P S Y C H O S U P
11 grandes notions
de neuropsychologie
Sébastien Montel
Illustration de couverture
Franco Novati
©©Dunod,
Dunod, 2014
2016
5 rueLaromiguière,
5 rue Laromiguière, 75005
© Dunod, 201475005Paris
Paris
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5 rue Laromiguière, 75005 Paris
ISBN 978-2-10-070528-9
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ISBN 978-2-10-070643-3
ISBN 978-2-10-070528-9
Table des matières
Introduction 1
Chapitre 1 L’attention 5
1. Définition 7
2. Les différents modèles de l’attention 9
2.1 Le modèle du filtre attentionnel
de Broadbent (1958, 1971) 9
2.2 Les modèles de ressource attentionnelle 11
2.3 Les modèles de systèmes de contrôle 15
2.4 Les modèles en réseaux de neurones 23
3. Évaluation 30
Conclusion 33
Chapitre 2 La mémoire de travail 37
1. Définition 39
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
2. Évolution du concept de mémoire 39
3. Les différents modèles 40
3.1 Le modèle séquentiel (Atkinson et Shiffrin, 1968) 40
3.2 Le concept de mémoire de travail
(Baddeley et Hitch, 1974 ; Baddeley, 1986) 42
3.3 Remise en question du modèle de Baddeley 47
3.4 Le fonctionnement de l’administrateur central 50
4. Anatomie de la MDT 53
5. Évaluation 57
IV 11 grandes notions de neuropsychologie
6. Cas clinique 59
Conclusion 63
Chapitre 3 La mémoire épisodique 67
1. Définition 69
2. L’encodage 69
3. Évaluation 71
4. Cas clinique 73
4.1 Données sociodémographiques 73
4.2 Motif de la consultation 73
4.3 Anamnèse 73
4.4 Bilan neuropsychologique 73
5. Bilan 75
Conclusion 75
Chapitre 4 La mémoire autobiographique 77
1. Définition 79
2. Distribution temporelle 82
3. Le modèle constructiviste 84
4. Évaluation 85
Conclusion 112
Chapitre 5 La mémoire sémantique 115
1. Définition 117
2. Les théories de l’activation 121
Table des matières V
2.1 Le modèle Teachable Language Comprehender
(Quillian, 1967) 121
2.2 Le modèle de comparaison de caractéristiques
(Smith et al., 1974) 124
3. Évaluation 125
4. Cas clinique 127
4.1 Données sociodémographiques 127
4.2 Motif de la consultation 128
4.3 Anamnèse 128
4.4 Bilan neuropsychologique 128
Conclusion 130
Chapitre 6 Les praxies 133
1. Définition 135
2. Les praxies 135
3. L’apraxie 136
4. La dyspraxie 138
5. Évaluation 139
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
6. Cas clinique 140
6.1 Données sociodémographiques 140
6.2 Motif de la consultation 140
6.3 Anamnèse 140
6.4 Bilan neuropsychologique 141
Conclusion 143
VI 11 grandes notions de neuropsychologie
Chapitre 7 Le syndrome dysexécutif comportemental 145
1. Introduction 147
2. Évaluation 150
3. Cas clinique 152
3.1 Données sociodémographiques 152
3.2 Motif de la consultation 152
3.3 Anamnèse 152
3.4 Bilan neuropsychologique 153
3.5 Conclusion 155
Conclusion 155
Chapitre 8 Les gnosies 159
1. Définition 161
2. L’agnosie 161
3. Évaluation 164
4. Cas clinique 167
Conclusion 172
Chapitre 9 Les fonctions exécutives 173
1. Définition 175
2. Évaluation 176
3. Cas clinique 177
Conclusion 181
Table des matières VII
Chapitre 10 La théorie de l’esprit 183
1. Définition 185
2. Les différents modèles de la théorie de l’esprit 186
3. Évaluation 191
4. Bases anatomo-fonctionnelles
de la théorie de l’esprit 196
5. Cas clinique 201
Conclusion 204
Chapitre 11 L’empathie 209
1. Définition 211
2. Développement de l’empathie 213
2.1 Le modèle de Bruce et Young (1986) 215
2.2 Le modèle de Haxby et al. (2000) 216
2.3 Le modèle de reconnaissance des émotions faciales
(Adolphs, 2002) 217
3. Bases anatomo-fonctionnelles
de l’empathie 219
3.1 Le modèle cérébral de l’empathie
de Decety et Lamm (2006) 221
4. Évaluation 223
Conclusion 224
Index des notions 227
À ma sweet Lou…
Introduction
La neuropsychologie est une discipline ancienne (seconde
moitié du xixe siècle) née de l’interaction entre la neurologie,
la psychologie et la psychiatrie, qui bénéficie depuis quelques
années de l’essor des neurosciences. Il s’agit d’une discipline
scientifique qui étudie les fonctions cognitives dans leurs
rapports avec les structures cérébrales. Le rôle du neuropsycho-
logue est d’évaluer la nature et l’importance des troubles des
fonctions cérébrales (mémoire, attention, langage, fonctions
exécutives…) à la suite d’un dysfonctionnement du cerveau.
On relève une évolution de la pratique ces dernières années
puisque le neuropsychologue n’est plus seulement confronté
à des sujets présentant des lésions neurologiques, mais aussi
à d’autres populations, comme celle des sujets présentant des
troubles psychiatriques par exemple.
Les fonctions cognitives sont les capacités de notre cerveau
qui nous permettent notamment de communiquer, de perce-
voir notre environnement, de nous concentrer, de nous
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
souvenir d’un événement ou d’accumuler des connaissances.
Dans cet ouvrage, nous avons choisi de traiter un certain
nombre de fonctions cognitives majeures qui impactent la
vie quotidienne de l’individu, sans prétention d’exhaustivité.
Ainsi, nous aborderons : l’attention, la mémoire, les praxies,
les gnosies, le syndrome dysexécutif, les fonctions exécutives,
pour terminer avec la cognition sociale.
La mémoire est un vaste sujet difficile à synthétiser. En effet,
la mémoire humaine n’est pas un processus unitaire. Au niveau
psychologique, les recherches suggèrent que différents types de
mémoire sont à l’œuvre chez l’être humain. Il semble d’ailleurs
2 11 grandes notions de neuropsychologie
de plus en plus probable que ces systèmes mettent en jeu des
circuits cérébraux différents.
La mémoire est la persistance de connaissances générales
sur le monde ainsi que de données plus personnelles. Cette
dernière n’est toutefois pas entièrement fidèle et subit des
transformations à la suite des reconstructions tributaires du
traitement en parallèle de l’information dans le cortex. En
effet, quand on perçoit quelque chose, notre cerveau associe la
forme, la couleur, l’odeur, le son, etc. d’un objet. C’est la rela-
tion entre ces réseaux neuronaux qui constitue notre percep-
tion de cette chose. Il est ensuite nécessaire de reconstruire à
chaque fois ces relations pour se rappeler cette chose.
Aussi, dans nos systèmes mnésiques, les informations isolées
se mémorisent moins bien que les informations associées à
des connaissances existantes. Plus il y a d’associations entre
nouveautés et déjà connu, plus l’apprentissage est facile.
Certains facteurs comme le niveau de vigilance, la moti-
vation ou l’état émotionnel sont susceptibles d’influencer
le fonctionnement mnésique. L’attention est en effet indis-
pensable à la mémorisation. L’effort conscient d’intégration
d’informations améliore les capacités mnésiques. Nous abor-
derons ici la mémoire de travail, la mémoire épisodique ainsi
que l’une de ses composantes, la mémoire autobiographique,
pour terminer avec la mémoire sémantique.
Les fonctions exécutives sont des habilités du cerveau
permettant l’adaptation à des situations nouvelles, non auto-
matisées. Les fonctions exécutives regroupent ainsi l’élabo-
ration de stratégies, la planification des tâches à accomplir,
le maintien de l’attention et la surveillance de l’avancement
des tâches jusqu’à la réalisation du plan, la flexibilité mentale
ainsi que le contrôle de l’inhibition. Ces fonctions neuroco-
gnitives interagissent et collaborent avec les autres fonctions
supérieures, à des fins d’adaptation, de raisonnement et fina-
lement de prise de décision dans tout type de situation.
Introduction 3
La cognition sociale désigne l’ensemble des processus cogni-
tifs à l’œuvre dans les interactions sociales comme la percep-
tion et l’interprétation des signaux sociaux (regard, expressions
faciales, attitude, etc.) et la génération des réponses néces-
saires pour déterminer les intentions, les dispositions et les
comportements des autres (Brothers, 1990). Ces processus
nous permettent d’inférer et de comprendre le comporte-
ment d’autrui et d’adapter notre comportement en retour
selon la situation sociale. Leur intégrité est donc essentielle
à la communication humaine et à des interactions sociales
harmonieuses.
Selon Krolak-Salmon et al. (2008), « la cognition sociale
regroupe l’ensemble des fonctions cognitives intervenant dans
les interactions entre individus d’une même société depuis
la détection des messages sociaux, comme l’expression des
émotions, l’attribution des états mentaux et des intentions
d’autrui (prise de perspective ou théorie de l’esprit), l’empathie,
jusqu’à l’intégration de multiples indicateurs sociaux ».
Dans cette perspective, la qualité des interactions sociales
dépend de la création d’un environnement social harmonieux.
Pour cela, il est nécessaire de développer certaines habiletés
afin de rendre l’échange cohérent, approprié au contexte, et au
cours duquel les interlocuteurs se comprennent mutuellement.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Le terme est né dans le cadre de la psychologie sociale durant
la « révolution cognitive » des années soixante et du début des
années soixante-dix. La cognition sociale est un domaine vaste
qui comprend les différentes compétences qui interviennent
dans la connaissance et le comportement sociaux, incluant
l’adaptation sociale, le contrôle des impulsions, le dévelop-
pement d’une empathie pour les autres, le comportement en
société et dans les relations interpersonnelles. Elle fait inter-
venir ainsi toutes les fonctions qui contribuent à la naissance
de la réponse comportementale dans une interaction sociale,
comme la perception des signaux sociaux, la motivation,
4 11 grandes notions de neuropsychologie
l’émotion, l’attention, la mémoire et la capacité de prise
décision (Adolphs, 2001).
Nous aborderons dans cette partie deux notions importantes
de la cognition sociale : la théorie de l’esprit et l’empathie.
Cet ouvrage se veut didactique. Il est divisé en notions,
chacune renvoyant à une fonction cognitive particulière.
Chaque chapitre débute par une présentation des concepts
étayée par de courtes définitions. Sont présentés ensuite
les outils d’évaluation disponibles pour apprécier les diffé-
rentes fonctions abordées, puis des illustrations issues de cas
cliniques1.
Références bibliographiques
Adolphs, R. (2001). The neurobiology of social cognition. Current
Opinion in Neurobiology, 11, 231-239.
Brothers, L. (1990). The social brain : A project for integrating
primate behaviour and neurophysiology in a new domain. Concepts
in Neuroscience, 1, 27-51.
Krolak-Salmon, P., Bediou, B., D’Amato, T. (2008). La cognition
sociale dans les démences dégénératives. NPG Neurologie-
Psychiatrie-Gériatrie, 8, 1, A16.
1. Un grand merci à Mylène Meyer et à Anaick Besozzi, neuropsycholo-
gues au CHU de Nancy, auteurs des cas cliniques de cet ouvrage.
1
Cha
pi
tre
L’ATTENTION
aire
m
So m
1. Définition.......................................................................7
2. Les différents modèles de l’attention........................ 9
3. Évaluation................................................................... 30
Conclusion.......................................................................33
1. Définition
D’après la définition du dictionnaire, l’attention est une
tension de l’esprit vers un objet à l’exclusion de tout autre. Selon
Condillac, « cette opération par laquelle notre conscience, par
rapport à certaines perceptions, augmente si vivement qu’elles
paraissent les seules dont nous ayons pris connaissance, je
l’appelle attention ».
Le mot attention vient du latin attentio, lui-même dérivé
de attendere, qui signifie « tourner son esprit vers ». L’intérêt
pour cette notion n’est pas nouveau. Les philosophes en ont
fait un objet de discussions plus ou moins productives. Une
définition fréquemment citée est celle de W. James (1890) :
« It is the taking possession by the mind, in clear an vivid
form of one out of what seem several simultaneously possible
objects or train of thoughts. Focalisation, concentration of
consciousness are of its essence. It implies withdrawal from
some things in order to deal better with others. » Nous retien-
drons dans cette définition l’aspect sélectif de l’attention. On
remarque par ailleurs les changements qualitatifs de l’attention
en fonction de l’information traitée ou des opérations qui sont
sous son contrôle (Camus, 2001).
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Ribot (1889) introduit, quant à lui, une première distinction
entre ce qu’il appelle « attention spontanée » ou « automatique »
et « attention volontaire » ou « artificielle », distinction toujours
d’actualité : l’attention spontanée a une origine biologique et
dépend de l’état et des motivations du sujet (comme dans le
rapport proie-prédateur par exemple). L’attention volontaire
est en revanche le fruit de la civilisation et de l’éducation, elle
est volontairement dirigée vers les objets. Ribot définit ainsi
l’attention comme « un état intellectuel, exclusif ou prédomi-
nant, avec adaptation spontanée ou artificielle de l’individu ».
8 11 grandes notions de neuropsychologie
Cette distinction entre attention spontanée et attention
volontaire a été reprise par les neuropsychologues. Luria,
par exemple, insiste sur la dimension sociale de l’attention
volontaire. La neurophysiologie s’est également penchée
sur cette fonction pour essayer de la comprendre : est-elle la
conséquence de mécanismes neurophysiologiques à l’origine
des différents aspects de l’attention (théorie de causalité ou
de modularité de l’attention) ou est-elle simplement le reflet
d’un effort supplémentaire du sujet face à certains événements
saillants dans un fonctionnement global (théorie globaliste de
l’attention) ?
L’attention a un rôle essentiel dans le fonctionnement
humain. En effet, elle est un prérequis à toute autre fonc-
tion cognitive. Autrement dit, sans attention, on ne peut pas
mémoriser, penser, exécuter. Selon Moskovitch (1994), « tout
comme l’apprentissage constitue probablement un mécanisme
central lors de la récupération de fonctions après une lésion
cérébrale, l’attention constitue le prérequis à un apprentissage
adéquat ».
L’attention est donc quasiment omniprésente, ce qui rend
son étude difficile. Une grande variété d’opérations mentales et
comportementales impliquent des phénomènes attentionnels :
sélectionner les informations, focaliser l’attention, mobiliser
ses ressources attentionnelles pour maintenir une concentra-
tion ou un effort, résister à la distraction, contrôler de façon
cohérente et flexible l’activité, etc. sont autant d’exemples qui
illustrent la grande variabilité des opérations attentionnelles et
des processus sous-jacents, indiquant ainsi que l’attention n’est
pas une opération mentale unitaire (Camus, 1996). Dans cet
aspect multiple, Cohen (1993), par exemple, distingue diffé-
rents processus : la sélection de l’information, les ressources
attentionnelles, le contrôle de la réponse et de l’activité et
l’attention soutenue.
L’attention 9
On observe également que l’efficience attentionnelle varie
au cours de la journée, ou d’un jour à l’autre, chez un même
individu : elle diffère selon les tâches et les situations. Ce
phénomène semble également impliquer différents processus
(Camus, 1996).
Dans les définitions précédentes, on a fait référence au fait
que l’attention allait être dirigée vers quelque chose de particu-
lier. Se dégage ici une notion de sélection de l’information vers
laquelle l’attention se dirige. Comment s’opère cette sélection ?
Comment s’organisent les différents processus attentionnels
lors du traitement de l’information ? Différents modèles théo-
riques tentent de répondre à ces questions. Nous ferons ici un
bref exposé des plus importants dans la compréhension des
processus attentionnels.
2. Les différents modèles de l’attention
2.1 Le modèle du filtre attentionnel
de Broadbent (1958, 1971)
La théorie du filtre de Broadbent (1958, 1971) tente d’ex-
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
pliquer comment le cerveau traite l’excès d’information,
qu’il reçoit simultanément des différents organes sensoriels.
Broadbent est l’un des premiers auteurs à suggérer que le
système cognitif serait structuré en plusieurs étapes de trai-
tement. La première est représentée par les différents canaux
sensitifs fonctionnant en parallèle et simultanément. La
seconde étape est représentée par un canal unique possédant
une faible vitesse de traitement de l’information et une capa-
cité limitée. Ce canal ne pourrait sélectionner qu’un seul canal
sensoriel à la fois : accepter une information d’un canal senso-
riel équivaudrait à y engager son attention, les informations
10 11 grandes notions de neuropsychologie
des autres canaux d’entrée étant maintenues temporairement
en mémoire à court terme (MCT) et renouvelées de façon active
pour ne pas disparaître, ou effacées par les nouvelles informa-
tions entrantes, les informations traitées par le canal central
étant stockées dans la mémoire à long terme (MLT). Broadbent
suggère que l’attention est un mécanisme filtrant situé entre
les canaux d’entrée et le canal central (Camus, 1998).
L’expérience la plus directe parmi celles réalisées par
Broadbent est celle dite de « l’empan divisé ». Il s’agit de
présenter deux séries de trois lettres, une à chaque oreille, de
sorte que le sujet les reçoive de façon synchrone (par exemple
A-C-E à une oreille et B-D-F à l’autre). Lors du rappel, le sujet
répétera les séquences telles qu’elles ont été produites, c’est-
à-dire « A-C-E » et « B-D-F » (ou B-D-F et A-C-E en fonction de
l’orientation de l’attention vers l’une ou l’autre oreille), et non
« A-B-C » ou « D-E-F ». Broadbent a émis l’hypothèse que le sujet
prêtait attention à une première oreille, puis allait rechercher la
trace mnésique du matériel présenté à l’autre oreille (Leclercq,
2002).
Ce modèle est également qualifié de filtre « précoce » ou
« périphérique », la sélection s’opérant dans les premières
étapes du traitement de l’information et reposant principa-
lement sur les caractéristiques physiques du signal (inten-
sité, fréquence, etc. ; Leclercq, 2002). De ce fait, ce modèle a
rapidement été remis en cause, la sélection de l’information
ne pouvant pas uniquement se faire sur des caractéristiques
physiques. Différentes expériences ont montré que la sélection
et le traitement des informations entrantes se faisaient égale-
ment selon un mode sémantique.
Une autre critique concernant ce modèle est qu’il ne prend
pas suffisamment en compte la composante intensive de l’at-
tention, c’est-à-dire la quantité d’effort investie dans la focali-
sation de l’attention. C’est pour cela que Kahneman a proposé
un autre modèle.
L’attention 11
Senses receptors
Short Term Memory
Selective filter
Limited capacity
channel
Conditional Output regulation
probabilitises of system
past events
Response
Figure 1.1 – Représentation schématique du modèle du filtre attentionnel
de Broadbent (d’après M. Leclercq, 2002)
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Selon le modèle de Broadbent, l’attention serait un filtre
« atténuateur », un filtre sélectionnant les stimuli selon leurs
caractéristiques physiques.
2.2 Les modèles de ressource attentionnelle
2.2.1 Le modèle de Kahneman (1973)
En 1973, Kahneman propose le premier modèle attentionnel
intégrant la notion d’effort, qu’il identifie comme étant la
composante intensive et volontaire de l’attention. Dans ce
12 11 grandes notions de neuropsychologie
modèle, le système cognitif disposerait de « ressources atten-
tionnelles », de quantité limitée (comme pour Broadbent),
déterminant la qualité, l’efficience et la profondeur du trai-
tement cognitif effectué : plus la quantité investie est grande,
meilleur sera le traitement effectué. Si deux informations
arrivent en même temps, l’aspect limité des ressources ne
permet pas d’attribuer la même quantité aux deux tâches
simultanément. Si l’attention se focalise sur l’une des tâches,
celle-ci sera mieux traitée, l’autre ne l’étant que si les ressources
résiduelles le permettent. En revanche, en situation d’atten-
tion partagée, les deux tâches seront traitées avec un certain
niveau de performance (diminué par rapport au traitement
d’une tâche à la fois), les ressources étant partagées entre ces
deux tâches. Ce modèle permet d’expliquer notre capacité à
effectuer deux choses à la fois, à condition que l’effort atten-
tionnel requis par les deux tâches n’excède pas la capacité
totale du réservoir attentionnel (Camus, 1998). Kahneman
suppose que la quantité de ressources disponibles, et donc
leurs répartitions pour le traitement cognitif, dépendent de
facteurs tels que le degré d’éveil (arousal), les intentions et
dispositions du sujet, la quantité de ressources demandées et
les réserves disponibles. Ces informations seraient intégrées
par un mécanisme de gestion des ressources, qui attribuerait
des ressources en priorité à tel ou tel processus (Camus, 1998).
Dans ce modèle se dégage la composante intensive de l’atten-
tion. Chaque information possède une composante spécifique,
correspondant aux caractéristiques propres de l’information
(taille, couleur, forme, etc.) qui sera traitée par des processus
spécifiques. Chaque information comprend également une
composante non spécifique, c’est-à-dire des informations
stimulantes qui déterminent l’intensité du traitement de la
cible. L’attention est donc considérée comme un réservoir de
capacités (ressources attentionnelles) qui seront investies en
certaines quantités (intensité) dans les différents processus du