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Illusion Groupale Anzieu

L'illusion groupale, concept développé par Didier Anzieu en 1971, désigne un état psychique collectif où les membres d'un groupe ressentent une unité et une confiance mutuelle, souvent après une phase d'angoisse. Ce phénomène, qui joue un rôle crucial dans la dynamique de groupe, est considéré comme une défense contre les angoisses de morcellement et de persécution. L'illusion groupale permet aux membres de créer ensemble, tout en étant susceptible de devenir aliénante si elle est trop tôt remise en question.

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Illusion Groupale Anzieu

L'illusion groupale, concept développé par Didier Anzieu en 1971, désigne un état psychique collectif où les membres d'un groupe ressentent une unité et une confiance mutuelle, souvent après une phase d'angoisse. Ce phénomène, qui joue un rôle crucial dans la dynamique de groupe, est considéré comme une défense contre les angoisses de morcellement et de persécution. L'illusion groupale permet aux membres de créer ensemble, tout en étant susceptible de devenir aliénante si elle est trop tôt remise en question.

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ILLUSION GROUPALE

Didier ANZIEU

L'illusion groupale est un état psychique collectif


que les membres du groupe formulent ainsi : « nous
sommes bien ensemble, nous constituons un bon
groupe, et (si le chef ou le moniteur du groupe par-
tage cet état) nous avons un bon chef (ou un bon
moniteur) ».

Ce concept a été créé en 1971_par D^Anzieu. Il


s'inscrit dans la ligne des réflexions psychanalytiques
de S. Freud sur la vie culturelle et sociale. Freud, dans
Totem et tabou (1912-1913) au chapitre 2, a décrit
l'illusion artistique, l'illusion religieuse, l'illusion philo-
sophique, dont les « caricatures » lui paraissaient res-
pectivement fournies par l'hystérie, par la névrose
obsessionnelle et par la paranoïa. Dans « Psychologie
et analyse du moi », au chapitre 5 (1921), il a précisé,
à propos de deux « groupes artificiels », l'Église et l'Ar-
mée, le rôle cohésif de l'illusion selon laquelle le leader
(Dieu, le commandant en chef) aime d'un amour égal
tous les membres du groupe, qui, à leur tour, s'aiment
les uns les autres comme des frères. Cette illusion, que
l'on a proposé de dénommer « sociétale », reproduit le
renoncement infantile desTreres et sœurs au désir
d'être chacun le préféré du père. Elle fonde l'essence
du groupe sur un double lien libidinal à l'imago pater-
nelle et à ce que Béjaraiio a appelé l'imago fraternelle.
La mise à jour de cette illusion a contribué à per-
mettre à Freud de concevoir une nouvelle instance
psychique, l'Idéal du Moi (dont il différencie ensuite le
133
Surmoi) et de modifier sa conception du dualisme pul-
sionnel (en opposant ultérieurement aux pulsions de
vie, groupées sous le terme d'Éros, les pulsions de
mort).
D. Winnicott a repris le terme d'illusion en lui don-
nant un sens particulier dans la psychogenèse de l'en-
fant. Ayant découvert l'existence d'« objets et phéno-
mènes transitionnels » (1953) chez le tout-petit, il a
montré l'importance de l'« aire d'illusion », ou « espace
potentiel », pour le développement du jeu, de la créati-
vité, de l'expérience culturelle. Si l'environnement pri-
maire (qui est ici surtout envisagé comme maternel)
favorise l'établissement de cette aire, le bébé acquiert le
sentiment d'une continuité « transitionnelle » entre la
réalité psychique interne et la réalité extérieure, et
prend confiance dans sa capacité d'agir sur cette der-
nière. (L'étape suivante, celle de la désillusion, l'amène
à renoncer à une omnipotence magique, tout en pré-
servant la croyance en son pouvoir de maîtriser le
monde externe, à condition d'en observer les lois.) Une
des techniques favorites de Winnicott dans la cure psy-
chanalytique des enfants, le jeu du « squiggle » (grif-
fonnage ou dessin commencé par le psychothérapeute,
continué par l'enfant et accompagné de verbalisations
mutuelles) vise à explorer les failles anciennes qui ont
perturbé l'expérience d'illusion et à rétablir une aire
transitionnelle dans sa plénitude et sa fécondité.

1. L'illusion groupale survient au second temps de


révolution~"diu"n~'fr'oùpe, àpres"une .prërriiërë phase
généralement dominée par l'angoisse persécutive. D'où
le sentiment réactionrïel d'euphorie d'être délivré de
cette angoisse. L'illusion groupale cimente alors l'unité
du groupe, ce qui est une source de jubilation supplé-
mentaire pour les membres. Elle est à l'évolution d'un
134
groupe ce que le stade du miroir est à l'évolution de
l'enfant : une étape nécessaire mais aussi aliénante,
fondatrice du narcissisme groupai.
2. L'illusion groupale est unjêtaj., non un processus.
Si elle sê~^roTôngë7"°ëT[e" devient une résistance au pro-
cessus groupàTet à la phase suivante dlTHésillusiorïT"
~3T~STeTle est interprétée trop tôt, voire dénoncée par
le leader ou par certains membres, l'illusion groupale
n'a fpas le-~ temps
__KU_ de faire«™,~fcu..,,,
du groupe . „ £ „ „un
„ , „ obi et libidinal
„ J,,,...,„-™-~™-..
commun, intériorise par chacun sur le modèle du pre-
mièr""ôbjet d'amour individuel de l'enfant : d'où le déni
de la perte de cet objet et l'exaltation de ses retrou-
vailles.
4. Dans les institutions sociales, la tentative de
constituer des petits groupes spontanés, et la tentation
de l'illusion groupale sont souvent des compensations
à la désillusion institutionnelle (G. Testemale, J.B. Cha-
pelier, 1984). L'illusion groupale émerge sur le fond
d'une niéfiance réciproque entre les groupes et les ins-
titutions. —.-«»„„.,., - -—
~"5T~L'illusion groupale apporte aux membres une
confiance de base dans leur groupe, qui est proprement
~-**~rJ—^'~""^™^rM»~«^!««^'w»=B^*--=w«B TIT- • _i_j_ • r-
« transitionneiie » au sens Winmcottien : confiance en
une double continuité entre la réalité psychique interne
individuelle et la réalité psychique interne groupale ;
entre celle-ci et le secteur de la réalité externe, phy-
sique et sociale, où le groupe poursuit ses objectifs.
Elle apporte aux membres du groupe la capacité de
jouer, d'imaginer, de se cultiver, de créer ensemble.
6. Trois phénomènes accompagnent le moment de
l'illusion grôupâTêTaj un membre du groupe devient
la victime émissaire de celui-ci ; il fixe ainsi sur lui
l'agressivité collective latente ; b) une idéologie égalita-
riste affirme la similitude des membres entre eux, en
niant les différences de sexe, de génération, etc. ; c) un
roman groupai des origines apparaît qui soutient l'uto-
pie d'une parthénogenèse groupale selon laquelle
« nous ne devons la conception et la naissance de
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notre groupe à personne qu'à nous-même ; notre
groupe s'autoengendre », dans une création continue,
par un acte renouvelé de commencement absolu.

Métapsychologie
1. L'illusion groupale est une défense Jiynoma-
niaque collective contre les angoisses, avivées par la
situation de groupe, de morcellement (l'unité moïque
de chacun étant mise en question par la co-présence
d'un assez grand nombre d'autres personnes) et de
persécution (le groupe étant vécu comme une hydre à
têtes multiples, sur le mode dévorant-dévoré).
2. L'illusion groupale repose sur un clivage collectif

sions destructrices sont clivées des précédentes et pro-


jetées soit sur une victime émissaire interne ou péri-
phérique au groupe soit sur l'out-group. A. Béjarano
(1971) a décrit, dans les séminaires de formation alter-
nant les situations de petit groupe et de groupe large,
un clivage du transfert, négatif sur le groupe large
(voué ainsi au silence, à l'apathie, à la manipulation, à
l'autodestruction), positif sur le petit groupe (voué
ainsi à l'illusion groupale). D. Anzieu (1975) a montré
que les fantasmes de casse constituent la contrepartie,
propre aux situations plurielles, de l'illusion groupale.
3. L'illusion groupale est llllusion - nécessaire à un
certain stade du processus groupai - que le groupe
puisse constituer un objet total. C'est une illusion-
écran contre la régression à la relation aux objets par-
tiels, suscitée par la situation de groupe. L'illusion
groupale se fait l'héritière d'une relation massive au
sein idéalisé, clivé comme M. Klein l'a montré, du sein
persécuteur.
4. L'illusion groupale prqpp,se, pour organisateur
psychique inconscient du groupe, une imago (non plus
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paternelle comme dans les groupes étudiés par Freud)
mais maternelle, l'imago d'une mère toute-puissante et
toute bonne pour ses enfants, qui, par fusion en elle,
s'imaginent participer de son omnipotence narcissique.
L'illusion groupale provient de la substitution, au Moi
idéal "de chacun, d'un Moi idéal unique, partagé et
a-conflictuel (à la différence des groupes étudiés
par Freud" et s'organisant autour d'un Idéal du Moi
commun).

BIBLIOGRAPHIE
ANZIEU D., L'illusion groupale, Nouvelle Revue de Psychanalyse,
1971, n° 4, pp. 73-93. Texte repris in : Le groupe et l'incons-
cient, Paris, Dunod, 1975, Nouvelle édition refondue,
1981.
BEJARANO A., Résistance et transfert dans les groupes, in :
D. Anzieu et coll., Le travail psychanalytique dans les groupes,
tome 1, Dunod, 1972.
BEJARANO A., Le clivage du transfert dans les groupes, Perspec-
tives psychiatriques, 1971, 11° 33, pp. 15-22.
FREUD S., Totem et tabou, 1912-1913 ; G W IX, p. 91 ; SE, XIII,
p. 73 ; trad. fr., Payot, 1971, p. 88.
FREUD S., Psychologie des masses et analyse du moi, 1921,
Nouv. trad. fr. in : Essais de Psychanalyse, Payot, 1981,
p. 154.
TESTEMALE G. et CAPELIERJ.B., Groupes thérapeutiques et
institutions soignantes, Bulletin de Psychologie, 1983-1984,
37, n° 363, pp. 195-204 (voir p. 202).
WlNNlCOTT D., Objets transitionnels et phénomènes transi-
tioiinels, 1953, trad. fr. in : Jeu et réalité, Paris, Gallimard,
1975.

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