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DM Médiévale

Le document analyse la construction et l'importance de Kairouan et Bagdad sous les califes omeyyades et abbassides, en tant que centres culturels, économiques et religieux. Il compare les approches géographiques d'Ibn Khurrâdadhbih et d'Al-Ya’qûbî, soulignant leurs différences dans la description de Kairouan, tout en mettant en avant la diversité et les tensions politiques de la ville. Kairouan, capitale de l'Ifriqiya, est présentée comme un carrefour intellectuel et commercial, malgré les révoltes qui ont perturbé sa prospérité.

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Le document analyse la construction et l'importance de Kairouan et Bagdad sous les califes omeyyades et abbassides, en tant que centres culturels, économiques et religieux. Il compare les approches géographiques d'Ibn Khurrâdadhbih et d'Al-Ya’qûbî, soulignant leurs différences dans la description de Kairouan, tout en mettant en avant la diversité et les tensions politiques de la ville. Kairouan, capitale de l'Ifriqiya, est présentée comme un carrefour intellectuel et commercial, malgré les révoltes qui ont perturbé sa prospérité.

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LEGARRERES Commentaire islam médiévale 04/03/2025

Clara

​ La construction de plusieurs villes comme Kairouan en 670 sous le calife Omeyyade


Mu’awiya ou Bagdad en 762 sous le calife Abbasside Al-Mansur, démontre une volonté non
seulement de centraliser le pouvoir mais également une volonté de faire de ces nouvelles des
lieux stratégiques au niveau économique et commercial et des capitales culturelles, politiques et
religieuses. Kairouan devient la capitale de l’Ifriqiya (Tunisie actuelle) et Baghdad de l’empire
abbasside. Ces deux villes deviennent des villes saintes dans la religion islamique, des villes
diverses, intellectuelles et culturelles.
​ Le premier texte est issu de l’ouvrage intitulé Kitâb al-masâlik wa-l-mamâlik (livre des
routes et royaumes). Cet ouvrage est écrit par Ibn Khurrâdadhbih, un géographe persan qui écrit
en langue arabe et dont on ne connaît pas beaucoup de choses. Il aurait travaillé comme chef de
service à la poste. Nous ne possédons ni sa date de naissance ni sa date de mort. Son ouvrage,
publié peut-être vers le IXe siècle, décrit les routes et chemins utilisés dans tout le monde arabe.
Il fait donc une géographie administrative. Le deuxième texte est extrait de l’ouvrage intitulé
Kitâb al-buldân (livre des pays) et a été écrit par Al-Ya’qûbî. C’est un historien, géographe et
auteur arabe. Sa date de naissance n’est pas connue mais il serait mort après 906, il aurait donc
vécu au IXe siècle. Son ouvrage regroupe principalement les récits de ses propres voyages en
Inde, au Khorassan, en Egypte et en Arménie et les discussions qu’il a eu avec les populations et
les marchands. Il n’a cependant jamais été au Maghreb, ainsi, sa description de Kairouan vient de
récits extérieurs (entendus ou écrits) mais pas de son propre voyage. Il pratique la géographie
humaine c’est-à-dire, une géographie qui traite des activités humaines qu'elles soient sociales,
économiques, politiques).
​ Les documents s’inscrivent dans un contexte particulier de tensions politiques et sociales
avec les révoltes à Kairouan au début du IXe siècle. Ces tensions politiques en Ifriqiya opposent
les kharijites à la dynastie des Aghlabides arrivée au pouvoir au début du IXe siècle. Un pouvoir
autonome s’est mis en place au sein du calife abbasside. Cependant , ce pouvoir est contesté.
​ Le premier texte est découpé en deux parties claires. La première est une introduction au
sujet et surtout à l’ouvrage et les origines antiques de la géographie médiévale. La deuxième est
une description administrative de la ville. Le deuxième texte est lui découpé en 4 parties claires
également. La première des lignes 1 à 13 est également une introduction sur l’ouvrage, ce que
l’auteur décrit et étudie et comment il a recueilli ces informations. La deuxième, des lignes 14 à
24, est une description administrative et politique de la ville. L’auteur y décrit les villages et
villes autour de Kairouan et évoque des tensions politiques au sein de la ville. La troisième, des
lignes 25 à 29, décrit comment est récoltée l’eau et comment l’eau salée est transformée en eau
potable. La quatrième, des lignes 30 à 34, traite des résidences de la famille des Aghlabides.
Enfin, la dernière partie, des lignes 35 à 39, aborde la diversité culturelle de la ville.
Les enjeux de ces textes est de montrer le fonctionnement de la ville et en quoi cette ville
est importante mais également les diversités ethniques, sociales et intellectuelles à Kairouan. Ils
mettent également en avant les ressources et aménagements de la ville ainsi que les tensions au
sein de cette dernière. Nous pouvons donc nous demander : Dans quelle mesure la description
très différente des deux auteurs de la ville de Kairouan, nous met-elle en avant le rôle
stratégique de la capitale au niveau économique, commerciale, culturelle et intellectuel malgré
une difficulté pour la nouvelle dynastie en place de se légitimer ?
​ Tout d’abord, les auteurs décrivent la ville très différemment, l’un pratique une
géographie administrative issue de l’Antiquité et l’autre une géographie humaine. Ensuite,
Kairouan est une ville stratégique car bien située, pleine de ressources et attractive. Enfin, la
diversité de population à Kairouan témoigne de la difficulté de certains de s’intégrer et
d’accepter le pouvoir en place.

Ibn Khurrâdadhbih et Al-Ya’qûbî ont une façon différente de faire la géographie. Ibn
Khurrâdadhbih fait référence à Ptolémée (l.3), auteur antique qui définit les cadres de la
géographie arabe grâce à ses ouvrages, sur qui il s’est inspiré pour faire sa cartographie des
routes et sont livres des routes et des royaumes. En effet, cela intervient dans un contexte de
révolution littéraire. De plus en plus de récits oraux sont mis à l’écrit à l’époque abbasside
comme le Coran. Les lois et textes juridiques sont mis à l’écrit ainsi que les textes administratifs.
De plus en plus d’auteurs ont donc mis par écrit des descriptions de territoires (géographie) ou
encore l’histoire du calife Omeyyade. On observe donc un renouveau de la culture antique (les
grecs et les romains mettaient déjà à l’écrit l’histoire et la géographie). André Miquel appelle
cela “le siècle arabe des Lumières” dans son ouvrage La géographie humaine du monde
musulman jusqu’au milieu du XIe siècle.1 Les premiers écrits géographiques sont inspirés
d’auteurs antiques. Les titres des ouvrages sont similaires Kitab al-buldan2 (livre des pays) ou de
ṣūrat al-ʾard (cartographie de la Terre), ces termes désignent ce qu’on appelle aujourd’hui
géographie. Cette géographie utilisée par l’auteur du premier texte permet de faire la “description
des routes et des royaumes de la terre” (l.1-2), ce qu’on retrouve dans le terme “Cartographie de
la Terre”. Cette géographie administrative permet de décrire le fonctionnement des
administrations juridiques et politiques mais également de faire une description précise du lieu,
routes et infrastructures qui entourent la ville.
​ Al-Ya’qûbî fait une géographie humaine, il met par écrit les différentes tribus des
villes (l.19), le “montant des impôts fonciers” (l.11), “la description des plaines, montagnes, du
sol, des cours d’eau, du climat” (l.12). Cette géographie désigne donc la description d’activités
humaines (sociales, économiques et politiques d’une ville). Il décrit les types de populations qui
habitent les villes, comment celles ci vivent dans les villes (accès aux ressources et à son
utilisation, climat), comment l’impôt est récolté (mesures fiscales). Cette géographie repose sur
la description des caractéristiques des populations.3 Al Ya’qûbî fait également une géographie
administrative. Il explique qu’il met par écrit “la nomenclature des provinces, des districts
militaires et ruraux” (l.6-7), “les distances qui séparent un pays d’un autre, une capitale d’une
autre” (l.9-10). Il décrit donc les routes, les distances comme le premier auteur mais ajoute à cela
de nouvelles catégories qui font évoluer la discipline géographique à l’époque médiévale.

Bien que les deux auteurs diffèrent dans leur façon de décrire Kairouan, ils insistent tous
deux sur l’importance symbolique tant au niveau religieux que culturel, intellectuel et stratégique
de la ville.

1
Emmanuelle Tixier du Mesnil, Géographes d’al-Andalous : de l’inventaire d’un territoire à la construction
d’une mémoire, page 32.
2
Titre du livre de Al Ya’qûbî publié au IXe siècle mais également Ḫuwārizmī dont l’ouvrage est publié
sûrement au IXe siècle également.
3
Emmanuelle Tixier du Mesnil, Géographes d’al-Andalous : de l’inventaire d’un territoire à la construction
d’une mémoire, page 26
La ville est fondée en 670 sous Mu’awiya (calife Omeyyade de 660 à 680) par Uqba ibn
Nafi et est la capitale de l’Ifriqiya (l.7 texte 1), grande région située au centre du Maghreb. En
effet, la ville permet de relier l’Orient et l’Occident et d’être un carrefour commercial et
culturel4. C’est également le “foyer des sciences musulmanes” d’après Mathieu Tillier, Thierry
Bianquis et Pierre Guichard et un point intellectuel important qui attire des scientifiques du
monde entier (notamment juifs). Par ailleurs, le nom “Kairouan” vient de l’arabe et signifie
“camp de garnison”. La ville a donc été construite pour abriter des garnisons militaires et une
armée permanente. Cependant, sa position au centre du pays rend une possible défense difficile.
Kairouan reste néanmoins une ville intellectuelle et puissante. Par ailleurs, les palais des rois ou
des membres de la famille ou tribu des Aghlad se trouvent à proximité de la ville (l.30), à
quelques kilomètres seulement. Sa position de capitale de l'Ifriqiya lui donne également un rôle
politique et administratif important car le pouvoir est centralisé dans la ville. Enfin, Kairouan a
une importance religieuse car elle devient la première ville sainte du Maghreb et la quatrième
ville sainte du monde arabe5. La mosquée de la ville, appelée Mosquée aux Trois Portes ou
mosquée Uqba en l’honneur de celui qui a fondé la ville, a été construite au IXe siècle6.
Al-Yaqûbî décrit le fonctionnement de Kairouan en détail. Il explique comment l’eau de
pluie est récoltée et transformée en eau potable (l.25). Elle est transformée dans des Mawâjil
(citernes), qui fonctionnent comme les citernes romaines. Ce système hydraulique appelé le
Bassin des Aghlabide, relie les deux citernes entre elles et permet d’alimenter la ville en eau.7
Par, ailleurs, l’auteur explique les aménagements effectués dans la ville. La ville est entourée
d’une muraille (texte 1, l.12), de “murs de boue et de brique non cuites” (l.21) ces murs ont
ensuite été détruit durant la révolte. Les remparts de la ville sont d’abord édifiés sous le calife
abbasside au VIIIe siècle puis plusieurs siècles après, à partir de 1052.8

Kairouan est également une ville diverse, qui accueille plusieurs tribus et ethnies mais
connaît de fortes tensions politiques intérieures.

4
Thierry Bianquis, Pierre Guichard, Matthieu Tillier, Les débuts du monde musulman (VIIe-Xe siècle). De
Muhammad aux dynasties autonomes, page 464
5
Isabelle Safa, Les Cahiers de l’Orient, page 83
6
Kairouan, article de l’UNESCO
7
“Kairouan”, article de l’UNESCO
8
Thierry Joffroy, Les remparts de Kairouan : mission de l’UNESCO suite à l’effondrement d’une portion
des remparts le 16 décembre 2023, HAL archives ouvertes, page 9
L’auteur al-Ya’qûbî explique que Kairouan est une ville diverse qui abrite plusieurs tribus
et ethnies. La ville possède des populations venant de la tribu des Quraysh (l.35), tribu du
prophète Muhammed. D’autres tribus y sont présentes comme les Mudar (l.36), lignée arabe
située au nord du maghreb, ils sont polythéistes; les Rabî’ (l.36) population arabe également dont
on ne possède pas beaucoup d’informations, la plupart se serait converti au christianisme et les
Qathan. Kairouan abrite également des populations “romaines” (ce que les auteurs arabes
antiques appelles “romains” sont les byzantins car ce sont des romains d’orient), des Persans
(venant principalement du Khorassan), des populations d’Afrique autochtone, des Berbères mais
également une colonie juive. Cette diversité peut être expliquée par la réputation intellectuelle de
la ville mais également par la prospérité qu’elle connaît sous la dynastie Aghlabide, cette période
est appelée “l’âge d’or”. 9
Cependant, cet âge d’or est rapidement perturbé par des révoltes au sein de la ville.
Al-Yaqûbî explique qu’une révolte a eu lieu à Kairouan vers 824. Il indique que les murs ont été
détruits suite à cette dernière “Ziyâdat Allâh b. Ibrâhîm b. al-Aghlab les a abattus lorsque ʿImrân
b. Mujâlid, ʿAbd al-Salâm b. al-Mufarraj et Mansûr al-Tunbudhî se sont révoltés contre lui”
(l.22-23). Les premières révoltes éclatèrent en 800 lors de l’arrivée au pouvoir du premier
descendant Aghlabide, Ibrahim Ier Aghlab. Les jund (militaires) se sont opposés à l'avènement.
En réponse, le nouveau calife quitte Kairouan. Une deuxième révolte éclate (812-827) mais cette
fois-ci pour des causes fiscales avec l’instauration d’un impôt non coranique. La révolte que
l’auteur aborde est celle de 824. Le principal lieu de révolte est Tunis mais la révolte s’étend
jusqu’à Kairouan. Elle a lieu sous le règne du frère de Ibrahim Ier Aghlab, Ziyâdat Allâh b.
Ibrâhîm b. al-Aghlab. Les révoltés ont réussi à conquérir une grande partie de l’Ifriqiya mais
l’ordre a vite été rétabli et les insurgés ont été tués. Cette révolte a mis un coup d’arrêt éphémère
à la période de paix et de prospérité à Kairouan et en Ifriqiya10.

On en conclut que Kairouan est une grande ville intellectuelle, culturelle et commerciale.
Elle permet de relier l’Orient à l’occident et attire des populations venant des quatre coins du
monde. L’arrivée de la dynastie Aghlabide au pouvoir en Ifriqiya a permi à la ville et à la région

9
F. Mahfoudh, “Kairouan”, Openedition
10
Philippe Sénac et Patrick Cressier, Histoire du Maghreb Médiéval : VIIe-XIe siècle, chap 6
de connaître une prospérité permanente. Cependant, cette période de paix a été arrêtée quelques
années à cause de révoltes contre le pouvoir en place. La ville est une ville sainte pour les
musulmans et reste une capitale importante au Maghreb. Les descriptions éloignées des deux
auteurs montrent des aspects différents de la ville mais permettent toutes deux de la mettre en
avant.

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