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PROFESSEUR Daniel MAKIESE MWANA WA
NZAMBI
RELATIONS INTERNATIONALES
AFRICAINES
Novembre 2019.
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INTRODUCTION
1. Définitions des Relations Internationales Africaines
Entendue à la lettre, l’expression « Relations internationales
africaines » (RIA) pourrait surprendre si elle signifiait que les
relations en question sont les relations entre les Nations africaines. En
effet, la réalité de la Nation en Afrique, aussi bien dans le passé qu’à
l’époque contemporaine, fait l’objet de controverses. Tout au plus
peut-on s’accorder, pour la période actuelle, sur l’existence d’un
processus de formation de Nations qui est loin d’être parvenu à son
terme partout et qui, en tout cas, ne se poursuit pas partout au même
rythme.
Même si on admettait que les Nations sont des réalités
incontestables, la définition des RIA n’aurait pas fait un grand pas du
fait que le concept de nation n’est pas entendu par tous de la même
façon. Les difficultés seraient-elles résolues si on établissait une
équivalence entre les termes « Nation » et « État» c’est ainsi dans
l’expression « Organisation des Nations Unies», le terme « nations »
désigne en fait des Etats, puisque les membres de l’organisation ne
peuvent être que des États. L’expression RIA signifierait alors «
relations interétatiques », l’Etat étant naturellement représenté par les
gouvernants habilités à agir dans l’ordre international.
Cette conception étroite des relations internationales ne saurait
être retenue. De plus en plus, les internationalistes admettent que si les
États occupent une position privilégiée sur la scène internationale, ils
ne sont pas les seuls à jouer un rôle. En fait, d’autres acteurs, dont la
puissance dépasse parfois celle des Etats, existent et agissent. Même si
le droit international ne les reconnaît pas (ou pas encore),
l’observateur de la vie internationale doit en tenir compte.
Dans ces conditions, afin d’éviter toute ambiguïté, il convient
de définir de façon aussi précise que possible l’objet des RIA en tant
que champ d’étude particulier. Nous utiliserons : un critère d’ordre
géographique (l’espace considéré), un critère d’ordre structurel (les
éléments composants de la région étudiée), un critère d’ordre temporel
(la période de temps retenue) et un critère d’ordre matériel (les
MARS 2013
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problèmes constitutifs de l’étude). Leur combinaison doit permettre de
définir ce que nous entendons par RIA.
Le qualificatif « africaines » indique clairement que, d’un point
de vue géographique, les relations étudiées ne concernent qu’une
fraction de la planète. L’espace considéré est la région « Afrique
Cependant, l’idée qu’il puisse exister une telle région est parfois
contestée par les internationalistes. Les professeurs Reuter et
Combacau affirment : « L’Afrique n’existe guère comme être
autonome et comporte au moins deux mondes, l’Afrique noire et
l’Afrique arabe. Une telle opinion, même si elle est assez répandue, ne
saurait être acceptée. Plusieurs arguments militent en faveur de la
reconnaissance d’une région africaine.
D’un point de vue strictement géographique, on peut invoquer
la proximité, le voisinage qui fait de l’Afrique un continent. Mais,
comme le souligne avec pertinence le professeur BipounWoum : e Si
le voisinage géographique est un élément nécessaire de la région, il
n’est guère suffisant, même pour délimiter la région dans l’espace
international. »
Le facteur historique peut également être pris en considération.
A juste titre, M. M’Bow, ancien directeur général de l’UNESCO, dans
sa préface à l’Histoire générale de l’Afrique, publiée par l’UNESCO
(vol. I., 1980) observe que pendant longtemps, « le continent africain
n’était presque jamais considéré comme une entité historique ».
L’accent était mis sur la division de l’Afrique en Afrique noire et
Afrique blanche. Un des objectifs de l’Histoire générale de l’Afrique,
publiée sous les auspices de l’UNESCO, est précisément de mettre en
lumière « l’unité historique de l’Afrique et les relations de celle-ci
avec les autres continents » (vol. I, p. 13). Selon l’historien burkinabé
Joseph Ki-Zerbo, ancien professeur à l’Université de Dakar, « cette
histoire ne saurait être autre que l’histoire des peuples africains dans
son ensemble, envisagée comme une totalité englobant la masse
continentale proprement dite et les îles voisines, comme Madagascar,
selon la charte de l’OUA » (ibid, p. 40).
Aux arguments d’ordre géographique et historique, on peut
ajouter un argument d’ordre culturel. Aussi bien L.S. Senghor que
Kwame Nkrumah ont souligné qu’il existe un ensemble de valeurs de
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civilisation communes à tous les Africains. L’un parle d’africanité et
l’autre de personnalité africaine.
Enfin, un dernier facteur peut être invoqué qui est d’ordre
juridique. Sur un plan général, le professeur Bipoun-Woum a pu
consacrer un ouvrage au Droit international africain dont l’existence
avait été affirmée par Alvarez dès 1959. Sur le plan institutionnel, ceci
s’est traduit notamment par la création d’une organisation
internationale régionale (l’OUA) et par la mise en place d’antennes
régionales (ou sous-régionales) des organisations internationales
universelles. Ajoutons que la volonté des Africains de se considérer
comme faisant partie d’un ensemble régional est attestée par
l’existence à l’ONU d’un groupe africain.
Si les arguments ne manquent pas pour affirmer la réalité d’une
région « Afrique », est-il légitime de restreindre l’étude des relations
internationales à une région déterminée, en l’occurrence l’Afrique?
D’un point de vue scientifique, la légitimité d’une étude
restreinte à une région est admise par la doctrine. Ainsi, sur un plan
général, Philippe Braillard écrit :
« Il est possible de considérer, dans l’analyse des relations
internationales, un champ plus ou moins large de ces relations, allant
des relations propres à une zone limitée aux relations s’étendant, pour
la période actuelle, en tout cas, à la planète entière ». En fait, à côté
d’études consacrées à la société internationale dans son ensemble, il
existe un nombre considérable d’ouvrages dont le champ d’étude est
beaucoup plus restreint. Selon la grille de lecture de l’analyse
systémique, l’Afrique pourrait être considérée comme un sous-
système du système international (global).
La cause est donc entendue. La prise en considération d’un
critère géographique permet de considérer la région « Afrique »
comme le lieu de relations internationales possédant des
caractéristiques propres, une certaine spécificité. Cela dit, l’expression
RIA pourrait signifier trois choses
1) les relations qui existent à l’intérieur de la région entre ses
éléments composants (à déterminer)
2) les relations entre l’Afrique et le reste du monde ou certaines
de ses parties (l’Europe par exemple ou bien tel ou tel Etat ou
groupe d’Etats non africains)
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3) ces deux sortes de relations à la fois.
Ici, nous centrons notre étude sur le premier type de relations,
ce qui justifie l’intitulé de l’ouvrage: Relations internationales
africaines et non Relations internationales de l’Afrique ou l’Afrique
dans les relations internationales.
Pour autant, nous ne pouvons ignorer le fait que l’Afrique est
partie intégrante de la société internationale, ce qui se manifeste
juridiquement notamment par sa présence dans les organisations
internationales universelles, politiquement par sa volonté affirmée de
participer au règlement des affaires internationales et les relations
qu’elle entretient avec les autres Etats et les organisations régionales
(l’Union Européenne ou la Ligue Arabe par exemple). Nous ne
pouvons pas non plus négliger le fait que les RIA telles que nous les
envisageons, sont plus ou moins influencées par des facteurs
extérieurs à l’Afrique, ce qui soulève le problème de savoir dans
quelle mesure le sous-système africain est autonome, sinon
indépendant. Pour sa part, Hartmann affirme prudemment « un
système africain subordonné autonome possédant certaines
caractéristiques identifiables semble exister et être capable d’exécuter
certaines fonctions limitées dans certaines conditions ». C’est au
moins une hypothèse que la présente étude doit permettre de vérifier.
L’existence d’une région « Afrique » justiciable d’une étude
du point de vue des relations internationales étant admise, il se pose
un second problème qui est d’ordre structurel. Pour reprendre les
termes utilisés par Ph. Braillard, quels sont les éléments composants
du sous-système africain ?
La réponse à cette question dépend de la conception que le
chercheur se fait des relations internationales en tant que discipline
particulière.
Selon une conception étroite, prônée par certains historiens
(Duroselle par exemple), sociologues (R. Aron) ou juristes (Colliard,
S. Dreyfus), l’analyse devrait être centrée sur les Etats en tant
qu’éléments composants les plus importants de la société
internationale globale ou restreinte. Par suite, dans cette conception,
les autres éléments ne sont sans doute pas complètement négligés mais
ils ne seraient pas dignes de la même attention. Il en résulte que les
relations internationales sont essentiellement les relations entre les
Etats, les relations intergouvernementales.
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Pour ce qui concerne l’Afrique, il faut reconnaître que les
États occupent une position centrale sur la scène internationale, même
si certains observateurs les considèrent parfois comme des Etats
fictifs. Ils la doivent au fait que pendant des décennies, voire des
siècles, les pays africains ont été l’objet d’une domination, de droit et
(ou) de fait, exercée par des États non africains (européens). Par suite,
pendant une période plus ou moins longue, ils ont été mis dans
l’incapacité d’influer sur le cours des relations internationales. A partir
du moment où des Etats naissent (ou renaissent) comme conséquence
de l’action menée par les mouvements de libération, soutenus par
certains États et par différentes organisations, y compris les
organisations internationales (SDN et ONU notamment), il est naturel
qu’ils s’efforcent d’affirmer avec vigueur leur souveraineté, qui leur
confère un droit à participer à la vie internationale. Au moment où une
partie de la doctrine part en guerre contre l’idée même de
souveraineté, les Etats africains affirment au contraire avec force la
souveraineté conquise et prennent des distances par rapport, à l’idée
d’une prétendue communauté internationale, qui impliquerait que
l’Etat devrait être ravalé au rang d’élément secondaire de la
internationale.
Remarquons en passant que l’idée de communauté
internationale opposée d’Etat va de pair avec l’affirmation par certains
auteurs de l’existence d’une économie mondiale qui rendrait
anachronique les économies nationales.
A l’époque actuelle, l’existence des Etats africains jaloux de
leur souveraineté une souveraineté de conquête (conquise ou
reconquise) est un fait qu’on ignorer. Cela dit, on peut discuter à
l’infini sur l’État africain, non pas en tant que concept, mais en tant
que réalité sociologique. On peut, pour le plaisir, opposer l’Etat et la
société civile. Le fait, incontournable, est que les Etats africains
faibles ou puissants, grands ou petits, riches ou pauvres, pacifiques ou
belli démocratiques ou non, existent et doivent être reconnus, au
même titre que les Etats, comme « la structure élémentaire et
immédiate à partir de laquelle se sent les rapports internationaux » (M.
Merle).
La reconnaissance de l’importance des États dans les RIA ne
doit cependant pas conduire à la conclusion que tous les Etats
africains sont équivalents verrons, au contraire, que ces Etats sont
inégaux en puissance et possède natures (sociales) différentes. En
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outre, aussi importants soient-ils, les Etats ne sont pas les seuls
éléments constitutifs de la région « Afrique ». Comme ailleurs notre
ouvrage « Relations internationales », 3 éd.), d’autres entités qu’il doit
définir doivent être prises en considération, ce qui confère à la
structure de la relation à une certaine complexité.
En dehors du facteur spatial et du facteur structurel, un
troisième facteur d temporel, doit être précisé pour délimiter le champ
d’étude des RIA. Celles-ci voudraient être abordées dans une
perspective diachronique. Certains auteurs d’ailleurs parfois déploré
qu’une plus grande attention ne soit pas accordée à l’aspect historique
des problèmes.
Cette carence est d’autant plus regrettable que, comme le note
Ph. Braillard « l’état d’un système international considéré à un certain
moment est en dépendant de l’évolution passée de ce système». C’est
pourquoi nous ne négligerons pas les enseignements de l’histoire,
dont on ne dira jamais assez qu’ils sont indispensables à la
compréhension du présent. Mais notre étude sera cependant consacrée,
pour l’essentiel, à la période contemporaine, plus précisément celle
qui commence avec la naissance des Etats africains actuels.
L’accession à l’indépendance marque, en effet, non pas
exactement une rupture avec la période antérieure, mais le point de
départ d’une nouvelle période. D’une part, l’Etat africain, né de la
colonisation, sans être toujours la reproduction pure et simple de l’Etat
colonial, a été façonnée par Ce dernier et conserve son empreinte. En
ce sens, on peut parler d’Etat nouveau par rapport à l’Etat précolonial.
D’autre part, à partir du moment où leur souveraineté est reconnue, les
Etats africains sont en mesure, si les gouvernants en ont la volonté et
la capacité, d’être des parties prenantes et non plus des parties prises
dans la vie internationale. Cette situation n’est d’ailleurs pas exempte
de contradictions. D’une part, les Africains manifestent, au plan du
discours, la volonté de régler eux-mêmes leurs propres affaires. D’où
l’idée de « self-relance » utilisée aussi bien au plan national qu’au
plan régional. Mais d’un autre côté, l’insuffisance de ressources
disponibles, dont dépend la capacité d’action, les conduit à solliciter
plus ou moins l’aide internationale et à s’ouvrir sur le monde
extérieur, ce qui risque de limiter leur liberté de manœuvre en créant
des situations de dépendance.
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Enfin, pour achever de délimiter notre champ d’étude, il est
nécessaire de préciser quels sont les problèmes qui, dans le cadre de la
région « Afrique », relèvent de l’étude des RIA. En effet, entre les
éléments composants de la région, des relations de toutes sortes se
nouent. D’où la possibilité de fractionner le champ d’étude des RIA.
Un auteur américain a pu recenser l’existence de 32 disciplines
différentes dans le domaine des relations internationales.
Force est de reconnaître qu’à l’époque contemporaine il n’y a
guère de problèmes qui n’aient pas une dimension internationale, qui
ne dépassent pas le cadre de l’Etat. En fait, il est difficile de distinguer
ce qui est purement interne ou national et ce qui est externe ou
international. Par exemple, il fut un temps où la reconnaissance et la
protection des droits de l’homme étaient considérées comme un
problème purement interne.
Aujourd’hui, c’est un problème à la fois interne et
international, l’international tendant à l’emporter sur le national. D’où
la fortune du concept controversé de « droit-voire de devoir-d
’ingérence ». De même, une guerre civile est au départ une affaire
purement interne. Mais elle peut acquérir une dimension
internationale à partir du moment où l’une des parties en conflit
recherche un appui extérieur ou bien lorsqu’il se produit une
intervention extérieure non sollicitée. Il est donc vain de vouloir
rechercher ce qui serait international par nature. S’agissant des RIA,
sont internationaux tous les phénomènes sociaux qui ont un rapport
avec la région considérée soit parce qu’ils concernent les relations
entre les éléments composant, soit parce qu’ils influent sur ces
relations.
Ce que nous avons dit précédemment nous permet de sérier
les problèmes avec la préoccupation, non pas de prétendre faire une
étude exhaustive des RIA, mais, plus modestement, de présenter une
introduction à l’étude des RIA.
D’abord, puisque les relations internationales africaines
impliquent l’existence d’une région constituée par un certain nombre
d’éléments composants qui participent, en proportions variables, à la
vie internationale, le premier problème est d’ordre structurel. Quels
sont ces éléments composants ? Quelle est leur nature ? Comment se
situent-ils les uns par rapport aux autres ? Bref, quels sont les acteurs
qui activent sur la scène internationale africaine.
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En second lieu, comme nous l’avons dit, on ne peut faire
abstraction de l’environnement international dans lequel les acteurs
africains opèrent et qui exerce une influence sur les processus de
décision et la mise en œuvre des décisions arrêtées par les Africains.
Enfin, compte tenu de ces deux séries de facteurs
indissociables, on peut s’interroger sur les grandes orientations des
RIA qui sont d’une importance cruciale pour le devenir de l’Afrique
comment l’Afrique a tenté de faire face aux problèmes qui se posent à
elle dans différents domaines.
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CHAPITRE PREMIER
UN CONTINENT MAL PARTI : ESQUISSE DE LA LONGUE
MARCHE VERS l’INDEPENDANCE
1. Le panafricanisme et l’éveil des peuples colonisés d’Afrique
Né chez les noirs des Etats-Unis d’Amérique et des Antilles
britanniques, le panafricanisme a jailli d’un sentiment de solidarité
raciale parmi les peuples d’ascendance africaine établis Outre-
Atlantique, et d’un sentiment de révolte contre la colonisation de
l’Afrique et contre l’accaparement d’une partie de ses terres par les
puissances étrangères.
Simple mouvement de manifestation de la solidarité raciale à
ses débuts, le panafricanisme gagna l’Afrique où il se transforma
assez tôt en une véritable stratégie politique anticolonialiste en
réclamant tantôt l’autonomie et l’indépendance pour les territoires
d’Afrique capables de se gouverner eux-mêmes, tantôt l’unité de
l’Afrique occidentale ou la fin de la politique d’apartheid pratiquée
par la minorité blanche en Afrique du Sud.
Les assises panafricaines de Manchester d’octobre 1945
marquent un tournant décisif et même l’apothéose du mouvement
panafricain. Pour la première fois en effet, ce sont les jeunes
nationalistes africains qui prennent en mains le destin du mouvement,
occupent le devant de la scène et y puisent leurs raisons d’espérer. Le
panafricanisme constitue ainsi pour eux une source d’énergie et
d’espérance. Ils en feront leur arme de combat pour l’émancipation
des peuples d’Afrique et pour la libération totale du continent africain.
En effet, c’est au lendemain de ces assises que fut lancée l’idée
d’unifier toute l’Afrique par la destruction des frontières artificielles
établies pour les besoins des puissances coloniales, ces frontières
ayant été souvent tracées d’une manière approximative-en suivant un
degré de méridien ou de parallèle- tant pour éviter les rivalités
immédiates entre les puissances que pour ménager l’avenir et
paramètre d’éventuelles expansions.
C’est sans doute, compte tenu de tous ces facteurs que
N’KRUMAH, apôtre et défenseur acharné de ce courant doctrinal, et
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de l’unité africaine qui devait transcender les frontières issues de la
colonisation, préconisa et fit adopter à la première conférence
panafricaine des peuples d’Afrique tenue à Accra en décembre 1958,
une résolution demandant « la destruction des barrières et frontières
artificielles tracées par les impérialistes pour diviser les peuples
africains au détriment des Africains ».
Cette conférence allait, selon Frantz FANON, jeter les bases,
dans la perspective lointaine des Etats-Unis d’Afrique, d’une tactique
et d’une stratégie de combat.
C’est aussi au lendemain des assises panafricaines de
Manchester (23 septembre-octobre 1945) que des idées jaillissent et
des jalons sont posés pour la construction du grand édifice qu’est
l’Afrique. En 1950, Léopold Sedar Senghor et Ousmane Sac évoquent
devant le Conseil de l’Europe le projet d’une « Afrique indépendante
et Unie ». De Brazzaville en octobre 1957, Barthelemy Boganda
appelle à la création des Etats-Unis d’Afrique.
En avril 1958 se tenait à Accra la première conférence
réunissant huit Etats indépendants d’Afrique. Lors de cette rencontre
panafricaine, l’unité du continent était évoquée de façon non
équivoque, et la nécessité d’une coopération interafricaine dans tous
les domaines-économique, culturel et social »était affirmée.
Le mythe panafricain devint, à partir de toutes ces rencontres,
un véritable instrument de combat politique contre la présence
coloniale, un guide de l’action politique et diplomatique des nouveaux
Etats indépendants d’Afrique. Mais comment le mythe panafricain
allait-il s’inscrire réellement dans les faits au lendemain des
indépendances africaines ?
Le mythe panafricain, s’il a permis à la veille des
indépendances africaines de faire l’unité contre les diviseurs, en
faisant brandir un vieux dicton de la sagesse des nations qui a fait
fortune un peu partout et qui di que « l’union fait la force », si au
lendemain des indépendances ce mythe fut à certains égards un
véritable mobilisateur, non seulement pour les partisans d’une certaine
politique économique, d’une rupture avec le monde occidental, d’une
attitude violente à l’égard des régimes racistes et minoritaires
d’Afrique australe, ou à l’égard du Portugal en lutte contre ses
colonies d’Afrique à la recherche de leur émancipation, si le mythe
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panafricain a continué d’inspirer l’action de tous les responsables
africains qui pensent que l’union des efforts et des ressources est
possible et serait efficace, la véritable intégration politique et
économique de l’Afrique ne s’inscrira que très difficilement dans les
faits.
En effet, dans les mois qui précédèrent les indépendances,
toutes les fédérations territoriales d’Afrique occidentale française,
d’Afrique Equatoriale française ou d’Afrique orientale et australe
anglaise, l’administration coloniale avait su mettre en place pour
répondre aux nécessité diverses, éclatèrent pour donner naissance à
des Etats indépendants et souverains, dont la plupart sont de faibles
dimensions et dépourvus de ressources naturelles appréciables.
L’accession individuelle de chaque territoire africain à
l’indépendance dans les frontières que lui avait léguées le
colonisateur, consacra ainsi ce que l’on appelle désormais « la
balkanisation ».
On vit proliférer à travers toute l’Afrique des entités nationales
qui, toutes, adoptèrent les formes d’organisation politique que la
colonisation leur avait fait connaître, et le modèle à peu près inévitable
de l’Etat-Nation, forgé en Europe et devenu aujourd’hui universel.
L’Afrique s’avérait ainsi, dès le départ, incapable de brûler l’étape du
nationalisme à l’européenne, pour parvenir assez vite à la constitution
des vastes collectivités multinationales, mieux adaptées aux exigences
et aux réalités du XXème et mieux outillés pour affronter les défis du
IIIème millénaire. Toute remise en cause des situations établies et
considérées comme des acquis fut expressément proscrite après les
indépendances.
Pour certains Etats issus des anciennes fédérations territoriales
d’Afrique Equatoriale française et d’Afrique occidentale française en
particulier, la balkanisation était lourde de dangers. Car, alors que les
anciennes fédérations territoriales d’Afrique orientale et d’Afrique
centrale anglaise comptaient des relativement importantes par la
superficie territoriale, la population et les ressources naturelles,
l’Afrique noire francophone était une mosaïque d’entités territoriale
relativement petites, sans richesses individuelles considérables,
incapables de parer seules aux besoins multiples de la vie moderne et
de répondre seules aux conditions d’un développement harmonieux.
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Les grandes fédérations territoriales d’Afrique Equatoriale
française et d’Afrique occidentale française, que la volonté des
colonisateurs étrangers et les hasards de la conquête avaient créées,
avaient, dans le passé, établi un certain équilibre de la répartition des
charges, qui ne satisfaisait certes pas tous les fédérés, mais assurait au
moins leurs besoins les plus immédiates.
Selon ADOTEVI (anthropologue et philosophe burkinabé), le
regain d'intérêt que suscite l'intégration en Afrique constitue la
recherche d'une identité culturelle et sociale dont les racines et la
légitimité sont plus fortes que celles proposées par les Etats actuels.
Cependant, malgré les nombreuses tentatives qui ont été entreprises
(A), l'intégration régionale s'est toujours heurtée à de nombreux
obstacles (B).
Deux courants idéologiques ont dominé les débats politiques et
les tentatives gouvernementales concernant la coopération et l'unité
africaine: le panafricanisme et la négritude.
Le panafricanisme avait pour objectif l'autodétermination et
l'unité africaine à travers un projet politique très ambitieux. Dans son
livre, « Africa must unite », KWAME KRUMAH (leader politique
ghanéen) préconisait la réalisation de l'unité africaine par la formation
des « Etats-Unis d'Afrique », une Afrique continentale. Son idée a
donné lieu à de nombreux débats qui n'ont pu aboutir qu'à la
réalisation de l'Organisation de l'unité africaine en 1963. Pour
KWAME N’KRUMAH le panafricanisme doit bannir non seulement
les frontières et limites coloniales, mais également les différences
tenant aux particularismes ethniques et linguistiques.
Si le panafricanisme s'est situé sur le terrain politique, un autre
courant de libération du continent africain pour son unité s'était formé
à Paris. La négritude est née de la rencontre, notamment, entre
Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas, Aimé Césaire et
BIRAGO DIOP. La négritude est définie comme l' «ensemble des
valeurs culturelles du monde noir, telles qu'elles s'expriment dans la
vie, les institutions, et œuvres des noirs ». Mais contrairement au
panafricanisme, la négritude a négligé la lutte politique pour se situer
sur le terrain culturel. C'est ainsi qu'elle a été utilisée par Léopold
Sédar Senghor pour dénoncer la balkanisation de l'Afrique. Senghor
soutenait le processus d'intégration sur une base culturelle. Et ce
fondement culturel remonte dans le passé lointain de l'Afrique.
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Avec ses 30 millions de km2, l'Afrique est le deuxième
continent de la planète après l'Asie. Outre les grands empires comme
le royaume de Koush et le royaume d'Aksoum qui ont vécu
respectivement en 500 avant Jésus Christ et au Ier siècle après Jésus
Christ, l'histoire de l'Afrique est jalonnée par l'existence de différents
empires qui englobaient de grands ensembles territoriaux. En effet
c'est au début du Veme siècle de notre ère qu'émergea, par exemple,
en Afrique de l'Ouest l'empire du Ghana sur le site de Koumbi saleh.
Fondé par le peuple Soniké, cet empire étendait son hégémonie sur
l'actuel sud-ouest de la Mauritanie, du Mali et du Nord du Sénégal.
C'est à partir de 1078 que les Almoravides, venus du Maroc,
envahirent le Ghana. Les Almoravides seront chassés par les Soussou
du fouta Djalon, anciens vassaux du Ghana. Ils détruisirent Koumbi
Saleh en 1203. Mais très vite le roi Soussou subit une défaite par le
petit « Etat » kangaba dirigé par le mandingue Soundiata Kéita,
fondateur de dynastie mandingue, qui parvint à unifier les clans d'une
vaste région qui allait devenir l'empire du Mali. A son apogée, autour
de 1300, l'empire était une confédération de trois « Etats » alliés
indépendants (Mali, Mémo,Wagadan) et s'étendait à la place du Mali,
du Sénégal et de la Guinée actuels; ses grandes villes étaient Djenné et
Tombouctou. Au XlVème siècle les provinces vassales de l'empire du
Mali se sont révoltées. Parmi celles-ci, le SonghaÏ qui commença à
s'agrandir autour de Gao et conquiert Djenné en 1471. Le peuple
SonghaÏ venu de la région du Dundi, Nord-Ouest de Niger s'est étendu
en remontant le fleuve Niger au Vllème siècle. C'est sous la dynastie
Soni que le SonghaÏ se lança à la conquête du Mali. Mais c'est surtout
la dynastie Askia qui permit à l'empire Songhaï d'étendre son
influence sur Tombouctou en évinça l'empire du Mali pour ensuite.
En 1591 le Sultan du Maroc, Ahmed Al Mansour conquiert
l'empire du Mali. Cette batail consacra la fin de l'empire SongaÏ mais
aussi le déclin des villes sahéliennes tandis que la création des
comptoirs commerciaux européens à Saint-Louis, à Gorée, au Cape
Coast d'Accra etc.., assurait le triomphe du commerce atlantique.
C'est dans l'ambition de vouloir reconstruire les unités
territoriales d'antan que les leaders africains ont expérimenté, dès les
premiers jours des indépendances, des regroupements politiques puis
économiques afin de parvenir à une intégration régionale et de façon
plus globale à l'unité africaine.
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2. Les tentatives de regroupement politique
L'accession à l'indépendance avait ouvert de nouvelles
perspectives aux peuples africains qui se trouvèrent partagés entre
deux objectifs contradictoires, celui de l'unité et celui de la
construction de l'Etat-Nation. Ainsi malgré les mouvements
panafricanistes et la négritude, les nouveaux Etats sacralisèrent leurs
frontières par le biais d'une résolution de Modibo Kéita, adoptée par
l'Organisation de l'unité africaine. Auparavant, à la fin des années
1960, le débat sur la forme des futurs Etats indépendants suscitait de
profonds antagonismes au sein des classes politiques africaines.
En Afrique de l'Ouest, quatre Etats vont porter un projet de
constituer une fédération. Cependant sous la pression du Général de
Gaule et d'HOUPHOUET BOIGNY, président de la Côte d'Ivoire, le
Dahomey (Bénin) et la Haute Volta (Burkina Faso) vont se retirer du
projet. L'union est alors réduite à un tête-à-tête entre le Sénégal et
Soudan (Mali). Le 4 avril 1960, l'Assemblée fédérale va élire son
président en la personne de Léopold SEDAR SENGHOR et un chef
de gouvernement, Modibo Kéita (futur président du Mali).
La fédération du Mali était née, mais très vite des désaccords
subsistèrent entre les leaders de la fédération nouvellement instituée.
Dans la nuit du 19 au 20 août 1960, la fédération va connaître son
éclatement irréversible. Les désaccords portaient sur cinq points :
1- Une différence de conception de l'expérience fédérale :
Les soudanais voyaient en la fédération du Mali, une étape
vers un Etat unitaire, les sénégalais s'en tenaient à l'idée d'une
confédération plus souple.
2- Un désaccord sur le type de relation avec la France.
Partisan de l'africanisation des cadres de la fédération, Modibo
Kéita dénonçait la présence de fonctionnaires français à certains
postes de responsabilité au sein de l'administration sénégalaise et
affirmait ouvertement ses sympathies pour le FLN pendant la guerre
d'Algérie, Senghor lui, était opposé à de telles positions qui ne
pouvaient que déplaire à la France.
3-Certaines initiatives politiques des soudanais étaient
considérées comme une immixtion dans les affaires intérieures du
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Sénégal. Cette accusation concernait notamment les contacts que
Modibo Kéita avait noués avec les chefs religieux locaux.
4- Les vues controversées à propos du choix du futur président
de la fédération dont l'élection était prévue pour le 27aoùt 1960, les
soudanais ne voulant pas de Senghor à la tête de la fédération du Mali,
vont déployer de grandes manœuvres politiques pour empêcher son
élection. Ils iront même jusqu'à susciter les candidatures des
sénégalais comme Mamadou Dia puis Lamine Gueye contre leur chef
de fil.
5- Les divergences portaient également sur la constitution d'un
marché commun et la création d'une grande zone monétaire africaine
ne se limitant pas seulement aux anciennes colonies françaises.
D'autres expériences de ce type vont être tentées mais sans
grands succès. Le 1er mai 1959 fut la date de la création de l'Union
Ghana- Guinée entre deux pays sans frontière géographique. Cette
union sera concrétisée par la nomination d'Ambassadeur au rang de
ministre-résident au conseil des ministres des deux Etats et par un prêt
de 10 millions de livres sterling du Ghana à la Guinée. Le 24
décembre 1960, le Mali rejoint cette Union qui devient Ghana- Guinée
- Mali. L'Union qui n'a jamais fonctionné, apparaissait plus
symbolique que réelle; elle n'a pas été dissoute non plus. Par ailleurs
le projet de l'Union des Républiques d'Afrique centrale n'a pas pu voir
le jour à cause de l'hostilité de la France et de Léon Mba (président du
Gabon). Tout ce balbutiement aboutit le 25 mai 1963 à la création, à
Addis Abéba, de l'Organisation de l'unité africaine, qui fut une
institution de coopération économique et de lutte politique au niveau
du continent africain dans son ensemble.
Telles sont l'essentiel des initiatives prises par les Etats africains
sur le plan politique pour créer les bases de l'intégration régionale, qui
s'est toujours heurtée à des obstacles multiples. Mais pour parvenir à
l’indépendance totale de l’Afrique telle que voulue par ses
précurseurs, certaines étapes ont été déterminantes telles que nous
pouvons le faire remarquer dans les lignes qui suivent.
[18]
1. La première conférence des peuples Africains : Accra 23
décembre 1958
Les succès de la première conférence des Etats indépendants
d’Afrique eut comme résultat la tenue, toujours à Accra, en décembre
1958, de la première conférence des peuples Africains, malgré sa
confidence avec une conférence afro-asiatique, à caractère purement
économique, et qui se tenait au Caire.
La conférence préconisa la création d’une sorte de
Commonwealth des Etats indépendants d’Afrique. Elle avait
également son propre secrétariat permanent, lequel sera remplacé par
le Comité de Libération de l’O.U.A.
Ce qui est très intéressant pour cette conférence est la nature de
sa composition. Si Accra en avril 1958 fut une rencontre des chefs
d’Etat, Accra en décembre 1958 fut le rendez-vous des peuples
Africains. En effet, la première conférence des peuples d’Afrique fut
une rencontre des Partis politiques et des mouvements de Libération,
et non des gouvernements. Ces partis politiques venaient tant des pays
Africains indépendants, des colonies que des mouvements de
libération nationale des territoires portugais, de la Rhodésie et de
l’Afrique du Sud. En bref, tous les partis politiques africains du Caire
à Pretoria, sauf un seul parti politique nigérian (The Nigerian Northen
Peoples’ Congress), et bien sûr tous les partis gouvernementaux des
pays africains francophones, furent présents à cette conférence.
Parmi les points en discussion, il faut noter les suivants :
1) L’utilisation de la violence comme instrument de libération ;
2) La coopération entre les races ;
3) La libération totale de l’Afrique comme condition sine qua
none de la libération de chaque pays.
Après de discussions fort animées sur le premier point, les
délégués rejetèrent la violence comme moyen de lutte de libération.
Au contraire, la conférence adopta la non-violence comme arme de
libération nationale, sauf s’il s’agit des représailles. Quant au second
point, à savoir la coopération entre les races, la conférence reconnut la
qualité, des délégués même aux Blancs venus d’Afrique du Sud. On
serait même étonné d’entendre Mr N’KRUMAH déclarer, dans son
discours d’ouverture ce qui suit :« Nous ne sommes ni racistes ni
chauvins. Nous accueillons parmi nous des gens de toutes les races,
[19]
des autres nations, des autres communautés, qui désirent vivre avec
nous dans la paix et dans l’égalité. Mais ils doivent nous respecter,
nous et nos droits, notamment notre droit à la direction en tant que
majorité. Cela nos amis occidentaux nous l’ont enseigné est l’essence
même de la démocratie’ ».
Mais l’acceptation des Blancs d’Afrique du Sud ne doit pas être
considérée comme l’acceptation de la politique d’apartheid ni de la
position politique qu’occupent les Blancs dans ce pays, car Mr
N’KRUMAH présidera dans son discours que ‘’l’Afrique aux
Africains’’, cela ne signifie pas que d’autres races soient exclues de
notre continent. Mais cela veut dire simplement que les Africains qui,
bien entendu, sont la majorité en Afrique se gouvernent et doivent se
gouverner eux-mêmes dans leur propre pays’’.
Le troisième point, celui concernant la libération totale de
l’Afrique, peut se résumer dans cette phrase de Monsieur
N’KRUMAH : « L’indépendance du Ghana sera dénuée de sens à
moins qu’elle ne soit liée à la libération de toute l’Afrique ».
Il faut cependant noter que les délégués à la conférence
continuent à rejeter l’utilisation de la force comme légitime de la lutte
de libération. C’est ainsi que la résolution sur l’impérialisme et le
colonialisme dit notamment : « la conférence de tous les Peuples
d’Afrique déclare son soutien total aux combattants pour la liberté en
Afrique, à tous ceux qui utilisent les moyens non-violents et la
désobéissance civile ainsi qu’à tous ceux qui sont contraints à
réciproquer contre la violence afin d’obtenir l’indépendance
nationale ».
Peut-être le point le plus important de la conférence concerne
l’unité de l’Afrique. C’est pour la première fois qu’une telle
discussion ait lieu en termes concrets dans une assise panafricaine.
L’opinion émise par les délégués à ce propos fut que l’unité africaine
était vitale pour l’indépendance du continent et essentielle pour la
sécurité et le bien-être des populations africaines ? Cette unité fut
qualifiée des Etats-Unis d’Afrique, ou du Commonwealth des pays
libres d’Afrique.
La conférence adopta le 13 décembre 1958 une constitution de
la conférence permanente de tous les peuples Africains.
Les buts et objectifs de cette conférence permanente sont :
[20]
a) Promouvoir l’entente et l’unité de tous les peuples d’Afrique ;
b) Accélérer la libération de l’Afrique de l’impérialisme et du
colonialisme ;
c) Mobiliser l’opinion mondiale pour apporter un appui à la
libération de l’Afrique et formuler des voies et moyens pour
atteindre cet objectif ;
d) Développer et encourager la mise en place d’une seule
communauté des Peuples d’Afrique ayant pour objectif de
réaliser les Etats-Unis d’Afrique.
Un secrétariat permanent avec siège à Accra serait chargé
d’organiser des conférences périodiques en vue d’atteindre ces
objectifs tandis que des secrétariats régionaux allaient être établis dans
différentes régions de l’Afrique.
Pour notre propre information, il faut noter que la
République Démocratique du Congo, alors Congo Belge, fut
représenté à cette conférence par une délégation qui comprenait entre
autres, feu Patrice Lumumba. Il faut également noter que c’est dès le
début de l’année suivante, c'est-à-dire en 1959, que la colonie Belge
connut ses premières émeutes véritablement politique, par les
événements du 04 Janvier 1959.
2. La seconde conférence des Peuples Africains : Tunis 25-30
Janvier 1960.
Une autre conférence panafricaine qu’il faudra aussi
mentionner est celle de Tunis de 1960. Cette conférence, comme
l’écrit Monsieur Thompson, ‘’tout en insistant sur l’unité du continent
africain, mit un accent particulier sur les problèmes économiques et
culturels.
En plus, les délégués insistèrent sur le problème de la
personnalité africaine. C’est en vue de la réalisation de cette
personnalité que la conférence décida la création d’une centrale
Syndicale Africaine, différente des autres centrales Syndicales
internationales (Nous discuterons de ce problème plus tard).
Parmi les objectifs poursuivis par la conférence, on peut citer
les suivants :
- La promotion d’une entente et l’unité parmi les peuples
africains ;
[21]
- Le développement d’un sentiment communautaire ;
- L’accélération de la libération du continent contre
l’impérialisme et le colonialisme ;
- La mobilisation de l’opinion mondiale pour la cause de la
libération de l’Afrique ;
- Travailler pour la réalisation des Etats-Unis d’Afrique ;
- Travailler pour le développement économique, social et
culturel de l’Afrique et le monde ;
- La formulation des voies et moyens pour l’exécution des
points cités ci-dessus.
Notons qu’une troisième conférence des peuples a eu lieu au
Caire en 1961.
3. Les autres conférences pan - africaines
De 1959 à 1962, c'est-à-dire ayant la création de l’organisation
de l’unité Africaine (O.U.A), plusieurs autres conférences pan -
africaines eurent lieu. Nous donnons ci-dessous quelques-unes de ces
conférences, sans entrer dans les détails.
1. La conférence de Monrovia en Août 1959 (4 Août 1959).
Cette conférence ne fut pas très importante de par ses
résolutions : condamnation des essais nucléaires français au Sahara,
appel d’une trêve politique au Cameroun, appel pour une paix
négociée en Algérie et une aide matérielle au G.P.R.A.(Gouvernement
Provisoire de la République Algérienne), bien sûr, le problème du
droit à l’auto - détermination des territoires coloniaux.
L’importance de cette conférence, sur le plan du pan -
africanisme réalise dans le fait que ni N’KRUMAH, ni Accra ne
pouvaient plus être considérés comme les seuls porte – paroles des
peuples africains, ni penser que leurs points de vue étaient les seuls
dans les problèmes que connaît l’Afrique.
On voit déjà les Libériens et Guinéens s’opposer vivement sur
le problème algérien. Il faudra cependant attendre 1960, année des
indépendances africaines pour voir cette opposition prendre des
propositions idéologiques.
[22]
Avant d’arriver à 1960, deux autres événements doivent être
signalés : d’une part la déclaration de Conakry, et de l’autre, la
déclaration de Sanniquellie. Ces deux déclarations nous donnent déjà
en miniature, le grand débat sur la signification du Pan – Africanisme
entre les ‘’Fédéralistes’’ et les ‘’Unitaristes’’, ou, ce qui sera plus tard
connu sous les vocables de ‘’Révolutionnaires’’ et de ‘’Rhodésie’’.
La déclaration de Conakry de Mai 1959 n’est autre chose que la
traduction, dans les faits, de l’union Ghana – Guinée. Cette
déclaration visait l’union politique du Ghana et de la Guinée comme
début de l’union des Etats indépendants d’Afrique. Dans I Speak of
Freedom (1961), le président N’KRUMAH présente comme suit cette
union :
- Le premier pas dans la voie vers l’unité africaine a été fait le
23 novembre 1958, quand le Ghana et la République de
Guinée d’unirent. Nous avions réalisé que cette union
soulèvera beaucoup de problèmes difficiles, mais nous étions
déterminés à nous unir dans le but de former un noyau pour
l’unité africaine.
- C’est cette vision de l’Afrique, dont le Ghana et la Guinée
constitueraient le noyau vers une union plus large de tous les
Etats indépendants d’Afrique qui alerte le Président Tubman
de Libéria.
Celui-ci prit donc l’initiative de convoquer la conférence de
Sanniquellie entre lui-même et les Présidents Sékou et N’KRUMAH.
De cette conférence sortit la Déclaration de Sanniquellie du 19 Juillet
1959.
2. La Déclaration de Sanniquellie
Approuvé par le Ghana, la Guinée et le Libéria le 19 Juillet
1959, elle est avant tout une déclaration de principes destinée à servir
de base de discussions à une conférence spéciale de tous les Etats
indépendants d’ »Afrique.
Les principes de cette déclaration sont :
1. Le nom de l’organisation à mettre en place serait ‘’la
communauté des Etats Africains indépendants ;
[23]
2. L’affirmation du droit inhérent des africains comme de
tous les peuples à l’indépendance, à l’auto –
détermination ainsi qu’à celui de décider de la forme du
gouvernement sous lequel ils souhaitent vivre ;
3. Le droit pour chaque Etat de la fédération, membre de la
communauté des Etats indépendants d’Afrique, de garder
sa propre identité nationale et sa propre structure
constitutionnelle ;
4. Le principe de non – ingérence dans les affaires
intérieures fut proclamé et adopté ;
5. Les actes des Etats ou fédération qui sont membres de la
communauté seront déterminés en fonction des objectifs
qui sont la liberté, l’indépendance, l’unité, la personnalité
africaine dans l’intérêt des peuples d’Afrique. Chaque
Etat membre ou fédération, dans ses actes ou politique, ne
posera aucun acte contraire à l’esprit et aux objectifs de la
communauté ;
6. La politique générale de la communauté sera conçue en
fonction des intérêts des peuples d’Afrique et du monde,
et cela dans l’intérêt de la paix et de la sécurité
internationale. Cette politique sera basée essentiellement
sur le maintien des relations diplomatiques, économiques
et culturelles, relations basées sur les principes de l’égalité
et de réciprocité avec tous les peuples du monde qui
adopteront une position compatible avec les intérêts de
l’Afrique et la dignité africaine.
Son objectif primordial sera d’aider d’autres territoires encore
sous domination coloniale en vue de mettre fin (un terme) à leur statut
de non-indépendance (ou de dépendance) ;
1. La communauté mettra en place un Conseil Economique,
un conseil culturel, un conseil scientifique et de
recherche ;
2. La communauté reste ouverte à tous les Etats
indépendants et fédérations d’Afrique et d’autres
territoires d’Afrique non encore indépendants pourront
entrer dans la communauté après leur accession à
l’indépendance ;
[24]
3. la devise de la communauté sera : ‘’Indépendance et
Unité’’. Le point important de la Déclaration fut le
remplacement du mot ‘’Union’’ complète de la
déclaration de Conakry par celui de ‘’Communauté’’ des
Etats Indépendants d’Afrique comme moyen de l’unité
des Etats Africains ainsi que le droit pour chaque membre
de garder son identité nationale propre et sa structure
constitutionnelle.
Cette déclaration dit notamment : « chaque Etat et chaque
fédération de la communauté conservera sa propre identité nationale
et sa propre structure constitutionnelle. La communauté sera créée
dans le but de promouvoir l’unité des Etats indépendants d’Afrique.
Elle n’a pas pour dessein de porter préjudice à la politique
internationale présente ou future, ni aux relations ou obligations des
Etats consignataires ».
On voit déjà qu’à travers cette déclaration, les positions
africaines sur le Panafricanisme dans son aspect de l’unité africaine
commence à se clarifier, et le débat sur la façon de réaliser l’unité
africaine déjà engager. On peut cependant se demander comment, en
l’espace de deux mois, le Président Sékou Touré et en particulier le
Président N’KRUMAH sont passés de la notion de l’union à celle de
la communauté.
3. La conférence de Léopoldville d’Août 1960
Cette conférence, qui eut lieu à Léopoldville du 25 au 31 Août
1960 est très importante, car, comme on le verra amenèrent l’Afrique
à des divisions politiques.
Cette conférence à laquelle assistèrent l’Algérie, le Congo-
Brazzaville, l’Ethiopie, le Ghana, la Libye, le Libéria, le Maroc, le
Soudan, le Togo, le Tanganyika (Tanzanie), la Tunisie et la
République Arabe Unie, a été convoquée sur l’initiative de Patrice
Emery LUMUMBA en convoquant cette conférence était de faire
accepter, par les Etats indépendants d’Afrique, son interprétation de la
mission de l’ONU au Congo, et plus particulièrement son opposition
au Dr. Ralph BUNCHE, représentant personnel de Mr
HAMMARSKJOLD au Congo.
Cependant, à part la Guinée, les participants à la conférence
n’ont pas l’action des Nations Unies au Congo, au contraire, ils
[25]
louèrent les efforts des Nations Unies et décidèrent d’adresser un
message de satisfaction au Dr. BUNCHE. Les délégués insistèrent sur
l’importance d’harmoniser toutes les aides au Congo à travers les
Nations Unies.
La seule consolation accordée à LUMUMBA fut le regret des
participants sur le manque de coopération entre les autorités des
Nations Unies et le Gouvernement Congolais, et leur refus sur le
principe d’un dialogue avec Monsieur TSHOMBE. C’est d’ailleurs
suite aux décisions de cette conférence que LUMUMBA décida de
faire appel à l’aide Russe, et aussi le début de son désaccord avec le
Président N’KRUMAH.
4. Addis-Abeba : Juin 1960
Cette conférence regroupait quinze Etats indépendants
d’Afrique. Les participants marquèrent leur préférence pour la
conception libérienne, c'est-à-dire celle d’une Association d’Etats
souverains plutôt que celle d’une Union d’Etats sous une seule
souveraineté.
A partir de ce moment apparaît une nette opposition entre les
partisans du régionalisme et ceux du continentalisme tandis que le
Ghana proclamait que le principe de l’unité africaine est un acte de
foi, le Nigeria répondit : ‘’L’idée de former une union des Etats
africains est prématurée’’. Il apparaît clairement que les nouveaux
Etats indépendants d’Afrique doutent de plus en plus de la vocation
continentale du panafricanisme et du supranationalisme.
L’idée de coopération entre Etats souverains gagne du terrain.
Et cette tendance aboutira à la naissance des blocs au sein des Etats
africains : le groupe de Brazzaville qui regroupe la plupart des Etats
francophones, le groupe de Casablanca qui associe le Ghana, la
Guinée, le Mali, la R.A.U (République Arabe-Uni), la Mauritanie et le
G.P.R.A.
Une nouvelle division se crée ainsi entre l’Afrique dite
réformiste UAM (Union Africaine et Malgache) et l’Afrique dite
révolutionnaire –groupe de Casablanca).
Ces deux groupes représentent des idéologies différentes, le
premier se présentant comme modéré ou conservateur et le second
comme radical ou progressive avec chacun sa conception sur l’unité
[26]
Africaine, sur les problèmes Mauritanien. Algérie et sur la crise
congolaise.
[27]
CHAPITRE DEUXIEME
APPARITION DES BLOCS ET CLIVAGES
§1. Le groupe de Brazzaville : l’UAM. (L’Union Africaine et
Malgache)
1. Le contexte diplomatique
L’année 1960, avec la décolonisation de toute l’Afrique noire
d’expression française et de Madagascar, fut le début d’une nouvelle
orientation de la diplomatie africaine. Le besoin de solidarité
qu’éprouvaient des hommes habitués à vivre ensemble, les liens
historiques-culturels qui attachaient entre elles les anciennes colonies
françaises d’Afrique noire et de Madagascar, la forte personnalité de
plusieurs de leurs dirigeants conduisirent ces jeunes Etats à se définir
et à se constituer en groupe assez solide et homogène jusqu’à la
naissance de l’OUA en mai 1963.
Dès le 7 septembre 1960, le président SENGHOR, dans un
message au peuple sénégalais, faisait la déclaration suivante : « Il faut
préparer un plus vaste regroupement où entreront tous les Etats de
l’ancienne A.O.F., y compris la Guinée, mais toujours sur la base de
l’indépendance de chaque Etat. L’idée de la Fédération n’est pas
encore mûre dans l’ancienne A.O.F. Les micro-nationalismes ne sont
pas encore transcendés ».
Le 27 septembre, le Ministre sénégalais de l’information, Diop
OBEYE, étendit l’aire de regroupement à « toutes les nations
d’Afrique d’exportation française y compris la MAURITANIE et la
Guinée ».
Deux rencontres avaient précédé celle qui aboutira à la
constitution définitive du groupe de Brazzaville. Au début du mois
d’octobre 1960, le président SENGHOR rencontrait son homologue
ivoirien, M. HOUPHOUET-BOIGNY à Abidjan. Le communiqué
publié à l’issue de cette rencontre lance l’idée de regrouper en une
association inter-étatique souple tous les Etats de ex-A.E.F. et ex-
A.O.F. plus Madagascar. A la fin du même mois et toujours dans la
capitale ivoirienne, onze Etats d’Afrique noire issus des ex-A.E.F. et
A.O.F. décidaient « qu’une attitude commune serait prise à l’avenir
sur des problèmes internationaux, notamment sur des problèmes
[28]
africaines et décidèrent de tenir périodiquement des conférences
semblables élargies à d’autres participants ».
Du 15 au 19 décembre 1960, une conférence réunit à
Brazzaville les chefs d’Etat et de gouvernement de douze Etats
suivants : Cameroun, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville
(actuelle République populaire du Congo), Côte d’Ivoire, Dahomey,
Gabon, Haute volta, Madagascar, Mauritanie, Niger, Sénégal et
Tchad.
Au cours de cette conférence, des positions furent définies sur
plusieurs problèmes de politique internationale (désarmement et
guerre froide, décolonisation, question de la représentation de la Chine
populaire à l’ONU) et sur des problèmes qui intéressaient directement
l’avenir du continent africain : la crise congolaise, la guerre d’Algérie
et le problème mauritanien.
2. La naissance du groupe de Brazzaville
L’Union Africaine et Malgache, comme toute organisation
internationale à vocation régionale, n’est pas née d’une décision
spontanée de douze Etats d’Afrique noire française qui venaient
d’accéder à l’indépendance en 1960. Elle répond à un certain nombre
de conditions réelles et concrètes que nous allons tenter d’analyse
dans le présent paragraphe.
a) Les données géopolitiques et historiques
La géopolitique et l’histoire semblent expliquer, quoique
partiellement, le rapprochement opéré par les douze Etats africains qui
ont décidé de fonder à Yaoundé d’abord, une organisation à caractère
économique et Tananarive ensuite, une union politique.
La géopolitique, venons-nous de dire, n’explique que
partiellement ce rapprochement. En effet, un simple coup d’œil jeté
sur la carte suffit à écarter toute prédisposition naturelle et
géographique et géographique de ces Etats à l’unité. Sur les douze
Etats membres du groupe, onze sont situés sur le continent et un,
Madagascar, s’en trouve complètement détaché. Les onze Etats situés
sur le continent ne forment pas un ensemble d’un seul tenant. La
Mauritanie et le Sénégal sont séparés des autres Etats membres du
groupe par le Mali, la Guinée, la Sierra Léone et le Liberia. Deux
Etats anglophones, le Ghana et le Nigéria, sont enclavés dans les neuf
[29]
autres Etats du groupe qui semblent accuser une certaine continuité
dans l’espace.
Sur les douze Etats du groupe de Brazzaville, quatre n’ont
aucun accès à la mer (Haute-Volta, Niger, Tchad, République
Centrafricaine) et dépendent en grande partie des Etats côtiers pour
leur commerce.
A cela il faut ajouter des raisons d’ordre historique. Les
dirigeants africains invoquent souvent, dans leur tentative d’unifier
leur continent, un passé commun fait des habitudes de vie commune et
de la participation à une civilisation commune.
A maintes occasions, ils ne cessent de dénoncer le caractère
« artificiel » des frontières issues de la Conférence de Berlin de 1884-
1885, frontières qui, affirment-ils, ont morcelé des unités
géographiques (l’espace Congo-Gabon), région Sahel-Benin,
l’ensemble des Etats riverains du bassin du lac Tchad ou encore celui
des Etats riverains du fleuve Sénégal) et des unités ethniques qui se
sont trouvées ainsi écartelées (Peuls, Ewé, Haoussas, Yoroubas etc.).
« Nous avons l’habitude de vivre ensemble, nous sommes frères :
n’est-ce pas là une raison suffisante pour nous unir ? », expliquait le
Président du Niger, DIORI HAMANI, après la Conférence de
Brazzaville du 19 décembre 1960
Et David David DACKO, Président de la République
Centrafricaine de préciser :« Tant de liens nous unissent ne serait-ce
que la géographie : de Dakar à Brazzaville, nos terres sont de la
même nature, nos hommes ont la même couleur. De Libreville à
Bangui, nous rencontrons les mêmes paysages : le Centrafricain se
sent chez lui au Gabon et le Gabonais ne change pas de milieu naturel
lorsqu’il vient en République centrafricaine. Flore, faune, soleil, mer,
tout nous unit : l’Afrique est une ».
Ces arguments sont essentiellement d’ordre sentimental affectif,
ils sont peu convaincants, car ils ne sauraient résister à l’examen des
faits. D’abord les Etats africains ont érigé en principe sacré
« l’intangibilité des frontières léguées par le colonisateur ». Ensuite
les nationalismes africains s’affirment chaque jour davantage au sein
des nouvelles entités politiques et rendent souvent aléatoires certaines
tentatives de promotion d’une solidarité régionale. Par ce
rapprochement, certains dirigeants africains voulaient sans doute aussi
[30]
faire ressusciter l’idée de la Communauté franco-africaine, « la seule à
apporter des réalités concrètes, à ouvrir des réelles perspectives
d’avenir aussi bien pour la France que pour les Etats africains ».
La proximité dans l’espace, la similitude des conditions
matérielles de vie, les problèmes identiques d’adaptation au milieu
naturel et d’exploitation des ressources créent une certaine aptitude à
vivre ensemble, mais n’obligent pas les nations à faire ni à s’organiser
politiquement en conséquence.
b) Les conditions de vie économiques
Les objectifs économiques de la rencontre de Brazzaville (15-19
décembre 1960) furent ainsi précisés dès l’ouverture de la Conférence
par le Président FULBERT YOULOU : « Il faut, dit-il, créer une
sorte de Communauté Economique Européenne » et cela pour les
raisons ci-après: Tout d’abord, mieux valait constituer un front uni
pour poursuivre le dialogue avec les Etats du Marché Commun
européen : « La convention nous associant à la C.E.E. vient à
expiration en 1962, déclara le Président YOULOU.
Il faut dès maintenant songer à étudier les conditions de son
renouvèlement. Notre dignité, nos responsabilités d’Etats
indépendants exigent que les négociations soient entamées à notre
diligence, et pour que celles-ci se déroulent avec fruits, il convient que
nous formions un bloc dont la cohérence augmentera la force de
persuasion ». En outre, dans la perspective d’un élargissement des
contacts extérieurs, il était préférable qu’un organisme interétatique se
charge de défendre les points de vue des Etats : « Le regroupement
des Etats pourrait procéder en commun à l’étude des solutions à
apporter aux problèmes ; ainsi seraient facilitées les négociations avec
tous les organismes financiers publics ou privés, nationaux et
internationaux : BIRD, AID, Société financière internationale, etc.,
pour démontrer aux pays industrialisés que là se trouve le seul moyen
de réaliser, dans un esprit de coopération, les indispensables transferts
financiers de solidarité. Le dernier avantage, selon le Président
YOULOU pour la création d’une Communauté Economique Africaine
consistait à « faciliter à chaque Etat africain l’acceptation d’une aide
puisque celle-ci lui est offerte par le truchement d’une organisation
dont il est membre de droit. L’existence d’une telle communauté fera
disparaitre la crainte d’une dépendance directe à l’égard d’une
[31]
puissance donnée ; elle autorise un multilatéralisme continental par la
création d’organismes paritaires constitués entre elle-même et
d’autres entités politiques et économiques ».
Mais au-delà de ces objectifs à moyen et long terme assignés au
groupe, le caractère partiellement complémentaire des économies des
Etats membres les incitait à constituer une entente, voire une union
économique, en vue d’une exploitation rationnelle de leurs ressources
et en vue aussi d’éliminer toute concurrence stérile entre leurs
produits. Quatre Etats du groupe avons-nous souligné plus haut, n’ont
pas d’accès à la mer et sont parmi les plus pauvres. A l’inverse,
certains parmi les Etats riches du groupe (Gabon, Cote d’Ivoire,
Sénégal) étaient obligés de recourir à une main d’œuvre des territoires
voisins pour faire prospérer leur économie. Il est tout à fait concevable
dès lors qu’Etats riches et Etats pauvres s’entendent pour mettre en
commun leurs ressources et leurs capacités d’exploitation pour en
tirer, chacun, le meilleur parti.
Analysant les raisons de la création du groupe des douze, A.
TEVOEDJRE, ancien Secrétaire général de l’U.A.M., écrit : « Dans le
monde où nous vivons, point n’est besoin de philosopher longuement
pour constater que les Etats qui suscitent quelque respect sur le plan
international et qui arrivent à influencer le cours des événements
contemporains, sont des Etats fortement peuplés, suffisamment
étendus, disposant de sommes de sommes d’énergie humaine
importante et de richesses naturelles appréciables ».
Et Sourou MIGANI APITHY, alors Vice-président du
Dahomey d’enchaîner de son côté, Paris, le 07 mars 1963 « Un pays
de 122.000km2, de deux millions d’habitants, hier encore colonie
française, né à la vie internationale depuis seulement 1960…un jeune
Etat aux ressources maigres…qui n’a nulle importance stratégique,
ne peut prétendre être de quelque poids dans la balance
internationale que s’il s’associe avec ses voisins et forme avec eux
une entité de dimensions appréciables ».
Les Etats du groupe, instinctivement peut-être, sentaient le
besoin de résoudre les multiples problèmes posés par la prise en
charge par chacun d’eux de son économie et ceux ayant trait à la
gestion de certains services communs économiques et financiers que
les anciennes fédérations d’A.E.F. et d’A.O.F. avaient rendus
étroitement liés. Déjà en 1959, deux conventions d’union douanière
[32]
avaient été signées afin de maintenir une certaine solidarité
économique suite à l’accession individuelle à l’indépendance des
territoires qui composaient l’[Link] l’A.O.F. (dont le croquis est
annexé à la page 230).
c) La conjoncture internationale
L’accession à la vie internationale de douze Etats du groupe de
Brazzaville, marquée par la coïncidence de la proclamation de
l’indépendance et l’admission à l’ONU, contribua au rapprochement
entre lesdits Etats.
TABLEAU INDIQUANT LES DATES D’INDEPENDANCE ET
D’ADMISSION A L’ONU DE CHACUN DES DOUZE ETATS
MEMBRES DU GROUPE
ETATS MEMBRES DU DATE ADMISSION A L’ONU
GROUPE DE D’INDEPENDANCE
BRAZZAVILLE
Cameroun 1-1-1960 20-9-1960
République 13-8-1960 20-9-1960
Centrafricaine
Congo-Brazzaville 15-8-1960 20-9-1960
Côte d’Ivoire 7-8-1960 20-9-1960
Dahomey 1-8-1960 20-9-1960
Gabon 17-8-1960 20-9-1960
Haute volta 5-8-1960 20-9-1960
Madagascar 26-6-1960 20-9-1960
Mauritanie 28-11-1960 27-10-1961
Niger 3-8-1960 20-9-1960
Sénégal 20-8-1960 29-9-1960
Tchad 11-8-1960 20-9-1960
L’admission des seize nouveaux Etats africains constituait un
élément majeur, car en faisant du groupe africain l’élément
numériquement le plus fort, elle a modifié l’équilibre régional et
politique de l’Assemblée générale. Et cette modification quantitative
coïncida avec la discussion de multiples problèmes internationaux et
les délicates affaires africaines auxquelles les nouveaux Etats africains
étaient confrontés et à propos desquelles ils étaient appelés à prendre
position.
L’enjeu était grave. Cette période est marquée en effet par la
rivalité Est-Ouest et les nouveaux venus africains risquaient dès lors,
sans une politique concertée, de n’être que des instruments que chaque
camp semblait vouloir mettre au service de sa politique, attirer dans
[33]
son orbite et en tirer le maximum de profit dans le cadre de sa
propagande idéologique. Ainsi, par delà le sort des congolais et des
Algériens, c’était celui des blocs politiques qui était posé.
Les grands, écrivait C.C.C’BRIEN (ancien représentant
personnel du Secrétaire général de l’O.N.U. Dag
HAMMARSKJOELD au Katanga en 1961) ont leur intrigants de
couloir, les « arm-twisters », spécialistes des manœuvres de pression,
qui transportent dans leur tête un fichier d’idées reçues sur les
délégations qu’ils veulent influencer. Ces données sont rarement
explicites, mais elles guident la conduite des hommes pragmatiques ».
Voulant mettre en pratique un vieil adage selon lequel
« l’Union fait la force », les douze décidèrent de se consulter les uns
les autres et de se confronter mutuellement pour se présenter dans
l’arène internationale avec un minimum de force, de ne faire entendre
qu’une seule voix.
Dès la conférence d’Abidjan qui groupait onze des douze Etats
membres (Abidjan, 24-26 octobre 1960), cette volonté de former un
groupe distinct qui tienne compte de leur « personnalité particulière »
était affirmée. Le communiqué final de la conférence d’Abidjan
précisait en effet que les chefs d’Etat participants « ont établi un
accord pour adopter désormais une attitude commune sur tous les
problèmes internationaux et en particulier sur les problèmes africains :
à cet effet, des instructions seront données aux délégations respectives
à l’O.N.U. Cette affirmation sera reprise deux mois plus tard à la
conférence de Brazzaville (15-19 décembre 1960) à l’issue de laquelle
il fut décidé de « coordonner la politique à l’O.N.U. afin de constituer
un ensemble cohérent ».
Cette volonté de rapprochement et d’affermissement de leur
indépendance dans un vaste ensemble international, on en trouve
l’aveu dans plusieurs déclarations des dirigeants des Etats membres du
groupe. Ainsi, le Président ivoirien, Felix HOUPHOUET-BOIGNY
estimait « qu’il était dans la logique de l’indépendance que, tout en la
respectant mutuellement, des Etats voisins et frères s’entendent,
s’organisent afin de manifester leur présence dans la vie
internationale ».
Le Président gabonais Léon M’BA pour sa part voyait dans les
deux événements (l’indépendance et l’admission à l’ONU), « une
[34]
occasion exceptionnellement favorable à la mise sur pied d’une
entente politique, la seule qui puisse vraiment permettre à des Etats
devenus adultes, de se défendre, de faire respecter leur droits et de
participer efficacement à la vie internationale ».
Mais pourquoi ce souci constant de préserver une « personnalité
propre », souci qui émaille les prises de position des différents
dirigeants des Etats membres du groupe ? Ici encore, c’est le contexte
général de la vie internationale qui va nous donner l’explication.
L’année 1960 est souvent considérée par plusieurs observateurs de la
politique africaine comme celle qui aura vu l’émergence du continent
africain tout entier : dix-sept Etats africains nouveaux accèdent à la
souveraineté internationale.
Cette entrée massive des jeunes nations d’Afrique dans le
concert des Nations ne pouvait laisser indifférentes les grandes
puissances à la recherche des alliances tant politiques, économiques
que militaires. Chacune des grandes puissances (les Etats-Unis,
l’Union soviétique et la Chine populaire) voyait dans ces nouveaux
Etats des recrues potentielles à gagner soit à sa cause, soit à
l’idéologie qu’elle prônait soit encore aux intérêts qu’elle défendait. Et
il n’est pas exclu ici de penser que pour ces Etats du groupe de
Brazzaville, la seule façon d’échapper aux sollicitations des uns et des
autres était de s’organiser et de se regrouper, perpétuer en quelques
sorte la communauté franco-africaine.
§2. Le groupe de Casablanca
Par des multiples rencontres entre les dirigeants des pays
membres de ce groupe, une certaine diplomatie concertée s’était
dégagée bien avant la conférence de Casablanca (3-7 Janvier 1961)
que beaucoup d’observateurs non avertis considèrent, à tort, comme le
point de départ du groupe en tant que tel. Nous estimons pour notre
part que l’existence de facto du groupe est antérieure à la conférence
de Casablanca.
Dès la première conférence des Etats d’Afrique (Accra, 15-22
avril 1958), les huit Etats participant dont trois sont membres du
groupe de Casablanca, se déclaraient « Responsables devant
l’humanité et les peuples d’Afrique, et désireux de défendre la
personnalité africaine et engagés à respecter les principes de
Bandoeng (le non alignement) ».
[35]
Après l’adhésion de la Guinée et du Mali au groupe, tous les
efforts fut orientée vers l’unification du continent par la formation, au
premier stade, d’ensembles géopolitiques autres que ceux légués par le
colonisateur. L’unité qu’ils proclamaient était une sorte de
rassemblement ‘’anti impérialiste’’, pour la paix mondiale en vue de
la libération et du progrès politique et économique africain, sous une
direction politique unique.
Bien avant la conférence de Casablanca, les cinq Etats du
groupe maintenaient entre eux des rapports suivis et semblaient
partager les mêmes points de vue dans divers domaines de politique
internationale : décolonisation, désarmement, essais nucléaires
français au Sahara, Congo, Algérie et l’affirmation solennelle
d’attachement à la politique de non alignement.
La conférence de Casablanca ne fut qu’une réplique à celle qui
venait de se tenir à Brazzaville (15-19 décembre 1961) et au cours de
laquelle les douze venaient d’affirmer des positions identiques sur
plusieurs questions intéressant l’Afrique notamment : la crise
congolaise, la guerre d’Algérie, le problème Mauritanien. Ce dernier
point était l’objet de préoccupations constantes du Maroc qui faisait
valoir des prétentions territoriales sur l’ensemble de ce pays. L’appui
que les douze Etats de Brazzaville venaient d’accorder à la
Mauritanie, le ralliement à ses thèses et la recommandation qu’ils
firent aux autres Etats africains pour obtenir l’admission de la
Mauritanie à l’O.N.U, tout cela poussa le roi du Maroc à prendre
l’initiative de convoquer une conférence à Casablanca.
Sur douze Etats (RAU, Ghana, Guinée, Maroc, Mali, Libye,
Libéria, Ethiopie, Nigeria, Somalie, Soudan, Togo) qui avaient été
invités, seuls les cinq premiers furent présents et représentés au niveau
de Chef d’Etat. La Libye s’était faite représenter par son ministre des
affaires étrangères, lequel, ayant pris prétexte des critiques formulées
par certains pays Arabes du groupe contre la présence des bases
étrangères sur son territoire, s’abstient d’apparaître aux réunions des
comités et ne signa en définitive pas la Charte de Casablanca.
Les six autres Etats africains avaient décliné l’initiation qui leur
avait été lancée ‘’en raison de certains engagements antérieures’’.
Quant aux Etats africains d’expression française autres que le Mali, la
Guinée et le Togo, ils n’avaient pas été invités. Fut également absent à
Casablanca, le Président Tunisien Habib BOURGUIBA, lequel estima
[36]
que « cette réunion insuffisamment préparée, ne pouvait mener à
aucun résultat positif et qu’elle devait en outre avoir le grand
inconvénient de souligner les désaccords entre les pays d’Afrique. La
Tunisie quant à elle, devait conclure le Président BOURGUIBA ne
pas entrer dans tels conflits ».
Tel apparaît, en grandes lignes, le contexte diplomatique qui
précédait la tenue des assises de Casablanca. On peut toutefois se
permettre de souligner que : si dans le rapprochement des douze Etats
ex-membres de la communauté française il a été ad mis, partiellement
certes, que la proximité géographique facilitera sa formation, si
d’autre part on peut croire, en lisant les déclarations des Chefs d’Etats
des pays membres du groupe de Brazzaville on en se référant aux
études techniques de ceux qui ont œuvré longtemps au sein des plus
hautes instances de l’UAM que des raisons d’ordre économique
avaient conduit les douze Etats francophones à se regrouper ; si le
facteur historique semble avoir joué un plus grand rôle dans la
formulation de la politique extérieure des Etats du groupe, rien de
pareil ne semble à première vue expliquer la cohésion apparente du
groupe de Casablanca au sein duquel on trouve côte à côte Arabes du
Nord et Noirs du Sud-Sahara, anglophones et francophones.
Il semble essentiellement être fondé sur des considérations
d’ordre politique et idéologique. Les déclarations et prises de position
‘’intempestives et révolutionnaires de certains dirigeants des Etats
membres du groupe, déclarations souvent marquées au coin d’un anti-
occidentalisme ‘’agressif et intransigeant’’ donnèrent à ce groupe son
qualificatif de ‘’ révolutionnaire’’ et on parlera longtemps de
‘’l’Afrique révolutionnaire’’, c'est-à-dire celle groupant les Etats ayant
participé à la conférence de Casablanca et ‘’d’Afrique modérée’’.
Celle des Etats membres du groupe de Brazzaville. Mais
toujours est-il besoin de signaler déjà ici que classer tous les Etats
indépendants d’Afrique en ‘’révolutionnaires’’ et ‘’modérés’’, c’est
assez simplifier les relations entre Etats africains. Les deux groupes
furent à aucun moment ni étanches ni parfaitement homogènes et leur
sein. Il suffit à titre d’exemple de rappeler que la Guinée et le Mali
avaient reconnu le nouvel Etat de Mauritanie alors que le Maroc le
considérait comme faisant partie de son territoire.
Il convient à présent d’analyser les attitudes du groupe devant
les problèmes congolais, Algérien et mauritanien. Les données et
[37]
l’ampleur des trois problèmes ont été rapidement exposées dans las
pages précédentes, l’attitude des Etats membres du groupe de
Brazzaville a été brièvement brossée. Il reste à voir maintenant quels
ont été les efforts consentis par les Etats du groupe de Casablanca.
-Les activités du groupe de Casablanca
A l’inverse du groupe de Brazzaville qui avait connu une
intense activité en dehors des trois crises africaines que nous avons
assez brièvement évoquées, les Etats de Casablanca n’ont eu qu’une
activité assez limitée.
La Charte africaine de Casablanca créait les organes suivants :
Une assemblée consultative africaine ayant un siège permanent
et tenant des sessions périodiques ;
a. Quatre comités :
- Le comité politique africain groupant les Chefs d’Etats et qui
doit se réunir une fois l’an ;
- Le comité économique africain groupant les ministres des
affaires économiques ;
- Le comité culturel africain groupant les ministres de
l’Education nationale ;
- Le haut commandement africain commun groupant les Chefs
d’Etats-majors.
b. Un Secrétariat général permanent avec siège à Bamako et ayant
pour mission d’assurer la coordination des quatre comités.
Il avait été en outre décidé à la conférence de Casablanca de
créer un bureau de liaison destiné à assurer une coordination efficace
entre les différents organismes ci-dessus énumérés.
Ces différents organes ont fonctionné sans pour autant donner
des résultats qu’on pouvait en attendre jusqu’à la dissolution du
groupe de Casablanca lors de l’élaboration de la Charte d’Addis-
Abeba créant l’O.U.A en mai 1963.
La première réunion du comité politique a eu lieu au Caire du
28 au 30 Août 1961, mais a été troublée par d’importantes défections.
Le Président SEKOU TOURE, qui devait normalement rejoindre le
roi HASSAN II à Rabat et prendre le même avion avec lui jusqu’au
Caire, se décommanda au tout dernier moment et préféra regagner
[38]
directement Belgrade où le Maréchal TITO l’avait invité à assister à la
conférence des non-alignés. Le Président Ghanéen KWAME
N’KRUMAH qui passait des vacances en Crimée comme hôte du
gouvernement Soviétique renonça à venir au Caire.
Le roi Hassan II reprit l’avion dès le lendemain de son arrivée
dans la capitale égyptienne à destination de Belgrade pour rejoindre
les non-alignés.
Dans ces conditions, NASSER envisagea d’annuler la
conférence, mais pour sauver la face et afin d’éviter une publicité
tapageuse autour de ces incidents, il choisit de tenir une brève session
de pure forme à laquelle succéda une réunion des ministres des
Affaires Etrangères.
Mais la même impression de désaccord se retrouve au sein de la
réunion des ministres des Affaires Etrangères où la proposition
marocaine de nommer Mr DRISS SLAOUI, ami personnel du roi
HASSAN II, à la direction du Bureau de liaison fut certes acceptée,
mais où l’on ne put se mettre d’accord sur le choix du quartier général
du haut commandement unifié que les Arabes auraient voulu fixer au
Caire, les Noirs à Accra. L’accord se fit toutefois sur le choix pour ce
poste du général égyptien Mohammed FAWZI, commandant de
l’Académie militaire de la République Arabe Unie et par la suite,
Accra l’emporta pour lieu du siège. Toutes ces décisions ne connurent
pas d’application concrète.
Les réunions statutaires des comités (deux fois par an) se sont
tenues en 1961, 1962 et 1963. le comité économique dans ses sessions
de Conakry du 17 au 22 juillet 1961, du Caire du 26 mars au 3 avril
1962, de Tanger du 9 au 13 Août 1962, de Bamako à partir du 15
janvier 1963, a mis au point plusieurs projets importants : Marché
commun africain, création d’un conseil de l’union économique
africaine, de la Banque africaine de développement et l’union
africaine de paiement. Ce comité avait également émis des
recommandations portant sur la création d’une organisation de
l’Aviation civile africaine, d’une compagnie commune de navigation,
d’une union postale africaine et d’une africaine de
télécommunications.
Le comité culturel au cours des sessions de Tanger du 31 juillet
au 3 août 1961, du Caire du 20 au 23 janvier 1962, de Casablanca du
[39]
20 au 22 mars 1962, de Bamako du 11 au 15 juillet 1962, de Conakry
du 23 au 28 juillet 1962, d’Accra le 16 juillet 1962, avait traité de
nombreuses affaires de son ressort et à son actif, on peut inscrire
diverses réalisations dans le domaine d’échanges d’enseignements et
d’attribution des bourses ainsi que la création d’un Institut d’études
africaines à Tanger.
Le Haut commandement unifié s’est réunie à plusieurs reprises
à partir de juillet 1961, mais les progrès dans le domaine de la
coopération entre les armées des Etats membres ne s’étaient
concrétisés que dans des mesures de détails. Le comité politique, qui
avait connu un mauvais départ avec les désertions enregistrées lors de
sa première réunion au Caire (26 – 30 août 1961), n’a réussi à se
réunir par la suite que du 15 au 17 juin 1962, et en l’absence de
N’KRUMAH. Après des reports successifs, jusqu’à la réunion au
sommet d’Addis-Abeba de mai 1963, il tomba en désuétude1.
L’activité des comités, dont les recommandations devaient être
entérinées par le comité politique. S’en était trouvé largement
paralysée.
- La charte Africaine de Casablanca
La charte africaine de Casablanca. Conférence africaine de
Casablanca (3-7 janvier 1961).
Membres : Ghana, Mali, Maroc, R.A.U., G.P.R.A., Libye
Principes :
- la charte proclame la détermination des Etats membres de
promouvoir le triomphe de la liberté de toute l’Afrique et la
réalisation de son unité ;
- elle affirme leur volonté de préserver et de consolider leur
identité de vues et l’unité d’activité sur les problèmes
internationaux, de sauvegarder leur indépendance chèrement
acquise, leur souveraineté et l’intégrité territoriale de leurs
Etats respectifs, de renforcer la paix dans le monde en
adoptant le principe de non-alignement ;
1
Notes et études documentaires. La documentation française, n° 3159, 28 janvier,
pp. 18-19.
[40]
- elle proclame leur détermination de libérer les territoires
africains encore sous domination étrangère, en accordant leur
aide et assistance pour la liquidation du colonialisme et du
néo-colonialisme sous toutes leurs formes, pour décourager le
maintien des troupes étrangères et l’établissement des bases
étrangères sur des territoires africains ;
- elle proclame la nécessité pour les Etats africains
indépendants de concevoir leurs politiques sociales et
économiques pour l’exploitation de leurs ressources
nationales pour le bénéfice de leurs peuples et d’assurer aussi
une répartition équitable de ces ressources à tous leurs
peuples ;
- elle affirme leur volonté d’intensifier leurs efforts pour la
création d’une forme effective de coopération entre tous les
Etats africains dans les domaines économiques, sociaux et
culturels.
c. GROUPE DE MONROVIA
L’affrontement des idéologies était préjudiciable à l’unité de
l’Afrique. D’où certains Etats qui étaient demeurés en dehors de deux
blocs antagonistes vont tenter un rapprochement. Ces Etats sont : le
Nigeria, le Libéria, la Libye, la Sierra – Leone, la Somalie, le Togo,
l’Ethiopie et la Tunisie. Les efforts donneront naissance au groupe de
Monrovia.
LA CONFERENCE DE MONROVIA : 8-12 MAI 1961
A l’initiative du Sénégal, sept Etats lancent des invitations pour
une rencontre au sommet qui essaie de regrouper les trois blocs ou
plus précisément les deux blocs plus les non engagés.
Les sept Etats qui lancèrent des invitations sont : la Guinée, le
Mali (groupe de Casablanca), Côte d’Ivoire, Cameroun (Brazzaville),
le Nigeria, le Liberia et le Togo (non engagés).
Le groupe de Casablanca refusa de participer à la conférence de
Monrovia et ce, pour des raisons diverses notamment, par crainte que
le problème de l’Algérie ne soit pas examiné et suite aux
contradictions internes qui déchiraient le groupe. Au total, vingt Etats
seulement ont pris part à la conférence de Monrovia, à savoir : les
douze Etats du groupe de Brazzaville plus les huit non engagés.
[41]
1. Résolutions
- Egalité absolue des Etats africains ;
- Respect de la souveraineté étatique ;
- Non-ingérence ;
- Refus de leadership ;
- Aide matérielle et morale aux territoires encore dépendants ;
- Appel à la France et au G.P.R.A. pour parvenir à un accord
mettant fin à la guerre ;
- Congo : condamnation de mouvements sécessionnistes,
l’assassinat de LUMUMBA et tous les Etats qui entretenaient
la subversion en Afrique ;
- Appel aux puissances pour qu’elles cessent la fabrication, le
stockage des armes nucléaires plus explosion des bombes
atomiques partout au monde ;
- Formation d’un front uni au sein de l’O.N.U. ;
- Unité n’est pas égale à l’intégration politique mais égale unité
des aspirations et des actions ;
- Coopération basée sur la tolérance, la solidarité, rapports de
bon voisinage etc.
En juin 1961, des experts économistes du groupe de Monrovia
se rencontrèrent à Dakar et adoptèrent différentes mesures pour
promouvoir la coopération économique entre tous les Etats africains.
2. La conférence de Lagos du 25 au 30 janvier 1962
Cette rencontre devait réunir, depuis la création du groupe de
Brazzaville en décembre 1960, tous les Etats indépendants d’Afrique
du continent, puisque le groupe de Casablanca avait donné son accord
de principe d’assister à cette conférence. Mais, à la veille de celle-ci,
les Ministres des Affaires Etrangères du groupe de Casablanca se
réunirent et décidèrent de ne pas se rendre à Lagos. Leur refus était
basé sur deux points principaux :
1. La non invitation du Gouvernement Provisoire de la
République Algérienne ;
[42]
2. Le manque de préparation de la conférence.
Il faut noter que l’initiative de ne pas inviter les Algériens fut
l’œuvre des Etats membres de l’Union Africaine et Malgache. La
conséquence de cette situation fut que les pays qui assistèrent à la
conférence de Lagos furent en général, ceux du groupe de Monrovia,
auxquels il faut ajouter le Congo – Léopoldville. Il faut également
noter que la Mauritanie excepte aucun pays Arabe ne fut présent à
Lagos.
Mieux que d’analyser les résolutions de cette conférence,
mentions plutôt la charte de l’organisation des Etats africains et
Malgache, produit de la conférence, et qui donne, en définitive, le
point de vue des leaders réunis à Lagos sur l’unité et la coopération
africaine.
Les buts tout d’abord
Ceux-ci sont :
1. l’accélération du développement économique et social ;
2. instauration d’un pool et l’utilisation effective des ressources ;
3. élargissement et faciliter la promotion intellectuelle des
peuples ;
4. amélioration du bien être et sanitaire des peuples ;
5. coordination, si possible, de l’action politique des Etats
africains et Malgache.
En ce qui concerne l’Algérie, la conférence se réjouit de
l’accord intervenu entre la France et le Gouvernement Provisoire de la
République Algérienne de trouver une solution à la guerre par des
négociations. Mais plus important que ces déclarations, est la charte
de Monrovia qui énonce les principes fondamentaux sur l’unité
africaine. Cette charte dit entre autres que la conférence affirme
solennellement et adopte les principes suivants qui doivent régir les
relations entre les Etats africains et Malgache :
1. Egalité absolue des Etats africains et Malgache, quelle que
soit l’étendue de leurs territoires, la densité de la population,
ou la valeur de leurs ressources ;
2. Non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats ;
[43]
3. Respect de la souveraineté de chaque Etat et son droit
inaliénable à l’existence et au développement de sa
personnalité ;
4. Condamnation sans réserve de la subvention extérieure par les
Etats voisins ;
5. Promotion de la coopération à travers l’Afrique, basée sur la
tolérance et des relations de bon voisinage, échange
périodique des points de vue et l’abandon du désir de
leadership ;
6. L’unité dont il est question à ce moment ne vise pas
l’intégration politique des Etats souverains mais concerne
l’unité d’apparition et d’action considérée du point de vue de
la solidarité sociale et l’identité politique.
Depuis lors, la division politique et idéologique de l’Afrique
était consommée. Pendant trois ans, l’Afrique connaîtra alors les
étiquettes de ‘’Révolutionnaires’’ et des ‘’Modérés’’ ou de
‘’Réactionnaires’’, avec toutes les conséquences que cela a pu avoir
sur le développement politique et économique en Afrique :
assassinats, coups d’Etat … et économique manque d’intégration
économique, des contacts entre les peuples, etc.
Il faut noter que malgré cette division, les leaders africains se
rendaient compte du tort causé à l’Afrique et au peuple africain par
ces querelles idéologiques que le peuple ne comprenait d’ailleurs pas.
C’est ainsi que plusieurs territoires furent faites pour réconcilier les
membres de deux groupes.
Les obligations ensuite
1. coopération sur le plan économique, éducatif, culturel dans
l’enseignement, la santé et l’alimentation ;
2. l’harmonisation, la politique, de la diplomatie, de la
recherche scientifique de la technique et de la défense
militaire.
Les principes enfin
1. Egalité souveraine de tous les Etats ;
2. Non-ingérence dans les affaires intérieures ;
[44]
3. Règlement pacifique et équitable de tout litige ;
4. Condamnation expresse de la subvention ;
5. Emancipation totale des territoires africains dépendants.
Cette charte bien qu’adoptée, ne fut pas publiée, car les
participants à la conférence voulaient tenter une autre chance de la
convocation d’une autre conférence des Etats Indépendants d’Afrique,
en vue de la discussion éventuelle de cette charte. C’est donc à Addis-
Abeba, en mai 1963, que cette conférence eut lieu. La discussion de
cette charte donna lieu à la charte de l’organisation de l’Unité
Africaine, O.U.A. qui est, comme nous le verrons plus tard, similaire à
la charte de Lagos. En effet, celle-ci avait déjà prévu les organes
principaux de l’O.U.A.
[45]
CHAPITRE TROISIEME
LA NAISSANCE DE L’ORGANISATION DE L’UNITE
AFRICAINE
1. De la détente dans les relations interafricaines à la naissance de
l’O.U.A.
A. Médiation des Etats africains restés en dehors de deux
groupes antagonistes et naissance du groupe de Monrovia
(8-12 mai 1961)
1) Adoption des principes devant régir les relations entre les
Etats africains : égalité absolue des Etats africains, respect de
la souveraineté étatique, condamnation de toute ingérence
dans les affaires intérieures des autres Etats, refus de tout
leadership ;
2) Définition du concept ‘’Unité’’ : l’unité africaine ne doit pas
être une intégration politique des Etats souverains, mais
l’unité des aspirations et des actions considérées au point de
vue de l’identité de la solidarité sociale et politique africaine ;
3) Au sujet des crises africaines : identité des vues de deux
groupes :
- appel fut lancé à la France et au G.P.R.A. pour conclure un
accord mettant fin à la guerre et menant l’Algérie à son
indépendance ;
- condamnation de tous les mouvements de sécession au Congo
ex-Belge (Zaïre) et de l’assassinat de Patrice Emery
LUMUMBA ;
- condamnation de tous les Etats participants de former à
l’avenir un front commun en tant que groupe organisé en face
de tous les problèmes mondiaux que l’Afrique serait appelée à
connaître au sein des Nations Unies.
B. Rapprochement entre ‘’révolutionnaires’’ et ‘’modérés’’ au
cours de l’année 1962
- deux visites de Mr F. HOUPHOUËT – BOIGNY à SEKOU
TOURE : accord pour réunir les deux groupes afin de discuter
de l’unité africaine ;
- une visite de l’Abbé F. YOULOU à SEKOU-TOURE ;
[46]
- visite de Mr AHIDJO à Nasser alors que le Caire avait abrité
sur son territoire et accordé une aide accrue en armes et en
argent aux opposants de Mr AHIDJO regroupés au sein de
l’union des populations du Cameroun ;
- indépendance de l’Algérie ;
- visite de Mr MOKTAR OULD DADDA à N’KRUMAH ;
- un gouvernement d’union nationale présidée par Mr C.
ADOULA vit le jour au Congo ex-Belge ;
- la Mauritanie indépendante fut admise à l’O.N.U.
Toutes les conditions tous les Etats africains indépendants. La
volonté d’établir un dénominateur commun au-delà des dissensions et
des politiques particulières avait triomphé pour un temps des rivalités
et des querelles.
Sékou Touré lance, vers la fin de l’année 1962, l’idée de réunir
à Addis-Abeba une conférence africaine au sommet qui aurait pour
mission (objectif) un rapprochement, en dehors des groupes existants,
dans le cadre de l’unité africaine.
C. Difficultés rencontrées
- Celles ayant trait au choix des participants : tous les Etats
indépendants sauf le Togo (sur proposition ivoirienne) suite à
l’assassinat de Mr SYLVANUS OLYMPIO ;
- Absence du Maroc en signe de protestation contre la présence
de la Mauritanie ;
- Participation effective des mouvements nationalistes africains
souleva des problèmes, l’unité au sein de ces mouvements
était bien loin d’être faite : tous furent admis comme
observateurs ;
- La question du maintien ou de la suppression des
regroupements régionaux : selon certains, ces regroupements
régionaux constituent un frein ; selon d’autres ils ont une
étape indispensable ;
- Le projet de charte apparition de deux tendances
antagonistes :
1. Unité immédiate avec tout ce que cela implique ;
[47]
2. charte de type confédéral, laissant l’entière souveraineté
aux Etats membres avec établissement des liens de
coopération technique, économiques et culturels.
LA CONFERENCE D’ADDIS-ABEBA : 22-25 MAI 1963
Nous pouvons dire que l’unité africaine fut retrouvée à la
conférence au sommet des Etats Indépendants d’Afrique d’Addis-
Abeba et à laquelle trente des trente-deux Etats indépendants
d’Afrique prirent part. Le Maroc, à cause du problème Mauritanien
préféra garder le statut d’observateur. La participation du
gouvernement togolais fut contestée par presque tous les Etats
membres suite à l’assassinat du Président SYLVANUS OLYMPIO.
La conférence au sommet fut précédée par la réunion
préparatoire des Ministres des Affaires Etrangères. Sur base des
chartes de Casablanca et de Lagos, une proposition du Ghana pour la
création d’une union des Etats africains et un amendement préparé par
l’Ethiopie, la conférence adopta la charte créant l’O.U.A.
Il fut en outre décidé d’adopter un appui aux mouvements de
Libération des territoires encore sous domination coloniale, de créer
un comité spécial de Libération de neuf membres et de constituer un
fond spécial pour apporter une aide pratique et financière aux
différents mouvements africains de Libération. Un Secrétariat Général
Administratif provisoire fut établi à Addis-Abeba.
LA CHARTE DE L’O.U.A.
1. objectifs de l’O.U.A ;
2. Principes ;
3. qualité des membres, adhésion, admission et renonciation à la
qualité de membre ;
4. droits et devoirs des Etats membres);
5. organes;
- Caractéristiques et nature juridique de la charte d’Addis-Abeba
1. L’O.U.A. n’est pas un Etat fédéral de type classique. Ses
décisions ne lient pas les Etats membres. Leur exécution
dépend de la bonne volonté des acteurs, de l’humeur avec
laquelle est accueillie cette décision dans les Etats, de
[48]
l’intérêt qu’ils y portent, des avantages et/ou des
inconvénients qu’ils en attendent. La charte ne prévoit
aucune contrainte à l’égard d’un Etat négligent ou
récalcitrant.
N.B : nous estimons qu’il aurait été souhaitable que l’O.U.A. adopte
des dispositions qui confèrent un caractère obligatoire aux
décisions de la conférence des Chefs d’Etat et de
gouvernement. Car un tel procédé permettrait d’arriver à un
engagement ferme des Etats membres à l’issue même de
négociation, sans remise en cause fantaisiste des engagements
auxquels chaque Etat membre aura souscrit librement.
2. L’O.U.A. n’est pas une organisation supranationale du fait
qu’aucun Etat membre n’abandonne la moindre parcelle de
souveraineté à son profit ;
3. Pas d’organes à caractère fédéral ou supranational prévu. Pas
d’organismes législatif ou supranational. Le Secrétariat
Général Administratif a un caractère purement administratif ;
4. La charte consacre le statut quo territorial et le maintien de la
stabilité politique : intégrité territoriale et non-ingérence dans
les affaires intérieures des Etats. Interdiction également des
activités subversives exercées par des Etat africains et
dirigées contre d’autres Etats africains.
5. L’O.U.A. est un organisme purement intergouvernemental, un
cadre qui a institutionnalisé des réunions diplomatiques à tous
les échelons, une sorte de pacte, de convention entre les Etats
souverains égaux en droit ;
6. Légalité des Etats membres est rigoureusement maintenue :
aucun privilège n’existe en matière de droit de vote un Etat
égal 1 vois ; pas droit de veto, pas d’organes restreint comme
à l’O.N.U.
En définition on peut dire que :
L’O.U.A. répond à une double préoccupation, à savoir :
a) Garantir la stabilisation et le renforcement des nouveaux Etats
par l’élimination de nombreux facteurs d’instabilité qui
caractérisent toutes les récentes unités nationales ;
[49]
b) Réaliser l’unification continentale, le regroupement des
nouveaux Etats dans un cadre élargi plus propice à leur
développement économique et à leur audience politique dans
l’arène internationale pour n’y faire entendre désormais
qu’une seule voix.
L’O.U.A. est en définitive un cadre institutionnel appelé à
permettre aux Etats demeurés souverains d’apprendre à vivre
ensemble et à respecter leurs liens de solidarité, de sorte qu’à long
terme, on pourrait envisager enfin la construction des Etats-Unis
d’Afrique. Elle est en réalité un cadre de concertation sur les
problèmes qui intéressent le continent africain, une organisation
politique ayant des pouvoirs vagues et imprécis.
Les principes de la charte
1. L’égalité souveraine et absolue des Etats membres.
Ce principe traduit la volonté de refus de tout leadership de la
part d’un leader ou d’un Etat africain. Au sein de l’O.U.A., tous les
Etats sont égaux en droit quels que soient leur superficie, leur
population, leur richesse naturelle, leur puissance réelle, leur degré de
développement ou la date de leur indépendance.
Ils participent sur un pied d’égalité totale aux activités dans les
différents organes de l’O.U.A. à la base de ce principe se trouvait sans
doute le désir de la part de grands Etats de donner des apaisements
nécessaires aux petits dans le cadre du nouvel esprit d’unité et de
solidarité.
2. Non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats et non
subvention.
L’adoption de ce principe reflétait le désir des Etats membres
de l’O.U.A. d’établir la confiance mutuelle entre eux, d’écarter tout ce
qui était de nature à nuire à cette confiance que chaque Etat était
plutôt appelé à cultiver dans ses rapports avec ses partenaires pour
parvenir à l’unité africaine, d’assurer et de maintenir la stabilité
politique dans le cadre de nouveaux Etats tel que défini dès
l’ascension à l’indépendance.
Certains en ont déduit que l’O.U.A. avait ressuscité l’esprit de
la sainte alliance, qu’elle était en quelque sorte un club de Chefs
d’Etat un véritable syndicat de défense des intérêts des gens au
[50]
pouvoir, un champ clos aux ambitions rivales de jeune Etats à la
recherche de leur équilibre.
Que faut-il en penser ?
- O.U.A. catalyseur des tensions, a permis d’assurer une
certaine stabilité des systèmes politiques africains a favorisé
les contacts entre les divers responsables politiques africains
afin de rechercher des solutions à leurs problèmes etc.
- Des activités subversives menées à partir des autres Etats a
continué.
3. Respect de la souveraineté
Deux courants en matière de frontières
- A la veille des indépendances : révisions des frontières
« artificielles » qui évoquent le passé, l’arbitraire du
découpage administratif opéré à l’intention des services
publics coloniaux, reflète les préoccupations commerciales et
financières, des puissances ;
- Après les indépendances : intangibilité des frontières :
1. éviter les guerres des frontières, de conquête et
d’expansionnisme ;
2. écarter le plus possible toute menace de sécession ou
d’annexion territoriale par un Etat voisin ;
3. éviter de recourir à de longues procédures de référendum
ou de plébiscite dans les régions contestées.
4. Règlement pacifique des différends
L’adoption de ce principe reflète la volonté des Etats membres
d’éviter le recours à toute forme de violence ou d’arbitrage extra
africain en cas de différends entre Etats africains. Et pour assurer la
mise en œuvre de ce principe une commission de médiation, de
conciliation et d’arbitrage fut mise en place mais elle n’a jamais
fonctionné réellement ?
5. Dévouement sans réserve
Les Etats membres de l’O.U.A. ont créé, dans le cadre de leur
organisation, un comité de libération composé de 18 membres et
[51]
chargé de gérer un fond alimenté par les cotisations des Etats
membres et destiné à fournir l’aide maternelle et financière aux
mouvements de libération.
Non-alignement à l’égard des blocs
Adhésion aux cinq principes de Belgrade :
- Suivre une politique indépendante fondée sur le principe de la
coexistence politique avec les autres pays ayant des idéologies
politiques et sociales différentes ;
- Adopter une politique de non-alignement ou tendant vers cet
objectif ;
- Soutenir en toutes occasions les mouvements de libération ;
- N’appartenir à aucun pacte militaire pouvant impliquer le pays
dans les différends Est-Ouest ;
- Ne conclure aucune alliance bilatérale avec une grande
puissance ;
- Ne pas accepter de plein gérer l’établissement sur son territoire
des bases militaires appartenant à l’un ou l’autre bloc.
Règlement pacifique des conflits frontaliers
a. conflit algéro-marocain au sujet des délimitations des
frontières Sahara ;
b. conflit somalo-Ethiopien relatif au district de l’Ogaden ;
c. conflit somalo-Kenyan relatif à la région frontière du Nord du
Kenya.
A. Conflit Algéro – Marocain.
En octobre 1963, des heurts ayant opposé les forces armées
algériennes et marocaines. Ce fut surtout une initiative marocaine
visant à récupérer une partie du Sahara qui avait été incorporée au
territoire algérien.
Tentatives de médiation de l’O.U.A.
Réuni à Addis-Abeba du 15 au 18 novembre 1963, en session
extraordinaire, le conseil des ministres de l’O.U.A. crée une
commission spéciale d’arbitrage conformément à l’accord de Bamako
[52]
conclu le 30 octobre 1963 entre les Chefs d’Etat de l’Algérie, du
Maroc, de l’Ethiopie et du Mali. Cet accord prévoyait :
- Un cessez-le-feu effectif à partir de zéro heure, le 2 novembre
1963 ;
- La création d’une commission d’officiers algériens, marocains,
éthiopiens et maliens chargée de délimiter une zone
démilitarisée ;
- La mise en place d’observateurs éthiopiens et maliens chargés
de garantir la sécurité et la neutralité de cette zone ;
- Le dépôt d’une requête auprès de l’O.U.A. en vue de la création
d’une commission d’arbitrage chargée d’étudier le litige
frontalier et de proposer une solution ;
- La cessation de toute propagande hostile de part et d’autre à
partir du 1 novembre 1963 ainsi que le respect strict du principe
de non-intervention dans les affaires de l’autre partie ;
- Le règlement de tous les conflits interafricains par la voie de
négociation.
Par la suite, cette commission se réunit à Abidjan du 3 au 5
décembre, puis à Bamako du 23 au 27 janvier 1964 pour entendre les
points de vue des deux parties sur l’issue du différend frontalier.
Le cessez-le-feu étant devenu effectif, La tension entre le Maroc
et l’Algérie se relâche peu à peu. Un nouvel accord est signé le 20
février 1964, qui délimite une zone démilitarisée et prévoit le retrait
des troupes de part et d’autre à 7 Km des positions qu’elles occupaient
le 1 octobre.
Lors de la seconde ordinaire du conseil des ministres de
l’O.U.A. réunie à Lagos du 24 au 19 février 1964, le problème est
examiné à nouveau et le conseil recommande par l’établissement de
contacts directs entre la commission ad Hoc et la commission du
cessez-le-feu.
A la troisième session tenue au Caire en juillet 1964, le mandat
de la commission est reconduit. Lors de sa 4 ème session ordinaire à
Nairobi, du 25 février au 9 mars 1965, le conseil des ministres de
l’O.U.A. demande à la commission de poursuivre sa tâche avec toute
la persévérance nécessaire jusqu’à l’accomplissement total de son
mandat.
[53]
Lors de sa 7eme session ordinaire à Addis-Abeba, du 31
octobre au 6 novembre 1966, le conseil prend note di rapport de la
commission spéciale et l’invite à poursuivre sa tâche. Du 11 au 15
janvier 1967 à Rabat, des pourparlers ont lieu entre le Président
algérien BOUMEDIENE et le Roi Hassan II du Maroc. Ils aboutissent
à la signature à Ifrane d’un traité de solidarité et de coopération
établissant les principes généraux qui doivent fournir le cadre d’une
coopération algéro-marocaine dans tous les domaines.
En cas de conflit, les deux parties s’engageaient à renoncer à
l’usage de la force et s’accordent pour soumettre les questions du
suspens à des commissions paritaires.
En conclusion, on peut dire que la médiation au niveau de
l’O.U.A. n’a obtenu qu’un succès partiel. L’O.U.A. n’est pas parvenu
à régler le conflit. Toutefois, en prenant la relève de la réunion des
Chefs d’Etats de Bamako, elle a quand même permis, par la création
d’une commission d’arbitrage et par diverses recommandations, de
geler le litige et de le maintenir l’intérieur du cadre maghrébin. Par
ailleurs, l’O.U.A. a réussi à convaincre le Maroc de ne pas recourir
aux Nations Unies, confirmant le principe du règlement des conflits
africains dans un cadre strictement africain.
Des crises internes ont secouée l’O.U.A.
1. La crise du Sahara occidental et l’admission de la R.A.S.D. au
sein de l’O.U.A. (février 1982) et ses conséquences
diplomatiques (retrait du marché et suspension d’une zone) ;
2. Le problème de la représentation du Tchad au 19 eme sommet
de l’O.U.A. Tripoli II.
[54]
[55]
CHAPITRE QUATRIEME
LA LONGUE MARCHE VERS l’INTÉGRATION AFRICAINE
I) INTEGRATION AFRICAINE : HISTOIRE D’UN PROJET ET
SON EVOLUTION
1. La question des régionalismes
Les régionalismes ont été présentés comme pouvant constituer
une réponse pertinente à la question « A quand l’Afrique ? »Puisque
cette notion intègre les complémentarités entre régionalisme et
panafricanisme et en plus constitue, ses auteurs affirment qu’elle
constitue un outil formidable de développement.
Le régionalisme est défini comme un Mouvement ou une
Doctrine qui affirme l’existence d’entités régionales et revendiquant
leur reconnaissance. Alors que le Panafricanisme est une Doctrine
politique, mouvement tendant à regrouper, à rendre solidaires les
nations du continent africain (cf. Larousse 2007). C’est par là que le
terme régionalisme a été interprété comme le regroupement en une
entité économique, politique et sociale d’un ensemble d’états selon
une base historique, économique ou politique.
Pour TAPSOBASAMPAWENDE JULES ARMAND, le
régionalisme construit sur une rationalité économique peut permettre à
l’Afrique de participer pleinement aux échanges mondiaux et en
même temps être une réponse à la problématique de l’unité africaine
et donc de base saine pour son développement. Ainsi le
panafricanisme est une valeur et un idéal partagé ! Cette vision est
d’ailleurs partagée dans le Plan d’action de Lagos de l’OUA adopté en
avril 1980 qui fonde le chemin du panafricanisme (renforcement des
communautés régionales puis harmonisation des stratégies, des
politiques et des plans de développement en vue d’une intégration
africaine).
Pour donner plus de pragmatisme à ce propos, l’auteur affirme
qu’il est utile de constater qu’aucun Etat Africain aujourd’hui quelle
que soit sa taille, sa population et l'importance de ses ressources ne
constitue, en lui-même, un espace de développement viable (hormis
l’Afrique du sud). Cette absence est le reflet de la nature artificielle de
ces Etats.
L’intégration permet la réalisation de cet espace de
développement.
[56]
Il s’agit de privilégier l’approche développement matériel (par
les marchés autrement dit la notion de valeur ajoutée) qui semblent
nécessaire et indispensable dans un contexte de mondialisation et de
néo-libéralisme. C’est en mettant donc de côté l’approche historique et
émotionnelle (légitime et essentiel par ailleurs…), qu’il a été procédé.
Notre intervention est axée sur le pourquoi, le comment et les
obstacles à la réalisation des régionalismes. Le premier argument qui
motive le traitement du thème porte sur les changements, les
mutations des environnements continental et international africains
qui sont favorables aux régionalismes :
• Afrique objet de nouvelles convoitises pour ses matières
premières (nouveaux partenariats avec les pays émergents
Inde, Brésil, Chine)…
• Apaisement d’un certain nombre de conflits : l’Afrique des
Grands Lacs, Angola, Liberia, Sierra Leone…
• Emulations démocratiques dans certains pays…
• Mise en place de l’Union africaine (impulsion politique)
Le second argument sur le pourquoi concerne les avantages
supposés du regroupement régional à savoir les liens entre
régionalisme et développement :
• Forces sur la scène internationale (négociations
internationales) ;
• Stabilité politique, maintien de la paix…
• Synergie régionale de développement, prise en compte des
effets externes notamment au niveau des infrastructures ;
• Elargissement de la taille des marchés ;
• Commerce régional avec les conséquences en termes de
valeur ajoutée dans la production.
• Permet de créer des pôles de recherches et d’excellence
régionaux.
a) LES FONDEMENTS THÉORIQUES DU REGIONALISME
AFRICAIN
Théorie de l’unité culturelle et historique constituant un sous-
jacent du dogme de l’unification politique de l’Afrique noire (Cheikh
Anta Diop, Ki-Zerbo) : Il suffirait de démontrer la communauté de
culture et d’histoire de l’Afrique noire pour que l’unité politique en
découle d’elle-même. A une uniformité culturelle correspond une
[57]
unité politique. Théorie de l’africanité comme sous-jacent au du
dogme de l’unification politique de l’Afrique noire (L. S. Senghor) : la
notion d’africanité est la somme de la négritude et de l’arabité.
Les deux théories défendent le principe d’une unité politique
au travers du canal socioculturel et historique. ELENGA les résume
bien : «…les peuples de ce continent sont au fond les mêmes, qu'ils
ont subi les mêmes exactions du colonialisme, et qu'ils subissent
encore le même néocolonialisme, sans parler de la traite des
populations africaines. C'est l'idée que les peuples d'Afrique ont une
lutte commune à mener contre un ennemi commun qui les domine et
les exploite: l'impérialisme, et qu'ils doivent donc mener cette lutte
dans l'unité; et qu'il y a une profonde unité culturelle de l'Afrique,
ainsi par conséquent une communauté de destins des peuples
africains.»
b) COMMENT PAR L’INTEGRATION DES MARCHES ET
DEPLACEMENT DANS LA CHAÎNE DE VALEUR…
Question à géométrie variable : histoire, politique, économique
et société…Nous choisissons de placer notre réponse au niveau de
l’approche économique. Nous privilégions ainsi l’approche
fonctionnelle de la théorie des sciences politiques abordant le concept
de régionalismes…Coopérer sur des pans fonctionnels de l’économie
force et facilite la coopération économique et politique…
Dans le contexte actuel de mondialisation, le modèle
d’intégration recommandé aux pays africains ne peut être que
l’intégration des marchés au niveau régional. L’Objectif étant que
l’offre africaine satisfasse autant que faire se peut, la demande
africaine avec l’idée de la recherche de compétitivité et une fermeture
sélective des frontières (par exemple protéger les secteurs où nous
pensons avoir un avantage comparatif dans la production : agro-
alimentaire ou tissus par exemple).
Il est flagrant de constater que l’Afrique produit environ deux
fois plus de matières premières entre 1970 et 2003. Malheureusement,
cette production est sans valeur ajoutée supplémentaire puisque que ce
sont des produits sont peu ou pas transformés… Pourquoi continuer à
produire plus sur un segment où il existe peu de valeur ajoutée ? Il est
nécessaire de se déplacer dans la chaîne de valeur 2 et d’en prendre
avantage (c’est ce qu’on peut appeler africaniser la création de la
[58]
valeur ajoutée). L’idée ici, est de réorganiser les régions en fonction
des avantages comparatifs en ayant à l’esprit la complémentarité sur la
chaîne de valeur sans référence à l’organisation coloniale tachée de
souffrances et tourner vers l’exportation hors Afrique de produits finis
sans valeur ajoutée. Par exemple, les pays côtiers à climat humide et
largement ouverts sur le monde extérieur alimentent les échanges
régionaux à partir de leurs produits agricoles et industriels de même
qu'à partir de ceux importés du marché international. Les pays de
l'hinterland sahélien en contrepartie, fournissent la main d'œuvre, le
bétail, l'oignon et des légumineuses.
Les stratégies de développement ignorent ces complémentarités
régionales. Il est possible d’ailleurs de calculer des indices de
similarités et de complémentarités en fonction des structures
productives…L’objectif principal serait le développement d’une
grande partie du segment de la chaîne de valeur.
D’autres aspects sont également à prendre en compte
notamment l’intégration par le secteur informel (Le commerce
parallèle et les réseaux d'échanges entre différents espaces
représentent un poumon économique non négligeable) et la recherche
de synergies dans des secteurs à externalités régionales fortes… (Par
exemple synergie compagnies aériennes, téléphone, électricité,
éducation tertiaire).
II. L’AFRIQUE PEUT-ELLE S’INTEGRER ?
Pour répondre à cette question précise, il nous faut
commencer par dire un mot peut être long sur la notion elle-même
d’intégration.
Suite à la résolution 1514 de l'Assemblée générale des Nations
-Unies portant sur l'octroi de l'indépendance aux peuples coloniaux,
adoptée le 14 décembre 1960, la majorité des pays africains a accédé à
la souveraineté internationale avec un très lourd handicap. En effet les
frontières de ces derniers sont toutes issues des décisions du concert
européen qui, réuni du 15 novembre 1884 au 26 février 1885 à
l'invitation du chancelier allemand OTTO VON BISMARK, décida la
balkanisation, communément appelée partage de l'Afrique. Ceci a fait
que les frontières internationales des Etats africains correspondent aux
limites administratives des anciennes colonies.
[59]
On constate alors que la plupart de ces nouveaux Etats sont de
dimension modeste, tant sur le plan démographique, territorial
qu'économique. Enfermés dans un carcan d'espace socio-économique
étroit les Etats africains se rendent compte de la nécessité de dépasser
le cadre de leur souveraineté nationale. Bien que de nombreux efforts
aient été fournis en faveur de l'unité africaine en général, force est de
constater que le chemin qui reste à parcourir est encore long.
Au niveau national, un grand nombre de pays africains sont
toujours la proie de crises politiques à répétition. Sur le plan régional,
certaines régions de l'Afrique (les Grands Lacs) sont instables,
phénomène qui entrave leur développement économique. Au plan
international, l'Afrique doit fournir beaucoup d'efforts pour s'intégrer
dans l'économie mondiale.
Face à cet état de fait, la recherche d'une voie à même de
relever le défi du développement, dans un monde entièrement
globalisé se fait de plus en plus pressante. Dans une telle perspective,
l'intégration régionale apparaît comme la réponse la plus adéquate, au-
delà de l'Etat-nation post colonial.
La collaboration dans le cadre de l'intégration régionale
suppose la construction d'un espace géographique qui aboutit à une
interdépendance structurelle entre différents Etats qui ont une
proximité spatiale. Nous pouvons alors dire que l'intégration régionale
dépasse la stricte intégration économique en ce sens qu'elle peut
engager tous les domaines de compétence étatiques et entraîner un
certain partage de souveraineté.
Ce mécanisme, au regard de la taille des pays africains,
permettrait à ces derniers de faire ensemble ce qui, à l'échelle d'un seul
Etat, aurait été difficile, voire impossible à réaliser. La création de
l'Organisation de l'Unité africaine en 1964 reflétait la sensibilisation
des responsables de l'époque au fait que la force de l'Afrique
reposerait sur la coopération panafricaine. Sur l'ensemble du
continent, les leaders politiques et les citoyens ont pris des mesures
pour ouvrir et transformer des économies centralisées, dynamiser le
secteur privé et créer des institutions qui peuvent appuyer la stabilité
politique et de favoriser le développement économique.
Des Communautés économiques régionales sont à l'œuvre
aujourd'hui en Afrique de l'Ouest en Afrique de l'Est, en Afrique du
[60]
Nord, en Afrique centrale et en Afrique australe. Ainsi le traité
instituant la Communauté économique africaine laisse entrevoir la
possibilité d'une économie continentale. La charte de l'Organisation de
l'unité africaine et l'acte constitutif de l'Union africaine définissent
l'intégration régionale comme l'un des piliers de l'unité africaine. Le
plan de Lagos et traité d'Abuja précisent les mécanismes
économiques, politiques et institutionnels permettant de concrétiser
cette aspiration. Le nouveau partenariat pour le développement de
l'Afrique (NEPAD) offre au continent africain un cadre de
développement global qui fait de l'intégration régionale un des
principaux objectifs du développement.
Les données statistiques montrent que les mécanismes
d'intégration contribuent à la prospérité des pays membres. Il est
démontré ainsi que l'Accord de libre-échange Nord-américain a
considérablement augmenté l'investissement direct étranger au
Mexique et le (MERCOSUR) a eu le même effet en Argentine.
D'ailleurs que le poids de certains blocs tels que l'Union
européenne (U.E) ou l'ALENA, témoigne de la nécessité pour les pays
africains de se constituer en groupements régionaux. Ces impératifs
ont suscité une prise de conscience des leaders africains de l'intérêt
que présente l'intégration régionale en tant que facteur apte à
contribuer, non seulement à leur développement économique, mais
également à leur intégration dans l'économie mondiale.
Une telle prise de conscience s'est traduite progressivement
par la création de multiples organisations internationales dont
certaines s'apparentent à des structures de coopération et d'autres qui
revêtent la forme d'organisations ayant pour finalité la réalisation de
l'intégration des différentes régions en Afrique.
Pour mieux se rendre compte de l'état de l'intégration
régionale en Afrique, il importe, au préalable, de passer en revue
l'historique du projet d'intégration africaine et son évolution (I).
Aujourd'hui l'Afrique recherche son unité politique et son
développement économique par la création de structures d'intégration
multiples (II), mais parmi toutes ses régions, seule l'Afrique de l'Ouest
constitue, aujourd'hui, un exemple d'une intégration réussie (III).
L’intégration est un concept technique pluridimensionnel et
plurisectoriel. Elle revêtir plusieurs dimensions, à savoir les
[61]
dimensions économiques, politiques, sociales, culturelles, voire
militaires. Il existe de ce fait un chapelet de définitions complexes et
assez divergentes les unes des autres, selon les auteurs, selon les
écoles et selon l’optique dans laquelle on se place. Selon le point de
vue adopté, on aura une conception différente du phénomène de
l’intégration. Ce qui explique que les définitions données par les
auteurs ne concordent pas toujours, elles s’affrontent et parfois se
complètent.
D’une manière générale, intégrer c’est rassembler les éléments
pour en former un TOUT ou encore, c’est réunir les parties existantes
de façon à faire un TOUT organique ou encore augmenter la cohésion
d’un TOUT déjà existant.
Ainsi, A. CUVILIER définit-il l’intégration « Comme
l’ensemble des phénomènes par lesquels se constitue l’unité organique
d’un être vivant, d’un système mental d’une société. Pour A. Lalande,
elle est « l’établissement d’une interdépendance étroite entre les
parties d’un être vivant ou entre les membres d’une société ». Pierre
DE SENARCLENS la définit comme étant « le développement des
rapports économiques et sociaux créant une interdépendance
croissante entre les Etats. Elle s’inscrit d’ordinaire dans un espace
géographique spécifique. Elle implique un degré plus ou moins élevé
d’institutionnalisation. Elle peut également signifier le processus par
lequel les Etats mettent en place des mécanismes visant à renforcer
leur cohésion mutuelle et leurs rapports de solidarité, en vue de
partager ou même de confondre leurs souverainetés respectives»
Ceci veut dire en d’autres termes que par le processus
d’intégration, les Etats qui constituent les acteurs politiques de la
société internationale décident et arrivent à investir des nouvelles
institutions régionales et les dotent d’une autorité et d’une légitimité
égale ou supérieure à celle des gouvernements nationaux respectifs.
Cela est apparu comme une exigence, avec le développement
des Etats-Nations et qui coïncident avec le renforcement des
mécanismes qui sous-tendent la coopération régionale afin de
répondre à l’expansion des réseaux d’échange et de communication et
à la transnationalisation des marchés. C’est le cas de l’Accord de
Libre-échange entre les Etats-Unis et le Canada en 1998 et qui s’est
étendu au Mexique en 1994 avec l’entrée en vigueur de l’Accord de
Libre-échange nord-américain connu sous le nom d’ALENA.
[62]
Parlant de l’intégration économique, ARON Raymond
considère que « deux unités économiques peuvent être considérées
comme ayant réalisé le plus haut degré d’intégration quand les
transactions entre deux individus placés dans l’une et l’autre unité
ressemblent, à très peu de choses près, à des transactions entre
individus de la même unité.
C’est, en d’autres termes, l’élimination de la discrimination
entre les unités économiques appartenant à différentes nations et
l’unification des plans d’un ensemble de centres de décisions appelés
à former un seul système économique.
Mais si le terme « intégrations » tire ses origines de
l’économie politique, il dépasse la seule dimension économique, «
parce que s’il y a des structures économiques, il n’y a pas des sociétés
économiques au sens précis de ce terme, l’intégration économique est
une idée qui apparaît comme étroitement dépendant de l’intégration
politique. Celle-ci se situe sur deux plans : sur le plan interne et sur le
plan international pour reprendre les termes de J. BARREA.
Dans sa phase interne, le processus d’intégration consiste à
accroître la solidarité entre les éléments d’un ensemble préexistant, à
accroître et à développer la cohésion d’un ensemble déjà constitué.
C’est à cette phase que se réfère Maurice DIVERGER lorsqu’il définit
l’intégration comme « un processus d’unification d’une société qui
suppose non seulement la suppression des conflits, mais aussi le
développement des solidarités »
Considérée sous ses aspects internationaux, qui seuls nous
intéressent ici, l’intégration peut être définie de façon suivante : «
L’intégration est à la fois un processus et une situation qui, à partir
d’une société internationale morcelée en unités indépendantes les unes
des autres, tendent à leur substituer des nouvelles unités plus ou moins
vastes, dotée au minimum du pouvoir de décision soit dans un ou
plusieurs domaines déterminés, soit dans l’ensemble de domaines
relevant de la compétence des unités intégrées, à susciter, au niveau
des consciences individuelles, une adhésion ou une allégeance et à
réaliser, au niveau des structure, une participation de tous au maintien
et au développement de la nouvelle unité ».
Ainsi définie, l’intégration internationale se différencie de la
simple coopération, objectif principal des organisations
[63]
internationales. Celle- ci, la coopération peut se définir comme « un
mode des relations internationales dans un ou plusieurs domaines
déterminés, sans mettre en cause l’indépendance des unités
concernées ».
La coopération est, au sens technique du terme, quelque chose
de plus que la simple concertation occasionnelle à propos d’un
problème déterminé. Elle est, à l’inverse, quelque chose de moins que
l’intégration. Elle sauvegarde l’indépendance des partenaires et elle
n’aboutit jamais à transférer aux institutions de coopération un
pouvoir de décision autonome objectif auquel tendent la plupart des
organisations régionales à la différence d’autres organisations
internationales qui restent de simples structures de coopération.
C’est dans cette perspective que plusieurs auteurs ont essayé
de fournir plusieurs définitions de l’intégration et de justifier ses
théories à la lumière des unions économiques existantes. A titre
d’exemple, nous prenons A. MARCHAL, G. MYDRAL, D.
MYTRANY, E. HAAS, K. DEUTCH, D. RICARDO, F. PERROUX,
E. ETZIONI, TALCOT, Parsons, etc.
Alfred Marchal estime qu’il n’y a un ensemble intégré que
dans la mesure où les liens de solidarité existant entre les divers
éléments sont tels que la liberté totale des échanges profite à tous. De
cette manière, l’intégration implique donc une politique d’efforts
conscients, volontaires en vue de coordonner, voire d’unifier les
politiques économiques, monétaires, sociales, agricoles, etc. de
différents gouvernements nationaux, et enfin de compte mettre en
place une autorité commune supra étatique capable de réaliser l’unité
des décisions qui est le couronnement, le parachèvement, la
conséquence ultime de l’intégration, Marchal fait par ailleurs
remarquer qu’une intégration totale et complète est un idéal
pratiquement inaccessible puisque la solidarité entre les hommes n’est
jamais absolue, mais seulement limitée à certains aspects de leurs
activité ou à certaines périodes de leur existence.
GUNNAR MYRDAL quant à lui, définit « une communauté
intégrée comme celle dans laquelle ses membres doivent prendre de
plus en plus conscience de leur dépendance, de la communauté de
leurs intérêts et de leurs responsabilités et acquérir une disposition à
obéir aux règles s’appliquant à la communauté entière et prendre leur
part de dépenses communes.
[64]
Sur le plan politique
L’intégration désigne un processus qui tend à réunir des
individus ou des groupes des individus de manière à faire un système
interne et/ou à établir une interdépendance plus étroite entre les
membres, individuels ou collectifs, du corps social, d’un système
politique interne visant à la maximisation du bien social et à la
maximisation de cohésion systématique.
Quant à l’intégration politique internationale ; elle consiste en
un processus complexe de régulation qui unifie des systèmes
nationaux ou internationaux en un cadre unique ou système politique’
commun et/ou qui tend à l’augmentation du degré de compatibilité des
composantes structurelles desdits système entre elles et avec celles du
cadre systématique unique.
Le stade ultime de l’intégration politique internationale c’est
l’extinction des systèmes politiques nationaux, donnant naissance au
système politique commun qui devient dès lors le seul distributeur
autoritaire des valeurs. Il nous faut cependant reconnaître que dans
une telle intégration coexistent des dimensions à la fois politiques et
économiques commune est un projet politique, ou plus précisément un
projet de politique commune.
Plusieurs auteurs se sont également penchés sur le concept de
l’intégration politique. D’une façon générale, celle-ci est perçue
comme la fusion des acteurs politiques.
Selon D. MITRANY, l’intégration politique peut être définie
comme une prolifération de la collaboration internationale dans les
différentes sphères techniques telles que, le transport, la santé et la
culture qui absorbent, finalement la sphère politique.
E. Haas quant à lui pense que l’intégration politique peut être
considérée comme la politisation graduelle des buts des acteurs, buts
qui étaient initialement de caractère technique et non controversable.
Pour cet auteur, l’intégration est un processus graduel par lequel les
différents acteurs politiques des Etats ont décidé de réorienter leurs
activités vers un centre nouveau de décision, centre dont les décisions
sont obligatoires et s’imposent aux différents Etats-nations.
Karl Deutsch pour sa part définit l’intégration politique comme
une relation cohérente des acteurs politiques ou des unités politiques
[65]
comme les individus, les groupes, etc., dans leur comportement
politique.
Sur le plan économique
D’une façon générale, on peut définir l’intégration
économique comme la création d’un ensemble économique nouveau
intégré, qui transcende les économies nationales. Ce qui implique
l’existence d’une entité économique stable et reconnue comme telle
sur le plan international et qui est douée d’une cohérence interne.
L’intégration économique, est un ensemble coordonné de structures
reposant sur un système commun de normes juridiques telles que :
L’harmonisation des plans et des programmes de
développement des différentes unités composantes, de
différents Etats ;
La coordination dans le domaine de productions
agricoles et la promotion des règles applicables à des
secteurs déterminés.
David Ricardo définit l’intégration économique comme une
nécessité du commerce international, laquelle nécessité est dictée par
l’interdépendance des ressources et disponibilités entre des unités
conduisant ainsi à la réalisation de l’intégration.
François PERROU, se référant à la théorie de l’équilibre qui
conçoit l’économie comme une machine autorégulée ou l’équilibre de
prix et quantités et se présente sous forme d’équivalence ou sous
forme de retour automatique aux niveaux stables, définit l’intégration
comme le couplage de deux ou plusieurs nations ou couplage des
marchés nationaux liés par les prix-quantités. L’intégration devient
donc une situation d’équilibre de prix-quantités des unités
participantes donnant ainsi lieu à des grandes probabilités de
satisfaction optimale pour chacune des composantes intégrées.
E. ETZIONI, qui a étudié le phénomène d’unification politique,
utilise cette expression pour désigner le processus d’intégration et le
terme intégration pour qualifier l’intégration-situation c’est-à-dire
comme synonyme d’équilibre. De même TALCOT Parsons met
l’accent sur l’idée d’équilibre. L’intégration est connue comme une
condition statique de complémentarité entre les éléments composants
d’un système maintenu en équilibre grâce à cette complémentarité.
[66]
Pour ETZIONI, c’est la capacité d’une communauté de relever le défi
interne et externe, ce n’est point un processus.
R. ERBES définit quant à lui le terme « intégration » comme
une espèce réservée aux diverses opérations plus ou moins
simultanées, liées et complémentaires consistant à :
- établir et aménager au mieux toutes les relations
économiques souhaitables pour des échanges des
produits, factures et informations entre les parties dont
on projette de faire un ensemble ;
- rendre progressivement plus compatibles les projets
économiques.
PAD UGO définit l’intégration économique comme un
processus d’élimination progressive d’obstacles aux échanges entre
plusieurs pays, de confrontation entre les politiques respectives, un
processus de coordination et d’harmonisation des directives
économiques principales.
J. TIMBERGEN définit pour sa part le concept de l’intégration
économique comme la création des structures plus favorables à
l’économie internationale et susceptible d’introduire tous les éléments
favorables à la coordination et à l’unification des Etats.
Dans une intégration régionale, les pays partenaires adoptent
des mesures communes et durables en vue de parvenir à une série
d’objectifs économiques, dont notamment ceux liés à la libération de
leurs échanges.
Et en fonction de leurs objectifs et de leurs implications, les
intégrations régionales revêtent les formes les plus diverses. En
fonction de leur degré d’intégration, les arrangements régionaux se
présentent sous cinq formes essentielles, à savoir : Zones d’échanges
préférentiels, zone de libre-échange, Union douanière, Marché
commun et Union économique.
Une Zone d’échanges préférentiels est fondée sur un simple
système de tarifs préférentiels, c’est-à-dire l’application entre pays
membres de tarifs plus bas que ceux qu’ils concèdent au reste du
monde. Les droits de douane ne sont pas supprimés dans les échanges
entre Etats membres, ils sont tout simplement atténués et repris dans
un accord commercial multilatéral. De nos jours, dans leurs relations
commerciales avec les pays industrialisés, les pays en voie de
[67]
développement demandent des préférences non réciproques, c’est-à-
dire concédées par les pays développés sans contrepartie, et
généralisées c’est-à-dire étendues à tous les produits sans restriction.
Dans une zone de libre-échange, les partenaires suppriment,
pour l’essentiel de leurs échanges réciproques, les obstacles
s’opposant à la libre circulation des biens et services, sans adopter
pour autant une politique commerciale commune à l’égard des pays
tiers. En d’autres termes, chaque pays membre maintient son propre
tarif douanier vis-à-vis des pays n’appartenant pas à la zone, mais ils
éliminent les droits de douane entre des pays tiers ou membres
Une union douanière est similaire à une zone de libre-échange,
mais elle se caractérise aussi par l’adoption d’une réglementation
commerciale commune vis-à-vis des pays tiers. Les pays constituant
une union douanière appliquent notamment un tarif douanier extérieur
commun aux produits originaires des territoires qui ne sont pas
compris dans celle-ci. Ainsi, dans sa forme totale, l’union douanière
comporte la substitution d’un seul territoire douanier à deux ou
plusieurs territoires douaniers.
Un marché commun est un mode de regroupement plus poussé.
Il exige la libre circulation des personnes, des biens, des services et
des facteurs. Il est un indice d’optimalité économique.
Quant à l’Union économique et monétaire, elle représente la
forme la plus élaborée de l’intégration régionale. Elle ajoute en effet
aux quatre libertés instituées par le marché commun, la mise en œuvre
des politiques macro-économiques communes. Elle sous-entend
l’unification des politiques monétaires, fiscales, sociales,
conjoncturelles et la mise en place d’une autorité supranationale
comme on peut, à ce stade, parler d’une intégration globale, c’est-à-
dire, qui s’applique à un ensemble pris en bloc, c’est une intégration
des économies. Elle est plus structurelle, plus dynamique parce qu’elle
doit viser à faire ou à défaire les structures économiques. Elle doit, en
principe, aboutir à une union politique, laquelle implique un abandon
de souveraineté dans les domaines vitaux tels que la défense, la
diplomatie, la monnaie, la politique étrangère et ce, au profit d’un
organisme supranational dont les décisions sont opposable à tous les
membres
[68]
En dehors de ces cinq formes d’intégration régionale, il existe
aussi des formes hybrides et/ou parcellaires.
C’est ainsi que dans la recherche et tentatives intégrationnistes,
d’autres auteurs ont essayé d’établir les étapes de l’intégration
économique. C’est le cas notamment de Jean-Claude PERRIN, BELA
BALASSA et Ernest HAAS.
Pour Jean-Claude PERRIN, il y a deux étapes importantes dans
le processus de l’intégration économique.
1. La première étape consiste en un décollage, lequel se rapporte
aux moyens technologiques des découvertes scientifiques
qu’entraîne l’implantation de la toute première génération des
industries. Ceci fait que tout l’espace économique trouve son
organisation selon le mode de régions agricole évoluées, ayant
la caractéristique de la spécialisation, de production, de
commerce des produits l’épargne et enfin l’accumulation
obligatoire du capital.
2. La deuxième étape se rapporte à l’acquisition des aptitudes de
croissance d’une manière autonome et continue. Elle
correspond à la deuxième génération d’industries, mieux, à
l’affranchissement des conditions liées à la possession des
ressources naturelles et à la croissance de la concurrence.
Par le fait que l’évolution de la technique industrielle se
propage, ceci entraîne par conséquent l’évolution de transport et
l’évolution du système industriel tout entier qui se présente sous forme
de vent d’innovation majeure. Il naît de ce fait une spécialisation au
sein de filière et les avantages comparatifs s’exploitent. La
conceptualisation économique et la diversification s’exécutent.
Somme toute, la réalisation de l’intégration économique peut
être envisagée en deux phases :
1. La première, celle de décollage, où les potentialités de
l’ensemble des éléments intégrateurs se traduisent en termes
de dotation en ressources industrielles et d’une protection du
fait de ces activités par le marché régional ;
2. La deuxième étape : les rentes géographiques entraînent les
actions entreprises à forte organisation que les zones
consolident enfin un développement autonome, autocentré et
équilibré.
[69]
BELA BALASSA pour sa part, adoptant l’idée selon laquelle
« l’intégration est un processus conduisant à un plus grand degré
d’unité », est amené à consolider les différentes formes qu’elle revêt
comme devant logiquement se succéder dans le temps, et constituer
autant d’étapes, autant de degrés permettant de lever vers le but final
de l’intégration parfaite. Il distingue cinq étapes successives par
lesquelles l’intégration économique doit passer. Il s’agit de : la zone
de libre-échange, l’union douanière, le marché commun, l’union
économique, l’union politique.
ERNEST HASS parle d’intégration processurale à quatre
phases, à savoir :
1. L’élimination d’obstacles aux mouvements des facteurs de
production entre les parties en voie d’intégration. Cette phase
correspond à la zone de libre-échange ;
2. L’union économique qui implique le passage inéluctable du
secteur économique à l’intégration politique. C’est le cas de la
CECA, de la CEE et de l’UE ;
3. L’intégration institutionnelle qui suppose l’existence d’un
corps de fonctionnaires régionaux, internationaux
indépendants de leurs gouvernements qui mènent la politique
d’intégration régionale avec la collaboration des services
gouvernementaux ;
4. L’intégration négociée avec moins des structures
institutionnelles évitant toute idée d’organe supranational,
supra-étatique.
Enfin quant à la question de savoir si une intégration totale et
complète est possible ou non, les avis semblent partagés.
A première vue, les succès de l’intégration européenne
pourraient donner raison à la théorie néo-fonctionnaliste de
l’intégration développée par Ernest Haas et LINDBERG. Le néo-
fonctionnalisme tel que développé par chacun de ces deux auteurs
sape les souverainetés des unités politiques existantes pour en
recomposer une nouvelle à un niveau supérieur de la société.
L’objectif est de recréer progressivement un super-Etat avec une
assise territoriale.
En effet, pour Ernest Haas, l’intégration internationales « est le
processus par lequel les acteurs politiques des différentes
[70]
communautés nationales sont déterminés à réorienter leurs allégeances
leurs aspirations et leurs activités politiques vers un nouveau centre
dont les institutions possèdent ou demandent la juridiction sur les
Etats nationaux préexistants ». Cette définition rejoint celle de
LINDBERG pour qui l’intégration politique « est le processus par
lequel, indépendamment les unes des autres les unités politiques
étrangères harmonisent leur politique étrangère ainsi que leurs
principales politiques domestiques et cherchent à prendre ensemble
des décisions ou confient le processus décisionnel à un nouvel organe
central et un processus par lequel les acteurs politiques des diverses
unités sont conduits à réorienter leurs aspirations et activités politiques
vers un nouveau centre
Par contre, David MITRANY développe une stratégie
diamétralement opposée à la précédente. Il s’agit de la stratégie
fonctionnaliste de coopération internationale par la multiplication des
unions administratives, c’est-à-dire des organisations internationales à
compétence spécifique et technique telles que la poste, les
télécommunications, la santé, la culture, le bien-être, la science et
technologie.
Cette conception fonctionnaliste repose sur cinq grands
principes, à savoir : la non-territorialité de l’autorité, la séparabilité
entre les compétences proprement politiques-défense, politique
étrangère, diplomatie et les compétences technico-socio-économiques
d’un Etat moderne, le caractère utilitaire de l’allégeance et partant son
fractionnement possible, la ramification ou le transfert de la pratique
de la coopération intergouvernementale et enfin la paix internationale
par l’érosion graduelle des souverainetés politico-territoriales et de
nationalismes.
Il sied pourtant d’indiquer que de ces principes, seuls trois- la
séparation des deux ordres de compétences, la ramification ou la
transférabilité de l’expérience de coopération et le fondement utilitaire
de l’allégeance politique- peuvent être confronté à la réalité
empirique. Et de ces trois principes, seules la ramification est
confirmée par les faits ; la première organisation internationale
technique-l’Union télégraphique internationale créée en 1865-a été le
point de départ d’une prolifération des organisations internationales
techniques. La CECA a engendré la CEE et l’EURATON, et ceux-ci,
avec le Traité de Maastricht de 1992 ont ouvert la voie à une
[71]
intégration dans des domaines aussi sensibles que la monnaie, la
politique étrangère et la défense.
Quant aux principes de la séparabilité des ordres économiques
et politiques et du fondement utilitaire de l’allégeance politique sont
largement infirmés par les faits.
En effet, non seulement l’ex- URSS qui avait d’abord boudé les
institutions spécialisées de l’ONU y est finalement entrée après la
mort de Staline en 1954 pour des raisons politiques également, les
Etats-Unis ont tenté de s’opposer a l’allocation d’une aide financière à
Cuba par le biais « des Nations Unies.
Et les exemples sont multiples, qui illustrent bien l’intrusion des
luttes politiques dans les organisations internationales sectorielles.
Toute la prolifération des organisations internationales à compétence
restreinte n’a pas sonné le glas des nationalismes ou d’une allégeance
politique effective.
Comme on le voit, la différence entre le fonctionnalisme et le
néo- fonctionnalisme est grande. En effet, si le premier dilue les
souverainetés existantes en les dispersant entre de multiples
organisations intergouvernementales, le second « sape les
souverainetés politiques existantes pour en compenser une nouvelle à
un niveau supérieur de société ».La conception néo- fonctionnaliste du
pouvoir politique est traditionnelle et territoriale : proche en cela du
fédéralisme le néo-fonctionnalisme vise à recréer progressivement un
super- Etat avec une assise territoriale. Mais c’est au niveau de la
stratégie mise en œuvre pour constituer ce super-état, ce nouvel Etat,
que le néo- fonctionnalisme se démarque du fédéralisme.
En effet , si le fédéralisme transfère directement les matières
politiques - politique étrangère, défense, diplomatie –au niveau
central, conçoit l’intégration politique par la création d’un appareil
de contrainte physique et d’un gouvernement central disposant du
pouvoir de contrainte, et aborde d’emblée l’intégration politique au
plan des matières politiques puisque le pouvoir central mis en place
est compétent en politique étrangère, en matière de défense, les
approches graduelles des fonctionnalistes et de néo- fonctionnalistes
préconisent le passage par l’étape transitoire des organisations
internationales supranationales à compétences limitées et techniques.
[72]
La notion fonctionnaliste de ramification ou engrenage permet
l’articulation des étapes transitoire à l’étape filiale, à savoir la création
d’un Etat fédéral.
Mais pour les néo – fonctionnalistes, cette ramification, que
l’on désigne aussi par le terme « spill over » est loin d’être
automatique. Elle est au contraire voulue par les acteurs qui cherchent
à étendre à d’autres domaines les avantages obtenus par les
expériences antérieurs des gestions intégrées d’un intérêt commun.
C’est dire que du fonctionnalisme classique, les néo–fonctionnalistes
retiennent les principes de la séparation de deux ordres de compétence
et de la priorité des matières socio-économiques, tout comme le
principe gradua liste de l’engrenage ; et ils rejettent l’hostilité de
principe à l’égard de la souveraineté politique territoriale. Ils
rejoignent le fédéralisme dans l’attention qu’il porte au facteur
institutionnel et dans son objectif final, à savoir : la création d’un
super - Etat unifiant les unités politiques existantes.
Pour les néo-fonctionnalistes, les élites socio-économiques
constituent les agents moteurs du processus d’intégration politique
dans la mesure où ce sont elles qui « reste davantage que d’autres
groupes sociaux l’inadéquation des superstructures – Etat - nation- au
besoin des économies modernes ». Mais de façon plus précise, on
pourrait dire que « c’est la compétition des élites socio-économiques à
propos des divers intérêts sectoriels et les combinaisons ou coalitions
successives qui résultent qui constituent le moteur de l’intégration
selon le mode néo-fonctionnaliste ». Ce n’est pas pour un intérêt en
compétition pousse à l’intégration ; c’est dans la mesure où celle-ci
entend promouvoir leurs intérêts propres. D’où leur accord sur la
nécessité de mécanismes institutionnels communs de décisions et leur
désaffection à l’égard des options de type idéologique.
On comprend dès lors J. BARREA lorsqu’il « considère que
les pays occidentaux soient le cadre idéal pour la voie néo-
fonctionnaliste d’intégration internationale , puisque le contexte
démocratique pluraliste y fournit en effet des possibilités d’action
accrues aux victimes de l’inadaptation des anciens Etats –Nations aux
exigences économiques modernes et que seul un climat
idéologiquement neutralisé permet à la mentalité utilitariste des néo –
fonctionnalistes de gagner la classe politique à sa cause .
[73]
Il importe d ‘ indiquer que l’élite qui catalyse l’unification peut
être externe ou interne au système international qui s’intègre
politiquement l’élite externe favorise un processus d’union qui ne
l’engage pas elle-même.
Ce fut le cas avec le soutien apporté par la grande Bretagne à
l’unification du Canada de l’Australie et de l’Afrique du sud ainsi que
celui de l’USA à l’unification européenne (plan Marshall, O E C E
« Organisation Economique des Communautés Européennes…). Cette
élite externe pourrait avoir plus de chance de réussir c’est à dire déci
cité une intégration politique régionale sans y participer elle-même,
car elle respectait la distribution de force de la région qui s’unifie et y
soutiendrait l’élite interne. C’est ainsi que dans le cadre de
l’unification européenne, les USA s’appuyèrent sur la puissante
Allemagne occidental.
La notion d’élite interne est donc proche de celle d’Etat ou de
région-pilote. K. Deutsch et ses associés ont constaté que des unités
politiques plus grandes, plus puissantes et politiquement,
administrativement, économiquement, et culturellement plus
avancées, constituaient des noyaux des puissances au tour des quels le
processus d’intégration se développait dans la plus part des cas.
Plusieurs cas d’unification tendent à confirmer ce constat.
L’Allemagne et l’Italie s’unifièrent au tour de la Prusse et du piémont,
tout comme l’union sud-africaine s’est constituée au tour du
Transvaal.
Quant aux moyennes puissances que ETZIONI désigne sous le
terme d’Etat -lieutenant ou Etat hein, elles préparent la voie au
leadership de unités-pilote. Mais, ainsi que le constaté J. BARREA,
ces puissances intermédiaires ont tendance à se montrer les plus
hostiles. Au processus d’intégration politique internationale lorsque
ces dernières viennent à passer sous le leadership des Etats de premier
rang.
C’est ainsi que la Prusse eut à vaincre la résidence de la
Bavière, que la toscane fut réticente à l’unification italienne, et que
l’Etat de New York fut récalcitrant à l’égard du processus fédéral
américain. Mais dans l’ensemble, J. BARREA note que les moyennes
puissances adoptent successivement trois attitudes différentes à
l’égard du processus d’intégration politique internationale : tendance à
exercer le leadership avant que la grande puissance locale ne
[74]
s’intéresse au projet d’unification politique régionale ; ensuite perte du
leadership au profit d’Etat-pilote plus puissants et donc hostilité des
puissances moyennes à l’égard du projet d’unification et enfin elles
redeviennent favorables au projet lorsque la classe dirigeante de
l’Etat-pilote épuisées parla gestion de la nouvelle entité politique,
passe la main.
A travers le passage en revue des stratégies pluralistes,
fonctionnalistes, néo-fonctionnalistes et fédérale de l’intégration
politique internationale, et l’examen du rôle et de l’attitude des Etats
face à ces processus, nous entendions cerner les contours de la théorie
partielle de l’intégration politique. Celle-ci se présente comme un
dépassement des toutes les théories de la sécurité, dont elle constitue
une solution ultime, dans la mesure où sa stratégie pour la paix repose
sur la transformation de l’ordre international en un ordre politique,
constitué au tour d’un pouvoir central. Elle est également un
dépassement des théories de la négociation et de la coopération parce
qu’elle s’intéresse au centre de décision, quelle unifie
progressivement.
En face aux limites et aux inerties de l’ordre international à
vocation universelle comme l’ONU, inerties et limites difficiles à
corriger et à franchir en raison de la lourdeur de structures et du jeu
d’intérêt entre les grandes puissances, il nous semble que les
intégrations politiques régionales constituent une alternative sérieuse.
- Une intégration totale et complète est-elle possible ?
A première vue les succès de l’intégration européenne
pourraient donner raison à la théorie néo-fonctionnaliste de
l’intégration, développée principalement par HASS et LINDBERG.
Comme nous l’avons dit plus haut, le néo-fonctionnalisme sape les
souverainetés des unités politiques existantes pour en recomposer une
nouvelle à un niveau supérieur de société. L’objectif du néo-
fonctionnalisme est donc de créer progressivement un super Etat avec
une assise territoriale. Une gradation ou spill-over conduit à ce stade
d’un super - Etat.
Mais cette gradation n’est pas automatique, elle est voulue par
les acteurs qui cherchent à attendre à d’autres domaines les avantages
obtenus par les expériences antérieures de gestion intégrée d’un intérêt
commun. Les agents moteurs du processus d’intégration politique par
[75]
la voie néo-fonctionnaliste sont comme nous l’avons dit, les élites
socio-économiques dans la mesure où celles-ci recensent d’avantage
que d’autres groupes sociaux l’inadéquation des structures politiques
aux besoins des économies modernes. Comme l’écrit J. BARREA, les
élites socio-économiques sont d’autant plus actives que les sociétés
sont industrielles, démocratiques, pluralistes et idéologiquement
homologues.
Pour les auteurs de cette théorie, les pays occidentaux
constituent le cadre idéal pour la voie néo-fonctionnaliste
d’intégration internationale. Non seulement, en effet, le contexte
démocratique-pluraliste fournit des possibilités d’actions accrues aux
victimes de l ‘inadaptation des anciens Etats nationaux aux exigences
économiques modernes, mais également seul un climat
idéologiquement neutralisé permet à la mentalité utilitariste des néo-
fonctionnalistes de gagner la classe politique à sa cause.
Comme on le voit, l’intégration européenne est la parfaite
illustration : la CECA a engendré la CEE et L’EURATOM. Les
quelles, le traité de Maastricht de 1992 ont finalement débouché sur
une intégration ou coopération dans des compétences politiquement
sensibles, jadis réservé et exclusivement aux Etats - nations, telle que
la monnaie, la politique étrangère et la défense. L’apparition de la
monnaie unique, l’Euro, la position commune de l’union européenne
sur les grandes questions de politiques étrangères et les perspectives
par une défense commune de l’Europe de quinze paraissent donc, pour
certain, apporter un démenti à Alfred Marshall pour qui une
intégration totale et complète est une idéale pratiquement inaccessible
parce que la solidarité entre les hommes ne jamais absolue, mais
seulement limitée à certains aspects de leurs activités ou à certaines
périodes de leurs existence.
Nous pensons, quant à nous qu’effectivement l’intégration
totale et complète reste un idéal qu’on poursuit, elle une quête
inachevée, un processus aux horizons indéfiniment reculées en raison
de la présence des forces d’inertie qu’on ne peut jamais totalement
faire disparaître. Par mis ces forces on peut indiquer l’instabilité de
coalitions d’intérêts des élites socio-économiques (les données socio-
économique changeant, les élites pourraient être amenés à revoir leurs
intérêts. Tel est le cas, dans l’union européen de la réglementation sur
la chasse, sur l’immigration, … qui sont loin de créer l’unanimité des
[76]
Etats), la puissance des nationalismes (illustrer par la monté de
l’extrême droite dans la plus part des pays de l’union), l’autonomie
relative des matières proprement politiques (témoin : le rejet par
beaucoup d’Etats de l’union de l’idée d’élaborer une constitution
européenne) et le regain de prestige et des puissances des Etats
nationaux qui tient profit de leur intégration économique. Le principe
du spill-over ne peut dont pas nous conduire à méconnaître la
spécificité des domaines politiques, telle la politique étrangère, la
défense…
Autant dire que l’intégration est une quête dont l’objectif ultime
correspond à la fin du processus. Cette fin est donc difficilement
pensable en termes d’intégration complète, car une telle intégration
devrait s’accomplir à plusieurs niveaux à la fois (niveau politique,
niveau économique, niveau religieux, niveau culturel…). C’est, sans
doute, pour reprendre les thèses marxistes sur le passage du
capitalisme au communisme, l’extinction de l’Etat qui pourrait
constituer l’ultime étape du processus d’intégration ; extinction qui se
traduirait par la réalisation de l’intégration totale des toutes les parties
de la société globales.
En définitive, l’intégration politique internationale demeure une
quête inachevée, elle est une dynamique dont l’idée dernière reste, en
fin de compte, imprévisible en raison précisément du caractère non
prévisible des coalitions d’intérêts des élites socio-économiques et en
raison des poids conjugués de diverses forces d’inertie. Envisager un
achèvement historique du processus d’intégration politique relèverait
donc de l’utopie.
[77]
CHAPITRE CINQUIEME
LA PROBLEMATIQUE DES RELATIONS
INTERNATIONALES AFRICAINES
Pour aborder cette question nous allons procéder de deux
manières suivantes :
1. Procéder à l’identification d’une Région appelée « Afrique » qui
soit susceptible d’être le champ des telles relations et/ou d’en être
actrice.
2. Procéder à l’identification des acteurs des relations internationales
africaines
Section première : LA PROBLEMATIQUE DE l’EXISTENCE
D’UNE ZONE « AFRIQUE »
1. Le courant régionaliste
L’idée qu’il puisse exister une région nommée ‘’Afrique’’ a
été tantôt repoussée, tantôt affirmée par certains auteurs.
A. Les négateurs d’une région nommée « Afrique »
Pour les professeurs REUTER Paul et COMBOCAU Jean
« l’Afrique n’existe guère comme être autonome et comporte au
moins deux mondes : l’Afrique noire et l’Afrique arabe. L’entité
Afrique est considérée comme une unité dans la mesure où la carte est
investie d’une autorité qui lui est conférée par les fabricants de
cartes », lance avec un certain scepticisme et une pointe d’ironie
Herskovits.
Certains africains eux-mêmes n’ont pas hésité à affirmer le
caractère non africain des Etats arabes géographiquement situés en
Afrique. Ainsi, le chef nigérian AWOLOWO, dans son
autobiographie déclarait à propos de l’Egypte : « c’est vrai que
physiquement et géographiquement, l’Egypte est en Afrique. Mais en
dehors du fait que tout son cœur politique est dans le monde arabe,
elle ne s’est jamais considérée comme ayant une affinité sociale et
culturelle quelconque avec les races noires d’Afrique ».
[78]
En mettant en avant sa théorie du ‘’second cercle’’ et en
soulignant le devoir de l’Egypte de « répandre la lumière de la
connaissance et de la civilisation jusqu’à la profondeur des jungles
vierges du continent », le colonel NASSER réveillait chez les
Africains d’Afrique noire le souvenir de la mission civilisatrice de
l’Europe et contribuait ainsi à éveiller à l’égard du monde arabe
naguère esclavagiste.
B. les défenseurs de l’idée d’une région nommée « Afrique »
KWAME N’KRUMAH, tout en reconnaissant l’existence de
différences entre les Etats africains, soulignait l’unité de l’Afrique et il
lançait cette formule : « le fait essentiel demeure que nous sommes
tous africains ». De même, NYERERE Julius parlait tandis que,
Sékou Touré déclarait : « la liberté de l’Afrique est indivisible ».
D’où, une question se pose : Qu’est-ce qui fait l’unité de
l’Afrique, une unité qui constituerait l’Afrique en région ?
En fait, l’unité de l’Afrique résulte d’un faisceau d’éléments
qui, les uns et les autres, à des degrés divers, contribuent à
l’émergence de la région ‘’Afrique’’, une et indivisible. Au nombre de
ces éléments, on citera entre autres :
1°) La contiguïté géographique
La contiguïté géographique ne doit certes pas être négligée ni
minimisée. Mais elle ne saurait suffire. En effet, comme le connaît si
bien J.M. BIPOUN WOUM, « si le voisinage géographique est un
élément nécessaire de la région, il n’est guère suffisant même pour
déterminer la région dans l’espace international ». D’autre part, un
Etat situé géographiquement en Afrique peut se sentir plus attiré par
un Etat non Afrique. Ce fut le cas de la République arabe unie (Egypte
+ Syrie) qui avait un pied en Afrique et autre au Moyen – Orient et
que d’aucuns considéraient comme « l’antithèse même d’une
communauté africaine viable ».
2°) Le passé colonial
Le sentiment d’appartenance à une région étendue aux
dimensions de l’Afrique est le fruit de la colonisation. En d’autres
termes, si un des reproches fait fréquemment aux Etats coloniaux est
d’avoir balkanisé, fragmenté le continent africain en unités politiques
[79]
artificielles cela ne veut pas dire que l’unité de l’Afrique pré-existait à
la colonisation. Comme le remarque Timothy M. SHAW : ‘’A
l’époque pré-coloniale, l’Afrique était une série de sous-systèmes
régionaux reliés les uns aux autres, les communications, la
technologie et l’échelle de la politique limitaient les contacts
continentaux sauf par l’intermédiaire des commerçants et des
religions’’.
Julius NYERERE souligne que le sentiment d’Afrique était
quelque chose qui est venu de l’extérieur. Il ajoute : la colonisation a
eu un résultat significatif. Un sentiment fut créé sur le continent
africain, un sentiment d’unicité… les Africains sur tout le continent,
sans qu’un mot ait été échangé entre les individus ou les pays,
regardaient l’Européen, se regardaient l’un l’autre, et savaient que par
rapport à l’Européen ils étaient un seul et même peuple’’.
3°) la volonté commune des africains de détruire le système colonial
et de ne pas accepter d’être placés sous la domination de puissances
étrangères : refus total de la domination étrangère. En ce sens, l’idée
d’unité de l’Afrique est comme le nationalisme, un refus, une révolte.
Cette unité est fragile.
4°) Pour certains, l’unité de l’Afrique est d’ordre culturel
L. SEDAR SENGHOR affirme qu’on ne peut bâtir l’avenir de
l’Afrique uniquement sur le passé colonial. Cet avenir « ne peut
reposer solidement que sur des valeurs qui soient communes à tous les
africains et qui soient, en même temps permanentes. C’est très
précisément l’ensemble de ces valeurs que j’appelle africanité ».
Pour SENGHOR, arabité et négritude se conjuguent pour
former l’africanité, fondement culturel de l’unité de l’Afrique. C’est
ainsi qu’en 1963 déclarait : « ce qui nous lie est au-delà de l’histoire.
Il est enraciné dans la préhistoire. Il tient à la géographie, à l’ethnie,
et partant à la culture. Il est antérieur au christianisme et à l’Islam. Il
est antérieur à toute colonisation .Cette communauté culturelle que
j’appelle AFRICANITE. Je la définirais comme l’ensemble des
valeurs africaines de civilisation. Qu’elle apparaisse sous son aspect
arabo-berbère ou sous son aspect négro-africain, de vigueur dans
l’expression… il faut nous forger ensemble une âme commune. Nous
avons cette âme, qui s’incarne dans l’Africanité. Il nous suffit de la
reconnaître et de l’assumer ».
[80]
- De la définition de la culture :
La culture peut être définie comme l’ensemble cohérent et
coordonné des systèmes de valeurs, des représentations et des
croyances, des règles de conduite, des techniques matérielles et
intellectuelles caractéristiques d’une société ou d’un groupe social,
permettant l’affirmation de son identité. L’Africanité devient ainsi la
base culturelle du continentalisme.
5°) Les fondements économiques
L’histoire et l’existence d’une culture commune ne suffisent
cependant pas à créer la conscience d’une seule et même Afrique.
C’est la raison pour laquelle l’accent doit être mis sur les fondements
économiques.
En 1959, la Fédération des Etudiants d’Afrique noire en France
« FEANF » adapte le principe de l’unité africaine sur une grande
échelle et ajoutait : « cette unité préconisée n’est pas une unité
sentimentale, mais une unité dictée par des considérations d’ordre
politique et économique inhérentes à notre époque ».
N’KRUMAH développait l’idée selon laquelle les Etats
africains, pris individuellement, sont incapables de réaliser un
véritable développement économique, d’une part, parce que, trop
faibles, ils sont soumis à des pressions extérieures, d’autre part, parce
qu’ils ne disposent pas de moyens matériels, humains, financiers) pour
résoudre isolément leurs problèmes économiques. En revanche,
considérée dans son ensemble, l’Afrique dispose du potentiel
nécessaire pour rivaliser avec les grandes puissances.
6°) Enfin, sur le plan de la sécurité
L’Afrique ne peut être envisagée que dans sa totalité. Les
intérêts des Etats convergent. La balkanisation, génératrice de
faiblesse et de dépendance, met nécessairement les Etats africains
dans la dépendance des puissances étrangères. La défense de l’Afrique
comme sa liberté, est indivisible. Sa survie commande la mise en
commun de ses moyens de défense pour éviter des gaspillages de
ressources, des conflits stériles et écarter les interventions étrangères.
En définitive, il ne manque pas d’arguments pour étayer la thèse
de la réalité d’une région nommée ‘’Afrique’’. En fait, assez
[81]
rapidement avant même que les pays africains n’aient accédé à
l’indépendance, l’idée du régionalisme s’était imposée.
En 1956 CHEIKH ANTA DIOP parlait de l’émergence d’un
Etat multinational embrassant la quasi-totalité du continent. Le thème
du régionalisme fut repris par le congrès du PRA (Cotonou, 1958) qui
adopta le mot d’ordre des Etats-Unis d’Afrique.
Un communiqué conjoint Guinéo-Ghanéen du 23 novembre
1958 créa une Union entre les deux Etats comme première étape de la
création d’une large communauté africaine. La conférence non
gouvernementale de tous les peuples africains (Accra, 6-13/12/1958),
à laquelle un grand nombre de partis politiques africains participent,
vota une résolution affirmant comme objectifs prioritaires la création
des Etats-Unis d’Afrique.
L’Union Ghana-Guinée s’élargit et compte en son sein le Mali
et donne naissance à l’Union des Etats Africains (charte du
29/04/1961) considérée comme un embryon des Etats d’Afrique.
Ouverte à tout Etat ou fédération d’Etats d’Afrique, elle ambitionnait
de réunir tous les Etats africains.
L’idée d’une réalité de la région Afrique aboutira à la création
de l’OUA le 25/05/1963 à Addis-Abeba. Elle s’est manifestée avec
éclat en 1980 avec l’adoption du Plan d’Action de Logos qui
préconise la création d’un marché commun africain ‘’prélude à une
communauté économique africaine’’ d’ici l’an 2000.
Cependant, le régionalisme continue d’être en concurrence
avec un autre courant plus favorable aux regroupements sous-
régionaux. Le rêve de la grande Afrique se heurte à l’existence de
solidarités plus restreintes, fondées sur des facteurs divers.
2. Le courant sous-régionaliste
Le sous régionalisme africain, fondé essentiellement sur des
considérations politiques, a été favorisé par les principaux facteurs ci-
après :
1°) Un passé colonial commun
En effet, la persistance des liens créés pendant la période
coloniale entre certains Etats africains et tel ou tel Etat colonial a
conduit à créer des organisations sous régionales qui reproduisent les
[82]
clivages coloniaux. La tentation est d’autant plus forte que, déjà
pendant la période coloniale, les Etats coloniaux avaient favorisé de
tels regroupements.
a) en Afrique orientale, dès les années 1920, la grande Bretagne
envisagea de regrouper les territoires qu’elle administrait dans cette
sous-région. Après avoir abandonné l’idée de crée une fédération
en raison de l’hostilité du Royaume du Bouganda, elle résolut
finalement à créer en 1947 une organisation commune, connue
sous le nom de « Higt commission », de coopération économique
par voie d’ordre in council. A la veille des indépendances l’idée
d’un Etat fédéral fut reprise par la troisième conférence du
Mouvement Pan-Africain pour l’Afrique Orientale et l’Afrique
Centrale (PAFMECA).
La préférence de ce mouvement allait vers la création
d’organisations sous-régionales, considérées comme un préalable
nécessaire au régionalisme. Julius Nyerere soutenait également cette
idée à la deuxième conférence des Etats indépendants d’Afrique
(Accra, 1960) : ‘’un grand nombre d’entre nous reconnaissent sans
discussion qu’une fédération des Etats d’Afrique orientale la serait
une bonne chose’’, ce qui ne l’empêche pas, de façon paradoxale de
souligner le danger de la formule dévide et impera.
Avant l’accession du Tanganyika à l’indépendance à la suite
des négociations entre la Grande-Bretagne et les trois territoires
d’Afrique orientale, l’accord intergouvernemental créa l’organisation
des services communs d’Afrique Orientale ‘’OSCAO’’. Cette dernière
survécut jusqu’à sa transformation en communauté d’Afrique
Orientale en 1967. Suites à la détérioration des relations entre les Etats
membres, la communauté a dû être dissoute pour des raisons
politiques, économiques et institutionnelles. Ce fut en 1977.
b) Du côté francophone, on trouve les mêmes préoccupations
de préserver les regroupements créés pendant la période
coloniale.
En Afrique orientale francophone :
La balkanisation de l’AOF avait réalisé une unité de huit
colonies françaises d’Afrique. Elle était à l’origine une construction
artificielle. Mais au fil des années, elle était devenue une réalité
vivante dans la mesure où elle avait créé des solidarités économiques,
[83]
(communications et échanges), financières. (Institut d’émission),
humaines (migration, culture), sociales (syndicalisme), politique
(partis, institutions), même si par ailleurs certains facteurs politiques
et économiques contrariaient l’unité. Comme en Afrique Orientale, on
voit surgir un courant fédéraliste. Il est animé, sous des formes
différentes, par L.S. Senghor et par Modibo Keita et par G.
d’Arbousier (expérience de la Fédération du Mali qui ne connut
qu’une durée éphémère pour des raisons politiques : hostilité de la
France et de la Côte d’Ivoire sous Houphouët-Boigny, divergences
doctrinales entre Senghor et Modibo Keita).
Après une période des micro-nationalismes, l’idée de regrouper
les Etats de l’ex-AOF renaît sous une autre forme. Cette fois, il s’agit
d’une organisation économique, la communauté économique de
l’Afrique de l’Ouest « C.E.A.O. », dont les membres sont les six (6)
Etats Francophones suivants : Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso,
Sénégal, Niger et Mauritanie. Créée pour faire contre-poids au Nigeria
Anglophone, la CEAO : (Communauté Economique de l’Afrique de
l’Ouest) est en outre caractérisée à l’origine par les liens étroits qui
unissent les E.M. à la France et leur rejet du marxisme-léninisme
comme de la voie développement non capitaliste.
- En AEF : le passé colonial est encore plus pesant. Mutatis
mutandis, les arguments présentés en faveur de l’OAF sont
valables pour l’Afrique Equatoriale Française. « Dans leur
intérêt vital, soulignait Yvon BOURGES, les nations
francophones d’Afrique centrale aussi bien d’ailleurs que
celles d’Afrique Occidentale, doivent chercher sans cesse non
seulement à préserver leurs organisations communes, mais
aussi les étendre et à les renforcer » ;
- Barthélémy Boganda lance, en 1960, son projet visant à créer
une Union République d’Afrique Centrale (URAC). Ce projet
échoué à cause de l’opposition du Gabon.
A défaut de pouvoir ou de vouloir créer une fédé ration, les
Etats francophones s’orientent vers la création d’une O.I en utilisant
les instruments et les structures hérités de la colonisation et de l’Etat
colonial. En 1941, un Décret français avait crée une Union douanière
équatoriale entre les quatre territoires d’AEF et Cameroun, alors
territoire sous tutelle. Après les indépendances, une nouvelle
convention (23 juin 1961) fixa les relations entre le Cameroun et
[84]
l’U.D.E et le 8 décembre 1964, naquit l’UDEAC. En 1968, une
organisation rivale de l’UDEAC voit le jour. Il s’agit de l’UEAC qui
regroupait le Congo-Kinshasa, la RCA et le Tchad. Cette organisation
n’eut qu’une brève existence, car, à peine née, l’UEAC connut la
défection de la RCA d’abord, du Tchad ensuite.
Les ex-colonies belges (Congo-Kinshasa, Rwanda et
Burundi) créent en 1976 la CEPGEL en invoquant « les
liens historiques, géographiques et culturels, la similitude
des problèmes de développement, la communauté d’intérêts
et de leurs aspirations communes à la paix, à la sécurité et
au progrès ».
En Afrique du Nord, l’idée d’unité du Maghreb trouve ses
racines dans le passé colonial. Des projets de fédération
nord africaine de 1956 à la création du Comité consultatif
du Maghreb, on trouve la même préoccupation de présenter
la solidarité des trois Etats du Maghreb, ce qui n’exclut pas
l’appartenance à des groupements plus vastes.
A leur tour, les pays Lusophones créent en 1979 à Luanda,
un Comité de coordination. Le cinquième sommet (Sao
Tomé, 17-18 février 1985) a mis en évidence les liens qui
unissent ces Etats : « une langue et un passé colonial
communs, des habitants de solidarité nées des luttes anti-
colonialistes et la poursuite d’objectifs sociaux et politiques
proches ».
Sur un plan plus général, les Etats francophones ont cherché à
maintenir entre eux des tissés au cours de la période coloniale.
L’UAM, devenue par la suite OCAM (Organisation Commune
Africaine et Malgache), s’est toujours située dans le cadre de la
francophonie. Malgré les liens qui unissent les Etats africains à
l’ancien, certaines des organisations internationales africaines mises
en place entendent constituer un front commun capable de résister aux
pressions de ce dernier.
2°) Des considérations économiques
Exceptionnellement, des considérations économiques peuvent
conduire ces Etats à dépasser les clivages coloniaux et à créer des
[85]
organisations sous régionales groupant Etats relevant des traditions
coloniales différentes.
A défaut de pouvoir créer des marchés communs sous-
régionaux, la CEA a orienté ses efforts vers le découpage de l’espace
africain en sous-régions économiques (Afrique du Nord, Afrique de
l’Est, l’Afrique de l’Ouest, Afrique Centrale et Australie). Le 13
juillet 1964, le secrétaire Exécutif de la CEA, lors d’une réunion du
Conseil Economique et Social de l’ONU à Genève déclarait : « c’est
sur ce découpage que seront fondés les plans de coopération sous-
régionale et de développement industriel concentré ». Dans cette
conception, création d’une organisation continentale.
De même, le plan d’action de Lagos considère que les
organisations sous-régionales contribueront d’un marché commun
africain, prélude à une communauté économique africaine. Ce point
de vue a été confirmé et réaffirmé par la conférence de l’OUA en
1983.
Dans cette perspective, a été créée en 1975, la CEDEAO sans
pour autant que ne disparaisse la CEAO. Avec l’appui de l’OUA et de
la CEA, a été créé en 1983, la CEEAC dont la convention est entrée
en vigueur le 1er janvier 1985.
3°) Des considérations purement géographiques imposent parfois
la limitation de l’OIA sous-régionale à un petit nombre des Etats
désignés par leur position dans l’espace.
C’est le cas des OIA créées pour l’exploitation et la
mise en valeur des bassins fluviaux ou des lacs partagés entre
plusieurs Etats riverains : OERS, OMUS, OMVS, etc.
4°) Des considérations d’ordre politique favorisent dans une
certaine mesure le sous-régionalisme africain.
- l’identité des politiques proclamée par Nkrumah et Sékou
Touré avait conduit à la création de l’éphémère Union Ghana-
Guinée considérée comme les Etats-Unis de l’Ouest africain.
- Une certaine identité de vue en politique internationale et en
politique économique, souligne MADIBO KEITA, est
absolument nécessaire. Il faut aussi que chaque Etat envisage
son économie dans le cadre d’une et unique économie
africaine, s’il est destiné à constituer une entité avec les autres
[86]
Etats. Le succès d’une politique de coopération, et plus encore
d’intégration, est lié à l’existence d’affinités politiques très
fortes. A vouloir la bâtir sur des systèmes économiques et
politiques opposés, on risque de verser dans un géographisme
stérile, fondé sur la proximité géographique qui rassemble les
Etats dont les orientations politiques différentes.
- Des considérations d’ordre politique ont également amené les
Etats de la ligne de front en Afrique Australe à s’unir et à
créer, en 1980, la SADCC dont l’objectif est de supprimer la
dépendance de ces Etats vis-à-vis de l’Afrique du Sud raciste
et de créer une intégration régionale véritable et équitable
(Déclaration du sommet de Lusaka, 1er Avril 1980 : Afrique
Australe : vers la libération économique).
5°) Des clivages raciaux ne sont malheureusement pas absent
des préoccupations des dirigeants africains. L’idée actuelle de l’Unité
africaine était, dès l’origine, apparut comme une réaction de la race
noire contre la domination de la race blanche. C’est l’affirmation de la
solidarité des noirs de la diaspora.
Sous sa forme première, l’idée d’unité africaine traduit le
sentiment d’appartenance à une race dominée, méprisée et exploitée
par le colonisateur. D’où, un refus du système colonialiste et une
affirmation de la personnalité africaine. Cet aspect de l’idéologie de
l’unité africaine conduit sur le plan institutionnel à privilégier les
organisations limitées à l’Afrique Noire.
SECTION DEUXIEME : LES ACTEURS DES RELATIONS
INTERNATIONALES AFRICAINES
Les acteurs qui agissent sur la scène africaine sont les mêmes
que ceux qu’on trouve sur la scène internationale, cependant, les
acteurs africains possèdent leurs particularité leurs spécificités qu’il
convient d’analyser pour mieux comprendre le rôle qu’ils jouent sur
la scène internationale.
Les Etats africains nés pour la plupart du phénomène de la
décolonisation présentent apparemment toutes les caractéristiques
d’un Etat mais au fond ils sont différents des autres Etats du point de
vue sociologique et politique, ce sont des Etats fragiles.
[87]
Ensuite, les Etats Africains ont créé les OIA pour jouer un rôle
important en relations internationales mais en réalité malgré leur
nombre, leur rôle demeure très réduit.
En troisième lieu quel rôle joue les ONG et surtout les peuples
africains qui en marge du droit agissent en rebelle et sont parfois des
acteurs avec qu’il faut compter L’Etat africain même des conflits
fragile parce que sa base sociologique génère des contradictions et
aussi parce que ses structures politiques et économiques sont souvent
inadaptées.
1. LES ETATS AFRICAINS
Comme dans toutes les relations internationales, l’Etat est
l’acteur principal des Relations Internationales africaines.
1. LES BASES SOCIOLOGIQUES DE L’ETAT AFRICAIN
Trois éléments sociologiques contribuent à donner à l’Etat
africain son assise. Le territoire, la population et gouvernement + la
souveraineté
§1. Le territoire
L’espace de l’Etat est tri dimensionnel (terrestre, maritime,
aérien). L’espace natal africain est l’héritage de la colonisation qui l’a
découpé au gré de ses intérêts sans colonisation l’a découpé au gré de
ses intérêt sans tenir compte de la réalité culturelle locale, ce qui n’est
pas sans effet sur les problèmes actuels de l’Afrique et sur les RIA.
Le partage coloniale de l’Afrique a créé en Afrique des Etats
aux dimensions variées, certains sont grands SOUDAN (2.506.810
km2) RDC (2.348.409 km2) en revanche d’autres sont petits GABON
(28.000 km2), LESOTHO (30.000 km2) Comores (2000 km2) dans la
mesure où l’espaces national n’est pas seulement une réalité
matérielle mais aussi mentale, on peut en tirer la conclusion que les
petits Etats peuvent par moment ressentir un sentiment de frustration
par rapport aux grands Etats. (Cela est vrai : cfr RDC et les pays
voisins) le Nigeria, l’Afrique du Sud, etc. ce qui n’est pas de nature à
faciliter leurs relations cependant un grand territoire possède aussi des
inconvénients (difficile d’étendre son imperium contrôle effectif sur
l’ensemble du territoire).
[88]
A réaliser l’intégration nationale aussi (relier le centre à la
périphérie) en outre une grande étendue d’espace s’accompagne des
frontières vastes, la défense de ces frontières et le contrôle des
mouvements des personnes, des services et des marchandises aux
frontières se trouve plus mal aisées.
En particulier les mouvements sécessionnistes ou irrédentistes
peuvent trouver refuge dans le pays voisins. (Cas de la RDC). La
position de l’espace nationale dans la région et au delà sur la planète
est sans doute plus significatif dont sur plan économiques, militaires
(sur le plan militaire : certain territoires ont une importance
stratégique certaine soit parce qu’ils servent de liaison avec d’autres
territoires soit parce qu’ils sont situés au point de passage des grands
axes de communications) l’exemple type est le cas de Djibouti.
(Commande l’accès de la méditerranéen à l’océan indien) (Situé au
carrefour des grands axes de communications).
Cette position avantageuse peut aussi créer des ennuie (ses
puissances étrangères peuvent vous convoiter) en Djibouti il y a une
base des français (ce qui aliène l’indépendance de Djibouti)
Du point de vue ce que, la position de certains états ne
constituent pas une bénédictions ainsi les Etats sahéliens placés dans
les zones climatiques de sécheresse et de désertification peuvent voir
leur développement handicapé par le manque des capitaux
étrangères, d’autres Etats manquent de fades maritimes, leur accès à la
mer qui est voie de communication naturelle et moins chère dépend
entièrement de la somme volonté des Etats qui ont la chance d’avoir
une frontière maritime. Cas de la Haute volta (Burkina faso) ses accès
à la mer dépend de la bonne volonté de la côte d’ivoire. Bien que la
convention de Mentego bay règle ce genre de problèmes.
Cas de l’Ethiopie et l’Erythrée
Du point de vue des ressources naturelles, certains Etats
regorgent des ressources considérables, pétrolières ou minières, la
plupart des pays africains sont des pays essentiellement agricoles.
S’adonnant à la culture des produits vivriers destinés à la
consommation locale soit aux cultures dites d’exportation sur le plan
militaire comme sur le plan économique, la position de l’Etat n’est pas
neutre.
[89]
2. La population
Sans faire une corrélation entre l’importance de la population
et la puissance de l’Etat, nous observons sur le plan des Relations
Internationales que la population joue un rôle important dans la
puissance de l’Etat, toute fois il faut prendre en considération
plusieurs facteurs. Les statistiques démographiques prévoient que dans
40 ans beaucoup d’Etats africains seront entre 5 à 40.106 d’habitants.
A l’heure actuelle, eu égard aux ressources disponibles les
populations de certains pays africains sont contraintes d’émigrer ce
qui tenterait à prouver que certains Etats africains ne sont pas en
mesure de fournir à leurs population le minimum vital nécessaire.
D’où une certaine situation de dépendance de l’Etat
d’émigration par rapport à l’Etat d’émigration d’où aussi des
réactions xénophobes observées çà et là en Afrique surtout lorsqu’à
l’occasion des crises parce que la présence d’une population
étrangère nombreuse est jugée intolérable. (Attitude exprimée par le
Gabon vis-à-vis des populations africaines étrangères (à cause du
changement du coût du pétrole).
C’est ces situations qui expliquent la cohabitation difficile
entre ivoiriens et Burkinabais). C’est aussi la situation en Libye.
Les éléments qualitatifs de la population posent des problèmes
en Afrique, e, effet l’intégration nationale et la cohésion sociale sont
difficile à réaliser parce que l’Afrique l’allégeance des individus à
l’Etats national n’est jamais directe, elle passe par d’autres
communautés ethniques régionales auxquels appartiennent les
individus.
En dépit des discours officiels les africains ne sont pas encore
parvenus à dégager un consensus (l’intégration idéologique reste à
atteindre, il faut encore la forge)
Enfin l’intégration qui reste à s’organiser pour atteindre des
objectifs communs se heurtes à des grandes difficultés d’où
l’attention partiel par le politistes aux problèmes de gouvernance.
Le faible degré d’intégration se traduit par des degrés très
divers (l’agence d’indentification d’individus à l’Etat, le recours à la
violence sous diverses formes, le recrutement des agents problèmes
[90]
sur des bases tribale, faible affectivité du pouvoir, la corruption, les
tendances autonomistes, croire sécessionnistes.
3. Bases socio-économiques
La base économique des Etats africains est en grande partie le
fruit de résultats de leur double passé (précolonial et colonial). La
prestation coloniale a eu pour conséquence d’introduire partout en
Afrique un mode de production nouveau, à savoir le mode de
production capitaliste du colonisateur, ce qui a introduit la première
source de contradiction….
En effet comme les colonisateurs n’ont pas pu supprimer les
vieux modes de production pré-capitaliste, il existe alors deux types
de modes de production obéissant à des logiques différentes voire
contradictoires.
Les formations sociales africaines deviennent extrêmement
complexes en dépit du schéma classique conduisant à distinguer deux
secteurs l’un dit traditionnel (ou pré capitaliste) et l’autre dit moderne
(capitaliste), les deux types de modes de production, loin d’être
indépendants allaient plutôt réagir l’un sur l’autre dans le cadre d’une
nouvelle totalité dominée par le nouveau mode de production
capitaliste. Cette interpénétration des modes de production explique
que se la période coloniale fut jalonnée de mouvements de résistance
à la domination européenne qui contribuèrent à gêner l’établissement
de la domination coloniale sur la totalité des économies africains
finalement la prédominance du mode de production capitaliste a eu
une double conséquence sur les économies africaines , à savoir les
appendices.
D’une part, les économies africaines sont devenues les
dépendances et des économies métropolitaines assujetties aux
intérêts de l’Etat colonial.
D’autre part, les rapports sociaux ont évolué tandis que les
rapports sociaux ont évolués les rapports sociaux fondés sur les vieux
modes de production précapitalistes s’effritaient, et les africains de
gré ou de force, s’intégraient dans le nouveau dans le nouveau dans le
nouveau système social de type capitaliste.
Au cours des luttes de libérations nationales progressivement
et surtout au moment de l’accession à l’indépendance, les nouveaux
[91]
dirigeants avaient le choix entre différentes solutions : soit qu’ils
allaient :
- accepter l’héritage colonial et poursuivre la voie tracée par le
colonisateur pour achever par les transformations des
formations sociales africaines selon le modèle capitaliste.
- Refuser l’héritage colonial et par conséquent s’engager dans
une politique de rupture avec le capitalisme et une
destruction des vieux modes de production pré-capitalistes
- Adopter une solution de compromis faisant des emprunts au
système dit socialiste qui avait influencé certains dirigeant
nationalistes, ou système capitaliste voire à une certaine
tradition caractérisée par le communauté africain certain Etats
avaient ont choisi immédiatement et sans équivoque la voie
capitaliste de développement assortie d’une intervention
importante de l’Etat dans la vie économique mais pas plus que
les anciennes puissances coloniales, les nouveau Etats
indépendants Afrique réussi à éliminer complètement ou
reléguer les cieux modes de production pré-capitaliste à
l’arrière plan .
En outre, ce choix implique une intégration de plus en plus
poussée au système capitaliste mondial avec les relations de
dépendance que cela entraîne en dépit d’un développement parfois
important du secteur public. D’où, une croissance de la bourgeoisie et
de la petite bourgeoisie bureautique cette dernière occupant une
position dominante dans l’appareil de l’Etat.
A l’Epoque, c’est-à-dire, après l’indépendance d’autres Etats
africains avaient opté, sans référence à l’idéologie marxiste léniniste,
pour le dépôt socialiste de leurs économies siège de contradictions
multiples : inhérentes aux caractéristiques des sociétés africains et à
l’environnement international, l’Etat à orientation socialiste demeurait
en fait indéterminé.
En outre, la pratique a de fois montré que l’orientation de
certains des Etats africains affichées dès le départ socialiste n’étaient
pas irrésistible , en effet forces conservatrices et pressions
internationales ont souvent contribué à ramener ce type d’Etats dans
la voie capitaliste de leur développement.
[92]
Il n’empêche que pendant une période relativement brève
postérieure aux indépendances, les orientations différentes prises par
les Etats africains n’ont pas facilité leurs relations mutuelles et
réciproques.
D’autant plus que pendant toute la période de bipolarisation du
système international, les Etats africains recherchaient, selon leurs
options, le soutien soit des Etats capitalistes soit celui des Etats dits
socialistes. Les uns et les autres en profitant pour s’ingérer dans le
règlement des problèmes africains et pour influencer les décideurs
africains.
De ce point de vue, l’évolution actuelle et récente qui impose à
l’ensemble des Etats africains une intégration de plus en plus
poussée du système capitaliste tend à uniformiser les systèmes
économiques nationaux des résistances qui apparaissent ça et là. Cette
évolution devait favoriser les regroupements d’Etats à l’échelle
régionale ou sous-régionale. Mais d’autres facteurs d’ordre
sociologique ou politique expliquent que si l’idée d’unité africaine
demeure encore une idée forcée, le passage du discours à la pratique
se heurte à d’énormes difficultés.
En effet, par rapport à la période coloniale, caractérisée sur le
plan économique comme sur le plan politique par la domination des
puissances coloniales sur les économies africaines, lesquelles sont
aujourd’hui des prolongements ou des appendices des économies
métropolitaines, aucun changement substantiel n’a été réalisé jusqu’à
e jour.
On peut conclure en disant que la décolonisation politique (Au
sens d’accession à l’indépendance) ne s’est pas toujours
accompagnée d’une décolonisation économique (au sens de
démantèlement des institutions coloniales et de réduction des
contrôles extérieurs.)
De trois options levées, il y a eu dans la pratique deux solutions
possibles :
- La voie capitaliste ou la voie réaliste : souvent il faut
recourir au facteur économique pour comprendre les
difficultés des relations entre acteurs africains ; souvent en
le faisant les Etats africains jouaient le jeu des puissances
extérieurs depuis l’échec du socialisme, on assiste à un
[93]
regroupement entre Etats ; mais il peut y avoir des
pesanteurs pour bloquer la machine il faut le cerner.
- La situation actuelle n’est pas différente de celle de l’époque
coloniale (Nos produits vont en Belgique plus qu’ailleurs)
car nos économies dépendent encore de celles étrangers (sur
le plan économique) la colonisation est encore complète)
2. LES STRUCTURES POLITIQUES INADAPTEES
§1. Les formes de l’Etat.
Des variantes selon les régions et selon les époques, les Etats
précoloniaux quel qu’ait pu être leur mode de formation (conquête,
agrégation) répondaient à deux types.
- L’Etat unitaire plus ou moins centralisé et l’Etat de type
fédéraliste ainsi le royaume Ashanti constitué par voie de
conquête et actuellement englobé dans l’Etat du GHANA, fut
une confédération aux liens relâchés, chaque province
disposait d’une large autonomie politique.
En revanche, il y a eu aussi des Etats unitaires centralisés dont
le type le plus achevé fut sans doute le royaume d’ABOMEY (actuel
BENIN). Cependant, il était plus fréquent qu’un Etat unitaire fut
décentralisé ne serait ne serait-ce que pour de raisons d’ordre
politique.
Du cours de la période coloniale, la tendance des Etats
coloniaux fut naturellement de transposer en Afrique leurs propres
conceptions et leur propre mode de gouvernements ainsi pour sa part,
la France, imposera l’idée d’un Etat unitaire et assez fortement
centralisé. C’est seulement vers la fin de la période coloniale que sous
la poussée des nationalismes une politique de décentralisation fut mise
en œuvre avec la loi cadre de 1946.
Revanche dans les territoires administrés par la Grande-
Bretagne la tradition de « SELF GOUVERNEMENT »
(gouvernement) autonome et la politique d’indirect rule » mis en
œuvre dans certain territoires contribuaient à enraciner l’idée d’un
Etat certes unitaires mais plus ou moins décentralisé dans le domaine
[94]
administratifs (local autoritaires (native authorites). En outre, dans
d’autres cas, pour des raisons diverses, la grande -Bretagne imposera
des structures de type fédéral (NIGERIA, Ouganda, Afrique centrale).
De même le Congo Belge accéda à l’indépendance sous la forme de
l’Etat fédéral.
Après les indépendances, la tendance générale en Afrique fut,
au nom de l’unité nationale, de mettre en œuvre une politique de
centralisation. Cette tendance s’est traduite soit par le passage de
l’Etat fédéral ou quasi à fédérer l’Etat unitaire (Cameroun, Congo,
Zaïre) soit enfin par l’histoire chaotique du fédéralisme nigérien.
Paradoxalement, les gouvernements africains rendent la
formule fédérale responsable de son propre échec. En ce sens que le
choix du fédéralisme favoriserait les tendances centrifuges et pour
tout le tribalisme. On, en fait, l’échec du fédéralisme tient plutôt à la
tendance du gouvernement à remplacer les pouvoirs des autorités
centrales au détriment de ceux des autorités locales, voire à supprimer
purement et simplement l’autonomie reconnue aux Etats fédérés.
Ainsi, la sécession de l’Erythrée n’a pas été causée par
reconnaissance d’une certaine autonomie politique à cette région en
1952, mais au contraire par la décision de l’empereur d’Ethiopie Haile
SELASSIE dans les années 1960 de mettre fin au fédéralisme. De
même au Nigeria, la tendance à faire prévaloir les pouvoirs de l’Etat
fédéral du détriment de ceux des Etats fédérés, loin de contribuer à
renforcer l’unité nationale pour créer un Etat-Nation contraire à
exacerber les particularismes régionaux et à faire resurgir les risques
de sécession.
La décentralisation administrative pendant le période
coloniale a connu les mêmes nécessités (voir le cas Maroc).
Aujourd’hui les gouvernements africains doivent se débarrasser de
l’idée fausse selon laquelle la centralisation politique ou
administrative serait une sorte de technique miraculeuse, seule capable
de contribuer à la création d’Etat-Nation inspiré des modèles
étrangers.
Au stade actuel de l’évolution le fait incontournable est
l’existence des particularismes fortement enracinés au lieu de les
[95]
combattre, il est de meilleure politique de composer avec eux (il est
vrai que dans le cadre des régimes autoritaires la centralisation peut
donner l’illusion de conforter le pouvoir central du chef, cette
centralisation conduit à un désintéressement des masses à la chose
publique parce qu’elles ne participent pas à la prise de décision
autonomie, sécession, rébellion).
§2. L’appareil d’Etat confisqué.
Au point de vue idéologique, tous les gouvernements
africains y compris les militaires ont constamment tenu un langage du
type populiste. Ceci veut dire que selon le discours officiel le peuple
dans son ensemble é au centre des ph. Des purs é. L’inspirateur
suprême et le bénéficiaire de l’action politique.
En fait, la vue politique des Etats africains ponctuée par des
violences, coups d’état, guerres civiles, émeutes, sécession, rébellion,
d’instabilité constitutionnelle a été pour le moins chaotique et a été
finalement caractérisée par la monopolisation du pouvoir par un petit
groupe d’individu voire de pouvoirs et d’avoirs.
Les dérives autoritaires des régimes politiques africains ont
été maintes fois décrètes sans qu’il soit bien besoin d’y revenir.
Passage du multipartisme au système de parti unique solitaire ou
dominant domestication des droits de l’homme, caractère purement
factice du droit de suffrage en ont constitué les traits les plus
marquants.
Quelles sont les causes de l’évolution des régimes politiques
africains ?
« MIMETISME CONSTITUTIONNEL »
C’est-à-dire la tendance des africains à transposer sur leur
propre sol des modèles empruntés à des Etats (coloniaux notamment)
dont les structures socio-économiques et leurs traditions sont
complètement différentes. Or, (comme méthode), on ne peut isoler
des phénomènes juridico-politiques du phénomène socioéconomiques
et culturels.
Les uns et les autres constituent une unité indissociable, ceci
veut dire qu’on ne peut pas se contenter de mettre en évidence des
[96]
caractéristiques des fondements juridico-politiques de l’Etat sur
lesquels on peut légitimement s’interroger.
Il faut aussi s’interroger aussi sur la nature sociale de l’Etat,
plus précisément quelles sont les forces sociales (et par suite
politiques) qui occupent dans l’Etat la position dominante et sont donc
capables d’influencer de façon décisive l’action politique ? Pour
répondre à cette question il est nécessaire de faire appel à l’histoire.
Elle seule permet de comprendre la complété des sociétés africaines et
les contradictions multiples qui les habitent.
(Discours : Dans la vie politique, le peuple n’a pas sa place
monopolisation du pouvoir par une personne et son groupe qui sont du
centre du pouvoir et le discours populiste n’est qu’un trompe œil).
L’évolution actuelle a fait que le marxisme banni, qui impose
aux Etats africains la voie capitaliste de développement, cela
uniformise le système de développement. Cette évolution peut
favoriser l’émergence d’une intégration au niveau régionale ou sous-
régionale mais cela n’est pas tout car il a d’autres facteurs qui
expliquent les résistances des africains vers l’unité.
L’Etat actuel de nos économies et de notre politique
internationale n’est pas très différents de ce qui est passé sous la
colonisation, l’Afrique dépend encore des puissances extra africains.
3. LES STRUCTURES POLITIQUES INADAPTEES CELA EST
REPERE PAR LES DIFFERENTES FORMES D’ETATS.
Avec des variantes observables, les éléments pré-coloniaux
africains répondaient à 2 formes d’Etats : l’Etat unitaire différence
centralisé, cfr Royaume Ashanti Etat fédéral des deux formes étaient
retrouvés pourtant en Afrique.
Compte tenu des difficultés et unitaire était obligé de se
décentraliser. Lorsque le colonisateur est arrivé il va amener en
Afrique la forme unitaire de l’Etat, la centralisation, l’empire français
en Afrique était régi sous forme unitaire. Tandis que les anglais avec
l’indirect rule, ils sont amené en tan disque les Anglais avec l’indirect
rule, ils ont amené en Afrique un système unitaire décentralisé,
parfois on a vu en Afrique des systèmes fédéraux.
[97]
A l’indépendance, les Etats africains adopteront la politique
de centralisation cela se traduira par le passage de l’Etat fédéral à
l’Etat unitaire, Congo-Léo, Cameroun. Soit par le passage à l’Etat
fédéral. Cas de Nigeria paradoxalement les africains le fédéralisme
favorise le régionalisme. Ce qui n’est pas le cas car l’échec du
fédéralisme tient des dirigeants africains.
Ex. Ethiopie –Erythrée à une longue guerre.
Les gouvernements africains devraient se défaire de l’idée
mauvaise du fédéralisme, les dirigeants africains devraient tenir
compte du particularisme. La vraie cause de l’instabilité c’est le
mimétisme institutionnel.
1. Les Organisations Internationales Africaines
Il est souvent malaisé de parler des organisations
internationales dans le cadre africain, parce que, très vite l’auteur finit
par être tenté par ce reflexe devenu chronique des organisations
régionales. Ceci nous a imposé une certaine prudence pas forcément
didactique, celle de faire la différence entre organisation internationale
comprenant celles qui dépassent la sphère africaine et organisations
régionales entendues ici comme organisation intra africaines
considérées toutes comme devant participer au projet majeur de
l’intégration du continent africain.
a) Les organisations internationales
- Les Nations Unies et les Organisations du système des
Nations Unies
- Autres
b) Les Organisations intra africaines
Abordons cette question en ouvrant une petite brèche sur la
notion d’organisation régionale. Les organisations régionales peuvent
être classifiées selon une typologie répondant aux critères suivants :
[98]
1. Le champ géographique
Il s’agit ici de faire la part de chose entre d’une part, les
organisations couvrant toute une région selon son entendement
géographique ou culturel complet. Dans cet entendement précis,
l’Union européenne, l’Union Africaine, l’organisation des Etats
américains, la ligue arabe, l’organisation du traité de l’atlantique nord
entreront plus ou moins dans le critère pour être définies comme
organisations régionales et d’autre part, les organisations qui ne
regroupent que quelques Etats d’une région donnée, désignées sous
l’appellation d’organisation sous-régionales.
Dans cette autre catégorie, on placera les organisations
suivantes :
- Pour l’Afrique :
Communauté économique des États de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO) ;
Communauté économique et monétaire de l'Afrique
centrale (CEMAC) ;
Banque Africaine de Développement ( BAD);
South African Development Community (SADEC) ;
Union économique et monétaire ouest-africaine ;
La Communauté des États Sahélo-Sahariens (CEN-
SAD) ;
Commission économique pour l'Afrique (CEA) etc.
- Pour le continent américain
Association des États de la Caraïbe (AEC) ;
Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ;
CARICOM ;
Communauté sud-américaine de nations ;
MERCOSUR ;
Organisation du traité de coopération amazonienne ;
Pacte andin
- Pour l’Asie
Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN)
- Pour l’Europe
Agence spatiale européenne (ESA) ;
Office européen des brevets (OEB) ;
Association européenne de libre-échange (AELE) ;
Banque européenne d'investissement (BEI) ;
[99]
Conseil de l'Europe ;
Organisation pour la sécurité et la coopération en
Europe (OSCE)
2. Le rayon culturel et la contiguïté des intérêts géostratégiques
Il y a dans le monde contemporain, des organisations
régionales dont le critère de détermination ne sera plus seulement
l’aire régionale dans son entendement géophysique, mais une sorte du
vouloir vivre collectif par rapport à une certaine contiguïté des intérêts
géostratégiques des Etats membres de la zone concernée. C’est dans
ce cadre que se sont constituées les organisations comme celle de
l’Atlantique nord regroupant la quasi-totalité des Etats occidentaux.
Une alliance militaire créée par l’article 9 du traité de
l’Atlantique Nord, signé le 4 avril 1949, ayant pour objectif essentiel
de garantir la stabilité, la liberté et la prospérité de ses membres grâce
à un système collectif de sécurité. Adopté, d’abord par la Belgique, le
Royaume-Uni, le Canada, le Danemark, la France, l’Islande, l’Italie,
le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal et les Etats-
Unis, La Grèce et la Turquie y ont fait leur entrée en 1952,
l’Allemagne de l’Ouest les a rejoints en 1955 et l’Espagne en 1982.
En 1990, l’Allemagne réunifiée a succédé à l’Allemagne fédérale au
sein de l’OTAN. La Pologne, la Hongrie et la République tchèque
sont devenus membres de l’OTAN en 1999 et toute une gamme
d’Etats ex-membres du pacte de Varsovie.
Ce dernier par contre : est un traité d’alliance militaire signé
dans le contexte de la guerre froide le 14 mai 1955 entre sept États
d’Europe de l’Est, sous l’égide de l’Union des républiques socialistes
soviétiques (URSS). Ce pacte était une réplique aux accords de Paris
(1954), qui permettaient le réarmement de la République fédérale
d’Allemagne (RFA) par son intégration au sein de l’Organisation du
traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Le pacte de Varsovie, qui a pour
nom officiel Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle,
regroupait l’Albanie, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie (aujourd’hui
République tchèque et Slovénie), la République démocratique
allemande (RDA), la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, et l’URSS fut
démantelé en 1991 consacrant ainsi la chute de l’Empire soviétique.
[100]
A coté de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord et du
Pacte de Varsovie, on trouve également plusieurs organisations du
genre. Entre autres : l’Association des Nations du Sud-Est asiatique
etc.
LES FONDEMENTS JURIDIQUES
Les premiers documents qui devraient fournir des indications
sur la capacité des OIA de participer à la vie internationale sont
évidemment les chartes constitutives. De ce point de vue, il y a une
dissymétrie entre ce qui se passe au niveau universel et ce qui est
prévu au niveau africain. Sur le plan universel, la charte des Nations
Unies dispose que les institutions spécialisées sont reliées à
l’organisation par des accords, conclus par le Conseil économique et
social et approuvés par l’assemblée générale. Le Conseil est investi de
la mission de coordonner les activités de ces institutions spécialisées
(art. 57 cl 63). Rien de tel dans la charte de l’OIA qui est muette sur
le problème des rapports entre l’organisation régionale et les
organisations sous-régionales. Or, en 1963, le problème se posait.
D’une part, il existait depuis 1954 une organisation créée par
les Etats coloniaux : la Commission technique en Afrique au Sud du
Sahara (CCTA). Son objectif était de renforcer la coopération
technique dans tous les domaines affectant le bien-être des
populations. Il existait en particulier des conférences interafricaines du
travail. A Addis-Abeba, la conférence constitutive de l’OUA avait «
décidé de maintenir la CCTA ». Cependant, la charte n’avait prévu
aucune disposition destinée à coordonner les activités des deux
organisations. Finalement, le problème a été résolu par l’intégration de
la CCTA à l’OUA en 1964, transformant le problème de coordination
des activités des deux organisations en un problème de succession de
deux OI
De même, en 1963, il existait notamment une union africaine
et malgache, qui avait elle-même donné naissance à des organisations
spécialisées : OAMCE, organisation africaine et malgache de défense,
union africaine et malgache des P. et T.. etc. L’existence de ces
organisations sous-régionales aurait là encore commandé que la charte
de l’OUA contienne des dispositions précisant la nature des rapports
entre l’OUA et CCS organisations. Le silence de la charte s’explique
[101]
par l’opposition de certains Etats (Ghana, Guinée) à l’existence des
organisations sous-régionales et par les divergences d’opinion des
Etats membres de I’UAM eux-mêmes sur l’opportunité de maintenir
l’organisation. Ceci explique que la conférence constitutive de l’OUA
confia au Conseil des ministres réunis à Dakar en août 1963 le soin de
régler le problème. En 1964, la conférence du Caire posa le principe
de « la disparition ultime des groupes africains tels que ceux de
Casablanca et de. Monrovia au profit d’une organisation à l’échelle
continentale ». L’UAM n’était pas expressément visée: En outre, la
légitimité de son existence était en fait admise à titre temporaire sans
qu’aucune disposition nie fût prise pour coordonner ses activités avec
celles de l’OUA, ce qui était d’autant plus indispensable que l’’UAM
avait une vocation générale en matière de coopération interafricaine,
aussi bien sur le plan géographique que matériel
Ainsi, la charte constitutive de l’OUA comporte une lacune
regrettable que seule explique la croyance de certains Etats fondateurs
en la vocation de l’organisation à rassembler tous les Etal africains
pour les amener à coopérer dans tous les domaines. En revanche, le
traité créant la BAD (art. 50) fait allusion aux relations de la BAD
avec les Etats non-membres et d’autres OI. De même la constitution
de la PANA contient des dispositions relatives à la coopération avec
l’OUA et avec les dispositions relatives avec les autres OI (art. 17 t
18). On relèvera que ces relations peuvent être « formalisées ou non ».
De même, enfin, la charte de l’UAPT (art.55) prévoit que
« l’Union établit des relations étroites de coopérations et de
coordination » avec l’UPU et l’UIT et qu’elle « détermine dans le
cadre d’un accord spécial les relations de coopération et de
coordination « entre elle d’une part, I’UPT et l’UPU d’autre part », De
façon plus générale, l’article 5 prévoit que l’union établit des relations
nécessaires » avec toutes les OI qui s’intéressent directement ou
indirectement au développement des postes et télécommunications
ainsi qu’avec les Etats tiers et les organismes divers, nationaux ou
internationaux. Ces dispositions constituent un fondement juridique
incontestable à la capacité de l’UAPT d’entretenir avec les OI en
général, les Etats et divers organismes, aussi bien nationaux
qu’internationaux de liens de coopération.
[102]
Toutes les chartes constitutives des QIA ne sont pas aussi
explicites. Ainsi le traité créant la CEAO, en dehors de la
reconnaissance de la personnalité juridique dont il n’est pas dit qu’elle
est internationale (art. 42), ne contient aucune disposition visant
l’établissement de relations avec d’autres entités. En revanche. e traité
créant la CEDEAO Contient une allusion aux accords créant d’autres
organisations régionales ou sous- régionales Comprenant soit d’autres
Etats membres, soit des Etats non-membres. Mais le problème est
évoqué seulement sous l’angle de la compatibilité de ces accords avec
le traité (supra p. 74). Cette discrétion des chartes constitutives des OI,
contraste a cc la prolixité des chartes des institutions spécialisées
appartenant la famille des Nations l’nies.
En fait. les relations extérieures des OIA sont surtout
gouvernées par tes accords qu’elles ont fréquemment Conclus, sur la
base soit de leur charte constitutive (BAD, art. 50), soit des pouvoirs
implicites (supra p.81).. Aujourd’hui, il n’est plus vrai de dire que « le
droit de conclure un engagement international est un attribut de la
souveraineté de l’Etat » (11), puisque les OI bien que ne possédant pas
la souveraineté concluent ces accords internationaux. On peut fonder
ce pouvoir de traiter e: partie sur les actes de fondation des OIA. Mais
tous n’attribuent pas formellement cc pouvoir aux OIA.
En outre, il est patent que l’étendue de ce pouvoir dépasse
fréquemment ce qui est prévu par l’acte de fondation. On ne peut donc
pas affirmer comme le faisait la CDI en 1962 que « la capacité (d’une
organisation internationale) de conclure des traités dépend de la
constitution de l’organisation », même si par constitution on entend
aussi « les décisions et règles de ses organes compétents ».
De même, le fait qu’une OIA possède la personnalité
internationale n’implique pas qu’elle possède le pouvoir de traiter.
Comme le remarquent Carroz et Probst.
Dans le premier cas, la personnalité juridique ne peut pas être
le fondement du pouvoir de traiter puisqu’elle n’existe que si l’OI
possède déjà ce pouvoir. Dans le second cas, du fait qu’une OI ne
possède as une personnalité pleine et entière, identique à celle des
Etats, cette personnalité n’implique pas nécessairement la capacité de
traiter.
[103]
Il est plus juste d’admettre, comme l’indiquait l’Institut de
droit international en 1973, que : « Toute organisation peur conclure
des accords conformément à ses règles pertinentes et à la pratique
générale en la matière »
Ajoutons que cette pratique est génératrice d’une règle
coutumière qui vient ainsi s’ajouter à la règle écrite inscrite dans l’acte
de fondation. En fait toutes les OIA concluent des accords
internationaux ce qui a amené l’ONU à préparer un traité réglementant
la matière.
Ainsi, l’OUA a conclu des accords de coopération avec
plupart des grandes OI universelle (ONU, OIT, UNESCO, Agence
Internationale de l’Energie Atomique, OMS, ONUSI, FIDA, OMM,
OMPI, etc.), mais aussi avec les OIA (UAPT Union Africaine de
Chemins de Fer, CEPGL, BAD, etc.)
De même, les or sous-régionales ont conclu des accords avec
les OI universelles ou entre elles.
L’examen de la pratique permet de relever différents types
d’accords.
En dehors des accords de coordination et de coopération
conclus entre OIA, il existe également des accords qui permettent de
régler le problème de la succession d’organisations internationales.
Sur ce point, on remarquera que la pratique n‘est pas uniforme. Ainsi,
la succession de l’OUA à la CCTA fut réglée une décision de la
Conférence des chefs d’Etats. En revanche, la succession de la
communauté d’Afrique orientale à l’OSCAO fut réglée par voie de
traité.
Un troisième type d’accords concerne les opérations
conjointes menées par 2 ou plusieurs OI, africaines ou non.
Ainsi l’accord conclu entre l’OUA et l’Unesco prévoit que les
deux organisations pourront convenir, par des accords spéciaux, de
l’adoption d’une action commune pour la réalisation d’objectif
présentant un intérêt commun » (art. VIII).
Un quatrième type d’accords entre ni concerne les
arrangements administratif destinés à assurer la liaison entre le
Secrétariats des organisations (art. VI, accord OUA/ONU). Ce type
[104]
d’accords permet aussi de mettre à la disposition d’un Secrétariat le
personnel (le l’autre Secrétariat grâce à la procédure du détachement.
Outre les accords inter-organisations, il existe également des
accords conclus entre les Etats et les OJA. Nous avons vu l’exemple
des accords de siège, parfois prévus par l’acte constitutif. Il faut y
ajouter les accords relatifs à des opérations de gestion. Ainsi, une OIA
peut être appelée à fournir une assistance technique à tel ou tel État.
Les modalités de l’opération sont définies par voie d’accord. De
même, les opérations de maintien de la paix dans le cadre de l’OUA
exigent la conclusion d’un accord avec J’Etat sur le territoire duquel
opèrent les forces armées constituées par l’OUA et avec les États qui
participent à la constitution des forces armées (supra, chap. IV, p.
137). Mentionnons enfin les accords conclus avec un Etat pour la
tenue d’une conférence organisée par une OI. Ainsi le 4 mai 1985,
l’OUA et Je Togo avaient conclu un accord de ce genre pour la
réunion d’une conférence régionale sur le désarmement, la sécurité et
développement en Afrique.
L’existence de ces accords (c’est le terme généralement
utilisé) soulève un certain nombre de problèmes identiques à ceux qui
concernent la conclusion de conventions internationales par les Etats.
Mais les solutions sont particulières en raison des différences de
structures des OJA. Quel est l’organe compétent pour négocier un
accord ? Comment cet accord acquiert-il force obligatoire? A quel
moment entre-t-il en vigueur? Comment peut-il être modifié ou
dénoncé ?
A la différence des constitutions des Etats, il est rare que les
chartes Constitutives précisent quel est l’organe compétent pour
négocier au nom de l’organisation. On peut citer la charte de la ZEP
(art. 44) qui précise que « La ZEP, dans l’exercice de sa personnalité
juridique, est représentée par le Secrétaire générai » cc qui lui confère
en particulier le droit de conclure des accords (art. 44-5°). Il faut
donner au terme « conclure » le sens le plus large. II vise non
seulement la négociation et la rédaction de l’accord, mais aussi sa
signature.
De telles dispositions sont exceptionnelles. Certains auteurs
estiment que chaque organe pourrait dans les limites de sa
compétence, conclure des accords. Une telle opinion n’est pas
soutenable lorsque les différents organes sont subordonnés les uns aux
[105]
autres (supra p. 124). ce qui a conduit d’autres auteurs à reconnaître le
pouvoir de traiter à l’organe le plus représentés. Mais, il est évident
qu’un tel organe est peu approprié pour conclure un accord
international. En fait, même s’il est logique, en l’absence d’une
disposition expresse de la Convention de base, de lui reconnaitre un
tel pouvoir, il est nécessaire, dans la pratique de distinguer l’organe
titulaire du pouvoir de traiter et la personne qui agit en son nom. Cette
distinction est admise en droit interne. Ainsi, en France, le chef de
l’État négocie et ratifie les traités. En fait, le plus souvent, il délègue
ses pouvoirs. Il en va de même dans les OIA.
Le plus souvent, c’est la pratique qui reconnaît au chef de
l’administration le pouvoir d’élaborer les accords. Cette pratique est
commune à la plupart des OI qu’elles soient universelles ou
régionales. Ainsi, le Secrétaire général du Conseil de l’Europe a
négocié les accords conclus avec d’autres organisations.
Mais le problème est de savoir si le Secrétaire général peut
agir de sa propre initiative, en vertu de pouvoirs propres, ou s’il doit
être habilité à le faire par un autre organe et, dans l’affirmative
lequel ? Dans le cas du Conseil de l’Europe, le Secrétaire générai avait
agi au nom et sur instruction du Conseil des ministres.
De même, la pratique de la CEAO fait apparaître, à propos de
l’accord conclu avec l’UAPT, que le secrétaire général avait été
autorisé à conclure l’accord par le Président en exercice de la
Conférence des chefs d’Etat (t ‘ e.). Cette pratique est conforme au
traité de la CEAO qui dispose (art. 42) : « Dans tous ces actes, elle (la
Communauté) est représentée par le Président en exercice de la
Conférence des chefs d’États qui peut déléguer ses pouvoirs en tant
que de besoin ‘et de façon expresse pour chaque acte considéré au
Secrétaire général de la Communauté ». Le pouvoir ainsi reconnu au
Secrétaire général est également conforme à l’article 49 du traité qui
lui confie Je rôle de veiller à assurer une étroite et constante
coordination des actions de la Communauté avec celles des
groupements sous-régionales de la zone géographique concernée par
le traité auxquels appartiennent ou viendraient à appartenir les Etats
membres ». Bien plus, Secrétaire général a reçut mandat, en vertu de
la charte constitutive de la CEAO de préparer l’intégration (art. 49,
alinéa 3).
[106]
De même, pour la BAD, en principe, le Président est le
représentant légal de la Banque » (art. 3730), ce qui lui confère le
pouvoir de négociation. En outre, la Banque adopte des règlements
pour déterminer qui représente légalement la Banque (c’est-à-dire le
Conseil des gouverneurs) si le Président absent ou si son poste est
vacant. Mais, d’un autre côte, l’article 29 c) du traité de la BAD
précise que le Conseil des gouverneurs, instance suprême de
l’organisation, a le pouvoir d’autoriser l’adoption d’arrangements de
coopération de caractère général avec les autorités des pays africains
qui n’ont pas encore le statut d’État indépendant ou d’accords de
coopération caractère général avec des gouvernements africains qui
sont pas encore devenus membres de la Banque, ainsi que la
conclusion de semblables accords avec d’autres gouvernements et
avec d’autres organisations internationales ».
De façon générale, on peut dire que la position subordonnée
du Secrétaire Général des OIA lui permet difficilement d’agir de sa
propre initiative, d’autant plus que les Etats membres demeurent très
attachés à leurs prérogatives. C’est ce que montre la pratique de
l’OUA. Selon le règlement intérieur du Secrétariat général, « le
Secrétaire général es directement responsable devant le Conseil des
ministres, de la bonne exécution de toutes les fonctions qui lui sont
assignées (art. 7). En outre, le Conseil approuve le règlement intérieur
des commissions spécialisées (art. 22 de la charte). De son côté, le
Conseil des ministres est responsable devant la Conférence (art. 2, RI
du CM). La combinaison de ces différentes dispositions explique que
la conclusion d’un accord par le Secrétaire général est généralement
précédée de la création d’un comité d’experts par le Conseil des
ministres sur la proposition de la commission spécialisée compétente.
Ainsi la conclusion de l’accord OUA/UNESCO qui a servi de modèle
aux autres accords, fut précédée de la création d’un comité composé
des représentants de douze Etats membres. Son rôle est de préparer un
projet d’accord qui est ensuite soumis pour examen à la commission
compétente, puis aux Etats membres. S’il y a des divergences entre les
Etats, le Comité intervient de nouveau pour harmoniser les points de
vue. Cela fait, la négociation s’engage entre le Secrétaire général de
l’OUA et le représentant de l’autre partie et aboutit à l’adoption d’un
projet définitif, ce projet revient devant la commission compétente et
les Etats membres pour approbation. Enfin, au ternie de cette longue
[107]
procédure, les représentants des deux parties élaborent le texte
définitif de l’accord.
Cette pratique montre que si le représentant légal de l’OUA
est bien le Secrétaire général, il n’agit pas seul. Tout au long de la
négociation, il est étroitement contrôlé par les organes spécialisés de
l’OUA et par les États membres eux-mêmes. Certains accords ont
d’ailleurs soin de faire référence aux « dispositions des instruments
constitutionnels, des documents pertinents et des décisions des
organes directeurs de chacune des organisations » (df. art. 1 er accord
FIDA/OUA).
Le second problème concernant les accords est celui de savoir
quelle autorité a le pouvoir d’engager juridiquement l’organisation,
car quelque soit l’organe qui a négocié l’accord, celui-ci est destiné à
lier l’organisation en tant que sujet du droit international.
Généralement le texte des accords établit d’ailleurs clairement que les
parties sont par exemple deux OIA. Ainsi, l’accord de coopération
OUA/UPAT déclaré dans son préambule que « l’OUA et l’UPAT…
conviennent de ce qui suit ».
L’examen de la pratique upuij de l’OUA en particulier,
montre qu’une OIA n’est en général juridiquement liée qu’après
l’intervention d’un et parfois de deux organes délibérants. Ainsi,
l’accord entre l’OUA et l’Union Africaine des chemins de fer,
institutions spécialisée de l’OUA, exigeait l’approbation du Conseil
des ministres et de la conférence de l’OUA. Cette e double
approbation fut également requise pour l’accord OUA/CAFAC du 11
mai 1958, l’assemblée plénière de la CAFAC intervenant de son côté
pour approuver l’accord. Dans d’autres cas, seule l’approbation d’un
des organes délibérants est requise. C’est le cas pour l’accord
OUA/Unesco de 1968 Conseil des ministres pour l’OUA, Conseil
exécutif pour l’Unesco. L’accord OUA/OMPI (1977) montre bien la
nécessité de l’intervention préalable des organes délibérants des deux
OI. En l’espèce, le Conseil des ministres de l’OUA approuve l’accord
le 28 février 1977 et le comité de coordination de I’OMPI le 29
septembre 1975.
Pour ce qui concerne l’OUA, on peut se demander dans quels
cas l’intervention de la conférence est requise. Le problème a été
tranché par la conférence elle-même lors de sa troisième réunion à
Addis-Abeba (5-9 novembre 1966). La résolution adoptée par la
[108]
conférence dispose que « les projets d’accords n’impliquant pas
d’engagement politique et financier doivent être approuvés par le
Conseil des ministres, et les autres projets d’accords doivent être
approuvés par la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement
avant d’être signés par le Secrétaire général administratif». Dans
chaque cas; il faut donc s’interroger sur la nature des engagements
pris par l’OUA. Dans le doute. il sera préférable de saisir la
Conférence des chefs d’Etats.
Dans d’autres cas, la nécessité d’une intervention des organes
délibérants n’est pas exprimée de façon aussi nette. Ainsi, pour
l’accord OUA/AIEA, l’article indique que la mise en vigueur
interviendra « après qu’il aura été satisfait aux prescriptions statutaires
des deux organisations », ou bien encore il est mentionné que les
négociateurs doivent être dûment autorisés (accord OUAJBAD.
accord OUA/ONU). Ces expressions renvoient au droit applicable en
matière de conventions internationales dans chaque organisation.
Enfin, certains accords ne font référence à aucune autorisation
quelconque, cc qui pourrait faire penser qu’il s’agit d’accords en
forme simplifiée (accord CEAO/UAPT). Ainsi l’accord cadre de
coopération conclu entre le CILSS et la CEAO le 23 mai l979 et
négocié par les Secrétaires des deux organisations dispose que « le
présent accord entre en vigueur dès sa signature (art. 4) (voir aussi
l’accord ne puisse pas être signé sans l’intervention préalable d’un
organe délibérant.
S’agissant de l’OUA, le Conseil des ministres est toujours des
ministres est toujours saisi pour approuver l’accord. De même, pour la
CIAO, le Secrétaire exécutif doit être autorisé parle Président en
exercice. De même, pour la BDEAC, l’autorisation du Conseil
d’administration est requise.
Sous réserve de l’intervention préalable d’un ou de plusieurs
organes délibérants des OIA, la date de la mise en vigueur de l’accord
intervient dès sa signature par les représentants des parties dûment
autorisés.
Généralement, l’accord est signé le même jour par les deux
parties. Mais il peut arriver que les dates soient différentes. Ainsi
l’accord OIT/OUA a été signé par le Directeur général du BIT le 25
novembre 1965 (après autorisation du Conseil d’administration de
[109]
l’OIT) et le 5 novembre 1965 par le Secrétaire général de l’OUA
(après autorisation du Conseil des ministres). Dans ce cas, il faut
admettre que la mise en vigueur intervient à la date de la dernière
signature. C’est ce qui est expressément prévu par l’accord
OUA/OMPI signé le 12 mai 1977 par le Directeur général de l’OMPI
et le 23 mai par le Secrétaire général de l’OUA.
Dans le cas où des ratifications sont requises la mise en
vigueur intervient à la date de l’échange des instruments de
ratification ou d’approbation. C’est ce que précise l’accord de siège
entre la n..» et la Côte-D’ivoire, encore que le terme de ratification
soit inapproprié pour la LIAD. En l’espèce, l’autorité compétente
visée par l’article 27 de l’accord est le Conseil des gouverneurs ou,
par délégation le conseil d’administration.
Notons enfin que les accords conclus par les DIA contiennent
toujours de clauses de style relatives à la révision (par accord mutuel)
et à la dénonciation (avec ou sans préavis).
A côté de ces accords formels, en forme simplifiée ou
solennelle, il faut mentionner les accords informels : accords verbaux
entre les chefs (le Secrétariat ou résolutions parallèles et concordantes
parfois adoptées sur la base d’un accord formel
b. MÉCANISMES
Les mécanismes utilisés par les classiques. Pour j’essentiel, ils
sont énumérés par les accords conclus par les OIA.
D’abord se pose le problème des contacts permanents entre les
OI d’une part, les OIA et les autres sujets du droit international d’autre
part. Pour les Etat, ce problème est résolu grâce à l’institution des
agents diplomatiques. Leur rôle, en tant que représentant de l’Etat, est
en effet d’établir de façon permanente de liens entre deux Etats
déterminés. Le droit de légation active et passive est considéré
comme un droit inhérent à la souveraineté des États, encore que
l’exercice de cc droit suppose l’accord des deux États intéressés. En
outre, des relations épisodiques peuvent être établies entre les États
grâce à la rencontre des autorités compétentes de chaque État: chefs
d’État, chefs de gouvernement, ministres, hauts fonctionnaires,
missions spéciales de caractère temporaire dont le statut est défini par
la convention du 5 décembre 1969, conférences diplomatiques.
[110]
Si les OIA, comme les États, soit dans la nécessité d’avoir des
contacts permanents ou épisodiques entre elles et les autres membres
de la société internationale, les solutions ne sauraient être identiques à
celles que la pratique, puis le droit international ont fait apparaître
pour les Etats. A la différence de ces derniers, les OIA ne sont pas
dotées de la souveraineté. Bien au contraire, toutes les chartes
constitutives des OIA prennent soin de préserver la souveraineté des
Etas. Par Suite, l’établissement de relations pertinentes ou temporaires
n’est pas la preuve de l’existence de rapports de souverain à
souverain, mais de rapports d’un autre type. Ils concernent soit des OI
dont la nature juridique est identique, soit des Etats souverains et des
OI privées de souveraineté, donc possédant des natures juridiques
différentes. Dans les deux cas, le seul facteur commun est l’existence
au bénéfice des OIA d’une certaine personnalité internationale,
mesurée à l’aune des buts et fonctions de l’organisation. Comme le
note Ri. Dupuy :
« Il s’agit avant tout d’assurer entre elles (ajoutons : et avec les Etats-
PFG) une harmonisation fonctionnelle et non affirmer les
prérogatives d’un souverain »
Trois moyens sont utilisés par les OIA pour établir des relations
permanentes. La représentation par l’intermédiaire soit d’observateurs,
soit de missions de liaison ou la création de structure commune.
b.1. Les observateurs.
Dans les rapports entre OI, l’échange d’observateur est le
mode normal d’établissement de relations permanentes. Son existence
mérite d’être soulignée. En effet, par nature les OI sont composée
d’Etats (supra p.104). Or, la présence d’observateurs permet à chaque
OI de participer, d’être associé, dans une certaine mesure, à la vie
d’une autre OI.
Le statut des observateurs demande à être précisé afin de le
différencier d’observateurs accrédités auprès des OI soit par des
mouvements de libération nationale, soit par des OSG et des
représentants des Etats. D’abord, si nous considérons cette institution
comme un moyen d’établir des relations permanentes, cela ne veut pas
dire que les observateurs seraient dans la situation des agents
diplomatiques, qui résident en principe en permanence dans la capitale
de l’Etat auprès duquel ils sont accrédités. Ici la permanence résulte
[111]
du fait qu’en vertu de l’accord la représentation réciproque dur&
autant que l’accord lui-même, c’est-à-dire jusqu’à sa dénonciation par
l’une des parties. L’institution est donc permanente. Ces observateurs
diffèrent ainsi des observateurs occasionnels, qui pourraient
exceptionnellement être invités à participer aux activités d’une OI,
l’invitation pouvant être purement unilatérale. La représentation
réciproque prévue par les accords implique au contraire que, de façon
permanente, les parties à l’accord se sont engagées à désigner
représentants habilités à participer à la vie des OI. Cela comme les
organes délibérants des OI sont soumis au régime deux sessions, cela
signifie que les observateurs prévus par les accords ne s(ml présents
au siège de l’organisation auprès de laquelle ils opèrent qu’à certaines
périodes de l’année.
Le second aspect du statut des observateurs concerne la
qualité de la personne désignée pour remplir ces fonctions. Selon R.J.
Dupuy.
« Les décisions d’inviter appartiennent en définitive à l’organe
délibérant et non à un échelon administratif »
À tout le moins, la décision du Secrétaire général devrait être
confirmée par l’organe auprès duquel sera accrédité l’observateur. Les
accords conclus par les OIA ne confirment pas ce point de vue trop
absolu. Ainsi l’accord OUA/BAD ([Link]à dispose que « la BAD
invitera le Secrétaire général à se faire représenter en qualité
d’observateur aux réunions du Conseil des gouverneurs » Inversement
« l’OUA invitera le Président de la BAD à assister en qualité
d’observateur » aux réunions des organes délibérants de la BAD. Dans
ce cas, le Secrétaire général de l’OUA est habilité à désigner
l’observateur et le Président de la BAD en tant que représentant légal
et chef du personnel de la Banque (art. 37, traité BAD) remplit ès-
qualités les fonctions d’observateur.
De même, l’accord OIJA/CEA désigne nommément le
Secrétaire général de l’OUA comme observateur. Mais la participation
aux travaux des organes de la CEA est alors subordonnée à la «
décision de l’organe compétent » (de la CEA ?). Le règlement
intérieur du Conseil des gouverneurs de la BAD précise également
que le Président du conseil « invite des observateurs à assister à une
assemblée du conseil des gouverneurs » (art. 6). Une disposition
identique figure dans la règlement du conseil d’administration. En
[112]
revanche, aucune disposition de ce genre ne figure dans les règlements
intérieurs de l’OUA. Mais les accords conclus par l’OUA réservent les
décisions des «organes directeurs de l’organisation ou de tel ou tel
organe de l’organisation où l‘OUA serait représentée (par exemple le
conseil d’administration du PNUD).
Le plus souvent, l’accord laisse aux organes compétents de
chaque organisation le soin de désigner les observateurs qui doivent
produire leurs pouvoirs et obtenir l’agrément de l’organe auprès
duquel ils sont accrédités. En pratique, si rien n’empêche le chef de
l’administration d’une OIA d’être désigné comme observateur, il est
évident que la multiplicité des représentations conduira l’organisation
à désigner un des hauts fonctionnaires du Secrétariat, choisi à la fois
en raison de son rang dans la hiérarchie administrai ive et de la nature
des problèmes discutés.
À la différence des agents diplomatiques, dont la compétence
est générale, les observateurs ont une compétence spécialisée, ce qui
est tout â fait normal puisque l’institution est justifiée par les fonctions
exercées par tel ou tel organe d’une OIA. Il en résulte que
l’observateur ne peut intervenir dans le fonctionnement de cet organe
que dans les domaines qui relèvent de la compétence de l’OI
représentée et dans la mesure où l’OI où il est accrédité discute des
problèmes liés à cette compétence. Ainsi l’accord OUA/CEA précise
que « l’OUA invitera à la CEA à se faire représenter à toutes les
réunions de l’OUA où sont étudiés les questions économiques et
sociales, essentiellement les sessions des commissions spécialisées
compétentes dans les domaines économique et social entrant dans le
mandat de la CEA » (art.111 de l’accord). De même l’accord OUA x
PNUD (art. 111) dispose que « l’OUA invitera le PNUD à envoyer
des observateurs à toutes les réunions de ses comités spécialisés
portant sur des questions en rapport avec les activités du PNUD... »
La spécialisation du rôle des observateurs exige que les OI se
tiennent mutuellement informées des ordres du jour de leurs organes
afin que chaque organisation puisse apprécier si telle ou telle question
l’intéresse. L’accord OUAJCEA va plus loin. 11 prévoit que le
Secrétaire général de l’OUA prend toutes dispositions compatibles
avec les règlements intérieurs des commissions spécialisées de l’OUA
pour leur soumettre les questions proposées par la CEA. A son tour, la
CEA inscrit à l’ordre du jour provisoire de es sessions et des réunions
[113]
de ses organes subsidiaires les questions proposées par les organismes
compétents de l’OUA (art. 11).
On relèvera que le rôle des observateurs varie selon l’étendue
du domaine d’intervention de l’organisation qu’il représente. Ainsi si
l’OMPI ne peut intervenir que pour des « questions inscrites à l’ordre
du jour auxquelles l’OMPI serait directement intéressée », ce qui
couvre un domaine très spécialisé et relativement restreint, l’OUA
peut être représentée pour « tout oint de l’ordre du jour intéressant
directement l’OUA », c’est-à-dire en fait la plupart des questions
discutées par l’OMPI en raison de leur incidence sur le plan régional.
De même, il y a un certain déséquilibre du point de vue des organes
auprès desquels les observateurs sont accrédités. Ainsi l’accord
OUA/OMM ne prévoit la représentation de l’OMM qu’auprès de la
commission économique et sociale ainsi que des « commissions et
institutions qui y sont rattachées». En revanche. L’OUA est
représentée aux réunions « des instances principales de l’OMM
(congrès, comité exécutif, associations régionales, commissions
techniques, et, éventuellement, les organes subsidiaires de ces
instances).
Compte tenu de la nature des organes aux travaux desquels les
observateurs peuvent participer, le problème est de savoir dans quelle
mesure ils peuvent intervenir. En fait, ils se trouvent dans une
situation intermédiaire entre celle des représentants des Etats-
membres, qui détiennent la plénitude des compétences, y compris le
droit de vote, et celle de simples spectateurs, chargés de participer aux
débats et d’informer l’autorité qui les a désignés. Pour autant, les
observateurs ne sont pas passifs. Ils participent activement aux débats.
Ainsi il est généralement reconnu qu’ils peuvent prendre la
parole dans les conditions prévues par les règlements intérieurs, c’est-
à-dire sur l’invitation du Président de séance (cf par exemple article 6
RI de l’UAPT et article 6 du RI du Conseil des gouverneurs de la
BAD), agissant de sa propre initiative, à la demande d’un représentant
d’un Etat membre ou sur leur propre demande. Ils peuvent ainsi faire
connaître le point de vue de l’organisation qu’ils représentent sur les
questions débattues. Peut-on également leur reconnaître le droit de
présenter des motions ou des amendements aux résolutions discutées?
En général, les pouvoirs reconnus aux observateurs ne sont pas aussi
étendus. Mais il est toujours possible à un observateur d’utiliser un
[114]
intermédiaire, c’est-à-dire le représentant d’un Etat membre. En
revanche, en aucun cas, un observateur ne peut prendre part aux votes.
C’est ce qui est expressément prévu par les textes (art. 2, accord ou
OUA/CEPG, règlement intérieur du Conseil des ministres de
l’OAPT).
[Link]. Les missions de liaison
Les missions de liaison répondent à une autre préoccupation.
Elles permettent d’assurer un contact permanent entre les Secrétariats
des OI. De tels organismes ne peuvent être créés que par des OI dont
le champ d’activité est très vaste et qui ont par conséquent le plus
grand intérêt à entretenir des rapports étroits avec d’autres OI, voire
avec les Etats. C’est le cas de l’OUA.
Cette organisation disposée de bureaux régionaux. Deux sont
spécialisés, l’un dont le siège est à Dar-es-Salam coordonne la lutte
pour la libération de l’Afrique. A son tour, le Comité est assisté de
trois sous-comités dont les sièges sont à Lusaka, Maputo et Luanda.
L’autre comité dont le siège est à Lagos. traite des problèmes relatifs à
la science, la technique et la recherche et dépend de la Commission
spécialisée de l’OUA. Il dispose lui-même de bureaux spécialisés
disséminés en Afrique. A Bangul, siège le bureau chargé d’étudier le
problème des sols; à Niamey, un bureau des publications et un bureau
des ressources animales ; à Yaoundé, un bureau phyto-sanitaire.
Kampala un bureau linguistique. En 1974, ce bureau a été transformé
en centre d’études linguistique et historique par tradition orale
(CELITO) pour lequel l’OUA a conclu un accord de siège avec le
Niger (1 mars 1985). Deux - autres bureaux régionaux ont une
vocation plus générale Il s’agit du bureau régional de New York et de
celui de Genève.
Le bureau régional de New York permet à l’ou de disposer
auprès de I’ONU d’un Secrétariat permanent Comme les
observateurs,’ les membré du Secrétariat sont des fonctionnaires de
l’OUA. Mais alors que, les observateurs ne représentent l’OUA que
lorsque les circonstances, l’exigent, les membres du bureau régional
sont en contact permanent avec I’ONU. En ce sens, ils sont dans la
position des agents diplomatiques bien que les OI ne possèdent pas
droit de légation identique à celui des États. A ce titre, ils bénéficient
des privilèges et immunités reconnus aux représentants des États
auprès de l’ONU
[115]
La création du secrétariat permanent trouve son origine dans
la création d’un groupe africain au sein de l’ONU. Dès 1960, les États
francophones avaient décidé de former un groupe distinct en vue de
coordonner leurs positions respectives. La charte de l’UAM prévoyait
expressément qu’il serait « créé un groupe de l’UAM à l’ONU. Ce
groupe se réunit obligatoirement avant toute décision importante ». Un
an plus tard, la conférence de Bangui (mars 1962) crée le Secrétaire
permanent. Dès ce moment, un diplomate, en l’espèce un conseiller
d’ambassade camerounais, fut chargé de diriger le Secrétariat. Placé
sous l’autorité du Secrétaire général de !‘UAM, son rôle était de
coordonner l’action des délégations des Etats membres rie IUAM
auprès de l’ONU, d’organiser des réunions, d’établir une liaison entre
la conférence de l’UAM et les délégués et de faire rapport au
Secrétaire général.
Lorsque l’OUA fut créée, la conférence adopta une résolution
invitant « les gouvernements africains auprès de l’ONU, sans
préjudice de leur appartenance et de leur collaboration au sien du
groupe afro-asiatique, à constituer un groupe africain plus efficace
disposant d’un Secrétariat permanent, afin de réaliser une plus étroite
coopération et une meilleure coordination pour les questions d’intérêt
commun ». L’UAM disparaissant l’organisation offrit au groupe
africain ses locaux et l’expérience des membres du Secrétariat
permanent. Il n’empêche que la reconstitution de UAM sous une
nouvelle dénomination (OCAM) fit revivre le groupe des
francophones, à cette différence près qu’il demeura intégré au groupe
africain et qu’il fonctionna de façon informelle. C’est donc dans le
cadre du groupe africain (lue, d’un Point de vue institutionnel,
fonctionne cette mission de liaison qui a pris la forme d’un Secrétariat
permanent de I’OUA.
Cela dit, son rôle est identique à celui du groupe des
francophones : coordonner les activités de l’ONU et de l’OUA,
participer aux travaux des commissions et comités spécialisés de
l’ONU et de l’OUA, participer aux travaux des commissions et
comités spécialisés de l’ONU, harmoniser les positions des Etats
africains.
Le bureau régional de Genève dont les membres jouissent du
statut des missions diplomatiques en vertu d’un accord conclu avec la
[116]
Suisse, représente l’OUA auprès des institutions spécialisées de
l’ONU en Europe et auprès des gouvernements européens.
Le chef du bureau régional est accrédité auprès de la CEE.
[Link]. Les structures communes
A un niveau supérieur, les accords conclus entre les OIA et
d’autres OI peuvent prévoir des structures communes.
Ainsi dans les rapports entre l’OUA et la langue des Etats
arabes, les chefs d’État et de gouvernement de l’OUA [Link] la Ligue
des Etats arabes ont adopté au Caire, en 1977,4une déclaration et un
programme d’action relatifs à la ‘coopération ‘afro-arabe.
Pour mettre en œuvre cette déclaration, des institutions
communes ont été prévues. En dehors des conférences au sommet et
du Conseil des ministres commun, il existe une commission
permanente, des groupes de travail spécialisés, une commission de
coordination, un tribunal afro-arabe, le fonds spécial.
La commission permanente est composée de douze ministres
arabes,’ de douze ministres africains désignés par chaque organisation
et des secrétaires généraux des deux organisations. Elle est présidée
par un représentant de chacune des organisations. Ainsi composée, la
Commission doit se réunit en session ordinaire deux fois par an,
alternativement au siège des organisations ou dans un Etat membre sur
invitation de cet Etat. En cas de nécessité et sur décision des deux
présidents, une session extraordinaire peut être organisée.
Le rôle de la Commission est de mettre en œuvre la
coopération afro-arabe et d’en suivre l’évolution dans les différents
domaines précisés par la déclaration générale. En particulier, elle
assure l’exécution des décisions prises par’ la conférence au sommet
et par le conseil commun des ministres. Elle crée les groupes de
travail nécessaires, définit leur mission, adopte leur règlement
intérieur et approuve les projets présentés par ces groupes de travail.
Elle assure l’organisation générale et la coordination en matière de
coopération. En fait,’ la présence de l’Égypte au sein de la
commission a conduit la partie arabe à boycotter les réunions de la
Commission jusqu’en 1983 à la suite de la conclusion des accords de
Camp David et de la suspension de l’Égypte par la Ligue des Etats
arabes.
[117]
Les groupes de travail opèrent dans un des secteurs énumérés
par la déclaration de 1977. Mais, la commission permanente peut créer
d’autres groupes de travail Chaque groupe est composé « autant que
possible » d’un nombre égal d’experts désignés par chaque
organisation. En Outre, chaque groupe de travail peut consulter des
spécialistes du secteur public ou privé. Le système de la co-présidence
est également de règle ici.
Le rôle des groupes de travail, qui opèrent sous l’autorité et
conformément aux directives de la commission permanente, est de
faire des propositions relatives à des projets déterminés à la
commission permanente. Pour ce faire, ils peuvent faire appel à des
comités mixtes dont ils définissent la mission.
La Commission de coordination est composée des présidents
de la Commission des douze et des Secrétaires généraux des deux
organisations ainsi que des co-présidents et des co-rapporteurs des
groupes de travail si la commission l’estime nécessaire:
Son rôle est de coordonner, sous l’autorité de la Commission
permanente les travaux des différents groupes de travail et d’assurer
l’application des décisions. Dans ces limites, la Commission de
coordination traite « exclusivement de questions de nature pratique et
administrative exigeant des décisions urgentes ». En fait, après le gel
de la Commission permanente. la Commission administrative est
devenue la seule institution capable de maintenir le dialogue entre les
deux organisations.
Le Tribunal afro-arabe (ou Commission de conciliation et
d’arbitrage) a pour rôle de donner une interprétation authentique des
textes qui régissent la coopération afro-arabe et de régler les
différends. Son statut et sa composition devaient être définis par une
réunion d’experts convoquée par les deux organisations.
Enfin, le fonds spécial est alimenté par des subventions
d’égale importance fournies par les deux organisations. Les
Secrétaires généraux, sous le contrôle, de la Commission de
coordination, en assurent la gestion. Son budget (78 202 000 dollars
USA en 1982-1983) est approuvé par la Commission permanente.
La situation particulière de la CEA aurait également requis la
création de structures communes. En effet, comme le relève l’accord
de coopération conclu entre la CEA et l’OUA de 1965, les deux
[118]
organisations ont des objectifs communs : le développement
économique et social de l’Afrique. D’où, inévitablement des
chevauchements et des doubles emplois, d’autant plus qu’e1 1964,
OUA avait créé une commission économique et sociale. A ce propos,
l’OUA affirma que les commissions spécialisées devaient être
considérées comme « des organismes de conception » alors que les
institutions spécialisées des Nations Unies et notamment la CEA
devaient être « considérées comme des organes d’exécution ». Bien
entendu, la CEA avait repoussé cette répartition des compétences.
L’accord de 1965 n’a pas résolu les problèmes de
coordination tics activités des deux organisations. Les mécanismes de
coopération demeurent classiques : échange d’observateurs,
consultations réciproques, échanges de documents et d’informations,
contact entre les Secrétariats, mise à la disposition de l’OUA de
fonctionnaires de la CEA.
Cependant, l’accord conclu en 1981 entre l’OUA, la CEA et
l’ONUDI a prévu la création d’une commission commune pour la
mise en œuvre du programme décennal pour le développement
industriel, conformément au plan d’action de Lagos. L’accord définit
le mandat de la commission. En dehors de sa fonction d’étude et de
recommandation, son rôle est de coordonner « toutes les activités des
trois Secrétariats communs » et de faire des rapports sur les progrès
réalisés dans le domaine du développement industriel.
En outre, l’accord définit les structures et les conditions de
fonctionnement de la Commission. Chaque secrétaire général nomme
deux à quatre hauts fonctionnaires. La Commission se réunit au moins
deux fois par an à tour de rôle aux sièges des trois organisations. En
principe, la présidence revient à l’organisation au siège duquel se tient
la réunion. Les rapports établis par la Commission sont transmis aux
chefs des secrétariats afin qu’ils puissent eux-mêmes faire des
rapports aux organes compétents de leurs organisations.
II.3. Les organisations Internationales non africaines
Il y a, en dehors des organisations internationales africaines,
les organisations non africaines qui jouent également un rôle très
important dans les relations internationales africaines. Il s’agit entre
autres :
[119]
1. Des Nations Unies, les organisations et institutions du système des
Nations Unies et autres organisations universelles ;
2. Des organisations régionales non africaines.
- La Ligue arabe
- La conférence islamique
- L’Union européenne
[Link] entreprises multinationales
Les entreprises multinationales jouent également un très grand
rôle sur les relations internationales africaines notamment en ce qui
concerne les mouvements des capitaux, le financement des rebellions
jusqu’au renversement des gouvernements.
[Link] individus et peuples
L’Afrique, un continent à longue tradition d’effacement de
l’individu comme acteur, n’a pas manqué, au cours des années qui ont
suivit la fin de la guerre froide surtout, de tenir compte de l’individu
comme acteur de sa scène des relations internationales surtout à partir
du moment ou l’individu venait s’imposer comme sujet du droit des
relations internationales et acteur des jeux économiques sur
l’échiquier continental.
- L’individu
Avec le mouvement des « Lumières », on assiste à
l’apparition d’une volonté nouvelle : celle de l’homme libre qui ne
veut plus subir passivement sa vie et qui prend la décision de se
gouverner lui-même par le moyen de la raison. Liberté-responsabilité-
souveraineté, tels sont les attributs qui caractérisent le citoyen de type
nouveau.
Cet homme libre et souverain s’oppose aux pouvoirs, plus ou
moins despotiques ou absolus, des vieilles monarchies qu’il va
transformer, voire détruire En liaison avec cette approche, se
développe une conception économique qui met le travail, l’initiative
individuelle et la libre entreprise, au centre de la vie terrestre et qui
considère que la propriété, droit inviolable et sacré, est le fruit du
travail. Symétriquement, la mendicité, le vagabondage, l’oisiveté, sont
fustigés, voire purement et simplement interdits par la loi. Les
[120]
privilèges attachés au rang, à la classe sociale, les fonctions
héréditaires, sont également supprimées.
La Déclaration des « droits de l’Homme et du citoyen » du 26
août 1789 consacre cette vision et définit les droits inaliénables de la
personne humaine, le but de toute association politique et les limites
des différents pouvoirs. Face au citoyen triomphant, le pouvoir de
l’Etat est strictement défini et encadré.
Le pouvoir ne tire sa légitimité que de la libre expression des
citoyens. La résistance à l’oppression est reconnue comme un droit
sacré.« Le but de toute association politique est la conservation des
droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la
liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »
Dans le conflit qui, de tous temps, a opposé l’individu au
pouvoir, quelle que soit sa forme, la déclaration de 1789 affirme sans
ambiguïté que le pouvoir de l’Etat ne doit jamais porter atteinte aux
droits inaliénables des citoyens. C’est entre autres, en s’appuyant sur
eux que les Juifs demanderont à être « émancipés » pour être
considérés comme des citoyens à part entière.« Nul ne doit être
inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur
manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. ». « La
libre communication des pensées et des opinions est un des droits les
plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire,
imprimer librement… »
Cependant, une question essentielle n’est pas tranchée par
cette déclaration des droits de l’homme : celle de la source du pouvoir.
Pour tous les théoriciens du « Contrat », la souveraineté qui a
originellement sa source dans le peuple est transmise volontairement
par ce dernier au souverain. Pour obtenir la sécurité, les individus
renoncent à se gouverner eux-mêmes individuellement.
Cette vision ne donne le pouvoir au peuple (en l’enlevant des
mains de la papauté et des théologiens) que pour tout aussitôt le lui
retirer et le soumettre à la volonté du souverain qui demeure extérieur
et au-dessus de lui. Elle « laïcise » le pouvoir sans toutefois remettre
en cause l’absolutisme ou le despotisme.
Rousseau évite l’impasse de ce premier type de contrat social
soutenu par Hobbes. « Ce qui est nouveau dans sa doctrine, c’est
l’affirmation que la souveraineté doit toujours résider dans le peuple,
[121]
et que celui-ci ne peut pas en confier l’exercice aux gouvernants,
quels qu’ils soient. La souveraineté étant inaliénable, il ne peut y
avoir d’autre souverain que le peuple. Le seul Etat légitime est celui
où le peuple exerce lui-même sa souveraineté, c’est-à-dire l’Etat
républicain. ».
Dans cette nouvelle construction de la sphère politique, nous
distinguons trois éléments :
– Les individus, libres par définition ou par nature.
– Qui deviennent des citoyens également libres et égaux suite à
leur décision de s’associer et consentir à obéir à la loi qu’ils se
sont eux-mêmes donnée.
– Le pouvoir souverain, le législatif qui contrôle l’exécutif.
L’opposition qui existe entre gouvernants et gouvernés
n’existe plus si le pouvoir souverain résulte de la volonté libre de ses
citoyens. Par contre, si le pouvoir n’est plus l’expression de cette libre
volonté, alors il perd toute légitimité et nous dit ROUSSEAU, le corps
politique est dissout.
L’approche de ROUSSEAU, parfaitement cohérente, est
purement philosophique. C’est un modèle théorique qu’il construit et
il ne se fait aucune illusion sur la capacité des hommes à le mettre en
application. « L’homme est né libre, partout il est dans les fers »
prévient-il dès la première phrase de son ouvrage majeur, le « Contrat
Social ».
JOHN LOCKE, dont l’influence sur ROUSSEAU est grande,
développe une problématique plus concrète, plus réaliste et sera le
véritable fondateur de l’individualisme moderne. Pour le philosophe
anglais, la base de l’édifice social est l’individu dont il faut préserver
et la sécurité et la plus grande liberté possible contre le souverain.
Locke a conscience que cette liberté implique une opposition et une
lutte constante contre le pouvoir de l’Etat, que celui-ci s’exerce au
nom du peuple ou d’un monarque. Ainsi donc, dès l’origine, la
souveraineté repose sur deux éléments l’individu et le peuple.
Complémentaires ? Antagoniques ? Vérité contre illusion ?
-De l’individu au peuple
Au XIXe siècle, c’est le point de vue de l’individualisme qui
triomphe avec le développement rapide du capitalisme libéral. Tout au
long du XIXe et du XXe siècle, ces principes vont inspirer l’action de
[122]
millions d’hommes et conduire à des transformations politiques et
sociales spectaculaires. L’Europe en tout premier lieu, mais également
et dans une certaine mesure, la vieille Russie tsariste, l’Amérique,
l’Afrique seront confrontées à cette révolution. L’aspiration à la
liberté, le respect des droits de la personne conduiront à abattre maints
régimes despotiques et ouvriront au monde les portes de la modernité.
C’est également en les évoquant que l’esclavage sera
combattu et aboli ; que les femmes parviendront à obtenir l’égalité
avec les hommes. La propriété privée, le travail, les libertés
individuelles demeurent les axes fondamentaux quasiment sacralisés
par la législation et le droit. Le domaine d’intervention de l’Etat reste
rigoureusement limité à l’armée, l’impôt, la justice et la police.
-L’émergence de l’individu souverain
Avec le mouvement des « Lumières » on assiste à l’apparition
d’une volonté nouvelle : celle de l’homme libre qui ne veut plus subir
passivement sa vie et qui prend la décision de se gouverner lui-même
par le moyen de la raison. Liberté-responsabilité-souveraineté, tels
sont les attributs qui caractérisent le citoyen de type nouveau. Cet
homme libre et souverain s’oppose aux pouvoirs, plus ou moins
despotiques ou absolus, des vieilles monarchies qu’il va transformer,
voire détruire.
En liaison avec cette approche, se développe une conception
économique qui met le travail, l’initiative individuelle et la libre
entreprise, au centre de la vie terrestre et qui considère que la
propriété, droit inviolable et sacré, est le fruit du travail.
Symétriquement, la mendicité, le vagabondage, l’oisiveté, sont
fustigés, voire purement et simplement interdits par la loi. Les
privilèges attachés au rang, à la classe sociale, les fonctions
héréditaires, sont également supprimées.
La Déclaration des « droits de l’Homme et du citoyen » du 26
août 1789 consacre cette vision et définit les droits inaliénables de la
personne humaine, le but de toute association politique et les limites
des différents pouvoirs. Face au citoyen triomphant, le pouvoir de
l’Etat est strictement défini et encadré. Le pouvoir ne tire sa légitimité
que de la libre expression des citoyens. La résistance à l’oppression
est reconnue comme un droit sacré.«Le but de toute association
politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de
[123]
l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la
résistance à l’oppression. »
Dans le conflit qui, de tous temps, a opposé l’individu au
pouvoir, quelle que soit sa forme, la déclaration de 1789 affirme sans
ambiguïté que le pouvoir de l’Etat ne doit jamais porter atteinte aux
droits inaliénables des citoyens. C’est entre autres, en s’appuyant sur
eux que les Juifs demanderont à être « émancipés » pour être
considérés comme des citoyens à part entière.
Nous pouvons ainsi lire :« Nul ne doit être inquiété pour ses
opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble
pas l’ordre public établi par la loi. » «La libre communication des
pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de
l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement…
»
Cependant, une question essentielle n’est pas tranchée par
cette déclaration des droits de l’homme : celle de la source du pouvoir.
Pour tous les théoriciens du « Contrat », la souveraineté qui a
originellement sa source dans le peuple est transmise volontairement
par ce dernier au souverain. Pour obtenir la sécurité, les individus
renoncent à se gouverner eux-mêmes individuellement.
Cette vision ne donne le pouvoir au peuple (en l’enlevant des
mains de la papauté et des théologiens) que pour tout aussitôt le lui
retirer et le soumettre à la volonté du souverain qui demeure extérieur
et au-dessus de lui. Elle « laïcise » le pouvoir sans toutefois remettre
en cause l’absolutisme ou le despotisme.
Rousseau évite l’impasse de ce premier type de contrat social
soutenu par Hobbes. « Ce qui est nouveau dans sa doctrine, c’est
l’affirmation que la souveraineté doit toujours résider dans le peuple,
et que celui-ci ne peut pas en confier l’exercice aux gouvernants, quels
qu’ils soient. La souveraineté étant inaliénable, il ne peut y avoir
d’autre souverain que le peuple. Le seul Etat légitime est celui où le
peuple exerce lui-même sa souveraineté, c’est-à-dire l’Etat
républicain. »
Dans cette nouvelle construction de la sphère politique, nous
distinguons trois éléments :
– Les individus, libres par définition ou par nature.
[124]
– Qui deviennent des citoyens également libres et égaux suite à
leur décision de s’associer et consentir à obéir à la loi qu’ils se
sont eux-mêmes donnée.
– Le pouvoir souverain, le législatif qui contrôle l’exécutif.
On constate, qu’à de rares exceptions, les peuples n’ont été
libérés de la tutelle coloniale que pour être enfermés dans des fers
encore plus redoutables, ceux forgés par les « libérateurs », FLN et
autres. La théorie du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »,
soubassement de la politique onusienne, loin de permettre aux dits
peuples d’accéder au droit, semble les en écarter d’une manière quasi-
définitive. Cette théorie qui a renoncé de facto à être fondée sur le
droit, est en réalité un principe guerrier qui repose sur l’usage de la
contrainte et de la force. Sous couvert d’un droit, on a autorisé les
dictateurs à disposer de « leur » peuple.
En réalité, si cette théorie a pu tromper le monde, c’est qu’elle
est un pur sophisme, une chimère, une illusion. Elle n’est pas fondée
sur le droit, mais utilise le droit comme un prétexte justifiant par
avance la violation de tous les droits attachés aux personnes et aux
citoyens. Il suffit de constater le sort réservé à la Commission des
droits de l’homme de l’ONU pour mesurer l’importance que cet
organisme accorde aux véritables droits de l’homme ! On a fait
comme si il y avait du droit là où ne régnait et ne règne que l’usage de
la force et de la contrainte.
Ce principe, tel qu’il a été appliqué dans la majorité des cas
jusqu’à ce jour par les différents mouvements de libération nationale
accédant au pouvoir, loin d’exprimer une défense des droits de
l’homme, en est l’exacte négation. L’ONU, en dépit d’affirmations
grandiloquentes, est dans les faits restée prisonnière de positions
contradictoires. L’apologie des droits de l’homme est incompatible
avec celle du droit des peuples. Sa mise en œuvre aboutit d’ailleurs à
un curieux paradoxe : Israël, la seule démocratie existant au Moyen-
Orient et qui, elle, est fondée sur le respect des principes
fondamentaux du droit, est condamnée. Cela a même été, jusqu’à
l’évacuation de Gaza, une sorte d’idée fixe onusienne !
Israël violerait le principe du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes en opprimant le peuple palestinien, ce qui autoriserait ce
dernier à lui faire la guerre en faisant usage de tous moyens. Le
[125]
terrorisme de masse se trouve ainsi de facto, légitimé. Et ce qui était
totalement prévisible s’est produit : une nouvelle dictature est née
dans ces territoires « libérés », celle du Hamas. L’histoire montre que
ceux qui ont évoqué ce principe du droit des peuples à disposer d’eux-
mêmes, n’ont jamais permis à aucun peuple de se libérer.
Le scénario de ce « processus de libération-aliénation » est
pratiquement invariable. La recette utilisée est la même partout :
1. 1°) Faire l’apologie plus ou moins délirante du « peuple »
avec un contenu variable : religieux, idéologique, raciste… ;
2. 2°) Priver les populations des quelques libertés dont elles
jouissaient ;
3. 3°) Créer ainsi dans la population concernée, une immense
frustration, source majeure de la violence qui agite le peuple
et que l’on imputera à la puissance des autres nations…
Comment une population asservie pourrait-elle donner
naissance à un peuple libre, capable de vivre et de faire la paix ?La
stratégie de suppression des droits fondamentaux attachés à la
personne humaine est une constante des mouvements dits de «
libération nationale » d’inspiration marxiste. C’est une stratégie
classique mise en œuvre par tous les apprentis dictateurs de la planète
pour qui ces droits fondamentaux sont purement « formels » et «
bourgeois » ! L’invariant structurel de ce programme tient en deux
phrases : d’abord asservir le peuple, l’aliéner, le priver de tout droit et
ensuite, une fois bâillonné, mutilé, réduit à une unité fondée sur la
terreur, le « délivrer » de l’ennemi !
Les Palestiniens n’échappent pas à ce scénario. Etant
maintenus en dehors de la sphère du droit par la plupart de leurs
dirigeants, ils vivent de ce fait dans la violence permanente. Violence,
qu’une habile et permanente propagande, contre Israël et le grand
Satan américain, quand ce n’est pas contre les « croisés » ! Ce « droit
des peuples à disposer d’eux-mêmes » est d’autant plus dangereux
qu’il a acquis l’autorité d’un préjugé. Appliqué à la quasi-totalité des
populations du globe, il est en réalité dans la plupart des cas, un non-
sens juridique et la source de toutes les guerres. Son application
abusive et incontrôlée est sans doute à l’origine de la violence qui a
ensanglanté le XXe siècle et qui continue au XXIe siècle à générer de
nombreux drames.
[126]
- Un principe liberticide en Afrique
Dans sa plus grande majorité, l’Afrique n’offre pas encore un
cadre d’exercice des droits des peuples aujourd’hui vus comme droit à
la démocratie. Un peuple qui ignore le droit, qui est composé
d’individus sans droits, ne peut revendiquer le droit de disposer de lui-
même sans sombrer dans la dictature. Il est patent, et les exemples
sont légion, que les groupes qui revendiquent le pouvoir au nom de ce
principe, qui utilisent la violence pour parvenir à leur fin, demandent
aux individus qu’ils représentent de renoncer pendant le combat, à
toute liberté. Une fois installées au pouvoir, ces factions privent
définitivement le peuple qu’ils ont soit disant libéré, de toute liberté.
C’est ainsi que sous les décombres de la décolonisation, les dictatures
ont fleuri.
[Link] Organisations non gouvernementales
Sous ce vocable nous désignons des groupements
d’associations ou de mouvement sans but lucratif créer par des
particuliers et qui exprime une solidarité centrale. Les O.N.G peuvent
être nationales dans le sens où leurs adhérents personnes physiques ou
morales. Il récolte essentiellement parmi les nations d’un seul Etat ou
international lorsqu’elles ont des adhérents relevant des nationalités
différentes.
Du point de vue de relations internationales seule les dernières
nous intéressent.
Les O.N.G.a sont celles dont les membres sont en majorité des
Africains dont le contrôle est assuré par des Africains et dont l’activité
est consacrée à l’étude et à la résolution des problèmes Africains.
Les O.N.G a sont différentes des o.i.a.
elles ne sont pas créées par une convention internationale.
Leur situation socio-économique est définie par des actes de
droit interne
Elles ne possèdent pas de la personnalité internationale
Groupement privés, les O.N.G.a manifestent l’existence en
Afrique des mouvements sociaux divers dont l’ambition est
parfois de dépasser les frontières de l’Etat et de témoigner de
la volonté de simples particuliers de peser sur le destin de
l’Afrique.
[127]
§1. Typologie des Organisations Non Gouvernementales africaines
Deux critères vont nous permettre de les classer : le critère
géographique et le critère matériel.
1. Le critère géographique
C'est-à-dire, leur champ d’activité ont peur distinguer en
dehors les [Link] purement nationales qui ne nous intéresse pas ici,
les [Link] panafricaines et Les ONG sous régionales. Comme les
organisations internationales africaines, les organisations non
gouvernementales africaines peuvent avoir pour vocation de couvrir
l’ensemble de la région ou du moins avoir une vocation régionale
panafricaine.
Ainsi le conseil pour le développement de la recherche
économique et social en Afrique (CODESRIA) crée en 1973 rayonne
sur l’ensemble de l’Afrique ayant des adhérents tant en Afrique
septentrionale qu’en Afrique sub-saharienne. Son siège est à Dakar.
C’est également le cas de l’association des juristes africains
dont le siège est également à Dakar. C’est aussi le cas de
l’organisation de l’unité syndicale africaine créée en 1973 et qui
regroupe plus d’une cinquantaine des syndicats nationaux. caractère
panafricain de certaines O.N.G est discutable c’est le cas de l’union
des avocats (représentée que dans 20 pays dont la France)
L’association des juristes africains d’adresse surtout aux
francophones et lusophones, l’organisation africaine pour l’étude des
programmes scolaires recrute ses adhérents essentiellement dans des
Etats anglophones.
D’autres O.N.G.a ne recouvrent qu’une sous-région ainsi
l’académie de l’Afrique de l’Est créée en 1963 ne concerne que
l’Afrique oriental ex britannique : Kenya, Ouganda, [Link]
même, l’association scientifique de l’Afrique de l’Ouest crée en 1953,
l’internationale socialiste créé par Léopold SEDAR SENGHOR en
1981 regroupait que 9 Etas faute de partis socialistes.
Quelle que soit l’extension de l’aire géographique couverte
par les O.N.G.a on relèvera que les Etas sont inégalement représentés
[128]
dans ces organisations soit faute de moyens soir pour des raisons
politiques ou techniques.
De même, il serait intéressant de voir quels sont les lieux
d’implantation de sièges des O.N.G.a. Selon l’annuaire de l’O.T
(1987-1988) les premiers Etats seraient : le Kenya, le Nigéria, le
Sénégal, l’Egypte, la Cote d’ivoire.
2. Critère matériel ou domaine d’activité
En principe aucun domaine d’activité n’est fermé aux
O.N.G.a. A première vue le domaine culturel vient en tête, on peur
citer la CODESTRIA qui s’efforce de remettre en cause les théories
classiques dominantes en matière de développement.
L’organisation africaine pour l’étude des programme
scolaires, l’association scientifique de l’ouest africain, l’association
africaine pour l’alphabétisation et l’éducation des adultes,
l’association des universités africaines, l’association des historiens
africains [Link] autre domaine est le droit : l’association des juristes
africains, union interafricaines des avocats, l’association internationale
de droit africain.
Un troisième domaine concerne la défense des intérêts
professionnels : l’organisation de l’unité syndicale africaine (des
avocats, des journalistes, des médecins, des mineurs, des étudiants…)
Enfin les O.N.G.a représentatives des intérêts de telles ou telle
catégorie de population : femme, jeunes, étudiants.
§2. L’importance des O.N.G.a
Quelques facteurs ont été retenus pour évaluer l’importance es
O.N.G.a :
1. Nombre d’Etats dans lesquels les [Link] sont représentés
plus une [Link] est disséminée à travers le continent africain
plus elle est importante.
2. Nombre d’adhérents
3. Moyens financiers dont dispose l’[Link]
4. Personnel (bénévole ou salarié)
5. Situation par rapport aux Etas (ONG qui sont reconnues ou
personnel
[129]
6. Situation par rapport aux o.i universelles ou régionales plus
une O.N.G accède au statut d’observation auprès d’une O.I,
plus elle a de l’importance.
7. Manifestation des activités des O.N.G.a ; séminaires, congrès,
recherche, publications, actions sur le terrain.
[130]
CHAPITRE SIXIEME
QUI INFLUENCENT LES ACTEURS AFRICAINS ?
Deux acteurs influencent les acteurs africains : les Etats
étrangers et les O.I panafricaines (définition des politologues). Tout
ceci pose la question de la position de l’Afrique dans l’environnement
international.
Nous savons l’Afrique d’hier comme celle d’aujourd’hui n’a
jamais vécu en vase clos, contrairement à ce que certains auteurs ont
écrit à propos de l’Afrique précoloniale.
Pour n’avoir pas coupé le cordon ombilical avec les ex-
puissances coloniales, les Etats africains subissent nolens volens
(malgré eux) l’influence de l’environnement international de la
mondialisation. Il peut paraître paradoxal au moment où l’on parle de
la mondialisation des problèmes que l’on puisse mettre en exergue
l’influence (négation et nuisible qui tend à maintenir l’Afrique dans
une situation de dépendance et de perpétuelle domination).
Si l’interdépendance signifie interpénétration des politiques
voulues et pratiquées par les acteurs internationaux, il faut que chaque
acteur soit libre de se déterminer. Or la pratique nous enseigne que les
Etats africains ne sont pas toujours en position d’indépendance
d’esprit. Or l’influence est présente et multiple leurs formes, taille,
dimension à telle position d’où il est soit difficile de déterminer toutes
les influences déterminantes.
Même si ces influences vont dans le même sens, il arrive des
fois qu’elles se contrarient, cela complique les choses. Les acteurs
africains, outre le fait que les influences qu’ils subissent sont
multiples, les acteurs africains ne sont pas toujours passifs, ils se
révèlent parfois face aux pressions exercées sur eux, tout dépend de ce
qu’on veut, d’où on ne peut pas dire que l’étude des influences est
difficile. Si l’on ne peut les déterminer, on peut néanmoins décerner
des fluctuations qui le point commun de nos politiques intérieures : on
descellé à une certaine permanence de l’influence extérieure.
Les Seychelles, Ile Maurice et la Réunion étaient des îles
désertes, c’est la France ensuite l’Angleterre qui ont installé des
esclaves et des hommes blancs planteur analus à Madagascar et en
[131]
Afrique. Après l’abolition de l’esclavage des engagés indiens et même
chinois.
Les îles les plus proche du continent en particulier : Zanzibar
ont été peuplées par des arabes qui ont amené des esclavages noirs et
développé l’immigration indienne.
Mais sur le continent, les noirs prédominent à côté des fortes
communautés inde – pakistanaises, arabe.
Et jusqu’à la décolonisation l’histoire très complexe de ce
peuplement à tissé plusieurs réseaux de solidarité en particulier une
longue : ‘’le swahili’’, mélange d’arabe et de langue bantu et parlé sur
le continent et dans la plupart des îles de l’océan indien. Mais cette
densité de races s’est doublée d’une hiérarchie très stricte sur le plan
économique et social faisant de la coexistence des communautés un
véritable problème politique.
Situé au centre-Ouest et au Sud Ouest de l’océan indien en un
lieu stratégique, cette sous – région a été le théâtre d’après lutte de
conquêtes que se sont livrées les grandes puissances successives :
Arabie et Portugal d’abord, pour la possession du Zanzibar et de la
côte voisine. L’Arabie ayant le dernier mot, France et Grande-
Bretagne ensuite pour le contrôle des îles, la France réussissant à se
maintenir dans la réunion et aux Comores et à s’établir à
MADAGASCAR ; Grande-Bretagne et Allemagne à la fin du dix-
neuvième siècle.
Si le traité Anglo-allemand de 1890 donna le Tanganyika à
l’Allemagne, les britanniques devraient récupérer la plus grande partie
de ce territoire comme mandat B de la S.D.N, la partie occidentale
(Rwanda Urundi) étant confié aux Belges. Après une pause de la
période coloniale, les rivalités ont repris, cette fois-ci les anciennes
puissances impériales ont cédé progressivement la place aux deux
grandes U.S.A et U.R.S.S comme le reste de l’Afrique, l’Afrique
orientale s’insérera dans la politique des blocs Ouest-Est, l’illustration
parfaite a été le changement d’alliance opéré entre 1977-1978 par les ;
deux supergrands (les U.S.A ayant triqué l’Ethiopie pour la Somalie et
l’URSS vice-versa).
Avant que les USA ne jettent leur dévolu sur l’Ouganda de
MUSEVENI on peut dire avec les réserves d’usage que l’Ethiopie
réunit un certain nombre d’atout pour devenir le pole d’attraction de la
[132]
sous région. Un des rares pays africains à ne pas reconnaître la
colonisation, l’Ethiopie abuse le siège de l’Ouest, ce qui lui confère un
prestige certain.
Les îles Maurices ne sont pas mal loties sur le plan industriel,
le KENYA exerce une sorte de fascination pour les touristes et
dispose d’un certain nombre d’atouts pour avoir son mot sur la scène
internationale. Djibouti aux confluents de la mer rouge et de l’océan
indien occupe une position stratégique, notable en vertu de l’accord de
défense de 1977 entre Djibouti et la France, celle-ci entretient une
base militaire dans ce pays.
Parmi ceux qui influent sur les relations internationales
africaines nous pouvons citer trois catégories d’Etats :
1ère catégorie : les anciens Etats coloniaux
Qui pour des raisons historiques manifestent un intérêt pour
l’Afrique.
2ème catégorie : les deux supergrands
Surtout à l’époque de la guerre froide.
3ème catégorie : les Etats Arabes
Dont l’intérêt pour l’Afrique tient pour d’une part que certains
Etats africains sont des Etats arabes et d’autre part parce que les Etats
arabes au moyen – orient sont au voisinage de l’Afrique et ont des
intérêts pour diverses raisons à entretenir des relations avec l’Afrique.
§1. Les anciens Etats coloniaux
Paradoxalement, les anciens Etats coloniaux continuent de
détenir des solides positions en Afrique y compris ceux qui avant dû
abandonner leurs possessions africaines bien avant les indépendances
(Allemagne, Italie).
Paradoxalement, car on pourrait en effet penser que le rôle
qu’ils ont joué pendant la période coloniale n’est pas de nature à
faciliter leurs relations avec les nouveaux Etats africains.
Paradoxalement aussi car lorsque l’indépendance a été
arrachée par la lutte armée, on pourrait penser que le recours à la
violence pour acquérir leur indépendance serait une cause de rupture
totale entre les nouveaux Etats africains et leurs anciennes métropoles.
[133]
La réalité est que l’Afrique reste pour les anciens colonisateurs une
zone d’influence économique, politique et culturelle.
Les pays africains dans leur totalité entretiennent des relations
privilégiées avec les anciens colonisateurs et même avec leurs anciens
bourreaux. La question est de savoir pourquoi les anciens Etats
coloniaux continuent d’avoir des liens privilégiés avec leurs anciennes
possessions (alors que des voix se sont élevées pour réclamer une
indépendance totale).
Pour l’Afrique du Sud qui perd ainsi la deuxième place ou son
guais, il s’agit de s’assurer que ce pays ne devienne pas avec l’appui
du voisin Angolais une base subversive. Le continent Cubain en
Angola se replis et la Namibie devient indépendante à la suite de la
signature à New-York d’un traité tripartite (Afrique du Sud, Angola,
Cuba) le 22 décembre 1988. Les U.S.A et l’U.R.S.S parrainent
l’accord.
L’objet d’enjeux Est-Ouest, l’Afrique australe est aujourd’hui
dépourvu de la rivalité des puissances extérieures. L’évolution de ces
pays est devenue un problème national et régional. Et surtout
l’Afrique du Sud est désormais le laboratoire d’une expérience unique
(faire vivre ensemble dans l’égalité une majorité noire et minorité
blanche) ; le résultat aura un impact considérable sur les rapports entre
le monde développé et PVD, la possibilité d’édifier un monde plus
juste.
La plus longue guerre dans cette partie ne s’est terminée qu’il
y a peu (cfr Angola).
§2 Les Etats-Unis et L’URSS
Rappelons d’abord que les Etats dits socialistes en général et
l’URSS en particulier ainsi que les USA, n’avaient pas de colonies en
Afrique pour des motifs différents, auraient contribué à favoriser le
processus de décolonisation en Afrique. Après les indépendances cfr
chacune des deux superpuissances pour des raisons d’ordre
idéologique, stratégique ou économique, s’est évertuée à entraîner des
Etats africains dans son propre camp, ou du moins à éviter que tel ou
tel Etat n’adhère au camp adverse.
[134]
D’où la mise en œuvre d’un ensemble de moyens destinés à
influencer à la fois la politique intérieure et la politique extérieure de
nouveaux Etats africains.
Dans les deux cas la politique africaine de deux
superpuissances ne peut être isolée de celle de leurs alliés européens
respectifs. Ceci signifie que les USA ont toujours veillé à présenter
leurs intérêts en Afrique tout en étudiant de donner l’impression de se
substituer aux anciens Etats coloniaux, sauf en cas de nécessité.
Autrement dit tant que les anciens Etats coloniaux sont
capables de maintenir les Etats africains dans la voie capitaliste de
leur développement les Etats-Unis se tiennent en réserve. En revanche
lorsque l’orientation prise par les dirigeants africains prend un
tournant contraire et surtout lorsqu’ils s’avisent de demander l’appui
des Etats socialistes, les Etats-Unis n’hésitent pas à sortir de leur
réserve utiliser le parapluie du conseil de sécurité des Nations-Unies
pour légitimer leur intervention.
De la même façon la politique africaine de l’URSS ne peut
être dissociée de celle des autres Etats socialistes. D’où des
convergences (par exemple l’action conjuguée de l’URSS et de
CUBA en Angola ou en Ethiopie mais aussi des divergences surtout
avec la chine. Aujourd’hui dans un monde devenu unipolaire) la
menace de l’expansion du socialisme en Afrique n’est plus qu’un
mauvais souvenir. Les anciens Etats coloniaux et les USA poursuivent
désormais les mêmes objectifs :
Faciliter la mise en œuvre d’une politique destinée à arrimer
solidement les Etats africains au système capitaliste et à enraciner les
valeurs de la démocratie libérale.
Pour autant, ceci ne veut pas dire que les Etats Unis soient
prêts à abandonner l’Afrique aux anciens Etats coloniaux (cfr la
tournée faite par Clinton au début de l’année 98 en Afrique). Ainsi le
rôle important joué par l’EGYPTE au Moyen-Orient les incite à en
faire un partenaire privilégié. De même le rôle dominant de l’Afrique
du Sud enfin libérée de l’apartheid en Afrique Australe ne peut que
fortifier leur intérêt pour cet Etat, qui fut toujours un partenaire
important même lorsque les Nations-Unies décidèrent d’appliquer des
sanctions à l’Afrique du Sud. Comme nous l’avons dit plus haut, en
[135]
Afrique occidentale le NIGERIA bénéficie des U.S.A d’une attention
soutenue.
Réponse :
- Il faut souligner que le poids du passé colonial dont la
signification demeure ambigu. Ambigu : la majorité
d’Africains à l’exception d’une infinie minorité est contre
cette situation de liens privilégiés. Mais on constate aussi
qu’une majorité des élites africains assument semble-t-il tant
bien que mal le passé colonial, passé toujours vivant, dont la
surveillance favorise l’action des anciennes métropoles. On
peut avancer l’hypothèse que plus le passé colonial a laissé
des traces d’influences en Afrique, plus on est destiné à
collaborer avec les anciens Etats coloniaux. Cependant seul le
passé colonial ne suffit pas pour expliquer des liens
privilégiés leur passé ont d’influence avec les anciens Etats
coloniaux ;
- Il y a aussi la volonté d’être présent en Afrique des Etats
coloniaux qui est aussi un facteur important à ne pas négliger.
Cfr les déclarations de la France à propos de l’Afrique :
l’Afrique constitue la classe gardée de la France, la France du
21eme siècle sera africaine ou ne le sera pas (déclaration de Mr
François MITTERAND) ; en réalité cette déclaration voulait
dire que la France ne représentera rien sans l’Afrique, la
présence de la France en Afrique est un facteur de
développement et de progrès pour la France. La France n’est
pas le seul Etat à privilégier l’Afrique, la Grande-Bretagne
entretient des liens très privilégiés avec les anciennes colonies
d’Afrique (dans le cadre du Commonwealth, l’Afrique du Sud
également fait partie du Commonwealth). Même les Etats
privés de leur ancienne colonie comme l’Allemagne et l’Italie
font aussi un come back en Afrique et manifeste leur intérêt
en Afrique ;
- La décolonisation a aussi contribué à étendre l’influence des
certains pays européens (anciens Etats coloniaux) d’étendre
son influence au delà de ses anciennes colonies. Cas de la
France qui a une influence au NIGERIA et da ns certains pays
[Link] couronne britannique s’intéresse aussi aux
Etats francophones, ce qui a amené le Commonwealth à
[136]
admettre le Cameroun en 1994, bien que Cameroun soit dans
sa totalité francophone.
Ainsi les anciens Etats coloniaux se trouvent dans une
situation de compétition qui nous rappelle les rivalités de la période
coloniale, de fois les anciens Etats coloniaux sont amenés à collaborer
à cause des intérêts communs dans le cadre de structures communes
telles que l’union européenne à des degrés divers et sous des formes
différentes. La volonté des anciens Etats coloniaux de demeurer
présent en Afrique n’est que la continuation de la vieille politique
coloniale par d’autres moyens. Ce passé colonial n’explique pas tout,
dans certains cas les relations entre l’Etat ancien colonial et l’ancienne
colonie peuvent donner lieu à des divergences pour des raisons
diverses. Ainsi le Royaume-Uni et le NIGERIA entretiennent à un
certain moment des relations difficiles. La volonté des américains de
faire du Nigeria une tête de pont en Afrique à diminuer l’influence
britannique. De même il n’est pas dit que l’ex-colonie se soumet
totalement à l’ancien colonisateur.
§3. Les ETAS ARABES
Les Etats arabes constituent un pesanteur réel à la politique
des Etats africains, d’abord, celui relation à l’allégeance qu’on
certains Etats africains vis-à-vis de la Ligue des Etats arabes et de la
culture islamique. En dehors de cette réalité, il ne faut pas négliger la
manne pétrolière qui constitue actuellement une véritable arme
politique et du chantage sur les Etats africains majoritairement
nécessiteux.
[137]
[138]
CHAPITRE SEPTIEME
UNE STRATEGIE DES GRANDS ENSEMBLES POUR
AFFRONTER LES GRANDS DEFIS
Dans ce chapitre, seule l’union africaine va nous intéresser en
ceci que la situation de l’OUA a été déjà abordée dans le premier
chapitre du cours
1. L’UNION AFRICAINE DU SOMMET D’ALGER AU
SOMMET DE SYRTE I
a) Le sommet d'Alger.
Le 35ème sommet de l'OUA qui s'est tenu à Alger, du 06 au 14
juillet 1999 a été le point de départ de l'Union Africaine. L'idée a été
remise au devant de l'actualité pour la première fois par le colonel
Mouamar Kadhafi de la Libye dès, après la cérémonie d'ouverture du
sommet.
En effet, pendant un discours de plus d'une heure, le guide de
la révolution libyenne a plaidé à huis clos, auprès de la quarantaine de
ses pairs présents au sommet d'Alger, pour la création d'un congrès
africain.
Selon Kadhafi, la charte de l'OUA étant devenue obsolète dès
lors qu'elle sacralise les frontières héritées du colonialisme, dans cette
ère de globalisation, l'Afrique doit réaliser au plus pressé son unité en
transformant l'OUA en « Etats Unis d'Afrique ». La vision de Kadhafi
est que « les conflits sont liés aux frontières héritées du
colonialisme ». Par conséquent l'option d'unité du continent évitera les
guerres en Afrique. Aussi a-t-il demandé et obtenu la tenue à Syrte
d'un sommet extraordinaire de l'OUA pour réviser la charte de
l'organisation, afin de l'adapter aux exigences du nouveau millénaire
que sont la constitution de grands ensembles politiques ou
économiques dans un contexte de mondialisation.
b) Le sommet de Syrte I
Le 4ème sommet extraordinaire de l'histoire de l'OUA depuis
sa création en 1963, appelé désormais Syrte I devait officiellement, du
07 au 09 septembre 1999 à la demande de la Libye traité d'une seule
[139]
question : « Comment renforcer la capacité de l'Afrique à faire face
aux défis du nouveau millénaire ? ».
Mais surprenant tous ses invités, le colonel Kadhafi, leur a
soumis un projet de création d'une Union Africaine, qui selon lui
constituerait la seule réponse à la question inscrite à l'ordre du jour.
Après deux jours et deux nuits de débats intenses autour du
projet de Kadhafi, visant à créer une organisation supranationale, les
participants sont convenus dans une déclaration désormais historique
de « Créer l'Union Africaine et d'accélérer la mise en œuvre du traité
d'Abuja, qui prévoit l'institution d'un parlement panafricain, d'une cour
de justice, d'une banque centrale africaine, et d'une union monétaire
africaine. ».
Mandat a par ailleurs été donné au conseil des ministres des
affaires étrangères de l'OUA et au secrétaire général de l'organisation
de mettre en application les décisions et de soumettre un rapport, avec
un projet d'acte constitutif de l'Union Africaine au 36 ème sommet de
l'OUA.
c) Le sommet de Lomé.
A Lomé, du 10 au 12 juillet 2000, la déclaration de Syrte I a
connu un début d'exécution. Elle a cessé d'être une simple déclaration
formelle pour épouser des formes plus officielles. L'acte constitutif de
l'Union Africaine dont les premiers contours ont été définis à Syrtre I
en Libye, a finalement été approuvé et adopté à l'unanimité dans la
nuit du 11 au 12 juillet 2000, par les chefs d'Etat et de gouvernement
présents au Togo. Vingt-sept(27) d'entre eux signent le 12 juillet l'acte
constitutif, au cours d'une cérémonie solennelle de signature. Il s'agit
notamment de l'Algérie, du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, du
Cap Vert, de la République Centrafricaine, de Djibouti, de l'Éthiopie,
du Gabon, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée Bissau, de la Guinée
équatoriale, du Lesotho, du Libéria, de la Libye, de Madagascar, de
Malawi, du Mali, du Niger, de la RASD, du Sénégal, de la Sierra
Léone ,du soudan, du Tchad et de la Zambie2.
Pourtant à Lomé, l'adoption d'un texte consensuel n'a pas été
facile. La signature de l'acte par 27 Etats dès son approbation ne doit
pas occulter pour autant les réserves qu'avaient exprimées certaines
délégations. Celles du Botswana, du Kenya et du Zimbabwé se sont
dites opposées à une réforme « précipitée » de l'OUA et surtout à toute
[140]
perspective de lui conférer un pouvoir exécutif supranational. Ils se
sont donc gardés de signer l'acte.
L'Afrique du Sud, l'Egypte et le Nigeria, trois poids lourds du
continent se sont opposés farouchement « aux visées
expansionnistes » du dirigeant libyen. Le chef de l'Etat gabonais,
Oumar Bongo a même déclaré à la presse que son pays, qui assume un
leadership politique et économique en Afrique centrale, n'acceptera de
perdre aucun pan de sa souveraineté au profit d'un quelconque
ensemble, dont l'issue est incertaine.
Au total, le sommet de Lomé aura donné naissance à l'Union
Africaine, seulement après moults tractations sur le contenu de son
acte constitutif.
d) Le sommet de Syrte II
Convoqué du 02 au 03 mars 2001 à Syrte, ce sommet devait
constituer un test grandeur nature de la conviction, mais aussi de
l'adhésion personnelle des chefs d'Etats africains au projet d'Union
Africaine. Car le sommet de Syrte II devait permettre d'aller de l'avant
et d'esquisser les contours plus ou moins définitifs que prendra à terme
l'Union Africaine. Mais comme partout ailleurs dans le monde, le
processus de ratification -examen et approbation- par les instances
législatives nationales, est très lent. Cette situation, ne permettra
malheureusement pas comme l'aurait voulu l'instigateur du projet
d'union, de faire du sommet de Syrte II « le sommet constitutif » de
l'Union Africaine.
En effet, depuis l'approbation de l'acte constitutif de l'Union
par les Chefs d'Etats à Lomé, le nombre de pays signataires est passé
de 27 à 41, dépassant donc largement la majorité des 2/3. Mais le
nombre des ratifications au 20 Février 2001 n'était que de quatorze
(14) et seulement six (6) pays environs pourraient déposer leurs
instruments de ratification au cours du sommet de Syrte II. Ce qui
aurait porté le nombre de ratifications à environ vingt (20). Or, l'entrée
en vigueur de l'acte telle que stipulée par la charte en son article 28, ne
pourra se faire que « trente (30) jours après le dépôt des instruments
de ratification par les 2/3 des Etats membres de l'OUA » au secrétariat
général de ladite organisation.
Battant le record de participation de chefs d'Etats et de
gouvernement, le dernier sommet extraordinaire de l'OUA à Syrte, à
[141]
défaut de consacrer l'entrée en vigueur de l'acte constitutif de l'Union
Africaine a eu quand même le mérite de donner un coup d'accélérateur
à la mise en œuvre du traité par la déclaration solennelle de création
de l'Union Africaine. Ce qui a abouti le 21 Mai à son entrée en
vigueur, quelques mois seulement avant le sommet de Lusaka.
2. L'ACTE DE L'UNION AFRICAINE
1. Les objectifs
Les objectifs de l'Union tels que stipulés par l'acte constitutif
en son article3 sont les suivants :
1. réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays
africains et entre les peuples d'Afrique ;
2. défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et
l'indépendance de ses Etats membres ;
3. accélérer l'intégration politique et socio-économique du
continent ;
4. promouvoir et défendre les positions africaines communes
sur les questions d'intérêts pour le continent et ses peuples ;
5. favoriser la coopération internationale, en tenant dûment
compte de la charte des Nations Unies et de la déclaration
universelle des droits de l'homme ;
6. promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent ;
7. promouvoir les principes et les institutions démocratiques, la
participation populaire et la bonne gouvernance ;
8. promouvoir et protéger les droits de l'homme et des peuples
conformément à la charte africaine des droits de l'homme et
des peuples et aux autres instruments pertinents relatifs aux
droits de l'homme ;
9. créer les conditions appropriées permettant au continent de
jouer le rôle qui est le sien dans l'économie mondiale et dans
les négociations internationales ;
10. promouvoir le développement durable aux plans
économique, social et culturel, ainsi que l'intégration des
économies africaines ;
11. promouvoir la coopération et le développement dans tous les
domaines de l'activité humaine en vue de relever le niveau
de vie des peuples africains ;
[142]
12. coordonner et harmoniser les politiques entre les
communautés économiques régionales existantes et futures
en vues de la réalisation graduelle des objectifs de l'Union ;
13. accélérer le développement du continent par la promotion de
la recherche dans tous les domaines, en particulier en
science et en technologie ;
14. œuvrer de concert avec les partenaires internationaux
pertinents en vue de l'éradication des maladies évitables et
de la promotion de la santé sur le continent.
2. Les principes
L'union Africaine fonctionne conformément aux principes
suivants énoncés dans l'article 4 de l'acte constitutif :
1. Egalité souveraine et indépendance de tous les Etats membres
de l'Union ;
2. Respect des frontières existant au moment de l'accession à
l'indépendance ;
3. Participation des peuples africains aux activités de l'Union ;
4. Mise en place d'une politique de défense commune pour le
continent africain ;
5. Règlement pacifique des conflits entre les Etats membres de
l'Union par les moyens appropriés qui peuvent être décidés
par la conférence de l'Union ;
6. Interdiction de recourir ou de menacer de recourir à l'usage de
la force entre les Etats membres de l'Union ;
7. Non-ingérence d'un Etat membre dans les affaires intérieures
d'un Etat membre ;
8. Le droit de l'Union d'intervenir dans un Etat membre sur
décision de la conférence, dans certaines circonstances graves,
à savoir les crimes de guerres, le génocide et les crimes contre
l'humanité ;
9. Coexistence pacifique entre les Etats membres de l'Union et
leur droit de vivre dans la paix et la sécurité ;
10. Droit des Etats membres de solliciter l'intervention de
l'Union pour restaurer la paix et la sécurité ;
11. Promotion de l'auto-dépendance collective, dans le cadre de
l'Union ;
12. Promotion de l'égalité entre les hommes et les femmes ;
[143]
13. Respect des principes démocratiques, des droits de
l'homme, de l'Etat de droit et de la bonne gouvernance ;
14. Promotion de la justice sociale pour assurer le
développement économique équilibré ;
15. Respect du caractère sacro-saint de la vie humaine et
condamnation et rejet de l'impunité, des assassinats
politiques, des actes de terrorisme et des activités
subversives ;
16. Condamnation et rejet des changements anticonstitutionnels
de gouvernement.
3. Les organes
Les organes de l'Union sont les suivants :
- la conférence de l'Union
- le conseil exécutif
- le parlement panafricain
- la cour de justice
- la commission
- le comité des représentants permanents
- les comités techniques spécialisés
- le conseil économique, social et culturel
- les institutions financières (article 5)
Toutefois, la conférence peut décider de créer d'autres organes
pour atteindre les objectifs fixés par l'Union.
Les articles 6 à 21 de l'acte constitutif de l'Union Africaine
donnent la composition, les attributions et le fonctionnement de ces
organes.
a) La conférence de l'Union
La conférence de l'Union est composée des chefs d'Etat et de
gouvernement ou de leurs représentants dûment accrédités. C'est
l'organe suprême de l'Union. La conférence se réunie au moins une
fois par an en session ordinaire, mais peut également à la demande
d'un Etat membre et sur approbation des deux tiers (2/3) des Etats
membres, se réunir en session extraordinaire. La présidence est
assurée pendant un an par un chef d'Etat et de gouvernement élu, après
consultation entre les Etats membres.
[144]
La conférence prend ses décisions par consensus à défaut, à la
majorité des deux tiers (2/3) des Etats membres. Toutefois, les
décisions de procédure, y compris pour déterminer si une question est
de procédure ou non, sont prises à la majorité simple. Le quorum est
constitué des 2/3 des Etats membres de l'Union pour toute session de
la conférence.
Les pouvoirs et les attributions de la conférence sont vastes et
consistent à :
1. définir les politiques communes de l'Union ;
2. recevoir, examiner et prendre des décisions sur les rapports et
les recommandations des autres organes de l'Union et prendre
des décisions à ce sujet ;
3. examiner les demandes d'adhésion à l'Union ;
4. adopter le budget de l'Union ;
5. créer tout organe de l'Union ;
6. assurer le contrôle de la mise en œuvre des politiques et
décision de l'Union et veiller à leur application pour tous les
Etats membres ;
7. donner des directives au conseil exécutif sur la gestion des
conflits, des situations de guerre et autres situations d'urgence
ainsi que sur la restauration de la paix ;
8. nommer et mettre fin aux fonctions des juges de la cour de
justice ;
9. nommer le président, le ou les vices présidents et
commissaires de la commission et déterminer leurs fonctions
et leurs mandats.
La conférence peut déléguer certains de ses pouvoirs et
attributions à l'un ou l'autre des organes de l'Union.
b) Le conseil exécutif
Il se compose des ministres des affaires étrangères ou de tous
autres ministres ou autorités désignées par les gouvernements des
Etats membres. Le conseil des ministres se réuni en session ordinaire
au moins deux fois par an, mais peut aussi se réunir en session
extraordinaire à la demande d'un Etat membre et sous réserve de
l'approbation des 2/3 de tous les Etats membres. Le processus de prise
de décision adopté est le même que celui de la conférence. Il assure la
coordination et décide des politiques dans les domaines d'intérêt
[145]
commun pour les Etats membres, notamment dans les domaines
suivants :
- commerce extérieur ;
- énergie, industrie et ressources minérales ;
- alimentation, agriculture, ressources animales, élevage et
forêts ;
- ressources en eau et irrigation ;
- protection de l'environnement, action humanitaire et réaction et
secours en cas de catastrophe ;
- transport et communication ;
- assurances ;
- éducation, culture, santé et mise en valeur des ressources
humaines ;
- science et technologie ;
- nationalité, résidence des ressortissants étrangers et question
d'immigration ;
- sécurité sociale et élaboration de politique de protection de la
mère et de l'enfant, ainsi que de politiques en faveur des
personnes handicapées ;
- institution d'un système de médailles et de prix africains.
Le conseil peut déléguer tout ou partie de ses pouvoirs et
attributions aux comités techniques spécialisés. Il est responsable
devant la conférence. Il se réunit pour examiner les questions dont il
est saisi et contrôle la mise en œuvre des politiques arrêtées par la
conférence.
Deux autres organes renforcent l'action du conseil exécutif, ce
sont les comités techniques spécialisés et le comité des représentants
permanents.
· Les comités techniques spécialisés
Ils sont composés des ministres ou des hauts fonctionnaires
chargés des secteurs relevant de leurs domaines respectifs de
compétence. Les comités techniques spécialisés, sous réserve des
directives qui peuvent leur être données par le conseil exécutif, se
réunissent aussi souvent que nécessaire.
Chacun des comités dans le cadre de sa compétence a pour
mandat de préparer des projets et programmes de l'Union et les
soumettre au conseil exécutif, d'assurer le suivi et l'évaluation de la
[146]
mise en œuvre des décisions prises par les organes de l'Union,
d'assurer la coordination et l'harmonisation des projets et programmes
de l'Union, de présenter des rapports et des recommandations au
conseil exécutif, soit de sa propre initiative, soit à la demande du
conseil exécutif, sur l'exécution des dispositions de l'acte constitutif ;
et de s'acquitter de toute tâche qui pourrait lui être confiée en
application des dispositions dudit acte.
L'acte constitutif a créé sept (7) comités qui sont :
1. le comité chargé des questions d'économie rurale et agricole ;
2. le comité chargé des affaires monétaires et financières ;
3. le comité chargé des questions commerciales, douanières et
d'immigration ;
4. le comité chargé de l'industrie, de la science et de la
technologie, de l'énergie, des ressources naturelles et de
l'environnement ;
5. le comité chargé des transports, des communications et du
tourisme ;
6. le comité chargé de la santé, du travail et des affaires
sociales ;
7. le comité chargé de l'éducation, de la culture et des ressources
humaines.
La conférence peut, si elle le juge nécessaire, restructurer les
comités existants ou en créer de nouveaux.
· Le comité des représentants permanents
L'acte constitutif de l'Union Africaine crée auprès de l'Union
un comité des représentants permanents. Il est composé des
représentants permanents et autres plénipotentiaires des Etats
membres. Il est responsable de la préparation des travaux du conseil
exécutif et agit sur instruction du conseil. Il peut instituer tout sous-
comité ou groupe de travail qu'il juge nécessaire.
c) Les autres organes
La commission, le parlement panafricain, la cour de justice, le
conseil économique, social et culturel et les institutions financières,
bien que créés par l'acte de l'union n'ont pas leurs attributions et
pouvoirs déterminés in extenso par lui. L'acte prévoit pour le
parlement, la cour de justice, les institutions financières un protocole
[147]
qui déterminera leur composition, pouvoirs, attributions, statuts et
organisation. Quant à la commission et au conseil économique, social
et culturel, la conférence se chargera d'en déterminer la structure et
autres aspects nécessaires à leur bon fonctionnement.
- COMPARAISON ENTRE L'ACTE DE L'UNION
AFRICAINE ET LA CHARTE DE L'OUA
La charte de l'OUA et l'acte constitutif de l'Union Africaine tel
qu'adopté à Lomé le 11 juillet par la conférence des chefs d'Etat et de
gouvernement de l'OUA, présentent à bien des égards de nombreuses
ressemblances. Mais bien que taxé de « OUA bis » par certains
observateurs de la vie des organisations internationales africaines,
l'acte constitutif de l'UA comporte certaines innovations marquantes
au niveau des principes, des objectifs et des organes.
1- Au niveau des organes
L'acte constitutif de l'Union Africaine reprend un certain
nombre d'organes qui présentent des ressemblances notables avec
ceux contenus dans la charte de l'OUA. Il s'agit notamment de la
conférence de l'union, du conseil exécutif, de la commission et des
comités techniques spécialisés.
La conférence des chefs d'Etat et de gouvernement prend au
niveau de l'acte de l'Union Africaine la dénomination de « conférence
de l'union ». Tout en demeurant l'organe suprême, la conférence voit
ses pouvoirs et attributions plus précises et plus accrues dans l'acte de
l'union.
Le conseil des ministres rebaptisé « conseil exécutif » peut
désormais selon l'acte admettre dans sa composition toutes « autorités
désignées par les gouvernements des Etats membres ». Par ailleurs,
cet organe connaît lui aussi un accroissement de ses attributions.
Le secrétariat général de l'Union Africaine est assuré par « une
commission » qui a à sa tête un président, des vices présidents et des
commissaires assistés par le personnel. Le texte de l'Union Africaine
laisse à la conférence la latitude d'en déterminer la structure, les
attributions et le règlement intérieur.
Les comités techniques spécialisés sont à l'image des
commissions spécialisées. L'acte de l'union en a créé sept(7) ayant
chacun un domaine de compétence bien déterminé. Seule la défense
[148]
qui au niveau de la charte de l'OUA relevait d'une commission a été
occultée au niveau des comités techniques spécialisés.
Au titre des innovations on peut noter que l'acte de l'Union
Africaine en plus de n'avoir pas inscrit « la commission de médiation,
de conciliation et d'arbitrage » au sein de ses organes, a introduit
cinq(5) nouvelles structures : le parlement panafricain, la cour de
justice, le comité des représentants permanents, le conseil
économique, social et culturel et des nouvelles institutions financières.
[149]
2- Au niveau des objectifs
L'Union Africaine et l'OUA ont des objectifs identiques du
point de vue de leurs visées panafricanistes : l'union du continent
africain. Mais ces objectifs comme on peut en faire le constat à leur
examen, ont connu avec l'Union Africaine une certaine évolution due
certainement au défi nouveau du continent.
Ainsi remarque-t-on que l'acte de l'Union Africaine reprend
intégralement quatre(4) des cinq (5) objectifs de l'OUA, à l'exception
de « l'élimination sous toutes ses formes du colonialisme de
l'Afrique ». En effet, cet objectif qui s'inscrivait dans la logique de la
domination coloniale, répondait à l'époque à un impératif de lutte pour
l'indépendance des Etats africains et s'accommodait donc bien à ce
contexte.
Aujourd'hui alors que l'Afrique est totalement libérée du joug
de la colonisation, il est tout à fait normal que cet objectif ne figure
pas dans l'acte de l'Union Africaine.
L'Union Africaine regroupe ses objectifs en quatorze(14)
grands axes qui tiennent compte des exigences nouvelles dues pour la
plupart aux grandes mutations que le monde a connu. Ces objectifs
tout comme ceux de l'OUA hier, répondent à la soif d'unité du
continent africain et la volonté qu'ont ses peuples de connaître un
mieux-être par le biais d'un développement intégré du continent.
3- Au niveau des principes
Au niveau des principes, bien d'observateurs de la vie des
organisations internationales africaines pensent que l'Union Africaine
n'a pas beaucoup bougé en affirmant comme la défunte OUA, les
principes « d'égalité souveraine de tous les Etats membres » « le
respect de la souveraineté » « le respect des frontières existant au
moment de l'accession à l'indépendance » 2etc.
Pourtant à bien y faire attention, l'on se rend vite compte que
le texte de l'Union Africaine apporte des innovations de taille en ce
qui concerne les principes de la nouvelle organisation panafricaine.
Ces innovations portent notamment sur « la participation des peuples
africains aux activités de l'union » ; « la mise en place d'une
politique de défense commune pour le continent africain » « la
2
Principe d’intangibilité des frontières.
[150]
condamnation et le rejet des changements anticonstitutionnels de
gouvernement. ».
Ces principes marquent clairement la volonté des Etats
africains d'aller de l'avant. Ils ne figuraient pas dans les principes
énoncés par la charte de l'OUA.
En somme, l'Union Africaine paraît être une forme améliorée
de l'OUA. Mais à l'analyse l'on se rend compte que l'acte constitutif de
l'Union Africaine est un pas en plus fait par les gouvernants africains,
vers la constitution des Etats Unis d'Afrique. Des changements
notables sont contenus dans les organes, les objectifs et les principes
de l'Union Africaine. Ils détermineront à coup sûr l'avenir de l'union
du continent. A présent examinons de bout en bout les tenants et les
aboutissants de l'Union Africaine. Dans quelles conditions se
réalisera-t-elle ? Quels sont les obstacles à surmonter ? Les défis à
relever ? Au total, quelles sont les voies à explorer pour atteindre
l'Union Africaine et que peut-on en retirer ? Voici des questions que
notre analyse tentera d'élucider dans les deux parties suivantes de
notre travail.
[151]
[152]
CHAPITRE HUITIEME
DES ORGANISATIONS SOUS-REGIONALES COMME
PRELUDE D’UNE INTEGRATION TOTALE DANS LE CADRE
D’UNE COMMUNAUTE ECONOMIQUE AFRICAINE
L’AFRIQUE DU NORD :
Cette partie de l’Afrique n’est souvent pas étudiée lorsqu’on
parle des Relations internationales africaines car, elle est souvent très
attachée au proche – orient et au Monde arabe. L’Afrique blanche a
comme organisation sous régionale : UMA (union du Maghreb
Arabe). Elle regroupe : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie,
la Libye sur base du traité constitutif du 12/2/1989 à Marrakech. C’est
une organisation qui a pour objectif final le marché commun.
L’AFRIQUE DE L’OUEST :
1. Le conseil de l’entente ou Union Sahel-Bénin
Créé par la conférence d’Abidjan du 29 Mai 1959 qui
regroupe la Côte d’ivoire, le Bénin, Burkina-Faso, Niger, le Togo (a
adhéré en 1966)
But : Etroite coopération économique et technique.
En principe, sur le plan extérieur le conseil de l’entente adopte
une politique commune, la représentation de l’un des nombres à
l’étranger peut être assurée par un autre membre.
SIEGE : Cotonou
2. Union monétaire Ouest africaine UMOA
Du 12 Mai 1962 comporte une unité monétaire commune (le
franc de la communauté financière africaine et institut d’émission
commun la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest).
La France assume la libre convertibilité en FF de cette
monnaie. Le 15 Novembre 1973 une banque Ouest africaine de
développement a été créée. En 1993, l’UMOA comprenait 7 Etats
(Bénin, Burkina-Faso, Côte d’ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo)
Le 10 Janvier 1993 un nouveau traité transforma l’UMOA en
union économique et monétaire Ouest africaines. (UMOA) a été signé
[153]
mettant fin au coup) la communauté économique Ouest africaine
(C.C.A.O).
3. La communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO)
Créé à BAMAKO le 3/06/1972, elle a remplacé l’union
douanière et économique des Etats de l’Afrique de Ouest (UDEAO).
Elle regroupe la Côte d’Ivoire, le BURKINA FASO, le Mali, La
Mauritanie, Le Niger Le Sénégal. deux Etats ont le statut
d’observateur, le Togo et le Bénin.
Objectif : organiser une zone de libre-échange.
4. L’union économique et monétaire Ouest africaine (UMOA).
Cette organisation qui succède aux deux précédentes vise
entre autres à :
1. Réaliser une intégration économique par l’harmonisation des
législations fiscales douanières et financières.
2. La création d’un marché financier régional.
3. La création d’une union douanière et la mise en œuvre des
politiques sectorielles communes.
5. La communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO)
Créée par le traité de Lagos du 28 Mai 1975, la CEDEAO
constitue une tentative très importante et esquisse un cadre élargi de
coopération économique. Il s’agit en effet d’une organisation qui non
seulement groupe 19 Etats (BENIN, BURKINA FASO, NIGER,
NIGERIA, CAP VERT, COTE D’IVOIRE, GAMBIE, GHANA,
GUINEE, GUINNE BISSAU, LIBERIA, SENEGAL, SIERRA-
LEONE ; TOGO.) mais encore dépasse la formule d’un
regroupement d’Etats francophones.
L’organisation comprend en effet des Etats anglophones
(GAMBIE, GHANA, LIBERIA, NIGERIA, SIERRA-LEONNE), des
Etats francophones (BENIN, BURKINA FASO, COTE D’IVOIRE,
GUINNEE, MALI, MAURITANIE, NIGER, SENEGAL ET TOGO)
et des Etats lusophones Cap vert et Guinée Bissau).
[154]
La CEDEAO constitue un grand marché avec ses 187.10 6
d’habitants repartis sur plus de 6. 106 de km2 et de ressources
importantes au plan minier et énergétique.
Le nouveau traité adopté le 24/7/1993 à Cotonou élargit le
domaine de l’organisation à la politique car elle peut agir pour la
prévention et le règlement des conflits concernant ses membres. Rôle
qu’elle a du reste joué en déployant une force interafricaine de
maintien de la paix (ECOMOG Libéria et en Sierra-Léone).
L’AFRIQUE CENTRALE
1. Union douanière et économique de l’Afrique centrale (UDEAC)
Créée par le traité de Brazzaville du 08/12/1964, l’union
regroupe le GABON, LE TCHAD, LA RCA, LE CONGO-BRAZZA,
LE CAMEROUNE et la GUINNEE EQUATORIALE.
BUT : coordination des programmes d’industrialisation.
L’harmonisation des plans de développement et des codes
d’investissement.
En mars 1994, un traité institue la communauté économique et
monétaire de l’Afrique centrale qui devrait remplacer l’UDEAC.
L’UEAC (Union des Etats de l’Afrique Centrale) crée le
2/4/1964 à FORT-LAMY (Ndjamena) elle regroupait 3 Etats (Congo-
Kinshasa, la R.C.A, le Tchad).Le retrait de la R.C.A en décembre
1968 a plongé l’organisation dans le coma.
2. La banque des Etats de l’Afrique centrale
La création de la B.E.A.C découle de deux conventions :
La convention de coopération monétaire du 22/11/1972 entre
le Cameroun, le Congo Brazza, le Gabon, la R.C.A et le Tchad et la
coopération monétaire du 23/11/1972 entre les Etats susmentionnée et
la France.
La Guinée Equatorial, ancienne colonie espagnole a adhéré
aux 2 conventions le 1/1/1985.
But :
[155]
1. Mettre en commun leurs réserves de change dans un compte
d’opération et adopter une unité monétaire commune le Franc
CFA.
2. Harmoniser les réglementations concernant l’échange,
l’exercice de la profession bancaire, le contrôle des Etats
financiers, la distribution et le contrôle du crédit, la répression
de la falsification des signe monétaires.
3. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique
centrale
La Communauté économique et monétaire de l'Afrique
centrale (CEMAC) est une organisation internationale regroupant
plusieurs pays d'Afrique centrale, créée pour prendre le relais de
l'Union douanière et économique de l'Afrique centrale (UDEAC). Le
traité instituant la CEMAC a été signé le 16 mars 1994 à Ndjamena
(Tchad) et est entré en vigueur en juin 1999. Son siège est à Bangui
(République centrafricaine.)
La CEMAC, qui regroupe l’Union monétaire de l’Afrique
centrale (UMAC) et l’Union économique de l’Afrique centrale
(UEAC), a pour mission :
d’établir une union de plus en plus étroite entre les peuples
des États membres pour raffermir leurs solidarités
géographique et humaine ;
de promouvoir les marchés nationaux par l'élimination des
entraves au commerce intercommunautaire, la coordination
des programmes de développement, l'harmonisation des
projets industriels ;
de développer la solidarité des pays membres au profit des
pays et régions défavorisés ;
de créer un véritable marché commun africain.
LISTE DES PAYS MEMBRES
Cameroun, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale,
République centrafricaine, Tchad.
[156]
INSTITUTIONS DE LA CEMAC
La Conférence des Chefs d'États chargé de définir la politique
de la Communauté et d’orienter l'action de l'UEAC et de
l'UMAC.
Le Conseil des Ministres qui assure la direction de l'UEAC.
Le Secrétariat exécutif, siégeant à Bangui (République
centrafricaine).
La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), siégeant à
Yaoundé (Cameroun) définit et conduit la politique monétaire.
La Banque de développement des États de l'Afrique centrale
(BDEAC), siégeant à Brazzaville (Congo) assure le
financement du Développement.
La Cour de Justice de la Communauté installée à Ndjamena
(Tchad).
4. La communauté économique des pays des grands lacs
(C.E.P.G.L.)
La CEPGL est le résultat de différentes rencontres réalisées
dans le cadre de la conférence Tripartite regroupant périodiquement le
Burundi, le Rwanda et le Zaïre, tous trois anciens territoires sous
tutelle ou colonisé par la Belgique.
L’Idée d’une rencontre périodique fut lancée en 1966
Du 25 au 29 Aout 1966, les Ministres des Affaires Etrangères
et de la coopération de la République du Burundi (alors Royaume du
Burundi), de la République Rwandaise et de la République du Zaïre
(alors République Démocratique du Congo), se rencontraient à
Kinshasa (alors Léopoldville) pour jeter les premiers jalons de la
future coopération régionale entre les trois Etats.
A cette occasion, l’accord de coopération en matière de
sécurité fut signé dans le but de garantir la paix dans la région et les
participants décidèrent également d’étudier les possibilités de mettre
en place un mécanisme de coopération entre les trois pays.
Peu de temps après, Goma, le 20 mars 1967, les Chefs d’Etat
des trois pays se réunissaient à leur tour également pour la première
fois et signaient la « Déclaration de Goma ».
[157]
Les trois Présidents déclaraient notamment :« Nous nous
engageons à nous consulter régulièrement sur les problèmes d’intérêt
commun et nous communiquer tous les renseignement relatifs au
maintien de la sécurité dans nos pays »
Certains événements viendront cependant gêner la bonne
marche de la coopération souhaitée. Ainsi, devant le refus du Rwanda
d’extrader vers le Zaïre les mercenaires de Jean SCHRAMME qui,
après avoir ravagé le Kivu, s’étaient réfugiés sur son territoire, les
relations entre les deux pays connaîtront un certain refroidissement.
De même suite aux massacres des Hutu du Burundi par les Tutsi, les
relations entre le Rwanda et le Burundi par les Tutsi, les relations
entre le Rwanda et le Burundi connaîtront elles aussi un certain
refroidissement.
A partir de 1969, plusieurs rencontres ont été
chronologiquement enregistrées. Ici est le lieu de signaler que cette
organisation dans sa conception initiale a été emporter par
l’avènement des guerres de Grands Lacs. Actuellement les Etats
membres sont, avec le rétablissement des leurs relations diplomatiques
entrain de reconstruire l’organisation.
4. La communauté économique des Etats de l’Afrique centrale
(C.E.E.A.C)
Créée par le traité de Libreville du 18/10/1983, elle regroupe
le Burundi, le Cameroun, le Congo Brazza, le Gabon, la Guinée
Equatorial, la R.C.A, le Rwanda, Sao Tomé et principe, le Tchad et le
Zaïre.
But : intégration sous régionale (Inspiré du PAL)
L’AFRIQUE DE L’EST :
Actuellement l’Afrique de l’Est y compris les pays de l’océan
indien comprend :
- Les îles Comores ; - Ile Maurice ;
- Djibouti ; - Ouganda ;
- Ethiopie ; - Seychelles ;
- Erythrée ; - Somalie ;
- Kenya ; - Tanzanie.
- Madagascar ;
[158]
Elle compte plus ou moins 150 millions d’habitants seuls
l’Ouganda et l’Ethiopie sont enclavées.
Deux caractéristiques majeures font de longue date la
spécificité de l’Afrique orientale et des îles de l’océan indien par
rapport au reste de l’Afrique. D’une part un exceptionnel assemblage
de rares, d’ethnies et de cultures dont le brassage a été très partiel et
dont la coexistence a soulevé dans bien de cas des graves difficultés
politiques. D’autre part la permanence de l’intérêt qu’au cours des
siècles des grandes puissances successives ont porté à cesser sous
région à cause de sa position géostratégique et qui en a fait l’un des
lieux périodiques de tension et de grandes manœuvres internationales.
La population de ces sous-régions est formée de moins d’indonésiens,
d’arabes, d’Indiens et d’Europe dans des proportions différentes.
1. La communauté de l’Afrique Orientale,
Cette organisation regroupant la Tanzanie, l’Ouganda et le
Kenya a été créée le 6 juin 1967. Lie la 2 ème décennie des années 70,
l’organisation a cessée de fonctionner à cause de l’inimitié entre
IDIAMIN et les autres membres.
2. COMESA
Créée le 3 novembre 1993 à Kampala, le COMESA est un
marché commun regroupant les pays de l’Afrique australe et orientale
à l’exception de l’Afrique du sud, du Lesotho, du Botswana et du
Swaziland.
Le Marché commun de l'Afrique orientale et australe aussi
connu sous son acronyme anglais COMESA (Common Market for
Eastern and Southern Africa), est une organisation internationale à
vocation régionale de l'Est africain dont l’objectif est de créer une
union douanière entre ses vingt pays membres. Ce marché commun,
fondé en décembre 1994 pour renforcer un accord de libre-échange en
place depuis 1981, regroupe une population totale de 340 millions
d'habitants et a un produit intérieur brut total de 170 milliards US $ en
2006. Le volume des transactions commerciales entre les pays
membres et le reste du monde atteint annuellement 52 à 60 milliards
US $ entre 1997 et 2002.
[159]
Lors du sommet des chefs d'État du Comesa, tenu à Nairobi
les 22 et 23 mai 2007, Moi Kibaki a pris la présidence tournante de
l’organisation et Robert Mugabe est devenu vice-président.
Ses membres actuels sont entre autres: Angola, Burundi,
Comores, Djibouti, Égypte, Érythrée (1994),Éthiopie, Kenya, Libye (3
juin 2005),Madagascar, Malawi, Maurice, Rwanda,
Seychelles(2001),Soudan, Swaziland, Ouganda, Zambie, Zimbabwe
Les anciens membres qui ont quitté l'organisation
sont :Lesotho (départ en 1997),Mozambique (départ en 1997)Tanzanie
(départ le 2 septembre 2000),Namibie (départ le 2 mai 2004).
LE COMESA : CLE D'UNE MEILLEURE INTEGRATION
REGIONALE
Le Marché Commun de l'Afrique de l'Est de l'Afrique
Australe ou COMESA de son acronyme anglais, regroupe une
vingtaine (20) de pays de cette partie du continent africain. Afin de
permettre à nos lecteurs de mieux comprendre les buts et objectifs de
cette communauté panafricaine dont la République de Djibouti est l'un
des pays membres fondateurs, nous consacrons notre dossier à cette
organisation régionale qu'est le COMESA.
PRINCIPAUX OBJECTIFS
Le Traité du COMESA qui définit le programme de
l'organisation, couvre un grand nombre de secteurs et d'activités.
Cependant, la pleine réalisation de la mission du COMESA est
considérée comme un objectif à long terme. Afin de garantir une plus
grande efficacité à sa mission en tant qu'institution, le COMESA a
défini dans le cadre de son mandat sa priorité qui est la promotion, à
moyen terme, l'intégration régionale par le commerce et
l'investissement.
Le rôle du secrétariat du COMESA est d'assurer la direction
en aidant ses Etats membres à faire les ajustements nécessaires pour
pouvoir entrer dans l'économie mondiale dans le cadre des
réglementations de l'OMC et des autres accords internationaux. Cela
se fera par la promotion d'une intégration régionale " orientée vers
l'extérieur ". Par conséquent, les buts et objectifs du COMESA tels
[160]
que définis par le Traité et ses Protocoles, sont de faciliter la
suppression des faiblesses structurelles et institutionnelles des Etats
membres, afin qu'ils soient à même d'atteindre le développement
collectif et soutenu.
Le COMESA cherche à devenir une communauté économique
régionale pleinement intégrée au niveau international ; une
communauté qui connaît une prospérité économique démontrée par le
niveau de vie élevé de ses populations, avec une stabilité politique et
sociale ; une communauté où les biens, les services, les capitaux et la
main d'œuvre circulent plus librement à travers les frontières
géographiques.
DOMAINES DE CONCENTRATION
Le COMESA a choisi de se concentrer sur les domaines
d'intégration suivants :
- Commerce des biens et des services, y compris les mécanismes de
paiement et de règlement;
- Promotion et facilitation de l'investissement ;
- Développement des infrastructures ;
- Commerce électronique ;
- Paix et sécurité.
OPPORTUNITES DANS LES DEFIS : LES TECHNOLOGIES
DE L'INFORMATION ET DES COMMUNICATIONS (TIC)
Les progrès phénoménaux des sciences et des technologies
particulièrement les technologies de l'information et des
communications donnent une opportunité unique aux pays du
COMESA. Les nouvelles technologies de communication par satellite
et sans fil suppriment la nécessité de développement et d'investir dans
de coûteuses infrastructures des télécommunications conventionnelles.
De cette manière, les pays du COMESA peuvent sauter les étapes et
tirer profit de ces nouvelles technologies.
Les technologies numériques et les réseaux de
communications créent également la possibilité d'une économie sans
frontières dans des secteurs clé. Au cours de la dernière décennie, le
coût des télécommunications et du matériel informatique a
[161]
considérablement chuté, alors que leur vitesse et capacité
augmentaient.
Cette économie sans frontières et de plus en plus basée sur
l'information est mieux symbolisée par l'Internet, un outil de
communication globale et une source de connaissances dont
l'expansion double chaque année depuis sa création.
D'autres technologies comme les marchés financiers
informatisés, le courrier électronique, les échanges de données
électroniques et les opérations bancaires par téléphone nous dirigent
vers une économie sans frontières, tirée par l'information.
Ce progrès phénoménal des technologies de l'information et
des communications représente à la fois un défi et une opportunité
pour le COMESA.
INDICATION DU POTENTIEL EN RESSOURCES
- 90% des terres arables potentielles du COMESA sont encore à
exploiter
- Certains des plus larges fleuves du monde (Zambezi, Congo,
Limpopo ) et les plus longs du monde (Nil) se trouvent dans la
région, avec un énorme potentiel d'exploitation (transport par voie
d'eaux, énergie hydroélectrique avec un potentiel de 700 milliards
de KW, dont 96% sont innexploités, l'irrigation et la pêche).
- Le COMESA a un des plus larges lacs d'eau douce (Victoria) et
certains des plus larges faits par l'homme (Owen Falls, Kariba,
Aswan)
- La région compte beaucoup de merveilles naturelles et faites par
l'homme du monde, telles que Great Pyramids, Great African Rift
Valley, serengeti Plains, Great Zimbabwe, Cradle of Mankind
(Kobi Fora, lac Turkana,etc…) qui sont des sites touristiques avec
un grand potentiel.
- Le COMESA a des ressources minerales estimées à environ 300
milliards de tonnes de phosphate, 105 milliards de tonnes de
minerai de fer, 200 milliards de tonnes de pétrole et de grandes
quantités d'uranium, de cuivre et de colbalt.
- La région du COMESA a 60 pour cent du cheptel africain (estimé à
300 millions de têtes en 1997).
[162]
L’AFRIQUE AUSTRALE :
L’Afrique Australe ; contrairement à l’Afrique Occidentale et
centrale caractérisées par la prolifération des O.I, n’en compte pas
beaucoup. Ceci peut être attribué à son réveil tardif. Retard
d’accession aux indépendances de certains Etats (Angola, Zimbabwe
etc.), guerre civile très prolongées en Angola, politique d’apartheid en
Afrique du Sud.
On peur citer la SADEC et la ZEP (Zone d’échange
préférentielle) devenu COMESA qui regroupe les pays de l’Afrique
australe et orientale.
Au départ la SADEC regroupait 10 pays : Angola, Botswana,
Lesotho, Mozambique, Malawi, Swaziland, Tanzanie, Zambie,
Zimbabwe auxquels se sont joints la Namibie, RCA et la RDC.
Le but : au début réduire la dépendance économique des pays
membres vis-à-vis de l’Afrique du sud.
Aujourd’hui ayant inclus la RCA et la RDC, l’organisation
prévoit la création d’un marché commun et le renforcement de la
coopération en matières monétaire, de sécurité et de diplomatie. A
l’époque la SADEC a été crée dans les années 80 pour réduire la
dépendance contre l’Afrique du sud à l’époque de l’apartheid).
L’Afrique Australe qui est d’abord une expression
géographique a fini par devenir une réalité politique et économique,
cette entité géopolitique comprend 10 pays dont : l’Angola (9.700.000
hommes), le BOTSWANA (1.300.000 hommes), le LESOTHO
(1.700.000 hommes), Malawi (8.200.000 hommes), le Mozambique
(15.400.000 hommes), Namibie (1.200.000 hommes), la RSA
(34.900.000 hommes), le Swaziland (800.000 hommes), la Zambie
(7.800.000 hommes), le Zimbabwe (9.600.000 habitants) c’est une
communauté près de 116.000.000 d’habitants, six pays sont sans
littoral (Botswana, Lesotho, Malawi, Swaziland, Zambie, Zimbabwe).
Le Lesotho est entièrement enclavé dans la RSA, l’Afrique du
Sud est préférée par le Lesotho, le Swaziland partage les frontières
avec deux pays la RSA et le Mozambique l’existence d’un réseau
routier et ferroviaire atténue les effets négatifs de cet enclavement. En
dépit des conflits qui l’ont agités, l’Afrique Australe d’aujourd’hui se
[163]
présente comme une unité géostratégique relativement bien soudée sur
le plan éthique, linguistique et religieux.
Les malgaches sont issus d’un mélange d’indonésiens et de
noirs avec de légers apports arabes, alors que les Comores qui ont peut
être reçu une immigration indonésienne mais qui sont essentiellement
peuplés par les arabes et les noirs auxquels sont venus s’ajouter.
Les voisins de l’Afrique du Sud utilisent les ports Sud
africains pour écouler leurs produits sur le marché mondial, c’est le
cas du citron MOZAMBICAIN, des agrumes Swazilandais, de la laine
du Lesotho, du Tabac et du sucre Swazilandais.
Au terme des accords du 18 mars 1982, les produits
Zimbabwéens entrent en R.S.A sans contingentement et sans droit de
douanes. 80% des importations et exportations du Zimbabwe
transitent par la R.S.A hormis la R.S.A, d’autres pays de la sous-
région ne manquent pas d’atouts, c’est le cas du Zimbabwe, de la
Zambie, de l’Angola et dans une certaine mesure du Mozambique.
LE JEU DE SUPERPUISSANCES
L’Afrique Australe depuis 1975 d’affrontement graves en
raison de divergences des intérêts de grandes puissances. En terme de
géostratégie, la région était l’objet d’une confrontation Est-Ouest,
l’U.R.S.S et l’U.S.A ont attaché suffisamment d’importance aux
réserves de matières premières et à la route du coup pour que l’une
soutienne une guerre ruineuse en Angola et que l’autre ne laisse pas
tomber le régime d’Apartheid de Pretoria en défit de la pression de
son opinion publique.
De 1975 à 1990, la sous-région a vécu dans la continuité de la
guerre froide avec les affrontements locaux sérieux. Chaque
superpuissance avait ses poulins en Afrique Australe. L’U.R.S.S
soutenait globalement les pays de la ligne de front contre l’Afrique du
Sud, cet appui est particulièrement focalisé sur les régimes socialistes
en Angola et au Mozambique où les membres du pacte de Varsovie se
répartissaient l’aide militaire et économique.
Cuba a envoyé jusqu’à 50.000 hommes en Angola. Enfin
Moscou soutenait les mouvements d’opposition au régime de Pretoria
et tout particulièrement l’ANC et la Swapo qui avaient des solidarités
objectives avec l’U.R.S.S
[164]
De leur côté les U.S.A ont commencé par refuser tout lien
diplomatique avec l’Angola dirigé par le MPLAC ce qui n’empêchait
pas les compagnies pétroliers américaines de forer au large des côtes
angolaises sous la garde des barboudos cubains assurant au pays sa
meilleure source de devise.
Et considère d’un œil favorable la théorie de linckage
(marchandage) chère à Pretoria, pas d’indépendance pour la Namibie
tant que les troupes cubaines sont stationnées en Angola.
L’organisation rebelle de Jonas SAVIMBI (l’UNITA) est
saluée à Washington de REGAN comme un mouvement de libération
digne de ce nom. Pour Washington, la R.S.A détient deux des
stratégies de 1ère importances la route du coup et la plus grande
réserve des matières premières du monde libre. En mai 1988,
s’enclenche le processus menant à l’indépendance de la Namibie (21
mars 1990) d’inspiration chrétienne.
En revanche, l’Islam a peu essaimé, évolué. Quand on est à la
route de grands lacs, au port de l’océan indien et à la communauté
Malaise du cap.
SUR LE PLAN POLITIQUE
L’Afrique Australe a connu une décolonisation tardive (1964
pour la Zambie et le Malawi, en 1990 pour la Namibie). Longue et
souvent évidente, ces luttes pour l’indépendance couplées avec la lutte
pour le pouvoir des noirs en Afrique du Sud ont forgé une mentalité
particulière dans la sous-région, beaucoup de dirigeant qui ont connu
la prison ou le martyr ont une conscience plus aiguë de leur mission
que leurs collègues d’autres sous-région qui ont acquis l’indépendance
sur le plateau d’or de manière pacifique.
Avant que le vent de la perestroïka ne souffre sur l’Afrique, la
démocratie était une réalité vivante en Afrique Australe que dans le
reste de l’Afrique tous ces pays tardivement décolonisés. Zimbabwe,
accédait à l’indépendance dans un cadre pluraliste qu’au fil de temps
s’amenuisait à la volonté des dirigeants.
SUR LE PLAN ECONOMIQUE
La sous-région est très riche. Elle a des potentialités minières
considérables, fer, or, zinc, plomb, cuivre, chrome, charbon, uranium,
manganèse, diamant, etc. la R.S.A à elle seule dispose en quantité
[165]
importante des métaux stratégiques (la Russie était souvent l’autre
détenteur de telles ressources), or, 56% de réserves mondiales, 82%
platine, 58% chrome, 50% Manganèse, 50% vanadium, diamant.
La sous-région si l’on inclut le KATANGA produit 40% de
Chrome mondial, 65% du cobalt, 75% de l’Or, 20% de l’uranium,
20% de l’antimoine, 17% du cuivre, 70% de production mondiale de
diamant. Les principales productions agricoles sont : le café, la maïs,
les agrumes, la canne à sucre, le coton, l’élevage, etc.
SUR LE PLAN DE TRANSPORT
La sous-région forme en toute grâce à un réseau de chemin de
fer sans équivalent sur le continent. L’Afrique du Sud est sans
incontestablement la 1ère puissance économique, militaire de la sous-
région et du continent, son influence est visible en A.A et déborde le
cadre sous-régional pour atteindre presque toute l’Afrique noire pour
ne pas dire l’Afrique entière.
Beaucoup de pays de la sous-région vivent de leur
cohabitation avec la R.S.A c’est le cas du BOTSWANA, du Lesotho
et du Swaziland qui reçoivent de revenus substantiels de leur
coopération douanière avec la R.S.A dans le cadre de Southern
African Union.
Ces 120.000.000 d’habitants sont dans leur immense majorité
souche bantoue, le poids de minorités blanches, métisses ou indiennes
s’amenuisent, leur croissance démographique ne peut rivaliser avec
celle des noirs.
Sur le plan linguistique de l’Afrique Australe se servent de
l’anglais comme langue de communication internationale même s’ils
comptent avec l’Angola et le Mozambique deux membres Lusophones
encore un peu tourné vers le rion de la Km. L’exemple de la Namibie
est à cet égard significatif en dépit de sa faible population
Anglophone, elle a choisi l’anglais comme seule langue officielle.
Sur le plan religieux, l’Afrique Australe est largement
dominée par le christianisme et le protestantisme évangélisée depuis
plusieurs siècles (un demi millénaire pour les côtes de l’Angola) la
région ne laisse qu’une portion congrue à léninisme. La mission
protestantes fort actives bien avant les voyages de Livingstone ont
contribuons à l’éclosion de nombreuses églises indépendantes.
[166]
LA SADC
Les 9 États fondateurs sont: Angola, Botswana,
Lesotho, Malawi, Mozambique, Swaziland, Tanzanie, Zambie,
Zimbabwe
Le total des membres est passé à 15 avec les adhésions de:
Namibie - 31 mars1990, Afrique du Sud - 30 août1994, Maurice - 28
août1995, République démocratique du Congo - 8 septembre1997,
Madagascar - 18 août2005 (suspendu suite aux évènements de mars
2009), Seychelles - 8 septembre1997 - 1er juillet2004, 2008. La
candidature du Rwanda a été rejetée en 2005 pour des questions de
procédure.
En raison de l’implantation à Gaborone du Secrétariat de la
SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe), le
SCAC de l’Ambassade gère également la coopération française avec
cette organisation (mise à disposition d’assistants techniques et
financement de projets sur la recherche agricole et la statistique).
Historique de la SADC
Fonctionnement de la SADC
Relations avec les partenaires de coopération
Contact de la SADC
La SADC regroupe en son sein quatorze pays de l’Afrique
australe et de l’océan indien : Afrique du Sud, Angola, Botswana,
Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie,
République démocratique du Congo, Swaziland, Tanzanie, Zambie,
Zimbabwe.
HISTORIQUE
- 1980 Création de la Conférence de coordination pour le
développement de l’Afrique australe (SADCC) par neufs pays
de la ligne de front (Angola, Botswana, Lesotho, Malawi,
Mozambique, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe).
- 1992 Au lendemain de l’indépendance de la Namibie,
signature du traité fondateur de la SADC (Communauté de
développement de l’Afrique australe, Southern African
[167]
Development Community) à Windhoek par les neuf pays de la
SADCC et la Namibie.
- 1994 Fin du régime d’Apartheid et adhésion de l’Afrique du
Sud.
- 1995 - 2005 Maurice (1995), la République démocratique du
Congo (1998), les Seychelles (1998) et Madagascar (2005)
rejoignent l’organisation, qui compte désormais 14 membres.
- Mars 2001 Initiation d’une Réforme des institutions de la
SADC, visant à renforcer la cohérence de l’organisation :
dissolution des unités sectorielles de coordination et reprise de
leurs activités par un Secrétariat renforcé, mise en place
d’instruments de coordination (poste de Directeur Général au
sein du Secrétariat, Comité intégré des ministres, Comités
nationaux de la SADC dans les Etats membres), mise au point
d’un plan régional de développement sur 15 ans pour fixer des
lignes directrices aux politiques de développement de la
région.
- 2003 Adoption de deux plans stratégiques indicatifs à long
terme (15 ans), l’un pour le développement de la région
(RISDP, Regional Indicative Strategic DevelopmentPlan),
l’autre pour les questions de politique, défense et de sécurité
(SIPO, Strategic Indicative Plan of the Organ). La mise en
application de ces orientations est prévue à ce jour dans 24
protocoles (notamment Commerce, Finances et
investissement, gestion des fleuves transfrontaliers et
nationaux…).
- Avril 2006 Conférence consultative SADC / partenaires de
coopération (Windhoek) : Adoption d’une Déclaration sur les
principes de l’aide entre la SADC et ses partenaires, définition
de cinq domaines prioritaires et création de groupes
thématiques pour la coopération avec les bailleurs.
FONCTIONNEMENT
La SADC s’est dotée d’institutions calquées en grande partie
sur le modèle européen :
Sommet (niveau des chefs d’Etat). Instance supérieure de la
SADC, le Sommet se réunit annuellement en août pour définir la
politique de l’organisation. Il existe une troïka composée du président
sortant, du président actuel et du futur président.
[168]
Organe pour la politique, la défense et la sécurité : Il est placé sous
l’autorité d’une Troïka tournante des chefs d’Etat (différente de la
précédente).
Conseil des Ministres : Composé du Ministre de chaque Etat
membre chargé du suivi de la SADC (en règle générale, les Ministres
des Finances ou des Affaires étrangères), le Conseil a la charge de
superviser le processus et le fonctionnement de la SADC, de veiller à
la mise en œuvre effective des politiques de l’organisation et de
préparer les réunions du Sommet. De manière générale, le Conseil se
réunit deux fois par an, en début d’année pour discuter le budget de
l’organisation et en août, à la veille du Sommet annuel de la SADC.
Comité intégré des ministres : Créé pour rompre avec la logique
sectorielle qui prévalait avant la restructuration de 2001 (conseils
spécialisés) et placé sous l’autorité du Conseil des ministres, le
Comité intégré des ministres (ICM) - composé de 2 à 4 ministres de
chaque Etat membre en fonction de l’ordre du jour adopté - se réunit
une fois par an pour orienter, superviser et coordonner au niveau
politique les activités dans les différents secteurs. En outre, des sous-
comités sectoriels se réunissent sur une base ad hoc pour approfondir
certaines questions.
Secrétariat : Le Secrétariat de la SADC est l’organe
d’harmonisation et de pilotage stratégique du processus de la SADC
(coordination de la mise en œuvre des deux plans indicatifs
stratégiques régionaux).
Comités nationaux de la SADC : Créés après la restructuration de
2001, les Comités nationaux de la SADC (SNCs) ont la responsabilité
dans chaque Etat membre de contribuer à l’élaboration des politiques
régionales et de coordonner et superviser leur transposition au niveau
national.
RELATIONS AVEC LES PARTENAIRES DE COOPERATION
Les relations avec les bailleurs reposent notamment sur la
tenue, à niveau ministériel, de conférences consultatives biannuelles
(Windhoek en 2006, Maurice du 18 au 20 avril 2008).
A un niveau inférieur, des réunions se tiennent régulièrement
au niveau des ambassadeurs des pays partenaires, dans le cadre de la
Joint Task Force, et en dessous dans le cadre du Core Group.
[169]
[170]
CHAPITRE NEUVIEME
LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES POUR GERER
LES POLITIQUES SECTORIELLES
Dans le cadre de leurs actions, les Communautés économiques
régionales ont également mis en place des institutions autonomes qui
soutiennent leurs efforts d'intégration. C'est dans cette optique que des
structures chargées de la gestion de politiques sectorielles ont été
instituées.
En raison de leurs avantages comparatifs, les organisations
spécialisées peuvent compléter les activités des Communautés
économiques régionales et font progresser l'Union africaine et
l'intégration régionale. Ces structures se chargent d'assurer, en
parallèle, une gestion intégrée des bassins fluviaux (1) et prennent en
charge, dans un cadre régional, des défis environnementaux (2).
1)- La gestion intégrée des bassins fluviaux
Au plan hydrographique, l'Afrique est traversée par de très
grands fleuves qui prennent leur source dans des régions tropicales et
coulent, selon l'hémisphère considéré, vers le Nord ou le Sud en
apportant des volumes d'eau considérables dans des régions arides ou
semi-arides. Le Nil, le Congo, l'Okavango, le Niger, le Sénégal, qui
sont les plus grands fleuves d'Afrique, par exemple, empiètent sur
plusieurs territoires d'Etats différents. Il se pose dans un tel cas
l'intérêt d'une concertation pour la gestion des ressources hydrauliques
dans un cadre institutionnel. Ces dernières années, de nombreux pays
ont engagé de profondes réformes juridiques et institutionnelles afin
de s'orienter vers une politique de l'eau selon le mode de gestion
intégrée et sur la base des bassins versants. Dans cette logique, un
Réseau international des organisations de bassin (RIOB) a été créé en
1994 pour faciliter la mise en commun et la diffusion des bonnes
pratiques de gestion intégrées des ressources en eau à l'échelle du
continent africain (14). Cet organisme soutient la création, en son sein,
de « Réseaux régionaux » pour faciliter le partage d'expériences entre
pays voisins d'une même région et développe des compétences
communes et des projets de soutien opérationnels. C'est également
dans ce cadre qu'a été créé en Juillet 2002, à Dakar le nouveau
Réseau africain des organisations de bassin (RAOB) avec pour
[171]
objectif de mettre en œuvre les actions du programme associé par les
organismes de bassin transfrontaliers (voir annexe).
Les organisations de bassin ont joué un rôle très important
dans la prévention et la gestion des crises qui ont secoué l'Afrique ces
dernières années. De l'avis de M. David Shinn, ancien ambassadeur
des Etats-Unis en Ethiopie, l'initiative du Bassin du Nil, aide les dix
pays bordant le Nil à éviter les conflits qui pourraient voir le jour au
sujet de leurs droits en tant que riverains du fleuve (15). Le Nil avec
ses 6.570 kilomètres, est le plus long fleuve du monde. Son bassin
couvre 3,37 millions de km2. Les pays riverains qu'il traverse sont le
Burundi, la République Démocratique du Congo, l'Egypte, l'Erythrée,
le Rwanda, le Soudan, le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie. Ces dix
pays ont une population de 336 millions d'habitants. Ainsi les
perspectives de croissance de cette population intensifient encore la
pression sur les ressources du Nil qui ne sont infinies.
Dans une autre région de l'Afrique, l'Organisation pour la
mise en valeur du fleuve Sénégal (MVS) a continué à fonctionner tout
au long de la crise entre le Sénégal et la Mauritanie .Pendant la
période de rupture des relations diplomatiques, elle a servi de cadre de
dialogue entre les deux Etats. Par ailleurs la Commission du bassin du
lac Tchad (CBLT) a pu servir comme premier niveau d'arbitrage entre
le Cameroun et le Nigéria à propos du lac en question. L'Autorité de
Bassin du Niger (ABN) continue, elle aussi, de servir de cadre de
dialogue entre le Mali et le Niger d'une part puis le Niger et le Nigéria
d'autre part.
En fait la multiplicité de projet de barrage, le haut degré
d'interdépendance des Etats et la réduction notable de la disponibilité
de l'eau, sont à l'origine des tensions, voire des risques de conflits inter
étatiques autour de la ressource en eau. En effet c'est lors du dernier
trimestre de l'année 1988 qu'a commencé ce qui allait mener quelques
mois plus tard à la plus grave crise dans les relations entre le Sénégal
et la Mauritanie. Le barrage de Manantali venait d'être réceptionné
alors que celui de Diama était mis en service deux ans auparavant.
Des expulsions d'agro-pasteurs de part et d'autre des deux pays
débouchèrent très vite sur l'exhumation d'un vieux conflit foncier
relatif au tracé de la frontière entre les deux Etats. Après des tueries et
prises d'otages localisés, la tension ne tardera pas à gagner tout le long
du fleuve et les principales villes des deux pays. Le bilan du conflit
[172]
sera très lourd : outre les dizaines de morts, près de 75000 sénégalais,
150000 mauritaniens durent être rapatriés au courant du premier
semestre de 1989 .Des milliers de population noires africaines de
nationalité mauritanienne furent déportés au Sénégal (épuration
ethnique) (16).
En juin 2000 les autorités mauritaniennes accusèrent le
président Wade du Sénégal qui venait d'être élu d'avoir l'intention de
remettre à l'ordre du jour le projet de réhabilitation des vallées fossiles
de son prédécesseur, Abdou Diouf .Ce projet consiste à vouloir dévier
une partie du fleuve Sénégal pour alimenter un réseau de vallées
asséchées dans le centre Nord du Sénégal. Du point de vue des
dirigeants politiques sénégalais, la remise en eau de ce réseau de cours
d'eau fossiles en particulier la vallée du ferlo qui se jette dans le lac de
Guier ( lac qui alimente la ville de Dakar en eau potable ) à Keur
Momar Sarr après avoir reçu une série de d'affluents, tous aujourd'hui
asséchés, permettrait de développer des activités agropastorales dans
la région sahélienne du centre nord du Sénégal .La réaction du
gouvernement mauritanien à ce projet fut de donner un délai de 15
jours aux ressortissants sénégalais pour quitter la Mauritanie. Le
président Wade annonça alors le gel du projet, ce qui fit baisser la
tension en attendant le prochain incident.
De la même manière, la crise énergétique qui avait frappé le
Ghana en 1998, suite au déficit d'eau dans le Lac Volta, une partie de
l'opinion publique et même les dirigeants de ce pays avaient suspecté
le Burkina Faso d'avoir été à l'origine du problème. Certains ont en
effet pensé que la baisse du niveau d'eau dans le lac Volta résultait
d'un accroissement des prélèvements d'eau par le Burkina sur les
sections en amont de la volta blanche et de la volta noire .Mais il s'est
révélé que la cause de la plus crédible de cette crise énergétique était
la variation et le changement climatique.
Dans un autre exemple le Nigéria qui a consenti d'importants
investissements hydro agricoles et énergétiques dans la partie aval du
fleuve Niger redoute aujourd'hui que la réalisation de projet de
barrages en amont du fleuve n'entraîne une baisse des débits dans la
partie nigériane du cours d'eau. C'est ainsi que les autorités nigérianes
ont manifesté à plusieurs reprises leur inquiétude concernant tout
projet hydraulique sur le fleuve Niger qui entraînerait une réduction de
plus de 10% du volume d'eau reçu au Nigéria.
[173]
Au-delà du cadre strict des bassins versants, les Etats africains
s'engagent à traiter ensemble, dans un cadre plus global, les problèmes
liés à l'environnement.
2)- La prise des défis environnementaux dans le cadre régional
Cinq ans après la création de l'Organisation de l'unité africaine
(OUA), le Comité africain sur la conservation de la nature et des
ressources naturelles fut institué à Alger, en 1968. Le principal
objectif de ce comité était d'encourager l'action conjointe en faveur de
la préservation, de l'exploitation et de la mise en valeur des sols, de
l'eau, de la faune et de la flore pour le bien être présent et futur de
l'humanité. Suite à la rencontre d'Alger, l'ordre du jour
environnemental, défini pour la première fois en 1972, lors de la
conférence de Stockholm sur l'environnement, influença les politiques
et les programmes de l'Afrique dans ce domaine (17).
La huitième Conférence des ministres africains de
l'environnement (CMAE), qui s'est déroulée à Abuja en avril 2000, a
approuvé un programme dont l'une des décisions a été l'établissement
d'un rapport sur l'avenir de l'environnement en Afrique. Cette mesure
a été confirmée lors du Comité interministériel qui s'est tenue à
Malmo, en Suède au mois de mai 2000. A partir de là, le secrétariat de
la CMAE, le bureau régional pour l'Afrique du programme des
Nations-Unies pour l'environnement, en collaboration avec la division
de l'alerte précoce et d'évaluation, ont entrepris un travail dans ce
[Link] rapport envisage de relever les mesures politiques et d'établir
l'état de l'environnement en Afrique centrale, en Afrique du Nord, en
Afrique australe, en Afrique occidentale, en Afrique de l'Est et dans
les Iles de l'Ouest de l'océan indien, en choisissant comme point de
départ la conférence des Nations-Unies sur l'environnement humain,
de Stockholm (Suède) en 1972.
Dans les années 1970, la conférence de Stockholm a
grandement contribué à placer les préoccupations environnementales
au premier plan du débat social et politique sur l'ensemble de la
planète. Les conclusions de la conférence ont permis de définir un
programme moderne en faveur de l'environnement, mais elles ont
surtout revêtu une importance particulière pour l'Afrique vu le
contexte de l'époque. Tout d'abord elles stipulent clairement qu'un
environnement sain est un droit qu'il est impossible d'obtenir tant que
l'apartheid, la ségrégation raciale et la domination coloniale persistent.
[174]
Cet appel a connu un écho immédiat dans une région qui se libérait
des liens coloniaux et dont les populations, en grande partie, doivent
directement compter sur les ressources naturelles pour trouver ses
moyens d'existence.
L'Afrique est particulièrement vulnérable à la variabilité du
climat et au changement climatique. Les variations des précipitations
ont engendré des sécheresses et des inondations ayant des
conséquences désastreuses pour la population et pour l'environnement.
Outre son impact écologique, la déforestation est également synonyme
de perte de ressources primordiales, situation provoquant la perte
essentielle, de moyens d'existence et de ressources d'énergie
nécessaires pour les communautés humaines.
La coopération internationale et l'intégration de la gestion des
ressources naturelles paraissaient donc nécessaires. Ainsi les
interventions entreprises par les pouvoirs publics africains en réponse
aux problèmes et aux défis environnementaux mis en lumière lors des
conférences successives sur l'environnement, de la conférence de
Stockholm (1971) au sommet de la Terre de Rio (1992), en passant
par la rencontre de Johannesburg (2000), se sont traduites par divers
accords régionaux.
C'est ainsi qu'en Afrique orientale, il a été adopté le
programme de préservation de la biodiversité, l'initiative du bassin du
Nil, le programme de conservation des zones humides, la gestion
intégrée de la zone côtière et le projet pour l'environnement mondial
en faveur du Lac Victoria.
En 1989, six pays africains frappés par la sécheresse
(Djibouti, l'Ethiopie, la Somalie, le Kenya, le Soudan et l'Ouganda)
créèrent l'Autorité intergouvernementale sur la sécheresse et le
développement afin de coordonner leurs actions dans la corne de
l'Afrique. Par la suite baptisée «Autorité intergouvernementale pour le
développement » (AIGD), l'organisation s'élargit à l'Erythrée en
septembre 1993.
Par ailleurs, il a été créé en 1973, au lendemain des premiers
épisodes de sécheresse, le Comité de lutte contre la sécheresse au
Sahel (CILSS), qui regroupe les Etats sahéliens suivants: le Burkina
Faso, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée Bissau, le Mali, la
Mauritanie, le Niger, le Nigéria, le Sénégal et le Tchad (18).
[175]
L'institution a réussi à mettre en oeuvre des programmes dits
de première génération concernant des domaines essentiels:
l'agriculture pluviale et irriguée, les ressources hydrauliques.
Le CILSS permet aujourd'hui aux Etats sahéliens
d'appréhender les problèmes de sécurité alimentaire et la gestion des
ressources naturelles à l'échelle régionale et de proposer des mesures
efficaces pour les résoudre. C'est un acteur majeur dans le dispositif
régional d'intégration, au service de ses Etats membres. L'organisme
est implanté sur trois cites :
- Ouagadougou : abrite le secrétariat exécutif et se charge de la
direction et de l'administration de l'institut.
- Niamey : héberge le centre de l'agro- météorologique du Sahel.
Le centre constitue un outil indispensable pour la détection
précoce des risques agro-alimentaires, qui nécessite la mise en
oeuvre d'une gamme étendue de moyens techniques
(télédétection, traitement de l'information).
- Bamako : abrite l'institut du Sahel ; c'est un centre de recherche
axé sur deux thèmes principaux « population-développement »
et « recherche agro-socio-économique ».
Même si toutes les régions de l'Afrique n'ont pas, pour
l'instant atteint un stade d'intégration suffisant pour faire aux défis de
ce nouveau millénaire, certaines d'entre elles pourraient servir
d'exemple.
[176]
CHAPITRE DIXIEME
LA CEDEAO ET L’UEMOA OU EXEMPLES D’UNE
INTEGRATION REUSSIE EN AFRIQUE
Contrairement aux autres blocs régionaux, à savoir l'Afrique
du nord, l'Afrique de l'est, l'Afrique centrale, l'Afrique de l'ouest a
atteint un niveau d'intégration acceptable. Il existe sur son aire
géographique deux grandes organisations internationales, la
Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest
(CEDEAO) (A) et l'Union économique et monétaire des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (UEMOA) (B), qui sont à la fois concurrentes et
complémentaires tout en poursuivant les mêmes objectifs
d’intégration.
A - L'exemple de la Communauté économique des Etats de
l'Afrique de l'Ouest
Le traité de la CEDEAO prévoit l'institution, à long terme,
d'une union économique et monétaire. Malgré les difficultés
rencontrées, cette organisation régionale a enregistré des progrès
considérables en matière d'intégration (1) grâce à la création d'un
cadre institutionnel adéquat (2).
1. …des avancées significatives
L'Afrique de l'Ouest, définie comme étant la région couvrant
le sahel, comprend 17 pays et s'étant sur 7.500.000 Km2 pour une
population de 250 million d'habitants.
a) Un espace géographique considérable
Le but de la CEDEAO est de promouvoir la coopération et le
développement dans tous les domaines de l'activité économique,
particulièrement dans ceux de l'industrie, des transports, des
télécommunications, de l'énergie, de l'agriculture, des ressources
naturelles, du commerce, des questions monétaires, des affaires
sociales et culturelles avec pour objectif d'élever le niveau de vie des
peuples de cette région de l'Afrique, d'accroître et de maintenir la
stabilité économique, de renforcer les relations entre ses membres et
de contribuer au progrès et au développement économique du
continent africain.
[177]
Depuis la signature, le 25 mai 1975, du traité de la CEDEAO,
des changements notables sont intervenus en Afrique de l'Ouest, tout
comme l'environnement extérieur a considérablement évolué. Le
protocole sur la libre circulation des personnes, adopté par la
conférence des chefs d'Etat et de gouvernement en 1978, comprend
l'abolition des visas, la mise en place d'un droit de résidence et le droit
d’établissement.
Tout citoyen de la Communauté, excepté celui entrant dans la
catégorie des immigrants au terme des lois et règlements en vigueur
dans le pays concerné, désirant séjourner dans un Etat membre pour
une période maximum de 90 jours, pourra entrer sur le territoire de ce
Etat membre sans avoir à présenter un document de voyage et de
certificats internationaux en cours de validité. Actuellement tous les
Etats membres ont aboli les visas et permis d'entrée. Dans le domaine
industriel, à ce jour 2627 produits industriels fabriqués par 897
entreprises de la communauté ont été agrées au schéma de
libéralisation des échanges.
En plus les chefs d'Etat et de gouvernement ont décidé que le
tarif extérieur commun de l'Union économique et monétaire ouest
africain soit étendue à l'ensemble de la CEDEAO, à la suite d'études
d'impact sur les économies et les finances publiques des Etats non
membres de l'Union économique ouest africaine. Dans le cadre de la
mise en application de cette décision, des mesures nécessaires ont été
prises pour parvenir à l'adoption d'un tarif extérieur commun
(CEDEAO/UEMOA), au cours de la période 2005-2008. Cette
préoccupation est née de la prise de conscience que les marchés
intérieurs des Etats membres pris individuellement en raison de leur
étroitesse étaient loin d'être compétitifs, dans un environnement
mondial marqué par l'existence de grands blocs commerciaux.
Pour faciliter les échanges intra- régionaux, des projets de
construction de routes régionales, de développement de liaison de
télécommunication entre les Etats ont été initiés. Par ailleurs les
événements intervenus dernièrement dans l'ensemble du paysage
politique et économique ouest africain ont contribué à lever
progressivement de nombreux obstacles à l'intégration. En effet nous
pouvons constater l'avènement de la démocratie dans la plupart des
pays de l'Afrique de l'Ouest et plus particulièrement aux Sénégal et au
Nigéria, ce dernier étant l'économie dominante dans la région. Par
[178]
ailleurs le désengagement progressif de l'Etat et la prise de conscience
du fait que le secteur privé doit être le moteur de la croissance et de
l'intégration économique, ont facilité l'harmonisation des programmes
de la CEDEAO et de l'UEMOA dans le cadre de l'accélération du
processus d'intégration régionale.
A ces objectifs économiques, l'organisation s'est adjoint une
dimension politique et militaire en se dotant d'une force
d'interposition. En effet depuis quelques années les Communauté
économiques régionales ont commencé à mettre en place des cadres
institutionnels et des mécanismes de maintien de la paix. Le système
le mieux conçu et le plus connu en Afrique c'est certainement celui de
CEDEAO. Le Groupe de contrôle de la communauté économique des
Etats de l'Afrique de l'ouest (ECOMOG), est une force militaire
d'interposition qui a été constitué pour résoudre les conflits et
maintenir la paix au sein de la communauté. Des opérations en ce sens
ont été organisées au Libéria (1990-1999), en Sierra Léone (1997-
2000) et en Guinée (1998 -2000).
L'écomog a été créé en 1990. Il a pour mission principale de
s'interposer dans les combats, d'imposer la paix et de la maintenir.
L'interposition dans les combats se faits à la demande de tout
gouvernement légalement constitué pour empêcher qu'une situation ne
dégénère en anarchie ou lorsque des factions rebelles tentent d'usurper
le pouvoir ou de résister à l'autorité du gouvernement légal .Ces
missions visent à conclure un cessez- le -feu entre les belligérants, à
créer un climat favorable aux négociations et à protéger les
populations civiles. Après avoir fait le bilan de cette force militaire
dans le règlement des conflits, les dirigeants de la CEDEAO ont
décidé, en 1998, de la maintenir en tant que future structure de
maintien de paix de la communauté. L'écomog agit sur instruction des
chefs d'Etat de ses pays membres.
Pour accélérer l'intégration en permettant l'application de
décisions supranationales, la CEDEAO s'est appuyée sur un cadre
institutionnel adéquat.
b) Un cadre institutionnel rassurant
La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest
regroupe tous les Etats de cette région à l'exception de la Mauritanie
qui s'est retirée le 26 décembre 1999. Elle a pour mission de
[179]
promouvoir l'intégration économique dans tous les domaines, d'abolir
à cette fin, les restrictions au commerce, de supprimer les obstacles à
la libre circulation des personnes, des services et des biens, de réaliser
l'harmonisation des politiques sectorielles régionales. Ainsi devant la
lenteur des progrès enregistrés, certaines initiatives visant à
redynamiser le processus d'intégration ont été prises à partir de 1990.
Par conséquent dès 1991, le sommet des chefs d'Etat et de
gouvernement avait reconnu la nécessité de procéder à la révision du
traité du 28 mai 1975, instituant la CEDEAO et avait créé un comité
chargé de faire des recommandations dans ce sens.
Par la suite le traité révisé a été adopté lors du sommet des
chefs d'Etat, à Cotonou en juillet 1992. Les pouvoirs des institutions
communautaires sont renforcés pour traduire la priorité qui est
accordée à l'intégration régionale. Le principe de la supranationalité
dans l'application des décisions a été introduit. En outre il a été
envisagé la création, en plus des institutions déjà existantes, d'une cour
de justice de la communauté à la place du tribunal communautaire,
d'un Parlement et d'un Conseil économique et social. L'article 6 du
traité (révisé) instituant la CEDEAO dispose : «Les institutions de la
Communauté » suivantes :
La conférence des chefs d'Etat et de gouvernement ;
Le conseil des ministres ;
Le Parlement de la Communauté ;
Le secrétariat exécutif ;
La cour de justice de la communauté ;
Les commissions techniques spécialisées ;
Le conseil économique et social
Les institutions de la Communauté exercent leurs fonctions et
agissent dans les limites des pouvoirs qui leurs sont conférées par le
présent traité et par les protocoles y afférents».
1. Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement
C'est l'organe suprême de la CEDEAO, qui a la responsabilité
de donner les principes directeurs et de contrôler le fonctionnement de
la communauté ainsi que de prendre toutes les mesures afin de
garantir le développement progressif et la réalisation des objectifs de
la communauté. Elle est chargée de :
[180]
- définir la politique générale et les principes directeurs de la
communauté ;
- Assurer et coordonner les politiques économiques
scientifiques et sociales des Etats ;
- Superviser le fonctionnement des organismes de la
communauté et de suivre la mise en œuvre des objectifs de la
communauté ;
- Préparer et adopter les règles de procédure ;
- Nommer le secrétariat exécutif ;
- Soumettre à la cours de justice de la communauté quand elle
le juge nécessaire, toute instance confirmée si un Etat membre
ou institution de la communauté a manqué d'honorer ses
obligations ou si une institution de la communauté a
outrepassé ou a abusé les pouvoirs qui lui ont été conférés aux
termes du traité, par une décision de l'Assemblée ou règlement
du conseil ;
- Demander à la cours de justice de la communauté de donner
un avis sur une question de légalité ;
- Exercer les pouvoirs qui lui sont conférés aux termes du traité
La conférence se réunit au moins une fois par an en séance
ordinaire. Une séance extraordinaire peut être organisée à la demande
d'un Etat membre pourvu qu'une telle demande soit soutenue par une
majorité des Etats membres.
2. La Cour de Justice
Prévue dans les textes depuis 1991, la cours n'existe
réellement qu'à partir de 2001. En janvier 2005, lors du sommet des
chefs d'Etat réuni à Accra, au Ghana, il a été adopté un amendement
qui a introduit la possibilité pour les individus de saisir directement la
cour après épuisement de toutes les voies de recours contentieuses ou
arbitrales au niveau interne.
La compétence de la cour s'étend à l'interprétation du traité.
Par ailleurs il est l'organe de contrôle juridictionnel destiné à
juger du respect par les Etats membres de leurs engagements, à régler
les différends et à vérifier la légalité des actes des institutions
communautaires.
[181]
3. Le Conseil des ministres
Il est composé du ministre des affaires de la CEDEAO ainsi
que d'un ministre désigné par chaque Etat membre. Le conseil est
chargé de formuler des recommandations à la conférence des chefs
d'Etat et de gouvernement sur les questions visant à la réalisation des
objectifs da la communauté. Il émet des directives pour les affaires
concernant la coordination et l'harmonisation des politiques
d'intégration économique, fait des recommandations à la conférence
des chefs d'Etat pour la nomination d'auditeurs externes, prépare le
règlement pour les employés et approuve les structures d'organisation
des institutions communautaires, peut demander à la cour de justice de
la communauté de donner un avis sur des questions de l'égalité. Le
conseil se réunit au moins deux fois par an.
4. Le parlement
Le parlement de la CEDEAO s'est réuni pour la première fois
en mai 2002, avec 115 députés représentant tous leurs Etats respectifs
à l'exception de la Côte d'Ivoire (qui traverse une crise politique). Le
Togo, le Libéria le Cap-Vert, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, le
Bénin, la Gambie et la Sierra Léone ont chacun 5 députés; le Mali le
Niger et le Sénégal ont chacun 6 députés; la Côte d'Ivoire a droit à 7
députés; le Ghana en a 8 et le Nigéria 35.
Le Parlement de la CEDEAO a son siège à Abuja, au Nigéria ;
il est chargé du contrôle démocratique des institutions de la
communauté mais fonctionne en ce moment qu'à titre consultatif.
5. Le Conseil économique et social
Il est composé des représentants des différentes catégories
d'activité économique et sociale, il a également un rôle consultatif.
6 Secrétariat exécutif.
Le secrétariat exécutif est responsable de la mise en œuvre des
décisions prises par la conférence des chefs d'Etat et de l'application
des règlements du Conseil. Son siège est à Abuja, au Nigéria. Le
secrétaire exécutif est élu pour un mandat de 4 ans, est assisté de 4
fonctionnaires.
7 Les Commissions techniques spécialisées :
- Industrie, science et techniques ;
[182]
- Environnement, communication et tourisme ;
- Commerce, douane, fiscalité, statistique monnaie ;
- Affaires politique, judiciaire et juridique, sécurité régionale et
immigration ;
- Ressource humaine, information, affaire sociales et culturelle
- Administration et finances ;
En plus de la CEDEAO, l'Afrique de l'Ouest compte sur son
espace géographique une organisation sous-régionale qui s'occupe,
notamment, de questions d'ordre monétaires.
B - L'exemple de l'Union économique et monétaire Ouest africaine
Construite sur les ruines de l'ex-Communauté économique de
l'Afrique de l'Ouest (CEAO), qui se limitait à maintenir le lien avec la
France et à mettre en place la libre circulation des capitaux,
l'U.E.M.O.A., vise principalement les questions d'ordre monétaires.
Outre les réalisations accomplies depuis sa création (1), cette
organisation s'oriente de plus en plus vers de nouvelles perspectives
(2).
1. Les réalisations de l’Unions économique Ouest africaine depuis
sa création
L'intégration monétaire est un élément essentiel de
l'intégration régionale; elle suppose une évolution à moyen ou long
terme vers un régime de taux de change fixe, les pays concernés
finissent par adopter une monnaie commune. L'Union économique et
monétaire ouest africaine est un cas d'espèce intéressant d'une
intégration monétaire, union complète en ce sens que ses membres ont
une monnaie commune et entièrement convertible, émise par une
banque centrale supranationale qui surveille les opérations à partir
d'un compte commun de devises. En tant que sous ensemble de la
CEDEAO, elle regroupe 8 Etats et couvre une superficie de 3.509.610
km2 avec une population de 74 millions d'habitants. Elle a été créée
par le traité de Dakar du 10 janvier 1994 par les chefs d'Etat et de
gouvernement des sept pays d'Afrique ayant en commun l'usage d'une
monnaie unique, le franc CFA.
[183]
L'espace géographique de la `UEMOA, sous ensemble de la CEDEAO
Le 2 mai 1997, la Guinée-Bissau est devenu le huitième
membre de l'Union
Celle-ci est dirigée par trois organes principaux :
1-la Conférence des chefs d'Etat.
2-Le Conseil des ministres comprenant les ministres des finances des
différents pays membres.
3-la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BECEAO):
C'est un institut d'émission monétaire avec un statut d'établissement
publique, commun au Etats de l'U.E.M.O.A .Il son siège à Dakar.
Le succès de l'intégration monétaire de l'UEMOA est intiment
lié aux pouvoirs conférés à la Banque centrale supranationale, qui
doivent prévaloir sur ceux des autorités nationales en matière
monétaire et financière. En contrepartie de cette cession de
souveraineté monétaire, les Etats membres bénéficient de politiques
monétaires stables, non inflationnistes et sont à l'abri des
considérations politiques. Les risques et le coût des opérations en
seront pour autant réduits, ce qui stabilisera l'investissement et la
croissance et encouragera l'intégration économique des Etats de la
sous-région. Ainsi l'UEMOA peut offrir une possibilité d'investir sans
risque de change, favoriser une économie d'échelle grâce l'émission
d'une monnaie commune.
La BECEAO procède à une programmation annuelle des
besoins de crédits, pour l'Union et par pays membre, avant d'en
décider l'affectation. Statutairement les emprunts des gouvernements
auprès de la BECEAO sont limités à 20% de leurs rentrés budgétaires
de l'année précédente. Les gouvernements sont libres d'emprunter sur
le marché intérieur ou à l'extérieure et sont tenus uniquement d'en
aviser la Banque centrale. En principe, chaque membre doit affecter
65% de ses réserves de devises à un compte d'opération tenus par la
banque et établi au trésor français à Paris.
Tout déficit de balance des paiements d'un Etat membre est
comblé par les avoirs extérieurs des autres Etats membres. Si le bilan
global du compte d'opération baisse, on peut faire appel aux 35%
restants des réserves. Si cela ne suffit pas, un plan de « gestion de
crise » prend le relais. Cette indépendance a subi un coup sévère avec
[184]
l'avènement des programmes d'ajustement structurels, qui ont entraîné
une influence étrangère considérable dans les politiques de la banque.
C'est ainsi que la dévaluation du franc CFA a été décidée en
1994, ce qui expliquait le taux d'inflation élevé au milieu des années
1990. Par la suite les taux ont commencé à baisser grâce à la discipline
monétaire imposée aux Etats membres de Communauté. A l'exception
de la Guinée Bissau qui n'est devenu membre qu'en 1997, tous les
pays de l'UEMOA étaient parvenus à l'objectif fixé à partir de la
dévaluation, à savoir réduire l'inflation à 3% en 2000.
C'est d'ailleurs dans le souci de limiter les difficultés
budgétaires des Etats que le traité de l'UEMOA a, en son article 58,
institué un système transitoire de compensation de moins-values de
recettes douanières subies par certains Etats membres du fait de la
mise en place de l'union douanière. En application de ces dispositions,
le prélèvement communautaire de solidarité (PCS) a été institué par
l'article 16 de l'acte additionnel N° 04/96 du 10 mai 1996 instaurant un
régime tarifaire préférentiel transitoire.
Du 1er juillet 1996 au 31 décembre 2004 le montant du PCS
reversé à l'Union par les Etats membres s'est élevé à [Link]
francs CFA dont [Link], pour la période de janvier à
décembre 2004. En 2004, l'amélioration des recouvrements des
produits du PCS s'est poursuivie, à travers, notamment, des missions
de vérification dans les Etats membres et le renforcement de la
communication entre la commission et les autorités nationales.
L'utilisation des recettes s'est traduite, entre autre, par une dotation
adéquate du Fonds de compensation des moins-values (FCMV) de
recettes douanières et du Fonds d'aide à l'intégration régionale (FAIR)
dont l'intervention est effective depuis 2005. Du 1er janvier 1998 au
31 décembre 2004, les produits du PCS reversés par les Etats
membres de l'UEMOA ont été utilisés pour un montant de 178.349.
475.216 francs CFA se décomposant comme suit:
- dotation du Fonds de compensation des moins-values de
recettes douanières pour [Link] francs CFA.
- dotation du Fonds d'aide à l'intégration régionale pour
[Link] francs CFA ;
- dotation du Fonds de réserve pour 200.000.000 francs CFA ;
[185]
- financement des budgets de fonctionnement et d'équipement
des organes de l'Union au titre des années 1998-2004 pour
[Link] francs CFA ;
- prêt à l'Etat nigérian pour [Link] francs CFA ;
- dotation partielle pour un montant de [Link] francs
CFA du Fonds fiduciaire a été créé avec la FAO pour la mise
en œuvre du programme régional spécial de sécurité
alimentaire.
Le traité UEMOA a prévu également la compensation
automatique de pertes de recettes douanières subies par les Etats du
fait de l'application du régime tarifaire préférentiel. Au titre de l'année
2004, l'Union a versé aux Etats membres, un montant compensatoire
global de [Link] francs CFA relatif à des déclarations de
douane de l'année 2004 et des années antérieures, ce montant s'est
réparti comme suit :
- Bénin ............[Link] francs CFA
- Burkina Faso.... [Link]
- Côte d'Ivoire .....472.129.880
- Guinée Bissau......125.710.454
- Mali ...............[Link]
- Niger...............[Link]
- Sénégal ............[Link]
- Togo............... [Link]
Pour éviter une concurrence entre la CEDEOA et l'UEMOA,
les Etats qui ne sont pas membres de cette dernière ont accepté
d'harmoniser leurs politiques monétaires et budgétaires dans le but de
mettre en place une union monétaire au sein de la CEDEAO et de jeter
les bases d'une éventuelle fusion avec l'UEMOA. Dans le souci
d'accélérer le rythme de l'intégration, le Ghana et le Nigéria ont lancé
l'initiative « procédure accélérée » visant la création d'une deuxième
zone monétaire dans la sous- région qui serait dénommée «zone
monétaire Ouest- africaine» et qui regrouperait le Ghana, le Nigéria, la
Gambie, le Libéria, la Sierra Léone (tous pays anglophones à
l'exception de la Guinée Conakry). L'objectif de la zone ouest-
africaine est d'harmoniser les politiques macroéconomiques et de
mettre en place une monnaie commune, qui sera à court terme
fusionnée avec celle l'UEMOA.
[186]
Dans une moindre mesure l'Union économique et monétaire
ouest-africaine étend son champ d'action.
2) - Les perspectives de l'Union économique et monétaire ouest-
africaine
Le traité de l'Union économique et monétaire ouest-africaine
prévoit de redynamiser la coopération avec d'autres organisations
régionales et sous-régionales. A ce titre l'année 2005 a marqué le point
de départ du renforcement du processus de convergence avec la
CEDEAO, notamment en matière de schéma de libéralisation des
échanges et des politiques économiques. Sur ce dernier point, la
coopération a été intensifiée, à travers la poursuite des travaux
techniques sur l'harmonisation des produits intérieurs bruts et des
indices de prix à la consommation des Etats de la CEDEAO.
Par ailleurs la conduite des négociations de l'Accord de
partenariat économique entre l'Afrique de l'Ouest et l'Union
européenne fournira également un cadre de renforcement de la
coopération entre la Commission de l'UEMOA et le secrétariat
exécutif de la CEDEAO. De ce fait ces deux organes s'attachent à la
mise en œuvre, avec l'appui de la communauté internationale, d'une
stratégie de réduction de la pauvreté. Ces diverses perspectives sont à
envisager, en liaison avec la poursuite des actions prioritaires,
notamment dans le domaine de la perception des prélèvements
communautaires de solidarité, de la mise en œuvre de programmes
économiques et politiques sectorielles, ainsi que de la communication.
Leur réalisation nécessite un retour rapide de la paix et de la
stabilisation dans l'espace de l'Union d'où la place prépondérante que
l'union devra accorder à l'action politique, dans la mise en œuvre de
son processus d'intégration.
La poursuite du renforcement institutionnel de l'UEMOA, qui
découle de l'impératif d'impulser une nouvelle dynamique du
processus d'intégration, devra se traduire par quatre actions :
1- La première consistera à combler le retard en matière d'utilisation
des nouvelles technologies de l'information et de communication,
par la mise à niveau de l'équipement informatique et conception
d'un système efficace de gestion et de diffusion de l'information
au sein des organes et entre eux et ceux de l'extérieur.
[187]
2- Le deuxième devra se traduire par la remise en place d'une unité de
programmation stratégique, en vue d'assurer un meilleur suivi
plus rigoureux des activités, une visibilité plus accrue de la
Commission de l'UEMOA en direction des différents partenaires,
une vision prospective et une plus grande efficacité dans la
recherche de financement.
3- La troisième s'articule autour de l'installation du Parlement de
l'Union, avec l'entrée en vigueur du Traité y afférent. Dans
l'attente de la ratification de cet instrument juridique, la
Commission a déjà entamé, en relation avec le Comité inter-
parlementaire, l'élaboration des textes subséquents devant régir le
fonctionnement du futur Parlement.
4- Le quatrième devra se matérialiser par l'amorce des travaux en vue
de la construction du siège de la Cour de justice et de la Cour des
comptes.
Les actions concrètes à réaliser dans le cadre du programme
économique régional ont été déterminées à partir des programmes et
politiques sectoriels adoptés par les instances communautaires. Le
tarif extérieur commun (TEC), entrée en vigueur depuis le 1 er janvier
2000, connaît une application globale satisfaisante. Toutefois,
certaines entraves non tarifaires persistent encore, notamment les
normes techniques imposées par certains Etats membres aux produits
communautaires. Par ailleurs la multiplication des barrières routières
et la perception de taxes illicites sur les corridors de l'Union sont
devenues des problèmes récurrents. Il appartiendra à la l'union
d'œuvrer dans le sens de l'élimination des dernières barrières
persistantes.
[188]
CHAPITRE ONZIEME
LES EFFORTS DU DEVELOPPEMENT PAR DE
GRANDS PROGRAMMES REGIONAUX
SECTION I : LE PLAN D’ACTION DE LAGOS
Le plan d’Action de Lagos que d’aucuns ont qualifié de « reflet
d’une nouvelle étape dans la prise de conscience africaine, un jalon
dans l’exploitation de la pensée économique et politique du
continent(3) se veut avant tout un instrument pour soulever les
commentaires existantes et pour créer d’autres groupements
économiques existantes dans les autres régions de l’Afrique, de
manière à couvrir l’ensemble du continent. Il entend renforcer, de
façon effective, l’intégration sectorielle au niveau continental et, en
particulier, dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation, des
transports, des communications, de l’énergie et de lélevage. Il vise à
promouvoir la coordination et l’harmonisation entre les groupements
existants et futirs en vue de la création progresive d’un marché
commun africain (4).
Ce plan fournit ainsi un cadre conceptuel et pragmatique pour
l’intégration économique de l’Afrique. Il divise l’Afrique sub-
saharienne en quatre sous-régions ( 5) et invite chaque sous-région à
passer par les trois phases ci-après : le libre-échange, l’union
douanière et le marché commun qui doit aboutir à la Communauté
Economique Africaine prévue à l’horizon de l’an 2000.
Cependant, le Plan d’Action de lagos n’a pas échappé aux
critiques. D’abord, le fait de n’avoir pas fait une véritable évaluation
de ses firmes et de ses faiblesses. Ensuite, il n’a pas cherché les causes
de désastre au sein de l’OUA. Enfin, les moyens d’atteindre les
différents objectifs qu’il s’était fixé restent imprécis.
Bref, l’absence des moyens financiers qui doivent permettre le
financement des projets et des institutions qui doivent les animer,
l’absence d’une réelle volonté d’intégration de la part des Etats, le
manque du personnel qualifié sans pour autant oublier la dépendance
des pays africains vis-à-vis des pays industrialisés : voila autant de
3
Gromyoko. A., cité par Jouve., [Link], pp.1986-1990.
4
Voir le programme prioritaire de rédressement économique de l’Afrique, 1986-1990.
5
Decraene. Ph.,Le panafricanisme, Paris, PUF, Collection « Que sais-je » 1970, p.44.
[189]
pesanteurs qui gènent considérablement le processus en cours et qui
génent considérablement le processus en cours et qui réléguent au
second plan la coopération régionale et sous-régionale comme le note
à juste titre , Philippe DECRAENE. « C’est qu’avec une certaine
impudeur ou inconscience, des Etats anticolonialilistes réclament
l’aide financière de la présence se refusent à lier leur sort à celui de
leurs voisins moins favorisés par la nature ». Au plan institutionnel,
les Etats erigent des barrières destinées à protéger les marchés
nationaux contre la correspondance des voisins. Ces barrières freinent
l’accroissement des échanges intra-régionaux. Pendant les années
1980 et 1990, on a assisté à une expression rapide de la valeur et
volume du commerce mondial des marchandises et nombre des pays
ont eu leur part dans le boum commercial. Mais l’Afrique, elle, n’a
pas participé à ce développement quasi mondial des échanges. Alors
même que les échanges naturelle dépasant tout juste 8% au cours de
cette période, les exportations africaines ont dimunué en moyenne de
1% par an, tandis que l’Asie et l’Amerique latine connaissent des taux
de croissance respetivement de 7% et de 5%, pendant que le taux dans
les échanges mondiaux de marchandises pour l’Afrique est passé de
6% au début des années 1980 à peine 2% au milieu des années 1990.
A l’intérieur même de l’Afrique, il existe des différences
considérables. Les pays de l’Afrique du nord ont tendance à s’intégrer
à une économie méditerranéenne, alors que les différences des taux de
croissance économiques enregistrées dans les pays subsahariennes
creusent un fossé toujours plus grand entre les revenus moyen des plus
pauvres et ceux dont l’économie est rélativement avancéee.
Néanmoins, si l’on compare les pays Africains aux autres régions du
monde en développement, la relative pauverté du continent ressort
nettement (6).
La marginalisation de l’Afrique par rapport aux échanges
mondiaux s’explique par le fait que la croissance du PNB de la région
Afrique a été plus faible que dans d’autres régions en développement.
6
Des quarente-cinq pays qui furent le plus touché par les hause de prix de carburant et
des produits alimentaires, vingt-huit étaient situés en Afrique. Dix de vingt-neuf
reconnus internationalement comme les moins développés sont des Etats africains
vingt-neuf des 49 PMA sont situés en Afrique sub saharienne ; 29 millions des
personnes atteintes du virus du VIH/SIDA sont des africains. Plus des la moitié des
africains vivent dans des conditions qui ne sont tout simplement pas sures ou qui sont
placées sous le signe d’une grande instabilité macroéconomique. Voire les deux à la
fois.
[190]
Et meme si la croissance du PNB africain avait correspondu au taux
moyen des autres régions en développement, la part de l’afrique dans
les échanges mondiaux pourrait diminuer pour des raisons ci-après :
1. les exportations africaines comportent un pourcentage beaucoup
plus élevé de produits primaires (plus de 60%) que le reste du
monde (moins de 25%) y compris l’asie et l’amerique latine. Et
ces produits primaires ont été affectés par une dmande mondiale
peu animée et une baisse continue des prix réels ;
2. la part de marcé de l’afrique dans l’exportation d’un grand nombre
de produits primaires-clés a subi une érosion importante entre le
début des années 1970 et le milieu des années 1990. La perte a été
de 40% pour le cuivre, le bois et le café ; de près de 60% pour le
minerai de fer ; de près de 30% pour le cacao ;
3. l’afrique n’a pas su concevoir et promouvoir d’autres produits
d’exportation ; comme des produits manufacturés. Ces derniers
permettent à un pays qui les fabrique d’etre en contact permanent
avec les techniques intrnationales, de les apprendre et de les
maitriser, et de bénéficier d’un transfert de technologie, de
produire à des prix compétitifs sur le marché international. Or par
rapport aux autres régions en développement, c’est en afrique que
le pourcentage des produits manufacturés est le plus faible, se
situant à environs 10% des exportations (7).
Section I: LE NEPAD (Nouveau partenariat pour le
développement de l’Afrique)
Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique
(NEPAD, acronyme de New Partnership for Africa's Development),
est un projet de développement initié par plusieurs chefs d'États
africains dont le Sud-Africain Thabo Mbeki, l'Algérien Abdelaziz
Bouteflika, le Sénégalais Abdoulaye Wade, le Nigérian Olusegun
Obasanjo, et l’Égyptien Hosni Moubarak.
Le NEPAD provient de la fusion de deux autres plans
proposés pour l'Afrique : le Plan Oméga et le Millenium African Plan
ou Plan MAP. Ceux-ci, apparus au cours de l'année 2000, cherchaient
à pallier le retard immense qu'avait pris l'Afrique en matière de
développement sur la scène internationale. L'Afrique est en effet le
seul continent dont le développement et la présence internationale
7
Coopération sud. PNUD numéro deux. 1998, pp.125-126s
[191]
régressent. C'est pour cela que le président sénégalaisAbdoulaye
Wade proposa en janvier 2001, au sommet France - Afrique de
Yaoundé, le Plan Oméga. Celui-ci visait à "résorber l'écart entre pays
développés et pays sous-développés par des investissements massifs
d'origine externe, coordonnés à l'échelle continentale, pour poser les
bases du développement du continent africain". De leurs côtés, le
président algérienAbd El-Aziz Bouteflika, le président
nigérianOlusegun Obasanjo et le président d'Afrique du SudThabo
Mbeki proposèrent le plan MAP, qui tentait principalement
d'incorporer l'Afrique au sein des actions mondiales. C'est en Juillet
2001, au sommet des chefs d'Etats de Lusaka, que ces deux plans
fusionnèrent sous le nom de NEPAD. Le NEPAD n'est pas une
institution complètement autonome. C'est avant tout un projet, et ce
projet est sous la tutelle de l'Union africaine. Il est l'un de ses
programmes. Son ultime but est de combler le fossé séparant l'Afrique
du reste du monde.
Le NEPAD a pour ultime objectif de combler le retard qui
sépare l'Afrique des pays développés. Cette notion de fossé à remplir
(bridging gap) est le cœur même du NEPAD. Il ne s'agit donc pas
seulement de financer des projets tous azimuts.L'Afrique, en effet,
considère qu'elle est dans la globalisation et non en marge de
l'évolution du monde mais celui-ci l'a marginalisée au point qu'elle ne
représente que 1.7% du commerce international, qu'elle est apparue
comme le dernier des continents en termes de croissance et de
développement et comme le continent le plus pauvre.
Le Président Thabo MBEKI d'Afrique du Sud, le Président
Olusegun OBASANJO du Nigeria et le Président Abdel Aziz
BOUTEFLIKA d'Algérie proposèrent le Millenium African Plan
(MAP) pendant que le Président Abdoulaye WADE du Sénégal
proposait le plan OMEGA.
Les deux plans furent fusionnés en un plan unique : la
Nouvelle Initiative Africaine (NIA) qui sera plus tard baptisé Nouveau
Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD), abréviation
de l'anglais New Partnership for African Development. Le Sommet
des Chefs d'Etat de Lusaka adopta la Nouvelle Initiative Africaine et
élargit la direction politique à dix autres Chefs d'Etat, à raison de deux
par région. Ce nouvel organe a pris le nom de Commission de Mise en
Œuvre (Implementation Committee).
[192]
Présenté comme la solution miracle sensée redonner du
souffle à une Afrique en mal de développement, le NEPAD peine à
décoller véritablement en dépit de quelques acquis. De là à lui prédire
un destin similaire à celui du plan de Lagos, le traité économique
africain ou d’autres initiatives, il n’y a qu’un pas que certains ont vite
franchi. A tort ou à raison.
Résultat de la fusion du Plan du millénaire présenté par le
président Sud africain Thabo Mbéki et les chefs d’Etats nigérian et
algérien auquel s’est ensuite joint l’Egyptien Hosni Moubarak, avec le
Plan Omega du Sénégalais Abdoulaye Wade, le Nouveau Partenariat
pour le Développement Economique de l’Afrique (NEPAD), suscite
aujourd’hui beaucoup de réactions négatives. On est vite passé de
l’enthousiasme des premiers jours aux critiques les plus virulentes.
Loin de remettre en cause l’initiative en tant que tel, il semble bien
que c’est la démarche adoptée depuis le départ par les parrains de ce
projet qui soit véritablement en cause en même temps que la
procédure de financement considérée aliénante. Au delà de ce
scepticisme ambiant, le NEPAD semble faire son petit bonhomme de
chemin. Pour quels résultats ? C’est une autre paire de manche. Car il
est difficile de dire aujourd’hui si la stratégie adoptée permettra
d’atteindre les objectifs assignés initialement à ce projet d’envergure.
Selon ses initiateurs, le NEPAD vise à fonder une nouvelle
relation de partenariat entre l’Afrique et la communauté internationale
et en particulier les pays fortement industrialisés. Ce nouveau
partenariat vise deux objectifs majeurs. Premièrement il s’agit
d’éradiquer la pauvreté en Afrique et placer les pays africains ,
individuellement et collectivement, sur la voie d’une croissance et
d’un développement durable pour mettre ainsi un terme à la
marginalisation de l’Afrique dans le contexte de la mondialisation.
Deuxièmement, il s’agit de promouvoir le rôle de la femme dans
toutes les activités. Ces deux objectifs devront se traduire entre autres
faits par une croissance annuelle moyenne du produit intérieur brut
(PIB) de plus de 7% pour les 15 prochaines années, une réduction de
moitié du pourcentage de gens vivant dans des conditions d’extrême
pauvreté à l’horizon 2015 etc.
Pour atteindre ces objectifs, le NEPAD définit une série de
conditions que les gouvernements africains doivent réaliser comme
préalables à un développement durable en Afrique. Ces conditions
sont présentées sous la forme de deux initiatives : l’initiative pour la
[193]
paix, la sécurité, la démocratie et la bonne gouvernance et l’initiative
pour la gouvernance économique et la gouvernance des entreprises.
C’est une telle mouture que les Chefs d’Etats africains ont
présenté en juillet 2001 pour la première fois aux pays industrialisés
lors du sommet du G8 de Gênes en Italie qui a été sanctionné par un
projet de plan d’action pour l’Afrique appelé plan d’action de Gênes
ciblant huit secteurs prioritaires ou le G 8 pourrait apporter une
contribution immédiate. Au nombre de ceux ci, l’allègement de la
dette ; la santé et le VIH/Sida ; la productivité agricole ; commerce,
investissement, croissance et développement durable ; bonne
gouvernance politique et économique ; paix et sécurité etc. Ce plan
approuvé par le sommet de Kananaskis au Canada en juin 2002 après
le sommet de Monterrey (Mexique) sur le financement du
développement, est conçu « pour soutenir les objectifs et initiatives
formulés dans le NEPAD. Chacun des chefs d’Etats membres du G 8
s’est alors engagé à former des partenariats renforcés avec les pays
africains qui adhèrent au NEPAD ».
De leur côté les initiateurs s’activaient. Ils ont décidé de
s’organiser en cinq zones (nord, sud est, ouest et centre) et ont
identifié dix thèmes prioritaires : bonne gouvernance publique; bonne
gouvernance de l’économie privée ; infrastructure ; éducation ; santé;
nouvelles technologies de l’information et de la communication ;
agriculture ; environnement; énergie ; accès aux marchés des pays
développés et diversification des produits.
Au delà du comité de pilotage dirigé par le professeur sud
africain Wiseman Nkuhlu, chacun des cinq parrains a hérité d’un
certain nombre de ces thèmes. A titre d’exemple le Nigeria a hérité de
la bonne gouvernance économique quant le Sénégal s’occupe pour sa
part des infrastructures, de l’énergie, de l’environnement et des ntic.
Les 15, 16 et 17 avril 2002 avait lieu au Sénégal la conférence
de Dakar sur la participation du secteur privé au financement du
NEPAD. Au cours de ce sommet consacré aux priorités dévolus à ce
pays, bien des projets dont l’autoroute transcôtière (4560 km) reliant
Nouakchott à Lagos, le chemin de fer d’interconnexion reliant le
Benin, le Burkina, le Niger et le Togo ont fait l’objet d’évaluation
chiffrés oscillant entre deux et dix milliards de dollars.
D’autre part avant le sommet du G8 d’Evian sensé
initialement marquer un grand tournant dans la mise en œuvre du
[194]
NEPAD, les africains ont mis en place « la revue par les pairs », c’est
à dire un mécanisme de contrôle des engagements et des performances
de chaque pays africain.
« A Gênes le caractère novateur et prometteur du NEPAD a
été reconnu. A Kananaskis en 2002, un plan d’action un plan d’action
a été élaboré affirmant que nul pays engagé dans la réalisation des
objectifs du NEPAD, ne doit manquer de ressources pour les
atteindre. La prochaine étape c’est donc Evian ou cet engagement
réciproque doit commencer à être appliqué » affirmait le président
français Jacques Chirac lors du sommet franco africain de février
dernier. En définitive ce sommet d’Evian aura laissé plus d’un
observateur sur sa faim. A titre d’exemple le financement de la lutte
contre le SIDA et le dossier sur l’accès aux génériques par les pays du
Sud n’ont guère avancé.
Lusaka, Gênes, Kananaskis, Evian sont autant de repères pour
le NEPAD, porteurs d’espoirs qui tardent à prendre forme.
« …Dans ce contexte nouveau, nous espérons voir les
partenaires au développement de l’Afrique s’attaquer aux nouveaux
problèmes cruciaux qui freinent son développement. Premièrement
nous attendons de ce partenariat nouveau qu’il se traduise par une
augmentation substantielle du flux d’aide vers l’Afrique.
Deuxièmement en ce qui concerne l’allègement de la dette, il est
essentiel de suivre attentivement la mise en œuvre de cette initiative de
sorte qu’elle se traduise effectivement par un niveau soutenable de la
dette. Troisièmement, l’amélioration de l’accès aux marchés pour les
exportations africaines, revêt une importance cruciale pour les
perspectives de développement de l’Afrique » déclarait notamment le
président du groupe de la BAD, M Omar Kabbaj en mai 2002. Un an
après, ces inquiétudes soulevées et destinées à réaliser les objectifs du
NEPAD, sont plus que d’actualité.
Seule satisfaction au tableau, l’augmentation du niveau de
l’aide publique au développement (APD) indiquant dans une certaine
mesure que la conférence de Monterrey a porté ces fruits. En effet
selon le rapport sur le développement édité par le PNUD, l’APD a été
porté à 67 milliards de dollars contre 52,3 milliards en 2001 ; soit près
de 15 milliards de dollars en plus représentant sensiblement les seize
milliards de dollars que les pays riches s’étaient engagés à ajouter
désormais annuellement au montant de l’aide. Toutefois l’Afrique ne
[195]
bénéficiera sous conditions dans le cadre du NEPAD, que de six
milliards de dollars d’aide supplémentaire. Alors qu’il est établi « que
pour diminuer de moitié l’incidence de la pauvreté en Afrique d’ici
l’an 2015, le continent a besoin de combler un déficit annuel de 12%
de son PIB soit 64 milliards de dollars devant provenir de l’extérieur
».
Même si le président nigerian M Olusegun Obasanjo assurait
que le succès du NEPAD ferait taire ces détracteurs, il faut convenir
qu’il y a des raisons d’en douter. Et les sceptiques s’en donnent à cœur
joie.
D’abord certaines attitudes des pays du Nord sont de nature à
conforter le doute. Non seulement l’accès au marché est fermé mais
les pays occidentaux accordent des subventions colossales à leurs
agriculteurs pénalisant du coup les productions africaines. Ces
subventions sont passées de 182 milliards de dollars en 1995 à environ
360 milliards de dollars en 2001 dans les trente pays membres de
l’OCDE et correspondent au Produit intérieur brut de l’ensemble de
l’Afrique subsaharienne en 1999. L’ouverture du marché et l’accès
des produits reste donc encore une vue de l’esprit et l’entrée en
vigueur de la directive européenne relative à l’introduction de 5 % de
matières grasses autres que le beurre de cacao dans la fabrication du
chocolat n’inspire guère à l’optimisme.
Les initiateurs du NEPAD n’hésitent pas à affirmer que le
financement du développement passe notamment par le biais des
investissements privés à plus long terme. Pourtant celui-ci ne cesse de
baisser en Afrique subsaharienne passant par exemple de 8 milliards
de dollars en 1999 à 6,5 milliards en 2000.
Une situation qui ne surprend du reste guère à cause justement
de l’instabilité socio politique chronique de cette région.
Au Total il est reproché au NEPAD d’être un mystère pour la
société civile qui aurait pourtant due en être un partenaire
incontournable, de s’inscrire dans un schéma neo libéral incapable de
sortir l’Afrique de la crise du développement, de trop dépendre de
l’extérieur pour son financement, de reposer sur le G 8 et ses
conditions unilatérales rappelant étrangement tant dans la forme que
dans le fond, la façon de procéder de la Banque Mondiale et du FMI.
Ce remède hybride, africain dans sa conception et occidental dans son
exécution saura t il guérir l’Afrique ? Mieux vaut croiser les doigts.
[196]
[197]
CHAPITRE DOUZIEME
LES DEFIS MAJEURS D’UN CONTINENT EN MAL DE (RE)
POSITIONNEMENT
Au lieu de restaurer les textes de l'OUA, pour la mettre en
phase avec les réalités nouvelles de la planète, les dirigeants africains
ont plutôt posé les jalons d'une nouvelle organisation panafricaine. La
question est alors de savoir ce à quoi l'on devrait s'attendre avec cette
nouvelle organisation? Quels sont les défis qu'elle est appelée à
relever pour assurer au continent un développement durable? Et
surtout à quoi tiennent les obstacles qu'elle devra surmonter pour y
parvenir?
A. LES CONFLITS RECCURENTS ET LA QUESTION DE
LEUR REGLEMENT
Une multitude de conflits armés jonchent le continent africain.
Outre la corne de l'Afrique et la région des grands lacs, théâtre de
plusieurs affrontements armés, l'Ouest du continent connaît depuis peu
une recrudescence des foyers de tensions auxquels l'Union Africaine
devra trouver des solutions dans la perspective de l'unité du continent.
Pour ce faire, elle doit d'abord régler les conflits existants ou latents,
mais ensuite trouver les moyens d'assurer la paix sur le continent.
1. le règlement des conflits
Les conflits menacent sérieusement le développement du
continent. Aussi l'Union Africaine doit-elle pouvoir réagir rapidement
lorsque des problèmes se posent. Aujourd'hui, il faut se rendre à
l'évidence que rien de durable ne peut se construire dans une
atmosphère d'insécurité. Lorsque les guerres ne viennent pas détruire
tout ce qui s'est construit parfois sur des décennies, elles empêchent
l'évolution et le progrès. Au Libéria et en Sierra Leone, tout comme en
Angola, la guerre civile a emporté plusieurs milliers d'investissements.
Depuis que la paix est revenue au Libéria en 1997, le pays
n'arrive point à se relever économiquement, de ses sept (7) années de
conflit.
Sur le plan économique, les pays dont les territoires sont le
théâtre de guerres, ont du mal à retrouver le chemin de la croissance.
Car les guerres empêchent toutes les activités économiques, aggravent
l'insécurité et la famine, entraînent l'inflation et bloquent les
[198]
exportations. Les ressources, la plupart du temps sont investies dans
l'acquisition de matériels de guerre.
Ainsi, le développement économique est ralenti ou annihilé
selon l'ampleur des conflits. Rares sont les pays africains où les
ressources naturelles sont aussi abondantes qu'en Angola. Pourtant sa
population continue de vivre dans la misère. Il est donc urgent, voire
capital que les Etats africains œuvrent de concert au règlement des
conflits en s'attaquant de front aux causes profondes de ceux-ci. Le cas
de l'intervention des soldats de la paix de la CEDEAO en Sierra
Leone, ayant conduit à la conclusion de l'accord de Lomé qui a mis fin
au conflit le 07 juillet 1999, montre bien que les africains peuvent
prendre en main la résolution des conflits qui ont lieu sur le continent.
L'Afrique doit donc chercher les voies et les moyens
d'éteindre tous les foyers de tensions sur son sol. Cela demeure un
impératif et même un préalable nécessaire au développement du
continent, qui du moins a besoin de stabilité pour connaître le progrès.
Selon Kofi Anan, Secrétaire Général de l'ONU, « tant que l'Afrique
ne sera pas venue à bout de ses conflits, les progrès resteront
précaires même dans les pays éloignés du théâtre des hostilités »
Cet impératif dégagé, c'est à la tribune de l'Union Africaine,
organisation panafricaine qu'il faudra poser le problème du règlement
des conflits. Cette approche constitue un héritage légué par la défunte
OUA qui déjà a servi de cadre à la résolution de certains conflits à
travers le continent. Les conflits restés pendants devront tôt ou tard
constituer l'ordre du jour des rencontres au sommet de l'Union
Africaine. Notamment le problème sahraoui, opposant le Maroc à la
RASD qui attend d'être définitivement réglé.
A l'analyse, on s'aperçoit que la question du règlement des
conflits en Afrique constitue un défi majeur à relever par l'Union
Africaine. Elle devrait y parvenir dans la perspective de l'unité du
continent, mais surtout de son développement intégré. Notons
cependant qu'une fois la préoccupation des conflits réglée, il reviendra
à l'Union Africaine de faire en sorte que soit instaurée sur l'ensemble
du continent une paix durable d'où un autre défi à relever : celui du
maintien de la paix.
[199]
2 -Le maintien de la paix
« La stabilité intérieure et la paix extérieure sont inséparables
du développement ». Il est donc tout à fait normal et légitime que les
Africains recherchent ensemble cet idéal, si tel est que le
développement du continent est leur objectif commun. L'une des
préoccupations majeures de l'Union Africaine sera donc de maintenir
la paix entre les peuples, au sein des Etats, mais aussi entre les Etats
sur l'ensemble du continent.
Comme on peut s'en rendre compte, cette tâche de maintien de
la paix n'est pas sans difficulté. Les nombreuses crises latentes, l'esprit
de revanche et la persistance des comportements xénophobes rendent
cette mission beaucoup plus ardue. Pourtant l'Union Africaine devra
faire de la paix un credo et œuvrer perpétuellement à assurer les
conditions les plus favorables à son maintien sur le continent. Car tout
compte fait, dans sa mission d'union du continent, la quête de la paix
s'impose à elle comme un défi de premier ordre.
Pour ce faire, il importe qu'elle se dote de structures efficaces
et fiables pour assurer la prévention de tout conflit de nature à troubler
la stabilité de l'Afrique. A ce titre, l'expérience de l'OUA à travers le
mécanisme pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits
en Afrique devra être améliorée et consolidée dans son volet
« prévention » afin de permettre l'anticipation sur toute possibilité
d'affrontement ouvert. L'anticipation et la prévention des conflits
doivent se faire sur la base d'un répertoire systématique de toutes les
zones à risque afin que soit exercé sur celles-ci un suivi permanent
pour régler et aplanir les différends avant qu'ils n'atteignent des
proportions de non-retour.
Le maintien de la paix, suppose par ailleurs l'existence d'une
force qui pourrait intervenir au cas où on en arriverait à une situation
de flagrante violation. Cette force devrait pouvoir intervenir si une
partie passant outre les résolutions dans le sens d'un règlement
pacifique, décide d'utiliser la force des armes. Pareille structure
nécessite d'énormes moyens. Et l'Union Africaine en plus de songer au
comment la constituer, devra inscrire au titre de ses missions, la
recherche des moyens nécessaires à son organisation et à son
entretien.
Aussi, devrait-on remarquer à l'analyse que l'action de l'OUA
en matière de prévention des conflits a été surtout efficace lorsqu'il
[200]
s'est agit de différends portés sur des rivalités personnelles.
L'organisation a réussi à les aplanir par l'usage de la « palabre
africaine » un type de diplomatie propre à la réalité africaine.
Mais dans les cas où les différends ont portés sur des
questions frontalières les succès remportés par l'OUA sont restés très
maigres ; car l'organisation n'est pas juridiquement équipée pour faire
face à ce genre de dissension qui nécessite un arbitrage beaucoup plus
délicat A titre préventif, l'Union Africaine devra donc se doter de
toutes les capacités qui pourront lui garantir un arbitrage qui puisse
être accepté par tous les Etats du continent, afin que son intervention
en matière de maintien de la paix soit plus crédible et plus fiable.
B. LA MYSTIQUE PROBLEMATIQUE DU
DEVELOPPEMENT
Les statistiques indiquent chaque année que le développement
est inégal sur l'ensemble du globe. L'économie des pays dits
développés a abordé en cette fin de siècle un nouvel épisode
d'expansionnisme global qui oblige les pays sous développés à se
rendre à l'évidence de la nécessité de se réveiller. Les pauvres sont de
plus en plus pauvres et nombreux en Afrique. Cette situation
alarmante est fortement tributaire du ralentissement de la croissance
économique du continent.
Le rapport annuel 1998 de la BAD indique à ce propos que
« les objectifs fondamentaux du développement en Afrique sont
l'accélération de la croissance économique et la réduction de la
pauvreté ». Du coup ces deux aspects du développement constituent
d'autres défis que l'union Africaine devra s'atteler à amener le
continent à relever.
1. De l’accélération de la croissance économique…
Les efforts que consent le continent pour assurer l'accélération
de la croissance économique sont continuellement affectés par un
contexte économique mondial financièrement néfaste. Le taux de
croissance mondial a chuté à 2,2 % en 1998 et celui de l'Afrique à 3,2
%. La croissance économique de l'Afrique reste fondamentalement
tributaire des performances économiques mondiales et des évolutions
des marchés internationaux de produits de base.
A mesure que les marchés reprennent de la vigueur, la
demande pour des produits tels que les hydrocarbures, les métaux et
[201]
les produits agricoles, base des économies africaines, devrait repartir.
Et avec elle, les perspectives économiques de l'Afrique. Or en l'état
actuel de la situation, les prévisions de la BAD tendent à indiquer qu'à
court terme les prix des produits de base, surtout ceux des produits
agricoles resteront déprimés.
Dans ce contexte, la croissance économique en Afrique se
heurte à plusieurs difficultés notamment l'état de sous capitalisation
dont souffre le continent. Les taux de croissance actuels, selon le
rapport 1998 de la BAD résultant de l'introduction des réformes
économiques et d'une meilleure utilisation du capital, ne sont pas
viables, avec les taux d'investissement actuels.
Si le stock de capital s'était accru au lendemain des
indépendances et ce jusqu'au milieu des années 70, l'accumulation a
marqué le pas dans un certain nombre de pays sur les vingt (20)
dernières années. Elle a même régressé dans beaucoup d'autres.
Ramené au PIB, l'investissement total est passé en Afrique de 25 % au
milieu des années 7O à quelques 20 % au début des années 90 avec un
investissement privé s'élevant à 15 %.
La faible capitalisation est encore plus prononcée dans les
pays à faible revenu où seulement 17 % du PIB sont consacrés à
l'investissement et où la part du privé ne dépasse guère les 12 %.
Selon ce même rapport, pour espérer voir se réaliser une croissance
durable en Afrique il faudrait que les taux d'investissement dépassent
les 25 % sur le moyen terme. Or de nombreux facteurs annihilent les
efforts dans ce sens. Et l'union Africaine a un travail colossal à abattre
à cet effet.
Les conflits sociétaux et les guerres civiles qui minent le
continent en font une zone d'investissement à risque que redoutent les
investisseurs étrangers. Dans une approche globale, l'union Africaine
doit mener une politique d'incitation à l'investissement en sécurisant
davantage le continent.
Par ailleurs, eu égard à l'interaction qui existe entre
infrastructures et croissance économique, il est indispensable de
susciter la plus large adhésion des communautés locales, du secteur
privé, des pouvoirs publics et des bailleurs de fonds surtout pour le
développement des infrastructures. Car elles revêtissent une
importance certaine dans l'accélération de la croissance économique
[202]
parce qu'elles renforcent les capacités de production de l'agriculture,
de l'industrie et des services.
Leur faiblesse sur le continent représente alors l'une des
contraintes majeures du développement. L'infrastructure en Afrique
est caractérisée par un faible taux de pénétration, des équipements
dépassés et des prestations très médiocres dans certains secteurs
notamment, ceux de l'électricité, de la téléphonie, de la distribution
d'eau, des ports et des aéroports.
Il est donc important pour la relève de l'économie africaine
que la demande dans tous ces domaines soit satisfaite. Des
infrastructures neuves ou rénovées, surtout dans le secteur du transport
et les télécommunications peuvent aider à accroître les
investissements et partant la croissance économique par l'élévation de
la production et de la productivité.
Toutes ces analyses diagnostiquent et posent les conditions de
la croissance économique en Afrique. Elle nécessite pour être menée à
bien que des actions concertées, soient entreprises car à bien y voir,
les problèmes de développement en Afrique se posent le plus souvent
de la même manière.
2. A la lutte contre la pauvreté
La réduction de la pauvreté devra constituer un objet
primordial pour l'Union africaine. Aussi une stratégie efficace de lutte
contre la pauvreté doit-elle être conçue pour contrer de façon
significative l'avancée de ce mal qui aujourd'hui a atteint des
proportions inquiétantes sur le continent.
Sur les 600 millions d'africains recensés en 1998, près de 475
millions survivaient avec moins de deux (2) dollars par jour. La
pauvreté est très répandue sur le continent, touchant plus de la moitié
de la population tandis qu'environs un cinquième (1/5) vit dans des
conditions d'extrême pauvreté. Cette forte prévalence de la pauvreté
qui résulte en partie de l'accumulation d'un déficit considérable dans
les infrastructures de base et sociaux, constitue l'une des plaies du
continent.
Quasiment enlisées dans la pauvreté, les populations
africaines continuent de s'appauvrir. Et les experts affirment que
l'Afrique est le seul continent àvivre un tel phénomène. Chose plus
alarmante, le forum économique mondial (FEM) dans son rapport
[203]
2000-2001 sur la compétitivité des pays africains, indique que « le
continent est pris dans un cercle vicieux de népotisme et de sous
développement faisant apparaître peu d'espoir pour améliorer sa
compétitivité et atteindre une croissance viable ».Or, la « croissance
économique rapide selon Omar Kabbaj, est une condition nécessaire à
une lutte efficace contre la pauvreté »
C'est d'ailleurs pourquoi combattre la pauvreté, constitue l'une
des priorités de la BAD et devra préoccuper davantage les institutions
financières (banque centrale africaine - banque africaine
d'investissement - fonds monétaire africain) dont est dotée l'Union
Africaine (article 19).
L'acte constitutif de l'union note clairement dans ces objectifs
cette priorité. L'Union entend « promouvoir la coopération et le
développement dans les domaines de l'activité humaine en vue de
relever le niveau de vie des peuples africains ».
Cette volonté manifeste d'améliorer les conditions de vie des
populations africaines appelle à l'élaboration d'une stratégie commune
de la part des gouvernants africains par le biais de l'Union. Elle
servirait de cadre d'échange et d'harmonisation des politiques
nationales et/ou sous régionales pour repousser la pauvreté. Aussi,
cette stratégie qui selon les experts de la BAD, doit reposer « sur
l'implication de tous les acteurs dans le processus de développement »
devra-t-elle s'appuyer sur la pleine participation des communautés
locales dans la conception et la mise en œuvre des projets et
programmes.
Dans ce domaine, l'expérience du groupe de la BAD pourrait
inspirer les nouvelles institutions financières de l'UA. Afin d'accroître
l'efficacité de ses interventions contre la pauvreté, le groupe de la
BAD a entrepris la programmation de ses actions par pays et
l'amélioration de la gestion du cycle des projets.
Cette approche aurait l'avantage de permettre aux institutions
financières de l'UA de mieux suivre et évaluer l'impact de leurs
interventions. Mais surtout de mieux coordonner les stratégies de lutte
contre la pauvreté, avec les donateurs, les ONG et la société civile.
Ainsi, une fois les zones les plus atteintes ciblées avec rigueur et
précision, les actions auront une incidence positive sur la pauvreté.
Reconnaissant en outre, le rôle fondamental que joue
l'agriculture dans les économies africaines et plus particulièrement
[204]
dans la réduction de la pauvreté, l'Union devra veiller à ce que ce
domaine d'activité connaisse un essor particulier. De la performance
de l'agriculture dépend la sécurité alimentaire. Or à maints égards
l'insécurité alimentaire est l'image réfléchie de l'état général de la
pauvreté. Il faut donc éviter que la famine ou la malnutrition
continuent de constituer des menaces pour les populations qui ont
besoin de vivre et de travailler pour assurer le développement du
continent
De même, le développement rural est impératif, car à l'analyse
l'on se rend compte que la pauvreté en Afrique concerne
principalement les campagnes. Un appui particulier doit donc être
accordé aux activités relevant des domaines de la santé, de l'éducation,
des programmes communautaires de base, du développement de la
petite industrie et des initiatives de micro financement. Car elles
améliorent l'horizon économique et social des pauvres par la création
d'emploi et la génération de revenus.
L'UA doit prendre à bras le corps la question du
développement du continent afin d'en faire désormais une priorité. Car
à n'en point douter, l'heure est au développement et à l'indépendance
économique après que l'indépendance du continent soit un acquis.
C. DE L’EPINEUSE QUESTION DE LA DETTE MELEE AUX
GRANDES PANDEMIES
1. La question de la dette africaine
« L'africain vient au monde avec des factures à honorer, alors
que l'européen naît ayant à la main des chèques à encaisser ». Cette
assertion évoque éloquemment que le continent africain est endetté.
Pendant que l'occident conforte ses acquis en matière de
développement, l'Afrique est condamnée à supporter le poids de ses
dettes. Donc à demeurer prisonnière d'un cercle vicieux qui consiste à
utiliser perpétuellement ses ressources internes pour le remboursement
de la dette extérieure.
En effet, depuis longtemps, la viabilité de la dette africaine est
l'un des problèmes de développement les plus aigus auxquels la
communauté internationale doit faire face. La plupart des pays
africains ont été confrontés en permanence à des problèmes
d'endettement extérieur insolubles. Le stock de la dette africaine était
en l'an 2000, de 334,3 milliards de dollars, selon le rapport de la BAD
sur le développement en Afrique 2001. Sur ce total, ce même rapport
[205]
indique que, les obligations à court terme se montent à 38,9 milliards
de dollars et celles à long terme à 295,3 milliards de dollars. Cette
répartition s'explique par la prépondérance des prêts publics.
Soixante dix pour cent (70%) de la dette africaine sont dus à
des créanciers publics. Douze pour cent (12%) seulement de la dette
africaine étaient dus à des banques et des institutions financières et les
dix huit pour cent (18%) restant à des créanciers privés. Dans de
nombreux pays, la valeur actuelle de la dette en proportions des
exportations de biens et services dépasse deux cent pour cent (200%).
L'endettement extérieur demeure élevé. Il représente en
moyenne soixante pour cent (60%) du PIB de l'Afrique, soit plus de
deux fois le niveau des exportations. Près du quart des recettes des
exportations a été consacré au service de la dette extérieure.
Par ses effets pervers, la dette paralyse le développement car
elle accentue l'insuffisance des ressources, aggrave le chômage,
détériore les conditions de la femme et de l'enfant, crée une pénurie de
médicaments dans les hôpitaux, fait augmenter la mortalité infantile,
fait croître le nombre de malade du SIDA et affaiblit le système
éducatif.
Certains pays à faibles revenus risquent de voir leur
endettement s'aggraver sous l'effet de la détérioration des termes de
l'échange et de la perte éventuelle des parts des marchés pour les
produits primaires, du fait de la chute de leurs cours. Aussi la lourde
dépendance des Etats africains vis-à-vis des sources de financement
extérieures, en particulier les prêts bilatéraux et multilatéraux a plus
contribué au gonflement de la dette extérieure du continent.
Notamment dans les années soixante dix et quatre-vingt.
Pour de nombreux pays de l'Afrique, le fardeau de
l'endettement n'est plus viable. Compte tenu de son ampleur et du
niveau élevé des taux d'intérêt combinés à des termes de l'échange
défavorables, nombre de pays ne peuvent tout simplement plus
honorer le service de leurs dettes sans recourir à un rééchelonnement.
Notons que pour le cas général, cet endettement excessif de nombreux
pays africains est soit le fait de la structure de leur économie, soit le
fait du mode d'emprunt et d'utilisation des fonds empruntés.
La production et les échanges, sont organisés de telle façon
que les pays pauvres très endettés ne cessent d'importer davantage
qu'ils n'exportent. Donc d'investir davantage qu'ils n'épargnent. Ce qui
[206]
les amène à emprunter à l'étranger pour tenter de combler cet écart.
Ainsi, la persistance de cette tendance a conduit à une accumulation
de dettes et à des problèmes de remboursement. Les capitaux
empruntés pour compenser le manque de moyens financiers ayant été
soit détournés à des fins personnelles, soit utilisés pour financer la
consommation, ou encore investis dans des activités qui n'ont pas pu
modifier la configuration des échanges et générer suffisamment des
recettes en devises pour permettre le remboursement de la dette.
Comme ont le voit pour beaucoup de pays, l'encours de la
dette compromet gravement le redressement économique. Et si aucune
action de gestion active n'est menée à terme pour orienter et organiser
le système de gestion globale de la dette africaine, le continent ne
connaîtra jamais le développement. Car toute accumulation excessive
de la dette risque d'entraver à long terme le développement du
continent par une combinaison complexe d'incidences sur les données
macroéconomiques.
Dans le but de soulager donc l'Afrique du fardeau que
représente son endettement, l'Union Africaine doit encourager et
même susciter, ou encore négocier des initiatives en faveur de
l'annulation de la dette de l'Afrique. Des initiatives de remise de la
dette dans le cadre des pays pauvres très endettés sont en cours depuis
1996. Mais elles doivent être motivées et soutenues par une coalition
de tous les Etats africains qui vivent presque tous la même situation
d'endettement.
Dans un tel contexte, il apparaît nécessaire que les
gouvernements africains œuvrent de concert pour que soit garanti aux
pays africains un accès plus rapide aux initiatives de réduction et
d'annulation de la dette.
Pareille initiative, bien que possible individuellement,
porterait plus si elle se préparait dans une approche globale par
laquelle les Etats africains exprimeraient à l'unanimité leurs
préoccupations en matière de dette.
La dette dont les efforts d'allègement sont encore trop lents et
trop maigres doit constituer pour les Etats africains un combat
prioritaire. Son annulation permettrait, comme l'a signifié le
représentant démocrate noir américain de l'Etat de l'Illinois, JESSE
JACKSON Junior dans son projet de loi « Hope for Africa», à
l'Afrique de rétablir l'équilibre et d'avoir avec les autres continents un
[207]
échange plus équitable. Mais surtout d'éviter la marginalisation dont
elle est actuellement l'objet dans les échanges au plan international.
Car comme ont peut s'en rendre compte, le fardeau de la dette fait de
l'Afrique un continent otage de ses créanciers qui peuvent lui dicter la
conduite à tenir selon leur gré du moment.
D'ailleurs plusieurs arguments exhumés de l'histoire militent
en faveur d'une telle action. Ce sont la traite négrière, l'exploitation
des ressources de tous ordres du continent par les occidentaux et le
soutien apporté par l'Afrique à ses colonisateurs pendant les deux
guerres mondiales.
Pour l'Union Africaine, il s'agira de savoir faire jouer tous ces
arguments afin de plaider en faveur de l'annulation de la dette du
continent. Au total, on constate que l'endettement représente un lourd
fardeau pour le continent africain. Par conséquent cette question doit
être réglée pour permettre à l'Afrique de repartir à zéro, mais surtout
de souffler.
L'Union Africaine qui vise l'instauration d'un mieux être chez
les populations et le développement du continent tout entier doit
trouver les moyens de bien gérer l'endettement et veiller à ce que
l'Afrique en sorte définitivement.
2 - La lutte contre les grandes pandémies
Malade des guerres, l'Afrique l'est aussi du SIDA, du
paludisme et de bien d'autres maladies qui dévastent ses populations et
entravent son développement. L'Afrique est de loin le continent le plus
en retard en matière de santé. Malgré les progrès enregistrés dans la
lutte contre les grandes pandémies pour faire reculer la mortalité et la
morbidité, l'Afrique est toujours l'otage du VIH/SIDA et de beaucoup
d'autres pandémies.
Les répercussions socioéconomiques de l'épidémie du
VIH/SIDA sont de plus en plus inquiétantes. Selon le rapport sur
l'épidémie mondiale de VIH/SIDA, publié par l'ONU/SIDA en 2000,
il y avait dans le monde à la fin de l'année 2000 environs 36,1 millions
de personnes atteintes du VIH/SIDA. 70%, soit 25,3 millions des
personnes atteintes vivaient en Afrique subsaharienne.
Cette région abrite à elle seule 80% des enfants atteints par la
maladie. Les ¾ des personnes qui en sont mortes depuis le début de
l'épidémie, soit 20 millions au total, vivaient en Afrique. Dans la seule
année 2000, 3,8 millions de personnes ont été contaminées par le virus
[208]
HIV en Afrique subsaharienne et 2,4 millions de personnes arrivées à
un stade plus avancé de la maladie sont mortes d'affections liées au
HIV.
Les régions les plus touchées sont l'Afrique australe et
l'Afrique de l'Est. Le taux de contamination va de 8% de la population
adulte en Tanzanie à 20% en Afrique du sud et en Zambie, 25% au
Swaziland et au Zimbabwe, et 36% au [Link] les régions
centrale et occidentale à deux exceptions près (la République
Centrafricaine et la Côte d'Ivoire, avec des taux respectifs de 13,8% et
10,7%) les taux de prévalence sont beaucoup plus faibles; puisqu'ils
s'échelonnent entre 1,3% au Niger et 6,4% au Burkina Faso.
En Afrique du Nord les taux de prévalence du VIH sont très
faibles, variant entre 0,2% en Egypte et 0,9% au Soudan.
Ces chiffres ont de terribles implications pour les pays
africains. En touchant les individus à l'âge où ils sont le plus
industrieux et productifs, l'épidémie annihile les progrès accomplis en
matière de formation du capital humain. Elle entrave l'éducation et
limite les possibilités d'accroître le réservoir de compétences au
moment où elles s'avèrent nécessaires pour la construction de
l'Afrique.
Du fait de l'incidence du SIDA sur l'offre de travailleurs
formés, le rapport 2001 de la BAD sur le développement en Afrique,
indique que le Botswana est d'ores et déjà contraint d'importer de la
main d'œuvre qualifiée. Par ailleurs, l'indice de développement
humain de ce pays a diminué de 9% au cours des années 90, et ce
malgré l'augmentation de 15% du revenu par habitant.
Le VIH a également exacerbé le problème des enfants des
rues et les conséquences sociales que sont la mendicité, le vol, la
délinquance, la violence, l'alcoolisme, la toxicomanie, la prostitution
et les viols. Toutes choses qui créent un surplus de charges pour les
économies nationales.
Les gains obtenus de haute lutte en matière d'espérance de vie
disparaissent progressivement dans les pays les plus touchés par la
maladie. D'ici l'an 2010, note ce même rapport, l'espérance de vie dans
ces pays ne dépassera pas 30 ans, contre 60 au milieu des années 80.
En somme, le coût total de l'épidémie du VIH/SIDA est
extrêmement lourd pour les Etats africains pris individuellement. Si
[209]
l'Afrique ne parvient pas à maîtriser la propagation de l'épidémie, le
continent perdra des travailleurs qualifiés déjà en faible nombre. Avec
pour corollaire un fléchissement de la croissance économique et de la
productivité. D’après les estimations de la BAD, le PIB par habitant
dans les zones les plus touchées sera inférieur de 5% en 2010 à ce qui
aurait été sans le SIDA.
L'incidence du SIDA sur les activités économiques risque
d'être particulièrement dramatique. C'est cette alerte qui doit en faire
une question essentielle à régler par les Etats africains à travers la
confection et la mise en œuvre de programmes efficaces issus des
différentes expériences nationales au plan continental.
Selon toujours ces mêmes estimations, 1,5 milliards de dollars
par an au moins sont nécessaires pour que des programmes de
prévention efficaces et complets puissent être mis en œuvre à une
échelle beaucoup plus importante sur la seule région de l'Afrique
subsaharienne. Fort de cette exigence, les Etats africains sont appelés
à œuvrer ensemble pour le financement d'actions d'envergure
continentale en vue d'une lutte efficace contre le VIH/SIDA.
L'Afrique doit également, outre le SIDA, faire front à
plusieurs autres pandémies qui déciment sa population et minent ses
actions de développement. Le paludisme, loin d'être maîtrisé, continue
de faire des ravages dans les zones tropicales. Selon l'O.M.S, le
paludisme tue plus d'un million de personnes par an. Cette maladie est
restée l'une des causes de mortalité et de morbidité les plus
importantes sur le continent. Les nombreuses tentatives de mise sur
pieds d'un vaccin efficace et les programmes nationaux de lutte contre
la maladie ont besoin d'être coordonnés et suivis simultanément sur
l'ensemble du continent.
La situation précaire des populations africaines les expose aux
épidémies fréquentes de choléra, de fièvre jaune, etc, qui déciment
massivement les populations. Les franges les plus touchées sont les
femmes et les enfants.
L'insuffisance des centres de santé dans les zones urbaines et
leur quasi-absence dans bon nombre de campagnes rendent difficile
l'accès de ces populations aux soins de santé. Toute chose qui aggrave
l'exposition des populations les plus démunies qui ne peuvent pas
avoir accès aux médicaments.
[210]
L'Afrique doit aussi faire face au poids des maladies
émergentes et des pathologies ré émergentes. Les cinquante troisième
assemblées mondiale de la santé, qui s'est tenue à Genève, du 15 au 20
mai 2000, a même fait état de la réémergence de foyers de la
trypanosomiase humaine africaine, une maladie spécifique au
continent qui nécessite que des actions énergiques soient menées afin
qu'elle ne redevienne un autre grave problème de santé en Afrique.
En somme, pour le continent, il s'agit d'une exigence absolue
que de rétablir son système de santé afin d'éviter des déséquilibres.
Dans la recherche des solutions, l'Unité Africaine devra constituer une
plate forme commune qui permettra de saisir toutes les occasions pour
offrir des soins essentiels, accessibles et acceptables pour les
populations africaines, avec leur pleine participation.
[211]
CHAPITRE TREIZIEME
LES OBSTACLES A LA CONSTITUTION DE GRANDS
ENSEMBLES REGIONAUX AFRICAINS
Le rêve qui a hanté tous ceux qui ont travaillé pour une
Afrique unifiée, reste illusoire en ce qu’aujourd’hui, autant d’obstacles
brisent encore le parcours et le voyage des Etats africains vers la
constitution des grands ensembles.
1. Les micro-nationalismes
Désir de chaque Etat de se stabiliser dans le cadre des
frontières héritées de la colonisation, notamment par l’affirmation du
sacro-saint principe de l’intangibilité des frontières consacrées par la
charte de l’O.U.A. c’est le danger d’un certain repli sur soi-même
alors que ce nationalisme étroit n’a plus de place dans un monde
devenu de plus en plus interdépendant.
Aussi, cette cristallisation constante et permanente des
nouvelles nations au sein et dans les cadres tracés pour les besoins de
puissances coloniales, même s’il peut être établi qu’elle conditionne le
progrès collectif par l’adhésion des citoyens à un ensemble des valeurs
communes, même si elle peut aider à lutter contre certaines forces de
résurgence du système colonial et des divisions tribales sur le plan
interne des Etats, semble être un handicap sérieux dans la constitution
des grands ensembles régionaux.
Ce danger de repli sur soi-même ouvre la voie aux égoïsmes
locaux : volonté de chaque Etat de sauvegarder ses industries en
fonction de son propre développement et de ses nécessités
budgétaires. Chaque pays partenaire de tel regroupement veut avoir sa
sidérurgie, son complexe textile, sa brasserie, sa cimenterie, sa banque
d’émission, sa compagnie d’avion, comme il avait déjà, dès son
accession à l’indépendance, son drapeau, son hymne national, ses
ministres et son siège à l’O.N.U.
2. La langue
La multiplicité de zones linguistiques au sein de certains
regroupements régionaux africains constitue sans aucun doute un
obstacle sérieux pour leur véritable intégration. En effet, les dirigeants
de tradition française se sentent plus à l’aise entre eux qu’en
compagnie des anglophones, des arabophones ou des lusophones. La
[212]
base de tous les regroupements que nous avons eu l’occasion
d’analyser, à de très rares exceptions pré-cas de la CEDEAO-en fait
foi. Il serait faut de prétendre tout aussi vite que l’unanimité est totale
au sein de ces regroupements qui ont une tradition coloniale
commune. Les éléments de solidarité semblent se situer à un niveau
différent et leurs données sont plus matérielles (développement
économique) et politiques (non-alignement, décolonisation de toute
l’Afrique, relations générales avec les Etats tiers) que culturelles.
Certes, la langue en tant qu’elle est un instrument de
communication sociale pouvant assurer la compréhension mutuelle,
véhiculer la culture, favoriser le développement des solidarités et la
formation d’un patrimoine de conceptions communes, peut faciliter et
accélérer le processus de l’intégration mais elle ne le conditionne pas.
3. Stabilité politique interne fragile des Etats
L’instabilité de certains régimes africains et les multiples
changements d’orientation qui en résultent le plus souvent ne font
reculer l’échéance d’une véritable intégration dans la mesure où les
nouveaux régimes font table rase des engagements interafricains
antérieurs et où les dirigeants en place se préoccupent plutôt d’asseoir
leur autorité dans tout le pays que de dépenser leurs énergies à assurer
les bases d’une véritable intégration.
A cette instabilité politique s’ajoute l’influence très marquée
des dirigeants sur toute décision tant nationale qu’internationale. Le
régime dominant est le présidentialisme. Le symbole de l’Etat est à
tout moment célébré à travers son Chef d’Etat. L’Etat et la Nation
s’identifient à la personne du Chef. La décision de former un
regroupement avec tel ou tel pays tout comme la décision de se retirer
de telle ou telle organisation résulte généralement du choix de
l’humeur du Chef.
4. Lutte pour le leadership
Chaque dirigeant africain, chaque Etat africain veut jouer le
rôle de leadership et réaliser l’intégration autour de soi. Chacun se
croit en devoir d’être fédérateur exclusif et propose son leadership.
Personne n’est disposé à accepter celui d’un autre. Ainsi, la fédération
du Mali a éclaté, entre autres causes, parce que Modibo Keita ne
voulait pas de Senghor à la présidence de la République.
L’union Ghana-Guinée à laquelle s’est joint plus tard le Mali,
avait pu dépasser le stade d’une passagère alliance confédérale aux
[213]
liens très lâches parce que ni N’krumah, ni Sékou Touré, ni Modibo
Keita n’avait l’intension de s’effacer devant l’autre. On peut
également dicter tous les projets d’union proposés par Kadhafi à ses
voisins arabes.
4) L’absence de complémentarité des économies africaines
Avec des courants commerciaux trop orientés vers les ex-
métropoles. A cette absence de complémentarité des économies, il
faut ajouter le fait que certains pays refusent de s’associer avec tel ou
tel autre soit :
- Par crainte de fusionner deux ou plusieurs sous-
développements ;
- Par crainte d’être réduit au rang de simple colonie de
consommation de produits finis ;
- Parce qu’on ne veut pas partager les bénéfices de ses
ressources naturelles avec un futur partenaire moins bien nanti
économiquement et financièrement.
Ainsi, les Etats africains en viennent-ils à s’affronter
ouvertement dans une concurrence extérieure, souvent stérile, comme
vendeurs des mêmes matières, comme candidats aux mêmes capitaux
pour leur industrialisation moyennant des concessions importantes par
le biais de codes d’investissements parfois trop libéraux, et comme
importateurs de produits manufacturés.
En outre, le caractère cosmopolite de certains capitaux
étrangers investis en Afrique, et qui contrôlent la majorité des activités
économiques et commerciales de ce continent, transposé sur le plan
africain une concurrence externe de plus grande envergure à laquelle
se livrent les grandes sociétés multinationales.
6. La multiplicité des zones monétaires et la dépendance de la
stabilité monétaire
On peut regrouper les zones monétaires de l’Afrique en six
principales zones : sterling, franc, dollar, escudo, pesata espagnola, et
zone indépendante. Certaines de ces zones sont des zones avec comme
d’opérations sans restrictions de change ; d’autres sont sans compte
d’opérations et avec restrictions de change, d’autres pays enfin ont
une monnaie nationale avec restrictions générales de change.
La multiplicité de zones monétaires africaines qui sont le plus
souvent les appendices des zones monétaires planétaires, l’absence de
toute forme de coopération entre ces zones et l’incohérence qui en
[214]
résulte, la prolifération des frontières douanières gênent
considérablement le développement des échanges entre pays africains.
En effet, sans monnaie librement convertibles dans les
grandes zones africaines, on voit mal comment pourraient se créer les
vastes réseaux d’échange qu’exige toute industrialisation par exemple.
Et les difficultés de paiement entre ces zones sont considérables
puisque les taux de change fixe n’existent pas entre ces monnaies ni
non plus leur libre convertibilité entre elles.
[215]
CONCLUSION
En avril 1980, les chefs d’Etats et de gouvernement
avaient adopté avec éclat le plan d’Action final de Lagos qui
considère et préconise la création des marchés communs à l’échelle
des cinq sous-régions africaines en vue d’aboutir à un marché
commun africain, prélude à une communauté économique Africaine
de l’an 2000.
BIBLIOGRAPHIE
[216]
Comme souligné ci-haut, il sera difficile pour nous d’élaborer
un texte complet et définitif et de l’exposer dans les 60 heures qui
nous sont accordées par le programme officiel, nous conseillons les
étudiants de renforcer leur capacité en se référant notamment à cette
bibliographie.
I. Ouvrages
Abdoul (BA) : Organisation de l'Unité Africaine de la
CHARTE de Addis-Abeba à la convention des droits de
l'homme et des peuples, Paris, éd. Silex, 1984 ;
Amin, S., L’avenir industriel de l’Afrique, Paris,
l’Harmattan, 1980 ;
Andrew Kamarck : l’Afrique et l’économie internationale :
les grandes lignes de la politique américaine, Paris, Ed
Karthala, 1984 ;
Arboussir (G.d), L’Afrique vers l’unité, Paris, [Link] Paul,
1961 ;
Arbous (J.M.) : Droit international public, Québec, les
éditions Yvon Blais, 1992, 514p. ;
Alland (D.) : Droit international public, Paris, P.U.F., 2000,
808p. ;
Balandier (G) : Contributions à l’étude des nationalismes en
Afrique noire ;
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II. Textes et conventions
La Charte de l'OUA et règlements intérieurs
L'Acte constitutif de l'Union Africaine
Plan d'action de Lagos pour le développement économique de
l'Afrique, 1980-2000
Déclaration d'Addis-Abebas, juillet 1990 sur la situation
politique et socio-économique en Afrique
Déclaration du Caire 1993 sur la prévention des conflits.
Déclaration d'Alger
Projet de déclaration de Syrte, OUA
[220]
Déclaration de Syrte, OUA (EANG/Décl(IV))
III. Rapports et autres documents
Rapport introductif du Secrétaire général de l'OUA au sommet
de Syrte
BAD, rapport annuel, 1998
BAD, politique du groupe de la BAD en matière de bonne
gouvernance
BAD, rapport sur le développement en Afrique : renforcement
de la bonne gouvernance en Afrique, Economica, 2001, 274 p.
Banque Mondiale, l'Afrique peut-elle revendiquer sa place
dans le 21e siècle ?
Banque de France, rapport zone franc, 1999
OMS, 53e assemblée mondiale de la santé : compte rendu des
séances plénières et liste des participants, Genève, 15 au 20
mai 2000
Philippe Morris Institute for Public Policy Research, l'Europe
peut-elle prévenir les conflits ? novembre 1997
ONU/SIDA, rapport sur l'épidémie mondiale de VIH/SIDA,
2000
SAHA Michel, l'Union des Etats Africains, mythe ou réalité,
mémoire de fin de cycle, ENA, 2000
IV. Articles de Journaux
3) KOFI Anan, « Afrique : plaidoyer pour un nouveau
départ », Jeune Afrique Economie, du 1er au 14 novembre
1999, N°297, GIDEPPE, p110-112
4) WADE Abdoulaye, « l'Afrique doit parler d'une seule voix
pour mieux se faire entendre », l'Inter du 31 octobre et 1er
novembre 2000, N°752, p.2
5) BONY Valery, « Que faut-il attendre de l'Union
Africaine ? » L'Aurore
6) Sidwaya « Union Africaine : vingt mois de gestation »,
l'Inter, du 27 avril 2001, N°893, p.6
7) RIDHA Kéfi, « Tunisie, l'année de l'Afrique » Jeune
Afrique du 15 au 21 juin 1995, N°1797, p.78-97.
8) BECHIR Ben Yahmed, « Pourquoi l'OUA » Jeune Afrique
du 20 au 26 juillet 1999, N°2010, p.6
[221]
9) « Spécial OUA » Jeune Afrique, du 20 a 26 juillet 1999,
N°2010, p.8-23
GHARBI Samir, « Union Africaine : en attendant Syrte III »,
Jeune Afrique l'Intelligent du 27 février au 5 mars 2001,
N°2094, p.36-37
OUAZANI Chérif, « OUA : après 38 ans d'existence
l'Organisation Panafricaine s'apprête à passer le témoin à
l'UA. Dans quel état ? le testament de Salim Ahmed Salim.»,
Jeune Afrique l'Intelligent, du 3 au 9 juillet 2001, N°2112,
p.30-31
« Rêve d'Afrique : nouveau mort-né », Jeune Afrique du 17
juillet au 06 août 2000, N°313, p.6, p.11-15
AOULOU Yves, « une nouvelle confrontation Nord-Sud »
Africa international, juin 1992, N°250, p.83-85 ; p.86-90
« Etre africain aujourd'hui » Africa international, juin 1992,
N°250, p.15-26
« Etats Unis d'Afrique : et si on rêvait un peu ? », l'Autre
Afrique, du 1er au 14 septembre 1999, N°96, p.10-17
KADHAFI Mouamar, « Etats Unis d'Afrique c'est la
solution », Le Figaro
DOUAYERE Eugénie, « l'intégration sous-régionale
implique-t-elle la disparition des identités nationales ? »,
Fraternité Matin du 23 juillet 1999, N°10425
« La dette de l'Europe envers l'Afrique : le temps d'honorer les
arriérés », Ezzahf Al Akhdar, édition spéciale
TSHITENGE Lubabu, HAKIM Ben Hammouda, « l'état de
l'Afrique », L'Autre Afrique, du 23 décembre 1999 au 12
janvier 2000, N°104, p.10-26
Fraternité Matin, du 2 mai 2001, p.10
Fraternité Matin, du 2 mars 2001
Fraternité Matin, du 4 mars 2001, N°10898, p.20
Fraternité Matin, du 6 mars 2001, N°10899
Fraternité Matin, du 11 et 12 septembre 1999, N°10467, p.24
Le Continental, de août-septembre 2000, N°16, p.8-16, p.44-
45
IV. Articles
1. Lavergne REAL « Intégration et coopération en Afrique de
l'Ouest », éditions Kathala et CRDI ,1996 :403 pages (pages 11-
19 ; 53-58 ; 81-92 ; 281-286)
[222]
2. Mahamadou MAÏGA « Le Fleuve Sénégal et l'intégration de
l'Afrique de l'Ouest en 2011 » (pages 9-23 ; 119- 121 ; 139-141)
3. Heiri Wessling, « Le partage de l'Afrique »,Denoel, 1996 pages
(pages 159-164)
4. Louis SANGARE « Les fondements d'un Etat confédéral en
Afrique de l'Ouest » , édition Harmattan,1998 : 378 pages
5. Moussa DIAKITE « Le Défi de l'intégration économique en
Afrique de l'Ouest », éditions Harmattan ,1998 : 281 pages
(pages 81-88)
6. Sénégambie : Plaidoyer pour une histoire régionale, lecture
présentée par Boubacar BARRY (Université Cheikh Anta Diop
de Dakar) lors d'une rencontre organisée au Brésil par l'institut
international de l'histoire sociale d'Amsterdam, en 2000, en
collaboration avec le centre des étudiants Afro-asiatiques de
Rio Janeiro : 86 pages (pages 65-78) [Link]
7. Compte rendu de la conférence organisée par le Club de
Bruxelles avec le soutien de la Commission européenne, les 21
et 22 Novembre 1996 à Bruxelles
8. Rapport 2004 de la commission de l'EUMOA portant sur le
fonctionnement et l'évolution de l'UEMOA : 43 pages
9. Rapport 2004 de la Commission économique des Nations -
Unies pour l'Afrique, portant sur l'état de l'intégration en
Afrique
[Link] Programme d'action 2003-2005 du réseau international des
organisations de bassin (RIOB) : 20 pages
[Link] : l'initiative du Bassin du Nil vise à la réduction des
tensions communiquées de presse du 21 mars 2006, publié sur
le web le 22 mars 2006 [Link]
[Link] annuel 2003, de la commission de l'EUMOA sur
l'évolution de cette dernière présentée à la 8ème conférence des
chefs d'Etat et de gouvernement de l'UEMOA à Niamey
[Link] de l'eau de Kyoto : contribution à la session du RIOB «
les progrès réalisés dans la gestion intégrée des ressources en
eau par bassin » par M. Jean Michel Severino, directeur
Général de l'Agence française du développement
[Link] du Réseau africain des organisations de basin, fait à
Dakar le 10 juillet 2006
15. Publication du centre de recherche pour le développement
international : Les dimensions politiques de l'intégration
régionale
[223]
[Link]é révisé de la CEDEAO
[Link] d'information N°2, de l'année 2004, du Centre africain
pour la politique commerciale
[Link] réalisations de la CEDEAO
[Link]/sitecedeao/français
[Link] modalités pratiques de la création de la zone monétaire
CEDEAO [Link]/aria
[Link] du centre de recherche pour le développement
international : les dimensions politiques et institutionnelles de
l'intégration régionale
[Link] de Fantu CHERU, professeur d'études africaines et de
développement à l'American University de Washington réalisée
par « Afrique relance ONU »
[Link]
[Link] de M Alassane Dramane OUATTARA, Directeur
adjoint du FMI à la première conférence de la francophonie,
Monaco, le 14 avril 1999
23.Pévenir les conflits et promouvoir la coopération et la gestion
des fleuves transfrontaliers en Afrique de l'Ouest , par Madiodio
NIASSE, Dr, coordonnateur régional, Zones humides en eau,
Bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest de l'Union mondiale
pour la nature (Ouagadougou)
[224]
V. Sites internet
[Link]
[Link]
[Link]
[Link]
[Link]
[Link]
[225]
TABLE DES MATIERES
CHAPITRE PREMIER.........................................................................11
UN CONTINENT MAL PARTI : ESQUISSE DE LA LONGUE
MARCHE VERS L’INDEPENDANCE.................................................11
1. LE PANAFRICANISME ET L’ÉVEIL DES PEUPLES COLONISÉS
D’AFRIQUE...............................................................................................11
CHAPITRE DEUXIEME......................................................................27
APPARUTION DES BLOCS ET CLIVAGES.......................................27
§1. Le groupe de Brazzaville : l’UAM. (L’Union Africaine et
Malgache)...........................................................................................27
1. Le contexte diplomatique.................................................................27
2. La naissance du groupe de Brazzaville...........................................28
§2. Le groupe de Casablanca..............................................................34
CHAPITRE TROISIEME.....................................................................45
LA NAISSANCE DE L’ORGANISATION DE L’UNITE AFRICAINE
............................................................................................................... 45
1. DE LA DÉTENTE DANS LES RELATIONS INTERAFRICAINES À LA
NAISSANCE DE L’O.U.A............................................................................45
CHAPITRE QUATRIEME...................................................................55
LA LONGUE MARCHE VERS L’INTÉGRATION AFRICAINE.......55
I) INTEGRATION AFRICAINE : HISTOIRE D’UN PROJET ET SON
EVOLUTION..........................................................................................55
CHAPITRE CINQUIEME....................................................................77
LA PROBLEMATIQUE DES RELATIONS INTERNATIONALES
AFRICAINES........................................................................................77
SECTION PREMIÈRE : LA PROBLEMATIQUE DE L’EXISTENCE D’UNE
ZONE « AFRIQUE »...............................................................................77
1. Le courant régionaliste...................................................................77
2. Le courant sous-régionaliste...........................................................81
SECTION DEUXIEME : LES ACTEURS DES RELATIONS
INTERNATIONALES AFRICAINES....................................................86
1. LES ETATS AFRICAINS..................................................................87
[226]
§1. Le territoire...................................................................................87
2. La population..................................................................................89
3. Bases socio-économiques................................................................90
2. LES STRUCTURES POLITIQUES INADAPTEES...........................93
§1. Les formes de l’Etat.......................................................................93
§2. L’appareil d’Etat confisqué...........................................................95
3. LES STRUCTURES POLITIQUES INADAPTEES CELA EST
REPERE PAR LES DIFFERENTES FORMES D’ETATS.....................96
2. LE RAYON CULTUREL ET LA CONTIGUÏTÉ DES INTÉRÊTS
GÉOSTRATÉGIQUES...................................................................................99
II.3. LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES NON AFRICAINES.............118
[Link] ENTREPRISES MULTINATIONALES..............................................119
[Link] INDIVIDUS ET PEUPLES..............................................................119
[Link] ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES.............................126
§1. Typologie des Organisations Non Gouvernementales africaines 127
§2. L’importance des O.N.G.a...........................................................128
CHAPITRE SIXIEME.........................................................................131
QUI INFLUENCENT LES ACTEURS AFRICAINS ?.......................131
§1. Les anciens Etats coloniaux........................................................133
§2 Les Etats-Unis et L’URSS.............................................................134
§3. Les ETAS ARABES......................................................................137
CHAPITRE SEPTIEME......................................................................139
UNE STRATEGIE DES GRANDS ENSEMBLES POUR AFRONTER
LES GRANDS DEFIS..........................................................................139
1. L’UNION AFRICAINE DU SOMMET D’ALGER AU SOMMET DE
SYRIE I.................................................................................................139
2. L'ACTE DE L'UNION AFRICAINE.................................................142
1. Les objectifs...................................................................................142
2. Les principes.................................................................................143
3. Les organes...................................................................................144
CHAPITRE HUITIEME.....................................................................153
DES ORGANISATIONS SOUS-REGIONALES COMME PRELUDE
D’UNE INTEGRATION TOTALE DANS LE CADRE D’UNE
COMMUNAUTE ECONOMIQUE AFRICAINE...............................153
LISTE DES PAYS MEMBRES.............................................................156
INSTITUTIONS DE LA CEMAC.........................................................157
HISTORIQUE.......................................................................................167
[227]
FONCTIONNEMENT...........................................................................168
RELATIONS AVEC LES PARTENAIRES DE COOPERATION.......169
CHAPITRE NEUVIEME....................................................................171
LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES POUR GERER LES
POLITIQUES SECTORIELLES.........................................................171
CHAPITRE DIXIEME.......................................................................177
LA CEDEAO ET L’UEMOA OU EXEMPLES D’UNE INTEGRATION
REUSSIE EN AFRIQUE.....................................................................177
CHAPITRE ONZIEME.......................................................................189
LES EFFORTS DU DEVELOPPEMENT PAR DE GRANDS
PROGRAMMES REGIONAUX..........................................................189
SECTION I : LE PLAN D’ACTION DE LAGOS.................................189
CHAPITRE DOUZIEME....................................................................199
LES DEFIS MAJEURS D’UN CONTINENT EN MAL DE (RE)
POSITIONNEMENT...........................................................................199
CHAPITRE TREIZIEME...................................................................213
LES OBSTACLES A LA CONSTITUTION DE GRANDS
ENSEMBLES REGIONAUX AFRICAINS.........................................213
CONCLUSION....................................................................................217
TABLE DES MATIERES....................................................................227
[228]