Haut Uele PDF
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HAUT-UELE Sous la direction de
Trésor
Jean Omasombo Tshonda
HAUT-UELE
BUKU
LE CRI
MRAC
AVANT-PROPOS
HAUT-UELE
Sous la direction de
Jean Omasombo Tshonda
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AVANT-PROPOS
La présente étude, issue du projet « Provinces », soutenu financièrement par la DGD et coordonné par la section
d’Histoire du Temps présent du Musée royal de l’Afrique centrale, est le fruit d’une collaboration entre chercheurs des
diverses sections du MRAC, chercheurs des instituts partenaires congolais (CEP, CERDAC et CRGM), qui se sont réparti
le territoire de la RD Congo, et chercheurs identifiés à l’intérieur de chaque entité administrative (qu’il s’agisse des actuels
« districts » ou, pour quelques-unes de ces entités, déjà de « provinces », qui attendent d’accéder au statut de province,
comme le prévoit la Constitution de la RD Congo promulguée le 18 février 2006).
Les instituts partenaires (CEP et CERDAC) ont eu pour tâches de collecter la documentation écrite existante sur chaque
entité (dans les universités, instituts nationaux, archives nationales, bibliothèques spécialisées, administration centrale....),
de mettre celle-ci à la disposition des équipes locales sur le terrain, mais aussi de répertorier toutes les archives et autres
documents pertinents et d’en transmettre des copies aux équipes locales et au MRAC. Le CRGM se charge de l’élaboration
des textes sur le relief, la géologie et l’hydrographie.
Les équipes locales, quant à elles, ont été chargées à la fois de la collecte des données au niveau de la province et de
l’élaboration d’une première ébauche de la monographie.
Le MRAC a été à la fois la structure pourvoyeuse de la logistique pour la gestion des fonds du projet et un partenaire
de recherche. À ce titre, l’ébauche de monographie fournie par les équipes sur le terrain a été soumise aux chercheurs
des différentes sections qui composent le MRAC, qui l’ont complétée. Le MRAC a, enfin, assuré la responsabilité de la
publication des monographies.
Cet ouvrage est le fruit de cette collaboration, comme en témoignent les différentes contributions.
LE CEP
Le Centre d’études politiques (CEP), (re)créé en 1999 à l’Université de Kinshasa, rassemble des chercheurs/enseignants
relevant de diverses disciplines des sciences sociales ayant le politique pour champ d’études. Ses activités couvrent quatre
domaines, la recherche, la formation, la documentation et la publication, ayant tous pour principal sujet la République
démocratique du Congo.
LE CERDAC
Le Centre d’études et de recherches documentaires sur l’Afrique centrale (CERDAC) de l’Université de Lubumbashi
poursuit les buts suivants : promouvoir des recherches coordonnées sur l’héritage du passé des peuples d’Afrique centrale
et collationner la documentation nécessaire et utile à cette fin.
LE CRGM
Le Centre de recherches géologiques et minières de la RDC (CRGM) est un service public fonctionnant sous la tutelle du
ministère de la Recherche scientifique. Il a été créé par ordonnance-loi n° 82/040 du 05 novembre 1982 en remplacement
du Service géologique du Ministère des Mines. Sa mission principale est de promouvoir, exécuter et coordonner des
travaux de recherche scientifique et des études diverses dans le domaine des géosciences. La cartographie géologique,
l’inventaire et l’étude métallogénique des ressources minérales, l’étude des risques naturels d’origine géologique, l’expertise
des substances minérales et la constitution des bases de données géologiques figurent parmi ses tâches essentielles.
LE MRAC
Le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), l’un des dix établissements scientifiques fédéraux que compte la Belgique,
abrite des collections tout à fait remarquables (objets ethnographiques en provenance d’Afrique centrale, archives
complètes de Stanley, photothèque et filmothèque, cartes et données géologiques, collection de zoologie de millions de
spécimens, xylothèque tropicale). En tant qu’institut de recherche scientifique consacré à l’Afrique, il occupe une place
importante sur la scène internationale dans les domaines de l’anthropologie culturelle, de la zoologie, de la géologie, de
l’histoire et de l’économie agricole et forestière.
La section d’Histoire du Temps présent est une nouvelle section au sein du département d’Histoire du Musée royal
de l’Afrique centrale. Elle est née de l’intégration au Musée de l’Institut africain, créé en 1992, qui avait alors absorbé le
Centre d’études et de documentation africaines (1971). La nouvelle section poursuit une triple mission de documentation,
de publication (elle publie la collection des « Cahiers africains ») et de recherche. Ses activités sont axées sur l’ancienne
Afrique belge et particulièrement le Congo/Kinshasa.
www.africamuseum.be
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AVANT-PROPOS
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AVANT-PROPOS
les auteurs
Mathieu Zana Etambala, chercheur à la section d’Histoire du Temps présent, MRAC et professeur
à la KULeuven.
Roger Gaise, o. p., professeur et recteur de l’Université de l’Uele.
Dieudonné Buaguo, assistant à l’Université de l’Uele.
Grégoire Mombi, assistant à l’Université de l’Uele.
Edwine Simons, secrétaire de rédaction des « Cahiers africains », section d’Histoire du Temps
présent, MRAC.
Jean Omasombo Tshonda, chercheur à la section d’Histoire du Temps présent, MRAC, coordinateur
du projet « Provinces », professeur à l’UNIKIN.
Zéphyrin M’pene Ngaluley, chercheur à la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
Joris Krawczyk, attaché au projet « Provinces », section d’Histoire du Temps présent, MRAC et
Service éducatif, MRAC.
Mohamed Laghmouch, section de Cartographie et Photo-interprétation, MRAC.
Toutes les photographies sont droits réservés ou sous copyright mentionné. Toute question ou demande d’autorisation doit se faire par écrit
auprès du MRAC, Service des Publications, 13, Leuvensesteenweg, 3080 Tervuren (Belgique)
www.lecri.be
ISBN 978-2-8710-6578-4
© 2011 Le Cri édition
Avenue Léopold Wiener 18
B-1170 Bruxelles
Imprimé en Belgique
D/2011/3257/23 (Dépôt légal Le Cri pour la Belgique)
SE3.01110-57227 (Dépôt légal Buku pour la RDC)
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
Cette version en ligne de l’ouvrage vous est offerte gratuitement à la consultation, moyennant le respect de la loi sur la protection des droits
d’auteur et de copyright. Certaines photographies ont été masquées par manque de précision sur les ayant-droits ou d’autorisation. L’ouvrage
complet est consultable en bibliothèque ou est disponible à la vente jusqu’à épuisement des stocks.
Pour toute information complémentaire : [email protected]
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AVANT-PROPOS
Avant-propos
Comment évoquer le Haut-Uele sans faire référence à l’indépendance en 1960, la définition de la structure de
à la notion de gémellité ? Le sort de ce district appelé à l’État a posé des problèmes. Sauf pendant les premières
devenir une province est, en effet, depuis plus d’un siècle, phases de l’ère Mobutu, cette problématique a suscité
étroitement lié à celui de son district voisin qu’est le Bas- des affrontements permanents entre « unitaristes » et
Uele. Ces deux districts partagent, non seulement – du « fédéralistes », comme en témoignent les travaux de
moins pour une grande partie –, une histoire quasi portée constitutionnelle en 1960, 1964, 1991-1997 et 2005.
identique, depuis les explorations dans la région au cours Il est paradoxal de constater que, tant en 1960 qu’en
des années soixante-dix et quatre-vingt du XIXe siècle, 2005, la mouvance unitariste, bien que dominante, ait
mais aussi le fait d’être géographiquement confinés aux été contrainte de transiger sur ce point. Même le régime
frontières de la République centrafricaine et du Sud- Mobutu, en dépit du caractère totalitaire qu’il imposa,
Soudan, dans la lointaine périphérie nord de la RD Congo. échoua dans sa tentative de créer un profil de citoyen
Pour utiliser la même métaphore, l’Ituri peut, quant congolais bâti selon un moule unique et uniforme à travers
à lui, être considéré comme un demi-frère du Haut et tout le pays.
du Bas-Uele. Au cours de l’histoire coloniale, et même Après les deux guerres du Shaba (1977 et 1978), Mobutu
après l’indépendance, certains territoires furent, en effet, modifia sa stratégie, tout au moins dans ses propos, car le
transférés entre les districts/provinces du Haut-Uele et lieu même de la prise de décision ne se déplaça pas. Lors
er
de l’Ituri. Si la province mère du Haut-Uele, du Bas-Uele de son discours du 1 juillet 1977, il annonça en effet
comme de l’Ituri est la Province-Orientale (Haut-Zaïre), que : « nous allons opérer une décentralisation de notre
ces trois districts – auxquels s’ajoute la Tshopo – sont économie : décentralisation au niveau de la territoriale, et
appelés à devenir des provinces à part entière. décentralisation au niveau de la gestion ». En 1980, le 19
C’est la Constitution de la RD Congo adoptée par novembre, revenant sur ce même sujet, il affirma, devant le
référendum les 18 et 19 décembre 2005 et promulguée par Comité central de son parti unique, le MPR, être : « décidé
le président de la République Joseph Kabila le 18 février de tout mettre en œuvre pour passer sans plus tarder à
2006 qui consacre le principe de la décentralisation comme l’application effective de la décentralisation » ; il justifiait
composante de l’architecture institutionnelle du pays, cette décision ainsi : « Le pays est vaste. Disons même très
dans le contexte d’un État unitaire. De 11 provinces en vaste. La centralisation à partir de Kinshasa, la capitale,
vigueur en 1988, la RD Congo devra passer à 25 provinces nous démontre chaque jour qu’il est impossible d’assurer
auxquelles s’ajoute la ville de Kinshasa. aux Régions le développement que nous attendons d’elles ».
Comme hier, les raisons qui justifient la décentralisation Cette mouvance se trouvera renforcée par la législation
n’ont pas changé. En effet, depuis que le Congo a accédé adoptée en 1982.
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AVANT-PROPOS
La Constitution de 2006 apporte deux changements nécessité de se réinventer ne fournissent plus de précédent
fondamentaux en ce qui concerne la question de la paradigmatique auquel se référer.
décentralisation : 1) redécoupage en 26 provinces des 11 Compte tenu de son histoire et de ses caractéristiques,
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provinces existantes jusqu’a la fin de l’ère Mobutu ; 2) mise la question à laquelle la RD Congo devrait répondre
en place d’organes provinciaux et locaux élus jouissant de aujourd’hui – et non demain – est donc la suivante : le
larges compétences et de moyens substantiellement accrus. renforcement de l’État central est-il une condition préalable
40 % des « recettes à caractère national » collectées au à la réussite de la décentralisation ou la décentralisation
sein de la province seront retenues à la source au profit est-elle la filière obligée de la consolidation de l’État
de celle-ci, alors que dans la situation antérieure les central ?
provinces en disposaient (souvent plus théoriquement que Le projet initié par le MRAC porte sur la réalisation
réellement) de 10 à 15 %. de monographies provinciales. S’inscrivant dans la
La mise en œuvre de ces dispositions constitutionnelles nécessité de bien identifier d’abord chacune des provinces
continue de soulever de difficiles problèmes, et elle est reconnues par décision politique, il veut déboucher
même porteuse de grands dangers : sur une connaissance réelle et précise de chaque entité
— plusieurs des nouvelles provinces sont dépourvues provinciale, avec l’ambition de fournir des données
des infrastructures et des moyens humains leur permettant de fond (politiques, économiques, géographiques,
d’exercer les prérogatives qui leur sont attribuées ; linguistiques, sociales…) qui faciliteront davantage une
— la disposition concernant la répartition des recettes politique d’aménagement du territoire et de planification
a caractère national est difficile a interpréter (quelle régionale. Et ce, d’autant que chacune de ces nouvelles
province génère telle ou telle recette nationale ?) et risque provinces englobe de vastes territoires et/ou secteurs
de créer de grandes inégalités entre les provinces dans administratifs (plusieurs d’entre elles sont encore deux à
lesquelles sont implantées de grandes entreprises et/ou trois fois plus vastes que la Belgique). Plusieurs de ces
qui possèdent les points d’entrée et de sortie du commerce provinces correspondent aux espaces des anciens districts
extérieur, et les autres provinces. délimités durant la période coloniale. Diverses entités
Mais l’État central confronté lui-même à sa de base dites « coutumières » et leurs chefs furent créés
restructuration ne paraît pas rapidement vouloir/pouvoir par l’autorité coloniale, ce qui ne va pas sans rappeler le
s’adapter à la nouvelle dynamique, les traits du passé caractère pluriel de la société congolaise dans laquelle les
semblant encore fortement le dominer et/ou le retenir. rapports sociaux se sont transformés et qui voit accroître
Pour plus d’un observateur, la société congolaise d’en les désaccords entre tenants de la tradition et partisans
bas paraît enthousiaste aux thèses de la décentralisation de la modernité. À la suite du caractère dynamique du
envisagée. Elle espère elle-même, ainsi, s’impliquer sans système d’appartenance lié au brassage de la population, à
tarder dans la recherche de son développement, sinon elle l’urbanisation et la modernisation, l’ethnicité sur laquelle
devra encore attendre assez longtemps. se fonde l’identité et l’appartenance à la nationalité
Les responsables du processus de décentralisation congolaise redevient signifiante politiquement, surtout
se trouvent aujourd’hui confrontés à un environnement dans un contexte électoral ; pourtant, elle apparaît
instable et « désécurisé », du fait du face-à-face entre largement aujourd’hui comme un concept fabriqué ou
tentatives de freinage et aspirations à sa mise en œuvre refabriqué qui, de ce fait, s’est largement fossilisé et mué
effective. Or le socle sur lequel construire un système en détonateur de la conflictualité entre candidats au
politique viable est son assise sociologique. La société pouvoir.
constitue le terreau dans lequel il doit impérativement Si la décentralisation est un sujet de discussion
s’enraciner pour être durable. Ce qui signifie que la actuel, elle a, en fait, été l’objet d’essais et de discussions
RD Congo doit s’inventer la structure qui favorise son récurrentes au cours des périodes antérieures et la loi
développement, une charpente adaptée à sa combinatoire organique votée le 10 juillet 2008 au Parlement congolais
sociologique. Et ce d’autant plus que les composantes n’est pas une avancée radicale pour l’organisation des
de la scène internationale confrontées elles-mêmes à la unités administratives. Les choix en matière d’organisation
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AVANT-PROPOS
administrative qui furent faits dans le passé s’alignaient Le projet du MRAC rappelle aussi que les événements
souvent sur des propositions qui attendaient d’être ayant conduit à l’échec de la première décentralisation
confrontées au vécu et qui étaient donc susceptibles de au cours de la Première République (1960-1965) sont
modifications/révisions ultérieures. Des retouches ont été toujours peu — ou mal — connus, de même que la gestion
opérées, de-ci de-là, au fil du temps, souvent sans vision concrète, durant la période Mobutu, dans les différentes
d’ensemble, résultant surtout d’un arbitrage des conflits entités. Avancer vers un futur rassurant après avoir mieux
de pouvoir au niveau local en fonction des intérêts des situé le présent, cela nécessite aussi de tirer les leçons du
autorités supérieures. Mais dans la mesure où celles-ci n’ont passé, fût-il lointain ou récent. Bien que les délimitations
pas fait l’objet de publication, la connaissance populaire et des territoires — voire des nouvelles provinces — n’aient
de nombreux travaux continuent à reproduire des données en général pas changé depuis les réformes initiées au cours
qui ne sont pas toujours concordantes avec la réalité du de la période coloniale, les services publics congolais ne
terrain. Ainsi les limites administratives des différentes disposent pourtant, dans la plupart des cas, que de peu
entités reproduites dans des cartes sont-elles parfois de documents (anciens ou nouveaux), toujours précaires,
peu précises, et certaines dénominations des secteurs, partiels ou fragmentaires.
des chefferies et des groupements qui les composent En aucun cas, ils ne possèdent de documentation
varient-elles parfois d’une source à l’autre. À la suite des (même ancienne) pouvant leur fournir une vision
importants mouvements de population que le terrain d’ensemble de la situation d’une entité provinciale, car les
congolais a connus, conséquence d’événements successifs travaux approfondis et exhaustifs sur les provinces sont
et souvent violents ou de l’accroissement des difficultés restés rares. D’où la nécessité première de rassembler les
socio-économiques et de communication entre les régions diverses études partielles existantes, mais éparpillées,
du pays, divers villages ont, en effet, pu disparaître ou voir et de combiner diverses sources relevant du passé et du
leurs sites déplacés, d’autres se sont agrandis, voire créés. présent (tant du point de vue interne que du point de vue
Le découpage des unités provinciales devra encore externe, la géopolitique économique et sociale nationale
révéler ses limites une fois celles-ci confrontées à la réalité, et régionale a beaucoup changé, suite à la fois a des crises
la gestion effective du territoire congolais restant largement locales internes à la RDC, qu’à des crises régionales
confrontée àde nombreux défis. Les groupements qui sont proches ou lointaines). Combiner les données de terrain
une subdivision des secteurs et des chefferies et définis recueillies par les équipes de recherche locales en RDC
comme unités territoriales de base attendent encore d’être mises en place par le projet et celles se trouvant tant dans
dénombrés. Pourtant, ils constituent la circonscription diverses institutions congolaises (universités, centres de
pour les élections locales, qui ont été, à ce jour, recherche ou services publics…) qu’au musée de Tervuren
continuellement postposées. Les assemblées provinciales constituera ainsi une avancée importante.
ont coopté des chefs coutumiers, à raison de 10 % du Je tiens à remercier de manière particulière la
nombre de leurs membres. Coopération belge au Développement, le Ministère belge
La loi imposait une même procédure, impliquant aussi des Affaires étrangères et la Politique scientifique qui
bien les chefs de groupement que ceux de chefferies. Dans appuient de nombreux projets de recherche et activités
son exécution, les situations dans les différentes provinces menés au MRAC. Cette étude monographique du Haut-
se sont révélées contrastées. La province du Bas-Congo Uele qui entre dans ce cadre constitue la deuxième
ne compte aucune chefferie, l’Équateur en a 2, le Kasai- publication d’une série qui devra couvrir l’ensemble des
Occidental 3, le Kasai-Oriental 7, le Bandundu 11, tandis provinces édictées dans la Constitution de la RD Congo :
que la Province-Orientale en a 139, le Katanga 55, les trois une tâche immense, mais essentielle ! Il est prévu, dans le
provinces de l’ancien Kivu (Maniema, Nord et Sud-Kivu) cadre de la décentralisation, que l’enseignement au niveau
s’en partagent 42. Il s’agit là en grande partie du résultat du primaire et du secondaire soit en partie consacré à
de politiques différentes appliquées dans la gestion des l’étude des réalités locales, c’est-à-dire celles de chacune
populations par les responsables des quatre provinces que des provinces. En s’engageant dans la production des
comptait le Congo belge jusqu’en 1933. monographies des provinces, le MRAC espère renforcer
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AVANT-PROPOS
la qualité de son expertise, en même temps qu’œuvrer à Cette monographie a bénéficié des observations et
l’enrichissement de la connaissance sur ce grand pays ajouts de Jeannine Aïwa. Elle a été joliment enluminée
d’Afrique, afin d’appuyer les efforts de tous ceux qui grâce à l’aide inestimable d’Anne Welschen.
contribuent a son développement.
À tous, le MRAC présente ses remerciements.
Guido Gryseels,
Directeur général
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AVANT-PROPOS
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AVANT-PROPOS
ERRATA
Page 110 :
Page 112 :
Page 114 :
Parler d’un système scalaire comme des sons respectifs, sept comme les sons de la
musique, on le devinera, est une ellipse.
Page 116 :
L’instrument en photo, au-dessus à gauche, n’est pas une cithare mais une harpe à
sept cordes, ce qui est plutôt atypique pour la région en comparaison aux collections
historiques ;
Le khudi est une lyre. Le terme chantefable ou cantastorie sera préférable à celui de
griots, trop ethnocentré ;
Le gulitindia est un arc musical à résonateur buccal ;
Ne disposant pas de photos, il nous impossible de commenter le lari-ba a mais,
d’après le commentaire, il pourrait s’agir d’une cithare.
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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
CHAPITRE I INTRODUCTION :
L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Q
ue signifie le mot « Uele » ? C’est une « Enfin, l’Ouelle m’apparut : il envoyait au couchant
toponymie, ou plutôt une hydronymie. ses flots sombres et profonds. Son aspect me rappela le Nil
« Uele » est le nom de la grande rivière Bleu à Khartoum. Bien qu’il fût au plus bas, sa largeur était
baignant le nord de la RD Congo. Il apparaît de huit cents pieds, sa profondeur de douze à quinze. Ses
dans la littérature relativement aux grandes bords, pareils aux guefs du Nil, s’élevaient à vingt pieds au-
explorations organisées durant la seconde moitié du dessus de la surface de l’eau, et semblaient exclusivement
e
xix siècle. George Schweinfurth, le premier explorateur formés d’une alluvion argileuse, mêlée de sable fin et de
européen à admirer l’Uele – c’était le 19 mars 1870 –, décrit mica […] L’Ouelle est formé par la Gadda et par le Kibali,
son expérience dans les termes suivants : dont la jonction s’effectue à sept ou huit kilomètres du
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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
point où nous étions alors. Le 13 avril 1870, la Gadda avait définitivement de l’Uele. Les frontières entre les deux
environ cent cinquante-cinq pieds de large et deux à trois entités administratives appelées « districts » seront
pieds d’eau. À la même date, nous avons trouvé au Kibali ultérieurement modifiées à quelques reprises.
trois cent vingt-cinq pieds de largeur et une profondeur Le Haut-Uele est une région pour laquelle nous disposons
1
moyenne de douze à treize pieds . » d’images et de descriptions anciennes. Leurs sources,
d’ordres divers, sont principalement d’origine coloniale
belge. Il s’agit de cartes postales, de guides touristiques, de
La rivière s’appelle officiellement « Uele » à partir de narrations de voyage, de croquis et de peintures coloniaux,
son confluent avec la Dungu. Il ne faut cependant pas de documentaires filmés. Ces documents sont actuellement
ignorer que les grandes rivières et les fleuves qui baignent éparpillés et devenus difficiles à rassembler. Nous en
les villages de différents peuples peuvent changer de nom donnons un aperçu dans les pages qui suivent.
en fonction de la langue des riverains.
Selon Georges Schweinfurth et Guillaume Junker,
tous les riverains en aval comme en amont de Niangara
appelaient la rivière uniquement « Kibali », ignorant le nom 1. L’UELE DANS LES BANDES DESSINÉES
« Wele » ou « Uele ». Les Mangbetu, les Gbote-Mayanga ET LES GUIDES TOURISTIQUES
de Gombari ou de Dungu, ainsi que les Angai, Mambe et
autres Bakango avaient gardé l’habitude d’appeler la rivière « Uele, Uele, maliba makasi !
« Kibali »2. 4
(Uele, Uele, puissant fleuve !) »
La signification du terme « Kibali » est la suivante. Il est
composé du préfixe « ki-» et du substantif « ibale ». « Ibale » C’est à travers cette chansonnette que, jusque dans
signifie « eau », « rivière ». Les Bagya-Mapaya emploient les années 1970, nombre de collégiens belges ont fait
le terme « luba », les Babua-Mobenge « liba », les Mayeka la connaissance de la région de l’Uele. Composée par
« elubale » et les Boguru « debale ». C’est là un indice qu’à le père Domien Van Mol (1898-15 janvier 1982),
l’époque de Schweinfurth et Junker, les riverains appelaient missionnaire dominicain dans le Haut-Uele, cette
la rivière « Kibali » au moins jusqu’à son confluent avec chanson servit de moyen d’animation missionnaire
la Gada et que ces peuples appartenaient à un groupe dans les établissements scolaires. Sa mélodie devint si
bantu. Les peuples descendus du Soudan reprirent le nom populaire qu’Hergé la reproduisit dans sa bande dessinée
« Kibali » aux premiers occupants. Tintin au Congo, dont la première version parut sous la
Dès 1888, la toute première organisation territoriale forme d’un feuilleton dans Le Petit Vingtième en 1930-
désigne sous ce vocable toute la frange nord-ouest du 1931, puis sous celle d’un album un peu plus tard, aux
Congo, c’est-à-dire les régions actuelles de l’Uele et de Éditions Casterman.
3
l’Ituri . Pendant plusieurs décennies, ces deux entités À l’époque coloniale, l’Est du Congo est présenté
demeurent regroupées dans une seule circonscription comme la région touristique par excellence. Et l’Uele, situé
administrative. C’est en 1912 que l’Ituri est détaché dans le Nord-Est, est recommandé en raison de ses peuples
comme les Azande, Mangbetu et Mabudu qui fascinent
1 Schweinfurth, G., Au cœur de l’Afrique, 1868-1871 : par leurs chansons, connues dans le monde entier, leurs
voyages et découvertes dans les régions inexplorées de
mœurs et leurs habitations, de sa station de domestication
l’Afrique centrale, tome 1, Paris, 1875, pp. 496-497.
des éléphants à Gangala na Bodio, du Parc national de la
2 Costermans, J., Mosaïque Bangba : notes pour servir 5
à l’étude des peuplades de l’Uele, Bruxelles, Institut
Garamba, etc. . Mais il y a aussi la rivière Uele qui, dans
royal colonial belge – section des sciences morales et
politiques, tome XXVIII, fasc. 3, 1953, pp. 6-7. 4 Costermans, J., Cent ans de mission au Congo, en
3 Massart, A., Notice sur la carte des subdivisions Uele, 1903-2003 (90 ans dominicains), Namur,
administratives du Congo belge et du Ruanda-Urundi, Dominicains missionnaires de Namur, 2003, p. 115.
Atlas général, Bruxelles, Institut royal colonial belge, 5 Tourisme au Congo, Anvers, Éd. Agence maritime
1950. internationale SA, s. d., p. 59.
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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Tintin en pirogue. Scène inspirée de l’album d’Hergé, Tintin au Congo. Artiste congolais, Kinshasa, 2011. (Collection E. Simons ; photo J. Krawczyck.)
un des premiers guides touristiques du Congo, datant de pays est couverte d’une immense forêt coupée d’une quantité
1934, est présentée de la façon suivante : de rivières et de ruisseaux aux rives marécageuses qui, au
moment des fortes pluies, se transforment en véritables
« L’Uele, appelé Kibali dans son cours supérieur, est lacs difficiles à traverser. Au nord : bien qu’il existe encore
le plus important des affluents du Congo. Il est constitué par-ci par-là quelques forêts, c’est la savane, au sol plat et
par une multitude de petits ruisseaux qui descendent des caillouteux, permettant de porter le regard au loin dans une
montagnes Bleues (altitude 1200 m) avoisinant le lac Albert plaine où dominent au printemps le jaune du mimosa et en
et où se trouvent, également, les sources de l’Ituri. Il draine automne le rouge des tulipiers et des érythrines.
tout le plateau Congo-Nil, parcourant une plaine herbeuse, Cette savane souvent aride est pourtant arrosée par des
très mouvementée, hérissée de gigantesques rochers. Ses rivières et des ruisseaux qui sont bordés de galeries forestières
rives sont très habitées. au sol suffisamment fertile pour que les indigènes de race
L’Uele, sinueux et agité, coule entre les collines, azande puissent y entreprendre des cultures productives.
franchissant seuils et barrages. Il est parsemé d’une quantité Plus on se dirige vers le nord, plus le terrain est aride et
6
d’îlots boisés et souvent habités d’où s’élancent des palmiers pauvre et plus les populations se font rares . »
et des plantes grimpantes aux fantastiques entrelacements,
qui en font un paysage des plus grandioses. En 1950, Émile Verleyen publie un ouvrage intitulé
7
L’Uele arrose sur son passage les importantes localités Congo, patrimoine de la Belgique . Il ne s’agit ni d’une
de Niangara, Amadi, Bambili, Bondo et Yakoma où, après encyclopédie ni d’un répertoire, mais d’un guide, précise-
avoir reçu le Bomu, il change de nom pour s’appeler t-il, éclairant les aspects généraux du Congo et mettant en
l’Ubangi qui constitue, avec cet affluent, la séparation au
6 Congo-Nil, ouvrage de documentation édité par
nord et à l’ouest de la colonie du Congo belge de l’Afrique
la Société des chemins de fer vicinaux du Congo
équatoriale française…
(Vicicongo), Bruxelles, 1934, p. 38.
La rivière Uele divise la région en deux parties
7 Verleyen, E., Congo patrimoine de la Belgique,
totalement différentes, ainsi : au sud, la plus grande partie du Bruxelles, Les Éditions De Visscher, 1950.
13
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
évidence, dans une fusion de souvenirs historiques et de Uele. Il quitte la Belgique en juillet 1923. Il entre dans le
problèmes actuels, la cohérence du passé et du présent. Haut-Uele par Dingba, alors une sorte de rond-point des
L’auteur présente presque tous les importants postes de messageries automobiles. Il y trouve de beaux ateliers de
la colonie. Pour le Haut-Uele, il commence par Niangara, réparation où des mécaniciens noirs donnent, affirme-
ce centre commercial sur l’Uele, qui est le carrefour des t-il, du fil à retordre aux mécaniciens blancs chargés de
routes où cheminent de lourds attelages de bœufs. Ce les former. Mais ne perdons pas de vue que Chalux était
poste est aussi le siège du vicaire apostolique et possède des connu pour ses clichés sur les Noirs. D’ailleurs, n’ajoute-
écoles d’enseignement primaire, normal et professionnel t-il pas qu’il y a quelque chose de presque surnaturel à
dirigées par les pères dominicains, un hôpital et une voir un véritable sauvage de la forêt démonter et remonter
consultation pour nourrissons sous la direction des sœurs un moteur d’auto, au bout de quelques mois seulement
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dominicaines. Le centre indigène est peuplé de Mangbetu, d’apprentissage ?
continue-t-il, et un monument et une zeriba déclassée Ce journaliste de la Nation belge se dirige alors vers
évoquent, à l’ombre des manguiers, le souvenir de la lutte Niangara où il trouve les comptoirs vides : ni sucre, ni
contre les mahdistes (voir infra p. 133) dans laquelle le café, ni conserves. En cause, les transports insuffisants,
8
poste de Niangara a joué un rôle . l’irrégularité du service sur l’Itimbiri et l’embouteillage du
É. Verleyen présente aussi, brièvement, les autres port de Matadi. La situation est identique à Dungu où les
centres tels Rungu, situé sur la Bomokandi et dont les Blancs n’ont pas de vivres et ne font que maudire la Colonie.
palmeraies naturelles sont importantes et où les pères Quant aux Congolais, ils ne trouvent plus de tissus.
dominicains possèdent une école professionnelle pourvue Mais il y a dans cette localité un territorial dynamique,
d’un équipement électrique ; Paulis qui s’appelait autrefois Van Zuylen de Nievelt, habitant le château situé sur le
Isiro, une ville en plein développement où les locomotives confluent de la Dungu et de la Kibali, dont il sera question
viennent troubler le silence de la forêt… ; Dungu, qui fut le ultérieurement. Il a ressuscité une industrie introduite
théâtre d’événements historiques décisifs et le point de départ jadis par les Arabes : le tissage du coton. En outre, il avait
d’expéditions importantes ; Yakuluku, un poste-frontière où fondé des écoles non seulement à Dungu, mais aussi à
l’enseignement et l’assistance médicale sont assurés par une « Yakululu ».
mission protestante ; Ekibondo, résidence d’aristocratiques De Dungu, Chalux se dirige vers Faradje, une localité
matshaga-mangbetu… Cette publication fournit d’amples charmante, mais où la Dungu est désagréable à traverser
informations sur les différents peuples et sur l’histoire des quand une tornade sévit. Il baptise la région située entre
pénétrations arabe et européenne dans la région. Ce guide Faradje et Aba, dans l’Ituri, « le Congo grec », tant les
évoque également la station de domestication de Gangala na commerçants grecs semblent y être les maîtres du pays
Bodio, à l’aspect d’une grande ferme entourée de pâturages, dans le domaine commercial.
de terres agricoles et de plantations. Outre les habitations C’est en 1924-1925 que l’Uele – le Haut comme le Bas –
du personnel, on y trouve des remises, une charronnerie, devient célèbre, à la suite de l’organisation de l’Expédition
un dispensaire et un service vétérinaire, en plus des étables Citroën Centre-Afrique. Le récit de ce voyage publié par
10
et des écuries. Outre les éléphants, le centre élevait, en effet, Georges-Marie Haardt (1884-1932) et Louis Audouin-
11
des chevaux et des bêtes à cornes. Émile Verleyen termine Dubreuil (1887-1960) dans leur ouvrage La Croisière
par une description du Parc national de la Garamba.
9 Chalux, Un an au Congo, Bruxelles, Librairie Albert
Dewit, 1925, pp. 639-640.
10 Georges-Marie Haardt, né à Naples de parents belges,
2.L’UELEDANSLALITTÉRATURECOLONIALE est le commandant en chef de l’expédition Citroën.
Voir Audouin-Dubreuil, A., La Croisière noire : sur
Chalux [pseudonyme du marquis Roger de Chateleux] les traces des explorateurs du 19e, Grenoble, Éditions
est un des premiers voyageurs belges à sillonner le Haut- Glénat, 2007.
11 Louis Audouin-Dubreuil est le chef adjoint de
8 Verleyen, E., op. cit., pp. 179-197. l’expédition. Voir Audouin-Dubreuil, op. cit.
14
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
noire. Expédition Citroën Centre-Afrique12, récolte, en effet, Une coiffure en auréole, ornée d’épingles en tibias
un succès immense. Par ailleurs, l’expédition ayant été de singe, s’épanouit à l’arrière de ces têtes ovoïdes. Des
filmée, le documentaire qui en a résulté popularise cette bracelets de cuivre et d’ivoire ciselé, un tablier minuscule
13
expérience. En outre, Alexandre Iacovleff (1887-1938) , retenu par un poil d’éléphant passé autour des reins, que
un artiste-peintre, qui faisait partie de l’équipe, publie, en décore postérieurement un léger écran de vannerie (nekbé)
1927, un ouvrage prestigieux Dessins et Peintures d’Afrique. aux dessins géométriques, sont les ornements de ces belles
Concernant le Haut-Uele, c’est surtout le septième chapitre nudités auxquelles ils donnent la chasteté de statues aux
de l’ouvrage de Georges-Marie Haardt et Louis Audouin- yeux d’émail.
Dubreuil, « La forêt équatoriale », qui est important. Voici les vingt-cinq épouses de N’Ganzi, autrefois
er
La caravane a passé la rivière Mbomu le 1 mars 1925. guerrier redoutable, les cinq préférées du vieux Boïmi, fin
Elle progresse par Monga et Bondo pour arriver à Buta le diplomate, et les deux cariatides vivantes qui se partagent
6 mars. Quatre voitures se rendent encore à Stanleyville le cœur de Touba, riche “Matchaga” de récente noblesse.
pour fêter avec éclat la première liaison automobile établie Car il s’agit bien ici de noblesse. Nous sommes loin de
officiellement le 12 janvier sur la rive de l’Ubangi du côté la grossièreté des races primitives. Le Mangbetou est fier de
belge. Les huit autochenilles sont à nouveau réunies à Buta ses traditions. Il a les attaches fines, les pieds petits, les mains
le 19 mars. Le Haut-Uele est parcouru entre le 23 mars et délicates comme les aristocrates éthiopiens. Les Matchaga,
le 13 avril. C’est avec une encre poétique qu’ils couchent dont Touba est le type, furent jadis esclaves des Mangbetou
sur papier leurs expériences haut-ueliennes. À Niangara, et présentent la caractéristique des Bantous : manque
le chef-lieu du Haut-Uele et, pour les expéditionnaires, « le d’élégance physique et morale. Plus riches maintenant que
pays des Mangbetou », ils marquent leur admiration pour leurs anciens maîtres, ce sont eux qui possèdent les femmes
les femmes et l’art mangbetu : les plus belles et les villages les mieux construits selon les
règles de l’art Mangbetou.
« Assises dans une pose hiératique sur de petits tabourets Nous pensons, avec Iacovleff, qu’il y a indiscutablement
d’ébène […] rangées en file comme les figures d’une fresque un art mangbetou. La construction des cases au toit pointu
égyptienne. Évocation d’une précision documentaire qui, soutenu par un péristyle de colonnes sculptées, les peintures
subitement dans la pensée, relie par-dessus les siècles les murales dont elles sont ornées, l’architecture des greniers à
temps présents et la civilisation des Pharaons. mil, semblables à de petits temples, les trompes d’ivoire, les
Corps de bronze aux patines cuivrées, ces créatures de tabourets de bois précieux attestent un sens de l’harmonie
formes harmonieuses se tiennent immobiles, les genoux des lignes et de la composition qu’il est troublant de
serrés et la tête haute. Un regard dédaigneux filtre à travers découvrir chez des indigènes encore anthropophages il y
leurs paupières bridées par la déformation étrange de leur a peu d’années.
crâne. Celui-ci a la forme de l’œuf, selon la coutume de L’art primitif n’est jamais qu’une copie grossière des
l’antique Égypte, où cette allusion aux croyances ésotériques formes de la nature. Chez les Mangbetou, au contraire,
sur les origines du monde était le signe de la toute puissante la stylisation est manifeste. Les décorations murales sont
des Pharaons. de simples jeux de lignes géométriques et de couleurs
vives, purement ornementales et n’ayant à aucun
12 Haardt, G.-M. et Audouin-Dubreuil, L., La Croisière moment le caractère enfantin des dessins que nous avons
noire. Expédition Citroën Centre-Afrique, Paris, Librairie remarqués sur les cases de l’Oubanghi ; de même pour
Plon, 1927. Voir Audouin-Dubreuil, A., op. cit.
les travaux de vannerie ou de poterie, les harpes et les
13 Alexandre Iacovleff est contacté par André Citroën
trompes d’ivoire.
pour être le peintre au regard d’ethnographe de
Lorsqu’un artiste mangbetou reproduit les traits
l’expédition ; ses croquis et esquisses exécutés en
humains, il accentue l’allongement du crâne, déforme les
Afrique équatoriale illustrent le livre de l’écrivain
René Maran Batouala. André Citroën (1878- traits du visage, de façon à composer un véritable motif
1935), fils de Lévie Citroën, diamantaire belge, est décoratif, qui tire son harmonie du rapport des lignes et
le fondateur de la société automobile Citroën. Voir des volumes. Ne sont-ce pas là les principes mêmes d’un
Audouin-Dubreuil, A., op. cit. grand art ?
15
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Aussi bien, parmi les peuples que nous avons vus, les Crouquet continue son récit par la description de ces
Mangbetou occupent-ils une place toute spéciale. Ils semblent hommes et femmes qui ont « la tête en forme de pain de
porter l’empreinte des civilisations antiques dont l’écroulement sucre ». Il précise que les hommes portent tous au sommet
a laissé le temps se refermer sur eux comme les pierres de leur pain de sucre une calotte de paille ornée de plumes,
sépulcrales se sont refermées sur les momies des Pharaons. tandis que les femmes ont une coiffure bien spéciale, le
Remis au grand jour par les explorations modernes, ainsi que « tambour », qui a la forme d’un champignon. À Faradje,
l’ont été, par les fouilles, les trésors de la Vallée des Rois, les il visite le camp militaire bien assis sur un petit mamelon.
Mangbetou n’ont pas l’âpre rudesse des êtres neufs, mais le Les bâtiments sont beaux et bien propres, les magasins
charme décadent des silhouettes anciennes. sont remplis de vivres et de munitions, d’ailleurs, fait-il
Voici la belle Ourou, au teint de cuivre, à l’air remarquer encore, le magasin d’armes pourrait servir de
énigmatique, dont la démarche voluptueuse évoque modèle à plusieurs casernes belges. Puis, il décrit la scène
le passage des grandes courtisanes, et voici encore suivante :
Nobosodrou, dont la moue dédaigneuse et la pose altière
14
sont dignes d’une reine de Saba . » « Dix heures… C’est l’heure du rapport. Le capitaine
s’assied à son bureau, quitte la bonne bouffarde qui lui tient
L’artiste Iacovleff et ses compagnons, persuadés que toujours compagnie et prend un air grave, qui ne lui sied
les Mangbetu forment un peuple qui connaît l’art au sens d’ailleurs qu’au moment du rapport. Un sous-officier noir
européen du terme, soutiennent l’idée selon laquelle l’art présente les punissables.
mangbetu « aristocratique » se rattache à la civilisation e
– Ali, soldat de 2 classe, n’a pas assisté à la théorie.
ancienne égyptienne. – Six coups de fouet.
Par la suite, la caravane rend visite au village e
– Mamadou, soldat de 2 classe, a manqué à l’exercice.
d’Ekibondo. Grâce à leur description, ainsi qu’au film et – Douze coups de fouet.
aux peintures et croquis de Iacovleff, ce village connaîtra Le fouet, c’est la chicote. Son emploi n’est plus autorisé
un renom immense. qu’à l’armée et tous les coloniaux s’en plaignent. Dans
De mai à septembre 1928, Roger Crouquet réalise certaines régions, on ne peut plus rien obtenir du Noir
une Croisière blanche de Liège au Cap en automobile à et seule la punition corporelle peut avoir raison de leur
er
travers l’Afrique. Il passe par le Congo belge. Le 1 juillet, obstination. Partout, c’est le même refrain. Sans chicote
il quitte Buta pour se rendre à Faradje et note alors dans plus de travail et, au lieu d’avancer, on recule. Faire
son carnet : entendre raison à un Noir est chose impossible. Il ne
comprend qu’une punition : la chicote. Si l’on veut obtenir
« La route, qui mérite d’être citée en exemple, tant elle de bons résultats au Congo, le rétablissement de la chicote
est parfaite, pénètre dans la forêt. Les bambous de Chine s’impose malgré les cris d’horreur de quelques magistrats
en paquets de cigares tressent leur feuillage au-dessus de trop humanitaires . »
16
16
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
occupation, les Logos constituaient la race des esclaves et temps de Henri II qui auraient échangé le bilboquet pour
les riches familles azandé et mangbetu en avaient plusieurs le couteau de jet. Ils sont massés au pied de l’escalier qui
17
à leur service . » donne accès à la barza et de leur entassement se dégage une
La dernière étape congolaise de Crouquet est Watsa, odeur forte, musquée, mais pas désagréable en somme.
qu’il appelle la « sentinelle de la région minière de Kilo- Les affaires inscrites sont nombreuses et les débats
Moto », vers le poste frontière d’Aru. sont longs et diffus. Gilima les suit d’une façon détachée,
18
Avant la guerre de 1940, Julien Vanhove se rend dans en tapotant l’air de son chasse-mouches, mais parfois il
le Haut-Uele. Venant de Buta, il se dirige vers Niangara où interrompt l’une des parties pour rectifier un mensonge trop
il débarque à la tombée du jour dans un hôtel « syrien » à flagrant ou demander des précisions. Et ces interventions
l’aspect peu engageant, souligne-t-il. Le dîner composé du grand chef, toujours judicieuses, sont approuvées par
d’olives et de morue que lui offre le maître de céans « à la un murmure général d’approbation. L’administrateur, dont
mine de brigand kurde » ne lui plaît qu’à demi et il gagne sa j’admire l’inaltérable patience, tient le plumitif, questionne,
chambre, en enjambant des piles de boîtes de conserve, pour lui aussi, demandeurs et défenseurs, consulte ses assesseurs
ne plus avoir le tympan déchiré par un phono nasillard. sur un point de droit coutumier particulièrement délicat.
De Niangara, Vanhove se rend à Dungu où il visite Ainsi, pendant de longues heures, qu’il s’agisse de femmes,
le fameux château, niché dans un site pittoresque au de terres ou de chèvres, l’esprit procédurier en diable des
confluent de la Kibali et de la Dungu et dont il sera indigènes se donne libre cours.
question ultérieurement. Installé dans une petite pirogue “Asir lero” (esili lelo = c’est fini pour aujourd’hui)
et se laissant aller au fil de l’eau, il aborde l’île Bimba, finit par déclarer le Blanc, exténué par la tension d’esprit
située au milieu de la Kibali, où se trouve le cimetière des que lui ont imposée les explications données par ces
Blancs. Puis, il rentre à Dungu où il assiste à une séance au Noirs volubiles, qui noient l’essentiel dans des digressions
tribunal de territoire : oiseuses. Les juges se lèvent et la foule se disperse en
commentant avec animation les décisions du tribunal.
« La barza du bureau évoque la scène du théâtre royal Gilima a des ennuis mécaniques avec sa voiture ; aussi,
de Versailles sur les côtés de laquelle se pressaient des en attendant que son chauffeur ait vérifié le carburateur
courtisans avides de ne rien perdre de la pièce que l’on y récalcitrant, s’arrête-t-il chez M. Jamart. Peu loquace, il se
jouait. Les nobles personnages sont ici les grands chefs contente de boire force verres de “Bergen Bier”, et ne sort
azande venus siéger au tribunal de territoire. Gilima, de sa réserve qu’au moment où l’administrateur et moi en
potentat incontesté des Avuru Wando, un vrai géant, fils du arrivons à parler de la lutte des troupes de l’État contre les
grand Renzi, le héros de la bataille de Redjaf ; Yaberada, qui madhistes, vainqueurs du général Gordon à Khartoum, et
fait penser à un paysan madré ; Dika, sorte de vieil avoué dont les hordes fanatiques déferlaient contre notre frontière
19
normand malicieux ; Sepiowando aux yeux plissés et rusés ; du Nord-Est . »
d’autres encore, plus jeunes et moins à l’aise dans leurs
délicates fonctions de juge. La plupart des plaideurs ont
conservé le costume traditionnel : toque de raphia piquée
d’une touffe de plumes et ample pagne d’écorce bouffant,
accoutrement qui les fait ressembler à des seigneurs du
17 Idem, p. 170.
18 Julien Vanhove (1905-1976), administrateur
territorial à Basankusu de 1936 à 1938, a eu
l’opportunité, à la fin de son mandat, de visiter
diverses régions de la colonie. Voir « Nécrologie :
Julien Vanhove », Bulletin des séances de l’Académie
royale des sciences d’outre-mer, Bruxelles, 1977/1, pp. 19 Vanhove, J., Regards sur notre Congo, Bruxelles, Éd.
59-63. La Renaissance du Livre, 1943, pp. 59-60.
17
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
18
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Juste après la Seconde Guerre mondiale, René leur mari, surtout lorsqu’il s’agit d’un vieux ménage. Les
Bourgaux, en visite au Congo belge, sillonne le Haut-Uele. enfants sains ne sont pas admis, parce qu’ils sont mis sous
Il fait tout d’abord escale dans le chef-lieu du district. tutelle au village. Lorsque c’est la femme qui est atteinte, il
est très rare que son mari l’accompagne.
« À Paulis, nous sommes chez les Mangbetu, peuplade À Gombari, Bourgaux rencontre des Pygmées, réunis
très curieuse, dont le crâne est allongé par le procédé dont par l’agent territorial Delalieu. Il fait le commentaire
j’ai déjà parlé. Avec un peu de chance, le chef, Tongolo, nous suivant :
montrera ses danseurs et surtout sa fille, la danseuse étoile
Akasi dont on parle beaucoup dans la région et que certains « Curieuse population que celle de ces nains vivant de chasse
voyageurs connaissent bien… »
21
et de rapines. Leur spécialité est la chasse à l’éléphant. On raconte à
leur propos les histoires les plus invraisemblables. Leurs vêtements
Le lendemain de son arrivée à Paulis, Bourgaux assiste rudimentaires sont faits d’écorce d’arbre et de branchages. Attirés
à la messe à l’église de la mission. Il se demande pourquoi par la promesse de cigarettes, les Pygmées sont venus danser en
la masse des Noirs est entassée dans la nef, alors que les notre honneur. Leur danse n’a rien de bien caractéristique. C’est du
Européens bénéficient d’une chaise confortable dans le “swing”. Mais un swing très lent que rythme seulement le battement
22
chœur. Pourquoi cette différence ? Il pose cette question, monotone du tam-tam . »
note-t-il, parce que, devant Dieu, les hommes sont tous
frères, quelle que puisse être la couleur de la peau. Il Bourgaux s’arrête également un court instant à Watsa
reprend l’explication que les Européens lui donnent, à où les mines de Kilo-Moto exploitent, dit-il, quelques
savoir : « que le Noir dégageait une odeur très désagréable, gisements à faible teneur. Arrivé à Faradje, il se recueille
insupportable à un odorat de Blanc. C’est la raison pour devant le monument élevé à la mémoire des « héros »,
laquelle la séparation était faite ». quatre Européens, deux cent trente-sept soldats et deux
Puis Bourgaux se rend en compagnie du docteur cent cinquante-quatre porteurs, de la bataille de Saio,
Zanetti, au village lépreux de Pawa, à quelque trente en Éthiopie. Puis, il se dirige vers Gangala na Bodio où
kilomètres de Paulis. L’Administration a, en effet, constitué Mons Haezaert, un ancien grenadier, dirige la station de
un « village agricole d’isolement lépreux », en abrégé un domestication des éléphants.
« VAIL ». Des efforts sont faits pour y amener les lépreux En 1946, l’Américain Tom Marvel, au service de
reconnus. Le VAIL consiste donc à grouper les lépreux l’United States Office of War Information à Léopoldville,
d’une région déterminée dans un village qui leur est propre parcourt aussi une partie du Haut-Uele. Après avoir roulé
et où la vie indigène continue comme en milieu coutumier. à travers forêts, champs et plantations, il arrive à Paulis.
Le village groupe en général entre 400 et 500 malades dont
un grand nombre sont encore en mesure de bien travailler « Ce pimpant petit poste, centre commercial et administratif de
malgré leur état. En conséquence, il est généralement l’Uele oriental, ne date que de 1934 et naquit au moment de l’arrivée
possible d’y appliquer le principe du self-supporting. Les du rail des “Vicicongo”. Aujourd’hui, on y trouve une cité indigène
frais médicaux sont supportés par la Colonie et les caisses modèle et il est, pour le touriste, un charmant centre d’excursions,
administratives des chefferies interviennent dans les frais avec de bonnes routes, un hôtel confortable, un magnifique pays et
23
d’installation. On choisit tout d’abord les plus malheureux, des indigènes intéressants . »
c’est-à-dire ceux qui n’ont plus d’attaches familiales. Il s’agit
souvent de deux malades par village, de façon à constituer Marvel note que Paulis a aussi la fortune de posséder
un noyau du même clan. Le lépreux restant au village ne un excellent hôtel, construit par Vicicongo et dénommé
peut désormais plus arguer de son état pour se soustraire Le Mangbetu, aux chambres fraîches et aérées, avec salles
au paiement de l’impôt s’il habite la zone du VAIL. Les de bain privées, une salle à manger attrayante, une véranda
femmes, même celles qui sont saines, accompagnent
22 Idem, p. 86.
21 Bourgaux, R., Congo terre vivante, Bruxelles, Éditions 23 Marvel, T., Le Nouveau Congo, Bruxelles, Éditions L.
Graphica, 1949, p. 81. Cuypers, 1948, p. 126.
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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
et un bar. En effet, les peuples des environs sont connus des mots la beauté fulgurante de ses bras et de ses jambes
sous le nom générique de « Mangbetu », que Tom Marvel dans leur nudité brune, ses élans, courbée, le bouclier tendu
décrit comme un peuple heureux, d’une allure élégante, devant elle, ses brusques arrêts et ses soudaines volte-face,
passionné de musique et de danse. Ce dernier élément est ses bonds rapides comme l’éclair tandis qu’elle pare les
confirmé par le fait que « si vous en faites la demande à coups d’adversaires imaginaires ou s’élance en brandissant
l’avance, les autorités rassembleront les danseurs mangbetu une lance belliqueuse. À chaque instant de la danse, tout
et, pour votre arrivée à Paulis, les chefs, prévenus, auront son corps n’est que frénésie de mouvements. Puis Akasi
24
convoqué les groupes chorégraphiques ». La danseuse rentra dans la ronde et reprit le glissement avec les autres,
25
Akasi, la favorite d’un grand nombre de gens, est la fille du tandis que l’orchestre continuait à jouer sans arrêt . »
chef Tongolo. Tom Marvel a l’occasion de la voir à l’œuvre :
« L’un après l’autre, les danseurs reprirent leur place Au total, les danseurs étaient une cinquantaine des deux
dans la ronde glissante. Le centre, à nouveau, était vide. sexes. À peu près une centaine de personnes, surtout des
Dans l’air planait une attente, tandis que les musiciens vieillards et des enfants, étaient venues assister au spectacle.
entamaient un rythme nouveau. Comme un éclair, une Tom Marvel visite aussi, bien entendu, la domestication
jeune fille bondit au centre du cercle. Elle brandissait des éléphants à Gangala na Bodio, qui signifie « Collines
un bouclier et une lance. Elle était, comme les autres, de Bodio », et le Parc national de la Garamba. Son dernier
entièrement nue sous une jupe de feuilles de palmiers. Des arrêt est Watsa, qu’il présente comme un petit poste
plumes la coiffaient. C’était une des meilleures danseuses administratif attrayant, bien ombragé, dans l’immense
de la tribu : Akasi, fille du chef Tongolo, de la “chefferie” concession de la société minière de Kilo-Moto.
proche de Mayogo.
Mais il est impossible de décrire la danse d’Akasi et
l’impression qu’elle fait sur le spectateur, de traduire par
3. L’UELE DANS LA PEINTURE COLONIALE
C’est très probablement le monde de la peinture
coloniale qui a rendu l’Uele le plus populaire en Belgique.
Plusieurs peintres se sont rendus sur place pour perpétuer
sur toile la beauté des peuples et de la nature de cette
région. Les œuvres d’art de cinq artistes sont présentées
ci-après. L’on remarquera aisément la diversité de style et
de contenu.
20
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
« Sasa », c’est le sobriquet que ses amis lui attribuent, cependant très vite pour se consacrer presque entièrement
est désigné artiste officiel de la mission Citroën Centre- à la peinture.
Afrique. En 1926, après son retour, il organisera deux
grandes expositions : « Alexandre Iacovleff », à l’hôtel Jean 3.2. JANE TERCAFS (1888-1944)
Charpentier à Paris ; « Exposition de la Croisière noire »,
au Pavillon de Marsan, également à Paris. Au cours de Elle est l’artiste la plus intimement liée à la beauté
la même année, P. Forthuny publie l’ouvrage Alexandre de la région de l’Uele. Cette artiste liégeoise d’origine
Iacovleff en Afrique, Paris, L’Art et les Artistes, mars 1926. limbourgeoise habitait Paris depuis 1930. En 1935, le
En 1927, l’artiste lui-même sortira l’ouvrage Dessins et gouvernement belge lui confie une mission officielle
peintures d’Afrique exécutés au cours de l’expédition Citroën au Congo. Elle est chargée d’y étudier la vie indigène
Centre-Afrique. Deuxième Mission Haardt Audouin- et la faune. Cette mission l’arrange, parce qu’elle rêvait
Dubreuil (Paris, Meynial). de s’évader d’un atelier étouffant. Son ambition est de
Iacovleff accompagne aussi la troisième expédition renouveler son art à travers des contacts avec la nature
Citroën en 1931-1932. Mais la « Croisière jaune » tourne primitive et la beauté de l’architecture mouvante, avec de
cour, avec le décès de Georges-Marie Haardt à Hong- vraies formes humaines en liberté. Jane Tercafs séjourne
Kong. En 1935, il gagne les États-Unis, où il est nommé dans le Haut-Uele pendant une année et demie ; elle y
directeur de la Boston Museum School Art. Il démissionne retourne encore brièvement en 1937.
Alexandre Iacovleff, Personnages féminins. (Alexandre Iacovleff, Personnages Jane Tercafs et deux Mangbetu. (Jeanne Tercafs lors d’une de ses missions au
féminins, Niangara, Croisière noire, 1924-25, pastel, 75 x 56 cm, HO.0.1.510, Congo belge, Uele, entre 1935 et 1940. HP.1984.13.125, collection MRAC Tervuren ;
collection MRAC Tervuren.) photo anonyme, s.d.)
21
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Jane Tercafs, Odani, femme mangbetu. (Jeanne Tercafs, Odani, Garçon mangbetu. (HP.1984.13.112, collection MRAC Tervuren ; photo anonyme, s.d.)
femme Mayogo, 1935, pierre blanche et marbre. 45 x 14,5 cm,
HO.0.1.461, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC
Tervuren ©.)
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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
André Hallet, Pawa, Isiro, dessin. Pawa, Isiro, Uélé, Zaïre, 1934, 29,5 x 21. Dessin. (© Sabam Belgique 2011.)
le second (de onze mois) en 1936. En mai 1940, alors On dit d’André Hallet qu’il aime célébrer la nature
qu’il s’apprête à se rendre une troisième fois au Congo, la extraordinairement généreuse de la colonie belge et la
Belgique est envahie par l’Allemagne et il doit rester dans cordialité confiante de ses diverses populations. Le résultat
la métropole. Mais entre le peintre et le Congo, s’était est une peinture exceptionnelle. Ses périples lui font
installée une longue histoire d’amour. Aussi l’artiste et sa découvrir de nouvelles lumières. À travers ses œuvres, il
femme décident-ils de s’établir au bord du lac Kivu, vers où essaie de convaincre de la beauté des femmes mangbetu et
ils s’embarquent en avril 1947. C’est là que Hallet décède le de l’exotisme des scènes de la vie quotidienne (le marché),
28
18 avril 1959 . des danses, des tornades, etc.
Lors de son premier voyage au Congo belge, Hallet
parcourt surtout l’ancienne Province-Orientale (cf. 3.5. HENRI KERELS (1896-1956)
infra). Il sillonne tant l’Ituri et le Kivu que le Bas et le
Haut-Uele. Il s’arrête notamment, pour ce qui est du Il appartient également à cette catégorie d’artistes partis
Haut-Uele, à Wamba, à Isiro, à Niangara, à Watsa et à chercher l’inspiration en Afrique centrale. Ce peintre-
Moto. Au cours de son second séjour au Congo belge, il graphiste fait deux séjours au Congo, en 1929-1930 et en
traverse à nouveau le Haut-Uele : Isiro, Watsa, Nzoro et 1939. Il séjourne dans le Haut-Uele.
Mungbere. Henri Kerels parcourt le Haut-Uele rapidement.
Venant de Kilo, il s’arrête à Watsa où il passe la nuit et
28 Devred-Hallet, Ch., L’Afrique profonde : André Hallet, gagne Moto le lendemain. Il s’y s’installe dans une maison
1890-1959, Bruxelles, Les Éditeurs d’art associés,
1959, p. 5.
23
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
24
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
le nom des modèles et le lieu où ils ont été réalisés. Genval réalise un film sur l’exploitation aurifère dans la
L’intérêt de ses pastels est documentaire et humain. région de la rivière Aruwimi et de Kilo-Moto. Son titre est
Certaines de ses œuvres ont été éditées en cartes très simple : « L’Or ». La première partie est consacrée à
postales au cours des années 1950. Un grand la prospection dans les rivières et les rochers, les forages,
nombre des dessins de Marthe De Witte sont l’analyse chimique des échantillons, le lavage, l’analyse de
conservé au Musée royal de l’Afrique centrale31 la teneur en or des minerais, l’extraction et le traitement
En 1957, le Haut-Uele accueille un hôte de marque, des minerais, l’aménagement des canaux pour l’adduction
Léopold III, accompagné de la princesse Liliane. Ils sont d’eau et le triage et la fusion en lingots. La seconde
arrivés à Paulis, le vendredi 5 avril, au milieu d’une foule partie montre les équipements sociaux accompagnant la
énorme de villageois venus de partout et d’Européens, nombreuse main-d’œuvre engagée pour effectuer les divers
c’est-à-dire d’une cohue criarde. Ils logent dans la maison travaux de l’exploitation aurifère, des villages nouveaux
du commissaire de district. Dans son carnet de voyage, construits à proximité des mines pour travailleurs noirs,
il note que Paulis comptait 800 Européens dont 30 % de la nourriture en vrac qui leur est fournie à la chaîne par un
Grecs 32. système de tuyaux, et les services de santé. On peut aussi
Le lendemain, samedi 6 avril, ils visitent, dans l’avant- voir le personnel européen qui règle le ballet du va-et-vient
midi, le foyer social, l’hôpital et un centre d’art indigène des hommes, des camionnettes et des métaux précieux et
dirigé par madame Line Praet. Dans l’après-midi, ils quelques images sur les luxueuses villas construites pour
assistent à une grande manifestation de danses Mangbetu leurs familles. Le commentaire insiste sur la douceur de
sur la plaine des sports de Paulis. Le dimanche 7 avril, vie qui y règne et qui contraste avec la pénibilité des tâches
33
Léopold III et Liliane se rendent à la léproserie de Pawa des ouvriers congolais .
où ils assistent à la messe dite par un prêtre congolais. En 1954, Gérard De Boe réalise un documentaire
Puis, ils vont à Gombe, chez le chef Baonoku (Mabudu), intitulé Mangbetu. Il s’agit d’une mise en scène sur
où ils sont reçus par de splendides spectacles de danse. Un plusieurs aspects de la culture traditionnelle mangbetu tels
pique-nique sous toit végétal autour d’un tronc de palmier que l’organisation sociale et politique, l’habillement et la
est organisé pour terminer la journée. Ils sont de retour à coiffure, la coutume de l’allongement de la boîte crânienne
Paulis vers 18 h 30. Ils quittent le Haut-Uele le lendemain. chez les jeunes enfants, la peinture corporelle, la musique
et la danse. On peut aussi admirer les villages mangbetu
ordonnés autour d’une place centrale où se trouve le
« Bamu », grande hutte de réunions et fêtes, enfouis
4. L’UELE DANS LES FILMS COLONIAUX dans les forêts aux arbres géants de l’Uele. Le même
cinéaste va compléter le film « Mangbetu » avec un court
Il n’y a pas que les bandes dessinées, les guides métrage intitulé « Orchestre mangbetu ». Ce document
touristiques, les peintures et la littérature coloniales « ethnographique » présente tout d’abord les instruments
qui aient façonné l’image de l’Uele qu’avaient les Belges. de musique comme le tam-tam mâle, le tam-tam femelle,
Quelques films documentaires ont également contribué le tam-tam enfant, le tam-tam portatif, les tambours de
à faire connaître la région. En 1938, le cinéaste Ernest tailles et de formes variées, des gongs en fer forgé, des
flûtes, etc. En final, il propose quelques scènes de danse
31 Impressions d’Afrique : peintres et sculpteurs belges et 34
masculine et féminine .
zaïrois. Catalogue d’exposition à l’Hôtel communal
de Schaerbeek, du 21 septembre au 19 octobre 1991,
Bruxelles, Éditions Atelier Ledoux, 1991, p. 24.
Cornelis, S. (en collaboration avec Ph. Marechal et
J.M. Goris), Artistes belges dans les territoires d’outre- 33 Van Schuylenbergh, P. et Zana Aziza Etambala, M.
mer, 1884-1962, Tervuren, Musée royal de l’Afrique (éd.), Patrimoine d’Afrique centrale – Archives films :
centrale, 1989. Congo, Rwanda, Burundi, 1912-1960, Tervuren,
32 Léopold III, Carnets de voyages 1919-1983, Bruxelles, Musée royal de l’Afrique centrale, 2010, p. 228.
Éditions Racine, 2004, p. 301. 34 Idem, pp. 290 et 291.
25
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Ernest Genval, image extraite du film L’Or. (Ernest Genval, L’Or, 1938.)
En 1958, deux courts métrages sont produits par le même noires vaquant aux tâches quotidiennes : nourrir les poules,
Gérard De Boe sur la vie religieuse dans l’Uele. Le premier, couper des fleurs, cultiver les champs, puiser de l’eau, faire la
Viadana, couvent africain, présente la vie journalière dans lessive, repasser et coudre, dactylographier, aller au marché
un couvent dominicain. Il se déroule chronologiquement et préparer le repas traditionnel. Il y a impérativement
du réveil des frères noirs au son de cloche jusqu’au soir. Il l’attention pour leur vie de prière et pour les activités
est intéressant de voir les différentes occupations des jeunes sociales : certaines enseignent dans des écoles maternelles
prêtres locaux qui sont, tour à tour, fermiers, menuisiers, et primaires, d’autres accompagnent et soutiennent les
maçons, charpentiers, mécaniciens ou tailleurs. Leur mères villageoises des environs en leur donnant des conseils
35
formation à la théologie et à la philosophie est naturellement pratiques sur l’éducation et le ménage .
aussi mise en exergue. Le deuxième, Sœurs congolaises, suit
une communauté de religieuses noires fondée en 1941 et
en formation dans la maison des sœurs dominicaines de
Sainte-Catherine de Sienne. Les images montrent ces sœurs 35 Idem, pp. 335 et 337.
26
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Gérard De Boe, Mangbetu, images extraites du film Mangbetu. (Gérard De Boe, Mangbetu, 1954.)
Gérard De Boe, image extraite du film Viadana, couvent africain. (Gérard De Boe, Viadana, couvent africain, 1958.)
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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE
Carte des traités anglo-congolais du 12 mai 1894 et franco-congolais du 14 août 1894. (Source : Renier, Héroïsme & patriotisme des Belges, Gand, Ad.
Herckenrath éditeur, 1913, p. 277.)
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SITUATION GÉOGRAPHIQUE
CHAPITREIIPRÉSENTATIONPHYSIQUEDUHAUT-UELE
1. SITUATION GÉOGRAPHIQUE
Situé au nord-est de la République démocratique du
Congo, le Haut-Uele est compris entre 1° 15’ et 5° 30’ Traité du 12 mai 1894
de latitude N et 26° 20’ et 30° 40’ de longitude E. Au Ce traité reconnaît les droits acquis de l’État
nord, il est limité par le Sud-Soudan et la République indépendant du Congo sur la province du Bahr El-Gazal et
centrafricaine ; à l’est, par l’Ituri ; au sud, par l’Ituri et la de l’enclave de Lado. Il donne à bail à Léopold II, pendant
Tshopo ; à l’ouest, par le Bas-Uele. Avec une superficie toute la durée de son règne, les territoires compris entre
d’environ 91.624 km² 36, le Haut-Uele couvre en totalité ou les limites déterminées par une ligne partant de Mahagi,
en partie 14 cartes planimétriques régulières à 1/200.000 sur le lac Albert, suivant la crête de partage des eaux du
e
(degrés carrés). Le Haut-Uele comprend six territoires Nil et du Congo, jusqu’au 25 méridien E de Greenwich,
e e e
Dungu, Faradje, Niangara, Rungu, Wamba et Watsa. ce 25 méridien, jusqu’au 10 parallèle N, ce 10 parallèle
jusqu’au Nil, au nord de Fashoda. Il accorde, après le décès
de Léopold II, de plein droit, la jouissance du bail, pour une
1.1. INTRODUCTION durée illimitée, de la partie de ce territoire située à l’ouest du
e
30 méridien, ainsi qu’une bande de 25 kilomètres d’étendue,
Il y a lieu de signaler que la frontière avec la République en largeur, se prolongeant de la crête de partage Congo-Nil
centrafricaine et le Soudan a subi quelques modifications, jusqu’au lac Albert et comprenant le port de Mahagi.
au cours de la période coloniale. Elle a été négociée par D’autre part, l’État du Congo cède à bail, à la Grande-
les trois puissances coloniales occupant des territoires Bretagne, une bande de terre de 25 kilomètres, en largeur, se
dans ces régions : la France, l’Angleterre et la Belgique prolongeant, du port le plus septentrional sur le Tanganyika,
(Léopold II). Pour ce qui est de l’État indépendant du y compris ce port, jusqu’au point le plus méridional du lac
Congo, les pourparlers concernaient les trois provinces Albert-Édouard. Les deux États reconnaissent qu’ils ne
actuelles : Le Bas-Uele, le Haut–Uele et l’Ituri. chercheront pas à acquérir d’autres droits politiques, dans
La frontière fut déterminée par deux conventions, les territoires cédés à bail, que ceux stipulés dans le traité.
l’une anglo-congolaise et l’autre franco-congolaise, en
1894 :
37
Traité du 14 août 1894
À la suite de la signature du traité du 12 mai 1894,
l’Allemagne proteste et l’Angleterre décide de renoncer aux
36 Certaines sources fixent cette superficie à 89.683 km2. avantages de l’article III du traité, c’est-à-dire à l’occupation
37 Renier (commandant-adjoint), Héroïsme & de la bande de 25 kilomètres, entre le Tanganyika et le
patriotisme des Belges, Gand, Ad. Herckenrath lac Albert-Édouard, par l’État indépendant du Congo.
Éditeur, 1913, pp. 275 -277.
29
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
e
En prenant connaissance de cette convention anglo- du Congo jusqu’au 30 méridien et de là jusqu’au 5°30
congolaise, la France se montre également irritée. Surtout parallèle N, et de ce parallèle jusqu’au Nil.
que la question de la délimitation des frontières sur Plus tard, lors de la cession du district de la Meridi en
l’Ubangi et sur le Bomu était restée en litige depuis presque 1908, un vaste territoire situé au nord de la rivière Aka
dix ans. fut abandonné au Soudan, au sud de la crête de partage
L’État du Congo est alors obligé d’accepter un nouveau Congo-Nil. Les fonctionnaires belges n’ont jamais occupé
traité, franco-congolais cette fois, signé le 14 août 1894. réellement ce territoire Baka qui, bien que situé au Congo
Léopold II est forcé de céder ses droits acquis par le traité belge, était administré par les Anglais. En 1923, en
du 12 mai 1894 et par l’occupation effective de la région. La présence des chefs locaux intéressés et de leurs sujets, la
nouvelle convention stipule que la frontière entre la sphère frontière fut renégociée et les limites réelles relevées. Ainsi,
d’influence française et l’État du Congo est délimitée par 1.200 km² passèrent du Soudan au Congo belge, c’est-à-
38
l’Uele, le Bomu et la crête de partage des eaux du Nil et dire au Haut-Uele .
30
SITUATION GÉOGRAPHIQUE
31
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
32
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE
dans la partie est et sud-est, notamment dans les chefferies Dans l’ensemble, le relief du Haut-Uele est un relief
Mayogo-Magbaie et Mboli. peu accusé où pointent quelques monts tels que : le mont
Asongo, le mont Firo, le mont Bakengo, le mont Kai…
C’est une région constituée de bas plateaux (500 m à 100 m
1.6. TERRITOIRE DE WAMBA d’altitude) qui s’étendent de Niangara, à l’ouest, à Faradje,
à l’est.
D’une superficie de 10.305 km2, le territoire de Wamba Dans la partie sud, à Isiro, se détachent des chaînons
est compris entre 2° 08’ 48.78 de latitude N et 27° 59’ 00.29 non allongés, à bords souvent abrupts, correspondant
de longitude E. Son altitude est de 773 m. Il est borné aux « monts de Fer » présents aussi à Rungu, Wamba et
au nord et nord-ouest par le territoire de Rungu ; à l’est, Mungbere.
par le territoire de Watsa ; au sud et sud-est par celui de Plus à l’ouest, dans le territoire de Watsa apparaissent
Mambasa (dans l’Ituri), et enfin à l’ouest et au sud-ouest de hauts plateaux d’altitude moyenne supérieure à 1000 m.
par le territoire de Bafwasende (dans la Tshopo). Si l’on excepte la région d’Aba, le bassin de Dungu,
ainsi que la région de Faradje correspondent à une vaste
pénéplaine plate et marécageuse.
1.7. TERRITOIRE DE WATSA Cette monotonie des bas et hauts plateaux est dérangée
par quelques bosses granitiques et orthogneissiques et par
Situé dans la partie est du Haut-Uele, le territoire de des collines qui correspondent à des zones de roches du
Watsa est compris entre 2° 5’ et 3° 50’ de latitude N et 20° 25’ Haut-Uele. La région d’Aba constitue, vers l’est, la ligne de
et 30° 10’ de longitude E. Sa superficie est de 16.015 km² ; partage des bassins du Congo et du Nil.
il se trouve être borné au nord par les territoires de Faradje Il y a lieu de noter que le relief est fortement influencé
(rivière Nzoro) et de Dungu ; à l’est par les territoires d’Aru par la nature des roches ; cette situation permet d’identifier
et de Mahagi (dans l’Ituri) ; au sud-est par le territoire de cinq types de modelés à savoir :
Djugu (dans l’Ituri) ; au sud par le territoire de Mambasa
(dans l’Ituri) ; au sud-ouest par le territoire de Wamba ; et - Un modelé granitique et gneissique
à l’ouest par le territoire de Rungu. Suivant le stade de l’érosion, on peut distinguer :
À l’instar de l’ensemble du Haut-Uele (cf. infra), pénéplaines, vallées plates, plateaux ondulés (Duru-
le territoire de Watsa est situé dans la zone de plateau Gombari, bassin de la Gada, bassin de l’Aka), vallées
caractérisée par la présence de collines, dans sa partie encaissées à fond souvent rocheux (Aba, bassin de l’Arebi
nord-est, parmi lesquelles on cite Kongbokoro (1024 m), en aval du poste), collines rapprochées souvent reliées
Angozey (1060 m), Marupku (1054 m), Matso (903 m) et entre elles pour former des petites chaînes (amont de
Use (1103 m). l’Arebi, lignes de partage des bassins de la Bomokandi, de
l’Arebi et de l’Ituri).
33
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
34
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE
35
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
Ces missions de prospection générale furent c. Des rares lambeaux de formations sédimentaires peu ou
complétées, en 1977, par les travaux détaillés sur les gîtes pas métamorphiques
de fer de la région d’Isiro. Le Lindien Neoprotérozoique (Ituri, Aruwimi, Lindi ; <
1100 Ma). Il est très peu représenté dans le Haut-Uele. On
2.2.2. Les formations géologiques ne le rencontre aussi que sous forme de lambeaux plaqués
Le Haut-Uele correspond essentiellement à une zone sur le « substratum » et qui s’y reposent en discordance.
de socle d’âge antécambrien (2720-3400 Ma) recouverte Les formations attribuées au Lindien (formations de
par de rares lambeaux, soit les formations sédimentaires Niangara et de Gada) sont constituées de :
antécambriennes (2475- 2720 Ma), soit des séries plus - grès et schistes kaolineux jaunes et blancs ;
récentes du quaternaire. - conglomérat-brèches à petits éléments de calcaire
silicifiés ;
a. Un « substratum » cristallin composé des orthogneiss - calcaire non silicifié ;
(roches granitiques déformées dans le sens donné à ce - macignos ;
terme par Rosenbusch), des granites porphyroïdes et des - quarzites gris ;
amphibolites. C’est « l’antékibalien » de R. Woodtli, 1954, - dolomies grises silicifiées ;
composé du complexe de la Garamba (au nord) et des séries - dolomies grises, bleues et noires à stromatolithes ;
granitiques TTG au sud (tonalitique – trodjhemitique – - shistes phylladeux noirs.
granitique). Ces formations occupent les parties nord et
sud du Haut-Uele. d. Les roches intrusives
Elles sont représentées par le cortège filonien de
Le complexe de la Garamba est constitué des roches dolérites, de filons de quartz et de pegmatites.
ci-après : Les filons de quartz sont nombreux dans les domaines
- le gneiss migmatique et amphibolitique ; kibaliens, dans le substratum granitique et dans le
- le gneiss à amphibole et à proxène ; complexe orthogneissique. Ils constituent la matière
- le micaschiste ; première des exploitations alluvionnaires, éluvionnaires et
- le micaschiste à disthène ; filoniennes dans les concessions minières du Haut-Uele.
- le quartzite micacé et le quartzite à fuchsite ; La pegmatite est abondante dans le complexe
- le calcaire cristallin. orthogneissique.
Les intrusions doléritiques sont particulièrement
b. Le Kibalien (supérieur s.s. et inférieur plus métamorphique). abondantes dans le sud-ouest du degré carré d’Isiro.
Formations paleoprotérozoiques (> 2200 Ma) plus Néanmoins, un certain nombre de dykes et de
ou moins métamorphiques d’origines sédimentaires ou pointements doléritiques ont été cartographiés dans la
volcano-sédimentaire. Le Kibalien comprend : province et sont indistinctement répartis dans le Kibalien
- des amphibolites ; et le « substratum » granitique. La dolérite est une roche
- des différents types de schistes (à actinote, à talc, à sombre, massive, verdâtre… mais probablement post
séricite, à chlorite, à albite, à biotite) ; Kibalien et post Lindien.
- des roches carbonatées ankéritiques ;
- des itabirites avec accessoirement des jaspes et des e. Les formations du Quaternaire
quartzites ; Les latérites et les éluvions latéritiques sont abondantes
- on y trouve aussi de vastes massifs granitiques qui dans toute la province et constituent généralement le stade
l’affectent en s’y présentant en enclaves. ultime de l’altération de toutes les roches.
Les alluvions indifférenciées sont aussi abondantes et
Le Kibalien se présente sous forme de lambeaux plus ou résultent de la désagrégation de la roche en place et sont
moins vastes, soulignés dans la morphologie par des chaînes à mélangées à des débris latéritiques de toutes tailles.
fort relief d’itabirites et de quartzites ferrugineux. Près d’Isiro,
les itabirites forment un arc à concavité tournée vers le nord.
36
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE
37
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
38
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE
- zircon, sous forme d’indice alluvionnaire dans les Kilo, Talolo, Mongwalu, Lodjo, Ituri, etc. ; 2. pour les
rivières Yabu et Nadi ; filons : Kanga, Isuru, Creek, Salaïa, Alezi et Yedi. Ceux qui
- diamant, sous forme d’indice alluvionnaire dans le dépendaient de la direction de Moto (dans le Haut-Uele)
bassin de l’Uele, dans la rivière Nepoko. étaient : 1. pour les alluvions : Moto, Kibali, yebu, Tora ; 2.
45
pour les filons : Tendao, Kalimva, Dila, Durba et Zani .
e. Quant aux matériaux de construction et minéraux Les mines dépendent actuellement de l’Office des
industriels identifiés dans le Haut-Uele, on trouve : mines d’or de Kilo-Moto (Okimo), organisme placé sous
- le calcaire, principalement le calcaire silicifié le contrôle de l’État congolais.
blanchâtre avec une épaisseur pouvant dépasser 56 mètres. À la fin des années 2010, la direction générale de
Il a été reconnu dans le forage à Niangara ; l’Okimo a signé un contrat d’amodiation avec une
- la dolomie gris foncé, qui se retrouve dans la société dénommée KibaliGold dans le secteur de Doko-
formation de Niangara, a jadis été exploitée à Niangara Durba et une autre, suédoise, MII (Mineral Investiment
pour la fabrication de la chaux ; International) dans le secteur de Wanga, pour ne citer que
- les latérites, qu’on retrouve dans le complexe celles qui sont en vogue. Depuis janvier 2010, l’Okimo a
gneissique de la Garamba, sont très abondantes dans la été organisé en société dénommée Société minière de
région de Faradje et dans d’autres localités du Haut-Uele ; Kilo-Moto (Sokimo).
- le sable, exploitable dans le lit de la rivière Uele ;
- le kaolin qu’on retrouve dans les formations attribuées b. Zone Forminière
au Lindien, entre autres, la formation de Niangara, avec
une épaisseur supérieure à 40 mètres. Les frères Reid gagnent l’Uele et découvrent, en
1910, les gisements de Babeyru (bassin de la Ngayu).
2.3.2. Survol historique des zones minières L’exploitation des zones concédées à la Forminière et à la
de Haut-Uele Société minière de l’Aruwimi-Ituri (SMAI), subsidiaire de
la Forminière, fut confiée à la Société minière de la Tele,
a. Zone Kilo-Moto filiale de la Forminière, fondée en 1912.
Le secteur de Babeyru fournit de l’or provenant de
Le département de l’intérieur de l’État indépendant divers chantiers (rivières Babeyru, Nebuna, Mokefi, Iniva,
du Congo (EIC) met en place, en 1898, un service de Ossessi, etc.) et de l’ensemble des chantiers situés dans la
prospections. Celui-ci envoya en mission, en 1903, partie occidentale de la plage kibalienne de la Ngayu et
les prospecteurs australiens Hannam et O’Brien qui dans celle de l’Asoa (Yambenda).
confirmèrent la valeur des indices d’or découverts par La longue chaîne à noyau d’itabirites qui s’étend d’Isiro
J. Henry en 1895, au cours d’une campagne à caractère à l’Uele a été découverte par Butler et ses adjoints, puis
militaire. (re)prospectée dix ans plus tard par B. Sekirsky. Elle n’a
En 1906, Hannam découvrait les alluvions aurifères montré que des gisements de faible importance à Gobima
de la région de Moto, au pied du mont Stick (près de (nord de l’Uele).
Moku, au sud-ouest de Watsa) mis en exploitation en En 1998, une compagnie junior canadienne StartPoint
1911 (Moulaert, 1950). Mines domaniales de 1905 à avait entrepris une prospection géochimique dans la
1908, remises à la fondation de la Couronne en 1906 et au plage de Ngayu et particulièrement dans la région des
patrimoine de la colonie en 1908 après dissolution de la exploitations aurifères de Mambati.
fondation, exploitées sous statut étatique obscur pendant Depuis 2009, une société – Loncor Ressources Congo
dix ans qui survinrent sous forme d’une régie industrielle à Sprl – s’intéresse à la même plage (communication verbale,
partir de 1919, d’une société mixte de 1926 à 1964 (Société 2010).
des mines d’or de Kilo-Moto).
Les principaux centres qui dépendaient de la direction
de Kilo (en Ituri), étaient : 1. pour les alluvions : Gina, 45 Congo belge et Ruanda-Urundi, Guide du voyageur,
4e édition, Bruxelles, Éd. Inforcongo, 1938, p. 633.
39
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
40
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE
41
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
Chutes de Nadumbe, dites de Nepoko. [Chutes situées à 32 km de Medje (situé à 70 km d’Isiro), photo équipe locale, 2010.]
rencontrer la rivière Ituri pour donner naissance à la paon du Congo), tandis que d’autres sont adaptées à la
rivière Aruwimi, dans le district de la Tshopo. savane ou à la montagne. De même, parmi les animaux
En dehors des deux principales rivières précitées, il y aquatiques, certaines espèces marquent clairement leur
a une multitude de cours d’eau de moindre importance préférence pour un habitat bien déterminé. Il faut donc
formant le réseau hydrographique de l’ensemble du Haut- en tenir compte en examinant les listes d’espèces. C’est
Uele. ainsi que la plupart des espèces se retrouvent, non dans
l’ensemble du Haut-Uele, mais seulement dans une zone
bien déterminée, avec un habitat spécifique. Le Haut-Uele
comporte une grande variété de biotopes : forêts, dans le
3. LA FAUNE46 sud-ouest ; savane, à plus grande altitude, dans le nord-
est ; savane faiblement ou plus densément arborée, dans
3.1. ÉCOLOGIE le sud.
42
LA FAUNE
début du xxe siècle, la faune extraordinaire de l’Afrique le lac Tanganyika ont une grande importance biologique,
centrale était encore très peu connue. Une première beaucoup d’études sur la biodiversité ont été conduites
grande expédition fut organisée pour combler ce manque dans la région (voir les exemples cités ci-dessous), et notre
de connaissance. En 1907, les administrateurs coloniaux connaissance de la composition de la faune du Tanganyika
belges du Congo furent contactés par le président directeur est donc nettement meilleure que celle de certaines autres
de l’American Museum of Natural History (AMNH, New régions. D’autre part, il faut également tenir compte
York), qui souhaitait entamer l’étude de l’Afrique centrale. du fait que ces collections sont « historiques » et qu’en
Un accord fut conclu en 1908. La Belgique s’engageait à conséquence, elles ne donnent pas nécessairement une
offrir aux chercheurs de l’AMNH l’accès au Congo et une image fidèle de la composition de la faune aujourd’hui. Les
aide logistique locale en échange de spécimens qui seraient premières collections du musée royal de l’Afrique centrale
e
déposés au Musée royal du Congo (le prédécesseur du datent de la fin du xix siècle. Il est donc possible que des
Musée royal de l’Afrique centrale, à Tervuren, Belgique). espèces qui apparaissaient autrefois à un endroit déterminé
Le budget du projet fut, en grande partie, fourni par des n’y soient plus présentes actuellement. Les causes de la
philanthropes américains. Deux chercheurs de l’AMNH disparition d’espèces sont liées à la pression croissante
furent sélectionnés pour le travail sur le terrain : Herbert des populations humaines. Cette influence de l’homme
Lang, mammologue et photographe, qui avait déjà peut prendre différentes formes. Sous l’effet de la chasse
mené une expédition en Afrique, et James Chapin, un ou de la perte de leur habitat (déboisement, assèchement
étudiant de 19 ans, volontaire à l’AMNH. À tout instant des marais, etc.), des populations peuvent disparaître et
de l’expédition, les chercheurs furent accompagnés d’au des espèces peuvent même, dans des conditions extrêmes,
moins 200 porteurs et d’une douzaine de chasseurs et de s’éteindre totalement.
préparateurs d’animaux, sans qui l’expédition n’aurait pu
aboutir. À l’origine, l’expédition était prévue pour une 3.3.1. Poissons
durée de deux ans. Elle dura six ans (de 1909 à 1915). Mis L’ordre des Characiformes est l’un des plus riches en
à part l’échantillonnage de quelques stations, en cours termes d’espèces dans le bassin du Congo et est dominé
de route, l’expédition travailla principalement dans la par les familles des Alestiidae et des Distichodontidae. Le
région du Haut-Uele. Durant celle-ci fut récoltée la plus genre Hydrocynus (poisson-tigre) fait partie de la famille
importante collection de plantes, d’animaux et d’objets des Alestiidae. Le poisson-tigre est le plus grand poisson
ethnographiques (5.800 mammifères, 6.400 oiseaux, prédateur du bassin du Congo. Il se caractérise par un
4.800 reptiles et amphibiens, 6.000 poissons et 100.000 corps fuselé et par une large bouche faite de dents acérées
invertébrés, dont quelques spécimens d’okapis et de et fortement développées.
rhinocéros blancs) jamais collectée. La famille des Cyprinidés ou carpes (dans l’ordre des
Cypriniformes) comprend plusieurs genres. Deux d’entre
eux comportent de nombreuses espèces : le genre Barbus
3.3.LADIVERSITÉDESVERTÉBRÉSDANSLEHAUT-UELE qui regroupe principalement les petits barbeaux, et le genre
Labeo dans lequel on retrouve une série d’espèces de plus
À partir de différentes sources, une liste des espèces grande taille. Bien que ces deux genres regroupent de très
a été établie pour les quatre groupes de vertébrés : les nombreuses espèces, celles-ci sont souvent fort semblables
poissons, les amphibiens et les reptiles, les oiseaux, les et donc difficiles à identifier.
48
mammifères (voir les détails ci-dessous) . Il est important La famille des Mormyridés ou poissons-éléphants
de tenir compte du fait que ces listes sont basées sur (dans l’ordre des Osteoglossiformes) comprend une série
nos connaissances actuelles et qu’elles reposent sur les d’espèces caractérisées entre autres par la présence d’un
collections et les observations de terrain réalisées à ce jour. organe électrique. Cet organe se trouve à la base de la
Elles sont, dès lors, incomplètes. Comme le Rift Albertin et queue et peut émettre des impulsions électriques. Leur tête
est dotée de récepteurs avec lesquels ils peuvent capter ces
48 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, Paris, impulsions électriques. Ces impulsions leur permettent
Delachaux et Niestlé SA, 2006, 272 p.
43
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
de s’orienter et de détecter leur proie (ce système est donc des informations sur le terrain concernant les motifs de
comparable au système d’écholocation des chauves-souris) couleur et leur variabilité à l’intérieur d’une espèce. En
et servent aussi à la communication entre individus de la outre, il convient aussi de documenter le cri du mâle et de
même espèce. La forme des impulsions est différente pour déterminer quels individus s’accouplent entre eux.
chaque espèce, si bien que ces animaux sont capables de Les amphibiens (parmi lesquels les grenouilles)
faire la distinction entre des impulsions émises par des ont souvent un cycle de vie qui comporte deux phases
membres de leur espèce (partenaires potentiels) et des distinctes. Les juvéniles (têtards chez les grenouilles) sont
individus appartenant à une autre espèce. entièrement aquatiques, tandis que les individus adultes se
L’ordre des Siluriformes (poissons-chats) comprend meuvent aussi bien dans l’eau que sur terre. De nombreuses
différentes familles qui présentent une grande variété sur grenouilles arboricoles vivent même l’entièreté de leur vie
le plan morphologique et écologique. Les poissons-chats hors de l’eau. Les grenouilles ayant une peau fortement
se caractérisent entre autres par l’absence d’écailles sur le perméable (la respiration se fait ainsi principalement par la
corps et la présence de barbillons – parfois très longs – peau), elles constituent aussi d’importants bio-indicateurs.
au niveau de la bouche et du menton. Le genre Clarias En cas de pollution du milieu aquatique, elles sont souvent
(famille des Clariidae) a une importance commerciale les premières espèces à disparaître. Sous l’effet de la pollution
considérable. Différentes espèces sont fréquemment et de l’infection fongique croissante, de nombreuses espèces
utilisées en aquaculture en raison du fait qu’elles présentent sont menacées au niveau mondial, si bien que nombre d’entre
une grande tolérance par rapport à leur environnement et elles figurent sur la liste rouge de l’Union internationale
50
peuvent être élevées en grand nombre. pour la conservation de la nature (UICN ).
Tout comme les poissons-chats, les espèces de la Deux espèces de crocodiles, le crocodile du Nil et
famille des Cichlidés (nom scientifique Cichlidae, dans le crocodile nain se rencontrent dans le Haut-Uele.
l’ordre des Perciformes) présentent une grande variété Le crocodile du Nil, Crocodylus niloticus, qui était, à
morphologique et écologique (voir aussi le paragraphe l’origine, présent dans tout le bassin congolais, a disparu
sur les poissons du lac Tanganyika). La perche du Nil de certaines rivières ou régions, sous la pression humaine.
(Oreochromis niloticus et les espèces apparentées) est Néanmoins, cette espèce, répandue dans presque toute
très importante économiquement. Ces espèces sont l’Afrique, n’est pas menacée, et bénéfice, sur la liste de
51
souvent utilisées en aquaculture et sont ainsi bien souvent l’UICN d’un statut correspondant à un « risque faible et
introduites dans des régions où elles n’étaient pas présentes une préoccupation mineure ». Le crocodile du Nil est une
à l’origine. L’Oreochromis niloticus qui, excepté au lac grande espèce prédatrice (taille maximale 6 à 7 m), qui se
Tanganyika, n’est pas présent dans le bassin du Congo, nourrit principalement de poissons (pour les juvéniles des
a été introduit en de nombreux endroits où il entre en insectes, grenouilles et têtards composent la nourriture
compétition avec les Cichlidae d’origine, qu’il finit bien
souvent par évincer. 50 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species,
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
49
3.3.2. Amphibiens et reptiles 51 L’UICN est une organisation qui soutient, entre autres,
Les connaissances taxinomiques relatives aux la recherche scientifique et les missions sur le terrain.
grenouilles (amphibiens) sont problématiques. Étant Elle travaille en collaboration avec des gouvernements,
des organisations non gouvernementales et des
donné que les spécimens conservés dans les collections
communautés locales afin d’élaborer des programmes
sont souvent forts similaires sur le plan morphologique
durables pour le développement et la préservation de
et qu’aucune information n’est disponible quant aux cris
la nature. L’UICN publie la « liste rouge », une liste
et aux motifs de couleur, bon nombre de ces spécimens qui répertorie les espèces dans une série de catégories,
sont difficiles à identifier. Pour mettre au point la avec leur statut. Cette liste indique quelles espèces sont
classification de ce groupe, il est indispensable de recueillir vulnérables ou sont menacées d’extinction. Ceci permet
de déterminer quelles espèces méritent une attention
49 Ross, C. A. (Consulting Editor), Crocodiles and particulière et donne une idée de la biodiversité à
Alligators, Londres, Merehurst Press, 1989, 240 p. l’échelle mondiale (www. iucnredlist.org).
44
LA FAUNE
principale). Mais ce qui fait du crocodile du Nil une espèce est enregistré dans les collections du MRAC à Tervuren. Il a
crainte est le fait qu’il attaque les animaux au bord de l’eau une distribution restreinte et fragmentée, qui reste menacée
et que, pour un grand crocodile, l’homme n’est qu’une proie par la perte de qualité de son habitat et le déboisement. C’est
58
parmi d’autres. On a observé des crocodiles pouvant sauter un oiseau terrestre des forêts profondes . Son statut sur la
59
hors de l’eau jusqu’à une hauteur d’à peu près deux tiers de liste rouge de l’UICN est « en danger ».
leur longueur. La proie, une fois capturée, est submergée Deux tisserins rares se trouvent dans la réserve de faune
jusqu’à ce qu’elle se noie, ou est mordue régulièrement à okapis, le tisserin à nuque d’or (Ploceus aureonucha) et le
par les fortes mâchoires. Elle est dévorée ou, peut-être, tisserin à pieds jaunes (Ploceus flavipes). Les tisserins sont
avalée sous l’eau. Le crocodile nain, Osteolaemus tetraspis, de petits oiseaux passereaux, dont le nom vernaculaire
est une espèce de taille relativement petite (longueur reflète la construction de leurs nids. Leurs nids sont une
environ 2 m), possédant une tête, un corps et une queue sorte de boule sphérique, construite de filaments de feuilles
fortement cuirassés. Cette espèce est très peu connue. tressés entre eux. L’entrée du nid se trouve en bas et peut
Apparemment, elle affectionne les rivières qui coulent prendre la forme d’un tube chez certaines espèces. Ils vivent
mollement et évite les rivières majeures. Ce crocodile a en colonie. De nombreux nids peuvent se trouver sur un
été observé dans des régions de forêts ou de savanes. Cette même arbre. Le tisserin à nuque d’or est une espèce très rare,
espèce, principalement nocturne, se nourrit de crabes, qui n’a été observée que quelques fois par des ornithologues.
de grenouilles et de poissons. Le statut du crocodile nain Il était connu comme vivant principalement dans une partie
52 60
sur la liste rouge de l’UICN est « vulnérable », mais des restreinte de la forêt de l’Ituri en RD Congo . Récemment,
recherches plus approfondies seraient nécessaires. toutefois, un couple a été observé dans le Parc national
de Semiliki en Ouganda. Cette espèce est menacée par la
3.3.3. Oiseaux53 54 disparition de la forêt et est considérée comme « en danger »
61
Le Haut-Uele, caractérisé par une grande variabilité sur la liste rouge de l’UICN. Le tisserin à pieds jaunes a une
d’habitats, bénéficie d’une avifaune très riche. Le Parc distribution très restreinte. Il est observé seulement dans le
national de la Garamba n’a pas été surveillé récemment. Il centre et l’ouest de la forêt de l’Ituri, où il est relativement
62
n’abrite aucune espèce en danger globalement. La Réserve rare . C’est une espèce assez grande (jusqu’à 20 cm). Le
55
de faune à okapis , en revanche, abrite des populations de mâle est tout noir avec un œil blanc, des jambes et des pieds
56 63
six espèces considérées comme globalement en danger . jaune clair. L’espèce est considérée comme « vulnérable »
Quelques-unes de ces espèces sont mentionnées ci-dessous. sur la liste rouge de l’UICN.
Le francolin de Nahan (Francolinus nahani) a été décrit
57
en 1905 par l’ornithologue belge Dubois. L’exemplaire type de l’espèce sont déposés dans les collections de musées
qualifiés comme « spécimens types » qui servent
52 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species. comme référence pour reconnaître ou identifier l’espèce.
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. Généralement, il s’agit de l’« holotype » (le spécimen de
53 Demey, R. & Louette, M., « Democratic Republic référence). Les spécimens additionnels sont nommés «
of Congo », in L. D. C. Fishpool & M. I. Evans paratype(s) ».
(éd.),. Important Bird areas in Africa and associated 58 Birdlife International. Publication sur Internet :
islands: Priority sites for conservation, Newbury http://birdlife.org
and Cambridge, UK, Pisces Publications and 59 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
BirdLife International, 2001, pp. 199-218 (Birdlife Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
Conservation series n° 11). 60 Birdlife International. Publication sur Internet.
54 Birdlife International. Publication sur Internet. http:// http://birdlife.org
birdlife.org 61 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
55 Le Parc national de la Garamba et la Réserve de faune à Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
okapis sont décrits plus loin en pages 294 et suivantes. 62 Birdlife International. Publication sur Internet :
56 Demey, R. & Louette, M., op. cit. http://birdlife.org
57 Spécimen type. Quand une espèce est décrite (et reçoit 63 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
donc un nom scientifique), un ou plusieurs spécimens Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
45
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
Le tchitrec de Bedford (Terpsiphone bedfordi) a une Le rhinocéros noir se nourrit de feuilles, de brindilles
distribution discontinue. On le trouve dans le nord-est de et de branches de buissons et d’acacias. Son habitat de
64
l’Ituri et dans la région à l’ouest de l’Itombwe . Il apprécie prédilection est constitué des espaces situés entre buissons
les forêts primaires à feuillage persistant et les plaines, et savanes. Il s’observe rarement dans les forêts à canopée
jusqu’à des altitudes de 980 à 1.500 m. L’espèce est menacée fermée ou dans les prairies ouvertes. La forme de sa
par le déboisement et la disparition des forêts primaires. bouche est adaptée à son régime alimentaire : il possède
Son inhabileté à survivre dans les forêts secondaires une bouche étroite avec des lèvres pointues qui l’aident à
constitue un risque pour sa survie à long terme. Son statut saisir la nourriture. Quant au rhinocéros blanc, il broute
65
est « quasi menacé » sur la liste rouge de l’UICN. des herbes. Son habitat préféré est constitué de prairies à
herbes relativement courtes. Sa bouche « large » ou profil
3.3.4. Mammifères antérieur droit, est parfaitement conçue pour brouter les
68
Le Parc national de la Garamba présente une grande herbes .
diversité de mammifères. Outre les espèces mentionnées
ci-dessous, on y trouve, entre autres, le buffle, Syncerus
caffer, le bubale, Alcelaphus buselaphus lelwel, le cobe de
buffon, Kobus kob, le cobe à croissant, K. ellipsiprymnus, le
babouin anubis, Papio anubis, plusieurs espèces de colobe,
Colobus sp., plusieurs espèces de vervet, Cercopithecus
sp., deux espèces de loutre, Aonyx sp., le phacochère,
Phacochoerus aethiopicus, le potamochère, Potamochoerus
porcus, l’antilope rouanne, Hippotragus equinus, et six
66
autres espèces d’antilope .
46
LA FAUNE
69 70
Girafe
Giraffa camelopardalis congoensis, une sous-espèce
de la girafe (Girafa cameleopardalis), est une espèce de
la savane du nord en Afrique. Sa distribution s’étend
du nord-est du Cameroun jusqu’à l’Ouganda. Elle est
aussi présente dans le Parc national de la Garamba. Le
parc est le seul endroit en RD Congo où l’on trouve des
girafes.
La girafe et l’okapi sont les seules espèces vivantes de la
famille des Girafidae. S’ils paraissent, au premier regard,
assez différents (la girafe, espèce de savane, a le cou et
les jambes fort prolongés, tandis que l’okapi, espèce de
forêt, ne présente pas ces adaptations uniques), ils ont
cependant certains caractères en commun. Durant la
croissance, deux cornes obtuses, couvertes de peau et de
fourrure se développent. Les deux espèces ont une langue
longue et musclée, un cou musclé, avec une large base,
des épaules hautes et un profil de corps tombant. Le statut
de la girafe (toutes sous-espèces confondues) sur la liste
rouge est « préoccupation mineure », avec une tendance Girafes. (Copyright M. Charlotteaux, 2009.)
décroissante de la population. Il est évident que le statut
des sous-espèces (comme G. c. congoensis) peut être
différent de celui de l’espèce dans sa totalité et qu’il dépend Chimpanzé 71 72
largement des conditions locales, qui sont généralement Le chimpanzé, Pan troglodytes (qui, comparativement
peu favorables en RD Congo. aux gorilles, présente une distribution relativement grande
dans les forêts humides d’Afrique centrale et occidentale)
est présent, lui aussi, dans le Parc national de la Garamba.
14
Selon la liste rouge de l’UICN , le statut du chimpanzé
est « en danger » avec une tendance décroissante de la
population. Son habitat de prédilection est constitué des
forêts pluvieuses et des forêts galeries, pénétrant la savane,
ainsi que des forêts de plaine et de montagne. Son régime
est constitué pour moitié de fruits, et pour moitié de
69 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African
mammals, AP Natural World, San Diego, (USA), 71 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African
Academic Press, 1997, 465 p. mammals, op. cit.
70 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit. 72 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit.
47
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
feuilles, de brindilles et d’écorces. En outre, il lui arrive de est « vulnérable », la population totale de l’éléphant africain
76
manger certains insectes (comme les termites) et de petits est néanmoins croissante . Ce n’est, malheureusement,
mammifères. Les chimpanzés forment des communautés pas le cas pour l’éléphant en RD Congo. En raison des
sociales de 15 à 20 individus. La taille de ces dernières périodes d’instabilité politique récentes et du braconnage,
dépend de la présence de nourriture. la population de l’éléphant a diminué.
Jusqu’en 1927, une seule espèce de chimpanzé était
77 78
connue. Harold Coolidge, en étudiant du matériel Léopard
crânien provenant des collections du MRAC, observa Le léopard, Panthera pardus, est aussi présent dans le
que certains crânes, identifiés comme appartenant à Parc national de la Garamba. Il s’observe principalement
des chimpanzés juvéniles, représentaient, en fait, des sur des terrains accidentés et dans une épaisse végétation.
spécimens adultes (les sutures crâniennes de ces crânes Sa nourriture consiste principalement en mammifères
étaient complètement fusionnées). Schwarz, un autre moyens à grands, parfois en oiseaux et arthropodes.
spécialiste des primates africains, savait déjà que les Contrairement au lion, le léopard est un animal entièrement
chimpanzés étaient différents d’une rive à l’autre du fleuve solitaire, sauf pendant la période de reproduction. Alors,
Congo. Lorsqu’il visita le Musée quelques semaines après les femelles tolèrent la présence du mâle durant une courte
Coolidge, Henri Schouteden, le directeur du Musée, lui fit période. Comme il hisse ses proies dans les arbres, il évite
part des observations de Coolidge. Schwarz établit alors les proies plus grosses que lui.
une brève description du Bonobo, ou chimpanzé nain, La présence d’un prédateur comme le léopard est
basée sur un crâne et une peau acquis par le Musée en un signe que le parc est relativement sain sur le plan
1927. Les deux espèces de chimpanzé sont distribuées sur écologique. Le parc est suffisamment grand et offre
les rives opposées du fleuve Congo. Le Bonobo (espèce suffisamment de nourriture pour la subsistance de
endémique de la RD Congo) s’observe seulement au sud populations d’animaux servant de proies qui, à leur tour,
(rive gauche) du fleuve, tandis que plusieurs populations sont suffisamment grandes pour la subsistance d’un grand
de chimpanzé sont distribuées de l’Afrique de l’Ouest prédateur comme le léopard. Le léopard est une espèce très
jusqu’en Afrique centrale. En RD Congo elles s’observent menacée. Son statut sur la liste de l’UICN est « presque
79 ,
exclusivement dans les forêts au nord (rive droite) du menacé d’extinction » avec une tendance décroissante de
fleuve. la population.
Chez certains peuples bantous, et particulièrement en
73 74
Éléphant RD Congo, le léopard était considéré comme un animal
L’éléphant (Loxodonta africana) est présent dans le Parc rusé, puissant et résistant. C’est la raison pour laquelle
national de la Garamba. L’éléphant d’Afrique comporte de nombreux chefs coutumiers, ou le chef de l’État du
deux sous-espèces : l’éléphant de savane (Loxodonta Zaïre, le président Mobutu Sese Seko, portent la toque
africana aficana) et l’éléphant de forêt (Loxodonta africana et certains attributs du léopard qui les rendent puissants
cyclotis). L’éléphant de forêt se distingue de l’éléphant de aux yeux de la population. Il fait partie des armoiries de
savane, entre autres, par sa taille moyenne plus petite, la RD Congo.
ses oreilles plus petites et ses défenses plus petites et plus
75
étroites. Selon certaines sources , dans le Parc national de
la Garamba, l’éléphant représente une population unique,
intermédiaire entre l’éléphant de forêt et l’éléphant de
savane. Si le statut de l’éléphant africain sur la liste UICN
76 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
73 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African 77 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African
mammals, op. cit. mammals, op. cit.
74 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit. 78 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit.
75 Conti, A. (Lead Author) & Cleveland, C. (Topic 79 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
Editor), « Help: for authors and editors », op. cit. Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
48
LA FAUNE
49
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
50
LA FAUNE
Lion80 81 4. LA FLORE86
Le lion, Panthera leo, est le plus grand des félins. Les
mâles sont facilement reconnaissables àr leur épaisse Les deux tiers nord du Haut-Uele sont principalement
crinière laineuse. Le lion s’observe partout, sauf dans occupés par la savane arbustive qui présente une
les grandes forêts et les déserts très arides. Il se nourrit physionomie variable de l’ouest à l’est (voir tableau
principalement de mammifères entre 50 et 300 kg. En suivant). À l’ouest, le Haut-Uele est caractérisé par une
l’absence de proie de cette dimension, il peut attaquer tout mosaïque de savanes arbustives et de forêts galeries, ainsi
animal ayant entre 15 et 1000 kg (les grandes proies sont que des lambeaux de forêt claire au sein desquels des
uniquement attaquées en troupe). Ces troupes peuvent complexes agricoles sont établis. La partie centrale, au
compter de 2 à 20 femelles adultes et deux mâles adultes, niveau du Parc national de la Garamba, est typiquement
accompagnés des jeunes et des subadultes. Comme une zone de savane arbustive avec des éléments de forêt
pour le léopard, la présence du lion est un indicateur claire au nord, à la frontière avec le Sud-Soudan. L’est
de la santé écologique du parc. Le statut du lion sur la présente une grande diversité d’écosystèmes différents
82
liste de l’UICN est « vulnérable », avec une population par ordre décroissant de superficie : la savane arbustive,
décroissante. le complexe agricole, la forêt claire, la savane arborée, la
forêt dense humide, la savane boisée. Le tiers sud du Haut-
Hippopotame83 84 Uele est principalement occupé par la forêt dense humide.
L’hippopotame (Hippopotamus amphius) est une L’extrême sud-ouest est caractérisé par une forêt dense
grande et lourde espèce [longueur jusqu’à 350 cm, poids humide fortement endommagée par le complexe agricole
(mâles) jusqu’à 3200 kg]. Il est silencieux et solitaire qui est largement étendu d’Isiro à Wamba. C’est également
pendant la nuit lorsqu’il broute (graminées rampantes ou dans cette zone que l’on observe une grande superficie de
en touffes, qu’il coupe avec ses lèvres caoutchouteuses), végétation aquatique et marécageuse. À l’extrême sud-est,
mais devient très bruyant et social dans l’eau pendant la forêt dense humide entrecoupée de forêts claires reste
le jour. L’hippopotame est une espèce qui dépend relativement bien préservée de l’action anthropique.
entièrement de la présence de l’eau, et dont la distribution La transition nette entre la savane et la forêt dense
historique couvrait presque tous les basins hydrologiques humide s’explique, d’une part, par une différence
de l’Afrique. Aujourd’hui elle a disparu d’une grande climatique et, d’autre part, par une différence de qualité
partie de l’Afrique du Sud et du bassin du Nil, où on ne des sols. Le changement climatique est bien marqué entre
la retrouve plus que dans les zones marécageuses du Haut le nord et le sud du Haut-Uele (graphique ci-dessous). À
85
Nil. Leur statut est considéré comme « vulnérable », avec Aolo (nord-est), la pluviosité chute sous les 50 mm/mois
une tendance décroissante des populations. en décembre, janvier et février ce qui crée une période
théorique de sécheresse de 3 mois (période d’arrêt ou
de ralentissement de l’activité de la végétation) ; tandis
qu’à Babeyru (extrême sud-est) la pluviosité est toujours
supérieure à 50 mm/mois et en fonction de la température
moyenne (24,4 °C). Il n’y a pas de mois théoriques de
80 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African sécheresse (activité continue de la végétation).
mammals, op. cit.
81 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit.
82 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species. 86 Ce point a été produit par Claire Delvaux*, Benjamin
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. Toirambe*, Astrid Verhegghen**, Pierre Defourny et
83 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African Hans Beeckman*.
mammals, op. cit. * Laboratoire de Biologie du bois du Musée royal de l’Afrique
84 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit. centrale.
85 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species. ** Earth and Life Institute de l’Université catholique de
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. Louvain.
51
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
52
LA FLORE
eetveldeana, Petersianthus macrocarpus (espèce la plus - origine naturelle : ces savanes (principalement
répandue entre Medje et Wamba), Spathodea campanulata, graminéennes) se sont installées dans des milieux qui
Sterculia tragacantha, Symphonia globulifera, etc. ne pouvaient pas accueillir une végétation forestière
Les épiphytes sont remarquablement nombreux, abondante, en raison de la pauvreté du sol ou de conditions
surtout près de Wamba. Parmi ceux-ci on peut citer de climatiques limitantes ;
nombreuses Orchidacées, Bégoniacées, Loranthacées - origine relictuelle : ces savanes seraient apparues
et Balsaminacées. Le sous-bois peut être localement durant une période plus sèche et se seraient maintenues
caractérisé par Impatiens sereti. Clerodendron spp. et grâce à l’action des feux. Le passage fréquent du feu
d’autres lianes sont abondantes. empêche son évolution progressive ;
Il convient de noter que, depuis 2008, les forêts denses - origine secondaire : ces savanes succèdent à des forêts
humides offrent un avantage supplémentaire sur la scène claires ou denses. Cette secondarisation qui provient de la
nationale et internationale. En effet, la Conférence de Bali dégradation de la forêt est principalement anthropique
(2008) a introduit le concept de « réduction des émissions (agriculture, feu, etc.). Certaines de ces savanes secondaires
liées à la déforestation et à la dégradation » des forêts sont très vieilles, abritant des animaux adaptés à cet
(REDD). Ce concept serait applicable pour la seconde environnement, notamment les grands herbivores (girafe,
période d’engagement de la Convention-cadre des Nations antilope, etc.).
unies sur les changements climatiques (CCNUCC), post
2012. Il est donc primordial d’estimer les « émissions liées Dans le Haut-Uele, cinq types de savanes sont
à la déforestation et à la dégradation » (EDD). Pour cela, il rencontrés : savane arbustive à Lophira ; savane arbustive à
importe d’établir une typologie des forêts présentes sur le Erythrina (Parc national de la Garamba) ; savane arbustive
territoire en lien avec les stocks de carbone dans chacune à Protea ; savane arborée ; et savane boisée.
d’elle.
a) Savanes arbustives à Lophira
53
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
54
LA FLORE
55
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
4.4. LES GALERIES FORESTIÈRES ou par petits lambeaux. Lorsqu’elle est intimement liée à
la forêt dense humide, on peut supposer que la forêt claire
De manière générale, les galeries forestières sont situées est la forme dégradée de la forêt dense humide dont la
le long du réseau hydrographique. Elles résultent de la physionomie est conservée par l’action régulière du feu.
présence de sols mal drainés et de fréquentes inondations.
Plusieurs types de forêts peuvent être distingués en fonction
de la richesse du milieu ou de la durée des inondations. 4.6.LAVÉGÉTATIONAQUATIQUEETMARÉCAGEUSE
Les forêts denses sur sols hydromorphes peuvent, dans
les meilleures conditions, atteindre 45 m de hauteur. Leur De manière générale, la végétation aquatique et
strate supérieure, c’est-à-dire les arbres, est plus ouverte et marécageuse est présente lorsque les inondations sont
plus régulière que celle des forêts sempervirentes de terre prolongées et les conditions de drainage sont défavorables.
ferme. Ces formations possèdent une flore endémique Les prairies aquatiques apparaissent souvent en bordure
diversifiée, quoiqu’assez pauvre : Uapaca spp., Guibourtia de forêts inondées. En revanche, bien que la profondeur
demeusei, Hallea spp. (syn. Mytragyna spp.), Raphia spp., de l’eau puisse être grande, les prairies marécageuses sont
etc. rarement flottantes, donc davantage tributaires du sol.
Dans la province du Haut-Uele, les galeries forestières Dans le Haut-Uele, une grande zone de végétation
sont fortement réduites et fréquemment cultivées. C’est aquatique et marécageuse est localisée au sud-est, juste
dans le nord-est du Haut-Uele que l’on en rencontre le au sud du chemin de fer. La Maika, affluent de la Nepoko
plus sous forme de mosaïque avec les savanes arbustives. offre un aspect tout à fait particulier. Cette rivière forme
Les espèces les plus fréquentes de ces galeries sont : de vastes taillis marécageux, dont l’espèce principale est
Afzelia bella, Berlinia grandifolia, Zanthoxylum gilletii Dichaetanthera spp. Vers Betongwe, les marécages sont
et Pycnanthus angolensis. En revanche, dans les galeries herbacés. Le tapis herbacé est formé d’une association
marécageuses on retrouve très souvent Raphia laurentii. hygrophile dont les espèces principales sont : Cyperus
papyrus (espèce dominante), Heteranthoecia isachnoides,
Jardinea congoensis, Leersia hexandra, Panicum
4.5. LA FORÊT CLAIRE parvifolium, Trichopteryx dregeana. En revanche, dans
les mares, on rencontre Nymphaea coerulea et Utricularia
De manière générale, la forêt claire peut être définie spp.
comme une formation végétale mixte, avec une strate Les marais sur latérites sont temporaires. Ils sont dus
herbacée peu dense sous un peuplement forestier de 15 à aux eaux stagnantes de précipitations sur le manteau
20 m de haut. Les arbres y ont les cimes jointives, le plus latéritique affleurant. On y retrouve Ctenium newtonii,
souvent étalées en parasol, mais les feuillages sont légers, des Lentibulariacées, Sporobolus barbigerus et des
de sorte que l’ensemble est clair, voire lumineux. Xyridacées.
Il arrive que la forêt claire remplace la forêt dense
sèche climacique lorsque le feu la détruit et en entrave
le rétablissement. Il s’ensuit une parfaite adaptation des 4.7. LES RISQUES ENVIRONNEMENTAUX
espèces à l’action du feu (épaisseur des écorces et coriacité
des bourgeons, aptitude au rejet de souche comme pour De manière générale, les risques environnementaux
les géophytes ou les chaméphytes). sont de trois types.
La forêt claire soumise à des pressions anthropiques est
rapidement transformée en savane boisée, et ceci d’autant 1° appauvrissement des sols
plus que les périodes de dégradations humaines sont Les avantages commerciaux liés à la présence du chemin
rapprochées. de fer, d’un aéroport ou des routes/pistes prennent le pas
Dans le Haut-Uele, la forêt claire est présente un peu sur les techniques agricoles traditionnelles et poussent
partout, que ce soit par massif plus ou moins important les agriculteurs à cultiver le sol jusqu’à son complet
56
LA FLORE
57
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE
58
LA POPULATION
CHAPITRE III
L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
59
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
chaque année au rapport du ministre des Colonies aux un exercice délicat. Il faut dès lors rester prudent dans
Chambres législatives belges. La dernière présentation l’interprétation de telles comparaisons.
aux Chambres porta sur l’année 1958. Les données
démographiques de 1959, intitulées « Statistiques relatives Après l’accession du Congo à l’indépendance, la
à l’année 1959 », furent publiées dans un Bulletin annuel continuité de ce travail de collecte d’informations fut
des statistiques du Congo belge. mise à mal par la crise politique, les troubles et les
Malgré l’instauration de ce système de collecte de rébellions que connut le pays, entraînant même parfois
données démographiques, la qualité de celles-ci laissa à la destruction et la disparition complète de l’information
94
désirer jusqu’en 1945 environ. À partir de cette date, la collectée . Il faudra attendre l’année 1970 pour que le
qualité de l’enregistrement de la population s’améliora. premier recensement soit organisé. Un second suivra, en
Les recensements couvrirent progressivement une 1984. Le recensement de 1970, qui fut dans l’ensemble
bonne partie de la population et le pourcentage de la bien mené, apparaîtra ultérieurement comme surévalué
population touché par l’état-civil augmenta, pour atteindre de 10 %, chaque circonscription administrative ayant
95,7 % en 1958. Toutefois, les données relatives à la tendance à se valoriser par un chiffre élevé de population.
mortalité restèrent de piètre qualité, la moitié des décès En revanche, le recensement scientifique de 1984 sous-
95
échappant à l’enregistrement, alors que près de 80 % estime la population de l’ordre de 1 % .
des naissances étaient répertoriées. Il convient toutefois Nous tentons, dans les pages qui suivent, de dresser un
de noter l’excellente qualité des données de l’enquête panorama général de l’évolution de la population du Haut-
92
démographique par sondage de 1955-1957 . Uele de 1923 à nos jours à partir de deux grands indicateurs :
À cette difficulté de disposer de données l’accroissement de la population et sa densité. L’année 1923
démographiques fiables s’ajoute, dans le cas du Haut- est la première pour laquelle nous avons eu accès à des
Uele, le fait qu’il s’agit d’une région dont les limites données de population par territoire. Nous nous sommes
administratives ont été modifiées à de multiples reprises basée, pour établir ce panorama, soit sur les résultats des
de 1888 à 1955, année de l’adoption du décret du recensements disponibles, soit sur les estimations réalisées
93
10 décembre fixant les limites définitives du district par l’Institut national de Statistique et par Ngondo a
(voir infra p. 138 et suivantes). Lors de la première Pitshandenge, Léon de Saint Moulin et Tambashe Oleko.
er
subdivision territoriale du 1 août 1888, la région de
l’Uele comprenait les districts de l’Aruwimi-Uele et de D’une manière générale, le mouvement de la
l’Oubangi-Uele. Le 17 juillet 1895, un décret du Roi population du Congo a été caractérisé, depuis 1880, par
souverain réunit ces deux entités en un district, celui deux faits marquants, qui ont caractérisé également
de l’Uele. Ce district fut rescindé en 1912 pour donner l’évolution démographique du Haut-Uele : un recul
naissance au Haut-Uele et au Bas-Uele. Ceux-ci furent important de la population à la suite de le pénétartion
réunis à nouveau en 1955 pour être séparés une dernière arabe et européenne jusqu’au début des années 1920 et une
fois en décembre de la même année. C’est donc à partir de reprise de la croissance démographique à partir de 1945
96
1955 que le Haut-Uele connut sa configuration actuelle, environ . L. de Saint Moulin écrit :
composée de six territoires : Dungu, Niangara, Rungu,
Faradje, Wamba et Watsa. 94 Boute, J., s. j., La Physionomie démographique de
la République démographique du Congo en 1970,
Notons encore que les recensements coloniaux, qui
Kinshasa, Institut national de la statistique, décembre
n’intégraient pas la population étrangère, étaient sous-
1970, pp. 3-4 « Études statistiques, n° 6 ».
évalués.
95 Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin, L. et Tambashe
Les comparaisons temporelles des données Oleko, « La population du Zaïre à la veille des élections
démographiques constituent pour toutes ces raisons de 1993 et 1994 », Zaïre-Afrique, n° 268, 1992, p. 493 ; de
Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population du
92 Akoto Mandjale, E. et Iba Ngambong, O., op. cit., Zaïre », Zaïre-Afrique, n° 217, 1987, p. 393.
p. 18. 96 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population
93 Bulletin officiel du Congo belge, 1955, p. 1651. du Zaïre », art. cit., p. 389.
60
LA POPULATION
1923 1926
H F Enfants Total H F Enfants Total recensé
Dungu 27.825 36.933 35.554 100.312 24.555 33.343 32.307 90.205
Faradje 21.215 17.545 22.258 61.018 17.342 14.838 26.241 58.421
Watsa 13.049 13.043 12.086 38.178 13.049 13.283 7.435 33.767
Niangara 33.725 39.428 34.124 107.277 21.386 27.285 11.332 60.003
Rungu 28.702 34.071 20.469 83.242 25.034 24.469 19.297 68.800
Wamba 43.470 37941 31.707 115.118 42.579 38.578 33.043 114.200
Total Haut-
Uele (configuration
1955) 167.986 178.961 156.198 505.145 143.945 151.796 129.655 425.396
Sources : Congo belge, Rapport annuel 1923, Stanleyville, août 1924, p. 24 et Congo belge, Rapport annuel 1926, Stanleyville, 1927, p. 12.
61
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
Celles-ci sont présentées dans le tableau de la page De 1938 à 1948, la population du Haut-Uele est passée,
précédente. La population serait ainsi passée de 505.145 selon L. de Saint Moulin, de 682.780 habitants à 595.429.
habitants en 1923 à 425.396 habitants en 1926. Au cours de ces dix années, la population du Haut-Uele a
101
Dans le but de pouvoir procéder à de telles donc connu une décroissance de 1,36 % .
98
comparaisons, Mata-Mokwaka Ngonzi-Moboma a, lui Pour l’auteur, ce recul enregistré de 1938 à 1948 « est
aussi, recalculé les chiffres de population du Haut-Uele pour une part déterminante le résultat de la dénatalité
dans ses limites de 1955. Il avance le chiffre de 469.409 engendrée par les maladies vénériennes. Il faut cependant
habitants en 1922. En 1925, celui-ci serait tombé à 391.966 aussi prendre en considération les travaux obligatoires
unités. imposés pendant la Seconde Guerre mondiale pour
La lecture de ce tableau met effectivement à jour une la récolte du caoutchouc de lianes et du copal ou pour
régression de la population en 1926 par rapport au niveau la construction de routes […] Ils entraînèrent des
99
qu’elle atteignait en 1923. Selon Mata Mokwaka , cette perturbations comparables à celle de la pénétration
chute ne peut être attribuée à l’incompétence des agents coloniale : des villages ne purent faire leurs champs au
territoriaux. Il l’impute au cataclysme sanitaire provoqué moment opportun et connurent la famine ; d’autres
par l’épidémie de maladie du sommeil qui ravagea la perdirent le contrôle écologique de leur milieu par
102
région en 1924 et par le rattachement, en 1925, à l’Ituri de abandon des travaux antérieurement effectués ».
la totalité de la chefferie des Banande, partagés jusqu’alors Pour établir l’évolution de la population du Haut-
entre deux circonscriptions différentes sur lesquelles Uele de 1950 àt 1959, nous nous sommes basée, pour les
chevauchaient les exploitations minières de la Moto dans données relatives aux années 1950 à 1957, sur l’enquête
100 103
le territoire de Watsa . démographique par sondage réalisée de 1955 à 1957 . Les
1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959
Paulis 128.588 129.904 128.784 131.138 132.517 135.897 121.459 120.545 126.671 135.901
Niangara 68.653 67.326 66.832 66.942 65.574 66.428 68.371 67.219 67.964 67.081
Dungu 119.692 121.062 123.066 119.019 126.493 129.269 124.042 119.535 121.548 118.786
Wamba 122.230 125.847 127.868 119.658 136.055 128.536 130.332 134.458 137.455 139.053
Watsa 56.516 59.708 59.513 59.207 56.601 56.844 69.782 67.887 69.428 69.624
Faradje 92.095 92.526 91.817 93.630 96.605 96475 85.329 86.641 88.238 90.215
Total 587.774 596.373 597.880 589.594 613.845 613.449 599.315 596.285 611.304 620.660
Sources :
— pour les années 1950 à 1956 : Th. Verheust, op. cit., p. 64 ;
— pour l’année 1957, Congo belge, Province-Orientale, Rapport annuel AIMO 1957. Affaires indigènes, p. 18 ;
— pour l’année 1958 : Léon de Saint Moulin, « Les statistiques démographiques en République démocratique du Congo », Congo-Afrique, Kinshasa,
e
CEPAS, 10 année, n° 47, 08-09/1970, p. 382.
— pour l’année 1959, Congo belge, Province-Orientale, Rapport annuel AIMO 1959. Affaires indigènes, p. 20.
98 Mata-Mokwaka Ngonzi-Moboma, op. cit., p. 88. 101 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population
99 Rapport annuel sur l’administration du Congo belge du Zaïre », art. cit., pp. 404-405.
présenté aux Chambres législatives belges 1923, 102 de Saint Moulin, L., idem, p. 406.
Bruxelles, p. 55, cité par Mata-Mokwaka Ngonzi- 103 Verheust, Th. (présentée par), « Enquête
Moboma, op. cit., pp. 88-89. démographique par sondage 1955-1957, Province-
100 Rapport annuel sur l’administration du Congo belge Orientale, District de Stanleyville – District du Haut
présenté aux Chambres 1925, p. 61. Uele », Les Cahiers du CEDAF, n° 4, 1978.
62
LA POPULATION
1
Taux de natalité : rapport du nombre de naissances à celui de la population totale.
2
Taux de fécondité : rapport du nombre de naissances à celui des femmes âgées de 15 à 45 ans.
3
Femmes stériles : femmes n’ayant donné naissance à aucun enfant né vivant.
4
Décès survenus au cours des 12 mois précédent l’enquête.
Source : Thérèse Verheust (présenté par), « Enquête démographique par sondage 1955-1957, Province-Orientale, District de Stanleyville – District
du Haut-Uélé », Les Cahiers du CEDAF, n° 4, 1978, pp. 78, 79, 80, 84, 85, 92.
données relatives à l’année 1958 sont extraites du rapport La régression enregistrée de 1938 à 1948, puis la
sur l’administration du Congo belge pendant l’année 1958 très faible croissance de 1948 à 1958 s’inscrivent dans
104
présenté aux Chambres législatives ; celles relatives à l’évolution de la province de l’Uele dans son ensemble,
l’année 1959, du Rapport annuel AIMO 1959. qui, comme l’écrivent Laurent Monnier et Jean-Claude
107
La population du Haut-Uele atteint 611.304 habitants Willame , connaît un « mal » démographique, lié à une
en 1958. Le taux de croissance a été très modéré faible natalité. Le taux de natalité de la province est, en effet,
108 109
(0,26 %) de 1948 à 1958. En 1959, la population atteint passé de 41 ‰ en 1933 à 23 ‰ en 1955-1957 , alors
620.660 habitants. Quant à la la densité de la population que celui de l’ensemble du Congo s’élevait à 43 ‰, faisant
2
du Haut-Uele, elle est de 6,8 hab./km , en 1958, et de du Haut et du Bas-Uele les territoires manifestant les plus
2 105
6,9 hab./km , en 1959 . faibles taux de natalité observés au Congo (respectivement
En 1957, le Haut-Uele connaît un taux d’accroissement 23 et 19 ‰) à cette époque.
naturel (l’accroissement dû à l’excédent des naissances sur
les décès) de 1,0 %, alors qu’il est de 2,3 % pour l’ensemble démographique par sondage (1955-1957), Léopoldville,
du pays. Ce taux est même négatif dans les territoires Bureau de la démographie/Institut de recherches
de Niangara et Dungu, ce qui laisse supposer que ces économiques et sociales (IRES), 1961, p. 68.
106 107 Monnier, L. et Willame, J.-C., « Les provinces du Congo.
populations sont en régression .
Structure et fonctionnement. II. Sud-Kasaï – Uele –
Kongo-Central », Léopoldville, Université Lovanium,
104 Rapport sur l’Administration du Congo belge pendant Cahiers économiques et sociaux, juillet 1964, pp. 121-
l’année 1958 présenté aux Chambres législatives, 124, « collection d’études politiques n° 2 ».
Bruxelles, 1959, pp. 63-69. 108 Rapport sur l’Administration du Congo belge, année
105 Province-Orientale, Rapport annuel AIMO, Affaires 1933, Chambre des représentants, Bruxelles, p. 206.
indigènes, 1959, p. 20. 109 Romaniuk, A., Ministère du Plan et de la
106 Romaniuk, A., Ministère du Plan et de la Coordination, Coordination, Tableau général de la démographie
Tableau général de la démographie congolaise : enquête congolaise, op. cit., p. 49.
63
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
G. Choprix, avance des taux de fécondité indiquant phénomène, les procédés anticonceptionnels utilisés, les
114
un dépérissement de la population « pouvant aller jusqu’à avortements provoqués et les maladies vénériennes .
110
la menace d’extinction » dans certaines chefferies des
territoires de Dungu et Niangara où le rapport Enfants/
111
Femme ne dépassait pas 0,25 à 0,54 . En 1957, le taux de 1.2.ÉVOLUTIONDELAPOPULATIONDUHAUT-UELE
natalité atteint 23 ‰ dans le Haut-Uele, mais 17 ‰ seulement DE 1959 À 1978
à Dungu et 19 ‰ à Niangara ; quant au taux de fécondité,
il est de 82 ‰ dans le Haut-Uele, mais de seulement 52‰ Le dernier recensement complet de l’époque coloniale
112
à Dungu et 69 ‰ à Niangara . Cette paucinatalité, selon date de 1959. Le premier recensement administratif
lui déjà dénoncée dans des rapports administratifs d’avant général de la RD Congo sera réalisé en 1970. Léon de Saint
113
la guerre, affectait tous les peuples de l’Uele . Moulin estime que les chiffres fournis pour les territoires
115
du recensement de la population organisé en 1970 « ont
116
Proportion (en %) de femmes stériles pour eux toutes les garanties de la vraisemblance ».
par ethnie dans le Haut-Uele – 1955-1957 De 1958 à 1970, la population du Haut-Uele a poursuivi
117
sa croissance à un rythme de 1,70 % . Le premier tableau
Ethnies Proportion de femmes stériles de la page suivante présente les résultats du recensement
(%) pour le Haut-Uele.
118
Amadi 21,9 Léon de Saint Moulin a comparé les données du
Azande 24,5 recensement de 1970 aux données parallèles du recensement
Babudu 26,5 administratif de 1958. Pour faciliter les comparaisons, il
Balika 30,8 fournit les taux annuels d’accroissement naturel prévus
Bayoyo 29,8 sur la base des grandes enquêtes démographiques de
Logo 22,3 1955-1957. Ce taux résulte de la différence entre celui de
Mabodo 24,9 la natalité et celui de la mortalité. Il fournit également
Mamvu 43,6 le taux global d’accroissement annuel supposé pour
Mangbetu 28,5 passer des chiffres de 1958 à ceux de 1970. « Ce taux
Medje 32,3 d’accroissement global peut être fortement influencé par
des mouvements migratoires, particulièrement dans les
119
Source : Thérèse Verheust, « Enquête démographique par sondage districts frontaliers ». Le résultat de cette comparaison
e
1955-1957… », op. cit., pp. 88-89, citée par Akoto Mandjale, E. et Iba est donné au 2 tableau de la page 65.
Ngambong, O., op. cit., p. 20. En 1970, la population du Haut-Uele s’élevait à 795.619
habitants et représentait 3,7 % de la population totale du
120
Le taux de femmes définitivement stériles est pays . Elle était de 611.304 habitants en 1958.
particulièrement élevé chez les Mamvu : il atteint 43,6 %, alors
qu’il varie entre 21,9 % et 32,3 % chez les autres populations 114 Romaniuk, A., La Fécondité des populations
du Haut-Uele. Romaniuk avance, parmi les causes de ce congolaises, op. cit., pp. 279-314.
115 Arrêté n° 1236/70 du ministre de l’Intérieur du 31
110 Choprix, G., La Naissance d’une ville. Étude juillet 1970.
géographique de Paulis (1934-1957), Bruxelles, 116 de Saint Moulin, L., « Les statistiques
Éditions CEMUBAC, 1961, p. 105. démographiques…», art. cit., p. 377.
111 Monnier, L. et Willame, J.-C., « Les provinces du 117 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la
Congo… », art. cit., p. 122. population », art. cit., pp. 404-405.
112 Résultats de l’enquête démographique pour la Province- 118 de Saint Moulin, L., « Les statistiques
Orientale. District du Haut-Uele, 1958, tableau 10, démographiques… », art. cit., p. 382.
document non publié. 119 Idem, p. 378.
113 Choprix, G., op. cit., pp. 70-71. 120 Boute, J., s. j., La Physionomie démographique de la
64
LA POPULATION
Adultes Enfants
(moins de 18 ans) Population
H F H F totale dont étrangers
Rungu 52.938 62.251 34.610 30.903 180.702 541
Niangara 20.580 24.016 8.075 7.674 60.345 276
Dungu 49.898 63.565 22.949 18.914 155.326 11.273
Wamba 52.233 60.024 35.461 32.350 180.068 77
Watsa 29.245 30.743 17.215 16.230 93.433 143
Faradje 30.823 38.739 29.263 26.920 125.745 7.648
Total 235.717 279.338 147.573 132.991 795.619 19.958
Source : République démocratique du Congo, Institut national de la statistique, Recueil des rapports totaux calculés à partir des résultats officiels du
Recensement de la population de la RDC en 1970, s. l., s. d., pp. 24-25.
Source : Léon de Saint Moulin, « Les statistiques démographiques… », art. cit., p. 382.
Le taux d’accroissement naturel de la population du Haut- nécessairement toute la population, de nombreux jeunes s’y
Uele atteignait 0,1 %, en 1970. Le taux d’accroissement global soustrayant pour de multiples raisons. En outre, les données
supposé était, quant à lui, de 2,3 %. L’accroissement observé de 1958 ne comprenaient pas les étrangers non africains, alors
dépasse, ainsi, celui qui était attendu de la croissance naturelle que ceux-ci sont inclus dans les chiffres de 1970.
121
prévue. Différentes explications peuvent être avancées . La En 1970, le Haut-Uele affiche une densité de 8,9 hab./
2 2
première est celle d’un rythme de croissance de la population km , pour une densité de 9,2 hab./km pour l’ensemble
plus rapide que celui élaboré sur la base des enquêtes de 1955- du pays. Les alentours d’Isiro connaissent des densités
122
1957. La seconde réside dans le fait que les recensements quelque peu supérieures .
organisés pendant la période coloniale ne touchaient pas La Division régionale des Affaires politiques évalue,
dans son rapport annuel, la population du Haut-Uele à
République démographique du Congo…, op. cit., p. 13. 859.624 habitants, en 1975 et à 960.160 habitants, en 1978.
121 de Saint Moulin, L., Atlas des collectivités du Zaïre,
Kinshasa, Presses universitaires du Zaïre, 1976,
pp. 13-14. 122 Boute, J., s. j., op. cit., pp. 12-14.
65
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
66
LA POPULATION
Source : Institut national de la statistique, Kinshasa. Bas-Zaïre. Bandundu. Équateur. Haut-Zaïre. Recensement scientifique de la population…, op. cit.,
pp. 141-153.
a = hypothèse faible.
b = hypothèse forte.
* Notons que ce chiffre représente un résultat provisoire du recensement. Il sera porté ultérieurement à 893.111 dans les résulats définitifs fournis
par l’INS en 1992 (Institut national de la statistique, Kinshasa. Bas-Zaïre. Bandundu. Équateur. Haut-Zaïre…, op. cit.). C’est ce résultat qui figure au
tableau de la population du Haut-Uele en 1984 de la page précédente.
Source : République du Zaïre, Institut national de la statistique, Combien sommes-nous. Résultats provisoires du recensement scientifique de la
er
population du 1 juillet 1984, Kinshasa, décembre 1984, p. 50.
67
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
Source : Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin, L. et Tambashe Oleko, « La population du Zaïre à la veille des élections de 1993 et 1994 », Zaïre-
Afrique, n° 268, 1992, p. 495.
La population du Haut-Uele a connu, de 1938 à 1948, Répartie sur une superficie de 89.683 km2, la population
une régression, avec un taux de croissance de -1,36 %. Elle du Haut-Uele présentait une densité de 6,8 habitants/
2
a ensuite renoué avec une croissance légèrement positive. km en 1958. Celle-ci a augmenté progressivement pour
2 2
De 1948 à 1958, son taux de croissance s’est établit à 0,26 %. atteindre 8,8 hab./km en 1970, 9,58 hab./km en 1975,
2 2
De 1958 à 1970, il s’est élevé à 1,70%, pour redescendre 10,7 hab./km en 1978, 9,96 hab./km en 1984 et s’établir
127 2
à 1,38 % de 1970 à 1984 . Les estimations de Ngondo a à 11,31 hab./km en 1994. Les territoires de Rungu et
Pitshandenge, Léon de Saint Moulin et Tambashe Oleko Wamba présentent les densités les plus fortes. Pour Rungu,
2
pour les années 1993 et 1994 se basaient sur un taux elles sont passées de 15,7 hab./km en 1958 à 28,80 hab./
2
d’extrapolation de 1,28. Ces taux ont toujours été plus km en 1994 ; pour Wamba, elles sont passées de 14,13
2 2
faibles que ceux de la population de l’ensemble du pays aux hab./km en 1958 à 18,12 hab./km en 1994. Le territoire de
mêmes périodes, qui atteignirent respectivement : 0,57 % Faradje, qui présentait en 1958, une densité inférieure de
de 1938 à 1948, 2,17 % de 1948 à 1958, 3,25 % de 1958 à moitié à celles de Rungu et Wamba, connaît, en 1994, une
128 129 2
1970, 3,11 % de 1970 à 1984 . Les projections de 1994 densité de population de 20,42 hab./km , qui est devenue
tablaient sur un taux d’extrapolation de 3,29 %. supérieure à celle de Wamba. C’est le territoire de Dungu
qui présente la densité la moins forte, ayant fluctué entre
2 2
3 et 4,5 hab./km , pour s’établir à 3,84 hab./km en 1994.
1.5.LADENSITÉDEPOPULATIONDANSLEHAUT-UELE
(1958-1994)
68
LA POPULATION
Superficie Densité
(km2) (hab./km2)
1958 1970 1975 1978 1984 1994
Rungu 8.604 15,69 19,80 24,27 30,04 25,00 28,80
Niangara 9.204 7,83 6,18 7,35 8,04 7,00 6,79
Dungu 32.446 3,96 4,51 3,87 3,91 4,00 3,84
Wamba 10.305 14,13 16,48 20,65 22,77 22,00 18,12
Watsa 16.015 4,62 5,50 6,77 7,60 7,00 7,79
Faradje 13.108 7,13 9,05 10,45 10,40 12,00 20,42
Total 89.682 7,23 8,37 9,58 10,70 9,96 11,31
Sources :
- années 1958, 1970 et 1994 : les densités ont été calculées par nous.
- année 1975 : République du Zaïre, Division régionale des Affaires politiques, Rapport annuel « Affaires politiques » 1975 de la région du Haut-Zaïre,
Kisangani, 1976, pp. 11 et 11bis. Notons que ces chiffres pour 1975 ne comprennent pas la population étrangère, évaluée à 900.
- année 1978 : République du Zaïre, Division régionale de l’administration du territoire, Rapport annuel. Administration du territoire. Exercice 1978,
Kisangani, 1979, pp. 12-13.
- année 1984 : Institut national de la statistique, Kinshasa. Bas-Zaïre. Bandundu. Équateur. Haut-Zaïre…, op. cit., pp. 141-153.
69
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
207.271 402.469
98.012
117.719 228.583
218.410 424.099
105.121 204.014
152.278 295.683
851.274 1.652.866
Total Superficie Densité
(km2) (hab./km2)
50.475 Territoire 2004 2005 2006 2007 2008
2008
F
Dungu
Année
Rungu
Watsa
Total
70
LA POPULATION
Pyramide des âges de la population du Haut-Uele 2008, la situation a cependant dû fortement changer au
en 2008 cours des dernières années, l’occupation de la région par
la Lord’s Resistance Army (LRA, voir point suivant) ayant
entraîné l’installation de plusieurs ONG étrangères dans
ce territoire. En revanche, le territoire de Niangara se vide,
ses dernières années, de sa population, en raison de la
proximité des foyers rebelles.
1.7.LESDÉPLACEMENTSDEPOPULATIONLIÉSÀ
LAPRÉSENCEDELALORD’SRESISTANCEARMY(LRA)
En 2008, 50 % de la population étrangère est 130 Perrot, S., « Les sources de l’incompréhension :
concentrée dans le territoire de Rungu (ce territoire production et circulation des savoirs sur la Lord’s
abrite Isiro, le chef-lieu du Haut-Uele) et 27 % dans celui Resistance Army », Politique africaine, Paris, n° 112,
de Niangara. Si Dungu ne comptait que 14 étrangers, en décembre 2008, pp. 140-159.
71
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
Rien ne filtre non plus sur le nombre de victimes de la en changeant de look : aux dreadlocks, kanzu ou grande
répression de l’UPDF. robe blanche, et au rosaire succèdent, tout d’abord, des
Cette guerre prit un nouveau tournant à partir de treillis militaires, des bottes Wellington et une coupe
1993, quand Khartoum commença à soutenir la LRA. Le de cheveux courte, puis finalement des costumes civils.
gouvernement soudanais apporta des missiles anti-char et Joseph Kony va même très succinctement rompre le
Sam, des lance-roquettes etc. à ces rebelles qui les utilisaient silence pour intervenir en personne sur la radio locale de
dans des camps semi-permanents établis au Sud-Soudan. Gulu, « Mega FM », avant de convoquer, dans un camp de
L’Operation Iron Fist (OIF), lancée par l’armée l’Est de la RD Congo, les correspondants internationaux
ougandaise en février 2002, contribua fortement alors en concurrence pour l’une des nombreuses first ever
à l’internationalisation médiatique, humanitaire, interviews du leader emblématique de la LRA.
diplomatique et judiciaire du conflit. D’un côté, la Une des raisons pour lesquelles ce groupe armé a
LRA modifia sa stratégie de communication et permit accepté les négociations, est qu’on le croyait exsangue.
surtout le retour – qu’il soit volontaire ou forcé – à la vie Car depuis 2005, la LRA avait quitté l’Ouganda et
civile d’acteurs majeurs comme des commandants de s’était coupée des conditions politiques et sociales dans
rang supérieur. De l’autre, l’OIF provoqua le reflux des lesquelles elle s’était développée. En septembre de cette
combattants de la LRA vers le nord de l’Ouganda et le année, elle s’était redéployée depuis ses bases arrière
déplacement de plus de 1,6 million de personnes. sud-soudanaises vers le Parc national de la Garamba
C’est à ce moment que Jan Egeland, le représentant en RDC. Certains éléments de la LRA auraient noué
spécial aux affaires humanitaires auprès du secrétaire des contacts avec des groupes armés tchadiens et
général de l’ONU, fit de l’Ouganda l’un des pays phares centrafricains. Elle n’a cessé, depuis, d’enlever des
de sa politique de coups de projecteur sur les conflits enfants et des femmes dans les pays voisins, au point
« oubliés ». En un court laps de temps, des centaines de que certaines sources estiment que les combattants
journalistes, d’ONG, d’agences onusiennes, d’experts, de étrangers, notamment sud-soudanais, pourraient
consultants, de chercheurs établirent leurs quartiers au désormais constituer le gros des troupes de la LRA. Il
nord du pays. Les centres de réception des anciens enfants- s’agissait d’une transnationalisation du groupe armé,
soldats et des interviews avec des chefs traditionnels et des ou plus exactement de son déplacement à l’intérieur
anciens commandants de la LRA renforcèrent un double du système de conflit régional. L’on craignait que cela
regard sur ce conflit : l’infantilisation et la criminalisation aboutisse à la mercenarisation du conflit.
de ce groupe armé. Sur le terrain, depuis septembre 2008, la Mission des
À partir de 2003, la presse et les humanitaires vont Nations unies en République démocratique du Congo et
attirer l’attention sur les « child soldiers », les « child l’armée congolaise ont lancé une offensive contre la LRA,
mothers » et autres « night commuters », ces jeunes adultes rejointe à la mi-décembre par des troupes ougandaises et
ou enfants qui quittent leur village à la tombée de la nuit sud-soudanaises. Les États-Unis ont imposé des sanctions
et font des kilomètres pour se réfugier jusqu’au matin dans contre elle et le procureur général de la CPI a réitéré ses
un centre urbain plus sûr, afin d’éviter les attaques de la appels pour une arrestation de Kony. Selon certaines
LRA. informations, en mars 2011, Joseph Kony serait revenu en
En décembre 2001, Kampala était parvenu à faire République démocratique du Congo en provenance de la
131
inscrire la LRA sur la liste des organisations terroristes République centrafricaine .
tenue par le département d’État américain. Et à partir de
2003, il présenta trente-trois chefs d’accusation à la Cour 1.7.2. La LRA dans le Haut-Uele
pénale internationale (CPI) contre les principaux leaders Les exactions commises par la LRA ont entraîné
de la LRA, Joseph Kony, Vincent Otti et Dominic Ongwen. d’importants déplacements de population dans le Haut-Uele.
Néanmoins des pourparlers entre la LRA et le
gouvernement ougandais vont s’ouvrir à Juba, en juillet 131 OCHA, Province-Orientale, Rapport mensuel mars
2006. Les rebelles vont même tenter un coup médiatique 2011, Action humanitaire en Province-Orientale,
OCHA Province-Orientale, mars 2011, p. 2.
72
LA POPULATION
La situation des populations déplacées au 31 décembre personnes sont retournées dans leur milieu d’origine les 18
2010 et au 31 mars 2011 dans le district du Haut-Uele est derniers mois. 10 % dans le Bas-Uele, 43 % dans le Haut-
présentée au tableau suivant. Uele et 47 % en Ituri. 122.000 parmi elles sont retournées
depuis janvier 2010 (dont 70 % au premier semestre 2010).
Répartition des personnes déplacées dans le district du Les territoires d’Ango (Bas-Uele), de Dungu, de Faradje et
Haut-Uele au 31 décembre 2010 et au 31 mars 2011 de Watsa (Haut-Uele), et de Djugu et d’Irumu sont ceux
133
où le retour a été le plus observé . »
Décembre 2010 Mars 2011 Le rapport de l’OCHA de mars 2011 donne les
Territoire Nombre % Nombre % précisions suivantes : « De décembre 2010 à mars 2011,
Dungu 120.120 56 121.189 49 l’on a enregistré une augmentation de 15 % du nombre de
Faradje 45.647 21 75.809 31 personnes déplacées dans le district du Haut-Uele suite
Niangara 21.129 10 22.008 9 aux attaques de la LRA. La plus forte augmentation a été
Rungu 19.212 9 19.212 8 observée en territoire de Faradje, qui a accueilli près de
Watsa 9.903 5 10.217 4 26.000 nouveaux déplacés entre décembre 2010 et mars
Total 216.011 100 248.435 100 2011, soit une hausse de 66 %. Les attaques et exactions de
la LRA ont provoqué le déplacement de près de 329.000
Source : Rapport mensuel et bilan annuel partiel 2010, Action humanitaire personnes dans les Uele et en territoire d’Aru ; à ce nombre,
en Province-Orientale, OCHA Province-Orientale, décembre 2010, s’ajoutent près de 20.000 Congolais au Sud-Soudan (dont
p. 8 et Rapport mensuel mars 2011, Action humanitaire en Province- 15.000 ayant le statut de réfugiés) et 3.500 autres réfugiés
Orientale, OCHA Province-Orientale, mars 2011, p. 4. en République centrafricaine. En résumé, à la fin mars
2011, la commission Mouvements de population (CMP)
Le rapport de l’OCHA de décembre 2010 estime que : de la Province-Orientale a noté une augmentation de
« 91 % de ces personnes se sont déplacées en 2008 et 9,3 % du nombre total des personnes déplacées par
2009 et ne peuvent rentrer dans leur milieu d’origine, en rapport au dernier trimestre 2010 essentiellement due à
raison de la précarité de la sécurité dans plusieurs localités. de nouveaux mouvements de population, conséquences
Les 9 % déplacés en 2010 sont essentiellement dans les des attaques persistantes de la LRA dans les territoires de
territoires de Dungu (89 %) et de Faradje (10,6 %) ; 11 % Dungu, Faradje, Niangara et Ango de décembre 2010 à
134
de ces derniers se sont déplacés les 3 derniers mois suite mars 2011 . »
aux attaques de la LRA et d’un groupe armé non encore
132
formellement identifié en territoire de Faradje . » La présence de la LRA a, on le voit, d’importantes
répercussions sur la sécurité des populations. Celle-ci n’a pas
Le Bas et le Haut-Uele comptent « en fin février 2011, connu d’amélioration significative dans le Haut-Uele en 2010.
300.000 personnes déplacées dont 50.700 personnes dans « Des opérations militaires, conduites conjointement par
le Bas-Uele et 249.300 dans le Haut-Uele. Près de 33.000 l’armée congolaise et les forces armées ougandaises (Ugandan
personnes sont nouvellement déplacées suite récentes
exactions de la LRA (décembre 2010 et février 2011). Ces 133 « Province-Orientale - District du Bas-Uele, du Haut-
nouveaux déplacements portent à 327.000, le nombre Uele et d’Ituri : Mouvements de population suite aux
attaques des groupes armés : situation en février
de personnes déplacées suite aux exactions de la LRA
2011 », consulté le 25 mars 2011 sur http://www.
en Province-Orientale depuis le début de la crise. Ce
rdc-humanitaire.net/index.php?option=com_conten
chiffre inclut les 26.800 déplacés du territoire de Faradje
t&view=article&id=772:province-orientale-district-
se trouvant en territoire d’Aru […]. Près de 149.000 du-bas-uele-du-haut-uele-et-dituri-mouvements-
de-population-suite&catid=30:infographies&I-
132 OCHA Province-Orientale, Rapport mensuel et bilan temid=143
annuel partiel 2010, Action humanitaire en Province- 134 OCHA Province-Orientale, Rapport mensuel mars
Orientale, OCHA Province-Orientale, décembre 2011, Action humanitaire en Province-Orientale,
2010, p. 8. OCHA Province-Orientale, mars 2011, p. 5.
73
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
People Defence Force, UPDF), ont montré leurs limites. De décembre 2010 à mars 2011, ces attaques ont
Le leader de la LRA Joseph Kony et son noyau dur n’ont provoqué le déplacement, d’environ 33.000 personnes
pas été neutralisés. Ils se retranchent tantôt en République en territoire de Dungu, Faradje, Niangara et Watsa. Au
centrafricaine, tantôt en RD Congo. Ses hommes, dispersés premier trimestre 2011, plus de filles sont sorties des rangs
en groupuscules, ont gardé leur modus operandi : attaques de la LRA à comparer au dernier trimestre de 2010, 51
e e
avec atrocités accompagnées de prise d’otages. Les villageois filles (70 au 4 trimestre 2010) contre 47 garçons (80 au 4
des Uele sont régulièrement victimes des attaques de ces trimestre 2010). Par ailleurs, les agriculteurs sont obligés
rebelles, quoique des contingents FARDC et de la Monusco d’être escortés par la Monusco et les FARDC pour accéder
135
soient déployés dans plusieurs localités du Haut-Uele . » à leurs champs. En mars 2011, dans les localités de Duru,
Si les exactions de la LRA sont significativement en de Ngilima et de Niangara, des escortes ont été fournies
baisse par rapport aux années 2008 et 2009, grâce aux pour accompagner 457 agriculteurs dans leurs champs
138
efforts conjoints des forces armées de la RD Congo, de (191 à Duru, 135 à Ngilima et 142 à Niangara) .
l’Ouganda et de la Monusco, il convient de noter que celle- En mars 2011, 65.499 personnes sont retournées dans
ci reste cependant une menace majeure pour la sécurité le Haut-Uele. Si l’amélioration de la situation sécuritaire en
des populations des Uele. Les meurtres et enlèvements est la principale raison dans l’ensemble de la province, ces
que continuent à perpétrer la LRA obligent, en effet, retours sont également motivés par le faible accès à la terre
dans les deux Uele, près de 300.000 personnes à vivre en pour les populations déplacées, dont l’activité principale est
déplacement, leur ôtant toute possibilité de mener des l’agriculture, ainsi que les changements de saisons agricoles.
activités économiques stables. « Depuis 2008, près de Le nombre de personnes retournées au cours des 18
2.600 personnes auraient été enlevées dans les Uele dont derniers mois dans le Haut-Uele représente 38 % du total de
139
34 % d’enfants (près de 900 enfants) mais Unicef/COOPI personnes retournées dans la Province-Orientale .
ont accueilli plus de 1.300 enfants rescapés. Dans diverses Notons, que la LRA n’est pas la seule responsable
circonstances (fuite, libération lors des attaques des d’exactions à l’encontre des populations. Ainsi, en sepembre
positions de la LRA par les FARDC et/ou UPDF), 446 de 2010, « des déplacements de personnes ont été observés
ces enfants (près de 50 %) sortis de ce groupe ont été pris à la suite d’exactions commises par les FARDC, surtout
en charge par les organisations humanitaires spécialisées sur l’axe Dungu-Duru. […] D’autre part, les déplacés
136
en 2010 parmi lesquels 45 % de filles . » de Niangara ont affirmé avoir été victimes de plusieurs
exactions des autorités civiles : une dizaine de jeunes ont
En, 2011, La situation sécuritaire continue à être été astreints à payer des taxes provinciales sans quittance.
préoccupante, notamment sur l’axe Dungu-Faradje. Le […] Le chef de groupement de Mbengu (chefferie Kopa en
nombre d’attaques commises attribuées à la LRA est en territoire de Ningara) dans la localité de Iveka (30 km S-O
hausse comparativement au mois de décembre dernier. Dungu) s’est livré à des arrestations arbitraires, extorsions
Les statistiques compilées par OCHA/Dungu sont de et tortures à l’endroit des personnes déplacées vivant dans
140
34 attaques ayant causé la mort 18 civils et entraîné cette localité ».
l’enlèvement de 9 adultes et 18 enfants ; 8 personnes La LRA n’est pas non plus la seule responsable des
137
blessées ont été rapportées . violences sexuelles constatées dans la région. Tant des
civils que des membres des forces armées congolaises se
135 Rapport mensuel et bilan annuel partiel 2010, Action
rendent coupables de viols. Ainsi, « (on) a enregistré, entre
humanitaire en Province-Orientale, OCHA Province-
Orientale, décembre 2010, p. 3.
136 Idem, p. 5. 138 OCHA, Province-Orientale, « Rapport humanitaire
137 Province-Orientale, « Rapport humanitaire mensuel mensuel mars 2011 », OCHA, 2011, consulté le
janvier 2011 », OCHA, 2011, consulté le 17/3/2011, sur 9/5/2011, sur www.rdc-humanitaire.net/attachments/
www.rdc-humanitaire.net/index.php?option=com_ article/818/PO%20Rapport%20Mensuel_Mars%20
content&view=article&id=713:province- 2011vf.pdf
orientale--rapport-humanitaire-mensuel-janvier- 139 Idem.
2011&catid=33:rapports-mensuels&Itemid=123 140 Idem, p. 5.
74
LA POPULATION
mai et juin, 147 cas de violences sexuelles à Isiro (territoire Répartition de la population du territoire de Dungu
de Rungu) dont 112 cas sur des mineures ; les auteurs sont par chefferie et par sexe en 2007
141
principalement des civils ». Par ailleurs, en juin 2010,
une centaine de cas de violences sexuelles ont été commis Chefferies Hommes Femmes Total SuperficieDensité
e
par des éléments du 913 bataillon FARDC à Doruma. km2 hab./km2
« 26 % des victimes avaient moins de 14 ans et 45 % entre Malingindo 8.134 8.636 16.770 4.838 3,5
14 et 17 ans. 52 % des viols recensés auraient été commis Ndolomo 23.989 25.473 49.462 4.971 10,0
92
par des militaires ». Wando 76.037 80.739 156.776 22.637 7,0
Outre le problème soulevé par la LRA dans le Haut- Total 108.160 114.848 223.008 32.446 6,9
Uele, il convient également de mentionner celui posé par
la présence d’éleveurs mbororo dans la région (voir infra Source : Estimation de l’INS/Kisangani.
p. 94-96). La question du rapatriement de ces éleveurs
et de leurs bêtes fut à l’ordre du jour d’une réunion, à Trois chefferies se partagent la population du territoire,
la demande de la RD Congo, de l’Union africaine, en mais la chefferie Wando concentre à elle seule 70 % des
septembre 2010 à Addis-abeba. habitants du territoire.
Le tableau suivant présente la répartition par sexe et
groupes d’âges de la population du territoire en 2008.
75
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
e
142 Bureau central de la zone de santé, 51 projet de l’IMO
du Zaïre, 1972, p. 4.
76
LA POPULATION
Subdivision
administrative Naissances Décès
(‰) (‰)
Total
-
2
14
-
-
77
-
3
96
Boimi 64 58
Kereboro 45 38
Répartition de la population du territoire de Niangara par entité, sexe et nationalité en 2007
Kopa 35 30
F
-
-
-
-
-
18
-
-
18
Population étrangère
Mangbele 26 26
Mangbetu 33 25
Manziga 45 32
G
-
-
-
-
-
12
-
-
12
Okondo 125 58
Cité de Niangara 74 40
Total 447 307
F
-
-
-
-
-
14
31.149 -
-
14
3
52
10.901
88.317
territoire de Niangara .
Manziga
Okondo
Boimi
Cite
77
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
Répartition de la population du territoire de Rungu Répartition par sexe et par entité de la population de
par groupes d’âge et par sexe en 2008 Wamba en 2007
78
LA POPULATION
Le nombre d’étrangers recensés la même année s’élève à 16 personnes : quatre Kenyans (2 hommes et 2 femmes), une
Allemande et trois Belges, deux Espagnols et six Italiens de sexe masculin.
En 2007, la population du territoire de Watsa était estimée à 199.038 habitants. Le tableau suivant présente la répartition
de la population par entités et par sexe.
79
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE
80
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
CHAPITRE IV
LES PEUPLES DU HAUT-UELE
81
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
82
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
que le district disparut, et parce que les anciennes nouvelles dispositions militaires. Quelques temps
idées sur le rôle du chef étaient maintenant après l’an mille, une nouvelle disposition standard
transférées aux hommes forts. pour la bataille apparut. Des lanciers, protégés par des
Cependant, la plupart des locuteurs buan boucliers couvrant tout le corps, se battaient en rangs
quittèrent lentement les terres de la moyenne serrés : une tactique qui nécessitait de la discipline et
Bomokandi pour se répandre vers l’ouest, vers un nombre d’hommes assez important. Les armes
l’Itimbiri supérieur et la Likati, pendant que d’autres d’estoc de corps à corps furent perfectionnées. La
Mamvu et Mayogo continuaient à pénétrer dans lance et le bouclier avaient été utilisés dans la région
la région de la moyenne Bomokandi-Nepoko longtemps auparavant, mais le couteau recourbé, ou
depuis l’est. Ce furent des mouvements très lents, « trombash », employé pour agripper et écarter le
étalés sur des siècles et qui n’empêchèrent pas la bouclier de l’adversaire avant de le frapper d’un coup
tradition commune de s’enraciner. Ces mouvements de lance, était nouveau. Il fut développé à partir de la
culminèrent vers l’an mille avec l’arrivée dans la faucille à moissonner les céréales, commune à l’est.
région de la moyenne Bomokandi-Nepoko d’un Les armes de jet perdirent de leur prestige et l’emploi
autre groupe de langue soudanaise centrale du sud, de l’arc à la guerre devint presque désuet au nord de
celui des Mangbetu. Ces gens provenaient des terres la vallée de Bomokandi-Nepoko.
plus hautes et beaucoup plus sèches où les frontières Les nouvelles tactiques signifiaient que plus
actuelles du Congo, du Soudan et de l’Ouganda d’hommes étaient disponibles et qu’un nouveau type
se rencontrent. Quand les locuteurs mangbetu de Maison se développait. Les Maisons s’agrandirent
arrivèrent dans cette région si différente, ils et se firent plus efficaces. Le nombre de leurs membres
s’endettèrent tellement vis-à-vis de leurs instructeurs augmenta, elles se différencièrent de plus en plus,
bantous qu’ils leur empruntèrent presque tout leur et elles adoptèrent des pratiques de succession plus
vocabulaire lié au nouvel habitat. efficaces. On peut penser que l’augmentation de la
Une fois dans la région, ils migrèrent plus loin et taille de leur Maison moyenne facilita le succès de
commencèrent à se séparer en plusieurs groupes de l’expansion mangbetu. Dans le cœur du pays, le
langues. Durant la moitié du millénaire suivant, les processus d’agrandissement de la Maison continua
e
locuteurs mangbetu s’étalèrent de tous côtés depuis jusqu’au point où, vers le début du xviii siècle, les
le 3° Nord jusqu’à l’équateur, et du 26° Est au 28° Est. plus grandes maisons englobaient plusieurs villages,
Les ancêtres des Abelu et des Lombi s’installèrent et étaient en train de se transformer en Maisons-
respectivement dans les forêts profondes de la vallée chefferies. À cette époque, les clients étaient devenus
de la Lindi et à l’est de la basse Nepoko. Ils furent suivis plus nombreux, les esclaves étaient des prisonniers
par les aïeux des Meje qui occupèrent la bordure de guerre ou fournis par le commerce, les harems se
des forêts de la Nepoko. Tous s’installèrent dans des gonflaient, les guerriers employés étaient des semi-
interstices entre les terres exploitées par d’autres. mercenaires spécialisés et désignés par des termes
Chacun des groupes qui en résultèrent fut acculturé spéciaux.
par ses voisins, mais tous gardèrent la caractéristique L’épineux problème d’un ordre de succession à la
fondamentale du proto-mangbetu : un village égale charge de chef fut résolu comme suit. Le leader de
une Maison. À son tour, chaque groupe, excepté les la Maison désignait un héritier officiel et lui donnait
Lombi, mit ses voisins en contact avec la nouvelle quelque responsabilité. Le champ des prétendants
tradition de la moyenne Bomokandi-Nepoko. légitimes fut limité aux fils du titulaire, et parmi
Pourtant, l’immigration dans la région-noyau de eux, le fils aîné était souvent l’héritier privilégié.
la moyenne Bomokandi-Nepoko fut bien plus forte Cela renforça la continuité de la charge de chef, sans
que l’émigration. La densité de population s’accrut et, pourtant entraîner ni une idéologie patrilinéaire
inévitablement, la fréquence et l’échelle des conflits complètement développée, ni la formation de
augmentèrent aussi, ce qui entraîna à son tour de lignages stricts. La charge de chef continua à être
83
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
considérée comme un statut atteint par l’effort à accélérer la croissance de l’échelle des Maisons
personnel, non comme un droit d’héritage. Les locales. L’organisation mabodo n’était pas seulement
dissensions et les prises de pouvoir occasionnelles un sérieux adversaire pour leurs voisins du nord, elle
e
continuèrent au xviii siècle malgré la désignation constituait aussi une menace pour leurs voisins du
d’un héritier officiel. sud, les Bali de la rivière Aruwimi […]
Les inégalités entre les Maisons les plus fortes et les Des « Maisons-chefferies » firent leur apparition
plus faibles s’aggravèrent rapidement. Les premières dans les années 1700, d’abord embryonnaires et puis
accrurent leur domination, justifiant leurs exigences fortes, dans la région la plus tendue, juste au nord
au nom d’une supériorité, soit comme donneuses et au sud des nouveaux établissements mabodo.
d’épouses ou au contraire comme receveuses Avant la fin du siècle, huit Maisons-chefferies étaient
d’épouses, mais des receveuses qui conservèrent leur parvenues à dominer la région de forte densité de
supériorité en vertu d’une parenté à plaisanterie. population. La Maison-chefferie la plus grande et
L’agrandissement progressif de la Maison dans la la plus cohérente se situait alors vers la Nepoko et
région-noyau n’empêcha pas cependant l’arrivée d’un son affluent, la Nava. À présent, le prestige meje
autre groupe de gens. Les Mabodo commencèrent éclipsait le prestige mabodo, quoique les districts
à se déplacer vers l’ouest depuis les sources de la mabodo étaient encore assez forts pour résister à une
Nepoko et de l’Ituri, pour occuper un territoire agression venue de n’importe laquelle des nouvelles
de la moyenne Nepoko, probablement à partir du Maisons-chefferies.
e
xviii siècle. Ils y devinrent, pour un temps, les Cependant, les Maisons-chefferies se répandirent
meneurs politiques. Même si leurs Maisons étaient rapidement vers la source de la Bomokandi sans
plus faibles et plus petites que celles de la tradition rencontrer d’opposition sérieuse. Les petites Maisons
de la moyenne Bomokandi-Nepoko, elles avaient locales mamvu firent face à la menace en s’installant
maintenu la vieille organisation bantou du village sur des buttes rocheuses pour se défendre, mais la
et du district. La cohésion à l’intérieur des districts mesure fut inefficace. Les terres mamvu devinrent
avait été renforcée par le développement de forts un lieu favorable pour les raids aux esclaves et autres
lignages segmentaires appuyés par une institution et butins (le plus souvent des chèvres), et des aventuriers
une idéologie spéciale : l’« embaa », terme référant étrangers commencèrent à y établir leurs propres
au principe de la succession patrilinéaire légitime, et Maisons-chefferies. Par contraste avec la supériorité
désignant aussi un ensemble de rituels, charmes, et meje, les locuteurs mangbetu de la vallée de la Bima
emblèmes qui y étaient liés. étaient sur la défensive contre les locuteurs buan.
Ces objets étaient sous la responsabilité d’un Les Buan avaient adopté la très efficace organisation
gardien muni d’un statut politique spécialisé. Ainsi, patrilinéaire segmentaire qui s’était développée dans
malgré la faiblesse de leurs Maisons, les Mabodo la région de la haute Likati depuis 1600 et qui leur
pouvaient rassembler autant ou plus de guerriers permettait de coordonner une action militaire sur de
que n’importe lequel de leurs ennemis. Par ailleurs, grands districts.
leur armement était peut-être légèrement supérieur À partir de 1750, les anciennes populations
car ils mettaient en ligne des archers armés de flèches près de la Bomokandi inférieure étaient aussi sur
empoisonnées en plus de leurs lanciers groupés. la défensive en subissant la pression indirecte de
Leurs lignages firent une telle impression que les l’expansion abandia et celle des premiers azande
groupes mangbetu commencèrent à désigner leurs Avungura. Les mobiles Abarambo qui vivaient au
Maisons par un préfixe composé « Mava- », dans sud de la Bomu vers 1750 commencèrent à se retirer
lequel « va- » était une reprise de « ba- » qui préfixait vers le sud en face de l’attaque azande, traversèrent
les noms de lignages mabodo. Un autre aspect de l’Uele et s’installèrent entre les anciens habitants au
l’impact de leur établissement dans la région fut nord des établissements makere. Dans cette situation
de forcer les groupes meje et abelu autour d’eux labile, un seul catalyseur pouvait transformer
84
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
l’ensemble du paysage politique. Ce catalyseur des clients fidèles ou des esclaves complètement sous
s’appela Manziga, du groupe Mabita. Manziga était sa coupe. L’idéologie royale resta enracinée dans les
un “self-made man”qui débuta comme client adopté. conceptions de l’homme fort de talent, intelligent et
Après 1750, il reprit la Maison de son maître, à l’est bénéficiant d’une chance surnaturelle. Après 1850,
de la basse Nepoko dans la région d’Abelu, l’agrandit, quand la tension devint évidente parmi la foule de
s’en alla dans les terres meje où il se rendit maître de fils et de neveux de Nabiembali, l’oracle “mapingo”
plusieurs Maisons-chefferies jusqu’à la Bomokandi qui prédisait le succès à la guerre, devint populaire
au nord. Son fils et héritier, Nabiembali entreprit de parmi l’élite. Quant aux insignes royaux, c’étaient
nouvelles conquêtes après 1800 et subjugua toute la des objets mal définis, exceptionnels en prix ou en
région de la moyenne Bomokandi-Nepoko, sauf la prestige, mais ils ne restaient que des indicateurs de
Maison-chefferie principale des locuteurs mayogo la réussite du leader.
et les terres mabodo. En une seule génération, Nabiembali ne réussit pas non plus à créer
une Maison-chefferie avait donné naissance à un de nouvelles institutions judiciaires, militaires et
royaume. Comme signe de la transformation, le financières. La garde du corps royale composée de
nom Mabiti fut proscrit et Mangbetu devint le nom mercenaires professionnels, de proches parents et
officiel de la nouvelle unité politique. de dépendants du roi continua à former le noyau de
Après 1815, Nabiembali se lança dans de nouvelles l’armée. Les revenus gouvernementaux provinrent
conquêtes en dehors de ses domaines centraux et occupa d’abord du butin, de la production alimentaire
l’aire entre l’Uele au nord, les Maisons makere à l’ouest, des femmes et des esclaves à la cour royale, et
et de nombreuses terres mamvu à l’est, incorporant des probablement des amendes judiciaires. Après les
gens de milieux ethniques et linguistiques nombreux années 1850, la part du tribut et du commerce
et différents dans le nouvel état mangbetu. Vers 1820, devint plus importante, mais ce tribut était toujours
Nabiembali était devenu assez puissant pour résister expliqué en termes de don. Aucun système judiciaire
aux premières attaques azande, depuis l’autre rive centralisé et hiérarchisé ne se développa. Ainsi, les
de l’Uele, donnant ainsi le temps à la nouvelle entité étais économiques et judiciaires de l’état demeurèrent
mangbetu de développer ses racines. en fait très faibles.
La croissance du royaume de Nabiembali fut Le système fonctionna aussi longtemps que
si rapide que le développement d’institutions Nabiembali contrôla ses fils. Quand son aîné Tuba se
appropriées à cette nouvelle formation sociale ne suivit rebella et le déposa en 1859, le système s’écroula. Tuba
pas. Les institutions politiques mangbetu restèrent n’avait ni le pouvoir militaire ni le prestige nécessaire
celles de la Maison-chefferie. Nabiembali continua pour aligner les autres chefs derrière lui. Une série
à rassembler parents, épouses, clients et esclaves de guerres civiles suivit, et le dernier roi, Mbunza,
autour de lui. Les relations politiques continuèrent à tomba lors d’une bataille en 1873. Le royaume se
être exprimées en termes de parenté, et les relations disloqua et fut remplacé par un certain nombre
entre Maisons-chefferies dans l’état étaient toujours d’épigones plus petits qui commencèrent à s’étendre
considérées en termes matrimoniaux. Nabiembali sur de nouvelles terres peu après l’accession de Tuba.
donnait des épouses aux leaders locaux et épousait À partir des années 1870, le trouble général devint
quelques unes de leurs femmes. Dans le premier extrême car les princes azande et les trafiquants
cas, il était le frère de la mère des enfants mâles de d’esclaves du Soudan devinrent très actifs dans la
l’union, un d’entre eux étant alors responsable de la région. La situation devint si critique qu’un ancien
Maison-chefferie de sa mère. Dans le second cas, ses charme de guerre, le “nebeli”, se mua en association
fils étaient les fils des sœurs des leaders du groupe secrète d’entraide qui protégeait ses adhérents à la
de leur mère, et il utilisa ce lien pour les placer fois contre les ennemis extérieurs et contre les chefs.
comme ses représentants dans ces groupes. Ses L’histoire des régions du nord-est des forêts
conseillers personnels étaient des parents proches, tropicales est un des cas plus clairs de l’impact
85
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
qu’un changement institutionnel peut exercer sur de sa consécutive croissance démographique. Les
de vastes régions, en altérant l’équilibre des forces Mabodo fournirent une seconde impulsion qui
entre les unités d’un “système” politique stable. trouve son origine première dans la lointaine région
Dans ce cas-ci, la première impulsion vint de la des grands lacs, par-delà les montagnes. Le succès de
naissance d’une nouvelle tradition (dans la région Manziga représente le résultat de ces élans, mais aussi
de la moyenne Bomokandi-Nepoko), suivie par le début d’un corps politique bien plus ambitieux : le
l’attraction grandissante de cette région-cœur, et royaume.
Des jeunes filles Efe et la femme Mamou. (AP.0.0.11483, collection MRAC Tervuren ; photo A. Hutereau, 1911-1913.)
Elles appartenaient au groupe pygmée habitant Mumbede près de Gombari.
86
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
2. LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE Les peuples « zandéisés » ont pour clans les noms de
leurs anciens peuples : Amadi, Basili, Bangbahin, Bugulu,
Au xviiie siècle, les Azande occupent peu à peu une Mundu, etc. Ils parlent la langue « pazande ». Le reste des
bonne partie du nord de l’Uele où ils ne manquent pas peuples non zandéisés conservent leur identité et leur
d’affronter les Mangbetu qui, quelques années auparavant, langue (Barambo, Bangba, etc.). Les langues de certains
avaient mené des combats acharnés contre les Mayogo et d’entre eux sont moins discernables, suite à une diminution
les Mamvu. À partir de 1860, le commerce avec Khartoum du nombre de leurs locuteurs respectifs.
accroît la puissance des chefs azande qui vendent aux Les Mangbetu ont également influencé un certain
Arabes des esclaves contre des fusils. Des centaines des nombre de peuples voisins, mais sans les assimiler
personnes sont faites prisonnières et vendues aux négriers entièrement : les Popoi, les Malele, les Makere, les Medje,
arabo-égyptiens. Dans le nord du Congo – et donc dans les Mangbele, les Mayogo et un groupe d’Amadi.
l’Uele –, la traite se fait par Dem Ziber (Soudan) vers Le Le Haut-Uele est actuellement habité par divers
Caire (Égypte) ou Tripoli (Libye). Du jour au lendemain, ces peuples de trois principales souches, notamment :
chefs deviennent des sultans et, en 1879, ils reconnaissent
la souveraineté de l’Égypte. Mais c’était sans compter avec – les peuples pygmoïdes : dans le Haut-Uele, ils sont
les conquêtes mahdistes de 1884. Celles-ci aboutissent à appelés Aka et Tike-Tike. Ils vivent principalement
l’éviction de l’Égypte de la région. Le commerce s’arrête dans les territoires de Rungu, Wamba et Watsa ;
pour les chefs azande, et ceux-ci se mettent à utiliser leurs – les peuples de souche soudanaise : les Azande qui
armes pour agrandir leurs territoires. Contrairement occupent l’ensemble du territoire de Dungu et une
e
aux hégémonies luba-lunda, en déclin au xix siècle, les partie de celui de Niangara ; les Mangbetu qu’on
Azande connaîtront leur apogée à la faveur de la conquête trouve dans les territoires de Niangara et de Rungu ;
coloniale. Arrivés par le sud en 1890, les Belges mettront les Mayogo qui habitent une bonne partie du territoire
vingt-deux années pour conquérir l’ensemble de la de Rungu, une partie de celui de Niangara et une
région de l’Uele. Ils n’y parviendront qu’en démembrant petite portion de Wamba ; les Mamvu qui peuplent
systématiquement les chefferies azande et mangbetu. Mais une bonne partie du territoire de Watsa ainsi que les
ils finiront par s’appuyer sur elles pour asseoir leur autorité. Logo qui occupent le territoire de Faradje ;
Selon Jan Vansina, la plus grande partie de la savane – les peuples de souche bantoue : il s’agit notamment
entre Mbomu et Uele est occupée par les Azande, des Budu et apparentés ainsi que des Lika et
tandis que les forêts au sud du fleuve sont habitées par apparentés qui habitent tous le territoire de Wamba.
les Mangbetu et leurs voisins, les Mamvu et Mangbutu
du Haut-Bomokandi. En réalité, de nombreux peuples
« zandéisés » sont enregistrés comme des « Azande », alors 2.1. LES PYGMOÏDES146
que subsistent encore des îlots « non zandéisés » de ces
peuples : les Abarambo, Amadi, Bangba, Kare, Sere-Baka, Ces peuples sont considérés comme les premiers
Mundu et Bari. Les Azande eux-mêmes, bien qu’ayant une occupants du centre du continent. Disséminés sur
structure sociologique uniforme fondée sur le système des différents territoires du Haut-Uele, ils vivent en symbiose
« clans » d’est en ouest, sont dirigés par deux dynasties de avec les autres peuples. Ne pratiquant pas l’agriculture,
chefs, les chefs Avungara à l’est (Dungu, Niangara, Poko, la chasse et la cueillette sont leurs principales activités.
Bambesa et Ango) et les chefs Abandia à l’ouest (Buta,
Bondo et Aketi) ; en d’autres termes, il n’y a pas d’Azande Kinshasa/Lubumbashi/Kisangani–Bruxelles,
Avungara d’un coté et des Azande Abandia de l’autre. Dans Éditions universitaires du Congo/Centre de
la structure sociologique zande, les Avungara (autrement recherche et d’information socio-politiques (CRISP),
appelés « Akulangba ») constituent un « clan » au même 1966, pp. 39-52.
145
titre que d’autres clans azande . 146 Hutereau, A., « Les négrilles de l’Uele et de l’Ubangi »,
Congo ; I-4, 1924, pp. 495-514 ; I-5, 1924, pp. 693-
145 Vansina, J., Introduction à l’ethnographie du Congo, 711.
87
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Ils apportent le produit de leur chasse à leurs voisins Le docteur Junker, comme tant d’autres explorateurs de
pour recevoir en échange des produits agricoles et l’époque qui ont observé les pygmoïdes, est obsédé par la
autres. petite taille de ces gens. Il n’hésite pas, pour les désigner, à
Dans les années vingt, de nombreux artistes-peintres utiliser les termes les plus variés : gnomes, petiots, nabots, etc.
étaient fascinés par les figures « mangbetu ». Les
Européens qui exploraient les régions arrosées par l’Uele
ne manquaient pas de décrire leurs rencontres d’une part 2.2. LES AZANDE
avec les guerriers Azande et d’autre part avec des hommes
considérés comme vraiment très exotiques : les pygmoïdes. Selon Jan Vansina, les Zande sont descendus de la
Le 25 avril 1882, le docteur Junker quitte le pays du République centrafricaine à partir du territoire occupé par
chef Gambari (Gombari), et après avoir traversé divers les Nzabaro et ont établi leur premier royaume, dirigé par
cours d’eau qui étaient des affluents de la Nala, un grand une dynastie ngbandi, sur le Bas-Mbomu dans la seconde
tributaire du Bomokandi, il arrive finalement chez moitié du XVIIIe siècle. Ils pourraient même venir de plus
Malingbe. Là il apprend : loin, du lac Tchad. Si leur royaume florissait à cette époque,
il déclina au cours du XIXe siècle, toléré par le monde arabe
« qu’une colonie nomade des nains Akka, appelés Tikki- qui entretenait avec eux un commerce d’ivoire et d’esclaves.
Tikki par les Arabes, se trouvait dans le voisinage. Je décidai, Leurs princes possédaient de magnifiques palais entourés
à force de présents, les indigènes Momfu à me conduire à de plusieurs enceintes protégées. Le pouvoir des chefs
leur campement. En une heure de temps, j’arrivai à une Avungara était fortement centralisé ; un contre-pouvoir
148
cinquantaine de petites huttes, bâties l’une à côté de l’autre, s’organisa, lié à la magie et à la divination, celui du mani .
dans la forêt, par les Akka. Le terme « Azande » n’est pas à proprement parler une
Elles étaient sans habitants, mais mon guide avait ethnonymie. Il regroupe en son sein plusieurs peuples
réussi à rallier deux des gnomes et, dès que je les vis, je qu’on peut classer en deux groupes : les Vungura à l’est, qui
tirai aussitôt de mes ballots quelques menus cadeaux, leur sont les plus nombreux, et les Bandiya à l’ouest. Certains
en promettant d’autres s’ils décidaient leurs frères, leurs de ces peuples furent complètement absorbés par eux et
femmes et leurs enfants à venir nous rejoindre plus loin. perdirent même leur identité ainsi que leur langue. Leurs
Cette fois, je réussis à atteindre mon but. Un quart d’heure noms tribaux dégénérèrent en noms de clans, de sorte
149
plus tard, je me trouvai au centre d’un cercle formé par 40 qu’ils se considèrent maintenant comme des Azande .
à 50 de ces petits êtres accompagnés de leurs femmes, et, D’après Joseph-Aurélien Cornet et Angelo Turconi,
dans la pénombre de la forêt, on en distinguait au moins « Zande » (au pluriel Azande) signifie : « celui qui habite la
encore autant. Je procédai aussitôt à une ample distribution terre ». C’est de cette façon que ce peuple voulait s’affirmer
de perles de couleur et d’autres petites quincailleries, ce comme le propriétaire de ces vastes contrées. Mais leurs
qui fit, en partie, s’évanouir leur timidité. Le son de mes voisins leur attribuaient des noms divers. Les Arabes leur
divers instruments de musique, et les images représentant auraient donné le sobriquet swahili de « Niam-Niam », qui
des animaux de la forêt, achevèrent de les mettre en belle
humeur. J’eus ainsi l’occasion d’examiner ces nabots, mais, 148 Turconi, Angelo, Neyt, François (textes), Infini Congo :
malheureusement, le temps me manquait, car notre route au rythme de la nature et des peuples, Spa, Silvana
Editoriale, 2010, p. 264.
était longue encore et mes gens me pressaient à partir. Je
149 Baxter, P. T. W. & Butt, A., The Azande and related
perdis donc de vue les petiots, presque aussi vite que je
people of the Anglo-Egyptian Sudan and Belgian
les avais aperçus, et quand nous continuâmes notre route,
Congo, Londres, International African Institute, 1953,
les gnomes sylvains avaient de nouveau disparu dans la cités par Monnier, L. et Willame, J.-C., « La province
147
sombre frondaison environnante . » de l’Uele », in Verhaegen, B. (dir.), Les Provinces du
Congo. Structure et fonctionnement, II, Sud-Kasaï–
147 « Explorations et découvertes du docteur W. Junker Uele–Kongo-Central, Léopoldville, IRES, Cahiers
dans les bassins de l’Uelle et du Bomu », Le Congo économiques et sociaux, 1964, p. 124, « Collection
illustré, Bruxelles, 1892, p. 182. d’études politiques n° 2 ».
88
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
serait l’imitation du bruit fait par des anthropophages se successions dynastiques rendirent ces monarchies (de type
léchant les babines. Il n’est cependant pas permis d’affirmer cantons suisses) particulièrement fragiles et instables.
que les Azande aient été cannibales, même si Schweinfurth
en était convaincu. L’origine du terme « Niam-Niam »
serait Dinka, peuple du Sud-Soudan, et signifierait dans 2.3. LES MANGBETU151
leur langue : « peuple de la rivière » ou « ceux qui habitent
entre deux rivières »150. Comme les Azande, les Mangbetu n’appartiennent
D’autres groupes, proches des Azande, communément pas à un seul peuple. Ils regroupent en leur sein toute une
appelés les « Zandéisés », ont conservé actuellement une série d’autres peuples, à savoir les Mabili, les Mando, les
certaine conscience de leur identité originelle. Parmi eux, Mabisanga et les Medje, qui s’identifient comme tels.
on citera les Barambo, les Madhi, les Bangba, les Kare, les D’origine soudanaise eux aussi, les Mangbetu ont
Sere-Baka, les Mundu et les Bari. également connu une prestigieuse histoire. Ils ont résisté
D’origine mythique, les Avungara et les Abandia au pouvoir des conquérants Avungara. D’après Baxter et
e
(Bandiya ?), qui fondèrent de puissants empires dans l’Uele, Butt, « ils auraient créé au xix siècle une série de royaumes
font partie de la dernière grande vague de migrations militaires dont celui du remarquable roi Mbunza, qui
152
venues du Soudan avant la conquête européenne pour faisait l’étonnement des voyageurs ».
s’installer dans la savane entre Mbomu et Uele. Le mythe La mort de Mbunza donna le signal du recul des
153
des Avungara est celui de leur ancêtre Basanginonga royaumes mangbetu , scindés dans la suite en deux
qui mit fin au despotisme du chef Ngura d’une dynastie branches : les Mathsaga, au Nord-Est, et les Mangbetu, au
précédente en le maîtrisant physiquement (« kavo » = Sud-Ouest.
ligoter). Sur le plan politico-administratif et socioculturel, les
Initialement, ces conquérants ne disposaient pas d’une Mangbetu avaient un système proche de celui des Azande :
organisation politique centrale, mais ils se constituèrent en comme ces derniers, les peuples mangbetu étaient, à la fin
e
groupes de guerriers indépendants. Dans leurs conquêtes, du xix siècle, cimentés par une langue, des habitudes, des
ils imposèrent un système d’assimilation des vaincus. coutumes et des mariages en commun et ils exercèrent, par
154
Avec une habileté remarquable, la classe noble avungara là même, un rayonnement dans tout le Haut-Uele .
s’employa à faire éclater les lignages de parenté des peuples Le chef est le maître de la terre et des gens. Ces derniers
vaincus, essentiellement par des mariages, pour les n’ont sur le sol que des droits d’usage accordés à titre
assimiler et asseoir son autorité. précaire, en droit, mais accordés, en fait, pour toujours, si
L’organisation politique des Azande était conçue sur le sujet accomplit ses devoirs.
un mode pyramidal et féodal. Chaque royaume était divisé Les Mangbetu, tout comme les Azande, ne furent pas
en provinces gouvernées par un chef, « généralement le arabisés (comme ce fut le cas des Arabo-Swahilis de Tippo-
jeune frère ou fils du chef ». Ces chefs de provinces étaient Tip au Maniema), bien qu’ayant subi des attaques de la part
relativement indépendants, mais totalement soumis au roi. des Arabes. Leur espace politique était divisé en grandes
À l’échelon inférieur, on trouvait un sous-chef, qui, circonscriptions à la tête desquelles se trouvait un parent
obligatoirement, ne pouvait être un membre des dynasties du chef, généralement un de ses fils, parfois un oncle, un
avungara. Il était responsable de l’ordre dans sa région et frère ou un cousin. Les grandes circonscriptions étaient
avait une fonction ambiguë : il devait, en effet, tout à la fois
151 Voir Denis, P., Histoire des Mangbetu et des Matshaga
s’attacher les faveurs du chef dont il dépendait étroitement
jusqu’à l’arrivée des Belges, Tervuren, MRAC, 1961,
sans s’aliéner celles de son peuple.
série archives. Van Overbergh, C. et De Jonghe,
L’individualisme caractérisait souvent la classe noble J., Les Mangbetu, Bruxelles, 1909, « collection de
des Avungara (et non l’ensemble du système social azande) monographies ethnographiques, IV ».
et les crises d’instabilité qui accompagnaient la plupart des 152 Baxter, P. T. W. & Butt, A., art. cit., p. 124.
153 Monnier, L. et Willame, J.-C., « La province de
150 Cornet, J.-A. et Turconi, A., Zaïre : Volken, Kunst, l’Uele », art. cit., pp. 126-127.
Cultuur, Anvers, Mercatorfonds, 1989, pp. 155-157. 154 Idem.
89
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
90
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
2.5. LES MAMVU158 localisent plus à l’ouest de l’aire d’habitat actuelle. Stanley
dit avoir rencontré des Mamvu entre les chutes Panga et le
Si un grand nombre d’auteurs reconnaissent que les Ngayo. Stuhlmann place leur berceau dans la partie nord-
Mamvu, les Mangbutu, les Lese et les Mvuba formaient ouest de la forêt équatoriale congolaise. Schebesta, quant à
jadis un seul peuple, désigné par le nom collectif de lui, le cherche sur les traditions mamvu dans la région de
Mamvu, les hypothèses divergent quant à la classification Dungu d’où viendraient les Logo. A. de Calonne-Beaufaict
des peuples mamvu. le situe dans la crête Tchad-Mbomu et présente l’évolution
e
159
Schebesta et Van den Kerken soutiennent que les historique des Mamvu de la manière suivante : « Au xvi
Mamvu appartiennent au groupe des soudanais-nilotiques. siècle, à la fin de la période néolithique, sous la pression
Costermans a un avis contraire. Hoefler les classe parmi les des peuples du Soudan central, les Mamvu se dirigèrent
160
Bantous. Stuhlmann estime que les Mamvu formeraient du Tchad-Mbomu vers Semio et, de là, vers Amadi à la
un « Mischovolk » de pygmées et de nilotiques. David les Haute-Nava jusqu’au Rwenzori. Au cours de leur exode,
considère comme des pygmées mbuti, de plus grande ils abandonnèrent des frères qui s’assimilèrent, au cours
e
stature, dénommés Momfu et Bambuba et qu’ils seraient du xv siècle, aux envahisseurs soudanais que l’on retrouve
d’ailleurs fortement absorbés par les peuples immigrés. A. dans les groupes azandéisés des Biri, des Apambia et des
161
de Calonne-Beaufaict va jusqu’à dire que les Hottentots Kare actuels ; vers l’ouest, des populations de la forêt,
et les Bushmen sont des descendants du groupe Mamvu- d’origine ouest-africaine probablement, se mélangèrent à
162
Mangbutu. Des liens de parenté existeraient encore entre eux ; ce qui engendra les groupes de Makere . »
les Mamvu et les Biri en Afrique équatoriale française, les S’inspirant des notes inédites de A. de Calonne-
Azande, les Moru, les Bari et les Avokaya. Les Proto-Mamvu Beaufaict, le colonel Bertrand décrit les vagues successives
auraient produit, par fusion avec les Shilluk, les Logo et qui repoussèrent les Mamvu dans les régions granitiques
les Bari-Mangbutu. D’après G. Van Bulck (1903-1966), il y du Bomokandi de la manière suivante :
aurait des liens de parenté entre les Meembi comprenant
les Okibo et les Avari ; les Mangbetu ; les Mamvu ; les « La 1re invasion (soudanaise) : effectuée par les Bangba
Ameingi, comprenant les Muledre et les Maidjiru ; les et les Mayogo, débouche du Haut-Mbomu. […]
Balese-Mvuba et les Efee ; et, enfin, les Mabeindi. Certains La deuxième invasion (bantoue) : les Ngombe venant de
auteurs parlent volontiers d’un grand groupe de peuples l’ouest et leur avant-garde pénètrent dans le Bahr El-Ghazal.
e
appelé Mamvu-Mangbetu-Lese-Mvuba. Une 3 poussée faite cette fois-ci par les Zande au début
e
Mais d’où viennent-ils ? De quels ancêtres descendent- du xviii siècle : les Mamvu pourchassés envahissent leur
163
ils ? Sur ces questions, les opinions divergent. La plupart les pays actuel . »
91
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
belge les délivra de la domination mangbele en voulant Nil et les Bongo du Bahr El-Ghazal. Dans une partie des
leur donner des chefs mamvu. Cette mesure dut être populations ayant accompagné le peuple Shilluck dans
reportée, étant donné l’incapacité administrative de sa marche vers le sud-est se trouve une série de petits
ceux-ci à se gouverner. Ainsi, le colonisateur rétablit-il groupes de Ndo et de Dhongo, entraînés par la vague
les chefs mangbetu, mangbele, bari et azande dans leurs des Logo, et que certains indices font considérer comme
fonctions. un reste de la migration. M. H. Lelong pense que dans
Malgré la conviction de Van Den Plas que les Mamvu, le tableau de la répartition des habitants du Haut-Uele,
conservateurs, gardaient jalousement leurs mœurs, leurs les Makere, les Medje, les Azande et les Abarambo sont
usages et leurs coutumes juridiques, qu’ils se soustrayaient rattachés au groupe soudanais. Les Dinka et les Drilouk,
à toute acculturation étrangère, on observe qu’ils se sont que l’on rencontre au Soudan, sont des nilotiques purs.
profondément assimilés et métissés avec les Pygmées, surtout Hormis les Pygmées, les Logo appartiennent au groupe
dans le sud de la région. Dans le nord, l’influence mangbetu- communément appelé « soudanais nilotique »
mangbele reste prépondérante, tandis que les Madhi ont Pour Jan Vansina, parlant des peuples du nord-est
largement influencé les fractions mamvu du nord-est. de la RD Congo, cette région forme une unité réelle.
Elle comprend deux groupes de populations, à savoir : le
groupe des Logo, avec les Lugbara ; le groupe des Avokaya,
2.6. LES LOGO avec les Kaliko et les Moru, les Bari, les Dhongo, les
Madhi, les Kakwa et les Padjulu. Ces populations se sont
Le mot « logo » signifie « être humain ». Au pluriel groupées pour s’installer dans la région de l’Uele sans subir
« logoa », veut dire « foule, groupe de gens ou d’êtres ». l’influence des Azande.
Dire en logoti « Logoa be » signifie « Il y a des gens ». Selon Hutereau affirme que le groupe logo se serait
la mythologie, les premiers ancêtres logo, Tafulindri et sa individualisé au Soudan vers la fin de l’époque néolithique
e
femme Takua, seraient venus de « Kassa », source de la (xvi siècle), suite à un mélange entre les autochtones
rivière Abua, affluent du Bahr El-Ghazal l (Nil blanc). proto-mamvu et les envahisseurs Shilluck-Dinka, comme
Dans son ouvrage Histoire des peuplades de l’Uele évoqué ci-dessus. Par la suite, les Logo auraient été refoulés
et de l’Ubangi (Bruxelles, Goemaere, 1922), Hutereau vers le sud, occupant successivement la région des sources
dit que les Logo forment l’un des groupes qui, quoique du Suer et du mont Mkomu au Soudan, puis la région
refoulés par l’ensemble des invasions soudanaises en nord-orientale de la RD Congo où ils repoussèrent vers le
même temps que les Bari, n’ont pas été mêlés aux Azande sud des peuples bantous.
(sauf quelques individus isolés dans la chefferie « Kassa » Vers 1860, les Logo durent abandonner une partie de
créée par l’autorité coloniale). Les Logo et apparentés leurs terrains dans la région de la Garamba, devant la poussée
ont débouché vers les sources du Sueh et du Mbomu, des Azande-Avungara. Ils ne semblent pas avoir subi une
venant du nord, refoulés par les invasions soudanaises occupation de peuples étrangers depuis leur établissement
des Mundu, Mayogo… Ces poussées ont permis des sur le territoire où ils se trouvent actuellement. C’est ce qui
croisements de peuples dont sont issus les Bari et les explique qu’ils soient restés compacts. Du reste, ils ont dû
164
Logo. Selon De Calonne, entre les noyaux de Shilluck et exercer une certaine domination sur les Lugbara, et cela
les primitifs Mamvu-Walese, se trouvaient des éléments jusqu’à l’arrivée des Belges.
mixtes. Les Logo occupent actuellement le pays qui s’étend
D’abord, ceux qui semblent constituer l’arrière-garde entre Faradje, Aba et Watsa : une grande partie du bassin
du mouvement migratoire sont les Logo, les Madhi du de la Haute-Dungu, du bassin de l’Avuku et quelques
régions appartenant au versant septentrional des bassins
164 Ils sont les descendants des nilotiques de grande de la Nzoro et du Kibali. Quelques Logo habitent encore
taille, connaissant le fer (Éthiopiens et Nubiens). Ils le Sud-Soudan dans le district du Yei. L’aire d’extension
ont été refoulés vers le sud de Moroe entre 650 et 623 des Logo est limitée, au nord, par le pays des Avokaya-
avant Jésus-Christ par les Mashaousha et ont émigré Padjulu ; au nord-est et à l’est des Logo vivent les Keloki-
par étape vers le Bahr El-Ghazal.
92
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
Kakwa ; au sud, se sont établis les Mangbutu et à l’ouest, 2.8. LES BUDU-NYARI
apparaissent les Bari-Azande. Cet espace occupé par les
Logo, auxquels peuvent être ajoutés les Avokaya, a la Les Budu-Nyari seraient originaires d’Afrique orientale,
forme d’un tétragone, dont les côtés nord-est, sud-est et de la région des Grands Lacs. Moeller dit que l’ancêtre Bodo
nord-ouest mesurent respectivement 95,85 et 135 km, et habitait à proximité des eaux au pied du Rwenzori : « les
dont le centre se trouve à 30° de longitude E et 3°30’ de Babudu viennent du Bunyoru et marquaient le début de la
latitude N. C’est un espace entouré, du côté nord-est par poussée des grandes migrations bantoues qui se firent sous
les Baka, les Mondo et les Kakwa ; du côté sud-est par 166
la poussée des Gallos ».
les Kaliko et les Ndo ; du côté sud-ouest par les Dhongo, e
La migration budu daterait autour du xvi siècle, écrit
les Mangbetu, les Mamvu, les Bari et les Bangba ; du e
Meessen : « au xvi siècle, les Bantous établis dans le pays
côté nord-ouest par les Azande et le Mondo. situé entre le lac Victoria et le lac Albert se mettent en
Le peuple logo est majoritaire numériquement et route. C’est alors qu’ont eu lieu les premières migrations des
sociologiquement dans le territoire de Faradje. Il comporte 167
Banyari-Mabudu et des Babira-Bakumu ». P. Schebesta
des subdivisions que reflète leur division en chefferies : précise que le groupe Budu-Nyari aurait fait partie de la
Logo-Lolia, Logo-Bagela, Logo-Ogambi, Logo-Doka et ramification orientale des Budu occidentaux habitant aux
Logo-Obeleba. Notons que les Dhongo constituent un des environs du lac Albert .
168
peuples du territoire de Faradje. Bien que n’étant qu’une Du lac Albert, les Budu-Nyari se seraient mis en branle,
minorité démographique comme les Mondo, ils ont leur cette fois ci, sous la poussée des envahisseurs appelés
propre chefferie, voisine de la chefferie Logo-Doka et Mandoloma par la tradition orale. Van Geluwe pense que
frontalière au territoire de Watsa. cette migration coïnciderait avec le mouvement Shilluk-
De tous les voisins des Logo, seuls les Kaliko, les Bari e
Dinka au début du xvi siècle de notre ère .
169
et les Lugbara parlent des langues qui appartiennent au D’après cette même source, une fois partis de la
même groupe linguistique que le logoti. région interlacustre, les Budu-Nyari seraient passés par
le Ruwenzori et auraient traversé la Simliki. À Gety, et
aux environs de Shari, les Nyari se scindèrent en deux
2.7. LES BUDU 170
groupes et se séparèrent ainsi des Budu . Après cette
séparation, les Budu continuèrent vers Watsa en passant
Les Budu se réclament les descendants d’un ancêtre par Aru. Aux prises avec les Mamvu et les Mangbetu, ils
éponyme appelé Bodo. C’est lui qui serait le fondateur descendirent le cours de la Bomokandi où ils vécurent
165
du groupe portant son nom . Après confrontation longtemps en paix avec leurs voisins Medje-Mango. Mais
des données relevant de la tradition orale, la généalogie lorsque ceux-ci durent fuir les attaques des Azande, les
des Budu, leur généalogie peut être décrite de la façon Budu émigrèrent vers le sud. Ainsi de l’Uele, les Budu,
suivante : il y eut Mombi, puis Edoo, Ngopa, Toku et, par vagues successives, vont s’installer et occuper la
enfin, Bodo. Ce dernier eut un frère du nom de Mombi région de Wamba, située de part et d’autre de la rivière
et une sœur, Nyari, génitrice des Nyari, peuple apparenté
aux Budu. Bodo aurait eu quatre fils : Epa, Koy, Gada et 166 Moeller, cité par Meessen, J., Monographie de l’Ituri.
Dimbisa qui fondèrent les actuelles chefferies Mahaa, Histoire, Géographie, Économie, Bruxelles, Ministère
des colonies, 1951, p. 174.
Malamba, Bafwakoy, Bafwagada, Makoda, Wadimbisa
167 Meessen, J., op. cit, p. 175.
(Baneta). Les autres chefferies et secteur du territoire de
168 P. Schebesta, cité par Van Geluwe, op. cit., p. 12.
Wamba (cf. infra) sont nés d’autres souches.
169 Van Geluwe, op. cit., p. 13.
170 Isikisiki, B., L’Ethno-histoire des Babudu. Dès origines
165 Van Geluwe, H., Les Bali et les peuplades apparentées : à 1964, inédit, ISP/Kisangani, 1980, p. 14. À ce sujet
Ndaka-Mbo-Beke,-Lika-Budu-Nyari, Tervuren, de la séparation définitive entre les deux groupes, on
Musée royal du Congo belge, 1959, p. 8, « Annales du a souvent évoqué une brouille concernant un champ
Musée royal du Congo belge, sciences de l’Homme, de maïs. Et la langue demeure une preuve de leur
vol. 5 ». origine commune.
93
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Nepoko. Ils n’y trouvèrent que des Pygmées, qui leur Les Mbororo qu’on retrouve en RD Congo viendraient
171
auraient fait un bon accueil . du Niger. Ils seraient passés par le Tchad, le Soudan et
la République centrafricaine et arrivés en RD Congo
en 2000 (d’autres témoignages situent l’arrivée des
2.9. LES LIKA premières vagues vers 1982) durant la guerre du RCD
(Rassemblement congolais pour la démocratie) et du
Peu après l’installation des Budu, arrivèrent les Lika, MLC (Mouvement de libération du Congo) qui avait
172
qui sont en fait des Boa . Ils entrèrent dans la région par débuté en 1998 contre le pouvoir de L. D. Kabila. Ils
deux vagues. Le premier groupe arrivé s’établit, vers 1730, s’installèrent dans la partie du pays sous le contrôle du
175
dans la vallée de la rivière de Maïka, il constituera par MLC et de ses alliés .
après l’actuelle chefferie Balika-Toriko. Le second groupe À la recherche des meilleurs pâturages, les Mbororo
est formé des Nyakpu. Les Lika-Ateru s’assimilèrent aux occupent aujourd’hui la partie de la savane boisée du
Budu en épousant leurs coutumes et même leur langue. bassin de l’Uele compris entre le Bas-Uele et le Haut-
e 176
Vers le xviii siècle, sous la poussée des guerriers azande, Uele .
les Lika s’installèrent à Wamba. Sur leur espace actuel, les Dans le Haut-Uele, le Mbororo se sont établis en
Lika durent faire face, premièrement, aux attaques de leurs territoire de Dungu dans les chefferies Ndolomo et
voisins Mangbetu. Ces attaques se soldèrent parfois par Malingindo, après avoir occupé les territoires de Niangara
173
des alliances entre les deux peuples . Pour se débarrasser et de Faradje d’où ils ont été chassés. En 2007, environ
de la menace des Mangbetu, les chefs budu firent appel 3.750 Mbororo étaient présents dans le Haut-Uele (dont
aux Arabisés, les Ngwana, venus du sud en passant par le 2.550 à Dungu), accompagnés d’environ 30.000 têtes de
177
Maniema. Ceux-ci exigeront, en contrepartie, des esclaves bétail .
et d’autres biens. Les Mbororo sont organisés selon leur nationalité
d’origine. Ils sont représentés par un chef nommé
Muhamed alias « Tchad » (de nationalité tchadienne) et
2.10. PROBLÉMATIQUE DES MBORORO d’un adjoint appelé Djibril (de nationalité centrafricaine).
DANS LE HAUT-UELE Il y aurait parmi les Mbororo quelques Libyens et des Uda
soudanais.
Outre ces peuples anciens présentés ci-dessus, le Haut- Très peu de relations se tissent entre les communautés
178
Uele est confronté depuis quelques années à l’établissemnt locales et les Mbororo . Il existe entre ces deux
sur son espace d’un peuple migrant nommé Mbororo. groupes des barrières linguistiques et culturelles. Au
Ceux-ci sont des éleveurs nomades qu’on retrouve plan linguisitique, les Mbororo parlent des langues
dans divers pays du Nord et de l’Ouest africain. Ils sont que les communautés du Haut-Uele ne connaissent
composés d’un métissage entre les Peulhs et les Arabes. Ils
sont nilotiques et pratiquent la religion musulmane. Les 175 Entretien du 12 décembre 2009 avec des
hommes et les femmes mbororo se tressent les cheveux, ils parlementaires tchadiens lors de la conférence
ont le culte de leur beauté et de leur bétail et organisent des parlementaire internationale sur la justice et la paix
fêtes où la beauté de l’homme et de la femme est mise en en RD Congo, dans la région des Grands Lacs et
174 de l’Afrique centrale tenue à Kinshasa du 10 au 12
exergue . Ils se déplacent continuellement à la recherche
décembre 2009. Rapport de commission des députés
de pâturages.
nationaux à la suite de la mission effectuée dans le
Bas-Uele et les Haut-Uele, 27 décembre 2007.
171 Isikisiki, B., op. cit., p. 16. 176 Idem.
172 Van Geluwe, op. cit., p. 13. 177 Nkoy Elela, D. (dir.), Les migrations transfrontalières
173 Isikisiki, op. cit., p. 80. des Mbororo au Nord-Est de la République
174 Booquerre, H., Moi un Mbororo : autobiographie démocratique du Congo. Étude de cas au Haut-Uele et
de Oumarou Ndoudi, Peulh nomade, Paris, Édition au Bas-Uele, IKV Pax Christi, avril 2007, p. 36.
Karthala, 1986, p. 178. 178 Idem, p. 50.
94
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE
pas (kimbororo, kisango, arabe, anglais). Quant aux la population autochtone et les Mbororo armés se
Mbororo, ils ne maîtrisent pas les langues utilisées par produisent en brousse, lorsque les locaux veulent
les communautés locales (kirambo, madi, kingbetu, aller chasser et pêcher ;
logoti, lingala, français). Au plan culturel, la culture des – les Mbororo privent la population locale d’accès à
Mbororo est perçue comme diamétralement opposée ses ressources naturelles, en détruisant les pièges
à celle des communautés locales. Leur religion, l’islam, qu’elle tend, en chassant les femmes qui pêchent
est assimilée à la violence, l’intolérance et au terrorisme. à la digue, en détruisant les ruches des abeilles,
Enfin, leur mode de vie les isole. Les Mbororo vivent, en en tuant les herbivores rencontrés en brousses,
effet, dans des camps retranchés, souvent très mobiles, toujours pour protéger leurs vaches ;
par souci de protéger leur cheptel et de lui trouver de – les Mbororo pillent parfois les réserves alimentaires
nouveaux pâturages. de la population et détruisent leurs récoltes, allant
Les relations les plus fréquentes qui’ils tissent sont jusqu’à tirer sur eux s’ils réclament ;
d’ordre commercial, les Mbororo recherchant auprès de la – en 2007, un cas de viol a été rapporté dans la
population des denrées alimentaires et les commerçants localité de Ngoloni (territoire de Dungu) et des
locaux achetant des vaches aux Mbororo. Ces relations sont tombes de grands chefs auraient été pillées dans
déséquilibrées, la possession d’armes plaçant les Mbororo la chefferie Mamlingindo (territoire de Dungu)
179
dans une position dominante . Par ailleurs, les Mbororo et dans la chefferie Manzinga (territorie de
entretiennent très peu de contacts avec les autorités locales Niangara).
congolaises, ayant leurs propres règles, leurs propres modes
de régulation sociale et leurs propres chefs. La population locale considère, dès lors, que la
Les relations entre les Mbororo et les populations présence des Mbororo constitue un autre facteur
locales sont difficiles et engendrent souvent des conflits de d’instabilité et d’insécurité, à côté de celle des groupes
toute nature. armés, telle la LRA.
Le Haut-Uele est dès lors confronté au problème de
l’intégration des Mbororo dans l’espace qu’ils occupent. Si les autochtones accusent les Mbororo, ceux-ci, quant
180
Citons quelques sources de conflits souvent évoquées : à eux, s’estiment être des mal aimés, comme en témoigne le
181
reportage de Béatrice Petit reproduit ci-après :
– les Mbororo introduisent un nouveau mode de « Les Mbororos, ces mal aimés
production basé sur l’élevage du gros bétail qui Nomades sans frontières, en quête de pâturages, les
concurrence celui de la population locale, basé éleveurs Mbororos suscitent le rejet des autochtones
sur l’agriculture, l’élevage du petit bétail (chèvre, au Nord-Est du Congo. Plus grave, les soldats ont violé
porc…), des volailles et la chasse ; impunément 38 de leurs femmes et volé plus de 5000
– ils occupent l’espace de manière disproportionnée vaches.
avec leurs bêtes, allant jusqu’à dévaster les champs Lors d’un séminaire à Isiro, des représentants religieux,
des villageois et ils polluent l’eau des rivières et des entre autres, ont signé une pétition adressée au Premier
ruisseaux avec leurs excréments ; ministre dans laquelle ils fustigent l’insécurité ambiante,
– les Mbororo et leur bétail envahissent la région causée, selon eux, par les rebelles ougandais de la LRA
et font fuir les gibiers qui constituent une source (Lord’s Resistance Army) « et les envahisseurs Bororo ».
de revenus et de nourriture pour la population Certes, nul ne peut contester la terreur engendrée par
autochtone. De nombreuses confrontations entre la LRA, hormis Kinshasa qui s’obstine à nier l’évidence.
Mais qu’est-ce qui pousse des acteurs respectables de la
179 Nkoy Elela, D. (dir.), op. cit., pp. 42-43. société civile à mettre sur le même pied des nomades,
180 Rapport de commission des députés provinciaux de la généralement pacifiques, et à les traiter d’envahisseurs ?
Province-Orientale à la suite d’une mission effectuée
à Dungu du 25 mars au 8 avril 2009 et Désiré Nkoy 181 B. Petit a séjourné en janvier 2011 dans le Haut-Uele.
Elela (dir.), op. cit., p. 44. Cf. Petit, B., Dimanche, mars 2011.
95
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Les (M)bororos sont des pasteurs peuls, originaires, Un agent des renseignements, qui voulait alerter
pour les uns, du bassin du Niger, pour les autres, de Lybie. ses supérieurs, aurait été arrêté et torturé à Isiro pour
Après avoir migré au Tchad, en Centrafrique et au “diffusion de mensonges”.
Sud-Soudan, en recherche de grands espaces verts et de Interrogé à propos d’un ordre donné de quitter le territoire,
points d’eau pour leurs troupeaux, certains Mbororos sont le général Kifwa a reconnu avoir donné mandat de désarmer
arrivés jusqu’en RDC. En particulier, depuis 2001, dans les les Mbororos. Un seul d’entre eux a été trouvé en possession
savanes arborées et les forêts peu habitées du bassin des d’une arme et incarcéré à Kisangani. “Entré illégalement sur
Uele, où ils seraient au nombre de 5.000 avec 98.000 bêtes. notre territoire, il devra répondre d’une infraction grave
Par delà le conflit traditionnel avec les agriculteurs, qui devant la justice militaire et l’office des migrations”, clame le
voient le bétail traverser leurs carrés de manioc ou polluer Général. Le nomade incompris risque de payer cher.
leurs rivières, la cohabitation a toujours été difficile avec La population ne prendra pas sa défense. “À voir défiler
des éleveurs au faciès arabisant, ne partageant ni la même un cheptel aussi impressionnant, les pauvres autochtones
langue, ni la même religion et accusés de porter des armes se sentent menacés, n’osent pas établir le moindre contact
(pour protéger leurs animaux). alors qu’il y aurait des opportunités de commerce et
d’échanges”, explique Joost van Puijenbroek, chercheur chez
L’image du méchant IKV Pax Christi (Pays-Bas). Les pasteurs dédommagent
En voyant arriver les premiers nomades à Niangara, régulièrement en vaches pour les dégâts occasionnés aux
un jeune garçon s’est noyé, pris de panique. Même si, dans cultures, ce qui est légitime. Mais on exagère volontiers,
cette localité en particulier, on vit toujours dans la peur, trouvant facilement prétexte à l’indemnisation. Les
à cause des massacres à grande échelle commis par la Mbororos sont accusés de tous les maux. Et l’image du
LRA, l’accident est révélateur. Beaucoup assimilent à tort, méchant donne la permission publique de les piller. »
délibérément ou non, les LRA et les Mbororos.
Chassés du district voisin du Bas-Uele par les agressions,
les viols et les enlèvements commis dans la brousse par des 3. LA SITUATION LINGUISTIQUE
soldats congolais, quelque 600 femmes, enfants et hommes
âgés mbororos étaient venus chercher refuge, complètement Nous allons tenter de présenter un status quaestionis
démunis, a constaté un responsable MSF. des langues parlées dans le Haut-Uele. On va désigner les
Le 21 décembre, un adolescent est blessé par balle dans langues parlées dans leurs espaces locaux.
leur campement improvisé. Et le 5 janvier, l’endroit est vidé
de ses occupants manu militari. Nous avons rencontré Les langues parlées dans le Haut-Uele sont :
leurs porte-parole, tentant désespérément un dialogue – le français : langue officielle en RD Congo, utilisée dans
avec les autorités locales : “Les militaires nous somment l’administration et l’enseignement ;
de partir mais ils nous bloquent en chemin. Nous avons – le lingala et le swahili : langues nationales en RD Congo,
déjà suffisamment payé : 38 de nos femmes ou fillettes ont utilisées dans l’enseignement uniquement aux niveaux
été violées, provoquant 10 avortements. D’autres ont été maternel et primaire. Mais ces deux langues sont
enlevées. Ils nous ont volé 5000 vaches et pas mal d’argent”. prépondérantes dans la communication populaire. Le
A l’abri des regards, mon chauffeur de moto confirme en lingala est parlé sur toute l’étendue du Haut-Uele, tandis
ajoutant “sans parler des ânes, des moutons et des motos”. que le swahili est couramment parlé dans le territoire
Des groupes de 30 à 40 vaches, accompagnés de de Wamba et une partie du territoire de Watsa ;
militaires ont été vus à plusieurs reprises, sur la route de – les autres langues, appelées « dialectes » ou langues
Niangara vers Isiro, puis à l’abattoir de cette localité. De locales, pratiquées dans le Haut-Uele sont directement
même à Dungu, lors des fêtes de fin d’année, les habitants liées aux différents peuples autotchones. Ainsi sont-elles
se sont réjouis de voir la viande déborder soudainement aussi nombreuses et d’origines variées que ces derniers.
des étals et les prix plonger. Les vaches avaient été repérées On peut les répartir en quatre groupes linguistiques :
un peu plus tôt à proximité du camp militaire. – les langues soudanaises : elles comprennent les langues
pazande, mangbetu, logo, lugwara, bangba, mayogo,
96
LA SITUATION LINGUISTIQUE
97
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Notons qu’il existe diverses langues présentant un faible – le pazande (langue locale) des autochtones ;
taux de locuteurs dont l’appartenance ou non à la famille – le swahili (langue nationale) parlée par les commerçants
des langues soudanaises reste à vérifier ou à prouver. Il s’agit à majorité nande, et par les pêcheurs wagenia venus de
notamment de l’avokaya, du baka, du padjulu (territoire de Kisangani.
Faradje) ; de l’efee (lese), du mayanga, du mabadi, du gbote
et du bomi (territoire de Watsa).
3.2. TERRITOIRE DE FARADJE
3.1. TERRITOIRE DE DUNGU Huit langues locales y sont parlées : le logoti, le mondo,
l’avokaya, le kakwa, le dongo, le baka, le padjalu et le
Dans le territoire de Dungu, les langues parlées sont : pazande. Mais c’est le logoti qui domine ; il se parle dans
– le lingala (langue nationale) ; plusieurs chefferies logo du territoire.
98
LA SITUATION LINGUISTIQUE
3.3. TERRITOIRE DE NIANGARA une brillante civilisation dont parle l’explorateur allemand
Schweinfurth.
Il y a cinq langues locales à taux de locution élevé : Du point de vue politico-administratif, mais aussi
culturel, le kingbetu fut utilisé par les Matsaga, qui avaient
– le mangbetu (nemangbetuti), parlé dans 6 chefferies : supplanté les Mangbetu dans la région, comme langue
Mangbetu, Mangbele, Kereboro, Kupa, Okondo et d’administration et de communication interethnique. À ce
Manziga ; propos, André Scohy écrit : « Enfin, à un moment donné,
– le pazande parlé dans 3 chefferies : Boimi, Manziga et une famille – la famille des Mangbetu – connut l’apogée
Kopa ; et s’imposa à une partie de ces populations, mettant ses
– le madhi parlé dans 3 chefferies : Okondo, Manziga et propres membres à la tête des tribus étrangères, étendant
Mangbetu ; le prestige de son nom sur un embryon d’empire : alors
– le bangba parlé dans 3 chefferies : Kopa, Kereboro et naquit, éphémère mais violente, une hégémonie dont les
Okondo ; premiers explorateurs virent encore les feux [….] Ainsi,
– Le kiyogo parlé dans 3 chefferies : Kereboro, Kopa et dans cette question, les races, l’histoire, les conquêtes, la
Okondo. politique, la culture et même les concepts administratifs
se mélangent, se confondent parfois mais sans jamais se
183
En plus de ces cinq langues, il en existe d’autres, à taux recouvrir exactement . »
de locution faible ou tout simplement en voie d’extinction.
C’est le cas du barambo, du mamvu, du duga, du gbote, du
mangbele… 3.4. TERRITOIRE DE RUNGU
Deux de ces langues locales ont tendance à s’imposer :
le mangbetu et le pazande. Les facteurs qui sont à la base En plus du français, le lingala est utilisé – mais à moindre
de cette prédominance sont à la fois d’ordre historique, échelle – dans l’enseignement. Il reste, cependant, la langue
politique et administratif. dominante (la plus parlée) au niveau de la communication
Du point de vue historique, on retiendra que lors populaire. Les langues locales du territoire de Rungu sont :
de leurs conquêtes, les Azande ont systématiquement le mangbetu, le kiyogo, le lika, le mamvu et le medje. Elles
imposé leur langue aux peuples soumis. C’est le cas dans se répartissent sur les espaces d’usage suivants :
la chefferie Manziga où il existe des groupes importants de
Madhi et Bangba qui parlent actuellement le pazande. Les 183 Scohy, A., L’Uele secret, Bruxelles-Léopoldville, Office
Mangbetu, quant à eux, avaient séjourné dans la région de international de librairie - La Librairie congolaise,
la moyenne et basse Bomokandi où ils avaient développé 1955, p. 109.
99
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Répartition des dialectes par espace d’usage bantou. Ils estiment que les ressemblances du kibudu avec les
dans le territoire de Rungu langues soudanaises sont à mettre sur le compte des contacts
avec les peuples soudanais au milieu desquels les Budu
Langues Espaces d’usage vivent et au fait qu’ils soient séparés des autres. Ces langues
Mangbetu soudanaises se pratiquent aujourd’hui encore dans certaines
(nemangbetuti) Chefferies Azanga, Mboli, Mongomasi, chefferies et le secteur du territoire de Wamba. C’est le cas du :
Ndey
Kiyogo Chefferies Mayogo-Mabozo, Mayogo- – mangbetu dans la chefferie Malamba (groupements
Magbai, Mboli et Azanga Bahatetaka et Likupe), la chefferie Mahaa (précisément
(groupement Mangbele) dans le groupement de Bavabola) ;
Medje Chefferie Medje-Mango – kiyogo dans la chefferie Malamba (groupements
Lika Chefferie Mongomasi (groupement Balatende et Manzabi) et dans la chefferie Makoda
Balika) (groupements Bamatebi, Basokobio, Bamungo et
Mamvu Chefferie Mboli (groupement Besetego) ;
Mangbetu I) – le belabela et le kidjombi sont les langues spécifiques
des Pygmées qui se trouvent dans le secteur MMB ;
– dimachokwa, langue pratiquée dans la chefferie
3.5. TERRITOIRE DE WAMBA Mangbele ; elle serait la fusion de trois langues :
mangbele, mangbetu et kibudu ;
En plus du français, le swahili est utilisé – mais à – lika, langue parlée dans la chefferie Balika-Toriko.
moindre échelle – dans l’enseignement (niveaux maternel
et primaire). Le swahili, langue héritée des Arabo-Swahilis,
sert dans la communication populaire interethnique. 3.6. TERRITOIRE DE WATSA
Mais le lingala connaît une avancée progressive dans le
territoire, principalement dans son chef-lieu et dans les En plus du français, l’usage du lingala dans
foyers miniers de Mambati, Bole Bole, Gbonzunzu, etc. l’enseignement (niveau maternel et primaire) est répandu,
Le kibudu est la langue dominante dans tout le comme dans une moindre mesure, celui du swahili, dans
185
territoire. Mais il présente actuellement bien des variétés la partie sud-ouest du territoire de Watsa. Van Bulck
dialectales. Les avis et considérations des auteurs divergent note la présence de six langues du groupe mamvu-balese
quant à sa classification parmi les groupes linguistiques. subdivisé de la manière suivante :
Le linguiste américain J. Greenberg classe le kibudu
dans la famille nilo-saharienne, dans la branche Chari- – langue mombi ou meimbi, ainsi appelée ndo, avec pour
Nil et sous la branche Soudan central qui comprend « dialectes » : l’okebo et l’avari ;
des langues comme le logoti, le lugbara, le madhi, le – langue mangbetu, avec pour « dialectes » : le mangbetu ;
mangbetu, le kilendu, le kiyogo, le medje, etc. D’après cette le mangbetu-Kero ; le mangbetu-Lobo ; l’awimuri et le
184
classification, le kibudu serait une langue soudanaise . bamodo ;
Van Der Kerken, quant à lui, classe le kibudu parmi les – langue mamvu qui aurait pas moins de 32 « dialectes »
langues semi bantoues à cause des traits communs qu’il pouvant être ramenés à 5 groupes selon l’aire
présente avec les langues bantoues. Notons que de nombreux géographique (Nord, Sud, Est, Sud-Ouest et Sud-Est)
locuteurs du kibudu interrogés dans le cadre de cette étude de leur usage dans le territoire ;
préfèrent voir le kibudu classé dans le groupe linguistique – langue ameengi, avec pour « dialectes » : le muledre, le
maidjiru et le moodu ;
184 Macozy Tsopo, M., cité par Abandi, Si Dieu s’est
révélé au peuple Budu, que vient faire Jésus-Christ ? 185 Van Bulk, cité par Van Geluwe, Mamvu-Mangbetu
Approche théologique dans le texte de l’inculturation, et Balese-Mvuba, Tervuren, Musée du Congo belge,
inédit, Bukavu, Théologat St-Pie X, 1991, p. 7. 1957, pp. 16-17.
100
LA SITUATION LINGUISTIQUE
– langue elee ou Lese, avec pour « dialectes » : le lese- Le mamvu, le mangbetu, le lese, le bangba, le bari et le
Ossodo, le lese-Dese, le letse, l’abvu-Nkootu et le mvuba bomi sont les langues dominantes du territoire. Rappelons
(ou mvube) ; que dans le centre extracoutumier (cité de Watsa et les
– langue beendi. grandes agglomérations aurifères de Durba et de Tora,
voire de Mungbere), on note une régression de la pratique
À ces subdivisions linguistiques détaillées que donne le des langues locales au profit du lingala et du swahili.
R.P. Van Bulk sont à ajouter les considérations suivantes :
– Van Den Plas considère que diverses familles
mamvu, bien qu’ayant gardé la langue de leurs ancêtres, 3.7. CITÉ D’ISIRO
ont adopté dans la vie publique le pazande, l’angbwa ou le
mangbetu selon qu’elles soient soumises à l’un ou l’autre Dans la cité d’Isiro, les langues les plus pratiquées
de ces peuples. Mais il ajoute que le mamvu a influencé sont le lingala, le mangbetu, le kiyogo et le kibudu. Le
186
fortement le parler des Bale et des Azande du Yei ; lingala, à cause de son caractère national et de langue
– Le R.P. Hulstaert fait remarquer la tendance à la d’enseignement, est pratiqué par toute la population ;
187
« mangbetuïsation » ; suivent en ordre décroissant le mangbetu et le mayogo.
e
– Schweinfurth signale qu’à la fin du xv siècle, certains
188
Mamvu parlaient la langue des Babukr .
101
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
« Certes, toute une apparence de vie ancienne demeure, telle personnalité ou de tel riche touriste, ils consentent à
mais elle recouvre des choses qui s’effritent, s’effondrent danser comme jadis au son des trompes et des tambours ;
[…] Sans doute, les Mangbetu tissent encore des nattes, et, la danse terminée, le chef du village ne manque pas
tressent encore des chapeaux de paille, fabriquent encore de réclamer large rétribution en espèces sonnantes, car,
des “negbe” ces ovales décoratifs qui protègent le séant des déclare-t-il, “c’était là un grand dérangement” […] Même
femmes […] mais tout cela commence à se perdre. Déjà, la danse, cette expression spontanée de l’âme africaine, s’est
on ne trouve plus que çà et là les hangars aux poteaux ici commercialisée et se transforme en numéro folklorique
189
sculptés qui avaient fait l’admiration des explorateurs pour autocars en tournées […] »
[…] Les poteries à forme humaine ? Il n’y a plus que l’un
ou l’autre artisan qui connaisse encore cette technique Un grand nombre d’objets d’art anciens originaires
qui sera bientôt oubliée […] Les couteaux mangbetu, les du Haut-Uele prirent le chemin des musées nationaux et
beaux couteaux mangbetu, qui servent à payer la dot, on occidentaux où ils furent souvent exhibés à l’occasion de
les trouve encore partout, mais ici aussi tout est en train l’une ou l’autre exposition. Après l’indépendance du pays,
de changer et les parents de la belle-fille commencent à de nombreux objets d’art du Haut-Uele furent, en effet,
préférer à ces couteaux, façonnés à la mode antique, des acheminés vers Kinshasa, à l’Institut des musées nationaux
chemises, des malles en fer et des bicyclettes […] Quant du Zaïre (IMNZ). Ainsi, au début du mois d’avril 1973,
aux boîtes à miel que surmontaient des têtes sculptées, elles deux ethnologues belges, Jean et Patrick Dierickx, firent-
ont complètement disparu […] ils un séjour d’une semaine dans le Haut-Uele, avec
Rançon du progrès […] avec l’essor du commerce pour mission essentielle d’y collecter des œuvres d’art
cotonnier, une prospérité aux signes évidents s’est installée traditionnel à Isiro, Wamba, Niangara et dans quelques
dans la région […] et l’argent berce chacun de rêves tôt autres localités. Ils réussirent à rassembler un nombre
réalisés : les braies d’écorce battue et le bonnet de raphia impressionnant de bustes et autres objets sculptés en ivoire
sont dès qu’on le veut remplacés par le chapeau mou et les et en ébène, de peintures sur toile ainsi que de céramiques,
pantalons de confection dont les stocks se déversent sur etc. La finalité de cette collecte était qu’après sélection
les marchés. Et sur ces marchés eux-mêmes que j’ai connus certains de ces objets soient exhibés, à Kinshasa, dans
voici dix ans encore riches en produits de l’industrie locale, une exposition sous la direction du frère Cornet, alors
aujourd’hui, hormis quelques nattes et quelques pots directeur général adjoint de l’IMNZ, puis à Bruxelles, sous
grossiers, je n’ai plus rien trouvé qui fût sorti de mains de le haut patronage de l’ambassadeur du Zaïre en Belgique,
l’artisan indigène. Les goûts des acheteurs vont à la pacotille ceci dans le cadre de l’Association des Amitiés belgo-
de bazar, et, dans ce domaine, rien ne manque : ni les miroirs zaïroises. La récolte fut particulièrement importante dans
de poche, ni les canifs ornés de celluloïd, ni les chaînes de la chefferie Mongo-Masi en territoire de Rugu, parce que,
montre en nickel. On y découvre même des lunettes dont peut-on lire dans Boyoma, « les ethnographes Dierickx
l’ébonite largement étalée encercle des verres à vitre, des (avaient) reçu du chef de cette collectivité locale, le
savons si minuscules qu’ils ne doivent servir qu’à un seul citoyen Teingu – un brave homme et militant authentique
lavage et des petits pots de rouge chimique qui, chez les du Parti – de nombreux objets d’art qu’il dét(enait) de
élégantes de l’endroit, ont rapidement triomphé du suc de ses ancêtres pour remettre à titre de dons au président-
l’hibiscus dont leurs grand-mères se teignaient les ongles. fondateur du Mouvement populaire de la révolution, le
190
Dans un rapport récent, un administrateur de la général de corps d’armée Mobutu Sese Seko . »
région écrivait : “Signe regrettable peut-être des temps Nous avons sélectionné quelques objets d’art ancien
actuels, mais bientôt les danseurs mangbetous refuseront du Haut-Uele reproduits dans des catalogues d’exposition.
de s’exhiber s’ils ne sont pas rémunérés officiellement”. Où Nous les présentons ci-après.
sont les cohortes de danseurs de jadis qui, dès la descente
du soleil, s’assemblaient bruyamment sur les places ? 189 Scohy, A., op. cit, pp. 112-113.
Aujourd’hui, portefeuille garni, ils préfèrent entendre Tino 190 « Nombreux objets d’art traditionnel récoltés dans le
Rossi dérouler ses sirops dans le phono acheté au magasin Haut-Zaïre », Boyoma, Kisangani, mercredi 11 avril
du coin ; il faut un ordre pour qu’à l’occasion du passage de 1973, pp. 1 et 2.
102
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
103
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
104
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
de raphia en arac (type d’alcool local), paraissent être des apportait la bonne fortune à l’endroit où les danses étaient
193
créations locales. exécutées. » (n° 226, D. Demolin .)
105
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Statuettes mangbetu. (EO.0.0.2618, collection MRAC (EO.1955.128.1 + EO.1955.128.2, collection MRAC Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC
Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.) Tervuren ©.)
106
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
107
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
de l’Uele réalisés au début du siècle dernier et celle que l’on Oye ! ha Maranga, woro bara mo la wala.
peut écouter actuellement. O yé ! Maranga et Woro on danse en amont.
Au niveau de l’analyse musicale proprement dite, on Bande mali na bala da nsiere Woro le Kangoro dore ay !
retrouve fréquemment des ostinatos et des responsorial Woro, Bondo vient avec sa chaise sans nous porter
chœur solo dans la plupart des communautés, que ce à manger. Quelle affaire. Ah ma mère ! Les femmes
soit dans la musique des Logo, des Budu ou encore des de Bangwasa et de Mbala ne me donnent pas à
Budu-Nyari. « L’influence de la polyphonie Pygmées est manger.
perceptible dans certains répertoires. C’est notamment le A wa nare ! wa Bangwasa, Mbala alane sa liaw wa agno.
cas dans le jeu des trompes qui est parfois une simple copie La mort a pris mon père Dagame. Pourquoi Allah
des chants202 ». Ainsi donc, les structures contrapuntiques a-t-il fait cela ?
des Pygmées asua ont fortement influencé les orchestres Banda kando ere te badiere. Angoro kala lao dagame.
de trompes Ambala des Mangbele. Les transpositions de A te yongo Barambo: no motedzi, gire bande go de ma ne
mélodies d’un instrument à un autre sont assez fréquentes fole.
203
dans cette région . Il n’est pas rare de voir des Mangbele Écoute Barambo : je dis que j’ai donné des couteaux
chanter des mélodies originellement prévues pour des pour avoir ma femme.
xylophones azande. Woro Zimbada ma nzi te ze? Babara, Zurwuba na Ganzi
Cette diffusion s’expliquerait au niveau des Mangbetu Topi.
204
par l’échange de musiciens entre chefs . Ainsi donc la Qui a pris ce village ? C’est Barbara et Ganzi Topi.
culture matérielle et immatérielle musicale s’est propagée
au-delà des frontières des communautés respectives. Les Chants des Azande du chef Liwa
Pygmées asua ont eu une grande influence dans la vie Bwala baso, bwala baso. Kumba ne so vura ne kiga. Baso
musicale des Mangbetu. oyo, Baso ono. Kumba oyo, Kumba ono.
Les paroles des chansons font toujours allusion aux Vive la lance ! Quand le guerrier a combattu il revient
problèmes du quotidien ou bien rendent hommage au au village.
chef. Ci-dessous les textes des enregistrements contenus Dule le du agbwe dule le du. Dule le e agbwe dule le du.
dans la caisse de la mission Hutereau n° 110 fournissant Attaquons nos ennemis, nous les disperserons.
un aperçu des thématiques. Zeze zeze e zeze o vura ao vura te o. Avura kipa vura o
N.B. Chacune de ces phrases est chantée par un vura gao, vura te o.Mi alua lo mi pwili. O vura.
Barambo et reprise ensuite en chœur. La même phrase Les guerriers de Kipa (Tikima) sont rentrés de
est répétée quantité de fois et forme ainsi une chanson de l’expédition. Ils n’ont pas rencontré d’ennemis. Je
marche. pleure parce que je ne les ai pas accompagnés.
ee a e ee a e ee a e ee a e
Chants Barambo ……………………………………………
Akenge mwa ga. Jara barambo guteme eri ere. Boemi, kana ba Golombo.
Akenge part. Les Abarambo ne se veulent pas chez Boemi, Kano est le père de Golombo (Golomb est
eux. une fille aînée des enfants de Kana).
Na ma mbere palie re, ako ba diere a li tay a nengaza.
Je pleure mon frère est mort. Que vais-je faire ? Ci-dessous quelques instruments de musique de l’Uele
Da ne ba Wanga ne Mali kanga Bangwali. Makonzo wowe par catégories suivis d’une brève description organologique
nembe. et ethnologique.
Makanza est venue pour être l’épouse de Wanga ; elle
a choisi Bangbwali, c’est une wowe.
108
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
4.2.1. Idiophones
Joueur de tambour à fente Nemandru, dit en forme de Tambour à fente semi-lunaire mangbetu ; Uele, RDC. (MO.0.0.8852, collection
tulipe. Tambour à fente spécifique des communautés de l’Uele de MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©.)
la RD Congo. (MP.0.0.6049, collection MRAC Tervuren ; photo J.
Steenhoudt, 1985, MRAC Tervuren ©.)
109
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
b. Xylophones
La forme la plus répandue de xylophone dans la
région est celle dite à « touches libres » (voir photo ci-
dessous). Il s’agit de lames de bois déposées sur deux
troncs de bananier. Elles sont la propriété des musiciens
(généralement au nombre de 4 ; chacun possédant 3 ou 4
lames) et se montent et se démontent à chaque utilisation.
Le xylophone à touches libres n’existe que dans la région
de l’Uele, chez les Azande, les Barambo, les Bodo, les
Mamvu et les Mangbutu. Les Mangbetu ignorent l’usage
206
du xylophone .
Gugu : tambour à fente des Azande Xylophone pandingbwa ou encore kpaningba, dit à « touches libres ».
Un autre type de tambour à fente s’appelle « Gugu » (EP.0.0.10081, collection MRAC Tervuren ; photo A. Hutereau, 1913.)
chez les Azande ; il a quatre pieds et n’est pas portable.
On peut voir sur la photo les deux solistes et les deux
accompagnateurs.
110
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
Lamellophone angba ; Uele, Aruwimi, RD Congo. (MO.1955.130.5, collection MRAC Tervuren ; photo Jo Van de Vyver, MRAC Tervuren ©.)
111
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
112
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
113
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Trompes en ivoire mangbetu. (65 et 66_ MO.1954.134.75, collection MRAC Trompettes ambala. (Photos équipe locale, 2009.)
Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.)
114
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
Un chant de « kanga »
Manigo o, Manigo e e
Manigo o, Manigo e e
Manigo tsa tsa e
Manigo est l’excellent
Aria kodo dhia be
Si l’oiseau pouvait transporter l’homme
Aria re ami do
L’oiseau pouvait te transporter et te déposer
chez Dieu
Tayile nzambi vena
Si le pigeon (gris) pouvait transporter l’homme,
il pouvait te transporter et te déposer chez Dieu
Harpe kundi des Azande, recueillie à Doruma. (MO.0.0.30372, collection MRAC
Kobhola kodo dhia be Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©.)
Kobhola re ami do
Tayile Nzambi vena
Manigo e, Manigo e e e
Manigo e, Manigo e e e
Manigo la vu dre yo
Manigo est passé à lui
Aria kodo dhia be
Si l’oiseau pouvait transporter l’homme
Aria re ami do
L’oiseau pouvait te transporter et te déposer
dans la maison de Dieu
Tayile Nzambi djona
Si le pigeon (gris) pouvait transporter l’homme,
il pouvait te transporter et te déposer dans la
maison de Dieu
115
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Un autre type de cithare. (Photo équipe locale.) Khudi. (Photo équipe locale, 2009.)
c. Le kudhi d. Le gulitindia
C’est un instrument musical joué chez les Logo, les Cet instrument est utilisé chez les Logo par les jeunes
Baka et les Mondo. Les griots sont les utilisateurs attitrés filles, surtout, lorsqu’elles gardent les champs de maïs et de
du kudhi. riz, afin de chasser/éloigner les oiseaux. Il peut être joué en
groupe à la maison pour se distraire.
e. Le lari-ba a
Ce n’est pas un instrument en tant que tel, mais juste
une corde installée à plat sur le sol et séparée par de petits
supports qui produisent différents tons de musique,
comme sur de vrai tam-tams. Il est utilisé dans le cadre de
l’initiation des garçons, qui apprennent à jouer.
Malgré cette présence de références musicales,
la musique traditionnelle connaît une régression
considérable. Il arrive actuellement que certains chefs
de chefferies obligent leurs subalternes à constituer un
orchestre traditionnel dans leurs villages.
Les Logo ont plusieurs danses (nga-toma) dont
chacune est circonstancielle. Énumérons :
1 - Samba
Khudi. (Photo équipe locale, 2009.)
a) Avo-samba : danse mortuaire ;
211 Demolin, D., Anthologie de la musique congolaise. b) Samba-Nyalu : danse de réjouissance populaire ;
Vol. 3. Musiques du pays des Mangbetu [Compact 2 - Mvogia : danse d’homme ;
Disc Digital Audio], Bruxelles, Fonti Musicali : Jos 3 - Kadhu : danse féminine sur la pointe des pieds ;
Gansemans, 1987.
116
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
4 - Kakuru : danse mixte (hommes et femmes) ; que le kimbanguisme, mouvement créé en 1921 par
5 - Sisi : danse mortuaire (hommes et femmes) ; Simon Kimbangu, devenu son prophète, a été reconnu
6 - Nyalu : danse populaire libre (Malinga) ; officiellement par l’Administration coloniale, le 24
7 - Nyakilo : danse mortuaire (hommes et femmes) ; décembre 1959, et dénommé «Église de Jésus Christ sur la
8 - Aramba : danse incantatoire (hommes et femmes) ; terre par le prophète Simon Kimbangu » (EJCSK). Quant
212
9 - Ambalandu ou Kulumbiri : danse guerrière, au kitawala, celui-ci est né du Watch Tower .
uniquement pour hommes.
212 Le kitawala est le produit idéologique du Watch Tower
américain, connu davantage sous la dénomination de
témoins de Jehovah. Le mot kitawala viendrait d’une
4.3. LA VIE RELIGIEUSE
translittération du mot anglais Tower prononcé à la
bantu (tawar, tawal, tawala) et auquel les adeptes
Depuis l’arrivée de traitants musulmans vers le milieu adjoignirent le préfixe ki. Selon L. Debertry (Kitawala,
e
du xix siècle, d’une part, et de missionnaires catholiques roman, Élisabethville, Éditions Essor du Congo, 1953),
e
et protestants vers la fin du xix siècle, d’autre part, deux ce préfixe désignerait, en swahili, une manière d’être
des grandes religions du livre se sont enracinées dans le ou de faire. À force de l’utiliser, ce mot finit par se
Haut-Uele : l’islam et le christianisme. rapprocher et s’identifier complètement au mot swahili
De ces deux religions sont nées des religions kitawala, c’est-à-dire dominer. Au fil du temps, ce
« syncrétiques », c’est-à-dire des religions dans dernier se substitua à Tower. Le premier terme Watch,
lesquelles des éléments de ces religions et des religions incompris, perdit du terrain en faveur de Tower, que les
traditionnelles se confondent. Deux belles illustrations en adeptes, qui ne connaissaient pas l’anglais, retenaient
sont le kitawala et le kimbanguisme. Précisons, toutefois, aisément, du fait que les propagandistes le prononçaient
en dernier lieu, en l’accentuant. L’appellation Kitawala
117
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Le kimbanguisme et le kitawala sont, pour le Haut- Elle devient un vicariat apostolique, le 6 mai 1924. Le
Uele, des produits religieux exogènes, qui se sont 24 février 1958, la préfecture apostolique de Doruma est
introduits dans cette région à la suite de la politique de séparée du vicariat apostolique. Le 10 novembre 1959, le
relégation du gouvernement colonial qui interdit ces deux vicariat apostolique est promu diocèse de Niangara, pour
214
mouvements sur toute l’étendue de la colonie belge. Le devenir diocèse d’Isiro-Niangara le 23 mars 1970 .
kitawala conquit la Province-Orientale pendant la Seconde Le diocèse de Doruma, qui verra le jour le 26
Guerre mondiale. Il fut dissout, le 6 novembre 1942, septembre 1967, sera dénommé diocèse de Dungu-
dans le district de Stanleyville et le 30 janvier 1943, dans Doruma le 14 mars 1971. Le vicariat apostolique de
toute la Province-Orientale. En moins d’une année, 210 Wamba est érigé le 10 mars 1949, à la suite de la division
membres de cette secte seront internés : 103 dans un camp du vicariat apstolique de Stanleyville. Le diocèse de
spécial érigé en territoire de Faradje et 107 en territoire Wamba est créé le 10 novembre 1959.
213
de Bafwasende . Les racines congolaises du kitawala Les trois diocèses font partie de la province
sont situées dans les zones industrielles de la province ecclésiastique de Kisangani. Il y a lieu de noter, quant
du Katanga où ce mouvement vit le jour vers 1921. À ce à leur superficie d’ensemble, que les trois diocèses ne
même moment naissait à Nkamba, dans le Bas-Congo, le coïncident pas exactement avec l’espace du Haut-Uele.
mouvement kimbanguiste. La répression fut violente, un En ce qui concerne le district de Poko, qui fait partie du
grand nombre d’adeptes étant déportés vers des provinces Bas-Uele, ses missions, Poko Mater Boni Consilii (1952) et
éloignées. C’est à Niangara que plusieurs kimbanguistes Amadi Saint-Herman (1899) notamment, dépendent du
furent accueillis. diocèse de Dungu-Doruma. Une autre partie du district
À l’heure actuelle, on dénombre dans le Haut- de Poko, Poko Saint-Augustin (1974), Viadana Saint-Curé
Uele trois grandes religions modernes dominantes : le d’Ars (1928) et Limba, a été ecclésiastiquement intégrée
catholicisme, l’islam et le kimbanguisme. Il existe une dans le diocèse d’Isiro-Niangara.
large variété d’autres Églises, dites de réveil, comme Bima, Le diocèse de Wamba est encore plus compliqué à
Fepaco (Nzambe Malamu), Libérer les captifs, Jésus seul ce propos. Plusieurs paroisses font partie du district de
sauveur, Assemblées des saints, Logos Rhema, Christ est la Tshopo : dans le territoire de Bafwasende, il s’agit de
mon rocher, AIFA, Brahnam, etc. Bafwasende Saint-Pie-X (1956), Bomili Vierge Immaculée
Les religions « traditionnelles » ont presque (1956) et Avakubi ; dans le territoire de Banalia, il s’agit de
toutes disparu à la suite des actions menées depuis Panga Notre-Dame de Lourdes. Il englobe également une
l’époque coloniale par les missionnaires catholiques et partie du territoire de Mambasa dans l’Ituri : Mambasa
l’Administration. Les pages ci-après retracent la conquête Notre-Dame du Saint Rosaire, Nduye Mater Dei (1950),
ecclésiastique du Haut-Uele. Ngayu Sainte-Barbe (1950) et Niania Regina Pacis.
Dans le Haut-Uele, situé dans la périphérie nord-est Remarquons encore qu’ils sont l’œuvre de plusieurs
de l’EIC, l’évangélisation débuta beaucoup plus tard que congrégations missionnaires différentes, tant masculines
dans certaines autres régions. Dans ce domaine, l’Église que féminines, qui, dans un premier instant, ont pu
catholique devança légèrement les sociétés protestantes. compter sur des catéchistes et des moniteurs et monitrices,
et dans un second instant, à partir de la Seconde Guerre
4.3.1. Les missions catholiques mondiale, sur le clergé et les religieuses autochtones.
Le Haut-Uele compte trois diocèses ecclésiastiques :
Isiro-Niangara, Wamba et Dungu-Doruma. La préfecture a. Les Norbertins de Tongerloo
apostolique de l’Uele oriental a été créée le 18 décembre Des missionnaires norbertins, qui œuvraient déjà
1911, par division de la préfecture apostolique de l’Uele. dans le Bas-Uele depuis deux ans, sont les premiers à
s’installer dans le Haut-Uele. Quelques religieux quittent
prit ainsi le dessus et s’imposa à tous les adhérents du
nouveau mouvement politico-religieux. 214 Annuaire de l’Église catholique au Zaïre, 1974-
213 Kitawala – Synthèse de l’Administration de la Sûreté 1975, Kinshasa, Édition du Secrétariat général de la
du Congo belge, Léopoldville, s. d. conférence épiscopale, 1975, p. 289, p. 307 et p. 315.
118
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
Cathédrale Sainte-Thérèse de
l’Enfant Jésus d’Isiro. (Photo
équipe locale, février 2011.)
119
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
le 19 janvier 1912. Un peu plus tard, les Dominicains Les missions dominicaines s’étendent très vite dans les
reprennent la mission de Gombari qu’ils vont abandonner années vingt : Doruma et Rungu, en 1920 ; Niangara, en
en 1918. Alors, c’est à Watsa, dans la région des mines d’or, 1923 ; Faradje et Viadana, en 1928. La mission de Duru est
qu’ils fondent une nouvelle mission. Une année plus tard, ouverte en 1931.
en 1919, suit une implantation à Dungu.
120
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
Carte des missions dominicaines jusqu’en 1958. (Source : Costermans, J., Cent ans de mission au Congo…, op. cit.)
c. Les Augustins
En 1952, les premiers pères augustins viennent Les évêques du diocèse de Dungu-Doruma
s’installer dans le Haut-Uele. Les Dominicains leur cèdent
cinq missions : Doruma, Amadi, Poko, Duru et Dungu. Noms Début de carrière Fin de carrière
Ils obtiennent leur propre juridiction ecclésiastique : la Guillaume Van den Elzen 13 novembre 1958 7 mai 1983
préfecture apostolique de Doruma, née le 24 février 1958 Émile Aiti Waro Leuru’a 7 mai 1983 25 septembre 1983
et devenue le diocèse de Doruma, le 26 septembre 1967. Richard Domba Mady 14 mars 1994 à nos jours
Elle sera dénommée diocèse de Dungu-Doruma, le 14
mars 1971. d. Les prêtres du Sacré-Cœur
La congrégation des frères congolais augustins est C’est le 10 mars 1949 que le vicariat apostolique de
gr
fondée par M Van den Elzen, évêque de Doruma, en Wamba est créé par la division du vicariat apostolique
215
juillet 1968 . de Stanleyville. Il est érigé en diocèse de Wamba le 10
novembre 1959.
215 Annuaire de l’Église du Congo. 1969, Kinshasa, Centre
de recherches sociologiques, Service des statistiques,
1970, p. 39.
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CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Source : Annuaire de l’Église du Congo. 1969, Kinshasa, Centre de recherches sociologiques, Service des statistiques, 1970.
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LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
4.3.2. Les missions protestantes En 1929, les ADC reprennent à la HAM la station
Par rapport au Bas-Congo (Kongo-Central), au Kasaï de Betongwe. Deux nouvelles missions sont ouvertes en
ou au Katanga, par exemple, l’installation des missions 1937, à Andudu et à Ndeya. Mais la station de Ndeya sera
protestantes dans la région de l’Uele a été très tardive. Il n’y fermée ultérieurement et remplacée, en 1954, par celle
eut même pas de présence protestante durant la période de de Biodi.
l’EIC. Le Haut-Uele a été le champ d’apostolat pour trois
sociétés missionnaires protestantes. Les fondations missionnaires protestantes
à l’époque coloniale, 1908-1960
a. L’Africa Inland Mission (AIM)
C’est l’ancien président des États-Unis, Théodore Date Localité Société missionnaire
Roosevelt, qui est à l’origine de la fondation de la première 1913 Dungu AIM
station missionnaire protestante dans le Haut-Uele. En 1914 Niangara AIM
1910, il a visité les missions de l’Africa Inland Mission et 1915 Napopo AIM
c’est grâce à ses bons offices que le gouvernement belge 1917 Poko HAM
a donné l’autorisation à cette association religieuse de 1918 Wamba HAM
s’installer dans la Province-Orientale. Une première 1919 Moto AIM
mission est ouverte sur le lac Albert, en 1910, par des 1921 Ibambi HAM
missionnaires venant de l’Ouganda. 1921 Gombari ADC
Une année plus tard, l’AIM pénètre plus loin dans la 1929 Betongwe ADC
Province-Orientale et établit une mission à Dungu, le 22 1933 Egbita HAM
septembre 1913. Elle envisage surtout l’évangélisation chez 1937 Andudu ADC
les Azande. Au fil des années, des centres sont organisés 1937 Ndeya ADC
chez les Balogo et les Lugbara (Ituri). Des établissements 1954 Biodi ADC
sont alors organisés : à Niangara, en 1914 ; à Napopo, en
1915, Bafuka, en 1915, à Moto, en 1919.
4.3.3. Les croyances traditionnelles
b. La Heart of Africa Mission (HAM) La domination coloniale a transformé les sociétés
La Heart of Africa Mission est, en réalité, la branche traditionnelles congolaises dans beaucoup de domaines de
congolaise de la Worldwide Evangelization Cruzade la vie. D’une part, les autorités coloniales et missionnaires,
(la Croisade d’évangélisation mondiale) fondée par qui voyaient d’un mauvais œil certains rites que les
C. T. Studd et A. B. Buxton. Les deux fondateurs autochtones exécutaient dans le cadre de l’une ou l’autre
arrivent à Kilo en juin 1913 pour progresser très vite société secrète, luttèrent de manière impitoyable contre
vers Nala, à la frontière entre le Bas et le Haut-Uele, où certaines pratiques jugées barbares et criminelles. D’autre
le gouvernement colonial leur offre les bâtiments de part, l’introduction de nouveaux éléments, comme l’argent
l’ancien poste. européen, fut à l’origine de la dégradation de la vie sociale.
La HAM s’installe quasi simultanément dans le Bas et L’argent mit, notamment, fortement sous pression la dot et
dans le Haut-Uele. Les missions de Poko (Bas-Uele) et de le mariage traditionnel.
Wamba (Haut-Uele) sont fondées respectivement en 1917
et 1918. La station d’Ibambi (Haut-Uele) voit le jour en a. Les sociétés secrètes
1921. En 1933, elle crée encore une léproserie à Egbita. Le 22 décembre 1916, un enfant d’une dizaine d’années
est assassiné par des anioto ou « hommes-léopards » au
c. Les Assemblées de Dieu au Congo (ADC) village Babandjo, situé entre Avakubi et Medje. Il est
Au lendemain de Noël 1921, un groupe de missionnaires victime de la vengeance du chef Bako à qui le commissaire
pentecôtistes américains des Assemblées de Dieu au Congo, de district de Stanleyville, L. Libois, avait reproché assez
conduit par Blakeney, s’établit également dans le Haut-Uele. sévèrement de n’avoir pas assuré le ravitaillement de ses
Leur première mission est ouverte à Gombari.
123
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
124
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
à la mort ont préféré quitter le camp minier plutôt que se deux caractéristiques étrangères : l’utilisation des statuettes
217
plaindre aux autorités . » à forme humaine et la vénération du serpent. Pour lui, il
était alors peu probable que le mani soit d’origine zande,
Notons que les sociétés secrètes étaient fort répandues parce qu’avant l’introduction du mani, les Azande ne
dans l’Uele. Édouard De Jonghe, qui publia un grand connaissaient pas de statuettes à forme humaine ni la
nombre d’articles sur ce phénomène, écrivait déjà, en vénération du serpent. De plus, cette secte n’avait eu que
1923, que la plus puissante et la plus dangereuse des peu de succès chez les Azande du Haut-Uele .
221
le candidat devait avaler une boisson répugnante. Dans Dans son article intitulé « De geheime Mani-sekte te
le temple, le chef « sorcier » le saisissait par la nuque et Boma » (« La société secrète mani à Boma »), O. Six, un
l’inclinait au-dessus du foyer. Lorsque celui-ci suffoquait missionnaire de Scheut, confirmait déjà, en 1921, que
à moitié, on l’enduisait de force d’un médicament ou la société secrète mani de Boma venait des Azande de
« dawa » composé de sperme humain, de « ngula » et de l’Uele où elle s’était plus ou moins mélangée à une autre
« nzuda ». On annonçait alors au néophyte ses devoirs association secrète, celle de « nebili », née chez les Mayogo
vis-à-vis de ses confrères, les châtiments qui l’attendaient ou les Mangbetu. Le mani avait un triple objectif : se
en cas de trahison. Les cérémonies se clôturaient par des prémunir contre les malheurs ; se procurer du bien-être
219
danses « licencieuses » . matériel ; nuire aux ennemis .
223
Mais la société secrète la plus ancienne, et peut-être Selon les analyses d’Édouard De Jonghe, ce qui était à
la plus célèbre, en Uele fut le « mani ». Une question l’origine de la création de la plupart des sociétés secrètes,
s’impose : le « mani » est-il originaire de l’Uele ? Certains c’était la préoccupation d’un soutien mutuel, c’était la peur
auteurs prétendent qu’un certain Bangula l’aurait fondé ressentie vivement par les Congolais déracinés ou privés
vers 1900. Il aurait une part de ses origines dans la secte des 224
de la protection et de la solidarité de la famille et du clan .
« nebedji » de l’Uele et une autre dans celle des « mbanga »
gr
220
originaire du Lado (Sud-Soudan) . En 1926, M Lagae
gr
221 Lagae, C.-R. (M ), Les Azande ou Niam-Niam.
prend, dans sa monographie sur les Azande, pour point L’organisation zande : croyances religieuses et magiques,
de départ à sa réponse, le fait que le mani aurait emprunté coutumes familiales, Bruxelles, Éd. De Jonghe, 1926,
p. 119.
217 « Sociétés secrètes : secte Mangbwalu. Crimes rituels 222 « Formations récentes de sociétés secrètes au Congo
dans la région de Watsa », Congo, t. I, 1, Bruxelles, belge », Congo, t. I, n° 2, Bruxelles, février 1936,
janvier 1940, pp. 80-81. p. 236.
218 De Jonghe, É., « Les sociétés secrètes en Afrique », 223 Six, O., « De geheime Mani-sekte te Boma », Congo, t.
Congo, t. II, n° 3, Bruxelles, octobre 1923, p. 396. II, n° 2, Bruxelles, juillet 1921, pp. 226-227.
219 Ibidem. 224 De Jonghe, É., « Formations récentes de sociétés
220 Windels, A., « La secte secrète des Mani à Lukolela », secrètes au Congo belge », Londres, Oxford University
Aequatoria, n° 2, mars-avril 1940, p. 49. Press, Africa, vol. IX, n° 1, 1936, p. 56.
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CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
Il subsiste encore aujourd’hui dans le Haut-Uele des clan, etc. Lolu passe pour être un proche du chef politique
pratiques initiatiques et/ou mystiques. Celles-ci sont dans l’administration de la population et dans la prise de
surtout présentes dans les villages. Certaines gardent grandes décisions. Il est censé connaître ce qui protège, et
un lien avec ce qui eut lieu dans le passé. Les croyances donc aussi, les noms des arbres dont :
populaires les plus répandues sont liées à la sorcellerie Ago : arbre sacré sous lequel on enterrait les maîtres
et la croyance à l’esprit des morts. On croit aux esprits initiateurs de Bhel ;
capables d’apporter le bonheur ou le malheur. Les Anga : arbre sacré qui sert de hangar pour des palabres
croyances populaires les plus répandues sont, par et différentes cérémonies ;
exemple : Atolo : arbre sacré sous lequel se tiennent des
cérémonies inaugurales des manifestations traditionnelles.
- Ngomatso : l’existence d’un diable à plusieurs faces ;
- Labha labha : un arc-en-ciel ; b. Le mariage traditionnel
- Gbara : la foudre ; Si pendant longtemps l’adultère fut sévèrement puni et
- Anzwa : une grande étoile lumineuse qui, en que la dot était une chose sacrée, durant l’époque coloniale la
explosant la nuit, produit un grand bruit comme une polygamie gagna du terrain pratiquement sur toute l’étendue
bombe ; de la colonie, tandis que la dot suivit une espèce de « cote
- Monzu : une source d’eau considérée comme le lieu des boursière » qui monta comme le prix d’une marchandise.
mauvais esprits ; Dans de nombreux cas, le montant de la dot était dépensé
- Mai-Tobho : la diablesse ; même avant que les jeunes gens ne soient réellement mariés.
225
- Mandumbe : la dame de l’eau. Le mariage traditionnel connut donc une crise importante .
Si la dot assurait autrefois la stabilité du mariage,
Citons quelques pratiques initiatiques et/ou mystiques : elle devint graduellement, dans beaucoup de régions du
Bheli ou mani : pratique initiatique pour tuer et nuire Congo belge, un véritable commerce dont une personne
aux individus ; pour se faire membre, l’initié reçoit un nom humaine, la jeune fille, était la marchandise. Dans
donné par la communauté secrète. Le maître initiateur plusieurs cas, le père vendait sa fille à celui qui offrait la
porte celui de « mbako » qui signifie prêtre de Bhelu ou plus forte somme pour la posséder. Ajoutons à cela que
« bhelu kpokpo » ou encore « samba ». les jeunes gens étaient souvent dans l’impossibilité de
Imbala ou saula : pratique mystique au cours rassembler les sommes exorbitantes qu’on exigeait pour
de laquelle les maîtres initiateurs guériraient les la dot de celle dont ils voulaient faire leur épouse. En
différentes maladies dont certaines sont dites d’origine conséquence, les vrais mariages traditionnels devinrent
métaphysique quasi impossibles et les jeunes garçons et filles en vinrent
Noko (une divination) : pratique qui permet d’identifier à vivre en concubinage. Parfois, les jeunes gens allaient
les sorciers, les jeteurs de mauvais sorts, la mort annoncée jusqu’à devoir emprunter pour pouvoir payer la dot. Ils
d’un membre ou prédire un résultat (chasse, pêche, récolte devenaient alors parfois des débiteurs, harcelés, dans de
et même la fécondité conjugale) ; nombreux cas, par leurs créanciers qui ne manquaient pas
Kunda (sorcellerie), il y a : de les traîner devant les tribunaux.
- Kunda-Sombi : qui nuit aux hommes Il y eut, en 1959, des débats à ce sujet dans le Haut-
- Kunda-Lembe : la « bonne » sorcellerie qui protège Uele. Afin de remédier à cet état d’esprit lamentable, les
les individus contre les maladies, l’avortement ou le mauvais chefs du territoire de Wamba promirent au conseil du
sort ; territoire d’entreprendre une action visant à fixer le taux de
Lolu : un chef religieux qui a pour rôle de consulter les la dot à 3.000 francs sans suppléments ultérieurs d’aucune
ancêtres (dieux) avant que le groupe (village) ne livre une sorte. Les autorités territoriales promirent à leur tour
bataille. Il joue le rôle de devin. Il préside les cérémonies
rituelles pour vénérer les mânes des ancêtres et d’autres 225 « À Wamba, où les chefs de territoire fixent le taux
pratiques ancestrales entre autres, la case spirituelle du de la dot », Présence congolaise, Léopoldville, samedi
9 mai 1959, p. 8.
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LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
d’appuyer de tout leur pouvoir cette résolution au moment Un jour, il y avait un Giti qui, pendant la saison des
où celle-ci serait proposée aux délibérations des conseils termites, allait nettoyer ses termitières le long d’une rivière.
de notables à venir. Tous étaient, en effet, convaincus que Il y avait, ce jour-là, un homme qui nettoyait aussi ses
cette mesure allait incontestablement aider à en revenir, termitières le long de cette même rivière. À un moment
dans le domaine de la dot, aux coutumes des ancêtres qui donné, le Giti et l’homme se rencontrèrent près d’une grande
s’accordaient, en beaucoup de points, avec la doctrine termitière. Chacun d’eux voulut s’emparer de cette dernière :
chrétienne. ils engagèrent un duel, s’enfoncèrent mutuellement une lance
dans le ventre et moururent tous deux.
4.3.4. Des mythes et légendes En mourant, le Giti dit à ses enfants : “Me voici mourant
Les traditions orales étaient extrêmement importantes pour les termites. N’acceptez jamais qu’on prononce mal le
dans les sociétés anciennes du Haut-Uele. Des fables, des nom termite devant vous.” C’est pourquoi nous trouvons
légendes et des mythes, abondant chez les peuples habitant souvent un Giti en pleurs en entendant donner aux termites
cette région, permettent incontestablement une meilleure le nom de Dungu. »
compréhension de leur pensée philosophique et spirituelle. Récit de Norbert Belepay, 22 décembre 1959.
Le choix de quelques récits s’est évidemment imposé.
La première légende s’intitule Pourquoi les Agiti La seconde légende fut racontée au père dominicain
n’aiment pas entendre prononcer le mot Dungu devant eux ? Lelong à l’époque coloniale. Ce missionnaire découvrit un
Les « Agiti » constituent, selon de Calonne-Beaufaict, vrai trésor de légendes chez les Mambu et les Mangutu.
un groupe d’origine akarè. Le terme akarè servait à Dans son commentaire, il fit remarquer qu’il existait
désigner tous les peuples soumis entre l’Uere et le Mbomu. une curieuse ressemblance entre cette légende et le récit
En langue zande, « kare » signifie « ennemi », « étranger ». biblique d’Adam et Eve :
Les Agiti étaient installés entre la Dume et la Dakwa et
comprenaient notamment les clans suivants : Abobwanda, « Akulundi était tout seul. Il avait soif d’un homme.
226
Abangbi, Abobilago, Abomboro et Bangito . Il prend un roc pour attraper un homme. Il attrape un
D’après l’éminent ethnologue anglais Evans-Pritchard, homme, un mâle. Il le sort de dessous la pierre et le nomme
l’ancien nom du clan Agiti était Agbembara, c’est-à-dire Mazedu. Il remet le piège et attrape une femme qu’il
« ceux qui déchiquettent les éléphants ». Ce surnom nomme Amoloru.
provenait du fait que les Agiti, après avoir tué un éléphant, Akulundi donne la femme à l’homme et monte
ne supportaient pas que d’autres gens s’approchent de la au-dessus (au ciel). Le lendemain Akulundi descend à
carcasse, car ils déchiraient l’éléphant et le coupaient en nouveau. Il voit l’homme et la femme travailler avec la gita
petits morceaux tout en luttant entre eux pour s’approprier (sorte de houe). Akulundi prend la gita et la jette au loin ;
la meilleure part de viande. la machette coupe la brousse. Akulundi dit : “Que cela soit
ainsi, mais ne touchez pas à mon piège”.
« Il y a à la pluricase 12, l’épouse du chef de famille qui Là-dessus arrive Mbari et Mbari dit : “Pourquoi ne
est du clan Giti. Mais ces Agiti en général détestent ceux qui descendez-vous pas cette roche ?” Ne faites pas tomber cette
les appellent les termites du nom de Dungu devant eux et il roche, dit Akulundi. Mbari dit : “C’est un truc de sa façon”.
arrive souvent qu’ils pleurent en entendant ce nom “Dungu”. Akulundi réapparaît et leur dit : “Pourquoi n’avez-vous
À cela s’ajoute aussi une superstition ; si, par distraction, on pas d’enfants ? Comment dormez-vous ?” Séparément,
prononce le nom Dungu près d’un Giti et qu’il commence à répondent-ils.
pleurer, il faut pour se réconcilier lui offrir des termites. “Ce n’est pas ainsi qu’il faut faire, il faut que vous
Pourquoi les Agiti pleurent-ils quand on prononce le couchiez ensemble comme cela”.
nom Dungu devant eux ? Mazedu a un garçon, puis une fille, puis un garçon.
Quand il y eut beaucoup d’enfants, Akulundi revient encore
226 Salmon, P., « Récits historiques zande », Bulletin de une fois et leur rappelle qu’ils ne doivent pas défaire le piège.
l’Académie royale des sciences d’outre-mer, Bruxelles, Mbari revient, s’approche d’eux à nouveau et leur dit
1965-4, pp. 861-863. que s’ils ne descendent pas la pierre, s’ils ne la font pas
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CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
retomber en déclenchant le dispositif qui la tient soulevée, Azande n’attribuaient de cause naturelle à aucune maladie.
ils resteront petits et Akulundi seul demeurera grand. La maladie était, dans leur esprit, toujours occasionnée
Amoloru, la femme, dit à son mari : “Descends la roche par un mauvais sort jeté par un individu possédant le
pour que nous devenions grands”. Mazedu descend la roche. mangu (le mauvais œil). S’ils reconnaissaient que le froid
Akulundi le vit et dit : “Maintenant vous allez travailler pouvait provoquer une pneumonie, que la syphilis pouvait
vous-mêmes et vous n’aurez plus d’habits en écorce d’arbre, être contractée par des rapports avec un syphilitique, ils
mais une peau de bête”. estimaient que ces causes n’auraient pas sorti leurs effets
Les enfants de Mazedu cherchaient de l’eau. Akulundi si le mauvais sort n’avait été jeté sur le malade. Il fallait, en
apparaît et leur demande : “Que cherchez-vous ?” “De l’eau conséquence, avant tout soustraire la victime à l’influence
229
mais nous n’en trouvons”, répondirent les enfants. “Avez-vous occulte de ce mauvais sort .
cherché là-bas ?” demanda Akulundi. “Oui, mais il n’y en a Il existait, d’ailleurs, une danse appelée avule,
pas non plus”. “Comment me connaissez-vous ?”. exécutée par des spécialistes, qui avait pour but de faire
Sans attendre la réponse, il enlève des feuilles sèches connaître le nom de celui qui poursuivait le malade. Une
de bananier, et l’eau apparaît. Un des enfants, plus blanc fois découvert, la parenté se rendait chez ce dernier et le
que les autres, le remercia. Les autres enfants de Mazedu et suppliait de ne plus inquiéter sa victime. S’il était bien
227
d’Amoloru ne le remercièrent pas . » disposé, il prenait une gorgée d’eau fraîche et la crachait
violemment à terre en protestant de ses bonnes intentions.
Il est très probable que les Mamvu-Mangutu, forts dans Si le danseur avait bien prédit, la maladie quittait le
l’art oral comme les autres peuples du Haut-Uele, se soient souffrant. Mais les Azande n’avaient pas toujours recours
inspirés de la Bible dans la composition de cette légende. à la danse de l’avule. Ils se contentaient souvent de
Celle-ci prouve que la différenciation raciale entre les déloger le malade et de le cacher dans la brousse, à l’insu
Noirs et les Blancs liée à la couleur a pu susciter quelques de son milieu, dans l’espoir de le soustraire à l’influence
questionnements chez eux. Il apparaît qu’ils aient cherché d’un villageois séjournant auprès de lui et qui lui aurait
la réponse dans le domaine religieux. jeté un mauvais sort.
Les Azande se considéraient aussi comme tributaires
4.3.5. La médecine « indigène » zande de certains peuples pour la médication de quelques-unes
ou l’art « traditionnel » de guérir de leurs maladies. Ainsi achetaient-ils aux Mangbetu
Dans les années vingt et trente, le missionnaire les remèdes contre le moti et aux Basiri ou aux Madi les
dominicain Albert De Graer, arrivé dans le Haut-Uele en remèdes contre l’himabatio et l’himadakurugbwa. Ils
1922 après avoir suivi des cours de médecine tropicale, reconnaissent ignorer l’origine de certains autres remèdes.
étudia l’ethnographie médicale zande. Sans trop de A la question « qui vous a donné ce remède ? », ils
préjugés, il examina les pathologies humaines et les répondaient : « nos ancêtres »… qui auraient appris les
thérapies médicales des Azande du territoire de Doruma. valeurs thérapeutiques des plantes de Dieu. Ils affirmaient
Il savait que les malades se présentaient au dispensaire de aussi que très souvent les atolo (les mânes) venaient leur
la mission parce qu’ils étaient attirés par la gratuité des indiquer pendant le sommeil, sous la forme d’un rêve, la
médicaments et parce qu’ils étaient souvent incapables de plante qu’ils devaient utiliser dans un cas bien déterminé .
230
128
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
Mais la théorie de la signature des plantes était aussi Il est frappant de constater le grand nombre de remèdes
largement appliquée par les Azande. En voici quelques existant pour une seule maladie. Cela s’explique par le fait
exemples : que la flore de la région où habitent les Azande n’étant pas
- Le fruit mûr du vuruma, bien rond et velouté, tout à fait homogène (certaines chefferies possédaient
regorgeant de sève laiteuse fait penser au sein d’une femme des plantes médicinales que l’on ne trouvait pas ailleurs ;
qui vient d’accoucher. Aussi la racine de cette plante est- dans une même chefferie, telle plante déterminée n’a pour
elle donnée en infusion à la mère qui ne parvient pas à habitat qu’une rivière ou une plaine), les guerriers et les
allaiter son nourrisson. chasseurs devaient pouvoir trouver les remèdes à leurs
- le bambira et le baakaya ou kase, employés dans maux là où ils se trouvaient, et à n’importe quelle époque
les cas de syphilis, portent des fruits qui ressemblent de l’année, sous peine de devoir les chercher fort loin et de
233
beaucoup au chancre syphilitique ; causer préjudice à leur marche en avant .
- le fruit du danga a l’aspect du scrotum humain. Le père De Graer fournit dans son article un aperçu des
Aussi l’incinère-t-on et ses cendres sont-elles employées maladies les plus importantes et les plus courantes qui se
pour guérir l’hernie scrotale et l’éléphantiasis du scrotum ; rencontraient chez les Azande, les unes bien connues, les
- à un moment donné de leur croissance, les autres très étranges. Pour chacune de ces maladies il dresse
tiges grimpantes du haraka, très appréciées dans le une liste correspondante des remèdes et des traitements
traitement de la lèpre, perdent leurs feuilles. Celles- appliqués.
ci sont remplacées par une double rangée de bandes, Il signale 16 remèdes contre les vers intestinaux
accolées à la tige, qui petit à petit se dessèchent, se (ascaris, ankylostomes, anguillules), 42 contre la
fendillent et tombent par petits morceaux, tout comme blennorragie, 44 contre la poliomyélite, 4 contre la
les extrémités des mains et des pieds disparaissent dans blépharite ciliaire, 19 contre le phagédénisme des plaies,
la lèpre mutilante. Les plaques rougeâtres se dessinant 53 contre la pneumonie, 1 contre l’ascite, 9 contre la
sur le tronc du kungu, remède contre la lèpre cutanée, bronchite, 3 contre les convulsions des nourrissons, 7
ressemblent aux plaques érythémateuses du début de contre l’éléphantiasis scrotale, 7 contre l’épilepsie, 48
cette maladie ; contre la syphilis, 17 contre la syphilis mutilante, 19 contre
- la cendre de carapace de tortue est employée la lèpre, 13 contre les morsures vénéneuses de serpents,
dans le babandua ou ulcère phagédénique parce que le 55 contre les dysenteries amibiennes et bilharziennes,
malade souffrant de pareil ulcère ne peut marcher que très 23 contre les hernies inguinales et scrotales, 10 pour
lentement, comme la tortue ; aider à réduire les fractures, 14 antidotes contre les
234
- les cendres provenant d’un morceau de chair empoisonnements etc .
découpé dans le pied d’un éléphant tué sont prétendues Il s’agit d’un document extrêmement intéressant du
guérir l’éléphantiasis de la jambe231. point de vue de la pharmacopée zande. À titre illustratif,
les remèdes que les guérisseurs proposaient pour soigner
Selon Albert De Graer, c’est dans le mode de vie des la syphilis sont repris ci-après :
Azande que l’on trouvait les principaux caractères de « Kongoni = syphilis.
leur thérapeutique. Le point de départ était la passion Cette maladie est déjà bien répandue parmi les Azande. Il
avec laquelle ils s’adonnaient, avant l’arrivée des Blancs, n’en était pas ainsi jadis avant l’arrivée des Européens. Les grands
à la guerre et à la chasse. Sans cesse en mouvement, ils ne polygames étaient alors beaucoup plus nombreux et leurs femmes
pouvaient se payer le luxe de traitements doucereux, parce étaient placées sous une surveillance beaucoup plus étroite. Tout
que très longs. Ils nécessitaient des remèdes énergiques, au le monde redoutait les terribles châtiments qui sanctionnaient
232
moins contre les maladies les plus graves .
233 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo,
231 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo, 1929, I-2, pp. 225-226.
1929, I-2, pp. 224-225. 234 De Graer, A., « État actuel des recherches sur la médicine
232 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo, indigène en territoire de Doruma », in Compte-rendu de
1929, I-2, p. 225. la XIIIe semaine de missiologie de Louvain, op. cit., p. 102.
129
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
l’adultère, et qui, s’ils n’étaient pas la mort, consistaient le plus dans toute son horreur, elle s’appelle zoli. C’est alors que l’on
souvent dans de cruelles mutilations des parties génitales, des voit apparaître d’affreuses pustules aux alentours des lèvres ; des
mains et des oreilles. La crainte de pareilles sanctions retenait gommes volumineuses s’attachent à toutes les parties du corps ;
donc fortement tous ceux qui se sentaient attirés vers la femme la chevelure tombe et le malade exhale une odeur nauséabonde.
d’autrui. Même les rapports avec les jeunes filles étaient beaucoup Les Azande admettent la contagion de la syphilis, tant par l’usage
plus rares, la plupart de celles-ci ayant été destinées dès leur bas d’objets ayant servi aux syphilitiques que par des rapports sexuels
âge à l’un ou l’autre polygame, et la violer aurait été un méfait imprudents. Généralement, ils n’attendent pas que le chancre
aussi grave que de coucher avec la femme déjà enfermée dans caractéristique de la syphilis se soit formé pour constater qu’ils
le harem de son mari. À part le cas de syphilis héréditaire, seul ont contracté la maladie. L’apparition du chancre leur semble
le mari pouvait contracter la syphilis d’une de ses femmes, ou précédée immédiatement d’une espèce de petite gale s’étendant
celles-ci de lui. Sa propagation devait donc être lente. Les riches et sur toute la peau, ou de petites taches pâles rappelant à leurs
les puissants de la région se faisaient un monopole de femmes et yeux l’asilisili. Celui qui, averti par ce signe avant-coureur,
celles-ci étaient enfermées comme des esclaves dans des endroits parvient grâce à l’absorption d’un remède efficace, à prévenir les
inaccessibles, comme c’est actuellement encore le cas pour les manifestations ultérieures, n’est pas immunisé contre les rechutes
femmes de quelques grands chefs. éventuelles. Il doit se tenir sur ses gardes et seulement user de
Cette situation poussa les jeunes gens et les hommes non remèdes préventifs. Ceux, au contraire, chez qui la syphilis
capables de se procurer légitimement une femme, à s’adonner s’est pleinement déclarée et dont la guérison a été constatée par
aux vices contre nature. l’expulsion soit dans les selles, soit dans les vomissements, de
La pénétration du Blanc a mis fin à ces terribles sanctions l’“œuf de la syphilis” (bande kongoni), sous l’influence du remède,
de l’adultère en ordonnant de les remplacer par un paiement de se disent immunisés pour la vie et peuvent impunément avoir
couteaux. Mais ces paiements n’étaient effectués que par un certain des relations sexuelles avec des personnes syphilitiques.
nombre d’indigènes. Les autres, les vagabonds, qui ne parvenaient C’est une chose très étrange que cet “œuf de la syphilis”. Il
même pas à rassembler la dot nécessaire pour s’acheter une réside au milieu du ventre du malade. Expulsé, il se présente sous
première femme, traînaient l’affaire en longueur, et, après avoir la forme d’une petite boule de la grosseur d’une cerise environ,
lassé pendant plusieurs années parfois la partie lésée, voyaient rosâtre, très mou et entouré de nombreuses glaires et de mucus.
leur peine commuée en quelques mois de prison indigène et à Dans ces glaires, on retrouve enchevêtrées d’innombrables et
quelques coups de fouet. Les adultères, moins craints, devinrent très fines ramifications qui partent toutes de l’œuf comme d’un
beaucoup plus fréquents, et les petites filles ne pouvant plus, grâce centre et qui ont pour fonction de se répandre dans tout le corps
à l’intervention de l’Européen, être livrées à l’état de mineures aux jusqu’à la surface cutanée où leurs extrémités se développent en
polygames, devenaient l’objet de la convoitise de chacun. Il est à pustules. C’est pourquoi quand ils veulent dire que la syphilis
noter que, d’après la coutume zande, des rapports sexuels avec une s’est entièrement déclarée, les indigènes emploient l’expression,
fille non promise en mariage – et il s’agit toujours d’une promesse kura, qui veut dire : sortir. C’est vraiment l’œuf de la syphilis qui
fondée sur un début de paiement – n’entraîne pour le coupable s’extériorise et sort en quelque sorte aux yeux du malade, grâce
aucune obligation de réparer auprès du père la lésion du droit que aux nombreux prolongements qu’il émet. Telle est la description
ce dernier aurait à l’honneur de sa fille. que nous ont faite les Azande de cet “œuf de la syphilis”.
Cette plus grande liberté eut pour effet naturel de Aussi longtemps que cet œuf n’est expulsé, le malade n’est pas
propager une maladie qui jusqu’alors s’était réduite à quelques guéri. Tous ses efforts tendront donc à s’en débarrasser. Les remèdes
individualités ou quelques groupes. La syphilis devint une plaie qu’il emploie à cet effet provoquent tous des diarrhées et des
commune, d’abord évidemment dans les centres d’Européens, vomissements. Ceux-ci sont parfois d’une extrême violence. Cette
mais aussi parmi les indigènes. expulsion survient après deux, trois et même plusieurs absorptions
Les Azande attribuent aux Arabes – aux Bakatulia – du remède, suivant le degré d’invétération que la maladie a acquis.
l’introduction de la syphilis dans leur pays. Ils l’appellent kongoni, Elles sont effectuées à plusieurs jours d’intervalle pour ne pas trop
pour signifier sa ténacité. Le verbe kongo en zande veut dire : épuiser le patient. Une fois l’œuf rejeté, le malade prendra encore
être immobilisé dans quelque chose. Peut-être le mot “kongoni” une ou deux fois le remède pour bien s’assurer qu’il ne reste plus
est-il d’origine étrangère ; mais les Azande n’en trouvent pas rien de lui dans le corps. La cessation complète des vomissements
moins la racine dans leur propre idiome. Quand la syphilis éclate après une nouvelle ingestion du remède sera le signe que tout foyer
130
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE
de la syphilis est éteint. Il existe donc un rapport réel entre l’œuf de Mélanger à des légumes la cendre d’une tige du mbandiya.
la syphilis et les remèdes destinés à le détruire. Je me suis plusieurs Boire de la bière indigène très chaude qui a cuit avec des
fois laissé dire que ces mêmes remèdes n’exerçaient aucun effet racines du nawo. Ces deux derniers remèdes ne provoqueraient
émétique ou autre sur les indigènes non atteints de la maladie. Par pas des diarrhées ou des vomissements.
contre, ils sont une pierre de touche pour ceux qui doutent s’ils l’ont
contractée. Ils le sauront avec pleine certitude, si, après avoir ingéré B. Traitement local
des plantes, ils en ressentent les effets. Appliquer sur les chancres et les gommes des cendres des
L’expulsion de l’œuf de la syphilis suffira à elle seule pour écorces des racines du mvwe, ou du kasoro, ou du nguko, ou
faire disparaître toute trace cutanée de cette maladie. Mais afin du zolengembembeho, ou du gumba, ou des cendres du fruit du
de hâter leur cicatrisation, les pustules et les gommes seront bambira, ou de la résine du bakeikpwe.
enduites d’onguents préparés à cet effet ou lavées avec une eau Laver les plaies syphilitiques avec une infusion d’écorce
dans laquelle a trempé l’une ou l’autre plante. pilée du tuturetu, ou des feuilles du ngbelengbele.
Il ne faut pas oublier que durant tout un temps après sa Saupoudrer les plaies soit avec de l’écorce pilée du sasa, soit
guérison, le convalescent doit se soumettre à un régime, qui avec des feuilles pilées du kpeawande, soit avec de la fine poudre
consiste surtout dans l’abstention de certains aliments, tels que provenant du pilage du gbarakpangbaningba.
la viande de poule, celle d’éléphant, la chair de certains rongeurs Oindre les plaies syphilitiques avec la sève rouge du zambara,
et de certains poissons et en général de tout aliment pimenté. ou avec une pommade faite avec de la sève blanche du nzikpe et de
l’écorce pilée du ngula, après avoir lavé ces plaies avec une infusion
Remèdes d’écorce pilée du wilizagandue. Tenir les plaies syphilitiques au-
dessus de la fumée provoquée par l’incinération de racines du kuma.
A. Traitement général, ayant pour effet d’expulser l’ “œuf Écraser sur ces plaies avec le doigt de petites drupes du tita-
de la syphilis” par diarrhées ou vomissements : bavulubate.
Boire une infusion d’écorce de l’aningo ou une infusion des
fruits verts de cette plante, ou une infusion des écorces des racines C. Remèdes préventifs
du ngbege, ou du hilya, ou du ngbelengbele, ou de l’anbokopa, ou Boire une infusion de résine du banga.
des écorces du tronc du ndoka ou du ngero. Manger du sungbwa cuit dans une infusion de résine de
Manger avec un peu de sel indigène des cendres des racines racines du lindiseke ou du zelengembembehe.
du kandagabwate, ou du gumba. On mâche en même temps une N.B. – Le traitement local n’est qu’un palliatif, s’il n’est
noix de palme. précédé du traitement général. Les Azande savent fort bien
Boire un peu de bière indigène dans laquelle on a laissé qu’il ne sert à rien de guérir les plaies extérieures si le foyer
cuire des racines du mbarapa. de la syphilis existe dans le corps. Ces différents remèdes
Manger une compote de patates douces qu’on a cuites dans appliqués sur les plaies syphilitiques ne servent qu’à hâter leur
une infusion d’écorce de la racine du liwe ou du tubercule ou du cicatrisation, une fois que l’“œuf de la syphilis” a été expulsé par
235
fruit de l’andegira. les drogues éméto-cathartiques . »
Manger du sungbwa préparé avec des écorces des racines
du liwe, ou de l’aningo, ou du zambara ou du maliakpakaya, ou Le père Albert De Graer eut l’honnêteté de reconnaître
des feuilles du nguko, ou celles du ranga. que des guérisons avaient été obtenues grâce à des
Boire un peu de toma dans lequel on a laissé tremper thérapies utilisant des plantes médicinales. Il en rapporta
l’écorce du parakuma, ou la racine du nasamba, ou l’écorce de même plusieurs cas :
la racine de l’anzigo.
Manger des arachides cuites dans une infusion faite avec « Je me trouvais depuis deux jours à Bangaro, lorsqu’un jeune
l’écorce des racines des trois plantes : aningo, bamolomolo, agoio. chrétien, tombé malade depuis une semaine, sent son état s’aggraver
Chauffer un œuf auquel on a mélangé un peu de sève coulant subitement. Il me fait appeler par le catéchiste et je me rends à sa
d’une entaille faite dans l’écorce du tronc du teke. Manger cet œuf.
Manger deux ou trois pilules faites avec de l’écorce pilée de 235 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo,
la racine du parakuma et de termites écrasées. 1929, I-2, pp. 220-254 & 1929, I-3, pp. 361-408.
131
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE
case. Il a une pneumonie […] Je colle mon oreille sur son dos et années, et les ayant repérés et interrogés depuis, je n’ai retrouvé
lui demande de respirer la bouche ouverte. La respiration ne se fait chez eux aucun signe de leur hideuse maladie. Ils affirment
236
plus que par petits coups saccadés et très intermittents. J’entends même être immunisés . »
le glouglou d’un épanchement séreux à chaque mouvement
respiratoire. Je devais repartir le lendemain de très bonne heure et Albert De Graer souligne aussi que les grandes
me demandais avec anxiété comment soulager ce malheureux, ne maladies comme la syphilis, la lèpre et la pneumonie
voulant pas laisser à sa discrétion le peu de poudre de Dower que je étaient généralement traitées par des médecins indigènes
possédais encore. J’engageai alors le catéchiste à lui faire, le soir, sur « spécialistes ».
le dos et la poitrine, de légères scarifications et d’appliquer sur elles le
latex rose d’un ficus. Le lendemain matin, quand les Noirs m’eurent 4.3.6. La vie quotidienne
enlevé dans ma chaise à porteurs, je reconnus dans la troupe Il existe une littérature abondante sur la vie quotidienne
bruyante des chrétiens qui m’accompagnaient un bout de route, mon dans le Haut-Uele durant l’époque coloniale. Certaines
pauvre malade de la veille, tremblant un peu sur ses jambes, mais contributions traitent tant de la construction des cases et de
chantant à tue-tête. Je sais qu’il n’est plus retombé depuis … l’aménagement des villages, que de la récolte des termites ou de
Au dispensaire de Doruma, il m’est arrivé de recevoir des la pêche de poissons à l’aide de narcotiques ou de stupéfiants.
syphilitiques si mal arrangés, que les gommes étalées en si grand D’autres évoquent les problématiques de l’ensorcellement, les
nombre sur la face interne du bras (et sur tout le corps) me procédés d’augure et de divination ou les rites d’initiation,
rendaient l’injection presque impossible. Je leur conseillai d’aller la grossesse, le mariage, le deuil etc. Très intéressants sont
chez le médecin indigène. Quinze jours ou trois semaines après, également quelques textes sur les proverbes locaux.
ils me sont revenus beaux comme des Apollons, après avoir reçu Un grand nombre de ces articles anthropologiques ont
trois ou quatre applications d’un remède. Il y a de cela quelques été écrits en néerlandais. Ci-après, nous en donnons la
liste bibliographique :
Bervoets, S., « Enkele spreekwoorden van de Zande », Zaïre, 7, 1952, Costermans, B., « Het slechte voorteken of de Ruba van de Logo-
pp. 719-732 ; 2, 1953, pp. 181-195. Avokaya », Zaïre, 8, 1952, pp. 809-827.
Carels, H., « Les Pygmées de l’Afrique centrale », Revue scientifique, 22, Hutereau, A., « Notes sur la vie sociale et politique de quelques
1935, pp. 751-758. populations du Congo belge », Annales du Musée du Congo belge,
Costermans, B., « Toré, God en geesten bij de Mamvu en hun dwergen », 1909.
Congo, I, 5, 1938, pp. 532-547. Lagae, C.R., « Les procédés d’augure et de divination chez les Azande »,
Costermans, B., « De gebouwen bij de Mamvu-Mangutu-Walese », Congo, I, 5, 1921, pp. 709-730.
Zaïre, 3, 1947, pp. 281-295. Lagae, C.R., « La naissance chez les Azande », Congo, I, 2, 1923, pp. 116-
Costermans, B., « Spelen bij de Mamvu en Logo in de gewesten Watsa- 177.
Faradje », Zaïre, 3, 1948, pp. 249-275 ; 5, pp. 525-550 ; 7, pp. 757-785. Lotar, L., « Le mariage en région dite Mangbetu », Congo, I, 2, 1925,
Costermans, B., « Yitri, de visvangst door bedwelming bij de Uelevolken, pp. 216-225.
Kongo-Overzee, XV, 3-4, 1949, pp. 129-154. Lotar, L., « Polygamie et mariage Zande », Congo, I, 4, 1925, pp. 574-
Costermans, B., « Het behekste kind », Zaïre, 4, 1949, pp. 379-393. 581.
Costermans, B., « De besnijdenis bij de Mamvutu-Mangutu en Lotar, L., « Le mariage Zande », Congo, I, 5, 1926, pp. 730-736.
omstreken », Æquatoria, 1, 1950, pp. 14-20. Lotar, L., « Au Congo belge : la vie des mânes », Missions dominicaines,
Costermans, B., « Zwangerschap en geboorte bij de Mamvu-Mangutu », 1, 1927, pp. 15-21.
Æquatoria, 4, 1950, pp. 127-134. Van Mol, P., « De geboorte bij de Mambutu’s », Congo, II, 1, 1923,
Costermans, B., « Sipema, puberteitsceremonie bij de Logo-Avokaya », pp. 11-19.
Zaïre, 2, 1950, pp. 167-179. Van Mol, P., « Het huwelijk bij de Mambutu’s », Congo, II, 2, 1932,
Costermans, B., « Termieten-larvenoogst bij de Logo », Kongo-Overzee, pp. 204-224.
XVI, 4, 1950, pp. 185-197. Van Overbergh, C. (avec la collaboration de E. De Jonghe), Les Mangbetu,
Costermans, B., « Ensorcellement par l’Uzi », Bulletin des juridictions Bruxelles, 1909, « Collection de monographies ethnographiques publiée
indigènes et du droit coutumier congolais, 7, 1950, pp. 222-225. par Cyr. Van Overbergh, n° IV ».
Costermans, B., « Rouwbedrijf en lijkplechtigheden bij de Logo-
Avokaya », Zaïre, 1, 1951, pp. 3-30 ; 2, 1951, pp. 137-167.
Costermans, B., « Dorp en gebouwen van de Logo-Avokaya », Zaïre, 7, 236 De Graer, A., « État actuel des recherches sur la médicine
1951, pp. 675-689. indigène en territoire de Doruma », in Compte-rendu de la
XIIIe semaine de missiologie de Louvain, op. cit., pp. 107-108.
132
SOUS LA DOMINIATION BELGE
1. SOUS LA DOMINATION BELGE Tout le territoire entre les Dinka, au nord, et les
Azande, au sud, est dès lors occupé par des colonies de
« Khartoumiens » qui y érigent beaucoup de postes, des
1.1. LA PÉRIODE PRÉCOLONIALE zéribas ayant sous leur dépendance plusieurs stations et
même des sous-stations. Parmi ces zéribas, mentionnons
1.1.1. Les influences anglo-soudanaises celui de Deim Bekir, proche des Azande de l’Uele.
Les débuts de l’influence du Soudan anglo-égyptien en Les contacts entre l’Uele et les traitants de Khartoum
Uele sont associés à l’ère de l’expansion égyptienne vers le vont commencer à partir de 1858. À cette date, en effet,
sud. Jusque vers 1820, les caravanes égyptiennes n’avaient Ziber rend visite à Tikima, chef azande situé au sud de
pas dépassé la latitude d’Assouan. La conquête des Mopoi. Le marchand est, note Thuriaux-Hennebert,
territoires situés plus au sud fut entamée sous Méhemet « d’abord bien accueilli, Tikima lui offre sa propre fille
Ali, par Sennar et par Dongola, en 1821, à l’est du Nil. Dès comme épouse et lui livre un important lot d’ivoires ». Le
1822, l’influence égyptienne se fit sentir sur toute la région voyage ultérieur, en 1859, ne fut cependant plus couronné
allant de l’Égypte au Soudan. Un vaste empire égyptien fut du même enthousiasme.
créé : le Soudan, comprenant cinq provinces (Dongola, À partir de 1860, on assista à l’intensification de la
Sennar, Kordofan, Taka et Berber), avec pour capitale poussée des traitants dans l’Uele. Cette extension se réalisa
237
Khartoum, créé en 1822 . Le mobile de cette poussée à partir de deux principales voies d’accès : l’une, à partir du
égyptienne était avant tout la recherche de l’ivoire. Bahr El-Ghazal et l’autre, à travers l’Equatoria. L’influence
En 1838, trois expéditions remontent le Nil blanc, des traitants en Uele dura jusqu’en 1884, date du début des
puis le Bahr El-Jebel jusqu’au cinquième parallèle et, dès incursions mahdistes.
1854, l’exploitation de l’ivoire dans la région du Bahr El-
Ghazal est assurée par les Égyptiens. Le gouvernement 1.1.2. La révolte des mahdistes
égyptien y prélève des droits sur le commerce de l’ivoire.
238 Le Soudan était donc placé sous la souveraineté
Parallèlement à ce commerce se développera aussi celui nominale de l’Empire ottoman et du gouvernement direct
des esclaves. du khédive d’Égypte, qui était lui-même soumis à l’autorité
effective de l’Empire britannique, dont les troupes
occupaient le pays. L’administration du khédive fit régner
237 Thuriaux-Hennebert, A., Les Azande dans l’histoire
un régime très dur et plusieurs révoltes locales éclatèrent
du Bahr El-Ghazal et de l’Equatoria, Bruxelles, ULB,
ça et là, à chaque fois durement réprimées par les troupes
Éd. de l’Institut de Sociologie, 1964, p. 19.
238 Thuriaux-Hennebert, A., « Les grands chefs bandia
égyptiennes.
et zande de la région Uele-Bomu », Études d’histoire En 1881, un chef religieux nommé Muhammad ibn
africaine, III, 1972, p. 68. Abdallah se proclama mahdi (c’est-à-dire « guide ») et
133
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
entama une guerre pour unifier les peuples du Soudan Pacha), Léopold II ne cacha pas son intérêt pour cette
240
occidental et central. Ses partisans prirent le nom expédition que dirigerait Henri-Morton Stanley . Le Roi
d’ansars (« les suiveurs »), un nom qu’ils continuent à des Belges chargea ce dernier d’offrir à Emin Pacha d’entrer
utiliser aujourd’hui, en association avec le plus grand à son service en qualité de gouverneur de la province
groupement politique, le parti Umma (autrefois dirigé par Equatoria. Le 30 décembre 1888, Léopold II écrivait à
un descendant du Mahdi, Sadiq al Mahdi). Stanley :
Rappelons que Léopold II s’intéressait énormément à
la question soudanaise. Le 14 octobre 1879 déjà, il avait « J’espère que vous avez pu ou que vous pourrez, par
écrit, dans une lettre confidentielle adressée à Maximilien des traités avec les chefs ou tout autre moyen suggéré par
Strauch, qu’il serait bon de savoir si Charles-George Gordon votre expérience et votre habileté, améliorer les frontières
(1833-1885) accepterait d’entrer à son service pour être du Congo tout d’abord de manière à les faire toucher
employé en Afrique selon ses intérêts, avec le traitement aux grands lacs et nous y assurer des ports, ensuite pour
qu’il recevait du khédive. Il devrait principalement fonder nous assurer au Bahr El-Gazell de bonnes positions qui
et diriger une ligne de stations à constituer de façon à ce empêchent le Mahdi de nous envahir par ce pays. Je suis
239
qu’elles pussent rapidement se suffire à elles-mêmes . en train d’organiser un camp près de l’Aruwimi […] Si vous
En mars 1880, Gordon fut reçu par Léopold II à retournez par Zanzibar, venez me voir le plus tôt possible.
Bruxelles. Il accepta l’offre de prendre en charge, dans un Si vous retournez par le Congo et que vous soyez disposé
avenir prochain, le gouvernement du Congo. Au début de d’abord à m’aider au Bahr El-Gazell et près des lacs, je vous
janvier 1884, il était à nouveau à Bruxelles. Ils s’entendirent 241
en serais fort reconnaissant […] ».
sur le fait que Gordon remettrait sa démission au War
Office à Londres. Mais le gouvernement anglais la refusa En 1882, les derviches contrôlaient déjà le pays,
et lui confia, en revanche, la difficile mission de liquider la à l’exception de Karthoum. Et quand Henri-Morton
question soudanaise. Stanley rejoignit Emin Pacha, en 1889, celui-ci ne
Revenons au soulèvement mahdiste. Profitant des conservait plus qu’une bande très étroite de territoire
mauvaises conditions infligées à la population sous le long du Nil, entre Wadelaï et le lac Albert. Léopold
l’Empire ottoman et son allié l’Égypte, le mahdi mena une II ne tardera pas à adapter sa stratégie. Voulant aller
révolte nationaliste qui aboutit à la chute de Khartoum, le de l’avant, il enverra une expédition sur le Haut-Nil,
26 janvier 1885, après un siège de dix mois (soit du 10 mars avec, à sa tête, Guillaume Van Kerckhoven. Celui-ci se
1884 au 26 janvier 1885). Ce jour-là, le gouverneur général mettra en marche le 7 novembre 1890. On y reviendra
par intérim du Soudan, le major général Charles Gordon, ultérieurement.
sa garnison de 7.000 unités et plus de cinquante mille
habitants de Khartoum furent sauvagement massacrés. 1.1.3. Les explorations européennes
Ni l’Égypte ni l’Angleterre ne se trouvaient en mesure de Ayant le Nil comme voie de pénétration, toutes les
redresser la situation et Londres et Le Caire décidèrent de grandes explorations vers le Haut-Nil s’organisaient à
l’abandon de cette province. partir de l’Égypte et du Soudan. Elles se caractérisaient
Le délaissement de ces régions en faisait, en quelque également par le fait qu’elles n’étaient pas l’œuvre des
sorte, une terre vacante, une « res nullius » livrée au Belges. On trouve parmi les explorateurs les plus célèbres,
pouvoir du premier occupant. Léopold II s’intéressa des Allemands et des Italiens. Dans les lignes suivantes,
immédiatement à cette province. Aussi, quand la Société de nous présentons des extraits des notices biographiques
géographie d’Édimbourg organisa une mission de secours
pour Édouard Schnitzer (1840-1892), le gouverneur de 240 Cambier, R., « Schnitzer Édouard », in Biographie
l’Equatoria (arrivé à Karthoum en décembre 1875, et plus coloniale belge, I, Bruxelles, Institut royal colonial
connu sous les noms d’Emin Hakim, Emin Bey et Emin belge, Librairie Falk Fils - Georges Van Campenhout
succ., 1948, col. 826-835.
239 Gers, J., « Gordon Charles-George », in Biographie 241 van Zuylen, P., L’Échiquier congolais ou le secret du
coloniale belge, IV, op. cit., col. 348-353. Roi, Bruxelles, Ch. Dessart, 1959, pp. 233-235.
134
SOUS LA DOMINIATION BELGE
qui montrent excellemment les résultats des voyages de de celle-ci et pénètre chez les Niam-Niam ou Azande,
Schweinfurth, Miani, Casati et Junker : peuplade anthropophage.
Le 2 mars 1870, il est chez Wando, chef des Niam-
L’Allemand Georges Schweinfurth (1836-1925) Niam, qui habite dans la vallée d’un affluent de la Bwere,
« En juin 1868, il retourne en Égypte et gagne appartenant au bassin du Congo. Il y séjourne jusqu’au
Karthoum, où il réside deux mois, et bénéficie de l’aide 6 mars, puis il procède vers le Sud en traversant le bassin
du trafiquant copte Ghattas. Le 5 janvier 1869, il quitte de la Bwere, et découvre, le 19 mars 1870, l’Uele, la “Grande
Khartoum, remonte le Bahr El-Abiad, le Bahr El-Ghazal eau des Mombutu”, dont les eaux, remarqua-t-il, coulent
et le Bahr-Jur, pour arriver fin février à Meskra-el-Rek, vers l’ouest et non vers le Nil. Il traverse ensuite l’Uele un
sur le Molmul. Fin mars, il traverse le pays des Dinka et peu en aval du confluent du Kibali et du Gada – à l’ouest
arrive à Jur-Ghattas, résidence des trafiquants, qui lui du poste actuel de Niangara – et arrive le 22 mars chez
servira de base. Il y rencontra un trafiquant d’ivoire, Munza, chef des Mombutu, qui résidait à Nangazizi. Ici
Mohammed Abd-es-Sammât, qui lui offrit de se joindre à Mohammed Abd-es-Sammât fit sa provision d’ivoire et
sa caravane pour le conduire dans le pays encore inconnu refusa d’aller plus loin au Sud.
des Mombutu ou Mangbetu, où il traverse alors le pays des
Bongo et arrive à Sabi sur le Bahr-Jau. Continuant vers le Source : Thornton, L., Les Africanistes peintres voyageurs
Sud, il traverse la Sueh, pousse une pointe vers les sources 1860-1960, op. cit., p. 44.
135
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
243 Guebels, L., « Miani Giovanni », in Biographie 244 Guebels, L., « Miani Giovanni », in Biographie
coloniale belge, I, op. cit., col. 679-682. coloniale belge, I, op. cit., col. 684.
136
SOUS LA DOMINIATION BELGE
137
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
le fleuve des Gazelles, les lacs Édouard et Albert et le cours En juillet 1890, Vangele se décide à reprendre ses
247
de l’Uele, dans la partie supérieure . » tentatives d’exploration de l’Uele ; accompagné de Le Marinel
et de De Rechter, il atteint l’île de Banifa, que les vapeurs,
Gaetano Casati, Dix années en Équatoria - Le retour arrêtés par un banc rocheux, ne peuvent dépasser. Vangele
d’Emin Pacha – L’expédition Stanley (ouvrage traduit avec les fait ancrer, en confie la garde à De Rechter et poursuit sa
l’autorisation de l’auteur par Louis de Hessem et enrichi route vers l’amont, en pirogue avec Le Marinel. Il franchit
de 170 gravures et de 4 cartes), Paris, Librairie de Firmin- à grand-peine des rapides et arrive à Mokoangu. Il fait le
Didot et Cie, 1892. point : il est à 23°4’27 de longitude E, ce qui, à son estime, le
situe à 15 km d’Abdallah, point relevé. Pourquoi ne poursuit-
il pas sa route ? Les indigènes l’ont bien reçu et néanmoins il
1.2.L’ÉTATINDÉPENDANTDUCONGO(1885-1908) rebrousse chemin et rejoint De Rechter à l’île Banifa.
Les vapeurs ramenés à Yakoma, Vangele et Le Marinel
1.2.1. Les premières explorations belges tentent de pénétrer en pirogue dans le Bomu, où ils relèvent
Après la fondation de l’État indépendant du Congo en bientôt sur la rive gauche l’embouchure d’une rivière de
1885, les explorations vers le Haut-Uele vont s’organiser quelque importance : c’est la M’Bili. Mais la navigation
à partir de la côte Atlantique. Cette fois-ci, dans le grand y est tôt interdite par une chute. On revient à Yakoma
souci d’occuper cette région, Léopold II n’expédiera que pour remonter à bord de l’AIA et de l’En Avant et tenter
des militaires belges. Les noms de trois officiers belges d’atteindre dans le Bomu un point proche de la résidence
sont étroitement liés aux expéditions qui ont conduit à une de Bangasso. Les deux vapeurs doivent stopper devant le
meilleure connaissance et à une intégration de la région de banc rocheux de Coni, que Vangele baptisera du nom de
l’Uele dans l’État indépendant du Congo. Hanssens. Ces dernières tentatives d’exploration étaient
er
terminées avant le 1 septembre.
Alphonse Vangele (1848-1939) Rentré à Yakoma, Vangele y reçoit Bangasso, qui
Le problème du cours de la rivière Uele demeurera l’invite à le mener lui-même par terre jusqu’à son village
encore énigmatique pendant plus de cinq années. au Bali. On s’embarque en pirogue, on remonte le Bomu
Finalement, le lieutenant Alphonse Vangele va le résoudre : jusqu’au pied des chutes Hanssens, que l’on contourne par
« le 30 juin 1886, il s’embarquait à nouveau, investi du un sentier, et l’on rembarque en amont jusqu’au village de
titre de commandant des territoires entre Itimbiri et Falls, Bangasso. Fin septembre, Vangele était rentré à Yakoma.
mais, en fait, chargé d’une importante mission sur l’objet de Il prenait ses dispositions pour rentrer en Europe quand
laquelle on faisait mystère. Décidé à élucider le problème il apprend par des rumeurs indigènes qu’un Blanc est installé
géographique qui préoccupait alors le monde savant : à Djabir, sur l’Uele. Ayant éprouvé que cette rivière était
“l’Ubangi est-il le cours inférieur de l’Uele ?” Léopold II impraticable, il retourne chez Bangasso où il arrive le 26
avait chargé Vangele de la direction d’une expédition qui novembre et obtient du chef de se faire guider dans l’entre
devait explorer l’Ubangi aussi loin que possible pour vérifier Bomu-Uele jusqu’à Djabir. Avec ses guides, dix Zanzibarites
l’hypothèse émise ; le souci géographique se doublait de et dix porteurs, Vangele quitte Bangasso, traverse le Bomu, la
considérations politiques ; il importait d’être documenté. Bili et atteint l’Uele, à hauteur de l’île Mutemu, après un total
Le 11 octobre 1886, Vangele, accompagné du lieutenant de marche de vingt-quatre heures. Il longe la rivière, arrive au
Liénart, quittait l’Équateur à bord de l’Henry Reed ; le village de Ngwasa, où il obtient pirogues et pagayeurs, remonte
lendemain il pénétrait dans l’Ubangi et, après avoir dépassé l’Uele et arrive le 2 décembre à Gormandia. Le lendemain il
le poste français de Kundja, qu’il saluait du pavillon, il rencontre Milz, qui venait au-devant de lui. Le jour même il
ancrait à l’amont dans une petite île près de Bisongo, où est à Djabir : la jonction s’était opérée en 19 jours. Le problème
248
en avril 1884 Hanssens avait signé un traité avec le chef Ubangi-Uele était définitivement résolu . »
indigène [...]
248 Engels, A., « Vangele Alphonse », in Biographie
247 Laude, N., « Casati Gaetano », in Biographie coloniale coloniale belge, II, Bruxelles, Institut royal colonial
belge, I, op. cit., col. 219-220. belge, 1951, col. 934-935.
138
SOUS LA DOMINIATION BELGE
139
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
suivant précipitamment, le boy porte-fusil de Van Kerckhoven le service de l’État indépendant du Congo en 1902. Mais
veut recharger son arme. Il presse par mégarde sur la détente sur sa proposition, le gouvernement de l’EIC adopte,
ou bien celle-ci heurta-t-elle une branche voisine, toujours est- en 1903, une nouvelle subdivision : les zones nouvelles
il que le coup part et atteint Van Kerckhoven dans le dos à la sont l’Uéré-Bili et la Gurba-Dungu au nord de l’Uele ; le
250
hauteur du cœur. Le malheureux tombe et expire ». Rubi et le Bomokandi au sud. Elles tirent leurs noms des
rivières principales qui les arrosent. Une cinquième zone
Dans la littérature coloniale belge, Guillaume Van comprend les territoires de l’enclave de Lado.
Kerckhoven est présenté comme un héros. Toutefois,
la vérité oblige à dire que sa brutalité était légendaire.
La mission envoyée vers le Maniema par le Syndicat
commercial du Katanga et dirigée par Arthur Hodister
se fit massacrer en 1892 par des Arabisés excédés par
la violence de Van Kerckhoven qui menait l’expédition
dans l’Uele et qui razziait tout simplement tout l’ivoire
disponible sur son passage.
140
SOUS LA DOMINIATION BELGE
Comme il n’existe que des sentiers de caravanes, Au centre, entre les hauteurs, au point de passage de la
enserrés très souvent entre des herbes hautes de trois et route, se trouve un défilé qui est bien défendu.
quatre mètres formant des sortes de murailles, les hommes Je fais prendre la formation de combat : cinq
ne peuvent marcher qu’à la file indienne. Toutefois, afin de pelotons sont déployés en tirailleurs ; trois sont tenus
pouvoir faire face à une attaque brusque et inopinée, de en réserve et les lanciers de Renzi et de Bafuka, prêts
quelque côté qu’elle vînt, et de permettre un déploiement à charger au premier signe, se massent derrière notre
rapide de mes forces, je disposais mes pelotons en les aile gauche. Les derviches ouvrent le feu ; dès le début
accolant par deux dans le sens de la profondeur. Les de l’action, ils tirent à outrance, tandis que nos soldats,
pelotons marchant à la file, il n’y avait donc que deux stoïques sous les balles, observent l’ordre donné de ne
hommes de front. Si cette disposition, par suite de l’exiguïté pas brûler une cartouche. Le canon seul, placé au centre
du sentier, ralentissait ma marche, elle augmentait, par du front, répond par une dizaine d’obus à la fusillade
contre, ma sécurité […] assourdissante de l’ennemi.
er
Le 1 janvier 1897, à 3 ½ heures de l’après-dîner, À un moment donné, un mouvement tournant se
l’expédition quitta Surrur, se dirigeant vers le Nil. Il serait dessine sur notre gauche ; j’envoie, au pas de course, deux
fastidieux de vous raconter par le menu les détails de cette pelotons de la réserve pour y parer et je fais ouvrir le
marche qui dura 47 jours […] Trente-sept de nos soldats feu. Les derviches, abandonnant leur position défensive,
succombèrent en cours de route […] Enfin, le 15 février, descendent dans la plaine et s’avancent vers nous ; notre feu
nous arrivâmes à Bedden sur le Nil, où, autrefois, avait redouble ; les voyant hésiter, je porte ma ligne à 100 mètres
existé une station égyptienne. Nous étions à 25 kilomètres en avant et ordonne le feu rapide. Nous tirons les uns sur les
de Redjaf ; le jour même de notre arrivée, des soldats partis autres à une distance de moins de 200 mètres.
en chasse, car la faim commençait à talonner l’expédition, Les derviches commencent à lâcher pied ; ils se retirent
échangèrent des coups de feu avec des derviches. d’abord dans le plus grand ordre, battant en retraite au pas
La nuit et la plus grande partie de la journée du ordinaire et se tournant vers nous pour tirer. Mais notre
lendemain se passèrent sans incident, mais tout à coup, feu leur fait un mal terrible ; aussi la déroute ne tarde-t-elle
vers 5 ½ heures du soir, alors que la nuit allait tomber, guère à se mettre dans leurs rangs et leur retraite se change
nos sentinelles avancées se replièrent sur le camp en en fuite désordonnée vers Redjaf. C’est à ce moment que
toute hâte en faisant de grands gestes. Le cri “aux armes” je fais sonner la charge. Les 700 soldats et les 500 lanciers
retentit et vola d’un bout à l’autre du camp. Les hommes azandes, ceux-ci faisant un mouvement tournant sur la
se précipitent aux faisceaux et, en moins de cinq minutes, droite derviche, s’élancent en avant comme des démons
tout le monde est à son rang de bataille, la place de chaque vomis par l’enfer, poussant des cris de fauves en furie,
unité étant toujours marquée d’avance, afin de parer tirant, s’interpellant, s’excitant, emportés par leur fougue de
rapidement aux trop soudaines attaques et de pouvoir sauvages et se ruant sur l’ennemi en fuite.
prendre la position de combat sans hésitation, même dans Malheureusement, au cours de cette poursuite, en
l’obscurité. chargeant à l’aile droite, à la tête de son peloton, notre cher
Sur les hauteurs qui se trouvent à 1.500 mètres de nous, camarade Saroléa, le plus brillant de mes officiers, auquel je
on distingue des groupes nombreux de derviches et des tiens à rendre ici un pieux hommage, tomba, frappé d’une
drapeaux. J’ordonne à M. Cajot de tirer quelques obus et balle en plein cœur. Une dizaine de soldats furent tués,
l’ennemi disparaît. La nuit se passe sans alerte, mais non comme lui, et une vingtaine blessés. Il me fallut près d’une
sans souci ! heure pour rassembler soldats et lanciers, tant ils avaient
Le 17, à 6 heures du matin, a lieu le départ vers Redjaf ; mis d’acharnement dans la poursuite. Le combat de Bedden
la marche est lente et prudente, nous nous attendons à une était une victoire …
attaque. À 7 heures, le commandant de l’avant-garde, M. Après un repos de deux heures, nous nous remettons
Géhot, me signale la présence de derviches, bien dissimulés en marche, et, d’une seule traite, sous un ciel de feu, nous
sur des hauteurs qui nous barrent la vue à 400 mètres vers le parcourons les 22 kilomètres qui nous séparent de Redjaf.
Nord. Leur position, appuyée au Nil d’un côté, et de l’autre à Vers 2 ½ heures de l’après-midi, la pointe d’avant-garde
un profond ravin, à une étendue de près de trois kilomètres. arrive en vue du mont Redjaf et constate que les derviches
141
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
ont pris position sur une crête, allant de ce mont vers le Nil, centaines de prisonniers, hommes, femmes et enfants,
et d’où ils nous accueillent par un feu violent. trois canons, près de mille fusils, des munitions en nombre
252
Malheureusement, notre colonne n’est pas unie ; à considérable, du bétail, des montures, des vivres etc. etc. »
cause des difficultés et de la longueur de la marche, elle
s’est allongée et, de la tête à la queue, il y a une distance Naturellement, presque tous les témoignages écrits de
considérable. Les premiers arrivés se déploient et sont cette expédition proviennent d’auteurs belges et ceux-ci ne
successivement renforcés. L’artillerie madhiste tire à obus, manquent généralement pas d’encenser les faits d’armes des
mais elle ne nous fait pas grand mal, ses projectiles, mal officiers blancs. Mais il existe aussi une version « locale »
chargés, n’éclatant pas. Notre canon – que nous avons dû de cette marche vers l’Uele et l’enclave de Lado. Elle est due
traîner et démonter plusieurs fois au passage des ravins au chef Gilima, le fils de Renzi qui avait accompagné cette
profonds et escarpés – arrive un peu tard. expédition. Sa narration sera reproduite ultérieurement.
Les pelotons Goebel et Dupont attaquent l’aile droite
derviche, déployée à la hauteur du mont Redjaf et la 1.2.2. Le roi Léopold II et l’occupation de l’Uele
refoulent assez rapidement, le peloton Géhot enfonce leur Trois éléments vont pousser Léopold II à décider de
centre durant que les pelotons Laplume et Kops tiennent l’occupation, dès au moins 1886, de la région allant de
253
tête à leur aile gauche, appuyée au Nil. Mais tout à coup, un l’Uele au bassin du Nil :
fort mouvement tournant se produit sur notre droite ; les
derviches semblant surgir du Nil, dont ils avaient occupé – le conflit frontalier avec le gouvernement français
la berge, sans que nous nous en fussions aperçus, prennent concernant la délimitation des frontières dans la région
Laplume et Kops à revers. de l’Ubangi (1886) ;
Fort heureusement Cajot, notre brave artilleur, a vu le – l’abandon par le gouvernement égyptien de ses
mouvement et, avec dix servants noirs, se porte hardiment provinces soudanaises, notamment le Bahr El-Ghazal et
en avant, met le canon en batterie à 200 mètres des l’Equatoria, qui comprenaient tout le bassin de l’Uele ;
derviches et tire une boîte à balles qui va semer le désordre car un tel abandon exposait ces régions à devenir une
dans leurs rangs. À ce moment, arrive à point nommé le proie facile pour les esclavagistes (1886) ;
peloton De Backer, qui formait notre arrière-garde et que je – la poussée, au nord des Falls, des incursions des traitants
lance contre eux. Les derviches se retirent dans la position esclavagistes menaçant ainsi de faire jonction avec les
de Redjaf. bandes mahdistes du Soudan qui opéraient déjà dans
Le combat continue dans l’obscurité. À sept heures les bassins de l’Uele et du Nil, et de couper ainsi aux
du soir, je fais cesser le feu ; les derviches tirent jusqu’à Européens la route de l’Uele et du Bomu (1888).
11 heures, puis le silence se fait. L’ennemi, mettant à
profit la nuit profonde et sa connaissance parfaite des Pour Léopold II, il fallait à tout prix empêcher la
lieux, abandonne silencieusement la place. À 4 heures du formation d’un foyer d’anarchie sur les confins du bassin du
matin, nous y entrons ; la province équatoriale est en notre Congo et du Nil et empêcher que se mette en place d’autres
pouvoir ! trafics d’esclaves qui seraient contraire à l’Acte général de
Mais cette victoire est chèrement payée ; si les derviches Berlin interdisant la pratique de la traite des esclaves dans
comptent leurs morts et leurs blessés par centaines, nous les territoires formant le bassin conventionnel du Congo :
avons à déplorer pour la journée, les pertes suivantes : « Ces territoires ne pourront servir ni de marché ni de voie
Saroléa tué ; Cajot, notre artilleur, blessé à la cuisse et
252 Chaltin, L., « L’expédition de l’Uele vers le Nil », in
au flanc, au moment où il pointe la pièce à 200 mètres
Compte-rendu de la manifestation en l’honneur des
de l’ennemi […] ce brave est mort plus tard des suites de
explorateurs belges au Congo, 20 janvier 1906, Anvers,
ses blessures […] ; trente-trois soldats tués ; quatre-vingt
Société royale de géographie d’Anvers, 1907, pp. 101-
blessés grièvement dont une dizaine sont morts de leurs 113.
blessures […] 253 Lire Lotar, L., La Grande Chronique de l’Uele, Bruxelles,
Les derviches, en complète déroute, s’enfuirent jusqu’à Institut royal colonial belge, 1946, Mémoires –
Bôr, sur le rive droite du Nil, laissant entre nos mains plusieurs collection in-8°, tome XIV – fasc. 1, pp. 9-10.
142
SOUS LA DOMINIATION BELGE
de transit pour la traite des esclaves de quelque race que À Dhanis, rentré à Anvers le 13 octobre 1894, et
ce soit254 . » à Chaltin, rentré à Bruxelles depuis mars, le Roi avait
Dès 1888, l’EIC entame l’occupation de l’Uele par le exposé ses projets. Dhanis, promu peu de temps après
Bas-Uele et quelques postes sont installés. On citera, à vice-gouverneur général, avait été nommé commandant
cet effet, les premiers postes d’occupation installés par en chef de l’expédition. Il s’était engagé, avec les ressources
er
l’EIC dans l’espace du Bas-Uele : Ibembo (1 mai 1890) qu’il trouverait dans la Province-Orientale, à constituer
255
par Léon Roget (1858-1909), poste confié à Joseph une forte colonne à Stanleyville et à la diriger de là vers
256 re
Duvivier (1867-1894) ; Ekwangatana (mai 1890) par le Nil. Chaltin, nommé commissaire de district de 1
257
Léon Roget et Jules Milz (1861-1902), confié à un classe, avait reçu le commandement du district de l’Uele
gradé noir ; Mopocho (23 mai 1890) par Roget et Milz, avec mission d’y constituer, avec les ressources provenant
confié aussi à un gradé noir ; Djabir (27 mai 1890) par de l’expédition Van Kerckhoven, une seconde colonne. En
258
Roget et Milz . mai 1895, lors de son arrivée à Boma, le vice-gouverneur
Après le Bas-Uele, il fallait passer à l’occupation du général Fuchs confirma à Chaltin qu’il aurait à organiser
reste de la région et surtout du territoire haut-uélien. Deux une expédition vers le Nil. Le 19 mars 1896, alors qu’il se
expéditions assumèrent cette mission. Il s’agit avant tout de trouvait en expédition dans la région de Bili, le courrier
l’expédition Van Kerckhoven, appelée aussi « expédition de Boma lui annonçait que les troupes de l’Uele, sous son
du Haut-Uele », forte de 15 Européens et 500 Noirs de commandement, feraient partie de l’expédition Dhanis
la Force publique placés sous les ordres du capitaine vers le Nil.
Van Kerckhoven (voir supra p. 139). Entre juillet 1891 et Comme on le voit, l’occupation de l’Uele par les
juillet 1896, après maints incidents, le territoire allant de Européens ne fut pas sans présenter des difficultés. Si, vers
Djabir (Bondo actuel) jusqu’à Dungu, soit l’espace compris les années 1880, les premières expéditions européennes
260
entre 3° et 5° de latitude N, 26° et 29° de longitude E fut durent affronter le mahdisme , il fallut aussi faire face
occupé. La seconde expédition qui assura l’occupation du à diverses résistances tribales, notamment celles des
reste de l’Uele fut celle de Chaltin (voir supra p. 140), allant Mangbetu et des Azande, coalisés pour une fois en 1898,
259
vers le Nil, entre juillet 1896 et mai 1897 . celle du sultan azande Enguettra en 1900, celles des Boa en
261
Dès la fin de l’année 1894, le péril arabe définitivement 1901 et en 1902 .
éliminé, le Roi-Souverain avait décidé de consacrer tous ses
efforts aux expéditions vers le nord-est. Le premier but était 1.2.3. La question de l’enclave de Lado
évidemment d’occuper l’enclave de Lado. Leopold II rêvait
toutefois d’étendre son empire sur le Nil beaucoup plus en Les accords belgo-britanniques, 1894
aval de Lado. Pour soutenir ses prétentions et s’efforcer Entre-temps, les Français ne cachèrent plus leurs
d’arriver avant ses concurrents dans la région contestée, il
avait préparé une nouvelle et très forte expédition. Il en 260 Le mahdisme est un mouvement à la fois religieux
avait confié le commandement et l’organisation à deux et guerrier auquel l’expansion arabe du Soudan
officiers (Dhanis et Chaltin) qui venaient de se couvrir de avait donné naissance et qui, vers 1890, exerçait une
gloire et de prouver leur science du combat aux colonies grande influence dans certaines chefferies azande
pendant la dure campagne contre les Arabes. – et surtout mangbetu – de l’Uele.
261 La Force publique, de sa naissance à 1914. Participation
des militaires à l’histoire des premières années du
254 B.O. de l’EIC, Bruxelles, 1885-1887, p. 11. Congo, 2e section de l’État-major de la Force publique,
255 Hennequin, E., « Roget Léon », in BCB I, col. 788- Institut royal colonial belge, Bruxelles, 1952, p. 483
792. ss ; Monnier, L. et Willame, J.-C., « La province
256 Coosemans, M., « Duvivier Joseph », in BCB I, col. de l’Uele » in Verhaegen, B. (éd.), Les Provinces du
355-358. Congo. Structures et Fonctionnement, II, Sud-Kasaï–
257 Coosemans, M., « Milz Jules », in BCB I, col. 697-701. Uele–Kongo-Central, Léopoldville, IRES, Cahiers
258 Lotar, L., op. cit., pp. 38-39. économiques et sociaux, 1964, p. 129, « Collection
259 Lotar, L., op. cit., pp. 247-279. d’études politiques n° 2 ».
143
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
prétentions sur certaines parties du Soudan : le Bahr Nouvelles expéditions sur le Nil et le traité du 9 mai 1906
El-Ghazal et le Haut-Nil occidental jusqu’à Fachoda. En 1902, Léopold II va organiser de nouvelles
Au même moment, les Belges cherchèrent également expéditions sur le Nil. Chargé d’une mission au Bahr-
à accroître leur influence au nord de l’Uele. En fin de el-Gazal, Charles Lemaire (1863-1925) quitte Bruxelles
compte, les Britanniques préférèrent négocier pour éviter le 31 juillet 1902. Sous le couvert d’un but scientifique,
que leur territoire ne tombe aux mains de la France, la mission a spécialement pour objectif d’organiser
accusée de visées expansionnistes. Au nom de l’Égypte, ils l’occupation des territoires donnés à bail par l’Angleterre
[les Britanniques] signèrent, le 12 mai et le 14 août 1894, à Léopold II, en 1894, et que les conflits avec la France et
263
deux traités accordant à l’EIC un territoire identifié sous l’Angleterre n’avaient pas permis d’occuper .
le nom d’enclave de Lado, et qui retournerait à la Grande- L’expédition arrive au mois de décembre à Mbima, sur
Bretagne à la mort de Léopold II. En échange, Léopold II l’Uele, remonte la rivière jusqu’à Dungu et se dirige ensuite
s’engageait à céder à l’Angleterre une bande de vingt-cinq vers Faradje et Aba pour franchir la ligne de faite Congo-
kilomètres de largeur entre le nord du Tanganika et le Nil. Le commandant Lemaire crée, au fur et à mesure
sud du lac Albert. Léopold II obtenait ainsi le Bahr El- de son avance dans le Bahr-el-Gazal, des postes pour
Ghazal et l’accès au Nil, tandis que l’Angleterre acquérait maintenir les relations avec le district de l’Uele.
la possibilité d’une liaison directe pour le projet lointain En octobre 1902, Léopold II charge le colonel Louis
de chemin de fer du Cap au Caire. Une clause annexée au Royaux (1866-1936) d’une mission de reconnaissance
traité stipulait toutefois : « Les signataires n’ignorent pas dans la région orientale du Bahr-el-Gazal, en direction des
les prétentions de l’Égypte et de la Turquie dans le bassin mines de cuivre d’Hofrah-el-Hahass. Parti de Boma le 24
du Haut-Nil ». Cette clause allait permettre à l’Angleterre octobre 1902, il arrive à Doruma le 17 janvier 1903. Il quitte
de reprendre plus tard ce qu’elle avait accordé. la frontière septentrionale du Congo le 2 février 1903 et
marche vers le nord. À force de patience et de diplomatie,
Les réactions des Français et des Allemands il viendra à bout de l’hostilité des chefs locaux du Haut-
Devant la vive opposition des autres puissances Uele comme Doruma, Mopoie et Tambura et atteindra
coloniales, ce traité dut être corrigé. Les Allemands firent Dem Ziber. Mais une intervention anglo-égyptienne met
annuler la cession de la bande de vingt-cinq kilomètres et fin à la mission et Louis Royaux rentre en Belgique par
264
la convention franco-congolaise du 14 août 1894 réduisit L’Albertville en décembre 1903 .
fortement la zone cédée à l’EIC. Les limites en devinrent Afin d’éviter d’autres incidents graves, Charles Lemaire
5°30’ N et 30° E : du Bahr El-Ghazal, Léopold II ne gardait et le major anglais Boulnois concluent, le 8 mars 1905,
que ce qu’on allait appeler « l’enclave de Lado ». un arrangement de « statu quo » provisoire. En vertu
En conséquence, le territoire cédé en bail fut soustrait de cette convention, le gouvernement anglo-égyptien
de la province soudanaise de Bahr El-Ghazal (la rivière conserve l’administration du territoire contesté, mais
des gazelles) et fut limité à la latitude 5°30’ N et à la la mission scientifique Lemaire garde les postes qu’elle
longitude 30° O. Il s’étendait jusqu’à la rive ouest du occupait et peut poursuivre ses travaux. L’administration
Nil. Sa superficie était d’environ 39.000 km² pour une britannique autorise les relations de la mission Lemaire
population d’environ 250.000 personnes. Il comprenait avec les autochtones et les communications entre les divers
265
la capitale Lado ainsi que Rejaf, port permettant l’accès postes .
vers l’aval du fleuve, qui fut le lieu de résidence des
administrateurs coloniaux. Toutefois, entre 1890 et 1896,
263 Laude, N. « Lemaire Charles », in Biographie coloniale
les mahdistes tinrent tête aux expéditions belges qui
belge, II, col. 603-608.
voulaient assurer à l’EIC la possession de l’enclave de 264 Coosemans, M., « Royaux Louis », in Biographie
Lado. En 1896, Semio et Doruma étaient encore sous la coloniale belge, III, col. 756-758.
262
domination mahdiste . 265 van Zuylen, P. (baron), L’échiquier congolais ou le
secret du Roi, Édition Charles Dessart, Bruxelles,
262 Voir Le Mouvement géographique, 22 mars 1896, 12, 1959, pp. 281-300 (chapitre XVIII : « Nouvelles
col. 148-149. expéditions sur le Nil et traité du 9 mai 1906 »).
144
SOUS LA DOMINIATION BELGE
Mais il convient de souligner que cet accord ne liait en Mais Léopold II refuse encore de s’incliner. En
rien les deux gouvernements. D’ailleurs, Léopold II refuse conséquence, les autorités soudanaises décident de couper
de ratifier cet arrangement et prescrit au successeur de toutes communications entre l’enclave et l’Égypte. Le Roi
Lemaire, le lieutenant Paulis, d’administrer tout ce qui est souverain n’a plus d’autre choix que de capituler. Des
e
au sud du 5 parallèle. Un décret du Roi souverain, en date négociations s’entament, aboutissant au traité du 9 mai
du 13 mai 1905, rattache même au district de l’Uele les 1906 qui va consacrer la défaite du Roi. Cet accord abroge
e
territoires occupés par l’État au sud du 5 parallèle nord. le bail sur le Bahr-el-Gazal et ne laisse subsister que le
Le gouvernement anglais s’irrite de l’attitude prise par bail de Lado, mais seulement pour la durée du règne de
l’EIC et lui adresse, en juillet 1905, une note comminatoire, Léopold II.
le sommant de retirer ses troupes et d’annuler le décret Le traité cède toutefois au Congo une bande de
du 13 mai. Il ajoute qu’au cas où le gouvernement territoire reliant Mahagi, sur le lac Albert, à la frontière
congolais n’obtempérerait pas à ces exigences, il le rendra et donnant accès aux eaux du Nil. Cette concession
responsable des suites qu’une pareille violation des droits subsistera aussi longtemps que l’État du Congo demeurera
de l’Égypte pouvait entraîner. Cependant, pour éviter une un État indépendant sous le gouvernement du Roi ou de
confrontation entre les forces en présence, l’administration ses successeurs. En outre, le traité octroie à une société
du Soudan évacuera les troupes qui se trouvaient au sud anglo-congolaise la faculté de construire un chemin de fer
e
du 5 parallèle. joignant Lado à L’État indépendant.
Cartes de l’enclave de Lado. (Source : Maselis, P., Schouberechts, V., Tavano, L.,
Histoire postale de l’enclave de Lado, Monaco, Musée des Timbres et des Monnaies de
Monaco, 2009, pp. 242 et 245.)
145
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
Albert Paulis (1875-1933) avec Mangué, un chef zande du Bahr-el-Ghazal, en 1905. (Collection privée Marc Paulis, petit-fils d’Albert Paulis, 1905.)
Albert Paulis reprit le commandement de la mission Charles Lemaire le 15 avril 1905. Il rentra en Belgique en août 1906. Le 7 mai 1924, il fonda la Vicicongo. En 1933, le rail
arrivait dans la localité d’Isiro, qui fut rebaptisée « Paulis » en reconnaissance de son travail.
146
SOUS LA DOMINIATION BELGE
L’occupation effective de l’Uele par les Européens Nous partîmes de Dungu au début de la saison sèche et
s’inscrit dans le contexte de la lutte contre l’esclavagisme je ne pourrais compter les Azande qui nous suivaient, tant
pratiqué par les Arabo-musulmans et ce, conformément à ils étaient nombreux.
l’Acte général de Berlin (1884-1885), auquel l’Association Nous arrivâmes chez le chef Faragi deux lunes et demie
internationale du Congo (AIC) avait adhéré. Cet acte après notre départ. Il était furieux parce que nous mangions
reconnaissait à l’AIC, fondée par Léopold II, le droit de ses chèvres ; aussi ses Logo nous firent-ils la guerre en
souveraineté sur les territoires du bassin conventionnel brousse ; mais nous les fîmes fuir sans peine avec nos fusils.
du Congo. Par une résolution adoptée à la Chambre des Plus loin, les Kakwa vinrent également nous attaquer, mais
représentants le 28 avril 1885 et au Sénat le 30 avril 1885, pas plus que les Logo, ils ne purent nous arrêter un seul
Léopold II devint le chef d’un autre État, en conformité de instant.
l’article 62 de la Constitution belge. Si peu de nos hommes mouraient de blessures en cours
de route, nombreux étaient ceux qui succombaient à la
1.2.4. Des chefs locaux au service maladie, car ils n’étaient pas habitués à manger du sorgho,
des conquistadores européens la seule nourriture qu’on trouvait dans cette région.
La Force publique et l’Administration coloniale ont Nous arrivâmes alors dans le pays montagneux où
bénéficié de l’appui militaire de quelques grands chefs habitent les Bari. C’est là qu’une bande d’Arabes vint à
locaux zande pour venir à bout des mahdistes. S’il existe notre rencontre. Beaucoup d’entre eux étaient à cheval et ils
des récits européens de la conquête du Haut-Uele, ces faits agitaient des drapeaux rouges et verts. Sasa fit tirer le canon
d’armes n’ont pas été oubliés non plus dans la tradition et ils se retirèrent en désordre.
orale. Julien Vanhove a enregistré, dans les années trente, On atteignit enfin le Nil et le Commandant voulut nous
lors d’une rencontre avec le chef Gilima, ce que celui- obliger à nous reposer, car il disait que la grande bataille
ci avait appris de son père à propos de la collaboration serait pour le lendemain. Mais nous, les Azande, pensions
militaire avec l’État indépendant du Congo. qu’après toutes nos épreuves, nous avions bien le droit de
nous délasser à notre façon. Aussi, pendant toute la nuit,
Voici son récit : nous dansâmes le “bagbere”, avant de nous étendre et de
dormir.
« Sasa (surnom de Chaltin) réunit ici, à Dungu, mon Au point de jour, les Arabes blancs et noirs attaquèrent
père Renzi, son frère cadet Bafuka, Kana, Basugba. Il promit en nombre, armés de fusils Albini, Remington et à piston.
à Renzi de lui rendre les terres que lui avait volées Bokoyo, Sasa, au début du combat, avait donné l’ordre de laisser
fils et héritier de son frère Ukwa, s’il offrait à l’expédition le l’ennemi s’approcher de nous pour tuer le plus de monde
concours de ses guerriers, armés de lances et de “kpinga” possible, mais quelques soldats furent blessés et leurs
(couteaux de jet). camarades furieux, supplièrent Sasa de leur permettre de
Mon père accepta. Les autres sultans avongara et se lancer en avant. Enfin, le clairon sonna la charge, les
leurs fidèles capitas (sous-chefs) marquèrent également soldats bondirent vers les Arabes et firent une large trouée
leur accord. J’étais, quoique tout jeune homme, présent dans leurs rangs. Les derviches manœuvrèrent alors pour
à cette réunion. Nous étions tous très joyeux, car nous les encercler. Voyant cela, mon père Renzi, à la tête de ses
aimions la guerre et brûlions de nous mesurer avec les lanciers, qui poussaient le terrible cri de guerre zande, se
Arabes qui, depuis des années, ne cessaient de ravir nos lança à son tour sur les Arabes ; ceux-ci furent taillés en
femmes et de nous dépouiller de notre ivoire. Nous étions pièces ou s’enfuirent vers Redjaf en abandonnant sur le
donc impatients de nous diriger “na Bahr” (le Nil) pour champ de bataille armes, munitions et étendards.
reprendre nos biens. Sasa commanda alors de marcher sur Redjaf. Vers le
Sasa avait avec lui mille soldats de l’État et neuf Blancs. soir, nous arrivâmes devant le fort, construit sur un haut
Le Commandant remit des Albini aux chefs et des fusils à rocher, entouré de murs épais et de fossés profonds. Les
piston aux capitas. Nous emportions aussi un canon avec Arabes avaient deux canons qui tiraient sans arrêter et
nous. nous tuèrent peut-être bien deux cents hommes. Mon
père Renzi fut blessé à la jambe. On passa la nuit sur place,
147
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
remettant l’assaut au lendemain. Mais au lever du soleil, les voisins. Le 27 mars, le territoire de Bima, frère et vassal de
éclaireurs vinrent nous annoncer que le réduit était vide de Doruma, est envahi et celui-ci est battu.
combattants et qu’il n’y restait plus que les blessés. Tous les En novembre 1896, Chaltin reçoit l’ordre de marcher
derviches valides avaient fui pendant la nuit vers Lado. contre les madhistes en formant comme une avant-garde
Redjaf était un grand poste bâti entre la montagne et de préparation de l’expédition Dhanis vers le Nil. Le 14
le Nil. Les Arabes y avaient laissé beaucoup de chevaux, de décembre, la colonne Chaltin quitte le fort de Dungu, sur
mulets, de vaches, de chèvres, d’armes, de munitions, les l’Uele, avec 700 hommes et s’attaque ensuite aux madhistes.
deux canons, du sel et du beurre dans de grands pots, des Le 23 décembre 1896, des troupes arrivent à Surrure, au
ballots d’étoffe et de nombreuses pointes d’ivoire. confluent du Kibali et du Nzoro, où Chaltin décide de
Nous prîmes alors le chemin du retour, pleins d’orgueil, construire une station qui devient le chef-lieu de la zone
et, cette fois, personne n’osa plus nous lancer des flèches, des Makrakras. Il baptise Surrure « Van Kerkhovenville ».
car la nouvelle de notre victoire s’était répandue dans tout
le pays. Au contraire, on nous apporta des chèvres et du vin En 1898
de sorgho, qui est une boisson très épaisse et très enivrante. Le puissant chef avungura Bokoyo s’étant révolté
Sasa félicita mon père Renzi qui avait été très brave à contre l’autorité de l’État indépendant du Congo, la Force
la tête des lanciers de Wando et avait même été blessé en publique organise une expédition contre lui. Une colonne
combattant. Accomplissant la promesse faite, il lui rendit expéditionnaire, forte de 380 soldats, commandée par
les terres situées au nord de la Kibali, dont le fils d’Ukwa le capitaine Gérard, à ce moment chef de la zone des
s’était emparé indûment. Makrakras, se met en route le 17 décembre 1898.
Si le fils d’Alibe (Alibe = Albert ; Léopold III), conclut Le commandant Gérard est secondé par le capitaine-
fièrement Gilima, a encore besoin de moi et de tous mes commandant Wtterwulghe. La colonne est divisée en
Azande pour faire la guerre, tu peux lui dire que nous quatre pelotons dirigés, chacun, par le lieutenant Yannart,
266
sommes toujours prêts à nous battre pour lui . » le lieutenant baron de Rennette de Villers Perwin, le
lieutenant De Brabant, le sous-lieutenant danois Andersen.
1.2.5. Résistances et révoltes locales Mais la colonne Gérard peut également compter sur Renzi,
l’oncle de Bokoyo, et ses troupes azande.
1894-1896 Le combat a eu lieu le 22 décembre. Les pertes de la
En mars 1894, le sultan Bili fait assassiner le capitaine Force publique sont de dix morts et de vingt-cinq soldats
Bonvalet, le sergent Devos et leur escorte. Une expédition grièvement blessés. Bokoyo se soumet quelques jours plus
militaire est organisée contre ce sultan mais elle n’aura tard, acceptant toutes les conditions de paix qui lui sont
pas un grand effet. En février 1895, le sultan Doruma imposées, et reconnaît des pertes nombreuses.
fait subir le même sort au lieutenant Janssens, au sergent
Van Holsbeck et aux cinquante-neuf soldats qui les 1.2.6. Les divisions administratives
accompagnent. La Force publique n’ose entreprendre de la période de l’EIC
immédiatement une action contre lui. Ainsi donc, le territoire étant pacifié, Léopold II pouvait le
Ce n’est qu’en mars-avril 1896 qu’une expédition mettre en valeur. L’article 3 du décret du 16 avril 1887 prévoyait
militaire est organisée pour éliminer ces deux sultans. la division de l’État en des circonscriptions administratives
Forte de cinq cents soldats sous le commandement de dirigées par de hauts fonctionnaires appelés commissaires de
Chaltin et des officiers Dubreucq, Kinet, De Backer, district, assistés d’un ou de plusieurs adjoints. La délimitation
er
Dupont et Lejeune, elle quitte Niangara le 1 mars 1896. faite accompagnait l’exploration et l’occupation effective
Du 6 au 27 mars 1896, les attaques sont dirigées contre er
de l’espace congolais. Avec le décret du 1 août 1888, l’État
Bili dont les troupes sont écrasées. Dépouillé en fait de ses indépendant du Congo fut divisé en onze districts : Banana,
territoires et miné, Bili va demander de l’aide à l’un de ses chef-lieu Banana ; Boma, chef-lieu Boma ; Matadi, chef-lieu
Matadi ; Cataractes, chef-lieu Lukunga ; Stanley-Pool, chef-
266 Vanhove, J., Regards sur notre Congo, Bruxelles, Éd. lieu Léopoldville ; Kasaï, chef-lieu Luluabourg ; Équateur,
La Renaissance du Livre, 1943, pp. 61-63.
148
SOUS LA DOMINIATION BELGE
Carte de l’organisation administrative en 1888. (Source : Léon de Saint Moulin, « Histoire de l’organisation administrative
du Zaïre », Zaïre-Afrique, n° 224, 1988, p. 199.)
chef-lieu Coquilhatville ; Ubangi-Uele, chef-lieu Nouvelle 12e district fut créé, le Kwango-Central268. Deux ans plus
Anvers ; Aruwimi-Uele, chef-lieu Basoko ; Stanley-Falls, tard, fut instaurée la région administrative de Tanganyika.
267 269
chef-lieu Stanley-Falls ; et Lualaba, chef-lieu Lusambo . En 1895, le nombre des districts fut porté à quinze .
On constate que sur les onze premiers districts, cinq étaient
concentrés dans cette seule région du Bas-Congo. Celle-ci,
268 I. Ndaywel explicite en disant que, par cet acte, Léopold
en effet, étant la première région du pays à avoir été explorée II voulait tout simplement s’approprier les parties
et occupée pouvait fournir les premiers produits naturels du Kwango passées sous sa juridiction. L’appellation
destinés à l’exportation. « Kwango-Central » indiquait que l’EIC revendiquait
Au fil des années, on assista à de nouvelles créations uniquement les terres situées sur la rive droite du
administratives qui apportèrent des modifications de Kwango. Malgré tout, le Portugal protesta vivement
manière pragmatique. Ainsi donc, le 10 juin 1890, un avant de consentir à ratifier, en 1891, l’état actuel de la
frontière entre la RD Congo et l’Angola. Cf. Ndaywel è
er
267 Décret du Roi-Souverain (sans numéro) du 1 août Nziem, I., Histoire du Zaïre. De l’héritage ancien à l’âge
1888. Sur ce point, voir Ndaywel è Nziem, I., Nouvelle contemporain, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1997, p. 321.
Histoire du Congo. Des origines à la République 269 Il s’agit des districts suivants : Banana, Boma,
démocratique, Bruxelles-Kinshasa, Le Cri Éditions- Matadi, Cataractes, Kwango, Kasaï, Lualaba, Stanley-
Afriques Éditions, 2008, p. 304. Voir également de Saint Pool, Lac Léopold II, Équateur, Bangala, Aruwimi,
Moulin, L., « Histoire de l’organisation administrative Stanley-Falls, Ubangi et Uele. Cf. Ndaywel è Nziem,
du Zaïre », Zaïre-Afrique, n° 224, 1988, p. 198. I., Nouvelle Histoire du Congo…, op. cit., p. 304.
149
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
L’Aruwimi-Uele fut scindé en deux districts : l’Uele, dont Postes d’occupation européenne dans l’Uele et
Niangara devint le chef-lieu d’une part, et l’Aruwimi, dont Européens habitant la région de 1890 à 1908
le chef-lieu fut maintenu à Basoko, d’autre part.
L’Uele, menacé d’occupation par les Arabisés, fut Année Nombre de postes Personnel européen
soumis à une administration particulière. Le décret 1890 4 7
er
du 1 octobre 1893 chargait les quinzième et seizième 1895 19 110
compagnies de la Force publique d’en assurer le service 1896 21 64
administratif. 1897 17 63
Au même moment, certains districts, qui couvraient 1898 26 137
des superficies considérables, furent subdivisés en zones. 1899 29 16
Les espaces Uele qui faisaient partie à la fois des districts 1900 34 122
de l’Ubangi et de l’Aruwimi furent fusionnés pour devenir 1901 39 130
un district à part entière. Toutefois, l’Uele ne figurera 1902 44 173
pas en tant que district sur la carte officielle trouvée à 1903 46 171
l’Institut géographique du Congo. Ayant une superficie 1904 52 211
considérable, il fut aussi subdivisé en zones, ayant leur 1905 58 215
administration distincte et dont les chefs correspondaient 1906 50 244
directement avec le gouverneur général, sans passer par les 1907 56 222
commissaires de district. Néanmoins, il apparaîtra sur la 1908 43 195
carte de René De Rouck de 1909. Son chef-lieu de district
fut placé à Niangara. Il comptait quatre zones autonomes, Sources : B.O. de l’EIC, 1890-1907 ; B. O. du Congo belge, Bruxelles,
conformément à la circulaire n° 106 du 28 décembre 1908 ; L. Lotar, op.cit., pp. 38-53 ; Mouvement géographique, 1893-
270
1895 : 1898.
150
SOUS LA DOMINIATION BELGE
Carte de l’organisation administrative en 1910. (Source : L. de Saint Moulin, art. cit., p. 203.)
Matadi et des Cataractes s’ajoute celui de Boma, tandis que En ce qui concerne l’Uele, cette mesure n’apporta
273
le district de Banana n’est plus mentionné. aucun changement du point de vue administratif . Il
Une fois que le gouvernement belge eut repris l’EIC, garda donc ses huit territoires d’autrefois : dans le Bas-
l’administration connut une succession de réformes. Uele : Ango, Buta, Poko et Bambesa ; dans le Haut-Uele :
Pour l’Uele, il y a lieu de mentionner une série de huit Dungu, Niangara, Rungu et Watsa. Son chef-lieu restait
274
changements d’ordre administratif. Niangara .
151
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
de l’administration coloniale requérait des réformes. Si la district de l’Uele, lequel désormais en compterait 10 :
modification la plus importante consista à étendre le vice- dans l’actuel Haut-Uele : Doruma (Doruma), Gombari
gouvernement général du Katanga jusqu’à Lubefu, Kanda- (Gombari), Faradje (Faradje), Rungu (Rungu), Niangara
Kanda et Kabinda et le subdivisa en 4 districts, ailleurs, (Niangara) ; dans l’actuel Bas-Uele, Amadi (Amadi), Poko
les changements ne furent que de simples subdivisions (Poko), Dungu (Dungu), Arebi (Arebi) ; dans l’Ituri,
276 279
des anciens districts . C’est dans ce contexte que l’Uele Lugwarets (Aru) . Notons que durant cette période, les
fut éclaté en deux districts distincts : le Bas-Uele, avec territoires de Wamba, Medje et Andudu faisaient partie du
comme chef-lieu Buta, et le Haut-Uele, avec comme chef- district de l’Ituri.
277
lieu Niangara .
Le 30 décembre 1912 et le 3 août 1913, une ordonnance 1.3.4. La réforme de 1926
d’administration générale portant réorganisation Par le décret de 1926, la région de l’Uele reprit sa
territoriale du Congo belge découpa ce dernier en quatorze configuration de 1912, c’est-à-dire celle de deux districts,
districts, dont les districts du Bas-Uele et du Haut-Uele, le Bas-Uele et le Haut-Uele, chacun ayant 4 territoires, à
avec respectivement Buta et Niangara comme chefs-lieux. savoir Ango, Bambesa, Buta, et Poko pour le Bas-Uele ; et
Dans le Haut-Uele, avant 1920, l’ordonnance du 16 Dungu, Niangara, Rungu, et Watsa pour le Haut-Uele, qui
er
décembre 1913 fit exécuter l’arrêté royal du 28 mars 1912, garda Niangara comme son chef-lieu. Le 1 février 1928,
qui fixait le chef-lieu du district à Niangara, tandis que le les districts du Bas-Uele, du Haut-Uele et de l’Ituri furent
district se vit divisé en 9 territoires : Doruma, Dungu, respectivement dénommés Uele-Itimbiri, Uele-Nepoko
Faradje, Lugware (Aru), Niangara, Rungu, Amadi, Poko et et Kibali-Ituri. Avec ce changement de dénomination
er
Gombari. Le dixième territoire, Arebi, fut ajouté le 1 février était également intervenu le changement des limites entre
278
1920 ; il sera remplacé par Watsa une année plus tard . les districts de la Province-Orientale. « Cela entraîna la
révision de l’affectation des territoires de la région à ces
1.3.3. La carte administrative de l’Uele différents districts, plus particulièrement dans l’Uele-
du 1er février 1920 Nepoko et le Kibali-Ituri. Les territoires de Fardaje, de
Dans la mesure où l’administration de la colonie se Lugware (Aru), de Watsa et de Gombari passèrent du
heurtait à un certain nombre de pesanteurs rendant ainsi le district de l’Uele-Nepoko à celui du Kibali-Ituri, tandis
travail inefficace, les délimitations des districts connurent que les territoires de Wamba et de Medje passèrent du
280
plusieurs modifications et cela pour diverses raisons. district du Kibali-Ituri à l’Uele-Nepoko . »
Tantôt pour un meilleur ajustement à la réalité sociale ou
économique, tantôt pour une définition mieux formulée 1.3.5. La carte administrative de l’Uele en 1932
grâce au progrès des connaissances géographiques. Ainsi, En 1932, disposant d’une meilleure connaissance
er
par ordonnance n° 24 du 1 février 1920, on décida de géographique du Congo, Tilkens, alors gouverneur général
modifier les limites des territoires qui composaient le du Congo belge, procéda à une nouvelle réorganisation de
281
l’ensemble de l’espace territorial de la colonie . Il était
du Maniema, du Kivu, du Sankuru, du Katanga, surtout question de réduire les besoins en personnel. De
du Kasaï, du Kwango, du Lomami, du Tanganyika- cette façon, le nombre de districts fut ramené de 21 à 16,
Moëro, du Haut-Luapula et du Lulua (cf. Ndaywel è tandis que celui des territoires fut baissé de 181 à 113.
Nziem, I., Nouvelle Histoire du Congo, op. cit., p. 305).
En ce qui concerne la Province-Orientale, l’ordonnance
276 de Saint Moulin, L., « Histoire de l’organisation
d’administration générale du 21 mars 1932, n° 36/AIMO
administrative du Zaïre », art. cit., p. 204.
fixant le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
277 Bulletin administratif de 1913, p. 110. 282
278 Se référer aussi à l’ouvrage de Thomas Munayi
limites des districts fixe à cinq le nombre de districts. Le
Muntu-Monji, Genèse et évolution des circonscriptions
administratives et des entités politico-administratives 279 Bulletin administratif de 1920, pp. 557-564.
congolaises (1888-2009), Kinshasa, Éditions de 280 Munayi Muntu-Monji, Th., op. cit., p. 142.
l’Université protestante au Congo (EDUPC), 2010, p. 281 Bulletin administratif, 1932, pp. 170-300.
142. 282 Bulletin administratif, 1932, pp. 218-228.
152
SOUS LA DOMINIATION BELGE
district de l’Aruwimi fut supprimé, tandis que les districts 1932, n° 28/AIMO fixant le nombre, les dénominations,
de l’Uele-Itimbiri et de l’Uele-Nepoko fusionnèrent pour les chefs-lieux et les limites des territoires du district de
283
donner naissance au nouveau district de l’Uele. En 1932, l’Uele , 10 territoires furent reconduits, en l’occurrence :
la Province-Orientale était donc composée des districts
suivants : – le territoire des Abandia, chef-lieu Bondo ;
– le district de Stanleyville, chef-lieu Stanleyville ; – le territoire des Avungara, chef-lieu Dakwa ;
– le district de l’Uele, chef-lieu Buta ; – le territoire des Avuru-Wando, chef-lieu Dungu ;
– le district du Kibali-Ituri, chef-lieu Irumu ; – le territoire des Mabudu, chef-lieu Wamba ;
– le district du Kivu, chef-lieu Costermansville ; – le territoire des Mangbetu, chef-lieu Isiro ;
– le district du Maniema, chef-lieu Kasongo. – le territoire des Avuru-Kipa-Makere-Malele, chef-lieu
Poko ;
Consécutivement à cette décision, il s’ensuivit, de la part – le territoire des Babua, chef-lieu Titule ;
de l’autorité précitée, un nouveau découpage territorial de – le territoire des Mabenge-Mabinza, chef-lieu Aketi ;
tous les districts, dont celui de l’Uele. Il s’agissait surtout – le territoire des Amadi-Abarambo, chef-lieu Amadi ;
de redistribuer les territoires des anciens districts de – le territoire des Matsaga, chef-lieu Niangara
l’Uele-Itimbiri et de l’Uele-Nepoko. Aussi, au terme
de l’ordonnance d’administration générale du 21 mars
283 Bulletin administratif de 1932, pp. 990-1001.
153
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
Il convient de noter ici que les territoires de Faradje, de – le territoire des Avurukipa-Amadi-Abarambo, chef-
Gombari, d’Arebi et de Lugware sont soit supprimés, soit lieu Poko et non plus Amadi ;
transférés dans le district de l’Ituri, tandis que la dénomination – le territoire des Matsaga, chef-lieu Niangara.
des territoires est alignée sur les noms des peuples.
Moins de dix mois plus tard, à la faveur d’une nouvelle 1.3.6. La réforme administrative de 1933
ordonnance d’aministration générale, le gouverneur Les mesures de réorganisation de 1932 ayant été trop
général revint sur la restructuration de la Province- peu étudiées et donc peu efficaces, il apparut opportun
284 285
Orientale et de certains de ses districts (Stanleyville , de revenir sur les décisions prises et de restructurer
286 287 288
Uele et Maniema ) ou territoires . Pour ce qui profondément les entités de la colonie. Le nombre de
concerne le district de l’Uele, on garda le même nombre provinces fut revu à la hausse et passa de quatre à six.
de territoires, mais il y eut une révision de certaines En ce qui concerne la province de Stanleyville, elle ne
289
dénominations et de certains chefs-lieux. Ainsi, on retint : comprit plus que trois districts , par voie d’ordonnance
d’administration générale du 29 septembre 1933, n° 86/
– le territoire des Abandia, chef-lieu Bondo ; AIMO. Cette réforme réduisit le nombre des districts dans
– le territoire des Avungara, chef-lieu Poko et non plus la province à trois au lieu de cinq, en l’occurrence :
Dakwa ;
– le territoire des Avuru-Wando, chef-lieu Dungu ; – le district de Stanleyville (Stanleyville) ;
– le territoire des Mabudu, chef-lieu Wamba ; – le district de l’Uele (Buta) ;
– le territoire des Mangbetu, chef-lieu Isiro, – le district du Kibali-Ituri (Irumu).
– le territoire des Makere-Malele-Popoi, chef-lieu Niapu
et non plus Poko ; C’est alors que les districts du Kivu et du Maniema
– le territoire des Babua, chef-lieu Titule ; furent rattachés à la province de Costermansville. À la
– le territoire des Mobenge-Mabinza, chef-lieu Aketi ; même date, l’ordonnance d’administration générale du
29 septembre 1933 n° 88/AIMO fit passer le nombre des
284 Ordonnance d’administration générale du 24
territoires du district de l’Uele de dix à neuf. Le territoire
décembre 1932, n° 169/AIMO, fixant le nombre, les
des Mabudu passa au district du Kibali-Ituri.
dénominations, les chefs-lieux et les limites de la
Province-Orientale, Bulletin administratif, 1932, pp.
968-979. 1.3.7. La réforme de 1935
285 Ordonnance d’administration générale du 24 Dans l’intention de mieux gérer la colonie, le
décembre 1932, n° 170/AIMO, fixant le nombre, gouverneur général, sur instruction du roi, fut amené à
les dénominations, les chefs-lieux et les limites opérer une nouvelle restructuration administrative, non
des territoires du district de Stanleyville, Bulletin seulement au niveau de la subdivision des provinces en
administratif 1932, pp. 979-989. districts et des districts en territoires, mais aussi au niveau
286 Ordonnance d’administration générale du 24 de la redistribution des frontières, de telle sorte que la carte
décembre 1932, n° 171/AIMO, fixant le nombre, résultant de l’arrêté royal du 5 février 1935 mis en vigueur
les dénominations, les chefs-lieux et les limites des par une série d’ordonnances générales du 15 mars 1935
territoires du district de l’Uele, Bulletin administratif, demeure un document fondamental pour une meilleure
1932, pp. 990-1001.
intelligence de la situation actuelle.
287 Ordonnance d’administration générale du 24
Ainsi, Léopold III, par le ministre des Colonies, Charles,
décembre 1932, n° 173/AIMO, fixant le nombre, 290
décida de la division du Congo belge en six provinces . En
les dénominations, les chefs-lieux et les limites
des territoires du district du Maniema, Bulletin
administratif, 1932, pp. 1005-1011. 289 Ordonnance d’administration générale du 29
288 Ordonnance d’administration générale du 24 septembre 1933, n° 173/AIMO, fixant le nombre,
décembre 1932, n° 172/AIMO, modifiant les limites les dénominations, les chefs-lieux et les limites des
du territoire des Walendu-Sud (district du Kibali- territoires du district du Maniema.
Ituri), Bulletin administratif, 1932, pp. 1002-1005. 290 Il s’agit de la province de Léopoldville dont le chef-lieu
154
SOUS LA DOMINIATION BELGE
ce qui concerne précisément la province de Stanleyville, Ituri293. En 1936, la dénomination sur une base ethnique fut
l’arrêté royal ayant revu la dénomination de la province, supprimée au profit d’une dénomination en référence aux
province de Stanleyville et non plus Province-Orientale, le chefs-lieux des territoires. Celle des territoires du district
gouverneur général revit le nombre de districts à la baisse de l’Uele devint : Buta, Dungu, Poko, Bondo, Ango, Aketi,
par rapport à la décision de 1933, sans toutefois changer de Niangara et Niakpu ; le territoire des Mangbetu garda sa
291 294
dénominations ni de chef-lieux : dénomination .
er
À partir du 1 mai 1938, la localité d’Aketi fut
– le district de Stanleyville, chef-lieu Stanleyville ; dénommée Aketi-Port Chaltin. Le chef-lieu du territoire
– le district de l’Uele, chef-lieu Buta ; des Mangbetu changea de dénomination : d’Isiro il devint
– le district du Kibali-Ituri, chef-lieu Irumu. Paulis.
La décision de l’autorité coloniale revit sensiblement
La réforme administrative affecta également la à la baisse le nombre des territoires, à telle enseigne qu’il
subdivision au niveau des territoires. Le district de l’Uele fallut rapidement y apporter des correctifs. Ce qui donna
292 er 295
en comptait 9 : lieu à la réforme administrative du 1 janvier 1940 . Alors
qu’on ne touchait pas au nombre et aux dénominations
– le territoire de Bondo, chef-lieu Bondo ; des districts, le nombre des territoires pour l’ensemble
– le territoire d’Ango, chef-lieu Ango ; de la colonie passa de 104 à 110. En ce qui concerne
– le territoire de Dungu, chef-lieu Dungu ; particulièrement le district de l’Uele, il convient de relever
– le territoire des Mangbetu, chef-lieu Isiro ; la suppression du territoire de Niakpu, au sud-est de Buta.
– le territoire de Niakpu, chef-lieu Niakpu ;
– le territoire de Buta, chef-lieu Buta ; 1.3.8. La réforme administrative de 1956
– le territoire d’Aketi, chef-lieu Aketi ; Une décennie après la fin de la Seconde Guerre mondiale,
– le territoire de Poko, chef-lieu Poko ; l’administration coloniale sentit la nécessité d’opérer un
– le territoire de Niangara, chef-lieu Niangara. nouvel ajustement dans la gestion des provinces. Alors que
la réglementation pour la province du Kasaï était édictée en
En fait, les territoires de Wamba, de Faradje et de Watsa
étaient encore toujours rattachés au district du Kibali-
293 Ordonnance n° 42/AIMO du 15 mars 1935, fixant
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
est Léopoldville ; de la province de Coquillathville, limites des territoires du district du Kibali-Ituri,
dont le chef-lieu est Coquillathville ; de la province Bulletin administratif, n° 7, 1935, pp. 240-250.
de Stanleyville, dont le chef-lieu est Stanleyville ; 294 Bulletin administratif, 1936, p. 565.
de la province de Costermansville dont le chef-lieu 295 En fait, le Bulletin administratif de 1940 nous enseigne que
est Costermansville ; de la province d’Élisabethville les modifications portaient surtout sur la réorganisation
dont le chef-lieu est Élisabethville ; de la province de de la province d’Élisabethville (ordonnance n° 145/AIMO
Lusambo dont le chef-lieu est Lusambo (cf. Léopold du 30 décembre 1939, modifiant l’ordonnance n° 46/
III, arrêté du 5 février 1935 portant organisation AIMO en date du 15 mars 1935, fixant le nombre, les
territoriale de la colonie : constitution, chefs-lieux dénominations, les chefs-lieux et les limites des districts
et limites des provinces, Bulletin administratif, n° 7, de la province d’Élisabethville, pp. 5-11 ; ordonnance
1935, pp. 155-171). n° 146/AIMO du 30 décembre 1939, fixant le nombre, les
291 Ordonnance n° 39/AIMO du 15 mars 1935, fixant dénominations, les chefs-lieux et les limites des territoires
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les du district du Haut-Katanga, pp. 12-16 ; ordonnance
limites des districts de la province du Stanleyville, n° 147/AIMO du 30 décembre 1939, fixant le nombre, les
Bulletin administratif, n° 7, 1935, pp. 216-221. dénominations, les chefs-lieux et les limites des territoires
292 Ordonnance n° 41/AIMO du 15 mars 1935, fixant du district du Tanganyika, pp. 17-27 ; ordonnance
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les n° 146/AIMO du 30 décembre 1939, fixant le nombre, les
limites des territoires de l’Uele, Bulletin administratif, dénominations, les chefs-lieux et les limites des territoires
n° 7, 1935, pp. 230-240. du district du Lualaba, pp. 27-34)
155
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
décembre 1954296, celle de la province de l’Équateur en avril de la province du Kivu en juin 1955299, la réorganisation
297 298
1955 , celle du district du Bas-Congo en juin 1955 , celle de la Province-Orientale intervint en décembre 1955. Au
terme de cette décision, qui retoucha de fond en comble
296 Ordonnance n° 21/423 du 8 décembre 1954, fixant les limites administratives, le nombre des districts de la
300
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les Province-Orientale fut fixé à quatre :
limites des districts de la province du Kasaï, Bulletin
administratif, 44/1, 1955, pp. 1-7 ; ordonnance – le district de Stanleyville, chef-lieu Stanleyville301 ;
302
n° 21/424 du 8 décembre 1954, fixant le nombre, – le district du Bas-Uele, chef-lieu Buta ;
les dénominations, les chefs-lieux et les limites des – le district du Haut-Uele, chef-lieu Paulis ;
303
156
SOUS LA DOMINIATION BELGE
– le territoire de Faradje, chef-lieu Faradje ; Cette nouvelle réorganisation eut pour effet que le
– le territoire de Watsa, chef-lieu Watsa ; district du Bas-Uele garda cinq des huit territoires que
– le territoire de Wamba, chef-lieu Wamba. comptait encore le district de l’Uele au moment où fut
prise l’ordonnance, tandis que le Haut-Uele n’hérita que
Le district du Bas-Uele fut recomposé de la manière de trois territoires de l’ancienne répartition ; on lui ajouta
suivante : trois autres territoires ayant appartenu autrefois au Kibali-
Ituri.
er
C’est en 1956 (1 janvier) que fut créée par
– le territoire de Bondo, chef-lieu Bondo ;
l’administration coloniale le district du Haut-Uele dans sa
– le territoire d’Ango, chef-lieu Ango ;
configuration actuelle. C’est également ici que changea la
– le territoire de Poko, chef-lieu Poko ;
dénomination du territoire des Mangbetu en territoire de
– le territoire de Bambesa, chef-lieu Bambesa ;
Rungu et que l’agglomération de Paulis fut portée au rang
– le territoire de Buta, chef-lieu Buta ; 305
du chef-lieu du district .
– le territoire d’Aketi, chef-lieu Aketi.
157
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
158
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
blanc qui insulte les Noirs de « macaques ». Les dirigeants oreille », il n’en va plus de même en Province-Orientale où
locaux du parti réagissent alors généralement par la population est beaucoup plus éparpillée.
l’apaisement et le compromis, adressant le plaignant à son Dans un tel contexte, le MNC ne peut exercer
patron ou au bourgmestre, sans prendre systématiquement d’influence sensible s’il ne possède pas des ressources pour
le parti du Congolais contre l’Européen, au contraire : ils déplacer de nombreux propagandistes sur de longues
mesurent les difficultés du patron. distances. Réunir ces moyens, entretenir des animateurs
Quant aux revendications touchant au pouvoir permanents, cela nécessite des fonds qui ne peuvent être
politique, elles se résument à des questions locales et de réunis que par une vente massive de cartes de membres,
survie. La tactique du MNC est alors de faire formellement alors que le recrutement de nouveaux membres dépend
confiance aux structures administratives et de ne pas se lui-même de l’existence des moyens de déplacement. Le
mêler de ce qui n’est pas de la compétence du parti. Ainsi cercle vicieux sera rompu de la manière suivante : d’une
les dirigeants renvoient la plupart des problèmes qui leur part, les fonds récoltés à Stanleyville seront consacrés à
sont posés vers les autorités, curieux de voir comment l’achat de quelques véhicules et de vélos, d’autre part, les
308
elles vont résoudre ces affaires qu’on sait insolubles . propagandistes seront rémunérés par un pourcentage
L’administration provinciale se trouve prise au piège sur les fonds qu’ils auront récoltés. Pour les motiver,
du MNC, d’autant qu’elle est liée aux partis adverses. La le MNC hausse le prix de ses cartes de 20 à 60 F, ce qui
politique locale est, depuis les premières élections des attire beaucoup de sans-emplois à s’engager dans la vente.
conseils communaux de décembre 1958, aux mains des Conséquence : la propagande du parti sera surtout entre
milieux coutumiers et du PNP. Le plaignant reçu par un les mains de jeunes gens qui, en raison de leur situation
édile, par un bourgmestre (Joseph Tabalo, Ferdinand professionnelle et familiale, peuvent parcourir sans cesse
Amisi ou Augustin Sikoti) ou un patron revient déçu l’intérieur du pays. Très vite, il en résulte une radicalisation
au MNC en stigmatisant ces « nouveaux agents du des slogans (mal contrôlés par l’appareil), aggravée du fait
colonialisme ». Ce jeu attire les masses populaires vers le que les milieux touchés par les propagandistes ne seront
MNC, isole davantage l’Administration et les partis Unaco que rarement encadrés ensuite par des permanents.
309
et PNP, dont le sigle devient rapidement une insulte . À noter que ce point a marqué fortement le MNC et
Le transfert du cœur politique du MNC de Léopoldville en particulier l’image politique de Patrice Lumumba.
et de Luluabourg vers la Province-Orientale va avoir Les slogans évoqués par les propagandistes devant
une incidence sensible sur les structures du parti et, leurs auditoires, surtout en Province-Orientale où le
indirectement, sur son contenu idéologique. Motivée par parti tenait une position dominante, ne témoignent pas
la tactique politique (dans un climat de luttes d’influence d’une culture politique solide ; ils ne sont pas analysés
personnelle au sein du comité national), cette création de la à la lumière d’une doctrine idéologique cohérente. Au
« section » de Stanleyville place le parti devant un problème contraire, ils se développent au hasard des imaginations
nouveau : celui du contact avec les masses dans une zone et du subconscient. C’est à cette époque qu’apparaissent
de faible densité démographique. Si ce contact est simple à également les premières assimilations entre paiement de
établir à Léopoldville et dans les régions relativement denses l’impôt et affiliation au MNC : les journaux de l’époque
du Kasaï, où la propagande peut s’effectuer « de bouche à sont truffés d’anecdotes relatant qu’un propagandiste
a abusé la population en présentant le paiement de la
308 Par exemple, un planteur de café ne peut envisager
carte de membre du MNC comme l’impôt légal, que
aucun plan d’augmentation de 50 % des salaires de la
des ruraux refusent d’acquitter l’impôt car ils « ont déjà
main-d’œuvre congolaise. Toute la pression politique
payé au MNC », etc. Il faut évidemment faire la part des
étant, au fond, d’abord économique et sociale, le
colonat s’est férocement opposé à l’évolution politique choses : de tels on-dit émanent généralement de milieux
du pays. qui se sont rapidement considérés comme ennemis du
309 Ainsi, rapporte P. Duvivier, peu après mai 1959, le parti de Lumumba. Il reste que les rumeurs ont un fond
tribunal coutumier de Stanleyville a jugé qu’il fallait de vérité : sans doute dans leur zêle, inspirés soit par un
payer des dommages-intérêts à un plaignant traité sentiment nationaliste, soit par leur intérêt matériel direct,
« injustement » d’Unaco.
159
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
les vendeurs de cartes MNC urbanisés, se sont-ils parfois le jour même du scrutin à la Commission de contrôle,
parés d’une aura de puissance publique pour faire de l’effet que la photo de certains candidats de leur parti n’était pas
310
aux yeux de la masse… Mais ce fait est en soi intéressant : apposée sur diverses urnes . Cette situation aurait eu un
il représente la première étape – déterminante – d’une impact sur le résultat des élections. Sur les 70 conseillers
évolution qui va conduire à un transfert total des attributs élus au suffrage universel, 58 appartenaient au MNC/L, 6
311
du gouvernement colonial dans les mains du parti. au PNP, 4 étaient indépendants et deux chefs . Pour la
Au plan des structures mêmes du MNC, la physionomie répartition des sièges, on notait 12 sièges dans le district
démographique de cette région du pays va avoir son du Haut-Uele pour le MNC/L et 5 pour le PNP. Au niveau
influence : alors que partout ailleurs le parti va tendre vers des territoires, Dungu avait 2 élus issus du MNC/L et un
la mise en place d’entités administratives plus vastes que du PNP, Faradje 2 élus du MNC/L, Niangara 12 élus du
le territoire, la Province-Orientale voit naître au contraire PNP, Paulis (Isiro) 2 élus du PNP et 2 du MNC/L, Wamba
des unités plus petites que le territoire, et même, dans des 4 élus du MNC/L et Watsa 2 élus du MNC/L.
plantations de l’intérieur, des sortes de cellules d’entreprise.
Les caractéristiques démographiques particulières de la Liste des élus provinciaux du district du Haut-Uele
Province-Orientale ont donc eu une influence sensible
sur la forme et le contenu du MNC dans cette région. Par Nom et prénom Territoire Partis
contre, dans d’autres régions, les mêmes caractères n’ont politique
pas été suivis des mêmes effets : la démographie de l’est Ukwatutu Dungu MNC/L
de la province de l’Équateur n’est pas différente de celle Djamafu Albert Dungu MNC/L
de la Province-Orientale, mais là des résistances d’ordre Dule Lazare Dungu PNP
ethnique, essentiellement, ont contrecarré la pénétration Lumeri Venant Faradje MNC/L
du MNC. Il convient donc de tenir compte, dans ce cas, Djabir Benoît Faradje MNC/L
d’une microanalyse des situations locales. Ngbangala Servais Niangara PNP
Koniebadi Pierre Niangara PNP
Useni Yusufali Paulis MNC/L
2.2.LESRÉSULTATSDESÉLECTIONSDEMAI1960 Bwanamoto Albert Paulis MNC/L
ET LEURS EFFETS DANS LE HAUT-UELE Kupa François Paulis PNP
Ebandrombi Karume Paulis PNP
C’est à Stanleyville que le MNC/Lumumba alligne Asobee Daniel Wamba MNC/L
ses principaux leaders aux élections. Il s’agit de Patrice Baonoku Bakabananto Wamba MNC/L
Lumumba lui-même, qui se présente aux élections tant Abanagomu Nazaire Wamba MNC/L
provinciales que législatives, de Jean-Pierre Finant, Charles Gbadi Karume Wamba MNC/L
Badjoko, Antoine Kiwewa ou encore Christophe Gbenye. Afuluta,
À l’intérieur de la Province-Orientale, le MNC ne dispose remplacé par
pas de personalités aussi marquantes, si ce n’est Otita à Niamadjumi Gilbert Watsa MNC/L
Yangambi et Bocheley Davidson à Aketi. Le PNP, quant à Ramazani Jean Watsa MNC/L
lui, aligne à Stanleyville Louis Lopes (son vice-président),
Sylvestre Bondekwe (président local), Tabalo, Amisi et Source : Résultats des élections provinciales : Province-Orientale, doc.
Dubuka (secrétaire sectionnaire). À l’intérieur, le PNP n° 71 du 8 juin 1960. Fonds B. Verhaegen, archives de la Section
aligne surtout des chefs coutumiers, dont Yaele à Isangi, d’Histoire du Temps présent (MRAC).
Aroro chez les Boa, Edindali et Monzikatebe à Buta, Kupa
à Paulis, Boleko à Watsa, Atoka à Nioka, Telu à Bunia et de 310 Ganshof van der Meersch, Fin de la souveraineté
nombreux autres encore. belge au Congo, Bruxelles, Institut royal des relations
Dans les districts de l’Uele et de l’Ituri, comme à internationales, 1963, p. 143.
Stanleyville d’ailleurs, les membres du PNP signalèrent 311 Gérard-Libois, J. et Verhaegen, B., Congo 1960, t. I,
Bruxelles, CRISP, 1961, p. 183.
160
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
Contrairement à ce qui s’était passé dans d’autres la situation économique et sociale détériorée des
313
districts de la Province-Orientale, celui du Haut- chefferies .
Uele fut marqué par la présence d’élus du PNP, et plus Cette situation ne fut jamais tranchée et, dès lors,
exactement à Paulis et à Niangara. Lors de la formation l’assemblée provinciale se divisa entre les tenants de la
du bureau de l’assemblée provinciale, comme de celui du défense des structures coutumières et les conseillers
gouvernement provincial, aucun élu du district du Haut- « détribalisés » de Stanleyville.
Uele ne fut retenu. Un seul élu du PNP, qui rallia d’ailleurs L’anarchie qui suivit l’accession du pays à
le MNC/L, fut choisi comme membre du gouvernement. l’indépendance, spécifiquement dans la Province-
En dernière minute et dans l’improvisation, Foster Orientale, et le manque de solutions aux doléances des
Manzikala, du territoire de Faradje, fut élu vice-président chefs coutumiers constituèrent des facteurs lointains
312
du gouvernement, un poste non prévu initialement . de mécontentement d’une frange de la population de la
En 1961, Manzikala deviendra président et le restera région des Uele, comme on peut le lire à travers cet extrait :
jusqu’en octobre 1961.
Il fallut attendre la formation du bureau de l’assemblée « Depuis que notre Congo a connu son indépendance,
provinciale d’avril 1961 pour voir siéger deux élus il y avait parmi nos chefs, les uns qui étaient des PNP
originaires du district de Haut-Uele, Venant Lumeri et les autres qui étaient du MNC. Mais après notre
(MNC/L), du territoire de Faradje, élu secrétaire du indépendance, nous n’avons jamais eu le bénéfice de celle-
bureau de l’assemblée et Jean Ramazani, (MNC/L) du ci, nous autres qui avons lutté pour notre pays […] Après
territoire de Watsa, élu, lui aussi, secrétaire du bureau. Au notre indépendance, il n’y a plus de respect envers les chefs
niveau du gouvernement provincial d’octobre 1961, seul coutumiers. Ceci provient de vous autres, nos chefs actuels,
J. Baya (MNC/L), du territoire de Wamba, fut élu ministre parce que si un de nous arrive pendant la réunion, il dit que
de l’agriculture. l’on obéisse plus au chef et que les gens ne ravitaillent plus
le chef […] Depuis le commencement de l’indépendance,
le travail n’avance plus bien parce que les propagandistes
politiques ont gâté le travail en racontant toutes sortes de
3. DEPUIS L’INDÉPENDANCE bêtises. Ils disaient ceci : maintenant, nous allons avoir
l’indépendance, alors nous n’allons plus travailler, ni cultiver
le champ, ni aider les chefs et les notables. Ils disaient aussi
3.1. DES DISTRICTS DU BAS-UELE ET 314
que la machine viendra travailler à leur place . »
DU HAUT-UELE À LA PROVINCE DE L’UELE
À ceci s’ajoutait le climat d’insécurité politique qui
Les événements de l’indépendance et, par la suite, régnait à Stanleyville depuis le mois de septembre 1960
les crises politiques qui firent s’écrouler le pouvoir à pour les dirigeants originaires de l’Uele. A. Bebe, député
Stanleyville, ne touchèrent que peu la région de l’Uele. de l’Uele, dira : « Si la situation ne s’améliorait pas, ils
Celle-ci resta relativement à l’écart, notamment par (députés de l’Uele) rentreraient chez eux et insisteraient
315
l’absence d’un pôle urbain important. Les chefs et sur la création de leur province . »
notables coutumiers réussirent à se faire entendre par Les divers conflits doublés de tensions ethniques
l’intermédiaire de certains conseillers provinciaux qui créèrent un malaise tel que la création des nouvelles
transmettaient à l’assemblée provinciale à Stanlyeville provinces susceptibles de refaire un nouvel équilibre
leurs doléances. Ces dernières portaient surtout sur
l’absence d’un statut des chefs coutumiers, sur l’inefficacité 313 Pour de plus amples informations, lire les CRA de la
de la politisation de l’administration territoriale, sur 7e session de l’assemblée provinciale de la Province-
Orientale.
312 Lire les CRA des réunions de l’assemblée provinciale 314 Lire Monnier, L. et Willame, J.-C., op. cit., p. 131.
de la Province-Orientale, session extraordinaire du 30 315 CRA des réunions de l’assemblée provinciale de la
et 31 août 1960. Province-Orientale, séance du 13 octobre 1962.
161
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
apparut comme une solution à la fois politique et socio- nationaux appartenant à la région dont on envisageait de
économique. Dès ce moment, les forces politiques locales faire une province.
se regroupèrent dans leurs régions respectives. Pour des entités qui ne pouvaient atteindre une
La délégation de la Province-Orientale, ne comprenant population de 700.000 habitants, une clause échappatoire
aucun représentant du gouvernement Gizenga, négocia la fut inscrite, réduisant ainsi à néant la clause du nombre
création de la province de l’Uele-Ituri qui serait présidée d’habitants : « si les impératifs politiques et sociaux
par J.-P. Déricoyard. Soutenus par les résolutions de l’exigent », une population de 700.000 n’est pas nécessaire.
la Conférence de Coquilhatville et du Conclave de Finalement, la seule condition exigée était la pétition
Lovanium, les acteurs du district de l’Uele et de l’Ituri signée par les deux tiers des députés, car d’une part, il
finirent par avoir gain de cause quant à la création de leur n’était pas difficile de trouver des « raisons impératives » et,
province. La démarche politique dominante après la mort d’autre part, la viabilité économique étant indéfinissable, la
319
de Lumumba conduisit au compromis selon lequel il fallait seconde condition était aussi inapplicable .
créer de nouvelles provinces en vue de mettre en place les Les conflits ethniques ouverts dans tous les chefs-lieux
structures fédérales du pays. des provinces n’épargnèrent pas la Province-Orientale.
Dans sa déclaration inaugurale du 2 août 1961, le À Stanleyville, l’exode massif des Azande, des Boa et des
Premier ministre Adoula promit que le gouvernement Logo en butte aux Lokele et d’autres peuples, comme
prendrait les mesures nécessaires pour permettre à les Komo (considérés comme propriétaires fonciers de
chaque région d’être administrée selon ses aspirations Kisangani), a largement déterminé les élus de l’Uele et de
profondes, et envisagerait immédiatement les révisions l’Ituri à demander la création de leur province respective.
316
constitutionnelles pour la réalisation de cet objectif . Au début, on pensait qu’il y aurait une seule province qui
Mais devant les prétentions contradictoires des uns et des se dénommerait Uele-Ituri. Au mois de mars 1962, en effet,
autres, il était difficile d’arriver à définir les critères et les le ministre de l’Intérieur, faisant à la Chambre le bilan des
procédures de création de ces nouvelles provinces. C’est pétitions reçues, ne parlait que de « la province de l’Uele-
généralement le facteur ethnique que l’on avançait comme Ituri, comprenant le district de l’Ituri et les deux districts
320
élément principal, mais on ne tarda pas à se rendre compte du Bas et du Haut-Uele ». Toutefois, au 31 juillet 1962, la
de l’ambiguïté de cette notion. commission des affaires intérieures de la Chambre déposa
« À la Table ronde de Léopoldville (janvier-février un rapport qui tendait à dissocier le Haut et le Bas-Uele de
1961), où l’on mit pour la première fois ce problème à l’ordre l’Ituri. Ce projet fut accepté par les députés originaires de
du jour, on parla d’un minimum de 300.000 habitants. Par l’Ituri et des Uele : les seules contestations portèrent sur
321
contre, lors des premiers débats législatifs sur la question, les deux territoires de Watsa et de Faradje . La fusion de
la Chambre des représentants avança le chiffre de deux districts de l’Uele en une seule province fut adoptée
317
1.200.000 ». Le Sénat, quant à lui, proposa le chiffre de le même jour et sanctionnée par la loi du 14 août 1962.
318 322
500.000 . La solution finale adoptée et promulguée par la Paulis (Isiro) est son chef-lieu . Cette nouvelle province
loi du 27 mars 1962 posait trois conditions pour la création regroupait les territoires d’Aketi, Ango, Bambesa, Bondo,
d’une nouvelle province : 1) une population de 700.000
habitants ; 2) sa viabilité économique ; 3) une pétition 319 Young, C., op. cit., p. 331.
introduite par les deux tiers des députés provinciaux et 320 Compte rendu analytique officiel des réunions de
la Chambre des représentants, 4e session ordinaire,
séance du 23 mars 1962, p. 55.
316 Verhaegen, B., Congo 1961, Bruxelles, CRISP, 1962, 321 Sur ces deux territoires, les contestations portent à
« Les Dossiers du CRISP », p. 421. la fois sur les questions de transfert de groupements
317 Young, C., Introduction à la politique congolaise, (villages et populations) opérés pendant la période
Bruxelles – Kinshasa/Kisangani/Lubumbashi, Centre coloniale, mais aussi sur les questions des mines d’or,
de recherche et d’information socio-politiques – dont l’Ituri voudrait voir tous les sites importants
Éditions universitaires du Congo, 1968, p. 331. intégrés dans son espace (cf. infra).
318 « Les nouvelles provinces », II, Études congolaises, vol. 322 Monnier, L. et Willame, J.-C., op. cit., annexe II,
3, n° 8, octobre 1962, pp. 29-30. p. 169.
162
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
Buta, Poko, Dungu, Niangara, Paulis, Wamba et les deux L’assemblée utilisait deux langues : le français et le
territoires de Watsa et de Faradje soumis au référendum. lingala, et cela autant dans les débats que dans les procès
C’est le territoire de Watsa qui, le premier, intégrera, verbaux. Elle siégeait dans une ancienne salle de cinéma,
dès 1962, la province de l’Uele, après un vote qui donna tandis que les bureaux occupaient l’ancien siège des affaires
7.992 voix pour l’Uele et 3.147 voix pour le Kibali-Ituri. sociales du district de Paulis.
Situation inverse pour Fardaje, avec un vote de 460 voix
pour l’Uele et 17.092 voix pour le Kibali-Ituri. Il fallut 3.2.3. Activités de l’assemblée provinciale
attendre d’autres réformes ultérieures pour que Faradje Lors de l’éléction du bureau, un seul candidat se
réintègre le Haut-Uele. présenta à la présidence, deux à la première vice-présidence
et un à la seconde vice-présidence. Le résultat du vote fut
le suivant.
3.2.LEFONCTIONNEMENTDESINSTITUTIONSJUSQU’À
LA VEILLE DE LA RÉBELLION DES SIMBA Résultat de l’élection du bureau
de l’assemblée provinciale
3.2.1. L’assemblée provinciale
Au cours de la période 1962-1963, trois sessions Poste Nom Territoire d’élection
eurent lieu : la session inaugurale, qui s’étendit du 4 au 15 Président V. Lumery Faradje
septembre 1962, la session ordinaire d’octobre, qui dura du 1er vice-président G. Lavula Ango
15 novembre au 12 décembre 1962, et la session ordinaire 2e vice-président N. Abanagomu Wamba
d’avril, au cours de laquelle les conseillers siégèrent du 16 Secrétaires L. Dule Dungu
avril au 18 mai 1963. Les membres de l’assemblée siégeront D. Asobe Wamba
38 fois à Paulis. Les conseillers provinciaux parlaient H. Kolucia Bondo
et comprennaient en général trois langues : le lingala, J. Ramazani Watsa
le swahili et le français, même si les chefs coutumiers
auraient voulu que le lingala soit la seule langue de travail. Source : Compte rendu analytique des réunions de l’assemblée
provinciale de l’Uele, séance du 6 septembre 1962.
3.2.2. Composition sociopolitique de l’assemblée
L’assemblée provinciale de l’Uele était dominée dans Deux places furent laissées aux ressortissants des
sa composition par les « notables » : bien que les chefs deux territoires contestés de Faradje et de Watsa, ce qui
coutumiers ne constituent pas une majorité numérique, sonna comme une récompense à leur ralliement. Mais
ils formaient un groupe nettement plus homogène que avec l’arrivée du commissaire spécial, le 10 septembre, ce
tous les autres ; ses membres avaient non seulement la bureau fut contesté : le président et les deux conseillers des
même fonction, mais constituaient un groupe d’intérêt territoires contestés quittèrent le bureau. Ce qui donna
politique qui transcendait celui des allégeances tribales lieu à l’élection d’un nouveau bureau, le même jour. La
et particulières. La seconde caractéristique de cette composition du second bureau de l’assemblée provinciale
assemblée résidait dans sa représentation territoriale fut la suivante :
originale.
163
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
164
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
qui, une fois de plus, réitérèrent leur volonté de ne pas d’Uvira et de Fizi respectivement les 16-17 mai et le 27 mai.
voir s’ériger de communes dans leurs chefferies. « À Les opérations militaires se dirigèrent tant vers le Nord-
Stanleyville, nous ne voulions pas des communes. Nous Katanga que vers le Maniema. Sous le commandement
avons dû voter par l’intermédiaire et sous la pression des militaire d’Olenga, ils occupèrent les villes du Nord-Katanga
JMNC-L. Nous ne voulons plus de communes […] La sans coup férir et devinrent les maîtres du Maniema en
commune a la réputation de voleur. En chefferie tout va juillet 1964. Ils commencèrent alors à mettre en place des
324
bien, parce qu’elles ont continué à gérer leurs affaires . » gouvernements provinciaux provisoires : à Albertville, le 22
327
Suite à l’opposition de ces chefs coutumiers, « l’assemblée juin et à Kindu, le 24 juillet .
demanda au gouvernement de prendre les mesures La rébellion se poursuivit avec rapidité. La colonne
325
appropriées ». Par l’édit n° 1/63 du 10 juin 1963, l’assemblée des rebelles venant de Kindu pénétra dans la Province-
provinciale vota la suppression des communes rurales. Orientale le 27 juillet par la route Lubutu-Stanleyville.
La gestion provinciale du Haut-Uele fut confrontée à Cette colonne comprenait une quarantaine de camions
quelques problèmes. chargés de guerriers armés de lances et recouverts d’herbes,
et trente voitures pour les officiers. Bon nombre d’entre
« Problèmes intérieur d’abord : conflit entre eux étaient sérieusement éméchés. Dans les villages où ils
les fonctionnaires provenant de Stanleyville et le étaient annoncés, l’effervescence était grande ; la foule était
gouvernement ; manque des techniciens ; troubles rassemblée et l’atmosphère pleine de brouhaha, d’appels
politiques provoqués par certains chefs coutumiers de et de rires. Des propagandistes des rebelles haranguaient
l’intérieur ; absence d’infrastructure et surtout de moyens de cette foule en critiquant le pouvoir de Léopoldville et en
communications et de transports ; refus de l’enseignement annonçant que les révolutionnaires allaient tout arranger.
clérical subsidié de se laisser contrôler, etc. Le passage de la colonne recueillait les ovations de la
328
Problèmes d’ordre extérieur ensuite : afflux de foule .
réfugiés soudanais fuyant le régime politique de leur pays La colonne de Simba fut arrêtée quatre jours à
(remarquons qu’ici le mouvement est inverse par rapport Lubutu par un barrage de soldats. On crut un moment à
à la province voisine de l’Ituri). On note une certaine Stanleyville que les rebelles passeraient par Ponthierville et
329
réticence à une perspective de réunification avec la province on y dépécha des troupes, mais il n’en fut rien . Le 2 août
de Kibali-Ituri. Deux facteurs semblent s’opposer à une à Wanie-Rukula, située à 68 km de Stanleyville, les Simba
telle réunification : la présence d’une importante fraction se heurtèrent à l’ANC. « Un chaud combat s’y déroula
Babua en Uele, qui est redoutée par les autorités de Kibali- au cours duquel, plusieurs fois repoussés, les hommes
Ituri et conflit personnel entre le président Manzikala et le d’Olenga usèrent de la tactique des vagues humaines et
président Mambaya . »
326
submergèrent les positions des hommes de Mobutu. Cette
avance-éclair malgré les feux nourris des commandos
provoqua la débacle dans les rangs de ces derniers, et
3.3. LA RÉBELLION DES SIMBA, 1964-1965 ce fut le sauve-qui-peut général. Les Simba firent alors
le carnage. Aucun prisonnier ne fut toléré330. » En fait,
3.3.1. La prise de Stanleyville il semble que les parachutistes qui devaient contenir les
Le 15 avril 1964, des combattants qui s’étaient attribué
327 Verhaegen, B., « 1963-1965 : d’oppositions en
le surnom de « Simba » lancèrent une offensive dans l’Est
rébellions », in Congo-Zaïre, la colonisation –
du Congo. Ces partisans de Gaston Soumialot s’emparèrent
l’indépendance – le régime Mobutu – et demain ?,
Bruxelles, GRIP, 1990, pp. 92-93, « Collection GRIP-
324 CRA, séance du 6 mai 1963, p. 13. Informations ».
325 Idem, p. 15. 328 La description de l’entrée des rebelles en Province-
326 « Inventaire de la documentation reçue au cours du Orientale est extraite d’un récit de Mgr Fataki, ARS,
voyage de l’IRES dans les provinces », Congo political Documents généraux 3.
ephemera collected by Crawford Young. Microfilms, 329 ARS, Documents généraux 4.
p. 10. 330 ARS, Documents généraux 4, p. 4.
165
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
Ch. Gbenye, G. Soumialot et N. Olenga à Stanleyville, 1959. Le pouvoir populaire à Stanleyville : en tête, Christophe Gbenye, suivi de Gaston Soumialot (avec à ses côtés
un officier Simba) et Nicolas Olenga (mains croisées). Photo prise devant le bâtiment où se déroula, en octobre 1959, le congrès du MNC/Lumumba, dans la commune de
Mangobo. (CP.2007.1.501, fonds Gérard-Libois ; photo anonyme, s.d., Archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.)
rebelles à Wanie-Rukula furent trahis par les chauffeurs de « 43 camions venant de Kindu représentant environ une
331
l’ANC qui ne les ravitaillèrent pas en munitions . Selon 334
centaine des Simba . »
un autre récit, il y avait à Wanie-Rukula 100 hommes de 335
« 3 à 400 rebelles plus ou moins armés . »
332
l’ANC : 80 s’enfuirent et 20 résistèrent et se firent tuer . « La prise de Stan se fit par environ une centaine de
Après la prise de Wanie-Rukula, l’avance des Simba fut 336
Simba . »
particulièrement rapide. La colonne était sans cesse grossie 337
« Stan aurait été pris par 75 Simba . »
par des recrutements de villageois. « Les barrages de route
formés par des soldats plus enclins à fuir qu’à combattre À son installation à Stanleyville, le gouvernement
se désagrégèrent pratiquement à l’approche des Simba. À rebelle est composé de Christophe Gbenye, président
l’entrée de la ville, les fuyards forcés par les autres soldats et chef du gouvernement ; Gaston Soumialot, ministre
qui y avaient pris position essayèrent de s’y regrouper. Là de la Défense nationale ; Assumani Senghie, ministre de
encore, les soldats de l’ANC durent battre en retraite, leur l’Intérieur ; Thomas Kanza, ministre des Affaires étrangères
333
moral était sérieusement atteint . » et du Commerce extérieur ; Sabiti François, ministre des
C’est le mardi 4 août que les Simba entrèrent à Travaux publics, des Transports et des Communications ;
Stanleyville, ayant à leur tête le général Nicolas Olenga. Sylvain Kama, ministre des Finances. À noter que dès les
Leur importance numérique est difficile à déterminer car premiers jours de l’occupation de Stanleyville, le général
les témoignages ne concordent pas : Olenga y exerça l’autorité suprême tant civile que militaire.
Olenga était arrivé à Stanleyville avec les Simba ; Soumialot
et Gbenye, autres chefs de la rébellion, ne l’y rejoindraient
331 ARS, ISTAN 13, p. 5.
que plus tard.
332 ARS, ISTAN 16. À noter que selon un communiqué
Inbel du 3 août 1964, les forces de l’ordre auraient
repoussé les rebelles à Wanie-Rukula. À noter aussi
que, dans son édition des 3-4 août 1964, La Gazette 334 ARS, ISTAN 16.
démentait la nouvelle d’un engagement entre rebelles 335 ARS, ISTAN 13.
et ANC à Wanie-Rukula. 336 ARS, ISTAN 3, p. 3.
333 ARS, Documents généraux 4, p. 4. 337 ARS, ISTAN 5, p. 4.
166
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
Le général Mobutu annonça à Léopoldville que les le cadre des six provinces. Ce qui laissait sous-entendre
militaires stationnés à la base de Stanleyville avaient que les institutions provinciales issues de la révision de la
abandonné celle-ci sans combattre, pris de panique Loi fondamentale n’étaient plus reconnues et que, donc,
338
à l’annonce d’une arrivée imminente des rebelles . l’assemblée et le gouvernement provinciaux de l’Uele à
L’Armée nationale congolaise (ANC) s’effondra en même Paulis étaient devenus illégitimes.
temps que l’administration et les institutions politiques
provinciales. En fait, les conditions étaient réunies, en ce 3.3.2. Le contexte sociopolitique du Haut-Uele
début 1964, pour que les rebelles obtiennent un soutien Le Haut-Uele fut un espace où l’insurrection armée
massif et spontané de la population congolaise. Car aux de 1964 fit de nombreuses victimes humaines. Avec un
frustrations d’une indépendance ratée s’ajoutaient les pouvoir traditionnel fort prégnant, mais mis à rude épreuve
rancœurs des conflits claniques et tribaux, les inégalités à l’indépendance du pays, un chômage aggravé par une
sociales croissantes entre la classe dirigeante et le peuple, économie caractérisée par des bas salaires et sensible aux
l’incompétence et la corruption de l’administration et dégradations socio-économiques (cf. infra), le contexte
des forces de l’ordre. Les cadres et les militants des partis local de l’Uele fut favorable à une explosion, ou du moins, à
nationalistes voulaient prendre leur revanche sur les l’exploitation du chaos local. Divers rapports administratifs
modérés qui les avaient évincés des fonctions politiques des territoraux du Haut-Uele indiquent les changements
et administratives que leur victoire aux élections de intervenus. Le rapport administratif du territoire de
mai 1960 aurait dû leur réserver. Ajoutons encore un Paulis de 1961 note : « une année de désorganisation dans
341
élément important, la classe d’âge, c’est-à-dire tous ces plusieurs domaines ». L’administrateur de territoire de
jeunes entre douze et vingt ans, que l’indépendance ratée Watsa, P. Asale, relève dans son rapport administratif
avait particulièrement pénalisés en la privant d’école et de l’année 1961 de nombreux problèmes auxquels sa
339
d’emploi . gestion est soumise et qui, en perdurant, ont favorisé
Le 6 août 1964, le général Olenga lut un discours l’expansion du mouvement rebelle qui survint quelques
340
devant les antennes de la radio provinciale . Il annonça années seulement après. Il écrit : « plusieurs plantations,
que son armée avait mis en déroute l’ANC et que « rien industries ou autres entreprises abandonnées. La plupart
ne pouvait plus arrêter la révolte du peuple contre un des travailleurs désœuvrés devraient normalement
régime impopulaire ». Il affirma que son armée n’était pas réintégrer leurs milieux coutumiers. Mais beaucoup
un ramassis de chômeurs mais « une armée populaire préfèrent encore végéter ou “voltiger” d’un centre à
composée de la population active ayant épousé le l’autre, armés de patience seule, pour tenter de saisir des
programme du Comité natinal de libération (CNL) contre rares occasions ». Dans le seul territoire de Watsa pour la
le gouvernement néocolonialiste de Léopoldville. Son même année, le rapport relève 908 cas d’insoumissions
objectif était de combattre l’impérialisme, le capitalisme aux autorités coutumières sanctionnées par les tribunaux
et le néocolonialisme sous toutes ses formes. Il précisa du territoire, ce délit passant pour être le grief largement
que le programme de cette armée était de neutraliser dominant du territoire. Relevons la situation décrite dans
le gouvernement de Léopoldville et de constituer un les terriotoires de Paulis et de Watsa.
gouvernement démocratique et populaire, ce qui exigeait D’abord dans le territoire de Paulis :
le désarmement de toute l’ANC. Le général Olenga
termina en assurant que son armée ferait tout pour assurer « L’évolution de la vie humaine suit le rythme des
la sécurité des biens et des personnes étrangères. événements, c’est ainsi qu’après l’accession du Congo à
Radio Stanleyville annonça, en outre, que les anciennes son indépendance l’état d’esprit des populations a changé
structures administratives du pays étaient rétablies dans automatiquement. […] immédiatement après le départ
338 La Libre Belgique, 5 août 1964. 341 Rapport annuel des Affaires intérieures 1961 du
339 Verhaegen, B., « 1963-1965 : d’oppositions en territoire de Paulis, document ronéotypé. Fonds
rébellions … », op. cit., pp. 93-94. B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
340 La Libre Belgique, 7 août 1964. Temps présent (MRAC).
167
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
massif des Européens, plusieurs exploitations industrielles Gombari et dans l’ancienne chefferie Bengba-Mayogo où
et agricoles ont été fermées, ce qui a beaucoup augmenté le l’ex chef Okondo a perdu tout contrôle.
pourcentage des chômeurs. En conséquence, l’homme qui, […] Mais la véritable mentalité révolutionnaire se manifeste
hier, savait subvenir aux besoins de sa famille se voit obligé du côté des vertus civiles essentielles : le respect de la
de mendier de porte à porte. À l’examen du registre de rôle personnalité, de la propriété et le sens de responsabilité.
de la prison du district (Haut-Uele), la plupart des cas des Après que la population rurale ait compris – plus ou
condamnés sont principalement le vol et le meurtre ; il moins – les absurdités des campagnes électorales, elle a
vient ensuite la rébellion qui se manifeste tant du côté civil repris ses cultures de subsistance et, à des degrés différents,
que militaire, action à laquelle l’autorité territoriale était les TOE.
souvent victime et qu’elle risquait de perdre son prestige. Toutefois, elle (population) croit devoir se réserver le
Ayant constaté un laisser-aller dans tous les services droit à ses loisirs, à son tempérament et à ses habitudes
administratifs, plusieurs réunions […] ont été tenues […]. ancestrales, en compensation des restrictions du temps
Dans les circonscriptions indigènes, il (laisser-aller) est de l’oppression colonialiste. C’est ainsi qu’on assiste
encore à déplorer davantage. L’indigène de brousse se croit à la renaissance, un peu partout, de la molesse, des
totalement indépendant et personne d’autre ne pourrait intempérances, des pratiques superstitieuses et, par voie
s’occuper de lui. Cela est prouvé dans la diminution sans de conséquence, à la recrudescence d’atteinte à la sécurité
cesse des produits agricoles. […] Du côté européen, sociale : attentat, meurtre, viol, adultère, vol, etc.
quelques planteurs et commerçants surtout profitent C’est à cette seconde phase de la “pacification” que
de l’ignorance de certaines gens pour exploiter certains doivent tendre les efforts des autorités. Il y a lieu non
Congolais, entre autres le payement partiel des salaires et seulement d’intensifier les moyens d’information et
indemnités diverses aux travailleurs, le licenciement du d’éducation de la masse rurale, mais encore de prendre des
personnel sans motif important, hausse illicite des prix, mesures concrètes, de réprimer des indécences commises
[…] avec l’intention de créer le trouble. Admettons que et de prévenir la récidivité.
ces éléments malfaiteurs sont loin de reconnaître l’autorité Cette situation constitue le problème n° 1 du territoire
congolaise croyant qu’on était encore de petits commis de Watsa à cette fin d’année. Nous prenons dès maintenant
342
derrière le clavier d’une machine . » nos dispositions afin de combattre cette nouvelle crise par
la source : alcool, stupéfiants. Des opérations de ratissage,
Ensuite dans le territoire de Watsa : sur toute l’étendue du territoire, permettront de dépister
ces foyers de nervosité et intimider les charlatans. Mais, vu
« La population rurale est généralement très l’étendue immense et la population clairsemée, un renfort
respectueuse de l’autorité administrative congolaise […]. en hommes sera indispensable. Toutefois, nous renonçons
Elles sont […] très confiantes, quand des raisons d’ordre à faire appel au secours des troupes de l’ANC, dans les
personnel ou, enfin, des abus d’autorité ne finissent par les conditions actuelles, afin d’éviter le pire. Il serait à craindre
exaspérer. en effet que l’autorité territoriale en soit compromise. Ceci
Cette dernière considération ne manque pas toujours vaut la peine d’être évité à tout prix.
d’être exploitée par certains énergumènes qui en tirent […] Dans les centres et agglomérations extracoutumiers,
profit aux dépens de l’autorité […]. l’esprit est le même que ci-dessus. À ajouter toutefois, en
Quant à l’autorité coutumière, il y a lieu d’émettre des sus d’insoumission, une conscience nulle de responsabilité.
réserves, puisque tous les cas sont à considérer séparement. Le travailleur ne se croit pas encore trop heureux de ne
En effet, dans nombre de circonscriptions, les chefs se trouver en chômage comme des milliers d’autres, mais
coutumiers jouissent d’une autorité véritable et même prétend devoir égaler “son” maître qui, lui, ne fait pas le
une vénération, si quelques charlatans ne s’en prennent à même travail que lui (ouvrier), mais jouit de plus de droits
“saboter” cette autorité. Tandis que dans d’autres, la voix et d’avantages …
du chef n’est plus écoutée. Et c’est le cas dans le secteur C’est l’interprétation erronée de l’émancipation
(Indépendance). Aussi assiste-t-on souvent à des conflits
342 Ibidem. entre l’employeur et l’employé qui refuse son licencement.
168
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
Il incombe à la territoriale de veiller à l’extirpation de cette La situation décrite dans ces divers rapports ne
mentalité frustre et de faire droit à chacun. Les employeurs s’améliora pas au cours des deux années qui précédèrent la
sont démoralisés et perdent courage. Mais ces derniers rébellion des Simba ; bien au contraire.
font-ils toujours justice à leurs employés ? L’intérêt du pays Le Haut-Uele constitua l’une des dernières étapes de la
343
requiert une main forte de l’autorité . » rébellion avant son extinction. Mais la frontière du Haut-Uele
avec le Soudan et l’Ouganda est un élément qui contribua
343 Asale, P., Rapport annuel des Affaires intérieures à son enracinement. On observe, par exemple, qu’en 1961,
1961 du territoire de Watsa, document ronéotypé, plusieurs jeunes avaient quitté le Soudan et l’Ouganda pour
pp. 34-36. Fonds B. Verhaegen, archives de la section s’installer dans le Haut-Uele. Le rapport de l’administration
d’Histoire du Temps présent, MRAC.
169
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
territoriale de Faradje donne quelques chiffres pour les années Mais les choses ne se déroulèrent pas aussi rapidement
344
1960 et 1961 (voir les deux tableaux de la page précédente). que les deux gouvernements, zaïrois et soudanais, l’avaient
Le mouvement de migration de l’année précédente espéré. Vers la mi-février 1973, deux représentants de
(1960) était similaire. Avec le Soudan, il y eut 137 l’ONU passèrent encore visiter les camps des réfugiés
migrants revenus et aucun départ. Avec l’Ouganda, il y eut soudanais à Aba dans la zone de Faradje en vue de se
133 migrants revenus, contre 82 départs. Ce qui dénote que rendre compte de l’opération de leur rapatriement dans
les entrées étaient plus nombreuses que les retours. Cette leur pays d’origine. Ils étaient en compagnie de Mutshipayi
situation se révéla inversée, au moment de l’occupation Tshibwabwa, le commissaire de district (sous-régional)
rebelle du Haut-Uele et, surtout, en 1964, avec la fuite des assistant du Haut-Uele. Ils examinèrent les aspects du
346
nombreux rebelles vers le Soudan. problème ayant trait à ce rapatriement .
Le mouvement avec le Soudan se fit surtout dans les Le ministre (commissaire d’État) des Affaires sociales,
chefferies Kakwa et Mondo situées à la frontière. Si, en Alexandre Kparagume Atoloyo, se rendit ultérieurement
1961, les départs étaient plus nombreux que les arrivées, encore, en compagnie de l’ambassadeur du Soudan et du
le rapport administratif note que pour « la plupart ce commissaire de district (commissaire de région) assistant
sont des irréguliers (dont) les malfaiteurs qui, une fois du Haut-Uele, au Haut-Commissariat des Nations
poursuivis, gagnent le Soudan. Beaucoup moins sont ceux unies pour les réfugiés afin de discuter du problème du
qui s’y rendent avec la volonté de s’y installer ». rapatriement.
Quant au mouvement avec l’Ouganda, le même À la fin du mois d’août 1973, la presse signala
rapport écrit : « La plupart des jeunes gens se rendent en que depuis le début de l’opération en mars, 45.000
Ouganda pour se procurer un vélo : une fois qu’ils y sont, ressortissants soudanais avaient déjà quitté le Haut-Zaïre
ils s’engagent, ceci pour six mois ou un an ou plus, mais pour Karthoum. Selon le journal Boyoma, les opérations
toujours avec l’intention de regagner le Congo dès qu’ils s’étaint déroulées de la façon suivante :
sont à la possession de leur vélo ». En 1961, « le départ vers
l’Ouganda est moindre, car pour des raisons politiques, les « Jusqu’au 15 août dernier on dénombrait plus de 3.500
autorités ougandaises se sont montrées plus sévères envers réfugiés au camp de Gandi. Ils étaient placés sous la direction
les étrangers. du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
À la fin 1972/début 1973, après la fin de la première soudanais résidents dans la sous-région du Haut-Uele. Par
guerre entre le Nord et le Sud-Soudan, le Congo ailleurs près de 30.000 réfugiés qui étaient dispersés dans
– devenu Zaïre – accéléra les négociations sur le retour le Haut-Zaïre ont regagné Karthoum en passant par les
des « réfugiés » soudanais dans le Haut-Uele. Le jeudi frontières initialement fixées pour le rapatriement. Environ
12 octobre 1972, Salan Zarouo et Eltayera Eimazadi, 2.000 Soudanais ont été rapatriés par la route principale
respectivement ambassadeur du Soudan à Kinshasa et Baba, qui traverse la frontière soudano-zaïroise au nord du
colonel de l’armée soudanaise, arrivèrent à Isiro pour mont Zaïre. Des camions ont été mobilisés pour sillonner
une mission devant préparer administrativement le la sous-région du Haut-Uele en vue de rechercher d’autres
rapatriement des réfugiés soudanais. En collaboration 347
réfugiés soudanais devant être rapatriés . »
avec l’administration congolaise (appelée entre temps
zaïroise), ils installèrent un bureau mixte dont le rôle était Les réfugiés soudanais rentrèrent en 1973. Mais la
345
de s’occuper des ces réfugiés . paix entre le Nord et le Sud-Soudan ne fut que de courte
durée. Une nouvelle guerre éclata en 1983. Elle durera
344 Rapport annuel des Affaires intérieures 1961 du
territoire de Faradje, document ronéotypé, p. 12. 346 « Haut-Uele : Ce qu’a été la tournée à Faradje du
Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire commissaire sous-régional assistant », Boyoma,
du Temps présent, MRAC. Kisangani, samedi 17-dimanche 18 février 1973, p. 3.
345 « Échos du Haut-Uele, Le séjour de l’ambassadeur 347 « Rapatriement des réfugiés soudanais bases dans
du Soudan à Isiro », Boyoma, Kisangani, lundi 16 le Haut-Zaïre », Boyoma, Kisangani, samedi 1er–
octobre 1972, p. 3. dimanche 2 septembre 1973, p. 1.
170
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
environ vingt ans. Le bilan fut très lourd : plusieurs Les Simba entrèrent à Paulis le mercredi 19 août à 14 h
milliers de morts et de gens déplacés. Un accord de paix à bord de quatre camions. Ils tirèrent en l’air, confisquèrent
fut signé à Nairobi entre les belligérants en janvier 2005. tous les véhicules qu’ils trouvaient et cherchèrent des
À ce moment, plus de 550.000 Soudanais s’étaient enfuis soldats de l’ANC et des membres de la Radeco dans les
dans les pays voisins, notamment 204.000 en Ouganda ; rues et les maisons. Ils n’inquiétèrent pas les Blancs. Tout le
90.500 en Éthiopie ; 69.400 en République démocratique monde, Blancs et Noirs confondus, dit par la suite que les
du Congo. Selon d’autres sources, la RDC aurait même premiers Simba n’étaient pas si mauvais. Mais les recrues
accueilli 75.600 réfugiés soudanais, dont 41.000 étaient qui se joignirent à eux n’étaient pas du même acabit.
assistés par l’UNHCR. Certains réfugiés s’intégrèrent dans À Paulis, le gouverneur de la province des Uele, Paul
les villages congolais et subsistèrent sans aucun problème. Mambaya, son secrétaire provincial, Joseph Tabalo, ainsi
En décembre 2005, l’UNHCR avait déjà signé des accords que les membres du Radeco, le parti du Premier ministre
pour le retour au Soudan de ces réfugiés avec la RDC et les Cyrille Adoula, les fonctionnaires, les enseignants, les
autres pays avoisinants. magistrats et les prisonniers militaires furent exécutés en
nombre. Certains furent forcés de boire de l’essence, après
3.3.3. Les Simba dans le Haut-Uele quoi les rebelles les éventraient et les brûlaient. On estime
Après la conquête de Stanleyville et l’installation d’un à quelque quatre mille le nombre de victimes enregistrées
349
gouvernement, les Simba continuèrent leurs expéditions à Paulis .
et conquirent en peu de temps le Haut-Uele et toute la Revenons sur la mort du gouverneur Mambaya, qui
Province-Orientale. Après Paulis, Watsa et Buta tombèrent fut au départ un membre du MNC. Il avait pris la fuite
déjà dans leurs mains le 19 août 1964. Ils installèrent partout à l’approche des Simba. Il fut capturé quelques jours plus
des « tribunaux du peuple » qui jugèrent et exécutèrent tard, à environ 230 kilomètres de Paulis. Les rebelles le
plusieurs personnes. Ajoutons qu’outre les condamnés de jetèrent dans un camion et le ramenèrent à Paulis. En
la justice rebelle, eurent lieu de nombreux assassinats en cours de route, il fut sérieusement tabassé. Arrivés sur la
dehors des jugements. Ils étaient le fait d’individus profitant plus importante artère routière de la ville, qui commence
du chaos pour régler leurs comptes à leurs adversaires et termine par un rond-point, les rebelles le mirent sur une
locaux. table et lui coupèrent les deux oreilles, et l’obligèrent à tenir
À Paulis, ils ne trouvèrent plus guère de gens du un discours. Mambaya ne fit que clamer son innocence.
Rassemblement des démocrates congolais (Radeco), fondé Puis, les rebelles lui coupèrent la langue et le forcèrent à
en août 1963 et devenu le parti gouvernemental de Cyril marcher jusqu’au second rond-point entre deux haies de
Adoula depuis mars 1964. L’exode des membres du Radeco gens excités. À un certain moment, Mambaya commença
avait commencé dès la prise de Stanleyville. Une partie des à courir. Les gens le saisirent et voulurent le tuer, mais les
Gendarmes katangais stationnés dans la ville se dirigèrent rebelles le prirent de leurs mains. Au deuxième rond-point,
vers Wamba avec leur armement. Le lundi 10 août, des les Simba lui frappèrent les mains et les pieds avec des
groupes de la Jeunesse du MNC se rassemblèrent aux bâtons et des gourdins. Ensuite, il fut obligé de danser sur
alentours de la ville, s’armèrent de bâtons et de gourdins, une mélodie chantée par les Simba. Finalement, Mambaya
et entrèrent dans la ville. Ils n’y trouvèrent plus guère de fut livré à une population furieuse qui l’abattit et le coupa
350
gens de la Radeco. L’ANC, qui était toujours maître de la en morceaux .
348
ville, n’entreprit rien contre cette jeunesse . Dans une brochure intitulée La Rébellion au Congo
Tout avait l’air calme entre le 12 et le 19 août. Le 14 août, éditée par le gouvernement Tshombe, on peut lire le
l’ANC reçut du renfort de Gombari. Le 16 août, des unités témoignage suivant sur les brutalités commises par les
partirent vers Wamba où elles se heurtèrent à la résistance Simba à Paulis :
des rebelles et elles firent demi-tour. Arrivées à Paulis, elles
prirent leurs affaires et se retirèrent de nouveau vers Gombari. 349 Verhaegen, B. et Van Lierde, J., Congo 1964, Bruxelles,
CRISP, 1965, p. 280, « Les Dossiers du CRISP ».
348 Van Kerkhove, V. et Robberechts, F., Simba’s en Para’s 350 Van Kerkhove, V. et Robberechts, F., Simba’s en Para’s
in Stan, Hasselt, Éd. Heideland, 1965, p. 102 e.s. in Stan, op. cit., pp. 106-107.
171
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
« Le jeudi 20 août […] sur la grand-place, le lieutenant L’euphorie des premiers jours ne dura guère et bientôt
Mathias Déo Yuma avait fait placer un micro et s’adressait les rebelles montrèrent leur vrai visage. Comme leurs frères
à la foule dans des termes d’une extrême violence où de Stan, ils commencèrent par éliminer l’intelligentsia.
revenaient sans cesse les mots Kasa-Vubu, Radeco, Adoula. À Paulis, cela se passait au rond-point, en face de la gare
Sur la terrasse du bureau territorial se trouvaient des Vicicongo, et la population, tant noire que blanche, y était
prisonniers congolais. Ils furent conduits au milieu de la “conviée”. Le “commandant Tiré”, un des chefs rebelles, âgé
place. Les Simba les couchèrent par terre. Sur un signe de de 16 ans tout au plus, dirigeait les opérations et n’hésitait
Déo, des rebelles se précipitèrent sur les malheureux et les pas à payer de sa personne en exécutant lui-même certains
tuèrent. Quelques-uns étaient armés de bâtons, d’autres de condamnés, d’où son surnom. Suivant son humeur, ceux-
machettes, les derniers d’armes à feu. Les cadavres étaient ci étaient allongés face contre terre ou sur le dos. Dans le
emmenés par des infirmiers, en blouse blanche, qui les premier des cas, ils étaient exécutés d’une balle dans la
chargeaient sur des civières et les jetaient dans le corbillard nuque, dans le second cas, ils étaient écrasés par les énormes
qui stationnait non loin de là. camions Marmons de la Vicicongo, réquisitionnés pour la
Auparavant la fanfare de la police, installée également circonstance. Pour couvrir les hurlements des condamnés
sur la terrasse, jouait une marche et les tueurs défilaient sur et l’horrible bruit des chairs écrasées, la fanfare de la police
la place en agitant les armes ensanglantées et en enjambant était obligée de jouer sans arrêt des airs martiaux, comme
les cadavres. On jouait ensuite des disques et des gamins pour donner un air de fête à la “cérémonie”.
d’une dizaine d’années obligeaient les personnes qui Ces exécutions, qui se répétaient plusieurs fois par
attendaient leur exécution de danser tout en mangeant des semaine, avaient provoqué la panique parmi la population
bulletins de vote du récent référendum constitutionnel. Les indigène des deux cités, “le Belge” et “le Combattant”.
assassinats systématiques se poursuivirent pendant tout un Certains avaient fui en brousse, d’autres se terraient chez
351
mois . » eux. La plupart des villages étaient déserts, les plantations
étaient abandonnées par la main-d’œuvre qui se cachait
Pierre Wauters, l’auteur d’un récit de vie au Congo, dans la forêt, ou avait rallié le camp des Simba.
parle aussi de ces tragiques événements à Paulis : Des centaines, sinon des milliers de Congolais dont
le seul tort était d’avoir été à l’école, périrent en quelques
« Au début, tout allait bien, du moins pour les mois, victimes de ces fous sanguinaires. Une fois de plus,
Européens avec qui les Simba restaient corrects. La seule cela faisait penser aux terribles purges organisées par
règle qu’ils observaient était de n’avoir aucun contact les communistes chinois après leur prise de pouvoir. La
physique avec les Blancs, sous peine de perdre leurs découverte de cadavres de militaires chinois, lors des raids
pouvoirs magiques, auxquels ils croyaient dur comme fer. des mercenaires au moment de la libération des Ueles, ne
352
Quand ils venaient vendre une poule ou des œufs, ils les fait que confirmer cette hypothèse […] . »
déposaient à même le sol et il fallait faire de même pour les
payer. Quiconque volait, ne fût-ce qu’un pain, était puni de Il faut dire que la thèse de l’auteur, selon laquelle
mort et la sentence exécutée en public. Cela faisait penser des militaires chinois auraient participé aux opérations
aux communistes chinois à leurs débuts. militaires des Simba, n’est confirmée nulle part. Mais à
Aux premiers temps de leur conquête, les rebelles se dire vrai, la littérature sur la conquête de la province du
chanvraient à mort avant de combattre les troupes de Haut-Uele par les Simba est peu abondante ; elle est même
l’ANC, puis ils montaient à l’assaut en chantant : “Maï pratiquement inexistante. C’est la raison pour laquelle
Mulele, Mulele maï, masasi maï”. Ils ne sentaient pas les le récit des événements a été cherché dans la presse
balles qui les transperçaient et continuaient d’avancer. contemporaine, plus spécifiquement dans les pages du
Voyant cela, les militaires, affolés, fuyaient tous azimuts ou Courrier d’Afrique. Ainsi, on apprend qu’à Watsa, tombé
ralliaient les rangs des Simba. le 24 août, on assista à des exactions identiques. Les Simba
351 Verhaegen, B. et Van Lierde, J., Congo 1964, op. cit., 352 Wauters, P., Mwana M’Boka, un enfant du pays, Liège,
p. 280. Éd. Dricot, 1994, pp. 146-148.
172
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
y auraient tué une quarantaine de Congolais : des chefs, intellectuels et plus particulièrement les membres du
des fonctionnaires, des employés à la mine d’or de Kilo- gouvernement provincial et les fonctionnaires.
Moto, des officiers des camps militaires de Watsa et de J’ai tenté de m’enfuir, je tombe dans leurs mains. Ils me
353
Gombari . mettent derrière leur camion. Certains voulaient m’amener
À plusieurs endroits, la population n’avait d’autre issue à Stanleyville parce que mon cas était grave, la “haute
que de se sauver en brousse parce que souvent la boisson et trahison”, les uns voulaient m’abattre sur place. On tomba
les drogues rendaient les rebelles vraiment fous et cruels. d’accord pour m’amener à Paulis où je devais être jugé
Ils incorporaient de jeunes garçons qu’ils armaient d’une publiquement sur la Grand Place. En route, le camion des
entaille magique, de bâtons et de couteaux avant de les insurgés tombe en panne. Deux Simba demandaient pour
envoyer lutter contre des soldats de l’Armée nationale qu’ils me conduisent à pied à Paulis parce que les autres
congolaise armés, eux, de fusils. L’espoir que les gens devaient rester jusqu’à la réparation de leur véhicule. Les
fondaient sur ce mouvement de libération se transforma deux “Simba” qui m’ont amené étaient très compréhensifs.
vite en une grande désillusion. Les Simba avaient Ils me laissent dans un village pour venir me chercher
également la fâcheuse habitude de prendre des Européens après. Ils savaient bien que je ne pouvais pas m’enfuir parce
en otage. Les commerçants et les missionnaires furent qu’ils étaient sûrs qu’ils occupaient toute la région.
faits prisonniers et rassemblés à Paulis, Rungu, Viadana, M. Gbinzadi raconte que lorsqu’il est resté dans le
Niangara, Watsa et ailleurs. village, il eut une idée, celle de se faire villageois. On lui
Les rebelles visaient surtout l’élite politique et donnait un morceau de pagne, il laissait pousser la barbe
intellectuelle. De nombreux politiciens et fonctionnaires et les cheveux à la manière des villageois. C’est ainsi que
furent éliminés. Dans son édition du mardi 9 février 1965, les Simba qui venaient ne le reconnaissaient pas. Il allait
Le Courrier d’Afrique reproduit les aventures d’un rescapé, faire du vin de palme pour eux, allait à la chasse et leur
un homme politique du Haut-Uele, Côme Gbinzadi, apportait du gibier etc… C’est ainsi que la providence
membre du gouvernement de l’Uele. Diplômé en 1951 de aidant, déclare M. Gbinzadi, j’ai échappé à une mort qui
l’école de l’administration de Kisantu, il se lança dans la était déjà certaine.
politique à la veille de l’indépendance. Il fut président du M. Gbinzadi a déclaré encore que la morale des Simba
Parti démocrate congolais qui fusionna avec le PNP plus était des plus basses. Ils arrivaient dans les villages, ils
tard. Il fut successivement ministre dans le gouvernement prenaient toutes les femmes qu’ils rencontraient sur leur
de la province de l’Uele en septembre 1962 ; ministre chemin, ils arrachaient même des jeunes filles de moins de
provincial de la Fonction publique en décembre 1963 ; 13 ans à leurs parents en les menaçant de mort. Il a encore
membre de la commission constitutionnelle et président affirmé que les rebelles agissaient, sous l’effet de l’opium,
de la sous-commission politique et administrative en des actes vraiment inhumains, on prend par exemple une
janvier 1964 ; membre du comité de referendum pour femme enceinte encore vivante, on ouvre le ventre et on
l’ex Province-Orientale, le 2 juin 1964 ; directeur à la fait sortir l’enfant, tel a été le sort des femmes des ministres
Fonction publique en juillet 1964. Il passa six mois dans ou des fonctionnaires qui refusaient de devenir leurs
354
la forêt et les bruits avaient couru, lors de la prise de Paulis concubines […] . »
par les insurgés, que Gbinzadi aurait été assassiné avec
le gouverneur de cette province, Paul Mambaya. Mais il Après sa libération, Côme Gbinzadi poursuivit sa
échappa au jugement populaire des rebelles. Il raconte ce carrière politique : il fut nommé membre du comité d’état
qui suit : d’urgence pour l’Uele le 30 janvier 1965 et commissaire
d’État pour la province de l’Uele en mars de la même
« Les rebelles sont entrés brusquement à Paulis, plus année. Il regagna Paulis le 24 février et le 28 février,
moyen de s’enfuir. Ils ont commencé à arrêter tous les accompagné de son directeur de cabinet, il rendit visite
353 « Cinq otages blancs libérés à Watsa et arrivés à Léo 354 « M. Gbinzadi, membre du gouvernement de l’Uele
content leur mésaventure avec les “Simba” », Le Courrier raconte ses aventures », Le Courrier d’Afrique,
d’Afrique, Léopoldville, lundi 12 avril 1965, p. 1. Léopoldville, mardi 9 février 1965, p. 1.
173
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
aux prisonniers rebelles détenus dans la prison centrale Les agissements des Simba à Faradje :
355
de la ville . Les Simba sont arrivés à Faradje le 23 août. Le 24
Il existe d’autres récits de rescapés. Celui que deux une cinquantaine de notabilités furent tuées. Parmi elles
abbés congolais, Réginald Nzoro et Ceslas Djabiri, ont des chefs, des agents de l’administration et un député
fait au Courrier d’Afrique après leur arrivée à Léopoldville, provincial, Benoît Djabiri. Les officiers parmi les Simba
le dimanche 4 avril 1965 est significatif. Les deux prêtres étaient soit des Ankutsu, ou des Lokele, partisans de
avaient été libérés à Faradje. Patrice Lumumba, soit des Babua, partisans de Gbenye.
Surtout les Ankutsu se croyaient appelés pour régir tout
« D’abord les détails qui concernent plus spécialement le Congo. Parmi les officiers il y avait quand même des
la mission (Faradje) et les abbés. L’abbé Ceslas raconte bons. Les petits jeunes gens étaient les plus terribles. Les
qu’il a failli être abattu par le sinistre colonel Deo, un Simba ont spécialement visé la province de l’Uele, connue
Ankutsu, après les massacres ordonnés par celui-ci à Paulis. pour son loyalisme inébranlable envers les gouvernements
L’abbé était accusé d’être PNP ou un Radeco. Les abbés se légaux de Léopoldville. Ce n’est donc pas étonnant que
nourrissaient de manioc et de mpondu. De temps en temps toute la population s’enfuit en brousse. Résultat : les Simba
ils tuaient une vache de la mission. Tous les véhicules manquèrent bientôt de nourriture. Ils abattaient des vaches
furent confisqués, mais la mission est restée intacte jusqu’à appartenant au troupeau de la société “Shun” et des bêtes
présent, bien que le groupe électrogène a beaucoup souffert sauvages au Parc national de la Garamba. À la longue les
des Simba qui en usaient et abusaient pour charger leurs Simba avaient fini par comprendre que fumer du chanvre
batteries. est contre-indiqué pour des soldats, ils se rabattirent donc
Les gens s’étant réfugiés en brousse, l’assistance à sur l’arak, l’alcool indigène, dont ils ingurgitaient une
la messe du dimanche était fort réduite : au lieu des 600 grande quantité.
présences habituelles on n’en enregistrait plus que 20. Mais Les abbés signalent que les Simba comptaient de très
les fidèles se réunissaient dans leurs lieux de refuge pour bons marcheurs. Certains étaient venus de Kindu à pied.
prier le chapelet. Les abbés avaient dû interrompre les Le voyage s’effectuait la nuit, car les Simba avaient peur, eux
homélies du dimanche parce que c’était trop dangereux. aussi, de la population.
Au cours du mois de septembre les écoles ont été Lors de la prise de Paulis par les parachutistes fin
ouvertes, mais après, lorsque les engagements spontanés novembre, les Simba fuyaient en désordre par Faradje et
eurent cessé, les Simba commencèrent à enrôler les élèves Watsa pour se rendre au Soudan. La population locale avait
de force. Les écoles furent donc fermées. Vers la fin, il y commencé à les pourchasser. C’est ainsi que le grand chef
a un bon mois de cela, même des collégiens et des petits- Saboni de Faradje, appartenant à l’ethnie de M. Manzikala,
séminaristes furent obligés d’entrer dans les rangs des gouverneur de la province du Kibali-Ituri, avait fait tuer
Simba. trois Simba. Mais devant l’inactivité des troupes de l’ANC,
Conscients de l’avance de l’armée régulière et soucieux les Simba se ressaisirent et s’emparèrent de 20 sujets de
de la sécurité des abbés, certains rebelles leur conseillèrent Saboni et les martyrisèrent de la façon la plus cruelle. Enfin
de se cacher lors de la libération. Celle-ci arriva enfin. L’école il y a deux mois ils tuèrent aussi mais en secret les chefs
ménagère des filles fut complètement détruite au cours des Saboni et Manigo ainsi que vingt autres Congolais.
engagements. Jusqu’alors les abbés avaient heureusement Les abbés ont déclaré aussi que lors des massacres de
pu rester en contact avec le monde extérieur grâce à leurs Watsa, les officiers rebelles responsables de cette localité se
transistors. Mais à la libération la radio et le portefeuille trouvaient à Doruma et qu’ils déploraient qu’un officier de
de M. l’abbé Réginald Nzoro, contenant ses papiers et de passage, le nommé Budjai, ait ordonné la tuerie.
l’argent, furent volés. Dommage ! Les abbés ont vu de leurs yeux un officier arabe,
probablement de Karthoum, qui commandait des Simba à
356
Faradje .
355 « Nouvelles de l’Uele », Le Courrier d’Afrique, 356 Les Simba ont eu des contacts avec le Soudan. À noter
Léopoldville, vendredi 19 mars 1965, p. 3. que Magboul Tag El Sir Ahmed El, vice-consul du
174
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
On se souvient que deux avions de l’ANC tombèrent Stanleyville et le reste du Congo oriental. Le 26 novembre,
près de Faradje, au parc de la Garamba. Un des pilotes, un deux compagnies de commandos de parachutistes
e e
Cubain anti-castriste resta pour garder les avions. Il fut belges, la 11 et la 13 , opérèrent à Paulis où, à la suite des
caché par un moniteur. Mais découvert par les Simba, il fut événements du mardi 24, le sort de plus de deux cents
tué et son corps fut dépecé. On en distribua les parties aux Européens était très menacé. Dix-neuf d’entre eux avaient
357
différentes localités où se trouvaient des Simba . » d’ailleurs été tués de sang froid par les rebelles au cours des
360
journées du 24 et du 25 novembre .
Après la rébellion, la province de l’Uele n’avait plus que L’opération des parachutistes se fit dans des conditions
sept de ses ministres en vie. Trois étaient morts et un s’était défavorables : brouillard et tir serré en provenance du sol ;
358
rallié aux Simba . 1.500 insurgés cernaient la piste. Quarante-trois minutes
Les rebelles essayèrent également de réorganiser la après le droppage des parachutistes, un premier avion
province. Ainsi, le « Gouvernement populaire du Congo » atterrit sur la plaine où 100 Blancs furent rapidement
nommera un « commissaire extraordinaire » à Paulis. regroupés. Des patrouilles s’organisèrent vers la ville puis
Celui-ci n’aura pas beaucoup de pouvoir, parce que c’est en dehors du périmètre urbain. Des Européens isolés
l’Armée populaire de Libération qui donnait les ordres. Et furent ainsi récupérés. Les avions ramenèrent alors les
le général Olenga effectuera même une visite à Paulis le 5 réfugiés.
359
octobre 1964, se montrant très gentil à l’égard des Blancs . Le soir, les paras belges se replièrent sur l’aérodrome,
Le mercredi 21 octobre, les Simba organisèrent un car la pression des insurgés était devenue forte et il n’était
contrôle chez les Blancs. Ils cherchaient des armes et pas dans la mission donnée aux paras de tenir Paulis
des émetteurs-radios dans leurs résidences et bureaux. jusqu’à l’arrivée de l’ANC.
Tous les Européens furent alors inscrits dans un registre Après l’évacuation des Blancs par les parachutistes
spécial, mais ils restèrent libres. Une semaine plus tard, le belges, c’est l’ANC qui poursuivit l’« opération de
jeudi 29 octobre, ils prirent quarante-deux Blancs en otage pacification ». C’est elle qui libéra Paulis. Quand fut
dans le couvent de la mission. Les rebelles justifièrent cela annoncée la nouvelle de la prise de Stanleyville, les
comme une revanche pour le bombardement d’Aketi. Les rebelles étaient devenus extrêmement nerveux à Paulis et
autres reçurent chacun un rebelle comme gardien. commençaient à se venger sur les otages. Pierre Wauters
La reconquête du Haut-Uele et de la Province- raconte à ce propos :
Orientale se fera par deux opérations de sauvetage.
D’une part, l’opération « Dragon rouge », qui largua « La situation changea du tout au tout quand les rebelles
383 parachutistes belges sur Stanleyville le 24 novembre apprirent que les paras belges avaient sauté sur Stan. Assez
1965 et cela avec quatorze C130 de l’armée américaine. bizarrement, la première victime fut un père espagnol que
D’autre part, l’opération « Ommegang », dirigée par le les Simba vinrent chercher dans une des chambres de la
colonel Vandewalle, organisée par terre pour reconquérir Mission, pour l’emmener dans la cour où, fous de rage,
ils le tuèrent à coups de bouteille sur la tête. Le supplice
Soudan à Stanleyville en 1963, puis consul général du dura longtemps et les otages se bouchaient les oreilles pour
Soudan à Stanleyville après mars 1963, devint major ne plus entendre les cris, puis les plaintes de plus en plus
à Juba. Il resta en contact avec les rebelles Simba. faibles de la victime.
De même, Amin Akacka, qui fut commerçant de la
Le lendemain soir, les rebelles vinrent choisir au
région de Juba, avait aidé les rebelles Simba.
hasard quelques otages qu’ils firent monter dans un
357 « Pendant l’occupation rebelle : à Faradje, certains
camion à destination de Rungu, centre situé sur la route
« Simba » étaient commandés par un officier arabe »,
de Niangara et de Dungu–Faradje–Gangala na Bodio–Aba.
Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, mercredi 7 avril
1965, pp. 1 et 3. Là-bas, passé le Poste État, puis la mission catholique, ils
358 « Le cas de la Province-Orientale », Le Courrier
d’Afrique, Léopoldville, vendredi, 19 mars 1965, p. 3. 360 Congo 1964. Political Documents of a Developing
359 Van Kerkhove, V. et Robberechts, F., Simba’s en Para’s Nation, compiled by CRISP, introduced by Herbert F.
in Stan, op. cit., p. 109. Weiss, Princeton University Press, 1966, pp. 408-411.
175
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
s’arrêtèrent devant le grand pont métallique qui enjambait En effet, si l’approche de Niangara par les soldats a été
la Bomokandi, et firent descendre les otages dont ils relativement facile, les moyens de transport font défaut pour
ligotèrent les mains derrière le dos. Dès le lever du jour, ils évacuer les otages libérés. Il n’y a pas de plaine d’aviation
les jetèrent dans la rivière. Les malheureux, s’aidant de leurs adéquate à Niangara, les distances sont énormes et la
jambes restées libres, parvenaient à remonter à la surface rivière Bomokandi, qui sépare Niangara de Paulis, doit être
pour respirer. C’est ce moment qu’attendaient les Simba traversée. On ne peut oublier que Paulis, où de nombreux
pour les tirer comme des lapins. Un seul Européen, dont otages ont été également libérés par les paracommandos n’a
la cordelette lui liant les mains s’était détachée, parvint à pas été occupé par les forces de l’ordre et c’est, paraît-il, par
s’échapper. Paulis que l’évacuation doit s’effectuer.
Le lendemain, le même scénario recommençait au Comme le message signalant la libération des 84 otages
même endroit. Beaucoup de Belges, pas seulement de de Niangara ne parle pas de victimes, ce silence peut être
Paulis, mais aussi des missionnaires et des planteurs des interprété comme si tout le monde est sain et sauf. De
361
environs périrent ainsi ». toutes les manières, il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur la
364
sécurité des 84 otages libérés à Niangara . »
Il faut insister sur cet aspect qui détermina le
changement d’attitude des Simba et aurait été l’une des Le 23 novembre fut tué à Paulis le R.P. Armani Remo,
causes de nombreux tués parmi les Blancs. En effet, missionnaire de Vérone, né à Agrone le 7 octobre 1917, de
lorsqu’il eut appris que la Belgique et les États-Unis avaient nationalité italienne, supérieur de la mission de Ndedu et
décidé d’accorder au Congo une aide militaire accrue, supérieur régulier des missionnaires de Vérone au Congo.
le général Olenga déclara que dans ce cas, il ne donnait Plusieurs missionnaires perdirent la vie le 25 novembre ; il
aucune garantie pour les citoyens belges et américains s’agit du R.P. Van den Broek Ignace, Dominicain belge, né
362
résidant dans les régions occupées par son armée . Peu à Anvers le 11 juillet 1911 ; du R.P. Robberechts Valentin,
après, Christophe Gbenye, président du Conseil national Dominicain belge, né à Turnhout le 18 septembre 1920 ;
de libération, fit diffuser un appel adressé au roi Baudouin, du R.P. Martin Pie (Albert), Dominicain belge, né à
au Parlement et au peuple belge, les invitant à observer Libramont le 26 janvier 1923 ; du R.P. Deltour Xavier
une complète neutralité dans la crise congolaise. « À (Jean), Dominicain belge, né à Saint-Denis Westrem. Les
365
cette condition, concluait l’appel, la vie et la sécurité des quatre religieux subirent une mort violente . Ajoutons à
363
ressortissants belges au Congo seront garanties . » cela qu’à Paulis une vingtaine d’otages furent assassinés.
Bien évidemment, les opérations militaires permirent Après la chute de Paulis et de Niangara, les rebelles
de sauver la vie de nombreux otages. Après Paulis, ce fut au résistaient encore dans les contrées frontalières au Soudan.
tour de Niangara d’être débarrassé des Simba : D’ailleurs, selon les informations militaires de l’ANC, les
Simba continuaient à recevoir du matériel de guerre qui
« À Niangara spécialement où l’opération a été arrivait à Juba et transitait vers Aba. À Watsa étaient encore
366
relativement facile pour l’ANC, quatre-vingt quatre otages détenus entre deux et trois cents Européens .
dont cinquante-sept religieux et vingt-sept civils ont été Les Simba disposaient désormais de fusils : mitraillettes
libérés. Mais après la libération de ces prisonniers des ultra-modernes, Mauser etc. qui avaient remplacé en
rebelles, un autre problème s’est posé pour les rescapés : partie les arcs, les flèches et les autres armes traditionnelles
celui de leur évacuation. Les libérés de Niangara devront
364 « L’ANC a libéré Paulis et Niangara … », Le Courrier
avoir quelques heures de patience avant de pouvoir être
d’Afrique, Léopoldville, vendredi 11 décembre 1964,
évacués vers des lieux plus sûrs.
p. 1.
365 « Depuis 1961 : les rébellions au Congo ont coûté
361 Wauters, P., Mwana M’Boka, un enfant du pays, op. la vie à 75 missionnaires », Le Courrier d’Afrique,
cit., pp. 148-149. Léopoldville, lundi 21 décembre 1964, p. 4.
362 La Dernière Heure, 14 août 1964 et Le Martyr, 366 « Important matériel de guerre saisi à l’Est du
Stanleyville, 22-23 août 1964. pays … », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville,
363 ARS, QSTAN 2. mercredi 16 décembre 1964, p. 1.
176
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
utilisées à leur arrivée. La libération de Watsa et de Wamba « À Wamba, ils ont arraché les croix et les chapelets
367
ne s’annonçait donc pas comme très facile . Toutefois, la aux religieuses, également aux religieuses congolaises
reprise de Wamba fut chose faite avant la fin de l’année, le qui furent transportées à Paulis. Ils ont piétiné ces objets
mardi 29 décembre 1965. Le Courrier d’Afrique en donne et aux sœurs ils ont défendu de porter encore quoi que
les informations suivantes : ce soit qui pouvait les distinguer comme religieuses, tel
gr
le voile. Après la mort de M Wittebols, des rebelles ont
« La localité de Wamba […] a été reprise mardi matin à 8 h porté ses ornements épiscopaux et profané les ornements
aux rebelles par les troupes gouvernementales […] Une colonne sacerdotaux qu’ils avaient volés dans l’église, simulant la
370
de l’ANC venant de Stanleyville d’où elle était partie lundi a messe ».
pénétré dans la ville après de brefs combats. Cette colonne était
encadrée par une soixantaine d’éléments étrangers. Les circonstances de l’assassinat de Mgr Joseph Wittebols
Cent-cinquante Européens, dont on ignore encore sont connues. Le mardi 24 novembre, vers 21 h, tous les
la nationalité et l’identité, ont été délivrés par les forces hommes européens, prêtres et civils, avaient été rassemblés
gouvernementales. Ces rescapés, dont beaucoup avaient été dans la cour de la prison. Les Simba les placèrent en carré :
emmenés vers Wamba il y a deux mois environ, seront évacués les Belges d’un côté, les Luxembourgeois, les Allemands et
dans la journée vers Paulis d’où ils regagneront Léopoldville. les Néerlandais occupant les 3 autres côtés. En tout environ
Selon les premiers témoignages recueillis auprès des 60 personnes. Tous furent fort battus par les rebelles. Les
rescapés de Wamba, une dizaine d’Européens ont été 2 missionnaires protestants qui occupaient un angle du
massacrés par les insurgés le 26 décembre, lendemain carré furent tués sur place devant tous les autres. Un de
de Noël. Un rebelle fait prisonnier hier matin par l’ANC ces missionnaires protestants fut tué par des coups de pied
affirme que plusieurs d’entre eux ont été mangés par les dans l’estomac, alors qu’il était couché par terre. Alors tous
soumialistes, le même jour . »
368
les otages furent de nouveau enfermés jusqu’au lendemain,
25 novembre. Les rebelles se déchaînèrent et maltraitèrent
gr
Les rescapés arrivèrent à Léopoldville le jeudi 31 horriblemen M Wittebols. Il était méconnaissable et deux
décembre 1964. Ils étaient quatre-vingt quinze personnes missionnaires durent le transporter dans sa chambre. Et
en total, dont dix-neuf prêtres du Sacré-Cœur. Tous vers 3 h du matin du 26 novembre, tous les Belges, dix-huit
déclarèrent que les moniteurs des écoles s’étaient comportés civils et huit prêtres, furent conduits hors de l’enceinte de la
sans exception aucune d’une façon extrêmement prison. Ils furent liés « commande-avion » – c’était la façon
courageuse, car aucun ne s’était rallié aux Simba. Ils chinoise de lier les victimes –, condamnés à mort : mains
disaient aussi avoir remarqué que les rebelles s’attribuaient derrière le dos et les pieds liés aux mains. Tous furent tués
des surnoms différents : « Chinois », « Moscou », « Lumba- par une balle dans la nuque. Après l’exécution, les cadavres
gr
Chinois », « Lumba-Moscou » etc. Ils avaient aussi observé furent jetés dans la rivière Wamba. Celui de M Wittebols,
un changement dans l’attitude qu’ils adoptaient à l’égard affreusement mutilé, resta longtemps exposé sur le rivage,
371
des religieuses. Au début, ils respectaient les religieuses une pierre ayant été attachée à son cou .
gr
européennes et congolaises. Celles-ci durent, par la suite, Après la mort de M Wittebols, la Sacrée Congrégation
gr
369
se défendre contre des prétentions plus qu’odieuses . Et de la Propagation de la Foi nomma M Augustin
les rescapés de Wamba racontent également ce qui suit : Fataki, vicaire général de l’archidiocèse de Stanleyville,
administrateur apostolique du diocèse de Wamba « ad
367 « Autour des opérations de libération dans l’Uele », Le gr
nutum Sanctae Sedis ». Celui-ci choisit alors M Jean-
Courrier d’Afrique, Léopoldville, mardi 29 décembre
Marie Agwala, ancien vicaire général, comme membre du
1964, p. 3. 372
clergé diocésain pour exercer cette fonction importante .
368 « Wamba repris hier matin par l’ANC… », Le Courrier
d’Afrique, Léopoldville, mercredi 30 décembre 1964,
p. 1. 370 Ibidem.
gr
369 « Jeudi 31 décembre. Une centaine des réfugiés de 371 « La mort atroce de M Wittebols », Le Courrier
Wamba sont arrivés à Léo », Le Courrier d’Afrique, d’Afrique, Léopoldville, mardi 5 janvier 1965, p. 3.
gr
Léopoldville, mardi 5 janvier 1965, p. 3. 372 « Haut-Congo : M Augustin Fataki est nommé
177
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
Mais il y eut aussi des victimes congolaises. C’est la d’armement moderne. Il détruisit à cet endroit la voiture de
mort de la sœur Marie-Clémentine Alphonsine Anuarite luxe d’un chef rebelle du nom de Deju qui s’enfuit ensuite
375
à Paulis qui conquit une place dans les livres d’histoire dans la direction de Niangara .
du Congo. Le récit de ses souffrances fut raconté dans les Vers la fin de janvier 1965, des nouvelles inquiétantes
journaux congolais de l’époque. Voici ce que l’on peut lire arrivèrent à Léopoldville au sujet des religieux et religieuses
dans Le Courrier d’Afrique : de Watsa. Des dépêches de Karthoum et de Bruxelles
racontaient que trente-six Européens dont quinze
« C’est le 26 novembre que la communauté des 44 missionnaires étaient enfermés au camp militaire de Watsa
sœurs congolaises de Bafwabaka (diocèse de Wamba) fut et qu’ils auraient été massacrés le 26 novembre 1964. Il s’agit
déportée vers Wamba où toutes les sœurs furent internées. des religieux et religieuses suivants : le R.P. Valentin Dox
Le 30 novembre toutes les sœurs furent transportées (Pierre) ; le R.P. Hilaire Dox (Frans) qui fut longtemps le
par ordre du colonel de Wamba vers Paulis que les supérieur religieux des Dominicains dans l’Uele ; le R.
paracommandos belges venaient de quitter. C’est là que frère Pierre Broché (Maurice) qui fut pendant 41 années le
toutes les sœurs furent dépouillées de leurs vêtements pour directeur de l’école primaire pour garçons de Watsa. Trois
être livrées aux Simba. À cause de leur résistance, le colonel pères dominicains furent aussi tués à Rungu et neuf sœurs
376
leur fit donner des coups de crosse sur la poitrine. Puis dominicaines de Salzinnes-lez-Namur perdirent la vie .
elles furent appelées deux par deux. Le colonel de Wamba La stratégie des rebelles dans le Haut-Uele répondait à
voulut emmener deux religieuses dans sa voiture. C’est une logique. Chaque fois qu’une grande localité tombait,
alors que la narratrice de ce récit cria à haute voix : “Sainte ils s’en prenaient aux notabes dans une autre localité. C’est
Vierge Marie, protégez-nous”. À l’invocation de la Vierge, le aussi ce qui se produisit à Watsa :
colonel devint ( ?) les Sœurs hors de la voiture et les fit tuer
à coup de crosse et de lance. « Les rebelles avaient enfermé à Watsa, le lendemain
er
C’est ainsi que le 1 décembre vers une heure du matin du parachutage de Paulis, donc le 26 novembre, d’une
mourut la révérende sœur Marie-Clémentine (Anuarite part des pères et des Européens, d’autre part, les 9 sœurs
Alphonsine) née à Wamba le 29 décembre 1939. La révérende Dominicaines de Salzinnes. Les pères et les sœurs
sœur reçut un coup de lance dans la région du cœur et fut d’ailleurs, étaient déjà considérés comme otages depuis
achevée par un coup de pistolet du colonel. L’autre sœur eut plus d’un mois, mais suivant un régime assez large. Le soir
la vie sauve grâce au fait que suite aux violences subies elle donc du 26 novembre, les rebelles firent sortir les civils et
eut le bras cassé, ce qui la fit tomber en syncope et les rebelles les pères européens et ils commencèrent à les abattre. Les
crurent qu’elle était morte. Des infirmiers vinrent chercher civils se révoltèrent, se saisirent de la mitraillette du colonel
les corps et ranimèrent une des sœurs. Dans la journée et commencèrent à se frayer une issue. Mais ils essuyèrent
373
toutes les sœurs furent ramenées à Wamba . » le feu d’autres rebelles et c’est au cours de ce combat que
six pères furent tués, avec une quinzaine de Blancs. Les
Au début de janvier 1965, la presse annonce la libération 9 sœurs de Salzinnes se trouvaient toujours enfermées
de Mungbere. Vingt-trois sœurs dominicaines appartenant, dans leurs cachots, et, après la bataille furent tuées à bout
notamment, aux missions de Pawa, d’Ibabi, de Babonde…. portant par représailles. Deux autres sœurs de Salzinnes
374
retrouvèrent alors la liberté . Aux alentours de Mungbere, furent oubliées à l’hôpital et se cachèrent. Après quelques
l’ANC avait rencontré une forte concentration rebelle dotée semaines quant tout se fut calmé, elles purent sortir de leur
cachette, et furent acheminées quelque temps plus tard, par
178
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
les rebelles eux-mêmes au Soudan, où deux autres sœurs de journal, serait transporté à l’étranger à travers le Soudan et
Salzinnes oeuvrant à Faradje les rejoignirent. l’Ouganda.
La version selon laquelle le massacre aurait eu lieu non Il est très probable, estime le New-York Times, qu’une
pas à l’instigation des autorités rebelles de Watsa, mais bien partie de l’or ainsi exporté est utilisée pour payer des armes
suite à l’arrivée d’officiers des Simba venant d’autres régions, que les rebelles obtiennent d’États africains hostiles au
377
spécialement de Paulis, semble être confirmée ». gouvernement de M. Tshombe.
Les mines en question constituent le complexe minier
Ce n’est qu’à la fin mars 1965 que l’ANC parviendra à de Kilo-Moto situé dans le nord-ouest de la région de
reconquérir les dernières poches de résistance des Simba Watsa où se trouvent actuellement le quartier général du
le long de la frontière soudanaise. On apprend alors dans régime rebelle.
la presse que : Comme il ressort, selon le New-York Times, des
rapports de réfugiés venant de cette région, le “général”
« la frontière soudano-congolaise a été bouclée par Nicolas Olenga, commandant en chef des forces rebelles,
les forces de l’ANC […] Faradje, localité située à quelques a installé son quartier général auprès de l’usine électrique
kilomètres de la frontière est tombée dimanche (28 mars) aux de Nzoro, où se trouvent les installations de lavage et de
mains des forces gouvernementales opérant dans la région. raffinage d’or.
Par ailleurs, la ville de Watsa qui était considérée comme Selon certains rapports, une dispute ayant éclaté au
le dernier bastion de la résistance rebelle a été arrachée des sujet de cet or, aurait conduit à de graves dissensions entre
380
mains des insurgés. La reprise des localités de Faradje ouvre les principaux leaders rebelles ».
378
une jonction Faradje-Watsa-Paulis et Aru […] ».
Finalement, les troupes mobiles de l’ANC opérant dans
Entre-temps, le calme commençait à revenir dans les le nord-est du Congo occuperont le 18 avril 1965 la localité
zones libérées par l’ANC, notamment à Paulis. Mais la de Yakuluku, village situé à quelque 120 kilomètres de
population avait faim, parce que les villageois n’avaient Niangara. Ils ne rencontrèrent pas beaucoup de résistance
pas pu entretenir leurs champs pendant l’occupation par de la part des insurgés qui s’étaient dispersés en débandade
les Simba. C’était aussi le temps de la réflexion. Les écoles à l’approche des troupes régulières. Le ratissage des régions
381
avaient repris, mais on n’ignorait pas que certains élèves libérées restait encore en cours avec l’aide des villageois .
379
avaient suivi leurs pères dans les rangs des Simba . Les travaux de rééducation des jeunes débutèrent
er
Ajoutons ici que pendant le règne des Simba, ceux-ci à Paulis le 1 mars, sous les auspices du commissariat
n’avaient pas hésité à exploiter les mines d’or de Kilo-Moto. provincial de la Jeunesse et des Sports et du Développement
C’est le journal américain New-York Times qui diffusa au communautaire. Le programme comprenait la méthode
début de 1965 cette nouvelle qui fut reprise très vite par la de travail, l’éducation civique, la vulgarisation agricole,
presse congolaise : la coopérative, l’habitat et la connaissance plus ou moins
élevée du raider–scout, du sport, de la vie et de l’esprit.
« Le New-York Times écrit que les rebelles congolais C’est à l’initiative du commandant Ridder, un Belge, que
extraient d’importantes quantités de minerai d’or des mines ce centre de rééducation de petits Simba avait été fondé
situées dans le nord du Congo. Ce minerai, poursuit le à Paulis. Au cours de ses tournées dans l’Uele, en arrivant
dans les centres, la première chose qu’il faisait, c’était de
377 « Uele : Les circonstances de la mort des victimes
dominicaines à Watsa », Le Courrier d’Afrique,
Léopoldville, vendredi 29 janvier 1965, p. 3. 380 « Selon le New-York Times : Les rebelles exploiteraient
378 « L’ANC marque des points : La frontière soudano- l’or de Kilo-Moto », Le Courrier d’Afrique,
congolaise est entièrement fermée, le centre agricole Léopoldville, jeudi 4 mars 1965, p. 5.
de Yangambi repris », Le Courrier d’Afrique, 381 « À Yakuluku, les insurgés battent en retraite, à
Léopoldville, mardi 30 mars 1965, p. 1. l’approche des forces gouvernementales », Le Courrier
379 « À Paulis : la confiance reprend », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, samedi 24-dimanche 25 avril
d’Afrique, Léopoldville, lundi 22 février 1965, p. 3. 1965, p. 3.
179
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
visiter la prison. Il faisait sortir les enfants-soldats de 12 à militaire. Troisièmement, la question des étudiants du
14 ans, les amenait chez lui et les plaçait ensuite dans son secondaire, qui se trouvaient encore disséminés en brousse
école à Paulis. Ceux de 15 ans n’entraient plus en ligne de et qui devraient pouvoir continuer leurs études, puisque
384
compte dans le cadre de son système de rééducation ; seuls les élites avaient été massacrées par les insurgés .
382
les plus jeunes étaient jugés encore récupérables .
Dans ce centre tout ce qui pouvait rappeler la rébellion 3.4. LES ÉLECTIONS DE 1965
et la répression était soigneusement banni. Il y avait
interdiction formelle de prononcer les mots Simba ou Dès l’annonce de la date des élections législatives, un
ANC et les leçons de gymnastique ne pouvaient en rien malaise s’installa dans la province de l’Uele. Tout d’abord,
rappeler un exercice militaire. L’apprentissage du français les gens se demandaient qui allait maintenant diriger
était fort poussé pour que ces enfants puissent être envoyés la province de l’Uele. Un article inséré dans Le Courrier
dans d’autres régions du Congo. d’Afrique des 9-10 janvier 1965 en dit long :
Le président Joseph Kasa-Vubu fit une visite, le 25
mai 1965, à Paulis où il arriva à 11 h du matin. Il était « Comme on le sait, la rébellion qui s’était installée
accompagné de Godefroid Munongo, le ministre de dans les provinces orientales, en l’occurrence dans le
l’Intérieur. À la descente de l’avion, il fut salué par les Haut-Congo et l’Uele, a “fauché” tous les cadres tant
membres du comité d’état d’urgence et par de nombreuses politiques qu’administratifs. Presque les principaux
personnalités dont Victor Nendaka, Jean-Pierre dirigeants provinciaux ont été tués tandis que ceux qui ont
Dericoyard, Adindeli, Antoine Lopes et François Kupa. échappé à cette mort se réfugient à Léo qu’ils ne veulent
Après avoir passé en revue les troupes commandées par le pas quitter de sitôt pour rentrer dans leur région. Ainsi
lieutenant-colonel Paul Yossa, il fut transporté en tipoy par une fois récupérées, ces provinces posent un problème
des danseurs yogo. Tout le long du parcours qu’empruntait crucial d’hommes. C’est pour ainsi dire le cas de l’Uele.
le cortège présidentiel était massée une foule considérable. Le gouverneur de cette province ainsi que ses principaux
Au stade de Paulis, le président Kasa-Vubu assista à un collaborateurs ont été tués par les rebelles.
défilé des troupes, de la police, des écoliers et des différents Maintenant afin d’assurer une solide reconstruction
mouvements de jeunesse. Il se rendit également au foyer de l’Uele, la population réclame le retour à Paulis de tous
social où il visita l’exposition d’œuvres d’art et où il assista à les ressortissants et rescapés de cette province se trouvant
un banquet. Lors de son allocution, il rappela la visite qu’il à Léopoldville.
avait faite à Paulis en mars 1964 et il promit de donner la Quant à l’homme qui dirigera la province de l’Uele,
383
priorité à la reconstruction de la région . plusieurs noms sont avancés. Nous en avons retenu
gr
À son retour à Doruma en juillet 1965, M Van den notamment celui de M. Nendaka Victor, administrateur
Elzen évoqua trois problèmes majeurs. Premièrement, général de la Sûreté nationale. Mais M. Nendaka, malgré
la jeunesse postscolaire, fort touchée par le chômage. ses importantes fonctions qu’il exerce actuellement, va-t-il
Deuxièmement, la question des femmes libres qui, après accepter de se placer à la tête de l’Uele pour sauver cette
avoir vécu de la solde des Simba et avoir souvent été les province ? Il paraît en effet que M. Nendaka serait disposé à
instigatrices féroces de meurtres, tentaient de drainer vers assumer la direction de la province de l’Uele comme l’exige
elles les gains du commerce renaissant et les soldes des la volonté de la population. Il ne dépend dès lors, laisse-t-
forces de l’ordre. Certaines tentaient même, poursuit-il, on entendre dans les milieux généralement informés, que
de transmettre aux rebelles des renseignements de nature du gouvernement central pour entériner cette volonté . »
385
180
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
Victor Nendaka avait apparemment des ambitions l’Uele, Lopes s’installa à Paulis avec un groupe importé de
nationales. Après les élections de mai 1965, il sera nommé Lipopois (habitants de Léopoldville) inconnus du public
ministre de l’Intérieur. Cependant, il sera élu président et s’empara du pouvoir en s’arrogeant le département
du bureau définitif du congrès des « Provinces martyres » provincial de l’économie et laissant d’autres départements à
et il aura Edmond Rudahindwa (Kivu-Central) comme son entourage sans consulter la population. Apparemment
vice-président, Marcel Lengema (Haut-Congo) comme il ne se montra pas un gestionnaire honnête et soucieux
secrétaire, et Albert Masumbuko (Nord-Kivu) comme des problèmes des gens :
386
secrétaire adjoint .
Le malaise dans la province de l’Uele était provoqué « Il s’empare des caisses de réserve des chefferies
par le comité provincial de la section de l’Uele du (CACI) […] Au lieu de relever l’économie de la province,
Rassemblement des démocrates congolais (Radeco). Ce il ne s’occupa que des intérêts des commerçants grecs
parti politique avait été fondé lors d’un congrès organisé dont lui-même servait de fournisseur et de grossiste en
à Luluabourg du 19 au 26 août 1963. Son aire d’activité même temps détaillant dès octobre 1962 aux jours de
était les provinces du Lac Léopold II (Mai Ndombe), l’insurrection populaire qui est une protestation contre les
Luluabourg, Unité Kasaïenne, Sankuru, Lomami, Sud- autorités insouciantes et l’action de Mulele n’y a servi que
Kasaï, Nord-Kivu, Haut-Congo, Uele, Ituri et Cuvette- 388
de prétexte ».
Centrale. Il trouvait son origine dans le désir de quelques
ministres du gouvernement central appartenant au Parti Le Radeco fut contesté pour plusieurs raisons. La
387
démocrate congolais (PDC) . première raison était d’ordre identitaire.
Pour la province de l’Uele, le Radeco tentait de
regrouper tous les anciens membres modérés du MNC-L « Qui sont les élus de cette liste ? Tous les défaillants de
de même que les chefs coutumiers. Sa position était la première législature avec le déshonorable François Kupa,
assez forte dans cette province où l’action était largement ex-secrétaire d’État aux Finances du gouvernement défunt
soutenue par le gouvernement provincial, notamment de Adoula en tête ensuite les Lopes, les Takis, les Rulot, les
par François Kupa. Mais elle se heurta aussi violemment Boris, les Anzela, etc. … pour ne citer que ceux-ci. Quant à
aux propagandistes du MNC-L dans le territoire d’Aketi nous, nous aimerions savoir les circonscriptions législatives
durant le mois d’octobre 1963. Le président du Radeco de que représentent ces messieurs, puisque tout le monde sait
la province de l’Uele était Joseph Tabalo. que, sauf M. Albert Anzela qui est de la tribu Mokusu
Très vite la rumeur commença à circuler que ce comité du Sankuru ou du Maniema et où il doit présenter sa
fomentait, pour s’imposer aux élections, un plan consistant candidature si il a envie de se faire élire député ou sénateur
à écarter tous les membres d’autres formations politiques et non à Uele, ce sont tous mulâtres naturalisés Belges . »
389
181
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
qui « hier les traitaient de macaques comme nous et qui tous. Ci-après la liste des élus : Victor Nendaka (Buta,
aujourd’hui pour les besoins de la cause, les appellent nos MNC-Nendaka), Jean-Constant Ebosiri (Bas-Uele, PNP),
fils. Que leur importent les misères de la population au François Kupa (Haut-Uele/Paulis, PNP), Dominique
391
moindre alerte et regagnent leurs palais à Léopoldville où Nembumzhut , Antoine Lopes (Bas-Uele, PNP),
ils jouissaient en compagnie de belles Kinoises du produit Raphaël Debali (Dungu), Jean-Maurice Kalume (ethnie
de la tyrannie qui est l’argent extorqué au peuple noir, vrai benza, secrétaire particulier de V. Nendaka à la Sûreté en
natif de ce pays que les mulâtres voudraient investir en 1960), Jean-Pierre Dericoyard (Bas-Uele, PNP), Servais
390
remplacement des colonialistes . » Ngbangala (Haut-Uele, PNP), Bernardin Londo, Antoine
392
Et la population reprochait à ces hommes politiques Kilima (Wamba, PPU) .
du Radeco d’être des lâches parce que, dès la création de Pour les élections législatives provinciales, le nombre
la province de l’Uele, ils s’étaient sauvés chaque fois que la de sièges à répartir dans la province de l’Uele était de 38.
région était en ébullition, abandonnant la population à sa Les élus pour l’assemblée provinciale de l’Uele étaient tous
393
misère et laissant aussi derrière eux des gouvernants parfois membres de la Conaco .
honnêtes qui payaient de leur vie le mécontentement du
peuple. Le cas de Paul Mambaya est illustratif à ce sujet,
car ce « dynamique » gouverneur avait été assassiné.
La deuxième raison, c’est qu’il était difficile d’organiser
des élections dans cette région, parce que seule la ville de
Paulis et ses rayons locaux avaient été libérés ; les rebelles
n’avaient pas encore été entièrement éliminés dans le
reste de la région. D’ailleurs, on soupçonnait que les
dirigeants du Radeco manoeuvraient dans les coulisses et
avaient transmis des noms de leurs ennemis personnels et
prétendument rebelles à l’armée chargée de la pacification
et du nettoyage de la province, voulant ainsi faire de
l’armée nationale leur instrument de vengeance.
La date limite de dépôt des candidatures pour les
élections législatives, fixée d’abord au 15 février, fut
reportée au 20 février 1965. Les multiples partis politiques
commencèrent à chercher à se regrouper en vue des
élections. Très vite Moïse Tshombe annonça la participation
de son parti, la Conaco. Cyrille Adoula ne tergiversa pas
non plus et déclara que le parti qu’il présidait, le Radeco,
se battrait également. Il en fut de même pour le MNC/L
qui venait de se regrouper avec trois autres formations
politiques au sein d’une nouvelle formation, l’Alliance 391 Dominique Nembunzhut est identifié comme
des mouvements nationalistes congolais/Lumumba ou étant originaire du Soudan, de l’ethnie mangbetu
mavazanga, clan Niakpu Mugaki.
AMNC/L.
392 Lovens, M., « Les élections législatives nationales
Dans la circonscription électorale de l’Uele, dix sièges
de 1965 en République démocratique du Congo :
étaient à pourvoir pour les élections législatives nationales. situation au 15 juillet 1965 », Cahiers économiques et
La Conaco, composée principalement d’anciens hommes sociaux, vol. III, cahier n° 3, octobre 1965, pp. 382-
politiques du PNP et du MNC-Nendaka les emporta 383.
393 « Composition des Chambres législatives et
390 « En marge des élections legislatives dans l’Uele », des assemblées provinciales (liste officieuse et
Présence congolaise, Léopoldville, samedi 27 mars incomplète) », supplément au numéro du 30 juin
1965, p. 4. 1965 du Courrier d’Afrique, Léopoldville, p. 19.
182
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
Noms des élus Térritoire d’origine Noms des élus Térritoire d’origine
Bambule Philippe Aketi Balebabu Raphaël Buta
Nyoso Sylvain Aketi Paygas Guido Ango
Ngbo Marcel Aketi Nduka Mathias Ango
Palangako Guillaume Fr. Bondo Midi Ferdinand Poko
Mozagba Jacques Bondo Ateto Albert Poko
Kpinasongo Gaston Bondo Kumbayeki Paul Poko
Amasito Valentin Buta Madua Dieudonné Bambesa
Gbinzadi Côme Poko Kayeba Mathias Watsa
Kateka Christian Bambesa Asibu Alphonse Paulis
Tepatondele Flavien Bambesa Mosaki Réginald Paulis
Sende Baudouin Paulis Mabiangama Salomon Paulis
Magbada Marc Paulis Amumwalo Ferdinand Paulis
Asobe Daniël Wamba Bawaba Isidore Wamba
Abangwa Corneille Wamba Matsaga Alex Niangara
Karume Joseph Wamba Sukala François Dungu
Yobeluo Corneille Wamba Migele Anselme Dungu
Masiokpo Léon Watsa Medu Faustin Niangara
Baboatane Frédéric Wamba Mambi Dominique Watsa
Nganzi Léon Dungu
Le résultat électoral dans le territoire de Faradje, qui candidatures déposées au bureau de l’assemblée étaient celles
venait de « réintégrer » la province du Haut-Uele, était le de François Kupa, ancien secrétaire d’État aux Finances du
394
suivant : gouvernement Adoula ; Côme Gbizandi, commissaire de la
République pour l’Uele ; Marcelin Tusse ; Henri Nendumba
Élus conseillers : 1) Jean-Foster Manzikala et Jean Ngbana. François Kupa fut élu gouverneur de la
395
2) Gule Nicolas province par 27 voix sur 37 .
3) Gule Dieudonné Un article paru dans le Courrier d’Afrique des samedi 7
4) Lemi Clément et dimanche 8 août 1965 peut étonner en quelque sorte. Il
annonce que les élus des territoires de Niangara, Wamba,
Désignés suppléants : 1) Morzani Adolphe Poko et Watsa avaient tous pris les armes pour prêter leur
2) Madi Théodore concours à l’opération de pacification de leurs régions
396
éprouvées .
Réunie en séance le 11 juin 1965, l’assemblée provinciale
de l’Uele procéda à l’élection de son gouverneur. Les
395 « Uele : M. Kupa élu gouverneur », Le Courrier
d’Afrique, Léopoldville, mercredi 16 juin 1965, p. 3.
394 « Résultats des élections dans la province de 396 « Uele : les élus de l’Uele procèdent à la pacification
Kibali-Ituri », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, de leurs régions », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville,
samedi 22–dimanche 23 mai 1965, p. 1. samedi 7-dimanche 8 août 1965, p. 3.
183
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
3.5. LE HAUT-UELE REDEVIENT DISTRICT viables ». Le 22 mars 1966, le chef de l’État transmettait
DE LA PROVINCE-ORIENTALE aux présidents des Chambres un mémorandum qui fut
ensuite approuvé en conseil des ministres et qui réduisait
Lorsque le colonel Mobutu prit le pouvoir le le nombre des provinces à 14 à savoir : Kongo-Central,
24 novembre 1965, ses premières actions visèrent la Bandundu, Équateur (réunifiée), Uele, Kibali-Ituri,
« pacification » du pays. Le fait d’avoir déclaré le régime Haut-Congo, Kivu, Maniema, Nord-Katanga, Katanga-
d’exception sur l’ensemble du territoire national ne pouvait Oriental, Lualaba, Sud-Kasaï, Kasaï-Central et Sankuru-
manquer de rejaillir sur les institutions provinciales. Dans Lomami. Ce projet fut modifié par l’ordonnance-loi 205
les provinces du Sankuru, du Haut-Congo, du Kibali-Ituri, du 7 avril 1966 portant modification des divisions du
de l’Uele, du Lomami et de Luluabourg, l’instauration de territoire congolais. Six provinces étaient maintenues :
l’état d’urgence aboutit à ce que leur gestion soit désormais Kongo-Central, Nord-Kivu, Nord-Katanga, Kibali-Ituri,
397
confiée à des chefs militaires . Dans ces six provinces un Haut-Congo et Uele. Six autres provinces résultaient du
régime militaire dirigé par un officier supérieur fut mis processus de réunification :
en place. La suppression des « provincettes » était ainsi – Bandundu, regroupant le Kwango, le Kwilu et le Lac
annoncée parce que, selon Mobutu, elles étaient à la base Léopold II ;
de l’anarchie et du chaos du pays. – Équateur, regroupant la Cuvette-Centrale, le Moyen-
Le voyage que le président Mobutu effectua dans Congo et l’Ubangi ;
les provinces au début de l’année 1966 lui permit de – Sud-Kivu, regroupant le Kivu-Central et le Maniema ;
mesurer les dysfonctionnements qui caractérisaient – Sud-Katanga, regroupant le Katanga-Oriental ;
plusieurs administrations provinciales. À Luluabourg, – Kasaï-Oriental, regroupant le Lomami et le Sud-Kasaï ;
il s’en prit aux « 21 provinces tribales » et aux dépenses – Le Kasaï-Occidental, regroupant le Sankuru,
qu’elles engendraient alors que « la plupart ne sont pas Luluabourg et l’Unité Kasaïenne.
LeprésidentMobutuaccompagnédeJ.M.Bomboko(ministredesAffairesétrangères)sefaitprésenteràl’aéroportdeKisanganile5mai1967les
chefscoutumiersdelaProvince-OrientaleparlegouverneurVitalMoanda.(CP.2007.1.151,fondsJulesGérard-Libois(surledosdelaphoto:«photoInformation
G.C. »), 1967, archives de la section d’Histoire du Temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale.)
184
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION
e
L’ordonnance-loi n° 66-614 du 31 octobre 1966 confia l’avènement de la 2 République précisait les modalités
au président de la République une autorité de tutelle sur les de l’étape suivante : « la réduction […] du nombre des
provinces. Désormais lui était attribué le pouvoir d’annuler provinces qui furent divisées pour satsisfaire l’ambition
les actes de portée législative et toute autre décision d’une pléade de roitelets éhontés […] cette réduction se
émanant des assemblées législatives et des gouverneurs poursuit ». Dans le discours qu’il tint, le 24 décembre
pour autant qu’elles ne respectaient pas la Constitution ou 1966, adressé au Parlement réuni en congrès à l’occasion
les lois nationales ou encore qu’elles menacaient l’intérêt de Nouvel An, le nombre des provinces était ramené à 8,
général. Le discours de Mobutu du 25 novembre 1966 qu’il la province de l’Uele intégrant la Province-Orientale. Le
pronnonça pour commémorer le premier anniversaire de Haut-Uele redevenait un district.
185
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE
186
LE TERRITOIRE DE DUNGU
CHAPITRE VI COMPOSITION
ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
I
mpressionnée par la complexité de la région Signalons que nous avons préféré reproduire les noms
de l’Uele, l’autorité coloniale belge se montra des chefferies et de leurs chefs tels qu’ils sont écrits dans
prudente dans la formation des nouvelles les différentes sources consultées. Il se peut, dès lors,
unités administratives, d’autant que cette région que certains noms soient écrits de plusieurs manières
était relativement difficile d’accès et que les îlots humains diférentes. Par ailleurs, il se peut que certaines généalogies
semblaient y être trop dispersés pour permettre un contrôle de chefferies ne concordent ni avec celles des sources écrites
administratif direct. L’autorité coloniale, dont l’occupation d’origine coloniale, ni avec les généalogies reconstituées
fut toujours peu importante en Uele, laissa aux chefs auprès des autochtones par l’autorité administrative
coutumiers une grande liberté d’action pourvu que ceux- postcoloniale ou sur la base de nos enquêtes. Nous avons
ci l’aident dans ses campagnes agricoles. L’Uele échappa décidé de laisser apparaître ces divergences afin de susciter
ainsi presque complètement à la réorganisation territoriale de nouvelles études approfondies, les contestatitons
de 1933 qui consacrait la politique de regroupement des du pouvoir coutumier étant devenues nombreuses et
398
circonscriptions indigènes en secteurs . Le nombre et les récurrentes.
délimitations des chefferies restèrent quasiment fixes : en
1933, il y avait 93 chefferies reconnues en Uele. En 1956 on
pouvait encore en compter 90.
1. LE TERRITOIRE DE DUNGU
Les secteurs ne rencontrèrent pas beaucoup de succès
chez les Azande du Haut-Uele où l’administration ne
put en aménager que deux. Dans le Bas-Uele, elle laissa 1.1. APERÇU HISTORIQUE
subsister l’impressionnante mosaïque de peuples qui
caractérise particulièrement cette région : en 1958, il y 1.1.1. Les Avongara
avait 48 chefferies contre 8 secteurs seulement. Les Avongara ont constitué, dans l’histoire du Haut-
Le Haut-Uele compte actuellement six territoires, 41 Uele, une puissante dynastie dans le groupe des Azande.
chefferies, 4 secteurs, 390 groupements, 2.154 villages, etc. La fondation de cet empire Avongara est plutôt mythique.
Ci-après, nous présentons de manière succinte les six Plusieurs auteurs ont enquêté sur ce mythe qui connaît,
territoires du Haut-Uele avec leurs subdivisions internes. selon l’historien-anthropologue Pierre Salmon, différentes
versions. On trouve une base commune dans quatre des six
récits que propose Pierre Salmon : il s’agit d’une personne
398 Massart, A., Notice sur la carte des subdivisions
administratives du Congo-Belge et du Ruanda-Urundi, « étrange » et quelque peu « surnaturelle » qui aurait
Atlas général, Bruxelles, Institut royal colonial belge, terrassé et « lié » un individu qui terrorisait les villageois
1950. Voir Introduction générale. et dont le nom est symbolique car il signifie « la force »
187
188
Évolution du nombre des entités administratives par territoire dans les Uele (Bas et Haut-Uele) : 1937-1952
Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ;
Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds Benoît Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
LE TERRITOIRE DE DUNGU
ou « la puissance ». Dans les deux autres récits, on réfère autres. Dès qu’il apprenait que quelqu’un avait tué une bête,
respectivement à une affaire de justice et à une affaire de il arrivait le jour même chez celui-ci pour lui prendre la
procédé culinaire qui aurait été à l’origine de la formation viande par la force.
399
du clan Avongara . Un jour, le garçon inconnu tua une antilope appelée
Kpangbaningba et Ngala voulut la lui ravir. Le garçon
a. Récit de I. Gbaguda trouvé jadis dit à Ngala : “Ce que tu fais ici souvent aux
« Il y avait une fois dans un village une mère de gens, ne l’essaye pas avec moi”. Ces paroles mirent Ngala en
plusieurs enfants. Un jour, elle alla couper des herbes colère et il prit la bête du garçon qui était encore fort jeune.
appelées “lange” ; là, dans le lange, elle trouva un bébé qui Le garçon prit Ngala et le terrassa et puis il cria aux gens de
était tombé du ciel. Cette mère, ayant vu le bébé, ne s’en lui amener des lianes afin qu’il ligote Ngala. D’où Avongala,
approcha pas, car elle n’avait trouvé aucune autre femme c’est-à-dire “ceux qui ont lié Ngala”.
près du bébé. Le clan des Akulangba, qui doit son origine à un garçon
Elle rentra vite à la maison et narra l’histoire à son tombé du ciel et trouvé dans le lange par une femme,
mari. Pour ne pas être seuls à connaître ce miracle, l’époux changea son nom à cette occasion en Avongala.
de la femme qui avait découvert le bébé sonna le gong pour Tous, hommes, femmes, enfants, crièrent d’une seule
appeler tous les gens. Les hommes vinrent et se dirigèrent à voix : “Vivent les Avongala qui nous ont sauvés de la
l’endroit où était couché le bébé. Ils le trouvèrent au même main de Ngala !”. Le père nourricier de Vongala qui était
endroit et chacun d’eux se présenta au bébé pour voir à un Bakunda et un grand chef céda son trône à son fils
qui il allait sourire. Mais c’est vainement que les gens se nourricier. Les fils de ce nouveau chef ne portent plus le
présentaient au bébé. Ce fut seulement quand la femme qui nom du clan Abakunda, mais celui du clan Avongala. C’est
l’avait découvert se présenta qu’il sourit et tendit les bras. ainsi que les Avongala sont devenus chefs jusqu’à nos jours.
Elle le prit et rentra avec lui à la maison pour l’allaiter. Et les Abakunda, d’anciens chefs, sont devenus de simples
À cette époque régnait le clan des Abakunda appelé gens. »
ainsi parce qu’avant de préparer leur viande, les Abakunda
la laissaient faisander. b. Récit de A. de Calonne-Beaufaict
À l’âge de cinq ans, ce garçon trouvé jadis dans le « Les Avungura s’appelaient, il y a longtemps :
lange commença également à suivre les fils de sa mère Akulubwa. Un des leurs battit à la lutte Gura, chef des
nourricière, qui était l’épouse d’un Bakunda, à la chasse aux Abokundo, qui profitait de sa force physique pour piller
souris. Les fils de sa mère nourricière tuèrent beaucoup de tous ceux qui passaient sur ses terres. D’où le nom qu’ils
souris tandis que le garçon inconnu n’en tuait qu’une seule. prirent d’Avungura, ceux qui ont lié Gura. »
Au lieu de laisser faisander sa souris, le garçon inconnu
demanda à sa mère nourricière de préparer la souris encore c. Récit de V.-H. Vanden Plas
fraîche. La mère obéit et prépara la souris. Le garçon invita « Voici comment jadis la famille des Akulangba a
tous ses compagnons de chasse (des Abakunda donc) pris le pouvoir des mains de la famille des Abokundë. Les
à manger cette souris. Les enfants trouvèrent que leurs Abokundë étant chefs, un homme, nommé Basenginonga,
parents en laissant pourrir la viande avant de la préparer la dont le père était de la famille des Akulangba et la mère
gâtaient. Dès ce jour, ils ne voulurent plus suivre la coutume de la famille des Abokundë, habitait sur l’autre rive (rive
ancestrale mais celle du garçon inconnu. Celui-ci déclara à droite) du Mbomu. Il traversa la rivière et s’en vint chez un
tous que son clan était Kulangba. chef, son oncle maternel, sur cette rive-ci (rive gauche) du
Dans cette contrée vivait aussi un certain Ngala Mbomu. Il passe quelques mois chez son oncle, et constate,
(« force »), très puissant ; personne n’osait se mesurer par la manière dont celui-ci rend la justice, combien il se
avec lui. Grâce à sa force, ce Ngala vivait aux dépens des désintéresse des affaires.
Un jour, deux Azande viennent présenter un différend
399 Pierre Salmon, « Récits historiques zande », Bulletin à leur chef. Celui-ci les renvoie chez eux, en leur disant
de l’Académie royale des sciences d’outre-mer, qu’ils ont raison tous les deux. Ils s’en retournent à leur
Bruxelles, n° 118, 1965-4, pp. 847-869. village, mais Basenginonga les rejoint et leur demande
189
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
si le jugement de son oncle est conforme à la justice. Les au bénéfice du peuple. Celui-ci se rallia à lui et donna à ses
deux plaideurs de répondre qu’ils n’ont rien compris à la descendants le nom d’Avongara. »
sentence. Sur quoi Basenginonga dit au coupable : “Toi, qui
as usé de la femme de ton compagnon, tu lui payeras une 1.1.2. Le chef Doruma
indemnité de dix couteaux (monnaie zande) pour le fait Doruma (Ndoruma, Ndolomo) est une figure
d’avoir usé de sa femme”. emblématique dans l’histoire des Azande. Il est associé, en
Les Azande trouvèrent cette sentence juste. Le bruit de quelque sorte, à la transition de la période « égyptienne » à
ce fait se répandit parmi les Azande, qui vinrent dans la la période « belge » et représente, dans l’imaginaire zande,
suite soumettre leurs différends à Basenginonga. Quant au cette volonté d’indépendance des puissances étrangères.
chef qui était de la famille des Abokundë, il n’en prit pas Il a, bien entendu, déjà fait l’objet de plusieurs biographies
ombrage, et dit : “Basenginonga est le fils de ma sœur, il dont trois sont reproduites ci-après. La première notice
est des nôtres. Qu’il reste ici pour rendre la justice”. Les biographique a un aspect plutôt légendaire tandis que les
Azande, de leur côté, s’attachèrent à Basenginonga et le deux autres mettent l’accent sur les relations extrêmement
soutinrent. C’est ainsi que les Akulangba devinrent chefs. » difficiles entre Doruma et l’État indépendant du Congo.
190
LE TERRITOIRE DE DUNGU
Un jour, comme je viens de le dire plus haut, le chef no… Wa ku adanga na mbata ya gini pay … ?” (“Le Seigneur
Ndolomo, qui avait faim, alla consulter ses nangbasolo pour est arrivé aujourd’hui chez moi … Comme il n’était jamais
trouver de quoi vivre ce jour-là. Wili-Basa (prononciation ici qu’est-ce qu’il y a … ?”) Et comme elle grillait des
Wili-Basan) était une fille d’un villageois du chef Ndolomo. arachides, elle broya vite, vite les arachides décortiquées,
Celle-ci avait été jadis traitée comme une esclave et selon la les grilla et les vanna. Elle alla aussitôt chercher de belles
coutume des ancêtres. Un jour, on la frappa terriblement feuilles de bananier pour assiette, y mit les arachides bien
en disant que cette kanga (un autre nom pour une vannées et les apporta au chef.
servante) était une sorcière et on l’attacha (ou cloua) par Et lorsque le chef commença à manger les arachides,
terre au moyen de l’akatawa (ou gwanza c.-à-d. flèche elle se hâta à son nduka (l’endroit où elle jette les déchets)
indigène) ; après quelques mois, elle tomba malade, resta et elle commença à creuser. Le chef la regarda en mangeant
couchée durant 3 mois, et, fin des fins, elle devint infirme ses arachides. Quelques minutes après, elle en sortit un
(gbalan) de son pied et de son bras, ainsi que de son pouce pot bien emballé et alla le nettoyer avec de l’eau puis elle
qui était déformé. C’est ainsi que l’état de Wili-Basa fut ouvrit le pot. Là, dans le pot, se trouvait le magadi (vin de
complètement changé pour toute sa vie. bananes). Elle prit son gobelet indigène (inga), réservé,
Comme le chef se promenait en cherchant de quoi assez convenable, y versa le magadi et alla le donner à une
apaiser sa faim, il parcourut tous les greniers. Il arrive chez autre servante, très belle, qui accompagnait le chef ; celle-ci
les autres kanga, elles le voient seulement des yeux sans dire en présenta au chef. Celui-ci, qui aurait déjà été très content
un mot : “Pourquoi le chef nous voit-il ainsi et nous rend- avec de l’eau potable, prit le vin et en but avec avidité.
il une visite imprévue ? Peut-être y a-t-il quelque chose ?” Quelques instants plus tard, le chef prit congé et s’en
Non, personne parmi elles n’a demandé au chef, ni alla en disant “Wili-Basa moç du ho wenengai” (“Wili-
à ses amies qui l’accompagnaient ce qui se passait. Elles Basa reste et tiens-toi bien”) et serra la main de Wili-Basa.
disent bonjour (ngbia mo yee) et c’est tout. Même celles qui Toutes les autres servantes, très jolies, qui accompagnaient
accompagnent ne disent rien. le chef, s’étonnaient de le voir serrer pour la première fois
“Voilà, tiens ! un grand chef qui souffre, qui meurt la main d’une servante et surtout une servante comme
de faim et on le voit seulement des yeux sans lui donner Wili-Basa. Celle-ci, pour répondre aux salutations du chef,
quelque chose pour s’asseoir, pour prendre un peu de dit ces mots : “I-iii, ba, Mbokinde i ndu wenengai.”) (“Oui,
repos. Quel dommage pour un tel chef. Du matin au soir Seigneur, rentrez bien.”)
sans manger !” Lorsque le chef Ndolomo est arrivé à la maison, chez
Comme pour le chef c’est une honte chez les Zande lui, il a longtemps pensé à Wili-Basa qui l’a sauvé de sa faim.
de demander verbalement quelque chose à ses inférieurs, Un beau jour, il fit venir son premier enfant (fils) Tule et
il poursuivit sa promenade amère jusqu’auprès de Wili- lui donna beaucoup de lugute (conseils) au sujet de Wili-
Basa. Celle-ci, dès qu’elle se rendit compte de l’arrivée de Basa en disant que lorsqu’il serait mort, Tule ne devait pas
son maître, se mit debout pour le saluer. Lorsque le chef laisser Wili-Basa seule dans ses pauvretés mais l’emmener
est arrivé, elle alla lui dire bonjour en ces mots : “Mbokinde avec lui et lui donner une partie de ses biens afin qu’elle ne
mo yee … Mbokinde ye eleme ka bi g ako akanga, wa ku se plaigne pas après sa mort.
na danga no mbata te ? …” (Le Seigneur soit bienvenu … Après la mort du chef Ndolomo, son fils aîné Tule
Le Seigneur n’arrive jamais ici, il est peut-être venu rendre lui succéda et fit tout ce que son père lui avait demandé
visite à ses servantes… ?) pour Wili-Basa. Tule lui donna beaucoup de choses et, en
Comme le chef se tenait un court instant à écouter outre, lui confia une partie de son village ; il négligea toutes
ce qu’elle disait, elle alla vite prendre son pauvre escabeau les autres servantes qui étaient jolies et qui prétendaient
(gulungwa) bien réservé, s’approcha du chef et le lui qu’elles auraient plus de choses que Wili-Basa.
présenta en disant : “Mbokinde na ida ka ongoda umba ?” Quelques années plus tard, le chef Tule quitta la colonie
(“Seigneur, voulez-vous vous reposer un peu ?”) Le chef belge et alla régner au Soudan en tant que chef suprême :
accepta avec plaisir et cordialité et s’assit sur le pauvre il laissa Wili-Basa dans une situation fortunée pour la
escabeau présenté. Peu après Wili-Basa s’en alla vite dans récompenser d’avoir nourri le chef Ndolomo lorsqu’il était
sa pauvre hutte en murmurant : “Mbokinde da eleme kpule affamé. Le chef Tule est mort, après plusieurs années de
191
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
règne au Soudan. Le fils du chef Tule qui est encore en vie et lui aussi relégué : il avait été accusé par une de ses femmes
qui s’appelle Bazigbili, est maintenant au Congo belge aux (qu’il avait emprisonnée dans un trou) chez un « mondele
environs de nos pluricases, non loin d’ici. na leta » (administrateur).
N.B. Veuillez lire que Tule était le deuxième enfant Et enfin, c’est maintenant Ukwatutu qui est chef
(fils) du chef Ndolomo au lieu du premier et voici quelques médaillé à leur place. Basongoda et Basia sont tous les deux
notes sur l’histoire de Tule. revenus dans leur village natal et sont toujours en vie.
a) Le chef Ndolomo avait deux fils : Yapwati était le N.B. Veuillez lire que Akpa était le frère aîné de Tule.
premier et Tule le deuxième. Celui-ci, outre son propre Akpa est le premier enfant du chef Ndolomo, Yakpati, le
nom Mvuta, était surnommé par les gens de son père Tule deuxième, et le troisième, Tule. Le père du chef Ndolomo
– Batali – Tungumbia ou encore Baïmiade ; sa bravoure s’appelait Ezo. »
lui avait peut-être valu ces surnoms. Ces deux fils du
chef Ndolomo sont bien connus parce qu’ils étaient chefs b. Premier récit de vie de Doruma, par L. Lotar et Marthe
médaillés et qu’ils ont régné après la mort de leur père. Coosemans, in Biographie coloniale belge, tome II, col.
b) Le chef Ndolomo a mis au monde beaucoup d’enfants 300-301
dont deux seulement sont connus parce qu’ils étaient les « Doruma ou Ndoruma, chef zande, né vers 1845 et
Mbokinde (grands chefs ou seigneurs) ; ils s’appelaient mort en août 1903 aux sources du Yubo.
Yakpati et Mvuta ou Tule. Lorsque le chef Ndolomo était Installé aux sources de l’Uerre, Ndoruma, fils d’Eso
encore en vie, il donna à Tule une partie de son royaume (fils de Basingbi), est mentionné pour la première fois
situé au Soudan où il régnait aussi. Et lorsque les Européens par Schweinfurth, qui nous parle de la défaite que le chef
vinrent en Afrique, c’est-à-dire les Anglais et les Belges, ils zande infligea en 1871 à la bande de trafiquants nubiens
séparèrent le chef Tule de son père pour fixer la limite de Kutschuk Ali, Hassaballa et Abou-Gouroun, dans une
leurs colonies respectives. galerie de rivière, à une journée de marche de sa résidence.
c) Mvuta, appelé “Tule”, a enfanté Akpa qui succéda à D’après Gessi, les trois Nubiens disposaient de 2.000 soldats
son père pendant quelques années et se fit reléguer par les fusiliers et de 3.000 lanciers. Ndoruma, lui, avait plus de
Anglais à cause de sa mauvaise volonté. D’Akpa est né Maadi 600 fusils. Il vainquit ses ennemis, leur enleva 700 fusils et
qui lui succéda, puis vient Gbatanyeki, fils de Maadi. Celui-ci quantité de munitions. Il devint de la sorte très redoutable
est maintenant chef et commis au Soudan, disent-ils. pour ses voisins et les trafiquants. En 1875, Soliman, fils de
d) De Yakpati (Yapwati) sont nés quatre enfants bien Ziber, tenta, mais en vain, d’entrer en relations avec lui ; les
connus qui sont : Baduwe, Basongoda, Basia et Ukwatutu agents de Soliman n’insistèrent pas.
qui est actuellement chef médaillé dans la région du poste Ndoruma ne fut plus attaqué jusqu’au moment où le
de Doruma. Gouvernement égyptien du Bahr el Ghazal essaya d’entrer
Quelques traits de la vie des enfants de Yakpati en contact avec lui (1878). D’abord méfiant et se dérobant,
Baduwe, qui était le fils aîné de Yakpati, a pris la place Ndoruma fut contraint, à la suite d’une expédition conduite
de son père, mais après seulement quelques mois, il était par le sandjak Rafai Aga, à se soumettre. Mbio, son
dégommé et remplacé par Basongoda, car il était fumeur oncle, n’avait pas répondu à l’attente de Ndoruma pour le
de chanvre. Basongoda ne régna pas plusieurs années, il défendre, d’où entre les deux chefs des sentiments de haine
fut relégué parce qu’il maltraitait beaucoup trop ses gens qui subsistaient encore en 1880.
en leur coupant les mains, les oreilles et les pieds pour des Lorsque Ndoruma apprit la défaite et la mort de
questions de femmes et même pour de moindres affaires. Soliman (1879), il envoya au vainqueur Gessi, à Dem
Alors vint Basia qui était encore très cruel envers Soliman, une délégation de vingt personnes conduite par
ses hommes pour des histoires de femmes. Basia faisait son frère Zambare, avec cent charges d’ivoire, afin de se
emprisonner dans des trous les hommes qui avaient eu des faire confirmer la victoire du Gouvernement égyptien et
relations avec ses femmes et faisait de même pour celles-ci. savoir à quoi s’en tenir pour son propre compte.
Parfois, il forçait les coupables à nettoyer ou à balayer la L’ambassade annonça à Gessi les intentions pacifiques
cour avec leurs fesses et, en outre, il pillait ou prenait les de Ndoruma. Gessi se mit en rapport avec le chef zande par
filles de ses gens, sans payer la dot. Pour cette raison, il fut l’intermédiaire de Rafai Aga. Un mois plus tard (septembre
192
LE TERRITOIRE DE DUNGU
1880), Zambare, à la tête d’une nouvelle délégation, revint c. Deuxième récit de vie de Doruma par Pierre Salmon,
et rencontra Gessi à Wau ; personne. Celui-ci ne tarda pas à « Récits historiques zande », Bulletin de l’Académie
se présenter. Gessi fait de lui le portrait suivant : royale des sciences d’outre-mer, Bruxelles, n° 118, 1965-
“Il a trente-cinq ans, six pieds de haut, de larges épaules, 4, pp. 853-855
une expression intelligente, un perpétuel sourire. Il examine « Le sultan vonguzra Doruma, fils d’Ezo et petit-fils
attentivement nos fusils, nos canons, nos vêtements. Quand de Bzingbi, est né vers 1845. Très jeune, il dirigea une
je lui offris de beaux vêtements arabes, écrit Gessi, il refusa, importante chefferie située au nord de l’Uele. En 1870, il
disant qu’il voulait être vêtu non comme un Arabe, mais anéantit une caravane de traitants nubiens conduite par
comme un Européen. Il me demanda de voir tirer le canon, Abd Al-Rahman et s’empare de nombreux fusils et de
mais effrayé de la détonation, il tomba à terre. Audacieux, munitions qui vont lui permettre d’exercer sur ses voisins
turbulent, Ndoruma semblait avoir une grande confiance une redoutable hégémonie.
en lui-même.” Vers 1877-1878, après une campagne militaire effectuée
Après des fêtes données en son honneur, Ndoruma par Rafai Aga, Doruma est contraint de se soumettre aux
partit en disant : “Je me soumets à vous ; envoyez-moi autorités de la province du Bahr-el-Ghazal. En 1880, il
quelqu’un à qui je puisse confier tout l’ivoire de mon confirme sa soumission en se rendant en personne à Dem
territoire. Pour vous prouver ma sincérité, je suis prêt à Soliman auprès du gouverneur Romolo Gessi Pacha.
vous donner les 700 fusils enlevés aux Nubiens lors de leur Le 29 avril 1880, Guillaume Junker rencontre le sultan
incursion dans ma chefferie». Gessi accepta l’ivoire, mais Doruma à Dem Bekir. Le 9 juin, il arrive au village de
lui laissa les armes pour le cas où les traitants l’attaqueraient Doruma, situé près des sources de l’Uere ; avec l’appui du
encore. sultan, il établit dans les environs immédiats la station de
Quand Junker, recommandé par Gessi, arriva chez Lacrima et y installe son préparateur Frédéric Bohndorff.
Ndoruma, il obtint du chef toute l’aide désirable pour À cette époque, Doruma était toujours en excellents
l’installation d’une station (Lacrima) et l’organisation de ses termes avec les fonctionnaires égyptiens ; il parlait l’arabe
voyages sur son territoire. Cependant, lorsque les agents du et percevait lui-même l’impôt en ivoire dont il assurait le
Gouvernement égyptien occupèrent son pays, Ndoruma et transport jusqu’à Dem Soliman. Le 30 novembre 1880,
son oncle Mbio (Yembio) leur suscitèrent des difficultés et Junker rencontre à nouveau Doruma au village de Binsa.
tous deux furent emmenés en captivité à Wau (Bas-Sueh). Il séjourne ensuite à la station de Lacrima du 3 décembre
Après un ou deux ans de réclusion, ils furent autorisés à er
1880 au 1 janvier 1881. Junker devait revoir pour la
rentrer dans leurs villages. dernière fois le sultan, trois ans plus tard, le 7 décembre
Sous le gouvernement de l’État indépendant, Ndoruma 1883. À la fin de l’occupation égyptienne, Doruma
accepta en 1894 la fondation d’une station de l’État à côté possédait beaucoup d’armes et de munitions obtenues en
de sa résidence, aux sources de l’Uerre. Mais en janvier échange des services qu’il avait rendus aux fonctionnaires
1895, la colonne Janssens-Van Holsbeek y était attaquée égyptiens. Les mahdistes, conscients de sa supériorité en
et massacrée. Aussi, dès l’année suivante (1896), Chaltin armement, respectèrent son indépendance.
entreprenait contre Ndoruma une action répressive au En 1888, Léopold II fait commencer l’occupation de
cours de laquelle le commandant fut sérieusement blessé l’Uele. Le 25 mars 1892, Doruma envoie un de ses fils à
à la main. Peu de temps après, le vieux chef zande faisait sa Suronga pour offrir à Van Kerckhoven quelques pointes
soumission à l’État indépendant du Congo. Il mourut en d’ivoire et inviter les autorités de l’État indépendant du
400
août 1903 aux sources du Yubo . » Congo à venir “s’établir sur son territoire, à proximité de
sa résidence”.
Un an plus tard, en juillet 1893, Fiévez, installé à
Semio, répond aux ouvertures du sultan en lui envoyant un
émissaire ; Doruma accepte qu’on établisse une résidence
dans sa chefferie. Le capitaine Janssens part à la fin du mois
400 Lotar, L. et Coosemans, M., « Doruma ou Ndoruma », d’août et arrive à la fin du mois de septembre au village du
in Biographie coloniale belge, II, col. 300-301.
193
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
sultan, toujours installé aux sources de l’Uere. Les rapports ses descendants Zamagne (Zamaï, Zemoy), dit
avec le chef zande sont d’abord excellents, puis les difficultés Mokango (Mukunga), Akpa, qui succédera à son père
commencent avec Doruma au sujet de ses prestations en dans ses territoires du Soudan, Zungumbiya, notable
ivoire. au Soudan, et Banzibi (Bazigbili, Zibili), qui, en 1959,
Après la signature de la convention franco-congolaise était encore installé en chefferie Doruma.
du 14 août 1894, les troupes de l’État indépendant du 3. Zibili (Zibeli), né à la Bangara, affluent du Bomu, qui
Congo évacuent les territoires situés sur la rive droite du deviendra chef au Soudan.
Bomu. Les rapports deviennent de plus en plus tendus avec 4. Ngbimi, qui eut pour fils Esende.
Doruma. Ce dernier, en décembre 1894, enlève les courriers 5. Sikaàboro.
envoyés de Semio à Janssens et Van Holsbeek évacuent 6. Bakutuka (Bakotoka, Bakataka) né à la Duma, affluent
la station et se replient sur Mopoi. Durant leur retraite, de gauche du Bomu, mort avant 1914 ; il laissa un fils,
au début de février, ils sont attaqués et massacrés par les Nziki.
Zande de Doruma. Du 28 mars au 10 avril 1896, Chaltin 7. Wando, également né à la Duma, réfugié dans
mène contre le sultan une opération répressive couronnée l’Oubangui-Chari en 1913.
de succès. Toutefois, Doruma, toujours insoumis, gagne le 8. Batingbe (Bakingbe), également né à la Duma, notable
nord de sa chefferie et livre son ivoire aux Français installés au Soudan.
depuis peu à Tambura. 9. Yapwati (Yakpati, Yapati, Yapate), né sur le Haut-Uere,
En 1900, M. Gehot rend visite au sultan qui continue chef au Congo depuis 1910 jusqu’à sa mort en 1931.
à se tenir prudemment à l’écart des Européens. En 1902, 10. Bandiapwa (Bandjipwa, Bandiepwa, Bendiepoi),
un agent de l’EIC, le capitaine Landeghem, est chargé de également né sur le Haut-Uere, chef au Congo depuis
rétablir les relations avec Doruma. Il se rend sans escorte 1913.
chez le sultan zande qui “le reçoit bien et fait avec lui 11. Malingindu (Malinginda, Malinginde), également né
l’échange de sang”. Peu après, le commandant Royaux rejoint sur le Haut-Uere, notable au Soudan.
Landeghem au village du sultan ; le poste de Doruma, base 12. Tikima ? mort avant 1914.
de départ de l’expédition Royaux vers le Bahr-el-Ghazal 13. Renzi.
est établi sur la Gurba ; son premier chef sera le capitaine 14. Bangba.
Lespagnard. “Doruma se rapproche du nouveau poste et
vient se fixer sur la rivière Nakwadara, au Soudan, non loin En 1904, les Anglais établissent deux postes dans
de la crête de partage”. le territoire de Mopoie-Tolet auprès de la frontière de
Le sultan devait mourir, un an plus tard, en août 1903. l’EIC. Le nouveau sultan, qui s’était emparé des territoires
Cette mort “fut tenue secrète par son fils aîné Mopoie-Tolet, soudanais de ses frères Zibili et Wando, entre en conflit
dit N’Vutu, pendant le temps qui lui fut nécessaire pour se ouvert avec les autorités de l’Uele ; le poste de Doruma n’est
former un parti solide qui le mit à même de s’emparer des maintenu qu’avec difficultés. Mopoie-Tolet fait assassiner
territoires de son père sans crainte de compétition” ». par Bazia son oncle Bwima et installe dans le territoire du
défunt chef son fils Zamagne.
1.1.3. Les descendants mâles de Doruma En 1905, Mopoie-Tolet et Zamagne tentent une
Doruma avait une nombreuse descendance. La trace attaque surprise infructueuse contre le poste de Mayawa
de quatorze de ses fils a été retrouvée : tenu par l’expédition Lemaire. Une expédition punitive est
entreprise contre le sultan qui, vaincu, bat en retraite vers
1. Barani, le fils aîné rencontré par Junker ; il avait été le Nord.
envoyé au Soudan par son père et avait acquis une En janvier 1908, Mopoie-Tolet quitte le Bahr-el-Ghazal
bonne connaissance de la langue arabe ; mort jeune et se présente pour la première fois au poste de Doruma
vraisemblablement sans laisser de descendance. avec du caoutchouc, de l’ivoire et une grande quantité de
2. Mopoie-Tolet (Tule), dit M’Vuto (N’Vutu), né à vivres. Son fils Zamagne, entièrement sous la domination
la Bangara, affluent du Bomu, fils aîné vivant de de son père, se rend également à Doruma, au cours du
Doruma, auquel il succédera en 1903 ; citons, parmi mois de février, et promet de remplir toutes ses obligations
194
LE TERRITOIRE DE DUNGU
er
envers l’État. Ces bonnes relations ne durent guère ; en Après sa mort (1 janvier 1931), son fils Baduwe
septembre, le bruit court que Mopoie-Tolet, à nouveau (Sukawe), selon la tradition zande recueillie par Jean
au Soudan, se prépare à attaquer le poste de Doruma. Dengilo, lui succède. On n’a retrouvé aucun document
En octobre, Zamagne ne se présente pas au poste, puis y administratif qui mentionne l’investiture de ce fils de
revient en novembre. Yapwati ni dans les archives congolaises, ni dans les
La situation se détériore davantage au cours de archives métropolitaines. Le procès-verbal 171 (Chefferie
l’année 1909. Zamagne se livre à des exactions et vend Doruma) déclare simplement que Sukawe fut écarté. Il est
le caoutchouc provenant des galeries des rivières aux vraisemblable qu’il a dirigé quelques mois la chefferie avant
factoreries françaises de la Société des Sultanats sur le l’investiture de son frère Basongoda. Ce dernier devait
Haut-Bomu. Mopoie-Tolet envoie plusieurs de ses fils être révoqué le 26 décembre 1932 pour participation à la
(dont Zibili, âgé de 8 à 9 ans) au Congo belge pour chercher société secrète et xénophobe du nebeli, exactions diverses,
à y conserver son autorité. Il tente de faire assassiner son ivrognerie et ventes illégales d’ivoire. Celle-ci avait, en
frère Yapwati. Zamagne, atteint de folie passagère par 1956, une superficie de 6.400 km² et une population de
suite d’abus de chanvre, fait attaquer les villages du chef 24.826 âmes (moins de 4 habitants au km²).
Abdala, dévoué à la Colonie. Les autorités belges décident En 1958, selon Pierre Salmon, Ukwatutu était
d’entreprendre une opération militaire contre les rebelles. considéré comme le meilleur chef du territoire de Dungu.
er
Un mandat d’arrêt est lancé par le parquet contre Zamagne. Lors de son entrevue avec lui, le 1 septembre 1959, il a
Le commissaire général de l’Uele, M. Bertrand, marche pu apprécier tant son intelligence ferme et lucide que son
avec 250 hommes sur son village. Zamagne s’enfuit au dévouement à l’égard de ses sujets.
Soudan puis revient au Congo belge après quelques mois.
Il est arrêté, incarcéré à la prison de Niangara, puis relégué. *
La trypanosomiase devait l’emporter peu de temps après. * *
Le territoire de Zamagne est démembré en plusieurs
chefferies attribuées à Magide (Migide), fils de Bwima, Le poste de Dungu est fondé en 1891 par l’inspecteur
Gindu (Nindu), fils de Bwima, Wando, fils de Makiso, d’État Van Kerkhoven. Celui-ci, remontant la rivière Uele,
Sanango, frère de Doruma (remplacé en 1912 par s’était installé sur l’île Bimba au confluent des rivières
Bandiepwa, fils de Doruma), et Yapwati, fils de Doruma. Dungu et Kibali, avant de remonter la Kibali vers le poste
En avril 1910, le sultan Mopoie-Tolet, toujours installé qui portera son nom, Vankerhovenville. Dès 1892, le poste
au Soudan, envoie des bandes armées qui terrorisent les d’occupation est établi au confluent des rivières Dungu
populations congolaises en enlevant des femmes ou des et Kibali, en face de l’île Bimba. Une zeriba (fortifiée de
bakumba (notables) fidèles aux Belges. En décembre 1910, murailles et de fossés) contient toutes les habitations des
les bandes de Mopoie-Tolet, accompagnées d’un soldat Européens. Un vaste camp militaire est établi à Dungu, lieu
soudanais en uniforme, font une dernière incursion ; elles de concentration des troupes de l’EIC qui participeront à
brûlent le poste de Duru et trois villages des environs. la campagne de Redjaf, sous les ordres du capitaine Chaltin
Les autorités anglaises alertées déclarent tout ignorer des (1896-1897).
agissements du sultan et reconnaissent que son sultanat À cette époque, le district de l’Uele était organisé
échappe en fait à leur contrôle. en quatre territoires, dont Dungu était le chef-lieu du
401
En 1911, les territoires de Zamagne paraissent territoire de Makrakas . Ce territoire fut appelé par la
complètement pacifiés ; la mort de Mopoie-Tolet, l’année suite territoire des Avuru-Wando puis en 1920, territoire
suivante, met une fin définitive à toute agitation dans cette de Dungu, chef-lieu du territoire depuis le 26 décembre
région. 1895 (cf. circulaire n° 106).
Yapwati, investi chef le 13 décembre 1910 d’une partie Dungu fut le chef-lieu de la zone de la Gurba-Dungu
des territoires de son père, devait, à partir du 11 février jusqu’en 1913. À partir de cette date, Dungu devint le chef-
1930, bénéficier de la politique belge de remembrement
des anciennes chefferies en assumant la direction de la 401 Dereine, A., « Le soulèvement des Babua 1900-
totalité du domaine de Doruma. 1901 », Africa-Tervuren, vol. 10, n° 2, 1964, pp. 29-48.
195
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ;
Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds Benoît Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
Okwatutu
d’autres postes que Yakuluku, fondé en 1892 au bord de la
Nom du
Dekpe
chef
Kelele
402
rivière du même nom .
Sadi
À propos du mot « Dungu », le père Jourdain
-
-
-
Costermans dit que le fait qu’on ait dénommé cette
rivière d’un nom en dialecte bangba reste mystérieux
Malingindu
et inexplicable, parce qu’il n’y avait pas de Bangba sur
Chefferie
Doruma
n 1952
la rivière Dungu. D’ailleurs, poursuit-il, le mot dungu
Renzi
Dika
n’a aucune signification dans aucun dialecte. Tous les
-
-
-
403
autochtones appellent cette rivière « Dèngu » . Ce nom a
une signification en dialecte bangba, mais l’analyse devrait
Malingindu Abdala
Nom du
Gilima
Ukwa
chef
faire rejeter ce mot composé comme nom de rivière.
Dika
Dèngu est une contraction soit de é-dè-éngu : près de l’eau,
-
-
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Dungu (1937-1952)
soit de édè-engu : ceux de l’eau, riverains.
Les Todu témoignent qu’anciennement la rivière était
Chefferie
Doruma
en 1945
Bokoyo
Renzi
appelée uniquement du nom de « Nguyè ». Ils analysent le
Dika
mot comme suit : engu-éyé = eau-champ, l’eau qu’on puise
-
-
avant d’aller au champ. Mais rien ne prouve, conclut le
père Costermans, que cette analyse fournisse le vrai sens
Yeberada
Nom du
Abdala
Gilima
du mot.
Ukwa
chef
Basia
Dika
-
1.2. SUBDIVISION
Malingindu
DE L’ENTITÉ POLITICO-ADMINISTRATIVE
Chefferie
Doruma
en 1943
Bokoyo
Bafuka
Renzi
Dika
En 1937, le territoire de Dungu comptait sept chefferies.
-
Abdala
Gilima
Dika
Bokoyo
en 1939
Bafuka
Dika
-
Abdala
Gilima
Aragi
Basia
Dika
Manziga
Doruma
en 1937
Bafuka
Renzi
Dika
196
LE TERRITOIRE DE DUNGU
Bazingbi
Ezo
Ndolomo
Nyakpati
Basongoda 1 Basia 2 Simbiabulu 3 Sukawe 4 Kabaya 5 Ndimi 6 Gbudwe 7 Bwana 8 Ukwatutu 9 Abami 10
197
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Bazingbi
Adala Dika
Renzi Sadi
Kpoto
198
LE TERRITOIRE DE DUNGU
Wando
Guseyo Gbewadi
199
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Le chef zande Wando naquit vers 1820 et mourut à Haute-Buerre et tenta, mais en vain, de rétablir la paix entre
Nengimva en chefferie de Bokoyo, dépendant de Dungu, ses fils, Ukwa s’obstinant à chercher à son profit personnel
en 1892 ou 1893. Il était le fils de Bazingbi, lui-même fils l’alliance du Nubien représentant du Gouvernement. À
d’Yapati. cette époque (novembre 1881), Junker, se rendant de la
Duru à Ndoruma, rencontre Renzi, envoyé vers lui par
« La première mention qui soit faite de Wando dans les son père pour lui exposer les différends Wando-Ukwa et
documents historiques est celle de Schweinfurth, qui s’arrête Wando-Abdullahi, et tenter de faire intervenir le voyageur
à sa résidence aux sources de la Buerre, au début de 1870. en sa faveur auprès du gouverneur du Bahr-el-Ghazal.
Wando était alors en rapport avec le trafiquant kénousien Junker constate que tout repose sur un malentendu au sujet
Abd es Samate, à qui il donna même une de ses filles des rapports entre le Nubien et Wando : Wando prenait
comme épouse. Comme Ndoruma et ses voisins, il eut à se les agents égyptiens pour des trafiquants semblables à
défendre contre les caravanes de traitants ; en 1877-1878, il ceux avec qui il avait toujours refusé d’entrer en relation.
attaqua les anciennes zéribas, même celles devenues postes Il voulait, disait-il, comme Ndoruma, être en rapport avec
égyptiens, dont il ne saisissait pas le caractère nouveau. le Pacha de Dem Soliman pour lui remettre directement
Gessi écrit à ce propos, en décembre 1880 : “Wando, après son ivoire, en recevoir des armes et ne pas avoir à héberger
avoir tué Haggi Kalil, beau-père de Youssef Pacha, attaquait chez lui de garnison égyptienne. Quelques jours plus tard,
continuellement nos postes. Cependant, depuis sept mois, Ukwa, en compagnie de Bibi, administrateur d’une station
nous sommes parvenus à nous établir paisiblement dans gouvernementale en territoire de Wando, relance à son tour
ses territoires.” Pour obtenir sa soumission, Gessi lui avait Junker. Il vient lui exposer son point de vue. Le lendemain,
envoyé, en juin 1880, un fonctionnaire, pour tenter de lier 11 novembre, Junker, Renzi et Ukwa se rendent ensemble au
amitié avec lui, en lui promettant qu’aucune agression ne se village de Wando. Mis en présence de son fils rebelle Ukwa,
ferait sur son territoire. À cette époque, Wando possédait le vieux chef se montre absorbé et triste. Junker l’engage à
de 400 à 600 fusils enlevés aux traitants. En dépit de la la clémence, lui annonçant qu’il vient de rétablir l’entente
soumission de Wando, qui fut cependant réelle, Gessi entre Ukwa et Renzi en faisant admettre comme limite
écrivait : «Il faut se méfier de ces potentats qui, du jour au de leurs territoires respectifs la Kapili. Wando répond,
lendemain, d’amis deviennent ennemis.» comme il le dira plus tard en 1892 à Van Kerckhoven, qu’il
En 1881, la zériba d’Abdullahi, neveu d’Abd es Samate, rencontrera sur le Bas-Kibali, “qu’âgé, il a partagé ses États
établie au nord-est de Gélia, fils de Tombo, en territoire entre ses trois fils, ne gardant pour lui qu’un petit coin où il
d’Ukwa, dans le bassin occidental de la Haute-Duru, entendait vivre en paix ; ses fils réconciliés, il retournerait
au nord de Gango, donc vers la Haute-Kapili, devint un à son ancienne résidence à la Duru.” Ukwa en profita pour
poste gouvernemental, confié à Mohamed Kher, afin de étendre son territoire vers l’Est. En juillet 1883, il établissait
surveiller la chefferie de Wando. À cette époque marquée sa résidence sur la rive nord de la Dungu, entre le confluent
par la rivalité entre Ukwa et Mbittima, fils de Wando, la Dungu-Kibali et Bongere.
chefferie de ce dernier était en effervescence. Ukwa avait Ukwa et Mbittima, en cette même année 1892, à la
fait alliance avec Abdullahi, continuant à trafiquer pour demande de Van Kerckhoven, marchaient contre Attaro,
son compte. Il attaqua son frère Mbittima, qui fut battu successeur de Gumbari, le battaient et étendaient du coup
et obligé de chercher refuge chez Gelia, son oncle. Les l’occupation zande sur le Haut-Kibali. Mbittima mourut
territoires confiés par Wando à son fils Ukwa s’étendaient sur l’Obi, affluent de l’Obe. Sa mort précéda de peu celle
à cette époque sur la Moyenne-Kapili et la Moyenne-Duru. de Wando.
Ceux de Mbittima se trouvaient immédiatement au Sud, en Schweinfurth nous décrit ainsi Wando lors de la visite
bordure de l’Uele, sur le cours inférieur de ces deux rivières. du voyageur européen (1870) : “Wando apparut dans une
Malgré l’opposition de Wando, les territoires de robe d’indienne à longues manches, robe que lui avait
Mbittima furent immédiatement occupés par Ukwa. donnée Samate et qu’il mettait par déférence pour celui-
Wando, en compagnie de ses quatre fils, Renzi, Bafuka, ci, quoiqu’il préférât son costume national. Le chef était
Tombo, Kanna, se retira dans son ancienne résidence à la d’une taille au-dessous de la moyenne, avec un énorme
développement musculaire et beaucoup de graisse. Sa
200
LE TERRITOIRE DE DUNGU
tête, à peu de chose près, était sphérique, et les traits de En juillet 1883, Emin Pacha, de passage à Tangasi,
son visage, de type niam-niam, offraient une régularité si projette de renvoyer Mbittima au nord de l’Uele, dans
parfaite, que dans leur genre ils avaient une beauté réelle.” ses anciens territoires. Mbittima regagne la rive nord de
De son côté, Van Kerckhoven dit de lui en avril 1892 : l’Uele.
“Il ne restait du grand et fort guerrier qu’un volumineux En 1892, nous retrouvons Mbittima dans le bassin du
paquet de vieilles chairs cachées par une chemise loqueteuse Kibali et de la haute Gadda, attaquant la frontière orientale
en kaniki, surmontées d’une tête grisonnante qu’entourait de la chefferie de Niangara. Peu après, cette même année,
une bande d’étoffe d’une blancheur plus que douteuse. nous le trouvons en compagnie de son frère Ukwa, qui,
Bien que les yeux fussent noyés dans la tête et semblassent à la demande de Van Kerckhoven à Wando, bat Attaro,
sans expression, on surprenait par moments son regard successeur de Gumbari le Mangbele, étendant ainsi
s’illuminant d’une flamme vive et intelligente. Chose l’occupation zande sur le haut Kibali. C’est chez Mbittima
curieuse, toutes les dents étaient à leur place, blanches et en que Wanda fait préparer, au passage de l’expédition Van
parfait état de conservation. Les mains étaient très grasses, Kerckhoven, une zériba pour recevoir les membres de la
les doigts assez effilés, terminés par des ongles en deuil, de colonne se rendant au Nil (avril 1892).
2 ou 3 centimètres de longueur. Signe de race, disent les Mbittima mourut sur l’Obi, affluent de l’Obe, peu avant
Avongara. Après quelques instants de repos, Wando prit la la mort de Wando. Milz nous dit que Mbittima avait un
405
parole, disant que l’État pouvait compter sur son appui et caractère brutal et emporté . »
son dévouement, et qu’il espérait que le traité signé avec
404
l’EIC le mettrait à l’abri de toute invasion .” » Le chef zande Renzi était le fils de Wando et le frère
de Bafuka, Tombo, Kana, Ukwa et Mbitima. Il naquit vers
Mbitima (ou Ngbitima), le fils aîné de Wando, naquit 1855-1860. Junker le dénommait aussi Fero.
vers 1850 et mourut vers 1892-1893.
« Installé à la Duru, il était, vers 1880, en conflit avec
« En 1881, battu par son frère Ukwa et obligé son frère Ukwa, passé au gouvernement égyptien. Les
d’abandonner les territoires que son père Wando lui a Nubiens avaient même donné à Ukwa le territoire de
confiés sur la rive Nord de l’Uele, entre la basse Kapili et Mbittima. Ni Wando ni Renzi ne prétendaient fournir
la basse Duru, Mbittima passe l’Uele au confluent de la de l’ivoire au gouvernement du vice-roi. Une station, dit
Bimba, traverse le territoire mangbele et arrive chez son Junker, avait été fondée, sous l’occupation égyptienne,
arrière-parent le vongara Boemi, sur la Na-Mbata, affluent en territoire de Renzi, au nord de la région qu’occupait
de la Kilima. Il est autorisé à s’y fixer et installe son kpwolo Wando (sources de la Buerre). Le 10 novembre 1881,
(village) sur la Kudilé, affluent de la Kilima. Là naît son fils Wando envoya Renzi chez Junker pour solliciter du
Kereboro. Mais bientôt il quitte son parent pour accepter voyageur une visite au cours de son voyage vers Ndoruma.
l’hospitalité de Mambanga le Bisanga, installé au nord de Junker favorisa ainsi la conclusion de la paix entre Renzi
la Na-Akka, affluent sud de l’Uele. C’est là que le rencontre et Ukwa et assigna la Kapili comme frontière de leurs
Casati, en 1881. États respectifs.
Peu après, nous trouvons Mbittima prisonnier de Après la chute du gouvernement égyptien dans
Mohammed Abdu, administrateur égyptien de Tangasi, l’Uele, Renzi, resté hostile aux Européens, auxquels
dont relève la région bisanga. Junker, de passage dans la Ukwa s’était immédiatement rallié, donna à ses frères le
région, tente en vain de le faire libérer. C’est à ce moment mot d’ordre de la résistance, entravant ainsi la marche
que Mohammed Abdu décide une expédition contre de la colonne Delanghe revenant du Nil et marchant de
Mambanga. Celui-ci, battu et en fuite, est remplacé dans sa Magora vers Mundu (1894). À Mundu, déjà, l’expédition
chefferie par Mbittima, qui y représentera l’administration entendait, dans la direction de Magora, des fusillades
égyptienne. indiquant que Renzi était en campagne. Le 9 avril,
404 Lotar, P.-L. & Coosemans, M., « Wando », in 405 Lotar, P.-L. & Coosemans, M., « Mbittima », in
Biographie coloniale belge, I, op. cit., col. 948-951. Biographie coloniale belge, II, op. cit., col. 682-683.
201
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
la colonne Delanghe arrivait à Dungu. Renzi, qui succès, s’attendait à l’arrivée d’une expédition punitive. Renzi,
s’attendait à être attaqué, fit courir le bruit qu’il avait été son frère, dont Bafuka, Tombo, Kana ne faisaient que suivre
surpris par des mahdistes et s’était défendu. Ukwa, qui la politique, se décida à rompre avec les mahdistes, car ceux-
assistait les Européens, conseilla d’attaquer Renzi sans ci, dont un contingent se trouvait chez Bafuka au moment de
tarder. La campagne menée par Delanghe fut longue et l’arrivée de l’expédition Francqui, s’étaient repliés vers l’Yei, au
semée d’escarmouches ; mais Renzi ne se montra pas. lieu de soutenir leurs alliés.
Quand on surprit son camp, il avait fui, abandonnant Le 4 juillet 1895, une action répressive fut décidée
un butin considérable et de nombreux prisonniers. On contre Bafuka et commandée par Swinhufvud, Devenyns et
se mit à sa recherche, mais en vain. On ne put continuer Laplume, aidés des gens d’Ukwa et de Bokoyo, son fils. Il
à le poursuivre, Delanghe et Degraeve étant atteints fallait traiter avec Bafuka pour lui faire remettre les fusils
tous deux d’hématurie. Le 20 mai, la colonne de l’État pris le 11 février. La colonne patrouilla dans la région
rentrait à Dungu. En 1895, la campagne reprit contre pendant des semaines, en butte aux escarmouches, mais ne
Renzi et son frère Bafuka, sous les ordres de Francqui et rencontra pas Bafuka.
de Swinhufvud. En octobre, Bafuka se présenta lui-même à Niangara pour
La crainte d’une opération punitive amena Renzi à faire faire sa soumission et restituer les fusils volés. Il participa avec
sa soumission à l’État. Il rompit avec les mahdistes, avec ses frères à l’expédition du Nil conduite par Chaltin contre les
407
lesquels il avait eu secrètement partie liée. La soumission mahdistes, en février 1897 . »
de Renzi et de ses frères fut acquise à ce point qu’elle nous
valut l’année suivante, la participation de tous les quatre Le chef zande Ukwa, né vers 1855, décéda près de
à l’expédition Chaltin, qui, par les batailles successives de Dungu, le 15 février 1896.
Beiden et de Redjaf, le 17 février 1897, devait anéantir les
406
forces mahdistes au Nil . » « Ukwa se trouvait établi par son père Wando à l’est de
la Tumbi, cours moyen de la Kapili et de la Duru. Il avait
Le chef zande Bafuka, né vers 1860 (et mort en ?) était fait alliance avec les Nubiens, ce qui le mit en désaccord
le fils de Wando, fils de Basingbi, fils d’Yapati … et donc le avec son père et ses frères Mbittima et Renzi. Le Nubien
frère de Renzi, Tombo, Kana, Ukwa et Mbitima. Mohammed Kher commandait chez Ukwa une zériba
d’Abdullahi dans le basin occidental de la Haute-Duru, au
« En 1895 (février), l’expédition Francqui, qui se rendait Nord du Gongo, afin de surveiller la chefferie voisine de
au Nil par l’Yubbo (Such), avait à traverser, du Sud au Nord, Wando. Fort de l’appui des Nubiens, Ukwa battit son frère
les territoires de Bafuka, Renzi, Tombo, Kana, tous fils de Mbittima, qui dut se réfugier chez un parent. Du coup,
Wando. Loin de s’être ralliés à notre cause depuis 1892, ceux- Ukwa occupa les territoires de son frère en bordure de la
ci étaient restés en relation avec les mahdistes, qu’ils avaient rive méridionale de l’Uele. Junker, à son passage dans la
aidés à combattre Ukwa, soumis à l’EIC depuis l’arrivée de région, fut appelé comme arbitre entre Wando et ses fils.
Van Kerckhoven au Kibali. L’expédition, commandée par Mis en présence de son fils rebelle Ukwa, le vieux Wando
er
Francqui, quitta Niangara le 1 février, traversa les territoires se montra absorbé et triste. Junker essaya tout au moins de
de Tombo et de Kanna, sur la rive droite de la Dungu, puis réconcilier Ukwa et Renzi en établissant comme frontière
celui de Bafuka, à proximité de la Buere, rive gauche. Le de leurs possessions respectives la Kapili. En juillet 1885,
11 février, la colonne était surprise par les gens de Bafuka Ukwa étendait son territoire vers l’Est et s’établissait sur la
dans la galerie d’une rivière et y subissait un échec sanglant. rive nord de la Dungu, entre le confluent Dungu-Kibali et
Cinquante-quatre soldats étaient tués et Frennet y tombait, Bongere.
transpercé de dix-neuf coups de lance. Grâce à une contre- En 1892, avant même l’arrivée de l’expédition Van
attaque de Niclot, le gros des forces put opérer sa retraite vers Kerckhoven, Wando dépêcha à Niangara un émissaire
Dungu sans trop de dommages. Bafuka, effrayé de son propre pour obtenir des Blancs l’établissement dans ses
406 Lotar, L. & Coosemans, M., « Renzi », in Biographie 407 Lotar, L., « Bafuka », in Biographie coloniale belge, I,
coloniale belge, II, op. cit., col. 807-808. op. cit., col. 58-59.
202
LE TERRITOIRE DE DUNGU
territoires de deux postes : l’un sur la Basse-Dungu, en Nakorda (Malingindo). Ces deux peuples n’ont pas de chef
territoire d’Ukwa, l’autre au pied du mont Arama, sur propre et sont recensés comme habitants des chefferies
le Bas-Kibali, en territoire de Mbittima. Arrivé dans dans lesquelles ils se trouvent. Ils ont même été presque
la zériba qui lui était réservée dans ce territoire de complètement absorbés au point de perdre leur identité,
Mbittima, Van Kerckhoven y reçut Wando et ses deux voire leur langue d’origine. À peine leur reste-t-il encore
fils : Ukwa, de caractère onctueux, et Mbittima, plutôt une certaine conscience de leur identité tribale.
brutal et emporté. Il ne fallait d’ailleurs pas se fier à Le système familial, les modes de filiation, d’héritage
Ukwa : en janvier 1894, ce chef fit massacrer une petite et de succession sont patrilinéaires. Les parents, les aînés
colonne d’auxiliaires mundu ramenés vers l’Uele par exercent une forte autorité sur les enfants et les cadets, qui
Vander Haeghen pour être désarmés suivant les ordres leur doivent obéissance et respect. Ce qui favorise leur
de Baert. Ces auxiliaires en route avaient déserté pour éducation permanente, qui se fait au moyen de conseils,
regagner la Haute-Dungu, mais force leur était de d’exemples à suivre, de proverbes, contes, initiation, etc.
traverser le territoire d’Ukwa, au Nord de Kibali. C’est La dot, autrefois payée avec des lances, des couteaux,
ainsi qu’Ukwa les fit tous massacrer. des pagnes, etc., s’acquitte aujourd’hui essentiellement en
Lorsque Renzi se montra rebelle envers l’État en argent.
1894, Delanghe, chargé de le mater, s’adjoignit Ukwa Le système d’assimilation des vaincus par les Avungara
pour se mettre à la poursuite de Renzi (mars 1894). Cette a contribué à modifier profondément le vécu social dans
campagne contre Renzi fut longue (du 22 mars au 20 mai). le territoire. La classe noble des Avungara s’employa à
En fin de compte, Renzi parvint à fuir chez Bafuka et ne faire éclater les lignages de parenté des autres peuples.
fut pas atteint. Cette stratégie a provoqué un individualisme familial qui
En septembre (1894), Ukwa, protestant toujours de devient un trait de la société actuelle des Azande. Certaines
sa fidélité et de sa collaboration sincère, insistait pour que pratiques collectives persistent cependant :
Baert fit attaquer le plus tôt possible la zériba mahdiste de
l’Akka. Baert accepta l’offre d’Ukwa, qui fournissait 2.000 – le « wolo buda » ou « working party » : travail collectif
hommes pour accompagner la colonne commandée par dans le champ d’un individu qui, à cette occasion,
Wterwulghe, Swinhufvud et Millard. Ce fut une défaite prépare à manger et offre à boire à ceux qui sont venus
pour l’EIC. La plupart des hommes d’Ukwa désertèrent. l’aider (défrichage, récolte) ;
D’après Chaltin, la mort d’Ukwa débarrassait les – la construction ou réparation des ponts (Gbagba ou
Européens de Dungu d’un puissant voisin, dont l’ambition, Paga, par exemple) ;
toujours en éveil, était sans limites. Son fils Bokoyo lui – le culte communautaire d’offrandes : « Maziga » ou
408
succéda et se montra fidèle allié des Blancs . » « Baat i» ;
– la chasse au filet en groupe ;
[Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du – les deuils et/ou les fêtes.
territoire de Dungu (voir annexe 2.1).]
Mais il n’y a pas de vie collective ni de louage collectif
des champs. Les relations horizontales (mariage et alliance)
1.3. LE PEUPLEMENT l’emportent sur les relations verticales. Le paysage humain
a pour trait un habitat dispersé avec un réseau de sentiers
Les habitants du territoire de Dungu sont des Azande, reliant les unités familiales. Le résultat à long terme de
excepté une portion de Bangba et de Mangbetu habitant cette politique, que les Belges et les Arabes ont exploitée
sur la route qui conduit à Niangara. On y trouve également habilement, est l’isolement, dans la plupart des chefferies.
quelques Baka et Madhi. Les Baka habitent le groupement Concernant le mariage, on y trouve des unions
Bagbele dans la chefferie Wando, les Madhi le groupement monogamiques (une seule femme et un seul mari) et
polygamiques (un homme avec plusieurs femmes). La
408 Lotar, L. & Coosemans, M., « Ukwa », Biographie forme préférentielle des mariages, c’est-à-dire le mariage
coloniale belge, I, op. cit., col. 923-924. décidé par les parents, comme autrefois, n’existe plus, de
203
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
même que des unions polyandriques (plusieurs maris) mettre fin aux continuelles disputes entre Matafa et
n’existent plus au sens propre du terme. L’homme choisit Maruka, l’autorité coloniale invite ce dernier à se fixer
lui-même sa femme, même si les parents doivent se sur la rive gauche de la N’Zoro où, avec l’appui des frères
prononcer sur ce choix. Tandia, Zombo et Siriki, il parvient rapidement à asseoir
Le mariage interethnique existe encore. Ce sont les son autorité et à progresser vers l’Est. En 1912, Matafa
parents du jeune époux qui paient la dot à la belle famille, passe à Aru. Vers 1917 et 1918, sa chefferie atteint son
en apportant de l’argent et de la nourriture, ainsi que des plus grand développement ; elle s’étend depuis le confluent
objets de valeur (vélo, costume, pagne, montre, chaussures, N’Zoro-Abimva à l’ouest jusqu’à la frontière du Congo à
boisson), considérés comme des cadeaux, à la belle famille. l’est. La nouvelle orientation de la politique indigène du
On assiste de plus en plus à des célébrations coutumières territoire d’Aru tendant à l’affranchissement des peuples
et religieuses des mariages dans le milieu azande. « opprimés » conduit à la décision du 28 novembre 1919
du CDD du Haut-Uele de réduire l’autorité de Matafa
exclusivement sur les administrés uniquement logo.
Zombo, un sous-chef, est destitué et contraint d’évacuer
2. LE TERRITOIRE DE FARADJE la région Luguaret auparavant sous ses ordres. Tous les
indigènes non autochtones sont soustraits à l’autorité de
Matafa. La région de son influence s’arrête désormais au
2.1. APERÇU HISTORIQUE mont Belede. Ci-après le récit de la situation décrite dans
un rapport commun du 16 novembre 1920 élaboré au
L’appellation Faradje est tirée du nom du chef Faragi village Matafa par les AT de Faradje et d’Aru.
e
de la chefferie Logo-Ogambi, qui résidait, à la fin du xix
siècle, aux environs du village Bagale, actuel chef-lieu de « L’examen de la politique intérieure de la chefferie en
la chefferie. vue de son passage au territoire de Faradje a révélé une des
409
Faradje fut fondé en tant que site en 1892, lors de situations des plus difficiles et des plus précaires. La plus
l’expédition Van Kerchoven et, en tant que territoire, vers grande partie de la population logo a refusé depuis environ
1901, sous l’EIC. C’est le lieutenant Buzon qui construisit un an d’obéir au chef Matafa et revendique l’indépendance
les premiers bâtiments en briques en 1900, entre autres des sous leurs chefs de groupes Adrea, Mamvoma, Bologi,
bureaux et des magasins. Craignant l’attaque des Arabes, Avuguata, Drande, Briki et Dongomva. Mais une partie des
le poste fut fortifié par un rempart circulaire en briques Logo encore dévoués à Matafa se tenaient dans l’expectative,
et un fossé (démolis en 1905) dont les terres formaient le prêts à imiter l’exemple des autres groupes à la première
parapet. C’est à la fin 1923 que furent érigés les tribunaux concession que l’autorité coloniale leur fera. Une large
indigènes. propagande faite surtout par Briki et Madraki (qui meurt
L’organisation administrative du territoire de Faradje au court de cette période) gangrène aussi les chefferies
est en partie liée à des recompositions faites par l’autorité Maruka et Kitambala du territoire de Faradje qui donnent
coloniale. Divers rapports administratifs relatent les des signes de malaise politique et de convulsions intérieures.
situations locales trouvées, à travers lesquelles se dessinent La chefferie Matafa devient le lieu de refuge de nombreux
les généalogies des chefferies. indigènes dévoyés des groupements limitrophes. Matafa,
L’exemple de Matafa est un point de départ intéressant. profondément découragé, n’essaye pas de lutter contre le
Il s’agit d’un ancien vassal de Faragi, qui va refuser, à partir courant et affiche une attitude qui touche à la couardise ;
de 1902, d’obéir au successeur de ce dernier, Maruka. il craint à sa vie. La situation troublée sert admirablement
Celui-ci se rapproche d’abord de la N’Zoro, mais assez les penchants des pistonniers et auxiliaires du chef aux
rapidement, en 1903, il devient « indépendant ». Pour exactions qui se multiplient dangereusement. Les indigènes
entre eux se livrent à tous les abus, les épreuves de poison se
409 Choprix, G., La Naissance d’une ville. Étude pratiquent au grand jour et font revivre toutes les anciennes
géographique de Paulis (1934-1957), Bruxelles, querelles. À part certains groupements sous les ordres de
CEMUBAC, 1961, p. 10.
204
LE TERRITOIRE DE FARADJE
meneurs plus intelligents que les autres et qui font quelques de ce chef, la situation se maintient prospère. Baido est
apports de vivres aux Mines (Briki, Madraki), la chefferie dévoué ; Atama laisse de temps à autre à désirer, mais il est
ne fournit guère de travail. » tenu en respect par l’autorité et le prestige de son suzerain.
À la mort d’Ibu, la situation change. Gagnés par
L’autorité coloniale reconnaît la mauvaise gestion de les revendications d’autonomie des autres groupements
la chefferie Matafa, mais elle va refuser de l’émietter par de la chefferie, eux aussi se rappellent qu’ils ont été
crainte de voir les autres chefferies logo présenter les anciennement temporairement indépendants. Plus correct
mêmes types de réclamation. Elle note que « le passage de qu’Atama qui refuse ouvertement obéissance à Dramba,
la chefferie Matafa au territoire de Faradje aura, en dehors successeur d’Ibu, Baido porte ses revendications devant
des facteurs politiques et économiques qui le motivent, l’autorité et reçoit la promesse qu’elles seront étudiées
l’avantage de supprimer une circulation logo trop intense avec bienveillance. L’enquête faite sur place a démontré la
à travers les chefferies Dongo et Luguaret qui dépendaient nécessité d’organiser en chefferie sous les ordres de Baido
auparavant de Matafa et les inévitables querelles et les groupements précités. Atama se dit prêt à acepter
410
incidents qui en ont toujours résulté ». l’autorité de Baido. Les intéressés se prétendent Obeleba et
Plusieurs rapports administratifs montrent que ont voulu faire de ce surnom leur donné par leurs voisins
diverses chefferies du territoire de Faradje ont connu des en raison de leur habitat sur la N’Zoro, “Obi”, un appui de
contestations internes devenues par moments violentes. leurs revendications d’indépendance. Ce sont des purs logo,
Celles-ci ont été réorganisées en partie par l’autorité des clans Kuluba et Amodru. En principe, conformément à
coloniale, qui a regroupé plusieurs groupements, au départ la politique générale logo, ces gens ne devraient pas être
indépendants les uns des autres. C’est le cas par exemple de affranchis. Pratiquement il n’y a aucune autre solution
411
la chefferie Logo-Obeleba avec le groupement Baido . possible. Dramba reconnaît qu’il n’a pas de droits sur
eux. Kitambala sait que son père n’est jamais parvenu à
« Le groupement Baido a appartenu anciennement à la les organiser effectivement. Même si on envisageait leur
chefferie Magora (Kitambala), de même que la population adjonction à une de ces chefferies, la situation deviendrait
du groupement Atama qui devra être englobée dans la intolérable à cause de la position géographique de leur
chefferie à former. Peu avant notre pénétration dans la habitat. Dramba ou Kitambala auraient de nouveau des
région, il parvient avec l’appui des Arabes à secouer la enclaves dans une région confinant avec Luguaret tant
tutelle de Magora et reste temporairement indépendant. convoitée pour son bétail. Une fusion avec la chefferie
Encouragé par le Blanc, le chef Ibuqui (sic, Ibuki) dépendant Libana est impossible vu l’absence de liens de coutume ou
à ce moment d’Aba, entreprend la conquête de la région et de parenté permettant de donner à l’ensemble la liaison
parvient sans trop de peine à la mettre sous son autorité. nécessaire.
Il maintient Baido comme sous-chef sur la partie la plus Le passage de la collectivité Baido déjà organisée en
importante de la population […] et place sur le reste Atama chefferie ou encore à organiser se fera sans difficultés. Les
au mont Boku. Du vivant d’Ibu, grâce à la politique habile intéressés d’ailleurs qui ont déjà travaillé pour Aba avant le
passage de la chefferie Ibu à Aru, se montrent favorables à
410 « Note sur le passage de la chefferie Matafa (Logo) ce projet.
du territoire d’Aru au territoire de Faradje », D’après le recensement sommaire fait sur place, le
Rapport commun du 16 novembre 1920 élaboré au groupement renferme environ 800 hommes valides. »
village Matafa par les AT de Faradje et d’Aru. Fonds
B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
Temps présent, MRAC.
411 « Note sur le passage du groupement Baido (Obeleba,
Logo) du territoire d’Aru au territoire de Faradje »,
Rapport commun du 4 novembre 1920 élaboré au
village Aligo par les AT de Faradje et d’Aru. Fonds
B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
Temps présent, MRAC.
205
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
206
LE TERRITOIRE DE FARADJE
4°) fixer la résidence de Dramba vers le cœur de la nouvelle Ibu reprend ses anciennes revendications et cette fois avec
r
configuration de sa chefferie, dans les environs d’Adjuma (gîte, plus de succès. Par décision de M le lieutenant Colin (18
r
rivière Dungu, à 6 h 30 heures environ d’Aba). octobre 1913) confirmée par M le commissaire général
Cette solution aura comme résultat de permettre de Bertrand, Dondoro est mis sous son autorité.
grouper la population des différentes communautés du Kitambala, successeur de Magora, qui seul pouvait
voisinage et plus particulièrement pour Dramba, d’occuper émettre des prétentions réelles sur le pays (son père en
systématiquement le territoire de sa chefferie, surtout la ayant fait la conquête avant la pénétration du Blanc)
partie Nord, de serrer les fractions hostiles des Lipara et ne parvient pas à se faire entendre. Les relations entre
de rendre plus difficile, sinon de supprimer les migrations Dondoro et Ibu restent tendues et Ibu tout en menant une
d’indigènes voulant se soustraire à l’autorité de leurs chefs. politique pondérée ne parvient pas à gagner la sympathie
Il est à prévoir que malgré les faibles moyens de Dramba, de ses nouveaux sujets. La mort de Dondoro (12 mai
la situation s’améliorera par suite de l’assainissement de 1917) donne lieu à un nouvel examen de la situation. Sous
l’organisation intérieure et d’une administration plus facile l’influence d’une politique plus favorable aux revendications
résultant d’une meilleure coordination de la population. d’autonomie, le groupement des Obeliba anciennement
Dramba consulté se montre favorable à la solution sous Dondoro retrouve son indépendance ; Lali, fils du
er
développée plus haut ; il estime que l’évacuation des régions défunt est investi le 1 décembre 1919.
citées sous n° 1 ne nécessitera pas de difficultés. Mava aussi Bien intentionné et secondé par son oncle Tamandu
accepterait de bon gré son passage à Faradje. En ce qui (renseigné comme successeur éventuel), il parvient à
concerne Mava et ses administrés qui se disent kaliko, il est mettre un peu d’ordre dans sa chefferie. Sa mort survenue le
résulté de l’enquête faite que ce sont en réalité des Luguarets 25 juin 1920 marque un nouveau retard dans l’organisation
dépossédés. Kaliko n’est qu’un surnom péjoratif leur donné intérieure de la communauté. Tamandu, oncle du défunt,
par les Kakua en raison de leur malpropreté. Comme cette désigné comme successeur éventuel, en l’absence de
population n’a plus de bétail, qu’elle s’oriente visiblement l’héritier direct, se désiste en faveur de son frère aîné
par ses occupations, ses installations et ses mœurs vers le Libana. Ce dernier prend provisoirement la direction de la
génie Kakua ; que son passage ne constitue pas une scission chefferie. Il sera sous peu proposé pour l’investiture.
de la région de l’élevage qui reste nettement confinée vers le Le passage de cette communauté au territoire de Faradje
centre du territoire d’Aru, nous estimons qu’il n’y a aucun ne provoquera aucune difficulté. Libana et ses administrés
inconvénient de la passer à Faradje. » ayant dépendu anciennement d’Aba se montrent favorables
à ce projet. La suite logique de l’investiture de Libana et
2) L’ancienne chefferie Libana (Dondoro)-Logo (Obeleba)414 de son passage à Faradje sera l’organisation en chefferie
du second groupement Obeleba sous les ordres de Baido
« Dondoro, comme Ibu, dépendait anciennement du et son adjonction au territoire de Faradje. Comme ils n’ont
poste d’Aba comme chef indépendant. Sa soumission à jamais été sous les ordres de Dondoro, les héritiers de celui-
Van Rottelberg, surnommé “Mototo”, remonte à mai 1945. ci n’ont pas à émettre des revendications les concernant et
Les prétentions d’Ibu sur le territoire de Dondoro sous Dramba duquel ils dépendaient jusqu’à présent comprend
prétexte de services rendus lors de la pénétration de cette qu’il n’a pas de droit sur eux.
région sont écartées et l’intéressé travaille pour Aba comme La ligne de démarcation entre Dondoro (Libana)
chef autonome jusqu’au moment de la suppression de ce et la chefferie des autres Obeleba à créer sera constituée
poste comme poste politique. Après son passage à Aru, par la rivière Kovo. Les différents temps d’intérim avec
l’inévitable affaiblissement de l’organisation intérieure
en résultant ont provoqué des empiètements mutuels
414 « Note sur le passage de Libana (Dondoro)-Logo
et favorisé l’installation d’une centaine de fuyards de la
(Obeleba) du territoire d’Aru au territoire de
Faradje », Rapport commun du 30 octobre 1920 chefferie Kitambala.
élaboré au village Libana par les AT de Faradje et Libana aura à retirer de la rive gauche de la Kovo le
d’Aru. Fonds B. Verhaegen, archives de la section capita Abuondu avec 30 hommes, Adimva avec 25 hommes
d’Histoire du Temps présent, MRAC. et Kairika avec 30 hommes.
207
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Les intéressés qui alternativement se réclamaient de Faradje aurait une unité politique et Aru aurait la sienne.
Dondoro et Baido ont déclaré opter définitivement pour Les froissements et animosités qui existent actuellement
Libana et se sont engagés à vider la rive gauche de la Kovo entre le Logo, l’ancien oppresseur, et le Lugwaret, l’ancien
au commencement de la saison sèche, après récolte de assujetti, disparaîtraient : par son rattachement à Faradje,
leurs plantations de sorgho et éleusine. Abo fils de Gaga le Logo n’aurait plus l’occasion de traverser les territoires
auparavant sous les ordres d’Ibu installé avec 270 hommes lugwaret et l’emprise passée du Logo sur le territoire du
sur la rive droite de la Kovo autour du mont Apefi accepte pasteur lugwaret que notre première politique favorisa,
l’autorité de Libana. Le capita Amoeri qui à la faveur de aurait enfin un terme absolu.
la situation troublée du pays ayant fait l’objet du différend Le problème soulevé me force, Monsieur le Vice-
térritorial entre Matafa et Maruka s’était fixé à l’ouest de gouverneur général, à devoir vous proposer le passage d’un
l’Ombatchiko sur le sol actuellement reconnu à Maruka, se petit groupement kaliko, d’extraction lugwaret à Faradje,
retirera vers l’est, au-delà de la rivière précitée formant la qui comme les rapports des administrateurs l’expriment
limite entre Maruka et Libana ; l’évacuation est commencée. (cf. supra), doit être rattaché à Faradje – se trouvant au
Les 100 fuyards de Kitambala avec les capitas Dima, milieu de populations kakua, dont il se rapproche et qui
Buluma, Angodo et Tiri repasseront la Miri pour se fixer dépendent de Faradje. Le passage de la chefferie Mava à
dans leurs anciens foyers ; Libana surveillera l’évacuation Faradje permet, de plus, de donner des limites nettes entre
et au besoin arrêtera les récalcitrants pour le cas qu’ils Faradje et Aru la rivière Opi au sud.
viendraient à manquer à leur promesse formelle d’avoir Pour ce groupement, comme pour le passage des
quitté leurs villages actuels au commencement de la saison Logo, la question économique dicte aussi la solution que
sèche. » je propose. En effet le Logo d’Ibu se trouve, par exemple,
à cinq jours d’Aru, alors qu’il ne se trouve qu’à quelques
En soutenant le passage d’un certain nombre des heures d’Aba-poste de perception auquel il serait rattaché.
groupements logo du territoire d’Aru au territoire de Il est de plus à noter qu’Aba et Faradje souffrent du manque
Faradje, le CDD du Haut-Uele visait à constituer l’unité de main-d’œuvre – Aba surtout, de par les exploitations
des Logo certes, mais aussi à séparer Logo et Lugbara dans commerciales qui demandent grand nombre de porteurs.
deux territoires distincts. On sait que le rattachement Et par le rattachement des Logo à Faradje, le problème
du territoire de Faradje au Haut-Uele plutôt qu’à l’Ituri s’éclaircit – ethniquement formant un tout les Logo
continue de soulever des interrogations. Suivons pourront être poussés économiquement vers le même
415
l’argumentaire défendu par le CDD : développement, – supprimeront la pénurie de population
dont Aba se ressent à l’heure actuelle.
« Par ma lettre n° 570 du 31 août passé, j’ai eu l’honneur Mon prédécesseur avait déjà, par sa lettre 340/V,
de soulever déjà le cas du passage des Logo au territoire proposé de rattacher le Logo à Faradje – mais avec création
de Faradje pour ne conserver qu’à Aru les populations d’un nouveau territoire. Ce territoire n’aura pas besoin d’être
Lugwaret. […] créé : Faradje aura une politique unique : celle du Logo et
Politiquement, Monsieur le Vice-gouverneur général, les populations logo plus près de Faradje et d’Aba que d’Aru
le rattachement des populations logo à Faradje que je dépendront pour la perception de l’impôt partiellement
propose serait de nature à marquer entre les territoires d’Aba et partiellement de Faradje – en ce sens que ce ne
intéressés des limites ethniques des démarcations nettes : sera que la distance qui sera prise en ligne de compte pour
Faradje serait le territoire du Logo, Aru celui du Lugwaret ; rattacher les chefferies à telle ou telle poste de perception.
Pour les populations dongo, Monsieur Dechamps, vu
son long séjour antérieur à Aru, pourra se rencontrer avec
415 Lettre du CDD du Haut-Uele au vice-gouverneur
ses collègues pour étudier le problème ethnique que pose
général de la Province-Orientale à Stanleyville
portant sur les « limites territoriales entre les cette race.
territoires de Faradje et Aru », écrite à Niangara le 29 Il apparaît d’après la carte que le territoire de Faradje
décembre 1920. Fonds B. Verhaegen, archives de la est très grand – du moins en superficie, car comme j’ai eu
section d’Histoire du Temps présent, MRAC. l’occasion de le dire lors de mes propositions concernant
208
LE TERRITOIRE DE FARADJE
la réserve de chasse (lettre n° 423 du 14 juin 1920), tout De même jamais il n’est dit Faradje – mais bien Faragi
le Nord de ce territoire est quasi inhabité. Pour ce motif et c’est Faragi qui est la seule dénomination réelle. »
ce territoire resterait donc semblable aux autres – quant au
416
chiffre moyen de la population .
Je profite de ces propositions de rattacher le Logo à Anciennement intégrés au district du Kibali-Ituri, c’est
er
Faradje pour vous soumettre, Monsieur le Vice-gouverneur à partir du 1 janvier 1956 que les territoires de Faradje et
général, la question suivante : jusqu’à ce jour on appelle Aru de Watsa vont intégrer le Haut-Uele. Lors du référendum
le territoire des Lugwaret – Lugwaret est une dénomination de 1962, le territoire de Faradje va revenir à l’Ituri. Peu de
consacrée par l’Européen, qui ne correspond à aucune temps après, il retournera à nouveau au Haut-Uele, et y
réalité. Aussi je vous propose, Monsieur le Vice-gouverneur restera jusqu’à ce jour.
général, de faire intervenir si possible la dénomination
Territoire d’Aru au lieu de Territoire des Lugwaret, puisque
le vrai nom du Lugwaret est Lugbara – et alors suite à 2.2. SUBDIVISIONS ADMINISTRATIVES
cette proposition aussi la dénomination Lugwaret serait
exclue, il ne resterait que la dénomination Lugbara réelle et Le territoire de Faradje comptait 9 chefferies, avant de
employée par les populations. voir ce nombre réduit à 8.
Chefferie Nom du Chefferie Nom du Chefferie Nom du Chefferie Nom du Chefferie Nom du
en 1937 chef en 1939 chef en 1943 chef en 1945 chef en 1952 chef
Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Sabuni
Logo-Lolia-
Avokaya Kitambala L-L-Avokaya Kitambala L-L-Avokaya Kitambala L-L-Avokaya Manda L-L-Avokaya Ali
Logo-Doka Matafa Logo-Doka - Logo-Doka Sirigi Logo-Doka Sirigi Logo-Doka Sirigi
Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Akubwa
Logo-Obeleba Alomo Logo-Obeleba Alomo Logo-Obeleba Alomo Logo-Obeleba Suruga Logo-Obeleba Tamandu
Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Paul Surur
Dongo Maki Dongo Maki Dongo Maki Dongo Dakala Dongo Dakala
Mondo Bwere Mondo Bwere Mondo Bwere Mondo - Mondo Missa
Kakwa-Lamada-
Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima
Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ;
Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars
1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
209
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Le nombre des chefferies sera réduit à huit avec Notons que la chefferie Logo-Ogambi, la plus vaste, a
l’intégration de la chefferie Bari-Logo dans le territoire toujours été aussi la plus peuplée du territoire.
de Watsa. Depuis, le territoire de Faradje est subdivisé La succession des chefs au pouvoir dans les chefferies
administrativement en huit chefferies, une cité et trois Logo-Bagela, Logo-Obeleba et Logo-Lolia se présente
postes d’encadrement administratif. Les chefferies sont : comme suit :
Dongo, Kakwa, Logo-Bagera, Logo-Doka, Logo-Lolia,
Logo-Obeleba, Logo-Ogambi et Mondo-Missa. Pour Chefferie Logo-Bagera
les postes d’encadrement, il y a : Ambarau, Kitambala et Bagela (premier chef de la chefferie) ➞ Omba ➞ Yibu ➞
Tadu. Dramba ➞ Akubua ➞ Agrago ➞ Tandroale ➞ Bulumba
➞ Clément Drabha (au pouvoir en 2011)
Subdivision administrative du territoire de Faradje
417
Chefferie Logo-Obeleba
Chefferies Nombre de Nombre Postes d’encadrement Superficie Obilebha (premier chef de la chefferie) ➞ Dondro ➞ Lali
groupements villages administratif km² ➞ Libana ➞ Baido ➞ Alomo ➞ Samaki ➞ Tamandu ➞
Dongo 3 38 1.465 Maulo ➞ Baido ➞ Kamba Kelema (au pouvoir en 2011)
Kakwa 2 28 776
Logo-Bagera 3 27 Poste Kitambala 1.397 Chefferie Logo-Lolia
Logo-Doka 7 69 Poste Ambabau 1.465 Madri (premier chef de la chefferie) ➞ Tade ➞ Magora
Logo-Lolia 4 53 1.168 ➞ Kitambala ➞ Masikini ➞ Bendere ➞ Manda ➞ Ali ➞
Logo-Obeleba 3 40 1.100 Paul Kolego (au pouvoir en 2011)
Logo-Ogambi 5 127 Poste Tadu 4.878
Mondo-Missa 3 24 859 Ci-dessous, la liste des administrateurs du territoire
Total 30 406 13.108 de Faradje pendant les premières années de l’organisation
administrative.
210
LE TERRITOIRE DE FARADJE
211
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
La chefferie Kakwa est aussi appelée chefferie Damada- – Ogambi qui donna naissance à Dakwala, Konioroko et
Kirikwa, nom forgé de l’union de deux groupements qui Manigo ;
la composent. Le groupement Damada, délimité, au nord, – Mbaka dans la chefferie Logo-Doka ;
par la frontière RD Congo-Sud-Soudan, au sud, par la – Mandri dans la chefferie Logo-Lolia-Avokaya ;
rivière Kolokpo, à l’est, par la rivière Zelemvu et, à l’ouest, – Tade dans la la chefferie Logo-Obeleba ;
par la chefferie Mondo. Le groupement Kirikwa, quant à – Omba dans la chefferie Logo-Bagera ;
lui, est délimité au nord, par la frontière RD Congo-Sud- – Mabanga qui épousa Kalakiko (une femme bari) à
Soudan ; à l’est, et au sud, par la rivière Avuku ; à l’ouest, l’origine de la chefferie Bari-Logo devenue chefferie
par la rivière Zelemvu. Sururu intégrée dans le territoire de Watsa.
Les deux groupements de la chefferie Kakwa étaient
jadis l’apanage du pouvoir traditionnel des chefs Kirikwa, Dans le territoire, les Mondo et les Kakwa sont
dont le premier connu fut Lasukuri, que l’EIC trouva sur minoritaires numériquement. En effet, on ne comptait,
418
le trône. Après lui, la succession fut la suivante : d’abord en 1959, que 8.347 Kakwa dans le territoire de Faradje
son frère Lasu, puis Mola et Lasu Geri au pouvoir en 2010. et l’espace qu’ils occupent aujourd’hui représente une
2
À noter que Mola fut arrêté et emprisonné à Irumu par le superficie de 476 km . Les Kakwa du territoire de Faradje
pouvoir colonial ; il s’enfuit de la prison d’Irumu et partit sont appelés Kakwa d’Aba pour les distinguer des autres
419
en exil en Ouganda. Son successeur Lasu Geri sera, par Kakwa . Ils sont aussi appelés (ceux du territoire de
la suite, destitué par l’autorité coloniale, ce qui amena au Faradje) :
pouvoir, en 1946, le clan Damada, dont le premier chef
investi fut Ima. La succession, depuis, se présente comme – Kakwa-Ima, en mémoire de leur chef Ima, premier chef
suit : Lokudu Lokulu, Djibala et Taboya Buya Takole Damada à la tête de la chefferie ;
(décédé en 2010). – Kakwa Damada, en référence au clan régnant Damada ;
– Kakwa Damada-Kirikwa : appelation reprise dans
plusieurs documents d’archives de la période coloniale,
2.3. LE PEUPLEMENT elle désigne les deux groupements de la chefferie Kakwa
d’Aba.
Plusieurs peuples habitent le territoire, notamment des – Les Kakwa d’Aba ne vivent pas tous dans la délimitation
Logo, des Mondo, des Avokaya, des Kakwa, des Dongo, de la chefferie Kakwa. Certains se retrouvent retranchés
des Baka, des Padjulu et des Azande. en communautés ou en villages dans des chefferies
Les Logo occupent l’espace situé entre Faradje, Aba dominées par d’autres peuples. Ainsi trouve-t-on les :
et Watsa, qui correspond en grande partie au bassin – villages Lema et Mungua dans la chefferie Logo-
de la Haute Dungu, au bassin de l’Avuku et à quelques Ogambi ;
régions appartenant au versant septentrional des bassins – villages Tsore et Lumery, ainsi que la communauté
de la Nzoro et du Kibali. Quelques Logo habitent encore Diding’O dans la chefferie Logo-Bagera, dans la contrée
au Soudan, dans le district du Yei. Leur aire d’extension de Faradje ;
est limitée, au nord, par le pays des Avokaya-Padjulu ; au – la communauté Kakwa d’Amadi, qui se retrouve dans
nord-est et à l’est des Logo vivent les Keloki-Kakwa ; au la chefferie Barambo (territoire de Poko dans le Bas-
sud, se sont établis les Mangbutu et, à l’ouest, apparaissent Uele).
les Bari-Logo.
Les Logo constituent le peuple majoritaire
numériquement et sociologiquement, subdivisé en clans 418 À noter que les Kakwa du territoire d’Aru dans l’Ituri
exogames et patrilinéaires. Ils ont pour ancêtre Tafulindri, sont appelés Kakwa Inga ou encore Kakwa Dropa.
marié à Takua, qui eurent pour filiation : 419 En effet, on trouve d’autres Kakwa dans le territoire
d’Aru en Ituri et au Sud-Soudan. Ceux du territoire
– Mala, Zongo et Bare dans la chefferie Logo-Ogambi ; d’Aru sont appelés Kakwa-Inga de Kumuru ou
d’Ingbokolo, ou encore Kakwa Dropa.
212
LE TERRITOIRE DE FARADJE
À cause de l’isolement/intégration dans d’autres « Niangara ou, plus exactement, Yangara, chef madjaga,
chefferies, certains groupes kakwa comme ceux des né vers 1825 et décédé le 27 décembre 1895 ; fils de Magapa
villages Lema et Mungua dans la chefferie Logo-Ogambi ou Dakpwara ou Degberra, fils de Langa-Ndula.
ne consevent plus grand-chose de la culture kakwa. Notons Il était installé au village de Makomondo, entre la Ne-
que les Kakwa sont un groupe intégré du peuple bari. Delawa et la Ne-Kebu. À la suite du meurtre de Mbunza,
En matière de mariage, le mariage monogamique (un auquel il fut contraint de participer sous la pression de
homme et une femme) reste préférentiel dans les sept Nesogo, fils de Sadi le Mangbetu, de Bashir et d’autres
chefferies, excepté dans la chefferie Mondo, où l’on observe traitants, il avait été placé par ces derniers (1874) à la
la pratique combinée de la monogamie et de la polygamie. tête de l’ancienne chefferie de Mbunza et au détriment
La dot est versée en argent et en nature. Elle est payée par de Bara, fils aîné du chef mangbetu, réfugié au sud du
le père de famille après entente avec la belle-famille. Celle- Bomokandi, en territoire d’Azanga, son oncle. Ce fut pour
ci organise une compensation au moment de donner leur Yangara l’occasion de voir presque doublé le territoire de
fille en mariage. sa chefferie, qui, jusqu’alors, ne s’étendait que de l’Uele à
Le système de filiation est patrilinéaire. C’est l’époux la Gadda. Pour se protéger contre ses ennemis, les Mabadi
qui est le chef du ménage et a, à ce titre, le devoir de donner à l’Est, les Medje-Mangbetu au Sud, les Azande de Bowili
le nom à l’enfant suivant les circonstances de la naissance. et les aBisanga de Mambanga à l’Ouest, il jugea opportun
Rares sont les enfants qui portent le nom de la mère. de déplacer au Nord de la Gadda, jusqu’aux sources de la
Par ailleurs, dans le territoire de Faradje, on observe des Dingba, sa résidence, qu’il fixa ainsi à Tangasi, le Dingba
rapports interethniques privilégiés à travers les mariages. actuel. La zériba des traitants de Tangasi, devenue poste
Il n’existe pas d’associations ethniques. gouvernemental dès 1878-1879, Yangara s’y trouva tout
à fait en sécurité. Devenu le chef le mieux rallié aux
Égyptiens, il n’en fut pas moins en butte à des tracasseries
de leur part.
3. LE TERRITOIRE DE NIANGARA En octobre 1881, Mohammed Abdu, intendant
égyptien de Tangasi, reprocha à Yangara d’avoir provoqué
la visite de Junker, dont il craignait les rapports au
3.1. APERÇU HISTORIQUE gouvernement de Lado. En 1881-1882, sous prétexte que
Yangara avait été l’allié de Mambanga, alors adversaire
Le poste de Niangara fut fondé en 1892 par l’expédition des Nubiens, l’Égyptien Hawash alla jusqu’à sévir contre
Van Kerckhoven, en même temps que ceux de Dungu et de lui avec cruauté ; la résidence de Tangasi fut transformée
Faradje, pour servir de base opérationnelle aux opérations en bivouac et soumise aux pillages et aux pires orgies. En
420
contre les madhistes . Le territoire de Niangara fut créé août 1882, Yangara était contraint d’accompagner le major
par la circulaire n° 106 du 26 décembre 1895 de l’EIC, sous Hawash dans son expédition contre Azanga, au sud du
l’appellation de zone autonome de Makua, avec comme Bomokandi. En juillet 1883, libéré d’Hawash, Yangara
chef-lieu Niangara. défendit avec ardeur la cause d’Azanga devant Emin, venu
Niangara vient de la déformation du nom du chef en inspection à Tangasi, et il dénonça à ce dernier les
Yangala ou Yangara. Celui-ci est considéré comme le intrigues de Mambanga.
fondateur de la dynastie des Matsaga (qui occupent Au départ des Égyptiens vers les postes du Nil,
actuellement trois chefferies dans le territoire de Niangara) Yangara, privé de la sauvegarde que lui avait procurée
e
qui régnait dans cette région à la fin du xix siècle. Cette jusqu’alors le voisinage d’un poste gouvernemental, porta
figure historique fit l’objet d’une intéressante notice sa résidence sur la rive sud de la Gada, dans la Ne-kanda ou
biographique, que voici : boucle comprise entre la Ne-Delawa et la Ne-Kebu. Cette
résidence fut dénommée Makomondo. Elle fut attaquée
par les Arabes venus des Falls, quelques mois avant l’arrivée
de l’expédition Van Kerckhoven-Milz au confluent Uelle-
420 Cahoprix, G., op. cit., p. 20. Gadda. … Cette expédition fut pour Yangara la fin de
213
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
ses perpétuelles craintes d’agression de la part de tous ses soulignant un comportement désapprouvé et indigne
voisins. pour un homme normal, bref celui-ci d’un « imbécile »
Le chef madjaga s’empressa de faire sa soumission à Milz ou d’un « vaut-rien » ;
et établit ce dernier à l’endroit où se trouve actuellement le – sur le plan politique, les différentes restructurations
poste de Niangara (mars 1892). territoriales intervenues durant l’époque coloniale
Yangara mourut trois ans plus tard (27 décembre amènent tantôt au transfert du chef-lieu du district à
1895). Laplume lui fit visite la veille même de sa mort. Son Buta, tantôt son retour à Niangara. Le dernier transfert
successeur fut son fils Mambanga, que Laplume investit définitif à Paulis (Isiro) intervint en 1956 ;
quelques jours après. – sur le plan socioculturel, Niangara connaît un essor
Voici le portrait de Yangara esquissé par Christiaens, considérable avec la fondation de la mission catholique
arrivé au poste de l’État en août 1893 : “Type grand, élancé, en 1920. Celle-ci devient, à son tour, le siège du vicariat
coiffé à la mode mangbetu, avec parures en plus d’aigle apostolique de Niangara (1926) puis du diocèse
et de perroquet ; un pagne monumental forme éventail de Niangara. Il y eut, par la suite la création d’une
devant la poitrine et derrière le dos. À chaque coude, quatre école normale, en 1927, de la première institution
peaux de chat-tigre superposées, retenues par des bracelets d’enseignement supérieur, le grand séminaire
en bois de sorbier, les poignets ornés de bracelets en cuivre interrégional de Niangara, en 1935, puis d’une école
enroulés en spirale. À la cheville, plusieurs rangées de d’infirmiers, d’un journal Ngonga na bisu, etc. ;
colliers de perles de laiton. Il se fait porter assis sur une – sur le plan économique, installation de l’agence
chaise indigène ; son entrée ne manque pas d’un certain d’une banque interafricaine à Niangara, mettant en
cachet imposant. Il promet tout ce qu’on lui demande, mais connexion les échanges avec le Soudan, la République
oublie vite, paraît-il, ce qu’il a promis !” centrafricaine et l’Ouganda.
La principale femme de Yangara était Nenzima, sœur
de Mbunza, qui était très intelligente et prit une grande part Le déclin de Niangara s’amorce, en 1956, avec le
421
dans la direction des affaires de la chefferie . » déplacement du chef-lieu de district de Niangara à Paulis
puis, en 1964, avec le transfert du siège du diocèse à Isiro
Le 17 juillet 1895, le roi crée par décret le district de et la fermeture du grand séminaire, ainsi que le départ
l’Uele (par la division du territoire de l’État indépendant des commerçants et planteurs européens. Niangara
du Congo en 15 districts), dont Niangara devient le devient isolé et dépourvu de presque tout, sauf de ses
chef-lieu, en même temps que celui de la zone autonome infrastructures économiques de base .
422
214
LE TERRITOIRE DE NIANGARA
Chefferies Nom du Chefferies Nom du Chefferies Nom du Chefferies Nom du Chefferies Nom du
en 1937 chef en 1939 chef en 1943 chef en 1945 chef en 1952 chef
- - Manziga Aragi Manziga Aragi Manziga Umete Manziga Misi
Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo
Okondo I Napangwe Okondo I Napangwe Okondo I Napangwe Okondo I Napangwe Okondo Okondo Meka
Kereboro Okondongwe Kereboro Okondongwe Kereboro Okondongwe Kereboro - Kereboro Gasa
Okondo II Kongoli Okondo II Kongoli Okondo II Kongoli Okondo II Okondo - -
Mabisanga Ganzi Mabisanga Ganzi Mabisanga Ganzi Mabisanga Ganzi Mangbetu- Adunandra
et Mangbetu et Mangbetu et Mangbetu et Mangbetu et Mabisanga
Mangbele Gata Mangbele Gata Mangbele Gata Mangbele Gata Mangbele Gata
Atukabo Mabaga Atukabo Mabaga
Bakango-Mayoyo Danga Bakango-Mayoyo Danga - - - - -
- - Boemi - Boemi Pongbo Boemi Pongbo Boemi Pongbo
Licenciés Kopa Licenciés Kopa Centre extra- Centre-extra Jean Mabonde Centre-extra Iniama
coutumier coutumier coutumier
de Niangara de Niangara de Niangara
Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ;
Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars
1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
Le territoire est divisé en sept chefferies, une cité et La configuration actuelle du territoire est la
deux postes d’encadrement administratif. Le tout subdivisé conséquence de différentes réformes administratives
en 38 groupements, 3 quartiers, 163 villages. Ses chefferies intervenues entre 1925 et 1936. Celles-ci avaient procédé à
sont Boimi, Kereboro, Kopa, Mangbele, Mangbetu, la fusion et à la délimitation de ces chefferies.
Manziga et Okondo.
Trois de ces chefferies (Kereboro, Kopa et Okondo) 3.2.1. Chefferie Boimi
sont dirigées par une même dynastie, celle des Matsaga. Elle est située au sud-ouest du territoire de Niangara. D’une
Deux autres chefferies (Boimi et Manziga) sont dirigées superficie de 850 km², la chefferie Boimi est majoritairement
par les Avungara. Et deux autres chefferies (Mangbele et habitée par des populations azande auxquelles se mélange
Mangbetu) sont constituées des Mangbele venus de l’ouest une minorité de Barambo et de Madhi.
en remontant l’Uele et des Mangbetu de la descendance La chefferie Boimi, créée en 1905, est dirigée par des
du chef Nabianbale qui avaient refusé de suivre leurs chefs tous issus d’Avungara descendants du chef fondateur
congénères au sud de la Bomokandi. Wando (décédé en 1892).
215
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Wando
Pongbo
3.2.2. Chefferie Kereboro
Située au sud-est du territoire de Niangara, elle a une
Mama (1905-1952) superficie de 1.838 km² et ses habitants sont composés
de Mayogo, Matsaga, Bangba, Mangbetu, Mamvu, Duga,
Madhi et Gbote.
La chefferie Kereboro a été constituée à la suite de
Kumbabeko (1954)
423 la restructuration des chefferies Matsaga intervenue en
1932, notamment par la fusion d’une partie de l’ancienne
chefferie Koti.
424
Yadotiyo L’actuel chef de la chefferie Ci-dessous l’arbre généalogique de ses chefs :
Dakpala
Kulubolo Kongoli
Okondongwe
Kerukombi
216
LE TERRITOIRE DE NIANGARA
Bolongo
Mombiyo-Teba
Source : Bureau du territoire de Niangara.
217
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
3.2.5. Chefferie Mangbetu la scission qui donna lieu à deux chefferies distinctes :
Avec une superficie de 369 km², elle est située à l’ouest Baranga et Maberu. Le 9 février 1925, il y eut constitution
du territoire de Niangara. Ses habitants sont constitués des de la chefferie unique intégrant les Mangbetu et les
Mangbetu (majoritaires), Mabisanga, Madhi et Maberu. Mabisanga sous l’autorité de Nganzi. Cette situation est
426
La chefferie Mangbetu a été constituée entre 1909 et confirmée par le décret du 7 juin 1930 .
1930 de la fusion et de la suppression de plusieurs petites
chefferies. En effet, l’arrêté du 10 novembre 1912 confirme L’arbre généalogique de la chefferie Mangbetu se
la constitution de la chefferie Nganzi. En 1913 intervient présente comme suit :
Abiangbali
Ada Atinengwe 1er (4e chef) Zakuda (5e chef) Bakpa (6e chef) Babu
218
LE TERRITOIRE DE NIANGARA
Manziga (1907-1935)
Okondo Meka
Aragi (1935-1943)
Umete (1944-1950)
Konyebadi Matsaga
Missi (1951)
Ngbangala Servais Source : P.V. 1 45 et lettre 1° 413 du 5 avril 1932 du commissaire de district de l’Uele-
Nepoko, adressée au gouverneur de la Province-Orientale à Stanleyville.
Kulubolo Edmond
219
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
3.3. LE PEUPLEMENT
S’y ajoutent, aussi, les Barambo, Mabadi, Aberi… – après le mariage, le couple peut s’installer n’importe où,
qui vivent dans le territoire de Niangara. Mais il devient même dans d’autres chefferies, le premier choix étant
difficile de leur attribuer un espace précis, étant donné bien sûr réservé à son milieu ethnique ou familial. C’est
qu’ils ont beaucoup perdu de leur identité socioculturelle. ainsi que les peuples se sont retrouvés entremêlés.
Concernant les caractéristiques propres à chacun de
ces peuples, André Scohy écrivait : « Tantôt vainqueurs, Quant à la dot, sa forme a évolué avec le temps et
tantôt dominés, tous ces gens, s’imbriquant les uns dans avec les différents mélanges. Jadis constituée de couteaux,
les autres, peu à peu se sont mutuellement emprunté de lances, de filets et même de chiens de chasse, elle
des mœurs, des coutumes, des arts, des modes, des passe aujourd’hui aux produits manufacturés modernes
428
techniques ». Ainsi, la forme de mariage, la forme de (vélos, tissus…), à l’argent et aux chèvres, sans compter
lignée ou de filiation, la forme de dot, le régime alimentaire, les produits vivriers de consommation directe. Elle est
le régime de localisation du ménage après le mariage ne toujours versée par la famille de l’époux à celle de l’épouse.
présentent presque plus de ligne de démarcation nette : Les relations avec la belle-famille sont toujours celles du
respect mutuel.
– on se marie facilement et volontiers avec n’importe Pour le régime alimentaire, il existait jadis une
quelle femme ou n’importe quel homme de son choix distinction nette entre celui des Azande et des autres
(mariage mixte interethnique) ; peuples. Les Azande préféraient les légumes (et la
– l’enfant prend, bien sûr, la filiation de son père viande) assaisonnés de sauce à la pâte d’arachides ou
(patriarcat). D’où le choix du nom à donner à l’enfant autres oléagineux, accompagnés de pâte de manioc ou de
appartient au mari. Ce choix du nom est souvent millet, tandis que les autres avaient une préférence pour
circonstanciel ; les légumes (la viande) préparés à l’huile de palme et
accompagnés de banane ou du manioc.
428 Scohy, A., op. cit., p. 109.
220
LE TERRITOIRE DE RUNGU
4. LE TERRITOIRE DE RUNGU
Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions
Mayogo Mabozo Anga Barthélemy
Nom du chef Chefferies en 1943 Nom du chef Chefferies en 1945 Nom du chef Chefferies en 1952 Nom du chef
Ebandrombi
indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section
Les postes de Rungu et de Medje furent créés en
Masanga
Gwatala
Didema
429
Ababu
1903 . Une partie de l’espace occupé actuellement par
Mboli
le territoire de Rungu était incorporée en 1911 dans la
-
-
-
-
coutumier de Paulis
zone de Bomokandi. Cette zone comprenait les postes
Centre extra-
Mongomasi
430
Van Kerckhovenville .
Mayogo
Mangwangasa Azanga
Mboli
-
Le territoire de Rungu, dans ses limites géographiques
Dei
-
-
actuelles, est le résultat de plusieurs réformes
administratives. La première organisation connue du
Masanga
territoire de Rungu est celle définie par l’ordonnance n° 24
Didema
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Rungu (1937-1952)
Ababu
Mboli
er
du 1 février 1920, modifiant les limites des territoires du
-
-
coutumier de Paulis
431
district du Haut-Uele . En 1922, Medje est un territoire à
part entière du district de l’Ituri créé par l’ordonnance n° 11/
Centre extra-
432
SG du 28 novembre 1922 . En 1932, par l’ordonnance
Mongomasi
Mayogo
d’administration générale n° 171/AIMO du 24 décembre
Azanga
Mboli
Dei
1932, Rungu devient territoire de Mangbetu avec, comme
-
-
433
chef-lieu, Paulis . En 1967, par l’ordonnance n° 67-221
du 31 mai 1967, le territoire change de dénomination et
Ogambra
Mayogo Mabozo Tongolo
Ababu
Danga
Tengu
Niapu
Tomu
devient Rungu, avec Paulis comme chef-lieu. Peu après, le
5 décembre 1972, le chef-lieu du territoire va être transféré
-
-
434
de Paulis (Isiro) à Rungu par l’autorité du district .
Medje Mango
La superficie du territoire de Rungu est de 8.605 km².
Mongomasi
Mangbele
Madjogo
Abiengama Mayogo
Il est borné au nord par la rivière Bomokandi et au sud par
Azanga
Madangba M’boli
Dei
la rivière Nepoko.
-
-
Ogandra
Tongolo
Ababu
Danga
Bongo
Tengu
Mangbetu-Mavaazanga Niapu
Madjogo Bambama
Nom du chef Chefferies en 1939
Abiengama Mayogo-Mangbaie
à 7 en 1945.
Mayogo
M’boli
Medje
-
Ogandra
Tongolo
Danga
Bongo
Mangbetu-Mavaazanga Niapu
p. 17.
-
Madjogo Bambama
Chefferies en 1937
Mayogo-Mangbaie
Medje
221
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Le territoire de Rungu compte sept chefferies, une groupements, 11 quartiers, 364 villages et 145 avenues
cité, 4 postes d’encadrement administratif (PEA), 53 réparties de la manière suivante :
222
LE TERRITOIRE DE RUNGU
Nabiangbale
Tuba
Kulubolo
Nambia
Mandumbi
Amuki
Hema
Agbadangwe
(N. B. : Bongo a eu au total 16 enfants.) Source : Rapport d’enquête chefferie de Musinga créée par le PV n° 194 du 5 mai 1917 par l’agent territorial De
Telames de la Province-Orientale, district de l’Ituri, territoire de Nepoko-Medje.
223
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Selon la tradition, la dénomination de Medje-Mango sur la route de l’aéroport. Sa population est constituée
signifie que toute la population de la chefferie est de essentiellement de Mayogo, avec une minorité de Pygmées
436
souche Medje, du clan Pambalay-Mango . dispersés à travers toute la chefferie.
437
D’après la lettre de Ngbosa Badiaki , l’ancêtre s’appellerait La chefferie Mayogo-Mabozo aurait été constituée vers
Medje-Mango. Il habita le Soudan. Il eut plusieurs enfants 1870 par un ancêtre nommé Yogo, mais fut par la suite
dont Dombwo, connu à cause de sa force qui succéda à son divisée entre les fils de ce dernier. C’est le 23 septembre
père. C’est lui qui conduisit les Medje-Mango du Soudan à 1930 qu’elle est constituée par l’arrêté du 15 septembre
Mongomasi. Mais les Azande le poussèrent vers les Balika où 1930 du commissaire de district de l’Uele-Nepoko. Le 21
se trouve son emplacement actuel. mars 1931, elle s’agrandit par la fusion avec la chefferie
L’arbre généalogique est le suivant : Mayogo-Madzedze (arrêté du commissaire de district de
l’Uele-Nepoko).
er
Medje-Mango ➞ Dombwo ➞ Meedje-Mango (1 fils) Ci-après l’arbre généalogique de la succession au
er er er 438
➞ Mugogoro (1 fils) ➞ Agbara (3 fils) ➞ Aosane (2 fils) pouvoir :
er er
➞ Embumzu (1 fils) ➞ Mbongo (3 fils) ➞ Ebandrombi
Yogo (chef du clan) ➞ Kumbolu (chef du clan) ➞
Ebandrombi fut assassiné le 23 avril 1964 par les rebelles Belela (chef du clan) ➞ Bazanga (vers 1910) ➞ Tongolo
Simba. On nomma Makasi Mbongo Embunzu Jacques (1930-1949) ➞ Anga Gaga Barthélémy (1949-1955) ➞
(son cadet). Kupa Madugala (1955-1962) ➞ Anga Gaga Barthélémy
(1961-1983) ➞ Tongolo III Toitoma (à partir de 1983)
Le chef Ebandrombi Karume avait été élu député
provincial sur la liste PNP en mai 1960. Avec l’indépendance, Notons que Tongolo, chef de la chefferie du 15
l’autorité du chef se vit confrontée à l’indifférence – voire septembre 1930 au 5 mars 1949 fut au départ un soldat
à l’inssoumission – d’une partie de la population. Le de la Force publique décoré de la médaille d’argent en
rapport administratif 1961 de la chefferie note que « le 1947. Son successeur, Barthélémy Anga Gaga Tongolo
chef Ebandrombi est d’une attitude et comportement assez (né le 15 juillet 1921), investi au pouvoir le 15 juillet
déroutant ». La chefferie Medje disposait à cette époque 1949, sera démis de ses fonctions par le CDD le 13 juillet
de quatre gîtes d’étape dont trois en briques et un en pisé. 1955 et remplacé par François Kupa Madugala. Élu
Elle disposait d’un camp de policiers construit en briques. membre de l’Assemblée législative nationale en mai 1960,
Cinq chefs se sont succédé à la tête de cette chefferie Kupa abandonna son poste à la tête de la chefferie, ce qui
depuis 1914 : Mbongo Embunzu (1914-1939), Ebandrombi permit à Anga Gaga Tongolo d’être « réhabilité », le 20
439
(1939-1964), Makasi Embunzu (1964-1983), Mbongo mai 1961 .
Makasi II (1983-2003) et Ebandrombi Hinema Félix (à
partir de 2003). 4.1.4. Chefferie Mayogo-Magbaie
Elle est située au sud-est du territoire de Rungu et
4.1.3. Chefferie Mayogo-Mabozo couvre une superficie de 359 km². Son chef-lieu est
D’une superficie de 845 km², elle est située au sud du Vube, situé à 75 km d’Isiro sur la route de Kisangani. Sa
territoire de Rungu et a pour chef-lieu Matari, situé à 5 km population est constituée essentiellement de Mayogo
auxquels se sont mêlés quelques Pygmées.
436 Déclaration écrite du chef Mbongo Makasi II relative
à l’arbre généalogique de la famille régnante de la 438 Arbre généalogique de la chefferie Mayogo-Mabozo
collectivité Medje-Mango à l’acte de création de cette et commentaires donnés par le chef Tongolo Toitoma
même collectivité-chefferie, faite en date du 24 juin en date du 26 juin 1985.
1985. 439 Informations puisées dans la lettre N°V/L
437 Lettre du commissaire de zone Ngbosa Badiaki du 254/1592/68 du 28 août 1968 ; dossier Anga Gaga
24 juillet 1972 relative au curriculum vitae de Makasi Tongolo Barthélémy de la circonscription indigène
Mbongo Embunzu. Mayogo-Mabozo.
224
LE TERRITOIRE DE RUNGU
Dema Manzima
Somana Makpeleke
Didema
225
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Mabiangbale
Tuba
Masijandre
Source : arbre généalogique dressé par Wembo Etamalema Kalonda, commissaire du territoire de Rungu le 20 juillet 1977.
226
LE TERRITOIRE DE RUNGU
Mongomasi
Abonganyasi (16e fils de Zebuandra, tué par les rebelles Simba le 17 septembre 1964)
Source : arbre généalogique dressé par Wembo Etamalema Kalonda, commissaire du territoire de Rungu le 20 juillet 1977.
Le chef Abongonyasi devint député provincial en 1960. pouvoir à Ngurugba (chez ses oncles maternels) à cause
On note, aussi, pendant cette période, la confusion qui de sa sagesse –, Danga I, Nyakpu, Magwongasa, Danga II,
régna dans cette chefferie. D’abord, par le fait qu’avant Danga III et Dambo Dieudonné.
l’investiture d’Abongonyasi, un membre de la famille Notons que, à l’accession de la RD Congo à
régnante (non identifé dans le rapport administratif) s’était l’indépendance, le chef Danga fut élu député provincial
désigné sous-chef de la chefferie. Ensuite, certains notables sur la liste PNP.
et capitas ont eu tendance à ignorer l’autorité du chef de la Voici la notice biographique du troisième chef, Azanga,
chefferie depuis la proclamation de l’indépendance. le frère de Mbunza, né vers 1840, qui a donné son nom à
la chefferie.
4.1.7. Chefferie Azanga
Son chef-lieu est Nangazizi, situé à 45 km d’Isiro, sur la « Azanga était un chef medje-mangbetu installé sur
route qui conduit à Dungu. le Tago, affluent méridional du Bomokandi, entre les
La généalogie de la famille régnante à la tête de la bassins de la Rungu et de la Nala. La résidence d’Azanga est
chefferie est la suivante : Tuba (fils d’Abiangbali), Mbunza, dénommée par Casati Olopo (en medje : la colline cultivée).
Azanga – qui donna son nom à la chefferie et fut au Cette résidence était vaste et, à la manière mangbetu, les
227
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
cases et les hangars étaient construits avec un certain Cabrafa sont conduits prisonniers à Tangasi, où ils restent
luxe. Casati nous dit que les “chambranles des portes de huit mois. Emin Pacha, à la nouvelle des agissements
case chez Azanga étaient en ivoire. Aux portes du village injustifiés d’Hawash, fait relâcher et renvoyer Azanga
palissadé se trouvaient fixées six têtes humaines gardant dans sa chefferie, tandis qu’Hawash est démis et rappelé à
encore des lambeaux de chair et des touffes de cheveux ; Lado, et que son conseiller Omar Effendi Erif, “un scribe
c’étaient des dépouilles d’Azande de l’Ouest (chefferie de de la pire espèce, qui avait rempli Khartoum, Fachoda et
Kanna, fils de Tikima), vaincus dans des combats au cours l’Équateur de ses actes indélicats, mourait, en 1885, sous le
de contestations de frontières”. fer des Nuers, dans le voisinage du Bahr-el-Ghazal”.
Casati nous a donné d’Azanga le portrait suivant : En juin-juillet 1883, Emin arrivait en inspection
“Azanga est un Noir de haute taille, l’air souple et robuste, à Tangasi. Azanga, mandé avec nombre de chefs des
dont la démarche est cadencée par un balancement des quatre coins du district mangbetu, vint se répandre en
genoux et des hanches. Il est suivi par une multitude de remerciements à l’adresse du gouverneur. Sur place, Emin
femmes et de guerriers. La personne du souverain est l’objet procéda à une enquête personnelle sur les agissements
d’un respect si absolu dans le pays qu’on ne jure que par les d’Hawash et de Mambanga. La cause d’Azanga fut plaidée
diverses parties de sa redoutable personne. surtout par Niangara, “révolté contre la brutalité dont
À la garniture de plumes rouges de la queue de perroquet avait fait montre, à l’adresse d’un grand Mangbetu, le
gris, Azanga ajoute deux longues plumes blanches provenant gouverneur égyptien”. Mambanga fut condamné par
de la queue du mandalongo (famille des veuves). Emin à la pendaison, et la chefferie d’Azanga, administrée
La justice d’Azanga est une justice sévère, implacable provisoirement par son fils Danga, se vit libérée de l’hostilité
441
jusqu’à la cruauté. Le roi a des talents chorégraphiques qu’il de ses voisins : Kanna à l’Ouest et Bauli au Nord-Ouest . »
fait admirer pendant les soirées de gala.”
Azanga fut visité par Casati en novembre 1881. Le 7
décembre suivant, le chef mangbetu retint l’explorateur, 4.1.8. Cité d’Isiro
soupçonnant en lui un espion tentant d’introduire dans Isiro porta le nom de Paulis pendant la période
sa chefferie du personnel égyptien. Mambanga le Bisanga, coloniale. C’est en 1910 que fut fondé un poste du nom
442
réfugié à cette époque en territoire d’Azanga, son oncle, d’Isiro , dans la localité appelée Isiro-Moke (à une dizaine
incite ce dernier à faire tuer Casati. Mais Azanga, se de kilomètres du site actuel), dans la chefferie Mayogo-
reprenant, s’y refuse, promettant à l’explorateur de le laisser Mabozo. Il fut abandonné puis recréé en 1926. En 1934,
retourner à Tangasi en toute sécurité. Peu après, Junker, en pleine crise économique, la société Socol, constructrice
venant de chez Bakengai et Kanna, tente de faire route au du vicinal (cf. infra, partie socio-économique) s’étant
sud du Bomokandi, pour atteindre Olopo ; sur les intrigues trouvée momentanément à court de capitaux et de rails,
de Kanna, Junker doit renoncer à ce voyage. Ce n’est que avait dû arrêter les travaux de construction en cours. Le
l’année suivante (mai-juin 1882) que Junker, venu de la site du chantier étant situé en pleine forêt inhabitée (à
Haute-Gadda et conduit par Abondomasi, frère d’Azanga, 5 km du village Gossamu et à 15 km du poste d’Isiro), la
peut traverser la chefferie de ce dernier, qui lui procure des Socol y construisit un camp, qui attira des commerçants
guides pour le conduire, d’Olopo, au Sud, jusqu’au Nepoko. et supplanta bientôt le poste d’Isiro. Ce fut chose faite le
Jusqu’à cette date, Azanga semble n’avoir pas été 31 décembre 1934, date de son inauguration officielle, au
en contact, du moins directement, avec les agents du cours de laquelle le territoire des Mangbetu, fondé en 1932,
443
gouvernement égyptien. Mais en 1881-1882, Mambanga y transféra son chef-lieu, qui reçut le nom de Paulis ,
le Bisanga, réfugié chez son oncle Azanga, intrigue auprès celui d’un sujet belge qui s’était beaucoup investi dans la
de l’administrateur de Tangasi, le major Hawash Montasser, construction du chemin de fer de l’Uele.
pour faire occuper Olopo et ses environs par les troupes
égyptiennes et se faire reconnaître, lui, Mambanga, chez 441 Coosemans, M. & Lotar, L., « Azanga », in Biographie
les Medje du Sud du Bomokandi, en lieu et place de son coloniale belge, I, op. cit., col. 49-52.
oncle. Hawash se laisse convaincre. L’expédition a lieu au 442 Choprix, G., La Naissance d’une ville…, op. cit., p. 22.
mois d’août 1882. Olopo est saccagé. Azanga et son frère 443 Idem, p. 24.
228
LE TERRITOIRE DE RUNGU
Monument élevé à la mémoire du colonel Paulis, 1955. (HP.1955.96.1187, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote (Inforcongo), s.d., MRAC Tervuren ©.)
Avec la construction du chemin de fer qui conduit à région après celle de Stanletyville et on y trouve une main-
Aketi et à Bumba, Paulis, devenu le terminus ferroviaire, d’œuvre indigène abondante. En 1946, elle compte une
voit se développer un noyau commercial. De 1934 à population européenne de 156 individus et une population
1936, sa fonction commerciale s’affirme : on y compte 16 indigène de 4.309. Dès 1946, elle n’est plus seulement
maisons de commerce. L’activité commerciale va s’affermir habitée par les employés du rail, les fonctionnaires
par les connexions entre le rail et les routes en terre. En de l’administration ou les religieux dominicains de la
convergeant vers la gare, celles-ci ajoutent à Paulis des axes mission : on y compte plus de 24 commerçants et employés
de circulation et de développement qui s’opèrent cette fois de commerce, tous grecs. D’autres entreprises viennent
du nord du pays vers le sud. s’ajouter. La société Sedec fonde une filiale à Paulis en 1948
Paulis est érigé en centre extracoutumier par l’arrêté et, la même année, on y installe la succurssale de la Banque
n° 31/AIMO du 21 avril 1943 du gouverneur de la du Congo belge ; en 1950, c’est au tour de la Banque belge
Province-Orientale. Jusqu’à l’indépendance, ses chefs d’Afrique. Ainsi Paulis supplante-t-elle Buta et Niangara
furent dans l’ordre : Lacourt, Bonnaie et Mazanza. Après la en devenant le site le plus dynamique de l’Uele. En 1955,
proclamation de l’indépendance le 30 juin 1960, c’est Louis une partie du territoire des Mangbetu est débaptisée
Embae qui en devint le chef. en territoire de Paulis. En même temps, on ressuscite le
En 1945, Paulis dispose d’un certain nombre d’atouts district du Haut-Uele supprimé depuis 1932 ; le chef-lieu
pour son développement. Il y a la présence d’étrangers, en est Paulis et non plus Niangara. Paulis se libère de la
dont les Belges et les Grecs. Paulis est la deuxième gare de la tutelle administrative de Buta, chef-lieu du district de
229
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
l’(ancien) Uele. Une centrale de la Vicicongo puis celle de Début 1958, Paulis compte 2.955 étrangers, parmi
la Régideso sont construites en 1952. En 1954, un abattoir lesquels 2.064 Belges (70 %) et 327 Grecs (11 %). *
voit le jour et s’ensuivent des hôtels, dont le nombre est de
quatre en 1958. En 1957, c’est le début de l’industrialisation Avec la création de deux provinces distinctes de l’Uele
de Paulis : l’huilerie commence le traitement des arachides le 14 août 1962, Paulis, qui est le chef-lieu de la nouvelle
et les Européens affluent. province du Haut-Uele, est érigé en commune appelée
444
Karthuma . Cette commune est supprimée par la décision
Population étrangère n° 020/65 du 2 novembre 1965 et Paulis redevient un
de « race blanche » au 3 janvier 1958 centre (ex centre extracoutumier) ; le chef nommé s’appelle
Otoambi. Par l’ordonnance n° 32-78 du 25 juillet 1978,
Population étrangère Paulis, rebaptisée Isiro sous le régime Mobutu, obtient le
Total dont Belges dont Grecs statut administratif de cité. Ci-après les chefs de cette cité :
Paulis 1.148 835 145 Georges Tongu, Lubutu Sefu Mungamba, André Kidawa,
Niangara 235 146 50 Ramazani Bin Sumaili, Lihaha Mosomba, Monzengo,
Dungu 204 118 36 Sambuluma Amoïs, André Molha Ayede Epanza, Victor
Faradje 227 128 20 Ndiama Mabozo, Jules-Delphin Etula Motute, Gaspard
Watsa 673 539 43 Peyaka, Jean-Pierre Yango Epee, Raphaël Ekondanide et
Wamba 468 298 33 Christophe Mazbe Mambabua.
Total 2.955 2.064 327
[Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du
Source : Congo belge/Gouvernement général/Affaires économiques/ territoire de Rungu (voir annexe 2.4).]
Direction de la statistique, « Résultats du recensement de la population
non indigène au 3-1-1958 », Bulletin mensuel des statistiques générales
du Congo belge et du Ruanda-Urundi, série spéciale – n° 1, janvier
1959, pp. 77-81.
Une vue de la cité d’Isiro en 2011. (Photo équipe locale, février 2011.)
444 Archives du bureau du territoire de Dungu.
230
LE TERRITOIRE DE RUNGU
231
232
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Wamba (1937-1952)
Chefferies en 1937 Nom du chef Chefferies en 1939 Nom du chef Chefferies en 1943 Nom du chef Chefferies en 1945 Nom du chef Chefferies en 1952 Noms du chef
Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Oyabo dit Balabala
Malamba Adzapana Malamba Adzapana Malamba Adzapana Malamba - Malamba Atengu
Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze
Maha Sud Makusudi Maha Sud Makusudi Maha Sud Makusudi Maha Sud Makusudi Maha Sud Mabelezango
Bafwagada Karume Bafwagada Karume Bafwagada Karume Bafwagada Karume Bafwagada Gbadi
Mabudu Makoda Abiengama Mabudu Makoda Abiengama Mabudu Makoda Abiengama Mabudu Makoda - Mabudu Makoda Ndabane
Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota
Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye
Bandaka Katchuie-Ibaka Bandaka Katchuie Bandaka Katchuie Bandaka Katchuie - -
Mombo Kayumba Mombo Kayumba Mombo Kayumba Mombo Kayumba - -
Malika Tomu Malika Tomu Malika Tomu Malika Bangatsha Malika Bangatsha
Malika Toriko Kanzai Malika Toriko Kanzai Malika Toriko Kanzai Malika Toriko - Malika Toriko Mangbukele
Mangbele Bokuma Mangbele Mandei (régent) Mangbele Mandei (régent) Mangbele Mandei Mangbele Mandei
Babeyru Mangbalu Babelu Mangbalu Babelu Mangbalu Babelu Mangbalu Babelu Sadiki Masiangdre
Arabisés de Penge Saidi bin Salumu Arabisés de Penge Saidi bin Salumu Arabisés de Penge Saidi bin Salumu - - - -
Licenciés Ekwangola - - - - - - - -
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Bafwamanga Mandugba - - - - - - -
Egbe Wamba Egbe - - - - - - - -
- - - - - - - - Secteur Mabudu-Malika Abusa
Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions
indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section
d’Histoire du Temps présent, MRAC.
LE TERRITOIRE DE WAMBA
5.2. Subdivisions administratives guerre qui les fit se perdre, dans leur fuite. Malika-Ateru
En 1937, le territoire de Wamba comptait 18 chefferies. traversa la rivière Nepoko, alors que Malika-Toriko resta
449
Elles deviennent 15 en 1939, puis 14 chefferies et un de l’autre côté, sur la rive droite .
secteur en 1945 et 13 chefferies et un secteur en 1952. Vivant parmi les Budu, spécialement les Bafwakoy, les
(Voir tableau ci-contre.) Malika-Ateru ont adopté leur langue et plusieurs traits de
leur culture.
Par la suite, leur nombre sera ramené à 10 chefferies et Les chefs qui ont dirigé la chefferie sont : Agbokabulo,
un secteur. Bangatsa et Agbokabulo. Ce dernier est au pouvoir depuis
L’actuel territoire de Wamba est composé de quatre 1961.
postes d’encadrement administratif (Bayenga, Babonde,
Betongwe et Ibambi), d’une cité (Durunga), de dix 5.2.6. Chefferie Mangbele
2
chefferies (Bafwangada, Bafwakoy, Balika Toriko, Mahaa, Elle a une superficie de 173 km . Son chef-lieu est
Malamba, Malika-Ateru, Makoda, Mangbele, Timoniko et Mandey. Les chefs qui ont dirigé cette chefferie sont :
Wadimbisa) et d’un secteur (Mabudu-Malika-Babyeru). Nagelane, Mandey I, Ngonde, Kopa, Gbukuma I, Ngonde II,
Le tout compte 168 groupements et 678 villages. Gbukuma Kopa Kapokonzi et Ngonde Gbukuma.
Partis du Soudan, les Mangbele se sont installés
5.2.1. Cité Durunga tour à tour à Gombari, Penge et Wamba. Leur langue, le
Elle fut créée en 1954. Les chefs qui l’ont dirigée sont : mangbele, est proche du mayogo du territoire de Rungu.
Abanagomu Lazare, Bapuno, Ignace Alamabe Nesapongo, Mais ils ont pratiquement perdu leur langue d’origine au
Akaneni, Mobari Mavoba, Asato, Bombele Faustin, profit du kibudu.
Akaneni, Amudio Vincent de Paul.
5.2.7. Chefferie Makoda
5.2.2. Chefferie Mahaa Elle a une superficie de 447 km². Son chef-lieu est
2
Elle couvre une superficie de 1.080 m . Son chef-lieu Abyangama. Selon la version d’Amboko-Ndabane, le chef
est Kasongo. Les chefs qui ont dirigé la chefferie sont : au pouvoir en 2010, ses ancêtres habitèrent différents
Midjidji, Asanli Midjidi, Apibo Midjidji, Midjidji Apibo, sommets dénommés Dete, Bamungo voire Tanganyika, ce
Mopeamata Midjidji et Magabo Midjidji. qui explique l’installation de la chefferie dans cet endroit
de hauteur, comparé au relief de la région.
5.2.3. Chefferie Malamba Les chefs qui ont dirigé la chefferie sont Abiangama,
2
Elle a une superficie de 740 km . Elle porte le nom de Yafili Biangama et Amboko Ndabane.
son chef-lieu, Malamba. Les chefs qui l’ont dirigée sont :
Adjapana Babukukubese, Bakomba, Adjapana Anboko, 5.2.8. Chefferie Timoniko
2
Babaya Azapana. Elle a une superficie de 420 km . Son chef-lieu est
Ibambi-Agbodi. Son premier chef investi par l’administration
5.2.4. Chefferie Bafwakoy coloniale fut Tambenekondea, fils de Mapuno. Après lui, la
Elle a une superficie de 237 km². Son chef-lieu est succession au pouvoir a été la suivante : Ibambi, Kotinay-
Tibi. Trois chefs l’ont dirigée depuis sa création. Il s’agit de Ibambi et Dzene-Kotina Pierre Guidon (au pouvoir en 2010).
Apanakuwa, Uyabu et Apanakuwa.
5.2.9. Chefferie Wadimbisa
5.2.5. Chefferie Malika-Ateru C’est la plus petite des chefferies du territoire de
Elle a une superficie de 147 km². Son chef-lieu est Wamba, avec 113 km² de superficie. Son chef-lieu est
Asandabo. On raconte que le nom de Malika-Ateru donné Gombe. Depuis 1914, la chefferie Wadimbisa a connu la
à la chefferie est celui d’une branche du peuple Malika. succession de cinq chefs appartenant à la même lignée.
Une autre branche de celui-ci se nomme Malika-Toriko.
Ces deux branches se seraient séparées à la suite de la 449 D’autres sources affirment qu’ils furent pris en otage
pendant la période des guerres ethniques par les Bafwakoy.
233
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
234
LE TERRITOIRE DE WAMBA
Vue de la cité de Watsa. (Source : 500 visages du Zaïre, Kinshasa, Bureau du président de la République du Zaïre, 1975, p. 187.)
où l’homme veut ou trouve le meilleur emplacement pour le bon pour l’établissement de la direction des mines de
nouveau foyer en tenant compte de certains critères pour sa Moto en 1918. Depuis, le poste s’est développé. En 1924-
viabilité (fertilité du sol, source d’eau potable, par exemple). 1925, le chef-lieu de la région fut dépacé d’Arebi à Watsa
où se trouvait déjà un camp militaire situé sur une colline-
ouest. La construction définitive du poste territorial fut
commencée en 1928 ; il se trouvait, à cette époque, sur le
6. LE TERRITOIRE DE WATSA mont Tawa.
Jusqu’en 1920, l’espace actuel qui constitue le territoire
de Watsa faisait partie du district du Haut-Uele et il avait
6.1. APERÇU HISTORIQUE appartenu à deux territoires distincts : Gombari et Arebi
er 450
(tel que découpé par l’ordonnance du 1 février 1920) .
Le nom de Watsa que porte la cité, puis qui sera celui À noter que la création du territoire d’Arebi remonterait
du territoire, est celui donné à la petite rivière qui se jette à 1915.
dans la Kibali. Le plateau de Watsa fut occupé par le
missionnaire Schingen en 1917. L’emplacement fut jugé 450 Bulletin administratif de 1920, pp. 563-564.
235
236
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Watsa (1937-1952)
Chefferies en 1937 Nom du chef Chefferies en 1939 Nom du chef Chefferies en 1943 Nom du chef Chefferies en 1945 Nom du chef Chefferies en 1952 Nom du chef
Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku
Adikofa Sokoti
Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga
Kebo Andagu Kebo Andagu Kebo Andagu Kebo Andikene Kebo Andikene
Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana
Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga
Bangba-Mayogo Dondolo Bangba-Mayogo Dondolo Bangba-Mayogo Dondolo Bangba-Mayogo Okondo Bangba-Mayogo Okondo
Walese d’Arumbi Alimasi Walese d’Arumbi - Walese d’Arumbi Bulaye Walese d’Arumbi Bulaye Walese d’Arumbi -
Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ;
Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
LE TERRITOIRE DE WATSA
237
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Terulendu
Kodja-Libilibi
Teru II
Étienne Bali Médard Bagbalanga-Aleku Vincent Teru III Ngode Lakpa-Lapka Karoke Obhode
238
LE TERRITOIRE DE WATSA
du nom de Médard Bagbalanga. Celui-ci est au pouvoir Le pouvoir dans la chefferie revient au clan Beri qui a
depuis 1983. pour ancêtre fondateur Andobi. En 1903, Mbabu devint
le premier chef de la chefferie ; il eut deux fils, Muka et
6.2.3. Chefferie Andobi Tou. Après sa mort, lui succéda son cousin Agbara (investi
Elle a une superficie de 520 km². Son chef-lieu est et médaillé de l’administration coloniale, cf. procès verbal
Batitia. Juste après l’indépendance du pays en 1961, la n° 334 du 19 août 1914). Mais assez vite, jugé faible, il fut
chefferie Andobi comptait 6.361 habitants, soit 12,23 révoqué par l’administrateur du territoire de Gombari le
habitants au km² présentant la densité de la population la 7 septembre 1925.
plus importante du territoire. L’ordre de succession de la chefferie Andobi se présente
La chefferie Andobi est divisée en cinq groupements. Sa comme suit :
453
constitution dit relever de la « coutume des indigènes »,
puis fut reconnue par l’arrêté n° 330 du 2 décembre 1914.
239
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
De la lecture de cet arbre généalogique, il apparaît entre les clans Adibogo de Mano (Andudu) et Andigboda
qu’après la mort de Tou, la chefferie a été dirigée par un (Apodo).
greffier, Ogumara-Mbudra, originaire de la chefferie Kebo, À sa mort, Andikene fut remplacé par Maye-Alogbo
du clan Agbita. Il fut investi et médaillé en 1948. (1964-1974), issu du clan Agbota. Après lui, Angela-Boma
La prise de pouvoir hors lignée créa un mécontentement dirigea la chefferie pendant trois ans. Du clan Andagu,
qui dégénéra en conflits d’opposition et de contestation encore hors lignée, le pouvoir passa de nouveau au clan
456
continus entre les clans Beri et Agbita. Andikene, avec Agibou-Kau Bakidi (1977-2001). Celui-
ci fut remplacé par Jean-Louis Adongu-Abasaga, issu du
6.2.4. Chefferie Kebo clan Andigboda, au pouvoir depuis le 13 août 2001.
Elle a une superficie de 925 km² et pour chef-lieu La chefferie Kebo ne compte que trois groupements
Apodo. Juste après l’indépendance du pays en 1961, la (cf. tableau sur l’organisation administrative du territoire
chefferie Kebo comptait 3.788 habitants, soit une densité de Watsa).
de 4,09 habitants au km².
La chefferie Kebo fut créée le 7 décembre 1921 de 6.2.5. Chefferie Mariminza
la fusion des anciennes chefferies Andilili, Ngamu, Elle couvre une superficie de 2.446 km². Juste après
454
Andiboli et Andikore . Ces dernières réunissaient les dix l’indépendance du pays en 1961, sa population était de 8.697
principaux clans suivants (cf. l’arrêté n° 365 de 1914) : habitants, soit une densité moyenne de 3,55 habitants au km².
La chefferie Mariminza a été créée par le décret du
er
1) Andimako (Andudu) : chef Mano ; 25 avril 1915. Son ancêtre fondateur fut Mamvu I , de
2) Andikofa (Apana) : chef Kore ; la lignée Andingba. Depuis, l’ordre de succession a été
er
3) Andiboli (Apolo) : chef Andikene ; le suivant : Josephat Masiokpo (fils de Tsoga I ), Adu III
4) Andingaro (Angbalai) : chef Nembeli ; Oguse (cousin à Masiokpo) et Édouard Tshoga Masiokpo
5) Andodu (Lugoya) : chef Mongamba ; (fils de Masiokpo), au pouvoir en 2010.
6) Andilili (Abakodu) : chef Kose ;
7) Ngamo (Dula) : chef Kose ; 6.2.6. Chefferie Walese d’Arumbi
8) Andimaze (Ambanzane) : chef Idiobho ; Cette chefferie existerait depuis 1901, mais les
9) Andikodhe (Maduya) : chef Tunembi ; informations sur les transformations administratives
10) Ndoa (Muley) : chef Awasa. ultérieures n’ont pu être recueillies. Elle couvre une
superficie de 2.560 km² et compte 8 groupements : Andoga,
Dans tous ces clans, le mode de succession au pouvoir Mambakadi, Andanzo, Kubi, Emole, Telekudumosi,
est coutumier, c’est-à-dire héréditaire. Au départ, le Ngevea et Undemulau. Elle a un poste d’encadrement
pouvoir était exercé par la famille régnante du clan administratif, Ngevea. Juste après l’indépendance du
Andibhogo (Andudu) d’où fut issu le premier chef Mano pays en 1961, la population de la chefferie Walese était de
(1914-1934). Lui succéda son fils Kelese (1934-1940), 6.701 habitants, soit une densité de 2,62 habitants au km²
un chasseur, qui mourut d’une fracture causée par un comptant parmi les plus faibles du territoire.
éléphant. À Kelese succéda Andugu (1940-1943). Accusé Depuis le 23 septembre 2004, la chefferie Walese
de mauvaise conduite, celui-ci fut révoqué et destitué par d’Arumbi est dirigée par Aramango Manzimo, successeur
l’autorité coloniale belge. Cette dernière intronisa le clan de son grand frère Mateso Manzimo assassiné lors de la
455
Andigboda (Apodo), avec Andikene comme premier guerre de la RD Congo le 18 décembre 2001.
chef de la nouvelle lignée. Ce sera le début d’un long conflit
6.2.7. Secteur Gombari
454 Archives politiques du Congo belge, district de Il est né de la fusion, en 1947, des anciennes chefferies
Kibali-Ituri et territoire de Gombari. Mangbele, Gbote, Mabadi, Bari-Moka, Mayanga et
455 Beyagabo, B., Le conflit de succession dans la Bari-Karo. Sa superficie est de 1.279 km². Juste après
collectivité de Balika-Toriko (de 1916-1974), inédit,
ISP/Isiro, 1996, p. 13. 456 Il est le neveu de son prédecesseur.
240
LE TERRITOIRE DE WATSA
241
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
pouvoir autour d’Aitambi (fils aîné successeur d’Uduoto). En 1974, au moment où il fit du Mouvement populaire
L’administration coloniale désigna Ngindi, en dépit de son de la Révolution (MPR) un parti unique et institutionnel,
âge avancé, et son règne ne dura pas longtemps. En 1934, le régime Mobutu voulut asseoir son pouvoir en allant
Makutana-Misa, fils de ce dernier, fut choisi. Vinrent alors, jusqu’à toucher à la base du pouvoir local. Il voulait viser
dans l’odre de succession : Ndezu (petit fils de Marakoro), le pouvoir traditionnel qui, jusque là, semblait échapper
reconnu par l’arrêté ministériel n° 975 du 4 août 1971, encore à son autorité. Il décida ainsi de permuter les chefs
qui réunifia les deux chefferies Arebi et Angwe en secteur de secteurs et de chefferies, désormais considérés comme
Mangbutu. des « cadres politico-administratifs de l’État ».
Le secteur Mangbutu compte 18 groupements : La situation était particulièrement sensible dans le
Alulembani, Andombikagba, Arebi, Arikotu, Awilaba, Haut-Uele, étant donné le nombre élevé de chefferies, ces
Dubele, Kongbo, Kotaza, Lindikoda, Maba, Makala, pouvoirs locaux que l’autorité coloniale avait construits et/
Makuruza, Mangozo, Makowe, Ngoirindi, Ombondo, ou reconnus selon divers critères, généralement en fonction
Uzukurepi. Il a une superficie de 2.332 km² avec 85.225 d’enjeux locaux ou de ses intérêts propres. Cette décision du
habitants en 2009, soit une densité moyenne de 36 régime Mobutu aurait permis à l’État congolais post-colonial
habitants par km². d’avancer dans la réforme territoriale entreprise pendant la
période coloniale, mais restée inachevée, et non uniforme,
[Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du dans l’ensemble des régions du pays. Malheureusement,
territoire de Watsa (voir annexe 2.6).] cette grande décision politique, la dernière au vu de la
commotion qu’elle entraîna sur le terrain administratif
* local, se limita, en fait, à diminuer l’autorité locale au profit
* * du pouvoir personnel du chef de l’État.
2. Territoire de Faradje
Chefferie Dongo Ndakala Maki Chefferie Mobati-Bayele (terr. d’Aketi) Eboyi Chefferie Bodongola
(terr. d’Aketi)
Chefferie Kakwa Lukudu Lopia Chefferie Kakwa _ _
Chefferie Logo-Bagera ( ?) ( ?) Ngoy Asumani Secteur Bakumu
Bangongo (terr.
d’Ubundu)
Chefferie Logo-Doka Agumani Waiwai Chefferie Logo-Doka _ _
458 Ce tableau a été constitué à partir des listes publiées par le journal Boyoma du lundi 9 septembre, mardi 10 et
du mercredi 11 septembre 1974. Notons que divers noms sont mal orthographiés dans le journal. Les omissions
constatées (cf. chefferies Logo-Ogambi et Logo-Bagera dans le territoire de Faradje) pour certaines chefferies/
secteurs seraient dues à des erreurs de dactylographie.
242
LE TERRITOIRE DE WATSA
Chefferie Logo-Lolia Ali Tandiwa Chefferie Bolungwa (terr. de Bambesa) Komboko Chefferie Avuru-
Gatanga (terr. d’Aketi)
Chefferie Logo-Obeleba Kelema Baibo Chefferie Logo-Obeleba - -
Chefferie Logo-Ogambi Ngoru Luzia Chefferie Nguru (terr.
de Buta)
Chefferie Mondo-Missa Bando Afuzoma Chefferie Mobati (terr. de Buta) Kanamonge Chefferie Mobati (terr.
de Buta)
3. Territoire de Niangara
Cité de Niangara ( ?) ( ?) Pongopayi Chefferie Barisi-M.B.
(terr. de Buta)
Chefferie Boimi Kumbabeko Mupepe Chefferie Boso (terr. de Bondo) Motuka Chefferie Boso (terr. de
Bondo)
Chefferie Kereboro Ngasa Badolo Dakpala Chefferie Kereboro - -
Chefferie Mangbele Medamona Chefferie Babua Mokoe (terr. d’Irumu) Enkibe Chefferie Bokiba (terr.
de Bambesa)
Chefferie Mangbetu Mesogo Secteur Mabinza (terr. d’Aketi) Pedya Secteur Mabinza (terr.
d’Aketi)
Chefferie Manziga Ngbangala Badingo Chefferie Manziga - -
Chefferie Okondo Matsaga Djodjosodjo Chefferie Ngindo (terr. d’Ango) Liwolo Chefferie Ngindo (terr.
d’Ango)
Chefferie Kopa Tagba Monyongo Secteur Abarambo (terr. de Poko) Abaraka Secteur Abarambo
(terr. de Poko)
4. Territoire Rungu
Cité d’Isiro Tongu Cité d’Isiro - -
Chefferie Azanga Danga Azanga Poli Chefferie Azanga - -
Chefferie Mayogo-Mabozo Anga Sasa Tongolo Chefferie Mayogo-Mabozo - -
Chefferie Mayogo-Magbaie Somana Léon Chefferie Avuru Gatanga (terr. d’Aketi) Asigala Chefferie Bolungwa
(terr. de Bambesa)
Chefferie Medje Mango Makasi-Mbongo Embunzu Chefferie Medje Mango - -
Chefferie Mongomasi Teingu Cité d’Aketi (terr. d’Aketi) Suki Cité d’Aketi (terr.
d’Aketi)
Chefferie Mboli Madangba Mbelia Joseph Chefferie Biamange (terr. de Bondo) Gatanga Tiligba Chefferie Biamange
(terr. de Bondo)
Chefferie Ndey Apanama Missa Abule Chefferie Bokapo (terr. de Bambesa) Bambakoli Chefferie Bokapo (terr.
de Bambesa)
5. Territoire de Wamba
Cité Durunga Akaneni Anzele Cité Durunga _ _
Chefferie Bafwagada Karume Gbabi Chefferie Duaru (terr. de Bondo) Gitalio Chefferie Duaru (terr.
de Bondo)
Chefferie Bafwakoy (?) (?) Bakemengali Zengba Chefferie Monganzulu
(terr. de Buta)
Chefferie Balika-Toriko Mangbukele Mambata Chefferie Balika-Toriko - -
243
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
Chefferie Mahaa Apibo Midjidji Chefferie Mange (terr. de Bambesa) Gaza Chefferie Mange (terr.
de Bambesa)
Chefferie Malamba Adjapana Amboko Chefferie Gama (terr. de Bondo) Lafai Chefferie Gama (terr.
de Bondo)
Chefferie Malika Ateru Agbokabulo Chefferie Gamu (terr. de Poko) Zune Chefferie Gamu (terr.
de Poko)
Chefferie Makoda Yafili Biangama Chefferie Makoda _ _
Chefferie Mangbele Ngonde Gbekuna Chefferie Bayeu-Bogongia (terr. de Buta) Mbage Chefferie Bayeu
Bogongia (terr. de Buta)
Chefferie Timoniko Dzene Katinae Chefferie Timoniko - -
Chefferie Wadimbisa Motemabonga Baonoku Chefferie Wadimbisa - -
Secteur Mabudu-
Malika-Babyeru Sadiki Mangbalu Chefferie Komekedi (terr. de Poko) Gito Oto Chefferie Komekendi
(terr. de Poko)
6. Territoire de Watsa
Cité de Watsa Lasa Secteur Bomili (terr. de Bawasende) Simeti Mombe Secteur Bakumu
d’Angumu
(terr. de Bafwasende)
Chefferie Karokelendu-
Andikofa Gima Mambidi Chefferie Deni (terr. de Bondo) Bungya Ngluze Chefferie Deni (terr. de
Bondo)
Chefferie Karokelundu-Ateru ( ?) ( ?) Zibili Mopoy Chefferie Mopoy (terr.
d’Ango)
Chefferie Andobi Nadi Amoine Louis Secteur Bakumu d’Angumu (terr. de Bafwasende) Dobeya Cité de Buta
(terr. de Buta)
Chefferie Kebo Maye Alogbo Grégoire Chefferie Bayeu Bogbama (terr. de Buta) Akwani Bisa Chefferie Bayeu
Bogbama (terr. de Buta)
Chefferie Mariminza Masiokpo Tsoga Chefferie Bakangaie (terr. de Poko) Vungala Chefferie Bakangie
(terr. de Poko)
Chefferie Walese d’Arumbi Aramango Alimasi Chefferie Walese d’Arumbi _ _
Secteur Gombari Kanikaparo Chefferie Walese Vonkutu (terr. d’Irumu) Nebengbo Chefferie Makere I
(terr. de Bambesa)
Secteur Kibali Gbamukili Secteur Yoko (terr. d’Aketi) Mopepe Secteur Yoko (terr.
d’Aketi)
Secteur Mangbutu Ndezu Chefferie Walese Nebasa Chefferie Makere
(terr. de Mambasa en Ituri) Bekete (terr. de
Bambesa)
Les permutations se sont opérées en gros entre le Bas- de Rungu) ou si, inversement, un chef de cité fut remplacé
Uele et le Haut-Uele, deux districts ayant de nombreux par un chef de secteur (cas de la cité de Watsa), ou encore
traits communs. L’on observe une certaine correspondance un chef de secteur par un chef de chefferie (cas des
dans les permutations, les chefs de chefferies/secteurs secteurs Gombari et Mangbutu dans le territoire de Watsa,
étaient généralement envoyés dans d’autres chefferies/ du secteur Mabudu-Malika-Babyeru dans le territoire
secteurs, même si par endroits ils furent remplacés par le de Wamba et de la chefferie Andobi dans le territoire de
chef de cité (cas de la chefferie Mongomasi du territoire Watsa). Mais on ignore pourquoi certains chefs ne furent
244
LE TERRITOIRE DE WATSA
pas permutés : ce fut le cas d’un chef dans le territoire de et politiques qui conduisirent, très rapidement, à son
Watsa, de deux chefs dans chacun des territoires de Dungu explosion, cette réforme territoriale – qui aurait dû être
et de Niangara, de trois chefs dans le territoire de Faradje, poursuivie et améliorée – sera assez vite arrêtée. Les chefs
de quatre chefs dans le territoire de Rungu et de cinq chefs de secteur et de chefferie durent revenir à leur fief d’origine
dans le territoire de Wamba. On peut faire le constat de après deux/trois années d’une expérience qui s’avéra mal
l’affaiblissement (ou de la désintégration) de nombreux organisée. À cause de la perturbation du cadre général qui
pouvoirs locaux auquel s’ajouteraient les interventions de en résulta et de la crise économico-politique persistante
dirigeants d’en haut dans les affaires locales. – qui va fortement affaiblir le pouvoir congolais à tous les
Réalisée sans méthode, en même temps que le régime échelons –, l’autorité locale est demeurée, depuis lors, dans
Mobutu engageait de vastes réformes économiques un état de forte déliquescence.
245
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE
246
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
247
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
et autres, pour autant qu’ils soient autorisés par une seulement en Afrique, mais aussi en Asie. L’influence
460
assemblée générale spéciale . cherchée est d’ordre politique et économique au Bahr El-
La Société générale africaine est fondée avec un capital Ghazal et d’ordre économique en Chine et en Mongolie. En
de 3.000.000 F, représenté par 3.000 actions ordinaires Afrique centrale, en ce qui concerne l’Afrique au nord du
de 1.000 F au porteur, entièrement souscrites. Outre les district de l’Uele, il s’agit de mettre en valeur et de réaliser
actions ordinaires, il peut être émis des coupures de 25 l’influence économique reconnue au souverain de l’EIC.
et de 100 F. 3.000 actions de fondateur sont également Cette influence résultait de l’accord conclu, le 2 mai 1894,
créées sans désignation de valeur. En cas d’augmentation entre l’EIC et le gouvernement britannique (voir supra).
de capital, le nombre de ce type d’action doit toujours être Le siège principal de la société se trouve à Faradje où elle
égal au nombre d’actions ordinaires ; les nouvelles actions a quelque 250 anciens soldats engagés comme travailleurs,
de fondateur sont attribuées aux fondateurs au prorata du formant un groupe discipliné prêt à remplir la mission qui
nombre d’actions qu’ils possèdent. peut lui être donnée. La société s’établit également dans
Outre le président, le Conseil est composé de trois d’autres localités de la même région : Akka, Bira et Wandi.
membres au moins et de douze au plus. Le président et le En 1900, des difficultés surgissent avec les Britanniques
secrétaire sont nommés et révoqués par le roi et peuvent à propos de l’accord de mai 1894. La situation politique
être choisis hors conseil, en ayant des droits égaux à ceux change si rapidement que la société ne peut tirer parti des
des autres membres. Les administrateurs sont nommés concessions du nord-est, ni exécuter son programme de
pour cinq années par l’assemblée générale, sauf pour la pénétration vers le nord. En 1902, toutes les opérations
première fois où ils sont nommés par décret. sont suspendues dans ces parages et tout le personnel est
Pour faciliter le travail de la société, l’objet de celle- rappelé de l’Uele vers le sud. Mais au courant de la même
er
ci est modifié par décret le 1 septembre 1898, par année, elle prend de l’intérêt pour des entreprises franco-
l’ajout suivant : elle pourra également émettre des billets congolaises. Elle y réalise avantageusement certaines de
de banque garantis par l’EIC, moyennant une entente ses participations, quoique celles qu’elle possédait dans le
préalable avec celui-ci. Elle peut faire des avances d’argent Comptoir colonial français lui laissent une perte de plus
à l’État, avec ou sans garantie. de 1.000.000 F.
À cette occasion, le capital social est porté à
12.000.000 F représenté par 12.000 actions de 1.000 F 1.1.3. La Société générale africaine et Banque de
entièrement souscrites, avec 12.000 actions de fondateur commerce et d’industrie, 1903
sans désignation de valeur. Le conseil est autorisé à porter La Société générale africaine arrête toutes ses activités
ce capital à 30.000 F par émission en une ou plusieurs fois dans la région le 15 juin 1903 et l’assemblée générale décide
d’actions libérées, dans le but d’acquérir des concessions, sa liquidation générale. Mais les liquidateurs E. Bunge et
des propriétés, du matériel ou des marchandises utiles ou de Wouters d’Oplinter souscrivent alors, pour compte de la
nécessaires à la réalisation du but social. Le même décret société, 12.000 actions d’une nouvelle société, dénommée
nomme le conseil, qui est composé de Constant de Brown Société générale africaine et Banque de commerce et
de Tiège, Ernest Grisar, Sam Wiener et Henri Simon. Il d’industrie, et libèrent ces titres en donnant en paiement
sera complété par la suite. l’ensemble de l’actif et du passif de la société dissoute. La
La Société générale africaine est, en réalité, une nouvelle société remplace l’ancienne et est instituée par
institution d’État créée par Léopold II avec le soutien décret le 25 juin 1903 sous forme d’une société congolaise
de personnalités anversoises bien connues des milieux à responsabilité limitée. Sa durée est illimitée et son objet
d’affaires qui aident le souverain dans son œuvre en est de s’occuper de tout objet tant d’ordre économique
Afrique centrale. La nouvelle société a l’ambition de que non économique. Son siège sera partout où le conseil
poursuivre l’extension des activités de la Belgique non le jugera utile. Le capital de la nouvelle société est fixé à
9.000.000 F et est constitué de 12.000 actions de 750 F.
460 Ergo, A.-B., L’héritage de la Congolie : naissance d’une Les statuts de la nouvelle compagnie stipulent,
nation en Afrique centrale, Paris, L’Harmattan, 2007, entre autres, qu’elle peut accepter et rétrocéder des
pp. 108-111.
248
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
baux de territoires à titre de société à charte. Le conseil même de temps à autre contre la Société de Kilo-Moto,
d’administration, nommé par Léopold II pour la première qui l’astreint à fournir des vivres et du bétail aux mines de
fois, est constitué d’un président, le baron Edmond Moto. La répression est souvent impitoyable et sanglante.
Van Eetvelt et d’administrateurs : E. Bunge, C. & A. de Une opération militaire engagée contre les Lugwarets
Brown de Tiège, G. Wiener, E. Grisar, A. Mols, J. Allard, (Lugbara) sera cependant abandonnée, au bout de deux
le chevalier de Wouters d’Oplinter, A. Lefebvre, H. Simon, ans, parce qu’elle s’éternisait sans résultats utiles.
F. Dujardin. Kilo-Moto s’accommode pendant des dizaines d’années
Ce projet économique, bien qu’important pour le d’un outillage dérisoire, compensé par une main-d’œuvre
Haut-Uele, se terminera dix ans après sa naissance. En abondante. Au début des années 1930, la société compte
463
1904, en effet, la société renonce, sous sa nouvelle forme, à 26.000 travailleurs répartis en 50 camps . Georges
réaliser encore des opérations en Afrique. Moulaert écrit, à propos de l’organisation du travail, ce qui
suit :
1.1.4. La Société des mines d’or de Kilo-Moto
L’or de la région de Kilo-Moto est découvert en 1903 « Des petits chantiers de 9 à 10 hommes sont répartis
dans le bassin de la rivière Agola, affluent de l’Ituri, dans les fonds des vallées, mais grâce à la prime au travail,
par la mission Hannam et O’Brien (deux prospecteurs octroyée au terrassier indigène, un seul Européen peut
australiens) après de fructueuses recherches au nord de diriger 30, 40 et jusque 50 chantiers.
la région et aux environs de Mahagi. Ils dénomment cette Cette prime atteint et dépasse très fréquemment 50
461
zone du nom du chef Kilo . L’exploitation des gisements p. c. du salaire journalier.
commence en 1905, à Kilo dans l’Ituri, et en 1911, à Moto, L’organisation des primes à la tâche a parfaitement
dans le Haut-Uele. Après la découverte du site de Moto, réussi, même auprès des populations les moins évoluées. Les
la région aurifère de l’Ituri-Haut-Uele reçoit ce nom de meilleurs individus deviennent capita de chantier, panneurs
Kilo-Moto, qui depuis plus d’un siècle, symbolise l’or du et capita généraux, c’est-à-dire adjoints à l’Européen, chef
Congo. La concession des mines d’or de Kilo-Moto couvre de camp. Ils placent tout seuls les tables, nivellent le canal
une superficie de 81.750 km². Dans un premier temps, elle d’amenée d’eau, installent les goulottes d’adduction d’eau,
est gérée directement par l’Administration coloniale qui en placent la table, les chemins de roulement, et d’aucuns
confie la gestion, en 1919, à une Régie industrielle. En 1926, même gèrent des camps de 10 à 15 chantiers ».
464
249
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
travailleurs. Le gouverneur général Ryckmans déclare, en mission sénatoriale belge au Congo de 1947 critique-t-
1937 : il l’inexistence d’une lutte contre la tuberculose dans les
camps de travail de cette société :
« Notre industrie aurifère s’enorgueillit de travailler
aux teneurs les plus basses du monde. Si ce résultat était dû « Rien n’est entrepris pour repérer ceux qui sont atteints
à la rationalisation parfaite de ses procédés de traitement, de cette terrible maladie ou qui en sont menacés. Il est vrai
on pourrait l’en louer sans réserve. Mais considérons le qu’on examine les malades qui se présentent d’eux-mêmes,
rendement par homme employé, et le résultat paraîtra qu’on leur donne des conseils, mais on s’abstient de les soigner.
peut-être moins brillant. La province de Stanleyville À Kilo-Moto, les tuberculeux sont tout simplement renvoyés
produisit, en 1936, 9.316 kilos d’or fin avec 49.200 hommes, dans leur village par l’administration de l’institut parastatal
soit 189 grammes par homme. L’Australie occidentale des mines d’or. Les cracheurs de bacilles (recueillis parfois à
en 1933 produisait 19.717 kilos d’or, plus du double, avec titre provisoire dans certains hôpitaux) sont renvoyés dans
9.701 hommes, moins du cinquième, soit 2.032 grammes leur village dès que le manque de lits se fait sentir. Nulle part,
466
par homme . » à une exception près, le service médical n’est outillé de façon à
pouvoir entamer la lutte contre cette maladie. Bref il n’est pas
La Société des mines d’or de Kilo-Moto ne se soucie question de lutte contre la tuberculose ni de soins donnés aux
guère de la santé de ses ouvriers. Elle acquiert, dès 467
malades. Les pauvres diables sont abandonnés à leur sort . »
lors, une mauvaise réputation. Ainsi, le rapport de la
250
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
La Société des mines d’or de Kilo-Moto n’est cependant 1929 2.003,635 1.468,019 3.471,654
pas la seule société minière du Haut-Uele. Au Nepoko 1930 2.755,563 1.270,651 4.026,214
par exemple, les compagnies Forminière (créée en 1910) 1931 3.262,390 1.389,418 4.651,808
et du Kasaï (créée en 1914) possédaient avant la Première 1932 3.826,187 1.485,067 5.311,254
Guerre mondiale des concessions minières d’or (Société 1933 3.830,750 1.529,970 5.360,720
de la Tele et Aruwimi-Ituri). Au début des années 1930, 1934 4.123,717 1.703,379 5.827,596
ces exploitations, commencées en 1910, produisaient 500 1935 4.591,937 1.783,422 6.375,359
kilos d’or par an. Après 1920, des sociétés d’exploitation, 1936 4.676,482 1.795,537 6.472,019
la Coloniale des Mines et la Société minière de Surongo 1937 5.171,612 1.821,465 6.993,077
468
s’étaient également constituées dans le Haut-Uele . 1938 5.273,756 2.096,170 7.369,926
L’exploitation alluvionnaire débutée en 1905/1906 1939 5.535,513 2.107,820 7.643,333
cessera en 1951, à la suite de l’épuisement des gisements 1940 5.554,199 2.206,611 7.760,810
pour laisser place, à partir de 1952, à l’exploitation 1941 5.673,895 2.415,548 8.089,443
filonienne. 1942 5.265,339 2.155,972 7.421,311
1943 5.057,083 1.587,620 6.644,703
Production depuis le début 1944 4.487,656 1.553,567 6.041,223
de l’exploitation de l’or fin (en kg) 1945 4.310,006 1.517,715 5.827,721
1946 3.824,118 1.447,218 5.271,336
Années Siège de Kilo Siège de Moto Kilo-Moto 1947 3.657,439 1.406,772 5.064,211
1905 17,423 - 17,423 1948 3.851,423 1.430,400 5.281,823
1906 194,494 - 194,494 1949 4.829,009 1.568,229 6.397,238
1907 302,164 - 302,164 1950 4.714,368 1.646,011 6.360,379
1908 284,255 - 287,255 1951 5.195,375 1.617,166 6.812,541
1909 604,044 - 604,044 1952 5.393,784 2.118,432 7.512,216
1910 806,421 - 806,421
1911 581,887 5,486 587,373 Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Okimo, Indaba, 2005,
1912 681,918 224,287 906,205 document inédit, p. 10.
1913 712,147 538,037 1.250,184
1914 963,670 619,978 1.583,648 En 1957, l’or est exploité, dans le Haut-Uele, par le siège
1915 1.493,698 919,557 2.413,255 de Moto de la société Kilo-Moto à concurrence de 88 % de
1916 1.508,157 1.248,529 2.756,686 la production (le poste de Zani est donc exclu) et par cinq
1917 1.648,574 1.620,084 3.268,558 autres entreprises dont la production cessera après cette
1918 1.912,251 1.400,117 3.312,368 année : la Minière de la Télé, Mineco, Mincobel, Sominor
1919 1.602,441 1.489,110 3.091,551 et la Minière de l’Aruwimi-Ituri. En 1957, la production
1920 1.436,340 1.605,533 3.041,873 du siège de Moto est de 3.740 kg d’or ; celles des autres
469
1921 1.087,866 950,124 2.037,990 entreprises de 596 kg .
1922 1.139,012 962,146 2.101,158 Le 15 juillet 1966, sous le régime Mobutu, est créé
1923 1.687,767 1.169,603 2.857,370 l’Office des mines d’or de Kilo-Moto (Okimo), qui reprend
1924 1.921,671 1.319,837 3.241,508 les activités exercées antérieurement par la Société des
470
1925 1.810,099 1.274,247 3.084,345 Mines d’or de Kilo-Moto, dissoute à la même date . La
1926 1.794,288 1.477,202 3.271,490
1927 1.690,201 1.459,212 3.149,413 469 Carbonnelle, C. et Kirschen, E.S., L’Économie des
1928 1.679,853 1.340,228 3.020,081 deux Ueles, Bruxelles, Éd. CEMUBAC, 1961, p. 60.
470 Ministère des Mines et des Affaires foncières,
468 Moulaert, G., « Les exploitations minières de Kilo- Industrie minière de la République démocratique du
Moto et de la Province-Orientale », op. cit., pp. 27 et 29. Congo. Année 1968, 1969, p. 16.
251
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
concession de la nouvelle société est d’une superficie de des installations détruites et de la vétusté du matériel. En
83.000 km². 1968, la production de l’Okimo oscille aux environs de 4
Les mines de Kilo-Moto avaient particulièrement tonnes ; 99 % de cette production est d’origine filonienne,
souffert de l’occupation de leurs installations par les les gisements alluvionnaires étant arrivés à épuisement.
rebelles Simba en 1964-1965. C’est en août 1965 que la L’usine de broyage de Durba, qui traite le quartz du filon
société reprend effectivement possession de ses mines Garumbwa et Agbarabo, fournit 73 % de la production
et usines. Se pose alors le problème de la remise en état totale de la société.
Carte des régions aurifères en 1974. (Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Kilo-Moto. Exercice 1974, Bambu-Mines, 1975, p. 21.)
252
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Ce sont les mines de Moto, et en particulier la mine au Katanga. Elle s’est très vite orientée vers la construction
de Gorumbwa, qui contiennent les réserves les plus de chemins de fer, de distribution d’énergie électrique, les
importantes, 35 à 40 tonnes sur 55 tonnes au total, soit transports etc.
471
environ 70 à 75 % du total . En 1911, elle tient la Société coloniale de construction
(Socol) sur les fonts baptismaux. C’est cette dernière qui
Production de l’Okimo de 1959 à 1968 va construire le tronçon Bukama-Élisabethville du chemin
(en kg) de fer du BCK et exécuter par la suite un grand nombre
Année Production en kilos d’autres grands travaux, mais pas uniquement au Congo.
En 1951, elle crée une filiale congolaise, la Socol-Congo,
1959 6.856,516 qui sera absorbée par Safricas en 1957.
1960 5.945,239 La Cominière abandonnera ses diverses activités à
un nombre de filiales pour devenir, à partir de 1929, une
1961 5.055,687
société à portefeuille. Elle contrôlera une douzaine de
1962 4.402,947 sociétés congolaises et détiendra des participations dans
1963 4.999,017 une quinzaine d’autres.
En 1919, la Cominière fonde la Société commerciale
1964 3.898,763
et minière de l’Uele (Comuele) à laquelle elle fait apport
1965 964,315 de toute son organisation dans cette région. Celle-ci va
1966 3.431,267 surtout s’occuper de commerce de produits oléagineux.
1967 3.440,062
1.1.6. Les chemins de fer vicinaux du Congo, Vicicongo
1968 4.003,562 En 1924 est créée la Société des chemins de fer
vicinaux du Congo, en abréviation Vicicongo. Elle a
Source : Ministère des Mines et des Affaires foncières pour but d’organiser les transports de marchandises et
Industrie minière de la RD Congo. Année 1968, op. cit., p. 17. de personnes dans toute la région des Uele, de l’Ituri
et du Nord-Kivu. Son principal actionnaire privé est la
En 1972, la production de l’Okimo, en régression Société commerciale et minière du Congo (Cominière),
depuis deux ans, en raison de l’épuisement progressif des qui en assume la gestion bien que la Colonie y possède la
réserves connues, atteint 3.255 kg. Elle était de 4.011 kg majorité du capital.
472
en 1971 . En 1925 est entamée la construction d’un chemin de
fer dans l’Uele. Le premier tronçon, d’Aketi à Bondo sur
1.1.5. La Société commerciale une distance de 158 kilomètres, est terminé le 15 mai 1928.
et minière de l’Uele, Comuele Fin 1929 est entamée la construction d’une nouvelle ligne,
La Société commerciale et minière du Congo d’une longueur de 300 kilomètres environ, jusqu’à Zobia,
(Cominière), fondée en 1910 par la Banque Nagelmackers via Buta avec embranchement vers Titule.
et fils et le banquier Josse Allard, a des activités qui Le prolongement de cette ligne vers l’est est prévu afin
s’étendent à presque toutes les régions du Congo, mais de pouvoir desservir la région du Nepoko où la culture
plus particulièrement au Bas-Congo, en Uele, au Kasaï et du coton est prometteuse. En 1937, la ligne est complétée
depuis Paulis jusqu’à Mungbere.
En 1949, le Plan décennal pour le développement
471 Ministère des Mines et des Affaires foncières,
Industrie minière de la RD Congo. Année 1968, économique et social du Congo évoque la question du
document ronéotypé, p. 16, section d’Histoire du prolongement « éventuel » des réseaux des Vicicongo.
Temps présent, document III-243.2. Cela concerne tout d’abord le prolongement d’Aketi vers
472 République du Zaïre, Département des Mines, Bumba :
Industrie minière de la République du Zaïre. Rapport
annuel 1972, Kinshasa, 1973, p. 6.
253
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
« La navigation sur l’Itimbiri est souvent difficile de matériel, acheminé jusque là par le fleuve Congo,
pendant deux ou trois mois de l’année. Pour y remédier l’Itimbiri et le chemin de fer, pour rejoindre ensuite la
il faudrait : - soit améliorer les conditions de navigation frontière soudanaise par la célèbre route royale Congo-
sur cette rivière ; - soit prolonger la ligne des Vicicongo Nil. Dans l’autre direction, les Vicicongo transportent les
jusqu’à Bumba. De ces deux solutions, la première est productions vivrières destinées aux populations du Bas-
indiscutablement la plus économique. Cette solution doit Congo, ainsi que du coton et du caoutchouc, considérés
474
donc être adoptée. Les dépenses qu’elle nécessitera sont comme des matières stratégiques .
473
prévues à la partie des Transports par Eau . » À la fin de la guerre, la situation des Vicicongo est la
suivante :
Deux autres prolongements sont également mis en
discussion : l’un vers le nord-est par Watsa, puis Faradje et « En 1945, les Vicicongo disposaient donc d’une
Aba ; l’autre vers Irumu par le sud-est. L’achèvement de la quarantaine de locomotives à vapeur en état de marche dont
voie ferrée vers Aba à la frontière soudanaise permettrait encore quelques-unes du type “Feldbahn”, ou “Brigade”, des
l’évacuation par Port-Soudan de la production de chemins de fer de campagne de l’armée allemande, vétérans
certaines régions jusqu’alors défavorisées en raison de leur de la Première Guerre mondiale rachetées dans les surplus
éloignement et du coût du transport jusqu’à Matadi. On au lendemain de celle-ci ; en outre, ils utilisaient quelque
espère aussi pouvoir créer de nouvelles zones cotonnières 300 wagons à marchandises dont une bonne partie de
et d’autres exploitations. faible capacité, de 6 à 7 tonnes seulement. D’importantes
Le prolongement vers Irumu devrait permettre la mise dépenses durent alors être effectuées pour renouveler le
en valeur de certaines régions intéressantes du point de vue matériel et réapprovisionner le parc en pièces de rechange,
minier et agricole. Ce parcours complèterait l’ensemble du car une grande partie du matériel roulant avait souffert des
réseau du nord-est de la colonie et diminuerait le prix du transports intensifs durant ces quatre années de guerre.
transport des approvisionnements en matériel et en vivres En 1945 également, les Vicicongo acheminèrent
vers la région minière. La longueur du parcours de Mungbere quelque 69.465 tonnes de vivres et de matériel par le rail
vers Irumu serait d’environ 315 kilomètres par Goa et Nduye. ainsi que 89.123 tonnes par la route. Au lendemain de la
Le coût de la construction de ce prolongement est Deuxième Guerre mondiale, les Vicicongo qui possédaient
cependant estimé trop élevé et l’Administration coloniale des camions, des cars, des camionnettes et des automobiles
lui préférera la construction de deux routes modernes, l’une de tous types, essentiellement de fabrication belge – dont
entre Mungbere et Irumu et l’autre entre Mungbere et Watsa. ceux de la Fabrique nationale connue sous le sigle FN,
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Vicicongo Minerva, Brossel et Bovy Pipe – héritèrent de quelques
participent au transport massif des troupes coloniales et camions Lancia pris à l’armée italienne en Abyssinie et
du matériel militaire vers la frontière orientale où ils seront plus tard de camions américains, provenant des surplus des
acheminés ensuite à travers le Soudan anglo-égyptien vers 475
armées alliées . »
l’Abyssinie. Elles assurent le transport de 30.000 tonnes
de munitions et le montage, dans leurs ateliers de Paulis, Désormais, les Vicicongo vont porter plus d’attention
de 8.479 camions et véhicules militaires de types divers. à leurs activités de transport et céder une partie de leurs
Au commencement des hostilités elles disposaient de 37 hôtels à des particuliers ou à des entreprises indépendantes.
locomotives à vapeur, de 235 wagons à marchandises et de En 1950, elles sont encore en possession d’hôtels à Aketi,
4 voitures à voyageurs ; durant le conflit elles héritent de 75 Buta, Bondo, Titule, dans le Bas-Uele, à Mambasa dans
wagons plats fabriqués aux États-Unis et de locomotives l’Ituri, et à Paulis, Watsa et Nia-Nia, dans le Haut-Uele.
à vapeur livrées pour le compte du ministère britannique À la même époque, le vieillissement du matériel de
de la Guerre. Les camions montés à Paulis sont chargés traction commence à poser de plus en plus de problèmes. Ce
473 Plan décennal pour le développement économique 474 Le Rail au Congo belge, tome III : 1945-1960,
et social du Congo belge, Bruxelles, Les Éditions Bruxelles, Éditions Masoin, p. 280.
De Visscher, 1949, p. 130. 475 Idem, pp. 280-281.
254
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
matériel s’avère insuffisant en nombre et en puissance pour du xxe siècle, les commerçants grecs s’étaient implantés en
assurer un trafic ferroviaire qui augmente annuellement de grand nombre dans le Haut-Uele. Un des premiers Grecs à
plus de 2 %, depuis la fin des hostilités. De plus, la chauffe s’être installé dans le Haut-Uele s’appelait Coumidis Ménélas,
au bois devient de plus en plus coûteuse, en raison du coût né à Chypre en 1886. Il fut tout d’abord au service de diverses
croissant de la main-d’œuvre, d’une part, et de la distance sociétés, de 1902 à 1906 ; puis, il devint adjoint au gérant de la
de plus en plus grande à parcourir du lieu d’abattage vers société d’un autre Grec, Kapatos Angelos, au Soudan de 1907
les postes de stockage, d’autre part. La modernisation de la à 1908, avant d’être le représentant de l’East Africa Company,
traction et le choix d’un autre mode de traction s’imposent. de 1909 à 1914. Ensuite, il s’associa à un autre compatriote,
Le choix se porte sur le diesel. En conséquence, des rails neufs Metaxas Nicolas, de 1915 à 1922 (Metaxas Coumidis & Co).
vont devoir être utilisés. En 1953, les Vicicongo commandent De 1928 à 1933, il fut directeur de la Soguri et travailla pour
477
aux Ateliers métallurgiques à Tubize, devenus entre-temps son propre compte à partir de 1935 .
une division de « La Brugeoise et Nivelles, trois locomotives Aux associés Metaxas et Coumidis installés d’abord
diesel-hydrauliques qui furent livrées en 1955. Mais leur à Aba en 1907, se joignit plus tard un certain Macris.
mise en route connaît des débuts pénibles ». Cockerill livre, Ensemble, ils créèrent l’une des plus grosses sociétés
à partir de juin 1958, une série de sept nouvelles locomotives. commerciales de la Province-Orientale. Quelque 90 % du
En 1957, une commande de quatre locomotives avait encore personnel étaient des Hellènes. En 1924, ils vendirent leur
été passée à la SA Moteurs Moës à Waremme. En 1959, les société à la Société du Haut-Uele et du Nil (Shun). Gérée
Vicicongo disposent de 34 locomotives, dont 20 à vapeur et par des hauts responsables grecs, la société exploitait du
14 au diesel. La vitesse commerciale des trains, qui était de café, de l’ivoire et du coton et elle était également active
12 km/h en 1938 et de 17,5 km/h en 1948, passe en 1959 à dans les transports fluviaux et routiers, dans le tourisme
23,3 km/h. Notons que la voie étant unique, il importait de et l’hôtellerie. Shun possédait notamment des agences à
478
remédier au plus vite aux fréquents déraillements. Il n’y avait, Faradje, Dungu, Niangara, Watsa, Gombari et Wamba .
d’ailleurs, sur le réseau aucune grue montée sur wagon. C’est Parmi les Grecs installés dans le Haut-Uele, un grand
avec des crics, des leviers et des traverses que l’on remettait nombre faisait du commerce général. Certains parvinrent à
tout le matériel sur rail. exploiter des plantations et de petites entreprises agricoles.
Citons en quelques-uns parmi les plus représentatifs :
1.2. LES PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES – la société Socodum de Jean Papadopoulos, dont les
ET LES COMMERCES activités étaient l’exploitation et l’industrie du bois, des
plantations de café, une rizerie, une huilerie à Dungu ;
Le Haut-Uele était connu pour ses petites et moyennes – la société Exploitations forestières et agricoles du Kibali
entreprises et ses commerces florissants. Le guide (Efak) des associés Geracotis Panayiotis et de madame
commercial publié par Geerinckx en 1922 a établi un Irène Geracotis, à Dungu et à Nembia ;
inventaire des maisons de commerce existantes dans – Christos Constantinou : commerce général, transports,
les territoires qui faisaient alors partie du Haut-Uele, au boucherie, savonnerie. Né à Chypre en 1907, il arriva
lendemain de la Première Guerre mondiale. Le territoire à Rungu en 1927 où il travailla pour le compte de
de Gombari, avec les localités de Moto, Moku, Rubi, son cousin. En 1934, il s’installa à son propre compte
Taru, Tongo et Wanga, et celui d’Arebi, avec les localités à Wamba. Par après, il devint fournisseur des agents
d’Abimwa, Arebi, Dibele, Doko et Dila-Watsa, constituent des mines d’or de la Tele et posséda une vingtaine de
476
l’actuel territoire de Watsa (cf. infra). factoreries autour de Wamba ;
À travers le tableau de ces établissements commerciaux – Macris Frères : plantations, huileries, commerce à
(cf. infra) reprenant le nom de la firme, la nationalité du Paulis.
propriétaire, l’objet et la localité, on s’aperçoit qu’en ce début
477 Antippas, G., Pionniers méconnus du Congo belge,
e
476 Geerinckx, J., Guide commercial du Congo belge, 2 Bruxelles, 2007, p. 249.
édition, Bruxelles, 1922, pp. 81-84. 478 Ibidem.
255
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
1) Territoire d’Arebi
Firme Nationalité Objet Localité
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Abimva (camp)
Venessis, Sioutas et Katsambis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Arebi
Cordonnier, A.-A. Belge » Dibele (camp)
Régie industrielle des mines » Mines d’or »
» » » Dila (camp)
» » » Dila-Watsa (camp)
Constantatos Charalambo Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Doko (camp)
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Doko (camp)
» » » Dubele (nouveau camp)
» » » Dubele (vieux camp)
» » » Gumande (camp)
» » » lteri (camp)
» » » Linzi (camp)
Constantatos Charalambo Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Madju (camp)
Papadiamantopulos Cosmas et N. Dascalakis » Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Régie industrielle des mines Belge Mine d’or »
» » » May (camp)
Papadiamantopulos Cosmas et N. Dascalakis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Nandia (camp)
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Nandin (camp)
Venessis, Sioutas et Katsambis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Tabo (camp)
PapadiamantopuIos, Cosmas et N. Dascalakis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Tawa
Venessis, Sioutas et Katsambis » » »
Castanas » Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Watsa
Constantatos Charalambo » » »
Michaelidis » Produits coloniaux, articles pour Noirs »
PapadiamantopuIos, Cosmas et N. Dascalakis » Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Papalascari » » »
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or, administration et direction »
Société coopérative d’alimentation de Watsa » Ravitaillement »
Stagni Italienne Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Van de Kerchove, A. Belge Cultures vivrières (ancienne entreprise Baron de Villenfagne) »
Venessis, Sioutas et Katsambis Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Watsa
» » Cultures vivrières »
Willichs Belge » »
Dascalakis, N. Grecque » Zambula (camp)
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or »
» » » Zeli (camp)
256
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
2) Territoire de Doruma
Firme Nationalité Objet Localité
Antipo Gerasima Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Bangara Bomu
Gillin et Watteyne Belge » »
Ahmed Baran Beloutche » Doruma
Billis, M. Grecque » »
Djambey Beloutche Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Gillis et Watteyne Belge » »
Muzaphar Afghanne » »
Sandi Jiva Hindoue » »
3) Territoire de Dungu
Firme Nationalité Objet Localité
Caravanes, C. (succ. de Djambey) Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Dungu
Cordonnier, A.-A. Belge Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Coutsoukos Grecque » »
Jiveray, P. Hindoue Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Merdin Hindoue » »
Mistrelidis Grecque » »
Susuf Hindoue » »
Cordonnier, A.-A. Belge » Yebu (camp)
Lelos et Neofitu Grecque » »
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or »
4) Territoire de Faradje
Firme Nationalité Objet Localité
Hurlburt Marry Américaine Plantations de café de CTC et de coton Aba
Metaxas et Macris, N. Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs, transports par automobiles »
» » Plantations de café »
Vassili Christou » Produits coloniaux, articles pour Noirs »
» » Exploitation agricole »
Gotzas, A. » Produits coloniaux, articles pour Blancs
et Noirs Faradje
Metaxas et Macris, N.
»
Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs, transports automobiles »
» » Plantations de café »
5) Territoire de Gombari
Firme Nationalité Objet Localité
Argalias Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Gombari
Dewilde Belge » »
Hatom Hindoue » »
Lelos et Neofitou Grecque » »
Michaelidis » » »
257
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
6) Territoire de Niangara
Firme Nationalité Objet Localité
Banque du Congo belge Belge Toutes opérations bancaires Niangara
Coutsoukos Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Niangara
Foscolo Petro Italienne » »
Gillis et Watteyne Belge » »
Kafkalakis P. (succ. de Paizi) Grecque » »
Nicoletto » Produits coloniaux, demi-gros »
7) Territoire de Rungu
Firme Nationalité Objet Localité
Société intertropicale belge Comfina Belge Import, export, articles pour Blancs et Noirs Isiro
Eliades Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Rungu
Société intertropicale Comfina Belge Import, export, articles pour Blancs et Noirs »
Lelos et Neofitou Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Michaelidis » »
»
Philippidis » »
»
Ce long tableau témoigne de l’importante présence des grecque va se renforcer dans les années suivantes au point
Grecs dans le Haut-Uele (50 % des maisons de commerce de devenir le trait caractéristique de l’économie de la région.
du Haut-Uele en 1921 étaient tenues par des Grecs, contre Après l’indépendance du Congo, en 1973, la présence des
40 % par des Belges). En 1958, les Grecs représentaient Grecs servira d’élément catalyseur à la décision du régime
18,5 % des 2.953 Européens présents dans le Haut-Uele ; Mobutu de nationaliser, dans l’ensemble du pays, les
ils représentaient 16,2 % des 454 agents d’entreprises, entreprises appartenant à des étrangers (cf. infra).
479
mais 49,8 % des 409 colons indépendants . La présence
479 Coméliau, Ch., Fonctions économiques et pouvoir Léopoldville, Institut de recherches économiques et
politique. La province de l’Uele en 1963-1964, sociales, 1965 ( ?), pp. 107-108.
258
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
259
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
260
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Source : République du Zaïre, Département des Travaux publics et de l’Aménagement du territoire, Monographie de la région du Haut-Zaïre, op. cit., pp. 43-49.
(3 dans le territoire de Rungu, 5 dans celui de Niangara,
Arachides
1970
4.428
2.279
2.839
4.667
6.248
2.075
22.536
3 dans celui de Wamba, 4 dans ceux de Dungu et 5 dans
celui de Watsa) en activité482.
L’économie du Haut-Uele, qui avait subi un premier
ralentissement lors de la rébellion des Simba de 1964, en
Paddy
1970
10.978
3.986
3.208
2.792
5.129
2.349
28.442
connaîtra un second après les mesures de zaïrianisation de
1973-1974.
Toutefois, il y a lieu de noter que la production de café
Production des principaux produits en 1970, 1971 et 1972 (en tonnes)
en 1973.
1972
133.904
48.230
35.840
39.330
147.300
21.440
426.052
2.LATRANSFORMATIONÉCONOMIQUEDUHAUT-
UELE:DELAZAÏRIANISATIONÀLARÉTROCESSION,
1973-1975483
Manioc
1971
141.324
32.750
35.124
59.415
107.820
21.800
398.233
Wamba
Faradje
Rungu
Watsa
261
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
À ce moment, le Haut-Uele, qui se vante d’être le grenier du Isiro éprouve depuis longtemps un sentiment de
Haut-Zaïre, vit depuis peu de temps la politique du « recours frustration à l’égard de Kisangani. Elle traite le chef-lieu
à l’authenticité ». En 1966, comme toutes les villes du Congo, du Haut-Zaïre d’« usurpateur » de la première place de
le chef-lieu « Paulis » avait été débaptisé et rebaptisé « Isiro ». la province. D’après elle, Kisangani n’est qu’un vulgaire
Quelle est l’origine de ce nom ? Hally Mukimbwa-wa- manutentionnaire de produits dont il n’est pas propriétaire.
Bakimbwanga la révèle dans une série d’articles consacrés Isiro considère comme inadmissible de ne pas encore
à cette ville dans le journal Boyoma en septembre 1973 : avoir sa propre usine de traitement de café et que son café
– le meilleur du pays – soit traité dans des centres qui ne
« Isiro serait l’altération de Osiro. C’est, en effet, sous ce produisent que du café d’une piètre qualité487.
nom que l’on connut le premier Pygmée qui habitait le village Ce sont les Grecs qui sont à l’origine de l’introduction
où se trouve aujourd’hui érigée la ville d’Isiro. Ce Pygmée du café dans le Haut-Uele. Les noms des Helléniques
Osiro, qui s’appelait aussi Bara, était le premier propriétaire associés à ce produit sont, d’ailleurs, bien connus :
485
terrien de l’actuel emplacement de la ville d’Isiro . »
« On cite Kipius et frères comme premiers planteurs
En 1973, « Paulis » ou « Isiro » est un centre commercial et grecs à s’installer à Isiro et à y avoir construit un grand
agro-industriel névralgique, se caractérisant par la présence nombre de maisons. Ils étaient suivis d’autres Grecs
de nombreux grands planteurs de café, tant nationaux notamment Philipides et frères à Rungu […] Proestan,
qu’étrangers. En ce qui concerne le café Robusta, Isiro Constadinos à Wamba ».
488
262
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
263
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
possèdent même leur propre établissement scolaire496. Malgré les quelques efforts faits par le MPR, la crise
D’une part, ils les regardent avec méfiance. D’autre part, est omniprésente. Selon la presse, dans le Haut-Uele,
ils les admirent quelque peu et il n’est pas question du l’occupation dans les centres commerciaux serait toujours
lancement d’une campagne contre les hommes d’affaires des plus satisfaisantes. Là où les plantations ont redémarré,
grecs. D’ailleurs, trois semaines plus tard, un bel article les habitants s’approvisionnent dans des cantines érigées
est consacré à la commémoration, le 28 octobre, par la par la Deuxième République sur ces mêmes plantations.
communauté grecque de leurs frères et sœurs tombés De la sorte, les cantines suppléent aux centres de négoce et
499
pour la sauvegarde de la liberté en Grèce, donnant aux même aux dispensaires abandonnés .
générations futures un exemple typique de nationalisme et On essaie donc de résoudre le problème de
de bravoure. À cette occasion, on rappelle les bons rapports l’approvisionnement, mais également celui de l’exode
commerciaux, économiques et culturels que les Grecs rural. Ayant constaté, dans le Haut-Uele, le départ de
entretiennent avec les autochtones : des ressortissants jeunes vagabonds vers les grands centres, la JMPR tente,
grecs oeuvrent, peut-on lire, depuis de nombreuses années en effet, de leur fournir des possibilités d’occupation viable
au Zaïre où ils ont investi, contribuant de ce fait à l’essor et rétribuée, notamment dans les plantations, qui exigent
497
social et économique du Zaïre . une main-d’œuvre abondante.
Tous les problèmes seront oubliés lors des festivités Revenons à nouveau un instant à la problématique des
e
fastueuses organisées à l’occasion du 7 anniversaire du ressortissants grecs. Ceux-ci sont souvent pointés du doigt
nouveau régime Mobutu. À Isiro, la liesse populaire est dans des affaires de fraude. C’est d’ailleurs la raison pour
grande pendant quatre jours. Les festivités y ont commencé laquelle le président Mobutu en personne va décider de la
le mardi 21 novembre à 18 h par une marche aux flambeaux suppression de la ligne aérienne Isiro-Bunia-Kigali :
organisée à travers la cité Mendambo. Le commissaire
sous-régional Dikitele Bwisi Mabial, tous les membres du « Pendant son séjour à l’Est du pays, le général Mobutu
comité sous-régional et plus de cinq mille militantes et a constaté avec amertume dans les sous-régions de Bas
militants du MPR ont participé à cette marche. Le mercredi et Haut-Uele, qui, à elles seules, produisent près de 50 %
22, le commissaire sous-régional a distribué des vivres aux du café de la République, que des ressortissants grecs se
malades, aux handicapés et aux vieillards. Le jeudi 23, livrent à une fraude systématique de ce produit, puisque
une réception a été offerte aux anciens combattants et aux dans aucune banque installée au Zaïre on ne trouve les
agents et fonctionnaires retraités. Le vendredi 24, c’était produits de leurs ventes. Aussi, le Conseil a-t-il donné
le défilé monstre de toutes les forces vives d’Isiro et, dans instructions au commissaire d’État chargé des Transports
l’après-midi, divers jeux ont été exécutés au stade Mobutu et Communications de supprimer purement et simplement
Sese Seko avec des démonstrations militaires. Les festivités la ligne aérienne qui relie Isiro à Kigali en passant par
se sont clôturées à Isiro, le dimanche 26 novembre, par un 500
Bunia ».
match de foot entre FC Epanza et Nkoy Sport. Celui-ci s’est
498
terminé par la victoire de Nkoy Sport 3 contre 1 . Les Grecs ne sont pas les seuls à être tenus à l’œil.
Les Pakistanais, le sont également. Dans le même article,
on apprend ainsi que le commissaire d’État intérimaire
496 Cette école comptait, avant l’exode des Grecs, environ aux Affaires étrangères a été chargé de convoquer
quatre-vingt enfants. Cf. Kalonda Ndindiki, « Haut-
l’ambassadeur d’Inde (sic) à Kinshasa afin de lui signifier
Uele : la promotion de l’économie engendre le progrès
social », Boyoma, Kisangani, spécial 24 novembre
1975, p. 12. 499 Elenga Mbo, « Sept ans de redressement de la région
497 « Journée du 28 octobre », Boyoma, samedi du Haut-Zaïre », Boyoma, lundi 4 décembre 1972, pp.
28-dimanche 29 octobre 1972, pp. 1 et 3. 2 et 3.
498 Kaloma Gomve Sesenge, « Échos du Haut-Uele : 500 « Suppression de la liaison aérienne Isiro-Kigali
la sous-région du Haut-Uele a fêté avec faste le 7e pour combattre la fraude pratiquée par certains
anniversaire du nouveau régime », Boyoma, jeudi 30 commerçants grecs… », Boyoma, Kisangani, samedi
novembre 1972, p. 3. 10-dimanche 11 novembre 1973, pp. 1-2.
264
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
la désapprobation des autorités zaïroises concernant avec des Zaïrois, la possession d’un capital de 20.000 zaïres
le comportement d’un sujet pakistanais qui avait été suffit à justifier l’exercice du commerce.
complice d’un agent zaïrois du service des douanes, à Les autorités politiques font aussi remarquer que
Birere dans la sous-région de Goma au Kivu, et qui avait parmi les trafiquants étrangers exerçant illégalement dans
fait sortir frauduleusement du Zaïre quatre tonnes d’ivoire le Haut-Zaïre, se trouvent des commerçants dont le visa de
à destination du Rwanda. Ajoutons que, bien que les quatre séjour est périmé, ou qui n’ont tout simplement pas de visa.
tonnes d’ivoire aient été saisies par les autorités rwandaises En effet, bon nombre de commerçants entrent au Zaïre
en vue de leur restitution au trésor national, des sanctions sans passeport par Kigali ou par une autre ville-frontière
exemplaires avaient déjà été prises à l’endroit du citoyen d’un pays voisin.
zaïrois concerné. Un autre problème s’ajoute à cela. De nombreux
Pendant le dernier trimestre de 1973, l’inquiétude et la commerçants se servent de prête-noms zaïrois pour
panique règnent dans les milieux étrangers du Haut-Zaïre exercer leur commerce, sans remplir les conditions
(Province-Orientale). Dans l’édition du 30 novembre de nécessaires. Il est vrai qu’un grand nombre de Zaïrois
Boyoma, le jour où des mesures relatives à la zaïrianisation acceptent, sans scrupule aucun, moyennant des pots de
sont prises, on peut lire, en lettres majuscules, le titre vin, de jouer à l’associé, tout en sachant bien qu’ils n’auront
suivant : « Précisions sur le contrôle des commerçants aucune participation financière dans les sociétés dont ils
501
étrangers dans la région du Haut-Zaïre ». se prévalent.
De quoi s’agit-il ? Apparemment, les autorités L’administration zaïroise se méfie aussi d’une autre
politiques doivent calmer les hommes d’affaires d’origine catégorie d’hommes d’affaires étrangers :
étrangère. Elles essaient d’expliquer que contrairement
aux bruits les plus « fantaisistes » qui circuleraient dans « Que dire, enfin, de ces étrangers apatrides,
les milieux commerçants étrangers, relatifs au contrôle internationaux par nécessité, aventuriers par goût, qui
que devaient effectuer les services de sécurité dans toute se faufilent dans de nombreuses villes zaïroises sans
l’étendue du Haut-Zaïre, ce contrôle ne vise pas à inquiéter occupations précises, pratiquant à souhait l’art de vivre
ou importuner inutilement les commerçants étrangers désoeuvrés tout en profitant de l’hospitalité de leurs
établis dans la région. Outre le recensement annuel pour 503
congénères et leurs compatriotes . »
des raisons de statistiques, chaque pays a, prétendent-elles,
l’obligation de procéder à un contrôle périodique sur tous Voilà toutes les raisons que les autorités politiques
les secteurs de la vie nationale. Ce contrôle permettrait aux avancent pour expliquer l’urgence de ce contrôle vigoureux
autorités de déterminer le nombre exact de commerçants des commerçants étrangers.
étrangers exerçant « illégalement » dans la région du Haut- Bref, même après l’échec de la nouvelle politique
502
Zaïre . économique devant mener à « l’indépendance économique »
Les services de sécurité sont donc passés à la chasse du Zaïre, on peut encore lire dans la presse, en avril 1975,
aux commerçants étrangers « illégaux ». Il s’agit de qu’il était grand temps, en effet, de mettre fin à l’exploitation
commerçants qui ne remplissaient pas les conditions éhontée des richesses zaïroises par les étrangers, et
exigées pour ce genre d’activités. Ces hommes d’affaires d’instaurer par la même occasion une ère nouvelle, celle de
sont obligés de justifier qu’ils possèdent un capital de la reconstruction économique du pays par ses propres fils.
50.000 zaïres, à l’exclusion de diverses taxes et quantités Mais malheureusement, continue-t-on, il s’est avéré que des
d’autres formalités qu’ils ont à respecter. Pour les nouveaux maîtres, tous zaïrois, inexpérimentés, imbus de
établissements commerciaux mixtes, c’est-à-dire ceux dont l’esprit de lucre et poussés de surcroît au libertinage, n’ont pu
les propriétaires sont des étrangers, mais en association valablement gérer les affaires qui leur avaient été confiées.
Ce fut peut-être l’une des raisons de la rupture totale des
501 « Précisions sur le contrôle des commerçants stocks de marchandises dans les magasins de la ville de
étrangers dans la région du Haut-Zaïre », Boyoma, Kisangani et de la région du Haut-Zaïre. Les maisons
Kisangani, vendredi 30 novembre 1973, pp. 1 et 2.
502 Idem, p. 1. 503 Idem, p. 2.
265
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
de commerce, naguère achalandées, en furent réduites à doit être désormais reconnu au peuple zaïrois. Ainsi,
exposer à l’intention de leur clientèle les rares produits précise-t-il, une remise et reprise sera effectuée entre les
disponibles, généralement du papier hygiénique et de la planteurs étrangers et les citoyens zaïrois « capables » qui
504
purée de tomates . seront désignés. Ces derniers indemniseront les anciens
propriétaires pendant une période de dix ans, sous le
contrôle de l’État. Il dit explicitement :
2.2. LES MESURES DU 30 NOVEMBRE 1973
« Nous n’allons pas nationaliser les biens étrangers […]
er
Les titres des journaux du week-end du samedi 1 et Nous allons confier, dans l’ordre et la discipline, les biens
du dimanche 2 décembre 1973 ne laissent aucun doute : réquisitionnés aux Zaïrois capables afin que nous devenions
« Le général Mobutu décide de mettre définitivement fin 506
maîtres chez nous . »
à l’exploitation économique du peuple zaïrois ». Dans des
lettres moins majuscules, la presse annonce qu’au stade du Le président évoque aussi les raisons pour lesquelles
20 mai à Kinshasa, le « Guide suprême » a également exigé cette zaïrianisation est nécessaire :
des employeurs zaïrois humanité envers leur personnel
autochtone. « Plus d’une fois, nous avons signalé le sabotage
Dans son discours, Mobutu annonce qu’il a pris des économique d’une certaine catégorie d’étrangers. Nous
décisions de politique économique en vue de rendre le avons pris des mesures contre les fraudeurs des pierres
Zaïrois l’ultime responsable du sol de ses ancêtres et qu’en précieuses. Nous croyions que toutes ces mesures suffisaient
application de la loi foncière, désormais les élevages, les pour dissuader les autres de continuer à saigner l’économie
plantations du café, de thé, de quinquina, les carrières, les de notre pays. Mais, hélas, il n’en est rien, car il se crée de
concessions, le petit commerce, les agences immobilières véritables contrebandes pour frauder à l’État du Zaïre de
ne seront plus exploités par les étrangers. Mais, ajoute-t- l’ivoire, de l’or et de la cassitérite par les Pakistanais, au
il, cette récupération de biens se fera dans le respect de la Haut-Zaïre, le café par les Grecs, au Bas-Zaïre, de l’huile de
propriété d’autrui, parce qu’une indemnisation équitable 507
palme par les Portugais . »
au profit des anciens propriétaires se fera dans dix ans sous
505
le contrôle de l’État . Un peu plus loin dans son discours, le président
C’est l’indépendance économique totale que Mobutu Mobutu se demande encore si certains étrangers, qui
envisage. Il va stigmatiser l’hémorragie financière dont les étaient bien accueillis au Zaïre trouvaient décent d’abuser
Zaïrois ont souffert de la part de certains sujets étrangers de l’hospitalité zaïroise en pillant systématiquement le
qui exploitent des plantations de café, de thé, d’hévéa, pays d’accueil.
de cacao… au développement desquelles travaillent Boyoma indique alors que tous les étrangers, comme
durement les Zaïrois qui continuent à croupir dans la les Pakistanais et les Portugais, dont le séjour est interdit
misère, marchant pieds nus pendant que leurs employeurs dans certaines régions citées dans le discours présidentiel,
étrangers transfèrent chez eux des sommes exorbitantes. ne seront pas expulsés du Zaïre, mais qu’ils pourront
Alors, il réaffirme que cette exploitation du Zaïrois par s’établir dans d’autres régions de leur choix et cela après la
l’étranger doit cesser, quoi qu’il arrive et quoi qu’il en cérémonie de remise et reprise de leurs biens meubles et
508
coûte, et que le monopole des plantations par exemple immeubles avec les Zaïrois capables .
266
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Un arrêté portant la date du 1er décembre 1973 va pas manqué de glisser dans le creux de l’oreille de ses
sommer les étrangers exerçant le petit commerce de ressortissants que le Zaïre de Mobutu différait en tous
liquider leurs stocks de marchandises dans un délai de six points de vue du défunt Congo de papa et qu’ils ne
510
mois. L’importation et la distribution (même de produits pouvaient espérer un miracle de dernière minute . »
locaux) des matériaux de construction, des tissus Wax et
synthétiques en gros, des chaussures, des boissons, des Il semble évident que la Grèce n’était pas disposée à
appareils électriques et électroménagers, du sucre, de provoquer une crise diplomatique avec le Zaïre à cause
la farine de froment et de maïs, des tabacs et cigarettes de la zaïrianisation. L’ambassadeur grec fit comprendre à
en gros, des meubles, du riz, des allumettes, des savons, ses compatriotes que les temps avaient changé.
détergents, huiles de table et margarines seront désormais Le régime zaïrois va tout faire pour couper tout
er
réservées exclusivement aux Zaïrois (article 1 ). Même lien entre les anciens propriétaires et les nouveaux
l’exploitation des stations-service d’essence sera interdite acquéreurs, ou entre les anciennes maisons-mères
aux étrangers .
509
et leurs filiales zaïroises. Vers la fin juin 1974, le
L’objectif de Mobutu ne peut pas être plus clair, il veut gouvernement (conseil exécutif) attirera l’attention
écarter les « étrangers » des leviers économiques du pays. des Zaïrois, comme des étrangers, sur le fait qu’il n’est
Dès lors, il deviendra très difficile d’engager encore des plus question que des anciens administrateurs délégués
travailleurs et des cadres expatriés : étrangers, représentant des maisons-mères, fassent
encore des va-et-vient au Zaïre, puisqu’ils n’avaient plus
« J’ai attiré l’attention des responsables des rien à voir avec les affaires zaïrianisées – en application
entreprises privées sur l’urgence de la zaïrianisation de des mesures économiques du 30 novembre dernier –
leurs cadres. En même temps, j’ai interdit le recrutement reprises par « les fils authentiques » du pays. Dans la
de tout étranger sans avis préalable d’une commission même foulée, le gouvernement décide de mettre fin
d’emploi dont j’ai décidé la création […] J’ai pris à l’exercice, au Zaïre, des consuls « commerçants »,
certaines mesures contre une catégorie d’étrangers qui hommes d’affaires, exception faite pour les consuls de
511
s’étaient spécialisés dans la fraude et le vol des richesses carrière .
nationales. »
On ne peut nier que les hommes d’affaires étrangers 2.3. LES NOUVEAUX ACQUÉREURS ZAÏROIS
aient alors connu des journées sombres. D’autant qu’ils
n’obtinrent aucun soutien de leur pays d’origine, qui ne réagit La question qui se pose est celle de savoir qui sont les
pas. Ainsi, l’ambassadeur de Grèce à Kinshasa se rendant à nouveaux acquéreurs des biens zaïrianisés dans le Haut-
Isiro dans le cadre de cette zaïrianisation, en avril 1974, n’a- Uele. Leur désignation prendra un certain de temps. Lors
t-il même pas brandi le poing, selon le récit de Boyoma : d’un voyage effectué dans le Haut-Uele à la fin du mois
de février 1973, une délégation de l’Office national du
« Isiro, pour ceux qui ne le savaient pas, est le coin du café procède à la désignation des nationaux à la tête des
Haut-Zaïre qui rassemble le plus de Grecs possible. Et à entreprises frappées par les mesures du 30 novembre. Des
ce point – à l’allure où allaient les choses – il risquait de séances de travail ont été organisées avec les planteurs
512
supplanter la ville authentiquement grecque d’Athènes. étrangers .
L’ambassadeur grec au Zaïre qui est “au parfum” n’a
267
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Une semaine plus tard, Kibibi wa Lukinda, le qui, très souvent, sont « plus bavards dans des bars et dans
513
commissaire sous-régional du Haut-Uele, informe que la des restaurants ». Si de l’ensemble de ces situations vécues
plupart des acquéreurs ne sont pas encore présents et que, par toutes ces couches de l’opinion publique apparaît une
sur plus de soixante retenus, dix seulement ont déjà leurs certaine lueur d’espoir quant aux chances de succès ou de
lettres d’attribution. Les noms des nouveaux propriétaires réussite de chacun, il convient toutefois, à son avis, de se
514 517
seront rendus publics prochainement dans la presse . garder de tout optimisme béat .
Lors de ces réunions divers problèmes ont été L’enjeu économique du Haut-Uele s’est joué en quelques
abordés : 1) le problème relatif aux magasins qui ont des mois. Pour se faire une idée de ce que représentent ses
affinités avec une plantation ; 2) les problèmes relatifs à potentialités économiques, Solomo Betua cite quelques
l’approvisionnement des magasins des enfants mulâtres chiffres : 1) la province du Haut-Zaïre (avec ses quatre
515
devant hériter des biens de leurs pères . districts) totalise environ 922 plantations pour un total
Au début du mois d’avril 1974, le commissaire de la de 150.076 ha ou 103.674.33 ha de café, 38.336.50 ha de
région du Haut-Zaïre, Asumani Busanya Lukili, est en palmiers, 7.180.25 ha d’hévéas, 733 ha de quinquina et
mission à Isiro où il réunit les membres du comité sous- 152 ha de cacao ; 2) les deux districts de l’Uele (Bas et
régional du MPR, les représentants de la société Socituri, Haut-Uele) comptent 449 plantations ; 3) le Haut-Uele à
des banques, de l’Office national du café… Les discussions lui seul en compte 272.
portent sur : 1) les problèmes que rencontre la Socituri Solomo Betua raconte, tout d’abord, sa visite aux
dans ses activités ; 2) les mouvements bancaires après établissements Famy à Isiro. D’après les dires du préposé,
l’acquisition par les Zaïrois des maisons commerciales ; 3) c’était l’unique maison de la place spécialisée dans la vente et la
la création, par l’Office national du café, d’une commission commercialisation de fournitures de bureau et d’autres articles
polyvalente chargée de procéder à la remise-reprise des de luxe. Devant l’étonnement du journaliste à la vue de rayons
plantations dans les Uele ; 4) les difficultés quant au partage vides, celui-ci révèle que la propriétaire de l’établissement est
des fonds en banque entre les acquéreurs des maisons partie à Kinshasa depuis trois mois aux fins de s’approvisionner.
de commerce ayant eu une relation quelconque avec les De même, devant les portes closes du Frigo de l’Uele, le « Dépôt
plantations actuelles gérées par l’Office national du café ; de poissons frais et salés », il ne décèle la présence, sur les rayons
5) les ennuis que connaissent les gérants des usines à cause vides, d’aucun poisson, frais ou salé518.
du manque de carburant ; 6) des fraudes constatées dans le Solomo Betua fait également des expériences plus
paiement de la main-d’œuvre, ainsi que sur les premières heureuses. En franchissant les portes de la Maison
difficultés lors de la cession des signatures pour le retrait Makangila, il est surpris de la quantité de marchandises
516
des fonds en banque… . exposées à l’intention de la clientèle. Le gérant lui fait
Quelle est la situation sur le terrain ? Le reporter visiter les divers hangars où sont entreposées des piles
Solomo Betua, du journal Boyoma, fait, au début de juillet de marchandises nouvellement commandées, selon ses
1974, une tournée dans les deux sous-régions de l’Uele, au dires. Le journaliste reste cependant sceptique quant à la
cours de laquelle il assiste, non seulement à des réunions, provenance éventuelle de toutes ces marchandises, croyant
mais aussi à des entretiens avec de nouveaux acquéreurs qu’elles peuvent être le reliquat des stocks laissés par l’ancien
propriétaire. Mais il n’en est rien. Quand il se présente à
513 Nouvelle appellation du commissaire de district suite nouveau à la Maison Makangila dans la soirée, aux heures
aux mesures de l’« Authenticité ».
de fermeture, il peut assister aux opérations de clôture et
514 Cette liste n’a malheureusement pas été publiée.
découvre une pile de billets de banque alignés sur le bureau
515 « Le commissaire de région assistant a tenu une
séance de travail avec le comité sous-régional du
Haut-Uele », Boyoma, Kisangani, mercredi 13 mars 517 Solomo Betua, « Impressions de voyage après
1974, p. 3. une tournée dans les Ueles », Boyoma, Kisangani,
516 « En marge de la mission du commissaire de région mercredi 10 juillet 1974, pp. 1 et 2.
à Isiro : création dans les Ueles d’une commission 518 Solomo Betua, « Impressions de voyage après une
polyvalente de remise et reprise des plantations », tournée dans les Ueles », Boyoma, Kisangani, jeudi 11
Boyoma, Kisangani, jeudi 11 avril 1974, pp. 1 et 2. juillet 1974, p. 1.
268
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
269
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Prosper Madrandele Tanzi, directeur politique du MPR. (Photo fournie par la famille à l’équipe en 2011.)
270
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
271
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
En tout cas, en ce début 1975, la situation sanitaire, obligés de ramasser des feuilles dans la forêt et de dormir
530
sociale et économique est toujours inquiétante. À Faradje, sur le feuillage .
une épidémie ravage le bétail et on craint qu’elle puisse Certaines parties du Haut-Uele souffrent, en outre,
atteindre aussi les hommes. Il s’agit du « charbon », une d’autres problèmes : la « criminalité » et la dénatalité. Le
maladie qui « ne pardonne pas » et dont on distingue problème de l’alcoolisme et de la criminalité apparaît
deux espèces cliniques : le charbon local et le charbon essentiellement dans les territoires de Dungu et de Faradje
septicémique. Pire encore, les maladies vénériennes se caractérisés par une abondante consommation de boissons
sont répandues sur toute l’étendue du Haut-Uele. Des alcooliques indigènes appelées kaikpo ou angwalo. On y
efforts ont été réalisés pour endiguer ce fléau, notamment produit même une espèce d’arak sous forme de poudre.
à Watsa où les victimes reçoivent les soins gratuitement, Parmi les conséquences de l’alcoolisme, on cible la
tandis qu’ailleurs on fait du porte-à-porte pour soigner les recrudescence des meurtres par empoisonnement et des
malades. La syphilis ravage les alentours de Yangala près assassinats ; les prisons de Kisangani comptent plusieurs
531
de Niangara. Le Haut-Uele connaît par ailleurs d’autres prévenus venant du Haut-Uele poursuivis pour homicide .
maladies endémiques : la filariose, la malaria, la verminose Dans un reportage, un journaliste de Boyoma écrit :
et la bilharziose. Très périodiquement, on observe aussi
des épidémies de grippe, de varicelle, de méningite et de « Deux zones de la sous-région du Haut-Uele se
528
rougeole . distinguent par le nombre plus élevé d’assassinats. On a
Des mesures préventives ont été prises, mais c’est peine toujours essayé de savoir pourquoi les populations de ces
perdue, pour diverses raisons. En premier lieu, le nombre deux zones sont si agressives. Souvent on attribue la cause
de médecins est insuffisant pour une population estimée à à la consommation abusive de l’arak, l’alcool local. Le
quelque 648.000 habitants : treize médecins, dont trois sont commissaire de région a rappelé aux populations de ces
sur le point de quitter le Haut-Uele, pour douze hôpitaux deux zones les mesures prévues pour les cas d’assassinat. Il
et cent trente-huit centres médicaux. En deuxième lieu, a souligné que quiconque tuera, sera pendu publiquement
des autorités locales « incompétentes » se sont livrées à une fois son jugement rendu et ce sera dans la localité où
des interventions parfois malencontreuses. C’est ainsi il a tué que la pendaison aura lieu. Les autorités de zone
que l’administrateur de territoire de Niangara a libéré de leur côté doivent prendre des mesures pour interdire
les malades syphilitiques mis en observation médicale. la fabrication de l’alcool dans leurs zones respectives. Le
Troisièmement, le quota de produits pharmaceutiques commissaire de région a dû rencontrer les dirigeants de la
alloué aux hôpitaux du Haut-Uele est insuffisant. Ajoutez brasserie d’Isiro auxquels il a demandé l’augmentation de la
à cela le manque de mesures pour assurer la sécurité du production de la bière. On croit que seule l’augmentation
transport des médicaments : le peu que la pharmacie de la production de la bière pourra peut-être arrêter la
centrale de Kinshasa envoie à Isiro, le centre de distribution, consommation de kaikpo. On a en effet remarqué la rareté
n’arrive généralement pas à bon port, parce qu’il a été volé de la bière locale sur le marché532. »
529
en cours de route .
L’infrastructure médicale s’est sérieusement détériorée. Le territoire de Niangara est, quant à lui, confronté au
Il y a lieu de parler ici de la léproserie de Pawa, située à problème de la dénatalité. Ce fléau est attribué, toujours
trente-quatre kilomètres d’Isiro. Celle-ci avait été fondée selon la presse, aux mariages de jeunes gens avec des
à l’époque coloniale par la Croix-Rouge et pouvait
530 « Qui sauvera la léproserie de Pawa où le feuillage
compter sur l’aide de léprologues et de personnel infirmier
remplace le lit des malades ? », Boyoma, Kisangani,
étrangers. Au début de 1975, les lépreux se voient déjà
vendredi 16 avril 1975, p. 3.
531 Kalonda Ndindiki, « Je reviens du Haut-Uele, le
528 « Le Haut-Uele politique, social et économique tel “pays” de l’or vert », Boyoma, Kisangani, lundi 6
qu’il se présente aujourd’hui : 2. le bien-être social octobre 1975, p. 2.
de la population », Boyoma, Kisangani, mercredi 26 532 « Le Haut-Uele politique, social et économique tel
février 1975, p. 4. qu’il se présente aujourd’hui : 2. le bien-être social de
529 Ibidem. la population », art. cit., p. 4.
272
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
vieilles femmes de cinquante à soixante ans ou vice versa. dernier 40.000 cartons de savon destinés au marché de
C’est, d’ailleurs, le territoire le moins peuplé du Haut-Uele. la cité d’Isiro se sont volatilisés, sans laisser de traces
La liste des problèmes du Haut-Uele ne s’arrête malgré l’intervention de l’autorité sous-régionale pour
534
cependant pas là : les pensionnés tant militaires que civils tirer au clair la situation ».
ne touchent plus leurs maigres pensions depuis longtemps ; Un autre cas est celui de l’Unibra-Isiro. Cette société
comme dans tant de villes du pays, à Isiro on trouve à emploie 350 ouvriers, vingt-deux agents congolais de
peine quelques maisons à louer et les fonctionnaires cadre et sept expatriés. En octobre 1975, elle produit
sont par conséquent condamnés à bivouaquer à l’hôtel ; journellement plus de 450 hl de bière Makasi, soit
le chômage sévit ; les prix flambent. Pour mettre fin à l’équivalent de 4.500 casiers. Or sa production connaît une
cette flambée, l’État décidera d’ailleurs de reprendre tout baisse depuis quelques mois : elle a diminué de plus de la
le circuit du commerce de distribution et d’imposer lui- moitié et ne satisfait qu’aux 2/5 la demande. Quelle en est
même les prix aux détaillants, espérant que de cette la cause ?
manière les vendeuses du marché baisseraient aussi le prix
des marchandises courantes. « L’Unibra-Isiro est handicapée par le problème
Les mesures de radicalisation ne donnent cependant de manque de bouteilles vides, “vidanges” en termes
pas non plus de nouvel élan à l’économie zaïroise en populaires. Plusieurs bouteilles vides de Makasi se
chute libre. Prenons l’exemple de la société Socituri, retrouvent, en effet, au Soudan où les trafiquants, sans cesse
rebaptisée Celza (Cultures et Élevages du Zaïre) lors en grand nombre, en raison de l’éloignement du bureau
de la zaïrianisation, qui possédait plusieurs activités zaïrois des douanes d’Aba de la frontière artificielle « the no
à Isiro. Cette importante unité agro-industrielle était man’s land », écoulent la bière Makasi à des prix fous. On
ravitaillée en huile de palme par des huileries locales dit même que c’est de l’or. Puisque avec quelques casiers on
et en soude caustique par l’étranger pour la fabrication 535
peut faire fortune . »
du savon. Elle s’occupait aussi de matières plastiques,
suivant les commandes des particuliers et les possibilités Un dernier exemple est celui de l’Onafitex, l’Office
d’approvisionnement en matières premières. C’était une national des fibres textiles. Le Haut-Uele était une
entreprise qui employait 780 Congolais, dont quatre importante région cotonnière, comprenant vingt-deux
agents de cadre, sept de maîtrise et neuf expatriés. Mais à postes-usines répartis dans six territoires. L’Onafitex
la fin de 1975, sa production se trouve limitée à cause de avait repris l’actif et le passif des anciennes compagnies
533
l’insuffisance du stock de soude caustique . cotonnières du pays. En octobre 1975, le bureau d’Isiro se
Celza a l’ambition d’augmenter sa production plaint cependant de ne recevoir que de manière irrégulière
de savon. Pour cette raison, elle a fait venir une les fonds nécessaires au financement du marché du coton.
boudineuse, une chaîne de fabrique de savon qu’elle Cela décourage les cultivateurs de coton et il craint des
536
compte installer le plus vite possible afin de tripler la conséquences négatives pour cette activité agricole .
production. Pourtant, curieusement, il est difficile Mais le non-achat du coton depuis quelques années n’est
de trouver les produits Celza dans les magasins de la pas l’unique problème. Parmi d’autres causes majeures
ville d’Isiro même. Et si l’on en trouve, c’est à des prix de la régression, il y a le retard prolongé des semis, causé
exorbitants. Pourquoi ? Cette société compte trente- par la distribution tardive des semences aux cultivateurs,
six dépositaires – visibles et invisibles – dans le Haut- la diminution des emblavures et la vieillesse des usines
Uele, mais ceux-ci « se livrent depuis un certain temps d’égrainage du coton dans la région.
à des spéculations les plus économiquement criminelles
[…] les dépositaires invisibles détournent purement et
simplement les quotas destinés à certaines sous-régions
pour d’autres localités lointaines. Au mois de juillet 534 Ibidem.
535 Kalonda Ndindiki, « Je reviens du Haut-Uele, le
533 Kalonda Ndindiki, « Je reviens du Haut-Uele, le “pays” de l’or vert », art. cit., p. 2.
“pays” de l’or vert », art. cit., p. 3. 536 Idem, pp. 2 et 6.
273
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
274
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
Après 1974, l’ensemble des cultures commercialisées Principales productions du Haut-Uele et part
connut une chute spectaculaire. de celles-ci dans la production de la Province-Orientale
La production des Uele transportée vers Bumba entre 1990 et 1994
et Kinshasa à la fin des années 1980 était très faible et
concernait, en majorité, des produits à très faible valeur Tonnes/an % dans la production de la
ajoutée (manioc, bananes, paddy). Province-Orientale
Entre 1981 et 1985, le Haut-Uele produisait, comme Paddy 44.942,6 39,4
le montre le tableau suivant, dans le cadre de la Province- Arachides 42.948,6 43,6
Orientale, 38 % de la production totale de café ; 22 % Banane 100.903 16,9
de la production de paddy de la province ; 21 % de celle Manioc 593.346,6 22,2
d’arachide; 20 % de celle de coton ; 20 % de celle des Maïs 24.204,4 29,9
bananes, 18 % de celle d’huile de palme. Pour le manioc et Haricot 778,2 1,4
le maïs, la part du Haut-Uele était de 10 % et 9 %, mais les Café 12.000 -
sources ne précisent pas la quantité de la production à la
540
base de ce calcul . Source : République démocratique du Congo, Ministères de
l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et
Principales pductions du Haut-Uele et part de l’Environnement, Conservation de la nature, Forêts et Pêche,
de celles-ci dans la production de la Province-Orientale Monographie de la Province-Orientale, Kinshasa, PNUD/UNOPS,
entre 1981 et 1985 Programme national de relance du secteur agricole et rural
(PNSAR) 1997-2001, 10/1998, pp. 65-67.
Tonnes/an % dans la production de la
Province-Orientale Le territoire de Dungu est en tête pour la production
Paddy 20.000 22 d’arachide et en deuxième position pour celle de manioc,
Arachides 11.000 21 de bananes, de maïs et de paddy. Le territoire de Wamba
Banane 93.000 20 se classe en première position pour quatre productions :
Café 26.000 38 le café, le manioc, le paddy et la banane ; il occupe la
Coton 2.181 20 seconde place en ce qui concerne l’arachide. Les quatre
Huile de palme 5.000 18 autres territoires du Haut-Uele (Watsa, Faradje, Niangara
et Rungu) ont des productions modestes.
Sources : Étude régionale pour la planification agricole réalisée par le Le territoire de Rungu est réputé pour la qualité de
Service d’études et de planification du Département de l’Agriculture ses sols, mais seule la culture du café y prédomine. Isiro,
et du Développement rural et par le projet Pragma, mars 1987. le chef-lieu du Haut-Uele s’approvisionne en produits
vivriers surtout depuis les territoires de Wamba au sud et
de Dungu au nord.
Les différents types de culture et d’élevage sont détaillés
ci-dessous. Les données relatives aux productions agricoles
qui sont présentées, communiquées par les autorités
administratives, doivent être prises avec précaution. Elles
sont en effet généralement sous-évaluées, la population
étant réticente, pour des raisons fiscales, à déclarer de
manière précise ses productions ou son cheptel.
275
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
3.1. LES CULTURES PÉRENNES derrière les cases des paysans après les attaques de
trachéomycose et l’abandon des plantations industrielles.
543
Ce sont des cultures de rente : le café, le coton et l’huile La production a évolué comme suit :
de palme.
Année Tonnes
3.1.1. Le café 1990 16.170
Depuis la période coloniale, le café Robusta a été
1991 11.970
la principale culture de rente du Haut-Uele. Celui-ci
comptait de grandes plantations, pouvant atteindre 2.500 1992 12.634
ha. Mais celles-ci furent presque toutes abandonnées après 1993 9.630
la zaïrianisation de 1973. À présent, la plus grande partie
de la production est le fait de paysans ou de petites et Les années 1990 et 2000 ont vu la situation
moyennes entreprises d’envrion 100 ha. sociopolitique et économique du pays se dégrader ; celle
De 44.000 tonnes de café en 1974 pour les deux Uele, du Haut-Uele s’est également aggravée, étant donné son
la production à la fin des années 1980 est tombée à 12.000 éloignement de Kinshasa et des villes importantes, mais
541
tonnes . surtout parce qu’elle est entrée dans la zone d’occupation
Au milieu des années 1980, le café du Haut-Uele a des rébellions. La production du café s’est elle aussi
beaucoup perdu de sa qualité. Certaines pratiques sont considérablement dégradée.
à l’origine de cette situation. D’une part, le manque de Actuellement, de nombreuses plantations de café dans
liquidités a poussé les paysans, lorsqu’ils en avaient la Haut-Uele n’ont plus été renouvelées depuis les années
l’opportunité, à vendre leur café avant l’ouverture de la 1950. Les caféiers de la région sont donc vieux. En outre,
campagne d’achat, à une époque donc où les grains ne sont les paysans ne consacrent souvent que quelques pieds
pas complètement mûrs. Cela a accru le vieillissement des à la culture du café. Mentionnons enfin, des difficultés
caféiers, a entraîné une diminution de la production et d’évacuation de la production, la résurgence d’une
entraînera, à terme, la baisse globale de la qualité du café maladie, la trachéomycose, dans le Nord-Est du Congo, et
de la région. l’absence d’encadrement et d’appui technique et financier
D’autre part, au cours des années 1980, les sociétés aux paysans .
544
276
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
d’environ 192 ha) de Mr Salis, Giki de Mr Erico (100 ha), exploitations sont des cas qui démontrent l’espoir du secteur
Masangwa (320 ha) de Mr Matiodakis, Socodia (550 ha) de et qui doivent inspirer d’autres producteurs caféiers. Ces
Mr Marmas, dans la zone de Watsa à Mungbere. La même plantations sont entretenues normalement et régulièrement.
situation est constatée dans les plantations visitées à Rungu, Au niveau des exploitations familiales, les situations
Isiro... totalement abandonnées par leurs propriétaires. Il sont variables et dépendent de la perception globale
faut signaler que la grande difficulté que connaissent les des caféiculteurs. Ceux qui ont maintenu une attitude
planteurs des grandes étendues est la carence de la main- positive entretiennent leurs plantations pour maintenir
d’œuvre, devenue rare et/ou très coûteuse. Elle entraîne la production et les actions phytotechniques sont menées
la non-exécution des pratiques culturales courantes dans à volonté et avec une certaine rigueur et ce, en fonction
presque toutes les grandes unités agro-industrielles. naturellement des moyens disponibles. […] D’autres
Certains exploitants, en dépit de toutes les difficultés complètement déçus […] par la baisse des revenus du café,
conjoncturelles du moment, conduisent normalement leurs n’ont aucune intention de continuer avec la caféiculture et
545
plantations. C’est la cas des plantations Mopepe, propriété ne s’adonnent pas à l’entretien de leurs plantations . »
de Mr Jean De Strooper, chefferie Timoniko, groupement
Bamako, territoire de Wamba ; plantations Plambeka de Le tableau ci-après reprend les données relatives à la
Betongwe, territoire de Wamba ; plantations Yani à 40 km de production de café en 2007.
Mungbere sur l’axe Gombari dans le territoire de Watsa. Ces
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
277
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Nom du client ou
Société
Campagne 1994/95 1995/96 1996/97 1998/99 1999/2000 2000/01 2001/02 2004/05 2005/06
Afidiz 18.117 26.580
Plantation Matando 40.020
Beltexco 158.776 105.479 59.966 60.000
Cdt Mugeni 5.100
Gpe ougandais État major 7.020
Gpe ougandais Sicotra 22.020
Gpe ougandais ex Bata 10.020
Gpe ougandais Isiro Maputa 52.210
Destroper 40.000
Éts Talangai 4.480 1.320
Mson Mbanga 40.000 17.280
Mson Egate 10.200
Mr Bekabisiya 8.000
Éts Katsuva 4.800
Éts Madamu 7.200
Mson Mobele 9.500
Soprocopiv 28.529
Ets Kasusula 872
Carioca 37.000
Éts Araba 5.900
Acheteurs divers 34.598 78.422 39.011 26.885 6.800
Total 185.947 255.208 340.121 223.901 80.611 43.585 96.167 102.900
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
En 2007, les sociétés actives dans l’achat et l’exportation de et de vente du coton. Dès 1975, cependant, comme
la production sont : Afidiz, la plantation Matando, Beltexco, mentionné en page 273, le manque de moyens financiers
le Commandant Mugeni, le Groupe ougandais État Major, le et de camions de l’Onafitex, couplé à l’état désastreux des
Groupe ougandais Sicotra, le Groupe ougandais Ex Bata, le routes, ponts et bacs font que celui-ci distribue les graines
Groupe ougandais Isiro Maputa, Destroper, les Éts Talangai, trop tardivement ou ne parvient pas à acheter toute leur
la Maison Mbanga, la Maison Egate, Monsieur Bekabisiya, production aux cultivateurs. Cette situation provoque
les Éts Katsuva, les Éts Madamu, la Maison Mobele, la une baisse de la production, à cause de la mévente. La
Soprocopiv, les Éts Kasusula, Carioca et les Éts Araba. production cotonnière atteint, en 1976, un peu plus de
2.000 tonnes en territoires de Dungu et de Wamba, et
546
3.1.2. Le coton entre 1.000 et 2.000 tonnes dans les autres territoires .
L’Onafitex, qui avait été créé le 12 août 1971, était
chargé de livrer leurs graines de coton aux petits planteurs 546 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
et d’organiser la commercialisation de leur production, mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, Fonds Benoît
très sensible à l’efficacité du système de commercialisation. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du
L’Onafitex disposait du monopole d’achat, de traitement Temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale,
p. 23 et carte de la production cotonnière en annexe.
278
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
En 1987, la production de coton est de l’ordre de 2.500 en 1987. D’ailleurs, le très faible tonnage d’huile de palme
tonnes. produit à la fin des années 1980 n’était rendu possible que
En 1988, une société cotonnière, la Compagnie de par l’usage de presses manuelles dont le rendement était très
développement du Nord (Codenor), est créée dans le faible (de 6 à 10 % d’huile contre 20 % et plus pour les presses
Haut-Uele. La Codenord est une entreprise mixte créée des huileries modernes). À noter que la faiblesse des prix
par l’ordonnance présidentielle n° 88/013 du 2 mars 1988. pratiqués n’encourageait pas les paysans à produire davantage,
548
Elle est composée de la Sotexki (37,5 %), de la CFDT étant donné les dangers liés à la cueillette des régimes . Ce
(37,5 %) et de l’État congolais (25 %). Son siège social danger était d’autant plus grand que la recherche scientifique
d’exploitation est installé à Dingila dans le district du ayant été abandonnée, les seuls palmiers à encore exister
Bas-Uele. Elle couvre les aires d’exploitation du Bas-Uele étaient les palmiers traditionnels à très long tronc.
et du Haut-Uele. Elle est chargée d’encadrer les planteurs, Actuellement, l’huile de palme vendue est extraite des
d’acheter le coton-graine et de l’égrainer puis de vendre le fruits des palmiers par la population, selon un mode de
coton-fibre à la société textile locale (Sotexki), dont elle est production traditionnel. Aussi les quantités produites
le principal pourvoyeur. sont-elles peu importantes. En 2007, la production
La production va chuter, en raison d’une conjoncture annuelle se chiffrait à 481 tonnes.
internationale défavorable. Puis, malgré une tendance des Les causes de la baisse de la production d’huile de
prix à la hausse sur les marchés mondiaux, cette chute palme artisanale sont : la faible productivité des palmiers
persistera. Cette baisse est, en réalité, imputable au rejet par naturels, leur vieillissement, l’extraction du vin de palme, le
les paysans d’une culture qui symbolisait par excellence le mauvais état des routes de desserte agricole, l’insuffisance
pouvoir colonial, mais elle est aussi due à des raisons plus de moyens de transport pour évacuer les produits, la
locales. Ainsi, la Codenord, qui possédait plusieurs usines vétusté des usines de traitement.
de traitement et d’égrenage du coton graine en coton
fibre réagit à la crise économique et à la baisse des cours Production artisanale d’huile de palme en 2007
sur les marchés mondiaux en décidant de fermer toutes
ses usines en pays azande, à l’exception de deux d’entre Territoire Nombre Superficies Production :
elles situées dans les régions où la population azande d’huileries (ha) exploitation
est minoritaire. Elle demanda aux villageois des autres artisanale (tonnes)
chefferies et/ou territoires d’acheminer eux-mêmes leurs 1960-1980 2007
productions jusqu’à ces deux usines. Or le coton graine Rungu 8 7.937,59 358 119
étant d’un très grand rapport volume/poids, son transport Niangara 7 783,21 551 33
sur de longues distances sans véhicules est très malaisé. Dungu 1 152,00 192 64
Les guerres vont entraîner la paralysie de la Codernor et Faradje - - - -
la détérioration des infrastructures de transport (routier et Watsa 2 731,68 1 13
de desserte agricole) va contribuer à la faillite de la société Wamba 6 3.431,08 306 102
(mise en liquidation en 1997), conduisant à l’abandon de Total 24 13.0357 1.448 481
l’encadrement des paysans qui s’adonnaient à la culture du
547
coton nécessaire a l’approvisionnement de la Sotexki . Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement
rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
3.1.3. Le palmier à huile élæis
La plupart des huileries modernes ont cessé leurs activités On assiste à un timide début de création de palmeraies
depuis la zaïrianisation dans le Haut-Uele ; celles qui avaient organisées, notamment par l’Église catholique locale, la
néanmoins subsisté ont définitivement cessé leurs activités Saplast et quelques privés.
547 « Dossier. Provinces. Atouts économiques et 548 Le travail, qui consiste à grimper à l’arbre pour
opportunités d’investissement », Diplomat pratiquer la coupe du régime ou l’incision du tronc à
Investissement, novembre-décembre 2010, p. 143. la base des rames est très dangereux.
279
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
280
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
dans la cité d’Isiro. Les menaces pour cette culture sont Elle est cultivée aussi bien en savane qu’en forêt.
les sauterelles et les oiseaux (passereaux) qui ravagent les En savane, elle vient en première position, en cas de
champs. rotation des cultures ; en forêt, elle vient en deuxième
Entre 1990 et 1994, le Haut-Uele a été le plus grand lieu généralement après le riz, pendant la saison
producteur de riz de la Province-Orientale, avec une des pluies (mars-avril). L’arachide est généralement
production moyenne annuelle de 44.943 tonnes. Ce sont cultivée en association avec le maïs et le manioc.
les territoires de Wamba et de Dungu qui produisaient le
plus. 553 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, Fonds Benoît
Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
552 Projet de développement rural intégré dans le Haut- Temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale,
Zaïre, op. cit., p. 189. p. 21, document III-5813/BV.
281
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Production des principaux produits vivriers dans le Haut-Uele 1968-1975 (en tonnes)
Source : Mokonda Bonza Nzombo, « La problématique des cultures vivrières au Zaïre : l’exemple de l’Uele », Cahiers économiques et sociaux,
vol. 11, n° 3, 1978, p. 301 ; pour la banane : République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, p. 17.
La superficie moyenne annuelle emblavée des principales cultures vivrières, de même que la production moyenne annuelle
des cultures vivrières par territoire du Haut-Uele sont données pour les années 1990 à 1994 dans les deux tableaux suivants.
Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, forêts et pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, octobre 1998, p. 81.
282
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
Production moyenne annuelle des cultures vivrières dans le Haut-Uele par territoire 1990-1994 (en tonnes)
Production moyenne
annuelle du Haut-Uele 593.346,6 44.942,6 100.903,0 24.204,4 42.948,6 778,2
% dans la production de la province 22,2 39,4 16,9 29,9 43,6 1,4
Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, Forêts et Pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, octobre 1998, p. 80.
283
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
284
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
goyaves, safous, etc. Les arbres fruitiers sont plantés Répartition des fermes bovines par territoire en 2006
autour des habitations de façon aléatoire. La demande
555
potentielle existe pourtant en milieu urbain . La Territoire Ferme Nombre du cheptel
production maraîchère est confrontée aux problèmes du Dungu Ferme diocésaine 400
manque d’infrastructure de stockage et de conservation Faradje Ferme Takebea 300
ainsi qu’à l’absence de moyens de transport rapides pour Ferme Musikima 150
la commercialisation. Ferme Sirika 30
Ferme Zamba-Zamba 200
Ferme Manuaku 180
3.4. L’ÉLEVAGE Ferme catholique de Tadu 15
Niangara Ferme des soeurs religieuses 40
L’élevage pratiqué dans le Haut-Uele est essentiellement Ferme de Gomolo Payte 10
du type extensif. On y distingue l’élevage du gros bétail, du Ferme Papaba 2
petit bétail et des volailles. Ferme de Kilibolo 2
Ferme Maraka 2
3.4.1. Le gros bétail Rungu Ferme de Bounameau 18
Ferme d l’Université de l’Uele 22
Effectif du cheptel bovin Wamba Ferme Zamani 7
dans le Haut-Uele (2005-2006)
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement
Territoire / Année 2005 2006 rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
Dungu 280 400
Faradje 710 890 Ces données constituent un relevé d’ensemble de la
Niangara 63 58 situation. Elles sont incomplètes. Il existe, en effet, d’autres
Rungu - 18 têtes de bétail non enregistrées, telles celles de l’élevage
Wamba 5 7 pratiqué par la procure de la mission catholique d’Isiro.
Watsa - - L’année 2010 connaît un début de reprise de l’activité des
Total 1.058 1.393 éleveurs de bovins, après le massacre que ceux-ci ont connu
pendant les différentes guerres ayant affecté le Haut-Uele.
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et
Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007. 3.4.2. Le petit bétail
Le petit bétail comprend les caprins, les ovins et les
Cet élevage est principalement pratiqué par des porcins. Il constitue l’essentiel du cheptel traditionnel. Les
structures organisées (ONG, confessions religieuses, animaux ne sont généralement pas nourris et ne reçoivent
sociétés ou chefferies) ; on signale aussi sa pratique par des pas de soins vétérinaires. Ils vivent en divagation durant
particuliers. la journée et rejoignent leur abri derrière les cases le soir.
En 1994, le Haut-Uele comptait 710 têtes de bovins,
soit 0,18 % du cheptel provincial. En 2006, ce chiffre a. Les caprins
s’élevait à 1.393. Ils sont élevés en milieu rural, avec une forte
Les principales fermes d’élevage de bovins par territoire concentration, en 2005-2006, dans les territoires de
sont données dans le tableau ci-après. Faradje et de Watsa où ils servent principalement à régler
les factures de dot, à réparer les préjudices auprès de tiers
et à financer les funérailles ou encore à faire face aux
555 République démocratique du Congo, Ministères de dépenses occasionnelles (achat de biens durables pour la
l’Agriculture et de l’Élevage…, Monographie de la maison, soins de santé, frais de scolarité), etc.
Province-Orientale, op. cit., p. 91.
285
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
286
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
Effectifs des volailles dans le Haut-Uele (2005-2006) Bien que toutes les rivières du Haut-Uele soient
poissonneuses, les principales activités de pêche sont
Territoire Année Gallinacés Anatidés Colombidés concentrées le long des rivières Kibali-Uele, Bomokandi,
Dungu 2005 52.704 2.800 238 Gada, Nepoko, Kapili, Gurba et Mbwere. Depuis quelques
2006 54.835 3.870 262 années déjà, on note le développement d’une timide
Faradje 2005 89.818 - 539 activité piscicole dans les centres extracoutumiers.
2006 67.989 - 720 Les poissons sont vendus soit séchés (fumés ou
Niangara 2005 24.761 - 132 boucanés) soit frais.
2006 31.180 - 90
Rungu 2005 24.000 8.202 900
2006 26.000 8.700 900 3.6. LA CHASSE ET LA CUEILLETTE
Wamba 2005 29.128 571 544
2006 23.100 8.210 870 Dans le Haut-Uele, la chasse constitue une activité
Watsa 2005 35.399 - 512 secondaire. Outre les réserves et domaines de chasse, les
2006 54.869 10.414 861 savanes et les forêts du Haut-Uele sont également des
Total 2005 255.810 11.573 2.365 domaines de chasse pour la population. La chasse se fait
2006 252.573 31.184 3.703 soit à l’aide de fusils, soit à l’aide de pièges, filets, lances et
flèches.
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement À la suite des guerres que la région a connues, on
rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007. assiste à la recrudescence des activités de braconnage. De
grands mammifères tels l’éléphant (pour son ivoire et sa
Il faut avoir à l’esprit que les effectifs repris dans ces viande), l’hippopotame, le buffle, l’antilope géante… (pour
tableaux sont sous-estimés. La population, qui confond leur viande) sont chassés.
les recenseurs agronomes avec les agents du service des La cueillette et le ramassage concernent essentiellement
impôts, rechigne, en effet, à déclarer les effectifs réels de les champignons, les noix de cola, les poivres noirs, le
ses volailles. rauwolfia, divers fruits sauvages, les ignames, les chenilles,
À part les principales espèces élevées pour la les termites, le miel… Ils constituent des activités
commercialisation, on note également des espèces élevées périodiques de la population. Ces activités, considérées
subsidiairement pour la consommation. Il s’agit notamment comme complémentaires – et donc saisonnières –, sont
des lapins et des cobayes. À citer aussi les animaux de des activités permanentes pour les Pygmées, qui viennent
compagnie, tels les chats et les chiens et les animaux en juste après la chasse.
captivité : chimpanzés, macaques, cynocéphales, pintades, Les produits de la cueillette et du ramassage
perdrix, etc. Cette dernière catégorie ne présente aucun ne présentent qu’une faible importance sur le plan
intérêt économique et vit dans la plupart des cas en économique, excepté les poivres noirs exportés vers
l’absence de tout soin vétérinaire. l’Afrique de l’Ouest et le Sud-Soudan. Il en est de même
pour le rauwolfia, plante médicinale à partir de laquelle
on fabrique la quinine vendue sur les marchés à l’Est de la
3.5. LA PÊCHE RD Congo (Beni, Goma…).
287
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
(IGP), les statuts de l’Okimo sont refondus. Une nouvelle Les réserves inventoriées, dont l’exploitation est
ordonnance-loi n° 73-028 portant les nouveaux statuts de réalisable dans les conditions techniques et tenant compte
l’Office est promulguée le 20 juillet 1973. du cours de l’or en fin d’année 1974, se présentent de la
La production d’or fin de l’Okimo est de 3.058,234 kg manière ci-après :
en 1973, de 3.475,313 kg en 1974. Elle n’atteint plus que
2.055,205 kg en 1976. La répartition de cette production Réserves d’or fin à Kilo
entre les deux sites de Kilo et de Moto, est présentée au et à Moto 1974 (en kg)
tableau suivant pour les années 1973 et 1974.
Division Division Total
Production d’or fin de l’Okimo à Kilo de Kilo de Moto
et à Moto en 1973 et 1974 (en kg) 1e catégorie :
réserves reconnues rentables 2.084 8.345 10.429
Production d’or fin de l’Okimo
2e catégorie :
1973 1974 réserves probables 6.000 9.375 15.375
Mines de Kilo 749,344 560,770
Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Kilo-Moto. Exercice
Mines de Moto 2.308,890 2.914,543
1974, Bambu-Mines, 1975.
Total 3.058,234 3.475,313
En 1974, trois sièges entrent dans la gestion des mines
Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Kilo-Moto. Exercice de Moto : Durba, Gorumbwa et Agbarabo .
557
288
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
mégestion. La survie d’Okimo va s’avérer difficile. Dans sera retirée à nouveau plus tard par l’arrêté ministériel n°
le protocole d’accord qui conduit, en 1988, à la création 0065/CAB-MINES du 4 septembre 1997 parce que, lit-
d’une nouvelle societé, dénommée Kimin (cf. infra), dans on, la Kimin « n’a pas tenu ses promesses ». Par l’arrêté
laquelle l’Okimo est actionnaire majoritaire, il est écrit : ministériel n° 0225/CAB-MINES du 4 novembre 1998,
« de très graves difficultés depuis 15 ans ont contraint à l’Okimo change de partenaire dans la convention et prend
une baisse de la production provenant de […] concessions Ashanti, en remplacement de la Kimin. À noter que par
559
[du Sud, partie Kilo en Ituri] de 4.500 à 654 kg d’or fin ». la suite, Ashanti, après fusion avec Anglogold, deviendra
561
À cause de la crise, l’Okimo est amené, en 1988, à opérer Anglogold Ashanti .
une restructuration juridique et à amodier une partie de Notons que cette saga de l’Okimo ne concerne pas
son domaine minier à une nouvelle société indépendante directement le Haut-Uele. Les activités de la nouvelle
dans laquelle il s’associe à des capitaux privés. L’Okimo société Kimin et de celles qui la remplacent et/ou s’y
crée, avec deux sociétés américaines, la compagnie Mindev ajoutent (Blue Rose en 2002, Mwana Africa Holding
Incorporated et la Société financière internationale/ LTD en 2004, Kibali Gold Sprl en 2005…) sont, en effet,
562
International Financial Corporation (SFI), la Kilo-Moto localisées dans la partie Kilo, en Ituri . Le site de Moto
Mining International (Kimin), au capital initial de 9 millions (siège à Doko, 12 km à l’est de la cité de Watsa), en territoire
de dollars US. Dans la nouvelle société, la participation de Watsa, dans le Haut-Uele et celui de Kilo, qui a pour
de l’Okimo s’élève à 45 % d’actions ; 44 % d’actions vont à siège Mongbwalu en Ituri, sont distants de 230 km.
Mindev et 11 % à la SFI. Il est entendu qu’« Okimo reçoit Des études prospectives menées n’ont fait que
ses 45 % gratuitement en échange de la mise à disposition confirmer l’existence de réserves toujours plus grandes de
des anciennes installations Okimo qui se trouvent sur le minerais d’or dans la région. Suite aux difficultés de gestion
périmètre de la concession à amodier. Kilo-Moto loue pour et de moyens, les recherches ont fortement diminué
25 ans à la Kimin cette concession. En contrepartie de quoi – voire ont été arrêtées – pendant plusieurs années. Les
elle percevra un loyer annuel de 2 millions de dollars US/an parties anciennement exploitées et reconnues pour le site
e
qui devient 4 millions US/an à partir de la 5 année. Le poste de Kilo et celui de Moto en 1988 s’étendent sur une surface
560
de président de la Kimin sera proposé au PDG d’Okimo ». qui couvre seulement un millième de la zone exclusive
La convention est signée le 25 août 1990 et approuvée par de recherches de l’Okimo. Cet Office dispose donc d’un
ordonnance présidentielle le 11 juillet 1991. potentiel important non reconnu et non mis en valeur.
En date du 4 juin 1997, la convention minière susvisée D’autre part, les anciennes exploitations ont récupéré une
est résiliée par arrêté ministériel n° 0001/CAB-MINES, partie seulement du minerai et les rejets de ces mines,
aux motifs ci-après : ainsi que les zones délaissées, contiennent beaucoup d’or
563
récupérable par de nouveaux procédés .
– non respect des engagements de Kimin vis-à-vis de La mine de Gorumbwa est souterraine et sa production
l’Okimo ; est traitée par le concentrateur de Durba. Le transport du
– violation de la loi minière ; minerai du sous-sol à la surface s’effectue par wagonnets
– mauvaise foi manifeste de Kimin. poussés à la main. Le minerai est ensuite transporté par
camion jusqu’au centre d’enrichissement. En 1988, l’Okimo
Cependant, le 12 juin 1997, la Kimin est autorisée à ne disposait que d’un camion pour ce transport dans la
reprendre ses activités dans la concession 40, par l’arrêté
ministériel n° 0002/CAB-MINES. Cette autorisation
561 Commission de revisitation des contrats miniers,
Rapport des travaux 1, novembre 2007, pp. 101-112.
559 Protocole d’accord entre l’Office des mines d’or de 562 Cela n’exclut cependant pas qu’il y ait eu diverses
Kilo-Moto, la Société financière internationale et la sociétés telles Gorumbwa Mining Sprl, Motogolg
Société Mindec Incorporated, document stencylé, Mines Ltd…) dans l’espace du Haut-Uele. Cf.
archives de la section d’Histoire du Temps présent, Commission de revisitation des contrats miniers,
MRAC. Rapport des travaux 1, op. cit.
560 Idem. 563 « Le secteur minier au Zaïre », art. cit.
289
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
mine de Moto. Le centre de Durba, où est traité le minerai concessions à des entrepreneurs qui contrôlent l’accès
de Gorumbwa, est situé à environ un kilomètre de la mine. aux mines et perçoivent des taxes, voire s’impliquent eux-
Le processus d’enrichissement consiste en concassage, mêmes dans la commercialisation. Dans le passé, ces sous-
broyage, concentration et amalgamation par table. Le traitants honoraient le paiement de la location à Okimo,
matériel et les procédés utilisés sont anciens et le taux mais cela a cessé565. »
564
de récupération de l’or est d’environ 50 à 60 % . Mais en En 2010, l’Okimo devient une société commerciale,
1988, l’on constate que les installations de Durba dans le la Sokimo (cf. supra). Dans la partie Moto, la production
Haut-Uele sont plus modernes que celles de Mongbwalu industrielle est assurée uniquement à Watsa (Durba) par la
en Ituri. Celles-ci possèdent un circuit de cyanuration Sokimo et la Borgakim Mining.
permettant un taux de récupération de l’or de l’ordre
de 85 %. 3.7.2. Production artisanale d’or,
L’Okimo va connaître des soubresauts à cause de la de diamant et de coltan
dégradation continue de l’économie congolaise, mais aussi L’Okimo fut pendant longtemps le seul exploitant
des crises politiques et des changements de pouvoir au légal des mines d’or de l’Uele. Mais la décomposition
niveau national. progressive de l’État à la suite de la zaïrianisation de 1974
va entraîner la substitution d’activités minières informelles
Production de Kilo-Moto par décennie aux activités industrielles et l’augmentation du nombre
566
en kg d’or fin de creuseurs . La libéralisation économique intervenue
en 1982 va entériner une situation de fait et favoriser
Années Site de Kilo Site de Moto Kilo-Moto le développement de l’exploitation dite « artisanale »,
1971-1980 6.302,355 17.955,392 24.257,747 entraînant sa cohorte de creuseurs et autres exploitants.
1981-1990 2.188,357 4.336,381 6.524,738 C’est sur un espace assez vaste que l’exploitation
1991-1995 46,001 140,578 186,579 artisanale s’insère, parce que la prospection du sol du
Haut-Uele doit encore se poursuivre. Actuellement, on
Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Okimo, Indaba, 2005, trouve des gisements d’or dans les six territoires du Haut-
document inédit, p. 11. Uele, avec en tête ceux de Watsa et de Wamba.
Notons que la production artisanale concerne
Production industrielle d’or dans le Haut-Uele l’exploitation d’or, mais aussi celle d’autres minerais, tels
(2005-2007) le diamant et le coltan. Le 29 février 2009, l’entreprise
anglaise Rio Tinto a même posé la première pierre de la
Minerai 2005 2006 2007 construction d’une usine d’exploitation du minerai de fer
Quantité en gr Quantité en gr Quantité en gr dans le territoire de Rungu (chefferie Mayogo-Mabozo), à
Or 7.975,00 9.648,00 7.530,00 8 km d’Isiro sur la route qui mène à Wamba.
290
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
Production artisanale d’or dans le Haut-Uele Localisation des carrières d’exploitation artisanale (or et
(2005-2007) diamant) dans le territoire de Faradje
291
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Panneau publicitaire d’un comptoir d’achat de diamants, situé devant le bureau du commissariat administratif du district du Haut-Uele. (Photo équipe locale, février 2011.)
292
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
293
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
dans un environnement moral sans repères, quand ils ne principal fournisseur de savon pour le Haut-Zaïre. Cette
sont pas mis au service des mouvements politico-militaires société, qui produisait 1.000 tonnes de savon par mois
comme transporteurs et deviennent des « enfants soldats ». (cela correspondait à 40 % des besoins de la région),
ne travaillait plus, en 1974, qu’à 70 % de sa capacité et
3.8. L’INDUSTRIE fournissait 650 tonnes de savon par mois560. La Socituri
deviendra la Société de savonnerie et plastique (Saplast)
Il n’existe pas d’industries dans le Haut-Uele ; seules en 1996.
quelques petites usines de traitement des produits et de
transformation. En 1994, la seule usine agro-industrielle à fonctionner
dans le Haut-Uele est la Socituri (Saplast). Cette société
3.8.1. Usines de traitement comprenait sept unités de production : la savonnerie, la
Il s’agit principalement des usines de décorticage de rizerie, la production de café, la menuiserie, la plastiquerie
café, de paddy, d’égrainage de coton, d’extraction d’huile (bidons, assiettes, gobelets), la production d’eau distillée et
de palme et de palmiste. Depuis près de trois décennies, d’huile de table. La zaïrianisation de 1974, d’abord, puis les
la plupart de ces usines sont soit à l’arrêt, soit démantelées. crises politico-économiques qui ont suivi ont fortement
marqué la production. En 1994, la savonnerie était la seule
3.8.2. Usines de transformation unité de production à fonctionner – encore qu’à la moitié
En 1974, la Société commerciale et industrielle de de sa capacité installée – et de façon intermittente. Les
l’Ituri (Socituri), dont le siège se trouve à Isiro, était le autres productions étaient réduites à la portion congrue.
Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’agriculture et de l’élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, Forêts et Pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, octobre 1998, p. 225.
294
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010
En 2010, la production de savon de la Saplast est construites par les missionnaires catholiques, celle
intermittente561. de Nzoro par l’Okimo et celle d’Apoyo par un certain
Djona.
3.8.3. Les usines (de transformation) artisanales Outre les centrales citées ci-dessus, le Haut-Uele a des
On regroupe dans cette catégorie tous les ateliers potentialités hydroélectriques sur ses cours d’eau. La rivière
de transformation artisanale. Il s’agit des ateliers de Nepoko a un débit annuel moyen de 220 m/seconde et son
menuiserie et de production d’œuvres d’art, des ateliers de potentiel utilisable est estimé à 534 GWh/an pour une
torréfaction artisanale de café, de fabrication artisanale de puissance de 61 MW. Un autre site potentiel sur la même
savon, des bijouteries, des boulangeries, des briqueteries rivière est situé à 95 km d’Isiro avec une puissance estimée
et des forges. de 3 à 10 MW. La Bomokandi est également jalonnée de
Ces fabriques sont très dispersées dans le Haut-Uele. rapides et chutes le long de son parcours. Son potentiel
Situées à la limite entre le secteur formel et informel, hydroélectrique utilisable est estimé à 656 GWh/an, soit
celles-ci sont difficiles à identifier, c’est-à-dire à dénombrer une puissance de 75 MW. La chute de Zukuma, située
et donc à recenser. sur la route Dungu-Gao, à 75 km d’Isiro, a un potentiel
utilisable estimé à 0,80 MW pour une puissance de 6,1
3.8.4. L’industrie du bois GWh/an. La chute de Wede, dans le territoire de Niangara,
Les principales essences exploitées dans le Haut-Uele à 15 km du chef-lieu du territoire, a un potentiel utilisable
sont l’ébène, l’okoumé, le bois vert, le liboyo, le kofo, l’arbre de 11 GWh/an pour une puissance estimée de l’ordre de
à encens (dit safoutier sauvage). 1 MW.
Dans le territoire de Niangara, l’exploitation du bois
est l’apanage d’une certaine catégorie d’exploitants qui
occupent des terrains. Ainsi, la paroisse catholique de 3.10. LE COMMERCE
Niangara possède une exploitation à Lipombo, Couproco
à Ndingba, Gomolo à Gada, Tamile à Eti… Le commerce reste, après l’agriculture, l’activité
économique dominante du Haut-Uele. Il repose sur
l’échange de produits agricoles (huile de palme, café,
3.9. LES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES poivre noir, rauwolfia) contre des produits manufacturés
et, dans une certaine mesure, contre des produits miniers
De nombreux cours d’eau qui sillonnent le territoire (or, diamant, coltan).
le Haut-Uele ont donné lieu à la construction de petites Ces échanges sont principalement dirigés vers le Nord-
centrales hydroélectriques : Kivu et l’Ituri, mais aussi vers Kinshasa et Kisangani.
- centrale de Nzoro sur la rivière Nzoro en territoire de Cependant, les échanges vers Kinshasa et Kisangani
Watsa ; deviennent de plus en plus assymétriques depuis la
- centrale de Rungu sur la rivière Rungu en territoire de chute de la production agricole du Haut-Uele et la prise
Rungu ; de pouvoir par l’AFDL en 1997, mais surtout à cause des
- centrale d’Apoyo à 16 km d’Isiro, axe Kisangani ; difficultés de transport.
- centrale de Kibali I sur la rivière Kibali à Dungu. Le commerce informel prend de plus en plus d’ampleur
en raison de la déconstruction de l’État. Le commerce dans
Les deux premières sont opérationnelles et le Haut-Uele se fait principalement par avion et par vélo,
alimentent les chefs-lieux des territoires de Watsa et à cause de la dégradation très avancée des routes. Cette
de Rungu, tandis que les deux dernières sont en panne activité est presque exclusivement tenue par les Nande,
en 2010. Les centrales de Kibali et de Rungu ont été mises à part quelques sociétés comme Beltexco, Jeraj,
Maison Mbanga, etc.
561 Mombi Amboko, G., « Incidence de l’exploitation ar- En 2010, les échanges avec l’Ituri sont inexistants à
tisanale des matières précieuses sur l’agriculture dans cause de la présence des éléments de la Lord’s Resistance
l’Uele », op. cit., p. 5.
295
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE
Army (LRA) (voir supra). Divers opérateurs économiques 3.11. LES SERVICES
ont déserté la région pour se réfugier à Isiro ou ailleurs.
Le Sud-Soudan sert plutôt d’escale pour les produits Sont à ranger dans la catégorie des services de
ougandais qui transitent par Ariwara (poste frontalier nombreuses petites activités, tels les ateliers de couture, les
dans le territoire d’Aru en Ituri). salons de coiffure, les ateliers de réparation (vélo, moto,
Dans le territoire de Dungu, le commerce concerne montre) et autres garages563, les postes à soudure, les
certains produits agricoles, miniers, forestiers, dans les cordonniers, les abattoirs et les boucheries, etc. Ajoutons-y
centres de négoces et sur les marchés du territoire. Il les quelques banques et les agences de transfert de fonds,
existerait 28 marchés et 10 centres de négoce. Ces lieux en plus des entreprises publiques comme la Régie de
sont répartis dans trois chefferies différentes : la chefferie distribution d’eau (Régideso) et la Société nationale
Wando, qui dispose de 8 centres de négoce et de 21 d’électricité (Snel).
marchés ; la chefferie Malingindo, qui a un centre de Pour ce qui est des banques, avant 1990, on trouvait à
négoce et 3 marchés ; la chefferie Ndolomo, qui dispose Isiro la Banque du Zaïre, la Banque commerciale zaïroise,
d’un centre de négoce et de 5 marchés. l’Union zaïroise des banques, la Banque du peuple, la
Suite à l’insécurité régnante dans le territoire causée Nouvelle Banque de Kinshasa et la Caisse d’épargne du
par la rébellion armée du Sud-Soudan (SPLA), l’armée Zaïre. À la fin de 2010, le Haut-Uele compte les institutions
du peuple éleveur (Mbororo) et les éléments de la LRA, financières suivantes : la Banque centrale du Congo (BCC)
plusieurs de ces marchés et centres de négoce ont été (agence autonome d’Isiro), la Banque congolaise à Isiro, la
rendus inopérationnels. Coopec la Cruche, la Caisse d’épargne du Congo (Cadeco).
Outre les autochtones vivant dans le territoire, On dénombre cinq agences de transfert de fonds dans
des commerçants nande entretiennent des relations le Haut-Uele. Il s’agit de Soficom, Mister Cash, Western
commerciales avec la population, portant principalement Union, Gold Money Trust (GMT) et Baraka Prece qui ont
sur l’or exploité dans le sud-est du territoire de Dungu. des bureaux à Isiro. Seule Baraka Prece a des agences à
Les échanges locaux concernent principalement l’huile de Wamba et à Watsa.
palme, la farine de manioc, la viande de chèvre, le poulet, La Société nationale d’assurance (Sonas) a des agences
etc. qui sont vendus sur les marchés à Faradje, Watsa, Aru à Isiro et à Watsa, la Régideso des agences à Isiro, Watsa
et même en Ouganda. et Wamba. La distribution d’eau est limitée à une partie
Le territoire de Rungu dispose d’un important centre de la cité d’Isiro, à cause de l’étroitesse de son réseau.
commercial à Isiro et trois centres de négoce à Medje, L’approvisionnement en sources d’énergie et en produits
Nangazizi et Rungu. Il existe aussi quelque 46 marchés chimiques, le délabrement du réseau et le faible revenu
périodiques organisés à travers le territoire. de la population constituent les principales difficultés
À Isiro même, on a inventorié 21 maisons de auxquelles elle est confrontée.
commerce plus ou moins importantes562. Mais il n’existe
aucun magasin de gros ou semi gros, ce qui amène les
petits commerçants à s’approvisionner à partir de Beni,
Ariwara ou Kampala (en Ouganda) et Kinshasa (pour les
produits de luxe).
Ce qui domine le commerce dans le territoire de
Wamba, ce sont les étalages en forme de boutiques
(échoppes). C’est une activité exercée dans les centres
de négoce de la cité de Watsa, dans les foyers miniers de
Kokoro, Dubele, Ngangazo, Durba, Tora, Subani, Giro,
Ganga et Ngenea.
563 Notons qu’en 1957, le Haut-Uele comptait 13 garages,
dont 9 à Paulis. Cf. Carbonnelle, C. et Kirschen, E.S.,
562 Rapport annuel du territoire de Rungu, 2007. L’Économie des deux Ueles, op. cit., p. 64.
296
LES TRANSPORTS
L
e Haut-Uele est devenu quasi inaccessible, 1. LES TRANSPORTS
que ce soit par la route, le chemin de
fer ou par voie aérienne. Quant aux Trois modes de transport sont utilisés dans le Haut-
communications par téléphone mobile ou Uele : le mode routier, le mode ferroviaire et le mode aérien.
autres cellulaires, elles sont extrêmement
difficiles. Cette situation est en grande partie imputable
au fait que le Haut-Uele se situe à la périphérie du pays. 1.1. LE MODE ROUTIER564
Les conditions ne sont, dès lors, pas du tout remplies pour
exploiter le secteur touristique, dont les atouts locaux sont Le réseau routier du Haut-Uele a été en grande partie
pourtant non négligeables. l’œuvre de la Société des mines d’or de Kilo-Moto. G.
Bien que la province soit dotée depuis quelques Moulaert qui fut vice-gouverneur général de la Province-
années d’un centre universitaire, celui-ci ne permettra Orientale, écrit en 1935 : « La Société des mines d’or a doté
pas de résoudre, à bref délai, l’immense problème de la région d’un réseau complet de routes parfaites et placé
l’enseignement. Comme ailleurs dans le pays, les autorités le pays au centre d’un service de communications, relié à
locales ont préféré investir dans l’enseignement supérieur l’Atlantique et à l’océan Indien565. »
– plus prestigieux –, que dans les enseignements primaire On peut suivre l’évolution de la situation du transport
et secondaire. Pourtant, il serait plus rationnel de se de la région :
préoccuper d’abord du niveau des instituteurs et des élèves,
afin que ceux-ci puissent, lorsqu’ils entreront à l’université, « En 1920, il n’y avait pas un kilomètre de route dans les
disposer d’un bagage intellectuel suffisant. régions minières du Nord-Est de la Colonie. Six ans après, le
Le Haut-Uele a également un très grand problème portage avait complètement disparu. Les Mines de Kilo étaient
de santé. Non seulement la gestion des infrastructures reliées au lac Albert. Celles de Moto au Nil et une première
médicales y laisse beaucoup à désirer, mais la politique des jonctions était réalisée entre les deux exploitations.
soins de santé doit aussi, dans un premier temps, y être
repensée totalement, puis une nouvelle vision doit être
élaborée. 564 Office des routes, Direction d’entretien, Exposé de
la direction, à l’occasion de la réunion des directeurs
provinciaux de l’Office des routes, du 24 au 29 mars
2008, p. 3.
565 « Les exploitations minières de Kilo-Moto et de la
Province-Orientale », Congo, Revue générale de la
Colonie belge, extrait janvier 1935, Bruxelles, éd. Goe-
maere, p. 5.
297
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
[…] Afin de permettre l’augmentation des effectifs de Le parc automobile des Mines se compose de 66 voitures
travailleurs, tous les centres indigènes producteurs de vivres et 90 camions, et nos entrepreneurs de transport disposent, en
furent reliés aux camps, centres de consommation. outre, de 50 camions.
De plus, pour assurer la sécurité, la rapidité et l’économie Le tonnage transporté en 1933 a été de plus de 3 millions
des transports par l’emploi de camions de 4 tonnes, tous les de tonnes kilométriques.
ouvrages d’art furent construits en matériaux durables. […] La voie ferrée, en effet vient d’atteindre Isiro, à l’entrée
[…] En 1926, il y avait 1.200 km de routes. En 1934 : du Nepoko, à 560 kilomètres d’Aketi, sur l’Itimbiri. D’Isiro
3.215 km. à Watsa il n’y a plus que 360 kilomètres de transports
566
Nous avons lancé 105 ponts métalliques, dont les routiers . »
principaux sont ceux du Kibali et de la Dungu, à Faradje,
qui ont 48 mètres de portée ; du Bomokandi, à Gombari, 66 À la fin des années 1990, voici quelles étaient les routes
mètres ; du Zoro, 72 mètres. du Haut-Uele :
298
LES TRANSPORTS
RN = routes nationales ou routes d’intérêt général : routes qui relient directement au moins deux chefs-lieux de territoire ou celles qui
desservent des régions géographiquement enclavées.
RR = routes provinciales (ou routes régionales) : routes dont l’entretien revient théoriquement au gouvernement provincial.
Routes d’intérêt local appelées aussi « Réseau routier prioritaire de desserte agricole » : routes qui drainent des « régions agricoles ». En
général, il s’agit de pistes en terre.
Source : Commission des infrastructures des transports, communications et de l’habitat, Rapport final, juillet 1997, pp. 198-199.
Toutes ces routes étaient des pistes en terre, dégradées Le tableau suivant présente la situation des routes du
à la suite des pluies et des intempéries. Aux multiples Haut-Uele en 2010.
problèmes liés à la faible praticabilité du réseau routier
s’ajoutait celui de l’insuffisance et de la vétusté du charroi
automobile.
299
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Les moyens de transport les plus utilisés par la – pont sur la rivière Kibali à Dungu centre, construit en
population pour se déplacer et assurer l’évacuation de béton armé depuis la période coloniale. Il est entamé par
ses produits sont les motos, les vélos et les kumba-kumba les érosions ;
(portage des marchandises sur la tête ou le dos). – pont sur la rivière Dungu, à Dungu centre, construit en
Les chauffeurs (de véhicules et de motos) se retrouvent béton armé depuis l’époque coloniale. Son état est assez
dans la section du Haut-Uele de l’Association des chauffeurs bon ;
du Congo (Acco). Celle-ci comprend aussi les chauffeurs – pont sur la rivière Duru, axe Dungu-Bangadi, en béton
des taxis-motos. Ceux-ci ont une autre association locale et en bon état ;
dénommée Association des taxis-motos de l’Uele (Atamu). – pont sur la rivière Kapili, axe Dungu-Bangadi, en béton
armé et en bon état, réhabilité par le diocèse Dungu-
Le Haut-Uele compte un nombre important de points Doruma ;
de passage (PP) de qualités diverses. Le territoire de Dungu – pont sur la rivière Buere, axe Dungu-Bangadi-Doruma,
compte, à lui seul, 8 points de passage : pont métallique, qui date de la Seconde Guerre
mondiale. Son état est très bon ;
300
LES TRANSPORTS
– pont sur la rivière Gurba et Naisa, axe Doruma, pont de – écartement de 0,60 m ;
fortune en matériaux locaux ; – rail de 18 à 33 kg/m ;
– ponts sur les rivières Aru et Nangume, axe Faradje, en – 1.500 traverses métalliques par km ;
béton armé, réhabilités par Oxfam Québec (Canada) ; – pente maximum 15 % ou 17 mm/m ;
– pont sur la rivière Ibu, axe Ligbombi-Tora, pont (de – rayon de courbure minimum de 200 m et vitesse
fortune) construit avec des matériaux locaux (troncs moyenne : 15 km/heure567.
d’arbre).
Le chemin de fer Mungbere-Aketi-Bumba a été
construit pour servir de voie de sortie aux produits
1.2. LE MODE FERROVIAIRE agricoles (coton, café, huile de palme, bois principalement)
du Bas-Uele et du Haut-Uele. Il permettait, en retour,
Le Haut-Uele dispose d’un réseau ferroviaire d’environ l’acheminent des produits pétroliers et manufacturés en
200 km, allant de Mungbere à Mozaba sur un total de 745 provenance de Kinshasa.
km (Mungbere-Bumba via Aketi) du réseau ferroviaire En 1974, il permettait de transporter un peu plus de
exploité par l’Office des chemins de fer des Uele (CFU) 50.000 tonnes par an, soit en moyenne 150 tonnes par
créé en 1991 par l’ordonnance présidentielle n° 91-039 du jour568.
3 avril 1991, à l’issue de la restructuration de la Société
567 PNSAR, Monographie de la Province-Orientale, 1998,
nationale des chemins de fer du Congo (SNCC). Le CFU
pp. 183-184.
a hérité du réseau ferroviaire autrefois exploité par la 568 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
société Vicicongo (CVC). Ce chemin de fer présente les mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, Fonds Benoît
caractéristiques suivantes : Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps
présent, Musée royal de l’Afrique centrale, p. 72.
301
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Bâtiments administratifs du chemin de fer des Uele à Isiro. (Photo équipe locale, février 2011.)
Le chemin de fer des Uele (CFU) traverse le territoire Avec sa piste asphaltée, l’aéroport de Matari-Isiro a
de Rungu d’ouest en est, de Mozaba à Ndubala. La direction la capacité de recevoir des aéronefs de type B737, B727
générale est située à Isiro. Autrefois épine dorsale des et DC8. En 1994, le nombre de passagers enregistrés (au
Uele, le CFU n’est plus opérationnel depuis une vingtaine départ et à l’arrivée) était de 5.507. En 1974, il était de 3.933
d’années. La société ne dispose d’aucun matériel roulant (passagers à l’arrivée) et de 4.251 (passagers au départ)569.
et la gare d’Isiro en particulier se trouve dans un état de Les autres pistes sont exploitées par les petits porteurs des
délabrement avancé. La quasi-totalité des locaux sont missionnaires, ASF et MAF principalement. La piste de
exploités par d’autres services étatiques. C’est le cas de la Doka/Durba reçoit aussi des Antonov en provenance de
SNEL, du Cerni, du collectif des ONG, du bureau de la Beni.
Société civile Haut-Uele, du bureau de la FAO, de l’Église En 2009, la fréquence de la flotte aérienne sur Matari-
Jésus seul sauveur (JSS). Isiro est de 2 à 5 atterrissages par jour. Les lignes les
plus fréquentées sont Isiro-Beni, Isiro-Bunia et Isiro-
Kisangani-Kinshasa. Elles sont fréquentées par les avions
1.3. LE MODE AÉRIEN des compagnies Malu Aviation, Kavatsi, Cetraca, Monuc
et les compagnies d’aviation des Églises.
L’aéroport national de Matari-Isiro est situé dans le Outre les pistes citées ci-dessus, la Mission des
territoire de Rungu, à 6 km de la cité d’Isiro. Le Haut-Uele Nations unies au Congo (Monuc) aménage une piste en
dispose, par ailleurs, de petites pistes à Dungu, Faradje, terre de plus ou moins 3.000 m à Dungu, un territoire
Doka/Durba (Watsa), Nebobongo et Wamba. Ajoutons à frontalier avec le Sud-Soudan. La plupart des aérogares
cela les pistes de l’Institut congolais de la conservation de
la nature (ICCN) dans le Parc national de la Garamba. 569 Bulletin des statistiques générales Région Haut Zaïre,
n° 7, 1974, p. 31.
302
LES TRANSPORTS
303
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Pour ce qui est des émissions télévisées, quelques monuments méconnus, comme cette porte de Faradje
particuliers possèdent des antennes paraboliques et peuvent construite en 1903 ou la maison-château du commandant
accéder aux émissions nationales et internationales. Milo à Niangara datant de 1905, le Haut-Uele dispose
La presse écrite est quasiment absente, Le Coq, qui était d’énormes potentialités, d’ordre tant naturel que culturel.
le seul journal du Haut-Uele, ne paraissant plus depuis Cependant, l’activité touristique n’y est pas du tout
plusieurs années. organisée.
En 1958, à la veille de l’indépendance, l’administration
coloniale établissait une liste des sites, monuments et
3. LE TOURISME meubles de facture indigène classés571. Sur cette liste
figurent onze édifices et monuments situés dans le Haut-
Avec des rochers qui font jaillir l’eau chaude des Uele :
montagnes Apelemba et Lindimbia570, des vestiges de
Numéro Dates
570 La première est située près de la cité de Dungu, tandis 571 « Liste des sites, monuments et meubles de facture
que la deuxième se trouve après Bangadi dans le terri- indigène classés », Bulletin du Touring Club du Congo
toire de Dungu. belge, n° 6, Bruxelles, 30 juin 1958, p. 41.
304
LE TOURISME
Porte de Faradje, 1903. (AP.0.0.2498-2, collection MRAC Tervuren ; photo La maison-château du commandant Milo à Niangara, 1905. (HP.1956.15.4495, collection
M.-C. Lekens, 1903.) MRAC Tervuren ; photo M. Ribotti, 1905.)
3.1. LE PATRIMOINE NATUREL ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial573
de l’Unesco574, en raison de leur importance pour la
Traditionnellement, la nature était une source biodiversité.
de nourriture et de plantes médicinales pour les
573 Nations unies - Copyright © 1992-2010 Unesco Centre
Africains, une source de matières premières et la source
du patrimoine mondial, tous droits réservés | v3.0, Mis
d’un grand nombre de symboles572. Depuis l’époque
à jour le 1er oct. 2010. http://whc.unesco.org/fr/list
coloniale cependant, l’approche de cette nature a subi
574 Unesco : United Nations, Educational, Scientific and
un changement. Elle a été soumise à une gestion plus Cultural Organisation. L’Organisation des Nations
rigoureuse. L’Administration coloniale a déterminé les unies pour l’éducation, la science et la culture. Son ob-
parties réservées à la chasse et interdites à la cynégétique. jectif est de contribuer au maintien de la paix et de la
D’autres parties de la nature sont devenues des parcs sécurité dans le monde en resserrant, par l’éducation,
nationaux. Le Parc national de la Garamba et la Réserve la science, la culture et la communication, la collabo-
sauvage d’okapis, tous deux situés dans le Haut-Uele, ration entre nations, afin d’assurer le respect univer-
sel de la justice, de la loi, des droits de l’Homme et des
572 Natuur en cultuur in de Democratische Republiek libertés fondamentales pour tous, sans distinction de
Congo, Tervuren, Koninklijk Museum voor Midden- race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte
Afrika, 2004. des Nations unies reconnaît à tous les peuples. »
305
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
3.1.1. Le Parc national de la Garamba575 mines d’or de Kilo-Moto, qui possède des droits de
C’est en 1928 que la Commission des travaux recherche et d’exploitation dans cette région depuis 1926,
d’aménagement du Parc national en Afrique (PNA) de régler les chasses à l’éléphant organisées par la Station
manifeste pour la première fois l’idée de créer un parc de domestication des éléphants et d’étudier la possibilité
national dans le Haut-Uele. Elle souhaite réfléchir à d’une coopération avec les autorités du Soudan dont la
la suggestion de l’administrateur territorial de Dungu frontière était fixée à proximité du parc.
qui propose l’érection, en parc national, des bassins des C’est par le décret du 17 mars 1938 que le Parc national
rivières Aka et Garamba, à l’emplacement de la réserve de de la Garamba est constitué. Son enclavement dans une
chasse de l’Aka-Dungu du Haut-Uele constituée en 1925. zone comprenant, à l’est et à l’ouest, deux réserves de
La première préoccupation est d’assurer la protection du chasse, au sud, les terrains de capture de la Station de
rhinocéros et de la girafe. domestication des éléphants et, au nord, la frontière du
On pense à choisir la Station de domestication des éléphants Soudan, aura un impact sur la gestion de cet ensemble.
de Gangala na Bodio comme centre administratif du Le parc devra compter dans l’avenir sur plusieurs facteurs
nouveau parc. Cette station venait d’être transférée d’Api externes, dont le système colonial se porte garant : les droits
où elle avait été créée en 1899 par le commandant Jules des autochtones de pêcher dans six biefs sur les rivières
Laplume (1866-1929) sur ordre de Léopold II. Garamba, Dungu et Aka, les droits miniers concédés à la
Jean-Marie Derscheid (1901-1944) et Eugène de Ligne Société des mines d’or de Kilo-Moto et les droits de pâture
sont envoyés en mission dans le Haut-Uele en 1930. Leur et de capture d’éléphants de la Station de domestication.
étude propose notamment de constituer une réserve À la création du parc, le Comité de direction de
naturelle intégrale où l’exercice de la chasse et de la pêche l’Institut demande au capitaine Pierre Offermann (1897-
serait totalement interdit, sauf à des fins scientifiques. Ils 1970) d’exercer à titre provisoire, à côté de ses fonctions
jugent urgent de sauvegarder les derniers représentants de conservateur de la Réserve de chasse de l’Aka-Dungu,
des grands mammifères caractéristiques tels les rhinocéros celles de conservateur du nouveau parc. Fin 1946, le
blancs, les girafes, les élands de Derby, la réserve de chasse commandant Offermann quitte ses fonctions pour se
n’ayant pas réussi à contenir le braconnage. rendre au front, du fait de la guerre. De mars 1947 à mars
Le Comité de direction du Parc national de la 1948, au lendemain de la guerre, Jean-Paul Harroy devient
Garamba introduit au ministère des Colonies, en 1932, le premier conservateur à temps plein. Ses successeurs
576
une demande pour transformer la réserve de chasse de seront M. Micha, J. Hazaert et R. de Wilde .
Dungu (Uele-Nepoko) et Faradje (Kibali-Ituri) en parc De 1949 à 1952, a lieu une importante mission
national jouissant d’un statut analogue à celui du Parc d’exploration dirigée par H. De Saeger, mission couronnée
national Albert. Une enquête est alors organisée auprès par de nombreuses publications dans les domaines
des autorités territoriales, des missionnaires, du personnel de la zoologie, de la botanique, de la pédologie et de la
de la Station de domestication des éléphants de Gangala climatologie. En 1951, l’équipe scientifique qui en fit l’étude,
na Bodio et des notables autochtones. Il s’agit surtout de découvre ainsi qu’en saison des pluies, bien que le Parc soit
convaincre ces derniers d’évacuer leurs terres moyennant drainé par des affluents lointains du fleuve Congo (Dungu,
une indemnité, d’établir un accord avec la Société des Garamba et Aka), les eaux le long de la crête Congo-Nil
se dirigent indifféremment vers les deux grands bassins
575 Rapport de l’atelier de conservation communautaire,
fluviaux et qu’il existe une communication entre eux.
tenu à Nagero du 11 au 14 avril 2006, pp. 2-3 ; Conti,
Au début de l’année 1973, le président Mobutu envoie
A. (Lead Author) & Cleveland, C. (Topic Editor), «
Paul-Victor Pierret, expert FAO et conseiller à l’Institut
Help: for authors and editors », in Cleveland, C. J.
(ed), Encyclopedia of Earth, Washington, D.C., national pour la conservation de la nature (INCN) pour
Environmental Information Coalition, National
Council for Science and the Environment. [First 576 Harroy, J.-P. & Verschuren, J., « Cinquante ans de
published in the Encyclopedia of Earth September la vie du Parc national de la Garamba au Zaïre »,
22, 2010 ; Last revised Date September 29, 2010 ; Bulletin des séances de l’Académie royale des sciences
<http://www.eoearth.org/articles/ view/158698/> d’outre-mer, 36, 2, Bruxelles, 1991, pp. 193-210.
306
LE TOURISME
une mission officielle de quatre mois au Parc national de Le Parc national de la Garamba est situé à proximité
la Garamba. Deux tâches lui sont confiées : la formation de la frontière avec le Sud-Soudan et a une superficie de
2 e
de 45 jeunes cadres des Parcs nationaux des Virunga, 492.000 km , comprise entre le 4 degré 0’ de latitude
e
Salonga, Maiko et Garamba ainsi qu’une campagne de N et le 29 degré 15’ de longitude E. il est constitué
capture d’animaux de savane (buffles et antilopes) pour le essentiellement de savanes herbeuses, de savanes
parc du Domaine présidentiel de la Nsele. Après un mois, arborées, de forêts-galeries le long des rivières,
deux buffles et vingt-cinq antilopes et phacochères ont été de dépressions marécageuses et d’affleurements
capturés, dont une dizaine transportée par avion militaire granitiques578. Cette grande diversité de l’habitat
577
jusqu’à Kinshasa . entraîne une grande diversité d’animaux. Le parc
compte quatre grandes espèces de
mammifères : l’éléphant, la girafe,
l’hippopotame et le rhinocéros blanc
du nord. Son administration est
assurée par l’Institut congolais pour
la conservation de la nature (ICCN).
Depuis 2005, cet institut a transféré
la gestion du parc à l’African Parks
Conservation.
Le Parc national de la Garamba
figure, comme quatre autres parcs et
réserves de la RD Congo, sur la liste
du patrimoine mondial de l’Unesco.
Le parc y est considéré comme un site
du patrimoine mondial en péril. Il a été
mis sur la liste des sites en péril pour
la première fois entre 1984 et 1992.
Le comité du patrimoine mondial,
en collaboration avec le WWF579, la
Frankfort Zoological Society et les
autorités locales, a, alors, pris des
mesures qui ont permis la croissance
de la population de plusieurs espèces,
notamment celle du rhinocéros blanc.
En raison des violences/guerres
que la région connaît depuis 1996,
l’infrastructure et la gestion du parc ont
Source : Province-Orientale, Congo belge, Inforcongo, Bruxelles, Office du tourisme du Congo belge et fort souffert, et celui-ci a été remis sur la
du Ruanda-Urundi, s.d. liste des sites en péril.
307
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
308
LE TOURISME
Sur l’espace du Parc national de la Garamba, la densité inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
de la population locale est faible, soit 4 habitants/km². Cette Depuis 1999, la réserve y est considérée comme un site du
population est composée essentiellement des Azande, patrimoine mondial en péril580.
Logo, Mondo, Baka, Kakwa et Padjulu. En outre, le parc En 1996, le nombre d’okapis de la réserve était estimé
est entouré de trois domaines de chasse : le domaine des entre 3.900 et 6.350. La réserve accueille aussi le Centre
Azande, le domaine de Gangala na Bodio et le domaine de de conservation et de recherche d’Epulu, sur la rivière
Mondo-Missa. Epulu. Ce centre fut créé en 1928 par l’anthropologue
Le Parc national de la Garamba et ces trois domaines américain Patrick Putnam comme station de capture ; les
de chasse se trouvent dans la partie nord-est du Haut-Uele, okapis capturés étaient envoyés vers des zoos américains
dans les territoires administratifs de Dungu et de Faradje. et européens. En 2009, on comptait quatorze okapis en
captivité. Ce centre assure aussi des recherches et des
3.1.2. La réserve de faune à okapis (RFO) travaux de conservation.
La réserve de faune à okapis a commencé, puis a Mis à part l’okapi, la réserve abrite également d’autres
évolué, sous la forme d’une station de capture, de 1952 à espèces endémiques. Elle est le sanctuaire de diverses
1963. Durant cette période, elle était la propriété privée du espèces animales tels l’éléphant de forêt, le paon du Congo
Portugais David De Medina et comptait diverses espèces et 13 espèces de primates anthropoïdes diurnes, en ce
animales (éléphant, lion, crocodile, okapi, etc). Lors de la compris le chimpanzé581. Pour conserver l’habitat naturel
rébellion des Simba en 1964, le propriétaire retourna au de ces espèces, la Réserve de faune à okapis a érigé quatre
Portugal et plusieurs espèces animales furent massacrées. antennes en dehors de la réserve : l’antenne de Mambasa
Il fallut attendre les années 1967-1968 pour que le (dans le Bas-Uele), créée en 2004, l’antenne de Wamba,
gouvernement congolais, sous la tutelle du ministère de créée en 2004, l’antenne de Nia-Nia, créée en 2006 et
l’Agriculture, prenne la relève. Il ajouta une autre mission l’antenne de Mungbere, créée en 2007.
à la station de capture : la domestication des éléphants en
provenance de Gangala na Bodio. Émile Verleyen, dans Congo, patrimoine de la Belgique,
La gestion de la réserve sera administrée à l’Institut écrit582 :
congolais pour la conservation de la nature (ICCN),
auquel vont s’adjoindre deux ONG américaines actives « L’okapi est un animal bizarre que l’État protège à cause
depuis 1987 : de sa rareté, quoique son aire de dispersion soit plus vaste
qu’on le croyait d’abord. Ce ruminant, qui était réputé
1. Wild Life Conservation Society (WCS), représentée confiné au Congo belge, fut remarqué pour la première fois
r
par le couple formé par le D Thérèse et John Hart, dans la région boisée de la Semliki ; en fait, on le rencontre
ayant pour objectif la recherche scientifique sur les surtout dans les districts forestiers de l’Uele et de l’Aruwimi-
okapis et les antilopes. Ituri, mais des individus ont été signalés également à la
2. Gilman International Conservation (GIC) : le contrat Tshuapa supérieure, au nord-est de Lomela et au nord de
de celle-ci est axé sur la domestication des okapis et la Katako-Kombe.
réhabilitation du site. Elle s’occupe aussi de l’éducation L’okapi, espèce intermédiaire entre le zèbre et la girafe,
et de la forestation. se nourrit surtout de feuilles. Le mâle porte de petites
bosses cornues et une crinière presque imperceptible sur le
Elle est devenue réserve de faune à okapis le 2 mai
1992. Elle a une superficie de 13.762 km², répartie sur trois
580 G. Somba, conservateur et chef adjoint du site de la
territoires administratifs : Mambasa dans l’Ituri (90 % de RFO, 14 janvier 2009 (interview).
l’espace), Wamba (5 % de l’espace) et Watsa (5 % de l’espace) 581 Aveling, C., Patrimoine mondial dans le bassin du
dans le Haut-Uele. Elle couvre environ un cinquième de Congo, Paris, Unesco/Centre du patrimoine mondial
l’ensemble forestier du Haut-Uele. Cette réserve, comme de l’UNESCO, 2010.
quatre autres parcs et réserves de la RD Congo, est 582 Verleyen, E., Congo, patrimoine de la Belgique,
Bruxelles, Éditions de Visscher, 1950, p. 271.
309
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
cou, qui n’a pas la longueur démesurée de celui de la girafe. plusieurs animaux ont probablement disparu de la zone
Les membres antérieurs sont plus longs que les membres nord, et donc du Haut-Uele. Dans les collections du
postérieurs. La tête est mince, le museau légèrement aplati. MRAC aucun spécimen du paon du Congo n’est rapporté
Le pelage marron foncé du corps et de la nuque présente du Haut-Uele.
des reflets noirs. Des rayures noir pourpre et blanc ocré Les Mbuti (Pygmées) et des fermiers Budu vivent dans
alternent sur la partie supérieure des jambes et sur les la réserve.
cuisses. La partie inférieure des membres est blanche : une
584
sorte de jarretière orne les articulations inférieures : entre 3.1.3. Les domaines de chasse
celles-ci et les sabots se distingue encore un anneau blanc. Trois domaines de chasse furent créés le 14 février
Le pavillon de l’oreille, gris foncé à l’extérieur, est d’un blanc 1974 dans le Haut-Uele par arrêtés départementaux du
rosé à l’intérieur : la langue protractile permet à l’animal commissaire d’État à l’Agriculture :
de chasser les mouches qui tenteraient de pénétrer dans les
oreilles. – le domaine de chasse de Mondo-Missa, qui existait déjà
L’okapi est un animal nocturne ; timide enfant de la à l’époque coloniale, situé à une trentaine de kilomètres
forêt congolaise, il recherche l’ombre pendant le jour. » au nord-ouest de Faradje, en lisière du Parc national de
585
la Garamba . Sa superficie est de 163.000 ha ;
La réserve est menacée par plusieurs facteurs, le
braconnage armé, la chasse non contrôlée, l’exploitation 584 « Publication de six arrêtés du département de
minière et l’immigration non contrôlée. Comme seule la l’Agriculture portant création et dénomination des
583
zone centrale a été sécurisée récemment par l’ICCN , domaines de chasse dans le Haut-Uele, Boyoma du
lundi 5 août 1974, p. 3.
e
583 ICCN, Institut congolais pour la protection de la 585 Congo belge et Ruanda-Urundi. Guide du voyageur, 4
nature. édition, Bruxelles, 1958, p. 562.
310
LE TOURISME
– le domaine de chasse des Azande : il est situé dans le pas surprenant que les années Mobutu et sa politique de
territoire de Dungu ; sa superficie est de 163.000 ha ; l’authenticité du début des années 1970, puis les crises qui
– le domaine de chasse de Gangala na Bodio : il est situé suivirent, leur aient été fortement dommageables.
dans les parties de territoires de Faradje, Watsa et
Dungu. Sa superficie est de 260.000 ha. 3.2.1. Le centre historique de Niangara
À l’origine, Niangara était un poste situé aux confins
À ces trois domaines s’ajoutent celui de Maïka-Penge du Soudan, auquel les Belges tenaient pour des raisons
qui a une superficie de 440.000 ha, entièrement situé dans « géostratégiques ». Ceux-ci y étaient confrontés à
le territoire de Rungu. l’antagonisme opposant les « mahdistes islamisés » du Soudan
586
aux Azande et Mangbetu de culture traditionnelle .
Quelques vestiges de la colonisation belge émergent
3.2. LE PATRIMOINE CULTUREL encore de nos jours. Le premier est le pont métallique
de plus de 200 mètres qui enjambe l’Uele en direction
Le Haut-Uele est parsemé d’un grand nombre d’édifices de Doruma. Le second est l’ancien « bureau de territoire,
et de monuments historiques. Un certain nombre de ruines petit bâtiment de style baroque aux colonnes surmontées
e e
date même de la fin du xix et du début du xx siècle. Le de chapiteaux corinthiens ; l’imposante borne géodésique
patrimoine bâti militaire, administratif, religieux et même en forme d’obélisque, incrustée d’obus et entourée de vieux
587
judiciaire saute aux yeux. Quant aux monuments, ils ont canons, etc . »
pratiquement tous été érigés en l’honneur de l’un ou l’autre
grand serviteur de la cause coloniale belge. Aussi n’est il
Pont jeté sur la rivière Uele au niveau de Niangara. (Photo équipe locale, 2010.)
586 Diallo, S., Le Zaïre aujourd’hui, Paris, Éditions Jeune
Afrique, 1975, p. 196.
587 Idem, p. 196.
311
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
La plus intéressante curiosité touristique de Niangara est Le tribunal de Niangara a donné lieu à l’expression
le « tribunal mangbetu ». Selon un guide touristique édité au communément employée comme injure « nyangara kata ».
milieu des années soixante-dix, il s’agit de loin du plus beau
spécimen du genre dans le Haut-Uele. Il est décrit ainsi :
312
LE TOURISME
murs proprement blanchis à la chaux. Celle de Nagels, de la zeriba. L’habitation de l’administrateur territorial,
coquettement décorée, est vraiment un home d’un aspect grande construction en pierres, dont le style moyenâgeux
589
tout à fait confortable . » détonne dans ce paysage, a été construite sur l’emplacement
même de la zeriba. Belles allées de manguiers menant à la
Cette description est l’une des premières descriptions 591
rivière . »
du poste de Dungu. La localité s’est fort transformée
quand, presque un demi-siècle plus tard, André Scohy la Une description sympathique de cet endroit a
visite. Il y rencontre un « faux » château médiéval qui lui été faite dans un guide touristique de 1975. Elle est
inspire le texte suivant : aussi intéressante par l’information qu’elle offre sur
l’administrateur territorial qui aurait été à l’origine de la
« Au bout de la route il y eut d’abord un long pont construction de cette forteresse :
blanc, aux arcades étroites, puis sous une retombée de
palmes, l’entrée d’un château fort, et, ensuite, se dressant « Dungu n’est pourtant pas un village africain comme
autour d’une cour, un décor de donjon, de meurtrières, de les autres ; il a l’originalité d’être protégé par un château
créneaux, de poternes, de mâchicoulis … Nous pénétrions fort. Un vrai comme en Europe, avec donjon, mâchicoulis,
dans un rêve, le rêve d’un inconnu qui, poussé par les tours de guet, meurtrières ; chemin de ronde et jusqu’aux
fantaisies de la solitude, avait, parmi les palmiers et les moindres créneaux et merlons. Une grande maison d’une
manguiers tropicaux, ressuscité ce souvenir nordique : un quarantaine de pièces élevée au bord de l’eau.
château du Moyen-âge […] Rien n’y manquait : ni la tour Comme tous les châteaux, celui-ci a son histoire : son
de garde, ni l’échauguette, ni le pont jeté sur le fossé, ni le bâtisseur, un Belge nommé Schollaert, vrai seigneur de
mur d’enceinte qui courait au long de la rivière […] brousse faisant office d’administrateur, voulait réaliser le
Nous passâmes sous une poterne : de là, fiché dans la rêve de sa vie. Il détourna une partie des fonds publics, qui
tour, un escalier de pierre conduisait à l’étage où un divan lui avaient été confiés pour la construction d’un pont, pour
saharien s’allongeait au pied d’une cheminée flamande ; des réaliser son obsession. Heureusement pour lui que le grand
blasons décoraient les portes sombres tandis qu’un couteau pont de béton avait été également construit. Ayant justifié
indigène au manche d’ivoire jetait une note claire. Aux l’utilisation de son budget, il ne fut que muté au lieu d’être
592
murs, des tableaux de facture romantique répétaient en jeté aux oubliettes de sa forteresse . »
590
vieil or la physionomie du castel ».
Depuis longtemps, le château de Dungu est inhabité.
En visitant l’endroit, André Scohy croyait rêver ; il ne Mais quelle en est la raison ? Le guide fournit une réponse :
manquait que les chevaliers, leurs armures et les grands un administrateur zaïrois avait jugé nécessaire, par
destriers pour que l’atmosphère soit complètement prudence, de choisir une demeure plus modeste et surtout
médiévale. plus discrète. Mais la vox populi prétend que s’est plutôt
Bien entendu, on consacre aussi plusieurs lignes à par peur de « sorcellerie » que le château a été abandonné.
ce castelum dans le Guide du voyageur au Congo belge. Le guide se demande, par ailleurs, à juste titre
Cet ouvrage fournit quelques informations historiques pourquoi tant de pièces sont laissées vides alors que les
précieuses sur la fondation de ce castelum : infrastructures hôtelières de la Garamba, distantes de
75 kilomètres, sont insuffisantes pour loger les touristes.
« Dungu occupe pittoresquement l’emplacement d’un Ne serait-il pas judicieux d’aménager le château en hôtel ?
ancien fortin construit par le commandant Chaltin lors
de la campagne contre les mahdistes : on y voit les restes
313
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Château de Dungu. (HP.1956.15.1788, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)
314
LE TOURISME
3.2.3. Le sanctuaire de la bienheureuse dans une fosse commune. Quelques mois plus tard, un
Anuarite à Isiro missionnaire, le père Leuridan, qui avait appris la mort
Née au quartier Bakoma dans le village Matali, héroïque de la sœur Anuarite, partit à la recherche de son
près de Wamba, le 29 novembre 1939, la bienheureuse cadavre. Il fallut l’aide du père Jef Viaene et de plusieurs
594
Anuarite était la fille de Badjuli Amisi et de Isude Julienne. Congolais pour le retrouver et l’enterrer dans une tombe .
gr
Nengapeta, qui signifie en kibudu « la richesse trompe », Alors M De Wilde commença à rassembler tous les
était son nom de naissance. Alphonsine était le prénom souvenirs sur sa vie et sa mort. Beaucoup de chrétiens
qu’elle reçut lors de son baptême en 1943. À l’école montraient, en effet, une certaine vénération pour elle. Le
primaire, la direction de l’école l’inscrivit par erreur sous procès de béatification fut entrepris et le 15 août 1985, le
le prénom d’Anuarite, qui était, en fait, le prénom de sa pape Jean-Paul II la déclara bienheureuse, à Kinshasa. Isiro
grande sœur. Elle gardera se prénom durant le reste de avait été jugé trop petit pour organiser cet événement.
sa vie. Ses parents firent allonger la tête de leur enfant En compensation, les évêques congolais décidèrent
Nengapeta, comme l’exigeait la coutume des Wabudu et d’organiser un pèlerinage à Isiro vers la tombe d’Anuarite
593
des Mangbetu . dans la cathédrale. Cette fête eut lieu du 17 au 19 janvier
Entrée dans la congrégation des Sœurs de la Sainte- 1986. Mais à la veille de la cérémonie, l’abbé Ferdinand
Famille, ou « Jamaa Takatifu », elle émit sa première Mboka, curé de Ndedu, mourut dans un accident de la
profession religieuse le 5 août 1959. Elle reçut pour nom route à Isiro (ce qui attrista les chrétiens déjà présents).
gr
de religion celui de Marie-Clémentine. Elle accomplit des Depuis des années, M Uma, l’évêque d’Isiro-Niangara,
er
études de monitrice. Elle fut assassinée le 1 décembre tentait d’acquérir la « Maison Bleue », mais en vain. Le
1964 (voir supra). Un sanctuaire à sa mémoire fut érigé. gouvernement congolais de Mobutu l’acheta pour l’Église ;
gr
Contrairement aux édifices précédents, le sanctuaire il en remit la clé à M Uma, le samedi 18 janvier 1986.
de la bienheureuse Anuarite fut érigé après l’indépendance Dans l’après-midi, à 15 h, commençait le « Pèlerinage
du Congo belge. Il est situé à Isiro, de même que sa tombe, national », avec une délégation du diocèse de Wamba, qui
dans la cathédrale. C’est le lieu où cette martyre congolaise apportait une statue de la Bienheureuse Anuarite.
er
fut assassinée le 1 décembre 1964. Elle fut d’abord jetée
315
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
316
LE TOURISME
« Maison Bleue » à gauche (avec clôture), lieu de l’assassinat de la sœur Anuarite à Isiro. (Photo équipe locale, février 2011.)
À l’occasion de la béatification de la sœur Anuarite Ce n’est pas pour son « palais africain » clinquant,
Nengapeta, la République du Zaïre avait émis, le 21 février construit et décoré à l’européenne par le chef Ekibondo, que
1986, des timbres postaux aux effigies du pape Jean-Paul II le village d’Ekibondo était connu, mais pour ses nombreuses
et de la sœur Anuarite. cases peintes. Au moment de la visite d’André Scohy, le village
était pratiquement à l’abandon, l’herbe poussait partout, les
3.2.4. Ekibondo ou le village aux huttes peintes cases se lézardaient, celles qui étaient tombées n’étaient plus
Le village d’Ekibondo est situé à quelque 65 kilomètres reconstruites et le chef regardait cela d’un œil désolé. C’est que
de Niangara sur la route de Dungu-Faradje. Il doit sa le puissant chef était devenu vieux et que ses gens l’avaient
célébrité à l’expédition « Citroën Centre Afrique » de quitté pour se rendre dans des agglomérations urbaines. Seuls
1924-1925. L’Europe découvre alors cette localité, grâce à étaient restés les timorés et les intrigants qui attendaient soit
un film et à un ouvrage intitulé La Croisière noire, mais leur mort soit celle du chef en se disputant déjà la succession.
surtout grâce aux peintures d’Alexandre Iacovleff. L’administration coloniale fit un ultime effort pour
Dans les années cinquante, presque trente ans plus sauvegarder le village d’Ekibondo en restaurant tout d’abord,
tard, André Scohy rencontra le vieux chef Ekibondo (ca tant bien que mal, l’autorité du chef. Ce projet n’aurait eu
1870-1952), qui avait donné son nom au village. Ekibondo aucune chance de réussite sans Jean Mbolangi, qui était
fut investi en 1914 à la tête de la chefferie mangbetu du alors le dernier villageois connaissant encore le secret de
Kupa. Il exerça longtemps son pouvoir avec une autorité la peinture des cases. Pour que la tradition puisse survivre,
incontestée et étendit son influence aux chefferies voisines Mbolangi réunit autour de lui une douzaine de jeunes
595
des Matshaga . Ce chef avait rendu son village célèbre garçons, ses aides, qui à leur tour apprirent la technique des
grâce à ses cases aux parois peintes. Lui-même habitait cases peintes. Son atelier fut à l’origine d’une renaissance
une vaste maison en briques décorée de vues coloriées de de ces pratiques qui demandaient une vaste connaissance
la Côte d’Azur, du calendrier d’une épicerie et d’un certain de base, notamment pour préparer les couleurs : l’ocre, le
596
nombre de miroirs aux dimensions diverses . blanc et le noir se faisaient respectivement à partir d’une
terre spéciale, du kaolin pris à la rivière et du charbon pilé
595 Verhaegen, B., « Ekibondo », in Biographie belge au mortier avec une certaine feuille.
d’outre-mer, VIIb, col. 135.
596 Scohy, A., « Ekibondo… ou les murs veulent parler », Brousse, n° 1-2, 1951, pp. 17-34.
317
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
André Scohy donna la description suivante du village : héros des fables que l’on se conte, le soir venu, autour des
feux de bois odorant. Chacun est logé dans son panneau ;
« Et pourtant Ekibondo est un village célèbre, le plus le chasseur dans le sien, l’éléphant dans celui d’à côté : ils se
célèbre des villages de l’Uele. Pour le découvrir, il faut présentent tour à tour comme les éléments qui, l’un après
quitter, au-delà de Niangara, la grand-route qui joint le l’autre, naissent et forment le conte.
Congo au Nil : on suit d’abord un vague chemin, puis on Parfois cependant ces sujets s’animent, entrent
se trouve devant une haie d’hibiscus : derrière cette haie est en action. Ces deux serpents qui se précipitent et se
le village. Un village pas bien grand : outre le gîte d’étape et rencontrent, tête à tête, contre le manche d’un couteau,
la maison du chef, il n’y a guère qu’une vingtaine de cases. chacun dans le village connaît leur histoire : on vous
Mais ces cases, toutes rondes, ont leurs parois contera ceci : “Il y avait un homme qui en se promenant
extérieures divisées en panneaux coloriés : d’étranges dans la forêt avait laissé tomber son couteau au bord de
peintures s’y voient, tantôt décors réalistes, tantôt la rivière. L’homme alors est parti. Les serpents eux sont
géométries tourmentées qui expriment, nous le verrons, de venus : ils ont senti l’odeur de l’homme et ils sont allés là
vieux symboles. où ils sentaient l’odeur. Ils sont allés … ils sont allés … et
Ce sont ces cases peintes qui ont fait la gloire qu’est-il arrivé ? Ils se sont trouvés tout les deux devant le
d’Ekibondo : voici nombre d’années, la “Croisière noire” manche du couteau…”
en avait célébré le charme ; depuis, photos, livres, affiches, Le conteur s’arrête alors un instant, vous épie, et
expositions même, ont répété à l’envi et les cases et vous demande : “Pourquoi se sont-ils arrêtés devant le
leurs peintures. À un point tel que bientôt, aux yeux de manche du couteau ?” Vous vous avouez ignorant. Votre
beaucoup, le village d’Ekibondo est apparu comme un interlocuteur, tout heureux, vous déclare alors : “Mais
musée de l’art mangbetu : c’est là une erreur, car Ekibondo parce que le manche du couteau, qui est en bois, avait gardé
est peuplé de Bangba où se sont infiltrés quelques l’odeur de l’homme !”
éléments matshaga. Ces Bangba, sans doute sont-ils, Chacun rit ; vous riez, on ne vous trouve pas très
comme les autres peuplades de la région mangbetu, intelligent : “Le Blanc ne saisit pas vite nos histoires …
une tribu d’origine soudanaise, une de ces nombreuses il faut tout lui expliquer” … Ainsi s’amuse-t-on sur les
tribus venues du Nord qui se fixèrent jadis aux environs terres d’Ekibondo. Mais la sagesse noire dans d’autres
de l’Uele ; toutefois ils appartiennent à une autre vague cas se résume en un vif symbole : si vous allez un jour
d’invasion : leurs traits sont plus frustes que ceux de leurs à Ekibondo, vous découvrirez, dans le tribunal décoré
voisins, leur histoire est différente, et les fameuses cases dans le même style que les cases, un pilier où l’on voit un
peintes sont propres à leur culture … crocodile saisissant dans sa gueule aux dents acérées un
Deux sortes d’images ornent les huttes rondes malheureux poisson. N’espérez pas que l’on vous contera
d’Ekibondo. Les unes sans doute les plus récentes, sont ici une nouvelle histoire : la leçon, dans ce lieu, est de
d’une inspiration nettement réaliste : elles représentent des portée immédiate si son symbolisme est irrévérencieux :
hommes, des armes, des animaux. Les hommes portent des le crocodile, c’est la justice ; le poisson qu’il croque, le
lances ou des couteaux et, comme dans l’art primitif, sont plaideur malheureux […]
sexués et dessinés selon une loi de frontalité : le corps se Mais à côté de ces panneaux où la vie quotidienne
présente de face, la tête de profil, les membres dans le plan déroule sa fresque élémentaire, facilement comprise
du corps, la plante des pieds répondant à la direction de par tout le peuple, d’autres cases portent une décoration
marche indiquée par le profil de la tête. Tout cela est rigide, étrange : on n’y a vu généralement que motifs géométriques,
évoque les premières périodes de l’art méditerranéen. et on a pu s’étonner que cette richesse d’invention linéaire
Les animaux, ce sont des éléphants, des léopards, des se soit un jour figée, que ces motifs se répètent, désormais
597
serpents, des poissons, des crocodiles : hôtes du pays et indéfiniment stéréotypés . »
318
LE TOURISME
Chef du village Ekibondo, dans le territoire de Niangara. (HP.1956.15.10291, Le chef Ekibondo entouré de ses notables, à l’intérieur de la salle de son tribunal. Dans le fond, on
collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, s.d., Sofam ©.) aperçoit les décorations. (HP.1956.15.10292, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, s.d., Sofam ©.)
3.2.5. Les cavernes préhistoriques de la Nembiliki Au-delà des cavernes de la Nembiliki, la forêt s’étend. Y
Le Haut-Uele est également intéressant du point de vue a-t-il encore d’autres roches ? D’autres cavernes ? D’autres
de la préhistoire. Les grottes de la Nembiliki se trouvent vestiges ? Je le crois : à peine avions-nous quitté ces grottes
dans le territoire de Dungu en pays mamvu. Le magistrat dont la crue des eaux souterraines nous défendait l’accès,
André Scohy les a visitées au début des années 1950 et en que nous trouvions, un kilomètre plus loin, au bord d’un
a fait le récit suivant : ruisseau, un polissoir, un vrai polissoir comme ceux sur
lesquels les hommes de l’âge de la pierre venaient frotter,
598
« Une tradition prétend […] que dans les cavernes de user, lisser, aiguiser, leurs armes rudimentaires . »
la Nembiliki sont enfouis les restes profanés du dernier
sultan qui, avant l’arrivée des Européens, mena les Azande 3.2.6. L’église catholique de Rungu
de conquête en conquête jusqu’au-delà de l’Uele […] On Sur le plan touristique, Rungu a un bâtiment spécial à
rapporte qu’après sa mort son petit-fils Bafungura viola sa offrir. Il s’agit de son église catholique :
tombe qui se trouvait près de la rivière Wangese : Bafungura
enleva le cadavre, en détacha la tête et la réduisit en cendres « À quelque distance de là […] sur la Bomokandi,
afin de se constituer un talisman qui lui donnerait la se trouve Rungu, dont les palmeraies naturelles sont
victoire dans les batailles ; puis, après avoir dépouillé de sa importantes. La mission des pères dominicains y possède
chair le reste du corps, il en enduisit de rouge les os, déposa une belle école professionnelle moderne, pourvue d’un
ceux-ci dans une caisse, et enterra la caisse dans une des équipement électrique. Les tourelles en pyramide de
cavernes de la Nembiliki, une caverne dont l’emplacement l’église rappellent l’architecture des cases indigènes. La
a été soigneusement tenu secret […] voûte ogivale est supportée par une charpente à solives
D’ailleurs, tout ce pays du nord-est congolais est lié à saillantes ; à l’extrémité de celles-ci des têtes, pour lesquelles
une préhistoire encore proche : un peu partout on y trouve le sculpteur s’est inspiré de types mangbetu, regardent dans
des haches d’oligiste polie que les indigènes prétendent la nef les trois rangées de petits bancs placés à l’usage des
599
avoir été déposées par la foudre au pied des arbres, on chrétiens noirs . »
découvre d’étranges pierres rondes sur lesquelles discutent
les spécialistes, on voit d’énormes dalles plates où sont
gravés, en dessins schématiques, des armes, des objets, des
pieds humains […] Mais à quoi rattacher ces souvenirs ?
598 Scohy, A., L’Uele secret, op. cit., p. 71.
L’histoire ici devient si vite légende.
599 Verleyen, E., op. cit., pp. 179-180.
319
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Église des Pères dominicains à Rungu. (HP.1956.15.5265, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)
3.2.7. Les monuments du Haut-Uele exceptions près, à des caravansérails ou à des gîtes de
passage qu’à de véritables hôtels.
Les monuments du Haut-Uele On dénombre actuellement à peine cinq hôtels d’un
standing confortable. Presque tous sont situés à Isiro,
Localité Date Description chef-lieu du Haut-Uele. À l’époque coloniale, l’industrie
Faradje Monument hôtelière ne fut pas développée. D’après les renseignements
commémoratif de la de l’Office de l’information et des relations publiques pour
victoire de Redjaf, le Congo belge et le Ruanda-Urundi de 1958, le Haut-Uele
600
remportée par Chaltin comptait sept hôtels :
sur les madhistes et de
la campagne d’Abyssinie – dans le territoire de Dungu : l’hôtel Au Relais : une
(Guerre 1940-1945) chambre A avec eau courante chaude et froide, de 200
Isiro Monument au colonel à 250 francs ; quatre chambre B1 avec eau courante
Paulis froide, de 150 à 200 francs ; + un restaurant :
Niangara 9 septembre 1938 Les monuments à – dans le territoire de Niangara : l’hôtel Santos avec eau
Chaltin, Redjaf et courante froide ; quatre chambres B, de 150 à 200
Miani ; la borne francs ; deux chambres C, de 125 à 175 francs ; + un
géodésique restaurant ; cinéma ;
– dans le territoire de Paulis :
320
LE TOURISME
Inauguration par la Force publique du monument aux morts d’Abyssinie, à Faradje, 1943. (HP 2009.3.585, collection MRAC Tervuren ; photo L. Van Bever (Inforcongo),
1943, MRAC Tervuren ©.)
Les soldats de la Force publique devant le monument aux morts d’Abyssinie, à Faradje, 1943. (HP.1956.15.2455, collection MRAC Tervuren ; photo L. Van Bever
(Inforcongo), 1943, MRAC Tervuren ©.)
321
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Quelques chefs coutumiers du territoire de Faradje devant le monument Asosa-Gambela-Sao à Faradje. (Photo équipe locale, Janine Aïwa, 2006.)
– l’hôtel Mangbetu des Vicicongo, avec eau courante Dans le tableau ci-après, sont répertoriés les
froide ; deux chambres A, de 225 à 275 francs ; vingt établissements identifiés en 2007 comme hôtels par les
chambres B, de 125 à 150 francs et de 175 à 200 francs ; services publics dans le territoire de Rungu, où se situe la
trois chambres C, de 100 à 125 francs ; + un restaurant ; cité d’Isiro.
cinéma deux fois par semaine,
– l’hôtel Victory avec eau courante chaude et froide ; deux Hôtels du territoire de Rungu en 2007
chambres A, de 200 à 250 francs ; quatre chambres B, de
125 à 150 francs ; + un restaurant, Nom Propriétaire Capacité
Mangbetu CFU 19
– l’hôtel La Potinière avec eau courante froide ; quatre
Uele Ebosila 19
chambres C, de 150 à 200 francs ; + un restaurant ; Bomokandi N’tumba 25
– dans le territoire de Wamba : l’hôtel des Sports : une Les Vacanciers N’tumba -
chambre B, eau courante chaude et froide de 175 à Pumuzika Pumuzika 10
250 francs ; 4 chambres B1 et deux chambres C, eau Centre d’accueil - 7
courante froide, de 90 à 150 francs + un restaurant ; Guest House Anziama Anziama 7
Antho Antho 10
– dans le territoire de Watsa : l’hôtel Momvu des chemins de
Cosmos Vovos 7
fer vicinaux du Congo : eau courante froide, trois chambres Quatre Boutons -
A, de 150 à 200 francs, deux chambres B, de 125 à 175 Chantily Place Kpoku Charlotte
francs, huit chambres C, de 75 à 100 francs + restaurant. Bassin Tandema
Nava Akanziade
La rébellion des années 1964-1965 puis la zaïrianisation Vieux Nico -
Kambale -
de l’époque mobutiste, suivie du délitement progressif de
Lola -
l’État congolais ont aggravé la situation touristique dans Tomeka -
le Haut-Uele. Hewa Bora Kalay
En 1972, le Haut-Uele comptait deux hôtels, situés à Isiro,
l’hôtel Mangbetu (24 chambres) et l’hôtel Oasis (4 chambres). Source : Rapport annuel du territoire de Rungu, exercice 2007 et
service du tourisme du Haut-Uele.
322
LE TOURISME
Rungu 3 10 2 3 18
Niangara 1 4 1 6
Dungu - 11 3 14
Wamba 1 28 3 1 33
Watsa 4 8 4 2 18
Faradje 5 11 2 2 20
Total 14 72 15 1 7 109
Source : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division régionale
de Kisangani, n° 3, 1972, p. 25, Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, Musée royal de l’Afrique
centrale, CA.2008.1.
323
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Source : a) Coopération RD Congo, Programme développement et éducation de l’enfant. Prévision de distribution des fournitures scolaires avec l’appui de l’Unicef, en 1re, 2e, 3e et 4e années, 2008, pp. 13-33,
NC : non conventionnée ; ECC : école conventionnée catholique ; ECP : école conventionnée protestante ; ECK : école conventionnée kimbanguiste ; ECI : école conventionnée islamique ; PR : privé.
était passé de 109 à 114. Au cours de la même année, le
PR TOT
0
0
0
6
0
2
8
12,5 100,0
nombre d’établissements secondaires, s’élevait, quant à lui,
601
à 30 ; il était passé à 35 en 1974 .
0
0
0
1
0
0
1
Niveau supérieur et universitaire
Le 30 novembre 1973, l’État zaïrois annonçait qu’il
Répartition des établissements d’enseignement primaire, secondaire, supérieur et universitaire par territoire :
ECI
0
0
0
0
0
0
0
*
se réservait la souveraineté sur – et le contrôle de – tout
Régime de gestion
le système éducatif zaïrois et qu’il nationalisait toutes les
ECK
0
0
0
0
0
0
0
-
écoles. L’État devenait le seul acteur. Le pays ne comptait
plus, désormais, qu’un réseau unique d’enseignement.
Malgré cette nationalisation, il toléra cependant les
NC ECC ECP
0
0
0
2
0
0
2
25,0 37,5 25,0
activités des écoles privées, particulièrement celles des
écoles maternelles. Mais en raison d’abus, des conditions
0
0
0
2
0
1
3
de contrôle furent instituées : l’ouverture d’établissements
privés d’enseignement fut désormais subordonnée à
0
0
0
1
0
1
2
l’agrément préalable du ministère de l’Éducation nationale.
Cette période fut cependant de courte durée. À la suite de niveau d’enseignement et régime de gestion
nombreuses crises, en effet, on assista progressivement
PR TOT
20
48
11
28
56
15
178
au désengagement de l’autorité de l’État dans le secteur
éducatif. Celui-ci finit par rétrocéder, en 1977, une partie
3
-
0
7
1
-
-
de la gestion scolaire aux Églises. Celles-ci signèrent une ECI
0
-
0
0
0
-
-
convention avec l’État, convention en vertu de laquelle il
Niveau secondaireb
Régime de gestion
0
6
de manière désordonnée.
ECP ECK ECI
0
0
0
1
0
0
1
1,53 0,15
Régime de gestion
Niveau primairea
Wamba
Faradje
Dungu
Rungu
Watsa
324
LES STRUCTURES SCOLAIRES
En 1995, il comptait 260 écoles primaires et 61 écoles 28 %. Nous ne possédons pas les données détaillées par
603
secondaires . En 2003, il comptait 11 écoles maternelles, 438 régime de gestion pour l’enseignement secondaire. Au
écoles primaires et 101 écoles secondaires et une université. niveau supérieur, 2 des 8 établissements existants étaient
En 2008, l’essaimage se poursuivant, le nombre gérés par l’État, 5 l’étaient par les Églises et un par le
d’établissements était monté à 652 écoles primaires, 178 secteur privé.
écoles secondaires et 8 écoles supérieures et universitaires.
La situation détaillée de ces écoles et instituts est reprise 4.1.2. Effectifs scolaires (1971-2003)
dans le tableau ci-contre. L’État gérait 8 % des écoles Les effectifs scolaires pour les années 1971 à 1974 sont
primaires, l’Église catholique 60 %, les Églises protestantes détaillés au tableau suivant.
Élèves
dont filles
1971-1972 1972-1973 1973-1974 1972-1973 1973-1974
% de filles
Écoles primaires 102.346 97.324 95.678 33.042 37.959 39,7
Écoles secondaires 5.369 6.817 6.652 - 1.728 26,0
Sources : année 1971-1972 : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division
régionale de Kisangani, n° 3, 1972, p. 27, Fonds B. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du temps présent, Musée royal de l’Afrique
centrale, CA.2008.1 ; années 1972-1974 : Bulletin des statistiques générales Région du Haut Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique,
n° 7, 1974, pp. 16-17.
Au cours des années 1971-1974, près de cent mille Les deux tableaux suivants présentent la répartition
enfants fréquentaient l’école primaire, contre 6.000 des élèves dans les écoles primaires et secondaires par
seulement l’école secondaire. Au cours de l’année 1973- régime de gestion pour l’année 1971-1972.
1974, les filles représentaient 39,7 % des effectifs des écoles
primaires et 26 % de ceux des écoles secondaires.
325
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Répartition des élèves dans les écoles primaires du Haut-Uele par régime en 1971-1972
Source : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division régionale de Kisangani,
n° 3, 1972, p. 27, Fonds B. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale, CA.2008.1.
Répartition des élèves dans les écoles secondaires du Haut-Uele par régime en 1971-1972
Source : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division régionale de Kisangani,
n° 3, 1972, p. 26, Fonds B. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale, CA.2008.1.
Au cours de l’année scolaire 1971-1972, seuls 6,84 % des années 1970. Ils n’atteignaient plus que 74.559 élèves
des élèves de l’enseignement primaire fréquentaient les en 1989-1990. Leur nombre avait ensuite remonté, pour
écoles officielles. L’enseignement catholique concentrait, atteindre 108.867 élèves en 1993-1994. Dans le secondaire,
quant à lui, plus des trois quarts des effectifs, et les écoles en 1989-1990, les effectifs avaient presque doublé par
protestantes 9,15 %. Dans l’enseignement secondaire, les rapport à leur niveau de 1971-1972. Ils atteignaient 16.743
écarts étaient moins nets entre les deux réseaux : 38 % des élèves en 1993-1994.
élèves fréquentaient les écoles officielles, contre 46,52 % pour La proportion de filles dans l’enseignement s’était
les écoles catholiques et 10,78 % pour les écoles protestantes. améliorée, puisque les filles représentaient 44 % des
Au début des années 1990, les effectifs scolaires dans le effectifs des écoles primaires et 35 % de ceux des écoles
primaire avaient baissé par rapport à leur niveau du début secondaires.
326
LES STRUCTURES SCOLAIRES
Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, forêts et pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, s. l., octobre 1998, p. 297.
Les effectifs scolaires pour l’année 2002-2003, dernière rapport au début des années 1990, ils ont enregistré une
année pour laquelle nous disposons de statistiques pour progression, s’établissant à 135.588 élèves en primaire et
le Haut-Uele, sont présentés au tableau suivant. Par 21.150 en secondaire.
ENC : école non conventionnée, dite officielle ; ECC : école conventionnée catholique ; ECP : école conventionnée protestante ; ECK : école
conventionnée kimbanguiste ; EPR : privé.
Source : République démocratique du Congo, Ministère du Plan, Unité de pilotage du processus DSRP, Monographie de la Province-Orientale,
Kinshasa, mars 2005, p. 130.
En 2003, 7,6 % des élèves de l’enseignement primaire Le pourcentage de filles dans l’enseignement avait
fréquentaient les écoles officielles. L’enseignement progressé par rapport aux années 1990 pour atteindre
catholique concentrait, quant à lui, 74 % des effectifs, 45,6 % dans le primaire, mais régressé dans le secondaire,
l’enseignement protestant, 14,8 %. Dans l’enseignement où elles ne représentaient plus que 30,5 %. À l’université, la
secondaire, 11,2 % des élèves fréquentaient les écoles proportion de filles atteignait 28,6 %.
officielles, contre 56,2 % pour les écoles catholiques et
28,3 % les écoles protestantes.
327
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Les données présentées ci-dessus fournissent un La faiblesse de ces taux s’expliquait en partie par le
aperçu quantitatif de la situation de l’enseignement dans renchérissement du sytème d’enseignement et la ruée des
le Haut-Uele. Elles présentent le nombre d’établissements jeunes vers les carrières d’exploitation artisanale d’or et de
scolaires et les effectifs scolaires au début des années 1970 diamant.
et dans les années 2000, mais elles ne permettent aucune Les informations de terrain recueillies par les
appréciation de la qualité de l’enseignement. Nous ne équipes locales dans les différents territoires du Haut-
disposons malheureusement, pour le Haut-Uele, d’aucun Uele, qui sont présentées au point suivant consacré aux
indicateur qualitatif. Ceux contenus dans les annuaires structures scolaires par territoire, semblent confirmer
statistiques de l’enseignement primaire, secondaire et la persistance d’un délabrement important du système
professionnel réalisés par la Cellule technique pour les éducatif, comparable à celui que dénonçait en 2002 déjà
604
statistiques de l’éducation (CTSE) ne présentent, en effet, la Banque mondiale pour le pays en général dans une
les données que jusqu’au niveau des provinces, c’est-à-dire, étude intitulée Le Renouveau du système éducatif de la
605
la Province-Orientale. République démocratique du Congo . Celle-ci pointait
Nous disposons, cependant, pour l’année 1995, de quatre problèmes importants minant l’accès et la qualité
quelques données que nous livrons ci-dessous. de l’enseignement en RD Congo :
Le taux de scolarisation dans le Haut-Uele était de
55,2 % dans le primaire et de 10,5 % dans le secondaire. – une couverture relativement faible au niveau primaire,
Au niveau de la Province-Orientale, ces taux étaient avec de grandes inégalités dans l’accès et une extension
légèrement supérieurs et s’élevaient respectivement à incontrôlée au niveau secondaire et supérieur ;
58,6 % et 11,6 %. – une grave détérioration de la qualité de l’éducation à
tous les niveaux ;
Taux brut de scolarisation en primaire et – un système d’administration scolaire lourd et désuet ;
secondaire dans le Haut-Uele en 1995 – un très bas niveau de dépenses et un système de
financement inefficace et inéquitable.
Population scolarisable 6-11 ans 197.211
Population scolarisable 12-17 ans 159.647 Un certain nombre de caractéristiques du système
Élèves primaire 108.867 scolaire congolais peuvent, selon nous, s’appliquer au
Élèves secondaire 16.743 Haut-Uele. La principale est le nombre insuffisant d’écoles
Taux de scolarisation (%) : et de classes par rapport à une population scolarisable en
Primaire 55,2 augmentation constante. Cette inadéquation a, surtout
Secondaire 10,5 en milieu rural, une incidence sur la distance séparant
l’élève de son école. En l’absence de service organisé de
Source : République démocratique du Congo, Ministères de transport des élèves, cela expose les enfants en âge scolaire
606
l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et à commencer leur scolarité avec retard . Au niveau
de l’Environnement, Conservation de la nature, forêts et pêche, secondaire et supérieur, l’aire de recrutement d’une école
Monographie de la Province-Orientale, op. cit., p. 296. étant bien supérieure encore à celle d’une école primaire
(de grands espaces géographiques étant dépourvus
d’établissements secondaires et universitaire), cela peut
entraîner de faibles taux de transition entre le primaire
604 Cellule technique pour les statistiques de l’éducation,
Annuaire statistique de l’enseignement primaire,
secondaire et professionnel. Année scolaire 2006- 605 Banque mondiale, Le Renouveau du système éducatif
2007, Kinshasa, 2008 ; Celulle technique pour de la République démocratique du Congo : priorités
les statistiques de l’éducation (CTSE), Annuaire et alternatives, Région Afrique, Département du
statistique de l’enseignement primaire, secondaire et Développement humain, 2002, « série Documents de
professionnel. Année scolaire 2008-2009, Kinshasa, travail, n° 68. »
juillet 2010. 606 Banque mondiale, op. cit., p. 27.
328
LES STRUCTURES SCOLAIRES
329
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
4.2.2. Territoire de Faradje sont dérisoires. Á peine six d’entre elles possèdent des
Dans le territoire de Faradje, on compte actuellement bâtiments construits en matériaux durables. Toutes les
une école d’enseignement maternel, 153 écoles primaires autres sont construites en matériaux provisoires, ce qui
et 36 écoles secondaires, mais aucun établissement exige leur renouvellement chaque année.
d’enseignement supérieur et universitaire. Dans l’ensemble, La capacité d’accueil, bien que dépendant de la
ces établissements affichent une certaine capacité d’accueil, population scolarisable et de la nature des bâtiments, reste,
qu’ils appartiennent à l’État ou au secteur privé. Environ en moyenne, dans la norme.
88 % des enseignants de l’enseignement primaire possèdent Concernant la qualification des enseignants (le
le diplôme requis pour exercer le métier d’enseignant, niveau d’études), la plupart d’entre eux sont, en général,
tandis que ce pourcentage tombe à moins de 20 % dans des diplômés ayant accompli 4 ans (D4) ou 6 ans (D6)
609
les écoles secondaires. Par ailleurs, aucun recyclage des d’études, dans les écoles primaires mécanisées et payées.
enseignants n’est organisé. Dans les écoles primaires non agréées et non mécanisées,
en revanche, leur qualification laisse grandement à
Répartition des écoles du territoire désirer : on y recrute souvent des enseignants sans aucune
610
de Faradje par chefferie qualification (PP5, PP4, PP3, voire PP2 ou PP1 ).
Au secondaire, la situation est plus grave encore :
Écoles même dans les écoles mécanisées, le corps enseignant
Niveau/ est constitué presque exclusivement d’enseignants D6 ou
Chefferies maternelles primaires secondaires PP6. Les quelques rares enseignants qualifiés (gradués G3
611
Kakwa 0 8 2 ou licenciés L2 ) y occupent le poste de préfet. Dans la
Mondo 0 2 majorité des écoles non mécanisées (si pas dans toutes), la
Logo-Bagela 0 16 4 direction est confiée à des personnes sous-qualifiées.
Dongo 0 6 Ajoutons qu’il y a plus de deux décennies que les
Logo-Lolia 0 20 8 enseignants n’ont plus connu de recyclage officiel dans le
Logo-Ogambi 1 55 11 territoire de Niangara.
Logo-Obeleba 0 20 3
Logo-Doka 0 26 8 4.2.4. Territoire de Rungu
Total 1 153 36 Le territoire de Rungu compte actuellement 92 écoles
maternelles, primaires, secondaires et professionnelles, 4
Source : équipe locale. instituts supérieurs et 2 universités. La cité d’Isiro, située
dans ce territoire, concentre une bonne partie de ces
4.2.3. Territoire de Niangara écoles, surtout celles de niveau supérieur et universitaire.
Le territoire de Niangara compte actuellement deux 70 % des écoles primaires occupent des bâtiments
écoles maternelles appartenant au réseau catholique du construits en matériaux provisoires (pisé), et ce, surtout
diocèse d’Isiro-Niangara ; 61 écoles primaires (avec 350 en milieu rural. La densité d’occupation des classes est
classes), dont 45 appartiennent au diocèse d’Isiro-Niangara, très élevée : 45 élèves par local, en moyenne. Quant à la
5 au diocèse de Dungu-Doruma et 11 au réseau protestant formation des enseignants, elle laisse à désirer : le nombre
(AOG et CECA 20) ; 12 écoles secondaires (avec 68 classes), moyen d’années études des enseignants est de 4 ans dans
dont 9 écoles appartiennent au diocèse d’Isiro-Niangara,
une au réseau protestant (AOG) et deux au réseau officiel.
609 Une école « mécanisée » est un école dont les
De ces 73 écoles, à peine 27 sont agréées par les pouvoirs enseignants figurent sur la liste de paie.
publics et leur personnel payé par l’État congolais ; les 46 610 « PP » signifie postprimaire : PP1 : une année d’études
autres sont à charge des seuls parents. après l’école primaire ; PP2 : deux années d’études
En général, les infrastructures et les équipements après l’école primaire ; PP3 : trois années d’études
(livres, meubles, matériel didactique…) de ces écoles après l’école primaire, et ainsi de suite.
611 G3 : 3 années de graduat ; L2 : deux années de licence.
330
LES STRUCTURES SCOLAIRES
l’enseignement primaire et de 6 ans dans l’enseignement l’EPSP n’ont plus organisé de recyclage depuis plus de 15
secondaire. Ajoutons à cela que les services officiels de ans.
Bâtiments administratifs de l’Université de l’Uele à Isiro. (Photo équipe locale, février 2011.)
331
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
La capacité d’accueil moyenne des classes est normale, même que soient acceptés comme enseignants des personnes
c’est-à-dire de 25 élèves par classe. Il arrive cependant que n’ayant pas terminé leurs études primaires. Ajoutons, enfin,
l’on enregistre de 35 à 50 élèves par salle de classe. qu’au sein du corps professoral, l’on trouve des diplômés
La formation des enseignants laisse à désirer. Ils sont, provenant de sections autres que pédagogiques.
dans leur majorité, des diplômés d’État (D6), et ceci tant au
niveau des écoles primaires qu’à celui des écoles secondaires. 4.2.6. Territoire de Watsa
Les détenteurs d’un graduat ou d’une licence sont rares. La situation actuelle est présentée au tableau ci-après,
Ceux-ci occupent généralement les postes de direction dans où les écoles du territoire de Watsa sont réparties par
les écoles secondaires. Dans l’enseignement primaire, il arrive chefferie, secteur et cité.
Enseignement
Entité primaire secondaire supérieur et universitaire
NC ECC ECP Total NC ECC Total NC ECC Total
Andikofa 2 2 1
Andobi 2 12 5 19 1 2 3
Ateru 10 1
Gombari 12 4
Kelbo 2 6 1 7 1
Kibali 4 3
Mangbetu 7 1
Mari minza 10 1
Walese 11 2
Cité de Watsa - - 1 1 2
Total 4 20 6 82 1 2 17 1 1 2
NC : non conventionnée ; ECC : école conventionnée catholique ; ECP : école conventionnée protestante.
La majorité des écoles appartiennent, par ordre La carence est de plus en plus grande à l’intérieur du
d’importance, au réseau catholique, puis au réseau territoire.
protestant et, enfin, à l’État. Les établissements
d’enseignement supérieur sont un institut supérieur des
techniques médicales, relevant du ministère de la Santé,
et un institut supérieur pédagogique, géré par le diocèse 5. LE SYSTÈME DE SANTÉ DU HAUT-UELE
d’Isiro-Niangara. Ces écoles sont peu équipées en matériel
didactique et en manuels et elles accusent, en outre, une
insuffisance en personnel enseignant qualifié. 5.1.L’INFRASTRUCTURESANITAIREDUHAUT-UELE
Dans la plupart des cas, les directions des écoles sont
aux mains de personnes disposant, au maximum, d’un En 1965, les structures sanitaires du Haut-Uele
diplôme d’humanités D6 (diplôme d’État) ; rares sont comportaient 17 hôpitaux ou cliniques (10 de ces
celles possédant un graduat. Les gradués occupent, quant établissements étaient gérés par l’État, 1 par une mission
à eux, généralement les postes de direction des écoles religieuse, 4 par la Croix-Rouge, 2 par des opérateurs
secondaires. Les préfets possédant une licence sont rares. privés) et 135 dispensaires.
332
LE SYSTÈME DE SANTÉ
Infrastructure sanitaire du Haut-Uele en 1965 L’infrastructure sanitaire612 était complétée par quelques
hôpitaux de missions, des dispensaires d’État et de missions
Territoire/ Hôpitaux et des dispensaires satellites rattachés aux dispensaires
613
localité et cliniques d’État . La plupart de ces hôpitaux étaient vétustes et mal
Appartenance Dispensaires Autres entretenus. Souvent, ils ne fonctionnaient plus, par manque
Dungu 1 État de pièces de rechange et de techniciens spécialisés dans
Doruma 31 1 maternité et 1 l’entretien ou par manque d’électricité. Quant au personnel
léproserie médical, il était totalement insuffisant. Ainsi, les hôpitaux
Faradje 2 État 14 d’État ne comptaient-ils que 13 médecins (1,5 médecin
Aba 1 Mission 6 pour 100.000 habitants). Quant aux infirmiers diplômés,
Niangara 2 État 9 1 léproserie leur nombre avait connu une chute continue au cours des
Paulis 2 État 1 sanatorium cinq années précédentes. Ils étaient souvent responsables
Medje 1 Croix-Rouge 1 maternité d’un hôpital ou d’un dispensaire important. Les dispensaires
Rungu 1 État (CAC) 27 1 léproserie ruraux étaient, quant à eux, gérés par des infirmiers
Wamba 1 État 1 1 maternité auxiliaires ou des aides accoucheuses, confrontés à de
Pawa 1 Croix-Rouge 1 léproserie graves difficultés, en raison d’une formation insuffisante, du
Babonde 1 Croix-Rouge manque de moyens, et de l’isolement. Les unités médicales
Matete 1 Croix-Rouge 20 2 léproseries manquaient de médicaments ; les dispensaires en étaient
Bayenga 1 Privé 4 même complètement dépourvus. Cette pénurie était en
Watsa 1 Privé 7 1 maternité grande partie imputable aux vols tout au long du transport
614
Gombari 1 État 16 2 léproseries et du circuit de distribution .
Total 17 135 Au cours des années 1970, la RD Congo décida de la
création d’unités de santé décentralisées qui associeraient
Source : Annuaire de la République démocratique du Congo, Agence la population au fonctionnement de celles-ci : les zones
nationale de publicité congolaise, 1965, pp. 82-83. de santé, l’unité de base de planification sanitaire, dont
l’objectif prioritaire était l’accessibilité des soins de santé à
En 1974, les hôpitaux d’État étaient au nombre de huit, toute la population.
615
offrant au total 1.506 lits, et 13 médecins de l’État. Ceux-ci La zone de santé , regroupant tous les services, quels
se répartissaient comme suit par territoire : qu’en soient les propriétaires (État, société privée, mission
333
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
religieuse) comprend, en milieu rural, en moyenne 20 Le pays fut découpé en 306 zones de santé. Le Haut-
centres de santé (un pour 5.000 habitants) et un hopital Uele en comptait 10, avec une inspection médicale à Isiro.
général de référence pour 100.000 habitants. En ville, En 2003, un redécoupage des zones de santé fut opéré.
elle comprend en moyenne 10 centres de santé (un pour Pour l’ensemble de la RD Congo, leur nombre est passé de
10.000 habitants) et un centre hospitalier pour 100.000 306 à 515 ; pour le Haut-Uele, de 10 à 13. Deux districts
habitants. sanitaires ont été créés : le district du Haut-Uele Ouest et
le district du Haut-Uele Est.
Le centre de santé est responsable de la promotion de la Le district sanitaire du Haut-Uele Est a son siège dans
santé de la population dont il a la charge. Il a pour mission la cité de Watsa. Il couvre les territoires de Faradje et de
d’offrir á la population un paquet minimum d’activités de Watsa. Ce district se subdivise administrativement en
prestation de soins de santé primaires, avec la participation cinq zones de santé découpées en 88 centres de santé. Le
communautaire. L’hôpital général de référence offre un district sanitaire du Haut-Uele Ouest a Isiro pour siège. Il
paquet complémentaire d’activités de soins de santé de couvre les territoires de Dungu, de Niangara, de Rungu
référence. et de Wamba. Il compte huit zones de santé, composées
Les centres et postes de santé assurent un ensemble de 140 centres de santé. Le tableau ci-après récapitulent la
616
d’activités curatives, préventives et promotionnelles . situation des structures sanitaires du Haut-Uele en 2007.
334
LE SYSTÈME DE SANTÉ
TIDC
Rungu 2 14 83.774 Foda, Medair, Pev,
Wamba Boma 1 14 86.749 Foda, Medair, Pev,
Mangbetu
Pawa 2 18 125.383 100 Memisa Belgique,
Ps9fed, Medair, OMS,
Pev, Foda, Cordaid,
Églises catholique et
protestante, gouvernement/
communauté
Wamba 2 17 107.166 Medair, OMS, UNFPA,
Foda et Église catholique
Total 13 20 228 1.374.851
335
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
336
LE SYSTÈME DE SANTÉ
Secteur Montant
Titre du projet
d’intervention alloué (USD)
PREMIÈRE ALLOCATION 2010 – HAUT-UELE 3.425.984
Assistance en kits NFI (non food items, biens non alimentaires) à 1.400 ménages
300.000
Abris et biens non déplacés des attaques de LRA dans le village d’Isiro (territoire de Rungu)
alimentaires Assistance en NFI pour la protection des populations déplacées de Niangara et
249.000
périphéries sud
Source : OCHA, Action humanitaire en Province-Orientale. Rapport mensuel et bilan annuel partiel 2010, OCHA, décembre 2010, p. 17.
Au plan sanitaire, dans le Haut-Uele620, 90 % de la population qui en découlent). Les épidémies de méningite
morbidité est constitué du paludisme, des infections et de peste pulmonaire sont fréquentes. La trypanosomiase
respiratoires aiguës, des maladies diarrhéiques, des humaine africaine et l’onchocercose (entraînant la cécité)
infections sexuellement transmissibles et du VIH/SIDA, y sont également observées. Le mois de mars 2011 s a été
de la filariose et, à certains endroits, de la malnutrition marqué par une suspicion de fièvre hémorragique virale à
621
(souvent liée aux conflits et aux déplacements de Dungu .
337
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Source : Bureau de la zone de santé de Dungu. MSF apporte également un appui à l’hôpital de Dungu,
dans le service de chirurgie, la maternité et la pédiatrie
Tous ces hôpitaux, centres et postes de santé et organise une intervention similaire à Doruma, qui est
appartiennent à des opérateurs privés. L’approvisionnement toujours isolée par les rebelles et à Dingila, une autre ville
en produits pharmaceutiques est assuré par l’organisme où la population déplacée est, comme à Doruma, d’environ
humanitaire Medair. Les infrastructures sont dans un 20.000 personnes.
338
LE SYSTÈME DE SANTÉ
339
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
La plupart des médecins, si pas tous, sont des 5.3.5. Territoire de Wamba
généralistes. Les infirmiers, quant à eux, sont de niveau Le territoire de Wamba est doté de trois zones de santé
A1, A2 et A3.. De façon générale, ces institutions sont rurales : Boma Mangbetu, Pawa et Wamba. La mieux
approvisionnées par diverses ONG, dont Medair ou dotée en infrastructure est celle de Pawa. Le tableau ci-
Cadimebu. Divers postes de santé appartiennent au après répartit les structures sanitaires dans le territoire de
secteur privé. Ils sont souvent tenus par un personnel sans Wamba.
qualification requise.
340
LE SYSTÈME DE SANTÉ
341
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS
Le territoire de Watsa possède 2 hôpitaux, 49 centres Pour l’ensemble du territoire, on dénombre 5 médecins,
de santé et 29 postes de santé. 9 infirmiers A1, 38 infirmiers A2, 74 infirmiers A3 et 91
La quasi-totalité des centres de santé et des postes autres personnes.
de santé sont construits en pisé. Ceux appartenant En matière d’approvisionnement en médicaments et en
à l’État manquent de médicaments et l’état de leurs matériel médical, ces structures de santé sont appuyées par
infrastructures laisse à désirer. Le personnel soignant des associations telles que Medair, la Fondation Damien,
est constitué de médecins généralistes et d’infirmiers de Malteser, etc. Leur approvisionnement en médicaments se
niveaux A1, A2 et A3. fait à partir d’Ariwara, Isiro, Beni et Butembo.
342
CONCLUSION
CONCLUSION
D
ès l’époque coloniale, l’Uele frappa celui des expressions artistiques, musicales et religieuses.
l’imagination des visiteurs étrangers. Il En matière politico-administrative, le sort du Haut-
suffit, pour s’en convaincre, de feuilleter Uele a toujours été lié à celui de ses voisins, les districts du
les anciens guides touristiques. D’autre Bas-Uele, de l’Ituri et de la Tshopo, qui, à plusieurs moments
part, les récits de voyage, les documentaires, les tableaux de leur histoire, firent partie – et font encore partie – d’une
des écrivains, des cinéastes, des peintres (tel Alexandre même entité politique, la Province-Orientale. Si le nombre
Iacovleff) et d’autres artistes qui avaient parcouru ces considérable de chefferies explique certaines tensions de
contrées ont perpétué à jamais le souvenir du passé configurations territoriales à l’intérieur du Haut-Uele, les
souverain, dynamique et créatif des peuples quelque peu territoires de Faradje et de Watsa, ballottés entre l’Uele et
exotiques de cette région. Il est jusqu’à Tintin, le héros l’Ituri, furent à l’origine d’autres tensions.
de la bande dessinée d’Hergé, qui navigua sur l’Uele sous À cause de sa situation isolée aux confins nord-est
pavillon belge. de la République démocratique du Congo, le Haut-Uele
L’objet de la présente étude ne se résume cependant présente des caractéristiques historiques spécifiques.
pas à ouvrir quelques pages de nostalgie coloniale. Il Premièrement, avant la colonisation belge, il fut
veut présenter les différentes réalités du Haut-Uele. Après longtemps soumis aux influences anglo-soudanaises.
avoir donné un aperçu de la géographie, de la géologie, Ensuite, quoique ayant été utilisés longtemps comme base
de l’hydrographie, des ressources minérales, de la faune arrière des aspirations expansionnistes de Léopold II vers
et de la flore de la région, l’ouvrage aborde l’évolution le Haut-Nil, c’est-à-dire le Bahr-el-Ghazal et l’enclave de
démographique du Haut-Uele et s’attache à décrire ses Lado, certains chefs locaux résistèrent jusqu’au début du
e
peuples. Il se consacre ensuite à son passé politico- xx siècle à la conquête et à l’occupation belges. L’Uele fut,
administratif, à sa composition administrative, à son pendant la Première République (1960-1965), le théâtre
évolution socio-économique et aux défis auxquels il est d’une instabilité politique qui fut un terreau favorable
confronté. à une rébellion très sanglante. En 1964-1965, les Simba
Si ce furent les Mangbetu et les Azande qui défrayèrent y semèrent la terreur et furent à l’origine de massacres
principalement les chroniques littéraires coloniales horribles. L’élite intellectuelle, les chefs locaux, les religieux
mentionnées ci-dessus, l’ouvrage s’attache à montrer la et les entrepreneurs autochtones furent visés. La reconquête
diversité des peuples de l’Uele en général, et du Haut- de cette partie du pays ne fut possible que grâce à une aide
Uele en particulier, diversité qui en constitue la richesse militaire étrangère fournie à l’Armée nationale congolaise.
culturelle. Il aborde par ailleurs l’épineuse problématique Au plan économique, le Haut-Uele fut caractérisé
des Mbororo. Cette diversité et cette richesse se traduisent pendant longtemps par la prédominance des activités
excellemment dans le domaine linguistique comme dans agricoles (café Robusta) et des industries de transformation
343
CONCLUSION
de cette production. Jusque dans les années 1970, Isiro fut minière artisanale nourrissant des bandes armées
considérée comme la capitale de l’or vert. Le Haut-Uele fut incontrôlées venant du Sud-Soudan et de l’Ouganda.
par ailleurs doté de grandes sociétés, dont la Société des Une reprise de l’économie ne serait envisageable que si
mines d’or de Kilo-Moto (la partie Moto se trouve dans le Haut-Uele s’engageait à répondre à un certain nombre
le territoire de Watsa) est la plus importante, devançant de grands défis auxquels il est confronté. Il doit s’atteler à
de loin la Comuele, Vicicongo… Kilo-Moto, symbolise, l’amélioration des infrastructures routières et ferroviaires
depuis plus d’un siècle, l’or du Congo. La présence de pour casser son isolement et lui permettre de relancer
ces grosses entreprises attira un grand nombre de petits sa production. Cela implique de nécessaires progrès
entrepreneurs et commerçants, souvent d’origine grecque. dans le domaine des communications. Il doit également
À la crise conjoncturelle liée à l’affirmation autoritaire œuvrer à l’amélioration tant quantitative que qualitative
du régime Mobutu à partir de 1970-1971 succéda, en 1973- de l’enseignement et des services de santé. Le dernier défi,
1975, une crise structurelle causée par la transformation qui est aussi un formidable atout, est celui du tourisme.
économique que voulait imposer le régime. La situation Le patrimoine du Haut-Uele a, en effet, énormément de
que connaissait le Haut-Uele influenca la prise de décision choses à offrir dans le domaine naturel comme dans le
du chef de l’État zaïrois et fut à l’origine de la zaïrianisation, domaine culturel. Si le Parc national de la Garamba ou la
puis de la radicalisation et de la rétrocession. Celles-ci réserve de faune à okapis sont déjà mondialement connus,
asphyxièrent durablement la dynamique économique de les cavernes préhistoriques de la Nembiliki, le village
la région, voire du pays. Dans le Haut-Uele, l’ensemble des d’Ekibondo ou le château de Dungu sont des trésors qu’il
cultures commercialisées connut une chute spectaculaire suffirait de réhabiliter ou de restaurer pour faire travailler à
après 1974. La décomposition progressive de l’État à la nouveau l’imagination des voyageurs, des touristes.
suite de la zaïrianisation entraîna l’isolement de plus en Ces défis renvoient à la délicate question de la
plus prononcé du Haut-Uele, une région perdue qui fut décentralisation réclamée, mais dont la mise en œuvre est
livrée à l’insécurité. Cette évolution entraîna par ailleurs la continuellement repoussée, une situation qui dépasse le
substitution d’activités minières informelles aux activités seul cadre du Haut-Uele, car c’est fondamentalement au
industrielles et le développement d’une exploitation niveau national congolais qu’elle doit se jouer.
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1992.
« Liste des sites, monuments et meubles de facture indigène classés »,
Bulletin du Touring Club du Congo belge, n° 6, Bruxelles, 30 juin 1958.
353
BIBLIOGRAPHIES
354
ANNEXES
355
ANNEXES
356
Code Parties Type Ressource Groupe_d Statut Demandé Octroyé Expiré Km²
137 Société minière de l’Ituri (100 %) PE Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 23/02/2009 22/02/2039 36
138 Société minière de l’Ituri (100 %) PE Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 23/02/2009 22/02/2039 36
5045 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5046 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5047 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 178
5048 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 204
5049 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5050 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 467
5051 Okimo (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 294
5052 Kibali Goldmines (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2014 11/05/2029 356
5053 Okimo (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 200
5054 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 357
5056 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5057 Okimo (100 %) PE Au Active Cession
partielle
en cours 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5058 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Cession
partielle
en cours 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 363
5069 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5073 Kibali Goldmines (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2029 11/05/2029 470
ANNEXES
357
146 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
358
148 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
149 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 29
613 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
1792 Rio Tinto Congo RDC SPRL (100 %) PR (PP) Diamant Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 465
1795 Bas-Congo Exploration Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 465
1796 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 380
1797 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 370
1798 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 435
1799 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 435
1800 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 395
1801 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 404
1802 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 392
1803 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 429
1804 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %)s PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 291
1805 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 411
2226 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 322
2228 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 462
2229 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 300
2230 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 362
2231 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 464
2285 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 462
2286 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 435
ANNEXES
2287 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 430
2288 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 406
2289 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 460
2290 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012
447
2291 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 449
2292 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 459
2293 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 468
2294 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 470
2295 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 456
2297 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 451
2298 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 364
2625 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 1/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 400
2626 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 1/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 400
2629 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 1/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 460
2793 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 4/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 400
2795 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 4/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 460
3308 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3309 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3310 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3311 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3312 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3313 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3315 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3316 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3317 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3318 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3319 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 448
3320 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 210
3321 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 462
3322 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 462
3323 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3324 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 460
3325 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 424
3326 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 367
3327 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3328 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 471
3331 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 471
3333 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 255
3485 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3486 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3487 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3488 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3491 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
ANNEXES
3492 Tratnor Services Limited (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/08/2006 28/08/2010 471
3496 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 471
3497 Tratnor Services Limited (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/08/2006 28/08/2010 385
3498 Tratnor Services Limited (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/08/2006 28/08/2010 460
3501 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3502 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 471
3503 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 357
3509 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 471
3515 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 106
4824 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 5/02/2013 36
4828 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 6/02/2013 36
4829 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 5/02/2013 36
4830 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 5/02/2013 36
4833 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 7/04/2008 6/04/2013 36
4837 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 26/04/2007 6/04/2008 36
4973 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 6/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 15
4974 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 6/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 10
4975 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 6/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 15
4982 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 13/03/2006 17/01/2007 16/01/2012 16
4983 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 14
4984 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 13/03/2006 17/01/2007 16/01/2012 13
359
5314 ThΘophas Mahuku (100 %) PR (AS) Active Actif 28/07/2006 10/10/2006 9/10/2011 64
360
5487 Rubaco (100 %) PR (AS) Active Actif 2/08/2006 19/12/2006 18/12/2011 330
6799 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 262
6801 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 89
6802 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 272
6808 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 346
6983 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (PP) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2011 400
6984 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (AS) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 330
6985 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (AS) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 411
6986 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (AS) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 360
6989 Congo SAT Sprl (100 %) PR (AS) Au Active Déchéance
en cours 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 400
7069 Aalphonsine Lupona (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/02/2007 5/07/2007 4/07/2011 18
7105 Didier Diya Bitangilayi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/02/2007 23/06/2007 22/06/2011 65
7114 Didier Diya Bitangilayi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/02/2007 23/06/2007 22/06/2011 2
7162 ORKA (100 %) PR (AS) Au Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2012 96
7172 La Société Oriental Mining (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 24
7173 S.E.M.Uele (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 227
7174 S.E.M.Uele (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 140
7175 S.E.M.Uele (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 404
7426 ORKA (100 %) PR (AS) Pt, Au, Sn Active Actif 12/02/2007 29/06/2007 28/06/2012 76
7504 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 36
7505 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 87
ANNEXES
7506 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 65
7507 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 24
7508 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 400
7509 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 25
7511 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 96
7512 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 153
7513 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 110
7514 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 412
7515 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 442
7781 Alex Mutombo Tshibungubungu (100 %) PR (AS) Active Actif 16/03/2007 6/07/2007 5/07/2012 213
7812 Jean Gbadi Karume (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ta,SnO2,Nb Active Actif 27/03/2007 6/07/2007 5/07/2011 36
8007 FrΘderic Semende Apati (100 %) PR (PP) Active Actif 18/04/2007 14/07/2007 13/07/2011 8
8611 Orion Mining Congo (100 %) PR (PP) Diamant Active Actif 25/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 98
8612 Orion Mining Congo (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 25/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 304
8613 Orion Mining Congo (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 25/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 150
8629 Afrimines Resources Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Renonciation
en cours 26/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 432
8630 Afrimines Resources Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Renonciation
en cours 26/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 46
11188 Top Fric (100 %) PR (PP) Fe, Cu, Diamant, Au Active Actif 25/11/2008 27/06/2009 26/06/2013 28
11189 Top Fric (100 %) PR (PP) Fe, Cu, Diamant, Au Active Actif 25/11/2008 27/06/2009 26/06/2013 42
ZEA-163 ZEA Diamant, Au, Nb-Ta Application Demande 10/11/2009 36
ZEA-164 ZEA Diamant, Au, Nb-Ta Application Demande 10/11/2009 36
ZRG00538
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Diamant, Au, Nb-Ta Active Actif 2/08/2006 340
ZRG00539
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Diamant, Au, Nb-Ta Active Actif 2/08/2006 415
ZRG00565
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Diamant Active Actif 30/10/2003 351
ZRG00768
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 15
ZRG00769
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 14
ZRG00770
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 24
ZRG00771
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 19
ZRG00772
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 13
ZRG00773
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 14
ANNEXES
361
ANNEXES
362
ANNEXES
Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC et
623 624 2
Kingdon , . Noms vernaculaires Kingdon .
Afrosoricida Tenrecidae Potamogale velox Potamogale
Artiodactyla Bovidae Alcelaphus buselaphus lelwel Bubale
Artiodactyla Bovidae Kobus ellipsiprymnus defassa Cobe à croissant
Artiodactyla Bovidae Kobus kob Cobe de Buffon
Artiodactyla Bovidae Sylvicapra grimmia Céphalophe couronné
Artiodactyla Bovidae Syncerus caffer nanus Buffle d’Afrique (forêt)
Carnivora Felidae Felis aurata Chat doré africain
Carnivora Felidae Felis serval Serval
Carnivora Felidae Panthera leo Lion
Carnivora Felidae Panthera pardus Léopard
Carnivora Herpestidae Atilax paludinosus Mangouste des marais
Carnivora Herpestidae Bdeogale nigripes Mangouste à pattes noires
Carnivora Herpestidae Crossarchus alexandri Mangue du Congo
Carnivora Herpestidae Dologale dybowskii Mangouste de Dybowski
Carnivora Herpestidae Herpestes ichneumon Mangouste ichneumon
Carnivora Herpestidae Herpestes sanguinea Mangouste rouge
Carnivora Herpestidae Ichneumia albicauda Mangouste à queue blanche
Carnivora Herpestidae Mungos mungo Mangouste rayée
Carnivora Mustelidae Aonyx congica Loutre à joues blanches du Congo
Carnivora Mustelidae Lutra macullicollis Loutre à cou tacheté d’Afrique centrale
Carnivora Mustelidae Mellivora capensis Ratel
Carnivora Viverridae Genetta maculata Genette tigrine
Chiroptera Megadermatidae Hipposideros sp. Phyllorhines
Chiroptera Megadermatidae Lavia frons Mégaderme à ailes orangées
Chiroptera Molossidae Chaerephon major
Chiroptera Molossidae Chaerephon russata
Chiroptera Molossidae Tadarida brachyptera
Chiroptera Molossidae Tadarida congica
Chiroptera Molossidae Tadarida thersites
Chiroptera Nycteridae Nycteris hispida Nyctère
Chiroptera Nycteridae Nycteris nana Nyctère
623 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African mammals. AP Natural World, San Diego, (USA), Academic Press,
1997, 465 p.
624 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, Paris, Delachaux et Niestlé SA, 2006, 272 p.
363
ANNEXES
364
ANNEXES
Les espèces qui figurent dans les catégories « menacées » de l’UICN625 sont marquées en gras. Ordre alphabétique
626
par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC et Demey & Louette . Noms
vernaculaires de Lepage.
625 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species. Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
626 Demey, R. & Louette, M., « Democratic Republic of Congo », in Fishpool, L.D.C. & Evans, M.I. (ed.). Important
Bird areas in Africa and associated islands: Priority sites for conservation, Newbury and Cambridge, UK; Pisces
Publications and BirdLife International, 2001, pp. 199-218, « Birdlife Conservation series n° 11 ».
365
ANNEXES
366
ANNEXES
367
ANNEXES
368
ANNEXES
369
ANNEXES
370
ANNEXES
371
ANNEXES
372
ANNEXES
373
ANNEXES
Les poissons endémiques sont indiqués en gras. Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis nom d’espèce. Liste
basée sur les cartes de distribution des poissons du bassin congolais préparées au laboratoire d’ichtyologie du MRAC.
374
ANNEXES
375
ANNEXES
Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC.
376
ANNEXES
377
ANNEXES
Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC.
378
ANNEXES
379
ANNEXES
380
ANNEXES
ANNEXE 3 ORGANISATION
ADMINISTRATIVE DES TERRITOIRES
381
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Ndolomo Bakulagba Bakulagba 6.877 10 4.971
Bilikwa
Gada
Sanango
Zukale
Gangala Gangala 7.741
Diabakpa
Dinvue
Kpasi
Nangbokolo
Napusikondo
Nasinge
Zangi
Mamvugo Bagindiyo 6.802
Bahama
Katinga
Mabando
Mamvugo
Namboli
Natulubu
Mbomu Bangalu 1.149
Li-Mbomu
Mogoloko Bagbinya 1.927
Mogoloko
Nambili
Naisa Batande 7.608
Combattant
Mandofi
Mongoli
Nambasa
Nawangu
Nayule
Naparka Buye 3.032
Diagbo
Diakpete
Golopi
Naparka
Zangatiyo
Wando Afu Afu 824 5,7 2.560
Bitima
Kparu
Nambia
Anduala Anduala 2.576
Awe
Dikpoto
Mbili
Sakule
Vula
382
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Bagbele Mamba 1.072
Wilibadi
Yambuka
Zagu
Biodi Bilima 5.132
Gada
Nakpudu
Simbo
Zioto
Bitima Akonvuko 3.449
Dingbili 2
Masumbu
Mogoloko
Namboli
Nangume
Ndolenzi
Dungu Bamokandi 53.576
Ngilima
Uye
Gbandi Ligbombi-Mangese 5.569
Ndanda
Nungedi
Gbazi Nakale 1.045
Nakili
Bambala
Kana Mbangu 1.038
Nadangbu
Nakwa
Kpele Balama 2.226
Galafa
Kapili
Li-Molo
Nangbangili
Kpezu Akonvuko 12.802
Li-Uye
Kpezu
Nambia
Nanzawa
Li-Ika Galawa 5.742
Li-May
Mabenge
Atoto
Naangosinzili
Taduru
Maikapa Bawaku 1.480
Gada
Ntina
383
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Makusa Lingasi 1.056
Makusa
Sukudu
Mbamu Magangalama 423
Mbamu
Yabinza
Nakpudu Gbangadi 7.449
Manzagala
Napopo
Yengu
Zangaime
Nambia Kpaika 2 1.408
Mandolo
Nakpanga
Nambia
Nambiliki Atande 690
Mandangbi
Nandika Bilisi 848
Lindimbia
Nambia
Nangondi Bagulupa 2.364
Mabeleni
Madekpe
Masabe
Nakulungba
Nangulu
Nasala Benge 8.139
Nakpaima
Nangume
Nasala
Sambia
Yanguma
Naya Agbopi 1.725
Ingbabu
Kangbu
Lundu
Nalingbi
Ndedu Kwazi 12.514
Tobo
Uwe
Ngilima Akalinga 8.909
Gangala
Li-Awe
Mabiki
Talu
Ngwawele Naguga 922
Nambia
Nangume
384
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Sepio Lilungbu 3.175
Nadi
Namatundu
Nambia
Tongo-Tongo Dingbili 7.674
Kapili 2
Li-Ika
Madubngoa
Nakutala
Nanea Ngwa
Natikpo
Solo
Tati
Ungwa Kiliwa 6.117
Kpaïka
Nabasa
Nambia
Nduga
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Dongo Dema Boni 4.150 8,4 1.465
Dema
Lanza
Manza
Meyingo
Ngaduma-Ndayi
Ngaduma-Lele
Ngilinga
Nyago-Dongo
Pafilio
Siaro
Sirigi-Gombe
Sirigi-Zamba
Ramanzi
Mude Adranga 1.377
Agari
Dembuko
Gbagba
Gbomangi
Kiaribe
Kilima
Mabe
Nasogo
Ndezu
385
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Sesenge
Tadra
Sima Andama 1.974
Gelu
Kangi
Kulua 1
Kulua 2
Madruko
Mande
Ndango
Nzolo
Poli
Wandalemo
Yibu
Kakwa Lamada Amodo 3.240 39,1 776
Arinyani
Bunzaka
Cecca/20 Nord
Cecca/20/Sud
Desa
Lodanga
Lokosa
Lupe
Mandanga
Mara
Moeri
Noga
Tsore
Yande
Kirikwa Angonia 4.014
Avogo
Avokiri
Avuku
Banga
Djika
Kisangani-Ronvo
Lokudu
Lumanya
Malomalo
Mamuru
Mola
Pakakule
Logo-Bagera Dramba Adau 27.114 14,6 1.397
Adroapaima
Bukuyu
Dramba
Lodjowa
Lumeri
386
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Masabe
Nalovoko
Morosali
Tayo
Lagabe Adamo 6.679
Avuku
Dudu
Lagabe
Limadi
Manyanva
Takonde
Tsore
Sagu Akiama 3.506
Avoro
Buluma
Djuna
Karaya
Kolodra
Nyanva
Sagu
Tanza
Logo-Doka Ambarau Akosiko 10.395 27,4 1.465
Bara
Bayi
Bodaka
Buza
Dramoni
Gada
Karisia
Kumba
Marabi
Mondegi
Ndobani
Subani
Yangala
Keraka Adimi 4.614
Atima
Bugo
Gbulu
Kayezema
Keraka
Mabima
Mondegi
Watu
Kiri Dongay 1.499
Kiri
Kozia
Kuduwa
387
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Misakali
Nyago
Makasango Anokonzi 4.890
Biriki
Kafuli
Kamiro
Makasango
Mariadro
Tando
Tarangoa
Tavudri
Makoro Adjukiama 22.953
Alagua
Asira
Bhelengo
Bilingu
Bolangi-Bakpa
Gyata
Karagba
Kasima
Kiasi
Kirima
Kodrata
Komayi
Kuruangoa
Mayika
Malimba
Manvoma
Maruzia
Misanva
Surunangbe
Tagamile
Taligo
Wangbu 1
Wangbu 2
Ndolomo Akele 3.156
Drande
Kazimoto
Ndolomo
Papa
Tavura 1
Tavura 2
Logo-Lolia Ali Ali 7.159 44,6 1.168
Badeima
Baki-Logo
Bogoro
Debi
Gaga
388
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Loka
Mangay-Avo
Mangay-Mondo
Morodria
Ndiri
Ombandroa
Patarowa
Assigi Andengi 8.068
Angoyowa
Assigi
Ataki
Bahabi
Bakayabi
Baki-Mondo
Drakibi
Domo
Geyame
Kinzo
Kurugu
Manigawa
Maredima
Merekadje
Nyari
Tangele
Yeyiwa
Makakaro Abanva 12.100
Adjumile
Akuma
Andiri
Atadra 1
Atadra 2
Biya-Bari
Biya-Mala
Bodra
Kigatra
Kutsifa
Mazama
Nganzi
Ngulu
Tiri
Tukuma
Mandango Atsi 1.675
Bagiri 1
Bagiri 2
Molombi
Pajulu
Vora
Logo-Obeleba Alomo Adjuzima 10.434 19,6 1.100
389
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Alomo
Bamo
Buti
Kagi
Kiya
Mopaka
Nduru
Nyanga
Tandro
Tavolama
Azay Abha 7.464
Abata
Adjuma
Adranga
Angwa
Avoambi
Azay
Balebe
Drago
Katriwa
Kiasi
Kilima
Kovo
Lopi
Makiama
Mandere
Tabaa
Tafoni
Urudjako
Maulo Abo 6.703
Balia 1
Balia 2
Budrabe
Drangu
Kongodia
Lomboko
Maulo
Ngili
Tadingi
Logo-Ogambi Budu Aligi 42.516 21,8 4.878
Ali-Moke
Alokwa
Amura
Angwandi
Awase
Babirigwa
Bagale
Bava
390
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Birihulu
Bukiki
Bunga 1
Bunga 2
Dralema
Drasuma
Faranga
Fimbo
Garatawa
Kamangi
Kariyo
Kayezema
Kibinzi
Kirima
Konzioma
Konzo
Kungbu
Kutu
Lalibe
Lavoru
Mala
Malizi
Mandara
Manzo
Mogoy
Motoba
Monda
Mpondo
Nawangu
Ndowa
Nyari
Rigwadi
Siaya
Simiya
Sinzili
Taliyi
Taminzi
Tiriado
Yakobo
Yindema
Djabir Amayo 27.040
Andata
Atatu
Awola
Ayiwa
Badri
Biilali
Binima
391
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Digala
Djoga
Doya
Dradiwa
Drandu
Kidriabe
Kodrarobe
Kokoyo
Koreri
Lema
Lidjo
Monietu
Munguwa
Ngaduma-Ogambi
Nganzi
Ngbalanda
Ngube
Ombalaba
Sadi
Sidabo
Surubasi
Takiani
Udu
Udukwa
Vorani-Ngilinga
Yalaba
Yali
Yaya
Obandroa Aodranva 18.875
Badjube
Butima
Kangi
Kutsima
Liago
Madrangbo
Malemo
Malizowa
Moni
Tadu Akudidi 35.471
Akuma
Akuwa
Anguyo
Awago
Aro
Dombia
Kaki
Karisia
Kialo
392
ANNEXES
Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Kilimbayo
Koloto
Lokaba
Mabinza-Nzoro
Mabo
Male
Mandaba
Miwara
Nzopi
Sesenge
Sirigi
Tomati
Watu
Yamba-Yamba
Tandro Aguba 8.634
Azabu
Azile
Babe
Batali
Bungi
Manguya
Zumayi
Mondo Buru Badayi 1.190 6,0 859
Dangoma
Gbandazwa
Kobango
Moleda
Nadiango
Ndala 1
Ndala 2
Ramadala
Missa Dekpi 760
Makakaro
Mamene
Sindani
Subani
Suru
Tako
Tsudu
Tekadje Madali 350
Madinva
Madjengolade
Mayirima
Modokaya
Ringakpima
Sombiya
393
ANNEXES
394
ANNEXES
395
ANNEXES
396
ANNEXES
397
ANNEXES
398
ANNEXES
399
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité 2
chefferies (km )
Bafwangada Baboa Boma Bakyale 2.181 114,2 420
Batou
Besimoni
Babosi Babomboa 3.021
Badambusa
Badimba
Badope
Bafabodoma
Bafembay
Bagyamoni
Basina
Bekpe
Babuma Bafadobea 700
Bafindio
Bachimi Bachimi 4.305
Bakemego
Banato
Basisono
Batakubombi
Batokoboa 2.481
Babodo
Badebogo
(Babokomba)
Banedzoka
Basoaka
Bayendi
400
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bafakyambo Badida 1.048
Bafagobee
Bafamupay
Bagbay Babapee 2.315
Bakunzi
Banzekeneke
Basigyame
Bakana Basisono
Ekpoka
Bakapele Bafagunama
Bafamudzudzu
Bafebeyo
Batubani
Bakese Bamulokuma
Bandugue
Bakondabee Bakondabee
Bahogo
Bandilo
Ifua
Bakpangbaa Basakuma
Batindia
Bavabakyeku
Bakunga Bavangboki
Befegone
Beteenga
Bamonyake 1 Banzidei
Bapisanza
Bavilo
Bamonyake 2 Bangoongoo
Banato
Badida
Bangboo Bambekenye
Basugonio
Banenyane
Begbonga
Bapalay Bakanzelego
Baduku
Basato
Bayope
Bawoya Bakuane
Baliki
Begiy
Gbagaa Bafabungamane
Bafangida
Bafedey
Bandopa
Maboo Bayato
401
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Maboo
Malamba Bafidey
Bekenga
Bepombo
Besoba
Mandele Bafabangati
Bafanangaa
Bakpatiana
Begue
Bafwakoy Adjakandii Adjakandii 33,1 1.753
Bahatetaka
Kpakongo
Agbanga 1 Agbanga 1
Bonanda
Pigo 1
Pigo 2
Agbanga 2 Agbanga 2
Bafabau
Ungbongbo
Agoy Agoy
Bambobou
Epanda
Mesanga
Okoso
Akataka Akataka
Menzwenzwe
Anzaga Bogoga
Tagala
Babeso Babeso
Babuwa
Mandele
Bagoya
Alingimboka
Bagoya
Batakobana
Bavanzuwa
Gyongoma
Basokono Bafabau
Basokono
Batatoa Batatoa
Bungbungbu
Likaba
Likupe
Bedegao Asanea
Badidi
Bedegao
Ebabaye
Ekeyo
402
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Gbongobo
Ingungu
Beguwe 1 Begue 1
Ogwambokya
Beguwe 2 Beguwe 2
Bindani Bakuwa
Bambobou
Bengamene 1
Bengamene 2
Bindani
Bogoga Abuu 2
Bogoga
Bumbombi Bumbombi
Degana Degana
Ekango Bafadangba
Bafagoy
Balowa
Ekango
Ibiatoku Baboma
Ibiatoku
Mandabone
Kati Babaengbaa
Badidi
Beanaka
Kati
Ongonga
Likupe Bapambaa
Likupe
Manakyekye Baatibague
Bafabodja
Manakyekye
Mboma Mboma
Ongopando Ekpakpa
Ongopando
Tibi Abuu 1
Agonga
Bowabamu
Bizaboy
Ongogoma
Matali
Mbokane
Tibi
Unguu Ababa
Kati
Mboma
Unguu
Balika-Toriko Babia Bandaka 11,7 1.064
403
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bevekelekya
Bombungo
Bovotubu
Babonde Bavakalangba
Bavangboya
Bovobingo
Badedeka Bavasebea
Bevekemboko
Bovogbunduwo
Bovotokondiko
Bakpele Bavabandey
Bovosu
Bamoka Bamoka
Bavambadia
Bobulo
Bangombo Bavagboko
Bavakakome
Bavakponda
Bavandomu
Bovobolu
Bape Badumbi
Bavabitini
Bavamabutu
Boloyi
Bovobikame
Bovodumo
Bovokibilangwe
Bavabazwa Bavadekpo
Bavamabonza
Bovomodio
Bovonozongoni
Bavadangba Bakwaka
Badumbi
Bavasaina
Bavagbaka Bavakakome
Bavakanyeki
Bavayo
Bavamasya Bavagbango
Bavakpuya
Bavalay
Bavamulimo
Bavapibu
Bavasamba Badimba
Bavabokyabone
Bavabosaa
Bavanangaa
Bavasena
404
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bevembey
Bovodupo
Bovopumo
Beveguku Bavapibu
Bevenemindemi
Bovongilangwe
Bovonogoni
Bevendename Beveyapolo
Bovopindoko
Bovoputoningwe
Bovotuogo
Bevengeni Bavagbeleya
Bavamambuwaa
Bavanangaa
Bavasyame 1
Bavasyame 2
Bevesyeni Bavangboma
Bavangwangwe
Bavasiku
Bovonbondoni Bavamulimo
Bavazoleya
Bovomobito
Bovombili Bavabondeno
Bevebedame
Bovombili
Bovopio Bavakalangba
Bavakpokya
Bavamogaya
Bavanasane
Bavangbaga
Bevembonga
Bevepoko
Bogboy
Bovoboli
Bovomoginde
Bovonopu
Bovotukusiangwe Bavabadusi
Bavagbengo
Bavakakome
Bavakpoga
Mabudu-Malika-
Abambaa 11,9 3.255
Babyeru Bafabasoa
Bafakakoa
Bafayabanga
Bavanambokombo
Ovao
Babonde Babonde
Bafwanzinzi
405
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Barumbi
Bamungbe Babamadoma
Bafalala
Bafangosego
Bafatanatana
Bafebago
Bakpamu
Bapondakame Bafabatenogo
Bavaekombese
Bavalite
Bavaingbe Baboda 1
Baboda 2
Bavaingbe
Bavangano
Bavakini Banguba
Bavakini 1
Bavakini 2
Bavasamoa Bafasamoa
Bangaide
Bavombise Assesse
Bakpau
Bavombise
Beanaka
Mambati
Matete
Bavotuko Bafanzogo
Bafewaka
Bavamanzee
Mambata Imbau
Kokoo Angoko
Baboboto Avainde
Bafamanzoo
Bavakema
Bavotoku
Bole Bole
Lassa
Legbo Bafamadema
Bafodzanea
Beanaka
Gwambi
Mandele Bafababaga
Bafasakaka
Bafayaya 1
Bafayaya 2
Mbangana Ambabone
Bafabambaneme
Bafalididi
406
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bafandukpa
Bafasombane
Salisa
Toku Bafamazoa
Bekeko
Mangaze
Mahaa Bakpekpee Bavabadabaa 6,6 1.934
Bavadupo
Bavajajo
Bavanolu
Bavabaluu Bavaguma
Bavadungbu
Bavakomoy
Bavambenge
Bavatongbo
Bavengoy
Bawee 1
Bawee 2
Betongwe
Bavabola Bavabodape
Bavalikyamoni
Bavaneko
Bavengbungbu
Bavagbase 1 Agoyo
Baza
Bolo
Lewenze
Bavagbase 2 Asobeanagaba
Itambi
Itiy
Sabasaba
Bavagyeme Bavabayo
Bavangungu
Bavandini
Bavazee
Bavetumba
Fiowe
Lenge
Bavalo 1 Bangibe
Bavabafedu
Bavachekanza
Bavayakpo
Bavembi
Bavalo 2 Bangbe
Gbatawele
Mboleya
Ngiti
407
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bavalo 3 Ngoye
Suka
Bavamambo Bachinzi
Bavabubisi 1
Bavabubisi 2
Bavanyanga
Bavamba Bavakunguo
Bavebao
Gunda
Mboma
Bavani Bavakando
Bavakpanzaa
Bavamanga
Bavangotu
Bavapopo
Keleya
Bavatasi Abenze
Akogo
Alekaye
Bavabizoko
Bavagubanzi
Bavanzano
Bavanyaa
Bavayobee
Unguu
Bavebea Bavabau
Bavadzokowa
Bavagbundu
Bavakwabegi
Bavamanzima 1
Bavamanzima 2
Bavamasea
Bavangengeso
Bavangida
Baveda 1 Agbanga
Bedegao 1
Bedegao 2
Ingbunga
Baveda 2 Bavabandeya
Bavigaba
Bavimbay
Makoda Bachanzasili Bengyee 171,6 368
Gada
Baluka Babakuma
Bakambokyane
Bamasoki
Bamudimba
408
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bamatebi Babesoko
Bamapiyo
Batongono
Bambi Bafalongba
Bakepao
Banandeanane
Banendani
Batitia
Bayabo
Bamepoyo Baleleya
Banamuneni
Basakawa
Bayadi
Beboyo
Bengasa
Bamungo Banandeya
Bawoyo
Dududu
Banangaa Bakoane
Bengomego
Bumba
Ekpondokpondo
Ngbodima
Banechane Bakomoku
Bebanyego
Basobuo Bangwaneme
Basobuo Batubo
Basobuo Ndey
Basokobio Banagoboni
Bepabo
Etakamukongo
Batongboa Mungbongboo
Tukugbane
Batuko Babinyia
Bakpoya
Bamugonza
Bebatane
Benguwee Babandaka
Bakitande
Tungbu
Besetego Batibaza
Batisiyou
Enzato Abiangama
Bamulepe
Bapauma
Mandengee
Tchobo
409
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Malamba Bahatetaka Bahatetaka
Mbelembele
Bedegao Bedegao
Embanzane Embanzane
Sondo
Ingbeya Ingbeya
Kalatende Mbati
Toka
Koloya Adigiso
Kpanze 1
Kpanze 2
Koloya
Likupe Angagba
Agoo 1
Agoo 2
Isima
Manzabi Bamanza
Ibembe
Manzabi
Ngufu
Okyengye
Matsinga Asamboa
Bahobee
Bavembasa
Bepipineni
Eyango
Matsinga
Tchagbo Tchagbo
Malika-Ateru Babogi Bavabakatiso 79,7 184
Bavahuu
Bavabee Bavabakadza
Bavabandobee
Bavabambaa
Bavambotu
Bavasyeni
Bavambii Bavakasanaboa
Bavamambolo
Bavelapa
Bavepango
Bavandoni Bavagwanaka
Bavanganemane
Bavepuko
Bavanobembe Bavamadangi
Babanotaomo
Bavanotueni Bamimoni
Bavabonganea
Bavagbadi
410
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bavagwambi
Bavasengi Bakpaa
Bambanzo
Bavanasobeane
Bavasogobebe 2
Bavasogobebe 3
Bavasonimoni
Bavasogobebe Bavasogobebe 1
Bavabaginyo
Bavabeso
Bavekumu
Bavebao Babili Agamba
Bavanakaseme 1
Bavanakaseme 2
Bavamandeya
Bavasamongana
Bavasonimoni
Bavasendo 1
Bavasendo 2
Bavausane
Bavewaka
Mangbele Mababata Bambako 24,1 784
Madjedje
Mavasambilo 1
Mavasambilo 2
Moku
Magbitoka Makakaa
Ndumba
Makpoguse Mavadzoko
Matilimade Mavabanda
Mavambole
Mavalobea Ngazizi
Mavamasagi Lili
Ngufu
Mavamupu Mavabologo
Mavatotoloko
Mavanakolo Mavakopa
Mavangomo
Mavangaloma Egbotoo
Musiyo
Timoniko Babesyame Alongba 155,5 376
Begbani 3
Makalanga
Mbili
Yangambi
Badabu Badzebu
Bakambinde
411
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bakpangbaa
Bapipiyo
Belobato
Matete
Nebobongo
Bamako Babia
Babowa
Bachenze
Bakasi
Bambii
Bawasani
Benzio
Bamapuno Babanza
Badide
Bagbatu
Bakondanengwo
Bamakanzaa
Bamapuno
Batokoma
Bebeane
Begbani 1
Begbani 2
Bembamuno 1
Sendu
Bamodo Babaya
Babianza
Bakongaka
Banemengwo
Bedanga
Bangama Bamapuno 2
Bembamuno 2
Banyama Badjwati
Bamasuani
Bamwane
Batite Babanangana
Bamasoki
Bamwamwa
Bekyoma 1
Batugba 1 Babodo
Bakongwe
Bangboka
Batua
Batugba 2 Babaina
Bagbakwa
Bagyakane
Guy Bachanzasili
Bangbee
412
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bekyoma 2
Wadimbisa Bafadoa Bafabaya 243,9 148
Baluka
Banekengiso
Bapiengwo
Mabiangongo
Mboma
Bagambase Bakaepa
Balapie
Bamianza
Banasanane
Bangboku
Bangema
Bazanganoboy
Bagboya 1 Bakwey 1
Gombe Bamusakayo 1
Bedema
Bengabango
Bagboya Gbondo Bagbokana
Bagboya Mukuu
Babutele
Banzua 1
Bagomba Babusisono
Babesayo
Bakpo
Bangululu
Bagbolo Babogi
Bakaisi
Bakpango
Bamukugane
Bakangi Babuebue
Badusunga
Bambelebay
Banapeague
Bangamasiyo
Basay
Bengesee Bafabina
Bambitii
Batanabo
Enganzo Bafabaya
Bakwanza
Baluka
Nambose Bakwey 2
Bangyee
Bamusakayo 2
Banzua 2
Bedema
413
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bengabando
Cité Durunga Anoalite 2.792 19 1.300,5
Gbadi 5.107
Kuleyo 5.221
Mangbukele 4.307
Ndokayulu 2.785
414
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Kulisabo
Monagbe
Ngili
Sibida
Dodi Abamondende
Abangbulu
Abaku
Mundoku
Gyalou Akogo
Bandegoya
Batoku
Gbofu
Idubanza
Isey
Kpulukudu
Kondey
Ngbara
Kpau Abagbota
Abamabu
Abamanike
Abatoku
Ateru Andakukodi Andakukodi 4,9 3.226
Andilambe
Kerekonzi
Tobomanza
Baitebi Andikoy
Baitebi 1
Baitebi 2
Isaya
Kakaya 1
Kakaya 2
Konzokoy
Ebi Aboy
Ebi
Kalokisu Kalokisu
Kutulindi 1
Kutulindi 2
Lingasa
Tebeembi
Ngofetudu Angodi 1
Angodi 2
Ngofetudu 1
Ngofetudu 2
Obeledi 1
Obeledi 2
Undegu
Ngowa Andaya
Kolomembe
415
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Ngowa
Gombari Bari Karo Akwaku 15,2 1.080
Arokpa
Kaungato
Lobiko
Mengu
Ndiringife
Ondekodre
Tibekodre
Tutu
Bari Moka Adoko
Duku
Kagbara
Kute
Tebedru
Tilidru
Gbote Andikenopi
Andimoli
Gondi
Kodoapundo
Konia
Mabadi Kpele
Kongodru 1
Kongodru 2
Ndeya
Mangbele Akilao
Baruti
Centre Commercial
Centre Kisangani
Dzabulindi
Gima
Madrabe
Molo
Netiti
Ririya
Tobe
Mayanga Agagu
Dilala
Ezaba
Gbogbu
Goria
Mutulu
Nganga
Ngazizi
Ngbeleo
Undogou
Kebo Ambanzane Ambanzane 22,0 673
Maduya
416
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Muley
Apodo Apana
Anay
Apodo
Ingbesi
Kosia
Ngode 1
Tokutoku
Kulingoya Abakodu
Dula
Enzia
Mungoni
Kibali Anguley Anguley 21,0 1.640
Korongo
Tedeti
Doko Durba Camp Agbarabo
Camp Bakango
Camp Boyeki
Camp Chauffeur
Camp Gurungwa
Camp Karagba
Camp Kasia 1
Camp Kasia 2
Camp Kasia 3
Camp Kisanga
Camp Kokwa
Camp Malemba
Camp Mangbe
Camp Nganzi
Quartier Mission
Kengengo Ganga
Mbiri
Mutubi
Ngbangani
Walu
Mandramandra Asaka
Atekola
Aungba
Avokala
Bondro
Drati
Duembe
Galay
Gatanga
Gimbia
Gumu
Kalinva
Kilimalande
417
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Kisanga
Kokiza
Konzobari
Kpere 1
Kudi-Kudi
Kukundeku
Lalibe
Lukungu
Lukuku
Mabhi
Mafu
Mangbele
Mazo
Mbidri
Mengu
Mogotolende
Monya
Motso
Ndala
Ndavo
Ndeleme
Sayi
Were
Yambo
Nzorogo
Mangote Apahu
Djanguru
Kay Kay
Mangote
Ngilinga-Maïka Ingula 1
Ingula 2
Kanzako
Konzo Dongo
Tora Bande
Diri Diri
Kule 1
Kule 2
Ndedru
Ngolo Ngbolo
Tora Centre
Mangbutu Alulembani Andibadiri 15,0 2.202
Secteur Andone
Ataro
Tegu
Andobikaba Andobikaba
Augitoli
Birindi
Matoko
418
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Zambula
Arebi Gbavema
Muyi
Ngbilingbili
Arikotu Aba Moke
Arikotu
Iriziako
Kauba 1
Kauba 2
Kivi
Konzikia
Lau - Maba
Malanga
Mangba 1
Mangba 2
Mayi - Zumi
Mundruku
Nembele
Sede
Tengbedeko
Zinao
Awilaba Agukogbini
Awilaba
Kekere
Korini
Tondeba
Dubele Aday
Akubogu
Alima
Dubele
Sanze
Zembe 1
Zembe 2
Kongbo Abogu
Adoyi
Kaluadu
Kongbo
Kotaza Kotaza
Mabo 1
Mabo 2
Lindikoda Andimadiri
Angaza
Gbaka
Gima
Kokoro
Mabikirilindi
Maba Akituna
Angaza
419
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Dondi
Maba Centre
Malandu
Mangiri
Shaba
Tokochako
Ture
Makala Augu
Biri
Makala
Mbarikitalu
Makuruza Akobo
Bobine
Dembu
Dila
Gireiza
Kibali Pangolin
Kobara Kongo
Lulu
Mabandakulu
Moto
Munguza
Tomo 1
Watsa-Moke
Mangozo Mangozo 1
Mangozo 2
Mokowe Gbaka
Mokowe
Ogagu
Ongu
Tembe Na Nzala
Ngoirindi Mokowe
Ngoirindi
Ombando Gbado
Gbaka
Kereza
Marunde
Ombano
Omini
Uzukukpi Andingoli
Andikuli
Andimaga
Yendedi Abisa
Mari Minza Bogutali Aruaba 3,5 2.690
Bogutali
Drikoma
Kodo Lindi
Lagba
420
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Lulu
Yegu
Efeloni Arokangi
Boboya
Efeloni
Gereya
Kerekongbo
Kpegurobo Gbariko
Komumole
Kpegukobo
Lindileya
Ngangazo
Tabakogu
Obeledi Bokotambo
Gbandi Centre
Kiligbongo
Madrakou
Mayogbe
Tungu
Odelindi Moholo
Ngowa
Odelindi
Tuludru Katrangba
Kenekoda
Tihita
Tuludru
Tumu Andra
Kosia
Kurengou
Lukulindi
Moku Centre
Onderufu
Osso 1
Osso 2
Toli
Tumu Centre
Walese Andanzo Andimade 5,6 2.424
Andinay
Andingonde
Andoga Andikomba
Andimogu
Andimongu
Andoga
Bogoda
Ndedumosi
Tibeta 1
Tibeta 2
Tibongbo 1
421
ANNEXES
Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Tibongbo 2
Emole Andabida
Andigbeli
Andikpati
Andikuli
Avokedi
Batau
Kubi Andibago
Andimanga
Andoga-Karo
Kosikagba
Malili 1
Malili 2
Mamedi
Mambakadi Andamume
Andilaba
Andingbese
Anditazi
Kilikolimosi
Teguwalese
Tibeta 1
Tibeta 2
Ngevea Abindobe
Andibakola
Andigedi
Andikau
Andikunda
Lasu
Telekudimosi Abakunda
Andimobe
Andinzili
Anditozi
Mamosala
Sekimosi
Undemulau Andidibo
Andigay
Andikani
Andilau
Source : Tableau dressé sur la base des données recueillies auprès de la Commission électorale indépendante, de la division
de l’Intérieur de la Province-Orientale et du district du Haut-Uele et à l’INS/Kisangani.
422
ANNEXES
423
ANNEXES
424
ANNEXES
425
ANNEXES
426
ANNEXES
427
ANNEXES
428
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS 5
429
TABLE DES MATIÈRES
430
TABLE DES MATIÈRES
431
TABLE DES MATIÈRES
432
TABLE DES MATIÈRES
433
TABLE DES MATIÈRES
434
TABLE DES MATIÈRES
435
TABLE DES MATIÈRES
CONCLUSION 343
BIBLIOGRAPHIE 345
436
TABLE DES MATIÈRES
ANNEXES 355
1. Permis attribués – situation mai 2010 355
2. Listes des animaux du Haut-Uele 363
2.1. Liste des mammifères du Haut-Uele 363
2.2. Liste des oiseaux du Haut-Uele 365
2.3. Liste des poissons du Haut-Uele 374
2.4. Liste des amphibiens du Haut-Uele 376
2.5. Liste des reptiles du Haut-Uele 378
3. Organisation administrative des territoires 381
3.1. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Dungu 381
3.2. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Faradje 385
3.3. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Niangara 394
3.4. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Rungu 397
3.5. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Wamba 400
3.6. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Watsa 414
438
CONCLUSION
439
CONCLUSION
440
Les images qui viennent à l’esprit lorsque l’on évoque le Haut-Uele sont
d’abord celles de ses populations renommées, les Mangbetu, les Azande, les
Logo, les Budu, les Mayogo… dont la richesse et la diversité des cultures
avaient frappé les conquérants, tant Arabes qu’Européens.
ISBN 978-2-8710-6578-4
29,00