BACCALAUREAT EDITION 2022
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[email protected] DISSERTATION PHILOSOPHIQUE CORRIGEE N° 04
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« La fonction de la philosophie est de contester, mais son destin est d’être
contesté. » Quelle réflexion vous suggère ce propos ?
INTRODUCTION
« La philosophie ne commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage philosophique et culturel à une critique
sans complaisance ».Cette idée de Marcien TOWA montre qu’elle est une activité consciente et méthodiquement conduite
de production et de mise en forme logique d’idées, de concepts et de représentation, bref une activité qui tente d’expliquer le
réel.C’est dans cette dynamique que notre sujet nous amène à réfléchir sur la conception selon laquelle « la fonction de la
philosophie est de contester, mais son destin est d’être contestée ». Autrement dit, il évoque le problème de la vocation de la
philosophie et de son destin qui est remettre en question les vérités préétablies. La philosophie n'a jamais réussi à
développer une méthode qui aurait réussi à s’imposer parmi les philosophes. L’histoire de la philosophie ne présente-t-elle
pas une diversité de systèmes d’idées opposées favorable à la contestation ? Le philosophe ne doit-il pas tout contester et
être contesté pour rompre avec les apparences et les certitudes ? Cependant, est-il possible d’instaurer des croyances, des
certitudes et d’y penser juste et bon sans les contester et ainsi de se libérer des influences extérieures ? Pour mieux élucider
cette problématique, nous allons tenter d’apporter des réponses à ces questions. Dans quel contexte la fonction de la
philosophie est-elle toujours de contester ? La contestation dont la philosophie fait preuve est-elle utile dans le cadre de son
déploiement ?
DEVELOPPEMENT
La philosophie est souvent définie comme une remise en cause de nos manières habituelles de vivre et de penser
poussant toujours au pratiquant de demeurer dans le champ de la contestation.
La philosophie est essentiellement questionnement, examen, doute. Elle aspire à une connaissance générale et achevée de
l’expérience humaine dans sa totalité et dans cette entreprise, elle a comme instrument la raison et comme démarche
principale le doute. A l’origine, la philosophie a élaboré son discours en dehors des références magico-religieuses. Au
dogme religieux, la philosophie a toujours opposé le principe de la raison comme instance de validation et comme source de
vérité. Pierre FOUGEYROLLAS a dit à ce propos que « Dans son jaillissement originel, la philosophie n’apparait ni
comme un savoir ni comme un pouvoir, mais comme la dissolution de tout savoir acquis et de tout pouvoir établi ». La
dissolution dont il est question ici est tout simplement la critique, l’examen. La philosophie n’épargne aucun savoir, aucun
pouvoir dans sa critique. La subversion est l’âme de la philosophie ; elle n’est pas une connaissance, elle ne prétend pas
détenir la vérité ; elle se veut une instance de contrôle et de veille. Le mythe, la magie, la science, la technique, rien n’est
épargné par la critique philosophique. C’est parce qu’elle aspire à tout fonder en raison que la philosophie est fatalement
critique. C’est justement parce qu’elle est d’essence subversive qu’elle suscite un cortège de critiques et d’indignations.
Dans l’antiquité déjà la philosophie a été la cible de toutes les formes de diabolisation et même de la persécution. La
mort tragique de Socrate (père symbolique de la philosophie) est la preuve archétypale du destin de la philosophie d’être
inexorablement contestée. Elle est critiquée pour sa nature controversée, pour son caractère spéculatif et désintéressé, mais
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aussi parce qu’elle est redoutée. Elle se critique elle-même car elle est personnelle et controversée : sa nature même est
d’être source d’antagonisme. Parce qu’elle exige conformisme et unanimisme, la société considère la philosophie comme un
danger à écarter. Le pouvoir politique, parce qu’il veut se perpétuer sur la base de la manipulation est à abattre. Le pouvoir
religieux aussi, parce qu’il repose sur le dogme, conteste la philosophie qui prétend tout justifier par la raison. Le sens
commun qui a la paresse d’examiner et la peur de voir ses certitudes être ébranlées par la philosophie rejette cette dernière.
C’est dans cette dynamique que KANT soutient : « En philosophie chaque penseur bâtit son œuvre pour ainsi dire sur les
ruines de ses prédécesseurs, mais jamais aucune n’est parvenue à devenir inébranlable en toute ses parties. De la vient
qu’on ne peut apprendre à fond la philosophie puisqu’elle n’existe pas ».
Au regard de toutes ces considérations, nous pouvons valablement penser que la philosophie est par nature une subversion
infinie, mais sans cesse subvertie, récusée. Mais cela incline-t-il la philosophie au scepticisme et au nihilisme ? La
contestation dont la philosophie est victime est-elle toujours fondée ?
Après avoir développé les arguments qui confirment la thèse selon laquelle la fonction de la philosophie est de
contester et que son destin est d’être contesté, nous avons pu constater les limites et les insuffisances de notre sujet, que
chercherons à compléter et à clarifier, à travers d’autres considérations philosophiques.
La philosophie est à la fois une manière de penser et une manière, voire un art de vivre ; elle ne critique que par souci de
vérité. La critique philosophique ne saurait être assimilée à un esprit de critique qui fait de la critique une fin en soi. La
philosophie ne se sert de la critique que comme méthode d’investigation. Le doute cartésien illustre parfaitement cette
nature de la critique philosophique. : C’est un doute méthodique et par conséquent provisoire. DESCARTES commence son
itinéraire philosophique par une remise en question des préjugés reçues et des pseudos certitudes. C’est en ce sens qu’il
affirme : « Il fallait que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer, le moindre doute, afin
de voir s’il ne resterait point après cela quelque chose à ma créance qui fut entièrement indubitable ». La philosophie
n’est ni pur scepticisme c’est-à-dire un doute motivé par une prétendue inaccessibilité de la vérité ni un nihilisme consistant
à tout rejeter toutes les valeurs et les préceptes moraux. Les adversaires de la philosophie sont généralement soit de
mauvaise foi, soit ignorants de la véritable vocation de la philosophie en lui reprochant généralement de ne pas être ce
qu’elle n’a jamais prétendu être ou de ne pas donner ce qu’elle ne peut offrir. La philosophie est juste une attitude
intellectuelle, une manière de penser ayant pour vocation de libérer l’homme de l’ignorance et de la servitude intellectuelle.
Nous oublions souvent que la philosophie est la quête de la sagesse dont l’enjeu principal est d’ennoblir l’homme et de le
mener à une vie paisible et sans souffrance (ataraxie). Sous ce rapport, Nous ne saurions la réduire à une simple critique :
elle est également une école de vie, une manière de réaliser l’homme en l’élevant à l’universalité. Si la philosophie nous
inculque l’esprit critique, ce n’est pas pour nous pousser à avoir un esprit de critique, c’est plutôt pour savoir penser et
mener une vie bonne, digne. C’est vrai qu’aucune philosophie ne fait l’unanimité, mais cela ne signifie pas que la
philosophie est fatalement contestée. D’un autre côté, nous pourrions même envisager l’indifférence comme principale
réaction à la philosophie. Étant donné que toute entreprise de contestation de la philosophie s’inscrit dans l’esprit de la
philosophie, la modernité préfère parfois opposer une sourde indifférence à la critique philosophique.
L’histoire de la philosophie présente une multiplicité de systèmes philosophiques au point que nous nous demandons
si cette diversité ne serait pas un argument contre la philosophie. Chaque philosophe vante sa conception, prétendant qu’elle
vaille mieux, mais aucune philosophie n’a pu enterrer l’autre. Cette diversité de points de vue n’est pas pour autant un
handicap pour la philosophie. Au contraire, elle lui permet de s’enrichir de nouvelles idées. En réalité, chaque point de vue
enrichit le débat philosophique.
CONCLUSION
Au terme de notre analyse et au regard de ce qui précède, il était question de savoir si la fonction et le destin de la
philosophie sont de contester. Il importe de retenir que certes la philosophie critique et est critiquée à son tour. Mais elle est
avant tout une disposition intellectuelle orientée vers le bonheur de l’homme, car il est difficile de délimiter rigoureusement
ses méthodes, ses thèmes et ses objets. La philosophie n'a jamais réussi à développer une méthode qui aurait réussi à
s’imposer parmi les philosophes comme la méthode expérimentale s'est imposée en physique et en chimie. Raison pour
laquelle sa fonction est de contester le tout reçu. Cependant, même s’il est difficile de dire ce qu’est la philosophie, Nous
pouvons tout de même donner quelques définitions générales.
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