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Cure de hernie inguinale selon la technique
de Vayre Petit Pazos : Étude rétrospective à
propos de 83 patients consécutifs
Inguinal hernia repair according to the Vayre Petit Pazos
technique: 83 patients
V. Phe, MO. Bitker, V. Misrai, F. Richard
Service d’Urologie et de transplantation, hôpital de la Pitié, AP-HP, Paris
Mots clés Résumé
♦ Hernie inguinale Du 1er janvier 1992 au 31 décembre 2006, 83 cures consécutives de hernie inguinale utilisant une myoplastie aux
♦ Vayre Petit Pazos dépens du feuillet antérieur du muscle grand droit homolatéral ont été réalisées dans le même Groupe par le
♦ récidive herniaire même opérateur. Il s’agissait de 82 hommes et d’une femme. L’âge moyen des patients était de 59 ans. Il s’agis-
sait dans 7,2% des cas d’une récidive herniaire. La hernie était de type oblique externe dans 39 cas, directe chez
♦ douleurs
21 patients, mixte chez 3 et de nature difficile à préciser dans 20 cas. Dans 15,6 % des cas, un geste associé a
♦ Shouldice été réalisé comprenant une résection transurétrale de prostate dans 12 cas. L’étude des résultats, avec un recul
♦ Lichtenstein moyen de 71 mois (3 à 187), révèle l’existence d’une seule récidive, chez un patient âgé de 45 ans ayant repris
♦ cœlioscopie une activité sportive dans des délais probablement trop précoces. L’analyse de la littérature concernant les
techniques chirurgicales de réparation de hernies inguinales montre des taux de récidive variant de 1 à 10%
selon la technique, avec un pourcentage de perdus de vue variant de 5 à 19% à 5 ans. Le pourcentage de 1,2% de
récidive de cette série se compare favorablement aux données de la littérature, ce d’autant qu’un seul patient
a été perdu de vue (1,2%). Les auteurs reprennent la description de la technique chirurgicale décrite en 1965 et
mettent en avant la fiabilité de celle-ci, ayant de plus l’avantage de ne nécessiter aucune implantation de ma-
tériel prothétique.
Key words Abstract
♦ Inguinal hernia Purpose: To evaluate functional outcome after inguinal hernia repair according to the technique of Vayre Petit
♦ Laparoscopy Pazos.
♦ Vayre Petit Pazos Methods: From 1992 to 2006, all surgical hernia repair achieved according to the technique of Vayre Petit Pazos
were reviewed retrospectively. Surgical results were evaluated in term of recurrence and complication.
♦ Shouldice
Results: Overall, 82 men and 1 woman were included. Mean age was 59 years. Among early complication, 2 pa-
♦ Lichtenstein tients had fever for a short period, 1 had a hematoma and one had acute urinary retention. Regarding late com-
plications, there were one case of painful testicle with shrinkage after 9 months and one hydrocele. There was
one recurrence after a lean follow-up of 71 months (3-187) in a patient of 45 years old. After 5 years, the esti-
mated recurrence rate was 1.2%.There was no occurrence of death.
Conclusion : The surgical technique from Vayre and Petit Pazos does not require a prosthesis implant and pro-
vides equivalent results with other techniques compared to the current literature. Only a randomized double
blind study, build on a prospective manner, could provide a definitive statement regarding the gold standard
surgical technique that we should suggest to our patients. Malgré une littérature pléthorique, il n’existe cependant pas
La cure chirurgicale des hernies de l’aine est l’intervention la de consensus permettant de promouvoir une intervention de
plus fréquemment réalisée en chirurgie générale. référence.
La fréquence de cette affection, l’importance des coûts Parmi les nombreuses techniques apparues au cours du XXe
directs et indirects liés à son traitement rendent nécessaire la siècle, trois se sont néanmoins imposées du fait de la qualité
recherche d’un traitement efficace, diminuant au maximum des résultats obtenus : l’intervention de Shouldice parmi les
le risque de récidive et grevé du minimum de complications herniorraphies, celle de Lichtenstein parmi les hernioplasties
ou de séquelles. antérieures et les hernioplasties postérieures laparoscopiques.
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Figure 1 – Repérage de l’incision inguinale. Figure 2 – Décollement de l’aponévrose du muscle oblique externe et
branche perforante du grand abdomino-génital réclinée.
L’objectif de cette étude est d’évaluer, en termes de risque • – identification de la branche perforante du grand abdomi-
de récidive et de complications, la technique de cure de nogénital qui est réclinée ;
hernie inguinale selon Vayre Petit Pazos en la comparant aux • – repérage du cordon spermatique, dissection et mise sur lac
autres procédés chirurgicaux. (fig. 3) ;
• – dissection du sac herniaire (fig. 4) permettant de préciser
le type de hernie (oblique externe ou direct) et de visualiser
Malades et méthodes le lipome pré-herniaire éventuel ;
• – résection et fermeture du sac oblique externe à l’orifice
Du 1er janvier 1992 au 31 décembre 2006, 83 cures de hernie profond du canal inguinal ;
inguinale, utilisant une myoplastie aux dépens du feuillet • – plicature du fascia transversalis au fil tressé résorbable
antérieur du muscle grand droit homolatéral selon le procédé 3/0 (fig. 5) ;
de Vayre et Petit Pasos, ont été réalisées dans le même • – taille d’un lambeau aux dépens du feuillet antérieur de la
Groupe par le même opérateur. gaine du grand droit depuis l’épine du pubis, selon une inci-
sion arciforme sur 4 à 5 cm (fig. 6) ;
Technique chirurgicale • – abaissement du bord supérieur du lambeau sur l’arcade
La technique chirurgicale utilisée est la suivante : crurale à points séparés de fil tressé non résorbable 2/0
• – anesthésie générale ou loco-régionale ; (fig. 7-8) ;
• – patient installé en décubitus dorsal ; • – fermeture de l’aponévrose du grand oblique en pré-
• – incision inguinale d’environ 6 cm du côté de la hernie, sur funiculaire par du fil résorbable 0 (fig. 9) ;
la ligne reliant l’orifice superficiel du canal inguinal à l’é- • – fermeture des tissus sous cutanés au fil résorbable 3/0 ;
pine iliaque antéro-supérieure (fig. 1) ; • – fermeture de la peau par un surjet en U au fil non résorba-
• – ouverture des plans de couverture ; ble 4/0 (fig. 10).
• – section du plan aponévrotique du muscle oblique externe
(fig. 2) ;
Figure 4 – Dissection
du sac herniaire.
Figure 3 – Dissection du cordon.
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Figure 5 – Plicature du fascia transversalis. Figure 6 – Taille du feuillet antérieur de la gaine du muscle grand droit.
Figure 7 – Abaissement du lambeau sur l’arcade crurale. Figure 8 – Lambeau rabattu sur l’arcade crurale.
Figure 9 – Réfection du plan aponévrotique du muscle oblique externe. Figure 10 – Surjet en U sur la peau.
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Il existe ainsi 3 plans de réfection pariétale : le fascia trans- Discussion
versalis (plan profond), le feuillet antérieur basculé du mus-
cle grand droit (plan intermédiaire) et l’aponévrose du muscle
oblique externe (plan superficiel).
Le temps opératoire consacré à la cure de hernie est de 25 Rappel anatomique
minutes.
La zone de faiblesse inguinale a une forme ovalaire, son bord
Suivi postopératoire supérieur correspondant au bord inférieur de l’aponévrose du
L’ablation des fils est effectuée en postopératoire à J 12. transverse, son bord inférieur à la bandelette iliopubienne
L’exercice physique et la pratique sportive sont déconseillés (1).
pendant un mois. Celle-ci est un épaississement du fascia, se présentant sous la
Les patients ont été revus à un mois puis tous les ans. forme d’un ruban parallèle à l’arcade crurale, passant à la
face antérieure des vaisseaux fémoraux, tendu du fascia ilia-
Population étudiée ca en dehors à la terminaison du grand droit en dedans. L’ex-
La population étudiée concerne 82 hommes et une femme, trémité interne de la zone de faiblesse inguinale est arrondie
d’âge moyen 59 ans (22 à 85 ans). Dix avaient un antécédent en dedans au niveau du ligament de Henle, qui correspond en
de résection transurétrale de prostate, 5 une greffe rénale, 5 fait simplement à la réunion des fibres de terminaison basse
une prostatectomie radicale, 4 une adénomectomie par voie de l’aponévrose du transverse avec la bandelette iliopu-
haute, 3 un sphincter artificiel urinaire. Huit avaient déjà eu bienne. L’extrémité externe est formée par la jonction à an-
une cure de hernie inguinale ailleurs : 2 avaient eu une cure gle aigu du bord inférieur du transverse et de la bandelette
de hernie bilatérale, 2 avaient eu une cure d’un côté dans un iliopubienne. La zone faible inguinale englobe l’orifice ingui-
autre centre et consultaient pour une cure controlatérale, 4 nal profond, siège des hernies indirectes, et la zone de fai-
récidivaient une hernie traitée ailleurs. Six patients étaient blesse interne, siège des hernies directes.
des travailleurs de force. La hernie inguinale indirecte – ou oblique externe – est la plus
Il y avait 46 hernies inguinales droites, 33 hernies inguinales fréquente. Elle comporte un sac péritonéal qui s’extériorise
gauches, 4 hernies bilatérales dont la cure du côté le plus par la fossette inguinale externe, en dehors des vaisseaux
volumineux a été effectuée. La hernie était de type oblique épigastriques. Les hernies directes s’extériorisent par la fos-
externe dans 39 cas, directe chez 21 patients, mixte chez 3 et sette inguinale moyenne, en dedans des vaisseaux épigastri-
de nature difficile à préciser dans 20 cas notamment en cas ques (2).
de récidive herniaire.
Dans 15,6% des cas, un geste associé a été réalisé compre- Techniques chirurgicales
nant une résection transurétrale de prostate dans 12 cas et
une cure de varicocèle dans 1 cas. Parmi les nombreuses techniques apparues au cours du XXe
siècle, trois se sont imposées du fait de leurs bons résultats
cliniques : l’intervention de Shouldice fait référence parmi les
Résultats herniorraphies ; l’intervention de Lichtenstein est la plus uti-
lisée des hernioplasties antérieures ; la hernioplastie posté-
Nous avons évalué l’efficacité de la technique chirurgicale en rieure par laparoscopie est d’apparition plus récente.
termes de récidive.
D’autres critères ont été évalués telles que les complications Herniorraphies
postopératoires précoces ou tardives. Les procédés de Bassini et Shouldice consistent en une her-
L’étude des résultats, avec un recul moyen de 71 mois (3 niorraphie sans mise en place d’une prothèse.
à 187 mois), révèle l’existence d’une seule récidive, soit Le Bassini est le premier procédé efficace de traitement des
1,2%, chez un patient âgé de 45 ans et ayant repris une activi- hernies par suture. Décrit il y a plus d’un siècle en 1887 (3), il
té sportive (aviron) dans des délais probablement trop préco- consiste en une réparation par 6 à 8 points unissant une triple
ces. couche, formée par le fascia transversalis, le petit oblique et
La durée moyenne d’hospitalisation est de 3,52 jours (2 à 9 le transverse, à l’arcade crurale en arrière du cordon. La su-
jours). La durée d’hospitalisation a été plus longue pour les ture de l’aponévrose du grand oblique se fait ensuite en avant
patients ayant eu un geste chirurgical associé ou pour ceux du cordon. Il est resté longtemps le procédé de référence
ayant un traitement anticoagulant au long cours à équilibrer. avec un taux de récidive de l’ordre de 10%.
Parmi les complications postopératoires précoces, ont été En 1945, Earle Shouldice crée le premier centre spécialisé du
notées : deux pics fébriles à J1 postopératoire sans consé- traitement de la hernie inguinale à Toronto. Son procédé est
quence et cédant sous antipyrétiques ; un hématome local en fait une amélioration de celui de Bassini (4). Selon Wantz,
non infecté, d’évolution rapidement favorable ; et une réten- les chirurgiens du Shouldice ignorent la vraie technique de
tion aiguë d’urine postopératoire ayant cédé spontanément. Bassini et élaborent le Shouldice en perfectionnant le Bassini
Parmi les complications plus tardives, a été notée une rétrac- simplifié (dissection limitée et suture du conjoint à l’arcade
tion testiculaire douloureuse à l’orifice inguinal à 9 mois chez par quelques points sans incision du fascia). La plupart des
un patient de 64 ans, ayant rendu nécessaire une orchidecto- chirurgiens utilisent actuellement un monofilament non résor-
mie. bable. La réfection pariétale consiste en trois surjets aller-
Cinq patients ont développé ultérieurement une hernie retour :
controlatérale n’ayant pas nécessité de geste opératoire. • la mise en tension du fascia transversalis incisé en fixant le
Il n’a été noté aucune complication à type de douleur chroni- feuillet inférieur du fascia à la face profonde du feuillet
que neuropathique, aucune lésion du déférent, aucune atro- supérieur ;
phie testiculaire, aucune lésion viscérale, aucune orchite, • l’union de l’arcade crurale, au niveau de l’orifice profond,
aucune infection pariétale, aucune complications liées à l’a- au bord inférieur du conjoint ou du petit oblique jusqu’à
nesthésie. La mortalité est nulle. Un patient a été perdu de l’épine du pubis ;
vue. • une suture en paletot des deux feuillets de l’aponévrose du
grand oblique par un surjet aller-retour en avant du cor-
don ;
• suture du fascia superficialis, de la sous peau et de la peau.
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D’une manière générale, la herniorraphie présente l’avantage récidive. L’intervention est pratiquée par une incision mé-
d’être peu coûteuse et de ne pas comporter de matériel diane sous ombilicale qui permet d’étaler une grande pro-
étranger. Mais du fait du rapprochement sous tension, par thèse renforçant les deux orifices inguinaux.
suture, de structures écartées l’une de l’autre, elle est dou- Cette méthode a fait 1a preuve de son efficacité avec un taux
loureuse, nécessite un arrêt de travail de plusieurs semaines de récidives de l’ordre de 1,5%, mais l’incision qu’elle néces-
et expose au risque de récidive par déchirure des tissus. site est peu adaptée aux exigences actuelles. Il s’agit d’une
Il ressort des données de la littérature que la technique de technique simple, rapide, le clivage rétropariétal prépérito-
Shouldice est celle qui permet des taux de récidive inférieur à néal est facile et extensible.
1% à Toronto pour une cure de hernie inguinale unilatérale. Il Il n’existe pas de risque de lésion des nerfs superficiels ou du
faut remarquer cependant que l’étude de Glassow (5) a com- cordon, mais la dissection itérative est difficile en cas de
porté un taux élevé de perdus de vue : 19% à 5 ans, 25% à 6 récidive herniaire. Il est recommandé pour les récidives her-
ans et 45% à 7 ans. L’étude multicentrique de l’Association de niaires déjà opéré par voie antérieure ou en cas de hernie
recherche en chirurgie, qui n’a comporté que 5,6 % de perdus complexe. Mais il existe un risque infectieux et d’éventration,
de vue avec un recul moyen de 8,5 ans, a mis en évidence un car la voie d’abord utilise la ligne médiane.
taux de récidives de 6,1% pour le Shouldice et de 8,6% pour le La herniorraphie cœlioscopique consiste en une hernioplastie
Bassini. D’autres travaux rapportent des taux de récidives de postérieure avec mise en place d’une plaque dorsale recou-
4 à 15% pour la technique de Shouldice. Une méta-analyse vrant l’ensemble des orifices de la région par voie trans ou
ayant retenu 6 études randomisées a confirmé que le Shoul- extrapéritonéale. À l’instar de la technique de Stoppa, la
dice est la meilleure technique de herniorraphie, mais avec laparoscopie permet de traiter le(s) sac(s) herniaire(s) sans
un taux de récidives qui est en réalité de l’ordre de 5%. aborder le canal inguinal.
Les évaluations économiques montrent enfin que malgré un Cette chirurgie est généralement réalisée en hospitalisation
coût direct faible, le coût global de la technique de Shouldice conventionnelle et sous anesthésie générale avec curarisa-
reste élevé du fait du retard à la reprise des activités norma- tion. En ce qui concerne la technique transpéritonéale, celle-
les. ci présente l’avantage de pouvoir évaluer correctement le
côté controlatéral sans dissection supplémentaire. Mais le
Hernioplasties antérieures point faible de cette technique est représenté par l’incision
C’est à Lichtenstein que revient la paternité du concept « péritonéale et le risque éventuel ultérieur d’occlusion sur
tension-free » (6). Il est proposé de mettre un treillis de poly- bride. Enfin, la visibilité des éléments du prépéritoine est
propylène pour obturer l’orifice herniaire. Celui-ci est appli- nettement moins bonne que par voie sous péritonéale mais la
qué sur la face superficielle de la paroi musculaire au lieu de technique est plus simple (9-12).
suturer ses berges sous traction. En cas de hernie inguinale La voie totalement extrapéritonéale consiste à pénétrer di-
indirecte, le sac est libéré au delà du collet et réintégré sans rectement avec l’endoscope et les instruments dans l’espace
ligature ni résection. En cas de hernie inguinale directe, le sous-péritonéal sans passer par la cavité abdominale, ce qui
sac est enfoui par suture. En cas de hernie inguinoscrotale, le réalise une rétropéritonéoscopie. Elle réalise un Stoppa sans
sac n’est pas réséqué. incision et constitue théoriquement la voie idéale, mais elle
L’absence de traction permet de réduire la douleur postopé- est de réalisation plus difficile. Le taux de récidive à court et
ratoire et le risque de déchirures tous deux responsables des moyen termes fluctue entre 0 et plus de 10 %.
récidives. Ils permettent une reprise immédiate de l’alimen- Théoriquement, l’abord laparoscopique devrait être une mé-
tation et de la déambulation et réduisent la douleur postopé- thode de choix, associant l’efficacité d’une prothèse étalée
ratoire, ce qui contribue à une hospitalisation brève et à une dans l’espace rétropéritonéal à l’absence de cicatrice cuta-
reprise rapide d’activité. Les procédés « tension-free » don- néo-aponévrotique. De plus, elle permet l’inventaire très
nent de bons résultats à long terme, avec un taux de récidives précis des zones de faiblesse de la région inguinale (hernies
inférieur à 1 %. directes, indirectes, fémorales, obturatrices), moins de dou-
Principalement constituées de polypropylène, les prothèses leurs postopératoires, une convalescence plus rapide avec
semblent bien tolérées et sont rarement infectées. Les ex- reprise rapide des activités de la vie quotidienne, une répara-
perts recommandent ainsi les hernioplasties pour traiter les tion facile d’une récidive de hernie (dissection de tissus non
hernies avec affaiblissement du mur postérieur mais, à notre lésés et possibilité de traiter une hernie bilatérale). Il existe
connaissance, aucune étude comparative n’a clairement mon- cependant un certain nombre d’inconvénients, en dehors des
tré de relation entre le stade anatomique des hernies inaugu- complications liées à la herniorraphie : saignement, héma-
rales et les résultats des différentes techniques. De plus, les tome de la paroi abdominale, perforation intestinale, lésion
résultats à long terme des hernioplasties ne sont pas connus. vésicale, anesthésie générale obligatoire, coût et difficulté
Des publications récentes suggèrent que la mise en place d’apprentissage.
d’une prothèse provoque une fibrose cicatricielle évolutive,
Vayre Petit Pazos
pouvant léser de façon retardée les éléments du cordon et les
nerfs de la région. Ce phénomène expliquerait la fréquence La première et seule description de la technique que nous
des douleurs tardives et les obstructions déférentielles après avons utilisée date de 1965 par Vayre, Petit et Pazos de Lima
hernioplastie antérieure. L’impact de la voie d’abord et de la au Pérou (13). Les premières plasties aponévrotiques par ren-
qualité de la prothèse sur les résultats des hernioplasties, forcement du plan postérieur avec un lambeau du grand droit
notamment sur leurs résultats fonctionnels à moyen et long ont été proposées, en réalité, en 1902 par Berger et reprises
terme, devrait être précisé par de nouvelles études et un par Vayre en 1965. Le but était de renforcer la paroi posté-
suivi prolongé des patients. rieure, tout en effectuant des sutures sans tension. Cette
technique de cure de hernie inguinale était utilisée à l’origine
Hernioplasties postérieures pour traiter la hernie inguinale directe chez l’homme.
Dans les années 1970, Stoppa a mis au point un procédé Les auteurs proposent une explication anatomique et physio-
consistant à placer une prothèse en nylon tissé (Dacron) dans pathologique de la hernie directe. Celle-ci résulte de l’affai-
l’espace sous péritonéal (7, 8). La pièce est étalée dans l’es- blissement de la zone « vulnérable » de la paroi postérieure
pace situé entre le péritoine et la face profonde de la paroi du canal inguinal, entre le bord inférieur du tendon conjoint
musculaire et du fascia. Elle est ainsi appliquée contre la et l’arcade crurale. Le fascia transversalis, qui en constitue le
paroi, sous l’effet de la pression abdominale. Elle renforce la seul élément solide, se serait laissé distendre. Cependant, il
zone de faiblesse sans aucun rapprochement des bords de conserverait une certaine valeur de réparation mais certaine-
l’orifice herniaire, éliminant le risque de déchirure et donc de ment insuffisante à assurer seul une réfection de qualité. Le
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petit oblique et le transverse sont eux-mêmes de qualité du nombre de récidive ni de la mortalité ni de l’allongement
amoindrie, et le bord inférieur du tendon conjoint s’est éloi- du séjour en cas d’association d’une cure de hernie par tech-
gné de l’arcade crurale qui, en revanche, conserve presque nique de Lichtenstein et une résection prostatique.
toujours une texture de qualité satisfaisante. Cette arcade
représente le pilier de la réparation, d’où la nécessité d’évi-
ter les procédés de réparation qui l’amoindriraient en exer- Conclusion
çant des tractions trop importantes et permanentes. C’est la
raison pour laquelle les procédés fondés sur l’abaissement du Les données de la littérature actuelle ne permettent pas de
tendon conjoint à l’arcade crurale sont inadaptés à la cure de se prononcer de manière formelle sur la technique de réfé-
ce type de hernie, puisque ces deux éléments sont éloignés rence des cures de hernie inguinale.
l’un de l’autre. Dans l’étude, nous avons reproduit exacte- La technique de Vayre et Petit Pazos offre néanmoins des
ment la technique de Vayre Petit Pazos. Il faut noter que la résultats comparables aux autres techniques de herniorra-
suture de l’aponévrose du grand oblique peut se faire soit en phies, hernioplasties ou cure cœlioscopique. Cependant, si les
avant soit en arrière du cordon, cette suture rétro-funiculaire techniques avec mise en place d’une plaque sont de plus en
étant utilisée pour les parois de qualité très médiocre. plus utilisées, il existe encore une place pour les procédés de
Ainsi, la technique est indiquée chaque fois que la paroi pos- réparation anatomiques, car l’absence de matériel permet
térieure du canal inguinal est de mauvaise qualité, lorsque le d’éviter les risques infectieux et de limiter les coûts.
tendon conjoint est atrophique, rétracté à distance de l’ar-
cade crurale, ou s’il apparaît que la suture classique de Bassi-
ni risque de s’effectuer sous tension. Les promoteurs de cette Références
technique n’ont jamais rencontré d’obstacle à la réalisation
de celle-ci qui peut également être proposée en cas de réci- 1. Pélissier E. Anatomie chirurgicale des hernies de l’aine. Encycl
dive herniaire après une première cure par le procédé de Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris,
Bassini. Les hernies bilatérales peuvent également être opé- tous droits réservés), Techniques chirurgicales - Appareil digestif,
rées ainsi, à condition que les sutures soient réalisées sans 40-105, 2000, 9 p.
aucune traction, qu’il n’y ait pas de difficultés techniques, 2. Pélissier E. Traitement chirurgical des hernies inguinales par voie
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que n’apparaisse pas de hiatus au bord externe du droit après Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Techniques chirurgicales
la taille du premier lambeau. La cure de hernie bilatérale leur - Appareil digestif, 40-110, 2000, 11 p.
apparait contre-indiquée en cas de sujets obèse, grand tous- 3. Pélissier E, Marre P et Damas JM. Traitement des hernies inguina-
seur ou insuffisant respiratoire. les. Choix d’un procédé. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et
Sur une série de 81 patients ayant eu une cure de hernie in- Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Techniques
guinale directe par ce procédé, aucune complication postopé- chirurgicales - Appareil digestif, 40-138, 2000, 4 p.
ratoire, qu’elle soit locale ou générale, n’a été observée. La 4. Wantz GE. The operation of Bassini as described by Attilio Catteri-
na. Surg Gynecol Obstet 1989;168:67-80.
mortalité est nulle. Les malades ont été vus au terme de la
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première année postopératoire : Can Med Assoc J 1973;108:308-13.
• aucune altération morphologique épididymo-testiculaire n’a 6. Amid PK. Lichtenstein tension free hernioplasty: its inception,
été notée ; evolution, and principles. Hernia 2004;8:1-7.
• une cicatrice rouge saillante de type chéloïde a été notée, 7. Marre P, Damas JM, Pelissier EP. [Progress in the treatment of
indolore, inesthétique ; inguinal hernia]. J Chir (Paris) 2000;137:151-4.
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résiduelles, après marche prolongée, mais les douleurs ont l’aine de l’adulte. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médi-
cales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Techniques chirur-
cédé après infiltration locale de procaïne ; gicales – Appareil digestif, 40-115, 2000, 7 p.
• aucune récidive n’a été notée. 9. Bittner R, Sauerland S, Schmedt CG. Comparison of endoscopic
Les résultats de l’inguinoplastie ont également été évalués techniques vs Shouldice and other open nonmesh techniques for
après plus de deux ans et demi de recul sur une série de inguinal hernia repair: a meta-analysis of randomized controlled
73 plasties : 1 faiblesse pariétale résiduelle par hernie interne trials. Surg Endosc 2005;19:605-15. Epub 2005 Mar 28.
au bord externe du grand droit sans gêne, 3 perdus de vus 10. Dulucq JL, Himpens J. Traitement des hernies inguinales par lapa-
après 1 an. roscopie, chirurgie laparoscopique totalement extra péritonéale,
chirurgie laparoscopique transabdominale prépéritonéale. EMC
Tentative de synthèse Elsevier SAS Paris, techniques chirurgicales, appareil digestif, 40-
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L’analyse de la littérature concernant les techniques chirurgi- 11. Fitzgibbons RJ Jr, Camps J, Cornet DA, et al. Laparoscopic ingui-
cales de réparation des hernies inguinales montre des taux de nal herniorrhaphy. Results of a multicenter trial. Ann Surg.
récidives variant de 1 à 10%, avec un pourcentage de perdus 1995;221:3-13.
12. Fromont G. Technique de hernioplastie par voie transabdomino-
de vue variant de 5 à 19% à cinq ans (9-12, 14-21). Il y a peu
prépéritonéale. EMC (Elsevier SAS, Paris), Techniques chirurgica-
de différence en termes de complications majeures. les - Appareil digestif, 40-137-B, 2006.
La technique de Vayre Petit Pazos, que nous avons utilisée, se 13. Vayre P, Petit Pazos C. Utilisation d’un lambeau de la gaine apo-
classe parmi celles donnant le moins de récidives (1,2% dans névrotique du muscle grand droit de l’abdomen pour la cure chi-
notre série, bien que nous n’ayons perdu de vue qu’un seul rurgicale de la hernie inguinale directe chez l’homme, technique
malade sur 83 opérés). et résultats. J Chir (Paris) 1965;90:63-74.
En faveur des techniques laparoscopiques plaident une moin- 14. Berndsen F, Arvidsson D, Enander LK, et al. Postoperative conva-
dre durée de séjour hospitalier, moins de consommation d’an- lescence after inguinal hernia surgery: prospective randomized
multicenter study of laparoscopic versus Shouldice inguinal hernia
talgiques et un délai de convalescence plus court (9) mais repair in 1042 patients. Hernia 2002;6:56-61.
elles obligent à mettre en place un matériel prothétique. 15. Fleming WR, Elliott TB, Jones RM, Hardy KJ. Randomized clinical
L’existence d’un adénome de prostate est un élément contri- trial comparing totally extraperitoneal inguinal hernia repair with
buant à majorer l’hyperpression abdominale. Dans notre the Shouldice technique. Br J Surg 2001;88:1183-8.
étude réalisée en milieu urologique, les résections endoscopi- 16. Juul P, Christensen K. Randomized clinical trial of laparoscopic
ques de prostate ont été effectuées dans la même séance versus open inguinal hernia repair. Br J Surg 1999;86:316-9.
opératoire que la cure de hernie. En associant les deux ges- 17. Leibl BJ, Daubler P, Schmedt CG, Kraft K, Bittner R. Long-term
results of a randomized clinical trial between laparoscopic hernio-
tes, il n’y a eu ni augmentation du nombre de récidives cons-
plasty and shouldice repair. Br J Surg 2000;87:780-3.
tatées ni complication induite. Notre expérience confirme 18. Lorenz D, Stark E, Oestreich K, Richter A. Laparoscopic hernio-
l’étude de Gonzales (22) qui n’a pas montré d’augmentation plasty versus conventional hernioplasty (Shouldice): results of a
e-mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie, 2008, 7 (2) : 26-32 32
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