Afrique - Wikipédia
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continent
L'Afrique est un continent qui couvre 6 % de la surface de la Terre et 20 % de la surface des terres émergées. Sa
superficie est de 30 415 873 km2 avec les îles, ce qui en fait la troisième mondiale si l'on compte l'Amérique
comme un seul continent. Sa population de 1,3 milliard d'habitants classe l'Afrique deuxième continent du monde
après l'Asie et représente en 2020 17,2 % de la population mondiale.
Afrique
Le continent est bordé par la mer Méditerranée au nord, par le golfe de Suez, la mer Rouge et le golfe d'Aden au
nord-est, par l’océan Indien et le canal du Mozambique au sud-est et par l’océan Atlantique et le golfe de Guinée à
l’ouest.
L'Afrique est traversée presque en son milieu par l'équateur et présente plusieurs climats : chaud et humide au
plus près de l'équateur, tropical dans les régions comprises entre l'équateur et les tropiques, chaud et aride autour
des tropiques, tempéré dans les zones d'altitude. Le continent est caractérisé par le manque de précipitations
régulières. En l'absence de glaciers ou de systèmes montagneux aquifères, il n'existe pas de moyen de régulation
naturelle du climat à l’exception de la flore (forêts notamment) et de la proximité de la mer. Les terres arides
représentent 60 % du continent, dont l'environnement est néanmoins très riche — on l'a appelé le « paradis de la
biodiversité » —. Le continent abrite le second massif forestier continu de la planète : la forêt du bassin du Congo,
mais qui est menacé par la surexploitation, la déforestation la fragmentation forestière et la baisse de la
biodiversité, conséquences de la pression anthropique, exacerbée par le changement climatique.
En 2020, les indicateurs climatiques montraient une élévation continue des températures en Afrique, une
accélération de l'élévation du niveau de la mer, et des événements météorologiques et climatiques extrêmes plus
fréquents (ex : inondations, sécheresses, et leurs effets dévastateurs). Le rétrécissement rapide des derniers
glaciers d'Afrique de l'Est, qui devraient fondre entièrement dans un avenir proche, signe aussi la menace d'un
changement imminent et irréversible du système Terre3.
Le continent est considéré comme le berceau de l'humanité, là où sont apparus les ancêtres de l'Homme, puis, il y
a 200 000 ans environ, l'homme moderne qui s'est ensuite répandu sur le reste du globe. Le Sahara, le plus grand
désert chaud du monde, a créé un hiatus, conduisant à des évolutions historiques distinctes entre le nord et le
sud. À la période historique, la civilisation de l'Égypte antique se développe le long du Nil, l'Afrique subsaharienne
voit naître ses propres civilisations dans les zones de savanes ; l'Afrique du Nord, rive sud de la Méditerranée,
subit quant à elle l'influence des Phéniciens, des Grecs et des Romains. À compter de 3000 av. J.-C. l'Afrique
connaît l'expansion bantoue. Il s'agit d'un mouvement de population en plusieurs phases, orienté globalement du
nord, depuis le grassland du Cameroun actuel, vers le sud, jusqu'en Afrique australe, atteinte aux débuts de l'ère
chrétienne. L'expansion bantoue explique la carte ethnolinguistique actuelle de la zone subsaharienne.
La religion chrétienne s'implante en l'Afrique dès le ier siècle, essentiellement dans l'Afrique romaine du nord du
continent puis en Éthiopie. Le viie siècle voit les débuts de l'islam en Afrique, lequel s'installe sur la côte est et
dans le nord du continent jusqu'à la frange septentrionale de la zone subsaharienne. L'Afrique du Nord est, dans le
même temps, arabisée. En Afrique subsaharienne, à partir du viiie siècle et jusqu'au xviie siècle, de puissants et
riches empires se succèdent. Vers la fin de cette période, au xve siècle, les Portugais, suivis par d'autres nations
européennes, installent sur la côte ouest un trafic d'esclaves, la traite atlantique, qui s'ajoute à la traite intra-
africaine et à la traite orientale qui sévissent déjà sur le continent.
Le xviiie siècle marque le début des explorations européennes, suivies par la colonisation massive du continent
entre la fin du xixe et le début du xxe siècle. La traite esclavagiste cesse au début du xxe siècle, mais l'Afrique est
presque entièrement sous domination coloniale jusqu'au milieu du xxe siècle, ce qui modèle jusqu'à aujourd'hui
les frontières et les économies des pays concernés.
La plupart des États obtiennent leur indépendance entre la fin des années 1950 (Tunisie, Maroc, Ghana…) et le
milieu des années 1970 (Angola, Mozambique…). L'Afrique indépendante est constituée essentiellement de
« démocraties imparfaites » voire de « régimes autoritaires » et les conflits y sont nombreux. Depuis l'accession à
l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, l'Afrique, comprenant Madagascar, compte 54 États souverains (non
inclus la RASD et le Somaliland).
Les pays du continent présentent la croissance démographique la plus importante de la planète et une situation
sanitaire qui s'améliore nettement tout en progressant moins vite que dans les autres pays en développement.
L'Afrique repose sur une organisation sociale fondée sur la famille élargie et l'appartenance ethnique ; on recense
un millier d'ethnies sur le continent, lequel possède en parallèle la diversité linguistique la plus élevée du monde
avec près de 2 000 langues vivantes.
L'Afrique contemporaine est dans une situation où le poids de la démographie est délicat à gérer (chômage,
financement de l'éducation…) car le continent reste celui qui est le moins développé économiquement malgré une
forte croissance depuis le début du xxie siècle, laquelle a permis l'émergence d'une classe moyenne, moins
féconde, aux revenus plus élevés.
Économiquement, le commerce intercontinental est soutenu depuis l'époque antique et, à l'époque des grands
empires, le continent est le fournisseur d'or de l'Occident et de l'Orient. Plus tard, la colonisation entraîne une
spécialisation massive des économies coloniales qui deviennent presque exclusivement extraverties, dévolues à
l'exportation des matières premières, minérales et agricoles, vers les métropoles. Sachant qu'elle possède encore
d'importantes réserves minières et pétrolières, cette situation perdure au xxie siècle, avec, en corollaire, des États
rentiers et des oligarchies qui captent les revenus au détriment de populations restées pauvres. Sa place dans la
mondialisation économique actuelle est minime, au contraire des siècles passés. Certains pays ont cependant
amorcé un tournant économique durant la période récente grâce à la diversification économique, le
développement du secteur tertiaire et la « croissance inclusive ».
Étymologie
Les Grecs de l'Antiquité appellent le continent Λιβύη / Libúē (« Libye »)4. Quant au terme Afrique, il dérive
directement du latin Africa qui vient de afri ou afrou, nom de la déesse de la terre dans la mythologie amazigh. De
l'Antiquité romaine jusqu'au Moyen Âge5, le terme ne désigne que la partie de l'Afrique du Nord entourant
Carthage, le sud à majorité noire étant appelé Éthiopie (du grec Αἰθιοπία / Aithiopía). Ainsi, dans le livre V de
Histoire naturelle, Pline l'Ancien mentionne le fleuve Niger, qu'il nomme Nigris, comme délimitation6 : « le fleuve
Nigris sépare l'Afrique de l'Éthiopie » et mentionne également les « nations éthiopiennes » qui vivent à ses abords.
Les étymologies antérieures au xxe siècle ne sont plus aujourd'hui que des curiosités historiques : Isidore de
Séville tirait ce nom du latin aprica (« ensoleillée »), Léon l'Africain invoquait un mot grec fictif a-phrike (« sans
froid »).
Selon Michèle Fruyt7, le terme Africa est apparu dans les langues européennes par l'intermédiaire des Romains qui
désignaient ainsi la partie nord du continent car, en Campanie, africus qualifiait le vent pluvieux provenant de la
région de Carthage8.
Selon l'hypothèse de Daniel Don Nanjira, le mot latin Africa pourrait provenir soit du nom Afridi, une tribu berbère
qui vivait en Afrique du Nord près de Carthage, soit du terme phénicien Afar signifiant « poussière »9.
D'après d'autres chercheurs, le mot Afrique provient de la tribu des Banou Ifren (tribu Amazigh)10,11,12,13, dont
l'ancêtre est Ifren, appelée aussi Iforen, Ifuraces ou Afer14 (terme signifiant également « grotte » ou « caverne » en
langue berbère selon Ibn Khaldoun15). Ifri, la forme au singulier du mot Ifren, désigne également une divinité
amazigh16,17,14.
D'autres encore désignent les Banou Ifren comme étant les habitants de l'ancienne ifrīqīyā إفريقياqui désignait
jadis en arabe l'actuelle Tunisie et que le nom d'Afrique découle de la nomination de la tribu des Banou Ifren18,19.
De plus, les Banou Ifren seraient les Ifuraces, tribu qui rassemble les Afar. Les Ifuraces habitaient l'ancienne
Tripolitaine et sont des Zénètes berbères, que Corripus a désigné dans son livre par Ifuraces20.
Géographie
Géographie physique
Reliefs de l'Afrique.
Avec une surface émergée de 30 millions de km2, l’Afrique est le troisième continentnotes 1 par sa superficie ; cela
représente 6 % de la surface terrestre et 20 % de la surface des terres émergées21. Séparée de l'Europe par la mer
Méditerranée, l'Afrique est rattachée à l'Asie à son extrémité nord-est par l'isthme de Suez (traversé par le canal de
Suez) sur 163 km22. De son extrémité nord, le cap Angela (37° 20′ 50″ N) en Tunisie, à son extrémité sud, le cap
des Aiguilles (34° 51′ 15″ S) en Afrique du Sud, le continent s'étend sur environ 8 060 km. De son extrémité ouest,
le cap Vert (17° 33′ 22″ W), à son extrémité est, le Ras Hafun (51° 27′ 52″ E) en Somalie, il s'étend sur 7 420 km
environ23.
Ses côtes, peu découpées, sont longues de 26 000 km. L'absence de profondes entailles de sa rive est
remarquable ; en effet, par comparaison, l'Europe, qui s'étend sur 10,4 millions de km2, soit environ un tiers de la
surface de l'Afrique, présente un littoral de 32 000 km23, plus long de 6 000 km.
Le Sahara, le plus grand désert d'Afrique et le plus grand désert chaud du monde, couvre à lui seul une superficie
de près de 8,6 millions de km224. Le Sahel, bande continue de savanes tropicales semi-arides située juste au sud
du Sahara, couvre près de 2,7 millions de km2. Ainsi les régions hyper-arides, arides et semi-arides du Sahara et du
Sahel couvrent à elles seules environ un tiers de la superficie totale du continent africain.
Climats
Articles connexes : Climat de l'Afrique, Classification de Köppen, Zone de convergence intertropicale, Cellule de
Hadley et Réchauffement climatique en Afrique.
Climats en Afrique.
Traversée presque en son milieu par l'équateur et comprise pour une majeure partie entre les deux tropiques,
l'Afrique est un continent chaud25, avec une température moyenne supérieure à 21 °C neuf mois sur douze26 ;
l'intensité du rayonnement solaire y est constamment forte. Les climats et la végétation qui leur correspond se
définissent en fonction des variations pluviométriques plutôt que thermiques27.
La pluviométrie est essentiellement dépendante des mouvements atmosphériques se produisant dans la zone de
convergence intertropicale (ZCIT). Il s’agit, dans une zone comprise entre les tropiquesnotes 2 et l'équateur, du
mouvement ascendant d'un air humide apporté par les alizés. La montée en altitude rafraîchit l’air et l’humidité est
relâchée sous forme de précipitations à hauteur de l'équateur, ce qui détermine des climats humides, climat
équatorial au plus près de l'équateur et climat tropical de part et d'autre. L'air asséché converge ensuite vers les
tropiques nord et sud, ce qui crée un climat aride à ces endroits, aux alentours des 20e parallèles nord et sud. Cela
correspond au Sahara au nord, et au Kalahari au sud26. Les déserts et les plaines arides prévalent également dans
la corne de l'Afrique.
L'allongement de la saison sèche, quand on s'éloigne de l'équateur, caractérise le passage du climat équatorial
accompagné de forêt dense au climat tropical, qui s'accompagne de forêts claires, puis de savanes lorsque la
saison sèche est intense. Lorsque la saison sèche est largement dominante, la savane prend un caractère semi-
aride avec, néanmoins, une saison des pluies intense mais très courte. C'est le cas du Sahel, notamment, où la
savane domine. Ensuite, les déserts apparaissent près des tropiques28.
Enfin, le climat méditerranéen caractérise les côtes de l'Afrique du Nord et la pointe sud de l'Afrique du Sud27.
Les saisons, alternance entre les saisons sèches et humides, sont liées aux oscillations annuelles de la ZCIT. Ces
oscillations sont un phénomène majeur pour le continent car il est dépourvu de chaînes montagneuses assez
haute et longue pour influencer le climat à grande échelle26. Comme la majeure partie du continent est sous
l'influence de la ZCIT, il est extrêmement sensible aux perturbations de celle-ci, notamment en Afrique de
l'Ouest29, même lorsque ces perturbations sont faibles30. Ainsi, d'une année à l'autre, la saison des pluies peut
varier en durée jusqu'à 30 %31.
Les amplitudes thermiques annuelles et journalières sont faibles en climat humide équatorial et tropical ; elles
s'accentuent lorsqu'on s'éloigne de l'équateur28 et diminuent à proximité des côtes ; « au cœur du Sahara, les
variations de température [atmosphérique] entre le jour et la nuit atteignent 20 degrés »28 (et bien plus au sol où la
température peut localement dépasser 70 °C plusieurs jours par an, sans toutefois atteindre les records
mondiaux32,33 enregistrés dans le désert de Lut ou au Mexique ; l'Afrique détient cependant le record d'étendue
désertique chaudes, en surface absolue).
Le record officiel de température atmosphérique est de 55 °C mesuré le 7 juillet 1931 à Kébili, Tunisie34,notes 3.
D'après une étude scientifique réalisée par plusieurs universités européennes, un Africain citadin sur trois pourrait
être soumis chaque jour à des températures avoisinant les 41 °C en 209036.
Environnement
Articles détaillés : Paléarctique et Écozone afrotropicale.
L'Afrique est une mosaïque de climats et de biomes37 ; deux de ses principales caractéristiques sont, d'une part,
qu'il s’agit du continent le plus chaud38 et le plus sec de la planètenotes 4,39 et, d'autre part, d'un des endroits au
monde les plus sensibles à la variabilité climatique40.
Les terres arides représentent plus de 60 % de la surface du continent ; il est donc particulièrement sensible à la
pluviométrie et à ses variations qui conditionnent fortement le niveau de production agricole et la biodiversité39.
En effet, quoique l'eau souterraine soit abondante41,42, la difficulté à l'exploiter fait que l'Afrique est et restera
encore longtemps dépendante de l'eau pluviale42,notes 5 et de l'eau de surface dont l'exploitation est peu
rationalisée : 20 % seulement du potentiel d'irrigation du Sahel est exploité44. La prévalence de l'onchocercose
(cécité des rivières) explique sans doute l'absence d'une tradition d'irrigation (à la notable exception du Nil) sur le
continent, malgré la présence de fleuves parmi les plus puissants du monde45.
La problématique de l’eau conditionne largement les conditions du développement humain. Le stress hydrique,
défini par l'ONU comme « une insuffisance d’eau de qualité satisfaisante, pour pouvoir répondre aux besoins
humains et environnementaux46 » concerne, par ses conséquences en matière de sécurité alimentaire et de santé,
jusqu'à 300 millions de personnes47.
Des conflits, parfois armés, tels celui du Darfour en 2003, sont causés au moins partiellement par l'accès à l'eau48
ou, plus largement, aux changements climatiques49,50,51,52.
Même lorsque l'eau n'est pas rare au sens strict, comme en Afrique de l'Ouest, laquelle, globalement, dépasse le
volume de 1 700 m3 d'eau disponible par habitant et par annotes 6, seuil retenu pour caractériser le stress
hydrique54, le contexte de la disponibilité de l'eau rend la région « soudano-sahélienne […] tributaire d’une forte
variabilité des précipitations, tant au plan spatial que temporel53 ». Ce n'est pas l’abondance de la ressource qui
est en cause, mais sa variabilité et, par conséquent, la possibilité de l'utiliser au bon endroit et au bon moment.
Autre caractéristique, l'Afrique abrite le second plus grand massif forestier continu du mondenotes 7 : celui du
bassin du Congo. Pour l'ensemble du continent, le couvert arboré représente 21,8 %notes 8 de sa surfacenotes 9 quoi
qu’avec une répartition très inégale, de zéro pour les déserts à 85 % pour le pays ayant le couvert forestier le plus
importantnotes 10,59. Mais la déforestation est considérée comme la plus grave menace environnementale60 car les
forêts régressent ; le continent a perdu plus de 10 % de ses forêts intactes (paysage « naturel » considéré comme
à la fois non artificiellement morcelé et non dégradé) entre 2000 et 201361 et il a perdu 3,4 millions d’hectares de
couvert boisé par an entre 2000 et 201062 même si l'attrition s'est ralentie (la perte était de 4,1 millions d'hectares
par an dans les années 1990)63. La pression démographique, l’extension des villes et l'agriculture itinérante, dont
la culture sur brûlis64, participent largement à la régression des milieux naturels. La déforestation a, elle aussi, une
influence limitative sur le développement humain puisqu'elle est une des principales causes de dégradation des
terres65. Celle-ci va jusqu'à la désertification, sachant que 63 % de la population d'Afrique subsaharienne et 40 %
de celle d'Afrique du Nord est rurale66 et que 90 % des Africains dépendent du bois et de la biomasse pour leurs
besoins énergétiques67. Cette utilisation massive de combustibles solides est, de plus, une cause notable de
morbidité du fait de la pollution de l'air à l'intérieur des habitations qu'elle entraîne68.
Un autre aspect environnemental du continent est celui de sa biodiversité, très importante (le PNUE qualifie le
continent de « paradis de la biodiversité59 »)notes 11 mais menacée27. Huit des trente-quatre points chauds de
biodiversité, zones possédant une grande richesse de biodiversité particulièrement menacée par l'activité
humaine, sont situés en Afrique69,70. Trente-quatre pays (sur cinquante-quatre) voient leur biodiversité régresser70.
Essayant de limiter le phénomène, les pays africains ont créé 1 200 aires protégées, recouvrant 2,5 millions de
km2 (250 millions d'hectares)71.
L'ensemble se conjugue pour dessiner une situation où le continent, soumis à la « variabilité et aux extrêmes
climatiques72 » est l'un des plus fragiles et des plus en danger. Le « changement climatique va progressivement
menacer la croissance économique de l'Afrique et la sécurité des populations » car « le climat de l'Afrique est déjà
en train de changer et les impacts se font déjà sentirtrad 1 », aggravant les causes environnementalesnotes 12 de
l'insécurité alimentaire qui touche déjà le continent75.
Malgré la convention de Bamako, l'Afrique reçoit des déchets occidentaux mais produit également plus de
175 millions de tonnes produites par an depuis 2016. Les déchets subsahariens avoisineront les 500 millions en
2050. Si les États africains travaillent à construire leurs propres systèmes de gestion et traitement des déchets, le
chemin est encore long avant de voir émerger des filières de traitement performantes76.
À Bamako, les riverains abandonnent leurs déchets en pleine rue avant de les brûler. Impuissants, ils subissent les
conséquences : détritus, fumées, odeurs nauséabondes, ainsi que des rats, cafards et mouches77.
Du 4 au 6 septembre 2023, s'est tenu au Kenya le premier sommet africain sur le climat. Il a réuni 54 pays
africains, dont 20 000 membres de délégations du monde entier. Ce premier sommet africain a abouti à l'adoption
par les dirigeants africains de la « déclaration de Nairobi », où ils demandent à la communauté internationale de
les aider à financer des projets d'énergies renouvelables, dans le but d'accéder leur transition énergétique78,79,80,81.
Géographie politique
Le plus grand pays d'Afrique par sa superficie, le dixième mondial, est l'Algérie tandis que l'archipel des Seychelles,
au large de la côte est de l'Afrique, est le plus petit82 et le moins peuplé (env. 91 000 hab.). Le plus petit État
continental est la Gambie83. Le plus peuplé est le Nigeria (184 millions d'habitants en 201584), au septième rang
mondial.
Article détaillé : Liste des États souverains et des territoires dépendants d'Afrique.
En 1914, du fait de l'essor des empires coloniaux, le « continent noir » ne comptait plus que deux États souverains,
l’Abyssinie (ou Éthiopie) et le Liberia. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre d'États africains
indépendants n'a cessé d'augmenter, passant de 4 en 1945 à 27 en 1960, pour atteindre 53 en 1993 et 54 en
201186,87 (non inclus le Sahraouie et le Somaliland).
Les frontières des États africains sont en grande partie issues de la colonisation. Quant au regroupement des
différents pays en sous-régions, il est plus utilisé dans un souci pratique qu'en référence à une réalité historique.
On distingue généralement88 :
l’Afrique du Nord, limitée au sud par le Sahara, habitée par des populations à majorité arabe et berbère ;
l’Afrique de l'Est,
l’Afrique centrale ;
l'Afrique australe constituée de l'ensemble des territoires situés au sud de la forêt équatoriale.
Liste des États africains et des dépendances européennes
États
d'Afrique
de l'Est
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États
d'Afrique
centrale
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États
d'Afrique
du Nord
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États
d'Afrique
australe
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États
d'Afrique
de
l'Ouest
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Dépendances
européennes
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Les États africains s'inscrivent dans des frontières largement issues de la colonisation, avalisées et sanctuarisées
par l'OUA en 196390.
Elles sont souvent91 qualifiées d'artificielles et, du fait, considérées comme causes de conflitsnotes 16,
d'incohérentes car délimitant des espaces politiques structurellement déficients du point de vue
économiquenotes 17,notes 18 et d'illégitimes car ne correspondant pas à des réalités ethniques ou historiques
antérieures, sachant qu'en outre, « la notion de frontière dûment bornée [est] culturellement étrangère [à l'Afrique
subsaharienne]92 », notamment dans les sociétés à « pouvoir diffus »93 qui présentent un mode d'organisation
sociale où le gouvernement n'est pas centralisé mais partagénotes 19, où la terre n'est pas un bien que l'on
possède94 et pour lesquelles l'État-nation à l'occidentale est un concept importé95.
Certains font cependant remarquer que ces frontières ne sont pas entièrement artificielles, la frontière Niger-
Nigeria suivant, par exemple, à peu près les contours d'un califat antérieur96.
La malédiction économique des frontières est, elle aussi, relativisée : « l'affirmation du caractère pénalisant des
frontières africaines fait partie d'une des nombreuses idées reçues97. » L'appartenance ethnique et les langues
véhiculaires partagées sur des territoires qui ne coïncident pas avec les délimitations de jure, causent une intense
circulation interne, notamment des commerces transfrontaliers opérés par les membres d'une même ethnie et qui
profitent aux États formels grâce aux recettes douanières qui peuvent représenter jusqu'à 30 voire 70 % du budget
de certains États98,notes 20. Le manque d'infrastructure conduit cependant à des « temps d'attente à la frontière » et
donc à des coûts de transaction élevés100. En définitive, les frontières africaines sont poreuses, faciles à franchir,
de manière légale ou illégale, et constituent des opportunités pour les opérateurs économiques.
Quant aux conflits ethniques, ils sont largement indépendants des frontières101, restant tantôt internes à un pays,
tantôt transfrontaliers au gré des configurations locales102.
Entre 1963 et 2022, la Cour internationale de justice a statué sur huit conflits frontaliers en Afrique, tels que la
bande d’Aozou au Tchad en 1994 et la péninsule de Bakassi au Cameroun en 2002 alors que d'autres dossiers
s'accumulent comme la question de la souveraineté de l'île de Mbanié déposée en 2021103.
Dans les années 2010 et 2020, des conflits frontaliers voient le jour pour le contrôle de ressources naturelles
comme entre le Kenya et la Somalie à propos des ressources en poissons ou entre la Guinée équatoriale et le
Gabon à propos des hydrocarbures ainsi que des conflits sécessionnistes comme celui concernant le Soudan du
Sud104,103. En 2022, de larges territoires n'ont toujours pas de statut définit comme le Triangle d'Ilemi, le Triangle
de Halayeb et le Sahara occidental. Les anciennes puissances coloniales sont parfois encore en prise avec leurs
anciennes colonies. C'est le cas de l'Espagne et du Maroc à propos des villes de Melilla et Ceuta, de la France et
de Madagascar à propos des îles Éparses ainsi que du Royaume-Uni et de Maurice à propos de l'archipel des
Chagos103.
En 2021, en Afrique du Nord et de l'Ouest, 60 % des victimes d'évènements violents se trouvent à moins de 100 km
d'une frontière, notamment en raison de la présence de groupes armés transnationaux, tels que les djihadistes.
Plus on s'éloigne de ces zones, plus les morts baissent105.
Histoire
Articles détaillés : Histoire de l'Afrique, Histoire de l'Afrique du Nord et Histoire de l'Afrique de l'Ouest.
Préhistoire et protohistoire
Articles détaillés : Origine africaine de l'Homme moderne et Histoire évolutive de la lignée humaine.
Naissance de l'espèce humaine
L'Afrique est considérée comme le berceau de l'humanité, où sont apparus la lignée humaine puis la seule de ses
espèces qui survive aujourd'hui : l'être humain moderne, Homo sapiens. Dans le courant du xxe siècle, les
paléoanthropologues découvrent un grand nombre de fossiles et de preuves d'une occupation par des hominidés
précurseurs de l'être humain, datés, par datation radiométrique, de 7 millions d'années avant le présent pour
l'espèce Sahelanthropus tchadensis (fossile Toumaï)106,107, de 6 millions d'années pour Orrorin tugenensis, de
4 millions d'années pour le fossile Ardi de l'espèce Ardipithecus ramidus, de 3,9 à 3,0 millions d'années pour
l'Australopithecus afarensis108, de 2,3 à 1,4 millions d'années avant le présent pour Paranthropus boisei109 et
d'environ 1,9 million à 600 000 ans avant le présent en ce qui concerne Homo ergaster.
Après l'évolution d'Homo sapiens, il y a environ 200 à 100 000 ans, le continent est principalement peuplé par des
groupes de chasseurs-cueilleurs110,111,112. Selon la théorie de l'« origine africaine de l'Homme moderne » (Out of
Africa), ces premiers humains modernes quittent l'Afrique et peuplent le reste du monde entre 80 et 50 000 ans
avant notre époque. Ils auraient quitté le continent en traversant la mer Rouge via le Bab-el-Mandeb113,114, le
détroit de Gibraltar113,114 et l'isthme de Suez115.
D'autres migrations de ces humains modernes, à l'intérieur du continent, datent des mêmes époques, avec des
traces de peuplement humain précoce en Afrique australe, Afrique du Nord et au Sahara116.
Hiatus géographique
La domestication du bétail en Afrique précède l’agriculture et existe parallèlement aux cultures de chasseurs-
cueilleurs ; ainsi le bœuf est-il domestiqué depuis 7 500 à 6 000 ans av. J.-C. en Afrique du nord126,127. Dans l'aire
nilo-saharienne, de nombreux animaux sont domestiqués, dont l'âne126.
L'agriculture apparaît selon un processus complexe et multipolaire128 vers 6 000 ans av. J.-C.129 Il s'agit d'abord
d'une adoption par l'Égypte de plantes venant du sud-ouest asiatique ; ensuite, vers 2 000 ans av. J.-C., il s’agit
d'une agriculture autochtone avec la domestication du mil, du riz africain, de l'igname et du sorgho130.
Des entités politiques notables s'établissent dès avant la période historiquenotes 23.
Ainsi, le site de Nabta Playa, à l'ouest du Nil, dans le désert de Nubie, est peuplé, quoique de manière saisonnière,
depuis le IXe millénaire av. J.-C. jusqu'au Ier millénaire av. J.-C. La cuvette où il est situé était, à ce moment,
beaucoup plus arrosée et fertile. Le site comporte un important champ mégalithique à vocation astronomique,
daté de 6000 à 6500 av. J.-C.notes 24 Les populations, qui pratiquent l'élevage, présentent des signes d'une
organisation d'un niveau élevé, plus que celui de l'Égypte à la même époquenotes 25. On retiendra comme exemples
des constructions en pierre, au-dessus et en dessous du niveau du sol, des villages construits selon des plans
établis à l'avance et des puits profonds, capables de retenir l'eau tout au long de l'année ainsi, bien évidemment,
que les connaissances, notamment astronomiques, nécessaires à l'érection des mégalithes131,132.
Un peu plus tard, contemporaine de Nabta Playa entre −3 800 et −3 000 ans, la culture de Nagada (période
prédynastique égyptienne) voit apparaître les premiers hiéroglyphes à Abydos133. Les tablettes d'Abydos
permettent d'attester l’existence d'une organisation politique en royaume ; elles évoquent le roi Scorpion Ier qui
aurait régné vers 3200 av. J.-C. sur l'ensemble de l'Égypte, voire au-delà134.
Aux alentours du Ier millénaire av. J.-C., le travail du fer, apparu sur le continent au IIIe millénaire av. J.-C.135, se
répand rapidement en Afrique du Nord et dans la partie septentrionale de l'Afrique subsaharienne. Vers
700 av. J.-C., le travail du fer est monnaie courante en Afrique de l'Ouest. Des objets en cuivre, datant de
500 av. J.-C., provenant d'Égypte, d'Afrique du Nord, de Nubie et d'Éthiopie ont été découverts en Afrique de
l'Ouest, suggérant l’existence d'un commerce transsaharien à cette époque121.
Civilisations anciennes
Vers 3250 av. J.-C. s'ouvre l'ère historique avec l'émergence de l'écriture dans la civilisation pharaonique de
l'ancienne Égypte136,133. Cette émergence est probablement liée à la forte concentration de population ainsi qu'au
degré d'organisation politique qui en découlait. À cette époque, les autres zones de peuplement du continent sont
beaucoup moins denses, ce qui n’entraine pas les mêmes besoins en matière d'organisation sociale137.
La civilisation égyptienne est l'une des plus anciennes et les plus durables : elle perdure jusqu'en
343 ap. J.-C138,139. L'influence égyptienne s'est fait profondément sentir dans les territoires qui correspondent à la
Libye moderne, au nord de la Crète et de Canaan et, au sud, dans les royaumes, qui lui furent contemporains, de
Koush (Nubie) et d'Aksoum (actuelle Éthiopie) notamment140.
Au moment où l'Égypte atteint son apogée141, vers 1500 av. J.-C., plus au sud, dans l'actuel Nigeria, se développe
la culture de Nok, l'une des plus anciennes cultures d'Afrique subsaharienne142. Elle est connue pour son art des
poteries en terre cuite, mais aussi parce qu'elle atteste de l'utilisation conjointe d'outils lithiques (Later Stone Age)
et d'outils en fer, situation représentative de la transition vers l'âge du fer dans cette région143,144,145. Elle disparaît
de manière brutale peu de temps après les débuts de l’ère chrétienne, vers 200 ou 300 ap. J.-C. Elle a cependant
eu une descendance, notamment artistique, au travers par exemple de la civilisation d'Ife, dont la ville éponyme
est peuplée dès le vie siècle av. J.-C.146
Expansion bantoue
Tandis que prospèrent et se développent les civilisations de l'aire nilotique, vers 2000 av. J.-C. ou 1500 av. J.-C.,
commence la première migrationnotes 26 bantouenotes 27 vers les forêts tropicales d’Afrique centrale, à partir d'une
localisation située au sud-est du Nigeria et du Cameroun actuels151. Il s'agit probablement d'un effet de la
pression démographique des populations du Sahara qui fuient l’avancée du désert. La seconde phase de
migration, environ mille ans plus tard, vers -1000, les amène jusqu’en Afrique australe et orientale152. Les bantous,
éleveurs et semi-nomades, dans leur mouvement vers le sud, se métissent et s’affrontent aux populations locales
de chasseurs-cueilleurs, jusqu'à atteindre l'aire des locuteurs khoïsan, en Afrique australe. Ces évènements
expliquent la carte ethnolinguistique de l'Afrique actuelle153.
Berbères, Phéniciens, Grecs, Perses, Romains
L’Afrique du Nord est peuplée à l'époque antique par les peuples libyens (Berbères) dispersés dans le vaste
territoire de la Libye antique (Maghreb actuel). Elle est dans l'Antiquité partagé entre les royaumes de Numidie et
de Maurétanie. Des sites archéologiques tel le Medracen et des inscriptions en alphabet Tifinagh témoignent de
cette époque. Cette région est en contact avec les autres civilisations de l'aire méditerranéenne, comme les
Phéniciens, les Grecs et les Romains.
Sur la côte, la cité-état d'Utique (située dans l'actuelle Tunisie) est fondée par les Phéniciens en 1100 av. J.-C. ;
Carthage, base d'une civilisation importante sur la côte nord, est fondée par des colons phéniciens de Tyr, en 814
av. J.-C154,155. Utique est, plus tard, absorbée par Carthage au fil du développement de cette dernière. Cyrène, en
actuelle Libye, est fondée en 644 av. J.-C. par les Grecs. Elle deviendra le centre politique de la Cyrénaïque qui
finira englobée dans l'Égypte ptolémaïque. En 332 av. J.-C., Alexandre le Grand est reçu comme un libérateur par
l'Égypte, alors occupée par les Persesnotes 28. Il fonde Alexandrie, qui deviendra la prospère capitale du royaume
ptolémaïque156.
La prospérité de la civilisation carthaginoise repose sur le commerce méditerranéen, mais aussi sur celui avec
l'intérieur de l'Afrique, avec notamment les villes de Sabratha et de Leptis Magna (en actuelle Libye), situées au
débouché des pistes transsahariennes157. Du point de vue de l'organisation sociale et politique, Carthage ne
forme pas un « empire » aussi solide et structuré que celui des Romains, ce qui expliquerait sa défaite158,notes 29.
Progressivement, à partir de 146 av. J.-C., après la victoire de Rome sur Carthage à l'issue des Guerres
puniques159 qui donnent naissance à la province romaine d'Africa, toute la côte nord du continent est incorporée
dans l'Empire romainnotes 30.
En Afrique subsaharienne, les habitats humains s'établissent et se structurent notamment en fonction de critères
géographiques. Les zones de savanes donnent naissance à des organisations qui, partant de la chefferie,
croissent jusqu'à devenir des État-nations voire des empires. Les habitats des zones de forêt dense sont plus
petits et plus isolés. Certaines de ces zones ont d'ailleurs joué le rôle de refuges pour les populations chassées
par les États en expansion : « Les savanes africaines ont donc joué un rôle bénéfique en favorisant, en Afrique, les
conditions préliminaires à la naissance des États. […] le corollaire de l’apparition des États dans les zones de
savanes a été l’éparpillement des groupes plus faibles, moins bien organisés, dans des environnements répulsifs :
zones montagneuses escarpées ; déserts ; forêts épaisses160. »
Malgré le hiatus du désert, le nord et le sud du continent ne sont pas totalement isolés et leur développement
respectif est, en partie, lié. Une forme de commerce transsaharien est attestée depuis, au moins, l'époque de la
civilisation carthaginoise161 ; à l'époque historique, il utilise le dromadairenotes 31, animal mieux adapté aux
conditions climatiques que le cheval. L'Afrique subsaharienne fournit ainsi au monde antique, via les
commerçants carthaginois, les plumes d'autruche, l'ivoire et les esclavesnotes 32. Aux deux extrémités des routes
de ce commerce, à 2 000 km de distance, Carthage et les premiers royaumes africains prospèrent simultanément,
connaissant croissance démographique et développement agricole. Mais les échanges ne sont pas seulement
transsahariens, le commerce transcontinental et intercontinental du cuivre, du fer, de l'or ainsi que celui du sel est
la base du développement économique et démographique de l'Afrique subsaharienne162.
Empires
Frise chronologique
Les périodes indiquées sont données à titre d'illustration graphique et sont donc approximatives.
En Afrique du Nord, après une courte occupation vandale163 (439 à 534) puis une emprise byzantine164 (Exarchat
de Carthage, env. 590-642), la conquête arabe commence au début du viie siècle sous le règne de la dynastie des
Omeyyades : « En 639, les Arabes prennent pied en Afrique, sept ans seulement après la mort du Prophète165. » En
641, alors qu'ils viennent de conquérir l'Égypte, ils y fondent la ville d'Al-Fustât (aujourd'hui Le Caire) et
construisent la première mosquée d'Afrique. En 670, le général arabe Oqba Ibn Nafi al-Fihri établit son camp sur
l'emplacement de ce qui deviendra la ville de Kairouan (actuelle Tunisie), où commence, la même année, la
construction de la Grande Mosquée de Kairouan. Malgré de nombreuses résistances, particulièrement celle des
autochtones Berbères166 (avec les figures historiques de Koceïla167 et Kahena168 notamment), et celle des
royaumes de Nubie, christianisés depuis le vie siècle169, l'arabisation et l'islamisation du Maghreb progressent
rapidement.
Au moment où les Arabes conquièrent l'Afrique du Nord, grâce au commerce de l'or et du sel, la plus puissante et
la plus riche entité politique au sud du Sahara est l'empire du Ghana. L'influence de l'islam s'y fait rapidement
sentir ; les commerçants sont majoritairement musulmans et il se crée une élite politique islamisée autour d'un roi
resté cependant, comme sa population, animiste170,171.
La zone du fleuve Sénégal, où domine le royaume de Tekrour, est en partie islamisé dès le viie siècle et le sera plus
massivement au ixe siècle172 ; le royaume du Kanem, qui deviendra le royaume du Kanem-Bornou au xiie siècle,
établi depuis le viiie siècle au nord de l’actuel Tchad, est islamisé dès le ixe siècle173. Les Songhai, métissés avec
des Berbères qui fuyaient l'avancée arabe, s'installent au début du viie siècle le long des rives du Niger ; ils fondent
un petit royaume, islamisé au ixe siècle, qui deviendra le puissant Empire songhaï (dont l'apogée se situera aux xve
et xvie siècles)174.
La côte est du continent, baignée par l'océan Indien, est depuis longtemps — au moins le début du ier siècle,
comme l'atteste Le Périple de la mer Érythrée — tournée vers l'Arabie et, au-delà, l'Inde et la Chine ainsi que vers
l'Europe. Au moment du développement de l'islam, la culture swahilie, métissage culturel entre l'Afrique et le
monde arabo-musulmannotes 33,175 se déploie concomitamment ; l'islamisation de la zone est attestée dès le
viiie siècle, des cités commerçantes musulmanes sont fondées ou développées. Mais « les marchands
musulmans limitèrent leurs activités aux établissements côtiers, l’intérieur des terres échappant aux influences
islamiques176. »
L'islamisation de l'Afrique subsaharienne est essentiellement pacifique et, pour une part, superficielle. Il s'agit
d'une acculturation et pas d'une colonisation ou d'une conquête. La propagation de la religion est d'ailleurs le fait
des Africains subsahariens eux-mêmes (Haoussas, Peuls, Dioulasnotes 34), qui répandent la religion tout en
commerçant177. On utilise parfois le terme d'« islam de cour » pour parler des élites musulmanes du commerce,
de la science et de la politique qui cohabitent avec les populations restées largement animistes178,notes 35,179.
Au sud du Sahel
Plus au sud, dans une région peuplée dès le vie siècle av. J.-C., au sud-ouest de l'actuel Nigeria, la civilisation d'Ife
(ou Ifé), se développe autour de la ville éponyme, laquelle devient une cité importante à partir du ixe siècle et
jusqu'au xiie siècle. Elle restera un centre artistique majeur jusqu'au xive siècle180.
Encore plus au sud, dans la région des actuels Zimbabwe et Mozambique, les Bantous, arrivés dans la zone vers
500 ap. J.-C., chassant devant eux les autochtones San, construisent, entre le xie et le xiiie siècle, le Grand
Zimbabwe, capitale de l’empire du Monomotapa, renommé, voire mythique, grâce à son or181,182. Il atteint son
apogée au xve siècle. Les Portugais essaient de dominer l'empire dès le xvie siècle, attirés par l'or, mais ils n'y
parviennent qu'en 1629183 ; le Monomotapa de cette époque a déjà fortement décliné, ses sources d'or tendent à
s'épuiser et le commerce des esclaves est passé sous la domination des États côtiers et insulaires de la côte
est184.
Poussée berbéro-musulmane
Au xie siècle, l'expansion de l'islam en Afrique connaît une deuxième phase, plus guerrière, car justifiée par le
Djihad, lorsque les berbères islamisés de la dynastie Almoravide partent à la conquête du continent, vers le nord et
le sud. Au nord, ils fondent Marrakech vers 1062, prennent Fès en 1075 et Tlemcen en 1080185. Au sud, ils
s'emparent, en 1076, à l'issue d'une « expédition sanglante, ponctuée partout de pillages, de massacres et de
chasses à l'homme186 », de la capitale de l'empire du Ghana, Koumbi Saleh, avec l'aide du royaume de Tekrour ; le
roi du Ghana se convertit à l'islam170.
L'influence de l'islam ne dépasse pas, dans son expansion vers le sud, le 10e parallèle nord, où commence la
grande forêt équatoriale, difficile à franchir et peu propice au peuplement dense. On attribue aussi parfois un rôle
à la mouche tsé-tsé, vecteur de la maladie du sommeil, dangereuse pour les chevaux des cavaliers arabes187,188.
Mais l'arrêt de l’expansion géographique s’explique aussi par le souci qu'ont les successeurs d'Abou Bakr ben
Omar, le vainqueur de l'empire du Ghana, de consolider les possessions almoravides en Afrique et ailleurs189.
Lorsqu'au xiie siècle les Almohades succèdent aux Almoravides, la carte de l'islam en Afrique est fixée ; cette
religion est présente et dominante au nord du continent jusqu'à la frontière septentrionale de la forêt tropicale
ainsi que dans la zone côtière Est.
À l'instar d'autres organisations sociales de la même époque, les communautés africaines sont inégalitaires et
fondées sur l’esclavage et, à certains endroits, sur un système de castes en lien avec les métiers190 (castes de
forgerons, tisserands, griots…). La traite esclavagiste existe depuis longtemps en Afrique : « Ce sont les guerres,
nombreuses entre peuples voisins, qui furent les principales pourvoyeuses de prisonniers (et de femmes)
incorporés en qualité d'esclaves à la société victorieuse191. » Avec la poussée islamique, le commerce
transsaharien s'intensifie, faisant circuler entre le nord et le sud du continent, l'or, le sel et les esclaves. Ces
derniers forment une part importante des caravanes. La traite arabe prend une dimension supplémentaire en
accentuant, outre la traite intra-africaine, un trafic intercontinental soutenu, longtemps avant les Européens. C'est
ainsi, par exemple, que la côte est de l'Afrique alimente l'Inde et la Chine en esclaves noirs depuis au moins le
ixe siècle192,193. La traite arabe a concerné environ dix-sept millions de personnes déportées194.
Ghana
Le premier des trois grands empires subsahariens, l'empire du Ghana, puissant au moment de l'islamisation de
l'Afrique, est affaibli par les attaques des Almoravides au xie siècle et commence à décliner. Il est progressivement
réduit à son noyau originel, correspondant au royaume du Ouagadou195.
Plusieurs autres royaumes (royaume de Sosso, royaume de Diarra…) se partagent la domination de la région
contrôlée par le Ghana à son apogée195,196,197,198.
Mali
Vers 1230, Soundiata Keïta, roi du Mandénotes 36, région correspondant à peu près à l'actuel Mali, coalise les
Malinkés afin de contrer les attaques du roi du Sosso, Soumaoro Kanté. En 1235, à la bataille de Kirina, il défait
son adversaire. Il poursuit ensuite ses conquêtes, reprenant ainsi Koumbi Saleh, ex-capitale de l’empire du Ghana,
des mains du roi du Sosso. Il crée le second des trois grands empires, le très richenotes 37 et puissant empire du
Mali199, qui est élargi, organisé et géré par ses successeurs.
L'empire du Mali est aussi connu pour la « Charte du Manden », datant de 1222 ou de 1236, correspondant au
serment prononcé par Soundiata Keïta à l'occasion de son intronisation. Considéré comme l'un des plus anciens
textes relatifs aux droits de l'homme, il s'agit d'un contenu oral, « constitutionnel », relatif aux droits de l'homme et
à l'organisation formelle et légale régissant les rapports entre les hommes. Il ne fera l'objet d'une transcription
écrite qu'au xxe siècle200,201.
Après le règne de Mansa Moussa II (vers 1387), l'empire connaît une période de troubles de succession qui
l'affaiblissent ; dans le même temps, les berbères touareg, restés durablement rebelles, lancent des attaques
contre les villes de la zone sahélienne, notamment Tombouctou dont ils s'emparent en 1433202. Les Portugais,
quant à eux, arrivés sur le continent au début du xve sièclenotes 38, commercent avec l'empire tout en participant à
son affaiblissement car, pour favoriser leur négoce, notamment d'esclaves, ils soutiennent les petites
communautés côtières et les poussent à s’émanciper203.
Songhaï
La domination touarègue dans la zone septentrionale est de courte durée. Sous l'impulsion de Sonni Ali Ber
(« Sonni Ali le grand »), considéré comme un grand stratège, le royaume du Songhaï, tributaire de l'empire du Mali
depuis 1300, met en place une politique de conquêtes territoriales, rompant avec l'économie de razzia qui
prévalait jusqu'alors. Il combat et vainc les Peuls et les Touaregs ; il reprend Tombouctou en 1468. C'est
l'avènement du troisième empire, l'empire songhaï, lequel se développe durant le xve siècle et le xvie siècle, la
conquête territoriale s'appuyant sur une organisation politique largement inspirée de celle de l'empire du Mali204.
Sonni Ali, musulman « de façade », reste fidèle aux traditions songhaïs. À sa mort, le parti musulman l'emporte et
l'empire Songhaï est dirigé par une dynastie musulmane, la dynastie des Askia204, qui porte l'empire à son apogée
au xvie siècle. À la fin du xvie siècle, des guerres civiles se conjuguent aux assauts des Saadiens, qui lui
contestent la possession des mines de sel de Teghazza, au Sahara, pour affaiblir l'empire. La bataille de Tondibi,
perdue contre les Saadiens, le 12 avril 1591, marque la fin de l'empire et son allégeance au sultan du Maroc205,206.
Références :207,208,209
Civilisation carthaginoise 814 av. J.-C. 146 av. J.-C. Côte nord du continent et actuelle Tunisie
Royaume de Koush
750 av. J.-C. 340 actuel Soudan
(ou royaume de Nubie)
Royaume du Kanem-
viiie siècle 1846 nord du Tchad
Bornou
Empire du Monomotapa
ou « empire du Grand xie siècle 1629 actuels Zimbabwe et Mozambique
Zimbabwe »
Références :207,208,209
D'mt - viiie siècle av. J.-C. - viie siècle av. J.-C. - Érythrée, nord de l'Éthiopie actuelles
Afrique romaine - 146 av. J.-C. - 429 - côte nord et nord-est du continent
Royaume Kuba - xviie siècle - xixe siècle - actuelle république démocratique du Congo
Galerie
Pyramides de Méroé
Statues de Ramsès II Ruines romaines de Falaise de Bandiagara
(Soudan),
(règne de 1279 à Tipaza (Algérie), fondée (Mali), architecture du
(vie siècle av. J.-C.),
1213 av. J.-C.) à Abou par les Phéniciens vers le pays Dogon, habitée dès
patrimoine mondial de
e
Simbel (Égypte). v siècle av. J.-C. le iiie siècle av. J.-C.
l'UNESCO210.
Grande Mosquée de
Kairouan (Tunisie),
Mosaïque de la Domus Obélisque à Aksoum construite en 670. Bronzes d'Igbo-Ukwu
Africa de Thysdrus (Éthiopie), iiie siècle. (Nigeria), ixe siècle.
(Tunisie), iie siècle.
Ruines du Monument
national du Grand
Zimbabwe (Zimbabwe),
xie au xve siècle.
Traite atlantique
Articles détaillés : Commerce transsaharien, Esclavage, Traites négrières, Commerce triangulaire et Chronologie
de l'abolition de l'esclavage.
Le commerce des esclaves (traite négrière) se développe massivement avec l'arrivée des Portugais, suivis des
autres Européens, qui organisent une « traite atlantique », outre la traite intra-africaine qui continue à emprunter
les chemins caravaniers et la traite arabe laquelle transite par la Méditerranée (vers l'Europe) et par l'Océan Indien
(vers le Moyen-Orient, l'Inde et l'Asie)211. Cette traite atlantique prend la forme du « commerce triangulaire » en
Atlantique nord : les navires venus d'Europe, chargés de marchandises (tissus, armes, alcool…) débarquent sur les
côtes, échangent ces produits contre des esclaves qui sont ensuite vendus aux Antilles et en Amérique. Les
navires rapportent ensuite, notamment, la mélasse issue de la canne à sucre, destinée à fabriquer le sucre et
l'alcool dans les distilleries européennes. Dans l'Atlantique sud, c'est le « commerce en droiture », pratiqué par les
Portugais, qui domine ; les navires relient directement les côtes africaines aux côtes américaines et antillaises212.
Ce sont les Portugais qui mettent en place la traite au xve sièclenotes 40. Des esclaves africains, venus d'Arguin (île
de l'actuelle Mauritanie), sont vendus dans la ville portugaise de Lagos dès 1444213 et « les premiers esclaves
noirs sont introduits à Hispaniola dès 1493214 ». Les Portugais découvrent les îles du Cap-Vert en 1456 puis celles
de Sao Tomé-et-Principe en 1471, désertes à l'époque, s'y installent et commencent à cultiver la canne à sucre
grâce à des esclaves venus du continent215. Ils instaurent ainsi une économie de plantation rapidement
transposée aux colonies américaines ; en 1505, le premier circuit triangulaire se met en place, à destination de
Cibao et d'Hispaniola. « Les Portugais furent la première et, pendant cent cinquante ans, la seule nation
européenne engagée dans la traite négrière atlantique216. » Les circuits sont, dès leurs débuts à la fin du
xve siècle, contrôlés et organisés ; le roi du Portugal accorde des droits exclusifs de navigation ou des droits de
commercialisation en échange de redevances217,notes 41.
Njinga du Ndongo et du Matamba
(1583-1663), reine du royaume de
Ndongo et du royaume de Matamba,
symbole national angolais
revendiquée par les anticolonialistes
et les féministes pour sa longue
résistance aux Portugais.
Cette traite atlantique s'accélère lorsque l'exploitation du continent américain par les Européens s'accompagne
d'une forte demande de main-d'œuvre pour les plantations de canne à sucre, café, cacao, coton, tabac… qui se
développent massivement dans la seconde moitié du xvie siècle. La demande concerne aussi, dans une moindre
mesure, l'exploitation des mines d'argent et d'or du Pérou et du Mexique221,222. Les implantations portugaises
puis, plus largement, européennes, de la côte ouest-africaine deviennent les plaques tournantes de la traite, tandis
qu'à l'intérieur du continent, de complexes circuits d'échanges s'établissent, la traite atlantique européenne se
conjuguant aux circuits antérieurs qui perdurent, ceux de la traite orientale de la côte est et ceux de la traite
transsaharienne orientés vers le nord223.
Les autres puissances européennes s'engagent dans la traite aux xvie et xviie siècles, impliquant les Français, les
Anglais, les Néerlandais et même les Danois et les Suédois224. Ces autres nations européennes suivent la même
voie que le Portugal, créant des compagnies « à charte » (bénéficiant d'un monopole ou d'un privilège accordé par
un État)225. Cependant, au fil du temps, elles sont progressivement remplacées par des compagnies d'initiatives
purement privées ; vers 1720, ces dernières dominent le commerce, profitant de la dérégulation progressive
concédée par les gouvernements européens226. La place des pays dans la traite fluctue au gré des luttes et des
rapports de force entre nations européennes. La fin du xviie siècle est marquée par la domination française, et
c'est l'Angleterre qui domine la traite atlantique à son apogée, au xviiie siècle.
Les Européens ne pénètrent pas encore à l'intérieur du continent. Implantés sur le littoral, ils commercent avec les
ethnies et les royaumes côtiers qui livrent les esclaves capturés à l'intérieur des terres227. Des royaumes africains,
à la fois guerriers et commerçants228, prospèrent ainsi grâce à ce commerce — qui coexiste avec la traite
orientale229 —, tels le royaume du Dahomey, le royaume du Kongo, l'Empire ashanti ou le royaume du Kanem-
Bornou230,231, au détriment notamment de l'Afrique intérieure, « objet de razzias incessantes »232.
Le nombre d'esclaves déportés depuis l’Afrique au titre de la traite atlantique est évalué à douze millions environ
en 400 ans233,234,235.
Colonisation
Articles détaillés : Abolition de l'esclavage, Partage de l'Afrique, Afrique au xixe siècle, Colonialisme et
Colonisation.
La colonisation effective de l'Afrique est précédée par une période de grandes explorations.
Le xviiie siècle est en France le siècle des Lumières. L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert, qui paraît entre 1751
et 1772, propage les idées humanistesnotes 42. Un peu plus tard se créent en Angleterre, où l'influence de
l'intelligentsia française était loin d'être négligeable236, des organisations abolitionnistes qui militent contre la
traite et l’esclavage telle l'Anti-Slavery Society, établie dans le premier tiers du xixe siècle. Ces idées conduisent à
une « révolution morale »237 et à un « élan abolitionniste de l'occident238 » qui amènent le Danemark à abolir de
jurenotes 43 la traite en 1792, suivi par l'Angleterre en 1807, les États-Unis en 1808, la Suède en 1813, la France en
1815 (à l'occasion du congrès de Vienne), l’Espagne et le Portugal en 1817, et le Brésil en 1850 seulement239,240.
L'Angleterre, à la pointe du mouvement abolitionniste241 et « gendarme des mers242 », s'attache, dès 1807 et
surtout à partir de 1833, à faire respecter l'interdiction de la traite dans les eaux ouest-africaines243,244,notes 44 avec
plus ou moins de bonheurnotes 45. La traite atlantique ne s’arrête évidemment pas subitement, elle se poursuit
illégalement jusque vers le début du xxe siècle. Ainsi, quoique « sérieusement combattu après 1842, le trafic ne
disparaît pas des côtes de Loango avant les années 1900245. »
Cependant, dans le même temps, les traites arabes et intra-africaines se poursuivent et s’amplifient. La traite intra-
africaine augmente même au xixe siècle car les cultures d'exportation (huile de palme, arachides, miel, clous de
girofle, caoutchouc, coton), utilisatrices de main-d'œuvre servile, se développent dans le cadre du commerce avec
les Européens246. La traite de la côte orientale profite de la baisse de la traite atlantique247 ; à la fin du xixe siècle
le plus important marché négrier du continent est celui de Zanzibar248, à l'époque sous contrôle du sultanat
d'Oman. Quant à la côte nord de l'Afrique, elle voit les corsaires sévir jusqu'au début du xixe sièclenotes 46. La
pénétration européenne fera cesser les traites arabes et intra-africaines qui auront perduré jusqu'aux premières
années du xxe siècle250.
Explorations
L'Afrique a, aujourd'hui encore, la réputation d'être un « continent insalubre », touché par des maladies comme le
paludisme (malaria), la filariose, l'onchocercose (cécité des rivières), la trypanosomiase (maladie du sommeil), la
lèpre, ou encore la fièvre jaune251. Les voyageurs, avant de se risquer à l'exploration, s'entraînent et
s'endurcissent252. En 1854, la découverte de la quinine contribue à faciliter la conquête et la colonisation de
l'Afrique253.
À la fin du xviiie siècle, l'esprit du moment en Europenotes 47, outre l'abolitionnisme, est aussi celui de la curiosité
scientifique — qui justifie l’exploration — et celui de l'impérialisme culturel — qui pousse à évangéliser les
populations tout en commerçant — ; c'est la « théorie dite des « trois C » […] [qui] consiste à associer les termes de
civilisation, de commerce et de christianisme pour en faire les fondements de l’idéologie coloniale255,256. » À côté
des sociétés abolitionnistes, des sociétés d'exploration (l'African Association par exemple, fondée en 1788 en
Angleterre) et des sociétés missionnaires (ainsi la London Missionary Society, créée en 1795) apparaissent à ce
moment. Dans les débuts du xixe siècle, l'intérieur de l'Afrique reste largement inexploré257,258 et les informations
géographiques ou ethnographiques concernant le continent sont très anciennesnotes 48,260 ; lorsque René Caillié
part à la découverte de Tombouctou, qu'il atteint en 1828, « les dernières informations concernant la ville dataient
du xvie siècle et émanaient des récits de Léon l'Africain261. » Sous l'impulsion anglaise, la fin du xviiie siècle puis le
xixe et le début du xxe siècle voient donc de grandes expéditions se monter, financées par les sociétés
missionnaires, les sociétés d'exploration, les grands journaux et les Étatsnotes 49. Parallèlement, les missions
chrétiennes s'implantent massivement dans tout le continent ; il en existait quelques-unes au début du xixe siècle,
elles se comptent par dizaines à la fin du même siècle262.
Les explorations et les missions n'ont pas que des visées désintéressées, scientifiques et évangélisatrices ; dans
les faits, une exploration « précède souvent des prises de possession coloniales263. » Notable exemple du
phénomène, à la fin du xixe siècle, Léopold II de Belgique commandite plusieurs expéditions, dont une menée par
l'explorateur Henry Morton Stanley264,notes 50, lequel crée l'État indépendant du Congo, en 1885, qui sera la
propriété personnelle du roi265.
Domination coloniale
Articles détaillés : Conférence de Berlin, Traité de Berlin (1885) et Exposition coloniale internationale.
L'Afrique coloniale en 1914.
En 1880, à l'aube de la colonisation massive, moins de 20 % du continent est aux mains des Européens. Il s’agit, à
l'ouest, de zones côtièresnotes 51, tandis que l'Afrique orientale est exempte de présence européenne. Seule
l'Afrique australe est significativement occupée, 250 km à l'intérieur des terres266,notes 52 ainsi que l'Algérie,
conquise par les Français en 1830267.
Entre 1880 et 1910, en un laps de temps très court du fait de la supériorité technologique des Européens268, « les
changements les plus importants, les plus spectaculaires, les plus tragiques » de l'histoire du continent se
produisent et la quasi-totalité de son territoire est conquise et occupée par les puissances impérialistes qui
instaurent un système colonial. La période après 1910 est essentiellement celle de la consolidation du
système267.
Ce déferlement entraîne des frictions entre les nations européennes ; c'est notamment le cas pour la zone du
Congo où les intérêts belges, portugais et français se confrontent et pour l'Afrique australe, où se combattent
Britanniques et Afrikaners269. Afin de traiter la situation, les États européens organisent, en l'absence de tout
représentant africain, à la fin de 1884 et au début de 1885, la conférence de Berlin qui débouche sur un traité
fixant les règles auxquelles les signataires acceptent de se soumettre dans le cadre de leur processus de
colonisation. Cela a pour effet d'accélérer la colonisation270 et donc le déploiement des « 3 C » (commerce,
christianisme, civilisation) au nom du « fardeau de l'homme blanc »271.
Deux pays échappent au partage de l'Afrique, le Liberia, créé par une société de colonisation américaine en 1822
et ayant proclamé son indépendance le 26 juillet 1847272 et l'Éthiopie, État souverain depuis l'Antiquité, qui
parvient à repousser la tentative de colonisation des Italiens auxquels elle inflige une défaite à la bataille d'Adoua,
le 1er mars 1896. Il s'agit de la première victoire décisive d'un pays africain sur les colonialistes273,274.
Ce que les francophones nomment « partage de l'Afrique », mettant ainsi l'accent sur les conséquences pour le
continent, est appelé Scramble for Africa (« la ruée vers l'Afrique ») par les anglophones, qui mettent ainsi en
exergue les causes. Ce terme est corrélé avec l'analyse économiste qui avance que cette colonisation est
déclenchée par les besoins en matières premières des économies européennes, engagées dans la révolution
industrielle et dans le commerce international275. Le terme fait aussi référence à la compétition économique que
se livrent les nations sur le sol africain276. Pour l'acception économiste, inspirée par John Atkinson Hobson277,
l'impérialisme et la colonisation sont les conséquences de l'exploitation économique pratiquée par les capitalistes
et le résultat des rivalités entre les nations278.
La plupart des régimes coloniaux mettent fin, de jure, à l'esclavage dans leur zone d'influence — quoique la
pratique perdura de facto pendant longtemps encore279 —, assumant ainsi un rôle de « mission
civilisatrice »280,281. C'est un second volet explicatif de la « ruée » : le sentiment de supériorité de l'Europe vis-à-vis
de l'Afrique, conforté par les théories du darwinisme et de l'atavisme social282 ainsi que par la période de la traite
négrière, laquelle avait vu la montée du sentiment raciste et l'idée de hiérarchie entre les races (courant de pensée
dit racialiste, incarné par exemple par Gobineau, auteur d'un Essai sur l'inégalité des races humaines en 1855)283,
tout cela justifiant d'apporter la civilisation et le christianisme aux peuples du « continent noir », via le « sabre et le
goupillon »284.
Enfin, le sentiment nationaliste des pays européens joue aussi un rôle, la compétition pour la domination de
l'Afrique en étant un des aspects285.
L'économie coloniale qui se met en place repose principalement sur deux secteurs : l'extraction minière et la traite
de produits agricoles286. L'activité commerciale internationalisée (économie de traite287) est aux mains des
Européens via leurs firmes pratiquant l'import-export, lesquelles disposent du capital nécessaire à
l'investissement local288.
Plusieurs dispositifs structurent cette économie : l'impôt de capitation, qui contraint les Africains au travail salarié
pour le compte des colons afin d’acquitter l'impôt289, les plantations obligatoires289, l'« abject » travail forcé290 et
le travail migratoire, le déplacement des populations, la saisie des terres291, le code de l'indigénat sous ses
diverses variantes qui excluent les colonisés du droit commun, l'indirect rule britannique. Cela déstabilise
fortement les structures sociales en place292 ainsi que le système productif, ce qui conduit à la pauvreté, à la
sous-alimentation, aux famines et aux épidémies293. Ces pratiques, déjà brutales par essence, s’aggravent de
répressions sanglantes contre les soulèvements et les résistances294. La répression des Héréros (1904-1907) est
ainsi qualifiée de « premier génocide du xxe siècle »295,296. Les pertes humaines sont telles que la démographie du
continent en est affectée : « les deux ou trois premières décennies de l’ère coloniale (1880-1910 environ) […]
provoquèrent […] une forte diminution de la populationnotes 53. »
La Première Guerre mondiale mobilise 1,5 million de combattants africains et, au total, 2,5 millions de personnes
sont touchées, d'une manière ou d'une autre, par l'effort de guerre298.
La période qui suit, jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, est qualifiée d'« apogée » de la colonisation ; les
puissances coloniales construisent des routes, des voies ferrées, des écoles et des dispensaires299. Néanmoins,
« la période 1920-1935 resta une période coloniale dure […] Lors de la Grande Dépression [1929], il régnait une
misère profonde300. » L'Afrique s'intègre de plus en plus à l’économie mondiale300,notes 54 et le continent bénéficie
jusqu'en 1950 environ, date à laquelle culminent les profits des entreprises, de la reprise — interrompue par la
Seconde Guerre mondiale — qui suit la crise de 1929300.
France
Afrique-Occidentale française (AOF Afrique-Équatoriale française (AEF Algérie française (1830 – 1962)
(actuelle Algérie)
1895 – 1958) : 1910 – 1958) :
Allemagne
Italie
Libye italienne (1911 – 1943) Érythrée italienne (1890 – 1936) Somalie italienne (1905 – 1936)
(actuelle Libye) (actuelle Érythrée) (une partie de l'actuelle Somalie)
Portugal
Espagne
Royaume-Uni
Royaume d'Égypte (1882 – 1953) Bechuanaland (1885 – 1966) Gambie (1894 – 1965)
(actuelle Égypte) (actuel Botswana)
Sierra Leone (1787 – 1961)
Soudan anglo-égyptien (1899 – Rhodésie du Sud (1923 – 1964)
Colonie et Protectorat du Nigeria
1956) (actuel Zimbabwe)
(1914 – 1960)
(actuel Soudan)
Rhodésie du Nord (1911 – 1953) (actuel Nigeria)
Somalie britannique (1884 – 1960) (actuelle Zambie)
Cameroun britannique (1922 –
(partie de l'actuelle Somalie)
Union d'Afrique du Sud (1910 – 1961)
Zanzibar (1990 – 1963) 1961) (parties des actuels Cameroun et
(partie de l'actuelle Tanzanie) (actuelle Afrique du Sud) Nigeria)
formée de la fusion de quatre
Afrique orientale britannique (1895 Côte de l'Or (1821 – 1957)
colonies :
– 1920) puis Colonie du Kenya (actuel Ghana)
(1920 – 1963) Colonie du Transvaal (1902 –
Nyassaland (1907 – 1964)
(actuel Kenya) 1910)
(actuel Malawi)
Protectorat de l'Ouganda (1894 – Colonie du Cap (1806 – 1910)
Basutoland (1884 – 1966)
1962)
Colonie du Natal (1843 – (actuel Lesotho)
(actuel Ouganda)
1910)
Swaziland (1881 – 1968)
Tanganyika (1919–1961)
Colonie de la rivière Orange
(partie de l'actuelle Tanzanie)
(1900 – 1910)
1884 Sud-Ouest africain allemand Allemagne 1915 (passe sous le contrôle de l'Union d'Afrique du Sud)
1946 Territoire des Comores France 1975 (l'île de Mayotte reste un territoire français)
Même si l'Éthiopie ne fut jamais colonisée et malgré des indépendances précoces (le Liberia en 1847 et l'Union
d'Afrique du Sudnotes 55 en 1910), les prémices de l'émancipation de l'Afrique remontent à la Première Guerre
mondiale.
Pour les Européens, ce conflit est l'occasion de côtoyer des « frères d'armes » africains (plus d'un million
d'Africains sont mobilisés302), ce qui change leur regard sur eux. Le tirailleur sénégalais et le tirailleur algérien
voisinent avec le poilu dans le livre des images d'Épinal militaires françaises303. Pour les Africains, la guerre
permet de rompre avec le rapport déséquilibré du colonisé à son « maître », à tel point, par exemple, qu'en
« Guinée, le retour des anciens combattants fut le prélude de grèves, d’émeutes dans les camps de démobilisation
et d’une contestation de l’autorité des chefs304. » Le traité de Versailles de 1919 dépouille l'Allemagne de ses
colonies, que les vainqueurs se partagent, ce qui trace à peu près les frontières de l'Afrique actuelle305. Le
sentiment anticolonial continue à se développer en Afrique après la guerre, ainsi que, modestement, dans les pays
occidentaux. Le président américain Woodrow Wilson, dans son programme de paix (les Quatorze points de
Wilson), rédigé en amont de la conférence de paix de Paris (1919), mentionne explicitement l'auto-détermination
des peuples, ce qui inspire et légitime les mouvements anticolonialistes et nationalistes africains306. Ces
mouvements se font entendre, comme le Wafd, délégation égyptienne qui souhaite participer à la conférence de
Paris pour y plaider l'indépendance de l'Égypte et dont les membres sont déportés par les autorités
anglaisesnotes 56. Certains obtiennent d'être entendus par la Société des Nations, tel le National Congress of
British West Africa, mouvement indépendantiste de la Gold Coast (actuel Ghana), représenté par J. E. Casely
Hayford, qui obtient une audition internationale au début des années 1920305. Dans le prolongement, les années
1930 voient la montée des formes de résistance et de syndicalisation qui déboucheront ultérieurement sur les
indépendances308. Cependant, dans le même temps, en 1931, en France, s'organise l'exposition coloniale,
symbole de l'unité de la « plus grande France »notes 57, faisant suite à la British Empire Exhibition de 1924. À cette
époque, à l'instar de la France, les métropoles ne sont pas prêtes à se détacher de leurs coloniesnotes 58. Les
empires ont permis de gagner la guerre, grâce aux hommes, mobilisés de force, et aux ressources, réquisitionnées
pour alimenter les mères-patries. En 1935, l'Italie fasciste décide même d'envahir l'Éthiopie, où elle se maintient
jusqu'en 1941, faisant preuve de persistance dans l'idéologie colonialiste309.
La Seconde Guerre mondiale est un tournant crucial. Durant le conflit, les « coloniaux » s'illustrent à nouveau sur
les champs de bataille, mobilisés par centaines de milliers, essentiellement par la France et l'Angleterre310,311. En
août 1941, Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, signent la Charte de l'Atlantique, laquelle préfigure la Charte
des Nations unies (1945) ; ce faisant, « ils signaient du même coup l’arrêt de mort, pour le restant du xxe siècle de
l’idée de légitimité du colonialisme312. » L'évolution des modes de pensée consécutive à la guerre tend à rendre
insupportable l'idée même du colonialisme : « La raison même d’être de la guerre, lutte contre la tyrannie et la
conquête, semblait condamner le colonialisme312. » L'année 1945, fin de la guerre, est aussi la date du congrès
panafricain de Manchester, qui marque le début du panafricanisme militant313. L'après-guerre voit des élites
africaines, formées aux États-Unis ou en Europe (Julius Nyerere, Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah, Nnamdi
Azikiwe…), prendre en main la contestation du modèle colonial, dénoncé comme étant au service exclusif des
Blancs314. Des partis politiques sont créés, tels le Convention People's Party (Gold Coast ou Côte-de-l'Or, actuel
Ghana, 1949)315, le Rassemblement démocratique africain (fédération de partis politiques des colonies
françaises, 1947)316… dont les dirigeants seront les principaux hommes politiques des futurs États indépendants.
Les revendications d'après la Seconde Guerre mondiale sont plus affirmées : les « mouvements, qui réclamaient
auparavant un plus grand rôle dans l’administration, en viennent à exiger les rênes du pouvoir317. »
L'après-Seconde Guerre mondiale est aussi le moment où le monde voit les centres de pouvoir se déporter
nettement de l'Europe vers les États-Unis et l'URSS. Succédant à la SDN, « l'O.N.U. devint ainsi la tribune de
l'anticolonialisme militant318. » La tonalité anti-coloniale de sa charte dérive de l'influence de l'URSS, alors
qu'aucun pays européen n'est, à ce moment, sur la même ligne politique319. Au contraire, les puissances
coloniales se raidissent, effrayées, dans le contexte de la guerre froide, par une possible « subversion
communiste » (sic), et elles répriment violemment toutes les manifestations politiques (par exemple, l'insurrection
malgache de 1947 ou celle du Kenya dans les années 1950). Les États-Unis, pour leur part, encouragent
discrètement les mouvements indépendantistes, à condition qu'ils n'aient pas partie liée avec le communisme320.
L'URSS soutient elle aussi les mouvements indépendantistes321, en lutte contre « l'Impérialisme, stade suprême du
capitalisme ».
C'est dans ce contexte que débute le mouvement de décolonisation, que le premier ministre britannique Harold
Macmillan appelle en 1960, le « Vent du changement »notes 59,324.
En 1951, l'Italie vaincue est forcée par l'ONU d'accorder l'indépendance à la Libye dont le territoire est occupé par
les forces françaises et anglaisesnotes 60. Les protectorats français au Maroc et en Tunisie accèdent à
l'indépendance en 1956. L'Afrique subsaharienne suit, avec l'indépendance de la Côte-de-l'Or, devenue Ghana en
1957, début d'une vague d'indépendance, relativement pacifique et négociée, qui dure jusqu'en 1960. À son issue,
plus d'une vingtaine de pays ont obtenu leur émancipation politique324, dont la majeure partie des colonies
françaises. De 1960 à 1965, ce sont essentiellement les possessions britanniques (Nigeria, Tanganyika devenue
Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rhodésie du Nord devenue Zambie) qui sont concernées. Les négociations y sont plus
compliquées du fait de la forte présence de colons blancs (Kenya) ou d'une grande diversité ethnique ou
religieuse (Nigeria)324.
Certaines indépendances sont cependant plus arrachées que négociées. Pour l'Algérie, l'indépendance arrive en
1962 après une guerre commencée en 1954, la Rhodésie du sud devenue Rhodésie puis Zimbabwe-Rhodésie puis
Zimbabwe, déclare unilatéralement son indépendance en 1965. Les possessions portugaises (Guinée-Bissau,
Cap-Vert, Sao Tomé-et-Principe, Angola et Mozambique) font l'objet de guerres qui ne se terminent qu'avec la fin
du régime de Salazar, en 1974 et 1975, date qui est aussi celle à laquelle l'Espagne abandonne le Sahara espagnol
(quoique pour un statut contesté). D'autres territoires obtiennent tardivement leur indépendance de pays non
européens. La Namibie doit attendre la fin de l'apartheid en Afrique du Sud et l'année 1990 pour devenir
indépendante324. L'Érythrée, réunie à l'Éthiopie à la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'en détache en 1993, à
l'issue de trente ans de guerre et le Soudan du Sud fait sécession du Soudan en 2011326.
Afrique contemporaine
Articles connexes : Organisation de l'unité africaine, Union africaine, Ajustement structurel et Aide publique au
développement.
Les nouveaux États indépendants ont des tâches urgentes à accomplir327 ; ne voulant pas se lancer dans une
recomposition aventureuse, ils décident de conserver les frontières coloniales328,notes 61 que l'OUA, nouvellement
créée, décrète intangibles en 196390. Ils font de même avec la langue du colonisateur, idiome commun à des
citoyens aux parlers nombreux330. La situation diffère cependant en Afrique du Nord, où l'arabe reprend le pas sur
la langue du colon ainsi qu'en Afrique de l'Est où le swahili l'emporte331.
Les frontières font fi des réalités ethniques et géographiques du continent104. L'unité nationale des nouveaux États
ne peut donc pas se fonder sur une base ethno-culturelle ou une histoire commune, elle doit plutôt se baser sur
des considérations politiques et économiques, constitutives d'un projet commun332. Beaucoup de ces pays
prennent, de ce fait, le chemin du parti unique333, voire de la dictature, les héros de l'indépendance se
transformant en despotes tels Sékou Touré, Léopold Sédar Senghor, Léon Mba, Fulbert Youlou, parfois à la suite
de putschs comme Gnassingbé Eyadema et Mobutu Sese Seko par exemple ; il s’agit d'imposer à marche forcée
une unité à des nations qui en sont dépourvues à l'origine334. L'idéologie sert ainsi de vecteur. Certains adoptent
une voie « socialiste » ou « marxiste-léniniste », comme l'Algérie, la Tanzanie, le Sénégal, la Guinée, le
Mozambique… et les diverses républiques populaires, du Congo, du Bénin… Ailleurs, c'est la religion qui sert à
souder l'unité nationale comme en république islamique de Mauritanie331,334.
Ahmed Sékou Léopold Sédar Léon Mba Fulbert Gnassingbé Mobutu Kwame Mathieu
Touré en Senghor en en 1964. Youlou en Eyadema en Sese Seko Nkrumah Kérékou en
1982. 1987. 1963. 1983. en 1983. en 1961. 2006.
Politiquement, l'idéologie panafricaine, qui inspirait les mouvements de libération en tant que principe unificateur
de lutte contre les puissances coloniales, décline après les indépendances335 malgré la création de l'OUA en 1963.
Par ailleurs, dès 1955, l'Afrique était représentée à la conférence de Bandung, fondatrice du mouvement des non-
alignés et base de la naissance du concept de tiers monde. L'« imaginaire identitairenotes 62 » africain se construit
ainsi de manière composite, entre panafricanisme et volonté d'échapper à la logique des blocs de la guerre froide
(non-alignement).
Les nouveaux États ne sont cependant pas débarrassés des structures économiques héritées de la colonisation
et les liens avec les métropoles ne sont pas rompus. Beaucoup sont signataires d'accords politiques,
économiques et militaires, parfois secrets, qui les lient aux anciennes métropoles336 et la majeure partie des
anciennes colonies du Royaume-Uni rejoint le Commonwealth. Les anciennes métropoles entendent conserver
ainsi une position privilégiée en échange d'assistance technique et d'aide au développement337. De fait, l'immédiat
après indépendance est une période dite de « néocolonialisme », concept clé des relations nord-sud à cette
époquenotes 63 : les Européens, mais aussi les États-Unis, l'Union soviétique, Cuba, la Chine…, protagonistes de la
guerre froide, s'ingèrent largement dans la politique et dans l'économie du continentnotes 64,340.
Cargo minéralier à Namibe (Angola)
en 2010. « L'Afrique concentre environ
30 % des réserves minérales
mondiales341 ».
Entre 1960 et 1980, le PIB des pays africains triple342 sans pour autant que les conditions de vie des Africains ne
s’améliorent sensiblement. La gestion de l'économie, qu'elle s'appuie sur une idéologie libérale ou socialiste, ne
permet pas de « décoloniser » le tissu productif des nouveaux États. L'agriculture de subsistance continue à
cohabiter avec l'agriculture de rente destinée à l'exportation, et les matières premières sont massivement
exportées, sans produire de valeur ajoutée locale. Les débouchés se trouvent dans les pays développés qui, dans
le contexte des « Trente Glorieuses », ont besoin des ressources du continent pour nourrir leur croissance. Le
continent s'endette massivement durant les années 1970 — à cette époque, les États africains sont considérés
comme solvables grâce à la hausse des cours des matières premières et aux faibles taux d'intérêt343 —, auprès
des banques qui recyclent ainsi leurs liquidités en eurodollars puis pétrodollars344. Les investissements sont
pharaoniques345 et comprennent quelques éléphants blancs ; le montant de la dette atteint près du quart du PIB
africain en 1980346.
Mais, alors que depuis les indépendances les recettes d'exportation croissaient, « entre 1979 et 1982 les prix des
principales exportations africaines retombent, en termes réels, à leur plus bas niveau depuis 1950346. »
Simultanément, les taux d'intérêt augmentent de manière « vertigineuse347 »notes 65. Les recettes d'exportation
baissent, les taux d'intérêt grimpent ; prise ainsi dans un effet de ciseaux, l'Afrique s’engage dans une spirale de
crise346. Les possibilités d'investissement décroissent drastiquement, les déficits budgétaires se creusent et la
dette devient un boulet financier. En 1990, elle représente 106,1 % du PNB en Afrique subsaharienne et de 52 %
(Algérie) à 126 % (Égypte) en Afrique du Nord349. Il n'y a plus d'argent pour les projets et l'aide publique au
développement sert avant tout à soulager les banques occidentales de leurs créances devenues douteuses350.
Les bailleurs de fonds internationaux (le FMI et la Banque mondiale essentiellement) accordent des prêts en les
conditionnant à la mise en œuvre de politiques d'ajustements structurels visant à réformer l'ensemble de
l'économie des pays ou, au minimum, des secteurs entiers (énergie, éducation), ce qui en modifie profondément le
fonctionnement. Inspiré par une pensée économique libérale, l'ajustement structurel consiste notamment à
privatiser, le plus souvent au profit d'entreprises étrangères, des pans entiers de l'économie, à lever les barrières
aux échanges commerciaux, à réduire le poids de l'État y compris les aides aux plus défavorisés351. En 1992,
presque tous les pays du continent sont concernés par l'ajustement structurel352. Au regard des critères libéraux,
l'économie s'en trouvera assainie, mais il faudra plus de vingt ans pour cela et le bilan social en est
« terrifiant »353 : chômage, mise à mal des systèmes de santé et d'éducationnotes 66, accroissement des
inégalitésnotes 67,356… Politiquement, les pays sont soutenus même lorsque leurs fondements démocratiques ne
sont pas en place357, confortant de facto des régimes autoritaires ou des démocraties imparfaites.
Au début des années 1990, à la suite de la chute du mur de Berlin, les aspirations démocratiques du continent
s'amplifient358. C'est la période du discours de La Baule, des « conférences nationales » en Afrique francophone
— qui instaurent, notamment, le multipartisme —, de la fin de l'apartheid, de l'indépendance de la Namibie et de
l'Érythrée. La démocratie ne progresse cependant pas massivement dans un contexte de tensions ethniques et
régionalistes359 et de conflits armés. Cela fait qu'encore aujourd'hui le continent présente un visage contrasté,
« les jeunes démocraties cohabitant avec les tyrans sanguinaires »360.
D'un point de vue économique, profitant d'un retournement de cycle, la dette des pays d'Afrique subsaharienne
baisse de moitié en quinze ans et redescend à un niveau plus soutenable, passant de 85 % en 2000 à 40 % du PIB
à la fin des années 2010361,notes 68. La croissance économique du continent est soutenue depuis le début du
xxie siècle, aux alentours de 5 % par an pour la production réelle364 et de 4 % pour le PIB365,366,367.
Conflits
Le continent reste fortement touché par des affrontements violents : « L’Afrique retient l’attention car elle apparaît
[…] comme le théâtre du plus grand nombre de conflits actuels368 » et « Les conflits violents durent plus
longtemps et sont plus meurtriers en Afrique que dans les autres régions du monde369 ». « Entre 1989 et 2002, 10
à 15 conflits ont éclaté chaque année, entraînant des conséquences néfastes pour le développement
socioéconomique et infrastructurel de l’Afrique. De 1994 à 2003, on a dénombré 9,2 millions de morts en raison
des conflits armés, et à partir de 2003, 15,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays370. »
En 2008371, sur 35 conflits graves répertoriés dans le monde, 13 sont situés en Afrique, où 15 pays sur 53 sont
concernés par une « crise d’intensité moyenne à haute ». La situation ne s'améliore pas au fil du temps ; en
octobre 2015, sur seize opérations de maintien de la paix menées par l'ONU, neuf se situent en Afrique372,notes 69
et, en mai 2016, sur dix « situations sous enquêtes » à la Cour pénale internationale, neuf concernaient
l'Afrique373. De même, le conflit du Rwanda a été juridiquementnotes 70 qualifié de génocide374.
S'il est possible de caractériser globalement les conflits africains (ils sont locaux ou transfrontaliers mais pas
inter-étatiques)notes 71, l'historiographie moderne échoue à trouver des explications partagées à ce sujetnotes 72,376,
chaque situation étant, in fine, considérée comme particulière.
Il existe néanmoins des facteurs de contexte fréquemment évoqués : la faiblesse voire la défaillance des États
(Burundi, République centrafricaine…)377,376,375, phénomène souvent corrélé à un faible niveau de revenu et à une
répartition inégalitaire des revenus sur des bases ethniques ou géographiques. Cela nourrit les antagonismes
ethniques (Côte d'Ivoire, Rwanda, Touareg au Mali…)378,379 lesquels, parfois, traversent les frontières (Liberia et
Sierra Leone, Rwanda, Burundi et Ouganda, Guinée-Bissau et rébellion casamançaise…)378. Ces inégalités
économiques, pour l'aspect géographique, entraînent des luttes pour l'appropriation des zones où se situent les
ressources naturelles, sources des richesses (Soudan du Sud, Somalie, république démocratique du
Congo380,381…)
Ces facteurs se conjuguent de manière complexenotes 73, d'autant que dans un monde globalisé, les diasporas
jouent un rôle, par le financementnotes 74, l'appui à l'organisation des rébellions et la propagation des idéaux dans
les pays extérieurs au continent (Érythrée…)383,384 et que l'Afrique s'inscrit aussi dans une « mondialisation
criminelle385 » des « foyers terroristes […] qui se concentrent dans un croissant s’étirant du Pakistan au Sahel386. »
Cette mondialisation a aussi pesé de tout son poids dans les printemps arabes de 2011 en Égypte et en
Tunisie387,388, ainsi que, conjuguée à la problématique terroriste, dans le conflit libyen, à dimension
internationale389,390.
Insurrections djihadistes
Articles connexes : Guerre civile algérienne, Guerre civile somalienne (depuis 2006), Guerre du Sahel, Guerre du
Mali, Insurrection de Boko Haram, Insurrection djihadiste au Burkina Faso, Deuxième guerre civile libyenne,
Insurrection djihadiste en Tunisie, Insurrection du Sinaï et Insurrection djihadiste au Mozambique.
Depuis la fin du xxe siècle, l'Afrique est massivement concernée par les insurrections djihadistes. Dans les années
1990, l'Algérie sombre dans une guerre civile. À partir de 2003, les troubles commencent à s'étendre au Sahel. En
2006, les islamistes s'emparent de Mogadiscio, la capitale de la Somalie. En 2009, une insurrection éclate au nord-
est du Nigeria. En 2012, le nord du Mali passe sous le contrôle de groupes liés à al-Qaïda.
Les principaux groupes salafistes djihadistes en Afrique sont391 les shebabs du mouvement Al-Shabbaab
(opérant en Somalie et au Kenya), Boko Haram (opérant Nigeria, au Niger, au Cameroun, au Tchad), AQMI (opérant
en Algérie, Mali, Mauritanie, Niger, Tunisie et Libye) et divers autres groupes sahéliens liés à al-Qaïda (Ansar Dine,
le MUJAO, Les Signataires par le sang, Al-Mourabitoune, Ansarul Islam et le Groupe de soutien à l'islam et aux
musulmans)392. L'État islamique apparaît également sur le continent au milieu des années 2010393 avec
notamment le ralliement d'une partie de Boko Haram qui forme l'État islamique en Afrique de l'Ouest, le ralliement
d'une partie d'al-Mourabitoune qui forme l'État islamique dans le Grand Sahara, et les ralliements du Majilis
Choura Chabab al-Islam en Libye, d'Ansar Baït al-Maqdis en Égypte, de Jund al-Khilafah en Algérie et de quelques
autres groupes en Tunisie, en Somalie et au Mozambique.
Articles détaillés : Opération Serval, Opération Barkhane, Opération Enduring Freedom - Trans Sahara, MINUSMA
et G5 du Sahel.
La montée en puissance des mouvements djihadistes et la multiplication des conflits armés sur le continent
entraînent plusieurs interventions internationales, notamment celles de la France (au Sahel avec l'opération Serval
puis Barkhane) et des États-Unis (opération Enduring Freedom - Trans Sahara). Ces interventions visent à soutenir
des gouvernements alliés mais aussi à affaiblir des foyers djihadistes susceptibles de constituer des bases pour
des attaques terroristes contre l'Europe394.
Selon le Global terrorism index, entre 2014 et 2015, le Nigeria est après l'Irak le deuxième pays le plus touché au
monde par les attentats terroristes islamistes, en nombre de morts395. L'Afrique subsaharienne possède en outre
le sinistre record du plus grand nombre moyen de morts par acte terroriste (6,7 morts)396 et Boko Haram est le
groupe terroriste le plus meurtrier de la planète en 2014397.
Démographie
2100
Année398 0 1000 1500 1600 1700 1820 1870 1913 1950 1973 1998 2018
(projeté)
1 321 3 924
Afrique 16 500 33 000 46 000 55 000 61 000 74 208 90 466 124 697 228 342 387 645 759 954
000399 421400
230 268 437 555 603 1 041 1 270 1 791 2 524 3 913 5 907 7 500 10 900
Monde
820 273 818 828 410 092 014 020 531 482 680 000401 000402
2100
Année398 0 1000 1500 1600 1700 1820 1870 1913 1950 1973 1998 2020
(projeté)
399
Africa 7,1 12,3 10,5 9,9 10,1 7,1 7,1 7,0 9,0 9,9 12,9 18,2 39,4402
La société africaine est extrêmement jeune. En 2004, un Africain sur deux a moins de 20 ans403. En 2012, 70 % de
la population du continent avait moins de 30 ans404,405 et 44 % de sa population avait, en 2006, moins de 15 ans,
ce qui en fait « incontestablement la plus jeune région du monde »406,407
Évolution de la population
Enfants sud-soudanais.
Croissance de la population
Historique
L’estimation de la population africaine avant 1950 est un problème complexe en raison de l’absence de données
fiables pendant la période coloniale et, plus encore, pendant la période précoloniale. Tous les chiffres avant 1950
sont des estimations basées sur des données plus ou moins lacunaires et sur des projections408.
Il a longtemps été pensé que la densité de population africaine avant 1850 était faible comparativement aux
autres continents et avait augmenté rapidement à partir du début de la colonisation au milieu du xixe siècle.
Certains chercheurs pensent aujourd'hui au contraire que la population était assez importante et que son taux de
croissance était faible. De 140 millions d’individus en 1850 la population aurait peu varié jusqu’en 1920 puis elle
aurait augmenté plus rapidement pour atteindre 280 millions en 1960 et 800 millions en 2000408.
L'impact de l'esclavage en Afrique jusqu'en 1850 a été différent suivant les régions. Selon Patrick Manning, la
croissance de la population africaine s'est globalement ralentie et dans les régions les plus touchées l'esclavage a
entraîné le déclin de sous-populations409,410. Toujours selon Patrick Manning, les taux de croissance relativement
faibles au xixe siècle et les estimations plus élevées de la taille de la population africaine à la période précoloniale
impliquent que l'impact négatif de l'esclavage sur ces populations a été moins sévère que précédemment
estimé408. La nature des populations victimes de l'esclavage souvent jeune et majoritairement des femmes
permet d'expliquer l'impact sur la croissance des populations411.
La fin du commerce des esclaves coïncide avec la conquête coloniale. Il est estimé que les régimes coloniaux, en
particulier français et belge, ont provoqué des déclins de population, en grande partie à cause de la propagation
de maladies, en particulier par les fonctionnaires coloniaux africains et européens408. Dans certaines régions,
comme les régions côtières, l'augmentation de la productivité a entraîné une augmentation de la croissance de la
population. Lors de la période coloniale, les Africains ont connu des changements dramatiques de leurs
conditions de vie, des taux de croissance accélérés, de brusques changements dans les modèles de migration et
les débuts spectaculaires de l'urbanisation408. L'espérance de vie, bien que faible par rapport à celle des autres
régions et changeant peut-être avec un certain retard, s'est néanmoins allongée de façon impressionnante. Entre
20 et 25 ans, au début du xixe siècle412, l'espérance de vie à la naissance était passée à 36,7 ans pour la période
1950-1954413.
L'Afrique est le continent dont la population en pourcentage a le plus augmenté depuis le début du xxe siècle et
dont le taux d'accroissement naturel, avec 2,5 % en 2015, est le plus élevé414. Estimée à 133 millions d'habitants
en 1900 soit 8,1 % de la population mondiale, la population de l'Afrique est passée en 1950 à 228 millions soit
9,1 % puis à 808 millions en 2000 soit 13,2 %, et à 1,1 milliard en 2012 soit 16 % de la population mondiale415.
Selon les estimations de l'ONU, la population de l'Afrique pourrait être de 2,5 milliards en 2050, soit 25 % de la
population mondiale, et de 4,4 milliards en 2100, soit 39 % de la population mondiale416,414,417. Le Nigeria, la
république démocratique du Congo et l'Éthiopie seront, en 2050, parmi les dix pays les plus peuplés de la
planète418.
Cela n’est cependant qu'une forme de rattrapage puisqu'en 2030, la population du continent retrouvera la
proportion, environ 20 % du total mondial, qu'elle représentait au xvie siècle avant les traumatismes
démographiques de la traite négrière et de la colonisation419,notes 75.
Conséquences
Cette croissance démographique est susceptible d'avoir des effets contrastés selon que l'on adopte un point de
vue malthusien et afro-pessimiste ou non421. Ainsi la Banque mondiale présente-t-elle en 2015 un rapport intitulé
« La transition démographique africaine : dividende ou désastre422 ? » Le rapport expose qu'une partie de l'Asie a
connu une situation similaire avant sa transition démographique et le décollage économique des tigres
asiatiques423,424. On peut citer comme exemple positif le fait que la concentration des populations en ville crée
des marchés solvables pour les agricultures locales425. Ou bien encore constater que l'accroissement
démographique est un bienfait pour le développement du marché de la téléphonie mobilenotes 76, ce qui a été à la
base de la « bancarisation » (mobile banking) fulgurante du continent426 qui permet à l'Afrique d'être la
« championne du monde du paiement par téléphone mobile427 ». La croissance de la population est donc aussi
celle de la consommation domestique et du développement économique qui l'accompagne428 notamment grâce
aux « classes moyennes »429 qui croissent plus vite (3,1 %) que la population dans son ensemble (2,6 %)430.
Dans ce contexte, la transition démographique du continent, entamée dans certains pays (Kenya, Sénégal,
Botswana424…), si elle se confirme, est une chance potentielle431,432 grâce à la baisse du taux de dépendance
qu'elle entraînerait avec une population active plus importante que celle des inactifs. Quelques pays (Ghana, Côte
d’Ivoire, Malawi, Mozambique et Namibie) ont déjà été identifiés comme étant sur cette voie433.
Les positions malthusiennes, à rebours, invitent à considérer la croissance de la population comme un fardeau en
parlant de « suicide démographique », avançant que la transition démographique est loin d'être globalement
acquise et que les taux de dépendances sont, pour l'heure, extrêmement élevés434. De même, les investissements,
notamment en éducation, qui devront accompagner la transition démographique pour la transformer en vraie
chance, sont considérables434. La population, en tout état de cause plus nombreuse, devra s'entasser car même si
la densité globale du continent est faible (36 hab/km2), certaines zones sont inhabitables ce qui fait que l'on
constate, en certains endroits du Nigeria, pays le plus peuplé du continent, des densités de l'ordre de
190 hab/km2434 et de 420 hab/km2 au Rwanda435, et que 62 % des urbains d'Afrique subsaharienne vivent dans
des « quartiers précaires436 ». À l'inverse, l'Afrique du Nord est la région qui connaît la plus faible proportion de
population urbaine vivant dans des bidonvilles (13 %)437.
Une caractéristique principale du continent438 est que son indiscutable croissance économique ne bénéficie que
peu à ses populations. C'est le concept de « la croissance sans le développement », proposé par George
Ayittey439.
Natalité et mortalité
Article connexe : Objectifs du millénaire pour le développement.
Le taux de fécondité (nombre d'enfants par femme) pour l'Afrique subsaharienne est de 4,7 en 2018, soit le plus
élevé au monde440. Tous les pays d'Afrique subsaharienne avaient un taux de fécondité (nombre moyen d'enfants)
supérieur au seuil de remplacement en 2019 et représentaient 27,1 % des naissances vivantes dans le monde441.
En 2021, l'Afrique subsaharienne représentera 29 % des naissances mondiales442.
La croissance démographique est évidemment liée au taux de fécondité lequel, en Afrique, est le plus élevé au
monde avec 4,7 enfants par femme pour la période 2010-2015, contre une moyenne mondiale de 2,5443. Si la
majeure partie des pays africains ont un taux de natalité élevé, ils font également face à une mortalité infantile
très élevée. En 2013, deux pays africains avaient un taux de mortalité infantile supérieur à 100 ‰ et 34 un taux
supérieur à 50 ‰444. Par ailleurs, les quatre pays ayant l'espérance de vie la plus faible dans le monde en 2012
étaient tous africains445.
Le sida est devenu la première cause de mortalité en Afrique à la fin du xxe siècle446. C'était encore le cas en
2007, où ONUSIDA estimait à 22 millions le nombre de personnes infectées en Afrique447. En 2013, sur 35 millions
de personnes infectées, 24,7 millions vivaient en Afrique subsaharienne, dont 58 % de femmes448. Le VIH a fait 1,3
million de morts sur le continent en 2009, mais il en faisait 1,4 million en 2001. Entre 2005 et 2013, les cas de
nouvelles contaminations ont cependant baissé de 33 % en Afrique subsaharienne448.
La mortalité infantile a chuté de 30 % en 20 ans et l'espérance de vie s'est accrue de 15,4 ans depuis 1950. Mais,
en Afrique subsaharienne, 1 enfant sur 8 meurt avant ses 5 ans contre 1 pour 143 dans les pays développés449.
Les conditions sanitaires sont largement indépendantes de l'économie. Malgré un niveau de revenu cinq fois
inférieur, l'Éthiopie, (573 $/hab450), grâce à sa politique en la matière, présente de meilleurs indicateurs sanitaires
que le Nigeria (3 203 $/hab.450) : mortalité infantile 47 ‰ (78 ‰ au Nigeria), mortalité maternelle 350 ‰ (630 ‰ au
Nigeria)451. De la même manière, l'aridité est corrélée avec la malnutrition mais, pour des raisons politiques, cette
dernière sévit lourdement en république démocratique du Congo, pourtant un des pays les plus arrosés de la
planète452.
Mouvements de population
Les migrations volontaires de l'Afrique subsaharienne sont massivement internes, ce qui est sans équivalent sur
les autres continents. Les trois-quarts, voire plusnotes 77, des migrations d'Afrique subsahariennes sont intra-
continentales. Elles concernent de 20 à 70 millions de personnes selon les sourcesnotes 78. Les migrations
volontaires extra-continentales sont donc fortement minoritaires et, a fortiori, ne représentent qu'un flux et un
stock très minoritaire des immigrés dans les pays de l'OCDE : l'Afrique subsaharienne représente « 6 % des flux
migratoires vers les pays de l’OCDE, et 5 % du stock de migrants453 ». En ce qui concerne l'Afrique du Nord, les
migrants qui en sont issus représentent 7 % du stock total de migrants de la zone OCDE453.
Urbanisation
La croissance de la population s'accompagne d'un exode rural massif et d'une croissance vertigineuse des villes :
« Durant la seconde moitié du xxe siècle, la population des villes d'Afrique subsaharienne a été multipliée par
11455. » Il s’agit, là encore, d'un phénomène de rattrapage, car l'Afrique est le continent le plus faiblement urbanisé
de la planète455.
L'urbanisation est massive, rapide455,456 et mal contrôlée, d'où la prévalence des bidonvilles436 ; les nouveaux
urbains sont essentiellement des « pauvres », issus de l'exode ruralnotes 79. En ville, les habitants tendent à se
regrouper par communauté, région ou village d'origine458, tentant de préserver une solidarité dans le nouveau
contexte urbain459.
La société africaine est donc de plus en plus constituée de jeunes urbains, lesquels développent une culture
spécifique460 qui, notamment grâce à l'internet, se diffuse au niveau international461 ; cela concerne
principalement la danse et la musique, zouglou, kuduro462,461… Les jeunes sont aussi les premiers concernés par
les intenses mouvements de population intra-continentaux qui caractérisent l'Afrique. Mais, exaspérés par le
chômage et le mal logement, ils sont aussi les acteurs d'une préoccupante violence urbaine463,464,notes 80.
Société
Éducation
Article connexe : Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur.
La jeune population africaine souffre d'un manque d'éducation467. Les programmes d'ajustements structurels ont
eu tendance à mettre à mal les politiques en la matière du fait des coupes claires effectuées dans les budgets des
États concernés : « les taux de scolarisation primaire sont descendus en Afrique subsaharienne à 71 % en 1990
[…] loin du maximum de 79 % atteint en 1980354 ». Les taux de scolarisation secondaire ont, eux, progressé,
passant de 14 % des scolarisables à 27 % entre 1980 et 1996. Les disparités sont cependant importantes entre
pays et, globalement, ces chiffres sont nettement supérieurs en Afrique du Nord468.
Pour ce qui concerne l'enseignement supérieur, il y a, selon l'Unesco, en 2012, 4,8 millions d'étudiants dans des
établissements d'enseignement supérieur des pays subsahariens, soit près de vingt-cinq fois le chiffre de 1970.
La poussée démographique et les moyens déployés par les États pour améliorer l'accès à l'enseignement primaire
et secondaire expliquent la hausse de fréquentation des campus africains. Le continent reste en retard sur le reste
du monde, avec un taux de scolarisation dans l'enseignement supérieur de 6 % selon l'Unesco, contre 13 % dans le
sud et l'ouest de l'Asie et 72 % en Amérique du Nord et en Europe occidentale469.
Classes moyennes
Le continent est pauvre, 47 % des Africains vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 1,25 US$ PPA
par jour470. Mais, contrepartie de l'urbanisation, le continent voit aussi émerger une classe moyenne — quoique les
contours en soient discutés471,472 — de plus en plus importante en nombre et en proportion des habitants470,
aspirant à la démocratie et à la bonne gouvernance, soucieuse de s'inscrire dans la mondialisation culturelle et
économique473. Elle fut d'ailleurs un acteur important des printemps arabes474,475,476. Cette classe moyenne est
au cœur du changement de l'Afrique, d'abord par l'effet d'entraînement économique lié à sa consommation.
Ensuite, moins féconde que la moyenne477, elle participe à la transition démographique qui permettra peut-être de
concrétiser le « dividende démographique » lié à la baisse du taux de dépendance (ratio inactifs/actifs) qui ferait
de la démographie africaine un atout et non pas un boulet478,424,479. Une des conditions du dividende
démographique est que le niveau d'éducation s'élève ; les classes moyennes et aisées ont, bien évidemment, plus
accès que les autres à un enseignement de qualité, notamment grâce aux établissements privés en plein essor480.
Malgré quelques progrès481 depuis la chute du mur de Berlin et les conférences nationales sur le continent358,360,
12 % de la population d'Afrique subsaharienne vit dans un pays considéré comme libre selon Freedom House ; les
autres Africains vivent dans des pays « non libres » ou « partiellement libres »482. L'indice de démocratie, avec des
indicateurs différents, donne des tendances très similaires483.
Quant à la liberté de la presse, elle n'est que très partielle sur tout le continent, sauf quelques rares contre-
exemples telle la Namibie, à la 17e place mondiale (Canada 41e, France 45e) sur 180 pays étudiés par Reporters
sans frontières484.
Structure sociale
Organisation sociale
solidarité et de la cohésion communautaire bien plus que l'État-nation492,493. concept d'ethnie est
cependant aujourd'hui encore
notes 83
L'aspect clé du fait ethnique est le sentiment d'appartenance : « L’ethnie largement discuté quant à sa
constitue donc un ensemble […] que l’on s’accorde à définir à partir d’un critère définition et sa portée485. Fait
495
empirique : celui de la conscience ethnique » ; elle est la base de l'identité à éternel du continent pour les
laquelle se réfèrent les individus, sur le fondement d'une ascendance unsnotes 81, invention en
commune revendiquée, réelle ou mythologique496. Multiséculaire ou inventée grande partie coloniale pour
par le colonisateur, revendiquée par les individus quelle qu'en soit la réalité les autresnotes 82,487, outre qu'il
497
scientifique, elle peut être mobilisée militairement , comme ce fut est mal défini : « Le concept
498,499
tragiquement le cas au Rwanda , ou pour bénéficier de soins à d'ethnie compte parmi les
notes 84
l'hôpital ou, plus pacifiquement encore, pour traiter d'une tradition plus usitées et les moins
501,502
musicale . précises des notions
sociologiques488 », le concept
L'ascendance commune est relatée dans de grands mythes fondateurs, qui
ethnique est accusé d'être
existent sur tout le continent, certains étant communs à plusieurs ethnies503.
parfois utilisé à tort, là où
Ces mythes cosmogoniques servent encore de références à l'époque
l'analyse sociale sans
contemporaine ; ils se transmettent de nos jours au travers de la littérature
coloration ethnique
écrite504 après l'avoir été oralement505.
suffirait489,490.
En parallèle, les systèmes de parenté, famille élargie, clans et lignages, sur les
mêmes fondements d'ancêtres communs, en principe réels dans ce cas,
complètent les bases sociales fondamentales506,507 : « Une organisation sociale puissante fondée sur la famille
étendue exerce […] une action de premier plan dans la stabilité de la société508 ».
Les structures sociales pré-coloniales et les modes de gestion qui les caractérisent coexistent aujourd'hui avec
les États modernes. Les relations sociales se régulent selon des étages sociaux distincts : « […] il a dans la société
africaine des affaires qui relèvent du niveau du lignage, de l'ethnie, de la tribu… et d'autres qui relèvent du niveau
de l'État509 » ; les régulations sociales, y compris dans certains aspects juridiques, échappent à l'autorité étatique.
En effet, l'État-nation et les concepts relatifs ont été brutalement importés via la colonisation, sans qu'il y ait eu un
temps de maturation historique, particulièrement dans les sociétés segmentaires et lignagères : « il est de vastes
régions en Afrique qui n’ont connu avant la colonisation ni chefferies ni États, l’organisation sociopolitique étant
de type lignager510 »511,notes 85. Même là où existèrent de puissants royaumes ou empires, l'organisation politique
ne suivait pas le modèle occidental, la différence essentielle étant l'absence de recouvrement systématique entre
le royaume ou l'empire et un territoire délimité209,513. Cette importation ne s'est pas faite sans heurts, y compris
dans les consciences individuellesnotes 86 et les institutions préexistantes ont perduré de facto515 mais aussi de
jure516, les États actuels confiants souvent et officiellement des fonctions aux chefs traditionnels aujourd'hui
encore517,518,519,520.
Les deux systèmes ne fonctionnent pourtant pas sur les mêmes bases, les fonctions du chef coutumier étant
culturellement très éloignées de celle d'un fonctionnaire d'administration centrale ou locale. Le rapport à la terre et
au pouvoir sont notamment très différents de la conception purement juridique et il existe une composante
sacrée évidemment absente des bureaux administratifs521.
Castes
En certains endroits, l'Afrique de l'Ouest, dans une quinzaine de pays (Mali, Guinée…) et autant d'ethnies (Malinkés,
Bambaras…), connaît aussi un système de castes liées au métier, hérité de l'empire du Mali du xiiie siècle522. Les
castes les plus typiques sont celles des forgerons (considérés, même dans les sociétés sans castes, comme
ayant des relations particulières avec le monde spirituel523) et des griots, porteurs de la culture orale
traditionnellenotes 87,525,526.
Le rapport africain à la terre et les formes d'organisation productives agricoles se distinguent de leurs
homologues des autres continents527. Concernant la production agricole, le lot commun, y compris en Afrique, est
l'étape de la société paysanne, organisée autour de l'auto-production familiale528.
Mais la distinction fondamentale avec les autres parties de la planète, c'est que la terre n'est pas un bien matériel
susceptible d'être possédé formellement par un individu, qu'il soit simple citoyen ou dirigeant d'une organisation
politique (chefferie ou empire)notes 88. Même la monarchie d'essence divine ne s'accompagne pas pour autant, en
Afrique, d'une possession formelle de territoires délimités. Le « chef » africain n'est pas essentiellement un
dirigeant politique gérant des terres, il était (et reste dans ses formes traditionnelles), un intercesseur entre le
sacré et le profane ; dans la conception africaine, « la terre n’est pas un bien matériel au sens où nous l'entendons
en Occident, mais le lieu sacré où se rencontrent le visible et l'invisible94. » Les figures du propriétaire terrien et de
l'aristocrate foncier sont absentes du système de production africain530 : « la conception que se font de la
propriété privée le droit romain, le Code civil et Marx ne s'est développée en Afrique que pour certains biens
meubles d'utilisation domestique mais pas pour cet essentiel facteur de production qu'est la terre531. » De ce fait,
la « tenure » africaine, y compris contemporaine, est originale au regard des conceptions occidentales et
asiatiques, et complexe par le fait532.
Cela ne fut pas sans causer des difficultés au moment de la colonisation. Ainsi, la pratique de l’indirect rule
britannique, consistant à s'appuyer sur des leaders indigènes, conduisit à fabriquer des chefs là où il n'y en avait
pas. Ce fut le cas au Nigeria par exemple, pour les Igbos ; leur système social décentralisé, inadapté aux
conceptions européennes et aux visées coloniales, lesquelles nécessitaient un chef territorial, amena la création
de chefferies artificielles533.
De cette conception du rapport à la terre découle une problématique foncière. À l'époque actuelle, le droit
coutumier et le droit foncier moderne sont encore et toujours en concurrence, le premier étant frontalement
attaqué car considéré comme empêchant la modernisation et le développement de l'agriculture sur un continent
en proie à l'insécurité alimentaire534. Les femmes représentent jusqu'à 70 % des exploitants agricoles en Afrique
subsaharienne mais le droit coutumier fait qu'elles n'ont pas de titres de propriété sur les terres qu'elles
exploitent534, la coutume ne concédant que des droits d'usage535. Sachant que, par ailleurs, 10 % seulement des
terres rurales africaines sont enregistrées, 90 % sont donc gérées de manière informelle et coutumière534. Le
développement de la propriété foncière et la prise en compte de la place des femmes sont donc considérés
comme des leviers indispensables au développement agricole du continentnotes 89,537,538.
Religions
Article détaillé : Religion en Afrique.
Statue d'Horus,
XVIIIe dynastie, Musée
national d'art égyptien de
Munich.
La religion de l'Égypte antique, polythéiste, date au moins du IVe millénaire av. J.-C. et disparait avec son
interdiction par l'empereur romain chrétien Théodose Ier à la fin du ive siècle539. Elle plonge ses racines dans la
préhistoire : le panthéon égyptien zoomorphe ne contient que des animaux correspondant au biotope
prédynastique. Aucun dieu n'est représenté sous la forme d'un animal appartenant à une espèce apparue plus
tardivement540.
Cette religion mêle le culte des génies de la nature (génie du blé, déesse des moissons…) à des dieux cosmiques
d'importance supérieure, qui se manifestent sous forme de phénomènes physiques (Rê, le soleil, Geb, la
Terre…)541. Les Égyptiens anciens représentent leurs dieux sous une forme zoomorphe, incarnés dans des
animaux ou sous des formes mixtes, en partie anthropomorphes. Horus, par exemple, est représenté comme un
homme à tête de faucon.
Les rituels sont pratiqués par des prêtres, délégués de Pharaon, dans des temples qui deviennent monumentaux
lorsque leurs constructeurs commencent à utiliser la pierre au lieu de la brique. Les différents dieux sont en
général propres à une zone donnée, autour d'une ville principale dont ils sont la divinité tutélaire. Ces zones
correspondent à peu près aux nomes (subdivisions administratives) quoique certains cultes aient rayonné plus
largement542.
Dans la civilisation égyptienne, la religion joue un rôle de tout premier plan539. Pharaon, roi, est aussi
l'intermédiaire entre les hommes et les dieux, il est lui-même assimilé à un dieu vivant543. Le thème de la vie après
la mort, particulièrement important dans l'Égypte antique, conduit à la construction des mastabas puis des
pyramides, tombeaux monumentaux, ainsi qu'à des rituels de momification (réservés aux couches sociales les
plus élevées)541. Tout cela s'inscrit dans le contexte d'une société fortement stratifiée, l'une des premières de
l'histoire à atteindre le stade de proto-État544.
Cette religion connaît une résurgence dans la deuxième moitié du xxe siècle sous la forme du kémitisme, le terme
désignant soit une revendication politique radicale panafricaniste où le kemet égyptien est considéré comme à la
base de toute civilisation, thèse qui se prévaut de celles de Cheikh Anta Diop, soit un mouvement spirituel de la
mouvance du néopaganisme545,546.
Religions traditionnelles
Représentation
contemporaine de Mami
Wata.
Le fait religieux africain autochtone est vulgarisé typiquement comme une forme d'animisme monothéiste547,548.
Cependant, la définition même de l'animisme, due à Edward Tylor dans Primitive culture en 1871549, le fait que
l'animisme puisse être une religion550,551 ou que la définition s'applique aux pratiques africaines sont encore
débattusnotes 90. Symbole de cette difficulté à caractériser ce fait culturel et religieux, la terminologie actuelle de
« religions traditionnelles africaines » n'est apparue que récemment, en 1965553.
Les traits communs des religions traditionnelles africaines sont qu'elles postulent l'existence d'un être suprême,
créateur et organisateur de l'univers. Il est en général décrit comme éloigné des hommes et inaccessible. À côté, il
existe des esprits, dont ceux des ancêtres, ainsi que des divinités mineures, en lien avec la nature (génie des eaux,
par exemple), plus accessibles, qui sont fréquemment invoqués car susceptibles d'intervenir sur Terre547 pour
favoriser ceux qui l'invoquent ou pour rétablir l'ordre troublé (maladie, mauvaises récoltes, etc.) et l'harmonie du
monde. En effet, les difficultés de la vie et de la société sont considérées comme causées par la violation des
tabous et des règles sociales554,555,556 : « La religion traditionnelle a donc pour double but d'intégrer les individus
dans le cosmos et de perpétuer l'ordre social557. »
Les rituels, entre autres d'initiation, nombreux et fortement codifiés, sont pratiqués sous l'égide d'experts religieux
(oracles, guérisseurs…). Il n'existe pas de corpus dogmatique (« textes sacrés ») écrit, à l'inverse des religions du
Livre, et la transmission des savoirs afférents est orale. Y sont associées de nombreuses et diverses
représentations sous forme de statuettes, masques… classiques de l'art africain547.
Les religions traditionnelles sont le plus souvent propres à une ethnie et à une aire géographique donnée ;
cependant les ethnies itinérantes peuvent les propager sur de vastes territoires. Certaines religions ont même
essaimé, essentiellement via les esclaves africains, tels le vaudou à Haïti, la santeria à Cuba, le candomblé au
Brésil558,559,554.
La religion traditionnelle conduit à une conception du monde où l'imbrication du sacré et du profane est forte :
« La religion africaine traditionnelle était (et reste) inextricablement liée à la culture africaine560 » ; il n'y a pas de
distinction entre religion et culturenotes 91 puisqu'il est toujours possible d'interpréter ce qui se passe dans le
monde prosaïque comme étant causé par l'action des divinités ou des esprits562. Ainsi, il est coutumier de dire
qu'en Afrique, on ne meurt jamais de mort naturelle : « L'expression mort naturelle ne couvre pas le même champ
sémantique en Afrique ou en Occident. En Afrique, la mort […] résulte […] d'une intervention (faute du défunt = viol
de l'interdit, vengeance de l'ennemi, maléfice du sorcier)563. » Entre pratique cultuelle et pratique culturelle, le
statut de certains rites est d'ailleurs parfois difficile à définir. En 1972, le bwiti était défini par certains auteurs
comme une « société initiatique mixte qui tend de plus en plus à devenir une véritable religion564. »
Cette conception du monde a un impact politique. Le dirigeant porte simultanément l'aspect politique, profane,
par exemple la gestion des conflits ; dans le même temps, il est intercesseur avec le sacré et il partage le plus
souvent son pouvoir avec d'autres intercesseursnotes 92. Cela reste vrai à l'époque actuelle, notamment dans les
sociétés rurales, quoique pas uniquement565.
Cette intrication explique les syncrétismes apparus en Afrique subsaharienne à l'occasion de l'implantation des
religions importées, islam et christianismenotes 93.
Le christianisme est présent dès le ier siècle en Afrique romaine et en Égypte567 et s'y développe rapidement. Au
iiie siècle, l'Église d'Alexandrie est un des piliers du christianisme oriental568 où naît le monachisme chrétien569 et
son Didascalée une des plus grandes écoles théologiques. La communauté chrétienne d'Afrique romaine est
numériquement, à ce moment, la plus importante du christianisme latin570. En est issu Augustin d'Hippone, père
de l'Église dont la pensée a eu une influence déterminante sur l'Occident chrétien au Moyen Âge et à l'époque
moderne571.
Déchirées par des conflits théologiques, ces communautés ne subsistent pas longtemps lors de la conquête
musulmane de l'Afrique du Nord572. Un christianisme orthodoxe sous la forme monophysite existe à l'heure
actuelle en Éthiopie, Érythrée et Égypte depuis l'Antiquité tardive. L'Éthiopie se considère comme la seconde plus
ancienne nation chrétienne au monde, après l'Arménie, faisant remonter cette tradition à l'an 330.
L'islam s'installe en Afrique du Nord à partir du viie siècle573 et se diffuse ensuite vers l'intérieur de Afrique de
l'Ouest et la côte d'Afrique de l'Est574.
Le commerce caravanier et l'expansion islamique permettent de nouer de nouvelles relations entre l'Afrique du
Nord et le reste du continent575. L'islamisation se fait de trois manières : volontaire (les croyants le deviennent par
conviction, pacifiquement), contrainte (les populations se convertissent pour ne plus être prises en esclavage et
pour échapper à la double-imposition) ou forcée (lors des conquêtes militaires, les vaincus n'ont parfois d'autre
choix que la conversion ou la mort). L'islam sunnite se répand surtout au Maghreb, l'islam chiite dans certaines
oasis sahariennes et en Égypte, d'où il sera supplanté ultérieurement576.
Les prêtres et « sorciers » des nombreux cultes animistes sont parfois les premiers à se convertir, afin de
sauvegarder leurs positions sociales et leurs savoirs traditionnels ; ils forment de puissantes confréries comme
les Mourides et les Tidjanes en Afrique occidentale. De ce fait, le christianisme et l'islam présentent parfois des
particularités syncrétiques et initiatiques typiquement africaines577, que les intégristes de chaque religion et les
missionnaires combattent.
Basilique Notre-Dame-de-la-Paix de
Yamoussoukro, en Côte-d'Ivoire.
Construite entre 1986 et 1989, c'est le
plus grand édifice chrétien du monde.
Son coût a été estimé à 6 % du
budget annuel du pays.
Au xve siècle, la papauté concède au Portugal l'exclusivité du commerce avec l'Afrique mais aussi l'activité de
mission par le principe du padroado578. Les Portugais évangélisent quelques rois, ce qui facilite les traites
négrières, notamment dans l'empire Kongo où le fils du Manikongo devient le premier évêque noir579, mais la
christianisation touche surtout les esclaves déportés aux Amériques et non les Africains580.
Les efforts des missions chrétiennes qui interviennent au xixe siècle lors du partage de l'Afrique ne rencontrent
pas un grand succès581 ; au début du xxe siècle, seuls 9 % des africains sont chrétiens582.
Les religions traditionnelles africaines, qui dominaient historiquement les régions d'Afrique de l'Est, d'Afrique
centrale, d'Afrique australe et la région côtière d'Afrique de l'Ouest restaient très pratiquées583.
Au xxe siècle, un nouvel essor du christianisme apparaît en Afrique, surtout dans la partie subsaharienne où
foisonnent de multiples confessions. Il est dû en partie au prosélytisme des protestants évangéliques, mais aussi
à l'émergence de prophètes créant de nouvelles Églises. Ces Églises d'institution africaine, évaluées à près de
6 000 en 1968584, étaient estimées à plus de 11 500 en 2004, la plupart étant totalement inconnues en dehors de
l'Afrique585. Au début du xxie siècle, l'Afrique est le continent où le nombre de chrétiens augmente le plus vite586.
Contexte religieux contemporain
Les religions traditionnelles africaines ont moins de pratiquants aujourd'hui qu'avant l'arrivée des Européens, mais
elles restent importantes dans certains pays, par exemple au Béninnotes 94 et au Togo589. Les pratiques religieuses
africaines sont syncrétiques ; la chose est du reste parfaitement revendiquéenotes 95, à tel point que l'Afrique
subsaharienne a inventé l'aphorisme « 50 % chrétien, 50 % musulman, 100 % animiste »590,591,592,593,594 pour
caractériser la répartition des religions dans la région.
Dans les pays du Maghreb, l'islam, très majoritaire, est religion officielle595. La Tunisie595 et la plupart des pays
d'Afrique de l'Ouest ont une constitution laïque qui garantit la liberté de religion596.
Une minorité juive est présente essentiellement en Afrique du Sud, où l'on compte plus de 70 000 juifs, pour la
plupart des ashkénazes d'origine européenne. Dans la partie nord du continent, la présence des séfarades
« Tochavim » remonte à l'ère phénicienne. Les séfarades dits « Megorachim », contraints à l'exil à la suite du
décret de l'Alhambra, arrivent quant à eux après 1492. Les Juifs éthiopiens, dont la présence remonte, dit-on, à
l'ère du roi Salomon et de la reine de Saba, sont présents en Éthiopie. Certains peuples, comme les Lembas et les
Abayudaya, se revendiquent aussi du judaïsme597,598.
Langues
Articles détaillés : Langues en Afrique, Afrique francophone et Expansion bantoue.
Afrique francophone.
Les linguistes recensent environ 2 000 langues vivantes sur le continent africain602,603 (soit environ le tiers des
langues du monde), regroupées en quatre grandes familles, exclusion faite des langues de souche non africaine.
La famille afro-asiatique (ou chamito-sémitique), composée de 366 langues vivantes dont 299 parlées en Afrique,
totalisant 411 millions de locuteurs, n’est pas exclusivement africaine. Elle s’étend également sur la péninsule
Arabique et ne couvre que la partie nord de l’Afrique de l'Ouest. Elle inclut notamment le berbère, la langue
originelle des habitants de l'Afrique du Nord, ainsi que l’arabe604 qui est la première langue d'Afrique en nombre de
locuteurs.
La famille nilo-saharienne (env. 200 langues vivantes et 31 millions de locuteurs)605 couvre une partie du Sahara,
le haut bassin du Nil et certains hauts plateaux de l’Afrique de l'Est. Selon les auteurs, elle est composée de six606,
dix-sept607 ou douze groupes de langues608 dont seulement deux sont localisés en Afrique de l'Ouest : le songhaï
(Mali, Niger, Burkina Faso, Bénin) et le Kanuri (Niger, Nigeria, Cameroun et Tchad autour du lac du même nom).
La famille khoisan (22 langues vivantes et 360 000 locuteurs) est la plus petite famille linguistique africaine. Elle
est centrée sur la Namibie et l’Angola, elle rayonne également sur le Botswana et l’Afrique du Sud. Dans le passé,
les langues khoisan étaient parlées dans la majeure partie de l’Afrique australe et orientale. Elles ont été
progressivement évincées de maints endroits par les langues bantoues puis européennes.
La famille Niger Congo compte près de 1 500 langues vivantes, ce qui fait d’elle la plus grande famille linguistique
du monde (22 % des langues de la planète et 71 % des langues africaines)609. Elle couvre la plus grande partie du
territoire ouest-africain et concerne l’immense majorité de la population de la région. Elle compte en son sein un
groupe, le bantou, qui couvre à lui seul la quasi-totalité de l’Afrique sub-équatoriale à l’exception de l’aire
khoisan609. On retrouve dans cette famille la langue swahili (parfois appelée kiswahili).
Beaucoup de spécialistes estiment que le foyer originel des Bantous se situe au sud de la Bénoué, à la frontière du
Cameroun et du Nigeria. Il y a de cela 4 000 ans, les Bantous entament une longue migration vers l’Afrique
centrale, sans doute poussés par l’aridification du climat et le développement de l’agriculture et de l’élevage. Cette
expansion prend près de trois millénaires. Les Bantous n’atteignent le sud du continent qu’aux xvie et xviie siècles
av. J.-C., fuyant les Massaï venus de la haute vallée du Nil. Les nombreuses similitudes entre les langues bantoues
ainsi que leur remarquable extension géographique en font une zone linguistique spécifique très souvent
distinguée du reste de la famille nigéro-congolaise609.
Le français joue actuellement un rôle important en Afrique610, servant de langue véhiculaire ou de langue
maternelle (au Gabon, Côte d'Ivoire, république du Congo, république démocratique du Congo, Cameroun et Bénin
notamment) dans un grand nombre de pays, et son utilisation s'intensifie.
Entre 1992 et 2002, le nombre d'apprenants du et en français en Afrique subsaharienne et océan Indien a
augmenté de 60,37 %, passant de 22,337 millions à 34,563 millions de personnes. On peut observer une tendance
similaire au Maghreb. Cependant, les chiffres fournis par l'Organisation internationale de la francophonie pour le
Maghreb ont été réunis avec ceux du Moyen-Orient, le décompte exact pour les pays du Maghreb n'est donc pas
possible mais on observe une augmentation de 10,47 millions à 18 millions d'apprenants pour cet ensemble,
quand bien même le français n'est pas langue officielle (cas de l'Algérie par exemple). D'ores et déjà, il y a plus de
francophones en Afrique qu'en Europe611.
L'Académie africaine des langues a été créée en 2001 afin de gérer ce patrimoine linguistique612.
Économie
L'échange de biens économiques apparaît avec le passage de l'économie de prélèvement (ou de prédation) à
l'économie de production, au moment de la révolution néolithique et de la sédentarisation613.
Dès 3000 av. J.-C. l'Égypte antique voit la naissance d'un État puissant614 ; à sa tête, le Pharaon contrôle le
commerce et l'exploitation des mines615. Le bois, rare dans la région, est un élément important des échanges616.
En Afrique subsaharienne, l'échange de biens est attesté au néolithique récent et aux débuts de l'âge du fer, durant
le Ier millénaire av. J.-C.617 Il porte sur le fer et la pierre (pour les outils et les armes), le cuir, le sel, les céréales, le
poisson séché, les tissus, la céramique, les bois travaillés, les noix de cola et les parures en pierre et en fer618.
Durant le Ier millénaire av. J.-C. et les premiers siècles de l'ère chrétienne, l'Afrique du Nord avec les comptoirs
phéniciens, grecs, romains et l'Afrique subsaharienne prospèrent aux deux extrémités des routes du commerce
transsaharien619 tandis que se continue le commerce vers le Proche-Orient. Un peu avant le début de l'ère
chrétienne, l'Afrique du nord, notamment la Cyrénaïque, est le grenier du monde antique620. Au début de l'ère
chrétienne, le royaume d'Aksoum est une puissance de premier plan du commerce mondial621 ; les textes font
allusion à une large gamme de produits exportés : obsidienne, ivoire, cornes de rhinocéros, peaux
d’hippopotames, singes, tortues, poudre d’or, parfums, animaux vivants et esclaves622.
Dès le ve siècle, l'Afrique subsaharienne est qualifiée de « terre de l'or »623. À partir du viie siècle, l'expansion arabo-
musulmane en Afrique s’accompagne d'une intensification du commerce intra et inter-continental de l'or, du sel et
des esclaves. Grâce à cela, l'empire du Ghana devient une grande puissance continentale à partir du viiie siècle. Le
commerce de l'or africain passe quasi exclusivement aux mains des musulmans624 et la traite arabe
s'organise188. Les grands centres du commerce de l'époque, Ouadane, Chinguetti, Tichitt, Oualata, Djenné, Gao,
Tombouctou, Ségou, Mopti, etc.notes 96, sont situés en zone sahélienne, zone de contacts entre l'Afrique des arabes
et le pays des Noirs625. L'empire du Mali, à partir du xie sièclenotes 97, le royaume du Kanem-Bornou et l'empire
songhaï, à partir du xive siècle, se développent sur les mêmes bases économiques623.
Avec l'arrivée des Portugais au xve siècle, commencent l'économie de traite (exportations de biens agricoles et de
produits miniers)626, l'économie de plantation (utilisation de main-d'œuvre servile sur les plantations destinées à
l’exportation) et la traite esclavagiste atlantique216. Progressivement, les centres d'activité se déportent du Sahel
vers les zones côtières627. Les royaumes côtiers commercent avec les Européens et l'économie devient celle de la
razzia. Cela, poursuivi par la colonisation, entraîne un collapsus démographique tel qu'il ne commence à se
combler qu'aux xxe et xxie siècles628.
Le continent, colonisé au xixe siècle et jusqu'à la fin du xxe siècle, voit ses richesses agricoles et minières se
diriger vers les métropoles, au bénéfice quasi-exclusif de ces dernières. L'Afrique ne connaissant globalement pas
une colonisation de peuplement, le nombre de colons est infime au regard de celui des autochtones. Le
développement économique interne et l'accumulation locale du capital ne sont donc pas à l'ordre du jour. Par
conséquent, l'économie africaine coloniale est essentiellement extravertie et, dans une logique de tirer profit des
avantages comparatifs, fortement spécialisée pour chacune des colonies. Ces deux caractéristiques perdurent
jusqu'à aujourd'hui629.
Les nouveaux États, indépendants à partir des années 1960, reprenant les frontières coloniales, sont
majoritairement des États rentiers où des oligarchies captent la rente (pétrolière et/ou minière) mise en place au
moment de la colonisation630,629. Les richesses africaines ont permis l'accumulation du capital en Europe,
préalable à son industrialisation, mais le continent africain en a été privé. L'économie de l'Afrique reste donc
rentière, extravertie et la logique redistributive l'emporte sur celle d'accumulation630.
La caractéristique la plus générale du continent est que son économie et ses exportations reposent sur les
industries extractivesnotes 98,632,633 : « la moitié environ des pays d’Afrique subsaharienne sont exportateurs nets
de produits de base et, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, les exportations de produits des industries
extractives ont vu leur importance augmenter depuis les années 1990, ce qui a fait de cette région l’une des
parties du monde les plus fortement tributaires des produits de base, plus ou moins à égalité avec la région
Moyen-Orient et Afrique du Nord634. » Cela entraîne une forte dépendance aux cours internationaux des matières
premières635. À titre d'exemple, 80 % des exportations de l'Algérie sont constituées de produits pétroliers636. En
2014, pour l’ensemble du continent, le pétrole et ses dérivés ajoutés au gaz naturel liquide ou gazeux,
représentaient 53,3 % des exportations637.
S'il est riche en pétrole et le plus riche de la planète en matière de minerais avec 30 % des réserves minérales
mondiales341, il l'est aussi en terres agricoles disponibles, ce qui crée une nouvelle « ruée sur l'Afrique »
notamment de la part de pays du Golfe et d'émergents comme l'Inde et la Chine638,639, qui achètent des terres sur
le continent. Environ 5 % de la surface du continent appartient ou est louée pour une longue durée à des pays
étrangers640. Ce phénomène est appelé « accaparement des terres ».
Profitant d'un supercycle haussier des matières premières641, la croissance du PIB de l'Afrique, notamment
subsaharienne, est continue et soutenue, supérieure à la moyenne mondiale, depuis le début du xxie siècle :
« L’Afrique a enregistré un taux de croissance de 5,1 % entre 2000-2011 malgré le décrochage de la crise mondiale
qui a fait chuter ce taux à 2,5 % en 2009 ; la productivité a affiché une croissance de l’ordre de 2,7 % au cours de la
décennie 2000642 ». Les disparités entre pays et entre sous-régions sont cependant importantes643,644 ; en 2011,
le PIB/hab. en parité de pouvoir d'achat de l'Afrique du Nord (7 167 $) est presque le triple de celui de l'Afrique
subsaharienne (2 391 $)645. L'inégalité sociale est également très forte646. La croissance a marqué le pas en 2015
du fait de la baisse du cours des matières premières, principales sources de revenus pour le continent, comme
cela avait été le cas en 2009 du fait de la crise mondiale. La forte demande des classes moyennes émergentes
devrait malgré tout entretenir la croissance et les perspectives de long terme sont bonnes647.
Cependant, le continent est « en retard » (34 des 48 pays les moins avancés se situent en Afrique648) et présente
de faibles performances ; en 2014, le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat est de 3 513 $649 pour l'Afrique
subsaharienne, alors que la moyenne mondiale se situe à 14 956 $649. En 2018, le PIB du continent africain est
estimé à 2 510 milliards de dollars (USD) par le FMI, cela représente 2,8 % de l'économie mondiale650.
Partant, de nombreuses études existent sur les causes de ce phénomène, que d'aucuns appellent la « malédiction
des tropiques »651. On a ainsi mis en avant les facteurs démographiques (fécondité…), politiques (faiblesse des
États de droit…), historiques (influence de la colonisation…), infrastructurels (production d'énergie
insuffisante…)642, ou invoqué la malédiction des frontières (États trop petits, enclavés…) ou bien encore,
constatant le poids des industries extractives, le syndrome hollandais (ou « malédiction des matières
premières »)652,653,654 et le phénomène d'État rentier qui l'accompagne (captation des revenus de la rente par une
oligarchie au détriment de la population)655.
Il existe néanmoins quelques « miracles » économiques permettant d'éviter une généralisation abusive. Le
Botswana, riche en diamant, mais sans accès à la mer, a réalisé aux xxe et xxie siècles une performance
économique exceptionnelle, à l'encontre du syndrome hollandais et du handicap lié à l'enclavement, tout en ayant
une gouvernance et une transparence sans égales à comparer du reste du continent656,657. On déplore cependant
une prévalence du SIDA très élevée avec un taux de 25,2 % pour la tranche d'âge 15-49 ans658,659. Maurice, partant
d'une situation où le sucre représentait 20 % du PIB et plus de 60 % des recettes d’exportations, a misé sur
l'industrialisation dans le secteur textile, puis sur les services dont le tourisme. Sa croissance a été de 5 % par an
pendant 30 ans et son revenu par habitant qui était de 400 $ au moment de l’indépendance s'établit aujourd'hui à
6 700 $ (estimé à 18 900 $ PPA en 2014660)661. Son système éducatif est performant et son rang dans le
classement Doing Business (climat des affaires) de la Banque Mondiale (28e) est meilleur que celui de la France
(31e)657,662. Le Rwanda est un autre miraculé663. Après le génocide de 1994 qui le laisse en ruinesnotes 99, le pays,
fermement repris en mainnotes 100 depuis par Paul Kagame, a su se développer fortement malgré une densité de
population extrêmement élevée de 420 hab./km2, plus de dix fois supérieure à la moyenne du continent.
Atteignant la transition démographique et misant sur l'éducation de sa population, outre les aides internationales,
il est devenu un modèle de redistribution et de croissance inclusivenotes 101 en Afrique, attestant que le retard
économique n'est pas une fatalité435.
Le continent n’a donc pas de handicaps géographiques, culturels ou structurels indépassables, de malédiction qui
l'accablerait, c'est la politique qui a créé la Rising Africa (« l'Afrique montante ») et qui lui permettra de prospérer à
l'avenir667.
Pour l'heure, le retard est bien réel, l'usage même du terme « miracle » indiquant qu'il ne s'agit que de contre-
exemples668 dans une Afrique qui reste le « continent de la pauvreté ». Même si la pauvreté recule, la proportion
de pauvres vivant en Afrique est malgré tout en croissance, montrant que ce recul est moins rapide qu'ailleurs sur
la planète669. Parmi les objectifs du millénaire, les indicateurs concernant l'insécurité alimentaire et la pauvreté
sont ceux qui progressent le moins670.
Investissements étrangers
D'après les Nations Unies, en 2016, les cinq principaux investisseurs étrangers sur le continent africain, en termes
de stock d'IDE, étaient les États-Unis (57 milliards de dollars USD), le Royaume-Uni (55 milliards), la France
(49 milliards), la Chine (40 milliards) et l'Italie (23 milliards).
Les flux d'investissements étrangers à destination du continent ont chuté de 21 % en 2017 par rapport à l'année
2016. La valeur totale des flux IDE vers l'Afrique pour l'année 2017 s'est élevée à 42 milliards de dollars
(13 milliards vers l'Afrique du Nord et 29 milliards vers l'Afrique subsaharienne). Les flux d'IDE intra-continentaux
ont en revanche progressé de 8 %, essentiellement grâce aux entreprises marocaines et sud-africaines671.
Dette
Articles connexes : Dette du tiers monde, Initiative pays pauvres très endettés et Ajustement structurel.
Les années 1980-1990 sont marquées par la crise de la dette672 ; le relèvement des taux d'intérêt et la baisse des
revenus d'exportation plongent le continent dans une crise financière qui amène la mise en place des programmes
d'ajustement structurels673. Dans le même temps, l’aide publique à l'Afrique diminue notablement, réorientée vers
l'Europe de l'est ; c'est l'époque de « Adieu Bangui, bonjour Varsovie »672. L'organisation politique et économique
des États est drastiquement revue notamment par le démantèlement des appareils étatiques jugés coûteux et
inefficaces et celui des entreprises para-étatiques à la compétitivité critiquable673. Cette purge libérale crée la
« génération ajustée » ou « génération déflatée »674,notes 102 ; mais, conjuguée au retournement des cycles
internationaux en matière de taux d'intérêt, à une reprise des aides publiques vers l'Afrique et à une reprise des
investissements directs étrangers depuis l'an 2000676,677,678 (avec notamment une forte implication chinoise679),
cela conduit à une baisse de la charge de la dette dans les finances des États680. À la fin de la première décennie
du xxie siècle, l'Afrique est moins endettée que les pays occidentaux développés681, même si sa dette reste sous
surveillance : « La viabilité de la dette est une préoccupation croissante682 ».
Infrastructures
Le continent souffre d'un déficit d'infrastructures (électricité et transport essentiellement) qui lui coûte le chiffre
énorme d'environ deux points de croissance annuelle683 ; or l'investissement en infrastructures est nécessaire à la
croissance économique, aux entreprises, mais aussi au bien-être des populations grâce à un accès à l'eau, à
laquelle 65 % des africains sont reliés, et surtout à l'électricité, qui présente un taux d'accès de 29 % seulement684,
sachant que « la production cumulée de 48 pays d’Afrique subsaharienne ne dépasse pas les 68 000 mégawatts
[68 gigawatts], soit l’équivalent de l’électricité produite par l’Espagne685 » en 2005, dont 40 gigawatts pour la seule
Afrique du Sud686,687.
Gouvernance
Articles connexes : Union africaine, BCEAO, UEMOA, CEDEAO, CEMAC, SADC, SACU, Banque africaine de
développement et NEPAD.
La gouvernance est, avec les infrastructures, l'autre point d'amélioration majeur de l'Afrique688,689.
Depuis 2007, l'indice mis en place par la fondation Mo Ibrahim évalue l'efficacité de l'action publique des États
africains et, avec les notes obtenues (de 1 à 100), établit un classement. La note moyenne du continent a
faiblement évolué, passant de 49,9 en 2007 à 50,1 en 2016. La meilleure moyenne régionale se situe en Afrique
australe : 58,9 ; et la plus faible en Afrique centrale : 40,9690.
L'Afrique est l'un des continents où la corruption est la plus répandue selon l'ONG Transparency International : « 3
pays parmi les 10 plus mal classés sont dans la zone Moyen-Orient et Afrique du nord - Irak, Libye et Soudan. […]
En Afrique subsaharienne […] 40 des 46 pays de la région montrent de sérieux problèmes de corruption trad 3,691. »
Économie informelle
En lien avec la gouvernance, l'économie informelle est une caractéristique importante de l'économie du continent.
L'économie informelle est définie par le Bureau international du travail depuis 1993692, avec une révision en
2003693, ce qui permet d'avoir des mesures comparables d'un pays à l’autre. Son poids dans l'économie du
continent est considérable, compris entre 40 et 75 % du PIB (20 à 37 % en ne considérant que l'activité hors
agriculture694,695,notes 103), causant notamment un manque à gagner fiscal important697. La pression fiscale est
cependant, en Afrique, une des plus basses du monde et elle est probablement insuffisante698. Selon la Banque
mondiale « pour déclencher un financement de développement durable, il faut 20 à 24 % de pression fiscale. La
moyenne africaine se situe à environ 17 % (35 % dans les pays riches) ; la première puissance économique
africaine, le Nigeria, atteint à peine 8 %699. »
Macro-économiquement, l'économie informelle est un moyen de la résilience sociale et économique700 face à une
croissance qui n'entraîne pas la création subséquente d'emplois. La proportion d'emplois relevant du secteur
informel est estimée à 66 % en Afrique subsaharienne693.
Au niveau micro-économique, outre l'évitement de l'impôt, l'économie informelle existe aussi par la volonté des
opérateurs de contourner la corruption de l’administration et de se désolidariser de la mauvaise gouvernance et
du mauvais usage systématique des fonds publics701. Pour autant, les entreprises du secteur informel sont
soumises aux mêmes mécanismes de corruption que les entreprises du secteur formel, essentiellement le
« comportement prédateur des fonctionnaires cherchant des pots-de-vin702 ».
Mondialisation
L'Afrique est inscrite dans la mondialisation économique depuis toujours, notamment par sa façade
méditerranéenne et orientale.
Durant l’antiquité, la puissante civilisation égyptienne est, grâce à sa position géographique à la jonction entre le
monde méditerranéen et l'Arabie, ainsi qu'au Nil, par lequel transitent les marchandises, au centre d'un important
commerce ; ses villes sont les têtes de pont du commerce intercontinental703. À la suite, les cités marchandes
phéniciennes installées dès le Ier millénaire av. J.-C. (fondation d'Utique en 1100 av. J.-C., de Carthage vers
814 av. J.-C.) sont les vecteurs de l'intégration économique du continent dans la « première
mondialisation »704,705 ; ainsi et par exemple, au ve siècle av. J.-C., les Carthaginois commercent-ils l'or du désert
« au-delà des colonnes d'Hercule »706. Un peu plus tard, Carthage vaincue est redevenue une grande ville, une des
premières cités de l'empire romainnotes 104.
Le Périple de la mer Érythrée, récit de voyages datant du ier siècle, atteste d'un commerce intercontinentalnotes 105
depuis une zone allant de l'Égypte à la Tanzanie, en direction de la péninsule arabique, de l'Inde et de la
Méditerranée et portant sur des produits tels que l'ivoire, les épices, la cannelle, l'encens, le styrax, le lapis-lazuli,
les topazes, les turquoises, la soie, l'indigo, sans oublier les esclaves qui se retrouvent en Inde et en Chine709,710.
Au iiie siècle, le royaume d'Aksoum commerce avec plusieurs « contrées » de l'océan indien et de la Méditerranée.
Le commerce, notamment d'ivoire, profite au développement du royaume par la création de villes-marchés711. À
l'autre extrémité des routes commerciales l'autre partie prospère aussi ; dans les premiers siècles de l'ère
chrétienne, le royaume d'Awsân (actuel Yémen) doit son essor au commerce avec l'Afrique712. À partir du
viie siècle, l'islamisation de l'Afrique subsaharienne lui permet de s'intégrer encore plus fermement dans le
commerce international, les arabes servant d'intermédiaires avec le monde occidental713.
Dès l'an mil l'or du Monomotapa part vers l'Inde via Kilwa dans les ports duquel s'échangent cotonnades et
verroteries714. La période qui correspond au Moyen Âge européen est l'âge d'or de l'Afrique avec les grands
empires du Ghana, du Mali et Songhaï. C'est aussi l'âge de l'or. Kanga Moussa, dixième mansa (roi des rois) de
l'empire du Mali dans le premier tiers du xive siècle, considéré comme l’un des hommes les plus riches de
l’histoire de l'humanité715, contrôle de facto tout le commerce du métal précieux dans le bassin méditerranéen716.
À partir de la fin du xve siècle, le continent connaît la traite atlantique puis la colonisation au xixe siècle, formes les
plus tragiques d'intégration mondiale. Les déportations d'esclaves alimentent le développement de l'Amérique et
les pays européens enclenchent leur processus d'industrialisation grâce aux ressources coloniales ; le volume du
commerce entre l’Afrique et l'Europe décuple entre 1820 et 1850717.
Après les indépendances, l'Afrique ne prend cependant pas le virage de l'industrialisation. La part en valeur de son
économie et de son commerce décroit mécaniquement dans les échanges face à des productions incorporant
plus de valeur ajoutéenotes 106.
À l'époque actuelle, la place du continent dans le commerce mondial est minime, environ 3 % en valeur719 et il ne
représente que 1,6 % du PIB mondial (4,5 % en parité de pouvoir d'achat)720.
Le continent est donc souvent présenté comme « périphérique » ou « en marge »721,722. « C'est indéniable si l'on
raisonne en termes de PIB723. » Cependant, on le considère aussi comme globalement (même
historiquementnotes 107) marginalisé727 alors que l'étude du temps long montre l'évidence du contraire, y compris à
l'époque récente : « c'est faux pour d'innombrables raisons : économiques mais aussi stratégiques,
démographiques, culturelles et humaines723 »728.
Intégration régionale
L'Organisation de l'unité africaine (OUA), créée au lendemain des indépendances en 1963, devenue Union africaine
(UA) en 2002, regroupe l'ensemble des pays africainsnotes 108. C'est l'instance la plus large de tout le continent. Il
s'agit essentiellement d'un organe politique visant à favoriser la coopération entre les États731.
À un niveau plus restreint, l'intégration régionale est considérée comme une des clés du développement
économique du continent732,733,notes 109,734,735,736. À cet effet, le continent s'est doté depuis les années 1970 de
diverses institutions régionales à vocation intégrative (CEDEAO, UMA, UEMOA, SADC, CEEAC, EAC, IGAD pour les
plus importantes737) : unions douanières, marché commun, zones de libre échange, etc. Essentiellement tournées
vers l'action économique, ces institutions ont aussi, plus tardivement, pris une dimension politique et
diplomatique en contribuant notamment à la résolution des conflits ; ainsi, l'ECOMOG, sous l'égide de la CEDAO,
est-elle une force d'interposition régionale similaire aux casques bleus de l'ONU738.
L'intégration est cependant très en retard ; le commerce intra-africain ne représente que 10 % des échanges et est
polarisé autour de quelques pays (Afrique du Sud, Côte d'Ivoire, Nigeria, Kenya, Zimbabwe et Ghana) et porte pour
un tiers sur le pétrole, sachant que, par ailleurs, les échanges informels créent des zones de libre-échange de
facto739,740.
Le projet panafricain « MAEP » (mécanisme africain d'évaluation par les pairs), quant à lui, vise, sous l'égide du
NEPAD, à promouvoir la bonne gouvernance741.
Ressources naturelles
Industries extractives
L'Afrique possède les réserves minérales les plus importantes de la planète, globalement 30 % des réserves
mondiales341, dont 75 % des réserves mondiales de platine, 50 % de celles de diamant et de chrome, 20 % de
celles d'or et d'uranium742, 85 à 95 % des réserves des métaux du groupe du chrome et du platine, 85 % des
réserves de phosphate, plus de 50 % des réserves de cobalt, 33 % des réserves de bauxite743 ainsi que du
charbon, du cuivre, du minerai de fer742… et aussi 10 % des réserves mondiales de pétrole et 8 % de celles de gaz
naturel341. Qui plus est, le continent est « l'une des régions géologiques les moins connues de la planète742 » et,
aux réserves prouvées, pourraient donc s'ajouter d'autres découvertes futures.
Ces richesses ont été exploitées durant la période pré-coloniale, notamment le sel, l'or et le cuivre744, contribuant
à créer des empires riches et puissants. Puis, durant la période coloniale, les économies ont été fortement
spécialisées pour créer des rentes minières coloniales, léguant aux nouveaux États d'après l'indépendance des
économies de rente extraverties et peu diversifiées (État rentier)745. À l'heure actuelle, la majeure partie (60 %) des
exportations de l'Afrique concernent des matières premières ; elle en est donc fortement dépendante746. En outre,
elle exporte ses richesses sans les valoriser, faute d'industries locales747,748. C'est le syndrome hollandais (ou
« malédiction des ressources naturelles ») : la rente procurée par les matières premières tend à mettre à mal les
industries locales, notamment manufacturières654,749. Le niveau de formation des ressources humaines joue
aussi dans la spécialisation africaine car des ressources abondantes et une main-d'œuvre relativement peu
qualifiée poussent à exporter des matériaux bruts (ce qui est d'ailleurs aussi le cas pour l'agriculture)notes 110.
Entre les années 1990 et la première décennie du xxie siècle, l'activité du secteur a nettement augmenté (87 %) ;
en conséquence, à l'inverse de la tendance globale, la part du continent dans l'extraction mondiale est en légère
croissance : 7,5 % en 1980, 7,8 % en 2008751. Les investissements directs étrangers (IDE), qui sont en hausse
après avoir atteint un point bas dans les années 1990676, et qui représentent une part notable du PIB des pays
concernés, la proportion allant de 3,5 % pour les pays pauvres en ressources à 2,4 % pour les pays riches en
ressources752, concernent principalement les industries extractives. Mais cette orientation des investissements
en direction de l'exploitation des matières premières753 ne produit pas les effets de développement dont le
continent aurait besoin, notamment en ce qui concerne les créations d'emplois754.
« Les plus importantes économies minières sont la Guinée (bauxite), le Liberia, la Sierra Leone et le Botswana
(diamant), la Mauritanie (fer, pétrole), le Niger (uranium, pétrole), le Togo (phosphate), la république démocratique
du Congo (cuivre, coltan) et la Zambie (cuivre). Les principales économies pétrolières [subsahariennes] sont
l'Angola, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigeria, le Soudan du Sud et le Tchad755. » En Afrique du
Nord, l'Algérienotes 111 et la Libyenotes 112 ont des économies qui reposent massivement sur le pétrole758.
Selon le rapport 2023 de l'Agence internationale de l'énergie sur les investissements dans l'énergie, l'Afrique est la
région qui a attiré le plus d'investissements dans le gaz naturel liquéfié (GNL) en 2022 derrière l'Amérique du Nord.
La région devrait maintenir son niveau dans les prochaines années derrière les États-Unis et le Moyen-Orient. Les
investissements dans le raffinage en Afrique devraient excéder ceux au Moyen-Orient en 2023, seulement
dépassés par la Chine et l'Inde, avec un total d'une dizaine de milliards de dollars, soit le quart des
investissements mondiaux. Les principaux projets dans le pétrole et gaz en Afrique sont « Area 1 LNG (T1-T2) » de
TotalEnergies au Mozambique (10 milliards de dollars, 3 milliards de barils équivalent pétrole de GNL, production
prévue en 2026), NLNG T7 de NNPC au Nigeria (2,5 milliards de barils équivalent pétrole de GNL, production
prévue en 2024), Tilenga de TotalEnergies en Ouganda (1055 millions de barils de pétrole, production prévue en
2026-27), « Area 4 LNG (T1-T2) » d'Exxonmobil au Mozambique (925 millions de barils équivalent pétrole de GNL,
production prévue en 2029), « Greater Tortue Ahmeyim FLNG phase 1 » de BP en Mauritanie (915 millions de
barils équivalent pétrole de GNL et de pétrole, production prévue en 2023), Waha en Libye (775 millions de barils
équivalent pétrole de gaz, production prévue en 2027), A&E Structures de Mellitah en Libye (705 millions de barils
équivalent pétrole de gaz et pétrole, production prévue en 2025-26). La république démocratique du Congo estime
ses réserves à 22 milliards de barils et n'en exploite que 4,5 % ; elle a lancé le processus de mise aux enchères de
27 blocs pétroliers. La république du Congo vient d'inaugurer sa première unité de liquéfaction de gaz, qui doit
produire à terme 3 millions de tonnes par an. Le Sénégal compte commencer à extraire du gaz au plus tard en
2024 ; ses trois projets en cours, GTA exploité avec la Mauritanie, Sangomar et Yakaar Teranga, ont des réserves
estimées à 650 millions de barils de pétrole et près de 1 000 milliards de mètres cubes de gaz. Les découvertes
se multiplient au large de la Namibie, qui pourrait doubler son PIB en moins de dix ans759.
Angola 4 diamant
Guinée équatoriale 32
Guinée 5 bauxite
Gabon 35
Rwanda 9 étain
Agriculture et pêche
Contexte
Le continent est caractérisé par une insécurité alimentaire persistante. Liste non exhaustive, en 1967-70 le Biafra
(Nigeria), en 1983-1985 le Lesotho, en 1972-74 et 1984-85 l'Éthiopie, en 2004 le Darfour (Soudan), en 2005 le
Niger, en 2011-2012 la corne de l'Afrique… ont été touchés par la famine ou la malnutrition764 ; en 2016, elles
sévissent encore, en république démocratique du Congo765,766, en Éthiopie, au Malawi767… Les deux causes
principales sont les événements climatiques et les conflitsnotes 113. Ainsi la sécheresse atteint-elle la corne de
l'Afrique769 tandis que, en république démocratique du Congo, ce sont les conflits qui sont responsables de la
situation770. Et, parfois, les événements climatiques sont eux-mêmes causes de conflits comme au Darfour52…
Quoique l'Afrique du Nord soit épargnée et que la prévalence de la sous-alimentation diminue (27,6 % en 1990-92,
20 % en 2014-2016), du fait de la croissance démographique, le nombre de personnes touchées augmente
(182 millions en 1990-92, 233 millions en 2014-2016), alors qu'à l'échelle planétaire les deux valeurs
décroissent771.
Dans ce contexte, l'agriculture africaine est au centre des préoccupations des économistes et des hommes
politiques, car la rendre moins dépendante aux variations du climatnotes 114,notes 115 et plus performantenotes 116
permettrait de diminuer l'instabilité politique, d'améliorer la santé des populations et de fournir des millions
d'emplois. Face à une croissance démographique sans égale, à une population rurale représentant 60 % de la
population totale et en croissance constante en valeur absolue ainsi qu'à un secteur agricole proposant 65 % des
emplois en Afrique subsaharienne773, elle est considérée comme une des clés du développement africain538.
Selon les estimations des Nations unies, un réchauffement de 2 °C du climat diminuerait de 10 % le rendement
agricole en Afrique subsaharienne774.
Agriculture et élevage
L'agriculture africaine n'a cessé de croître, triplant en valeur depuis les années 1980775 ; cela s’est fait
essentiellement par l'extension des superficies consacrées à la production vivrière, prises sur les forêts et la
savane776 : « Au cours des trois dernières décennies, les gains de productivité agricole en Afrique ont été obtenus
dans une large mesure par une expansion continue des cultures pluviales, en particulier, les cultures vivrières, sur
des terres de plus en plus marginales et/ou par la réduction des périodes traditionnelles de jachère entre deux
cycles de culture777 », ce qui pose des problèmes environnementaux notables775, sachant qu'en outre les terres
s'appauvrissent778. Elle est caractérisée par sa faible productivité avec une quantité d'intrants (engrais…) très
basse, l'absence d'irrigation et de mécanisation779,780 et des exploitations de faible taille. À côté de l'agriculture
vivrière, il existe des agricultures de rente et d'exportation (café, cacao, arachide, coton…), reposant sur des
exploitations de taille et de productivité largement supérieures. Globalement, les produits agricoles représentent
20 % du commerce international africain en 2006781, et 30 % du montant des exportations782.
Les pays les plus urbanisés sont ceux où la valeur ajoutée et les prix payés aux producteurs sont les plus
élevés783, les marchés urbains denses créant une demande solvable permettant l'écoulement des surplus425. La
pauvreté et l'insécurité alimentaire concernent donc plus particulièrement les populations rurales des pays où le
poids de l'agriculture dans l'économie est le plus élevé784,785 ; les agriculteurs pauvres des pays ruraux ne peuvent
valoriser leur production et sont insérés dans un système d'échanges faiblement monétarisés786 et, par
conséquent, peinent à avoir accès au marché des intrants qui permettraient d'augmenter leur productivité787.
Contrairement à une idée reçue, globalement, le continent « ne souffre pas d'une insuffisance de la production
alimentaire788 ». Même les agriculteurs pauvres des pays ruraux ont vu leur disponibilité alimentaire
augmenter787. Les « émeutes de la faim » qui touchèrent le continent (et le reste de la planète) en 2008 étaient
dues à des hausses de prix, pas à des quantités disponibles insuffisantes789. Ce sont les politiques de prix et de
distribution790 ainsi que les droits fonciers791 qui sont en cause dans l’insécurité alimentaire africaine782. Pour ce
qui concerne les prix, les politiques libérales ont mis l'agriculture africaine en concurrence avec celles des pays
développés, largement subventionnées792 et l'ont soumise à une instabilité des prix qui fait que le continent, faute
d'intégration régionale qui permettrait une répartition intra-continentale793, en vient à importer des produits qui
sont en concurrence avec ses propres productionsnotes 117. Quant au droit foncier, le droit coutumier qui concerne
90 % des terres agricoles exclut les femmes de la propriété de la terre794 alors qu'elles représentent la majorité,
jusqu'à 70 % des exploitants agricole d'Afrique subsaharienne534,notes 118.
Depuis le début du xxie siècle, on assiste à l'exploitation des ressources naturelles par de nouveaux intervenants,
notamment les pays asiatiques dont la Chine et l'Indenotes 119 ou les États pétroliers en manque de place ; des
terres agricoles sont achetées ou louées639,640,638. Certains parlent de recolonisation de l'Afrique à ce sujet798.
viande et
café,
huiles et produits produits légumes animaux autres produits
produits céréales oléagineux sucre boissons cacao, épices
graisses laitiers à base de et fruits vivants alimentaires
thé
viande
% 5,1 3,7 1,7 1,2 1,5 5,9 21 5 1,9 25,8 1,4 25,9
Pêche et aquaculture
Articles connexes : Économie de pêche au Maroc, Pêche en république du Congo, Pêche en Côte d’Ivoire, Pêche
en Éthiopie, Pêche en Tunisie et Pêche artisanale en Afrique de l'Ouest.
L'Afrique est le deuxième continent, loin derrière l'Asie, par le nombre de bâtiments de pêche800 mais cette flottille
est la plus faiblement motorisée de la planète, 1⁄3 des embarcations seulement possèdent un moteur801. Le
continent ne place donc qu'un pays, le Maroc, à la 17e place mondiale des 25 pays représentant 82 % de la pêche
mondiale802.
Il s'agit, de la part des Africains, d'une pêche vivrière et artisanale occupant de nombreux actifs ; en 2014, les
pêcheurs et aquaculteurs d'Afrique sont 5,7 millionsnotes 120,803, et « le poisson assure des moyens d’existence à
quelque 30 à 45 millions d’Africains804. »
Cette activité montre cependant de faibles performances : l'offre de poisson par habitant (en kg/an) est la
deuxième plus faible du monde à 9,8 kg/hab/an alors que la moyenne mondiale s'établit à 19,7805. La
performance n'est pas meilleure en matière de transformation : « en Afrique, certaines estimations donnent des
pertes après capture comprises entre 20 et 25 pour cent, et allant même jusqu’à 50 pour cent806. » La pêche
continentale quant à elle, hormis pour partie dans les grands lacs d'Afrique de l'Est (lac Victoria, lac Tanganyika et
lac Malawi), est peu industrialisée807. À l'instar de la pêche en mer, la pêche continentale voit le nombre de
captures baisser, du fait de la pollution, de la dégradation de l'environnement et d'une tendance à la
surexploitation808. Quant aux produits aquacoles, leur production, exprimée en kg/personne est, en Afrique, la plus
faible du monde. La zone la plus productive de ce point de vue est l'Afrique du Nord, avec un peu plus de
5 kg/personne ; les autres sous-régions de l'Afrique étant à moins d'1 kg/personne809.
La pêche en mer est, elle, industrialisée. Mais l'exploitation est le fait de compagnies européennes810,811 et
chinoises812 qui tendent à épuiser les ressources813. Ainsi, « la production totale des pêches de capture dans
l’Atlantique Sud-Est est restée stable ces dix dernières années, à environ 1,4 million de tonnes par an. La majeure
partie de ces captures provient maintenant des ZEE des trois pays côtiers Angola, Namibie et Afrique du Sud, les
prises en haute mer d’espèces autres que les thonidés ayant chuté pour s’établir à quelques centaines de tonnes
ces dernières années814. » Outre le problème de la surpêche industrielle, se pose celui de la pêche illégale qui
représente un manque à gagner important pour les économies africaines815,816,817.
La pêche concourt au solde positif des échanges car, « en valeur, l’Afrique est un exportateur net depuis 1985
(sauf en 2011). En revanche, en volume, le continent est depuis longtemps un importateur net, ce qui traduit la
valeur unitaire plus faible des importations (surtout pour les petites espèces pélagiques)818. »
Le poisson est très important dans la sécurité alimentaire du continent. Il représente 22 % des apports protéiques
animaux en Afrique subsaharienne819 et ce taux peut atteindre 50 % lorsque les autres sources de protéines sont
rares ou chères et, dans les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest, « la proportion de protéine animale provenant du
poisson est extrêmement élevée : 47 % au Sénégal, 62 % en Gambie et 63 % en Sierra Léone et au Ghana820 »821.
Pour l'Afrique intérieure, c'est la pêche continentale qui est vitale : « En Afrique […] les vastes habitats aquatiques
intérieurs et les pêches continentales fournissent une alimentation et des moyens d’existence essentiels aux
communautés qui vivent près des cours d’eau et des zones humides822. » Plus étonnamment, le poisson est aussi
un aliment clé pour les zones arides du continent823.
Industries de transformation
L'industrie de transformation manufacturière est, de tout temps, le parent pauvre de l'économie africaine.
L'accumulation du capital ayant manqué, car le continent a vu ses ressources servir à l'accumulation européenne
mais pas à la sienne824,825,826, l'industrie de transformation ne s'est jamais vraiment mise en place827. Pire encore,
au cours des décennies allant des années 1990 à 2010, la part de l'activité manufacturière dans la valeur ajoutée
produite n'a cessé de baisser, passant de 13 % en 1990 à 10 % en 2011827.
Quelques pays ont cependant réussi, partant d'une situation de rente minière ou agricole, à créer des filières de
transformation significatives, générant plus de valeur ajoutée : la Côte d'Ivoire avec la transformation du poisson
et du bois, le Sénégal et la transformation du poisson, le Botswana, riche de ses diamants, avec la transformation
de la viande, le traitement de peaux animales, les aliments pour animaux…, Maurice avec l'industrie textile828,661, la
Tunisie, pour laquelle l'industrie représente 30 % de son PIB829… Il convient de faire une place particulière au géant
économique qu'est l'Afrique du Sud, qui représente à elle seule entre 20830 et 30 % du PIB continental831 et est
dotée d'une industrie diversifiéenotes 121 qui emploie près du quart de la population active et représente près de
30 % de son PIB832.
La désindustrialisation n'est cependant peut-être pas inéluctable car, faute d'accumulation locale, le capital
pourrait provenir de l'étranger. Les investissements directs à l'étranger, qui reprennent en Afrique au début du
xxie siècle676, notamment ceux en provenance de Chine833, sont plus diversifiés qu'auparavant ; ils concernent
moins le secteur primaire (agriculture et industries d'extraction)notes 122 et plus l'industrie manufacturièrenotes 123 ;
ainsi, depuis 2008, le principal investisseur dans le secteur manufacturier éthiopien est la Chine et, au Rwanda, les
IDE chinois ont comme cible, après le secteur tertiaire, les activités de transformation834.
Pour l'heure, cependant, l'industrie manufacturière est globalement « au point mort »notes 124, selon l'expression
employée par le forum économique mondial en 2015835.
Services
Quoiqu'on caractérise l'Afrique par l'abondance de ses ressources naturelles, les services représentent plus de
50 % du PIB des pays concernés836 et le secteur est en croissance constante837.
Les services accompagnent principalement les activités d'exportation y compris agricoles ; par exemple, « les
services comptent pour 83 pour cent du prix de vente des roses éthiopiennesnotes 125 aux Pays-Bas841. » Mais,
parmi les exportations, ce sont celles des biens manufacturés qui sont le plus associées aux services ; pour le
Lesotho et la Tunisie, exportateurs de tels biens, le poids des services dans leur économie (61,7 %), est supérieur
à la moyenne. Les pays les moins concernés sont les exportateurs de pétrole, chez qui les services représentent
33,9 % du PIB842 (mais c'est dans ces mêmes pays que la croissance des services est la plus forte)843. Certains
petits pays sont fortement dépendants de ce secteur, car essentiellement tournés vers des services de voyage et
de tourismenotes 126 ; en 2013, les services représentaient 75 % du PIB du Cap Vert845 et 74 % de celui de
Maurice846.
La croissance des services, outre les exportations, est aussi causée par la consommation intérieure.
L'accroissement démographique a entraîné une forte demande, notamment en matière de télécommunications,
malgré l'insuffisance des infrastructures847. Le secteur des télécommunications a attiré 74 % de l’investissement
privé dans les infrastructures durant la période 1990-2013848.
En termes de ressources humaines, le secteur des services représente 32,4 % de l’emploi total en Afrique au cours
de la période 2009-2012849 (56,5 % pour l’agriculture et 11 % pour l’industrie850) soit largement moins que sa
proportion dans le PIB. L'importance de l'emploi informel en est la cause, sachant que l'essentiel des services est
assuré par de petites entreprises informelles, notamment dans les sous-secteurs du commerce de gros et de
détail ainsi que dans la restauration et les transports849.
Les pays africains sont quelques-uns à avoir identifié explicitement les services comme priorité économique : le
Botswana pour la saisie et l'analyse de données informatiques ; le Cameroun mise sur les centres d'appel et le
télétraitement des données à l'instar du Rwanda, lequel promeut aussi les services financiers ; la Namibie vise à
devenir un hub régional de transport. Enfin, certains pays sont massivement dépendants du tourisme : Cap Vert,
Comores, Ghana, Kenya, Lesotho, Seychelles851…
Sur le plan international, l’Afrique est un acteur mineur du marché des services ; elle représente 2,2 % des
exportations mondiales de services, et 4 % des importations totales mondiales852 ; sa compétitivité est faible,
freinée par des réglementations et des politiques inefficaces et par le déficit d’infrastructures853.
Tourisme
Le tourisme en Afrique ne cesse de croître. Les visiteurs internationaux du continent étaient 37 millions en 2003,
ils sont 65,3 millions en 2014854 ; le chiffre d'affaires correspondant est de 43,9 milliards de $ en 2013. Les
premières destinations touristiques du continent sont, dans cet ordre, le Maroc, l'Égypte, l'Afrique du Sud, la
Tunisie et le Zimbabwe855,856.
Jardin de la Ménara, Sphinx de Gizeh en Paysage du parc national Amphithéâtre d'El Jem,
Marrakech, Maroc. Égypte. Kruger, en Afrique du Sud. Tunisie.
Chutes Victoria, à la
frontière du
Zimbabwe et de la
Zambie.
Perspectives socio-historiques
L'Afrique est le « berceau de l'humanité »857,858,859 et, peut-être, le berceau de l'émergence de la pensée
symbolique chez l'homme moderne860. Le continent abrite environ 200 000 sites préhistoriques, grottes et abris
sous roche861 ; c'est le plus riche de la planète en la matièrenotes 127. Des représentations artistiques parmi les
plus anciennes qui soient863,864,865, tels que des objets de parure et des gravures abstraites, marqueurs de la
pensée symbolique863,866,867, y ont été trouvées.
Ainsi, au début des années 2000notes 128, dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud, on découvre des perles
d'ornement869, faites de coquilles de Nassarius, datées de 72 000 à 75 000 ans ainsi que des plaquettes d'ocre
gravées, datant de 100 000 ans870. Il s’agit des représentations artistiques parmi les plus anciennes au monde871
avec celles d'Oued Djebbana, en Algérie, qui recelait aussi des perles ornementales datées de 100 000 ans872,873,
et celles de la grotte des pigeons à Taforalt, au Maroc, qui a livré des perles de Nassarius gibbosulus datant de
82 000 ans874,notes 129.
Cela tend à faire reculer la date de l'émergence d'artefacts artistiques d'au moins trente millénaires car « bien
longtemps, il a été admis que les plus anciennes parures, alors datées autour de 40 000 ans, provenaient d'Europe
et du Proche-Orient. Mais, depuis la découverte, en Afrique du Sud, de parures et d'ocres gravées âgées de
75 000 ans, cette idée est remise en cause874 ».
L'Égypte antique, puissante et durable civilisation dans laquelle la religion occupe une place importante, produit de
nombreuses œuvres dont beaucoup représentent des divinités ou des pharaons, sous forme de peintures, bas-
reliefs, hauts-reliefs, sculptures, poteries décorées, bijoux métalliques… L'écriture y apparaît vers 3200 av. J.-C.133
et sa littérature, faite de textes religieux et profanes876, est l'une des plus anciennes qui soient877, attestée dès
2700 av. J.-C. par des textes complexes sur papyrus878. L'architecture est aussi un témoin majeur de l'art
égyptien878,notes 130, surtout l'art des pyramides qui lui confère une réputation universelle. La pyramide de Khéops
(vers 2560 av. J.-C.) est l'une des Sept Merveilles du monde antique, la seule qui soit parvenue jusqu'à nous ; elle
fut la plus haute construction humaine durant 4 000 ans880,notes 131.
L'Afrique du nord, sous l'influence de l'aire méditerranéenne puis de l'Islam à partir du viie siècle, abrite l'art de
l'Antiquité tardive — avec, par exemple, le site archéologique de Carthage — (périodes punique, romaine, vandale,
paléochrétienne et arabe881) puis l'art musulman882, avec la grande Mosquée de Kairouan en Tunisie, érigée en
670, qui en est l'un des symboles883. Dans la partie islamisée de l'Afrique subsaharienne, l'art musulman cohabite
avec l'art indigène884.
L'Afrique subsaharienne livre des artefacts caractéristiques des cultures (au sens archéologique du terme) qui la
peuplent au fil du temps. Ces objets sont d'abord des objets d'histoire ; l'absence de sources écrites indigènes sur
l'Afrique ancienne au sud du Sahara885 fait qu'ils sont presque les seuls témoins du passé ; même les bâtiments
sont souvent absents— on ne sait toujours pas avec certitude où se trouvait la capitale de l'empire du Mali (xiie –
xve siècle)886, d'où l'intérêt des ruines du grand Zimbabwe —, et les sources écrites, arabo-musulmanes, ne traitent
pas du sujet de l'art884. Ces artefacts, historiquement précieux, acquièrent aussi, au xxe siècle, le statut d'œuvres
d'art, ce qui leur vaut une place de choix dans les musées, sur le marché international actuel et génère aussi un
commerce illicite florissant887,notes 132.
« Fétiche » kongo.
« Les arts africains, principalement la sculpture, sont connus en Europe depuis la fin du xve siècle890 » grâce aux
premiers explorateurs portugais qui rapportent des pièces d'ivoire sculptées, dont certaines réalisées à leur
demande891. Les pièces rejoignent les cabinets de curiosité puis les musées qui leur succèdent à partir du
xviie siècle892. Mais l'art africain n'est pas reconnu en tant que tel, les Européens de la Renaissance, férus d'art
gréco-romain, considèrent les productions africaines avec mépris, utilisant le terme « fétiche » — mot venant du
portugais du xve siècle, servant à désigner les objets de culte des religions traditionnelles —, lequel connote la
notion d'artificiel, de magique et de grossier893,894.
Ces connotations persistent pendant au moins cinq siècles, jusqu'au début du xxe siècle ; ainsi, David Livingstone,
dans ses relations de voyage datées de 1859, écrit, à propos d'un « fétiche », qu'il s’agit de l'« image grossière
d'une tête humaine […] barbouillée de certaines substances enchantées895 » et le Grand Larousse du xixe siècle,
dans sa définition du mot « fétiche », utilise l'expression « culte grossier des objets matériels »896.
La pénétration coloniale, à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle, permet de découvrir des artefacts, et les
objets recueillis commencent à être étudiés sous l'angle archéologique et ethnologique897. Ainsi et par exemple,
l'art rupestre des grottes de Tsodilo au Botswana (site occupé depuis 100 000 ans av. J.-C.898) est-il connu depuis
le milieu du xixe sièclenotes 133 ; l'art rupestre du Sahara (6000±900 ans av. J.-C.) est étudié depuis la même
époque900. Les premières sculptures d'Ife (avant 800 av. J.-C. — xviie siècle) sont mises au jour en 1911901, à peu
près en même temps que les têtes sculptées de la culture de Nok (1000 av. J.-C. — 300 apr. J.-C.), lesquelles
commencent à être étudiées dans les années 1910 et 1930902. Parmi les premiers à rédiger des monographies
sur le sujet, Marcel Griaule étudie les masques dogon dans les années 1930… C'est la sculpture, notamment la
sculpture sur bois — dont les masques —, qui mobilise l'attention au détriment d'autres représentations,
considérées comme subsidiaires903.
Marcel Mauss disait : « Un objet d'art, par définition, est l'objet reconnu comme tel par un groupe904 ». C'est donc à
la même époque, vers 1906, que les arts africains commencent à être traités en tant que tels sous l'angle
artistique et esthétique : « les arts africains n'ont acquis leur qualité d'expression artistique authentique qu'après
1906890 », lorsqu'ils commencent à intéresser, sous le vocable d'« art nègre » — l'expression apparaît en
1912905 —, Picasso et Guillaume Apollinaire, notamment, et qu'ils inspirent le fauvisme et le cubisme906,907 puis,
au début des années 1920, le sculpteur Alberto Giacometti908.
Même si le jugement artistique a évolué, l'« enchantement » de Livingstone continue à être invoqué au xxe siècle
notes 134
car l'intrication du sacré et du profane, caractéristique de la culture africaine, se retrouve bien évidemment
et tout particulièrement dans l'artnotes 135, tel celui des masques et des sculptures qui intéresse particulièrement
les Européens : « L’un des principaux traits communs à l’ensemble de l’Afrique noire, dans le domaine de la
sculpture, est que les masques sculptés ne sont pas conçus pour être contemplés comme œuvres d’art, mais
pour être utilisés à l’occasion de cérémonies rituelles sociales ou religieuses911 » ; on considère donc que « l’art
africain et, plus généralement l’ensemble des arts premiers, se définissent non pas à partir de leur esthétique,
mais à partir de leur rôle. L’art animiste possède en tout premier lieu une fonction : la communication avec les
esprits897. » L'Occident postule en conséquence qu'on ne peut étudier un objet sans examiner son contexte socio-
historique. L'art africain est donc analysé par les Occidentaux sous le double angle esthétique et ethnologique :
« le rapport entre le matériel conservé et la connaissance de sa réalité contextuelle doit être recherché par un
effort particulier et assidu de documentation, bien au-delà du premier regard esthétique912. » Des expéditions
ethnologiques, telle la mission Dakar-Djibouti qui, en 1931-1933, ramène 3 500 objets, partent étudier la culture
africaine in situ, filmant les danses et les chants qui accompagnent l'exposition des masques et consignant des
témoignages de la culture orale913,914.
À l'instar du regard esthétique, le regard ethnologique sur l'art africain n'est cependant pas toujours dépourvu de
préjugés ou de biais méthodologiques. L'association entre l'art et le sacré renvoie l'art africain au « primitif » :
« L'image de la sculpture africaine comme « primitive » et comme associée à des rituels secrets et dangereux
continue à influencer la perception de « l'art africain »915 », surtout lorsque les connotations (relation avec la mort,
sacrifice…) véhiculées par les objets sont prises au pied de la lettre : « Est-ce que l'historien de l'art de la
Renaissance oserait parler des images de la Crucifixion comme des représentations d'un sacrifice humain ? Ou
des représentations du Saint Sacrement comme centrées sur l'image du cannibalisme916 ? »
Réappropriation
D'un point de vue plus directement artistique, des rencontres mettant en avant la culture et les artistes du
continent sont organisées dès 1956 avec le congrès des intellectuels noirs920. En 1966, à Dakar, le premier festival
mondial des arts nègres est un symbole de la volonté d'appropriation de l'art par les Africains eux-mêmes ; la
problématique de la restitution aux pays d'origine des œuvres présentes dans les musées et chez les
collectionneurs occidentaux y est déjà présente. C'est aussi l'occasion de montrer la diversité de l'art (peinture,
sculpture, littérature…) au-delà des masques et des fétiches921,922. Il est suivi du premier festival panafricain
d'Alger en 1969, considéré par certains comme le symbole de la « renaissance culturelle de l’Afrique »923.
Outre les pièces proprement historiques, les masques, statuettes, sculptures et autres ont acquis le statut
d'œuvres d'art. Il ne s’agit pas d'objets très anciens, « le plus ancien masque africain conservé date du
xviiie siècle924 », le bois, le raphia et les tissus qui les composent ne se conservant pas. Citons, comme pièces
représentatives valant des sommes importantes sur le marché, les statues de Nok au Nigeria (700 av. J.-C. -
300 apr. J.-C.), les têtes en terre cuite d'Ifé au Nigeria (xiie au xive siècle), les bronzes du royaume du Bénin, actuel
Nigeria (xvie et xviie siècles), la statue en métal du dieu Gou, venue du Bénin (xixe siècle), les reliquaires des Kota
du Gabon, les masques Gouro, les masques-cimiers ciwara des Bambaras du Mali925, les statues Sénoufos du
Burkina Faso et de Côte d'Ivoire, ainsi que celles des Luba, les masques Fang du Gabon926…
Tête Plaques de bronze Statue en métal du Tête en terre cuite, Tête sculptée de la
commémorative du palais du roi du dieu Gou, Bénin, Ifé, Nigeria, entre culture de Nok,
e
de roi (oba) du royaume du Bénin, av. 1858. le xii et le Nigeria, vers -500.
e e
royaume du Bénin, xvii siècle. xiv siècle.
Nigeria,
xviiie siècle.
Reliquaire Kota, Masque Gouro, Cimier ciwara, Statue Sénoufo, Appui-tête Luba,
e
Gabon, Côte d'Ivoire, Mali, fin xix siècle, Côte d'Ivoire, république
e e e
contemporain. xix siècle. début xx siècle. xx siècle. démocratique du
Congo, xixe siècle.
Masque Fang-
Betsi, Gabon,
xixe siècle.
La présence de ces œuvres africaines dans les collections et musées occidentaux pose, par ailleurs, le sujet de la
spoliation des biens culturels des pays africainsnotes 136. Les puissances coloniales ont prélevé de nombreuses
pièces archéologiques et artistiques à l'époque de la colonisation928 et le florissant marché contemporain de l'art
africain contribue à entretenir des pratiques contestables929 qui amènent la communauté internationale à
légiférernotes 137. Acte marquant, durant l'été 2016, le Bénin dépose auprès de la France une demande officielle,
une première pour une ancienne colonie d'Afrique francophone, celle de lui restituer les œuvres emportées à
l'époque de la colonisation ; la demande porte sur environ 5 000 pièces931,932.
Musique et danse
Harpe mvett.
Outre les masques, les danses et les chants qui, souvent, les accompagnent, ont conféré à l'Afrique
subsaharienne une identité propre933. Avec mille ethnies et un milliard d'habitants, l'Afrique est culturellement
multiple, mais les musiques et les danses africaines partagent quelques traits distinctifs. Dans la culture
traditionnelle, musique, danse et exposition des masques forment fréquemment un triptyque. La musique est
essentiellement rythmique et centrée sur la transmission orale, d'où la grande importance du texte934. Les
instruments sont très divers mais la rythmique fait la part belle aux percussions et, notamment, aux tambours935.
Malgré une rencontre « traumatique »trad 6 entre les cultures, l'Afrique a aussi influencé certaines musiques
occidentales, tels le jazz, directement inspiré par les rythmes de l'Afrique de l'Ouest et créé par les esclaves noirs
déportés en Amérique937, l'afrobeat (années 1970), créée par Fela Kuti, le highlife (années 1920)887… Ses propres
musiques de l'époque contemporaine, rumba congolaise, soukous, coupé-décalé par exemple, s’exportent dans le
monde entier à partir des années 1960938, et encore plus avec les métissages croisés de la world music939,940 qui
naît en 1986 avec l'album Graceland de Paul Simon941,942,940. « L’art nègre a inspiré Picasso et d’autres artistes ; et
les rythmes syncopés de la musique et des danses africaines résonnent aujourd’hui dans le monde entier943. »
L'Afrique du nord, quant à elle, propose essentiellement la musique berbère, prolongement de la culture des
premiers habitants libyques, suivie de la musique arabo-andalouse944.
Littérature
Le récit oral africain prend les deux formes principales de l'épopée et du conte948. L'épopée raconte la vie de héros
fondateurs, plus ou moins historiques, comme dans l'épopée de Soundiata949 et celle de Silâmaka et Poullôri, ou
bien relate le mythe fondateur d'un peuple, comme dans le Mvett, légende des origines du peuple Fang950,951. Le
conte, quant à lui, véhicule une morale et un système de valeurs952,953. Les deux mettent l'accent sur le poids des
actes mais aussi des paroles qui peuvent changer le monde pour le bien ou le mal. L'épopée (chant épique) et le
conte sont le plus souvent chantés954,notes 139.
Certains récits sont consignés par écrit assez tôt, dès 1828955, et d'abord examinés sous l'angle de l'ethnologie (le
texte considéré comme « reflet de la culture ») et de la linguistique (phonologie, commentaires linguistiques)956.
Il faut attendre longtemps, jusqu'aux alentours des années 1970, pour qu'apparaisse l'étude critique, au sens
« critique littéraire », des œuvres (stylistique…)957,958. C'est ainsi que paraît, en 1970, Oral litterature in Africa de
Ruth Finnegan, ouvrage important en la matière959,960. Cette évolution dans le regard porté sur la littérature orale
se produit au moment où la littérature négro-africaine, écrite dans la langue du colonisateur, commence à obtenir
de la visibilité, avec, par exemple pour l'aire culturelle francophone, Léopold Sédar Senghor, Mongo Beti, Ferdinand
Oyono, Ousmane Sembène (Sénégal)961, Guillaume Oyônô Mbia, … Certains auteurs, tel Léopold Sédar Senghor, se
déclarent, du reste, explicitement héritiers de la culture orale africaine et, en particulier, de sa poésie962.
D'autres personnalité de la littérature sont Bessie Head (Afrique du Sud/Botswana), Lília Momplé (Mozambique),
Grace Ogot (Kenya), Ama Ata Aidoo et Amma Darko (Ghana), Amadou Hampâté Bâ, Francis Bebey (Cameroun),
Mongo Beti (Cameroun),Mia Couto (Mozambique), (Ghana), Emmanuel Dongala (République populaire du Congo),
Nuruddin Farah (Somalie), Ben Okri (Nigeria), Waris Dirie (Somalie) et Damon Galgut (Afrique du Sud).
La Sénégalaise Mariama Bâ est la première romancière africaine francophone à décrire la place faite aux femmes
dans sa société dans son livre Une si longue lettre963,964
La littérature, qui commence à émerger avant les indépendances, présente d'abord un aspect protestataire à
l'encontre des colonisateurs ; après l'émancipation politique, à partir des années 1960, elle traite des difficultés
internes aux nouveaux États, notamment la critique des dictateurs965. Mais le xxie siècle, quant à lui, voit les
auteurs déclarer vouloir s'affranchir de leurs identités africaines et revendiquer une identité artistique purement
littéraire965.
En 2016, l'Afrique compte trois lauréats du prix Nobel de littérature966 : Wole Soyinka, 1986, nigérian, d'expression
anglaise ; Naguib Mahfouz, 1988, égyptien, d'expression arabe ; Nadine Gordimer, 1991, Sud-Africaine,
d'expression anglaise. J.M. Coetzee, d'expression anglaise, originaire d'Afrique du Sud, naturalisé australien en
2006, reçoit le prix Nobel en 2003967.
Spectacle vivant
La représentation publique est commune en Afrique depuis longtemps ; les mascarades au sens premier, c'est-à-
dire des spectacles où l'on montre des masques, avec accompagnement de danses et de chants, sont
consubstantielles à la culture africainenotes 140. Même dans le cas d'initiations secrètes, certaines parties des rites
sont publiques comme dans la mascarade Makishi en Zambie, inscrite au patrimoine culturel immatériel de
l'humanité969, tout comme est publique l'invocation des esprits (danse de la pluie…), occasion typique des
mascarades. Les danses et chants traditionnels ont même été promus par les colonisateurs — à l'inverse de leur
attitude générale au regard de la culture africaine — car leur potentiel touristique — avec des danses devenues
« folkloriques » car dépouillées de leur connivence culturelle (ne fût-ce que la langue) et religieuse entre les
acteurs et les spectateurs970 — a été perçu dès la fin de la Seconde Guerre mondiale971. La littérature orale, quant
à elle, par définition, est destinée à un public écoutant le texte en direct972.
Les acteurs, danseurs, chanteurs, conteurs ne sont pas nécessairement des professionnels du spectaclenotes 141
— sauf à la cour des rois et, pour la partie concernée de l'Afrique de l'Ouest, la caste des griots — et les troupes de
danseurs professionnels rémunérés se créent pendant la colonisation dans les années 1930974.
Le théâtre « consistant à jouer une intrigue sur une scène […] en utilisant un texte appris par cœur » est absent de
la culture traditionnelle. Propre à la culture urbaine, il est importé par les Occidentaux et s'implante
progressivement à l'époque moderne971.
Arts corporels
L'art des costumes, des bijoux et parures diverses, des coiffures, des peintures corporelles et des scarifications
est aussi varié que peut l'être la culture africaine aux mille ethnies. L'art corporel servait à matérialiser
l'appartenance à une ethnie, une religion, était typique d'un sexe, d'une classe d'âge, d'une situation matrimoniale,
de la situation sociale975…
Le régime colonial était fortement opposé à ces pratiques et d'incessantes campagnes furent menées pour mener
à de « saines habitudes de décence » en matière d'habillement et éliminer tout art corporel. Les études sur le sujet
sont donc rares et tardives. Les gouvernements d'après l'indépendance n'ont pas eu plus de tolérance de ce point
de vue, certains régimes créant même de toutes pièces des « costumes nationaux » dont le port était censé
refléter l'adhésion à l'identité nationale du nouvel État975,976.
Articles connexes : Les statues meurent aussi, Festival mondial des arts nègres et Négritude.
Aucun domaine de l'art n'échappe à l'Afrique au xxie siècle, sculpture, peinture, bande dessinée, littérature, cinéma,
mode, cuisine, danse977, musique… L'art et les artistes africains sont présents partout, thématiquement et
géographiquement, dans un marché de l'art devenu planétaire978. Les influences croisées sont innombrables et
très anciennes : les premières cuillères sculptées en Afrique datent du xvie siècle, elles étaient inconnues avant
l’arrivée des Portugais qui les commandèrent aux artisans locaux979 et, en sens inverse, l'Afrique inspira l'Occident
en matière de peinture, de mode, de musique…
Les artistes contemporains sont, pour beaucoup, porteurs d'une culture « hybride »980,notes 142, certains tournant
même les stéréotypes culturels en pastiches982 afin de s’en démarquer. L'art africain n'est plus et ne veut plus être
celui de la tradition, de la contestation coloniale, de la critique sociale ou de la négritudenotes 143, mais un art
« inséré dans l’art contemporain universel », qui veut être jugé uniquement sur ses qualités à l'instar de tous les
autres984.
Depuis les années 1990, il est constaté « une mondialisation de la scène artistique qui se traduit par une
extension multiculturelle de l’offre ». Les espaces de diffusion connaissent donc une plus grande expansion
geographique et des manifestations culturelles de rang international, telles que la Biennale de Dakar, les Écrans
noirs, le MASA et bien d’autres, se multiplient chaque année et attirent des milliers de visiteurs ainsi que des
experts et acteurs culturels originaires du continent africain et d’ailleurs985.
Cinéma
Les premières séances de cinéma en Afrique datent de 1905 en Égypte et des années 1920 en Afrique
subsaharienne ; les séances ont lieu dans des théâtres urbains et sous forme de projections itinérantes dans les
zones rurales. Concernant la création, « le premier film tourné par un Africain est sans doute Zohra (1922), une
production tunisienne, bientôt suivie de La Fille de Carthage (1924), Leila (1926) et de Zainab (1926) »986.
Le cinéma égyptien et le cinéma tunisien sont parmi les plus anciens du monde. Le cinéma égyptien, en
particulier, est une industrie établie et florissante en Afrique. Les pionniers Auguste et Louis Lumière ont projeté
leurs films à Alexandrie, au Caire, à Tunis, à Suse, en Libye, et à Hammam-Lif, en Tunisie, en 1896. Albert Samama
Chikly est souvent cité comme le premier producteur de cinéma africain indigène, projetant ses propres courts
métrages documentaires au casino de Tunis dès décembre 1905. Aux côtés de sa fille Haydée Tamzali, Chikly
produira d'importants films d'époque tels que La fille de Carthage (1924). En 1927, l'Égypte produit Leila (film de
1927) (en), le premier long métrage d'Aziza Amir, considérée comme la marraine du cinéma africain987.
En 1935, le Studio Misr du Caire commence à produire des comédies et des comédies musicales, mais aussi des
films comme The Will (1939) de Kamal Selim. Le cinéma égyptien a prospéré dans les années 1940, 1950 et 1960,
considérées comme son âge d'or. Le film phare de Youssef Chahine, Gare centrale (film) (1958), a jeté les bases
du cinéma arabe.
Malgré ces débuts pionniers, les réticences des gouvernements coloniaux et le manque de moyens font
cependant que la majeure partie du continent ne voit réellement émerger des réalisations locales qu'à partir des
années 1970986 et il est, jusqu'à nos jours, financé par des fonds occidentaux988 ; son développement reste
cependant modeste989.
Dès les années 1990, la production cinématographique s'effondre, tandis que les salles de cinéma ferment au
point que certains pays n'ont actuellement plus aucune salle de cinéma sur leur territoire990,991. Le Festival
panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), un des plus grands festivals africains, dont
la 24e édition s'est tenue en 2015, tente de préserver et promouvoir le cinéma africain992.
Il existe cependant l'exception nigériane de Nollywood. Le Nigeria produit près de deux mille films par an, et est
ainsi le deuxième producteur mondial en quantité, derrière l'Inde et Bollywood et devant les États-Unis993. Il s'agit
de sorties directes en VCD de productions à petits budgets, pour plus de la moitié en langues locales, dont la
qualité artistique est jugée « contestable »994,993 et la qualité technique trop basse pour une exploitation ne fût-ce
qu'à la télévision995.
La production africaine est cependant capable de briller sur la scène internationale, comme dans les autres
domaines artistiques, lorsque « la qualité, le genre, les thèmes des films prennent le pas sur des critères
géographiques ou politiques », comme en témoigne sa présence dans les festivals internationaux tel celui de
Sundance996.
Sports
Les cinquante-quatre pays souverains du continent ont une équipe de football faisant partie de la Confédération
africaine de football997. L'Égypte a remporté sept fois la coupe d'Afrique des nations, suivie par le Cameroun (cinq
fois) ensuite le Ghana (quatre fois)998. L'Afrique du Sud accueille la coupe du monde de football de 2010, devenant
le premier pays africain à le faire999. Les clubs et les championnats locaux sont cependant confrontés au manque
d'infrastructures et de financement1000.
Le rugby à XV est populaire en Afrique du Sud, Namibie, Zimbabwe et au Kenyanotes 144. Neuf équipes africaines
figurent parmi les cinquante premières du classement World Rugbynotes 145. La compétition continentale est la
coupe d'Afrique de rugby à XV, créée en 2000 ; en 2016, les équipes les plus titrées sont la Namibie (6 titres),
l'Afrique du Sud (3 titres, mais n'a participé qu'à cinq reprises en raison de sa trop grande supériorité), le Maroc et
le Kenya (2 titres), l'Ouganda et le Zimbabwe (1 titre). Il existe aussi une compétition, l'Africa Cup 2, pour les
équipes de seconde division1003.
Le cricket est populaire en quelques endroits. L'Afrique du Sud et le Zimbabwe jouent au plus haut niveau
(respectivement 3e et 12e places mondiales)1004, le Test cricket, tandis que le Kenya était l'équipe africaine leader
au niveau inférieur, le One-day International1005. Les trois pays ont conjointement accueilli la coupe du monde de
cricket de 20031006. La Namibie est l'autre nation africaine à avoir participé à la coupe du monde en 20031006. Le
Maroc a accueilli un tournoi de cricket en 20021007, mais son équipe nationale n'a jamais été qualifiée pour un
tournoi majeur.
Les Jeux africains, reconnus par le Comité international olympique, sont organisés tous les quatre ans par
l'Association des comités nationaux olympiques d'Afrique ; ils ne mobilisent cependant pas nécessairement les
meilleurs athlètes africains1008,1009.
La place du continent sur la scène sportive internationale est mineure si l'on considère sa place aux Jeux
olympiques1010,1011.
Le sport, moderne et codifié, se développe sur le continent à l'initiative des États plutôt que de celui de la société
civile (à l'inverse de l'Occident). Sous la coupe des politiques, il sert de levier et est, par exemple, un moyen du
panafricanisme1012,1013. Le sport est aussi un élément de politique internationale en Afrique, par exemple via la
construction de stades par les Chinois1014. Un exemple, parmi les plus connus, de la rencontre du sport et de la
politique est le rugby, qui fut un outil de l'unité de l'Afrique du Sud post-apartheid en même temps qu'un symbole
du rayonnement international du pays, avec l'organisation de la Coupe du monde 19951015,1016. Le sport est par
ailleurs considéré comme un moyen du développement social de la population et, à ce titre, bénéficie de l'aide
internationale1017,1018,1019.
Notes et références
Traductions
1. (en) « Africa’s climate is already changing and the impacts are already being felt73. »
2. (en) « African urbanization is a poverty-driven process and not the industrialization-induced socio-economic
transition it represented in the world’s other major regions. »
3. (en) « 3 of the bottom 10 countries are from the Middle East and North Africa region – Iraq, Libya and Sudan. […]
in Sub-Saharan Africain […] Forty out of the region’s 46 countries show a serious corruption problem. »
4. (en) « Libya's economy, almost entirely dependent on oil and gas exports. »
5. (en) « Africa has the greatest variety as well as some of the oldest art. »
Notes
1. 30,4 millions km2 avec les îles, ce qui le place après l'Asie (43,8 millions de km2) et l'Amérique
(42,2 millions de km2).
3.
La température la plus haute relevée en Afrique a été, durant 90 ans, de 58,20 °C à El Azizia, en Libye. Ce
record mondial, daté du 13 septembre 1922, fut invalidé le 13 septembre 2012 par l'Organisation
météorologique mondiale35.
5. « quatre-vingt-dix pour cent des terres agricoles en Afrique dépendent de l’agriculture pluviale43. »
6. « Nigéria 2 167 m3, Niger 2 429 m3, Mauritanie 3 548 m3, Mali 7 405 m3, Côte d’Ivoire 4 500 m3, Sénégal
3 332 m3. Le Burkina Faso doit composer avec une dotation brute de 1 316 m353. »
8. 23 % selon Jean Denis Sonwa et Johnson Nkem, Les forêts du bassin du Congo et l'adaptation aux
changements climatiques, Karthala, 2014 (lire en ligne (https://books.google.fr/books?id=iv2RAgAAQBAJ&pg=PA
8) [archive]), p. 8.
9. Par comparaison, 29,7 % en France métropolitaine, 34,1 % pour le Canada55 et 31 % au niveau mondial56.
10. Le Gabon57,58.
11. À titre d'exemple, la richesse et l'endémisme floristique de Madagascar sont exceptionnels ; l'île accueille
6 400 des 7 900 phanérogames connus.
13. L'Égypte est généralement considérée comme un pays transcontinental entre l'Afrique du Nord et l'Ouest de
l'Asie.
14. Le premier drapeau est celui utilisé par les révolutionnaires dont le gouvernement occupe une partie du
territoire libyen, et qui est reconnu par une partie de la communauté internationale.
15. L'administration est séparée entre le Maroc et de facto l'État partiellement reconnu indépendant République
arabe sahraouie démocratique, les deux réclamant le territoire entier.
16. Christian Bouquet, « L’artificialité des frontières en Afrique subsaharienne », Les Cahiers d’Outre-Mer, no 222,
avril-juin 2003 (DOI 10.4000/com.870 (https://dx.doi.org/10.4000/com.870), lire en ligne (http://com.revues.org/870) [archive],
consulté le 31 août 2015) — « Le tracé des frontières, avalisé aux indépendances par l’Organisation de l’Unité
Africaine, est donc une construction largement artificielle. Il en a résulté des conflits frontaliers qui, s’ils se
généralisaient, pourraient rapidement déboucher sur une recomposition territoriale inédite, mais aussi une
dynamique économique très florissante autour de la contrebande et de la corruption (p. 181). ».
17. Jean-Michel Severino et Olivier Ray, Le temps de l'Afrique, Paris, Odile Jacob, coll. « Poches Odile Jacob »,
2011, 408 p., epub (ISBN 978-2-7381-2677-1) — « L'Afrique subsaharienne est aujourd'hui figée en une mosaïque
d'entités politiques aux espaces trop grands (RDC), trop petits (Burundi), trop arides (Niger) ou trop enclavés
(République centrafricaine) pour constituer des ensembles économiques cohérents (p. 27). ».
18. Paul Collier, Les performances de l'Afrique sont-elles les conséquences de sa géographie ?, Centre for the
Study of African Economies, Department of Economies, Oxford University, février 2008 (lire en ligne (http://cerdi.o
rg/uploads/sfCmsContent/html/273/Collier.pdf) [archive] [PDF]) — « En comparaison de ce que l’on peut observer
dans d’autres régions du monde, la part relativement élevée des pays à la fois pauvres en ressources et
enclavés contribue à une perte de croissance de l’ordre d’un point de croissance du PIB régional (p. 2). ».
20. Ainsi et par exemple : « Les recettes douanières et fiscales [sont les] principales sources de revenus du
Bénin99 ».
22. « Très tôt la culture égyptienne […] s’est séparée de son environnement occidental et méridional […] les
différences profondes du mode de vie établissent une distance entre Égyptiens et peuples voisins. » : Abd el
Hamid Zayed et J. Devisse (collab.), chap. 4 « Relations de l'Égypte avec le reste de l'Afrique », dans G.
Mokhtar (dir.), Histoire générale de l'Afrique, vol. 2 : Afrique ancienne, UNESCO, 1999, p. 136.
23. Que l'on fait conventionnellement remonter à l'émergence de l'écriture, soit, en la circonstance, aux alentours
de 3200 av. J.-C. en Égypte.
24. Le site astronomique de Nabta Playa est ainsi notablement plus ancien que celui de Stonehenge.
25. On a avancé que les habitants de Nabta Playa étaient à l'origine de la civilisation de l'Égypte pré-dynastique
((en) Fred Wendorf, « Late Neolithic megalithic structures at Nabta Playa (http://www.egyptologie.be/nabta_p
laya_W&S.htm) [archive] », 1998).
26. Ces migrations s'étalent sur une durée totale de 4 000 ans, se poursuivant jusqu'au xixe siècle : « L’expansion
se fit sur une longue durée puisqu’au xixe siècle, elle n’était pas complètement terminée en Afrique
orientale150. »
27. Les bantous ne forment pas un « peuple » ; il s'agit de l'ensemble des locuteurs d'un groupe linguistique qui
comprend environ 400 langues.
28. L'Égypte connaît deux périodes de domination perse, entre 525 av. J.-C. et 522 av. J.-C. lorsque Cambyse II
conquiert le pays et devient pharaon et entre 341 av. J.-C. et 332 av. J.-C. lors de sa conquête par Artaxerxès
III.
29. Sous domination romaine, Carthage redeviendra, au iie siècle, une des plus grandes villes du monde romain.
30. L'Empire romain comptera jusqu'à huit provinces en Afrique, La Tripolitaine, la Byzacène, l'Afrique
Proconsulaire, la Numidie Cirtéenne, la Numidie militaire, la Maurétanie Césarienne, la Maurétanie Sitifienne
et la Maurétanie Tingitane.
31. Les dates de l'utilisation du dromadaire en tant qu'animal domestique ne font pas consensus. Du plus récent
au plus ancien, il aurait été introduit soit par les romains, soit il proviendrait du Moyen-Orient et aurait été
introduit avant l'arrivée des romains, soit il résulterait d'une domestication très ancienne du chameau
sauvage du Sahara, dont la présence est attestée dès le pléistocène. Cf. Rachid Bellil, Les oasis du Gourara
(Sahara algérien), Peeters Publishers, 1999, 307 p. (lire en ligne (https://books.google.fr/books?id=Vl5YrF16t-gC&pg=PA7
1) [archive]), p. 70-71 et G. Camps, M. Peyron et S. Chaker, « Dromadaire », dans Gabriel Camps (éd.),
Encyclopédie berbère, vol. 17 : Douiret – Eropaei, Aix-en-Provence, Edisud /Peeters Publishers, 2011 (1re éd.
1996) (lire en ligne (http://encyclopedieberbere.revues.org/2119) [archive]).
32. Plus tard, vers le ixe siècle, ce sera l'or d'Afrique qui fournira le monde occidental bien avant l'arrivée de l'or
américain venant du Pérou et du Mexique. Cf. Petite histoire de l'Afrique, chap. 5, pp. 3-6/15.
33. Grâce aux mariages par exemple, Céline Olszewski, « La conquête et l'expansion arabo-musulmane en
Afrique du Nord et en Afrique orientale (http://histgeo.discipline.ac-lille.fr/college/mise-en-oeuvre/mise-en-o
euvre-5eme/dossier-du-groupe-college/la-conquete-et-lexpansion-arabo-musulmane-en-afrique-du-nord-et-en
-afrique-orientale) [archive] », sur Site disciplinaire Histoire-géographie et éducation civique, Académie de Lille
— Les mariages entre Arabes et Africaines de l'Est ont aussi contribué à créer une culture métissée.
35. Zakari Dramani-Issifou, chap. 4 « L’Islam en tant que système social en Afrique depuis le viie siècle », dans
Mohammed El Fasi (dir.), Ivan Hrbek (codir.), Histoire générale de l'Afrique, vol. 3 : L’Afrique du viie au xie siècle,
UNESCO, 1990, p. 126 — Ainsi, sans guerres, sans prosélytisme violent, l’islam a-t-il marqué des points, en
terre d’Afrique, avant le […] xiie siècle […] Souvent, on se contente d’une conversion assez formelle du prince
[…] S’il en est ainsi des princes […], qu’en est-il des commerçants « convertis » à l’occasion d’un échange
rapide, fidèles associés mais probablement musulmans un peu superficiels ? Quant au monde rural, il n’a pas
été question de toucher à ses croyances et à ses pratiques : ce serait désorganiser toute la société et ses
formes de production.
37. La richesse de l'empire repose sur l'or. En 1324, à l'apogée de l'empire, le mansa (roi des rois), Kanga Moussa,
à l'occasion d'un pèlerinage à La Mecque, déverse tant d'or — une dizaine de tonnes semble-t-il — dans
l'économie moyen-orientale qu'il fait baisser pour plusieurs années le cours du métal précieux. Cf. « Kankan
Musa ou Mansa Musa, empereur du Mali (1312-1337) (http://www.universalis.fr/encyclopedie/kankan-musa-
mansa-musa/) [archive] », Encyclopædia Universalis et Histoire générale de l'Afrique, vol. 4, p. 173.
38. Les Portugais prennent pied sur le continent dès 1415, avec la prise de Ceuta.
39. Le site est occupé depuis le vie siècle av. J.-C.
40. Les Portugais commencent leur expansion outre-mer dès 1415, en s'installant à Ceuta (actuel Maroc) puis en
s'implantant, au fil du temps, le long de la côte ouest du continent. Ils atteignent le Cap-Vert en 1444, le
Sénégal en 1445, le golfe de Guinée en 1460 ; ils doublent le cap de Bonne-Espérance en 1488.
41. Par ailleurs, la traite africaine est précocement et paradoxalement justifiée par ceux qui défendent les droits
des Amérindiens ; ainsi Bartolomé de las Casas (1474 ou 1484-1566), prêtre aumônier des conquistadores,
fut accusé, en ayant pris la défense des indigènes, d'avoir favorisé l'utilisation d'esclaves noirs à la
place218,219,220.
42. L'article « esclavage » dit ainsi « Les peuples qui ont traité les esclaves comme un bien dont ils pouvoient
disposer à leur gré, n’ont été que des barbares » in L’Encyclopédie, 1re éd. 1751 (Tome 5, p. 937).
45. Vers la fin du xixe siècle, la Royal Navy agit aussi en Afrique du Nord et dans l'océan Indien.
46. « En 1830, la colonisation française de l’Algérie signe l’arrêt définitif de l’activité des pirates de la côte
berbère249. »
48. « La carte d’Afrique publiée par Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville en 1749 […] [montre] des tracés
hydrographiques assortis de notes exposant les hypothèses établies à leur sujet à partir des géographes
grecs et arabes259. »
David Livingstone traverse l'Afrique d'ouest en est entre 1849 et 1856, puis part à la recherche des
sources du Nil en 1871 ;
Richard Francis Burton explore l'Afrique centrale (1856-1860) et recherche les sources du Nil (1864) ;
Henry Morton Stanley part à la recherche de Livingstone (1871) et explore l'Afrique d'est en ouest
(1878) ;
Paul Belloni Du Chaillu explore la région de l'actuel Gabon entre 1855 et 1867 ;
51. Les zones côtières sous domination européenne en 1880 concernaient les actuels Sénégal, Sierra Leone,
Ghana (nommé Gold coast à l'époque), le littoral d'Abidjan en actuelle Côte d'Ivoire, les alentours de Porto-
Novo dans ce qui était le Royaume de Dahomey (actuel Bénin), l'île de Lagos dans l'actuel Nigeria, le delta du
Gabon et des bandes côtières de l'Angola et du Mozambique actuels.
52. À partir de la Colonie du Cap, établie par les Portugais en 1691, passée sous contrôle néerlandais puis
anglais, l'Afrique australe avait vu la formation des Républiques boers, notamment le Natal (1838), la
République sud-africaine du Transvaal (1852) et l'État libre d'Orange (1854), à l'issue du Grand Trek
commencé en 1835.
53. « Le nombre des habitants du Congo belge fut réduit de moitié pendant les quarante premières années de la
domination coloniale, celui des Herero des quatre cinquièmes, celui des Nama de moitié et celui de la Libye
d’environ 750 000297. »
54. L'empire colonial britannique, qui s'étend d'ailleurs largement au-delà du continent africain, est un exemple
type du concept d'économie-monde, forgé par Fernand Braudel en 1949301.
55. L'Union d'Afrique du Sud reste cependant sous domination des blancs d'origine européenne, qui mettront en
place la politique d'apartheid.
56. L'indépendance de l'Égype, obtenue de jure du Royaume-Uni en 1922, est toute relative, voire factice307, les
Britanniques conservant notamment le contrôle du Canal de Suez.
57. Formule de Paul Reynaud, ministre des colonies, cité par Girardet 1968, p. 1093.
58. « la valorisation idéologique et affective des empires coloniaux atteint son zénith dans les années trente —
Bernard Droz, Histoire de la décolonisation au xxe siècle, Seuil, 2006, p. 17 »
59. Les Britanniques avaient, dès 1947, eu à gérer la décolonisation de l'Inde et étaient conscients que le même
mouvement allait toucher l'Afrique323.
60. C'est cependant une indépendance toute relative, car l'ingérence européenne reste prépondérante325
61. « 87 % de la longueur de ces frontières, soit 70 000 km sur un total d’environ 80 000 km, [sont] directement
hérités des partages coloniaux329. »
63. La paternité du mot « néocolonialisme » est attribuée à Jean-Paul Sartre, qui l'utilisa dans la revue Les Temps
modernes en 1956. C'est Kwame Nkrumah, père de l'indépendance du Ghana, qui popularise le terme à partir
de 1965338.
64. Ainsi les opérations contre Patrice Lumumba en 1961 ou contre Kwame Nkrumah en 1966 et, à l'inverse, les
opérations de soutien à Mobutu Sese Seko au Shaba, dans les années 1970339.
66. « […] les taux de scolarisation primaire sont descendus en Afrique subsaharienne à 71 % en 1990 […] loin du
maximum de 79 % atteint en 1980354. »
67. Severino et Ray donnent cet exemple pour la Côte-d'Ivoire : « Alors que la pauvreté touchait en 1985 moins de
1 % de la population urbaine, un urbain sur cinq vivait en dessous du seuil de pauvreté en 1995355. »
68. À titre de comparaison, la dette publique française représente 95 % de son PIB en 2014362. Plus largement,
dette publique des États du G7 en décembre 2013363 : Japon : 243,2 % du PIB, Italie : 132,5 % du PIB, États-
Unis : 104,5 % du PIB, France : 93,9 % du PIB, Royaume-Uni : 90,1 % du PIB, Canada : 89,1 % du PIB,
Allemagne : 78,1 % du PIB.
69. MINURSO au Sahara occidental, MINUSMA au Mali, MINUL au Liberia, ONUCI en Côte d'Ivoire, FISNUA au
Soudan, MINUSS au Soudan du Sud, MINUAD dans la province du Darfour, au Soudan, MONUSCO en
république démocratique du Congo et MINUSCA en République centrafricaine.
72. « Les études empiriques qui cherchent à expliquer les guerres civiles se multiplient depuis quelques années,
mais sont généralement très contestées en ce qui concerne la méthodologie, les données et l’interprétation
des résultats375. »
73. Ce qui est une cause dans un cas est la conséquence dans un autre…
75. « l'Afrique n'est en fait qu'en train de rattraper un retard démographique qu'elle avait lentement accumulé au
cours des trois derniers siècles de traite et de colonisation. [...] vers 1650 l'Afrique représentait alors 20 % de
la population mondiale420. »
76. Le continent africain est celui où les opérateurs européens voient leur chiffre d'affaires progresser le plus426.
77. 82 % selon Alain Dubresson, Sophie Moreau, Jean-Pierre Raison et Jean-Fabien Steck, L'Afrique
subsaharienne : Une géographie du changement, Armand Colin, 2011, 256 p., p. 54, 75 % selon « Migrations
subsahariennes : les idées reçues à l’épreuve des chiffres », Questions de développement,novembre 2015 (lire
en ligne (http://librairie.afd.fr/filtres/?terms=1085) [archive]).
78. 70 millions selon Christophe Daum et Isaïe Dougnon, « Les migrations internes au continent africain »,
Hommes et Migrations, no 1279 « L'Afrique en mouvement »,2009, p. 6-11, 20 millions selon Alain Dubresson,
Sophie Moreau, Jean-Pierre Raison et Jean-Fabien Steck, L'Afrique subsaharienne : Une géographie du
changement, Armand Colin, 2011, 256 p., p. 54.
79. « L’urbanisation africaine est un processus engendré par la pauvreté, et non la transition socioéconomique,
induite par l’industrialisation, comme cela a été le cas dans les autres grandes régions du mondetrad 2,457. »
80. Le parallèle est parfois fait entre la situation des villes africaines et les « classes laborieuses, classes
dangereuses » de la France du début du xixe siècle étudiées en 1958 par Louis Chevalier465,466.
81. « Dans l'histoire africaine précoloniale, toutes les constructions étatiques étaient à base ethnique. Mieux :
quand elles débouchèrent sur des ensembles pluriethniques, ce furent des entreprises sans lendemain(1). 1)
Il y a quelques contre-exemples, mais ils sont rares, l'entité toucouleur ; et, dans un autre esprit, les empires
musulmans, nés des djihad, qui furent parfois des "agglomérateurs" ethniques ».
82. « C'est bien plutôt la colonisation qui a figé et cristallisé les sociétés africaines sous le label ethnique, qui les
a identifiées et cartographiées en fonction de ses exigences administratives et économiques. On se rend
compte aujourd'hui que nombre d'entités ethniques n'avaient pas de réels équivalents dans l'univers
précolonial, ou plutôt que les sociétés qui sont censées leur correspondre ne s'identifiaient pas aux noms et
aux territoires qui leur sont dévolus désormais486. »
83. « ethnie - nom féminin (grec ethnos) : Groupement humain qui possède une structure familiale, économique
et sociale homogène, et dont l'unité repose sur une communauté de langue, de culture et de conscience de
groupe494. »
84. « Des fois, avant de se faire soigner, des gens regardaients discrètement si l'infirmier ou l'infirmière était de
son ethnie ou pas500. »
85. « l'État est volontiers considéré comme un “ pur produit d’importation ” en Afrique et en Asie, selon
l’expression désormais classique de Bertrand Badie et de Pierre Birnbaum512. »
86. « Prenons par exemple un chirurgien qui doit précipitamment quitter l'hôpital parce que l'enfant d'un parent
est en train de mourir. En tant que directeur de sa clinique, il est un professionnel moderne responsable de
centaines de patients. Mais en tant qu'un des quelques chanceux qui ont pu accéder à une éducation
supérieure grâce à l'aide de sa famille élargie, il est obligé de soutenir les nombreux membres de son clan et
d'être leur docteur. Ne pas être là dans l’une ou l’autre situation aura pour conséquence de lourdes sanctions
de la part des deux systèmes514. »
87. « Quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle », disait Amadou Hampâté Bâ524
88. Par exemple, « chez les Bakoko [du Cameroun], l'idée d'appropriation individuelle de la terre est inconcevable,
la terre appartenant au Ngué, force créatrice habitant dans la terre529. »
89. « Les États africains désormais indépendants recueillent donc de la période coloniale un système foncier
double, constitué par la coexistence d‘un droit moderne hérité de la puissance colonisatrice et d’un droit
coutumier assez modifié. D’impérieuses raisons économiques et sociales commandent de doter ces États
d’un droit foncier conforme aux exigences du développement536. »
90. « Nous éviterons l'appellation d'animisme qui […] ne sied nullement aux religions des terroirs, aux cultes
ancestraux et aux cultes de possession qui existent en Afrique552. »
91. « pour de nombreux islamisés il est difficile de distinguer ce qui est proprement islamique de ce qui relève de
la culture swahili au sens profane du terme561. »
92. « En Afrique, la religion informe tout. Son emprise s'étend à la vie politique, sociale, familiale559. »
93. Par exemple : « Les prophètes du Bwiti fang ont cependant transformé à partir des années 50 ce dispositif en
utilisant les ressources des visions d’eboga pour « aller voir » les héros chrétiens (Jésus, Marie, St Michel,
etc.)566 »
94. Chaque année, à l'occasion d'un jour férié587, le Bénin fête les religions traditionnelles588.
95. Par exemple, « tout chrétien que je suis, je n'ai jamais cessé d'être animiste ; je continue à croire que mes
ancêtres sont mes intercesseurs auprès de l'Être suprême et qu'ils continuent de veiller sur moi. Tout
chrétien que je suis, je n'ai jamais cessé de croire que l'homme peut se transformer en arbre, en animal, en
pierre, et que dans ce monde, l'essentiel est invisible pour les yeux », in François Kabasele Lumbala, Renouer
avec ses racines : chemins d'inculturation, Karthala, 2005 (lire en ligne (https://books.google.fr/books?id=DRsXTuIBg8YC
&pg=PA193) [archive]), p. 192-193
96. Ces villes sont aujourd'hui mineures voire en ruines, le commerce avec l'Europe et la traite négrière ayant
privilégié le commerce maritime et les villes portuaires.
97. À son apogée, l'empire du Mali est une puissance internationale, jouant un rôle diplomatique, reconnue et
écoutée en Orient comme en Occident
98. « Outre les huit pays exportateurs de pétrole, [l'Afrique subsaharienne] compte aussi quinze pays où les
exportations de ressources non renouvelables représentent plus de 25 % des exportations de marchandises,
la proportion dépassant même 50 % pour neuf d’entre eux631. »
99. « Rwanda is clinically dead as a nation » disait en 1996 le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan664.
100. Le Rwanda est classé comme « régime autoritaire », au 139e rang sur 167, selon l'indice de démocratie de
The Economist Group665.
101. Définition de la croissance inclusive, selon l'OCDE : « La croissance inclusive est fondée sur l’idée selon
laquelle la croissance économique est importante mais pas suffisante pour générer une augmentation
durable du bien-être, qui suppose un partage équitable des dividendes de la croissance entre individus et
groupes sociaux666. »
103. À titre de comparaison, la part de l'« économie non observée » en Europe variait de 1 % (Norvège) à 17,5 %
(Italie), selon une enquête de l'OCDE datant de 2012696.
104. « La nouvelle Carthage (Colonia Julia), port du blé d'Afrique exporté vers Rome, siège du proconsul d'Afrique,
a été une des plus grandes villes du monde romain707 ».
105. Cela atteste aussi de la capacité à la navigation en haute mer, les embarcations africaines s’aventurant au
large708.
106. « L’émergence économique de l'Afrique et la transition d'un continent d’économies à faible revenu à des
économies à revenu intermédiaire, nécessite la transformation de la structure économique des activités à
prédominance agraire et d'extraction à des secteurs industriels plus dynamiques et à valeur ajoutée plus
élevée tels que la transformation et la fabrication718. »
107. Hegel parle de « continent sans histoire »724 : « ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique,
c’est un monde anhistorique non-développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se
trouve encore au seuil de l’histoire universelle725 », texte reproduit dans « L'Afrique », Le Monde diplomatique,
novembre 2007 (lire en ligne (https://www.monde-diplomatique.fr/2007/11/HEGEL/15275) [archive]). Nicolas Sarkozy,
quant à lui, tient en 2007, dans son discours de Dakar, les propos suivants : « Le drame de l’Afrique, c’est que
l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. » Ces propos ont d'ailleurs été parfois rapprochés de
ceux d'Hegel726.
108. Le Maroc avait quitté l'OUA en 1984, en signe de protestation contre l’adhésion de la République arabe
sahraouie démocratique (RASD) ; c'était le seul pays africain qui n'était pas membre de l'UA729. Le
30 janvier 2017, à l'occasion du sommet d'Adis-Abeba, le Maroc réintègre l'organisation730.
109. En 2016, l'intégration est une priorité explicite de la Banque africaine de développement : « « Intégrer
l'Afrique », « industrialiser l'Afrique », « éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie », « nourrir l'Afrique » et
« améliorer la qualité de vie des populations africaines », sont les cinq grandes priorités stratégiques de la
Banque », UA, BAfD, ONU-CEA, Indice de l'intégration régionale en Afrique : rapport 2016 (lire en ligne (http://www.in
tegrate-africa.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/IIRA-Report2016_FR_web.pdf) [archive]), p. 5.
110. « Nous avons vu que l’Afrique était riche en terres et pauvre en compétences par rapport aux autres régions.
Elle affiche ainsi un ratio terres/compétences élevé. En comparant les régions au cours du temps, Wood et
Mayer (2001) montrent que les pays présentant des ratios terres/compétences élevés tendent à exporter
principalement des produits primaires750 »
111. En Algérie, les hydrocarbures représentent 30 % du PIB, 60 % des recettes du budget et 95 % des recettes
d'exportation756.
112. « L'économie de la Libye repose presque entièrement sur l'exportation de gaz et de pétroletrad 4,757. »
113. « La malnutrition est certes en liaison avec la pauvreté, la faible productivité agricole, les défaillances des
marchés, mais ce sont les conflits et les logiques de prédation qui constituent le facteur déterminant768. »
114. « L’agriculture africaine est une agriculture essentiellement pluviale, et la dépendance de l’Afrique à l’égard de
l’agriculture ainsi que ses très faibles niveaux d’irrigation la rendent particulièrement vulnérable aux aléas de
son climat extrêmement variable et changeant772 ».
116. « les écarts de productivité entre les agricultures africaines et celles des pays industrialisés sont de l'ordre de
1 à 100764. »
117. « Le continent importe notamment des produits qui sont en concurrence avec sa propre production : de la
viande, des produits laitiers, des céréales et des huiles775. »
118. « dans de nombreuses régions de l’Afrique rurale, les femmes sont au cœur de la production agricole et sont
pourtant incapables de posséder des terres ou d’en hériter795. »
119. Grâce à l'engagement chinois et indien, qui ont donné les concepts de Chinafrique796 et d'Indafrique797.
120. Les aquaculteurs représentant une proportion très faible avec 284 000 personnes.
121. L'Afrique du Sud est même leader mondial dans le secteur des matériaux roulants ferroviaires, des
combustibles synthétiques, des équipements et des machines pour mines832.
123. « ces dernières années, les pays africains ont drainé d’importants flux d’IED dans le secteur manufacturier et
le secteur des services753 »
124. « de nombreux pays n’ont pas encore amorcé un processus normal de transformation structurelle se
caractérisant par l’abandon d’activités à faible productivité au profit d’activités à forte productivité, une
diminution de la part de l’agriculture dans la production et l’emploi, et une augmentation de la part des
industries manufacturières et des services modernes827. »
126. Cap Vert, Djibouti, Gambie, Madagascar, Maurice, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et Seychelles844.
127. « L'Afrique présente la plus grande variété ainsi que quelques-unes des plus anciennes formes d'arttrad 5 »862
128. « Une découverte importante, faite en 2002, est venue apporter un solide argument en faveur du second
modèle [de l'émergence de la modernité culturelle en Afrique]. Il s’agit de deux fragments d’ocre retrouvés
dans la grotte de Blombos en Afrique du sud. Ces deux fragments, datés de −75 000 ans, et d’autres
découverts depuis, portent des motifs géométriques gravés. Dans les mêmes couches archéologiques ont
été découvertes, en 2001, des pointes de sagaies et des poinçons en os soigneusement façonnés et, en
2004, des nombreux coquillages percés et ocrés, utilisés comme objets de parure868. »
129. Hors d'Afrique, on a trouvé des perles d'ornement datant de 100 000 ans sur le site de Skhul, en Israël875.
131. Jusqu'à l'érection de la Cathédrale de Lincoln (Angleterre) aux alentours de l'an 1300.
132. Citons par exemple le « scandale » des statues Nok du Louvre888 et les faux qui pullulent à Paris889.
133. « L'existence d'un art rupestre au Botswana est connue du reste du monde depuis le milieu du xixe siècle,
quand diverses explorations relatèrent des découvertes ou des traditions les concernant (ex. : Moffat, 1842 ;
Dolman, 1849 ; Anderson, 1888 : 152 ; Passarge, 1907)899. »
134. « L'élaboration de la statue n'est pas finie quand le sculpteur l'a achevée […] il va falloir la charger de
puissance magique, la consacrer909. »
135. « La danse, la musique instrumentale, le chant, la poésie, la parure, l'architecture, la décoration et la sculpture
se manifestent en vue d'atteindre à une certaine maîtrise du milieu cosmique910. »
136. En 1969, Matala Mukadi Tshiakatumba écrit un poème dans lequel il adjure le Musée royal de l'Afrique
centrale, dit aussi musée de Tervuren, de restituer les œuvres spoliées :
137. « Le pillage des objets culturels africains fait partie de la face sombre des rapports entre les pays africains et
de nombreux pays d’Europe930. »
138. « nulle tentative de pénétrer l’histoire et l’âme des peuples africains ne saurait être valable si elle ne s’appuie
pas sur cet héritage de connaissances de tous ordres patiemment transmis de bouche à oreille et de maître
à disciple à travers les âges946. »
139. « Mvett » désigne ainsi non seulement le récit, mais aussi la harpe qui l’accompagne.
140. « Les défilés, les pantomimes et même les dialogues montés sur scène entre danseurs masqués étaient très
courants dans l’Afrique précoloniale et souvent situés dans des contextes sacrés ou cérémoniels. Beaucoup
de ces traditions ont survécu968. »
141. « la tradition orale africaine ne se limite pas, en effet, à des contes et légendes ou même à des récits
mythiques ou historiques, et les « griots » sont loin d’en être les seuls et uniques conservateurs et
transmetteurs qualifiés973. »
142. J. M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, se définissait lui-même comme un « occidental vivant en
Afrique du Sud »981.
143. Un article du Magazine littéraire présente ainsi l'ouvrage Anthologie de l'art africain du xxe siècle : « Raison de
plus pour lire ce livre qui est sans l'ombre d'un doute l'un des rares, si ce n'est le seul, à permettre de
découvrir cet art, sa diversité et la complexité de son histoire. Celle-ci n'a plus grand-chose à voir avec le
temps où Léopold Sédar Senghor, dans les années 60, a défini la négritude comme la « somme des valeurs
culturelles du monde noir983. » »
144. Nombre de licenciés, rugby à quinze : Afrique du Sud, 418 509 ; Namibie, 11 850 ; Zimbabwe, 33 935 ; Kenya,
29 7071001.
145. Place dans le classement au 14 septembre 2015 : Afrique du Sud, 3 ; Namibie, 20 ; Zimbabwe, 27 ; Kenya, 28 ;
Tunisie, 40 ; Madagascar, 41 ; Ouganda, 48 ; Sénégal, 49 ; Côte d'Ivoire, 501002.
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Sport
Jean-Pierre Augustin, « Éléments géopolitiques du sport africain », Les Cahiers d’Outre-Mer, no 250,
avril-juin 2010 (DOI 10.4000/com.5922 (https://dx.doi.org/10.4000/com.5922), lire en ligne (http://com.revues.org/5922) [archive])
Généralités
Rahmane Idrissa et Jean-Joseph Boillot, L'Afrique pour les nuls, First éditions, 2015, epub
Voir aussi
Articles connexes
Diaspora africaine
Union africaine
Afrique subsaharienne
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