Chapitre I
CHARGE ET INTERACTIONS ELECTROSTATIQUES
I-1 INTRODUCTION
L'électrostatique est la branche de la physique qui étudie les phénomènes (champ et
potentiel électrostatique) créés par des charges électriques statiques pour l'observateur. Les
forces électrostatiques sont décrites par la loi de Coulomb qui présente une certaine analogie
avec l’interaction gravitationnelle.
I-2 LA CHARGE ELECTRIQUE
I-2.1 Définition
La charge électrique d’une particule est une grandeur scalaire (algébrique) qui
caractérise les actions électromagnétiques subies ou exercée par la particule.
La charge électrique joue dans l’interaction électrostatique le même rôle que joue la
masse (scalaire positive) dans l’interaction gravitationnelle.
Les expériences d’électrisation montrent qu’il existe deux classes de particules
chargées : deux particules chargées d’une même classe se repoussent alors que deux particules
chargées appartenant à des classes différentes s’attirent. Par convention, l’une des classes
sera dite chargée positivement, l’autre chargée négativement. Ainsi, si le proton est affecté
d’une charge positive et l’électron d’une charge négative, aucune considération physique ne
peut justifier ce choix qui n’a aucune incidence sur la théorie de l’électromagnétisme.
I-2.2 Quantification de la charge
A l’échelle microscopique, l‘expérience montre (Millikan, 1913), montre que la
charge électrique varie de façon discontinue et se présente par unité sous forme de quantité
bien déterminée. On dit qu’elle est quantifiée. Sa valeur est un multiple entier d’une charge
qu’on peut prendre comme charge élémentaire, notée e. C’est la valeur absolue de la charge
de l’électron e = 1,60219 10-19 C.
Les particules élémentaires, constituants de la matière, ont pour charges:
- électron : q = -e = - l,60 10-19 C
- proton : q = + e = l,60 10-19 C
- neutron : la charge est nulle.
L’unité de la charge est le coulomb C dans le SI. (MKSA). C’est la quantité de charge
transportée par un courant de 1 Ampère pendant 1 seconde (Q = I t).
1 C = 6,25 1018 e
C’est un nombre élevé de particules. Dans la pratique, on utilise le mC et le μC.
Notons, qu’à l’échelle macroscopiques (grand nombre de charge élémentaires) la
nature discontinue de la charge n’a plus de sens : la charge électrique paraît être une grandeur
susceptible de variation continue.
I-2.3 Invariance de la charge électrique
Le principe de conservation de la charge est des principes fondamentaux de
conservation qui sont à la base de la physique, tels que la conservation de l’énergie, de la
quantité de mouvement, du moment cinétique, ...
La charge totale d’un système n’est pas modifiée par suite du mouvement des charges.
La loi de conservation de la charge est valable en relativité, c’est-à-dire même si la charge se
1
déplace à une vitesse proche de celle de la lumière. On dit que la charge électrique est une
grandeur qui est conservée : c’est un invariant relativiste. Des expériences ont permis de
montrer que la valeur de la charge d’un électron ne dépend pas de sa vitesse : la valeur est
donc la même pour un observateur en mouvement par rapport à la charge. Ce n’est pas le cas
de toutes les grandeurs physiques : l’énergie est conservée mais n’est pas un invariant
relativiste.
I-3 LOI DE COULOMB OU PRINCIPE FONDAMENTAL DE L’ELECTROSTATIQUE
Nous commencerons par analyser l’interaction électrostatique (forces et champ) dans
le cas de charges ponctuelles. Par charges ponctuelles nous voulons signifier que les
dimensions des chargées sont petites par rapport à la distance qui les sépare ; ce n’est donc
qu’une idéalisation mathématique d’un système physique. La généralisation de ces notions
au cas d’une distribution continue de charges sera faite dans le chapitre II.
I-3.1 Enoncé de la loi de Coulomb
Considérons dans le vide, deux charges ponctuelles q1 et q2, fixées en M1 et M2. Les
deux charges stationnaires q1 et q2 exercent l’une sur l’autre une force proportionnelle à
chacune des charges et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare. La
force électrostatique est dirigée suivant la droite qui joint les charges (figure I-1). Elle
attractive si les charges sont de signes contraires (figure I-1-a), répulsive lorsque les charges
sont de même signe (figure I-1-b).
F12
F12 M2 M2
M1 F21 F21 M1 q2
q1 u 12 q1 u 12
q1 q2 <0 q1 q2 >0
Figure I-1-a Figure I-1-b
La force F 12 exercée par q1 sur la charge q2 s’écrit :
qq
F 12 = K 1 2 2 u 12 (I-1)
r
où r est la distance entre q1 et q2 et u 12 le vecteur unitaire défini par :
M 1M 2 M 1M 2
u 12 = =
M 1M 2 r
Conformément au principe de l’action et de la réaction, la force F 21 exercée par q2 sur
la charge q1 est égale et opposée à F 12 :
F 21 = − F 12
Les forces F 12 et F 21 sont portées par la droite qui joint les charges q1 et q2. C’est une
caractéristique que l’on peut expliquer en évoquant le principe d’isotropie : dans un univers
vide, aucune direction ne peut être privilégiée par rapport à une autre, toutes les directions
sont équivalentes. La présence de deux charges ponctuelles détruit cette isotropie en
introduisant une seule direction privilégiée, la droite joignant les charges.
2
La constante de proportionnalité est liée aux unités choisies pour exprimer la force, la
longueur et la charge. Dans le système d’unités international (S.I.), sous sa forme rationalisée,
K s’écrit :
1
K= ≅ 910 9 SI (V m / C )
4Πε 0
où ε0 est la permittivité du vide et a pour valeur :
ε 0 = 8,85410 −12 F m −1
I-3.2 Validité de la loi de Coulomb
La loi de Coulomb est valable pour des charges au repos où à la limite en mouvement
relatif lent. Elle est aussi valable dans le vide et approximativement dans l’air.
La loi de Coulomb reste valable pour les très grandes distances dans le domaine
microscopique : jusqu’à 10-15 m, ordre de grandeur des dimensions du noyau atomique. Cette
loi n’est pas valable pour des distances inférieures à 10-15 m (dimension du noyau atomique).
Dans ce dernier cas, il sera nécessaire d’utiliser la mécanique quantique pour l’étude du
comportement des particules sous l’effet des forces coulombiennes.
Dans d’autres milieux linéaires homogènes et isotropes (l.h.i.), l’interaction
électrostatique est bien décrite par la loi de Coulomb à condition de remplacer ε0 par une
constante ε différente qui tient compte de l’influence du milieu (ses caractéristiques
électriques ). ε s’appelle la permittivité diélectrique du milieu et l’on pose dans ce cas εr = ε/ε0
où εr est la permittivité diélectrique relative du milieu (quantité sans dimension).
I-3.3 Analogie avec l’interaction de gravitation
Deux points matériels de masse m1 et m2, placées respectivement en M1 et M2
exercent l’un sur l’autre une force de gravitation ; la force F 12 g exercée par m1 sur m2 est :
u 12
F 12 g = −G m1 m2 (I-2)
r2
Où G est la constante de gravitation universelle.
La force de gravitation a la même formulation mathématique que la force électrostatique : elle
est portée par la droite qui joint les masses m1 et m2 et inversement proportionnelle au carré
de la distance qui sépare les deux masses. Nous verrons au chapitre suivant les propriétés qui
découlent de ces deux caractéristiques et qui seront donc applicables aux forces de
ur
gravitation. C’est pourquoi on appelle les forces de la forme k , forces coulombiennes.
r2
Mais elles sont toujours attractives.
D’après le cours de mécanique du point, la force de gravitation joue un rôle
fondamental dans la mécanique des objets macroscopiques et dans la dynamique céleste.
Cependant, à l’échelle atomique et subatomique, la force de gravitation est négligeable.
A titre d’exemple, comparons la force de gravitation qui s’exerce entre l’électron et le
proton d’un atome d’hydrogène à la force électrostatique s’exerçant entre eux. La distance r
qui sépare l’électron de masse me = 9,1 10-31 kg du proton de masse mp = 1,7 10-27 kg est
environ 5 10-11 m.
−19 2
1 e2 9 (1,610 )
Fe = = 910 = 910 −8 N
4Π ε 0 r 2 −11 2
(510 )
me m p (9,110 −31 )(1,710 −27 )
F g = G 2 = 6,710 −11 −11 2
= 410 − 47 N
r (510 )
3
La force électrostatique est 1039 fois supérieure à la force de gravitation. On peut alors
s’étonner du fait que dans notre vie quotidienne, nous ne ressentions pas de manifestations de
ces forces énormes d’origine électrique. L’existence de deux types de charges de signe
contraire, mais de même valeur absolue conduit à des forces de répulsion et d’attraction et la
neutralité électrique de la matière assure une compensation entre ces forces. Par contre les
forces gravitationnelles bien que d’intensité faible, produisent des effets significatifs car elles
sont toujours attractives. On peut imaginer ce qu’entraînerait un léger excès d’électrons sur
deux personnes distantes de un mètre : si chacune d’elle porte un pour cent de plus d’électrons
que de protons, elles exerceraient entre elles une force capable de soulever la terre toute
entière.
I-4 PRINCIPE DE SUPERPOSITION
Considérons trois charges ponctuelles q1, q2 et q fixées respectivement en P1, P2 et M
(Figure I-2).
F1
q M
P1
q1 > 0 F
F2
P2
q2 < 0
Figure I-2
Quelle est la force F que subit la charge q placée en présence des charges q1 et q2 ?
La loi de Coulomb permet de calculer la force F 1 subie par la charge q lorsqu’elle est
uniquement en présence de q1. On peut de la même manière calculer F 2 , force subie par q
lorsque seule q2 est en présence de la charge q.
L’expérience montre que la force F subit par q lorsqu’elle est en présence des deux
charges q1 et q2 est la somme vectorielle des forces F 1 et F 2 :
q q 2 P1 M q q 2 P2 M
F = F1 + F 2 = + (I-3)
4Πε 0 P M 3
4Πε 0 P M 3
1 2
Ce résultat est vérifié quel que soit le nombre de charges en présence. La force F
subie une charge q placée en M, en présence de n chargées q1, q2, ..., qi, ...,qn fixées en P1, P2,
..., Pi, ..., Pn est la somme vectorielle des forces dues à l’interaction de chacune des charges
avec q, calculées séparément :
∑ ∑
n n
qi Pi M
F= Fi = q (I-4)
4Π ε 0 P M 3
i =1 i =1 i
Cette expression exprime le principe de superposition. la force totale F due à un
ensemble de charges est la somme vectorielle de l’effet de chaque charge prise
individuellement. Ce qui suppose que la force s’exerçant entre deux charges n’est pas
modifiée par la présence d’une troisième charge. Il y a donc indépendance des effets : la
4
solution est simplement la somme des solutions calculées pour chaque couple de charges. Il
en résulte que les équations de l’électrostatique sont des équations linéaires. Le principe de
superposition s’applique aux phénomènes électromagnétiques : les équations de Maxwell,
équations de base de l’électromagnétisme sont des équations linéaires.
Cependant, il ne faut pas en déduire que c’est un principe général en physique. En
effet, le principe de superposition ne s’applique pas toujours ; par exemple, dans le domaine
atomique ou subatomique, des effets quantiques de nature électromagnétique, non linéaires
peuvent apparaître.
I-5 LE CHAMP ELECTROSTATIQUE
Considérons la force F définie par (I-4). Divisons l’expression (I-4) par la charge q.
Nous obtenons une grandeur vectorielle qui dépend de la structure des n charges et de la
position du point M : cette grandeur est appelée le champ électrostatique, E ( M ) , crée au
point M par le système de chargées q1, q2, ..., qi, ..., qn fixées en P1, P2, ..., Pi, ..., Pn.
∑ ∑
n n
F qi Pi M qi u i
E (M ) = = = (I-5)
q 4Π ε 0 P M 3 4Πε 0 ri 2
i =1 i i =1
Pi M
ui = et ri = Pi M
Pi M
Le champ électrostatique E ( M ) qui résulte de F est la somme vectorielle des
champs E i (M ) crées par les charges qi :
∑
n
E (M ) = E i (M ) (I-6)
i =1
où E i (M ) est le champ crée en M par la charge qi ponctuelle placée en Pi (Figure I-3)
qi Pi M qi u i
E i (M ) = = (I-7)
4Π ε 0 P M 3
4Π ε 0 ri 2
i
Nous venons de définir une grandeur vectorielle, fonction du point M, caractéristique
du système de charges q1, q2, ..., qi, ...,qn, sources du champ E . En chaque point de l’espace,
on fait correspondre un vecteur E , fonction du point considéré (Figure I-3).
E i (M ' ' ' )
E i (M )
M’’’
M
Pi
qi > 0 M’
M’’
E i (M ' ' )
E i (M ' )
Figure I-3
5
L’ensemble des vecteurs E constitue un champ de vecteurs. Le champ E étant
déterminé, la force F que subit une charge q placée en un point M est donnée par la relation :
F = q E (M ) (I-8)
L’introduction du champ E aboutit à une nouvelle description de l’interaction
électrostatique. Nous avons remplacée l’action à distance contenue dans la loi de Coulomb
par la notion de champ électrostatique, grandeur locale.
Au lieu de considérer les charges qi et q en présence interagissant par l’intermédiaire
de la force de Coulomb :
∑
n
Charge qi en Pi qi Pi M
Charge q en M soumise à F = q
4Π ε 0 P M 3
i =1 i
On exprime le champ E i crée par la charge qi dans tout l’espace entourant cette
charge. Ce champ existe indépendamment du fait qu’il existe ou non une autre charge q
en présence de la charge qi, source du champ E i . La force F subie par q placée en M résulte
de l’existence en ce point d’un champ électrostatique :
∑
Charge qi en Pi : n
Agit sur la charge q :
qi Pi M
source du champ E (M ) =
electrostatique 4Π ε 0 P M 3 F = qE
i =1 i
I-6 CONCLUSION
Le champ électrostatique crée en un point M par une charge ponctuelle q placée en O
est :
q OM q ur
E (M ) = =
4Πε 0 OM 3
4Π ε 0 r 2
OM
où : u r = et r = OM
OM
Le champ E ( M ) présente deux caractéristiques :
• La première réside dans le fait que E ( M ) est de la forme f (r ) u r , propriété que nous
exploiterons dans le calcul de la circulation de E et qui conduira à la définition du
potentiel électrostatique.
1
• La deuxième caractéristique est la forme de f(r), en 2 , propriété que nous exploiterons
r
dans le calcul du flux de E et qui conduira au théorème de Gauss. Les résultats que nous
ur
obtiendrons seront valables pour tout champ de la forme f (r ) u r = , en particulier le
r2
champ de gravitation.