deux obligations reposent sur des fondements
différents et sont distinctes au plan pratique : l'accusé de réception est dû au redevable en toute hypothèse - et non dans le seul cas d'une erreur de destinataire -
et il est dû selon la loi par l'autorité compétente - et non par l'autorité incompétente initialement saisie. Sur ce point, les juges du fond de l'ordre administratif ont
décidé que le délai de saisine du juge ne pouvait commencer à courir sans cet accusé de réception (CAA Douai, 2e ch., 23 mars 2000, n° 97DA00093 : JurisData
n° 2000-141343 ; Dr. fisc. 2000, n° 52, comm. 1082 ; RJF 2001, n° 106. - Doc. adm. DGI, 12 C-2312, 31 janv. 1995, [sect] 36 ), y compris dans le cas où un
accusé de réception avait été remis mais dépourvu de mentions obligatoires sur les voies et délais de recours ( CAA Paris, 2e ch. B, 10 déc. 2004, n° 03PA03200
: RJF 2005, n° 399. - CAA Bordeaux, 4e ch., 12 juill. 2006, n° 03BX01354 , Ho Kong Siat).

3° Délai
a) Administration fiscale

§ 297 Créances d’État


Le chef de service ou l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 du LPF doit se prononcer dans un délai de 2 mois à partir du dépôt de la
demande ( LPF, art. R.* 281-4 ).

§ 298 Créances des collectivités territoriales, de leurs établissements publics et des établissements publics de santé
Pour ces créances, le chef de service se prononce après avis du comptable assignataire à l'origine de l'acte.
b) Contribuable

§ 299 Si aucune décision n'a été prise dans ce délai ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou
conjointement doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l' article L. 281 du LPF . Il dispose pour cela de 2 mois à
partir :

soit de la notification de la décision du chef de service ou de l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 du LPF ;

soit de l'expiration du délai de 2 mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa
décision.

La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates ( LPF, art. R.* 281-4 , mod. par D. n° 2018-970, 8 nov. 2018. - Cass. com., 4 juin
2002, n° 98-18.420 ).

Pour la Cour de cassation, en l'absence de preuve de la notification de l'avis à tiers détenteur au redevable de l'impôt, celle-ci est réputée avoir été faite au plus
tard au jour où il est établi qu'il a eu connaissance de cet avis pour avoir formé une réclamation contre celui-ci (Cass. com., 14 avr. 2015, n° 13-28.797 : JurisData
n° 2015-008088. - V. n° 169, 304, 335, 420 ).

c) Revendiquant

§ 300 La demande en revendication d’objet saisi doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de 2 mois à partir de la date à laquelle la personne
qui revendique les objets a eu connaissance de la saisie. La demande reçoit une suite dans les conditions prévues aux articles R. 281-4 et R. 281-5.

Le dépôt d'une demande en revendication d'objets saisis suspend de plein droit les poursuites sur les biens saisis dont la propriété est discutée ( LPF, art. R.*
283-1 ).

4° Computation du délai

§ 301 Les deux ordres de juridictions (administratif et judiciaire) appliquent des règles de computation différentes. Lorsque la contestation relève de la
compétence des tribunaux judiciaires, le délai de 2 mois imparti au redevable pour saisir le juge est décompté conformément aux règles fixées par les articles
641, alinéa 2, et 642 du Code de procédure civile ( Cass. com., 10 mars 1976, n° 74-12.159 : JurisData n° 1976-097094 ; Bull. civ. IV, n° 94 . - V. n° 216, 225 ).
Le délai expire donc le jour portant le même quantième du 2e mois suivant la décision du directeur ou le terme du délai imparti au directeur pour statuer. À défaut
de quantième identique, le délai expire le dernier jour du mois. Tout délai expire le dernier jour à 24 heures (sur les règles applicables devant les juridictions
administratives, V. JCl. Fiscal, fasc. 9551 ).
5° Demande mal dirigée

§ 302 Si le directeur général des finances publiques n'a pas qualité pour défendre à l'action engagée, l'intervention volontaire des comptables chargés du
recouvrement, au cours de l'instance d'appel, pour faire juger que les demandes sont irrecevables, après l'expiration du délai de 2 mois prescrit par l' article R.
281-4 du LPF , n'est pas de nature à régulariser la procédure (Cass. com., 13 déc. 2016, n° 15-24.464 et 15-24.598).
6° Notification de la décision

§ 303 La décision est notifiée au redevable ou, en cas de mandat régulier, à son mandataire, par lettre recommandée avec accusé de réception. Les pièces
justificatives, conservées en photocopies, sont jointes à cette décision ( Cass. com., 18 mars 2020, n° 17-20.596 : JurisData n° 2020-004299, publié au bull.). En
cas d'admission partielle ou de rejet de la demande, la juridiction compétente devant laquelle peut être exercée le recours et le délai de sa saisine doivent être
mentionnés (Cass. com., 6 févr. 2019, n° 17-11.889. - CJA, art. R. 421-5 . - V. JCl. Fiscal, fasc. 9616, n° 129).
7° Absence de décision

§ 304 L'absence de décision vaut décision de rejet. Si aucune décision n’a été prise dans le délai de 2 mois ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction,
le redevable doit, à peine de forclusion, porter l’affaire devant le juge compétent tel qu’il est défini à l’ article L. 281 du LPF dans un délai de 2 mois (Cass. com.,
14 avr. 2015, n° 13-28.797 : JurisData n°2015-008088. - V. n° 169, 299, 335, 420 ).
C. Phase judiciaire

§ 305 Le contentieux fiscal de l'assiette de l'impôt présente la particularité de déférer à la connaissance du juge non directement le titre de recouvrement de la
créance du Trésor mais la décision administrative, expresse ou implicite, de rejet de la réclamation préalable.

§ 306 Le tribunal judiciaire est donc compétent pour statuer sur le bien-fondé de l'imposition auquel se rattache la prescription.
1° Tribunal Judiciaire

§ 307 Selon l’ article L. 199 du LPF , le tribunal judiciaire statue sur les décisions contentieuses prises par le comptable public compétent ou un agent délégataire
lorsque l’affaire porte sur le bien-fondé de l’imposition, assiette et recouvrement, des droits d’enregistrement et de timbre, sur la taxe sur la publicité foncière, l’
impôt de solidarité sur la fortune, l’impôt sur la fortune immobilière, ou sur des contributions indirectes et taxes assimilées à ces droits, des taxes ou contributions.
a) Compétence territoriale du tribunal judiciaire

§ 308 Principe
Le tribunal judiciaire compétent est généralement celui dans le ressort duquel se trouve le bureau de l'administration chargé du recouvrement ( LPF, art. R.* 202-
1, al. 1er ).

§ 309 Compétence en raison de lieu de situation des biens ou d’immatriculation


Toutefois, en matière de droits d'enregistrement ou de taxe de publicité foncière, les décisions prises sur les réclamations indiquées à l'article R. 190-1 et
relatives à la valeur vénale réelle d'immeubles, de fonds de commerce et des marchandises neuves qui en dépendent, de clientèles, de droit à un bail ou au
bénéfice d'une promesse de bail portant sur tout ou partie d'un immeuble, de navires et de bateaux, peuvent être attaquées devant le tribunal judiciaire du lieu de
situation des biens ou d'immatriculations des navires et bateaux ( LPF, art. R.* 202-1, al. 2 ).

§ 310 Compétence en raison du siège de l’exploitation


Par ailleurs, lorsque des biens ne formant qu'une seule exploitation sont situés dans le ressort de plusieurs tribunaux, le tribunal compétent est celui dans le
ressort duquel se trouve le siège de l'exploitation, ou, à défaut de siège, la partie des biens présentant le plus grand revenu d'après la matrice cadastrale ( LPF,
art. R.* 202-1, al. 3 ).
b) Compétence d’attribution du tribunal judiciaire

§ 311 Le tribunal judiciaire a compétence exclusive pour statuer sur le bien-fondé de l’imposition en ce qui concerne les droits d'enregistrement, de la taxe de
publicité foncière, des droits de timbre et contributions indirectes et taxes assimilées à ces droits, des taxes ou contributions ( LPF, art. L. 199 ). Il est, en ces
matières, juge de l’assiette et du recouvrement desdits impôts et taxes lorsque les contestations portent sur l'existence de l'obligation de payer, le montant de la
dette compte tenu des paiements effectués et l'exigibilité de la somme réclamée, à l’exclusion des amendes et condamnations pécuniaires. Pour les créances
non fiscales de l'État, des établissements publics de l'État, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent
comptable, les contestations sont portées devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ( LPF, art. L. 281 ).

Attention
Rappelons que le juge de l'exécution, juge au tribunal judiciaire et sur délégation du président du tribunal, connaît des contestations relatives au recouvrement de
tous les impôts et taxes qui portent sur la régularité en la forme de l'acte de poursuite que constitue le titre exécutoire.

Le tribunal examine tous les éléments du litige. Le caractère écrit de la procédure prévue par l' article R. 202-2 du LPF excluant la preuve testimoniale dans les
litiges relatifs aux droits d'enregistrement (Cass. com., 3 déc. 1991, n° 89-21.490, Sté François Quillien :JurisData n° 1991-003551 ; Bull. civ. IV, n° 375 ) n'interdit
pas aux juges du fond de constater les faits à partir d'attestations écrites, valant à titre de simples présomptions ( Cass. com., 5 janv. 1988, n° 86-12.749 :
JurisData n° 1988-000110 ; Dr. fisc. 1988, n° 18, comm. 916 ; Bull. civ. IV, n° 3 . - Cass. com., 3 déc. 1991, n° 89-21.490 : JurisData n°1991-003551. - Cass.
com., 14 mars 2006, n° 04-11.647 : JurisData n° 2006-032685 ; Bull. civ. IV, n° 68 ; Dr. fisc. 2006, n° 38, comm. 594 ).

Le tribunal judiciaire est aussi compétent pour se prononcer " sur la validité ou les effets des voies d'exécution utilisées pour le recouvrement d'impôts " ( LPF, art.
L. 281 ), sauf à renvoyer les parties à faire trancher par le juge de l'impôt compétent les questions préjudicielles dont dépend la solution du litige, et, en ce cas, à
surseoir à statuer ( Cass. com., 19 févr. 1991, n° 89-10.805 : JurisData n° 1991-000758 ; Bull. civ. IV, n° 80 ; Dr. fisc. 1991, n° 25, comm. 1294 ; RJF 1991, n°
690. - V. n° 337 , 428. - Cass. com., 16 juin 1992, n° 90-12.601 , Percepteur ville d'Albert : RJF 1993, n° 144).

§ 312 Le tribunal judiciaire est également compétent pour statuer sur toutes contestations concernant le paiement, la garantie ou le remboursement des
créances, de toute nature, recouvrées par l'administration des douanes et les autres affaires de douanes, dans les cas et conditions prévus au Code des douanes.
1) Action en contestation du bien-fondé de l’imposition

§ 313 Délai de contestation de la décision de l’Administration après réclamation


Si aucune décision n’a été prise dans le délai de 2 mois ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou
conjointement, doit, à peine de forclusion, porter l’affaire devant le juge compétent tel qu’il est défini à l’ article L. 281 du LPF . Il dispose de 2 mois à partir soit la
notification de la décision du chef de service prise dans le délai de 2 mois (c'est-à-dire la date figurant sur l'avis de réception postal ou, le cas échéant, la
présentation au domicile du contribuable absent), soit à l'expiration du délai de 2 mois accordé au chef de service pour prendre sa décision ( LPF, art. R. 281-4,
al. 2 ). Il appartient au service d'établir la date de cette notification faute de quoi, aucune forclusion ne peut être opposée ( Cass. com., 20 nov. 2001, n° 98-
20.040 ).

§ 314 Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'Administration dans un délai de 6 mois, peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai (LPF, art.
R.* 199-1, al. 2).

§ 315 Irrecevabilité
La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates ( Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-18.420 ). Mais cette irrecevabilité n’est opposable au
redevable qu’à la condition qu’il ait été précisément informé, par l’acte de poursuite, des modalités et délais de recours, ainsi que des dispositions des articles R.
281-4 et R. 281-5 du LPF ( Cass. com., 8 juill. 2008, n° 07-16.914 : JurisData n° 2008-044840. - Cass. com., 12 oct. 2010, n° 09-16.898 : JurisData n° 2010-
018490 . - V. n° 417. - Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365, FS-P+B, Sté Conception bureautique et organisation du travail (CBOT) : JurisData n° 2014-030656
; Dr. fisc. 2015, n° 15, comm. 265, note J.-P. Maublanc ; RJF 2015, n° 274. - cité, n° 5, 169, 201, 223, 335, 394, 417, 420).

§ 316 Irrecevabilité des demandes hors délais d’une demande prématurée


Est prématurée la requête introduite, en l'absence de réponse du directeur, avant l'expiration du délai de 2 mois imparti à celui-ci pour statuer ( Cass. com., 26
mars 1968 : Mémorial percepteurs 1968, p. 188. - CE, 12 févr. 1990, n° 57658 : RJF 1990, p. 295 ), ou celle formée le jour même du dépôt de la demande ( Cass.
com., 9 juin 1969 : Bull. civ. IV, n° 212 ; D. 1970, somm. p. 12).

§ 317 Irrecevabilité d’une demande tardive


Est tardive la saisine du tribunal faite plus de 2 mois après l'expiration du délai de même durée dont dispose le directeur pour se prononcer (CE, 15 févr. 1989, n°
88215 : RJF 1989, p. 250 ).

Une fois expiré ce délai, aucun événement ne peut rouvrir le délai.


§ 318 Réclamations successives
La Cour de cassation juge depuis un arrêt du 6 décembre 1978 rendu au sujet de réclamations successives contre une imposition, adressées à l'administration
fiscale (Cass. com., 6 déc. 1978, n° 77-13.521 : Bull. n° 299), que les redevables ont le droit de réclamer utilement contre les impositions auxquelles ils sont
assujettis jusqu'à l'expiration des délais impartis et qu'en conséquence, aucune irrecevabilité tirée de ce qu'une réclamation antérieure dirigée contre la même
imposition aurait déjà été rejetée par le directeur des impôts ne peut être opposée à une nouvelle réclamation formulée dans le délai légal ni au recours formé
contre la décision qui a rejeté la dernière réclamation.

En droit douanier, les redevables de droits de douane ont le droit de former plusieurs réclamations contre un avis de mise en recouvrement jusqu'à l'expiration du
délai de 3 ans qui suit sa notification, prévu à l' article 346 du Code des douanes . Il a été jugé qu’aucune irrecevabilité tirée de ce qu'une réclamation antérieure
dirigée contre le même avis de mise en recouvrement aurait déjà été rejetée par l'administration des douanes ne peut être opposée à une nouvelle réclamation
formulée dans le délai légal ni au recours formé contre la décision qui a rejeté cette nouvelle réclamation ( Cass. com., 18 mars 2020, n° 17-22.518 , publié au
Bulletin : JurisData n°2020-004298).

§ 319 Assignation
La demande en justice est formée par assignation ( LPF, art. R.* 202-2, al. 1er ) et délivrée par voie d'huissier (CPC, art. 750 et 54). Les notifications sont
valablement faites au domicile réel du contribuable alors même que celui-ci aurait constitué mandataire et élu domicile chez ce dernier. Si le contribuable est
domicilié hors de France, la notification est faite au domicile élu en France par lui ( LPF, art. R.* 202-2, al. 5 ).

Le moyen de l'irrecevabilité de l'assignation pour défaut de qualité doit être relevé d'office par les juges du fond (Cass. com., 6 mars 2007, n° 05-21.925. - Cass.
com., 19 déc. 2006, n° 05-18.352 : JurisData n° 2006-036783 ; Dr. fisc. 2007, n° 26, comm. 688. - Cass. com., 25 févr. 2003, n° 99-20.594 , préc. n° 7. - Cass.
com., 12 janv. 1999, n° 96-20.644, Berger : JurisData n° 1999-003300 ; Dr. fisc. 1999, n° 25, comm. 51 . - Cass. com., 5 oct. 1999, n° 96-20.643 : Dr. fisc. 2000,
n° 18-19, comm. 395 ; RJF 1999, n° 1615. - Cass. com., 26 nov. 1996, n° 94-19.387 : RJF 1997, n° 269. - Cass. com., 12 nov. 1986, n° 85-14.031 : Dr. fisc.
1988, n° 15, comm. 784 . - Cass. com., 13 déc. 2016, n° 15-24.464).

§ 320 Action du redevable


L’assignation doit être dirigée contre le comptable public chargé du recouvrement des impôts (CPC, art. 122 et 125. - LPF, art. L. 252 . - Cass. com., 28 juin 1988,
n° 86-17.360 : JurisData n° 1988-001762 ; Bull. civ. IV, n° 223 ; Dr. fisc. 1988, n° 40, comm. 1841 . - Cass. com., 1er févr. 1994, n° 92-14.588 : JurisData n° 1994-
000536 ; Bull. civ. IV, n° 41, p. 32 ; RJF 1994, n° 648. - Cass. com., 16 juin 1998, n° 96-18.113 . - Cass. com., 3 juill. 2019, n° 17-27.845 . - LPF, art. L. 252, L.
262, L. 281, R* 281-1 et R.* 281-4. - Cass. com., 22 oct. 2013, n° 12-23.352 ). En application de ces textes, il a été jugé que le pourvoi sur un arrêt, rendu au
profit du directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne, poursuivant le recouvrement de la créance fiscale ne pouvait être dirigé contre le
directeur général des finances publiques (Cass. com., 23 janv. 2019, n° 17-19.824 : JurisData n° 2019-000883 ). De même un trésorier-payeur général qui n’est
pas le comptable chargé du recouvrement n’a pas qualité à défendre à l'action en distraction de meubles saisis, même si la procédure a été régularisée par
l'intervention du comptable poursuivant.

§ 321 Action du comptable public


Selon l’article L. 258 A, sous réserve des dispositions de l'article L. 260, les poursuites prévues au 2 des articles L. 257-0 A et L. 257-0 B sont effectuées dans les
formes prévues par le Code de procédure civile pour le recouvrement des créances. Elles sont opérées par huissier de justice ou par tout agent de
l'Administration habilité à exercer des poursuites au nom du comptable.

L'Administration peut soumettre d'office au tribunal la réclamation présentée par un contribuable mais doit en informer ce dernier (LPF, art. R.* 199-1, al. 3). Le
juge doit vérifier si, préalablement à l'action, le comptable public poursuivant a demandé et obtenu l'autorisation hiérarchique d'engager les poursuites (Cass.
com., 29 janv. 2020, n° 18-14.723, préc. n° 143. - LPF, art. L. 252 ).

Le comptable irrégulièrement assigné n’est pas tenu de transmettre l’assignation au comptable ayant qualité pour défendre à l’action ( Cass. com., 3 juill. 2019, n°
17-27.845 : JurisData n°2019-012444 ).

§ 322 Action du comptable contre une caution


Il a été jugé qu’une décision judiciaire exécutoire condamnant une caution au paiement d'impositions dues par le redevable légal est un titre exécutoire suffisant
pour fonder l'action du comptable public à l'égard de cette caution ( Cass. com., 20 oct. 2015, n° 14-23.177 : JurisData n° 2015-024064 ).

§ 323 Représentation obligatoire


Désormais, les parties sont tenues de constituer avocat ( LPF, art. R.* 202-2, al. 2 ). Mais l'État, les régions, les départements, les communes et les
établissements publics peuvent se faire représenter ou assister par un fonctionnaire ou un agent de leur Administration ( LPF, art. R.* 202-2, al. 3 ).

§ 324 Responsabilité de l’avocat


L’avocat qui a une obligation de conseil et de diligence envers son client, peut voir sa responsabilité engagée s’il apparaît que son client aurait pu obtenir de l’
Administration une décision plus favorable ( Cass. com., 9 sept. 2020, n° 19-16.047 : JurisData n° 2020-012836).

§ 325 Séance publique


Les affaires portées devant les juridictions de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif, relatives au contentieux des impôts, droits, taxes et redevances prévus
au CGI ainsi que des amendes fiscales correspondantes, sont jugées en séances publiques ( LPF, art. L. 199 B ).

§ 326 Instruction des demandes


L’ article R. 267-1 du LPF prévoit qu’en cas d’assignation prévue par le premier alinéa de l’article L. 267, le président du tribunal statue selon la procédure à jour
fixe (Cass. com., 19 janv. 2010, n° 09-13.422, Tassan : JurisData n° 2010-051190 ; Dr. fisc. 2010, n° 10, 210 , M. Douay ; RJF 2010, n° 534).
L'instruction se fait par simples mémoires respectivement signifiés. Toutefois, le redevable a le droit de présenter, par le ministère d'un avocat inscrit au tableau,
des explications orales. La même faculté appartient à l'Administration. Les modes de preuve doivent être compatibles avec le caractère écrit de l'instruction ( LPF,
art. R.* 202-2, al. 4 ). Le tribunal accorde aux parties ou aux agents de l'Administration qui suivent les instances, les délais nécessaires pour présenter leur
défense ( LPF, art. R.* 202-2, al. 5 ).

§ 327 Expertise de droit


Dans les instances qui, en matière de droits d'enregistrement ou de taxe de publicité foncière, font suite aux décisions prises sur les réclamations indiquées au
deuxième alinéa de l'article R. 202-1, l'expertise est de droit si elle est demandée par le contribuable ou par l'Administration ( LPF, art. R.* 202-3, al. 1er ). En
revanche, elle n’est pas accordée de droit en appel si elle est demandée par la partie l'ayant obtenue devant le tribunal judiciaire ou si aucune des parties ne l'a
demandée en première instance ( LPF, art. R.* 202-3, al. 2 ). La Cour de cassation fait une application stricte de cet article (Cass. com., 20 sept. 2016, n° 14-
30.065, publié au Bull. : JurisData n°2016-019028 ; Dr. fisc. 2016, n° 49, comm. 637 - Cass. com., 21 mars 2000, n° 97-16.864 . - Cass. com., 22 oct. 1991, n° 89-
14.794 : JurisData n° 1991-003092 ; Bull. civ. IV, n° 304, p. 210 . - Cass. com., 25 avr. 1989, n° 88-11.578 : JurisData n° 1989-701757 ; Bull. civ. IV, n° 133 . -
Cass. com., 28 nov. 1989, n° 88-11.113 : JurisData n° 1989-004228 ; Bull. civ. IV, n° 301 . - Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-16.969 : Bull. civ. IV, n° 275 ).

§ 328 Mission de l’expert


La décision qui ordonne l'expertise et désigne l'expert fixe la mission de ce dernier ainsi que le délai dans lequel il est tenu de déposer son rapport au secrétariat-
greffe ( LPF, art. R.* 202-4, al. 1er ). Le secrétaire-greffier informe les parties, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, et les avocats
constitués, du dépôt du rapport au secrétariat-greffe. Les observations du contribuable et de l'Administration sur ce rapport sont formulées par conclusions
régulières dans les 2 mois qui suivent cette notification ( LPF, art. R.* 202-4, al. 2 ).

§ 329 Convention européenne des droits de l'homme


L' assemblée plénière de la Cour de cassation avait jugé en 1996 que le droit de toute personne à un procès équitable, garanti par l' article 6, [sect] 1 de la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales , pouvait être invoqué devant toute juridiction civile statuant en
matière fiscale ( Cass. ass. plén., 14 juin 1996, n° 93-21.710 : JurisData n° 1996-002378 ; Bull. civ. ass. plén., n° 5 ; Dr. fisc. 1996, n° 30, comm. 986 , concl. Y.
Monnet). Mais en 2004, la chambre commerciale de la Cour de cassation a, quant à elle, considéré, en référence à l'arrêt Ferrazzini de la Cour européenne des
droits de l'homme ( CEDH, 12 juill. 2001, n° 44759/98 : Dr. fisc. 2002, n° 10, comm. 1987 ), que l'article 6-1 de la Convention, en l'absence de toute accusation en
matière pénale, n'était pas applicable au contentieux fiscal, " lequel échappe au champ des droits et obligations de caractère civil, en dépit des effets
patrimoniaux qu'il a nécessairement quant à la situation des contribuables " ( Cass. com., 12 juill. 2004, n° 01-11.403, Cts Pelat : JurisData n° 2004-024690 ; Bull.
civ. 2004, IV, n° 153, p. 167 ; Dr. fisc. 2004, n° 42, comm. 764 ; RJF 2004, n° 1218, étude B. Hatoux, p. 804 ; RMCUE 2005, p. 334 , note J.-P. Maublanc. - Sur
cet arrêt, V. not., B. Hatoux, Application de l' article 6-1 de la Convention européenne des droits de l'homme au contentieux fiscal. Analyse et perspectives d'un
revirement du juge judiciaire " : RJF 11/2004, p. 804 à 807 ; LPA 14 janv. 2005, n° 10, note E. Garaud, p. 16 et s. ; LPA 27 janv. 2005, n° 19, note T. Lambert, p.
10 à 13. - L. Ayrault, Le volet civil de l'article 6-1 et le droit fiscal au lendemain de l'arrêt : Cass. com., 12 juill. 2004 , Consorts Pelat : PUF, L'année fiscale, 2005).
Elle a réaffirmé cette jurisprudence en 2005 et 2012 ( Cass. com., 31 mai 2005, n° 02-17.025 : JurisData n° 2005-028805 ; Bull. civ. IV, n° 121 ; Dr. fisc. 2005, n°
38, comm. 625 ; RJF 2005, n° 1136. - V. également obs. L. Ayrault in L'Année fiscale 2005 : PUF, p. 195 à 210. - Cass. com., 15 mai 2012, n° 11-18.478 . - Sur
cette question, V. également JCl. Fiscal, fasc. 0220 ).

§ 330 Moyens de droit nouveaux en contentieux d’assiette de l’impôt


Depuis la réforme Aicardi visant à renforcer les droits des contribuables, l' article L. 199 C du LPF permet à l'Administration, mais aussi au contribuable, de faire
valoir tout moyen nouveau jusqu'à la clôture de l'instruction en appel. L' article L. 199 C du LPF , applicable au contentieux de l’assiette de l’impôt, dispose que "
L'Administration, ainsi que le contribuable dans la limite du dégrèvement ou de la restitution sollicités, peuvent faire valoir tout moyen nouveau, tant devant le
tribunal administratif que devant la cour administrative d'appel, jusqu'à la clôture de l'instruction. Il en est de même devant le tribunal judiciaire et la cour d'appel " (
CE, 8e et 9e ss-sect., 17 mars 1999, n° 163929 : JurisData n° 1999-051320 ; Dr. fisc. 2000, n° 3, comm. 42, concl. G. Goulard). Ce texte, qui permet d'invoquer
des moyens nouveaux, s'applique aux causes juridiques (CE, 9e ss-sect., 16 déc. 2010, n° 328006, SCP Les Audes : JurisData n° 2010-025311 ) et offre ainsi la
possibilité de produire toute pièce nouvelle ( CE, 3e ss-sect., 15 mai 2013, n° 346710, Sté régie nationale de publicité et d'organisation).

§ 331 Moyens nouveaux. Demandes nouvelles


Toutefois, il faut distinguer les moyens nouveaux, recevables jusqu'en appel, des demandes ou conclusions nouvelles, qui sont irrecevables. Selon la
jurisprudence, constituent des demandes nouvelles les conclusions qui excèdent le montant du quantum demandé dans la réclamation contentieuse. Ainsi, le
contribuable ne peut pas présenter devant le juge de l'impôt des conclusions excédant les limites du dégrèvement sollicité par sa réclamation contentieuse ( CE,
7e et 9e ss-sect., 18 mai 1977, n° 2387 : Dr. fisc. 1977, n° 40, comm. 1420 , note G.-Ph. B. - CE, 3e ch., 24 oct. 2018, n° 407050 ).

L'Administration ne peut quant à elle demander au juge de rétablir l'impôt sur un autre contribuable, même s'il s'agit d'une imposition commune dégrevée au profit
de l'un des époux (CE, 8e et 2e ss-sect., 20 juill. 2007, n° 292550 : RJF 11/2007, n° 1189 ). Par ailleurs, un contribuable qui a contesté l'intégralité d'une
imposition litigieuse, qui n'est donc pas limité par le quantum de sa réclamation, ne peut invoquer devant le juge d'appel, à titre subsidiaire, une réduction des
droits en litige par application de la règle du quotient à un revenu exceptionnel, au motif que l'article L. 199 C " ne s'applique qu'aux moyens nouveaux et non aux
conclusions nouvelles " ( CAA Versailles, 5 févr. 2019, n° 17VE02283 ). Également un contribuable ne peut non plus invoquer l'effet d'un plafonnement légal par
compensation, qui constitue aussi une conclusion nouvelle irrecevable ( CE, 8e et 3e ch., 24 févr. 2020, n° 434423, Sté Club sportif de Sedan : JurisData n° 2020-
002465 : Dr. fisc. 2020, n° 30-35, comm. 333 ).

§ 332 Moyens nouveaux en contentieux du recouvrement


Les dispositions de l' article L. 199 C du LPF ne sont applicables qu'au contentieux de l'assiette de l'impôt et non aux contestations ayant trait à leur recouvrement
contentieux où les règles sont plus strictes. Le contentieux du recouvrement est encadré par les dispositions des articles R. 281-1 et suivants du LPF . Aux
termes de l' article R. 281-5 du LPF , " Le juge se prononce exclusivement au vu des justifications qui ont été présentées au chef de service. Les redevables qui
l'ont saisi ne peuvent, ni lui soumettre des pièces justificatives autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires, ni invoquer des faits autres
que ceux exposés dans ces mémoires ". L’ article R. 281-5 du LPF interdit donc au contribuable de présenter au juge un moyen de fait ou une pièce non produite
dans le cadre de sa réclamation préalable à l’Administration. L'objet de cet article est que les arguments soient évoqués dans le cadre d'un dialogue entre le
contribuable et l'Administration. Mais sur ce point, la jurisprudence tant administrative que judiciaire a évolué.

§ 333 Jurisprudence administrative


Si l' article R.* 281-5 du LPF s'oppose à ce que le contribuable présente au juge administratif des justifications de fait non produites dans sa réclamation
préalablement adressée à l'Administration, le Conseil d’État a jugé que les termes mêmes de l’ article R.* 281-5 du LPF n’interdisait pas au redevable d’invoquer,
jusqu'à la clôture de l'instruction, des moyens nouveaux de pur droit ( CE, ass. plén., 27 juin 1969, n° 61520 : Lebon, p. 345 ; Dr. fisc. 1969, n° 41, comm. 1231 ;
Dupont 1969, n° 12162 ; Mémorial des percepteurs 1969, p. 153), n'impliquant pas l'appréciation de pièces justificatives ou de circonstances de fait que le
contribuable devait produire ou exposer dans sa réclamation préalable ( CE, 8e et 9e ss-sect., 17 mars 1999, n° 163929 : JurisData n° 1999-051320 ; Dr. fisc.
2000, n° 3, comm. 42, concl. G. Goulard ; RJF 5/1999, n° 642 , chron. E. Mignon, p. 338. - CE, 9e et 10e ss-sect., 28 mars 2007, n° 289613 et 289614, Sté
Hallumeca : JurisData n° 2007-081108 ; Dr. fisc. 2007, n° 25, comm. 665 ; RJF 6/2007, n° 748 . - CE, 8e et 3e ss-sect., 16 avr. 2010, n° 313456 : JurisData n°
2010-004214 ; Dr. fisc. 2010, n° 24, comm. 373 , concl. L. Olléon ; Procédures 2010, comm. 257 , note L. Ayrault ; RJF 7/2010, n° 680 . - CE, 9e et 8e ss-sect.,
18 mai 1994, n° 93768 et 93769 : JurisData n° 1994-610205 ; RJF 8-9/1994, n° 988. - CAA, Paris, 2e ch., 25 mars 1997, n° 95PA04081 : JurisData n° 1997-
047422 ). Le contribuable peut ainsi soulever directement devant le juge un moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement, un moyen tiré de la
méconnaissance d'une exigence procédurale ( CE, 9e et 10e ss-sect., 27 nov. 2000, n° 197915 , min. c/ SARL Éts Viz : JurisData n° 2000-061287 ; Dr. fisc.
2001, n° 16, comm. 393, concl. J. Courtial ; RJF 2/2001, n° 252 ) ou encore un moyen tiré du défaut de base légale de la somme exigée ( CE, 8e et 3e ss-sect.,
16 avr. 2010, n° 313456 : JurisData n° 2010-004214 ; Lebon, p. 115 ; Dr. fisc. 2010, n° 24, comm. 373 , concl. L. Olléon ; Procédures 2010, comm. 257 , note L.
Ayrault ; RJF 7/2010, n° 680 ). Il a même été admis d'examiner des faits et pièces justificatives nouveaux à l'appui d'un moyen déjà soulevé ( CAA Paris, 2e ch.
A, 15 juin 2005, n° 01PA01903 : RJF 1/2006, n° 97 ).

§ 334 Puis, le Conseil d’État a jugé que les dispositions combinées des articles R. 281-5 et R. 281-3-1 du LPF ne s'opposaient pas à ce que le contribuable
invoque, jusqu'à la clôture de l'instruction, un moyen de fait appuyé sur des justifications nouvelles qui ne pouvaient pas être soumises à l'Administration au stade
de la réclamation préalable, ces justifications étant postérieures à la date de cette réclamation. Ainsi, le contribuable qui ne peut pas, en principe, se prévaloir
devant le juge d'éléments de fait qui ne figuraient pas dans sa contestation de l'acte, demeure toutefois recevable à invoquer devant lui des éléments de fait
nouveaux postérieurs à la décision de l'Administration statuant sur sa réclamation et dont il ne pouvait faire état dans cette dernière ( CE, 10e et 9e ch., 28 déc.
2018, n° 410912, Sté Immo Lorrain et A, concl. A. Iljic, mentionné aux tables du recueil Lebon. - Décisions antérieures : TA Strasbourg, 5 nov. 2015, n° 1205321,
1303526, 1404643 et 1405360 . - CAA Nancy, 2e ch., 23 mars 2017, n° 16NC00004 : Dr. fisc. 2017, n° 20, comm. 269 ).

§ 335 Jurisprudence judiciaire


En contentieux judiciaire, la Cour de cassation appliquait strictement l' article R. 281-5 du LPF en délimitant le cadre du litige au contenu de la réclamation, ce qui
faisait obstacle à la présentation de tout moyen nouveau devant le juge. Ainsi il était jugé que le litige porté devant les juridictions judiciaires était délimité par le
contenu de la réclamation préalable présentée devant l'Administration lors du recours préalable ( Cass. com., 20 nov. 1990, n° 89-16.473, Donsimoni : Bull. civ.
IV, n° 288 ; RJF 1991, n° 123. - Cass. com., 15 déc. 1987, n° 86-15.871, SCI Résidence du Petit Lièvre : JurisData n° 1987-002228 ; Bull. civ. IV, n° 276 ; Dr. fisc.
1988, n° 14, comm. 731. - Cass. com., 31 janv. 1989, n° 87-13.580, Dussolier : JurisData n° 1989-000314 ; Bull. civ. IV, n° 43 ; Dr. fisc. 1989, n° 15, comm. 805 .
- Cass. com., 25 janv. 1972, n° 70-12.031, Receveur percepteur ville Biarritz : JurisData n° 1972-097033 ; Bull. civ. IV, n° 33 ).

Puis comme en procédure administrative, la Cour de cassation a admis que les dispositions de l’ article R. 281-5 du LPF ne faisaient pas obstacle à ce que le
contribuable soulève devant le juge de l'exécution un moyen nouveau de pur droit dès lors qu'il n'implique pas l'appréciation de nouvelles pièces justificatives ou
de nouvelles circonstances de fait omises dans sa demande préalable au chef de service ( Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365 : JurisData n° 2014-030656 ;
Bull. civ. IV, n° 182 ; Dr. fisc. 2015, n° 15, comm. 265, note J.-P. Maublanc ; RJF 3/2015, n° 274 , étude B. Hatoux, p. 168. - cité, n° 5, 169, 201, 223, 315, 394,
417, 420). Dans cette perspective, la Cour de cassation a jugé qu’un vice de forme allégué par le redevable tiré du défaut de signature des avis à tiers détenteur
impliquait l’appréciation de circonstances de fait omises dans la demande préalable au chef de service et a conclu que ce moyen ne pouvait donc pas être
invoqué pour la première fois devant le juge de l’exécution (Cass. com., 14 avr. 2015, n° 13-28.797, M. Legrand-Castor : JurisData n° 2015-008088 ; Dr. fisc.
2015, n° 17, act. 256 ; Bull. civ. IV, n° 68 . - V. n° 169, 299, 304, 420 ).

§ 336 Limite de cette jurisprudence


La possibilité d'invoquer des moyens nouveaux se heurte à une limite qui découle de la dualité de compétence juridictionnelle prévue par l' article L. 281 du LPF .
Ainsi, lorsque la demande préalable est fondée sur l'irrégularité en la forme de l'acte ( LPF, art. L. 281, 1° ) le contribuable doit saisir le juge de l’exécution ( LPF,
art. L. 281, 2° ). C'est pourquoi le Conseil d'État a jugé que la saisine du juge de l'impôt qui statue sur le bien-fondé de l’imposition n'était recevable que si des
motifs de contestation relevant de sa compétence avaient été exposés dans la réclamation préalable ( CE, 8e et 3e ss-sect., 10 avr. 2015, n° 367957 , min. c/ M.
Roussel : JurisData n° 2015-009527 ; Dr. fisc. 2015, n° 26, comm. 435 , concl. B. Bohnert). La jurisprudence tire donc toutes les conséquences de la dualité de
juridiction et de l'obligation de présenter une demande préalable. Les deux voies juridictionnelles ouvertes doivent rester parfaitement distinctes.
2) Étendue de la compétence du tribunal judiciaire

§ 337 En raison de la séparation des fonctions administrative et judiciaire édictée par l'article 13 de la loi des 16 et 24 août 1790, puis rappelée par le décret du
16 fructidor an III , les magistrats de l'ordre judiciaire ne peuvent connaître des questions relatives à l’exigibilité de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur les sociétés
et de la TVA, impôts relevant des juridictions administratives ( Cass. civ., 15 mars 1922 et 17 oct. 1922 : DP 1922, 1, n° 176. - CA Paris, 27 avr. 1960 et 4 oct.
1960 : RJCI n° 46 et 66, p. 126 et 193). Dès lors que le juge de l'action en responsabilité n'est pas le juge de l'impôt et qu'une question posée est nécessaire au
règlement du litige, le sursis à statuer est obligatoire.

Mais les juridictions judiciaires redeviennent compétentes lorsque le contribuable conteste la régularité formelle de l’acte de poursuite établissant l’impôt critiqué.
Le principe est donc clair. Pour l’ensemble des impôts relevant du juge administratif ou du juge judiciaire, ce dernier, en l’espèce le juge de l’exécution, ne peut
qu'apprécier la régularité et la validité des actes qui tendent à l'exécution forcée pour le recouvrement d'impôts. Il n’est compétent que pour se prononcer sur la
validité ou les effets des voies d'exécution utilisées pour le recouvrement de ces impôts ( Cass. com., 19 févr. 1991, n° 89-10.805 . - V. n° 311, 341 , 428. - Cass.
com., 27 juin 1989, n° 87-15.641, Tournier : Dr. fisc. 1989, n° 43, comm. 1989 ). Il a été ainsi jugé qu’il ne pouvait pas connaître de contestations relatives à des
actes antérieurs au commandement de payer ( Cass. com., 27 juin 1966 : Bull. civ. IV, n° 320 ).

Cette irrégularité formelle de l’acte n’est pas susceptible d'être influencée par la validité au fond qu'aurait à apprécier un tribunal administratif saisi d'une
contestation à ce titre. C'est pour cette raison que, tout d'abord, il a été décidé qu'une juridiction judiciaire saisie d'une réclamation relative à l'acte de poursuite
par un redevable contestant simultanément, devant le tribunal administratif, l'existence de l'obligation au paiement de la dette fiscale, son montant compte tenu
des paiements effectués ou son exigibilité, n'avait pas à surseoir à statuer, mais devait se prononcer sans attendre. Puis le Tribunal des conflits a considéré qu'un
tribunal judiciaire, saisi d'une telle contestation, devait se déclarer incompétent et non point surseoir à statuer jusqu'à la décision de la juridiction administrative,
même déjà saisie, estimant ainsi que la contestation devait s’analyser en question préjudicielle ( T. confl., 1er févr. 1951 : S. 1951, 3, p. 84).

§ 338 En matière d’impôts directs, la contestation par laquelle le redevable fait valoir que le comptable ne justifie pas de l’envoi de l’extrait de rôle a trait, non à la
régularité en la forme de l’acte de poursuite, mais à l’exigibilité de l’impôt. Par conséquence le juge de l’exécution est incompétent pour juger d’une telle
contestation, qu’il doit renvoyer par voie préjudicielle au juge de l’exigibilité de l’impôt ( Cass. com., 19 janv. 2010, n° 09-12.370 , Trésorier principal des Pennes-
Mirabeau : JurisData n° 2010-051189 ; Dr. fisc. 20140, n° 41, comm. 528, note J.-P. Maublanc. - Cass. com., 20 févr. 2007, n° 95-17.483 , Trésorier Roquevaire :
RJF 2007, n° 850. - Cass. com., 12 févr. 2008, n° 06-20.976 : JurisData n° 2008-042746 ; Dr. fisc. 2008, n° 15, comm. 268 , note J.-P. Maublanc ; RJF 2008, n°
607. V. n° 410 ). Cette motivation a été reproduite à l'identique dans une décision du 9 mars 2010 (Cass. com., 9 mars 2010, n° 09-13.392 : JurisData n° 2010-
001549 ; RJF 2010, n° 645) et en dernier lieu par une décision du 28 septembre 2010 ( Cass. com., 28 sept. 2010, n° 09-68.215 , Trésorier ppal Marseille 8e arr.).

§ 339 Nota
Dans le cas d’un sursis à statuer, l’instance est suspendue. Il s’ensuit que le délai de prescription est également suspendu ( Cass. com., 12 oct. 2010, n° 09-
71.002, Cayatte et Le Roudier. - Cass. com., 5 avr. 2018, n° 16-20.588. - V. également Cass. com., 12 oct. 2010, n° 09-71.002 ).

§ 340 Sursis à statuer prononcé par les juridictions judiciaires


Sur la question de sursis à statuer, la jurisprudence de la Cour de cassation a évolué. Tout d'abord, la Cour de cassation a admis implicitement la possibilité pour
les tribunaux judiciaires de surseoir à statuer en considérant que le prononcé d'un sursis à statuer relevait du pouvoir discrétionnaire des juges du fond ( Cass.
com., 2 févr. 2010, n° 09-13.741, F-P+B , M. X : JurisData n° 2010-051413 ; Bull. civ. IV, n° 30 ; Dr. fisc. 2010, n° 15, 269 , étude A. Angotti et M. Rodrigues). Par
exemple, il a été jugé que le juge judiciaire, saisi d'une demande de mainlevée d'une hypothèque prise sur les immeubles d'un propriétaire de fonds de
commerce, au titre des impôts dus par l'exploitant en raison de l'exploitation, propriétaire contestant sa mise en cause comme n'ayant pas cette qualité, n'était
pas tenu de prononcer un sursis à statuer. Le juge avait ainsi pu décider qu'il n'y avait pas lieu à radiation de l'hypothèque tant que la décharge des impositions
en cause n'était pas ordonnée par la juridiction compétente ( Cass. com., 14 mars 1986, n° 84-12.696 : JurisData n° 1986-002502 ; Dr. fisc. 1987, n° 1, comm. 33
).

§ 341 Puis dans divers arrêts, la Cour de cassation a confirmé sa jurisprudence :

les tribunaux de l'ordre judiciaire sont seuls compétents pour se prononcer sur la validité ou les effets des voies d'exécution utilisées pour le recouvrement
d'impôts, sauf à renvoyer les parties à faire trancher par les juridictions administratives exclusivement compétentes les questions préjudicielles dont dépend
la solution du litige et, en ce cas, à surseoir à statuer (il s'agissait d'un redevable qui, ayant demandé la décharge des impositions et le sursis de paiement,
sollicitait la suspension des effets d'un ATD et d'une saisie-exécution) ( Cass. com., 19 févr. 1991 , n° 89-10.805.- V. n° 311, 337, 428 ).

Dans d’autres décisions, elle a décidé que :

une cour d'appel " a décidé qu'un tel avis [un ATD] constituait une voie d'exécution et qu'il y avait lieu de surseoir à statuer jusqu'à ce que la juridiction
administrative ait tranché la contestation relative à l'existence de la créance fiscale dont elle était saisie " ( Cass. com., 16 juin 1992, n° 90-12.601 ,
Percepteur ville d'Albert : RJF 1993, n° 144) ;

le juge du fond doit " rechercher, sauf à renvoyer les parties à faire trancher par la juridiction administrative compétente la question préjudicielle dont
dépendait la solution du litige et, en ce cas, à surseoir à statuer, si l'exonération invoquée, qui était de nature à influer sur la responsabilité solidaire
imputée à M. X, était fondée " ( Cass. com., 12 janv. 1993, n° 90-21.202, M. Resclause : JurisData n° 1993-001555 ; Dr. fisc. 1993, n° 28, comm. 1462 ;
RJF 1993, n° 455) ;

la juridiction, saisie d'une demande de mise en cause d'un dirigeant en application de l' article L. 267 du LPF , doit surseoir à statuer lorsque l'intéressé
fait valoir qu'une procédure de redressement judiciaire est ouverte contre la société débitrice et que la décision à rendre sur l'état de vérification des
créances n'est pas intervenue, " le déroulement de la procédure collective étant susceptible d'influer sur l'impossibilité de recouvrement de la dette
fiscale à l'égard de la société " ( Cass. com., 9 mars 1993, n° 91-11.206 : Dr. fisc. 1993, n° 27, comm. 1416 ) ;

le tribunal judiciaire, " constatant l'existence d'un principe de créance ", a pu décider que " la saisie-arrêt restait valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur
le recours formé devant la juridiction administrative par le contribuable " ( Cass. com., 15 févr. 1994, n° 92-13.311 : Dr. fisc. 1994, n° 18, comm. 875. -
Dans le même sens, Cass. com., 19 févr. 1991, n° 89-10.805 . - V. n° 311, 337, 428 ) ;

une cour d'appel a rejeté à bon droit la demande de mainlevée d'une saisie-attribution qu'avait fait pratiquer un comptable du Trésor public en exécution
de titres contre lesquels avait été effectuée une opposition devant un tribunal administratif, en retenant que la contestation de la créance, formée
postérieurement à la saisie-attribution qui avait immédiatement produit son effet attributif, avait pour seule conséquence de suspendre la force
exécutoire du titre la constatant et la procédure d'exécution ( Cass. 2e civ., 20 nov. 2003, n° 01-15.231 : JurisData n° 2003-020988 ; Bull. civ. II, n° 35 ;
JCP E 2004, n° 4, pan. 87 . - Cass. 2e civ., 6 déc. 2001, n° 99-20.593 : JurisData n° 2001-011984 ; Bull. civ. II, n° 186 ; JCP E 2002, n° 4, pan. 148 ;
RTD civ. 2004, p. 144-145 , note R. Perrot) ;

aux termes de l' article 388 du Code de procédure civile , la péremption doit, à peine d'irrecevabilité, être demandée ou opposée avant tout autre moyen
dont le sursis à statuer (Cass. com., 17 mai 2011, n° 09-72.862, Smith : JurisData n° 2011-009085 ; Procédures 2011, comm. 261) ;
une cour d'appel a rejeté à bon droit, les prétentions du débiteur de l'impôt concernant la régularité de la procédure de redressement dès lors que ce
dernier n'avait ni saisi les juridictions de l'ordre administratif compétentes pour apprécier l'existence et le montant de la dette fiscale, ni sollicité le sursis à
statuer jusqu'à ce que le juge de l'impôt ait statué sur le bien-fondé des impositions litigieuses (Cass. com., 14 sept. 2010, n° 09-14.898, Baranger : Dr.
fisc. 2011, n° 42, 565 ).

§ 342 Par conséquent, si l’exigibilité de l’impôt est contestée, le juge judiciaire doit retenir l'existence d'une question préjudicielle, ordonner le sursis à statuer et le
renvoi de l’affaire devant le juge compétent (V. Cass. com., 25 mars 2020, n° 18-22.932 ). Dès lors, avant de statuer sur le montant de la créance à retenir, le
juge judiciaire doit renvoyer les parties à faire statuer par le juge administratif le point de droit concernant le montant de l'impôt réclamé ( Cass. com., 3 déc. 2002,
n° 00-21.850 : JurisData n° 2002-016641 ; Bull. civ. IV, n° 185 ; JCP G 2003, n° 5, 1183 ; JCP E 2003, n° 6, pan. 227 ; RJF 2003, n° 509. - Cass. com., 10 juill.
2007, n° 06-15.822 : JurisData n° 2007-040265 ; RJF 2007, n° 1497. - Cass. com., 25 avr. 2006, n° 03-20.709, F-D, Moneron : JurisData n° 2006-033251 ; BJS
2006, n° 8-9, p. 1050. - Cass. com., 8 févr. 2011, n° 10-12.733 : JurisData n° 2011-001430 ).

§ 343 La chambre commerciale estime que le juge judiciaire ne peut s'affranchir du sursis à statuer que s'il relève l'absence de caractère sérieux de l'exception
d'irrégularité soulevé par un débiteur solidaire du paiement de l’impôt en application des dispositions de l’ article L. 267 du LPF ( Cass. com., 18 oct. 2017, n° 16-
15.111 : JurisData n° 2017-020732 . - Cass. com., 9 juin 2015, n° 14-15.750, F-D : Dr. fisc. 2015, n° 28, comm. 467 . - Cass. com., 17 janv. 2012, n° 11-10.060, F-
D , : RJF 5/2012, n° 52 ; Dr. fisc. 2012, n° 16, chron. 2623 , R. Salomon. - Cass. com., 25 avr. 2001, n° 98-12.244 : JurisData n° 2001-009479 ; RJF 8-9/2001, n°
1134. - Cass. com., 16 janv. 2001, n° 98-12.766 et 98-14.701 . - Cass. com., 19 oct. 1999, n° 97-16.300. - Cass. com., 2 déc. 1997, n° 96-12.370 : JurisData n°
1997-122525 ; RJF 1998, n° 470. - Cass. com., 10 mai 1994, n° 92-20.097).

Ce n'est qu'ensuite, ou s'il n'y a eu aucune contestation ab initio par le dirigeant du quantum ou de l'existence de la dette fiscale, que le juge judiciaire apprécie,
conformément à l' article L. 267 du LPF , si le dirigeant est responsable des manoeuvres frauduleuses ou de l'inobservation grave et répétée des obligations
fiscales qui ont rendu impossible le recouvrement des impositions et des pénalités dues par la société.

§ 344 Question préjudicielle


La Cour de cassation considère que constitue une question préjudicielle la question de savoir :

si le débiteur doit l'impôt ( Cass. com., 17 déc. 1991, n° 90-12.653 : JurisData n° 1991-003589 ; Bull. civ. IV, n° 392 ; Dr. fisc. 1992, n° 17, comm. 904 ) ;

si l'impôt porté sur l'avis à tiers détenteur est toujours demandé ( CE, 4 mai 1988, n° 28514 : Dr. fisc. 1990, n° 22, comm. 1101 ; RJF 6188, n° 826) ;

si l'action en recouvrement du trésorier n'est pas prescrite ( Cass. com., 19 déc. 2006, n° 04-19.993 : JurisData n° 2006-036770 ; Dr. fisc. 2007, n° 25,
comm. 664 ).

Si le comptable ne justifie pas de l’envoi de l’extrait de rôle (V. n° 338 ).

§ 345 Sursis à statuer prononcé par les juridictions administratives


Les juridictions administratives peuvent surseoir à statuer lorsqu'une tierce personne, mise en cause en vertu de dispositions autres que celles du CGI, conteste
son obligation d'acquitter la dette (LPF, art. L. 282). La question de savoir si les dispositions de l'article L. 282 du LPF faisaient obligation au tribunal administratif,
saisi d'un contentieux du recouvrement, de surseoir à statuer à chaque fois que le redevable contestait son obligation de payer sur la base de dispositions autres
que celles du CGI et notamment lorsque l’obligation d’acquitter la dette d’impôt était fondée sur les articles 2011 et suivants du Code civil relatifs au
cautionnement, a été tranché par le Conseil d’État qui a considéré que les dispositions de l'article L. 282 du LPF n'avaient d'autre effet que de prévoir,
conformément aux règles applicables en matière de question préjudicielle, qu'il incombe au juge administratif de surseoir à statuer lorsque la contestation de
l'obligation d'acquitter la dette soulève une difficulté sérieuse ( CE, 9e et 10e ss-sect., 2 juill. 2003, n° 220205, M. Villa : JurisData n° 2003-080402 ).

§ 346 Le sursis à statuer a été prononcé par des juridictions administratives notamment dans les cas suivants :

tiers détenteur prétendant ne pas être débiteur du redevable de l'impôt à la date de délivrance de l'ATD (CE, 29 juill. 1983, n° 34981 : JurisData n° 1983-
607679 ; Dr. fisc. 1984, n° 17, comm. 905 ; RJF 1983, n° 1407. - CE, 18 nov. 1985, n° 28514 : Dr. fisc. 1986, n° 18, comm. 883 ; RJF 1986, n° 86. - CAA
Paris, 24 sept. 1991, n° 90-769 : Mémorial percepteurs 1993, p. 8) ;

caution contestant son obligation de payer par des moyens portant sur l'article 2037 du Code civil et mettant en cause les formalités de publicité du
privilège du Trésor (CE, 10 avr. 1992, n° 93311 : Dr. fisc. 1993, n° 5, comm. 167) ;

détermination de l'origine d'une somme versée au titre d'un cautionnement de mise en liberté provisoire et appréhendée par voie d'ATD ( CE, 7e et 8e ss-
sect., 8 août 1990, n° 71821, Fériel : Dr. fisc. 1991, n° 52, comm. 2565 , concl. O. Fouquet ; RJF 1990, n° 1386 ; Mémorial percepteurs 1991, p. 203).

§ 347 Moyen d'incompétence relevé d'office


Depuis 1992, le juge de l'exécution doit relever d'office son incompétence (COJ, art. L. 311-12-1). En principe, l'exception d'incompétence du juge judiciaire ne
peut être soulevée pour la première fois par une partie devant la Cour de cassation. Cependant, en raison de l’indépendance des procédures entre les 2 ordres,
la Cour de cassation doit relever d'office, en application de l' article 92, alinéa 2, du Code de procédure civile et de l' article L. 281 du LPF , le moyen pris de cette
incompétence après avoir relevé que les juges du fond ont dans leur décision excédé leurs pouvoirs (Cass. 2e civ., 3 mai 2006, n° 04-20.441 : JurisData n° 2006-
033301 ; Bull. civ. II, n° 113 ; JCP G 2006, IV, 2162. - Cass. com., 11 mars 2003, n° 00-20.737 . - Cass. com., 12 juill. 2004, n° 03-12.409 , CGE et SLDE :
JurisData n° 2004-024693 ; Bull. civ. IV, n° 152 ; Dr. adm. 2004, comm. 139, note M. Bazex et S. Blazy : D. 2004, p. 2374. - Cass. com., 23 janv. 2007, n° 04-
20.831, Barbarin : JurisData n° 2007-037117 ; RJF 2007, n° 619. - V. n° 242, 348 , 410. - Cass. soc., 20 déc. 2000, n° 99-17.095 : JurisData n° 2000-007581 ;
Bull. civ. V, n° 439 ; JCP G 2001, IV, 1349 . - Cass. com., 3 déc. 2002, n° 00-21.850, FS-P+B : JurisData n° 2002-016641 ; Bull. civ. IV, n° 185 ; BF Lefebvre juin
2014, n° 572).
§ 348 Délais de paiement
Selon une jurisprudence constante, les tribunaux judiciaires qui, en application de l' article 1244-1 du Code civil peuvent, dans la limite de 2 années, reporter ou
échelonner le paiement des sommes dues, sont incompétents pour connaître d'une telle demande lorsque la créance en cause est une créance fiscale ( Cass.
com., 23 nov. 1993, n° 92-21.081 : JurisData n° 1993-003014 ; RJF 1994, n° 208. - CA Versailles, 17 sept. 1987 : Mémorial percepteurs 1988, p. 203). Ils ne
peuvent pas accorder des délais de paiement lorsque la contestation est relative à l'exigibilité des sommes réclamées ( Cass. com., 23 janv. 2007, n° 04-20.831 .
- V. n° 242, 347, 410 ). Ils doivent se déclarer incompétents pour accorder des délais de paiement lorsque la demande de délais de paiement n'est pas en relation
avec une difficulté tenant à la procédure d'exécution dont le contribuable ne conteste ni le fondement ni la régularité de l'acte. Il en était de même pour le juge des
référés judiciaires (Cass. com., 27 nov. 1978, n° 77-12.503 : Bull. civ. IV, n° 280 . - Cass. com., 26 nov. 2003, n° 01-17.162 : JurisData n° 2003-021301 ; RJF
2004, n° 313. - CA Rouen, 24 mars 1971 : Mémorial percepteurs 1971, p. 94. - CA Paris, 10 juin 1986 . - CA Grenoble, 25 oct. 1989 : Mémorial percepteurs 1990,
p. 183 et 184. - CA Versailles, 17 sept. 1987, n° 1880-26 : Mémorial percepteurs 1988, p. 202. - Cass. com., 13 oct. 1992, n° 90-18.930 : JurisData n° 1992-
002311 ; JCP G 1992, n° 50, IV, n° 3055 ; Bull. civ. IV, n° 309 ; Mémorial percepteurs 1992, p. 246. - TGI Arras, 16 déc. 1993 : Rev. huissiers 1994, p. 642 . - CA
Douai, 19 mai 1994 : Rev. huissiers 1994, p. 1295 ). Seul le comptable public est compétent pour différer le recouvrement de l'impôt en accordant des délais. Il a
été jugé qu'en l'absence de constitution de garanties par le contribuable qui a sollicité un sursis de paiement dans l'attente d'une décision définitive, la
contestation de différer le paiement fait uniquement obstacle aux actes de poursuites qui ont pour effet immédiat de déposséder le contribuable ( Cass. com., 14
mars 2006, n° 03-15.262, Berthy-Proux : JurisData n° 2006-032754 ; Dr. fisc. 2006, n° 38, comm. 602 ; RJF 2006, n° 782. - Cass. com., 2 mai 2007, n° 06-15.552
: JurisData n° 2007-039722 ; Dr. fisc. 2007, n° 27, comm. 713 ; RJF 2007, n° 975. - Cass. com., 2 mai 2007, n° 06-13.247 : JurisData n° 2007-038697).

§ 349 Suspension des poursuites pour le recouvrement de l'impôt


Partant de l'incompétence des juridictions judiciaires pour octroyer des délais de paiement en matière fiscale, il a été jugé que ces juridictions étaient également
incompétentes pour suspendre les poursuites exercées pour assurer le recouvrement de l'impôt ( CA Douai, 19 mai 1937 : Mémorial percepteurs 1937, p. 385).
Cette jurisprudence a été confirmée par la Cour de cassation (Cass. com., 25 nov. 1974, n° 73-14.435 : JurisData n° 1974-097301 ; Bull. civ. IV, n° 301 ; BODGI
12 C-4-75 ; Dr. fisc. 1975, n° 13, instr. 4750). La Cour de cassation a censuré une décision qui a rejeté la demande de sursis à statuer formée par les
demandeurs, après avoir énoncé que la prescription de la créance fiscale, qui a trait à l'exigibilité de la créance, ne relève pas de la compétence judiciaire, et
rappelé que les appelants avaient fait valoir qu'il n'était pas établi que la créance dont se prévalait le trésorier était liquide et exigible au sens de l' article 2191 du
Code civil , et qu'ils avaient saisi l'Administration d'une réclamation contestant l'existence de leur obligation de payer à laquelle ils n'avaient pas reçu de réponse,
ce qui justifiait la suspension des poursuites en raison d'un éventuel recours, et retenu que la lettre simple adressée au trésorier ne saurait constituer un recours,
suspensif d'exécution ( Cass. com., 8 févr. 2011, n° 10-12.733, Guégan : JurisData n° 2011-001430 ; RJF 2011, n° 748).

§ 350 Dommages-intérêts
Lorsqu'une réclamation contentieuse est admise en totalité ou en partie, le contribuable ne peut prétendre à des dommages-intérêts ou à des indemnités
quelconques, à l'exception des intérêts moratoires prévus par l' article L. 208 du LPF ( LPF, art. L. 207 ).

§ 351 Intérêts moratoires


Quand l'État est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'Administration à la suite d'une réclamation
tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent
lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l' article 1727 CGI . Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont
pas capitalisés ( LPF, art. L. 208, al. 1er ). Lorsque les sommes consignées à titre de garanties en application des articles L. 277 et L. 279 du LPF doivent être
restituées, en totalité ou en partie, la somme à rembourser est augmentée des intérêts prévus au premier alinéa. Si le contribuable a constitué des garanties
autres qu'un versement en espèces, les frais qu'il a exposés lui sont remboursés dans les limites et conditions fixées par décret ( LPF, art. L. 208, al. 2 ).

Les sommes remboursées à la suite d'une réclamation présentée sur le fondement des articles 119 quater et 182 B bis du CGI donnent lieu au paiement
d'intérêts moratoires lorsque le remboursement est effectué plus d'un an après la demande. Les intérêts, dont le taux est celui prévu à l' article L. 208 du LPF ,
courent du jour de l'expiration de ce délai. Ils ne sont pas capitalisés ( LPF, art. L. 208 A ).

§ 352 Décisions exécutoires de droit à titre provisoire


L’article R.* 202-5 du LPF confère aux jugements des tribunaux judiciaires rendus en cette matière un caractère exécutoire de droit à titre provisoire. Le juge
judiciaire n’a donc pas à ordonner l'exécution provisoire pour que celle-ci produise ses effets ( CA Paris, 11 déc. 1986 : Bull. avoués 1987, n° 101, p. 15. - Rappr.
CPC, art. 514, al. 1er ). Il ne peut pas non plus arrêter ou aménager l’exécution provisoire. La Cour de cassation juge de manière constante que constitue un
excès de pouvoir la décision par laquelle le juge arrête l'exécution provisoire qui est attachée de plein droit à un jugement ( Cass. 2e civ., 17 juin 1987 : Bull. civ.
II, n° 130 et 131 . - Cass. 2e civ., 4 juin 1993 : Bull. civ. II, n° 194 ).

La disposition introduite par l'article R.* 202-5 du LPF permettant d'arrêter l'exécution provisoire de droit en présence d'un risque de conséquences manifestement
excessives, ou de l'aménager, est ainsi dérogatoire au droit commun et, comme telle, doit être interprétée et appliquée de manière stricte.

§ 353 Effets de l’exécution provisoire


Les effets de l'exécution provisoire s'étendent, lorsque celle-ci est de droit, à tous les chefs du jugement qui en bénéficie, y compris ceux concernant la charge
des dépens et l'allocation d'une indemnité au titre de l' article 700 du NCPC ( Cass. 2e civ., 24 juin 1998 : Bull. civ. II, n° 222 ). Les dispositions de l' article 515,
alinéa 2, du NCPC prohibant l'exécution provisoire de la condamnation aux dépens ou au paiement d'une somme sur le fondement de l'article 700 ne sont en
effet applicables qu'à l'exécution provisoire ordonnée.

Toutefois, afin de garantir tant aux contribuables qu'à l'Administration qu'une telle exécution provisoire n'entraînera pas de conséquences trop lourdes, le même
texte a prévu, en cas d'appel, la possibilité pour le premier président de la cour d'appel, statuant en référé, d'arrêter ou d'aménager cette exécution provisoire
dans les conditions fixées aux articles 517 à 524 du Nouveau Code de procédure civile .
§ 354 Sursis à exécution des décisions juridictionnelles
Aux termes de l’ article R. 811-17 du Code de justice administrative (CJA), le sursis peut être ordonné à la demande du requérant si l'exécution de la décision de
première instance attaquée risque d’entraîner des conséquences difficilement réparables et si les moyens énoncés dans la requête paraissent sérieux en l’état de
l’instruction. Le sursis à exécution est une cause de suspension de la prescription puisqu’il interdit au comptable de poursuivre le recouvrement. Toutefois, il ne
produit ses effets que lorsqu’il est accordé ( CE, 8e et 3e ss-sect., 30 nov. 2001, n° 234654 : JurisData n° 2001-080052).

Le sursis à exécution (et l’effet suspensif) prend fin lorsque la juridiction statue au fond sur le recours en annulation.

§ 355 Contestation abusive


En cas de contestation manifestement abusive, la juridiction judiciaire peut prononcer, d'office ou sur demande du comptable, une sanction, amende civile ou
dommages et intérêts ( Cass. com., 1er juin 1981, n° 572 : Dr. fisc. 1981, n° 42, comm. 1894 ). L'Administration peut aussi, en application de l' article 700 du CPC
, obtenir une indemnité au titre des frais qu'elle a dû engager et qui ne sont pas compris dans les dépens (Cass. com., 12 janv. 1993, n° 90-20.758, Bègue : Dr.
fisc. 1993, n° 31, comm. 1616 ).

§ 356 Suspension de la prescription


Selon l' article 377 du CPC , l'instance est suspendue par la décision qui sursoit à statuer (Cass. com., 5 avr. 2018, n° 16-20.588).

§ 357 Appel des décisions judiciaires. Règles de la procédure civile


Sous réserve de l'application des dispositions des alinéas 3, 4 et 6 de l'article R.* 202-2 et de celles de l'article R.* 202-3, l'appel est formé, instruit et jugé selon
les règles de la procédure avec représentation obligatoire prévue au Code de procédure civile ( LPF, art. R.* 202-6 ).

Attention
Conformément aux dispositions du III de l'article 55 du décret n° 2019-1333 du 11 décembre 2019 modifié par l' article 22 du décret n° 2019-1419 du 20
décembre 2019 et par dérogation aux dispositions des I et II dudit article, jusqu'au 1er septembre 2020, dans les procédures soumises au 31 décembre 2019 à la
procédure écrite ordinaire, la saisine par assignation de la juridiction et la distribution de l'affaire demeurent soumises aux dispositions des articles 56, 752, 757 et
758 du Code de procédure civile dans leur rédaction antérieure audit décret.

Jusqu'au 1er septembre 2020, les assignations demeurent soumises aux dispositions de l' article 56 du Code de procédure civile , dans sa rédaction antérieure
au même décret, dans les procédures au fond prévues aux articles R.* 202-1 et suivants du LPF .

§ 358 Dans les instances engagées en vertu de l’ article L. 199 du LPF , les agents des finances territorialement compétents agissent en qualité de représentant
de l’État, partie à ces instances. La Cour de cassation a jugé que ces agents ayant la qualité de partie pouvaient relever appel d’une décision de première
instance dans le dessein d’en obtenir sa réformation (Cass. com., 14 mai 2013, n° 12-20.893, F-P+B, Sté Anemos : JurisData n° 2013-009707 ; Dr. fisc. 2013, n°
22, act. 295 ).

L' article 112 de la loi de finances pour 1997 , n° 96-1181, 30 décembre 1996 (Dr. fisc. 1997, n° 1-2, comm. 1) a ouvert la voie de l'appel à rencontre des
jugements rendus, à compter du 1er mars 1998, en matière de droits d'enregistrement et assimilés.

Le délai d’appel n’est suspensif (D. n° 92-755, 31 juill. 1992, art. 30) sauf si un sursis à exécution est prononcé.

§ 359 Étendue du pouvoir du juge français lors d’une demande d’assistance internationale au recouvrement présentée par l’État français pour une
créance fiscale étrangère
En cette matière, si le tribunal judiciaire est seul compétent pour connaître des litiges portant sur l'existence de l'obligation de payer la dette fiscale étrangère, sa
quotité ou son exigibilité, le juge de l’exécution retrouve sa compétence pour examiner la régularité en la forme de l'acte de poursuite ( T. confl., 4 juill. 2011, n°
11-03.802 . - Textes appliqués : Cons. CE, dir. 76/308/CEE, 15 mars 1976 , mod. par dir. 2001/44/CE, 15 juin 2001 . - LPF, art. L. 283 A. - Cons. CE, dir. 76/308
/CEE, 15 mars 1976, art. 3 remplacée par dir. 2008/55/CEE, 26 mai 2008 ).

Si l'article L. 283 A du LPF prévoit que l'Administration française peut requérir un État membre à fin de prise de mesures conservatoires relatives à toutes les
créances afférentes notamment aux taxes, impôts et droits quels qu'ils soient, permettant ainsi à cette administration de requérir des autorités espagnoles de
prendre des mesures conservatoires à l'encontre d'un redevable de l'impôt sur ses biens situés en Espagne, tout comme les autorités espagnoles peuvent
requérir de l'Administration française que celle-ci mette en oeuvre des mesures conservatoires sur le territoire français à l'encontre d'un débiteur faisant l'objet en
Espagne d'une action en recouvrement d'une créance visée à l'article L. 283 A, II, du même livre, la Cour de cassation considère que ces dispositions ne
confèrent cependant pas au juge français le pouvoir d'autoriser des mesures conservatoires portant sur un compte bancaire détenu en Espagne car en vertu des
articles 3 et 16 de la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 , sur la demande d'assistance formulée à la diligence de l'autorité requérante d'un État
membre de l'Union européenne, l'autorité requise d'un autre État membre prend des mesures conservatoires lorsque sa législation nationale l'y autorise et
conformément à ses pratiques administratives ( Cass. 2e civ., 21 janv. 2016, n° 15-10.193 :JurisData n° 2016-000615 , publié au Bulletin, cité au n° 32. - Cass.
1re civ., 12 mai 1931 : Bull. civ. I, n° 82 . - Cass. 2e civ., 14 févr. 2008, n° 05-16.167 : JurisData n° 2008-042728 ; Bull. civ. II, n° 36 . - Article appliqué : LPF, art.
L. 283 ).

3) Prescription de l’action en recouvrement

§ 360 Prescription de quatre années


Dans sa version modifiée, par la loi n° 2020-1721, article 160, V du 29 décembre 2020, l’ article L. 274 du LPF stipule que " Sauf dispositions contraires et sous
réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux
comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252
A " ( LPF, art. L. 274, al. 1er ).

En revanche, le second alinéa de l’article L. 274 reste inchangé : le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu au premier alinéa est augmenté de 2
années pour les redevables établis dans un État non membre de l'Union européenne avec lequel la France ne dispose d'aucun instrument juridique relatif à
l'assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle prévue par la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant
l'assistance mutuelle en matière de recouvrement des créances relatives aux taxes, impôts, droits et autres mesures ( LPF, art. L. 274, al. 2 ).

§ 361 L’ article L. 274 du LPF prévoit une prescription de 4 ans sans distinguer selon l'origine du titre invoqué au soutien de celles-ci. Ainsi, le comptable public
ne peut poursuivre le recouvrement forcé des créances fiscales que dans un délai de 4 ans. Si aucun acte de recouvrement forcé pendant 4 années consécutives
à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement n’est intenté, le comptable public est déchu de tous droits
et de toute action contre ce redevable.

La Cour de cassation considère que la créance du comptable chargé du recouvrement se prescrit par 4 ans et non par 30 ans en application des dispositions de l'
article 2262 du Code civil ( Cass. com., 12 févr. 2008, n° 06-17.562 : JurisData n° 2008-042778 ; Dr. fisc. 2008, n° 21, comm. 345. - Sur la prescription de l'action
en recouvrement, V. JCl. Fiscal, fasc. 9130 . - Cass. com., 7 juill. 2015, n° 14-18.766 : JurisData n° 2015-016986 ; Procédures 2015, comm. 293, obs. C. Laporte)
. Il est à noter que certains arrêts rattachent le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement à la contestation de l'obligation de payer, dans la mesure
où elle a pour effet de supprimer cette dernière. C'est toutefois sans incidence sur la compétence juridictionnelle. D'une manière générale, la distinction entre
obligation de payer et exigibilité n'est pas toujours parfaitement nette en jurisprudence. Ainsi, dans une instance, l'action d'un associé de SCI qui contestait sa
mise en cause dans le recouvrement des impôts dus par la société portait en principe sur l'obligation de payer, mais a été considérée comme relative à l'exigibilité
(Cass. com., 25 janv. 2005, n° 02-21.097 : JurisData n° 2005-031472 ).

L’ article 2242 du Code civil dispose, " L’interruption [de la prescription] résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance ". Ce
texte reprend une jurisprudence constante aux termes de laquelle l’effet interruptif de la prescription résultant d’une action portée en justice se prolonge jusqu’à
ce que le litige trouve sa solution ( Cass. 1re civ., 8 déc. 1976, n° 74-10.180 . - Cass. com., 15 oct. 1991, n° 90-10.922 : JurisData n° 1991-002539 . - Cass. civ.,
24 juin 1997, n° 95-15.273 : JurisData n° 1997-002977 . - Cass. 1re civ., 23 mars 1999, n° 97-04.162 : JurisData n° 1999-001246).

Le délai de prescription peut selon le cas, être interrompu ou suspendu.

§ 362 Prescription abrégée


Dans certains cas, l’action se prescrit dans le délai de 2 mois à compter de la réception de la notification du titre exécutoire ( Cass. 2e civ., 2 juill. 2009, n° 08-
14.175 ), à la condition que cette notification soit régulière et notamment, qu’elle porte l’indication des délais et des voies de recours ( Cass. com., 10 mai 2011,
n° 10-14.160, P : JurisData n° 2011-008322 ; Bull. civ. IV, n° 71 . - Cass. com., 26 nov. 2013, n° 12-19.074, Simer. - Sur la redevance d’enlèvement d’ordures
ménagères V. Cass. 1re civ., 25 mars 2009, n° 08-11.482, Communauté de communes Pays de Ribeauvillé. - CGCT, art. 1617-5, 2° ).

§ 363 Moyen de défense d’ordre public


La prescription en matière de recouvrement est un moyen de défense d’ordre public qui libère le contribuable à la suite de l’inaction prolongée de l’Administration.
Mais cette disposition fait seulement disparaître le caractère obligatoire du paiement de la dette fiscale et prive le Trésor public du droit de contraindre son
débiteur. Cette mesure est sans incidence aucune sur les impositions elles-mêmes. Le contribuable reste redevable des impositions non acquittées. Lorsqu'il
procède à ces paiements, le contribuable exécute une obligation qui demeure.

§ 364 La Cour de cassation a fait application de ces mêmes principes à propos du paiement volontaire d'une dette de cotisations sociales, qui, même prescrites,
conservait sa cause dans l'obligation de cotiser ( Cass. soc., 13 oct. 1965, Corbières : Bull. civ. IV, n° 650 . - Cass. soc., 19 janv. 1966 , Caisse autonome et
assurances vieillesse et de prévoyance des horlogers : Bull. civ. IV, n° 81 . - Cass. soc., 11 avr. 1991, n° 89-13.068 : JurisData n° 1991-001017 ; Bull. civ. V, n°
192 ; RTD civ. 1992, p. 97 , note J. Mestre. - V. n° 385 ).

§ 365 Interruption de prescription


Le délai de 4 ans mentionné au premier alinéa de l’article L. 274 du LPF , par lequel se prescrit l'action en vue du recouvrement, est interrompu par tous actes
comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous autres actes interruptifs de la prescription. Ainsi, les actes de poursuite régulièrement notifiés
en application de l' article 1858 du Code civil au redevable ainsi qu'au tiers détenteur interrompt la prescription.

L'interruption de la prescription enlève toute valeur au délai déjà écoulé et fait courir un nouveau délai de même nature et de même durée. L'acte interruptif de
prescription a pour effet de substituer à la prescription en cours une nouvelle prescription de même durée. La fin de l'interruption marque donc le point de départ
d'un nouveau délai de même nature que le précédent.

§ 366 La jurisprudence administrative admet :

qu’un acte de poursuite régulièrement notifié aux associés d'une société civile emporte interruption de la prescription à l'égard de la société lorsque
l'Administration a préalablement et vainement tenté, par des diligences suffisantes eu égard aux informations dont elle pouvait disposer sur l'insuffisance
d'actif, de poursuivre la société ( CE, 26 janv. 2011, n° 309362, SCEA vignobles du Château Lieujean : JurisData n° 2010-000841 ; Dr. fisc. 2011, n° 13,
comm. 289 , note J.-M. Vié) ;

la compétence du juge de l'impôt pour apprécier si un commandement de payer avait interrompu la prescription de l'action en recouvrement, l'absence
de bien-fondé de l'acte, au motif que la somme sur laquelle il portait ne serait pas exigible, étant sans incidence sur l'interruption de la prescription ( CE,
9e et 10e ss-sect., 30 déc. 2009, n° 308.242 , de Beaufort : JurisData n° 2009-081594 ; Dr. fisc. 2010, n° 13, comm. 272, note N. Chayvialle ; RJF 3
/2010, n° 294 ; Lebon T., p. 698 ; Procédures 2010, comm. 105 , note L. Ayrault) ;
qu’une reconnaissance de dette peut être interruptive de prescription Cette hypothèse suppose l'intervention d'un acte qui l'exprime sans ambiguïté ni
réserve. La manifestation de la volonté du débiteur doit être claire et consciente ( CE, 8 juin 1990, n° 76775, M. Le Bail : Dr. fisc. 1990, n° 41, comm.
1839, concl. N. Chahid-Nouraï ; RJF 8-9/90, n° 1082). Ainsi, la simple inscription au bilan d'une entreprise d'une dette de TVA ne constitue pas, en
l'absence de tout autre acte du redevable ayant cet objet, un acte comportant reconnaissance interruptive de prescription ( CE, 20 oct. 2000, n° 18201,
Duval : Dr. fisc. 2001, n° 13, comm. 298 , concl. J. Courtial ; RJF 1/2001, n° 104 au sujet du caractère non interruptif de prescription de l'imputation du
remboursement de l'emprunt obligatoire de 1983 sur une dette fiscale).

De même, le Conseil d’État a considéré que le fait qu’une société ait continué de supporter, par voie de prélèvements automatiques sur son compte, les frais
afférents à un cautionnement apporté en garantie lors d’une demande de sursis de paiement, ne pouvait être regardé comme constituant, de la part de la société,
" un ensemble d'actes comportant reconnaissance " au sens de l’ article L. 274 du LPF , et qui, en application des dispositions dudit article, aurait, "
continuellement et jusqu'à cette date, interrompu le cours de la prescription " ; l'engagement souscrit par la caution envers le Trésor conserve, indépendamment
de la volonté du contribuable, d’une part, sa validité après qu'à l'expiration du sursis de paiement, la dette fiscale soit redevenue exigible, et aussi longtemps
qu'un paiement ou la prescription n'a pas éteint cette dette, et, d'autre part, la charge des frais attachés au cautionnement continue, par conséquent, de peser sur
le contribuable, en vertu de la convention qui le lie à la caution ; il a admis que la cour administrative d'appel n'avait pas commis d'erreur de droit en jugeant que
la continuité de l'acquittement des frais de caution par la société n'avait impliqué, de sa part, aucune reconnaissance envers le Trésor de l'exigibilité de sa dette,
de nature à interrompre le cours du délai de l'action en recouvrement ouvert au comptable par les dispositions de l’ article L. 274 du LPF ( CE, 9e et 10e ss-sect.,
29 avr. 2002 , n° 223 809 : JurisData n° 2002-080134 ).

Attention
L’avis de mise en recouvrement notifié en application de l’ article L. 256 A du LPF n’interrompt pas le délai de prescription de l’action en recouvrement ouvert par
le titre exécutoire initial. Il se substitue à l’avis de mise en recouvrement précédemment notifié ( LPF, art. L. 275 A ).

§ 367 Effets et portée de l'interruption de prescription


Les effets et la portée de l'interruption de prescription sont caractérisés par les dispositions intégrées au Code civil, à savoir l'article 2242 selon lequel " l’
interruption résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance " ( Cass. civ., 8 déc. 1976, n° 74-10.180 . - Cass. com., 15 oct.
1991, n° 90-10.922 : JurisData n° 1991-002539 . - Cass. civ., 24 juin 1997, n° 95-15.273 . - Cass. 1re civ., 23 mars 1999, n° 97-04.162 ) tandis que l'article 2243
du même code prévoit que " l’interruption est non avenue si le demandeur se désiste de sa demande ou laisse périmer l’instance, ou si sa demande est
définitivement rejetée ". Enfin, conformément à l' article 2244 du Code civil , le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par un acte
d'exécution forcée, par une mesure conservatoire prise en application du Code des procédures civiles d'exécution, par une citation en justice, une
reconnaissance de dette par les redevables, un plan de règlement, une remise gracieuse, un avis de compensation, une compensation. Enfin aux termes de l'
article 2245 du Code civil, l'interpellation faite à l'un des débiteurs solidaires par une demande en justice ou par un acte d'exécution forcée ou la reconnaissance
par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait, interrompt le délai de prescription contre tous les autres, même contre leurs héritiers.

§ 368 Actes d’exécution forcée (C. civ., art. 2244) et prescription


La mise en demeure de payer visée à l’ article L. 257-0 A du LPF interrompt la prescription. Elle peut être contestée dans les conditions prévues à l’ article L. 281
du LPF .

Les procédures de saisie mobilière : saisie-vente, saisie-attribution, saisie immobilière, SATD.

§ 369 Saisie vente


Chaque acte de la procédure de saisie-vente (procès-verbal de saisie, de vérification des objets saisis et de vente) est interruptif de prescription ( BOI-REC-
FORCE-20 ). Il convient de retenir, comme point de départ du nouveau délai de 4 ans, la date d’établissement de l’acte par l’huissier, même s’il s’agit d’un procès-
verbal de carence ou d’un procès-verbal de recherche ( Cass. civ., 7 déc. 2006, n° 06-11.211 : JurisData n° 2006-036327). Toutefois le simple relevé de
recherches infructueuses prévu à l’ article L. 152-2 du CPC exéc. n’est pas interruptif de prescription ( Cass. civ., 20 mars 2003, n° 01-11.542 : JurisData n° 2003-
018258 ).

Lorsqu’un incident relatif à la saisissabilité des biens survient, le redevable peut présenter ses observations à l’huissier qui doit alors dresser un procès-verbal de
difficultés. Les demandes relatives à la propriété ne font pas obstacle à la saisie, mais suspendent la procédure pour les biens saisis qui en font l’objet. Ces
contestations relèvent de l’opposition à poursuite. La prescription est interrompue par le procès-verbal de difficultés car la saisie a, malgré tout, été effectuée.

§ 370 Saisie-attribution
L’acte de saisie-attribution régulièrement signifié au tiers par l’huissier interrompt la prescription.

§ 371 Saisie immobilière


Aux termes de l’ article R. 321-1 du CPC exéc. , la procédure d’exécution est engagée par la signification du commandement de payer valant saisie. Dans ces
conditions, la notification du commandement interrompt la prescription sous réserve de sa publication au service de la publicité foncière dans le délai maximum
de 2 mois ( CPC exéc., art. R. 321-6 ) et d’une adjudication intervenant dans les 2 ans de sa publication ( CPC exéc., art. R. 321-20 ), sauf s’il y a eu un jugement
prorogeant le délai, par application de l' article R. 321-22 du CPC exéc. ( BOI-REC-FORCE-40 ). Par ailleurs, la demande en justice interrompt le délai de
prescription ( C. civ., art. 2241 ). L’interruption produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance ( C. civ., art. 2242 ) sauf en cas de rejet définitif de la demande
par le juge. Au cas particulier, la saisine du juge de l’exécution par le créancier dans les 2 mois de la publication du commandement interrompt également la
prescription jusqu’à un éventuel jugement d’adjudication.

§ 372 Saisie administrative à tiers détenteur (SATD)


La SATD interrompt la prescription de l'action en recouvrement qui court à l'encontre du comptable public, pour les sommes dont le paiement est réclamé au
tiers. Un avis à tiers détenteur (ancienne appellation de la SATD jusqu'au 31 décembre 2018) n’est interruptif de prescription que s’il a été régulièrement notifié
au tiers détenteur et au débiteur ( CE, 16 mai 2008, n° 290105 ). Un avis à tiers détenteur portant sur un compte débiteur a un effet interruptif ( CAA Lyon, 20 juin
1996, n° 93LY00985 : JurisData n° 1996-045625). En revanche, la SATD n’a pas d’effet interruptif lorsque, au jour de la notification, le tiers détenteur n’est pas
en relation d’affaires avec le débiteur (ex. : compte bancaire clôturé).

§ 373 Mesures conservatoires (C. civ., art. 2244)


L’ article 2244 du Code civil , qui regroupe les règles relatives à l’interruption de la prescription en matière de procédure d’exécution et de mesures
conservatoires, dispose que le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par une mesure conservatoire prise en application du CPC
exéc. En outre, le régime de l’interruption pour les mesures conservatoires est calqué sur celui des procédures d’exécution, qui sont interruptives dès leur
accomplissement. Toutefois, la mesure conservatoire ne peut être interruptive que si elle est ultérieurement et régulièrement notifiée au débiteur.

§ 374 Citation en justice


Toute demande en justice qui tend à faire reconnaître ou à exercer un droit produit un effet interruptif qui se prolonge jusqu’à ce que le litige trouve sa solution
définitive. L' article 2241 du Code civil dispose que " la demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. Il
en est de même lorsqu’elle est portée devant une juridiction incompétente ou lorsque l’acte de saisine de la juridiction est annulé par l’effet d’un vice de procédure
".

Sont notamment interruptives de prescription : l’action paulienne (V. n° 15, 38 à 41 ) et l’action en simulation (V. n° 43 ) ; l’assignation en vente globale de fonds
de commerce, quelle que soit la procédure choisie ; la déclaration de créances dans une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation
judiciaire. En revanche, un litige engagé à l’initiative du redevable (contestation d’assiette) est sans incidence sur le cours de la prescription, sauf si une demande
de sursis de paiement a été déposée dans le cadre de la contestation de l’assiette. De même les contestations visant des poursuites sont sans incidence sur le
cours de la prescription (opposition à poursuites) à l’exception des revendications d’objets saisis. S’agissant des actions engagées contre un dirigeant sur le
fondement de l’ article L. 267 du LPF ou de l' article 1745 du CGI , les actes de la procédure judiciaire intervenus avant que la solidarité ne soit établie par une
décision juridictionnelle, qui ne visent que la personne poursuivie (pas encore débitrice), ne peuvent en aucun cas avoir un effet interruptif sur la prescription des
impositions dues par le redevable légal.

§ 375 Reconnaissance de dette par les redevables


L'article 2240 du Code civil précise que " la reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription ". Ces
dispositions de droit commun sont applicables en matière fiscale. Il n’existe pas de définition légale de la reconnaissance de dette. C’est donc la jurisprudence qui
permet de cerner les contours de la notion. Le Conseil d'État a rappelé les éléments caractérisant la reconnaissance de dette : " la reconnaissance de dette
interruptive de la prescription ne peut résulter que d’un acte ou d’une démarche par lequel le redevable se réfère clairement à une créance définie par sa nature,
son montant et l’identité du créancier " ( CE, 7 sept. 2009, n° 316523 : JurisData n° 2009-081548 ).

Pour opérer son effet interruptif, la reconnaissance de dettes doit émaner du débiteur lui-même ou de son mandataire. Elle peut être expresse ou tacite.
Expresse, elle peut être donnée sous une forme quelconque et spécialement dans une correspondance adressée au service ou dans des mémoires ou
conclusions. Quand elle est tacite, elle résulte de tout acte du débiteur impliquant sans équivoque son aveu de la créance de l’Administration. La reconnaissance,
même partielle, que le débiteur fait du droit de celui contre lequel il prescrivait entraîne, pour la totalité de la créance, un effet interruptif qui ne peut se fractionner (
Cass. civ., 16 nov. 2006, n° 05-18.287 : JurisData n° 2006-035898). La prescription est ainsi valablement interrompue par le versement d’un acompte ( CE, 10
août 2005, n° 259741 . - Et CE, 6 juin 2007, n° 282629 ) ou par une demande de délai de paiement.

§ 376 Plan de règlement


La prescription se trouve interrompue successivement par la demande de délai du redevable et par chacun des versements partiels effectués en fonction du plan
de règlement ( CE, 30 juin 2000, n° 177930 : JurisData n° 2000-061400). Les effets sur la prescription jouent également dans le cas où un plan de règlement est
conclu après l’expiration du sursis de paiement (instance toujours pendante devant la cour administrative d’appel ou la cour d’appel selon les impôts contestés) :
la conclusion du plan est interruptive, la prescription étant alors suspendue tant que le plan est respecté ( CE, 30 juin 2000, n° 177930 : JurisData n° 2000-061400
).

§ 377 Remise gracieuse


Ont également un effet interruptif, une demande en remise gracieuse, l'engagement de payer les droits et pénalités.

§ 378 Suspension de prescription en matière fiscale


Le délai de prescription peut selon le cas, être interrompu ou suspendu. Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa
charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir
droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. Dans cette perspective, l’exigibilité de la créance et la
prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'Administration, soit par le
tribunal compétent ( LPF, art. L. 277 ).

Les causes de suspension de la prescription sont le sursis de paiement et la survenance d'une procédure empêchant le créancier d'agir.

La prescription peut être suspendue pendant la durée d’une réclamation contentieuse assortie d’une demande de sursis de paiement introduite par le
contribuable pendant la durée d’une instance judiciaire ou pendant la durée d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. Dans ce cas, la période
de suspension n’est pas comptée dans le délai de prescription. La Cour de cassation a décidé que le délai de prescription de l’action en recouvrement du
comptable public cesse de courir à son encontre à compter de la demande de sursis de paiement, même si celle-ci n’est assortie d’aucune offre de garantie ni
suivie d’aucune invitation de sa part à l’intention de l’auteur de la demande de sursis en paiement à constituer ces garanties ( Cass. com., 31 janv. 2006, n° 03-
16.777 : JurisData n° 2006-031931 ; Bull. civ. IV, n° 24 ).
§ 379 Suspension de la prescription et procédure collective
Conformément à l'article L. 622-25-1 du Code de commerce, la déclaration de créance interrompt la prescription jusqu'à la clôture de la procédure. Elle dispense
de toute mise en demeure et vaut acte de poursuites (C. com., art. L. 622-24. - C. com., art. L. 622-25 . - C. com., art. L. 622-25-1. - C. com., art. L. 622-26 . - C.
com., art. L. 631-14 . - Et C. com., art. L. 641-3 ) et l’effet interruptif se prolonge jusqu’à la clôture de la procédure collective ( Cass. com., 15 mars 2005, n° 03-
17.783 : JurisData n° 2005-027602 . - CE, 27 oct. 2009, n° 300438 ).

Par ailleurs, la prescription est suspendue tant qu’aucune mesure de poursuite ne peut être exercée, le Trésor public étant soumis, comme tout autre créancier, à
la règle de la suspension des poursuites individuelles, conformément aux articles L. 622-21, L. 631-14 et L. 641-3 du Code de commerce. Ainsi, en pratique, la
prescription ne court pas pendant toute la durée de la procédure et ne recommencera à courir qu’après la clôture de la procédure collective.

En cas de redressement judiciaire, pendant la durée du plan de redressement, les coobligés et les personnes ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant
affecté ou cédé un bien en garantie ne peuvent se prévaloir des dispositions du plan (C. com., art. L. 631-20), contrairement à la sauvegarde. Dans ces
conditions, le délai de prescription de l’action en recouvrement à l’encontre de ceux-ci continue à courir.

§ 380 La liquidation judiciaire a pour objet de mettre fin à l’activité de l’entreprise ou de réaliser le patrimoine du débiteur par une cession totale ou séparée de
ses droits et biens ( C. com., art. L. 640-1, al. 2 ). Elle peut être prononcée au cours de la période d’observation d’une procédure de sauvegarde ou de
redressement judiciaire. Pendant toute la durée de la procédure le comptable est soumis à la suspension des poursuites et le délai de prescription de la créance
ne court pas.

Le deuxième alinéa de l’article L. 643-9 du Code de commerce prévoit que la procédure est clôturée pour extinction du passif ou, plus souvent, pour insuffisance
d’actif. Par ailleurs, le jugement de clôture pour insuffisance d’actif de la liquidation judiciaire ne fait pas en principe recouvrer aux créanciers l’exercice individuel
de leurs actions à l’encontre du débiteur ( C. com., art. L. 643-11 ).

§ 381 Ce texte prévoit toutefois, pour moraliser la vie économique, plusieurs exceptions à ce principe (condamnation pénale ou faillite personnelle du débiteur,
banqueroute, récidive, fraude à l’égard des créanciers) ( C. com., art. L. 643-11 ). Lorsque la reprise des poursuites est fondée juridiquement et en opportunité,
les comptables disposent d’un délai de 4 ans pour agir à compter du jugement de clôture.

§ 382 La suspension de la prescription entraîne quant à elle l'arrêt du cours de la prescription tant que le créancier se trouve dans l'impossibilité d'agir. Le délai
déjà écoulé est maintenu et recommence à courir à la date à laquelle la cause de la suspension a disparu ( C. civ., art. 2230 ).

Selon l’article 2234 du Code civil, la prescription ne court pas ou est suspendue contre celui qui est dans l’impossibilité d’agir par suite d’un empêchement
résultant de la loi, de la convention ou de la force majeure.

Elle ne court pas ou est suspendue entre époux, ainsi qu'entre partenaires liés par un pacte civil de solidarité ( C. civ., art. 2236 ).

§ 383 Juridiction compétente pour notification irrégulière d’un acte de poursuite


Les questions relatives à la prescription de l’action en recouvrement soulèvent dans la majorité des cas la notion de l’exigibilité de l’impôt et en conséquence
relèvent de la compétence du juge administratif. Aussi, le juge administratif n'accepte pas que, par le biais d'un litige sur la prescription, un contentieux sur la
régularité en la forme de l'acte de poursuites (lequel relève de la compétence du juge de l’exécution) soit réintroduit devant lui ( CE, 9e et 8e ss-sect., 11 mai
1994, n° 93770, Mischke : JurisData n° 1994-050442 ; Lebon, p. 231 ; Dr. fisc. 1995, n° 13, comm. 674 ; RJF 7/1994, n° 839 . - CE, 8e et 3e ss-sect., 24 juill.
2009, n° 304672, Sté Leuchtturm Albenverlag GmbH : JurisData n° 2009-081510 ; Dr. fisc. 2009, n° 49, comm. 568 , note A. Bonnet ; RJF 11/2009, n° 930 ;
BDCF 11/2009, n° 126, concl. N. Escaut), pas plus qu'un litige sur le bien-fondé de l'acte interruptif qui est de la compétence du juge judiciaire ( CE, 8e et 3e ss-
sect., 21 mars 2008, n° 285448, Caillieret : RJF 6/2008, n° 746 ).

§ 384 Le Conseil d’État a décidé qu’une décision ultérieure du juge judiciaire remettant en cause l'habilitation de la personne qui a reçu la notification est sans
effet sur la régularité de la notification et, par suite, sur l'interruption de la prescription ( CE, 9e et 10e ss-sect., 30 déc. 2010, n° 311391, M. Tracol : JurisData n°
2010-026539 ; Dr. fisc. 2011, n° 15, comm. 307 , note A. Bonnet ; RJF 2011, n° 516). Pourtant l’irrégularité en la forme d’un commandement de payer est de
nature à priver cet acte de son effet interruptif de prescription. Or, la question du juge compétent pour connaître des conséquences d’une notification irrégulière
sur l’effet interruptif de prescription n’est pas tranchée de façon claire par les deux juridictions. Pour la Cour de cassation, " la prescription n’a pas été valablement
interrompue dès lors que les lettres recommandées adressant au contribuable les commandements de payer ont été retournées avec la mention non réclamée
retour à l’envoyeur " de sorte qu’il est établi qu’elles ne sont pas parvenues à leur destinataire.

Le Conseil d’État décide pour sa part qu’il n’appartient pas au juge judiciaire d’apprécier le moyen tiré de ce que des irrégularités en la forme d’un
commandement de payer seraient de nature à priver cet acte de son effet interruptif de prescription.

S'agissant d'un acte de poursuite contesté au motif qu'il aurait été notifié au contribuable à une date où plus aucune imposition n'était due, le Conseil d'État a jugé
que le juge de l'impôt est compétent pour apprécier si un tel acte a interrompu la prescription de l'action en recouvrement, l'absence de bien-fondé de l'acte étant
sans incidence sur l'interruption de la prescription ( CE, 30 déc. 2009, n° 308242 , de Beaufort : JurisData n° 2009-081594 ; Dr. fisc. 2010, n° 13, comm. 272, note
N. Chayvialle ; RJF 2010, n° 294).

Attention
La poursuite d’une action en recouvrement sur des créances que le comptable sait atteintes par la prescription peut être qualifiée de délit de concussion au sens
de l’article 432-10 du Code pénal.

Rappel : La formalité de publicité du privilège n’a pas pour effet d’interrompre le délai de prescription de l’action en recouvrement.
4) Action en répétition de l’indu

§ 385 Paiement d’une créance fiscale atteinte par la prescription


Le contribuable qui effectue des paiements pour des impositions prescrites, peut ultérieurement présenter une demande de restitution des sommes ainsi payées.
Cette demande prend la forme d'une action en répétition de l'indu.

Le Conseil d'État s'est prononcé sur la question du recouvrement d'un impôt payé alors que l'action en recouvrement de l'Administration était prescrite : le
contribuable qui, après y avoir été invité par le comptable public et lui avoir proposé un échéancier accepté, règle une partie de sa dette fiscale sans savoir que le
recouvrement des sommes en cause est prescrit, doit être regardé comme renonçant implicitement à la prescription de l'action en recouvrement, ce qui exclut de
sa part toute demande en restitution des sommes déjà versées ( CE, 11 juill. 2011, n° 314746, Sicnasi : JurisData n° 2011-016484 ; Dr. fisc. 2011, n° 50, comm.
634 , concl. L. Olléon, note L. Faulcon et A. Fournier).

Par cette décision, le Conseil d'État s'inscrit dans le courant de la jurisprudence de la Cour de cassation en considérant que le paiement volontaire par un
contribuable d'une dette fiscale qui n'est plus exigible vaut renonciation tacite à la prescription, ce qui exclut toute demande de remboursement La Cour de
cassation a en effet jugé que si la prescription a pour effet d'éteindre une dette ou de faciliter au débiteur la preuve de sa libération, elle ne saurait anéantir le
paiement régulièrement effectué d'une dette existante, la rendre rétroactivement sans cause et ouvrir l'action en répétition de l'indu ( Cass. req., 17 janv. 1938 : D.
1940, 1, p. 57, note Chevallier). Cet arrêt a été rendu dans un litige fiscal puisque le contribuable avait payé un acompte sur des droits de mutation par décès à
une époque où l'action de l'Administration était éteinte par la prescription biennale. La Cour de cassation a jugé que cette somme ayant eu pour cause
l'acquittement des droits dus par suite du décès du de cujus n'est pas restituable comme indûment perçu.

La Cour de cassation a fait application de ces mêmes principes à propos du paiement volontaire d'une dette de cotisations sociales, qui, même prescrites,
conservait sa cause dans l'obligation de cotiser (V. n° 364. - Cass. soc., 13 oct. 1965, Corbières : Bull. civ. IV, n° 650 . - Cass. soc., 19 janv. 1966 , Caisse
autonome et assurances vieillesse et de prévoyance des horlogers : Bull. civ. IV, n° 81 . - Cass. soc., 11 avr. 1991, n° 89-13.068 : JurisData n° 1991-001017 ;
Bull. civ. V, n° 192 ; RTD civ. 1992, p. 97 , note J. Mestre).

L' ancien article 2221 du Code civil a trouvé à s'appliquer au litige soumis au Conseil d'État en 2011 dans la mesure où l'instance avait été introduite avant
l'entrée en vigueur de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription ( L. n° 2008-561, 17 juin 2008, art. 26 ). Depuis l'entrée en vigueur de cette réforme,
l'article 2221 a été remplacé par un article 2251 qui énonce que " la renonciation à la prescription est expresse ou tacite. La renonciation tacite résulte de
circonstances établissant sans équivoque la volonté de ne pas se prévaloir de la prescription ". Le nouvel article 2251 du Code civil prend ainsi en compte les
critères dégagés par la jurisprudence et apparaît plus exigeant dans sa formulation. En effet, il ne se contente pas " d'un fait qui suppose l'abandon du droit
acquis " pour caractériser la renonciation tacite, mais exige des circonstances établissant sans équivoque la volonté de ne pas se prévaloir de la prescription.

Toutefois, il convient de signaler que tout débiteur saisi lors d’une action en saisie-attribution, qui n’aurait pas élevé de contestation dans le délai prescrit peut agir
à ses frais en répétition de l’indu devant le juge du fond compétent ( CPC exéc., art. L. 211-4 ).

5) Action en restitution de l’indu fiscal

§ 386 Reposant sur les principes généraux du droit administratif, l’action en restitution permet donc à une personne ne possédant légalement ni la qualité de
redevable, ni celle de débiteur solidaire de l'impôt, de demander la restitution des sommes (généralement dues par un tiers) qu'il a acquittées par erreur, soit
spontanément, soit sur simple invitation (par opposition à une authentique mise en demeure) de l'Administration.

La jurisprudence admet que le tiers qui, indûment invité par les services fiscaux à régler la dette fiscale d'un autre contribuable, l'a payée, dispose d'un recours de
plein contentieux en restitution ( CE, 1er févr. 1974, n° 82229 : Dr. fisc. 1974, n° 44, comm. 1341 , concl. D. Mandelkern. - CE, 9 oct. 1981, n° 26590 : JurisData
n° 1981-606930 ; Dr. fisc. 1982, n° 52, comm. 2496 ; RJF 1981, n° 1173. - CAA Lyon, 20 avr. 1989, n° 89LY00164 : Dr. fisc. 1989, n° 41, comm. 1861 ; RJF
1989, n° 893. - CE, 8 août 1990, n° 71821 : Dr. fisc. 1991, n° 52, comm. 2565 , concl. O. Fouquet ; RJF 1990, n° 1386. - CE, 8e et 3e ss-sect., 21 nov. 2007, n°
280953 : JurisData n° 2007-081208 . - CAA Paris, 5e ch., 5 oct. 2017, n° 15PA02895).

Dans une décision récente, le Conseil d’État a ajouté que la voie de l'action en restitution de l'indu fiscal est ouverte à toute personne qui - en l'absence de toute
obligation de payer - a été conduite à acquitter indûment - et par erreur - un impôt dû par un tiers. Lorsque ces conditions sont remplies, cette action est ouverte
au redevable légal de l'impôt, tout en réaffirmant que l’impôt dû par le tiers, s'il peut avoir été acquitté spontanément par le requérant, doit l'avoir été par erreur (
CE, 8e et 3e ch., 19 sept. 2018, n° 414447, SA Le Printemps Immobilier : JurisData n° 2018-015835 ).

Ainsi est jugée irrecevable l'action en restitution des sommes versées à tort par le tiers mais spontanément de son propre chef, sans que l'Administration ne les
lui réclame ou engage des poursuites à son encontre ( CE, 13 juill. 1963, n° 49296 : Dupont 1963, p. 684 ; Lebon, p. 445. - CE, 27 mai 1988, n° 75586 , non
publié. - CAA Lyon, 22 avr. 2004, n° 01LY01648, SA CVP : RJF 2005, n° 757 ; BDCF 07/2005, n° 94, concl. A. Bonnet. - Sur cet arrêt, V. également, Dr. fisc.
2005, n° 52, étude 46 ). En d'autres termes, le " contribuable pour autrui " ne peut pas obtenir, au titre de l'action en restitution, la répétition des sommes qu'il
aurait acquittées, en toute connaissance de cause. Dans cette hypothèse, seule une action relevant du droit privé pourrait, le cas échéant, permettre au requérant
de recouvrer, auprès du tiers, les sommes acquittées en ses lieu et place (V. JCl. Fiscal, fasc. 9616).

S’est posé le problème d’un enrichissement sans cause d’une personne s’étant acquitté de droits de douanes indûment qui en demande le remboursement bien
que ces droits aient été répercutés sur ses clients. En application de l' article 352 bis du Code des douanes , lorsqu'une personne a indûment acquitté des droits
et taxes nationaux recouvrés selon les procédures du présent code, elle peut en obtenir le remboursement, à moins que les droits et taxes n'aient été répercutés
sur l'acheteur. Mais la Cour de justice des Communautés européennes devenue la Cour de justice de l’Union européenne a dit pour droit que les règles du droit
communautaire relatives à la répétition de l'indu doivent être interprétées en ce sens qu'elles s'opposent à une réglementation nationale qui refuserait le
remboursement d'une taxe au seul motif que celle-ci a été répercutée sur les tiers, sans exiger que soit établie la mesure de l'enrichissement sans cause
qu'engendrerait pour l'assujetti le remboursement de cette taxe, dès lors que, même dans l'hypothèse où la taxe serait complètement intégrée dans le prix
pratiqué, l'assujetti peut subir un préjudice lié à une diminution du volume de ses ventes. La Cour de cassation a appliqué le principe ainsi dégagé en décidant
qu'il incombe à l'Administration, au terme d'une analyse économique tenant compte de toutes les circonstances pertinentes, d'établir l'existence et la mesure de
l'enrichissement sans cause que le remboursement d'une imposition indûment perçue au regard du droit communautaire engendrerait pour l'assujetti (Cass. com.,
12 févr. 2020, n° 17-24.583, publié au Bulletin : JurisData n°2020-001758 ).

2° Juge de l’exécution
a) Compétence d’attribution
1) Compétence générale du juge de l’exécution

§ 387 Le juge de l’exécution est une juridiction particulière, instituée en 1991 dont les fonctions sont exercées par le président du tribunal judiciaire ou un
magistrat de ce tribunal qu’il délègue. Dans ce cas, le président fixe la durée et l'étendue territoriale de la délégation (L. n° 91-650, 9 juill. 1991. - COJ, art. L. 213-
5 ).

§ 388 Selon l’ article L. 213-6 du COJ , le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive :

des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée, même si elles portent sur le fond du
droit à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire ( COJ, art. L. 213-6, al. 1er ) ;

dans les mêmes conditions, il autorise les mesures conservatoires et connaît des contestations relatives à leur mise en oeuvre ( COJ, art. L. 213-6, al. 2 )
;

sous la même réserve, de la procédure de saisie immobilière, des contestations qui s'élèvent à l'occasion de celle-ci et des demandes nées de cette
procédure ou s'y rapportant directement, même si elles portent sur le fond du droit ainsi que de la procédure de distribution qui en découle ( COJ, art. L.
213-6, al. 3 ) ;

sous la même réserve, des demandes en réparation fondées sur l'exécution ou l'inexécution dommageables des mesures d'exécution forcée ou des
mesures conservatoires ( COJ, art. L. 213-6, al. 4 ) ;

de la saisie des rémunérations, à l'exception des demandes ou moyens de défense échappant à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire (
COJ, art. L. 213-6, al. 5 ).

Le juge de l'exécution exerce également les compétences particulières qui lui sont dévolues par le Code des procédures civiles d'exécution ( COJ, art. L. 213-6,
al. 6 ).

2) Compétence du juge de l'exécution en matière fiscale

§ 389 Une des particularités du droit fiscal réside dans le partage de compétence, en matière de recouvrement de l’impôt, entre juridiction administrative et
juridiction judiciaire et ce en raison de l’impôt en cause ( LPF, art. L. 199 ). L’autre particularité a été de donner au juge judiciaire, en l’espèce au juge de l’
exécution, une compétence exclusive concernant les contestations portant sur la régularité en la forme de l’acte de poursuite. Cette compétence est étendue à l’
ensemble des impôts qu’ils relèvent tant de la juridiction administrative que judiciaire ( LPF, art. L. 281 ). Ainsi, la compétence du juge de l’exécution résulte de la
combinaison des deux articles L. 213-6 du COJ et L. 281 du LPF . Si le juge de l’impôt est compétent pour connaître des difficultés relatives aux titres exécutoires
et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée ( COJ, art. L. 213-6 ), le juge de l'exécution est seul compétent quand l'opposition est fondée
sur l'irrégularité de la forme de l'acte de poursuite. Il lui appartient donc d'apprécier la régularité en la forme de cet acte (opposition à l'acte de poursuite), mais
également les conditions de sa notification.

Attention
Le législateur précise que " les contestations qui portent sur la régularité en la forme de l’acte de poursuite ne peuvent remettre en cause le bien-fondé de la
créance " laquelle relève de la juridiction administrative ou judiciaire selon l’impôt en cause ( LPF, art. L. 199 ). Le tribunal judiciaire est donc compétent pour
statuer sur le bien-fondé de l’imposition en ce qui concerne les droits d’enregistrement, de la taxe de publicité foncière, des droits de timbre et contributions
indirectes et taxes assimilées à ces droits, des taxes ou contributions tandis que le juge de l’exécution ne connaît que des contestations relatives à la régularité
en la forme du titre exécutoire, fondement de l’acte de poursuite.

§ 390 Contestation portant sur la régularité en la forme de l’acte de poursuite (LPF, art. L. 281)
Le juge de l’exécution ne peut être saisi que lorsqu'une procédure d’exécution forcée est engagée par le créancier et à cette occasion seulement. C’est le cas,
par exemple, lorsque le créancier a fait signifier au débiteur un commandement de payer ou qu’un acte de saisie lui a été notifié d’autant qu'un simple
commandement de payer n'est pas un acte d'exécution. Sa compétence est exclusive si la contestation porte sur la régularité en la forme de l'acte de poursuite (
LPF, art. L. 281 . - T. confl., 13 janv. 1936 . - CE, 17 mars 1993, n° 78885 : JurisData n° 1993-052114. - T. confl., 13 déc. 2004 : Bull. civ., T. confl., n° 28 . - Cass.
1re civ., 13 mai 1986, n° 85-10.669 : JurisData n° 1986-700923 ; Bull. civ. I, n° 129 . - Cass. com., 20 mars 2007, n° 06-11.412 : JurisData n° 2007-038092 ; Bull.
civ. IV, n° 96 . - Cass. com., 20 mars 2007, n° 06-11.412 : Bull. civ. IV, n° 96 . - Cass. 2e civ., 31 janv. 2013, n° 11-26.992 ).

§ 391 En cette matière, la jurisprudence est abondante. Le redevable soulève très souvent lors de la procédure d’exécution forcée de sa créance diligentée par le
comptable public des irrégularités de procédure pour en contester le paiement de l’impôt en litige. Les contestations peuvent porter sur le titre exécutoire lui-
même, l’avis à tiers détenteur - désormais la saisie administrative à tiers détenteur -, le commandement de payer ou la saisie immobilière.

§ 392 Titre exécutoire


Le juge de l'exécution ne peut être saisi des difficultés relatives à un titre exécutoire qu'à l'occasion d'une mesure d'exécution forcée. Il s’ensuit que le juge des
référés est valablement saisi en l'absence d'une procédure d'exécution en cours ( Cass. 2e civ., 18 oct. 2012, n° 11-25.257 : Bull. civ. II, n° 176 ). Mais le juge de l’
exécution peut être amené à juger si le titre objet d’une procédure forcée entre bien dans la catégorie des titres exécutoires.
§ 393 Avis à tiers détenteur. Saisie administrative à tiers détenteur
Les dispositions applicables à l’avis à tiers détenteur (ATD) sont désormais applicables à la saisie administrative à tiers détenteur (SATD).

Le juge de l’exécution est compétent pour examiner :

la régularité formelle d'un avis à tiers détenteur et les conditions de sa notification (CE, 29 oct. 1984, n° 41986. - CE, 4 févr. 2013, n° 336402 : JurisData
n° 2013-001891 ) ;

la régularité formelle d'un avis à tiers détenteur, lorsque le requérant prétend que cet acte de poursuites se rapporte à des sommes insaisissables ( CE,
7 mai 1982, n° 39272 : Dr. fisc. 1982, n° 44, comm. 2081 ; RJF 1982, n° 740. - CAA Paris, 17 avr. 1990, n° 89PA00562 : RJF 1990, n° 1119. - CAA
Paris, 25 oct. 1994, n° 93PA00283 : JurisData n° 1994-052399 ; Dr. fisc. 1995, n° 28, comm. 1526 . - CAA Paris, 7 mai 1997, n° 96PA02117 : JurisData
n° 1997-055834 ; Dr. fisc. 1998, n° 9, comm. 152. - Cass. 2e civ., 2 déc. 2004, n° 02-21.381 : JurisData n° 2004-025913 ; RJF 2005, n° 500). Il a été
jugé qu'une action dirigée contre un avis à tiers détenteur ayant permis la saisie du revenu minimum d'insertion du contribuable s'analysait en une
contestation relative à la procédure d'avis à tiers détenteur ( Cass. com., 20 mars 2007, n° 06-11.412, Jolibois : JurisData n° 2007-038092 ; Bull. civ. IV,
n° 96 ; JCP E 2007, 1593 ; RJF 2007, n° 847). Cette décision est dans la stricte application du principe dégagé par le Tribunal des conflits qui a décidé
que le litige né de l'action d'un contribuable dirigé contre les avis à tiers détenteur émis à son encontre et qui ont trait au calcul de la quotité saisissable
de son salaire, ne se rattache à aucune des contestations dont l' article L. 281 du LPF confie le jugement aux juridictions de l'ordre administratif. Le
Tribunal des conflits a conclu que, s'agissant d'une mesure de poursuite mise en oeuvre pour assurer le paiement par l'intéressé de sommes dues au
titre de l'impôt sur le revenu, le litige était du ressort de la compétence de la juridiction judiciaire ( T. confl., 17 févr. 1997, n° 2975, Bourget : JurisData n°
1997-050342 ; Lebon, p. 52 ; Dr. fisc. 1997, n° 23, comm. 658 ; RJF 1997, n° 831) ;

la compétence du signataire de l'avis à tiers détenteur ( CAA Paris, 27 mars 1990, n° 89PA00882 , Bouvier : RJF 1990, n° 750) ou l'absence de
signature de l'avis ( CE, 2 oct. 1989, n° 94806 : Dr. fisc. 1991, n° 27, comm. 1391 ). La loi du 20 décembre 2014 instaure une dispense de signature pour
les avis à tiers détenteur ( L. n° 2014-1545, 20 déc. 2014, art. 34 ) ;

la contestation d'un avis à tiers détenteur au motif qu'il n'a pas été précédé d'un commandement ou d'une mise en demeure ( CAA Paris, 23 déc. 1993,
n° 93PA00540 : JCP E 1994, pan. 385 ; RJF 1994, n° 633, validé par CE, CAPC, 5 juill. 1995, n° 156513 : RJF 1995, n° 1185. - CE, 9 nov. 2005, n°
269670, Danglehant : JurisData n° 2005-080789 ; Dr. fisc. 2006, n° 15, comm. 335 , concl. L. Olléon et note P. Masquart ; RJF 2006, n° 202) ;

la demande de mainlevée d’un avis à tiers détenteur pour défaut de titre exécutoire constitue une contestation portant sur la régularité en la forme d’un
acte de poursuite qui relève de la compétence du juge de l’exécution, exclusive non seulement de celle du juge administratif mais également de celle du
juge des référés ( Cass. com., 3 mars 2004, n° 01-01.104 : JurisData n° 2004-022809 ) ;

l'opposition formée par le tiers détenteur qui prétend ne pas être débiteur du redevable légal ( CE, 19 oct. 1992, n° 79718 : JurisData n° 1992-049565 ;
Lebon, p. 372 ; Dr. fisc. 1993, n° 14, comm. 758 , concl. Ph. Martin ; RJF 1992, n° 1717 - T. confl., 4 nov. 1996, n° 2980, Berthiaud : RJF 1997, n° 473) ;

l'opposition à avis à tiers détenteur fondée sur le motif que cet acte de poursuite ne ferait pas partie des mesures conservatoires que le comptable des
impôts peut prendre à l'encontre d'un redevable ayant demandé le sursis de paiement sans offrir des garanties suffisantes ( T. confl., 17 juin 1991, n°
2640 : JurisData n° 1991-644161 ; Dr. fisc. 1992, n° 14, comm. 749 ; Lebon, p. 466 ; RJF 1991, n° 1438). Toutefois, en matière de sursis de paiement, la
compétence du tribunal administratif sur le fondement de l' article L. 281 du LPF est reconnue dans certaines situations.

La Cour de cassation assimile à l'action en contestation de la régularité en la forme de l'acte de poursuite, le litige tendant à faire juger que le comptable ne
pouvait émettre d'avis à tiers détenteur dès lors que l'impôt avait été contesté et le sursis de paiement sollicité ( Cass. com., 18 avr. 2000, n° 97-21.034 . - Cass.
com., 22 mai 2002, n° 98-21.625 : JurisData n° 2002-014542 . - V. en ce sens T. confl., 22 oct. 2007, n° C3618 ).

§ 394 Commandement de payer


Le juge de l’exécution est compétent pour connaître :

les contestations portant sur l'insuffisance de motivation du commandement de payer relatif à la majoration de 10 % pour paiement tardif ( CE, 4 févr.
2013, n° 336402 : JurisData n° 2013-001891 . - CE, 27 juin 2013, n° 349007 . - CE, 29 juin 2015, n° 366618 . - CE, 29 juin 2015, n° 366624 . - CE, 29
juin 2015, n° 366626 : JurisData n° 2015-019524 ) ;

la validité en la forme d'un commandement ( Cass. 2e civ., 28 mars 1973 : Bull. civ. II, n° 120 . - Cass. 1re civ., 14 nov. 1984 : Bull. civ. I, n° 304 ) ;

les irrégularités en la forme du commandement, tenant aux mentions figurant sur cet acte, qui seraient de nature à priver cet acte de son effet interruptif
de prescription ( CE, 11 mai 1994, n° 93770 . - CE, 18 mai 1994, n° 93768 : JurisData n° 1994-610205). Toutefois, il a été jugé que le juge administratif
qui connaît des contestations portant sur l'exigibilité des sommes réclamées est seul compétent pour apprécier si, compte tenu des conditions dans
lesquelles le commandement a été notifié, cet acte a pu interrompre la prescription ( CE, 9 déc. 1992, n° 99538 . - CE, 11 mai 1994, n° 93770 ) ;

la compétence de l’auteur de l’acte de poursuite. Le Conseil d’État a jugé que le juge de l’exécution était exclusivement compétent pour connaître des
contestations relatives à la compétence de l'auteur des actes de poursuites. De telles contestations sont jugées se rattacher à la régularité en la forme
des actes de poursuites ( CE, 9e et 8e ss-sect., 9 sept. 1996, n° 65912, 66806 et 112297, Berque : RJF 10/1996, n° 1228 . - T. confl., 23 févr. 2004, n°
3366, M. Marchiani : JurisData n° 2004-237653 ; RJF 5/2004, n° 518 ; BDCF 5/2004, n° 66, concl. G. Bachelier. - CE, 8e et 3e ss-sect., 17 mars 2010,
n° 315715, Cazabon : JurisData n° 2010-002270 ; Dr. fisc. 2010, n° 19, comm. 309 ; RJF 6/2010, n° 642 . - T. confl., 23 juin 2003, n° 3357, M.
Montaignac : JurisData n° 2003-229723 ; RJF 11/2003, n° 1283 . - Et pour l'appréciation de la compétence de l'huissier du Trésor, CE, 8e et 9e ss-sect.,
5 avr. 1993, n° 88530, M. Miquel : JurisData n° 1993-042365 ; Dr. fisc. 1993, n° 26, comm. 1376 ; RJF 5/1993, n° 727 ). Cette attribution de compétence
exclusive du juge de l'exécution a été confirmée par le Conseil d'État qui a jugé que la juridiction administrative n'était pas compétente pour connaître du
moyen tiré du défaut de compétence du comptable public, s'agissant d'un moyen relatif à la régularité en la forme de l'acte de poursuites ( CE, 9e et 10e
ss-sect., 19 févr. 2014, n° 344228 , M. A, note R. Vabres : JurisData n° 2014-002974 ; Dr. fisc. 2015, n° 12, comm. 227 ; RJF 5/2014, n° 500 ; BCDF 5
/2014, n° 62, concl. C. Legras. - TA Versailles, 2e ch., 23 nov. 1984, n° 8313/81 : Dr. fisc. 1985, n° 49, comm. 2151) ;

la mention manuscrite sur le commandement de payer intitulée " commandement de payer décerné à titre conservatoire " est sans effet sur sa
qualification d'acte de poursuite et les conditions de sa délivrance ( Cass. com., 28 nov. 2006, n° 03-18.985 : JurisData n° 2006-036164 ) ;

la signature du comptable compétent ( Cass. com., 17 janv. 2006, n° 03-13.643, FS-P+B+R, M. Hardy : JurisData n° 2006-031796 ) ;

la saisie-conservatoire de biens meubles du contribuable précédée d’un commandement de payer ( T. confl., 22 oct. 2007, n° 3618, M. Hallier ) ;

la délivrance d'un avis à tiers détenteur n'est pas subordonnée à l'envoi préalable d'un commandement de payer ( Cass. com., 12 mars 2002, n° 99-
15.575, M. Bastet : JurisData n° 2002-014051 ) ;

le défaut de publication de l'arrêté de nomination du comptable public qui avait signé le commandement de payer attaqué ( Cass. com., 9 déc. 2014, n°
13-24.365, FS-P+B, Sté Conception bureautique et organisation du travail (CBOT). - cité, n° 5, 169, 201, 223, 315, 335, 417, 420) ;

la contestation d'un avis à tiers détenteur, fondée sur ce que le commandement de payer notifié précédemment a été annulé par le comptable du Trésor,
fait grief à l'acte litigieux de ne pas avoir été précédé d'un commandement. Cette contestation est relative à la régularité en la forme de l'acte et n'est
ainsi pas au nombre de celles que le juge administratif est compétent pour connaître, en application de l' article L. 281 du LPF ( CE, 8e et 3e ss-sect., 16
févr. 2001, n° 217890, M. Carrasco : JurisData n° 2001-061758) ;

l’absence de lettre rappel avant notification d’un commandement de payer ( CE, 9e et 10e ss-sect., 27 mars 2009, n° 293871, Dalamel de Bournet et
293872, Dalamel de Bournet (non reproduit), concl. P. Collin : JurisData n° 2009-081464 ).

§ 395 Contestations relatives à la mise en oeuvre de mesures conservatoires après autorisation hiérarchique (COJ, art. L. 213-6, al. 2)
Toute personne justifiant d'une créance paraissant fondée en son principe et de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement peut solliciter du juge
de l'exécution l'autorisation de pratiquer une mesure conservatoire sur les biens du débiteur, " Toute personne dont la créance paraît fondée en son principe peut
solliciter du juge l'autorisation de pratiquer une mesure conservatoire sur les biens de son débiteur, sans commandement préalable, si elle justifie de
circonstances susceptibles d'en menacer son recouvrement " ( CPC exéc., art. L. 511-1 ).

La mesure conservatoire prend la forme d'une saisie conservatoire ou d'une sûreté judiciaire. Ainsi, cette mesure vise à garantir un créancier, apte à démontrer la
validité de sa créance y compris en l'absence de tout titre exécutoire et en cas de péril dans son recouvrement.

§ 396 Selon l’ article L. 213-6 du COJ , le juge de l’exécution autorise les mesures conservatoires et connaît des contestations relatives à leur mise en oeuvre (
COJ, art. L. 213-6 . - Cass. 2e civ., 5 janv. 2017, n° 15-24.011 ). Le débiteur peut contester directement devant le juge de l'exécution les conditions de validité de
la mesure conservatoire (saisie conservatoire ou sûreté judiciaire), lesquelles s'entendent des conditions de mise en oeuvre de la mesure définies à l' article R.
511-1 du Code des procédures civiles d'exécution (CPC exéc.) à l' article R. 512-3 du CPC exéc. et à l' article R. 532-6 du CPC exéc.

Le juge de l’exécution est donc compétent pour statuer sur les contestations relatives à la mise en oeuvre des mesures conservatoires. Ainsi, après avoir estimé
qu’un commandement décerné afin de procéder à une saisie conservatoire était au nombre des mesures conservatoires que le comptable chargé du
recouvrement pouvait mettre en oeuvre en application de l' article L. 277 du LPF , lorsqu'il a estimé insuffisantes les garanties offertes par le contribuable, la
juridiction administrative a jugé que cette mesure relevait de la compétence du juge judiciaire en vertu des dispositions de l'article L. 281 du même livre ( CAA
Paris, 2e ch. A, 24 sept. 2004, n° 04-1233, Sté Bonkenburg France : JurisData n° 2004-262257).

§ 397 La compétence du juge de l’exécution a été reconnue pour statuer sur :

les conditions de validité de la mesure conservatoire (saisie conservatoire ou sûreté judiciaire), lesquelles s'entendent des conditions de mise en oeuvre
de la mesure définies à l' article R. 511-1 du Code des procédures civiles d'exécution (CPC exéc.) à l' article R. 512-3 du CPC exéc. et à l' article R. 532-
6 du CPC exéc. Si celles-ci ne sont pas réunies, la mainlevée peut être donnée par le juge de l'exécution à tout moment, même si la mesure a été prise
sans son autorisation ( CPC exéc., art. R. 512-1 ). La saisie conservatoire, qui ne peut être pratiquée que sur les biens limitativement fixés dans
l'ordonnance du juge, peut revêtir la forme d'une saisie de biens meubles appartenant au débiteur (meubles meublants, avoirs bancaires, droits
d'associés...) ;

la contestation portant sur la saisissabilité des biens, qu'il ait ou non autorisé la mesure. La procédure doit être introduite dans le délai d'un mois à
compter de la signification de l'acte (renvoi de l' article R. 522-6 du CPC exéc. à l'article R. 221-53 du CPC exéc.) ;

une sûreté judiciaire qui consiste en :

l'inscription provisoire d'une hypothèque auprès de la conservation des hypothèques de la situation de l'immeuble concerné,

l'inscription provisoire d'un nantissement du fonds de commerce du débiteur auprès du greffe du tribunal de commerce territorialement
compétent,

le nantissement provisoire de parts sociales ou de valeurs mobilières du débiteur.

Dès l'obtention d'un titre exécutoire passé en force de chose jugée, et, à défaut de paiement par le débiteur, le créancier pourra convertir ces inscriptions
provisoires en inscriptions définitives.

§ 398 Contestation concernant une hypothèque


Si la contestation concerne l'hypothèque, en dehors de tout acte de poursuite, le juge compétent est le tribunal judiciaire. La contestation est portée directement
devant celui-ci. Si la contestation de l'hypothèque est soulevée à l'occasion de la contestation d'un acte de poursuite, le juge de l’exécution est compétent ( LPF,
art. L. 281 et R.* 281-1 et s. ). Dans ce cas la contestation de l'hypothèque se rattache à la contestation de la régularité de l'acte de poursuite qui a fait l'objet de
l'opposition.

§ 399 Contestation concernant le privilège


Si la contestation concerne le privilège, en dehors de tout acte de poursuite, le juge compétent est le juge judiciaire de droit commun. La contestation est portée
directement devant le tribunal judiciaire. Si la contestation du privilège est soulevée à l'occasion de la contestation d'un acte de poursuite, il convient de faire
application des dispositions de l' article L. 281 du LPF et des articles R.* 281-1 et suivants du LPF . La contestation du privilège, dans ce contexte, se rattache à
la contestation de la régularité de l'acte visé par l'opposition à poursuite ( CE, 27 juill. 1990, n° 85963 ).

§ 400 Mainlevée d’un séquestre conventionnel


La Cour de cassation a jugé qu’il appartenait au juge de l’exécution de se prononcer sur la régularité de l'ensemble des garanties prises par l'administration
fiscale pour assurer le recouvrement des créances fiscales, notamment de la validité et la mainlevée d’un séquestre conventionnel (Cass. 2e civ., 13 mai 2015, n°
14-16.640 : Bull. civ. II, n° 5 ). Par ailleurs, mêmes si les conditions définies à l' article R. 511-1 du Code des procédures civiles d'exécution (CPC exéc.) à l' article
R. 512-3 du CPC exéc. et à l' article R. 532-6 du CPC exéc. ne sont pas réunies, la mainlevée peut être donnée par le juge de l'exécution à tout moment, même
si la mesure a été prise sans son autorisation ( CPC exéc., art. R. 512-1 ).

§ 401 Saisie-attribution
Le juge de l'exécution a compétence pour statuer sur la validité d'une saisie attribution. Il doit être saisi par assignation délivrée dans le délai d'un mois suivant la
dénonciation de la saisie faite au débiteur. L'huissier informe le même jour qu'il délivre l'assignation le saisissant de la contestation à peine d'irrecevabilité. À
peine de caducité de l'assignation, copie de la lettre adressée au tiers saisi doit être remise au greffe au plus tard le jour de l'audience.
§ 402 Saisissabilité des biens
Lorsque la contestation porte sur la saisissabilité des biens, le juge de l'exécution a également une compétence directe pour en connaître, qu'il ait ou non autorisé
la mesure. La procédure doit être introduite dans le délai d'un mois à compter de la signification de l'acte (renvoi de l' article R. 522-6 du CPC exéc. à l'article R.
221-53 du CPC exéc.).

Attention
Pour les saisies conservatoires, les contestations portant sur la régularité de l'acte, la quotité, l'obligation au paiement, l'exigibilité de la créance ou la propriété
des biens saisis entrent dans le champ d'application de l' article L. 281 du LPF et des articles R.* 281-1 et suivants du LPF ou l' article L. 283 du LPF et l' article R.
* 283-1 du LPF , ce qui implique l'obligation de déposer un mémoire préalable devant l'Administration, dans les délais prévus par les textes fiscaux.

§ 403 Mesures conservatoires dans une procédure d’assistance dans l’Union européenne
Selon l’article L. 283 A du LPF, l'Administration peut requérir des États membres de l'Union européenne et elle est tenue de leur prêter assistance en matière de
recouvrement, de notification d'actes ou de décisions, y compris judiciaires, de prises de mesures conservatoires et d'échange de renseignements relatifs à
toutes les créances afférentes à l'ensemble des taxes, impôts et droits quels qu'ils soient, perçus par un État membre ou pour le compte de celui-ci ou par ses
subdivisions territoriales ou administratives ou pour le compte de celles-ci, y compris les autorités locales, ou pour le compte de l'Union.

L'administration compétente n'est pas tenue d'accorder l'assistance pour recouvrer ou prendre des mesures conservatoires, pour notifier des actes ou des
décisions, y compris judiciaires, et pour fournir des renseignements lorsque la demande vise des créances exigibles depuis plus de 5 ans. Ce délai n'est pas
opposable lorsqu'une première demande a été formulée avant cette échéance (LPF, art. L. 283 B).

§ 404 Procédure
Toute personne justifiant d'une créance paraissant fondée en son principe et de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement peut solliciter du juge
de l'exécution l'autorisation de pratiquer une mesure conservatoire sur les biens du débiteur, sans avoir à énoncer dans la requête de motifs justifiant qu'il soit
recouru à une procédure non contradictoire. Le juge de l'exécution qui autorise la mesure n'a pas à caractériser de tels motifs ( Cass. 2e civ., 5 déc. 2019, n° 18-
15.050 ). Mais le créancier qui dispose d'un titre d'exécutoire ou d'un jugement non définitif est dispensé d'obtenir une autorisation du juge.

Le juge de l'exécution est saisi par requête et statue sans débat contradictoire, sauf s'il estime ce débat nécessaire. Afin d'éviter toute mesure disproportionnée,
le juge est tenu, à peine de nullité de son ordonnance, de déterminer le montant des sommes pour la garantie desquelles la mesure conservatoire est autorisée
et préciser la nature des biens sur lesquels elle porte. À peine de caducité, le créancier dispose de 3 mois pour exécuter l'ordonnance. S’il n’a pas de titre
exécutoire il doit, dans le mois qui suit l'exécution de la mesure, introduire une action judiciaire en vue de l'obtention d'un tel titre.

§ 405 Contestations relatives à la procédure de saisie immobilière


Selon l’ article L. 213-6 du COJ , alinéa 3, le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive de la procédure de saisie immobilière, des contestations qui
s'élèvent à l'occasion de celle-ci et des demandes nées de cette procédure ou s'y rapportant directement même si elles portent sur le fond du droit ainsi que de la
procédure de distribution qui en découle ( COJ, art. L. 213-6, al. 3 ).

La procédure de saisie immobilière débute par la signification au débiteur du commandement de payer valant saisie. La nouvelle procédure de saisie immobilière
prévoit, dans les 2 mois suivant la publication du commandement valant saisie, qu'une assignation à comparaître devant le juge de l'exécution à une audience
d'orientation est signifiée au débiteur (D. 27 juill. 2006, art. 38).

§ 406 La contestation d'un commandement de payer aux fins de saisie immobilière relève de la compétence du juge de l'impôt pour tout motif tenant à l'obligation
au paiement, le montant de la dette ou l'exigibilité de la somme réclamée alors que les incidents de saisie concernant la régularité du commandement relèvent de
la compétence du juge de l’exécution ( LPF, art. L. 281 ). Ainsi, il est jugé qu’en matière de contentieux des poursuites, la compétence juridictionnelle ne dépend
pas des conclusions dirigées contre l'acte, mais de la nature des moyens exposés au soutien de la contestation ( T. confl., 17 juin 1991, n° 2640, Matijaca :
JurisData n° 1991-644161 ; Dr. fisc. 1992, n° 14, comm. 749 . - Cass. com., 13 mai 1997, n° 95-15.683 : JurisData n° 1997-002083 ).

L'instance introduite par l'assignation du débiteur qui conteste, avant d'être assigné à comparaître à l'audience d'orientation, le bien-fondé du commandement
valant saisie est une instance distincte de celle introduite par l'assignation prévue par l' article R. 322-4 du Code des procédures civiles d'exécution ( Cass. 2e
civ., 24 sept. 2015, n° 14-20.009 , publié au Bulletin : JurisData n°2015-021162 ).

§ 407 Le juge de l’exécution est compétent pour statuer :

sur la régularité du commandement valant saisie. Le juge de l’exécution doit vérifier si le commandement de payer valant saisie immobilière obéit aux
règles énoncées à l' article 648 du CPC et contient les énonciations qui doivent être portées dans l'acte à peine de nullité ( CPC exéc., art. R. 321, al. 1er
et R. 321-3). Il doit également vérifier si le commandement mentionne la date et de nature du titre exécutoire ainsi que le décompte des sommes
réclamées suivies d'un avertissement dont le libellé indique clairement la double finalité de l'acte. Il doit constater que le débiteur était averti d’avoir à
payer lesdites sommes dans un délai de 8 jours et de la saisine du juge de l’exécution si défaut de paiement ( Cass. com., 15 mars 2017, n° 15-29.118,
F-D, C. c/ Trésorier de Cabourg : JurisData n° 2017-004900 . - Cass. 2e civ., 30 avr. 2009, n° 08-12.105 : JurisData n° 2009-047962 ; Bull. civ. II, n° 111
. - Cass. com., 20 juin 2006, n° 04-13.574, Moyrand : JurisData n° 2006-034372 ) ;

sur une demande de prorogation des effets d'un commandement valant saisie immobilière, y compris dans le cas où cette saisie a cessé de produire ses
effets ( Cass. 2e civ., 18 oct. 2018, n° 17-24.199 : JurisData n°2018-018103 ; Procédures 2019, comm. 12) ;

sur le défaut de publicité du commandement de saisie immobilière dans le délai imparti à l’ article R. 321-6 du CPC exéc. qui entraîne sa caducité (
Cass. 2e civ., 5 janv. 2017, n° 15-25.692 , publié au Bulletin : JurisData n°2017-000029 ; Procédures 2017, comm. 34 ) ;

sur la publication d'un commandement valant saisie immobilière qui n'est pas assimilable à une inscription d'hypothèque sur l'immeuble saisi. Un
créancier ayant obtenu un jugement en sa faveur, bénéficiant ainsi d'une hypothèque judiciaire, n'est pas dispensé de procéder à l'inscription de celle-ci
dans les conditions de l' article 2426 du Code civil . Faute d’inscription, la créance détenue ne peut être admise qu'à titre chirographaire ( Cass. 2e civ.,
28 sept. 2017, n° 16-20.437 , publié au Bulletin : JurisData n°2017-018679 ; RD bancaire et fin. 2017, comm. 246 ) ;

sur la radiation d’un commandement valant saisie. La Cour de cassation précise que lorsque le commandement valant saisie immobilière a été radié en
exécution d'un jugement ordonnant la mainlevée de la saisie, la cour d'appel est tenue d'examiner les contestations soulevées par l'appelant à l'encontre
de ce jugement ( Cass. 2e civ., 11 mai 2017, n° 16-15.473 : JurisData n°2017-008842 ) ;

sur la caducité frappant un commandement de payer valant saisie immobilière. Cette caducité le prive rétroactivement de tous ses effets y compris l’effet
interruptif de prescription et atteint tous les actes de la procédure de saisie qu'il engage ( Cass. 2e civ., 19 févr. 2015, n° 13-28.445 : JurisData n° 2015-
002990 , publié au Bulletin. - Cass. 2e civ., 24 sept. 2014, n° 13-11.887 : Bull. civ. II, n° 179 . - Cass. 2e civ., 1er mars 2018, n° 16-25.746 , publié au
Bulletin). Mais le prononcé de la caducité du commandement valant saisie immobilière, qui anéantit la mesure d'exécution, ne fait pas perdre son
fondement juridique à la disposition d'un jugement, précédemment rendu au cours de cette procédure de saisie immobilière, ayant statué sur une
demande en revendication de l'immeuble saisi ( Cass. 2e civ., 2 juin 2016, n° 15-12.828 , publié au Bulletin : JurisData n°2016-010617 ; RD bancaire et
fin. 2016, comm. 172 ) ;

sur la péremption. Dès lors qu'elle constate qu'en raison de sa péremption, le commandement de payer valant saisie immobilière a cessé de plein droit,
en application de l' article R. 321-20 du Code des procédures civiles d'exécution , de produire ses effets, la cour d'appel ne peut connaître des
contestations portant sur le fond du droit ( Cass. 2e civ., 19 mars 2015, n° 14-10.239 : JurisData n°2015-005892 ; Procédures 2015, comm. 157 ; Bull.
civ. II, n° 70 ).

§ 408 Demandes en réparation fondées sur l'exécution ou l'inexécution dommageables des mesures d'exécution forcée ou des mesures
conservatoires (COJ, art. L. 213-6, al. 4)
Il n’y a pas lieu de distinguer suivant que ces mesures d'exécution forcée ou mesures conservatoires sont ou non encore en cours au jour où le juge de l’
exécution est saisi. Il en est ainsi du cas où il est reproché à un huissier de justice d'avoir commis plusieurs fautes délictuelles à l'occasion d'une saisie-attribution
et où il lui est reproché de n'avoir pas informé le débiteur. La Cour de cassation a reconnu la compétence du juge de l'exécution pour connaître de la demande
d'indemnisation ( Cass. 2e civ., 27 févr. 2014, n° 13-11.788 : JurisData n° 2014- 003268 ; Bull. civ. II, n° 54 ). Si une demande de mainlevée d'une mesure
d'exécution est présentée au soutien d'une exception de compensation, le juge de l’exécution n'est pas compétent pour se prononcer sur une action en
responsabilité, laquelle n'est pas fondée sur l'exécution ou l'inexécution dommageable de cette mesure (Cass. com., 22 mars 2017, n° 15-15.742 : JurisData n°
2017-005030 ; JCP G 2017, 411 ).
3) Compétence du juge de l'exécution pour des créances non fiscales

§ 409 Créances communales


Selon l’ article L. 281, 2° c du LPF , les contestations relatives au recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements
publics locaux et des établissements publics de santé sont portées devant le juge de l'exécution ( LPF, art. L. 281, 2°, c ). Le juge de l'exécution est donc
compétent pour statuer sur une contestation de la voie d'exécution mise en oeuvre aux fins du recouvrement des créances communales. Le débiteur d'une
créance assise et liquidée par une collectivité territoriale peut contester directement devant le juge de l'exécution visé à l' article L. 311-12 du COJ la régularité
formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre sans adresser préalablement une réclamation au comptable public ( Cass. com., 14 déc. 2004, n° 02-
15.617 : JurisData n° 2004-026199 ; Bull. civ. IV, n° 226 . - Texte appliqué : CGCT, art. L. 1617-5, 2 ).
4) Demandes hors de la compétence du juge de l’exécution

§ 410 Le juge de l’exécution ne peut connaître des cas suivants :


action en répétition de l’indu. - Le juge de l'exécution n'est tenu de statuer au fond que sur la validité et les difficultés d'exécution des titres exécutoires
qui sont directement en relation avec la mesure d'exécution contestée. Il ne peut se prononcer sur une demande en paiement qui relève du juge du fond (
Cass. 2e civ., 19 nov. 2020, n° 19-20.700 : JurisData n° 2020-019077, publié au Bull. - Cass. 2e civ., 3 déc. 2015, n° 13-28.177 : JurisData n° 2015-
026998 ; Bull. n° 841. - Cass. 2e civ., 19 déc. 2002, n° 00-20.774 : Bull. civ. II, n° 293 . - Cass. 2e civ., 11 déc. 2008, n° 07-19.411 : JurisData n° 2008-
046200 ; Bull. civ. II, n° 264 ) ;

absence d’envoi de l’avis d’imposition. - La contestation portant sur l'absence d'envoi préalable des avis d'imposition a trait à l'exigibilité de la somme
réclamée et relève de la compétence du juge de l'impôt et donc du juge du fond ( Cass. com., 20 févr. 2007, n° 05-17.483 , Trésorier Roquevaire c/
Guilhem : JurisData n° 2007-037745 ; RJF 2007, n° 850.- V. n° 242. - Cass. com., 23 janv. 2007, n° 04-20.831 : JurisData n° 2007-037117 ; Mémorial
percepteurs 2007, p. 272 ; RJF 2007, n° 619. - V. n° 242, 347 , 348. - Cass. com., 12 févr. 2008, n° 06-20.976 : JurisData n° 2008-042746 . - V. n° 338. -
Cass. com., 3 juin 2008, n° 07-13.385 : JurisData n° 2008-044242. - Cass. com., 9 mars 2010, n° 09-13.392).

demande en paiement. - Il n'entre pas dans ses attributions de se prononcer sur une demande en paiement, laquelle relève du juge du fond (Cass. 2e
civ., 3 déc. 2015, n° 13-28.177 : JurisData n° 2015-026998 ) ;

saisie administrative à tiers détenteur. - Compétent pour vérifier la régularité d'une saisie administrative à tiers détenteur, le juge de l’exécution ne l’
est plus si le requérant prétend que cet acte de poursuite se rapporte à des sommes insaisissables ;

acte de délégation de signature. - L'acte de délégation de signature contesté devant le juge de l'exécution n'est pas un acte de poursuites au sens de l'
article L. 281 du LPF et ne relève donc pas de la compétence du juge de l'exécution ( T. confl., 15 mars 2010, n° 3706, Mallet c/ Trésorier-payeur
général des Yvelines : JurisData n° 2010-003221 ;Dr. fisc. 2010, n° 21, comm. 337 ; RJF 6/2010, n° 631 ) ;

titre exécutoire. - La Cour de cassation (estime que le juge de l'exécution n'a pas compétence pour connaître des demandes tendant à remettre en
cause le titre exécutoire ( Cass. 2e civ., 16 déc. 2004 : JurisData n° 2004-026276 ) ;

désistement. - Dès lors que le créancier a déclaré par conclusions écrites se désister de la procédure de saisie immobilière qu'il avait engagée, le juge
de l'exécution n'est plus compétent pour trancher les contestations qui se sont élevées à l'occasion de cette exécution pour statuer sur les demandes
reconventionnelles nées de cette procédure ou s'y rapportant ( Cass. 2e civ., 11 janv. 2018, n° 16-22.829 : JurisData n°2018-000033 ; Procédures 2018,
comm. 77 ).

b) Compétence territoriale du juge de l’exécution

§ 411 En l’absence de dispositions particulières dans le LPF en matière d'opposition à poursuites, les règles de la procédure civile d’exécution sont applicables.
Le principe général est défini à l'article R. 121-2 du CPC exéc. qui prévoit que le juge de l'exécution compétent est, au choix du demandeur, celui du lieu où
demeure le débiteur ou celui du lieu d'exécution de la mesure.

En droit administratif, le tribunal administratif compétent territorialement pour connaître d'une contestation d'un acte de poursuites est celui dont relève le
département dans lequel le comptable public qui exerce les poursuites a son siège dans lequel sont exercées les poursuites ( CE, 5 janv. 1962, n° 37006 :
Dupont 1962, p. 122 . - CAA Paris, 17 avr. 1990, n° 562, Didier : RJF 8-9/90, n° 1119. - CAA Paris, 2e ch. A, 15 oct. 2003, n° 99-3682, M. Geron : JurisData n°
2003-246040 ). Si le débiteur demeure à l'étranger ou si le lieu où il demeure est inconnu, le juge compétent est celui du lieu d'exécution.

§ 412 Toutefois, de multiples dérogations ont été apportées qui ont fixé pour plusieurs procédures une compétence unique, sans possibilité d'option. Ainsi, le juge
de l’exécution est toujours compétent :

du lieu d’exécution de la mesure en matière de saisie-vente ( CPC exéc., art. R. 221-10 . - Et CPC exéc., art. R. 221-40) ;

du lieu où demeure le débiteur en matière de saisie-attribution ( CPC exéc., art. R. 211-10 ) ;

de la saisie de droits d'associé et de valeurs mobilières ( CPC exéc., art. R. 232-6 ) ;

de saisie des véhicules terrestres à moteur par déclaration à la préfecture ( CPC exéc., art. R. 223-3 ).

§ 413 En procédure collective, la Cour de cassation a rappelé que les règles de compétence édictées par l’ article R. 600-1 du Code de commerce ne dérogeant
pas à l’application des dispositions de l’ article 47 du Code de procédure civile , a décidé que si l'opposition concernait plusieurs avis à tiers détenteur délivrés
dans des endroits différents, l'affaire devait être défendue par le comptable chargé du recouvrement contre lequel était dirigée l'action ( LPF, art. R. 281-4, dernier
al. - Cass. com., 12 oct. 2010, n° 09-16.743, Druz : JurisData n° 2010-018408 ; Procédures 2011, comm. 22, obs. B. Rolland ; D. 2010, p. 2510, obs. A. Lienhard
; JCP G 2010, 1086 , note Ph. Roussel Galle).
c) Procédure

§ 414 Règles générales de la procédure civile


En l’absence de dispositions expresses édictées dans le CGI, notamment dans son article 1947, en ce qui concerne la saisine du tribunal judiciaire, les règles
générales de procédure civile prévues par le décret du 9 septembre 1971 alors en vigueur étaient applicables et notamment celles portées à l’article 29 de ce
texte (Cass. com., 6 déc. 1978, n° 77-13.521, publié).

§ 415 Saisine du juge de l’exécution


Le juge de l’exécution ne peut être saisi que lorsqu'une procédure d’exécution forcée est engagée par le créancier et à cette occasion seulement. C’est le cas,
lorsque le créancier a fait signifier au débiteur un commandement de payer ou qu’un acte de saisie lui a été notifié sachant qu'un simple commandement de payer
n'est pas un acte d'exécution.
§ 416 Assignation
Avant le 1er janvier 2019, la procédure devait être dirigée contre le comptable chargé du recouvrement ( LPF, art. R. 281-4 ). Il avait été jugé que l’assignation ne
pouvait être régulièrement délivrée contre le trésorier-payeur général, chef de service du comptable du Trésor chargé du recouvrement (Cass. com., 1er févr.
1994, n° 92-14.588 : JurisData n° 1994-000536 ; Bull. civ. IV, n° 41, p. 32 ; RJF 1994, n° 648. - Cass. com., 12 janv. 1999, n° 96-20.644 ; Berger : JurisData n°
1999-003300 ; Dr. fisc. 1999, n° 25, comm. 514. - Cass. com., 28 févr. 2006, n° 03-20.833 : JurisData n° 2006-032477 ; RJF 2006, n° 784). Cette obligation a été
supprimée au 1er janvier 2019. Désormais, si aucune décision n’a été prise dans le délai de 2 mois ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le
redevable doit, à peine de forclusion, porter l’affaire devant le juge compétent tel qu’il est défini à l’ article L. 281 du LPF .

§ 417 Délai de saisine


Si aucune décision n’a été prise dans le délai de 2 mois ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou
conjointement dispose de 2 mois à partir :

soit de la notification de la décision du chef de service ou de l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 ; c'est-à-dire la date figurant
sur l'avis de réception postal ou, le cas échéant, la présentation au domicile du contribuable absent ; il appartient au service d'établir la date de cette
notification faute de quoi aucune forclusion ne peut être opposée ( Cass. com., 20 nov. 2001, n° 98-20.040 : JurisData n° 2001-011859 ) ;

soit de l'expiration du délai de 2 mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa
décision ( LPF, art. R.* 281-4, al. 3 ).

La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates ( LPF, art. R.* 281-4, al. 4 . - Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-18.420 ). Mais cette
irrecevabilité n’est opposable au demandeur qu’à la condition qu’il ait été précisément informé, par l’acte de poursuite, des modalités et délais de recours, ainsi
que des dispositions des articles R. 281-4 et R. 281-5 du LPF ( Cass. com., 8 juill. 2008, n° 07-16.914 : JurisData n° 2008-044840. - Cass. com., 12 oct. 2010, n°
09-16.898 : JurisData n° 2010-018490 . - V. n° 315. - Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-24.365, FS-P+B, Sté Conception bureautique et organisation du travail
(CBOT) : JurisData n° 2014-030656 ; Dr. fisc. 2015, n° 15, comm. 265, note J.-P. Maublanc ; RJF 2015, n° 274. - cité, n° 5, 169, 201, 223, 315, 335, 394, 420).
Elle doit être dirigée contre le comptable chargé du recouvrement. L' article R. 281-4 du LPF ne se limite pas à énoncer que le redevable doit, à peine de
forclusion, porter l'affaire devant le juge dans un certain délai, mais précise également " devant le juge compétent tel qu'il est défini à l' article L. 281 du LPF . À
défaut, la saisine est prématurée et, par suite, irrecevable " (Cass. com., 12 mars 1996, n° 94-16.102 : JurisData n° 1996-000823 ; Dr. fisc. 1996, n° 28, comm.
922 ; RJF 1996, n° 823. - Cass. com., 7 juill. 2009, n° 08-18.275, Vigroux et a. : JurisData n° 2009-049221 ; RJF 12/2009, n° 1167 ).

§ 418 La procédure est orale ( CPC exéc., art. R. 121-8 ). L'affaire est instruite en suivant les règles de la procédure à jour fixe ( LPF, art. R.* 281-5, al. 2 ).

§ 419 Représentation des parties


Dans le cas d'opposition à poursuite, les règles de procédures dérogatoires du droit comme prévues dans le LPF ne sont pas applicables. Les parties peuvent
exposer elles-mêmes leurs moyens ou présenter leur défense. Mais la représentation par avocat est en principe obligatoire devant le JEX lorsque la demande est
supérieure à 10 000 euro(s).

§ 420 Moyens nouveaux de pur droit


En cours d'instance, toute partie peut exposer ses moyens par lettre adressée au juge de l'exécution, à condition de justifier que la partie adverse en a eu
connaissance avant l'audience par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et la partie qui use de cette faculté peut ne pas se présenter à
l'audience ( CPC exéc., art. R. 121-10 ). Mais selon l' article R. 281-5 du LPF , le juge se prononce exclusivement au vu des moyens de fait ou pièces
justificatives qui ont été présentées au chef de service dans le cadre de sa contestation préalable. Ainsi les redevables ne peuvent soumettre au juge des pièces
autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires ou invoquer des faits autres que ceux exprimés dans ces mémoires ( CE, 9e et 8e ss-sect.,
18 mai 1994, n° 93768 et 93769 : JurisData n° 1994-610205 ; RJF 8-9/1994, n° 988. - V. n° 332 à 336 ).

En contentieux d’assiette, le Conseil d’État a admis que l’ article R. 281-5 du LPF ne faisait pas obstacle à ce que le contribuable puisse soulever, devant le
tribunal administratif ou la cour administrative d'appel, jusqu'à la clôture de l'instruction, des moyens nouveaux de pur droit, c'est-à-dire n'impliquant pas
l'appréciation de pièces justificatives ou de circonstances de fait qu'il aurait dû produire ou exposer dans sa réclamation préalable ( CE, ass. plén., 27 juin 1969,
n° 61520 : Lebon, p. 345 ; Dr. fisc. 1969, n° 41, comm. 1231 ; Dupont 1969, n° 12162 ; Mémorial des percepteurs 1969, p. 153. - CE, 8e et 9e ss-sect., 17 mars
1999, n° 163929 : JurisData n° 1999-051320 ; Dr. fisc. 2000, n° 3, comm. 42, concl. G. Goulard ; RJF 5/1999, n° 642 , chron. E. Mignon, p. 338. - CE, 9e et 10e
ss-sect., 28 mars 2007, n° 289613 et 289614, Sté Hallumeca : JurisData n° 2007-081108 ; Dr. fisc. 2007, n° 25, comm. 665 ; RJF 6/2007, n° 748 ). Le
contribuable peut ainsi soulever directement devant le juge administratif un moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement, de la méconnaissance
d'une exigence procédurale ( CE, 9e et 10e ss-sect., 27 nov. 2000, n° 197915 , min. c/ SARL Éts Viz : JurisData n° 2000-061287 ; Dr. fisc. 2001, n° 16, comm.
393, concl. J. Courtial ; RJF 2/2001, n° 252 ), ou encore un moyen tiré du défaut de base légale de la somme exigée ( CE, 8e et 3e ss-sect., 16 avr. 2010, n°
313456 : JurisData n° 2010-004214 ; Lebon, p. 115 ; Dr. fisc. 2010, n° 24, comm. 373 ).

Enfin, le juge administratif a même admis que le contribuable pouvait produire des pièces justificatives nouvelles à l'appui d'un moyen déjà soulevé ( CAA Paris,
2e ch. A, 15 juin 2005, n° 01PA01903 : RJF 1/2006, n° 97 ). Dans un arrêt récent, le Conseil d’État a décidé que le contribuable avait la possibilité d’invoquer
devant le juge administratif des éléments de fait nouveaux postérieurs à la décision de l'Administration statuant sur sa réclamation et dont il ne pouvait faire état
dans cette dernière ( CE, 10e et 9e ch., 28 déc. 2018, n° 410912, Sté Immo Lorrain et A. : Dr. fisc. 2019, n° 20, comm. 269 , concl. A. Iljic).

La jurisprudence judiciaire a longtemps considéré, à la différence de la jurisprudence administrative, qu'un moyen de droit qui n'avait pas été soumis au chef de
service n'était pas recevable devant le juge (V. n° 335. - Cass. com., 7 juin 1994, n° 1331, D, Sté Adia-France : Dr. fisc. 1994, n° 51, comm. 2241 et instr. 11250. -
Cass. com., 2 mai 2007, n° 06-14.277 : JurisData n° 2007-038704 ; Dr. fisc. 2007, n° 26, comm. 691 ; RJF 2007, n° 978). Puis la Cour de cassation s’est
rapprochée de la jurisprudence du Conseil d’État en admettant la recevabilité des moyens de pur droit nouveaux devant le juge de l’exécution, à la condition que
ces derniers n’impliquent pas l’appréciation de pièces justificatives omises dans la demande préalable au chef de service ( Cass. com., 9 déc. 2014, n° 13-
24.365, Sté Conception bureautique et organisation du travail : Dr. fisc. 2015, n° 15, comm. 265, note J.-P. Maublanc ; RJF 3/2015, n° 274 , étude B. Hatoux, p.
168. - cité, n° 5, 169, 201, 223, 315, 335, 394, 417). Dans cette perspective, la Cour de cassation a jugé qu’un vice de forme allégué par le redevable tiré du
défaut de signature des avis à tiers détenteur impliquait l’appréciation de circonstances de fait omises dans la demande préalable au chef de service et a conclu
que ce moyen, tiré d’une irrégularité de l’acte de poursuite, ne pouvait donc pas être invoqué pour la première fois devant le juge de l’exécution (Cass. com., 14
avr. 2015, n° 13-28.797, M. Legrand-Castor : JurisData n° 2015-008088 ; Dr. fisc. 2015, n° 17, act. 256 ; Bull. civ. IV, n° 68 . - V. n° 169, 299, 304, 335 ).

§ 421 Décision du juge de l’exécution


Le juge de l'exécution ne peut ni modifier le dispositif de la décision de justice qui sert de fondement aux poursuites ( Cass. 2e civ., 24 sept. 2015, n° 13-27.364,
F-P+B : Bull. civ. II, n° 836 ), ni en suspendre l'exécution (D. n° 92-755, 31 juill. 1992, art. 8, al. 2), ni remettre en cause la validité des droits et obligations qu'il
constate, ni le fondement du titre dont l'exécution est poursuivie (Cass. com., 16 déc. 2008, n° 07-20.939). Toutefois il appartient au juge de l’exécution de fixer le
sens de la décision. Il en est ainsi lorsque le juge de l’exécution décide qu'en condamnant le défendeur " avec intérêts ", le jugement doit s'entendre des intérêts
au taux légal ( Cass. 2e civ., 7 avr. 2016, n° 15-17.398 : JurisData n° 2016-006438 ). Le juge de l’exécution peut donner ou restituer leur exacte qualification aux
faits et actes litigieux sans s'arrêter à la dénomination que les parties en auraient proposée. Il a pu ainsi requalifier en clause pénale, une astreinte
conventionnelle insérée dans un acte authentique comportant une vente immobilière ( Cass. 2e civ., 3 sept. 2015, n° 14-20.431 . - CPC, art. 12 ).

Il lui appartient aussi de prendre les mesures propres à en assurer l'exécution effective ( Cass. 3e civ., 26 sept. 2007, n° 06-15.805 : JurisData n° 2007-040512 ;
Bull. civ. III, n° 156 ; JCP E 2007, n° 46, n° 2390. - Cass. 2e civ., 13 sept. 2007, n° 06-13.672 : JurisData n° 2007-040329 ; Bull. civ. n° 219 ; D. 2007, p. 2395,
obs. Avena-Robardet ; D. 2008, pan. p. 648, obs. Sommer ; D. 2008, p. 1171, obs. A. Leborgne ; Dr. et proc. 2008, p. 39 , note O. Salati ; RD bancaire et fin.
2007, comm. 231 , obs. S. Piedelièvre. - Cass. 3e civ., 23 mars 2005, n° 03-19.071 : JurisData n° 2005-027716 ; Bull. civ. III, n° 72 ; Procédures 2005, comm.
129 , obs. R. Perrot).

Le juge de l’exécution peut ainsi être amené à juger si le titre objet d’une procédure forcée entre bien dans la catégorie des titres exécutoires. Par contre, il ne
peut pas remettre en cause le titre exécutoire, le juge de l'exécution n'étant pas une juridiction d'appel (Cass. 2e civ., 17 juin 1998, n° 96-13.199 : JurisData n°
1998-002734 ).

§ 422 Grief
Aux termes de l' article 114 du Code de procédure civile , la nullité des actes pour vice de forme ne peut être prononcée qu'à charge pour l'adversaire qui
l'invoque de prouver le grief que lui cause l'irrégularité, même lorsqu'il s'agit d'une formalité substantielle ou d'ordre public (Cass. civ., 16 juill. 1982, n° 81-11.174),
le préjudice devant nécessairement découler de l'irrégularité commise elle-même. Le comptable compétent peut soulever l'absence de grief résultant du vice de
forme invoqué. En revanche, lorsque l'irrégularité soulevée constituera une nullité de fond ( CPC, art. 117 ), la preuve d'un grief n'est pas exigée.

§ 423 Sursis à exécution et délais de paiement


N'ayant de compétence en matière de poursuites fiscales que pour apprécier la régularité des actes eux-mêmes, le juge de l’exécution ne peut accorder un sursis
à exécution (Cass. com., 27 nov. 1978, n° 77-12.503, cité n° 348) ou des délais de paiement en se fondant notamment sur l' article 1343-5 du Code civil ( Cass.
com., 23 nov. 1993, n° 91-21.081 ). Le comptable de la DGFiP est seul compétent pour différer le recouvrement en accordant des délais.

§ 424 Délai de grâce


Bien que le juge judiciaire ne peut accorder un délai de grâce au contribuable pour le paiement de l’impôt en cause, la Cour de cassation a décidé que le
président du tribunal pouvait lorsque le débiteur avait fait l’objet d’une procédure de règlement amiable et qu’un accord avait été conclu avec les principaux
créanciers, accorder au débiteur des délais de paiement prévus à l’article 1244-1 pour les créances non incluses dans l’accord conformément aux dispositions de
l’article 36 du 1er mars 1984, qui couvre toutes les créances. La Cour de cassation a ainsi décidé que ce texte dérogeait à la règle générale qui exclut l’octroi de
délais de grâce pour certaines créances, notamment fiscales ( Cass. com., 16 juin 1998, n° 96-15.525, P+B, Sté Soifilène : JurisData n° 1998-002775 ; Bull. civ.
IV, n° 193 ; Dr. fisc. 1998, n° 39, comm. 841 ; RJF 1998, n° 1026. - Cass. com., 16 juin 1998, n° 96-16.349, P+B ).

§ 425 La décision du juge d’exécution est exécutoire de plein droit.

§ 426 Sursis à exécution


Le juge de l’exécution peut éventuellement décider d'un sursis à l'exécution. Ses pouvoirs sont très étendus au point que la deuxième chambre de la Cour de
cassation a jugé le 20 décembre 2001 que le juge de l'exécution disposait d'un pouvoir souverain pour apprécier si les circonstances faisaient apparaître la
nécessité d'assortir d'une astreinte la décision rendue par un autre juge.

En cas d'appel, un sursis à l'exécution des décisions prises par le juge de l'exécution peut être demandé au premier président de la cour d'appel. La demande est
formée par assignation en référé délivrée à la partie adverse et dénoncée, s'il y a lieu, au tiers entre les mains de qui la saisie a été pratiquée.

Jusqu'au jour du prononcé de l'ordonnance par le premier président, la demande de sursis à exécution suspend les poursuites si la décision attaquée n'a pas
remis en cause leur continuation ; elle proroge les effets attachés à la saisie et aux mesures conservatoires si la décision attaquée a ordonné la mainlevée de la
mesure. Le sursis à exécution n'est accordé que s'il existe des moyens sérieux d'annulation ou de réformation de la décision déférée à la cour. L'auteur d'une
demande de sursis à exécution manifestement abusive peut être condamné par le premier président à une amende civile d'un montant maximum de 10 000 euro
(s), sans préjudice des dommages-intérêts qui pourraient être réclamés.

La décision du premier président n'est pas susceptible de pourvoi ( CPC exéc., art. R.*121-22 ).

§ 427 Voies de recours


La décision du juge de l'exécution peut faire l'objet d'un appel ( CPC exéc., art. 121-19 . - Cass. com., 2 mai 1985, n° 83-15.019 : Dr. fisc. 1987, n° 9, comm. 425 .
- Cass. com., 4 nov. 1987, n° 85-15.137 : Dr. fisc. 1988, n° 23-24, comm. 1104 . - Cass. com., 1er déc. 1987, n° 86-16.770, recette-perception St-Pol-de-Léon :
Mémorial percepteurs 1987, p. 248. - Cass. com., 1er févr. 1994, n° 268 D : RJF 1994, n° 637). Ce recours n'est pas suspensif ( CPC exéc., art. R. 121-21 ). Le
délai d'appel est de 15 jours et court à compter de la notification de la décision (CPC exéc., art. R. 121-20, al. 1er). L'appel est formé, instruit et jugé selon les
règles applicables à la procédure prévue à l’article 905 du Code de procédure civile ou à la procédure à jour fixe (CPC exéc., art. R. 121-20, al. 2). Le délai d’
appel et l’appel lui-même n’ont pas d’effet suspensif ( CPC exéc., art. R. 121-21 ). Mais, le sursis à l'exécution des décisions prises par le juge de l'exécution peut
être demandé au premier président de la cour d'appel ( CPC exéc., art. R. 121-22 ).
D. Juge des référés

§ 428 Juge des référés et juge d’exécution


La frontière entre les 2 juridictions que sont le juge du référé et le juge de l'exécution est ténue. Si le juge de l'exécution est seul compétent en matière de voies
d'exécution, le juge du référé connaît des litiges relatifs aux voies de fait ( Cass. com., 26 mars 1996, n° 94-16.167 : Rev. proc. coll. 1996, 346, n° 2 , obs. P.
Canet).

En matière de recouvrement de l’impôt, la Cour de cassation a eu l'occasion de rappeler que relevait de la seule compétence du juge de l’exécution, une
demande de mainlevée d'un avis à tiers détenteur pour défaut de titre exécutoire laquelle constituait une contestation portant sur la régularité en la forme d'un
acte de poursuite. La compétence du juge de l’exécution, ainsi retenue, était exclusive de celle du juge administratif aussi bien que de celle du juge des référés,
même si la cour d'appel s’était fondée pour retenir sa compétence sur la notion de voie de fait ( Cass. com., 3 mars 2004, n° 01-01.104 : JurisData n° 2004-
022809 ).

Toutefois, le contribuable peut s'opposer à l'action en recouvrement de l'impôt par d'autres voies judiciaires que celles de l' article L. 281 du LPF . C'est ainsi que
la Cour de cassation a admis la compétence du juge des référés pour statuer sur les suspensions des effets d'une voie d'exécution utilisée pour le recouvrement
d'impôts. Elle a en effet jugé que le juge des référés pouvait suspendre, en raison de l'urgence, les effets d'un avis à tiers détenteur jusqu'à ce que la juridiction
administrative tranche la contestation relative à l'existence de la créance fiscale dont elle est saisie ( Cass. com., 16 juin 1992, n° 90-12.601 ). La compétence du
juge des référés a aussi été étendue au prononcé d'une suspension d'une saisie diligentée alors que le redevable bénéficiait du sursis de paiement, cette
poursuite constituant un trouble manifestement illicite ( Cass. com., 19 févr. 1991, n° 89-10.805 : JurisData n° 1991-000758 . - V. n° 311 , 337. - Cass. com., 6
mars 1985, n° 83-17.039 : JurisData n° 1985-700690 ; Bull. civ. IV, n° 91 . - Cass. com., 27 juin 1989, n° 87-15.641 : JurisData n° 1989-702593 ; Bull. civ. IV, n°
207 ; JCP G 1989, n° 41, IV, p. 328 ). Par ailleurs, le juge des référés a pu ordonner un sursis à la vente lorsque le redevable conteste en la forme l'acte de saisie
conformément à l' article L. 281 du LPF et qu'à la date prévue pour la vente, le délai imparti à l'Administration pour répondre à sa réclamation n'est pas expiré (
Cass. com., 22 mars 1988, n° 86-17.638, Receveur-percepteur Lannion : JurisData n° 1988-000584 ; Bull. civ. IV, n° 121 ; RJF 1988, n° 127. - Cass. 1re civ., 25
juin 1996, n° 93-17.613 : JurisData n° 1996-002811 ). Il est également compétent pour statuer sur les difficultés d'exécution même en matière de saisies
effectuées pour le recouvrement des contributions directes (Cass. 2e civ., 6 janv. 1988, n° 86-17.684 : JurisData n° 1988-000420 ; Bull. civ. II, n° 7 ; Dr. fisc.
1988, n° 25, comm. 1288 ; RJF 1988, n° 1395).

Dans une décision récente, la Cour de cassation a jugé que lorsqu’un immeuble d'un débiteur mis en liquidation judiciaire a été vendu sur saisie immobilière, le
juge compétent pour constater la caducité de la procédure de distribution du prix de vente n'ayant pas produit son effet attributif avant le jugement d'ouverture, en
vertu de l'article R. 622-19 du Code de commerce, rendu applicable à la liquidation judiciaire par l'article R. 641-23 du même code, et pour ordonner, en
conséquence, la remise des fonds au liquidateur aux fins de répartition, en vertu de l'article R. 641-24 de ce code, est non le juge des référés, mais le juge de
l'exécution, en application de l' article L. 213-6 du Code de l'organisation judiciaire (Cass. com., 21 oct. 2020, n° 19-15.171 : JurisData n°2020-016771 ; RD
bancaire et fin. 2021, comm. 16).

E. Juge de la procédure collective

§ 429 Compétence d'attribution


En 2003, le Tribunal des conflits a jugé que, si le juge de l'impôt, juge judiciaire ou juge administratif, était compétent pour déterminer l'existence de l'obligation de
payer, la quotité de l'impôt ou son exigibilité, par dérogation à ce principe, le juge de la procédure collective (le tribunal de commerce si le débiteur exerce une
activité commerciale ou artisanale ou le tribunal judiciaire dans les autres cas) était, quelle que soit la nature des créances en cause, seul compétent pour
connaître des contestations relatives à la mise en oeuvre des règles propres à la procédure collective même si ces créances étaient de nature fiscale et
concernaient un impôt dont le contentieux relève de la compétence du juge fiscal ( T. confl., 26 mai 2003, n° 03-03.354 : JurisData n° 2003-225110 ; Bull. civ., T.
confl., n° 16 ; Dr. fisc. 2003, n° 51, comm. 930 ; D. 2003, AJ, p. 2010 ; LPA 7 nov. 2003, p. 10 , note J. Brandeau ; RTD com. 2004, p. 153 , obs. A. Martin-Serf ;
RJF 2003, n° 10251). Dans l’espèce de 2003, la solution adoptée était opportune car la question soulevée était spécifique à la procédure collective. Dans une
autre espèce, le Tribunal des conflits a également opté pour la compétence du juge de la procédure collective alors que la contestation relevait manifestement de
la juridiction administrative mais sans fermer toutefois la voie à un contentieux devant le juge de l’excès de pouvoir puisqu’il a réservé une éventuelle question
préjudicielle relevant du juge administratif et dont dépendrait la solution du litige ( T. confl., 8 juill. 2013, n° 3912 : JurisData n° 2013-014607 ; Dr. fisc. 2013, n° 39,
comm. 451 ; Rev. proc. coll. 2013, comm. 168 , note R. Vabres ; RJF 2013, n° 1129 ; BDCF 2013, n° 133, concl. B. Dacosta. - T. confl., 13 avr. 2015, n° 3998,
Lévy c/ DDFiP : JurisData n° 2015-009526 ; Rev. proc. coll. 2015, comm. 195 , R. Vabres).

En 2012, le Tribunal des conflits a précisé que les contestations relevant de la compétence du tribunal de la procédure collective étaient celles qui étaient nées de
la procédure collective ou " soumises à son influence juridique " (T. confl., 15 oct. 2012, n° 3869 : Lebon T., p. 648 ; Dr. fisc. 2012, n° 51-52, comm. 572 , note J.-
M. Communier ; Procédures 2013, comm. 369 ; RJF 2013, n° 424).

La Cour de cassation avait tranché en ce sens en précisant que le tribunal de la procédure collective n’est compétent que " pour connaître des contestations nées
de la procédure collective ou sur lesquelles cette procédure exerce une influence juridique " ( Cass. com., 4 févr. 1986, n° 84-16.565 : JurisData n° 1986-700325 ;
Bull. civ. IV, n° 3 . - Cass. com., 2 oct. 1990 : Bull. civ. IV, n° 224, p. 155 . - Cass. com., 19 mars 1991, n° 89-10.783 : JurisData n° 1991- 001311 ; Bull. civ. IV, n°
107 . - Cass. com., 1er mars 1994, n° 91-20.887 : JurisData n° 1994-000486 ; Bull. civ. IV, n° 88 . - CAA Paris, 5 mars 2007, n° 05PA00334 : JurisData n° 2007-
337407 ; Dr. fisc. 2007, n° 30-35, comm. 792 ).
Ces jurisprudences ne vont pas à l’encontre du principe selon lequel, lorsqu’une procédure collective est ouverte, le juge-commissaire qui est compétent pour
déterminer si les conditions d'admission des créances à la procédure collective sont remplies, n’a pas cependant le pouvoir de statuer sur la contestation de
l'assiette de l'impôt. Il faut donc un lien avec une procédure collective. Par exemple, si le recouvrement d’une créance est indépendant de la procédure collective,
la juridiction administrative retrouve sa compétence ( T. confl., 13 avr. 2015, n° 3988 , préc.). Par ailleurs, le Tribunal des conflits a précisé que la compétence
particulière du juge de la procédure collective devait être limitée à la durée de la procédure collective. Le juge de l’impôt doit alors retrouver sa compétence
lorsque la procédure collective n’est plus en cours, soit qu’elle ait été annulée ( T. confl., 17 déc. 2007, n° 07-03.643 . - Cass. com., 20 mai 2008, n° 05-14.370, F-
P+B, M. Delcamp : JurisData n° 2008-043988 ; Dr. fisc. 2008, n° 37, comm. 487, note J.-P. Maublanc), soit qu’à la date de la saisine du juge de l’impôt, elle ait
été irrévocablement clôturée ( T. confl., 19 oct. 2009, n° 3694 : Lebon, p. 590 ; Dr. fisc. 2010, n° 15, comm. 277 ; RJF 2010, n° 159 ; BDCF 2010, n° 22, concl. M.
Guyomar).

§ 430 Périmètre de la compétence du juge de la procédure collective


Dans la mesure où un troisième juge appartenant à l’ordre judiciaire faisait ainsi son apparition, le Tribunal des conflits a redéfini le périmètre de compétence du
juge de la procédure collective, " seul compétent pour connaître des contestations relatives à la mise en oeuvre des règles propres à la procédure collective ". Il a
maintenu la compétence du juge de la procédure collective mais en la cantonnant ( T. confl., 13 avr. 2015, n° 3988, Martini c/ min. fin. : JurisData n° 2015-009525
; Dr. fisc. 2015, n° 25, comm. 421 , concl. B. Dacosta. - T. confl., 13 avr. 2015, n° 3998, Lévy c/ DDFIP Val-de-Marne : JurisData n° 2015-009526 ).

Attention
Si le juge-commissaire n'est pas compétent pour connaître de l'assiette de l'impôt, il faut cependant signaler une décision, publiée, de la chambre commerciale de
la Cour de cassation, qui a admis que le pouvoir de vérification des conditions d'admission des créances fiscales du juge-commissaire pouvait s'étendre à
l'examen de certains aspects de la procédure d'assiette. Après avoir énoncé qu'il appartenait au juge-commissaire de rechercher quel était le fait générateur
d'une créance de majoration d'impôt et que celle-ci était conditionnée par le défaut de déclaration du contribuable dans les 30 jours de sa mise en demeure, la
chambre commerciale a approuvé une cour d'appel qui ayant constaté qu'il n'était pas fait état d'une mise en demeure antérieure à l'avis de mise en
recouvrement, faisant ainsi ressortir que le trésorier n'avait pas justifié d'une créance de majoration antérieure au jugement d'ouverture de la liquidation judiciaire,
avait rejeté la déclaration du trésorier en tant qu'elle portait sur cette partie de la créance ( Cass. com., 28 avr. 2004, n° 01-01.649 : JurisData n° 2004-023446 ;
Bull. civ. IV, n° 77, p. 80 ; JCP E 2004, n° 25, pan. 906 ; RJF 2004, n° 947).

Ainsi, en cas de contestation portant sur l’existence de la créance fiscale, il revient au juge de la procédure collective de trancher. Mais si une contestation portant
sur le montant de la créance est élevée, le juge doit surseoir à statuer après avoir invité les parties à saisir le juge compétent ( Cass. com., 28 janv. 2014, n° 12-
35.048 : JurisData n° 2014-001045 ; Procédures 2014, comm. 117, B. Rolland ; D. 2014, p. 368, note A. Lienhard).

Dans une décision de 2015, la Cour de cassation a confirmé l’admission d’une créance fiscale en faisant compléter l’état des créances par la mention de la
décision rejetant la demande de décharge, rejet qui mettait fin à l’instance en cours que la société débitrice avait introduite et dont il résultait ainsi l’admission de
la créance ( Cass. com., 24 mars 2015, n° 14-10.954 : JurisData n° 2015-006362 ; JCP E 2015, act. 304 ).

§ 431 Champ d’application


Le juge de la procédure collective doit trancher les questions se rapportant à la procédure collective et exerçant une influence décisive sur le recouvrement de l’
impôt. Dans sa décision du 26 mai 2003, le Tribunal des conflits avait constaté que la question soulevée était spécifique à la procédure collective et que sa
résolution était décisive quant à l’issue du contentieux du recouvrement. En revanche, le Tribunal des conflits, dans l’espèce du 13 avril 2015 ( T. confl., 13 avr.
2015, n° 3988, Martini :JurisData n° 2015-009526 ), a relevé que la question posée à savoir si l’acquisition de la prescription de l’action en recouvrement d’
impositions déclarées à la procédure de liquidation judiciaire et définitivement admises par le juge-commissaire, n’était pas relative à la mise en oeuvre des règles
propres à la procédure collective. Il a donc conclu à la compétence du juge administratif. Il faut noter que dans une affaire précédente, le Tribunal des conflits
avait jugé différemment en faveur de la compétence du tribunal de la procédure collective (T. confl., 12 déc. 2011, n° 3815, M. Foucher, mandataire ad hoc de la
SARL France Computer Leasing). Dans la seconde espèce du 13 avril 2015 (T. confl., 13 avr. 2015, n° 3998, Lévy, préc., n° 214), le Tribunal des conflits a
considéré que le recouvrement des cotisations par la gérante était indépendant de la procédure collective de la société et a également retenu la compétence
administrative. Cette jurisprudence était déjà admise par la Cour de cassation qui reconnaissait la compétence du juge administratif lorsque la contestation d'un
contribuable portait sur l'obligation de payer selon les dispositions de l’ article L. 281 du LPF , quand bien même la solution à y apporter nécessitait une
appréciation au regard de dispositions de droit privé (Cass. com., 20 mai 2008, n° 05-14.370, Delcamp : JurisData n° 2008-043988 ).

§ 432 Procédure de déclaration des créances lors d’une procédure collective


Les créances fiscales, nées antérieurement au jugement d'ouverture de la procédure collective, doivent être déclarées par le comptable public entre les mains du
mandataire judiciaire (en sauvegarde et redressement judiciaire) ou du liquidateur judiciaire (en liquidation judiciaire). La jurisprudence, tant administrative que
judiciaire, réserve au juge-commissaire la qualification de la créance qui doit être déclarée (Cass. com., 9 nov. 2004, n° 02-13.184 : RJF 2005, n° 275).

§ 433 La déclaration de créance est un acte de poursuite qui permet de mettre en oeuvre les procédures de contestations de l’action en recouvrement. Mais la
déclaration de créance ne constitue par un titre exécutoire

§ 434 Créances authentifiées


La tâche première du juge-commissaire est de constater que le fait générateur de la créance fiscale est antérieur au jugement d'ouverture. Il doit s'assurer que
ces créances sont authentifiées, c'est-à-dire munies d'un titre exécutoire (avis de mise en recouvrement ou rôle) ( Cass. com., 20 juin 2006, n° 04-13.574,
Moyrand : JurisData n° 2006-034372 ; RJF 2006, n° 1468). Concernant ces créances fiscales force est de constater que les créances que déclare le Trésor
public font souvent l'objet d'une contestation de la part du débiteur, contestation qui peut porter soit sur l'assiette de l'impôt, soit sur son fondement, soit sur le fait
générateur. Comme le rappelle la Cour de cassation, ce genre de contestation doit être formalisé dans les conditions prévues par le LPF ( Cass. com., 15 nov.
2005, n° 04-17.328 : RJF 2006, n° 323). La question d'une procédure contentieuse associée à la déclaration de la créance est une question souvent débattue
devant le juge-commissaire.

§ 435 Créances admises à titre provisionnel


Mais, si seules les créances authentifiées sont à déclarer, les créances fiscales qui n'ont pas fait l'objet d'un titre exécutoire au moment de leur déclaration sont
admises à titre provisionnel pour leur montant déclaré. Sous réserve des procédures judiciaires ou administratives en cours, leur établissement définitif doit, à
peine de forclusion, être effectué dans le délai fixé par le tribunal (C. com., art. L. 622-24). Il s'agit d'un privilège donné au Trésor public et aux organismes de
prévoyance et de sécurité sociale ( Cass. com., 5 juill. 2005, n° 03-18.947 : JurisData n° 2005-029375 ; Bull. civ. IV, n° 155 ; JCP G 2006, I, 130, n° 12, obs. Ph.
Pétel ; Act. proc. coll. 2005, comm. 204 , obs. C. Regnaut-Moutier ; D. 2005, AJ, p. 1998, obs. A. Lienhard ; RJDA 2006, n° 49. - Cass. com., 10 mars 2004, n° 01-
10.015 : RJF 2004, n° 946). En effet, les déclarations de créances du Trésor public sont faites sous réserve des impôts ou autres créances non établis à la date
de la déclaration fixée par le tribunal de la procédure collective (C. com., art. L. 622-24, al. 3). Elles sont dans ce cas particulier évaluées par le Trésor et admises
par le juge-commissaire à titre provisionnel.

§ 436 Notion d’instance en cours


La Cour de cassation a été amenée à préciser ce qu'était une procédure administrative en cours ( Cass. com., 18 janv. 2000, n° 97-18.874 : JurisData n° 2000-
000043 ; Bull. civ. IV, n° 14 ; JCP G 2000, II, 10332, note J. Casey ; JCP G 2000, I, 249, n° 12 , obs. Ph. Pétel ; Act. proc. coll. 2000, comm. 37 , obs. C. Regnaut-
Moutier ; RJDA 2000, n° 186 ; RJF 2000, n° 1176 ; D. 2000, AJ, p. 82, obs. A. Lienhard ; Rev. proc. coll. 2000, p. 91 , obs. J.-M. Deleneuville ; RTD com. 2000, p.
463 , obs. J.-L. Vallens ; RTD com. 2000, p. 721 , obs. A. Martin-Serf). Elle a jugé qu'un contrôle fiscal n'était pas une procédure administrative ( Cass. com., 9
janv. 2001, n° 98-11.609 : JurisData n° 2001-007712 ; Bull. civ. IV, n° 4 ; Act. proc. coll. 2001, comm. 51 , obs. G. Amlon ; JCP E 2001, p. 754 , n° 12, obs. Ph.
Pétel ; D. 2001, p. 478, obs. A. Lienhard ; RTD com. 2001, p. 510 , obs. A. Martin-Serf ; RJDA 2001, n° 469 ; RJF 2001, n° 554). Ainsi les impositions résultant
d'un contrôle opéré par les services de l'assiette de l'impôt qui ne peuvent être constatés dans un avis de mise en recouvrement ou un rôle avant l'expiration du
délai fixé par le tribunal de la procédure collective sont forcloses et ces créances disparaissent de la procédure collective. La Cour de cassation a aussi précisé
que l'existence d'une instance en cours s'appréciait non au jour de l'ordonnance du juge-commissaire mais, en cas d'appel de cette ordonnance, au jour où la
cour d'appel statuait (Cass. com., 18 janv. 2005, n° 02-20.931 : JurisData n° 2005-026533 ; Bull. civ. IV, n° 9 ; Act. proc. coll. 2005, comm. 57 , obs. J.-C. Boulay ;
D. 2005, p. 356, obs. A. Lienhard ; RJF 2005, n° 506. - Cass. com., 10 mai 2005, n° 03-19.888 : JurisData n° 2005-028379 ; Rev. proc. coll. 2006, p. 65 , obs. F.
Legrand, dans le cas d'une contestation de la créance fiscale intervenue après son admission par le juge-commissaire à titre définitif à la liquidation judiciaire).

§ 437 Au demeurant, le principe dégagé par la jurisprudence est qu'une créance contestée est admise avec la mention " instance en cours ". Les créances
fiscales contestées ne dérogent pas à cette règle. Donc en cas de contestation de la créance fiscale, le juge-commissaire l'admet mais doit constater qu'une "
instance est en cours ". On aurait pu penser qu'une créance fiscale contestée pouvait être admise à titre provisionnel à la procédure collective. Or, la position de
la Cour de cassation est formelle :

si aucune contestation régulière n'a été soulevée et formée selon les modalités applicables au contentieux fiscal, le juge-commissaire ne peut prononcer
l'admission provisionnelle de la créance ( Cass. com., 20 mars 2001, n° 98-13.946 : JurisData n° 2001-008954 ; Dr. fisc. 2001, n° 38, comm. 847 ) ;

si la créance fiscale ayant fait l’objet d’un titre exécutoire est contestée, soit devant l’Administration, soit devant le juge de l’impôt, le juge-commissaire,
qui n’est pas le juge de l’impôt, n’a pas la possibilité d’admettre cette créance à titre provisionnel ( Cass. com., 29 mai 2001, n° 98-18.783 : JurisData n°
2001-010012 ; RJDA 2001, n° 998).

Dans ce dernier cas, le juge-commissaire n’a pas à surseoir à statuer en attendant la décision du juge de l'impôt (Cass. com., 16 oct. 2001, n° 98-18.731 :
JurisData n° 2001-011306 ; Bull. civ. IV, n° 169 ; JCP G 2002, I, 109, n° 12 , obs. M. Cabrillac ; D. 2001, AJ p. 3351 ; RJDA 2002, n° 177). Le juge de la
procédure collective doit seulement constater qu'une réclamation administrative ou qu'une instance fiscale est en cours ( Cass. com., 11 févr. 2011, n° 13-10.554
, Comptable chef PRS Ille-et-Vilaine : JurisData n° 2014-002121 ; JCP E 2014, 1163 . - Cass. com., 11 déc. 1990, n° 89-16.108 : JurisData n° 1990-003276 ; Bull.
civ. IV, n° 317 ; D. 1991, IR p. 19 ; RJF 1991, n° 371. - Cass. com., 11 déc. 2001, n° 99-10.795 : JurisData n° 2001-012128 ;Bull. civ. IV, n° 197 ; JCP E 2002, n°
20, p. 807 , note M. Cabrillac et P. Pétel ; RJDA 2002, n° 411) et prendre la décision de l'inscrire sur l'état des créances avec la mention " créances faisant l'objet
d'une instance en cours ". Cette jurisprudence est la suite logique de la décision du Tribunal des conflits de 2003 ( T. confl., 26 mai 2003, n° 03-03.354 : JurisData
n° 2003-225110 ; Bull. civ., T. confl., n° 16 ; Dr. fisc. 2003, n° 51, comm. 930 ; RJF 2003, n° 1025. - Cass. com., 2 oct. 1990 : Bull. civ. IV, n° 224, p. 155 . - Cass.
com., 19 mars 1991, n° 89-10.783 : JurisData n° 1991-001311 ; Bull. civ. IV, n° 107 ).

Par ailleurs, l’inscription de la créance contestée dessaisit le juge-commissaire ( Cass. com., 12 avr. 2005, n° 03-16.754 : JurisData n° 2005-028417 ; Dr. fisc.
2006, comm. 260 ; RJF 2005, n° 789). Il ne peut pas prendre de nouvelle décision sur ces mêmes créances.

§ 438 Admission définitive


À l'issue de la procédure contentieuse, le juge-commissaire doit être ressaisi par requête présentée par le comptable public aux fins de l'admission définitive de
sa créance fiscale ( C. com., art. L. 624-1 . - Cass. com., 12 avr. 2005, n° 03-16.754 . - cité, n° 437. - C. com., art. L. 622-24). Mais cette créance ne peut être
admise à titre définitif qu'à concurrence de la somme déclarée à titre provisionnel. Cette disposition n’empêche pas le comptable public de compléter la créance
fiscale déclarée à titre provisionnel (C. com., art. L. 621-43) qu’il soit encore dans le délai de la déclaration de créances ( C. com., art. 621-43 ) ou qu’il soit relevé
de la forclusion (C. com., art. L. 622-24).

§ 439 Créance complémentaire


Le comptable public qui déclare la créance complémentaire dans le délai légal n’a pas à fournir le titre exécutoire au sens fiscal du terme ( Cass. com., 3 mai
2006, n° 05-13.336, FS P+B, Fertelle (ès qual.) : JurisData n° 2006-033324 ; JCP G 2006, IV, 2184 . - Cass. com., 8 janv. 2002, n° 99-20.167 : JurisData n° 2002-
012500 ; Bull. civ. IV, n° 2 ; Act. proc. coll. 2002, comm. 60 , obs. Ph. Neau-Leduc ; JCP E 2002, n° 20, p. 807 , note M. Cabrillac et P. Pétel ; D. 2002, p. 486,
obs. A. Lienhard ; Rev. proc. coll. 2002, p. 187 , obs. F. Legrand). En revanche, après avoir été relevé de la forclusion, le comptable public qui de ce fait n’est plus
dans le délai légal de déclaration, doit produire le titre exécutoire correspondant pour obtenir l’admission de cette créance complémentaire (Cass. com., 3 avr.
2002, n° 99-12.413, Duquesnoy : JurisData n° 2002-013811 ; JCP E 2002, 831 . - Cass. com., 9 janv. 2001, n° 98-11.609 , préc.).

En l'absence de déclaration complémentaire, la créance ne peut être admise qu'à concurrence de la somme déclarée à titre provisionnel ( Cass. com., 29 avr.
2003, n° 00-13.678 : JurisData n° 2003-018824 ; Bull. civ. IV, n° 64 ; RJF 2003, n° 1050. - Cass. com., 19 nov. 2003, n° 99-20.819 : JurisData n° 2003-023773 ).

§ 440 Connexité des créances


Il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire, compétente pour trancher les litiges relatifs au déroulement de la procédure de redressement judiciaire, de se
prononcer sur l'existence éventuelle d'une connexité entre une créance née antérieurement au jugement ouvrant une procédure de redressement judiciaire et une
créance née postérieurement à ce jugement. Il en est ainsi même s'il s'agit de créances de nature fiscale et concernant un impôt dont le contentieux relève de la
compétence de la juridiction administrative ( T. confl., 22 janv. 2001, n° 01-03.231 : Bull. civ., T. confl., n° 1 . - Cass. com., 19 janv. 1999, n° 95-22.136 : JurisData
n° 1999-000201 ; Bull. civ. IV, n° 18 ; Dr. fisc. 1999, n° 26, comm. 529 ; RJF 1999, n° 494).

§ 441 Compensation
Ainsi, la juridiction judiciaire est compétente pour connaître d'un litige relatif à la compensation opérée par un comptable des impôts entre une créance de TVA
détenue par le Trésor sur un contribuable en situation de redressement judiciaire, mais née avant le jugement ouvrant la procédure, et un crédit de TVA détenu
par ce contribuable à raison d'opérations effectuées postérieurement à ce jugement, dès lors que ce litige ne porte que sur l'existence éventuelle d'une connexité
entre ces créances réciproques. Les textes régissant la procédure collective prévoient que le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction
de payer toute créance née antérieurement au jugement d'ouverture et que cette interdiction ne fait pas obstacle au paiement par compensation de créances
connexes ( L. 25 janv. 1985, art. 33 , codifié C. com., ancien art. L. 621-24 , repris C. com., art. L. 622-7 en loi de sauvegarde. - V. JCl. Fiscal, fasc. 9146 et 9147).

§ 442 Suspension des poursuites lors d'une procédure collective


Le comptable public peut accepter de suspendre les poursuites selon des règles précises et dans des situations bien particulières (V. Instr. 23 mars 1998 : BOI
12 C-2-98, [sect] 61 ; Dr. fisc. 1998, n° 15, instr. 11980 . - Complétée par Instr. 28 mai 2009 : BOI 12 C-2-09, 25 juin 2009 ; Dr. fisc. 2009, n° 27, instr. 14132 ). Le
plan de règlement accepté empêche le comptable public d’engager des poursuites en recouvrement forcé. En revanche, tout manquement du redevable à ses
engagements met fin automatiquement à la suspension et il y a reprise des poursuites (V. n° 137 ).

§ 443 Jurisprudence administrative


Un redevable en liquidation judiciaire qui pour s'opposer à un commandement de payer, invoque la suspension des poursuites résultant d'un jugement
prononçant la clôture de sa liquidation pour insuffisance d'actif, soulève une contestation qui relève de la compétence judiciaire ( CAA Marseille, 29 juin 2006, n°
02MA01207 : RJF 2007, n° 83. - Arrêt devenu définitif à la suite de la non-admission du pourvoi en cassation, V. CE, 9 janv. 2008, n° 297000 : RJF 2008, n° 591).

§ 444 Jurisprudence judiciaire


Il a été jugé que ne constituait pas une opposition aux poursuites fondée sur la régularité en la forme de l'acte et n'entrait donc pas dans les prévisions de l' article
L. 281 du LPF , la contestation fondée sur le principe de la suspension des poursuites individuelles dirigées contre une société en liquidation des biens, en ce qui
concerne les effets d'un avis à tiers détenteur, qu'il ait ou non acquis un caractère définitif avant le jugement d'ouverture de la procédure collective. Dès lors, a été
cassée la décision déclarant la juridiction commerciale incompétente, même si cette juridiction n'avait pas le pouvoir d'ordonner la mainlevée de l'acte litigieux (
Cass. com., 15 mai 1984, n° 83-12.815 : JurisData n° 1984-701377 ; Bull. civ. IV, n° 161 . - Cass. com., 22 nov. 1983 : Bull. civ. IV, n° 318 . - Cass. com., 2 oct.
1990, n° 88-13.709 : JurisData n° 1990-002436 ; Bull. civ. IV, n° 224 ; JCP E 1990, n° 47, I, 20539 . - Cass. com., 19 mars 1991, n° 89-10.783 : JurisData n°
1991-001311 ; Bull. civ. IV, n° 107 ; Rev. proc. coll. 1992, p. 171 , n° 8, obs. C. Saint-Alary-Houin ; D. 1991, jurispr. p. 386, note crit. A. Honorat ; RJF 1991, n°
691. - Cass. com., 1er mars 1994, n° 91-20.887 : JurisData n° 1994-000486 ; Bull. civ. IV, n° 88, p. 67 ; BOI 12 C-6-94, 22 juin 1994 ; Dr. fisc. 1994, n° 29, instr.
11117. - V. aussi T. confl., 26 mai 2003, n° 03-03.354 ).

§ 445 Poursuite individuelle


Après clôture de la procédure de liquidation judiciaire pour insuffisance d’actif, le droit de recouvrer une créance est éteint et le débiteur ne peut être poursuivi.
Mais les créanciers recouvrent leur droit de poursuite individuelle en cas de fraude à l'égard des créanciers, de faillite personnelle, d'interdiction de diriger ou
contrôler une entreprise commerciale ou une personne morale, de banqueroute ou lorsque le débiteur ou la personne morale dont il a été le dirigeant a été
déclaré en état de cessation des paiements. Ils doivent cependant obtenir de la part du président du tribunal, un titre exécutoire ( C. com., art. L. 641-11 . - Cass.
com., 24 mars 2004, n° 00-18.532 : JurisData n° 2004-021857 ; Bull. civ. IV, n° 59 ; RJF 2004, n° 796). Au regard de ces contraintes procédurales, les créanciers
ne sont pas dans la même situation, Le Trésor public peut se délivrer lui-même des titres exécutoires. Pourtant, cette faculté ne le dispense pas de saisir le juge
qui, selon le Conseil d’État, ne lui délivre pas un titre exécutoire mais vérifie que la reprise des poursuites est possible (CE, 9e et 10e ss-sect., 28 juill. 2011, n°
314189, M. De Prada : Dr. fisc. 2011, n° 29, comm., 536 ; RJF 2011, n° 1234. - V. n° 130 ).

Attention
Le comptable public chargé de recouvrer une créance fiscale admise au passif d'un débiteur placé en liquidation judiciaire et ayant fait l'objet d'une interdiction de
diriger ou contrôler une entreprise commerciale doit saisir, postérieurement à la clôture de la liquidation pour insuffisance d'actif, le président du tribunal de
commerce compétent afin que celui-ci constate que sont réunies les conditions auxquelles l’ article 169 de la loi du 25 janvier 1985 subordonnait la réouverture
d'un droit de poursuite individuelle ( CE, 10e et 9e ss-sect., 14 oct. 2015, n° 375592 : JurisData n° 2015-023294 ).

Faute de cette saisine, la créance subsiste mais n’est pas exigible. Il faut aussi rappeler qu’à l’issue d’une procédure collective, le Trésor qui entend reprendre les
poursuites bénéficie d'un délai de prescription remis à zéro ( CE, 8e et 9e ss-sect., 3 juin 1992, n° 67215 : Dr. fisc. 1992, n° 45, 2133 ; RJF 1992, n° 1081. - CE,
9e et 8e ss-sect., 9 déc. 1992, n° 99538 ; RJF 1993, n° 287). En effet, aux termes de l'article L. 622-25-1 du Code de commerce, la déclaration de créance à la
procédure collective provoque une interruption du délai de prescription. Précisément, la déclaration des créances fiscales par le comptable public auprès du
représentant des créanciers interrompt ainsi le délai de 4 ans par lequel se prescrit son action en recouvrement, sans d'ailleurs qu'une notification de la
déclaration au débiteur ne soit nécessaire ( CE, 9e et 10e ss-sect., 19 févr. 2014, n° 344228 : JurisData n° 2014-002974 ; Dr. fisc. 2015, n° 12, comm. 227 , note
R. Vabres ; RJF 2014, n° 500 ; BCDF 2014, n° 62, concl. C. Legras). Il appartient donc au Trésor public qui désire reprendre les poursuites à l’égard du débiteur
de saisir le président du tribunal de la procédure collective avant que la créance ne soit prescrite.

§ 446 Action en relevé de forclusion en procédure collective


La forclusion est encourue si le créancier ne déclare pas sa créance dans le délai de 2 mois à compter de la publication au BODACC de l’ouverture d’une
procédure collective. Mais le créancier retardataire peut saisir le juge-commissaire aux fins d’être relevé de forclusion s’il établit que leur défaillance n’est pas due
à leur fait ou qu’elle est due à une omission du débiteur lors de l’établissement de la liste prévue au deuxième alinéa de l’article L. 622-6. Les créances non
déclarées régulièrement dans ces délais sont inopposables au débiteur pendant l’exécution du plan et après cette exécution lorsque les engagements énoncés
dans le plan ou décidés par le tribunal ont été tenus. Pendant l’exécution du plan, elles sont également inopposables aux personnes physiques coobligées ou
ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie.

§ 447 Délai
L'action en relevé de forclusion ne peut être exercée que dans le délai de 6 mois. Ce délai court à compter de la publication du jugement d'ouverture ou, pour les
institutions mentionnées à l' article L. 3253-14 du Code du travail , de l'expiration du délai pendant lequel les créances résultant du contrat de travail sont
garanties par ces institutions. Pour les créanciers titulaires d'une sûreté publiée ou liés au débiteur par un contrat publié, il court à compter de la réception de
l'avis qui leur est donné. Par exception, si le créancier justifie avoir été placé dans l'impossibilité de connaître l'obligation du débiteur avant l'expiration du délai de
6 mois, le délai court à compter de la date à laquelle il est établi qu'il ne pouvait ignorer l'existence de sa créance.

Désormais, l’article L. 622-24 du Code de commerce dans sa nouvelle version prévoit que " lorsque le créancier a été relevé de forclusion conformément à l’
article L. 622-26, les délais ne courent qu’à compter de la notification de cette décision ; ils sont alors réduits de moitié " Ainsi, le créancier retardataire doit
procéder de manière chronologique. Il doit déposer une requête en relevé de forclusion dans les délais et, après gain de cause, déclarer sa créance dans le délai
d’un mois à compter de la notification d’une décision favorable.

IV. Voies de recours

§ 448 Les voies de recours font l'objet des JCl. Fiscal, fasc. 9585, auquel il convient de se reporter.

§ 449 1re remarque


Il convient de rappeler qu'aux termes de l' article R. 425-5 du Code de justice administrative , les délais de recours ne sont opposables qu'à la condition d'avoir
été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de décision. Aussi l'absence de mention, sur l'avis d'imposition ou sur l'avis de mise en
recouvrement que l'Administration adresse au contribuable, du caractère obligatoire de la réclamation contre les impositions prévues à l' article R. 190-1 du LPF
ainsi que des délais dans lesquels le contribuable doit déposer cette réclamation est de nature à faire obstacle à ce que les délais prévus aux articles R. 196-1 et
R. 196-3 du LPF soient opposables au contribuable (CAA plén., Paris, 19 déc. 2008, n° 07PA04570, 07PA04471 et 07PA04572 : Dr. fisc. 2009, n° 26, comm. 390
. - CE, 27 juin 2005, n° 259368 : JurisData n° 2005-080736 ; Lebon, p. 249 ; Dr. fisc. 2005, n° 38, comm. 626 . - CE, 8e et 3e ss-sect., 25 mai 2007, n° 285747,
M. Maucolin : JurisData n° 2007-081162 ; Lebon T., p. 787 ; Dr. fisc. 2007, n° 37, comm. 838 ; RJF 2007, n° 1167. - Cass. com., 4 juin 2002, n° 98-19.511, FS-P ,
Le Bail : JurisData n° 2002-014592 ; Bull. civ. IV, n° 99 ; Dr. fisc. 2002, n° 51, comm. 1031 ; RJF 2002, n° 1320. - Cass. com., 23 mai 2006, n° 03-18.382 :
JurisData n° 2006-033894 . - V. n° 450. - Cass. 2e civ., 13 nov. 2014, n° 13-24.547 : JurisData n° 2014-027599 ; Procédures 2015, comm. 3 ). Par ailleurs, l’
indication des voies pour former un recours contentieux impose nécessairement la désignation de la juridiction de recours concernée ( Cass. 2e civ., 8 janv. 2015,
n° 13-27.678, F-P+B : JurisData n° 2015-000037 ; Procédures 2015, comm. 70, Y. Strickler. - CE, 11 mars 2013, n° 360998 : JurisData n° 2013-004416 ). À
défaut de telles indications, la forclusion prévue à l’ article R. 281-4 du LPF ne peut être opposée au redevable ( CE, 8e et 3e ss-sect., 10 avr. 2015, n° 367957 ,
min. c/ M. Roussel : JurisData n° 2015-009527 ; Dr. fisc. 2015, n° 26, comm. 435 , concl. B. Bohnert).

§ 450 2e remarque
Il convient également de rappeler que, s'agissant de litiges portant sur une voie d'exécution, la décision du juge de l'exécution n'est pas susceptible d'un recours
en cassation mais d'un appel ( Cass. com., 2 mai 1985, n° 83-15.019 : JurisData n° 1985-701074 ; Dr. fisc. 1987, n° 9, comm. 425 . - Cass. com., 4 nov. 1987, n°
85-15.137 : Dr. fisc. 1988, n° 23-24, comm. 1104 . - Cass. com., 1er déc. 1987, n° 86-16.770, recette-perception St-Pol-de-Léon : Mémorial percepteurs 1987, p.
248. - Cass. com., 1er févr. 1994, n° 268, D : RJF 1994, n° 637).

Toutefois, un jugement qui se prononce sur la recevabilité de la contestation du commandement aux fins de saisie immobilière en l'absence de recours préalable
adressé au chef de service compétent ne statue pas sur un moyen de fond, quand bien même de tels moyens lui auraient été soumis, et n'est pas susceptible
d'appel ; la Cour de cassation en a déduit que le pourvoi est recevable (Cass. com., 23 mai 2006, n° 03-18.382, F-P+B, Guyon : JurisData n° 2006-033894 ; Dr.
fisc. 2006, n° 41, comm. 663 ; RJF 2006, n° 1465. - V. n° 449 ).

La caducité du commandement valant saisie immobilière qui anéantit la mesure d’exécution, laisse subsister la disposition du jugement statuant sur la demande
en revendication qui n’a pas perdu son fondement juridique ( Cass. 2e civ., 2 juin 2016, n° 15-12.828, Fricadière : JurisData n° 2016-010617 ; RD bancaire et fin.
2016, comm. 572 , note S. Piédelièvre).

La notification d’un jugement à une personne morale distincte de la partie elle-même, mais appartenant au même groupe de sociétés, ne peut faire courir le délai
d’appel ( Cass. 2e civ., 21 janv. 2016, n° 15-10.108 : JurisData n° 2016-000579 ).

§ 451 3e remarque
Si, en principe, une décision qui se prononce sur un conflit de compétence entre deux juridictions judiciaires sans statuer sur le fond du litige ne peut être
attaquée que par la voie du contredit ( CPC, art. 80 ), les décisions du juge de l'exécution statuant sur la compétence ne sont pas susceptibles de contredit ( D. n°
2012-783, 30 mai 2012, art. 1er, 9, 5° et 12 . - CPC, art. R. 121-3 ). Toutefois, lorsqu'il est saisi en qualité de juridiction de renvoi, le juge de l'exécution est tenu
de statuer ( Cass. 2e civ., 19 mars 2009, n° 08-12.814 : JurisData n° 2009-047545 ; Procédures 2009, comm. 148, n° 5, note R. Perrot).
§ 452 Pourvoi en cassation
Lorsqu'un pourvoi en cassation est formé par le redevable, l’article 625 du Code de procédure civile prévoit que " Sur les points qu’elle atteint, la cassation
replace les parties dans l’état où elles se trouvaient avant le jugement cassé ".

" Elle entraîne, sans qu’il y ait lieu à une nouvelle décision, l’annulation par voie de conséquence de toute décision qui est la suite, l’application ou l’exécution du
jugement cassé ou qui s’y rattache par un lien de dépendance nécessaire ".

§ 453 Cassation sans renvoi


La cassation d’une décision de justice sans renvoi entraîne dès lors la nullité de tous les actes interruptifs qui sont la suite ou l’exécution de la décision cassée.

§ 454 Cassation avec renvoi


S’agissant d’une cassation avec renvoi, l’idée fondamentale est que, par l’effet de la cassation de l’arrêt qui clôturait l’instance, l’instance antérieure reprend son
cours devant la juridiction de renvoi, les parties étant replacées dans le même état.

L’ article 2242 du Code civil dispose, " L’interruption [de la prescription] résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance ". Ce
texte reprend en substance une jurisprudence constante aux termes de laquelle l’effet interruptif de la prescription résultant d’une action portée en justice se
prolonge jusqu’à ce que le litige trouve sa solution ( Cass. 1re civ., 8 déc. 1976, n° 74-10.180 . - Cass. com., 15 oct. 1991, n° 90-10.922 : JurisData n° 1991-
002539 . - Cass. civ., 24 juin 1997, n° 95-15.273 : JurisData n° 1997-002977 . - Cass. 1re civ., 23 mars 1999, n° 97-04.162 : JurisData n° 1999-001246).

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