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Nombres algébriques et transcendants en mathématiques

Le document présente des exercices sur la théorie de Galois, abordant des concepts tels que les nombres algébriques et transcendants, la constructibilité des complexes, le théorème de Liouville, et les propriétés des corps de fonctions. Chaque exercice inclut des solutions détaillées, démontrant des résultats mathématiques importants et des méthodes de construction. Les exercices traitent également des extensions de corps et des polynômes, illustrant des concepts fondamentaux en algèbre et en géométrie algébrique.

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Nombres algébriques et transcendants en mathématiques

Le document présente des exercices sur la théorie de Galois, abordant des concepts tels que les nombres algébriques et transcendants, la constructibilité des complexes, le théorème de Liouville, et les propriétés des corps de fonctions. Chaque exercice inclut des solutions détaillées, démontrant des résultats mathématiques importants et des méthodes de construction. Les exercices traitent également des extensions de corps et des polynômes, illustrant des concepts fondamentaux en algèbre et en géométrie algébrique.

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Sorbonne Université M1 de Mathématiques

4M002 (Théorie de Galois) Hiver 2022

TD 1

1 Nombres algébriques et transcendants


√ √
Exercice 1. Trouver le polynôme minimal de 2+ 3 dans Q[X]. Plus généralement, soient α, β deux nombres
algébriques. Comment chercheriez-vous un polynôme annulateur de α + β ou αβ, connaissant des polynômes
annulateurs fα et fβ de α et β respectivement ? (indication : penser à Cayley-Hamilton).
√ √
Solution. Dans le cas concret proposé, on √ peut calculer les puissances
√ de γ := 2 + 3 et chercher une relation
de dépendance linéaire. On a γ 2 = 5 + 2 6 et γ 4 = √ 49 +√20 6 d’où γ 4√ − 10γ 2
√ +1 = √ 0. Pour
√ voir que c’est le
polynôme minimal fγ , on peut utiliser le fait que [Q( 2, √ 3) : Q] = [Q( √2, 3) : Q( 3)][Q( 3) : Q] = 4, donc
deg fγ vaut 2 ou 4. Mais le polynôme minimal de γ sur Q( 3) est (X + 3)2 − 2. Ce polynôme doit diviser fγ
et, puisqu’il n’est pas dans Q[X], le degré de fγ est 4.
En général, il peut être délicat de trouver un polynôme annulateur de α + β par calculs un peu “au hasard”.
Voici une manière, pas toujours efficace mais implémentable, d’en trouver un. L’idée est que, pour une extension
de corps finie k ⊂ K, on a un morphisme de k-algèbres

K −→ Endk−ev (K), x 7→ mx

où mx : K −→ K, y 7→ xy est l’endomorphisme k-linéaire de K donné par multiplication par x. Puisque c’est


un morphisme de k-algèbres, on a en particulier mx = 0 ⇔ x = 0, et mf (x) = f (mx ) pour tout polynôme
f ∈ k[X] (ici f (mx ) est un endomorphisme obtenu en évaluant le polynôme f en l’endomorphisme mx ). En
particulier, tout polynôme annulateur de mx annule aussi x. Or, le théorème de Cayley-Hamilton nous dit qu’un
endomorphisme est annulé par son polynôme caractéristique, que l’on peut calculer par un beau déterminant.
Mais pour calculer, il faut bien-sûr choisir une base. √ √ √ √ √
Par exemple, dans l’exemple √ où √ k = Q et K = Q( 2, 3), on peut prendre la base {1, 2, 3, 6}. La matrice
de la multiplication par 2 + 3 est assez facile à calculer (celle de m√2 est diagonale par blocs, chaque
bloc étant la matrice compagnon de X 2 − 2, et celle de m√3 est formées de blocs diagonaux aij I2 où (aij )
est la matrice compagnon de X 2 − 3). Si on calcule le polynôme caractéristique de cette matrice on retrouve
X 4 − 10X 2 + 1.
Pour α, β généraux, il est encore vrai que Q(α, β) est engendré Q-linéairement par les αi β j avec 1 6 i 6 deg fα
et 1 6 j 6 deg fβ . Même si ce n’est pas toujours une base, on peut quand-même former la “matrice” de mα
(diagonale par blocs égaux à la matrice compagnon de fα ) et la “matrice” de mβ (formée de blocs carrés
scalaires de taille deg fα (ie de la forme aij Ideg fα ) où (aij ) est la matrice compagnon de fβ ). Alors le polynôme
caractéristique de la somme mα + mβ est toujours un polynôme annulateur de α + β.

Exercice 2. Identifions C au plan euclidien R2 . On dit qu’un complexe z est “constructible” si le point sous-
jacent de R2 est “constructible à la règle et au compas” à partir des seuls points 0 de coordonnées (0, 0) et 1 de
coordonnées (1, 0). Montrer que l’ensemble des complexes constructibles est un sous-corps de C algébrique sur
Q.

Solution. L’addition ne pose pas de problème : on complète le parallélogramme (2 coups de compas). Pour
la multiplication, on a deux sous-problèmes : construire la somme de deux angles, et construire le produit de
deux longueurs. Pour la somme de deux angles, il suffit de reporter un des angles en construisant un triangle
semblable (3 coups de compas). Pour le produit des longueurs, on utilise de théorème de Thalès : sur la droite
réelle, on a 1 et on peut reporter z1 pour obtenir le point |z1 |, et sur la droite imaginaire, on peut reporter z2
pour obtenir le point i|z2 |. Alors, la parallèle à la droite (i|z2 | : 1) passant par |z1 | coupe la droite imaginaire
en i|z1 z2 |. On procède de même pour la construction de l’inverse.
Les complexes constructibles forment donc un corps, qui est visiblement stable par conjugaison complexe.
Pour montrer qu’ils sont algébriques, on remarque qu’ils sont inductivement obtenus comme intersection de
cercles/droites avec cercles/droites fabriqués avec des points précédemment construits. Or, l’équation du cercle
de centre α et passant par β est (z − α)(z̄ − ᾱ) = |α − β|2 tandis que celle de la droite (réelle) passant par γ
et δ est (δ̄ − γ̄)z + (γ − δ)z̄ = γ δ̄ − γ̄δ. En éliminant z̄ pour calculer leur intersection, on voit que z est annulé

1
par un polynôme de degré 2 à coefficients dans Q(α, ᾱ, β, β̄, γ, γ̄, δ, δ̄). Donc, si α, β, γ, δ sont algébriques alors
les points d’intersections aussi. De même pour l’intersection de deux cercles ou deux droites. En fait, on voit
même de cette manière que les nombres constructibles sont de degré une puissance de 2.

Exercice 3 (Théorème de Liouville). Le théorème de Liouville montre que les nombres réels algébriques non
rationnels sont “mal approximables” par des rationnels, et fournit ainsi une manière simple de construire des
nombres transcendants. Soit α ∈ R algébrique annulé par un polynôme f ∈ Z[X] irréductible de degré n =
deg(f ) > 1. On veut montrer qu’il existe une constante A > 0 telle que pour tout rationnel pq , on a |α − pq | > qAn .
a) Montrer que |f ( pq )| > 1
qn .
b) Montrer qu’il existe M > 0 tel que |f ( pq )| < M.|α − pq | pour p
q dans un voisinage de α, et conclure.
c) Construire des nombres transcendants.

Solution. a) Puisque f est irréductible de degré > 1, il n’a pas de racine rationnelle, donc f ( pq ) 6= 0.
Comme les coefficients de f sont entiers, on a q n f ( pq ) ∈ Z. Puisqu’un entier non nul a valeur absolue
> 1, on en déduit |f ( pq )| > q1n .
b) L’inégalité des accroissements finis nous fournit M , après avoir fixé un voisinage borné I de α. Avec (a),
on obtient donc |α − pq | > qAn pour tout pq ∈ I, avec par exemple A = 2M 1
.
c) Les réels s’obtiennent en général comme limites de suites de Cauchy de rationnels. Supposons par exemple
α = limn→∞ pqnn avec |α − pqnn | 6 (qn1)n et qn > 2 pour tout n. Alors, pour m > n, on obtient |α − pqm
m
|6
1 1 1 1
(qm )m−n (qm )n 6 2m−n (qm )n . On voit donc que α ne peut être algébrique de degré n d’après le théorème
de Liouville, et ceciPétant valable pour tout n, α est transcendant. Pour un exemple de telle suite, on
n
peut prendre pqnn = k=0 10−k! .

Exercice 4. Soit k un corps et K = k(X).


a) Montrer que K n’est pas de type fini en tant que k-algèbre.
P (X)
b) Soit F ∈ K\k. On écrit F = Q(X) , avec P, Q ∈ k[X] premiers entre eux.
i) Montrer que X est algébrique sur k(F ) (on pourra considérer R(T ) := P (T ) − F Q(T ) ∈ k(F )[T ]).
ii) En déduire que F est transcendant sur k.
iii) Montrer que [K : k(F )] = max(deg(P ), deg(Q)) (on pourra montrer que R(T ) est irréductible dans
k[F ][T ]).
c) Soit φ : GL2 (k) → Autk (K) le morphisme de groupe défini par
   
a b aX + b
φ (R) = R .
c d cX + d
Montrer que φ est surjectif, et que Ker(φ) = k × .

Pi
Solution. a) C’est du cours. Soit Fi = Q i
, i = 1, · · · , n des fractions rationnelles. Alors pour toute
F ∈ k[F1 , · · · , Fn ], le dénominateur de F divise une puissance de Q1 · · · Qn . En d’autres termes, on
a k[F1 , · · · , Fn ] ⊂ S −1 k[X] où S est la partie multiplicative engendrée par les Qi . Mais alors, Q :=
1
Q
i Qi + 1 ∈ / S, donc F := Q ∈
/ k[F1 , · · · , Fn ]. Il s’ensuit que K n’est pas de type fini en tant que
k-algèbre.
b) i) Evaluons R ∈ k(F )[T ] ⊂ k(X)[T ] en X : on a R(X) = P (X) − F (X)Q(X) = 0, donc R est
un polynôme annulateur non nul de X dans k(F )[T ], donc X est algébrique sur k(F ). De plus,
[k(X) : k(F )] 6 deg(R) = max(deg(P ), deg(Q)).
ii) Si F est algébrique sur k, [k(F ) : k] est fini. Or [k(X) : k(F )] est fini donc par transitivité des degrés,
[k(X) : k] est fini, ce qui est absurde.
iii) On a déjà l’inégalité [k(X) : k(F )] 6 deg(R) = max(deg(P ), deg(Q)) . Pour avoir l’égalité, il suffit
de démontrer que R ∈ k(F )[T ] est le polynôme minimal de X, ou de manière équivalente, que R
est irréductible dans k(F )[T ]. Comme F est transcendant sur k, k[F ] est un anneau de polynômes à
une variable (en l’occurrence F ) sur k, c’est donc un anneau principal, et a fortiori factoriel. Il suffit
alors de montrer que R est un élément irréductible de k[F ][T ] = k[T ][F ]. Or vu comme polynôme
en F à coefficient dans k[T ], R est de degré 1 en F , donc est irréductible dans k(T )[F ]. De plus,
pgcd(P, Q) = 1, donc R est primitif en tant que pôlynôme de k[T ][F ], donc R est irréductible dans
k[T ][F ] donc aussi dans k(F )[T ]. D’où le résultat.

2
P (X)
c) Soit ϕ ∈ Autk (K), et F = ϕ(X). Alors si R(X) = Q(X) , on a ϕ(R) = R(F ). Il suffit donc de montrer
aX+b P
que F est de la forme cX+d . Ecrivons F = Q avec P et Q premiers entre eux. Comme k(F ) est l’image
de ϕ, par bijectivité de ϕ, on doit avoir k(F ) = K. D’après a)iii),on a donc max(deg(P ), deg(Q)) = 1,
donc P est de la forme aX + b et Q de la forme cX + d. Comme F n’est pas une fraction rationnelle
constante, (a, b) et (c, d) ne sont pas colinéaires, et la matrice de l’énoncé est bien dans GL2 (k).

Exercice 5. Soit f ∈ C[T ] unitaire de degré 3, de racines z1 , z2 , z3 ∈ C.


a) Montrer que K = Kz1 ,z2 ,z3 := C(X)[T ]/(X 2 − f (T )) est un corps de degré de transcendance 1 sur C.
Calculer [K : C(X)] et [K : C(T )].
X
b) Si z1 = z2 , montrer que K est transcendant pur engendré par T −z1 .
c) Supposons les zi distincts deux à deux. Montrer qu’il existe λ ∈ C \ {0, 1} tel que Kz1 ,z2 ,z3 ' K0,1,λ .
d) Montrer que K0,1,λ n’est pas transcendant pur, si λ 6= 0, 1.

Exercice 6. Soit p un nombre premier, et notons K := Fp (X, Y ).


a) Montrer que K p := {xp , x ∈ K} est un sous corps de K et que [K : K p ] = p2 .
b) Montrer que pour tout x ∈ K, le degré du polynôme minimal de x sur K p est inférieur à p. En déduire
que l’extension K p ⊂ K n’est pas monogène.

Solution. a) K p est l’image de l’endomorphisme de Frobenius x 7→ xp , qui est un endomorphisme de Fp -


algèbres. Donc c’est un sous-corps de K. On a K p = Fp (X p , Y p ) et on voit que les X i Y j avec 0 6 i, j < p
forment une base de K sur K p . D’où [K : K p ] = p2 .
b) Le polynôme minimal fx (T ) de x sur K p divise T p − xp . L’extension de K p engendrée par K est donc
de degré 6 p.

2 Autour du Nullstellensatz
Exercice 7. Polynômes vs fonctions polynomiales. Soit k un corps. Pour tout entier n on peut associer à un
polynôme f ∈ k[X1 , · · · , Xn ] une fonction k n −→ k, (x1 , · · · , xn ) 7→ f (x1 , · · · , xn ).
a) Vérifier qu’on obtient ainsi un morphisme de k-algèbres de k[X1 , · · · , Xn ] dans la k-algèbre des fonctions
de k n dans k.
b) Montrer que ce morphisme est injectif si et seulement si k est infini.

Q
Solution. a) est immédiat. b) Lorsque k est fini et n = 1, le polynôme α∈k (X − α) induit la fonction nulle.
Supposons k infini et prouvons l’injectivité par récurrence sur n. Si n = 1, on sait que pour tout α ∈ k, si
f (α) = 0 alors (X − α) divise f , ce qui montre que f a un nombre fini de racines, borné par son degré. Il
s’ensuit que pour k infini, un polynôme à une indéterminée qui induit la fonction nulle doit être nul. Supposons
maintenant le résultat acquis au rang n − 1, et soit f ∈ k[X1 , · · · , Xn ] induisant la fonction nulle sur k n . On
peut écrire f = i fi (X1 , · · · , Xn−1 )Xni pour des polynômesPfi ∈ k[X1 , · · · , Xn−1 ] uniquement déterminés.
P
Fixons alors α1 , · · · , αn−1 . La fonction associée au polynôme i fi (α1 , · · · , αn−1 )Xni en une indéterminée Xn
est nulle, par hypothèse, donc ce polynôme est nul, i.e. fi (α1 , · · · , αn−1 ) = 0 pour tout i. Par hypothèse de
récurrence, il s’ensuit que fi = 0 pour tout i, et finalement que f = 0.

Exercice 8. Soient f1 , · · · fm ∈ C[X1 , · · · , Xn ]. On suppose que le lieu V = Vf1 ,··· ,fm ⊂ Cn des zéros de ces
polynômes est non vide. On dit qu’une fonction V −→ C est polynômiale si c’est la restriction à V d’une fonction
polynômiale sur Cn (donc donnée par évaluation d’un polynôme g ∈ C[X1 , · · · , Xn ]). Notons O(V ) la C-algèbre
des fonctions polynômiales sur V .

a) Montrer que O(V ) ' C[X1 , · · · , Xn ]/ I.
0
b) Soit V 0 ⊂ Cn un autre ensemble algébrique. On dit qu’une application V −→ V 0 est polynômiale si
0
elle est restriction d’une application Cn −→ Cn polynômiale. Montrer que {App. Pol. V −→ V 0 } '
HomC−alg (O(V 0 ), O(V )).

3
3 Quelques polynômes irréductibles
Exercice 9. Soit n ∈ N∗ . Soit Φn = k∈(Z/nZ)× (X − e2iπk/n ) ∈ C[X].
Q

a) Montrer que X n − 1 = d|n Φd . En déduire que Φn ∈ Z[X].


Q

b) Soit ζ une racine primitive nede 1 et p un nombre premier premier à n. Soit f et g les polynômes
minimaux unitaire sur Q de ζ et ζ 0 = ζ p . On suppose f 6= g. Montrer que f g|Φn et f |g(X p ).
c) Montrer que l’image de Φn dans Fp [X] a un facteur irréductible ayant multiplicité au moins deux, et en
déduire une contradiction.
d) En déduire que Φn est un polynôme irréductible dans Q[X].

a) Partons de X n − 1 = 2iπk/n
Q
Solution. k∈Z/nZ (X − e et regroupons les k selon leur pgcd avec n. Pour δ
)
0
un diviseur de n, et en posant d := n/δ, on a k∈Z/nZ,(k,n)=δ (X −e2iπk/n ) = k0 ∈(Z/dZ)× (X −e2iπk /d ) =
Q Q

Φd (X). On en déduit la formule X n − 1 = d|n Φd (X). On montre alors par récurrence forte sur n que
Q

Φn (X) ∈ Z[X]. Le cas n = 1 est clair puisque Φ1 (X) = X − 1. Supposons que Φd (X) ∈ Z[X] pour d < n.
En particulier Φd (X) ∈ Q[X], donc Φn (X) ∈ Q(X) ∩ C[X]Q = Q[X]. Comme Φd est unitaire, son contenu
vaut 1. Mais alors, la factorisation X n − 1 = Φn (X) · d||n Φd (X) dans Q[X] montre que le contenu de
Φn est 1. En particulier il est dans Z[X].
b) Puisque ζ est une racine primitive, on a Φn (ζ) = 0 donc f divise Φn . De même, ζ p est primitive car
(p, n) = 1, donc g divise Φn . Par ailleurs, f et g sont irréductibles et unitaires, donc s’ils sont distincts,
ils sont premiers entre eux. Par le lemme d’Euclide (ou de Gauss ?), il s’ensuit que f g|Φn . Enfin, ζ est
racine de g(X p ) qui est dans Q[X], donc f |g(X p ).
c) Montrons d’abord que f ∈ Z[X]. En effet, écrivons Φn = f h avec h ∈ Q[X]. Puisque f est unitaire, h
l’est aussi. Leurs contenus respectifs sont donc des inverses d’entiers, i.e. c(f ) = a1f et c(h) = a1h avec
af , ah ∈ N∗ . Mais alors l’égalité 1 = c(Φn ) = c(f )c(h) implique c(f ) = c(h) = 1 et donc f ∈ Z[X]. De
même on a g ∈ Z[X].
Notons maintenant Φ̄n l’image de f dans Fp [X]. On a donc f¯ḡ|Φ̄n et f¯|ḡ(X p ) = (ḡ)p . Soit alors h ∈ Fp [X]
un facteur irréductible de f¯. On h|ḡ p donc h|ḡ par le lemme d’Euclide (ou de Gauss ?), et finalement
h2 |f¯ḡ|Φ̄n . Cela implique que Φ̄n a une racine double dans une clôture algébrique Fp de Fp et donc il en
est de même pour X n − 1. Il s’ensuit que X n − 1 et son polynôme dérivé nX n−1 devraient avoir une
racine commune, ce qui est absurde car n 6= 0 dans Fp .
2iπ
d) Soit f le polynôme minimal de e n . On a montré que l’ensemble des racines de f est stable par l’appli-
cation ζ 7→ ζ p , pour tout premier p premier à n. Il est donc stable par l’application ζ 7→ ζ m pour tout k
2ikπ
premier à n. En particulier, il contient tous les e n pour k ∈ (Z/nZ)× . Il s’ensuit que f = Φn .

Exercice 10. Soit p un nombre premier et a ∈ Fp . Soit P = X p − X − a ∈ Fp [X].


a) Si a = 0, donner la décomposition en facteur irréductible de P . On suppose dorénavant a 6= 0.
b) Montrer que P (X + 1) = P (X).
c) Soit Q un facteur irréductible de P . Montrer que Q(X + 1) est aussi un facteur irréductible de P .
d) Montrer que Q(X + 1) = Q(X) (on pourra considérer une action de Z/pZ sur l’ensemble des facteurs
irréductibles de P ).
e) Montrer que si R ∈ Fp [X] est de degré 6 p − 1 et R(X + 1) = R(X), alors R est un polynôme constant.
f) En déduire que P est irréductible.
g) Soit b ∈ Z premier à p. Montrer que X p − X − b est un polynôme irréductible de Q[X].

a) On a X p − X =
Q
Solution. a∈Fp (X − a).
b) clair
c) P (X) = Q(X)R(X) ⇒ P (X) = P (X + 1) = Q(X + 1)R(X + 1) donc Q(X + 1) divise P . Par ailleurs
Q(X + 1) est irréductible.
d) Considérons l’action de Z/pZ sur Fp [X] donnée par (a · P )(X) := P (X + a). Ses orbites sont de cardinal
1 ou p. De plus, l’orbite d’un polynôme irréductible est formée de polynômes irréductibles deux à deux
premiers entre eux (puisque distincts et de même terme dominant). Donc, si Q(X) 6= Q(X + 1), tous
les Q(X + a) sont distincts et divisent P . Comme deg P = p, cela implique deg Q = 1, ce qui n’est pas
possible puisque P n’a pas de racine dans Fp .

4
e) Soit α une racine de R dans Fp . Si R(X) = R(X + 1) alors α + a est une racine de R pour tout a ∈ Fp ,
donc R a au moins p racines distinctes et deg(R) > p.
f) découle de d) et e).

4 Polynômes symétriques
Exercice 11. On fait agir le groupe symétrique Sn sur l’anneau A = Z[X1 , · · · , Xn ] par permutation des
indéterminées en posant σ(Xi ) := Xσ−1 (i) pour tout σ ∈ Sn .
a) Notons Σ1 , · · · , Σn ∈ A les éléments déterminés par l’égalité suivante dans A[T ] :

(T − X1 )(T − X2 ) · · · (T − Xn ) = T n − Σ1 T n−1 + Σ2 T n−2 + · · · + (−1)n Σn

Pour chaque i, calculer Σi et montrer qu’il est “symétrique”, i.e. invariant par l’action de Sn .
On veut montrer que l’anneau ASn des polynômes symétriques est un anneau de polynômes en les Σi , au sens
où l’unique morphisme d’anneaux Z[Y1 , · · · , Yn ] −→ ASn qui envoie Yi sur Σi est un isomorphisme d’anneaux.
b) Soit B un anneau muni d’une Z-base (eλ )λ∈Λ , où (Λ, 4) est un monoïde commutatif ordonné tel que
∀λ ∈ Λ, {µ 4 λ} est fini, et telle que pour tous λ, λ0 ∈ Λ on a
X
eλ eλ0 ∈ eλ+λ0 + Zeµ .
µ≺λ+λ0

Supposons de plus que Λ est librement engendré par n éléments µ1 , · · · , µn . Montrer que B est un anneau
de polynômes en les eµ1 , · · · , eµn .
c) Soit Λ := {ν ∈ Nn , ν1 > · · · > νn }. Pour λ ∈ Λ, on pose S λ := ν∈o(λ) X ν où X ν := X1ν1 · · · Xnνn et
P

o(λ) désigne la Sn -orbite de λ dans Nn .


i) Calculer S µj pour µj = (1, · · · , 1, 0, · · · 0) avec j termes 1 et n − j termes 0.
ii) Montrer que les S λ , λ ∈ Λ, forment une base de ASn .
d) Pour ν ∈ Nn , posons |ν| = i νi et écrivons ν 4 ν 0 si (|ν|, ν1 , · · · , νn ) 6 (|ν 0 |, ν10 , · · · , νn0 ) pour l’ordre
P
lexicographique.
i) Montrer que 4 est une relation d’ordre sur Nn compatible à l’addition et t.q. ∀λ ∈ Λ, {µ ∈ Λ, µ 4 λ}
est fini.
0 0
ii) Montrer que pour λ, λ0 ∈ Λ, on a S λ S λ ∈ S λ+λ + µ≺λ+λ0 Z.S µ .
P

e) Conclure.
f) Application : discriminant.
2
Q
i) Montrer qu’il existe un unique polynôme ∆n ∈ Z[Y1 , · · · , Yn ] tel que i<j (Xi −Xj ) = ∆n (Σ1 , · · · , Σn ).
ii) Calculer ∆2 . Montrer que ∆3 est de la forme Σ21 Σ22 − 4Σ32 + 27Σ23 + aΣ31 Σ3 + bΣ1 Σ2 Σ3 .
iii) Soit k un corps et f = X n + a1 X n−1 + · · · + an X 0 . Montrer que f est séparable si et seulement si
∆n (−a1 , a2 , · · · , (−1)n an ) 6= 0.
iv) Soit f ∈ Z[X] unitaire. Montrer que l’ensemble des nombres premiers p tel que f¯ ∈ Fp [X] est non
séparable est fini.

Solution. a) Le groupe Sn agit sur A[T ] coefficient par coefficient. En particulier, f ∈ A[T ] est Sn -invariant
si et seulement si ses coefficients le sont. Puisque σ(T −Xi ) = T −Xσ−1 (i) , on voit que (T −X1 ) · · · (T −Xn )
est Sn -invariant, donc ses coefficients le sont, et ce sont les Σi à un signe près.
b) On doit montrer que le morphisme d’anneaux ϕ : Z[Y1 , · · · , Yn ] −→ B qui envoie Yi sur eµi est un
isomorphisme. Pour λ = n1 µ1 + · · · + nn µn , posons fλ := enµ11 enµ22 · · · enµnn . Il s’agit donc de montrer que
la famille (fλ )λ∈Λ est une Z-base de B (la liberté est équivalente à l’injectivité de ϕ, et le caractère
générateur est équivalent à la surjectivité de ϕ). Pour cela, le point clef est que l’hypothèse de l’énoncé
implique : X
(∗) fλ ∈ eλ + Zeµ .
µ≺λ

5
Montrons que la famille (fλ )λ∈Λ est libre. Soit aλ1 fλ1 + · · · + aλr fλr = 0 une combinaison linéaire nulle
entre les fλ . Quitte à renuméroter, on peut supposer que λ1 est maximal parmi les λi . On déduit de (∗)
X r X
X
aλ1 eλ1 ∈ Zeµ + Zeµ .
µ≺λ1 i=2 µ4λi

Comme λ1 n’apparaît pas dans la somme de droite, l’indépendance linéaire des eλ implique que aλ1 = 0.
De même on montre que tous les autres coefficients sont nuls et on en déduit que la famille (fλ )λ∈Λ est
libre.
Montrons maintenant que la famille (fλ )λ∈Λ est génératrice. Pour cela on va montrer que
X
(∗∗) eλ ∈ fλ + Zfµ
µ≺λ
P
par récurrence forte sur l’entier v(λ) := |{µ ≺ λ}|. En effet, (∗) nous dit que eλ ∈ fλ + µ≺λ Zeµ . Donc,
si v(λ) = 0, on a eλ = fλ . Plus généralement, supposons v(λ) > 0 et (∗∗) connu pour les λ0 tels que
v(λ0 ) < v(λ). Comme µ ≺ λ ⇒ v(µ) < v(λ), on déduit (∗∗) de (∗) et de l’hypothèse de récurrence.
c) i) On trouve S µj = Σj .
ii) Le point clef est l’observation suivante : toute Sn -orbite dans Nn admet un unique représentant dans
Λ. On notera λν l’unique représentant dans Λ de l’orbite Sn · ν de ν ∈ Nn . On a en particulier
λν = λν 0 ⇔ ν 0 ∈ Sn · ν.
que (S λ )λ∈Λ est libre. Soit λ aλ S λ = 0 une relation de dépendance linéaire.
P
Montrons
P maintenant
Alors ν aλν X ν = 0 est une relation de dépendance linéaire entre les X ν . Mais ceux-ci forment une
base de A, donc aλν = 0 pour tout ν.
Montrons finalement que (S λ )λ∈Λ est génératrice. Un élément f ∈ ASn est un élément f = ν aν X ν
P
tel que aν = aσ(ν) pour tout ν et tout σ ∈ Sn , et donc tel que aν = aλν pour tout ν. On a donc aussi
f = Λ aλ S λ .
P

d) i) On sait que c’est une relation d’ordre, et on vérifie immédiatement qu’elle est compatible à l’addition
(i.e. ν 4 ν 0 ⇒ (∀µ ∈ Nn , (µ + ν) 4 (µ + ν 0 )). Si maintenant λ, µ ∈ Λ et µ ≺ λ, alors µ1 6 λ1 et,
comme µi 6 µ1 pour i > 1, on voit qu’il n’y a qu’un nombre fini de tels µ. Remarquons que cette
finitude n’est pas vraie si on remplace Λ par Nn . En effet, pour n = 2 par exemple, on a (0, n) ≺ (1, 0)
pour tout n ∈ N.
0 0 0 00
ii) On a S λ S λ = λν =λ,λν 0 =λ0 X ν+ν . On sait que ce produit est de la forme S λ S λ = λ00 cλ,λ0 ;λ00 S λ ,
P P
et en identifiant les deux expressions, on constate que

cλ,λ0 ;λ00 = |{(ν, ν 0 ) t.q. λν = λ, λν 0 = λ0 et λ00 = ν + ν 0 }| .

Pour conclure, il nous suffit donc de montrer que pour tout couple (ν, ν 0 ) ∈ Sn λ × Sn λ0 , on a
ν + ν 0 ≺ λ + λ0 avec égalité si et seulement si ν = λ et ν 0 = λ0 .
Pour montrer cette dernière assertion, soit r := max{i, νi = λi et νi0 = λ0i . Si r = n, alors λ = ν et
λ0 = ν 0 . Sinon, alors (λ + λ0 )i = (ν + ν 0 )i pour i = 1, · · · , r, mais (λ + λ0 )r+1 > (ν + ν 0 )r+1 d’où
ν + ν 0 ≺ λ + λ0 .
iii) D’après c) et d), on peut appliquer la question b) à B = ASn et (eλ )λ∈Λ = (S λ )λ∈Λ , après avoir
remarqué que les µi de la question c) forment une base de Λ. On en déduit que ASn est un anneau
de polynômes en les S µi , i.e. sur les Σi .

5 Extensions normales
Exercice 12. Montrer qu’une extension k ⊂ K de degré 2 est toujours normale. Est-ce vrai pour une extension
de degré 3 ?

Solution. Soit α ∈ K \ k. On a deg(fα )|2 et deg(fα ) 6= 1 donc deg(fα ) = 2. Écrivons fα = X 2 + aX + b. Les


racines de fα sont α et b/α donc fα est scindé dans K[X]. Comme on a de plus K = k(α), on voit que K est
√ fα . C’est donc une extension normale.
un corps de décomposition du polynôme √
On√a vu en cours que l’extension Q( 3 2) n’est pas normale car elle ne contient pas les autres racines j 3 2 et
j 2 3 2 de X 2 − 3.

6
√ √
Exercice 13. On considère l’extension K = Q( 2, 3) de k = Q.
a) Montrer qu’elle est normale de degré 4.
√ √
b) Soit α := 2 + 3. Calculer les conjugués de α dans K. Montrer que K = Q(α).
√ √ √ √
Solution. a) On a √[K : Q] = [K : Q( 2)][Q( 2) √ : Q]. On √sait que [Q( 2) : Q] = 2 et√[K : Q( 2)]|2. Pour
voir que [K : Q( 2)] = 2, il faut montrer que 3 ∈ / Q( 2). Or, en écrivant (a + b 2)2 = 3, on obtient
2 2
3 = a ou 3 = 2b , ce qui n’est pas possible pour a, b ∈ Q. Donc [K : Q] = 4. Par ailleurs, K contient, et
est engendré par, les racines du polynôme (X 2 − 2)(X 2 − 3). C’est donc un corps de décomposition de
ce polynôme.
√ √ √ √ √ √
√ on √a σ( 2) = ± 2 et σ( 3) = ± 3. Donc
b) Si σ ∈ Gal(Q̄/Q), σ(α) ∈ {± 2 ± 3}. Montrons
√ que
2
± 2 ± 3 sont√bien conjugués
les 4 nombres √ √ à α. Puisque X − 3 est irréductible
√ sur Q( √2), il existe

σ ∈ Gal(Q̄/Q( 2))
√ tel √ que σ( 3) = −√ 3. De
√ même il existe √ σ 0 ∈ Gal(
√ Q̄/Q( 3)) tel que σ( 2) = − 2.
On alors σ(α)√= 2√− 3, σ 0 (α) = − 2 + 3 et σσ 0 (α) = − 2 − 3. L’orbite de α sous Gal(Q̄/Q) est
donc bien {± 2 ± 3}. En particulier, α est de degré 4 égal à [K : Q, donc K = Q(α).

Exercice 14. Soit k de caractéristique nulle, f ∈ k[X] irréductible, et α, β ∈ k̄ deux racines distinctes de f
dans une clôture algébrique de k.
a) Montrer que α − β ∈
/ k.
b) Montrer que si αβ −1 ∈ k alors c’est une racine de l’unité.

Solution. a) Posons a := β − α. Alors α est racine de f (X + a). Si a ∈ k, alors f (X + a) ∈ k[X] et,


puisque f est irréductible, f |f (X + a) dans k[X]. Il s’ensuit que f = f (X + a) par égalité des degrés.
En particulier on a aussi f (X + na) = f (X + (n + 1)a) et, par récurrence on en déduit f = f (X + na)
pour tout a. Mais alors α + na est racine de f pour tout n, ce qui est absurde car f a un nombre fini de
racines.
b) Posons βα−1 = ζ. Comme ci-dessus, on montre que les αζ n , n ∈ N sont racines de f , ce qui n’est possible
que si l’ensemble {ζ n , n ∈ N} est fini, donc si ζ est une racine de l’unité.

6 Inséparabilité
Exercice 15. Soient k un corps , F = X 3 − 3X − 1 ∈ k[X] et α une racine de f dans une clôture algébrique
de k. Montrer que k(α) est une extension séparable de K.

Solution. Supposons la caractéristique de k différente de 3. Le polynôme dérivé de f , qui est 3(X 2 − 1),
est premier avec f , ce qui montre que f est séparable dans ce cas et donc que α est séparable sur k. Si la
caractéristique de k vaut 3, on a f = (X − 1)3 , d’où α = 1 puis k(α) = k.

Exercice 16. Soit k un corps et f ∈ k[X] irréductible.


a) Montrer que f inséparable ⇔ f 0 = 0.
b) Supposons f inséparable.
i) Montrer que k est de caractéristique p > 0.
ii) Montrer qu’il existe un unique polynôme irréductible séparable g ∈ k[X] et un unique entier r tel que
r
f (X) = g(X p ).
iii) Montrer que les coefficients de f ne sont pas tous dans l’image du Frobenius ϕk .

Solution. a) On sait que f est inséparable si et seulement si le pgcd de f et f 0 n’est pas inversible.
Puisque f est irréductible, cela équivaut à ce que ce pgcd soit (f ), et donc à ce que f divise f 0 . Comme
deg f 0 < deg f , ceci équivaut encore à f 0 = 0.
b) i) D’après a), on a f 0 = 0. Puisque f est non constant, cela n’est pas possible en caractéristique nulle.

7
ii) Écrivons f = i ai X i . L’égalité f 0 = 0 implique [Link] = 0Ppour tout i. On a donc ai 6= 0 ⇒ p|i. On
P
peut donc écrire f sous la forme f = f1 (X p ) avec f1 = i aip X i . Soit alors r le plus grand entier
r
tel qu’on peut écrire f sous la forme f = fr (X p ) (l’ensemble des tels entiers est clairement borné,
et non vide comme on vient de le voir). Explicitement, on a r = min{vp (i), ai 6= 0}. De plus, fr est
irréductible puisque toute factorisation non triviale fr = P Q en induit une factorisation non triviale
f = P (X r )Q(X r ). Enfin, fr est séparable, sinon on pourrait l’écrire fr = fr+1 (X p ) et on aurait
r+1
f = fr+1 (X p ), contredisant la maximalité de r.
iii) Notons que les éléments de k qui apparaissent comme coefficients de f sont les mêmes que ceux qui
apparaissent comme coefficients de g = fr ou encore P de chaque fi , i 6 r. En particulier, si ai est de
la forme ai = bpi pour tout i, alors f = f1 (X p ) = ( i bip X i )p , ce qui contredit l’irréductibilité de f .

Exercice 17. Soit k un corps de caractéristique p > 0. Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes :
a) tout f ∈ k[X] irréductible est séparable.
b) toute extension k ⊂ K est séparable.
c) L’endomorphisme de Frobenius ϕk est surjectif (et donc bijectif).
Sous ces conditions, on dit que k est un corps parfait.

Solution. L’équivalence entre a) et b) est dans le cours. L’exercice précédent montre l’implication c) ⇒ a).
Supposons donc a) et montrons que ϕk est surjectif. Pour cela, il suffit de montrer que pour tout α ∈ k, le
polynôme X p − α a une racine dans k (nécessairement unique). Or l’hypothèse a) nous dit que X p − α n’est pas
irréductible. On peut donc l’écrire X p − α = f g dans k[X] avec deg f, deg g > 0. Soit k une clôture algébrique
de k et β une racine de X p − α dans k. On a donc X p − α = (X − β)p dans k[X]. Il s’ensuit qu’il existe 0 < r < p
tel que f = (X − β)r dans k[X]. En particulier, le coefficient de X r−1 dans f est −rβ. Ce coefficient est dans
k puisque f ∈ k[X]. Comme r 6= 0, on en déduit β ∈ k comme voulu.

Exercice 18. Soit k ⊂ K une extension algébrique de corps de caractéristique p > 0. On dit qu’un élément
r
α ∈ K est purement inséparable sur k si son polynôme minimal est de la forme X p − x pour un x ∈ k.
a) Montrer que l’ensemble Ksep des éléments de K séparables sur k est une sous-extension k ⊂ Ksep ⊂ K.
b) Montrer que l’extension Ksep ⊂ K est purement inséparable, au sens où tous ses éléments le sont.

Solution. a) est dans le cours. Pour b), soit α ∈ K et fα sont polynôme minimal sur Ksep . D’après l’exercice
r r
16, on peut écrire fα = g(X p ) avec g irréductible séparable. Il s’ensuit que αp est une racine de g, donc est un
élément séparable sur Ksep . D’après le cours, il est aussi séparable sur k, donc il appartient à Ksep . Il s’ensuit
r r r
que g = X − αp , donc f = X p − αp et α est purement inséparable.

Exercice 19. Un corps k est dit séparablement clos si tout polynôme irréductible séparable de k[X] est scindé.
On appelle clôture séparable (absolue) d’un corps k toute extension algébrique séparable et séparablement close
de k. Montrer que tout corps k admet une clôture séparable, que celle-ci est unique à isomorphisme près, et que
toute extension séparable s’y plonge.

Exercice 20. Soient K un corps de caractéristique un nombre premier p et L une extension finie de K de degré
non divisible par p. Montrer que L est séparable sur K.

7 Extensions Galoisiennes
Exercice
√ 21.
√ √ Montrer√que√les√extensions suivantes de Q sont Galoisiennes et calculer leur groupe de Galois :
Q( 2), Q( 2, 3), Q( 2, 3, 5).

Solution. — On sait que Q( 2) est de degré 2 sur Q, donc est normale (cf exercice plus haut). Son groupe
de Galois est d’ordre√2, donc√ isomorphe à Z/2Z. √
— On a déjà vu que Q( 2, 3) est de degré 4 sur Q (il faut voir que 3 n’est pas un carré dans Q( 2)). Par
ailleurs, c’est le corps de décomposition de (X 2 −2)(X 2 −3) donc
√ elle
√ est Galoisienne
√ et son
√ groupe
√ de√Ga-
lois est d’ordre 4. Il contient les deux groupes de Galois
√ √Gal(Q( 2, 3)/Q( 2)) et Gal(Q( 2, 3)/Q( 2))
qui sont distincts et chacun d’ordre 2. Donc Gal(Q( 2, 3)/Q) ' Z/2Z × Z/2Z.

8
√ √ √ √ √ √
— Montrons
√ √ d’abord
√ que
√ √ Q( 2, √3, √5) est de degré 8 sur Q. Par la formule [Q( 2, 3, 5)√: Q] √=
[Q( 2, 3, 5) : Q( √2, 3)][Q( 2, 3) : Q], il√suffit de montrer √
que 5 n’est pas un
√ carré dans Q( 2, √ 3).
= (α√+ β 3)2 = (α2 + 3β 2 ) + 2αβ 3 avec α, β ∈ Q( 2). Comme 1, 3 forment une Q( 2)-
Ecrivons 5 √
base √de Q( 2, 3), on en tire αβ = 0, donc α2 = 5 ou 3β 2 = 5. On écrit alors α ou β sous la forme
2 2 2 2
a + b 2 et√on obtient
√ √ de même que a = 5 ou 2b = 5 ou 3a 2 = 5 ou 26b = 5, ce qui est impossible. Par
2
ailleurs Q( 2, 3, 5) est le corps de décomposition√de (X − √ 2)(X − 3)(X −
√ 5) donc
√ est Galoisien
sur Q. Tout élément de son groupe de Galois envoie 2 sur ± 2 et idem pour 3 et 5, donc tout tel
élément est d’ordre 2. Il s’ensuit que Gal = (Z/2Z)3 .

Exercice 22. Soit f = X 4 − 2 ∈ Q[X] et K le corps de décomposition de f . Décrire le groupe de Galois


G = Gal(K/Q) de f et toutes les extensions intermédiaires K 0 telles que Q ⊂ K 0 ⊂ K.

Solution.
√ Le polynôme f est√ irréductible d’après le critère d’Eisenstein.
√ L’ensemble des racines de f dans C est
Ω := {ζ 4 2, ζ ∈ µ4 }. Donc
√ Q( 4
2) est un corps
√ de rupture de degré [Q( 4
2) : Q] = 4 et le corps de décomposition

est K := Q(Ω) = Q( 4 2, i). Comme i ∈ / Q( 4 2) mais est racine de X 2 + 1 qui est de degré 2, [K : Q( 4 2)] = 2
et donc, par multiplicativité, [K : Q] = 8. √ √ √ √
En numérotant l’ensemble Ω des racines de f (par exemple dans l’ordre 4 2, i 4 2, − 4 2, −i 4 2), on obtient un
plongement Gf ,→ S4 . Puisque |Gf | est d’ordre 8, c’est un 2-Sylow de S4 . On sait qu’un tel 2-Sylow est
de la forme Z/4Z o Z/2Z. Ici, le facteur Z/4Z est engendré par le 4-cycle (1, 2,√3, 4) qui est le générateur de
∼ 4
Gal(K/Q(i)) correspondant à i via l’isomorphisme Gal(K/Q(i)) −→ µ4 , σ 7→ σ(√ 4
2
2)
. De plus, on peut prendre
pour générateur de Z/2Z la transposition (2, 4), qui correspond à la conjugaison complexe.
En regardant Ω comme un carré dans C, on remarque que (1234) et (24) définissent des isométries du carré, et
donc Gf est le groupe D4 des isométries du carré.
Les extensions intermédiaires de K/Q correspondent aux sous-groupes H de D4 . Les sous-groupes non triviaux
du groupe diédral√sont les suivant : d’ordre 2, il y a le groupe engendré par la rotation (1 √ 3)(2 4) d’angle π
(alors K H√= Q(i, 2)), les deux groupes engendrés √ par les symétries (1 3) (alors K H
= Q(i

4
2)), (2 4) (alors
H 4 H 4 H 4
K = Q( 2)), (1 2)(3 4) (alors K = Q((1 + i) 2)) et (14)(23) (alors K = Q((1 − i) 2)) ; d’ordre 4 il y
N
√ N engendré par (1234) (K = Q(i)) , et les deuxH sous groupes
a le groupe √ {id, (1 3)(2 4), (1 3), (2 4)} (alors
H
K = Q( 2)) et {id, (1 3)(2 4), (1 2)(3 4), (14)(23)} (alors K = Q(i 2)).
√ √
Q(i, 4 2) = Q(i + 4 2)
√ √ √ √ √
Q( 4 2) Q(i 4 2) Q(i, 2) Q((1 + i) 4 2) Q((1 − i) 4 2)
√ √
Q( 2) Q(i) Q(i 2)

Exercice 23. Soient f = X 4 + aX 2 + b ∈ Q[X] un polynôme irréductible, K le corps de décomposition de f


et G = Gal(K/Q). On note ±α, ±β les racines de f .
a) Montrer que G est isomorphe à un sous-groupe du groupe diédral D4 d’ordre 8.
b) Montrer que G ' Z/4Z si et seulement si (α/β − β/α) ∈ Q.
c) Montrer que G ' (Z/2Z)2 si et seulement si αβ ∈ Q ou α2 − β 2 ∈ Q.
d) Montrer que sinon G est isomorphe à D4 .
e) Déterminer le groupe de Galois de X 4 − 4X 2 − 1.

Solution. a) Il y a plusieurs manières de voir ça.


Première manière : on sait que G ⊂ S4 (après numérotation des racines), et que √ les√2-Sylow de S4 sont
isomorphes à D4 . Il suffit donc de voir que K est une 2-extension. Or, K = Q( A, B) où A, B sont les
deux racines de X 2 + aX + b.
Deuxième manière : si σ ∈ G, on doit avoir σ(−α) = −σ(α) et σ(−β) = −σ(β). Si on dispose les racines
aux sommets d’un carré de façon à ce que α et −α soient deux sommets opposés, alors les permutations
des racines vérifiant les deux propriétés ci-dessus sont exactement les isométries du carré. Donc G ⊂ D4 .

9
b) On rappelle que D4 a trois sous-groupes d’ordre 4 dont un seul, celui engendré par la rotation r =
(α β − α − β), est monogène (cf. exercice 3) .
On a r(α/β − β/α) = α/β − β/α, donc α/β − β/α ∈ Lhri . Donc si G = hri, alors α/β − β/α ∈ LG = Q.
Réciproquement, si s ∈
/ hri, alors s(α/β − β/α) = −(α/β − β/α). Donc si α/β − β/α ∈ Q, on en déduit
que G ⊂ hri, et donc G = hri puisque 4|]G puisque f est irréductible.
c) On a deux sous-groupes de D4 isomorphes à (Z/2Z)2 , à savoir H1 := {id, (1 3)(2 4), (1 3), (2 4)} et
H2 := {id, (1 3)(2 4), (1 2)(3 4), (14)(23)}
On a σ(αβ) = αβ si σ ∈ H2 et = −αβ si σ ∈ / H2 . Donc si G = H2 , αβ ∈ LG = Q et réciproquement si
αβ ∈ Q, G ⊂ H2 et donc G = H2 par le même argument de cardinalité qu’à la question précédente.
On a σ(α2 − β 2 ) = α2 − β 2 si σ ∈ H1 et = −(α2 − β 2 ) si σ ∈ / H1 . Donc si G = H1 , α2 − β 2 ∈ LG = Q
2 2
et réciproquement si α − β ∈ Q, G ⊂ H1 et donc G = H1 par le même argument de cardinalité qu’à
la question précédente (en fait, le cas G = H1 est impossible car H1 n’agit pas transitivement sur les
racines, et ceci contredit l’irréductibilité de f ).
d) Comme 4|]G par irréductibilité de f , si ]G 6= 4, alors G = D4 .
p √ p √ √ √
On a α = 2 + 5 et β = 2 − 5. On en déduit α2 −β 2 = 2 5 ∈
e) √ / Q et (α2 −β 2 )/αβ =
/ Q, αβ = −1 ∈
−5 ∈
/ Q. Donc G = D4 .

Exercice 24. Soit f = X n − a ∈ Q[X]. Notons Kf ⊂ Q son sous-corps de décomposition et Gf son groupe de
Galois.
a) Montrer qu’il existe un morphisme surjectif Gf  (Z/nZ)× dont le noyau est un groupe cyclique µm
pour m|n.
b) Construire un morphisme injectif ψ : Gf ,→ µn o (Z/nZ)× .
c) Montrer que ψ est un isomorphisme si et seulement si X n − a est irréductible dans Q(µn )[X]. Montrer
que c’est le cas en particulier si X n − a est irréductible dans Q[X] et (n, ϕ(n)) = 1.

d) Si Φn (X) est irréductible dans Q( n a)[X], montrer que ψ(Gf ) est de la forme µm o (Z/nZ)× .
e) Considérons le cas n = 6 et a = −3. Montrer que ψ(Gf ) est le sous-groupe de µ6 o (Z/6Z)× engendré par
(j, 1) et (−1, −1). En particulier, Gf ' S3 mais n’est pas un “sous-produit semi-direct” de µ6 o(Z/6Z)× .


Solution. a) Soit α = n a une racine n-ème de a. Les autres racines de f sont de la forme αζ avec ζ ∈ µn ,
donc µn ⊂ Kf . Le corps cyclotomique Q(µn ) est Galoisien sur Q, donc le groupe Gal(Kf /Q(µn )) est

distingué, de quotient Gf /Gal(Kf /Q(µn )) −→ Gal(Q(µn )/Q) = (Z/nZ)× . De plus, on sait d’après le
cours que Gal(Kf /Q(µn )) ' µm pour un m|n.

n
b) Pour tout σ ∈ Gf , on pose ζσ := σ(√ n
a
a)
∈ µn et on note aσ ∈ (Z/nZ)× l’unique élément tel que
σ(ζ) = ζ aσ pour tout ζ ∈ µn (Kf ). Alors l’application σ 7→ (ζσ , aα ) définit un morphisme de groupes
Gf −→ µn o (Z/nZ)× . Pour le voir, il suffit de montrer que aσσ0 = aσ aσ0 ,ce qui  est facile, et que
√ √ √ √ √
σσ 0 ( n a) σ( n a) σσ 0 ( n a) σ( n a) σ 0 ( n a)
ζσσ0 = ζσ (ζσ0 )aσ , ce qui provient du calcul √
n
a
= √
n
a

σ( n a)
= √
n
a
σ √n
a
= ζσ σ(ζσ0 ).

Ce morphisme est injectif car son noyau fixe n
a et µn , qui engendrent Kf .
c) Notons d’abord que ψ est un isomorphisme √ si et seulement si |Gf | = nϕ(n). Ceci équivaut encore à
[K
√ f : Q(µn )] = n. Comme K f = Q(µ n )( n
a), ceci équivaut à ce que X n − a soit le polynôme minimal de
n
a sur Q(µn ).
Supposons
√ maintenant X n − a irréductible dans Q[X] et (n, ϕ(n)) = 1. On a alors n|[Kf : Q] puisque
[Q( a) : Q] = n et on sait par ailleurs que ϕ(n)|[Kf : Q] puisque Q(µn ) ⊂ Kf . Il s’ensuit que nϕ(n)| |Gf |,
n

et donc |Gf | = nϕ(n).



d) Dans ce cas, puisque Kf = Q( n a)(µn ), la surjection du a) admet une rétraction, donnée par l’inverse
∼ √
du caractère cyclotomique χ−1 √
n,Q( n a)
: (Z/nZ)× −→ Gal(Kf /Q( n a)) ,→ Gf .
e) Notons d’abord que (Z/6Z)× = {±1}, donc µ6 o (Z/6Z)× est de cardinal 12. Par ailleurs, le critère
d’Eisenstein nous dit que f = X 6 +3 est irréductible. Donc [Kf : Q] vaut 6 ou 12. Remarquons maintenant
2iπ 1+i

3
√ √ √ √
que e 6 = 2 ∈ Q( −3). On a donc µ6 ⊂ Q( −3) ⊂ Q( 6 −3). En particulier, Kf = Q( 6 −3). On

en déduit que Gf est d’ordre 6. Comme son sous-groupe Gal(Kf /Q( 3 −3) n’est pas abélien, on a Gf '
S3 ' Z/3Z o Z/2Z. En fait, on peut préciser ces sous-groupes √ : on a par exemple Gf = Gal(K√ f /Q(β)) o
Gal(Kf /Q(α)) où on a fixé la racine cubique réelle α = 3 −3 et une racine carrée β = −3 de −3.

Notons que βα−1 est une racine sixième de −3. Puisque Kf = Q(β)(α), on a Gal(Kf /Q(β)) −→ µ3 et

10
on note σ le générateur qui correspond à j (i.e qui envoie α sur jα). Calculons ψ(σ) = (ζσ , aα ) avec
la notation de b). Par définition on a ζσ = j, et on a aσ = 1 car σ fixe µ6 ⊂ Q(β). De l’autre côté,

Gal(Kf /Q(α)) −→ {±1} avec pour générateur l’automorphisme induit par la conjugaison complexe. On
τ (βα−1 ) (−β)α−1
a alors ψ(τ ) = (ζτ , aτ ) avec ζτ = βα−1 = βα−1 = −1 et aτ = −1 puisque τ (j) = j̄ = j −1 .

Exercice 25. Soit k un corps et L une extension de k. Soient K1 et K2 deux sous-corps de L contenant k de
dimensions finies sur k. On note K1 K2 le sous-corps de K engendré par K1 et K2 .
a) Montrer que [K1 K2 : k] 6 [K1 : k][K2 : k], et qu’en cas d’égalité, k = K1 ∩ K2 .
b) On suppose dorénavant K1 /k galoisienne. Montrer que K1 K2 /K2 est galoisienne et construire un iso-

morphisme Gal(K1 K2 /K2 ) −→ Gal(K1 /K1 ∩ K2 ).
c) Montrer que [K1 K2 : k] = [K1 : k][K2 : k]/[K1 ∩ K2 : k].
d) On suppose dorénavant que K2 /k est également galoisienne. Montrer que K1 K2 et K1 ∩ K2 sont des
extensions galoisiennes de k.
e) Construire un morphisme injectif φ : Gal(K1 K2 /k) → Gal(K1 /k) × Gal(K2 /k)
f) Montrer que l’image de φ est {(g1 , g2 ) ∈ Gal(K1 /k)×Gal(K2 /k), π1 (g1 ) = π2 (g2 )}, où ! πi : Gal(Ki /k) →
Gal(K1 ∩ K2 /k) est la surjection canonique.
g) Soit Qab l’ensemble des nombres algébriques x contenus dans une extension galoisienne L de Q telle
Gal(L/Q) soit commutatif. Montrer que Qab est un corps. Est-ce une extension finie de Q ?

Solution. a) Si x1 , · · · , xn forment une base de K1 sur k et y1 , · · · , yn forment une base de K2 sur k, alors
la famille (xi yj )i,j est manifestement génératrice de K1 K2 comme k-espace vectoriel. D’où l’inégalité
annoncée. Par ailleurs, posons k 0 := K1 ∩ K2 . La même inégalité vaut pour k 0 , i.e. on a [K1 K2 : k 0 ] 6
[K1 : k 0 ][K2 : k 0 ]. En multipliant cette inégalité par [k 0 : k], on obtient [K1 K2 : k] 6 [K1 : k 0 ][K2 : k]. Si
maintenant on suppose l’égalité [K1 K2 : k] = [K1 : k][K2 : k], on en tire que [K1 : k] 6 [K1 : k 0 ]. Puisque
k ⊂ k 0 , on peut diviser par [K1 : k 0 ] et on obtient ainsu [k 0 : k] 6 1, et donc k = k 0 .
b) Par hypothèse, K1 est un corps de décomposition d’un polynôme séparable f ∈ k[X]. Donc f est scindé
dans K1 [X] et K1 est engendré par les racines de f . Mais cela implique que f , vu comme polynôme dans
K2 [X], est scindé dans K1 K2 [X] et ses racines engendrent la K2 -extension K1 K2 . Donc K1 K2 est un corps
de décomposition de f sur K2 et l’extension est bien Galoisienne. Si σ ∈ Gal(K1 K2 /K2 ) alors σ(K1 ) ⊂ K1
car K1 est normale, et σ|K1 ∩K2 = id. On a donc un morphisme σ 7→ σ|K1 comme dans l’énoncé. Ce
morphisme est injectif car si σ|K1 = idK1 , alors σ = id puisqu’on a aussi σ|K2 = idK2 . Pour voir que c’est
un isomorphisme, il reste à montrer l’égalité des cardinaux [K1 K2 : K2 ] = [K1 : K1 ∩ K2 ]. Soit α un
élément primitif de K1 et fα son polynôme minimal dans (K1 ∩K2 )[X]. On a donc [K1 : K1 ∩K2 ] = deg fα
et il faut montrer que [K1 K2 : K2 ] = [K2 (α) : K2 ] = deg fα . Il faut donc montrer que fα reste irréductible
dans K2 [X]. Soit donc gα le polynôme minimal de α dans K2 [X]. On a gα |fα dans K2 [X]. Maintenant,
puisque K1 est Galoisienne, on sait que fα est scindé dans K1 [X]. Tout diviseur unitaire de fα est donc
aussi dans K1 [X]. En particulier, on a gα ∈ (K1 ∩ K2 )[X]. Il s’ensuit que gα = fα et on a terminé.
c) [K1 K2 : k] = [K1 K2 : K2 ][K2 : k] = [K1 : K1 ∩ K2 ][K2 : k] = [K1 : k][K2 : k]/[K1 ∩ K2 : k]. Pour la
deuxième égalité, on a utilisé la question b).
d) Si Ki est corps de décomposition de fi séparable sur k pour i = 1, 2, alors K1 K2 est un corps de décompo-
sition de pgcd(f1 , f2 ), qui est séparable. Donc K1 K2 /k est Galoisienne. Par ailleurs tout automorphisme
de K1 K2 stabilise K1 ∩ K2 , qui est donc Galoisienne.
e) Il suffit d’envoyer σ sur (σ|K1 , σ|K2 ). L’injectivité vient du fait que si σ est l’indentité sur K1 et K2 , alors
c’est l’indentité sur K1 K2 .
f) Il est clair que Imφ ⊂ Gal(K1 /k) ×Gal(K1 ∩K2 /k) Gal(K2 /k). Pour avoir l’isomorphisme annoncé, il suffit
de montrer l’égalité des cardinaux, ce qui découle de la question c).
g) Soient x1 , x2 ∈ Qab . Choisissons deux extensions Galoisiennes abéliennes Ki /Q contenant respectivement
xi . On a donc x1 +x2 ∈ K1 K2 et x1 x2 ∈ K1 K2 . Il nous suffira donc de montrer que K1 K2 est Galoisienne
abélienne. Mais cela découle de la question e).

Exercice 26. Soit f ∈ k[X] de la forme f = X n + aX + b. Montrer que

disc(f ) = (−1)n(n−1)/2 (1 − n)n−1 an + nn bn−1 .




11
Solution. Écrivons f = (X − α1 )Q · · · (X − αn ) dans k[X], où k est une clôture algébrique de k. On va utiliser
n
la formule disc(f ) = (−1)n(n−1)/2 i=1 f 0 (αi ). On a f 0 = nX n−1 + a. Compte tenu de f (αi ) = 0, on a donc

αi f 0 (αi ) = n(−aαi − b) + aαi = (1 − n)aαi − bn.

En faisant le produit, il vient


n
Y n
Y
(−1)n b f 0 (αi ) =

(1 − n)aαi − bn .
i=1 i=1
Y +bn
Les βi := (1 − n)aαi − bn sont les racines du polynôme g(Y ) := f ( (1−n)a ). On a donc

n
Y terme constant de g ( bn )n
n (1−n)a
bn
+ a (1−n)a +b
(1 − n)aαi − bn = (−1)n

= (−1) 1
i=1
terme dominant de g ( (1−n)a )n
(−1)n b bn−1 nn + (1 − n)n−1 an .

=

Lorsque b 6= 0, on en déduit la formule annoncée en simplifiant par (−1)n b. Si b = 0, on a une factorisation


f = X(X n−1 + a). Supposons que Qn α1 0= 0. On a alors f 0 (α1 ) = a et, pour i > 1 on a αin−1 = −a donc
0 n−1 n
f (αi ) = (1 − n)a. Il s’ensuit que i=1 f (αi ) = (1 − n) a comme voulu.

Exercice 27. Soit f = X 5 + 20X − 16 ∈ Q[X].


a) Montrer que f est irréductible et que Gf contient un 5-cycle.
b) En réduisant modulo 7, montrer que Gf contient un 3-cycle.
c) Montrer que la conjugaison complexe induit un élément non-trivial de Gf . En conclure que |Gf | est
divisible par 30.
d) Montrer que Gf est contenu dans A5 .
e) Après avoir montré que tout sous-groupe d’indice 2 d’un groupe fini est distingué, en conclure que
Gf = A5 .

Solution. a) Il suffit de montrer que la réduction f de f modulo 3 est irréductible. Pour cela, comme f est
de degré 5, il suffit de montrer que f n’a pas de facteur de degré 1 ou 2, i.e. n’a pas de racine dans F3 ni
dans F9 . Or f = X 5 − X − 1 n’a manifestement pas de racine dans F3 . Pour voir qu’il n’en a pas dans
F9 , il faut montrer que f est premier avec X 9 − X. Vu la décomposition X 9 − X = X(X 4 − 1)(X 4 + 1),
il suffit de montrer que f est premier avec X 4 − 1 et X 4 + 1 respectivement. Or, f ≡ −1[mod X 4 − 1] et
f ≡ X − 1[mod X 4 + 1].
Donc, f est bien irréductible, et il s’ensuit que 5 = deg f divise |Gf |. Comme les seuls éléments de S5
d’ordre 5 sont les 5-cycles, on en déduit que Gf contient un 5-cycle.
b) Modulo 7, on a f = X 5 − X − 2. On constate que 2 et 3 sont racines de f , et sont les seules racines dans
F7 . On a donc une factorisation f = (X − 2)(X − 3)g avec deg g = 3 et g sans racine, donc irréductible
dans F7 [X]. Par le théorème de spécialisation du cours, on en déduit que Gf contient une permutation
de type (1, 1, 3), i.e. un 3-cycle.
c) Comme f 0 = 5X 4 + 20, la fonction réelle x 7→ f (x) est strictement croissante et n’a donc qu’un seul zéro.
Donc f n’a qu’une racine réelle, et ses racines complexes viennent par paires conjuguées. La conjugaison
complexe induit donc un élément non trivial de Gf , et il s’ensuit que 2| |Gf |. Avec a) et b), on en déduit
que 30 = 2x3x5 divise |Gf |.
d) Appliquons la formule de l’exercice précédent pour le discriminant. On trouve disc(f ) = 205 × 44 + 55 ×
164 = 55 × (218 + 216 ) = 55 × (4 + 1) × 216 = 56 × 216 qui est un carré dans Q. Par un théorème du cours,
on sait alors que Gf est contenu dans A5 (quel que soit le plongement Gf ,→ S5 considéré).
e) Soit H < G un sous-groupe d’indice 2. Pour tout x ∈ G \ H, on a Hx = G \ H = xH, donc xHx−1 = H.
On en déduit que H est distingué dans G, et le quotient G/H est Z/2Z et est en particulier abélien. Or,
on sait que A5 = [A5 , A5 ], i.e. A5 n’a pas de quotient abélien non trivial. On en conclut que Gf = A5 .

Exercice 28. Soit f le polynôme X 4 + 8X + 12 ∈ Q[X] et soit Kf le corps de décomposition de f dans Q.


a) Montrer que f est irréductible sur Q.
b) Montrer que Gf = Gal(Kf /Q) est isomorphe à A4 .

12
c) Montrer qu’il n’existe pas d’extension quadratique de Q contenue dans Kf .

Solution. a) Vérifions d’abord que f n’a pas de racine dans Q. Une telle racine serait en effet dans Z, et
certainement de valeur absolue < 3 puisque |x| > 3 ⇒ x4 > |8x + 12|. Or on vérifie que ±1, ±2 et 0
ne sont pas racines. Il reste la possibilité d’une factorisation en produit de facteurs de degrés 2. Pour
l’écarter, réduisons modulo 5. On a f = X 4 + 3X + 2 = (X + 1)(X 3 − X 2 + X + 2). Or, X 3 − X 2 + X + 1
n’a pas de racine, donc est irréductible dans F5 [X]. Toute factorisation f = gh avec deg g, deg h = 2 dans
Z[X] induirait une factorisation similaire dans F5 [X], ce qui est impossible. Donc f est irréductible.
b) D’après l’exercice précédent, le discriminant de f est 212 .34 qui est un carré dans Q, donc Gal(f ) est
contenu dans A4 (cf cours). Par ailleurs, f étant irréductible de degré 4, on sait que l’ordre de Gal(f )
est divisible par 4. De plus, par la factorisation obtenue précédemment dans F5 [X], on sait d’après le
cours que G contient une permutation de type 1 + 3, c’est-à-dire un 3-cycle. Donc 3||G|. Il s’ensuit que
12 divise l’ordre de Gal(f ), d’où Gal(f ) = A4 .

Exercice 29. Le but est d’exhiber une extension Galoisienne de Q de groupe H8 = {±1, ±i, ±j, ±k}.
√ √ √ √
a) Soit a := (2 + 2)(3 + 6). Montrer que Q(a) = Q( 2, 3), et que pour tout σ ∈ Gal(Q(a)/Q), on a
σ(a)/a ∈ (Q(a)× )2 . Montrer aussi que a n’est pas un carré dans Q(a).
b) Soit d une racine carrée de a dans Q. Montrer que Q(d) est Galoisienne sur Q, et que Gal(Q(d)/Q(a))
est central dans Gal(Q(d)/Q).
c) Montrer que Gal(Q(d)/Q) est isomorphe à H8 .
√ √ √ √ √ √
Solution.
√ √ On a Q(a) ⊂ L := Q( 2, 3) = Q ⊕ Q 2 ⊕ Q 3 ⊕ Q 6. Le développement
a) √ √ a = 6 +√ 3 2+
2 3 + 2 6 montre que a n’appartient à aucun des sous-corps quadratiques √ Q( 2),√Q( 3) et√Q( 6)√de
L. Or on sait√que Gal(L/Q)
√ =
√ Z/2Z ×√Z/2Z = {id, σ2 , σ3 , σ σ
2 3 } avec σ2 ( 2) = − 2 et σ2 ( 3) = 3,
ainsi que σ3 ( 2) = 2 et σ3 ( 3) = − 3. La correspondance
√ de√ Galois nous dit √
donc que les seuls corps
quadratiques contenus dans L sont justement Q( 2) = Lσ3 , Q( 3) = Lσ2 et Q( 6) = Lσ2 σ3 . Il s’ensuit
que a engendre un corps de degré > 2, et donc Q(a) = L. On calcule alors :
√ √ √ √
σ2 (a)/a = (2 − 2)2 (3 − 6)2 /6, σ3 (a)/a = (3 − 6)2 /3, σ2 σ3 (a)/a = (2 − 2)2 /2,

qui sont tous des carrés dans L = Q(a). Enfin, pour


√ prouver que a n’est pas un carré
√ dans√L, il suffit
√ de
voir que NL/Q(√2) (a) n’est pas un carré dans Q( 2). Or on a NL/Q(√2) (a) = (2+ 2)2 (3+ 6)(3− 6) =
√ √
3(2 + 2)2 , qui n’est pas un carré car 3 n’est pas un carré dans Q( 2).
b) Montrons que Q(d) est stable sous l’action de tout automorphisme τ de Q. En effet, un tel automorphisme
stabilise Q(a) et, d’après la question précédente, on a τ (d)2 = τ (a) ∈ a.(Q(a)× )2 . On en déduit que
τ (d) ∈ d.Q(a)× ⊂ Q(d), et par conséquent que Q(d) est stable par τ . Donc Q(d) est une extension
normale, et puisqu’elle est séparable (caractéristique 0), elle est donc Galoisienne. Par ailleurs, le sous-
groupe Gal(Q(d)/Q(a)) de Gal(Q(d)/Q) est d’ordre 2, et est distingué puisque Q(a) est Galoisienne sur
Q. Il est donc inclus dans le centre : si σ désigne son élément non trivial, on a en effet τ στ −1 = σ pour
tout τ ∈ Gal(Q(d)/Q).
c) Le groupe Gal(Q(a)/Q) √ est un √ quotient de Gal(Q(d)/Q). Si σ̃2 ∈ Gal(Q(d)/Q) est un relèvement de σ2 ,
on a σ̃2 (d2 ) = d2 (2 − 2)2 (3 − 6)2 /6 d’après la question a), donc
√ √ √ √ √ √
σ̃2 (d) = ±d(2 − 2)(3 − 6)/ 6 = ±d( 2 − 1)( 3 − 2).
√ √ √
Fixons σ̃2 de sorte
√ que √ σ̃2 (d) = d( 2 − 1)( 3 − 2). De même, il y a un unique relèvement σ̃3 de σ3 tel
que σ̃3 (d) = d( 3 − 2). On calcule alors que σ̃2 σ̃3 est l’unique relèvement de σ2 σ3 tel que
√ √ √ √ √
σ̃2 σ̃3 (d) = σ̃2 (d( 3 − 2)) = σ̃2 (d)( 3 + 2) = d( 2 − 1).

Par ailleurs, on calcule aussi que


√ √ √ √ √ √
(σ̃2 )2 (d) = σ̃2 (d( 2 − 1)( 3 − 2)) = σ̃2 (d)(− 2 − 1)( 3 + 2) = −d,

et, de même, que (σ̃3 )2 (d) = −d et (σ̃2 σ̃3 )2 (d) = −d. Puisque d engendre Q(d), cela montre que (σ̃2 )2 =
(σ̃3 )2 = (σ̃2 σ̃3 )2 = σ en notant σ l’élément non trivial de Gal(Q(d)/Q(a)) comme ci-dessus. On voit donc

qu’on obtient un isomorphisme Gal(Q(d)/Q) −→ H8 en envoyant σ̃2 sur i et σ̃3 sur i. Cet isomorphisme
envoie σ̃2 σ̃3 sur k, et σ sur −1.

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