Introduction
La gestion des eaux usées industrielles est une problématique majeure pour les entreprises,
notamment celles opérant dans le secteur agroalimentaire. Ces industries, par la nature même de
leurs activités, génèrent des effluents riches en polluants organiques et chimiques, nécessitant un
traitement adapté avant leur rejet ou leur réutilisation.
Les eaux usées industrielles sont définies comme les effluents liquides résultant des différents
processus de production et des opérations de nettoyage au sein des installations industrielles. Dans
l’industrie agroalimentaire, ces eaux contiennent généralement des matières organiques telles que
les graisses, les sucres, les huiles, ainsi que des particules solides issues des ingrédients
alimentaires. Ces composants varient en fonction des produits fabriqués et des techniques
employées, mais leur charge polluante est souvent élevée.
Les eaux usées générées par le nettoyage des équipements se distinguent par leur composition
spécifique. Elles contiennent non seulement les résidus alimentaires provenant des surfaces à
nettoyer, mais aussi des produits chimiques tels que des détergents, des désinfectants et d’autres
agents nettoyants. Ces substances, en plus de contribuer à la pollution chimique, peuvent
influencer la performance des systèmes de traitement si elles ne sont pas correctement prises en
compte. [2]
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I. Enjeux liés au traitement des eaux usées
Le traitement des eaux usées industrielles est un enjeu crucial pour limiter leurs impacts négatifs
sur l’environnement. Les rejets non traités ou insuffisamment traités peuvent entraîner la pollution
des sols, la contamination des eaux de surface et souterraines, et perturber les écosystèmes
aquatiques. Par ailleurs, ces polluants peuvent représenter une menace pour la santé humaine,
notamment dans les régions où les ressources en eau sont déjà sous pression.
Sur le plan réglementaire, les entreprises doivent respecter des normes strictes en matière de
gestion des eaux usées. Ces exigences visent à garantir que les rejets industriels ne dépassent pas
les seuils autorisés pour les paramètres tels que la demande biologique en oxygène (DBO), la
demande chimique en oxygène (DCO), et les matières en suspension (MES). La conformité à ces
réglementations est non seulement une obligation légale, mais elle permet également d’éviter des
sanctions financières et des atteintes à la réputation de l’entreprise.
Au-delà des contraintes réglementaires, le traitement des eaux usées s'inscrit dans une logique de
durabilité et d’économie circulaire. En adoptant des solutions efficaces de traitement et de
réutilisation, les industries peuvent réduire leur consommation d’eau, limiter leurs coûts
opérationnels et contribuer à la préservation des ressources naturelles. Cette approche proactive
renforce non seulement leur compétitivité, mais également leur engagement en faveur d’une
production plus respectueuse de l’environnement. [3]
II. Caractérisation des eaux usées agroalimentaires
1. Composition typique des effluents industriels dans l’agroalimentaire
Les eaux usées issues des industries agroalimentaires présentent des caractéristiques variées selon
la nature des activités, mais elles partagent des éléments communs liés à leur composition et aux
charges polluantes qu’elles contiennent :
Charges polluantes principales :
Demande Chimique en Oxygène (DCO) : représente la quantité totale de matières oxydables
présentes dans l’eau, incluant les polluants organiques biodégradables et non biodégradables. Dans
les effluents agroalimentaires, la DCO peut varier entre 1 000 et 5 000 mg/L selon le type
d’industrie [4]
Demande Biologique en Oxygène (DBO₅) : mesure des matières biodégradables, reflétant l’impact
sur les organismes aquatiques. Les valeurs typiques se situent entre 500 et 2 500 mg/L, souvent
élevées à cause des résidus alimentaires [6]
Matières en Suspension (MES) : particules solides présentes dans l’eau, comprenant des résidus
alimentaires ou des agents nettoyants. Les valeurs standards dans ce secteur varient entre 200 et 1
000 mg/L [5]
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PH : les effluents agroalimentaires ont généralement un pH compris entre 5 et 9, influencé par les
acides organiques ou les produits chimiques utilisés [7]
Contaminants spécifiques :
Les effluents agroalimentaires contiennent une diversité de substances spécifiques issues des
ingrédients et des procédés :
Huiles et graisses : proviennent de la manipulation d’ingrédients gras et des résidus alimentaires.
Elles peuvent former des films flottants, perturbant les systèmes de traitement.
Protéines et glucides : issus des matières premières telles que les farines, sucres et agents de
texture.
Produits chimiques : notamment les détergents et désinfectants utilisés dans le nettoyage des
équipements.
2. Facteurs influençant la composition des eaux usées
La composition des effluents agroalimentaires peut varier considérablement en fonction de
plusieurs facteurs :
Nature des produits fabriqués :
- Les produits comme les biscuits, gaufrettes et pâtisseries génèrent des eaux usées riches en
matières organiques, huiles et sucres.
- Les variations saisonnières ou les campagnes de production spécifiques (par exemple,
chocolats versus produits sans matières grasses) peuvent également influencer la composition
[4]
Procédés de nettoyage :
- Fréquence et intensité des nettoyages : des nettoyages fréquents avec des volumes d’eau
importants augmentent la dilution des effluents, réduisant leur concentration en polluants [5]
- Produits utilisés :
Détergents : contiennent des tensioactifs qui peuvent complexifier le traitement.
Désinfectants : introduisent des produits chimiques comme les composés chlorés ou
ammoniacaux qui modifient le pH et la composition chimique des effluents.
Les pratiques de nettoyage en circuit fermé ou en continu, par opposition au nettoyage manuel,
influencent également la nature et le volume des eaux usées [6]
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III. Techniques de traitement des eaux usées
1. Classification des traitements des eaux usées
Le traitement des eaux usées repose sur une succession d’étapes adaptées à la nature des effluents
et à leurs charges polluantes. Ces étapes sont généralement classées en pré-traitement,
traitements principaux et traitements avancés.
A. Prétraitement
Le prétraitement vise à éliminer les grosses particules et les matières solides avant l’entrée dans
les étapes principales :
Tamisage : séparation des matières solides de grande taille à l’aide de grilles ou de tamis.
Séparation des graisses : permet d’éliminer les huiles et graisses flottantes, essentielles
dans les industries agroalimentaires.
Décantation : processus de sédimentation où les particules lourdes se déposent au fond.
Ces procédés réduisent les charges polluantes initiales et protègent les équipements des étapes
suivantes [6]
B. Traitements principaux
Les traitements principaux visent à réduire davantage les contaminants organiques, chimiques, et
biologiques :
Physico-chimiques : sont particulièrement efficaces pour les contaminants non
biodégradables [5]
Coagulation-floculation : ajout de réactifs chimiques (ex. sels d’aluminium ou de fer)
pour agglomérer les particules fines en flocs. Ces derniers sont ensuite séparés par
sédimentation ou flottation.
Neutralisation : ajustement du pH des effluents, souvent nécessaire après l’utilisation de
produits acides ou basiques dans les industries.
Filtration : élimination des particules restantes à travers des filtres à sable ou à charbon
actif.
Biologiques : exploitent l’action des micro-organismes pour dégrader la matière
organique, ils sont largement utilisés dans les industries générant des effluents riches en
matières organiques [4]
Boues activées : les bactéries aérobies dans un bassin d’aération consomment la matière
organique, réduisant ainsi la DBO₅.
Lits bactériens : supports fixes sur lesquels les micro-organismes se développent pour
traiter l’eau.
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Réacteurs biologiques à membrane (MBR) : combinent traitement biologique et
filtration membranaire pour une efficacité accrue.
C. Traitements avancés
Les techniques avancées permettent d’atteindre une qualité d’eau supérieure, adaptée aux normes
strictes ou à la réutilisation :
Osmose inverse : élimine les ions et les molécules organiques à travers une membrane
semi-perméable sous pression.
Ultrafiltration : retient les particules fines et les microorganismes pathogènes.
Traitement membranaire : combine différentes technologies (nanofiltration,
électrodialyse) pour traiter des effluents complexes.
Ces techniques sont souvent coûteuses mais efficaces pour des applications spécifiques [6]
2. Critères de choix d’un système de traitement
Le choix d’un système de traitement des eaux usées dépend de plusieurs critères :
Types de contaminants à traiter :
- Les effluents agroalimentaires contiennent des matières organiques (DCO/DBO₅ élevées),
des graisses, des sucres, et des protéines, nécessitant souvent des traitements biologiques
associés à des prétraitements physico-chimiques.
- Les produits chimiques (détergents, désinfectants) présents dans les eaux de nettoyage
peuvent nécessiter une neutralisation ou une adsorption sur charbon actif [7]
Contraintes opérationnelles :
- Débit des effluents : un système doit être dimensionné pour gérer les volumes d’eau produits,
même en cas de pics de production.
- Espace disponible : les petites installations peuvent nécessiter des technologies compactes
comme les réacteurs biologiques à membrane (MBR).
- Coût : les entreprises doivent trouver un équilibre entre les coûts d’investissement (CAPEX)
et d’exploitation (OPEX).
Efficacité en fonction des charges polluantes
Les systèmes biologiques sont efficaces pour réduire la DBO₅ et la DCO, mais peuvent être
moins adaptés aux contaminants chimiques.
Les traitements avancés sont nécessaires si l’eau traitée doit être réutilisée ou si les rejets
doivent respecter des normes strictes [4]
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