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Haut Uele PDF

Ce document présente une étude sur la République démocratique du Congo, en particulier sur la province du Haut-Uele et son histoire liée à celle du Bas-Uele. Il souligne l'importance de la décentralisation instaurée par la Constitution de 2006, qui a redéfini les provinces et les organes locaux élus, tout en abordant les défis liés à sa mise en œuvre. Le projet, soutenu par le Musée royal de l’Afrique centrale, vise à produire des monographies provinciales pour mieux comprendre les dynamiques politiques, économiques et sociales de chaque entité.

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Ce document présente une étude sur la République démocratique du Congo, en particulier sur la province du Haut-Uele et son histoire liée à celle du Bas-Uele. Il souligne l'importance de la décentralisation instaurée par la Constitution de 2006, qui a redéfini les provinces et les organes locaux élus, tout en abordant les défis liés à sa mise en œuvre. Le projet, soutenu par le Musée royal de l’Afrique centrale, vise à produire des monographies provinciales pour mieux comprendre les dynamiques politiques, économiques et sociales de chaque entité.

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République démocratique du Congo

2
HAUT-UELE Sous la direction de
Trésor
Jean Omasombo Tshonda
HAUT-UELE

Mathieu Zana Etambala


Roger Gaise
Dieudonné Buaguo
Grégoire Mombi
Edwine Simons
Jean Omasombo Tshonda
Zéphyrin M’pene Ngaluley
Joris Krawczyk
Mohamed Laghmouch

BUKU
LE CRI
MRAC
AVANT-PROPOS

HAUT-UELE
Sous la direction de
Jean Omasombo Tshonda

Cette série de publications est dédiée à la mémoire de Benoît Verhaegen.


Arrivé au Congo au moment de la décolonisation, il anima pendant près
de 30 ans de carrière diverses structures de recherche et d’enseignement.
Promoteur de la démarche de « l’Histoire immédiate », il a, par ses écrits,
par sa parole, par ses enseignements, joué un rôle majeur dans les études
sociales congolaises.

Nous nous souvenons avec émotion et respect de l’homme et du maître.

1
AVANT-PROPOS

La présente étude, issue du projet « Provinces », soutenu financièrement par la DGD et coordonné par la section
d’Histoire du Temps présent du Musée royal de l’Afrique centrale, est le fruit d’une collaboration entre chercheurs des
diverses sections du MRAC, chercheurs des instituts partenaires congolais (CEP, CERDAC et CRGM), qui se sont réparti
le territoire de la RD Congo, et chercheurs identifiés à l’intérieur de chaque entité administrative (qu’il s’agisse des actuels
« districts » ou, pour quelques-unes de ces entités, déjà de « provinces », qui attendent d’accéder au statut de province,
comme le prévoit la Constitution de la RD Congo promulguée le 18 février 2006).
Les instituts partenaires (CEP et CERDAC) ont eu pour tâches de collecter la documentation écrite existante sur chaque
entité (dans les universités, instituts nationaux, archives nationales, bibliothèques spécialisées, administration centrale....),
de mettre celle-ci à la disposition des équipes locales sur le terrain, mais aussi de répertorier toutes les archives et autres
documents pertinents et d’en transmettre des copies aux équipes locales et au MRAC. Le CRGM se charge de l’élaboration
des textes sur le relief, la géologie et l’hydrographie.
Les équipes locales, quant à elles, ont été chargées à la fois de la collecte des données au niveau de la province et de
l’élaboration d’une première ébauche de la monographie.
Le MRAC a été à la fois la structure pourvoyeuse de la logistique pour la gestion des fonds du projet et un partenaire
de recherche. À ce titre, l’ébauche de monographie fournie par les équipes sur le terrain a été soumise aux chercheurs
des différentes sections qui composent le MRAC, qui l’ont complétée. Le MRAC a, enfin, assuré la responsabilité de la
publication des monographies.
Cet ouvrage est le fruit de cette collaboration, comme en témoignent les différentes contributions.

LE CEP
Le Centre d’études politiques (CEP), (re)créé en 1999 à l’Université de Kinshasa, rassemble des chercheurs/enseignants
relevant de diverses disciplines des sciences sociales ayant le politique pour champ d’études. Ses activités couvrent quatre
domaines, la recherche, la formation, la documentation et la publication, ayant tous pour principal sujet la République
démocratique du Congo.

LE CERDAC
Le Centre d’études et de recherches documentaires sur l’Afrique centrale (CERDAC) de l’Université de Lubumbashi
poursuit les buts suivants : promouvoir des recherches coordonnées sur l’héritage du passé des peuples d’Afrique centrale
et collationner la documentation nécessaire et utile à cette fin.

LE CRGM
Le Centre de recherches géologiques et minières de la RDC (CRGM) est un service public fonctionnant sous la tutelle du
ministère de la Recherche scientifique. Il a été créé par ordonnance-loi n° 82/040 du 05 novembre 1982 en remplacement
du Service géologique du Ministère des Mines. Sa mission principale est de promouvoir, exécuter et coordonner des
travaux de recherche scientifique et des études diverses dans le domaine des géosciences. La cartographie géologique,
l’inventaire et l’étude métallogénique des ressources minérales, l’étude des risques naturels d’origine géologique, l’expertise
des substances minérales et la constitution des bases de données géologiques figurent parmi ses tâches essentielles.

LE MRAC
Le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), l’un des dix établissements scientifiques fédéraux que compte la Belgique,
abrite des collections tout à fait remarquables (objets ethnographiques en provenance d’Afrique centrale, archives
complètes de Stanley, photothèque et filmothèque, cartes et données géologiques, collection de zoologie de millions de
spécimens, xylothèque tropicale). En tant qu’institut de recherche scientifique consacré à l’Afrique, il occupe une place
importante sur la scène internationale dans les domaines de l’anthropologie culturelle, de la zoologie, de la géologie, de
l’histoire et de l’économie agricole et forestière.
La section d’Histoire du Temps présent est une nouvelle section au sein du département d’Histoire du Musée royal
de l’Afrique centrale. Elle est née de l’intégration au Musée de l’Institut africain, créé en 1992, qui avait alors absorbé le
Centre d’études et de documentation africaines (1971). La nouvelle section poursuit une triple mission de documentation,
de publication (elle publie la collection des « Cahiers africains ») et de recherche. Ses activités sont axées sur l’ancienne
Afrique belge et particulièrement le Congo/Kinshasa.
www.africamuseum.be

2
AVANT-PROPOS

République démocratique du Congo

HAUT-UELE Trésor touristique

3
AVANT-PROPOS

les auteurs

Mathieu Zana Etambala, chercheur à la section d’Histoire du Temps présent, MRAC et professeur
à la KULeuven.
Roger Gaise, o. p., professeur et recteur de l’Université de l’Uele.
Dieudonné Buaguo, assistant à l’Université de l’Uele.
Grégoire Mombi, assistant à l’Université de l’Uele.
Edwine Simons, secrétaire de rédaction des « Cahiers africains », section d’Histoire du Temps
présent, MRAC.
Jean Omasombo Tshonda, chercheur à la section d’Histoire du Temps présent, MRAC, coordinateur
du projet « Provinces », professeur à l’UNIKIN.
Zéphyrin M’pene Ngaluley, chercheur à la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
Joris Krawczyk, attaché au projet « Provinces », section d’Histoire du Temps présent, MRAC et
Service éducatif, MRAC.
Mohamed Laghmouch, section de Cartographie et Photo-interprétation, MRAC.

Toutes les photographies sont droits réservés ou sous copyright mentionné. Toute question ou demande d’autorisation doit se faire par écrit
auprès du MRAC, Service des Publications, 13, Leuvensesteenweg, 3080 Tervuren (Belgique)

www.lecri.be

ISBN 978-2-8710-6578-4
© 2011 Le Cri édition
Avenue Léopold Wiener 18
B-1170 Bruxelles

© Musée royal de l’Afrique centrale


Levensesteenweg 13
B-3080 Tervuren
www.africamuseum.be

Imprimé en Belgique
D/2011/3257/23 (Dépôt légal Le Cri pour la Belgique)
SE3.01110-57227 (Dépôt légal Buku pour la RDC)

En couverture : Le château de Dungu, photo équipe locale, 2011.

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
Cette version en ligne de l’ouvrage vous est offerte gratuitement à la consultation, moyennant le respect de la loi sur la protection des droits
d’auteur et de copyright. Certaines photographies ont été masquées par manque de précision sur les ayant-droits ou d’autorisation. L’ouvrage
complet est consultable en bibliothèque ou est disponible à la vente jusqu’à épuisement des stocks.
Pour toute information complémentaire : [email protected]

4
AVANT-PROPOS

Avant-propos

Comment évoquer le Haut-Uele sans faire référence à l’indépendance en 1960, la définition de la structure de
à la notion de gémellité ? Le sort de ce district appelé à l’État a posé des problèmes. Sauf pendant les premières
devenir une province est, en effet, depuis plus d’un siècle, phases de l’ère Mobutu, cette problématique a suscité
étroitement lié à celui de son district voisin qu’est le Bas- des affrontements permanents entre « unitaristes » et
Uele. Ces deux districts partagent, non seulement – du « fédéralistes », comme en témoignent les travaux de
moins pour une grande partie –, une histoire quasi portée constitutionnelle en 1960, 1964, 1991-1997 et 2005.
identique, depuis les explorations dans la région au cours Il est paradoxal de constater que, tant en 1960 qu’en
des années soixante-dix et quatre-vingt du XIXe siècle, 2005, la mouvance unitariste, bien que dominante, ait
mais aussi le fait d’être géographiquement confinés aux été contrainte de transiger sur ce point. Même le régime
frontières de la République centrafricaine et du Sud- Mobutu, en dépit du caractère totalitaire qu’il imposa,
Soudan, dans la lointaine périphérie nord de la RD Congo. échoua dans sa tentative de créer un profil de citoyen
Pour utiliser la même métaphore, l’Ituri peut, quant congolais bâti selon un moule unique et uniforme à travers
à lui, être considéré comme un demi-frère du Haut et tout le pays.
du Bas-Uele. Au cours de l’histoire coloniale, et même Après les deux guerres du Shaba (1977 et 1978), Mobutu
après l’indépendance, certains territoires furent, en effet, modifia sa stratégie, tout au moins dans ses propos, car le
transférés entre les districts/provinces du Haut-Uele et lieu même de la prise de décision ne se déplaça pas. Lors
er
de l’Ituri. Si la province mère du Haut-Uele, du Bas-Uele de son discours du 1 juillet 1977, il annonça en effet
comme de l’Ituri est la Province-Orientale (Haut-Zaïre), que : « nous allons opérer une décentralisation de notre
ces trois districts – auxquels s’ajoute la Tshopo – sont économie : décentralisation au niveau de la territoriale, et
appelés à devenir des provinces à part entière. décentralisation au niveau de la gestion ». En 1980, le 19
C’est la Constitution de la RD Congo adoptée par novembre, revenant sur ce même sujet, il affirma, devant le
référendum les 18 et 19 décembre 2005 et promulguée par Comité central de son parti unique, le MPR, être : « décidé
le président de la République Joseph Kabila le 18 février de tout mettre en œuvre pour passer sans plus tarder à
2006 qui consacre le principe de la décentralisation comme l’application effective de la décentralisation » ; il justifiait
composante de l’architecture institutionnelle du pays, cette décision ainsi : « Le pays est vaste. Disons même très
dans le contexte d’un État unitaire. De 11 provinces en vaste. La centralisation à partir de Kinshasa, la capitale,
vigueur en 1988, la RD Congo devra passer à 25 provinces nous démontre chaque jour qu’il est impossible d’assurer
auxquelles s’ajoute la ville de Kinshasa. aux Régions le développement que nous attendons d’elles ».
Comme hier, les raisons qui justifient la décentralisation Cette mouvance se trouvera renforcée par la législation
n’ont pas changé. En effet, depuis que le Congo a accédé adoptée en 1982.

5
AVANT-PROPOS

La Constitution de 2006 apporte deux changements nécessité de se réinventer ne fournissent plus de précédent
fondamentaux en ce qui concerne la question de la paradigmatique auquel se référer.
décentralisation : 1) redécoupage en 26 provinces des 11 Compte tenu de son histoire et de ses caractéristiques,
2
provinces existantes jusqu’a la fin de l’ère Mobutu ; 2) mise la question à laquelle la RD Congo devrait répondre
en place d’organes provinciaux et locaux élus jouissant de aujourd’hui – et non demain – est donc la suivante : le
larges compétences et de moyens substantiellement accrus. renforcement de l’État central est-il une condition préalable
40 % des « recettes à caractère national » collectées au à la réussite de la décentralisation ou la décentralisation
sein de la province seront retenues à la source au profit est-elle la filière obligée de la consolidation de l’État
de celle-ci, alors que dans la situation antérieure les central ?
provinces en disposaient (souvent plus théoriquement que Le projet initié par le MRAC porte sur la réalisation
réellement) de 10 à 15 %. de monographies provinciales. S’inscrivant dans la
La mise en œuvre de ces dispositions constitutionnelles nécessité de bien identifier d’abord chacune des provinces
continue de soulever de difficiles problèmes, et elle est reconnues par décision politique, il veut déboucher
même porteuse de grands dangers : sur une connaissance réelle et précise de chaque entité
— plusieurs des nouvelles provinces sont dépourvues provinciale, avec l’ambition de fournir des données
des infrastructures et des moyens humains leur permettant de fond (politiques, économiques, géographiques,
d’exercer les prérogatives qui leur sont attribuées ; linguistiques, sociales…) qui faciliteront davantage une
— la disposition concernant la répartition des recettes politique d’aménagement du territoire et de planification
a caractère national est difficile a interpréter (quelle régionale. Et ce, d’autant que chacune de ces nouvelles
province génère telle ou telle recette nationale ?) et risque provinces englobe de vastes territoires et/ou secteurs
de créer de grandes inégalités entre les provinces dans administratifs (plusieurs d’entre elles sont encore deux à
lesquelles sont implantées de grandes entreprises et/ou trois fois plus vastes que la Belgique). Plusieurs de ces
qui possèdent les points d’entrée et de sortie du commerce provinces correspondent aux espaces des anciens districts
extérieur, et les autres provinces. délimités durant la période coloniale. Diverses entités
Mais l’État central confronté lui-même à sa de base dites « coutumières » et leurs chefs furent créés
restructuration ne paraît pas rapidement vouloir/pouvoir par l’autorité coloniale, ce qui ne va pas sans rappeler le
s’adapter à la nouvelle dynamique, les traits du passé caractère pluriel de la société congolaise dans laquelle les
semblant encore fortement le dominer et/ou le retenir. rapports sociaux se sont transformés et qui voit accroître
Pour plus d’un observateur, la société congolaise d’en les désaccords entre tenants de la tradition et partisans
bas paraît enthousiaste aux thèses de la décentralisation de la modernité. À la suite du caractère dynamique du
envisagée. Elle espère elle-même, ainsi, s’impliquer sans système d’appartenance lié au brassage de la population, à
tarder dans la recherche de son développement, sinon elle l’urbanisation et la modernisation, l’ethnicité sur laquelle
devra encore attendre assez longtemps. se fonde l’identité et l’appartenance à la nationalité
Les responsables du processus de décentralisation congolaise redevient signifiante politiquement, surtout
se trouvent aujourd’hui confrontés à un environnement dans un contexte électoral ; pourtant, elle apparaît
instable et « désécurisé », du fait du face-à-face entre largement aujourd’hui comme un concept fabriqué ou
tentatives de freinage et aspirations à sa mise en œuvre refabriqué qui, de ce fait, s’est largement fossilisé et mué
effective. Or le socle sur lequel construire un système en détonateur de la conflictualité entre candidats au
politique viable est son assise sociologique. La société pouvoir.
constitue le terreau dans lequel il doit impérativement Si la décentralisation est un sujet de discussion
s’enraciner pour être durable. Ce qui signifie que la actuel, elle a, en fait, été l’objet d’essais et de discussions
RD Congo doit s’inventer la structure qui favorise son récurrentes au cours des périodes antérieures et la loi
développement, une charpente adaptée à sa combinatoire organique votée le 10 juillet 2008 au Parlement congolais
sociologique. Et ce d’autant plus que les composantes n’est pas une avancée radicale pour l’organisation des
de la scène internationale confrontées elles-mêmes à la unités administratives. Les choix en matière d’organisation

6
AVANT-PROPOS

administrative qui furent faits dans le passé s’alignaient Le projet du MRAC rappelle aussi que les événements
souvent sur des propositions qui attendaient d’être ayant conduit à l’échec de la première décentralisation
confrontées au vécu et qui étaient donc susceptibles de au cours de la Première République (1960-1965) sont
modifications/révisions ultérieures. Des retouches ont été toujours peu — ou mal — connus, de même que la gestion
opérées, de-ci de-là, au fil du temps, souvent sans vision concrète, durant la période Mobutu, dans les différentes
d’ensemble, résultant surtout d’un arbitrage des conflits entités. Avancer vers un futur rassurant après avoir mieux
de pouvoir au niveau local en fonction des intérêts des situé le présent, cela nécessite aussi de tirer les leçons du
autorités supérieures. Mais dans la mesure où celles-ci n’ont passé, fût-il lointain ou récent. Bien que les délimitations
pas fait l’objet de publication, la connaissance populaire et des territoires — voire des nouvelles provinces — n’aient
de nombreux travaux continuent à reproduire des données en général pas changé depuis les réformes initiées au cours
qui ne sont pas toujours concordantes avec la réalité du de la période coloniale, les services publics congolais ne
terrain. Ainsi les limites administratives des différentes disposent pourtant, dans la plupart des cas, que de peu
entités reproduites dans des cartes sont-elles parfois de documents (anciens ou nouveaux), toujours précaires,
peu précises, et certaines dénominations des secteurs, partiels ou fragmentaires.
des chefferies et des groupements qui les composent En aucun cas, ils ne possèdent de documentation
varient-elles parfois d’une source à l’autre. À la suite des (même ancienne) pouvant leur fournir une vision
importants mouvements de population que le terrain d’ensemble de la situation d’une entité provinciale, car les
congolais a connus, conséquence d’événements successifs travaux approfondis et exhaustifs sur les provinces sont
et souvent violents ou de l’accroissement des difficultés restés rares. D’où la nécessité première de rassembler les
socio-économiques et de communication entre les régions diverses études partielles existantes, mais éparpillées,
du pays, divers villages ont, en effet, pu disparaître ou voir et de combiner diverses sources relevant du passé et du
leurs sites déplacés, d’autres se sont agrandis, voire créés. présent (tant du point de vue interne que du point de vue
Le découpage des unités provinciales devra encore externe, la géopolitique économique et sociale nationale
révéler ses limites une fois celles-ci confrontées à la réalité, et régionale a beaucoup changé, suite à la fois a des crises
la gestion effective du territoire congolais restant largement locales internes à la RDC, qu’à des crises régionales
confrontée àde nombreux défis. Les groupements qui sont proches ou lointaines). Combiner les données de terrain
une subdivision des secteurs et des chefferies et définis recueillies par les équipes de recherche locales en RDC
comme unités territoriales de base attendent encore d’être mises en place par le projet et celles se trouvant tant dans
dénombrés. Pourtant, ils constituent la circonscription diverses institutions congolaises (universités, centres de
pour les élections locales, qui ont été, à ce jour, recherche ou services publics…) qu’au musée de Tervuren
continuellement postposées. Les assemblées provinciales constituera ainsi une avancée importante.
ont coopté des chefs coutumiers, à raison de 10 % du Je tiens à remercier de manière particulière la
nombre de leurs membres. Coopération belge au Développement, le Ministère belge
La loi imposait une même procédure, impliquant aussi des Affaires étrangères et la Politique scientifique qui
bien les chefs de groupement que ceux de chefferies. Dans appuient de nombreux projets de recherche et activités
son exécution, les situations dans les différentes provinces menés au MRAC. Cette étude monographique du Haut-
se sont révélées contrastées. La province du Bas-Congo Uele qui entre dans ce cadre constitue la deuxième
ne compte aucune chefferie, l’Équateur en a 2, le Kasai- publication d’une série qui devra couvrir l’ensemble des
Occidental 3, le Kasai-Oriental 7, le Bandundu 11, tandis provinces édictées dans la Constitution de la RD Congo :
que la Province-Orientale en a 139, le Katanga 55, les trois une tâche immense, mais essentielle ! Il est prévu, dans le
provinces de l’ancien Kivu (Maniema, Nord et Sud-Kivu) cadre de la décentralisation, que l’enseignement au niveau
s’en partagent 42. Il s’agit là en grande partie du résultat du primaire et du secondaire soit en partie consacré à
de politiques différentes appliquées dans la gestion des l’étude des réalités locales, c’est-à-dire celles de chacune
populations par les responsables des quatre provinces que des provinces. En s’engageant dans la production des
comptait le Congo belge jusqu’en 1933. monographies des provinces, le MRAC espère renforcer

7
AVANT-PROPOS

la qualité de son expertise, en même temps qu’œuvrer à Cette monographie a bénéficié des observations et
l’enrichissement de la connaissance sur ce grand pays ajouts de Jeannine Aïwa. Elle a été joliment enluminée
d’Afrique, afin d’appuyer les efforts de tous ceux qui grâce à l’aide inestimable d’Anne Welschen.
contribuent a son développement.
À tous, le MRAC présente ses remerciements.

Guido Gryseels,
Directeur général

8
AVANT-PROPOS

Carte administrative du Haut-Uele

9
AVANT-PROPOS

ERRATA

Omasombo Tshonda, Jean (dir.). 2011. République démocratique du Congo. Haut-Uele.


Trésor touristique. Séries « Monographies des provinces de la RD Congo », vol. 2.
Bruxelles-Tervuren : Le Cri-MRAC, 440 p.

 Page 110 :

L’instrument de musique de l’illustration de la cathédrale des Saints-Martyrs de


l’Ouganda à Dungu est un tambour de bois à fente et non un « gong ».

 Page 112 :

Le « likembe à dix touches », est un lamellophone à dix lames. Quant à l’affirmation


que celles-ci sont rangées selon les notes musicales (do, ré, mi, fa, sol, la, si, do), nous ne
pouvons que la contester. Le clavier de l’instrument présente deux regroupements de cinq
lames, formés certainement sur base d’un système scalaire pentatonique, les hauteurs
annoncées ne correspondent pas aux systèmes décrits par différents musicologues ayant
travaillés dans la région (Gerhard Kubik ou Didier Demolin notamment).

 Page 114 :

Parler d’un système scalaire comme des sons respectifs, sept comme les sons de la
musique, on le devinera, est une ellipse.

 Page 116 :

 L’instrument en photo, au-dessus à gauche, n’est pas une cithare mais une harpe à
sept cordes, ce qui est plutôt atypique pour la région en comparaison aux collections
historiques ;
 Le khudi est une lyre. Le terme chantefable ou cantastorie sera préférable à celui de
griots, trop ethnocentré ;
 Le gulitindia est un arc musical à résonateur buccal ;
 Ne disposant pas de photos, il nous impossible de commenter le lari-ba a mais,
d’après le commentaire, il pourrait s’agir d’une cithare.

10
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

CHAPITRE I INTRODUCTION :
L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Q
ue signifie le mot « Uele » ? C’est une « Enfin, l’Ouelle m’apparut : il envoyait au couchant
toponymie, ou plutôt une hydronymie. ses flots sombres et profonds. Son aspect me rappela le Nil
« Uele » est le nom de la grande rivière Bleu à Khartoum. Bien qu’il fût au plus bas, sa largeur était
baignant le nord de la RD Congo. Il apparaît de huit cents pieds, sa profondeur de douze à quinze. Ses
dans la littérature relativement aux grandes bords, pareils aux guefs du Nil, s’élevaient à vingt pieds au-
explorations organisées durant la seconde moitié du dessus de la surface de l’eau, et semblaient exclusivement
e
xix siècle. George Schweinfurth, le premier explorateur formés d’une alluvion argileuse, mêlée de sable fin et de
européen à admirer l’Uele – c’était le 19 mars 1870 –, décrit mica […] L’Ouelle est formé par la Gadda et par le Kibali,
son expérience dans les termes suivants : dont la jonction s’effectue à sept ou huit kilomètres du

Pirogues sur l’Uele. (HP.1960.71.934, collection MRAC Tervuren.)

11
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

point où nous étions alors. Le 13 avril 1870, la Gadda avait définitivement de l’Uele. Les frontières entre les deux
environ cent cinquante-cinq pieds de large et deux à trois entités administratives appelées « districts » seront
pieds d’eau. À la même date, nous avons trouvé au Kibali ultérieurement modifiées à quelques reprises.
trois cent vingt-cinq pieds de largeur et une profondeur Le Haut-Uele est une région pour laquelle nous disposons
1
moyenne de douze à treize pieds . » d’images et de descriptions anciennes. Leurs sources,
d’ordres divers, sont principalement d’origine coloniale
belge. Il s’agit de cartes postales, de guides touristiques, de
La rivière s’appelle officiellement « Uele » à partir de narrations de voyage, de croquis et de peintures coloniaux,
son confluent avec la Dungu. Il ne faut cependant pas de documentaires filmés. Ces documents sont actuellement
ignorer que les grandes rivières et les fleuves qui baignent éparpillés et devenus difficiles à rassembler. Nous en
les villages de différents peuples peuvent changer de nom donnons un aperçu dans les pages qui suivent.
en fonction de la langue des riverains.
Selon Georges Schweinfurth et Guillaume Junker,
tous les riverains en aval comme en amont de Niangara
appelaient la rivière uniquement « Kibali », ignorant le nom 1. L’UELE DANS LES BANDES DESSINÉES
« Wele » ou « Uele ». Les Mangbetu, les Gbote-Mayanga ET LES GUIDES TOURISTIQUES
de Gombari ou de Dungu, ainsi que les Angai, Mambe et
autres Bakango avaient gardé l’habitude d’appeler la rivière « Uele, Uele, maliba makasi !
« Kibali »2. 4
(Uele, Uele, puissant fleuve !) »
La signification du terme « Kibali » est la suivante. Il est
composé du préfixe « ki-» et du substantif « ibale ». « Ibale » C’est à travers cette chansonnette que, jusque dans
signifie « eau », « rivière ». Les Bagya-Mapaya emploient les années 1970, nombre de collégiens belges ont fait
le terme « luba », les Babua-Mobenge « liba », les Mayeka la connaissance de la région de l’Uele. Composée par
« elubale » et les Boguru « debale ». C’est là un indice qu’à le père Domien Van Mol (1898-15 janvier 1982),
l’époque de Schweinfurth et Junker, les riverains appelaient missionnaire dominicain dans le Haut-Uele, cette
la rivière « Kibali » au moins jusqu’à son confluent avec chanson servit de moyen d’animation missionnaire
la Gada et que ces peuples appartenaient à un groupe dans les établissements scolaires. Sa mélodie devint si
bantu. Les peuples descendus du Soudan reprirent le nom populaire qu’Hergé la reproduisit dans sa bande dessinée
« Kibali » aux premiers occupants. Tintin au Congo, dont la première version parut sous la
Dès 1888, la toute première organisation territoriale forme d’un feuilleton dans Le Petit Vingtième en 1930-
désigne sous ce vocable toute la frange nord-ouest du 1931, puis sous celle d’un album un peu plus tard, aux
Congo, c’est-à-dire les régions actuelles de l’Uele et de Éditions Casterman.
3
l’Ituri . Pendant plusieurs décennies, ces deux entités À l’époque coloniale, l’Est du Congo est présenté
demeurent regroupées dans une seule circonscription comme la région touristique par excellence. Et l’Uele, situé
administrative. C’est en 1912 que l’Ituri est détaché dans le Nord-Est, est recommandé en raison de ses peuples
comme les Azande, Mangbetu et Mabudu qui fascinent
1 Schweinfurth, G., Au cœur de l’Afrique, 1868-1871 : par leurs chansons, connues dans le monde entier, leurs
voyages et découvertes dans les régions inexplorées de
mœurs et leurs habitations, de sa station de domestication
l’Afrique centrale, tome 1, Paris, 1875, pp. 496-497.
des éléphants à Gangala na Bodio, du Parc national de la
2 Costermans, J., Mosaïque Bangba : notes pour servir 5
à l’étude des peuplades de l’Uele, Bruxelles, Institut
Garamba, etc. . Mais il y a aussi la rivière Uele qui, dans
royal colonial belge – section des sciences morales et
politiques, tome XXVIII, fasc. 3, 1953, pp. 6-7. 4 Costermans, J., Cent ans de mission au Congo, en
3 Massart, A., Notice sur la carte des subdivisions Uele, 1903-2003 (90 ans dominicains), Namur,
administratives du Congo belge et du Ruanda-Urundi, Dominicains missionnaires de Namur, 2003, p. 115.
Atlas général, Bruxelles, Institut royal colonial belge, 5 Tourisme au Congo, Anvers, Éd. Agence maritime
1950. internationale SA, s. d., p. 59.

12
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Tintin en pirogue. Scène inspirée de l’album d’Hergé, Tintin au Congo. Artiste congolais, Kinshasa, 2011. (Collection E. Simons ; photo J. Krawczyck.)

un des premiers guides touristiques du Congo, datant de pays est couverte d’une immense forêt coupée d’une quantité
1934, est présentée de la façon suivante : de rivières et de ruisseaux aux rives marécageuses qui, au
moment des fortes pluies, se transforment en véritables
« L’Uele, appelé Kibali dans son cours supérieur, est lacs difficiles à traverser. Au nord : bien qu’il existe encore
le plus important des affluents du Congo. Il est constitué par-ci par-là quelques forêts, c’est la savane, au sol plat et
par une multitude de petits ruisseaux qui descendent des caillouteux, permettant de porter le regard au loin dans une
montagnes Bleues (altitude 1200 m) avoisinant le lac Albert plaine où dominent au printemps le jaune du mimosa et en
et où se trouvent, également, les sources de l’Ituri. Il draine automne le rouge des tulipiers et des érythrines.
tout le plateau Congo-Nil, parcourant une plaine herbeuse, Cette savane souvent aride est pourtant arrosée par des
très mouvementée, hérissée de gigantesques rochers. Ses rivières et des ruisseaux qui sont bordés de galeries forestières
rives sont très habitées. au sol suffisamment fertile pour que les indigènes de race
L’Uele, sinueux et agité, coule entre les collines, azande puissent y entreprendre des cultures productives.
franchissant seuils et barrages. Il est parsemé d’une quantité Plus on se dirige vers le nord, plus le terrain est aride et
6
d’îlots boisés et souvent habités d’où s’élancent des palmiers pauvre et plus les populations se font rares . »
et des plantes grimpantes aux fantastiques entrelacements,
qui en font un paysage des plus grandioses. En 1950, Émile Verleyen publie un ouvrage intitulé
7
L’Uele arrose sur son passage les importantes localités Congo, patrimoine de la Belgique . Il ne s’agit ni d’une
de Niangara, Amadi, Bambili, Bondo et Yakoma où, après encyclopédie ni d’un répertoire, mais d’un guide, précise-
avoir reçu le Bomu, il change de nom pour s’appeler t-il, éclairant les aspects généraux du Congo et mettant en
l’Ubangi qui constitue, avec cet affluent, la séparation au
6 Congo-Nil, ouvrage de documentation édité par
nord et à l’ouest de la colonie du Congo belge de l’Afrique
la Société des chemins de fer vicinaux du Congo
équatoriale française…
(Vicicongo), Bruxelles, 1934, p. 38.
La rivière Uele divise la région en deux parties
7 Verleyen, E., Congo patrimoine de la Belgique,
totalement différentes, ainsi : au sud, la plus grande partie du Bruxelles, Les Éditions De Visscher, 1950.

13
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

évidence, dans une fusion de souvenirs historiques et de Uele. Il quitte la Belgique en juillet 1923. Il entre dans le
problèmes actuels, la cohérence du passé et du présent. Haut-Uele par Dingba, alors une sorte de rond-point des
L’auteur présente presque tous les importants postes de messageries automobiles. Il y trouve de beaux ateliers de
la colonie. Pour le Haut-Uele, il commence par Niangara, réparation où des mécaniciens noirs donnent, affirme-
ce centre commercial sur l’Uele, qui est le carrefour des t-il, du fil à retordre aux mécaniciens blancs chargés de
routes où cheminent de lourds attelages de bœufs. Ce les former. Mais ne perdons pas de vue que Chalux était
poste est aussi le siège du vicaire apostolique et possède des connu pour ses clichés sur les Noirs. D’ailleurs, n’ajoute-
écoles d’enseignement primaire, normal et professionnel t-il pas qu’il y a quelque chose de presque surnaturel à
dirigées par les pères dominicains, un hôpital et une voir un véritable sauvage de la forêt démonter et remonter
consultation pour nourrissons sous la direction des sœurs un moteur d’auto, au bout de quelques mois seulement
9
dominicaines. Le centre indigène est peuplé de Mangbetu, d’apprentissage ?
continue-t-il, et un monument et une zeriba déclassée Ce journaliste de la Nation belge se dirige alors vers
évoquent, à l’ombre des manguiers, le souvenir de la lutte Niangara où il trouve les comptoirs vides : ni sucre, ni
contre les mahdistes (voir infra p. 133) dans laquelle le café, ni conserves. En cause, les transports insuffisants,
8
poste de Niangara a joué un rôle . l’irrégularité du service sur l’Itimbiri et l’embouteillage du
É. Verleyen présente aussi, brièvement, les autres port de Matadi. La situation est identique à Dungu où les
centres tels Rungu, situé sur la Bomokandi et dont les Blancs n’ont pas de vivres et ne font que maudire la Colonie.
palmeraies naturelles sont importantes et où les pères Quant aux Congolais, ils ne trouvent plus de tissus.
dominicains possèdent une école professionnelle pourvue Mais il y a dans cette localité un territorial dynamique,
d’un équipement électrique ; Paulis qui s’appelait autrefois Van Zuylen de Nievelt, habitant le château situé sur le
Isiro, une ville en plein développement où les locomotives confluent de la Dungu et de la Kibali, dont il sera question
viennent troubler le silence de la forêt… ; Dungu, qui fut le ultérieurement. Il a ressuscité une industrie introduite
théâtre d’événements historiques décisifs et le point de départ jadis par les Arabes : le tissage du coton. En outre, il avait
d’expéditions importantes ; Yakuluku, un poste-frontière où fondé des écoles non seulement à Dungu, mais aussi à
l’enseignement et l’assistance médicale sont assurés par une « Yakululu ».
mission protestante ; Ekibondo, résidence d’aristocratiques De Dungu, Chalux se dirige vers Faradje, une localité
matshaga-mangbetu… Cette publication fournit d’amples charmante, mais où la Dungu est désagréable à traverser
informations sur les différents peuples et sur l’histoire des quand une tornade sévit. Il baptise la région située entre
pénétrations arabe et européenne dans la région. Ce guide Faradje et Aba, dans l’Ituri, « le Congo grec », tant les
évoque également la station de domestication de Gangala na commerçants grecs semblent y être les maîtres du pays
Bodio, à l’aspect d’une grande ferme entourée de pâturages, dans le domaine commercial.
de terres agricoles et de plantations. Outre les habitations C’est en 1924-1925 que l’Uele – le Haut comme le Bas –
du personnel, on y trouve des remises, une charronnerie, devient célèbre, à la suite de l’organisation de l’Expédition
un dispensaire et un service vétérinaire, en plus des étables Citroën Centre-Afrique. Le récit de ce voyage publié par
10
et des écuries. Outre les éléphants, le centre élevait, en effet, Georges-Marie Haardt (1884-1932) et Louis Audouin-
11
des chevaux et des bêtes à cornes. Émile Verleyen termine Dubreuil (1887-1960) dans leur ouvrage La Croisière
par une description du Parc national de la Garamba.
9 Chalux, Un an au Congo, Bruxelles, Librairie Albert
Dewit, 1925, pp. 639-640.
10 Georges-Marie Haardt, né à Naples de parents belges,
2.L’UELEDANSLALITTÉRATURECOLONIALE est le commandant en chef de l’expédition Citroën.
Voir Audouin-Dubreuil, A., La Croisière noire : sur
Chalux [pseudonyme du marquis Roger de Chateleux] les traces des explorateurs du 19e, Grenoble, Éditions
est un des premiers voyageurs belges à sillonner le Haut- Glénat, 2007.
11 Louis Audouin-Dubreuil est le chef adjoint de
8 Verleyen, E., op. cit., pp. 179-197. l’expédition. Voir Audouin-Dubreuil, op. cit.

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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

noire. Expédition Citroën Centre-Afrique12, récolte, en effet, Une coiffure en auréole, ornée d’épingles en tibias
un succès immense. Par ailleurs, l’expédition ayant été de singe, s’épanouit à l’arrière de ces têtes ovoïdes. Des
filmée, le documentaire qui en a résulté popularise cette bracelets de cuivre et d’ivoire ciselé, un tablier minuscule
13
expérience. En outre, Alexandre Iacovleff (1887-1938) , retenu par un poil d’éléphant passé autour des reins, que
un artiste-peintre, qui faisait partie de l’équipe, publie, en décore postérieurement un léger écran de vannerie (nekbé)
1927, un ouvrage prestigieux Dessins et Peintures d’Afrique. aux dessins géométriques, sont les ornements de ces belles
Concernant le Haut-Uele, c’est surtout le septième chapitre nudités auxquelles ils donnent la chasteté de statues aux
de l’ouvrage de Georges-Marie Haardt et Louis Audouin- yeux d’émail.
Dubreuil, « La forêt équatoriale », qui est important. Voici les vingt-cinq épouses de N’Ganzi, autrefois
er
La caravane a passé la rivière Mbomu le 1 mars 1925. guerrier redoutable, les cinq préférées du vieux Boïmi, fin
Elle progresse par Monga et Bondo pour arriver à Buta le diplomate, et les deux cariatides vivantes qui se partagent
6 mars. Quatre voitures se rendent encore à Stanleyville le cœur de Touba, riche “Matchaga” de récente noblesse.
pour fêter avec éclat la première liaison automobile établie Car il s’agit bien ici de noblesse. Nous sommes loin de
officiellement le 12 janvier sur la rive de l’Ubangi du côté la grossièreté des races primitives. Le Mangbetou est fier de
belge. Les huit autochenilles sont à nouveau réunies à Buta ses traditions. Il a les attaches fines, les pieds petits, les mains
le 19 mars. Le Haut-Uele est parcouru entre le 23 mars et délicates comme les aristocrates éthiopiens. Les Matchaga,
le 13 avril. C’est avec une encre poétique qu’ils couchent dont Touba est le type, furent jadis esclaves des Mangbetou
sur papier leurs expériences haut-ueliennes. À Niangara, et présentent la caractéristique des Bantous : manque
le chef-lieu du Haut-Uele et, pour les expéditionnaires, « le d’élégance physique et morale. Plus riches maintenant que
pays des Mangbetou », ils marquent leur admiration pour leurs anciens maîtres, ce sont eux qui possèdent les femmes
les femmes et l’art mangbetu : les plus belles et les villages les mieux construits selon les
règles de l’art Mangbetou.
« Assises dans une pose hiératique sur de petits tabourets Nous pensons, avec Iacovleff, qu’il y a indiscutablement
d’ébène […] rangées en file comme les figures d’une fresque un art mangbetou. La construction des cases au toit pointu
égyptienne. Évocation d’une précision documentaire qui, soutenu par un péristyle de colonnes sculptées, les peintures
subitement dans la pensée, relie par-dessus les siècles les murales dont elles sont ornées, l’architecture des greniers à
temps présents et la civilisation des Pharaons. mil, semblables à de petits temples, les trompes d’ivoire, les
Corps de bronze aux patines cuivrées, ces créatures de tabourets de bois précieux attestent un sens de l’harmonie
formes harmonieuses se tiennent immobiles, les genoux des lignes et de la composition qu’il est troublant de
serrés et la tête haute. Un regard dédaigneux filtre à travers découvrir chez des indigènes encore anthropophages il y
leurs paupières bridées par la déformation étrange de leur a peu d’années.
crâne. Celui-ci a la forme de l’œuf, selon la coutume de L’art primitif n’est jamais qu’une copie grossière des
l’antique Égypte, où cette allusion aux croyances ésotériques formes de la nature. Chez les Mangbetou, au contraire,
sur les origines du monde était le signe de la toute puissante la stylisation est manifeste. Les décorations murales sont
des Pharaons. de simples jeux de lignes géométriques et de couleurs
vives, purement ornementales et n’ayant à aucun
12 Haardt, G.-M. et Audouin-Dubreuil, L., La Croisière moment le caractère enfantin des dessins que nous avons
noire. Expédition Citroën Centre-Afrique, Paris, Librairie remarqués sur les cases de l’Oubanghi ; de même pour
Plon, 1927. Voir Audouin-Dubreuil, A., op. cit.
les travaux de vannerie ou de poterie, les harpes et les
13 Alexandre Iacovleff est contacté par André Citroën
trompes d’ivoire.
pour être le peintre au regard d’ethnographe de
Lorsqu’un artiste mangbetou reproduit les traits
l’expédition ; ses croquis et esquisses exécutés en
humains, il accentue l’allongement du crâne, déforme les
Afrique équatoriale illustrent le livre de l’écrivain
René Maran Batouala. André Citroën (1878- traits du visage, de façon à composer un véritable motif
1935), fils de Lévie Citroën, diamantaire belge, est décoratif, qui tire son harmonie du rapport des lignes et
le fondateur de la société automobile Citroën. Voir des volumes. Ne sont-ce pas là les principes mêmes d’un
Audouin-Dubreuil, A., op. cit. grand art ?

15
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Aussi bien, parmi les peuples que nous avons vus, les Crouquet continue son récit par la description de ces
Mangbetou occupent-ils une place toute spéciale. Ils semblent hommes et femmes qui ont « la tête en forme de pain de
porter l’empreinte des civilisations antiques dont l’écroulement sucre ». Il précise que les hommes portent tous au sommet
a laissé le temps se refermer sur eux comme les pierres de leur pain de sucre une calotte de paille ornée de plumes,
sépulcrales se sont refermées sur les momies des Pharaons. tandis que les femmes ont une coiffure bien spéciale, le
Remis au grand jour par les explorations modernes, ainsi que « tambour », qui a la forme d’un champignon. À Faradje,
l’ont été, par les fouilles, les trésors de la Vallée des Rois, les il visite le camp militaire bien assis sur un petit mamelon.
Mangbetou n’ont pas l’âpre rudesse des êtres neufs, mais le Les bâtiments sont beaux et bien propres, les magasins
charme décadent des silhouettes anciennes. sont remplis de vivres et de munitions, d’ailleurs, fait-il
Voici la belle Ourou, au teint de cuivre, à l’air remarquer encore, le magasin d’armes pourrait servir de
énigmatique, dont la démarche voluptueuse évoque modèle à plusieurs casernes belges. Puis, il décrit la scène
le passage des grandes courtisanes, et voici encore suivante :
Nobosodrou, dont la moue dédaigneuse et la pose altière
14
sont dignes d’une reine de Saba . » « Dix heures… C’est l’heure du rapport. Le capitaine
s’assied à son bureau, quitte la bonne bouffarde qui lui tient
L’artiste Iacovleff et ses compagnons, persuadés que toujours compagnie et prend un air grave, qui ne lui sied
les Mangbetu forment un peuple qui connaît l’art au sens d’ailleurs qu’au moment du rapport. Un sous-officier noir
européen du terme, soutiennent l’idée selon laquelle l’art présente les punissables.
mangbetu « aristocratique » se rattache à la civilisation e
– Ali, soldat de 2 classe, n’a pas assisté à la théorie.
ancienne égyptienne. – Six coups de fouet.
Par la suite, la caravane rend visite au village e
– Mamadou, soldat de 2 classe, a manqué à l’exercice.
d’Ekibondo. Grâce à leur description, ainsi qu’au film et – Douze coups de fouet.
aux peintures et croquis de Iacovleff, ce village connaîtra Le fouet, c’est la chicote. Son emploi n’est plus autorisé
un renom immense. qu’à l’armée et tous les coloniaux s’en plaignent. Dans
De mai à septembre 1928, Roger Crouquet réalise certaines régions, on ne peut plus rien obtenir du Noir
une Croisière blanche de Liège au Cap en automobile à et seule la punition corporelle peut avoir raison de leur
er
travers l’Afrique. Il passe par le Congo belge. Le 1 juillet, obstination. Partout, c’est le même refrain. Sans chicote
il quitte Buta pour se rendre à Faradje et note alors dans plus de travail et, au lieu d’avancer, on recule. Faire
son carnet : entendre raison à un Noir est chose impossible. Il ne
comprend qu’une punition : la chicote. Si l’on veut obtenir
« La route, qui mérite d’être citée en exemple, tant elle de bons résultats au Congo, le rétablissement de la chicote
est parfaite, pénètre dans la forêt. Les bambous de Chine s’impose malgré les cris d’horreur de quelques magistrats
en paquets de cigares tressent leur feuillage au-dessus de trop humanitaires . »
16

la route. Les parasoliers aux troncs élancés étalent leur


ombrelle de verdure. Des élaïs auxquels sont suspendus des Cet extrait montre les préjugés qui circulaient dans
régimes de noix palmistes, et des pistachiers se disputent les milieux coloniaux de l’époque où l’entretien des
le terrain. Les villages sont propres. Nous traversons ici le bâtiments semblait parfois plus important que les soins
pays des Mangbetu, l’une des races les plus curieuses de la aux indigènes. Mais il montre aussi une partie de la vie
15
colonie . » quotidienne dans ces camps militaires. Crouquet note
qu’en route pour Watsa, il découvre des populations
indigènes très différentes : « les riches Azandés, drapés
14 Haardt, G.-M. et Audouin-Dubreuil, L., op. cit., dans des étoffes de couleur, et les pauvres Logos, n’ayant
pp. 225-227. pour tout vêtement, les hommes qu’une peau de bête,
15 Crouquet, R., La Croisière blanche (De Liège au Cap les femmes qu’un bouquet de feuilles. Jadis, avant notre
en automobile à travers l’Afrique, mai-septembre
1928), Bruxelles, 1928, p. 164. 16 Idem, pp. 169-170.

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CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

occupation, les Logos constituaient la race des esclaves et temps de Henri II qui auraient échangé le bilboquet pour
les riches familles azandé et mangbetu en avaient plusieurs le couteau de jet. Ils sont massés au pied de l’escalier qui
17
à leur service . » donne accès à la barza et de leur entassement se dégage une
La dernière étape congolaise de Crouquet est Watsa, odeur forte, musquée, mais pas désagréable en somme.
qu’il appelle la « sentinelle de la région minière de Kilo- Les affaires inscrites sont nombreuses et les débats
Moto », vers le poste frontière d’Aru. sont longs et diffus. Gilima les suit d’une façon détachée,
18
Avant la guerre de 1940, Julien Vanhove se rend dans en tapotant l’air de son chasse-mouches, mais parfois il
le Haut-Uele. Venant de Buta, il se dirige vers Niangara où interrompt l’une des parties pour rectifier un mensonge trop
il débarque à la tombée du jour dans un hôtel « syrien » à flagrant ou demander des précisions. Et ces interventions
l’aspect peu engageant, souligne-t-il. Le dîner composé du grand chef, toujours judicieuses, sont approuvées par
d’olives et de morue que lui offre le maître de céans « à la un murmure général d’approbation. L’administrateur, dont
mine de brigand kurde » ne lui plaît qu’à demi et il gagne sa j’admire l’inaltérable patience, tient le plumitif, questionne,
chambre, en enjambant des piles de boîtes de conserve, pour lui aussi, demandeurs et défenseurs, consulte ses assesseurs
ne plus avoir le tympan déchiré par un phono nasillard. sur un point de droit coutumier particulièrement délicat.
De Niangara, Vanhove se rend à Dungu où il visite Ainsi, pendant de longues heures, qu’il s’agisse de femmes,
le fameux château, niché dans un site pittoresque au de terres ou de chèvres, l’esprit procédurier en diable des
confluent de la Kibali et de la Dungu et dont il sera indigènes se donne libre cours.
question ultérieurement. Installé dans une petite pirogue “Asir lero” (esili lelo = c’est fini pour aujourd’hui)
et se laissant aller au fil de l’eau, il aborde l’île Bimba, finit par déclarer le Blanc, exténué par la tension d’esprit
située au milieu de la Kibali, où se trouve le cimetière des que lui ont imposée les explications données par ces
Blancs. Puis, il rentre à Dungu où il assiste à une séance au Noirs volubiles, qui noient l’essentiel dans des digressions
tribunal de territoire : oiseuses. Les juges se lèvent et la foule se disperse en
commentant avec animation les décisions du tribunal.
« La barza du bureau évoque la scène du théâtre royal Gilima a des ennuis mécaniques avec sa voiture ; aussi,
de Versailles sur les côtés de laquelle se pressaient des en attendant que son chauffeur ait vérifié le carburateur
courtisans avides de ne rien perdre de la pièce que l’on y récalcitrant, s’arrête-t-il chez M. Jamart. Peu loquace, il se
jouait. Les nobles personnages sont ici les grands chefs contente de boire force verres de “Bergen Bier”, et ne sort
azande venus siéger au tribunal de territoire. Gilima, de sa réserve qu’au moment où l’administrateur et moi en
potentat incontesté des Avuru Wando, un vrai géant, fils du arrivons à parler de la lutte des troupes de l’État contre les
grand Renzi, le héros de la bataille de Redjaf ; Yaberada, qui madhistes, vainqueurs du général Gordon à Khartoum, et
fait penser à un paysan madré ; Dika, sorte de vieil avoué dont les hordes fanatiques déferlaient contre notre frontière
19
normand malicieux ; Sepiowando aux yeux plissés et rusés ; du Nord-Est . »
d’autres encore, plus jeunes et moins à l’aise dans leurs
délicates fonctions de juge. La plupart des plaideurs ont
conservé le costume traditionnel : toque de raphia piquée
d’une touffe de plumes et ample pagne d’écorce bouffant,
accoutrement qui les fait ressembler à des seigneurs du

17 Idem, p. 170.
18 Julien Vanhove (1905-1976), administrateur
territorial à Basankusu de 1936 à 1938, a eu
l’opportunité, à la fin de son mandat, de visiter
diverses régions de la colonie. Voir « Nécrologie :
Julien Vanhove », Bulletin des séances de l’Académie
royale des sciences d’outre-mer, Bruxelles, 1977/1, pp. 19 Vanhove, J., Regards sur notre Congo, Bruxelles, Éd.
59-63. La Renaissance du Livre, 1943, pp. 59-60.

17
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Julien Vanhove quitte le pays des Azande pour se rendre


chez les Mangbetu. Le premier arrêt est Rungu, où il est
reçu à la mission dominicaine en pleine fête. De Rungu,
il se met en route vers Paulis, un poste niché, note-t-il,
au milieu de la grande sylve de la Nepoko, trouée depuis
peu par le rail des Vicicongo qui permettra de drainer les
produits de l’Ituri aussi bien que ceux de l’Uele vers le fleuve
Congo. L’arrivée de la ligne et la création d’ateliers ont fait
de Paulis une ruche bourdonnante où se mêlent ouvriers
belges en salopettes luisantes de graisse et commerçants
grecs et hindous, dont la marmaille dépenaillée, mais
ravissante, s’ébat devant les échoppes minables de bois ou
de tôle. Dans cette ville naissante, les gens se prennent à
évoquer les « bâtisseurs de ponts » de Kipling.
À Paulis, Vanhove retrouve tout d’abord le peintre
belge André Hallet, dont il sera question plus loin. Mais
il y rencontre également le cinéaste Genval, « gras comme
un moine et jovial à souhait », présent dans la ville pour
y tourner quelques scènes de la vie de ces Mangbetu
« rieurs » qui ont charmé tous les voyageurs depuis
Schweinfurth, leur premier historiographe. Vanhove se
Chef azande Gilima. (04_HP.1956.15.1368, collection MRAC Tervuren ; photo
Liégeois (Inforcongo), 1949, MRAC Tervuren ©.)
rend à Ekibondo, chez le chef Matsaga, où il prend une
grande quantité de photos de cases merveilleusement
décorées d’entrelacs noirs et rouges sur fond blanc, ainsi
que du tribunal indigène, dont les piliers et les murs sont
ornés de peintures à motifs animaux étonnantes de variété
et de couleur. Gangala na Bodio se trouve également sur
son parcours. Il décrit son passage à cet endroit dans les
termes suivants :

« Gangala na Bodio est un endroit qui ne rappelle plus


l’Afrique, avec ses gazons verts où folâtrent les chevaux de
selle et où la présence des pachydermes détonne presque.
Des éléphants apprivoisés sont attachés à des frères encore
sauvages et font l’éducation des captifs, corrigeant leurs
mouvements d’humeur par un vigoureux coup de trompe.
Les énormes animaux transportent de pesants madriers,
abattent des arbres et labourent la terre. Ils obéissent
docilement aux ordres de leur cornac et celui-ci récompense
leur zèle en les flattant de la main ; ces caresses semblent
leur plaire beaucoup et ils manifestent leur contentement
20
en clignant les yeux et en dodelinant la tête . »

Depke, fils et successeur du chef Ngilima. (Congopresse n° 82.12/81, 05_


HP.1956.15.10311, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, s.d., Sofam ©.) 20 Idem, p. 79.

18
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Juste après la Seconde Guerre mondiale, René leur mari, surtout lorsqu’il s’agit d’un vieux ménage. Les
Bourgaux, en visite au Congo belge, sillonne le Haut-Uele. enfants sains ne sont pas admis, parce qu’ils sont mis sous
Il fait tout d’abord escale dans le chef-lieu du district. tutelle au village. Lorsque c’est la femme qui est atteinte, il
est très rare que son mari l’accompagne.
« À Paulis, nous sommes chez les Mangbetu, peuplade À Gombari, Bourgaux rencontre des Pygmées, réunis
très curieuse, dont le crâne est allongé par le procédé dont par l’agent territorial Delalieu. Il fait le commentaire
j’ai déjà parlé. Avec un peu de chance, le chef, Tongolo, nous suivant :
montrera ses danseurs et surtout sa fille, la danseuse étoile
Akasi dont on parle beaucoup dans la région et que certains « Curieuse population que celle de ces nains vivant de chasse
voyageurs connaissent bien… »
21
et de rapines. Leur spécialité est la chasse à l’éléphant. On raconte à
leur propos les histoires les plus invraisemblables. Leurs vêtements
Le lendemain de son arrivée à Paulis, Bourgaux assiste rudimentaires sont faits d’écorce d’arbre et de branchages. Attirés
à la messe à l’église de la mission. Il se demande pourquoi par la promesse de cigarettes, les Pygmées sont venus danser en
la masse des Noirs est entassée dans la nef, alors que les notre honneur. Leur danse n’a rien de bien caractéristique. C’est du
Européens bénéficient d’une chaise confortable dans le “swing”. Mais un swing très lent que rythme seulement le battement
22
chœur. Pourquoi cette différence ? Il pose cette question, monotone du tam-tam . »
note-t-il, parce que, devant Dieu, les hommes sont tous
frères, quelle que puisse être la couleur de la peau. Il Bourgaux s’arrête également un court instant à Watsa
reprend l’explication que les Européens lui donnent, à où les mines de Kilo-Moto exploitent, dit-il, quelques
savoir : « que le Noir dégageait une odeur très désagréable, gisements à faible teneur. Arrivé à Faradje, il se recueille
insupportable à un odorat de Blanc. C’est la raison pour devant le monument élevé à la mémoire des « héros »,
laquelle la séparation était faite ». quatre Européens, deux cent trente-sept soldats et deux
Puis Bourgaux se rend en compagnie du docteur cent cinquante-quatre porteurs, de la bataille de Saio,
Zanetti, au village lépreux de Pawa, à quelque trente en Éthiopie. Puis, il se dirige vers Gangala na Bodio où
kilomètres de Paulis. L’Administration a, en effet, constitué Mons Haezaert, un ancien grenadier, dirige la station de
un « village agricole d’isolement lépreux », en abrégé un domestication des éléphants.
« VAIL ». Des efforts sont faits pour y amener les lépreux En 1946, l’Américain Tom Marvel, au service de
reconnus. Le VAIL consiste donc à grouper les lépreux l’United States Office of War Information à Léopoldville,
d’une région déterminée dans un village qui leur est propre parcourt aussi une partie du Haut-Uele. Après avoir roulé
et où la vie indigène continue comme en milieu coutumier. à travers forêts, champs et plantations, il arrive à Paulis.
Le village groupe en général entre 400 et 500 malades dont
un grand nombre sont encore en mesure de bien travailler « Ce pimpant petit poste, centre commercial et administratif de
malgré leur état. En conséquence, il est généralement l’Uele oriental, ne date que de 1934 et naquit au moment de l’arrivée
possible d’y appliquer le principe du self-supporting. Les du rail des “Vicicongo”. Aujourd’hui, on y trouve une cité indigène
frais médicaux sont supportés par la Colonie et les caisses modèle et il est, pour le touriste, un charmant centre d’excursions,
administratives des chefferies interviennent dans les frais avec de bonnes routes, un hôtel confortable, un magnifique pays et
23
d’installation. On choisit tout d’abord les plus malheureux, des indigènes intéressants . »
c’est-à-dire ceux qui n’ont plus d’attaches familiales. Il s’agit
souvent de deux malades par village, de façon à constituer Marvel note que Paulis a aussi la fortune de posséder
un noyau du même clan. Le lépreux restant au village ne un excellent hôtel, construit par Vicicongo et dénommé
peut désormais plus arguer de son état pour se soustraire Le Mangbetu, aux chambres fraîches et aérées, avec salles
au paiement de l’impôt s’il habite la zone du VAIL. Les de bain privées, une salle à manger attrayante, une véranda
femmes, même celles qui sont saines, accompagnent
22 Idem, p. 86.
21 Bourgaux, R., Congo terre vivante, Bruxelles, Éditions 23 Marvel, T., Le Nouveau Congo, Bruxelles, Éditions L.
Graphica, 1949, p. 81. Cuypers, 1948, p. 126.

19
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

et un bar. En effet, les peuples des environs sont connus des mots la beauté fulgurante de ses bras et de ses jambes
sous le nom générique de « Mangbetu », que Tom Marvel dans leur nudité brune, ses élans, courbée, le bouclier tendu
décrit comme un peuple heureux, d’une allure élégante, devant elle, ses brusques arrêts et ses soudaines volte-face,
passionné de musique et de danse. Ce dernier élément est ses bonds rapides comme l’éclair tandis qu’elle pare les
confirmé par le fait que « si vous en faites la demande à coups d’adversaires imaginaires ou s’élance en brandissant
l’avance, les autorités rassembleront les danseurs mangbetu une lance belliqueuse. À chaque instant de la danse, tout
et, pour votre arrivée à Paulis, les chefs, prévenus, auront son corps n’est que frénésie de mouvements. Puis Akasi
24
convoqué les groupes chorégraphiques ». La danseuse rentra dans la ronde et reprit le glissement avec les autres,
25
Akasi, la favorite d’un grand nombre de gens, est la fille du tandis que l’orchestre continuait à jouer sans arrêt . »
chef Tongolo. Tom Marvel a l’occasion de la voir à l’œuvre :

« L’un après l’autre, les danseurs reprirent leur place Au total, les danseurs étaient une cinquantaine des deux
dans la ronde glissante. Le centre, à nouveau, était vide. sexes. À peu près une centaine de personnes, surtout des
Dans l’air planait une attente, tandis que les musiciens vieillards et des enfants, étaient venues assister au spectacle.
entamaient un rythme nouveau. Comme un éclair, une Tom Marvel visite aussi, bien entendu, la domestication
jeune fille bondit au centre du cercle. Elle brandissait des éléphants à Gangala na Bodio, qui signifie « Collines
un bouclier et une lance. Elle était, comme les autres, de Bodio », et le Parc national de la Garamba. Son dernier
entièrement nue sous une jupe de feuilles de palmiers. Des arrêt est Watsa, qu’il présente comme un petit poste
plumes la coiffaient. C’était une des meilleures danseuses administratif attrayant, bien ombragé, dans l’immense
de la tribu : Akasi, fille du chef Tongolo, de la “chefferie” concession de la société minière de Kilo-Moto.
proche de Mayogo.
Mais il est impossible de décrire la danse d’Akasi et
l’impression qu’elle fait sur le spectateur, de traduire par
3. L’UELE DANS LA PEINTURE COLONIALE
C’est très probablement le monde de la peinture
coloniale qui a rendu l’Uele le plus populaire en Belgique.
Plusieurs peintres se sont rendus sur place pour perpétuer
sur toile la beauté des peuples et de la nature de cette
région. Les œuvres d’art de cinq artistes sont présentées
ci-après. L’on remarquera aisément la diversité de style et
de contenu.

3.1. ALEXANDRE IACOVLEFF (1887-1938)

Cet artiste est originaire de Saint-Pétersbourg en


Russie où il a suivi des cours à l’Académie des beaux-arts.
Il a obtenu des bourses de voyage pour l’Italie et l’Espagne.
Rentré dans son pays natal au début de la Première Guerre
mondiale, il quitte sa patrie lorsque la révolution éclate en
1917 pour se rendre en Chine, en Mongolie et au Japon. Il
26
s’installe à Paris en 1920 .
Akasi, fille de Tongolo, chefferie des Mayogo-Mabozo. (EP.0.0.13561,
collection MRAC Tervuren ; photo A. Scohy (Inforcongo), 1949, MRAC Tervuren ©.)
25 Idem, pp. 129-130.
26 Thornton, L., Les Africanistes peintres voyageurs,
24 Idem, p. 128. Paris, ACR Édition internationale, 1990, p. 321.

20
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

« Sasa », c’est le sobriquet que ses amis lui attribuent, cependant très vite pour se consacrer presque entièrement
est désigné artiste officiel de la mission Citroën Centre- à la peinture.
Afrique. En 1926, après son retour, il organisera deux
grandes expositions : « Alexandre Iacovleff », à l’hôtel Jean 3.2. JANE TERCAFS (1888-1944)
Charpentier à Paris ; « Exposition de la Croisière noire »,
au Pavillon de Marsan, également à Paris. Au cours de Elle est l’artiste la plus intimement liée à la beauté
la même année, P. Forthuny publie l’ouvrage Alexandre de la région de l’Uele. Cette artiste liégeoise d’origine
Iacovleff en Afrique, Paris, L’Art et les Artistes, mars 1926. limbourgeoise habitait Paris depuis 1930. En 1935, le
En 1927, l’artiste lui-même sortira l’ouvrage Dessins et gouvernement belge lui confie une mission officielle
peintures d’Afrique exécutés au cours de l’expédition Citroën au Congo. Elle est chargée d’y étudier la vie indigène
Centre-Afrique. Deuxième Mission Haardt Audouin- et la faune. Cette mission l’arrange, parce qu’elle rêvait
Dubreuil (Paris, Meynial). de s’évader d’un atelier étouffant. Son ambition est de
Iacovleff accompagne aussi la troisième expédition renouveler son art à travers des contacts avec la nature
Citroën en 1931-1932. Mais la « Croisière jaune » tourne primitive et la beauté de l’architecture mouvante, avec de
cour, avec le décès de Georges-Marie Haardt à Hong- vraies formes humaines en liberté. Jane Tercafs séjourne
Kong. En 1935, il gagne les États-Unis, où il est nommé dans le Haut-Uele pendant une année et demie ; elle y
directeur de la Boston Museum School Art. Il démissionne retourne encore brièvement en 1937.

Alexandre Iacovleff, Personnages féminins. (Alexandre Iacovleff, Personnages Jane Tercafs et deux Mangbetu. (Jeanne Tercafs lors d’une de ses missions au
féminins, Niangara, Croisière noire, 1924-25, pastel, 75 x 56 cm, HO.0.1.510, Congo belge, Uele, entre 1935 et 1940. HP.1984.13.125, collection MRAC Tervuren ;
collection MRAC Tervuren.) photo anonyme, s.d.)

21
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Jane Tercafs, Odani, femme mangbetu. (Jeanne Tercafs, Odani, Garçon mangbetu. (HP.1984.13.112, collection MRAC Tervuren ; photo anonyme, s.d.)
femme Mayogo, 1935, pierre blanche et marbre. 45 x 14,5 cm,
HO.0.1.461, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC
Tervuren ©.)

3.3. RENÉ LESUISSE (1901-1966)

Cet artiste belge suit des cours de dessin à


l’académie de Liège, sa ville natale, puis entre aux
Beaux-Arts de Bruxelles. En 1922, après avoir
gagné le prix de la peinture monumentale, il devient
pensionnaire de la Fondation Darchis à Rome. En
1931, il est reçu docteur en archéologie et histoire de
l’art. En 1939, il est envoyé en mission au Congo, où
il travaille principalement dans la région de l’Uele.
27
Il en revient avec de nombreux tableaux à l’huile .
Il participe, en 1949, à l’exposition « Art colonial
contemporain » à Anvers. Il devient ensuite le
conservateur des musées communaux de Nivelles,
chargé du musée archéologique, où il travaillera
jusqu’à la fin de sa vie.

3.4. ANDRÉ HALLET (1890-1959)

André Hallet (1890-1959) fait deux longs séjours


au Congo belge : le premier (de dix mois) en 1934, René Lesuisse, Femme mangbetu. (Huile sur toile, 81 x 61 cm. Collection particulière.
(Droits réservés. Photo V. Everart © MRAC, Tervuren.)
27 Thornton, L., op. cit., p. 324.

22
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

André Hallet, Pawa, Isiro, dessin. Pawa, Isiro, Uélé, Zaïre, 1934, 29,5 x 21. Dessin. (© Sabam Belgique 2011.)

le second (de onze mois) en 1936. En mai 1940, alors On dit d’André Hallet qu’il aime célébrer la nature
qu’il s’apprête à se rendre une troisième fois au Congo, la extraordinairement généreuse de la colonie belge et la
Belgique est envahie par l’Allemagne et il doit rester dans cordialité confiante de ses diverses populations. Le résultat
la métropole. Mais entre le peintre et le Congo, s’était est une peinture exceptionnelle. Ses périples lui font
installée une longue histoire d’amour. Aussi l’artiste et sa découvrir de nouvelles lumières. À travers ses œuvres, il
femme décident-ils de s’établir au bord du lac Kivu, vers où essaie de convaincre de la beauté des femmes mangbetu et
ils s’embarquent en avril 1947. C’est là que Hallet décède le de l’exotisme des scènes de la vie quotidienne (le marché),
28
18 avril 1959 . des danses, des tornades, etc.
Lors de son premier voyage au Congo belge, Hallet
parcourt surtout l’ancienne Province-Orientale (cf. 3.5. HENRI KERELS (1896-1956)
infra). Il sillonne tant l’Ituri et le Kivu que le Bas et le
Haut-Uele. Il s’arrête notamment, pour ce qui est du Il appartient également à cette catégorie d’artistes partis
Haut-Uele, à Wamba, à Isiro, à Niangara, à Watsa et à chercher l’inspiration en Afrique centrale. Ce peintre-
Moto. Au cours de son second séjour au Congo belge, il graphiste fait deux séjours au Congo, en 1929-1930 et en
traverse à nouveau le Haut-Uele : Isiro, Watsa, Nzoro et 1939. Il séjourne dans le Haut-Uele.
Mungbere. Henri Kerels parcourt le Haut-Uele rapidement.
Venant de Kilo, il s’arrête à Watsa où il passe la nuit et
28 Devred-Hallet, Ch., L’Afrique profonde : André Hallet, gagne Moto le lendemain. Il s’y s’installe dans une maison
1890-1959, Bruxelles, Les Éditeurs d’art associés,
1959, p. 5.

23
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

il tenait le chasse-mouches. Son corps d’athlète, oint d’huile


de palme, luisait comme un bronze. Ses femmes, ses
notables, sa milice, ses deux orchestres, ses serviteurs, son
peuple se tenaient autour de lui.
Il offrit de l’awa (vin de palme). Quand ils furent prêts,
Tengu et les deux visiteurs, à vider la calebasse et qu’ils
mirent les lèvres à la coupe, on entendit, sortant de la trompe
du sonneur d’olifant, trois sons pleins qui rebondirent en
échos dans le lointain. Tout le monde s’était retourné. Après
Tengu fit un geste. Huit trompes de bois, deux cloches de
fers accouplés, trois tambours commencèrent un tam-tam
absurde. Ce que joua l’orchestre était fondu, sautillant et
décousu, mais si adroit, si ingénieusement simple que c’était
beau. Un homme dirigeait. Les mains levées il se livrait à
une sorte de danse saccadée. Il désigna d’abord le zénith
et les musiciens levèrent, tout en jouant, leurs instruments
vers le ciel pour faire aussitôt demi-tour et marcher sur les
deux nouveaux venus. Le bouffon, les mains tendues, vint
se courber, à leurs pieds, avec tout son orchestre. Une volte-
face, et le groupe alla vers Tengu qui, d’un mouvement de
main, fit le silence.
On but encore de la bière d’éleusine. Des joueurs de
tambour et de xylophone s’étaient accroupis près d’un
Henri Kerels, Femme mangbetu. Lithographie en couleurs, 113 x 78 cm. palmier et déjà les danseuses se suivaient, en cercle, à pas
(© Sabam Belgique 2011 ; photo tous droits réservés. Bruxelles, Bibliothèque royale lents et tête penchée. Des chants perçaient le bruit des
de Belgique.) instruments et Tengu buvait. Il buvait beaucoup. Tengu, car
le cor sonna souvent au cours de cette journée, dominant la
flanquée d’une grande barza29 à trois portes. Il se souvient musique des danses et le chant des femmes. Tengu aimait le
d’une aventure avec un léopard survenue à deux de ses vin, que Jean offrait, autant que son awa. Vers cinq heures,
compagnons. À Moto, on lui recommande de se rendre il ordonna que chacun aille chez soi. Tengu s’aperçut qu’il
30
dans les environs de Nala ou d’Isiro où il sera entouré était ivre quand il monta dans son tipoi . »
« de ces splendides nègres que sont les Mangbwetu » et
qui constitue un pays idéal. Le matin de son arrivée, il est 3.6. MARTHE DE WITTE (1893-1976)
accueilli par le chef Tengu
L’artiste Marthe De Witte a séjourné à deux
« […] avec l’apparat des grands jours. Les gongs lui avaient reprises au Congo belge : d’abord en 1947 puis de
annoncé leur venue dès la veille. À la tête de ses hommes, 1951 à 1954. Elle a arpenté de nombreuses régions
il s’était présenté devant le gîte en esquissant un salut dont celles du Haut-Uele et des Grands Lacs.
militaire. Le couteau qu’il fit déposer à leurs pieds était un Elle a fait de multiples portraits d’autochtones.
signe. Jean le fit prendre par Corneille. Ainsi, on était amis. Il s’agit de portraits ethnographiques qui sont
Tengu portait le pagne d’écorce décorée d’où généralement complétés d’indications concernant
s’échappaient des queues de léopard. Sa tête était coiffée
d’un chapeau de raphia orné de plumes rouges. En main, 30 Henri Kerels, L’Eden Noir : récit de voyage au Congo
belge, Bruxelles, Les Éditions de Belgique, 1939,
29 La « barza » est le nom donné à une grande terrasse pp. 87-88. Il reproduit quelques croquis dans son récit
ouverte entourant les habitations coloniales. de voyage, dont ceux qu’il avait faits du chef Tenku.

24
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

le nom des modèles et le lieu où ils ont été réalisés. Genval réalise un film sur l’exploitation aurifère dans la
L’intérêt de ses pastels est documentaire et humain. région de la rivière Aruwimi et de Kilo-Moto. Son titre est
Certaines de ses œuvres ont été éditées en cartes très simple : « L’Or ». La première partie est consacrée à
postales au cours des années 1950. Un grand la prospection dans les rivières et les rochers, les forages,
nombre des dessins de Marthe De Witte sont l’analyse chimique des échantillons, le lavage, l’analyse de
conservé au Musée royal de l’Afrique centrale31 la teneur en or des minerais, l’extraction et le traitement
En 1957, le Haut-Uele accueille un hôte de marque, des minerais, l’aménagement des canaux pour l’adduction
Léopold III, accompagné de la princesse Liliane. Ils sont d’eau et le triage et la fusion en lingots. La seconde
arrivés à Paulis, le vendredi 5 avril, au milieu d’une foule partie montre les équipements sociaux accompagnant la
énorme de villageois venus de partout et d’Européens, nombreuse main-d’œuvre engagée pour effectuer les divers
c’est-à-dire d’une cohue criarde. Ils logent dans la maison travaux de l’exploitation aurifère, des villages nouveaux
du commissaire de district. Dans son carnet de voyage, construits à proximité des mines pour travailleurs noirs,
il note que Paulis comptait 800 Européens dont 30 % de la nourriture en vrac qui leur est fournie à la chaîne par un
Grecs 32. système de tuyaux, et les services de santé. On peut aussi
Le lendemain, samedi 6 avril, ils visitent, dans l’avant- voir le personnel européen qui règle le ballet du va-et-vient
midi, le foyer social, l’hôpital et un centre d’art indigène des hommes, des camionnettes et des métaux précieux et
dirigé par madame Line Praet. Dans l’après-midi, ils quelques images sur les luxueuses villas construites pour
assistent à une grande manifestation de danses Mangbetu leurs familles. Le commentaire insiste sur la douceur de
sur la plaine des sports de Paulis. Le dimanche 7 avril, vie qui y règne et qui contraste avec la pénibilité des tâches
33
Léopold III et Liliane se rendent à la léproserie de Pawa des ouvriers congolais .
où ils assistent à la messe dite par un prêtre congolais. En 1954, Gérard De Boe réalise un documentaire
Puis, ils vont à Gombe, chez le chef Baonoku (Mabudu), intitulé Mangbetu. Il s’agit d’une mise en scène sur
où ils sont reçus par de splendides spectacles de danse. Un plusieurs aspects de la culture traditionnelle mangbetu tels
pique-nique sous toit végétal autour d’un tronc de palmier que l’organisation sociale et politique, l’habillement et la
est organisé pour terminer la journée. Ils sont de retour à coiffure, la coutume de l’allongement de la boîte crânienne
Paulis vers 18 h 30. Ils quittent le Haut-Uele le lendemain. chez les jeunes enfants, la peinture corporelle, la musique
et la danse. On peut aussi admirer les villages mangbetu
ordonnés autour d’une place centrale où se trouve le
« Bamu », grande hutte de réunions et fêtes, enfouis
4. L’UELE DANS LES FILMS COLONIAUX dans les forêts aux arbres géants de l’Uele. Le même
cinéaste va compléter le film « Mangbetu » avec un court
Il n’y a pas que les bandes dessinées, les guides métrage intitulé « Orchestre mangbetu ». Ce document
touristiques, les peintures et la littérature coloniales « ethnographique » présente tout d’abord les instruments
qui aient façonné l’image de l’Uele qu’avaient les Belges. de musique comme le tam-tam mâle, le tam-tam femelle,
Quelques films documentaires ont également contribué le tam-tam enfant, le tam-tam portatif, les tambours de
à faire connaître la région. En 1938, le cinéaste Ernest tailles et de formes variées, des gongs en fer forgé, des
flûtes, etc. En final, il propose quelques scènes de danse
31 Impressions d’Afrique : peintres et sculpteurs belges et 34
masculine et féminine .
zaïrois. Catalogue d’exposition à l’Hôtel communal
de Schaerbeek, du 21 septembre au 19 octobre 1991,
Bruxelles, Éditions Atelier Ledoux, 1991, p. 24.
Cornelis, S. (en collaboration avec Ph. Marechal et
J.M. Goris), Artistes belges dans les territoires d’outre- 33 Van Schuylenbergh, P. et Zana Aziza Etambala, M.
mer, 1884-1962, Tervuren, Musée royal de l’Afrique (éd.), Patrimoine d’Afrique centrale – Archives films :
centrale, 1989. Congo, Rwanda, Burundi, 1912-1960, Tervuren,
32 Léopold III, Carnets de voyages 1919-1983, Bruxelles, Musée royal de l’Afrique centrale, 2010, p. 228.
Éditions Racine, 2004, p. 301. 34 Idem, pp. 290 et 291.

25
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Ernest Genval, image extraite du film L’Or. (Ernest Genval, L’Or, 1938.)

En 1958, deux courts métrages sont produits par le même noires vaquant aux tâches quotidiennes : nourrir les poules,
Gérard De Boe sur la vie religieuse dans l’Uele. Le premier, couper des fleurs, cultiver les champs, puiser de l’eau, faire la
Viadana, couvent africain, présente la vie journalière dans lessive, repasser et coudre, dactylographier, aller au marché
un couvent dominicain. Il se déroule chronologiquement et préparer le repas traditionnel. Il y a impérativement
du réveil des frères noirs au son de cloche jusqu’au soir. Il l’attention pour leur vie de prière et pour les activités
est intéressant de voir les différentes occupations des jeunes sociales : certaines enseignent dans des écoles maternelles
prêtres locaux qui sont, tour à tour, fermiers, menuisiers, et primaires, d’autres accompagnent et soutiennent les
maçons, charpentiers, mécaniciens ou tailleurs. Leur mères villageoises des environs en leur donnant des conseils
35
formation à la théologie et à la philosophie est naturellement pratiques sur l’éducation et le ménage .
aussi mise en exergue. Le deuxième, Sœurs congolaises, suit
une communauté de religieuses noires fondée en 1941 et
en formation dans la maison des sœurs dominicaines de
Sainte-Catherine de Sienne. Les images montrent ces sœurs 35 Idem, pp. 335 et 337.

26
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Gérard De Boe, Mangbetu, images extraites du film Mangbetu. (Gérard De Boe, Mangbetu, 1954.)

Gérard De Boe, image extraite du film Viadana, couvent africain. (Gérard De Boe, Viadana, couvent africain, 1958.)

27
CHAPITRE I INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE

Carte des traités anglo-congolais du 12 mai 1894 et franco-congolais du 14 août 1894. (Source : Renier, Héroïsme & patriotisme des Belges, Gand, Ad.
Herckenrath éditeur, 1913, p. 277.)

28
SITUATION GÉOGRAPHIQUE

CHAPITREIIPRÉSENTATIONPHYSIQUEDUHAUT-UELE

1. SITUATION GÉOGRAPHIQUE
Situé au nord-est de la République démocratique du
Congo, le Haut-Uele est compris entre 1° 15’ et 5° 30’ Traité du 12 mai 1894
de latitude N et 26° 20’ et 30° 40’ de longitude E. Au Ce traité reconnaît les droits acquis de l’État
nord, il est limité par le Sud-Soudan et la République indépendant du Congo sur la province du Bahr El-Gazal et
centrafricaine ; à l’est, par l’Ituri ; au sud, par l’Ituri et la de l’enclave de Lado. Il donne à bail à Léopold II, pendant
Tshopo ; à l’ouest, par le Bas-Uele. Avec une superficie toute la durée de son règne, les territoires compris entre
d’environ 91.624 km² 36, le Haut-Uele couvre en totalité ou les limites déterminées par une ligne partant de Mahagi,
en partie 14 cartes planimétriques régulières à 1/200.000 sur le lac Albert, suivant la crête de partage des eaux du
e
(degrés carrés). Le Haut-Uele comprend six territoires Nil et du Congo, jusqu’au 25 méridien E de Greenwich,
e e e
Dungu, Faradje, Niangara, Rungu, Wamba et Watsa. ce 25 méridien, jusqu’au 10 parallèle N, ce 10 parallèle
jusqu’au Nil, au nord de Fashoda. Il accorde, après le décès
de Léopold II, de plein droit, la jouissance du bail, pour une
1.1. INTRODUCTION durée illimitée, de la partie de ce territoire située à l’ouest du
e
30 méridien, ainsi qu’une bande de 25 kilomètres d’étendue,
Il y a lieu de signaler que la frontière avec la République en largeur, se prolongeant de la crête de partage Congo-Nil
centrafricaine et le Soudan a subi quelques modifications, jusqu’au lac Albert et comprenant le port de Mahagi.
au cours de la période coloniale. Elle a été négociée par D’autre part, l’État du Congo cède à bail, à la Grande-
les trois puissances coloniales occupant des territoires Bretagne, une bande de terre de 25 kilomètres, en largeur, se
dans ces régions : la France, l’Angleterre et la Belgique prolongeant, du port le plus septentrional sur le Tanganyika,
(Léopold II). Pour ce qui est de l’État indépendant du y compris ce port, jusqu’au point le plus méridional du lac
Congo, les pourparlers concernaient les trois provinces Albert-Édouard. Les deux États reconnaissent qu’ils ne
actuelles : Le Bas-Uele, le Haut–Uele et l’Ituri. chercheront pas à acquérir d’autres droits politiques, dans
La frontière fut déterminée par deux conventions, les territoires cédés à bail, que ceux stipulés dans le traité.
l’une anglo-congolaise et l’autre franco-congolaise, en
1894 :
37
Traité du 14 août 1894
À la suite de la signature du traité du 12 mai 1894,
l’Allemagne proteste et l’Angleterre décide de renoncer aux
36 Certaines sources fixent cette superficie à 89.683 km2. avantages de l’article III du traité, c’est-à-dire à l’occupation
37 Renier (commandant-adjoint), Héroïsme & de la bande de 25 kilomètres, entre le Tanganyika et le
patriotisme des Belges, Gand, Ad. Herckenrath lac Albert-Édouard, par l’État indépendant du Congo.
Éditeur, 1913, pp. 275 -277.

29
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

e
En prenant connaissance de cette convention anglo- du Congo jusqu’au 30 méridien et de là jusqu’au 5°30
congolaise, la France se montre également irritée. Surtout parallèle N, et de ce parallèle jusqu’au Nil.
que la question de la délimitation des frontières sur Plus tard, lors de la cession du district de la Meridi en
l’Ubangi et sur le Bomu était restée en litige depuis presque 1908, un vaste territoire situé au nord de la rivière Aka
dix ans. fut abandonné au Soudan, au sud de la crête de partage
L’État du Congo est alors obligé d’accepter un nouveau Congo-Nil. Les fonctionnaires belges n’ont jamais occupé
traité, franco-congolais cette fois, signé le 14 août 1894. réellement ce territoire Baka qui, bien que situé au Congo
Léopold II est forcé de céder ses droits acquis par le traité belge, était administré par les Anglais. En 1923, en
du 12 mai 1894 et par l’occupation effective de la région. La présence des chefs locaux intéressés et de leurs sujets, la
nouvelle convention stipule que la frontière entre la sphère frontière fut renégociée et les limites réelles relevées. Ainsi,
d’influence française et l’État du Congo est délimitée par 1.200 km² passèrent du Soudan au Congo belge, c’est-à-
38
l’Uele, le Bomu et la crête de partage des eaux du Nil et dire au Haut-Uele .

38 Chalux, op. cit., p. 642.

30
SITUATION GÉOGRAPHIQUE

1.2. TERRITOIRE DE DUNGU Le relief du territoire de Faradje présente plusieurs


diversités morphologiques : d’une part, une chaîne de
Situé à l’extrême est du Haut-Uele et ayant une altitude collines au sud-est du type inselberg de modèle granitique
39
de 683,4 m , le territoire de Dungu est compris entre 3° d’altitude variable, entaillée par de volumineux rochers ;
35’ à 30° 30’ de latitude N et 28° et 30°15’ de longitude d’autre part, au centre et au nord, un relief aplani, formant
E. Considéré comme le plus vaste des territoires du un étagement de pédiplaines, qui se poursuit jusqu’à Aba.
Haut-Uele, il couvre une superficie totale de 32.446 km² C’est ici que l’on enregistre l’une des altitudes les plus
(dont environ 4.000 km² occupés par le Parc national élevées du Haut-Uele, soit une moyenne variable entre 700
de la Garamba) pour une population estimée à 228.583 et 1.100 m.
40
habitants en 2008 . Sa densité moyenne est de 7 hab./km².
Les relevés topographiques renseignent que Dungu fait
frontière, au nord, avec la République centrafricaine et le 1.4. TERRITOIRE DE NIANGARA
Sud-Soudan par la rivière Mbomu ; à l’est, avec le territoire
de Faradje ; à l’ouest, il est limité par les territoires d’Ango D’une superficie de 9.204 km2, le territoire de Niangara
et de Poko (dans le Bas-Uele) ; au sud, il est limité par les est borné au nord par le territoire de Dungu. Sur d’autres
territoires de Rungu et Watsa ; au sud-ouest, il fait frontière flancs, il fait encore frontière avec le territoire de Dungu à
avec le territoire de Niangara. l’est ; avec le territoire de Rungu au sud et avec le territoire
Le territoire de Dungu se trouve intégralement sur le de Poko (dans le Bas-Uele) à l’ouest.
plateau des Uele où les affleurements des roches en place Situé sur le plateau de l’Uele à une altitude moyenne
sont relativement rares et se voient principalement dans variant entre 700 m et 800 m au-dessus du niveau de la
le lit des rivières et sur quelques collines isolées, tels le mer, le territoire de Niangara connaît deux zones de relief.
complexe de base de Mbomu (chefferie Ndolomo) et D’un côté, la zone située au nord de la rivière Uele, où elle
Lindimbia (chefferie Malingindo), ainsi que la colline de est très plate, présentant un mauvais drainage et un sol
Apelemba à Dungu (chefferie Wando le long de la rivière marécageux, correspond à peu près au bassin sédimentaire
Uele). indien. De l’autre, la zone située au sud de la rivière Uele,
s’étendant jusqu’à la frontière avec le territoire de Rungu
(rivière Bomokandi), qui présente un relief plus ou moins
1.3. TERRITOIRE DE FARADJE accentué, parfois accidenté.

Le territoire de Faradje, dont la superficie est évaluée


à 13.108 km² (dont environ 920 km² occupés par le Parc 1.5. TERRITOIRE DE RUNGU
national de la Garamba), est situé à l’extrême nord-est de
la RD Congo et du Haut-Uele. Situé entre 1° 50’ et 3° 15’ de latitude N et 26° 50’
Les données topographiques relèvent que, compris et 28° 30’ de longitude E, le territoire de Rungu a une
entre 4° 15’ et 2° 5’ de latitude N et 29° 20’ et 30 45’ de superficie de 8.605 km². Il est limité au nord par les
longitude E, Faradje est borné, à l’est par le territoire d’Aru territoires de Niangara et de Dungu ; à l’est par les
(en Ituri) ; à l’ouest par le territoire de Dungu ; au nord territoires de Dungu et Watsa ; au sud par les territoires de
par le Sud-Soudan ; au sud par le territoire de Watsa ; là, il Wamba et de Bafwasende (dans la Tshopo) et à l’ouest par
41
jouxte le territoire de Mahagi (dans l’Ituri). le territoire de Poko (dans le Bas-Uele) .
42
Avec une altitude qui oscille entre 500 m et 800 m ,
le territoire de Rungu est situé sur le plateau de l’Uele. On
39 Mesure prise à l’aide d’un GPS en date du 14/08/2008. y remarque, toutefois, la présence de quelques collines
40 Pour les données relatives à la population, cf. Institut
national de statistique/Kisangani, Rapport annuel 41 PSANR, Monographie de la Province-Orientale,
2008, Kisangani, INS. Kinshasa, 1998, p. 4.
42 Idem, p. 5.

31
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

32
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE

dans la partie est et sud-est, notamment dans les chefferies Dans l’ensemble, le relief du Haut-Uele est un relief
Mayogo-Magbaie et Mboli. peu accusé où pointent quelques monts tels que : le mont
Asongo, le mont Firo, le mont Bakengo, le mont Kai…
C’est une région constituée de bas plateaux (500 m à 100 m
1.6. TERRITOIRE DE WAMBA d’altitude) qui s’étendent de Niangara, à l’ouest, à Faradje,
à l’est.
D’une superficie de 10.305 km2, le territoire de Wamba Dans la partie sud, à Isiro, se détachent des chaînons
est compris entre 2° 08’ 48.78 de latitude N et 27° 59’ 00.29 non allongés, à bords souvent abrupts, correspondant
de longitude E. Son altitude est de 773 m. Il est borné aux « monts de Fer » présents aussi à Rungu, Wamba et
au nord et nord-ouest par le territoire de Rungu ; à l’est, Mungbere.
par le territoire de Watsa ; au sud et sud-est par celui de Plus à l’ouest, dans le territoire de Watsa apparaissent
Mambasa (dans l’Ituri), et enfin à l’ouest et au sud-ouest de hauts plateaux d’altitude moyenne supérieure à 1000 m.
par le territoire de Bafwasende (dans la Tshopo). Si l’on excepte la région d’Aba, le bassin de Dungu,
ainsi que la région de Faradje correspondent à une vaste
pénéplaine plate et marécageuse.
1.7. TERRITOIRE DE WATSA Cette monotonie des bas et hauts plateaux est dérangée
par quelques bosses granitiques et orthogneissiques et par
Situé dans la partie est du Haut-Uele, le territoire de des collines qui correspondent à des zones de roches du
Watsa est compris entre 2° 5’ et 3° 50’ de latitude N et 20° 25’ Haut-Uele. La région d’Aba constitue, vers l’est, la ligne de
et 30° 10’ de longitude E. Sa superficie est de 16.015 km² ; partage des bassins du Congo et du Nil.
il se trouve être borné au nord par les territoires de Faradje Il y a lieu de noter que le relief est fortement influencé
(rivière Nzoro) et de Dungu ; à l’est par les territoires d’Aru par la nature des roches ; cette situation permet d’identifier
et de Mahagi (dans l’Ituri) ; au sud-est par le territoire de cinq types de modelés à savoir :
Djugu (dans l’Ituri) ; au sud par le territoire de Mambasa
(dans l’Ituri) ; au sud-ouest par le territoire de Wamba ; et - Un modelé granitique et gneissique
à l’ouest par le territoire de Rungu. Suivant le stade de l’érosion, on peut distinguer :
À l’instar de l’ensemble du Haut-Uele (cf. infra), pénéplaines, vallées plates, plateaux ondulés (Duru-
le territoire de Watsa est situé dans la zone de plateau Gombari, bassin de la Gada, bassin de l’Aka), vallées
caractérisée par la présence de collines, dans sa partie encaissées à fond souvent rocheux (Aba, bassin de l’Arebi
nord-est, parmi lesquelles on cite Kongbokoro (1024 m), en aval du poste), collines rapprochées souvent reliées
Angozey (1060 m), Marupku (1054 m), Matso (903 m) et entre elles pour former des petites chaînes (amont de
Use (1103 m). l’Arebi, lignes de partage des bassins de la Bomokandi, de
l’Arebi et de l’Ituri).

- Un modelé éruptif basique


2. RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE 43
Visible dans la région minière de Moto, il correspond
à des montagnes, qui ont généralement une forme assez
2.1. LE RELIEF régulière et allongée, couvertes d’une végétation de grands
roseaux et d’arbustes.
Du point de vue de la morphologie, on peut distinguer
schématiquement deux grands groupes de relief en relation - Un modelé schisteux
avec la géologie (Fig. 1). Collines isolées de forme conique ou allongée suivant
la direction des roches, le sommet est en forme d’arête et la
ligne de crête souvent découpée.
43 Ce point a été produit par Emmanuel Mavungu
Mampadi et Jean Corneille Mbuyi M.T. du CRGM.

33
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

34
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE

- Un modelé itabiritique à l’époque des grandes pénétrations en Afrique centrale,


Allongé suivant la direction des couches avec un profil auxquelles sont liés les noms de H. M. Stanley et de J.
généralement très accidenté qui est comparable à un Cornet, pour ne citer que les plus connus.
« Cuesta ». La période comprise entre 1903 et 1940 est caractérisée
par les prospections de sociétés minières telles que la
- Un modelé diversifié Compagnie des chemins de fer du Congo supérieur aux
Collines à parois courbes, glissantes parfois difficilement Grands Lacs africains (CFL) ou la Société internationale
abordables (Aparangba) ; dômes de chloritoschistes ou de forestière et minière du Congo (Forminière). C’est
gneiss ; collines de quartzites allongées suivant la direction particulièrement au cours de cette période que les
des couches (Tombu). itinéraires géologiques et observations de terrain furent
effectués par les géologues L. de Dorlodot et F. F. Mathieu
sur les itabirites et les roches anciennes de Wanga.
2.2. LA GÉOLOGIE44 Au cours des années 1940-1960, vinrent les travaux de
R. Legrand, de M. Sluys et de ses collaborateurs F. Corin,
2.2.1. Historique des observations R. Gauthier, A. Meyer, qui effectuèrent de nombreux
Les premières observations géologiques concernant itinéraires à travers les régions du Haut-Uele couvert par
le Haut-Uele ont été effectuées par O. Bauman en 1887, les formations sédimentaires « non métamorphiques ».
Dans la même période furent
publiés : Carnet Kilo-Moto par L.
Peeters, Grands traits de la géologie et
de la minéralogie aurifère des régions
de Kilo Moto par M. Legraye, La
pétrographie et la métallogenèse du
domaine minier de Kilo-Moto par P.U.
Duhoux. Tous ces travaux géologiques
antérieurs furent soutenus et complétés
par la littérature de jeunes géologues
tels que C. Sorontchesky, R. Woodtli,
J. Lavreau, pour ne citer que ceux qui
touchèrent le domaine du Haut-Uele.
Mais ce n’est que plus tard
qu’une prospection systématique,
accompagnée d’un levé géologique
fut entreprise sur cette province.
Ces travaux furent effectués par les
géologues et prospecteurs du Bureau
de recherches géologiques et minières
(BRGM) auxquels étaient associés les
géologues et prospecteurs du Service
géologique de la RD Congo dans le
cadre de la Convention d’inventaire
minier passée par le BRGM avec
Carte des gîtes minéraux du Zaïre au 1/2.000.0000 (Source : CRGM.) le gouvernement de la RD Congo
(Mission Haut-Zaïre).
44 Les références bibliographiques relatives à ce point sont
présentées dans la bibliographie, en page 345-346

35
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

Ces missions de prospection générale furent c. Des rares lambeaux de formations sédimentaires peu ou
complétées, en 1977, par les travaux détaillés sur les gîtes pas métamorphiques
de fer de la région d’Isiro. Le Lindien Neoprotérozoique (Ituri, Aruwimi, Lindi ; <
1100 Ma). Il est très peu représenté dans le Haut-Uele. On
2.2.2. Les formations géologiques ne le rencontre aussi que sous forme de lambeaux plaqués
Le Haut-Uele correspond essentiellement à une zone sur le « substratum » et qui s’y reposent en discordance.
de socle d’âge antécambrien (2720-3400 Ma) recouverte Les formations attribuées au Lindien (formations de
par de rares lambeaux, soit les formations sédimentaires Niangara et de Gada) sont constituées de :
antécambriennes (2475- 2720 Ma), soit des séries plus - grès et schistes kaolineux jaunes et blancs ;
récentes du quaternaire. - conglomérat-brèches à petits éléments de calcaire
silicifiés ;
a. Un « substratum » cristallin composé des orthogneiss - calcaire non silicifié ;
(roches granitiques déformées dans le sens donné à ce - macignos ;
terme par Rosenbusch), des granites porphyroïdes et des - quarzites gris ;
amphibolites. C’est « l’antékibalien » de R. Woodtli, 1954, - dolomies grises silicifiées ;
composé du complexe de la Garamba (au nord) et des séries - dolomies grises, bleues et noires à stromatolithes ;
granitiques TTG au sud (tonalitique – trodjhemitique – - shistes phylladeux noirs.
granitique). Ces formations occupent les parties nord et
sud du Haut-Uele. d. Les roches intrusives
Elles sont représentées par le cortège filonien de
Le complexe de la Garamba est constitué des roches dolérites, de filons de quartz et de pegmatites.
ci-après : Les filons de quartz sont nombreux dans les domaines
- le gneiss migmatique et amphibolitique ; kibaliens, dans le substratum granitique et dans le
- le gneiss à amphibole et à proxène ; complexe orthogneissique. Ils constituent la matière
- le micaschiste ; première des exploitations alluvionnaires, éluvionnaires et
- le micaschiste à disthène ; filoniennes dans les concessions minières du Haut-Uele.
- le quartzite micacé et le quartzite à fuchsite ; La pegmatite est abondante dans le complexe
- le calcaire cristallin. orthogneissique.
Les intrusions doléritiques sont particulièrement
b. Le Kibalien (supérieur s.s. et inférieur plus métamorphique). abondantes dans le sud-ouest du degré carré d’Isiro.
Formations paleoprotérozoiques (> 2200 Ma) plus Néanmoins, un certain nombre de dykes et de
ou moins métamorphiques d’origines sédimentaires ou pointements doléritiques ont été cartographiés dans la
volcano-sédimentaire. Le Kibalien comprend : province et sont indistinctement répartis dans le Kibalien
- des amphibolites ; et le « substratum » granitique. La dolérite est une roche
- des différents types de schistes (à actinote, à talc, à sombre, massive, verdâtre… mais probablement post
séricite, à chlorite, à albite, à biotite) ; Kibalien et post Lindien.
- des roches carbonatées ankéritiques ;
- des itabirites avec accessoirement des jaspes et des e. Les formations du Quaternaire
quartzites ; Les latérites et les éluvions latéritiques sont abondantes
- on y trouve aussi de vastes massifs granitiques qui dans toute la province et constituent généralement le stade
l’affectent en s’y présentant en enclaves. ultime de l’altération de toutes les roches.
Les alluvions indifférenciées sont aussi abondantes et
Le Kibalien se présente sous forme de lambeaux plus ou résultent de la désagrégation de la roche en place et sont
moins vastes, soulignés dans la morphologie par des chaînes à mélangées à des débris latéritiques de toutes tailles.
fort relief d’itabirites et de quartzites ferrugineux. Près d’Isiro,
les itabirites forment un arc à concavité tournée vers le nord.

36
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE

2.2.3. Aperçu tectonique et structural Yembenda, Kekinda et Bonjuju, accompagné d’arsenic ;


Les principales tendances structurales reportées sur - du disthène et de grenat sous forme d’indices en
la carte des gîtes minéraux du Zaïre au 1/2.000.000 du alluvions dans le bassin de l’Uele.
BRGM ci-dessus s’orientent essentiellement nord-ouest
et sud-est à nord/nord-ouest et sud/sud-est et nord-sud b. Les formations attribuées au Lindien. Les minéralisations
mais également nord-est et sud-ouest, plus accessoirement rencontrées dans les formations précitées sont celles :
est-ouest dans le substratum granitique, le complexe - du fer, sous forme de pyrite (sulfure de fer), dans les
orthogneissique, le Kibalien supérieur particulièrement au joints de schistes, dans les calcaires schisteux gris de Garda
niveau des bancs d’itabirites. Ces formations kibaliennes en région de Niangara, et en place dans la feuille d’Isiro ;
supérieures ont reçu une tectonique plicative intensive. N.B. On la rencontre aussi dans les roches basiques et
L’empreinte tectonique sur l’allure du relief est dans les granites ;
particulièrement bien visible le long de la Bomokandi - du cuivre et de l’or, dans les localités de Niangara, de
en amont du poste de Rungu et surtout dans la région Gada et de leurs environs immédiats ;
minière de Moto où les bandes d’itabirites semblent - de l’aluminium, sous forme de bauxite : minéralisation
pouvoir jouer un rôle de traceur. On constate dans la signalée jadis dans la rivière Baraza, au confluent Uele-
zone est de Moto (région de Makoro) que ces itabirites Gonda et exploitée en carrière à la rive droite de Goda
constituent des bandes d’orientation nord-sud ; il en va (1951) dans la région de Niangara.
de même dans la région ouest, entre Telekudu-Moku au
sud et Motobi-VKV au nord, ainsi que plus à l’ouest vers c. Le Kibalien. Dans cette formation, on rencontre
Tora ; en revanche dans le secteur central, c’est-à-dire principalement la minéralisation en :
autour de Doko-Durba, les directions sont en moyenne - or, en dissémination et en filon ;
voisines d’est-ouest. Il apparaît aussi une sorte de grand - fer, associé aux itabirites ;
N dessiné par les itabirites. On signale par ailleurs deux - étain, sous forme d’indices associé avec l’or dans le
domaines tectoniques : l’un de la Dungu, de direction lambeau du Kibalien supérieur (Feuille Isiro), en alluvions
générale est-nord-est, l’autre de Niangara, de direction dans le bassin de l’Uele.
nord-ouest.
Enfin, le Lindien est transgressif sur les formations du d. D’autres minéralisations sont également rencontrées
socle. par-ci par-là à travers le Haut-Uele, à savoir :
- tungstène : en indice alluvionnaire en bordure de la
Nepoko et dans la rivière Luizi à Doko, région de Watsa ;
2.3. RESSOURCES MINÉRALES - chrome, sous forme d’indice alluvionnaire en bordure
de la Nepoko ;
2.3.1. Des minéralisations diversifiées - niobo-tantale, sous forme d’alluvionnaire :
Des minéralisations d’or, de fer et de cuivre sont - à l’affluent gauche de la Nara,
signalées dans le Haut-Uele (voir carte page suivante). Ces - dans le bassin de la Mongokobuma, affluent de l’Asoa ;
différentes minéralisations sont logées dans les formations - plomb-argent-cuivre, sous forme d’indices
géologiques suivantes : géochimiques dans le bassin de la Nebinso (Feuille
d’Isiro) ;
a. Le complexe de la Garamba. La minéralisation - cuivre-plomb-argent-zinc, sous forme d’indices
rencontrée est celle : géochimiques à Banyungu dans le degré carré Isiro ;
- du fer : dans le territoire de Fardaje, de Dungu, de - cuivre-arsenic, sous forme d’indices dans les secteurs
Watsa, de Rungu (en alluvions dans le bassin de l’Uele). aurifères de Yembenda, Kekinda et Banyungu (Degré
Les minéraux représentatifs sont la magnétite et l’oligiste ; carré Isiro) ;
- du cuivre : à Bagbele ; au nord-est de Yaluku à la - disthène-biotite-magnétite-oligiste-grenat, sous
frontière avec le Sud-Soudan ; dans le secteur aurifère de forme d’indices alluvionnaires dans le bassin de l’Uele ;

37
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

38
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE

- zircon, sous forme d’indice alluvionnaire dans les Kilo, Talolo, Mongwalu, Lodjo, Ituri, etc. ; 2. pour les
rivières Yabu et Nadi ; filons : Kanga, Isuru, Creek, Salaïa, Alezi et Yedi. Ceux qui
- diamant, sous forme d’indice alluvionnaire dans le dépendaient de la direction de Moto (dans le Haut-Uele)
bassin de l’Uele, dans la rivière Nepoko. étaient : 1. pour les alluvions : Moto, Kibali, yebu, Tora ; 2.
45
pour les filons : Tendao, Kalimva, Dila, Durba et Zani .
e. Quant aux matériaux de construction et minéraux Les mines dépendent actuellement de l’Office des
industriels identifiés dans le Haut-Uele, on trouve : mines d’or de Kilo-Moto (Okimo), organisme placé sous
- le calcaire, principalement le calcaire silicifié le contrôle de l’État congolais.
blanchâtre avec une épaisseur pouvant dépasser 56 mètres. À la fin des années 2010, la direction générale de
Il a été reconnu dans le forage à Niangara ; l’Okimo a signé un contrat d’amodiation avec une
- la dolomie gris foncé, qui se retrouve dans la société dénommée KibaliGold dans le secteur de Doko-
formation de Niangara, a jadis été exploitée à Niangara Durba et une autre, suédoise, MII (Mineral Investiment
pour la fabrication de la chaux ; International) dans le secteur de Wanga, pour ne citer que
- les latérites, qu’on retrouve dans le complexe celles qui sont en vogue. Depuis janvier 2010, l’Okimo a
gneissique de la Garamba, sont très abondantes dans la été organisé en société dénommée Société minière de
région de Faradje et dans d’autres localités du Haut-Uele ; Kilo-Moto (Sokimo).
- le sable, exploitable dans le lit de la rivière Uele ;
- le kaolin qu’on retrouve dans les formations attribuées b. Zone Forminière
au Lindien, entre autres, la formation de Niangara, avec
une épaisseur supérieure à 40 mètres. Les frères Reid gagnent l’Uele et découvrent, en
1910, les gisements de Babeyru (bassin de la Ngayu).
2.3.2. Survol historique des zones minières L’exploitation des zones concédées à la Forminière et à la
de Haut-Uele Société minière de l’Aruwimi-Ituri (SMAI), subsidiaire de
la Forminière, fut confiée à la Société minière de la Tele,
a. Zone Kilo-Moto filiale de la Forminière, fondée en 1912.
Le secteur de Babeyru fournit de l’or provenant de
Le département de l’intérieur de l’État indépendant divers chantiers (rivières Babeyru, Nebuna, Mokefi, Iniva,
du Congo (EIC) met en place, en 1898, un service de Ossessi, etc.) et de l’ensemble des chantiers situés dans la
prospections. Celui-ci envoya en mission, en 1903, partie occidentale de la plage kibalienne de la Ngayu et
les prospecteurs australiens Hannam et O’Brien qui dans celle de l’Asoa (Yambenda).
confirmèrent la valeur des indices d’or découverts par La longue chaîne à noyau d’itabirites qui s’étend d’Isiro
J. Henry en 1895, au cours d’une campagne à caractère à l’Uele a été découverte par Butler et ses adjoints, puis
militaire. (re)prospectée dix ans plus tard par B. Sekirsky. Elle n’a
En 1906, Hannam découvrait les alluvions aurifères montré que des gisements de faible importance à Gobima
de la région de Moto, au pied du mont Stick (près de (nord de l’Uele).
Moku, au sud-ouest de Watsa) mis en exploitation en En 1998, une compagnie junior canadienne StartPoint
1911 (Moulaert, 1950). Mines domaniales de 1905 à avait entrepris une prospection géochimique dans la
1908, remises à la fondation de la Couronne en 1906 et au plage de Ngayu et particulièrement dans la région des
patrimoine de la colonie en 1908 après dissolution de la exploitations aurifères de Mambati.
fondation, exploitées sous statut étatique obscur pendant Depuis 2009, une société – Loncor Ressources Congo
dix ans qui survinrent sous forme d’une régie industrielle à Sprl – s’intéresse à la même plage (communication verbale,
partir de 1919, d’une société mixte de 1926 à 1964 (Société 2010).
des mines d’or de Kilo-Moto).
Les principaux centres qui dépendaient de la direction
de Kilo (en Ituri), étaient : 1. pour les alluvions : Gina, 45 Congo belge et Ruanda-Urundi, Guide du voyageur,
4e édition, Bruxelles, Éd. Inforcongo, 1938, p. 633.

39
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

Zones minières du Haut-Uele. (Source : archives du CRGM.)

c. Zone MGL 2.4.1. Gisements filoniens de quartz


À Moto : à Moku (Filon Owe), de Beverendi à Dubele
La Mineko (Société minière du Nepoko, dépendant de (Stockwerk de filons de quartz), de Zambula-Kosekia et
la CFL) a exploité la partie nord-ouest de la plage de la Dila (filons de quartz subverticaux), à Wanga (Tendao,
Ngayu-Asoa, en aval des chantiers de la Forminière. filonnets et filons de quartz).
À Ngayu ouest : à Mambati (veines de quartz), à Imva
d. Zone Surongo (veines de quartz), à Babeyru-Marekesa (veines de quartz),
à Natge (veines de quartz) etc.
La société minière de Surongo avait des chantiers dans
la plage de la Haute Tele et dans la boucle de l’Uele. 2.4.2. Gisements disséminés
Ils sont localisés à Moto, particulièrement dans
le secteur de Doko-Durba : Mengu, Kalimva, Meyi,
2.4.NATUREDESGISEMENTSAURIFÈRESDUHAUT-UELE Bakangwe, Pamao, Pakaka Nord, Agbarabo, Gorumbwa,
Durba.
Hormis les gisements alluvionnaires et éluvionnaires Ces gisements que les Américains appellent « Invisible
prospectés et exploités dans le Haut-Uele, les gisements de Gold Ore Deposits » se caractérisent par un minerai qui
cette province entrent dans trois catégories différentes. ne se distingue pas de la roche encaissante. On note

40
RELIEF, GÉOLOGIE ET HYDROGRAPHIE

fréquemment que les gisements se trouvent à proximité 2.5.2. Le bassin de l’Uele


(tantôt au toit : Megi, tantôt au mur : Agbarabo) des masses Il est représenté dans la province par les importants
itabiritiques ou des schistes graphiteux. tributaires de la Bomokandi, de la Gada, à gauche, qui
On peut aussi classer les gisements de l’axe Subani- coulent du sud-est-est et au nord-ouest-ouest en prenant
Azimogu-Buma dans cette catégorie (Shear Zone leur source dans les formations granitiques. En rive
Complexe). droite, on a les tributaires principaux suivants : la Duru, la
Kapili, la Bwere, la Gurba, qui prennent naissance dans les
2.4.3. Gisements sulfureux orthogneiss du nord-ouest vers le sud-est.
Aux mines de Moto existent plusieurs occurrences de La rivière Kibali est aussi un tributaire de droite de
gisements d’or liés à des sulfures. l’Uele et coule suivant une direction presque est-ouest. Elle
- gisement de Zoni : filon de pyrite et mispickel, prend sa source dans les formations granitiques, traverse
subvertical ; les formations dites Kibaliennes et les orthogneiss avant
- gisement de Pakaka sud à Doko-Durba : filon couche de se jeter dans l’Uele.
siliceux, riche en sulfures ;
- indice d’Ebeu : filon de quartz très pyriteux. 2.5.3. Le bassin de l’Aruwimi
Il correspond au bassin de la Nepoko et de ses affluents
Actuellement, seuls des gisements du type de Pakaka principaux : la Wamba, la Gada et l’Asoa.
sud méritent de retenir l’attention. Notons que la plupart Le Haut-Uele est drainé par deux grandes rivières
des gisements cités ne sont plus exploités et, pour ceux qui d’importance inégale, à savoir, au nord, la rivière Uele et,
le sont (Durba, Gorumbwa…), les sociétés exploitantes au sud, la rivière Nepoko.
connaissent d’énormes difficultés financières ; enfin, L’Uele commence à Dungu, là où deux rivières
quelques autres demeurent à l’état de « gîtes minéraux ». confluent : la rivière Kibali, qui prend sa source dans le
Cependant, tous ces gisements constituent des cibles de territoire d’Aru (en Ituri), et la rivière Dungu, dont la source
prédilection pour les orpailleurs. se trouve au nord-est du territoire de Faradje. L’Uele, qui
est longue d’environ 800 km jusqu’à sa confluence avec la
Mbomu, traverse le Haut-Uele, de Dungu à la frontière
2.5. L’HYDROGRAPHIE avec le Bas-Uele, sur un parcours de 150 km.
Les principaux affluents de l’Uele sont : au nord, les
Étalé sur l’immense bassin de la Kibali-Uele, le Haut- rivières Dungu, Kapili, Gurba, Nzoro et Mbwere ; au sud,
Uele est pourvu d’un réseau hydrographique dense et bien les rivières Bomokandi et Gada. Ainsi donc, l’Uele qui
réparti (voir carte oro-hydrographique supra p. 33.) draine une grande partie du Haut-Uele a donné son nom
au bassin de toute la partie septentrionale de la RD Congo.
2.5.1. Le bassin de la Kibali Compris en ce sens, puisque la rivière Uele a sa source
Il traverse presque tout le Haut-Uele de l’est à l’ouest. dans la partie du territoire d’Aru (dans l’Ituri) et traverse
Ses principaux tributaires sont : rive droite, la Nzoro, la tout le Haut-Uele et le Bas-Uele pour se jeter dans l’Ubangi
Dungu qui coulent grosso modo du nord-est au sud-ouest et au niveau du territoire de Yakoma (dans le Nord-Ubangi),
prennent leur source dans les montagnes orthogneissiques le bassin de l’Uele désigne tout le vaste territoire qui se
formant la frontière avec le Soudan ; rive gauche : l’Arebi trouve aujourd’hui être baigné par la rivière Uele, et donc,
(Moto), la Yebu, la Nadi (Rungu), la Ndedu et l’Uye. du territoire d’Aru à celui de Yakoma, en passant par le
Principalement pour le bassin de la Dungu, son affluent Haut-Uele et le Bas-Uele. C’est d’ailleurs la crête de partage
important, l’Aka, présente un développement de plus de des eaux du Nil et du fleuve Congo qui détermine la
120 km et reçoit de nombreux tributaires parmi lesquels frontière entre la RD Congo et le Sud-Soudan.
la Garamba, la Moke, la Puidingala, la Mwa-Bromu, la Quant à la Nepoko, elle est la principale rivière qui
Yogara, la Niere, etc. draine la partie sud du Haut-Uele touchant les trois
territoires de Watsa, de Wamba et de Rungu, avant de

41
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

Chutes de Nadumbe, dites de Nepoko. [Chutes situées à 32 km de Medje (situé à 70 km d’Isiro), photo équipe locale, 2010.]

rencontrer la rivière Ituri pour donner naissance à la paon du Congo), tandis que d’autres sont adaptées à la
rivière Aruwimi, dans le district de la Tshopo. savane ou à la montagne. De même, parmi les animaux
En dehors des deux principales rivières précitées, il y aquatiques, certaines espèces marquent clairement leur
a une multitude de cours d’eau de moindre importance préférence pour un habitat bien déterminé. Il faut donc
formant le réseau hydrographique de l’ensemble du Haut- en tenir compte en examinant les listes d’espèces. C’est
Uele. ainsi que la plupart des espèces se retrouvent, non dans
l’ensemble du Haut-Uele, mais seulement dans une zone
bien déterminée, avec un habitat spécifique. Le Haut-Uele
comporte une grande variété de biotopes : forêts, dans le
3. LA FAUNE46 sud-ouest ; savane, à plus grande altitude, dans le nord-
est ; savane faiblement ou plus densément arborée, dans
3.1. ÉCOLOGIE le sud.

La plupart des animaux sont attachés à un habitat ou


à un biotope spécifique. Parmi les animaux terrestres, il y 3.2. HISTORIQUE DE LA RECHERCHE
a, par exemple, des espèces que l’on retrouve uniquement SUR LA BIODIVERSITÉ EN RD CONGO47
dans les forêts tropicales humides (comme l’okapi ou le
La faune du Haut-Uele est la première d’Afrique
46 Ce point a été produit par Mark Hanssens (texte et centrale à avoir fait l’objet d’une étude détaillée. Au
listes des poissons, oiseaux et mammifères) et Danny
Meirte (listes des oiseaux, amphibiens, reptiles et 47 Slack., G., The Congo’s First Thorough Biological Survey.
mammifères) du département de Zoologie africaine The First Comprehensive Survey of Northeastern
du MRAC. Congo, American Museum of Natural History, 2002.

42
LA FAUNE

début du xxe siècle, la faune extraordinaire de l’Afrique le lac Tanganyika ont une grande importance biologique,
centrale était encore très peu connue. Une première beaucoup d’études sur la biodiversité ont été conduites
grande expédition fut organisée pour combler ce manque dans la région (voir les exemples cités ci-dessous), et notre
de connaissance. En 1907, les administrateurs coloniaux connaissance de la composition de la faune du Tanganyika
belges du Congo furent contactés par le président directeur est donc nettement meilleure que celle de certaines autres
de l’American Museum of Natural History (AMNH, New régions. D’autre part, il faut également tenir compte
York), qui souhaitait entamer l’étude de l’Afrique centrale. du fait que ces collections sont « historiques » et qu’en
Un accord fut conclu en 1908. La Belgique s’engageait à conséquence, elles ne donnent pas nécessairement une
offrir aux chercheurs de l’AMNH l’accès au Congo et une image fidèle de la composition de la faune aujourd’hui. Les
aide logistique locale en échange de spécimens qui seraient premières collections du musée royal de l’Afrique centrale
e
déposés au Musée royal du Congo (le prédécesseur du datent de la fin du xix siècle. Il est donc possible que des
Musée royal de l’Afrique centrale, à Tervuren, Belgique). espèces qui apparaissaient autrefois à un endroit déterminé
Le budget du projet fut, en grande partie, fourni par des n’y soient plus présentes actuellement. Les causes de la
philanthropes américains. Deux chercheurs de l’AMNH disparition d’espèces sont liées à la pression croissante
furent sélectionnés pour le travail sur le terrain : Herbert des populations humaines. Cette influence de l’homme
Lang, mammologue et photographe, qui avait déjà peut prendre différentes formes. Sous l’effet de la chasse
mené une expédition en Afrique, et James Chapin, un ou de la perte de leur habitat (déboisement, assèchement
étudiant de 19 ans, volontaire à l’AMNH. À tout instant des marais, etc.), des populations peuvent disparaître et
de l’expédition, les chercheurs furent accompagnés d’au des espèces peuvent même, dans des conditions extrêmes,
moins 200 porteurs et d’une douzaine de chasseurs et de s’éteindre totalement.
préparateurs d’animaux, sans qui l’expédition n’aurait pu
aboutir. À l’origine, l’expédition était prévue pour une 3.3.1. Poissons
durée de deux ans. Elle dura six ans (de 1909 à 1915). Mis L’ordre des Characiformes est l’un des plus riches en
à part l’échantillonnage de quelques stations, en cours termes d’espèces dans le bassin du Congo et est dominé
de route, l’expédition travailla principalement dans la par les familles des Alestiidae et des Distichodontidae. Le
région du Haut-Uele. Durant celle-ci fut récoltée la plus genre Hydrocynus (poisson-tigre) fait partie de la famille
importante collection de plantes, d’animaux et d’objets des Alestiidae. Le poisson-tigre est le plus grand poisson
ethnographiques (5.800 mammifères, 6.400 oiseaux, prédateur du bassin du Congo. Il se caractérise par un
4.800 reptiles et amphibiens, 6.000 poissons et 100.000 corps fuselé et par une large bouche faite de dents acérées
invertébrés, dont quelques spécimens d’okapis et de et fortement développées.
rhinocéros blancs) jamais collectée. La famille des Cyprinidés ou carpes (dans l’ordre des
Cypriniformes) comprend plusieurs genres. Deux d’entre
eux comportent de nombreuses espèces : le genre Barbus
3.3.LADIVERSITÉDESVERTÉBRÉSDANSLEHAUT-UELE qui regroupe principalement les petits barbeaux, et le genre
Labeo dans lequel on retrouve une série d’espèces de plus
À partir de différentes sources, une liste des espèces grande taille. Bien que ces deux genres regroupent de très
a été établie pour les quatre groupes de vertébrés : les nombreuses espèces, celles-ci sont souvent fort semblables
poissons, les amphibiens et les reptiles, les oiseaux, les et donc difficiles à identifier.
48
mammifères (voir les détails ci-dessous) . Il est important La famille des Mormyridés ou poissons-éléphants
de tenir compte du fait que ces listes sont basées sur (dans l’ordre des Osteoglossiformes) comprend une série
nos connaissances actuelles et qu’elles reposent sur les d’espèces caractérisées entre autres par la présence d’un
collections et les observations de terrain réalisées à ce jour. organe électrique. Cet organe se trouve à la base de la
Elles sont, dès lors, incomplètes. Comme le Rift Albertin et queue et peut émettre des impulsions électriques. Leur tête
est dotée de récepteurs avec lesquels ils peuvent capter ces
48 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, Paris, impulsions électriques. Ces impulsions leur permettent
Delachaux et Niestlé SA, 2006, 272 p.

43
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

de s’orienter et de détecter leur proie (ce système est donc des informations sur le terrain concernant les motifs de
comparable au système d’écholocation des chauves-souris) couleur et leur variabilité à l’intérieur d’une espèce. En
et servent aussi à la communication entre individus de la outre, il convient aussi de documenter le cri du mâle et de
même espèce. La forme des impulsions est différente pour déterminer quels individus s’accouplent entre eux.
chaque espèce, si bien que ces animaux sont capables de Les amphibiens (parmi lesquels les grenouilles)
faire la distinction entre des impulsions émises par des ont souvent un cycle de vie qui comporte deux phases
membres de leur espèce (partenaires potentiels) et des distinctes. Les juvéniles (têtards chez les grenouilles) sont
individus appartenant à une autre espèce. entièrement aquatiques, tandis que les individus adultes se
L’ordre des Siluriformes (poissons-chats) comprend meuvent aussi bien dans l’eau que sur terre. De nombreuses
différentes familles qui présentent une grande variété sur grenouilles arboricoles vivent même l’entièreté de leur vie
le plan morphologique et écologique. Les poissons-chats hors de l’eau. Les grenouilles ayant une peau fortement
se caractérisent entre autres par l’absence d’écailles sur le perméable (la respiration se fait ainsi principalement par la
corps et la présence de barbillons – parfois très longs – peau), elles constituent aussi d’importants bio-indicateurs.
au niveau de la bouche et du menton. Le genre Clarias En cas de pollution du milieu aquatique, elles sont souvent
(famille des Clariidae) a une importance commerciale les premières espèces à disparaître. Sous l’effet de la pollution
considérable. Différentes espèces sont fréquemment et de l’infection fongique croissante, de nombreuses espèces
utilisées en aquaculture en raison du fait qu’elles présentent sont menacées au niveau mondial, si bien que nombre d’entre
une grande tolérance par rapport à leur environnement et elles figurent sur la liste rouge de l’Union internationale
50
peuvent être élevées en grand nombre. pour la conservation de la nature (UICN ).
Tout comme les poissons-chats, les espèces de la Deux espèces de crocodiles, le crocodile du Nil et
famille des Cichlidés (nom scientifique Cichlidae, dans le crocodile nain se rencontrent dans le Haut-Uele.
l’ordre des Perciformes) présentent une grande variété Le crocodile du Nil, Crocodylus niloticus, qui était, à
morphologique et écologique (voir aussi le paragraphe l’origine, présent dans tout le bassin congolais, a disparu
sur les poissons du lac Tanganyika). La perche du Nil de certaines rivières ou régions, sous la pression humaine.
(Oreochromis niloticus et les espèces apparentées) est Néanmoins, cette espèce, répandue dans presque toute
très importante économiquement. Ces espèces sont l’Afrique, n’est pas menacée, et bénéfice, sur la liste de
51
souvent utilisées en aquaculture et sont ainsi bien souvent l’UICN d’un statut correspondant à un « risque faible et
introduites dans des régions où elles n’étaient pas présentes une préoccupation mineure ». Le crocodile du Nil est une
à l’origine. L’Oreochromis niloticus qui, excepté au lac grande espèce prédatrice (taille maximale 6 à 7 m), qui se
Tanganyika, n’est pas présent dans le bassin du Congo, nourrit principalement de poissons (pour les juvéniles des
a été introduit en de nombreux endroits où il entre en insectes, grenouilles et têtards composent la nourriture
compétition avec les Cichlidae d’origine, qu’il finit bien
souvent par évincer. 50 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species,
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
49
3.3.2. Amphibiens et reptiles 51 L’UICN est une organisation qui soutient, entre autres,
Les connaissances taxinomiques relatives aux la recherche scientifique et les missions sur le terrain.
grenouilles (amphibiens) sont problématiques. Étant Elle travaille en collaboration avec des gouvernements,
des organisations non gouvernementales et des
donné que les spécimens conservés dans les collections
communautés locales afin d’élaborer des programmes
sont souvent forts similaires sur le plan morphologique
durables pour le développement et la préservation de
et qu’aucune information n’est disponible quant aux cris
la nature. L’UICN publie la « liste rouge », une liste
et aux motifs de couleur, bon nombre de ces spécimens qui répertorie les espèces dans une série de catégories,
sont difficiles à identifier. Pour mettre au point la avec leur statut. Cette liste indique quelles espèces sont
classification de ce groupe, il est indispensable de recueillir vulnérables ou sont menacées d’extinction. Ceci permet
de déterminer quelles espèces méritent une attention
49 Ross, C. A. (Consulting Editor), Crocodiles and particulière et donne une idée de la biodiversité à
Alligators, Londres, Merehurst Press, 1989, 240 p. l’échelle mondiale (www. iucnredlist.org).

44
LA FAUNE

principale). Mais ce qui fait du crocodile du Nil une espèce est enregistré dans les collections du MRAC à Tervuren. Il a
crainte est le fait qu’il attaque les animaux au bord de l’eau une distribution restreinte et fragmentée, qui reste menacée
et que, pour un grand crocodile, l’homme n’est qu’une proie par la perte de qualité de son habitat et le déboisement. C’est
58
parmi d’autres. On a observé des crocodiles pouvant sauter un oiseau terrestre des forêts profondes . Son statut sur la
59
hors de l’eau jusqu’à une hauteur d’à peu près deux tiers de liste rouge de l’UICN est « en danger ».
leur longueur. La proie, une fois capturée, est submergée Deux tisserins rares se trouvent dans la réserve de faune
jusqu’à ce qu’elle se noie, ou est mordue régulièrement à okapis, le tisserin à nuque d’or (Ploceus aureonucha) et le
par les fortes mâchoires. Elle est dévorée ou, peut-être, tisserin à pieds jaunes (Ploceus flavipes). Les tisserins sont
avalée sous l’eau. Le crocodile nain, Osteolaemus tetraspis, de petits oiseaux passereaux, dont le nom vernaculaire
est une espèce de taille relativement petite (longueur reflète la construction de leurs nids. Leurs nids sont une
environ 2 m), possédant une tête, un corps et une queue sorte de boule sphérique, construite de filaments de feuilles
fortement cuirassés. Cette espèce est très peu connue. tressés entre eux. L’entrée du nid se trouve en bas et peut
Apparemment, elle affectionne les rivières qui coulent prendre la forme d’un tube chez certaines espèces. Ils vivent
mollement et évite les rivières majeures. Ce crocodile a en colonie. De nombreux nids peuvent se trouver sur un
été observé dans des régions de forêts ou de savanes. Cette même arbre. Le tisserin à nuque d’or est une espèce très rare,
espèce, principalement nocturne, se nourrit de crabes, qui n’a été observée que quelques fois par des ornithologues.
de grenouilles et de poissons. Le statut du crocodile nain Il était connu comme vivant principalement dans une partie
52 60
sur la liste rouge de l’UICN est « vulnérable », mais des restreinte de la forêt de l’Ituri en RD Congo . Récemment,
recherches plus approfondies seraient nécessaires. toutefois, un couple a été observé dans le Parc national
de Semiliki en Ouganda. Cette espèce est menacée par la
3.3.3. Oiseaux53 54 disparition de la forêt et est considérée comme « en danger »
61

Le Haut-Uele, caractérisé par une grande variabilité sur la liste rouge de l’UICN. Le tisserin à pieds jaunes a une
d’habitats, bénéficie d’une avifaune très riche. Le Parc distribution très restreinte. Il est observé seulement dans le
national de la Garamba n’a pas été surveillé récemment. Il centre et l’ouest de la forêt de l’Ituri, où il est relativement
62
n’abrite aucune espèce en danger globalement. La Réserve rare . C’est une espèce assez grande (jusqu’à 20 cm). Le
55
de faune à okapis , en revanche, abrite des populations de mâle est tout noir avec un œil blanc, des jambes et des pieds
56 63
six espèces considérées comme globalement en danger . jaune clair. L’espèce est considérée comme « vulnérable »
Quelques-unes de ces espèces sont mentionnées ci-dessous. sur la liste rouge de l’UICN.
Le francolin de Nahan (Francolinus nahani) a été décrit
57
en 1905 par l’ornithologue belge Dubois. L’exemplaire type de l’espèce sont déposés dans les collections de musées
qualifiés comme « spécimens types » qui servent
52 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species. comme référence pour reconnaître ou identifier l’espèce.
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. Généralement, il s’agit de l’« holotype » (le spécimen de
53 Demey, R. & Louette, M., « Democratic Republic référence). Les spécimens additionnels sont nommés «
of Congo », in L. D. C. Fishpool & M. I. Evans paratype(s) ».
(éd.),. Important Bird areas in Africa and associated 58 Birdlife International. Publication sur Internet :
islands: Priority sites for conservation, Newbury http://birdlife.org
and Cambridge, UK, Pisces Publications and 59 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
BirdLife International, 2001, pp. 199-218 (Birdlife Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
Conservation series n° 11). 60 Birdlife International. Publication sur Internet.
54 Birdlife International. Publication sur Internet. http:// http://birdlife.org
birdlife.org 61 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
55 Le Parc national de la Garamba et la Réserve de faune à Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
okapis sont décrits plus loin en pages 294 et suivantes. 62 Birdlife International. Publication sur Internet :
56 Demey, R. & Louette, M., op. cit. http://birdlife.org
57 Spécimen type. Quand une espèce est décrite (et reçoit 63 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
donc un nom scientifique), un ou plusieurs spécimens Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.

45
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

Le tchitrec de Bedford (Terpsiphone bedfordi) a une Le rhinocéros noir se nourrit de feuilles, de brindilles
distribution discontinue. On le trouve dans le nord-est de et de branches de buissons et d’acacias. Son habitat de
64
l’Ituri et dans la région à l’ouest de l’Itombwe . Il apprécie prédilection est constitué des espaces situés entre buissons
les forêts primaires à feuillage persistant et les plaines, et savanes. Il s’observe rarement dans les forêts à canopée
jusqu’à des altitudes de 980 à 1.500 m. L’espèce est menacée fermée ou dans les prairies ouvertes. La forme de sa
par le déboisement et la disparition des forêts primaires. bouche est adaptée à son régime alimentaire : il possède
Son inhabileté à survivre dans les forêts secondaires une bouche étroite avec des lèvres pointues qui l’aident à
constitue un risque pour sa survie à long terme. Son statut saisir la nourriture. Quant au rhinocéros blanc, il broute
65
est « quasi menacé » sur la liste rouge de l’UICN. des herbes. Son habitat préféré est constitué de prairies à
herbes relativement courtes. Sa bouche « large » ou profil
3.3.4. Mammifères antérieur droit, est parfaitement conçue pour brouter les
68
Le Parc national de la Garamba présente une grande herbes .
diversité de mammifères. Outre les espèces mentionnées
ci-dessous, on y trouve, entre autres, le buffle, Syncerus
caffer, le bubale, Alcelaphus buselaphus lelwel, le cobe de
buffon, Kobus kob, le cobe à croissant, K. ellipsiprymnus, le
babouin anubis, Papio anubis, plusieurs espèces de colobe,
Colobus sp., plusieurs espèces de vervet, Cercopithecus
sp., deux espèces de loutre, Aonyx sp., le phacochère,
Phacochoerus aethiopicus, le potamochère, Potamochoerus
porcus, l’antilope rouanne, Hippotragus equinus, et six
66
autres espèces d’antilope .

Rhinocéros blanc67 Rhinocéros blanc (photo équipe locale).


Deux espèces de rhinocéros sont connues : Diceros
bicornis ou rhinocéros noir, et Ceratotherium simum ou Historiquement, le rhinocéros blanc du nord
rhinocéros blanc. Dans Ceratotherium simum deux sous- avait une distribution qui couvrait le nord-ouest de
espèces sont reconnues, C. s. simum (rhinocéros blanc du l’Ouganda, le sud du Tchad et du Soudan, la République
sud) et C. s. cottoni (rhinocéros blanc du nord). Notons que centrafricaine et le nord-est de la RD Congo. Au cours
e
les noms vernaculaires de rhinocéros noir et de rhinocéros du xx siècle, cette espèce a disparu de presque toute
blanc ne sont guère appropriés, ces deux espèces ayant une son aire de distribution, sauf une population vivant dans
couleur de peau similaire. le Parc national de la Garamba. Au début des années
soixante, les estimations indiquaient la présence de plus
64 Birdlife International. Publication sur Internet : de 2.000 individus dans le parc. Durant les périodes
http://birdlife.org d’instabilité politique (années soixante) et de guerre
65 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species. (l’invasion de rebelles soudanais au début des années
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. 1990, la guerre dans l’est de la RD Congo de 1999 à
66 Conti, A. (Lead Author) & Cleveland, C. (Topic
2003), le braconnage dans le parc a constitué une menace
Editor), « Help: for authors and editors », in Cleveland,
J. C. (ed.), Encyclopedia of Earth, Washington, D.C.,
Environmental Information Coalition, National 68 Ce n’est donc pas la différence de la couleur de la
Council for Science and the Environment. [First peau qui distingue les deux rhinocéros blanc et
published in the Encyclopedia of Earth, September noir. À l’origine de cette distinction se trouve plutôt
22, 2010 ; Last revised Date September 29, 2010 ; une erreur d’orthographe, car à la découverte du
<http://eoearth.org/articles/view/158698/> ]. rhinocéros blanc on l’avait décrit comme ayant une
67 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species. bouche « wide », une particularité qui a été très vite
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. mal reproduite comme « white » !

46
LA FAUNE

continue pour la survie de cette espèce. Sa population


a fluctué considérablement pendant cette période. En
1996, seuls 30 individus étaient encore répertoriés dans
le parc. Les études récentes font état de la présence de
quelques individus seulement. D’autres études prédisent
la disparition de cette espèce en liberté. Le statut du
rhinocéros sur la liste rouge de l’UICN est « en danger
critique d’extinction ».

69 70
Girafe
Giraffa camelopardalis congoensis, une sous-espèce
de la girafe (Girafa cameleopardalis), est une espèce de
la savane du nord en Afrique. Sa distribution s’étend
du nord-est du Cameroun jusqu’à l’Ouganda. Elle est
aussi présente dans le Parc national de la Garamba. Le
parc est le seul endroit en RD Congo où l’on trouve des
girafes.
La girafe et l’okapi sont les seules espèces vivantes de la
famille des Girafidae. S’ils paraissent, au premier regard,
assez différents (la girafe, espèce de savane, a le cou et
les jambes fort prolongés, tandis que l’okapi, espèce de
forêt, ne présente pas ces adaptations uniques), ils ont
cependant certains caractères en commun. Durant la
croissance, deux cornes obtuses, couvertes de peau et de
fourrure se développent. Les deux espèces ont une langue
longue et musclée, un cou musclé, avec une large base,
des épaules hautes et un profil de corps tombant. Le statut
de la girafe (toutes sous-espèces confondues) sur la liste
rouge est « préoccupation mineure », avec une tendance Girafes. (Copyright M. Charlotteaux, 2009.)
décroissante de la population. Il est évident que le statut
des sous-espèces (comme G. c. congoensis) peut être
différent de celui de l’espèce dans sa totalité et qu’il dépend Chimpanzé 71 72
largement des conditions locales, qui sont généralement Le chimpanzé, Pan troglodytes (qui, comparativement
peu favorables en RD Congo. aux gorilles, présente une distribution relativement grande
dans les forêts humides d’Afrique centrale et occidentale)
est présent, lui aussi, dans le Parc national de la Garamba.
14
Selon la liste rouge de l’UICN , le statut du chimpanzé
est « en danger » avec une tendance décroissante de la
population. Son habitat de prédilection est constitué des
forêts pluvieuses et des forêts galeries, pénétrant la savane,
ainsi que des forêts de plaine et de montagne. Son régime
est constitué pour moitié de fruits, et pour moitié de
69 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African
mammals, AP Natural World, San Diego, (USA), 71 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African
Academic Press, 1997, 465 p. mammals, op. cit.
70 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit. 72 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit.

47
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

feuilles, de brindilles et d’écorces. En outre, il lui arrive de est « vulnérable », la population totale de l’éléphant africain
76
manger certains insectes (comme les termites) et de petits est néanmoins croissante . Ce n’est, malheureusement,
mammifères. Les chimpanzés forment des communautés pas le cas pour l’éléphant en RD Congo. En raison des
sociales de 15 à 20 individus. La taille de ces dernières périodes d’instabilité politique récentes et du braconnage,
dépend de la présence de nourriture. la population de l’éléphant a diminué.
Jusqu’en 1927, une seule espèce de chimpanzé était
77 78
connue. Harold Coolidge, en étudiant du matériel Léopard
crânien provenant des collections du MRAC, observa Le léopard, Panthera pardus, est aussi présent dans le
que certains crânes, identifiés comme appartenant à Parc national de la Garamba. Il s’observe principalement
des chimpanzés juvéniles, représentaient, en fait, des sur des terrains accidentés et dans une épaisse végétation.
spécimens adultes (les sutures crâniennes de ces crânes Sa nourriture consiste principalement en mammifères
étaient complètement fusionnées). Schwarz, un autre moyens à grands, parfois en oiseaux et arthropodes.
spécialiste des primates africains, savait déjà que les Contrairement au lion, le léopard est un animal entièrement
chimpanzés étaient différents d’une rive à l’autre du fleuve solitaire, sauf pendant la période de reproduction. Alors,
Congo. Lorsqu’il visita le Musée quelques semaines après les femelles tolèrent la présence du mâle durant une courte
Coolidge, Henri Schouteden, le directeur du Musée, lui fit période. Comme il hisse ses proies dans les arbres, il évite
part des observations de Coolidge. Schwarz établit alors les proies plus grosses que lui.
une brève description du Bonobo, ou chimpanzé nain, La présence d’un prédateur comme le léopard est
basée sur un crâne et une peau acquis par le Musée en un signe que le parc est relativement sain sur le plan
1927. Les deux espèces de chimpanzé sont distribuées sur écologique. Le parc est suffisamment grand et offre
les rives opposées du fleuve Congo. Le Bonobo (espèce suffisamment de nourriture pour la subsistance de
endémique de la RD Congo) s’observe seulement au sud populations d’animaux servant de proies qui, à leur tour,
(rive gauche) du fleuve, tandis que plusieurs populations sont suffisamment grandes pour la subsistance d’un grand
de chimpanzé sont distribuées de l’Afrique de l’Ouest prédateur comme le léopard. Le léopard est une espèce très
jusqu’en Afrique centrale. En RD Congo elles s’observent menacée. Son statut sur la liste de l’UICN est « presque
79 ,
exclusivement dans les forêts au nord (rive droite) du menacé d’extinction » avec une tendance décroissante de
fleuve. la population.
Chez certains peuples bantous, et particulièrement en
73 74
Éléphant RD Congo, le léopard était considéré comme un animal
L’éléphant (Loxodonta africana) est présent dans le Parc rusé, puissant et résistant. C’est la raison pour laquelle
national de la Garamba. L’éléphant d’Afrique comporte de nombreux chefs coutumiers, ou le chef de l’État du
deux sous-espèces : l’éléphant de savane (Loxodonta Zaïre, le président Mobutu Sese Seko, portent la toque
africana aficana) et l’éléphant de forêt (Loxodonta africana et certains attributs du léopard qui les rendent puissants
cyclotis). L’éléphant de forêt se distingue de l’éléphant de aux yeux de la population. Il fait partie des armoiries de
savane, entre autres, par sa taille moyenne plus petite, la RD Congo.
ses oreilles plus petites et ses défenses plus petites et plus
75
étroites. Selon certaines sources , dans le Parc national de
la Garamba, l’éléphant représente une population unique,
intermédiaire entre l’éléphant de forêt et l’éléphant de
savane. Si le statut de l’éléphant africain sur la liste UICN
76 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
73 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African 77 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African
mammals, op. cit. mammals, op. cit.
74 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit. 78 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit.
75 Conti, A. (Lead Author) & Cleveland, C. (Topic 79 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species.
Editor), « Help: for authors and editors », op. cit. Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.

48
LA FAUNE

Éléphant. (Copyright Y. Charlotteaux, 2009.)

Léopard. (Diorama MRAC.)

49
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

Lion. (Copyright Y. Charlotteaux, 2009.)

Hyppopotame. (Copyright Y. Charlotteaux, 2009.)

50
LA FAUNE

Lion80 81 4. LA FLORE86
Le lion, Panthera leo, est le plus grand des félins. Les
mâles sont facilement reconnaissables àr leur épaisse Les deux tiers nord du Haut-Uele sont principalement
crinière laineuse. Le lion s’observe partout, sauf dans occupés par la savane arbustive qui présente une
les grandes forêts et les déserts très arides. Il se nourrit physionomie variable de l’ouest à l’est (voir tableau
principalement de mammifères entre 50 et 300 kg. En suivant). À l’ouest, le Haut-Uele est caractérisé par une
l’absence de proie de cette dimension, il peut attaquer tout mosaïque de savanes arbustives et de forêts galeries, ainsi
animal ayant entre 15 et 1000 kg (les grandes proies sont que des lambeaux de forêt claire au sein desquels des
uniquement attaquées en troupe). Ces troupes peuvent complexes agricoles sont établis. La partie centrale, au
compter de 2 à 20 femelles adultes et deux mâles adultes, niveau du Parc national de la Garamba, est typiquement
accompagnés des jeunes et des subadultes. Comme une zone de savane arbustive avec des éléments de forêt
pour le léopard, la présence du lion est un indicateur claire au nord, à la frontière avec le Sud-Soudan. L’est
de la santé écologique du parc. Le statut du lion sur la présente une grande diversité d’écosystèmes différents
82
liste de l’UICN est « vulnérable », avec une population par ordre décroissant de superficie : la savane arbustive,
décroissante. le complexe agricole, la forêt claire, la savane arborée, la
forêt dense humide, la savane boisée. Le tiers sud du Haut-
Hippopotame83 84 Uele est principalement occupé par la forêt dense humide.
L’hippopotame (Hippopotamus amphius) est une L’extrême sud-ouest est caractérisé par une forêt dense
grande et lourde espèce [longueur jusqu’à 350 cm, poids humide fortement endommagée par le complexe agricole
(mâles) jusqu’à 3200 kg]. Il est silencieux et solitaire qui est largement étendu d’Isiro à Wamba. C’est également
pendant la nuit lorsqu’il broute (graminées rampantes ou dans cette zone que l’on observe une grande superficie de
en touffes, qu’il coupe avec ses lèvres caoutchouteuses), végétation aquatique et marécageuse. À l’extrême sud-est,
mais devient très bruyant et social dans l’eau pendant la forêt dense humide entrecoupée de forêts claires reste
le jour. L’hippopotame est une espèce qui dépend relativement bien préservée de l’action anthropique.
entièrement de la présence de l’eau, et dont la distribution La transition nette entre la savane et la forêt dense
historique couvrait presque tous les basins hydrologiques humide s’explique, d’une part, par une différence
de l’Afrique. Aujourd’hui elle a disparu d’une grande climatique et, d’autre part, par une différence de qualité
partie de l’Afrique du Sud et du bassin du Nil, où on ne des sols. Le changement climatique est bien marqué entre
la retrouve plus que dans les zones marécageuses du Haut le nord et le sud du Haut-Uele (graphique ci-dessous). À
85
Nil. Leur statut est considéré comme « vulnérable », avec Aolo (nord-est), la pluviosité chute sous les 50 mm/mois
une tendance décroissante des populations. en décembre, janvier et février ce qui crée une période
théorique de sécheresse de 3 mois (période d’arrêt ou
de ralentissement de l’activité de la végétation) ; tandis
qu’à Babeyru (extrême sud-est) la pluviosité est toujours
supérieure à 50 mm/mois et en fonction de la température
moyenne (24,4 °C). Il n’y a pas de mois théoriques de
80 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African sécheresse (activité continue de la végétation).
mammals, op. cit.
81 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit.
82 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species. 86 Ce point a été produit par Claire Delvaux*, Benjamin
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. Toirambe*, Astrid Verhegghen**, Pierre Defourny et
83 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African Hans Beeckman*.
mammals, op. cit. * Laboratoire de Biologie du bois du Musée royal de l’Afrique
84 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, op. cit. centrale.
85 IUCN, 2010, IUCN Red List of Threatened Species. ** Earth and Life Institute de l’Université catholique de
Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>. Louvain.

51
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

Répartition des principaux types de végétation dans le Haut-Uele et au niveau national

Type de végétation Haut-Uele RD Congo


Superficie (ha) Superficie (%) Superficie (%) Superficie (ha)

Forêt dense humide 3.093.181 34,0 3,3 93.517.825


Forêt d’altitude humide 198.194 2,2 7,2 2.734.677
Savane arbustive 1.781.002 19,6 11,6 15.335.810
Savane herbeuse 2.499.807 27,4 16,8 14.881.257
Total végétation naturelle 7.572.184 83,1
Complexe agricole en zone forestière 1.535.640 16,9 2,9 53.576.845
Total zone anthropisée 1.535.640 16,9

hauteur varie entre 10 et 50 m. Par conséquent, les cimes


s’étagent généralement en plusieurs strates. La densité
de la canopée empêche le développement important
d’une strate arbustive et herbacée et favorise davantage
les épiphytes, plantes qui poussent en prenant appui
sur d’autres plantes (ex. : orchidées, fougères, etc.). On
rencontre peu de graminées, mais plus souvent des sous-
arbrisseaux (ou plantes suffrutescentes) et quelques rares
plantes herbacées à grandes feuilles.
En fonction des espèces ligneuses présentes se
distinguent la forêt dense humide « sempervirente » dont
la majorité des arbres reste feuillée toute l’année, et la forêt
dense humide « semi-décidue » dont une forte proportion
d’arbres (jusqu’à 70 %) reste défeuillée une partie de l’année.
La forêt semi-décidue est floristiquement plus riche que la
forêt sempervirente et la densité de sa canopée permet le
développement d’un sous-étage arbustif continu.
Dans le Haut-Uele, la forêt dense humide à
Gilbertiodendron dewevrei s’est fortement infléchie vers le
sud, au point qu’elle n’existe plus qu’aux environs de Wamba
et de Matapu. Initialement, cette forêt était déjà présente
au sud de l’Uele (de Niangara à Dungu). Aujourd’hui, il ne
Quant à la qualité des sols, la province du Haut- subsiste plus, dans cette zone, que des lambeaux forestiers
Uele est recouverte de sols médiocres ou pauvres (ne et des savanes arbustives. Pour trouver une forêt intacte, il
permettant le plus souvent que l’installation des savanes) faut descendre au sud de l’axe Medje-Batwabaka-Wamba-
à moyennement bons favorisant l’établissement de la forêt. Mungbere.
Au sein de la forêt intacte, les espèces typiques de la
forêt dense humide sont retrouvées : Albizia gummifera,
4.1. LA FORÊT DENSE HUMIDE Milicia excelsa, Entandrophragma congoense, Zanthoxylum
lemairei, Zanthoxylum gilletii, Klainedoxa longifolia,
De manière générale, la forêt dense humide est Paramacrolobium coeruleum, Gilbertiodendron dewevrei,
caractérisée par un peuplement continu d’arbres dont la Hallea stipulosa, Omphalocarpum procerum, Pentaclethra

52
LA FLORE

eetveldeana, Petersianthus macrocarpus (espèce la plus - origine naturelle : ces savanes (principalement
répandue entre Medje et Wamba), Spathodea campanulata, graminéennes) se sont installées dans des milieux qui
Sterculia tragacantha, Symphonia globulifera, etc. ne pouvaient pas accueillir une végétation forestière
Les épiphytes sont remarquablement nombreux, abondante, en raison de la pauvreté du sol ou de conditions
surtout près de Wamba. Parmi ceux-ci on peut citer de climatiques limitantes ;
nombreuses Orchidacées, Bégoniacées, Loranthacées - origine relictuelle : ces savanes seraient apparues
et Balsaminacées. Le sous-bois peut être localement durant une période plus sèche et se seraient maintenues
caractérisé par Impatiens sereti. Clerodendron spp. et grâce à l’action des feux. Le passage fréquent du feu
d’autres lianes sont abondantes. empêche son évolution progressive ;
Il convient de noter que, depuis 2008, les forêts denses - origine secondaire : ces savanes succèdent à des forêts
humides offrent un avantage supplémentaire sur la scène claires ou denses. Cette secondarisation qui provient de la
nationale et internationale. En effet, la Conférence de Bali dégradation de la forêt est principalement anthropique
(2008) a introduit le concept de « réduction des émissions (agriculture, feu, etc.). Certaines de ces savanes secondaires
liées à la déforestation et à la dégradation » des forêts sont très vieilles, abritant des animaux adaptés à cet
(REDD). Ce concept serait applicable pour la seconde environnement, notamment les grands herbivores (girafe,
période d’engagement de la Convention-cadre des Nations antilope, etc.).
unies sur les changements climatiques (CCNUCC), post
2012. Il est donc primordial d’estimer les « émissions liées Dans le Haut-Uele, cinq types de savanes sont
à la déforestation et à la dégradation » (EDD). Pour cela, il rencontrés : savane arbustive à Lophira ; savane arbustive à
importe d’établir une typologie des forêts présentes sur le Erythrina (Parc national de la Garamba) ; savane arbustive
territoire en lien avec les stocks de carbone dans chacune à Protea ; savane arborée ; et savane boisée.
d’elle.
a) Savanes arbustives à Lophira

4.2. LES SAVANES Elles sont présentes dans le nord-ouest du Haut-


Uele jusqu’au cours de la Duru. L’espèce ligneuse
De manière générale, on distingue quatre types caractéristique est Lophira alata accompagnée d’Acacia
de savanes : (i) la savane boisée est une formation pennata, Albizzia zygia, Bauhinia reticulata, Grewia
végétale entre la savane herbeuse et la forêt claire. Le mollis, Hymenocardia acida, Sterculia quinqueloba et
recouvrement des ligneux est compris entre 25 et 60 %, Strychnos spp. La strate herbacée est essentiellement
semblable à la forêt claire, mais diffère de celle-ci par composée d’Hyparrhenia spp.
des arbres ayant une hauteur plus faible ; (ii) la savane La savane arbustive à Lophira est régulièrement
arborée se caractérise par des arbres à faible densité entrecoupée par des galeries forestières le long des cours
(inférieure à 40 %) et dont la taille est supérieure à d’eau, des lambeaux de forêts denses humides/forêts claires
7 m ; cette strate ligneuse surmonte une strate herbacée et des complexes agricoles.
dynamique ; (iii) la savane arbustive est composée d’un
tapis dense de graminées sur lequel se développent des b) Savane arbustive à Erythrina dans le Parc national de
arbustes dont la hauteur ne dépasse pas 7 m et dont la la Garamba
densité est faible ; (iv) la savane herbeuse, quant à elle,
est composée essentiellement d’un tapis dense de grandes Depuis 1980, le Parc national de la Garamba fait
herbes graminéennes au sein duquel quelques rares partie de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco
arbres peuvent être observés. et depuis octobre 2005, l’Institut congolais pour la
Sur l’origine des savanes (herbeuse, arbustive, arborée conservation de la nature a transféré la gestion de ce
ou boisée), trois scénarios sont possibles ; aucun n’est parc à l’African Parks Conservation. Le Parc national
exclusif, ni exhaustif, mais ils peuvent servir de repère : de la Garamba a permis de conserver une grande zone

53
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

de savane arbustive/savane arborée/forêt claire, peu e) Savane boisée


perturbée par l’activité agricole.
À l’est du cours de la Duru, un changement assez La seule savane boisée du Haut-Uele se trouve à
important se manifeste dans la végétation : Lophira l’extrême est de celle-ci, à la frontière avec le Sud-Soudan.
alata disparaît pour céder la place principale dans l’étage Elle est menacée par l’activité agricole qui s’étend de plus
ligneux des savanes à Erythrina abyssinica, inexistant en plus dans cette région et également par l’élevage de gros
dans l’ouest. À part cette différence, les deux strates bétail.
herbacée et ligneuse sont assez semblables au sein de ces
deux savanes.
Ces savanes arbustives sont souvent occupées par 4.3.LECOMPLEXEAGRICOLEENZONEFORESTIÈRE
Combretum spp. et Terminalia mollis accompagnant
les espèces telles que Hymenocardia acida, Bauhinia De manière générale, le complexe agricole en zone
reticulata, Piliostigma thonningii, Dombeya quinqueseta, forestière constitue un mélange de jachères forestières,
Acacia pennata, Grewia mollis, Bridelia spp. et Albizia de jardins de case, de cultures vivrières (manioc, maïs,
glaberrima. Les principales espèces herbacées de la savane arachides, bananes, etc.) et de plantations villageoises qui
sont Loudetia arundinacea et diverses Hyparrhenia telles ont remplacé progressivement la forêt dense humide. Il
que Hyparrhenia rufa et Hyparrhenia diplandra, espèces correspond aux zones de forte activité anthropique.
qui, en septembre, peuvent croître de plus de 2 m de haut Dans le Haut-Uele, le complexe agricole en zone
et Urelytrum giganteum jusqu’à 5 m. forestière s’étend de manière concentrique autour des
Cette zone de savane représente une transition vers les principales agglomérations : Faradje, Aba, Kurukpata,
savanes de hautes altitudes de l’est de la RD Congo. Watsa, Dungu, Rungu, Wamba, Isiro, Duru, Ngilima,
Doruma, Bangadi. Ce complexe agricole est plus fortement
c) Savane arbustive à Protea présent dans la zone forestière du sud-ouest du Haut-
Uele (Isiro et Wamba) et dans la zone de savane de l’est
Localisées à l’extrême est du Haut-Uele, les savanes (Faradje, Watsa, Aba, etc.). Dans la forêt dense humide,
arbustives à Protea appartiennent déjà aux savanes de des clairières se rencontrent fréquemment permettant
hautes altitudes et sont nettement caractérisées par ainsi l’établissement de deux cultures principales, le coton
la présence de Protea madiensis, espèce buissonnante et le caféier Robusta. En revanche, dans la zone de savane,
des Protéacées. Leur couvert ligneux est moins dense les cultures les plus pratiquées sont l’arachide et le coton.
que les savanes arbustives à Lophira et à Erythrina. La Bien que le chemin de fer ait permis l’évacuation de
strate herbacée est composée d’Andropogon schirensis, la production agricole vers Bumba et d’autres centres
Brachiaria brizantha, Digitaria brazzae, Hyparrhenia urbains, l’emplacement du complexe agricole en milieu
diplandra, Hyparrhenia rufa, Panicum fulgens, forestier dépend davantage de la localisation des sols
Rynchelytrum roseum, Trystachya spp. La strate ligneuse de bonne qualité et d’un climat clément pour la culture.
est quant à elle, fréquemment représentée par Acacia C’est le cas rencontré à Rungu, Medje, Ibambi, Wamba,
pennata, Albizia gummifera, Protea madiensis et Tinnea Betongwe et Mungbere. La densité du réseau routier (dont
aethiopica. l’état s’est dégradé progressivement depuis les années 1990)
favorise l’évacuation des produits agricoles vers les gares
d) Savane arborée de chemin de fer, mais aussi l’expansion du commerce
frontalier avec le Sud-Soudan et l’Ouganda. Le nouvel
Les savanes arborées sont surtout présentes dans l’est aéroport mis en service à Isiro au début des années 1980
du Haut-Uele en mosaïque avec la savane arbustive à ouvre ainsi le Haut-Uele au reste de la RD Congo.
Protea. Ces savanes arborées sont de petites dimensions.

54
LA FLORE

55
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

4.4. LES GALERIES FORESTIÈRES ou par petits lambeaux. Lorsqu’elle est intimement liée à
la forêt dense humide, on peut supposer que la forêt claire
De manière générale, les galeries forestières sont situées est la forme dégradée de la forêt dense humide dont la
le long du réseau hydrographique. Elles résultent de la physionomie est conservée par l’action régulière du feu.
présence de sols mal drainés et de fréquentes inondations.
Plusieurs types de forêts peuvent être distingués en fonction
de la richesse du milieu ou de la durée des inondations. 4.6.LAVÉGÉTATIONAQUATIQUEETMARÉCAGEUSE
Les forêts denses sur sols hydromorphes peuvent, dans
les meilleures conditions, atteindre 45 m de hauteur. Leur De manière générale, la végétation aquatique et
strate supérieure, c’est-à-dire les arbres, est plus ouverte et marécageuse est présente lorsque les inondations sont
plus régulière que celle des forêts sempervirentes de terre prolongées et les conditions de drainage sont défavorables.
ferme. Ces formations possèdent une flore endémique Les prairies aquatiques apparaissent souvent en bordure
diversifiée, quoiqu’assez pauvre : Uapaca spp., Guibourtia de forêts inondées. En revanche, bien que la profondeur
demeusei, Hallea spp. (syn. Mytragyna spp.), Raphia spp., de l’eau puisse être grande, les prairies marécageuses sont
etc. rarement flottantes, donc davantage tributaires du sol.
Dans la province du Haut-Uele, les galeries forestières Dans le Haut-Uele, une grande zone de végétation
sont fortement réduites et fréquemment cultivées. C’est aquatique et marécageuse est localisée au sud-est, juste
dans le nord-est du Haut-Uele que l’on en rencontre le au sud du chemin de fer. La Maika, affluent de la Nepoko
plus sous forme de mosaïque avec les savanes arbustives. offre un aspect tout à fait particulier. Cette rivière forme
Les espèces les plus fréquentes de ces galeries sont : de vastes taillis marécageux, dont l’espèce principale est
Afzelia bella, Berlinia grandifolia, Zanthoxylum gilletii Dichaetanthera spp. Vers Betongwe, les marécages sont
et Pycnanthus angolensis. En revanche, dans les galeries herbacés. Le tapis herbacé est formé d’une association
marécageuses on retrouve très souvent Raphia laurentii. hygrophile dont les espèces principales sont : Cyperus
papyrus (espèce dominante), Heteranthoecia isachnoides,
Jardinea congoensis, Leersia hexandra, Panicum
4.5. LA FORÊT CLAIRE parvifolium, Trichopteryx dregeana. En revanche, dans
les mares, on rencontre Nymphaea coerulea et Utricularia
De manière générale, la forêt claire peut être définie spp.
comme une formation végétale mixte, avec une strate Les marais sur latérites sont temporaires. Ils sont dus
herbacée peu dense sous un peuplement forestier de 15 à aux eaux stagnantes de précipitations sur le manteau
20 m de haut. Les arbres y ont les cimes jointives, le plus latéritique affleurant. On y retrouve Ctenium newtonii,
souvent étalées en parasol, mais les feuillages sont légers, des Lentibulariacées, Sporobolus barbigerus et des
de sorte que l’ensemble est clair, voire lumineux. Xyridacées.
Il arrive que la forêt claire remplace la forêt dense
sèche climacique lorsque le feu la détruit et en entrave
le rétablissement. Il s’ensuit une parfaite adaptation des 4.7. LES RISQUES ENVIRONNEMENTAUX
espèces à l’action du feu (épaisseur des écorces et coriacité
des bourgeons, aptitude au rejet de souche comme pour De manière générale, les risques environnementaux
les géophytes ou les chaméphytes). sont de trois types.
La forêt claire soumise à des pressions anthropiques est
rapidement transformée en savane boisée, et ceci d’autant 1° appauvrissement des sols
plus que les périodes de dégradations humaines sont Les avantages commerciaux liés à la présence du chemin
rapprochées. de fer, d’un aéroport ou des routes/pistes prennent le pas
Dans le Haut-Uele, la forêt claire est présente un peu sur les techniques agricoles traditionnelles et poussent
partout, que ce soit par massif plus ou moins important les agriculteurs à cultiver le sol jusqu’à son complet

56
LA FLORE

épuisement. La forte croissance démographique a pesé 3° exploitation forestière


sur les terres arables en réduisant les périodes de jachère La plupart des exploitations forestières se sont tout
dans le système de culture itinérante, diminuant ainsi la naturellement installées à proximité du chemin de fer
fertilité du sol et abaissant le rendement des cultures par et des routes, ce qui est particulièrement préjudiciable à
hectare. Cette diminution des jachères réduit les pâturages la conservation des forêts. L’exploitation du bois par les
disponibles et entraîne un surpâturage, parfois un ravage scieurs de long est très importante. Cette activité réalisée
des cultures par des bêtes en divagation. À noter aussi que de manière artisanale a tendance à s’intensifier sur presque
la pauvreté du sol est aggravée par la pratique répétée des toute l’étendue du pays pour plusieurs raisons, dont
feux de brousse qui détruit l’humus conduisant à la perte quelques principales sont les suivantes :
de la fertilité des sols. - les entreprises forestières, qui jadis exploitaient le bois
dans la zone forestière, ont arrêté leurs activités à cause
2° destruction définitive de la forêt de la mauvaise conjoncture (difficultés pour l’entreprise
L’extension des zones cultivées force le recul de la forêt. de disposer des crédits et devises nécessaires pour l’achat
Les défrichements agricoles détruisent à tout jamais la des pièces de rechange et pour le renouvellement des
forêt si la culture s’y développe pendant plusieurs années équipements ; la non-électrification du milieu et des usines
et si les feux de brousse passent régulièrement dans les de transformation) ;
jachères, empêchant la régénération de la végétation - l’absence de sociétés forestières dans les zones
forestière. Dans les zones sèches particulièrement, la de savane ou dans celles dont le potentiel forestier est
maîtrise du feu est difficile et des incendies incontrôlés négligeable amène la population, à la recherche de moyens
peuvent anéantir en quelques jours les réserves ligneuses de survie, à exploiter les quelques essences de valeur que
et herbacées sur des milliers d’hectares. C’est surtout l’on peut y trouver.
la végétation ligneuse et les herbacées annuelles qui en
souffrent, avec comme conséquence un appauvrissement Dans le Haut-Uele, les risques environnementaux sont
de la flore par la destruction des diaspores. notamment dus au développement du complexe agricole
en zone forestière ou de savane de manière plus ou moins
étendue, mais dispersé à travers toute la province.

57
CHAPITRE II PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE

58
LA POPULATION

CHAPITRE III
L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

1.ÉVOLUTIONDELAPOPULATIONDUHAUT-UELE être prises au pied de la lettre. Selon A. Romaniuk, les


témoignages des premiers explorateurs, administrateurs et
La République démocratique du Congo n’est pas missionnaires « sont insuffisants pour se faire une image
90
dotée d’une vieille tradition statistique. La collecte réaliste de la situation […] à l’époque ». Dans le Haut-
organisée et systématique de données démographiques Uele, c’est, en effet, essentiellement avec des tribus situées
n’y fut développée qu’à partir du début des années 1920, le long des cours d’eau que ces premiers voyageurs eurent
avec l’instauration de recensements administratifs « sur des contacts. Que ces populations aient eu des densités
fiche »87. La situation démographique du Haut-Uele au impressionnantes est irréfutable, mais rien ne permettait
moment de l’exploration du Congo et au début du xx
e d’inférer que les populations de l’intérieur présentaient
siècle est donc difficile à brosser. les mêmes caractéristiques. Lors de l’occupation effective
e
Dans la seconde moitié du xix siècle, l’explorateur du territoire, l’on découvrira une région quasi vide, faite
88
Schweinfurth , effectuant une expédition dans le sud d’immenses étendues où les densités ne dépassaient pas
2
du Soudan actuel, appelée région des Niams-Niams, se 5 à 10 hab./km . Ces données confirment cependant la
rendant plus bas, chez les Mangbetu, « pour se rendre permanence de la position démographique de la région de
personnellement compte de l’existence des peuples dont l’actuel plateau d’Isiro et ses environs. Celui-ci présentait,
parlait Hérodote », avait estimé la population à un million en effet, en 1970, la plus forte densité du bassin de l’Uele-
91
d’habitants, répartis sur une superficie de 10.353 km ,
2 Nepoko , particularité qui n’a fait que se confirmer par la
2
soit une densité de 96 hab./km . Quant à Fernand Nys, suite, comme en témoigent les résultats des recensements
un des premiers colons à arriver chez les Abarambo du ultérieurs (voir infra).
Nord, il déclare y avoir rencontré une très forte densité Durant la période coloniale, l’Administration
89
de population . Ces données ne doivent cependant pas territoriale organisa, à partir de 1910, des recensements
annuels de la population. Ceux-ci restèrent incomplets
87 Akoto Mandjale, E. et Iba Ngambong, O., « Démographie et peu fiables jusqu’en 1922 au moins, les méthodes de
zaïroise », in Janssens, P.G., Kivits, M. et Vuylsteke, J., comptage ayant été très variables. En 1925, vinrent s’y
Médecine et hygiène en Afrique centrale de 1885 à nos ajouter des enquêtes démographiques par sondage. Un
jours, volume I, Bruxelles, Fondation roi Baudouin, tableau général de la population congolaise fut annexé
1992, p. 15.
88 Schweinsfurth, G., Au cœur de l’Afrique, 1868-1871 : nationale du Zaïre, campus de Lubumbashi, 1974-
voyages et découvertes dans les régions inexplorées de 1975, p. 81.
l’Afrique centrale, Paris, Hachette, 1875, pp. 3 et 76. 90 Romaniuk, A., La Fécondité des populations
89 Mata-Mokwaka Ngonzi-Moboma, Histoire de congolaises, Paris/La Haye-Kinshasa, Mouton-IRES,
l’organisation administrative et de la population de l’ancien 1967, p. 130.
district du Haut-Uele (1888-1960), mémoire, Université 91 Mata-Mokwaka Ngonzi-Moboma., op. cit., p. 82.

59
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

chaque année au rapport du ministre des Colonies aux un exercice délicat. Il faut dès lors rester prudent dans
Chambres législatives belges. La dernière présentation l’interprétation de telles comparaisons.
aux Chambres porta sur l’année 1958. Les données
démographiques de 1959, intitulées « Statistiques relatives Après l’accession du Congo à l’indépendance, la
à l’année 1959 », furent publiées dans un Bulletin annuel continuité de ce travail de collecte d’informations fut
des statistiques du Congo belge. mise à mal par la crise politique, les troubles et les
Malgré l’instauration de ce système de collecte de rébellions que connut le pays, entraînant même parfois
données démographiques, la qualité de celles-ci laissa à la destruction et la disparition complète de l’information
94
désirer jusqu’en 1945 environ. À partir de cette date, la collectée . Il faudra attendre l’année 1970 pour que le
qualité de l’enregistrement de la population s’améliora. premier recensement soit organisé. Un second suivra, en
Les recensements couvrirent progressivement une 1984. Le recensement de 1970, qui fut dans l’ensemble
bonne partie de la population et le pourcentage de la bien mené, apparaîtra ultérieurement comme surévalué
population touché par l’état-civil augmenta, pour atteindre de 10 %, chaque circonscription administrative ayant
95,7 % en 1958. Toutefois, les données relatives à la tendance à se valoriser par un chiffre élevé de population.
mortalité restèrent de piètre qualité, la moitié des décès En revanche, le recensement scientifique de 1984 sous-
95
échappant à l’enregistrement, alors que près de 80 % estime la population de l’ordre de 1 % .
des naissances étaient répertoriées. Il convient toutefois Nous tentons, dans les pages qui suivent, de dresser un
de noter l’excellente qualité des données de l’enquête panorama général de l’évolution de la population du Haut-
92
démographique par sondage de 1955-1957 . Uele de 1923 à nos jours à partir de deux grands indicateurs :
À cette difficulté de disposer de données l’accroissement de la population et sa densité. L’année 1923
démographiques fiables s’ajoute, dans le cas du Haut- est la première pour laquelle nous avons eu accès à des
Uele, le fait qu’il s’agit d’une région dont les limites données de population par territoire. Nous nous sommes
administratives ont été modifiées à de multiples reprises basée, pour établir ce panorama, soit sur les résultats des
de 1888 à 1955, année de l’adoption du décret du recensements disponibles, soit sur les estimations réalisées
93
10 décembre fixant les limites définitives du district par l’Institut national de Statistique et par Ngondo a
(voir infra p. 138 et suivantes). Lors de la première Pitshandenge, Léon de Saint Moulin et Tambashe Oleko.
er
subdivision territoriale du 1 août 1888, la région de
l’Uele comprenait les districts de l’Aruwimi-Uele et de D’une manière générale, le mouvement de la
l’Oubangi-Uele. Le 17 juillet 1895, un décret du Roi population du Congo a été caractérisé, depuis 1880, par
souverain réunit ces deux entités en un district, celui deux faits marquants, qui ont caractérisé également
de l’Uele. Ce district fut rescindé en 1912 pour donner l’évolution démographique du Haut-Uele : un recul
naissance au Haut-Uele et au Bas-Uele. Ceux-ci furent important de la population à la suite de le pénétartion
réunis à nouveau en 1955 pour être séparés une dernière arabe et européenne jusqu’au début des années 1920 et une
fois en décembre de la même année. C’est donc à partir de reprise de la croissance démographique à partir de 1945
96
1955 que le Haut-Uele connut sa configuration actuelle, environ . L. de Saint Moulin écrit :
composée de six territoires : Dungu, Niangara, Rungu,
Faradje, Wamba et Watsa. 94 Boute, J., s. j., La Physionomie démographique de
la République démographique du Congo en 1970,
Notons encore que les recensements coloniaux, qui
Kinshasa, Institut national de la statistique, décembre
n’intégraient pas la population étrangère, étaient sous-
1970, pp. 3-4 « Études statistiques, n° 6 ».
évalués.
95 Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin, L. et Tambashe
Les comparaisons temporelles des données Oleko, « La population du Zaïre à la veille des élections
démographiques constituent pour toutes ces raisons de 1993 et 1994 », Zaïre-Afrique, n° 268, 1992, p. 493 ; de
Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population du
92 Akoto Mandjale, E. et Iba Ngambong, O., op. cit., Zaïre », Zaïre-Afrique, n° 217, 1987, p. 393.
p. 18. 96 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population
93 Bulletin officiel du Congo belge, 1955, p. 1651. du Zaïre », art. cit., p. 389.

60
LA POPULATION

« Du Kasaï à la Mongala et du fleuve Zaïre à l’ouest 1.1.ÉVOLUTIONDELAPOPULATIONDUHAUT-UELEDE


jusqu’au Lomami, une part du recul de la population est 1923 À 1959
imputable aux conditions dans lesquelles furent imposées
la récolte du caoutchouc de lianes et les diverses prestations Les années 1923 et 1926 sont les deux premières années
au service de l’État indépendant du Congo. […] (Le travail) pour lesquelles nous disposons de données détaillées sur
perturba en outre gravement le rythme traditionnel des la population du Haut-Uele. Celles-ci sont extraites des
opérations agricoles. Au nord et à l’est de cette région […] rapports annuels du gouverneur de la Province-Orientale
les campagnes militaires pour l’acquisition des frontières pour 1923 et 1926.
actuelles ou contre les Arabisés eurent la même influence Ces données de population proviennent des
perturbatrice. recensements par fiches effectués au cours de ces deux
Mais le facteur essentiel de la baisse de la population années. Le rapport de 1926 précise que le recensement
fut la dispersion, tant par les Arabisés que par les de la population, particulièrement celui des femmes et
Européens, de maladies contre lesquelles la population des enfants, est encore très incomplet, surtout à Dungu et
était sans défense. Les maladies vénériennes furent ainsi, Faradje.
jusqu’à la découverte des antibiotiques, à la base d’une En 1923 et 1926, le Haut-Uele comprenait 10
grave crise de la natalité dans l’Équateur, la Tshuapa, les territoires. Aux cinq des six territoires qui le constitueront
Uele et la zone de Bafwasende. Le phénomène n’est pas à partir de 1955 (Dungu, Faradje, Watsa, Niangara et
encore entièrement enrayé [en 1987] dans le Haut-Zaïre. La Rungu), s’ajoutent ceux d’Amadi, de Doruma, de Poko,
densité relative que l’on observe aujourd’hui sur le plateau de Gombari et d’Aru. Quant au territoire de Wamba, il
des Uele, spécialement autour de Bambesa et Isiro, ne peut faisait partie, à cette époque, du district de l’Ituri. Afin
être résiduelle, car il n’existe aucune trace de migrations de disposer de données comparables dans le temps, nous
constantes qui l’auraient alimentée ; elle est le témoin d’une avons réaménagé les données fournies dans les rapports de
période plus ancienne de prospérité démographique […]. manière à disposer de chiffres de population du Haut-Uele
Un second fait bien établi est que la population du dans sa configuration de 1955 (comprenant les territoires
Zaïre connaît depuis 1945 une expansion considérable . »
97
de Dungu, Faradje, Watsa, Niangara, Rungu et Wamba).

Population du Haut-Uele en 1923 et 1926

1923 1926
H F Enfants Total H F Enfants Total recensé
Dungu 27.825 36.933 35.554 100.312 24.555 33.343 32.307 90.205
Faradje 21.215 17.545 22.258 61.018 17.342 14.838 26.241 58.421
Watsa 13.049 13.043 12.086 38.178 13.049 13.283 7.435 33.767
Niangara 33.725 39.428 34.124 107.277 21.386 27.285 11.332 60.003
Rungu 28.702 34.071 20.469 83.242 25.034 24.469 19.297 68.800
Wamba 43.470 37941 31.707 115.118 42.579 38.578 33.043 114.200
Total Haut-
Uele (configuration
1955) 167.986 178.961 156.198 505.145 143.945 151.796 129.655 425.396

Sources : Congo belge, Rapport annuel 1923, Stanleyville, août 1924, p. 24 et Congo belge, Rapport annuel 1926, Stanleyville, 1927, p. 12.

97 Idem, pp. 389-390.

61
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

Celles-ci sont présentées dans le tableau de la page De 1938 à 1948, la population du Haut-Uele est passée,
précédente. La population serait ainsi passée de 505.145 selon L. de Saint Moulin, de 682.780 habitants à 595.429.
habitants en 1923 à 425.396 habitants en 1926. Au cours de ces dix années, la population du Haut-Uele a
101
Dans le but de pouvoir procéder à de telles donc connu une décroissance de 1,36 % .
98
comparaisons, Mata-Mokwaka Ngonzi-Moboma a, lui Pour l’auteur, ce recul enregistré de 1938 à 1948 « est
aussi, recalculé les chiffres de population du Haut-Uele pour une part déterminante le résultat de la dénatalité
dans ses limites de 1955. Il avance le chiffre de 469.409 engendrée par les maladies vénériennes. Il faut cependant
habitants en 1922. En 1925, celui-ci serait tombé à 391.966 aussi prendre en considération les travaux obligatoires
unités. imposés pendant la Seconde Guerre mondiale pour
La lecture de ce tableau met effectivement à jour une la récolte du caoutchouc de lianes et du copal ou pour
régression de la population en 1926 par rapport au niveau la construction de routes […] Ils entraînèrent des
99
qu’elle atteignait en 1923. Selon Mata Mokwaka , cette perturbations comparables à celle de la pénétration
chute ne peut être attribuée à l’incompétence des agents coloniale : des villages ne purent faire leurs champs au
territoriaux. Il l’impute au cataclysme sanitaire provoqué moment opportun et connurent la famine ; d’autres
par l’épidémie de maladie du sommeil qui ravagea la perdirent le contrôle écologique de leur milieu par
102
région en 1924 et par le rattachement, en 1925, à l’Ituri de abandon des travaux antérieurement effectués ».
la totalité de la chefferie des Banande, partagés jusqu’alors Pour établir l’évolution de la population du Haut-
entre deux circonscriptions différentes sur lesquelles Uele de 1950 àt 1959, nous nous sommes basée, pour les
chevauchaient les exploitations minières de la Moto dans données relatives aux années 1950 à 1957, sur l’enquête
100 103
le territoire de Watsa . démographique par sondage réalisée de 1955 à 1957 . Les

Évolution de la population du Haut-Uele de 1950 à 1959

1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959
Paulis 128.588 129.904 128.784 131.138 132.517 135.897 121.459 120.545 126.671 135.901
Niangara 68.653 67.326 66.832 66.942 65.574 66.428 68.371 67.219 67.964 67.081
Dungu 119.692 121.062 123.066 119.019 126.493 129.269 124.042 119.535 121.548 118.786
Wamba 122.230 125.847 127.868 119.658 136.055 128.536 130.332 134.458 137.455 139.053
Watsa 56.516 59.708 59.513 59.207 56.601 56.844 69.782 67.887 69.428 69.624
Faradje 92.095 92.526 91.817 93.630 96.605 96475 85.329 86.641 88.238 90.215
Total 587.774 596.373 597.880 589.594 613.845 613.449 599.315 596.285 611.304 620.660

Sources :
— pour les années 1950 à 1956 : Th. Verheust, op. cit., p. 64 ;
— pour l’année 1957, Congo belge, Province-Orientale, Rapport annuel AIMO 1957. Affaires indigènes, p. 18 ;
— pour l’année 1958 : Léon de Saint Moulin, « Les statistiques démographiques en République démocratique du Congo », Congo-Afrique, Kinshasa,
e
CEPAS, 10 année, n° 47, 08-09/1970, p. 382.
— pour l’année 1959, Congo belge, Province-Orientale, Rapport annuel AIMO 1959. Affaires indigènes, p. 20.

98 Mata-Mokwaka Ngonzi-Moboma, op. cit., p. 88. 101 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population
99 Rapport annuel sur l’administration du Congo belge du Zaïre », art. cit., pp. 404-405.
présenté aux Chambres législatives belges 1923, 102 de Saint Moulin, L., idem, p. 406.
Bruxelles, p. 55, cité par Mata-Mokwaka Ngonzi- 103 Verheust, Th. (présentée par), « Enquête
Moboma, op. cit., pp. 88-89. démographique par sondage 1955-1957, Province-
100 Rapport annuel sur l’administration du Congo belge Orientale, District de Stanleyville – District du Haut
présenté aux Chambres 1925, p. 61. Uele », Les Cahiers du CEDAF, n° 4, 1978.

62
LA POPULATION

Mortalité, natalité, fécondité, stérilité dans le Haut-Uele en 1957



Territoires Naissances Taux de natalité1 Taux de fécondité2 Taux de stérilité3 Décès4 Taux de mortalité
‰ ‰ ‰ ‰ ‰

Paulis 2.813 24 85 43,37 2.437 21


Niangara 1.131 19 69 46,48 1.874 32
Dungu 2.023 17 52 43,71 3.398 28
Wamba 3.533 27 96 44,05 2.129 16
Watsa 1.697 24 88 56,07 1.248 23
Faradje 2.309 28 110 53,15 1.066 14
Total 13.506 23 82 46,59 12.152 22

1
Taux de natalité : rapport du nombre de naissances à celui de la population totale.
2
Taux de fécondité : rapport du nombre de naissances à celui des femmes âgées de 15 à 45 ans.
3
Femmes stériles : femmes n’ayant donné naissance à aucun enfant né vivant.
4
Décès survenus au cours des 12 mois précédent l’enquête.
Source : Thérèse Verheust (présenté par), « Enquête démographique par sondage 1955-1957, Province-Orientale, District de Stanleyville – District
du Haut-Uélé », Les Cahiers du CEDAF, n° 4, 1978, pp. 78, 79, 80, 84, 85, 92.

données relatives à l’année 1958 sont extraites du rapport La régression enregistrée de 1938 à 1948, puis la
sur l’administration du Congo belge pendant l’année 1958 très faible croissance de 1948 à 1958 s’inscrivent dans
104
présenté aux Chambres législatives ; celles relatives à l’évolution de la province de l’Uele dans son ensemble,
l’année 1959, du Rapport annuel AIMO 1959. qui, comme l’écrivent Laurent Monnier et Jean-Claude
107
La population du Haut-Uele atteint 611.304 habitants Willame , connaît un « mal » démographique, lié à une
en 1958. Le taux de croissance a été très modéré faible natalité. Le taux de natalité de la province est, en effet,
108 109
(0,26 %) de 1948 à 1958. En 1959, la population atteint passé de 41 ‰ en 1933 à 23 ‰ en 1955-1957 , alors
620.660 habitants. Quant à la la densité de la population que celui de l’ensemble du Congo s’élevait à 43 ‰, faisant
2
du Haut-Uele, elle est de 6,8 hab./km , en 1958, et de du Haut et du Bas-Uele les territoires manifestant les plus
2 105
6,9 hab./km , en 1959 . faibles taux de natalité observés au Congo (respectivement
En 1957, le Haut-Uele connaît un taux d’accroissement 23 et 19 ‰) à cette époque.
naturel (l’accroissement dû à l’excédent des naissances sur
les décès) de 1,0 %, alors qu’il est de 2,3 % pour l’ensemble démographique par sondage (1955-1957), Léopoldville,
du pays. Ce taux est même négatif dans les territoires Bureau de la démographie/Institut de recherches
de Niangara et Dungu, ce qui laisse supposer que ces économiques et sociales (IRES), 1961, p. 68.
106 107 Monnier, L. et Willame, J.-C., « Les provinces du Congo.
populations sont en régression .
Structure et fonctionnement. II. Sud-Kasaï – Uele –
Kongo-Central », Léopoldville, Université Lovanium,
104 Rapport sur l’Administration du Congo belge pendant Cahiers économiques et sociaux, juillet 1964, pp. 121-
l’année 1958 présenté aux Chambres législatives, 124, « collection d’études politiques n° 2 ».
Bruxelles, 1959, pp. 63-69. 108 Rapport sur l’Administration du Congo belge, année
105 Province-Orientale, Rapport annuel AIMO, Affaires 1933, Chambre des représentants, Bruxelles, p. 206.
indigènes, 1959, p. 20. 109 Romaniuk, A., Ministère du Plan et de la
106 Romaniuk, A., Ministère du Plan et de la Coordination, Coordination, Tableau général de la démographie
Tableau général de la démographie congolaise : enquête congolaise, op. cit., p. 49.

63
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

G. Choprix, avance des taux de fécondité indiquant phénomène, les procédés anticonceptionnels utilisés, les
114
un dépérissement de la population « pouvant aller jusqu’à avortements provoqués et les maladies vénériennes .
110
la menace d’extinction » dans certaines chefferies des
territoires de Dungu et Niangara où le rapport Enfants/
111
Femme ne dépassait pas 0,25 à 0,54 . En 1957, le taux de 1.2.ÉVOLUTIONDELAPOPULATIONDUHAUT-UELE
natalité atteint 23 ‰ dans le Haut-Uele, mais 17 ‰ seulement DE 1959 À 1978
à Dungu et 19 ‰ à Niangara ; quant au taux de fécondité,
il est de 82 ‰ dans le Haut-Uele, mais de seulement 52‰ Le dernier recensement complet de l’époque coloniale
112
à Dungu et 69 ‰ à Niangara . Cette paucinatalité, selon date de 1959. Le premier recensement administratif
lui déjà dénoncée dans des rapports administratifs d’avant général de la RD Congo sera réalisé en 1970. Léon de Saint
113
la guerre, affectait tous les peuples de l’Uele . Moulin estime que les chiffres fournis pour les territoires
115
du recensement de la population organisé en 1970 « ont
116
Proportion (en %) de femmes stériles pour eux toutes les garanties de la vraisemblance ».
par ethnie dans le Haut-Uele – 1955-1957 De 1958 à 1970, la population du Haut-Uele a poursuivi
117
sa croissance à un rythme de 1,70 % . Le premier tableau
Ethnies Proportion de femmes stériles de la page suivante présente les résultats du recensement
(%) pour le Haut-Uele.

118
Amadi 21,9 Léon de Saint Moulin a comparé les données du
Azande 24,5 recensement de 1970 aux données parallèles du recensement
Babudu 26,5 administratif de 1958. Pour faciliter les comparaisons, il
Balika 30,8 fournit les taux annuels d’accroissement naturel prévus
Bayoyo 29,8 sur la base des grandes enquêtes démographiques de
Logo 22,3 1955-1957. Ce taux résulte de la différence entre celui de
Mabodo 24,9 la natalité et celui de la mortalité. Il fournit également
Mamvu 43,6 le taux global d’accroissement annuel supposé pour
Mangbetu 28,5 passer des chiffres de 1958 à ceux de 1970. « Ce taux
Medje 32,3 d’accroissement global peut être fortement influencé par
des mouvements migratoires, particulièrement dans les
119
Source : Thérèse Verheust, « Enquête démographique par sondage districts frontaliers ». Le résultat de cette comparaison
e
1955-1957… », op. cit., pp. 88-89, citée par Akoto Mandjale, E. et Iba est donné au 2 tableau de la page 65.
Ngambong, O., op. cit., p. 20. En 1970, la population du Haut-Uele s’élevait à 795.619
habitants et représentait 3,7 % de la population totale du
120
Le taux de femmes définitivement stériles est pays . Elle était de 611.304 habitants en 1958.
particulièrement élevé chez les Mamvu : il atteint 43,6 %, alors
qu’il varie entre 21,9 % et 32,3 % chez les autres populations 114 Romaniuk, A., La Fécondité des populations
du Haut-Uele. Romaniuk avance, parmi les causes de ce congolaises, op. cit., pp. 279-314.
115 Arrêté n° 1236/70 du ministre de l’Intérieur du 31
110 Choprix, G., La Naissance d’une ville. Étude juillet 1970.
géographique de Paulis (1934-1957), Bruxelles, 116 de Saint Moulin, L., « Les statistiques
Éditions CEMUBAC, 1961, p. 105. démographiques…», art. cit., p. 377.
111 Monnier, L. et Willame, J.-C., « Les provinces du 117 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la
Congo… », art. cit., p. 122. population », art. cit., pp. 404-405.
112 Résultats de l’enquête démographique pour la Province- 118 de Saint Moulin, L., « Les statistiques
Orientale. District du Haut-Uele, 1958, tableau 10, démographiques… », art. cit., p. 382.
document non publié. 119 Idem, p. 378.
113 Choprix, G., op. cit., pp. 70-71. 120 Boute, J., s. j., La Physionomie démographique de la

64
LA POPULATION

Recensement général de la population de la République démocratique du Congo en 1970


Haut-Uele

Adultes Enfants
(moins de 18 ans) Population
H F H F totale dont étrangers
Rungu 52.938 62.251 34.610 30.903 180.702 541
Niangara 20.580 24.016 8.075 7.674 60.345 276
Dungu 49.898 63.565 22.949 18.914 155.326 11.273
Wamba 52.233 60.024 35.461 32.350 180.068 77
Watsa 29.245 30.743 17.215 16.230 93.433 143
Faradje 30.823 38.739 29.263 26.920 125.745 7.648
Total 235.717 279.338 147.573 132.991 795.619 19.958

Source : République démocratique du Congo, Institut national de la statistique, Recueil des rapports totaux calculés à partir des résultats officiels du
Recensement de la population de la RDC en 1970, s. l., s. d., pp. 24-25.

Comparaison de la population du Haut-Uele en 1958 et en 1970

Population congolaise en 1958 Recensement 1970 Taux d’accroissement


Adultes Enfants Total Population totale naturel prévu global supposé
H F H F (%) (%)
Rungu 46.856 41.415 20.349 18.051 126.671 180.702 0,3 3,1
Niangara 26.082 26.043 8.651 7.188 67.964 60.345 - 1,3 - 1,0
Dungu 45.942 49.198 13.815 12.593 121.548 155.326 - 1,1 2,2
Wamba 46.192 45.384 23.531 22.348 137.455 180.068 1,1 2,4
Watsa 26.293 21.783 11.031 10.321 69.428 93.433 0,1 2,6
Faradje 23.514 24.829 20.320 19.575 88.238 125.745 1,4 3,1
Total 214.879 208.652 97.697 90.076 611.304 795.619 0,1 2,3

Source : Léon de Saint Moulin, « Les statistiques démographiques… », art. cit., p. 382.

Le taux d’accroissement naturel de la population du Haut- nécessairement toute la population, de nombreux jeunes s’y
Uele atteignait 0,1 %, en 1970. Le taux d’accroissement global soustrayant pour de multiples raisons. En outre, les données
supposé était, quant à lui, de 2,3 %. L’accroissement observé de 1958 ne comprenaient pas les étrangers non africains, alors
dépasse, ainsi, celui qui était attendu de la croissance naturelle que ceux-ci sont inclus dans les chiffres de 1970.
121
prévue. Différentes explications peuvent être avancées . La En 1970, le Haut-Uele affiche une densité de 8,9 hab./
2 2
première est celle d’un rythme de croissance de la population km , pour une densité de 9,2 hab./km pour l’ensemble
plus rapide que celui élaboré sur la base des enquêtes de 1955- du pays. Les alentours d’Isiro connaissent des densités
122
1957. La seconde réside dans le fait que les recensements quelque peu supérieures .
organisés pendant la période coloniale ne touchaient pas La Division régionale des Affaires politiques évalue,
dans son rapport annuel, la population du Haut-Uele à
République démographique du Congo…, op. cit., p. 13. 859.624 habitants, en 1975 et à 960.160 habitants, en 1978.
121 de Saint Moulin, L., Atlas des collectivités du Zaïre,
Kinshasa, Presses universitaires du Zaïre, 1976,
pp. 13-14. 122 Boute, J., s. j., op. cit., pp. 12-14.

65
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

1.3.2. Perspectives démographiques 1984-1991


Population du Haut-Uele en 1975 et 1978 L’Institut national de la statistique a, sur la base
des résultats du recensement, établi des perspectives
1975 1978 démographiques pour la période allant de 1984 à 1991.
e
Rungu 208.856 265.345 Celles-ci sont présentées dans le 2 tableau de la page ci-
Niangara 67.717 74.064 contre. Deux hypothèses sur la dynamique des populations
Dungu 124.636 127.932 ont été retenues : une pour la tendance faible (reposant sur
Wamba 212.827 234.707 l’examen des situations officielles de la population fournies
Watsa 108.491 121.778 par les recensements de juillet 1970 et de juillet 1984) et
Faradje 137.097 136.334 une pour la tendance forte (découlant d’une présomption
Total 859.624 960.160 d’un taux d’accroissement annuel pour l’ensemble du pays
de 3 %).
Sources :
- année 1975 : République du Zaïre, Division régionale des Affaires
politiques, Rapport annuel « Affaires politiques » 1975 de la région du 1.4. POPULATION PROJETÉE DU HAUT-UELE
Haut-Zaïre, Kisangani, 1976, pp. 11 et 11bis. Notons que ces chiffres EN 1993 ET 1994
pour 1975 ne comprennent pas la population étrangère, évaluée à 900.
- année 1978 : République du Zaïre, Division régionale de En 1992, Ngondo a Pitshandenge, Léon de Saint Moulin
l’administration du territoire, Rapport annuel. Administration du et Tambashe Oleko ont élaboré, sur la base des meilleures
territoire. Exercice 1978, Kisangani, 1979, pp. 12-13. Notons que ces informations disponibles, des estimations de la population
chiffres pour 1978 ne comprennent pas la population étrangère, évaluée par circonscription administrative pour les années 1993
à 1.136. et 1994. Ils les ont mis en parallèle avec les chiffres de
population de 1958, 1970 et 1984 dans un tableau que
La densité de la population atteignait 9,58 hab./km2 en nous reproduisons en page 68, parce qu’il fournit une vue
2
1975 et 10,70 hab./km en 1978 (voir tableau infra page 69). synthétique de l’évolution de la population de 1984 à 1994.
Les chiffres de 1958 ont été ajustés, d’une part, pour intégrer
la population étrangère (que les données des recensements
1.3. LE RECENSEMENT SCIENTIFIQUE DE 1984 coloniaux ne reprenaient pas) et relevés de 3,18 % pour
corriger la sous-estimation de ceux-ci et, d’autre part, pour
1.3.1. Les chiffres du recensement être conformes aux délimitations des districts de 1992. Les
En juillet 1984 fut organisé, au Zaïre, le premier chiffres de 1970, qui étaient surévalués, ont été également
125
recensement scientifique de la population. Le premier ajustés . Les projections ont comme point de départ la
tableau de la page suivante présente les totaux définitifs taille de la population par entité telle que renseignée par
126
par zones (territoires) et par sexe de la population du les recensements de 1958, 1970 et 1984 .
123
Haut-Uele .* Comme on peut le constater, les chiffres de 1958
De 1970 à 1984, la population a connu un taux de passent de 611.304 habitants à 648.768 ; ceux de 1970 sont
124
croissance de 1,38 % . Sa densité, qui était de 8,8 hab./ ramenés de 795.619 habitants à 750.326.
2 2
km en 1970, est passée à 9,96 hab./km en 1984.
125 Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin, L. et
123 Institut national de la statistique, Kinshasa. Bas- Tambashe Oleko, « La population du Zaïre à la veille
Zaïre. Bandundu. Équateur. Haut-Zaïre. Recensement des élections de 1993 et 1994 », art. cit., p. 493.
scientifique de la population - Juillet 1984. Totaux 126 Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin, L. et
définitifs. Groupements/quartiers, Volume I, Kinshasa, Tambashe Oleko, Perspectives démographiques du
1992, pp. 141-153. Zaïre 1984-1994 & Population d’âge électoral en
124 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population 1993 et 1994, Kinshasa, Centre d’études pour l’action
du Zaïre », art. cit., p. 405. sociale (CEPAS), 1992.

66
LA POPULATION

Population du Haut-Uele en 1984

H F Total Superficie Densité


(km2) (hab./km2)
Rungu 105.307 110.372 215.679 8.605 25,0
Niangara 29.091 31.047 60.138 9.204 7,0
Dungu 58.069 64.430 122.499 32.446 4,0
Wamba 107.762 119.506 227.268 10.305 22,0
Watsa 54.756 54.513 109.269 16.015 7,0
Faradje 77.831 80.427 158.258 13.108 12,0
Total 432.816 460.295 893.111 89.683 9,96

Source : Institut national de la statistique, Kinshasa. Bas-Zaïre. Bandundu. Équateur. Haut-Zaïre. Recensement scientifique de la population…, op. cit.,
pp. 141-153.

Perspectives démographiques du Haut-Uele 1984-1991


(population en milieu d’année)

1984 (1+r)* 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991


889.882* a 1,0185 906.345 923.112 940.190 957.583 975.299 993.342 1.011.718
b 1,0255 912.574 935.845 959.709 984.181 1.009.278 1.035.014 1.061.407

a = hypothèse faible.
b = hypothèse forte.
* Notons que ce chiffre représente un résultat provisoire du recensement. Il sera porté ultérieurement à 893.111 dans les résulats définitifs fournis
par l’INS en 1992 (Institut national de la statistique, Kinshasa. Bas-Zaïre. Bandundu. Équateur. Haut-Zaïre…, op. cit.). C’est ce résultat qui figure au
tableau de la population du Haut-Uele en 1984 de la page précédente.
Source : République du Zaïre, Institut national de la statistique, Combien sommes-nous. Résultats provisoires du recensement scientifique de la
er
population du 1 juillet 1984, Kinshasa, décembre 1984, p. 50.

67
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

Population du Haut-Uele par district en 1958, 1970 et 1984


et prévisions pour 1993 et 1994

1958 1970 1984 1993 1994 Taux d’extrapolation


Rungu 135.022 170.415 215.679 244.427 247849 1,400
Niangara 72.026 56.910 60.138 62.282 62.525 0,390
Dungu 128.592 146.484 122.499 124.498 124.722 0,180
Watsa 74.036 88.114 109.269 123.066 124.703 1,330
Wamba 145.665 169.817 227.268 263.333 267.678 1,650
Faradje 93.426 118.587 158.258 183.697 186.764 1,670
Total 648.768 750.326 893.111 1.001.303 1.014.241 1,280

Source : Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin, L. et Tambashe Oleko, « La population du Zaïre à la veille des élections de 1993 et 1994 », Zaïre-
Afrique, n° 268, 1992, p. 495.

La population du Haut-Uele a connu, de 1938 à 1948, Répartie sur une superficie de 89.683 km2, la population
une régression, avec un taux de croissance de -1,36 %. Elle du Haut-Uele présentait une densité de 6,8 habitants/
2
a ensuite renoué avec une croissance légèrement positive. km en 1958. Celle-ci a augmenté progressivement pour
2 2
De 1948 à 1958, son taux de croissance s’est établit à 0,26 %. atteindre 8,8 hab./km en 1970, 9,58 hab./km en 1975,
2 2
De 1958 à 1970, il s’est élevé à 1,70%, pour redescendre 10,7 hab./km en 1978, 9,96 hab./km en 1984 et s’établir
127 2
à 1,38 % de 1970 à 1984 . Les estimations de Ngondo a à 11,31 hab./km en 1994. Les territoires de Rungu et
Pitshandenge, Léon de Saint Moulin et Tambashe Oleko Wamba présentent les densités les plus fortes. Pour Rungu,
2
pour les années 1993 et 1994 se basaient sur un taux elles sont passées de 15,7 hab./km en 1958 à 28,80 hab./
2
d’extrapolation de 1,28. Ces taux ont toujours été plus km en 1994 ; pour Wamba, elles sont passées de 14,13
2 2
faibles que ceux de la population de l’ensemble du pays aux hab./km en 1958 à 18,12 hab./km en 1994. Le territoire de
mêmes périodes, qui atteignirent respectivement : 0,57 % Faradje, qui présentait en 1958, une densité inférieure de
de 1938 à 1948, 2,17 % de 1948 à 1958, 3,25 % de 1958 à moitié à celles de Rungu et Wamba, connaît, en 1994, une
128 129 2
1970, 3,11 % de 1970 à 1984 . Les projections de 1994 densité de population de 20,42 hab./km , qui est devenue
tablaient sur un taux d’extrapolation de 3,29 %. supérieure à celle de Wamba. C’est le territoire de Dungu
qui présente la densité la moins forte, ayant fluctué entre
2 2
3 et 4,5 hab./km , pour s’établir à 3,84 hab./km en 1994.
1.5.LADENSITÉDEPOPULATIONDANSLEHAUT-UELE
(1958-1994)

Le tableau à la page suivante présente les densités de


population dans les différents territoires du Haut-Uele en
1958, en 1970, en 1975, en 1978, en 1984 et 1994.

127 de Saint Moulin, L., « Essai d’histoire de la population


du Zaïre », art. cit., p. 405.
128 Idem.
129 Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin, L. et
Tambashe Oleko, « La population du Zaïre à la veille
des élections de 1993 et 1994 », art. cit., p. 493.

68
LA POPULATION

Densité de la population du Haut-Uele de 1958 à 1994

Superficie Densité
(km2) (hab./km2)
1958 1970 1975 1978 1984 1994
Rungu 8.604 15,69 19,80 24,27 30,04 25,00 28,80
Niangara 9.204 7,83 6,18 7,35 8,04 7,00 6,79
Dungu 32.446 3,96 4,51 3,87 3,91 4,00 3,84
Wamba 10.305 14,13 16,48 20,65 22,77 22,00 18,12
Watsa 16.015 4,62 5,50 6,77 7,60 7,00 7,79
Faradje 13.108 7,13 9,05 10,45 10,40 12,00 20,42
Total 89.682 7,23 8,37 9,58 10,70 9,96 11,31

Sources :
- années 1958, 1970 et 1994 : les densités ont été calculées par nous.
- année 1975 : République du Zaïre, Division régionale des Affaires politiques, Rapport annuel « Affaires politiques » 1975 de la région du Haut-Zaïre,
Kisangani, 1976, pp. 11 et 11bis. Notons que ces chiffres pour 1975 ne comprennent pas la population étrangère, évaluée à 900.
- année 1978 : République du Zaïre, Division régionale de l’administration du territoire, Rapport annuel. Administration du territoire. Exercice 1978,
Kisangani, 1979, pp. 12-13.
- année 1984 : Institut national de la statistique, Kinshasa. Bas-Zaïre. Bandundu. Équateur. Haut-Zaïre…, op. cit., pp. 141-153.

1.6.ÉVOLUTIONDELAPOPULATIONDUHAUT-UELE divergent fréquemment, les écarts pouvant être énormes.


DE 2004 À 2008 Ainsi, l’administration territoriale de Rungu évalue-t-elle
la population du territoire en 2007 à 574.301 habitants,
Depuis le recensement (scientifique et officiel) de alors que l’Institut national de la statistique l’estime à
1984, il n’y a plus eu de recensement en RD Congo. Les 402.469 la même année. Elles sont donc extrêmement
données démographiques concernant la population délicates à interpréter, et nous les présentons à titre
du Haut-Uele de 2004 à 2008 présentées ci-dessous purement informatif.
sont soit des estimations provenant de la division Nous présentons, dans les trois tableaux suivants,
provinciale de l’Institut national des statistiques (INS) l’évolution de 2004 à 2008 de la population du Haut-
de Kisangani soit des données issues de rapports annuels Uele par territoire et par sexe, la densité de la population
administratifs des différents territoires. Les données ainsi que la répartition par groupe d’âge et par sexe de la
de l’INS sont généralement le résultat de projections et population pour l’année 2008.
d’extrapolations à partir des données de base de l’année La population du Haut-Uele, qui était estimée à
1984. Quant à celles émanant des rapports rédigés par 1.014.241 habitants en 1994, aurait poursuivi sa croissance,
les administrations des territoires, bien que censées pour atteindre 1.508.973 habitants en 2004 et 1.652.866
cerner de manière plus précise la réalité, elles sont habitants en 2008. La densité serait passée de 16,8 hab./
2 2
sujettes à caution. On notera ainsi que le rapport annuel km en 2004 à 18,4 hab./km en 2008. Elle était de 6,8 hab./
2 2 2
du territoire de Niangara avance, en 2007, le chiffre de km en 1958, de 8,8 hab./km en 1970, de 10,7 hab./km en
2
88.361 habitants pour ce territoire, alors que le rapport 1978 et de 11,31 hab./km en 1994.
2009, avance, quant à lui, le chiffre de 128.000 habitants ! Notons que de 2004 à 2008, les femmes représentaient
Une telle évolution, en l’espace de deux années, ne trouve 51,5 % de la population.
aucune justification. Par ailleurs, les données relatives à
une même année émanant de ces deux différentes sources

69
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

Densité de la population du Haut-Uele de 2004 à 2008

207.271 402.469
98.012
117.719 228.583
218.410 424.099
105.121 204.014
152.278 295.683
851.274 1.652.866
Total Superficie Densité
(km2) (hab./km2)
50.475 Territoire 2004 2005 2006 2007 2008
2008
F

Rungu 8.605 42,3 43,4 44,5 45,6 46,8


Niangara 9.204 11,0 9,9 10,1 10,4 10,6
Dungu 32.446 6,4 6,5 6,7 6,9 7,0
195.198
47.537
110.864
205.689
98.893
143.405
801.586
H

Wamba 10.305 37,3 38,2 39,2 40,2 41,2


Watsa 16.015 11,5 11,8 12,1 12,4 12,7
Évolution de la population du Haut-Uele de 2004 à 2008. Répartition par territoire et par sexe

Faradje 13.108 20,4 20,9 21,5 22,0 22,6


190.437 202.216 392.653
95.622
108.160 114.848 223.008
200.672 213.083 413.755
96.481 102.557 199.039
139.907 1.578.564 288.471
782.035 830.522 1.612.547
Total

Total 89.683 16,8 17,1 17,5 18,0 18,4

Source : les données relatives aux superficies sont extraites de République


49.244
2007

démocratique du Congo, Ministère du Plan, Unité de pilotage du processus DSRP,


F

Monographie de la Province-Orientale, Kinshasa, mars 2005, pp. 31-33.


46.378
H
197.284 383.076
93.290
112.048 217.570
207.886 403.664
100.056 194.184
144.940 281.435
810.257 1.573.219
Total

Répartition de la population du Haut-Uele par sexe


et par groupes d’âge en 2008
48.043
2006
F

Groupes d’âge Hommes Femmes Total


0 à 9 ans 272.612 289.509 562.121
185.792
45.247
105.522
195.778
94.128
136.495
762.962

10 à 19 ans 187.716 199.351 387.067


H

20 à 29 ans 129.528 137.557 267.085


30 à 39 ans 88.095 93.555 181.650
192.472 373.732
91.014
109.315 212.263
202.818 393.819
97.616 189.448
141.405 274.571
790.495 1.534.847
Total

40 à 49 ans 58.330 61.955 120.285


50 à 59 ans 36.376 38.631 75.007
60 à 69 ans 19.687 20.907 40.594
46.871
2005

70 à 79 ans 7.631 8.104 15.735


F

80 ans et plus 1.603 1.703 3.306


Totaux 801.578 851.272 1.652.850
181.260
44.143
102.948
191.003
91.832
133.166
744.352
H

Source : Estimation de la Direction provinciale de l’Institut national de


statistiques/Kisangani, 2008.
189.125 364.403
52.733 101.605
107.415 206.965
199.290 383.989
95.819 184.622
141.789 267.389
786.171 1.508.973

Source : Division provinciale de l’INS/Kisangani.


Total
2004
F
175.278
Niangara 48.872
99.550
Wamba 184.699
88.803
Faradje 125.600
722.802
Territoires H

Dungu
Année

Rungu

Watsa

Total

70
LA POPULATION

Pyramide des âges de la population du Haut-Uele 2008, la situation a cependant dû fortement changer au
en 2008 cours des dernières années, l’occupation de la région par
la Lord’s Resistance Army (LRA, voir point suivant) ayant
entraîné l’installation de plusieurs ONG étrangères dans
ce territoire. En revanche, le territoire de Niangara se vide,
ses dernières années, de sa population, en raison de la
proximité des foyers rebelles.

1.7.LESDÉPLACEMENTSDEPOPULATIONLIÉSÀ
LAPRÉSENCEDELALORD’SRESISTANCEARMY(LRA)

L’occupation de la région par la Lord’s Resistance Army


(LRA) depuis vingt ans a eu d’importantes répercussions,
Les données de gauche se rapportent aux hommes ; celles de droite dans le Haut-Uele, sur les déplacements de population et
aux femmes. la sécurité de celle-ci.

La population du Haut-Uele, comme en témoignent 1.7.1. Bref historique de la LRA


le tableau de la répartition de la population de la page Depuis 1987, la Lord’s Resistance Army se bat
ci-contre et la pyramide des âges ci-dessus, présente les pour instaurer en Ouganda un régime basé sur les dix
caractéristiques d’une population jeune : une proportion commandements de la Bible. Ce groupe armé est devenu
considérable de jeunes (34 % a moins de 10 ans, 55 % tristement célèbre par les atrocités commises envers
moins de 20 ans) et une fraction réduite de vieux (3,6 % les civils, notamment les enfants, enlevés pour devenir
a plus de 60 ans). combattants ou esclaves sexuels. Deux caractéristiques,
La population étrangère s’élevait, en 2008, à 352 la folie et la violence pathologique, font également la
personnes. Le tableau suivant en donne la répartition par mauvaise réputation de Joseph Kony, son leader, qui
territoire. se déclare l’héritier d’Alice Lakwena, la charismatique
130
prophétesse du Holy Spirit Movement .
Effectif de la population étrangère dans le Haut-Uele Ce conflit, qui se déroule dans le nord de l’Ouganda,
répartie par territoire en 2008 se développe dans l’ombre de la « success story » du
Sud-Ouganda. Les autorités de Kampala ont toujours
Territoire Hommes Femmes Total euphémisé la capacité de nuisance de ce groupe armé et
Dungu 9 5 14 le président Museveni déclara haut et fort, au début, qu’il
Faradje 5 7 12 écraserait cette bande de voyous. D’ailleurs, les attaques
Niangara 64 32 96 n’étaient alors que des violences périphériques, résiduelles
Rungu 101 73 174 et localisées.
Wamba 14 2 16 Il est difficile d’estimer le nombre des combattants
Watsa 31 9 40 dont dispose la LRA, ou celui des victimes qu’elle a faites.
Total 224 128 352 De même, il n’existe pas de renseignements précis sur les
affrontements entre ce groupe armé et l’Uganda People’s
Source : Rapports administratifs des territoires du Haut-Uele, 2008. Defense Forces (UPDF) ou l’armée gouvernementale.

En 2008, 50 % de la population étrangère est 130 Perrot, S., « Les sources de l’incompréhension :
concentrée dans le territoire de Rungu (ce territoire production et circulation des savoirs sur la Lord’s
abrite Isiro, le chef-lieu du Haut-Uele) et 27 % dans celui Resistance Army », Politique africaine, Paris, n° 112,
de Niangara. Si Dungu ne comptait que 14 étrangers, en décembre 2008, pp. 140-159.

71
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

Rien ne filtre non plus sur le nombre de victimes de la en changeant de look : aux dreadlocks, kanzu ou grande
répression de l’UPDF. robe blanche, et au rosaire succèdent, tout d’abord, des
Cette guerre prit un nouveau tournant à partir de treillis militaires, des bottes Wellington et une coupe
1993, quand Khartoum commença à soutenir la LRA. Le de cheveux courte, puis finalement des costumes civils.
gouvernement soudanais apporta des missiles anti-char et Joseph Kony va même très succinctement rompre le
Sam, des lance-roquettes etc. à ces rebelles qui les utilisaient silence pour intervenir en personne sur la radio locale de
dans des camps semi-permanents établis au Sud-Soudan. Gulu, « Mega FM », avant de convoquer, dans un camp de
L’Operation Iron Fist (OIF), lancée par l’armée l’Est de la RD Congo, les correspondants internationaux
ougandaise en février 2002, contribua fortement alors en concurrence pour l’une des nombreuses first ever
à l’internationalisation médiatique, humanitaire, interviews du leader emblématique de la LRA.
diplomatique et judiciaire du conflit. D’un côté, la Une des raisons pour lesquelles ce groupe armé a
LRA modifia sa stratégie de communication et permit accepté les négociations, est qu’on le croyait exsangue.
surtout le retour – qu’il soit volontaire ou forcé – à la vie Car depuis 2005, la LRA avait quitté l’Ouganda et
civile d’acteurs majeurs comme des commandants de s’était coupée des conditions politiques et sociales dans
rang supérieur. De l’autre, l’OIF provoqua le reflux des lesquelles elle s’était développée. En septembre de cette
combattants de la LRA vers le nord de l’Ouganda et le année, elle s’était redéployée depuis ses bases arrière
déplacement de plus de 1,6 million de personnes. sud-soudanaises vers le Parc national de la Garamba
C’est à ce moment que Jan Egeland, le représentant en RDC. Certains éléments de la LRA auraient noué
spécial aux affaires humanitaires auprès du secrétaire des contacts avec des groupes armés tchadiens et
général de l’ONU, fit de l’Ouganda l’un des pays phares centrafricains. Elle n’a cessé, depuis, d’enlever des
de sa politique de coups de projecteur sur les conflits enfants et des femmes dans les pays voisins, au point
« oubliés ». En un court laps de temps, des centaines de que certaines sources estiment que les combattants
journalistes, d’ONG, d’agences onusiennes, d’experts, de étrangers, notamment sud-soudanais, pourraient
consultants, de chercheurs établirent leurs quartiers au désormais constituer le gros des troupes de la LRA. Il
nord du pays. Les centres de réception des anciens enfants- s’agissait d’une transnationalisation du groupe armé,
soldats et des interviews avec des chefs traditionnels et des ou plus exactement de son déplacement à l’intérieur
anciens commandants de la LRA renforcèrent un double du système de conflit régional. L’on craignait que cela
regard sur ce conflit : l’infantilisation et la criminalisation aboutisse à la mercenarisation du conflit.
de ce groupe armé. Sur le terrain, depuis septembre 2008, la Mission des
À partir de 2003, la presse et les humanitaires vont Nations unies en République démocratique du Congo et
attirer l’attention sur les « child soldiers », les « child l’armée congolaise ont lancé une offensive contre la LRA,
mothers » et autres « night commuters », ces jeunes adultes rejointe à la mi-décembre par des troupes ougandaises et
ou enfants qui quittent leur village à la tombée de la nuit sud-soudanaises. Les États-Unis ont imposé des sanctions
et font des kilomètres pour se réfugier jusqu’au matin dans contre elle et le procureur général de la CPI a réitéré ses
un centre urbain plus sûr, afin d’éviter les attaques de la appels pour une arrestation de Kony. Selon certaines
LRA. informations, en mars 2011, Joseph Kony serait revenu en
En décembre 2001, Kampala était parvenu à faire République démocratique du Congo en provenance de la
131
inscrire la LRA sur la liste des organisations terroristes République centrafricaine .
tenue par le département d’État américain. Et à partir de
2003, il présenta trente-trois chefs d’accusation à la Cour 1.7.2. La LRA dans le Haut-Uele
pénale internationale (CPI) contre les principaux leaders Les exactions commises par la LRA ont entraîné
de la LRA, Joseph Kony, Vincent Otti et Dominic Ongwen. d’importants déplacements de population dans le Haut-Uele.
Néanmoins des pourparlers entre la LRA et le
gouvernement ougandais vont s’ouvrir à Juba, en juillet 131 OCHA, Province-Orientale, Rapport mensuel mars
2006. Les rebelles vont même tenter un coup médiatique 2011, Action humanitaire en Province-Orientale,
OCHA Province-Orientale, mars 2011, p. 2.

72
LA POPULATION

La situation des populations déplacées au 31 décembre personnes sont retournées dans leur milieu d’origine les 18
2010 et au 31 mars 2011 dans le district du Haut-Uele est derniers mois. 10 % dans le Bas-Uele, 43 % dans le Haut-
présentée au tableau suivant. Uele et 47 % en Ituri. 122.000 parmi elles sont retournées
depuis janvier 2010 (dont 70 % au premier semestre 2010).
Répartition des personnes déplacées dans le district du Les territoires d’Ango (Bas-Uele), de Dungu, de Faradje et
Haut-Uele au 31 décembre 2010 et au 31 mars 2011 de Watsa (Haut-Uele), et de Djugu et d’Irumu sont ceux
133
où le retour a été le plus observé . »
Décembre 2010 Mars 2011 Le rapport de l’OCHA de mars 2011 donne les
Territoire Nombre % Nombre % précisions suivantes : « De décembre 2010 à mars 2011,
Dungu 120.120 56 121.189 49 l’on a enregistré une augmentation de 15 % du nombre de
Faradje 45.647 21 75.809 31 personnes déplacées dans le district du Haut-Uele suite
Niangara 21.129 10 22.008 9 aux attaques de la LRA. La plus forte augmentation a été
Rungu 19.212 9 19.212 8 observée en territoire de Faradje, qui a accueilli près de
Watsa 9.903 5 10.217 4 26.000 nouveaux déplacés entre décembre 2010 et mars
Total 216.011 100 248.435 100 2011, soit une hausse de 66 %. Les attaques et exactions de
la LRA ont provoqué le déplacement de près de 329.000
Source : Rapport mensuel et bilan annuel partiel 2010, Action humanitaire personnes dans les Uele et en territoire d’Aru ; à ce nombre,
en Province-Orientale, OCHA Province-Orientale, décembre 2010, s’ajoutent près de 20.000 Congolais au Sud-Soudan (dont
p. 8 et Rapport mensuel mars 2011, Action humanitaire en Province- 15.000 ayant le statut de réfugiés) et 3.500 autres réfugiés
Orientale, OCHA Province-Orientale, mars 2011, p. 4. en République centrafricaine. En résumé, à la fin mars
2011, la commission Mouvements de population (CMP)
Le rapport de l’OCHA de décembre 2010 estime que : de la Province-Orientale a noté une augmentation de
« 91 % de ces personnes se sont déplacées en 2008 et 9,3 % du nombre total des personnes déplacées par
2009 et ne peuvent rentrer dans leur milieu d’origine, en rapport au dernier trimestre 2010 essentiellement due à
raison de la précarité de la sécurité dans plusieurs localités. de nouveaux mouvements de population, conséquences
Les 9 % déplacés en 2010 sont essentiellement dans les des attaques persistantes de la LRA dans les territoires de
territoires de Dungu (89 %) et de Faradje (10,6 %) ; 11 % Dungu, Faradje, Niangara et Ango de décembre 2010 à
134
de ces derniers se sont déplacés les 3 derniers mois suite mars 2011 . »
aux attaques de la LRA et d’un groupe armé non encore
132
formellement identifié en territoire de Faradje . » La présence de la LRA a, on le voit, d’importantes
répercussions sur la sécurité des populations. Celle-ci n’a pas
Le Bas et le Haut-Uele comptent « en fin février 2011, connu d’amélioration significative dans le Haut-Uele en 2010.
300.000 personnes déplacées dont 50.700 personnes dans « Des opérations militaires, conduites conjointement par
le Bas-Uele et 249.300 dans le Haut-Uele. Près de 33.000 l’armée congolaise et les forces armées ougandaises (Ugandan
personnes sont nouvellement déplacées suite récentes
exactions de la LRA (décembre 2010 et février 2011). Ces 133 « Province-Orientale - District du Bas-Uele, du Haut-
nouveaux déplacements portent à 327.000, le nombre Uele et d’Ituri : Mouvements de population suite aux
attaques des groupes armés : situation en février
de personnes déplacées suite aux exactions de la LRA
2011 », consulté le 25 mars 2011 sur http://www.
en Province-Orientale depuis le début de la crise. Ce
rdc-humanitaire.net/index.php?option=com_conten
chiffre inclut les 26.800 déplacés du territoire de Faradje
t&view=article&id=772:province-orientale-district-
se trouvant en territoire d’Aru […]. Près de 149.000 du-bas-uele-du-haut-uele-et-dituri-mouvements-
de-population-suite&catid=30:infographies&I-
132 OCHA Province-Orientale, Rapport mensuel et bilan temid=143
annuel partiel 2010, Action humanitaire en Province- 134 OCHA Province-Orientale, Rapport mensuel mars
Orientale, OCHA Province-Orientale, décembre 2011, Action humanitaire en Province-Orientale,
2010, p. 8. OCHA Province-Orientale, mars 2011, p. 5.

73
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

People Defence Force, UPDF), ont montré leurs limites. De décembre 2010 à mars 2011, ces attaques ont
Le leader de la LRA Joseph Kony et son noyau dur n’ont provoqué le déplacement, d’environ 33.000 personnes
pas été neutralisés. Ils se retranchent tantôt en République en territoire de Dungu, Faradje, Niangara et Watsa. Au
centrafricaine, tantôt en RD Congo. Ses hommes, dispersés premier trimestre 2011, plus de filles sont sorties des rangs
en groupuscules, ont gardé leur modus operandi : attaques de la LRA à comparer au dernier trimestre de 2010, 51
e e
avec atrocités accompagnées de prise d’otages. Les villageois filles (70 au 4 trimestre 2010) contre 47 garçons (80 au 4
des Uele sont régulièrement victimes des attaques de ces trimestre 2010). Par ailleurs, les agriculteurs sont obligés
rebelles, quoique des contingents FARDC et de la Monusco d’être escortés par la Monusco et les FARDC pour accéder
135
soient déployés dans plusieurs localités du Haut-Uele . » à leurs champs. En mars 2011, dans les localités de Duru,
Si les exactions de la LRA sont significativement en de Ngilima et de Niangara, des escortes ont été fournies
baisse par rapport aux années 2008 et 2009, grâce aux pour accompagner 457 agriculteurs dans leurs champs
138
efforts conjoints des forces armées de la RD Congo, de (191 à Duru, 135 à Ngilima et 142 à Niangara) .
l’Ouganda et de la Monusco, il convient de noter que celle- En mars 2011, 65.499 personnes sont retournées dans
ci reste cependant une menace majeure pour la sécurité le Haut-Uele. Si l’amélioration de la situation sécuritaire en
des populations des Uele. Les meurtres et enlèvements est la principale raison dans l’ensemble de la province, ces
que continuent à perpétrer la LRA obligent, en effet, retours sont également motivés par le faible accès à la terre
dans les deux Uele, près de 300.000 personnes à vivre en pour les populations déplacées, dont l’activité principale est
déplacement, leur ôtant toute possibilité de mener des l’agriculture, ainsi que les changements de saisons agricoles.
activités économiques stables. « Depuis 2008, près de Le nombre de personnes retournées au cours des 18
2.600 personnes auraient été enlevées dans les Uele dont derniers mois dans le Haut-Uele représente 38 % du total de
139
34 % d’enfants (près de 900 enfants) mais Unicef/COOPI personnes retournées dans la Province-Orientale .
ont accueilli plus de 1.300 enfants rescapés. Dans diverses Notons, que la LRA n’est pas la seule responsable
circonstances (fuite, libération lors des attaques des d’exactions à l’encontre des populations. Ainsi, en sepembre
positions de la LRA par les FARDC et/ou UPDF), 446 de 2010, « des déplacements de personnes ont été observés
ces enfants (près de 50 %) sortis de ce groupe ont été pris à la suite d’exactions commises par les FARDC, surtout
en charge par les organisations humanitaires spécialisées sur l’axe Dungu-Duru. […] D’autre part, les déplacés
136
en 2010 parmi lesquels 45 % de filles . » de Niangara ont affirmé avoir été victimes de plusieurs
exactions des autorités civiles : une dizaine de jeunes ont
En, 2011, La situation sécuritaire continue à être été astreints à payer des taxes provinciales sans quittance.
préoccupante, notamment sur l’axe Dungu-Faradje. Le […] Le chef de groupement de Mbengu (chefferie Kopa en
nombre d’attaques commises attribuées à la LRA est en territoire de Ningara) dans la localité de Iveka (30 km S-O
hausse comparativement au mois de décembre dernier. Dungu) s’est livré à des arrestations arbitraires, extorsions
Les statistiques compilées par OCHA/Dungu sont de et tortures à l’endroit des personnes déplacées vivant dans
140
34 attaques ayant causé la mort 18 civils et entraîné cette localité ».
l’enlèvement de 9 adultes et 18 enfants ; 8 personnes La LRA n’est pas non plus la seule responsable des
137
blessées ont été rapportées . violences sexuelles constatées dans la région. Tant des
civils que des membres des forces armées congolaises se
135 Rapport mensuel et bilan annuel partiel 2010, Action
rendent coupables de viols. Ainsi, « (on) a enregistré, entre
humanitaire en Province-Orientale, OCHA Province-
Orientale, décembre 2010, p. 3.
136 Idem, p. 5. 138 OCHA, Province-Orientale, « Rapport humanitaire
137 Province-Orientale, « Rapport humanitaire mensuel mensuel mars 2011 », OCHA, 2011, consulté le
janvier 2011 », OCHA, 2011, consulté le 17/3/2011, sur 9/5/2011, sur www.rdc-humanitaire.net/attachments/
www.rdc-humanitaire.net/index.php?option=com_ article/818/PO%20Rapport%20Mensuel_Mars%20
content&view=article&id=713:province- 2011vf.pdf
orientale--rapport-humanitaire-mensuel-janvier- 139 Idem.
2011&catid=33:rapports-mensuels&Itemid=123 140 Idem, p. 5.

74
LA POPULATION

mai et juin, 147 cas de violences sexuelles à Isiro (territoire Répartition de la population du territoire de Dungu
de Rungu) dont 112 cas sur des mineures ; les auteurs sont par chefferie et par sexe en 2007
141
principalement des civils ». Par ailleurs, en juin 2010,
une centaine de cas de violences sexuelles ont été commis Chefferies Hommes Femmes Total SuperficieDensité
e
par des éléments du 913 bataillon FARDC à Doruma. km2 hab./km2
« 26 % des victimes avaient moins de 14 ans et 45 % entre Malingindo 8.134 8.636 16.770 4.838 3,5
14 et 17 ans. 52 % des viols recensés auraient été commis Ndolomo 23.989 25.473 49.462 4.971 10,0
92
par des militaires ». Wando 76.037 80.739 156.776 22.637 7,0
Outre le problème soulevé par la LRA dans le Haut- Total 108.160 114.848 223.008 32.446 6,9
Uele, il convient également de mentionner celui posé par
la présence d’éleveurs mbororo dans la région (voir infra Source : Estimation de l’INS/Kisangani.
p. 94-96). La question du rapatriement de ces éleveurs
et de leurs bêtes fut à l’ordre du jour d’une réunion, à Trois chefferies se partagent la population du territoire,
la demande de la RD Congo, de l’Union africaine, en mais la chefferie Wando concentre à elle seule 70 % des
septembre 2010 à Addis-abeba. habitants du territoire.
Le tableau suivant présente la répartition par sexe et
groupes d’âges de la population du territoire en 2008.

2.LAPOPULATIONPARTERRITOIREEN2007-2008 Répartition par groupes d’âge et par sexe de la


population du territoire de Dungu en 2008
Les données présentées ci-dessous sont soit des
estimations émanant de la Division provinciale de l’Institut Groupe d’âge Hommes Femmes Total
national de la statistique de Kisangani, soit des chiffres 0 à 9 ans 37.706 40.035 77.741
tirés de rapports administratifs provenant des différents 10 à 19 ans 25.962 27.568 53.530
territoires. Compte tenu des remarques formulées plus 20 à 29 ans 17.914 19.023 36.937
haut quant à leur degré de fiabilité, ces données sont 30 à 39 ans 12.184 12.937 25.121
présentées à titre purement indicatif. 40 à 49 ans 8.068 8.568 16.636
50 à 59 ans 5.031 5.342 10.373
60 à 69 ans 2.722 2.891 5.613
2.1. TERRITOIRE DE DUNGU 70 à 79 ans 1.055 1.120 2.175
80 ans et plus 222 235 457
Le tableau de l’évolution de la population du Haut- Total 110.864 117.719 228.583
Uele entre 2004 et 2008 (voir supra page 70) estime la
population du territoire de Dungu à 228.583 habitants Source : Estimation de l’INS/Kisangani, 2008.
en 2008 contre 223.008 l’année précédente. La répartition
pour l’année 2007 de cette population entre les trois Les jeunes de moins de 20 ans représentent, comme
chefferies du territoire est fournie au tableau suivant. dans la province en général, plus de 57 % de la population
et 74 % ont moins de 30 ans.
En l’absence de données chiffrées sur la population
étrangère vivant dans le territoire, la seule précision que
nous puissions apporter est que cette population compte
des Belges et des Italiens, pour la plupart missionnaires,
et des Maliens et des Soudanais. Depuis l’opération de
rapatriement des réfugiés soudanais chez eux, cependant,
leur nombre doit avoir sensiblement diminué.
141 Idem, p. 7.

75
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

En raison de la présence de rebelles de la LRA dans


le territoire de Dungu, 113.152 personnes avaient été Répartition de la population du territoire de Faradje
déplacées en février 2010. Cela représentait 51 % de par groupes d’âge et par sexe en 2008
l’ensemble des personnes déplacées dans le Haut-Uele.
La faible densité de la population du territoire (6,9 Groupes d’âge Hommes Femmes Total
2
hab./km en 2007) s’explique, entre autres, par un faible 0 à 9 ans 48.771 51.791 100.562
taux de natalité dans de nombreux villages, mais aussi 10 à 19 ans 33.584 35.661 69.245
par la présence, dans le territoire, du Parc national de la 20 à 29 ans 23.173 24.607 47.780
Garamba qui occupe une vaste étendue non habitée. 30 à 39 ans 15.761 16.735 32.496
Selon le Bureau central de la zone de santé (BCZS) de 40 à 49 ans 10.437 11.082 21.519
Dungu, le taux de natalité serait de l’ordre de 10 ‰, alors 50 à 59 ans 6.507 6.910 13.417
qu’il est estimé à 47 ‰ au niveau national. Le taux de 60 à 69 ans 3.522 3.739 7.261
mortalité avoisinerait, quant à lui, 4 ‰. 70 à 79 ans 1.364 1.449 2.813
Pendant l’époque coloniale, et surtout à partir de 1940, 80 et plus 286 304 590
ce phénomène avait été qualifié de « mal démographique » Total 143.405 152.278 295.683
142
de l’Uele . Une légère amélioration du taux de croissance
naturel, considéré comme négatif par le passé, a cependant Source : Estimation de l’INS/Kisangani.
été notée : le taux de fécondité s’est, en effet, amélioré,
passant à 2,4 (l’indice synthétique de fécondité national
étant estimé, quant à lui, à 5,5). L’espérance de vie à la 2.3. TERRITOIRE DE NIANGARA
naissance pour les hommes et femmes reste égale à la
moyenne nationale estimée à 54 ans. L’effectif de la population du territoire de Niangara
L’amélioration du taux de fécondité actuel peut en 2007 fourni par le Rapport annuel du territoire de
être partiellement expliquée par une modification de Niangara, exercice 2007, est de 88.413 habitants. La
comportements démographiques. Les facteurs ayant Division provinciale de l’INS/Kisangani, l’estime, quant à
une incidence sur la démographie sont : les guerres, la elle, à 95.622 habitants (v. tableau supra p. 70) Le tableau
prolifération d’insectes nuisibles, vecteurs de maladies ci-contre présente sa répartition par chefferie/cité, par
graves (maladie du sommeil, malaria, tuberculose, lèpre, sexe et par groupes d’âge pour l’année 2007.
parasites intestinaux) et, surtout, une hygiène déficiente.
La chefferie Okondo concentre 35 % de la population
du territoire. La densité de la population du territoire
2.2. TERRITOIRE DE FARADJE était, si l’on se base sur les estimations de la population
fournies par l’INS/Kisangani (voir tableaux supra p. 70),
2 2
La population résidant dans le territoire de Faradje est de 10,4 hab./km en 2007 et 10,6 hab./km en 2008.
estimée, en 2008, à 295.683 habitants. Cette population Le second tableau de la page suivante présente le
essentiellement rurale est très inégalement répartie. La nombre de décès et de naissances enregistrés en 2007 dans
densité moyenne est de 22,6 hab./km². le territoire.
Le tableau suiavnt présente la répartition de la
population du territoire de Faradje par tranche d’âge et par
sexe en 2008.
Les moins de 20 ans représentent 57 % de la population
du territoire, les moins de 30 ans, 73%.

e
142 Bureau central de la zone de santé, 51 projet de l’IMO
du Zaïre, 1972, p. 4.

76
LA POPULATION

Naissances et décès enregistrés dans le territoire


Total général
4.320
13.460
12.781
4.895
3.258
7.646
31.149
10.904
88.413
de Niangara en 2007

Subdivision
administrative Naissances Décès
(‰) (‰)
Total
-
2
14
-
-
77
-
3
96
Boimi 64 58
Kereboro 45 38
Répartition de la population du territoire de Niangara par entité, sexe et nationalité en 2007

Kopa 35 30
F
-
-
-
-
-
18
-
-
18
Population étrangère

Mangbele 26 26
Mangbetu 33 25
Manziga 45 32
G
-
-
-
-
-
12
-
-
12

Okondo 125 58
Cité de Niangara 74 40
Total 447 307
F
-
-
-
-
-
14
31.149 -
-
14

Source : Rapport annuel du territoire de Niangara, 2007.


H
-
2
14
-
-
33

3
52

Entre le 13 et le 18 décembre 2009, la LRA a massacré


321 personnes et en a enlevé 200, dont 80 enfants en
143
Total
4.320
13.458
12.767
4.895
3258
7.569

10.901
88.317

territoire de Niangara .

2.4. TERRITOIRE DE RUNGU


F
1.004
2.173
2.682
1.218
837
1.622
8.603
2.715
20.854

Les chiffres de population fournis par l’administration


du territoire de Rungu divergent considérablement des
estimations fournies par de la division provinciale de l’INS
G
1.041
1.921
2.828
1.228
620
1.835
8.267
2.738
20.478

à Kisangani. En 2007, l’administration territoriale évaluait


Population congolaise

la population du territoire de Rungu à 574.301 habitants.


L’Institut national des statistiques estime, quant à lui, cette
population à 402.469 habitants en 2008.
Source : Rapport annuel du territoire de Niangara, 2007.
F
1.128
4.808
3.539
1.187
891
2.056
7.738
2.757
24.104

En 2008, la répartition de cette population par groupes


d’âge et sexe se présenterait conformément au tableau ci-
dessous.
Subdivision administrative
H
1.147
4.556
3.718
1.262
910
2.056
6.541
2.691
22.881
Mangbetu
Mangbele
Kereboro

143 OCHA, Province-Orientale, Action humanitaire


chefferie

Manziga
Okondo
Boimi

en Province-Orientale. Rapport mensuel février


Total
Kopa

Cite

2010, Bureau OCHA Province-Orientale, Bunia/


Kisangani/Dungu/Aru, p. 1.

77
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

Répartition de la population du territoire de Rungu Répartition par sexe et par entité de la population de
par groupes d’âge et par sexe en 2008 Wamba en 2007

Groupe d’âge Hommes Femmes Total Entité Hommes Femmes Total


0 à 9 ans 66.385 70.491 136.876 Bafwangada 23.271 24.710 47.981
10 à 19 ans 45.711 48.539 94.250 Bafwakoy 28.168 29.910 58.078
20 à 29 ans 31.542 33.493 65.035 Balika Toriko 6.021 6.392 12.413
30 à 39 ans 21.452 22.779 44.231 Cité Durunga 11.984 12.726 24.710
40 à 49 ans 14.207 15.085 29.292 Mabudu Malika Baberu 18.722 19.881 38.603
50 à 59 ans 8.858 9.406 18.264 Maha 6.185 6.567 12.752
60 à 69 ans 4.794 5.091 9.885 Makoda 30.620 32.514 63.134
70 à 79 ans 1.858 1.973 3.831 Malamba 13.581 14.421 28.002
80 ans et plus 391 414 805 Malika Ateru 7.111 7.550 14.661
Total 195.198 202.271 402.469 Mangbele 9.150 9.717 18.867
Timoniko 28.351 30.105 58.456
Source : Estimation de l’INS/Kisangani 2008. Wadimbisa 17.508 18.590 36.098
Total 200.672 213.083 413.755
Le rapport annuel du territoire de Rungu de l’année
2007 (p. 41), évalue la population étrangère du territoire Source : Estimations de l’INS/Kisangani.
à 174 (101 hommes et 73 femmes) : 39 Italiens, 36
Canadiens, 39 Soudanais, 22 Belges, 13 Suisses et une
vingtaine d’Anglais. Répartition de la population du territoire de Wamba
par groupes d’âge et sexe en 2008

2.5. TERRITOIRE DE WAMBA Groupes d’âge Hommes femmes Total


0 à 9 ans 69.955 74.282 144.237
En 2007, l’Institut national des statistiques de Kisangani 10 à 19 ans 48.169 51.149 99.318
a estimé l’effectif de la population du territoire à 413.755 20 à 29 ans 33.238 35.294 68.532
habitants. Le tableau suivant en présente la répartition par 30 à 39 ans 21.635 24.974 46.609
entité et par sexe. 40 à 49 ans 14.970 15.895 30.865
La population de Wamba était estimée à 424.099 en 50 à 59 ans 9.333 9.911 19.244
2008. L’Institut national de statistiques de Kisangani fournit 60 à 69 ans 5.051 5.363 10.414
une estimation de la répartition par groupes d’âge et par 70 à 79 ans 1.957 2.078 4.035
sexe de la population du territoire pour cette année là. 80 ans et plus 410 435 845
Total 205.688 218.411 424.099

Source : Estimation de l’INS/Kisangani, 2008.

57 % de la population du territoire a moins de 20 ans,


73 % moins de 30 ans.
Le rapport annuel du territoire pour l’exercice 2007
établit le nombre de naissances à 6.262 et celui des décès à
657 décès, soit un taux de natalité de 15,1 ‰ et un taux de
mortalité de 1,6 ‰ l’an.

78
LA POPULATION

Nombre des naissances et de décès dans le territoire de Wamba en 2007

Subdivision administrative Naissances Décès


G F T H F G F T
Bafwangada 345 324 669 12 14 6 1 33
Bafwakoy 176 146 322 3 5 2 2 12
Balika-Toriko 629 547 1.176 36 34 32 30 132
Cité Durunga 1.030 1.052 2.082 1 1 - - 2
MMb 204 284 489 - - - - -
Maha 100 96 196 14 12 1 6 33
Makoda 192 203 395 11 8 3 6 28
Malamba 58 63 121 2 1 1 2 6
Malika/A 118 134 252 60 58 31 41 190
Mangbele 2 19 31 3 5 2 4 14
Timoniko 73 66 139 52 44 96
Wadimbisa 216 174 390 44 29 22 16 111
Total 3.154 3.108 6.262 238 211 100 108 657

Source : Rapport annuel du territoire de Wamba, 2007.

Le nombre d’étrangers recensés la même année s’élève à 16 personnes : quatre Kenyans (2 hommes et 2 femmes), une
Allemande et trois Belges, deux Espagnols et six Italiens de sexe masculin.

2.6. TERRITOIRE DE WATSA

En 2007, la population du territoire de Watsa était estimée à 199.038 habitants. Le tableau suivant présente la répartition
de la population par entités et par sexe.

Répartition de la population du territoire de Watsa par entité et par sexe en 2007

Entité Population Superficie Densité


H F Total km2 hab./km2
Andikofa 2.453 2.604 5.057 1.320 3,8
Andobi 14.064 14.934 28.998 742 39,1
Ateru 7.579 8.154 15.733 3.226 4,9
Gombari 7.983 8.475 16.458 1.080 15,2
Kebo 7.187 7.633 14.820 673 22,0
Kibali 16.739 17.774 34.513 1.641 21,0
Mangbutu 16.008 16.999 33.007 2.202 15,0
Mari Minza 4.577 4.861 9.428 2.690 3,5
Walese 6.541 6.946 13.487 2.424 5,6
Cité de Watsa 13.350 14.178 27.528 18 1.529,3
Total 96.481 102.558 199.039 16.015 12,4

Source : Estimation de la Direction provinciale INS/Kisangani.

79
CHAPITRE III L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE

Il y a une forte concentration de la population dans Naissances et décès enregistrés en territoire


la cité de Watsa, en raison des facilités que cette cité de Watsa en 2007
procure à ses habitants. Une densité un peu plus élevée
que dans les autres entités s’observe, par ailleurs, à Andobi Entités Naissances Décès
2
(39,1 hab. km ). Les densités les plus faibles se rencontrent Andikofa 34 13
à Mari Minza, Andikofa, Ateru et Walese. Andobi 0 0
En 2008, la population était estimée à 204.014 habitants. Ateru 0 0
Le tableau ci-dessous présente la répartition par groupes Gombari 72 24
d’âge et par sexe de la population de Watsa en 2008. Kebo 143 13
Kibali 178 127
Répartition de la population du territoire de Watsa Mangbutu 197 49
par groupe d’âge et par sexe en 2008 Mari Minza 542 24
Walese 126 64
Groupes d’âge Hommes Femmes Total Cité de Watsa 3.264 332
0 à 9 ans 33.645 35.726 69.371 Total 4.556 646
10 à 19 ans 23.170 24.601 47.771
20 à 29 ans 15.987 16.977 32.964 Source : Rapport annuel du territoire de Watsa, 2007.
30 à 39 ans 10.874 11.547 22.421
40 à 49 ans 7.202 7.648 14.850 Le taux de natalité était de 2,3 % en 2007, celui de la
50 à 59 ans 4.492 4.769 9.261 mortalité de l’ordre de 0,3 % l’an.
60 à 69 ans 2.433 2.583 5.016 Le tableau qui suit présente la répartition par
70 à 79 ans 944 1.003 1.947 nationalité, pour l’année 2007, de la population d’origine
80 à plus 200 213 413 étrangère, dont l’effectif s’élève à 40 personnes.
Total 98.947 105.067 204.014
Répartition de la population étrangère selon le sexe et
Source : INS/Kisangani. l’origine dans le territoire de Watsa en 2007

En 2008, 57 % de la population de Watsa avait moins de Nationalité Sexe Total


20 ans, 73 % moins de 30 ans. Le tableau suivant présente, M F
pour 2007, le nombre de naissances et de décès enregistrés Canadienne 3 0 3
lors du recensement de la territoriale. Guinéenne 1 0 1
Sud-africaine 4 1 5
Australienne 1 0 1
Britannique 1 0 1
Malawite 1 0 1
Zimbabwéenne 3 0 3
Ougandaise 7 2 9
Tanzanienne 2 0 2
Hellénique 2 1 3
Italienne 6 5 11
Total 31 9 40

Source : Rapport annuel du territoire de Watsa, 2007.

80
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

CHAPITRE IV
LES PEUPLES DU HAUT-UELE

1. LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE delà du 3° Nord, et les ancêtres du groupe Buan


qui a commencé à se diversifier dans les derniers
AVANT LE XIXE SIÈCLE144 siècles avant notre ère, juste au sud de la vallée de
la moyenne Bomokandi, alors une vigoureuse forêt
tropicale. Pendant ce temps, les locuteurs soudanais
Dans la région de l’Uele et de l’Ituri, des paysans
central du sud se différenciaient en plusieurs groupes
de milieux culturels divers se sont rencontrés, y ont
linguistiques dans les hautes terres à l’ouest du Nil et
forgé une nouvelle tradition et ont fait des terres
du lac Mobutu. Dans cette région, la fonte du fer a
de la moyenne Bomokandi-Nepoko un pivot pour
fait ses débuts à partir de c. 300 av. J.C. et la banane a
la région entière. D’après Jan Vansina, dans cette
probablement été adoptée dans les premiers siècles de
région du nord-est, des locuteurs de 28 langues des
notre ère. Ce dernier développement en particulier
trois principales familles linguistiques africaines
doit être lié à plusieurs expansions humaines qui
sont actuellement entassés comme si ces gens
ont suivi : l’expansion des locuteurs proto-mamvu
avaient immigré vers ce noyau de tous les points des
dans les profondeurs des forêts d’Ituri, à l’est du 280°
alentours.
Est où ils ont influencé tous les locuteurs bantou,
Les premiers agriculteurs, qui étaient
l’expansion des locuteurs buan au nord, entre Uele et
probablement des locuteurs oubanguiens, venaient
Mbomu, mais aussi au sud dans la région d’Aruwimi,
de l’ouest et apportaient avec eux une tradition
et peut-être l’expansion des groupes de langues
d’outils polis dont les plus remarquables étaient des
oubangiennes à l’ouest vers l’Ubangi et vers la boucle
haches robustes en hématite très riche en fer. Celles-
du Congo.
ci étaient si solides que les gens ont continué à les
e Chacun des trois groupes d’immigrants avait
fabriquer jusqu’au xvii siècle. Puis les locuteurs
apporté son propre héritage social. Seule une
bantou, venus du sud-ouest, sont arrivés à leur
minorité parmi les proto-Oubanguiens étaient des
tour, parmi les ancêtres des Mabodo qui se sont
pêcheurs spécialisés qui se sont installés le long de
installés sur la frontière forêt-savane près et au-
l’Uele et d’autres rivières importantes. Parmi les
autres, la chasse demeurait très importante même
144 Ce point est emprunté quasi intégralement à l’article
de Jan Vansina, « Sur les sentiers du passé en forêt :
s’ils cultivaient aussi des ignames. Ceux-ci étaient
les cheminements de la tradition politique ancienne alors très mobiles et vivaient dans des habitations
de l’Afrique équatoriale », Enquêtes et documents dispersées. Les proto-Oubanguiens n’avaient pas
d’histoire africaine, Louvain-la-Neuve-Mbandaka, d’idéologie liée au statut de leader et il n’est pas encore
Centre d’histoire de l’Afrique-Æquatoria, 9, 1991, certain que même des chefs temporaires, par exemple
pp. 217-229. en temps de guerre, aient été reconnus au-delà du

81
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

niveau de la maisonnée étendue. Les institutions la compensation matrimoniale comme forme


intégrantes entre maisonnées semblent avoir été très principale de mariage, renforçant ainsi la base de
faibles. Il n’existait pas de rituel d’initiation complexe l’autorité des hommes forts. Leur économie était
pour les garçons et le mariage ne représentait pas, parfaitement adaptée aux environnements forestiers,
semble-t-il, une occasion de construire des liens à bien qu’ils bénéficièrent énormément de l’adoption
long terme entre de nombreuses maisonnées. de la banane par le temps épargné et l’excès de
La culture soudanaise centrale du sud avait été production qu’ils échangèrent contre la viande et le
à l’origine une culture de gardiens de troupeaux et miel des chasseurs et cueilleurs qu’ils entraînèrent
d’agriculteurs. Ces gens vivaient en habitat dispersé, lentement à s’attacher à leurs village.
chaque résidence étant constituée d’une maisonnée Les Mayogo et Bangha (oubanguiens), les Mamvu
et n’ayant d’autre chef que le leader de la maisonnée (soudanais central du sud) et les Buan (bantou)
étendue. Mais les classes d’âge et leurs rituels se mélangeaient tous durant la seconde moitié du
d’incorporation ont pu fournir un cadre social plus premier millénaire de notre ère, dans la région de
large. À l’ouest du graben, les proto-Mamvu avaient la moyenne Bomokandi et de la Nepoko. Vers l’an
abandonné leurs troupeaux en entrant dans les mille, leurs différents héritages avaient fusionné
aires de savanes infestées par la mouche tsé-tsé. Les dans une nouvelle tradition commune. Celle-ci
chèvres remplacèrent alors les bovins et l’agriculture alliait une grande partie de l’héritage forestier buan
s’intensifia. Les cultures principales furent d’abord les avec des caractéristiques du genre de la vie de la
céréales, puis les ignames et finalement les bananes. savane mamvu. Le mélange des technologies était
Le caractère peu structuré de leur organisation évident dans la chasse et l’agriculture. La pratique de
sociale ressort du fait que leur forme préférée la chasse à grande échelle, associée avec le brûlage
de mariage consistait dans la pratique pour des herbages (typique de la forêt). L’inventaire des
deux hommes d’épouser la sœur de l’autre. Ainsi cultures incluait à présent des céréales et d’autres
les alliances matrimoniales entre maisonnées espèces venues de la savane, ainsi que des cultures
étendues n’entraînaient pas d’obligations mutuelles forestières. L’association des cultures (typique des
subséquentes et durables car aucune dette ou crédit forêts) était jointe aux rotations des cultures (typiques
matrimonial n’existait entre elles. Les alliances des savanes). La durée de la jachère fut réduite pour
matrimoniales n’étaient donc pas des bases pour satisfaire l’habitude mamvu d’une agriculture plus
de futures alliances à long terme entre plusieurs intensive, mais comme aucune nouvelle technique
groupes. Cette forme de mariage n’impliquait pas de fertilisante n’était utilisée, les sols s’épuisèrent et les
richesses matrimoniales et, par conséquent, l’échange savanes se déplacèrent vers le sud. Dans la sphère
matrimonial ne pouvait servir à attirer des partisans sociale, la nouvelle tradition adopta un peuplement
et devenir un homme fort. La circoncision n’était pas en agglomérations compactes. Mais le village ne
pratiquée non plus et, s’il y a avait eu des classes d’âge, consistait qu’en une seule Maison qui était plus
elles étaient maintenant tombées en désuétude. Il grande et qui possédait une cohésion interne plus
y avait donc très peu d’organisation dans la société forte et une stratification sociale plus importante
proto-mambu au-delà de la maisonnée étendue. Il y qu’aucune maisonnée dans n’importe quelle autre
avait des « Maisons », mais pas de villages, pas de tradition précédente. Le mariage avec compensation
districts et pas d’hommes forts. matrimoniale devint usuel et permit aux hommes
Le contraste était énorme entre ces deux traditions forts d’utiliser les excédents plus importants pour
et la tradition bantou occidentale héritée par les se construire de gros harems, attirer plus d’hommes
ancêtres des Mabodo et des Buan. Ces derniers jeunes, accroître la main-d’œuvre et étendre le réseau
avaient des districts, des villages, des Maisons, des de leurs alliances de défense. Cependant, les liens
hommes forts, des rituels de circoncision élaborés entre les communautés plus étendues se relâchèrent
au niveau du village, et ils avaient adopté très tôt parce que le village et la Maison fusionnèrent, parce

82
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

que le district disparut, et parce que les anciennes nouvelles dispositions militaires. Quelques temps
idées sur le rôle du chef étaient maintenant après l’an mille, une nouvelle disposition standard
transférées aux hommes forts. pour la bataille apparut. Des lanciers, protégés par des
Cependant, la plupart des locuteurs buan boucliers couvrant tout le corps, se battaient en rangs
quittèrent lentement les terres de la moyenne serrés : une tactique qui nécessitait de la discipline et
Bomokandi pour se répandre vers l’ouest, vers un nombre d’hommes assez important. Les armes
l’Itimbiri supérieur et la Likati, pendant que d’autres d’estoc de corps à corps furent perfectionnées. La
Mamvu et Mayogo continuaient à pénétrer dans lance et le bouclier avaient été utilisés dans la région
la région de la moyenne Bomokandi-Nepoko longtemps auparavant, mais le couteau recourbé, ou
depuis l’est. Ce furent des mouvements très lents, « trombash », employé pour agripper et écarter le
étalés sur des siècles et qui n’empêchèrent pas la bouclier de l’adversaire avant de le frapper d’un coup
tradition commune de s’enraciner. Ces mouvements de lance, était nouveau. Il fut développé à partir de la
culminèrent vers l’an mille avec l’arrivée dans la faucille à moissonner les céréales, commune à l’est.
région de la moyenne Bomokandi-Nepoko d’un Les armes de jet perdirent de leur prestige et l’emploi
autre groupe de langue soudanaise centrale du sud, de l’arc à la guerre devint presque désuet au nord de
celui des Mangbetu. Ces gens provenaient des terres la vallée de Bomokandi-Nepoko.
plus hautes et beaucoup plus sèches où les frontières Les nouvelles tactiques signifiaient que plus
actuelles du Congo, du Soudan et de l’Ouganda d’hommes étaient disponibles et qu’un nouveau type
se rencontrent. Quand les locuteurs mangbetu de Maison se développait. Les Maisons s’agrandirent
arrivèrent dans cette région si différente, ils et se firent plus efficaces. Le nombre de leurs membres
s’endettèrent tellement vis-à-vis de leurs instructeurs augmenta, elles se différencièrent de plus en plus,
bantous qu’ils leur empruntèrent presque tout leur et elles adoptèrent des pratiques de succession plus
vocabulaire lié au nouvel habitat. efficaces. On peut penser que l’augmentation de la
Une fois dans la région, ils migrèrent plus loin et taille de leur Maison moyenne facilita le succès de
commencèrent à se séparer en plusieurs groupes de l’expansion mangbetu. Dans le cœur du pays, le
langues. Durant la moitié du millénaire suivant, les processus d’agrandissement de la Maison continua
e
locuteurs mangbetu s’étalèrent de tous côtés depuis jusqu’au point où, vers le début du xviii siècle, les
le 3° Nord jusqu’à l’équateur, et du 26° Est au 28° Est. plus grandes maisons englobaient plusieurs villages,
Les ancêtres des Abelu et des Lombi s’installèrent et étaient en train de se transformer en Maisons-
respectivement dans les forêts profondes de la vallée chefferies. À cette époque, les clients étaient devenus
de la Lindi et à l’est de la basse Nepoko. Ils furent suivis plus nombreux, les esclaves étaient des prisonniers
par les aïeux des Meje qui occupèrent la bordure de guerre ou fournis par le commerce, les harems se
des forêts de la Nepoko. Tous s’installèrent dans des gonflaient, les guerriers employés étaient des semi-
interstices entre les terres exploitées par d’autres. mercenaires spécialisés et désignés par des termes
Chacun des groupes qui en résultèrent fut acculturé spéciaux.
par ses voisins, mais tous gardèrent la caractéristique L’épineux problème d’un ordre de succession à la
fondamentale du proto-mangbetu : un village égale charge de chef fut résolu comme suit. Le leader de
une Maison. À son tour, chaque groupe, excepté les la Maison désignait un héritier officiel et lui donnait
Lombi, mit ses voisins en contact avec la nouvelle quelque responsabilité. Le champ des prétendants
tradition de la moyenne Bomokandi-Nepoko. légitimes fut limité aux fils du titulaire, et parmi
Pourtant, l’immigration dans la région-noyau de eux, le fils aîné était souvent l’héritier privilégié.
la moyenne Bomokandi-Nepoko fut bien plus forte Cela renforça la continuité de la charge de chef, sans
que l’émigration. La densité de population s’accrut et, pourtant entraîner ni une idéologie patrilinéaire
inévitablement, la fréquence et l’échelle des conflits complètement développée, ni la formation de
augmentèrent aussi, ce qui entraîna à son tour de lignages stricts. La charge de chef continua à être

83
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

considérée comme un statut atteint par l’effort à accélérer la croissance de l’échelle des Maisons
personnel, non comme un droit d’héritage. Les locales. L’organisation mabodo n’était pas seulement
dissensions et les prises de pouvoir occasionnelles un sérieux adversaire pour leurs voisins du nord, elle
e
continuèrent au xviii siècle malgré la désignation constituait aussi une menace pour leurs voisins du
d’un héritier officiel. sud, les Bali de la rivière Aruwimi […]
Les inégalités entre les Maisons les plus fortes et les Des « Maisons-chefferies » firent leur apparition
plus faibles s’aggravèrent rapidement. Les premières dans les années 1700, d’abord embryonnaires et puis
accrurent leur domination, justifiant leurs exigences fortes, dans la région la plus tendue, juste au nord
au nom d’une supériorité, soit comme donneuses et au sud des nouveaux établissements mabodo.
d’épouses ou au contraire comme receveuses Avant la fin du siècle, huit Maisons-chefferies étaient
d’épouses, mais des receveuses qui conservèrent leur parvenues à dominer la région de forte densité de
supériorité en vertu d’une parenté à plaisanterie. population. La Maison-chefferie la plus grande et
L’agrandissement progressif de la Maison dans la la plus cohérente se situait alors vers la Nepoko et
région-noyau n’empêcha pas cependant l’arrivée d’un son affluent, la Nava. À présent, le prestige meje
autre groupe de gens. Les Mabodo commencèrent éclipsait le prestige mabodo, quoique les districts
à se déplacer vers l’ouest depuis les sources de la mabodo étaient encore assez forts pour résister à une
Nepoko et de l’Ituri, pour occuper un territoire agression venue de n’importe laquelle des nouvelles
de la moyenne Nepoko, probablement à partir du Maisons-chefferies.
e
xviii siècle. Ils y devinrent, pour un temps, les Cependant, les Maisons-chefferies se répandirent
meneurs politiques. Même si leurs Maisons étaient rapidement vers la source de la Bomokandi sans
plus faibles et plus petites que celles de la tradition rencontrer d’opposition sérieuse. Les petites Maisons
de la moyenne Bomokandi-Nepoko, elles avaient locales mamvu firent face à la menace en s’installant
maintenu la vieille organisation bantou du village sur des buttes rocheuses pour se défendre, mais la
et du district. La cohésion à l’intérieur des districts mesure fut inefficace. Les terres mamvu devinrent
avait été renforcée par le développement de forts un lieu favorable pour les raids aux esclaves et autres
lignages segmentaires appuyés par une institution et butins (le plus souvent des chèvres), et des aventuriers
une idéologie spéciale : l’« embaa », terme référant étrangers commencèrent à y établir leurs propres
au principe de la succession patrilinéaire légitime, et Maisons-chefferies. Par contraste avec la supériorité
désignant aussi un ensemble de rituels, charmes, et meje, les locuteurs mangbetu de la vallée de la Bima
emblèmes qui y étaient liés. étaient sur la défensive contre les locuteurs buan.
Ces objets étaient sous la responsabilité d’un Les Buan avaient adopté la très efficace organisation
gardien muni d’un statut politique spécialisé. Ainsi, patrilinéaire segmentaire qui s’était développée dans
malgré la faiblesse de leurs Maisons, les Mabodo la région de la haute Likati depuis 1600 et qui leur
pouvaient rassembler autant ou plus de guerriers permettait de coordonner une action militaire sur de
que n’importe lequel de leurs ennemis. Par ailleurs, grands districts.
leur armement était peut-être légèrement supérieur À partir de 1750, les anciennes populations
car ils mettaient en ligne des archers armés de flèches près de la Bomokandi inférieure étaient aussi sur
empoisonnées en plus de leurs lanciers groupés. la défensive en subissant la pression indirecte de
Leurs lignages firent une telle impression que les l’expansion abandia et celle des premiers azande
groupes mangbetu commencèrent à désigner leurs Avungura. Les mobiles Abarambo qui vivaient au
Maisons par un préfixe composé « Mava- », dans sud de la Bomu vers 1750 commencèrent à se retirer
lequel « va- » était une reprise de « ba- » qui préfixait vers le sud en face de l’attaque azande, traversèrent
les noms de lignages mabodo. Un autre aspect de l’Uele et s’installèrent entre les anciens habitants au
l’impact de leur établissement dans la région fut nord des établissements makere. Dans cette situation
de forcer les groupes meje et abelu autour d’eux labile, un seul catalyseur pouvait transformer

84
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

l’ensemble du paysage politique. Ce catalyseur des clients fidèles ou des esclaves complètement sous
s’appela Manziga, du groupe Mabita. Manziga était sa coupe. L’idéologie royale resta enracinée dans les
un “self-made man”qui débuta comme client adopté. conceptions de l’homme fort de talent, intelligent et
Après 1750, il reprit la Maison de son maître, à l’est bénéficiant d’une chance surnaturelle. Après 1850,
de la basse Nepoko dans la région d’Abelu, l’agrandit, quand la tension devint évidente parmi la foule de
s’en alla dans les terres meje où il se rendit maître de fils et de neveux de Nabiembali, l’oracle “mapingo”
plusieurs Maisons-chefferies jusqu’à la Bomokandi qui prédisait le succès à la guerre, devint populaire
au nord. Son fils et héritier, Nabiembali entreprit de parmi l’élite. Quant aux insignes royaux, c’étaient
nouvelles conquêtes après 1800 et subjugua toute la des objets mal définis, exceptionnels en prix ou en
région de la moyenne Bomokandi-Nepoko, sauf la prestige, mais ils ne restaient que des indicateurs de
Maison-chefferie principale des locuteurs mayogo la réussite du leader.
et les terres mabodo. En une seule génération, Nabiembali ne réussit pas non plus à créer
une Maison-chefferie avait donné naissance à un de nouvelles institutions judiciaires, militaires et
royaume. Comme signe de la transformation, le financières. La garde du corps royale composée de
nom Mabiti fut proscrit et Mangbetu devint le nom mercenaires professionnels, de proches parents et
officiel de la nouvelle unité politique. de dépendants du roi continua à former le noyau de
Après 1815, Nabiembali se lança dans de nouvelles l’armée. Les revenus gouvernementaux provinrent
conquêtes en dehors de ses domaines centraux et occupa d’abord du butin, de la production alimentaire
l’aire entre l’Uele au nord, les Maisons makere à l’ouest, des femmes et des esclaves à la cour royale, et
et de nombreuses terres mamvu à l’est, incorporant des probablement des amendes judiciaires. Après les
gens de milieux ethniques et linguistiques nombreux années 1850, la part du tribut et du commerce
et différents dans le nouvel état mangbetu. Vers 1820, devint plus importante, mais ce tribut était toujours
Nabiembali était devenu assez puissant pour résister expliqué en termes de don. Aucun système judiciaire
aux premières attaques azande, depuis l’autre rive centralisé et hiérarchisé ne se développa. Ainsi, les
de l’Uele, donnant ainsi le temps à la nouvelle entité étais économiques et judiciaires de l’état demeurèrent
mangbetu de développer ses racines. en fait très faibles.
La croissance du royaume de Nabiembali fut Le système fonctionna aussi longtemps que
si rapide que le développement d’institutions Nabiembali contrôla ses fils. Quand son aîné Tuba se
appropriées à cette nouvelle formation sociale ne suivit rebella et le déposa en 1859, le système s’écroula. Tuba
pas. Les institutions politiques mangbetu restèrent n’avait ni le pouvoir militaire ni le prestige nécessaire
celles de la Maison-chefferie. Nabiembali continua pour aligner les autres chefs derrière lui. Une série
à rassembler parents, épouses, clients et esclaves de guerres civiles suivit, et le dernier roi, Mbunza,
autour de lui. Les relations politiques continuèrent à tomba lors d’une bataille en 1873. Le royaume se
être exprimées en termes de parenté, et les relations disloqua et fut remplacé par un certain nombre
entre Maisons-chefferies dans l’état étaient toujours d’épigones plus petits qui commencèrent à s’étendre
considérées en termes matrimoniaux. Nabiembali sur de nouvelles terres peu après l’accession de Tuba.
donnait des épouses aux leaders locaux et épousait À partir des années 1870, le trouble général devint
quelques unes de leurs femmes. Dans le premier extrême car les princes azande et les trafiquants
cas, il était le frère de la mère des enfants mâles de d’esclaves du Soudan devinrent très actifs dans la
l’union, un d’entre eux étant alors responsable de la région. La situation devint si critique qu’un ancien
Maison-chefferie de sa mère. Dans le second cas, ses charme de guerre, le “nebeli”, se mua en association
fils étaient les fils des sœurs des leaders du groupe secrète d’entraide qui protégeait ses adhérents à la
de leur mère, et il utilisa ce lien pour les placer fois contre les ennemis extérieurs et contre les chefs.
comme ses représentants dans ces groupes. Ses L’histoire des régions du nord-est des forêts
conseillers personnels étaient des parents proches, tropicales est un des cas plus clairs de l’impact

85
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

qu’un changement institutionnel peut exercer sur de sa consécutive croissance démographique. Les
de vastes régions, en altérant l’équilibre des forces Mabodo fournirent une seconde impulsion qui
entre les unités d’un “système” politique stable. trouve son origine première dans la lointaine région
Dans ce cas-ci, la première impulsion vint de la des grands lacs, par-delà les montagnes. Le succès de
naissance d’une nouvelle tradition (dans la région Manziga représente le résultat de ces élans, mais aussi
de la moyenne Bomokandi-Nepoko), suivie par le début d’un corps politique bien plus ambitieux : le
l’attraction grandissante de cette région-cœur, et royaume.

Des jeunes filles Efe et la femme Mamou. (AP.0.0.11483, collection MRAC Tervuren ; photo A. Hutereau, 1911-1913.)
Elles appartenaient au groupe pygmée habitant Mumbede près de Gombari.

86
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

2. LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE Les peuples « zandéisés » ont pour clans les noms de
leurs anciens peuples : Amadi, Basili, Bangbahin, Bugulu,
Au xviiie siècle, les Azande occupent peu à peu une Mundu, etc. Ils parlent la langue « pazande ». Le reste des
bonne partie du nord de l’Uele où ils ne manquent pas peuples non zandéisés conservent leur identité et leur
d’affronter les Mangbetu qui, quelques années auparavant, langue (Barambo, Bangba, etc.). Les langues de certains
avaient mené des combats acharnés contre les Mayogo et d’entre eux sont moins discernables, suite à une diminution
les Mamvu. À partir de 1860, le commerce avec Khartoum du nombre de leurs locuteurs respectifs.
accroît la puissance des chefs azande qui vendent aux Les Mangbetu ont également influencé un certain
Arabes des esclaves contre des fusils. Des centaines des nombre de peuples voisins, mais sans les assimiler
personnes sont faites prisonnières et vendues aux négriers entièrement : les Popoi, les Malele, les Makere, les Medje,
arabo-égyptiens. Dans le nord du Congo – et donc dans les Mangbele, les Mayogo et un groupe d’Amadi.
l’Uele –, la traite se fait par Dem Ziber (Soudan) vers Le Le Haut-Uele est actuellement habité par divers
Caire (Égypte) ou Tripoli (Libye). Du jour au lendemain, ces peuples de trois principales souches, notamment :
chefs deviennent des sultans et, en 1879, ils reconnaissent
la souveraineté de l’Égypte. Mais c’était sans compter avec – les peuples pygmoïdes : dans le Haut-Uele, ils sont
les conquêtes mahdistes de 1884. Celles-ci aboutissent à appelés Aka et Tike-Tike. Ils vivent principalement
l’éviction de l’Égypte de la région. Le commerce s’arrête dans les territoires de Rungu, Wamba et Watsa ;
pour les chefs azande, et ceux-ci se mettent à utiliser leurs – les peuples de souche soudanaise : les Azande qui
armes pour agrandir leurs territoires. Contrairement occupent l’ensemble du territoire de Dungu et une
e
aux hégémonies luba-lunda, en déclin au xix siècle, les partie de celui de Niangara ; les Mangbetu qu’on
Azande connaîtront leur apogée à la faveur de la conquête trouve dans les territoires de Niangara et de Rungu ;
coloniale. Arrivés par le sud en 1890, les Belges mettront les Mayogo qui habitent une bonne partie du territoire
vingt-deux années pour conquérir l’ensemble de la de Rungu, une partie de celui de Niangara et une
région de l’Uele. Ils n’y parviendront qu’en démembrant petite portion de Wamba ; les Mamvu qui peuplent
systématiquement les chefferies azande et mangbetu. Mais une bonne partie du territoire de Watsa ainsi que les
ils finiront par s’appuyer sur elles pour asseoir leur autorité. Logo qui occupent le territoire de Faradje ;
Selon Jan Vansina, la plus grande partie de la savane – les peuples de souche bantoue : il s’agit notamment
entre Mbomu et Uele est occupée par les Azande, des Budu et apparentés ainsi que des Lika et
tandis que les forêts au sud du fleuve sont habitées par apparentés qui habitent tous le territoire de Wamba.
les Mangbetu et leurs voisins, les Mamvu et Mangbutu
du Haut-Bomokandi. En réalité, de nombreux peuples
« zandéisés » sont enregistrés comme des « Azande », alors 2.1. LES PYGMOÏDES146
que subsistent encore des îlots « non zandéisés » de ces
peuples : les Abarambo, Amadi, Bangba, Kare, Sere-Baka, Ces peuples sont considérés comme les premiers
Mundu et Bari. Les Azande eux-mêmes, bien qu’ayant une occupants du centre du continent. Disséminés sur
structure sociologique uniforme fondée sur le système des différents territoires du Haut-Uele, ils vivent en symbiose
« clans » d’est en ouest, sont dirigés par deux dynasties de avec les autres peuples. Ne pratiquant pas l’agriculture,
chefs, les chefs Avungara à l’est (Dungu, Niangara, Poko, la chasse et la cueillette sont leurs principales activités.
Bambesa et Ango) et les chefs Abandia à l’ouest (Buta,
Bondo et Aketi) ; en d’autres termes, il n’y a pas d’Azande Kinshasa/Lubumbashi/Kisangani–Bruxelles,
Avungara d’un coté et des Azande Abandia de l’autre. Dans Éditions universitaires du Congo/Centre de
la structure sociologique zande, les Avungara (autrement recherche et d’information socio-politiques (CRISP),
appelés « Akulangba ») constituent un « clan » au même 1966, pp. 39-52.
145
titre que d’autres clans azande . 146 Hutereau, A., « Les négrilles de l’Uele et de l’Ubangi »,
Congo ; I-4, 1924, pp. 495-514 ; I-5, 1924, pp. 693-
145 Vansina, J., Introduction à l’ethnographie du Congo, 711.

87
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Ils apportent le produit de leur chasse à leurs voisins Le docteur Junker, comme tant d’autres explorateurs de
pour recevoir en échange des produits agricoles et l’époque qui ont observé les pygmoïdes, est obsédé par la
autres. petite taille de ces gens. Il n’hésite pas, pour les désigner, à
Dans les années vingt, de nombreux artistes-peintres utiliser les termes les plus variés : gnomes, petiots, nabots, etc.
étaient fascinés par les figures « mangbetu ». Les
Européens qui exploraient les régions arrosées par l’Uele
ne manquaient pas de décrire leurs rencontres d’une part 2.2. LES AZANDE
avec les guerriers Azande et d’autre part avec des hommes
considérés comme vraiment très exotiques : les pygmoïdes. Selon Jan Vansina, les Zande sont descendus de la
Le 25 avril 1882, le docteur Junker quitte le pays du République centrafricaine à partir du territoire occupé par
chef Gambari (Gombari), et après avoir traversé divers les Nzabaro et ont établi leur premier royaume, dirigé par
cours d’eau qui étaient des affluents de la Nala, un grand une dynastie ngbandi, sur le Bas-Mbomu dans la seconde
tributaire du Bomokandi, il arrive finalement chez moitié du XVIIIe siècle. Ils pourraient même venir de plus
Malingbe. Là il apprend : loin, du lac Tchad. Si leur royaume florissait à cette époque,
il déclina au cours du XIXe siècle, toléré par le monde arabe
« qu’une colonie nomade des nains Akka, appelés Tikki- qui entretenait avec eux un commerce d’ivoire et d’esclaves.
Tikki par les Arabes, se trouvait dans le voisinage. Je décidai, Leurs princes possédaient de magnifiques palais entourés
à force de présents, les indigènes Momfu à me conduire à de plusieurs enceintes protégées. Le pouvoir des chefs
leur campement. En une heure de temps, j’arrivai à une Avungara était fortement centralisé ; un contre-pouvoir
148
cinquantaine de petites huttes, bâties l’une à côté de l’autre, s’organisa, lié à la magie et à la divination, celui du mani .
dans la forêt, par les Akka. Le terme « Azande » n’est pas à proprement parler une
Elles étaient sans habitants, mais mon guide avait ethnonymie. Il regroupe en son sein plusieurs peuples
réussi à rallier deux des gnomes et, dès que je les vis, je qu’on peut classer en deux groupes : les Vungura à l’est, qui
tirai aussitôt de mes ballots quelques menus cadeaux, leur sont les plus nombreux, et les Bandiya à l’ouest. Certains
en promettant d’autres s’ils décidaient leurs frères, leurs de ces peuples furent complètement absorbés par eux et
femmes et leurs enfants à venir nous rejoindre plus loin. perdirent même leur identité ainsi que leur langue. Leurs
Cette fois, je réussis à atteindre mon but. Un quart d’heure noms tribaux dégénérèrent en noms de clans, de sorte
149
plus tard, je me trouvai au centre d’un cercle formé par 40 qu’ils se considèrent maintenant comme des Azande .
à 50 de ces petits êtres accompagnés de leurs femmes, et, D’après Joseph-Aurélien Cornet et Angelo Turconi,
dans la pénombre de la forêt, on en distinguait au moins « Zande » (au pluriel Azande) signifie : « celui qui habite la
encore autant. Je procédai aussitôt à une ample distribution terre ». C’est de cette façon que ce peuple voulait s’affirmer
de perles de couleur et d’autres petites quincailleries, ce comme le propriétaire de ces vastes contrées. Mais leurs
qui fit, en partie, s’évanouir leur timidité. Le son de mes voisins leur attribuaient des noms divers. Les Arabes leur
divers instruments de musique, et les images représentant auraient donné le sobriquet swahili de « Niam-Niam », qui
des animaux de la forêt, achevèrent de les mettre en belle
humeur. J’eus ainsi l’occasion d’examiner ces nabots, mais, 148 Turconi, Angelo, Neyt, François (textes), Infini Congo :
malheureusement, le temps me manquait, car notre route au rythme de la nature et des peuples, Spa, Silvana
Editoriale, 2010, p. 264.
était longue encore et mes gens me pressaient à partir. Je
149 Baxter, P. T. W. & Butt, A., The Azande and related
perdis donc de vue les petiots, presque aussi vite que je
people of the Anglo-Egyptian Sudan and Belgian
les avais aperçus, et quand nous continuâmes notre route,
Congo, Londres, International African Institute, 1953,
les gnomes sylvains avaient de nouveau disparu dans la cités par Monnier, L. et Willame, J.-C., « La province
147
sombre frondaison environnante . » de l’Uele », in Verhaegen, B. (dir.), Les Provinces du
Congo. Structure et fonctionnement, II, Sud-Kasaï–
147 « Explorations et découvertes du docteur W. Junker Uele–Kongo-Central, Léopoldville, IRES, Cahiers
dans les bassins de l’Uelle et du Bomu », Le Congo économiques et sociaux, 1964, p. 124, « Collection
illustré, Bruxelles, 1892, p. 182. d’études politiques n° 2 ».

88
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

serait l’imitation du bruit fait par des anthropophages se successions dynastiques rendirent ces monarchies (de type
léchant les babines. Il n’est cependant pas permis d’affirmer cantons suisses) particulièrement fragiles et instables.
que les Azande aient été cannibales, même si Schweinfurth
en était convaincu. L’origine du terme « Niam-Niam »
serait Dinka, peuple du Sud-Soudan, et signifierait dans 2.3. LES MANGBETU151
leur langue : « peuple de la rivière » ou « ceux qui habitent
entre deux rivières »150. Comme les Azande, les Mangbetu n’appartiennent
D’autres groupes, proches des Azande, communément pas à un seul peuple. Ils regroupent en leur sein toute une
appelés les « Zandéisés », ont conservé actuellement une série d’autres peuples, à savoir les Mabili, les Mando, les
certaine conscience de leur identité originelle. Parmi eux, Mabisanga et les Medje, qui s’identifient comme tels.
on citera les Barambo, les Madhi, les Bangba, les Kare, les D’origine soudanaise eux aussi, les Mangbetu ont
Sere-Baka, les Mundu et les Bari. également connu une prestigieuse histoire. Ils ont résisté
D’origine mythique, les Avungara et les Abandia au pouvoir des conquérants Avungara. D’après Baxter et
e
(Bandiya ?), qui fondèrent de puissants empires dans l’Uele, Butt, « ils auraient créé au xix siècle une série de royaumes
font partie de la dernière grande vague de migrations militaires dont celui du remarquable roi Mbunza, qui
152
venues du Soudan avant la conquête européenne pour faisait l’étonnement des voyageurs ».
s’installer dans la savane entre Mbomu et Uele. Le mythe La mort de Mbunza donna le signal du recul des
153
des Avungara est celui de leur ancêtre Basanginonga royaumes mangbetu , scindés dans la suite en deux
qui mit fin au despotisme du chef Ngura d’une dynastie branches : les Mathsaga, au Nord-Est, et les Mangbetu, au
précédente en le maîtrisant physiquement (« kavo » = Sud-Ouest.
ligoter). Sur le plan politico-administratif et socioculturel, les
Initialement, ces conquérants ne disposaient pas d’une Mangbetu avaient un système proche de celui des Azande :
organisation politique centrale, mais ils se constituèrent en comme ces derniers, les peuples mangbetu étaient, à la fin
e
groupes de guerriers indépendants. Dans leurs conquêtes, du xix siècle, cimentés par une langue, des habitudes, des
ils imposèrent un système d’assimilation des vaincus. coutumes et des mariages en commun et ils exercèrent, par
154
Avec une habileté remarquable, la classe noble avungara là même, un rayonnement dans tout le Haut-Uele .
s’employa à faire éclater les lignages de parenté des peuples Le chef est le maître de la terre et des gens. Ces derniers
vaincus, essentiellement par des mariages, pour les n’ont sur le sol que des droits d’usage accordés à titre
assimiler et asseoir son autorité. précaire, en droit, mais accordés, en fait, pour toujours, si
L’organisation politique des Azande était conçue sur le sujet accomplit ses devoirs.
un mode pyramidal et féodal. Chaque royaume était divisé Les Mangbetu, tout comme les Azande, ne furent pas
en provinces gouvernées par un chef, « généralement le arabisés (comme ce fut le cas des Arabo-Swahilis de Tippo-
jeune frère ou fils du chef ». Ces chefs de provinces étaient Tip au Maniema), bien qu’ayant subi des attaques de la part
relativement indépendants, mais totalement soumis au roi. des Arabes. Leur espace politique était divisé en grandes
À l’échelon inférieur, on trouvait un sous-chef, qui, circonscriptions à la tête desquelles se trouvait un parent
obligatoirement, ne pouvait être un membre des dynasties du chef, généralement un de ses fils, parfois un oncle, un
avungara. Il était responsable de l’ordre dans sa région et frère ou un cousin. Les grandes circonscriptions étaient
avait une fonction ambiguë : il devait, en effet, tout à la fois
151 Voir Denis, P., Histoire des Mangbetu et des Matshaga
s’attacher les faveurs du chef dont il dépendait étroitement
jusqu’à l’arrivée des Belges, Tervuren, MRAC, 1961,
sans s’aliéner celles de son peuple.
série archives. Van Overbergh, C. et De Jonghe,
L’individualisme caractérisait souvent la classe noble J., Les Mangbetu, Bruxelles, 1909, « collection de
des Avungara (et non l’ensemble du système social azande) monographies ethnographiques, IV ».
et les crises d’instabilité qui accompagnaient la plupart des 152 Baxter, P. T. W. & Butt, A., art. cit., p. 124.
153 Monnier, L. et Willame, J.-C., « La province de
150 Cornet, J.-A. et Turconi, A., Zaïre : Volken, Kunst, l’Uele », art. cit., pp. 126-127.
Cultuur, Anvers, Mercatorfonds, 1989, pp. 155-157. 154 Idem.

89
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

2.4. LES MAYOGO

Répertoriés comme faisant partie de la première


155
vague soudanaise , les Mayogo doivent leur appellation
à ce qu’ils représentaient au moment de la pénétration de
l’Uele. En effet, d’après les informations reçues des sages du
village, les Mayogo constituaient un peuple guerrier, ainsi
que le rappelle l’étymologie de leur nom : « egu » signifie la
guerre ; « mayo » signifie « Je demande, je veux ». Et donc
« Mayogo » (Mayo-egu) signifie, « Je demande la guerre, je
veux la guerre ».
Il n’en reste pas moins que contrairement à ce que
plusieurs ont écrit, les Mangbetu n’ont pas su assimiler
les Mayogo, qui leur ont opposé une farouche résistance.
Dans l’occupation actuelle des espaces habités, les Mayogo
sont encerclés par les Mangbetu. Il est tout à fait incorrect
156
de rattacher les Mayogo aux Mangbetu ou aux Azande .
Ce qui est vrai, c’est que la particularité et les origines
des Mayogo auraient échappé à la vigilance des premiers
ethnologues de la région de l’Uele.
À l’arrivée des Belges, les Mayogo furent surpris dans
leur progression vers le sud en pleine forêt équatoriale,
certains d’entre eux n’ayant pu poursuivre la marche. Il
s’agit du groupe que l’on trouve du côté de Niangara vers
Felende ou encore vers Gao. Ceux qui conquirent le sud
Le roi Mbunza des Mangbetu. (Le roi Mbunza, gravure, RP.2011.6.25, s’installèrent dans les environs d’Isiro d’où ils chassèrent
collection MRAC Tervuren, in Schweinfurth, G.A., Im Herzen von Afrika, Reisen und les Mamvu, qui prirent le chemin de Mungbere, en allant
Entdeckungen im Centralen Aequatorial-Afrika während der Jahre 1868 Bis 1871, vers Watsa. Ce qui se raconte aussi, c’est que les Mayogo
Leipzig, Brockhaus, 1878, p. 255.) parvinrent à résister à la domination des Mangbetu dont
l’empire était déjà en décomposition. Aussi la pression des
divisées en petites circonscriptions à la tête desquelles Azande aurait-elle tout submergé, si l’arrivée des Belges
se trouvait un fonctionnaire subalterne, généralement n’avait figé les peuples au milieu de leur conquête et aidé
appartenant aux populations assujetties. Le chef avait les plus faibles à survivre .
157

des conseillers qui l’assistaient pour rendre la justice et


dans l’administration. Ceux-ci étaient choisis parmi les
populations assujetties. Le chef faisait souvent assister
un chef des grandes circonscriptions, généralement un
Mangbetu, par un ou plusieurs conseillers. Le chef du
« sultanat » nommait et révoquait les chefs des grandes et
155 de Calonne-Beaufaict, A., Azande. Introduction à une
des petites circonscriptions.
ethnographie générale des Bassins de l’Ubangi-Uele et
À l’arrivée des Belges, la puissance politique des de l’Aruwimi, Bruxelles, 1921, p. 247.
Mangbetu était déjà affaiblie par les Arabes. Les 156 Ndaywel è Nziem, I., Histoire du Zaïre. De l’héritage
colonisateurs se servirent néanmoins de leur autorité ancien à l’âge contemporain, Louvain-la-Neuve, Éd.
morale pour épauler l’administration coloniale et imposer Duculot, 1997, pp. 202-203.
ainsi leur domination. 157 Monnier, L. et Willame, J.-C., « La province de
l’Uele », art. cit.

90
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

2.5. LES MAMVU158 localisent plus à l’ouest de l’aire d’habitat actuelle. Stanley
dit avoir rencontré des Mamvu entre les chutes Panga et le
Si un grand nombre d’auteurs reconnaissent que les Ngayo. Stuhlmann place leur berceau dans la partie nord-
Mamvu, les Mangbutu, les Lese et les Mvuba formaient ouest de la forêt équatoriale congolaise. Schebesta, quant à
jadis un seul peuple, désigné par le nom collectif de lui, le cherche sur les traditions mamvu dans la région de
Mamvu, les hypothèses divergent quant à la classification Dungu d’où viendraient les Logo. A. de Calonne-Beaufaict
des peuples mamvu. le situe dans la crête Tchad-Mbomu et présente l’évolution
e
159
Schebesta et Van den Kerken soutiennent que les historique des Mamvu de la manière suivante : « Au xvi
Mamvu appartiennent au groupe des soudanais-nilotiques. siècle, à la fin de la période néolithique, sous la pression
Costermans a un avis contraire. Hoefler les classe parmi les des peuples du Soudan central, les Mamvu se dirigèrent
160
Bantous. Stuhlmann estime que les Mamvu formeraient du Tchad-Mbomu vers Semio et, de là, vers Amadi à la
un « Mischovolk » de pygmées et de nilotiques. David les Haute-Nava jusqu’au Rwenzori. Au cours de leur exode,
considère comme des pygmées mbuti, de plus grande ils abandonnèrent des frères qui s’assimilèrent, au cours
e
stature, dénommés Momfu et Bambuba et qu’ils seraient du xv siècle, aux envahisseurs soudanais que l’on retrouve
d’ailleurs fortement absorbés par les peuples immigrés. A. dans les groupes azandéisés des Biri, des Apambia et des
161
de Calonne-Beaufaict va jusqu’à dire que les Hottentots Kare actuels ; vers l’ouest, des populations de la forêt,
et les Bushmen sont des descendants du groupe Mamvu- d’origine ouest-africaine probablement, se mélangèrent à
162
Mangbutu. Des liens de parenté existeraient encore entre eux ; ce qui engendra les groupes de Makere . »
les Mamvu et les Biri en Afrique équatoriale française, les S’inspirant des notes inédites de A. de Calonne-
Azande, les Moru, les Bari et les Avokaya. Les Proto-Mamvu Beaufaict, le colonel Bertrand décrit les vagues successives
auraient produit, par fusion avec les Shilluk, les Logo et qui repoussèrent les Mamvu dans les régions granitiques
les Bari-Mangbutu. D’après G. Van Bulck (1903-1966), il y du Bomokandi de la manière suivante :
aurait des liens de parenté entre les Meembi comprenant
les Okibo et les Avari ; les Mangbetu ; les Mamvu ; les « La 1re invasion (soudanaise) : effectuée par les Bangba
Ameingi, comprenant les Muledre et les Maidjiru ; les et les Mayogo, débouche du Haut-Mbomu. […]
Balese-Mvuba et les Efee ; et, enfin, les Mabeindi. Certains La deuxième invasion (bantoue) : les Ngombe venant de
auteurs parlent volontiers d’un grand groupe de peuples l’ouest et leur avant-garde pénètrent dans le Bahr El-Ghazal.
e
appelé Mamvu-Mangbetu-Lese-Mvuba. Une 3 poussée faite cette fois-ci par les Zande au début
e
Mais d’où viennent-ils ? De quels ancêtres descendent- du xviii siècle : les Mamvu pourchassés envahissent leur
163
ils ? Sur ces questions, les opinions divergent. La plupart les pays actuel . »

158 Van Geluwe, Mamvu-Mangbutu et Balese-Mvuba, Dépourvus de grande organisation politique et


Tervuren, Musée royal du Congo belge, 1957, pp. 10-14. militaire, en proie aux guerres intestines, les Mamvu
159 Paul-Joachim Schebesta était missionnaire et n’étaient pas à même de tenir tête aux conquérants
professeur, voir Dupré, W., « Paul-Joachim Schebesta », mayogo, bote, mangbele, bangba, azande et mangbetu
in Biographie belge d’outre-mer, VI, Académie royale avides d’un riche butin et attirés par les cultures d’élaïs
des sciences d’outre-mer, 1967, col. 897-904. et les troupeaux de chèvres. Les pays mamvu furent
160 Franz Stuhlmann (1863-1928) est un explorateur
ainsi successivement soumis à la domination de chacun
allemand qui amena deux Pygmées en Europe,
de ces envahisseurs qui se disputèrent entre eux la
notamment à Anvers, et qui fut reçu par le roi
suprématie. À l’arrivée des Européens, les Mamvu
Léopold II, voir Coosemans, M., « Franz Stuhlmann »,
in Biographie coloniale belge, V, Bruxelles, Académie s’enfuirent de leur village pour se cacher dans la brousse,
royale des sciences coloniales, 1958, col. 781-785. ne voulant pas travailler pour eux. L’Administration
161 Voir de Calonne-de Beaufaict, J., « Calonne – de
Beaufaict Adolphe (1881-1915) », in Biographie 162 de Calonne-Beaufaict, A., op. cit., p. 147.
coloniale belge, IV, Bruxelles, Académie royale des 163 Bertrand, cité par Van Geluwe, Mamvu…, op. cit., pp.
sciences coloniales, 1955, col. 91-85. 12-13.

91
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

belge les délivra de la domination mangbele en voulant Nil et les Bongo du Bahr El-Ghazal. Dans une partie des
leur donner des chefs mamvu. Cette mesure dut être populations ayant accompagné le peuple Shilluck dans
reportée, étant donné l’incapacité administrative de sa marche vers le sud-est se trouve une série de petits
ceux-ci à se gouverner. Ainsi, le colonisateur rétablit-il groupes de Ndo et de Dhongo, entraînés par la vague
les chefs mangbetu, mangbele, bari et azande dans leurs des Logo, et que certains indices font considérer comme
fonctions. un reste de la migration. M. H. Lelong pense que dans
Malgré la conviction de Van Den Plas que les Mamvu, le tableau de la répartition des habitants du Haut-Uele,
conservateurs, gardaient jalousement leurs mœurs, leurs les Makere, les Medje, les Azande et les Abarambo sont
usages et leurs coutumes juridiques, qu’ils se soustrayaient rattachés au groupe soudanais. Les Dinka et les Drilouk,
à toute acculturation étrangère, on observe qu’ils se sont que l’on rencontre au Soudan, sont des nilotiques purs.
profondément assimilés et métissés avec les Pygmées, surtout Hormis les Pygmées, les Logo appartiennent au groupe
dans le sud de la région. Dans le nord, l’influence mangbetu- communément appelé « soudanais nilotique »
mangbele reste prépondérante, tandis que les Madhi ont Pour Jan Vansina, parlant des peuples du nord-est
largement influencé les fractions mamvu du nord-est. de la RD Congo, cette région forme une unité réelle.
Elle comprend deux groupes de populations, à savoir : le
groupe des Logo, avec les Lugbara ; le groupe des Avokaya,
2.6. LES LOGO avec les Kaliko et les Moru, les Bari, les Dhongo, les
Madhi, les Kakwa et les Padjulu. Ces populations se sont
Le mot « logo » signifie « être humain ». Au pluriel groupées pour s’installer dans la région de l’Uele sans subir
« logoa », veut dire « foule, groupe de gens ou d’êtres ». l’influence des Azande.
Dire en logoti « Logoa be » signifie « Il y a des gens ». Selon Hutereau affirme que le groupe logo se serait
la mythologie, les premiers ancêtres logo, Tafulindri et sa individualisé au Soudan vers la fin de l’époque néolithique
e
femme Takua, seraient venus de « Kassa », source de la (xvi siècle), suite à un mélange entre les autochtones
rivière Abua, affluent du Bahr El-Ghazal l (Nil blanc). proto-mamvu et les envahisseurs Shilluck-Dinka, comme
Dans son ouvrage Histoire des peuplades de l’Uele évoqué ci-dessus. Par la suite, les Logo auraient été refoulés
et de l’Ubangi (Bruxelles, Goemaere, 1922), Hutereau vers le sud, occupant successivement la région des sources
dit que les Logo forment l’un des groupes qui, quoique du Suer et du mont Mkomu au Soudan, puis la région
refoulés par l’ensemble des invasions soudanaises en nord-orientale de la RD Congo où ils repoussèrent vers le
même temps que les Bari, n’ont pas été mêlés aux Azande sud des peuples bantous.
(sauf quelques individus isolés dans la chefferie « Kassa » Vers 1860, les Logo durent abandonner une partie de
créée par l’autorité coloniale). Les Logo et apparentés leurs terrains dans la région de la Garamba, devant la poussée
ont débouché vers les sources du Sueh et du Mbomu, des Azande-Avungara. Ils ne semblent pas avoir subi une
venant du nord, refoulés par les invasions soudanaises occupation de peuples étrangers depuis leur établissement
des Mundu, Mayogo… Ces poussées ont permis des sur le territoire où ils se trouvent actuellement. C’est ce qui
croisements de peuples dont sont issus les Bari et les explique qu’ils soient restés compacts. Du reste, ils ont dû
164
Logo. Selon De Calonne, entre les noyaux de Shilluck et exercer une certaine domination sur les Lugbara, et cela
les primitifs Mamvu-Walese, se trouvaient des éléments jusqu’à l’arrivée des Belges.
mixtes. Les Logo occupent actuellement le pays qui s’étend
D’abord, ceux qui semblent constituer l’arrière-garde entre Faradje, Aba et Watsa : une grande partie du bassin
du mouvement migratoire sont les Logo, les Madhi du de la Haute-Dungu, du bassin de l’Avuku et quelques
régions appartenant au versant septentrional des bassins
164 Ils sont les descendants des nilotiques de grande de la Nzoro et du Kibali. Quelques Logo habitent encore
taille, connaissant le fer (Éthiopiens et Nubiens). Ils le Sud-Soudan dans le district du Yei. L’aire d’extension
ont été refoulés vers le sud de Moroe entre 650 et 623 des Logo est limitée, au nord, par le pays des Avokaya-
avant Jésus-Christ par les Mashaousha et ont émigré Padjulu ; au nord-est et à l’est des Logo vivent les Keloki-
par étape vers le Bahr El-Ghazal.

92
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

Kakwa ; au sud, se sont établis les Mangbutu et à l’ouest, 2.8. LES BUDU-NYARI
apparaissent les Bari-Azande. Cet espace occupé par les
Logo, auxquels peuvent être ajoutés les Avokaya, a la Les Budu-Nyari seraient originaires d’Afrique orientale,
forme d’un tétragone, dont les côtés nord-est, sud-est et de la région des Grands Lacs. Moeller dit que l’ancêtre Bodo
nord-ouest mesurent respectivement 95,85 et 135 km, et habitait à proximité des eaux au pied du Rwenzori : « les
dont le centre se trouve à 30° de longitude E et 3°30’ de Babudu viennent du Bunyoru et marquaient le début de la
latitude N. C’est un espace entouré, du côté nord-est par poussée des grandes migrations bantoues qui se firent sous
les Baka, les Mondo et les Kakwa ; du côté sud-est par 166
la poussée des Gallos ».
les Kaliko et les Ndo ; du côté sud-ouest par les Dhongo, e
La migration budu daterait autour du xvi siècle, écrit
les Mangbetu, les Mamvu, les Bari et les Bangba ; du e
Meessen : « au xvi siècle, les Bantous établis dans le pays
côté nord-ouest par les Azande et le Mondo. situé entre le lac Victoria et le lac Albert se mettent en
Le peuple logo est majoritaire numériquement et route. C’est alors qu’ont eu lieu les premières migrations des
sociologiquement dans le territoire de Faradje. Il comporte 167
Banyari-Mabudu et des Babira-Bakumu ». P. Schebesta
des subdivisions que reflète leur division en chefferies : précise que le groupe Budu-Nyari aurait fait partie de la
Logo-Lolia, Logo-Bagela, Logo-Ogambi, Logo-Doka et ramification orientale des Budu occidentaux habitant aux
Logo-Obeleba. Notons que les Dhongo constituent un des environs du lac Albert .
168

peuples du territoire de Faradje. Bien que n’étant qu’une Du lac Albert, les Budu-Nyari se seraient mis en branle,
minorité démographique comme les Mondo, ils ont leur cette fois ci, sous la poussée des envahisseurs appelés
propre chefferie, voisine de la chefferie Logo-Doka et Mandoloma par la tradition orale. Van Geluwe pense que
frontalière au territoire de Watsa. cette migration coïnciderait avec le mouvement Shilluk-
De tous les voisins des Logo, seuls les Kaliko, les Bari e
Dinka au début du xvi siècle de notre ère .
169

et les Lugbara parlent des langues qui appartiennent au D’après cette même source, une fois partis de la
même groupe linguistique que le logoti. région interlacustre, les Budu-Nyari seraient passés par
le Ruwenzori et auraient traversé la Simliki. À Gety, et
aux environs de Shari, les Nyari se scindèrent en deux
2.7. LES BUDU 170
groupes et se séparèrent ainsi des Budu . Après cette
séparation, les Budu continuèrent vers Watsa en passant
Les Budu se réclament les descendants d’un ancêtre par Aru. Aux prises avec les Mamvu et les Mangbetu, ils
éponyme appelé Bodo. C’est lui qui serait le fondateur descendirent le cours de la Bomokandi où ils vécurent
165
du groupe portant son nom . Après confrontation longtemps en paix avec leurs voisins Medje-Mango. Mais
des données relevant de la tradition orale, la généalogie lorsque ceux-ci durent fuir les attaques des Azande, les
des Budu, leur généalogie peut être décrite de la façon Budu émigrèrent vers le sud. Ainsi de l’Uele, les Budu,
suivante : il y eut Mombi, puis Edoo, Ngopa, Toku et, par vagues successives, vont s’installer et occuper la
enfin, Bodo. Ce dernier eut un frère du nom de Mombi région de Wamba, située de part et d’autre de la rivière
et une sœur, Nyari, génitrice des Nyari, peuple apparenté
aux Budu. Bodo aurait eu quatre fils : Epa, Koy, Gada et 166 Moeller, cité par Meessen, J., Monographie de l’Ituri.
Dimbisa qui fondèrent les actuelles chefferies Mahaa, Histoire, Géographie, Économie, Bruxelles, Ministère
des colonies, 1951, p. 174.
Malamba, Bafwakoy, Bafwagada, Makoda, Wadimbisa
167 Meessen, J., op. cit, p. 175.
(Baneta). Les autres chefferies et secteur du territoire de
168 P. Schebesta, cité par Van Geluwe, op. cit., p. 12.
Wamba (cf. infra) sont nés d’autres souches.
169 Van Geluwe, op. cit., p. 13.
170 Isikisiki, B., L’Ethno-histoire des Babudu. Dès origines
165 Van Geluwe, H., Les Bali et les peuplades apparentées : à 1964, inédit, ISP/Kisangani, 1980, p. 14. À ce sujet
Ndaka-Mbo-Beke,-Lika-Budu-Nyari, Tervuren, de la séparation définitive entre les deux groupes, on
Musée royal du Congo belge, 1959, p. 8, « Annales du a souvent évoqué une brouille concernant un champ
Musée royal du Congo belge, sciences de l’Homme, de maïs. Et la langue demeure une preuve de leur
vol. 5 ». origine commune.

93
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Nepoko. Ils n’y trouvèrent que des Pygmées, qui leur Les Mbororo qu’on retrouve en RD Congo viendraient
171
auraient fait un bon accueil . du Niger. Ils seraient passés par le Tchad, le Soudan et
la République centrafricaine et arrivés en RD Congo
en 2000 (d’autres témoignages situent l’arrivée des
2.9. LES LIKA premières vagues vers 1982) durant la guerre du RCD
(Rassemblement congolais pour la démocratie) et du
Peu après l’installation des Budu, arrivèrent les Lika, MLC (Mouvement de libération du Congo) qui avait
172
qui sont en fait des Boa . Ils entrèrent dans la région par débuté en 1998 contre le pouvoir de L. D. Kabila. Ils
deux vagues. Le premier groupe arrivé s’établit, vers 1730, s’installèrent dans la partie du pays sous le contrôle du
175
dans la vallée de la rivière de Maïka, il constituera par MLC et de ses alliés .
après l’actuelle chefferie Balika-Toriko. Le second groupe À la recherche des meilleurs pâturages, les Mbororo
est formé des Nyakpu. Les Lika-Ateru s’assimilèrent aux occupent aujourd’hui la partie de la savane boisée du
Budu en épousant leurs coutumes et même leur langue. bassin de l’Uele compris entre le Bas-Uele et le Haut-
e 176
Vers le xviii siècle, sous la poussée des guerriers azande, Uele .
les Lika s’installèrent à Wamba. Sur leur espace actuel, les Dans le Haut-Uele, le Mbororo se sont établis en
Lika durent faire face, premièrement, aux attaques de leurs territoire de Dungu dans les chefferies Ndolomo et
voisins Mangbetu. Ces attaques se soldèrent parfois par Malingindo, après avoir occupé les territoires de Niangara
173
des alliances entre les deux peuples . Pour se débarrasser et de Faradje d’où ils ont été chassés. En 2007, environ
de la menace des Mangbetu, les chefs budu firent appel 3.750 Mbororo étaient présents dans le Haut-Uele (dont
aux Arabisés, les Ngwana, venus du sud en passant par le 2.550 à Dungu), accompagnés d’environ 30.000 têtes de
177
Maniema. Ceux-ci exigeront, en contrepartie, des esclaves bétail .
et d’autres biens. Les Mbororo sont organisés selon leur nationalité
d’origine. Ils sont représentés par un chef nommé
Muhamed alias « Tchad » (de nationalité tchadienne) et
2.10. PROBLÉMATIQUE DES MBORORO d’un adjoint appelé Djibril (de nationalité centrafricaine).
DANS LE HAUT-UELE Il y aurait parmi les Mbororo quelques Libyens et des Uda
soudanais.
Outre ces peuples anciens présentés ci-dessus, le Haut- Très peu de relations se tissent entre les communautés
178
Uele est confronté depuis quelques années à l’établissemnt locales et les Mbororo . Il existe entre ces deux
sur son espace d’un peuple migrant nommé Mbororo. groupes des barrières linguistiques et culturelles. Au
Ceux-ci sont des éleveurs nomades qu’on retrouve plan linguisitique, les Mbororo parlent des langues
dans divers pays du Nord et de l’Ouest africain. Ils sont que les communautés du Haut-Uele ne connaissent
composés d’un métissage entre les Peulhs et les Arabes. Ils
sont nilotiques et pratiquent la religion musulmane. Les 175 Entretien du 12 décembre 2009 avec des
hommes et les femmes mbororo se tressent les cheveux, ils parlementaires tchadiens lors de la conférence
ont le culte de leur beauté et de leur bétail et organisent des parlementaire internationale sur la justice et la paix
fêtes où la beauté de l’homme et de la femme est mise en en RD Congo, dans la région des Grands Lacs et
174 de l’Afrique centrale tenue à Kinshasa du 10 au 12
exergue . Ils se déplacent continuellement à la recherche
décembre 2009. Rapport de commission des députés
de pâturages.
nationaux à la suite de la mission effectuée dans le
Bas-Uele et les Haut-Uele, 27 décembre 2007.
171 Isikisiki, B., op. cit., p. 16. 176 Idem.
172 Van Geluwe, op. cit., p. 13. 177 Nkoy Elela, D. (dir.), Les migrations transfrontalières
173 Isikisiki, op. cit., p. 80. des Mbororo au Nord-Est de la République
174 Booquerre, H., Moi un Mbororo : autobiographie démocratique du Congo. Étude de cas au Haut-Uele et
de Oumarou Ndoudi, Peulh nomade, Paris, Édition au Bas-Uele, IKV Pax Christi, avril 2007, p. 36.
Karthala, 1986, p. 178. 178 Idem, p. 50.

94
LE PEUPLEMENT DU HAUT-UELE

pas (kimbororo, kisango, arabe, anglais). Quant aux la population autochtone et les Mbororo armés se
Mbororo, ils ne maîtrisent pas les langues utilisées par produisent en brousse, lorsque les locaux veulent
les communautés locales (kirambo, madi, kingbetu, aller chasser et pêcher ;
logoti, lingala, français). Au plan culturel, la culture des – les Mbororo privent la population locale d’accès à
Mbororo est perçue comme diamétralement opposée ses ressources naturelles, en détruisant les pièges
à celle des communautés locales. Leur religion, l’islam, qu’elle tend, en chassant les femmes qui pêchent
est assimilée à la violence, l’intolérance et au terrorisme. à la digue, en détruisant les ruches des abeilles,
Enfin, leur mode de vie les isole. Les Mbororo vivent, en en tuant les herbivores rencontrés en brousses,
effet, dans des camps retranchés, souvent très mobiles, toujours pour protéger leurs vaches ;
par souci de protéger leur cheptel et de lui trouver de – les Mbororo pillent parfois les réserves alimentaires
nouveaux pâturages. de la population et détruisent leurs récoltes, allant
Les relations les plus fréquentes qui’ils tissent sont jusqu’à tirer sur eux s’ils réclament ;
d’ordre commercial, les Mbororo recherchant auprès de la – en 2007, un cas de viol a été rapporté dans la
population des denrées alimentaires et les commerçants localité de Ngoloni (territoire de Dungu) et des
locaux achetant des vaches aux Mbororo. Ces relations sont tombes de grands chefs auraient été pillées dans
déséquilibrées, la possession d’armes plaçant les Mbororo la chefferie Mamlingindo (territoire de Dungu)
179
dans une position dominante . Par ailleurs, les Mbororo et dans la chefferie Manzinga (territorie de
entretiennent très peu de contacts avec les autorités locales Niangara).
congolaises, ayant leurs propres règles, leurs propres modes
de régulation sociale et leurs propres chefs. La population locale considère, dès lors, que la
Les relations entre les Mbororo et les populations présence des Mbororo constitue un autre facteur
locales sont difficiles et engendrent souvent des conflits de d’instabilité et d’insécurité, à côté de celle des groupes
toute nature. armés, telle la LRA.
Le Haut-Uele est dès lors confronté au problème de
l’intégration des Mbororo dans l’espace qu’ils occupent. Si les autochtones accusent les Mbororo, ceux-ci, quant
180
Citons quelques sources de conflits souvent évoquées : à eux, s’estiment être des mal aimés, comme en témoigne le
181
reportage de Béatrice Petit reproduit ci-après :
– les Mbororo introduisent un nouveau mode de « Les Mbororos, ces mal aimés
production basé sur l’élevage du gros bétail qui Nomades sans frontières, en quête de pâturages, les
concurrence celui de la population locale, basé éleveurs Mbororos suscitent le rejet des autochtones
sur l’agriculture, l’élevage du petit bétail (chèvre, au Nord-Est du Congo. Plus grave, les soldats ont violé
porc…), des volailles et la chasse ; impunément 38 de leurs femmes et volé plus de 5000
– ils occupent l’espace de manière disproportionnée vaches.
avec leurs bêtes, allant jusqu’à dévaster les champs Lors d’un séminaire à Isiro, des représentants religieux,
des villageois et ils polluent l’eau des rivières et des entre autres, ont signé une pétition adressée au Premier
ruisseaux avec leurs excréments ; ministre dans laquelle ils fustigent l’insécurité ambiante,
– les Mbororo et leur bétail envahissent la région causée, selon eux, par les rebelles ougandais de la LRA
et font fuir les gibiers qui constituent une source (Lord’s Resistance Army) « et les envahisseurs Bororo ».
de revenus et de nourriture pour la population Certes, nul ne peut contester la terreur engendrée par
autochtone. De nombreuses confrontations entre la LRA, hormis Kinshasa qui s’obstine à nier l’évidence.
Mais qu’est-ce qui pousse des acteurs respectables de la
179 Nkoy Elela, D. (dir.), op. cit., pp. 42-43. société civile à mettre sur le même pied des nomades,
180 Rapport de commission des députés provinciaux de la généralement pacifiques, et à les traiter d’envahisseurs ?
Province-Orientale à la suite d’une mission effectuée
à Dungu du 25 mars au 8 avril 2009 et Désiré Nkoy 181 B. Petit a séjourné en janvier 2011 dans le Haut-Uele.
Elela (dir.), op. cit., p. 44. Cf. Petit, B., Dimanche, mars 2011.

95
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Les (M)bororos sont des pasteurs peuls, originaires, Un agent des renseignements, qui voulait alerter
pour les uns, du bassin du Niger, pour les autres, de Lybie. ses supérieurs, aurait été arrêté et torturé à Isiro pour
Après avoir migré au Tchad, en Centrafrique et au “diffusion de mensonges”.
Sud-Soudan, en recherche de grands espaces verts et de Interrogé à propos d’un ordre donné de quitter le territoire,
points d’eau pour leurs troupeaux, certains Mbororos sont le général Kifwa a reconnu avoir donné mandat de désarmer
arrivés jusqu’en RDC. En particulier, depuis 2001, dans les les Mbororos. Un seul d’entre eux a été trouvé en possession
savanes arborées et les forêts peu habitées du bassin des d’une arme et incarcéré à Kisangani. “Entré illégalement sur
Uele, où ils seraient au nombre de 5.000 avec 98.000 bêtes. notre territoire, il devra répondre d’une infraction grave
Par delà le conflit traditionnel avec les agriculteurs, qui devant la justice militaire et l’office des migrations”, clame le
voient le bétail traverser leurs carrés de manioc ou polluer Général. Le nomade incompris risque de payer cher.
leurs rivières, la cohabitation a toujours été difficile avec La population ne prendra pas sa défense. “À voir défiler
des éleveurs au faciès arabisant, ne partageant ni la même un cheptel aussi impressionnant, les pauvres autochtones
langue, ni la même religion et accusés de porter des armes se sentent menacés, n’osent pas établir le moindre contact
(pour protéger leurs animaux). alors qu’il y aurait des opportunités de commerce et
d’échanges”, explique Joost van Puijenbroek, chercheur chez
L’image du méchant IKV Pax Christi (Pays-Bas). Les pasteurs dédommagent
En voyant arriver les premiers nomades à Niangara, régulièrement en vaches pour les dégâts occasionnés aux
un jeune garçon s’est noyé, pris de panique. Même si, dans cultures, ce qui est légitime. Mais on exagère volontiers,
cette localité en particulier, on vit toujours dans la peur, trouvant facilement prétexte à l’indemnisation. Les
à cause des massacres à grande échelle commis par la Mbororos sont accusés de tous les maux. Et l’image du
LRA, l’accident est révélateur. Beaucoup assimilent à tort, méchant donne la permission publique de les piller. »
délibérément ou non, les LRA et les Mbororos.
Chassés du district voisin du Bas-Uele par les agressions,
les viols et les enlèvements commis dans la brousse par des 3. LA SITUATION LINGUISTIQUE
soldats congolais, quelque 600 femmes, enfants et hommes
âgés mbororos étaient venus chercher refuge, complètement Nous allons tenter de présenter un status quaestionis
démunis, a constaté un responsable MSF. des langues parlées dans le Haut-Uele. On va désigner les
Le 21 décembre, un adolescent est blessé par balle dans langues parlées dans leurs espaces locaux.
leur campement improvisé. Et le 5 janvier, l’endroit est vidé
de ses occupants manu militari. Nous avons rencontré Les langues parlées dans le Haut-Uele sont :
leurs porte-parole, tentant désespérément un dialogue – le français : langue officielle en RD Congo, utilisée dans
avec les autorités locales : “Les militaires nous somment l’administration et l’enseignement ;
de partir mais ils nous bloquent en chemin. Nous avons – le lingala et le swahili : langues nationales en RD Congo,
déjà suffisamment payé : 38 de nos femmes ou fillettes ont utilisées dans l’enseignement uniquement aux niveaux
été violées, provoquant 10 avortements. D’autres ont été maternel et primaire. Mais ces deux langues sont
enlevées. Ils nous ont volé 5000 vaches et pas mal d’argent”. prépondérantes dans la communication populaire. Le
A l’abri des regards, mon chauffeur de moto confirme en lingala est parlé sur toute l’étendue du Haut-Uele, tandis
ajoutant “sans parler des ânes, des moutons et des motos”. que le swahili est couramment parlé dans le territoire
Des groupes de 30 à 40 vaches, accompagnés de de Wamba et une partie du territoire de Watsa ;
militaires ont été vus à plusieurs reprises, sur la route de – les autres langues, appelées « dialectes » ou langues
Niangara vers Isiro, puis à l’abattoir de cette localité. De locales, pratiquées dans le Haut-Uele sont directement
même à Dungu, lors des fêtes de fin d’année, les habitants liées aux différents peuples autotchones. Ainsi sont-elles
se sont réjouis de voir la viande déborder soudainement aussi nombreuses et d’origines variées que ces derniers.
des étals et les prix plonger. Les vaches avaient été repérées On peut les répartir en quatre groupes linguistiques :
un peu plus tôt à proximité du camp militaire. – les langues soudanaises : elles comprennent les langues
pazande, mangbetu, logo, lugwara, bangba, mayogo,

96
LA SITUATION LINGUISTIQUE

mondo, mamvu, madhi, mangbutu, walese, dhongo, – le milieu scolaire ou la scolarisation ;


bari, etc. – l’exode rural : tous ceux qui quittent le village pour
– les langues bantoues : essentiellement parlées dans le s’installer en ville ainsi que leurs enfants s’expriment
territoire de Wamba. Il s’agit du kibudu et du kilika, d’abord en lingala ou/et en swahili, devenues langues
– les langues nilotiques : seul le kakwa rentre dans ce de communication interethnique en milieu urbain ou
groupe linguistique. Il est parlé à Aba (territoire de extracoutumier ;
Faradje) et à Engbokolo, Kumuru (territoire d’Aru), – le mariage mixte : les conjoints sont parfois obligés
– les langues pygmées : elles se parlent en territoire de Watsa d’abandonner leurs dialectes respectifs en faveur d’une
(Arumbi, Gombari, Andobi) et en territoire de Wamba. langue commune. Il en va de même pour leurs enfants ;
– enfin, la jeunesse méprise les langues locales qui ne
Certains chercheurs, notamment le père Consterman, paraissent plus leur ouvrir les portes du grand monde ;
Hoefler et Stuhlman mettent en doute l’appartenance du
182
mamvu et du mangbetu au groupe soudanais . Dans le Il n’y a pas que la régression, il y a des cas d’extinction
territoire de Niangara, le pazande et le mangbetu sont d’usage pure et simple des langues : certains peuples ont
dans l’administration coutumière dans les chefferies où il complètement perdu l’usage de leurs dialectes au profit de
existe plusieurs peuples. C’est le cas des chefferies Kereboro, ceux des voisins. C’est le cas notamment des Mangbele qui
Kopa, Okondo (mangbetu) et Manziga (pazande). Mais parlent actuellement le mangbetu (nemangbetuti). Quant
il s’observe une régression de l’usage de ces langues aux Pygmées, ils ont tendance à parler les langues des
locales pratiquées dans le Haut-Uele et ce à des degrés autres peuples habitant dans les mêmes territoires.
différents. Les principaux motifs de cette régression sont :

Les langues parlées dans le Haut-Uele

Langue Territoire Chefferies/secteur


Pazande Dungu Chefferies Wando, Ndolomo et Malingindo
Niangara Chefferies Boimi, Manziga et Kopa
Faradje Chefferie Logo-Ogambi (Djabir, Budu)
Mangbetu (Nemangbetuti) Rungu Chefferies Azanga, Mongomasi, Mboli et Ndey
Niangara Chefferies Kereboro, Kopa, Mangbele, Mangbetu-
Mabisanga, Okondo et Manziga
Watsa Secteur Mangbutu et Gombari
Wamba Chefferies Malamba, Mahaa et secteur MMB
Cité d’Isiro
Logoti Faradje Chefferies Logo-Ogambi, Logo-Lolia, Logo-Doka, Logo-
Bagela, Logo-Obeleba
Watsa Cité de Watsa
Bangba (Libangba) Niangara Chefferies Kopa, Kereboro, Okondo et Manziga
Watsa Secteur Kibali
Kiyogo Rungu Chefferies Mayogo-Mabozo, Mayogo-Magbai, Azanga et
Mboli
Niangara Chefferies Kereboro, Kopa et Okondo
Wamba Chefferies Malamba et Makoda

182 Van Geluwe, H., Mamvu-Mangbutu et Balese-Mvuba,


Tervuren, Musée du Congo belge, 1957, pp. 11-18.

97
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Watsa Secteur Gombari


Cité d’Isiro
Mondo Faradje Chefferies Mondo, Kakwa et Logo-Ogambi
Dungu
Mamvu Faradje Chefferies Andikofa, Andobi, Ateru, Kebo et Mari-Minza
Niangara Chefferies Kereboro et Kopa
Rungu Chefferie Mboli (groupement Mangbetu I)
Watsa
Mangbutu Watsa Secteur Mangbutu, cité de Watsa
Lese Watsa Secteur Walese, cité de Watsa
Bari Watsa Secteurs Gombari et Kibali
Dongo Faradje Chefferie Dongo
Lugbara Faradje
Kakwa Faradje
Madhi Niangara Chefferies Okondo, Manziga, Mangbetu
Avokaya Faradje Chefferies Logo-Ogambi (Budu, Djabir), Logo-Lolia
(Mangango), Mondo (Missa)
Baka Faradje Chefferies Logo-Ogambi (Budu, Djabir), Mondo
Padjulu Faradje Chefferie Logo-Ogambi (Djabir)
Efee Watsa Chefferies Andikofa, Andobi, Ateru, Kebo, Mari-Minza,
Walese
Bomi Watsa
Lika Rungu Chefferie Momgamaqi (groupement Balika)
Wamba Chefferie Balika-Toriko
Medje Rungu Chefferie Medje-Mango
Kibudu Wamba
Cité d’Isiro
Dimachokwa Wamba Chefferie Mangbele
Belebela Wamba Secteur MMB
Kidjombi Wamba Secteur MMB

Notons qu’il existe diverses langues présentant un faible – le pazande (langue locale) des autochtones ;
taux de locuteurs dont l’appartenance ou non à la famille – le swahili (langue nationale) parlée par les commerçants
des langues soudanaises reste à vérifier ou à prouver. Il s’agit à majorité nande, et par les pêcheurs wagenia venus de
notamment de l’avokaya, du baka, du padjulu (territoire de Kisangani.
Faradje) ; de l’efee (lese), du mayanga, du mabadi, du gbote
et du bomi (territoire de Watsa).
3.2. TERRITOIRE DE FARADJE

3.1. TERRITOIRE DE DUNGU Huit langues locales y sont parlées : le logoti, le mondo,
l’avokaya, le kakwa, le dongo, le baka, le padjalu et le
Dans le territoire de Dungu, les langues parlées sont : pazande. Mais c’est le logoti qui domine ; il se parle dans
– le lingala (langue nationale) ; plusieurs chefferies logo du territoire.

98
LA SITUATION LINGUISTIQUE

Répartition des langues par espace de diffusion dans le territoire de Faradje

Langues Espace de diffusion


Logoti Chefferies Logo-Bagera, Logo-Doka, Logo-Lolia, Logo-Obeleba et Logo-Ogambi
Mondo Chefferie Mondo, Logo-Ogambi, Tadu, chefferie Kakwa, Asigi
Avokaya Chefferie Logo-Ogambi, groupements Budu et Djabir, chefferie Logo-Lolia (Mangango), chefferie
Mondo (Missa)
Kakwa Chefferie Kakwa cité d’Aba, chefferie Logo-Lolia (Makakaro, Asigi, Mandango), chefferie Mondo, Logo-
Bagela (Dramba)
Dongo Chefferie Dongo
Baka Chefferie Logo-Ogambi (Budu, Djabir), chefferie Mondo
Padjulu Chefferie Logo-Ogambi (Djabir)
Pazande Chefferie Logo-Ogambi (Djabir et Budu)

3.3. TERRITOIRE DE NIANGARA une brillante civilisation dont parle l’explorateur allemand
Schweinfurth.
Il y a cinq langues locales à taux de locution élevé : Du point de vue politico-administratif, mais aussi
culturel, le kingbetu fut utilisé par les Matsaga, qui avaient
– le mangbetu (nemangbetuti), parlé dans 6 chefferies : supplanté les Mangbetu dans la région, comme langue
Mangbetu, Mangbele, Kereboro, Kupa, Okondo et d’administration et de communication interethnique. À ce
Manziga ; propos, André Scohy écrit : « Enfin, à un moment donné,
– le pazande parlé dans 3 chefferies : Boimi, Manziga et une famille – la famille des Mangbetu – connut l’apogée
Kopa ; et s’imposa à une partie de ces populations, mettant ses
– le madhi parlé dans 3 chefferies : Okondo, Manziga et propres membres à la tête des tribus étrangères, étendant
Mangbetu ; le prestige de son nom sur un embryon d’empire : alors
– le bangba parlé dans 3 chefferies : Kopa, Kereboro et naquit, éphémère mais violente, une hégémonie dont les
Okondo ; premiers explorateurs virent encore les feux [….] Ainsi,
– Le kiyogo parlé dans 3 chefferies : Kereboro, Kopa et dans cette question, les races, l’histoire, les conquêtes, la
Okondo. politique, la culture et même les concepts administratifs
se mélangent, se confondent parfois mais sans jamais se
183
En plus de ces cinq langues, il en existe d’autres, à taux recouvrir exactement . »
de locution faible ou tout simplement en voie d’extinction.
C’est le cas du barambo, du mamvu, du duga, du gbote, du
mangbele… 3.4. TERRITOIRE DE RUNGU
Deux de ces langues locales ont tendance à s’imposer :
le mangbetu et le pazande. Les facteurs qui sont à la base En plus du français, le lingala est utilisé – mais à moindre
de cette prédominance sont à la fois d’ordre historique, échelle – dans l’enseignement. Il reste, cependant, la langue
politique et administratif. dominante (la plus parlée) au niveau de la communication
Du point de vue historique, on retiendra que lors populaire. Les langues locales du territoire de Rungu sont :
de leurs conquêtes, les Azande ont systématiquement le mangbetu, le kiyogo, le lika, le mamvu et le medje. Elles
imposé leur langue aux peuples soumis. C’est le cas dans se répartissent sur les espaces d’usage suivants :
la chefferie Manziga où il existe des groupes importants de
Madhi et Bangba qui parlent actuellement le pazande. Les 183 Scohy, A., L’Uele secret, Bruxelles-Léopoldville, Office
Mangbetu, quant à eux, avaient séjourné dans la région de international de librairie - La Librairie congolaise,
la moyenne et basse Bomokandi où ils avaient développé 1955, p. 109.

99
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Répartition des dialectes par espace d’usage bantou. Ils estiment que les ressemblances du kibudu avec les
dans le territoire de Rungu langues soudanaises sont à mettre sur le compte des contacts
avec les peuples soudanais au milieu desquels les Budu
Langues Espaces d’usage vivent et au fait qu’ils soient séparés des autres. Ces langues
Mangbetu soudanaises se pratiquent aujourd’hui encore dans certaines
(nemangbetuti) Chefferies Azanga, Mboli, Mongomasi, chefferies et le secteur du territoire de Wamba. C’est le cas du :
Ndey
Kiyogo Chefferies Mayogo-Mabozo, Mayogo- – mangbetu dans la chefferie Malamba (groupements
Magbai, Mboli et Azanga Bahatetaka et Likupe), la chefferie Mahaa (précisément
(groupement Mangbele) dans le groupement de Bavabola) ;
Medje Chefferie Medje-Mango – kiyogo dans la chefferie Malamba (groupements
Lika Chefferie Mongomasi (groupement Balatende et Manzabi) et dans la chefferie Makoda
Balika) (groupements Bamatebi, Basokobio, Bamungo et
Mamvu Chefferie Mboli (groupement Besetego) ;
Mangbetu I) – le belabela et le kidjombi sont les langues spécifiques
des Pygmées qui se trouvent dans le secteur MMB ;
– dimachokwa, langue pratiquée dans la chefferie
3.5. TERRITOIRE DE WAMBA Mangbele ; elle serait la fusion de trois langues :
mangbele, mangbetu et kibudu ;
En plus du français, le swahili est utilisé – mais à – lika, langue parlée dans la chefferie Balika-Toriko.
moindre échelle – dans l’enseignement (niveaux maternel
et primaire). Le swahili, langue héritée des Arabo-Swahilis,
sert dans la communication populaire interethnique. 3.6. TERRITOIRE DE WATSA
Mais le lingala connaît une avancée progressive dans le
territoire, principalement dans son chef-lieu et dans les En plus du français, l’usage du lingala dans
foyers miniers de Mambati, Bole Bole, Gbonzunzu, etc. l’enseignement (niveau maternel et primaire) est répandu,
Le kibudu est la langue dominante dans tout le comme dans une moindre mesure, celui du swahili, dans
185
territoire. Mais il présente actuellement bien des variétés la partie sud-ouest du territoire de Watsa. Van Bulck
dialectales. Les avis et considérations des auteurs divergent note la présence de six langues du groupe mamvu-balese
quant à sa classification parmi les groupes linguistiques. subdivisé de la manière suivante :
Le linguiste américain J. Greenberg classe le kibudu
dans la famille nilo-saharienne, dans la branche Chari- – langue mombi ou meimbi, ainsi appelée ndo, avec pour
Nil et sous la branche Soudan central qui comprend « dialectes » : l’okebo et l’avari ;
des langues comme le logoti, le lugbara, le madhi, le – langue mangbetu, avec pour « dialectes » : le mangbetu ;
mangbetu, le kilendu, le kiyogo, le medje, etc. D’après cette le mangbetu-Kero ; le mangbetu-Lobo ; l’awimuri et le
184
classification, le kibudu serait une langue soudanaise . bamodo ;
Van Der Kerken, quant à lui, classe le kibudu parmi les – langue mamvu qui aurait pas moins de 32 « dialectes »
langues semi bantoues à cause des traits communs qu’il pouvant être ramenés à 5 groupes selon l’aire
présente avec les langues bantoues. Notons que de nombreux géographique (Nord, Sud, Est, Sud-Ouest et Sud-Est)
locuteurs du kibudu interrogés dans le cadre de cette étude de leur usage dans le territoire ;
préfèrent voir le kibudu classé dans le groupe linguistique – langue ameengi, avec pour « dialectes » : le muledre, le
maidjiru et le moodu ;
184 Macozy Tsopo, M., cité par Abandi, Si Dieu s’est
révélé au peuple Budu, que vient faire Jésus-Christ ? 185 Van Bulk, cité par Van Geluwe, Mamvu-Mangbetu
Approche théologique dans le texte de l’inculturation, et Balese-Mvuba, Tervuren, Musée du Congo belge,
inédit, Bukavu, Théologat St-Pie X, 1991, p. 7. 1957, pp. 16-17.

100
LA SITUATION LINGUISTIQUE

– langue elee ou Lese, avec pour « dialectes » : le lese- Le mamvu, le mangbetu, le lese, le bangba, le bari et le
Ossodo, le lese-Dese, le letse, l’abvu-Nkootu et le mvuba bomi sont les langues dominantes du territoire. Rappelons
(ou mvube) ; que dans le centre extracoutumier (cité de Watsa et les
– langue beendi. grandes agglomérations aurifères de Durba et de Tora,
voire de Mungbere), on note une régression de la pratique
À ces subdivisions linguistiques détaillées que donne le des langues locales au profit du lingala et du swahili.
R.P. Van Bulk sont à ajouter les considérations suivantes :
– Van Den Plas considère que diverses familles
mamvu, bien qu’ayant gardé la langue de leurs ancêtres, 3.7. CITÉ D’ISIRO
ont adopté dans la vie publique le pazande, l’angbwa ou le
mangbetu selon qu’elles soient soumises à l’un ou l’autre Dans la cité d’Isiro, les langues les plus pratiquées
de ces peuples. Mais il ajoute que le mamvu a influencé sont le lingala, le mangbetu, le kiyogo et le kibudu. Le
186
fortement le parler des Bale et des Azande du Yei ; lingala, à cause de son caractère national et de langue
– Le R.P. Hulstaert fait remarquer la tendance à la d’enseignement, est pratiqué par toute la population ;
187
« mangbetuïsation » ; suivent en ordre décroissant le mangbetu et le mayogo.
e
– Schweinfurth signale qu’à la fin du xv siècle, certains
188
Mamvu parlaient la langue des Babukr .

Outre ces parlers, se pratique la langue des Mbuti, proche 4.LESEXPRESSIONSARTISTIQUES,MUSICALES


de la langue efee. Mais plusieurs langues citées ci-dessus ne ET LA VIE RELIGIEUSE
sont plus pratiquées actuellement. On ne compte qu’une
dizaine de parlers courants dans le territoire de Watsa. Il n’est pas facile de dégager les traits socioculturels
des populations habitant le Haut-Uele, étant donné la
Répartition des dialectes par espaces d’usage multiplicité des peuples qui y habitent, leurs diversités
dans le territoire de Watsa culturelles et les soubresauts de leur passé. Dans le
brassage complexe de peuples ou même de clans plus ou
Entité administrative Langues parlées moins indépendants à l’origine et se rattachant tantôt au
Cité de Watsa C’est un espace extracoutumier cercle culturel des Bantous, tantôt à celui des Soudanais,
qui note à la fois la présence des quelques traits socioculturels peuvent cependant être
langues locales mangbutu, lese, dégagés.
logoti, bangba, mamvu, etc.
Chefferie Andikofa Mamvu et efee
Chefferie Andobi Mamvu et efee 4.1. L’ART ET L’ARTISANAT
Chefferie Ateru Mamvu et efee
Secteur Gombari Mayanga, mangbele, mabadi, La vie artistique et esthétique est dominée par la
gbote, bari-Moka, bari-Koro, sculpture (statuettes d’hommes et d’animaux), la peinture
mayogo-madi-madhoka (principalement murale) représentant aussi bien des
Chefferie Kebo Mamvu et efee hommes que des animaux, ou des scènes de la vie courante
Chefferie Kibali Bari, bangba du village (chasse, pêche, travaux ménagers, travaux
Secteur Mangbutu Mangbetu et bomi champêtres, etc).
Chefferie Mari-Minza Mamvu et efee Notons que dans le Haut-Uele, l’art traditionnel a
Chefferie Walese Lese et efee beaucoup perdu de son essence au cours de la colonisation,
suite à l’évangélisation. L’art africain n’a pu résister aux
186 Idem, p. 17. influences extérieures surtout occidentales. André Scohy,
187 Hulstaert, cité par Van Geluwe, op. cit., p. 17. qui s’intéressait à l’Uele artistique, avait stigmatisé ce
188 Schweinfurth cité par Van Geluwe, op. cit., p. 17. problème de la façon suivante :

101
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

« Certes, toute une apparence de vie ancienne demeure, telle personnalité ou de tel riche touriste, ils consentent à
mais elle recouvre des choses qui s’effritent, s’effondrent danser comme jadis au son des trompes et des tambours ;
[…] Sans doute, les Mangbetu tissent encore des nattes, et, la danse terminée, le chef du village ne manque pas
tressent encore des chapeaux de paille, fabriquent encore de réclamer large rétribution en espèces sonnantes, car,
des “negbe” ces ovales décoratifs qui protègent le séant des déclare-t-il, “c’était là un grand dérangement” […] Même
femmes […] mais tout cela commence à se perdre. Déjà, la danse, cette expression spontanée de l’âme africaine, s’est
on ne trouve plus que çà et là les hangars aux poteaux ici commercialisée et se transforme en numéro folklorique
189
sculptés qui avaient fait l’admiration des explorateurs pour autocars en tournées […] »
[…] Les poteries à forme humaine ? Il n’y a plus que l’un
ou l’autre artisan qui connaisse encore cette technique Un grand nombre d’objets d’art anciens originaires
qui sera bientôt oubliée […] Les couteaux mangbetu, les du Haut-Uele prirent le chemin des musées nationaux et
beaux couteaux mangbetu, qui servent à payer la dot, on occidentaux où ils furent souvent exhibés à l’occasion de
les trouve encore partout, mais ici aussi tout est en train l’une ou l’autre exposition. Après l’indépendance du pays,
de changer et les parents de la belle-fille commencent à de nombreux objets d’art du Haut-Uele furent, en effet,
préférer à ces couteaux, façonnés à la mode antique, des acheminés vers Kinshasa, à l’Institut des musées nationaux
chemises, des malles en fer et des bicyclettes […] Quant du Zaïre (IMNZ). Ainsi, au début du mois d’avril 1973,
aux boîtes à miel que surmontaient des têtes sculptées, elles deux ethnologues belges, Jean et Patrick Dierickx, firent-
ont complètement disparu […] ils un séjour d’une semaine dans le Haut-Uele, avec
Rançon du progrès […] avec l’essor du commerce pour mission essentielle d’y collecter des œuvres d’art
cotonnier, une prospérité aux signes évidents s’est installée traditionnel à Isiro, Wamba, Niangara et dans quelques
dans la région […] et l’argent berce chacun de rêves tôt autres localités. Ils réussirent à rassembler un nombre
réalisés : les braies d’écorce battue et le bonnet de raphia impressionnant de bustes et autres objets sculptés en ivoire
sont dès qu’on le veut remplacés par le chapeau mou et les et en ébène, de peintures sur toile ainsi que de céramiques,
pantalons de confection dont les stocks se déversent sur etc. La finalité de cette collecte était qu’après sélection
les marchés. Et sur ces marchés eux-mêmes que j’ai connus certains de ces objets soient exhibés, à Kinshasa, dans
voici dix ans encore riches en produits de l’industrie locale, une exposition sous la direction du frère Cornet, alors
aujourd’hui, hormis quelques nattes et quelques pots directeur général adjoint de l’IMNZ, puis à Bruxelles, sous
grossiers, je n’ai plus rien trouvé qui fût sorti de mains de le haut patronage de l’ambassadeur du Zaïre en Belgique,
l’artisan indigène. Les goûts des acheteurs vont à la pacotille ceci dans le cadre de l’Association des Amitiés belgo-
de bazar, et, dans ce domaine, rien ne manque : ni les miroirs zaïroises. La récolte fut particulièrement importante dans
de poche, ni les canifs ornés de celluloïd, ni les chaînes de la chefferie Mongo-Masi en territoire de Rugu, parce que,
montre en nickel. On y découvre même des lunettes dont peut-on lire dans Boyoma, « les ethnographes Dierickx
l’ébonite largement étalée encercle des verres à vitre, des (avaient) reçu du chef de cette collectivité locale, le
savons si minuscules qu’ils ne doivent servir qu’à un seul citoyen Teingu – un brave homme et militant authentique
lavage et des petits pots de rouge chimique qui, chez les du Parti – de nombreux objets d’art qu’il dét(enait) de
élégantes de l’endroit, ont rapidement triomphé du suc de ses ancêtres pour remettre à titre de dons au président-
l’hibiscus dont leurs grand-mères se teignaient les ongles. fondateur du Mouvement populaire de la révolution, le
190
Dans un rapport récent, un administrateur de la général de corps d’armée Mobutu Sese Seko . »
région écrivait : “Signe regrettable peut-être des temps Nous avons sélectionné quelques objets d’art ancien
actuels, mais bientôt les danseurs mangbetous refuseront du Haut-Uele reproduits dans des catalogues d’exposition.
de s’exhiber s’ils ne sont pas rémunérés officiellement”. Où Nous les présentons ci-après.
sont les cohortes de danseurs de jadis qui, dès la descente
du soleil, s’assemblaient bruyamment sur les places ? 189 Scohy, A., op. cit, pp. 112-113.
Aujourd’hui, portefeuille garni, ils préfèrent entendre Tino 190 « Nombreux objets d’art traditionnel récoltés dans le
Rossi dérouler ses sirops dans le phono acheté au magasin Haut-Zaïre », Boyoma, Kisangani, mercredi 11 avril
du coin ; il faut un ordre pour qu’à l’occasion du passage de 1973, pp. 1 et 2.

102
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

Statuette yanda « nazeze »

« Outre les sculptures à usage public ou domestique […],


les Azande produisaient également des objets destinés à être
utilisés dans des contextes essentiellement magiques. Ces
objets servent dans le cadre des activités d’une société secrète,
généralement connue sous le nom de mani et directement
associée aux Azande. Cette société est établie dans l’ensemble
des trois pays occupés par les Azande, mais semble avoir été
créée en République centrafricaine durant la seconde moitié
e
du xix siècle, probablement dans la région de Rafay. De là,
elle se serait étendue vers le Zaïre et, par la suite, aux groupes
vivant au sud du Soudan. L’avènement du gouvernement
colonial en réduisit les activités.
À son apogée, la société mani était une organisation
strictement hiérarchisée, ouverte à la fois aux hommes et
aux femmes. Les initiés escomptaient que leur adhésion
leur fournisse un certain nombre d’avantages : l’assurance
d’un bien-être général, le succès à la chasse, la résolution des
problèmes familiaux ou légaux, l’apaisement des sentiments
vengeurs et l’assurance d’une fécondité constante.
Cet exemple particulier de figurine créé spécialement
pour des membres de la société mani, est du type nazeze.
Il s’agit de figurines anthropomorphes élémentaires » [J.
191
Mack] .

Statuette yanda « kudu »

« Bien qu’elles soient classées par types, les


représentations créées pour la société mani sont connues
sous le terme générique de yanda. Le terme connaît une
série de connotations essentiellement mystiques. Il
signifie « force », « esprit », ou « pouvoir magique » ;
le fait qu’il désigne aussi les objets liés à la société mani
nous renseigne sur leur statut d’objets dotés de pouvoirs
rituels.
Ceci se révèle déjà clairement au cours du processus Statuette yanda « nazeze », Zande orientaux. (EO.1961.18.1, collection MRAC
de leur fabrication. Bien que le sculpteur ne soit pas Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.)
nécessairement un membre de la société mani – et est
vraisemblablement amené à sculpter aussi des objets à
usage domestique – il est obligé d’observer un ensemble de prohibitions durant la période de création de l’objet. Le
choix du bois dans lequel la sculpture sera façonnée n’est
191 Verswijver, G., De Palmenaer, E., Baeke, V. & pas arbitraire : l’espèce d’arbre sélectionné est censée détenir
Bouttiaux-Ndiaye, A.M., Trésors du Musée d’Afrique, des pouvoirs magiques, la figure est par « essence » efficace.
Tervuren, Musée royal de l’Afrique centrale, 1995, En outre, elle est activée par l’application d’une préparation
p. 388. magique particulière, laquelle est une mixture composée

103
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

d’huile, de graisse, de racines, de graines et d’écorce, chaque


élément étant choisi pour ses propriétés médicinales
particulières. (En fait, les statuettes yanda peuvent être
remplacées par des fragments de racine tordus.) La personne
responsable de l’objet – son « propriétaire » – maintient sa
puissance intacte en l’enduisant périodiquement de ces
mêmes substances. Les membres de la société mani s’en
enduisent aussi le corps lors d’un rituel visant à créer un
lien tangible entre eux, les statuettes yanda porteuses de
pouvoirs qui leur sont bénéfiques, et la force ou le pouvoir
qui est à la base de la société mani elle-même.
L’action d’enduire ou de frotter la figurine (ou le corps
humain) afin d’accroître sa puissance magique suggère un
lien avec un autre type d’objets répandus dans la culture
zande, les oracles à friction. Ces objets, consultés pour
déterminer la cause d’un événement ou prédire l’avenir,
doivent également être frottés pour activer leurs pouvoirs.
Le rituel de la société mani pousse cette logique plus loin,
dans le domaine de ce que l’on appelle parfois “magie
blanche”. La similarité de forme entre certains types
d’oracles et certaines figurines yanda suggère que la société
mani aurait pu se développer à partir de diverses activités
magiques et oraculaires de la culture zande.
Cette figurine affectant l’aspect d’un tronc, appartient
au type kudu. Sa particularité principale est l’absence
de bras et de jambes. C’est l’absence ou la présence des
membres qui distingue ce type-ci de sculpture de la forme
plus complète appelée nazeze. Les différences de style et
d’appellation ne sont pas, cependant, liées à des différences
de fonction. Pour leurs détenteurs, toutes les figurines
192
yanda remplissent les mêmes fonctions. » [J. Mack .]

Outre ces sculptures et peintures, on peut épingler les


vases décorés. Relevons aussi l’application de l’esthétique
au corps humain, principalement chez les femmes, Figurine yanda (kudu), Zande. (EO.1951.12.9, collection MRAC Tervuren ; photo R.
caractérisée notamment par la tresse des cheveux, le Asselberghs, MRAC Tervuren ©.)
tatouage, l’allongement du crâne (Mangbetu et Budu,
principalement), la perforation des pavillons des oreilles,
l’aiguisement de dents (incisives), le maquillage (en noir) de vases, pots, nattes, chaises longues, tamis, assiettes, lits
sur le visage et sur certaines parties du corps (surtout chez en bambou, mortiers, instruments de musique (de toute
les Pygmées). sorte), machettes et couteaux (Kpedekuwa), armes (lances,
Quant à l’artisanat, il est encore présent dans les flèches), hanches, habits en écorce d’arbre, chapeaux en
activités culturelles du Haut-Uele. Il concerne la fabrication paille, paniers, filets de chasse et de pêche, nasses, pirogues,
escabeaux, tuiles en planches (Mapala), etc. Certains de
192 Trésors d’Afrique – Musée de Tervuren, op. cit., ces instruments, comme le couteau qui sert à tirer le vin
pp. 388-389. de raphia ou la cuve servant à la transformation de vin

104
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

de raphia en arac (type d’alcool local), paraissent être des apportait la bonne fortune à l’endroit où les danses étaient
193
créations locales. exécutées. » (n° 226, D. Demolin .)

Ci-après, quelques productions merveilleuses de


l’artisanat du Haut-Uele disponibles dans les collections
du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren.

Couvre-chef mangbetu. (EO.0.0.40197, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M.


Vandyck, MRAC Tervuren ©.)

Poterie anthropomorphe mangbetu. (EO.1959.21.13, collection MRAC


Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.)
« Cette poterie anthropomorphe à visage féminin
est un récipient destiné à recueillir le vin de palme. Sa
provenance est inconnue mais le style de décoration des
trois panses montre de fortes ressemblances avec celui de
la poterie pratiquée dans les environs de Medje au début
e
du xx siècle. La tête allongée est couronnée de la coiffure
caractéristique des femmes mangbetu. Les cheveux sont
tressés et renforcés par une armature de raphia qui permet
d’obtenir un éventail à l’extrémité supérieure du crâne. Les
yeux sont étirés, le front et les joues marqués de pointillés,
la bouche entrouverte montre les dents, comme c’est
souvent le cas dans le style de poterie de Meje. Des pots
anthropomorphes similaires ont été employés dans le rite
de naando pratiqué chez les Mangbetu et les Medje. Leur
usage consistait alors à recueillir le vin de palme mélangé
Pipe anthropomorphe mangbetu. (EO.0.0.35949, collection MRAC Tervuren ;
à la décoction d’une racine appelée naando. Le breuvage photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.)
produisait un effet excitant sur les danseurs et les initiés et
193 Trésors d’Afrique, op. cit., p. 384.

105
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Statuettes mangbetu. ­(EO.0.0.2618, collection MRAC (EO.1955.128.1 + EO.1955.128.2, collection MRAC Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC
Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.) Tervuren ©.)

106
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

4.2. LA MUSIQUE ET LA DANSE194 La musique de cour des Mangbetu et des populations


assimilées est considérée comme une des formes les
Lieu de rencontre de différents groupes culturels et plus avancées de Nakira, sommet de l’intelligence
197
linguistiques issus des phylums nilo-saharien et Niger- ou de l’habileté mentale et technique . Les récits de
Congo, les territoires de l’Uele sont les témoins de riches Schweinfurth dans ces régions ont contribué à renforcer
traditions musicales et organologiques. Des orchestres de le mythe de la splendeur des Mangbetu, les fastes de la
tambours à fente mangbetu aux harpes arquées des Azande, cour du roi Mbunza et l’amour instinctif pour l’art des
198
l’abondance des ensembles polyphoniques et des techniques Azande .
de facture d’instrument y est caractéristique et difficilement À l’instar de la danse, l’art et la musique paraissent eux
retrouvable dans d’autres régions de la RD Congo .
195
aussi indissociables, surtout en pays mangbetu. Largement
Mais à cause de l’étendue du Haut-Uele, la faiblesse connus et reconnus pour leurs qualités d’artisans, les
des sources disponibles et la complexité du sujet, on ne instruments de musique n’y échappent pas. Les tambours
peut reprendre de manière exhaustive une description à fente, les trompes en ivoire que l’on trouve dans de
ethnomusicologique de toutes les communautés présentes. nombreux musées d’Europe, sont considérés comme de
Ce paragrpahe ne fournit donc qu’un aperçu général des véritables objets d’art.
traditions musicales de l’Uele, intégrant à la fois le Haut- Les artisans atteignent un tel niveau de
Uele et le Bas-Uele. perfectionnement et de maîtrise des techniques artisanales
196
On ne peut dissocier la musique et la danse ; il n’existe qu’ils arrivent même parfois à dépasser leurs voisins d’un
d’ailleurs qu’un seul mot pour désigner les deux : Nobe. point de vue esthétique dans la fabrication d’instruments
pourtant impropres à leurs usages. C’est les cas des harpes
194 Ce point a été produit par Rémy Jadinon de la section arquées mangbetu. Bien que splendides au niveau de la
musicologie du MARC. Il a été complété par quelques création, elles n’appartiennent pas à l’instrumentarium
données de terrain recueillies par l’équipe du Haut- mangbetu et on ne retrouve de témoignage de leur présence
Uele mise en place par le MRAC. e
dans la région qu’entre la fin du xix et le premier quart du
195 Les plus anciennes sources ethnographiques dont e
xx siècle. Elles auraient été jouées par les Mangbele qui les
dispose le musée de Tervuren utilisées dans le cadre 199
auraient empruntées à leurs voisins azande Nzakara . Le
de cette section proviennent de documents récoltés
déchaînement sculptural mangbetu au travers des harpes
par le capitaine commandant Joseph Armand
Hutereau, alors en service pour la Force publique serait une tentative du roi Okondo de « redonner au
et chef de la mission ethnographique dans les zones royaume le prestige qu’il avait perdu, au moins à travers la
200
de l’Uele du Congo et obtenus par l’intermédiaire reconstitution de la cour et le développement des arts ».
de M. Vermandele, professeur au conservatoire. Leurs propriétés acoustiques sont d’ailleurs moindres
201
L’intérêt du commandant Hutereau pour les mœurs selon les critères de Dampierre .
et les coutumes des populations qu’il rencontrait Force est de reconnaître que les traditions musicales se
l’a poussé à réaliser des études ethnographiques en sont perpétuées dans le Haut-Uele et qu’il n’existerait pas de
collaboration avec le musée de Tervuren. D’abondants différences majeures entre la musique des enregistrements
enregistrements sous format de rouleau de cire pour
phonographe Edison sont d’ailleurs disponibles à la 197 Ibidem.
sa section musicologie. C’est donc sur base de ces 198 Schweinfurth, Au coeur de l’Afrique : 1868-1871
enregistrements et des notes ethnographiques les voyages et découvertes dans les régions inexplorées de
accompagnant qu’est peint le décor musical de l’Uele l’Afrique centrale, Paris, Hachette, 1875.
e
au début du xx siècle. Les données sur la période plus 199 Demolin, D., Notes de cours…, op. cit.
récente ont été recueillies par Didier Demolin, au 200 Schildkrout & Keime, 1990, cités par Speranza,
cours de différentes missions auprès des populations G., « Le chant de la harpe », in La Parole du fleuve,
mangbetu et des Pygmées Asua entre 1984 et 1990. Harpes d’Afrique centrale, Paris, Cité de la Musique,
196 Demolin, D., Notes de cours : Introduction à 1999, p. 83.
l’ethnomusicologie, Bruxelles, Université libre de 201 De Dampierre, E., Harpes zande, Paris, Klincksieck,
Bruxelles, 2005. 1991.

107
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

de l’Uele réalisés au début du siècle dernier et celle que l’on Oye ! ha Maranga, woro bara mo la wala.
peut écouter actuellement. O yé ! Maranga et Woro on danse en amont.
Au niveau de l’analyse musicale proprement dite, on Bande mali na bala da nsiere Woro le Kangoro dore ay !
retrouve fréquemment des ostinatos et des responsorial Woro, Bondo vient avec sa chaise sans nous porter
chœur solo dans la plupart des communautés, que ce à manger. Quelle affaire. Ah ma mère ! Les femmes
soit dans la musique des Logo, des Budu ou encore des de Bangwasa et de Mbala ne me donnent pas à
Budu-Nyari. « L’influence de la polyphonie Pygmées est manger.
perceptible dans certains répertoires. C’est notamment le A wa nare ! wa Bangwasa, Mbala alane sa liaw wa agno.
cas dans le jeu des trompes qui est parfois une simple copie La mort a pris mon père Dagame. Pourquoi Allah
des chants202 ». Ainsi donc, les structures contrapuntiques a-t-il fait cela ?
des Pygmées asua ont fortement influencé les orchestres Banda kando ere te badiere. Angoro kala lao dagame.
de trompes Ambala des Mangbele. Les transpositions de A te yongo Barambo: no motedzi, gire bande go de ma ne
mélodies d’un instrument à un autre sont assez fréquentes fole.
203
dans cette région . Il n’est pas rare de voir des Mangbele Écoute Barambo : je dis que j’ai donné des couteaux
chanter des mélodies originellement prévues pour des pour avoir ma femme.
xylophones azande. Woro Zimbada ma nzi te ze? Babara, Zurwuba na Ganzi
Cette diffusion s’expliquerait au niveau des Mangbetu Topi.
204
par l’échange de musiciens entre chefs . Ainsi donc la Qui a pris ce village ? C’est Barbara et Ganzi Topi.
culture matérielle et immatérielle musicale s’est propagée
au-delà des frontières des communautés respectives. Les Chants des Azande du chef Liwa
Pygmées asua ont eu une grande influence dans la vie Bwala baso, bwala baso. Kumba ne so vura ne kiga. Baso
musicale des Mangbetu. oyo, Baso ono. Kumba oyo, Kumba ono.
Les paroles des chansons font toujours allusion aux Vive la lance ! Quand le guerrier a combattu il revient
problèmes du quotidien ou bien rendent hommage au au village.
chef. Ci-dessous les textes des enregistrements contenus Dule le du agbwe dule le du. Dule le e agbwe dule le du.
dans la caisse de la mission Hutereau n° 110 fournissant Attaquons nos ennemis, nous les disperserons.
un aperçu des thématiques. Zeze zeze e zeze o vura ao vura te o. Avura kipa vura o
N.B. Chacune de ces phrases est chantée par un vura gao, vura te o.Mi alua lo mi pwili. O vura.
Barambo et reprise ensuite en chœur. La même phrase Les guerriers de Kipa (Tikima) sont rentrés de
est répétée quantité de fois et forme ainsi une chanson de l’expédition. Ils n’ont pas rencontré d’ennemis. Je
marche. pleure parce que je ne les ai pas accompagnés.
ee a e ee a e ee a e ee a e
Chants Barambo ……………………………………………
Akenge mwa ga. Jara barambo guteme eri ere. Boemi, kana ba Golombo.
Akenge part. Les Abarambo ne se veulent pas chez Boemi, Kano est le père de Golombo (Golomb est
eux. une fille aînée des enfants de Kana).
Na ma mbere palie re, ako ba diere a li tay a nengaza.
Je pleure mon frère est mort. Que vais-je faire ? Ci-dessous quelques instruments de musique de l’Uele
Da ne ba Wanga ne Mali kanga Bangwali. Makonzo wowe par catégories suivis d’une brève description organologique
nembe. et ethnologique.
Makanza est venue pour être l’épouse de Wanga ; elle
a choisi Bangbwali, c’est une wowe.

202 Demolin, D., Notes de cours…, op. cit.


203 Ibidem.
204 Ibidem.

108
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

4.2.1. Idiophones

a. Les tambours à fentes


On y retrouve le fameux tambour à fente en forme de
tulipe. Il est utilisé pour la musique de cour, les chants
de deuil ou la transmission des messages. Il se nomme
Negbongbo, Nekpokpo, Mandru et est accompagné du
tambour Nekobo, Abita et du hochet Neziza ou Ekoki.
« Ce sont principalement les Mangbetu, les Azande et les
Mamvu qui ont été les détenteurs le plus nombreux de ce
205
type d’instrument . »
Souvent l’apanage de quelques chefs, le tambour à fente
socialise au travers de réjouissances, d’activités de travail
ou dans des orchestres.
Tambour à fente en forme de tulipe mangbetu ; Uele, RD Congo. (MO.0.0.628,
collection MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©.)

Joueur de tambour à fente Nemandru, dit en forme de Tambour à fente semi-lunaire mangbetu ; Uele, RDC. (MO.0.0.8852, collection
tulipe. Tambour à fente spécifique des communautés de l’Uele de MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©.)
la RD Congo. (MP.0.0.6049, collection MRAC Tervuren ; photo J.
Steenhoudt, 1985, MRAC Tervuren ©.)

205 Laurenty, J.-S., L’Organologie du Zaïre.Tome II :


Les Sanza - Les Xylophones - Les Tambours à fente,
Tervuren, MRAC, 1995.

109
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

b. Xylophones
La forme la plus répandue de xylophone dans la
région est celle dite à « touches libres » (voir photo ci-
dessous). Il s’agit de lames de bois déposées sur deux
troncs de bananier. Elles sont la propriété des musiciens
(généralement au nombre de 4 ; chacun possédant 3 ou 4
lames) et se montent et se démontent à chaque utilisation.
Le xylophone à touches libres n’existe que dans la région
de l’Uele, chez les Azande, les Barambo, les Bodo, les
Mamvu et les Mangbutu. Les Mangbetu ignorent l’usage
206
du xylophone .

Orchestre de tambours à fente mangbetu. (EP.0.0.8905, collection MRAC


Tervuren ; photo C. Zagourski, s.d., Sabam ©.)

Gugu : tambour à fente des Azande Xylophone pandingbwa ou encore kpaningba, dit à « touches libres ».
Un autre type de tambour à fente s’appelle « Gugu » (EP.0.0.10081, collection MRAC Tervuren ; photo A. Hutereau, 1913.)
chez les Azande ; il a quatre pieds et n’est pas portable.
On peut voir sur la photo les deux solistes et les deux
accompagnateurs.

c. Les sanza ou kundi (likembe)


Lugungu, modeku, kulongbe… sont les noms donnés à
cet instrument qui était, jusqu’il y a peu, relégué au rang
de « passe-temps ». Les musicologues de l’époque n’y
voyaient qu’« un instrument de solitude […] pour donner
207
le rythme ou encore pour se tenir éveillé ». Force est
de constater que cela a changé. La sanza n’est plus rangée
uniquement au rang des instruments intimistes, elle est
l’instrument des chanteurs raconteurs tel que peut l’être la
harpe ou la mvêt sous d’autres latitudes. La forme la plus
répandue dans la région des forêts est celle avec résonateur
à calebasse, placée contre le corps du musicien avec lequel
il effectue un mouvement de va-et-vient pour donner un
effet « wha-wha ».

206 Laurenty, J.-S., L’Organologie du Zaïre.Tome II : Les


Gong de la cathédrale des Saints Martyrs de l’Ouganda à Dungu. (Photo Sanza - Les Xylophones - Les Tambours à fente., op. cit.
Dakahudyno Wakale, 28 mai 2006.) 207 Idem.

110
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

Lamellophones giangbwa ; Uele, RDC. (MO.0.0.7602_DIA_01 _DIA_02,


collection MRAC Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.)

Lamellophone angba ; Uele, Aruwimi, RD Congo. (MO.1955.130.5, collection MRAC Tervuren ; photo Jo Van de Vyver, MRAC Tervuren ©.)

111
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Chez les Logo du territoire de Faradje, le likembe


trouvé compte dix touches (mbili) rangées selon les notes
musicales (do, ré, mi, fa, sol, la, si, do), mais dispersées
selon les sons. Il est joué ici de la même manière que chez
les Kaliko et les Lugbara du territoire d’Aru en Ouganda
voisin.

Likembe à dix touches. (Photos équipe locale, 2009.)

4.2.2. Membranophones Ndima ou Gaza :


tambours à peau lacée
Les techniques de tension de la peau au Congo varient
selon les latitudes et les communautés, du clou, aux
chevilles en bois en passant par les courroies de tension. La
région de l’Uele est caractérisée par la tension de ses peaux
de tambour sur la caisse de résonance au moyen d’un
« ingénieux système de cordons lacés reliant la peau du
dessus et du dessous. Pour la fabrication de ces cordons,
la peau d’un animal (d’un bœuf, d’une antilope) est mise
à sécher un court moment au soleil, puis soigneusement
raclée, et plongée plusieurs jours dans l’eau afin de trouver
sa souplesse.
Pour obtenir les fines lanières, on commence par
découper une bande (1 à 2 cm) à l’extérieur de la peau,
on poursuit ainsi de façon circulaire, de manière à obtenir

112
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

des lanières de cuir de plusieurs mètres de long. Celles-ci


seront tendues de toutes les façons, horizontale, verticale,
en croix, pour relier et étirer les peaux qui couvrent les
ouvertures supérieures et inférieures de l’instrument. Ce
système ne permet pas de tendre la peau au moyen de
cordons.
Aussi le tambour est-il, avant le jeu, approché d’un feu,
208
et, sous l’effet de la chaleur, la peau se rétracte . »
Les dossiers ethnographiques des missions menées
par le commandant Hutereau apportent des détails.
Le tambour logo est appelé Lèri. Les Logo dansent aux
sons de deux de ces tambours ; l’un est battu avec une
baguette, l’autre avec les doigts. Ces tambours ont de 1,50
à 2,50 mètres de long sur 20 à 30 cm de diamètre à la partie
Tambour lacé gaza des Zande de l’Uele, RDC. Ce tambour sert principalement
la plus large. Le peuple logo habite les rives de la Dungu, de
à accompagner les danses. (MO.0.0.14480, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M.
Faradje près d’Aba et s’étend vers le sud non loin de Kibali. Vandyck, MRAC Tervuren ©.)
On a trouvé, dans le territoire de Faradje, quatre
tambours utilisés ensemble par un orchestre. Ils portent
chacun un nom spécifique lié à son rôle. Ils se nomment
respectivement : (1) kindri (kindru) ou grosse caisse ; (2)
bili ; (3) bili (mva) ; (4) et kilimva (le plus petit).

Tambour lacé bandia de l’Uele de la RD Congo. La facture de laçage est typique


des régions de l’Uele. (MO.0.0.14479, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M.
Vandyck, MRAC Tervuren ©.)

Ino, un chef Abandja qui vivait il y a environ 80 ans (en


1913), se faisait toujours accompagner en guerre par
ses tambours. Dans une expédition qu’il dirigea au-delà
de l’Uele, Api, un de ses oncles fut tué. Ino fit placer le
Ensemble de quatre tambours, territoire de Faradje. cadavre dans son tambour gaza ; les peaux bien tendues
(Photos équipe locale, 2009.) sur la carcasse en bois faites d’un tronc d’arbre creusé
rendirent le cercueil improvisé « étanche ». C’est ainsi qu’il
208 Gansemans, J., Collections du MRAC, Instruments de fut ramené vers l’arrière au village natal, où il fut mis en
musique, Tervuren, Musée royal de l’Afrique centrale, terre. (Hutereau A., 1912 dossier ethnographique n° 346.)
2009.

113
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

4.2.3. Les aérophones : Ambala, trompes

Trompes en ivoire mangbetu. (65 et 66_ MO.1954.134.75, collection MRAC Trompettes ambala. (Photos équipe locale, 2009.)
Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©.)

« Les neufs trompettes appelées ambala produisent (1) Asoma (soma) do


chacune une note. Elles utilisent l’échelle pentatonique (2) Oruwa ré
209
Sib, Do, Ré#, Fa#, Sol ». Ces trompettes sont jouées (3) Agolovo (Agodria) mi - fa
systématiquement à cinq et sont un très bel exemple de (4) Ako-ti sol
210
polyphonie par hoquet . (5) Asi-dri la
Les trompettes appelées kanga chez les Logo, sont les (6) Awo-alo si
instruments par excellence de la danse (Nyalu). Il s’agit (7) Awo-ri do
d’instruments à « vent », taillés à la mesure de leur son (8) Yira si
respectif. Ils sont sept comme les sons de la musique.

209 Demolin, D., Anthologie de la musique congolaise.


Vol. 3. Musiques du pays des Mangbetu [Compact
Disc Digital Audio], Bruxelles, Fonti Musicali : Jos
Gansemans, 1987.
210 En langue mangbele.

114
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

Un chant de « kanga »

Manigo o, Manigo e e
Manigo o, Manigo e e
Manigo tsa tsa e
Manigo est l’excellent
Aria kodo dhia be
Si l’oiseau pouvait transporter l’homme
Aria re ami do
L’oiseau pouvait te transporter et te déposer
chez Dieu
Tayile nzambi vena
Si le pigeon (gris) pouvait transporter l’homme,
il pouvait te transporter et te déposer chez Dieu
Harpe kundi des Azande, recueillie à Doruma. (MO.0.0.30372, collection MRAC
Kobhola kodo dhia be Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©.)
Kobhola re ami do
Tayile Nzambi vena
Manigo e, Manigo e e e
Manigo e, Manigo e e e
Manigo la vu dre yo
Manigo est passé à lui
Aria kodo dhia be
Si l’oiseau pouvait transporter l’homme
Aria re ami do
L’oiseau pouvait te transporter et te déposer
dans la maison de Dieu
Tayile Nzambi djona
Si le pigeon (gris) pouvait transporter l’homme,
il pouvait te transporter et te déposer dans la
maison de Dieu

Kobhola kodo dhia be


Kobhola re ami do Harpe issue de la rive droite de l’Aruwimi. Il s’agit d’un cas particulier de
Tayile Nzambi djona harpe à 8 cordes, utilisant une échelle hexatonique peu répandue dans la région.
(MO.1954.34.4, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©.)
4.2.4. Les cordophones

a. Les harpes b. La cithare-en-terre


Les harpes kundi (d’autres sources les nomment sagiilu) La cithare-en-terre, nedongu, est construite en creusant
des Azande sont connues pour leurs remarquables qualités un trou dans le sol d’environ 70 cm de profondeur. Celui-
acoustiques. Présente comme objet de culte dans les rites ci est recouvert d’une plaque en bois ou d’un couvercle
religieux ou étincelant outil de satyre, la harpe peut être de casserole. Une corde de raphia nepe de plus ou moins
emblème du pouvoir ou simple instrument de musique et 2 m 50 est fixée dans le sol, à une hauteur d’une trentaine
peut facilement passer du sacré au profane. de centimètres, au milieu du couvercle de la casserole ou

115
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

de la pièce en bois. La corde, qui donne alors deux tons, est


211
frappée avec deux petits bâtonnets .

Un autre type de cithare. (Photo équipe locale.) Khudi. (Photo équipe locale, 2009.)

c. Le kudhi d. Le gulitindia
C’est un instrument musical joué chez les Logo, les Cet instrument est utilisé chez les Logo par les jeunes
Baka et les Mondo. Les griots sont les utilisateurs attitrés filles, surtout, lorsqu’elles gardent les champs de maïs et de
du kudhi. riz, afin de chasser/éloigner les oiseaux. Il peut être joué en
groupe à la maison pour se distraire.

e. Le lari-ba a
Ce n’est pas un instrument en tant que tel, mais juste
une corde installée à plat sur le sol et séparée par de petits
supports qui produisent différents tons de musique,
comme sur de vrai tam-tams. Il est utilisé dans le cadre de
l’initiation des garçons, qui apprennent à jouer.
Malgré cette présence de références musicales,
la musique traditionnelle connaît une régression
considérable. Il arrive actuellement que certains chefs
de chefferies obligent leurs subalternes à constituer un
orchestre traditionnel dans leurs villages.
Les Logo ont plusieurs danses (nga-toma) dont
chacune est circonstancielle. Énumérons :

1 - Samba
Khudi. (Photo équipe locale, 2009.)
a) Avo-samba : danse mortuaire ;
211 Demolin, D., Anthologie de la musique congolaise. b) Samba-Nyalu : danse de réjouissance populaire ;
Vol. 3. Musiques du pays des Mangbetu [Compact 2 - Mvogia : danse d’homme ;
Disc Digital Audio], Bruxelles, Fonti Musicali : Jos 3 - Kadhu : danse féminine sur la pointe des pieds ;
Gansemans, 1987.

116
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

Gulitindia. (Photos équipe locale, 2009.)

4 - Kakuru : danse mixte (hommes et femmes) ; que le kimbanguisme, mouvement créé en 1921 par
5 - Sisi : danse mortuaire (hommes et femmes) ; Simon Kimbangu, devenu son prophète, a été reconnu
6 - Nyalu : danse populaire libre (Malinga) ; officiellement par l’Administration coloniale, le 24
7 - Nyakilo : danse mortuaire (hommes et femmes) ; décembre 1959, et dénommé «Église de Jésus Christ sur la
8 - Aramba : danse incantatoire (hommes et femmes) ; terre par le prophète Simon Kimbangu » (EJCSK). Quant
212
9 - Ambalandu ou Kulumbiri : danse guerrière, au kitawala, celui-ci est né du Watch Tower .
uniquement pour hommes.
212 Le kitawala est le produit idéologique du Watch Tower
américain, connu davantage sous la dénomination de
témoins de Jehovah. Le mot kitawala viendrait d’une
4.3. LA VIE RELIGIEUSE
translittération du mot anglais Tower prononcé à la
bantu (tawar, tawal, tawala) et auquel les adeptes
Depuis l’arrivée de traitants musulmans vers le milieu adjoignirent le préfixe ki. Selon L. Debertry (Kitawala,
e
du xix siècle, d’une part, et de missionnaires catholiques roman, Élisabethville, Éditions Essor du Congo, 1953),
e
et protestants vers la fin du xix siècle, d’autre part, deux ce préfixe désignerait, en swahili, une manière d’être
des grandes religions du livre se sont enracinées dans le ou de faire. À force de l’utiliser, ce mot finit par se
Haut-Uele : l’islam et le christianisme. rapprocher et s’identifier complètement au mot swahili
De ces deux religions sont nées des religions kitawala, c’est-à-dire dominer. Au fil du temps, ce
« syncrétiques », c’est-à-dire des religions dans dernier se substitua à Tower. Le premier terme Watch,
lesquelles des éléments de ces religions et des religions incompris, perdit du terrain en faveur de Tower, que les
traditionnelles se confondent. Deux belles illustrations en adeptes, qui ne connaissaient pas l’anglais, retenaient
sont le kitawala et le kimbanguisme. Précisons, toutefois, aisément, du fait que les propagandistes le prononçaient
en dernier lieu, en l’accentuant. L’appellation Kitawala

117
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Le kimbanguisme et le kitawala sont, pour le Haut- Elle devient un vicariat apostolique, le 6 mai 1924. Le
Uele, des produits religieux exogènes, qui se sont 24 février 1958, la préfecture apostolique de Doruma est
introduits dans cette région à la suite de la politique de séparée du vicariat apostolique. Le 10 novembre 1959, le
relégation du gouvernement colonial qui interdit ces deux vicariat apostolique est promu diocèse de Niangara, pour
214
mouvements sur toute l’étendue de la colonie belge. Le devenir diocèse d’Isiro-Niangara le 23 mars 1970 .
kitawala conquit la Province-Orientale pendant la Seconde Le diocèse de Doruma, qui verra le jour le 26
Guerre mondiale. Il fut dissout, le 6 novembre 1942, septembre 1967, sera dénommé diocèse de Dungu-
dans le district de Stanleyville et le 30 janvier 1943, dans Doruma le 14 mars 1971. Le vicariat apostolique de
toute la Province-Orientale. En moins d’une année, 210 Wamba est érigé le 10 mars 1949, à la suite de la division
membres de cette secte seront internés : 103 dans un camp du vicariat apstolique de Stanleyville. Le diocèse de
spécial érigé en territoire de Faradje et 107 en territoire Wamba est créé le 10 novembre 1959.
213
de Bafwasende . Les racines congolaises du kitawala Les trois diocèses font partie de la province
sont situées dans les zones industrielles de la province ecclésiastique de Kisangani. Il y a lieu de noter, quant
du Katanga où ce mouvement vit le jour vers 1921. À ce à leur superficie d’ensemble, que les trois diocèses ne
même moment naissait à Nkamba, dans le Bas-Congo, le coïncident pas exactement avec l’espace du Haut-Uele.
mouvement kimbanguiste. La répression fut violente, un En ce qui concerne le district de Poko, qui fait partie du
grand nombre d’adeptes étant déportés vers des provinces Bas-Uele, ses missions, Poko Mater Boni Consilii (1952) et
éloignées. C’est à Niangara que plusieurs kimbanguistes Amadi Saint-Herman (1899) notamment, dépendent du
furent accueillis. diocèse de Dungu-Doruma. Une autre partie du district
À l’heure actuelle, on dénombre dans le Haut- de Poko, Poko Saint-Augustin (1974), Viadana Saint-Curé
Uele trois grandes religions modernes dominantes : le d’Ars (1928) et Limba, a été ecclésiastiquement intégrée
catholicisme, l’islam et le kimbanguisme. Il existe une dans le diocèse d’Isiro-Niangara.
large variété d’autres Églises, dites de réveil, comme Bima, Le diocèse de Wamba est encore plus compliqué à
Fepaco (Nzambe Malamu), Libérer les captifs, Jésus seul ce propos. Plusieurs paroisses font partie du district de
sauveur, Assemblées des saints, Logos Rhema, Christ est la Tshopo : dans le territoire de Bafwasende, il s’agit de
mon rocher, AIFA, Brahnam, etc. Bafwasende Saint-Pie-X (1956), Bomili Vierge Immaculée
Les religions « traditionnelles » ont presque (1956) et Avakubi ; dans le territoire de Banalia, il s’agit de
toutes disparu à la suite des actions menées depuis Panga Notre-Dame de Lourdes. Il englobe également une
l’époque coloniale par les missionnaires catholiques et partie du territoire de Mambasa dans l’Ituri : Mambasa
l’Administration. Les pages ci-après retracent la conquête Notre-Dame du Saint Rosaire, Nduye Mater Dei (1950),
ecclésiastique du Haut-Uele. Ngayu Sainte-Barbe (1950) et Niania Regina Pacis.
Dans le Haut-Uele, situé dans la périphérie nord-est Remarquons encore qu’ils sont l’œuvre de plusieurs
de l’EIC, l’évangélisation débuta beaucoup plus tard que congrégations missionnaires différentes, tant masculines
dans certaines autres régions. Dans ce domaine, l’Église que féminines, qui, dans un premier instant, ont pu
catholique devança légèrement les sociétés protestantes. compter sur des catéchistes et des moniteurs et monitrices,
et dans un second instant, à partir de la Seconde Guerre
4.3.1. Les missions catholiques mondiale, sur le clergé et les religieuses autochtones.
Le Haut-Uele compte trois diocèses ecclésiastiques :
Isiro-Niangara, Wamba et Dungu-Doruma. La préfecture a. Les Norbertins de Tongerloo
apostolique de l’Uele oriental a été créée le 18 décembre Des missionnaires norbertins, qui œuvraient déjà
1911, par division de la préfecture apostolique de l’Uele. dans le Bas-Uele depuis deux ans, sont les premiers à
s’installer dans le Haut-Uele. Quelques religieux quittent
prit ainsi le dessus et s’imposa à tous les adhérents du
nouveau mouvement politico-religieux. 214 Annuaire de l’Église catholique au Zaïre, 1974-
213 Kitawala – Synthèse de l’Administration de la Sûreté 1975, Kinshasa, Édition du Secrétariat général de la
du Congo belge, Léopoldville, s. d. conférence épiscopale, 1975, p. 289, p. 307 et p. 315.

118
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

Première chapelle de Viadana,


1928. (Source : Costermans, J., Cent
ans de mission au Congo, en Uélé,
1903-2003, Namur, Dominicains
missionnaires de Namur, 2003, p. 22.)

Cathédrale Sainte-Thérèse de
l’Enfant Jésus d’Isiro. (Photo
équipe locale, février 2011.)

la mission d’Ibembo en décembre 1899 pour arriver, le 10 b. Les Dominicains


janvier 1900, à Amadi, où ils fondent la première mission En 1911, les Norbertins cèdent la partie orientale de
catholique du Haut-Uele. leur préfecture apostolique de l’Uele aux Dominicains.
C’est à partir d’Amadi que les Norbertins vont pénétrer Ceux-ci vont donc reprendre les deux missions situées
plus profondément dans cette région. Ils quittent cette dans le Haut-Uele. La préfecture apostolique du Haut-Uele
mission le 16 novembre 1903 pour ouvrir, au courant du est officiellement érigée le 18 décembre 1911 et est promue
mois de décembre, 400 kilomètres plus loin vers l’est, le en vicariat apostolique de Niangara en 1924.
poste de Gombari. Les premiers missionnaires dominicains quittent
Anvers le 11 novembre de cette année pour arriver à Amadi

119
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

le 19 janvier 1912. Un peu plus tard, les Dominicains Les missions dominicaines s’étendent très vite dans les
reprennent la mission de Gombari qu’ils vont abandonner années vingt : Doruma et Rungu, en 1920 ; Niangara, en
en 1918. Alors, c’est à Watsa, dans la région des mines d’or, 1923 ; Faradje et Viadana, en 1928. La mission de Duru est
qu’ils fondent une nouvelle mission. Une année plus tard, ouverte en 1931.
en 1919, suit une implantation à Dungu.

Les postes missionnaires dominicains, 1912-1960

Date Localité Remarque


1912 Amadi
1912 ( ?) Gombari Abandonné en 1918
1918 Watsa
1919 Dungu
1920 Doruma
1920 Rungu
1923 Niangara
1928 Faradje
1928 Viadana
1931 Duru
1937 Ingi À proximité de Gombari
1937 Makoro
1943 Paulis
1948 Medje
1949 Tora
1949 Poko
1956 Durba
1956 Obi
1958 Tadu
1958 Ndedu
1959 Mangoro

Liste des évêques du diocèse d’Isiro-Niangara

Noms Début de la fonction Fin de carrière


Réginald Van Schoote 16 janvier 1912 28 avril 1922
Ceslas (Emilio) Rolin 1922 1924
Robert-Constant Lagae 18 décembre 1924 Février 1948
François-Odon De Wilde 11 mars 1948 19 février 1976
Ambroise Uma Arakayo Amabe 19 février 1976 11 avril 1989
Émile Aiti Waro Leuru’a 25 septembre 1989 24 mars 1994
Charles Kambale Mbogha 6 décembre 1995 13 mars 2001
Julien Andavo Mbia 1er février 2003 À nos jours

120
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

Carte des missions dominicaines jusqu’en 1958. (Source : Costermans, J., Cent ans de mission au Congo…, op. cit.)

c. Les Augustins
En 1952, les premiers pères augustins viennent Les évêques du diocèse de Dungu-Doruma
s’installer dans le Haut-Uele. Les Dominicains leur cèdent
cinq missions : Doruma, Amadi, Poko, Duru et Dungu. Noms Début de carrière Fin de carrière
Ils obtiennent leur propre juridiction ecclésiastique : la Guillaume Van den Elzen 13 novembre 1958 7 mai 1983
préfecture apostolique de Doruma, née le 24 février 1958 Émile Aiti Waro Leuru’a 7 mai 1983 25 septembre 1983
et devenue le diocèse de Doruma, le 26 septembre 1967. Richard Domba Mady 14 mars 1994 à nos jours
Elle sera dénommée diocèse de Dungu-Doruma, le 14
mars 1971. d. Les prêtres du Sacré-Cœur
La congrégation des frères congolais augustins est C’est le 10 mars 1949 que le vicariat apostolique de
gr
fondée par M Van den Elzen, évêque de Doruma, en Wamba est créé par la division du vicariat apostolique
215
juillet 1968 . de Stanleyville. Il est érigé en diocèse de Wamba le 10
novembre 1959.
215 Annuaire de l’Église du Congo. 1969, Kinshasa, Centre
de recherches sociologiques, Service des statistiques,
1970, p. 39.

121
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Les évêques du diocèse de Wamba

Noms Début Fin de carrière


Joseph-Pierre-Albert Wittebols 10 mars 1949 26 novembre 1964 (assassiné par les rebelles Simba)
Gustave Olombe Atelumbu Musilamu 5 septembre 1968 11 juin 1990
Charles Kambale Mbogha 11 juin 1990 6 décembre 1995
Janvier Kataka Luvete 8 novembre 1996 À nos jours

e. Les sœurs missionnaires

Missions de sœurs missionnaires dans le Haut-Uele

Date de création Localité Congrégation


1899 Amadi Sœurs du Sacré-Cœur de Marie
1914 Gombari Sœurs du Sacré-Cœur de Marie
1917 Watsa Sœurs du Sacré-Cœur de Marie
1924 Niangara Dominicaines missionnaires Fichermont
1926 Watsa Dominicaines missionnaires Fichermont
1926 Doruma Dominicaines Val des Anges (Bruges)
1929 Dungu Dominicaines Val des Anges
1931 Faradje Dominicaines missionnaires Fichermont
1936 Rungu Dominicaines missionnaires Fichermont
1944 Paulis Sœurs du Saint-Sépulcre de Turnhout

Les Dominicaines congolaises de Niangara, En 1969, le personnel ecclésiastique et religieux se


congrégation fondée en 1943 sous la dénomination de répartissait comme suit entre les trois diocèses.
« Filles de Ste Catherine de Sienne » et agréée à l’ordre
des Dominicains en 1951, comptaient, en 1969, 71 sœurs
professes, 3 novices, 7 postulantes.

Diocèse Personnel ecclésiastique et religieux Clergé séculier congolais (abbés)


Total dont Congolais
Doruma 49 5 prêtres 12
Isiro-Niangara 148 13 prêtres et 71 sœurs 27
Wamba 38 5 prêtres et 10 sœurs 11

Source : Annuaire de l’Église du Congo. 1969, Kinshasa, Centre de recherches sociologiques, Service des statistiques, 1970.

122
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

4.3.2. Les missions protestantes En 1929, les ADC reprennent à la HAM la station
Par rapport au Bas-Congo (Kongo-Central), au Kasaï de Betongwe. Deux nouvelles missions sont ouvertes en
ou au Katanga, par exemple, l’installation des missions 1937, à Andudu et à Ndeya. Mais la station de Ndeya sera
protestantes dans la région de l’Uele a été très tardive. Il n’y fermée ultérieurement et remplacée, en 1954, par celle
eut même pas de présence protestante durant la période de de Biodi.
l’EIC. Le Haut-Uele a été le champ d’apostolat pour trois
sociétés missionnaires protestantes. Les fondations missionnaires protestantes
à l’époque coloniale, 1908-1960
a. L’Africa Inland Mission (AIM)
C’est l’ancien président des États-Unis, Théodore Date Localité Société missionnaire
Roosevelt, qui est à l’origine de la fondation de la première 1913 Dungu AIM
station missionnaire protestante dans le Haut-Uele. En 1914 Niangara AIM
1910, il a visité les missions de l’Africa Inland Mission et 1915 Napopo AIM
c’est grâce à ses bons offices que le gouvernement belge 1917 Poko HAM
a donné l’autorisation à cette association religieuse de 1918 Wamba HAM
s’installer dans la Province-Orientale. Une première 1919 Moto AIM
mission est ouverte sur le lac Albert, en 1910, par des 1921 Ibambi HAM
missionnaires venant de l’Ouganda. 1921 Gombari ADC
Une année plus tard, l’AIM pénètre plus loin dans la 1929 Betongwe ADC
Province-Orientale et établit une mission à Dungu, le 22 1933 Egbita HAM
septembre 1913. Elle envisage surtout l’évangélisation chez 1937 Andudu ADC
les Azande. Au fil des années, des centres sont organisés 1937 Ndeya ADC
chez les Balogo et les Lugbara (Ituri). Des établissements 1954 Biodi ADC
sont alors organisés : à Niangara, en 1914 ; à Napopo, en
1915, Bafuka, en 1915, à Moto, en 1919.
4.3.3. Les croyances traditionnelles
b. La Heart of Africa Mission (HAM) La domination coloniale a transformé les sociétés
La Heart of Africa Mission est, en réalité, la branche traditionnelles congolaises dans beaucoup de domaines de
congolaise de la Worldwide Evangelization Cruzade la vie. D’une part, les autorités coloniales et missionnaires,
(la Croisade d’évangélisation mondiale) fondée par qui voyaient d’un mauvais œil certains rites que les
C. T. Studd et A. B. Buxton. Les deux fondateurs autochtones exécutaient dans le cadre de l’une ou l’autre
arrivent à Kilo en juin 1913 pour progresser très vite société secrète, luttèrent de manière impitoyable contre
vers Nala, à la frontière entre le Bas et le Haut-Uele, où certaines pratiques jugées barbares et criminelles. D’autre
le gouvernement colonial leur offre les bâtiments de part, l’introduction de nouveaux éléments, comme l’argent
l’ancien poste. européen, fut à l’origine de la dégradation de la vie sociale.
La HAM s’installe quasi simultanément dans le Bas et L’argent mit, notamment, fortement sous pression la dot et
dans le Haut-Uele. Les missions de Poko (Bas-Uele) et de le mariage traditionnel.
Wamba (Haut-Uele) sont fondées respectivement en 1917
et 1918. La station d’Ibambi (Haut-Uele) voit le jour en a. Les sociétés secrètes
1921. En 1933, elle crée encore une léproserie à Egbita. Le 22 décembre 1916, un enfant d’une dizaine d’années
est assassiné par des anioto ou « hommes-léopards » au
c. Les Assemblées de Dieu au Congo (ADC) village Babandjo, situé entre Avakubi et Medje. Il est
Au lendemain de Noël 1921, un groupe de missionnaires victime de la vengeance du chef Bako à qui le commissaire
pentecôtistes américains des Assemblées de Dieu au Congo, de district de Stanleyville, L. Libois, avait reproché assez
conduit par Blakeney, s’établit également dans le Haut-Uele. sévèrement de n’avoir pas assuré le ravitaillement de ses
Leur première mission est ouverte à Gombari.

123
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

porteurs. En représailles, le chef Bako avait ordonné le


meurtre d’un membre faisant partie de la caravane de « Un certain Sabona accusa un boy de les avoir tuées
216
Libois . pour le compte de son maître, directeur des mines de
Le chef Bako restera « impuni » des crimes anioto Moto, qui avait la réputation d’être un ogre. À l’endroit
pendant plus de vingt ans. Mais au début de 1933, des où le meurtre avait été commis, on retrouva des parties
crimes anioto s’étant succédé dans la région de Wamba, de squelettes. Finalement, Sabona et deux indigènes,
l’administrateur territorial Winckelmans et l’agent qu’il accuse de complicité, avouent qu’elles ont été tuées
territorial Neuray obtiennent de précieux renseignements par des membres de la secte Mangwalu qui se livraient
d’un non-initié. Le commissaire de district Libois leur depuis toujours à l’anthropophagie. D’autres crimes sont
conseille, alors, d’orienter leurs recherches chez les dénoncés.
Babandjo du chef Bako. Celui-ci sera arrêté, jugé et pendu Les membres de cette secte de chasseurs se reconnaissent
à Wamba en 1934. à certaines incisions au poignet qui constituent le signe
de leur initiation et première formalité obligatoire faisant
du néophyte le “fils” de celui qui l’a tatoué. Pour cette
opération il doit payer son “père” une somme variant de
10 à 30 francs.
La première bête qu’il tuera revient à son père.
Par la suite il recevra l’ordre de tuer une femme dont
certaines parties du corps serviront, avec une plante
bulbeuse – lianga – à faire un “dawa” qui est censé
rendre la chasse fructueuse en imbibant les lacets de
ce mélange. Ce “dawa” est mangé rituellement. Ce qu’il
en reste est séché, réduit en poudre, de couleur noire,
qui placée dans des cornes d’antilope est vendue aux
nouveaux membres de 300 à 600 francs la corne.
Cette secte est hiérarchisée. Pour arriver au grade
supérieur il faut encore posséder un autre “dawa” dans
la composition duquel entre de la graisse humaine,
posséder des sifflets qui donnent la mort à distance aux
ennemis de la secte et posséder un petit animal “ama
na niama” qui fait des trous dans le sable. Ces divers
Chef Bako, pendu à Wamba en 1934. (AP.0.1.2147, collection MRAC Tervuren ; “dawa” auront coûté un millier de francs à l’initié. Il
photo Migeon, 1934.)
pourra d’ailleurs les récupérer en faisant de nouveaux
Quelques années plus tard, la région de Watsa sera adeptes. Si le premier “dawa” (la poudre noire) se révèle
terrorisée par la secte Mangbwalu qui opère principalement sans efficacité, il faut un nouveau sacrifice humain ; il
dans les camps miniers de Moto. L’histoire fut révélée faudra également manger du “lianga”.
quand la disparition de deux femmes fut signalée au Comment ils tuent : un homme maintient les deux
tribunal du centre de Watsa. On avait d’abord cru à une mains de la victime, un autre lui ferme la bouche de la
fugue. Le récit de cette affaire a été reproduit dans la main et repousse la tête en arrière pour dégager le cou ; le
revue Congo à la veille de la Seconde Guerre mondiale. troisième tranche la carotide.
On apprend, ainsi, comment cette association secrète se C’est parce que Sabona a voulu assouvir une vengeance
structurait et opérait : que les agissements de cette secte ont pu être connus avant
que d’autres crimes ne soient commis.
216 Libois, L., « La lutte contre les Anioto du Congo Seules les femmes sont attaquées parce qu’elles ne
belge », L’Illustration congolaise, n° 181, Bruxelles, savent pas se défendre. Des femmes qui avaient pu échapper
1936, pp. 6066-6067 et n° 186, Bruxelles, 1936, p. 6082.

124
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

à la mort ont préféré quitter le camp minier plutôt que se deux caractéristiques étrangères : l’utilisation des statuettes
217
plaindre aux autorités . » à forme humaine et la vénération du serpent. Pour lui, il
était alors peu probable que le mani soit d’origine zande,
Notons que les sociétés secrètes étaient fort répandues parce qu’avant l’introduction du mani, les Azande ne
dans l’Uele. Édouard De Jonghe, qui publia un grand connaissaient pas de statuettes à forme humaine ni la
nombre d’articles sur ce phénomène, écrivait déjà, en vénération du serpent. De plus, cette secte n’avait eu que
1923, que la plus puissante et la plus dangereuse des peu de succès chez les Azande du Haut-Uele .
221

sociétés secrètes du Congo belge était peut-être le Nebili gr


M Lagae précise que le but de cette secte était de
« qui paraît originaire du pays des Mayogo et qui étend procurer à ses membres une certaine immunité vis-à-vis
[…] ses ramifications chez les Mangbetu, Bari, Mangbele, de l’autorité établie ; de faire en sorte que leurs palabres
Abarambo, Makere, Ababua. Elle a une tendance à se paraissent anodines aux yeux des chefs indigènes et de
propager vers le Nord-Est, chez les Azande, et vers l’Ouest, l’autorité européenne, même quand on se trouverait être
218
au pays des Bangala, et dans l’Ubangi . » nettement en tort, et d’obtenir au moins que la punition ne
Les « nebilistes » entretenaient un temple dans la forêt soit jamais grave.
profonde. Il était de règle que l’initiation soit précédée Le mani s’est fort répandu à travers la colonie. Il a
d’une période de retraite durant laquelle le candidat ne existé, sous le nom de « tshimani », dans le Bas-Congo où
pouvait communiquer qu’avec le « gaduma » ou le sorcier il avait été introduit par des « immigrants » de l’Uele, des
du nebili. Pour faire oublier au néophyte le passé, ce Azande, des Mangbetu, des Mayogo. Il fit de nombreux
gaduma frappait souvent sa tête avec sa flûte magique, adeptes dans les centres extracoutumiers situés entre
la « filili ». Avant d’être introduit dans la salle commune, Boma et Léopoldville .
222

le candidat devait avaler une boisson répugnante. Dans Dans son article intitulé « De geheime Mani-sekte te
le temple, le chef « sorcier » le saisissait par la nuque et Boma » (« La société secrète mani à Boma »), O. Six, un
l’inclinait au-dessus du foyer. Lorsque celui-ci suffoquait missionnaire de Scheut, confirmait déjà, en 1921, que
à moitié, on l’enduisait de force d’un médicament ou la société secrète mani de Boma venait des Azande de
« dawa » composé de sperme humain, de « ngula » et de l’Uele où elle s’était plus ou moins mélangée à une autre
« nzuda ». On annonçait alors au néophyte ses devoirs association secrète, celle de « nebili », née chez les Mayogo
vis-à-vis de ses confrères, les châtiments qui l’attendaient ou les Mangbetu. Le mani avait un triple objectif : se
en cas de trahison. Les cérémonies se clôturaient par des prémunir contre les malheurs ; se procurer du bien-être
219
danses « licencieuses » . matériel ; nuire aux ennemis .
223

Mais la société secrète la plus ancienne, et peut-être Selon les analyses d’Édouard De Jonghe, ce qui était à
la plus célèbre, en Uele fut le « mani ». Une question l’origine de la création de la plupart des sociétés secrètes,
s’impose : le « mani » est-il originaire de l’Uele ? Certains c’était la préoccupation d’un soutien mutuel, c’était la peur
auteurs prétendent qu’un certain Bangula l’aurait fondé ressentie vivement par les Congolais déracinés ou privés
vers 1900. Il aurait une part de ses origines dans la secte des 224
de la protection et de la solidarité de la famille et du clan .
« nebedji » de l’Uele et une autre dans celle des « mbanga »
gr
220
originaire du Lado (Sud-Soudan) . En 1926, M Lagae
gr
221 Lagae, C.-R. (M ), Les Azande ou Niam-Niam.
prend, dans sa monographie sur les Azande, pour point L’organisation zande : croyances religieuses et magiques,
de départ à sa réponse, le fait que le mani aurait emprunté coutumes familiales, Bruxelles, Éd. De Jonghe, 1926,
p. 119.
217 « Sociétés secrètes : secte Mangbwalu. Crimes rituels 222 « Formations récentes de sociétés secrètes au Congo
dans la région de Watsa », Congo, t. I, 1, Bruxelles, belge », Congo, t. I, n° 2, Bruxelles, février 1936,
janvier 1940, pp. 80-81. p. 236.
218 De Jonghe, É., « Les sociétés secrètes en Afrique », 223 Six, O., « De geheime Mani-sekte te Boma », Congo, t.
Congo, t. II, n° 3, Bruxelles, octobre 1923, p. 396. II, n° 2, Bruxelles, juillet 1921, pp. 226-227.
219 Ibidem. 224 De Jonghe, É., « Formations récentes de sociétés
220 Windels, A., « La secte secrète des Mani à Lukolela », secrètes au Congo belge », Londres, Oxford University
Aequatoria, n° 2, mars-avril 1940, p. 49. Press, Africa, vol. IX, n° 1, 1936, p. 56.

125
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

Il subsiste encore aujourd’hui dans le Haut-Uele des clan, etc. Lolu passe pour être un proche du chef politique
pratiques initiatiques et/ou mystiques. Celles-ci sont dans l’administration de la population et dans la prise de
surtout présentes dans les villages. Certaines gardent grandes décisions. Il est censé connaître ce qui protège, et
un lien avec ce qui eut lieu dans le passé. Les croyances donc aussi, les noms des arbres dont :
populaires les plus répandues sont liées à la sorcellerie Ago : arbre sacré sous lequel on enterrait les maîtres
et la croyance à l’esprit des morts. On croit aux esprits initiateurs de Bhel ;
capables d’apporter le bonheur ou le malheur. Les Anga : arbre sacré qui sert de hangar pour des palabres
croyances populaires les plus répandues sont, par et différentes cérémonies ;
exemple : Atolo : arbre sacré sous lequel se tiennent des
cérémonies inaugurales des manifestations traditionnelles.
- Ngomatso : l’existence d’un diable à plusieurs faces ;
- Labha labha : un arc-en-ciel ; b. Le mariage traditionnel
- Gbara : la foudre ; Si pendant longtemps l’adultère fut sévèrement puni et
- Anzwa : une grande étoile lumineuse qui, en que la dot était une chose sacrée, durant l’époque coloniale la
explosant la nuit, produit un grand bruit comme une polygamie gagna du terrain pratiquement sur toute l’étendue
bombe ; de la colonie, tandis que la dot suivit une espèce de « cote
- Monzu : une source d’eau considérée comme le lieu des boursière » qui monta comme le prix d’une marchandise.
mauvais esprits ; Dans de nombreux cas, le montant de la dot était dépensé
- Mai-Tobho : la diablesse ; même avant que les jeunes gens ne soient réellement mariés.
225
- Mandumbe : la dame de l’eau. Le mariage traditionnel connut donc une crise importante .
Si la dot assurait autrefois la stabilité du mariage,
Citons quelques pratiques initiatiques et/ou mystiques : elle devint graduellement, dans beaucoup de régions du
Bheli ou mani : pratique initiatique pour tuer et nuire Congo belge, un véritable commerce dont une personne
aux individus ; pour se faire membre, l’initié reçoit un nom humaine, la jeune fille, était la marchandise. Dans
donné par la communauté secrète. Le maître initiateur plusieurs cas, le père vendait sa fille à celui qui offrait la
porte celui de « mbako » qui signifie prêtre de Bhelu ou plus forte somme pour la posséder. Ajoutons à cela que
« bhelu kpokpo » ou encore « samba ». les jeunes gens étaient souvent dans l’impossibilité de
Imbala ou saula : pratique mystique au cours rassembler les sommes exorbitantes qu’on exigeait pour
de laquelle les maîtres initiateurs guériraient les la dot de celle dont ils voulaient faire leur épouse. En
différentes maladies dont certaines sont dites d’origine conséquence, les vrais mariages traditionnels devinrent
métaphysique quasi impossibles et les jeunes garçons et filles en vinrent
Noko (une divination) : pratique qui permet d’identifier à vivre en concubinage. Parfois, les jeunes gens allaient
les sorciers, les jeteurs de mauvais sorts, la mort annoncée jusqu’à devoir emprunter pour pouvoir payer la dot. Ils
d’un membre ou prédire un résultat (chasse, pêche, récolte devenaient alors parfois des débiteurs, harcelés, dans de
et même la fécondité conjugale) ; nombreux cas, par leurs créanciers qui ne manquaient pas
Kunda (sorcellerie), il y a : de les traîner devant les tribunaux.
- Kunda-Sombi : qui nuit aux hommes Il y eut, en 1959, des débats à ce sujet dans le Haut-
- Kunda-Lembe : la « bonne » sorcellerie qui protège Uele. Afin de remédier à cet état d’esprit lamentable, les
les individus contre les maladies, l’avortement ou le mauvais chefs du territoire de Wamba promirent au conseil du
sort ; territoire d’entreprendre une action visant à fixer le taux de
Lolu : un chef religieux qui a pour rôle de consulter les la dot à 3.000 francs sans suppléments ultérieurs d’aucune
ancêtres (dieux) avant que le groupe (village) ne livre une sorte. Les autorités territoriales promirent à leur tour
bataille. Il joue le rôle de devin. Il préside les cérémonies
rituelles pour vénérer les mânes des ancêtres et d’autres 225 « À Wamba, où les chefs de territoire fixent le taux
pratiques ancestrales entre autres, la case spirituelle du de la dot », Présence congolaise, Léopoldville, samedi
9 mai 1959, p. 8.

126
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

d’appuyer de tout leur pouvoir cette résolution au moment Un jour, il y avait un Giti qui, pendant la saison des
où celle-ci serait proposée aux délibérations des conseils termites, allait nettoyer ses termitières le long d’une rivière.
de notables à venir. Tous étaient, en effet, convaincus que Il y avait, ce jour-là, un homme qui nettoyait aussi ses
cette mesure allait incontestablement aider à en revenir, termitières le long de cette même rivière. À un moment
dans le domaine de la dot, aux coutumes des ancêtres qui donné, le Giti et l’homme se rencontrèrent près d’une grande
s’accordaient, en beaucoup de points, avec la doctrine termitière. Chacun d’eux voulut s’emparer de cette dernière :
chrétienne. ils engagèrent un duel, s’enfoncèrent mutuellement une lance
dans le ventre et moururent tous deux.
4.3.4. Des mythes et légendes En mourant, le Giti dit à ses enfants : “Me voici mourant
Les traditions orales étaient extrêmement importantes pour les termites. N’acceptez jamais qu’on prononce mal le
dans les sociétés anciennes du Haut-Uele. Des fables, des nom termite devant vous.” C’est pourquoi nous trouvons
légendes et des mythes, abondant chez les peuples habitant souvent un Giti en pleurs en entendant donner aux termites
cette région, permettent incontestablement une meilleure le nom de Dungu. »
compréhension de leur pensée philosophique et spirituelle. Récit de Norbert Belepay, 22 décembre 1959.
Le choix de quelques récits s’est évidemment imposé.
La première légende s’intitule Pourquoi les Agiti La seconde légende fut racontée au père dominicain
n’aiment pas entendre prononcer le mot Dungu devant eux ? Lelong à l’époque coloniale. Ce missionnaire découvrit un
Les « Agiti » constituent, selon de Calonne-Beaufaict, vrai trésor de légendes chez les Mambu et les Mangutu.
un groupe d’origine akarè. Le terme akarè servait à Dans son commentaire, il fit remarquer qu’il existait
désigner tous les peuples soumis entre l’Uere et le Mbomu. une curieuse ressemblance entre cette légende et le récit
En langue zande, « kare » signifie « ennemi », « étranger ». biblique d’Adam et Eve :
Les Agiti étaient installés entre la Dume et la Dakwa et
comprenaient notamment les clans suivants : Abobwanda, « Akulundi était tout seul. Il avait soif d’un homme.
226
Abangbi, Abobilago, Abomboro et Bangito . Il prend un roc pour attraper un homme. Il attrape un
D’après l’éminent ethnologue anglais Evans-Pritchard, homme, un mâle. Il le sort de dessous la pierre et le nomme
l’ancien nom du clan Agiti était Agbembara, c’est-à-dire Mazedu. Il remet le piège et attrape une femme qu’il
« ceux qui déchiquettent les éléphants ». Ce surnom nomme Amoloru.
provenait du fait que les Agiti, après avoir tué un éléphant, Akulundi donne la femme à l’homme et monte
ne supportaient pas que d’autres gens s’approchent de la au-dessus (au ciel). Le lendemain Akulundi descend à
carcasse, car ils déchiraient l’éléphant et le coupaient en nouveau. Il voit l’homme et la femme travailler avec la gita
petits morceaux tout en luttant entre eux pour s’approprier (sorte de houe). Akulundi prend la gita et la jette au loin ;
la meilleure part de viande. la machette coupe la brousse. Akulundi dit : “Que cela soit
ainsi, mais ne touchez pas à mon piège”.
« Il y a à la pluricase 12, l’épouse du chef de famille qui Là-dessus arrive Mbari et Mbari dit : “Pourquoi ne
est du clan Giti. Mais ces Agiti en général détestent ceux qui descendez-vous pas cette roche ?” Ne faites pas tomber cette
les appellent les termites du nom de Dungu devant eux et il roche, dit Akulundi. Mbari dit : “C’est un truc de sa façon”.
arrive souvent qu’ils pleurent en entendant ce nom “Dungu”. Akulundi réapparaît et leur dit : “Pourquoi n’avez-vous
À cela s’ajoute aussi une superstition ; si, par distraction, on pas d’enfants ? Comment dormez-vous ?” Séparément,
prononce le nom Dungu près d’un Giti et qu’il commence à répondent-ils.
pleurer, il faut pour se réconcilier lui offrir des termites. “Ce n’est pas ainsi qu’il faut faire, il faut que vous
Pourquoi les Agiti pleurent-ils quand on prononce le couchiez ensemble comme cela”.
nom Dungu devant eux ? Mazedu a un garçon, puis une fille, puis un garçon.
Quand il y eut beaucoup d’enfants, Akulundi revient encore
226 Salmon, P., « Récits historiques zande », Bulletin de une fois et leur rappelle qu’ils ne doivent pas défaire le piège.
l’Académie royale des sciences d’outre-mer, Bruxelles, Mbari revient, s’approche d’eux à nouveau et leur dit
1965-4, pp. 861-863. que s’ils ne descendent pas la pierre, s’ils ne la font pas

127
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

retomber en déclenchant le dispositif qui la tient soulevée, Azande n’attribuaient de cause naturelle à aucune maladie.
ils resteront petits et Akulundi seul demeurera grand. La maladie était, dans leur esprit, toujours occasionnée
Amoloru, la femme, dit à son mari : “Descends la roche par un mauvais sort jeté par un individu possédant le
pour que nous devenions grands”. Mazedu descend la roche. mangu (le mauvais œil). S’ils reconnaissaient que le froid
Akulundi le vit et dit : “Maintenant vous allez travailler pouvait provoquer une pneumonie, que la syphilis pouvait
vous-mêmes et vous n’aurez plus d’habits en écorce d’arbre, être contractée par des rapports avec un syphilitique, ils
mais une peau de bête”. estimaient que ces causes n’auraient pas sorti leurs effets
Les enfants de Mazedu cherchaient de l’eau. Akulundi si le mauvais sort n’avait été jeté sur le malade. Il fallait, en
apparaît et leur demande : “Que cherchez-vous ?” “De l’eau conséquence, avant tout soustraire la victime à l’influence
229
mais nous n’en trouvons”, répondirent les enfants. “Avez-vous occulte de ce mauvais sort .
cherché là-bas ?” demanda Akulundi. “Oui, mais il n’y en a Il existait, d’ailleurs, une danse appelée avule,
pas non plus”. “Comment me connaissez-vous ?”. exécutée par des spécialistes, qui avait pour but de faire
Sans attendre la réponse, il enlève des feuilles sèches connaître le nom de celui qui poursuivait le malade. Une
de bananier, et l’eau apparaît. Un des enfants, plus blanc fois découvert, la parenté se rendait chez ce dernier et le
que les autres, le remercia. Les autres enfants de Mazedu et suppliait de ne plus inquiéter sa victime. S’il était bien
227
d’Amoloru ne le remercièrent pas . » disposé, il prenait une gorgée d’eau fraîche et la crachait
violemment à terre en protestant de ses bonnes intentions.
Il est très probable que les Mamvu-Mangutu, forts dans Si le danseur avait bien prédit, la maladie quittait le
l’art oral comme les autres peuples du Haut-Uele, se soient souffrant. Mais les Azande n’avaient pas toujours recours
inspirés de la Bible dans la composition de cette légende. à la danse de l’avule. Ils se contentaient souvent de
Celle-ci prouve que la différenciation raciale entre les déloger le malade et de le cacher dans la brousse, à l’insu
Noirs et les Blancs liée à la couleur a pu susciter quelques de son milieu, dans l’espoir de le soustraire à l’influence
questionnements chez eux. Il apparaît qu’ils aient cherché d’un villageois séjournant auprès de lui et qui lui aurait
la réponse dans le domaine religieux. jeté un mauvais sort.
Les Azande se considéraient aussi comme tributaires
4.3.5. La médecine « indigène » zande de certains peuples pour la médication de quelques-unes
ou l’art « traditionnel » de guérir de leurs maladies. Ainsi achetaient-ils aux Mangbetu
Dans les années vingt et trente, le missionnaire les remèdes contre le moti et aux Basiri ou aux Madi les
dominicain Albert De Graer, arrivé dans le Haut-Uele en remèdes contre l’himabatio et l’himadakurugbwa. Ils
1922 après avoir suivi des cours de médecine tropicale, reconnaissent ignorer l’origine de certains autres remèdes.
étudia l’ethnographie médicale zande. Sans trop de A la question « qui vous a donné ce remède ? », ils
préjugés, il examina les pathologies humaines et les répondaient : « nos ancêtres »… qui auraient appris les
thérapies médicales des Azande du territoire de Doruma. valeurs thérapeutiques des plantes de Dieu. Ils affirmaient
Il savait que les malades se présentaient au dispensaire de aussi que très souvent les atolo (les mânes) venaient leur
la mission parce qu’ils étaient attirés par la gratuité des indiquer pendant le sommeil, sous la forme d’un rêve, la
médicaments et parce qu’ils étaient souvent incapables de plante qu’ils devaient utiliser dans un cas bien déterminé .
230

payer les « médecins » traditionnels. Il s’abstint par ailleurs


de déterminer si le remède était de caractère « superstitieux 1929, I-2, pp. 220-254 et 1929, I-3, pp. 361-408. De
Graer, A., « État actuel des recherches sur la médecine
» ou s’il existait un rapport physique réel entre celui-ci et
228 indigène en territoire de Doruma », in Compte-rendu
l’organisme malade . Il était toutefois convaincu que les
de la XIIIe semaine de missiologie de Louvain, Bruxelles-
Paris, L’Édition universelle-Desclée De Brouwer & Cie,
227 Costermans, J., Mosaïque Bangba : notes pour servir 1935, pp. 101-109.
à l’étude des peuplades de l’Uele, Bruxelles, Institut 229 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo,
royal colonial belge – section des sciences morales et 1929, I-2, pp. 222-223.
politiques – tome XXVIII, fasc. 3, 1953, pp. 88-89. 230 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo,
228 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo, 1929, I-2, p. 223.

128
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

Mais la théorie de la signature des plantes était aussi Il est frappant de constater le grand nombre de remèdes
largement appliquée par les Azande. En voici quelques existant pour une seule maladie. Cela s’explique par le fait
exemples : que la flore de la région où habitent les Azande n’étant pas
- Le fruit mûr du vuruma, bien rond et velouté, tout à fait homogène (certaines chefferies possédaient
regorgeant de sève laiteuse fait penser au sein d’une femme des plantes médicinales que l’on ne trouvait pas ailleurs ;
qui vient d’accoucher. Aussi la racine de cette plante est- dans une même chefferie, telle plante déterminée n’a pour
elle donnée en infusion à la mère qui ne parvient pas à habitat qu’une rivière ou une plaine), les guerriers et les
allaiter son nourrisson. chasseurs devaient pouvoir trouver les remèdes à leurs
- le bambira et le baakaya ou kase, employés dans maux là où ils se trouvaient, et à n’importe quelle époque
les cas de syphilis, portent des fruits qui ressemblent de l’année, sous peine de devoir les chercher fort loin et de
233
beaucoup au chancre syphilitique ; causer préjudice à leur marche en avant .
- le fruit du danga a l’aspect du scrotum humain. Le père De Graer fournit dans son article un aperçu des
Aussi l’incinère-t-on et ses cendres sont-elles employées maladies les plus importantes et les plus courantes qui se
pour guérir l’hernie scrotale et l’éléphantiasis du scrotum ; rencontraient chez les Azande, les unes bien connues, les
- à un moment donné de leur croissance, les autres très étranges. Pour chacune de ces maladies il dresse
tiges grimpantes du haraka, très appréciées dans le une liste correspondante des remèdes et des traitements
traitement de la lèpre, perdent leurs feuilles. Celles- appliqués.
ci sont remplacées par une double rangée de bandes, Il signale 16 remèdes contre les vers intestinaux
accolées à la tige, qui petit à petit se dessèchent, se (ascaris, ankylostomes, anguillules), 42 contre la
fendillent et tombent par petits morceaux, tout comme blennorragie, 44 contre la poliomyélite, 4 contre la
les extrémités des mains et des pieds disparaissent dans blépharite ciliaire, 19 contre le phagédénisme des plaies,
la lèpre mutilante. Les plaques rougeâtres se dessinant 53 contre la pneumonie, 1 contre l’ascite, 9 contre la
sur le tronc du kungu, remède contre la lèpre cutanée, bronchite, 3 contre les convulsions des nourrissons, 7
ressemblent aux plaques érythémateuses du début de contre l’éléphantiasis scrotale, 7 contre l’épilepsie, 48
cette maladie ; contre la syphilis, 17 contre la syphilis mutilante, 19 contre
- la cendre de carapace de tortue est employée la lèpre, 13 contre les morsures vénéneuses de serpents,
dans le babandua ou ulcère phagédénique parce que le 55 contre les dysenteries amibiennes et bilharziennes,
malade souffrant de pareil ulcère ne peut marcher que très 23 contre les hernies inguinales et scrotales, 10 pour
lentement, comme la tortue ; aider à réduire les fractures, 14 antidotes contre les
234
- les cendres provenant d’un morceau de chair empoisonnements etc .
découpé dans le pied d’un éléphant tué sont prétendues Il s’agit d’un document extrêmement intéressant du
guérir l’éléphantiasis de la jambe231. point de vue de la pharmacopée zande. À titre illustratif,
les remèdes que les guérisseurs proposaient pour soigner
Selon Albert De Graer, c’est dans le mode de vie des la syphilis sont repris ci-après :
Azande que l’on trouvait les principaux caractères de « Kongoni = syphilis.
leur thérapeutique. Le point de départ était la passion Cette maladie est déjà bien répandue parmi les Azande. Il
avec laquelle ils s’adonnaient, avant l’arrivée des Blancs, n’en était pas ainsi jadis avant l’arrivée des Européens. Les grands
à la guerre et à la chasse. Sans cesse en mouvement, ils ne polygames étaient alors beaucoup plus nombreux et leurs femmes
pouvaient se payer le luxe de traitements doucereux, parce étaient placées sous une surveillance beaucoup plus étroite. Tout
que très longs. Ils nécessitaient des remèdes énergiques, au le monde redoutait les terribles châtiments qui sanctionnaient
232
moins contre les maladies les plus graves .
233 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo,
231 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo, 1929, I-2, pp. 225-226.
1929, I-2, pp. 224-225. 234 De Graer, A., « État actuel des recherches sur la médicine
232 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo, indigène en territoire de Doruma », in Compte-rendu de
1929, I-2, p. 225. la XIIIe semaine de missiologie de Louvain, op. cit., p. 102.

129
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

l’adultère, et qui, s’ils n’étaient pas la mort, consistaient le plus dans toute son horreur, elle s’appelle zoli. C’est alors que l’on
souvent dans de cruelles mutilations des parties génitales, des voit apparaître d’affreuses pustules aux alentours des lèvres ; des
mains et des oreilles. La crainte de pareilles sanctions retenait gommes volumineuses s’attachent à toutes les parties du corps ;
donc fortement tous ceux qui se sentaient attirés vers la femme la chevelure tombe et le malade exhale une odeur nauséabonde.
d’autrui. Même les rapports avec les jeunes filles étaient beaucoup Les Azande admettent la contagion de la syphilis, tant par l’usage
plus rares, la plupart de celles-ci ayant été destinées dès leur bas d’objets ayant servi aux syphilitiques que par des rapports sexuels
âge à l’un ou l’autre polygame, et la violer aurait été un méfait imprudents. Généralement, ils n’attendent pas que le chancre
aussi grave que de coucher avec la femme déjà enfermée dans caractéristique de la syphilis se soit formé pour constater qu’ils
le harem de son mari. À part le cas de syphilis héréditaire, seul ont contracté la maladie. L’apparition du chancre leur semble
le mari pouvait contracter la syphilis d’une de ses femmes, ou précédée immédiatement d’une espèce de petite gale s’étendant
celles-ci de lui. Sa propagation devait donc être lente. Les riches et sur toute la peau, ou de petites taches pâles rappelant à leurs
les puissants de la région se faisaient un monopole de femmes et yeux l’asilisili. Celui qui, averti par ce signe avant-coureur,
celles-ci étaient enfermées comme des esclaves dans des endroits parvient grâce à l’absorption d’un remède efficace, à prévenir les
inaccessibles, comme c’est actuellement encore le cas pour les manifestations ultérieures, n’est pas immunisé contre les rechutes
femmes de quelques grands chefs. éventuelles. Il doit se tenir sur ses gardes et seulement user de
Cette situation poussa les jeunes gens et les hommes non remèdes préventifs. Ceux, au contraire, chez qui la syphilis
capables de se procurer légitimement une femme, à s’adonner s’est pleinement déclarée et dont la guérison a été constatée par
aux vices contre nature. l’expulsion soit dans les selles, soit dans les vomissements, de
La pénétration du Blanc a mis fin à ces terribles sanctions l’“œuf de la syphilis” (bande kongoni), sous l’influence du remède,
de l’adultère en ordonnant de les remplacer par un paiement de se disent immunisés pour la vie et peuvent impunément avoir
couteaux. Mais ces paiements n’étaient effectués que par un certain des relations sexuelles avec des personnes syphilitiques.
nombre d’indigènes. Les autres, les vagabonds, qui ne parvenaient C’est une chose très étrange que cet “œuf de la syphilis”. Il
même pas à rassembler la dot nécessaire pour s’acheter une réside au milieu du ventre du malade. Expulsé, il se présente sous
première femme, traînaient l’affaire en longueur, et, après avoir la forme d’une petite boule de la grosseur d’une cerise environ,
lassé pendant plusieurs années parfois la partie lésée, voyaient rosâtre, très mou et entouré de nombreuses glaires et de mucus.
leur peine commuée en quelques mois de prison indigène et à Dans ces glaires, on retrouve enchevêtrées d’innombrables et
quelques coups de fouet. Les adultères, moins craints, devinrent très fines ramifications qui partent toutes de l’œuf comme d’un
beaucoup plus fréquents, et les petites filles ne pouvant plus, grâce centre et qui ont pour fonction de se répandre dans tout le corps
à l’intervention de l’Européen, être livrées à l’état de mineures aux jusqu’à la surface cutanée où leurs extrémités se développent en
polygames, devenaient l’objet de la convoitise de chacun. Il est à pustules. C’est pourquoi quand ils veulent dire que la syphilis
noter que, d’après la coutume zande, des rapports sexuels avec une s’est entièrement déclarée, les indigènes emploient l’expression,
fille non promise en mariage – et il s’agit toujours d’une promesse kura, qui veut dire : sortir. C’est vraiment l’œuf de la syphilis qui
fondée sur un début de paiement – n’entraîne pour le coupable s’extériorise et sort en quelque sorte aux yeux du malade, grâce
aucune obligation de réparer auprès du père la lésion du droit que aux nombreux prolongements qu’il émet. Telle est la description
ce dernier aurait à l’honneur de sa fille. que nous ont faite les Azande de cet “œuf de la syphilis”.
Cette plus grande liberté eut pour effet naturel de Aussi longtemps que cet œuf n’est expulsé, le malade n’est pas
propager une maladie qui jusqu’alors s’était réduite à quelques guéri. Tous ses efforts tendront donc à s’en débarrasser. Les remèdes
individualités ou quelques groupes. La syphilis devint une plaie qu’il emploie à cet effet provoquent tous des diarrhées et des
commune, d’abord évidemment dans les centres d’Européens, vomissements. Ceux-ci sont parfois d’une extrême violence. Cette
mais aussi parmi les indigènes. expulsion survient après deux, trois et même plusieurs absorptions
Les Azande attribuent aux Arabes – aux Bakatulia – du remède, suivant le degré d’invétération que la maladie a acquis.
l’introduction de la syphilis dans leur pays. Ils l’appellent kongoni, Elles sont effectuées à plusieurs jours d’intervalle pour ne pas trop
pour signifier sa ténacité. Le verbe kongo en zande veut dire : épuiser le patient. Une fois l’œuf rejeté, le malade prendra encore
être immobilisé dans quelque chose. Peut-être le mot “kongoni” une ou deux fois le remède pour bien s’assurer qu’il ne reste plus
est-il d’origine étrangère ; mais les Azande n’en trouvent pas rien de lui dans le corps. La cessation complète des vomissements
moins la racine dans leur propre idiome. Quand la syphilis éclate après une nouvelle ingestion du remède sera le signe que tout foyer

130
LES EXPRESSIONS ARTISTIQUES, MUSICALES ET LA VIE RELIGIEUSE

de la syphilis est éteint. Il existe donc un rapport réel entre l’œuf de Mélanger à des légumes la cendre d’une tige du mbandiya.
la syphilis et les remèdes destinés à le détruire. Je me suis plusieurs Boire de la bière indigène très chaude qui a cuit avec des
fois laissé dire que ces mêmes remèdes n’exerçaient aucun effet racines du nawo. Ces deux derniers remèdes ne provoqueraient
émétique ou autre sur les indigènes non atteints de la maladie. Par pas des diarrhées ou des vomissements.
contre, ils sont une pierre de touche pour ceux qui doutent s’ils l’ont
contractée. Ils le sauront avec pleine certitude, si, après avoir ingéré B. Traitement local
des plantes, ils en ressentent les effets. Appliquer sur les chancres et les gommes des cendres des
L’expulsion de l’œuf de la syphilis suffira à elle seule pour écorces des racines du mvwe, ou du kasoro, ou du nguko, ou
faire disparaître toute trace cutanée de cette maladie. Mais afin du zolengembembeho, ou du gumba, ou des cendres du fruit du
de hâter leur cicatrisation, les pustules et les gommes seront bambira, ou de la résine du bakeikpwe.
enduites d’onguents préparés à cet effet ou lavées avec une eau Laver les plaies syphilitiques avec une infusion d’écorce
dans laquelle a trempé l’une ou l’autre plante. pilée du tuturetu, ou des feuilles du ngbelengbele.
Il ne faut pas oublier que durant tout un temps après sa Saupoudrer les plaies soit avec de l’écorce pilée du sasa, soit
guérison, le convalescent doit se soumettre à un régime, qui avec des feuilles pilées du kpeawande, soit avec de la fine poudre
consiste surtout dans l’abstention de certains aliments, tels que provenant du pilage du gbarakpangbaningba.
la viande de poule, celle d’éléphant, la chair de certains rongeurs Oindre les plaies syphilitiques avec la sève rouge du zambara,
et de certains poissons et en général de tout aliment pimenté. ou avec une pommade faite avec de la sève blanche du nzikpe et de
l’écorce pilée du ngula, après avoir lavé ces plaies avec une infusion
Remèdes d’écorce pilée du wilizagandue. Tenir les plaies syphilitiques au-
dessus de la fumée provoquée par l’incinération de racines du kuma.
A. Traitement général, ayant pour effet d’expulser l’ “œuf Écraser sur ces plaies avec le doigt de petites drupes du tita-
de la syphilis” par diarrhées ou vomissements : bavulubate.
Boire une infusion d’écorce de l’aningo ou une infusion des
fruits verts de cette plante, ou une infusion des écorces des racines C. Remèdes préventifs
du ngbege, ou du hilya, ou du ngbelengbele, ou de l’anbokopa, ou Boire une infusion de résine du banga.
des écorces du tronc du ndoka ou du ngero. Manger du sungbwa cuit dans une infusion de résine de
Manger avec un peu de sel indigène des cendres des racines racines du lindiseke ou du zelengembembehe.
du kandagabwate, ou du gumba. On mâche en même temps une N.B. – Le traitement local n’est qu’un palliatif, s’il n’est
noix de palme. précédé du traitement général. Les Azande savent fort bien
Boire un peu de bière indigène dans laquelle on a laissé qu’il ne sert à rien de guérir les plaies extérieures si le foyer
cuire des racines du mbarapa. de la syphilis existe dans le corps. Ces différents remèdes
Manger une compote de patates douces qu’on a cuites dans appliqués sur les plaies syphilitiques ne servent qu’à hâter leur
une infusion d’écorce de la racine du liwe ou du tubercule ou du cicatrisation, une fois que l’“œuf de la syphilis” a été expulsé par
235
fruit de l’andegira. les drogues éméto-cathartiques . »
Manger du sungbwa préparé avec des écorces des racines
du liwe, ou de l’aningo, ou du zambara ou du maliakpakaya, ou Le père Albert De Graer eut l’honnêteté de reconnaître
des feuilles du nguko, ou celles du ranga. que des guérisons avaient été obtenues grâce à des
Boire un peu de toma dans lequel on a laissé tremper thérapies utilisant des plantes médicinales. Il en rapporta
l’écorce du parakuma, ou la racine du nasamba, ou l’écorce de même plusieurs cas :
la racine de l’anzigo.
Manger des arachides cuites dans une infusion faite avec « Je me trouvais depuis deux jours à Bangaro, lorsqu’un jeune
l’écorce des racines des trois plantes : aningo, bamolomolo, agoio. chrétien, tombé malade depuis une semaine, sent son état s’aggraver
Chauffer un œuf auquel on a mélangé un peu de sève coulant subitement. Il me fait appeler par le catéchiste et je me rends à sa
d’une entaille faite dans l’écorce du tronc du teke. Manger cet œuf.
Manger deux ou trois pilules faites avec de l’écorce pilée de 235 De Graer, A., « L’art de guérir chez les Azande », Congo,
la racine du parakuma et de termites écrasées. 1929, I-2, pp. 220-254 & 1929, I-3, pp. 361-408.

131
CHAPITRE IV LES PEUPLES DU HAUT-UELE

case. Il a une pneumonie […] Je colle mon oreille sur son dos et années, et les ayant repérés et interrogés depuis, je n’ai retrouvé
lui demande de respirer la bouche ouverte. La respiration ne se fait chez eux aucun signe de leur hideuse maladie. Ils affirment
236
plus que par petits coups saccadés et très intermittents. J’entends même être immunisés . »
le glouglou d’un épanchement séreux à chaque mouvement
respiratoire. Je devais repartir le lendemain de très bonne heure et Albert De Graer souligne aussi que les grandes
me demandais avec anxiété comment soulager ce malheureux, ne maladies comme la syphilis, la lèpre et la pneumonie
voulant pas laisser à sa discrétion le peu de poudre de Dower que je étaient généralement traitées par des médecins indigènes
possédais encore. J’engageai alors le catéchiste à lui faire, le soir, sur « spécialistes ».
le dos et la poitrine, de légères scarifications et d’appliquer sur elles le
latex rose d’un ficus. Le lendemain matin, quand les Noirs m’eurent 4.3.6. La vie quotidienne
enlevé dans ma chaise à porteurs, je reconnus dans la troupe Il existe une littérature abondante sur la vie quotidienne
bruyante des chrétiens qui m’accompagnaient un bout de route, mon dans le Haut-Uele durant l’époque coloniale. Certaines
pauvre malade de la veille, tremblant un peu sur ses jambes, mais contributions traitent tant de la construction des cases et de
chantant à tue-tête. Je sais qu’il n’est plus retombé depuis … l’aménagement des villages, que de la récolte des termites ou de
Au dispensaire de Doruma, il m’est arrivé de recevoir des la pêche de poissons à l’aide de narcotiques ou de stupéfiants.
syphilitiques si mal arrangés, que les gommes étalées en si grand D’autres évoquent les problématiques de l’ensorcellement, les
nombre sur la face interne du bras (et sur tout le corps) me procédés d’augure et de divination ou les rites d’initiation,
rendaient l’injection presque impossible. Je leur conseillai d’aller la grossesse, le mariage, le deuil etc. Très intéressants sont
chez le médecin indigène. Quinze jours ou trois semaines après, également quelques textes sur les proverbes locaux.
ils me sont revenus beaux comme des Apollons, après avoir reçu Un grand nombre de ces articles anthropologiques ont
trois ou quatre applications d’un remède. Il y a de cela quelques été écrits en néerlandais. Ci-après, nous en donnons la
liste bibliographique :

Bervoets, S., « Enkele spreekwoorden van de Zande », Zaïre, 7, 1952, Costermans, B., « Het slechte voorteken of de Ruba van de Logo-
pp. 719-732 ; 2, 1953, pp. 181-195. Avokaya », Zaïre, 8, 1952, pp. 809-827.
Carels, H., « Les Pygmées de l’Afrique centrale », Revue scientifique, 22, Hutereau, A., « Notes sur la vie sociale et politique de quelques
1935, pp. 751-758. populations du Congo belge », Annales du Musée du Congo belge,
Costermans, B., « Toré, God en geesten bij de Mamvu en hun dwergen », 1909.
Congo, I, 5, 1938, pp. 532-547. Lagae, C.R., « Les procédés d’augure et de divination chez les Azande »,
Costermans, B., « De gebouwen bij de Mamvu-Mangutu-Walese », Congo, I, 5, 1921, pp. 709-730.
Zaïre, 3, 1947, pp. 281-295. Lagae, C.R., « La naissance chez les Azande », Congo, I, 2, 1923, pp. 116-
Costermans, B., « Spelen bij de Mamvu en Logo in de gewesten Watsa- 177.
Faradje », Zaïre, 3, 1948, pp. 249-275 ; 5, pp. 525-550 ; 7, pp. 757-785. Lotar, L., « Le mariage en région dite Mangbetu », Congo, I, 2, 1925,
Costermans, B., « Yitri, de visvangst door bedwelming bij de Uelevolken, pp. 216-225.
Kongo-Overzee, XV, 3-4, 1949, pp. 129-154. Lotar, L., « Polygamie et mariage Zande », Congo, I, 4, 1925, pp. 574-
Costermans, B., « Het behekste kind », Zaïre, 4, 1949, pp. 379-393. 581.
Costermans, B., « De besnijdenis bij de Mamvutu-Mangutu en Lotar, L., « Le mariage Zande », Congo, I, 5, 1926, pp. 730-736.
omstreken », Æquatoria, 1, 1950, pp. 14-20. Lotar, L., « Au Congo belge : la vie des mânes », Missions dominicaines,
Costermans, B., « Zwangerschap en geboorte bij de Mamvu-Mangutu », 1, 1927, pp. 15-21.
Æquatoria, 4, 1950, pp. 127-134. Van Mol, P., « De geboorte bij de Mambutu’s », Congo, II, 1, 1923,
Costermans, B., « Sipema, puberteitsceremonie bij de Logo-Avokaya », pp. 11-19.
Zaïre, 2, 1950, pp. 167-179. Van Mol, P., « Het huwelijk bij de Mambutu’s », Congo, II, 2, 1932,
Costermans, B., « Termieten-larvenoogst bij de Logo », Kongo-Overzee, pp. 204-224.
XVI, 4, 1950, pp. 185-197. Van Overbergh, C. (avec la collaboration de E. De Jonghe), Les Mangbetu,
Costermans, B., « Ensorcellement par l’Uzi », Bulletin des juridictions Bruxelles, 1909, « Collection de monographies ethnographiques publiée
indigènes et du droit coutumier congolais, 7, 1950, pp. 222-225. par Cyr. Van Overbergh, n° IV ».
Costermans, B., « Rouwbedrijf en lijkplechtigheden bij de Logo-
Avokaya », Zaïre, 1, 1951, pp. 3-30 ; 2, 1951, pp. 137-167.
Costermans, B., « Dorp en gebouwen van de Logo-Avokaya », Zaïre, 7, 236 De Graer, A., « État actuel des recherches sur la médicine
1951, pp. 675-689. indigène en territoire de Doruma », in Compte-rendu de la
XIIIe semaine de missiologie de Louvain, op. cit., pp. 107-108.

132
SOUS LA DOMINIATION BELGE

CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION


SOCIO-ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

1. SOUS LA DOMINATION BELGE Tout le territoire entre les Dinka, au nord, et les
Azande, au sud, est dès lors occupé par des colonies de
« Khartoumiens » qui y érigent beaucoup de postes, des
1.1. LA PÉRIODE PRÉCOLONIALE zéribas ayant sous leur dépendance plusieurs stations et
même des sous-stations. Parmi ces zéribas, mentionnons
1.1.1. Les influences anglo-soudanaises celui de Deim Bekir, proche des Azande de l’Uele.
Les débuts de l’influence du Soudan anglo-égyptien en Les contacts entre l’Uele et les traitants de Khartoum
Uele sont associés à l’ère de l’expansion égyptienne vers le vont commencer à partir de 1858. À cette date, en effet,
sud. Jusque vers 1820, les caravanes égyptiennes n’avaient Ziber rend visite à Tikima, chef azande situé au sud de
pas dépassé la latitude d’Assouan. La conquête des Mopoi. Le marchand est, note Thuriaux-Hennebert,
territoires situés plus au sud fut entamée sous Méhemet « d’abord bien accueilli, Tikima lui offre sa propre fille
Ali, par Sennar et par Dongola, en 1821, à l’est du Nil. Dès comme épouse et lui livre un important lot d’ivoires ». Le
1822, l’influence égyptienne se fit sentir sur toute la région voyage ultérieur, en 1859, ne fut cependant plus couronné
allant de l’Égypte au Soudan. Un vaste empire égyptien fut du même enthousiasme.
créé : le Soudan, comprenant cinq provinces (Dongola, À partir de 1860, on assista à l’intensification de la
Sennar, Kordofan, Taka et Berber), avec pour capitale poussée des traitants dans l’Uele. Cette extension se réalisa
237
Khartoum, créé en 1822 . Le mobile de cette poussée à partir de deux principales voies d’accès : l’une, à partir du
égyptienne était avant tout la recherche de l’ivoire. Bahr El-Ghazal et l’autre, à travers l’Equatoria. L’influence
En 1838, trois expéditions remontent le Nil blanc, des traitants en Uele dura jusqu’en 1884, date du début des
puis le Bahr El-Jebel jusqu’au cinquième parallèle et, dès incursions mahdistes.
1854, l’exploitation de l’ivoire dans la région du Bahr El-
Ghazal est assurée par les Égyptiens. Le gouvernement 1.1.2. La révolte des mahdistes
égyptien y prélève des droits sur le commerce de l’ivoire.
238 Le Soudan était donc placé sous la souveraineté
Parallèlement à ce commerce se développera aussi celui nominale de l’Empire ottoman et du gouvernement direct
des esclaves. du khédive d’Égypte, qui était lui-même soumis à l’autorité
effective de l’Empire britannique, dont les troupes
occupaient le pays. L’administration du khédive fit régner
237 Thuriaux-Hennebert, A., Les Azande dans l’histoire
un régime très dur et plusieurs révoltes locales éclatèrent
du Bahr El-Ghazal et de l’Equatoria, Bruxelles, ULB,
ça et là, à chaque fois durement réprimées par les troupes
Éd. de l’Institut de Sociologie, 1964, p. 19.
238 Thuriaux-Hennebert, A., « Les grands chefs bandia
égyptiennes.
et zande de la région Uele-Bomu », Études d’histoire En 1881, un chef religieux nommé Muhammad ibn
africaine, III, 1972, p. 68. Abdallah se proclama mahdi (c’est-à-dire « guide ») et

133
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

entama une guerre pour unifier les peuples du Soudan Pacha), Léopold II ne cacha pas son intérêt pour cette
240
occidental et central. Ses partisans prirent le nom expédition que dirigerait Henri-Morton Stanley . Le Roi
d’ansars (« les suiveurs »), un nom qu’ils continuent à des Belges chargea ce dernier d’offrir à Emin Pacha d’entrer
utiliser aujourd’hui, en association avec le plus grand à son service en qualité de gouverneur de la province
groupement politique, le parti Umma (autrefois dirigé par Equatoria. Le 30 décembre 1888, Léopold II écrivait à
un descendant du Mahdi, Sadiq al Mahdi). Stanley :
Rappelons que Léopold II s’intéressait énormément à
la question soudanaise. Le 14 octobre 1879 déjà, il avait « J’espère que vous avez pu ou que vous pourrez, par
écrit, dans une lettre confidentielle adressée à Maximilien des traités avec les chefs ou tout autre moyen suggéré par
Strauch, qu’il serait bon de savoir si Charles-George Gordon votre expérience et votre habileté, améliorer les frontières
(1833-1885) accepterait d’entrer à son service pour être du Congo tout d’abord de manière à les faire toucher
employé en Afrique selon ses intérêts, avec le traitement aux grands lacs et nous y assurer des ports, ensuite pour
qu’il recevait du khédive. Il devrait principalement fonder nous assurer au Bahr El-Gazell de bonnes positions qui
et diriger une ligne de stations à constituer de façon à ce empêchent le Mahdi de nous envahir par ce pays. Je suis
239
qu’elles pussent rapidement se suffire à elles-mêmes . en train d’organiser un camp près de l’Aruwimi […] Si vous
En mars 1880, Gordon fut reçu par Léopold II à retournez par Zanzibar, venez me voir le plus tôt possible.
Bruxelles. Il accepta l’offre de prendre en charge, dans un Si vous retournez par le Congo et que vous soyez disposé
avenir prochain, le gouvernement du Congo. Au début de d’abord à m’aider au Bahr El-Gazell et près des lacs, je vous
janvier 1884, il était à nouveau à Bruxelles. Ils s’entendirent 241
en serais fort reconnaissant […] ».
sur le fait que Gordon remettrait sa démission au War
Office à Londres. Mais le gouvernement anglais la refusa En 1882, les derviches contrôlaient déjà le pays,
et lui confia, en revanche, la difficile mission de liquider la à l’exception de Karthoum. Et quand Henri-Morton
question soudanaise. Stanley rejoignit Emin Pacha, en 1889, celui-ci ne
Revenons au soulèvement mahdiste. Profitant des conservait plus qu’une bande très étroite de territoire
mauvaises conditions infligées à la population sous le long du Nil, entre Wadelaï et le lac Albert. Léopold
l’Empire ottoman et son allié l’Égypte, le mahdi mena une II ne tardera pas à adapter sa stratégie. Voulant aller
révolte nationaliste qui aboutit à la chute de Khartoum, le de l’avant, il enverra une expédition sur le Haut-Nil,
26 janvier 1885, après un siège de dix mois (soit du 10 mars avec, à sa tête, Guillaume Van Kerckhoven. Celui-ci se
1884 au 26 janvier 1885). Ce jour-là, le gouverneur général mettra en marche le 7 novembre 1890. On y reviendra
par intérim du Soudan, le major général Charles Gordon, ultérieurement.
sa garnison de 7.000 unités et plus de cinquante mille
habitants de Khartoum furent sauvagement massacrés. 1.1.3. Les explorations européennes
Ni l’Égypte ni l’Angleterre ne se trouvaient en mesure de Ayant le Nil comme voie de pénétration, toutes les
redresser la situation et Londres et Le Caire décidèrent de grandes explorations vers le Haut-Nil s’organisaient à
l’abandon de cette province. partir de l’Égypte et du Soudan. Elles se caractérisaient
Le délaissement de ces régions en faisait, en quelque également par le fait qu’elles n’étaient pas l’œuvre des
sorte, une terre vacante, une « res nullius » livrée au Belges. On trouve parmi les explorateurs les plus célèbres,
pouvoir du premier occupant. Léopold II s’intéressa des Allemands et des Italiens. Dans les lignes suivantes,
immédiatement à cette province. Aussi, quand la Société de nous présentons des extraits des notices biographiques
géographie d’Édimbourg organisa une mission de secours
pour Édouard Schnitzer (1840-1892), le gouverneur de 240 Cambier, R., « Schnitzer Édouard », in Biographie
l’Equatoria (arrivé à Karthoum en décembre 1875, et plus coloniale belge, I, Bruxelles, Institut royal colonial
connu sous les noms d’Emin Hakim, Emin Bey et Emin belge, Librairie Falk Fils - Georges Van Campenhout
succ., 1948, col. 826-835.
239 Gers, J., « Gordon Charles-George », in Biographie 241 van Zuylen, P., L’Échiquier congolais ou le secret du
coloniale belge, IV, op. cit., col. 348-353. Roi, Bruxelles, Ch. Dessart, 1959, pp. 233-235.

134
SOUS LA DOMINIATION BELGE

qui montrent excellemment les résultats des voyages de de celle-ci et pénètre chez les Niam-Niam ou Azande,
Schweinfurth, Miani, Casati et Junker : peuplade anthropophage.
Le 2 mars 1870, il est chez Wando, chef des Niam-
L’Allemand Georges Schweinfurth (1836-1925) Niam, qui habite dans la vallée d’un affluent de la Bwere,
« En juin 1868, il retourne en Égypte et gagne appartenant au bassin du Congo. Il y séjourne jusqu’au
Karthoum, où il réside deux mois, et bénéficie de l’aide 6 mars, puis il procède vers le Sud en traversant le bassin
du trafiquant copte Ghattas. Le 5 janvier 1869, il quitte de la Bwere, et découvre, le 19 mars 1870, l’Uele, la “Grande
Khartoum, remonte le Bahr El-Abiad, le Bahr El-Ghazal eau des Mombutu”, dont les eaux, remarqua-t-il, coulent
et le Bahr-Jur, pour arriver fin février à Meskra-el-Rek, vers l’ouest et non vers le Nil. Il traverse ensuite l’Uele un
sur le Molmul. Fin mars, il traverse le pays des Dinka et peu en aval du confluent du Kibali et du Gada – à l’ouest
arrive à Jur-Ghattas, résidence des trafiquants, qui lui du poste actuel de Niangara – et arrive le 22 mars chez
servira de base. Il y rencontra un trafiquant d’ivoire, Munza, chef des Mombutu, qui résidait à Nangazizi. Ici
Mohammed Abd-es-Sammât, qui lui offrit de se joindre à Mohammed Abd-es-Sammât fit sa provision d’ivoire et
sa caravane pour le conduire dans le pays encore inconnu refusa d’aller plus loin au Sud.
des Mombutu ou Mangbetu, où il traverse alors le pays des
Bongo et arrive à Sabi sur le Bahr-Jau. Continuant vers le Source : Thornton, L., Les Africanistes peintres voyageurs
Sud, il traverse la Sueh, pousse une pointe vers les sources 1860-1960, op. cit., p. 44.

Carte des routes du Dr Schweinfurth. (Carte sommaire des routes du


Dr Schweinfurth, 1868-1871, RP.2011.6.26, collection MRAC Tervuren, in
Schweinfurth, G.A., Au cœur de l’Afrique 1868-1871 : voyages et découvertes dans les
régions inexplorées de l’Afrique centrale, Paris, Hachette, 1875.)

Schweinfurth dut donc abandonner son rêve d’atteindre


le Bomokandi et de voir la grande forêt équatoriale. Il avait
cependant encore découvert les Akka, une de ces races de
Pygmées dont Hérodote avait déjà signalé l’existence, mais
que personne n’avait jamais vus.
Le 12 avril 1870, Schweinfurth retraverse l’Uele, qu’il
avait été le premier Européen à voir, mais qu’il prenait
pour la source du Chari, affluent du lac Tchad. Il fit un
petit crochet jusqu’aux rapides du Kibali et retourna par
le même chemin à Jur-Ghattas, où il s’installa pour classer
242
ses collections ».

242 Robyns, W., « Schweinfurth Georges », in, Biographie


coloniale belge, I, op. cit., col. 838.

135
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

L’Italien Giovanni Miani (1810-1872)


« Parti le 15 mars 1871, Miani arrive, le 15 juin, sur
la rive droite du Nil, à Gaba-Shambyl, où il rencontre les
vékils El Majo, Ali Arnaud et Mohammed Ali, avec lesquels
il arrive, en août, à Lao. Il y séjourne jusqu’au milieu du
mois de septembre, est en tribu Ajar en octobre, d’où il part
avec Mohammed Ali, seul, pour passer le mois du Ramadan
à Farial, sur le Rohl. De là, sa marche s’enfonce vers le Sud,
où il traverse, en pays Mittou, les zéribas de Nganna, Nyoli,
Reggo, Urungana, et en pays des Lubas, celles de Mundu
sur l’Issou, affluent du Haut Tondji.
C’est en janvier 1872 qu’il pénètre dans le bassin
du Kibali, nom indigène du fleuve que nous appelons
er
aujourd’hui l’Uele. Le 1 février 1872, il traverse l’Uele,
entre le confluent de la Dungu à l’est et celui de la Duru, en
amont de l’endroit où la Gada se jette dans l’Uele. Il passe,
en février, par la zériba de Monfa, dont le chef est Kupa,
fils de Degberra, où la firme Ghattas avait une succursale.
En avril, il est en route pour la Gada, qu’il atteint le
er
29 avril. Il traverse la Gada le 29 avril, pour arriver, le 1
mai, à Nangazizi, résidence du chef Mbunza, où il séjourne
jusqu’au 25 mai […]
Monument élevé à la mémoire du moine italien Miani. (HP.1956.15.7329,
De Mbunza, le camp levé, le 25 mai, l’expédition
collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)
continue, sans que Miani indique la direction prise, vers
le pays des Azande du Sud, pour atteindre, le 27 mai, la « 1° Il est le premier qui ait fait mention des populations
frontière mangbetu-azande […] Le 3 juillet, il arrive abarambo, makere, ababua.
péniblement chez Bakangoi, après avoir effectué, ce jour-là, 2° Le premier qui ait mentionné l’existence de la Tele, de la
une marche de cinq heures et demie et traversé sept lacs ; il Poko, de la Makongo, affluents sud du Bomokandi.
s’arrête chez Bakangoi du 8 juillet au 16 septembre... Le 17 3° Le premier qui ait constaté personnellement que le
septembre, après une marche de quatre heures, on arrive à Bomokandi, dans son cours inférieur, prend une direction
Gandhuo, sur la Mamopoli, affluent de la rive gauche de la nord-nord-ouest, attestant qu’il ne peut être qu’un affluent
Poko […] Le 20, le campement est levé. On atteint Bangoi, de l’Uele, qui, dès lors, avait en aval un débit beaucoup plus
non loin de la Tely, fin septembre, Miani y demeure trente considérable qu’au point où Schweinfurth l’avait traversé,
jours, c’est-à-dire tout le mois d’octobre 1872 […] en 1870. Cette conclusion mettait en échec les hypothèses
C’est aux environs du village de Bangoi que Miani de Schweinfurth sur l’identité du Chari ou du Benue
traverse le Bomokandi pour rejoindre sur la rive nord la (Benoué) avec l’Uele.
chefferie de Mangi (Ngura) et la route vers Mombutu […] 4° Le premier qui ait signalé l’existence de la Bima,
Dans la deuxième quinzaine de novembre, marchant à traversant le territoire Ababua.
petites journées, Miani revenait à Nangazizi, le village de 5° Le premier à révéler, au nord-ouest, au-delà des Ababua,
er
Mbunza, où il était arrivé à l’aller le 1 mai. C’est là qu’il un troisième habitat azande, celui des Abandya, que Junker,
allait bientôt mourir et être inhumé, épuisé qu’il était par la 244
huit ans plus tard, rencontra sur le Bas-Uele . »
243
maladie et les fatigues ».

243 Guebels, L., « Miani Giovanni », in Biographie 244 Guebels, L., « Miani Giovanni », in Biographie
coloniale belge, I, op. cit., col. 679-682. coloniale belge, I, op. cit., col. 684.

136
SOUS LA DOMINIATION BELGE

L’Allemand Guillaume Junker (1840-1892) Cependant, il repartit le 8 août, retourna à la Na-


« Le 9 juin 1880 il atteignait la résidence de Ndoruma, Akka (l’ancien village de Mambanga), prit la direction
sur l’Uerre, et installait à proximité une station, Lacrima, ouest, passa à la zériba d’Hawash, au mont Kudunda,
où il laissait son adjoint, Bohndorff, chargé de prospections près de notre poste de Suronga, atteignit la crête Uerre-
géographiques, mais surtout botaniques et zoologiques. Bomu, traversa l’Asa, affluent sud du Boma, arriva à Semio
Entrant en rapport avec le sultan Semio, Junker se mit en fin septembre. Après avoir exploré le bassin de la Mbili,
route en sa compagnie en destination de l’Uele. Suivant au début de février 1883, il atteignit la fameuse zériba
la crête Gurba-Buerre, il entra dans l’angle Buerre-Uele, d’Abdallah-Alikobbo le 24 février, sur la rive nord de
atteignit l’Uele et le traversa près du confluent de la Na- l’Uele. Il y apprit que le confluent Uele-Bomu se trouvait
Akka, en territoire de Mambanga. Passant la Gadda, il se à trois ou quatre jours à l’ouest d’Abdallah. Mais il ne put
dirigea vers Tangasi, où il fut reçu par l’administrateur aller au-delà, les porteurs refusant de le suivre. Abdallah
égyptien, Mohammed Weled Abdu, successeur d’Abd el est donc le point le plus occidental qu’atteignit Junker,
er
Min, et entra en contact avec le chef Madjaga Niangara. dans la région de l’Uele. Il rentra à Semio le 1 mai 1883.
Quittant Tangasi le 22 octobre 1880, il partit en La révolte du Mahdi l’obligea à regagner le Nil, où il revint
245
direction du nord-est et aborda les territoires azande de (Lado) en 1884 ».
Wando et de ses fils Renzi et Ukwa, avec lesquels il eut « Des sept voyageurs qui ont parcouru en sens divers
des entrevues fréquentes, servant même d’arbitre dans l’Uele avant l’occupation de la région par les Belges […]
leurs différends familiaux au sujet de la délimitation de Junker est incontestablement celui qui nous a laissé le plus
leurs territoires. Puis il rentra à Ndoruma, pour s’y reposer d’indications géographiques et historiques. Sa relation
durant un mois. abonde en détails nous permettant de reconstituer l’histoire
er
Le 1 janvier 1881, il repartait vers le Sud, arrivait de l’Uele aux environs de 1880 avec d’autant plus de sûreté
en territoire madi de la région montagneuse des monts que le voyageur fut presque toujours témoin oculaire des
246
Angba et Lingua et passait l’Uele le 9 février 1881, pour événements qu’il raconte ».
entrer en territoires barambo de Buru et Bisanga de
Mambanga. Il y rencontra Casati en septembre. Le 25 Junker écrivit la relation de ses voyages dans Reise
novembre, en compagnie d’Hawash, le major égyptien in Afrika paru en trois volumes et traduit en anglais par
administrateur de Tangasi, Junker partait en direction Keane (Londres, 1891).
sud, traversait le Bomokandi, et atteignait le chef
Bakengai, fin décembre. L’Italien Gaetano Casati (1838-1902)
Recevant confirmation par les indigènes des dires de « En juillet 1880, après avoir obtenu au Caire un prescrit
Piaggia selon lesquels un grand lac indépendant de l’Uele officiel confirmant sa mission, il gagna Kharthoum et de là
existait un peu au sud de Bakengai, Junker décida de le fleuve des Gazelles, se portant à la rencontre de Gessi.
partir en exploration vers le sud, passa chez Akengai, chez Ayant accompli sa mission à la satisfaction de son chef,
Bangoi, déjà visité par Miani, puis chez Kanna (fin janvier Casati, familiarisé avec le pays par un long séjour, entreprit
1882). Continuant sa route, mais vers le sud-est, il arriva à son compte de nouvelles explorations. Il rencontra
chez Madjabae, père de Gumbali, sur le Haut-Bomokandi. Guillaume Junker et, avec lui, se lança à la découverte de
C’est le point le plus oriental atteint par Junker. la région qui sépare les bassins du Nil et du Congo. Ils
Traversant ensuite la région marécageuse de l’Obbae, il explorèrent ainsi les régions du Haut-Uele […]
rencontra à Kubbi l’administrateur de ce poste, Gumbari, De ses longues pérégrinations, Casati nous a laissé un
et, en sa compagnie, il repartit vers le sud, voulant atteindre important récit de voyage intitulé : Dix années en Equatoria.
er
le Nepoko. Le 1 mai 1882, il était chez Sanga Mombele, Le premier, il y signale l’existence du Ruwenzori et y décrit
le 5 mai à Tely, le 6 mai au Nepoko, à 60 milles du son
embouchure dans l’Aruwimi-Ituri (à 2°30’ lat. N, 29° long. 245 Lotar, L., « Junker Guillaume », in Biographie coloniale
E). C’est le point le plus méridional qu’il atteignit. Épuisé de belge, I, op. cit., col. 560-562.
fatigue et de privations, il ne put aller plus loin. Il rentra à 246 Lotar, L., « Junker Guillaume », in Biographie coloniale
er
Tangasi le 1 juillet 1882. belge, I, op. cit., col. 562.

137
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

le fleuve des Gazelles, les lacs Édouard et Albert et le cours En juillet 1890, Vangele se décide à reprendre ses
247
de l’Uele, dans la partie supérieure . » tentatives d’exploration de l’Uele ; accompagné de Le Marinel
et de De Rechter, il atteint l’île de Banifa, que les vapeurs,
Gaetano Casati, Dix années en Équatoria - Le retour arrêtés par un banc rocheux, ne peuvent dépasser. Vangele
d’Emin Pacha – L’expédition Stanley (ouvrage traduit avec les fait ancrer, en confie la garde à De Rechter et poursuit sa
l’autorisation de l’auteur par Louis de Hessem et enrichi route vers l’amont, en pirogue avec Le Marinel. Il franchit
de 170 gravures et de 4 cartes), Paris, Librairie de Firmin- à grand-peine des rapides et arrive à Mokoangu. Il fait le
Didot et Cie, 1892. point : il est à 23°4’27 de longitude E, ce qui, à son estime, le
situe à 15 km d’Abdallah, point relevé. Pourquoi ne poursuit-
il pas sa route ? Les indigènes l’ont bien reçu et néanmoins il
1.2.L’ÉTATINDÉPENDANTDUCONGO(1885-1908) rebrousse chemin et rejoint De Rechter à l’île Banifa.
Les vapeurs ramenés à Yakoma, Vangele et Le Marinel
1.2.1. Les premières explorations belges tentent de pénétrer en pirogue dans le Bomu, où ils relèvent
Après la fondation de l’État indépendant du Congo en bientôt sur la rive gauche l’embouchure d’une rivière de
1885, les explorations vers le Haut-Uele vont s’organiser quelque importance : c’est la M’Bili. Mais la navigation
à partir de la côte Atlantique. Cette fois-ci, dans le grand y est tôt interdite par une chute. On revient à Yakoma
souci d’occuper cette région, Léopold II n’expédiera que pour remonter à bord de l’AIA et de l’En Avant et tenter
des militaires belges. Les noms de trois officiers belges d’atteindre dans le Bomu un point proche de la résidence
sont étroitement liés aux expéditions qui ont conduit à une de Bangasso. Les deux vapeurs doivent stopper devant le
meilleure connaissance et à une intégration de la région de banc rocheux de Coni, que Vangele baptisera du nom de
l’Uele dans l’État indépendant du Congo. Hanssens. Ces dernières tentatives d’exploration étaient
er
terminées avant le 1 septembre.
Alphonse Vangele (1848-1939) Rentré à Yakoma, Vangele y reçoit Bangasso, qui
Le problème du cours de la rivière Uele demeurera l’invite à le mener lui-même par terre jusqu’à son village
encore énigmatique pendant plus de cinq années. au Bali. On s’embarque en pirogue, on remonte le Bomu
Finalement, le lieutenant Alphonse Vangele va le résoudre : jusqu’au pied des chutes Hanssens, que l’on contourne par
« le 30 juin 1886, il s’embarquait à nouveau, investi du un sentier, et l’on rembarque en amont jusqu’au village de
titre de commandant des territoires entre Itimbiri et Falls, Bangasso. Fin septembre, Vangele était rentré à Yakoma.
mais, en fait, chargé d’une importante mission sur l’objet de Il prenait ses dispositions pour rentrer en Europe quand
laquelle on faisait mystère. Décidé à élucider le problème il apprend par des rumeurs indigènes qu’un Blanc est installé
géographique qui préoccupait alors le monde savant : à Djabir, sur l’Uele. Ayant éprouvé que cette rivière était
“l’Ubangi est-il le cours inférieur de l’Uele ?” Léopold II impraticable, il retourne chez Bangasso où il arrive le 26
avait chargé Vangele de la direction d’une expédition qui novembre et obtient du chef de se faire guider dans l’entre
devait explorer l’Ubangi aussi loin que possible pour vérifier Bomu-Uele jusqu’à Djabir. Avec ses guides, dix Zanzibarites
l’hypothèse émise ; le souci géographique se doublait de et dix porteurs, Vangele quitte Bangasso, traverse le Bomu, la
considérations politiques ; il importait d’être documenté. Bili et atteint l’Uele, à hauteur de l’île Mutemu, après un total
Le 11 octobre 1886, Vangele, accompagné du lieutenant de marche de vingt-quatre heures. Il longe la rivière, arrive au
Liénart, quittait l’Équateur à bord de l’Henry Reed ; le village de Ngwasa, où il obtient pirogues et pagayeurs, remonte
lendemain il pénétrait dans l’Ubangi et, après avoir dépassé l’Uele et arrive le 2 décembre à Gormandia. Le lendemain il
le poste français de Kundja, qu’il saluait du pavillon, il rencontre Milz, qui venait au-devant de lui. Le jour même il
ancrait à l’amont dans une petite île près de Bisongo, où est à Djabir : la jonction s’était opérée en 19 jours. Le problème
248
en avril 1884 Hanssens avait signé un traité avec le chef Ubangi-Uele était définitivement résolu . »
indigène [...]
248 Engels, A., « Vangele Alphonse », in Biographie
247 Laude, N., « Casati Gaetano », in Biographie coloniale coloniale belge, II, Bruxelles, Institut royal colonial
belge, I, op. cit., col. 219-220. belge, 1951, col. 934-935.

138
SOUS LA DOMINIATION BELGE

Guillaume Van Kerckhoven (1853-1892) et de Van de Vliet, et s’imposa à lui-même de nombreuses


À la fin de 1890, le roi Léopold II décida d’envoyer marches et contre-marches […]
er
une puissante expédition qui, en remontant la vallée de Le 1 avril 1892, Van Kerckhoven se prépare enfin à quitter
l’Uele, finirait par atteindre le Nil, barrant la route vers le Niangara pour gagner le Kibali, la Nzoro et le bassin du Nil.
Nord aux trafiquants arabes et assurant la souveraineté de Mais, le 8, il est atteint de fièvre hématurique et doit s’aliter. Il
l’État indépendant du Congo dans une vaste région qui, ne peut se mettre en route que le 18, après avoir envoyé en avant
depuis les explorations de Junker, était demeurée à peu Gustin, qu’accompagnent quatre Européens, 250 soldats et notre
près inaccessible. Le capitaine-commandant Guillaume allié Semio avec ses hommes. Le 23, il atteint le confluent Kibali
Van Kerckhoven, nommé inspecteur d’État, est mis à la (Haut-Uele)–Dungu et le 28 la zériba Mbittima, située par 29°
tête de cette expédition. Quatorze officiers et sous-officiers de longitude E sur la rive sud du Kibali. Il y reçut la soumission
blancs sont placés sous ses ordres et l’expédition intègre de Wando, vieux chef vongara dont le pouvoir s’étendait au sud
également deux médecins, deux commis, trois interprètes et à l’ouest jusqu’au pays mangbetu. Accompagné de Miltz, il
et un imposant contingent d’environ 500 auxiliaires repart ensuite, passe à Surur, confluent du Kibali et de la Nzoro,
indigènes bien armés. Ses troupes sont naturellement aussi le 10 juin, et décide de remonter cette dernière rivière.
249
pourvues d’artillerie . Le pays devient montagneux. La rivière, quoique large de 50
Guillaume Van Kerckhoven arrive le 2 décembre 1890 à 75 mètres, ne possède plus que de petits biefs navigables, étant
à Boma. Quelques mois plus tard, il est à Bumba qui est le barrée souvent sur plusieurs kilomètres par une succession de
point de concentration choisi pour le gros de ses troupes. chutes et de rapides. La rive nord de la Nzoro est habitée par les
L’Itimbiri est la voie de pénétration vers l’Uele. Il se rend Logos, avec lesquels on a quelques escarmouches, et la rive sud
encore aux Falls où il tentera d’endormir la méfiance de par les Mangbetu. Outre la question du ravitaillement se posait
quelques chefs arabes. celle du portage. L’avant-garde, conduite par Gustin et Semio,
restait sans liaison, au-delà des rapides dénommés depuis chutes
« C’est le 12 décembre 1891 seulement, qu’après avoir ainsi Miltz, avec l’arrière-garde, ou, plus exactement, la deuxième
protégé ses arrières, Van Kerckhoven put quitter la station qu’il colonne de l’expédition, composée de 300 hommes, avec Van
venait de fonder sous le nom de Bomokandi et prendre, avec le Kerckhoven, Milz, Montangie et Van de Vliet. On apprit bientôt
gros de son expédition, la voie de l’Est. Il traversa une contrée qu’elle avait dû livrer de nombreux combats et que les indigènes,
marécageuse, couverte de collines herbeuses marquant très surpris par l’arrivée de l’expédition et ignorant son but, faisaient
sensiblement la ligne de faîte qui sépare les bassins de l’Uele et le vide et détruisaient leurs plantations. Il fallut, pour pouvoir
du Bomokandi … pousser en avant, renvoyer une partie des bagages à Mbittima et
Plus loin, et au fur et à mesure de sa progression, Van se frayer un passage par la force des armes qui, peut-être, eût pu
Kerckhoven fonda des postes à Amadi, Surongo et Yangara. être évitée si Van Kerckhoven, faute d’interprète et de nouveau
Ce dernier, situé sur un affluent de gauche de l’Uele, la Gadda, atteint d’hématurie, avait pu faire connaître ses intentions
devait plus tard, sous le nom de Niangara, devenir le chef-lieu pacifiques.
du district de l’Uele. Après quinze jours de pénible marche, on arriva enfin, le
Tous ces postes nouveaux, commandés par des Européens 25 juillet, à Tagomolanghi, sur la Nzoro supérieure. Le 2 août,
et marques visibles de la souveraineté de l’État, n’étaient pas les vivres faisant défaut, on repartit en direction de la Kibbi,
établis sans négociations préalables avec les chefs indigènes, que l’on disait proche de Wadelai, c’est-à-dire dans le voisinage
qu’il fallait d’abord rallier aux intérêts de notre politique. immédiat du Nil. Une vingtaine de kilomètres furent franchis.
En procédant de la sorte, Van Kerckhoven obéissait aux On se trouvait alors, sans le savoir, à la hauteur des sources
instructions qu’il avait reçues du Roi-Souverain et qui lui du Kibbi, le dernier affluent appartenant au bassin de l’Uele.
prescrivaient d’occuper solidement le pays après en avoir Poursuivant toujours sa marche vers l’Est, cette fois mieux
expulsé les envahisseurs arabes. Pour réaliser ce programme, ravitaillé, Van Kerckhoven parvint, le 9, à 15 kilomètres environ
il utilisa les services de ses adjoints, principalement de Milz au sud du mont Béka, appartenant à la ligne de faîte Congo-Nil,
lui-même à dix kilomètres environ du sud du mont Wati. Le
249 Cambier, R., « Van Kerckhoven Guillaume », in 10, au point du jour, la colonne était attaquée par les indigènes.
Biographie coloniale belge, I, op. cit., col. 566-573. Van Kerckhoven et Miltz courent à leur rencontre. En les

139
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

suivant précipitamment, le boy porte-fusil de Van Kerckhoven le service de l’État indépendant du Congo en 1902. Mais
veut recharger son arme. Il presse par mégarde sur la détente sur sa proposition, le gouvernement de l’EIC adopte,
ou bien celle-ci heurta-t-elle une branche voisine, toujours est- en 1903, une nouvelle subdivision : les zones nouvelles
il que le coup part et atteint Van Kerckhoven dans le dos à la sont l’Uéré-Bili et la Gurba-Dungu au nord de l’Uele ; le
250
hauteur du cœur. Le malheureux tombe et expire ». Rubi et le Bomokandi au sud. Elles tirent leurs noms des
rivières principales qui les arrosent. Une cinquième zone
Dans la littérature coloniale belge, Guillaume Van comprend les territoires de l’enclave de Lado.
Kerckhoven est présenté comme un héros. Toutefois,
la vérité oblige à dire que sa brutalité était légendaire.
La mission envoyée vers le Maniema par le Syndicat
commercial du Katanga et dirigée par Arthur Hodister
se fit massacrer en 1892 par des Arabisés excédés par
la violence de Van Kerckhoven qui menait l’expédition
dans l’Uele et qui razziait tout simplement tout l’ivoire
disponible sur son passage.

Louis Chaltin (1857-1933)


En mai 1895, Louis Chaltin s’embarque vers l’EIC pour
un second terme. Il doit se rendre le plus vite possible dans
l’Uele. Il doit reprendre à Le Marinel le commandement de
l’expédition Uele-Nil, d’une part, et à Francqui la direction
du district. Il va donc s’installer à Niangara, le chef-lieu
de l’Uele. De là, il entreprend tout d’abord des expéditions Monument en pierre du pays dédié au colonel Chaltin. (HP.1956.15.4055,
collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)
contre quelques chefs azande insurgés contre l’EIC. Le
251
chef Ndoruma est battu le 5 avril 1896 .
Le 31 octobre de la même année, il reçoit l’ordre de La bataille de Bedden
marcher vers le Nil. Il rassemble ses forces militaires à la « Les troupes appelées à faire partie de l’expédition vers
station de Dungu qu’il quitte le 14 décembre. Il remonte le Nil, furent réunies à Dungu, dans les premiers jours du
le Kibali jusqu’à Surrur et de là il pousse au nord-est vers mois de décembre 1896. Le 14, elles se mirent en marche
Faradje d’abord et vers Aba ensuite. Après une marche qui et arrivèrent, le 23, à Surrur, au confluent du Kibali et du
avait duré plus de six semaines, Chaltin arrive au bord du N’Zoro, où je décidai la construction d’une grande station,
Nil avec ses troupes, en face de l’ancienne station égyptienne qui devint le chef-lieu de la zone des Makrakras et qui, à
de Bedden. C’est là qu’il va infliger aux mahdistes une ma demande, porte le nom de Van Kerckhovenville, en
défaite sanglante, à la bataille dite « de Bedden ». Le même souvenir du premier chef de l’Uele.
jour, il poursuit son chemin vers le pied du mont Redjaf Les forces dont je disposais, soit 700 soldats, étaient
où il livre un nouveau combat qui sera décisif, parce qu’il réparties en sept pelotons, commandés par MM. Kops,
vaincra définitivement les mahdistes. Gehot et Laplume, officiers ; De Backer, Goebel, Dupont
Louis Chaltin repart pour un troisième terme au Congo et Cajot sous-officiers. M. Cajot était spécialement chargé
en mars 1899 en qualité d’inspecteur d’État. Pendant cette du service du canon (un Krupp de 7°5) ; les artilleurs noirs
période il se met à l’organisation administrative et militaire faisaient partie de son peloton. Il y avait en plus dix-neuf
de l’Uele et de l’enclave de Lado. Il quitte définitivement clairons-musiciens armés et une section de 35 hommes,
commandée par le lieutenant Saroléa sous les ordres et la
250 Cambier, R., « Van Kerckhoven Guillaume », in direction duquel étaient placés les 250 porteurs et les 500
Biographie coloniale belge, I, op. cit., col. 566-573. lanciers Azandes de Renzi et de Bafuka. Le médecin de
r
251 Lotar, L. et Coosemans, M., « Chaltin Louis », in l’expédition était le D Rossignon […]
Biographie coloniale belge, I, op. cit., col. 229-232.

140
SOUS LA DOMINIATION BELGE

Comme il n’existe que des sentiers de caravanes, Au centre, entre les hauteurs, au point de passage de la
enserrés très souvent entre des herbes hautes de trois et route, se trouve un défilé qui est bien défendu.
quatre mètres formant des sortes de murailles, les hommes Je fais prendre la formation de combat : cinq
ne peuvent marcher qu’à la file indienne. Toutefois, afin de pelotons sont déployés en tirailleurs ; trois sont tenus
pouvoir faire face à une attaque brusque et inopinée, de en réserve et les lanciers de Renzi et de Bafuka, prêts
quelque côté qu’elle vînt, et de permettre un déploiement à charger au premier signe, se massent derrière notre
rapide de mes forces, je disposais mes pelotons en les aile gauche. Les derviches ouvrent le feu ; dès le début
accolant par deux dans le sens de la profondeur. Les de l’action, ils tirent à outrance, tandis que nos soldats,
pelotons marchant à la file, il n’y avait donc que deux stoïques sous les balles, observent l’ordre donné de ne
hommes de front. Si cette disposition, par suite de l’exiguïté pas brûler une cartouche. Le canon seul, placé au centre
du sentier, ralentissait ma marche, elle augmentait, par du front, répond par une dizaine d’obus à la fusillade
contre, ma sécurité […] assourdissante de l’ennemi.
er
Le 1 janvier 1897, à 3 ½ heures de l’après-dîner, À un moment donné, un mouvement tournant se
l’expédition quitta Surrur, se dirigeant vers le Nil. Il serait dessine sur notre gauche ; j’envoie, au pas de course, deux
fastidieux de vous raconter par le menu les détails de cette pelotons de la réserve pour y parer et je fais ouvrir le
marche qui dura 47 jours […] Trente-sept de nos soldats feu. Les derviches, abandonnant leur position défensive,
succombèrent en cours de route […] Enfin, le 15 février, descendent dans la plaine et s’avancent vers nous ; notre feu
nous arrivâmes à Bedden sur le Nil, où, autrefois, avait redouble ; les voyant hésiter, je porte ma ligne à 100 mètres
existé une station égyptienne. Nous étions à 25 kilomètres en avant et ordonne le feu rapide. Nous tirons les uns sur les
de Redjaf ; le jour même de notre arrivée, des soldats partis autres à une distance de moins de 200 mètres.
en chasse, car la faim commençait à talonner l’expédition, Les derviches commencent à lâcher pied ; ils se retirent
échangèrent des coups de feu avec des derviches. d’abord dans le plus grand ordre, battant en retraite au pas
La nuit et la plus grande partie de la journée du ordinaire et se tournant vers nous pour tirer. Mais notre
lendemain se passèrent sans incident, mais tout à coup, feu leur fait un mal terrible ; aussi la déroute ne tarde-t-elle
vers 5 ½ heures du soir, alors que la nuit allait tomber, guère à se mettre dans leurs rangs et leur retraite se change
nos sentinelles avancées se replièrent sur le camp en en fuite désordonnée vers Redjaf. C’est à ce moment que
toute hâte en faisant de grands gestes. Le cri “aux armes” je fais sonner la charge. Les 700 soldats et les 500 lanciers
retentit et vola d’un bout à l’autre du camp. Les hommes azandes, ceux-ci faisant un mouvement tournant sur la
se précipitent aux faisceaux et, en moins de cinq minutes, droite derviche, s’élancent en avant comme des démons
tout le monde est à son rang de bataille, la place de chaque vomis par l’enfer, poussant des cris de fauves en furie,
unité étant toujours marquée d’avance, afin de parer tirant, s’interpellant, s’excitant, emportés par leur fougue de
rapidement aux trop soudaines attaques et de pouvoir sauvages et se ruant sur l’ennemi en fuite.
prendre la position de combat sans hésitation, même dans Malheureusement, au cours de cette poursuite, en
l’obscurité. chargeant à l’aile droite, à la tête de son peloton, notre cher
Sur les hauteurs qui se trouvent à 1.500 mètres de nous, camarade Saroléa, le plus brillant de mes officiers, auquel je
on distingue des groupes nombreux de derviches et des tiens à rendre ici un pieux hommage, tomba, frappé d’une
drapeaux. J’ordonne à M. Cajot de tirer quelques obus et balle en plein cœur. Une dizaine de soldats furent tués,
l’ennemi disparaît. La nuit se passe sans alerte, mais non comme lui, et une vingtaine blessés. Il me fallut près d’une
sans souci ! heure pour rassembler soldats et lanciers, tant ils avaient
Le 17, à 6 heures du matin, a lieu le départ vers Redjaf ; mis d’acharnement dans la poursuite. Le combat de Bedden
la marche est lente et prudente, nous nous attendons à une était une victoire …
attaque. À 7 heures, le commandant de l’avant-garde, M. Après un repos de deux heures, nous nous remettons
Géhot, me signale la présence de derviches, bien dissimulés en marche, et, d’une seule traite, sous un ciel de feu, nous
sur des hauteurs qui nous barrent la vue à 400 mètres vers le parcourons les 22 kilomètres qui nous séparent de Redjaf.
Nord. Leur position, appuyée au Nil d’un côté, et de l’autre à Vers 2 ½ heures de l’après-midi, la pointe d’avant-garde
un profond ravin, à une étendue de près de trois kilomètres. arrive en vue du mont Redjaf et constate que les derviches

141
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

ont pris position sur une crête, allant de ce mont vers le Nil, centaines de prisonniers, hommes, femmes et enfants,
et d’où ils nous accueillent par un feu violent. trois canons, près de mille fusils, des munitions en nombre
252
Malheureusement, notre colonne n’est pas unie ; à considérable, du bétail, des montures, des vivres etc. etc. »
cause des difficultés et de la longueur de la marche, elle
s’est allongée et, de la tête à la queue, il y a une distance Naturellement, presque tous les témoignages écrits de
considérable. Les premiers arrivés se déploient et sont cette expédition proviennent d’auteurs belges et ceux-ci ne
successivement renforcés. L’artillerie madhiste tire à obus, manquent généralement pas d’encenser les faits d’armes des
mais elle ne nous fait pas grand mal, ses projectiles, mal officiers blancs. Mais il existe aussi une version « locale »
chargés, n’éclatant pas. Notre canon – que nous avons dû de cette marche vers l’Uele et l’enclave de Lado. Elle est due
traîner et démonter plusieurs fois au passage des ravins au chef Gilima, le fils de Renzi qui avait accompagné cette
profonds et escarpés – arrive un peu tard. expédition. Sa narration sera reproduite ultérieurement.
Les pelotons Goebel et Dupont attaquent l’aile droite
derviche, déployée à la hauteur du mont Redjaf et la 1.2.2. Le roi Léopold II et l’occupation de l’Uele
refoulent assez rapidement, le peloton Géhot enfonce leur Trois éléments vont pousser Léopold II à décider de
centre durant que les pelotons Laplume et Kops tiennent l’occupation, dès au moins 1886, de la région allant de
253
tête à leur aile gauche, appuyée au Nil. Mais tout à coup, un l’Uele au bassin du Nil :
fort mouvement tournant se produit sur notre droite ; les
derviches semblant surgir du Nil, dont ils avaient occupé – le conflit frontalier avec le gouvernement français
la berge, sans que nous nous en fussions aperçus, prennent concernant la délimitation des frontières dans la région
Laplume et Kops à revers. de l’Ubangi (1886) ;
Fort heureusement Cajot, notre brave artilleur, a vu le – l’abandon par le gouvernement égyptien de ses
mouvement et, avec dix servants noirs, se porte hardiment provinces soudanaises, notamment le Bahr El-Ghazal et
en avant, met le canon en batterie à 200 mètres des l’Equatoria, qui comprenaient tout le bassin de l’Uele ;
derviches et tire une boîte à balles qui va semer le désordre car un tel abandon exposait ces régions à devenir une
dans leurs rangs. À ce moment, arrive à point nommé le proie facile pour les esclavagistes (1886) ;
peloton De Backer, qui formait notre arrière-garde et que je – la poussée, au nord des Falls, des incursions des traitants
lance contre eux. Les derviches se retirent dans la position esclavagistes menaçant ainsi de faire jonction avec les
de Redjaf. bandes mahdistes du Soudan qui opéraient déjà dans
Le combat continue dans l’obscurité. À sept heures les bassins de l’Uele et du Nil, et de couper ainsi aux
du soir, je fais cesser le feu ; les derviches tirent jusqu’à Européens la route de l’Uele et du Bomu (1888).
11 heures, puis le silence se fait. L’ennemi, mettant à
profit la nuit profonde et sa connaissance parfaite des Pour Léopold II, il fallait à tout prix empêcher la
lieux, abandonne silencieusement la place. À 4 heures du formation d’un foyer d’anarchie sur les confins du bassin du
matin, nous y entrons ; la province équatoriale est en notre Congo et du Nil et empêcher que se mette en place d’autres
pouvoir ! trafics d’esclaves qui seraient contraire à l’Acte général de
Mais cette victoire est chèrement payée ; si les derviches Berlin interdisant la pratique de la traite des esclaves dans
comptent leurs morts et leurs blessés par centaines, nous les territoires formant le bassin conventionnel du Congo :
avons à déplorer pour la journée, les pertes suivantes : « Ces territoires ne pourront servir ni de marché ni de voie
Saroléa tué ; Cajot, notre artilleur, blessé à la cuisse et
252 Chaltin, L., « L’expédition de l’Uele vers le Nil », in
au flanc, au moment où il pointe la pièce à 200 mètres
Compte-rendu de la manifestation en l’honneur des
de l’ennemi […] ce brave est mort plus tard des suites de
explorateurs belges au Congo, 20 janvier 1906, Anvers,
ses blessures […] ; trente-trois soldats tués ; quatre-vingt
Société royale de géographie d’Anvers, 1907, pp. 101-
blessés grièvement dont une dizaine sont morts de leurs 113.
blessures […] 253 Lire Lotar, L., La Grande Chronique de l’Uele, Bruxelles,
Les derviches, en complète déroute, s’enfuirent jusqu’à Institut royal colonial belge, 1946, Mémoires –
Bôr, sur le rive droite du Nil, laissant entre nos mains plusieurs collection in-8°, tome XIV – fasc. 1, pp. 9-10.

142
SOUS LA DOMINIATION BELGE

de transit pour la traite des esclaves de quelque race que À Dhanis, rentré à Anvers le 13 octobre 1894, et
ce soit254 . » à Chaltin, rentré à Bruxelles depuis mars, le Roi avait
Dès 1888, l’EIC entame l’occupation de l’Uele par le exposé ses projets. Dhanis, promu peu de temps après
Bas-Uele et quelques postes sont installés. On citera, à vice-gouverneur général, avait été nommé commandant
cet effet, les premiers postes d’occupation installés par en chef de l’expédition. Il s’était engagé, avec les ressources
er
l’EIC dans l’espace du Bas-Uele : Ibembo (1 mai 1890) qu’il trouverait dans la Province-Orientale, à constituer
255
par Léon Roget (1858-1909), poste confié à Joseph une forte colonne à Stanleyville et à la diriger de là vers
256 re
Duvivier (1867-1894) ; Ekwangatana (mai 1890) par le Nil. Chaltin, nommé commissaire de district de 1
257
Léon Roget et Jules Milz (1861-1902), confié à un classe, avait reçu le commandement du district de l’Uele
gradé noir ; Mopocho (23 mai 1890) par Roget et Milz, avec mission d’y constituer, avec les ressources provenant
confié aussi à un gradé noir ; Djabir (27 mai 1890) par de l’expédition Van Kerckhoven, une seconde colonne. En
258
Roget et Milz . mai 1895, lors de son arrivée à Boma, le vice-gouverneur
Après le Bas-Uele, il fallait passer à l’occupation du général Fuchs confirma à Chaltin qu’il aurait à organiser
reste de la région et surtout du territoire haut-uélien. Deux une expédition vers le Nil. Le 19 mars 1896, alors qu’il se
expéditions assumèrent cette mission. Il s’agit avant tout de trouvait en expédition dans la région de Bili, le courrier
l’expédition Van Kerckhoven, appelée aussi « expédition de Boma lui annonçait que les troupes de l’Uele, sous son
du Haut-Uele », forte de 15 Européens et 500 Noirs de commandement, feraient partie de l’expédition Dhanis
la Force publique placés sous les ordres du capitaine vers le Nil.
Van Kerckhoven (voir supra p. 139). Entre juillet 1891 et Comme on le voit, l’occupation de l’Uele par les
juillet 1896, après maints incidents, le territoire allant de Européens ne fut pas sans présenter des difficultés. Si, vers
Djabir (Bondo actuel) jusqu’à Dungu, soit l’espace compris les années 1880, les premières expéditions européennes
260
entre 3° et 5° de latitude N, 26° et 29° de longitude E fut durent affronter le mahdisme , il fallut aussi faire face
occupé. La seconde expédition qui assura l’occupation du à diverses résistances tribales, notamment celles des
reste de l’Uele fut celle de Chaltin (voir supra p. 140), allant Mangbetu et des Azande, coalisés pour une fois en 1898,
259
vers le Nil, entre juillet 1896 et mai 1897 . celle du sultan azande Enguettra en 1900, celles des Boa en
261
Dès la fin de l’année 1894, le péril arabe définitivement 1901 et en 1902 .
éliminé, le Roi-Souverain avait décidé de consacrer tous ses
efforts aux expéditions vers le nord-est. Le premier but était 1.2.3. La question de l’enclave de Lado
évidemment d’occuper l’enclave de Lado. Leopold II rêvait
toutefois d’étendre son empire sur le Nil beaucoup plus en Les accords belgo-britanniques, 1894
aval de Lado. Pour soutenir ses prétentions et s’efforcer Entre-temps, les Français ne cachèrent plus leurs
d’arriver avant ses concurrents dans la région contestée, il
avait préparé une nouvelle et très forte expédition. Il en 260 Le mahdisme est un mouvement à la fois religieux
avait confié le commandement et l’organisation à deux et guerrier auquel l’expansion arabe du Soudan
officiers (Dhanis et Chaltin) qui venaient de se couvrir de avait donné naissance et qui, vers 1890, exerçait une
gloire et de prouver leur science du combat aux colonies grande influence dans certaines chefferies azande
pendant la dure campagne contre les Arabes. – et surtout mangbetu – de l’Uele.
261 La Force publique, de sa naissance à 1914. Participation
des militaires à l’histoire des premières années du
254 B.O. de l’EIC, Bruxelles, 1885-1887, p. 11. Congo, 2e section de l’État-major de la Force publique,
255 Hennequin, E., « Roget Léon », in BCB I, col. 788- Institut royal colonial belge, Bruxelles, 1952, p. 483
792. ss ; Monnier, L. et Willame, J.-C., « La province
256 Coosemans, M., « Duvivier Joseph », in BCB I, col. de l’Uele » in Verhaegen, B. (éd.), Les Provinces du
355-358. Congo. Structures et Fonctionnement, II, Sud-Kasaï–
257 Coosemans, M., « Milz Jules », in BCB I, col. 697-701. Uele–Kongo-Central, Léopoldville, IRES, Cahiers
258 Lotar, L., op. cit., pp. 38-39. économiques et sociaux, 1964, p. 129, « Collection
259 Lotar, L., op. cit., pp. 247-279. d’études politiques n° 2 ».

143
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

prétentions sur certaines parties du Soudan : le Bahr Nouvelles expéditions sur le Nil et le traité du 9 mai 1906
El-Ghazal et le Haut-Nil occidental jusqu’à Fachoda. En 1902, Léopold II va organiser de nouvelles
Au même moment, les Belges cherchèrent également expéditions sur le Nil. Chargé d’une mission au Bahr-
à accroître leur influence au nord de l’Uele. En fin de el-Gazal, Charles Lemaire (1863-1925) quitte Bruxelles
compte, les Britanniques préférèrent négocier pour éviter le 31 juillet 1902. Sous le couvert d’un but scientifique,
que leur territoire ne tombe aux mains de la France, la mission a spécialement pour objectif d’organiser
accusée de visées expansionnistes. Au nom de l’Égypte, ils l’occupation des territoires donnés à bail par l’Angleterre
[les Britanniques] signèrent, le 12 mai et le 14 août 1894, à Léopold II, en 1894, et que les conflits avec la France et
263
deux traités accordant à l’EIC un territoire identifié sous l’Angleterre n’avaient pas permis d’occuper .
le nom d’enclave de Lado, et qui retournerait à la Grande- L’expédition arrive au mois de décembre à Mbima, sur
Bretagne à la mort de Léopold II. En échange, Léopold II l’Uele, remonte la rivière jusqu’à Dungu et se dirige ensuite
s’engageait à céder à l’Angleterre une bande de vingt-cinq vers Faradje et Aba pour franchir la ligne de faite Congo-
kilomètres de largeur entre le nord du Tanganika et le Nil. Le commandant Lemaire crée, au fur et à mesure
sud du lac Albert. Léopold II obtenait ainsi le Bahr El- de son avance dans le Bahr-el-Gazal, des postes pour
Ghazal et l’accès au Nil, tandis que l’Angleterre acquérait maintenir les relations avec le district de l’Uele.
la possibilité d’une liaison directe pour le projet lointain En octobre 1902, Léopold II charge le colonel Louis
de chemin de fer du Cap au Caire. Une clause annexée au Royaux (1866-1936) d’une mission de reconnaissance
traité stipulait toutefois : « Les signataires n’ignorent pas dans la région orientale du Bahr-el-Gazal, en direction des
les prétentions de l’Égypte et de la Turquie dans le bassin mines de cuivre d’Hofrah-el-Hahass. Parti de Boma le 24
du Haut-Nil ». Cette clause allait permettre à l’Angleterre octobre 1902, il arrive à Doruma le 17 janvier 1903. Il quitte
de reprendre plus tard ce qu’elle avait accordé. la frontière septentrionale du Congo le 2 février 1903 et
marche vers le nord. À force de patience et de diplomatie,
Les réactions des Français et des Allemands il viendra à bout de l’hostilité des chefs locaux du Haut-
Devant la vive opposition des autres puissances Uele comme Doruma, Mopoie et Tambura et atteindra
coloniales, ce traité dut être corrigé. Les Allemands firent Dem Ziber. Mais une intervention anglo-égyptienne met
annuler la cession de la bande de vingt-cinq kilomètres et fin à la mission et Louis Royaux rentre en Belgique par
264
la convention franco-congolaise du 14 août 1894 réduisit L’Albertville en décembre 1903 .
fortement la zone cédée à l’EIC. Les limites en devinrent Afin d’éviter d’autres incidents graves, Charles Lemaire
5°30’ N et 30° E : du Bahr El-Ghazal, Léopold II ne gardait et le major anglais Boulnois concluent, le 8 mars 1905,
que ce qu’on allait appeler « l’enclave de Lado ». un arrangement de « statu quo » provisoire. En vertu
En conséquence, le territoire cédé en bail fut soustrait de cette convention, le gouvernement anglo-égyptien
de la province soudanaise de Bahr El-Ghazal (la rivière conserve l’administration du territoire contesté, mais
des gazelles) et fut limité à la latitude 5°30’ N et à la la mission scientifique Lemaire garde les postes qu’elle
longitude 30° O. Il s’étendait jusqu’à la rive ouest du occupait et peut poursuivre ses travaux. L’administration
Nil. Sa superficie était d’environ 39.000 km² pour une britannique autorise les relations de la mission Lemaire
population d’environ 250.000 personnes. Il comprenait avec les autochtones et les communications entre les divers
265
la capitale Lado ainsi que Rejaf, port permettant l’accès postes .
vers l’aval du fleuve, qui fut le lieu de résidence des
administrateurs coloniaux. Toutefois, entre 1890 et 1896,
263 Laude, N. « Lemaire Charles », in Biographie coloniale
les mahdistes tinrent tête aux expéditions belges qui
belge, II, col. 603-608.
voulaient assurer à l’EIC la possession de l’enclave de 264 Coosemans, M., « Royaux Louis », in Biographie
Lado. En 1896, Semio et Doruma étaient encore sous la coloniale belge, III, col. 756-758.
262
domination mahdiste . 265 van Zuylen, P. (baron), L’échiquier congolais ou le
secret du Roi, Édition Charles Dessart, Bruxelles,
262 Voir Le Mouvement géographique, 22 mars 1896, 12, 1959, pp. 281-300 (chapitre XVIII : « Nouvelles
col. 148-149. expéditions sur le Nil et traité du 9 mai 1906 »).

144
SOUS LA DOMINIATION BELGE

Mais il convient de souligner que cet accord ne liait en Mais Léopold II refuse encore de s’incliner. En
rien les deux gouvernements. D’ailleurs, Léopold II refuse conséquence, les autorités soudanaises décident de couper
de ratifier cet arrangement et prescrit au successeur de toutes communications entre l’enclave et l’Égypte. Le Roi
Lemaire, le lieutenant Paulis, d’administrer tout ce qui est souverain n’a plus d’autre choix que de capituler. Des
e
au sud du 5 parallèle. Un décret du Roi souverain, en date négociations s’entament, aboutissant au traité du 9 mai
du 13 mai 1905, rattache même au district de l’Uele les 1906 qui va consacrer la défaite du Roi. Cet accord abroge
e
territoires occupés par l’État au sud du 5 parallèle nord. le bail sur le Bahr-el-Gazal et ne laisse subsister que le
Le gouvernement anglais s’irrite de l’attitude prise par bail de Lado, mais seulement pour la durée du règne de
l’EIC et lui adresse, en juillet 1905, une note comminatoire, Léopold II.
le sommant de retirer ses troupes et d’annuler le décret Le traité cède toutefois au Congo une bande de
du 13 mai. Il ajoute qu’au cas où le gouvernement territoire reliant Mahagi, sur le lac Albert, à la frontière
congolais n’obtempérerait pas à ces exigences, il le rendra et donnant accès aux eaux du Nil. Cette concession
responsable des suites qu’une pareille violation des droits subsistera aussi longtemps que l’État du Congo demeurera
de l’Égypte pouvait entraîner. Cependant, pour éviter une un État indépendant sous le gouvernement du Roi ou de
confrontation entre les forces en présence, l’administration ses successeurs. En outre, le traité octroie à une société
du Soudan évacuera les troupes qui se trouvaient au sud anglo-congolaise la faculté de construire un chemin de fer
e
du 5 parallèle. joignant Lado à L’État indépendant.

Cartes de l’enclave de Lado. (Source : Maselis, P., Schouberechts, V., Tavano, L.,
Histoire postale de l’enclave de Lado, Monaco, Musée des Timbres et des Monnaies de
Monaco, 2009, pp. 242 et 245.)

145
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

Albert Paulis (1875-1933) avec Mangué, un chef zande du Bahr-el-Ghazal, en 1905. (Collection privée Marc Paulis, petit-fils d’Albert Paulis, 1905.)
Albert Paulis reprit le commandement de la mission Charles Lemaire le 15 avril 1905. Il rentra en Belgique en août 1906. Le 7 mai 1924, il fonda la Vicicongo. En 1933, le rail
arrivait dans la localité d’Isiro, qui fut rebaptisée « Paulis » en reconnaissance de son travail.

146
SOUS LA DOMINIATION BELGE

L’occupation effective de l’Uele par les Européens Nous partîmes de Dungu au début de la saison sèche et
s’inscrit dans le contexte de la lutte contre l’esclavagisme je ne pourrais compter les Azande qui nous suivaient, tant
pratiqué par les Arabo-musulmans et ce, conformément à ils étaient nombreux.
l’Acte général de Berlin (1884-1885), auquel l’Association Nous arrivâmes chez le chef Faragi deux lunes et demie
internationale du Congo (AIC) avait adhéré. Cet acte après notre départ. Il était furieux parce que nous mangions
reconnaissait à l’AIC, fondée par Léopold II, le droit de ses chèvres ; aussi ses Logo nous firent-ils la guerre en
souveraineté sur les territoires du bassin conventionnel brousse ; mais nous les fîmes fuir sans peine avec nos fusils.
du Congo. Par une résolution adoptée à la Chambre des Plus loin, les Kakwa vinrent également nous attaquer, mais
représentants le 28 avril 1885 et au Sénat le 30 avril 1885, pas plus que les Logo, ils ne purent nous arrêter un seul
Léopold II devint le chef d’un autre État, en conformité de instant.
l’article 62 de la Constitution belge. Si peu de nos hommes mouraient de blessures en cours
de route, nombreux étaient ceux qui succombaient à la
1.2.4. Des chefs locaux au service maladie, car ils n’étaient pas habitués à manger du sorgho,
des conquistadores européens la seule nourriture qu’on trouvait dans cette région.
La Force publique et l’Administration coloniale ont Nous arrivâmes alors dans le pays montagneux où
bénéficié de l’appui militaire de quelques grands chefs habitent les Bari. C’est là qu’une bande d’Arabes vint à
locaux zande pour venir à bout des mahdistes. S’il existe notre rencontre. Beaucoup d’entre eux étaient à cheval et ils
des récits européens de la conquête du Haut-Uele, ces faits agitaient des drapeaux rouges et verts. Sasa fit tirer le canon
d’armes n’ont pas été oubliés non plus dans la tradition et ils se retirèrent en désordre.
orale. Julien Vanhove a enregistré, dans les années trente, On atteignit enfin le Nil et le Commandant voulut nous
lors d’une rencontre avec le chef Gilima, ce que celui- obliger à nous reposer, car il disait que la grande bataille
ci avait appris de son père à propos de la collaboration serait pour le lendemain. Mais nous, les Azande, pensions
militaire avec l’État indépendant du Congo. qu’après toutes nos épreuves, nous avions bien le droit de
nous délasser à notre façon. Aussi, pendant toute la nuit,
Voici son récit : nous dansâmes le “bagbere”, avant de nous étendre et de
dormir.
« Sasa (surnom de Chaltin) réunit ici, à Dungu, mon Au point de jour, les Arabes blancs et noirs attaquèrent
père Renzi, son frère cadet Bafuka, Kana, Basugba. Il promit en nombre, armés de fusils Albini, Remington et à piston.
à Renzi de lui rendre les terres que lui avait volées Bokoyo, Sasa, au début du combat, avait donné l’ordre de laisser
fils et héritier de son frère Ukwa, s’il offrait à l’expédition le l’ennemi s’approcher de nous pour tuer le plus de monde
concours de ses guerriers, armés de lances et de “kpinga” possible, mais quelques soldats furent blessés et leurs
(couteaux de jet). camarades furieux, supplièrent Sasa de leur permettre de
Mon père accepta. Les autres sultans avongara et se lancer en avant. Enfin, le clairon sonna la charge, les
leurs fidèles capitas (sous-chefs) marquèrent également soldats bondirent vers les Arabes et firent une large trouée
leur accord. J’étais, quoique tout jeune homme, présent dans leurs rangs. Les derviches manœuvrèrent alors pour
à cette réunion. Nous étions tous très joyeux, car nous les encercler. Voyant cela, mon père Renzi, à la tête de ses
aimions la guerre et brûlions de nous mesurer avec les lanciers, qui poussaient le terrible cri de guerre zande, se
Arabes qui, depuis des années, ne cessaient de ravir nos lança à son tour sur les Arabes ; ceux-ci furent taillés en
femmes et de nous dépouiller de notre ivoire. Nous étions pièces ou s’enfuirent vers Redjaf en abandonnant sur le
donc impatients de nous diriger “na Bahr” (le Nil) pour champ de bataille armes, munitions et étendards.
reprendre nos biens. Sasa commanda alors de marcher sur Redjaf. Vers le
Sasa avait avec lui mille soldats de l’État et neuf Blancs. soir, nous arrivâmes devant le fort, construit sur un haut
Le Commandant remit des Albini aux chefs et des fusils à rocher, entouré de murs épais et de fossés profonds. Les
piston aux capitas. Nous emportions aussi un canon avec Arabes avaient deux canons qui tiraient sans arrêter et
nous. nous tuèrent peut-être bien deux cents hommes. Mon
père Renzi fut blessé à la jambe. On passa la nuit sur place,

147
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

remettant l’assaut au lendemain. Mais au lever du soleil, les voisins. Le 27 mars, le territoire de Bima, frère et vassal de
éclaireurs vinrent nous annoncer que le réduit était vide de Doruma, est envahi et celui-ci est battu.
combattants et qu’il n’y restait plus que les blessés. Tous les En novembre 1896, Chaltin reçoit l’ordre de marcher
derviches valides avaient fui pendant la nuit vers Lado. contre les madhistes en formant comme une avant-garde
Redjaf était un grand poste bâti entre la montagne et de préparation de l’expédition Dhanis vers le Nil. Le 14
le Nil. Les Arabes y avaient laissé beaucoup de chevaux, de décembre, la colonne Chaltin quitte le fort de Dungu, sur
mulets, de vaches, de chèvres, d’armes, de munitions, les l’Uele, avec 700 hommes et s’attaque ensuite aux madhistes.
deux canons, du sel et du beurre dans de grands pots, des Le 23 décembre 1896, des troupes arrivent à Surrure, au
ballots d’étoffe et de nombreuses pointes d’ivoire. confluent du Kibali et du Nzoro, où Chaltin décide de
Nous prîmes alors le chemin du retour, pleins d’orgueil, construire une station qui devient le chef-lieu de la zone
et, cette fois, personne n’osa plus nous lancer des flèches, des Makrakras. Il baptise Surrure « Van Kerkhovenville ».
car la nouvelle de notre victoire s’était répandue dans tout
le pays. Au contraire, on nous apporta des chèvres et du vin En 1898
de sorgho, qui est une boisson très épaisse et très enivrante. Le puissant chef avungura Bokoyo s’étant révolté
Sasa félicita mon père Renzi qui avait été très brave à contre l’autorité de l’État indépendant du Congo, la Force
la tête des lanciers de Wando et avait même été blessé en publique organise une expédition contre lui. Une colonne
combattant. Accomplissant la promesse faite, il lui rendit expéditionnaire, forte de 380 soldats, commandée par
les terres situées au nord de la Kibali, dont le fils d’Ukwa le capitaine Gérard, à ce moment chef de la zone des
s’était emparé indûment. Makrakras, se met en route le 17 décembre 1898.
Si le fils d’Alibe (Alibe = Albert ; Léopold III), conclut Le commandant Gérard est secondé par le capitaine-
fièrement Gilima, a encore besoin de moi et de tous mes commandant Wtterwulghe. La colonne est divisée en
Azande pour faire la guerre, tu peux lui dire que nous quatre pelotons dirigés, chacun, par le lieutenant Yannart,
266
sommes toujours prêts à nous battre pour lui . » le lieutenant baron de Rennette de Villers Perwin, le
lieutenant De Brabant, le sous-lieutenant danois Andersen.
1.2.5. Résistances et révoltes locales Mais la colonne Gérard peut également compter sur Renzi,
l’oncle de Bokoyo, et ses troupes azande.
1894-1896 Le combat a eu lieu le 22 décembre. Les pertes de la
En mars 1894, le sultan Bili fait assassiner le capitaine Force publique sont de dix morts et de vingt-cinq soldats
Bonvalet, le sergent Devos et leur escorte. Une expédition grièvement blessés. Bokoyo se soumet quelques jours plus
militaire est organisée contre ce sultan mais elle n’aura tard, acceptant toutes les conditions de paix qui lui sont
pas un grand effet. En février 1895, le sultan Doruma imposées, et reconnaît des pertes nombreuses.
fait subir le même sort au lieutenant Janssens, au sergent
Van Holsbeck et aux cinquante-neuf soldats qui les 1.2.6. Les divisions administratives
accompagnent. La Force publique n’ose entreprendre de la période de l’EIC
immédiatement une action contre lui. Ainsi donc, le territoire étant pacifié, Léopold II pouvait le
Ce n’est qu’en mars-avril 1896 qu’une expédition mettre en valeur. L’article 3 du décret du 16 avril 1887 prévoyait
militaire est organisée pour éliminer ces deux sultans. la division de l’État en des circonscriptions administratives
Forte de cinq cents soldats sous le commandement de dirigées par de hauts fonctionnaires appelés commissaires de
Chaltin et des officiers Dubreucq, Kinet, De Backer, district, assistés d’un ou de plusieurs adjoints. La délimitation
er
Dupont et Lejeune, elle quitte Niangara le 1 mars 1896. faite accompagnait l’exploration et l’occupation effective
Du 6 au 27 mars 1896, les attaques sont dirigées contre er
de l’espace congolais. Avec le décret du 1 août 1888, l’État
Bili dont les troupes sont écrasées. Dépouillé en fait de ses indépendant du Congo fut divisé en onze districts : Banana,
territoires et miné, Bili va demander de l’aide à l’un de ses chef-lieu Banana ; Boma, chef-lieu Boma ; Matadi, chef-lieu
Matadi ; Cataractes, chef-lieu Lukunga ; Stanley-Pool, chef-
266 Vanhove, J., Regards sur notre Congo, Bruxelles, Éd. lieu Léopoldville ; Kasaï, chef-lieu Luluabourg ; Équateur,
La Renaissance du Livre, 1943, pp. 61-63.

148
SOUS LA DOMINIATION BELGE

Carte de l’organisation administrative en 1888. (Source : Léon de Saint Moulin, « Histoire de l’organisation administrative
du Zaïre », Zaïre-Afrique, n° 224, 1988, p. 199.)

chef-lieu Coquilhatville ; Ubangi-Uele, chef-lieu Nouvelle 12e district fut créé, le Kwango-Central268. Deux ans plus
Anvers ; Aruwimi-Uele, chef-lieu Basoko ; Stanley-Falls, tard, fut instaurée la région administrative de Tanganyika.
267 269
chef-lieu Stanley-Falls ; et Lualaba, chef-lieu Lusambo . En 1895, le nombre des districts fut porté à quinze .
On constate que sur les onze premiers districts, cinq étaient
concentrés dans cette seule région du Bas-Congo. Celle-ci,
268 I. Ndaywel explicite en disant que, par cet acte, Léopold
en effet, étant la première région du pays à avoir été explorée II voulait tout simplement s’approprier les parties
et occupée pouvait fournir les premiers produits naturels du Kwango passées sous sa juridiction. L’appellation
destinés à l’exportation. « Kwango-Central » indiquait que l’EIC revendiquait
Au fil des années, on assista à de nouvelles créations uniquement les terres situées sur la rive droite du
administratives qui apportèrent des modifications de Kwango. Malgré tout, le Portugal protesta vivement
manière pragmatique. Ainsi donc, le 10 juin 1890, un avant de consentir à ratifier, en 1891, l’état actuel de la
frontière entre la RD Congo et l’Angola. Cf. Ndaywel è
er
267 Décret du Roi-Souverain (sans numéro) du 1 août Nziem, I., Histoire du Zaïre. De l’héritage ancien à l’âge
1888. Sur ce point, voir Ndaywel è Nziem, I., Nouvelle contemporain, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1997, p. 321.
Histoire du Congo. Des origines à la République 269 Il s’agit des districts suivants : Banana, Boma,
démocratique, Bruxelles-Kinshasa, Le Cri Éditions- Matadi, Cataractes, Kwango, Kasaï, Lualaba, Stanley-
Afriques Éditions, 2008, p. 304. Voir également de Saint Pool, Lac Léopold II, Équateur, Bangala, Aruwimi,
Moulin, L., « Histoire de l’organisation administrative Stanley-Falls, Ubangi et Uele. Cf. Ndaywel è Nziem,
du Zaïre », Zaïre-Afrique, n° 224, 1988, p. 198. I., Nouvelle Histoire du Congo…, op. cit., p. 304.

149
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

L’Aruwimi-Uele fut scindé en deux districts : l’Uele, dont Postes d’occupation européenne dans l’Uele et
Niangara devint le chef-lieu d’une part, et l’Aruwimi, dont Européens habitant la région de 1890 à 1908
le chef-lieu fut maintenu à Basoko, d’autre part.
L’Uele, menacé d’occupation par les Arabisés, fut Année Nombre de postes Personnel européen
soumis à une administration particulière. Le décret 1890 4 7
er
du 1 octobre 1893 chargait les quinzième et seizième 1895 19 110
compagnies de la Force publique d’en assurer le service 1896 21 64
administratif. 1897 17 63
Au même moment, certains districts, qui couvraient 1898 26 137
des superficies considérables, furent subdivisés en zones. 1899 29 16
Les espaces Uele qui faisaient partie à la fois des districts 1900 34 122
de l’Ubangi et de l’Aruwimi furent fusionnés pour devenir 1901 39 130
un district à part entière. Toutefois, l’Uele ne figurera 1902 44 173
pas en tant que district sur la carte officielle trouvée à 1903 46 171
l’Institut géographique du Congo. Ayant une superficie 1904 52 211
considérable, il fut aussi subdivisé en zones, ayant leur 1905 58 215
administration distincte et dont les chefs correspondaient 1906 50 244
directement avec le gouverneur général, sans passer par les 1907 56 222
commissaires de district. Néanmoins, il apparaîtra sur la 1908 43 195
carte de René De Rouck de 1909. Son chef-lieu de district
fut placé à Niangara. Il comptait quatre zones autonomes, Sources : B.O. de l’EIC, 1890-1907 ; B. O. du Congo belge, Bruxelles,
conformément à la circulaire n° 106 du 28 décembre 1908 ; L. Lotar, op.cit., pp. 38-53 ; Mouvement géographique, 1893-
270
1895 : 1898.

– la zone de Rumbi-Uele, chef-lieu Djabir (Bondo) ;


– la zone de Uere-Bomu, chef-lieu Uere (Ango) ; 1.3. LE CONGO BELGE (1908-1960)
– la zone de Makua, chef lieu Niangara ;
271
– la zone de Makrakra, chef-lieu Dungu . Au moment de la reprise de l’EIC par la Belgique, le pays
comptait théoriquement quinze districts, délimités par le
L’arrêté du 29 septembre 1903 porta le nombre des décret du 17 juillet 1895, mais, en réalité, ce nombre était
zones de l’Uele à cinq, dénommées : réduit à douze. En effet, en vertu de l’accord conclu entre
l’EIC et la Compagnie du Katanga constituée le 15 avril
– la zone de Uele-Bili, chef-lieu Bomokandi ; 1891 (et qui avait effectivement exploré le Katanga et en
– la zone de Gurba-Dungu, chef-lieu Dungu ; avait découvert les richesses minières), fut créé, le 19 juin
– la zone de Rubi, chef-lieu Buta ; 1900, un organisme dénommé Comité spécial du Katanga
– la zone Bomokandi, chef-lieu Nala ; (CSK). Celui-ci se voyait chargé de l’administration du
– la zone de Lado, chef-lieu Lado. Katanga pour un terme de quatre-vingt-dix-neuf ans. Les
terres dont l’administration fut confiée au CSK avaient été
Le tableau suivant permet de suivre l’évolution des détachées du district du Lualaba, dont le reste fut annexé
postes d’occupation européenne dans l’Uele jusqu’en 1908, au district du Kasaï. Dans le Sud-Ouest, le district des
y compris l’effectif des Européens qui habitaient la région Cataractes était « rattaché temporairement » à celui de
de 1890 à 1908. Matadi, par arrêté du gouverneur général pris le 28 juillet
1905. Outre le Recueil de la législation de l’EIC d’où est
270 Idem, p. 33. tirée cette information, l’Atlas de René De Rouck de 1909,
271 Dereine, A., « Le soulèvement des Babua 1900- planche 19, montre, lui aussi, regroupés dans un même
1901 », Africa-Tervuren, vol. 10, n° 2, 1964, pp. 31-32. district, trois des districts délimités en 1888 : à ceux de

150
SOUS LA DOMINIATION BELGE

Carte de l’organisation administrative en 1910. (Source : L. de Saint Moulin, art. cit., p. 203.)

Matadi et des Cataractes s’ajoute celui de Boma, tandis que En ce qui concerne l’Uele, cette mesure n’apporta
273
le district de Banana n’est plus mentionné. aucun changement du point de vue administratif . Il
Une fois que le gouvernement belge eut repris l’EIC, garda donc ses huit territoires d’autrefois : dans le Bas-
l’administration connut une succession de réformes. Uele : Ango, Buta, Poko et Bambesa ; dans le Haut-Uele :
Pour l’Uele, il y a lieu de mentionner une série de huit Dungu, Niangara, Rungu et Watsa. Son chef-lieu restait
274
changements d’ordre administratif. Niangara .

1.3.1. Le district de l’Uele en 1910 1.3.2. Les districts du Bas-Uele


Succédant à l’EIC, le Congo belge prit une série de et du Haut-Uele en 1912-1913
mesures tendant à mieux maîtriser la situation héritée de En 1912, fut décidée (le 30 décembre) une nouvelle
l’ancienne administration. Il fallait établir l’harmonisation réorganisation administrative, qui fit passer le nombre
275
de la terminologie et instaurer une hiérarchie clairement de districts de 12 à 22 , tant il est vrai que la maîtrise
définie. C’est ainsi que, dès 1910, le nombre de districts fut
ramené à 12 : Bas-Congo, Moyen-Congo, Lac Léopold II, 273 Arrêté royal du 7 mars 1910 sur les limites
administratives, voir B.O., 1910, pp. 249-257.
Équateur, Bangala, Ubangi, Uele, Aruwimi, Stanleyville,
272 274 Arrêté royal du 23 février 1910, B.O., 1910.
Katanga, Kasaï et Kwango .
275 Il s’agit notamment du Bas-Congo, du Moyen-
Congo, du Lac Léopold II, de l’Équateur, de Lulonga,
272 Ndaywel è Nziem, I., Nouvelle Histoire du Congo…, des Bangala, de l’Ubangi, du Bas-Uele, du Haut-Uele,
op. cit., pp. 304-305. de l’Aruwimi, de Stanleyville, de la Lowa, de l’Ituri,

151
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

de l’administration coloniale requérait des réformes. Si la district de l’Uele, lequel désormais en compterait 10 :
modification la plus importante consista à étendre le vice- dans l’actuel Haut-Uele : Doruma (Doruma), Gombari
gouvernement général du Katanga jusqu’à Lubefu, Kanda- (Gombari), Faradje (Faradje), Rungu (Rungu), Niangara
Kanda et Kabinda et le subdivisa en 4 districts, ailleurs, (Niangara) ; dans l’actuel Bas-Uele, Amadi (Amadi), Poko
les changements ne furent que de simples subdivisions (Poko), Dungu (Dungu), Arebi (Arebi) ; dans l’Ituri,
276 279
des anciens districts . C’est dans ce contexte que l’Uele Lugwarets (Aru) . Notons que durant cette période, les
fut éclaté en deux districts distincts : le Bas-Uele, avec territoires de Wamba, Medje et Andudu faisaient partie du
comme chef-lieu Buta, et le Haut-Uele, avec comme chef- district de l’Ituri.
277
lieu Niangara .
Le 30 décembre 1912 et le 3 août 1913, une ordonnance 1.3.4. La réforme de 1926
d’administration générale portant réorganisation Par le décret de 1926, la région de l’Uele reprit sa
territoriale du Congo belge découpa ce dernier en quatorze configuration de 1912, c’est-à-dire celle de deux districts,
districts, dont les districts du Bas-Uele et du Haut-Uele, le Bas-Uele et le Haut-Uele, chacun ayant 4 territoires, à
avec respectivement Buta et Niangara comme chefs-lieux. savoir Ango, Bambesa, Buta, et Poko pour le Bas-Uele ; et
Dans le Haut-Uele, avant 1920, l’ordonnance du 16 Dungu, Niangara, Rungu, et Watsa pour le Haut-Uele, qui
er
décembre 1913 fit exécuter l’arrêté royal du 28 mars 1912, garda Niangara comme son chef-lieu. Le 1 février 1928,
qui fixait le chef-lieu du district à Niangara, tandis que le les districts du Bas-Uele, du Haut-Uele et de l’Ituri furent
district se vit divisé en 9 territoires : Doruma, Dungu, respectivement dénommés Uele-Itimbiri, Uele-Nepoko
Faradje, Lugware (Aru), Niangara, Rungu, Amadi, Poko et et Kibali-Ituri. Avec ce changement de dénomination
er
Gombari. Le dixième territoire, Arebi, fut ajouté le 1 février était également intervenu le changement des limites entre
278
1920 ; il sera remplacé par Watsa une année plus tard . les districts de la Province-Orientale. « Cela entraîna la
révision de l’affectation des territoires de la région à ces
1.3.3. La carte administrative de l’Uele différents districts, plus particulièrement dans l’Uele-
du 1er février 1920 Nepoko et le Kibali-Ituri. Les territoires de Fardaje, de
Dans la mesure où l’administration de la colonie se Lugware (Aru), de Watsa et de Gombari passèrent du
heurtait à un certain nombre de pesanteurs rendant ainsi le district de l’Uele-Nepoko à celui du Kibali-Ituri, tandis
travail inefficace, les délimitations des districts connurent que les territoires de Wamba et de Medje passèrent du
280
plusieurs modifications et cela pour diverses raisons. district du Kibali-Ituri à l’Uele-Nepoko . »
Tantôt pour un meilleur ajustement à la réalité sociale ou
économique, tantôt pour une définition mieux formulée 1.3.5. La carte administrative de l’Uele en 1932
grâce au progrès des connaissances géographiques. Ainsi, En 1932, disposant d’une meilleure connaissance
er
par ordonnance n° 24 du 1 février 1920, on décida de géographique du Congo, Tilkens, alors gouverneur général
modifier les limites des territoires qui composaient le du Congo belge, procéda à une nouvelle réorganisation de
281
l’ensemble de l’espace territorial de la colonie . Il était
du Maniema, du Kivu, du Sankuru, du Katanga, surtout question de réduire les besoins en personnel. De
du Kasaï, du Kwango, du Lomami, du Tanganyika- cette façon, le nombre de districts fut ramené de 21 à 16,
Moëro, du Haut-Luapula et du Lulua (cf. Ndaywel è tandis que celui des territoires fut baissé de 181 à 113.
Nziem, I., Nouvelle Histoire du Congo, op. cit., p. 305).
En ce qui concerne la Province-Orientale, l’ordonnance
276 de Saint Moulin, L., « Histoire de l’organisation
d’administration générale du 21 mars 1932, n° 36/AIMO
administrative du Zaïre », art. cit., p. 204.
fixant le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
277 Bulletin administratif de 1913, p. 110. 282
278 Se référer aussi à l’ouvrage de Thomas Munayi
limites des districts fixe à cinq le nombre de districts. Le
Muntu-Monji, Genèse et évolution des circonscriptions
administratives et des entités politico-administratives 279 Bulletin administratif de 1920, pp. 557-564.
congolaises (1888-2009), Kinshasa, Éditions de 280 Munayi Muntu-Monji, Th., op. cit., p. 142.
l’Université protestante au Congo (EDUPC), 2010, p. 281 Bulletin administratif, 1932, pp. 170-300.
142. 282 Bulletin administratif, 1932, pp. 218-228.

152
SOUS LA DOMINIATION BELGE

Carte administrative en 1929. (Source : L. de Saint Moulin, art. cit., p. 205.)

district de l’Aruwimi fut supprimé, tandis que les districts 1932, n° 28/AIMO fixant le nombre, les dénominations,
de l’Uele-Itimbiri et de l’Uele-Nepoko fusionnèrent pour les chefs-lieux et les limites des territoires du district de
283
donner naissance au nouveau district de l’Uele. En 1932, l’Uele , 10 territoires furent reconduits, en l’occurrence :
la Province-Orientale était donc composée des districts
suivants : – le territoire des Abandia, chef-lieu Bondo ;
– le district de Stanleyville, chef-lieu Stanleyville ; – le territoire des Avungara, chef-lieu Dakwa ;
– le district de l’Uele, chef-lieu Buta ; – le territoire des Avuru-Wando, chef-lieu Dungu ;
– le district du Kibali-Ituri, chef-lieu Irumu ; – le territoire des Mabudu, chef-lieu Wamba ;
– le district du Kivu, chef-lieu Costermansville ; – le territoire des Mangbetu, chef-lieu Isiro ;
– le district du Maniema, chef-lieu Kasongo. – le territoire des Avuru-Kipa-Makere-Malele, chef-lieu
Poko ;
Consécutivement à cette décision, il s’ensuivit, de la part – le territoire des Babua, chef-lieu Titule ;
de l’autorité précitée, un nouveau découpage territorial de – le territoire des Mabenge-Mabinza, chef-lieu Aketi ;
tous les districts, dont celui de l’Uele. Il s’agissait surtout – le territoire des Amadi-Abarambo, chef-lieu Amadi ;
de redistribuer les territoires des anciens districts de – le territoire des Matsaga, chef-lieu Niangara
l’Uele-Itimbiri et de l’Uele-Nepoko. Aussi, au terme
de l’ordonnance d’administration générale du 21 mars
283 Bulletin administratif de 1932, pp. 990-1001.

153
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

Il convient de noter ici que les territoires de Faradje, de – le territoire des Avurukipa-Amadi-Abarambo, chef-
Gombari, d’Arebi et de Lugware sont soit supprimés, soit lieu Poko et non plus Amadi ;
transférés dans le district de l’Ituri, tandis que la dénomination – le territoire des Matsaga, chef-lieu Niangara.
des territoires est alignée sur les noms des peuples.
Moins de dix mois plus tard, à la faveur d’une nouvelle 1.3.6. La réforme administrative de 1933
ordonnance d’aministration générale, le gouverneur Les mesures de réorganisation de 1932 ayant été trop
général revint sur la restructuration de la Province- peu étudiées et donc peu efficaces, il apparut opportun
284 285
Orientale et de certains de ses districts (Stanleyville , de revenir sur les décisions prises et de restructurer
286 287 288
Uele et Maniema ) ou territoires . Pour ce qui profondément les entités de la colonie. Le nombre de
concerne le district de l’Uele, on garda le même nombre provinces fut revu à la hausse et passa de quatre à six.
de territoires, mais il y eut une révision de certaines En ce qui concerne la province de Stanleyville, elle ne
289
dénominations et de certains chefs-lieux. Ainsi, on retint : comprit plus que trois districts , par voie d’ordonnance
d’administration générale du 29 septembre 1933, n° 86/
– le territoire des Abandia, chef-lieu Bondo ; AIMO. Cette réforme réduisit le nombre des districts dans
– le territoire des Avungara, chef-lieu Poko et non plus la province à trois au lieu de cinq, en l’occurrence :
Dakwa ;
– le territoire des Avuru-Wando, chef-lieu Dungu ; – le district de Stanleyville (Stanleyville) ;
– le territoire des Mabudu, chef-lieu Wamba ; – le district de l’Uele (Buta) ;
– le territoire des Mangbetu, chef-lieu Isiro, – le district du Kibali-Ituri (Irumu).
– le territoire des Makere-Malele-Popoi, chef-lieu Niapu
et non plus Poko ; C’est alors que les districts du Kivu et du Maniema
– le territoire des Babua, chef-lieu Titule ; furent rattachés à la province de Costermansville. À la
– le territoire des Mobenge-Mabinza, chef-lieu Aketi ; même date, l’ordonnance d’administration générale du
29 septembre 1933 n° 88/AIMO fit passer le nombre des
284 Ordonnance d’administration générale du 24
territoires du district de l’Uele de dix à neuf. Le territoire
décembre 1932, n° 169/AIMO, fixant le nombre, les
des Mabudu passa au district du Kibali-Ituri.
dénominations, les chefs-lieux et les limites de la
Province-Orientale, Bulletin administratif, 1932, pp.
968-979. 1.3.7. La réforme de 1935
285 Ordonnance d’administration générale du 24 Dans l’intention de mieux gérer la colonie, le
décembre 1932, n° 170/AIMO, fixant le nombre, gouverneur général, sur instruction du roi, fut amené à
les dénominations, les chefs-lieux et les limites opérer une nouvelle restructuration administrative, non
des territoires du district de Stanleyville, Bulletin seulement au niveau de la subdivision des provinces en
administratif 1932, pp. 979-989. districts et des districts en territoires, mais aussi au niveau
286 Ordonnance d’administration générale du 24 de la redistribution des frontières, de telle sorte que la carte
décembre 1932, n° 171/AIMO, fixant le nombre, résultant de l’arrêté royal du 5 février 1935 mis en vigueur
les dénominations, les chefs-lieux et les limites des par une série d’ordonnances générales du 15 mars 1935
territoires du district de l’Uele, Bulletin administratif, demeure un document fondamental pour une meilleure
1932, pp. 990-1001.
intelligence de la situation actuelle.
287 Ordonnance d’administration générale du 24
Ainsi, Léopold III, par le ministre des Colonies, Charles,
décembre 1932, n° 173/AIMO, fixant le nombre, 290
décida de la division du Congo belge en six provinces . En
les dénominations, les chefs-lieux et les limites
des territoires du district du Maniema, Bulletin
administratif, 1932, pp. 1005-1011. 289 Ordonnance d’administration générale du 29
288 Ordonnance d’administration générale du 24 septembre 1933, n° 173/AIMO, fixant le nombre,
décembre 1932, n° 172/AIMO, modifiant les limites les dénominations, les chefs-lieux et les limites des
du territoire des Walendu-Sud (district du Kibali- territoires du district du Maniema.
Ituri), Bulletin administratif, 1932, pp. 1002-1005. 290 Il s’agit de la province de Léopoldville dont le chef-lieu

154
SOUS LA DOMINIATION BELGE

ce qui concerne précisément la province de Stanleyville, Ituri293. En 1936, la dénomination sur une base ethnique fut
l’arrêté royal ayant revu la dénomination de la province, supprimée au profit d’une dénomination en référence aux
province de Stanleyville et non plus Province-Orientale, le chefs-lieux des territoires. Celle des territoires du district
gouverneur général revit le nombre de districts à la baisse de l’Uele devint : Buta, Dungu, Poko, Bondo, Ango, Aketi,
par rapport à la décision de 1933, sans toutefois changer de Niangara et Niakpu ; le territoire des Mangbetu garda sa
291 294
dénominations ni de chef-lieux : dénomination .
er
À partir du 1 mai 1938, la localité d’Aketi fut
– le district de Stanleyville, chef-lieu Stanleyville ; dénommée Aketi-Port Chaltin. Le chef-lieu du territoire
– le district de l’Uele, chef-lieu Buta ; des Mangbetu changea de dénomination : d’Isiro il devint
– le district du Kibali-Ituri, chef-lieu Irumu. Paulis.
La décision de l’autorité coloniale revit sensiblement
La réforme administrative affecta également la à la baisse le nombre des territoires, à telle enseigne qu’il
subdivision au niveau des territoires. Le district de l’Uele fallut rapidement y apporter des correctifs. Ce qui donna
292 er 295
en comptait 9 : lieu à la réforme administrative du 1 janvier 1940 . Alors
qu’on ne touchait pas au nombre et aux dénominations
– le territoire de Bondo, chef-lieu Bondo ; des districts, le nombre des territoires pour l’ensemble
– le territoire d’Ango, chef-lieu Ango ; de la colonie passa de 104 à 110. En ce qui concerne
– le territoire de Dungu, chef-lieu Dungu ; particulièrement le district de l’Uele, il convient de relever
– le territoire des Mangbetu, chef-lieu Isiro ; la suppression du territoire de Niakpu, au sud-est de Buta.
– le territoire de Niakpu, chef-lieu Niakpu ;
– le territoire de Buta, chef-lieu Buta ; 1.3.8. La réforme administrative de 1956
– le territoire d’Aketi, chef-lieu Aketi ; Une décennie après la fin de la Seconde Guerre mondiale,
– le territoire de Poko, chef-lieu Poko ; l’administration coloniale sentit la nécessité d’opérer un
– le territoire de Niangara, chef-lieu Niangara. nouvel ajustement dans la gestion des provinces. Alors que
la réglementation pour la province du Kasaï était édictée en
En fait, les territoires de Wamba, de Faradje et de Watsa
étaient encore toujours rattachés au district du Kibali-
293 Ordonnance n° 42/AIMO du 15 mars 1935, fixant
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
est Léopoldville ; de la province de Coquillathville, limites des territoires du district du Kibali-Ituri,
dont le chef-lieu est Coquillathville ; de la province Bulletin administratif, n° 7, 1935, pp. 240-250.
de Stanleyville, dont le chef-lieu est Stanleyville ; 294 Bulletin administratif, 1936, p. 565.
de la province de Costermansville dont le chef-lieu 295 En fait, le Bulletin administratif de 1940 nous enseigne que
est Costermansville ; de la province d’Élisabethville les modifications portaient surtout sur la réorganisation
dont le chef-lieu est Élisabethville ; de la province de de la province d’Élisabethville (ordonnance n° 145/AIMO
Lusambo dont le chef-lieu est Lusambo (cf. Léopold du 30 décembre 1939, modifiant l’ordonnance n° 46/
III, arrêté du 5 février 1935 portant organisation AIMO en date du 15 mars 1935, fixant le nombre, les
territoriale de la colonie : constitution, chefs-lieux dénominations, les chefs-lieux et les limites des districts
et limites des provinces, Bulletin administratif, n° 7, de la province d’Élisabethville, pp. 5-11 ; ordonnance
1935, pp. 155-171). n° 146/AIMO du 30 décembre 1939, fixant le nombre, les
291 Ordonnance n° 39/AIMO du 15 mars 1935, fixant dénominations, les chefs-lieux et les limites des territoires
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les du district du Haut-Katanga, pp. 12-16 ; ordonnance
limites des districts de la province du Stanleyville, n° 147/AIMO du 30 décembre 1939, fixant le nombre, les
Bulletin administratif, n° 7, 1935, pp. 216-221. dénominations, les chefs-lieux et les limites des territoires
292 Ordonnance n° 41/AIMO du 15 mars 1935, fixant du district du Tanganyika, pp. 17-27 ; ordonnance
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les n° 146/AIMO du 30 décembre 1939, fixant le nombre, les
limites des territoires de l’Uele, Bulletin administratif, dénominations, les chefs-lieux et les limites des territoires
n° 7, 1935, pp. 230-240. du district du Lualaba, pp. 27-34)

155
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

décembre 1954296, celle de la province de l’Équateur en avril de la province du Kivu en juin 1955299, la réorganisation
297 298
1955 , celle du district du Bas-Congo en juin 1955 , celle de la Province-Orientale intervint en décembre 1955. Au
terme de cette décision, qui retoucha de fond en comble
296 Ordonnance n° 21/423 du 8 décembre 1954, fixant les limites administratives, le nombre des districts de la
300
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les Province-Orientale fut fixé à quatre :
limites des districts de la province du Kasaï, Bulletin
administratif, 44/1, 1955, pp. 1-7 ; ordonnance – le district de Stanleyville, chef-lieu Stanleyville301 ;
302
n° 21/424 du 8 décembre 1954, fixant le nombre, – le district du Bas-Uele, chef-lieu Buta ;
les dénominations, les chefs-lieux et les limites des – le district du Haut-Uele, chef-lieu Paulis ;
303

territoires du district du Kasaï, Bulletin administratif, –


304
le district de l’Ituri, chef-lieu Bunia .
44/1, 1955, pp. 7-9 ; ordonnance n° 21/425 du 8
décembre 1954, fixant le nombre, les dénominations,
Les territoires devaient être redistribués en tenant
les chefs-lieux et les limites des territoires du district
compte non seulement des affinités culturelles, mais aussi
du Sankuru, Bulletin administratif, 44/1, 1955, pp. 10-
au regard de rapprochements au niveau géographique.
16 ; ordonnance n° 21/426 du 8 décembre 1954,
fixant le nombre, les dénominations, les chefs-lieux Le district de l’Uele fut éclaté en deux districts et le
et les limites des territoires du district de Kabinda, redécoupage opéré soit leur adjoignit de nouvelles entités
Bulletin administratif, 44/1, 1955, pp. 16-21 ; soit leur en retrancha. Ainsi furent rattachés au district du
ordonnance n° 21/427 du 8 décembre 1954, fixant Haut-Uele les territoires suivants :
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
limites des territoires du district de la Lulua, Bulletin – le territoire de Paulis, chef-lieu Paulis ;
administratif, 44/1, 1955, pp. 22-25. – le territoire de Niangara, chef-lieu Niangara ;
297 Ordonnance n° 21/180 du 13 avril 1955, fixant le – le territoire de Dungu, chef-lieu Dungu ;
nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les limites
des districts de la province de l’Équateur, Bulletin 299 Ordonnance n° 21/234 du 25 juin 1955, modifiant
administratif, 44/21, 1955, pp. 703-707 ; ordonnance l’ordonnance n° 21/243 du 17 décembre 1953 fixant
n° 21/180 du 13 avril 1955, fixant le nombre, les le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
dénominations, les chefs-lieux et les limites des limites des districts de la province du Kivu, Bulletin
territoires du district de l’Équateur, Bulletin administratif, administratif, 44/28, 1955, p. 891.
44/21, 1955, pp. 707-710 ; ordonnance n° 21/181 du 300 Ordonnance n° 21/375 du 10 décembre 1955, fixant
13 avril 1955, fixant le nombre, les dénominations, les le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
chefs-lieux et les limites des territoires du district de limites des districts de la Province-Orientale, Bulletin
l’Équateur, Bulletin administratif, 44/21, 1955, pp. 707- administratif, 44/52, 1955, pp. 1651-1659.
710 ; ordonnance n° 21/182 du 13 avril 1955, fixant 301 Ordonnance n° 21/376 du 10 décembre 1955, fixant
le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
limites des territoires du district de la Tshuapa, Bulletin limites des territoires du district de Stanleyville,
administratif, 44/21, 1955, pp. 710-713 ; ordonnance Bulletin administratif, 44/52, 1955, pp. 1659-1664.
n° 21/183 du 13 avril 1955, fixant le nombre, les 302 Ordonnance n° 21/377 du 10 décembre 1955, fixant
dénominations, les chefs-lieux et les limites des territoires le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
du district de la Mongala, Bulletin administratif, 44/21, limites des territoires du district du Bas-Uele, Bulletin
1955, pp. 710-713-716 ; ordonnance n° 21/184 du 13 administratif, 44/52, 1955, pp. 1665-1669.
avril 1955, fixant le nombre, les dénominations, les 303 Ordonnance n° 21/378 du 10 décembre 1955, fixant
chefs-lieux et les limites des territoires du district de le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
l’Ubangi, Bulletin administratif, 44/21, 1955, pp. 716- limites des territoires du district du Haut-Uele,
718. Bulletin administratif, 44/52, 1955, pp. 1669-1676.
298 Ordonnance n° 21/226 du 17 juin 1955, fixant le 304 Ordonnance n° 21/379 du 10 décembre 1955, fixant
nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les
limites des territoires du district du Bas-Congo, limites des territoires du district de l’Ituri, Bulletin
Bulletin administratif, 44/27, 1955, pp. 845-853. administratif, 44/52, 1955, pp. 1676-1884.

156
SOUS LA DOMINIATION BELGE

– le territoire de Faradje, chef-lieu Faradje ; Cette nouvelle réorganisation eut pour effet que le
– le territoire de Watsa, chef-lieu Watsa ; district du Bas-Uele garda cinq des huit territoires que
– le territoire de Wamba, chef-lieu Wamba. comptait encore le district de l’Uele au moment où fut
prise l’ordonnance, tandis que le Haut-Uele n’hérita que
Le district du Bas-Uele fut recomposé de la manière de trois territoires de l’ancienne répartition ; on lui ajouta
suivante : trois autres territoires ayant appartenu autrefois au Kibali-
Ituri.
er
C’est en 1956 (1 janvier) que fut créée par
– le territoire de Bondo, chef-lieu Bondo ;
l’administration coloniale le district du Haut-Uele dans sa
– le territoire d’Ango, chef-lieu Ango ;
configuration actuelle. C’est également ici que changea la
– le territoire de Poko, chef-lieu Poko ;
dénomination du territoire des Mangbetu en territoire de
– le territoire de Bambesa, chef-lieu Bambesa ;
Rungu et que l’agglomération de Paulis fut portée au rang
– le territoire de Buta, chef-lieu Buta ; 305
du chef-lieu du district .
– le territoire d’Aketi, chef-lieu Aketi.

Bureau du commissariat de district du Haut-Uele à Isiro. (Photo


équipe locale, février 2011.) 305 Molango, W., Exercice du contrôle de l’administration
publique congolaise en période des conflits armés : de
1998 à 2002. « Cas du District du Haut-Uele », inédit,
TFC, UniUele, 2005, p. 11.

157
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

2. LA RÉGION DE L’UELE mouvement politique : on y trouvait des sectes secrètes ou


À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION des associations exclusivement coutumières. En installant le
MNC dans le chef-lieu de la Province-Orientale le 14 mai
Caractérisée par une inadaptation aux réalités 1959, puis en créant des comités locaux, le parti de Lumumba
congolaises, la politique coloniale belge ne s’était pas se gagne rapidement une opinion sensibilisée par le manque
préoccupée de la préparation de l’élite congolaise. d’emplois et les graves conditions de vie. Ici sévit « un sous-
L’Uele ne fit pas exception. L’indépendance octroyée le prolétariat » qui est plein de ressentiments pour tout ce qui
30 juin 1960 surprit ses habitants. Si des mouvements est proche du pouvoir colonial. Le MNC/L devient le porte-
de revendications congolaises bouillonnaient à parole des revendications sociales de la population et le canal
Léopoldville et dans certains centres urbains, l’Uele de son hostilité envers l’administration et la colonisation.
n’enregistrait que très peu de participations ou de Cela ne signifie cependant pas que ce sont les sans
réactions. Il fallut attendre les préparatifs des élections emplois qui animent le MNC. Au contraire, ce sont les
devant avoir lieu à l’occasion de l’accession du Congo représentants de la classe moyenne de Stanleyville, menés
à la souveraineté nationale. C’est en avril 1960 que fut par Joseph Kasongo et Jean-Pierre Finant. Ceux-ci avaient
installé dans chaque province du pays un collège exécutif déjà soutenu, en 1956, la candidature de Lumumba à
chargé, entre autres, de veiller à la bonne marche tant de l’Association des évolués de Stanleyville (AES) contre
la campagne électorale que du déroulement du scrutin. celle d’Antoine Lopes (appuyé par Alphonse Songolo,
En Province-Orientale, ce collège fut confronté, Jean-Pierre Dubuka et Sylvestre Bondekwe). Si les deux
pendant le mois d’avril et le début du mois de mai, à premiers cités forment le noyau de départ du MNC en
une campagne électorale dominée par deux partis, le Province-Orientale, ralliés peu après par Songolo, les deux
Mouvement national congolais/Lumumba (MNC/L) et autres cités vont, en revanche, constituer le comité de
le Parti national du progrès (PNP). De la concurrence l’Union nationale congolaise (Unaco), qui fera rapidement
entre ces deux partis à travers leurs stratégies figure de rival du parti de Lumumba, et sera affilié au
dépendrait en partie la situation politique de la région. Parti national du progrès (PNP). Face à la concurrence du
Le MNC/L recourrut à la jeunesse, comme base, avec, à MNC, le PNP et l’Unaco trouvent leurs principaux appuis
sa tête, quelques membres actifs de la classe moyenne, auprès de l’Administration, ce qui rend leur opposition
tandis que le PNP regroupa plusieurs chefs coutumiers. rapidement insignifiante et minoritaire. Sylvestre
En raison de sa composition sociopolitique faite de Bondekwe, le président de l’Unaco brocarde Lumumba,
nombreuses chefferies et de sa situation économique mais il n’a pas le don de séduire ses auditoires.
marquée par la précarité, avec une économie presque Les revendications sociales du MNC local à ses débuts
exclusivement centrée sur l’agriculture, le Haut-Uele se sont peu radicales, voire timides. Pourtant le parti de
vit confronté à une campagne électorale très rude. Lumumba apparaît progressiste aux yeux des masses de
Stanleyville. Les sections du MNC reçoivent quantité de
lettres qui dénoncent tel patron « méchant » ou « qui ne paie
307
2.1.LECONTEXTEDUSUCCÈSDUPARTIDELUMUMBA pas bien » , tel autre chef d’entreprise ou fonctionnaire
306
DANS LA PROVINCE-ORIENTALE
307 Il faut noter que ce n’est pas le MNC qui crée ce
sentiment ou engendre cette réclamation. Bien avant,
Il s’agit ici d’une étape importante pour la vie et l’avenir de lors des émeutes de Léopoldville en janvier 1959, la
cette région. En effet, jusqu’au mois de mai 1959, la Province- section locale du syndicat FGTB met en circulation
Orientale, dont le Haut-Uele, était dépourvue de tout réel à Stanleyville une brochure dans laquelle elle réclame
une augmentation générale des salaires d’un niveau
306 Voir pour une analyse plus détaillée, Omasombo de 250 F par mois. Le texte français « La lutte sera
Tshonda, J., et Verhaegen, B., « Patrice Lumumba, dure » devient, traduit en swahili et en lingala :
acteur politique. De la prison aux portes du pouvoir « La guerre sera terrible » (« Vita itakuwa ngufu »
(juillet 1956-février 1960) », Cahiers africains, n° 68- et « Etumba ekodjala makasi ». Pourtant il n’y aura
70, 2005, pp. 219-221. aucun trouble… ni aucune augmentation.

158
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

blanc qui insulte les Noirs de « macaques ». Les dirigeants oreille », il n’en va plus de même en Province-Orientale où
locaux du parti réagissent alors généralement par la population est beaucoup plus éparpillée.
l’apaisement et le compromis, adressant le plaignant à son Dans un tel contexte, le MNC ne peut exercer
patron ou au bourgmestre, sans prendre systématiquement d’influence sensible s’il ne possède pas des ressources pour
le parti du Congolais contre l’Européen, au contraire : ils déplacer de nombreux propagandistes sur de longues
mesurent les difficultés du patron. distances. Réunir ces moyens, entretenir des animateurs
Quant aux revendications touchant au pouvoir permanents, cela nécessite des fonds qui ne peuvent être
politique, elles se résument à des questions locales et de réunis que par une vente massive de cartes de membres,
survie. La tactique du MNC est alors de faire formellement alors que le recrutement de nouveaux membres dépend
confiance aux structures administratives et de ne pas se lui-même de l’existence des moyens de déplacement. Le
mêler de ce qui n’est pas de la compétence du parti. Ainsi cercle vicieux sera rompu de la manière suivante : d’une
les dirigeants renvoient la plupart des problèmes qui leur part, les fonds récoltés à Stanleyville seront consacrés à
sont posés vers les autorités, curieux de voir comment l’achat de quelques véhicules et de vélos, d’autre part, les
308
elles vont résoudre ces affaires qu’on sait insolubles . propagandistes seront rémunérés par un pourcentage
L’administration provinciale se trouve prise au piège sur les fonds qu’ils auront récoltés. Pour les motiver,
du MNC, d’autant qu’elle est liée aux partis adverses. La le MNC hausse le prix de ses cartes de 20 à 60 F, ce qui
politique locale est, depuis les premières élections des attire beaucoup de sans-emplois à s’engager dans la vente.
conseils communaux de décembre 1958, aux mains des Conséquence : la propagande du parti sera surtout entre
milieux coutumiers et du PNP. Le plaignant reçu par un les mains de jeunes gens qui, en raison de leur situation
édile, par un bourgmestre (Joseph Tabalo, Ferdinand professionnelle et familiale, peuvent parcourir sans cesse
Amisi ou Augustin Sikoti) ou un patron revient déçu l’intérieur du pays. Très vite, il en résulte une radicalisation
au MNC en stigmatisant ces « nouveaux agents du des slogans (mal contrôlés par l’appareil), aggravée du fait
colonialisme ». Ce jeu attire les masses populaires vers le que les milieux touchés par les propagandistes ne seront
MNC, isole davantage l’Administration et les partis Unaco que rarement encadrés ensuite par des permanents.
309
et PNP, dont le sigle devient rapidement une insulte . À noter que ce point a marqué fortement le MNC et
Le transfert du cœur politique du MNC de Léopoldville en particulier l’image politique de Patrice Lumumba.
et de Luluabourg vers la Province-Orientale va avoir Les slogans évoqués par les propagandistes devant
une incidence sensible sur les structures du parti et, leurs auditoires, surtout en Province-Orientale où le
indirectement, sur son contenu idéologique. Motivée par parti tenait une position dominante, ne témoignent pas
la tactique politique (dans un climat de luttes d’influence d’une culture politique solide ; ils ne sont pas analysés
personnelle au sein du comité national), cette création de la à la lumière d’une doctrine idéologique cohérente. Au
« section » de Stanleyville place le parti devant un problème contraire, ils se développent au hasard des imaginations
nouveau : celui du contact avec les masses dans une zone et du subconscient. C’est à cette époque qu’apparaissent
de faible densité démographique. Si ce contact est simple à également les premières assimilations entre paiement de
établir à Léopoldville et dans les régions relativement denses l’impôt et affiliation au MNC : les journaux de l’époque
du Kasaï, où la propagande peut s’effectuer « de bouche à sont truffés d’anecdotes relatant qu’un propagandiste
a abusé la population en présentant le paiement de la
308 Par exemple, un planteur de café ne peut envisager
carte de membre du MNC comme l’impôt légal, que
aucun plan d’augmentation de 50 % des salaires de la
des ruraux refusent d’acquitter l’impôt car ils « ont déjà
main-d’œuvre congolaise. Toute la pression politique
payé au MNC », etc. Il faut évidemment faire la part des
étant, au fond, d’abord économique et sociale, le
colonat s’est férocement opposé à l’évolution politique choses : de tels on-dit émanent généralement de milieux
du pays. qui se sont rapidement considérés comme ennemis du
309 Ainsi, rapporte P. Duvivier, peu après mai 1959, le parti de Lumumba. Il reste que les rumeurs ont un fond
tribunal coutumier de Stanleyville a jugé qu’il fallait de vérité : sans doute dans leur zêle, inspirés soit par un
payer des dommages-intérêts à un plaignant traité sentiment nationaliste, soit par leur intérêt matériel direct,
« injustement » d’Unaco.

159
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

les vendeurs de cartes MNC urbanisés, se sont-ils parfois le jour même du scrutin à la Commission de contrôle,
parés d’une aura de puissance publique pour faire de l’effet que la photo de certains candidats de leur parti n’était pas
310
aux yeux de la masse… Mais ce fait est en soi intéressant : apposée sur diverses urnes . Cette situation aurait eu un
il représente la première étape – déterminante – d’une impact sur le résultat des élections. Sur les 70 conseillers
évolution qui va conduire à un transfert total des attributs élus au suffrage universel, 58 appartenaient au MNC/L, 6
311
du gouvernement colonial dans les mains du parti. au PNP, 4 étaient indépendants et deux chefs . Pour la
Au plan des structures mêmes du MNC, la physionomie répartition des sièges, on notait 12 sièges dans le district
démographique de cette région du pays va avoir son du Haut-Uele pour le MNC/L et 5 pour le PNP. Au niveau
influence : alors que partout ailleurs le parti va tendre vers des territoires, Dungu avait 2 élus issus du MNC/L et un
la mise en place d’entités administratives plus vastes que du PNP, Faradje 2 élus du MNC/L, Niangara 12 élus du
le territoire, la Province-Orientale voit naître au contraire PNP, Paulis (Isiro) 2 élus du PNP et 2 du MNC/L, Wamba
des unités plus petites que le territoire, et même, dans des 4 élus du MNC/L et Watsa 2 élus du MNC/L.
plantations de l’intérieur, des sortes de cellules d’entreprise.
Les caractéristiques démographiques particulières de la Liste des élus provinciaux du district du Haut-Uele
Province-Orientale ont donc eu une influence sensible
sur la forme et le contenu du MNC dans cette région. Par Nom et prénom Territoire Partis
contre, dans d’autres régions, les mêmes caractères n’ont politique
pas été suivis des mêmes effets : la démographie de l’est Ukwatutu Dungu MNC/L
de la province de l’Équateur n’est pas différente de celle Djamafu Albert Dungu MNC/L
de la Province-Orientale, mais là des résistances d’ordre Dule Lazare Dungu PNP
ethnique, essentiellement, ont contrecarré la pénétration Lumeri Venant Faradje MNC/L
du MNC. Il convient donc de tenir compte, dans ce cas, Djabir Benoît Faradje MNC/L
d’une microanalyse des situations locales. Ngbangala Servais Niangara PNP
Koniebadi Pierre Niangara PNP
Useni Yusufali Paulis MNC/L
2.2.LESRÉSULTATSDESÉLECTIONSDEMAI1960 Bwanamoto Albert Paulis MNC/L
ET LEURS EFFETS DANS LE HAUT-UELE Kupa François Paulis PNP
Ebandrombi Karume Paulis PNP
C’est à Stanleyville que le MNC/Lumumba alligne Asobee Daniel Wamba MNC/L
ses principaux leaders aux élections. Il s’agit de Patrice Baonoku Bakabananto Wamba MNC/L
Lumumba lui-même, qui se présente aux élections tant Abanagomu Nazaire Wamba MNC/L
provinciales que législatives, de Jean-Pierre Finant, Charles Gbadi Karume Wamba MNC/L
Badjoko, Antoine Kiwewa ou encore Christophe Gbenye. Afuluta,
À l’intérieur de la Province-Orientale, le MNC ne dispose remplacé par
pas de personalités aussi marquantes, si ce n’est Otita à Niamadjumi Gilbert Watsa MNC/L
Yangambi et Bocheley Davidson à Aketi. Le PNP, quant à Ramazani Jean Watsa MNC/L
lui, aligne à Stanleyville Louis Lopes (son vice-président),
Sylvestre Bondekwe (président local), Tabalo, Amisi et Source : Résultats des élections provinciales : Province-Orientale, doc.
Dubuka (secrétaire sectionnaire). À l’intérieur, le PNP n° 71 du 8 juin 1960. Fonds B. Verhaegen, archives de la Section
aligne surtout des chefs coutumiers, dont Yaele à Isangi, d’Histoire du Temps présent (MRAC).
Aroro chez les Boa, Edindali et Monzikatebe à Buta, Kupa
à Paulis, Boleko à Watsa, Atoka à Nioka, Telu à Bunia et de 310 Ganshof van der Meersch, Fin de la souveraineté
nombreux autres encore. belge au Congo, Bruxelles, Institut royal des relations
Dans les districts de l’Uele et de l’Ituri, comme à internationales, 1963, p. 143.
Stanleyville d’ailleurs, les membres du PNP signalèrent 311 Gérard-Libois, J. et Verhaegen, B., Congo 1960, t. I,
Bruxelles, CRISP, 1961, p. 183.

160
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

Contrairement à ce qui s’était passé dans d’autres la situation économique et sociale détériorée des
313
districts de la Province-Orientale, celui du Haut- chefferies .
Uele fut marqué par la présence d’élus du PNP, et plus Cette situation ne fut jamais tranchée et, dès lors,
exactement à Paulis et à Niangara. Lors de la formation l’assemblée provinciale se divisa entre les tenants de la
du bureau de l’assemblée provinciale, comme de celui du défense des structures coutumières et les conseillers
gouvernement provincial, aucun élu du district du Haut- « détribalisés » de Stanleyville.
Uele ne fut retenu. Un seul élu du PNP, qui rallia d’ailleurs L’anarchie qui suivit l’accession du pays à
le MNC/L, fut choisi comme membre du gouvernement. l’indépendance, spécifiquement dans la Province-
En dernière minute et dans l’improvisation, Foster Orientale, et le manque de solutions aux doléances des
Manzikala, du territoire de Faradje, fut élu vice-président chefs coutumiers constituèrent des facteurs lointains
312
du gouvernement, un poste non prévu initialement . de mécontentement d’une frange de la population de la
En 1961, Manzikala deviendra président et le restera région des Uele, comme on peut le lire à travers cet extrait :
jusqu’en octobre 1961.
Il fallut attendre la formation du bureau de l’assemblée « Depuis que notre Congo a connu son indépendance,
provinciale d’avril 1961 pour voir siéger deux élus il y avait parmi nos chefs, les uns qui étaient des PNP
originaires du district de Haut-Uele, Venant Lumeri et les autres qui étaient du MNC. Mais après notre
(MNC/L), du territoire de Faradje, élu secrétaire du indépendance, nous n’avons jamais eu le bénéfice de celle-
bureau de l’assemblée et Jean Ramazani, (MNC/L) du ci, nous autres qui avons lutté pour notre pays […] Après
territoire de Watsa, élu, lui aussi, secrétaire du bureau. Au notre indépendance, il n’y a plus de respect envers les chefs
niveau du gouvernement provincial d’octobre 1961, seul coutumiers. Ceci provient de vous autres, nos chefs actuels,
J. Baya (MNC/L), du territoire de Wamba, fut élu ministre parce que si un de nous arrive pendant la réunion, il dit que
de l’agriculture. l’on obéisse plus au chef et que les gens ne ravitaillent plus
le chef […] Depuis le commencement de l’indépendance,
le travail n’avance plus bien parce que les propagandistes
politiques ont gâté le travail en racontant toutes sortes de
3. DEPUIS L’INDÉPENDANCE bêtises. Ils disaient ceci : maintenant, nous allons avoir
l’indépendance, alors nous n’allons plus travailler, ni cultiver
le champ, ni aider les chefs et les notables. Ils disaient aussi
3.1. DES DISTRICTS DU BAS-UELE ET 314
que la machine viendra travailler à leur place . »
DU HAUT-UELE À LA PROVINCE DE L’UELE
À ceci s’ajoutait le climat d’insécurité politique qui
Les événements de l’indépendance et, par la suite, régnait à Stanleyville depuis le mois de septembre 1960
les crises politiques qui firent s’écrouler le pouvoir à pour les dirigeants originaires de l’Uele. A. Bebe, député
Stanleyville, ne touchèrent que peu la région de l’Uele. de l’Uele, dira : « Si la situation ne s’améliorait pas, ils
Celle-ci resta relativement à l’écart, notamment par (députés de l’Uele) rentreraient chez eux et insisteraient
315
l’absence d’un pôle urbain important. Les chefs et sur la création de leur province . »
notables coutumiers réussirent à se faire entendre par Les divers conflits doublés de tensions ethniques
l’intermédiaire de certains conseillers provinciaux qui créèrent un malaise tel que la création des nouvelles
transmettaient à l’assemblée provinciale à Stanlyeville provinces susceptibles de refaire un nouvel équilibre
leurs doléances. Ces dernières portaient surtout sur
l’absence d’un statut des chefs coutumiers, sur l’inefficacité 313 Pour de plus amples informations, lire les CRA de la
de la politisation de l’administration territoriale, sur 7e session de l’assemblée provinciale de la Province-
Orientale.
312 Lire les CRA des réunions de l’assemblée provinciale 314 Lire Monnier, L. et Willame, J.-C., op. cit., p. 131.
de la Province-Orientale, session extraordinaire du 30 315 CRA des réunions de l’assemblée provinciale de la
et 31 août 1960. Province-Orientale, séance du 13 octobre 1962.

161
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

apparut comme une solution à la fois politique et socio- nationaux appartenant à la région dont on envisageait de
économique. Dès ce moment, les forces politiques locales faire une province.
se regroupèrent dans leurs régions respectives. Pour des entités qui ne pouvaient atteindre une
La délégation de la Province-Orientale, ne comprenant population de 700.000 habitants, une clause échappatoire
aucun représentant du gouvernement Gizenga, négocia la fut inscrite, réduisant ainsi à néant la clause du nombre
création de la province de l’Uele-Ituri qui serait présidée d’habitants : « si les impératifs politiques et sociaux
par J.-P. Déricoyard. Soutenus par les résolutions de l’exigent », une population de 700.000 n’est pas nécessaire.
la Conférence de Coquilhatville et du Conclave de Finalement, la seule condition exigée était la pétition
Lovanium, les acteurs du district de l’Uele et de l’Ituri signée par les deux tiers des députés, car d’une part, il
finirent par avoir gain de cause quant à la création de leur n’était pas difficile de trouver des « raisons impératives » et,
province. La démarche politique dominante après la mort d’autre part, la viabilité économique étant indéfinissable, la
319
de Lumumba conduisit au compromis selon lequel il fallait seconde condition était aussi inapplicable .
créer de nouvelles provinces en vue de mettre en place les Les conflits ethniques ouverts dans tous les chefs-lieux
structures fédérales du pays. des provinces n’épargnèrent pas la Province-Orientale.
Dans sa déclaration inaugurale du 2 août 1961, le À Stanleyville, l’exode massif des Azande, des Boa et des
Premier ministre Adoula promit que le gouvernement Logo en butte aux Lokele et d’autres peuples, comme
prendrait les mesures nécessaires pour permettre à les Komo (considérés comme propriétaires fonciers de
chaque région d’être administrée selon ses aspirations Kisangani), a largement déterminé les élus de l’Uele et de
profondes, et envisagerait immédiatement les révisions l’Ituri à demander la création de leur province respective.
316
constitutionnelles pour la réalisation de cet objectif . Au début, on pensait qu’il y aurait une seule province qui
Mais devant les prétentions contradictoires des uns et des se dénommerait Uele-Ituri. Au mois de mars 1962, en effet,
autres, il était difficile d’arriver à définir les critères et les le ministre de l’Intérieur, faisant à la Chambre le bilan des
procédures de création de ces nouvelles provinces. C’est pétitions reçues, ne parlait que de « la province de l’Uele-
généralement le facteur ethnique que l’on avançait comme Ituri, comprenant le district de l’Ituri et les deux districts
320
élément principal, mais on ne tarda pas à se rendre compte du Bas et du Haut-Uele ». Toutefois, au 31 juillet 1962, la
de l’ambiguïté de cette notion. commission des affaires intérieures de la Chambre déposa
« À la Table ronde de Léopoldville (janvier-février un rapport qui tendait à dissocier le Haut et le Bas-Uele de
1961), où l’on mit pour la première fois ce problème à l’ordre l’Ituri. Ce projet fut accepté par les députés originaires de
du jour, on parla d’un minimum de 300.000 habitants. Par l’Ituri et des Uele : les seules contestations portèrent sur
321
contre, lors des premiers débats législatifs sur la question, les deux territoires de Watsa et de Faradje . La fusion de
la Chambre des représentants avança le chiffre de deux districts de l’Uele en une seule province fut adoptée
317
1.200.000 ». Le Sénat, quant à lui, proposa le chiffre de le même jour et sanctionnée par la loi du 14 août 1962.
318 322
500.000 . La solution finale adoptée et promulguée par la Paulis (Isiro) est son chef-lieu . Cette nouvelle province
loi du 27 mars 1962 posait trois conditions pour la création regroupait les territoires d’Aketi, Ango, Bambesa, Bondo,
d’une nouvelle province : 1) une population de 700.000
habitants ; 2) sa viabilité économique ; 3) une pétition 319 Young, C., op. cit., p. 331.
introduite par les deux tiers des députés provinciaux et 320 Compte rendu analytique officiel des réunions de
la Chambre des représentants, 4e session ordinaire,
séance du 23 mars 1962, p. 55.
316 Verhaegen, B., Congo 1961, Bruxelles, CRISP, 1962, 321 Sur ces deux territoires, les contestations portent à
« Les Dossiers du CRISP », p. 421. la fois sur les questions de transfert de groupements
317 Young, C., Introduction à la politique congolaise, (villages et populations) opérés pendant la période
Bruxelles – Kinshasa/Kisangani/Lubumbashi, Centre coloniale, mais aussi sur les questions des mines d’or,
de recherche et d’information socio-politiques – dont l’Ituri voudrait voir tous les sites importants
Éditions universitaires du Congo, 1968, p. 331. intégrés dans son espace (cf. infra).
318 « Les nouvelles provinces », II, Études congolaises, vol. 322 Monnier, L. et Willame, J.-C., op. cit., annexe II,
3, n° 8, octobre 1962, pp. 29-30. p. 169.

162
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

Buta, Poko, Dungu, Niangara, Paulis, Wamba et les deux L’assemblée utilisait deux langues : le français et le
territoires de Watsa et de Faradje soumis au référendum. lingala, et cela autant dans les débats que dans les procès
C’est le territoire de Watsa qui, le premier, intégrera, verbaux. Elle siégeait dans une ancienne salle de cinéma,
dès 1962, la province de l’Uele, après un vote qui donna tandis que les bureaux occupaient l’ancien siège des affaires
7.992 voix pour l’Uele et 3.147 voix pour le Kibali-Ituri. sociales du district de Paulis.
Situation inverse pour Fardaje, avec un vote de 460 voix
pour l’Uele et 17.092 voix pour le Kibali-Ituri. Il fallut 3.2.3. Activités de l’assemblée provinciale
attendre d’autres réformes ultérieures pour que Faradje Lors de l’éléction du bureau, un seul candidat se
réintègre le Haut-Uele. présenta à la présidence, deux à la première vice-présidence
et un à la seconde vice-présidence. Le résultat du vote fut
le suivant.
3.2.LEFONCTIONNEMENTDESINSTITUTIONSJUSQU’À
LA VEILLE DE LA RÉBELLION DES SIMBA Résultat de l’élection du bureau
de l’assemblée provinciale
3.2.1. L’assemblée provinciale
Au cours de la période 1962-1963, trois sessions Poste Nom Territoire d’élection
eurent lieu : la session inaugurale, qui s’étendit du 4 au 15 Président V. Lumery Faradje
septembre 1962, la session ordinaire d’octobre, qui dura du 1er vice-président G. Lavula Ango
15 novembre au 12 décembre 1962, et la session ordinaire 2e vice-président N. Abanagomu Wamba
d’avril, au cours de laquelle les conseillers siégèrent du 16 Secrétaires L. Dule Dungu
avril au 18 mai 1963. Les membres de l’assemblée siégeront D. Asobe Wamba
38 fois à Paulis. Les conseillers provinciaux parlaient H. Kolucia Bondo
et comprennaient en général trois langues : le lingala, J. Ramazani Watsa
le swahili et le français, même si les chefs coutumiers
auraient voulu que le lingala soit la seule langue de travail. Source : Compte rendu analytique des réunions de l’assemblée
provinciale de l’Uele, séance du 6 septembre 1962.
3.2.2. Composition sociopolitique de l’assemblée
L’assemblée provinciale de l’Uele était dominée dans Deux places furent laissées aux ressortissants des
sa composition par les « notables » : bien que les chefs deux territoires contestés de Faradje et de Watsa, ce qui
coutumiers ne constituent pas une majorité numérique, sonna comme une récompense à leur ralliement. Mais
ils formaient un groupe nettement plus homogène que avec l’arrivée du commissaire spécial, le 10 septembre, ce
tous les autres ; ses membres avaient non seulement la bureau fut contesté : le président et les deux conseillers des
même fonction, mais constituaient un groupe d’intérêt territoires contestés quittèrent le bureau. Ce qui donna
politique qui transcendait celui des allégeances tribales lieu à l’élection d’un nouveau bureau, le même jour. La
et particulières. La seconde caractéristique de cette composition du second bureau de l’assemblée provinciale
assemblée résidait dans sa représentation territoriale fut la suivante :
originale.

Répartition des sièges à l’assemblée provinciale


par district en 1960 et en 1962

Territoire Élections 1960 En 1962 % pop. 1958


Haut-Uele 13 16 47,7
Bas-Uele 14 10 51,3
Total 27 26 99,0

Source : Verhaegen, B. (éd.), op.cit., p. 138.

163
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

Résultat de la seconde élection Résultat de l’élection du gouvernement provincial,


du bureau de l’assemblée provinciale 11 septembre 1962

Poste Nom Territoire Nom Nombre de voix Fonctions


d’élection A. Lopes 3 Affaires économiques
Président N. Abanagomu Wamba I. Baya 2 Agriculture
1er vice-président A. Bebe Aketi D. Nembouzouth 2 Travaux publics, Mines et
2e vice-président T. Kerekumbi Niangara Énergie
Secrétaires D. Asobe Wamba M. Ndefu 2 Santé
L. Dule Dungu I. Fidami 2 Finances
A. Tabakoloka Bambesa A. Lualaba 2 Justice
P. Koniebadi Nianga A. Gbinzadi 2 Intérieur
P. Asale 2 Enseignement
Source : Compte rendu analytique des réunions de l’assemblée R. Debali 2 Fonction publique
provinciale de l’Uele, séance du 10 septembre 1962. A. Bandi 2 Affaires sociales, Jeunesse
et Sport
Le 29 novembre, la validité du bureau fut constestée,
à cause de la présence d’un député national, A. Bebe, à Source : Compte rendu analytique des réunions de l’assemblée
qui on demanda de se retirer. Il fallait, dès lors, élire un provinciale de l’Uele, séance du 11 septembre 1962.
nouveau bureau. Ce qui fut fait. La nouvelle composition
se présentait comme suit : Avec son président, le gouvernement comprenait 11
membres. Quatre membres du gouvernement étaient fils
Nouvelle composition du bureau de chefs coutumiers azande. Aucun d’entre eux n’avait
de l’assemblée provinciale été conseiller provincial, même si des liens familiaux
les unissaient ; le ministre de l’Agriculture, par exemple,
Poste Nom Territoire comptait plusieurs membres de sa famille à l’assemblée.
d’élection Parmi les actions entreprises par l’assemblée
Président N. Abanagomu Wamba provinciale, on citera particulièrement la réorganisation
1er vice-président A. Kolucia Bondo administrative. En cette matière, le gouvernement se
2e vice-président T. Kerekumbi Niangara montra très prudent. Celui-ci se heurta à la méfiance
Secrétaires L. Dule Dungu unanime des chefs coutumiers, dès sa première session :
P. Koniebadi Niangara « Si l’on crée des communes pour le moment, affirment
Y. Useni Paulis ceux-ci, il y aura des désordres. Sans nous, chefs
F. Ayakanobika Paulis coutumiers, le reste serait en mauvais état. Personne ne
veut plus entendre les autorités ; c’est nous qui essayons de
323
Source : Compte rendu analytique des réunions de l’assemblée les ramener à la raison . »
proviniale de l’Uele, séance du 6 septembre 1962. La raison fondamentale de cette méfiance résidait dans
la crainte des chefs et des notables que la création des
Après la constitution du bureau, on passa à l’élection communes dans l’Uele n’entraîne le déclin de leur pouvoir.
du gouvernement, qui eut lieu le 11 septembre 1962. Trois C’est pourquoi, aucune résolution ne fut prise à ce sujet au
candidats se présentèrent pour le poste de président du cours de la première session.
gouvernement : P. Mambaya, D. Nembouzouth et I. Baya. L’importance du déficit communal annoncée inquiéta
C’est Paul Mambaya qui fut élu président provincial à la les parlementaires et principalement les chefs coutumiers
quasi-unanimité. Vint ensuite l’élection des membres du
gouvernement qui se fit sans constestation. 323 Compte rendu analytique des réunions de l’assemblée
provinciale de l’Uele, séance du 29 novembre 1962.

164
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

qui, une fois de plus, réitérèrent leur volonté de ne pas d’Uvira et de Fizi respectivement les 16-17 mai et le 27 mai.
voir s’ériger de communes dans leurs chefferies. « À Les opérations militaires se dirigèrent tant vers le Nord-
Stanleyville, nous ne voulions pas des communes. Nous Katanga que vers le Maniema. Sous le commandement
avons dû voter par l’intermédiaire et sous la pression des militaire d’Olenga, ils occupèrent les villes du Nord-Katanga
JMNC-L. Nous ne voulons plus de communes […] La sans coup férir et devinrent les maîtres du Maniema en
commune a la réputation de voleur. En chefferie tout va juillet 1964. Ils commencèrent alors à mettre en place des
324
bien, parce qu’elles ont continué à gérer leurs affaires . » gouvernements provinciaux provisoires : à Albertville, le 22
327
Suite à l’opposition de ces chefs coutumiers, « l’assemblée juin et à Kindu, le 24 juillet .
demanda au gouvernement de prendre les mesures La rébellion se poursuivit avec rapidité. La colonne
325
appropriées ». Par l’édit n° 1/63 du 10 juin 1963, l’assemblée des rebelles venant de Kindu pénétra dans la Province-
provinciale vota la suppression des communes rurales. Orientale le 27 juillet par la route Lubutu-Stanleyville.
La gestion provinciale du Haut-Uele fut confrontée à Cette colonne comprenait une quarantaine de camions
quelques problèmes. chargés de guerriers armés de lances et recouverts d’herbes,
et trente voitures pour les officiers. Bon nombre d’entre
« Problèmes intérieur d’abord : conflit entre eux étaient sérieusement éméchés. Dans les villages où ils
les fonctionnaires provenant de Stanleyville et le étaient annoncés, l’effervescence était grande ; la foule était
gouvernement ; manque des techniciens ; troubles rassemblée et l’atmosphère pleine de brouhaha, d’appels
politiques provoqués par certains chefs coutumiers de et de rires. Des propagandistes des rebelles haranguaient
l’intérieur ; absence d’infrastructure et surtout de moyens de cette foule en critiquant le pouvoir de Léopoldville et en
communications et de transports ; refus de l’enseignement annonçant que les révolutionnaires allaient tout arranger.
clérical subsidié de se laisser contrôler, etc. Le passage de la colonne recueillait les ovations de la
328
Problèmes d’ordre extérieur ensuite : afflux de foule .
réfugiés soudanais fuyant le régime politique de leur pays La colonne de Simba fut arrêtée quatre jours à
(remarquons qu’ici le mouvement est inverse par rapport Lubutu par un barrage de soldats. On crut un moment à
à la province voisine de l’Ituri). On note une certaine Stanleyville que les rebelles passeraient par Ponthierville et
329
réticence à une perspective de réunification avec la province on y dépécha des troupes, mais il n’en fut rien . Le 2 août
de Kibali-Ituri. Deux facteurs semblent s’opposer à une à Wanie-Rukula, située à 68 km de Stanleyville, les Simba
telle réunification : la présence d’une importante fraction se heurtèrent à l’ANC. « Un chaud combat s’y déroula
Babua en Uele, qui est redoutée par les autorités de Kibali- au cours duquel, plusieurs fois repoussés, les hommes
Ituri et conflit personnel entre le président Manzikala et le d’Olenga usèrent de la tactique des vagues humaines et
président Mambaya . »
326
submergèrent les positions des hommes de Mobutu. Cette
avance-éclair malgré les feux nourris des commandos
provoqua la débacle dans les rangs de ces derniers, et
3.3. LA RÉBELLION DES SIMBA, 1964-1965 ce fut le sauve-qui-peut général. Les Simba firent alors
le carnage. Aucun prisonnier ne fut toléré330. » En fait,
3.3.1. La prise de Stanleyville il semble que les parachutistes qui devaient contenir les
Le 15 avril 1964, des combattants qui s’étaient attribué
327 Verhaegen, B., « 1963-1965 : d’oppositions en
le surnom de « Simba » lancèrent une offensive dans l’Est
rébellions », in Congo-Zaïre, la colonisation –
du Congo. Ces partisans de Gaston Soumialot s’emparèrent
l’indépendance – le régime Mobutu – et demain ?,
Bruxelles, GRIP, 1990, pp. 92-93, « Collection GRIP-
324 CRA, séance du 6 mai 1963, p. 13. Informations ».
325 Idem, p. 15. 328 La description de l’entrée des rebelles en Province-
326 « Inventaire de la documentation reçue au cours du Orientale est extraite d’un récit de Mgr Fataki, ARS,
voyage de l’IRES dans les provinces », Congo political Documents généraux 3.
ephemera collected by Crawford Young. Microfilms, 329 ARS, Documents généraux 4.
p. 10. 330 ARS, Documents généraux 4, p. 4.

165
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

Ch. Gbenye, G. Soumialot et N. Olenga à Stanleyville, 1959. Le pouvoir populaire à Stanleyville : en tête, Christophe Gbenye, suivi de Gaston Soumialot (avec à ses côtés
un officier Simba) et Nicolas Olenga (mains croisées). Photo prise devant le bâtiment où se déroula, en octobre 1959, le congrès du MNC/Lumumba, dans la commune de
Mangobo. (CP.2007.1.501, fonds Gérard-Libois ; photo anonyme, s.d., Archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.)

rebelles à Wanie-Rukula furent trahis par les chauffeurs de « 43 camions venant de Kindu représentant environ une
331
l’ANC qui ne les ravitaillèrent pas en munitions . Selon 334
centaine des Simba . »
un autre récit, il y avait à Wanie-Rukula 100 hommes de 335
« 3 à 400 rebelles plus ou moins armés . »
332
l’ANC : 80 s’enfuirent et 20 résistèrent et se firent tuer . « La prise de Stan se fit par environ une centaine de
Après la prise de Wanie-Rukula, l’avance des Simba fut 336
Simba . »
particulièrement rapide. La colonne était sans cesse grossie 337
« Stan aurait été pris par 75 Simba . »
par des recrutements de villageois. « Les barrages de route
formés par des soldats plus enclins à fuir qu’à combattre À son installation à Stanleyville, le gouvernement
se désagrégèrent pratiquement à l’approche des Simba. À rebelle est composé de Christophe Gbenye, président
l’entrée de la ville, les fuyards forcés par les autres soldats et chef du gouvernement ; Gaston Soumialot, ministre
qui y avaient pris position essayèrent de s’y regrouper. Là de la Défense nationale ; Assumani Senghie, ministre de
encore, les soldats de l’ANC durent battre en retraite, leur l’Intérieur ; Thomas Kanza, ministre des Affaires étrangères
333
moral était sérieusement atteint . » et du Commerce extérieur ; Sabiti François, ministre des
C’est le mardi 4 août que les Simba entrèrent à Travaux publics, des Transports et des Communications ;
Stanleyville, ayant à leur tête le général Nicolas Olenga. Sylvain Kama, ministre des Finances. À noter que dès les
Leur importance numérique est difficile à déterminer car premiers jours de l’occupation de Stanleyville, le général
les témoignages ne concordent pas : Olenga y exerça l’autorité suprême tant civile que militaire.
Olenga était arrivé à Stanleyville avec les Simba ; Soumialot
et Gbenye, autres chefs de la rébellion, ne l’y rejoindraient
331 ARS, ISTAN 13, p. 5.
que plus tard.
332 ARS, ISTAN 16. À noter que selon un communiqué
Inbel du 3 août 1964, les forces de l’ordre auraient
repoussé les rebelles à Wanie-Rukula. À noter aussi
que, dans son édition des 3-4 août 1964, La Gazette 334 ARS, ISTAN 16.
démentait la nouvelle d’un engagement entre rebelles 335 ARS, ISTAN 13.
et ANC à Wanie-Rukula. 336 ARS, ISTAN 3, p. 3.
333 ARS, Documents généraux 4, p. 4. 337 ARS, ISTAN 5, p. 4.

166
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

Le général Mobutu annonça à Léopoldville que les le cadre des six provinces. Ce qui laissait sous-entendre
militaires stationnés à la base de Stanleyville avaient que les institutions provinciales issues de la révision de la
abandonné celle-ci sans combattre, pris de panique Loi fondamentale n’étaient plus reconnues et que, donc,
338
à l’annonce d’une arrivée imminente des rebelles . l’assemblée et le gouvernement provinciaux de l’Uele à
L’Armée nationale congolaise (ANC) s’effondra en même Paulis étaient devenus illégitimes.
temps que l’administration et les institutions politiques
provinciales. En fait, les conditions étaient réunies, en ce 3.3.2. Le contexte sociopolitique du Haut-Uele
début 1964, pour que les rebelles obtiennent un soutien Le Haut-Uele fut un espace où l’insurrection armée
massif et spontané de la population congolaise. Car aux de 1964 fit de nombreuses victimes humaines. Avec un
frustrations d’une indépendance ratée s’ajoutaient les pouvoir traditionnel fort prégnant, mais mis à rude épreuve
rancœurs des conflits claniques et tribaux, les inégalités à l’indépendance du pays, un chômage aggravé par une
sociales croissantes entre la classe dirigeante et le peuple, économie caractérisée par des bas salaires et sensible aux
l’incompétence et la corruption de l’administration et dégradations socio-économiques (cf. infra), le contexte
des forces de l’ordre. Les cadres et les militants des partis local de l’Uele fut favorable à une explosion, ou du moins, à
nationalistes voulaient prendre leur revanche sur les l’exploitation du chaos local. Divers rapports administratifs
modérés qui les avaient évincés des fonctions politiques des territoraux du Haut-Uele indiquent les changements
et administratives que leur victoire aux élections de intervenus. Le rapport administratif du territoire de
mai 1960 aurait dû leur réserver. Ajoutons encore un Paulis de 1961 note : « une année de désorganisation dans
341
élément important, la classe d’âge, c’est-à-dire tous ces plusieurs domaines ». L’administrateur de territoire de
jeunes entre douze et vingt ans, que l’indépendance ratée Watsa, P. Asale, relève dans son rapport administratif
avait particulièrement pénalisés en la privant d’école et de l’année 1961 de nombreux problèmes auxquels sa
339
d’emploi . gestion est soumise et qui, en perdurant, ont favorisé
Le 6 août 1964, le général Olenga lut un discours l’expansion du mouvement rebelle qui survint quelques
340
devant les antennes de la radio provinciale . Il annonça années seulement après. Il écrit : « plusieurs plantations,
que son armée avait mis en déroute l’ANC et que « rien industries ou autres entreprises abandonnées. La plupart
ne pouvait plus arrêter la révolte du peuple contre un des travailleurs désœuvrés devraient normalement
régime impopulaire ». Il affirma que son armée n’était pas réintégrer leurs milieux coutumiers. Mais beaucoup
un ramassis de chômeurs mais « une armée populaire préfèrent encore végéter ou “voltiger” d’un centre à
composée de la population active ayant épousé le l’autre, armés de patience seule, pour tenter de saisir des
programme du Comité natinal de libération (CNL) contre rares occasions ». Dans le seul territoire de Watsa pour la
le gouvernement néocolonialiste de Léopoldville. Son même année, le rapport relève 908 cas d’insoumissions
objectif était de combattre l’impérialisme, le capitalisme aux autorités coutumières sanctionnées par les tribunaux
et le néocolonialisme sous toutes ses formes. Il précisa du territoire, ce délit passant pour être le grief largement
que le programme de cette armée était de neutraliser dominant du territoire. Relevons la situation décrite dans
le gouvernement de Léopoldville et de constituer un les terriotoires de Paulis et de Watsa.
gouvernement démocratique et populaire, ce qui exigeait D’abord dans le territoire de Paulis :
le désarmement de toute l’ANC. Le général Olenga
termina en assurant que son armée ferait tout pour assurer « L’évolution de la vie humaine suit le rythme des
la sécurité des biens et des personnes étrangères. événements, c’est ainsi qu’après l’accession du Congo à
Radio Stanleyville annonça, en outre, que les anciennes son indépendance l’état d’esprit des populations a changé
structures administratives du pays étaient rétablies dans automatiquement. […] immédiatement après le départ

338 La Libre Belgique, 5 août 1964. 341 Rapport annuel des Affaires intérieures 1961 du
339 Verhaegen, B., « 1963-1965 : d’oppositions en territoire de Paulis, document ronéotypé. Fonds
rébellions … », op. cit., pp. 93-94. B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
340 La Libre Belgique, 7 août 1964. Temps présent (MRAC).

167
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

massif des Européens, plusieurs exploitations industrielles Gombari et dans l’ancienne chefferie Bengba-Mayogo où
et agricoles ont été fermées, ce qui a beaucoup augmenté le l’ex chef Okondo a perdu tout contrôle.
pourcentage des chômeurs. En conséquence, l’homme qui, […] Mais la véritable mentalité révolutionnaire se manifeste
hier, savait subvenir aux besoins de sa famille se voit obligé du côté des vertus civiles essentielles : le respect de la
de mendier de porte à porte. À l’examen du registre de rôle personnalité, de la propriété et le sens de responsabilité.
de la prison du district (Haut-Uele), la plupart des cas des Après que la population rurale ait compris – plus ou
condamnés sont principalement le vol et le meurtre ; il moins – les absurdités des campagnes électorales, elle a
vient ensuite la rébellion qui se manifeste tant du côté civil repris ses cultures de subsistance et, à des degrés différents,
que militaire, action à laquelle l’autorité territoriale était les TOE.
souvent victime et qu’elle risquait de perdre son prestige. Toutefois, elle (population) croit devoir se réserver le
Ayant constaté un laisser-aller dans tous les services droit à ses loisirs, à son tempérament et à ses habitudes
administratifs, plusieurs réunions […] ont été tenues […]. ancestrales, en compensation des restrictions du temps
Dans les circonscriptions indigènes, il (laisser-aller) est de l’oppression colonialiste. C’est ainsi qu’on assiste
encore à déplorer davantage. L’indigène de brousse se croit à la renaissance, un peu partout, de la molesse, des
totalement indépendant et personne d’autre ne pourrait intempérances, des pratiques superstitieuses et, par voie
s’occuper de lui. Cela est prouvé dans la diminution sans de conséquence, à la recrudescence d’atteinte à la sécurité
cesse des produits agricoles. […] Du côté européen, sociale : attentat, meurtre, viol, adultère, vol, etc.
quelques planteurs et commerçants surtout profitent C’est à cette seconde phase de la “pacification” que
de l’ignorance de certaines gens pour exploiter certains doivent tendre les efforts des autorités. Il y a lieu non
Congolais, entre autres le payement partiel des salaires et seulement d’intensifier les moyens d’information et
indemnités diverses aux travailleurs, le licenciement du d’éducation de la masse rurale, mais encore de prendre des
personnel sans motif important, hausse illicite des prix, mesures concrètes, de réprimer des indécences commises
[…] avec l’intention de créer le trouble. Admettons que et de prévenir la récidivité.
ces éléments malfaiteurs sont loin de reconnaître l’autorité Cette situation constitue le problème n° 1 du territoire
congolaise croyant qu’on était encore de petits commis de Watsa à cette fin d’année. Nous prenons dès maintenant
342
derrière le clavier d’une machine . » nos dispositions afin de combattre cette nouvelle crise par
la source : alcool, stupéfiants. Des opérations de ratissage,
Ensuite dans le territoire de Watsa : sur toute l’étendue du territoire, permettront de dépister
ces foyers de nervosité et intimider les charlatans. Mais, vu
« La population rurale est généralement très l’étendue immense et la population clairsemée, un renfort
respectueuse de l’autorité administrative congolaise […]. en hommes sera indispensable. Toutefois, nous renonçons
Elles sont […] très confiantes, quand des raisons d’ordre à faire appel au secours des troupes de l’ANC, dans les
personnel ou, enfin, des abus d’autorité ne finissent par les conditions actuelles, afin d’éviter le pire. Il serait à craindre
exaspérer. en effet que l’autorité territoriale en soit compromise. Ceci
Cette dernière considération ne manque pas toujours vaut la peine d’être évité à tout prix.
d’être exploitée par certains énergumènes qui en tirent […] Dans les centres et agglomérations extracoutumiers,
profit aux dépens de l’autorité […]. l’esprit est le même que ci-dessus. À ajouter toutefois, en
Quant à l’autorité coutumière, il y a lieu d’émettre des sus d’insoumission, une conscience nulle de responsabilité.
réserves, puisque tous les cas sont à considérer séparement. Le travailleur ne se croit pas encore trop heureux de ne
En effet, dans nombre de circonscriptions, les chefs se trouver en chômage comme des milliers d’autres, mais
coutumiers jouissent d’une autorité véritable et même prétend devoir égaler “son” maître qui, lui, ne fait pas le
une vénération, si quelques charlatans ne s’en prennent à même travail que lui (ouvrier), mais jouit de plus de droits
“saboter” cette autorité. Tandis que dans d’autres, la voix et d’avantages …
du chef n’est plus écoutée. Et c’est le cas dans le secteur C’est l’interprétation erronée de l’émancipation
(Indépendance). Aussi assiste-t-on souvent à des conflits
342 Ibidem. entre l’employeur et l’employé qui refuse son licencement.

168
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

Départ et arrivée des populations du Soudan en 1961

Chefferies Mouvement avec le Soudan


Immigration (retour) Émigration (départ)
0 à 15 15 à 45 + de 45 Total 0 à 15 15 à 45 + de 45 Total
ans ans ans ans ans ans
H F H F H F H F H F H F H F H F
Logo-Ogambi 1 - - - - - 1 - - - - - - - - -
Logo-Doka - - - - - - - - - - - - - - - -
Kakwa 29 19 - - - - 28 19 26 7 - - - - 26 7
Logo-Bagela 3 - - - - - 3 - - - - - - - - -
Logo-Lolia - - - - - - - - - - - - - - - -
Mondo - - - - - - - - 30 15 - - - - 30 15
Logo-Obeleba - - - - - - - - - - - - - - - -
Dongo - - - - - - - - - - - - - - - -
Total 32 19 32 19 56 22 56 22

Départ et arrivée des population de l’Ouganda en 1961

Chefferies Mouvement avec le l’Ouganda


Immigration (retour) Émigration (départ)
0 à 15 15 à 45 + de 45 Total 0 à 15 15 à 45 + de 45 Total
ans ans ans ans ans ans
H F H F H F H F H F H F H F H F
Logo-Ogambi 17 - - - - - 17 - 3 - - - - - 3 -
Logo-Doka 18 - - - - - 18 5 - - - - - 5 -
Kakwa - - - - - - - - - - - - - - - -
Logo-Bagela 7 - - - - - 7 - - - - - - - - -
Logo-Lolia 1 - - - - - 1 - - - - - - - - -
Logo-Obeleba 15 - - - - - 15 - 4 - - - - - 4 -
Mondo - - - - - - - - - - - - - - - -
Dongo 12 - - - - - 12 - 2 - - - - - 2 -
Total 70 - - - - - 70 - 14 - - - - - 14 -

Il incombe à la territoriale de veiller à l’extirpation de cette La situation décrite dans ces divers rapports ne
mentalité frustre et de faire droit à chacun. Les employeurs s’améliora pas au cours des deux années qui précédèrent la
sont démoralisés et perdent courage. Mais ces derniers rébellion des Simba ; bien au contraire.
font-ils toujours justice à leurs employés ? L’intérêt du pays Le Haut-Uele constitua l’une des dernières étapes de la
343
requiert une main forte de l’autorité . » rébellion avant son extinction. Mais la frontière du Haut-Uele
avec le Soudan et l’Ouganda est un élément qui contribua
343 Asale, P., Rapport annuel des Affaires intérieures à son enracinement. On observe, par exemple, qu’en 1961,
1961 du territoire de Watsa, document ronéotypé, plusieurs jeunes avaient quitté le Soudan et l’Ouganda pour
pp. 34-36. Fonds B. Verhaegen, archives de la section s’installer dans le Haut-Uele. Le rapport de l’administration
d’Histoire du Temps présent, MRAC.

169
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

territoriale de Faradje donne quelques chiffres pour les années Mais les choses ne se déroulèrent pas aussi rapidement
344
1960 et 1961 (voir les deux tableaux de la page précédente). que les deux gouvernements, zaïrois et soudanais, l’avaient
Le mouvement de migration de l’année précédente espéré. Vers la mi-février 1973, deux représentants de
(1960) était similaire. Avec le Soudan, il y eut 137 l’ONU passèrent encore visiter les camps des réfugiés
migrants revenus et aucun départ. Avec l’Ouganda, il y eut soudanais à Aba dans la zone de Faradje en vue de se
133 migrants revenus, contre 82 départs. Ce qui dénote que rendre compte de l’opération de leur rapatriement dans
les entrées étaient plus nombreuses que les retours. Cette leur pays d’origine. Ils étaient en compagnie de Mutshipayi
situation se révéla inversée, au moment de l’occupation Tshibwabwa, le commissaire de district (sous-régional)
rebelle du Haut-Uele et, surtout, en 1964, avec la fuite des assistant du Haut-Uele. Ils examinèrent les aspects du
346
nombreux rebelles vers le Soudan. problème ayant trait à ce rapatriement .
Le mouvement avec le Soudan se fit surtout dans les Le ministre (commissaire d’État) des Affaires sociales,
chefferies Kakwa et Mondo situées à la frontière. Si, en Alexandre Kparagume Atoloyo, se rendit ultérieurement
1961, les départs étaient plus nombreux que les arrivées, encore, en compagnie de l’ambassadeur du Soudan et du
le rapport administratif note que pour « la plupart ce commissaire de district (commissaire de région) assistant
sont des irréguliers (dont) les malfaiteurs qui, une fois du Haut-Uele, au Haut-Commissariat des Nations
poursuivis, gagnent le Soudan. Beaucoup moins sont ceux unies pour les réfugiés afin de discuter du problème du
qui s’y rendent avec la volonté de s’y installer ». rapatriement.
Quant au mouvement avec l’Ouganda, le même À la fin du mois d’août 1973, la presse signala
rapport écrit : « La plupart des jeunes gens se rendent en que depuis le début de l’opération en mars, 45.000
Ouganda pour se procurer un vélo : une fois qu’ils y sont, ressortissants soudanais avaient déjà quitté le Haut-Zaïre
ils s’engagent, ceci pour six mois ou un an ou plus, mais pour Karthoum. Selon le journal Boyoma, les opérations
toujours avec l’intention de regagner le Congo dès qu’ils s’étaint déroulées de la façon suivante :
sont à la possession de leur vélo ». En 1961, « le départ vers
l’Ouganda est moindre, car pour des raisons politiques, les « Jusqu’au 15 août dernier on dénombrait plus de 3.500
autorités ougandaises se sont montrées plus sévères envers réfugiés au camp de Gandi. Ils étaient placés sous la direction
les étrangers. du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
À la fin 1972/début 1973, après la fin de la première soudanais résidents dans la sous-région du Haut-Uele. Par
guerre entre le Nord et le Sud-Soudan, le Congo ailleurs près de 30.000 réfugiés qui étaient dispersés dans
– devenu Zaïre – accéléra les négociations sur le retour le Haut-Zaïre ont regagné Karthoum en passant par les
des « réfugiés » soudanais dans le Haut-Uele. Le jeudi frontières initialement fixées pour le rapatriement. Environ
12 octobre 1972, Salan Zarouo et Eltayera Eimazadi, 2.000 Soudanais ont été rapatriés par la route principale
respectivement ambassadeur du Soudan à Kinshasa et Baba, qui traverse la frontière soudano-zaïroise au nord du
colonel de l’armée soudanaise, arrivèrent à Isiro pour mont Zaïre. Des camions ont été mobilisés pour sillonner
une mission devant préparer administrativement le la sous-région du Haut-Uele en vue de rechercher d’autres
rapatriement des réfugiés soudanais. En collaboration 347
réfugiés soudanais devant être rapatriés . »
avec l’administration congolaise (appelée entre temps
zaïroise), ils installèrent un bureau mixte dont le rôle était Les réfugiés soudanais rentrèrent en 1973. Mais la
345
de s’occuper des ces réfugiés . paix entre le Nord et le Sud-Soudan ne fut que de courte
durée. Une nouvelle guerre éclata en 1983. Elle durera
344 Rapport annuel des Affaires intérieures 1961 du
territoire de Faradje, document ronéotypé, p. 12. 346 « Haut-Uele : Ce qu’a été la tournée à Faradje du
Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire commissaire sous-régional assistant », Boyoma,
du Temps présent, MRAC. Kisangani, samedi 17-dimanche 18 février 1973, p. 3.
345 « Échos du Haut-Uele, Le séjour de l’ambassadeur 347 « Rapatriement des réfugiés soudanais bases dans
du Soudan à Isiro », Boyoma, Kisangani, lundi 16 le Haut-Zaïre », Boyoma, Kisangani, samedi 1er–
octobre 1972, p. 3. dimanche 2 septembre 1973, p. 1.

170
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

environ vingt ans. Le bilan fut très lourd : plusieurs Les Simba entrèrent à Paulis le mercredi 19 août à 14 h
milliers de morts et de gens déplacés. Un accord de paix à bord de quatre camions. Ils tirèrent en l’air, confisquèrent
fut signé à Nairobi entre les belligérants en janvier 2005. tous les véhicules qu’ils trouvaient et cherchèrent des
À ce moment, plus de 550.000 Soudanais s’étaient enfuis soldats de l’ANC et des membres de la Radeco dans les
dans les pays voisins, notamment 204.000 en Ouganda ; rues et les maisons. Ils n’inquiétèrent pas les Blancs. Tout le
90.500 en Éthiopie ; 69.400 en République démocratique monde, Blancs et Noirs confondus, dit par la suite que les
du Congo. Selon d’autres sources, la RDC aurait même premiers Simba n’étaient pas si mauvais. Mais les recrues
accueilli 75.600 réfugiés soudanais, dont 41.000 étaient qui se joignirent à eux n’étaient pas du même acabit.
assistés par l’UNHCR. Certains réfugiés s’intégrèrent dans À Paulis, le gouverneur de la province des Uele, Paul
les villages congolais et subsistèrent sans aucun problème. Mambaya, son secrétaire provincial, Joseph Tabalo, ainsi
En décembre 2005, l’UNHCR avait déjà signé des accords que les membres du Radeco, le parti du Premier ministre
pour le retour au Soudan de ces réfugiés avec la RDC et les Cyrille Adoula, les fonctionnaires, les enseignants, les
autres pays avoisinants. magistrats et les prisonniers militaires furent exécutés en
nombre. Certains furent forcés de boire de l’essence, après
3.3.3. Les Simba dans le Haut-Uele quoi les rebelles les éventraient et les brûlaient. On estime
Après la conquête de Stanleyville et l’installation d’un à quelque quatre mille le nombre de victimes enregistrées
349
gouvernement, les Simba continuèrent leurs expéditions à Paulis .
et conquirent en peu de temps le Haut-Uele et toute la Revenons sur la mort du gouverneur Mambaya, qui
Province-Orientale. Après Paulis, Watsa et Buta tombèrent fut au départ un membre du MNC. Il avait pris la fuite
déjà dans leurs mains le 19 août 1964. Ils installèrent partout à l’approche des Simba. Il fut capturé quelques jours plus
des « tribunaux du peuple » qui jugèrent et exécutèrent tard, à environ 230 kilomètres de Paulis. Les rebelles le
plusieurs personnes. Ajoutons qu’outre les condamnés de jetèrent dans un camion et le ramenèrent à Paulis. En
la justice rebelle, eurent lieu de nombreux assassinats en cours de route, il fut sérieusement tabassé. Arrivés sur la
dehors des jugements. Ils étaient le fait d’individus profitant plus importante artère routière de la ville, qui commence
du chaos pour régler leurs comptes à leurs adversaires et termine par un rond-point, les rebelles le mirent sur une
locaux. table et lui coupèrent les deux oreilles, et l’obligèrent à tenir
À Paulis, ils ne trouvèrent plus guère de gens du un discours. Mambaya ne fit que clamer son innocence.
Rassemblement des démocrates congolais (Radeco), fondé Puis, les rebelles lui coupèrent la langue et le forcèrent à
en août 1963 et devenu le parti gouvernemental de Cyril marcher jusqu’au second rond-point entre deux haies de
Adoula depuis mars 1964. L’exode des membres du Radeco gens excités. À un certain moment, Mambaya commença
avait commencé dès la prise de Stanleyville. Une partie des à courir. Les gens le saisirent et voulurent le tuer, mais les
Gendarmes katangais stationnés dans la ville se dirigèrent rebelles le prirent de leurs mains. Au deuxième rond-point,
vers Wamba avec leur armement. Le lundi 10 août, des les Simba lui frappèrent les mains et les pieds avec des
groupes de la Jeunesse du MNC se rassemblèrent aux bâtons et des gourdins. Ensuite, il fut obligé de danser sur
alentours de la ville, s’armèrent de bâtons et de gourdins, une mélodie chantée par les Simba. Finalement, Mambaya
et entrèrent dans la ville. Ils n’y trouvèrent plus guère de fut livré à une population furieuse qui l’abattit et le coupa
350
gens de la Radeco. L’ANC, qui était toujours maître de la en morceaux .
348
ville, n’entreprit rien contre cette jeunesse . Dans une brochure intitulée La Rébellion au Congo
Tout avait l’air calme entre le 12 et le 19 août. Le 14 août, éditée par le gouvernement Tshombe, on peut lire le
l’ANC reçut du renfort de Gombari. Le 16 août, des unités témoignage suivant sur les brutalités commises par les
partirent vers Wamba où elles se heurtèrent à la résistance Simba à Paulis :
des rebelles et elles firent demi-tour. Arrivées à Paulis, elles
prirent leurs affaires et se retirèrent de nouveau vers Gombari. 349 Verhaegen, B. et Van Lierde, J., Congo 1964, Bruxelles,
CRISP, 1965, p. 280, « Les Dossiers du CRISP ».
348 Van Kerkhove, V. et Robberechts, F., Simba’s en Para’s 350 Van Kerkhove, V. et Robberechts, F., Simba’s en Para’s
in Stan, Hasselt, Éd. Heideland, 1965, p. 102 e.s. in Stan, op. cit., pp. 106-107.

171
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

« Le jeudi 20 août […] sur la grand-place, le lieutenant L’euphorie des premiers jours ne dura guère et bientôt
Mathias Déo Yuma avait fait placer un micro et s’adressait les rebelles montrèrent leur vrai visage. Comme leurs frères
à la foule dans des termes d’une extrême violence où de Stan, ils commencèrent par éliminer l’intelligentsia.
revenaient sans cesse les mots Kasa-Vubu, Radeco, Adoula. À Paulis, cela se passait au rond-point, en face de la gare
Sur la terrasse du bureau territorial se trouvaient des Vicicongo, et la population, tant noire que blanche, y était
prisonniers congolais. Ils furent conduits au milieu de la “conviée”. Le “commandant Tiré”, un des chefs rebelles, âgé
place. Les Simba les couchèrent par terre. Sur un signe de de 16 ans tout au plus, dirigeait les opérations et n’hésitait
Déo, des rebelles se précipitèrent sur les malheureux et les pas à payer de sa personne en exécutant lui-même certains
tuèrent. Quelques-uns étaient armés de bâtons, d’autres de condamnés, d’où son surnom. Suivant son humeur, ceux-
machettes, les derniers d’armes à feu. Les cadavres étaient ci étaient allongés face contre terre ou sur le dos. Dans le
emmenés par des infirmiers, en blouse blanche, qui les premier des cas, ils étaient exécutés d’une balle dans la
chargeaient sur des civières et les jetaient dans le corbillard nuque, dans le second cas, ils étaient écrasés par les énormes
qui stationnait non loin de là. camions Marmons de la Vicicongo, réquisitionnés pour la
Auparavant la fanfare de la police, installée également circonstance. Pour couvrir les hurlements des condamnés
sur la terrasse, jouait une marche et les tueurs défilaient sur et l’horrible bruit des chairs écrasées, la fanfare de la police
la place en agitant les armes ensanglantées et en enjambant était obligée de jouer sans arrêt des airs martiaux, comme
les cadavres. On jouait ensuite des disques et des gamins pour donner un air de fête à la “cérémonie”.
d’une dizaine d’années obligeaient les personnes qui Ces exécutions, qui se répétaient plusieurs fois par
attendaient leur exécution de danser tout en mangeant des semaine, avaient provoqué la panique parmi la population
bulletins de vote du récent référendum constitutionnel. Les indigène des deux cités, “le Belge” et “le Combattant”.
assassinats systématiques se poursuivirent pendant tout un Certains avaient fui en brousse, d’autres se terraient chez
351
mois . » eux. La plupart des villages étaient déserts, les plantations
étaient abandonnées par la main-d’œuvre qui se cachait
Pierre Wauters, l’auteur d’un récit de vie au Congo, dans la forêt, ou avait rallié le camp des Simba.
parle aussi de ces tragiques événements à Paulis : Des centaines, sinon des milliers de Congolais dont
le seul tort était d’avoir été à l’école, périrent en quelques
« Au début, tout allait bien, du moins pour les mois, victimes de ces fous sanguinaires. Une fois de plus,
Européens avec qui les Simba restaient corrects. La seule cela faisait penser aux terribles purges organisées par
règle qu’ils observaient était de n’avoir aucun contact les communistes chinois après leur prise de pouvoir. La
physique avec les Blancs, sous peine de perdre leurs découverte de cadavres de militaires chinois, lors des raids
pouvoirs magiques, auxquels ils croyaient dur comme fer. des mercenaires au moment de la libération des Ueles, ne
352
Quand ils venaient vendre une poule ou des œufs, ils les fait que confirmer cette hypothèse […] . »
déposaient à même le sol et il fallait faire de même pour les
payer. Quiconque volait, ne fût-ce qu’un pain, était puni de Il faut dire que la thèse de l’auteur, selon laquelle
mort et la sentence exécutée en public. Cela faisait penser des militaires chinois auraient participé aux opérations
aux communistes chinois à leurs débuts. militaires des Simba, n’est confirmée nulle part. Mais à
Aux premiers temps de leur conquête, les rebelles se dire vrai, la littérature sur la conquête de la province du
chanvraient à mort avant de combattre les troupes de Haut-Uele par les Simba est peu abondante ; elle est même
l’ANC, puis ils montaient à l’assaut en chantant : “Maï pratiquement inexistante. C’est la raison pour laquelle
Mulele, Mulele maï, masasi maï”. Ils ne sentaient pas les le récit des événements a été cherché dans la presse
balles qui les transperçaient et continuaient d’avancer. contemporaine, plus spécifiquement dans les pages du
Voyant cela, les militaires, affolés, fuyaient tous azimuts ou Courrier d’Afrique. Ainsi, on apprend qu’à Watsa, tombé
ralliaient les rangs des Simba. le 24 août, on assista à des exactions identiques. Les Simba

351 Verhaegen, B. et Van Lierde, J., Congo 1964, op. cit., 352 Wauters, P., Mwana M’Boka, un enfant du pays, Liège,
p. 280. Éd. Dricot, 1994, pp. 146-148.

172
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

y auraient tué une quarantaine de Congolais : des chefs, intellectuels et plus particulièrement les membres du
des fonctionnaires, des employés à la mine d’or de Kilo- gouvernement provincial et les fonctionnaires.
Moto, des officiers des camps militaires de Watsa et de J’ai tenté de m’enfuir, je tombe dans leurs mains. Ils me
353
Gombari . mettent derrière leur camion. Certains voulaient m’amener
À plusieurs endroits, la population n’avait d’autre issue à Stanleyville parce que mon cas était grave, la “haute
que de se sauver en brousse parce que souvent la boisson et trahison”, les uns voulaient m’abattre sur place. On tomba
les drogues rendaient les rebelles vraiment fous et cruels. d’accord pour m’amener à Paulis où je devais être jugé
Ils incorporaient de jeunes garçons qu’ils armaient d’une publiquement sur la Grand Place. En route, le camion des
entaille magique, de bâtons et de couteaux avant de les insurgés tombe en panne. Deux Simba demandaient pour
envoyer lutter contre des soldats de l’Armée nationale qu’ils me conduisent à pied à Paulis parce que les autres
congolaise armés, eux, de fusils. L’espoir que les gens devaient rester jusqu’à la réparation de leur véhicule. Les
fondaient sur ce mouvement de libération se transforma deux “Simba” qui m’ont amené étaient très compréhensifs.
vite en une grande désillusion. Les Simba avaient Ils me laissent dans un village pour venir me chercher
également la fâcheuse habitude de prendre des Européens après. Ils savaient bien que je ne pouvais pas m’enfuir parce
en otage. Les commerçants et les missionnaires furent qu’ils étaient sûrs qu’ils occupaient toute la région.
faits prisonniers et rassemblés à Paulis, Rungu, Viadana, M. Gbinzadi raconte que lorsqu’il est resté dans le
Niangara, Watsa et ailleurs. village, il eut une idée, celle de se faire villageois. On lui
Les rebelles visaient surtout l’élite politique et donnait un morceau de pagne, il laissait pousser la barbe
intellectuelle. De nombreux politiciens et fonctionnaires et les cheveux à la manière des villageois. C’est ainsi que
furent éliminés. Dans son édition du mardi 9 février 1965, les Simba qui venaient ne le reconnaissaient pas. Il allait
Le Courrier d’Afrique reproduit les aventures d’un rescapé, faire du vin de palme pour eux, allait à la chasse et leur
un homme politique du Haut-Uele, Côme Gbinzadi, apportait du gibier etc… C’est ainsi que la providence
membre du gouvernement de l’Uele. Diplômé en 1951 de aidant, déclare M. Gbinzadi, j’ai échappé à une mort qui
l’école de l’administration de Kisantu, il se lança dans la était déjà certaine.
politique à la veille de l’indépendance. Il fut président du M. Gbinzadi a déclaré encore que la morale des Simba
Parti démocrate congolais qui fusionna avec le PNP plus était des plus basses. Ils arrivaient dans les villages, ils
tard. Il fut successivement ministre dans le gouvernement prenaient toutes les femmes qu’ils rencontraient sur leur
de la province de l’Uele en septembre 1962 ; ministre chemin, ils arrachaient même des jeunes filles de moins de
provincial de la Fonction publique en décembre 1963 ; 13 ans à leurs parents en les menaçant de mort. Il a encore
membre de la commission constitutionnelle et président affirmé que les rebelles agissaient, sous l’effet de l’opium,
de la sous-commission politique et administrative en des actes vraiment inhumains, on prend par exemple une
janvier 1964 ; membre du comité de referendum pour femme enceinte encore vivante, on ouvre le ventre et on
l’ex Province-Orientale, le 2 juin 1964 ; directeur à la fait sortir l’enfant, tel a été le sort des femmes des ministres
Fonction publique en juillet 1964. Il passa six mois dans ou des fonctionnaires qui refusaient de devenir leurs
354
la forêt et les bruits avaient couru, lors de la prise de Paulis concubines […] . »
par les insurgés, que Gbinzadi aurait été assassiné avec
le gouverneur de cette province, Paul Mambaya. Mais il Après sa libération, Côme Gbinzadi poursuivit sa
échappa au jugement populaire des rebelles. Il raconte ce carrière politique : il fut nommé membre du comité d’état
qui suit : d’urgence pour l’Uele le 30 janvier 1965 et commissaire
d’État pour la province de l’Uele en mars de la même
« Les rebelles sont entrés brusquement à Paulis, plus année. Il regagna Paulis le 24 février et le 28 février,
moyen de s’enfuir. Ils ont commencé à arrêter tous les accompagné de son directeur de cabinet, il rendit visite

353 « Cinq otages blancs libérés à Watsa et arrivés à Léo 354 « M. Gbinzadi, membre du gouvernement de l’Uele
content leur mésaventure avec les “Simba” », Le Courrier raconte ses aventures », Le Courrier d’Afrique,
d’Afrique, Léopoldville, lundi 12 avril 1965, p. 1. Léopoldville, mardi 9 février 1965, p. 1.

173
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

aux prisonniers rebelles détenus dans la prison centrale Les agissements des Simba à Faradje :
355
de la ville . Les Simba sont arrivés à Faradje le 23 août. Le 24
Il existe d’autres récits de rescapés. Celui que deux une cinquantaine de notabilités furent tuées. Parmi elles
abbés congolais, Réginald Nzoro et Ceslas Djabiri, ont des chefs, des agents de l’administration et un député
fait au Courrier d’Afrique après leur arrivée à Léopoldville, provincial, Benoît Djabiri. Les officiers parmi les Simba
le dimanche 4 avril 1965 est significatif. Les deux prêtres étaient soit des Ankutsu, ou des Lokele, partisans de
avaient été libérés à Faradje. Patrice Lumumba, soit des Babua, partisans de Gbenye.
Surtout les Ankutsu se croyaient appelés pour régir tout
« D’abord les détails qui concernent plus spécialement le Congo. Parmi les officiers il y avait quand même des
la mission (Faradje) et les abbés. L’abbé Ceslas raconte bons. Les petits jeunes gens étaient les plus terribles. Les
qu’il a failli être abattu par le sinistre colonel Deo, un Simba ont spécialement visé la province de l’Uele, connue
Ankutsu, après les massacres ordonnés par celui-ci à Paulis. pour son loyalisme inébranlable envers les gouvernements
L’abbé était accusé d’être PNP ou un Radeco. Les abbés se légaux de Léopoldville. Ce n’est donc pas étonnant que
nourrissaient de manioc et de mpondu. De temps en temps toute la population s’enfuit en brousse. Résultat : les Simba
ils tuaient une vache de la mission. Tous les véhicules manquèrent bientôt de nourriture. Ils abattaient des vaches
furent confisqués, mais la mission est restée intacte jusqu’à appartenant au troupeau de la société “Shun” et des bêtes
présent, bien que le groupe électrogène a beaucoup souffert sauvages au Parc national de la Garamba. À la longue les
des Simba qui en usaient et abusaient pour charger leurs Simba avaient fini par comprendre que fumer du chanvre
batteries. est contre-indiqué pour des soldats, ils se rabattirent donc
Les gens s’étant réfugiés en brousse, l’assistance à sur l’arak, l’alcool indigène, dont ils ingurgitaient une
la messe du dimanche était fort réduite : au lieu des 600 grande quantité.
présences habituelles on n’en enregistrait plus que 20. Mais Les abbés signalent que les Simba comptaient de très
les fidèles se réunissaient dans leurs lieux de refuge pour bons marcheurs. Certains étaient venus de Kindu à pied.
prier le chapelet. Les abbés avaient dû interrompre les Le voyage s’effectuait la nuit, car les Simba avaient peur, eux
homélies du dimanche parce que c’était trop dangereux. aussi, de la population.
Au cours du mois de septembre les écoles ont été Lors de la prise de Paulis par les parachutistes fin
ouvertes, mais après, lorsque les engagements spontanés novembre, les Simba fuyaient en désordre par Faradje et
eurent cessé, les Simba commencèrent à enrôler les élèves Watsa pour se rendre au Soudan. La population locale avait
de force. Les écoles furent donc fermées. Vers la fin, il y commencé à les pourchasser. C’est ainsi que le grand chef
a un bon mois de cela, même des collégiens et des petits- Saboni de Faradje, appartenant à l’ethnie de M. Manzikala,
séminaristes furent obligés d’entrer dans les rangs des gouverneur de la province du Kibali-Ituri, avait fait tuer
Simba. trois Simba. Mais devant l’inactivité des troupes de l’ANC,
Conscients de l’avance de l’armée régulière et soucieux les Simba se ressaisirent et s’emparèrent de 20 sujets de
de la sécurité des abbés, certains rebelles leur conseillèrent Saboni et les martyrisèrent de la façon la plus cruelle. Enfin
de se cacher lors de la libération. Celle-ci arriva enfin. L’école il y a deux mois ils tuèrent aussi mais en secret les chefs
ménagère des filles fut complètement détruite au cours des Saboni et Manigo ainsi que vingt autres Congolais.
engagements. Jusqu’alors les abbés avaient heureusement Les abbés ont déclaré aussi que lors des massacres de
pu rester en contact avec le monde extérieur grâce à leurs Watsa, les officiers rebelles responsables de cette localité se
transistors. Mais à la libération la radio et le portefeuille trouvaient à Doruma et qu’ils déploraient qu’un officier de
de M. l’abbé Réginald Nzoro, contenant ses papiers et de passage, le nommé Budjai, ait ordonné la tuerie.
l’argent, furent volés. Dommage ! Les abbés ont vu de leurs yeux un officier arabe,
probablement de Karthoum, qui commandait des Simba à
356
Faradje .

355 « Nouvelles de l’Uele », Le Courrier d’Afrique, 356 Les Simba ont eu des contacts avec le Soudan. À noter
Léopoldville, vendredi 19 mars 1965, p. 3. que Magboul Tag El Sir Ahmed El, vice-consul du

174
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

On se souvient que deux avions de l’ANC tombèrent Stanleyville et le reste du Congo oriental. Le 26 novembre,
près de Faradje, au parc de la Garamba. Un des pilotes, un deux compagnies de commandos de parachutistes
e e
Cubain anti-castriste resta pour garder les avions. Il fut belges, la 11 et la 13 , opérèrent à Paulis où, à la suite des
caché par un moniteur. Mais découvert par les Simba, il fut événements du mardi 24, le sort de plus de deux cents
tué et son corps fut dépecé. On en distribua les parties aux Européens était très menacé. Dix-neuf d’entre eux avaient
357
différentes localités où se trouvaient des Simba . » d’ailleurs été tués de sang froid par les rebelles au cours des
360
journées du 24 et du 25 novembre .
Après la rébellion, la province de l’Uele n’avait plus que L’opération des parachutistes se fit dans des conditions
sept de ses ministres en vie. Trois étaient morts et un s’était défavorables : brouillard et tir serré en provenance du sol ;
358
rallié aux Simba . 1.500 insurgés cernaient la piste. Quarante-trois minutes
Les rebelles essayèrent également de réorganiser la après le droppage des parachutistes, un premier avion
province. Ainsi, le « Gouvernement populaire du Congo » atterrit sur la plaine où 100 Blancs furent rapidement
nommera un « commissaire extraordinaire » à Paulis. regroupés. Des patrouilles s’organisèrent vers la ville puis
Celui-ci n’aura pas beaucoup de pouvoir, parce que c’est en dehors du périmètre urbain. Des Européens isolés
l’Armée populaire de Libération qui donnait les ordres. Et furent ainsi récupérés. Les avions ramenèrent alors les
le général Olenga effectuera même une visite à Paulis le 5 réfugiés.
359
octobre 1964, se montrant très gentil à l’égard des Blancs . Le soir, les paras belges se replièrent sur l’aérodrome,
Le mercredi 21 octobre, les Simba organisèrent un car la pression des insurgés était devenue forte et il n’était
contrôle chez les Blancs. Ils cherchaient des armes et pas dans la mission donnée aux paras de tenir Paulis
des émetteurs-radios dans leurs résidences et bureaux. jusqu’à l’arrivée de l’ANC.
Tous les Européens furent alors inscrits dans un registre Après l’évacuation des Blancs par les parachutistes
spécial, mais ils restèrent libres. Une semaine plus tard, le belges, c’est l’ANC qui poursuivit l’« opération de
jeudi 29 octobre, ils prirent quarante-deux Blancs en otage pacification ». C’est elle qui libéra Paulis. Quand fut
dans le couvent de la mission. Les rebelles justifièrent cela annoncée la nouvelle de la prise de Stanleyville, les
comme une revanche pour le bombardement d’Aketi. Les rebelles étaient devenus extrêmement nerveux à Paulis et
autres reçurent chacun un rebelle comme gardien. commençaient à se venger sur les otages. Pierre Wauters
La reconquête du Haut-Uele et de la Province- raconte à ce propos :
Orientale se fera par deux opérations de sauvetage.
D’une part, l’opération « Dragon rouge », qui largua « La situation changea du tout au tout quand les rebelles
383 parachutistes belges sur Stanleyville le 24 novembre apprirent que les paras belges avaient sauté sur Stan. Assez
1965 et cela avec quatorze C130 de l’armée américaine. bizarrement, la première victime fut un père espagnol que
D’autre part, l’opération « Ommegang », dirigée par le les Simba vinrent chercher dans une des chambres de la
colonel Vandewalle, organisée par terre pour reconquérir Mission, pour l’emmener dans la cour où, fous de rage,
ils le tuèrent à coups de bouteille sur la tête. Le supplice
Soudan à Stanleyville en 1963, puis consul général du dura longtemps et les otages se bouchaient les oreilles pour
Soudan à Stanleyville après mars 1963, devint major ne plus entendre les cris, puis les plaintes de plus en plus
à Juba. Il resta en contact avec les rebelles Simba. faibles de la victime.
De même, Amin Akacka, qui fut commerçant de la
Le lendemain soir, les rebelles vinrent choisir au
région de Juba, avait aidé les rebelles Simba.
hasard quelques otages qu’ils firent monter dans un
357 « Pendant l’occupation rebelle : à Faradje, certains
camion à destination de Rungu, centre situé sur la route
« Simba » étaient commandés par un officier arabe »,
de Niangara et de Dungu–Faradje–Gangala na Bodio–Aba.
Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, mercredi 7 avril
1965, pp. 1 et 3. Là-bas, passé le Poste État, puis la mission catholique, ils
358 « Le cas de la Province-Orientale », Le Courrier
d’Afrique, Léopoldville, vendredi, 19 mars 1965, p. 3. 360 Congo 1964. Political Documents of a Developing
359 Van Kerkhove, V. et Robberechts, F., Simba’s en Para’s Nation, compiled by CRISP, introduced by Herbert F.
in Stan, op. cit., p. 109. Weiss, Princeton University Press, 1966, pp. 408-411.

175
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

s’arrêtèrent devant le grand pont métallique qui enjambait En effet, si l’approche de Niangara par les soldats a été
la Bomokandi, et firent descendre les otages dont ils relativement facile, les moyens de transport font défaut pour
ligotèrent les mains derrière le dos. Dès le lever du jour, ils évacuer les otages libérés. Il n’y a pas de plaine d’aviation
les jetèrent dans la rivière. Les malheureux, s’aidant de leurs adéquate à Niangara, les distances sont énormes et la
jambes restées libres, parvenaient à remonter à la surface rivière Bomokandi, qui sépare Niangara de Paulis, doit être
pour respirer. C’est ce moment qu’attendaient les Simba traversée. On ne peut oublier que Paulis, où de nombreux
pour les tirer comme des lapins. Un seul Européen, dont otages ont été également libérés par les paracommandos n’a
la cordelette lui liant les mains s’était détachée, parvint à pas été occupé par les forces de l’ordre et c’est, paraît-il, par
s’échapper. Paulis que l’évacuation doit s’effectuer.
Le lendemain, le même scénario recommençait au Comme le message signalant la libération des 84 otages
même endroit. Beaucoup de Belges, pas seulement de de Niangara ne parle pas de victimes, ce silence peut être
Paulis, mais aussi des missionnaires et des planteurs des interprété comme si tout le monde est sain et sauf. De
361
environs périrent ainsi ». toutes les manières, il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur la
364
sécurité des 84 otages libérés à Niangara . »
Il faut insister sur cet aspect qui détermina le
changement d’attitude des Simba et aurait été l’une des Le 23 novembre fut tué à Paulis le R.P. Armani Remo,
causes de nombreux tués parmi les Blancs. En effet, missionnaire de Vérone, né à Agrone le 7 octobre 1917, de
lorsqu’il eut appris que la Belgique et les États-Unis avaient nationalité italienne, supérieur de la mission de Ndedu et
décidé d’accorder au Congo une aide militaire accrue, supérieur régulier des missionnaires de Vérone au Congo.
le général Olenga déclara que dans ce cas, il ne donnait Plusieurs missionnaires perdirent la vie le 25 novembre ; il
aucune garantie pour les citoyens belges et américains s’agit du R.P. Van den Broek Ignace, Dominicain belge, né
362
résidant dans les régions occupées par son armée . Peu à Anvers le 11 juillet 1911 ; du R.P. Robberechts Valentin,
après, Christophe Gbenye, président du Conseil national Dominicain belge, né à Turnhout le 18 septembre 1920 ;
de libération, fit diffuser un appel adressé au roi Baudouin, du R.P. Martin Pie (Albert), Dominicain belge, né à
au Parlement et au peuple belge, les invitant à observer Libramont le 26 janvier 1923 ; du R.P. Deltour Xavier
une complète neutralité dans la crise congolaise. « À (Jean), Dominicain belge, né à Saint-Denis Westrem. Les
365
cette condition, concluait l’appel, la vie et la sécurité des quatre religieux subirent une mort violente . Ajoutons à
363
ressortissants belges au Congo seront garanties . » cela qu’à Paulis une vingtaine d’otages furent assassinés.
Bien évidemment, les opérations militaires permirent Après la chute de Paulis et de Niangara, les rebelles
de sauver la vie de nombreux otages. Après Paulis, ce fut au résistaient encore dans les contrées frontalières au Soudan.
tour de Niangara d’être débarrassé des Simba : D’ailleurs, selon les informations militaires de l’ANC, les
Simba continuaient à recevoir du matériel de guerre qui
« À Niangara spécialement où l’opération a été arrivait à Juba et transitait vers Aba. À Watsa étaient encore
366
relativement facile pour l’ANC, quatre-vingt quatre otages détenus entre deux et trois cents Européens .
dont cinquante-sept religieux et vingt-sept civils ont été Les Simba disposaient désormais de fusils : mitraillettes
libérés. Mais après la libération de ces prisonniers des ultra-modernes, Mauser etc. qui avaient remplacé en
rebelles, un autre problème s’est posé pour les rescapés : partie les arcs, les flèches et les autres armes traditionnelles
celui de leur évacuation. Les libérés de Niangara devront
364 « L’ANC a libéré Paulis et Niangara … », Le Courrier
avoir quelques heures de patience avant de pouvoir être
d’Afrique, Léopoldville, vendredi 11 décembre 1964,
évacués vers des lieux plus sûrs.
p. 1.
365 « Depuis 1961 : les rébellions au Congo ont coûté
361 Wauters, P., Mwana M’Boka, un enfant du pays, op. la vie à 75 missionnaires », Le Courrier d’Afrique,
cit., pp. 148-149. Léopoldville, lundi 21 décembre 1964, p. 4.
362 La Dernière Heure, 14 août 1964 et Le Martyr, 366 « Important matériel de guerre saisi à l’Est du
Stanleyville, 22-23 août 1964. pays … », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville,
363 ARS, QSTAN 2. mercredi 16 décembre 1964, p. 1.

176
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

utilisées à leur arrivée. La libération de Watsa et de Wamba « À Wamba, ils ont arraché les croix et les chapelets
367
ne s’annonçait donc pas comme très facile . Toutefois, la aux religieuses, également aux religieuses congolaises
reprise de Wamba fut chose faite avant la fin de l’année, le qui furent transportées à Paulis. Ils ont piétiné ces objets
mardi 29 décembre 1965. Le Courrier d’Afrique en donne et aux sœurs ils ont défendu de porter encore quoi que
les informations suivantes : ce soit qui pouvait les distinguer comme religieuses, tel
gr
le voile. Après la mort de M Wittebols, des rebelles ont
« La localité de Wamba […] a été reprise mardi matin à 8 h porté ses ornements épiscopaux et profané les ornements
aux rebelles par les troupes gouvernementales […] Une colonne sacerdotaux qu’ils avaient volés dans l’église, simulant la
370
de l’ANC venant de Stanleyville d’où elle était partie lundi a messe ».
pénétré dans la ville après de brefs combats. Cette colonne était
encadrée par une soixantaine d’éléments étrangers. Les circonstances de l’assassinat de Mgr Joseph Wittebols
Cent-cinquante Européens, dont on ignore encore sont connues. Le mardi 24 novembre, vers 21 h, tous les
la nationalité et l’identité, ont été délivrés par les forces hommes européens, prêtres et civils, avaient été rassemblés
gouvernementales. Ces rescapés, dont beaucoup avaient été dans la cour de la prison. Les Simba les placèrent en carré :
emmenés vers Wamba il y a deux mois environ, seront évacués les Belges d’un côté, les Luxembourgeois, les Allemands et
dans la journée vers Paulis d’où ils regagneront Léopoldville. les Néerlandais occupant les 3 autres côtés. En tout environ
Selon les premiers témoignages recueillis auprès des 60 personnes. Tous furent fort battus par les rebelles. Les
rescapés de Wamba, une dizaine d’Européens ont été 2 missionnaires protestants qui occupaient un angle du
massacrés par les insurgés le 26 décembre, lendemain carré furent tués sur place devant tous les autres. Un de
de Noël. Un rebelle fait prisonnier hier matin par l’ANC ces missionnaires protestants fut tué par des coups de pied
affirme que plusieurs d’entre eux ont été mangés par les dans l’estomac, alors qu’il était couché par terre. Alors tous
soumialistes, le même jour . »
368
les otages furent de nouveau enfermés jusqu’au lendemain,
25 novembre. Les rebelles se déchaînèrent et maltraitèrent
gr
Les rescapés arrivèrent à Léopoldville le jeudi 31 horriblemen M Wittebols. Il était méconnaissable et deux
décembre 1964. Ils étaient quatre-vingt quinze personnes missionnaires durent le transporter dans sa chambre. Et
en total, dont dix-neuf prêtres du Sacré-Cœur. Tous vers 3 h du matin du 26 novembre, tous les Belges, dix-huit
déclarèrent que les moniteurs des écoles s’étaient comportés civils et huit prêtres, furent conduits hors de l’enceinte de la
sans exception aucune d’une façon extrêmement prison. Ils furent liés « commande-avion » – c’était la façon
courageuse, car aucun ne s’était rallié aux Simba. Ils chinoise de lier les victimes –, condamnés à mort : mains
disaient aussi avoir remarqué que les rebelles s’attribuaient derrière le dos et les pieds liés aux mains. Tous furent tués
des surnoms différents : « Chinois », « Moscou », « Lumba- par une balle dans la nuque. Après l’exécution, les cadavres
gr
Chinois », « Lumba-Moscou » etc. Ils avaient aussi observé furent jetés dans la rivière Wamba. Celui de M Wittebols,
un changement dans l’attitude qu’ils adoptaient à l’égard affreusement mutilé, resta longtemps exposé sur le rivage,
371
des religieuses. Au début, ils respectaient les religieuses une pierre ayant été attachée à son cou .
gr
européennes et congolaises. Celles-ci durent, par la suite, Après la mort de M Wittebols, la Sacrée Congrégation
gr
369
se défendre contre des prétentions plus qu’odieuses . Et de la Propagation de la Foi nomma M Augustin
les rescapés de Wamba racontent également ce qui suit : Fataki, vicaire général de l’archidiocèse de Stanleyville,
administrateur apostolique du diocèse de Wamba « ad
367 « Autour des opérations de libération dans l’Uele », Le gr
nutum Sanctae Sedis ». Celui-ci choisit alors M Jean-
Courrier d’Afrique, Léopoldville, mardi 29 décembre
Marie Agwala, ancien vicaire général, comme membre du
1964, p. 3. 372
clergé diocésain pour exercer cette fonction importante .
368 « Wamba repris hier matin par l’ANC… », Le Courrier
d’Afrique, Léopoldville, mercredi 30 décembre 1964,
p. 1. 370 Ibidem.
gr
369 « Jeudi 31 décembre. Une centaine des réfugiés de 371 « La mort atroce de M Wittebols », Le Courrier
Wamba sont arrivés à Léo », Le Courrier d’Afrique, d’Afrique, Léopoldville, mardi 5 janvier 1965, p. 3.
gr
Léopoldville, mardi 5 janvier 1965, p. 3. 372 « Haut-Congo : M Augustin Fataki est nommé

177
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

Mais il y eut aussi des victimes congolaises. C’est la d’armement moderne. Il détruisit à cet endroit la voiture de
mort de la sœur Marie-Clémentine Alphonsine Anuarite luxe d’un chef rebelle du nom de Deju qui s’enfuit ensuite
375
à Paulis qui conquit une place dans les livres d’histoire dans la direction de Niangara .
du Congo. Le récit de ses souffrances fut raconté dans les Vers la fin de janvier 1965, des nouvelles inquiétantes
journaux congolais de l’époque. Voici ce que l’on peut lire arrivèrent à Léopoldville au sujet des religieux et religieuses
dans Le Courrier d’Afrique : de Watsa. Des dépêches de Karthoum et de Bruxelles
racontaient que trente-six Européens dont quinze
« C’est le 26 novembre que la communauté des 44 missionnaires étaient enfermés au camp militaire de Watsa
sœurs congolaises de Bafwabaka (diocèse de Wamba) fut et qu’ils auraient été massacrés le 26 novembre 1964. Il s’agit
déportée vers Wamba où toutes les sœurs furent internées. des religieux et religieuses suivants : le R.P. Valentin Dox
Le 30 novembre toutes les sœurs furent transportées (Pierre) ; le R.P. Hilaire Dox (Frans) qui fut longtemps le
par ordre du colonel de Wamba vers Paulis que les supérieur religieux des Dominicains dans l’Uele ; le R.
paracommandos belges venaient de quitter. C’est là que frère Pierre Broché (Maurice) qui fut pendant 41 années le
toutes les sœurs furent dépouillées de leurs vêtements pour directeur de l’école primaire pour garçons de Watsa. Trois
être livrées aux Simba. À cause de leur résistance, le colonel pères dominicains furent aussi tués à Rungu et neuf sœurs
376
leur fit donner des coups de crosse sur la poitrine. Puis dominicaines de Salzinnes-lez-Namur perdirent la vie .
elles furent appelées deux par deux. Le colonel de Wamba La stratégie des rebelles dans le Haut-Uele répondait à
voulut emmener deux religieuses dans sa voiture. C’est une logique. Chaque fois qu’une grande localité tombait,
alors que la narratrice de ce récit cria à haute voix : “Sainte ils s’en prenaient aux notabes dans une autre localité. C’est
Vierge Marie, protégez-nous”. À l’invocation de la Vierge, le aussi ce qui se produisit à Watsa :
colonel devint ( ?) les Sœurs hors de la voiture et les fit tuer
à coup de crosse et de lance. « Les rebelles avaient enfermé à Watsa, le lendemain
er
C’est ainsi que le 1 décembre vers une heure du matin du parachutage de Paulis, donc le 26 novembre, d’une
mourut la révérende sœur Marie-Clémentine (Anuarite part des pères et des Européens, d’autre part, les 9 sœurs
Alphonsine) née à Wamba le 29 décembre 1939. La révérende Dominicaines de Salzinnes. Les pères et les sœurs
sœur reçut un coup de lance dans la région du cœur et fut d’ailleurs, étaient déjà considérés comme otages depuis
achevée par un coup de pistolet du colonel. L’autre sœur eut plus d’un mois, mais suivant un régime assez large. Le soir
la vie sauve grâce au fait que suite aux violences subies elle donc du 26 novembre, les rebelles firent sortir les civils et
eut le bras cassé, ce qui la fit tomber en syncope et les rebelles les pères européens et ils commencèrent à les abattre. Les
crurent qu’elle était morte. Des infirmiers vinrent chercher civils se révoltèrent, se saisirent de la mitraillette du colonel
les corps et ranimèrent une des sœurs. Dans la journée et commencèrent à se frayer une issue. Mais ils essuyèrent
373
toutes les sœurs furent ramenées à Wamba . » le feu d’autres rebelles et c’est au cours de ce combat que
six pères furent tués, avec une quinzaine de Blancs. Les
Au début de janvier 1965, la presse annonce la libération 9 sœurs de Salzinnes se trouvaient toujours enfermées
de Mungbere. Vingt-trois sœurs dominicaines appartenant, dans leurs cachots, et, après la bataille furent tuées à bout
notamment, aux missions de Pawa, d’Ibabi, de Babonde…. portant par représailles. Deux autres sœurs de Salzinnes
374
retrouvèrent alors la liberté . Aux alentours de Mungbere, furent oubliées à l’hôpital et se cachèrent. Après quelques
l’ANC avait rencontré une forte concentration rebelle dotée semaines quant tout se fut calmé, elles purent sortir de leur
cachette, et furent acheminées quelque temps plus tard, par

administrateur apostolique du diocèse de Wamba »,


Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, jeudi 28 janvier 375 « Des unités de l’ANC poursuivent le nettoyage
1965, p. 3. des régions infectées », Le Courrier d’Afrique,
gr
373 « La mort atroce M Wittebols », Le Courrier Léopoldville, jeudi 7 janvier 1965, p. 5.
d’Afrique, Léopoldville, mardi 5 janvier 1965, p. 3. 376 « Uele : 6 dominicains et 8 dominicaines massacrés
374 « Libération de Mungbere », Le Courrier d’Afrique, à Watsa », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, mardi
Léopoldville, mardi 5 janvier 1965, p. 3. 26 janvier 1965, p. 3.

178
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

les rebelles eux-mêmes au Soudan, où deux autres sœurs de journal, serait transporté à l’étranger à travers le Soudan et
Salzinnes oeuvrant à Faradje les rejoignirent. l’Ouganda.
La version selon laquelle le massacre aurait eu lieu non Il est très probable, estime le New-York Times, qu’une
pas à l’instigation des autorités rebelles de Watsa, mais bien partie de l’or ainsi exporté est utilisée pour payer des armes
suite à l’arrivée d’officiers des Simba venant d’autres régions, que les rebelles obtiennent d’États africains hostiles au
377
spécialement de Paulis, semble être confirmée ». gouvernement de M. Tshombe.
Les mines en question constituent le complexe minier
Ce n’est qu’à la fin mars 1965 que l’ANC parviendra à de Kilo-Moto situé dans le nord-ouest de la région de
reconquérir les dernières poches de résistance des Simba Watsa où se trouvent actuellement le quartier général du
le long de la frontière soudanaise. On apprend alors dans régime rebelle.
la presse que : Comme il ressort, selon le New-York Times, des
rapports de réfugiés venant de cette région, le “général”
« la frontière soudano-congolaise a été bouclée par Nicolas Olenga, commandant en chef des forces rebelles,
les forces de l’ANC […] Faradje, localité située à quelques a installé son quartier général auprès de l’usine électrique
kilomètres de la frontière est tombée dimanche (28 mars) aux de Nzoro, où se trouvent les installations de lavage et de
mains des forces gouvernementales opérant dans la région. raffinage d’or.
Par ailleurs, la ville de Watsa qui était considérée comme Selon certains rapports, une dispute ayant éclaté au
le dernier bastion de la résistance rebelle a été arrachée des sujet de cet or, aurait conduit à de graves dissensions entre
380
mains des insurgés. La reprise des localités de Faradje ouvre les principaux leaders rebelles ».
378
une jonction Faradje-Watsa-Paulis et Aru […] ».
Finalement, les troupes mobiles de l’ANC opérant dans
Entre-temps, le calme commençait à revenir dans les le nord-est du Congo occuperont le 18 avril 1965 la localité
zones libérées par l’ANC, notamment à Paulis. Mais la de Yakuluku, village situé à quelque 120 kilomètres de
population avait faim, parce que les villageois n’avaient Niangara. Ils ne rencontrèrent pas beaucoup de résistance
pas pu entretenir leurs champs pendant l’occupation par de la part des insurgés qui s’étaient dispersés en débandade
les Simba. C’était aussi le temps de la réflexion. Les écoles à l’approche des troupes régulières. Le ratissage des régions
381
avaient repris, mais on n’ignorait pas que certains élèves libérées restait encore en cours avec l’aide des villageois .
379
avaient suivi leurs pères dans les rangs des Simba . Les travaux de rééducation des jeunes débutèrent
er
Ajoutons ici que pendant le règne des Simba, ceux-ci à Paulis le 1 mars, sous les auspices du commissariat
n’avaient pas hésité à exploiter les mines d’or de Kilo-Moto. provincial de la Jeunesse et des Sports et du Développement
C’est le journal américain New-York Times qui diffusa au communautaire. Le programme comprenait la méthode
début de 1965 cette nouvelle qui fut reprise très vite par la de travail, l’éducation civique, la vulgarisation agricole,
presse congolaise : la coopérative, l’habitat et la connaissance plus ou moins
élevée du raider–scout, du sport, de la vie et de l’esprit.
« Le New-York Times écrit que les rebelles congolais C’est à l’initiative du commandant Ridder, un Belge, que
extraient d’importantes quantités de minerai d’or des mines ce centre de rééducation de petits Simba avait été fondé
situées dans le nord du Congo. Ce minerai, poursuit le à Paulis. Au cours de ses tournées dans l’Uele, en arrivant
dans les centres, la première chose qu’il faisait, c’était de
377 « Uele : Les circonstances de la mort des victimes
dominicaines à Watsa », Le Courrier d’Afrique,
Léopoldville, vendredi 29 janvier 1965, p. 3. 380 « Selon le New-York Times : Les rebelles exploiteraient
378 « L’ANC marque des points : La frontière soudano- l’or de Kilo-Moto », Le Courrier d’Afrique,
congolaise est entièrement fermée, le centre agricole Léopoldville, jeudi 4 mars 1965, p. 5.
de Yangambi repris », Le Courrier d’Afrique, 381 « À Yakuluku, les insurgés battent en retraite, à
Léopoldville, mardi 30 mars 1965, p. 1. l’approche des forces gouvernementales », Le Courrier
379 « À Paulis : la confiance reprend », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, samedi 24-dimanche 25 avril
d’Afrique, Léopoldville, lundi 22 février 1965, p. 3. 1965, p. 3.

179
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

visiter la prison. Il faisait sortir les enfants-soldats de 12 à militaire. Troisièmement, la question des étudiants du
14 ans, les amenait chez lui et les plaçait ensuite dans son secondaire, qui se trouvaient encore disséminés en brousse
école à Paulis. Ceux de 15 ans n’entraient plus en ligne de et qui devraient pouvoir continuer leurs études, puisque
384
compte dans le cadre de son système de rééducation ; seuls les élites avaient été massacrées par les insurgés .
382
les plus jeunes étaient jugés encore récupérables .
Dans ce centre tout ce qui pouvait rappeler la rébellion 3.4. LES ÉLECTIONS DE 1965
et la répression était soigneusement banni. Il y avait
interdiction formelle de prononcer les mots Simba ou Dès l’annonce de la date des élections législatives, un
ANC et les leçons de gymnastique ne pouvaient en rien malaise s’installa dans la province de l’Uele. Tout d’abord,
rappeler un exercice militaire. L’apprentissage du français les gens se demandaient qui allait maintenant diriger
était fort poussé pour que ces enfants puissent être envoyés la province de l’Uele. Un article inséré dans Le Courrier
dans d’autres régions du Congo. d’Afrique des 9-10 janvier 1965 en dit long :
Le président Joseph Kasa-Vubu fit une visite, le 25
mai 1965, à Paulis où il arriva à 11 h du matin. Il était « Comme on le sait, la rébellion qui s’était installée
accompagné de Godefroid Munongo, le ministre de dans les provinces orientales, en l’occurrence dans le
l’Intérieur. À la descente de l’avion, il fut salué par les Haut-Congo et l’Uele, a “fauché” tous les cadres tant
membres du comité d’état d’urgence et par de nombreuses politiques qu’administratifs. Presque les principaux
personnalités dont Victor Nendaka, Jean-Pierre dirigeants provinciaux ont été tués tandis que ceux qui ont
Dericoyard, Adindeli, Antoine Lopes et François Kupa. échappé à cette mort se réfugient à Léo qu’ils ne veulent
Après avoir passé en revue les troupes commandées par le pas quitter de sitôt pour rentrer dans leur région. Ainsi
lieutenant-colonel Paul Yossa, il fut transporté en tipoy par une fois récupérées, ces provinces posent un problème
des danseurs yogo. Tout le long du parcours qu’empruntait crucial d’hommes. C’est pour ainsi dire le cas de l’Uele.
le cortège présidentiel était massée une foule considérable. Le gouverneur de cette province ainsi que ses principaux
Au stade de Paulis, le président Kasa-Vubu assista à un collaborateurs ont été tués par les rebelles.
défilé des troupes, de la police, des écoliers et des différents Maintenant afin d’assurer une solide reconstruction
mouvements de jeunesse. Il se rendit également au foyer de l’Uele, la population réclame le retour à Paulis de tous
social où il visita l’exposition d’œuvres d’art et où il assista à les ressortissants et rescapés de cette province se trouvant
un banquet. Lors de son allocution, il rappela la visite qu’il à Léopoldville.
avait faite à Paulis en mars 1964 et il promit de donner la Quant à l’homme qui dirigera la province de l’Uele,
383
priorité à la reconstruction de la région . plusieurs noms sont avancés. Nous en avons retenu
gr
À son retour à Doruma en juillet 1965, M Van den notamment celui de M. Nendaka Victor, administrateur
Elzen évoqua trois problèmes majeurs. Premièrement, général de la Sûreté nationale. Mais M. Nendaka, malgré
la jeunesse postscolaire, fort touchée par le chômage. ses importantes fonctions qu’il exerce actuellement, va-t-il
Deuxièmement, la question des femmes libres qui, après accepter de se placer à la tête de l’Uele pour sauver cette
avoir vécu de la solde des Simba et avoir souvent été les province ? Il paraît en effet que M. Nendaka serait disposé à
instigatrices féroces de meurtres, tentaient de drainer vers assumer la direction de la province de l’Uele comme l’exige
elles les gains du commerce renaissant et les soldes des la volonté de la population. Il ne dépend dès lors, laisse-t-
forces de l’ordre. Certaines tentaient même, poursuit-il, on entendre dans les milieux généralement informés, que
de transmettre aux rebelles des renseignements de nature du gouvernement central pour entériner cette volonté . »
385

382 « Un centre de rééducation de petits Simba à Paulis »,


Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, mardi 22 juin 384 « La situation en Uele », Le Courrier d’Afrique,
1965, p. 3. Léopoldville, vendredi 30 juillet 1965, pp. 3 et 6.
383 « Paulis a fait un accueil délirant au président Kasa- 385 « Qui dirigera la province de l’Uele ? » Le Courrier
Vubu », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, mercredi d’Afrique, Léopoldville, samedi 9-dimanche 10 janvier
26-jeudi 27 mai 1965, p. 1 et 6. 1965, p. 3.

180
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

Victor Nendaka avait apparemment des ambitions l’Uele, Lopes s’installa à Paulis avec un groupe importé de
nationales. Après les élections de mai 1965, il sera nommé Lipopois (habitants de Léopoldville) inconnus du public
ministre de l’Intérieur. Cependant, il sera élu président et s’empara du pouvoir en s’arrogeant le département
du bureau définitif du congrès des « Provinces martyres » provincial de l’économie et laissant d’autres départements à
et il aura Edmond Rudahindwa (Kivu-Central) comme son entourage sans consulter la population. Apparemment
vice-président, Marcel Lengema (Haut-Congo) comme il ne se montra pas un gestionnaire honnête et soucieux
secrétaire, et Albert Masumbuko (Nord-Kivu) comme des problèmes des gens :
386
secrétaire adjoint .
Le malaise dans la province de l’Uele était provoqué « Il s’empare des caisses de réserve des chefferies
par le comité provincial de la section de l’Uele du (CACI) […] Au lieu de relever l’économie de la province,
Rassemblement des démocrates congolais (Radeco). Ce il ne s’occupa que des intérêts des commerçants grecs
parti politique avait été fondé lors d’un congrès organisé dont lui-même servait de fournisseur et de grossiste en
à Luluabourg du 19 au 26 août 1963. Son aire d’activité même temps détaillant dès octobre 1962 aux jours de
était les provinces du Lac Léopold II (Mai Ndombe), l’insurrection populaire qui est une protestation contre les
Luluabourg, Unité Kasaïenne, Sankuru, Lomami, Sud- autorités insouciantes et l’action de Mulele n’y a servi que
Kasaï, Nord-Kivu, Haut-Congo, Uele, Ituri et Cuvette- 388
de prétexte ».
Centrale. Il trouvait son origine dans le désir de quelques
ministres du gouvernement central appartenant au Parti Le Radeco fut contesté pour plusieurs raisons. La
387
démocrate congolais (PDC) . première raison était d’ordre identitaire.
Pour la province de l’Uele, le Radeco tentait de
regrouper tous les anciens membres modérés du MNC-L « Qui sont les élus de cette liste ? Tous les défaillants de
de même que les chefs coutumiers. Sa position était la première législature avec le déshonorable François Kupa,
assez forte dans cette province où l’action était largement ex-secrétaire d’État aux Finances du gouvernement défunt
soutenue par le gouvernement provincial, notamment de Adoula en tête ensuite les Lopes, les Takis, les Rulot, les
par François Kupa. Mais elle se heurta aussi violemment Boris, les Anzela, etc. … pour ne citer que ceux-ci. Quant à
aux propagandistes du MNC-L dans le territoire d’Aketi nous, nous aimerions savoir les circonscriptions législatives
durant le mois d’octobre 1963. Le président du Radeco de que représentent ces messieurs, puisque tout le monde sait
la province de l’Uele était Joseph Tabalo. que, sauf M. Albert Anzela qui est de la tribu Mokusu
Très vite la rumeur commença à circuler que ce comité du Sankuru ou du Maniema et où il doit présenter sa
fomentait, pour s’imposer aux élections, un plan consistant candidature si il a envie de se faire élire député ou sénateur
à écarter tous les membres d’autres formations politiques et non à Uele, ce sont tous mulâtres naturalisés Belges . »
389

autres que le Radeco. Les gens craignaient la naissance


d’un parti unique importé ou officialisé. Dans le Haut-Uele La population voulait ainsi protester contre le
la situation devint nerveuse à la veille des élections. Mais parachutage de toutes sortes d’aventuriers et des personnes
pour mieux comprendre cette nervosité, il faut revenir aux douteuses à la double nationalité qui se disaient Congolais,
élections de mai 1960 où Antoine Lopes, un des leaders mais qui, une fois au pouvoir, tournaient le dos pour ne plus
influents du PNP, avait été battu à Stanleyville. Il regagna s’occuper que de leurs intérêts et de ceux de leurs parents
Léopoldville en abandonnant ses adhérents à la merci d’outre-mer. Il y a, deuxièmement, l’aspect moral, parce
du MNC/Lumumba. En 1962, sans avoir été élu dans que les villageois les considéraient comme des personnes
corrompues et à double face, car ils ne s’occupaient que
386 « M. Nendaka », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville,
de leur commerce et de leurs prétendus parents d’Europe
mardi 31 août 1965, p. 3.
387 Willame, J.-C., « Partis politiques congolais – 1964 », 388 « En marge des élections législatives dans l’Uele »,
Bruxelles, Centre de recherche et d’information socio- Présence congolaise, Léopoldville, samedi 27 mars
politiques – CRISP, Travaux africains, n° 1, 1er mai 1965, pp. 4 & 11.
1964, pp. 107-111, « Dossier documentaire n° 1 ». 389 Idem, p. 4.

181
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

qui « hier les traitaient de macaques comme nous et qui tous. Ci-après la liste des élus : Victor Nendaka (Buta,
aujourd’hui pour les besoins de la cause, les appellent nos MNC-Nendaka), Jean-Constant Ebosiri (Bas-Uele, PNP),
fils. Que leur importent les misères de la population au François Kupa (Haut-Uele/Paulis, PNP), Dominique
391
moindre alerte et regagnent leurs palais à Léopoldville où Nembumzhut , Antoine Lopes (Bas-Uele, PNP),
ils jouissaient en compagnie de belles Kinoises du produit Raphaël Debali (Dungu), Jean-Maurice Kalume (ethnie
de la tyrannie qui est l’argent extorqué au peuple noir, vrai benza, secrétaire particulier de V. Nendaka à la Sûreté en
natif de ce pays que les mulâtres voudraient investir en 1960), Jean-Pierre Dericoyard (Bas-Uele, PNP), Servais
390
remplacement des colonialistes . » Ngbangala (Haut-Uele, PNP), Bernardin Londo, Antoine
392
Et la population reprochait à ces hommes politiques Kilima (Wamba, PPU) .
du Radeco d’être des lâches parce que, dès la création de Pour les élections législatives provinciales, le nombre
la province de l’Uele, ils s’étaient sauvés chaque fois que la de sièges à répartir dans la province de l’Uele était de 38.
région était en ébullition, abandonnant la population à sa Les élus pour l’assemblée provinciale de l’Uele étaient tous
393
misère et laissant aussi derrière eux des gouvernants parfois membres de la Conaco .
honnêtes qui payaient de leur vie le mécontentement du
peuple. Le cas de Paul Mambaya est illustratif à ce sujet,
car ce « dynamique » gouverneur avait été assassiné.
La deuxième raison, c’est qu’il était difficile d’organiser
des élections dans cette région, parce que seule la ville de
Paulis et ses rayons locaux avaient été libérés ; les rebelles
n’avaient pas encore été entièrement éliminés dans le
reste de la région. D’ailleurs, on soupçonnait que les
dirigeants du Radeco manoeuvraient dans les coulisses et
avaient transmis des noms de leurs ennemis personnels et
prétendument rebelles à l’armée chargée de la pacification
et du nettoyage de la province, voulant ainsi faire de
l’armée nationale leur instrument de vengeance.
La date limite de dépôt des candidatures pour les
élections législatives, fixée d’abord au 15 février, fut
reportée au 20 février 1965. Les multiples partis politiques
commencèrent à chercher à se regrouper en vue des
élections. Très vite Moïse Tshombe annonça la participation
de son parti, la Conaco. Cyrille Adoula ne tergiversa pas
non plus et déclara que le parti qu’il présidait, le Radeco,
se battrait également. Il en fut de même pour le MNC/L
qui venait de se regrouper avec trois autres formations
politiques au sein d’une nouvelle formation, l’Alliance 391 Dominique Nembunzhut est identifié comme
des mouvements nationalistes congolais/Lumumba ou étant originaire du Soudan, de l’ethnie mangbetu
mavazanga, clan Niakpu Mugaki.
AMNC/L.
392 Lovens, M., « Les élections législatives nationales
Dans la circonscription électorale de l’Uele, dix sièges
de 1965 en République démocratique du Congo :
étaient à pourvoir pour les élections législatives nationales. situation au 15 juillet 1965 », Cahiers économiques et
La Conaco, composée principalement d’anciens hommes sociaux, vol. III, cahier n° 3, octobre 1965, pp. 382-
politiques du PNP et du MNC-Nendaka les emporta 383.
393 « Composition des Chambres législatives et
390 « En marge des élections legislatives dans l’Uele », des assemblées provinciales (liste officieuse et
Présence congolaise, Léopoldville, samedi 27 mars incomplète) », supplément au numéro du 30 juin
1965, p. 4. 1965 du Courrier d’Afrique, Léopoldville, p. 19.

182
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

Élus de l’assemblée provinciale de l’Uele en 1965

Noms des élus Térritoire d’origine Noms des élus Térritoire d’origine
Bambule Philippe Aketi Balebabu Raphaël Buta
Nyoso Sylvain Aketi Paygas Guido Ango
Ngbo Marcel Aketi Nduka Mathias Ango
Palangako Guillaume Fr. Bondo Midi Ferdinand Poko
Mozagba Jacques Bondo Ateto Albert Poko
Kpinasongo Gaston Bondo Kumbayeki Paul Poko
Amasito Valentin Buta Madua Dieudonné Bambesa
Gbinzadi Côme Poko Kayeba Mathias Watsa
Kateka Christian Bambesa Asibu Alphonse Paulis
Tepatondele Flavien Bambesa Mosaki Réginald Paulis
Sende Baudouin Paulis Mabiangama Salomon Paulis
Magbada Marc Paulis Amumwalo Ferdinand Paulis
Asobe Daniël Wamba Bawaba Isidore Wamba
Abangwa Corneille Wamba Matsaga Alex Niangara
Karume Joseph Wamba Sukala François Dungu
Yobeluo Corneille Wamba Migele Anselme Dungu
Masiokpo Léon Watsa Medu Faustin Niangara
Baboatane Frédéric Wamba Mambi Dominique Watsa
Nganzi Léon Dungu

Le résultat électoral dans le territoire de Faradje, qui candidatures déposées au bureau de l’assemblée étaient celles
venait de « réintégrer » la province du Haut-Uele, était le de François Kupa, ancien secrétaire d’État aux Finances du
394
suivant : gouvernement Adoula ; Côme Gbizandi, commissaire de la
République pour l’Uele ; Marcelin Tusse ; Henri Nendumba
Élus conseillers : 1) Jean-Foster Manzikala et Jean Ngbana. François Kupa fut élu gouverneur de la
395
2) Gule Nicolas province par 27 voix sur 37 .
3) Gule Dieudonné Un article paru dans le Courrier d’Afrique des samedi 7
4) Lemi Clément et dimanche 8 août 1965 peut étonner en quelque sorte. Il
annonce que les élus des territoires de Niangara, Wamba,
Désignés suppléants : 1) Morzani Adolphe Poko et Watsa avaient tous pris les armes pour prêter leur
2) Madi Théodore concours à l’opération de pacification de leurs régions
396
éprouvées .
Réunie en séance le 11 juin 1965, l’assemblée provinciale
de l’Uele procéda à l’élection de son gouverneur. Les
395 « Uele : M. Kupa élu gouverneur », Le Courrier
d’Afrique, Léopoldville, mercredi 16 juin 1965, p. 3.
394 « Résultats des élections dans la province de 396 « Uele : les élus de l’Uele procèdent à la pacification
Kibali-Ituri », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville, de leurs régions », Le Courrier d’Afrique, Léopoldville,
samedi 22–dimanche 23 mai 1965, p. 1. samedi 7-dimanche 8 août 1965, p. 3.

183
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

3.5. LE HAUT-UELE REDEVIENT DISTRICT viables ». Le 22 mars 1966, le chef de l’État transmettait
DE LA PROVINCE-ORIENTALE aux présidents des Chambres un mémorandum qui fut
ensuite approuvé en conseil des ministres et qui réduisait
Lorsque le colonel Mobutu prit le pouvoir le le nombre des provinces à 14 à savoir : Kongo-Central,
24 novembre 1965, ses premières actions visèrent la Bandundu, Équateur (réunifiée), Uele, Kibali-Ituri,
« pacification » du pays. Le fait d’avoir déclaré le régime Haut-Congo, Kivu, Maniema, Nord-Katanga, Katanga-
d’exception sur l’ensemble du territoire national ne pouvait Oriental, Lualaba, Sud-Kasaï, Kasaï-Central et Sankuru-
manquer de rejaillir sur les institutions provinciales. Dans Lomami. Ce projet fut modifié par l’ordonnance-loi 205
les provinces du Sankuru, du Haut-Congo, du Kibali-Ituri, du 7 avril 1966 portant modification des divisions du
de l’Uele, du Lomami et de Luluabourg, l’instauration de territoire congolais. Six provinces étaient maintenues :
l’état d’urgence aboutit à ce que leur gestion soit désormais Kongo-Central, Nord-Kivu, Nord-Katanga, Kibali-Ituri,
397
confiée à des chefs militaires . Dans ces six provinces un Haut-Congo et Uele. Six autres provinces résultaient du
régime militaire dirigé par un officier supérieur fut mis processus de réunification :
en place. La suppression des « provincettes » était ainsi – Bandundu, regroupant le Kwango, le Kwilu et le Lac
annoncée parce que, selon Mobutu, elles étaient à la base Léopold II ;
de l’anarchie et du chaos du pays. – Équateur, regroupant la Cuvette-Centrale, le Moyen-
Le voyage que le président Mobutu effectua dans Congo et l’Ubangi ;
les provinces au début de l’année 1966 lui permit de – Sud-Kivu, regroupant le Kivu-Central et le Maniema ;
mesurer les dysfonctionnements qui caractérisaient – Sud-Katanga, regroupant le Katanga-Oriental ;
plusieurs administrations provinciales. À Luluabourg, – Kasaï-Oriental, regroupant le Lomami et le Sud-Kasaï ;
il s’en prit aux « 21 provinces tribales » et aux dépenses – Le Kasaï-Occidental, regroupant le Sankuru,
qu’elles engendraient alors que « la plupart ne sont pas Luluabourg et l’Unité Kasaïenne.

LeprésidentMobutuaccompagnédeJ.M.Bomboko(ministredesAffairesétrangères)sefaitprésenteràl’aéroportdeKisanganile5mai1967les
chefscoutumiersdelaProvince-OrientaleparlegouverneurVitalMoanda.(CP.2007.1.151,fondsJulesGérard-Libois(surledosdelaphoto:«photoInformation
G.C. »), 1967, archives de la section d’Histoire du Temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale.)

397 Gérard-Libois, J., Congo 1966, Bruxelles-Kinshasa,


CRISP-INEP, 1967, p. 16.

184
À L’ÈRE DE LA DÉCOLONISATION

e
L’ordonnance-loi n° 66-614 du 31 octobre 1966 confia l’avènement de la 2 République précisait les modalités
au président de la République une autorité de tutelle sur les de l’étape suivante : « la réduction […] du nombre des
provinces. Désormais lui était attribué le pouvoir d’annuler provinces qui furent divisées pour satsisfaire l’ambition
les actes de portée législative et toute autre décision d’une pléade de roitelets éhontés […] cette réduction se
émanant des assemblées législatives et des gouverneurs poursuit ». Dans le discours qu’il tint, le 24 décembre
pour autant qu’elles ne respectaient pas la Constitution ou 1966, adressé au Parlement réuni en congrès à l’occasion
les lois nationales ou encore qu’elles menacaient l’intérêt de Nouvel An, le nombre des provinces était ramené à 8,
général. Le discours de Mobutu du 25 novembre 1966 qu’il la province de l’Uele intégrant la Province-Orientale. Le
pronnonça pour commémorer le premier anniversaire de Haut-Uele redevenait un district.

185
CHAPITRE V L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE

186
LE TERRITOIRE DE DUNGU

CHAPITRE VI COMPOSITION
ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

I
mpressionnée par la complexité de la région Signalons que nous avons préféré reproduire les noms
de l’Uele, l’autorité coloniale belge se montra des chefferies et de leurs chefs tels qu’ils sont écrits dans
prudente dans la formation des nouvelles les différentes sources consultées. Il se peut, dès lors,
unités administratives, d’autant que cette région que certains noms soient écrits de plusieurs manières
était relativement difficile d’accès et que les îlots humains diférentes. Par ailleurs, il se peut que certaines généalogies
semblaient y être trop dispersés pour permettre un contrôle de chefferies ne concordent ni avec celles des sources écrites
administratif direct. L’autorité coloniale, dont l’occupation d’origine coloniale, ni avec les généalogies reconstituées
fut toujours peu importante en Uele, laissa aux chefs auprès des autochtones par l’autorité administrative
coutumiers une grande liberté d’action pourvu que ceux- postcoloniale ou sur la base de nos enquêtes. Nous avons
ci l’aident dans ses campagnes agricoles. L’Uele échappa décidé de laisser apparaître ces divergences afin de susciter
ainsi presque complètement à la réorganisation territoriale de nouvelles études approfondies, les contestatitons
de 1933 qui consacrait la politique de regroupement des du pouvoir coutumier étant devenues nombreuses et
398
circonscriptions indigènes en secteurs . Le nombre et les récurrentes.
délimitations des chefferies restèrent quasiment fixes : en
1933, il y avait 93 chefferies reconnues en Uele. En 1956 on
pouvait encore en compter 90.
1. LE TERRITOIRE DE DUNGU
Les secteurs ne rencontrèrent pas beaucoup de succès
chez les Azande du Haut-Uele où l’administration ne
put en aménager que deux. Dans le Bas-Uele, elle laissa 1.1. APERÇU HISTORIQUE
subsister l’impressionnante mosaïque de peuples qui
caractérise particulièrement cette région : en 1958, il y 1.1.1. Les Avongara
avait 48 chefferies contre 8 secteurs seulement. Les Avongara ont constitué, dans l’histoire du Haut-
Le Haut-Uele compte actuellement six territoires, 41 Uele, une puissante dynastie dans le groupe des Azande.
chefferies, 4 secteurs, 390 groupements, 2.154 villages, etc. La fondation de cet empire Avongara est plutôt mythique.
Ci-après, nous présentons de manière succinte les six Plusieurs auteurs ont enquêté sur ce mythe qui connaît,
territoires du Haut-Uele avec leurs subdivisions internes. selon l’historien-anthropologue Pierre Salmon, différentes
versions. On trouve une base commune dans quatre des six
récits que propose Pierre Salmon : il s’agit d’une personne
398 Massart, A., Notice sur la carte des subdivisions
administratives du Congo-Belge et du Ruanda-Urundi, « étrange » et quelque peu « surnaturelle » qui aurait
Atlas général, Bruxelles, Institut royal colonial belge, terrassé et « lié » un individu qui terrorisait les villageois
1950. Voir Introduction générale. et dont le nom est symbolique car il signifie « la force »

187
188
Évolution du nombre des entités administratives par territoire dans les Uele (Bas et Haut-Uele) : 1937-1952

Territoires 1937 1939 1943 1945 1952


Chefferies Secteurs CEC Chefferies Secteurs CEC Chefferies Secteurs CEC Chefferies Secteurs CEC Chefferies Secteurs CEC
Aketi 11 - - 9 2 1 9 2 1 5 3 1 5 3 1
Ango 5 - - 5 - - 5 - - 4 - - 4 - -
Bondo 10 - - 10 - - 10 - - 10 - - 10 - -
Buta 14 15 - 1 13 1 1 14 1 1 14 1 1
Poko 16 17 - - 15 1 - 11 2 - 11 2 -
Dungu 7 - - 6 - - 6 - - 5 - - 4 - -
Niangara 9 11 - - 8 - 1 8 - 1 7 - 1
Niapu 7 1 - - - - - - - - - - - -
Paulis 8 - - 9 - - 9 - - 7 - 1 7 - 1
Faradje 9 9 - - 9 - - 9 - - 9 - -
Wamba 18 - - 15 - - 15 - - 14 1 - 12 1 -
Watsa 12 12 - - 12 - - 9 1 1 9 1 1
Total 127 1 - 118 - 2 111 4 3 96 8 5 92 8 5
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ;
Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds Benoît Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
LE TERRITOIRE DE DUNGU

ou « la puissance ». Dans les deux autres récits, on réfère autres. Dès qu’il apprenait que quelqu’un avait tué une bête,
respectivement à une affaire de justice et à une affaire de il arrivait le jour même chez celui-ci pour lui prendre la
procédé culinaire qui aurait été à l’origine de la formation viande par la force.
399
du clan Avongara . Un jour, le garçon inconnu tua une antilope appelée
Kpangbaningba et Ngala voulut la lui ravir. Le garçon
a. Récit de I. Gbaguda trouvé jadis dit à Ngala : “Ce que tu fais ici souvent aux
« Il y avait une fois dans un village une mère de gens, ne l’essaye pas avec moi”. Ces paroles mirent Ngala en
plusieurs enfants. Un jour, elle alla couper des herbes colère et il prit la bête du garçon qui était encore fort jeune.
appelées “lange” ; là, dans le lange, elle trouva un bébé qui Le garçon prit Ngala et le terrassa et puis il cria aux gens de
était tombé du ciel. Cette mère, ayant vu le bébé, ne s’en lui amener des lianes afin qu’il ligote Ngala. D’où Avongala,
approcha pas, car elle n’avait trouvé aucune autre femme c’est-à-dire “ceux qui ont lié Ngala”.
près du bébé. Le clan des Akulangba, qui doit son origine à un garçon
Elle rentra vite à la maison et narra l’histoire à son tombé du ciel et trouvé dans le lange par une femme,
mari. Pour ne pas être seuls à connaître ce miracle, l’époux changea son nom à cette occasion en Avongala.
de la femme qui avait découvert le bébé sonna le gong pour Tous, hommes, femmes, enfants, crièrent d’une seule
appeler tous les gens. Les hommes vinrent et se dirigèrent à voix : “Vivent les Avongala qui nous ont sauvés de la
l’endroit où était couché le bébé. Ils le trouvèrent au même main de Ngala !”. Le père nourricier de Vongala qui était
endroit et chacun d’eux se présenta au bébé pour voir à un Bakunda et un grand chef céda son trône à son fils
qui il allait sourire. Mais c’est vainement que les gens se nourricier. Les fils de ce nouveau chef ne portent plus le
présentaient au bébé. Ce fut seulement quand la femme qui nom du clan Abakunda, mais celui du clan Avongala. C’est
l’avait découvert se présenta qu’il sourit et tendit les bras. ainsi que les Avongala sont devenus chefs jusqu’à nos jours.
Elle le prit et rentra avec lui à la maison pour l’allaiter. Et les Abakunda, d’anciens chefs, sont devenus de simples
À cette époque régnait le clan des Abakunda appelé gens. »
ainsi parce qu’avant de préparer leur viande, les Abakunda
la laissaient faisander. b. Récit de A. de Calonne-Beaufaict
À l’âge de cinq ans, ce garçon trouvé jadis dans le « Les Avungura s’appelaient, il y a longtemps :
lange commença également à suivre les fils de sa mère Akulubwa. Un des leurs battit à la lutte Gura, chef des
nourricière, qui était l’épouse d’un Bakunda, à la chasse aux Abokundo, qui profitait de sa force physique pour piller
souris. Les fils de sa mère nourricière tuèrent beaucoup de tous ceux qui passaient sur ses terres. D’où le nom qu’ils
souris tandis que le garçon inconnu n’en tuait qu’une seule. prirent d’Avungura, ceux qui ont lié Gura. »
Au lieu de laisser faisander sa souris, le garçon inconnu
demanda à sa mère nourricière de préparer la souris encore c. Récit de V.-H. Vanden Plas
fraîche. La mère obéit et prépara la souris. Le garçon invita « Voici comment jadis la famille des Akulangba a
tous ses compagnons de chasse (des Abakunda donc) pris le pouvoir des mains de la famille des Abokundë. Les
à manger cette souris. Les enfants trouvèrent que leurs Abokundë étant chefs, un homme, nommé Basenginonga,
parents en laissant pourrir la viande avant de la préparer la dont le père était de la famille des Akulangba et la mère
gâtaient. Dès ce jour, ils ne voulurent plus suivre la coutume de la famille des Abokundë, habitait sur l’autre rive (rive
ancestrale mais celle du garçon inconnu. Celui-ci déclara à droite) du Mbomu. Il traversa la rivière et s’en vint chez un
tous que son clan était Kulangba. chef, son oncle maternel, sur cette rive-ci (rive gauche) du
Dans cette contrée vivait aussi un certain Ngala Mbomu. Il passe quelques mois chez son oncle, et constate,
(« force »), très puissant ; personne n’osait se mesurer par la manière dont celui-ci rend la justice, combien il se
avec lui. Grâce à sa force, ce Ngala vivait aux dépens des désintéresse des affaires.
Un jour, deux Azande viennent présenter un différend
399 Pierre Salmon, « Récits historiques zande », Bulletin à leur chef. Celui-ci les renvoie chez eux, en leur disant
de l’Académie royale des sciences d’outre-mer, qu’ils ont raison tous les deux. Ils s’en retournent à leur
Bruxelles, n° 118, 1965-4, pp. 847-869. village, mais Basenginonga les rejoint et leur demande

189
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

si le jugement de son oncle est conforme à la justice. Les au bénéfice du peuple. Celui-ci se rallia à lui et donna à ses
deux plaideurs de répondre qu’ils n’ont rien compris à la descendants le nom d’Avongara. »
sentence. Sur quoi Basenginonga dit au coupable : “Toi, qui
as usé de la femme de ton compagnon, tu lui payeras une 1.1.2. Le chef Doruma
indemnité de dix couteaux (monnaie zande) pour le fait Doruma (Ndoruma, Ndolomo) est une figure
d’avoir usé de sa femme”. emblématique dans l’histoire des Azande. Il est associé, en
Les Azande trouvèrent cette sentence juste. Le bruit de quelque sorte, à la transition de la période « égyptienne » à
ce fait se répandit parmi les Azande, qui vinrent dans la la période « belge » et représente, dans l’imaginaire zande,
suite soumettre leurs différends à Basenginonga. Quant au cette volonté d’indépendance des puissances étrangères.
chef qui était de la famille des Abokundë, il n’en prit pas Il a, bien entendu, déjà fait l’objet de plusieurs biographies
ombrage, et dit : “Basenginonga est le fils de ma sœur, il dont trois sont reproduites ci-après. La première notice
est des nôtres. Qu’il reste ici pour rendre la justice”. Les biographique a un aspect plutôt légendaire tandis que les
Azande, de leur côté, s’attachèrent à Basenginonga et le deux autres mettent l’accent sur les relations extrêmement
soutinrent. C’est ainsi que les Akulangba devinrent chefs. » difficiles entre Doruma et l’État indépendant du Congo.

d. Récit de A. Hutereau a. Histoire de Ndolomo et de Wili-Basa … par Jean


« Quelques Abokondo, après avoir été reçus à la table Dengilo, 5 juillet 1959
de Kurangbwa, furent dégoûtés des procédés culinaires « Il y avait, dans l’actuel territoire de Dungu, un grand
des gens de leur clan, et, pour vivre près du progrès, ils chef qui s’appelait Ndolomo, dont le poste Dolomo ou
s’installèrent aux environs des cases de leur amphytrion. Doruma porte le nom. Ce chef avait plusieurs femmes
Ainsi se forma un clan dont Kurangbwa devint le chef. » (environ cent). Un jour, le chef eut faim, il lui manquait
de quoi manger. Il avait parcouru du matin au soir, disait
e. Récit de C.R. Lagae l’orateur, toutes les maisons de ses femmes et il n’avait trouvé
« La raison de ce nom d’Avongara la voici. Il y avait aucun morceau susceptible d’apaiser sa faim. Alors le chef a
un homme appelé Ngara. Il maltraitait les gens, sans qu’il pris la résolution de voir tous ses greniers (ngbasolo) ou en
y avait quelqu’un pour le lier. Basenginonga se construisit d’autres mots ses plantations.
une résidence. Cet homme vint et parut à la porte chez Le chef Ndolomo a été chez sa première femme, la
Basenginonga. Basenginonga se jeta sur lui et le lia, et le maîtresse de toutes les femmes (nagbia ou naila kpolo),
coucha, avec une corde, sans qu’il y ait quelqu’un près de mais en vain, il n’y avait rien ce jour-là chez naila kpolo.
Basenginonga pour le lier. Ainsi, les Azande entendirent Outre ses femmes, le chef Ndolomo possédait d’autres
cela et ils dirent : Basenginonga a lié Ngara (la force), et ils femmes appelées les nangbasolo (servantes). Le chef
dirent : il est “le liant la force”. Ce nom (vongara) lui resta. mettait ces servantes à chaque grenier (ou plantation) pour
Il enfanta des enfants, et les gens dirent ainsi : ce sont les surveiller les semailles ou semences. Et pendant la (ou les)
enfants de Vongara. Cette affaire resta à propos des chefs. » récolte(s), ce sont ces servantes qui travaillent et non les
femmes du chef.
f. Récit de E.E. Evans-Pritchard Évidemment, il y a quelques femmes qui peuvent
« D’après Kuagbiaru, son informateur indigène, Ngora, travailler aux champs, mais c’est rare. Les naila kpolo ne
homme très puissant, dominait les Abakundo. Un jour, il travaillent pas aux champs, chez le chef, elles vont (ou elle
voulut s’emparer du gibier d’un homme, mais celui-ci le va) seulement voir les travaux exécutés par les servantes
terrassa et le lia. On appela cet homme Vongara (“le liant (les nangbasolo).
la force”). Parmi les milliers de nangbasolo, il y en avait une qui
Après cet exploit, Vongara tua l’animal, le fit cuire et s’appelait Wili-Basa. Celle-ci n’avait de (ou on ignorait son)
le mangea immédiatement. Or, les Abakundo avaient nom proprement dit et on l’appelait Wili-Basa qui veut dire
l’habitude de laisser leur viande faisander deux jours. Mais fille ou enfant de Basa. Son père s’appelait Basa. C’était un
Vongara persista à manger la viande fraîche. Il rendit aussi villageois du chef Ndolomo et on ne connaissait pas grand-
la justice et fut le premier à faire payer des compensations chose de sa vie.

190
LE TERRITOIRE DE DUNGU

Un jour, comme je viens de le dire plus haut, le chef no… Wa ku adanga na mbata ya gini pay … ?” (“Le Seigneur
Ndolomo, qui avait faim, alla consulter ses nangbasolo pour est arrivé aujourd’hui chez moi … Comme il n’était jamais
trouver de quoi vivre ce jour-là. Wili-Basa (prononciation ici qu’est-ce qu’il y a … ?”) Et comme elle grillait des
Wili-Basan) était une fille d’un villageois du chef Ndolomo. arachides, elle broya vite, vite les arachides décortiquées,
Celle-ci avait été jadis traitée comme une esclave et selon la les grilla et les vanna. Elle alla aussitôt chercher de belles
coutume des ancêtres. Un jour, on la frappa terriblement feuilles de bananier pour assiette, y mit les arachides bien
en disant que cette kanga (un autre nom pour une vannées et les apporta au chef.
servante) était une sorcière et on l’attacha (ou cloua) par Et lorsque le chef commença à manger les arachides,
terre au moyen de l’akatawa (ou gwanza c.-à-d. flèche elle se hâta à son nduka (l’endroit où elle jette les déchets)
indigène) ; après quelques mois, elle tomba malade, resta et elle commença à creuser. Le chef la regarda en mangeant
couchée durant 3 mois, et, fin des fins, elle devint infirme ses arachides. Quelques minutes après, elle en sortit un
(gbalan) de son pied et de son bras, ainsi que de son pouce pot bien emballé et alla le nettoyer avec de l’eau puis elle
qui était déformé. C’est ainsi que l’état de Wili-Basa fut ouvrit le pot. Là, dans le pot, se trouvait le magadi (vin de
complètement changé pour toute sa vie. bananes). Elle prit son gobelet indigène (inga), réservé,
Comme le chef se promenait en cherchant de quoi assez convenable, y versa le magadi et alla le donner à une
apaiser sa faim, il parcourut tous les greniers. Il arrive chez autre servante, très belle, qui accompagnait le chef ; celle-ci
les autres kanga, elles le voient seulement des yeux sans dire en présenta au chef. Celui-ci, qui aurait déjà été très content
un mot : “Pourquoi le chef nous voit-il ainsi et nous rend- avec de l’eau potable, prit le vin et en but avec avidité.
il une visite imprévue ? Peut-être y a-t-il quelque chose ?” Quelques instants plus tard, le chef prit congé et s’en
Non, personne parmi elles n’a demandé au chef, ni alla en disant “Wili-Basa moç du ho wenengai” (“Wili-
à ses amies qui l’accompagnaient ce qui se passait. Elles Basa reste et tiens-toi bien”) et serra la main de Wili-Basa.
disent bonjour (ngbia mo yee) et c’est tout. Même celles qui Toutes les autres servantes, très jolies, qui accompagnaient
accompagnent ne disent rien. le chef, s’étonnaient de le voir serrer pour la première fois
“Voilà, tiens ! un grand chef qui souffre, qui meurt la main d’une servante et surtout une servante comme
de faim et on le voit seulement des yeux sans lui donner Wili-Basa. Celle-ci, pour répondre aux salutations du chef,
quelque chose pour s’asseoir, pour prendre un peu de dit ces mots : “I-iii, ba, Mbokinde i ndu wenengai.”) (“Oui,
repos. Quel dommage pour un tel chef. Du matin au soir Seigneur, rentrez bien.”)
sans manger !” Lorsque le chef Ndolomo est arrivé à la maison, chez
Comme pour le chef c’est une honte chez les Zande lui, il a longtemps pensé à Wili-Basa qui l’a sauvé de sa faim.
de demander verbalement quelque chose à ses inférieurs, Un beau jour, il fit venir son premier enfant (fils) Tule et
il poursuivit sa promenade amère jusqu’auprès de Wili- lui donna beaucoup de lugute (conseils) au sujet de Wili-
Basa. Celle-ci, dès qu’elle se rendit compte de l’arrivée de Basa en disant que lorsqu’il serait mort, Tule ne devait pas
son maître, se mit debout pour le saluer. Lorsque le chef laisser Wili-Basa seule dans ses pauvretés mais l’emmener
est arrivé, elle alla lui dire bonjour en ces mots : “Mbokinde avec lui et lui donner une partie de ses biens afin qu’elle ne
mo yee … Mbokinde ye eleme ka bi g ako akanga, wa ku se plaigne pas après sa mort.
na danga no mbata te ? …” (Le Seigneur soit bienvenu … Après la mort du chef Ndolomo, son fils aîné Tule
Le Seigneur n’arrive jamais ici, il est peut-être venu rendre lui succéda et fit tout ce que son père lui avait demandé
visite à ses servantes… ?) pour Wili-Basa. Tule lui donna beaucoup de choses et, en
Comme le chef se tenait un court instant à écouter outre, lui confia une partie de son village ; il négligea toutes
ce qu’elle disait, elle alla vite prendre son pauvre escabeau les autres servantes qui étaient jolies et qui prétendaient
(gulungwa) bien réservé, s’approcha du chef et le lui qu’elles auraient plus de choses que Wili-Basa.
présenta en disant : “Mbokinde na ida ka ongoda umba ?” Quelques années plus tard, le chef Tule quitta la colonie
(“Seigneur, voulez-vous vous reposer un peu ?”) Le chef belge et alla régner au Soudan en tant que chef suprême :
accepta avec plaisir et cordialité et s’assit sur le pauvre il laissa Wili-Basa dans une situation fortunée pour la
escabeau présenté. Peu après Wili-Basa s’en alla vite dans récompenser d’avoir nourri le chef Ndolomo lorsqu’il était
sa pauvre hutte en murmurant : “Mbokinde da eleme kpule affamé. Le chef Tule est mort, après plusieurs années de

191
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

règne au Soudan. Le fils du chef Tule qui est encore en vie et lui aussi relégué : il avait été accusé par une de ses femmes
qui s’appelle Bazigbili, est maintenant au Congo belge aux (qu’il avait emprisonnée dans un trou) chez un « mondele
environs de nos pluricases, non loin d’ici. na leta » (administrateur).
N.B. Veuillez lire que Tule était le deuxième enfant Et enfin, c’est maintenant Ukwatutu qui est chef
(fils) du chef Ndolomo au lieu du premier et voici quelques médaillé à leur place. Basongoda et Basia sont tous les deux
notes sur l’histoire de Tule. revenus dans leur village natal et sont toujours en vie.
a) Le chef Ndolomo avait deux fils : Yapwati était le N.B. Veuillez lire que Akpa était le frère aîné de Tule.
premier et Tule le deuxième. Celui-ci, outre son propre Akpa est le premier enfant du chef Ndolomo, Yakpati, le
nom Mvuta, était surnommé par les gens de son père Tule deuxième, et le troisième, Tule. Le père du chef Ndolomo
– Batali – Tungumbia ou encore Baïmiade ; sa bravoure s’appelait Ezo. »
lui avait peut-être valu ces surnoms. Ces deux fils du
chef Ndolomo sont bien connus parce qu’ils étaient chefs b. Premier récit de vie de Doruma, par L. Lotar et Marthe
médaillés et qu’ils ont régné après la mort de leur père. Coosemans, in Biographie coloniale belge, tome II, col.
b) Le chef Ndolomo a mis au monde beaucoup d’enfants 300-301
dont deux seulement sont connus parce qu’ils étaient les « Doruma ou Ndoruma, chef zande, né vers 1845 et
Mbokinde (grands chefs ou seigneurs) ; ils s’appelaient mort en août 1903 aux sources du Yubo.
Yakpati et Mvuta ou Tule. Lorsque le chef Ndolomo était Installé aux sources de l’Uerre, Ndoruma, fils d’Eso
encore en vie, il donna à Tule une partie de son royaume (fils de Basingbi), est mentionné pour la première fois
situé au Soudan où il régnait aussi. Et lorsque les Européens par Schweinfurth, qui nous parle de la défaite que le chef
vinrent en Afrique, c’est-à-dire les Anglais et les Belges, ils zande infligea en 1871 à la bande de trafiquants nubiens
séparèrent le chef Tule de son père pour fixer la limite de Kutschuk Ali, Hassaballa et Abou-Gouroun, dans une
leurs colonies respectives. galerie de rivière, à une journée de marche de sa résidence.
c) Mvuta, appelé “Tule”, a enfanté Akpa qui succéda à D’après Gessi, les trois Nubiens disposaient de 2.000 soldats
son père pendant quelques années et se fit reléguer par les fusiliers et de 3.000 lanciers. Ndoruma, lui, avait plus de
Anglais à cause de sa mauvaise volonté. D’Akpa est né Maadi 600 fusils. Il vainquit ses ennemis, leur enleva 700 fusils et
qui lui succéda, puis vient Gbatanyeki, fils de Maadi. Celui-ci quantité de munitions. Il devint de la sorte très redoutable
est maintenant chef et commis au Soudan, disent-ils. pour ses voisins et les trafiquants. En 1875, Soliman, fils de
d) De Yakpati (Yapwati) sont nés quatre enfants bien Ziber, tenta, mais en vain, d’entrer en relations avec lui ; les
connus qui sont : Baduwe, Basongoda, Basia et Ukwatutu agents de Soliman n’insistèrent pas.
qui est actuellement chef médaillé dans la région du poste Ndoruma ne fut plus attaqué jusqu’au moment où le
de Doruma. Gouvernement égyptien du Bahr el Ghazal essaya d’entrer
Quelques traits de la vie des enfants de Yakpati en contact avec lui (1878). D’abord méfiant et se dérobant,
Baduwe, qui était le fils aîné de Yakpati, a pris la place Ndoruma fut contraint, à la suite d’une expédition conduite
de son père, mais après seulement quelques mois, il était par le sandjak Rafai Aga, à se soumettre. Mbio, son
dégommé et remplacé par Basongoda, car il était fumeur oncle, n’avait pas répondu à l’attente de Ndoruma pour le
de chanvre. Basongoda ne régna pas plusieurs années, il défendre, d’où entre les deux chefs des sentiments de haine
fut relégué parce qu’il maltraitait beaucoup trop ses gens qui subsistaient encore en 1880.
en leur coupant les mains, les oreilles et les pieds pour des Lorsque Ndoruma apprit la défaite et la mort de
questions de femmes et même pour de moindres affaires. Soliman (1879), il envoya au vainqueur Gessi, à Dem
Alors vint Basia qui était encore très cruel envers Soliman, une délégation de vingt personnes conduite par
ses hommes pour des histoires de femmes. Basia faisait son frère Zambare, avec cent charges d’ivoire, afin de se
emprisonner dans des trous les hommes qui avaient eu des faire confirmer la victoire du Gouvernement égyptien et
relations avec ses femmes et faisait de même pour celles-ci. savoir à quoi s’en tenir pour son propre compte.
Parfois, il forçait les coupables à nettoyer ou à balayer la L’ambassade annonça à Gessi les intentions pacifiques
cour avec leurs fesses et, en outre, il pillait ou prenait les de Ndoruma. Gessi se mit en rapport avec le chef zande par
filles de ses gens, sans payer la dot. Pour cette raison, il fut l’intermédiaire de Rafai Aga. Un mois plus tard (septembre

192
LE TERRITOIRE DE DUNGU

1880), Zambare, à la tête d’une nouvelle délégation, revint c. Deuxième récit de vie de Doruma par Pierre Salmon,
et rencontra Gessi à Wau ; personne. Celui-ci ne tarda pas à « Récits historiques zande », Bulletin de l’Académie
se présenter. Gessi fait de lui le portrait suivant : royale des sciences d’outre-mer, Bruxelles, n° 118, 1965-
“Il a trente-cinq ans, six pieds de haut, de larges épaules, 4, pp. 853-855
une expression intelligente, un perpétuel sourire. Il examine « Le sultan vonguzra Doruma, fils d’Ezo et petit-fils
attentivement nos fusils, nos canons, nos vêtements. Quand de Bzingbi, est né vers 1845. Très jeune, il dirigea une
je lui offris de beaux vêtements arabes, écrit Gessi, il refusa, importante chefferie située au nord de l’Uele. En 1870, il
disant qu’il voulait être vêtu non comme un Arabe, mais anéantit une caravane de traitants nubiens conduite par
comme un Européen. Il me demanda de voir tirer le canon, Abd Al-Rahman et s’empare de nombreux fusils et de
mais effrayé de la détonation, il tomba à terre. Audacieux, munitions qui vont lui permettre d’exercer sur ses voisins
turbulent, Ndoruma semblait avoir une grande confiance une redoutable hégémonie.
en lui-même.” Vers 1877-1878, après une campagne militaire effectuée
Après des fêtes données en son honneur, Ndoruma par Rafai Aga, Doruma est contraint de se soumettre aux
partit en disant : “Je me soumets à vous ; envoyez-moi autorités de la province du Bahr-el-Ghazal. En 1880, il
quelqu’un à qui je puisse confier tout l’ivoire de mon confirme sa soumission en se rendant en personne à Dem
territoire. Pour vous prouver ma sincérité, je suis prêt à Soliman auprès du gouverneur Romolo Gessi Pacha.
vous donner les 700 fusils enlevés aux Nubiens lors de leur Le 29 avril 1880, Guillaume Junker rencontre le sultan
incursion dans ma chefferie». Gessi accepta l’ivoire, mais Doruma à Dem Bekir. Le 9 juin, il arrive au village de
lui laissa les armes pour le cas où les traitants l’attaqueraient Doruma, situé près des sources de l’Uere ; avec l’appui du
encore. sultan, il établit dans les environs immédiats la station de
Quand Junker, recommandé par Gessi, arriva chez Lacrima et y installe son préparateur Frédéric Bohndorff.
Ndoruma, il obtint du chef toute l’aide désirable pour À cette époque, Doruma était toujours en excellents
l’installation d’une station (Lacrima) et l’organisation de ses termes avec les fonctionnaires égyptiens ; il parlait l’arabe
voyages sur son territoire. Cependant, lorsque les agents du et percevait lui-même l’impôt en ivoire dont il assurait le
Gouvernement égyptien occupèrent son pays, Ndoruma et transport jusqu’à Dem Soliman. Le 30 novembre 1880,
son oncle Mbio (Yembio) leur suscitèrent des difficultés et Junker rencontre à nouveau Doruma au village de Binsa.
tous deux furent emmenés en captivité à Wau (Bas-Sueh). Il séjourne ensuite à la station de Lacrima du 3 décembre
Après un ou deux ans de réclusion, ils furent autorisés à er
1880 au 1 janvier 1881. Junker devait revoir pour la
rentrer dans leurs villages. dernière fois le sultan, trois ans plus tard, le 7 décembre
Sous le gouvernement de l’État indépendant, Ndoruma 1883. À la fin de l’occupation égyptienne, Doruma
accepta en 1894 la fondation d’une station de l’État à côté possédait beaucoup d’armes et de munitions obtenues en
de sa résidence, aux sources de l’Uerre. Mais en janvier échange des services qu’il avait rendus aux fonctionnaires
1895, la colonne Janssens-Van Holsbeek y était attaquée égyptiens. Les mahdistes, conscients de sa supériorité en
et massacrée. Aussi, dès l’année suivante (1896), Chaltin armement, respectèrent son indépendance.
entreprenait contre Ndoruma une action répressive au En 1888, Léopold II fait commencer l’occupation de
cours de laquelle le commandant fut sérieusement blessé l’Uele. Le 25 mars 1892, Doruma envoie un de ses fils à
à la main. Peu de temps après, le vieux chef zande faisait sa Suronga pour offrir à Van Kerckhoven quelques pointes
soumission à l’État indépendant du Congo. Il mourut en d’ivoire et inviter les autorités de l’État indépendant du
400
août 1903 aux sources du Yubo . » Congo à venir “s’établir sur son territoire, à proximité de
sa résidence”.
Un an plus tard, en juillet 1893, Fiévez, installé à
Semio, répond aux ouvertures du sultan en lui envoyant un
émissaire ; Doruma accepte qu’on établisse une résidence
dans sa chefferie. Le capitaine Janssens part à la fin du mois
400 Lotar, L. et Coosemans, M., « Doruma ou Ndoruma », d’août et arrive à la fin du mois de septembre au village du
in Biographie coloniale belge, II, col. 300-301.

193
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

sultan, toujours installé aux sources de l’Uere. Les rapports ses descendants Zamagne (Zamaï, Zemoy), dit
avec le chef zande sont d’abord excellents, puis les difficultés Mokango (Mukunga), Akpa, qui succédera à son père
commencent avec Doruma au sujet de ses prestations en dans ses territoires du Soudan, Zungumbiya, notable
ivoire. au Soudan, et Banzibi (Bazigbili, Zibili), qui, en 1959,
Après la signature de la convention franco-congolaise était encore installé en chefferie Doruma.
du 14 août 1894, les troupes de l’État indépendant du 3. Zibili (Zibeli), né à la Bangara, affluent du Bomu, qui
Congo évacuent les territoires situés sur la rive droite du deviendra chef au Soudan.
Bomu. Les rapports deviennent de plus en plus tendus avec 4. Ngbimi, qui eut pour fils Esende.
Doruma. Ce dernier, en décembre 1894, enlève les courriers 5. Sikaàboro.
envoyés de Semio à Janssens et Van Holsbeek évacuent 6. Bakutuka (Bakotoka, Bakataka) né à la Duma, affluent
la station et se replient sur Mopoi. Durant leur retraite, de gauche du Bomu, mort avant 1914 ; il laissa un fils,
au début de février, ils sont attaqués et massacrés par les Nziki.
Zande de Doruma. Du 28 mars au 10 avril 1896, Chaltin 7. Wando, également né à la Duma, réfugié dans
mène contre le sultan une opération répressive couronnée l’Oubangui-Chari en 1913.
de succès. Toutefois, Doruma, toujours insoumis, gagne le 8. Batingbe (Bakingbe), également né à la Duma, notable
nord de sa chefferie et livre son ivoire aux Français installés au Soudan.
depuis peu à Tambura. 9. Yapwati (Yakpati, Yapati, Yapate), né sur le Haut-Uere,
En 1900, M. Gehot rend visite au sultan qui continue chef au Congo depuis 1910 jusqu’à sa mort en 1931.
à se tenir prudemment à l’écart des Européens. En 1902, 10. Bandiapwa (Bandjipwa, Bandiepwa, Bendiepoi),
un agent de l’EIC, le capitaine Landeghem, est chargé de également né sur le Haut-Uere, chef au Congo depuis
rétablir les relations avec Doruma. Il se rend sans escorte 1913.
chez le sultan zande qui “le reçoit bien et fait avec lui 11. Malingindu (Malinginda, Malinginde), également né
l’échange de sang”. Peu après, le commandant Royaux rejoint sur le Haut-Uere, notable au Soudan.
Landeghem au village du sultan ; le poste de Doruma, base 12. Tikima ? mort avant 1914.
de départ de l’expédition Royaux vers le Bahr-el-Ghazal 13. Renzi.
est établi sur la Gurba ; son premier chef sera le capitaine 14. Bangba.
Lespagnard. “Doruma se rapproche du nouveau poste et
vient se fixer sur la rivière Nakwadara, au Soudan, non loin En 1904, les Anglais établissent deux postes dans
de la crête de partage”. le territoire de Mopoie-Tolet auprès de la frontière de
Le sultan devait mourir, un an plus tard, en août 1903. l’EIC. Le nouveau sultan, qui s’était emparé des territoires
Cette mort “fut tenue secrète par son fils aîné Mopoie-Tolet, soudanais de ses frères Zibili et Wando, entre en conflit
dit N’Vutu, pendant le temps qui lui fut nécessaire pour se ouvert avec les autorités de l’Uele ; le poste de Doruma n’est
former un parti solide qui le mit à même de s’emparer des maintenu qu’avec difficultés. Mopoie-Tolet fait assassiner
territoires de son père sans crainte de compétition” ». par Bazia son oncle Bwima et installe dans le territoire du
défunt chef son fils Zamagne.
1.1.3. Les descendants mâles de Doruma En 1905, Mopoie-Tolet et Zamagne tentent une
Doruma avait une nombreuse descendance. La trace attaque surprise infructueuse contre le poste de Mayawa
de quatorze de ses fils a été retrouvée : tenu par l’expédition Lemaire. Une expédition punitive est
entreprise contre le sultan qui, vaincu, bat en retraite vers
1. Barani, le fils aîné rencontré par Junker ; il avait été le Nord.
envoyé au Soudan par son père et avait acquis une En janvier 1908, Mopoie-Tolet quitte le Bahr-el-Ghazal
bonne connaissance de la langue arabe ; mort jeune et se présente pour la première fois au poste de Doruma
vraisemblablement sans laisser de descendance. avec du caoutchouc, de l’ivoire et une grande quantité de
2. Mopoie-Tolet (Tule), dit M’Vuto (N’Vutu), né à vivres. Son fils Zamagne, entièrement sous la domination
la Bangara, affluent du Bomu, fils aîné vivant de de son père, se rend également à Doruma, au cours du
Doruma, auquel il succédera en 1903 ; citons, parmi mois de février, et promet de remplir toutes ses obligations

194
LE TERRITOIRE DE DUNGU

er
envers l’État. Ces bonnes relations ne durent guère ; en Après sa mort (1 janvier 1931), son fils Baduwe
septembre, le bruit court que Mopoie-Tolet, à nouveau (Sukawe), selon la tradition zande recueillie par Jean
au Soudan, se prépare à attaquer le poste de Doruma. Dengilo, lui succède. On n’a retrouvé aucun document
En octobre, Zamagne ne se présente pas au poste, puis y administratif qui mentionne l’investiture de ce fils de
revient en novembre. Yapwati ni dans les archives congolaises, ni dans les
La situation se détériore davantage au cours de archives métropolitaines. Le procès-verbal 171 (Chefferie
l’année 1909. Zamagne se livre à des exactions et vend Doruma) déclare simplement que Sukawe fut écarté. Il est
le caoutchouc provenant des galeries des rivières aux vraisemblable qu’il a dirigé quelques mois la chefferie avant
factoreries françaises de la Société des Sultanats sur le l’investiture de son frère Basongoda. Ce dernier devait
Haut-Bomu. Mopoie-Tolet envoie plusieurs de ses fils être révoqué le 26 décembre 1932 pour participation à la
(dont Zibili, âgé de 8 à 9 ans) au Congo belge pour chercher société secrète et xénophobe du nebeli, exactions diverses,
à y conserver son autorité. Il tente de faire assassiner son ivrognerie et ventes illégales d’ivoire. Celle-ci avait, en
frère Yapwati. Zamagne, atteint de folie passagère par 1956, une superficie de 6.400 km² et une population de
suite d’abus de chanvre, fait attaquer les villages du chef 24.826 âmes (moins de 4 habitants au km²).
Abdala, dévoué à la Colonie. Les autorités belges décident En 1958, selon Pierre Salmon, Ukwatutu était
d’entreprendre une opération militaire contre les rebelles. considéré comme le meilleur chef du territoire de Dungu.
er
Un mandat d’arrêt est lancé par le parquet contre Zamagne. Lors de son entrevue avec lui, le 1 septembre 1959, il a
Le commissaire général de l’Uele, M. Bertrand, marche pu apprécier tant son intelligence ferme et lucide que son
avec 250 hommes sur son village. Zamagne s’enfuit au dévouement à l’égard de ses sujets.
Soudan puis revient au Congo belge après quelques mois.
Il est arrêté, incarcéré à la prison de Niangara, puis relégué. *
La trypanosomiase devait l’emporter peu de temps après. * *
Le territoire de Zamagne est démembré en plusieurs
chefferies attribuées à Magide (Migide), fils de Bwima, Le poste de Dungu est fondé en 1891 par l’inspecteur
Gindu (Nindu), fils de Bwima, Wando, fils de Makiso, d’État Van Kerkhoven. Celui-ci, remontant la rivière Uele,
Sanango, frère de Doruma (remplacé en 1912 par s’était installé sur l’île Bimba au confluent des rivières
Bandiepwa, fils de Doruma), et Yapwati, fils de Doruma. Dungu et Kibali, avant de remonter la Kibali vers le poste
En avril 1910, le sultan Mopoie-Tolet, toujours installé qui portera son nom, Vankerhovenville. Dès 1892, le poste
au Soudan, envoie des bandes armées qui terrorisent les d’occupation est établi au confluent des rivières Dungu
populations congolaises en enlevant des femmes ou des et Kibali, en face de l’île Bimba. Une zeriba (fortifiée de
bakumba (notables) fidèles aux Belges. En décembre 1910, murailles et de fossés) contient toutes les habitations des
les bandes de Mopoie-Tolet, accompagnées d’un soldat Européens. Un vaste camp militaire est établi à Dungu, lieu
soudanais en uniforme, font une dernière incursion ; elles de concentration des troupes de l’EIC qui participeront à
brûlent le poste de Duru et trois villages des environs. la campagne de Redjaf, sous les ordres du capitaine Chaltin
Les autorités anglaises alertées déclarent tout ignorer des (1896-1897).
agissements du sultan et reconnaissent que son sultanat À cette époque, le district de l’Uele était organisé
échappe en fait à leur contrôle. en quatre territoires, dont Dungu était le chef-lieu du
401
En 1911, les territoires de Zamagne paraissent territoire de Makrakas . Ce territoire fut appelé par la
complètement pacifiés ; la mort de Mopoie-Tolet, l’année suite territoire des Avuru-Wando puis en 1920, territoire
suivante, met une fin définitive à toute agitation dans cette de Dungu, chef-lieu du territoire depuis le 26 décembre
région. 1895 (cf. circulaire n° 106).
Yapwati, investi chef le 13 décembre 1910 d’une partie Dungu fut le chef-lieu de la zone de la Gurba-Dungu
des territoires de son père, devait, à partir du 11 février jusqu’en 1913. À partir de cette date, Dungu devint le chef-
1930, bénéficier de la politique belge de remembrement
des anciennes chefferies en assumant la direction de la 401 Dereine, A., « Le soulèvement des Babua 1900-
totalité du domaine de Doruma. 1901 », Africa-Tervuren, vol. 10, n° 2, 1964, pp. 29-48.

195
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

lieu du territoire qui porte son nom et ne comprit plus

Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ;
Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds Benoît Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
Okwatutu
d’autres postes que Yakuluku, fondé en 1892 au bord de la

Nom du

Dekpe
chef

Kelele
402
rivière du même nom .

Sadi
À propos du mot « Dungu », le père Jourdain

-
-
-
Costermans dit que le fait qu’on ait dénommé cette
rivière d’un nom en dialecte bangba reste mystérieux

Malingindu
et inexplicable, parce qu’il n’y avait pas de Bangba sur

Chefferie

Doruma
n 1952
la rivière Dungu. D’ailleurs, poursuit-il, le mot dungu

Renzi

Dika
n’a aucune signification dans aucun dialecte. Tous les

-
-
-
403
autochtones appellent cette rivière « Dèngu » . Ce nom a
une signification en dialecte bangba, mais l’analyse devrait

Malingindu Abdala
Nom du

Gilima
Ukwa
chef
faire rejeter ce mot composé comme nom de rivière.

Dika
Dèngu est une contraction soit de é-dè-éngu : près de l’eau,

-
-
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Dungu (1937-1952)
soit de édè-engu : ceux de l’eau, riverains.
Les Todu témoignent qu’anciennement la rivière était

Chefferie

Doruma
en 1945

Bokoyo
Renzi
appelée uniquement du nom de « Nguyè ». Ils analysent le

Dika
mot comme suit : engu-éyé = eau-champ, l’eau qu’on puise

-
-
avant d’aller au champ. Mais rien ne prouve, conclut le
père Costermans, que cette analyse fournisse le vrai sens

Yeberada
Nom du

Abdala
Gilima
du mot.

Ukwa
chef
Basia

Dika
-
1.2. SUBDIVISION

Malingindu
DE L’ENTITÉ POLITICO-ADMINISTRATIVE
Chefferie

Doruma
en 1943

Bokoyo

Bafuka
Renzi

Dika
En 1937, le territoire de Dungu comptait sept chefferies.
-

Celles-ci ne seront plus que six en 1939, et quatre en 1952.


Yeberada
Nom du

Abdala
Gilima

Le nombre des chefferies sera encore réduit


Ukwa
chef
Basia

Dika

ultérieurement pour ne plus représenter que trois


-

chefferies : Wando, Malingindo et Ndolomo. Le territoire


comprend, en outre, six postes administratifs (PEA) :
Malingindu

Yakuluku (Bitima), Ndedu, Doruma, Ngilima, Gangala na


Doruma
Chefferie

Bokoyo
en 1939

Bafuka

Bodio et Bangadi. Sans en dépendre administrativement,


Renzi

Dika
-

402 Chef-lieu de la zone de Makrakras (Meridi) jusqu’à la


cession du bassin du Nil en 1907 au Soudan-égyptien,
Yakuluku resta un petit poste frontière, abandonné
Sepiowando

au début de 1914. Le poste fut réoccupé en octobre


Yeberada
Nom du

Abdala
Gilima

1923 par l’agronome adjoint de 1re classe de la Haye,


chef

Aragi
Basia

Dika

qui en fit un centre important pour le développement


agricole du coton, du café et de l’élevage. De 1915 à
1921, le poste fut occupé par l’Africa Inland Mission.
Malingindu

403 Costermans, J., Mosaïque Bangba : notes pour servir


Chefferie

Manziga
Doruma
en 1937

à l’étude des peuplades de l’Uele, Bruxelles, Institut


Bokoyo

Bafuka
Renzi

Dika

royal colonial belge – section des sciences morales et


politiques, tome XXVIII, fasc. 3, 1953, p. 7.

196
LE TERRITOIRE DE DUNGU

ces PEA se situent pourtant à l’intérieur des espaces des


chefferies.

Chefferies, postes administratifs et villages en 2009

Nom Groupements PEA Localités


Ndolomo 7 1 38
Malingindo 7 - 29
Wando 28 5 91
Total 42 6 168

1.2.1. Chefferie Ndolomo


Elle est dirigée par la dynastie azande du nom
d’Avungara. Ci-dessous, l’arbre généalogique de celle-ci.

Bazingbi

Ezo

Ndolomo

Nyakpati

Basongoda 1 Basia 2 Simbiabulu 3 Sukawe 4 Kabaya 5 Ndimi 6 Gbudwe 7 Bwana 8 Ukwatutu 9 Abami 10

197
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

1.2.2. Chefferie Malingindo


Elle est dirigée par la dynastie azande du nom
d’Avungara. Ci-dessous, l’arbre généalogique de celle-ci.

Bazingbi

Ezo Wando Malingindo Gbudwe

Mbili Binza Bagbolo Tikima Baziya Kana

Adala Dika

Renzi Sadi

Kpoto

198
LE TERRITOIRE DE DUNGU

1.2.3. Cheffrerie Wando


Elle est également dirigée par la dynastie azande du
nom d’Avungara. Ci-dessous, l’arbre généalogique de celle-
ci.

Wando

Mbitima Renzi Ukwa Bafuka Kana

Binza Nagara Bavungwa Kereboro Bakwayo Manziga Vutukpka

Guseyo Gbewadi

199
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Le chef zande Wando naquit vers 1820 et mourut à Haute-Buerre et tenta, mais en vain, de rétablir la paix entre
Nengimva en chefferie de Bokoyo, dépendant de Dungu, ses fils, Ukwa s’obstinant à chercher à son profit personnel
en 1892 ou 1893. Il était le fils de Bazingbi, lui-même fils l’alliance du Nubien représentant du Gouvernement. À
d’Yapati. cette époque (novembre 1881), Junker, se rendant de la
Duru à Ndoruma, rencontre Renzi, envoyé vers lui par
« La première mention qui soit faite de Wando dans les son père pour lui exposer les différends Wando-Ukwa et
documents historiques est celle de Schweinfurth, qui s’arrête Wando-Abdullahi, et tenter de faire intervenir le voyageur
à sa résidence aux sources de la Buerre, au début de 1870. en sa faveur auprès du gouverneur du Bahr-el-Ghazal.
Wando était alors en rapport avec le trafiquant kénousien Junker constate que tout repose sur un malentendu au sujet
Abd es Samate, à qui il donna même une de ses filles des rapports entre le Nubien et Wando : Wando prenait
comme épouse. Comme Ndoruma et ses voisins, il eut à se les agents égyptiens pour des trafiquants semblables à
défendre contre les caravanes de traitants ; en 1877-1878, il ceux avec qui il avait toujours refusé d’entrer en relation.
attaqua les anciennes zéribas, même celles devenues postes Il voulait, disait-il, comme Ndoruma, être en rapport avec
égyptiens, dont il ne saisissait pas le caractère nouveau. le Pacha de Dem Soliman pour lui remettre directement
Gessi écrit à ce propos, en décembre 1880 : “Wando, après son ivoire, en recevoir des armes et ne pas avoir à héberger
avoir tué Haggi Kalil, beau-père de Youssef Pacha, attaquait chez lui de garnison égyptienne. Quelques jours plus tard,
continuellement nos postes. Cependant, depuis sept mois, Ukwa, en compagnie de Bibi, administrateur d’une station
nous sommes parvenus à nous établir paisiblement dans gouvernementale en territoire de Wando, relance à son tour
ses territoires.” Pour obtenir sa soumission, Gessi lui avait Junker. Il vient lui exposer son point de vue. Le lendemain,
envoyé, en juin 1880, un fonctionnaire, pour tenter de lier 11 novembre, Junker, Renzi et Ukwa se rendent ensemble au
amitié avec lui, en lui promettant qu’aucune agression ne se village de Wando. Mis en présence de son fils rebelle Ukwa,
ferait sur son territoire. À cette époque, Wando possédait le vieux chef se montre absorbé et triste. Junker l’engage à
de 400 à 600 fusils enlevés aux traitants. En dépit de la la clémence, lui annonçant qu’il vient de rétablir l’entente
soumission de Wando, qui fut cependant réelle, Gessi entre Ukwa et Renzi en faisant admettre comme limite
écrivait : «Il faut se méfier de ces potentats qui, du jour au de leurs territoires respectifs la Kapili. Wando répond,
lendemain, d’amis deviennent ennemis.» comme il le dira plus tard en 1892 à Van Kerckhoven, qu’il
En 1881, la zériba d’Abdullahi, neveu d’Abd es Samate, rencontrera sur le Bas-Kibali, “qu’âgé, il a partagé ses États
établie au nord-est de Gélia, fils de Tombo, en territoire entre ses trois fils, ne gardant pour lui qu’un petit coin où il
d’Ukwa, dans le bassin occidental de la Haute-Duru, entendait vivre en paix ; ses fils réconciliés, il retournerait
au nord de Gango, donc vers la Haute-Kapili, devint un à son ancienne résidence à la Duru.” Ukwa en profita pour
poste gouvernemental, confié à Mohamed Kher, afin de étendre son territoire vers l’Est. En juillet 1883, il établissait
surveiller la chefferie de Wando. À cette époque marquée sa résidence sur la rive nord de la Dungu, entre le confluent
par la rivalité entre Ukwa et Mbittima, fils de Wando, la Dungu-Kibali et Bongere.
chefferie de ce dernier était en effervescence. Ukwa avait Ukwa et Mbittima, en cette même année 1892, à la
fait alliance avec Abdullahi, continuant à trafiquer pour demande de Van Kerckhoven, marchaient contre Attaro,
son compte. Il attaqua son frère Mbittima, qui fut battu successeur de Gumbari, le battaient et étendaient du coup
et obligé de chercher refuge chez Gelia, son oncle. Les l’occupation zande sur le Haut-Kibali. Mbittima mourut
territoires confiés par Wando à son fils Ukwa s’étendaient sur l’Obi, affluent de l’Obe. Sa mort précéda de peu celle
à cette époque sur la Moyenne-Kapili et la Moyenne-Duru. de Wando.
Ceux de Mbittima se trouvaient immédiatement au Sud, en Schweinfurth nous décrit ainsi Wando lors de la visite
bordure de l’Uele, sur le cours inférieur de ces deux rivières. du voyageur européen (1870) : “Wando apparut dans une
Malgré l’opposition de Wando, les territoires de robe d’indienne à longues manches, robe que lui avait
Mbittima furent immédiatement occupés par Ukwa. donnée Samate et qu’il mettait par déférence pour celui-
Wando, en compagnie de ses quatre fils, Renzi, Bafuka, ci, quoiqu’il préférât son costume national. Le chef était
Tombo, Kanna, se retira dans son ancienne résidence à la d’une taille au-dessous de la moyenne, avec un énorme
développement musculaire et beaucoup de graisse. Sa

200
LE TERRITOIRE DE DUNGU

tête, à peu de chose près, était sphérique, et les traits de En juillet 1883, Emin Pacha, de passage à Tangasi,
son visage, de type niam-niam, offraient une régularité si projette de renvoyer Mbittima au nord de l’Uele, dans
parfaite, que dans leur genre ils avaient une beauté réelle.” ses anciens territoires. Mbittima regagne la rive nord de
De son côté, Van Kerckhoven dit de lui en avril 1892 : l’Uele.
“Il ne restait du grand et fort guerrier qu’un volumineux En 1892, nous retrouvons Mbittima dans le bassin du
paquet de vieilles chairs cachées par une chemise loqueteuse Kibali et de la haute Gadda, attaquant la frontière orientale
en kaniki, surmontées d’une tête grisonnante qu’entourait de la chefferie de Niangara. Peu après, cette même année,
une bande d’étoffe d’une blancheur plus que douteuse. nous le trouvons en compagnie de son frère Ukwa, qui,
Bien que les yeux fussent noyés dans la tête et semblassent à la demande de Van Kerckhoven à Wando, bat Attaro,
sans expression, on surprenait par moments son regard successeur de Gumbari le Mangbele, étendant ainsi
s’illuminant d’une flamme vive et intelligente. Chose l’occupation zande sur le haut Kibali. C’est chez Mbittima
curieuse, toutes les dents étaient à leur place, blanches et en que Wanda fait préparer, au passage de l’expédition Van
parfait état de conservation. Les mains étaient très grasses, Kerckhoven, une zériba pour recevoir les membres de la
les doigts assez effilés, terminés par des ongles en deuil, de colonne se rendant au Nil (avril 1892).
2 ou 3 centimètres de longueur. Signe de race, disent les Mbittima mourut sur l’Obi, affluent de l’Obe, peu avant
Avongara. Après quelques instants de repos, Wando prit la la mort de Wando. Milz nous dit que Mbittima avait un
405
parole, disant que l’État pouvait compter sur son appui et caractère brutal et emporté . »
son dévouement, et qu’il espérait que le traité signé avec
404
l’EIC le mettrait à l’abri de toute invasion .” » Le chef zande Renzi était le fils de Wando et le frère
de Bafuka, Tombo, Kana, Ukwa et Mbitima. Il naquit vers
Mbitima (ou Ngbitima), le fils aîné de Wando, naquit 1855-1860. Junker le dénommait aussi Fero.
vers 1850 et mourut vers 1892-1893.
« Installé à la Duru, il était, vers 1880, en conflit avec
« En 1881, battu par son frère Ukwa et obligé son frère Ukwa, passé au gouvernement égyptien. Les
d’abandonner les territoires que son père Wando lui a Nubiens avaient même donné à Ukwa le territoire de
confiés sur la rive Nord de l’Uele, entre la basse Kapili et Mbittima. Ni Wando ni Renzi ne prétendaient fournir
la basse Duru, Mbittima passe l’Uele au confluent de la de l’ivoire au gouvernement du vice-roi. Une station, dit
Bimba, traverse le territoire mangbele et arrive chez son Junker, avait été fondée, sous l’occupation égyptienne,
arrière-parent le vongara Boemi, sur la Na-Mbata, affluent en territoire de Renzi, au nord de la région qu’occupait
de la Kilima. Il est autorisé à s’y fixer et installe son kpwolo Wando (sources de la Buerre). Le 10 novembre 1881,
(village) sur la Kudilé, affluent de la Kilima. Là naît son fils Wando envoya Renzi chez Junker pour solliciter du
Kereboro. Mais bientôt il quitte son parent pour accepter voyageur une visite au cours de son voyage vers Ndoruma.
l’hospitalité de Mambanga le Bisanga, installé au nord de Junker favorisa ainsi la conclusion de la paix entre Renzi
la Na-Akka, affluent sud de l’Uele. C’est là que le rencontre et Ukwa et assigna la Kapili comme frontière de leurs
Casati, en 1881. États respectifs.
Peu après, nous trouvons Mbittima prisonnier de Après la chute du gouvernement égyptien dans
Mohammed Abdu, administrateur égyptien de Tangasi, l’Uele, Renzi, resté hostile aux Européens, auxquels
dont relève la région bisanga. Junker, de passage dans la Ukwa s’était immédiatement rallié, donna à ses frères le
région, tente en vain de le faire libérer. C’est à ce moment mot d’ordre de la résistance, entravant ainsi la marche
que Mohammed Abdu décide une expédition contre de la colonne Delanghe revenant du Nil et marchant de
Mambanga. Celui-ci, battu et en fuite, est remplacé dans sa Magora vers Mundu (1894). À Mundu, déjà, l’expédition
chefferie par Mbittima, qui y représentera l’administration entendait, dans la direction de Magora, des fusillades
égyptienne. indiquant que Renzi était en campagne. Le 9 avril,

404 Lotar, P.-L. & Coosemans, M., « Wando », in 405 Lotar, P.-L. & Coosemans, M., « Mbittima », in
Biographie coloniale belge, I, op. cit., col. 948-951. Biographie coloniale belge, II, op. cit., col. 682-683.

201
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

la colonne Delanghe arrivait à Dungu. Renzi, qui succès, s’attendait à l’arrivée d’une expédition punitive. Renzi,
s’attendait à être attaqué, fit courir le bruit qu’il avait été son frère, dont Bafuka, Tombo, Kana ne faisaient que suivre
surpris par des mahdistes et s’était défendu. Ukwa, qui la politique, se décida à rompre avec les mahdistes, car ceux-
assistait les Européens, conseilla d’attaquer Renzi sans ci, dont un contingent se trouvait chez Bafuka au moment de
tarder. La campagne menée par Delanghe fut longue et l’arrivée de l’expédition Francqui, s’étaient repliés vers l’Yei, au
semée d’escarmouches ; mais Renzi ne se montra pas. lieu de soutenir leurs alliés.
Quand on surprit son camp, il avait fui, abandonnant Le 4 juillet 1895, une action répressive fut décidée
un butin considérable et de nombreux prisonniers. On contre Bafuka et commandée par Swinhufvud, Devenyns et
se mit à sa recherche, mais en vain. On ne put continuer Laplume, aidés des gens d’Ukwa et de Bokoyo, son fils. Il
à le poursuivre, Delanghe et Degraeve étant atteints fallait traiter avec Bafuka pour lui faire remettre les fusils
tous deux d’hématurie. Le 20 mai, la colonne de l’État pris le 11 février. La colonne patrouilla dans la région
rentrait à Dungu. En 1895, la campagne reprit contre pendant des semaines, en butte aux escarmouches, mais ne
Renzi et son frère Bafuka, sous les ordres de Francqui et rencontra pas Bafuka.
de Swinhufvud. En octobre, Bafuka se présenta lui-même à Niangara pour
La crainte d’une opération punitive amena Renzi à faire faire sa soumission et restituer les fusils volés. Il participa avec
sa soumission à l’État. Il rompit avec les mahdistes, avec ses frères à l’expédition du Nil conduite par Chaltin contre les
407
lesquels il avait eu secrètement partie liée. La soumission mahdistes, en février 1897 . »
de Renzi et de ses frères fut acquise à ce point qu’elle nous
valut l’année suivante, la participation de tous les quatre Le chef zande Ukwa, né vers 1855, décéda près de
à l’expédition Chaltin, qui, par les batailles successives de Dungu, le 15 février 1896.
Beiden et de Redjaf, le 17 février 1897, devait anéantir les
406
forces mahdistes au Nil . » « Ukwa se trouvait établi par son père Wando à l’est de
la Tumbi, cours moyen de la Kapili et de la Duru. Il avait
Le chef zande Bafuka, né vers 1860 (et mort en ?) était fait alliance avec les Nubiens, ce qui le mit en désaccord
le fils de Wando, fils de Basingbi, fils d’Yapati … et donc le avec son père et ses frères Mbittima et Renzi. Le Nubien
frère de Renzi, Tombo, Kana, Ukwa et Mbitima. Mohammed Kher commandait chez Ukwa une zériba
d’Abdullahi dans le basin occidental de la Haute-Duru, au
« En 1895 (février), l’expédition Francqui, qui se rendait Nord du Gongo, afin de surveiller la chefferie voisine de
au Nil par l’Yubbo (Such), avait à traverser, du Sud au Nord, Wando. Fort de l’appui des Nubiens, Ukwa battit son frère
les territoires de Bafuka, Renzi, Tombo, Kana, tous fils de Mbittima, qui dut se réfugier chez un parent. Du coup,
Wando. Loin de s’être ralliés à notre cause depuis 1892, ceux- Ukwa occupa les territoires de son frère en bordure de la
ci étaient restés en relation avec les mahdistes, qu’ils avaient rive méridionale de l’Uele. Junker, à son passage dans la
aidés à combattre Ukwa, soumis à l’EIC depuis l’arrivée de région, fut appelé comme arbitre entre Wando et ses fils.
Van Kerckhoven au Kibali. L’expédition, commandée par Mis en présence de son fils rebelle Ukwa, le vieux Wando
er
Francqui, quitta Niangara le 1 février, traversa les territoires se montra absorbé et triste. Junker essaya tout au moins de
de Tombo et de Kanna, sur la rive droite de la Dungu, puis réconcilier Ukwa et Renzi en établissant comme frontière
celui de Bafuka, à proximité de la Buere, rive gauche. Le de leurs possessions respectives la Kapili. En juillet 1885,
11 février, la colonne était surprise par les gens de Bafuka Ukwa étendait son territoire vers l’Est et s’établissait sur la
dans la galerie d’une rivière et y subissait un échec sanglant. rive nord de la Dungu, entre le confluent Dungu-Kibali et
Cinquante-quatre soldats étaient tués et Frennet y tombait, Bongere.
transpercé de dix-neuf coups de lance. Grâce à une contre- En 1892, avant même l’arrivée de l’expédition Van
attaque de Niclot, le gros des forces put opérer sa retraite vers Kerckhoven, Wando dépêcha à Niangara un émissaire
Dungu sans trop de dommages. Bafuka, effrayé de son propre pour obtenir des Blancs l’établissement dans ses

406 Lotar, L. & Coosemans, M., « Renzi », in Biographie 407 Lotar, L., « Bafuka », in Biographie coloniale belge, I,
coloniale belge, II, op. cit., col. 807-808. op. cit., col. 58-59.

202
LE TERRITOIRE DE DUNGU

territoires de deux postes : l’un sur la Basse-Dungu, en Nakorda (Malingindo). Ces deux peuples n’ont pas de chef
territoire d’Ukwa, l’autre au pied du mont Arama, sur propre et sont recensés comme habitants des chefferies
le Bas-Kibali, en territoire de Mbittima. Arrivé dans dans lesquelles ils se trouvent. Ils ont même été presque
la zériba qui lui était réservée dans ce territoire de complètement absorbés au point de perdre leur identité,
Mbittima, Van Kerckhoven y reçut Wando et ses deux voire leur langue d’origine. À peine leur reste-t-il encore
fils : Ukwa, de caractère onctueux, et Mbittima, plutôt une certaine conscience de leur identité tribale.
brutal et emporté. Il ne fallait d’ailleurs pas se fier à Le système familial, les modes de filiation, d’héritage
Ukwa : en janvier 1894, ce chef fit massacrer une petite et de succession sont patrilinéaires. Les parents, les aînés
colonne d’auxiliaires mundu ramenés vers l’Uele par exercent une forte autorité sur les enfants et les cadets, qui
Vander Haeghen pour être désarmés suivant les ordres leur doivent obéissance et respect. Ce qui favorise leur
de Baert. Ces auxiliaires en route avaient déserté pour éducation permanente, qui se fait au moyen de conseils,
regagner la Haute-Dungu, mais force leur était de d’exemples à suivre, de proverbes, contes, initiation, etc.
traverser le territoire d’Ukwa, au Nord de Kibali. C’est La dot, autrefois payée avec des lances, des couteaux,
ainsi qu’Ukwa les fit tous massacrer. des pagnes, etc., s’acquitte aujourd’hui essentiellement en
Lorsque Renzi se montra rebelle envers l’État en argent.
1894, Delanghe, chargé de le mater, s’adjoignit Ukwa Le système d’assimilation des vaincus par les Avungara
pour se mettre à la poursuite de Renzi (mars 1894). Cette a contribué à modifier profondément le vécu social dans
campagne contre Renzi fut longue (du 22 mars au 20 mai). le territoire. La classe noble des Avungara s’employa à
En fin de compte, Renzi parvint à fuir chez Bafuka et ne faire éclater les lignages de parenté des autres peuples.
fut pas atteint. Cette stratégie a provoqué un individualisme familial qui
En septembre (1894), Ukwa, protestant toujours de devient un trait de la société actuelle des Azande. Certaines
sa fidélité et de sa collaboration sincère, insistait pour que pratiques collectives persistent cependant :
Baert fit attaquer le plus tôt possible la zériba mahdiste de
l’Akka. Baert accepta l’offre d’Ukwa, qui fournissait 2.000 – le « wolo buda » ou « working party » : travail collectif
hommes pour accompagner la colonne commandée par dans le champ d’un individu qui, à cette occasion,
Wterwulghe, Swinhufvud et Millard. Ce fut une défaite prépare à manger et offre à boire à ceux qui sont venus
pour l’EIC. La plupart des hommes d’Ukwa désertèrent. l’aider (défrichage, récolte) ;
D’après Chaltin, la mort d’Ukwa débarrassait les – la construction ou réparation des ponts (Gbagba ou
Européens de Dungu d’un puissant voisin, dont l’ambition, Paga, par exemple) ;
toujours en éveil, était sans limites. Son fils Bokoyo lui – le culte communautaire d’offrandes : « Maziga » ou
408
succéda et se montra fidèle allié des Blancs . » « Baat i» ;
– la chasse au filet en groupe ;
[Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du – les deuils et/ou les fêtes.
territoire de Dungu (voir annexe 2.1).]
Mais il n’y a pas de vie collective ni de louage collectif
des champs. Les relations horizontales (mariage et alliance)
1.3. LE PEUPLEMENT l’emportent sur les relations verticales. Le paysage humain
a pour trait un habitat dispersé avec un réseau de sentiers
Les habitants du territoire de Dungu sont des Azande, reliant les unités familiales. Le résultat à long terme de
excepté une portion de Bangba et de Mangbetu habitant cette politique, que les Belges et les Arabes ont exploitée
sur la route qui conduit à Niangara. On y trouve également habilement, est l’isolement, dans la plupart des chefferies.
quelques Baka et Madhi. Les Baka habitent le groupement Concernant le mariage, on y trouve des unions
Bagbele dans la chefferie Wando, les Madhi le groupement monogamiques (une seule femme et un seul mari) et
polygamiques (un homme avec plusieurs femmes). La
408 Lotar, L. & Coosemans, M., « Ukwa », Biographie forme préférentielle des mariages, c’est-à-dire le mariage
coloniale belge, I, op. cit., col. 923-924. décidé par les parents, comme autrefois, n’existe plus, de

203
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

même que des unions polyandriques (plusieurs maris) mettre fin aux continuelles disputes entre Matafa et
n’existent plus au sens propre du terme. L’homme choisit Maruka, l’autorité coloniale invite ce dernier à se fixer
lui-même sa femme, même si les parents doivent se sur la rive gauche de la N’Zoro où, avec l’appui des frères
prononcer sur ce choix. Tandia, Zombo et Siriki, il parvient rapidement à asseoir
Le mariage interethnique existe encore. Ce sont les son autorité et à progresser vers l’Est. En 1912, Matafa
parents du jeune époux qui paient la dot à la belle famille, passe à Aru. Vers 1917 et 1918, sa chefferie atteint son
en apportant de l’argent et de la nourriture, ainsi que des plus grand développement ; elle s’étend depuis le confluent
objets de valeur (vélo, costume, pagne, montre, chaussures, N’Zoro-Abimva à l’ouest jusqu’à la frontière du Congo à
boisson), considérés comme des cadeaux, à la belle famille. l’est. La nouvelle orientation de la politique indigène du
On assiste de plus en plus à des célébrations coutumières territoire d’Aru tendant à l’affranchissement des peuples
et religieuses des mariages dans le milieu azande. « opprimés » conduit à la décision du 28 novembre 1919
du CDD du Haut-Uele de réduire l’autorité de Matafa
exclusivement sur les administrés uniquement logo.
Zombo, un sous-chef, est destitué et contraint d’évacuer
2. LE TERRITOIRE DE FARADJE la région Luguaret auparavant sous ses ordres. Tous les
indigènes non autochtones sont soustraits à l’autorité de
Matafa. La région de son influence s’arrête désormais au
2.1. APERÇU HISTORIQUE mont Belede. Ci-après le récit de la situation décrite dans
un rapport commun du 16 novembre 1920 élaboré au
L’appellation Faradje est tirée du nom du chef Faragi village Matafa par les AT de Faradje et d’Aru.
e
de la chefferie Logo-Ogambi, qui résidait, à la fin du xix
siècle, aux environs du village Bagale, actuel chef-lieu de « L’examen de la politique intérieure de la chefferie en
la chefferie. vue de son passage au territoire de Faradje a révélé une des
409
Faradje fut fondé en tant que site en 1892, lors de situations des plus difficiles et des plus précaires. La plus
l’expédition Van Kerchoven et, en tant que territoire, vers grande partie de la population logo a refusé depuis environ
1901, sous l’EIC. C’est le lieutenant Buzon qui construisit un an d’obéir au chef Matafa et revendique l’indépendance
les premiers bâtiments en briques en 1900, entre autres des sous leurs chefs de groupes Adrea, Mamvoma, Bologi,
bureaux et des magasins. Craignant l’attaque des Arabes, Avuguata, Drande, Briki et Dongomva. Mais une partie des
le poste fut fortifié par un rempart circulaire en briques Logo encore dévoués à Matafa se tenaient dans l’expectative,
et un fossé (démolis en 1905) dont les terres formaient le prêts à imiter l’exemple des autres groupes à la première
parapet. C’est à la fin 1923 que furent érigés les tribunaux concession que l’autorité coloniale leur fera. Une large
indigènes. propagande faite surtout par Briki et Madraki (qui meurt
L’organisation administrative du territoire de Faradje au court de cette période) gangrène aussi les chefferies
est en partie liée à des recompositions faites par l’autorité Maruka et Kitambala du territoire de Faradje qui donnent
coloniale. Divers rapports administratifs relatent les des signes de malaise politique et de convulsions intérieures.
situations locales trouvées, à travers lesquelles se dessinent La chefferie Matafa devient le lieu de refuge de nombreux
les généalogies des chefferies. indigènes dévoyés des groupements limitrophes. Matafa,
L’exemple de Matafa est un point de départ intéressant. profondément découragé, n’essaye pas de lutter contre le
Il s’agit d’un ancien vassal de Faragi, qui va refuser, à partir courant et affiche une attitude qui touche à la couardise ;
de 1902, d’obéir au successeur de ce dernier, Maruka. il craint à sa vie. La situation troublée sert admirablement
Celui-ci se rapproche d’abord de la N’Zoro, mais assez les penchants des pistonniers et auxiliaires du chef aux
rapidement, en 1903, il devient « indépendant ». Pour exactions qui se multiplient dangereusement. Les indigènes
entre eux se livrent à tous les abus, les épreuves de poison se
409 Choprix, G., La Naissance d’une ville. Étude pratiquent au grand jour et font revivre toutes les anciennes
géographique de Paulis (1934-1957), Bruxelles, querelles. À part certains groupements sous les ordres de
CEMUBAC, 1961, p. 10.

204
LE TERRITOIRE DE FARADJE

meneurs plus intelligents que les autres et qui font quelques de ce chef, la situation se maintient prospère. Baido est
apports de vivres aux Mines (Briki, Madraki), la chefferie dévoué ; Atama laisse de temps à autre à désirer, mais il est
ne fournit guère de travail. » tenu en respect par l’autorité et le prestige de son suzerain.
À la mort d’Ibu, la situation change. Gagnés par
L’autorité coloniale reconnaît la mauvaise gestion de les revendications d’autonomie des autres groupements
la chefferie Matafa, mais elle va refuser de l’émietter par de la chefferie, eux aussi se rappellent qu’ils ont été
crainte de voir les autres chefferies logo présenter les anciennement temporairement indépendants. Plus correct
mêmes types de réclamation. Elle note que « le passage de qu’Atama qui refuse ouvertement obéissance à Dramba,
la chefferie Matafa au territoire de Faradje aura, en dehors successeur d’Ibu, Baido porte ses revendications devant
des facteurs politiques et économiques qui le motivent, l’autorité et reçoit la promesse qu’elles seront étudiées
l’avantage de supprimer une circulation logo trop intense avec bienveillance. L’enquête faite sur place a démontré la
à travers les chefferies Dongo et Luguaret qui dépendaient nécessité d’organiser en chefferie sous les ordres de Baido
auparavant de Matafa et les inévitables querelles et les groupements précités. Atama se dit prêt à acepter
410
incidents qui en ont toujours résulté ». l’autorité de Baido. Les intéressés se prétendent Obeleba et
Plusieurs rapports administratifs montrent que ont voulu faire de ce surnom leur donné par leurs voisins
diverses chefferies du territoire de Faradje ont connu des en raison de leur habitat sur la N’Zoro, “Obi”, un appui de
contestations internes devenues par moments violentes. leurs revendications d’indépendance. Ce sont des purs logo,
Celles-ci ont été réorganisées en partie par l’autorité des clans Kuluba et Amodru. En principe, conformément à
coloniale, qui a regroupé plusieurs groupements, au départ la politique générale logo, ces gens ne devraient pas être
indépendants les uns des autres. C’est le cas par exemple de affranchis. Pratiquement il n’y a aucune autre solution
411
la chefferie Logo-Obeleba avec le groupement Baido . possible. Dramba reconnaît qu’il n’a pas de droits sur
eux. Kitambala sait que son père n’est jamais parvenu à
« Le groupement Baido a appartenu anciennement à la les organiser effectivement. Même si on envisageait leur
chefferie Magora (Kitambala), de même que la population adjonction à une de ces chefferies, la situation deviendrait
du groupement Atama qui devra être englobée dans la intolérable à cause de la position géographique de leur
chefferie à former. Peu avant notre pénétration dans la habitat. Dramba ou Kitambala auraient de nouveau des
région, il parvient avec l’appui des Arabes à secouer la enclaves dans une région confinant avec Luguaret tant
tutelle de Magora et reste temporairement indépendant. convoitée pour son bétail. Une fusion avec la chefferie
Encouragé par le Blanc, le chef Ibuqui (sic, Ibuki) dépendant Libana est impossible vu l’absence de liens de coutume ou
à ce moment d’Aba, entreprend la conquête de la région et de parenté permettant de donner à l’ensemble la liaison
parvient sans trop de peine à la mettre sous son autorité. nécessaire.
Il maintient Baido comme sous-chef sur la partie la plus Le passage de la collectivité Baido déjà organisée en
importante de la population […] et place sur le reste Atama chefferie ou encore à organiser se fera sans difficultés. Les
au mont Boku. Du vivant d’Ibu, grâce à la politique habile intéressés d’ailleurs qui ont déjà travaillé pour Aba avant le
passage de la chefferie Ibu à Aru, se montrent favorables à
410 « Note sur le passage de la chefferie Matafa (Logo) ce projet.
du territoire d’Aru au territoire de Faradje », D’après le recensement sommaire fait sur place, le
Rapport commun du 16 novembre 1920 élaboré au groupement renferme environ 800 hommes valides. »
village Matafa par les AT de Faradje et d’Aru. Fonds
B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
Temps présent, MRAC.
411 « Note sur le passage du groupement Baido (Obeleba,
Logo) du territoire d’Aru au territoire de Faradje »,
Rapport commun du 4 novembre 1920 élaboré au
village Aligo par les AT de Faradje et d’Aru. Fonds
B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
Temps présent, MRAC.

205
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Voici deux autres exemples. de Lango parviennent à s’affranchir et sont érigés en


communautés indépendantes. Les Obeleba de Atama et
1) Les anciennes chefferies Dramba (Ibu)-Logo et Mava Baido réclament l’autonomie et cessent toutes relations
(Kaliko)412 avec Dramba. Les Lipara prétendent se grouper en chefferie
sous l’autorité de leur capitas Tandro et Drago. En pleine
« La chefferie Ibu dépendait anciennement du fermentation et désagrégation, le territoire de la chefferie
poste d’Aba. Lors de la suppression d’Aba comme poste devient l’asile de prédilection des fuyards du voisinage.
politique en 1913, elle fut attachée au territoire d’Aru. La Voici donc la situation à ce jour. Dramba, même
configuration de son territoire s’étendant sur plusieurs avec de la bonne volonté, qui malheureusement semble
journées du Nord-Ouest au Sud-Est nécessite à ce moment lui faire défaut, ne parviendra plus à mettre de l’ordre
le déplacement de la résidence du chef qui se trouvait à dans le grand territoire déchiré que forme l’actuelle
environ 2 heures d’Aba. Forcé de se rapprocher d’Aru, Ibu chefferie. Les groupements affranchis, ceux tendant à
se fixe avec l’accord de l’autorité sur la rivière Miri. Une l’affranchissemnemt et la population acceptant l’autorité
grande partie de la population du nord de la chefferie le suit de Dramba forment un enchevêtrement compliqué. Pour
et s’installe autour de sa nouvelle résidence. L’organisation donner à la situation quelque clarté, pour permettre de
politique de la région affaiblie par cet exode s’en ressent souder les enclaves de la chefferie Ombaga et de donner
fortement, mais tient cependant debout grâce au prestige de l’homogénéité aux autres groupements détachés de
et à l’autorité du chef. Ibu tourne son attention vers le Sud Dramba et constitués en chefferies autonomes, il est
et par une pénétration douce et pacifique réalise quelques nécessaire de faire vider à Dramba les régions du Sud sur
gains de ce côté. Mal secondé par ses auxiliaires et trop lesquelles il ne peut avoir des prétentions coutumières et de
occupé au Sud, la région du Nord se relâche de plus en comprimer vers le Nord sa population trop éparse et par
plus. La population des Lipara (ancien capita révolté de la conséquent d’une administration trop difficile.
chefferie Maruka) qui en 1914 avait opté pour Ibu, refuse Nous proposons donc d’adopter la solution suivante :
peu après obéissance au chef et cesse toute relation avec 1°) faire retirer à Dramba la population installée sous
l’autorité ; lentement elle se grossit de tous les mécontents les ordres d’Adjuma (Magombo) vers les sources de la
413
et insoumis des chefferies voisines. Miri et lui faire passer la N’Zoro qui constituera en partie
La mort d’Ibu (mars 1919) fait éclater l’anarchie qui la nouvelle limite entre les territoires de Faradje et Aru ;
couvait sous les cendres. Plusieurs groupements gagnés 2°) passer avec la chefferie Dramba au territoire de
par la politique adroite, l’aménité et le prestige du défunt Faradje, la collectivité Mava (Kaliko) dans le but d’obtenir
montrent dès le commencement leur aversion à se plier à des limites claires et aussi pour arrondir les contours des
l’autorité du fils et successeur Dramba qui est loin d’avoir territoires intéressés. […] Ces limites ne sont fixées que
les qualités de son père. Peut-être aussi trop jeune pour vers le sud et l’est ; sa délimitation définitive pourrait se
se rendre compte des grandes difficultés de la situation, faire sans difficulté après son passage à Faradje ;
sa politique maladroite et tatillonne ne fait que l’aggraver 3°) refuser catégoriquement les prétentions à
et indispose même les groupements qui s’étaient montrés l’indépendance de deux groupements Lipara (Logo),
dévoués à sa personne. Une vague de revendications Tandro et Drago, qui n’ont aucun titre à l’appui de leurs
d’indépendance passe sur le territoire de la chefferie. revendications et qui, de plus, se sont, par leurs agissements
Les Luguarets de Makpua, Dema, les Obelebade Lali et leur attitude, montrés indignes à toute faveur ; les obliger
(Dondoro), les Kaliko de Mava et Ombaga et les N’Do à se plier sous l’autorité de Dramba et poursuivre leur
soumission définitive avec toute la sévérité possible ;

412 « Note sur le passage de la chefferie Dramba (Ibu)-


Logo et de la chefferie Mava (Kaliko) du territoire 413 Sous Bokoyo sur les affluents de la Kovo ; sous Akiama
d’Aru au territoire de Faradje », Rapport commun du sur la rive droite de la N’Zoro ; sous Yanyarakasa
26 octobre 1920 élaboré au village Dramba par les AT sur un affluent de la Loha et celle dépendant de
de Faradje et d’Aru. Fonds B. Verhaegen, archives de lui directement groupé autour de son installation
la section d’Histoire du Temps présent, MRAC. actuelle sur la Miri.

206
LE TERRITOIRE DE FARADJE

4°) fixer la résidence de Dramba vers le cœur de la nouvelle Ibu reprend ses anciennes revendications et cette fois avec
r
configuration de sa chefferie, dans les environs d’Adjuma (gîte, plus de succès. Par décision de M le lieutenant Colin (18
r
rivière Dungu, à 6 h 30 heures environ d’Aba). octobre 1913) confirmée par M le commissaire général
Cette solution aura comme résultat de permettre de Bertrand, Dondoro est mis sous son autorité.
grouper la population des différentes communautés du Kitambala, successeur de Magora, qui seul pouvait
voisinage et plus particulièrement pour Dramba, d’occuper émettre des prétentions réelles sur le pays (son père en
systématiquement le territoire de sa chefferie, surtout la ayant fait la conquête avant la pénétration du Blanc)
partie Nord, de serrer les fractions hostiles des Lipara et ne parvient pas à se faire entendre. Les relations entre
de rendre plus difficile, sinon de supprimer les migrations Dondoro et Ibu restent tendues et Ibu tout en menant une
d’indigènes voulant se soustraire à l’autorité de leurs chefs. politique pondérée ne parvient pas à gagner la sympathie
Il est à prévoir que malgré les faibles moyens de Dramba, de ses nouveaux sujets. La mort de Dondoro (12 mai
la situation s’améliorera par suite de l’assainissement de 1917) donne lieu à un nouvel examen de la situation. Sous
l’organisation intérieure et d’une administration plus facile l’influence d’une politique plus favorable aux revendications
résultant d’une meilleure coordination de la population. d’autonomie, le groupement des Obeliba anciennement
Dramba consulté se montre favorable à la solution sous Dondoro retrouve son indépendance ; Lali, fils du
er
développée plus haut ; il estime que l’évacuation des régions défunt est investi le 1 décembre 1919.
citées sous n° 1 ne nécessitera pas de difficultés. Mava aussi Bien intentionné et secondé par son oncle Tamandu
accepterait de bon gré son passage à Faradje. En ce qui (renseigné comme successeur éventuel), il parvient à
concerne Mava et ses administrés qui se disent kaliko, il est mettre un peu d’ordre dans sa chefferie. Sa mort survenue le
résulté de l’enquête faite que ce sont en réalité des Luguarets 25 juin 1920 marque un nouveau retard dans l’organisation
dépossédés. Kaliko n’est qu’un surnom péjoratif leur donné intérieure de la communauté. Tamandu, oncle du défunt,
par les Kakua en raison de leur malpropreté. Comme cette désigné comme successeur éventuel, en l’absence de
population n’a plus de bétail, qu’elle s’oriente visiblement l’héritier direct, se désiste en faveur de son frère aîné
par ses occupations, ses installations et ses mœurs vers le Libana. Ce dernier prend provisoirement la direction de la
génie Kakua ; que son passage ne constitue pas une scission chefferie. Il sera sous peu proposé pour l’investiture.
de la région de l’élevage qui reste nettement confinée vers le Le passage de cette communauté au territoire de Faradje
centre du territoire d’Aru, nous estimons qu’il n’y a aucun ne provoquera aucune difficulté. Libana et ses administrés
inconvénient de la passer à Faradje. » ayant dépendu anciennement d’Aba se montrent favorables
à ce projet. La suite logique de l’investiture de Libana et
2) L’ancienne chefferie Libana (Dondoro)-Logo (Obeleba)414 de son passage à Faradje sera l’organisation en chefferie
du second groupement Obeleba sous les ordres de Baido
« Dondoro, comme Ibu, dépendait anciennement du et son adjonction au territoire de Faradje. Comme ils n’ont
poste d’Aba comme chef indépendant. Sa soumission à jamais été sous les ordres de Dondoro, les héritiers de celui-
Van Rottelberg, surnommé “Mototo”, remonte à mai 1945. ci n’ont pas à émettre des revendications les concernant et
Les prétentions d’Ibu sur le territoire de Dondoro sous Dramba duquel ils dépendaient jusqu’à présent comprend
prétexte de services rendus lors de la pénétration de cette qu’il n’a pas de droit sur eux.
région sont écartées et l’intéressé travaille pour Aba comme La ligne de démarcation entre Dondoro (Libana)
chef autonome jusqu’au moment de la suppression de ce et la chefferie des autres Obeleba à créer sera constituée
poste comme poste politique. Après son passage à Aru, par la rivière Kovo. Les différents temps d’intérim avec
l’inévitable affaiblissement de l’organisation intérieure
en résultant ont provoqué des empiètements mutuels
414 « Note sur le passage de Libana (Dondoro)-Logo
et favorisé l’installation d’une centaine de fuyards de la
(Obeleba) du territoire d’Aru au territoire de
Faradje », Rapport commun du 30 octobre 1920 chefferie Kitambala.
élaboré au village Libana par les AT de Faradje et Libana aura à retirer de la rive gauche de la Kovo le
d’Aru. Fonds B. Verhaegen, archives de la section capita Abuondu avec 30 hommes, Adimva avec 25 hommes
d’Histoire du Temps présent, MRAC. et Kairika avec 30 hommes.

207
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Les intéressés qui alternativement se réclamaient de Faradje aurait une unité politique et Aru aurait la sienne.
Dondoro et Baido ont déclaré opter définitivement pour Les froissements et animosités qui existent actuellement
Libana et se sont engagés à vider la rive gauche de la Kovo entre le Logo, l’ancien oppresseur, et le Lugwaret, l’ancien
au commencement de la saison sèche, après récolte de assujetti, disparaîtraient : par son rattachement à Faradje,
leurs plantations de sorgho et éleusine. Abo fils de Gaga le Logo n’aurait plus l’occasion de traverser les territoires
auparavant sous les ordres d’Ibu installé avec 270 hommes lugwaret et l’emprise passée du Logo sur le territoire du
sur la rive droite de la Kovo autour du mont Apefi accepte pasteur lugwaret que notre première politique favorisa,
l’autorité de Libana. Le capita Amoeri qui à la faveur de aurait enfin un terme absolu.
la situation troublée du pays ayant fait l’objet du différend Le problème soulevé me force, Monsieur le Vice-
térritorial entre Matafa et Maruka s’était fixé à l’ouest de gouverneur général, à devoir vous proposer le passage d’un
l’Ombatchiko sur le sol actuellement reconnu à Maruka, se petit groupement kaliko, d’extraction lugwaret à Faradje,
retirera vers l’est, au-delà de la rivière précitée formant la qui comme les rapports des administrateurs l’expriment
limite entre Maruka et Libana ; l’évacuation est commencée. (cf. supra), doit être rattaché à Faradje – se trouvant au
Les 100 fuyards de Kitambala avec les capitas Dima, milieu de populations kakua, dont il se rapproche et qui
Buluma, Angodo et Tiri repasseront la Miri pour se fixer dépendent de Faradje. Le passage de la chefferie Mava à
dans leurs anciens foyers ; Libana surveillera l’évacuation Faradje permet, de plus, de donner des limites nettes entre
et au besoin arrêtera les récalcitrants pour le cas qu’ils Faradje et Aru la rivière Opi au sud.
viendraient à manquer à leur promesse formelle d’avoir Pour ce groupement, comme pour le passage des
quitté leurs villages actuels au commencement de la saison Logo, la question économique dicte aussi la solution que
sèche. » je propose. En effet le Logo d’Ibu se trouve, par exemple,
à cinq jours d’Aru, alors qu’il ne se trouve qu’à quelques
En soutenant le passage d’un certain nombre des heures d’Aba-poste de perception auquel il serait rattaché.
groupements logo du territoire d’Aru au territoire de Il est de plus à noter qu’Aba et Faradje souffrent du manque
Faradje, le CDD du Haut-Uele visait à constituer l’unité de main-d’œuvre – Aba surtout, de par les exploitations
des Logo certes, mais aussi à séparer Logo et Lugbara dans commerciales qui demandent grand nombre de porteurs.
deux territoires distincts. On sait que le rattachement Et par le rattachement des Logo à Faradje, le problème
du territoire de Faradje au Haut-Uele plutôt qu’à l’Ituri s’éclaircit – ethniquement formant un tout les Logo
continue de soulever des interrogations. Suivons pourront être poussés économiquement vers le même
415
l’argumentaire défendu par le CDD : développement, – supprimeront la pénurie de population
dont Aba se ressent à l’heure actuelle.
« Par ma lettre n° 570 du 31 août passé, j’ai eu l’honneur Mon prédécesseur avait déjà, par sa lettre 340/V,
de soulever déjà le cas du passage des Logo au territoire proposé de rattacher le Logo à Faradje – mais avec création
de Faradje pour ne conserver qu’à Aru les populations d’un nouveau territoire. Ce territoire n’aura pas besoin d’être
Lugwaret. […] créé : Faradje aura une politique unique : celle du Logo et
Politiquement, Monsieur le Vice-gouverneur général, les populations logo plus près de Faradje et d’Aba que d’Aru
le rattachement des populations logo à Faradje que je dépendront pour la perception de l’impôt partiellement
propose serait de nature à marquer entre les territoires d’Aba et partiellement de Faradje – en ce sens que ce ne
intéressés des limites ethniques des démarcations nettes : sera que la distance qui sera prise en ligne de compte pour
Faradje serait le territoire du Logo, Aru celui du Lugwaret ; rattacher les chefferies à telle ou telle poste de perception.
Pour les populations dongo, Monsieur Dechamps, vu
son long séjour antérieur à Aru, pourra se rencontrer avec
415 Lettre du CDD du Haut-Uele au vice-gouverneur
ses collègues pour étudier le problème ethnique que pose
général de la Province-Orientale à Stanleyville
portant sur les « limites territoriales entre les cette race.
territoires de Faradje et Aru », écrite à Niangara le 29 Il apparaît d’après la carte que le territoire de Faradje
décembre 1920. Fonds B. Verhaegen, archives de la est très grand – du moins en superficie, car comme j’ai eu
section d’Histoire du Temps présent, MRAC. l’occasion de le dire lors de mes propositions concernant

208
LE TERRITOIRE DE FARADJE

la réserve de chasse (lettre n° 423 du 14 juin 1920), tout De même jamais il n’est dit Faradje – mais bien Faragi
le Nord de ce territoire est quasi inhabité. Pour ce motif et c’est Faragi qui est la seule dénomination réelle. »
ce territoire resterait donc semblable aux autres – quant au
416
chiffre moyen de la population .
Je profite de ces propositions de rattacher le Logo à Anciennement intégrés au district du Kibali-Ituri, c’est
er
Faradje pour vous soumettre, Monsieur le Vice-gouverneur à partir du 1 janvier 1956 que les territoires de Faradje et
général, la question suivante : jusqu’à ce jour on appelle Aru de Watsa vont intégrer le Haut-Uele. Lors du référendum
le territoire des Lugwaret – Lugwaret est une dénomination de 1962, le territoire de Faradje va revenir à l’Ituri. Peu de
consacrée par l’Européen, qui ne correspond à aucune temps après, il retournera à nouveau au Haut-Uele, et y
réalité. Aussi je vous propose, Monsieur le Vice-gouverneur restera jusqu’à ce jour.
général, de faire intervenir si possible la dénomination
Territoire d’Aru au lieu de Territoire des Lugwaret, puisque
le vrai nom du Lugwaret est Lugbara – et alors suite à 2.2. SUBDIVISIONS ADMINISTRATIVES
cette proposition aussi la dénomination Lugwaret serait
exclue, il ne resterait que la dénomination Lugbara réelle et Le territoire de Faradje comptait 9 chefferies, avant de
employée par les populations. voir ce nombre réduit à 8.

Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Faradje (1937-1952)

Chefferie Nom du Chefferie Nom du Chefferie Nom du Chefferie Nom du Chefferie Nom du
en 1937 chef en 1939 chef en 1943 chef en 1945 chef en 1952 chef
Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Azile Logo-Ogambi Sabuni
Logo-Lolia-
Avokaya Kitambala L-L-Avokaya Kitambala L-L-Avokaya Kitambala L-L-Avokaya Manda L-L-Avokaya Ali
Logo-Doka Matafa Logo-Doka - Logo-Doka Sirigi Logo-Doka Sirigi Logo-Doka Sirigi
Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Dramba Logo-Bagela Akubwa
Logo-Obeleba Alomo Logo-Obeleba Alomo Logo-Obeleba Alomo Logo-Obeleba Suruga Logo-Obeleba Tamandu
Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Denis Surur Bari-Logo Paul Surur
Dongo Maki Dongo Maki Dongo Maki Dongo Dakala Dongo Dakala
Mondo Bwere Mondo Bwere Mondo Bwere Mondo - Mondo Missa
Kakwa-Lamada-
Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima K-L-Kirikwa Ima

Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ;
Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars
1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.

416 En ce qui concerne la population de Faradje, elle


serait, par le passage des chefferies en question,
augmentée de 7.000 contribuables : il y aurait, pour
Faradje, 21.000 contribuables et pour Aru, 15.000
recensés et environ encore 10.000 à recenser.

209
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Le nombre des chefferies sera réduit à huit avec Notons que la chefferie Logo-Ogambi, la plus vaste, a
l’intégration de la chefferie Bari-Logo dans le territoire toujours été aussi la plus peuplée du territoire.
de Watsa. Depuis, le territoire de Faradje est subdivisé La succession des chefs au pouvoir dans les chefferies
administrativement en huit chefferies, une cité et trois Logo-Bagela, Logo-Obeleba et Logo-Lolia se présente
postes d’encadrement administratif. Les chefferies sont : comme suit :
Dongo, Kakwa, Logo-Bagera, Logo-Doka, Logo-Lolia,
Logo-Obeleba, Logo-Ogambi et Mondo-Missa. Pour Chefferie Logo-Bagera
les postes d’encadrement, il y a : Ambarau, Kitambala et Bagela (premier chef de la chefferie) ➞ Omba ➞ Yibu ➞
Tadu. Dramba ➞ Akubua ➞ Agrago ➞ Tandroale ➞ Bulumba
➞ Clément Drabha (au pouvoir en 2011)
Subdivision administrative du territoire de Faradje
417
Chefferie Logo-Obeleba
Chefferies Nombre de Nombre Postes d’encadrement Superficie Obilebha (premier chef de la chefferie) ➞ Dondro ➞ Lali
groupements villages administratif km² ➞ Libana ➞ Baido ➞ Alomo ➞ Samaki ➞ Tamandu ➞
Dongo 3 38 1.465 Maulo ➞ Baido ➞ Kamba Kelema (au pouvoir en 2011)
Kakwa 2 28 776
Logo-Bagera 3 27 Poste Kitambala 1.397 Chefferie Logo-Lolia
Logo-Doka 7 69 Poste Ambabau 1.465 Madri (premier chef de la chefferie) ➞ Tade ➞ Magora
Logo-Lolia 4 53 1.168 ➞ Kitambala ➞ Masikini ➞ Bendere ➞ Manda ➞ Ali ➞
Logo-Obeleba 3 40 1.100 Paul Kolego (au pouvoir en 2011)
Logo-Ogambi 5 127 Poste Tadu 4.878
Mondo-Missa 3 24 859 Ci-dessous, la liste des administrateurs du territoire
Total 30 406 13.108 de Faradje pendant les premières années de l’organisation
administrative.

Liste des administrateurs de territoire de Faradje

Noms Noms locaux Grade Périodes

1. La Haye Niama Djuni Commissaire général -


2. Buzon Buzou Lieutenant -
3. Santequin Tukumitano Lieutenant -
4. François de Renette Yambili Commis -
5. de Villers Pervin Talata Capitaine commandant -
6. Scheyvinck Chicotte Kamamoko Lieutenant -
7. Celebrini di San Martino Sarkato Capitaine -
8. Denis Madjoikanza 1er sous-officier -
9. Van der Hasselt Pembeliboko Commis-chef 1904
10. Wterwulghe Kangi-Kangi Sous-lieutenant 5 septembre 1905
11. Segers Kobinda Agent militaire 1er décembre 1906
12. Stockaer Maboko na Monoko Agent militaire 20 août 1908

417 Il arrive que des divergences d’orthographe se présentent


entre le nom d’une chefferie (ici celle d’Obeleba) et
celui du premier chef ayant inspiré le nom de celle-ci
à l’autorité coloniale (celui d’Obilebha). C’est que la
transcription du nom faite par l’administration n’a pas
toujours été conforme au parler des populations locales.

210
LE TERRITOIRE DE FARADJE

13. Leynen Molay Agent militaire d’admin. 15 décembre 1908


14. Stockaer Maboko na Monoko Agent militaire 1er juillet 1909
15. Braeckman Brukemani/Bwana Madefu Agent administratif 4 décembre 1909
16. Buelens Gonga na Butu Agent militaire 1911
17. Pornage Gangara Moko Agent militaire 1911/1912
18. Hawotte Parakondo Sous-officier 1912
19. Bourgeois Posita Chef de poste -
20. Van de Vyvere Ataso Commis 1912/1913
21. Goethals Songo Molay Commis 1914
22. Voisin Palaba Substitut -
23. Hultman Deberuhitte Agent militaire -
24. Lebrun Talatala Agent territorial 1re classe 1er avril 1913
25. Lenselaer Kokomalarie Commis 10 octobre 1913
26. Brandt Gonga na Butu Commis 10 février 1914
27. Lapierre Dzongo-Dzongo Agent territorial 1er juin 1915
28. Goffinet Ndiete na Waraga Agent territorial 1re classe 6 juin 1917
29. Van Beckel Balandeke Agent territorial 1re classe 12 mars 1918
30. Gils Eugène Songo-Molay Premier sous-officier 9 juillet 1918
31. Colard Simon Kopi Agent territorial 1re classe 1er août 1918
32. Stocker Bango Moke Adm. terr. de 2e classe 10 novembre 1919
33. Eldh N.H. Moto Adm. terr. de 1re classe 8 août 1922
34. Leruth H. Malumalu Agent terr. de 3e classe 1er octobre 1922
35. Sarlet M. Magbe Adm. terr. de 2e classe 5 juillet 1923
36. Leruth Malumalu Agent terr. de 1re classe 4 avril 1924

[Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du Noms des chefs de chefferies


territoire de Faradje (voir annexe 2.2).] du territoire de Faradje en 2010

Entités Chef Date


d’investiture
Les chefs de chefferies et de la cité au pouvoir en 2010
Chefferie Logo-Bagela Clément Drabha- Mogo 1998
dans le territoire de Faradje sont présentés au tableau ci- Chefferie Logo-Doka Agumani-Waiwai 1973
contre. Chefferie Dongo Aguma-Arugba
Chefferie Kakwa Baubouim Kwadje Lasuba 2003
Chefferie Logo-Lolia Paul Kolego-Kitambala 1983
Chefferies Mondo-Misa Mamboyi-Banto 2005
Les chefs coutumiers de Faradje en 2006. (Source :
Chefferies Logo-Obeleba Kamba-Kelema
Présentation en 2006 des chefs coutumiers devant la population
Chefferie Logo-Ogambi Léon Amuta-Ombandroa 2006
au marché central de Faradje. De gauche à droite : Obote Sirika
Jean, Agumani (décédé), Somana, Karume, Matshaga, Drabha, Cité d’Aba Paul Banga-Lusuba
Adramasi, Mgbangala, Alomo (décédé), Mambukele, Ndambhu
et Mbikondolomo. Photo Jeanine Aïwa.) Source : Rapport annuel du territoire de Faradje, 2007.

211
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

La chefferie Kakwa est aussi appelée chefferie Damada- – Ogambi qui donna naissance à Dakwala, Konioroko et
Kirikwa, nom forgé de l’union de deux groupements qui Manigo ;
la composent. Le groupement Damada, délimité, au nord, – Mbaka dans la chefferie Logo-Doka ;
par la frontière RD Congo-Sud-Soudan, au sud, par la – Mandri dans la chefferie Logo-Lolia-Avokaya ;
rivière Kolokpo, à l’est, par la rivière Zelemvu et, à l’ouest, – Tade dans la la chefferie Logo-Obeleba ;
par la chefferie Mondo. Le groupement Kirikwa, quant à – Omba dans la chefferie Logo-Bagera ;
lui, est délimité au nord, par la frontière RD Congo-Sud- – Mabanga qui épousa Kalakiko (une femme bari) à
Soudan ; à l’est, et au sud, par la rivière Avuku ; à l’ouest, l’origine de la chefferie Bari-Logo devenue chefferie
par la rivière Zelemvu. Sururu intégrée dans le territoire de Watsa.
Les deux groupements de la chefferie Kakwa étaient
jadis l’apanage du pouvoir traditionnel des chefs Kirikwa, Dans le territoire, les Mondo et les Kakwa sont
dont le premier connu fut Lasukuri, que l’EIC trouva sur minoritaires numériquement. En effet, on ne comptait,
418
le trône. Après lui, la succession fut la suivante : d’abord en 1959, que 8.347 Kakwa dans le territoire de Faradje
son frère Lasu, puis Mola et Lasu Geri au pouvoir en 2010. et l’espace qu’ils occupent aujourd’hui représente une
2
À noter que Mola fut arrêté et emprisonné à Irumu par le superficie de 476 km . Les Kakwa du territoire de Faradje
pouvoir colonial ; il s’enfuit de la prison d’Irumu et partit sont appelés Kakwa d’Aba pour les distinguer des autres
419
en exil en Ouganda. Son successeur Lasu Geri sera, par Kakwa . Ils sont aussi appelés (ceux du territoire de
la suite, destitué par l’autorité coloniale, ce qui amena au Faradje) :
pouvoir, en 1946, le clan Damada, dont le premier chef
investi fut Ima. La succession, depuis, se présente comme – Kakwa-Ima, en mémoire de leur chef Ima, premier chef
suit : Lokudu Lokulu, Djibala et Taboya Buya Takole Damada à la tête de la chefferie ;
(décédé en 2010). – Kakwa Damada, en référence au clan régnant Damada ;
– Kakwa Damada-Kirikwa : appelation reprise dans
plusieurs documents d’archives de la période coloniale,
2.3. LE PEUPLEMENT elle désigne les deux groupements de la chefferie Kakwa
d’Aba.
Plusieurs peuples habitent le territoire, notamment des – Les Kakwa d’Aba ne vivent pas tous dans la délimitation
Logo, des Mondo, des Avokaya, des Kakwa, des Dongo, de la chefferie Kakwa. Certains se retrouvent retranchés
des Baka, des Padjulu et des Azande. en communautés ou en villages dans des chefferies
Les Logo occupent l’espace situé entre Faradje, Aba dominées par d’autres peuples. Ainsi trouve-t-on les :
et Watsa, qui correspond en grande partie au bassin – villages Lema et Mungua dans la chefferie Logo-
de la Haute Dungu, au bassin de l’Avuku et à quelques Ogambi ;
régions appartenant au versant septentrional des bassins – villages Tsore et Lumery, ainsi que la communauté
de la Nzoro et du Kibali. Quelques Logo habitent encore Diding’O dans la chefferie Logo-Bagera, dans la contrée
au Soudan, dans le district du Yei. Leur aire d’extension de Faradje ;
est limitée, au nord, par le pays des Avokaya-Padjulu ; au – la communauté Kakwa d’Amadi, qui se retrouve dans
nord-est et à l’est des Logo vivent les Keloki-Kakwa ; au la chefferie Barambo (territoire de Poko dans le Bas-
sud, se sont établis les Mangbutu et, à l’ouest, apparaissent Uele).
les Bari-Logo.
Les Logo constituent le peuple majoritaire
numériquement et sociologiquement, subdivisé en clans 418 À noter que les Kakwa du territoire d’Aru dans l’Ituri
exogames et patrilinéaires. Ils ont pour ancêtre Tafulindri, sont appelés Kakwa Inga ou encore Kakwa Dropa.
marié à Takua, qui eurent pour filiation : 419 En effet, on trouve d’autres Kakwa dans le territoire
d’Aru en Ituri et au Sud-Soudan. Ceux du territoire
– Mala, Zongo et Bare dans la chefferie Logo-Ogambi ; d’Aru sont appelés Kakwa-Inga de Kumuru ou
d’Ingbokolo, ou encore Kakwa Dropa.

212
LE TERRITOIRE DE FARADJE

À cause de l’isolement/intégration dans d’autres « Niangara ou, plus exactement, Yangara, chef madjaga,
chefferies, certains groupes kakwa comme ceux des né vers 1825 et décédé le 27 décembre 1895 ; fils de Magapa
villages Lema et Mungua dans la chefferie Logo-Ogambi ou Dakpwara ou Degberra, fils de Langa-Ndula.
ne consevent plus grand-chose de la culture kakwa. Notons Il était installé au village de Makomondo, entre la Ne-
que les Kakwa sont un groupe intégré du peuple bari. Delawa et la Ne-Kebu. À la suite du meurtre de Mbunza,
En matière de mariage, le mariage monogamique (un auquel il fut contraint de participer sous la pression de
homme et une femme) reste préférentiel dans les sept Nesogo, fils de Sadi le Mangbetu, de Bashir et d’autres
chefferies, excepté dans la chefferie Mondo, où l’on observe traitants, il avait été placé par ces derniers (1874) à la
la pratique combinée de la monogamie et de la polygamie. tête de l’ancienne chefferie de Mbunza et au détriment
La dot est versée en argent et en nature. Elle est payée par de Bara, fils aîné du chef mangbetu, réfugié au sud du
le père de famille après entente avec la belle-famille. Celle- Bomokandi, en territoire d’Azanga, son oncle. Ce fut pour
ci organise une compensation au moment de donner leur Yangara l’occasion de voir presque doublé le territoire de
fille en mariage. sa chefferie, qui, jusqu’alors, ne s’étendait que de l’Uele à
Le système de filiation est patrilinéaire. C’est l’époux la Gadda. Pour se protéger contre ses ennemis, les Mabadi
qui est le chef du ménage et a, à ce titre, le devoir de donner à l’Est, les Medje-Mangbetu au Sud, les Azande de Bowili
le nom à l’enfant suivant les circonstances de la naissance. et les aBisanga de Mambanga à l’Ouest, il jugea opportun
Rares sont les enfants qui portent le nom de la mère. de déplacer au Nord de la Gadda, jusqu’aux sources de la
Par ailleurs, dans le territoire de Faradje, on observe des Dingba, sa résidence, qu’il fixa ainsi à Tangasi, le Dingba
rapports interethniques privilégiés à travers les mariages. actuel. La zériba des traitants de Tangasi, devenue poste
Il n’existe pas d’associations ethniques. gouvernemental dès 1878-1879, Yangara s’y trouva tout
à fait en sécurité. Devenu le chef le mieux rallié aux
Égyptiens, il n’en fut pas moins en butte à des tracasseries
de leur part.
3. LE TERRITOIRE DE NIANGARA En octobre 1881, Mohammed Abdu, intendant
égyptien de Tangasi, reprocha à Yangara d’avoir provoqué
la visite de Junker, dont il craignait les rapports au
3.1. APERÇU HISTORIQUE gouvernement de Lado. En 1881-1882, sous prétexte que
Yangara avait été l’allié de Mambanga, alors adversaire
Le poste de Niangara fut fondé en 1892 par l’expédition des Nubiens, l’Égyptien Hawash alla jusqu’à sévir contre
Van Kerckhoven, en même temps que ceux de Dungu et de lui avec cruauté ; la résidence de Tangasi fut transformée
Faradje, pour servir de base opérationnelle aux opérations en bivouac et soumise aux pillages et aux pires orgies. En
420
contre les madhistes . Le territoire de Niangara fut créé août 1882, Yangara était contraint d’accompagner le major
par la circulaire n° 106 du 26 décembre 1895 de l’EIC, sous Hawash dans son expédition contre Azanga, au sud du
l’appellation de zone autonome de Makua, avec comme Bomokandi. En juillet 1883, libéré d’Hawash, Yangara
chef-lieu Niangara. défendit avec ardeur la cause d’Azanga devant Emin, venu
Niangara vient de la déformation du nom du chef en inspection à Tangasi, et il dénonça à ce dernier les
Yangala ou Yangara. Celui-ci est considéré comme le intrigues de Mambanga.
fondateur de la dynastie des Matsaga (qui occupent Au départ des Égyptiens vers les postes du Nil,
actuellement trois chefferies dans le territoire de Niangara) Yangara, privé de la sauvegarde que lui avait procurée
e
qui régnait dans cette région à la fin du xix siècle. Cette jusqu’alors le voisinage d’un poste gouvernemental, porta
figure historique fit l’objet d’une intéressante notice sa résidence sur la rive sud de la Gada, dans la Ne-kanda ou
biographique, que voici : boucle comprise entre la Ne-Delawa et la Ne-Kebu. Cette
résidence fut dénommée Makomondo. Elle fut attaquée
par les Arabes venus des Falls, quelques mois avant l’arrivée
de l’expédition Van Kerckhoven-Milz au confluent Uelle-
420 Cahoprix, G., op. cit., p. 20. Gadda. … Cette expédition fut pour Yangara la fin de

213
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

ses perpétuelles craintes d’agression de la part de tous ses soulignant un comportement désapprouvé et indigne
voisins. pour un homme normal, bref celui-ci d’un « imbécile »
Le chef madjaga s’empressa de faire sa soumission à Milz ou d’un « vaut-rien » ;
et établit ce dernier à l’endroit où se trouve actuellement le – sur le plan politique, les différentes restructurations
poste de Niangara (mars 1892). territoriales intervenues durant l’époque coloniale
Yangara mourut trois ans plus tard (27 décembre amènent tantôt au transfert du chef-lieu du district à
1895). Laplume lui fit visite la veille même de sa mort. Son Buta, tantôt son retour à Niangara. Le dernier transfert
successeur fut son fils Mambanga, que Laplume investit définitif à Paulis (Isiro) intervint en 1956 ;
quelques jours après. – sur le plan socioculturel, Niangara connaît un essor
Voici le portrait de Yangara esquissé par Christiaens, considérable avec la fondation de la mission catholique
arrivé au poste de l’État en août 1893 : “Type grand, élancé, en 1920. Celle-ci devient, à son tour, le siège du vicariat
coiffé à la mode mangbetu, avec parures en plus d’aigle apostolique de Niangara (1926) puis du diocèse
et de perroquet ; un pagne monumental forme éventail de Niangara. Il y eut, par la suite la création d’une
devant la poitrine et derrière le dos. À chaque coude, quatre école normale, en 1927, de la première institution
peaux de chat-tigre superposées, retenues par des bracelets d’enseignement supérieur, le grand séminaire
en bois de sorbier, les poignets ornés de bracelets en cuivre interrégional de Niangara, en 1935, puis d’une école
enroulés en spirale. À la cheville, plusieurs rangées de d’infirmiers, d’un journal Ngonga na bisu, etc. ;
colliers de perles de laiton. Il se fait porter assis sur une – sur le plan économique, installation de l’agence
chaise indigène ; son entrée ne manque pas d’un certain d’une banque interafricaine à Niangara, mettant en
cachet imposant. Il promet tout ce qu’on lui demande, mais connexion les échanges avec le Soudan, la République
oublie vite, paraît-il, ce qu’il a promis !” centrafricaine et l’Ouganda.
La principale femme de Yangara était Nenzima, sœur
de Mbunza, qui était très intelligente et prit une grande part Le déclin de Niangara s’amorce, en 1956, avec le
421
dans la direction des affaires de la chefferie . » déplacement du chef-lieu de district de Niangara à Paulis
puis, en 1964, avec le transfert du siège du diocèse à Isiro
Le 17 juillet 1895, le roi crée par décret le district de et la fermeture du grand séminaire, ainsi que le départ
l’Uele (par la division du territoire de l’État indépendant des commerçants et planteurs européens. Niangara
du Congo en 15 districts), dont Niangara devient le devient isolé et dépourvu de presque tout, sauf de ses
chef-lieu, en même temps que celui de la zone autonome infrastructures économiques de base .
422

de Makua (futur territoire de Niangara). Chaltin,


nommé « commandant supérieur des territoires du
district de l’Uele », district détaché temporairement 3.2. SUBDIVISION ADMINISTRATIVE
du commandement exercé par le vice-gouverneur, y
installa sa résidence en qualité de chef d’expédition et de La configuration actuelle du territoire de Niangara est
commandant supérieur. la conséquence des mouvements migratoires accompagnés
Dès lors, le village de Niangara connut divers statuts : parfois de guerres (opposant les peuples qui habitent
actuellement ce territoire), mouvements qui ne se sont
– sur le plan administratif, sont créés, en 1917, le parquet arrêtés qu’avec l’arrivée des colonisateurs belges.
et le tribunal de grande instance. Ceux-ci vont donner
lieu à la célèbre expression de « Nyangarakata », qui
422 Dereine, « Le soulèvement des Babua (1900-1901) »,
signifiait tout simplement au début : « ton affaire Africa-Tervuren, vol. 10, n° 2, 1964, pp. 31-32 ;
est grave et sera jugée par le tribunal (parquet) de Choprix, G., La Naissance d’une ville…, op. cit., p. 20 ;
Niangara », mais qui, par la suite, est devenue une injure Extraits des Bulletins administratifs, 1914, 1920,
1923, 1932, 1933 et 1936. Archives de la division de
421 Lotar, L. & Coosemans, M., « Niangara », in l’Intérieur à Kisangani ; tradition orale, recueillie par
Biographie coloniale belge, II, op. cit., col. 732-734. les enquêteurs Libaki et Meduama.

214
LE TERRITOIRE DE NIANGARA

En 1937, le territoire de Niangara comptait 9 chefferies.


Celles-ci passèrent à 11 en 1939, à 8 en 1943 puis à 7 en
1952.

Évolution du nombre de chefferies du territoire de Niangara (1937-1952)

Chefferies Nom du Chefferies Nom du Chefferies Nom du Chefferies Nom du Chefferies Nom du
en 1937 chef en 1939 chef en 1943 chef en 1945 chef en 1952 chef
- - Manziga Aragi Manziga Aragi Manziga Umete Manziga Misi
Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo Kopa Ekibondo
Okondo I Napangwe Okondo I Napangwe Okondo I Napangwe Okondo I Napangwe Okondo Okondo Meka
Kereboro Okondongwe Kereboro Okondongwe Kereboro Okondongwe Kereboro - Kereboro Gasa
Okondo II Kongoli Okondo II Kongoli Okondo II Kongoli Okondo II Okondo - -
Mabisanga Ganzi Mabisanga Ganzi Mabisanga Ganzi Mabisanga Ganzi Mangbetu- Adunandra
et Mangbetu et Mangbetu et Mangbetu et Mangbetu et Mabisanga
Mangbele Gata Mangbele Gata Mangbele Gata Mangbele Gata Mangbele Gata
Atukabo Mabaga Atukabo Mabaga
Bakango-Mayoyo Danga Bakango-Mayoyo Danga - - - - -
- - Boemi - Boemi Pongbo Boemi Pongbo Boemi Pongbo
Licenciés Kopa Licenciés Kopa Centre extra- Centre-extra Jean Mabonde Centre-extra Iniama
coutumier coutumier coutumier
de Niangara de Niangara de Niangara

Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ;
Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars
1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.

Le territoire est divisé en sept chefferies, une cité et La configuration actuelle du territoire est la
deux postes d’encadrement administratif. Le tout subdivisé conséquence de différentes réformes administratives
en 38 groupements, 3 quartiers, 163 villages. Ses chefferies intervenues entre 1925 et 1936. Celles-ci avaient procédé à
sont Boimi, Kereboro, Kopa, Mangbele, Mangbetu, la fusion et à la délimitation de ces chefferies.
Manziga et Okondo.
Trois de ces chefferies (Kereboro, Kopa et Okondo) 3.2.1. Chefferie Boimi
sont dirigées par une même dynastie, celle des Matsaga. Elle est située au sud-ouest du territoire de Niangara. D’une
Deux autres chefferies (Boimi et Manziga) sont dirigées superficie de 850 km², la chefferie Boimi est majoritairement
par les Avungara. Et deux autres chefferies (Mangbele et habitée par des populations azande auxquelles se mélange
Mangbetu) sont constituées des Mangbele venus de l’ouest une minorité de Barambo et de Madhi.
en remontant l’Uele et des Mangbetu de la descendance La chefferie Boimi, créée en 1905, est dirigée par des
du chef Nabianbale qui avaient refusé de suivre leurs chefs tous issus d’Avungara descendants du chef fondateur
congénères au sud de la Bomokandi. Wando (décédé en 1892).

215
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Wando

Pongbo
3.2.2. Chefferie Kereboro
Située au sud-est du territoire de Niangara, elle a une
Mama (1905-1952) superficie de 1.838 km² et ses habitants sont composés
de Mayogo, Matsaga, Bangba, Mangbetu, Mamvu, Duga,
Madhi et Gbote.
La chefferie Kereboro a été constituée à la suite de
Kumbabeko (1954)
423 la restructuration des chefferies Matsaga intervenue en
1932, notamment par la fusion d’une partie de l’ancienne
chefferie Koti.
424
Yadotiyo L’actuel chef de la chefferie Ci-dessous l’arbre généalogique de ses chefs :

Tsaga (Ancêtre fondateur)

Dakpala

Kopa Yangala (Chef)

Kulubolo Kongoli

Okondongwe

Kerukombi

Mukparakiki Bondo Samue Kulubolo

423 Liste de succession établie à Niangara le 5 septembre


1958 par le directeur politique du paysannat et
administrateur.
424 Les dates d’accession de ces deux derniers chefs ne
sont pas connues.

216
LE TERRITOIRE DE NIANGARA

3.2.3. Chefferie Kopa


Elle est située à l’est du territoire de Niangara et a une Tsaga
superficie de 1.503 km². Ses habitants sont constitués
de Bangba (majoritaires), Matsaga, Mayogo, Mamvu,
Dakpala-Magapa
Azande, Mabadi, Duga, Angahi, etc. Sa configuration
actuelle, qui date de 1932, est intervenue à la suite de la
restructuration des chefferies Matsaga, notamment par la
fusion des chefferies Ekibondo, de la sous-chefferie Medi- Kopa Yangala
425
Medi et d’une partie de l’ancienne chefferie Koti . À noter
que jusqu’à cette restructuration, la sous-chefferie Medi-
Medi était intégrée dans le territoire de Dungu.
En 2010, la chefferie Kopa est dirigée par Dieudonné Abonamasi Nganzi
Lengendule Mongbongbo qui a succédé à son père en
2006. Voir l’arbre généalogique ci-contre : Ekibondo

3.2.4. Chefferie Mangbele


Avec une superficie de 482 km², elle est située à l’ouest
du territoire de Niangara. Sa population est presque Djamisi Tagba
exclusivement composée de Mangbele, peuple bantou qui
aurait atteint la région en remontant la rivière Uele. On y engendule
trouve aussi des Madhi.
L’arbre généalogique de succession au pouvoir se
présente comme suit :

Bolongo

Mande Bebege Mapele Mbalangwe Nambangwe

Mabiti Ngata Nandongbale Magombo

Medanoma Sayi Kwadi Kitoko Tonye

Kabembe Teba Basakpide Agobobha Okondo

Mombiyo-Teba
Source : Bureau du territoire de Niangara.

425 Procès verbal n° 45 et lettre n° 413 du 5 avril 1932 du


commissaire de district de l’Uele-Nepoko, adressée au
gouverneur de la Province-Orientale à Stanleyville.

217
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

3.2.5. Chefferie Mangbetu la scission qui donna lieu à deux chefferies distinctes :
Avec une superficie de 369 km², elle est située à l’ouest Baranga et Maberu. Le 9 février 1925, il y eut constitution
du territoire de Niangara. Ses habitants sont constitués des de la chefferie unique intégrant les Mangbetu et les
Mangbetu (majoritaires), Mabisanga, Madhi et Maberu. Mabisanga sous l’autorité de Nganzi. Cette situation est
426
La chefferie Mangbetu a été constituée entre 1909 et confirmée par le décret du 7 juin 1930 .
1930 de la fusion et de la suppression de plusieurs petites
chefferies. En effet, l’arrêté du 10 novembre 1912 confirme L’arbre généalogique de la chefferie Mangbetu se
la constitution de la chefferie Nganzi. En 1913 intervient présente comme suit :

Abiangbali

Tuba (1er chef)

Mbunza Sadi (2e chef)

Nesogo (3e chef) Mangbanga Yode Maladi

Ada Atinengwe 1er (4e chef) Zakuda (5e chef) Bakpa (6e chef) Babu

Nganzi 1er (7e chef) Kabunonziodio

Manzidri Sadi Bala

Mbunza Graffe Adruandra (8e chef) Tengu

Nesogo Adala Tengu Mboli Mosisiri

Nganzi II (9e chef) Nesogo (10e chef mais non investi)

Bakp Ndanzi Atinengwe (11e chef au pouvoir en 2010)

Source : Archives du territoire de Niangara (1972).


426 Procès verbal n° 183 de la constitution des chefferies
Mabisanga et Mangbetu (leur historique), document
sans date.

218
LE TERRITOIRE DE NIANGARA

3.2.6. Chefferie Manziga


Avec une superficie de 2.139 km², elle est située au Tsaga
nord du territoire de Niangara. Sa population est en
majorité constituée d’Azande, de Madhi et d’une minorité
de Bangba et de Masele. Dapkala Magapa
La chefferie Manziga a été constituée le 14 mars 1930
par la fusion des chefferies Ginda (créée en 1907), Manziga
(créée en 1907) et Datule (créée 1909). Tous les chefs sont
des Avungara, descendants du seul chef Wando (décédé Kopa Yangala
en 1892), installé dans sa région après la conquête sur les
427
Bangba par son fils Ukwa en 1815 .
La succession au pouvoir se présente de la manière
suivante : Kulubolo Kongoli

Manziga (1907-1935)
Okondo Meka
Aragi (1935-1943)

Umete (1944-1950)
Konyebadi Matsaga
Missi (1951)

Ngbangala Servais Source : P.V. 1 45 et lettre 1° 413 du 5 avril 1932 du commissaire de district de l’Uele-
Nepoko, adressée au gouverneur de la Province-Orientale à Stanleyville.

Kulubolo Edmond

Source : Lettre n° 2831/n°2 de l’administrateur territorial assistant du territoire de


Niangara du 5 septembre 1958 ainsi que son annexe. [Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du
territoire de Niangara (voir annexe 2.3).]
3.2.7. Chefferie Okondo
Avec une superficie de 1.892 km², elle est située au sud
du territoire de Niangara. Ses habitants sont constitués
de Madhi (majoritaires), Matsaga, Mayogo, Mangbetu,
Mangbele, Mabisanga, Mamvu (dans le groupement
Mbelekeu), etc.
La chefferie Okondo a été constituée à la suite des
restructurations intervenues en 1932. À partir de 1968,
son chef est Matsaga Alexandre. La généalogie dans la
succession est la suivante :

427 Lettre n° 2831/N.2 de l’administrateur territorial


assistant du territoire de Niangara du 5 septembre
1958 ainsi que son annexe.

219
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

3.3. LE PEUPLEMENT

La population du territoire de Niangara est constituée d’une douzaine de peuples.

Peuples habitant le territoire de Niangara

Peuples Espace d’habitation


Azande Chefferies Boimi et Manziga, et en minorité dans la chefferie Kopa
Bangba Chefferies Kopa (principalement), mais aussi en minorité dans les chefferies Kereboro, Okondo et Manziga
Mayogo Chefferies Kereboro (principalement), Kopa et Okondo
Madhi Chefferies Okondo, Boimi, Manziga, Mangbele et Mangbetu
Mangbetu Chefferies Mangbetu (principalement) mais aussi chefferies Okondo et Kereboro
Mangbele Chefferie Mangbele (principalement) mais aussi chefferies Okondo et Kereboro
Mabisanga Minorité en chefferies Mangbetu et Okondo
Matsaga Groupe minoritaire constituant la classe dirigeante dans les chefferies Kereboro, Kopa et Okondo
Dupa (Gbote) Groupe minoritaire dans les chefferies Okondo, Kereboro, Kopa et Okondo
Mamvu Groupe minoritaire dans les chefferies Mangbele, Okondo et Mangbetu
Bakango Groupe minoritaire dans les chefferies Mangbele et Mangbetu
Angai Minorité apparentée aux Bangba dans les chefferies : Kopa, Manziga et Mangbele
Masele Groupe minoritaire dans la chefferie Manziga

S’y ajoutent, aussi, les Barambo, Mabadi, Aberi… – après le mariage, le couple peut s’installer n’importe où,
qui vivent dans le territoire de Niangara. Mais il devient même dans d’autres chefferies, le premier choix étant
difficile de leur attribuer un espace précis, étant donné bien sûr réservé à son milieu ethnique ou familial. C’est
qu’ils ont beaucoup perdu de leur identité socioculturelle. ainsi que les peuples se sont retrouvés entremêlés.
Concernant les caractéristiques propres à chacun de
ces peuples, André Scohy écrivait : « Tantôt vainqueurs, Quant à la dot, sa forme a évolué avec le temps et
tantôt dominés, tous ces gens, s’imbriquant les uns dans avec les différents mélanges. Jadis constituée de couteaux,
les autres, peu à peu se sont mutuellement emprunté de lances, de filets et même de chiens de chasse, elle
des mœurs, des coutumes, des arts, des modes, des passe aujourd’hui aux produits manufacturés modernes
428
techniques ». Ainsi, la forme de mariage, la forme de (vélos, tissus…), à l’argent et aux chèvres, sans compter
lignée ou de filiation, la forme de dot, le régime alimentaire, les produits vivriers de consommation directe. Elle est
le régime de localisation du ménage après le mariage ne toujours versée par la famille de l’époux à celle de l’épouse.
présentent presque plus de ligne de démarcation nette : Les relations avec la belle-famille sont toujours celles du
respect mutuel.
– on se marie facilement et volontiers avec n’importe Pour le régime alimentaire, il existait jadis une
quelle femme ou n’importe quel homme de son choix distinction nette entre celui des Azande et des autres
(mariage mixte interethnique) ; peuples. Les Azande préféraient les légumes (et la
– l’enfant prend, bien sûr, la filiation de son père viande) assaisonnés de sauce à la pâte d’arachides ou
(patriarcat). D’où le choix du nom à donner à l’enfant autres oléagineux, accompagnés de pâte de manioc ou de
appartient au mari. Ce choix du nom est souvent millet, tandis que les autres avaient une préférence pour
circonstanciel ; les légumes (la viande) préparés à l’huile de palme et
accompagnés de banane ou du manioc.
428 Scohy, A., op. cit., p. 109.

220
LE TERRITOIRE DE RUNGU

4. LE TERRITOIRE DE RUNGU

Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions
Mayogo Mabozo Anga Barthélemy
Nom du chef Chefferies en 1943 Nom du chef Chefferies en 1945 Nom du chef Chefferies en 1952 Nom du chef

Ebandrombi

indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section
Les postes de Rungu et de Medje furent créés en

Masanga
Gwatala

Didema
429

Ababu
1903 . Une partie de l’espace occupé actuellement par

Mboli
le territoire de Rungu était incorporée en 1911 dans la

-
-

-
-

coutumier de Paulis
zone de Bomokandi. Cette zone comprenait les postes

Ebandrombi Medje Mango


de Niangara, Durunga, Amadi, Gombari, Arebi et

Centre extra-
Mongomasi
430
Van Kerckhovenville .

Mayogo
Mangwangasa Azanga
Mboli
-
Le territoire de Rungu, dans ses limites géographiques

Dei

-
-
actuelles, est le résultat de plusieurs réformes
administratives. La première organisation connue du

Masanga
territoire de Rungu est celle définie par l’ordonnance n° 24

Mayogo Mabozo Tongolo


Gwatala

Didema
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Rungu (1937-1952)

Ababu

Mboli
er
du 1 février 1920, modifiant les limites des territoires du

-
-

coutumier de Paulis
431
district du Haut-Uele . En 1922, Medje est un territoire à
part entière du district de l’Ituri créé par l’ordonnance n° 11/

Ebandrombi Medje Mango

Centre extra-
432
SG du 28 novembre 1922 . En 1932, par l’ordonnance

Mongomasi

Mayogo
d’administration générale n° 171/AIMO du 24 décembre

Azanga
Mboli
Dei
1932, Rungu devient territoire de Mangbetu avec, comme

-
-
433
chef-lieu, Paulis . En 1967, par l’ordonnance n° 67-221
du 31 mai 1967, le territoire change de dénomination et

Ogambra
Mayogo Mabozo Tongolo
Ababu

Danga
Tengu
Niapu

Tomu
devient Rungu, avec Paulis comme chef-lieu. Peu après, le
5 décembre 1972, le chef-lieu du territoire va être transféré
-

-

434
de Paulis (Isiro) à Rungu par l’autorité du district .

Medje Mango
La superficie du territoire de Rungu est de 8.605 km².
Mongomasi

Mangbele
Madjogo
Abiengama Mayogo
Il est borné au nord par la rivière Bomokandi et au sud par
Azanga
Madangba M’boli
Dei

la rivière Nepoko.
-

-
Ogandra
Tongolo
Ababu

Danga
Bongo
Tengu
Mangbetu-Mavaazanga Niapu

4.1. SUBDIVISIONS ADMINISTRATIVES


-

En 1937, le territoire de Rungu – appelé Paulis –


Mangbetu-Mavandei

Madjogo Bambama
Nom du chef Chefferies en 1939

Abiengama Mayogo-Mangbaie

comptait 8 chefferies. Celles-ci passèrent à 9 en 1939, et


Mangbele Monga
Mayangomasi

à 7 en 1945.
Mayogo
M’boli

Medje
-

d’Histoire du Temps présent, MRAC.


Madangba

Ogandra
Tongolo

Danga
Bongo
Mangbetu-Mavaazanga Niapu

429 Choprix, G., La Naissance d’une ville… », op. cit.,


Misa

p. 17.
-

430 Lettre n° 84 portant sur : « Traitement des chefs »,


écrite à Niangara le 30 juillet 1911 par le chef de zone
Mangbetu-Mavandei

Madjogo Bambama
Chefferies en 1937

Mayogo-Mangbaie

Acerbi au gouverneur général.


Mangbele Monga

431 Bulletin administratif de 1920, pp. 557-564.


432 Bulletin administratif de 1922, pp. 91-98.
Madjogo
M’boli

Medje

433 Bulletin administratif de 1932, pp. 990-1001.


434 Rapport annuel du territoire de Rungu, 2007.
-

221
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Le territoire de Rungu compte sept chefferies, une groupements, 11 quartiers, 364 villages et 145 avenues
cité, 4 postes d’encadrement administratif (PEA), 53 réparties de la manière suivante :

Subdivisions administratives du territoire de Rungu

Nom de l’entité Nombre quartiers/groupements Nombre villages/avenues PEA


Cité d’Isiro 11 quartiers 145 avenues
Chefferie Azanga 13 groupements 97 villages
Chefferie Mayogo-Mabozo 11 groupements 98 villages
Chefferie Mayogo-Magbaie 6 groupements 16 villages Vube
Chefferie Medje Mango 4 groupements 27 villages Medje
Chefferie Mongomasi 11 groupements 70 villages
Chefferie Mboli 4 groupements 24 villages Gao
Chefferie Ndey 4 groupements 32 villages Ndey
Total 11 quartiers 145 avenues
53 groupements 509 villages

4.1.1. Chefferie Mboli 4.1.2. Chefferie Medje-Mango


Avec une superficie de 1.520 km², elle est située à l’est Située au sud-ouest du territoire de Rungu, elle a une
du territoire de Rungu. Son chef-lieu est Kasibu, localité superficie de 1.623 km². La population de la chefferie
située à 80 km d’Isiro sur la route de Watsa. Les habitants Madje-Mango est constituée principalement de Medje,
de la chefferie Mboli sont constitués principalement de avec une minorité de Mangbetu et de Pygmées. Son chef-
Mayogo, Mangbetu et Mamvu. lieu est Medje, situé à 75 km d’Isiro.
La chefferie Mboli a été créée par l’arrêté du 28 C’est le 29 août 1930 que la chefferie Mambia a été
novembre 1933 du commissaire de district de l’Uele, créée par une décision du commissaire de district de l’Uele
puis agrandie par fusion avec la chefferie Madjo, par sur proposition de l’administrateur du territoire. Celle-ci
la décision n° 9 du 21 juin 1943 du commissaire de incorpora la chefferie Musinga, supprimée par l’arrêté du
district de l’Uele. Elle fait partie des quatre chefferies CDD du 12 août 1924. Les populations furent placées sous
issues du démembrement du royaume du chef mangbetu l’autorité du chef Motoba de la chefferie Mambia. Puis,
Nabiangbale. En 2010, Kulubolo est le septième chef au survint une autre fusion de trois autres petites chefferies :
435
pouvoir depuis sa création . Mambia, Mapaha et Mango qui donna naissance à la
chefferie Medje-Mango.
L’arbre généalogique des chefs de la chefferie Mboli se L’arbre généalogique de la chefferie Mambia est le
présente de la manière suivante (page de droite en haut) : suivant (page de droite en bas) :

435 Source : copie certifiée conforme de la décision


n° 9 du commissaire de district de l’Uele faite par le
commissaire de zone de Rungu le 1er Juillet 1985 et
l’arbre généalogique de la chefferie Mboli présenté
par le chef Madangba le 10 juin 1985.

222
LE TERRITOIRE DE RUNGU

Nabiangbale

Tuba

Nesolo Azanga Mboli Mongomasi Ndey

Mbelia Orukongo Magaye Nembunzu Nabiangbale

Madangba I Drombi Igbanguka Nyakpu Magaye I

Nengasakie Mboli I Iyado Mambidi Kulub Olo Drombi

Kulubolo

Kilima Madangba II Mboli III

Nambia

Madou Mangola Abumgwe

Mandumbi

Amuki

Hema

Agbadangwe

Kilima Samboli Bongo

Misinga Mapurutu Dioba Odioro Bamanda Orua Bongo

(N. B. : Bongo a eu au total 16 enfants.) Source : Rapport d’enquête chefferie de Musinga créée par le PV n° 194 du 5 mai 1917 par l’agent territorial De
Telames de la Province-Orientale, district de l’Ituri, territoire de Nepoko-Medje.

223
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Selon la tradition, la dénomination de Medje-Mango sur la route de l’aéroport. Sa population est constituée
signifie que toute la population de la chefferie est de essentiellement de Mayogo, avec une minorité de Pygmées
436
souche Medje, du clan Pambalay-Mango . dispersés à travers toute la chefferie.
437
D’après la lettre de Ngbosa Badiaki , l’ancêtre s’appellerait La chefferie Mayogo-Mabozo aurait été constituée vers
Medje-Mango. Il habita le Soudan. Il eut plusieurs enfants 1870 par un ancêtre nommé Yogo, mais fut par la suite
dont Dombwo, connu à cause de sa force qui succéda à son divisée entre les fils de ce dernier. C’est le 23 septembre
père. C’est lui qui conduisit les Medje-Mango du Soudan à 1930 qu’elle est constituée par l’arrêté du 15 septembre
Mongomasi. Mais les Azande le poussèrent vers les Balika où 1930 du commissaire de district de l’Uele-Nepoko. Le 21
se trouve son emplacement actuel. mars 1931, elle s’agrandit par la fusion avec la chefferie
L’arbre généalogique est le suivant : Mayogo-Madzedze (arrêté du commissaire de district de
l’Uele-Nepoko).
er
Medje-Mango ➞ Dombwo ➞ Meedje-Mango (1 fils) Ci-après l’arbre généalogique de la succession au
er er er 438
➞ Mugogoro (1 fils) ➞ Agbara (3 fils) ➞ Aosane (2 fils) pouvoir :
er er
➞ Embumzu (1 fils) ➞ Mbongo (3 fils) ➞ Ebandrombi
Yogo (chef du clan) ➞ Kumbolu (chef du clan) ➞
Ebandrombi fut assassiné le 23 avril 1964 par les rebelles Belela (chef du clan) ➞ Bazanga (vers 1910) ➞ Tongolo
Simba. On nomma Makasi Mbongo Embunzu Jacques (1930-1949) ➞ Anga Gaga Barthélémy (1949-1955) ➞
(son cadet). Kupa Madugala (1955-1962) ➞ Anga Gaga Barthélémy
(1961-1983) ➞ Tongolo III Toitoma (à partir de 1983)
Le chef Ebandrombi Karume avait été élu député
provincial sur la liste PNP en mai 1960. Avec l’indépendance, Notons que Tongolo, chef de la chefferie du 15
l’autorité du chef se vit confrontée à l’indifférence – voire septembre 1930 au 5 mars 1949 fut au départ un soldat
à l’inssoumission – d’une partie de la population. Le de la Force publique décoré de la médaille d’argent en
rapport administratif 1961 de la chefferie note que « le 1947. Son successeur, Barthélémy Anga Gaga Tongolo
chef Ebandrombi est d’une attitude et comportement assez (né le 15 juillet 1921), investi au pouvoir le 15 juillet
déroutant ». La chefferie Medje disposait à cette époque 1949, sera démis de ses fonctions par le CDD le 13 juillet
de quatre gîtes d’étape dont trois en briques et un en pisé. 1955 et remplacé par François Kupa Madugala. Élu
Elle disposait d’un camp de policiers construit en briques. membre de l’Assemblée législative nationale en mai 1960,
Cinq chefs se sont succédé à la tête de cette chefferie Kupa abandonna son poste à la tête de la chefferie, ce qui
depuis 1914 : Mbongo Embunzu (1914-1939), Ebandrombi permit à Anga Gaga Tongolo d’être « réhabilité », le 20
439
(1939-1964), Makasi Embunzu (1964-1983), Mbongo mai 1961 .
Makasi II (1983-2003) et Ebandrombi Hinema Félix (à
partir de 2003). 4.1.4. Chefferie Mayogo-Magbaie
Elle est située au sud-est du territoire de Rungu et
4.1.3. Chefferie Mayogo-Mabozo couvre une superficie de 359 km². Son chef-lieu est
D’une superficie de 845 km², elle est située au sud du Vube, situé à 75 km d’Isiro sur la route de Kisangani. Sa
territoire de Rungu et a pour chef-lieu Matari, situé à 5 km population est constituée essentiellement de Mayogo
auxquels se sont mêlés quelques Pygmées.
436 Déclaration écrite du chef Mbongo Makasi II relative
à l’arbre généalogique de la famille régnante de la 438 Arbre généalogique de la chefferie Mayogo-Mabozo
collectivité Medje-Mango à l’acte de création de cette et commentaires donnés par le chef Tongolo Toitoma
même collectivité-chefferie, faite en date du 24 juin en date du 26 juin 1985.
1985. 439 Informations puisées dans la lettre N°V/L
437 Lettre du commissaire de zone Ngbosa Badiaki du 254/1592/68 du 28 août 1968 ; dossier Anga Gaga
24 juillet 1972 relative au curriculum vitae de Makasi Tongolo Barthélémy de la circonscription indigène
Mbongo Embunzu. Mayogo-Mabozo.

224
LE TERRITOIRE DE RUNGU

Conformément à la déclaration écrite du chef Somana


Tololima-Doto, la chefferie Mayogo-Magbaie a été
er
reconnue et délimitée par l’arrêté du 1 mars 1924 du
commissaire de district de l’Ituri. Les délimitations de ses
440
frontières interviennent en date du 12 février 1933 .
L’arbre généalogique de la succession au pouvoir est le
suivant :

Dema Manzima

Somana Makpeleke

Nelingande I Tumu Mambembe Dema Dema Bandana (Chef en 1916)

Mondali Somana Dema Magba Akolodemade Nzika

Didema Lianganda J. Amugo Somana Léon

Didema

440 Procès verbal de délimitation des chefferies Mayogo-


Mabozo et Mayogo-Magbaie, par l’administrateur
territorial assistant du territoire des Mangbetu, Simon
Auguste le 19 mai 1933 (description des limites de la
chefferie Mayogo-Magbaie, faite pour être annexée
à l’arrêté constitutif de la chefferie et entérinée par
le commissaire de district de l’Uele en date du 15
octobre 1933).

225
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Au moment de l’accession du pays à l’indépendance, le Appelée « chefferie Mangbetu-Manandey », elle prit le


chef Didema au pouvoir était âgé. On lui reconnaissait une nom « Ndei » à la suite de la décison n° 10 du 16 mai 1940
certaine ascendance sociale et politique sur sa population du CDD de l’Uele, P. Bourgnet.
(cf. Rapport administratif 1961). La chefferie Ndey ferait partie des quatre chefferies
issues du démembrement du royaume du chef Mangbetu
4.1.5. Cheferie Ndey du nom de Nabiangbale. Les trois autres chefferies sont
Située à l’ouest du territoire de Rungu, elle a pour Azanga, Mboli et Mongomasi.
chef-lieu Egbunda. La chefferie Ndey a été constituée par
la décision n° 34 du 3 novembre 1937 du CDD de l’Uele. L’arbre généalogique est le suivant :

Mabiangbale

Tuba

Nesolo Azanga Mboli Mongomasi Ndey

Masijandre

Missa (chef) a eu 14 fils Ngboke Tulungbe Abombuama Ndeke Neyo

Ababu Ndeny Asamodio Atolo Kyoga Odyomala Basiline Tulunga Eduana

Apanama-Missa Monzindre Ekinyome Ababu Abule Madine


Ombiatendra (chef)

Opiuseduanya Ombomatuzi-A. Ababuawe Abule-Apanama Abikanguma Missa Omuoso

Source : arbre généalogique dressé par Wembo Etamalema Kalonda, commissaire du territoire de Rungu le 20 juillet 1977.

226
LE TERRITOIRE DE RUNGU

4.1.6. Chefferie Mongomasi dans la région de Mangbetu-Mavatagba (devenue l’espace


e
Son chef-lieu est Mbunye situé à 22 km d’Isiro sur la occupé par la chefferie Mongomasi) ; 3) Lobia (7 fils) fut
route qui mène à Neisu. L’ancêtre fondateur de la lignée mis à la tête de la région Mangbetu-Mavalobia (devenue
e
dirigeante se nomme Abiangbali, qui habitait Tani en l’espace actuel où se situe Wamba) ; 4) Nganzi (10 fils)
région de Niangara. Il fit des conquêtes dans la région, puis dirigea la région Mangbetu-Mavaomuapa (espace actuel
désigna certains de ses fils à la tête des régions conquises. du sud de la cheffrie Mboli).
e
Ainsi : 1) Ndey, 8 fils d’Abiangbali, se chargea de la région
e
Mangbetu-Mavandey ; 2) Mongomasi (11 fils) fut placé L’arbre généalogique est le suivant :

Mongomasi

Zebuandra (fils de Mongomasi)

Teingu I (fils de Zebuandra)

Ngbatala (fils de Tengu I, révoqué pour incompétence par l’administration coloniale)

Abonganyasi (16e fils de Zebuandra, tué par les rebelles Simba le 17 septembre 1964)

Teingu Nokondo Mongomasi (fils de Riri, 15e fils de Zebuandra)

Teingu Mongomasi (fils de Teingu Nokondo)

Teingu Gabriel (fils de Teingu Mongomasi)

Source : arbre généalogique dressé par Wembo Etamalema Kalonda, commissaire du territoire de Rungu le 20 juillet 1977.

Le chef Abongonyasi devint député provincial en 1960. pouvoir à Ngurugba (chez ses oncles maternels) à cause
On note, aussi, pendant cette période, la confusion qui de sa sagesse –, Danga I, Nyakpu, Magwongasa, Danga II,
régna dans cette chefferie. D’abord, par le fait qu’avant Danga III et Dambo Dieudonné.
l’investiture d’Abongonyasi, un membre de la famille Notons que, à l’accession de la RD Congo à
régnante (non identifé dans le rapport administratif) s’était l’indépendance, le chef Danga fut élu député provincial
désigné sous-chef de la chefferie. Ensuite, certains notables sur la liste PNP.
et capitas ont eu tendance à ignorer l’autorité du chef de la Voici la notice biographique du troisième chef, Azanga,
chefferie depuis la proclamation de l’indépendance. le frère de Mbunza, né vers 1840, qui a donné son nom à
la chefferie.
4.1.7. Chefferie Azanga
Son chef-lieu est Nangazizi, situé à 45 km d’Isiro, sur la « Azanga était un chef medje-mangbetu installé sur
route qui conduit à Dungu. le Tago, affluent méridional du Bomokandi, entre les
La généalogie de la famille régnante à la tête de la bassins de la Rungu et de la Nala. La résidence d’Azanga est
chefferie est la suivante : Tuba (fils d’Abiangbali), Mbunza, dénommée par Casati Olopo (en medje : la colline cultivée).
Azanga – qui donna son nom à la chefferie et fut au Cette résidence était vaste et, à la manière mangbetu, les

227
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

cases et les hangars étaient construits avec un certain Cabrafa sont conduits prisonniers à Tangasi, où ils restent
luxe. Casati nous dit que les “chambranles des portes de huit mois. Emin Pacha, à la nouvelle des agissements
case chez Azanga étaient en ivoire. Aux portes du village injustifiés d’Hawash, fait relâcher et renvoyer Azanga
palissadé se trouvaient fixées six têtes humaines gardant dans sa chefferie, tandis qu’Hawash est démis et rappelé à
encore des lambeaux de chair et des touffes de cheveux ; Lado, et que son conseiller Omar Effendi Erif, “un scribe
c’étaient des dépouilles d’Azande de l’Ouest (chefferie de de la pire espèce, qui avait rempli Khartoum, Fachoda et
Kanna, fils de Tikima), vaincus dans des combats au cours l’Équateur de ses actes indélicats, mourait, en 1885, sous le
de contestations de frontières”. fer des Nuers, dans le voisinage du Bahr-el-Ghazal”.
Casati nous a donné d’Azanga le portrait suivant : En juin-juillet 1883, Emin arrivait en inspection
“Azanga est un Noir de haute taille, l’air souple et robuste, à Tangasi. Azanga, mandé avec nombre de chefs des
dont la démarche est cadencée par un balancement des quatre coins du district mangbetu, vint se répandre en
genoux et des hanches. Il est suivi par une multitude de remerciements à l’adresse du gouverneur. Sur place, Emin
femmes et de guerriers. La personne du souverain est l’objet procéda à une enquête personnelle sur les agissements
d’un respect si absolu dans le pays qu’on ne jure que par les d’Hawash et de Mambanga. La cause d’Azanga fut plaidée
diverses parties de sa redoutable personne. surtout par Niangara, “révolté contre la brutalité dont
À la garniture de plumes rouges de la queue de perroquet avait fait montre, à l’adresse d’un grand Mangbetu, le
gris, Azanga ajoute deux longues plumes blanches provenant gouverneur égyptien”. Mambanga fut condamné par
de la queue du mandalongo (famille des veuves). Emin à la pendaison, et la chefferie d’Azanga, administrée
La justice d’Azanga est une justice sévère, implacable provisoirement par son fils Danga, se vit libérée de l’hostilité
441
jusqu’à la cruauté. Le roi a des talents chorégraphiques qu’il de ses voisins : Kanna à l’Ouest et Bauli au Nord-Ouest . »
fait admirer pendant les soirées de gala.”
Azanga fut visité par Casati en novembre 1881. Le 7
décembre suivant, le chef mangbetu retint l’explorateur, 4.1.8. Cité d’Isiro
soupçonnant en lui un espion tentant d’introduire dans Isiro porta le nom de Paulis pendant la période
sa chefferie du personnel égyptien. Mambanga le Bisanga, coloniale. C’est en 1910 que fut fondé un poste du nom
442
réfugié à cette époque en territoire d’Azanga, son oncle, d’Isiro , dans la localité appelée Isiro-Moke (à une dizaine
incite ce dernier à faire tuer Casati. Mais Azanga, se de kilomètres du site actuel), dans la chefferie Mayogo-
reprenant, s’y refuse, promettant à l’explorateur de le laisser Mabozo. Il fut abandonné puis recréé en 1926. En 1934,
retourner à Tangasi en toute sécurité. Peu après, Junker, en pleine crise économique, la société Socol, constructrice
venant de chez Bakengai et Kanna, tente de faire route au du vicinal (cf. infra, partie socio-économique) s’étant
sud du Bomokandi, pour atteindre Olopo ; sur les intrigues trouvée momentanément à court de capitaux et de rails,
de Kanna, Junker doit renoncer à ce voyage. Ce n’est que avait dû arrêter les travaux de construction en cours. Le
l’année suivante (mai-juin 1882) que Junker, venu de la site du chantier étant situé en pleine forêt inhabitée (à
Haute-Gadda et conduit par Abondomasi, frère d’Azanga, 5 km du village Gossamu et à 15 km du poste d’Isiro), la
peut traverser la chefferie de ce dernier, qui lui procure des Socol y construisit un camp, qui attira des commerçants
guides pour le conduire, d’Olopo, au Sud, jusqu’au Nepoko. et supplanta bientôt le poste d’Isiro. Ce fut chose faite le
Jusqu’à cette date, Azanga semble n’avoir pas été 31 décembre 1934, date de son inauguration officielle, au
en contact, du moins directement, avec les agents du cours de laquelle le territoire des Mangbetu, fondé en 1932,
443
gouvernement égyptien. Mais en 1881-1882, Mambanga y transféra son chef-lieu, qui reçut le nom de Paulis ,
le Bisanga, réfugié chez son oncle Azanga, intrigue auprès celui d’un sujet belge qui s’était beaucoup investi dans la
de l’administrateur de Tangasi, le major Hawash Montasser, construction du chemin de fer de l’Uele.
pour faire occuper Olopo et ses environs par les troupes
égyptiennes et se faire reconnaître, lui, Mambanga, chez 441 Coosemans, M. & Lotar, L., « Azanga », in Biographie
les Medje du Sud du Bomokandi, en lieu et place de son coloniale belge, I, op. cit., col. 49-52.
oncle. Hawash se laisse convaincre. L’expédition a lieu au 442 Choprix, G., La Naissance d’une ville…, op. cit., p. 22.
mois d’août 1882. Olopo est saccagé. Azanga et son frère 443 Idem, p. 24.

228
LE TERRITOIRE DE RUNGU

Monument élevé à la mémoire du colonel Paulis, 1955. (HP.1955.96.1187, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote (Inforcongo), s.d., MRAC Tervuren ©.)

Avec la construction du chemin de fer qui conduit à région après celle de Stanletyville et on y trouve une main-
Aketi et à Bumba, Paulis, devenu le terminus ferroviaire, d’œuvre indigène abondante. En 1946, elle compte une
voit se développer un noyau commercial. De 1934 à population européenne de 156 individus et une population
1936, sa fonction commerciale s’affirme : on y compte 16 indigène de 4.309. Dès 1946, elle n’est plus seulement
maisons de commerce. L’activité commerciale va s’affermir habitée par les employés du rail, les fonctionnaires
par les connexions entre le rail et les routes en terre. En de l’administration ou les religieux dominicains de la
convergeant vers la gare, celles-ci ajoutent à Paulis des axes mission : on y compte plus de 24 commerçants et employés
de circulation et de développement qui s’opèrent cette fois de commerce, tous grecs. D’autres entreprises viennent
du nord du pays vers le sud. s’ajouter. La société Sedec fonde une filiale à Paulis en 1948
Paulis est érigé en centre extracoutumier par l’arrêté et, la même année, on y installe la succurssale de la Banque
n° 31/AIMO du 21 avril 1943 du gouverneur de la du Congo belge ; en 1950, c’est au tour de la Banque belge
Province-Orientale. Jusqu’à l’indépendance, ses chefs d’Afrique. Ainsi Paulis supplante-t-elle Buta et Niangara
furent dans l’ordre : Lacourt, Bonnaie et Mazanza. Après la en devenant le site le plus dynamique de l’Uele. En 1955,
proclamation de l’indépendance le 30 juin 1960, c’est Louis une partie du territoire des Mangbetu est débaptisée
Embae qui en devint le chef. en territoire de Paulis. En même temps, on ressuscite le
En 1945, Paulis dispose d’un certain nombre d’atouts district du Haut-Uele supprimé depuis 1932 ; le chef-lieu
pour son développement. Il y a la présence d’étrangers, en est Paulis et non plus Niangara. Paulis se libère de la
dont les Belges et les Grecs. Paulis est la deuxième gare de la tutelle administrative de Buta, chef-lieu du district de

229
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

l’(ancien) Uele. Une centrale de la Vicicongo puis celle de Début 1958, Paulis compte 2.955 étrangers, parmi
la Régideso sont construites en 1952. En 1954, un abattoir lesquels 2.064 Belges (70 %) et 327 Grecs (11 %). *
voit le jour et s’ensuivent des hôtels, dont le nombre est de
quatre en 1958. En 1957, c’est le début de l’industrialisation Avec la création de deux provinces distinctes de l’Uele
de Paulis : l’huilerie commence le traitement des arachides le 14 août 1962, Paulis, qui est le chef-lieu de la nouvelle
et les Européens affluent. province du Haut-Uele, est érigé en commune appelée
444
Karthuma . Cette commune est supprimée par la décision
Population étrangère n° 020/65 du 2 novembre 1965 et Paulis redevient un
de « race blanche » au 3 janvier 1958 centre (ex centre extracoutumier) ; le chef nommé s’appelle
Otoambi. Par l’ordonnance n° 32-78 du 25 juillet 1978,
Population étrangère Paulis, rebaptisée Isiro sous le régime Mobutu, obtient le
Total dont Belges dont Grecs statut administratif de cité. Ci-après les chefs de cette cité :
Paulis 1.148 835 145 Georges Tongu, Lubutu Sefu Mungamba, André Kidawa,
Niangara 235 146 50 Ramazani Bin Sumaili, Lihaha Mosomba, Monzengo,
Dungu 204 118 36 Sambuluma Amoïs, André Molha Ayede Epanza, Victor
Faradje 227 128 20 Ndiama Mabozo, Jules-Delphin Etula Motute, Gaspard
Watsa 673 539 43 Peyaka, Jean-Pierre Yango Epee, Raphaël Ekondanide et
Wamba 468 298 33 Christophe Mazbe Mambabua.
Total 2.955 2.064 327
[Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du
Source : Congo belge/Gouvernement général/Affaires économiques/ territoire de Rungu (voir annexe 2.4).]
Direction de la statistique, « Résultats du recensement de la population
non indigène au 3-1-1958 », Bulletin mensuel des statistiques générales
du Congo belge et du Ruanda-Urundi, série spéciale – n° 1, janvier
1959, pp. 77-81.

Une vue de la cité d’Isiro en 2011. (Photo équipe locale, février 2011.)
444 Archives du bureau du territoire de Dungu.

230
LE TERRITOIRE DE RUNGU

4.2. PEUPLEMENT viande de chasse, le poisson, les termites et autres chenilles


constituent un apport complémentaire.
Les Mangbetu, les Mayogo et les Medje se partagent le La monogamie est la forme dominante du mariage.
territoire de Rungu. À ces trois peuples, il faut ajouter les Toutefois, la polygamie, reconnue comme l’apanage des
Bhasa (Pygmées), les Mangbele, les Mamvu et les Balika. chefs coutumiers, est encore pratiquée dans le territoire.
Les Mangbetu occupent quatre chefferies : Azanga, C’est encore l’homme et/ou sa famille qui verse la dot à sa
Mboli, Mongomasi et Ndey. Les Mayogo en occupent belle-famille. La dot se constitue principalement en argent
deux : Mayogo-Mabozo et Mayogo-Magbaie. Les Balika (dont le montant est fixé par la belle-famille) accompagné
sont dans la chefferie Medje-Mango. Les Bhasa, eux, sont de biens matériels, de têtes de bétail (chèvres ou porcs) et
éparpillés dans presque toutes les chefferies du territoire et de vivres.
les Mangbele ne se trouvent que dans la chefferie Azanga, La localisation du ménage après le mariage dépend de
où ils constituent un groupement. À noter aussi la présence l’époux et aussi du milieu. En milieu coutumier, le couple
des Balika dans la chefferie Mongomasi où ils constituent s’installe généralement dans le village du mari, souvent à
un groupement .
445
coté de ses parents ou frères. En milieu extracoutumier,
De ces sept chefferies, quatre (chefferies Azanga, Mboli, le couple s’installe partout où le mari peut disposer
Mongomasi et Ndey) appartiennent à une même dynastie, d’une habitation. Le patriarcat est la forme de lignée ou
celle des Mangbetu, qui a pour fondateur Nabiagbale. Les de filiation. Cependant, l’enfant né d’un père inconnu
Medje constituent une dynastie distincte. est adopté automatiquement par la famille de la maman.
Il semble que les chefferies des Mayogo (Mabozo et Ainsi le nom à donner à l’enfant est généralement celui
Magbaie) auraient un même ancêtre, un certain Yogo. du père ou d’un des membres de la famille. Néanmoins,
Cependant, on note des divergences dans le récit : alors de commun accord, le couple peut donner le nom de la
que les Mayogo-Mabozo placent Yogo à la tête de leur maman ou d’un membre de sa famille.
dynastie, les Mayogo-Magbaie situent Yogo en troisième
position après Kpala et Lenga.

Répartition des peuples 5. LE TERRITOIRE DE WAMBA


dans l’espace du territoire de Rungu

Chefferies Peuples 5.1. APERÇU HISTORIQUE


Azanga Mangbetu, Mayogo (Mangbele),
Bhasa « Ancien Nepoko », le premier nom de Wamba, créé
Mongomasi Mangbetu, Bhasa, Balika en 1893, fut le premier poste administratif de l’EIC, dans
Ndey Mangbetu et Bhasa l’espace qui deviendra le territoire de Wamba. Un nouveau
Mayogo-Mabozo Mayogo et Bhasa poste, Betongwe, est créé en 1909.
Mayogo-Magbaie Mayogo et Bhasa Le territoire de Wamba est créé en 1912. En 1922, il
446
Medje-Mango Medje, Mangbetu, Bhasa, Balika est intégré dans le district de l’Ituri . En mars 1932,
447
Mboli Mangbetu, Mayogo et Mamvu il est transféré au district de l’Uele . Par l’ordonnance
d’administration générale du 29 septembre 1933, il est
er 448
Excepté les Bhasa, les autres peuples affichent de plus remis au district de Kibali-Ituri. C’est le 1 janvier 1956
en plus de traits similaires, dont les habitudes alimentaires. que le district du Haut-Uele reprend le territoire de
L’aliment de base est constitué de feuilles de manioc Wamba.
(pondu) préparées à l’huile de palme, de haricots, de
bilolo (aubergine), le tout accompagné de manioc ou de
banane, parfois de patates douces, de taros ou de riz. La 446 Bulletin administratif de 1923, pp. 91-94.
447 Bulletin administratif de 1932, pp. 994-996.
445 Rapport annuel du Territoire de Rungu, 2007. 448 Choprix, G., La Naissance d’une ville…, op. cit., p. 20.

231
232
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Wamba (1937-1952)

Chefferies en 1937 Nom du chef Chefferies en 1939 Nom du chef Chefferies en 1943 Nom du chef Chefferies en 1945 Nom du chef Chefferies en 1952 Noms du chef
Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Apanaku Bafwakoye Oyabo dit Balabala
Malamba Adzapana Malamba Adzapana Malamba Adzapana Malamba - Malamba Atengu
Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze Maha Nord Medzedze
Maha Sud Makusudi Maha Sud Makusudi Maha Sud Makusudi Maha Sud Makusudi Maha Sud Mabelezango
Bafwagada Karume Bafwagada Karume Bafwagada Karume Bafwagada Karume Bafwagada Gbadi
Mabudu Makoda Abiengama Mabudu Makoda Abiengama Mabudu Makoda Abiengama Mabudu Makoda - Mabudu Makoda Ndabane
Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota Mabudu Badimbisa Magandebonota
Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye Timoniko Kotinaye
Bandaka Katchuie-Ibaka Bandaka Katchuie Bandaka Katchuie Bandaka Katchuie - -
Mombo Kayumba Mombo Kayumba Mombo Kayumba Mombo Kayumba - -
Malika Tomu Malika Tomu Malika Tomu Malika Bangatsha Malika Bangatsha
Malika Toriko Kanzai Malika Toriko Kanzai Malika Toriko Kanzai Malika Toriko - Malika Toriko Mangbukele
Mangbele Bokuma Mangbele Mandei (régent) Mangbele Mandei (régent) Mangbele Mandei Mangbele Mandei
Babeyru Mangbalu Babelu Mangbalu Babelu Mangbalu Babelu Mangbalu Babelu Sadiki Masiangdre
Arabisés de Penge Saidi bin Salumu Arabisés de Penge Saidi bin Salumu Arabisés de Penge Saidi bin Salumu - - - -
Licenciés Ekwangola - - - - - - - -
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Bafwamanga Mandugba - - - - - - -
Egbe Wamba Egbe - - - - - - - -
- - - - - - - - Secteur Mabudu-Malika Abusa

Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions
indigènes, 1943 ; Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section
d’Histoire du Temps présent, MRAC.
LE TERRITOIRE DE WAMBA

5.2. Subdivisions administratives guerre qui les fit se perdre, dans leur fuite. Malika-Ateru
En 1937, le territoire de Wamba comptait 18 chefferies. traversa la rivière Nepoko, alors que Malika-Toriko resta
449
Elles deviennent 15 en 1939, puis 14 chefferies et un de l’autre côté, sur la rive droite .
secteur en 1945 et 13 chefferies et un secteur en 1952. Vivant parmi les Budu, spécialement les Bafwakoy, les
(Voir tableau ci-contre.) Malika-Ateru ont adopté leur langue et plusieurs traits de
leur culture.
Par la suite, leur nombre sera ramené à 10 chefferies et Les chefs qui ont dirigé la chefferie sont : Agbokabulo,
un secteur. Bangatsa et Agbokabulo. Ce dernier est au pouvoir depuis
L’actuel territoire de Wamba est composé de quatre 1961.
postes d’encadrement administratif (Bayenga, Babonde,
Betongwe et Ibambi), d’une cité (Durunga), de dix 5.2.6. Chefferie Mangbele
2
chefferies (Bafwangada, Bafwakoy, Balika Toriko, Mahaa, Elle a une superficie de 173 km . Son chef-lieu est
Malamba, Malika-Ateru, Makoda, Mangbele, Timoniko et Mandey. Les chefs qui ont dirigé cette chefferie sont :
Wadimbisa) et d’un secteur (Mabudu-Malika-Babyeru). Nagelane, Mandey I, Ngonde, Kopa, Gbukuma I, Ngonde II,
Le tout compte 168 groupements et 678 villages. Gbukuma Kopa Kapokonzi et Ngonde Gbukuma.
Partis du Soudan, les Mangbele se sont installés
5.2.1. Cité Durunga tour à tour à Gombari, Penge et Wamba. Leur langue, le
Elle fut créée en 1954. Les chefs qui l’ont dirigée sont : mangbele, est proche du mayogo du territoire de Rungu.
Abanagomu Lazare, Bapuno, Ignace Alamabe Nesapongo, Mais ils ont pratiquement perdu leur langue d’origine au
Akaneni, Mobari Mavoba, Asato, Bombele Faustin, profit du kibudu.
Akaneni, Amudio Vincent de Paul.
5.2.7. Chefferie Makoda
5.2.2. Chefferie Mahaa Elle a une superficie de 447 km². Son chef-lieu est
2
Elle couvre une superficie de 1.080 m . Son chef-lieu Abyangama. Selon la version d’Amboko-Ndabane, le chef
est Kasongo. Les chefs qui ont dirigé la chefferie sont : au pouvoir en 2010, ses ancêtres habitèrent différents
Midjidji, Asanli Midjidi, Apibo Midjidji, Midjidji Apibo, sommets dénommés Dete, Bamungo voire Tanganyika, ce
Mopeamata Midjidji et Magabo Midjidji. qui explique l’installation de la chefferie dans cet endroit
de hauteur, comparé au relief de la région.
5.2.3. Chefferie Malamba Les chefs qui ont dirigé la chefferie sont Abiangama,
2
Elle a une superficie de 740 km . Elle porte le nom de Yafili Biangama et Amboko Ndabane.
son chef-lieu, Malamba. Les chefs qui l’ont dirigée sont :
Adjapana Babukukubese, Bakomba, Adjapana Anboko, 5.2.8. Chefferie Timoniko
2
Babaya Azapana. Elle a une superficie de 420 km . Son chef-lieu est
Ibambi-Agbodi. Son premier chef investi par l’administration
5.2.4. Chefferie Bafwakoy coloniale fut Tambenekondea, fils de Mapuno. Après lui, la
Elle a une superficie de 237 km². Son chef-lieu est succession au pouvoir a été la suivante : Ibambi, Kotinay-
Tibi. Trois chefs l’ont dirigée depuis sa création. Il s’agit de Ibambi et Dzene-Kotina Pierre Guidon (au pouvoir en 2010).
Apanakuwa, Uyabu et Apanakuwa.
5.2.9. Chefferie Wadimbisa
5.2.5. Chefferie Malika-Ateru C’est la plus petite des chefferies du territoire de
Elle a une superficie de 147 km². Son chef-lieu est Wamba, avec 113 km² de superficie. Son chef-lieu est
Asandabo. On raconte que le nom de Malika-Ateru donné Gombe. Depuis 1914, la chefferie Wadimbisa a connu la
à la chefferie est celui d’une branche du peuple Malika. succession de cinq chefs appartenant à la même lignée.
Une autre branche de celui-ci se nomme Malika-Toriko.
Ces deux branches se seraient séparées à la suite de la 449 D’autres sources affirment qu’ils furent pris en otage
pendant la période des guerres ethniques par les Bafwakoy.

233
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Il s’agit de Baonoku-Basogobe, Baonoku-Wabaonoku, Babonde, Bavangbe, Bavakani, Bavasamoa, Bavombise


Edzeo-Baonoku et Motemabongaa-Baonoku. et Toku.

5.2.10. Chefferie Bafwagada La recherche de bonnes terres pour l’agriculture


Son chef-lieu est Legu. Elle a une superficie de 478 km². expliquerait la rencontre de tous ces peuples à cet endroit.
La chefferie Bafwagada fut créée en 1918 de la fusion de Le premier chef de secteur fut Apanakuwa, chef des
trois grandes familles ayant constitué à une époque ce qui Bafwakoy. Depuis 1971, se sont succédé au pouvoir :
fut appelé les « petites chefferies » Bakowa, Bafagbau et Sadiki, Bozioni (élu par la population), Bawaba et Atatane
Babasana. On n’a pu retrouver qu’une partie des chefs qui (au pouvoir en 2010).
se sont succédé au pouvoir : Karume Nabekeme, Gbadi À partir de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, les
Karume (tué par les rebelles Simba en 1964), Karume administrateurs du territoire de Wamba furent les suivants
Gbadi Joseph et Gbadi Karume (au pouvoir en 2010). (dans l’ordre de leur succession) : Albert Mambaya, Louis
Basa, Lambert Wembonyama, Ferdinand Amubwabo,
5.2.11. Chefferie Balika-Toriko Constant Kuleo, Sébastien Bokende, Ferdinand Midi,
Son chef-lieu est Likasi. Elle a une superficie de André Bikonyi, Emmanuel Roger Ipakala, Jean Tshimanga
1.090 km². Le pouvoir fut géré à tour de rôle par chacun Mukala, Gérôme Kakonde Lufungula, madame Darabu
des quatre clans suivants : Bomula, Yesela Lohoyo, Mbangayo Mongo, Lubuku
Kingombe, Yoma Iyasa, Bwaka Mbangisa, Kamango
– Bavabazwa, qui donna le premier chef, du nom de Walingi, Musaro Mungonzo, Kabwende Koko,Gebanga
Mangele ; Kotho Tonitoro, Solomo Asayo, Nyamabaku Dudu, Selenge
– Bavangbaka, dont le chef s’appelait Kope ; Botomoito, Christophe Kamunyanane, Likambo Avone,
– Bavamasiya, qui avait comme chef Kanay ; Gabriel Finimonga, Roger Danga Mbunza, Kyamodja
e
– Bovopio, pour le 4 chef, du nom de Mangbukele. Afintgani, Lambert Fataki Adroma, Bonaventure Azabe,
Augustin Abaina et Michel Mwila wa Kalenga (en 2010).
Ce dernier chef garda le pouvoir dans sa seule lignée [Tableau récapitulatif de l’organisation administrative
pour le céder à son frère Sengi Kekimi (5e chef). Depuis, du territoire de Wamba (voir annexe 2.5).]
e
se sont succédé : Roger Kekimi Mangbukele (6 chef),
e
Germain Mambata Mangbukele (7 chef) qui, après un
court règne, céda le pouvoir à Mangadima Mangbukele, 5.3. PEUPLEMENT
e
son frère, devenu le 8 chef.
Dans le territoire de Wamba, le peuple majoritaire est
5.2.12. Secteur Mabudu-Malika-Babyeru (MMB) celui des Budu. Sur les 11 chefferies, plus le secteur, 9 sont
Il est créé en 1964. Seul secteur du territoire de habités par les Budu. Des Lika occupent la chefferie Balika-
Wamba, il a une superficie de 3.230 m² dépassant ainsi en Toriko ; on dit qu’ils sont venus du territoire de Bambesa dans
dimension toutes les chefferies du territoire. Il est constitué le Bas-Uele à la suite de guerres. Des Mangbele occupent une
de la fusion des chefferies Budu, Bayeru et Malika jugées chefferie qui porte leur nom. L’on trouve quelques souches
trop petites, outre leur faible démographie. Parmi les clans de Mayogo dans la chefferie Malamba. Ceux-ci se sont
et/ou peuples qui y habitent, on trouve : familiarisés avec les Budu, tout en gardant leur langue.
Le mariage est exogamique dans le territoire de Wamba.
– les Mahaa dans les groupements Mbangana, Mambele La polygamie y est acceptée. L’homme se marie avec une
et Legbo ; femme de son choix, mais il lui est interdit de se marier avec
– les Malamba dans le groupement Banungbe ; une femme de son clan. Les noms des enfants issus de cette
– les Bafwakoy dans les groupements Abambaa et Legbo ; union peuvent être attribués soit par la famille de l’époux,
– les Bafwagada dans le groupement Bapondakane ; soit par celle de l’épouse selon une entente matrimoniale.
– les Malika-Ateru dans le groupement Bovotuko ; Mais chez les Budu, c’est le patriarcat. L’enfant appartient à
– les Babyeru qui sont des Mangbetu dans les groupements la famille du conjoint. Après le mariage, le ménage s’installe

234
LE TERRITOIRE DE WAMBA

Vue de la cité de Watsa. (Source : 500 visages du Zaïre, Kinshasa, Bureau du président de la République du Zaïre, 1975, p. 187.)

où l’homme veut ou trouve le meilleur emplacement pour le bon pour l’établissement de la direction des mines de
nouveau foyer en tenant compte de certains critères pour sa Moto en 1918. Depuis, le poste s’est développé. En 1924-
viabilité (fertilité du sol, source d’eau potable, par exemple). 1925, le chef-lieu de la région fut dépacé d’Arebi à Watsa
où se trouvait déjà un camp militaire situé sur une colline-
ouest. La construction définitive du poste territorial fut
commencée en 1928 ; il se trouvait, à cette époque, sur le
6. LE TERRITOIRE DE WATSA mont Tawa.
Jusqu’en 1920, l’espace actuel qui constitue le territoire
de Watsa faisait partie du district du Haut-Uele et il avait
6.1. APERÇU HISTORIQUE appartenu à deux territoires distincts : Gombari et Arebi
er 450
(tel que découpé par l’ordonnance du 1 février 1920) .
Le nom de Watsa que porte la cité, puis qui sera celui À noter que la création du territoire d’Arebi remonterait
du territoire, est celui donné à la petite rivière qui se jette à 1915.
dans la Kibali. Le plateau de Watsa fut occupé par le
missionnaire Schingen en 1917. L’emplacement fut jugé 450 Bulletin administratif de 1920, pp. 563-564.

235
236
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Watsa (1937-1952)

Chefferies en 1937 Nom du chef Chefferies en 1939 Nom du chef Chefferies en 1943 Nom du chef Chefferies en 1945 Nom du chef Chefferies en 1952 Nom du chef

Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku Karukalendu-Ateru Aleku

Karukalendu-Adikofa Mambidi Karukalendu-Adikofa Mambidi Karukalendu-Adikofa Sokoti Karukalendu-Adikofa Sokoti Karukalendu-

Adikofa Sokoti

Andobi Muka Andobi Muka Andobi - Andobi Tow Andobi Ogumara

Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga Marimiza Tshoga

Kebo Andagu Kebo Andagu Kebo Andagu Kebo Andikene Kebo Andikene

Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana Mombutu d’Arebi Makutana

Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga Mombutu d’Angwe Mangwanga

Bangba-Mayogo Dondolo Bangba-Mayogo Dondolo Bangba-Mayogo Dondolo Bangba-Mayogo Okondo Bangba-Mayogo Okondo

- - - - - - Secteur Gombari - Secteur Gombari Mongika

Mayenga Mamoro Mayenga - Mayenga Magaya - - - -

Mangbele Mude Mangbele Mude Mangbele Mude - - - -

Bari Gaduma Bari Gaduma Bari - - - - -


CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Walese d’Arumbi Alimasi Walese d’Arumbi - Walese d’Arumbi Bulaye Walese d’Arumbi Bulaye Walese d’Arumbi -

- - - - - - CEC de Watsa Magombe CEC de Watsa Ababu H.

Source : Province de Stanleyville, Note circulaire n° 217/AIMO/BI du 23 février 1937 ; Note circulaire n° 85/AIMO/BI du 24 janvier 1939 ; Registre des circonscriptions indigènes, 1943 ;

Note circulaire n° 1063/AIMO/BI du 28 juillet 1945 ; et Note circulaire n° 21/948/BI du 27 mars 1952. Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, MRAC.
LE TERRITOIRE DE WATSA

En 1922, la circonscription va céder la partie de Kilo qui 6.2.1. Chefferie Karokelendu-Andikofa


prendra le nom de territoire d’Andudu (ordonnance du 28 Elle fut créée en 1939. Sa superficie est de près de
novembre 1922 n° 11/9.4). Sous sa dénomination actuelle, 1.800 km². Juste après l’indépendance, en 1961, elle
le territoire de Watsa fut créé par l’ordonnance n° 98/AIMO comptait 4.454 habitants, soit 2,47 habitants au km².
du 2 décembre 1930 de l’administrateur général du district Elle enregistrait alors la densité la plus faible après celle
du Kibali-Ituri. Par l’ordonnance d’administration générale de la chefferie Karokelendu-Ateru dans le territoire. Elle
n° 39/AIMO du 21 mars 1932, les territoires de Watsa et compte sept groupements. Le chef-lieu de la chefferie est
de Gombari furent fusionnés pour donner naissance au établi à Tibodra.
territoire des Mamvu-Mambutu, avec Watsa comme chef- À l’origine de la chefferie Karokelendu-Andikofa,
er
lieu. Et le 1 janvier 1956, le territoire de Watsa fut intégré il y aurait l’ancêtre Karokalendu de la lignée Andikote.
dans le district de l’Uele et quitta définitivement celui du Karokelendu engendra deux fils jumeaux, Kofalendu et
451
Kibali-Ituri . Terulendu qui, peu après, se disputèrent et se séparèrent.
Après l’indépendance, cette appartenance suscita Kofalendu partit dans la direction de l’ouest. Il donna
des controverses. L’Ituri continuait à le réclamer et la naissance à la lignée qui constituera la chefferie Andikofa
452
question fut soumise à référendum . Ce dernier confirma appelée Karokelendu-Andikofa. Terulendu, lui, traversa
l’appartenance du territoire au district du Haut-Uele. la rivière Bomokandi au sud pour former la chefferie
Depuis lors, il n’y a plus eu de grandes modifications sur le Karokelendu-Ateru.
plan politico-administratif. Après leur séparation, Kofalendu donna naissance à
deux fils, Kotelendu et Kakalendu. Le premier engendra un
seul fils, Ngosi. Le second, en eut deux, Arama et Ngobo.
6.2. SUBDIVISIONS ADMINISTRATIVES Ngosi devint le premier chef de la chefferie Karokelendu-
Andikofa. Son successeur fut son premier fils, Mambidi ;
En 1937, le territoire de Watsa comptait 12 chefferies. arrêté et condamné à l’époque coloniale, il sera destitué et
Elles n’étaient plus que 9 et un secteur en 1945. remplacé par son frère Sokoti. Depuis l’ordre de succession
a été : Arthur Gima-Mambidi (1953-1984), Bamude-
Le nombre de chefferies sera ramené à 6, auxquelles Andigi (neveu de ce dernier) et Negule-Andili (au pouvoir
s’ajoutent 3 secteurs. À noter que la chefferie Bari-Logo, au en 2010).
départ dans le territoire de Faradje, a été intégrée dans le
territoire de Watsa, après 1952. 6.2.2. Chefferie Karokelendu-Ateru
Le territoire actuel de Watsa compte six chefferies, trois Elle est créée en 1920 et son chef-lieu établi à Baitebi. Elle
secteurs et une cité. Il compte aussi quatre postes (Surur, a une superficie de 2.620 km². Juste après l’indépendance
Ngevea, Gombari et Mungbere), 67 groupements et 413 en 1961, sa population était de 2.982 habitants, soit 1,13
villages. La cité de Watsa, centre extracoutumier sous la habitant au km², soit la densité la plus faible du territoire.
colonisation belge, est devenue une cité par l’ordonnance Elle compte six groupements. La chefferie Karokelendu-
n° 87-236 du 29 juin 1987 ; elle avait une population de Ateru est issue de l’ancêtre fondateur Terulendu, fils de
111.107 habitants en 2009, une superficie de 35 km² et une Karokelendu et frère de Kofalendu de la lignée Andibala.
densité de 35 habitants par km². Terulendu est le père de Kodja-Libilibi qui donna
Le territoire de Watsa est habité par les Mamvu, peuple naissance à trois fils : Bangi-Legu (premier chef au pouvoir
apparenté aux Mangbutu, Balese et Mvuba. On y rencontre de 1926 à 1940), Ngubo et Mande. Bangi-Legu engendra
aussi la présence minoritaire de Bari, Bangba, Mangbele et trois filles et un fils appelé Aleku qui lui succéda en 1940.
Gbote. En 1957, lui succéda l’un de ses six fils, Servais Bagbalanga,
dit Bangi II, qui devint député provincial élu sur la liste
PNP en mai 1960. Celui-ci laissa son poste à la tête de
451 Choprix, G., La Naissance d’une ville…, op. cit., p. 12. la chefferie à son frère Ebitau. À la mort de celui-ci, le
452 Monnier, L. et Willame, J.-C., La province de l’Uele, pouvoir revint au fils de son frère aîné, Yabu-Bagbalanga,
op. cit., p. 197.

237
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Arbre généalogique de la famille régnante de la chefferie Karokelendu-Andikofa

Terulendu

Kodja-Libilibi

Teru II

Bangi Ier Ledi Ngubo Mainde

Aleku Tinu (F) Andikofa (F) Bagoy

Bangi II Jean Yabu-Bagbalanga Ngabe Ebitau Gabi Bagoy

Étienne Bali Médard Bagbalanga-Aleku Vincent Teru III Ngode Lakpa-Lapka Karoke Obhode

Jean Yabu-Bagbalanga Médard Bagbalanga-Aleku

238
LE TERRITOIRE DE WATSA

du nom de Médard Bagbalanga. Celui-ci est au pouvoir Le pouvoir dans la chefferie revient au clan Beri qui a
depuis 1983. pour ancêtre fondateur Andobi. En 1903, Mbabu devint
le premier chef de la chefferie ; il eut deux fils, Muka et
6.2.3. Chefferie Andobi Tou. Après sa mort, lui succéda son cousin Agbara (investi
Elle a une superficie de 520 km². Son chef-lieu est et médaillé de l’administration coloniale, cf. procès verbal
Batitia. Juste après l’indépendance du pays en 1961, la n° 334 du 19 août 1914). Mais assez vite, jugé faible, il fut
chefferie Andobi comptait 6.361 habitants, soit 12,23 révoqué par l’administrateur du territoire de Gombari le
habitants au km² présentant la densité de la population la 7 septembre 1925.
plus importante du territoire. L’ordre de succession de la chefferie Andobi se présente
La chefferie Andobi est divisée en cinq groupements. Sa comme suit :
453
constitution dit relever de la « coutume des indigènes »,
puis fut reconnue par l’arrêté n° 330 du 2 décembre 1914.

Andobi (Grand ancêtre fondateur)

Mbabu (1er chef : 1903-1914)

Agbara (2e chef : 1914-1925)

Bakinda (3e chef : 1925-1933)

Muka (4e chef : 1933-1943)

Tou (5e chef : 1943-1948)

Ogumara-Mbunza (6e chef : 1948-1964


n’est pas de la lignée de la famille régnante)

Mbango-Moke — Nadi-Amoine — Agbar — Augustin Ogumara-Amayo (7e chef : 1964-1986)

Akaza-Amayo — Ogumara-Amayo — Basiyo-Amayo — Kundeli-Amayo (8e chef : à partir de 1986)

453 Bulletin officiel, 1910, p. 460.

239
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

De la lecture de cet arbre généalogique, il apparaît entre les clans Adibogo de Mano (Andudu) et Andigboda
qu’après la mort de Tou, la chefferie a été dirigée par un (Apodo).
greffier, Ogumara-Mbudra, originaire de la chefferie Kebo, À sa mort, Andikene fut remplacé par Maye-Alogbo
du clan Agbita. Il fut investi et médaillé en 1948. (1964-1974), issu du clan Agbota. Après lui, Angela-Boma
La prise de pouvoir hors lignée créa un mécontentement dirigea la chefferie pendant trois ans. Du clan Andagu,
qui dégénéra en conflits d’opposition et de contestation encore hors lignée, le pouvoir passa de nouveau au clan
456
continus entre les clans Beri et Agbita. Andikene, avec Agibou-Kau Bakidi (1977-2001). Celui-
ci fut remplacé par Jean-Louis Adongu-Abasaga, issu du
6.2.4. Chefferie Kebo clan Andigboda, au pouvoir depuis le 13 août 2001.
Elle a une superficie de 925 km² et pour chef-lieu La chefferie Kebo ne compte que trois groupements
Apodo. Juste après l’indépendance du pays en 1961, la (cf. tableau sur l’organisation administrative du territoire
chefferie Kebo comptait 3.788 habitants, soit une densité de Watsa).
de 4,09 habitants au km².
La chefferie Kebo fut créée le 7 décembre 1921 de 6.2.5. Chefferie Mariminza
la fusion des anciennes chefferies Andilili, Ngamu, Elle couvre une superficie de 2.446 km². Juste après
454
Andiboli et Andikore . Ces dernières réunissaient les dix l’indépendance du pays en 1961, sa population était de 8.697
principaux clans suivants (cf. l’arrêté n° 365 de 1914) : habitants, soit une densité moyenne de 3,55 habitants au km².
La chefferie Mariminza a été créée par le décret du
er
1) Andimako (Andudu) : chef Mano ; 25 avril 1915. Son ancêtre fondateur fut Mamvu I , de
2) Andikofa (Apana) : chef Kore ; la lignée Andingba. Depuis, l’ordre de succession a été
er
3) Andiboli (Apolo) : chef Andikene ; le suivant : Josephat Masiokpo (fils de Tsoga I ), Adu III
4) Andingaro (Angbalai) : chef Nembeli ; Oguse (cousin à Masiokpo) et Édouard Tshoga Masiokpo
5) Andodu (Lugoya) : chef Mongamba ; (fils de Masiokpo), au pouvoir en 2010.
6) Andilili (Abakodu) : chef Kose ;
7) Ngamo (Dula) : chef Kose ; 6.2.6. Chefferie Walese d’Arumbi
8) Andimaze (Ambanzane) : chef Idiobho ; Cette chefferie existerait depuis 1901, mais les
9) Andikodhe (Maduya) : chef Tunembi ; informations sur les transformations administratives
10) Ndoa (Muley) : chef Awasa. ultérieures n’ont pu être recueillies. Elle couvre une
superficie de 2.560 km² et compte 8 groupements : Andoga,
Dans tous ces clans, le mode de succession au pouvoir Mambakadi, Andanzo, Kubi, Emole, Telekudumosi,
est coutumier, c’est-à-dire héréditaire. Au départ, le Ngevea et Undemulau. Elle a un poste d’encadrement
pouvoir était exercé par la famille régnante du clan administratif, Ngevea. Juste après l’indépendance du
Andibhogo (Andudu) d’où fut issu le premier chef Mano pays en 1961, la population de la chefferie Walese était de
(1914-1934). Lui succéda son fils Kelese (1934-1940), 6.701 habitants, soit une densité de 2,62 habitants au km²
un chasseur, qui mourut d’une fracture causée par un comptant parmi les plus faibles du territoire.
éléphant. À Kelese succéda Andugu (1940-1943). Accusé Depuis le 23 septembre 2004, la chefferie Walese
de mauvaise conduite, celui-ci fut révoqué et destitué par d’Arumbi est dirigée par Aramango Manzimo, successeur
l’autorité coloniale belge. Cette dernière intronisa le clan de son grand frère Mateso Manzimo assassiné lors de la
455
Andigboda (Apodo), avec Andikene comme premier guerre de la RD Congo le 18 décembre 2001.
chef de la nouvelle lignée. Ce sera le début d’un long conflit
6.2.7. Secteur Gombari
454 Archives politiques du Congo belge, district de Il est né de la fusion, en 1947, des anciennes chefferies
Kibali-Ituri et territoire de Gombari. Mangbele, Gbote, Mabadi, Bari-Moka, Mayanga et
455 Beyagabo, B., Le conflit de succession dans la Bari-Karo. Sa superficie est de 1.279 km². Juste après
collectivité de Balika-Toriko (de 1916-1974), inédit,
ISP/Isiro, 1996, p. 13. 456 Il est le neveu de son prédecesseur.

240
LE TERRITOIRE DE WATSA

l’indépendance du pays en 1961 la population du secteur 6.2.9. Secteur Mangbutu


Gombari était de 12.757 habitants, soit 9,97 habitants au Sa superficie est de 2.392 km². Juste après l’indépendance
km², l’une des densités les plus élévées du territoire (juste du pays en 1961, la population du secteur Mangbutu était
après celle de la chefferie Andobi). En 1960, le chef Surur de 7.814 habitants, soit une densité de 3,26 habitants au
était un homme malade et jugé peu actif par l’autorité km². Les habitants du secteur ont longtemps vécu dans
administrative du territoire. Le premier chef de secteur fut deux chefferies distinctes (Arebi et Anguwe) réunifiées
Mongaki-N’koma, assassiné en 1964 par les rebelles Simba. en 1971. En réalité, cela avait été décidé à l’issue de deux
Il fut remplacé par son fils Fabien Kanikaparo (1964-1975). réunions du conseil des notables tenues le 26 janvier 1958
Pour le troisième mandat, qui sera électif, Liévin Gbendi et le 30 décembre 1958 et la création fut sanctionnée par la
Mando-Adabone fut élu chef de secteur (en date du 15 mai décision n° 98/1959 du 25 avril 1959, mais sur le terrain,
1975) pour 5 ans. En 1980, c’est Charles Abobadi Ogane les choses avaient traîné à se mettre en place.
qui lui succéda (mais il mourut en fonction quatre années Le nom Mangbutu est composé de « Man » et de
après) et il fut remplacé par son adjoint Gilbert Kpokporo « Gbutu » qui signifient respectivement, en langue
Mongika pour une année de fonction. À partir de 1986, mangbutu, « enfants de Gbutu » descendants d’un certain
c’est Joseph Isabu Kakomone qui le remplaça. Il est encore Ndoli, père de Gbutu.
au pouvoir en 2010. Ndoli et sa suite seraient partis du Tanganyika (région
Le secteur Gombari est composé de six groupements du lac Albert) pour s’établir en Ouganda, au village
(cf. tableau sur l’organisation administrative du territoire Kpikiwi. À sa mort, Ndoli fut remplacé par son fils Ngbutu.
de Watsa). Quelques temps après, ce dernier et son groupe quittèrent
Kpikiwi pour atteindre Banyali à Vieux-Kilo (en Ituri),
6.2.8. Secteur Kibali puis la région Ndoo-Avare à Adranga. De Monokomibale,
Sa superficie est de 1.967 km². Juste après ils s’installèrent à Kinga, puis à Tubida à peu près 25 km au
l’indépendance en 1961, sa population était de 10.488 nord de Makala où le chef Ngbutu mourrut. Le premier de
habitants, soit une densité de 5,33 habitants au km². Avant ses fils, Mate, s’installa à Arebi et le cadet, Bula, à Angwe.
l’arrivée des Arabes à Surur, le secteur Kibali avait la même En s’installant dans le village Tiribine, Mate fut à
dénomination que son chef-lieu. Son premier chef fut l’origine de la chefferie Arebi. Il fut considéré comme un
Gambanva, de la descendance des émigrés originaires de grand chef, à qui l’on donna le titre de Maba (distributeur
Juba au Soudan arrivés dans cette région vers les années de vivres). Il eut quatre enfants (Dongu, Limbi, Talo et
qui précédèrent l’entrée des Arabes. Son fils Langwarha lui Togu), auxquels il donna des noms par lesquels il désigna
succéda à sa mort. Puis l’ordre de succession fut le suivant : les collines où il s’était installé avant sa mort.
er
Amathu, Agoku, Bayiwa et Surur I . Mate fut remplacé par son fils aîné Dongu qui, de
er
C’est à l’époque du règne de Surur I que les Arabes son vivant, nomma Ngbindi (son fils) pour successeur.
firent leur entrée dans le territoire de Bari-Logo en Ce dernier construisit sa résidence à Tiribine. Quant à la
provenance de Juba. L’arrivée des Européens fut salutaire descendance de Bula, après son fils aîné Barini, c’est son
pour Surur qui collabora afin de se débarasser des Arabes second fils, Angwe (cadet de Barini), qui vint s’installer sur
jugés nuisibles. Il décéda en 1911 et fut remplacé par la colline de Togu. Mais les Européens, intéressés par les
son fils Denis Surur II. Depuis, l’ordre de succession au pointes d’ivoire, installèrent le chef Angwe dans le village.
pouvoir a été le suivant : Paul Surur III était au pouvoir Depuis, l’ordre de la succession au trône a été le suivant :
à l’indépendance du pays. Malade et jugé peu actif par Zengbe, Mangbanga (décédé en 1971) et Ngaduma.
l’administration du territoire, il fut remplacé par son Du côté de la chefferie Arebi, il y eut Uduoto de Banyali
neveu Tandro Albert (fils de Surur Denis). Puis ce furent de Kilo qui, accompagné de Ngamalobo et Ngangu,
Masikabodri Pierre (1966-1970) et Albert Tandro. Vincent s’installa à Kangbongolo. Puis s’ensuivit une dispute de
457
Gbamukili est au pouvoir en 2010.
Gbamukili fut muté un moment à Aketi et remplacé
457 Suite aux permutations administratives opérées au par Mopepe (chef du secteur Yoko, territoire d’Aketi
milieu des années 1970 par le régime Mobutu, Vincent dans le Bas-Uele).

241
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

pouvoir autour d’Aitambi (fils aîné successeur d’Uduoto). En 1974, au moment où il fit du Mouvement populaire
L’administration coloniale désigna Ngindi, en dépit de son de la Révolution (MPR) un parti unique et institutionnel,
âge avancé, et son règne ne dura pas longtemps. En 1934, le régime Mobutu voulut asseoir son pouvoir en allant
Makutana-Misa, fils de ce dernier, fut choisi. Vinrent alors, jusqu’à toucher à la base du pouvoir local. Il voulait viser
dans l’odre de succession : Ndezu (petit fils de Marakoro), le pouvoir traditionnel qui, jusque là, semblait échapper
reconnu par l’arrêté ministériel n° 975 du 4 août 1971, encore à son autorité. Il décida ainsi de permuter les chefs
qui réunifia les deux chefferies Arebi et Angwe en secteur de secteurs et de chefferies, désormais considérés comme
Mangbutu. des « cadres politico-administratifs de l’État ».
Le secteur Mangbutu compte 18 groupements : La situation était particulièrement sensible dans le
Alulembani, Andombikagba, Arebi, Arikotu, Awilaba, Haut-Uele, étant donné le nombre élevé de chefferies, ces
Dubele, Kongbo, Kotaza, Lindikoda, Maba, Makala, pouvoirs locaux que l’autorité coloniale avait construits et/
Makuruza, Mangozo, Makowe, Ngoirindi, Ombondo, ou reconnus selon divers critères, généralement en fonction
Uzukurepi. Il a une superficie de 2.332 km² avec 85.225 d’enjeux locaux ou de ses intérêts propres. Cette décision du
habitants en 2009, soit une densité moyenne de 36 régime Mobutu aurait permis à l’État congolais post-colonial
habitants par km². d’avancer dans la réforme territoriale entreprise pendant la
période coloniale, mais restée inachevée, et non uniforme,
[Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du dans l’ensemble des régions du pays. Malheureusement,
territoire de Watsa (voir annexe 2.6).] cette grande décision politique, la dernière au vu de la
commotion qu’elle entraîna sur le terrain administratif
* local, se limita, en fait, à diminuer l’autorité locale au profit
* * du pouvoir personnel du chef de l’État.

Permutation des chefs des chefferies et des secteurs du Haut-Uele


à l’heure du pouvoir de Mobutu (1974)458

Chefferies/Secteurs Nom du chef Nouvelle affectation Nom du nouveau Entité d’origine du


chef (à la suite de nouveau chef
la permutation)
1. Territoire de Dungu
Chefferie Wando Mbatanandu Wando Chefferie Wando - -
Chefferie Malingindo Sadi Malingindo Chefferie Bondongola (terr. d’Aketi) Nyei Chefferie Mobati (terr.
d’Aketi)
Chefferie Ndolomo Ukwatutu Mbiliwu Chefferie Ndolomo - -

2. Territoire de Faradje
Chefferie Dongo Ndakala Maki Chefferie Mobati-Bayele (terr. d’Aketi) Eboyi Chefferie Bodongola
(terr. d’Aketi)
Chefferie Kakwa Lukudu Lopia Chefferie Kakwa _ _
Chefferie Logo-Bagera ( ?) ( ?) Ngoy Asumani Secteur Bakumu
Bangongo (terr.
d’Ubundu)
Chefferie Logo-Doka Agumani Waiwai Chefferie Logo-Doka _ _

458 Ce tableau a été constitué à partir des listes publiées par le journal Boyoma du lundi 9 septembre, mardi 10 et
du mercredi 11 septembre 1974. Notons que divers noms sont mal orthographiés dans le journal. Les omissions
constatées (cf. chefferies Logo-Ogambi et Logo-Bagera dans le territoire de Faradje) pour certaines chefferies/
secteurs seraient dues à des erreurs de dactylographie.

242
LE TERRITOIRE DE WATSA

Chefferie Logo-Lolia Ali Tandiwa Chefferie Bolungwa (terr. de Bambesa) Komboko Chefferie Avuru-
Gatanga (terr. d’Aketi)
Chefferie Logo-Obeleba Kelema Baibo Chefferie Logo-Obeleba - -
Chefferie Logo-Ogambi Ngoru Luzia Chefferie Nguru (terr.
de Buta)
Chefferie Mondo-Missa Bando Afuzoma Chefferie Mobati (terr. de Buta) Kanamonge Chefferie Mobati (terr.
de Buta)

3. Territoire de Niangara
Cité de Niangara ( ?) ( ?) Pongopayi Chefferie Barisi-M.B.
(terr. de Buta)
Chefferie Boimi Kumbabeko Mupepe Chefferie Boso (terr. de Bondo) Motuka Chefferie Boso (terr. de
Bondo)
Chefferie Kereboro Ngasa Badolo Dakpala Chefferie Kereboro - -
Chefferie Mangbele Medamona Chefferie Babua Mokoe (terr. d’Irumu) Enkibe Chefferie Bokiba (terr.
de Bambesa)
Chefferie Mangbetu Mesogo Secteur Mabinza (terr. d’Aketi) Pedya Secteur Mabinza (terr.
d’Aketi)
Chefferie Manziga Ngbangala Badingo Chefferie Manziga - -
Chefferie Okondo Matsaga Djodjosodjo Chefferie Ngindo (terr. d’Ango) Liwolo Chefferie Ngindo (terr.
d’Ango)
Chefferie Kopa Tagba Monyongo Secteur Abarambo (terr. de Poko) Abaraka Secteur Abarambo
(terr. de Poko)

4. Territoire Rungu
Cité d’Isiro Tongu Cité d’Isiro - -
Chefferie Azanga Danga Azanga Poli Chefferie Azanga - -
Chefferie Mayogo-Mabozo Anga Sasa Tongolo Chefferie Mayogo-Mabozo - -
Chefferie Mayogo-Magbaie Somana Léon Chefferie Avuru Gatanga (terr. d’Aketi) Asigala Chefferie Bolungwa
(terr. de Bambesa)
Chefferie Medje Mango Makasi-Mbongo Embunzu Chefferie Medje Mango - -
Chefferie Mongomasi Teingu Cité d’Aketi (terr. d’Aketi) Suki Cité d’Aketi (terr.
d’Aketi)
Chefferie Mboli Madangba Mbelia Joseph Chefferie Biamange (terr. de Bondo) Gatanga Tiligba Chefferie Biamange
(terr. de Bondo)
Chefferie Ndey Apanama Missa Abule Chefferie Bokapo (terr. de Bambesa) Bambakoli Chefferie Bokapo (terr.
de Bambesa)

5. Territoire de Wamba
Cité Durunga Akaneni Anzele Cité Durunga _ _
Chefferie Bafwagada Karume Gbabi Chefferie Duaru (terr. de Bondo) Gitalio Chefferie Duaru (terr.
de Bondo)
Chefferie Bafwakoy (?) (?) Bakemengali Zengba Chefferie Monganzulu
(terr. de Buta)
Chefferie Balika-Toriko Mangbukele Mambata Chefferie Balika-Toriko - -

243
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

Chefferie Mahaa Apibo Midjidji Chefferie Mange (terr. de Bambesa) Gaza Chefferie Mange (terr.
de Bambesa)
Chefferie Malamba Adjapana Amboko Chefferie Gama (terr. de Bondo) Lafai Chefferie Gama (terr.
de Bondo)
Chefferie Malika Ateru Agbokabulo Chefferie Gamu (terr. de Poko) Zune Chefferie Gamu (terr.
de Poko)
Chefferie Makoda Yafili Biangama Chefferie Makoda _ _
Chefferie Mangbele Ngonde Gbekuna Chefferie Bayeu-Bogongia (terr. de Buta) Mbage Chefferie Bayeu
Bogongia (terr. de Buta)
Chefferie Timoniko Dzene Katinae Chefferie Timoniko - -
Chefferie Wadimbisa Motemabonga Baonoku Chefferie Wadimbisa - -
Secteur Mabudu-
Malika-Babyeru Sadiki Mangbalu Chefferie Komekedi (terr. de Poko) Gito Oto Chefferie Komekendi
(terr. de Poko)
6. Territoire de Watsa
Cité de Watsa Lasa Secteur Bomili (terr. de Bawasende) Simeti Mombe Secteur Bakumu
d’Angumu
(terr. de Bafwasende)
Chefferie Karokelendu-
Andikofa Gima Mambidi Chefferie Deni (terr. de Bondo) Bungya Ngluze Chefferie Deni (terr. de
Bondo)
Chefferie Karokelundu-Ateru ( ?) ( ?) Zibili Mopoy Chefferie Mopoy (terr.
d’Ango)
Chefferie Andobi Nadi Amoine Louis Secteur Bakumu d’Angumu (terr. de Bafwasende) Dobeya Cité de Buta
(terr. de Buta)
Chefferie Kebo Maye Alogbo Grégoire Chefferie Bayeu Bogbama (terr. de Buta) Akwani Bisa Chefferie Bayeu
Bogbama (terr. de Buta)
Chefferie Mariminza Masiokpo Tsoga Chefferie Bakangaie (terr. de Poko) Vungala Chefferie Bakangie
(terr. de Poko)
Chefferie Walese d’Arumbi Aramango Alimasi Chefferie Walese d’Arumbi _ _
Secteur Gombari Kanikaparo Chefferie Walese Vonkutu (terr. d’Irumu) Nebengbo Chefferie Makere I
(terr. de Bambesa)
Secteur Kibali Gbamukili Secteur Yoko (terr. d’Aketi) Mopepe Secteur Yoko (terr.
d’Aketi)
Secteur Mangbutu Ndezu Chefferie Walese Nebasa Chefferie Makere
(terr. de Mambasa en Ituri) Bekete (terr. de
Bambesa)

Les permutations se sont opérées en gros entre le Bas- de Rungu) ou si, inversement, un chef de cité fut remplacé
Uele et le Haut-Uele, deux districts ayant de nombreux par un chef de secteur (cas de la cité de Watsa), ou encore
traits communs. L’on observe une certaine correspondance un chef de secteur par un chef de chefferie (cas des
dans les permutations, les chefs de chefferies/secteurs secteurs Gombari et Mangbutu dans le territoire de Watsa,
étaient généralement envoyés dans d’autres chefferies/ du secteur Mabudu-Malika-Babyeru dans le territoire
secteurs, même si par endroits ils furent remplacés par le de Wamba et de la chefferie Andobi dans le territoire de
chef de cité (cas de la chefferie Mongomasi du territoire Watsa). Mais on ignore pourquoi certains chefs ne furent

244
LE TERRITOIRE DE WATSA

pas permutés : ce fut le cas d’un chef dans le territoire de et politiques qui conduisirent, très rapidement, à son
Watsa, de deux chefs dans chacun des territoires de Dungu explosion, cette réforme territoriale – qui aurait dû être
et de Niangara, de trois chefs dans le territoire de Faradje, poursuivie et améliorée – sera assez vite arrêtée. Les chefs
de quatre chefs dans le territoire de Rungu et de cinq chefs de secteur et de chefferie durent revenir à leur fief d’origine
dans le territoire de Wamba. On peut faire le constat de après deux/trois années d’une expérience qui s’avéra mal
l’affaiblissement (ou de la désintégration) de nombreux organisée. À cause de la perturbation du cadre général qui
pouvoirs locaux auquel s’ajouteraient les interventions de en résulta et de la crise économico-politique persistante
dirigeants d’en haut dans les affaires locales. – qui va fortement affaiblir le pouvoir congolais à tous les
Réalisée sans méthode, en même temps que le régime échelons –, l’autorité locale est demeurée, depuis lors, dans
Mobutu engageait de vastes réformes économiques un état de forte déliquescence.

245
CHAPITRE VI COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE

246
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-


ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

1.L’EXPLOITATIONÉCONOMIQUEDUHAUT-UELE: une circulaire qui défend aux Noirs de chasser l’éléphant, à


DELAPÉRIODEDEL’EICÀLAZAÏRIANISATION, 459
moins qu’ils n’apportent l’ivoire récolté à l’État .
1891-1973 Les sociétés commerciales privées ne tardent pas à
protester. Pour elles, de telles mesures auraient pour effet
Si Léopold II éprouvait tant d’intérêt pour le Haut- un monopole de fait de l’État. Si elles étaient maintenues
Uele, c’est en raison de sa grande richesse en ivoire, une et appliquées, ces mesures aboutiraient à la décadence et
ressource qui était écoulée via le Nil, et qu’il ambitionnait à la ruine du commerce privé. L’EIC cherche alors, par le
d’évacuer via le Pool et, à partir de là, via Matadi. Il voulait décret du 30 octobre 1892, un modus vivendi susceptible
également récolter le caoutchouc des forêts du bassin de de régler la question de la récolte du caoutchouc.
l’Uele. L’ivoire et le caoutchouc constituaient ainsi deux Dans ses grandes lignes, le nouveau décret divise
richesses essentielles, mais c’est surtout la découverte d’or, le territoire de l’État en trois zones assez vaguement
e
au début du xx siècle, qui façonnera la vie économique et délimitées, soumises à des régimes économiques différents.
sociale du Haut-Uele. La première comprend les bassins du Bomu, de l’Uele, de
la Mongala, de l’Itimbiri, de l’Aruwimi, du Lopori et de
la Maringa, des lacs Lépold II et Tumba et de la Lukenie.
1.1. LES GRANDES SOCIÉTÉS L’État seul peut y récolter l’ivoire et le caoutchouc des
terres domaniales, soit par lui-même, soit avec le concours
1.1.1. Le « domaine privé de l’État » : de compagnies dans lesquelles il a de puissants intérêts.
le caoutchouc et l’ivoire
Si jusqu’alors il existait, dans l’EIC, un régime de 1.1.2. La Société générale africaine, 1894
relative libre concurrence dans la récolte et le trafic du La Société générale africaine est la première société
caoutchouc et de l’ivoire, le décret du 21 septembre congolaise à responsabilité limitée à être fondée à Bruxelles
1891 (non inséré dans le Bulletin officiel), ordonne aux par décret, le 21 juillet 1894. Elle a pour objet toutes
commissaires de district de l’Aruwimi-Uele et de l’Ubangi- entreprises et affaires financières, commerciales, agricoles,
Uele, ainsi qu’aux chefs d’expédition du Haut-Ubangi de minières, de transport et généralement quelconques. Elle
prendre les mesures urgentes et nécessaires pour conserver peut également s’occuper d’objets d’ordre non économique
à la disposition de l’État les fruits domaniaux, notamment
l’ivoire et le caoutchouc. Le 15 décembre de la même 459 Wauters, A.J., L’État indépendant du Congo, Bruxelles,
année, le commissaire du district de l’Aruwimi-Uele signe Librairie Falk Fils, 1899, pp. 400-406.

247
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

et autres, pour autant qu’ils soient autorisés par une seulement en Afrique, mais aussi en Asie. L’influence
460
assemblée générale spéciale . cherchée est d’ordre politique et économique au Bahr El-
La Société générale africaine est fondée avec un capital Ghazal et d’ordre économique en Chine et en Mongolie. En
de 3.000.000 F, représenté par 3.000 actions ordinaires Afrique centrale, en ce qui concerne l’Afrique au nord du
de 1.000 F au porteur, entièrement souscrites. Outre les district de l’Uele, il s’agit de mettre en valeur et de réaliser
actions ordinaires, il peut être émis des coupures de 25 l’influence économique reconnue au souverain de l’EIC.
et de 100 F. 3.000 actions de fondateur sont également Cette influence résultait de l’accord conclu, le 2 mai 1894,
créées sans désignation de valeur. En cas d’augmentation entre l’EIC et le gouvernement britannique (voir supra).
de capital, le nombre de ce type d’action doit toujours être Le siège principal de la société se trouve à Faradje où elle
égal au nombre d’actions ordinaires ; les nouvelles actions a quelque 250 anciens soldats engagés comme travailleurs,
de fondateur sont attribuées aux fondateurs au prorata du formant un groupe discipliné prêt à remplir la mission qui
nombre d’actions qu’ils possèdent. peut lui être donnée. La société s’établit également dans
Outre le président, le Conseil est composé de trois d’autres localités de la même région : Akka, Bira et Wandi.
membres au moins et de douze au plus. Le président et le En 1900, des difficultés surgissent avec les Britanniques
secrétaire sont nommés et révoqués par le roi et peuvent à propos de l’accord de mai 1894. La situation politique
être choisis hors conseil, en ayant des droits égaux à ceux change si rapidement que la société ne peut tirer parti des
des autres membres. Les administrateurs sont nommés concessions du nord-est, ni exécuter son programme de
pour cinq années par l’assemblée générale, sauf pour la pénétration vers le nord. En 1902, toutes les opérations
première fois où ils sont nommés par décret. sont suspendues dans ces parages et tout le personnel est
Pour faciliter le travail de la société, l’objet de celle- rappelé de l’Uele vers le sud. Mais au courant de la même
er
ci est modifié par décret le 1 septembre 1898, par année, elle prend de l’intérêt pour des entreprises franco-
l’ajout suivant : elle pourra également émettre des billets congolaises. Elle y réalise avantageusement certaines de
de banque garantis par l’EIC, moyennant une entente ses participations, quoique celles qu’elle possédait dans le
préalable avec celui-ci. Elle peut faire des avances d’argent Comptoir colonial français lui laissent une perte de plus
à l’État, avec ou sans garantie. de 1.000.000 F.
À cette occasion, le capital social est porté à
12.000.000 F représenté par 12.000 actions de 1.000 F 1.1.3. La Société générale africaine et Banque de
entièrement souscrites, avec 12.000 actions de fondateur commerce et d’industrie, 1903
sans désignation de valeur. Le conseil est autorisé à porter La Société générale africaine arrête toutes ses activités
ce capital à 30.000 F par émission en une ou plusieurs fois dans la région le 15 juin 1903 et l’assemblée générale décide
d’actions libérées, dans le but d’acquérir des concessions, sa liquidation générale. Mais les liquidateurs E. Bunge et
des propriétés, du matériel ou des marchandises utiles ou de Wouters d’Oplinter souscrivent alors, pour compte de la
nécessaires à la réalisation du but social. Le même décret société, 12.000 actions d’une nouvelle société, dénommée
nomme le conseil, qui est composé de Constant de Brown Société générale africaine et Banque de commerce et
de Tiège, Ernest Grisar, Sam Wiener et Henri Simon. Il d’industrie, et libèrent ces titres en donnant en paiement
sera complété par la suite. l’ensemble de l’actif et du passif de la société dissoute. La
La Société générale africaine est, en réalité, une nouvelle société remplace l’ancienne et est instituée par
institution d’État créée par Léopold II avec le soutien décret le 25 juin 1903 sous forme d’une société congolaise
de personnalités anversoises bien connues des milieux à responsabilité limitée. Sa durée est illimitée et son objet
d’affaires qui aident le souverain dans son œuvre en est de s’occuper de tout objet tant d’ordre économique
Afrique centrale. La nouvelle société a l’ambition de que non économique. Son siège sera partout où le conseil
poursuivre l’extension des activités de la Belgique non le jugera utile. Le capital de la nouvelle société est fixé à
9.000.000 F et est constitué de 12.000 actions de 750 F.
460 Ergo, A.-B., L’héritage de la Congolie : naissance d’une Les statuts de la nouvelle compagnie stipulent,
nation en Afrique centrale, Paris, L’Harmattan, 2007, entre autres, qu’elle peut accepter et rétrocéder des
pp. 108-111.

248
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

baux de territoires à titre de société à charte. Le conseil même de temps à autre contre la Société de Kilo-Moto,
d’administration, nommé par Léopold II pour la première qui l’astreint à fournir des vivres et du bétail aux mines de
fois, est constitué d’un président, le baron Edmond Moto. La répression est souvent impitoyable et sanglante.
Van Eetvelt et d’administrateurs : E. Bunge, C. & A. de Une opération militaire engagée contre les Lugwarets
Brown de Tiège, G. Wiener, E. Grisar, A. Mols, J. Allard, (Lugbara) sera cependant abandonnée, au bout de deux
le chevalier de Wouters d’Oplinter, A. Lefebvre, H. Simon, ans, parce qu’elle s’éternisait sans résultats utiles.
F. Dujardin. Kilo-Moto s’accommode pendant des dizaines d’années
Ce projet économique, bien qu’important pour le d’un outillage dérisoire, compensé par une main-d’œuvre
Haut-Uele, se terminera dix ans après sa naissance. En abondante. Au début des années 1930, la société compte
463
1904, en effet, la société renonce, sous sa nouvelle forme, à 26.000 travailleurs répartis en 50 camps . Georges
réaliser encore des opérations en Afrique. Moulaert écrit, à propos de l’organisation du travail, ce qui
suit :
1.1.4. La Société des mines d’or de Kilo-Moto
L’or de la région de Kilo-Moto est découvert en 1903 « Des petits chantiers de 9 à 10 hommes sont répartis
dans le bassin de la rivière Agola, affluent de l’Ituri, dans les fonds des vallées, mais grâce à la prime au travail,
par la mission Hannam et O’Brien (deux prospecteurs octroyée au terrassier indigène, un seul Européen peut
australiens) après de fructueuses recherches au nord de diriger 30, 40 et jusque 50 chantiers.
la région et aux environs de Mahagi. Ils dénomment cette Cette prime atteint et dépasse très fréquemment 50
461
zone du nom du chef Kilo . L’exploitation des gisements p. c. du salaire journalier.
commence en 1905, à Kilo dans l’Ituri, et en 1911, à Moto, L’organisation des primes à la tâche a parfaitement
dans le Haut-Uele. Après la découverte du site de Moto, réussi, même auprès des populations les moins évoluées. Les
la région aurifère de l’Ituri-Haut-Uele reçoit ce nom de meilleurs individus deviennent capita de chantier, panneurs
Kilo-Moto, qui depuis plus d’un siècle, symbolise l’or du et capita généraux, c’est-à-dire adjoints à l’Européen, chef
Congo. La concession des mines d’or de Kilo-Moto couvre de camp. Ils placent tout seuls les tables, nivellent le canal
une superficie de 81.750 km². Dans un premier temps, elle d’amenée d’eau, installent les goulottes d’adduction d’eau,
est gérée directement par l’Administration coloniale qui en placent la table, les chemins de roulement, et d’aucuns
confie la gestion, en 1919, à une Régie industrielle. En 1926, même gèrent des camps de 10 à 15 chantiers ».
464

celle-ci est transformée en une société à responsabilité


limitée, dénommée Société des mines d’or de Kilo-Moto La prime payée aux indigènes est calculée en fonction
(Sokimo), « sur le modèle des grandes compagnies de la production de la Société des mines d’or. G. Moulaert,
coloniales comme l’Union Minière du Haut Katanga, qui a été vice-gouverneur général de la Province-Orientale,
caractérisées par leur politique paternaliste à l’égard écrit que le « rendement moyen de nos pelleteurs a atteint
d’une main-d’oeuvre peu payée mais prise en charge pour en 1933 : 7 m³ par jour ! C’est un chiffre qui, une fois
tous les aspects de la vie sociale. Ces sociétés, véritables de plus, met en lumière l’erreur des demi-vérités que
État dans l’État, (sont) fortement impliquées dans le stigmatisait avec tant d’éloquence le gouverneur général
465
financement et la gestion des infrastructures régionales Ryckmans ».
462
et socio-éducatives (transport, santé, éducation) ». Les Cette argumentation ne convainc cependant pas
pouvoirs publics gardent la majorité du capital. l’autorité politique coloniale du niveau central, qui se
Les mineurs congolais se plaignent régulièrement de fait un jugement différent du niveau de rendement des
leurs conditions de travail. La population locale se révolte
463 Moulaert, G., « Les exploitations minières de Kilo-
461 International Alert, Étude sur le rôle de l’exploitation Moto et de la Province-Orientale », Congo, Revue
des ressources naturelles dans l’alimentation et la générale de la colonie belge, Bruxelles, Éd. Goemaere,
perpétuation des crises de l’Est de la RDC, octobre janvier 1935, p. 4.
2009, p. 14. 464 Idem, p. 8.
462 Ibidem. 465 Idem, p. 9.

249
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

travailleurs. Le gouverneur général Ryckmans déclare, en mission sénatoriale belge au Congo de 1947 critique-t-
1937 : il l’inexistence d’une lutte contre la tuberculose dans les
camps de travail de cette société :
« Notre industrie aurifère s’enorgueillit de travailler
aux teneurs les plus basses du monde. Si ce résultat était dû « Rien n’est entrepris pour repérer ceux qui sont atteints
à la rationalisation parfaite de ses procédés de traitement, de cette terrible maladie ou qui en sont menacés. Il est vrai
on pourrait l’en louer sans réserve. Mais considérons le qu’on examine les malades qui se présentent d’eux-mêmes,
rendement par homme employé, et le résultat paraîtra qu’on leur donne des conseils, mais on s’abstient de les soigner.
peut-être moins brillant. La province de Stanleyville À Kilo-Moto, les tuberculeux sont tout simplement renvoyés
produisit, en 1936, 9.316 kilos d’or fin avec 49.200 hommes, dans leur village par l’administration de l’institut parastatal
soit 189 grammes par homme. L’Australie occidentale des mines d’or. Les cracheurs de bacilles (recueillis parfois à
en 1933 produisait 19.717 kilos d’or, plus du double, avec titre provisoire dans certains hôpitaux) sont renvoyés dans
9.701 hommes, moins du cinquième, soit 2.032 grammes leur village dès que le manque de lits se fait sentir. Nulle part,
466
par homme . » à une exception près, le service médical n’est outillé de façon à
pouvoir entamer la lutte contre cette maladie. Bref il n’est pas
La Société des mines d’or de Kilo-Moto ne se soucie question de lutte contre la tuberculose ni de soins donnés aux
guère de la santé de ses ouvriers. Elle acquiert, dès 467
malades. Les pauvres diables sont abandonnés à leur sort . »
lors, une mauvaise réputation. Ainsi, le rapport de la

Borne kilométrique proche de Watsa.


La borne indique les noms des mines de la
région et leur distance en kilomètres. (Source :
500 visages du Zaïre, op. cit., p. 186.)

466 Joye, P. et Lewin, R., Les Trusts au Congo, Bruxelles,


Société populaire d’éditions, 1961, p. 185. 467 Idem, pp. 166-167.

250
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

La Société des mines d’or de Kilo-Moto n’est cependant 1929 2.003,635 1.468,019 3.471,654
pas la seule société minière du Haut-Uele. Au Nepoko 1930 2.755,563 1.270,651 4.026,214
par exemple, les compagnies Forminière (créée en 1910) 1931 3.262,390 1.389,418 4.651,808
et du Kasaï (créée en 1914) possédaient avant la Première 1932 3.826,187 1.485,067 5.311,254
Guerre mondiale des concessions minières d’or (Société 1933 3.830,750 1.529,970 5.360,720
de la Tele et Aruwimi-Ituri). Au début des années 1930, 1934 4.123,717 1.703,379 5.827,596
ces exploitations, commencées en 1910, produisaient 500 1935 4.591,937 1.783,422 6.375,359
kilos d’or par an. Après 1920, des sociétés d’exploitation, 1936 4.676,482 1.795,537 6.472,019
la Coloniale des Mines et la Société minière de Surongo 1937 5.171,612 1.821,465 6.993,077
468
s’étaient également constituées dans le Haut-Uele . 1938 5.273,756 2.096,170 7.369,926
L’exploitation alluvionnaire débutée en 1905/1906 1939 5.535,513 2.107,820 7.643,333
cessera en 1951, à la suite de l’épuisement des gisements 1940 5.554,199 2.206,611 7.760,810
pour laisser place, à partir de 1952, à l’exploitation 1941 5.673,895 2.415,548 8.089,443
filonienne. 1942 5.265,339 2.155,972 7.421,311
1943 5.057,083 1.587,620 6.644,703
Production depuis le début 1944 4.487,656 1.553,567 6.041,223
de l’exploitation de l’or fin (en kg) 1945 4.310,006 1.517,715 5.827,721
1946 3.824,118 1.447,218 5.271,336
Années Siège de Kilo Siège de Moto Kilo-Moto 1947 3.657,439 1.406,772 5.064,211
1905 17,423 - 17,423 1948 3.851,423 1.430,400 5.281,823
1906 194,494 - 194,494 1949 4.829,009 1.568,229 6.397,238
1907 302,164 - 302,164 1950 4.714,368 1.646,011 6.360,379
1908 284,255 - 287,255 1951 5.195,375 1.617,166 6.812,541
1909 604,044 - 604,044 1952 5.393,784 2.118,432 7.512,216
1910 806,421 - 806,421
1911 581,887 5,486 587,373 Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Okimo, Indaba, 2005,
1912 681,918 224,287 906,205 document inédit, p. 10.
1913 712,147 538,037 1.250,184
1914 963,670 619,978 1.583,648 En 1957, l’or est exploité, dans le Haut-Uele, par le siège
1915 1.493,698 919,557 2.413,255 de Moto de la société Kilo-Moto à concurrence de 88 % de
1916 1.508,157 1.248,529 2.756,686 la production (le poste de Zani est donc exclu) et par cinq
1917 1.648,574 1.620,084 3.268,558 autres entreprises dont la production cessera après cette
1918 1.912,251 1.400,117 3.312,368 année : la Minière de la Télé, Mineco, Mincobel, Sominor
1919 1.602,441 1.489,110 3.091,551 et la Minière de l’Aruwimi-Ituri. En 1957, la production
1920 1.436,340 1.605,533 3.041,873 du siège de Moto est de 3.740 kg d’or ; celles des autres
469
1921 1.087,866 950,124 2.037,990 entreprises de 596 kg .
1922 1.139,012 962,146 2.101,158 Le 15 juillet 1966, sous le régime Mobutu, est créé
1923 1.687,767 1.169,603 2.857,370 l’Office des mines d’or de Kilo-Moto (Okimo), qui reprend
1924 1.921,671 1.319,837 3.241,508 les activités exercées antérieurement par la Société des
470
1925 1.810,099 1.274,247 3.084,345 Mines d’or de Kilo-Moto, dissoute à la même date . La
1926 1.794,288 1.477,202 3.271,490
1927 1.690,201 1.459,212 3.149,413 469 Carbonnelle, C. et Kirschen, E.S., L’Économie des
1928 1.679,853 1.340,228 3.020,081 deux Ueles, Bruxelles, Éd. CEMUBAC, 1961, p. 60.
470 Ministère des Mines et des Affaires foncières,
468 Moulaert, G., « Les exploitations minières de Kilo- Industrie minière de la République démocratique du
Moto et de la Province-Orientale », op. cit., pp. 27 et 29. Congo. Année 1968, 1969, p. 16.

251
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

concession de la nouvelle société est d’une superficie de des installations détruites et de la vétusté du matériel. En
83.000 km². 1968, la production de l’Okimo oscille aux environs de 4
Les mines de Kilo-Moto avaient particulièrement tonnes ; 99 % de cette production est d’origine filonienne,
souffert de l’occupation de leurs installations par les les gisements alluvionnaires étant arrivés à épuisement.
rebelles Simba en 1964-1965. C’est en août 1965 que la L’usine de broyage de Durba, qui traite le quartz du filon
société reprend effectivement possession de ses mines Garumbwa et Agbarabo, fournit 73 % de la production
et usines. Se pose alors le problème de la remise en état totale de la société.

Carte des régions aurifères en 1974. (Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Kilo-Moto. Exercice 1974, Bambu-Mines, 1975, p. 21.)

252
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Ce sont les mines de Moto, et en particulier la mine au Katanga. Elle s’est très vite orientée vers la construction
de Gorumbwa, qui contiennent les réserves les plus de chemins de fer, de distribution d’énergie électrique, les
importantes, 35 à 40 tonnes sur 55 tonnes au total, soit transports etc.
471
environ 70 à 75 % du total . En 1911, elle tient la Société coloniale de construction
(Socol) sur les fonts baptismaux. C’est cette dernière qui
Production de l’Okimo de 1959 à 1968 va construire le tronçon Bukama-Élisabethville du chemin
(en kg) de fer du BCK et exécuter par la suite un grand nombre
Année Production en kilos d’autres grands travaux, mais pas uniquement au Congo.
En 1951, elle crée une filiale congolaise, la Socol-Congo,
1959 6.856,516 qui sera absorbée par Safricas en 1957.
1960 5.945,239 La Cominière abandonnera ses diverses activités à
un nombre de filiales pour devenir, à partir de 1929, une
1961 5.055,687
société à portefeuille. Elle contrôlera une douzaine de
1962 4.402,947 sociétés congolaises et détiendra des participations dans
1963 4.999,017 une quinzaine d’autres.
En 1919, la Cominière fonde la Société commerciale
1964 3.898,763
et minière de l’Uele (Comuele) à laquelle elle fait apport
1965 964,315 de toute son organisation dans cette région. Celle-ci va
1966 3.431,267 surtout s’occuper de commerce de produits oléagineux.
1967 3.440,062
1.1.6. Les chemins de fer vicinaux du Congo, Vicicongo
1968 4.003,562 En 1924 est créée la Société des chemins de fer
vicinaux du Congo, en abréviation Vicicongo. Elle a
Source : Ministère des Mines et des Affaires foncières pour but d’organiser les transports de marchandises et
Industrie minière de la RD Congo. Année 1968, op. cit., p. 17. de personnes dans toute la région des Uele, de l’Ituri
et du Nord-Kivu. Son principal actionnaire privé est la
En 1972, la production de l’Okimo, en régression Société commerciale et minière du Congo (Cominière),
depuis deux ans, en raison de l’épuisement progressif des qui en assume la gestion bien que la Colonie y possède la
réserves connues, atteint 3.255 kg. Elle était de 4.011 kg majorité du capital.
472
en 1971 . En 1925 est entamée la construction d’un chemin de
fer dans l’Uele. Le premier tronçon, d’Aketi à Bondo sur
1.1.5. La Société commerciale une distance de 158 kilomètres, est terminé le 15 mai 1928.
et minière de l’Uele, Comuele Fin 1929 est entamée la construction d’une nouvelle ligne,
La Société commerciale et minière du Congo d’une longueur de 300 kilomètres environ, jusqu’à Zobia,
(Cominière), fondée en 1910 par la Banque Nagelmackers via Buta avec embranchement vers Titule.
et fils et le banquier Josse Allard, a des activités qui Le prolongement de cette ligne vers l’est est prévu afin
s’étendent à presque toutes les régions du Congo, mais de pouvoir desservir la région du Nepoko où la culture
plus particulièrement au Bas-Congo, en Uele, au Kasaï et du coton est prometteuse. En 1937, la ligne est complétée
depuis Paulis jusqu’à Mungbere.
En 1949, le Plan décennal pour le développement
471 Ministère des Mines et des Affaires foncières,
Industrie minière de la RD Congo. Année 1968, économique et social du Congo évoque la question du
document ronéotypé, p. 16, section d’Histoire du prolongement « éventuel » des réseaux des Vicicongo.
Temps présent, document III-243.2. Cela concerne tout d’abord le prolongement d’Aketi vers
472 République du Zaïre, Département des Mines, Bumba :
Industrie minière de la République du Zaïre. Rapport
annuel 1972, Kinshasa, 1973, p. 6.

253
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

« La navigation sur l’Itimbiri est souvent difficile de matériel, acheminé jusque là par le fleuve Congo,
pendant deux ou trois mois de l’année. Pour y remédier l’Itimbiri et le chemin de fer, pour rejoindre ensuite la
il faudrait : - soit améliorer les conditions de navigation frontière soudanaise par la célèbre route royale Congo-
sur cette rivière ; - soit prolonger la ligne des Vicicongo Nil. Dans l’autre direction, les Vicicongo transportent les
jusqu’à Bumba. De ces deux solutions, la première est productions vivrières destinées aux populations du Bas-
indiscutablement la plus économique. Cette solution doit Congo, ainsi que du coton et du caoutchouc, considérés
474
donc être adoptée. Les dépenses qu’elle nécessitera sont comme des matières stratégiques .
473
prévues à la partie des Transports par Eau . » À la fin de la guerre, la situation des Vicicongo est la
suivante :
Deux autres prolongements sont également mis en
discussion : l’un vers le nord-est par Watsa, puis Faradje et « En 1945, les Vicicongo disposaient donc d’une
Aba ; l’autre vers Irumu par le sud-est. L’achèvement de la quarantaine de locomotives à vapeur en état de marche dont
voie ferrée vers Aba à la frontière soudanaise permettrait encore quelques-unes du type “Feldbahn”, ou “Brigade”, des
l’évacuation par Port-Soudan de la production de chemins de fer de campagne de l’armée allemande, vétérans
certaines régions jusqu’alors défavorisées en raison de leur de la Première Guerre mondiale rachetées dans les surplus
éloignement et du coût du transport jusqu’à Matadi. On au lendemain de celle-ci ; en outre, ils utilisaient quelque
espère aussi pouvoir créer de nouvelles zones cotonnières 300 wagons à marchandises dont une bonne partie de
et d’autres exploitations. faible capacité, de 6 à 7 tonnes seulement. D’importantes
Le prolongement vers Irumu devrait permettre la mise dépenses durent alors être effectuées pour renouveler le
en valeur de certaines régions intéressantes du point de vue matériel et réapprovisionner le parc en pièces de rechange,
minier et agricole. Ce parcours complèterait l’ensemble du car une grande partie du matériel roulant avait souffert des
réseau du nord-est de la colonie et diminuerait le prix du transports intensifs durant ces quatre années de guerre.
transport des approvisionnements en matériel et en vivres En 1945 également, les Vicicongo acheminèrent
vers la région minière. La longueur du parcours de Mungbere quelque 69.465 tonnes de vivres et de matériel par le rail
vers Irumu serait d’environ 315 kilomètres par Goa et Nduye. ainsi que 89.123 tonnes par la route. Au lendemain de la
Le coût de la construction de ce prolongement est Deuxième Guerre mondiale, les Vicicongo qui possédaient
cependant estimé trop élevé et l’Administration coloniale des camions, des cars, des camionnettes et des automobiles
lui préférera la construction de deux routes modernes, l’une de tous types, essentiellement de fabrication belge – dont
entre Mungbere et Irumu et l’autre entre Mungbere et Watsa. ceux de la Fabrique nationale connue sous le sigle FN,
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Vicicongo Minerva, Brossel et Bovy Pipe – héritèrent de quelques
participent au transport massif des troupes coloniales et camions Lancia pris à l’armée italienne en Abyssinie et
du matériel militaire vers la frontière orientale où ils seront plus tard de camions américains, provenant des surplus des
acheminés ensuite à travers le Soudan anglo-égyptien vers 475
armées alliées . »
l’Abyssinie. Elles assurent le transport de 30.000 tonnes
de munitions et le montage, dans leurs ateliers de Paulis, Désormais, les Vicicongo vont porter plus d’attention
de 8.479 camions et véhicules militaires de types divers. à leurs activités de transport et céder une partie de leurs
Au commencement des hostilités elles disposaient de 37 hôtels à des particuliers ou à des entreprises indépendantes.
locomotives à vapeur, de 235 wagons à marchandises et de En 1950, elles sont encore en possession d’hôtels à Aketi,
4 voitures à voyageurs ; durant le conflit elles héritent de 75 Buta, Bondo, Titule, dans le Bas-Uele, à Mambasa dans
wagons plats fabriqués aux États-Unis et de locomotives l’Ituri, et à Paulis, Watsa et Nia-Nia, dans le Haut-Uele.
à vapeur livrées pour le compte du ministère britannique À la même époque, le vieillissement du matériel de
de la Guerre. Les camions montés à Paulis sont chargés traction commence à poser de plus en plus de problèmes. Ce

473 Plan décennal pour le développement économique 474 Le Rail au Congo belge, tome III : 1945-1960,
et social du Congo belge, Bruxelles, Les Éditions Bruxelles, Éditions Masoin, p. 280.
De Visscher, 1949, p. 130. 475 Idem, pp. 280-281.

254
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

matériel s’avère insuffisant en nombre et en puissance pour du xxe siècle, les commerçants grecs s’étaient implantés en
assurer un trafic ferroviaire qui augmente annuellement de grand nombre dans le Haut-Uele. Un des premiers Grecs à
plus de 2 %, depuis la fin des hostilités. De plus, la chauffe s’être installé dans le Haut-Uele s’appelait Coumidis Ménélas,
au bois devient de plus en plus coûteuse, en raison du coût né à Chypre en 1886. Il fut tout d’abord au service de diverses
croissant de la main-d’œuvre, d’une part, et de la distance sociétés, de 1902 à 1906 ; puis, il devint adjoint au gérant de la
de plus en plus grande à parcourir du lieu d’abattage vers société d’un autre Grec, Kapatos Angelos, au Soudan de 1907
les postes de stockage, d’autre part. La modernisation de la à 1908, avant d’être le représentant de l’East Africa Company,
traction et le choix d’un autre mode de traction s’imposent. de 1909 à 1914. Ensuite, il s’associa à un autre compatriote,
Le choix se porte sur le diesel. En conséquence, des rails neufs Metaxas Nicolas, de 1915 à 1922 (Metaxas Coumidis & Co).
vont devoir être utilisés. En 1953, les Vicicongo commandent De 1928 à 1933, il fut directeur de la Soguri et travailla pour
477
aux Ateliers métallurgiques à Tubize, devenus entre-temps son propre compte à partir de 1935 .
une division de « La Brugeoise et Nivelles, trois locomotives Aux associés Metaxas et Coumidis installés d’abord
diesel-hydrauliques qui furent livrées en 1955. Mais leur à Aba en 1907, se joignit plus tard un certain Macris.
mise en route connaît des débuts pénibles ». Cockerill livre, Ensemble, ils créèrent l’une des plus grosses sociétés
à partir de juin 1958, une série de sept nouvelles locomotives. commerciales de la Province-Orientale. Quelque 90 % du
En 1957, une commande de quatre locomotives avait encore personnel étaient des Hellènes. En 1924, ils vendirent leur
été passée à la SA Moteurs Moës à Waremme. En 1959, les société à la Société du Haut-Uele et du Nil (Shun). Gérée
Vicicongo disposent de 34 locomotives, dont 20 à vapeur et par des hauts responsables grecs, la société exploitait du
14 au diesel. La vitesse commerciale des trains, qui était de café, de l’ivoire et du coton et elle était également active
12 km/h en 1938 et de 17,5 km/h en 1948, passe en 1959 à dans les transports fluviaux et routiers, dans le tourisme
23,3 km/h. Notons que la voie étant unique, il importait de et l’hôtellerie. Shun possédait notamment des agences à
478
remédier au plus vite aux fréquents déraillements. Il n’y avait, Faradje, Dungu, Niangara, Watsa, Gombari et Wamba .
d’ailleurs, sur le réseau aucune grue montée sur wagon. C’est Parmi les Grecs installés dans le Haut-Uele, un grand
avec des crics, des leviers et des traverses que l’on remettait nombre faisait du commerce général. Certains parvinrent à
tout le matériel sur rail. exploiter des plantations et de petites entreprises agricoles.
Citons en quelques-uns parmi les plus représentatifs :

1.2. LES PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES – la société Socodum de Jean Papadopoulos, dont les
ET LES COMMERCES activités étaient l’exploitation et l’industrie du bois, des
plantations de café, une rizerie, une huilerie à Dungu ;
Le Haut-Uele était connu pour ses petites et moyennes – la société Exploitations forestières et agricoles du Kibali
entreprises et ses commerces florissants. Le guide (Efak) des associés Geracotis Panayiotis et de madame
commercial publié par Geerinckx en 1922 a établi un Irène Geracotis, à Dungu et à Nembia ;
inventaire des maisons de commerce existantes dans – Christos Constantinou : commerce général, transports,
les territoires qui faisaient alors partie du Haut-Uele, au boucherie, savonnerie. Né à Chypre en 1907, il arriva
lendemain de la Première Guerre mondiale. Le territoire à Rungu en 1927 où il travailla pour le compte de
de Gombari, avec les localités de Moto, Moku, Rubi, son cousin. En 1934, il s’installa à son propre compte
Taru, Tongo et Wanga, et celui d’Arebi, avec les localités à Wamba. Par après, il devint fournisseur des agents
d’Abimwa, Arebi, Dibele, Doko et Dila-Watsa, constituent des mines d’or de la Tele et posséda une vingtaine de
476
l’actuel territoire de Watsa (cf. infra). factoreries autour de Wamba ;
À travers le tableau de ces établissements commerciaux – Macris Frères : plantations, huileries, commerce à
(cf. infra) reprenant le nom de la firme, la nationalité du Paulis.
propriétaire, l’objet et la localité, on s’aperçoit qu’en ce début
477 Antippas, G., Pionniers méconnus du Congo belge,
e
476 Geerinckx, J., Guide commercial du Congo belge, 2 Bruxelles, 2007, p. 249.
édition, Bruxelles, 1922, pp. 81-84. 478 Ibidem.

255
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Les maisons de commerce dans le Haut-Uele en 1921

1) Territoire d’Arebi
Firme Nationalité Objet Localité
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Abimva (camp)
Venessis, Sioutas et Katsambis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Arebi
Cordonnier, A.-A. Belge » Dibele (camp)
Régie industrielle des mines » Mines d’or »
» » » Dila (camp)
» » » Dila-Watsa (camp)
Constantatos Charalambo Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Doko (camp)
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Doko (camp)
» » » Dubele (nouveau camp)
» » » Dubele (vieux camp)
» » » Gumande (camp)
» » » lteri (camp)
» » » Linzi (camp)
Constantatos Charalambo Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Madju (camp)
Papadiamantopulos Cosmas et N. Dascalakis » Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Régie industrielle des mines Belge Mine d’or »
» » » May (camp)
Papadiamantopulos Cosmas et N. Dascalakis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Nandia (camp)
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Nandin (camp)
Venessis, Sioutas et Katsambis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Tabo (camp)
PapadiamantopuIos, Cosmas et N. Dascalakis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Tawa
Venessis, Sioutas et Katsambis » » »
Castanas » Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Watsa
Constantatos Charalambo » » »
Michaelidis » Produits coloniaux, articles pour Noirs »
PapadiamantopuIos, Cosmas et N. Dascalakis » Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Papalascari » » »
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or, administration et direction »
Société coopérative d’alimentation de Watsa » Ravitaillement »
Stagni Italienne Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Van de Kerchove, A. Belge Cultures vivrières (ancienne entreprise Baron de Villenfagne) »
Venessis, Sioutas et Katsambis Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Watsa
» » Cultures vivrières »
Willichs Belge » »
Dascalakis, N. Grecque » Zambula (camp)
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or »
» » » Zeli (camp)

256
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

2) Territoire de Doruma
Firme Nationalité Objet Localité
Antipo Gerasima Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Bangara Bomu
Gillin et Watteyne Belge » »
Ahmed Baran Beloutche » Doruma
Billis, M. Grecque » »
Djambey Beloutche Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Gillis et Watteyne Belge » »
Muzaphar Afghanne » »
Sandi Jiva Hindoue » »

3) Territoire de Dungu
Firme Nationalité Objet Localité
Caravanes, C. (succ. de Djambey) Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Dungu
Cordonnier, A.-A. Belge Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Coutsoukos Grecque » »
Jiveray, P. Hindoue Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Merdin Hindoue » »
Mistrelidis Grecque » »
Susuf Hindoue » »
Cordonnier, A.-A. Belge » Yebu (camp)
Lelos et Neofitu Grecque » »
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or »

4) Territoire de Faradje
Firme Nationalité Objet Localité
Hurlburt Marry Américaine Plantations de café de CTC et de coton Aba
Metaxas et Macris, N. Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs, transports par automobiles »
» » Plantations de café »
Vassili Christou » Produits coloniaux, articles pour Noirs »
» » Exploitation agricole »
Gotzas, A. » Produits coloniaux, articles pour Blancs
et Noirs Faradje
Metaxas et Macris, N.
»
Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs, transports automobiles »
» » Plantations de café »

5) Territoire de Gombari
Firme Nationalité Objet Localité
Argalias Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Gombari
Dewilde Belge » »
Hatom Hindoue » »
Lelos et Neofitou Grecque » »
Michaelidis » » »

257
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Régie industrielle des mines Belge Mines d’or Moku (camp)


Billis Miltiades Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Moto (camp)
Castanas » Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Michaelidis » Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Papadiamantopulos et Cosmas » Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs »
Papadiamantopulos, Cosmas et N. Dascalakis » » »
Papalascari » » »
Régie industrielle des mines Belge Mines d’or »
Venessis, Sioutas et Katsambis Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs »
Régie industrielle de mines Belge Mines d’or Rubi-Tura (camp)
» » » Taru (camp)
» » » Tongo (camp)
» » » Wanga (camp)

6) Territoire de Niangara
Firme Nationalité Objet Localité
Banque du Congo belge Belge Toutes opérations bancaires Niangara
Coutsoukos Grecque Produits coloniaux, articles pour Blancs et Noirs Niangara
Foscolo Petro Italienne » »
Gillis et Watteyne Belge » »
Kafkalakis P. (succ. de Paizi) Grecque » »
Nicoletto » Produits coloniaux, demi-gros »

7) Territoire de Rungu
Firme Nationalité Objet Localité
Société intertropicale belge Comfina Belge Import, export, articles pour Blancs et Noirs Isiro
Eliades Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs Rungu
Société intertropicale Comfina Belge Import, export, articles pour Blancs et Noirs »
Lelos et Neofitou Grecque Produits coloniaux, articles pour Noirs »

Michaelidis » »
»
Philippidis » »
»

Ce long tableau témoigne de l’importante présence des grecque va se renforcer dans les années suivantes au point
Grecs dans le Haut-Uele (50 % des maisons de commerce de devenir le trait caractéristique de l’économie de la région.
du Haut-Uele en 1921 étaient tenues par des Grecs, contre Après l’indépendance du Congo, en 1973, la présence des
40 % par des Belges). En 1958, les Grecs représentaient Grecs servira d’élément catalyseur à la décision du régime
18,5 % des 2.953 Européens présents dans le Haut-Uele ; Mobutu de nationaliser, dans l’ensemble du pays, les
ils représentaient 16,2 % des 454 agents d’entreprises, entreprises appartenant à des étrangers (cf. infra).
479
mais 49,8 % des 409 colons indépendants . La présence

479 Coméliau, Ch., Fonctions économiques et pouvoir Léopoldville, Institut de recherches économiques et
politique. La province de l’Uele en 1963-1964, sociales, 1965 ( ?), pp. 107-108.

258
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

1.3. L’AGRICULTURE Les paysans congolais cultivent le coton, l’hévéa, le


café et les aliments de consommation locale (riz, maïs,
L’économie du Haut-Uele est caractérisée par la arachides, manioc). À la fin de la période coloniale,
prédominance des activités agricoles et des industries de les cultivateurs congolais avaient toutefois tendance
transformation de cette production. à abandonner la fabrication d’huile de palme pour se
Les terres de l’Uele sont propices à certaines cultures. contenter de la livraison de fruits aux huileries.
480
Voici ce qu’écrivait E. Dehoux en 1951 : L’agriculture européenne, quant à elle, se concentre
sur les grands produits d’exportation : le café, l’élæis et la
« Lorsque l’on quitte les terres hautes de l’Ituri en se transformation industrielle des produits de l’agriculture
481
dirigeant vers Paulis, le paysage change progressivement. congolaise .
Après une région boisée entrecoupée de vastes savanes, Le Haut-Uele est l’une des zones cotonnières du Congo
on entre dans la forêt tropicale […]. Le sol est de moins pendant l’époque coloniale. Le coton dans le Haut-Uele est
en moins tourmenté, la terre est riche et les productions principalement cultivé à Dungu, Wamba, Watsa, Faradje et
changent : le gros bétail disparaît, tandis qu’apparaissent Niangara. Selon la classification technique, Dungu, Wamba
le palmier à huile, le coton, l’arachide, le cacaoyer, l’hévéa. se trouvent dans la catégorie A tandis que Niangara dans la
Toute l’économie du pays se transforme, bien qu’elle reste catégorie B et Faradje et Watsa dans la catégorie C. Cette
agricole, parce que la mine cesse d’être le principal client. classification permet de réaliser une carte représentant les
[…] Les colons ont deux grandes activités : la culture aires où une action d’intensification et de modernisation
du café Robusta et les huileries. Ensuite, les plantations a le plus de chance de fournir des résultats perceptibles au
de cacaoyers ou d’hévéa, puis la scierie, la construction, la niveau national. Une société cotonnière, la Cotonco, est
briqueterie, l’hôtellerie, la savonnerie, le commerce, etc. » implantée à Niangara.

Café. (Photo équipe locale, 2011.)


481 Doucy, A., Bouvier, P. et Rosy, H., Matériaux pour servir à
l’étude des aspects économiques et sociaux de neuf provinces de
480 Dehoux, E., L’Afrique centrale à la croisée des chemins. Un la République du Congo (anciennes provinces de Léopoldville,
reportage critique, t. 2, Bruxelles, Éd. Stoops, 1951, p. 102. de l’Équateur et Orientale), Bruxelles, 1963, p. 89.

259
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

En 1957, la situation des principales productions


agricoles du Haut et de Bas-Uele se présente comme suit :

Production des principaux produits agricoles


par les cultivateurs dans le Haut-Uele en 1957

Produit Production autoconsommée Production commercialisée Production vendue


et destinée à la consommation aux transformateurs
congolaise
Bananes fraîches 234.950 30.583
Manioc frais 220.137
Manioc farine 7.640
Manioc carottes 13.945
Maïs 6.281 2.481
Paddy 8.126
Patates douces 22.783 3.450
Haricots, pois 317 550*
Arachides en coques 31.072* 5.882 2.842
Café 7.602
Huile de palme 4.500*a 11
Palmistes 112
Coton 33.689*
Caprins 34 290*
Poulets 52*

* Chiffre concernant la production du Bas et du Haut-Uele. Production de coton dans le Haut-Uele


a
Correspondant à 3.356 tonnes de palmistes livrées aux en 1969 et 1970
usines de traitement d’huile de palme et d’arachide, et
provenant de 37.500 tonnes de fruits de palme. 1969 1970
Source : C. Carbonnelle et E. S. Kirschen, L’Économie des Superficie Production Superficie Production
deux Ueles, op. cit., pp. 39-56.
(en ha) (en tonnes) (en ha) (en tonnes)
Dungu 7.548 1.500 7.172 1.742
En 1959, le Haut-Uele comptait 13 rizeries.
De 1960 à 1972, aucune extension culturale ne fut Faradje 531 101 832 167
envisagée dans le domaine de la culture du palmier ni de Niangara 1.593 308 1.852 281
celle de l’hévéa. La culture du café connut, en revanche, Rungu 3.675 1.830 3.501 1.491
une croissance.
Wamba 4.774 1.144 4.325 1.099
Watsa 101 16 161 44
Total 18.222 3.899 17.843 4.824

Source : République du Zaïre, Département des Travaux publics et de


l’Aménagement du territoire, Monographie de la région du Haut-Zaïre,
Kisangani, Direction de l’Aménagement du territoire, s. d., p. 49.

260
L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

En 1972, le Haut-Uele comptait 20 huileries (7 dans


le territoire de Rungu, 6 dans celui de Niangara, 5 dans
Coton
1970
1.742
167
281
1.491
1.099
44
4.824
celui de Wamba et une danx ceux de Dungu et de Watsa),
une usine à coton (dans la zone de Niangara) et 20 rizeries

Source : République du Zaïre, Département des Travaux publics et de l’Aménagement du territoire, Monographie de la région du Haut-Zaïre, op. cit., pp. 43-49.
(3 dans le territoire de Rungu, 5 dans celui de Niangara,
Arachides
1970
4.428
2.279
2.839
4.667
6.248
2.075
22.536
3 dans celui de Wamba, 4 dans ceux de Dungu et 5 dans
celui de Watsa) en activité482.
L’économie du Haut-Uele, qui avait subi un premier
ralentissement lors de la rébellion des Simba de 1964, en
Paddy
1970
10.978
3.986
3.208
2.792
5.129
2.349
28.442
connaîtra un second après les mesures de zaïrianisation de
1973-1974.
Toutefois, il y a lieu de noter que la production de café
Production des principaux produits en 1970, 1971 et 1972 (en tonnes)

augmentera, pour atteindre 30.000 tonnes par an et même


1972
105.040
-
20.304
22.282
63.876
11.160
222.662

44.000 tonnes en 1974, alors qu’elle était seulement de


18.000 tonnes en 1960.
Ci-après, nous présentons la chronique de la
Bananes

zaïrianisation telle qu’elle fut vécue dans le Haut-Uele.


1971
24.878
9.170
31.056
39.415
95.995
19.328
219.842

La situation de cette région a, en effet, été déterminante


dans la décision du régime Mobutu de nationaliser dans
tout le pays les entreprises appartenant à des étrangers
1970
19.682
4.845
5.368
31.002
41.637
6.692
108.226

en 1973.
1972
133.904
48.230
35.840
39.330
147.300
21.440
426.052

2.LATRANSFORMATIONÉCONOMIQUEDUHAUT-
UELE:DELAZAÏRIANISATIONÀLARÉTROCESSION,
1973-1975483
Manioc
1971
141.324
32.750
35.124
59.415
107.820
21.800
398.233

Le 25 novembre 1972, le général Mobutu tient son


dernier grand meeting de l’année. Il fait alors la synthèse
1970
289.998
57.117
31.260
132.911
156.130
28.370
695.786

justificative de toutes les options révolutionnaires


auxquelles ils croit et annonce des grands projets pour le
développement du troisième pôle économique du Zaïre,
484
comprenant le Haut-Zaïre et le Kivu .
1972
2.055
2.740
557
959
739
583
7.627

482 République du Zaïre, Département des Travaux publics


et de l’Aménagement du territoire, Monographie de la
Maïs
1971
4.998
2.562
1.366
1.159
2.866
722
13.679

région du Haut-Zaïre, op. cit, pp. 17 et 50-52.


483 Dans ce point, les noms du pays et de diverses institutions
s’adaptent aux changements introduits avec les mesures
dites d’« authenticité » en 1971. Ainsi, le pays s’appelle
1970
8.250
4.542
-
819
-
-
14.504

Zaïre, la Province-Orientale devient la région du Haut-


Zaïre, le gouvernement devient le conseil exécutif, le
Niangara

Wamba
Faradje

district se nomme la sous-région et le territoire, la zone.


Dungu

Rungu

Watsa

484 Numéro spécial 1er janvier 1973, Boyoma, Kisangani, 1er


janvier 1973, p. 7.

261
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

À ce moment, le Haut-Uele, qui se vante d’être le grenier du Isiro éprouve depuis longtemps un sentiment de
Haut-Zaïre, vit depuis peu de temps la politique du « recours frustration à l’égard de Kisangani. Elle traite le chef-lieu
à l’authenticité ». En 1966, comme toutes les villes du Congo, du Haut-Zaïre d’« usurpateur » de la première place de
le chef-lieu « Paulis » avait été débaptisé et rebaptisé « Isiro ». la province. D’après elle, Kisangani n’est qu’un vulgaire
Quelle est l’origine de ce nom ? Hally Mukimbwa-wa- manutentionnaire de produits dont il n’est pas propriétaire.
Bakimbwanga la révèle dans une série d’articles consacrés Isiro considère comme inadmissible de ne pas encore
à cette ville dans le journal Boyoma en septembre 1973 : avoir sa propre usine de traitement de café et que son café
– le meilleur du pays – soit traité dans des centres qui ne
« Isiro serait l’altération de Osiro. C’est, en effet, sous ce produisent que du café d’une piètre qualité487.
nom que l’on connut le premier Pygmée qui habitait le village Ce sont les Grecs qui sont à l’origine de l’introduction
où se trouve aujourd’hui érigée la ville d’Isiro. Ce Pygmée du café dans le Haut-Uele. Les noms des Helléniques
Osiro, qui s’appelait aussi Bara, était le premier propriétaire associés à ce produit sont, d’ailleurs, bien connus :
485
terrien de l’actuel emplacement de la ville d’Isiro . »
« On cite Kipius et frères comme premiers planteurs
En 1973, « Paulis » ou « Isiro » est un centre commercial et grecs à s’installer à Isiro et à y avoir construit un grand
agro-industriel névralgique, se caractérisant par la présence nombre de maisons. Ils étaient suivis d’autres Grecs
de nombreux grands planteurs de café, tant nationaux notamment Philipides et frères à Rungu […] Proestan,
qu’étrangers. En ce qui concerne le café Robusta, Isiro Constadinos à Wamba ».
488

représente 55 à 60 % de la production nationale ; le Kivu a cet


honneur avec le café Arabica. La presse évoque régulièrement C’est à ce moment que le régime mobutiste promulgue sa
le « scandale du café » ! Les achats de café se font par des grande politique d’« indépendance économique ». Voulant
courtiers dont le plus grand est le Grec Anagnostellis : restructurer l’économie du pays, le président Mobutu
décide, dans un premier temps, de la « zaïrianisation »,
« Parmi les courtiers en café agréés par l’État que lors de son discours du 30 novembre 1973. Au bout d’une
compte Isiro, nous avons pu rencontrer M. Anagnostellis année, n’ayant pas récolté le succès attendu de ces mesures,
Dimitri, auprès de qui nous avons recueilli diverses Mobutu impose, le 31 décembre 1974, « la radicalisation ».
informations sur le café, sa culture, sa production, sa Mais une crise conjoncturelle au niveau mondial va se
commercialisation et son revenu au trésor national. Par- joindre à la crise économique structurelle du Zaïre, et
dessus le marché, il est planteur. Le courtier que voici est au moins d’une année plus tard, Mobutu se voit obligé de
Zaïre depuis vingt ans. Il est représentant et président de la redresser la situation par des mesures de « rétrocession »,
communauté hellénique pour le Bas et le Haut-Uele depuis qu’il annonce le 25 novembre 1975.
douze ans. M. Anagnostellis est courtier agréé de la Société Nous nous proposons, ci-après, de retracer, non l’histoire
nationale d’assurance (Sonas) depuis 1967. Actuellement, de la vie économique du Zaïre, mais bien les chroniques
il représente le courtier Alamazani, commissaire du de la vie économique du Haut-Uele durant cette période
486
Peuple » particulièrement difficile. Pour ce faire, le journal Boyoma,
paraissant à Kisangani, a été consulté en profondeur.
L’extrait susmentionné montre l’existence d’un réseau
plus compliqué que l’on pouvait le croire, qui surmonte
même les clivages raciaux.

485 Hally Mukimbwa-wa-Bakimbwanga, « Isiro raconté


par un journaliste », Boyoma, Kisangani, vendredi 487 Hally Mukimbwa-wa-Bakimbwanga, « Isiro raconté par
14 septembre 1973, p. 2. un journaliste », art. cit., p. 3.
486 Pemba Mabiala, « Le Haut-Uele face au scandale du 488 Kalonda Ndindiki, « Je reviens du Haut-Uele, le
café », Boyoma, Kisangani, samedi 27-dimanche 28 “pays” de l’or vert », Boyoma, Kisangani, samedi
janvier 1973, p. 3. 4-dimanche 5 octobre 1975, p. 3.

262
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

2.1.ÀLAVEILLEDELAZAÏRIANISATION,1972-1973 parviendra à arrêter cette fuite pernicieuse de capitaux de


la sous-région du Haut-Uele.
Dans son édition du lundi 9 octobre 1972, le journal Notons ici que la ville d’Isiro est à ce moment un centre
Boyoma reproduit un très curieux article sous le titre commercial et agricole actif. Elle possède trois banques et
491
« Le Haut-Uele et Isiro : une sous-région et une ville sans une représentation de la Banque nationale du Zaïre . Elle
problème ». L’on y exprime tout d’abord le sentiment a tout pour que les gens puissent s’amuser, entre autres
492
éprouvé que la sous-région (district) est riche en raison deux orchestres : King-Jazz et Super Vox-National . Il y
du grand nombre de plantations de café et de palmiers, existe une dynamique culturelle et sportive. L’Association
de la culture du coton, de l’arachide et du riz… Les de football d’Isiro (Afiro) organise même de grands
commerçants zaïrois et étrangers – et ici l’on souligne que tournois. Le comité exécutif de l’Afiro se compose de :
er e
ces étrangers sont exclusivement des Grecs – ne parlent Busha, président ; Adhela, 1 vice-président ; Lubutu, 2
que de chiffres d’affaires et de production. Les plantations vice-président ; Kongonda, secrétaire fédéral ; Matshaka,
aux dimensions impressionnantes, la petite industrie et la trésorier fédéral ; membres, Mutach, Ngoie, Besombi,
493
géante Socituri avec son usine agricole de transformation Finimonga, Djoma .
des matières premières sautent aux yeux .
489
Signalons encore que les autorités du Haut-Uele
Le ton change ensuite et monte au fur et à mesure avaient décidé de financer les travaux de construction d’un
que l’article progresse. Car au lieu de vivre l’abondance stade omnisports à Isiro. Leur souhait était qu’il soit éclairé
matérielle, peut-on alors lire, « Isiro se meurt » : on pour permettre le déroulement des matches nocturnes. Le
494
se heurte à une carence cruelle, à la cherté de la vie ; la but était aussi qu’il soit inauguré le 24 novembre 1975 .
situation sociale est au rabais, l’hygiène publique est Un Boxing Club Panthère a même été tenu sur les fonts
absente, de même que l’eau potable, les hôpitaux sont sans baptismaux. Vers la fin du mois d’avril 1975, un grand gala
produits pharmaceutiques. Puis l’article se transforme en de boxe est organisé au bar dancing Apollo à Isiro. Le
un véritable pamphlet contre les étrangers : comité exécutif de ce club se compose de Sobo Aunekombo,
er
président ; Maliamungu Tayo, 1 vice-président ; Mustafa,
e
« Si la ville d’Isiro compte aujourd’hui à son actif 2 vice-président ; Bobina Kalonda, secrétaire ; Zidroote,
quelques constructions et entreprises de valeur, le mérite trésorier ; membres, Lukwasa Ndanda, Na Muunda, Pasi,
revient exclusivement aux hommes d’affaires zaïrois. Batchenge, Kinkoufi Manbgambga, Asani, Salanga ; comité
Pourtant, ces derniers ne constituent qu’un nombre fort d’honneur, Djona Mbitima, Melotte, Vanos, Cavadias,
495
minime. Ainsi, les véritables propriétaires des capitaux Ngonde Mombozi .
dans cette sous-région ne sont autres que des étrangers. Mais revenons à l’attitude que les autochtones du Haut-
Et, en vérité, Isiro est une ville grecque. Les descendants Uele adoptent à l’égard des Grecs, si nombreux à Isiro qu’ils
de “Mercures” grecs y pullulent par milliers. Le monopole
de toute la vie économique est entre leurs mains, que ce
soit dans le domaine du transport, de l’exploitation des 491 « Le Haut-Uele : des statistiques agricoles
plantations ou du commerce général. Mais où vont alors encourageantes pour l’année 1972 », Boyoma,
leurs capitaux, du fait justement qu’ils n’investissent nulle
mercredi 25 avril 1973, pp. 1 et 3.
492 Nganza Mando, « Quelle est la véritable physionomie
part au pays. À Isiro, hormis la Socituri, aucune autre
de la musique zaïroise dans le Haut-Uele », Boyoma,
œuvre grecque n’est à signaler. Pas même des maisons
490
spécial 30 juin 1973, p. 15.
d’habitation . »
493 « Isiro : Le réalisme de l’autorité sous-régionale »,
Boyoma, Kisangani, mardi 3 juin 1975, p. 6.
Pour clore, Boyoma dit espérer que la récente 494 Kalonda Ndindiki, « Haut-Uele : la promotion de
mesure gouvernementale créant l’Office national du café l’économie engendre le progrès social », Boyoma,
Kisangani, spécial 24 novembre 1975, p. 12.
489 « Le Haut-Uele et Isiro : une sous-région et une ville 495 « Succès sans précédent du gala de boxe grâce
sans problème », Boyoma, lundi 9 octobre 1972, p. 3. au concours du “Boxing club Panthère” d’Isiro »,
490 Ibidem. Boyoma, Kisangani, jeudi 17 avril 1975, p. 6.

263
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

possèdent même leur propre établissement scolaire496. Malgré les quelques efforts faits par le MPR, la crise
D’une part, ils les regardent avec méfiance. D’autre part, est omniprésente. Selon la presse, dans le Haut-Uele,
ils les admirent quelque peu et il n’est pas question du l’occupation dans les centres commerciaux serait toujours
lancement d’une campagne contre les hommes d’affaires des plus satisfaisantes. Là où les plantations ont redémarré,
grecs. D’ailleurs, trois semaines plus tard, un bel article les habitants s’approvisionnent dans des cantines érigées
est consacré à la commémoration, le 28 octobre, par la par la Deuxième République sur ces mêmes plantations.
communauté grecque de leurs frères et sœurs tombés De la sorte, les cantines suppléent aux centres de négoce et
499
pour la sauvegarde de la liberté en Grèce, donnant aux même aux dispensaires abandonnés .
générations futures un exemple typique de nationalisme et On essaie donc de résoudre le problème de
de bravoure. À cette occasion, on rappelle les bons rapports l’approvisionnement, mais également celui de l’exode
commerciaux, économiques et culturels que les Grecs rural. Ayant constaté, dans le Haut-Uele, le départ de
entretiennent avec les autochtones : des ressortissants jeunes vagabonds vers les grands centres, la JMPR tente,
grecs oeuvrent, peut-on lire, depuis de nombreuses années en effet, de leur fournir des possibilités d’occupation viable
au Zaïre où ils ont investi, contribuant de ce fait à l’essor et rétribuée, notamment dans les plantations, qui exigent
497
social et économique du Zaïre . une main-d’œuvre abondante.
Tous les problèmes seront oubliés lors des festivités Revenons à nouveau un instant à la problématique des
e
fastueuses organisées à l’occasion du 7 anniversaire du ressortissants grecs. Ceux-ci sont souvent pointés du doigt
nouveau régime Mobutu. À Isiro, la liesse populaire est dans des affaires de fraude. C’est d’ailleurs la raison pour
grande pendant quatre jours. Les festivités y ont commencé laquelle le président Mobutu en personne va décider de la
le mardi 21 novembre à 18 h par une marche aux flambeaux suppression de la ligne aérienne Isiro-Bunia-Kigali :
organisée à travers la cité Mendambo. Le commissaire
sous-régional Dikitele Bwisi Mabial, tous les membres du « Pendant son séjour à l’Est du pays, le général Mobutu
comité sous-régional et plus de cinq mille militantes et a constaté avec amertume dans les sous-régions de Bas
militants du MPR ont participé à cette marche. Le mercredi et Haut-Uele, qui, à elles seules, produisent près de 50 %
22, le commissaire sous-régional a distribué des vivres aux du café de la République, que des ressortissants grecs se
malades, aux handicapés et aux vieillards. Le jeudi 23, livrent à une fraude systématique de ce produit, puisque
une réception a été offerte aux anciens combattants et aux dans aucune banque installée au Zaïre on ne trouve les
agents et fonctionnaires retraités. Le vendredi 24, c’était produits de leurs ventes. Aussi, le Conseil a-t-il donné
le défilé monstre de toutes les forces vives d’Isiro et, dans instructions au commissaire d’État chargé des Transports
l’après-midi, divers jeux ont été exécutés au stade Mobutu et Communications de supprimer purement et simplement
Sese Seko avec des démonstrations militaires. Les festivités la ligne aérienne qui relie Isiro à Kigali en passant par
se sont clôturées à Isiro, le dimanche 26 novembre, par un 500
Bunia ».
match de foot entre FC Epanza et Nkoy Sport. Celui-ci s’est
498
terminé par la victoire de Nkoy Sport 3 contre 1 . Les Grecs ne sont pas les seuls à être tenus à l’œil.
Les Pakistanais, le sont également. Dans le même article,
on apprend ainsi que le commissaire d’État intérimaire
496 Cette école comptait, avant l’exode des Grecs, environ aux Affaires étrangères a été chargé de convoquer
quatre-vingt enfants. Cf. Kalonda Ndindiki, « Haut-
l’ambassadeur d’Inde (sic) à Kinshasa afin de lui signifier
Uele : la promotion de l’économie engendre le progrès
social », Boyoma, Kisangani, spécial 24 novembre
1975, p. 12. 499 Elenga Mbo, « Sept ans de redressement de la région
497 « Journée du 28 octobre », Boyoma, samedi du Haut-Zaïre », Boyoma, lundi 4 décembre 1972, pp.
28-dimanche 29 octobre 1972, pp. 1 et 3. 2 et 3.
498 Kaloma Gomve Sesenge, « Échos du Haut-Uele : 500 « Suppression de la liaison aérienne Isiro-Kigali
la sous-région du Haut-Uele a fêté avec faste le 7e pour combattre la fraude pratiquée par certains
anniversaire du nouveau régime », Boyoma, jeudi 30 commerçants grecs… », Boyoma, Kisangani, samedi
novembre 1972, p. 3. 10-dimanche 11 novembre 1973, pp. 1-2.

264
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

la désapprobation des autorités zaïroises concernant avec des Zaïrois, la possession d’un capital de 20.000 zaïres
le comportement d’un sujet pakistanais qui avait été suffit à justifier l’exercice du commerce.
complice d’un agent zaïrois du service des douanes, à Les autorités politiques font aussi remarquer que
Birere dans la sous-région de Goma au Kivu, et qui avait parmi les trafiquants étrangers exerçant illégalement dans
fait sortir frauduleusement du Zaïre quatre tonnes d’ivoire le Haut-Zaïre, se trouvent des commerçants dont le visa de
à destination du Rwanda. Ajoutons que, bien que les quatre séjour est périmé, ou qui n’ont tout simplement pas de visa.
tonnes d’ivoire aient été saisies par les autorités rwandaises En effet, bon nombre de commerçants entrent au Zaïre
en vue de leur restitution au trésor national, des sanctions sans passeport par Kigali ou par une autre ville-frontière
exemplaires avaient déjà été prises à l’endroit du citoyen d’un pays voisin.
zaïrois concerné. Un autre problème s’ajoute à cela. De nombreux
Pendant le dernier trimestre de 1973, l’inquiétude et la commerçants se servent de prête-noms zaïrois pour
panique règnent dans les milieux étrangers du Haut-Zaïre exercer leur commerce, sans remplir les conditions
(Province-Orientale). Dans l’édition du 30 novembre de nécessaires. Il est vrai qu’un grand nombre de Zaïrois
Boyoma, le jour où des mesures relatives à la zaïrianisation acceptent, sans scrupule aucun, moyennant des pots de
sont prises, on peut lire, en lettres majuscules, le titre vin, de jouer à l’associé, tout en sachant bien qu’ils n’auront
suivant : « Précisions sur le contrôle des commerçants aucune participation financière dans les sociétés dont ils
501
étrangers dans la région du Haut-Zaïre ». se prévalent.
De quoi s’agit-il ? Apparemment, les autorités L’administration zaïroise se méfie aussi d’une autre
politiques doivent calmer les hommes d’affaires d’origine catégorie d’hommes d’affaires étrangers :
étrangère. Elles essaient d’expliquer que contrairement
aux bruits les plus « fantaisistes » qui circuleraient dans « Que dire, enfin, de ces étrangers apatrides,
les milieux commerçants étrangers, relatifs au contrôle internationaux par nécessité, aventuriers par goût, qui
que devaient effectuer les services de sécurité dans toute se faufilent dans de nombreuses villes zaïroises sans
l’étendue du Haut-Zaïre, ce contrôle ne vise pas à inquiéter occupations précises, pratiquant à souhait l’art de vivre
ou importuner inutilement les commerçants étrangers désoeuvrés tout en profitant de l’hospitalité de leurs
établis dans la région. Outre le recensement annuel pour 503
congénères et leurs compatriotes . »
des raisons de statistiques, chaque pays a, prétendent-elles,
l’obligation de procéder à un contrôle périodique sur tous Voilà toutes les raisons que les autorités politiques
les secteurs de la vie nationale. Ce contrôle permettrait aux avancent pour expliquer l’urgence de ce contrôle vigoureux
autorités de déterminer le nombre exact de commerçants des commerçants étrangers.
étrangers exerçant « illégalement » dans la région du Haut- Bref, même après l’échec de la nouvelle politique
502
Zaïre . économique devant mener à « l’indépendance économique »
Les services de sécurité sont donc passés à la chasse du Zaïre, on peut encore lire dans la presse, en avril 1975,
aux commerçants étrangers « illégaux ». Il s’agit de qu’il était grand temps, en effet, de mettre fin à l’exploitation
commerçants qui ne remplissaient pas les conditions éhontée des richesses zaïroises par les étrangers, et
exigées pour ce genre d’activités. Ces hommes d’affaires d’instaurer par la même occasion une ère nouvelle, celle de
sont obligés de justifier qu’ils possèdent un capital de la reconstruction économique du pays par ses propres fils.
50.000 zaïres, à l’exclusion de diverses taxes et quantités Mais malheureusement, continue-t-on, il s’est avéré que des
d’autres formalités qu’ils ont à respecter. Pour les nouveaux maîtres, tous zaïrois, inexpérimentés, imbus de
établissements commerciaux mixtes, c’est-à-dire ceux dont l’esprit de lucre et poussés de surcroît au libertinage, n’ont pu
les propriétaires sont des étrangers, mais en association valablement gérer les affaires qui leur avaient été confiées.
Ce fut peut-être l’une des raisons de la rupture totale des
501 « Précisions sur le contrôle des commerçants stocks de marchandises dans les magasins de la ville de
étrangers dans la région du Haut-Zaïre », Boyoma, Kisangani et de la région du Haut-Zaïre. Les maisons
Kisangani, vendredi 30 novembre 1973, pp. 1 et 2.
502 Idem, p. 1. 503 Idem, p. 2.

265
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

de commerce, naguère achalandées, en furent réduites à doit être désormais reconnu au peuple zaïrois. Ainsi,
exposer à l’intention de leur clientèle les rares produits précise-t-il, une remise et reprise sera effectuée entre les
disponibles, généralement du papier hygiénique et de la planteurs étrangers et les citoyens zaïrois « capables » qui
504
purée de tomates . seront désignés. Ces derniers indemniseront les anciens
propriétaires pendant une période de dix ans, sous le
contrôle de l’État. Il dit explicitement :
2.2. LES MESURES DU 30 NOVEMBRE 1973
« Nous n’allons pas nationaliser les biens étrangers […]
er
Les titres des journaux du week-end du samedi 1 et Nous allons confier, dans l’ordre et la discipline, les biens
du dimanche 2 décembre 1973 ne laissent aucun doute : réquisitionnés aux Zaïrois capables afin que nous devenions
« Le général Mobutu décide de mettre définitivement fin 506
maîtres chez nous . »
à l’exploitation économique du peuple zaïrois ». Dans des
lettres moins majuscules, la presse annonce qu’au stade du Le président évoque aussi les raisons pour lesquelles
20 mai à Kinshasa, le « Guide suprême » a également exigé cette zaïrianisation est nécessaire :
des employeurs zaïrois humanité envers leur personnel
autochtone. « Plus d’une fois, nous avons signalé le sabotage
Dans son discours, Mobutu annonce qu’il a pris des économique d’une certaine catégorie d’étrangers. Nous
décisions de politique économique en vue de rendre le avons pris des mesures contre les fraudeurs des pierres
Zaïrois l’ultime responsable du sol de ses ancêtres et qu’en précieuses. Nous croyions que toutes ces mesures suffisaient
application de la loi foncière, désormais les élevages, les pour dissuader les autres de continuer à saigner l’économie
plantations du café, de thé, de quinquina, les carrières, les de notre pays. Mais, hélas, il n’en est rien, car il se crée de
concessions, le petit commerce, les agences immobilières véritables contrebandes pour frauder à l’État du Zaïre de
ne seront plus exploités par les étrangers. Mais, ajoute-t- l’ivoire, de l’or et de la cassitérite par les Pakistanais, au
il, cette récupération de biens se fera dans le respect de la Haut-Zaïre, le café par les Grecs, au Bas-Zaïre, de l’huile de
propriété d’autrui, parce qu’une indemnisation équitable 507
palme par les Portugais . »
au profit des anciens propriétaires se fera dans dix ans sous
505
le contrôle de l’État . Un peu plus loin dans son discours, le président
C’est l’indépendance économique totale que Mobutu Mobutu se demande encore si certains étrangers, qui
envisage. Il va stigmatiser l’hémorragie financière dont les étaient bien accueillis au Zaïre trouvaient décent d’abuser
Zaïrois ont souffert de la part de certains sujets étrangers de l’hospitalité zaïroise en pillant systématiquement le
qui exploitent des plantations de café, de thé, d’hévéa, pays d’accueil.
de cacao… au développement desquelles travaillent Boyoma indique alors que tous les étrangers, comme
durement les Zaïrois qui continuent à croupir dans la les Pakistanais et les Portugais, dont le séjour est interdit
misère, marchant pieds nus pendant que leurs employeurs dans certaines régions citées dans le discours présidentiel,
étrangers transfèrent chez eux des sommes exorbitantes. ne seront pas expulsés du Zaïre, mais qu’ils pourront
Alors, il réaffirme que cette exploitation du Zaïrois par s’établir dans d’autres régions de leur choix et cela après la
l’étranger doit cesser, quoi qu’il arrive et quoi qu’il en cérémonie de remise et reprise de leurs biens meubles et
508
coûte, et que le monopole des plantations par exemple immeubles avec les Zaïrois capables .

504 « Pourquoi cette rupture totale des marchandises 506 Ibidem.


dans les maisons de commerce zaïrianisées ? », 507 « Mesure de zaïrianisation du 30 novembre 1973 », dans
Boyoma, Kisangani, mercredi 16 avril 1975, p. 3. Mboyo Empenge ea Longila B.B., Le régime économique
505 « Le Président de la République en a appelé à la du Zaïre et les mesures présidentielles, Kinshasa, Presses
vigilance, à l’épargne et au travail avant d’annoncer universitaires du Zaïre, 1977, pp. 122-123.
des mesures révolutionnaires », Boyoma, Kisangani, 508 « Le général Mobutu décide de mettre définitivement
samedi 1er-dimanche 2 décembre 1973, p. 2. fin à l’exploitation économique du peuple zaïrois »,

266
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Un arrêté portant la date du 1er décembre 1973 va pas manqué de glisser dans le creux de l’oreille de ses
sommer les étrangers exerçant le petit commerce de ressortissants que le Zaïre de Mobutu différait en tous
liquider leurs stocks de marchandises dans un délai de six points de vue du défunt Congo de papa et qu’ils ne
510
mois. L’importation et la distribution (même de produits pouvaient espérer un miracle de dernière minute . »
locaux) des matériaux de construction, des tissus Wax et
synthétiques en gros, des chaussures, des boissons, des Il semble évident que la Grèce n’était pas disposée à
appareils électriques et électroménagers, du sucre, de provoquer une crise diplomatique avec le Zaïre à cause
la farine de froment et de maïs, des tabacs et cigarettes de la zaïrianisation. L’ambassadeur grec fit comprendre à
en gros, des meubles, du riz, des allumettes, des savons, ses compatriotes que les temps avaient changé.
détergents, huiles de table et margarines seront désormais Le régime zaïrois va tout faire pour couper tout
er
réservées exclusivement aux Zaïrois (article 1 ). Même lien entre les anciens propriétaires et les nouveaux
l’exploitation des stations-service d’essence sera interdite acquéreurs, ou entre les anciennes maisons-mères
aux étrangers .
509
et leurs filiales zaïroises. Vers la fin juin 1974, le
L’objectif de Mobutu ne peut pas être plus clair, il veut gouvernement (conseil exécutif) attirera l’attention
écarter les « étrangers » des leviers économiques du pays. des Zaïrois, comme des étrangers, sur le fait qu’il n’est
Dès lors, il deviendra très difficile d’engager encore des plus question que des anciens administrateurs délégués
travailleurs et des cadres expatriés : étrangers, représentant des maisons-mères, fassent
encore des va-et-vient au Zaïre, puisqu’ils n’avaient plus
« J’ai attiré l’attention des responsables des rien à voir avec les affaires zaïrianisées – en application
entreprises privées sur l’urgence de la zaïrianisation de des mesures économiques du 30 novembre dernier –
leurs cadres. En même temps, j’ai interdit le recrutement reprises par « les fils authentiques » du pays. Dans la
de tout étranger sans avis préalable d’une commission même foulée, le gouvernement décide de mettre fin
d’emploi dont j’ai décidé la création […] J’ai pris à l’exercice, au Zaïre, des consuls « commerçants »,
certaines mesures contre une catégorie d’étrangers qui hommes d’affaires, exception faite pour les consuls de
511
s’étaient spécialisés dans la fraude et le vol des richesses carrière .
nationales. »

On ne peut nier que les hommes d’affaires étrangers 2.3. LES NOUVEAUX ACQUÉREURS ZAÏROIS
aient alors connu des journées sombres. D’autant qu’ils
n’obtinrent aucun soutien de leur pays d’origine, qui ne réagit La question qui se pose est celle de savoir qui sont les
pas. Ainsi, l’ambassadeur de Grèce à Kinshasa se rendant à nouveaux acquéreurs des biens zaïrianisés dans le Haut-
Isiro dans le cadre de cette zaïrianisation, en avril 1974, n’a- Uele. Leur désignation prendra un certain de temps. Lors
t-il même pas brandi le poing, selon le récit de Boyoma : d’un voyage effectué dans le Haut-Uele à la fin du mois
de février 1973, une délégation de l’Office national du
« Isiro, pour ceux qui ne le savaient pas, est le coin du café procède à la désignation des nationaux à la tête des
Haut-Zaïre qui rassemble le plus de Grecs possible. Et à entreprises frappées par les mesures du 30 novembre. Des
ce point – à l’allure où allaient les choses – il risquait de séances de travail ont été organisées avec les planteurs
512
supplanter la ville authentiquement grecque d’Athènes. étrangers .
L’ambassadeur grec au Zaïre qui est “au parfum” n’a

510 Hally Mukimbwa-wa-Bakimbwanga, « Les ex-


Boyoma, Kisangani, samedi 1er-dimanche 2 décembre commerçants d’origine grecque … », Boyoma,
1973, pp. 3 et 7. Kisangani, samedi 13-dimanche 14 avril 1974, p. 1.
er
509 « Les étrangers exerçant le petit commerce sont 511 Journal Boyoma, Kisangani, samedi 1 -dimanche 2
sommés de liquider leurs stocks de marchandises juin 1974, pp. 1 et 2.
dans un délai de six mois », Boyoma, Kisangani, 512 Journal Boyoma, Kisangani, samedi 2-dimanche 3
mardi 4 décembre 1973, pp. 1 et 2. mars 1974, p. 3.

267
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Une semaine plus tard, Kibibi wa Lukinda, le qui, très souvent, sont « plus bavards dans des bars et dans
513
commissaire sous-régional du Haut-Uele, informe que la des restaurants ». Si de l’ensemble de ces situations vécues
plupart des acquéreurs ne sont pas encore présents et que, par toutes ces couches de l’opinion publique apparaît une
sur plus de soixante retenus, dix seulement ont déjà leurs certaine lueur d’espoir quant aux chances de succès ou de
lettres d’attribution. Les noms des nouveaux propriétaires réussite de chacun, il convient toutefois, à son avis, de se
514 517
seront rendus publics prochainement dans la presse . garder de tout optimisme béat .
Lors de ces réunions divers problèmes ont été L’enjeu économique du Haut-Uele s’est joué en quelques
abordés : 1) le problème relatif aux magasins qui ont des mois. Pour se faire une idée de ce que représentent ses
affinités avec une plantation ; 2) les problèmes relatifs à potentialités économiques, Solomo Betua cite quelques
l’approvisionnement des magasins des enfants mulâtres chiffres : 1) la province du Haut-Zaïre (avec ses quatre
515
devant hériter des biens de leurs pères . districts) totalise environ 922 plantations pour un total
Au début du mois d’avril 1974, le commissaire de la de 150.076 ha ou 103.674.33 ha de café, 38.336.50 ha de
région du Haut-Zaïre, Asumani Busanya Lukili, est en palmiers, 7.180.25 ha d’hévéas, 733 ha de quinquina et
mission à Isiro où il réunit les membres du comité sous- 152 ha de cacao ; 2) les deux districts de l’Uele (Bas et
régional du MPR, les représentants de la société Socituri, Haut-Uele) comptent 449 plantations ; 3) le Haut-Uele à
des banques, de l’Office national du café… Les discussions lui seul en compte 272.
portent sur : 1) les problèmes que rencontre la Socituri Solomo Betua raconte, tout d’abord, sa visite aux
dans ses activités ; 2) les mouvements bancaires après établissements Famy à Isiro. D’après les dires du préposé,
l’acquisition par les Zaïrois des maisons commerciales ; 3) c’était l’unique maison de la place spécialisée dans la vente et la
la création, par l’Office national du café, d’une commission commercialisation de fournitures de bureau et d’autres articles
polyvalente chargée de procéder à la remise-reprise des de luxe. Devant l’étonnement du journaliste à la vue de rayons
plantations dans les Uele ; 4) les difficultés quant au partage vides, celui-ci révèle que la propriétaire de l’établissement est
des fonds en banque entre les acquéreurs des maisons partie à Kinshasa depuis trois mois aux fins de s’approvisionner.
de commerce ayant eu une relation quelconque avec les De même, devant les portes closes du Frigo de l’Uele, le « Dépôt
plantations actuelles gérées par l’Office national du café ; de poissons frais et salés », il ne décèle la présence, sur les rayons
5) les ennuis que connaissent les gérants des usines à cause vides, d’aucun poisson, frais ou salé518.
du manque de carburant ; 6) des fraudes constatées dans le Solomo Betua fait également des expériences plus
paiement de la main-d’œuvre, ainsi que sur les premières heureuses. En franchissant les portes de la Maison
difficultés lors de la cession des signatures pour le retrait Makangila, il est surpris de la quantité de marchandises
516
des fonds en banque… . exposées à l’intention de la clientèle. Le gérant lui fait
Quelle est la situation sur le terrain ? Le reporter visiter les divers hangars où sont entreposées des piles
Solomo Betua, du journal Boyoma, fait, au début de juillet de marchandises nouvellement commandées, selon ses
1974, une tournée dans les deux sous-régions de l’Uele, au dires. Le journaliste reste cependant sceptique quant à la
cours de laquelle il assiste, non seulement à des réunions, provenance éventuelle de toutes ces marchandises, croyant
mais aussi à des entretiens avec de nouveaux acquéreurs qu’elles peuvent être le reliquat des stocks laissés par l’ancien
propriétaire. Mais il n’en est rien. Quand il se présente à
513 Nouvelle appellation du commissaire de district suite nouveau à la Maison Makangila dans la soirée, aux heures
aux mesures de l’« Authenticité ».
de fermeture, il peut assister aux opérations de clôture et
514 Cette liste n’a malheureusement pas été publiée.
découvre une pile de billets de banque alignés sur le bureau
515 « Le commissaire de région assistant a tenu une
séance de travail avec le comité sous-régional du
Haut-Uele », Boyoma, Kisangani, mercredi 13 mars 517 Solomo Betua, « Impressions de voyage après
1974, p. 3. une tournée dans les Ueles », Boyoma, Kisangani,
516 « En marge de la mission du commissaire de région mercredi 10 juillet 1974, pp. 1 et 2.
à Isiro : création dans les Ueles d’une commission 518 Solomo Betua, « Impressions de voyage après une
polyvalente de remise et reprise des plantations », tournée dans les Ueles », Boyoma, Kisangani, jeudi 11
Boyoma, Kisangani, jeudi 11 avril 1974, pp. 1 et 2. juillet 1974, p. 1.

268
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

du caissier et constituant l’encaisse journalière d’environ Certains administrateurs de territoire ne cachent


5.000 zaïres. Le commissaire de région (gouverneur de la pas leur mécontentement devant l’attitude de certains
province) lui confiera que cet établissement offre l’exemple acquéreurs venus tout droit de la capitale Kinshasa et
parlant des efforts que déploient certains acquéreurs « qui auraient mis en vente tous les stocks des produits
519
grossistes pour se réapprovisionner . emmagasinés dans les plantations, pour disparaître
Le journaliste n’a pas peur d’utiliser le mot d’« abus » ensuite sans plus faire aucun signe de vie. Selon les
pour qualifier certaines situations. Certains abus auraient dires des uns, certaines plantations à peine attribuées
été commis, note-t-il, par quelques « acquéreurs » qui se se retrouvaient abandonnées en raison des difficultés
seraient transformés en « accapareurs » en s’appropriant matérielles qu’éprouvent leurs nouveaux propriétaires. De
des concessions non stipulées dans leurs lettres toutes ces rumeurs, il m’a été permis de constater, selon
d’attribution. Par ailleurs, parce que l’infrastructure certaines informations fragmentaires, que l’attribution des
routière n’est pas bien aménagée et que, par conséquent, entités agro-industrielles aurait été du ressort exclusif des
l’écoulement des produits de plantations vers les grands départements [ministères] concernés, l’autorité régionale
centres et l’acheminement des marchandises aux coins [provinciale] n’ayant pas été associée lors de l’établissement
522
les plus reculés du Haut-Uele s’avèrent pénibles, certains des listes définitives ».
nouveaux acquéreurs se sont transformés en transporteurs, Certains critères d’appréciation furent certes pris
abandonnant le travail dans les plantations. en considération lors du choix des propriétaires dans
Le défi était considérable. Un grand nombre des les plantations. Mais l’on comprend également que les
nouveaux acquéreurs ont, en effet, sous-estimé les efforts difficultés qu’ont rencontrées ces propriétaires sont dues
que demanderait la reprise de certaines entités agro- aux premiers déboires éprouvés lors de la mise en charge
industrielles. Solomo Betua illustre cette situation par des plantations. À l’instar de certaines acquisitions
l’exemple de l’entreprise Agriuele située à quelque douze commerciales, ceux-ci s’attendaient à trouver sur place
kilomètres d’Isiro sur l’axe routier Isiro-Rungu-Manga, toutes les facilités pour une remise en marche des
qui compte aussi d’autres concessions dans le Bas-Uele. Il activités momentanément interrompues. Le travail dans
atteint celle-ci après un trajet en voiture de plus de deux une plantation exigeant plus que de la bonne volonté,
heures, à raison d’une moyenne de quinze kilomètres il nécessitait une somme d’efforts et de moyens qui,
à l’heure. Agriuele est constituée de 276 ha de café et de malheureusement, n’étaient pas toujours à la portée de
57 ha d’hévéas. Tous les efforts d’entretien fournis par les l’apprenti-planteur.
er
quelque 200 travailleurs, auxquels ont été adjoints plus de Mobutu lui-même fut un super grand acquéreur. Le 1
520
300 « militants » venus de localités environnantes, ne juillet 1974, Mobutu Sese Seko et son épouse Gbiatibwa
sont guère venus à bout de l’herbe qui envahit sans cesse Gogbe Ye Tene fondent la société Cultures et Élevages du
la concession. La société souffre aussi d’une installation Zaïre (Celza). Le capital social est fixé à 750.000 Z et divisé
industrielle vétuste pour les diverses opérations en 7.000 (sic) parts sociales de 100 Z chacune. Le couple
mécaniques de séchage, de torréfaction, de préparation et présidentiel fait apport à cette société des biens qui leur ont
de décortication du café. D’ailleurs, la remise en état des été attribués par application des mesures du 30 novembre
523
machines, arrêtées il y a plus de six mois, présente des 1973 et qui appartiennent à quatorze entreprises .
difficultés techniques d’une certaine ampleur, en raison du Quatre des quatorze sociétés tombées dans les mains
521
départ de plusieurs cadres techniques . de Mobutu et de son épouse se situent entièrement ou
partiellement dans le Haut-Uele :
519 Ibidem.
520 Dans le cadre du régime Mobutu et de son parti le 522 Solomo Betua, « Impressions de voyage après une
MPR, des travaux collectifs associant les populations tournée dans les Uele », Boyoma, Kisangani, jeudi 11
appelées ici « des militants » étaient organisés. juillet 1974, p. 1.
521 Solomo Betua, « Impressions de voyage après une 523 Dossier Zaïrianisation – CELZA, section d’Histoire
tournée dans les Uele », Boyoma, Kisangani, vendredi du Temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale,
12 juillet 1974, p. 3. document III-5908.

269
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Prosper Madrandele Tanzi, directeur politique du MPR. (Photo fournie par la famille à l’équipe en 2011.)

– Aramvoglu, dans le territoire d’Isiro ; Makangila ; aux Établissements Bombanay Tibeyeno,


– Vanos et Cie, dans le territoire d’Isiro ; quincaillerie ; aux Établissements Aketo Egy Nawor ; aux
– Socodia, dans le territoire d’Isiro ; Établissements Bambule, pharmacie de l’Uele.
– Socituri, dans la province du Haut-Zaïre. Dans son autobiographie, le planteur Pierre
Wauters raconte que sa plantation de Nembeda, située
Les Établissements Aramvoglu étaient connus à Isiro. à une vingtaine de kilomètres d’Isiro, fut attribuée au
Ce Grec possédait de grandes installations à Medje avec commissaire sous-régional [district] du Haut-Uele, les
des machines gigantesques et ultramodernes. L’entreprise autres plantations qu’il avait en location étant attribuées
consistait en une rizerie, des huileries et des dizaines de à différentes personnalités du régime comme Prosper
524
plantations . Madrandele Tanzi, alors directeur politique du MPR,
Comme en témoignent les pages publicitaires du Geyoro Te Kule (ex Paul Nauwelaert), au gouverneur de
journal Boyoma, les commerçants grecs vont quasi la région du Haut-Zaïre (24 février 1972-18 septembre
disparaître des milieux commerciaux et économiques du 1973), et à un commissaire d’État (ministre). Par-dessus
Haut-Uele. Dès le début de l’année 1974, il n’y a plus que tout, l’inspection du travail lui ordonna de payer un
des Africains à faire de la publicité dans ce journal. D’Isiro, préavis de deux ans à tous ses travailleurs, c’est-à-dire à
les établissements Demiris Charles, Cavadias, Vanos et quelque 1.500 ouvriers, sous peine d’être traduit devant les
Carolides, Madame Kantzaris vont graduellement céder tribunaux. « Dépouillé de tout et étant dans l’impossibilité
la place aux Établissements Odane-Gbere, boulangerie de payer quoi que ce soit et à qui que ce soit », il prit la fuite
525
et magasin ; aux Établissements Tusse Mole Kwaka, en direction de Bujumbura au Burundi .
boucherie, charcuterie, Ciné et Appolo Bar ; à la Maison

524 Hally Mukimbwa-wa-Bakimbwanga, « Isiro raconté


par un journaliste », Boyoma, Kisangani, lundi 17 525 Wauters, P., Mwana M’Boka, un enfant du pays, Liège,
septembre 1973, p. 3. Éd. Dricot, 1994, pp. 234-235.

270
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

commerciales zaïrianisées, il ressortait que la rupture des


2.4. LA RADICALISATION : 31 DÉCEMBRE 1974 stocks, mieux leurs causes sont intimement liées au refus
des banques de voler au secours des acquéreurs. Certes,
Le dernier jour de l’année 1974, le président Mobutu trancha-t-il aussitôt, on ne doit perdre de vue les soucis des
décide de procéder à une radicalisation des mesures prises responsables des banques nationales et leurs succursales de
une année plus tôt. C’est que la zaïrianisation n’a pas abouti ne pas s’aventurer à aider les non-avisés dans le domaine
aux résultats espérés. Boyoma formule cet échec en ces commercial, ces derniers étant appelés à faire d’abord
termes : preuve de leur savoir-faire. Mais, il ne manque pas pour
autant des indices capables de garanties en faveur de
« Ce temps relativement court pour assurer la réussite certains responsables des maisons commerciales.
des mutations aussi profondes opérées dans la vie nationale De toutes les manières, a-t-il enchaîné, l’aide des
ont servi, par le biais de heurts en tâtonnements entraînés banques, dans la conjoncture actuelle est indispensable
par quelques failles de l’application desdites mesures, à pour remédier à pas mal d’aléas. Et ce n’est pas tout puisqu’au
démontrer que le chemin à parcourir est encore long. refus des banques qui ont aidé les commerçants expatriés à
En effet, on se souviendra qu’au lendemain de l’annonce mettre leurs affaires sur les rails, les grossistes accordaient
des mesures du 30 novembre 1973, il fut d’abord décidé que avant les mesures de zaïrianisation des marchandises à
seuls les proches collaborateurs du Président-fondateur crédit, remboursables après trois mois. Enfin, il y a aussi
du MPR étaient habilités d’exploiter les unités agro- l’Onatra qui emboîte le pas avec le retard d’embarquement
industrielles et autres maisons commerciales zaïrianisées. qui frappe des tonnes de marchandises se trouvant au
Il n’a pas fallu, fort heureusement, beaucoup de jours pour port de Kinshasa et destinées à alimenter les marchés de
526
voir le “Guide” du peuple zaïrois réviser sa décision : les l’intérieur . »
avantages devaient donc profiter à toutes les couches de la
population. Le régime Mobutu a donc très vite compris que la
Les chances presque égales ainsi données aux zaïrianisation avait été un échec total. Le 30 novembre
bénéficiaires des mesures de la zaïrianisation ne pouvaient 1974, il décide « la radicalisation ». Seule une infime
pas non plus manquer de réserver certaines surprises minorité de familles privilégiées aura pu profiter de cette
désagréables. En fait, non seulement nombreux s’illustrèrent zaïrianisation qui a jeté l’immense majorité des Zaïrois
par leur inexpérience, encore est-il que l’outrecuidance, les dans une grande misère.
présomptions, et même la course aux profits illicites furent Par les nouvelles mesures dites de « radicalisation »,
le lot de plusieurs acquéreurs. l’État prétend reprendre pour le compte de la Nation tous
C’est ainsi que ceux d’entre eux qui avaient acquis de les secteurs de production et de distribution. Il est dit que
“l’aubaine financière” détournèrent tout simplement ces les commissaires politiques ont l’« obligation impérative
fonds des objectifs que s’étaient antérieurement assignés d’abandonner au profit de l’État les affaires acquises par
les maisons commerciales acquises. Cette maladresse eut l’effet de la zaïrianisation et celles qu’ils possédaient
pour conséquence la débâcle. D’autres encore, qui furent auparavant en propre. Ils ne peuvent dorénavant se livrer
victimes de méfaits de rapatriements de soldes créditeurs qu’aux activités agricoles et il en est de même des cadres
527
par les anciens propriétaires, durent abandonner. Une du MPR ».
poignée parmi eux eurent à lutter pour assurer la continuité Cette « radicalisation » a-t-elle amélioré la vie
et remédier à la rupture des stocks constatés dans bon quotidienne des Zaïrois ?
nombre des maisons commerciales.
Il serait cependant malhonnête de notre part de 526 « À propos de la rupture des stocks de marchandises
taire d’autres facteurs qui sont aussi déterminants en dans les maisons de commerce zaïrianisées »,
faveur de la rupture des stocks. De l’entretien que nous Boyoma, Kisangani, mardi 28 janvier 1975, p. 3.
avons eu dernièrement avec un ancien commissaire du 527 Mboyo Empenge ea Longila B.B., Le Régime
peuple [député] et lui-même bénéficiaire des maisons économique du Zaïre et les mesures présidentielles, op.
cit., p. 70.

271
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

En tout cas, en ce début 1975, la situation sanitaire, obligés de ramasser des feuilles dans la forêt et de dormir
530
sociale et économique est toujours inquiétante. À Faradje, sur le feuillage .
une épidémie ravage le bétail et on craint qu’elle puisse Certaines parties du Haut-Uele souffrent, en outre,
atteindre aussi les hommes. Il s’agit du « charbon », une d’autres problèmes : la « criminalité » et la dénatalité. Le
maladie qui « ne pardonne pas » et dont on distingue problème de l’alcoolisme et de la criminalité apparaît
deux espèces cliniques : le charbon local et le charbon essentiellement dans les territoires de Dungu et de Faradje
septicémique. Pire encore, les maladies vénériennes se caractérisés par une abondante consommation de boissons
sont répandues sur toute l’étendue du Haut-Uele. Des alcooliques indigènes appelées kaikpo ou angwalo. On y
efforts ont été réalisés pour endiguer ce fléau, notamment produit même une espèce d’arak sous forme de poudre.
à Watsa où les victimes reçoivent les soins gratuitement, Parmi les conséquences de l’alcoolisme, on cible la
tandis qu’ailleurs on fait du porte-à-porte pour soigner les recrudescence des meurtres par empoisonnement et des
malades. La syphilis ravage les alentours de Yangala près assassinats ; les prisons de Kisangani comptent plusieurs
531
de Niangara. Le Haut-Uele connaît par ailleurs d’autres prévenus venant du Haut-Uele poursuivis pour homicide .
maladies endémiques : la filariose, la malaria, la verminose Dans un reportage, un journaliste de Boyoma écrit :
et la bilharziose. Très périodiquement, on observe aussi
des épidémies de grippe, de varicelle, de méningite et de « Deux zones de la sous-région du Haut-Uele se
528
rougeole . distinguent par le nombre plus élevé d’assassinats. On a
Des mesures préventives ont été prises, mais c’est peine toujours essayé de savoir pourquoi les populations de ces
perdue, pour diverses raisons. En premier lieu, le nombre deux zones sont si agressives. Souvent on attribue la cause
de médecins est insuffisant pour une population estimée à à la consommation abusive de l’arak, l’alcool local. Le
quelque 648.000 habitants : treize médecins, dont trois sont commissaire de région a rappelé aux populations de ces
sur le point de quitter le Haut-Uele, pour douze hôpitaux deux zones les mesures prévues pour les cas d’assassinat. Il
et cent trente-huit centres médicaux. En deuxième lieu, a souligné que quiconque tuera, sera pendu publiquement
des autorités locales « incompétentes » se sont livrées à une fois son jugement rendu et ce sera dans la localité où
des interventions parfois malencontreuses. C’est ainsi il a tué que la pendaison aura lieu. Les autorités de zone
que l’administrateur de territoire de Niangara a libéré de leur côté doivent prendre des mesures pour interdire
les malades syphilitiques mis en observation médicale. la fabrication de l’alcool dans leurs zones respectives. Le
Troisièmement, le quota de produits pharmaceutiques commissaire de région a dû rencontrer les dirigeants de la
alloué aux hôpitaux du Haut-Uele est insuffisant. Ajoutez brasserie d’Isiro auxquels il a demandé l’augmentation de la
à cela le manque de mesures pour assurer la sécurité du production de la bière. On croit que seule l’augmentation
transport des médicaments : le peu que la pharmacie de la production de la bière pourra peut-être arrêter la
centrale de Kinshasa envoie à Isiro, le centre de distribution, consommation de kaikpo. On a en effet remarqué la rareté
n’arrive généralement pas à bon port, parce qu’il a été volé de la bière locale sur le marché532. »
529
en cours de route .
L’infrastructure médicale s’est sérieusement détériorée. Le territoire de Niangara est, quant à lui, confronté au
Il y a lieu de parler ici de la léproserie de Pawa, située à problème de la dénatalité. Ce fléau est attribué, toujours
trente-quatre kilomètres d’Isiro. Celle-ci avait été fondée selon la presse, aux mariages de jeunes gens avec des
à l’époque coloniale par la Croix-Rouge et pouvait
530 « Qui sauvera la léproserie de Pawa où le feuillage
compter sur l’aide de léprologues et de personnel infirmier
remplace le lit des malades ? », Boyoma, Kisangani,
étrangers. Au début de 1975, les lépreux se voient déjà
vendredi 16 avril 1975, p. 3.
531 Kalonda Ndindiki, « Je reviens du Haut-Uele, le
528 « Le Haut-Uele politique, social et économique tel “pays” de l’or vert », Boyoma, Kisangani, lundi 6
qu’il se présente aujourd’hui : 2. le bien-être social octobre 1975, p. 2.
de la population », Boyoma, Kisangani, mercredi 26 532 « Le Haut-Uele politique, social et économique tel
février 1975, p. 4. qu’il se présente aujourd’hui : 2. le bien-être social de
529 Ibidem. la population », art. cit., p. 4.

272
LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

vieilles femmes de cinquante à soixante ans ou vice versa. dernier 40.000 cartons de savon destinés au marché de
C’est, d’ailleurs, le territoire le moins peuplé du Haut-Uele. la cité d’Isiro se sont volatilisés, sans laisser de traces
La liste des problèmes du Haut-Uele ne s’arrête malgré l’intervention de l’autorité sous-régionale pour
534
cependant pas là : les pensionnés tant militaires que civils tirer au clair la situation ».
ne touchent plus leurs maigres pensions depuis longtemps ; Un autre cas est celui de l’Unibra-Isiro. Cette société
comme dans tant de villes du pays, à Isiro on trouve à emploie 350 ouvriers, vingt-deux agents congolais de
peine quelques maisons à louer et les fonctionnaires cadre et sept expatriés. En octobre 1975, elle produit
sont par conséquent condamnés à bivouaquer à l’hôtel ; journellement plus de 450 hl de bière Makasi, soit
le chômage sévit ; les prix flambent. Pour mettre fin à l’équivalent de 4.500 casiers. Or sa production connaît une
cette flambée, l’État décidera d’ailleurs de reprendre tout baisse depuis quelques mois : elle a diminué de plus de la
le circuit du commerce de distribution et d’imposer lui- moitié et ne satisfait qu’aux 2/5 la demande. Quelle en est
même les prix aux détaillants, espérant que de cette la cause ?
manière les vendeuses du marché baisseraient aussi le prix
des marchandises courantes. « L’Unibra-Isiro est handicapée par le problème
Les mesures de radicalisation ne donnent cependant de manque de bouteilles vides, “vidanges” en termes
pas non plus de nouvel élan à l’économie zaïroise en populaires. Plusieurs bouteilles vides de Makasi se
chute libre. Prenons l’exemple de la société Socituri, retrouvent, en effet, au Soudan où les trafiquants, sans cesse
rebaptisée Celza (Cultures et Élevages du Zaïre) lors en grand nombre, en raison de l’éloignement du bureau
de la zaïrianisation, qui possédait plusieurs activités zaïrois des douanes d’Aba de la frontière artificielle « the no
à Isiro. Cette importante unité agro-industrielle était man’s land », écoulent la bière Makasi à des prix fous. On
ravitaillée en huile de palme par des huileries locales dit même que c’est de l’or. Puisque avec quelques casiers on
et en soude caustique par l’étranger pour la fabrication 535
peut faire fortune . »
du savon. Elle s’occupait aussi de matières plastiques,
suivant les commandes des particuliers et les possibilités Un dernier exemple est celui de l’Onafitex, l’Office
d’approvisionnement en matières premières. C’était une national des fibres textiles. Le Haut-Uele était une
entreprise qui employait 780 Congolais, dont quatre importante région cotonnière, comprenant vingt-deux
agents de cadre, sept de maîtrise et neuf expatriés. Mais à postes-usines répartis dans six territoires. L’Onafitex
la fin de 1975, sa production se trouve limitée à cause de avait repris l’actif et le passif des anciennes compagnies
533
l’insuffisance du stock de soude caustique . cotonnières du pays. En octobre 1975, le bureau d’Isiro se
Celza a l’ambition d’augmenter sa production plaint cependant de ne recevoir que de manière irrégulière
de savon. Pour cette raison, elle a fait venir une les fonds nécessaires au financement du marché du coton.
boudineuse, une chaîne de fabrique de savon qu’elle Cela décourage les cultivateurs de coton et il craint des
536
compte installer le plus vite possible afin de tripler la conséquences négatives pour cette activité agricole .
production. Pourtant, curieusement, il est difficile Mais le non-achat du coton depuis quelques années n’est
de trouver les produits Celza dans les magasins de la pas l’unique problème. Parmi d’autres causes majeures
ville d’Isiro même. Et si l’on en trouve, c’est à des prix de la régression, il y a le retard prolongé des semis, causé
exorbitants. Pourquoi ? Cette société compte trente- par la distribution tardive des semences aux cultivateurs,
six dépositaires – visibles et invisibles – dans le Haut- la diminution des emblavures et la vieillesse des usines
Uele, mais ceux-ci « se livrent depuis un certain temps d’égrainage du coton dans la région.
à des spéculations les plus économiquement criminelles
[…] les dépositaires invisibles détournent purement et
simplement les quotas destinés à certaines sous-régions
pour d’autres localités lointaines. Au mois de juillet 534 Ibidem.
535 Kalonda Ndindiki, « Je reviens du Haut-Uele, le
533 Kalonda Ndindiki, « Je reviens du Haut-Uele, le “pays” de l’or vert », art. cit., p. 2.
“pays” de l’or vert », art. cit., p. 3. 536 Idem, pp. 2 et 6.

273
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

2.5.LARÉTROCESSION:OCTOBRE-NOVEMBRE1975 publique tendant à favoriser la promotion de l’actionnariat


populaire. Finalement, après une étude complète des
La radicalisation est également très vite passée pour cas sociaux en leur sein, les anciens propriétaires des
un mort-né. Une année environ après son lancement, le entreprises zaïrianisées se verront rétrocéder leurs biens,
président Mobutu va décider une nouvelle mesure, dite de à la condition qu’ils se choisissent des Zaïrois à qui ils
« rétrocession ». Cela signifie que les anciens propriétaires pourront faire offre de 40 % des actions de leurs société539.
des « sociétés zaïrianisées » puis « radicalisées », qui
avaient réalisé des investissements entre 1965 et 1974,
recevront en compensation 30 % au moins et 40 % au plus
des participations dans leurs anciennes entreprises. C’est 3.L’ÉVOLUTIONÉCONOMIQUEDUHAUT-UELE
là, selon Mobutu, une récompense justifiée pour le dixième DE 1975 À 2010
anniversaire de la révolution, parce que ces « étrangers »
ont fait confiance à la « Deuxième République » .
537
Entre 1974 et 1975, la quasi-totalité des agents économiques
Mobutu annonce ces mesures dans son discours du 25 étrangers avaient quitté la région. Les sociétés et les plantations
novembre 1975, mais celles-ci seront réaménagées par un furent désormais gérées par des agents nationaux. Pour
« Comité de stabilisation » le 30 décembre 1975. Ce Comité comprendre la dégradation qui va suivre rapidement, il faut
se mettra d’accord sur une rétrocession uniforme de 40 % avoir à l’esprit le fait que le dynamisme régional était limité
des parts à tous les anciens propriétaires d’entreprises dont quasi exclusivement aux agents économiques modernes
il a arrêté la liste. (colons, gros planteurs, sociétés privées, capitalistes…). À
Il y a lieu de préciser que des mesures de rétrocession l’indépendance du pays, des tentatives de regroupement de
avaient déjà été prises avant que Mobutu ne prononce son paysans avaient bien eu lieu, particulièrement sous forme de
discours du 25 novembre. Vers la mi-octobre, le président paysannats et de coopératives. La partie commercialisée des
de la République avait ordonné que les propriétaires de productions purement villageoises resta cependant faible, les
toutes les pharmacies passées sous le contrôle de l’État paysans se bornant le plus souvent à attendre le passage des
depuis un mois rentrent en possession de leurs biens transporteurs qui, jusqu’en 1974, effectuaient le ramassage
zaïrianisés. Trois officines de Kinshasa échapperont à cette des productions agricoles (le plus souvent avec des véhicules
décision, du fait qu’elles demeurent sous le contrôle de appartenant à des sociétés privées dirigées par des étrangers).
538
l’État, en tant que pharmacies-témoins .
Le Comité de stabilisation revoit ces mesures et déclare, Situation des entreprises agricoles
le 17 septembre 1976, que le petit commerce, les fermes, zaïrianisées en 1974
les élevages et les plantations acquis par les nationaux
restent aux nationaux, sauf s’il y a eu défaillance de ceux- Entité Nb d’entreprises Entreprises non
ci dans leur gestion. Néanmoins, les Zaïrois peuvent, au zaïrianisées attribuées justifiées
besoin, s’associer avec les étrangers de leur choix. L’État Dungu 16 16 -
zaïrois se réserve certains domaines d’intérêt national, Faradje 26 15 11
notamment les mines et l’énergie. Les anciens propriétaires Niangara 60 60 -
des entreprises zaïrianisées ou radicalisées sont autorisés à Rungu 75 75 -
posséder jusqu’à concurrence de 60 % du capital de leurs Wamba 72 72 -
sociétés, étant entendu que les 40 % restant peuvent, soit Watsa 95 50 45
être souscrits par les actionnaires zaïrois, choisis librement Total 344 288 56
par les anciens propriétaires, soit faire l’objet d’une émission
Source : Bulletin des statistiques générales, Kisangani, Département
537 Mboyo Empenge ea Longila B.B., op. cit., p. 72. du Plan, Institut national de la statistique, n° 7, 1974, p. 51
538 « Par décision présidentielle : Les pharmacies
zaïrianisées reviennent à leurs anciens propriétaires »,
Boyoma, Kisangani, lundi 20 octobre 1975, p. 1.
539 Mboyo Empenge ea Longila B.B., op. cit., p. 152.

274
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

Après 1974, l’ensemble des cultures commercialisées Principales productions du Haut-Uele et part
connut une chute spectaculaire. de celles-ci dans la production de la Province-Orientale
La production des Uele transportée vers Bumba entre 1990 et 1994
et Kinshasa à la fin des années 1980 était très faible et
concernait, en majorité, des produits à très faible valeur Tonnes/an % dans la production de la
ajoutée (manioc, bananes, paddy). Province-Orientale
Entre 1981 et 1985, le Haut-Uele produisait, comme Paddy 44.942,6 39,4
le montre le tableau suivant, dans le cadre de la Province- Arachides 42.948,6 43,6
Orientale, 38 % de la production totale de café ; 22 % Banane 100.903 16,9
de la production de paddy de la province ; 21 % de celle Manioc 593.346,6 22,2
d’arachide; 20 % de celle de coton ; 20 % de celle des Maïs 24.204,4 29,9
bananes, 18 % de celle d’huile de palme. Pour le manioc et Haricot 778,2 1,4
le maïs, la part du Haut-Uele était de 10 % et 9 %, mais les Café 12.000 -
sources ne précisent pas la quantité de la production à la
540
base de ce calcul . Source : République démocratique du Congo, Ministères de
l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et
Principales pductions du Haut-Uele et part de l’Environnement, Conservation de la nature, Forêts et Pêche,
de celles-ci dans la production de la Province-Orientale Monographie de la Province-Orientale, Kinshasa, PNUD/UNOPS,
entre 1981 et 1985 Programme national de relance du secteur agricole et rural
(PNSAR) 1997-2001, 10/1998, pp. 65-67.
Tonnes/an % dans la production de la
Province-Orientale Le territoire de Dungu est en tête pour la production
Paddy 20.000 22 d’arachide et en deuxième position pour celle de manioc,
Arachides 11.000 21 de bananes, de maïs et de paddy. Le territoire de Wamba
Banane 93.000 20 se classe en première position pour quatre productions :
Café 26.000 38 le café, le manioc, le paddy et la banane ; il occupe la
Coton 2.181 20 seconde place en ce qui concerne l’arachide. Les quatre
Huile de palme 5.000 18 autres territoires du Haut-Uele (Watsa, Faradje, Niangara
et Rungu) ont des productions modestes.
Sources : Étude régionale pour la planification agricole réalisée par le Le territoire de Rungu est réputé pour la qualité de
Service d’études et de planification du Département de l’Agriculture ses sols, mais seule la culture du café y prédomine. Isiro,
et du Développement rural et par le projet Pragma, mars 1987. le chef-lieu du Haut-Uele s’approvisionne en produits
vivriers surtout depuis les territoires de Wamba au sud et
de Dungu au nord.
Les différents types de culture et d’élevage sont détaillés
ci-dessous. Les données relatives aux productions agricoles
qui sont présentées, communiquées par les autorités
administratives, doivent être prises avec précaution. Elles
sont en effet généralement sous-évaluées, la population
étant réticente, pour des raisons fiscales, à déclarer de
manière précise ses productions ou son cheptel.

540 Étude régionale pour la planification agricole


réalisée par le Service d’études et de planification du
Département de l’Agriculture et du Développement
rural et par le projet Pragma, mars 1987.

275
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

3.1. LES CULTURES PÉRENNES derrière les cases des paysans après les attaques de
trachéomycose et l’abandon des plantations industrielles.
543
Ce sont des cultures de rente : le café, le coton et l’huile La production a évolué comme suit :
de palme.
Année Tonnes
3.1.1. Le café 1990 16.170
Depuis la période coloniale, le café Robusta a été
1991 11.970
la principale culture de rente du Haut-Uele. Celui-ci
comptait de grandes plantations, pouvant atteindre 2.500 1992 12.634
ha. Mais celles-ci furent presque toutes abandonnées après 1993 9.630
la zaïrianisation de 1973. À présent, la plus grande partie
de la production est le fait de paysans ou de petites et Les années 1990 et 2000 ont vu la situation
moyennes entreprises d’envrion 100 ha. sociopolitique et économique du pays se dégrader ; celle
De 44.000 tonnes de café en 1974 pour les deux Uele, du Haut-Uele s’est également aggravée, étant donné son
la production à la fin des années 1980 est tombée à 12.000 éloignement de Kinshasa et des villes importantes, mais
541
tonnes . surtout parce qu’elle est entrée dans la zone d’occupation
Au milieu des années 1980, le café du Haut-Uele a des rébellions. La production du café s’est elle aussi
beaucoup perdu de sa qualité. Certaines pratiques sont considérablement dégradée.
à l’origine de cette situation. D’une part, le manque de Actuellement, de nombreuses plantations de café dans
liquidités a poussé les paysans, lorsqu’ils en avaient la Haut-Uele n’ont plus été renouvelées depuis les années
l’opportunité, à vendre leur café avant l’ouverture de la 1950. Les caféiers de la région sont donc vieux. En outre,
campagne d’achat, à une époque donc où les grains ne sont les paysans ne consacrent souvent que quelques pieds
pas complètement mûrs. Cela a accru le vieillissement des à la culture du café. Mentionnons enfin, des difficultés
caféiers, a entraîné une diminution de la production et d’évacuation de la production, la résurgence d’une
entraînera, à terme, la baisse globale de la qualité du café maladie, la trachéomycose, dans le Nord-Est du Congo, et
de la région. l’absence d’encadrement et d’appui technique et financier
D’autre part, au cours des années 1980, les sociétés aux paysans .
544

commerciales (dont la brasserie Unibra) qui achetaient le


café dans le Haut-Uele se trouvant dans une situation assez Fin 2005-début 2006, une mission d’enquête du
précaire, ont imposé des prix d’achat souvent fort faibles. ministère de l’Agriculture dans le Haut-Uele faisait le
Les paysans ont alors vendu une partie de la production du constat suivant :
café frauduleusement (en s’y rendant à vélo le plus souvent)
au Soudan. Jusqu’en 1987, cette fuite était estimée à environ « L’abandon des plantations est plus importante
3.000 tonnes par an avant de décroître, à la suite de la guerre dans les territoires de Wamba, Watsa (à Mungbere)
542
au Soudan et de la concurrence avec le café de l’Ituri . […] Dans la majorité des cas, les plantations sont
Au cours de la période 1990-1994, la production devenues de simples concessions, entièrement envahies
caféière a provenu de pieds de caféiers qui avaient subsité par de multiples associations végétales qui ne peuvent
permettre l’application des règles de la pratique agricole.
541 Il faut cependant ajouter que l’année 1974 avait C’est la cas, à titre illustratif, des plantations Oteo (1 et 2
été exceptionnellement bonne d’un point de vue
climatique et la moyenne de 30.000 tonnes par an 543 République démocratique du Congo, Ministères de
doit être retenue pour le début des années 1970 l’Agriculture et de l’Élevage…, Monographie de la
comme base de référence. Province-Orientale, op. cit., p. 77.
542 Projet de développement rural intégré dans le Haut- 544 République démocratique du Congo, Ministères de
Zaïre (1er mars 1987-28 février 1990), rapport final, l’Agriculture et de l’Élevage…, Monographie de la
ULB-Unikis, document inédit, p. 191. Province-Orientale, op. cit., pp. 85-86.

276
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

d’environ 192 ha) de Mr Salis, Giki de Mr Erico (100 ha), exploitations sont des cas qui démontrent l’espoir du secteur
Masangwa (320 ha) de Mr Matiodakis, Socodia (550 ha) de et qui doivent inspirer d’autres producteurs caféiers. Ces
Mr Marmas, dans la zone de Watsa à Mungbere. La même plantations sont entretenues normalement et régulièrement.
situation est constatée dans les plantations visitées à Rungu, Au niveau des exploitations familiales, les situations
Isiro... totalement abandonnées par leurs propriétaires. Il sont variables et dépendent de la perception globale
faut signaler que la grande difficulté que connaissent les des caféiculteurs. Ceux qui ont maintenu une attitude
planteurs des grandes étendues est la carence de la main- positive entretiennent leurs plantations pour maintenir
d’œuvre, devenue rare et/ou très coûteuse. Elle entraîne la production et les actions phytotechniques sont menées
la non-exécution des pratiques culturales courantes dans à volonté et avec une certaine rigueur et ce, en fonction
presque toutes les grandes unités agro-industrielles. naturellement des moyens disponibles. […] D’autres
Certains exploitants, en dépit de toutes les difficultés complètement déçus […] par la baisse des revenus du café,
conjoncturelles du moment, conduisent normalement leurs n’ont aucune intention de continuer avec la caféiculture et
545
plantations. C’est la cas des plantations Mopepe, propriété ne s’adonnent pas à l’entretien de leurs plantations . »
de Mr Jean De Strooper, chefferie Timoniko, groupement
Bamako, territoire de Wamba ; plantations Plambeka de Le tableau ci-après reprend les données relatives à la
Betongwe, territoire de Wamba ; plantations Yani à 40 km de production de café en 2007.
Mungbere sur l’axe Gombari dans le territoire de Watsa. Ces

Production paysanne de café et superficies cultivées en ha en 2007

Territoire Nombre de plantations Superficies en ha Estimation de la production en tonnes

Rungu 143 1.398 3.386,00


Niangara 115 2.710 505,00
Dungu 214 4.354,42 819,00
Faradje 126 950,30 245,00
Watsa 130 2.250 496,00
Wamba 132 1.527 405,00
Total 860 13.189,72 5.856,00

Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.

545 Bisuta, Dimandja et Kalonji-Mbuyi, Rapport de la


mission Isiro, enquête dans le Haut-Uele et le Bas-Uele,
effectuée par les experts du ministère de l’Agriculture
selon l’ordre de mission n° 248/CAB/MIN/AGR/2005
du 11 novembre 2005, document inédit, 2006, pp. 7-9.

277
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Café exporté par client en kg (1994-2006)

Nom du client ou
Société
Campagne 1994/95 1995/96 1996/97 1998/99 1999/2000 2000/01 2001/02 2004/05 2005/06
Afidiz 18.117 26.580
Plantation Matando 40.020
Beltexco 158.776 105.479 59.966 60.000
Cdt Mugeni 5.100
Gpe ougandais État major 7.020
Gpe ougandais Sicotra 22.020
Gpe ougandais ex Bata 10.020
Gpe ougandais Isiro Maputa 52.210
Destroper 40.000
Éts Talangai 4.480 1.320
Mson Mbanga 40.000 17.280
Mson Egate 10.200
Mr Bekabisiya 8.000
Éts Katsuva 4.800
Éts Madamu 7.200
Mson Mobele 9.500
Soprocopiv 28.529
Ets Kasusula 872
Carioca 37.000
Éts Araba 5.900
Acheteurs divers 34.598 78.422 39.011 26.885 6.800
Total 185.947 255.208 340.121 223.901 80.611 43.585 96.167 102.900

Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.

En 2007, les sociétés actives dans l’achat et l’exportation de et de vente du coton. Dès 1975, cependant, comme
la production sont : Afidiz, la plantation Matando, Beltexco, mentionné en page 273, le manque de moyens financiers
le Commandant Mugeni, le Groupe ougandais État Major, le et de camions de l’Onafitex, couplé à l’état désastreux des
Groupe ougandais Sicotra, le Groupe ougandais Ex Bata, le routes, ponts et bacs font que celui-ci distribue les graines
Groupe ougandais Isiro Maputa, Destroper, les Éts Talangai, trop tardivement ou ne parvient pas à acheter toute leur
la Maison Mbanga, la Maison Egate, Monsieur Bekabisiya, production aux cultivateurs. Cette situation provoque
les Éts Katsuva, les Éts Madamu, la Maison Mobele, la une baisse de la production, à cause de la mévente. La
Soprocopiv, les Éts Kasusula, Carioca et les Éts Araba. production cotonnière atteint, en 1976, un peu plus de
2.000 tonnes en territoires de Dungu et de Wamba, et
546
3.1.2. Le coton entre 1.000 et 2.000 tonnes dans les autres territoires .
L’Onafitex, qui avait été créé le 12 août 1971, était
chargé de livrer leurs graines de coton aux petits planteurs 546 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
et d’organiser la commercialisation de leur production, mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, Fonds Benoît
très sensible à l’efficacité du système de commercialisation. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du
L’Onafitex disposait du monopole d’achat, de traitement Temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale,
p. 23 et carte de la production cotonnière en annexe.

278
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

En 1987, la production de coton est de l’ordre de 2.500 en 1987. D’ailleurs, le très faible tonnage d’huile de palme
tonnes. produit à la fin des années 1980 n’était rendu possible que
En 1988, une société cotonnière, la Compagnie de par l’usage de presses manuelles dont le rendement était très
développement du Nord (Codenor), est créée dans le faible (de 6 à 10 % d’huile contre 20 % et plus pour les presses
Haut-Uele. La Codenord est une entreprise mixte créée des huileries modernes). À noter que la faiblesse des prix
par l’ordonnance présidentielle n° 88/013 du 2 mars 1988. pratiqués n’encourageait pas les paysans à produire davantage,
548
Elle est composée de la Sotexki (37,5 %), de la CFDT étant donné les dangers liés à la cueillette des régimes . Ce
(37,5 %) et de l’État congolais (25 %). Son siège social danger était d’autant plus grand que la recherche scientifique
d’exploitation est installé à Dingila dans le district du ayant été abandonnée, les seuls palmiers à encore exister
Bas-Uele. Elle couvre les aires d’exploitation du Bas-Uele étaient les palmiers traditionnels à très long tronc.
et du Haut-Uele. Elle est chargée d’encadrer les planteurs, Actuellement, l’huile de palme vendue est extraite des
d’acheter le coton-graine et de l’égrainer puis de vendre le fruits des palmiers par la population, selon un mode de
coton-fibre à la société textile locale (Sotexki), dont elle est production traditionnel. Aussi les quantités produites
le principal pourvoyeur. sont-elles peu importantes. En 2007, la production
La production va chuter, en raison d’une conjoncture annuelle se chiffrait à 481 tonnes.
internationale défavorable. Puis, malgré une tendance des Les causes de la baisse de la production d’huile de
prix à la hausse sur les marchés mondiaux, cette chute palme artisanale sont : la faible productivité des palmiers
persistera. Cette baisse est, en réalité, imputable au rejet par naturels, leur vieillissement, l’extraction du vin de palme, le
les paysans d’une culture qui symbolisait par excellence le mauvais état des routes de desserte agricole, l’insuffisance
pouvoir colonial, mais elle est aussi due à des raisons plus de moyens de transport pour évacuer les produits, la
locales. Ainsi, la Codenord, qui possédait plusieurs usines vétusté des usines de traitement.
de traitement et d’égrenage du coton graine en coton
fibre réagit à la crise économique et à la baisse des cours Production artisanale d’huile de palme en 2007
sur les marchés mondiaux en décidant de fermer toutes
ses usines en pays azande, à l’exception de deux d’entre Territoire Nombre Superficies Production :
elles situées dans les régions où la population azande d’huileries (ha) exploitation
est minoritaire. Elle demanda aux villageois des autres artisanale (tonnes)
chefferies et/ou territoires d’acheminer eux-mêmes leurs 1960-1980 2007
productions jusqu’à ces deux usines. Or le coton graine Rungu 8 7.937,59 358 119
étant d’un très grand rapport volume/poids, son transport Niangara 7 783,21 551 33
sur de longues distances sans véhicules est très malaisé. Dungu 1 152,00 192 64
Les guerres vont entraîner la paralysie de la Codernor et Faradje - - - -
la détérioration des infrastructures de transport (routier et Watsa 2 731,68 1 13
de desserte agricole) va contribuer à la faillite de la société Wamba 6 3.431,08 306 102
(mise en liquidation en 1997), conduisant à l’abandon de Total 24 13.0357 1.448 481
l’encadrement des paysans qui s’adonnaient à la culture du
547
coton nécessaire a l’approvisionnement de la Sotexki . Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement
rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
3.1.3. Le palmier à huile élæis
La plupart des huileries modernes ont cessé leurs activités On assiste à un timide début de création de palmeraies
depuis la zaïrianisation dans le Haut-Uele ; celles qui avaient organisées, notamment par l’Église catholique locale, la
néanmoins subsisté ont définitivement cessé leurs activités Saplast et quelques privés.

547 « Dossier. Provinces. Atouts économiques et 548 Le travail, qui consiste à grimper à l’arbre pour
opportunités d’investissement », Diplomat pratiquer la coupe du régime ou l’incision du tronc à
Investissement, novembre-décembre 2010, p. 143. la base des rames est très dangereux.

279
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

3.1.4. Le tabac 3.2.1. Le manioc


Le tabac a été introduit récemment en tant que produit Le manioc est cultivé dans tous les territoires du Haut-
commercial dans le paysage économique du Haut-Uele. Uele. Il constitue l’aliment de base de presque toute la
Sa culture industrielle est en essai dans le territoire de population. Il est consommé comme tubercule ou transformé
Faradje. Notons qu’on assiste également à des tentatives en farine (fufu) ; ses feuilles sont préparées et consommées
d’introduction d’autres cultures comme celle du cacaoyer. comme légume (pondu en lingala, sombe en swahili).
La culture du manioc relève du système traditionnel
551
3.2. Les cultures vivrières et ne fait pas l’objet d’actions de vulgarisation intensive .
Les principales cultures vivrières pratiquées dans Depuis quelques années, cependant, la FAO a introduit
le Haut-Uele sont le manioc, le riz, la banane, le maïs, dans la région une nouvelle variété de manioc. Mais celle-ci
l’arachide, le haricot (plusieurs variétés). Subsidiairement, comporte des exigences, notamment en matière de récolte.
on peut citer la patate douce, le taro, le soja, l’ananas, la D’abord, la cueillette des feuilles ne peut se faire plus de
canne à sucre, la courge, le sésame, etc. trois fois avant la récolte des tubercules. Ce qui représente
Le très faible excédent vivrier contribue à l’alimentation un handicap, car les feuilles constituent les légumes de base
des centres comme Isiro, des foyers miniers ou encore de l’alimentation quotidienne de la population. Ensuite, la
des chefs-lieux de territoire. Il est cependant difficile récolte des tubercules doit se faire en une fois, ce qui pose
d’évaluer dans quelle mesure il y suffit. La population d’énormes problèmes d’infrastructure de stockage et de
rurale a tendance à limiter la production vivrière au commercialisation pour les paysans.
minimum indispensable à sa propre consommation (avec Indépendamment de ces inconvénients, il occupe, en
des rendements très faibles) et à consacrer le reste de ses termes de tonnages produits, la première place, comme en
terres et de son temps disponible à la culture du café, plus témoignent les chiffres des tableaux des pages 282 et suivantes.
549
rentable que le manioc et le paddy . Les difficultés de Le manioc est souvent planté en association avec
commercialisation et surtout de transport de ces produits d’autres cultures comme l’arachide, le maïs. Les rendements
à faible valeur ajoutée, ainsi que l’existence de cultures de moyens sont très faibles (8,8 tonnes/ha).
rente n’incitent donc pas les producteurs à une hausse de
la production. Ceci explique que pour plusieurs de ces 3.2.2. Le riz (paddy)
produits, et particulièrement pour le manioc, leur prix de Pour les cultivateurs, le riz est à la fois un produit de
550
vente soit nettement plus cher à Isiro qu’à Kisangani . consommation et un produit de vente leur procurant un
peu d’argent. Le riz est disponible sur les marchés des
549 La situation particulière d’Isiro, la principale cité du Haut- principaux centres du Haut-Uele. À la fin des années 1980,
Uele, est à mentionner. La périphérie urbaine (dans un du riz asiatique en provenance de Kinshasa était vendu à
rayon de 50 km) est très densément peuplée, à tel point un prix inférieur au riz local. Ce riz importé arrivait à Isiro
que la population rurale manque aujourd’hui de terres durant certaines périodes de l’année.
agricoles. Dès lors, elle est obligée de se déplacer de plus Voici ce que rapportait à la fin des années 1980 le
en plus loin pour trouver des parcelles disponibles. rapport du Projet de développement rural intégré dans le
550 Une enquête menée entre 1988 et 1990 montre que Haut-Zaïre déjà cité :
seule l’huile de palme coûtait moins cher à Isiro qu’à
Kisangani. La raison en était que l’huile de palme grandes quantités pour les évacuer vers l’Est et vers
consommée à Kisangani était produite à Isangi. Kinshasa. La demande d’huile de palme étant très
Son prix relativement élevé à Kisangani s’expliquait forte et les voies de communication très mauvaises.
par le coût du transport en pirogue (sur plus de Il en résultait de fréquentes ruptures de stock, ce qui
90 km) et par le niveau des bénéfices que réalisaient contribuait encore au renchérissement de cette denrée.
les commerçants intermédiaires – Lokele pour la Cf. Projet de développement rural intégré dans le Haut-
plupart. Il fallait également prendre en considération Zaïre (1er mars 1987-28 février 1990), op. cit., p. 188.
l’importance de la population urbaine de Kisangani, 551 République démocratique du Congo, Ministères de
grande consommatrice d’huile, à laquelle s’ajoutaient l’Agriculture et de l’Élevage…, Monographie de la
(à cette époque) plusieurs sociétés qui rachetaient de Province-Orientale, op. cit., p. 55.

280
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

« Les commerçants achètent le paddy (et le café) à partir 3.2.3. La banane


de janvier-février dans les environs immédiats de la ville. Il existe deux variétés de bananes : la banane plantain
Lorsque, dans les zones rurales proches d’Isiro, il n’y a plus et la banane douce. Si les deux variétés sont cultivées dans
rien à vendre, les commerçants étendent leur rayon d’action le Haut-Uele, la première est surtout cultivée au sud, dans
dans les régions plus éloignées. Ainsi les transporteurs la zone de forêt, en territoires de Wamba, Rungu, Niangara
n’arrivent à Dungu, Duru, Duruma, Niangara [….] qu’en et une partie de Watsa, où elle constitue l’aliment de base,
avril ou en mai et c’est donc à cette période que les paysans en plus des légumes. Sa production est destinée d’abord à
de ces régions disposent de quelque argent. la consommation locale. La banane est aussi utilisée dans
Or les paysans ne se risquent jamais à entamer un la production de bière et surtout d’alcool artisanal.
nouveau champ avant que la récolte du précédent ne soit Le bananier est cultivé en association avec le manioc, le
complètement écoulée. En mai, il est trop tard pour semer maïs, le riz et l’arachide.
un nouveau champ de paddy en espérant un rendement
intéressant car le paddy nécessite une alternance de 3.2.4. Le maïs
jours secs et pluvieux entre mars et juin pour donner des Le maïs constitue la deuxième céréale en importance
rendements optimaux. En outre, le feu de brousse étant après le riz, en termes des quantités produites. La culture du
bouté trop tard dans la saison (en mai au lieu de mars), le maïs n’est cependant pas fort développée, car il intervient
rendement des cultures baisse d’autant. peu dans le régime alimentaire, en dehors de la période
Ainsi, un semis de riz en mars permet, dans les de récolte (épis cuits ou brasillés). Sa farine est utilisée
meilleures conditions, un rendement de 2,5 tonnes dans la préparation de bouillie, parfois aussi comme pâte
à l’hectare, tandis qu’un semis en mai ne donnera au (mais celle-ci est peu appréciée par la population locale).
maximum qu’une tonne et demie à l’hectare. De plus, la Le maïs est principalement utilisé dans la fabrication d’une
surface mise en culture diminuera du fait d’une population bière locale mandaraka dans les territoires de Faradje, de
rurale, surtout composée de femmes, de vieillards et Dungu et de Watsa ou de l’alcool arac, communément
552
d’enfants […], ce qui diminue le rendement . » appelé ngbaya. Il est cultivé en association avec le riz,
l’arachide et le manioc. En 1990-1994, le Haut-Uele était le
Le riz est la céréale la plus cultivée. Sa culture se fait e
2 producteur de maïs de la Province-Orientale.
en association avec le manioc, le maïs et la banane. Le riz
demeure la principale source de revenus de la population 3.2.5. L’arachide
paysanne, depuis la chute des cultures pérennes. Peu La production d’arachide a connu une baisse sensible
consommé au village, il est surtout commercialisé dans les après l’indépendance, en raison du manque de débouchés
centres urbains et les foyers miniers. mais aussi de l’inexistence d’huileries d’arachides dans la
La principale variété cultivée dans le Haut-Uele est région. Ne pouvant vendre leurs produits, les producteurs
le riz de montagne qui a moins d’exigences que le riz de ont peu à peu négligé cette culture au profit de cultures
marécage, que la FAO a introduit à titre expérimental plus rémunératrices .
553

dans la cité d’Isiro. Les menaces pour cette culture sont Elle est cultivée aussi bien en savane qu’en forêt.
les sauterelles et les oiseaux (passereaux) qui ravagent les En savane, elle vient en première position, en cas de
champs. rotation des cultures ; en forêt, elle vient en deuxième
Entre 1990 et 1994, le Haut-Uele a été le plus grand lieu généralement après le riz, pendant la saison
producteur de riz de la Province-Orientale, avec une des pluies (mars-avril). L’arachide est généralement
production moyenne annuelle de 44.943 tonnes. Ce sont cultivée en association avec le maïs et le manioc.
les territoires de Wamba et de Dungu qui produisaient le
plus. 553 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, Fonds Benoît
Verhaegen, archives de la section d’Histoire du
552 Projet de développement rural intégré dans le Haut- Temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale,
Zaïre, op. cit., p. 189. p. 21, document III-5813/BV.

281
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Elle est consommée sous plusieurs formes : fraîche 3.2.6. Le haricot


(cacahuètes), en pâte ou comme condiment dans les C’est la deuxième légumineuse en termes de quantités
légumes (sauce). produites après l’arachide. C’est une nouvelle culture
De 1968 à 1970, la culture de l’arachide a triplé, introduite dans le Haut-Uele et sa production prend de plus
passant de 11.249 tonnes à 32.536 tonnes. Elle a connu en plus d’importance. Cela s’explique, d’une part, par sa
une évolution en dent de scie dans les cinq années qui valeur nutritive et commerciale et, d’autre part, par le fait qu’il
ont suivi, pour s’établir à 18.366 tonnes en 1975. Au début peut être cultivé deux fois par an. Sa production était de 778
des années nonante, elle représentait, en moyenne, 42.948 tonnes au début des années 1990. Au terme des campagnes
e
tonnes par an. 1990-1994, le Haut-Uele occupait la 2 place derrière l’Ituri
er
De 1990 à 1994, le Haut-Uele était le 1 producteur dans la production provinciale (1,4 %). Sa production est
d’arachide de la Province-Orientale, avec une production passée à 26.516 tonnes en 2006 et 14.112 tonnes en 2007.
moyenne représentant 43,6 % de celle de la province. Dans
les années 2000, elle avait rechuté (23.444 tonnes en 2003), Le tableau suivant détaille l’évolution de la production
pour remonter par la suite et s’établir à 38.404 tonnes en 2007. des principaux produits vivriers de 1968 à 1975.

Production des principaux produits vivriers dans le Haut-Uele 1968-1975 (en tonnes)

1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975


Manioc 123.115 496.630 695.814 398.233 426.052 303.157 267.130 216.354
Paddy 9.138 19.687 28.443 17.812 18.100 30.939 33.305 32.677
Banane 109.226 239.842 222.662 198.321 111.190 120.244 109.226 239.842
Maïs 8.427 11.341 14.504 13.673 7.627 10.000 18.821 17.220
Arachide 11.249 16.296 32.536 16.376 24.326 7.791 18.319 18.366

Source : Mokonda Bonza Nzombo, « La problématique des cultures vivrières au Zaïre : l’exemple de l’Uele », Cahiers économiques et sociaux,
vol. 11, n° 3, 1978, p. 301 ; pour la banane : République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, p. 17.

La superficie moyenne annuelle emblavée des principales cultures vivrières, de même que la production moyenne annuelle
des cultures vivrières par territoire du Haut-Uele sont données pour les années 1990 à 1994 dans les deux tableaux suivants.

Superficie moyenne annuelle emblavée des principales cultures vivrières


dans le Haut-Uele par territoire 1990-1994 (en ha)

Territoires Manioc Paddy Banane Maïs Arachide Haricot Total territ %

Dungu 12.020,0 16.866,2 2.463,6 5.442,0 8.800,4 828,6 46.420,8 19,4


Faradje 12.020,0 6.813,4 1.952,0 5.442,6 8.800,4 71,6 35.100,0 14,7
Niangara 5.847,2 4.731,2 1.132,8 2.646,6 4.280,8 0,0 18.638,6 7,8
Rungu 13.969,8 13.112,6 4.626,4 6.324,4 9.980,4 274,8 48.288,4 20,2
Wamba 15.268,4 19.437,2 6.545,0 6.613,4 11.177,6 0,0 59.341,6 24,7
Watsa 8.122,2 10.748,0 2.392,6 3.676,2 5.946,2 720,2 31.605,4 13,2
Total district 67.247,6 71.708,6 19.112,4 30.444,6 48.985,8 1.895,2 239.394,8 100,0

Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, forêts et pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, octobre 1998, p. 81.

282
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

Production moyenne annuelle des cultures vivrières dans le Haut-Uele par territoire 1990-1994 (en tonnes)

Territoires Manioc Paddy Banane Maïs Arachide Haricot


Dungu Production moyenne 105.813,4 10.570,4 13.030,6 4.326,4 7.715,8 0
Proportion % 17,8 23,5 12,9 23,5 17,9 0
Faradje Production moyenne 105.813,2 4.270,6 10.323,6 4.326,8 7.716,0 272,6
Proportion % 17,8 9,5 10,2 17,9 17,9 35,0
Niangara Production moyenne 51.423,2 2.965 5.991,6 2.104,0 3.753,2 0
Proportion % 8,7 6,6 5,9 8,7 8,7 0
Rungu Production moyenne 123.614,0 8.218,2 24.477,4 5.027,0 8.750,4 84,4
Proportion % 20,8 18,3 24,3 20,8 20,4 10,8
Wamba Production moyenne 134.492,0 12.182,0 34.621,4 5.496,4 9.800,0 0
Proportion % 22,7 27,1 34,3 22,7 22,8 0
Watsa Production moyenne 72.190,8 6.736,4 12.658,5 2.923,0 5.037,0 392,0
Proportion % 12,2 14,9 12,5 12,0 11,7 50,4

Production moyenne
annuelle du Haut-Uele 593.346,6 44.942,6 100.903,0 24.204,4 42.948,6 778,2
% dans la production de la province 22,2 39,4 16,9 29,9 43,6 1,4

Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, Forêts et Pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, octobre 1998, p. 80.

Au cours de la période 1990-1994, le Haut-Uele a En raison de ces performances, le Haut-Uele se classait


produit 593.346,6 tonnes de manioc, 100.903 tonnes premier au sein de la Province-Orientale pour le paddy et
de bananes, 44.943,6 tonnes de paddy, 24.204,4 tonnes l’arachide, deuxième pour le maïs et les haricots, troisième
554
de maïs, 42.948,6 tonnes d’arachide et 778,2 tonnes pour le manioc et quatrième pour la banane .
de haricots. Ces chiffres représentent les proportions Les tableaux suivants présentent la production
suivantes de la production moyenne de la province : moyenne annuelle des cultures vivrières du Haut-Uele, de
même que la superficie moyenne annuelle emblavée des
22,2% du manioc, principales cultures vivrières de 2003 à 2007.
19,9 % de la banane plantain,
39,4 % du maïs, 554 République démocratique du Congo, Ministères de
43,6 % de l’arachide, l’Agriculture et de l’Élevage…, Monographie de la
1,4 % des haricots. Province-Orientale, op. cit., p. 76.

283
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Production des principaux produits vivriers (2003-2007 (en tonnes)

Produits 2003 2004 2005 2006 2007 Moyenne


/ Années annuelle
2003-2007
Manioc 748.386,00 733.044,60 834.658,31 897.217,20 681.319,80 778.925,18
Paddy 36.780,58 42.338,98 54.723,06 57.487,61 38.404,80 45.947,01
Banane 323.272,56 27.263,77 136.479,46 153.198,08 17.900,40 131.622,85
Maïs 19.163,81 21.815,50 45.869,71 47.324,46 29.354,85 32.705,67
Arachides 23.444,50 27.512,93 46.428,62 49.171,18 38.404,80 36.992,41
Haricot 29.560,18 28.467,72 24.532,61 26.516,71 14.112,00 24.637,84

Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.

Superficies cultivées des principaux produits vivriers (2003-2007) (en ha)

Produits/ Années 2003 2004 2005 2006 2007


Manioc 74.838,60 73.304,46 83.005,52 87.423,68 68.132,05
Paddy 52.453,69 60.484,25 102.220,90 96.945,43 54.864,82
Banane 80.818,14 45.439,62 34.925,39 90.934,37 44.620,67
Maïs 38.327,62 43.703,84 90.417,82 95.435,85 58.710,44
Arachides 46.869,20 55.025,85 93.784,52 98.768,10 52.514,82
Haricot 49.266,37 47.466,94 42.428,97 45.606,27 23.520,87

Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.

Au cours de la période 2003-2007, le Haut-Uele a 3.3. LES CULTURES MARAÎCHÈRES


produit en moyenne 778.925 tonnes de manioc, 44.620
tonnes de bananes, 54.864 tonnes de paddy, 58.710 Les cultures maraîchères sont principalement
tonnes de maïs, 52.514 tonnes d’arachides et 23.520 pratiquées dans les grandes agglomérations où elles sont
tonnes de haricots. Par rapport à la période 1990-1994, les surtout consommées. En milieu rural, leur production
productions de manioc, de bananes, de maïs et de haricots est réduite, voire négligeable. Les principales cultures
ont crû, alors que la production de riz se maintenait et maraîchères sont les légumes (épinards, amarantes
celle d’arachides baissait. (muchicha), bilolo, choux, aubergines, oseille, matembele
En 2007, le manioc vient en première position, en (feuilles de patate douce), hibiscus, tomate, poireau, céleri
matière de superficie cultivée. Il est suivi par le maïs, puis etc.) et les condiments (oignon, ail, ndembi, piments, etc.).
le riz paddy. Le haricot n’occupe, malgré les quantités La production de ces cultures s’étend sur toute l’année
produites, que la dernière position en ce qui concerne (elle est permanente), avec des moments de pointe, selon
l’occupation de l’espace cultural. les saisons et les types de culture.
En dehors de ces six principales cultures vivrières, En dehors de ces deux principales cultures organisées,
il en existe d’autres, dites subsidiaires, tels la patate il en existe d’autres dont la culture ne fait l’objet d’aucun
douce, l’ananas, le millet, le sorgho, le soja, le sésame, encadrement. C’est le cas de la culture des fruits : mangues,
la courge, etc. oranges, mandarines, citrons, pommes, avocats, papayes,

284
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

goyaves, safous, etc. Les arbres fruitiers sont plantés Répartition des fermes bovines par territoire en 2006
autour des habitations de façon aléatoire. La demande
555
potentielle existe pourtant en milieu urbain . La Territoire Ferme Nombre du cheptel
production maraîchère est confrontée aux problèmes du Dungu Ferme diocésaine 400
manque d’infrastructure de stockage et de conservation Faradje Ferme Takebea 300
ainsi qu’à l’absence de moyens de transport rapides pour Ferme Musikima 150
la commercialisation. Ferme Sirika 30
Ferme Zamba-Zamba 200
Ferme Manuaku 180
3.4. L’ÉLEVAGE Ferme catholique de Tadu 15
Niangara Ferme des soeurs religieuses 40
L’élevage pratiqué dans le Haut-Uele est essentiellement Ferme de Gomolo Payte 10
du type extensif. On y distingue l’élevage du gros bétail, du Ferme Papaba 2
petit bétail et des volailles. Ferme de Kilibolo 2
Ferme Maraka 2
3.4.1. Le gros bétail Rungu Ferme de Bounameau 18
Ferme d l’Université de l’Uele 22
Effectif du cheptel bovin Wamba Ferme Zamani 7
dans le Haut-Uele (2005-2006)
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement
Territoire / Année 2005 2006 rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
Dungu 280 400
Faradje 710 890 Ces données constituent un relevé d’ensemble de la
Niangara 63 58 situation. Elles sont incomplètes. Il existe, en effet, d’autres
Rungu - 18 têtes de bétail non enregistrées, telles celles de l’élevage
Wamba 5 7 pratiqué par la procure de la mission catholique d’Isiro.
Watsa - - L’année 2010 connaît un début de reprise de l’activité des
Total 1.058 1.393 éleveurs de bovins, après le massacre que ceux-ci ont connu
pendant les différentes guerres ayant affecté le Haut-Uele.
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et
Développement rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007. 3.4.2. Le petit bétail
Le petit bétail comprend les caprins, les ovins et les
Cet élevage est principalement pratiqué par des porcins. Il constitue l’essentiel du cheptel traditionnel. Les
structures organisées (ONG, confessions religieuses, animaux ne sont généralement pas nourris et ne reçoivent
sociétés ou chefferies) ; on signale aussi sa pratique par des pas de soins vétérinaires. Ils vivent en divagation durant
particuliers. la journée et rejoignent leur abri derrière les cases le soir.
En 1994, le Haut-Uele comptait 710 têtes de bovins,
soit 0,18 % du cheptel provincial. En 2006, ce chiffre a. Les caprins
s’élevait à 1.393. Ils sont élevés en milieu rural, avec une forte
Les principales fermes d’élevage de bovins par territoire concentration, en 2005-2006, dans les territoires de
sont données dans le tableau ci-après. Faradje et de Watsa où ils servent principalement à régler
les factures de dot, à réparer les préjudices auprès de tiers
et à financer les funérailles ou encore à faire face aux
555 République démocratique du Congo, Ministères de dépenses occasionnelles (achat de biens durables pour la
l’Agriculture et de l’Élevage…, Monographie de la maison, soins de santé, frais de scolarité), etc.
Province-Orientale, op. cit., p. 91.

285
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

b. Les ovins La comparaison des chiffres de 2005-2006 par rapport


Leur élevage est peu pratiqué, sans doute à cause des à ceux de 1973-1974 montre une forte baisse des effectifs
habitudes alimentaires (beaucoup de gens n’apprécient pas de caprins, une baisse relative de ceux d’ovins et une forte
leur chair). En 2005-2006, on les rencontre dans tous les croissance des effectifs de porcins.
territoires, mais en effectif très réduit dans les territoires
de Dungu et Niangara. Dans les années 2000, on ne rencontrait des fermes
organisées que dans les territoires de Dungu et de Faradje.
c. Les porcins
À l’instar des caprins, leur élevage prend de plus en plus Répartition des fermes de petits bétail par territoire
d’importance, aussi bien en milieu urbain (où ils sont élevés (2006)
en enclos) qu’en milieu rural, où ils vivent en divagation. En
2005-2006, ils sont en forte densité dans les territoires de Territoire Ferme Effectif
Wamba et de Rungu où ils sont utilisés aux mêmes fins que Caprins Ovins Porcins
les caprins dans les territoires de Faradje et de Watsa. Dungu Ferme diocésaine - 300 -
Faradje Ferme Takebea 120 60 -
Effectifs des caprins, ovins et porcins par territoire Ferme Manuaku 180 30 -
(1973-1974 et 2005-2006) Ferme catholique de Tadu - - 30
Territoire Année Caprins Ovins Porcins
Dungu 1973 2.171 47 120 Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement
1974 4.507 50 250 rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007.
2005 4.531 11 363
2006 6.020 34 404 Gardons à l’esprit que ces statistiques sont très
Faradje 1973 91.883 4.919 332
1974 93.009 5.121 427 approximatives, la population ne déclarant pas l’effectif
2005 51.130 1.441 379 réel de son cheptel pour des raisons de contrôle fiscal. S’y
2006 51.200 1.482 387 ajoutent le manque d’équipement et de motivation de la
Niangara 1973 1.480 24 42 part des contrôleurs/animateurs agricoles (recenseurs).
1974 1.270 44 48
2005 2.426 142 432
2006 2.938 144 362
3.4.3. Les volailles
Isiro/Rungu 1973 528 56 350 L’élevage de volailles est pratiqué par presque toute
1974 293 35 - la population du Haut-Uele de façon et à des degrés qui
2005 2.987 821 6.401 diffèrent selon les espèces. Elles sont élevées à l’état sauvage
2006 2.102 890 7.008 et ne bénéficient quasi pas de soins vétérinaires. Les
Wamba 1973 197 - 23
1974 409 56 182
principales espèces élevées sont les gallinacés, les anatidés
2005 2.086 635 7.301 et les colombidés.
2006 1.889 617 7.430 Les gallinacés (poules et coqs) constituent l’espèce la
Watsa 1973 29.226 1.144 4.916 plus nombreuse. On en compte plus ou moins 252.500
1974 33.166 15.620 3.594 dont la répartition est fournie au tableau ci-dessous. Les
2005 4.578 1.451 3.314
anatidés (canards et canes) les suivent. Quant à l’élevage
2006 8.742 1.744 1.444
Total 1973 125.485 6.190 5.773 des colombidés, il est peu pratiqué et se concentre en
1974 132.654 21.926 4.501 milieu urbain.
2005 87.731 4.501 18.190 Les deux premières espèces sont élevées non seulement
2006 72.922 4.911 17.035 pour subvenir aux besoins alimentaires, mais aussi pour
résoudre certains problèmes économiques et sociaux,
Source : pour les années 1973 et 1974, République du Zaïre, Service
du Plan, Rapport de mission. Région du Haut-Zaïre, op. cit., p. 41 : pour notamment grâce à la vente des poulets de chair et des
les années 2005-2006, Rapport annuel de la division de l’Agriculture, œufs.
élevage, pêche et développement rural du Haut-Uele, 2007.

286
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

Effectifs des volailles dans le Haut-Uele (2005-2006) Bien que toutes les rivières du Haut-Uele soient
poissonneuses, les principales activités de pêche sont
Territoire Année Gallinacés Anatidés Colombidés concentrées le long des rivières Kibali-Uele, Bomokandi,
Dungu 2005 52.704 2.800 238 Gada, Nepoko, Kapili, Gurba et Mbwere. Depuis quelques
2006 54.835 3.870 262 années déjà, on note le développement d’une timide
Faradje 2005 89.818 - 539 activité piscicole dans les centres extracoutumiers.
2006 67.989 - 720 Les poissons sont vendus soit séchés (fumés ou
Niangara 2005 24.761 - 132 boucanés) soit frais.
2006 31.180 - 90
Rungu 2005 24.000 8.202 900
2006 26.000 8.700 900 3.6. LA CHASSE ET LA CUEILLETTE
Wamba 2005 29.128 571 544
2006 23.100 8.210 870 Dans le Haut-Uele, la chasse constitue une activité
Watsa 2005 35.399 - 512 secondaire. Outre les réserves et domaines de chasse, les
2006 54.869 10.414 861 savanes et les forêts du Haut-Uele sont également des
Total 2005 255.810 11.573 2.365 domaines de chasse pour la population. La chasse se fait
2006 252.573 31.184 3.703 soit à l’aide de fusils, soit à l’aide de pièges, filets, lances et
flèches.
Source : Division de l’Agriculture, Élevage, Pêche et Développement À la suite des guerres que la région a connues, on
rural du Haut-Uele, Rapport annuel, 2007. assiste à la recrudescence des activités de braconnage. De
grands mammifères tels l’éléphant (pour son ivoire et sa
Il faut avoir à l’esprit que les effectifs repris dans ces viande), l’hippopotame, le buffle, l’antilope géante… (pour
tableaux sont sous-estimés. La population, qui confond leur viande) sont chassés.
les recenseurs agronomes avec les agents du service des La cueillette et le ramassage concernent essentiellement
impôts, rechigne, en effet, à déclarer les effectifs réels de les champignons, les noix de cola, les poivres noirs, le
ses volailles. rauwolfia, divers fruits sauvages, les ignames, les chenilles,
À part les principales espèces élevées pour la les termites, le miel… Ils constituent des activités
commercialisation, on note également des espèces élevées périodiques de la population. Ces activités, considérées
subsidiairement pour la consommation. Il s’agit notamment comme complémentaires – et donc saisonnières –, sont
des lapins et des cobayes. À citer aussi les animaux de des activités permanentes pour les Pygmées, qui viennent
compagnie, tels les chats et les chiens et les animaux en juste après la chasse.
captivité : chimpanzés, macaques, cynocéphales, pintades, Les produits de la cueillette et du ramassage
perdrix, etc. Cette dernière catégorie ne présente aucun ne présentent qu’une faible importance sur le plan
intérêt économique et vit dans la plupart des cas en économique, excepté les poivres noirs exportés vers
l’absence de tout soin vétérinaire. l’Afrique de l’Ouest et le Sud-Soudan. Il en est de même
pour le rauwolfia, plante médicinale à partir de laquelle
on fabrique la quinine vendue sur les marchés à l’Est de la
3.5. LA PÊCHE RD Congo (Beni, Goma…).

La pêche pratiquée dans le Haut-Uele est artisanale.


Il n’existe aucune installation industrielle ou semi 3.7. L’EXPLOITATION MINIÈRE
industrielle ni pour la prise, ni pour la conservation
ni pour la transformation des poissons. La pêche est 3.7.1. L’Okimo
pratiquée principalement par les riverains, qui utilisent En 1972, suite à l’ordonnance-loi n° 72-034 du 10 août
filets, hameçons et autres moyens traditionnels. 1972 portant statuts de l’Institut de gestion du Portefeuille

287
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

(IGP), les statuts de l’Okimo sont refondus. Une nouvelle Les réserves inventoriées, dont l’exploitation est
ordonnance-loi n° 73-028 portant les nouveaux statuts de réalisable dans les conditions techniques et tenant compte
l’Office est promulguée le 20 juillet 1973. du cours de l’or en fin d’année 1974, se présentent de la
La production d’or fin de l’Okimo est de 3.058,234 kg manière ci-après :
en 1973, de 3.475,313 kg en 1974. Elle n’atteint plus que
2.055,205 kg en 1976. La répartition de cette production Réserves d’or fin à Kilo
entre les deux sites de Kilo et de Moto, est présentée au et à Moto 1974 (en kg)
tableau suivant pour les années 1973 et 1974.
Division Division Total
Production d’or fin de l’Okimo à Kilo de Kilo de Moto
et à Moto en 1973 et 1974 (en kg) 1e catégorie :
réserves reconnues rentables 2.084 8.345 10.429
Production d’or fin de l’Okimo
2e catégorie :
1973 1974 réserves probables 6.000 9.375 15.375
Mines de Kilo 749,344 560,770
Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Kilo-Moto. Exercice
Mines de Moto 2.308,890 2.914,543
1974, Bambu-Mines, 1975.
Total 3.058,234 3.475,313
En 1974, trois sièges entrent dans la gestion des mines
Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Kilo-Moto. Exercice de Moto : Durba, Gorumbwa et Agbarabo .
557

1974, op. cit. Dans le siège de Durba, l’usine comprend 3 axes de


broyage, suivis de deux axes de surbroyage. Le troisième
En 1975 la production d’or fin de l’Okimo était passée axe de surbroyage a été installé au cours de l’année 1974 ; ce
à 2.449,970 kg. Elle n’atteignait plus que 2.055,205 kg en qui a permis d’accroître la capacité de l’usine de traitement
556
1976 . de 25 %.
Le déclin de la production à Kilo est dû principalement Dans le siège de Gorumbwa, les travaux ont eu
à la baisse des teneurs, suite à l’épuisement des gisements, pour champ essentiel une exploitation à ciel ouvert
tant filoniens qu’alluvionnaires. À Moto, en revanche, le appelée carrière Sud, d’où ont été extraits 61.243 tonnes
niveau de teneur s’est maintenu par rapport à l’année 1973. de minerais ; une exploitation souterraine d’où ont
Les travaux préparatoires des années précédentes étant été extraites 111.000 tonnes de minerais ; des travaux
terminés, le niveau de production des mines de Moto a pu préparatoires (remblayage des vides des chambres afin de
dépasser les prévisions et couvrir une partie du recul de récupérer les piliers à forte teneur d’or par le creusement
Kilo. Mais la teneur moyenne de Moto, au cours de l’année d’un bouveau en dessous du niveau 720).
1974, est de 14,73 gr d’or à la tonne. La division Moto Dans le siège d’Agbarabo, il a été extrait 25.650 tonnes
connaît d’année en année une baisse continue des teneurs. de minerais.
Il n’a été possible de garder le niveau de production de La production de l’Okimo va tomber à 1.600 kg
l’année 1973 et même de le dépasser qu’en faisant tourner en 1980 et à seulement 419 kg en 1986. Cette baisse
à l’extrême limite de sa capacité l’usine métallurgique de s’explique essentiellement par l’état de délabrement des
Durba et en ajoutant un troisième axe au surbroyage. 558
installations .
Cette période coïncide avec le déclin de l’ensemble
556 République du Zaïre, Région du Haut-Zaïre, Division
de l’économie du pays, marquée en grande partie par la
régionale des Affaires économiques, Rapport
économique annuel, Kisangani, Service régional des 557 Office des mines d’or de Kilo-Moto, Rapport, exercice
Affaires économiques, 1972, p. 21, Fonds Benoît 1974, op. cit.
Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps 558 « Le secteur minier au Zaïre », Marchés tropicaux,
présent, Musée royal de l’Afrique centrale, III-5826/BV. n° 3349 du 2 décembre 1988.

288
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

mégestion. La survie d’Okimo va s’avérer difficile. Dans sera retirée à nouveau plus tard par l’arrêté ministériel n°
le protocole d’accord qui conduit, en 1988, à la création 0065/CAB-MINES du 4 septembre 1997 parce que, lit-
d’une nouvelle societé, dénommée Kimin (cf. infra), dans on, la Kimin « n’a pas tenu ses promesses ». Par l’arrêté
laquelle l’Okimo est actionnaire majoritaire, il est écrit : ministériel n° 0225/CAB-MINES du 4 novembre 1998,
« de très graves difficultés depuis 15 ans ont contraint à l’Okimo change de partenaire dans la convention et prend
une baisse de la production provenant de […] concessions Ashanti, en remplacement de la Kimin. À noter que par
559
[du Sud, partie Kilo en Ituri] de 4.500 à 654 kg d’or fin ». la suite, Ashanti, après fusion avec Anglogold, deviendra
561
À cause de la crise, l’Okimo est amené, en 1988, à opérer Anglogold Ashanti .
une restructuration juridique et à amodier une partie de Notons que cette saga de l’Okimo ne concerne pas
son domaine minier à une nouvelle société indépendante directement le Haut-Uele. Les activités de la nouvelle
dans laquelle il s’associe à des capitaux privés. L’Okimo société Kimin et de celles qui la remplacent et/ou s’y
crée, avec deux sociétés américaines, la compagnie Mindev ajoutent (Blue Rose en 2002, Mwana Africa Holding
Incorporated et la Société financière internationale/ LTD en 2004, Kibali Gold Sprl en 2005…) sont, en effet,
562
International Financial Corporation (SFI), la Kilo-Moto localisées dans la partie Kilo, en Ituri . Le site de Moto
Mining International (Kimin), au capital initial de 9 millions (siège à Doko, 12 km à l’est de la cité de Watsa), en territoire
de dollars US. Dans la nouvelle société, la participation de Watsa, dans le Haut-Uele et celui de Kilo, qui a pour
de l’Okimo s’élève à 45 % d’actions ; 44 % d’actions vont à siège Mongbwalu en Ituri, sont distants de 230 km.
Mindev et 11 % à la SFI. Il est entendu qu’« Okimo reçoit Des études prospectives menées n’ont fait que
ses 45 % gratuitement en échange de la mise à disposition confirmer l’existence de réserves toujours plus grandes de
des anciennes installations Okimo qui se trouvent sur le minerais d’or dans la région. Suite aux difficultés de gestion
périmètre de la concession à amodier. Kilo-Moto loue pour et de moyens, les recherches ont fortement diminué
25 ans à la Kimin cette concession. En contrepartie de quoi – voire ont été arrêtées – pendant plusieurs années. Les
elle percevra un loyer annuel de 2 millions de dollars US/an parties anciennement exploitées et reconnues pour le site
e
qui devient 4 millions US/an à partir de la 5 année. Le poste de Kilo et celui de Moto en 1988 s’étendent sur une surface
560
de président de la Kimin sera proposé au PDG d’Okimo ». qui couvre seulement un millième de la zone exclusive
La convention est signée le 25 août 1990 et approuvée par de recherches de l’Okimo. Cet Office dispose donc d’un
ordonnance présidentielle le 11 juillet 1991. potentiel important non reconnu et non mis en valeur.
En date du 4 juin 1997, la convention minière susvisée D’autre part, les anciennes exploitations ont récupéré une
est résiliée par arrêté ministériel n° 0001/CAB-MINES, partie seulement du minerai et les rejets de ces mines,
aux motifs ci-après : ainsi que les zones délaissées, contiennent beaucoup d’or
563
récupérable par de nouveaux procédés .
– non respect des engagements de Kimin vis-à-vis de La mine de Gorumbwa est souterraine et sa production
l’Okimo ; est traitée par le concentrateur de Durba. Le transport du
– violation de la loi minière ; minerai du sous-sol à la surface s’effectue par wagonnets
– mauvaise foi manifeste de Kimin. poussés à la main. Le minerai est ensuite transporté par
camion jusqu’au centre d’enrichissement. En 1988, l’Okimo
Cependant, le 12 juin 1997, la Kimin est autorisée à ne disposait que d’un camion pour ce transport dans la
reprendre ses activités dans la concession 40, par l’arrêté
ministériel n° 0002/CAB-MINES. Cette autorisation
561 Commission de revisitation des contrats miniers,
Rapport des travaux 1, novembre 2007, pp. 101-112.
559 Protocole d’accord entre l’Office des mines d’or de 562 Cela n’exclut cependant pas qu’il y ait eu diverses
Kilo-Moto, la Société financière internationale et la sociétés telles Gorumbwa Mining Sprl, Motogolg
Société Mindec Incorporated, document stencylé, Mines Ltd…) dans l’espace du Haut-Uele. Cf.
archives de la section d’Histoire du Temps présent, Commission de revisitation des contrats miniers,
MRAC. Rapport des travaux 1, op. cit.
560 Idem. 563 « Le secteur minier au Zaïre », art. cit.

289
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

mine de Moto. Le centre de Durba, où est traité le minerai concessions à des entrepreneurs qui contrôlent l’accès
de Gorumbwa, est situé à environ un kilomètre de la mine. aux mines et perçoivent des taxes, voire s’impliquent eux-
Le processus d’enrichissement consiste en concassage, mêmes dans la commercialisation. Dans le passé, ces sous-
broyage, concentration et amalgamation par table. Le traitants honoraient le paiement de la location à Okimo,
matériel et les procédés utilisés sont anciens et le taux mais cela a cessé565. »
564
de récupération de l’or est d’environ 50 à 60 % . Mais en En 2010, l’Okimo devient une société commerciale,
1988, l’on constate que les installations de Durba dans le la Sokimo (cf. supra). Dans la partie Moto, la production
Haut-Uele sont plus modernes que celles de Mongbwalu industrielle est assurée uniquement à Watsa (Durba) par la
en Ituri. Celles-ci possèdent un circuit de cyanuration Sokimo et la Borgakim Mining.
permettant un taux de récupération de l’or de l’ordre
de 85 %. 3.7.2. Production artisanale d’or,
L’Okimo va connaître des soubresauts à cause de la de diamant et de coltan
dégradation continue de l’économie congolaise, mais aussi L’Okimo fut pendant longtemps le seul exploitant
des crises politiques et des changements de pouvoir au légal des mines d’or de l’Uele. Mais la décomposition
niveau national. progressive de l’État à la suite de la zaïrianisation de 1974
va entraîner la substitution d’activités minières informelles
Production de Kilo-Moto par décennie aux activités industrielles et l’augmentation du nombre
566
en kg d’or fin de creuseurs . La libéralisation économique intervenue
en 1982 va entériner une situation de fait et favoriser
Années Site de Kilo Site de Moto Kilo-Moto le développement de l’exploitation dite « artisanale »,
1971-1980 6.302,355 17.955,392 24.257,747 entraînant sa cohorte de creuseurs et autres exploitants.
1981-1990 2.188,357 4.336,381 6.524,738 C’est sur un espace assez vaste que l’exploitation
1991-1995 46,001 140,578 186,579 artisanale s’insère, parce que la prospection du sol du
Haut-Uele doit encore se poursuivre. Actuellement, on
Source : Office des mines d’or de Kilo-Moto, Okimo, Indaba, 2005, trouve des gisements d’or dans les six territoires du Haut-
document inédit, p. 11. Uele, avec en tête ceux de Watsa et de Wamba.
Notons que la production artisanale concerne
Production industrielle d’or dans le Haut-Uele l’exploitation d’or, mais aussi celle d’autres minerais, tels
(2005-2007) le diamant et le coltan. Le 29 février 2009, l’entreprise
anglaise Rio Tinto a même posé la première pierre de la
Minerai 2005 2006 2007 construction d’une usine d’exploitation du minerai de fer
Quantité en gr Quantité en gr Quantité en gr dans le territoire de Rungu (chefferie Mayogo-Mabozo), à
Or 7.975,00 9.648,00 7.530,00 8 km d’Isiro sur la route qui mène à Wamba.

Source : Rapport annuels CEE et Okimo 2007. a. L’or


On compte actuellement dans le Haut-Uele une dizaine
Selon International Alert, « le déclin progressif de la de foyers miniers, avec plus d’une trentaine de carrières
société a entraîné, dans les années 90, la sous-traitance de d’exploitation artisanale d’or.
l’exploitation à des mineurs artisanaux […]. Ce système de
sous-traitance de la production/exploration compensait
l’incapacité de l’Okimo d’exploiter ses gisements. Mais il
est à noter que l’Okimo n’avait même pas les fonds pour 565 International Alert, Étude sur le rôle de l’exploitation
acheter l’or creusé par les orpailleurs et l’écouler sur le des ressources naturelles dans l’alimentation et la
marché. Au fil des années 90, l’Okimo a sous-loué ses perpétuation des crises de l’Est de la RDC, octobre
2009, p. 16.
564 Idem. 566 International Alert, op. cit.

290
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

Production artisanale d’or dans le Haut-Uele Localisation des carrières d’exploitation artisanale (or et
(2005-2007) diamant) dans le territoire de Faradje

Minerai 2005 2006 2007 Entités Noms des carrières


Quantité en gr Quantité en gr Quantité en gr Chefferie Logo-Lolia Lanyo
Or 63.979,75 45.383,75 - Chefferie de Mondo Missa, Bilibili (Diamant), Dodo
Chefferie Logo-Bagela Kadada, Walindua-Avuku, Dudu
Source : Rapport annuels CEE et Okimo 2007. Chefferie Logo-Ogambi Kpodho, Badri, Ku-bangui, Ogambi,
Bogoro
Dans le territoire de Niangara, les creuseurs artisanaux Chefferie Logo-Obeleba Azay et Alomo
sont installés principalement sur trois sites : Gada, Mabanda Chefferie Logo-Doka Abinva, Rafa, Marabi, Kozia, Biniki,
et Elu. L’exploitation artisanale de l’or est concentrée dans Anokonzi, Makoro, Giata, Kiesi,
la chefferie Kopa (Mamboto). Elle est localisée le long de Taganile, Kpatsu, Ramibi.
la rivière Gada et de ses affluents, dont principalement
Elu. Ces foyers miniers sont situés dans la concession de Dans le territoire de Watsa, les foyers miniers sont
l’Okimo, notamment à Arekaze, Elu, Mabanda, Mazizi situés dans le secteur Mariminza et la chefferie Mangbutu.
(chefferie Kereboro) et Mambeto (chefferie Kopa). En territoire de Dungu, les activités minières
Citons quelques acteurs artisanaux parmi les plus en artisanales se concentrent autour de l’or et du diamant. Les
vue : principales carrières d’extraction en 2010 sont présentées
dans le tableau ci-après.
– Konge : commerçant, exploitant d’or et de diamant,
implanté à Gangala na Bodio ; Localisation des foyers miniers
– le groupe Beau-Génie (comprenant Kulubolo Frédéric, dans le territoire de Dungu en 2010
Kabatamba Norbert, Mbala Dux et Ngolo Dieudonné)
exploite la carrière de Gada. En 2010, ce groupe monte Carrières Minerais Localisation/ Distance
une société avec des actionnaires japonais pour une en activité groupement par rapport
exploitation de l’or et autres minerais à Gada. Il a déjà au chef-lieu
signé un contrat de sous-traitance avec la Sokimo ; du territoire (km)
– Médard M. exploite la carrière de Longbo ;
– Jean-Marie M. exploite une carrière à Elu et Jean-Pierre Nangondi Or, diamant Gangala (Nabagu) 75
M. à Mabanda. Rivières : Tanganyka,
Sara, Biti, Kibali
Dans le territoire de Wamba, l’exploitation artisanale Nasala Or Sambia 135
se fait principalement dans le secteur MMB (Bole- Bouveau 5, Ngu
Bole, Lasa, Matete, Mambati, etc.), la chefferie Balika- Ngungi
Toriko (Gbonzunzu, Gatoa, etc.), la chefferie Makoda Canon
(Etakamokongo) et la chefferie Bafwakoy. L’existence de Pumuzika
diamants dans la rivière Obée (chefferie Malika-Ateru) Gbandi Or Ndanda 105
semble être attestée. Ariwara Moke 111
Dans le territoire de Faradje, les sites artisanaux sont Ligbombi 117
situés dans plusieurs chefferies. Ndedu Or Kpekpere 70
Kiliwa Or Napkudu, Li-May 25

Source : Mines et géologies, antenne de Dungu, 2010.

291
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Certains exploitants se sont regroupés pour créer b. Le diamant


la société d’exploitation Sopam en vue d’améliorer leur L’exploitation du diamant est très récente dans le Haut-
production et, surtout, de mieux résister face à l’Okimo. Uele. Il est principalement exploité dans les territoires de
Ils ont obtenu de celui-ci et de l’État congolais un permis Wamba, de Rungu et de Dungu. Son mode d’exploitation
de prospection qui leur donne également l’autorisation reste artisanal.
d’exploitation artisanale. Ils sont installés dans une
nouvelle carrière : la carrière de Gada. Depuis quelques Production artisanale de diamants
années, une nouvelle société s’est associée à la Sopam. Il dans le Haut-Uele de 2005 à 2007
s’agit de la société Beau-Génie (une société japonaise)
censée apporter les finances et le matériel (engins pour Minerai 2005 2006 2007
l’exploitation et le traitement de l’or). Ce partenariat a Quantité en carat Quantité en carat Quantité en carat
donné naissance à une nouvelle société, la BK Mining, qui Diamant 634,74 7.112,05 11.779,95
envisage l’industrialisation de l’exploitation par l’apport de
gros capitaux (cf. liste du cadastre minier du Haut-Uele en Source : Rapport annuel CEEC 2007.
annexe).

Panneau publicitaire d’un comptoir d’achat de diamants, situé devant le bureau du commissariat administratif du district du Haut-Uele. (Photo équipe locale, février 2011.)

292
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

c. Le coltan femmes. Ce sont par ailleurs eux seuls qui déterminent le


Jusqu’en 2010, ce minerai n’était exploité que dans le prix auquel ils achètent les matières précieuses.
territoire de Wamba (chefferie Bafwakoy et secteur MMB). Le secteur minier artisanal a eu, pour Mombi, un
En 2010, les principaux exploitants artisanaux de impact non négligeable sur l’agriculture. En détournant la
minerais du Haut-Uele sont des autochtones et les main-d’œuvre agricole jeune attirée par la perspective de
acheteurs des trafiquants ougandais. revenus plus élevés, il a entraîné, en effet, une baisse de
la population jeune dans les villages, et, conséquemment,
d. Conséquences économiques et sociales une diminution de la production agricole et l’abandon de
de l’exploitation minière artisanale la culture du café, qui faisait d’Isiro, dans les années 1970 et
Dans une étude de 2010, Grégoire Mombi558 analyse 1980, la « capitale de l’or vert ». Le secteur minier artisanal
l’organisation et les conséquences économiques et sociales constitue également un concurrent en matières d’espaces
de l’exploitation minière artisanale dans le Haut-Uele. agricoles, étant donné la primauté du code minier sur le
Selon lui, ces carrières sont placées sous l’autorité code foncier. Il peut, enfin, conduire à la disparition de
directe de l’inspecteur minier du district. Chaque certains villages et centres.
« camp » constitue cependant un véritable État dans l’État, La baisse de la production agricole (qui constituait
disposant d’un gouvernement, d’une armée et d’un police l’essentiel du fret du CFU et des camionneurs) a, à son
propres559. Le pouvoir y est concentré entre les mains de tour, entraîné l’affaiblissement du secteur des transports
personnes ayant été d’abord braconniers avant de devenir dans le Haut-Uele.
exploitants. Elles bénéficient, pour la plupart d’un appui L’exploitation minière artisanale ne semble pas
– direct ou indirect – des autorités politico-administratives non plus, selon Mombi, entraîner un développement
nationales, provinciales, judiciaires voire militaires. Elles des activités financières ou des recettes publiques. Les
disposent ainsi d’un réel pouvoir de commandement et de opérateurs ne disposent en effet pas de comptes bancaires.
contrôle, tant sur les autorités coutumières locales que sur Les transactions s’effectuent de la main à la main. Aucune
leurs sujets. Une telle situation entraîne de nombreuses épargne ne se constitue donc auprès des institutions
conséquences néfastes. Tout d’abord, elle est propice à financières. Par ailleurs, la fraude est omniprésente,
la corruption, au trafic d’influence, au non-respect du du creuseur à l’acheteur ou au marchand, de celui-ci
droit de propriété, à l’escroquerie, au chantage, voire aux à l’exploitant, puis de ce dernier à l’inspecteur minier
viols. Sur le plan économique, elle constitue une entrave et au service du fisc. Les quantités déclarées sont donc
à la concurrence. Les exploitants se réservent en effet extrêmement faibles et cette activité contribue très peu au
le monopole du commerce des produits de première financement des dépenses publiques.
nécessité, au détriment des activités commerciales des G. Mombi pointe enfin un impact négatif de ces
activités sur la santé des populations et sur l’éducation des
558 Mombi Amboko, G., « Incidence de l’exploitation arti- enfants. Au plan sanitaire, il mentionne la multiplication
sanale des matières précieuses sur l’agriculture dans des maladies sexuellement transmissibles, et en particulier
l’Uele », communication au colloque international du VIH/SIDA (7% à Isiro et dans ses environs). Il
La « quête des ressources en Afrique centrale » (2) : le explique cette croissance par le fait que les femmes,
secteur minier en République démocratique du Congo empêchées de s’adonner au petit commerce – confisqué
(RDC). État des lieux et perspectives, Colloque interna-
par les exploitants –, ont été contraintes de pratiquer
tional organisé par l’Université de Lubumbashi (RDC)
la prostitution et par les violences et exactions sexuelles
et le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) du 1er
auxquelles elles sont soumises. Au plan de l’éducation,
au 3 décembre 2010, à Tervuren (Belgique).
559 Omasombo Tshonda, J., « Les diamants de Kisangani : il observe un faible taux de scolarisation et un taux de
de nouveaux seigneurs se taillent des fiefs sur le modèle déperdition scolaire très élevé, les jeunes ayant tendance
de l’état zaïrois de Mobutu », in Monnier, L., Jewsiewicki, à fuir les études pour les carrières, où ils espèrent « gagner
B. et de Villers, G., Chasse au diamant au Congo/Zaïre, une grosse pierre ». Arrivés là, ils sont soumis à de très
Tervuren/Paris, Institut africain-CEDAF/L’Harmattan, lourds travaux, rémunérés de manière dérisoire, et vivent
pp. 79-126, « Les Cahiers africains, n° 45-46 ».

293
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

dans un environnement moral sans repères, quand ils ne principal fournisseur de savon pour le Haut-Zaïre. Cette
sont pas mis au service des mouvements politico-militaires société, qui produisait 1.000 tonnes de savon par mois
comme transporteurs et deviennent des « enfants soldats ». (cela correspondait à 40 % des besoins de la région),
ne travaillait plus, en 1974, qu’à 70 % de sa capacité et
3.8. L’INDUSTRIE fournissait 650 tonnes de savon par mois560. La Socituri
deviendra la Société de savonnerie et plastique (Saplast)
Il n’existe pas d’industries dans le Haut-Uele ; seules en 1996.
quelques petites usines de traitement des produits et de
transformation. En 1994, la seule usine agro-industrielle à fonctionner
dans le Haut-Uele est la Socituri (Saplast). Cette société
3.8.1. Usines de traitement comprenait sept unités de production : la savonnerie, la
Il s’agit principalement des usines de décorticage de rizerie, la production de café, la menuiserie, la plastiquerie
café, de paddy, d’égrainage de coton, d’extraction d’huile (bidons, assiettes, gobelets), la production d’eau distillée et
de palme et de palmiste. Depuis près de trois décennies, d’huile de table. La zaïrianisation de 1974, d’abord, puis les
la plupart de ces usines sont soit à l’arrêt, soit démantelées. crises politico-économiques qui ont suivi ont fortement
marqué la production. En 1994, la savonnerie était la seule
3.8.2. Usines de transformation unité de production à fonctionner – encore qu’à la moitié
En 1974, la Société commerciale et industrielle de de sa capacité installée – et de façon intermittente. Les
l’Ituri (Socituri), dont le siège se trouve à Isiro, était le autres productions étaient réduites à la portion congrue.

Production annuelle moyenne de la Saplast 1989-1994

Savon de Riz Café Menuiserie Plastiquerie Eau Huile


ménage (tonnes) Robusta (m3/mois) (pièces) distillée de table
(tonnes) (tonnes) (litres) (litres)

Capacité installée 3.600 1.000 1.000 5,00 100.000 1.000 240.000


Production annuelle
moyenne 1.440 100 1 1,25 10.0000 300 0

Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’agriculture et de l’élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, Forêts et Pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, octobre 1998, p. 225.

560 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de


mission. Région du Haut-Zaïre, op. cit., p. 55.

294
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE DE 1975-2010

En 2010, la production de savon de la Saplast est construites par les missionnaires catholiques, celle
intermittente561. de Nzoro par l’Okimo et celle d’Apoyo par un certain
Djona.
3.8.3. Les usines (de transformation) artisanales Outre les centrales citées ci-dessus, le Haut-Uele a des
On regroupe dans cette catégorie tous les ateliers potentialités hydroélectriques sur ses cours d’eau. La rivière
de transformation artisanale. Il s’agit des ateliers de Nepoko a un débit annuel moyen de 220 m/seconde et son
menuiserie et de production d’œuvres d’art, des ateliers de potentiel utilisable est estimé à 534 GWh/an pour une
torréfaction artisanale de café, de fabrication artisanale de puissance de 61 MW. Un autre site potentiel sur la même
savon, des bijouteries, des boulangeries, des briqueteries rivière est situé à 95 km d’Isiro avec une puissance estimée
et des forges. de 3 à 10 MW. La Bomokandi est également jalonnée de
Ces fabriques sont très dispersées dans le Haut-Uele. rapides et chutes le long de son parcours. Son potentiel
Situées à la limite entre le secteur formel et informel, hydroélectrique utilisable est estimé à 656 GWh/an, soit
celles-ci sont difficiles à identifier, c’est-à-dire à dénombrer une puissance de 75 MW. La chute de Zukuma, située
et donc à recenser. sur la route Dungu-Gao, à 75 km d’Isiro, a un potentiel
utilisable estimé à 0,80 MW pour une puissance de 6,1
3.8.4. L’industrie du bois GWh/an. La chute de Wede, dans le territoire de Niangara,
Les principales essences exploitées dans le Haut-Uele à 15 km du chef-lieu du territoire, a un potentiel utilisable
sont l’ébène, l’okoumé, le bois vert, le liboyo, le kofo, l’arbre de 11 GWh/an pour une puissance estimée de l’ordre de
à encens (dit safoutier sauvage). 1 MW.
Dans le territoire de Niangara, l’exploitation du bois
est l’apanage d’une certaine catégorie d’exploitants qui
occupent des terrains. Ainsi, la paroisse catholique de 3.10. LE COMMERCE
Niangara possède une exploitation à Lipombo, Couproco
à Ndingba, Gomolo à Gada, Tamile à Eti… Le commerce reste, après l’agriculture, l’activité
économique dominante du Haut-Uele. Il repose sur
l’échange de produits agricoles (huile de palme, café,
3.9. LES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES poivre noir, rauwolfia) contre des produits manufacturés
et, dans une certaine mesure, contre des produits miniers
De nombreux cours d’eau qui sillonnent le territoire (or, diamant, coltan).
le Haut-Uele ont donné lieu à la construction de petites Ces échanges sont principalement dirigés vers le Nord-
centrales hydroélectriques : Kivu et l’Ituri, mais aussi vers Kinshasa et Kisangani.
- centrale de Nzoro sur la rivière Nzoro en territoire de Cependant, les échanges vers Kinshasa et Kisangani
Watsa ; deviennent de plus en plus assymétriques depuis la
- centrale de Rungu sur la rivière Rungu en territoire de chute de la production agricole du Haut-Uele et la prise
Rungu ; de pouvoir par l’AFDL en 1997, mais surtout à cause des
- centrale d’Apoyo à 16 km d’Isiro, axe Kisangani ; difficultés de transport.
- centrale de Kibali I sur la rivière Kibali à Dungu. Le commerce informel prend de plus en plus d’ampleur
en raison de la déconstruction de l’État. Le commerce dans
Les deux premières sont opérationnelles et le Haut-Uele se fait principalement par avion et par vélo,
alimentent les chefs-lieux des territoires de Watsa et à cause de la dégradation très avancée des routes. Cette
de Rungu, tandis que les deux dernières sont en panne activité est presque exclusivement tenue par les Nande,
en 2010. Les centrales de Kibali et de Rungu ont été mises à part quelques sociétés comme Beltexco, Jeraj,
Maison Mbanga, etc.
561 Mombi Amboko, G., « Incidence de l’exploitation ar- En 2010, les échanges avec l’Ituri sont inexistants à
tisanale des matières précieuses sur l’agriculture dans cause de la présence des éléments de la Lord’s Resistance
l’Uele », op. cit., p. 5.

295
CHAPITRE VII L’EXPLOITATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE

Army (LRA) (voir supra). Divers opérateurs économiques 3.11. LES SERVICES
ont déserté la région pour se réfugier à Isiro ou ailleurs.
Le Sud-Soudan sert plutôt d’escale pour les produits Sont à ranger dans la catégorie des services de
ougandais qui transitent par Ariwara (poste frontalier nombreuses petites activités, tels les ateliers de couture, les
dans le territoire d’Aru en Ituri). salons de coiffure, les ateliers de réparation (vélo, moto,
Dans le territoire de Dungu, le commerce concerne montre) et autres garages563, les postes à soudure, les
certains produits agricoles, miniers, forestiers, dans les cordonniers, les abattoirs et les boucheries, etc. Ajoutons-y
centres de négoces et sur les marchés du territoire. Il les quelques banques et les agences de transfert de fonds,
existerait 28 marchés et 10 centres de négoce. Ces lieux en plus des entreprises publiques comme la Régie de
sont répartis dans trois chefferies différentes : la chefferie distribution d’eau (Régideso) et la Société nationale
Wando, qui dispose de 8 centres de négoce et de 21 d’électricité (Snel).
marchés ; la chefferie Malingindo, qui a un centre de Pour ce qui est des banques, avant 1990, on trouvait à
négoce et 3 marchés ; la chefferie Ndolomo, qui dispose Isiro la Banque du Zaïre, la Banque commerciale zaïroise,
d’un centre de négoce et de 5 marchés. l’Union zaïroise des banques, la Banque du peuple, la
Suite à l’insécurité régnante dans le territoire causée Nouvelle Banque de Kinshasa et la Caisse d’épargne du
par la rébellion armée du Sud-Soudan (SPLA), l’armée Zaïre. À la fin de 2010, le Haut-Uele compte les institutions
du peuple éleveur (Mbororo) et les éléments de la LRA, financières suivantes : la Banque centrale du Congo (BCC)
plusieurs de ces marchés et centres de négoce ont été (agence autonome d’Isiro), la Banque congolaise à Isiro, la
rendus inopérationnels. Coopec la Cruche, la Caisse d’épargne du Congo (Cadeco).
Outre les autochtones vivant dans le territoire, On dénombre cinq agences de transfert de fonds dans
des commerçants nande entretiennent des relations le Haut-Uele. Il s’agit de Soficom, Mister Cash, Western
commerciales avec la population, portant principalement Union, Gold Money Trust (GMT) et Baraka Prece qui ont
sur l’or exploité dans le sud-est du territoire de Dungu. des bureaux à Isiro. Seule Baraka Prece a des agences à
Les échanges locaux concernent principalement l’huile de Wamba et à Watsa.
palme, la farine de manioc, la viande de chèvre, le poulet, La Société nationale d’assurance (Sonas) a des agences
etc. qui sont vendus sur les marchés à Faradje, Watsa, Aru à Isiro et à Watsa, la Régideso des agences à Isiro, Watsa
et même en Ouganda. et Wamba. La distribution d’eau est limitée à une partie
Le territoire de Rungu dispose d’un important centre de la cité d’Isiro, à cause de l’étroitesse de son réseau.
commercial à Isiro et trois centres de négoce à Medje, L’approvisionnement en sources d’énergie et en produits
Nangazizi et Rungu. Il existe aussi quelque 46 marchés chimiques, le délabrement du réseau et le faible revenu
périodiques organisés à travers le territoire. de la population constituent les principales difficultés
À Isiro même, on a inventorié 21 maisons de auxquelles elle est confrontée.
commerce plus ou moins importantes562. Mais il n’existe
aucun magasin de gros ou semi gros, ce qui amène les
petits commerçants à s’approvisionner à partir de Beni,
Ariwara ou Kampala (en Ouganda) et Kinshasa (pour les
produits de luxe).
Ce qui domine le commerce dans le territoire de
Wamba, ce sont les étalages en forme de boutiques
(échoppes). C’est une activité exercée dans les centres
de négoce de la cité de Watsa, dans les foyers miniers de
Kokoro, Dubele, Ngangazo, Durba, Tora, Subani, Giro,
Ganga et Ngenea.
563 Notons qu’en 1957, le Haut-Uele comptait 13 garages,
dont 9 à Paulis. Cf. Carbonnelle, C. et Kirschen, E.S.,
562 Rapport annuel du territoire de Rungu, 2007. L’Économie des deux Ueles, op. cit., p. 64.

296
LES TRANSPORTS

CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS :


LES TRANSPORTS, LES COMMUNICATIONS,
LE TOURISME, L’ENSEIGNEMENT ET LA SANTÉ

L
e Haut-Uele est devenu quasi inaccessible, 1. LES TRANSPORTS
que ce soit par la route, le chemin de
fer ou par voie aérienne. Quant aux Trois modes de transport sont utilisés dans le Haut-
communications par téléphone mobile ou Uele : le mode routier, le mode ferroviaire et le mode aérien.
autres cellulaires, elles sont extrêmement
difficiles. Cette situation est en grande partie imputable
au fait que le Haut-Uele se situe à la périphérie du pays. 1.1. LE MODE ROUTIER564
Les conditions ne sont, dès lors, pas du tout remplies pour
exploiter le secteur touristique, dont les atouts locaux sont Le réseau routier du Haut-Uele a été en grande partie
pourtant non négligeables. l’œuvre de la Société des mines d’or de Kilo-Moto. G.
Bien que la province soit dotée depuis quelques Moulaert qui fut vice-gouverneur général de la Province-
années d’un centre universitaire, celui-ci ne permettra Orientale, écrit en 1935 : « La Société des mines d’or a doté
pas de résoudre, à bref délai, l’immense problème de la région d’un réseau complet de routes parfaites et placé
l’enseignement. Comme ailleurs dans le pays, les autorités le pays au centre d’un service de communications, relié à
locales ont préféré investir dans l’enseignement supérieur l’Atlantique et à l’océan Indien565. »
– plus prestigieux –, que dans les enseignements primaire On peut suivre l’évolution de la situation du transport
et secondaire. Pourtant, il serait plus rationnel de se de la région :
préoccuper d’abord du niveau des instituteurs et des élèves,
afin que ceux-ci puissent, lorsqu’ils entreront à l’université, « En 1920, il n’y avait pas un kilomètre de route dans les
disposer d’un bagage intellectuel suffisant. régions minières du Nord-Est de la Colonie. Six ans après, le
Le Haut-Uele a également un très grand problème portage avait complètement disparu. Les Mines de Kilo étaient
de santé. Non seulement la gestion des infrastructures reliées au lac Albert. Celles de Moto au Nil et une première
médicales y laisse beaucoup à désirer, mais la politique des jonctions était réalisée entre les deux exploitations.
soins de santé doit aussi, dans un premier temps, y être
repensée totalement, puis une nouvelle vision doit être
élaborée. 564 Office des routes, Direction d’entretien, Exposé de
la direction, à l’occasion de la réunion des directeurs
provinciaux de l’Office des routes, du 24 au 29 mars
2008, p. 3.
565 « Les exploitations minières de Kilo-Moto et de la
Province-Orientale », Congo, Revue générale de la
Colonie belge, extrait janvier 1935, Bruxelles, éd. Goe-
maere, p. 5.

297
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

[…] Afin de permettre l’augmentation des effectifs de Le parc automobile des Mines se compose de 66 voitures
travailleurs, tous les centres indigènes producteurs de vivres et 90 camions, et nos entrepreneurs de transport disposent, en
furent reliés aux camps, centres de consommation. outre, de 50 camions.
De plus, pour assurer la sécurité, la rapidité et l’économie Le tonnage transporté en 1933 a été de plus de 3 millions
des transports par l’emploi de camions de 4 tonnes, tous les de tonnes kilométriques.
ouvrages d’art furent construits en matériaux durables. […] La voie ferrée, en effet vient d’atteindre Isiro, à l’entrée
[…] En 1926, il y avait 1.200 km de routes. En 1934 : du Nepoko, à 560 kilomètres d’Aketi, sur l’Itimbiri. D’Isiro
3.215 km. à Watsa il n’y a plus que 360 kilomètres de transports
566
Nous avons lancé 105 ponts métalliques, dont les routiers . »
principaux sont ceux du Kibali et de la Dungu, à Faradje,
qui ont 48 mètres de portée ; du Bomokandi, à Gombari, 66 À la fin des années 1990, voici quelles étaient les routes
mètres ; du Zoro, 72 mètres. du Haut-Uele :

Réseau routier prioritaire du Haut-Uele à la fin des années 1990

Territoires Secteurs Tronçons routiers Longueur Jonction


Dungu Wando Dungu-Gitima-Mapiapia 50 RR 419
Dungu-Ndedu 45 RR428
Dungu-Ngilima 70 RR 420
Walingindo Ngilima-Bangadi 70 RR 419
Ndolomo Bangadi-Doruma 70 RR 419
Sous-total 3 5 305
Faradje Logo-Lolia Djabir-Sadi 74 RN 26
Logo-Obambi Sesenge- Bungi 96 RN 26
Logo-Doka Boci-Makere-Durba 60 RN 26
Asira-Malimba 25 RN 26
Logo-Obeleba Malimba-Kana 35 RR 434
Sous-total 4 5 290
Niangara Kereboro Niangara-Bokoko 65 RR 419
Niangara-Mapiapia 50 RR 419
Molay-Wamba-Moke-Mungingwa 46
Mangbele Wawa-Bif. Route Buta 16 RR 420
Boemi Kiliwa (Bif. Route Buta) 56 -
Okondo Savula-Nangbana dir. Route Buta 24
Route Dete 55 -
Manzinga Kpanga-Nambia 60
Sous-total 5 8 372
Rungu Ndei Isiro-Arindru 53 RR 413
Ebunda-Vladana 27 RR 423
Medje-Mongo Arindru-Medje 30 RR 424
Medje-Nagosira 34 RR 423
Mongo-Masi Isiro-Nagosira 50 RR 423
Mboli Nagosira-Ebunda 26 RR 423

566 Idem, pp. 2-5.

298
LES TRANSPORTS

Azanga Mangazizi-Bunya 23 RR 413


Rungu-Nokalagba 64 -
Sous-total 5 8 307
Wamba Makoda Bafwabaka-Baseani-Babonde 105 RR 413
Mabudu-Balika Bayenga-Bac Bafwabaka-Obongoni 60 RR 413
Bafwakoy Wamba-Tibi-Agbau Tahagbo 63 RR 429
Bombombi-Asendabo-Baxc Obangoni 57 RN 25
Bafwagada Vube-Legu-Nepoko 47 RN 25
Mara Angali-Lim. Ter. de Watsa 94 RR 429
Timoniko Nebobongo-Aundu 18 RR 425
Sous-total 6 7 444
Watsa Kebo Apodo-Nepoko-Digho 48 RR 430
Kibali Watsa-Mangu Kalima-Tora 25 RR 433
Mangbutu Watsa-Telekundu-Moku-Taru-Efelone 88 RR 432
Gombari Tibodki-Andikenopi 30 RN 26
Andikenopi-Ndeya-Obo 25
Mari-Minza Moku-Taru 8 RN 26
Sous-total 5 6 224
Total 1.942

RN = routes nationales ou routes d’intérêt général : routes qui relient directement au moins deux chefs-lieux de territoire ou celles qui
desservent des régions géographiquement enclavées.
RR = routes provinciales (ou routes régionales) : routes dont l’entretien revient théoriquement au gouvernement provincial.
Routes d’intérêt local appelées aussi « Réseau routier prioritaire de desserte agricole » : routes qui drainent des « régions agricoles ». En
général, il s’agit de pistes en terre.

Source : Commission des infrastructures des transports, communications et de l’habitat, Rapport final, juillet 1997, pp. 198-199.

Toutes ces routes étaient des pistes en terre, dégradées Le tableau suivant présente la situation des routes du
à la suite des pluies et des intempéries. Aux multiples Haut-Uele en 2010.
problèmes liés à la faible praticabilité du réseau routier
s’ajoutait celui de l’insuffisance et de la vétusté du charroi
automobile.

299
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Situation générale des routes dans le Haut-Uele en 2010

Axes routiers Code Km Partie du Partie du Partie du Moyens de


tronçon tronçon tronçon transport
en bon état dont l’état en mauvais adaptés à la
est moyen état situation
Isiro-Mungbere-Watsa-Faradje-Aba
(Frontière avec le Sud-Soudan) RN26 484 56 50 484 Motos et vélos, rares
véhicules
Poko-Ngina-Isiro-Wamba-Niania RN25 388 10 120 258 Motos et vélos, rares
véhicules
Djamu-Mambasa RPP430 167 - - 167 Motos et vélos, peut être
rares véhicules
Angoli-Mando (Bifurcation RN26 Mungbere) RPP429 73 - - 73 Motos et vélos
Isiro-Irunu-Ameta RPP26 128 01 21 106 Motos et vélos, rares
véhicules (peut être)
Baranga-Niangara-Dungu-Faradje RPP420 389 - 88 301 Motos et vélos, rares
véhicules
Niangara-Bokoko-Ango RPP19 451 - - 451 Motos et vélos
Dungu-Ndedu-Kodi (Bifurcation RN26) RPP428 132 - - 132 Motos et vélos, rares
véhicules
Basuku-Biwa-Rungu RPS421 114 - - 114 Motos et vélos
Kominiere-Elwa-Adunadra RPS422 59 - - 59 Motos et vélos
Ngima-Nagosira-Isiro RPS428 105 - - 105 Motos et vélos, rares
véhicules
Nagosira-Arindu RPS424 59 - - 59 Vélos, rares motos
Ibambi-Bosiama RPS425 43 - - 43 Motos et vélos
Kandi-Dungu RPS427 80 - - 80 Motos et vélos
Kambwametia-Entrée Parc RPS439 150 - - 150 Motos et vélos, rares
véhicules (peut être)

Les moyens de transport les plus utilisés par la – pont sur la rivière Kibali à Dungu centre, construit en
population pour se déplacer et assurer l’évacuation de béton armé depuis la période coloniale. Il est entamé par
ses produits sont les motos, les vélos et les kumba-kumba les érosions ;
(portage des marchandises sur la tête ou le dos). – pont sur la rivière Dungu, à Dungu centre, construit en
Les chauffeurs (de véhicules et de motos) se retrouvent béton armé depuis l’époque coloniale. Son état est assez
dans la section du Haut-Uele de l’Association des chauffeurs bon ;
du Congo (Acco). Celle-ci comprend aussi les chauffeurs – pont sur la rivière Duru, axe Dungu-Bangadi, en béton
des taxis-motos. Ceux-ci ont une autre association locale et en bon état ;
dénommée Association des taxis-motos de l’Uele (Atamu). – pont sur la rivière Kapili, axe Dungu-Bangadi, en béton
armé et en bon état, réhabilité par le diocèse Dungu-
Le Haut-Uele compte un nombre important de points Doruma ;
de passage (PP) de qualités diverses. Le territoire de Dungu – pont sur la rivière Buere, axe Dungu-Bangadi-Doruma,
compte, à lui seul, 8 points de passage : pont métallique, qui date de la Seconde Guerre
mondiale. Son état est très bon ;

300
LES TRANSPORTS

Pont sur la rivière Kibali. Photo équipe locale, 2011.

– pont sur la rivière Gurba et Naisa, axe Doruma, pont de – écartement de 0,60 m ;
fortune en matériaux locaux ; – rail de 18 à 33 kg/m ;
– ponts sur les rivières Aru et Nangume, axe Faradje, en – 1.500 traverses métalliques par km ;
béton armé, réhabilités par Oxfam Québec (Canada) ; – pente maximum 15 % ou 17 mm/m ;
– pont sur la rivière Ibu, axe Ligbombi-Tora, pont (de – rayon de courbure minimum de 200 m et vitesse
fortune) construit avec des matériaux locaux (troncs moyenne : 15 km/heure567.
d’arbre).
Le chemin de fer Mungbere-Aketi-Bumba a été
construit pour servir de voie de sortie aux produits
1.2. LE MODE FERROVIAIRE agricoles (coton, café, huile de palme, bois principalement)
du Bas-Uele et du Haut-Uele. Il permettait, en retour,
Le Haut-Uele dispose d’un réseau ferroviaire d’environ l’acheminent des produits pétroliers et manufacturés en
200 km, allant de Mungbere à Mozaba sur un total de 745 provenance de Kinshasa.
km (Mungbere-Bumba via Aketi) du réseau ferroviaire En 1974, il permettait de transporter un peu plus de
exploité par l’Office des chemins de fer des Uele (CFU) 50.000 tonnes par an, soit en moyenne 150 tonnes par
créé en 1991 par l’ordonnance présidentielle n° 91-039 du jour568.
3 avril 1991, à l’issue de la restructuration de la Société
567 PNSAR, Monographie de la Province-Orientale, 1998,
nationale des chemins de fer du Congo (SNCC). Le CFU
pp. 183-184.
a hérité du réseau ferroviaire autrefois exploité par la 568 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
société Vicicongo (CVC). Ce chemin de fer présente les mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, Fonds Benoît
caractéristiques suivantes : Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps
présent, Musée royal de l’Afrique centrale, p. 72.

301
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Bâtiments administratifs du chemin de fer des Uele à Isiro. (Photo équipe locale, février 2011.)

Le chemin de fer des Uele (CFU) traverse le territoire Avec sa piste asphaltée, l’aéroport de Matari-Isiro a
de Rungu d’ouest en est, de Mozaba à Ndubala. La direction la capacité de recevoir des aéronefs de type B737, B727
générale est située à Isiro. Autrefois épine dorsale des et DC8. En 1994, le nombre de passagers enregistrés (au
Uele, le CFU n’est plus opérationnel depuis une vingtaine départ et à l’arrivée) était de 5.507. En 1974, il était de 3.933
d’années. La société ne dispose d’aucun matériel roulant (passagers à l’arrivée) et de 4.251 (passagers au départ)569.
et la gare d’Isiro en particulier se trouve dans un état de Les autres pistes sont exploitées par les petits porteurs des
délabrement avancé. La quasi-totalité des locaux sont missionnaires, ASF et MAF principalement. La piste de
exploités par d’autres services étatiques. C’est le cas de la Doka/Durba reçoit aussi des Antonov en provenance de
SNEL, du Cerni, du collectif des ONG, du bureau de la Beni.
Société civile Haut-Uele, du bureau de la FAO, de l’Église En 2009, la fréquence de la flotte aérienne sur Matari-
Jésus seul sauveur (JSS). Isiro est de 2 à 5 atterrissages par jour. Les lignes les
plus fréquentées sont Isiro-Beni, Isiro-Bunia et Isiro-
Kisangani-Kinshasa. Elles sont fréquentées par les avions
1.3. LE MODE AÉRIEN des compagnies Malu Aviation, Kavatsi, Cetraca, Monuc
et les compagnies d’aviation des Églises.
L’aéroport national de Matari-Isiro est situé dans le Outre les pistes citées ci-dessus, la Mission des
territoire de Rungu, à 6 km de la cité d’Isiro. Le Haut-Uele Nations unies au Congo (Monuc) aménage une piste en
dispose, par ailleurs, de petites pistes à Dungu, Faradje, terre de plus ou moins 3.000 m à Dungu, un territoire
Doka/Durba (Watsa), Nebobongo et Wamba. Ajoutons à frontalier avec le Sud-Soudan. La plupart des aérogares
cela les pistes de l’Institut congolais de la conservation de
la nature (ICCN) dans le Parc national de la Garamba. 569 Bulletin des statistiques générales Région Haut Zaïre,
n° 7, 1974, p. 31.

302
LES TRANSPORTS

sont localisés dans les territoires de Dungu et de 2. LES COMMUNICATIONS


Niangara.

L’Office congolais de poste et télécommunications


Description des pistes d’atterrissage (OCPT), créé par l’ordonnance-loi n° 68-475 du 13
dans le territoire de Dungu en 2010 décembre 1968, jouissait du monopole d’exploitation
dans le secteur des télécommunications, à savoir
Dénomination Longueur État Localisation les services postaux, la téléphonie, la télégraphie, la
(en m) radiocommunication et la transmission des données et
Linakofo 3.000 En construction en Dungu signaux de communication par satellite. Mais l’OCPT est en
2010 par la Monuc crise et plusieurs de ses services ne fonctionnent plus. Dès
AFS - Normal Dungu 1989, le gouvernement zaïrois encouragea la libéralisation
Nagero Nagero de ce marché et on assista, dès lors, à l’éclosion du système
Bangadi Bangadi cellulaire dans tout le pays.
Doruma Doruma La situation du Haut-Uele à la fin des années 2000 est
Napopo Napopo décrite ci-après.
Ngilima - Impraticable Ngilima L’entreprise Celtel/Zain dessert la cité d’Isiro, la cité
Ndedu Ndedu de Wamba, la cité de Watsa et le poste d’encadrement
Duru Duru administratif d’Ibambi dans le territoire de Wamba.
L’entreprise Vodacom dessert les cités d’Isiro, d’Aba, de
Source : Service de transport du territoire de Watsa, 2010. Watsa, de Dungu et de Bole-Bole. Les services administratifs
de l’État continuent à utiliser la phonie là où les antennes
téléphoniques ne sont pas opérationnelles. Les phonies
Dans le territoire de Niangara, il existe un aérodrome sont également utilisées pour la communication avec les
de 1.200 m dans la cité de Niangara ; mais son entretien centres miniers de l’intérieur. La cité d’Isiro et certains
est sporadique et son état est défectueux. Deux autres centres du Haut-Uele sont connectés à l’Internet par les
pistes d’atterrissage permettent au territoire de recevoir services de Vodanet. Outre les antennes téléphoniques, le
des petits porteurs. Il s’agit de la piste de Nebobongo et de Haut-Uele bénéficie des émissions radiodiffusées sur les
celle de Wamba. Le fret aérien est principalement assuré antennes de :
par les compagnies Air Service et Galaxie.
Dans le territoire de Watsa, il existe sept pistes – radios communautaires et religieuses : il y en a six dont
d’atterrissage dont une est fonctionnelle (à Durba) : c’est la deux dans la cité d’Isiro, une dans la cité de Wamba, une
piste de Ndala, qui reçoit les petits porteurs en provenance autre dans la cité de Watsa, une autre encore à Faradje
de Beni, Butembo. La piste de Dussu est rarement exploitée et une dernière à Dungu. Il existe d’autres projets pour
par de gros porteurs, mais l’est par les hélicoptères de la Rungu, Dungu, Niangara, Mungbere et Medje ;
Monuc. Les cinq autres pistes ne sont pas opérationnelles – la radio publique à Isiro, dénommée Radio Télévision
en 2010. Il s’agit de : Isiro (RTI) ;
- la piste de Maitulu en secteur Mangbutu ; – Radio-Okapi, propriété de la Monuc, qui est diffusée à
- la piste d’Emole en chefferie Walese ; partir de Kinshasa et captée dans le Haut-Uele grâce à
- la piste d’Ingi en secteur Gombari ; une antenne-relais installée dans la cité d’Isiro.
- la piste de Mungbere en chefferie Andobi ;
- la piste de Tora en secteur Kibali, construite par les Toutes ces radios connaissent régulièrement des
missionnaires catholiques. problèmes de panne. Elles rencontrent aussi des difficultés
régulières dans la fourniture d’électricité.

303
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Pour ce qui est des émissions télévisées, quelques monuments méconnus, comme cette porte de Faradje
particuliers possèdent des antennes paraboliques et peuvent construite en 1903 ou la maison-château du commandant
accéder aux émissions nationales et internationales. Milo à Niangara datant de 1905, le Haut-Uele dispose
La presse écrite est quasiment absente, Le Coq, qui était d’énormes potentialités, d’ordre tant naturel que culturel.
le seul journal du Haut-Uele, ne paraissant plus depuis Cependant, l’activité touristique n’y est pas du tout
plusieurs années. organisée.
En 1958, à la veille de l’indépendance, l’administration
coloniale établissait une liste des sites, monuments et
3. LE TOURISME meubles de facture indigène classés571. Sur cette liste
figurent onze édifices et monuments situés dans le Haut-
Avec des rochers qui font jaillir l’eau chaude des Uele :
montagnes Apelemba et Lindimbia570, des vestiges de

Liste des monuments et sites


classés du Haut-Uele (1958)

Dénomination du site Territoire Ordonnance de classement

Numéro Dates

1. Le tribunal des Mayogo-Mangbaie Paulis 21/448 20-12-1952

2. Le tribunal des Mayogo-Mabozo Paulis 21/448 20-12-1952

3. L’ancien cimetière, enclos de murs Niangara 21/448 20-12-1952

4. Le monument de Redjaf Niangara 21/448 20-12-1952

5. La borne géodésique Niangara 21/448 20-12-1952

6. L’ancien bureau du territoire Niangara 21/448 20-12-1952

7. Le monument Miani Niangara 21/448 20-12-1952

8. Le tribunal du centre Niangara 21/448 20-12-1952

9. Le site Vankerkhovenville Faradje 21/448 20-12-1952

10. Le site « Ficus M’Bunza » Niangara 21/448 20-12-1952

11. L’ancien poste militaire Makusa Dungu

570 La première est située près de la cité de Dungu, tandis 571 « Liste des sites, monuments et meubles de facture
que la deuxième se trouve après Bangadi dans le terri- indigène classés », Bulletin du Touring Club du Congo
toire de Dungu. belge, n° 6, Bruxelles, 30 juin 1958, p. 41.

304
LE TOURISME

Porte de Faradje, 1903. (AP.0.0.2498-2, collection MRAC Tervuren ; photo La maison-château du commandant Milo à Niangara, 1905. (HP.1956.15.4495, collection
M.-C. Lekens, 1903.) MRAC Tervuren ; photo M. Ribotti, 1905.)

3.1. LE PATRIMOINE NATUREL ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial573
de l’Unesco574, en raison de leur importance pour la
Traditionnellement, la nature était une source biodiversité.
de nourriture et de plantes médicinales pour les
573 Nations unies - Copyright © 1992-2010 Unesco Centre
Africains, une source de matières premières et la source
du patrimoine mondial, tous droits réservés | v3.0, Mis
d’un grand nombre de symboles572. Depuis l’époque
à jour le 1er oct. 2010. http://whc.unesco.org/fr/list
coloniale cependant, l’approche de cette nature a subi
574 Unesco : United Nations, Educational, Scientific and
un changement. Elle a été soumise à une gestion plus Cultural Organisation. L’Organisation des Nations
rigoureuse. L’Administration coloniale a déterminé les unies pour l’éducation, la science et la culture. Son ob-
parties réservées à la chasse et interdites à la cynégétique. jectif est de contribuer au maintien de la paix et de la
D’autres parties de la nature sont devenues des parcs sécurité dans le monde en resserrant, par l’éducation,
nationaux. Le Parc national de la Garamba et la Réserve la science, la culture et la communication, la collabo-
sauvage d’okapis, tous deux situés dans le Haut-Uele, ration entre nations, afin d’assurer le respect univer-
sel de la justice, de la loi, des droits de l’Homme et des
572 Natuur en cultuur in de Democratische Republiek libertés fondamentales pour tous, sans distinction de
Congo, Tervuren, Koninklijk Museum voor Midden- race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte
Afrika, 2004. des Nations unies reconnaît à tous les peuples. »

305
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

3.1.1. Le Parc national de la Garamba575 mines d’or de Kilo-Moto, qui possède des droits de
C’est en 1928 que la Commission des travaux recherche et d’exploitation dans cette région depuis 1926,
d’aménagement du Parc national en Afrique (PNA) de régler les chasses à l’éléphant organisées par la Station
manifeste pour la première fois l’idée de créer un parc de domestication des éléphants et d’étudier la possibilité
national dans le Haut-Uele. Elle souhaite réfléchir à d’une coopération avec les autorités du Soudan dont la
la suggestion de l’administrateur territorial de Dungu frontière était fixée à proximité du parc.
qui propose l’érection, en parc national, des bassins des C’est par le décret du 17 mars 1938 que le Parc national
rivières Aka et Garamba, à l’emplacement de la réserve de de la Garamba est constitué. Son enclavement dans une
chasse de l’Aka-Dungu du Haut-Uele constituée en 1925. zone comprenant, à l’est et à l’ouest, deux réserves de
La première préoccupation est d’assurer la protection du chasse, au sud, les terrains de capture de la Station de
rhinocéros et de la girafe. domestication des éléphants et, au nord, la frontière du
On pense à choisir la Station de domestication des éléphants Soudan, aura un impact sur la gestion de cet ensemble.
de Gangala na Bodio comme centre administratif du Le parc devra compter dans l’avenir sur plusieurs facteurs
nouveau parc. Cette station venait d’être transférée d’Api externes, dont le système colonial se porte garant : les droits
où elle avait été créée en 1899 par le commandant Jules des autochtones de pêcher dans six biefs sur les rivières
Laplume (1866-1929) sur ordre de Léopold II. Garamba, Dungu et Aka, les droits miniers concédés à la
Jean-Marie Derscheid (1901-1944) et Eugène de Ligne Société des mines d’or de Kilo-Moto et les droits de pâture
sont envoyés en mission dans le Haut-Uele en 1930. Leur et de capture d’éléphants de la Station de domestication.
étude propose notamment de constituer une réserve À la création du parc, le Comité de direction de
naturelle intégrale où l’exercice de la chasse et de la pêche l’Institut demande au capitaine Pierre Offermann (1897-
serait totalement interdit, sauf à des fins scientifiques. Ils 1970) d’exercer à titre provisoire, à côté de ses fonctions
jugent urgent de sauvegarder les derniers représentants de conservateur de la Réserve de chasse de l’Aka-Dungu,
des grands mammifères caractéristiques tels les rhinocéros celles de conservateur du nouveau parc. Fin 1946, le
blancs, les girafes, les élands de Derby, la réserve de chasse commandant Offermann quitte ses fonctions pour se
n’ayant pas réussi à contenir le braconnage. rendre au front, du fait de la guerre. De mars 1947 à mars
Le Comité de direction du Parc national de la 1948, au lendemain de la guerre, Jean-Paul Harroy devient
Garamba introduit au ministère des Colonies, en 1932, le premier conservateur à temps plein. Ses successeurs
576
une demande pour transformer la réserve de chasse de seront M. Micha, J. Hazaert et R. de Wilde .
Dungu (Uele-Nepoko) et Faradje (Kibali-Ituri) en parc De 1949 à 1952, a lieu une importante mission
national jouissant d’un statut analogue à celui du Parc d’exploration dirigée par H. De Saeger, mission couronnée
national Albert. Une enquête est alors organisée auprès par de nombreuses publications dans les domaines
des autorités territoriales, des missionnaires, du personnel de la zoologie, de la botanique, de la pédologie et de la
de la Station de domestication des éléphants de Gangala climatologie. En 1951, l’équipe scientifique qui en fit l’étude,
na Bodio et des notables autochtones. Il s’agit surtout de découvre ainsi qu’en saison des pluies, bien que le Parc soit
convaincre ces derniers d’évacuer leurs terres moyennant drainé par des affluents lointains du fleuve Congo (Dungu,
une indemnité, d’établir un accord avec la Société des Garamba et Aka), les eaux le long de la crête Congo-Nil
se dirigent indifféremment vers les deux grands bassins
575 Rapport de l’atelier de conservation communautaire,
fluviaux et qu’il existe une communication entre eux.
tenu à Nagero du 11 au 14 avril 2006, pp. 2-3 ; Conti,
Au début de l’année 1973, le président Mobutu envoie
A. (Lead Author) & Cleveland, C. (Topic Editor), «
Paul-Victor Pierret, expert FAO et conseiller à l’Institut
Help: for authors and editors », in Cleveland, C. J.
(ed), Encyclopedia of Earth, Washington, D.C., national pour la conservation de la nature (INCN) pour
Environmental Information Coalition, National
Council for Science and the Environment. [First 576 Harroy, J.-P. & Verschuren, J., « Cinquante ans de
published in the Encyclopedia of Earth September la vie du Parc national de la Garamba au Zaïre »,
22, 2010 ; Last revised Date September 29, 2010 ; Bulletin des séances de l’Académie royale des sciences
<http://www.eoearth.org/articles/ view/158698/> d’outre-mer, 36, 2, Bruxelles, 1991, pp. 193-210.

306
LE TOURISME

une mission officielle de quatre mois au Parc national de Le Parc national de la Garamba est situé à proximité
la Garamba. Deux tâches lui sont confiées : la formation de la frontière avec le Sud-Soudan et a une superficie de
2 e
de 45 jeunes cadres des Parcs nationaux des Virunga, 492.000 km , comprise entre le 4 degré 0’ de latitude
e
Salonga, Maiko et Garamba ainsi qu’une campagne de N et le 29 degré 15’ de longitude E. il est constitué
capture d’animaux de savane (buffles et antilopes) pour le essentiellement de savanes herbeuses, de savanes
parc du Domaine présidentiel de la Nsele. Après un mois, arborées, de forêts-galeries le long des rivières,
deux buffles et vingt-cinq antilopes et phacochères ont été de dépressions marécageuses et d’affleurements
capturés, dont une dizaine transportée par avion militaire granitiques578. Cette grande diversité de l’habitat
577
jusqu’à Kinshasa . entraîne une grande diversité d’animaux. Le parc
compte quatre grandes espèces de
mammifères : l’éléphant, la girafe,
l’hippopotame et le rhinocéros blanc
du nord. Son administration est
assurée par l’Institut congolais pour
la conservation de la nature (ICCN).
Depuis 2005, cet institut a transféré
la gestion du parc à l’African Parks
Conservation.
Le Parc national de la Garamba
figure, comme quatre autres parcs et
réserves de la RD Congo, sur la liste
du patrimoine mondial de l’Unesco.
Le parc y est considéré comme un site
du patrimoine mondial en péril. Il a été
mis sur la liste des sites en péril pour
la première fois entre 1984 et 1992.
Le comité du patrimoine mondial,
en collaboration avec le WWF579, la
Frankfort Zoological Society et les
autorités locales, a, alors, pris des
mesures qui ont permis la croissance
de la population de plusieurs espèces,
notamment celle du rhinocéros blanc.
En raison des violences/guerres
que la région connaît depuis 1996,
l’infrastructure et la gestion du parc ont
Source : Province-Orientale, Congo belge, Inforcongo, Bruxelles, Office du tourisme du Congo belge et fort souffert, et celui-ci a été remis sur la
du Ruanda-Urundi, s.d. liste des sites en péril.

578 Parcs nationaux du Congo belge. Bruxelles, Institut


des parcs nationaux du Congo belge, 1955.
579 WWF (initialement World Wildlife Fund), rebaptisé
World Wide Fund for Nature ou Fonds mondiaux
577 « Fin de la mission de M. Pierret au Parc national pour la Nature. Une organisation non gouvernemen-
de la Garamba », Boyoma du mercredi 25 avril 1973, tale de protection de la nature et de l’environnement
p. 3. créée en 1961.

307
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Rhinocéros blanc. (Copyright M. Charlotteaux, 2009.)

Un singe Colubusmonkey (nom local : Mvuga). (Photo collection MRAC.)

308
LE TOURISME

Sur l’espace du Parc national de la Garamba, la densité inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
de la population locale est faible, soit 4 habitants/km². Cette Depuis 1999, la réserve y est considérée comme un site du
population est composée essentiellement des Azande, patrimoine mondial en péril580.
Logo, Mondo, Baka, Kakwa et Padjulu. En outre, le parc En 1996, le nombre d’okapis de la réserve était estimé
est entouré de trois domaines de chasse : le domaine des entre 3.900 et 6.350. La réserve accueille aussi le Centre
Azande, le domaine de Gangala na Bodio et le domaine de de conservation et de recherche d’Epulu, sur la rivière
Mondo-Missa. Epulu. Ce centre fut créé en 1928 par l’anthropologue
Le Parc national de la Garamba et ces trois domaines américain Patrick Putnam comme station de capture ; les
de chasse se trouvent dans la partie nord-est du Haut-Uele, okapis capturés étaient envoyés vers des zoos américains
dans les territoires administratifs de Dungu et de Faradje. et européens. En 2009, on comptait quatorze okapis en
captivité. Ce centre assure aussi des recherches et des
3.1.2. La réserve de faune à okapis (RFO) travaux de conservation.
La réserve de faune à okapis a commencé, puis a Mis à part l’okapi, la réserve abrite également d’autres
évolué, sous la forme d’une station de capture, de 1952 à espèces endémiques. Elle est le sanctuaire de diverses
1963. Durant cette période, elle était la propriété privée du espèces animales tels l’éléphant de forêt, le paon du Congo
Portugais David De Medina et comptait diverses espèces et 13 espèces de primates anthropoïdes diurnes, en ce
animales (éléphant, lion, crocodile, okapi, etc). Lors de la compris le chimpanzé581. Pour conserver l’habitat naturel
rébellion des Simba en 1964, le propriétaire retourna au de ces espèces, la Réserve de faune à okapis a érigé quatre
Portugal et plusieurs espèces animales furent massacrées. antennes en dehors de la réserve : l’antenne de Mambasa
Il fallut attendre les années 1967-1968 pour que le (dans le Bas-Uele), créée en 2004, l’antenne de Wamba,
gouvernement congolais, sous la tutelle du ministère de créée en 2004, l’antenne de Nia-Nia, créée en 2006 et
l’Agriculture, prenne la relève. Il ajouta une autre mission l’antenne de Mungbere, créée en 2007.
à la station de capture : la domestication des éléphants en
provenance de Gangala na Bodio. Émile Verleyen, dans Congo, patrimoine de la Belgique,
La gestion de la réserve sera administrée à l’Institut écrit582 :
congolais pour la conservation de la nature (ICCN),
auquel vont s’adjoindre deux ONG américaines actives « L’okapi est un animal bizarre que l’État protège à cause
depuis 1987 : de sa rareté, quoique son aire de dispersion soit plus vaste
qu’on le croyait d’abord. Ce ruminant, qui était réputé
1. Wild Life Conservation Society (WCS), représentée confiné au Congo belge, fut remarqué pour la première fois
r
par le couple formé par le D Thérèse et John Hart, dans la région boisée de la Semliki ; en fait, on le rencontre
ayant pour objectif la recherche scientifique sur les surtout dans les districts forestiers de l’Uele et de l’Aruwimi-
okapis et les antilopes. Ituri, mais des individus ont été signalés également à la
2. Gilman International Conservation (GIC) : le contrat Tshuapa supérieure, au nord-est de Lomela et au nord de
de celle-ci est axé sur la domestication des okapis et la Katako-Kombe.
réhabilitation du site. Elle s’occupe aussi de l’éducation L’okapi, espèce intermédiaire entre le zèbre et la girafe,
et de la forestation. se nourrit surtout de feuilles. Le mâle porte de petites
bosses cornues et une crinière presque imperceptible sur le
Elle est devenue réserve de faune à okapis le 2 mai
1992. Elle a une superficie de 13.762 km², répartie sur trois
580 G. Somba, conservateur et chef adjoint du site de la
territoires administratifs : Mambasa dans l’Ituri (90 % de RFO, 14 janvier 2009 (interview).
l’espace), Wamba (5 % de l’espace) et Watsa (5 % de l’espace) 581 Aveling, C., Patrimoine mondial dans le bassin du
dans le Haut-Uele. Elle couvre environ un cinquième de Congo, Paris, Unesco/Centre du patrimoine mondial
l’ensemble forestier du Haut-Uele. Cette réserve, comme de l’UNESCO, 2010.
quatre autres parcs et réserves de la RD Congo, est 582 Verleyen, E., Congo, patrimoine de la Belgique,
Bruxelles, Éditions de Visscher, 1950, p. 271.

309
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

L’okapi Tatu en captivité à la RFO. (Photo équipe locale.)

cou, qui n’a pas la longueur démesurée de celui de la girafe. plusieurs animaux ont probablement disparu de la zone
Les membres antérieurs sont plus longs que les membres nord, et donc du Haut-Uele. Dans les collections du
postérieurs. La tête est mince, le museau légèrement aplati. MRAC aucun spécimen du paon du Congo n’est rapporté
Le pelage marron foncé du corps et de la nuque présente du Haut-Uele.
des reflets noirs. Des rayures noir pourpre et blanc ocré Les Mbuti (Pygmées) et des fermiers Budu vivent dans
alternent sur la partie supérieure des jambes et sur les la réserve.
cuisses. La partie inférieure des membres est blanche : une
584
sorte de jarretière orne les articulations inférieures : entre 3.1.3. Les domaines de chasse
celles-ci et les sabots se distingue encore un anneau blanc. Trois domaines de chasse furent créés le 14 février
Le pavillon de l’oreille, gris foncé à l’extérieur, est d’un blanc 1974 dans le Haut-Uele par arrêtés départementaux du
rosé à l’intérieur : la langue protractile permet à l’animal commissaire d’État à l’Agriculture :
de chasser les mouches qui tenteraient de pénétrer dans les
oreilles. – le domaine de chasse de Mondo-Missa, qui existait déjà
L’okapi est un animal nocturne ; timide enfant de la à l’époque coloniale, situé à une trentaine de kilomètres
forêt congolaise, il recherche l’ombre pendant le jour. » au nord-ouest de Faradje, en lisière du Parc national de
585
la Garamba . Sa superficie est de 163.000 ha ;
La réserve est menacée par plusieurs facteurs, le
braconnage armé, la chasse non contrôlée, l’exploitation 584 « Publication de six arrêtés du département de
minière et l’immigration non contrôlée. Comme seule la l’Agriculture portant création et dénomination des
583
zone centrale a été sécurisée récemment par l’ICCN , domaines de chasse dans le Haut-Uele, Boyoma du
lundi 5 août 1974, p. 3.
e
583 ICCN, Institut congolais pour la protection de la 585 Congo belge et Ruanda-Urundi. Guide du voyageur, 4
nature. édition, Bruxelles, 1958, p. 562.

310
LE TOURISME

– le domaine de chasse des Azande : il est situé dans le pas surprenant que les années Mobutu et sa politique de
territoire de Dungu ; sa superficie est de 163.000 ha ; l’authenticité du début des années 1970, puis les crises qui
– le domaine de chasse de Gangala na Bodio : il est situé suivirent, leur aient été fortement dommageables.
dans les parties de territoires de Faradje, Watsa et
Dungu. Sa superficie est de 260.000 ha. 3.2.1. Le centre historique de Niangara
À l’origine, Niangara était un poste situé aux confins
À ces trois domaines s’ajoutent celui de Maïka-Penge du Soudan, auquel les Belges tenaient pour des raisons
qui a une superficie de 440.000 ha, entièrement situé dans « géostratégiques ». Ceux-ci y étaient confrontés à
le territoire de Rungu. l’antagonisme opposant les « mahdistes islamisés » du Soudan
586
aux Azande et Mangbetu de culture traditionnelle .
Quelques vestiges de la colonisation belge émergent
3.2. LE PATRIMOINE CULTUREL encore de nos jours. Le premier est le pont métallique
de plus de 200 mètres qui enjambe l’Uele en direction
Le Haut-Uele est parsemé d’un grand nombre d’édifices de Doruma. Le second est l’ancien « bureau de territoire,
et de monuments historiques. Un certain nombre de ruines petit bâtiment de style baroque aux colonnes surmontées
e e
date même de la fin du xix et du début du xx siècle. Le de chapiteaux corinthiens ; l’imposante borne géodésique
patrimoine bâti militaire, administratif, religieux et même en forme d’obélisque, incrustée d’obus et entourée de vieux
587
judiciaire saute aux yeux. Quant aux monuments, ils ont canons, etc . »
pratiquement tous été érigés en l’honneur de l’un ou l’autre
grand serviteur de la cause coloniale belge. Aussi n’est il

Pont jeté sur la rivière Uele au niveau de Niangara. (Photo équipe locale, 2010.)
586 Diallo, S., Le Zaïre aujourd’hui, Paris, Éditions Jeune
Afrique, 1975, p. 196.
587 Idem, p. 196.

311
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

La plus intéressante curiosité touristique de Niangara est Le tribunal de Niangara a donné lieu à l’expression
le « tribunal mangbetu ». Selon un guide touristique édité au communément employée comme injure « nyangara kata ».
milieu des années soixante-dix, il s’agit de loin du plus beau
spécimen du genre dans le Haut-Uele. Il est décrit ainsi :

« C’est une maison aux murs couverts de décorations


polychromes dont les couleurs (rouge, noir, blanc, bleu…)
étaient obtenues à partir d’écorces d’arbres, de coquillages et de
kaolin broyés en poudre.
Des motifs représentent la vérité. L’inoffensif poisson est le
symbole de l’innocence. Les redoutables crocodiles et vipères
sont celui de la répression. Sur les murs, à l’entrée du tribunal,
poissons, vipères et crocodiles ont été dessinés en désordre, mais
à mesure qu’on s’avance vers le prétoire où siégeaient les sages, les
motifs sont disposés suivant des lignes et une orientation plus en
588
harmonie avec l’idée que les anciens se faisaient de la vérité . » Le tribunal de Niangara, aujourd’hui. (Photo équipe locale, 2011.)

L’auteur de cette brochure touristique termine par une


plaidoirie en faveur de la protection contre les déprédations 3.2.2. Le château de Dungu
de la nature et des hommes de ce monument qui, à ses Construit dans un style médiéval, le château de Dungu
yeux, est le témoin d’un art raffiné, d’autant plus que la est situé sur l’axe routier conduisant vers le Parc national de
décoration des cases, jadis courante en pays mangbetu, n’a la Garamba. Il était sous-tendu par l’hôtel Dikala (dikala =
pas résisté à la vague de modernisme. girafe). Il a conquis une place importante dans des récits
de voyage de l’époque coloniale et est même décrit dans
de rares guides touristiques du régime Mobutu. À signaler
encore le grand pont double de 280 mètres sur la rivière
Kibali. Il a été construit par le génie de la Force publique
durant la Seconde Guerre mondiale.
Le 20 avril 1907, Maurice Calmeyn, un Belge parti
à la chasse au Congo, visite le poste de Dungu, situé
pittoresquement au confluent de la Kibali et de la Dungu.
Dans le récit de voyage qu’il publie quelques années plus
tard, en 1912, il fait une description d’un poste fortifié
possédant deux canons et abritant à peu près 150 soldats.
Là où la rivière Kibali se jette dans la rivière Dungu, elle
se divise, enserrant une île ; il y a là un dénivellement
de plusieurs mètres avec des rapides semés de rochers.
Du poste on entend gronder les eaux. Et Calmeyn de
poursuivre :
Tribunal de Niangara avec des décorations murales encore fraîches. (Photo
Angelo Turconi, in Cornet, J.A. et Turconi, A., Zaïre, Volken/Kunst/Cultuur, Anvers, « Sur l’île se trouvent une maison à un étage et le
Mercatorfonds, 1989, p. 173.) cimetière blanc où s’alignent onze tombes. L’altitude de
Doungou est de sept cent et trente mètres. Le poste est
très ramassé, les maisons sont mieux construites que
celles vues jusqu’à présent, plafonds élevés, carrelages,
588 Ibidem.

312
LE TOURISME

murs proprement blanchis à la chaux. Celle de Nagels, de la zeriba. L’habitation de l’administrateur territorial,
coquettement décorée, est vraiment un home d’un aspect grande construction en pierres, dont le style moyenâgeux
589
tout à fait confortable . » détonne dans ce paysage, a été construite sur l’emplacement
même de la zeriba. Belles allées de manguiers menant à la
Cette description est l’une des premières descriptions 591
rivière . »
du poste de Dungu. La localité s’est fort transformée
quand, presque un demi-siècle plus tard, André Scohy la Une description sympathique de cet endroit a
visite. Il y rencontre un « faux » château médiéval qui lui été faite dans un guide touristique de 1975. Elle est
inspire le texte suivant : aussi intéressante par l’information qu’elle offre sur
l’administrateur territorial qui aurait été à l’origine de la
« Au bout de la route il y eut d’abord un long pont construction de cette forteresse :
blanc, aux arcades étroites, puis sous une retombée de
palmes, l’entrée d’un château fort, et, ensuite, se dressant « Dungu n’est pourtant pas un village africain comme
autour d’une cour, un décor de donjon, de meurtrières, de les autres ; il a l’originalité d’être protégé par un château
créneaux, de poternes, de mâchicoulis … Nous pénétrions fort. Un vrai comme en Europe, avec donjon, mâchicoulis,
dans un rêve, le rêve d’un inconnu qui, poussé par les tours de guet, meurtrières ; chemin de ronde et jusqu’aux
fantaisies de la solitude, avait, parmi les palmiers et les moindres créneaux et merlons. Une grande maison d’une
manguiers tropicaux, ressuscité ce souvenir nordique : un quarantaine de pièces élevée au bord de l’eau.
château du Moyen-âge […] Rien n’y manquait : ni la tour Comme tous les châteaux, celui-ci a son histoire : son
de garde, ni l’échauguette, ni le pont jeté sur le fossé, ni le bâtisseur, un Belge nommé Schollaert, vrai seigneur de
mur d’enceinte qui courait au long de la rivière […] brousse faisant office d’administrateur, voulait réaliser le
Nous passâmes sous une poterne : de là, fiché dans la rêve de sa vie. Il détourna une partie des fonds publics, qui
tour, un escalier de pierre conduisait à l’étage où un divan lui avaient été confiés pour la construction d’un pont, pour
saharien s’allongeait au pied d’une cheminée flamande ; des réaliser son obsession. Heureusement pour lui que le grand
blasons décoraient les portes sombres tandis qu’un couteau pont de béton avait été également construit. Ayant justifié
indigène au manche d’ivoire jetait une note claire. Aux l’utilisation de son budget, il ne fut que muté au lieu d’être
592
murs, des tableaux de facture romantique répétaient en jeté aux oubliettes de sa forteresse . »
590
vieil or la physionomie du castel ».
Depuis longtemps, le château de Dungu est inhabité.
En visitant l’endroit, André Scohy croyait rêver ; il ne Mais quelle en est la raison ? Le guide fournit une réponse :
manquait que les chevaliers, leurs armures et les grands un administrateur zaïrois avait jugé nécessaire, par
destriers pour que l’atmosphère soit complètement prudence, de choisir une demeure plus modeste et surtout
médiévale. plus discrète. Mais la vox populi prétend que s’est plutôt
Bien entendu, on consacre aussi plusieurs lignes à par peur de « sorcellerie » que le château a été abandonné.
ce castelum dans le Guide du voyageur au Congo belge. Le guide se demande, par ailleurs, à juste titre
Cet ouvrage fournit quelques informations historiques pourquoi tant de pièces sont laissées vides alors que les
précieuses sur la fondation de ce castelum : infrastructures hôtelières de la Garamba, distantes de
75 kilomètres, sont insuffisantes pour loger les touristes.
« Dungu occupe pittoresquement l’emplacement d’un Ne serait-il pas judicieux d’aménager le château en hôtel ?
ancien fortin construit par le commandant Chaltin lors
de la campagne contre les mahdistes : on y voit les restes

589 Calmeyn, M., Au Congo belge : chasses à l’éléphant, les


e
indigènes, l’administration, Bruxelles, 1912, p. 131. 591 Congo belge et Ruanda-Urundi. Guide du voyageur, 4
590 Scohy, A., L’Uele secret, Bruxelles-Léopoldville, Office édition, Bruxelles, 1958, p. 580.
international de librairie, 1955, pp. 61-62. 592 Diallo, S., op. cit., p. 124.

313
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Château de Dungu. (HP.1956.15.1788, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)

(HP.1956.15.7405, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)

(HP.1956.15.4458, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)

314
LE TOURISME

Le château de Dungu aujourd’hui (Photo équipe locale, 2011.)

3.2.3. Le sanctuaire de la bienheureuse dans une fosse commune. Quelques mois plus tard, un
Anuarite à Isiro missionnaire, le père Leuridan, qui avait appris la mort
Née au quartier Bakoma dans le village Matali, héroïque de la sœur Anuarite, partit à la recherche de son
près de Wamba, le 29 novembre 1939, la bienheureuse cadavre. Il fallut l’aide du père Jef Viaene et de plusieurs
594
Anuarite était la fille de Badjuli Amisi et de Isude Julienne. Congolais pour le retrouver et l’enterrer dans une tombe .
gr
Nengapeta, qui signifie en kibudu « la richesse trompe », Alors M De Wilde commença à rassembler tous les
était son nom de naissance. Alphonsine était le prénom souvenirs sur sa vie et sa mort. Beaucoup de chrétiens
qu’elle reçut lors de son baptême en 1943. À l’école montraient, en effet, une certaine vénération pour elle. Le
primaire, la direction de l’école l’inscrivit par erreur sous procès de béatification fut entrepris et le 15 août 1985, le
le prénom d’Anuarite, qui était, en fait, le prénom de sa pape Jean-Paul II la déclara bienheureuse, à Kinshasa. Isiro
grande sœur. Elle gardera se prénom durant le reste de avait été jugé trop petit pour organiser cet événement.
sa vie. Ses parents firent allonger la tête de leur enfant En compensation, les évêques congolais décidèrent
Nengapeta, comme l’exigeait la coutume des Wabudu et d’organiser un pèlerinage à Isiro vers la tombe d’Anuarite
593
des Mangbetu . dans la cathédrale. Cette fête eut lieu du 17 au 19 janvier
Entrée dans la congrégation des Sœurs de la Sainte- 1986. Mais à la veille de la cérémonie, l’abbé Ferdinand
Famille, ou « Jamaa Takatifu », elle émit sa première Mboka, curé de Ndedu, mourut dans un accident de la
profession religieuse le 5 août 1959. Elle reçut pour nom route à Isiro (ce qui attrista les chrétiens déjà présents).
gr
de religion celui de Marie-Clémentine. Elle accomplit des Depuis des années, M Uma, l’évêque d’Isiro-Niangara,
er
études de monitrice. Elle fut assassinée le 1 décembre tentait d’acquérir la « Maison Bleue », mais en vain. Le
1964 (voir supra). Un sanctuaire à sa mémoire fut érigé. gouvernement congolais de Mobutu l’acheta pour l’Église ;
gr
Contrairement aux édifices précédents, le sanctuaire il en remit la clé à M Uma, le samedi 18 janvier 1986.
de la bienheureuse Anuarite fut érigé après l’indépendance Dans l’après-midi, à 15 h, commençait le « Pèlerinage
du Congo belge. Il est situé à Isiro, de même que sa tombe, national », avec une délégation du diocèse de Wamba, qui
dans la cathédrale. C’est le lieu où cette martyre congolaise apportait une statue de la Bienheureuse Anuarite.
er
fut assassinée le 1 décembre 1964. Elle fut d’abord jetée

593 La bienheureuse Anuarite, Limete-Kinshasa, Éditions


Médiapaul, 2000. Ensemble avec la bienheureuse
Anuarite humanisons notre société, Kinshasa, Éditions 594 Costermans, J., Cent ans de mission au Congo, en Uele,
du Secrétariat général de la Conférence épiscopale du 1903-2003, Namur, Dominicains missionnaires de
Congo (CENCO), 2006. Namur, 2003, pp. 91-98.

315
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Sœur Marie-Clémentine Anuarite. (Source : La bienheureuse Anuarite, Kinshasa, Mediapaul, 2007.)

Sanctuaire national de la Bienheureuse Anuarite. (Photo équipe locale, avril 2009.)

Sanctuaire national de la Bienheureuse Anuarite. (Photo équipe locale, février 2011.)

316
LE TOURISME

« Maison Bleue » à gauche (avec clôture), lieu de l’assassinat de la sœur Anuarite à Isiro. (Photo équipe locale, février 2011.)

À l’occasion de la béatification de la sœur Anuarite Ce n’est pas pour son « palais africain » clinquant,
Nengapeta, la République du Zaïre avait émis, le 21 février construit et décoré à l’européenne par le chef Ekibondo, que
1986, des timbres postaux aux effigies du pape Jean-Paul II le village d’Ekibondo était connu, mais pour ses nombreuses
et de la sœur Anuarite. cases peintes. Au moment de la visite d’André Scohy, le village
était pratiquement à l’abandon, l’herbe poussait partout, les
3.2.4. Ekibondo ou le village aux huttes peintes cases se lézardaient, celles qui étaient tombées n’étaient plus
Le village d’Ekibondo est situé à quelque 65 kilomètres reconstruites et le chef regardait cela d’un œil désolé. C’est que
de Niangara sur la route de Dungu-Faradje. Il doit sa le puissant chef était devenu vieux et que ses gens l’avaient
célébrité à l’expédition « Citroën Centre Afrique » de quitté pour se rendre dans des agglomérations urbaines. Seuls
1924-1925. L’Europe découvre alors cette localité, grâce à étaient restés les timorés et les intrigants qui attendaient soit
un film et à un ouvrage intitulé La Croisière noire, mais leur mort soit celle du chef en se disputant déjà la succession.
surtout grâce aux peintures d’Alexandre Iacovleff. L’administration coloniale fit un ultime effort pour
Dans les années cinquante, presque trente ans plus sauvegarder le village d’Ekibondo en restaurant tout d’abord,
tard, André Scohy rencontra le vieux chef Ekibondo (ca tant bien que mal, l’autorité du chef. Ce projet n’aurait eu
1870-1952), qui avait donné son nom au village. Ekibondo aucune chance de réussite sans Jean Mbolangi, qui était
fut investi en 1914 à la tête de la chefferie mangbetu du alors le dernier villageois connaissant encore le secret de
Kupa. Il exerça longtemps son pouvoir avec une autorité la peinture des cases. Pour que la tradition puisse survivre,
incontestée et étendit son influence aux chefferies voisines Mbolangi réunit autour de lui une douzaine de jeunes
595
des Matshaga . Ce chef avait rendu son village célèbre garçons, ses aides, qui à leur tour apprirent la technique des
grâce à ses cases aux parois peintes. Lui-même habitait cases peintes. Son atelier fut à l’origine d’une renaissance
une vaste maison en briques décorée de vues coloriées de de ces pratiques qui demandaient une vaste connaissance
la Côte d’Azur, du calendrier d’une épicerie et d’un certain de base, notamment pour préparer les couleurs : l’ocre, le
596
nombre de miroirs aux dimensions diverses . blanc et le noir se faisaient respectivement à partir d’une
terre spéciale, du kaolin pris à la rivière et du charbon pilé
595 Verhaegen, B., « Ekibondo », in Biographie belge au mortier avec une certaine feuille.
d’outre-mer, VIIb, col. 135.
596 Scohy, A., « Ekibondo… ou les murs veulent parler », Brousse, n° 1-2, 1951, pp. 17-34.

317
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

André Scohy donna la description suivante du village : héros des fables que l’on se conte, le soir venu, autour des
feux de bois odorant. Chacun est logé dans son panneau ;
« Et pourtant Ekibondo est un village célèbre, le plus le chasseur dans le sien, l’éléphant dans celui d’à côté : ils se
célèbre des villages de l’Uele. Pour le découvrir, il faut présentent tour à tour comme les éléments qui, l’un après
quitter, au-delà de Niangara, la grand-route qui joint le l’autre, naissent et forment le conte.
Congo au Nil : on suit d’abord un vague chemin, puis on Parfois cependant ces sujets s’animent, entrent
se trouve devant une haie d’hibiscus : derrière cette haie est en action. Ces deux serpents qui se précipitent et se
le village. Un village pas bien grand : outre le gîte d’étape et rencontrent, tête à tête, contre le manche d’un couteau,
la maison du chef, il n’y a guère qu’une vingtaine de cases. chacun dans le village connaît leur histoire : on vous
Mais ces cases, toutes rondes, ont leurs parois contera ceci : “Il y avait un homme qui en se promenant
extérieures divisées en panneaux coloriés : d’étranges dans la forêt avait laissé tomber son couteau au bord de
peintures s’y voient, tantôt décors réalistes, tantôt la rivière. L’homme alors est parti. Les serpents eux sont
géométries tourmentées qui expriment, nous le verrons, de venus : ils ont senti l’odeur de l’homme et ils sont allés là
vieux symboles. où ils sentaient l’odeur. Ils sont allés … ils sont allés … et
Ce sont ces cases peintes qui ont fait la gloire qu’est-il arrivé ? Ils se sont trouvés tout les deux devant le
d’Ekibondo : voici nombre d’années, la “Croisière noire” manche du couteau…”
en avait célébré le charme ; depuis, photos, livres, affiches, Le conteur s’arrête alors un instant, vous épie, et
expositions même, ont répété à l’envi et les cases et vous demande : “Pourquoi se sont-ils arrêtés devant le
leurs peintures. À un point tel que bientôt, aux yeux de manche du couteau ?” Vous vous avouez ignorant. Votre
beaucoup, le village d’Ekibondo est apparu comme un interlocuteur, tout heureux, vous déclare alors : “Mais
musée de l’art mangbetu : c’est là une erreur, car Ekibondo parce que le manche du couteau, qui est en bois, avait gardé
est peuplé de Bangba où se sont infiltrés quelques l’odeur de l’homme !”
éléments matshaga. Ces Bangba, sans doute sont-ils, Chacun rit ; vous riez, on ne vous trouve pas très
comme les autres peuplades de la région mangbetu, intelligent : “Le Blanc ne saisit pas vite nos histoires …
une tribu d’origine soudanaise, une de ces nombreuses il faut tout lui expliquer” … Ainsi s’amuse-t-on sur les
tribus venues du Nord qui se fixèrent jadis aux environs terres d’Ekibondo. Mais la sagesse noire dans d’autres
de l’Uele ; toutefois ils appartiennent à une autre vague cas se résume en un vif symbole : si vous allez un jour
d’invasion : leurs traits sont plus frustes que ceux de leurs à Ekibondo, vous découvrirez, dans le tribunal décoré
voisins, leur histoire est différente, et les fameuses cases dans le même style que les cases, un pilier où l’on voit un
peintes sont propres à leur culture … crocodile saisissant dans sa gueule aux dents acérées un
Deux sortes d’images ornent les huttes rondes malheureux poisson. N’espérez pas que l’on vous contera
d’Ekibondo. Les unes sans doute les plus récentes, sont ici une nouvelle histoire : la leçon, dans ce lieu, est de
d’une inspiration nettement réaliste : elles représentent des portée immédiate si son symbolisme est irrévérencieux :
hommes, des armes, des animaux. Les hommes portent des le crocodile, c’est la justice ; le poisson qu’il croque, le
lances ou des couteaux et, comme dans l’art primitif, sont plaideur malheureux […]
sexués et dessinés selon une loi de frontalité : le corps se Mais à côté de ces panneaux où la vie quotidienne
présente de face, la tête de profil, les membres dans le plan déroule sa fresque élémentaire, facilement comprise
du corps, la plante des pieds répondant à la direction de par tout le peuple, d’autres cases portent une décoration
marche indiquée par le profil de la tête. Tout cela est rigide, étrange : on n’y a vu généralement que motifs géométriques,
évoque les premières périodes de l’art méditerranéen. et on a pu s’étonner que cette richesse d’invention linéaire
Les animaux, ce sont des éléphants, des léopards, des se soit un jour figée, que ces motifs se répètent, désormais
597
serpents, des poissons, des crocodiles : hôtes du pays et indéfiniment stéréotypés . »

597 Scohy, A., L’Uele secret, op. cit., pp. 79-80.

318
LE TOURISME

Chef du village Ekibondo, dans le territoire de Niangara. (HP.1956.15.10291, Le chef Ekibondo entouré de ses notables, à l’intérieur de la salle de son tribunal. Dans le fond, on
collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, s.d., Sofam ©.) aperçoit les décorations. (HP.1956.15.10292, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, s.d., Sofam ©.)

3.2.5. Les cavernes préhistoriques de la Nembiliki Au-delà des cavernes de la Nembiliki, la forêt s’étend. Y
Le Haut-Uele est également intéressant du point de vue a-t-il encore d’autres roches ? D’autres cavernes ? D’autres
de la préhistoire. Les grottes de la Nembiliki se trouvent vestiges ? Je le crois : à peine avions-nous quitté ces grottes
dans le territoire de Dungu en pays mamvu. Le magistrat dont la crue des eaux souterraines nous défendait l’accès,
André Scohy les a visitées au début des années 1950 et en que nous trouvions, un kilomètre plus loin, au bord d’un
a fait le récit suivant : ruisseau, un polissoir, un vrai polissoir comme ceux sur
lesquels les hommes de l’âge de la pierre venaient frotter,
598
« Une tradition prétend […] que dans les cavernes de user, lisser, aiguiser, leurs armes rudimentaires . »
la Nembiliki sont enfouis les restes profanés du dernier
sultan qui, avant l’arrivée des Européens, mena les Azande 3.2.6. L’église catholique de Rungu
de conquête en conquête jusqu’au-delà de l’Uele […] On Sur le plan touristique, Rungu a un bâtiment spécial à
rapporte qu’après sa mort son petit-fils Bafungura viola sa offrir. Il s’agit de son église catholique :
tombe qui se trouvait près de la rivière Wangese : Bafungura
enleva le cadavre, en détacha la tête et la réduisit en cendres « À quelque distance de là […] sur la Bomokandi,
afin de se constituer un talisman qui lui donnerait la se trouve Rungu, dont les palmeraies naturelles sont
victoire dans les batailles ; puis, après avoir dépouillé de sa importantes. La mission des pères dominicains y possède
chair le reste du corps, il en enduisit de rouge les os, déposa une belle école professionnelle moderne, pourvue d’un
ceux-ci dans une caisse, et enterra la caisse dans une des équipement électrique. Les tourelles en pyramide de
cavernes de la Nembiliki, une caverne dont l’emplacement l’église rappellent l’architecture des cases indigènes. La
a été soigneusement tenu secret […] voûte ogivale est supportée par une charpente à solives
D’ailleurs, tout ce pays du nord-est congolais est lié à saillantes ; à l’extrémité de celles-ci des têtes, pour lesquelles
une préhistoire encore proche : un peu partout on y trouve le sculpteur s’est inspiré de types mangbetu, regardent dans
des haches d’oligiste polie que les indigènes prétendent la nef les trois rangées de petits bancs placés à l’usage des
599
avoir été déposées par la foudre au pied des arbres, on chrétiens noirs . »
découvre d’étranges pierres rondes sur lesquelles discutent
les spécialistes, on voit d’énormes dalles plates où sont
gravés, en dessins schématiques, des armes, des objets, des
pieds humains […] Mais à quoi rattacher ces souvenirs ?
598 Scohy, A., L’Uele secret, op. cit., p. 71.
L’histoire ici devient si vite légende.
599 Verleyen, E., op. cit., pp. 179-180.

319
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Église des Pères dominicains à Rungu. (HP.1956.15.5265, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, 1949, Sofam ©.)

3.2.7. Les monuments du Haut-Uele exceptions près, à des caravansérails ou à des gîtes de
passage qu’à de véritables hôtels.
Les monuments du Haut-Uele On dénombre actuellement à peine cinq hôtels d’un
standing confortable. Presque tous sont situés à Isiro,
Localité Date Description chef-lieu du Haut-Uele. À l’époque coloniale, l’industrie
Faradje Monument hôtelière ne fut pas développée. D’après les renseignements
commémoratif de la de l’Office de l’information et des relations publiques pour
victoire de Redjaf, le Congo belge et le Ruanda-Urundi de 1958, le Haut-Uele
600
remportée par Chaltin comptait sept hôtels :
sur les madhistes et de
la campagne d’Abyssinie – dans le territoire de Dungu : l’hôtel Au Relais : une
(Guerre 1940-1945) chambre A avec eau courante chaude et froide, de 200
Isiro Monument au colonel à 250 francs ; quatre chambre B1 avec eau courante
Paulis froide, de 150 à 200 francs ; + un restaurant :
Niangara 9 septembre 1938 Les monuments à – dans le territoire de Niangara : l’hôtel Santos avec eau
Chaltin, Redjaf et courante froide ; quatre chambres B, de 150 à 200
Miani ; la borne francs ; deux chambres C, de 125 à 175 francs ; + un
géodésique restaurant ; cinéma ;
– dans le territoire de Paulis :

3.3. L’INFRASTRUCTURE TOURISTIQUE


600 Guide du voyageur au Congo belge et au Ruanda-
L’hôtellerie n’est pas développée dans le Haut-Uele. Urundi, édité par l’Office de l’information et des
Les quelques hôtels existants ressemblent plus, à quelques relations publiques pour le Congo belge et le Ruanda-
Urundi, Bruxelles, 1958.

320
LE TOURISME

Inauguration par la Force publique du monument aux morts d’Abyssinie, à Faradje, 1943. (HP 2009.3.585, collection MRAC Tervuren ; photo L. Van Bever (Inforcongo),
1943, MRAC Tervuren ©.)

Les soldats de la Force publique devant le monument aux morts d’Abyssinie, à Faradje, 1943. (HP.1956.15.2455, collection MRAC Tervuren ; photo L. Van Bever
(Inforcongo), 1943, MRAC Tervuren ©.)

321
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Quelques chefs coutumiers du territoire de Faradje devant le monument Asosa-Gambela-Sao à Faradje. (Photo équipe locale, Janine Aïwa, 2006.)

– l’hôtel Mangbetu des Vicicongo, avec eau courante Dans le tableau ci-après, sont répertoriés les
froide ; deux chambres A, de 225 à 275 francs ; vingt établissements identifiés en 2007 comme hôtels par les
chambres B, de 125 à 150 francs et de 175 à 200 francs ; services publics dans le territoire de Rungu, où se situe la
trois chambres C, de 100 à 125 francs ; + un restaurant ; cité d’Isiro.
cinéma deux fois par semaine,
– l’hôtel Victory avec eau courante chaude et froide ; deux Hôtels du territoire de Rungu en 2007
chambres A, de 200 à 250 francs ; quatre chambres B, de
125 à 150 francs ; + un restaurant, Nom Propriétaire Capacité
Mangbetu CFU 19
– l’hôtel La Potinière avec eau courante froide ; quatre
Uele Ebosila 19
chambres C, de 150 à 200 francs ; + un restaurant ; Bomokandi N’tumba 25
– dans le territoire de Wamba : l’hôtel des Sports : une Les Vacanciers N’tumba -
chambre B, eau courante chaude et froide de 175 à Pumuzika Pumuzika 10
250 francs ; 4 chambres B1 et deux chambres C, eau Centre d’accueil - 7
courante froide, de 90 à 150 francs + un restaurant ; Guest House Anziama Anziama 7
Antho Antho 10
– dans le territoire de Watsa : l’hôtel Momvu des chemins de
Cosmos Vovos 7
fer vicinaux du Congo : eau courante froide, trois chambres Quatre Boutons -
A, de 150 à 200 francs, deux chambres B, de 125 à 175 Chantily Place Kpoku Charlotte
francs, huit chambres C, de 75 à 100 francs + restaurant. Bassin Tandema
Nava Akanziade
La rébellion des années 1964-1965 puis la zaïrianisation Vieux Nico -
Kambale -
de l’époque mobutiste, suivie du délitement progressif de
Lola -
l’État congolais ont aggravé la situation touristique dans Tomeka -
le Haut-Uele. Hewa Bora Kalay
En 1972, le Haut-Uele comptait deux hôtels, situés à Isiro,
l’hôtel Mangbetu (24 chambres) et l’hôtel Oasis (4 chambres). Source : Rapport annuel du territoire de Rungu, exercice 2007 et
service du tourisme du Haut-Uele.

322
LE TOURISME

Dans le territoire de Watsa, en dépit de la présence des 4.LESSTRUCTURESSCOLAIRESDUHAUT-UELE


foyers miniers et de grandes agglomérations, l’hôtellerie
de type classique est quasi inexistante. Néanmoins, des
chambres de passage, souvent construites en pisé et 4.1. COUVERTURE ET EFFECTIFS SCOLAIRES
couvertes de tôles, existent. DANS LE HAUT-UELE (1972-2008)
Hôtels du territoire de Watsa 4.1.1. Couverture scolaire
Le Haut-Uele comptait, en 1972, 109 écoles primaires.
Nom Propriétaire Localisation Capacité État actuel L’État assurait la gestion de 12,48 % d’entre elles ; les
Hôtel de l’Uele Masikini Kpaukpa Moku 10 Bon Églises, de 80 %.
Hôtel Clément M. Clément Mungbere 15 Bon
Hôtel Bonaro M. Bonaro Mungbere 10 Assez bon
Hôtel Tolanga M. Tolanga Mungbere 8 Assez bon
Hôtel Bon cria M. Coin Mungbere 8 Bon

Citons encore, dans le reste du Haut-Uele, l’hôtel


Aseane, à Wamba.

Implantation des écoles primaires dans le Haut-Uele par régime de gestion


en 1971-1972

Régimes subventionnés Non subventionné Total

Officiel Catholique Protestant Kimbanguiste

Rungu 3 10 2 3 18

Niangara 1 4 1 6

Dungu - 11 3 14

Wamba 1 28 3 1 33

Watsa 4 8 4 2 18

Faradje 5 11 2 2 20

Total 14 72 15 1 7 109

% 12,84 66,05 13,76 0,91 6,42 100,00

Source : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division régionale
de Kisangani, n° 3, 1972, p. 25, Fonds B. Verhaegen, archives de la section d’Histoire du Temps présent, Musée royal de l’Afrique
centrale, CA.2008.1.

323
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

L’année suivante, en 1973, le nombre d’écoles primaires

Source : a) Coopération RD Congo, Programme développement et éducation de l’enfant. Prévision de distribution des fournitures scolaires avec l’appui de l’Unicef, en 1re, 2e, 3e et 4e années, 2008, pp. 13-33,
NC : non conventionnée ; ECC : école conventionnée catholique ; ECP : école conventionnée protestante ; ECK : école conventionnée kimbanguiste ; ECI : école conventionnée islamique ; PR : privé.
était passé de 109 à 114. Au cours de la même année, le

PR TOT
0
0
0
6
0
2
8
12,5 100,0
nombre d’établissements secondaires, s’élevait, quant à lui,
601
à 30 ; il était passé à 35 en 1974 .

0
0
0
1
0
0
1
Niveau supérieur et universitaire
Le 30 novembre 1973, l’État zaïrois annonçait qu’il

Répartition des établissements d’enseignement primaire, secondaire, supérieur et universitaire par territoire :

ECI
0
0
0
0
0
0
0
*
se réservait la souveraineté sur – et le contrôle de – tout

Régime de gestion
le système éducatif zaïrois et qu’il nationalisait toutes les

ECK
0
0
0
0
0
0
0
-
écoles. L’État devenait le seul acteur. Le pays ne comptait
plus, désormais, qu’un réseau unique d’enseignement.
Malgré cette nationalisation, il toléra cependant les

NC ECC ECP
0
0
0
2
0
0
2
25,0 37,5 25,0
activités des écoles privées, particulièrement celles des
écoles maternelles. Mais en raison d’abus, des conditions

0
0
0
2
0
1
3
de contrôle furent instituées : l’ouverture d’établissements
privés d’enseignement fut désormais subordonnée à

0
0
0
1
0
1
2
l’agrément préalable du ministère de l’Éducation nationale.
Cette période fut cependant de courte durée. À la suite de niveau d’enseignement et régime de gestion
nombreuses crises, en effet, on assista progressivement

PR TOT
20
48
11
28
56
15
178
au désengagement de l’autorité de l’État dans le secteur
éducatif. Celui-ci finit par rétrocéder, en 1977, une partie

3
-
0
7
1
-
-
de la gestion scolaire aux Églises. Celles-ci signèrent une ECI
0
-
0
0
0
-
-
convention avec l’État, convention en vertu de laquelle il
Niveau secondaireb
Régime de gestion

n’y eut plus, désormais, d’écoles catholiques, protestantes


et kimbanguistes, mais des écoles « conventionnées »
NC ECC ECP ECK
0
-
0
1
0
-
-
catholiques, protestantes et kimbanguistes. À partir de
4
-
1
6
14
-
-
1977, le système éducatif de la RD Congo comprit donc
deux grandes catégories d’écoles : les écoles publiques et
10
-
7
19
31
-
les écoles privées, la première catégorie comprenant elle- -
même deux sous-catégories : les écoles conventionnées
3
-
3
6
10
-
-
602
(gérées par les Églises) et les écoles officielles ou laïques .
Une contribution des parents dans les frais scolaires
PR TOT
72
0 172
36
98
4 172
0 102
12 652
1,84 100,00

et dans la gestion même des écoles fut de plus en plus


fréquemment exigée.
2

0
6

On assiste, depuis, à l’« essaimage » des écoles, souvent


2008 ; b) Division provinciale orientale III de l’EPSP.

de manière désordonnée.
ECP ECK ECI
0
0
0
1
0
0
1
1,53 0,15
Régime de gestion
Niveau primairea

Le Haut-Uele, n’a pas échappé à ce phénomène et les


0
0
0
7
2
1
10

écoles s’y sont aussi multipliées.


24
45
11
28
45
30
183
28,06

601 Bulletin des statistiques générales Région du Haut


Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique, n° 7,
ECC
40
114
25
50
106
58
393
60,27

1974, pp. 16-17.


602 Mokonzi Gratien, MWinda Kadongo, République
NC
6
13
0
6
15
13
53
8,12

démocratique du Congo, Fourniture efficace de


Territoire

services dans le domaine de l’enseignement public,


Niangara

Wamba
Faradje
Dungu

Rungu

Watsa

Johannesburg, AfriMAP-Open Society Initiative for


Total
%

Southern Africa, 2009, p. 18.

324
LES STRUCTURES SCOLAIRES

En 1995, il comptait 260 écoles primaires et 61 écoles 28 %. Nous ne possédons pas les données détaillées par
603
secondaires . En 2003, il comptait 11 écoles maternelles, 438 régime de gestion pour l’enseignement secondaire. Au
écoles primaires et 101 écoles secondaires et une université. niveau supérieur, 2 des 8 établissements existants étaient
En 2008, l’essaimage se poursuivant, le nombre gérés par l’État, 5 l’étaient par les Églises et un par le
d’établissements était monté à 652 écoles primaires, 178 secteur privé.
écoles secondaires et 8 écoles supérieures et universitaires.
La situation détaillée de ces écoles et instituts est reprise 4.1.2. Effectifs scolaires (1971-2003)
dans le tableau ci-contre. L’État gérait 8 % des écoles Les effectifs scolaires pour les années 1971 à 1974 sont
primaires, l’Église catholique 60 %, les Églises protestantes détaillés au tableau suivant.

Effectifs scolaires 1971-1974 dans le Haut-Uele et % de filles

Élèves
dont filles
1971-1972 1972-1973 1973-1974 1972-1973 1973-1974
% de filles
Écoles primaires 102.346 97.324 95.678 33.042 37.959 39,7
Écoles secondaires 5.369 6.817 6.652 - 1.728 26,0

Sources : année 1971-1972 : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division
régionale de Kisangani, n° 3, 1972, p. 27, Fonds B. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du temps présent, Musée royal de l’Afrique
centrale, CA.2008.1 ; années 1972-1974 : Bulletin des statistiques générales Région du Haut Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique,
n° 7, 1974, pp. 16-17.

Au cours des années 1971-1974, près de cent mille Les deux tableaux suivants présentent la répartition
enfants fréquentaient l’école primaire, contre 6.000 des élèves dans les écoles primaires et secondaires par
seulement l’école secondaire. Au cours de l’année 1973- régime de gestion pour l’année 1971-1972.
1974, les filles représentaient 39,7 % des effectifs des écoles
primaires et 26 % de ceux des écoles secondaires.

603 République démocratique du Congo, Ministères de


l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation
nationale et de l’Environnement, Conservation de la
nature, forêts et pêche, Monographie de la Province-
Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de
relance du secteur agricole et rural (PNSAR) 1997-2001,
s. l., octobre 1998, p. 294.

325
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Répartition des élèves dans les écoles primaires du Haut-Uele par régime en 1971-1972

Régimes subventionnés Non subventionné Total


Officiel Catholique Protestant Kimbanguiste
Rungu 1.985 15.771 1.344 2.459 21.557
Niangara 220 4.325 564 0 5.109
Dungu 0 10.838 1.066 0 11.404
Wamba 271 22.853 3.281 800 0 27.205
Watsa 2.628 11.516 1.392 969 16.505
Faradje 1.902 15.767 1.720 1.177 20.566
Total 7.004 80.370 9.367 800 4.605 102.346
% 6,84 78,52 9,15 0,78 4,5 100,00

Source : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division régionale de Kisangani,
n° 3, 1972, p. 27, Fonds B. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale, CA.2008.1.

Répartition des élèves dans les écoles secondaires du Haut-Uele par régime en 1971-1972

Régimes subventionnés Non subventionné Total


Officiel Officiel congr. Catholique Protestant
Rungu 1.178 801 290 82 2.251
Niangara 432 - - - 432
Dungu 232 121 534 - 54 820
Wamba - 502 70 - 693
Watsa 193 154 - - 347
Faradje - 507 219 - 726
Total 2.035 121 2.498 579 136 5.369
% 37,90 2,25 46,52 10,78 2,53 100,00

Source : Bulletin des statistiques générales. Région du Haut-Zaïre, Kisangani, Institut national de la Statistique/Division régionale de Kisangani,
n° 3, 1972, p. 26, Fonds B. Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale, CA.2008.1.

Au cours de l’année scolaire 1971-1972, seuls 6,84 % des années 1970. Ils n’atteignaient plus que 74.559 élèves
des élèves de l’enseignement primaire fréquentaient les en 1989-1990. Leur nombre avait ensuite remonté, pour
écoles officielles. L’enseignement catholique concentrait, atteindre 108.867 élèves en 1993-1994. Dans le secondaire,
quant à lui, plus des trois quarts des effectifs, et les écoles en 1989-1990, les effectifs avaient presque doublé par
protestantes 9,15 %. Dans l’enseignement secondaire, les rapport à leur niveau de 1971-1972. Ils atteignaient 16.743
écarts étaient moins nets entre les deux réseaux : 38 % des élèves en 1993-1994.
élèves fréquentaient les écoles officielles, contre 46,52 % pour La proportion de filles dans l’enseignement s’était
les écoles catholiques et 10,78 % pour les écoles protestantes. améliorée, puisque les filles représentaient 44 % des
Au début des années 1990, les effectifs scolaires dans le effectifs des écoles primaires et 35 % de ceux des écoles
primaire avaient baissé par rapport à leur niveau du début secondaires.

326
LES STRUCTURES SCOLAIRES

Évolution de la population scolaire par sexe de 1989 à 1994 dans le Haut-Uele

Année scolaire Enseignement primaire Enseignement secondaire


G F Total G+F %F G F Total G+F %F
1989-1990 41.639 32.920 74.559 44 6.544 3.711 10.256 36
1990-1991 49.452 38.736 88.188 44 9.717 5.347 15.064 35
1991-1992 49.452 38.736 88.188 44 9.717 5.347 15.064 35
1992-1993 - - 106.244 - - - 16.743 -
1993-1994 - - 108.867 - - - 16.743 -

Source : République démocratique du Congo, Ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et de l’Environnement,
Conservation de la nature, forêts et pêche, Monographie de la Province-Orientale, PNUD/UNOPS Programme national de relance du secteur
agricole et rural (PNSAR) 1997-2001, s. l., octobre 1998, p. 297.

Les effectifs scolaires pour l’année 2002-2003, dernière rapport au début des années 1990, ils ont enregistré une
année pour laquelle nous disposons de statistiques pour progression, s’établissant à 135.588 élèves en primaire et
le Haut-Uele, sont présentés au tableau suivant. Par 21.150 en secondaire.

Répartition des élèves dans les écoles primaires et secondaires et à l’université


dans le Haut-Uele et proportion de filles en 2002-2003

Garçons Filles Régime de gestion Total % filles


ENC ECC ECP ECK EPR
% % % % %
Primaire 73.714 61.874 10.269 7,6 100.292 74,0 20.107 14,8 1.019 0,8 3.901 2,9 135.588 45,6
Secondaire 14.692 6.458 2.364 11,2 11.884 56,2 5.983 28,3 275 1,3 644 3,0 21.150 30,5
Universitaire 250 100 - - - - - - - - - - 350 28,6

ENC : école non conventionnée, dite officielle ; ECC : école conventionnée catholique ; ECP : école conventionnée protestante ; ECK : école
conventionnée kimbanguiste ; EPR : privé.
Source : République démocratique du Congo, Ministère du Plan, Unité de pilotage du processus DSRP, Monographie de la Province-Orientale,
Kinshasa, mars 2005, p. 130.

En 2003, 7,6 % des élèves de l’enseignement primaire Le pourcentage de filles dans l’enseignement avait
fréquentaient les écoles officielles. L’enseignement progressé par rapport aux années 1990 pour atteindre
catholique concentrait, quant à lui, 74 % des effectifs, 45,6 % dans le primaire, mais régressé dans le secondaire,
l’enseignement protestant, 14,8 %. Dans l’enseignement où elles ne représentaient plus que 30,5 %. À l’université, la
secondaire, 11,2 % des élèves fréquentaient les écoles proportion de filles atteignait 28,6 %.
officielles, contre 56,2 % pour les écoles catholiques et
28,3 % les écoles protestantes.

327
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Les données présentées ci-dessus fournissent un La faiblesse de ces taux s’expliquait en partie par le
aperçu quantitatif de la situation de l’enseignement dans renchérissement du sytème d’enseignement et la ruée des
le Haut-Uele. Elles présentent le nombre d’établissements jeunes vers les carrières d’exploitation artisanale d’or et de
scolaires et les effectifs scolaires au début des années 1970 diamant.
et dans les années 2000, mais elles ne permettent aucune Les informations de terrain recueillies par les
appréciation de la qualité de l’enseignement. Nous ne équipes locales dans les différents territoires du Haut-
disposons malheureusement, pour le Haut-Uele, d’aucun Uele, qui sont présentées au point suivant consacré aux
indicateur qualitatif. Ceux contenus dans les annuaires structures scolaires par territoire, semblent confirmer
statistiques de l’enseignement primaire, secondaire et la persistance d’un délabrement important du système
professionnel réalisés par la Cellule technique pour les éducatif, comparable à celui que dénonçait en 2002 déjà
604
statistiques de l’éducation (CTSE) ne présentent, en effet, la Banque mondiale pour le pays en général dans une
les données que jusqu’au niveau des provinces, c’est-à-dire, étude intitulée Le Renouveau du système éducatif de la
605
la Province-Orientale. République démocratique du Congo . Celle-ci pointait
Nous disposons, cependant, pour l’année 1995, de quatre problèmes importants minant l’accès et la qualité
quelques données que nous livrons ci-dessous. de l’enseignement en RD Congo :
Le taux de scolarisation dans le Haut-Uele était de
55,2 % dans le primaire et de 10,5 % dans le secondaire. – une couverture relativement faible au niveau primaire,
Au niveau de la Province-Orientale, ces taux étaient avec de grandes inégalités dans l’accès et une extension
légèrement supérieurs et s’élevaient respectivement à incontrôlée au niveau secondaire et supérieur ;
58,6 % et 11,6 %. – une grave détérioration de la qualité de l’éducation à
tous les niveaux ;
Taux brut de scolarisation en primaire et – un système d’administration scolaire lourd et désuet ;
secondaire dans le Haut-Uele en 1995 – un très bas niveau de dépenses et un système de
financement inefficace et inéquitable.
Population scolarisable 6-11 ans 197.211
Population scolarisable 12-17 ans 159.647 Un certain nombre de caractéristiques du système
Élèves primaire 108.867 scolaire congolais peuvent, selon nous, s’appliquer au
Élèves secondaire 16.743 Haut-Uele. La principale est le nombre insuffisant d’écoles
Taux de scolarisation (%) : et de classes par rapport à une population scolarisable en
Primaire 55,2 augmentation constante. Cette inadéquation a, surtout
Secondaire 10,5 en milieu rural, une incidence sur la distance séparant
l’élève de son école. En l’absence de service organisé de
Source : République démocratique du Congo, Ministères de transport des élèves, cela expose les enfants en âge scolaire
606
l’Agriculture et de l’Élevage, du Plan, de l’Éducation nationale et à commencer leur scolarité avec retard . Au niveau
de l’Environnement, Conservation de la nature, forêts et pêche, secondaire et supérieur, l’aire de recrutement d’une école
Monographie de la Province-Orientale, op. cit., p. 296. étant bien supérieure encore à celle d’une école primaire
(de grands espaces géographiques étant dépourvus
d’établissements secondaires et universitaire), cela peut
entraîner de faibles taux de transition entre le primaire
604 Cellule technique pour les statistiques de l’éducation,
Annuaire statistique de l’enseignement primaire,
secondaire et professionnel. Année scolaire 2006- 605 Banque mondiale, Le Renouveau du système éducatif
2007, Kinshasa, 2008 ; Celulle technique pour de la République démocratique du Congo : priorités
les statistiques de l’éducation (CTSE), Annuaire et alternatives, Région Afrique, Département du
statistique de l’enseignement primaire, secondaire et Développement humain, 2002, « série Documents de
professionnel. Année scolaire 2008-2009, Kinshasa, travail, n° 68. »
juillet 2010. 606 Banque mondiale, op. cit., p. 27.

328
LES STRUCTURES SCOLAIRES

et le secondaire, d’une part, et entre le secondaire et le Répartition des écoles du territoire


supérieur, d’autre part. de Dungu par chefferie
Une autre caractéristique de ce système est l’insuffisance
des enseignants par rapport à la population scolarisable secondaires professio.
et scolarisée. À titre indicatif, en 2008-2009, le ratio Chefferie maternelles primaires générales techniques
élèves-enseignants était, au niveau national, de 37 dans
le primaire. S’ajoute à cela le faible degré de qualification Wando 4 84 13 6
des enseignants. En 2006-2007, le taux de qualification des Malingindo 0 4 1 0
enseignants du primaire était de 93 % pour la RD Congo, Ndolomo 1 9 2 1
mais de 80 % en Province-Orientale. Dans l’enseignement Total 5 97 16 7
secondaire, ces pourcentages atteignaient respectivement
607
32 % et 23 % . À ce problème de qualification scientifique Source : Rapport annuel du territoire de Dungu.
des enseignants s’ajoute, en outre, bien souvent, celui de
leur manque de qualification pédagogique. On observe une nette concentration des écoles dans la
Quant au taux brut de scolarisation, il est insuffisant, chefferie Wando. Dans leur ensemble, ces écoles sont gérées
à chaque niveau d’enseignement. Dans le pré-primaire, par des associations d’Églises conventionnées : catholique
en 2008-2009, il était, au niveau national de 3,8 % et en (écoles conventionnées catholiques, ECCATH), protestantes
Province-Orientale, de 2,2 %. Dans le primaire, il était (Communauté évangélique au Centre de l’Afrique, CECA
respectivement de 90,3 % et de 96,6 %. Dans le secondaire, 20 et écoles conventionnées protestantes/Assembly of
608
il était respectivement de 40,0 % et de 33,8 % . God, ECP/AOG) et du réseau non conventionné. Les
Enfin, en ce qui concerne l’indice de parité (taux brut écoles professionnelles et techniques organisent les options
de scolarisation des filles/taux brut de scolarisation des suivantes : option agricole, menuiserie, coupe et couture,
garçons), il était, pour la même année, dans le primaire, etc. La plupart de ces écoles manquent d’équipement et de
de 0,89 % au niveau national contre 0,95 % en Province- personnel qualifié. À l’initiative des parents et des chefs de
Orientale ; dans le secondaire, de 0,56 % tant au niveau chefferie, d’autres écoles voient aussi le jour, mais sans pour
national qu’au niveau de la Province-Orientale. autant avoir tenu compte des normes de viabilité.
Les données recueillies dans les différents territoires du Les écoles primaires de Dungu-centre sont bien
Haut-Uele présentées ci-après mettent particulièrement loties en infrastructures. Quelques écoles secondaires
l’accent sur la mauvaise qualité des bâtiments scolaires sont construites en matériaux durables, grâce aux appuis
(souvent construits en matériaux non durables), l’absence d’ONG internationales telles que Terre sans frontière
de matériel scolaire, la sous-qulification des enseignants et (TSF), le Haut commissariat aux réfugiés (HCR),
l’absence de recyclage de ceux-ci. l’Organisation des Nations unies pour la coordination des
actions humanitaires (OCHA/LWR).
La scolarisation n’est élevée qu’au niveau primaire.
4.2.LESSTRUCTURESSCOLAIRESPARTERRITOIRE Les enfants de 6 à 18 ans sont scolarisés à 49 %. Un
pourcentage très élevé de filles abandonne les études dès
4.2.1. Territoire de Dungu le niveau primaire. Elles deviennent mères très jeunes
En 2010, le territoire de Dungu compte cinq écoles et retombent assez vite dans l’analphabétisme. Les
maternelles, quatre-vingt-dix-sept écoles primaires, garçons, après avoir quitté l’école, deviennent vendeurs
seize écoles secondaires et sept écoles professionnelles de cigarettes, de bonbons…, fraudeurs ou exercent divers
techniques. petits métiers dans les entreprises de la place. Rares sont
ceux qui deviennent cultivateurs.
607 Idem, p. 29. Le recyclage des enseignants est quasi inexistant.
608 Annuaire statistique de l’enseignement primaire, Notons cependant quelques petites initiatives prises par
secondaire et professionnel. Année scolaire 2008-2009, des gestionnaires d’écoles.
op. cit., pp. 46 et 50.

329
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

4.2.2. Territoire de Faradje sont dérisoires. Á peine six d’entre elles possèdent des
Dans le territoire de Faradje, on compte actuellement bâtiments construits en matériaux durables. Toutes les
une école d’enseignement maternel, 153 écoles primaires autres sont construites en matériaux provisoires, ce qui
et 36 écoles secondaires, mais aucun établissement exige leur renouvellement chaque année.
d’enseignement supérieur et universitaire. Dans l’ensemble, La capacité d’accueil, bien que dépendant de la
ces établissements affichent une certaine capacité d’accueil, population scolarisable et de la nature des bâtiments, reste,
qu’ils appartiennent à l’État ou au secteur privé. Environ en moyenne, dans la norme.
88 % des enseignants de l’enseignement primaire possèdent Concernant la qualification des enseignants (le
le diplôme requis pour exercer le métier d’enseignant, niveau d’études), la plupart d’entre eux sont, en général,
tandis que ce pourcentage tombe à moins de 20 % dans des diplômés ayant accompli 4 ans (D4) ou 6 ans (D6)
609
les écoles secondaires. Par ailleurs, aucun recyclage des d’études, dans les écoles primaires mécanisées et payées.
enseignants n’est organisé. Dans les écoles primaires non agréées et non mécanisées,
en revanche, leur qualification laisse grandement à
Répartition des écoles du territoire désirer : on y recrute souvent des enseignants sans aucune
610
de Faradje par chefferie qualification (PP5, PP4, PP3, voire PP2 ou PP1 ).
Au secondaire, la situation est plus grave encore :
Écoles même dans les écoles mécanisées, le corps enseignant
Niveau/ est constitué presque exclusivement d’enseignants D6 ou
Chefferies maternelles primaires secondaires PP6. Les quelques rares enseignants qualifiés (gradués G3
611
Kakwa 0 8 2 ou licenciés L2 ) y occupent le poste de préfet. Dans la
Mondo 0 2 majorité des écoles non mécanisées (si pas dans toutes), la
Logo-Bagela 0 16 4 direction est confiée à des personnes sous-qualifiées.
Dongo 0 6 Ajoutons qu’il y a plus de deux décennies que les
Logo-Lolia 0 20 8 enseignants n’ont plus connu de recyclage officiel dans le
Logo-Ogambi 1 55 11 territoire de Niangara.
Logo-Obeleba 0 20 3
Logo-Doka 0 26 8 4.2.4. Territoire de Rungu
Total 1 153 36 Le territoire de Rungu compte actuellement 92 écoles
maternelles, primaires, secondaires et professionnelles, 4
Source : équipe locale. instituts supérieurs et 2 universités. La cité d’Isiro, située
dans ce territoire, concentre une bonne partie de ces
4.2.3. Territoire de Niangara écoles, surtout celles de niveau supérieur et universitaire.
Le territoire de Niangara compte actuellement deux 70 % des écoles primaires occupent des bâtiments
écoles maternelles appartenant au réseau catholique du construits en matériaux provisoires (pisé), et ce, surtout
diocèse d’Isiro-Niangara ; 61 écoles primaires (avec 350 en milieu rural. La densité d’occupation des classes est
classes), dont 45 appartiennent au diocèse d’Isiro-Niangara, très élevée : 45 élèves par local, en moyenne. Quant à la
5 au diocèse de Dungu-Doruma et 11 au réseau protestant formation des enseignants, elle laisse à désirer : le nombre
(AOG et CECA 20) ; 12 écoles secondaires (avec 68 classes), moyen d’années études des enseignants est de 4 ans dans
dont 9 écoles appartiennent au diocèse d’Isiro-Niangara,
une au réseau protestant (AOG) et deux au réseau officiel.
609 Une école « mécanisée » est un école dont les
De ces 73 écoles, à peine 27 sont agréées par les pouvoirs enseignants figurent sur la liste de paie.
publics et leur personnel payé par l’État congolais ; les 46 610 « PP » signifie postprimaire : PP1 : une année d’études
autres sont à charge des seuls parents. après l’école primaire ; PP2 : deux années d’études
En général, les infrastructures et les équipements après l’école primaire ; PP3 : trois années d’études
(livres, meubles, matériel didactique…) de ces écoles après l’école primaire, et ainsi de suite.
611 G3 : 3 années de graduat ; L2 : deux années de licence.

330
LES STRUCTURES SCOLAIRES

l’enseignement primaire et de 6 ans dans l’enseignement l’EPSP n’ont plus organisé de recyclage depuis plus de 15
secondaire. Ajoutons à cela que les services officiels de ans.

Bâtiments administratifs de l’Université de l’Uele à Isiro. (Photo équipe locale, février 2011.)

4.2.5. Territoire de Wamba Wadimbisa - 10 4 14


À l’heure actuelle, eu égard à son poids Malika-Ateru - 5 1 6
démographique, le territoire de Wamba dispose du Malika-Toriko - 39 11 50
plus grand nombre d’écoles du territoire, tant au niveau Makoda 1 21 9 31
primaire que secondaire, soit, au total, 232 écoles : 4 écoles Mangbele - 2 1 3
maternelles, 172 écoles primaires et 56 écoles secondaires MMB - 13 4 17
et professionnelles. Cette situation lui a valu l’installation Total 4 172 56 232
de deux sous-divisions de l’Enseignement primaire,
secondaire et professionnel au chef-lieu du territoire. Source : Rapport annuel du territoire de Wamba, 2007.
Le tableau ci-après présente la répartition de ces écoles
par entité administrative. 22 écoles primaires et 10 écoles secondaires
appartiennent au réseau non conventionné ; 2 écoles
Répartition des écoles du territoire de Wamba maternelles, 118 écoles primaires et 31 écoles secondaires
par chefferie/secteur appartiennent, quant à elles, au réseau catholique ; 37
écoles primaires et 14 écoles secondaires au réseau
Écoles protestant/CECCA16 ; 5 écoles primaires au réseau
Entités maternelles primaires secondaires Total conventionné ; 2 écoles maternelles, 2 écoles primaires et
Cité Durunga 3 7 4 14 une école secondaire relèvent du secteur privé.
Bafwakoy - 17 3 20 Très peu nombreux sont les établissements construits
Mahaa - 17 3 20 en matériaux durables. La majorité des écoles est fabriquée
Malamba - 4 - 4 en pisé, avec une toiture couverte de feuilles. Aussi la
Bafwangada - 18 7 25 population est-elle appelée à intervenir chaque année pour
Timoniko - 19 9 28 la reconstruction des bâtiments.

331
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

La capacité d’accueil moyenne des classes est normale, même que soient acceptés comme enseignants des personnes
c’est-à-dire de 25 élèves par classe. Il arrive cependant que n’ayant pas terminé leurs études primaires. Ajoutons, enfin,
l’on enregistre de 35 à 50 élèves par salle de classe. qu’au sein du corps professoral, l’on trouve des diplômés
La formation des enseignants laisse à désirer. Ils sont, provenant de sections autres que pédagogiques.
dans leur majorité, des diplômés d’État (D6), et ceci tant au
niveau des écoles primaires qu’à celui des écoles secondaires. 4.2.6. Territoire de Watsa
Les détenteurs d’un graduat ou d’une licence sont rares. La situation actuelle est présentée au tableau ci-après,
Ceux-ci occupent généralement les postes de direction dans où les écoles du territoire de Watsa sont réparties par
les écoles secondaires. Dans l’enseignement primaire, il arrive chefferie, secteur et cité.

Répartition des écoles du territoire de Watsa par chefferie, secteur et cité

Enseignement
Entité primaire secondaire supérieur et universitaire
NC ECC ECP Total NC ECC Total NC ECC Total
Andikofa 2 2 1
Andobi 2 12 5 19 1 2 3
Ateru 10 1
Gombari 12 4
Kelbo 2 6 1 7 1
Kibali 4 3
Mangbetu 7 1
Mari minza 10 1
Walese 11 2
Cité de Watsa - - 1 1 2
Total 4 20 6 82 1 2 17 1 1 2

NC : non conventionnée ; ECC : école conventionnée catholique ; ECP : école conventionnée protestante.

La majorité des écoles appartiennent, par ordre La carence est de plus en plus grande à l’intérieur du
d’importance, au réseau catholique, puis au réseau territoire.
protestant et, enfin, à l’État. Les établissements
d’enseignement supérieur sont un institut supérieur des
techniques médicales, relevant du ministère de la Santé,
et un institut supérieur pédagogique, géré par le diocèse 5. LE SYSTÈME DE SANTÉ DU HAUT-UELE
d’Isiro-Niangara. Ces écoles sont peu équipées en matériel
didactique et en manuels et elles accusent, en outre, une
insuffisance en personnel enseignant qualifié. 5.1.L’INFRASTRUCTURESANITAIREDUHAUT-UELE
Dans la plupart des cas, les directions des écoles sont
aux mains de personnes disposant, au maximum, d’un En 1965, les structures sanitaires du Haut-Uele
diplôme d’humanités D6 (diplôme d’État) ; rares sont comportaient 17 hôpitaux ou cliniques (10 de ces
celles possédant un graduat. Les gradués occupent, quant établissements étaient gérés par l’État, 1 par une mission
à eux, généralement les postes de direction des écoles religieuse, 4 par la Croix-Rouge, 2 par des opérateurs
secondaires. Les préfets possédant une licence sont rares. privés) et 135 dispensaires.

332
LE SYSTÈME DE SANTÉ

Infrastructure sanitaire du Haut-Uele en 1965 L’infrastructure sanitaire612 était complétée par quelques
hôpitaux de missions, des dispensaires d’État et de missions
Territoire/ Hôpitaux et des dispensaires satellites rattachés aux dispensaires
613
localité et cliniques d’État . La plupart de ces hôpitaux étaient vétustes et mal
Appartenance Dispensaires Autres entretenus. Souvent, ils ne fonctionnaient plus, par manque
Dungu 1 État de pièces de rechange et de techniciens spécialisés dans
Doruma 31 1 maternité et 1 l’entretien ou par manque d’électricité. Quant au personnel
léproserie médical, il était totalement insuffisant. Ainsi, les hôpitaux
Faradje 2 État 14 d’État ne comptaient-ils que 13 médecins (1,5 médecin
Aba 1 Mission 6 pour 100.000 habitants). Quant aux infirmiers diplômés,
Niangara 2 État 9 1 léproserie leur nombre avait connu une chute continue au cours des
Paulis 2 État 1 sanatorium cinq années précédentes. Ils étaient souvent responsables
Medje 1 Croix-Rouge 1 maternité d’un hôpital ou d’un dispensaire important. Les dispensaires
Rungu 1 État (CAC) 27 1 léproserie ruraux étaient, quant à eux, gérés par des infirmiers
Wamba 1 État 1 1 maternité auxiliaires ou des aides accoucheuses, confrontés à de
Pawa 1 Croix-Rouge 1 léproserie graves difficultés, en raison d’une formation insuffisante, du
Babonde 1 Croix-Rouge manque de moyens, et de l’isolement. Les unités médicales
Matete 1 Croix-Rouge 20 2 léproseries manquaient de médicaments ; les dispensaires en étaient
Bayenga 1 Privé 4 même complètement dépourvus. Cette pénurie était en
Watsa 1 Privé 7 1 maternité grande partie imputable aux vols tout au long du transport
614
Gombari 1 État 16 2 léproseries et du circuit de distribution .
Total 17 135 Au cours des années 1970, la RD Congo décida de la
création d’unités de santé décentralisées qui associeraient
Source : Annuaire de la République démocratique du Congo, Agence la population au fonctionnement de celles-ci : les zones
nationale de publicité congolaise, 1965, pp. 82-83. de santé, l’unité de base de planification sanitaire, dont
l’objectif prioritaire était l’accessibilité des soins de santé à
En 1974, les hôpitaux d’État étaient au nombre de huit, toute la population.
615
offrant au total 1.506 lits, et 13 médecins de l’État. Ceux-ci La zone de santé , regroupant tous les services, quels
se répartissaient comme suit par territoire : qu’en soient les propriétaires (État, société privée, mission

Nombre d’hôpitaux et de médecins 612 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de


dans le Haut-Uele en 1974 mission. Région du Haut-Zaïre, 1976, p. 112, Fonds Benoît
Verhaegen, Archives de la section d’Histoire du Temps
Territoire Population Établissements Nombre de présent, Musée royal de l’Afrique centrale, III-5813/BV.
médicaux médecins 613 Nous ne possédons de données chiffrées que pour
de l’État l’ensemble du Haut-Zaïre : celui-ci comptait 50 hôpitaux,
Dungu 123.133 1 4 dont 32 d’État. Les autres se répartissaient en part égales
entre les sociétés et les missions. Il existait 23 dispensaires
Faradje 124.760 1 1
d’État, 23 dispensaires de sociétés ou de missions et 480
Niangara 63.044 1 1
dispensaires satellités rattachés aux dispensaires d’État.
Rungu 208.028 2 3
Voir République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
Wamba 203.827 1 2 mission. Région du Haut-Zaïre, op. cit., p. 112.
Watsa 108.388 2 2 614 République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de
Total 831.180 8 13 mission. Région du Haut-Zaïre, op. cit., pp. 114-117.
615 Janssens, P.G., Kivits, M. et Vuylsteke, J., Médecine et
Source : République du Zaïre, Service du Plan, Rapport de mission. hygiène en Afrique centrale de 1885 à nos jours, vol. I,
Région du Haut-Zaïre, 1976, p. 114, Fonds Benoît Verhaegen, Bruxelles, Fondation roi Baudouin, 1992, p. 143.
archives de la section d’Histoire du Temps présent, Musée royal de
l’Afrique centrale, CA.2008.1.

333
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

religieuse) comprend, en milieu rural, en moyenne 20 Le pays fut découpé en 306 zones de santé. Le Haut-
centres de santé (un pour 5.000 habitants) et un hopital Uele en comptait 10, avec une inspection médicale à Isiro.
général de référence pour 100.000 habitants. En ville, En 2003, un redécoupage des zones de santé fut opéré.
elle comprend en moyenne 10 centres de santé (un pour Pour l’ensemble de la RD Congo, leur nombre est passé de
10.000 habitants) et un centre hospitalier pour 100.000 306 à 515 ; pour le Haut-Uele, de 10 à 13. Deux districts
habitants. sanitaires ont été créés : le district du Haut-Uele Ouest et
le district du Haut-Uele Est.
Le centre de santé est responsable de la promotion de la Le district sanitaire du Haut-Uele Est a son siège dans
santé de la population dont il a la charge. Il a pour mission la cité de Watsa. Il couvre les territoires de Faradje et de
d’offrir á la population un paquet minimum d’activités de Watsa. Ce district se subdivise administrativement en
prestation de soins de santé primaires, avec la participation cinq zones de santé découpées en 88 centres de santé. Le
communautaire. L’hôpital général de référence offre un district sanitaire du Haut-Uele Ouest a Isiro pour siège. Il
paquet complémentaire d’activités de soins de santé de couvre les territoires de Dungu, de Niangara, de Rungu
référence. et de Wamba. Il compte huit zones de santé, composées
Les centres et postes de santé assurent un ensemble de 140 centres de santé. Le tableau ci-après récapitulent la
616
d’activités curatives, préventives et promotionnelles . situation des structures sanitaires du Haut-Uele en 2007.

616 Mushagalusa Salongo, P., Étude des déterminants de


l’utilisation des services de santé dans la zone de santé de
Kadutu, province du Sud Kivu - RD Congo, Kinshasa,
Université de Kinshasa, maîtrise en Santé publique/
économie de la santé, 2005, consulté le 12 mai 2011 sur
www.memoireonline.com/04/06/152/m_etude-
determinants-socio-economiques-utilisation-
services-sante16.html

334
LE SYSTÈME DE SANTÉ

Subdivisions administratives des districts sanitaires Haut-Uele Est et Ouest en 2007

District Territoire Zone de Nbre Nbre Pop. totale Taux de Partenaires


sanitaire santé hôpitaux centres couverture
de
Santé
Faradje Aba 1 16 100.529 100 Foda, OMS, Malteser,
Unicef, Églises
Faradje 1 18 93.285 97,6 OMS, Foda, Pev, Malteser,
TIDC
Haut-Uele Est

Watsa Gombari 1 19 72.489 100 Foda, OMS, Medair,


Pevunicef,
BDOM/Wamba
Makoro 1 17 107.398 100 Unicef, OMS, Foda,
Malterser, Paroisse, Église,
Communauté
Watsa 2 18 140.247 100 Ps9fed, Medair, OMS, Pev,
Foda, Apoc
Dungu Doruma 1 12 57.767 82 Msf, OMS, Ps9fed, Pev/
Gavi, Pronanut, Foda
Dungu 1 20 106.875 100 MSF, PNUD, Foda, OMS,
Oxfam/Q Diocèse Dungu
Doruma, Ps9+Medair
Niangara Niangara 1 16 87.877 Foda, Medair, Pev,
Rungu Isiro 4 29 205.312 100 Pf9fed + Medair, OMS,
Foda, PNMLS, UNFPA,
Haut-Uele Ouest

TIDC
Rungu 2 14 83.774 Foda, Medair, Pev,
Wamba Boma 1 14 86.749 Foda, Medair, Pev,
Mangbetu
Pawa 2 18 125.383 100 Memisa Belgique,
Ps9fed, Medair, OMS,
Pev, Foda, Cordaid,
Églises catholique et
protestante, gouvernement/
communauté
Wamba 2 17 107.166 Medair, OMS, UNFPA,
Foda et Église catholique
Total 13 20 228 1.374.851

Source : Inspection district sanitaire du Haut-Uele Ouest.

335
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Les formations sanitaires du Haut-Uele Plusieurs organisations humanitaires se sont installées


s’approvisionnent en médicaments à la Centrale d’achat dans le Haut-Uele, notamment à Faradje, en raison de
et de distribution des médicaments essentiels de Bunia l’insécurité engendrée par le présence de groupes armés
(Cadimebu) qui possède un dépôt à Isiro (comptant (LRA) et pour tenter de remettre en état les infrastructures
parmi les membres fondateurs sont l’ONG Internationale sanitaires. Citons l’OCHA, le Foda, l’OMS, Malteser,
Medair et PS9FED) à l’ouest ou à la Centrale d’achat et de l’Unicef, PEV, TIDC, PS9FED, MSF, le PNUD, Oxfam,
distribution des médicaments essentiels du Nord Ituri et PNMLS, l’UNFPA, TIDC, Memisa, Cordaid.
617
du Haut-Uele (Caamenihu) à l’est . Ces organismes sont chargés de la revitalisation des
soins de santé primaire, de la surveillance, du dépistage
5.2. CONTEXTE POLITIQUE ET INCIDENCE et du traitement des maladies, de la lutte contre la
618
SUR LA SANTÉ DES POPULATIONS malnutrition, de l’appui en médicaments essentiels, de la
formation du personnel de santé. Ils travaillent également
Depuis 1996, la Province-Orientale a été marquée par à l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable,
plusieurs années de guerre d’agression et/ou de conflits par la construction d’infrastructures d’eau, à l’amélioration
interethniques. Elle fut administrée, à certains moments, des conditions d’hygiène et à la sécurité alimentaire.…
e
par six factions rebelles appuyées par des forces étrangères, Un programme de santé, le Programme Santé 9
ce qui a considérablement affaibli l’autorité de l’État dans Fonds européen de développement (PS9FED), conçu et
cette région, avec pour conséquence une forte dégradation financé par le Gouvernement congolais et la Commission
des services publics et une réduction drastique du pouvoir européenne fut lancé en 2005. S’inscrivant dans le
d’achat de la population. programme d’actions prioritaires du gouvernement (PAP),
La situation sanitaire du Haut-Uele s’est ainsi dégradée il visait à améliorer la qualité des soins, à les rendre plus
à la suite de ces conflits armés et de l’insécurité qui y règne. accessibles grâce à la prise en charge par le projet d’un tiers
Ce territoire est encore aujourd’hui victime des exactions payant (en cash ou en médicaments essentiels génériques),
de la LRA (voir supra) qui sévit depuis 20 ans dans cette à améliorer les pratiques de gestion et enfin à moderniser
partie du pays. l’administration sanitaire. L’appui apporté par le PS9FED
Les infrastructures de santé sont en mauvais état et le au district sanitaire du Haut-Uele Ouest (Isiro) a permis
personnel (médical et paramédical) dont elles disposent de renforcer l’encadrement des zones de santé.
est trop peu nombreux. En 2003, le Haut-Uele comptait Dans le Haut-Uele, depuis octobre 2008, MSF est en
619
26 médecins, 5 AG, et 16 infirmiers de niveau A1 pour première ligne pour assister les populations victimes des
une population évaluée à 1.267.231. En 2007, le nombre exactions de la LRA.
de médecins était de 33, pour une population évaluée à Le tableau suivant présente les projets financés par les
1.612.547 habitants. acteurs humanitaires dans le Haut-Uele en 2010.

617 « Le PS9FED en RDC. La Province-Orientale »,


Programme santé du 9e FED en République
démocratique du Congo, sur http://ps9fed.609.be/
index.php?page=non, consulté le 22 mars 2011.
618 Ibidem.
619 République démocratique du Congo, Ministère
du Plan, Unité de pilotage du processus SSRP,
Monographie de la Province-Orientale, op. cit., p. 52.

336
LE SYSTÈME DE SANTÉ

Projets financés par les acteurs humanitaires dans le Haut-Uele en 2010

Secteur Montant
Titre du projet
d’intervention alloué (USD)
PREMIÈRE ALLOCATION 2010 – HAUT-UELE 3.425.984
Assistance en kits NFI (non food items, biens non alimentaires) à 1.400 ménages
300.000
Abris et biens non déplacés des attaques de LRA dans le village d’Isiro (territoire de Rungu)
alimentaires Assistance en NFI pour la protection des populations déplacées de Niangara et
249.000
périphéries sud

Améliorer l’accès à l’eau et aux installations sanitaire à Isiro 163.554


Approvisionnement en eau potable et construction des infrastructures
Eau, hygiène et 250.000
d’assainissement pour la population de la zone de santé Isiro
assainissement
Construction des points d’eau et latrines comme moyen de lutte contre les
200.000
maladies d’origine hydrique dans les aires de santé de l’axe Dungu-Niangara

Appui à la réhabilitation des infrastructures scolaires pour les personnes


Éducation 385.000
déplacées, autochtones de la zone de santé de Niangara
Logistique Réhabilitation de l’axe Durba-Faradje en travail HIMO et appui mécanisé 193.549
Prise en charge intégrée de la malnutrition aiguë dans les structures de
Nutrition 428.000
santé de 2 zones de santé Rungu et Aba, Haut-Uele
Projet d’assistance et de protection d’urgence pour les enfants non
Protection accompagnés, les enfants sortis des forces et groupes armés dans les axes 466.881
Rungu-Isiro-Niangara, Dungu, Faradje et Bangadi
Projet d’appui aux soins de santé primaire en faveur des populations
Santé déplacées dans la zone de santé de Rungu et appui aux activités de 190.000
vaccination intensives dans la zone de santé de Dungu
Assistance agricole à 2.500 ménages (déplacés, retournés, familles
300.000
d’accueil) du territoire de Rungu dans le Haut-Uele
Sécurité alimentaire
Restaurer l’autonomie des populations déplacées sur l’axe Kurukwata-Aba-Lagabe,
300.000
district du Haut-Uele

Source : OCHA, Action humanitaire en Province-Orientale. Rapport mensuel et bilan annuel partiel 2010, OCHA, décembre 2010, p. 17.

Au plan sanitaire, dans le Haut-Uele620, 90 % de la population qui en découlent). Les épidémies de méningite
morbidité est constitué du paludisme, des infections et de peste pulmonaire sont fréquentes. La trypanosomiase
respiratoires aiguës, des maladies diarrhéiques, des humaine africaine et l’onchocercose (entraînant la cécité)
infections sexuellement transmissibles et du VIH/SIDA, y sont également observées. Le mois de mars 2011 s a été
de la filariose et, à certains endroits, de la malnutrition marqué par une suspicion de fièvre hémorragique virale à
621
(souvent liée aux conflits et aux déplacements de Dungu .

620 Agence européenne pour le développement et la


Santé, « Le PS9FED en RDC. La Province-Orientale »,
Programme santé du 9e FED en République
démocratique du Congo, sur : http://ps9fed.609.be/ 621 OCHA, Rapport mensuel. Action humanitaire en
index.php?page=non, consulté le 22 mars 2011. Province-Orientale, OCHA, mars 2011, p. 8.

337
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

5.3.LESSTRUCTURESSANITAIRESPARTERRITOIRE état de délabrement avancé et les conditions de travail sont


difficiles. Les quatre médecins qui travaillent dans les deux
5.3.1. Territoire de Dungu hôpitaux du territoire sont des généralistes.
Le territoire de Dungu compte deux hôpitaux Médecins sans frontières s’est implanté à Dungu, qui
généraux, un à Dungu et un à Doruma, avec deux zones est devenu le centre de l’activité de ses équipes d’urgence et
de santé rurales, 24 centres de santé (dont deux sont dits d’assistance aux populations du Haut-Uele. « Intervention
de référence) et 22 postes de santé. difficile, faite par avion du fait de l’impossibilité de se
déplacer par voie terrestre à cause de l’insécurité mais
Répartition des structures sanitaires aussi de l’état déplorable des infrastructures routières,
par secteur dans le territoire de Dungu en particulier de l’effondrement de la plupart des ponts,
elle a consisté dans des actions ponctuelles de secours
Chefferie Hôpitaux Médecins Centres Postes aux blessés dans les sites attaqués par la LRA (Bangadi,
de santé de santé Faradje, Doruma etc.), mais aussi dans l’organisation d’une
Wando 1 3 19 21 assistance plus conséquente et plus structurelle. Celle-ci se
Malongindo - - 2 - poursuit encore aujourd’hui sous forme de distribution
Ndolomo 1 1 3 1 de biens de première nécessité (couvertures, ustensiles de
622
Total 2 4 24 22 cuisine, moustiquaires etc…) . »

Source : Bureau de la zone de santé de Dungu. MSF apporte également un appui à l’hôpital de Dungu,
dans le service de chirurgie, la maternité et la pédiatrie
Tous ces hôpitaux, centres et postes de santé et organise une intervention similaire à Doruma, qui est
appartiennent à des opérateurs privés. L’approvisionnement toujours isolée par les rebelles et à Dingila, une autre ville
en produits pharmaceutiques est assuré par l’organisme où la population déplacée est, comme à Doruma, d’environ
humanitaire Medair. Les infrastructures sont dans un 20.000 personnes.

Hôpital de Dungu. (Photo équipe locale, 2011.)


622 RD Congo, MSF, consulté le 25 mars 2011 sur http://
www.msf.ch/nos-projets/ou-nous-travaillons/
projets/rd-congo/

338
LE SYSTÈME DE SANTÉ

5.3.2. Territoire de Faradje 5.3.3. Territoire de Niangara


Le territoire de Faradje ne compte aucun hôpital de Le territoire de Niangara dispose de 2 hôpitaux
référence, mais 55 centres de santé et 7 postes de santé. Le généraux de référence (HGR) – celui de Dungu, dans le
tableau suivant en donne la répartition. groupement Eti en chefferie Kopa et celui de Niangara
dans la cité de Niangara –, de 8 centres de santé et de 32
Localisation des infrastructures sanitaires postes de santé. Notons que l’hôpital général de référence
par chefferie dans le territoire de Faradje de Dungu, bien que situé dans le territoire de Niangara,
est, en fait, intégré dans la zone de santé de Dungu.
Chefferies Centres de santé Postes de santé Si l’hôpital de Dungu dispose encore de quelque
Logo-Obeleba 13 - infrastructure et d’un certain équipement, tel n’est pas le
Logo-Doka 7 5 cas de celui de Niangara, qui n’a plus été réhabilité depuis
Logo-Ogambi 15 - la rébellion des Simba en 1964.
Dongo 2 - Les 8 centres de santé sont localisés à Nambia, Kungbe,
Logo-Bagela 6 1 Ndingba, Ganga, Babagu, Tapili, Nangbama et Mangalu.
Mondo 2 - Ils sont presque tous tenus par des assistants médicaux ou
Kakwa 2 1 des infirmiers diplômés. Tous ces centres appartiennent
Logo-lolia 8 - à l’État. Les postes de santé (dispensaires et pharmacies,
Total 55 7 appartenant à l’État et aux privés) sont disséminés à travers
le territoire où ils assurent les services médicaux.
Ces structures sont approvisionnées en médicaments
par des ONG internationales à l’exemple de Malteser et de
Caritas International.

Situation sanitaire dans le territoire de Niangara

Entité HGR Centres de santé Postes de santé


Cité de Niangara HGR de Niangara Ligunza et Mangeka
Chefferie Kereboro CS Babagu Arambi, Edru, Gbita, Tulungu
Chefferie Kopa HGR de Dungu CS Kungbe Gangani, Gbagu, Makelingbo,
Mambetu, Mbengu
Chefferie Boimi CS Nangbama
Chefferie Mangbele CS Mangalu Makombo
Chefferie Mangbetu CS Tapili
Chefferie Manzi CS Nambia
Chefferie Okondo CS Ganga
CS Ndingba Lopombo, PS Mbelekeu

5.3.4. Territoire de Rungu


Le territoire de Rungu est subdivisé en deux zones de santé comptent 7 hôpitaux et 4 centres de santé plus ou
santé : celle d’Isiro et celle de Rungu. Ces deux zones de moins importants, répartis de la manière suivante :

339
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Répartition des structures sanitaires dans le territoire de Rungu

Institution Localisation Propriétaire Nbre médecins


Hôpital général de référence (HGR) Isiro État
Clinique de l’Uele Isiro Université de l’Uele 7
Clinique de l’Est Isiro Diocèse d’Isiro Niangara 2
Centre de santé de référence Mayogo Isiro État 1
Centre de santé Gamba Isiro Église CECCA 16 -
Hôpital de Neisu Neisu Diocèse d’Isiro Niangara 3
Hôpital de Nangazizi Nangazizi Diocèse d’Isiro Niangara 1
Hôpital de Rungu Rungu Diocèse d’Isiro Niangara 2
Centre de santé de référence Medje Medje État 1
Dispensaire de CFU Isiro CFU 1
Centre hospitalier d’Isiro Isiro Dr Kamanga 1
Source : Rapport annuel du territoire de Rungu, exercice 2007, p. 50, complété par les enquêtes de terrain.

Hôpital général de référence d’Isiro. (Photo équipe locale, février 2011.)

La plupart des médecins, si pas tous, sont des 5.3.5. Territoire de Wamba
généralistes. Les infirmiers, quant à eux, sont de niveau Le territoire de Wamba est doté de trois zones de santé
A1, A2 et A3.. De façon générale, ces institutions sont rurales : Boma Mangbetu, Pawa et Wamba. La mieux
approvisionnées par diverses ONG, dont Medair ou dotée en infrastructure est celle de Pawa. Le tableau ci-
Cadimebu. Divers postes de santé appartiennent au après répartit les structures sanitaires dans le territoire de
secteur privé. Ils sont souvent tenus par un personnel sans Wamba.
qualification requise.

340
LE SYSTÈME DE SANTÉ

Infrastructures sanitaires dans le territoire de Wamba

Entités Hôpitaux Centres de santé Postes de santé Observations


Cité Durunga 1 3 - Hôpital général de référence, État
Chefferie Bafwakoy - 4 6 Tous publics
Chefferie Mahaa - 4 7 Tous publics
Chefferie Malamba - 2 4 Tous publics
Chefferie Malika-Ateru - 1 4 Tous publics
Secteur MMB 1 5 4 Hôpital général de référence, 1
dispensaire privé
Chefferie Makoda 1 6 9 Hôpital privé CECCA/16
Chefferie Timoniko 1 6 7 Hôpital général de référence
Chefferie Wadimbisa - 5 3
Chefferie Bafwangada 1 4 11 Poste de santé privé
Chefferie Malika-Toriko - 15 16
Chefferie Mangbele - 1 1
Total 5 56 72
Source : Rapport annuel du territoire de Wamba, 2007.

Le territoire de Wamba compte 5 hôpitaux : 3 Pour l’approvisionnement en produits pharmaceu-


hôpitaux de référence et deux hôpitaux privés gérés par tiques, les structures publiques bénéficient de l’aide
les missionnaires catholiques et protestants. Il dispose de de l’Union européenne ou d’ONG internationales
56 centres de santé publics et de 72 postes de santé (deux comme Medair et Cadimebu. Les structures privées
privés et 70 publics). s’approvisionnent sur fonds propres, à partir de deux
points principaux : Ariwara et Butembo.
Les hôpitaux sont dirigés par 5 médecins généralistes.
Le personnel soigant compte 25 infirmiers A1, 91 5.3.6. Territoire de Watsa
infirmiers A2 et 130 infirmiers A3, soit un total de 251. Le Il y a deux zones de santé dans le territoire de Watsa :
personnel non soignant est au nombre de 255. celle de Watsa et celle de Gombari.

341
CHAPITRE VIII CINQ GRANDS DÉFIS

Répartition des infrastructures sanitaires du territoire de Watsa par entité administrative

Entité HGR Hôpital Centre de santé Poste de santé Caractéristiques


Andikofa - - 2 1 Les centres de santé sont publics ;
le poste de santé est privé
Andobi - 1 8 5 3 centres de santé catholiques et 5
centres de santé publics ; 1 poste
de santé catholique
Ateru - - 1 4 1 poste de santé public ; 3 postes
de santé catholiques
Kebo - - 5 2 1 centre protestant, 1 centre
catholique et 3 centres publics ; 2
postes de santé publics
Gombari 1 - 14 - 1 centre de santé privé, 13 publics
Mangutu - - 1 3
Mari Minza - - 3 2
Kibali - - 11 10
Walese - - 4 2
Cité de Watsa 1 - -
Total 2 1 49 29

Le territoire de Watsa possède 2 hôpitaux, 49 centres Pour l’ensemble du territoire, on dénombre 5 médecins,
de santé et 29 postes de santé. 9 infirmiers A1, 38 infirmiers A2, 74 infirmiers A3 et 91
La quasi-totalité des centres de santé et des postes autres personnes.
de santé sont construits en pisé. Ceux appartenant En matière d’approvisionnement en médicaments et en
à l’État manquent de médicaments et l’état de leurs matériel médical, ces structures de santé sont appuyées par
infrastructures laisse à désirer. Le personnel soignant des associations telles que Medair, la Fondation Damien,
est constitué de médecins généralistes et d’infirmiers de Malteser, etc. Leur approvisionnement en médicaments se
niveaux A1, A2 et A3. fait à partir d’Ariwara, Isiro, Beni et Butembo.

342
CONCLUSION

CONCLUSION

D
ès l’époque coloniale, l’Uele frappa celui des expressions artistiques, musicales et religieuses.
l’imagination des visiteurs étrangers. Il En matière politico-administrative, le sort du Haut-
suffit, pour s’en convaincre, de feuilleter Uele a toujours été lié à celui de ses voisins, les districts du
les anciens guides touristiques. D’autre Bas-Uele, de l’Ituri et de la Tshopo, qui, à plusieurs moments
part, les récits de voyage, les documentaires, les tableaux de leur histoire, firent partie – et font encore partie – d’une
des écrivains, des cinéastes, des peintres (tel Alexandre même entité politique, la Province-Orientale. Si le nombre
Iacovleff) et d’autres artistes qui avaient parcouru ces considérable de chefferies explique certaines tensions de
contrées ont perpétué à jamais le souvenir du passé configurations territoriales à l’intérieur du Haut-Uele, les
souverain, dynamique et créatif des peuples quelque peu territoires de Faradje et de Watsa, ballottés entre l’Uele et
exotiques de cette région. Il est jusqu’à Tintin, le héros l’Ituri, furent à l’origine d’autres tensions.
de la bande dessinée d’Hergé, qui navigua sur l’Uele sous À cause de sa situation isolée aux confins nord-est
pavillon belge. de la République démocratique du Congo, le Haut-Uele
L’objet de la présente étude ne se résume cependant présente des caractéristiques historiques spécifiques.
pas à ouvrir quelques pages de nostalgie coloniale. Il Premièrement, avant la colonisation belge, il fut
veut présenter les différentes réalités du Haut-Uele. Après longtemps soumis aux influences anglo-soudanaises.
avoir donné un aperçu de la géographie, de la géologie, Ensuite, quoique ayant été utilisés longtemps comme base
de l’hydrographie, des ressources minérales, de la faune arrière des aspirations expansionnistes de Léopold II vers
et de la flore de la région, l’ouvrage aborde l’évolution le Haut-Nil, c’est-à-dire le Bahr-el-Ghazal et l’enclave de
démographique du Haut-Uele et s’attache à décrire ses Lado, certains chefs locaux résistèrent jusqu’au début du
e
peuples. Il se consacre ensuite à son passé politico- xx siècle à la conquête et à l’occupation belges. L’Uele fut,
administratif, à sa composition administrative, à son pendant la Première République (1960-1965), le théâtre
évolution socio-économique et aux défis auxquels il est d’une instabilité politique qui fut un terreau favorable
confronté. à une rébellion très sanglante. En 1964-1965, les Simba
Si ce furent les Mangbetu et les Azande qui défrayèrent y semèrent la terreur et furent à l’origine de massacres
principalement les chroniques littéraires coloniales horribles. L’élite intellectuelle, les chefs locaux, les religieux
mentionnées ci-dessus, l’ouvrage s’attache à montrer la et les entrepreneurs autochtones furent visés. La reconquête
diversité des peuples de l’Uele en général, et du Haut- de cette partie du pays ne fut possible que grâce à une aide
Uele en particulier, diversité qui en constitue la richesse militaire étrangère fournie à l’Armée nationale congolaise.
culturelle. Il aborde par ailleurs l’épineuse problématique Au plan économique, le Haut-Uele fut caractérisé
des Mbororo. Cette diversité et cette richesse se traduisent pendant longtemps par la prédominance des activités
excellemment dans le domaine linguistique comme dans agricoles (café Robusta) et des industries de transformation

343
CONCLUSION

de cette production. Jusque dans les années 1970, Isiro fut minière artisanale nourrissant des bandes armées
considérée comme la capitale de l’or vert. Le Haut-Uele fut incontrôlées venant du Sud-Soudan et de l’Ouganda.
par ailleurs doté de grandes sociétés, dont la Société des Une reprise de l’économie ne serait envisageable que si
mines d’or de Kilo-Moto (la partie Moto se trouve dans le Haut-Uele s’engageait à répondre à un certain nombre
le territoire de Watsa) est la plus importante, devançant de grands défis auxquels il est confronté. Il doit s’atteler à
de loin la Comuele, Vicicongo… Kilo-Moto, symbolise, l’amélioration des infrastructures routières et ferroviaires
depuis plus d’un siècle, l’or du Congo. La présence de pour casser son isolement et lui permettre de relancer
ces grosses entreprises attira un grand nombre de petits sa production. Cela implique de nécessaires progrès
entrepreneurs et commerçants, souvent d’origine grecque. dans le domaine des communications. Il doit également
À la crise conjoncturelle liée à l’affirmation autoritaire œuvrer à l’amélioration tant quantitative que qualitative
du régime Mobutu à partir de 1970-1971 succéda, en 1973- de l’enseignement et des services de santé. Le dernier défi,
1975, une crise structurelle causée par la transformation qui est aussi un formidable atout, est celui du tourisme.
économique que voulait imposer le régime. La situation Le patrimoine du Haut-Uele a, en effet, énormément de
que connaissait le Haut-Uele influenca la prise de décision choses à offrir dans le domaine naturel comme dans le
du chef de l’État zaïrois et fut à l’origine de la zaïrianisation, domaine culturel. Si le Parc national de la Garamba ou la
puis de la radicalisation et de la rétrocession. Celles-ci réserve de faune à okapis sont déjà mondialement connus,
asphyxièrent durablement la dynamique économique de les cavernes préhistoriques de la Nembiliki, le village
la région, voire du pays. Dans le Haut-Uele, l’ensemble des d’Ekibondo ou le château de Dungu sont des trésors qu’il
cultures commercialisées connut une chute spectaculaire suffirait de réhabiliter ou de restaurer pour faire travailler à
après 1974. La décomposition progressive de l’État à la nouveau l’imagination des voyageurs, des touristes.
suite de la zaïrianisation entraîna l’isolement de plus en Ces défis renvoient à la délicate question de la
plus prononcé du Haut-Uele, une région perdue qui fut décentralisation réclamée, mais dont la mise en œuvre est
livrée à l’insécurité. Cette évolution entraîna par ailleurs la continuellement repoussée, une situation qui dépasse le
substitution d’activités minières informelles aux activités seul cadre du Haut-Uele, car c’est fondamentalement au
industrielles et le développement d’une exploitation niveau national congolais qu’elle doit se jouer.

344
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353
BIBLIOGRAPHIES

354
ANNEXES

ANNEXE 1 PERMIS ATTRIBUÉS


SITUATION MAI 2010

355
ANNEXES

356
Code Parties Type Ressource Groupe_d Statut Demandé Octroyé Expiré Km²

137 Société minière de l’Ituri (100 %) PE Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 23/02/2009 22/02/2039 36
138 Société minière de l’Ituri (100 %) PE Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 23/02/2009 22/02/2039 36
5045 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5046 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5047 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 178
5048 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 204
5049 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5050 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 467
5051 Okimo (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 294
5052 Kibali Goldmines (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2014 11/05/2029 356
5053 Okimo (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 200
5054 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 357
5056 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5057 Okimo (100 %) PE Au Active Cession
partielle
en cours 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5058 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Cession
partielle
en cours 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 363
5069 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
5073 Kibali Goldmines (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2029 11/05/2029 470
ANNEXES

5084 Okimo (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 31/12/2007 30/12/2014 471


5085 Okimo (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 4/06/2008 3/06/2015 152
5086 Okimo (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 4/06/2008 3/06/2015 379
5087 Okimo (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 31/12/2007 30/12/2014 225
5088 Kibali Goldmines (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 4/06/2008 3/06/2015 344
5120 PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2007 11/05/2014 471
9692 Société minière de l’Ituri (100 %) PE Diamant, Au Active Actif 11/01/2008 23/02/2009 22/02/2039 101
9694 Société minière de l’Ituri (100 %) PE Diamant, Au Active Actif 11/01/2008 23/02/2009 22/02/2039 144
9695 Société minière de l’Ituri (100 %) PE Diamant, Au Active Actif 14/12/2007 23/02/2009 22/02/2039 72
11447 Kibali Goldmines (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2029 11/05/2029 267
11467 Kibali Goldmines (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 12/05/2029 11/05/2029 293
11468 Kibali Goldmines (100 %) PE Au, Ag Active Actif 1/04/2009 12/05/2029 11/05/2029 54
11469 Kibali Goldmines (100 %) PE Au, Ag Active Actif 1/04/2009 12/05/2024 11/05/2024 108
11470 Kibali Goldmines (100 %) PE Au, Ag Active Actif 6/04/2006 16/05/2009 3/06/2038 36
11471 Kibali Goldmines (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 12/05/2029 11/05/2029 133
11472 Kibali Goldmines (100 %) PE Au Active Actif 6/04/2006 13/06/2009 3/06/2015 100
12032 Ashanti Goldfields Kilo (100 %) PE Au Active Actif 12/04/2010 24/04/2010 11/05/2014 425
141 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
142 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
143 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
144 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36

357
146 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36

358
148 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
149 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 29
613 Société minière de l’Ituri (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/01/1900 10/04/2007 14/12/2007 36
1792 Rio Tinto Congo RDC SPRL (100 %) PR (PP) Diamant Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 465
1795 Bas-Congo Exploration Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 465
1796 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 380
1797 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 370
1798 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 435
1799 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 435
1800 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 395
1801 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 404
1802 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 392
1803 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 429
1804 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %)s PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 291
1805 Rio Tinto Congo RDC Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/11/2003 10/02/2007 9/02/2011 411
2226 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 322
2228 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 462
2229 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 300
2230 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 362
2231 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Nb Active Actif 19/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 464
2285 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 462
2286 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 435
ANNEXES

2287 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 430
2288 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 406
2289 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 460
2290 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012
447
2291 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 449
2292 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 459
2293 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 468
2294 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 470
2295 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 456
2297 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Ag, Ta, Sn, Cr, Nb Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 451
2298 KGL-ERW Sprl (100 %) PR (AS) Au, Ag, Ta, Sn, Cr Active Actif 23/01/2004 5/02/2007 4/02/2012 364
2625 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 1/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 400
2626 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 1/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 400
2629 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 1/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 460
2793 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 4/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 400
2795 Masters (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 4/04/2005 10/10/2006 9/10/2011 460
3308 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3309 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3310 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3311 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3312 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3313 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3315 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3316 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3317 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3318 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3319 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 448
3320 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Ni, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 210
3321 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 462
3322 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 462
3323 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3324 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 460
3325 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 424
3326 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 367
3327 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 460
3328 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 471
3331 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 2/10/2006 1/10/2010 471
3333 Socerdemi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 7/04/2005 21/06/2007 20/06/2011 255
3485 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3486 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3487 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3488 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3491 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
ANNEXES

3492 Tratnor Services Limited (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/08/2006 28/08/2010 471
3496 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 471
3497 Tratnor Services Limited (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/08/2006 28/08/2010 385
3498 Tratnor Services Limited (100 %) PR (AS) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/08/2006 28/08/2010 460
3501 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 460
3502 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 471
3503 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 357
3509 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 471
3515 Tratnor Services Limited (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 11/04/2005 29/06/2007 28/06/2011 106
4824 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 5/02/2013 36
4828 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 6/02/2013 36
4829 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 5/02/2013 36
4830 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 4/02/2008 5/02/2013 36
4833 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 7/04/2008 6/04/2013 36
4837 Sihu (100 %) PR (PP) Au Active Actif 12/01/2006 26/04/2007 6/04/2008 36
4973 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 6/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 15
4974 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 6/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 10
4975 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 6/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 15
4982 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 13/03/2006 17/01/2007 16/01/2012 16
4983 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 1/02/2006 17/01/2007 16/01/2012 14
4984 Cosha Investment Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 13/03/2006 17/01/2007 16/01/2012 13

359
5314 ThΘophas Mahuku (100 %) PR (AS) Active Actif 28/07/2006 10/10/2006 9/10/2011 64

360
5487 Rubaco (100 %) PR (AS) Active Actif 2/08/2006 19/12/2006 18/12/2011 330
6799 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 262
6801 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 89
6802 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 272
6808 Congo United Minerals Sprl (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ag,Ta,Nb Active Actif 17/10/2006 21/06/2007 20/06/2011 346
6983 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (PP) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2011 400
6984 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (AS) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 330
6985 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (AS) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 411
6986 Justin Masimango Mbaruku (100 %) PR (AS) Au Active Actif 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 360
6989 Congo SAT Sprl (100 %) PR (AS) Au Active Déchéance
en cours 10/11/2006 4/04/2007 3/04/2012 400
7069 Aalphonsine Lupona (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/02/2007 5/07/2007 4/07/2011 18
7105 Didier Diya Bitangilayi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/02/2007 23/06/2007 22/06/2011 65
7114 Didier Diya Bitangilayi (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 5/02/2007 23/06/2007 22/06/2011 2
7162 ORKA (100 %) PR (AS) Au Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2012 96
7172 La Société Oriental Mining (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 24
7173 S.E.M.Uele (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 227
7174 S.E.M.Uele (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 140
7175 S.E.M.Uele (100 %) PR (PP) Active Actif 5/02/2007 21/06/2007 20/06/2011 404
7426 ORKA (100 %) PR (AS) Pt, Au, Sn Active Actif 12/02/2007 29/06/2007 28/06/2012 76
7504 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 36
7505 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 87
ANNEXES

7506 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 65
7507 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 24
7508 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 400
7509 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 25
7511 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 96
7512 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 153
7513 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 110
7514 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 412
7515 Sanzetta Investments (100 %) PR (AS) Fe, Au Active Actif 16/02/2007 9/05/2007 8/05/2012 442
7781 Alex Mutombo Tshibungubungu (100 %) PR (AS) Active Actif 16/03/2007 6/07/2007 5/07/2012 213
7812 Jean Gbadi Karume (100 %) PR (PP) Diamant,Au,Ta,SnO2,Nb Active Actif 27/03/2007 6/07/2007 5/07/2011 36
8007 FrΘderic Semende Apati (100 %) PR (PP) Active Actif 18/04/2007 14/07/2007 13/07/2011 8
8611 Orion Mining Congo (100 %) PR (PP) Diamant Active Actif 25/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 98
8612 Orion Mining Congo (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 25/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 304
8613 Orion Mining Congo (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Actif 25/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 150
8629 Afrimines Resources Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Renonciation
en cours 26/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 432
8630 Afrimines Resources Sprl (100 %) PR (PP) Diamant, Au Active Renonciation
en cours 26/06/2007 25/09/2007 24/09/2011 46
11188 Top Fric (100 %) PR (PP) Fe, Cu, Diamant, Au Active Actif 25/11/2008 27/06/2009 26/06/2013 28
11189 Top Fric (100 %) PR (PP) Fe, Cu, Diamant, Au Active Actif 25/11/2008 27/06/2009 26/06/2013 42
ZEA-163 ZEA Diamant, Au, Nb-Ta Application Demande 10/11/2009 36
ZEA-164 ZEA Diamant, Au, Nb-Ta Application Demande 10/11/2009 36
ZRG00538
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Diamant, Au, Nb-Ta Active Actif 2/08/2006 340
ZRG00539
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Diamant, Au, Nb-Ta Active Actif 2/08/2006 415
ZRG00565
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Diamant Active Actif 30/10/2003 351
ZRG00768
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 15
ZRG00769
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 14
ZRG00770
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 24
ZRG00771
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 19
ZRG00772
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 13
ZRG00773
Projet Recherches géologiques (100 %) ZRG Active Actif 23/03/2010 14
ANNEXES

361
ANNEXES

362
ANNEXES

ANNEXE 2 LISTE DES ANIMAUX


DU HAUT-UELE

2.1. LISTE DES MAMMIFÈRES DU HAUT-UELE

Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC et
623 624 2
Kingdon , . Noms vernaculaires Kingdon .
Afrosoricida Tenrecidae Potamogale velox Potamogale
Artiodactyla Bovidae Alcelaphus buselaphus lelwel Bubale
Artiodactyla Bovidae Kobus ellipsiprymnus defassa Cobe à croissant
Artiodactyla Bovidae Kobus kob Cobe de Buffon
Artiodactyla Bovidae Sylvicapra grimmia Céphalophe couronné
Artiodactyla Bovidae Syncerus caffer nanus Buffle d’Afrique (forêt)
Carnivora Felidae Felis aurata Chat doré africain
Carnivora Felidae Felis serval Serval
Carnivora Felidae Panthera leo Lion
Carnivora Felidae Panthera pardus Léopard
Carnivora Herpestidae Atilax paludinosus Mangouste des marais
Carnivora Herpestidae Bdeogale nigripes Mangouste à pattes noires
Carnivora Herpestidae Crossarchus alexandri Mangue du Congo
Carnivora Herpestidae Dologale dybowskii Mangouste de Dybowski
Carnivora Herpestidae Herpestes ichneumon Mangouste ichneumon
Carnivora Herpestidae Herpestes sanguinea Mangouste rouge
Carnivora Herpestidae Ichneumia albicauda Mangouste à queue blanche
Carnivora Herpestidae Mungos mungo Mangouste rayée
Carnivora Mustelidae Aonyx congica Loutre à joues blanches du Congo
Carnivora Mustelidae Lutra macullicollis Loutre à cou tacheté d’Afrique centrale
Carnivora Mustelidae Mellivora capensis Ratel
Carnivora Viverridae Genetta maculata Genette tigrine
Chiroptera Megadermatidae Hipposideros sp. Phyllorhines
Chiroptera Megadermatidae Lavia frons Mégaderme à ailes orangées
Chiroptera Molossidae Chaerephon major
Chiroptera Molossidae Chaerephon russata
Chiroptera Molossidae Tadarida brachyptera
Chiroptera Molossidae Tadarida congica
Chiroptera Molossidae Tadarida thersites
Chiroptera Nycteridae Nycteris hispida Nyctère
Chiroptera Nycteridae Nycteris nana Nyctère

623 Kingdon, J., The Kingdon field guide to African mammals. AP Natural World, San Diego, (USA), Academic Press,
1997, 465 p.
624 Kingdon, J., Guide des mammifères d’Afrique, Paris, Delachaux et Niestlé SA, 2006, 272 p.

363
ANNEXES

Chiroptera Pteropodidae Hypsignathus monstrosus Hypsignathe monstrueux


Chiroptera Rhinolophidae Rhinolophus landeri Rhinolophe
Chiroptera Vespertilionidae Chalinolobus sp. Chauve souris
Chiroptera Vespertilionidae Eptesicus sp. Chauve souris
Chiroptera Vespertilionidae Miniopterus sp. Minioptéres
Chiroptera Vespertilionidae Pipistrellus sp. Pipistrelles
Insectivora Erinaceidae Atelerix albiventris Hérisson africain
Lagomorpha Leporidae Poelagus marjorita marjorita Lapin sauvage de l’Afrique centrale
Perissodactyla Rhinocerotidae Ceratotherium simum Rhinoceros blanc
Pholidota Manidae Phataginus tricuspis Pangolin à écailles tricuspides
Pholidota Manidae Smutsia gigantea Pangolin géant
Primates Cercopithecidae Allenopithecus nigroviridis Talapoin d’Allen
Primates Cercopithecidae Cercopithecus cercopithecus ascanius Cercopithèque ascagne
Primates Cercopithecidae Cercopithecus l’hoesti l’hoesti Cercopithèque de l’Hoest
Primates Cercopithecidae Cercopithecus mona denti Mone de Dent
Primates Cercopithecidae Cercopithecus neglectus Cercopithèque de Brazza
Primates Cercopithecidae Cercopithecus nictitans Cercopithèque diadème (singes blues)
Primates Cercopithecidae Chlorocebus aethiops tantalus Grivet
Primates Cercopithecidae Erythrocebus patas Patas
Primates Cercopithecidae Lophocebus albigena Mangabey à joues grises
Primates Cercopithecidae Lophocebus aterrimus Mangabey noir
Primates Cercopithecidae Papio anubis Babouin anubis
Primates Colobidae Colobus angolensis Colobe noir, Colobe satan
Primates Colobidae Colobus guereza Colobe guéréza
Primates Colobidae Piliocolobus oustaleti Colobe bai de l’Afrique centrale
Primates Colobidae Piliocolobus pennanti Colobe bai de Pennant
Primates Galagonidae Galago senegalensis Galago du Sénégal
Primates Galagonidae Galagoides demidoff Galago de Demidoff
Primates Galagonidae Galagoides thomasi Galago de Thomas
Primates Hominidae Gorilla beringei Gorille
Primates Hominidae Pan troglodytes schweinfurthii Chimpanzé
Primates Lorisidae Perodictitus potto ibeanus Potto
Proboscidea Elephantidae Loxodonta africana Éléphant d’Afrique
Rodentia Anomaluridae Anomalurus beecrofti Anomalure de Beecroft
Rodentia Anomaluridae Anomalurus derbianus Anomalure de Derby
Rodentia Anomaluridae Anomalurus pusillus Anomalure pygmée
Rodentia Anomaluridae Idiurus macrotis Anomalure nain à longues oreilles
Rodentia Anomaluridae Idiurus zenkeri Anomalure de Zenker
Rodentia Bathyergidae Cryptomys sp. Blesmol
Rodentia Cricetomyidae Cricetomys emini Rat géant
Rodentia Cricetomyidae Cricetomys gambianus Rat géant
Rodentia Dendromuridae Dendromus sp. Souris des bananiers
Rodentia Gerbillidae Tatera Gerbille
Rodentia Gerbillidae Taterillus Gerbille
Rodentia Hystricidae Atherurus africanus centralis Athérure africain
Rodentia Hystricidae Hystrix cristata Porc-épic à crète
Rodentia Muridae Acomys sp. Souris épineuses
Rodentia Muridae Aethomys sp. Rats de brousse
Rodentia Muridae Dasymys sp. Rats des marais
Rodentia Muridae Grammomys sp.
Rodentia Muridae Hylomyscus sp. Souris sylvestres africaines
Rodentia Muridae Lemniscomys sp. Rats rayés d’Afrique
Rodentia Muridae Lophuromys sp. Rats hérissés
Rodentia Muridae Malacomys sp.
Rodentia Muridae Mastomys sp. Rats à mamelles multiples
Rodentia Muridae Mus sp. Souris grises
Rodentia Muridae Mylomys dybowskii Mylomys de Dybowski
Rodentia Muridae Oenomys hypoxanthus Rat à museau roux
Rodentia Muridae Praomys sp. Grandes souris sylvestres

364
ANNEXES

Rodentia Muridae Stochomys longicaudatus Stocomys


Rodentia Muridae Thamnomys sp.
Rodentia Myoxidae Graphiurus sp; Graphiures
Rodentia Sciuridae Euxerus erythropus Écureuil terrestre du Sénégal
Rodentia Sciuridae Funisciurus anerythrus Funisciure de Thomas
Rodentia Sciuridae Funisciurus pyrropus Funisciure à pattes rousses
Rodentia Sciuridae Heliosciurus gambianus Hélioscure de Gambie
Rodentia Sciuridae Heliosciurus rufobrachium Hélioscure à pattes rousses
Rodentia Sciuridae Paraxerus alexandri Écureuil d’Alexandre
Rodentia Sciuridae Paraxerus boehmi Écureuil de Boehm
Rodentia Sciuridae Protoxerus stangeri Grand écureuil de Stanger
Rodentia Thryonomyidae Thryonomys gregorianus Petit aulacode
Rodentia Thryonomyidae Thryonomys swinderianus Grand aulacode
Soricomorpha Soricidae Crocidura Crocidure
Soricomorpha Soricidae Sylvisorex sp. Musaraignes arboricoles
Tubulidentata Orycteropodidae Orycteropus afer Orycterope

2.2. LISTE DES OISEAUX DU HAUT-UELE

Les espèces qui figurent dans les catégories « menacées » de l’UICN625 sont marquées en gras. Ordre alphabétique
626
par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC et Demey & Louette . Noms
vernaculaires de Lepage.

Anseriformes Anatidae Alopochen aegyptiacus Ouette d’Égypte


Anseriformes Anatidae Anas crecca crecca Sarcelle d’hiver
Anseriformes Anatidae Anas querquedula Sarcelle d’été
Anseriformes Anatidae Dendrocygna viduata Dendrocygne veuf
Anseriformes Anatidae Nettapus auritus Anserelle naine
Anseriformes Anatidae Pteronetta hartlaubii Canard de Hartlaub
Anseriformes Anatidae Sarkidiornis melanotos Sarcidiorne à bosse
Apodiformes Apodidae Apus apus apus Martinet noir
Apodiformes Apodidae Cypsiurus parvus brachypterus Martinet des palmes
Apodiformes Apodidae Telacanthura ussheri sharpei Martinet d’Ussher
Bucerotiformes Bucerotidae Bucorvus abyssinicus Bucorve d’Abyssinie
Bucerotiformes Bucerotidae Bycanistes cylindricus albotibialis Calao à cuisses blanches
Bucerotiformes Bucerotidae Bycanistes fistulator duboisi Calao siffleur
Bucerotiformes Bucerotidae Bycanistes subcylindricus subquadratus Calao à joues grises
Bucerotiformes Bucerotidae Ceratogymna atrata Calao à casque noir
Bucerotiformes Bucerotidae Tockus fasciatus fasciatus Calao longibande
Bucerotiformes Bucerotidae Tockus hartlaubi granti Calao de Hartlaub
Bucerotiformes Bucerotidae Tockus nasutus nasutus Calao à bec noir
Bucerotiformes Bucerotidae Tropicranus albocristatus cassini Calao à huppe blanche
Caprimulgiformes Caprimulgidae Caprimulgus climacurus climacurus Engoulevent à longue queue
Caprimulgiformes Caprimulgidae Caprimulgus climacurus sclateri Engoulevent à longue queue
Caprimulgiformes Caprimulgidae Caprimulgus europaeus europaeus Engoulevent d’Europe
Caprimulgiformes Caprimulgidae Caprimulgus inornatus Engoulevent terne
Caprimulgiformes Caprimulgidae Caprimulgus natalensis chadensis Engoulevent du Natal
Caprimulgiformes Caprimulgidae Caprimulgus tristigma tristigma Engoulevent pointillé
Caprimulgiformes Caprimulgidae Macrodipteryx longipennis Engoulevent à balanciers
Caprimulgiformes Caprimulgidae Macrodipteryx vexillarius Engoulevent porte-étendard

625 IUCN 2010, IUCN Red List of Threatened Species. Version 2010.2. <www.iucnredlist.org>.
626 Demey, R. & Louette, M., « Democratic Republic of Congo », in Fishpool, L.D.C. & Evans, M.I. (ed.). Important
Bird areas in Africa and associated islands: Priority sites for conservation, Newbury and Cambridge, UK; Pisces
Publications and BirdLife International, 2001, pp. 199-218, « Birdlife Conservation series n° 11 ».

365
ANNEXES

Charadriiformes Burhinidae Burhinus oedicnemus Oedicnème criard


Charadriiformes Burhinidae Burhinus senegalensis Oedicnème du Sénégal
Charadriiformes Charadriidae Charadrius asiaticus Pluvier asiatique
Charadriiformes Charadriidae Charadrius dubius curonicus Pluvier petit-gravelot
Charadriiformes Charadriidae Charadrius forbesi Pluvier de Forbes
Charadriiformes Charadriidae Vanellus senegallus senegallus Vanneau du Sénégal
Charadriiformes Charadriidae Vanellus superciliosus Vanneau à poitrine châtaine
Charadriiformes Glareolidae Cursorius temminckii Courvite de Temminck
Charadriiformes Glareolidae Glareola nordmanni Glaréole à ailes noires
Charadriiformes Glareolidae Glareola nuchalis nuchalis Glaréole auréolée
Charadriiformes Glareolidae Glareola pratincola fuelleborni Glaréole à collier
Charadriiformes Glareolidae Pluvianus aegyptius Pluvian fluviatile
Charadriiformes Glareolidae Rhinoptilus chalcopterus Courvite à ailes bronzées
Charadriiformes Jacanidae Actophilornis africanus Jacana à poitrine dorée
Charadriiformes Recurvirostridae Recurvirostra avosetta Avocette élégante
Charadriiformes Rostratulidae Rostratula benghalensis Rhynchée peinte
Charadriiformes Scolopacidae Actitis hypoleucos Chevalier guignette
Charadriiformes Scolopacidae Gallinago gallinago Bécassine des marais
Charadriiformes Scolopacidae Philomachus pugnax Combattant varié
Charadriiformes Scolopacidae Tringa glareola Chevalier sylvain
Charadriiformes Scolopacidae Tringa ochropus Chevalier cul-blanc
Charadriiformes Scolopacidae Tringa stagnatilis Chevalier stagnatile
Ciconiiformes Ardeidae Ardea cinerea cinerea Héron cendré
Ciconiiformes Ardeidae Ardea melanocephala Héron mélanocéphale
Ciconiiformes Ardeidae Ardea purpurea Héron pourpré
Ciconiiformes Ardeidae Ardeola ralloides Crabier chevelu
Ciconiiformes Ardeidae Bubulcus ibis Héron garde-boeufs
Ciconiiformes Ardeidae Butorides striata atricapilla Héron strié
Ciconiiformes Ardeidae Egretta alba melanorhyncha Grande Aigrette
Ciconiiformes Ardeidae Egretta intermedia brachyrhyncha Héron intermédiaire
Ciconiiformes Ardeidae Gorsachius leuconotus Bihoreau à dos blanc
Ciconiiformes Ardeidae Ixobrychus minutus minutus Blongios nain
Ciconiiformes Ardeidae Ixobrychus minutus payesii Blongios nain
Ciconiiformes Ardeidae Ixobrychus sturmii Blongios de Sturm
Ciconiiformes Ardeidae Nycticorax nycticorax Bihoreau gris
Ciconiiformes Ciconiidae Anastomus lamelligerus Bec-ouvert africain
Ciconiiformes Ciconiidae Ciconia abdimii
Ciconiiformes Ciconiidae Ciconia ciconia Cigogne blanche
Ciconiiformes Ciconiidae Ciconia episcopus microscelis Cigogne épiscopale
Ciconiiformes Ciconiidae Ephippiorhynchus senegalensis Jabiru d’Afrique
Ciconiiformes Ciconiidae Leptoptilos crumeniferus Marabout d’Afrique
Ciconiiformes Ciconiidae Mycteria ibis Tantale ibis
Ciconiiformes Scopidae Scopus umbretta Ombrette africaine
Ciconiiformes Threskiornithidae Bostrychia hagedash brevirostris Ibis hagedash
Ciconiiformes Threskiornithidae Threskiornis aethiopicus Ibis sacré
Coliiformes Coliidae Colius leucophthalmus
Columbiformes Columbidae Columba iriditorques Pigeon à nuque bronzé
Columbiformes Columbidae Columba unicincta Pigeon gris
Columbiformes Columbidae Oena capensis Tourtelette masquée
Columbiformes Columbidae Streptopelia capicola tropica Tourterelle du Cap
Columbiformes Columbidae Streptopelia semitorquata Tourterelle à collier
Columbiformes Columbidae Streptopelia senegalensis aequatorialis Tourterelle maillée
Columbiformes Columbidae Streptopelia vinacea barbaru Tourterelle vineuse
Columbiformes Columbidae Treron calvus Colombar à front nu
Columbiformes Columbidae Treron calvus uellensis Colombar à front nu
Columbiformes Columbidae Turtur afer Tourtelette améthystine
Columbiformes Columbidae Turtur brehmeri Tourtelette demoiselle
Columbiformes Columbidae Turtur tympanistria Tourtelette tambourette
Coraciiformes Alcedinidae Alcedo cristata Martin-pêcheur huppé

366
ANNEXES

Coraciiformes Alcedinidae Alcedo leucogaster leopoldi Martin-pêcheur à ventre blanc


Coraciiformes Alcedinidae Alcedo quadribrachys guentheri Martin-pêcheur azuré
Coraciiformes Alcedinidae Ceryle rudis Martin-pêcheur pie
Coraciiformes Alcedinidae Ceyx pictus pictus Martin-pêcheur pygmée
Coraciiformes Alcedinidae Megaceryle maxima Martin-pêcheur géant
Coraciiformes Coraciidae Coracias abyssinica Rollier d’Abyssinie
Coraciiformes Coraciidae Eurystomus glaucurus afer Rolle violet
Coraciiformes Coraciidae Eurystomus glaucurus suahelicus Rolle violet
Coraciiformes Coraciidae Eurystomus gularis neglectus Rolle à gorge bleue
Coraciiformes Dacelonidae Halcyon chelicuti Martin-chasseur strié
Coraciiformes Dacelonidae Halcyon leucocephala leucocephala Martin-chasseur à tête grise
Coraciiformes Dacelonidae Halcyon malimbicus Martin-chasseur à poitrine bleue
Coraciiformes Dacelonidae Halcyon malimbicus prenticei Martin-chasseur à poitrine bleue
Coraciiformes Dacelonidae Halcyon senegalensis senegalensis Martin-chasseur du Sénégal
Coraciiformes Meropidae Merops albicollis Guêpier à gorge blanche
Coraciiformes Meropidae Merops apiaster Guêpier d’Europe
Coraciiformes Meropidae Merops bulocki frenatus Guêpier à gorge rouge
Coraciiformes Meropidae Merops gularis australis Guêpier noir
Coraciiformes Meropidae Merops hirundineus heuglini Guêpier à queue d’aronde
Coraciiformes Meropidae Merops muelleri muelleri Guêpier à tête bleue
Coraciiformes Meropidae Merops nubicus Guêpier écarlate
Coraciiformes Meropidae Merops persicus Guêpier de Perse
Coraciiformes Meropidae Merops pusillus pusillus Guêpier nain
Coraciiformes Meropidae Merops variegatus loringi Guêpier à collier bleu
Cuculiformes Centropodidae Centropus leucogaster neumanni Coucal à ventre blanc
Cuculiformes Centropodidae Centropus monachus occidentalis Coucal à nuque bleue
Cuculiformes Centropodidae Centropus senegalensis senegalensis Coucal du Sénégal
Cuculiformes Centropodidae Ceuthmochares aereus Malcoha à bec jaune
Cuculiformes Cuculidae Cercococcyx mechowi Coucou de Mechow
Cuculiformes Cuculidae Chrysococcyx caprius Coucou didric
Cuculiformes Cuculidae Chrysococcyx cupreus Coucou foliotocol
Cuculiformes Cuculidae Chrysococcyx flavigularis Coucou à gorge jaune
Cuculiformes Cuculidae Chrysococcyx klaas Coucou de Klaas
Cuculiformes Cuculidae Clamator glandarius Coucou geai
Cuculiformes Cuculidae Clamator levaillantii Coucou de Levaillant
Cuculiformes Cuculidae Cuculus canorus canorus Coucou gris
Cuculiformes Cuculidae Cuculus canorus telephonus Coucou gris
Cuculiformes Cuculidae Cuculus clamosus gabonensis Coucou criard
Cuculiformes Cuculidae Cuculus gularis Coucou africain
Cuculiformes Cuculidae Cuculus solitarius solitarius Coucou solitaire
Cuculiformes Cuculidae Pachycoccyx audeberti validus Coucou d’Audebert
Falconiformes Accipitridae Accipiter badius sphenurus Épervier shikra
Falconiformes Accipitridae Accipiter brevipes Épervier à pieds courts
Falconiformes Accipitridae Accipiter castanilius Autour à flancs roux
Falconiformes Accipitridae Accipiter erythropus zenkeri Épervier de Hartlaub
Falconiformes Accipitridae Accipiter tachiro sparsimfasciatus Autour tachiro
Falconiformes Accipitridae Aquila nipalensis Aigle des steppes
Falconiformes Accipitridae Aquila rapax rapax Aigle ravisseur
Falconiformes Accipitridae Butastur rufipennis Busautour des sauterelles
Falconiformes Accipitridae Buteo auguralis Buse d’Afrique
Falconiformes Accipitridae Buteo buteo vulpinus Buse variable
Falconiformes Accipitridae Circaetus beaudouini Circaète de Beaudouin
Falconiformes Accipitridae Circaetus cinerascens Circaète cendré
Falconiformes Accipitridae Circus aeruginosus Busard des roseaux
Falconiformes Accipitridae Circus macrourus Busard pâle
Falconiformes Accipitridae Circus pygargus Busard cendré
Falconiformes Accipitridae Elanus caeruleus Élanion blanc
Falconiformes Accipitridae Gypohierax angolensis Palmiste africain
Falconiformes Accipitridae Gyps africanus Vautour africain

367
ANNEXES

Falconiformes Accipitridae Haliaeetus vocifer Pygargue vocifer


Falconiformes Accipitridae Hieraaetus spilogaster Aigle fascié
Falconiformes Accipitridae Kaupifalco monogrammicus monogrammicus Autour unibande
Falconiformes Accipitridae Lophaetus occipitalis Aigle huppard
Falconiformes Accipitridae Milvus migrans aegyptius Milan noir
Falconiformes Accipitridae Necrosyrtes monachus Vautour charognard
Falconiformes Accipitridae Necrosyrtes monachus pileatus Vautour charognard
Falconiformes Accipitridae Pernis apivorus Bondrée apivore
Falconiformes Accipitridae Polemaetus bellicosus Aigle martial
Falconiformes Accipitridae Polyboroides typus pectoralis Gymnogène d’Afrique
Falconiformes Accipitridae Terathopius ecaudatus Bateleur des savanes
Falconiformes Falconidae Falco ardosiaceus Faucon ardoisé
Falconiformes Falconidae Falco chicquera Faucon chicquera
Falconiformes Falconidae Falco cuvieri Faucon de Cuvier
Falconiformes Falconidae Falco subbuteo Faucon hobereau
Falconiformes Sagittariidae Sagittarius serpentarius Messager sagittaire
Galliformes Numididae Guttera plumifera schubotzi Pintade plumifère
Galliformes Numididae Guttera pucherani sethsmithi Pintade de Pucheran
Galliformes Numididae Numida meleagris meleagris Pintade de Numidie
Galliformes Phasianidae Coturnix coturnix coturnix Caille des blés
Galliformes Phasianidae Coturnix delegorguei Caille arlequin
Galliformes Phasianidae Francolinus icterorhynchus Francolin à bec jaune
Galliformes Phasianidae Francolinus lathami schubotzi Francolin de Latham
Galliformes Phasianidae Francolinus squamatus squamatus Francolin écaillé
Galliformes Phasianidae Ptilopachus petrosus Poulette de roches
Gruiformes Gruidae Balearica pavonina gibbericeps Grue couronnée
Gruiformes Heliornithidae Podica senegalensis camerunensis Grébifoulque d’Afrique
Gruiformes Otididae Lissotis melanogaster Outarde à ventre noir
Gruiformes Otididae Neotis denhami denhami Outarde de Denham
Gruiformes Rallidae Amaurornis flavirostra Râle à bec jaune
Gruiformes Rallidae Canirallus oculeus Râle à gorge grise
Gruiformes Rallidae Gallinula angulata Gallinule africaine
Gruiformes Rallidae Himantornis haematopus whitesidei Râle à pieds rouges
Gruiformes Rallidae Porphyrula alleni Talève d’Allen
Gruiformes Rallidae Sarothrura pulchra centralis Râle perlé
Gruiformes Rallidae Sarothrura rufa elizabethae Râle à camail
Musophagiformes Musophagidae Corythaeola cristata Touraco géant
Musophagiformes Musophagidae Crinifer zonurus Touraco à queue barrée
Musophagiformes Musophagidae Musophaga rossae rossae Touraco de Lady Ross
Musophagiformes Musophagidae Tauraco leucolophus Touraco à huppe blanche
Musophagiformes Musophagidae Tauraco schuettii emini Touraco à bec noir
Musophagiformes Musophagidae Tauraco schuettii finschi Touraco à bec noir
Passeriformes Alaudidae Galerida modesta bucolica Cochevis modeste
Passeriformes Alaudidae Pinarocorys nigricans erythropygia Alouette brune
Passeriformes Campephagidae Campephaga phoenicea phoenicea Échenilleur à épaulettes rouges
Passeriformes Campephagidae Campephaga quiscalina martini Échenilleur pourpré
Passeriformes Campephagidae Coracina pectoralis Échenilleur à ventre blanc
Passeriformes Certhiidae Salpornis spilonotus emini Grimpereau tacheté
Passeriformes Cisticolidae Apalis flavida caniceps Apalis à gorge jaune
Passeriformes Cisticolidae Apalis nigriceps collaris Apalis à calotte noire
Passeriformes Cisticolidae Apalis personata Apalis à face noire
Passeriformes Cisticolidae Camaroptera brachyura abessinica Camaroptère à tête grise
Passeriformes Cisticolidae Camaroptera brachyura tincta Camaroptère à tête grise
Passeriformes Cisticolidae Cisticola brachypterus brachypterus Cisticole à ailes courtes
Passeriformes Cisticolidae Cisticola cantans belli Cisticole chanteuse
Passeriformes Cisticolidae Cisticola galactotes amphilectus Cisticole roussâtre
Passeriformes Cisticolidae Cisticola juncidis terrestris Cisticole des joncs
Passeriformes Cisticolidae Cisticola lateralis antinorii Cisticole siffleuse
Passeriformes Cisticolidae Cisticola natalensis strangei Cisticole striée

368
ANNEXES

Passeriformes Cisticolidae Cisticola sylvia Cisticole à face rousse


Passeriformes Cisticolidae Drymocichla incana Prinia grise
Passeriformes Cisticolidae Heliolais erythropterus Prinia à ailes rousses
Passeriformes Cisticolidae Hypergerus lepidus Éminie à calotte grise
Passeriformes Cisticolidae Prinia bairdii bairdii Prinia rayée
Passeriformes Cisticolidae Prinia leucopogon reichenowi Prinia à gorge blanche
Passeriformes Cisticolidae Prinia subflava melanorhyncha Prinia modeste
Passeriformes Corvidae Corvus albus Corbeau pie
Passeriformes Corvidae Ptilostomus afer Piapiac africain
Passeriformes Dicruridae Dicrurus adsimilis coracinus Drongo brillant
Passeriformes Dicruridae Dicrurus adsimilis divaricatus Drongo brillant
Passeriformes Dicruridae Dicrurus atripennis Drongo de forêt
Passeriformes Dicruridae Dicrurus ludwigii sharpei Drongo de Ludwig
Passeriformes Emberizidae Emberiza affinis Bruant à ventre jaune
Passeriformes Emberizidae Emberiza cabanisi cabanisi Bruant de Cabanis
Passeriformes Estrildidae Amandava subflava subflava Bengali zébré
Passeriformes Estrildidae Clytospiza monteiri Sénégali brun
Passeriformes Estrildidae Estrilda astrild occidentalis Astrild ondulé
Passeriformes Estrildidae Estrilda nonnula nonnula Astrild nonnette
Passeriformes Estrildidae Estrilda paludicola paludicola Astrild à poitrine fauve
Passeriformes Estrildidae Euschistospiza dybowskii Sénégali à ventre noir
Passeriformes Estrildidae Lagonosticta larvata nigricollis Amarante masqué
Passeriformes Estrildidae Lagonosticta rara Amarante à ventre noir
Passeriformes Estrildidae Lagonosticta rubricata haematocephala Amarante foncé
Passeriformes Estrildidae Lagonosticta rufopicta lateritia Amarante pointé
Passeriformes Estrildidae Lonchura bicolor poensis Capucin bicolore
Passeriformes Estrildidae Lonchura cucullata cucullata Capucin nonnette
Passeriformes Estrildidae Lonchura fringilloides Capucin pie
Passeriformes Estrildidae Nesocharis capistrata Dos-vert à joues blanches
Passeriformes Estrildidae Nigrita canicapilla sparsimguttata Nigrette à calotte grise
Passeriformes Estrildidae Nigrita fusconota Nigrette à ventre blanc
Passeriformes Estrildidae Ortygospiza locustella uelensis Astrild-caille à gorge rouge
Passeriformes Estrildidae Spermophaga poliogenys Sénégali à bec bleu
Passeriformes Estrildidae Spermophaga ruficapilla Sénégali à tête rouge
Passeriformes Estrildidae Uraeginthus bengalus bengalus Cordonbleu à joues rouges
Passeriformes Eurylaimidae Smithornis rufolateralis budongoensis Eurylaime à flancs roux
Passeriformes Eurylaimidae Smithornis sharpei eurylaemus Eurylaime à tête grise
Passeriformes Fringillidae Serinus gularis elgonensis Serin gris
Passeriformes Fringillidae Serinus mozambicus barbatus Serin du Mozambique
Passeriformes Hirundinidae Cecropis semirufa gordoni Hirondelle à ventre roux
Passeriformes Hirundinidae Cecropis semirufa neumanni Hirondelle à ventre roux
Passeriformes Hirundinidae Cecropis senegalensis saturatior Hirondelle des mosquées
Passeriformes Hirundinidae Delichon urbica Hirondelle de fenêtre
Passeriformes Hirundinidae Hirundo angolensis Hirondelle d’Angola
Passeriformes Hirundinidae Hirundo rustica Hirondelle rustique
Passeriformes Hirundinidae Hirundo smithii Hirondelle à longs brins
Passeriformes Hirundinidae Psalidoprocne mangbettorum Hirondelle des Mangbetu
Passeriformes Hirundinidae Psalidoprocne nitens Hirondelle à queue courte
Passeriformes Laniidae Corvinella corvina chapini Corvinelle à bec jaune
Passeriformes Laniidae Lanius collaris smithii Pie-grièche fiscale
Passeriformes Laniidae Lanius collurio collurio Pie-grièche écorcheur
Passeriformes Laniidae Lanius gubernator Pie-grièche à dos roux
Passeriformes Laniidae Lanius isabellinus Pie-grièche isabelle
Passeriformes Laniidae Lanius mackinnoni Pie-grièche de Mackinnon
Passeriformes Laniidae Lanius minor Pie-grièche à poitrine rose
Passeriformes Laniidae Lanius nubicus Pie-grièche masquée
Passeriformes Laniidae Lanius senator niloticus Pie-grièche à tête rousse
Passeriformes Malaconotidae Chlorophoneus bocagei jacksoni Gladiateur à front blanc
Passeriformes Malaconotidae Chlorophoneus multicolor batesi Gladiateur multicolore

369
ANNEXES

Passeriformes Malaconotidae Chlorophoneus sulfureopectus sulfureopectus Gladiateur soufré


Passeriformes Malaconotidae Dryoscopus angolensis nandensis Cubla à pieds roses
Passeriformes Malaconotidae Dryoscopus gambensis malzacii Cubla de Gambie
Passeriformes Malaconotidae Dryoscopus senegalensis Cubla aux yeux rouges
Passeriformes Malaconotidae Laniarius barbarus erythrogaster Gonolek de Barbarie
Passeriformes Malaconotidae Laniarius ferrugineus guttatus Gonolek boubou
Passeriformes Malaconotidae Laniarius ferrugineus major Gonolek boubou
Passeriformes Malaconotidae Laniarius leucorhynchus Gonolek fuligineux
Passeriformes Malaconotidae Laniarius luehderi luehderi Gonolek de Lühder
Passeriformes Malaconotidae Malaconotus blanchoti catharoxanthus Gladiateur de Blanchot
Passeriformes Malaconotidae Nilaus afer camerunensis Brubru africain
Passeriformes Malaconotidae Tchagra australis emini Tchagra à tête brune
Passeriformes Malaconotidae Tchagra minuta minuta Tchagra des marais
Passeriformes Malaconotidae Tchagra senegala camerunensis Tchagra à tête noire
Passeriformes Monarchidae Elminia longicauda teresita Elminie bleue
Passeriformes Monarchidae Elminia nigromitrata Elminie à tête noire
Passeriformes Monarchidae Erythrocercus mccallii congicus Érythrocerque à tête rousse
Passeriformes Monarchidae Terpsiphone (rufiventer) bedfordi Tchitrec de Bedford
Passeriformes Monarchidae Terpsiphone rufiventer ignea Tchitrec à ventre roux
Passeriformes Monarchidae Terpsiphone rufocinerea batesi Tchitrec du Congo
Passeriformes Monarchidae Terpsiphone speciosa Tchitrec d’Afrique
Passeriformes Monarchidae Terpsiphone viridis ferreti Tchitrec d’Afrique
Passeriformes Motacillidae Anthus leucophrys zenkeri Pipit à dos uni
Passeriformes Motacillidae Anthus trivialis Pipit des arbres
Passeriformes Motacillidae Macronyx croceus Sentinelle à gorge jaune
Passeriformes Motacillidae Motacilla aguimp Bergeronnette pie
Passeriformes Motacillidae Motacilla alba Bergeronnette grise
Passeriformes Motacillidae Motacilla flava feldegg Bergeronnette printanière
Passeriformes Motacillidae Motacilla flava flava Bergeronnette printanière
Passeriformes Motacillidae Motacilla flava flavissima Bergeronnette printanière
Passeriformes Motacillidae Motacilla flava thunbergi Bergeronnette printanière
Passeriformes Muscicapidae Cercomela familiaris modesta Traquet familier
Passeriformes Muscicapidae Cercotrichas leucophrys ruficauda Agrobate à dos roux
Passeriformes Muscicapidae Cossypha cyanocampter bartteloti Cossyphe à ailes bleues
Passeriformes Muscicapidae Cossypha heuglini heuglini Cossyphe de Heuglin
Passeriformes Muscicapidae Cossypha niveicapilla Cossyphe à calotte neigeuse
Passeriformes Muscicapidae Fraseria ocreata Gobemouche forestier
Passeriformes Muscicapidae Luscinia megarhynchos megarhynchos Rossignol philomèle
Passeriformes Muscicapidae Melaenornis edolioides lugubris Gobemouche drongo
Passeriformes Muscicapidae Melaenornis pallidus Gobemouche pâle
Passeriformes Muscicapidae Melaenornis pallidus pallidus Gobemouche pâle
Passeriformes Muscicapidae Monticola saxatilis Monticole merle-de-roche
Passeriformes Muscicapidae Muscicapa comitata Gobemouche ardoisé
Passeriformes Muscicapidae Muscicapa epulata Gobemouche cendré
Passeriformes Muscicapidae Muscicapa gambagae Gobemouche de Gambaga
Passeriformes Muscicapidae Muscicapa infuscata Gobemouche enfumé
Passeriformes Muscicapidae Muscicapa striata Gobemouche gris
Passeriformes Muscicapidae Myioparus griseigularis Gobemouche à gorge grise
Passeriformes Muscicapidae Myioparus plumbeus plumbeus Gobemouche mésange
Passeriformes Muscicapidae Myrmecocichla nigra Traquet commandeur
Passeriformes Muscicapidae Oenanthe oenanthe oenanthe Traquet motteux
Passeriformes Muscicapidae Phoenicurus phoenicurus Rougequeue à front blanc
Passeriformes Muscicapidae Saxicola rubetra Tarier des prés
Passeriformes Muscicapidae Stiphrornis erythrothorax xanthogaster Rougegorge de forêt
Passeriformes Nectariniidae Anthreptes fraseri axillaris Souimanga de Fraser
Passeriformes Nectariniidae Anthreptes longuemarei haussarum Souimanga violet
Passeriformes Nectariniidae Anthreptes longuemarei longuemarei Souimanga violet
Passeriformes Nectariniidae Anthreptes rectirostris tephrolaema Souimanga à bec droit
Passeriformes Nectariniidae Chalcomitra rubescens Souimanga à gorge verte

370
ANNEXES

Passeriformes Nectariniidae Chalcomitra senegalensis acik Souimanga à poitrine rouge


Passeriformes Nectariniidae Cinnyris chloropygius orphogaster Souimanga à ventre olive
Passeriformes Nectariniidae Cinnyris coccinigaster Souimanga éclatant
Passeriformes Nectariniidae Cinnyris cupreus Souimanga cuivré
Passeriformes Nectariniidae Cinnyris johannae Souimanga de Johanna
Passeriformes Nectariniidae Cinnyris osea decorsei Souimanga de Palestine
Passeriformes Nectariniidae Cinnyris superbus superbus Souimanga superbe
Passeriformes Nectariniidae Cyanomitra cyanolaema cyanolaema Souimanga à gorge bleue
Passeriformes Nectariniidae Cyanomitra olivacea cephaelis Souimanga olivâtre
Passeriformes Nectariniidae Cyanomitra verticalis viridisplendens Souimanga à tête verte
Passeriformes Nectariniidae Hedydipna collaris somereni Souimanga à collier
Passeriformes Nectariniidae Hedydipna platura Souimanga pygmée
Passeriformes Oriolidae Oriolus auratus auratus Loriot doré
Passeriformes Oriolidae Oriolus brachyrynchus laetior Loriot à tête noire
Passeriformes Oriolidae Oriolus nigripennis Loriot à ailes noires
Passeriformes Oriolidae Oriolus oriolus Loriot d’Europe
Passeriformes Paridae Parus funereus Mésange enfumée
Passeriformes Paridae Parus leucomelas guineensis Mésange à épaulettes
Passeriformes Passeridae Passer griseus Moineau gris
Passeriformes Platysteiridae Batis erlangeri Pririt d’Erlanger
Passeriformes Platysteiridae Bias musicus Bias musicien
Passeriformes Platysteiridae Dyaphorophyia blissetti jamesoni Pririt de Jameson
Passeriformes Platysteiridae Dyaphorophyia castanea Pririt châtain
Passeriformes Platysteiridae Dyaphorophyia concreta graueri Pririt à ventre doré
Passeriformes Platysteiridae Dyaphorophyia tonsa Pririt à taches blanches
Passeriformes Platysteiridae Megabyas flammulatus aequatorialis Bias écorcheur
Passeriformes Platysteiridae Platysteira cyanea nyansae Pririt à collier
Passeriformes Ploceidae Amblyospiza albifrons melanota Amblyospize à front blanc
Passeriformes Ploceidae Amblyospiza albifrons saturata Amblyospize à front blanc
Passeriformes Ploceidae Anaplectes rubriceps leuconotus Anaplecte écarlate
Passeriformes Ploceidae Anomalospiza imberbis Anomalospize parasite
Passeriformes Ploceidae Euplectes afer afer Euplecte vorabé
Passeriformes Ploceidae Euplectes ardens concolor Euplecte veuve-noire
Passeriformes Ploceidae Euplectes capensis crassirostris Euplecte à croupion jaune
Passeriformes Ploceidae Euplectes gierowii ansorgei Euplecte de Gierow
Passeriformes Ploceidae Euplectes hordeaceus Euplecte monseigneur
Passeriformes Ploceidae Euplectes macrourus macrourus Euplecte à dos d’or
Passeriformes Ploceidae Malimbus erythrogaster Malimbe à ventre rouge
Passeriformes Ploceidae Malimbus malimbicus Malimbe huppé
Passeriformes Ploceidae Malimbus nitens Malimbe à bec bleu
Passeriformes Ploceidae Malimbus rubricollis rubricollis Malimbe à tête rouge
Passeriformes Ploceidae Plocepasser superciliosus Mahali à calotte marron
Passeriformes Ploceidae Ploceus albinucha holomelas Tisserin de Maxwell
Passeriformes Ploceidae Ploceus aurantius aurantius Tisserin orangé
Passeriformes Ploceidae Ploceus baglafecht eremobius Tisserin baglafecht
Passeriformes Ploceidae Ploceus cucullatus bohndorffi Tisserin gendarme
Passeriformes Ploceidae Ploceus heuglini Tisserin masqué
Passeriformes Ploceidae Ploceus jacksoni Tisserin à dos d’or
Passeriformes Ploceidae Ploceus luteolus kavirondensis Tisserin minule
Passeriformes Ploceidae Ploceus nigerrimus Tisserin noir
Passeriformes Ploceidae Ploceus nigricollis nigricollis Tisserin à cou noir
Passeriformes Ploceidae Ploceus ocularis crocatus Tisserin à lunettes
Passeriformes Ploceidae Ploceus taeniopterus Tisserin du Nil
Passeriformes Ploceidae Quelea erythrops Travailleur à tête rouge
Passeriformes Prionopidae Prionops caniceps mentalis Bagadais à bec rouge
Passeriformes Prionopidae Prionops plumatus concinnatus Bagadais casqué
Passeriformes Pycnonotidae Andropadus ansorgei ansorgei Bulbul d’Ansorge
Passeriformes Pycnonotidae Andropadus curvirostris Bulbul curvirostre
Passeriformes Pycnonotidae Andropadus gracilirostris congensis Bulbul à bec grêle

371
ANNEXES

Passeriformes Pycnonotidae Andropadus gracilis gracilis Bulbul gracile


Passeriformes Pycnonotidae Andropadus latirostris latirostris Bulbul à moustaches jaunes
Passeriformes Pycnonotidae Andropadus tephrolaemus kikuyuensis Bulbul à gorge grise
Passeriformes Pycnonotidae Andropadus virens virens Bulbul verdâtre
Passeriformes Pycnonotidae Baeopogon indicator indicator Bulbul à queue blanche
Passeriformes Pycnonotidae Bleda eximius ugandae Bulbul à queue verte
Passeriformes Pycnonotidae Bleda syndactylus woosnami Bulbul moustac
Passeriformes Pycnonotidae Chlorocichla flavicollis soror Bulbul à gorge claire
Passeriformes Pycnonotidae Chlorocichla laetissima laetissima Bulbul joyeux
Passeriformes Pycnonotidae Chlorocichla simplex Bulbul modeste
Passeriformes Pycnonotidae Criniger calurus emini Bulbul à barbe blanche
Passeriformes Pycnonotidae Criniger chloronotus Bulbul à dos vert
Passeriformes Pycnonotidae Criniger olivaceus ndussumensis Bulbul à barbe jaune
Passeriformes Pycnonotidae Ixonotus guttatus guttatus Bulbul tacheté
Passeriformes Pycnonotidae Nicator chloris chloris Nicator à gorge grise
Passeriformes Pycnonotidae Nicator vireo Nicator à gorge jaune
Passeriformes Pycnonotidae Phyllastrephus albigularis Bulbul à gorge blanche
Passeriformes Pycnonotidae Phyllastrephus icterinus tricolor Bulbul ictérin
Passeriformes Pycnonotidae Phyllastrephus lorenzi Bulbul de Lorenz
Passeriformes Pycnonotidae Phyllastrephus xavieri Bulbul de Xavier
Passeriformes Pycnonotidae Pycnonotus barbatus tricolor Bulbul des jardins
Passeriformes Pycnonotidae Pycnonotus masukuensis Bulbul de Masuku
Passeriformes Pycnonotidae Pyrrhurus scandens orientalis Bulbul à queue rousse
Passeriformes Pycnonotidae Thescelocichla leucoptera
Passeriformes Remizidae Anthoscopus parvulus Rémiz à ventre jaune
Passeriformes Sturnidae Buphagus africanus africanus Piqueboeuf à bec jaune
Passeriformes Sturnidae Cinnyricinclus leucogaster leucogaster Spréo améthyste
Passeriformes Sturnidae Cinnyricinclus leucogaster verreauxi Spréo améthyste
Passeriformes Sturnidae Grafisia torquata Rufipenne à cou blanc
Passeriformes Sturnidae Lamprotornis chalcurus emini Choucador à queue violette
Passeriformes Sturnidae Lamprotornis chloropterus chloropterus Choucador de Swainson
Passeriformes Sturnidae Lamprotornis purpureiceps Choucador à tête pourprée
Passeriformes Sturnidae Lamprotornis splendidus splendidus Choucador splendide
Passeriformes Sturnidae Onychognathus fulgidus hartlaubii Rufipenne de forêt
Passeriformes Sylviidae Acrocephalus arundinaceus Rousserolle turdoïde
Passeriformes Sylviidae Acrocephalus baeticatus cinnamomeus Rousserolle africaine
Passeriformes Sylviidae Acrocephalus palustris Rousserolle verderolle
Passeriformes Sylviidae Acrocephalus schoenobaenus Phragmite des joncs
Passeriformes Sylviidae Acrocephalus scirpaceus Rousserolle effarvatte
Passeriformes Sylviidae Bathmocercus rufus vulpinus Bathmocerque à face noire
Passeriformes Sylviidae Chloropeta natalensis batesi Chloropète jaune
Passeriformes Sylviidae Chloropeta similis Chloropète de montagne
Passeriformes Sylviidae Eremomela badiceps Érémomèle à tête brune
Passeriformes Sylviidae Eremomela canescens Érémomèle grisonnante
Passeriformes Sylviidae Hippolais icterina Hypolaïs ictérine
Passeriformes Sylviidae Hylia prasina Hylia verte
Passeriformes Sylviidae Hyliota flavigaster flavigaster Hyliote à ventre jaune
Passeriformes Sylviidae Iduna pallida elaeica Hypolaïs pâle
Passeriformes Sylviidae Macrosphenus concolor Nasique grise
Passeriformes Sylviidae Macrosphenus flavicans hypochondriacus Nasique jaune
Passeriformes Sylviidae Melocichla mentalis Mélocichle à moustaches
Passeriformes Sylviidae Phylloscopus budongoensis Pouillot d’Ouganda
Passeriformes Sylviidae Phylloscopus sibilatrix Pouillot siffleur
Passeriformes Sylviidae Phylloscopus trochilus Pouillot fitis
Passeriformes Sylviidae Ptyrticus turdinus turdinus Akalat à dos roux
Passeriformes Sylviidae Sylvietta brachyura carnapi Crombec sittelle
Passeriformes Sylviidae Sylvietta virens baraka Crombec vert
Passeriformes Timaliidae Illadopsis albipectus Akalat à poitrine écaillée
Passeriformes Timaliidae Illadopsis fulvescens gularis Akalat brun

372
ANNEXES

Passeriformes Timaliidae Illadopsis rufipennis Akalat à poitrine blanche


Passeriformes Timaliidae Turdoides plebejus cinerea
Passeriformes Timaliidae Turdoides sharpei Cratérope de Sharpe
Passeriformes Timaliidae Turdoides tenebrosus Cratérope ombré
Passeriformes Turdidae Alethe diademata woosnami Alèthe à huppe rousse
Passeriformes Turdidae Alethe poliocephala carruthersi Alèthe à poitrine brune
Passeriformes Turdidae Stizorhina fraseri vulpina Stizorhin de Frazer
Passeriformes Turdidae Turdus pelios centralis Merle africain
Passeriformes Turdidae Zoothera oberlaenderi Grive d’Oberlaender
Passeriformes Viduidae Vidua funerea wilsoni Combassou noir
Passeriformes Viduidae Vidua macroura Veuve dominicaine
Passeriformes Zosteropidae Zosterops senegalensis senegalensis Zostérops jaune
Pelecaniformes Anhingidae Anhinga rufa Anhinga d’Afrique
Pelecaniformes Phalacrocoracidae Phalacrocorax africanus Cormoran africain
Piciformes Indicatoridae Indicator conirostris Indicateur à gros bec
Piciformes Indicatoridae Indicator indicator Grand Indicateur
Piciformes Indicatoridae Melichneutes robustus Indicateur à queue en lyre
Piciformes Picidae Campethera abingoni chrysura Pic à queue dorée
Piciformes Picidae Campethera cailliautii permista Pic de Cailliaut
Piciformes Picidae Campethera caroli caroli Pic à oreillons bruns
Piciformes Picidae Campethera nivosa herberti Pic tacheté
Piciformes Picidae Campethera punctuligera Pic à taches noires
Piciformes Picidae Dendropicos fuscescens sharpii Pic cardinal
Piciformes Picidae Dendropicos goertae centralis Pic goertan
Piciformes Picidae Dendropicos poecilolaemus Pic à poitrine tachetée
Piciformes Picidae Dendropicos xantholophus Pic à couronne d’or
Piciformes Picidae Jynx ruficollis pulchricollis Torcol à gorge rousse
Piciformes Picidae Jynx torquilla Torcol fourmilier
Piciformes Picidae Mesopicos elliotii Pic d’Elliott
Piciformes Picidae Picoides obsoletus obsoletus Pic à dos brun
Piciformes Rhamphastidae Gymnobucco bonapartei bonapartei Barbican à gorge grise
Piciformes Rhamphastidae Gymnobucco sladeni Barbican de Sladen
Piciformes Rhamphastidae Lybius bidentatus aequatorialis Barbican bidenté
Piciformes Rhamphastidae Lybius guifsobalito Barbican guifsobalito
Piciformes Rhamphastidae Lybius leucocephalus leucocephalus Barbican à tête blanche
Piciformes Rhamphastidae Lybius rolleti Barbican à poitrine noire
Piciformes Rhamphastidae Lybius vielloti vielloti
Piciformes Rhamphastidae Pogoniulus bilineatus leucolaima Barbion à croupion jaune
Piciformes Rhamphastidae Pogoniulus chrysoconus chrysoconus Barbion à front jaune
Piciformes Rhamphastidae Pogoniulus duchaillui Barbican à taches jaunes
Piciformes Rhamphastidae Pogoniulus scolopaceus flavisquamatus Barbion grivelé
Piciformes Rhamphastidae Pogoniulus subsulphureus flavimentum Barbion à gorge jaune
Piciformes Rhamphastidae Trachyphonus purpuratus elgonensis Barbican pourpré
Piciformes Rhamphastidae Tricholaema hirsuta ansorgii Barbican hérissé
Piciformes Rhamphastidae Tricholaema hirsuta chapini Barbican hérissé
Podicipediformes Podicipitidae Tachybaptus ruficollis capensis Grèbe castagneux
Psittaciformes Psittacidae Agapornis pullarius pullarius Inséparable à tête rouge
Psittaciformes Psittacidae Agapornis swindernianus zenkeri Inséparable à collier noir
Strigiformes Strigidae Bubo africanus cinerascens Grand-duc africain
Strigiformes Strigidae Bubo lacteus Grand-duc de Verreaux
Strigiformes Strigidae Glaucidium tephronotum Chevêchette à pieds jaune
Strigiformes Strigidae Otus leucotis leucotis Petit-duc à face blanche
Strigiformes Strigidae Otus scops Petit-duc scops
Strigiformes Strigidae Otus senegalensis ugandae Petit-duc africain
Strigiformes Strigidae Scotopelia bouvieri Chouette-pêcheuse de Bouvier
Strigiformes Strigidae Scotopelia peli Chouette-pêcheuse de Pel
Strigiformes Strigidae Strix woodfordii nuchalis Chouette africaine
Strigiformes Tytonidae Tyto alba affinis Effraie des clochers
Trogoniformes Trogonidae Apaloderma aequatoriale Trogon à joues jaunes

373
ANNEXES

Trogoniformes Trogonidae Apaloderma brachyurum Trogon narina


Turniciformes Turnicidae Turnix sylvaticus lepurana Turnix d’Andalousie
Upupiformes Phoeniculidae Phoeniculus aterrimus emini Irrisor noir
Upupiformes Phoeniculidae Phoeniculus castaneiceps brunneiceps Irrisor à tête brune
Upupiformes Phoeniculidae Phoeniculus jacksoni
Upupiformes Phoeniculidae Phoeniculus niloticus
Upupiformes Phoeniculidae Rhinopomastus aterrimus emini Irrisor noir
Upupiformes Upupidae Upupa epops africana Huppe fasciée
Upupiformes Upupidae Upupa epops senegalensis Huppe fasciée

2.3. LISTE DES POISSONS DU HAUT-UELE

Les poissons endémiques sont indiqués en gras. Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis nom d’espèce. Liste
basée sur les cartes de distribution des poissons du bassin congolais préparées au laboratoire d’ichtyologie du MRAC.

Characiformes Alestidae Alestes liebrechtsii


Characiformes Alestidae Alestes macrophthalmus
Characiformes Alestidae Alestopetersius caudalis
Characiformes Alestidae Brycinus bimaculatus
Characiformes Alestidae Brycinus grandisquamis
Characiformes Alestidae Brycinus imberi
Characiformes Alestidae Brycinus macrolepidotus
Characiformes Alestidae Bryconaethiops boiulengeri
Characiformes Alestidae Bryconaethiops macrops
Characiformes Alestidae Bryconaethiops microstoma
Characiformes Alestidae Hydrocynus goliath
Characiformes Alestidae Hydrocynus vittatus
Characiformes Alestidae Micralestes acutidens
Characiformes Alestidae Micralestes humilis
Characiformes Distichodontidae Distichodus affinis
Characiformes Distichodontidae Distichodus fasciolatus
Characiformes Distichodontidae Distichodus langi
Characiformes Distichodontidae Distichodus lusosso
Characiformes Distichodontidae Distichodus maculatus
Characiformes Distichodontidae Distichodus sexfasciatus
Characiformes Distichodontidae Eugnathichthys eetveldii
Characiformes Distichodontidae Eugnathichthys macroterolepis
Characiformes Distichodontidae Mesoborus crocodylus
Characiformes Distichodontidae Nannaethiops unitaeniatus
Characiformes Distichodontidae Nannocharax brevis
Characiformes Distichodontidae Nannocharax elongatus
Characiformes Distichodontidae Nannocharax macropterus
Characiformes Distichodontidae Nannocharax procatopus
Characiformes Distichodontidae Nannocharax taenia
Characiformes Distichodontidae Neolebias trilineatus
Characiformes Hepsetidae Hepsetus odoe
Cypriniformes Cyprinidae Barbus amanpoae
Cypriniformes Cyprinidae Barbus atromaculatus
Cypriniformes Cyprinidae Barbus caudovittatus
Cypriniformes Cyprinidae Barbus fasolt
Cypriniformes Cyprinidae Barbus mawambiensis
Cypriniformes Cyprinidae Barbus miolepis
Cypriniformes Cyprinidae Barbus pleuropholis
Cypriniformes Cyprinidae Barbus schoutedeni
Cypriniformes Cyprinidae Barbus tetrastigma
Cypriniformes Cyprinidae Barbus urotaenia

374
ANNEXES

Cypriniformes Cyprinidae Chelaethiops congicus


Cypriniformes Cyprinidae Chelaethiops elongatus
Cypriniformes Cyprinidae Garra dembeensis
Cypriniformes Cyprinidae Labeo annectens
Cypriniformes Cyprinidae Labeo cylindricus
Cypriniformes Cyprinidae Labeo greenii
Cypriniformes Cyprinidae Labeo longipinnis
Cypriniformes Cyprinidae Labeo lukulae
Cypriniformes Cyprinidae Labeo nasus
Cypriniformes Cyprinidae Labeo parvus
Cypriniformes Cyprinidae Labeo quadribarbis
Cypriniformes Cyprinidae Labeo weeksii
Cypriniformes Cyprinidae Leptocypris modestus
Cypriniformes Cyprinidae Leptocypris weeksii
Cypriniformes Cyprinidae Leptocypris weynsii
Cypriniformes Cyprinidae Opsaridium ubangiense
Cypriniformes Cyprinidae Raiamas christyi
Cypriniformes Cyprinidae Raiamas salmolucius
Osteoglossiformes Mormyridae Campylomormyrus curvirostris
Osteoglossiformes Mormyridae Campylomormyrus elephas
Osteoglossiformes Mormyridae Campylomormyrus numenius
Osteoglossiformes Mormyridae Campylomormyrus rhynchophorus
Osteoglossiformes Mormyridae Campylomormyrus tamandua
Osteoglossiformes Mormyridae Genyomyrus donnyi
Osteoglossiformes Mormyridae Gnathonemus petersii
Osteoglossiformes Mormyridae Hippopotamyrus wilverthi
Osteoglossiformes Mormyridae Marcusenius greshoffi
Osteoglossiformes Mormyridae Marcusenius monteiri
Osteoglossiformes Mormyridae Marcusenius moorii
Osteoglossiformes Mormyridae Marcusenius stanleyanus
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrops anguilloides
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrops attenuatus
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrops maesuianus
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrops sirenoides
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrus caballus bumbanus
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrus macrops
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrus ovis
Osteoglossiformes Mormyridae Mormyrus rume proboscirostris
Osteoglossiformes Mormyridae Petrocephalus christyi
Osteoglossiformes Mormyridae Petrocephalus grandoculis
Osteoglossiformes Mormyridae Petrocephalus hutereaui
Osteoglossiformes Mormyridae Petrocephalus sauvagii
Osteoglossiformes Mormyridae Petrocephalus simus
Osteoglossiformes Mormyridae Pollimyrus brevis
Osteoglossiformes Mormyridae Pollimyrus nigripinnis
Osteoglossiformes Mormyridae Pollimyrus plagiostoma
Osteoglossiformes Mormyridae Pollimyrus pulverulentus
Osteoglossiformes Mormyridae Pollimyrus tumifrons
Osteoglossiformes Mormyridae Stomatorhinus polylepis
Perciformes Cichlidae Hemichromis elongatus
Perciformes Cichlidae Heterochromis multidens
Perciformes Cichlidae Lamprologus mocquardi
Perciformes Cichlidae Tilapia congica
Perciformes Cichlidae Tilapia zillii
Perciformes Cichlidae Tylochromis lateralis
Perciformes Cichlidae Tylochromis robertsi
Perciformes Cichlidae Tylochromis variabilis
Perciformes Eleotridae Kribia nana
Perciformes Eleotridae Kribia uelensis

375
ANNEXES

Perciformes Latidae Lates niloticus


Polypteriformes Polypteridae Polypterus ornatipinnis
Polypteriformes Polypteridae Polypterus weeksii
Siluriformes Clariidae Clariallabes laticeps
Siluriformes Clariidae Clarias angolensis
Siluriformes Clariidae Clarias buthupogon
Siluriformes Clariidae Clarias camerunensis
Siluriformes Clariidae Clarias dumerilii
Siluriformes Clariidae Clarias gariepinus
Siluriformes Clariidae Clarias hilli
Siluriformes Clariidae Clarias liocephalus
Siluriformes Clariidae Clarias platycephalus
Siluriformes Clariidae Heterobranchus longifilis
Siluriformes Malapteruridae Malapterurus gossei
Siluriformes Malapteruridae Malapterurus microstoma
Siluriformes Mochokidae Euchilichthys guentheri
Siluriformes Mochokidae Euchilichthys royauxi
Siluriformes Mochokidae Synodontis acanthomias
Siluriformes Mochokidae Synodontis alberti
Siluriformes Mochokidae Synodontis angelicus
Siluriformes Mochokidae Synodontis congicus
Siluriformes Mochokidae Synodontis decorus
Siluriformes Mochokidae Synodontis greshoffi
Siluriformes Mochokidae Synodontis notatus
Siluriformes Mochokidae Synodontis ornatissimus
Siluriformes Mochokidae Synodontis pleurops
Siluriformes Schilbeidae Pareutropius debauwi
Siluriformes Schilbeidae Pareutropius mandevillei
Siluriformes Schilbeidae Schilbe grenfelli
Siluriformes Schilbeidae Schilbe intermedius
Tetraodontiformes Tetraodontidae Tetraodon mbu

2.4. LISTE DES AMPHIBIENS DU HAUT-UELE

Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC.

Anura Arthroleptidae Arthroleptis poecilonotus


Anura Arthroleptidae Arthroleptis stenodactylus
Anura Arthroleptidae Arthroleptis variabilis
Anura Arthroleptidae Arthroleptis xenodactylus
Anura Arthroleptidae Cardioglossa leucomystax
Anura Arthroleptidae Schoutedenella loveridgei
Anura Arthroleptidae Schoutedenella spinalis
Anura Bufonidae Amietophrynus camerunensis
Anura Bufonidae Amietophrynus funereus
Anura Bufonidae Amietophrynus funereus berghei
Anura Bufonidae Amietophrynus funereus funereus
Anura Bufonidae Amietophrynus kisoloensis
Anura Bufonidae Amietophrynus maculatus
Anura Bufonidae Amietophrynus regularis
Anura Bufonidae Amietophrynus steindachneri
Anura Bufonidae Amietophrynus superciliaris
Anura Bufonidae Amietophrynus tuberosus
Anura Bufonidae Bufo pusillus
Anura Hemisotidae Hemisus guineense
Anura Hemisotidae Hemisus marmoratum

376
ANNEXES

Anura Hyperoliidae Acanthixalus spinosus


Anura Hyperoliidae Afrixalus fulvovittatus leptosomus
Anura Hyperoliidae Afrixalus osorioi congicus
Anura Hyperoliidae Afrixalus weidholzi
Anura Hyperoliidae Hyperolius
Anura Hyperoliidae Hyperolius balfouri
Anura Hyperoliidae Hyperolius bolifambae
Anura Hyperoliidae Hyperolius burgeoni
Anura Hyperoliidae Hyperolius cinnamomeoventris cinnamomeoventri
Anura Hyperoliidae Hyperolius ituriensis
Anura Hyperoliidae Hyperolius kivuensis
Anura Hyperoliidae Hyperolius langi
Anura Hyperoliidae Hyperolius nasutus
Anura Hyperoliidae Hyperolius ocellatus
Anura Hyperoliidae Hyperolius schoutedeni
Anura Hyperoliidae Hyperolius stenodactylus
Anura Hyperoliidae Hyperolius tuberculatus
Anura Hyperoliidae Hyperolius viridiflavus
Anura Hyperoliidae Kassina argyreivittis sudanica
Anura Hyperoliidae Kassina senegalensis uelensis
Anura Hyperoliidae Leptopelis anchietae
Anura Hyperoliidae Leptopelis aubryi
Anura Hyperoliidae Leptopelis bocagii
Anura Hyperoliidae Leptopelis calcaratus
Anura Hyperoliidae Leptopelis flavomaculatus
Anura Hyperoliidae Leptopelis millsoni
Anura Hyperoliidae Leptopelis notatus
Anura Hyperoliidae Leptopelis notatus tessmanni
Anura Hyperoliidae Leptopelis oryi
Anura Hyperoliidae Leptopelis rufus
Anura Hyperoliidae Leptopelis viridis
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus albomarginatus
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus bequaerti
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus calcaratus
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus cryptotis
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus dendrobates
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus discodactylus
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus feae
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus minutus
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus natalensis
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus parkeri
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus perpalmatus
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus plicatus
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus scapularis
Anura Petropedetidae Phrynobatrachus versicolor
Anura Phrynomeridae Phrynomantis microps
Anura Pyxicephalidae Amietia angolensis
Anura Ranidae Hildebrandtia ornata
Anura Ranidae Hoplobatrachus occipitalis
Anura Ranidae Hydrophylax albolabris
Anura Ranidae Ptychadena bibroni
Anura Ranidae Ptychadena christyi
Anura Ranidae Ptychadena ingeri
Anura Ranidae Ptychadena longirostris
Anura Ranidae Ptychadena mascareniensis
Anura Ranidae Ptychadena oxyrhynchus
Anura Ranidae Ptychadena perreti
Anura Ranidae Ptychadena schubotzi
Anura Ranidae Ptychadena straeleni

377
ANNEXES

Anura Ranidae Ptychadena taenioscelis


Anura Ranidae Ptychadena tournieri
Anura Ranidae Ptychadena trinodis
Anura Rhacophoridae Chiromantis rufescens
Anura Xenopodidae Hymenochirus boulengeri
Anura Xenopodidae Silurana tropicalis
Anura Xenopodidae Xenopus fraseri
Anura Xenopodidae Xenopus laevis
Anura Xenopodidae Xenopus muelleri

2.5. LISTE DES REPTILES DU HAUT-UELE

Ordre alphabétique par ordre, par famille, puis par nom d’espèce. Liste basée sur les collections du MRAC.

Crocodylia Crocodylidae Crocodylus cataphractus Faux-gavial d’Afrique


Crocodylia Crocodylidae Crocodylus niloticus Crocodile du Nil
Squamata Agamidae Acanthocercus cyanogaster
Squamata Agamidae Agama agama Agame des colons
Squamata Atractaspididae Atractaspis aterrima
Squamata Atractaspididae Atractaspis corpulenta kivuensis
Squamata Atractaspididae Atractaspis irregularis uelensis
Squamata Atractaspididae Polemon christyi
Squamata Atractaspididae Polemon collaris longior
Squamata Causidae Causus lichtensteinii
Squamata Causidae Causus maculatus
Squamata Causidae Causus rhombeatus
Squamata Chamaeleonidae Chamaeleo gracilis gracilis
Squamata Chamaeleonidae Chamaeleo ituriensis
Squamata Chamaeleonidae Chamaeleo johnstoni
Squamata Chamaeleonidae Chamaeleo laevigatus
Squamata Chamaeleonidae Chamaeleo oweni
Squamata Chamaeleonidae Chamaeleo senegalensis
Squamata Chamaeleonidae Rhampholeon boulengeri
Squamata Colubridae Amblyodipsas unicolor
Squamata Colubridae Aparallactus lunulatus
Squamata Colubridae Aparallactus modestus ubangensis
Squamata Colubridae Bothrophthalmus lineatus
Squamata Colubridae Buhoma depressiceps
Squamata Colubridae Chamaelycus christyi
Squamata Colubridae Chamaelycus fasciatus
Squamata Colubridae Crotaphopeltis hotamboeia
Squamata Colubridae Dasypeltis fasciata
Squamata Colubridae Dasypeltis scaber
Squamata Colubridae Dendrolycus elapoides angusticinctus
Squamata Colubridae Dipsadoboa unicolor
Squamata Colubridae Dipsadoboa unicolor unicolor
Squamata Colubridae Dipsadoboa viridis gracilis
Squamata Colubridae Dipsadoboa weileri
Squamata Colubridae Dispholidus typus viridis
Squamata Colubridae Dromophis
Squamata Colubridae Dromophis lineatus
Squamata Colubridae Grayia ornata
Squamata Colubridae Grayia smithii
Squamata Colubridae Grayia tholloni
Squamata Colubridae Hapsidophrys lineatus
Squamata Colubridae Hapsidophrys smaragdinus

378
ANNEXES

Squamata Colubridae Hemirhagerrhis nototaenia


Squamata Colubridae Hydraethiops melanogaster
Squamata Colubridae Lamprophis fuliginosus
Squamata Colubridae Lamprophis lineatus
Squamata Colubridae Lamprophis olivaceus
Squamata Colubridae Lycophidion capense jacksonii
Squamata Colubridae Lycophidion irroratum
Squamata Colubridae Lycophidion laterale
Squamata Colubridae Lycophidion ornatum
Squamata Colubridae Lycophidion polylepis
Squamata Colubridae Mehelya capensis savorgnani
Squamata Colubridae Mehelya nyassae
Squamata Colubridae Mehelya poensis
Squamata Colubridae Meizodon regularis
Squamata Colubridae Natriciteres fuliginoides
Squamata Colubridae Natriciteres olivacea
Squamata Colubridae Natriciteres olivacea olivacea
Squamata Colubridae Philothamnus albovariatus bequaerti
Squamata Colubridae Philothamnus angolensis
Squamata Colubridae Philothamnus battersbyi
Squamata Colubridae Philothamnus heterodermus
Squamata Colubridae Philothamnus heterodermus carinatus
Squamata Colubridae Philothamnus heterolepidotus
Squamata Colubridae Philothamnus nitidus loveridgei
Squamata Colubridae Philothamnus ornatus
Squamata Colubridae Philothamnus semivariegatus
Squamata Colubridae Philothamnus semivariegatus semivariegatus
Squamata Colubridae Prosymna ambigua bocagii
Squamata Colubridae Psammophis brevirostris
Squamata Colubridae Psammophis notostictus
Squamata Colubridae Psammophis phillipsi
Squamata Colubridae Psammophis sibilans
Squamata Colubridae Psammophis subtaeniatus sudanensis
Squamata Colubridae Psammophylax
Squamata Colubridae Rhamnophis aethiopissa
Squamata Colubridae Rhamnophis ituriensis
Squamata Colubridae Rhamphiophis acutus garambensis
Squamata Colubridae Scaphiophis albopunctatus
Squamata Colubridae Thelotornis kirtlandii
Squamata Colubridae Thrasops jacksonii
Squamata Colubridae Toxicodryas blandingii
Squamata Colubridae Toxicodryas pulverulenta
Squamata Elapidae Boulengerina annulata Cobra d’eau
Squamata Elapidae Dendroaspis jamesonii
Squamata Elapidae Elapsoidea laticincta
Squamata Elapidae Elapsoidea loveridgei multicincta
Squamata Elapidae Naja haje haje
Squamata Elapidae Naja melanoleuca
Squamata Elapidae Naja nigricollis
Squamata Elapidae Pseudohaje goldii
Squamata Gekkonidae Cnemaspis quattuorseriata
Squamata Gekkonidae Hemidactylus brookii
Squamata Gekkonidae Hemidactylus echinus
Squamata Gekkonidae Hemidactylus fasciatus
Squamata Gekkonidae Hemidactylus richardsonii
Squamata Gekkonidae Lygodactylus picturatus
Squamata Lacertidae Adolfus africanus
Squamata Lacertidae Bedriagaia tropidopholis
Squamata Lacertidae Heliobolus nitidus

379
ANNEXES

Squamata Pythonidae Calabaria reinhardtii


Squamata Pythonidae Python sebae
Squamata Scincidae Leptosiaphos aloysiisabaudiae
Squamata Scincidae Panaspis helleri
Squamata Scincidae Riopa fernandi
Squamata Scincidae Riopa sundevallii
Squamata Scincidae Trachylepis affinis
Squamata Scincidae Trachylepis buettneri
Squamata Scincidae Trachylepis maculilabris
Squamata Scincidae Trachylepis megalura
Squamata Scincidae Trachylepis perrotetii
Squamata Scincidae Trachylepis polytropis
Squamata Scincidae Trachylepis quinquetaeniata
Squamata Scincidae Trachylepis striata
Squamata Typhlopidae Letheobia caeca
Squamata Typhlopidae Letheobia sudanensis
Squamata Typhlopidae Typhlops angolensis
Squamata Typhlopidae Typhlops lineolatus
Squamata Typhlopidae Typhlops punctatus
Squamata Varanidae Varanus exanthematicus
Squamata Varanidae Varanus niloticus
Squamata Viperidae Atheris hispida
Squamata Viperidae Atheris squamiger
Squamata Viperidae Bitis arietans
Squamata Viperidae Bitis gabonica
Squamata Viperidae Bitis nasicornis
Testudines Pelomedusidae Pelomedusa subrufa
Testudines Pelomedusidae Pelusios castaneus
Testudines Pelomedusidae Pelusios chapini
Testudines Pelomedusidae Pelusios gabonensis
Testudines Testudinidae Kinixys belliana mertensi
Testudines Testudinidae Kinixys erosa
Testudines Trionychidae Cycloderma aubryi

380
ANNEXES

ANNEXE 3 ORGANISATION
ADMINISTRATIVE DES TERRITOIRES

3.1. TABLEAU RÉCAPITULATIF DE L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE DE DUNGU


Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Malingindo Diebio Diawande 5.306 3,5 4.833
Milagbe
Namongo
Nyemolu
Kpindi Bangbawiso 4.991
Kpindi
Manguliti
Nagoda
Lindimbiya Biahe 6.244
Diagbe
Diatumbu
Liako
Lindimbiya
Makasa
Siko
Nakoroda Bagbuku 1.720
Madungula
Nangoyi
Ngoloni
Nambia Mbuma 3.942
Nangokolo
Nambia
Nango Diku 1.537
Kpase
Nangondi
Ngbunga
Zigbi Mangie 1.512
Nakologbundo
Nango

381
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Ndolomo Bakulagba Bakulagba 6.877 10 4.971
Bilikwa
Gada
Sanango
Zukale
Gangala Gangala 7.741
Diabakpa
Dinvue
Kpasi
Nangbokolo
Napusikondo
Nasinge
Zangi
Mamvugo Bagindiyo 6.802
Bahama
Katinga
Mabando
Mamvugo
Namboli
Natulubu
Mbomu Bangalu 1.149
Li-Mbomu
Mogoloko Bagbinya 1.927
Mogoloko
Nambili
Naisa Batande 7.608
Combattant
Mandofi
Mongoli
Nambasa
Nawangu
Nayule
Naparka Buye 3.032
Diagbo
Diakpete
Golopi
Naparka
Zangatiyo
Wando Afu Afu 824 5,7 2.560
Bitima
Kparu
Nambia
Anduala Anduala 2.576
Awe
Dikpoto
Mbili
Sakule
Vula

382
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Bagbele Mamba 1.072

Wilibadi
Yambuka
Zagu
Biodi Bilima 5.132
Gada
Nakpudu
Simbo
Zioto
Bitima Akonvuko 3.449
Dingbili 2
Masumbu
Mogoloko
Namboli
Nangume
Ndolenzi
Dungu Bamokandi 53.576
Ngilima
Uye
Gbandi Ligbombi-Mangese 5.569
Ndanda
Nungedi
Gbazi Nakale 1.045
Nakili
Bambala
Kana Mbangu 1.038
Nadangbu
Nakwa
Kpele Balama 2.226
Galafa
Kapili
Li-Molo
Nangbangili
Kpezu Akonvuko 12.802
Li-Uye
Kpezu
Nambia
Nanzawa
Li-Ika Galawa 5.742
Li-May
Mabenge
Atoto
Naangosinzili
Taduru
Maikapa Bawaku 1.480
Gada
Ntina

383
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Makusa Lingasi 1.056
Makusa
Sukudu
Mbamu Magangalama 423
Mbamu
Yabinza
Nakpudu Gbangadi 7.449
Manzagala
Napopo
Yengu
Zangaime
Nambia Kpaika 2 1.408
Mandolo
Nakpanga
Nambia
Nambiliki Atande 690
Mandangbi
Nandika Bilisi 848
Lindimbia
Nambia
Nangondi Bagulupa 2.364
Mabeleni
Madekpe
Masabe
Nakulungba
Nangulu
Nasala Benge 8.139
Nakpaima
Nangume
Nasala
Sambia
Yanguma
Naya Agbopi 1.725
Ingbabu
Kangbu
Lundu
Nalingbi
Ndedu Kwazi 12.514
Tobo
Uwe
Ngilima Akalinga 8.909
Gangala
Li-Awe
Mabiki
Talu
Ngwawele Naguga 922
Nambia
Nangume

384
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Sepio Lilungbu 3.175
Nadi
Namatundu
Nambia
Tongo-Tongo Dingbili 7.674
Kapili 2
Li-Ika
Madubngoa
Nakutala
Nanea Ngwa
Natikpo
Solo
Tati
Ungwa Kiliwa 6.117
Kpaïka
Nabasa
Nambia
Nduga

3.2.TABLEAU RÉCAPITULATIF DE L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE DUTERRITOIRE DE FARADJE

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Dongo Dema Boni 4.150 8,4 1.465
Dema
Lanza
Manza
Meyingo
Ngaduma-Ndayi
Ngaduma-Lele
Ngilinga
Nyago-Dongo
Pafilio
Siaro
Sirigi-Gombe
Sirigi-Zamba
Ramanzi
Mude Adranga 1.377
Agari
Dembuko
Gbagba
Gbomangi
Kiaribe
Kilima
Mabe
Nasogo
Ndezu

385
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Sesenge
Tadra
Sima Andama 1.974
Gelu
Kangi
Kulua 1
Kulua 2
Madruko
Mande
Ndango
Nzolo
Poli
Wandalemo
Yibu
Kakwa Lamada Amodo 3.240 39,1 776
Arinyani
Bunzaka
Cecca/20 Nord
Cecca/20/Sud
Desa
Lodanga
Lokosa
Lupe
Mandanga
Mara
Moeri
Noga
Tsore
Yande
Kirikwa Angonia 4.014
Avogo
Avokiri
Avuku
Banga
Djika
Kisangani-Ronvo
Lokudu
Lumanya
Malomalo
Mamuru
Mola
Pakakule
Logo-Bagera Dramba Adau 27.114 14,6 1.397
Adroapaima
Bukuyu
Dramba
Lodjowa
Lumeri

386
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Masabe
Nalovoko
Morosali
Tayo
Lagabe Adamo 6.679
Avuku
Dudu
Lagabe
Limadi
Manyanva
Takonde
Tsore
Sagu Akiama 3.506
Avoro
Buluma
Djuna
Karaya
Kolodra
Nyanva
Sagu
Tanza
Logo-Doka Ambarau Akosiko 10.395 27,4 1.465
Bara
Bayi
Bodaka
Buza
Dramoni
Gada
Karisia
Kumba
Marabi
Mondegi
Ndobani
Subani
Yangala
Keraka Adimi 4.614
Atima
Bugo
Gbulu
Kayezema
Keraka
Mabima
Mondegi
Watu
Kiri Dongay 1.499
Kiri
Kozia
Kuduwa

387
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Misakali
Nyago
Makasango Anokonzi 4.890
Biriki
Kafuli
Kamiro
Makasango
Mariadro
Tando
Tarangoa
Tavudri
Makoro Adjukiama 22.953
Alagua
Asira
Bhelengo
Bilingu
Bolangi-Bakpa
Gyata
Karagba
Kasima
Kiasi
Kirima
Kodrata
Komayi
Kuruangoa
Mayika
Malimba
Manvoma
Maruzia
Misanva
Surunangbe
Tagamile
Taligo
Wangbu 1
Wangbu 2
Ndolomo Akele 3.156
Drande
Kazimoto
Ndolomo
Papa
Tavura 1
Tavura 2
Logo-Lolia Ali Ali 7.159 44,6 1.168
Badeima
Baki-Logo
Bogoro
Debi
Gaga

388
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Loka
Mangay-Avo
Mangay-Mondo
Morodria
Ndiri
Ombandroa
Patarowa
Assigi Andengi 8.068
Angoyowa
Assigi
Ataki
Bahabi
Bakayabi
Baki-Mondo
Drakibi
Domo
Geyame
Kinzo
Kurugu
Manigawa
Maredima
Merekadje
Nyari
Tangele
Yeyiwa
Makakaro Abanva 12.100
Adjumile
Akuma
Andiri
Atadra 1
Atadra 2
Biya-Bari
Biya-Mala
Bodra
Kigatra
Kutsifa
Mazama
Nganzi
Ngulu
Tiri
Tukuma
Mandango Atsi 1.675
Bagiri 1
Bagiri 2
Molombi
Pajulu
Vora
Logo-Obeleba Alomo Adjuzima 10.434 19,6 1.100

389
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Alomo
Bamo
Buti
Kagi
Kiya
Mopaka
Nduru
Nyanga
Tandro
Tavolama
Azay Abha 7.464
Abata
Adjuma
Adranga
Angwa
Avoambi
Azay
Balebe
Drago
Katriwa
Kiasi
Kilima
Kovo
Lopi
Makiama
Mandere
Tabaa
Tafoni
Urudjako
Maulo Abo 6.703
Balia 1
Balia 2
Budrabe
Drangu
Kongodia
Lomboko
Maulo
Ngili
Tadingi
Logo-Ogambi Budu Aligi 42.516 21,8 4.878
Ali-Moke
Alokwa
Amura
Angwandi
Awase
Babirigwa
Bagale
Bava

390
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Birihulu
Bukiki
Bunga 1
Bunga 2
Dralema
Drasuma
Faranga
Fimbo
Garatawa
Kamangi
Kariyo
Kayezema
Kibinzi
Kirima
Konzioma
Konzo
Kungbu
Kutu
Lalibe
Lavoru
Mala
Malizi
Mandara
Manzo
Mogoy
Motoba
Monda
Mpondo
Nawangu
Ndowa
Nyari
Rigwadi
Siaya
Simiya
Sinzili
Taliyi
Taminzi
Tiriado
Yakobo
Yindema
Djabir Amayo 27.040
Andata
Atatu
Awola
Ayiwa
Badri
Biilali
Binima

391
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Digala
Djoga
Doya
Dradiwa
Drandu
Kidriabe
Kodrarobe
Kokoyo
Koreri
Lema
Lidjo
Monietu
Munguwa
Ngaduma-Ogambi
Nganzi
Ngbalanda
Ngube
Ombalaba
Sadi
Sidabo
Surubasi
Takiani
Udu
Udukwa
Vorani-Ngilinga
Yalaba
Yali
Yaya
Obandroa Aodranva 18.875
Badjube
Butima
Kangi
Kutsima
Liago
Madrangbo
Malemo
Malizowa
Moni
Tadu Akudidi 35.471
Akuma
Akuwa
Anguyo
Awago
Aro
Dombia
Kaki
Karisia
Kialo

392
ANNEXES

Groupements/ Superficie
Chefferies Villages Population Densité
cités (km2)
Kilimbayo
Koloto
Lokaba
Mabinza-Nzoro
Mabo
Male
Mandaba
Miwara
Nzopi
Sesenge
Sirigi
Tomati
Watu
Yamba-Yamba
Tandro Aguba 8.634
Azabu
Azile
Babe
Batali
Bungi
Manguya
Zumayi
Mondo Buru Badayi 1.190 6,0 859
Dangoma
Gbandazwa
Kobango
Moleda
Nadiango
Ndala 1
Ndala 2
Ramadala
Missa Dekpi 760
Makakaro
Mamene
Sindani
Subani
Suru
Tako
Tsudu
Tekadje Madali 350
Madinva
Madjengolade
Mayirima
Modokaya
Ringakpima
Sombiya

393
ANNEXES

3.3.TABLEAU RÉCAPITULATIF DE L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE DUTERRITOIRE DE NIANGARA

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Cité Ligunza 7.116 111,4 131
Mangeka 5.556
Zande 3.140

Boïme Bakindosungu Nadao 10,0 850


Kpingula
Bandafuou Kababingale
Kpali
Pongbo Kundanda
Lumbalumba
Sadi Bilikilani
Nangbama
Nakudele
Kereboro Arambi Doku 7,7 1.838
Zizi
Edru Angomondza
Kandikoy
Tiko
Gbita Guy
Kerekombi
Palakombi
Sakungba
Mademba Bale
Dede Mateke
Kabadi
Wonga
Tulugu Anikaze
Lovi
Ngbelo
Kopa Ekibondo Kungbe 1,0 1503
Nabengele
Tobo
Eti Mbengu
Mungere
Nuga
Gbaga Makala
Makana
Makilingbo
Ndenge
Zede
Mambetu Dongolo
Lengbelengbe
Libago
Medi-Medi Biti
Bungu
Tomo-Amu

394
ANNEXES

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Mangbele Kiliwa Mangbanga 13,4 482
Ndombe
Nganzi
Makombo Kiliwa
Libaki
Makasi
Mango
Zobeka
Mangulu Alinga
Anyadime
Dungo
Kohoza
Makasi
Meumeu
Tuku Buta
Kabayangwe
Mulili
Mutuka
Mangbetu Mabuogo Bede 18,3 369
Bila
Bodio
Kpokpa
Mbiliki
Naka Kilima
Lele
Mangada
Naka
Negoyo 1
Negoyo 2
Negoyo 3
Ngbabele
Noboda
Nakoda Dikidi
Kiliwa
Kokoloma
Nebuda
Ngbiribi
Manziga Guseyo Bafuka 6,3 2.139
Bilali
Wilitombo
Kido Bakosa
Bamonga
Dogbaga
Gbaiga
Mbalawa
Siangba
Magombo Aliame
Ako

395
ANNEXES

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Biyetulu
Nziwo
Soki
Tungwo
Nabakpa Faragi
Gadia
Nasimi
Nawoko Angwe
Mbangula
Sondota
Sendebe Keleguke
Vongao
Okondo Bobo Djagara 16,0 1.892
Dungele
Masinzida
Netado
Tongoda
Djaga Elu
Mabebeda
Nguamba
Kakoro Ganga
Maboda
Mande
Ngbangolo
Kpambele Kabasa
Kiliwa
Kpele
Matukani
Lipombo Domba
Mambuluku
Mangbaku
Mbaraza 2
Mangbanga Djembe
Mahangbo
Maida
Mebueti
Ndingba
Mbelekeu Luka
Mawilide
Mbaraza 1
Ngelembo
Mbita Bogo
Kitambo
Ngatua
Ngbimale
Meika Bodo
Dete
Makombo

396
ANNEXES

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Mekedjo
Malinda
Mugedule
Nokondoda Biegu
Bologo
Gambali

3.4. TABLEAU RÉCAPITULATIF DE L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE DE RUNGU

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Cité Ligunza 7.116 111,4 131
Mangeka 5.556
Zande 3.140

Boïme Bakindosungu Nadao 10,0 850


Kpingula
Bandafuou Kababingale
Kpali
Pongbo Kundanda
Lumbalumba
Sadi Bilikilani
Nangbama
Nakudele
Kereboro Arambi Doku 7,7 1.838
Zizi
Edru Angomondza
Kandikoy
Tiko
Gbita Guy
Kerekombi
Palakombi
Sakungba
Mademba Bale
Dede Mateke
Kabadi
Wonga
Tulugu Anikaze
Lovi
Ngbelo
Kopa Ekibondo Kungbe 1,0 1.503
Nabengele
Tobo
Eti Mbengu
Mungere
Nuga

397
ANNEXES

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Gbaga Makala
Makana
Makilingbo
Ndenge
Zede
Mambetu Dongolo
Lengbelengbe
Libago
Medi-Medi Biti
Bungu
Tomo-Amu
Mangbele Kiliwa Mangbanga 13,4 482
Ndombe
Nganzi
Makombo Kiliwa
Libaki
Makasi
Mango
Zobeka
Mangulu Alinga
Anyadime
Dungo
Kohoza
Makasi
Meumeu
Tuku Buta
Kabayangwe
Mulili
Mutuka
Mangbetu Mabuogo Bede 18,3 369
Bila
Bodio
Kpokpa
Mbiliki
Naka Kilima
Lele
Mangada
Naka
Negoyo 1
Negoyo 2
Negoyo 3
Ngbabele
Noboda
Nakoda Dikidi
Kiliwa
Kokoloma
Nebuda
Ngbiribi

398
ANNEXES

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Manziga Guseyo Bafuka 6,3 2.139
Bilali
Wilitombo
Kido Bakosa
Bamonga
Dogbaga
Gbaiga
Mbalawa
Siangba
Magombo Aliame
Ako
Biyetulu
Nziwo
Soki
Tungwo
Nabakpa Faragi
Gadia
Nasimi
Nawoko Angwe
Mbangula
Sondota
Sendebe Keleguke
Vongao
Okondo Bobo Djagara 16,0 1.892
Dungele
Masinzida
Netado
Tongoda
Djaga Elu
Mabebeda
Nguamba
Kakoro Ganga
Maboda
Mande
Ngbangolo
Kpambele Kabasa
Kiliwa
Kpele
Matukani
Lipombo Domba
Mambuluku
Mangbaku
Mbaraza 2
Mangbanga Djembe
Mahangbo
Maida
Mebueti
Ndingba

399
ANNEXES

Secteurs/ Groupements/ Superficie


Villages Population Densité
chefferies cités (km2)
Mbelekeu Luka
Mawilide
Mbaraza 1
Ngelembo
Mbita Bogo
Kitambo
Ngatua
Ngbimale
Meika Bodo
Dete
Makombo
Mekedjo
Malinda
Mugedule
Nokondoda Biegu
Bologo
Gambali

3.5. TABLEAU RÉCAPITULATIF DE L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE DE WAMBA

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité 2
chefferies (km )
Bafwangada Baboa Boma Bakyale 2.181 114,2 420
Batou
Besimoni
Babosi Babomboa 3.021
Badambusa
Badimba
Badope
Bafabodoma
Bafembay
Bagyamoni
Basina
Bekpe
Babuma Bafadobea 700
Bafindio
Bachimi Bachimi 4.305
Bakemego
Banato
Basisono
Batakubombi
Batokoboa 2.481
Babodo
Badebogo
(Babokomba)
Banedzoka
Basoaka
Bayendi

400
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bafakyambo Badida 1.048
Bafagobee
Bafamupay
Bagbay Babapee 2.315
Bakunzi
Banzekeneke
Basigyame
Bakana Basisono
Ekpoka
Bakapele Bafagunama
Bafamudzudzu
Bafebeyo
Batubani
Bakese Bamulokuma
Bandugue
Bakondabee Bakondabee
Bahogo
Bandilo
Ifua
Bakpangbaa Basakuma
Batindia
Bavabakyeku
Bakunga Bavangboki
Befegone
Beteenga
Bamonyake 1 Banzidei
Bapisanza
Bavilo
Bamonyake 2 Bangoongoo
Banato
Badida
Bangboo Bambekenye
Basugonio
Banenyane
Begbonga
Bapalay Bakanzelego
Baduku
Basato
Bayope
Bawoya Bakuane
Baliki
Begiy
Gbagaa Bafabungamane
Bafangida
Bafedey
Bandopa
Maboo Bayato

401
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Maboo
Malamba Bafidey
Bekenga
Bepombo
Besoba
Mandele Bafabangati
Bafanangaa
Bakpatiana
Begue
Bafwakoy Adjakandii Adjakandii 33,1 1.753
Bahatetaka
Kpakongo
Agbanga 1 Agbanga 1
Bonanda
Pigo 1
Pigo 2
Agbanga 2 Agbanga 2
Bafabau
Ungbongbo
Agoy Agoy
Bambobou
Epanda
Mesanga
Okoso
Akataka Akataka
Menzwenzwe
Anzaga Bogoga
Tagala
Babeso Babeso
Babuwa
Mandele
Bagoya
Alingimboka
Bagoya
Batakobana
Bavanzuwa
Gyongoma
Basokono Bafabau
Basokono
Batatoa Batatoa
Bungbungbu
Likaba
Likupe
Bedegao Asanea
Badidi
Bedegao
Ebabaye
Ekeyo

402
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Gbongobo
Ingungu
Beguwe 1 Begue 1
Ogwambokya
Beguwe 2 Beguwe 2
Bindani Bakuwa
Bambobou
Bengamene 1
Bengamene 2
Bindani
Bogoga Abuu 2
Bogoga
Bumbombi Bumbombi
Degana Degana
Ekango Bafadangba
Bafagoy
Balowa
Ekango
Ibiatoku Baboma
Ibiatoku
Mandabone
Kati Babaengbaa
Badidi
Beanaka
Kati
Ongonga
Likupe Bapambaa
Likupe
Manakyekye Baatibague
Bafabodja
Manakyekye
Mboma Mboma
Ongopando Ekpakpa
Ongopando
Tibi Abuu 1
Agonga
Bowabamu
Bizaboy
Ongogoma
Matali
Mbokane
Tibi
Unguu Ababa
Kati
Mboma
Unguu
Balika-Toriko Babia Bandaka 11,7 1.064

403
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bevekelekya
Bombungo
Bovotubu
Babonde Bavakalangba
Bavangboya
Bovobingo
Badedeka Bavasebea
Bevekemboko
Bovogbunduwo
Bovotokondiko
Bakpele Bavabandey
Bovosu
Bamoka Bamoka
Bavambadia
Bobulo
Bangombo Bavagboko
Bavakakome
Bavakponda
Bavandomu
Bovobolu
Bape Badumbi
Bavabitini
Bavamabutu
Boloyi
Bovobikame
Bovodumo
Bovokibilangwe
Bavabazwa Bavadekpo
Bavamabonza
Bovomodio
Bovonozongoni
Bavadangba Bakwaka
Badumbi
Bavasaina
Bavagbaka Bavakakome
Bavakanyeki
Bavayo
Bavamasya Bavagbango
Bavakpuya
Bavalay
Bavamulimo
Bavapibu
Bavasamba Badimba
Bavabokyabone
Bavabosaa
Bavanangaa
Bavasena

404
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bevembey
Bovodupo
Bovopumo
Beveguku Bavapibu
Bevenemindemi
Bovongilangwe
Bovonogoni
Bevendename Beveyapolo
Bovopindoko
Bovoputoningwe
Bovotuogo
Bevengeni Bavagbeleya
Bavamambuwaa
Bavanangaa
Bavasyame 1
Bavasyame 2
Bevesyeni Bavangboma
Bavangwangwe
Bavasiku
Bovonbondoni Bavamulimo
Bavazoleya
Bovomobito
Bovombili Bavabondeno
Bevebedame
Bovombili
Bovopio Bavakalangba
Bavakpokya
Bavamogaya
Bavanasane
Bavangbaga
Bevembonga
Bevepoko
Bogboy
Bovoboli
Bovomoginde
Bovonopu
Bovotukusiangwe Bavabadusi
Bavagbengo
Bavakakome
Bavakpoga
Mabudu-Malika-
Abambaa 11,9 3.255
Babyeru Bafabasoa
Bafakakoa
Bafayabanga
Bavanambokombo
Ovao
Babonde Babonde
Bafwanzinzi

405
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Barumbi
Bamungbe Babamadoma
Bafalala
Bafangosego
Bafatanatana
Bafebago
Bakpamu
Bapondakame Bafabatenogo
Bavaekombese
Bavalite
Bavaingbe Baboda 1
Baboda 2
Bavaingbe
Bavangano
Bavakini Banguba
Bavakini 1
Bavakini 2
Bavasamoa Bafasamoa
Bangaide
Bavombise Assesse
Bakpau
Bavombise
Beanaka
Mambati
Matete
Bavotuko Bafanzogo
Bafewaka
Bavamanzee
Mambata Imbau
Kokoo Angoko
Baboboto Avainde
Bafamanzoo
Bavakema
Bavotoku
Bole Bole
Lassa
Legbo Bafamadema
Bafodzanea
Beanaka
Gwambi
Mandele Bafababaga
Bafasakaka
Bafayaya 1
Bafayaya 2
Mbangana Ambabone
Bafabambaneme
Bafalididi

406
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bafandukpa
Bafasombane
Salisa
Toku Bafamazoa
Bekeko
Mangaze
Mahaa Bakpekpee Bavabadabaa 6,6 1.934
Bavadupo
Bavajajo
Bavanolu
Bavabaluu Bavaguma
Bavadungbu
Bavakomoy
Bavambenge
Bavatongbo
Bavengoy
Bawee 1
Bawee 2
Betongwe
Bavabola Bavabodape
Bavalikyamoni
Bavaneko
Bavengbungbu
Bavagbase 1 Agoyo
Baza
Bolo
Lewenze
Bavagbase 2 Asobeanagaba
Itambi
Itiy
Sabasaba
Bavagyeme Bavabayo
Bavangungu
Bavandini
Bavazee
Bavetumba
Fiowe
Lenge
Bavalo 1 Bangibe
Bavabafedu
Bavachekanza
Bavayakpo
Bavembi
Bavalo 2 Bangbe
Gbatawele
Mboleya
Ngiti

407
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bavalo 3 Ngoye
Suka
Bavamambo Bachinzi
Bavabubisi 1
Bavabubisi 2
Bavanyanga
Bavamba Bavakunguo
Bavebao
Gunda
Mboma
Bavani Bavakando
Bavakpanzaa
Bavamanga
Bavangotu
Bavapopo
Keleya
Bavatasi Abenze
Akogo
Alekaye
Bavabizoko
Bavagubanzi
Bavanzano
Bavanyaa
Bavayobee
Unguu
Bavebea Bavabau
Bavadzokowa
Bavagbundu
Bavakwabegi
Bavamanzima 1
Bavamanzima 2
Bavamasea
Bavangengeso
Bavangida
Baveda 1 Agbanga
Bedegao 1
Bedegao 2
Ingbunga
Baveda 2 Bavabandeya
Bavigaba
Bavimbay
Makoda Bachanzasili Bengyee 171,6 368
Gada
Baluka Babakuma
Bakambokyane
Bamasoki
Bamudimba

408
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bamatebi Babesoko
Bamapiyo
Batongono
Bambi Bafalongba
Bakepao
Banandeanane
Banendani
Batitia
Bayabo
Bamepoyo Baleleya
Banamuneni
Basakawa
Bayadi
Beboyo
Bengasa
Bamungo Banandeya
Bawoyo
Dududu
Banangaa Bakoane
Bengomego
Bumba
Ekpondokpondo
Ngbodima
Banechane Bakomoku
Bebanyego
Basobuo Bangwaneme
Basobuo Batubo
Basobuo Ndey
Basokobio Banagoboni
Bepabo
Etakamukongo
Batongboa Mungbongboo
Tukugbane
Batuko Babinyia
Bakpoya
Bamugonza
Bebatane
Benguwee Babandaka
Bakitande
Tungbu
Besetego Batibaza
Batisiyou
Enzato Abiangama
Bamulepe
Bapauma
Mandengee
Tchobo

409
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Malamba Bahatetaka Bahatetaka
Mbelembele
Bedegao Bedegao
Embanzane Embanzane
Sondo
Ingbeya Ingbeya
Kalatende Mbati
Toka
Koloya Adigiso
Kpanze 1
Kpanze 2
Koloya
Likupe Angagba
Agoo 1
Agoo 2
Isima
Manzabi Bamanza
Ibembe
Manzabi
Ngufu
Okyengye
Matsinga Asamboa
Bahobee
Bavembasa
Bepipineni
Eyango
Matsinga
Tchagbo Tchagbo
Malika-Ateru Babogi Bavabakatiso 79,7 184
Bavahuu
Bavabee Bavabakadza
Bavabandobee
Bavabambaa
Bavambotu
Bavasyeni
Bavambii Bavakasanaboa
Bavamambolo
Bavelapa
Bavepango
Bavandoni Bavagwanaka
Bavanganemane
Bavepuko
Bavanobembe Bavamadangi
Babanotaomo
Bavanotueni Bamimoni
Bavabonganea
Bavagbadi

410
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bavagwambi
Bavasengi Bakpaa
Bambanzo
Bavanasobeane
Bavasogobebe 2
Bavasogobebe 3
Bavasonimoni
Bavasogobebe Bavasogobebe 1
Bavabaginyo
Bavabeso
Bavekumu
Bavebao Babili Agamba
Bavanakaseme 1
Bavanakaseme 2
Bavamandeya
Bavasamongana
Bavasonimoni
Bavasendo 1
Bavasendo 2
Bavausane
Bavewaka
Mangbele Mababata Bambako 24,1 784
Madjedje
Mavasambilo 1
Mavasambilo 2
Moku
Magbitoka Makakaa
Ndumba
Makpoguse Mavadzoko
Matilimade Mavabanda
Mavambole
Mavalobea Ngazizi
Mavamasagi Lili
Ngufu
Mavamupu Mavabologo
Mavatotoloko
Mavanakolo Mavakopa
Mavangomo
Mavangaloma Egbotoo
Musiyo
Timoniko Babesyame Alongba 155,5 376
Begbani 3
Makalanga
Mbili
Yangambi
Badabu Badzebu
Bakambinde

411
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bakpangbaa
Bapipiyo
Belobato
Matete
Nebobongo
Bamako Babia
Babowa
Bachenze
Bakasi
Bambii
Bawasani
Benzio
Bamapuno Babanza
Badide
Bagbatu
Bakondanengwo
Bamakanzaa
Bamapuno
Batokoma
Bebeane
Begbani 1
Begbani 2
Bembamuno 1
Sendu
Bamodo Babaya
Babianza
Bakongaka
Banemengwo
Bedanga
Bangama Bamapuno 2
Bembamuno 2
Banyama Badjwati
Bamasuani
Bamwane
Batite Babanangana
Bamasoki
Bamwamwa
Bekyoma 1
Batugba 1 Babodo
Bakongwe
Bangboka
Batua
Batugba 2 Babaina
Bagbakwa
Bagyakane
Guy Bachanzasili
Bangbee

412
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bekyoma 2
Wadimbisa Bafadoa Bafabaya 243,9 148
Baluka
Banekengiso
Bapiengwo
Mabiangongo
Mboma
Bagambase Bakaepa
Balapie
Bamianza
Banasanane
Bangboku
Bangema
Bazanganoboy
Bagboya 1 Bakwey 1
Gombe Bamusakayo 1
Bedema
Bengabango
Bagboya Gbondo Bagbokana
Bagboya Mukuu
Babutele
Banzua 1
Bagomba Babusisono
Babesayo
Bakpo
Bangululu
Bagbolo Babogi
Bakaisi
Bakpango
Bamukugane
Bakangi Babuebue
Badusunga
Bambelebay
Banapeague
Bangamasiyo
Basay
Bengesee Bafabina
Bambitii
Batanabo
Enganzo Bafabaya
Bakwanza
Baluka
Nambose Bakwey 2
Bangyee
Bamusakayo 2
Banzua 2
Bedema

413
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Bengabando
Cité Durunga Anoalite 2.792 19 1.300,5
Gbadi 5.107
Kuleyo 5.221
Mangbukele 4.307
Ndokayulu 2.785

3.6. TABLEAU RÉCAPITULATIF DE L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE DE WATSA


Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Andikofa Andikolo Andikolo 3,8 1.320
Andilogu
Dzagalindi
Dzamoli
Kitaa
Lingbaa
Doratazi Doratazi
Linda
Konzokonvu Kekeu
Konzokonvu
Mengo Adzangba
Envu
Korokou
Luwi
Mengo
Ngoya
Talokongo
Tilidru
Vore
Modogu Atshuka
Kudukosa
Mayitudu
Mudogu
Odu
Ngey Ngey
Ngwangba
Terenzi
Tibodri
Tosiga Andakulu
Tosiga
Andobi Batitia Batitia 1 39,1 742
Batitia 2
Bolamu
Dimba
Diforo Anzelekemo
Bakiri
Kosia

414
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Kulisabo
Monagbe
Ngili
Sibida
Dodi Abamondende
Abangbulu
Abaku
Mundoku
Gyalou Akogo
Bandegoya
Batoku
Gbofu
Idubanza
Isey
Kpulukudu
Kondey
Ngbara
Kpau Abagbota
Abamabu
Abamanike
Abatoku
Ateru Andakukodi Andakukodi 4,9 3.226
Andilambe
Kerekonzi
Tobomanza
Baitebi Andikoy
Baitebi 1
Baitebi 2
Isaya
Kakaya 1
Kakaya 2
Konzokoy
Ebi Aboy
Ebi
Kalokisu Kalokisu
Kutulindi 1
Kutulindi 2
Lingasa
Tebeembi
Ngofetudu Angodi 1
Angodi 2
Ngofetudu 1
Ngofetudu 2
Obeledi 1
Obeledi 2
Undegu
Ngowa Andaya
Kolomembe

415
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Ngowa
Gombari Bari Karo Akwaku 15,2 1.080
Arokpa
Kaungato
Lobiko
Mengu
Ndiringife
Ondekodre
Tibekodre
Tutu
Bari Moka Adoko
Duku
Kagbara
Kute
Tebedru
Tilidru
Gbote Andikenopi
Andimoli
Gondi
Kodoapundo
Konia
Mabadi Kpele
Kongodru 1
Kongodru 2
Ndeya
Mangbele Akilao
Baruti
Centre Commercial
Centre Kisangani
Dzabulindi
Gima
Madrabe
Molo
Netiti
Ririya
Tobe
Mayanga Agagu
Dilala
Ezaba
Gbogbu
Goria
Mutulu
Nganga
Ngazizi
Ngbeleo
Undogou
Kebo Ambanzane Ambanzane 22,0 673
Maduya

416
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Muley
Apodo Apana
Anay
Apodo
Ingbesi
Kosia
Ngode 1
Tokutoku
Kulingoya Abakodu
Dula
Enzia
Mungoni
Kibali Anguley Anguley 21,0 1.640
Korongo
Tedeti
Doko Durba Camp Agbarabo
Camp Bakango
Camp Boyeki
Camp Chauffeur
Camp Gurungwa
Camp Karagba
Camp Kasia 1
Camp Kasia 2
Camp Kasia 3
Camp Kisanga
Camp Kokwa
Camp Malemba
Camp Mangbe
Camp Nganzi
Quartier Mission
Kengengo Ganga
Mbiri
Mutubi
Ngbangani
Walu
Mandramandra Asaka
Atekola
Aungba
Avokala
Bondro
Drati
Duembe
Galay
Gatanga
Gimbia
Gumu
Kalinva
Kilimalande

417
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Kisanga
Kokiza
Konzobari
Kpere 1
Kudi-Kudi
Kukundeku
Lalibe
Lukungu
Lukuku
Mabhi
Mafu
Mangbele
Mazo
Mbidri
Mengu
Mogotolende
Monya
Motso
Ndala
Ndavo
Ndeleme
Sayi
Were
Yambo
Nzorogo
Mangote Apahu
Djanguru
Kay Kay
Mangote
Ngilinga-Maïka Ingula 1
Ingula 2
Kanzako
Konzo Dongo
Tora Bande
Diri Diri
Kule 1
Kule 2
Ndedru
Ngolo Ngbolo
Tora Centre
Mangbutu Alulembani Andibadiri 15,0 2.202
Secteur Andone
Ataro
Tegu
Andobikaba Andobikaba
Augitoli
Birindi
Matoko

418
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Zambula
Arebi Gbavema
Muyi
Ngbilingbili
Arikotu Aba Moke
Arikotu
Iriziako
Kauba 1
Kauba 2
Kivi
Konzikia
Lau - Maba
Malanga
Mangba 1
Mangba 2
Mayi - Zumi
Mundruku
Nembele
Sede
Tengbedeko
Zinao
Awilaba Agukogbini
Awilaba
Kekere
Korini
Tondeba
Dubele Aday
Akubogu
Alima
Dubele
Sanze
Zembe 1
Zembe 2
Kongbo Abogu
Adoyi
Kaluadu
Kongbo
Kotaza Kotaza
Mabo 1
Mabo 2
Lindikoda Andimadiri
Angaza
Gbaka
Gima
Kokoro
Mabikirilindi
Maba Akituna
Angaza

419
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Dondi
Maba Centre
Malandu
Mangiri
Shaba
Tokochako
Ture
Makala Augu
Biri
Makala
Mbarikitalu
Makuruza Akobo
Bobine
Dembu
Dila
Gireiza
Kibali Pangolin
Kobara Kongo
Lulu
Mabandakulu
Moto
Munguza
Tomo 1
Watsa-Moke
Mangozo Mangozo 1
Mangozo 2
Mokowe Gbaka
Mokowe
Ogagu
Ongu
Tembe Na Nzala
Ngoirindi Mokowe
Ngoirindi
Ombando Gbado
Gbaka
Kereza
Marunde
Ombano
Omini
Uzukukpi Andingoli
Andikuli
Andimaga
Yendedi Abisa
Mari Minza Bogutali Aruaba 3,5 2.690
Bogutali
Drikoma
Kodo Lindi
Lagba

420
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Lulu
Yegu
Efeloni Arokangi
Boboya
Efeloni
Gereya
Kerekongbo
Kpegurobo Gbariko
Komumole
Kpegukobo
Lindileya
Ngangazo
Tabakogu
Obeledi Bokotambo
Gbandi Centre
Kiligbongo
Madrakou
Mayogbe
Tungu
Odelindi Moholo
Ngowa
Odelindi
Tuludru Katrangba
Kenekoda
Tihita
Tuludru
Tumu Andra
Kosia
Kurengou
Lukulindi
Moku Centre
Onderufu
Osso 1
Osso 2
Toli
Tumu Centre
Walese Andanzo Andimade 5,6 2.424
Andinay
Andingonde
Andoga Andikomba
Andimogu
Andimongu
Andoga
Bogoda
Ndedumosi
Tibeta 1
Tibeta 2
Tibongbo 1

421
ANNEXES

Secteurs/ Superficie
Groupements Villages Population Densité
chefferies (km2)
Tibongbo 2
Emole Andabida
Andigbeli
Andikpati
Andikuli
Avokedi
Batau
Kubi Andibago
Andimanga
Andoga-Karo
Kosikagba
Malili 1
Malili 2
Mamedi
Mambakadi Andamume
Andilaba
Andingbese
Anditazi
Kilikolimosi
Teguwalese
Tibeta 1
Tibeta 2
Ngevea Abindobe
Andibakola
Andigedi
Andikau
Andikunda
Lasu
Telekudimosi Abakunda
Andimobe
Andinzili
Anditozi
Mamosala
Sekimosi
Undemulau Andidibo
Andigay
Andikani
Andilau

Source : Tableau dressé sur la base des données recueillies auprès de la Commission électorale indépendante, de la division
de l’Intérieur de la Province-Orientale et du district du Haut-Uele et à l’INS/Kisangani.

422
ANNEXES

LISTE DES FIGURES ET DES PHOTOS


Pirogues sur l’Uele 12
Tintin en pirogue 13
Chef azande Gilima 18
Depke, fils et successeur du chef Ngilima 18
Akasi, fille de Tongolo, chefferie des Mayogo-Mabozo 20
Alexandre Iacovleff, Personnages féminins 24
Jane Tercafs et deux Mangbetu 25
Jane Tercafs, Odani, femme mangbetu 25
Photographie d’un garçon mangbetu 25
René Lesuisse, Femme mangbetu 26
André Hallet, Pawa, Isiro, dessin 27
Henri Kerels, Femme mangbetu 28
Ernest Genval, image extraite du film L’Or 30
Gérard De Boe, Mangbetu, image extraite du film Mangbetu 30
Gérard De Boe, orchestre mangbetu, image extraite du film Orchestre mangbetu 31
Gérard De Boe, image extraite du film Viadana, couvent africain 32
Chutes de Nadumbe, dites de Nepoko 51
Rhinocéros blanc 57
Girafes 58
Éléphant 59
Léopard 61
Lion 61
Hyppopotame 62
Le roi Mbunza des Mangbetu 106
Statuette yanda « nazeze », Zande orientaux 123
Figurine yanda (kudu), Zande 125
Poterie anthropomorphe mangbetu 126
Couvre-chef mangbetu 127
Pipe anthropomorphe mangbetu 127
Statuettes mangbetu 128
Joueur de tambour à fente nemandru, dit en forme de tulipe 133
Tambour à fente en forme de tulipe mangbetu ; Uele, RD Congo 133
Tambour à fente semi-lunaire mangbetu ; Uele, RDC 133
Orchestre de tambours à fente mangbetu 134
Gong de la cathédrale des Saints Martyrs de l’Ouganda à Dungu 135
Xylophone pandingbwa ou encore kpaningba, dit à « touches libres » 135
Lamellophone giangbwa ; Uele, RDC 137
Lamellophone angba ; Uele, Aruwimi, RD Congo 137
Likembe à dix touches 138

423
ANNEXES

Tambour lacé gaza des Zande de l’Uele, RDC 139


Ce tambour ser principalement à accompagner les danses. 139
Tambour lacé bandia de l’Uele de la RD Congo 139
Ensemble de quatre tambours, territoire de Faradje 140
Trompes en ivoire mangbetu 141
Trompettes ambala 142
Harpe kundi des Azande, recueillie à Doruma 143
Harpe issue de la rive droite de l’Aruwimi 144
Un autre type de cithare 145
Khudi 145
Gulitindia 146
Première chapelle de Viadana, 1928 148
Cathédrale Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus d’Isiro 119
Chef Bako, pendu à Wamba en 1934 154
Monument élevé à la mémoire du moine italien Miani 136
Monument en pierre du pays dédié au colonel Chaltin 171
Bureau du commissariat de district du Haut-Uele à Isiro 192
Ch. Gbenye, G. Soumialot ey N. Olenga à Stanleyville, 1959 203
Le président Mobutu accompagné de J. M. Bomboko 225
Les chefs coutumiers de Faradje en 2006 257
Une vue de la cité d’Isiro en 2011 284
Vue de la cité de Watsa 291
Borne kilométrique proche de Watsa 311
Café 324
Prosper Madrandele Tanzi, directeur politique du MPR 339
Panneau publicitaire d’un comptoir d’achat de diamants,
situé devant le bureau du commissariat administratif du district du Haut-Uele 368
Pont sur la rivière Kibali 379
Bâtiments administratifs du chemin de fer des Uele à Isiro 380
Porte de Faradje, 1903 384
La maison-château du commandant Milo à Niangara, 1905 384
Le Parc national de la Garamba 387
Rhinocéros blanc 388
Un singe Colubusmonkey (nom local : Mvuga) 389
L’okapi Tatu en captivité à la RFO 390
Pont jeté sur la rivière Uele au niveau de Niangara 392
Tribunal de Niangara avec des décorations murales encore fraîches 394
Le tribunal de Niangara, aujourd’hui 394
Château de Dungu 396
Le château de Dungu aujourd’hui 398
Sœur Marie-Clémentine Anuarite 399
Sanctuaire national de la Bienheureuse Anuarite 400
Sanctuaire national de la Bienheureuse Anuarite 401
« Maison Bleue » 402
Chef du village Ekibondo, dans le territoire de Niangara 404
Le chef Ekibondo à l’intérieur de la salle de son tribunal 405
Église des Pères dominicains à Rungu 406
Inauguration par la Force publique du monument aux morts d’Abyssinie, à Faradje, 1943 407
Les soldats de la Force publique devant le monument aux morts d’Abyssinie, à Faradje, 1943 407
Quelques chefs coutumiers du territoire de Faradje devant le monument Asosa-Gambela-Sao à Faradje 407
Bâtiments administratifs de l’Université de l’Uele à Isiro 419
Hôpital de Dungu 428
Hôpital général de référence d’Isiro 431

424
ANNEXES

LISTE DES CARTES


Carte administrative du Haut-Uele 9
Carte des traités anglo-congolais du 12 mai 1894 et franco-congolais du 14 août 1894 35
Carte oro-hydrographique du Haut-Uele 39
Carte géologique et minière du Haut-Uele 41
Carte des gîtes minéraux du Zaïre au 1/2.000.0000 44
Carte de retombes minières (mai 2010) 46
Zones minières du Haut-Uele 49
Carte de l’occupation du sol du Haut-Uele 69
Carte des missions dominicaines jusqu’en 1958 151
Carte des routes du Dr Schweinfurth 164
Cartes de l’enclave de Lado 177
Carte de l’organisation administrative en 1888 180
Carte de l’organisation administrative en 1910 183
Carte administrative en 1929 186
Carte des régions aurifères en 1974 315

LISTE DES TABLEAUX


Répartition des principaux types de végétation dans le Haut-Uele et au niveau national 65
Population du Haut-Uele en 1923 et 1926 78
Évolution de la population du Haut-Uele de 1950 à 1959 80
Mortalité, natalité, fécondité, stérilité dans le Haut-Uele en 1957 63
Proportion (en %) de femmes stériles par ethnie dans le Haut-Uele – 1955-1957 64
Recensement général de la population de la République démocratique du Congo en 1970. Haut-Uele 82
Comparaison de la population du Haut-Uele en 1958 et en 1970 82
Population du Haut-Uele en 1975 et 1978 84
Population du Haut-Uele en 1984 84
Perspectives démographiques du Haut-Uele 1984-1991 (population en milieu d’année) 85
Population du Haut-Uele par district en 1958, 1970 et 1984 et prévisions pour 1993 et 1994 86
Densité de la population du Haut-Uele de 1958 à 1994 69
Tableaux récapitulatifs de la population et de la densité de population du Haut-Uele de 1958 à 1994 87
Évolution de la population du Haut-Uele de 2004 à 2008. Répartition par territoire et par sexe 89
Densité de la population du Haut-Uele de 2004 à 2008 89
Répartition de la population du Haut-Uele par sexe et par groupes d’âge en 2008 90
Pyramide des âges de la population du Haut-Uele en 2008 90
Effectif de la population étrangère dans le Haut-Uele répartie par territoire en 2008 91
Répartition des personnes déplacées dans le district du Haut-Uele au 31 décembre 2010 et au 31 mars 2011 93
Répartition de la population du territoire de Dungu par chefferie et par sexe en 2007 96
Répartition par groupes d’âge et par sexe de la population du territoire de Dungu en 2008 96
Répartition de la population du territoire de Faradje par groupes d’âge et par sexe en 2008 97
Répartition de la population du territoire de Niangara par entité, sexe et nationalité en 2007 98
Naissances et décès enregistrés dans le territoire de Niangara en 2007 98
Répartition de la population du territoire de Rungu par groupes d’âge et par sexe en 2008 99
Répartition par sexe et par entité de la population de Wamba en 2007 99
Répartition de la population du territoire de Wamba par groupes d’âge et sexe en 2008 100
Nombre des naissances et de décès dans le territoire de Wamba en 2007 100
Répartition de la population du territoire de Watsa par entité et par sexe en 2007 101
Répartition de la population du territoire de Watsa par groupe d’âge et par sexe en 2008 101
Naissances et décès enregistrés en territoire de Watsa en 2007 101
Répartition de la population étrangère selon le sexe et l’origine dans le territoire de Watsa en 2007 102
Les langues soudanaises parlées dans le Haut-Uele 116
Répartition des langues par espace de diffusion 117
Répartition des dialectes par espace d’usage 118
Répartition des dialectes par espaces d’usage 120
Les postes missionnaires dominicains, 1912-1960 150
Liste des évêques 150

425
ANNEXES

Les évêques du diocèse de Wamba 152


Missions de sœurs missionnaires dans le Haut-Uele 152
Les fondations missionnaires protestantes à l’époque coloniale, 1908-1960 153
Postes d’occupation européenne dans l’Uele et Européens habitant la région de 1890 à 1908 182
Liste des élus provinciaux du district du Haut-Uele 196
Répartition des sièges à l’assemblée provinciale par district en 1960 et en 1962 199
Résultat de l’élection du bureau de l’assemblée provinciale 200
Résultat de la seconde élection du bureau de l’assemblée provinciale 200
Nouvelle composition du bureau de l’assemblée provinciale 200
Résultat de l’élection du gouvernement provincial, 11 septembre 1962 201
Départ et arrivée des populations du Soudan en 1961 207
Départ et arrivée des population de l’Ouganda en 1961 207
Élus de l’assemblée provinciale de l’Uele en 1965 223
Évolution du nombre des entités administratives par territoires dans les Ueles (Bas et Haut-Uele) : 1937-1952 228
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Dungu (1937-1952) 238
Chefferies, postes administratifs et villages en 2009 239
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Faradje (1937-1952) 253
Subdivision administrative du territoire de Faradje 254
Liste des administrateurs de territoire de Faradje 256
Noms des chefs de chefferies du territoire de Faradje en 2010 257
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Niangara (1937-1952) 261
Peuples habitant le territoire de Niangara 269
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Rungu (1937-1952) 270
Subdivisions administratives du territoire de Rungu 271
Population étrangère de « race blanche » au 3 janvier 1958 283
Répartition des peuples dans l’espace du territoire de Rungu 285
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Wamba (1937-1952) 287
Évolution du nombre de chefferies du terrtoire de Watsa (1937-1952) 293
Permutation des chefs des chefferies et des secteurs du Haut-Uele à l’heure du pouvoir de Mobutu (1974) 302
Production depuis le début de l’exploitation de l’or fin (en kg) 312
Production de l’Okimo de 1959 à 1968 (en kg) 315
Les maisons de commerce dans le Haut-Uele en 1921 320
Production des principaux produits agricoles par les cultivateurs dans le Haut-Uele en 1957 324
Production de coton dans le Haut-Uele en 1969 et 1970 325
Production des principaux produits en 1970, 1971 et 1972 (en tonnes) 326
Situation des entreprises agricoles zaïrianisées en 1974 344
Principales pductions du Haut-Uele et part de celles-ci dans la production de la Province-Orientale entre 1981 et 1985 345
Principales productions du Haut-Uele et part de celles-ci dans la production de la Province-Orientale entre 1990 et 1994 345
Production paysanne de café et superficies cultivées en ha en 2007 348
Café exporté par client en kg (1994-2006) 348
Production artisanale d’huile de palme en 2007 350
Production des principaux produits vivriers dans le Haut-Uele 1968-1975 (en tonnes) 354
Production moyenne annuelle des cultures vivrières dans le Haut-Uele par territoire 1990-1994 (en tonnes) 354
Superficie moyenne annuelle emblavée des principales cultures vivrières dans le Haut-Uele par territoire 1990-1994 (en ha) 355
Production des principaux produits vivriers (2003-2007) (en tonnes) 356
Effectif du cheptel bovin dans le Haut-Uele (2005-2006) 357
Répartition des fermes bovines par territoire en 2006 357
Effectifs des caprins, ovins et porcins par territoire (1973-1974 et 2005-2006) 359
Répartition des fermes de petits bétail par territoire (2006) 360
Effectifs des volailles dans le Haut-Uele (2005-2006) 361
Production d’or fin de l’Okimo à Kilo et à Moto en 1973 et 1974 (en kg) 362
Réserves d’or fin à Kilo et à Moto 1974 (en kg) 363
Production de Kilo-Moto par décennie en kg d’or fin 365
Production industrielle d’or dans le Haut-Uele (2005-2007) 365
Production artisanale d’or dans le Haut-Uele (2005-2007) 366
Localisation des carrières d’exploitation artisanale (or et diamant) dans le territoire de Faradje 367
Localisation des foyers miniers dans le territoire de Dungu en 2010 367
Production artisanale de diamants dans le Haut-Uele de 2005 à 2007 368
Production annuelle moyenne de la Saplast 1989-1994 371

426
ANNEXES

Réseau routier prioritaire du Haut-Uele à la fin des années 1990 376


Situation générale des routes dans le Haut-Uele en 2010 377
Description des pistes d’atterrissage dans le territoire de Dungu en 2010 381
Liste des monuments et sites classés du Haut-Uele (1958) 383
Les monuments du Haut-Uele 406
Hôtels du territoire de Rungu en 2007 409
Hôtels du territoire de Watsa 409
Implantation des écoles primaires dans le Haut-Uele par régime de gestion en 1971-1972 410
Répartition des établissements d’enseignement primaire, secondaire,
supérieur et universitaire par territoire : niveau d’enseignement et régime de gestion 412
Effectifs scolaires 1971-1974 dans le Haut-Uele et % de filles 413
Répartition des élèves dans les écoles primaires du Haut-Uele par régime en 1971-1972 413
Répartition des élèves dans les écoles secondaires du Haut-Uele par régime en 1971-1972 413
Évolution de la population scolaire par sexe de 1989 à 1994 dans le Haut-Uele 414
Répartition des élèves dans les écoles primaires et secondaires et à l’université dans le Haut-Uele et proportion de filles en 2002-2003 414
Taux brut de scolarisation en primaire et secondaire dans le Haut-Uele en 1995 415
Répartition des écoles du territoire de Dungu par chefferie 417
Répartition des écoles du territoire de Faradje par chefferie 418
Répartition des écoles du territoire de Wamba par chefferie/secteur 419
Répartition des écoles du territoire de Watsa par chefferie, secteur et cité 420
Infrastructure sanitaire du Haut-Uele en 1965 421
Nombre d’hôpitaux et de médecins dans le Haut-Uele en 1974 422
Projets financés par les acteurs humanitaires dans le Haut-Uele en 2010 427
Répartition des structures sanitaires par secteur dans le territoire de Dungu 428
Localisation des infrastructures sanitaires par chefferie dans le territoire de Faradje 429
Situation sanitaire dans le territoire de Niangara 430
Répartition des structures sanitaires dans le territoire de Rungu 430
Infrastructures sanitaires dans le territoire de Wamba 432
Répartition des infrastructures sanitaires du territoire de Watsa par entité administrative 433

427
ANNEXES

428
TABLE DES MATIÈRES

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS 5

Chapitre 1. INTRODUCTION : L’UELE DANS L’IMAGERIE COLONIALE 11


1. L’Uele dans les bandes dessinées et les guides touristiques 12
2. L’Uele dans la littérature coloniale 14
3. L’Uele dans la peinture coloniale 20
3.1. Alexandre Iacovleff (1887-1938) 20
3.2. Jane Tercafs (1888-1944) 21
3.3. René Lesuisse (1901-1966) 22
3.4. André Hallet (1890-1959) 22
3.5. Henri Kerels (1896-1956) 23
3.6. Marthe De Witte (1893-1976) 24
4. L’Uele dans les films coloniaux 25

Chapitre 2. PRÉSENTATION PHYSIQUE DU HAUT-UELE 29


1. Situation géographique 29
1.1. Introduction 29
1.2. Territoire de Dungu 31
1.3. Territoire de Faradje 31
1.4. Territoire de Niangara 31
1.5. Territoire de Rungu 31
1.6. Territoire de Wamba 32
1.7. Territoire de Watsa 32
2. Relief, géologie et hydrographie 32
2.1. Le relief 32
2.2. La géologie 35
2.2.1. Historique des observations 35
2.2.2. Les formations géologiques 35
2.2.3. Aperçu tectonique et structural 37
2.4. Ressources minérales 37
2.4.1. Des minéralisations diversifiées 37
2.3.2. Survol historique des zones minières de Haut-Uele 39

429
TABLE DES MATIÈRES

2.4. Nature des gisements aurifères du Haut-Uele 40


2.4.1. Gisements filoniens de quartz 40
2.4.2. Gisements disséminés 40
2.4.3. Gisements sulfureux 41
2.5. L’hydrographie 41
2.5.1. Le bassin de la Kibali 41
2.5.2. Le bassin de l’Uele 41
2.5.3. Le bassin de l’Aruwimi 41
3. La faune 42
3.1. Écologie 42
3.2. Historique de la recherche sur la biodiversité en RD Congo 42
3.3. La diversité des vertébrés dans le Haut-Uele 43
3.3.1. Poissons 43
3.3.2. Amphibiens et reptiles 44
3.3.3. Oiseaux 45
3.3.4. Mammifères 46
4. La flore 51
4.1. La forêt dense humide 52
4.2. Les savanes 53
4.3. Le complexe agricole en zone forestière 54
4.4. Les galeries forestières 56
4.5. La forêt claire 56
4.6. La végétation aquatique et marécageuse 56
4.7. Les risques environnementaux 56

Chapitre 3. LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DU HAUT-UELE 59


1. Évolution de la population du Haut-Uele 59
1.1. Évolution de la population du Haut-Uele de 1923 à 1959 61
1.2. Évolution de la population du Haut-Uele de 1959 à 1978 64
1.3. Le recensement scientifique de 1984 66
1.3.1. Les chiffres du recensement 66
1.3.2. Perspectives démographiques 1984-1991 66
1.4. Population projetée du Haut-Uele en 1993 et 1994 66
1.5. La densité de population dans le Haut-Uele (1958-1994) 68
1.6. Évolution de la population du Haut-Uele de 2004 à 2008 69
1.7. Les déplacements de population liés à la présence de la Lord’s Resistance Army (LRA) 71
1.7.1. Bref historique de la LRA 71
1.7.2. La LRA dans le Haut-Uele 72
2. La population par territoire en 2007-2008 75
2.1. Territoire de Dungu 75
2.2. Territoire de Faradje 76
2.3. Territoire de Niangara 76
2.4. Territoire de Rungu 77
2.5. Territoire de Wamba 78
2.6. Territoire de Watsa 79

430
TABLE DES MATIÈRES

Chapitre 4. LES PEUPLES DU HAUT-UELE 81


e
1. Le peuplement du Haut-Uele avant le XIX siècle 81
2. Le peuplement du Haut-Uele 87
2.1. Les pygmoïdes 87
2.2. Les Azande 88
2.3. Les Mangbetu 89
2.4. Les Mayogo 90
2.5. Les Mamvu 91
2.6. Les Logo 92
2.7. Les Budu 93
2.8. Les Budu-Nyari 93
2.9. Les Lika 94
2.10. Problématique des Mbororo dans le Haut-Uele 94
3. La situation linguistique 96
3.1. Territoire de Dungu 98
3.2. Territoire de Faradje 98
3.3. Territoire de Niangara 99
3.4. Territoire de Rungu 99
3.5. Territoire de Wamba 100
3.6. Territoire de Watsa 100
3.7. Cité d’Isiro 101
4. Les expressions artistiques, musicales et la vie religieuse 101
4.1. L’art et l’artisanat 101
4.2. La musique et la danse 107
4.2.1. Idiophones 109
a. Les tambours à fentes 109
b. Xylophones 110
c. Les sanza ou kundi (likembe) 110
4.2.2. Membranophones Ndima ou Gaza : tambours à peau lacée 112
4.2.3. Les aérophones : Ambala, trompes 114
4.2.4. Les cordophones 115
a. Les harpes 115
b. La cithare-en-terre 115
c. Le kudhi 116
d. Le gulitindia 116
e. Le lari-ba a 116
4.3. La vie religieuse 117
4.3.1. Les missions catholiques 118
a. Les Norbertins de Tongerloo 118
b. Les Dominicains 119
c. Les Augustins 121
d. Les prêtres du Sacré-Cœur 121
e. Les sœurs missionnaires 122
4.3.2. Les missions protestantes 123
a. L’Africa Inland Mission (AIM) 123

431
TABLE DES MATIÈRES

b. La Heart of Africa Mission (HAM) 123


c. Les Assemblées de Dieu au Congo (ADC) 123
4.3.3. Les croyances traditionnelles 123
a. Les sociétés secrètes 123
b. Le mariage traditionnel 126
4.3.4. Des mythes et légendes 127
4.3.5. La médecine « indigène » zande ou l’art « traditionnel » de guérir 128
4.3.6. La vie quotidienne 132

Chapitre 5. L’HISTOIRE DE L’ORGANISATION SOCIO-ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE 133


1. Sous la domination belge 133
1.1. La période précoloniale 133
1.1.1. Les influences anglo-soudanaises 133
1.1.2. La révolte des mahdistes 133
1.1.3. Les explorations européennes 134
1.2. L’État indépendant du Congo (1885-1908) 138
1.2.1. Les premières explorations belges 138
1.2.2. Le roi Léopold II et l’occupation de l’Uele 142
1.2.3. La question de l’enclave de Lado 143
1.2.4. Des chefs locaux au service des conquistadores européens 147
1.2.5. Résistances et révoltes locales 148
1.2.6. Les divisions administratives de la période de l’EIC 148
1.3. Le Congo belge (1908-1960) 150
1.3.1. Le district de l’Uele en 1910 151
1.3.2. Les districts du Bas-Uele et du Haut-Uele en 1912-1913 151
1.3.3. La carte administrative de l’Uele du 1er février 1920 152
1.3.4. La réforme de 1926 152
1.3.5. La carte administrative de l’Uele en 1932 152
1.3.6. La réforme administrative de 1933 154
1.3.7. La réforme de 1935 154
1.3.8. La réforme administrative de 1956 155
2. La région de l’Uele à l’ère de la décolonisation 158
2.1. Le contexte du succès du parti de Lumumba dans la Province-Orientale 158
2.2. Les résultats des élections de mai 1960 et leurs effets dans le Haut-Uele 160
3. Depuis l’Indépendance 161
3.1. Des districts du Bas-Uele et du Haut-Uele à la province de l’Uele 161
3.2. Le fonctionnement des institutions jusqu’à la veille de la rébellion des Simba 163
3.2.1. L’assemblée provinciale 163
3.2.2. Composition socio-politique de l’assemblée 163
3.2.3. Activités de l’assemblée provinciale 163
3.3. La rébellion des Simba, 1964-1965 165
3.3.1. La prise de Stanleyville 165
3.3.2. Le contexte sociopolitique du Haut-Uele 167
3.3.3. Les Simba dans le Haut-Uele 171
3.4. Les élections de 1965 180
3.5. Le Haut-Uele redevient district de la Province-Orientale 184

432
TABLE DES MATIÈRES

Chapitre 6. COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU HAUT-UELE 187


1. Le territoire de Dungu 187
1.1. Aperçu historique 187
1.1.1. Les Avongara 187
a. Récit de I. Gbaguda 189
b. Récit de A. de Calonne-Beaufaict 189
c. Récit de V.-H . Vanden Plas 189
d. Récit de A. Hutereau 190
e. Récit de C.R. Lagae 190
f. Récit de E.E. Evans-Pritchard 190
1.1.2. Le chef Doruma 190
a. Histoire de Ndolomo et de Wili-Basa … par Jean Dengilo, 5 juillet 1959 190
b. Premier récit de vie de Doruma, par L. Lotar et Marthe Coosemans,
in Biographie coloniale belge, tome II, col. 300-301 192
c. Deuxième récit de vie de Doruma par Pierre Salmon,
« Récits historiques zande », Bulletin de l’Académie royale des sciences
d’outre-mer, Bruxelles, n° 118, 1965-4, pp. 853-855 193
1.1.3. Les descendants mâles de Doruma 194
1.2. Subdivision de l’entité politico-administrative 196
1.2.1. Chefferie Ndolomo 197
1.2.2. Chefferie Malingindo 198
1.2.3. Cheffrerie Wando 199
1.3. Le peuplement 203
2. Le territoire de Faradje 204
2.1. Aperçu historique 204
2.2. Subdivisions administratives 209
2.3. Le peuplement 212
3. Le territoire de Niangara 213
3.1. Aperçu historique 213
3.2. Subdivision administrative 214
3.2.1. Chefferie Boimi 215
3.2.2. Chefferie Kereboro 216
3.2.3. Chefferie Kopa 217
3.2.4. Chefferie Mangbele 217
3.2.5. Chefferie Mangbetu 218
3.2.6. Chefferie Manziga 219
3.2.7. Chefferie Okondo 219
3.3. Le peuplement 220
4. Le territoire de Rungu 221
4.1. Subdivisions administratives 221
4.1.1. Chefferie Mboli 222
4.1.2. Chefferie Medje-Mango 222
4.1.3. Chefferie Mayogo-Mabozo 224
4.1.4. Chefferie Mayogo-Magbaie 224
4.1.5. Cheferie Ndey 226

433
TABLE DES MATIÈRES

4.1.6. Chefferie Mongomasi 227


4.1.7. Chefferie Azanga 227
4.1.8. Cité d’Isiro 228
4.2. Peuplement 231
5. Le territoire de Wamba 231
5.1. Aperçu historique 231
5.2. Subdivisions administratives 230
5.2.1. Cité Durunga 230
5.2.2. Chefferie Mahaa 230
5.2.3. Chefferie Malamba 230
5.2.4. Chefferie Bafwakoy 230
5.2.5. Chefferie Malika-Ateru 230
5.2.6. Chefferie Mangbele 230
5.2.7. Chefferie Makoda 230
5.2.8. Chefferie Timoniko 230
5.2.9. Chefferie Wadimbisa 230
5.2.10. Chefferie Bafwagada 234
5.2.11. Chefferie Balika-Toriko 234
5.2.12. Secteur Mabudu-Malika-Babyeru (MMB) 234
5.3. Peuplement 234
6. Le territoire de Watsa 235
6.1. Aperçu historique 235
6.2. Subdivisions administratives 237
6.2.1. Chefferie Karokelendu-Andikofa 237
6.2.2. Chefferie Karokelendu-Ateru 237
6.2.3. Chefferie Andobi 239
6.2.4. Chefferie Kebo 240
6.2.5. Chefferie Mariminza 240
6.2.6. Chefferie Walese d’Arumbi 240
6.2.7. Secteur Gombari 240
6.2.8. Secteur Kibali 241
6.2.9. Secteur Mangbutu 241

Chapitre 7. ÉVOLUTION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU HAUT-UELE 247


1. L’exploitation économique du Haut-Uele : de la période de l’EIC à la zaïrianisation, 1891-1973 247
1.1. Les grandes sociétés 247
1.1.1. Le « domaine privé de l’État » : le caoutchouc et l’ivoire 247
1.1.2. La Société générale africaine, 1894 247
1.1.3. La Société générale africaine et Banque de commerce et d’industrie, 1903 248
1.1.4. La Société des mines d’or de Kilo-Moto 249
1.1.5. La Société commerciale et minière de l’Uele, Comuele 253
1.1.6. Les chemins de fer vicinaux du Congo, Vicicongo 253
1.2. Les petites et moyennes entreprises et les commerces 255
1.3. L’agriculture 259
2. La transformation économique du Haut-Uele : de la zaïrianisation à la rétrocession, 1973-1975 261

434
TABLE DES MATIÈRES

2.1. À la veille de la zaïrianisation, 1972-1973 263


2.2. Les mesures du 30 novembre 1973 266
2.3. Les nouveaux acquéreurs zaïrois 267
2.4. La radicalisation : 31 décembre 1974 271
2.5. La rétrocession : octobre-novembre 1975 274
3. L’évolution économique du Haut-Uele de 1975 à 2010 274
3.1. Les cultures pérennes 276
3.1.1. Le café 276
3.1.2. Le coton 278
3.1.3. Le palmier à huile élæis 279
3.1.4. Le tabac 280
3.2. Les cultures vivrières 280
3.2.1. Le manioc 280
3.2.2. Le riz (paddy) 280
3.2.3. La banane 281
3.2.4. Le maïs 281
3.2.5. L’arachide 281
3.2.6. Le haricot 282
3.3. Les cultures maraîchères 284
3.4. L’élevage 285
3.4.1. Le gros bétail 285
3.4.2. Le petit bétail 285
a. Les caprins 285
b. Les ovins 286
c. Les porcins 286
3.4.3. Les volailles 286
3.5. La pêche 287
3.6. La chasse et la cueillette 287
3.7. L’exploitation minière 287
3.7.1. L’Okimo 287
3.7.2. Production artisanale d’or, de diamant et de coltan 290
a. L’or 290
b. Le diamant 292
c. Le coltan 293
d. Conséquences économiques et sociales de l’exploitation minière artisanale 293
3.8. L’industrie 294
3.8.1. Usines de traitement 294
3.8.2. Usines de transformation 294
3.8.3. Les usines (de transformation) artisanales 295
3.8.4. L’industrie du bois 295
3.9. Les ressources énergétiques 295
3.10. Le commerce 295
3.11. Les services 296

435
TABLE DES MATIÈRES

Chapitre 8. CINQ GRANDS DÉFIS : LES TRANSPORTS, LES COMMUNICATIONS, LE TOURISME,


L’ENSEIGNEMENT ET LA SANTÉ 297
1. Les transports 297
1.1. Le mode routier 297
1.2. Le mode ferroviaire 301
1.3. Le mode aérien 302
2. Les communications 303
3. Le tourisme 304
3.1. Le patrimoine naturel 305
3.1.1. Le Parc national de la Garamba 306
3.1.2. La réserve de faune à okapis (RFO) 309
3.1.3. Les domaines de chasse 310
3.2. Le patrimoine culturel 311
3.2.1. Le centre historique de Niangara 311
3.2.2. Le château de Dungu 312
3.2.3. Le sanctuaire de la bienheureuse Anuarite à Isiro 315
3.2.4. Ekibondo ou le village aux huttes peintes 317
3.2.5. Les cavernes préhistoriques de la Nembiliki 319
3.2.6. L’église catholique de Rungu 319
3.2.7. Les monuments du Haut-Uele 320
3.3. L’infrastructure touristique 320
4. Les structures scolaires du Haut-Uele 323
4.1. Couverture et effectifs scolaires dans le Haut-Uele (1972-2008) 323
4.1.1. Couverture scolaire 323
4.1.2. Effectifs scolaires (1971-2003) 325
4.2. Les structures scolaires par territoire 329
4.2.1. Territoire de Dungu 329
4.2.2. Territoire de Faradje 330
4.2.3. Territoire de Niangara 330
4.2.4. Territoire de Rungu 330
4.2.5. Territoire de Wamba 331
4.2.6. Territoire de Watsa 332
5. Le système de santé du Haut-Uele 332
5.1. L’infrastructure sanitaire du Haut-Uele 332
5.2. Contexte politique et incidence sur la santé des populations 338
5.3.1. Territoire de Dungu 338
5.3.2. Territoire de Faradje 339
5.3.3. Territoire de Niangara 339
5.3.4. Territoire de Rungu 339
5.3.5. Territoire de Wamba 340
5.3.6. Territoire de Watsa 341

CONCLUSION 343
BIBLIOGRAPHIE 345

436
TABLE DES MATIÈRES

ANNEXES 355
1. Permis attribués – situation mai 2010 355
2. Listes des animaux du Haut-Uele 363
2.1. Liste des mammifères du Haut-Uele 363
2.2. Liste des oiseaux du Haut-Uele 365
2.3. Liste des poissons du Haut-Uele 374
2.4. Liste des amphibiens du Haut-Uele 376
2.5. Liste des reptiles du Haut-Uele 378
3. Organisation administrative des territoires 381
3.1. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Dungu 381
3.2. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Faradje 385
3.3. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Niangara 394
3.4. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Rungu 397
3.5. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Wamba 400
3.6. Tableau récapitulatif de l’organisation administrative du territoire de Watsa 414

LISTE DES FIGURES ET DES PHOTOS 423


LISTE DES CARTES 425
LISTE DES TABLEAUX 425
TABLE DES MATIÈRES 429

Carte administrative et routière du Haut-Uele


http://www.africamuseum.be/docs/research/publications/rmca/online/carte_hautuele.pdf
437
CONCLUSION

438
CONCLUSION

439
CONCLUSION

Achevé d’imprimer en novembre 2011


sur les presses des Nouvelles Imprimeries Havaux
à Nivelles (Belgique).

440
Les images qui viennent à l’esprit lorsque l’on évoque le Haut-Uele sont
d’abord celles de ses populations renommées, les Mangbetu, les Azande, les
Logo, les Budu, les Mayogo… dont la richesse et la diversité des cultures
avaient frappé les conquérants, tant Arabes qu’Européens.

La présente monographie a pour ambition, outre de présenter ces peuples,


de donner un aperçu général de la situation géographique, du relief, de la
géologie, de l’hydrographie, de la faune, de la flore et de la démographie
du Haut-Uele, et d’analyser, plus en profondeur, son évolution historique,
culturelle, administrative politique, économique et touristique.

Au plan historique, elle montre, notamment, comment le Haut-Uele a


été particulièrement sensible aux diverses perturbations qu’a connues le
pays après l’indépendance. Elle analyse la rébellion des Simba, d’abord, au
milieu des années 1960, et celles de la fin des années 1990 et du début 2000,
ensuite, qui furent particulièrement destructrices, rébellions auxquelles
s’ajoutèrent l’affaiblissement/désintégration de nombreux pouvoirs locaux et
les interventions de dirigeants d’en haut dans les affaires locales.
Elle consacre un important chapitre aux peuples qui composent le Haut-
Uele, à leurs langues, à leurs expressions artistiques et musicales et à leur vie
religieuse.
Au plan administratif, elle analyse pourquoi, aujourd’hui, la région connaît
une organisation comportant plus de chefferies que de secteurs, ces pouvoirs
locaux que l’autorité coloniale (re)construisit et/ou reconnut en fonction de
critères liés à des enjeux locaux ou à ses intérêts propres.
Elle s’interroge aussi sur les raisons pour lesquelles le Haut-Uele se trouve
livré au trafic et à l’occupation armée. Trafic et occupation liés à sa position
géopolitique (il se situe aux frontières du Sud-Soudan et de la République
centrafricaine, et non loin des frontières ougandaises, dans leurs parties les
moins administrées) et favorisés par des espaces peu habités regorgeant de
richesses naturelles (dont l’or et l’ivoire), d’une part, et par un pouvoir local
tribal émietté de type « ancien », sans grande capacité de résistance aux
conquêtes militaires, d’autre part.
Elle décrit l’évolution négative d’une économie basée, d’une part, sur des
cultures (le palmier à huile, le coton, l’arachide, l’hévéa, le café Robusta) de plus
en plus délaissées et, d’autre part, sur l’exploitation de mines d’or, à Moto, par un
Office des mines d’or de Kilo-Moto, qui n’a pas toujours suffisamment mis en
valeur les ressources existantes. Elle montre également comment l’économie
des « colons » du Haut-Uele en particulier, et de la Province-Orientale en
général, a été un élément déterminant, en 1973, dans la décision du régime
Mobutu de nationaliser les entreprises ayant appartenu aux étrangers.
Elle aborde, enfin, les cinq grands défis qui se posent au Haut-Uele : les
transports, les communications, le tourisme, dont les atouts locaux sont non
négligeables, l’enseignement et la santé.

ISBN 978-2-8710-6578-4

29,00 

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