Le corrigé du texte 2, Madame Bovary –La scène du bal.
1-Les caractéristiques réalistes :
a- Le monde aristocrate avec tout ce qui le caractérise : « leurs habits mieux faits
« semblaient d’un drap plus souple, et leurs cheveux, ramenés en boucles vers les
tempes, lustrés par des pommades plus fines », etc.
b- Les paysans : « des faces de paysans qui regardaient..Bertaux..la ferme..la mare
bourbeuse...laiterie, etc »
c- Le souci du détail : « Ils avaient le teint de la richesse, ce teint blanc que rehaussent
la pâleur des porcelaines, les moires du satin, le vernis des beaux meubles, et
qu’entretient dans sa santé un régime discret de nourritures exquises. Leur cou
tournait à l’aise sur des cravates basses ; leurs favoris longs tombaient sur des cols
rabattus ; ils s’essuyaient les lèvres à des mouchoirs brodés d’un large chiffre, d’où
sortait une odeur suave.. un cavalier en habit bleu causait Italie avec une jeune femme
pâle, portant une parure de perles.»
2-Cette soirée passée chez les aristocrates marque un tournant décisif dans la vie d’Emma
dans la mesure où elle lui révèle un monde auquel elle n’appartient pas, un monde luxueux et
riche qu’elle ne connaissait que dans les livres. Cela lui a permis d’éveiller sa sensibilité et
son gout pour la richesse, ce qui va d’ailleurs la conduire vers sa perte plus tard. De plus, ce
changement de lieu et sa découverte de la richesse est un signe précurseur de sa chute puisque
son souhait le plus cher est d’appartenir à ce monde mondain tout en sachant qu’elle ne pourra
jamais lui appartenir.
3-Derrière les descriptions élogieuses de ce milieu aristocratique, Flaubert ne manque pas d’y
mêler des sarcasmes comme le terme « causer » qui parait vulgaire « un cavalier causer
Italie.. ». De même pour l’expression « une jeune femme pale portant une parure de perle qui
attire l’un des invités et lui fait l’éloge de la grosseur des piliers de Saint-Pierre », propos
signifiant un manque de gout et de finesse. En outre, les conversations des convives futiles et
sans intérêts entendues de coté et d’autre par Emma parlant « d’Italie, de monuments
célèbre » ainsi que « les courses des chevaux..» soulignent la vacuité d’un monde (considéré
comme le seul passe temps). La même futilité se trouve ridiculisée lorsque Flaubert
mentionne certaines plaintes de certains invités comme « L’un se plaignait de ses coureurs
qui engraissaient ; un autre, des fautes d’impression qui avaient dénaturé le nom de son
cheval ». Flaubert accentue son ironie lorsqu’il indique qu’Emma ne comprenait rien en ces
discussions.
3-La scène semble filtrée par le regard d’Emma avec les verbes de perceptions comme « se
distinguaient, semblait, aperçut, écouter, revit » qui vient structurer le texte. Emma accumule
les impressions depuis le début du texte. Elle semble être transportée dans un monde féerique
tout comme elle l’aimait même si elle sait qu’elle ne lui appartient pas. Tous les invités du bal
apparaissent comme des êtres d’exceptions avec l’emploi des superlatifs « mieux, plus ». Le
champ lexical de la richesse -qui est largement développé- vient mettre en évidence les traits
spécifiques de ce beau monde « parure de perle, porcelaine, beaux meubles, riche, ils se
ressemblent tous, même le vieux apparait jeune ». Ce champ lexical est accompagné par des
termes mélioratifs qui viennent souligner le processus d’idéalisation d’Emma : « les
nourritures exquises » avec usage d’une hyperbole « aux fulgurations de l’heure
présente » .Cependant, la réalité finit par rattraper Emma et la fait aussi tôt sombrer dans la
trivialité de son appartenance, et ce par le geste brutal du domestique qui casse la vitre pour
aérer la salle.
Ce retour brusque à la réalité en voyant les « faces de paysans » peut être interprété comme
une tentative de fuite mais vouée à l’échec. Autrement dit, le souvenir d’Emma prend place
dans une ambiance oppressante « l’air du bal était lourd »il fait un effet d’une dissonance
avec « bruit des éclats de verre » qui la secoue brutalement de ses illusions, renforcée par les
faces des paysans qui regardaient le bal à travers les barreaux, une métaphore carcérale qui
suggère l’idée d’emprisonnement d’Emma dans le monde des paysans ; or elle ne veut point
lui appartenir en rejetant son passé « sa vie passée, si nette jusqu’alors, s’évanouissait tout
entière, et elle doutait presque de l’avoir vécue ». Ce rejet de son appartenance est mis en
avant par certains de ses gestes « fermait les yeux », passage que nous pouvons traduire
comme une métaphore de son aveuglement, mais il ne demeure pas moins que cette tentative
de fuite reste illusoire.