Catéchèse 1
Catéchèse 1
Le nouveau Directoire pour la Catéchèse a été présenté en juin 2020 par Mgr Fisichella,
président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation. Le précédent
Directoire publié en 1997 était le fruit du Concile Vatican II, de la publication de Catechesi
tradendae de Jean Paul II en 1979, ainsi que de la publication du Catéchisme de l’Église
Catholique en 1992. C’est l’occasion de rappeler ce qu’avait souligné avec force le pape
François dans son discours aux catéchistes en pèlerinage à Rome à l’occasion de l’année de la
foi et du congrès international des catéchistes le 27 septembre 2013 : la catéchèse n’est pas
d’abord quelque chose « à faire », un travail à accomplir ou le fruit d’un goût pour
l’enseignement. Il insistait sur la vocation des catéchistes, sur « l’être catéchiste » et la qualité
de la vie spirituelle de ceux qui ont la charge de la catéchèse. C’est avant tout le témoignage
des catéchistes qui transmet la foi par « attraction ».
CHAPITRE I
LA RÉVÉLATION ET SA TRANSMISSION
JÉSUS-CHRIST RÉVÉLATEUR ET RÉVÉLATION DU PÈRE
La révélation du dessein providentiel de Dieu
11. Tout ce que l’Église est, tout ce que fait l’Église trouve son fondement ultime dans le fait
que Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, a voulu révéler le mystère de sa volonté en se
communiquant lui-même aux hommes. Saint Paul décrit ce mystère par ces mots : Dieu
« nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints,
immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par
Jésus, le Christ » (Ep 1, 4-5). Depuis le début de la création, Dieu n’a cessé de communiquer
ce plan de salut à l’homme et de lui montrer des signes de son amour ; et même « Si l’homme
peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour
qu’il vive et trouve le bonheur[1]».
12. Dieu révèle et réalise son dessein d’une manière nouvelle et définitive en la personne du
Fils, envoyé dans notre chair, par lequel les hommes « accèdent dans l’Esprit Saint, auprès du
Père et sont rendus participants de la nature divine » (DV 2). La Révélation est une initiative
d’amour de Dieu orientée vers la communion : « Par cette Révélation, le Dieu invisible (cf.
Col 1, 15 ; 1 Tm 1, 17) s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis
(cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15), il s’entretient avec eux (cf. Ba 3, 28) pour les inviter et les
admettre à partager sa propre vie » (DV 2). L’économie de la Révélation « comprend des
actions et des paroles intimement liées entre elles, de sorte que les œuvres, accomplies par
Dieu dans l’histoire du salut, attestent et corroborent et la doctrine et le sens indiqués par les
paroles, tandis que les paroles proclament les œuvres et éclairent le mystère qu’elles
contiennent » (DV 2). En demeurant en tant qu’homme parmi les hommes, Jésus non
seulement révèle les secrets de Dieu, mais accomplit l’œuvre du salut. En effet, « C’est donc
lui – le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation
qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus
particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de
l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la Révélation, et la confirme encore en attestant
divinement que Dieu lui-même est avec nous pour nous arracher aux ténèbres du péché et de
la mort et nous ressusciter pour la vie éternelle » (DV 4).
13. Dieu a révélé son amour et, du plan divin lui-même, surgit la nouveauté de l’annonce
chrétienne, « la possibilité de dire à tous les peuples : “Il s’est montré, lui personnellement. Et
à présent, le chemin qui mène à Lui est ouvert”[2]». C’est précisément parce qu’elle entrouvre
une vie nouvelle – vie sans péché, vie filiale, vie en abondance, vie éternelle – que cette
annonce est belle : « Le pardon des péchés, la justice, la sanctification, la rédemption,
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l’adoption des enfants de Dieu, l’héritage du ciel, la parenté avec le Fils de Dieu. Quelle
meilleure nouvelle que celle-ci ? Dieu sur terre et l’homme dans le ciel ! »[3].
14. La proclamation chrétienne révèle le dessein divin, qui est :
un mystère d’amour : les hommes, aimés de Dieu, sont appelés à lui répondre, en
devenant signe d’amour pour leurs frères ;
la révélation de la vérité intime de Dieu en tant que Trinité et de la vocation de
l’homme à mener une vie filiale en Christ, source de sa dignité ;
l’offre de salut pour tous les hommes, à travers le mystère pascal de Jésus-Christ, don
de la grâce et de la miséricorde de Dieu, qui implique de se libérer du mal, du péché et de la
mort ;
l’appel définitif à réunir l’humanité dispersée dans l’Église, en réalisant la communion
avec Dieu et l’union fraternelle entre les hommes dès aujourd’hui, tout en sachant qu’elle sera
pleinement accomplie à la fin des temps.
Jésus annonce l’Évangile du salut
15. Au début de son ministère, Jésus annonce la venue du Royaume de Dieu, en
l’accompagnant de signes ; il « proclame qu’il a été envoyé pour annoncer la bonne nouvelle
aux pauvres (cf. Lc 4, 18), laissant entendre et confirmant ensuite par sa vie que le Royaume
de Dieu est destiné à tous les hommes »[4], à commencer par les plus pauvres et les pécheurs,
et exige la conversion (cf. Mc 1, 15). Il inaugure et annonce le Royaume de Dieu pour chaque
personne. Jésus-Christ, par sa vie, est la plénitude de la Révélation : c’est la manifestation
plénière de la miséricorde divine et, en même temps, de l’appel à l’amour qui est dans le cœur
de l’homme. « C’est lui qui nous révèle que “Dieu est charité” (cf. 1 Jn 4, 8) et qui nous
enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la
transformation du monde, est le commandement nouveau de l’amour » (GS 38). Entrer en
communion avec lui et le suivre confère plénitude et vérité à la vie humaine : « Quiconque
suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme » (GS 41).
16. Le Seigneur, après sa mort et sa résurrection, a donné l’Esprit Saint pour accomplir
l’œuvre du salut et a envoyé les disciples pour qu’ils poursuivent sa mission dans le monde.
C’est du mandat missionnaire du Ressuscité qu’émergent les verbes de l’évangélisation,
intimement liés les uns aux autres : « proclamez » (Mc 16, 15), « faites des disciples :
baptisez-les […], apprenez-leur… » (Mt 28, 19-20), « vous serez alors mes témoins » (Ac 1,
8), « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19), « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 15,
12). C’est ainsi que se présentent les traits caractéristiques d’une dynamique de l’annonce,
dans laquelle se conjuguent étroitement la reconnaissance de l’action de Dieu dans le cœur de
chaque homme, la primauté du Saint-Esprit et l’ouverture universelle à chaque homme.
L’évangélisation est donc une réalité « riche, complexe et dynamique »[5], et dans son
développement elle intègre diverses possibilités ; témoignage et annonce, parole et sacrement,
changement intérieur et transformation sociale. Toutes ces actions sont complémentaires et
s’enrichissent mutuellement. L’Église continue d’accomplir cette tâche avec une immense
variété d’expériences de l’annonce, continuellement suscitée par l’Esprit Saint.
LA FOI EN JÉSUS-CHRIST : LA RÉPONSE À DIEU QUI SE RÉVÈLE
17. Chaque personne, passant de l’inquiétude qui habite son cœur à la recherche sincère
du sens de sa propre existence en Christ parvient à se comprendre pleinement ; en le
connaissant de manière familière, elle ressent l’envie d’emprunter les chemins de la vérité. La
Parole de Dieu révèle la nature relationnelle de chacun et sa vocation filiale à se conformer au
Christ : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose
pas en Toi »[6]. Lorsque l’homme est rejoint par Dieu, il est appelé à répondre avec
l’obéissance de la foi et à adhérer avec le plein consentement de l’intelligence et de la volonté,
en accueillant librement « l’évangile de la grâce de Dieu » (Ac 20, 24). Ainsi, le croyant
« trouve ce qu’il a toujours cherché et l’obtient en abondance. La foi répond à cette “attente”,
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souvent inconsciente et toujours limitée, de connaître la vérité sur Dieu, sur l’homme et sur sa
destinée »[7].
18. La foi chrétienne, c’est d’abord l’acceptation de l’amour de Dieu révélé en Jésus-
Christ, l’adhésion sincère à sa personne et la libre décision de marcher à sa suite. Ce oui à
Jésus-Christ contient deux dimensions : l’abandon confiant à Dieu (fides qua) et l’assentiment
affectueux envers tout ce qu’il nous a révélé (fides quae). Effectivement, « saint Jean a
exprimé l’importance de la relation personnelle avec Jésus pour notre foi à travers divers
usages du verbe croire. Avec le “croire que” ce que Jésus nous dit est vrai (cf. Jn 14, 10 ; 20,
31), Jean utilise aussi les locutions “croire à” Jésus et “croire en” Jésus. “Nous croyons à”
Jésus, quand nous acceptons sa Parole, son témoignage, parce qu’il est véridique (cf. Jn 6,
30). “Nous croyons en” Jésus, quand nous l’accueillons personnellement dans notre vie et
nous nous en remettons à lui, adhérant à lui dans l’amour et le suivant au long du chemin (cf.
Jn 2, 11 ; 6, 47 ; 12, 44) »[8], dans un parcours dynamique qui dure toute la vie. Croire
entraîne donc une double adhésion : « à la personne et à la vérité ; à la vérité par confiance en
la personne qui l’atteste »[9] et à la personne parce qu’elle est elle-même la vérité attestée.
C’est une adhésion du cœur, de l’esprit et de l’agir.
19. La foi est un don de Dieu et une vertu surnaturelle, qui peut naître intérieurement
comme un fruit de la grâce et comme une réponse libre à l’Esprit Saint, qui amène le cœur à
la conversion et le tourne vers Dieu, en lui donnant « la douce joie de consentir et de croire à
la vérité » (DV 5). Guidé par la foi, l’homme en vient à contempler et à apprécier Dieu en tant
qu’amour (cf. 1 Jn 4, 7-16). La foi, comme accueil personnel du don de Dieu, n’est ni
irrationnelle ni aveugle. « La lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de
Dieu, […] c’est pourquoi elles ne peuvent se contredire »[10]. La foi et la raison, en effet,
sont l’une et l’autre complémentaires : si la raison évite à la foi de tomber dans le fidéisme ou
le fondamentalisme, « seule la foi permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une
compréhension cohérente »[11].
20. La foi implique une profonde transformation existentielle opérée par l’Esprit, une
metànoia qui « se manifeste à tous les niveaux de l’existence du chrétien : dans sa vie
intérieure d’adoration et d’accueil de la volonté de Dieu ; dans sa participation à la mission de
l’Église ; dans sa vie conjugale et familiale ; dans la vie professionnelle ; dans les activités
économiques et sociales »[12]. Celui qui croit, en acceptant le don de la foi, « est transformé
en une créature nouvelle. Il reçoit un nouvel être, un être filial ; il devient fils dans le
Fils »[13].
21. La foi est certainement un acte personnel et, cependant, ce n’est pas un choix
individuel et privé ; il a un caractère relationnel et communautaire. Le chrétien est né du sein
maternel de l’Église ; sa foi est une participation à la foi ecclésiale qui le précède toujours. En
fait, son acte de foi personnel représente la réponse à la mémoire vivante d’un événement que
l’Église lui a transmis. Par conséquent, la foi du disciple du Christ n’est allumée, soutenue et
transmise que dans la communion de la foi ecclésiale, où le « je crois » du baptême se
conjugue avec le « nous croyons » de toute l’Église[14]. Chaque croyant s’unit donc à la
communauté des disciples et s’approprie la foi de l’Église. Avec l’Église, peuple de Dieu sur
le chemin de l’histoire et sacrement universel du salut, il participe de sa mission.
LA TRANSMISSION DE LA RÉVÉLATION DANS LA FOI DE L’ÉGLISE
22. La Révélation est pour toute l’humanité : « [Dieu] veut que tous les hommes soient
sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4). Pour cette volonté
salvifique universelle, « Dieu, avec la même bienveillance, a pris des dispositions pour qu’elle
demeure toujours en son intégrité et qu’elle soit transmise à toutes les générations » (DV 7).
C’est pourquoi Jésus-Christ a édifié l’Église sur le fondement des Apôtres. Elle remplit dans
l’histoire la même mission que Jésus avait reçue du Père. L’Église est inséparable de la
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qu’elle croit » (DV 8). C’est pourquoi le mandat d’évangéliser tous les hommes est sa mission
essentielle. « Évangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Église, son identité
la plus profonde. Elle existe pour évangéliser »[18]. Cependant, dans cette mission « l’Église
commence par s’évangéliser elle-même. Communauté de croyants, communauté de
l’espérance vécue et communiquée, communauté d’amour fraternel, elle a besoin d’écouter
sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour.
[…] Elle a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour
annoncer l’Évangile »[19].
29. Évangéliser, ce n’est pas d’abord apporter une doctrine ; c’est plutôt rendre Jésus-
Christ présent et l’annoncer. La mission d’évangélisation de l’Église exprime au mieux
l’économie de la Révélation ; réellement, le Fils de Dieu s’incarne, entre dans l’histoire et
devient homme parmi les hommes. L’évangélisation rend compte de cette présence pérenne
du Christ, afin que ceux qui s’approchent de l’Église puissent trouver en sa personne le
moyen de « sauver sa vie » (Mt 16, 25) et de s’ouvrir à un nouvel horizon.
30. L’évangélisation a pour but ultime l’accomplissement de la vie humaine. En
présentant cet enseignement, l’Occident chrétien a recouru à la catégorie du salut, tandis que
l’Orient chrétien a préféré parler de divinisation. Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? « Pour
nous sauver », répète l’Occident[20]. « Pour que l’homme devienne Dieu », affirme
l’Orient[21]. Les deux expressions sont en réalité complémentaires : Dieu s’est fait homme
pour que l’homme devienne vraiment homme comme il le voulait et l’a créé ; l’homme dont
l’image est le Fils ; l’homme qui est sauvé du mal et de la mort, pour participer de la même
nature divine. Les croyants peuvent déjà expérimenter ce salut ici et maintenant, mais celui-ci
trouvera sa plénitude dans la résurrection.
Le processus d’évangélisation
31. L’évangélisation est un processus ecclésial, inspiré et soutenu par l’Esprit Saint, par
lequel l’Évangile est annoncé et diffusé à travers le monde. Dans le processus
d’évangélisation[22], l’Église :
stimulée par la charité, imprègne et transforme l’ensemble de l’ordre temporel,
assumant les cultures et offrant la contribution de l’Évangile pour qu’elles se renouvellent de
l’intérieur ;
se fait proche de tous par une attitude de solidarité, de partage et de dialogue,
témoignant ainsi de la nouveauté de la vie des chrétiens, afin que ceux qui les rencontrent
soient amenés à s’interroger sur le sens de l’existence et les raisons de leur fraternité et de leur
espérance ;
proclame explicitement l’Évangile à travers la première annonce, appelant à la
conversion ;
initie à la foi et à la vie chrétienne, à travers l’itinéraire catéchuménal (catéchèse,
sacrements, témoignage de charité, expérience fraternelle), ceux qui se convertissent à Jésus-
Christ, ou ceux qui reprennent le chemin à sa suite, en incorporant les uns et en ramenant les
autres à la communauté chrétienne ;
par l’éducation permanente de la foi, la célébration des sacrements et l’exercice de la
charité, elle entretient chez les fidèles le don de la communion et suscite la mission, en
envoyant tous les disciples du Christ annoncer l’Évangile dans le monde, en paroles et en
actes.
32. L’évangélisation comprend différentes étapes et moments, qui peuvent être réitérés si
nécessaire, afin d’offrir la nourriture évangélique la plus appropriée à la croissance spirituelle
de chaque personne ou communauté. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit là non seulement de
phases successives, mais aussi de dimensions du processus.
33. L’action missionnaire est le premier moment de l’évangélisation.
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travers elle que l’Esprit Saint atteint toute l’humanité ; il est celui pour qui « la voix vivante
de l’Évangile retentit dans l’Église et, par l’Église, dans le monde » (DV 8).
6. Comme « il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les
promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu ne sont pas
annoncés »[31], l’Église, depuis l’époque apostolique, dans son désir de répandre la Parole de
Dieu parmi les non-croyants et d’en offrir une compréhension plus profonde aux croyants, a
utilisé diverses formes, afin que ce ministère puisse être réalisé dans différents domaines et
expressions de la vie. Parmi ces formes, il faut souligner :
la première annonce ;
les différents types de catéchèse ;
l’homélie et la prédication ;
la lecture priante, également sous forme de la lectio divina ;
la piété populaire ;
l’apostolat biblique ;
l’enseignement de la théologie ;
l’enseignement scolaire de la religion ;
les études et les rencontres qui mettent en relation la Parole de Dieu et la culture
contemporaine, également dans une confrontation interreligieuse et interculturelle.
L’ÉVANGÉLISATION DANS LE MONDE CONTEMPORAIN
Une nouvelle étape évangélisatrice
38. L’Église se trouve face à une « nouvelle étape évangélisatrice »[32] parce que même
dans ce changement d’époque, le Seigneur ressuscité continue de faire toutes choses nouvelles
(cf. Ap 21, 5). Notre époque est complexe, traversée par de profonds changements et, dans les
Églises de tradition ancienne, elle est souvent marquée par des phénomènes d’éloignement de
l’expérience de la foi et de l’Église. Le cheminement ecclésial lui-même est marqué par des
difficultés et par un besoin de renouveau spirituel, moral et pastoral. Pourtant, l’Esprit Saint
continue de susciter chez les hommes la soif de Dieu et, dans l’Église, une nouvelle ferveur,
de nouvelles méthodes et de nouvelles expressions pour annoncer la bonne nouvelle de Jésus-
Christ.
39. L’Esprit Saint est l’âme de l’Église évangélisatrice. Pour cette raison, l’appel à une
nouvelle évangélisation[33] ne coïncide pas tant avec une dimension temporelle, qu’avec le
fait de rendre tous les moments du processus d’évangélisation encore plus ouverts à l’action
rénovatrice de l’Esprit du Ressuscité. Les défis que les temps nouveaux lancent à l’Église
peuvent d’abord être relevés avec le dynamisme de renouveau ; et, de la même manière, ce
dynamisme est possible en conservant une confiance ferme dans l’Esprit Saint : « il n’y a pas
de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et
contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et
de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à
chaque instant »[34].
40. De manière particulière, la spiritualité de la nouvelle évangélisation s’accomplit
aujourd’hui dans la conversion pastorale, par laquelle l’Église est amenée à se réaliser vers
l’extérieur, selon un dynamisme qui traverse toute la Révélation, et elle se place dans un état
de mission permanent[35]. Cet élan missionnaire conduit également à une véritable réforme
des structures et des dynamiques ecclésiales, afin qu’elles deviennent toutes plus
missionnaires, c’est-à-dire capables de vivifier avec audace et créativité à la fois le panorama
culturel et religieux et l’horizon personnel de chaque homme. Chaque baptisé, en tant que
« disciple missionnaire »[36], est un sujet actif de cette mission ecclésiale.
41. Cette nouvelle étape d’évangélisation concerne toute la vie de l’Église et se concrétise
dans trois domaines.
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42. En premier lieu, il y a le domaine de la pastorale ordinaire, qui se réalise dans « des
communautés chrétiennes aux structures ecclésiales fortes et adaptées, à la foi et à la vie
ferventes, qui rendent témoignage à l’Évangile de manière rayonnante dans leur milieu et qui
prennent conscience du devoir de la mission universelle[37] ». « Il faut aussi inclure dans ce
domaine les fidèles qui conservent une foi catholique intense et sincère, en l’exprimant de
diverses manières, bien qu’ils ne participent pas fréquemment au culte. Cette pastorale
s’oriente vers la croissance des croyants, de telle sorte qu’ils répondent toujours mieux et par
toute leur vie à l’amour de Dieu[38]. »
43. Deuxièmement, il y a « le domaine des “personnes baptisées qui pourtant ne vivent
pas les exigences du baptême”, qui n’ont pas une appartenance du cœur à l’Église et ne font
plus l’expérience de la consolation de la foi[39] ». Dans ce groupe, nombreux sont ceux qui
ont achevé l’itinéraire de l’initiation chrétienne et ont déjà pris part aux chemins de catéchèse
ou d’éducation religieuse à l’école, pour lesquels « au-delà des méthodes pastorales
traditionnelles, toujours valables, l’Église cherche à utiliser de nouvelles méthodes, avec aussi
le souci de nouveaux langages, appropriés aux différentes cultures du monde, proposant la
vérité du Christ par une attitude de dialogue et d’amitié[40]. »
44. Troisièmement, il y a le domaine de « ceux qui ne connaissent pas Jésus-Christ ou
l’ont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la
nostalgie de son visage, même dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Tous ont le droit
de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non
pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage
une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas
par prosélytisme mais “par attraction” »[41]. Cet élan missionnaire spontané doit être soutenu
par une véritable pastorale de la première annonce, capable de prendre des initiatives afin de
proposer explicitement la bonne nouvelle de la foi, en manifestant concrètement la force de la
miséricorde, cœur même de l’Évangile, et en favorisant l’insertion de celui ou celle qui se
convertit au sein de la communauté ecclésiale.
Évangélisation des cultures et inculturation de la foi
42. Pour être au service de la Révélation, l’Église est appelée à regarder l’histoire avec les
mêmes yeux que Dieu pour reconnaître l’action de l’Esprit Saint qui, soufflant là où il veut
(cf. Jn 3, 8), « suscite dans l’expérience humaine universelle, en dépit des nombreuses
contradictions de cette dernière, des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du
Christ à comprendre plus profondément le message dont ils sont porteurs »[42]. L’Église a
ainsi la possibilité de reconnaître les signes des temps (cf. GS 4) dans le cœur de chaque
personne et de chaque culture, dans tout ce qui est authentiquement humain et le promeut.
« Tout en se livrant soigneusement à un discernement attentif pour recueillir les “signes
véritables de la présence ou du dessein de Dieu” (GS 11), l’Église reconnaît que, non
seulement elle a donné, mais qu’elle a aussi “reçu de l’histoire et de l’évolution du genre
humain” (GS 44) »[43].
43. Évangéliser ne signifie pas occuper un territoire, mais susciter des processus spirituels
dans la vie des personnes afin que la foi prenne racine et soit significative. L’évangélisation
de la culture nécessite de parvenir au cœur de la culture elle-même, là où les nouveaux thèmes
et paradigmes sont générés, en rejoignant les individus et les sociétés au plus profond d’eux-
mêmes, pour les éclairer de l’intérieur avec la lumière de l’Évangile. « Le besoin
d’évangéliser les cultures pour inculturer l’Évangile est impérieux. Dans les pays de tradition
catholique, il s’agira d’accompagner, de prendre soin et de renforcer la richesse qui existe
déjà, et dans les pays d’autres traditions religieuses ou profondément sécularisés, il s’agira de
favoriser de nouveaux processus d’évangélisation de la culture, bien qu’ils supposent des
projets à très long terme »[44].
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44. Le rapport entre Évangile et culture a toujours interpellé la vie de l’Église. Sa tâche est
de sauvegarder fidèlement le dépôt de la foi, mais en même temps « cette doctrine certaine et
immuable, à laquelle un assentiment fidèle doit être donné, doit être approfondie et exposée
en fonction de ce qui est exigé par notre temps »[45]. Dans la situation actuelle, marquée par
une grande distance entre foi et culture, il est urgent de repenser l’œuvre d’évangélisation
avec de nouvelles catégories et de nouveaux langages qui soulignent sa dimension
missionnaire.
45. Chaque culture a sa particularité, mais aujourd’hui de nombreuses expressions
culturelles se propagent avec le phénomène de la mondialisation. Elle est renforcée par les
moyens de communication de masse et les mouvements populaires. « Les transformations
sociales auxquelles nous avons assisté au cours des dernières décennies, ont des causes
complexes, dont les racines remontent loin dans le temps et qui ont profondément modifié la
perception de notre monde. Il suffit de penser aux progrès gigantesques de la science et de la
technique, à l’accroissement des possibilités de vie et des espaces de liberté individuelle, aux
profonds changements dans le domaine économique, au processus de mélange d’ethnies et de
cultures provoqué par les phénomènes de migrations de masse, à l’interdépendance croissante
entre les peuples »[46].
46. En dépit de la diversité des opportunités qui se présentent dans ce nouveau panorama
mondial, on ne peut pas ne pas prendre acte des ambiguïtés et souvent également des
difficultés qui accompagnent les transformations en cours. Parallèlement à une inquiétante
inégalité sociale qui débouche souvent sur des tensions planétaires alarmantes, la perspective
du sens de l’expérience humaine elle-même est en train de changer profondément. « Dans la
culture dominante, la première place est occupée par ce qui est extérieur, immédiat, visible,
rapide, superficiel, provisoire »[47]. Un rôle central est aujourd’hui confié à la science et à la
technique, comme si elles seules pouvaient répondre aux questions les plus profondes.
Certains processus de formation sont organisés sous de telles conditions, au détriment d’une
formation intégrale, qui donne raison aux aspirations les plus authentiques de l’âme humaine.
Une véritable révolution anthropologique est en marche, qui a également des conséquences
sur l’expérience religieuse et qui interpelle vivement la communauté ecclésiale.
47. Dans l’établissement de ce contexte culturel, le rôle joué par les moyens de
communication de masse qui ont redéfini les coordonnées humaines de base, bien au-delà des
finalités plus étroitement liées aux besoins de la communication, est indéniable. « Les
nouvelles technologies non seulement changent la façon de communiquer, mais opèrent une
vaste transformation culturelle. Une nouvelle façon d’apprendre et de penser se développe,
offrant des opportunités inédites d’établir des relations et d’instaurer une communion »[48].
Cette transformation concerne donc la sphère de l’identité et de la liberté de la personne, ainsi
que les capacités cognitives et les systèmes d’apprentissage ; elle affecte inévitablement ses
modalités relationnelles et, au final, modifie l’approche même de l’expérience de la foi. Pour
l’Église, par conséquent, « la révolution des moyens de communication et de l’information est
un grand et passionnant défi, qui requiert des énergies fraîches et une nouvelle imagination
pour transmettre aux autres la beauté de Dieu »[49].
La catéchèse au service de la nouvelle évangélisation
48. Dans le contexte de l’annonce renouvelée de l’Évangile au sein du panorama mouvant
de la culture contemporaine, l’Église veille à ce que chacune de ses activités ait une
connotation évangélisatrice et missionnaire intrinsèque. Puisque « l’action missionnaire est le
paradigme de toute tâche de l’Église »[50], il est nécessaire que la catéchèse soit également au
service de la nouvelle évangélisation et qu’à partir de celle-ci soient développées certaines
attentions fondamentales pour que chacun ait personnellement accès à la rencontre avec le
Christ. Dans divers contextes ecclésiaux, bien que faisant usage de langages différents,
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l’accent est mis sur certains aspects de la catéchèse, témoignage d’un sentiment de
communauté, dans lequel on reconnaît l’action du Seigneur.
La catéchèse « en sortie missionnaire »
49. La mission que Jésus ressuscité a confiée à son Église est unique, mais elle est
multiforme dans son exercice, en fonction des personnes et des domaines auxquels elle
s’adresse. La missio ad gentes est le paradigme de l’action pastorale de l’Église ; celle-ci
s’adresse à « des peuples, des groupes humains, des contextes socio-culturels dans lesquels le
Christ et son Évangile ne sont pas connus, ou dans lesquels il n’y a pas de communautés
chrétiennes assez mûres pour pouvoir incarner la foi dans leur milieu et l’annoncer à d’autres
groupes »[51]. Sur ce paradigme, l’Église est appelée aujourd’hui à se placer dans un état de
mission permanente à travers le monde et à transformer toutes ses actions dans une
perspective missionnaire.
50. Dans cette prise de conscience renouvelée de sa vocation, l’Église repense également
la catéchèse comme l’une de ses œuvres missionnaires. C’est pourquoi elle sera prête à se
mettre à la recherche des appels à la vérité déjà présents dans diverses activités humaines,
avec cette confiance que Dieu agit mystérieusement dans le cœur de l’homme avant même
qu’il ne soit explicitement atteint par l’Évangile. En ce sens, elle saura se faire proche des
hommes et des femmes de notre temps, en marchant à leurs côtés là où ils se trouvent. De
plus, la catéchèse forme à la mission, en accompagnant les chrétiens dans la maturation de
leurs attitudes de foi et en leur faisant prendre conscience de leur vocation de disciples
missionnaires, appelés à participer activement à l’annonce de l’Évangile et à rendre le
Royaume de Dieu présent dans le monde : « L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité
itinérante, et la communion “se présente essentiellement comme communion
missionnaire” »[52].
La catéchèse sous le signe de la miséricorde
51. Le mystère de la foi chrétienne trouve sa synthèse dans la miséricorde, rendue visible
en Jésus de Nazareth. La miséricorde, centre de la Révélation de Jésus-Christ, révèle le
mystère même de la Trinité. Elle est l’idéal de vie évangélique, le vrai critère de crédibilité de
la foi, la trame la plus profonde du vécu ecclésial. L’Église est appelée à annoncer sa première
vérité qui est l’amour du Christ[53]. On comprend de mieux en mieux qu’il n’y a pas
d’annonce de la foi si cela n’est pas un signe de la miséricorde divine. La pratique de la
miséricorde est déjà une authentique catéchèse ; c’est une catéchèse en actes, un témoignage
éloquent pour les croyants et les non-croyants, une manifestation du lien entre l’orthodoxie et
l’orthopraxie : « La nouvelle évangélisation […] ne peut qu’utiliser le langage de la
miséricorde, fait de gestes et d’attitudes avant même que de mots »[54].
52. En outre, la catéchèse peut être considérée comme une réalisation de l’œuvre de
miséricorde spirituelle « pour enseigner à ceux qui ne savent pas ». L’action catéchétique
consiste effectivement à offrir la possibilité de sortir de la plus grande ignorance, qui empêche
les personnes de connaître leur identité et leur vocation. En effet, dans le De catechizandis
rudibus, premier ouvrage chrétien de pédagogie catéchétique, saint Augustin affirme que la
catéchèse devient une « opportunité d’œuvre de miséricorde » en ce qu’elle nourrit avec « la
Parole de Dieu l’intelligence de ceux qui en ont faim »[55]. Pour le saint évêque, toute
l’action catéchétique est soutenue par la miséricorde que Dieu a voulue en Christ à l’égard de
la misère humaine. De plus, si la miséricorde est au cœur de la Révélation, elle sera aussi la
condition de l’annonce et le style de sa pédagogie. Enfin, la catéchèse éduquera à être
« miséricordieux comme [le] Père » (Lc 6, 36), à la fois en encourageant la connaissance et la
pratique des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles, en invitant à rechercher de
nouvelles œuvres qui répondent aux besoins actuels.
La catéchèse comme « laboratoire » de dialogue
11
la peine de croire. C’est pourquoi, elle ne se contente plus d’être un simple moment de
croissance plus harmonieuse de la foi, mais contribue à générer la foi elle-même et permet
d’en découvrir la grandeur et la crédibilité. L’annonce ne peut donc plus être considérée
comme la première étape de la foi, avant la catéchèse, mais plutôt comme la dimension
constitutive de chaque moment de la catéchèse.
58. Le kérygme, « feu de l’Esprit qui se donne sous forme de langues et nous fait croire en
Jésus-Christ, qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie
miséricorde du Père »[62], est simultanément un acte d’annonce et le contenu même de
l’annonce, qui révèle et rend présent l’évangile[63]. Dans le kérygme, le sujet qui agit est le
Seigneur Jésus qui se manifeste dans le témoignage de celui qui l’annonce ; la vie du témoin
qui a fait l’expérience du salut devient donc ce qui touche et émeut l’interlocuteur. Dans le
Nouveau Testament, il existe plusieurs formulations du kérygme[64] qui correspondent aux
différentes compréhensions du salut, qui résonne avec des accents particuliers selon les
diverses cultures et les différentes personnes. De la même manière, l’Église doit pouvoir
incarner le kérygme pour répondre aux exigences de ses contemporains, en favorisant et en
encourageant le fait que sur les lèvres des catéchistes (cf. Rm 10, 8-10), et du plus profond de
leur cœur (cf. Mt 12, 34), dans une dynamique réciproque d’écoute et de dialogue (cf. Lc 24,
13-35), fleurissent des annonces crédibles, des confessions de foi vitales, de nouvelles hymnes
christologiques permettant de raconter à chacun la bonne nouvelle : « Jésus-Christ t’aime, il a
donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer,
pour te fortifier, pour te libérer »[65].
59. De cette centralité du kérygme pour l’annonce, découlent certains accents également
pour la catéchèse : « qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation
morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle
possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui
ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques
qu’évangéliques »[66]. Les éléments que la catéchèse, en écho au kérygme, est invitée à
valoriser sont : le caractère de proposition ; la qualité narrative, affective et existentielle ; la
dimension de témoignage de la foi ; l’attitude relationnelle ; la tonalité salvifique. En vérité,
tout cela interroge l’Église elle-même, appelée à redécouvrir tout d’abord l’Évangile qu’elle
annonce : la nouvelle annonce de l’Évangile demande à l’Église une écoute renouvelée de
l’Évangile, avec ses interlocuteurs.
60. Étant donné que « Le kérygme possède un contenu inévitablement social »[67], il est
important que la dimension sociale de l’évangélisation soit explicitée afin de comprendre son
ouverture sur toute l’existence. Cela signifie que l’efficacité de la catéchèse est perceptible
non seulement par le biais de l’annonce directe de la Pâque du Seigneur, mais aussi en
montrant la nouvelle vision de la vie, de l’homme, de la justice, de la vie sociale, du cosmos
tout entier qui émerge de la foi, à travers la réalisation de signes concrets. C’est pourquoi la
présentation de la lumière avec laquelle l’Évangile illumine la société n’est pas un deuxième
moment chronologiquement distinct de l’annonce de la foi elle-même. La catéchèse est une
annonce de la foi, qui ne peut qu’intéresser, quoiqu’en germe, toutes les dimensions de la vie
humaine.
Le catéchuménat, source d’inspiration pour la catéchèse
61. La nécessité de ne pas tenir « pour acquis que nos interlocuteurs connaissent le fond
complet de ce que nous disons ou qu’ils peuvent relier notre discours au cœur essentiel de
l’Évangile »[68] permet à la fois d’affirmer la nature kérygmatique de la catéchèse et de
prendre en considération son inspiration catéchuménale. Le catéchuménat est une pratique
ecclésiale ancienne, rétablie après le concile Vatican II (cf. SC 64-66 ; CD 14 ; AG 14),
proposée aux convertis non baptisés. Elle contient donc une intention explicitement
missionnaire et est structurée comme un ensemble complexe organique et graduel permettant
13
66. le caractère d’initiation : le catéchuménat est une initiation à la foi qui conduit les
catéchumènes à découvrir le mystère du Christ et de l’Église. La catéchèse introduit toutes les
dimensions de la vie chrétienne, en aidant chacun à initier, au sein de la communauté, son
chemin personnel de réponse à Dieu qui l’a cherché ;
67. le caractère liturgique, rituel et symbolique : le catéchuménat est rempli de symboles,
de rites et de célébrations qui touchent les sens et procurent de l’émotion. La catéchèse,
précisément grâce à « l’usage de symboles parlants » et à travers une « valorisation
renouvelée des signes liturgiques »[77], peut ainsi répondre aux besoins de l’homme
contemporain, qui ne considère généralement comme significatif que les expériences qui le
touchent dans sa corporéité et son affectivité ;
68. le caractère communautaire : le catéchuménat est un processus qui se déroule au sein
d’une communauté concrète, qui fait l’expérience de la communion donnée par Dieu et qui est
donc consciente de sa responsabilité dans l’annonce de la foi. La catéchèse inspirée du
catéchuménat intègre l’apport de divers charismes et ministères (catéchistes, acteurs
liturgiques et caritatifs, responsables de groupe ecclésial, ministres ordonnés…), révélant la
matrice qui régénère la foi de l’ensemble de la communauté ;
69. le caractère de conversion permanente et de témoignage : le catéchuménat est
imaginé, dans son ensemble, comme un chemin de conversion et de purification graduelle,
enrichi également de rites qui marquent l’acquisition d’une nouvelle façon d’exister et de
penser. La catéchèse, consciente que la conversion n’est jamais pleinement accomplie mais
dure toute une vie, éduque à se savoir pécheurs et pardonnés et, en valorisant le riche
patrimoine de l’Église, prépare aussi des itinéraires pénitentiels et de formation appropriés,
qui favorisent la conversion du cœur et de l’esprit à un nouveau style de vie, perceptible
également de l’extérieur ;
70. le caractère progressif de l’expérience formative[78]: le catéchuménat est un
processus dynamique structuré en périodes qui se succèdent de manière graduelle et
progressive. Ce caractère évolutif répond à l’itinéraire de vie de la personne, qui grandit et
mûrit avec le temps. L’Église, en accompagnant patiemment et en respectant les temps réels
de la maturation de ses propres enfants, par cette attention, manifeste sa maternité.
71. La catéchèse, sous l’angle kérygmatique et missionnaire, nécessite l’application d’une
pédagogie d’initiation inspirée de l’itinéraire catéchuménal, répondant avec une sagesse toute
pastorale à la pluralité des situations. En d’autres termes, selon une acception élaborée dans
diverses Églises, il s’agit de la catéchèse d’initiation à la vie chrétienne. Cet itinéraire
pédagogique proposé dans la communauté ecclésiale conduit le croyant à rencontrer
personnellement Jésus-Christ à travers la Parole de Dieu, l’action liturgique et la charité,
intégrant toutes les dimensions de la personne, afin qu’elle puisse croître dans la manière de
vivre en croyant et témoigne de la vie nouvelle dans le monde.
LA CATÉCHÈSE DANS LE PROCESSUS D’ÉVANGÉLISATION
Première annonce et catéchèse
66. Avec la première annonce, l’Église proclame l’Évangile et suscite la conversion. Dans
la pratique pastorale ordinaire, ce moment du processus d’évangélisation est fondamental.
Dans la mission ad gentes, il se déroule pendant la période dite du pré-catéchuménat. À
l’heure actuelle avec la nouvelle évangélisation, comme il a déjà été dit, on parle plus
volontiers de catéchèse kérygmatique.
67. Dans le contexte de la mission ad gentes, la première annonce doit être comprise
principalement dans un sens chronologique. En effet, « révéler Jésus-Christ et son Évangile à
ceux qui ne les connaissent pas, tel est, depuis le matin de la Pentecôte, le programme
fondamental que l’Église a assumé comme reçu de son Fondateur ». Cette première annonce,
l’Église la réalise « par une activité complexe et diversifiée que l’on désigne quelquefois sous
le nom de pré-évangélisation, mais qui est déjà à vrai dire l’évangélisation, quoiqu’à son
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stade initial et bien incomplet »[79]. La catéchèse développe et mène à maturité ce moment
initial. Par conséquent, première annonce et catéchèse, bien que distinctes, sont
complémentaires.
68. Dans de nombreux contextes ecclésiaux, la première annonce a également un second
sens. « Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se
trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la
dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle
que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours
annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et
ses moments »[80]. La première annonce, tâche que se doit de remplir tout chrétien, se fonde
sur cet « allez vers » (Mc 16, 15 ; Mt 28, 19) que Jésus a lancé à ses disciples et qui implique
de sortir, de se dépêcher, d’accompagner, et qui fait que l’on devient ainsi de vrais disciples
missionnaires. Cela ne peut donc se réduire à l’enseignement d’un message, car il s’agit avant
tout de partager la vie qui vient de Dieu et de communiquer la joie d’avoir rencontré le
Seigneur. « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande
idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel
horizon et par là son orientation décisive »[81].
La catéchèse d’initiation chrétienne
69. La catéchèse d’initiation chrétienne relie l’action missionnaire, qui appelle à la foi, à
l’action pastorale qui la nourrit continuellement. La catéchèse fait partie intégrante de
l’initiation chrétienne et est étroitement liée aux sacrements de l’initiation, en particulier au
baptême. « Le maillon qui relie la catéchèse au baptême est la profession de foi ; celle-ci est, à
la fois, l’élément intérieur de ce sacrement et l’objectif de la catéchèse »[82]. « La mission de
baptiser, donc la mission sacramentelle, est impliquée dans la mission d’évangéliser »[83];
c’est pourquoi la mission sacramentelle ne peut pas être séparée du processus
d’évangélisation. En fait, l’itinéraire rituel de l’initiation chrétienne est une forme accomplie
de la doctrine qui non seulement se réalise dans l’Église, mais la constitue. Dans l’initiation
chrétienne, elle ne se limite pas à une énonciation, mais elle se réalise dans la mise en œuvre
de l’Évangile.
70. Les sacrements de l’initiation chrétienne constituent une unité car ils « posent les
fondements de la vie chrétienne. Re-nés par le baptême, les fidèles sont fortifiés par la
Confirmation et se nourrissent de l’Eucharistie »[84]. En effet, il faut rappeler que « nous
sommes baptisés et confirmés en vue de l’Eucharistie. Une telle donnée implique un
engagement dans le but de favoriser, dans la pratique pastorale, une compréhension plus
unifiée du parcours de l’initiation chrétienne »[85]. Par conséquent, l’ordre théologique des
sacrements – baptême, confirmation, eucharistie – devrait être évalué et considéré pour
« vérifier quelle pratique peut en réalité aider au mieux les fidèles à mettre au centre le
sacrement de l’Eucharistie, comme réalité vers laquelle tend toute l’initiation »[86]. Il est
souhaitable que lorsque des expériences sont menées, il ne s’agisse pas de cas isolés mais du
fruit d’une réflexion menée par l’ensemble de la Conférence épiscopale qui confirme les
choix opérationnels pour l’ensemble du territoire relevant de sa compétence.
71. La catéchèse d’initiation chrétienne est une formation de base, essentielle, organique,
systématique et intégrale de la foi :
72. de base et essentielle, en tant qu’approfondissement initial du kérygme qui explicite
les mystères fondamentaux de la foi et les valeurs évangéliques fondamentales.
« La catéchèse établit les fondements de l’édifice spirituel du chrétien, nourrit les racines de
sa vie de foi, en le préparant à recevoir la nourriture solide dans la vie ordinaire de la
communauté chrétienne »[87] ;
16
1. organique, car elle est cohérente et bien ordonnée ; systématique, c’est-à-dire non
improvisée ou occasionnelle. L’exposition organique et systématique du mystère chrétien
distingue la catéchèse des autres formes d’annonce de la Parole de Dieu ;
2. intégrale, car l’apprentissage est ouvert à toutes les composantes de la vie chrétienne.
La catéchèse favorise graduellement l’intériorisation et l’intégration de ces composantes,
provoquant une transformation du vieil homme et la formation d’une mentalité chrétienne.
3. Ces caractéristiques de la catéchèse d’initiation s’expriment de manière exemplaire
dans les synthèses de la foi déjà élaborées à partir des Écritures (telles que la triade de la foi,
de l’espérance, de la charité) puis dans la Tradition (la foi crue, célébrée, vécue et priée). Ces
synthèses sont un moyen de comprendre de manière harmonieuse la vie et l’histoire, car elles
énoncent des positions théologiques toujours abrégées tout en proclamant la foi même de
l’Église.
Catéchèse et formation permanente à la vie chrétienne
73. La catéchèse se met au service de la réponse de foi du croyant, en lui permettant de
vivre la vie chrétienne dans un état de conversion. Il s’agit en définitive de favoriser
l’intériorisation du message chrétien, à travers ce dynamisme catéchétique qui, dans la
progression, sait intégrer écoute, discernement et purification. Une telle action catéchétique ne
se limite pas au croyant individuel, mais est destinée à l’ensemble de la communauté
chrétienne afin de soutenir l’engagement missionnaire de l’évangélisation. La catéchèse
encourage également l’insertion des personnes à titre individuel et de la communauté dans le
contexte social et culturel, en permettant une lecture chrétienne de l’histoire et en favorisant
l’engagement social des chrétiens.
74. La catéchèse, parce qu’elle est au service de l’éducation permanente à la foi, est liée
aux différentes dimensions de la vie chrétienne.
75. Catéchèse et Écriture sainte : l’Écriture sainte est essentielle pour progresser dans la
vie de la foi ; son caractère central dans la catéchèse permet de transmettre de manière vitale
l’histoire du salut et d’« encourager de cette façon la connaissance des figures, des
événements et des expressions fondamentaux du texte sacré »[88].
76. Catéchèse, liturgie et sacrements : la catéchèse est orientée vers la célébration
liturgique. Il est nécessaire qu’il s’agisse d’une catéchèse qui prépare aux sacrements ainsi
que d’une catéchèse mystagogique qui favorise une compréhension et une expérience plus
profondes de la liturgie.
77. Catéchèse, charité et témoignage : tandis que la catéchèse, en faisant écho à
l’Évangile, modèle la charité, l’action caritative fait partie intégrante de l’annonce
catéchétique. La charité n’est pas seulement un signe d’accueil de l’Évangile, mais c’est aussi
un moyen privilégié d’y accéder : « Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jn 4,
7).
FINALITÉ DE LA CATÉCHÈSE
75. Au centre de chaque processus de catéchèse se trouve la rencontre vivante avec le
Christ. « Le but définitif de la catéchèse est de mettre quelqu’un non seulement en contact
mais en communion, en intimité avec Jésus-Christ : lui seul peut conduire à l’amour du Père
dans l’Esprit et nous faire participer à la vie de la Trinité sainte »[89]. La communion avec le
Christ est le centre de la vie chrétienne et, par conséquent, le centre de l’action catéchétique.
La catéchèse vise à former des personnes qui connaissent de plus en plus Jésus-Christ et son
Évangile de salut libérateur, qui vivent une rencontre profonde avec lui et qui choisissent son
style de vie et ses propres sentiments (cf. Ph 2, 5), en s’engageant à réaliser, dans les
situations historiques dans lesquelles ils vivent, la mission du Christ, ou l’annonce du
Royaume de Dieu.
76. La rencontre avec le Christ implique la personne dans sa totalité : cœur, esprit, sens.
Elle ne concerne pas seulement l’esprit, mais aussi le corps et surtout le cœur. En ce sens, la
17
86. La prière est avant tout un don de Dieu ; en fait, dans toute personne baptisée
« l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 26). La
catéchèse a pour mission d’éduquer à la prière et dans la prière, en développant la dimension
contemplative de l’expérience chrétienne. Il faut éduquer à prier avec Jésus-Christ et comme
lui : « Apprendre à prier avec Jésus c’est prier avec les mêmes sentiments qu’il exprimait
lorsqu’il s’adressait au Père : d’adoration, de louange, d’action de grâce, de confiance filiale,
de supplication, d’admiration pour sa gloire. Ces sentiments se reflètent dans le Notre Père, la
prière que Jésus enseigna à ses disciples et qui est le modèle de toute prière chrétienne. […]
Lorsque la catéchèse est donnée dans un climat de prière, l’apprentissage de toute la vie
chrétienne atteint toute sa profondeur »[97].
87. Cette tâche implique une éducation à la prière personnelle, liturgique et
communautaire, en initiant aux formes permanentes de prière : bénédiction et adoration,
question, intercession, action de grâces et louange[98]. Pour atteindre ces objectifs, il existe
des moyens : la lecture priante de l’Écriture sainte, notamment à travers la liturgie des heures
et la lectio divina ; la prière du cœur appelée prière de Jésus[99], la vénération de la
Bienheureuse Vierge Marie grâce aux pratiques de piété comme le Saint Rosaire, les prières
de supplication, les processions, etc.
Introduire à la vie communautaire
88. La foi se professe, se célèbre, s’exprime et se vit surtout au sein de la communauté :
« La dimension communautaire n’est pas seulement un “cadre”, un “contour”, mais elle est
partie intégrante de la vie chrétienne, du témoignage et de l’évangélisation »[100]. Cela est
tout à fait bien exprimé dans le principe classique : « Idem velle atque idem nolle – vouloir la
même chose et ne pas vouloir la même chose ; voilà ce que les anciens ont reconnu comme
l’authentique contenu de l’amour : devenir l’un semblable à l’autre, ce qui conduit à une
communauté de volonté et de pensée »[101]. Tout cela est possible en cultivant une
spiritualité de communion. Celle-ci permet de capter la lumière de la Trinité également sur le
visage du frère, en le ressentant dans l’unité profonde du Corps mystique comme une partie
de soi-même ; en partageant ses joies et ses souffrances pour deviner ses désirs ; en se
préoccupant de ses besoins ; en offrant une amitié profonde et authentique. Voir en l’autre
avant tout ce qui est positif pour le valoriser en tant que don de Dieu contribue à rejeter les
tentations égoïstes qui engendrent la compétition, le carriérisme, la méfiance et la jalousie.
89. La catéchèse, en ce qui concerne l’éducation à la vie communautaire, a donc pour
mission de développer un sentiment d’appartenance à l’Église ; d’éduquer au sens de la
communion ecclésiale, tout en promouvant l’accueil du Magistère, la communion avec les
pasteurs, le dialogue fraternel ; de former au sentiment de coresponsabilité ecclésiale, tout en
contribuant en tant que sujets actifs à l’édification de la communauté, et en tant que disciples
missionnaires, à sa croissance.
SOURCES DE LA CATÉCHÈSE
90. Les sources auxquelles puise la catéchèse doivent être considérées dans un rapport de
corrélation entre elles : l’une renvoie à l’autre, alors que l’on peut toutes les attribuer à la
Parole de Dieu, dont elles sont l’expression. En fonction du sujet et du contexte, la catéchèse
peut mettre l’accent sur l’une des sources plutôt que sur une autre. Cela doit être fait de
manière équilibrée et sans pratiquer une catéchèse unilatérale (par exemple, une catéchèse
seulement biblique ou seulement liturgique ou seulement expérientielle…). Parmi ces sources,
l’Écriture sainte occupe clairement une place prépondérante en raison de sa relation
particulière avec la Parole de Dieu. Les sources, dans un certain sens, peuvent également être
des voies de la catéchèse.
La Parole de Dieu dans l’Écriture sainte et la sainte Tradition
91. La catéchèse tire son message de la Parole de Dieu, qui est sa source principale. Par
conséquent, « il est fondamental que la Parole révélée féconde radicalement la catéchèse et
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tous les efforts pour transmettre la foi »[102]. L’Écriture sainte, que Dieu a inspirée, atteint en
profondeur l’âme humaine, plus que toute autre parole. La Parole de Dieu ne se tarit pas dans
l’Écriture sainte, car c’est une réalité vivante, opérante et efficace (cf. Is 55, 10-11 ; He 4, 12-
13). Dieu parle et sa Parole se manifeste dans la création (cf. Gn 1, 3 ss ; Ps 33, 6.9 ; Sg 9,1)
et dans l’histoire. Dans les derniers jours, « il nous a parlé par son Fils » (Hb 1, 2). Le Fils
unique du Père est la Parole définitive de Dieu, qui, au commencement, était près de Dieu,
était Dieu, a présidé à la création (cf. Jn 1, 1 ss.) et s’est faite chair (cf. Jn 1, 14) en naissant
d’une femme (cf. Ga 4, 4) par le pouvoir du Saint-Esprit (cf. Lc 1, 35) et pour demeurer parmi
les siens (cf. Jn 1, 14). En retournant au Père (cf. Ac 1, 9), il apporte avec lui la création
rachetée par lui-même, qui a été créée en lui et pour lui (cf. Col 1, 18-20).
92. L’Église vit sa mission dans l’attente de la manifestation eschatologique du Seigneur.
« Cette attente n’est jamais passive mais elle est une tension missionnaire dans l’annonce de
la Parole de Dieu qui purifie et rachète tout homme : aujourd’hui encore Jésus ressuscité nous
dit : “Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création” (Mc 16,
15) »[103]. En effet, « la foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole
du Christ » (Rm 10, 17). À travers la prédication et la catéchèse, l’Esprit Saint lui-même
enseigne, en générant une rencontre avec la Parole de Dieu, vivante et efficace (cf. He 4, 12).
Dans le sillage de la Tradition, la pensée et les écrits des Pères de l’Église jouent un rôle
important.
En tant qu’expression de l’expérience ecclésiale du passé et de la continuité dynamique qui
existe entre l’annonce des premiers disciples et la nôtre[104], il est bon que la vie et les
œuvres des Pères trouvent une place adéquate dans le contenu de la catéchèse.
Le Magistère
93. Le Christ a donné aux apôtres et à leurs successeurs le mandat permanent d’annoncer
l’Évangile jusqu’aux confins de la terre, en leur promettant l’assistance de l’Esprit Saint (cf.
Mt 28, 20 ; Mc 16, 15 ; Jn 20, 21-22 ; Ac 1, 8) qui les aurait rendus maîtres de l’humanité en
matière de salut, en transmettant la Parole de Dieu oralement (Tradition) et par écrit (Écriture
sainte). Le Magistère conserve, interprète et transmet le dépôt de la foi, c’est-à-dire le contenu
de la Révélation. Fondamentalement, tout le peuple de Dieu est tenu de garder et de propager
le dépôt de la foi, car il revient à toute l’Église d’annoncer l’Évangile à tous. Cependant, la
mission d’enseigner, officiellement et avec autorité, le message salvifique au nom de Jésus-
Christ appartient au collège des évêques. Par conséquent, le Pontife romain et les évêques en
communion avec lui sont les sujets du Magistère ecclésial. Ils ont la responsabilité
primordiale d’instruire le peuple de Dieu sur les contenus de la foi et de la morale chrétienne,
ainsi que de promouvoir l’annonce dans le monde entier (cf. LG 25).
94. La vérité salvifique reste en soi toujours la même et est immuable. Cependant, au fil
du temps, l’Église connaît mieux le dépôt de la Révélation. Un approfondissement et un
développement homogène se sont produits, dans la continuité de la Parole de Dieu. Par
conséquent, le Magistère rend service à la Parole et au peuple de Dieu en se souvenant des
vérités salvatrices du Christ, en les clarifiant et en les mettant en œuvre face aux nouveaux
défis des différentes époques et situations, en liant l’Écriture et la Tradition. Le Magistère est
une institution souhaitée positivement par le Christ comme élément constitutif de l’Église.
L’Écriture, la Tradition et le Magistère sont donc étroitement liés et aucun d’eux n’existe sans
les autres. Ensemble, ils contribuent efficacement, chacun à sa manière, au salut des hommes
(cf. DV 10). La catéchèse est, entre autres, une médiation des déclarations du Magistère.
La liturgie
95. La liturgie est l’une des sources essentielles et indispensables de la catéchèse de
l’Église, non seulement parce que la catéchèse peut y puiser du contenu, des langages, des
gestes et des paroles de la foi, mais surtout parce qu’elles appartiennent mutuellement à l’acte
même de croire. La liturgie et la catéchèse, comprises à la lumière de la Tradition de l’Église,
21
bien qu’ayant chacune sa propre spécificité, ne sont pas juxtaposées, mais doivent être
entendues dans le contexte de la vie chrétienne et ecclésiale et sont toutes deux orientées pour
faire vivre l’expérience de l’amour de Dieu. L’ancien principe lex orandi lex credendi
rappelle, en effet, que la liturgie est un élément constitutif de la Tradition.
96. La liturgie est « le lieu privilégié de la catéchèse du peuple de Dieu »[105]. Cela ne
signifie pas que la liturgie doit perdre son caractère propre et transformer en catéchèse le
mystère qu’elle célèbre ou que la catéchèse est superflue. S’il est vrai que les deux
contributions conservent leur spécificité, il faut reconnaître que la liturgie est le point
culminant et la source de la vie chrétienne. La catéchèse, en effet, part d’une première
rencontre effective du catéchisé avec la communauté qui célèbre le mystère, ce qui revient à
dire que la catéchèse est pleinement accomplie quand il prend part à la vie liturgique de la
communauté. La catéchèse ne peut donc être seulement envisagée comme une préparation aux
sacrements, mais elle doit être appréhendée par rapport à l’expérience liturgique. « La
catéchèse est intrinsèquement reliée à toute l’action liturgique et sacramentelle, car c’est dans
les sacrements, et surtout dans l’Eucharistie, que le Christ Jésus agit en plénitude pour la
transformation des hommes »[106]. Par conséquent, la liturgie et la catéchèse sont
inséparables et se nourrissent mutuellement.
97. Le parcours de formation du chrétien, comme en témoignent les catéchèses
mystagogiques des Pères de l’Église, a toujours eu un caractère expérientiel, sans pour autant
négliger l’intelligence de la foi. La rencontre vivante et persuasive avec le Christ annoncée
par des témoins authentiques a été déterminante. Par conséquent, celui qui introduit aux
mystères est avant tout un témoin. Cette rencontre trouve sa source et son sommet dans la
célébration de l’Eucharistie et s’approfondit dans la catéchèse.
98. La nécessité d’un itinéraire mystagogique part de cette structure fondamentale de
l’expérience chrétienne, dont émergent trois éléments essentiels[107]:
99. l’interprétation des rites à la lumière des événements salvifiques, conformément à la
Tradition de l’Église, relisant les mystères de la vie de Jésus, et en particulier son mystère
pascal, en lien avec l’ensemble du parcours vétérotestamentaire ;
100. l’introduction à la signification des signes liturgiques, de sorte que la catéchèse
mystagogique éveille et éduque la sensibilité des fidèles au langage des signes et des gestes
qui, unis à la parole, constituent le rite ;
101. la présentation de la signification des rites par rapport à l’ensemble de la vie
chrétienne, afin de mettre en évidence le lien entre la liturgie et la responsabilité missionnaire
des fidèles et de faire croître la prise de conscience que l’existence des croyants est
progressivement transformée par les mystères célébrés.
La dimension mystagogique de la catéchèse ne se réduit pas, cependant, au seul
approfondissement de l’initiation chrétienne après avoir reçu les sacrements, mais comprend
également l’insertion dans la liturgie dominicale et dans les fêtes de l’année liturgique dont
l’Église nourrit déjà les catéchumènes et les enfants baptisés bien avant que ceux-ci puissent
recevoir l’Eucharistie ou accéder à une catéchèse organique et structurée.
Le témoignage des saints et des martyrs
99. Depuis les premiers siècles, l’exemple de la Vierge Marie et la vie des saints et des
martyrs font partie intégrante de la catéchèse et participent, des Acta martyrum aux Passiones,
des fresques qui se trouvent dans les églises et des icônes aux histoires édifiantes pour les
enfants et les personnes illettrées. Les témoignages de vie et de mort pour le Seigneur offerts
par les saints et les martyrs ont été d’authentiques sequentiae sancti Evangelii, des passages
d’Évangile capables d’annoncer le Christ et de susciter et d’alimenter la foi en lui.
100. L’Église considère les martyrs comme d’illustres maîtres de la foi qui, à travers les
peines et les souffrances de leur apostolat, ont permis la première expansion et la formulation
de la foi elle-même. Chez les martyrs, l’Église trouve son germe de vie : « semen est sanguis
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Christianorum »[108]. Cette loi n’appartient pas seulement au christianisme des origines,
mais elle est valable tout au long de l’histoire de l’Église jusqu’à nos jours. Précisément, le
XXe siècle, appelé aussi siècle du martyre, s’est révélé particulièrement riche en témoins, qui
ont su vivre l’Évangile jusqu’à l’épreuve suprême de l’amour. Leur témoignage de foi doit
être préservé et transmis au moyen de la prédication et de la catéchèse, pour permettre la
croissance des disciples du Christ. Les apparitions de la Vierge Marie reconnues par l’Église,
la vie et les écrits des saints et des martyrs de chaque culture et de chaque peuple constituent
une véritable source pour la catéchèse.
La théologie
101. La Révélation de Dieu, qui dépasse la capacité de connaissance de l’homme, ne
s’oppose pas pour autant à la raison humaine, mais la pénètre et l’élève. La recherche
croyante de l’intelligence de la foi – à savoir la théologie – est donc une exigence inaliénable
de l’Église. « L’œuvre théologique de l’Église est d’abord au service de l’annonce de la foi et
de la catéchèse »[109]. Cela pénètre avec une intelligence critique le contenu de la foi,
l’approfondit et l’ordonne systématiquement, avec la contribution de la raison. Le Christ,
cependant, ne doit pas seulement être exploré dans le cadre de la réflexion systématique par le
seul raisonnement mais, en tant que vérité vivante et « sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24), il est
une présence qui illumine. L’approche sapientielle permet à la théologie d’intégrer différents
aspects de la foi. De plus, la théologie « offre donc sa contribution pour que la foi devienne
communicable, pour que l’intelligence de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ puisse
rechercher et trouver la foi »[110]. La science théologique apporte sa contribution à la
catéchèse et, plus généralement, à la pratique catéchétique à travers les différentes
spécialisations qui la caractérisent : la théologie fondamentale, la théologie biblique, la
théologie dogmatique, la théologie morale, la théologie spirituelle… ; et de manière plus
spécifique avec la catéchèse, la théologie pastorale, la théologie de l’évangélisation, la
théologie de l’éducation et de la communication.
La culture chrétienne
102. La culture chrétienne naît de la conscience de la centralité de Jésus-Christ et de son
Évangile, qui transforme la vie des hommes. En pénétrant lentement les différentes cultures,
la foi chrétienne les a assumées, purifiées et transformées de l’intérieur, en faisant du style
évangélique leur trait essentiel, contribuant à la création d’une culture nouvelle et originale,
cette culture chrétienne qui, au cours des siècles, a produit de véritables chefs-d’œuvre dans
tous les domaines de la connaissance. Elle a servi de support et de véhicule à l’annonce de
l’Évangile et, au cours des évolutions historiques, parfois marquées par des conflits
idéologiques et culturels, a réussi à préserver de véritables valeurs évangéliques telles que, par
exemple, l’originalité de la personne humaine, la dignité de la vie, la liberté comme condition
de la vie humaine, l’égalité entre l’homme et la femme, la nécessité de « rejeter le mal et
choisir le bien » (Is 7, 15), l’importance de la compassion et de la solidarité, le soulagement
du pardon et de la miséricorde, le besoin d’ouverture à la transcendance.
103. Au cours des siècles, cependant, on en est venu, en particulier dans les sociétés
façonnées par la culture chrétienne, à une crise culturelle, résultat d’un sécularisme exacerbé
qui a conduit à une fausse conception de l’autonomie. Ont été acceptés comme critères
seulement ceux qui étaient fondés sur le consensus social ou sur les opinions subjectives, qui
souvent contrastent avec l’éthique naturelle. Cette « rupture entre Évangile et culture est sans
doute le drame de notre époque, comme ce fut aussi celui d’autres époques »[111]. Par
conséquent, la nécessité d’une nouvelle compréhension de la capacité unificatrice de la
culture chrétienne[112], permettant à l’Évangile de libérer les énergies de la véritable
humanité, de la paix, de la justice, de la culture de la rencontre, apparaît évidente. Ces
énergies qui sont à la base de la culture chrétienne rendent la foi plus compréhensible et
désirable.
23
104. La culture chrétienne a joué un rôle déterminant dans la préservation des cultures
antérieures et dans le développement de la culture internationale. Elle a par exemple été
capable d’interpréter, dans un esprit nouveau, les grandes conquêtes réalisées par la
philosophie grecque et par la jurisprudence romaine pour en faire le patrimoine de toute
l’humanité. Elle a également façonné la perception de ce qui est bien, juste, vrai et beau, en
suscitant la création d’œuvres – textes littéraires et scientifiques, compositions musicales,
chefs-d’œuvre de l’architecture et de la peinture – qui resteront dans le temps un témoignage
de l’apport de la foi chrétienne, en constituant son patrimoine intellectuel, moral et esthétique.
105. Cet héritage, d’une grande valeur historique et artistique, est une source qui inspire et
féconde la catéchèse, dans le sens où elle transmet la vision chrétienne du monde avec la force
créatrice de la beauté. La catéchèse pourra faire usage du patrimoine culturel chrétien dans sa
tentative de « sauvegarder dans l’humanité les puissances de contemplation et d’admiration
qui conduisent à la sagesse » (GS 56) et d’éduquer, en période de fractionnement, à la vision
de « l’intégralité de sa personnalité, en qui prédominent les valeurs d’intelligence, de volonté,
de conscience et de fraternité, valeurs qui ont toutes leur fondement en Dieu Créateur et qui
ont été guéries et élevées d’une manière admirable dans le Christ » (GS 61). L’énorme
patrimoine culturel chrétien, présenté selon les pensées de ses auteurs, peut efficacement
arbitrer l’intériorisation des éléments centraux du message évangélique.
La beauté
106. D’une façon non équivoque, l’Écriture sainte présente Dieu comme la source de toute
splendeur et beauté. L’Ancien Testament montre la création, avec l’homme à son sommet,
comme une bonne et belle chose, non pas tant dans le sens de l’ordre et de l’harmonie, mais
de la gratuité, libre de tout fonctionnalisme. Face à la création, qui doit être admirée et
contemplée pour elle-même, il y a la stupeur, l’extase, une réaction émotionnelle et affective.
Les œuvres de l’homme, tel le superbe temple de Salomon (cf. 1 R 7-8), méritent l’admiration
car elles sont liées au Créateur.
107. Dans le Nouveau Testament, toute la beauté est concentrée dans la personne de Jésus-
Christ, révélateur de Dieu et « rayonnement de [sa] gloire, expression parfaite de son être »
(He 1, 3). Son Évangile est fascinant parce qu’il s’agit d’une belle, bonne et joyeuse nouvelle
pleine d’espérance. Lui, « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14), en assumant l’humanité et
en la faisant sienne, a raconté à travers les paraboles la beauté de l’action de Dieu. Dans sa
relation avec les hommes, il a prononcé de belles paroles qui, de manière efficace, guérissent
les profondeurs de l’âme : « Tes péchés sont pardonnés » (Mc 2, 5), « Moi non plus, je ne te
condamne pas » (Jn 8, 11), « Dieu a tellement aimé le monde » (Jn 3, 16), « Venez à moi,
vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11,
28). Il a accompli de belles actions : il a guéri, il a libéré, il a accompagné en touchant les
blessures de l’humanité. En endurant la cruauté de la condamnation à mort comme quelqu’un
qui est « sans apparence ni beauté » (Is 53, 2), il a été reconnu comme « beau, comme aucun
des enfants de l’homme » (Ps 44, 3). Ainsi, il a amené l’humanité, purifiée, dans la gloire du
Père, où il est lui-même « à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux » (He 1,
3) et a ainsi révélé tout le pouvoir transformateur de sa Pâque.
108. L’Église considère donc que l’annonce du Ressuscité, pour atteindre le cœur humain,
doit resplendir de bonté, de vérité et de beauté. En ce sens, « il est bien que chaque catéchèse
prête une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis) »[113]. Toute beauté
peut être un chemin qui permet la rencontre avec Dieu, mais le critère de son authenticité ne
peut être uniquement esthétique. Il faut discerner entre la vraie beauté et les formes
apparemment belles mais vides, voire nocives, tel le fruit défendu du paradis terrestre (cf. Gn
3, 6). Ces critères se trouvent dans l’exhortation paulinienne : « Tout ce qui est vrai et noble,
tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle
vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte » (Ph 4, 8).
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nourrit la nouvelle vie qui en découle, en témoigne, et devient un signe pour les autres. La foi
contient la mémoire de l’histoire de Dieu avec les hommes. Garder cette mémoire, l’éveiller
chez les autres et la mettre au service de l’annonce est la vocation spécifique du catéchiste. Le
témoignage de la vie est nécessaire à la crédibilité de la mission. En reconnaissant leur propre
fragilité face à la miséricorde de Dieu, le catéchiste ne cesse d’être le signe de l’espérance
pour ses frères[117];
115. enseignant et mystagogue qui introduit dans le mystère de Dieu, révélé dans la Pâque
du Christ ; en tant qu’icône de Jésus Maître, le catéchiste a la double mission de transmettre le
contenu de la foi et de conduire au mystère de la foi elle-même. Le catéchiste est appelé à
s’ouvrir à la vérité sur l’homme et sur sa vocation ultime, en communiquant la connaissance
du Christ et, en même temps, à introduire dans les diverses dimensions de la vie chrétienne,
en révélant les mystères du salut contenus dans le dépôt de la foi et actualisés dans la liturgie
de l’Église ;
116. accompagnateur et éducateur de ceux qui lui sont confiés par l’Église ; le catéchiste
est un expert dans l’art de l’accompagnement[118], il possède des compétences
pédagogiques, il sait écouter et entrer dans la dynamique de la maturation humaine, se fait
compagnon de voyage avec patience et sens de la gradualité, dans la docilité à l’action de
l’Esprit, dans un processus de formation, en aidant les frères à mûrir dans la vie chrétienne et
à cheminer vers Dieu. Le catéchiste, expert en humanité, connaît les joies et les espérances de
l’homme, ses tristesses et ses angoisses (cf. GS 1) et sait les relier à l’Évangile de Jésus.
L’ÉVÊQUE, PREMIER CATÉCHISTE
114. « L’évêque est le premier annonciateur de l’Évangile par la parole et par le
témoignage de sa vie »[119] et, en tant que premier responsable de la catéchèse dans le
diocèse, il a pour fonction principale, en même temps que la prédication, de promouvoir la
catéchèse et de préparer les différentes formes de catéchèse nécessaires aux fidèles selon les
principes et les normes émanant du Siège apostolique. L’évêque, en plus de la précieuse
collaboration des Offices diocésains, peut se prévaloir de l’aide d’experts en théologie, en
catéchèse et en sciences humaines, ainsi que des centres de formation et de recherche
catéchétique. Le souci de l’évêque pour l’activité catéchétique l’invite à :
115. être attentif à la catéchèse en s’occupant directement de la transmission de l’Évangile
et en gardant intact le dépôt de la foi ;
116. assurer l’inculturation de la foi dans le territoire en privilégiant une catéchèse
efficace ;
117. élaborer un projet global de catéchèse, qui soit au service des besoins du peuple de
Dieu et en harmonie avec les projets pastoraux diocésains et ceux de la Conférence
épiscopale ;
118. susciter et maintenir « une véritable passion de la catéchèse, une passion qui s’incarne
dans une organisation adaptée et efficace, mettant en œuvre les personnes, les moyens et les
outils, et aussi les ressources nécessaires »[120];
119. veiller à ce que les « catéchistes soient dûment préparés à leur tâche : ils devront bien
connaître la doctrine de l’Église et apprendre, dans la théorie comme dans la pratique, les lois
de la psychologie et les disciplines de la pédagogie » (CD 14)[121];
120. veiller attentivement à la qualité des textes et des outils de catéchèse.
L’évêque ressent l’urgence, tout au moins pendant les temps forts de l’année liturgique,
notamment le Carême, de convoquer le peuple de Dieu dans sa propre cathédrale pour
développer sa catéchèse.
LE PRÊTRE DANS LA CATÉCHÈSE
115. Le prêtre, en tant que premier collaborateur de l’évêque et de par son mandat, en
qualité d’éducateur dans la foi (cf. PO 6), a la responsabilité d’animer, de coordonner et de
diriger l’activité catéchétique de la communauté qui lui a été confiée[122]. « La référence au
26
« Pour que les familles puissent être toujours davantage des sujets actifs de la pastorale
familiale, il faut un effort d’évangélisation et de catéchèse envers la famille, qui l’oriente dans
ce sens »[131]. Le plus grand défi dans ce cas est que les couples, les mères et les pères, sujets
actifs de la catéchèse, surmontent la mentalité de délégation si courante, selon laquelle la foi
est réservée aux spécialistes de l’enseignement religieux. Cette mentalité est parfois
encouragée par la communauté elle-même qui peine à organiser la catéchèse dans un style
familial et à partir des familles elles-mêmes. « L’Église est appelée à collaborer, par une
action pastorale adéquate, afin que les parents eux-mêmes puissent accomplir leur mission
éducative »[132], devenant d’abord les premiers catéchistes de leurs enfants.
Parrains et marraines, collaborateurs des parents
125. Dans le parcours d’initiation à la vie chrétienne, l’Église invite à réévaluer l’identité et
la mission du parrain et de la marraine, comme soutien à la mission éducative des parents.
Leur tâche est de « montrer la pratique de l’Évangile dans la vie individuelle et sociale avec
une familiarité amicale avec le catéchumène, l’aider dans les doutes et les angoisses,
témoigner de lui et veiller au développement de sa vie baptismale »[133]. Nous sommes
conscients que le choix, souvent, n’est pas motivé par la foi, mais est fondé sur des habitudes
familiales ou sociales : cela a grandement contribué à la dévalorisation de ces figures
éducatives. Compte tenu de la responsabilité que ce rôle implique, la communauté chrétienne
devrait indiquer, avec discernement et dans un esprit créatif, des parcours de catéchèse aux
parrains et marraines, qui les aideraient à retrouver le don de la foi et de l’appartenance
ecclésiale. Les personnes désignées pour ce rôle se sentent souvent poussées à réveiller la foi
baptismale et à entamer un nouveau chemin d’engagement et de témoignage. L’éventuel refus
d’effectuer cette mission pourrait avoir pour eux des conséquences qu’il faut évaluer avec une
grande attention pastorale. Dans les cas où il n’y a pas de conditions objectives[134] pour
qu’une personne accomplisse cette tâche, conditions qu’il convient de signaler dans le
dialogue qui précède le choix, en accord avec les familles et en fonction du discernement des
pasteurs, les parrains et marraines peuvent également être identifiés parmi les acteurs
pastoraux (catéchistes, éducateurs, animateurs), comme témoins de foi et de présence
ecclésiale.
Le service des grands-parents pour la transmission de la foi
126. Avec les parents, les grands-parents, surtout dans certaines cultures, jouent un rôle
particulier dans la transmission de la foi aux plus jeunes[135]. Les Écritures, elles aussi,
parlent de la foi des grands-parents comme témoignage pour les petits-enfants (cf. 2 Tm 1, 5).
« L’Église a toujours eu à l’égard des grands-parents une attention particulière, en
reconnaissant en eux une grande richesse du point de vue humain et social, mais aussi
religieux et spirituel »[136]. Face à la crise qui secoue les familles, les grands-parents,
souvent plus enracinés dans la foi chrétienne et bénéficiant d’un passé riche en expériences,
deviennent des références importantes. En effet, beaucoup de gens doivent souvent à leurs
grands-parents leur initiation à la vie chrétienne. La contribution des grands-parents est
importante dans la catéchèse à la fois parce qu’ils ont davantage de temps à y consacrer et
parce qu’ils ont la capacité d’encourager les jeunes générations grâce au rôle affectif qu’ils
jouent auprès d’elles. Leur sagesse est souvent décisive pour la croissance de la foi. La prière
de supplication et le chant de louange des grands-parents soutiennent la communauté qui
travaille et lutte dans la vie.
La grande contribution des femmes à la catéchèse
127. Les femmes jouent un rôle précieux dans les familles et les communautés chrétiennes,
offrant leurs services en tant qu’épouses, mères, catéchistes, et agents pastoraux. Elles ont
comme exemple Marie « le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux
qui, associés à la mission apostolique de l’Église, coopèrent pour la régénération des
hommes » (LG 65). Jésus avec ses paroles et ses gestes montre comment reconnaître la valeur
29
de la femme. Effectivement, il les a voulues avec lui en tant que disciples (cf. Mc 15, 40-41)
et il a confié à Marie Madeleine et à d’autres femmes la joie d’apporter aux apôtres l’annonce
de sa résurrection (cf. Mt 28, 9-10 ; Mc 16, 9-10 ; Lc 24, 8-9 ; Jn 20, 18). De même, la
communauté primitive a ressenti le besoin de s’approprier l’enseignement de Jésus et a
accueilli la présence des femmes dans l’œuvre d’évangélisation comme un don précieux (cf.
Lc 8, 1-3 ; Jn 4, 28-29).
128. Les communautés chrétiennes sont constamment animées par le génie féminin dont il
faut reconnaître la contribution à la réalisation de la vie pastorale comme essentielle et
indispensable. La catéchèse est l’un de ces services qui conduit à reconnaître la grande
contribution des catéchistes qui se consacrent à ce ministère avec dévouement, passion et
compétence. Dans leur vie, elles incarnent l’image de la maternité, sachant témoigner, même
dans les moments difficiles, de la tendresse et du dévouement de l’Église. Elles sont capables
de comprendre, avec une sensibilité particulière, l’exemple de Jésus : servir dans les petites
comme dans les grandes choses est l’attitude de ceux qui ont pleinement compris l’amour de
Dieu pour l’homme et ne peuvent que le transmettre à leur prochain, en prenant soin des
personnes et des choses du monde.
129. Apprécier la sensibilité spécifique des femmes en catéchèse ne signifie pas occulter la
présence tout aussi significative des hommes. En effet, à la lumière des changements
anthropologiques, celle-ci est indispensable. Pour une croissance humaine et spirituelle saine,
on ne peut se passer des deux présences, féminine et masculine. La communauté chrétienne
sait donc valoriser à la fois la présence des femmes catéchistes, dont le nombre est d’une
importance considérable pour la catéchèse, et celle des hommes catéchistes, qui jouent
aujourd’hui un rôle irremplaçable notamment auprès des adolescents et des jeunes. En
particulier, la présence de jeunes catéchistes, qui apportent une contribution particulière
pleine d’enthousiasme, de créativité et d’espérance, est tout à fait appréciable. Ceux-ci sont
appelés à se sentir responsables de la transmission de la foi.
CHAPITRE IV
LA FORMATION DES CATÉCHISTES
NATURE ET FINALITÉ DE LA FORMATION DES CATÉCHISTES
130. Au cours des siècles, l’Église n’a jamais négligé d’accorder la priorité à la formation
des catéchistes. Au début du christianisme, la formation, qui se vivait sous une forme
expérientielle, s’articulait autour de la rencontre vitale avec Jésus-Christ, annoncée avec
authenticité et attestée par la vie. Le caractère de témoignage est devenu la marque de
qualification de tout le processus de formation, qui progressivement introduisait dans le
mystère de la foi de l’Église. Surtout dans une période comme celle que nous vivons
actuellement, il est important de prendre sérieusement en considération la rapidité des
mutations sociales et la pluralité culturelle, ainsi que les défis qui en découlent. Tout cela met
en évidence le fait que la formation des catéchistes requiert une attention particulière car la
qualité des propositions pastorales est nécessairement liée aux personnes qui les font exister.
Face à la complexité et aux besoins de l’époque dans laquelle nous vivons, il est juste que les
Églises particulières consacrent l’énergie et les ressources appropriées à la formation des
catéchistes.
131. La formation est un processus permanent qui, sous la conduite de l’Esprit et dans le
sein vivant de la communauté chrétienne, aide le baptisé à prendre forme, c’est-à-dire à
révéler son identité la plus profonde qui est celle d’enfant de Dieu dans une relation de
profonde communion avec les autres frères. L’œuvre de formation agit comme une
transformation de la personne, qui intériorise de manière existentielle le message évangélique,
de sorte que celui-ci puisse être lumière et orientation pour sa vie et sa mission ecclésiales. Il
s’agit d’un processus qui, se déroulant dans l’intimité du catéchiste, touche profondément sa
30
137. La catéchèse comme formation intégrale : il s’agit de « former des catéchistes pour
qu’ils soient en mesure de donner non seulement un enseignement mais également une
formation chrétienne intégrale, par la promotion de “tâches d’initiation, d’éducation et
d’enseignement”. Autrement dit, des catéchistes qui soient, à la fois, des maîtres, des
éducateurs et des témoins »[cxxxviii]. C’est pourquoi la formation des catéchistes sait
également s’inspirer de l’expérience catéchuménale qui, entre autres éléments, se caractérise
précisément par cette vision d’ensemble de la vie chrétienne.
138. Style de l’accompagnement : l’Église estime qu’elle se doit de former ses catéchistes à
l’art de l’accompagnement personnel, à la fois en leur proposant de faire l’expérience d’être
accompagnés pour grandir comme disciple, en les envoyant et en les habilitant, pour qu’ils
puissent accompagner leurs frères. Ce style requiert une humble volonté de se laisser toucher
par les questions et interpeller par les situations de la vie, avec un regard plein de compassion,
mais aussi de respect pour la liberté d’autrui. La nouveauté à laquelle le catéchiste est appelé
réside dans la proximité, dans l’accueil inconditionnel et dans la gratuité avec laquelle il se
rend disponible pour cheminer aux côtés des autres pour les écouter et expliquer les Écritures
(cf. Lc 24, 13-35 ; Ac 8, 26-39), sans établir à l’avance le parcours, sans prétendre en voir les
fruits et sans se retenir.
139. Cohérence entre les styles de formations : « Comme critère général, il faut souligner la
nécessité d’une cohérence entre la pédagogie globale de la formation des catéchistes et la
pédagogie propre à un processus catéchétique. Dans son activité, le catéchiste aurait beaucoup
de mal à improviser un style et une sensibilité auxquels il n’aurait pas été initié pendant sa
formation »[cxxxix].
140. Perspective de la docilité et de l’autoformation : les sciences de l’éducation indiquent
certaines attitudes comme conditions d’un parcours de formation fructueux. Tout d’abord, il
est nécessaire que le catéchiste fasse mûrir en lui la docilité, à savoir cette disposition à se
laisser toucher par la grâce, par la vie, par les personnes dans une attitude sereine et positive
face à la réalité afin d’apprendre à apprendre. De plus, la disponibilité à vouloir se former
soi-même est ce qui permet au catéchiste de pratiquer sa propre méthode de formation et de
savoir comment l’appliquer à lui-même et au service ecclésial. Il s’agit concrètement de se
comprendre comme un sujet en constante formation et ouvert à la nouveauté de l’Esprit, de
savoir préserver et nourrir soi-même sa propre vie de foi, d’accueillir le groupe des catéchistes
comme une ressource pour l’apprentissage, de prendre soin de se tenir à jour.
141. Dynamique du laboratoire[cxl] dans le contexte du groupe, en tant que pratique de
formation dans laquelle la foi s’apprend en faisant, c’est-à-dire en valorisant ce qui est vécu,
les contributions et les reformulations de chacun, en vue d’un apprentissage transformateur.
LES DIMENSIONS DE LA FORMATION
136. La formation du catéchiste comprend plusieurs dimensions. La plus profonde fait
référence au fait d’être catéchiste, avant même de faire le catéchiste. En fait, la formation
l’aide à mûrir en tant que personne, en tant que croyant et en tant qu’apôtre. Aujourd’hui,
cette dimension se décline également dans le sens du savoir être avec, qui met en évidence
combien l’identité personnelle est toujours une identité relationnelle. De plus, pour que le
catéchiste puisse mener à bien sa tâche, la formation sera également attentive à la dimension
du savoir, qui implique une double fidélité au message et à la personne dans le contexte où
elle vit. Enfin, la catéchèse étant un acte de communication et d’éducation, la formation ne
négligera pas la dimension du savoir-faire.
137. Les dimensions de la formation des catéchistes ne peuvent être considérées
indépendamment les unes des autres, mais plutôt profondément corrélées, puisque ce sont des
aspects de l’unité indivisible de la personne. Pour une croissance harmonieuse de la personne
qu’est le catéchiste, il faut que le travail de formation veille à ne pas accentuer une dimension
32
par rapport à une autre, mais cherche au contraire à favoriser un développement équilibré, en
intervenant sur les aspects qui se révèlent être les plus lacunaires.
138. L’engagement à acquérir ces compétences, en revanche, ne doit pas faire penser aux
catéchistes comme à des agents compétents dans divers domaines, mais avant tout comme à
des personnes qui ont fait l’expérience de l’amour de Dieu et qui, pour cette seule raison, se
mettent au service de l’annonce du Royaume. La conscience de ses propres limites ne peut
décourager le catéchiste d’accepter l’appel au service ; au contraire, il peut y répondre en
s’appuyant sur la relation vivante avec le Seigneur et sur le désir de vivre la vie chrétienne
avec authenticité, et en mettant généreusement à la disposition de la communauté les « cinq
[pains] et deux poissons » (cf. Mc 6, 38) de leurs propres charismes personnels. « En même
temps employons-nous à une meilleure formation. […] Notre imperfection ne doit pas être
une excuse ; au contraire, la mission est un stimulant constant pour ne pas s’installer dans la
médiocrité et pour continuer à grandir »[cxli].
Être et savoir être avec : maturité humaine, chrétienne et conscience missionnaire
139. Dans la dimension de l’être, le catéchiste est formé pour devenir un témoin de la foi et
un gardien de la mémoire de Dieu. La formation aide le catéchiste à reconsidérer sa propre
action catéchétique comme une opportunité de croissance humaine et chrétienne. Sur la base
d’une maturité humaine initiale, le catéchiste est appelé à croître constamment dans
l’équilibre affectif, le sens critique, l’unité et la liberté intérieures, en vivant des relations qui
soutiennent et enrichissent la foi. « La vraie formation alimentera surtout la spiritualité du
catéchiste, afin que son activité naisse vraiment de son témoignage de vie »[cxlii]. La
formation soutient donc la conscience missionnaire du catéchiste, à travers l’intériorisation
des exigences du Royaume que Jésus a manifestées. Le travail de formation en faveur de la
maturation humaine, chrétienne et missionnaire nécessite un certain accompagnement dans le
temps, car il intervient sur le cœur qui sous-tend l’action de la personne.
140. À partir de ce niveau d’intériorité, germe le savoir être avec, comme capacité naturelle
nécessaire à la catéchèse entendue comme acte d’éducation et de communication. La
communion ecclésiale est en effet greffée sur la faculté d’être en relation, inhérente à
l’essence de la personne (cf. Gn 2, 18). La formation des catéchistes prend soin de révéler et
de faire croître cette capacité relationnelle, qui s’exprime dans cette disposition à vivre les
relations humaines et ecclésiales de manière fraternelle et sereine[cxliii].
141. En réaffirmant son attachement à la maturation humaine et chrétienne des catéchistes,
l’Église attire l’attention sur la nécessité de veiller avec détermination afin que, dans
l’accomplissement de sa mission, soit garantie à chaque personne, en particulier aux mineurs
et aux personnes vulnérables, une protection absolue contre toute forme d’abus. « Pour que
ces phénomènes, sous toutes leurs formes, ne se reproduisent plus, il faut une conversion
continue et profonde des cœurs, attestée par des actions concrètes et efficaces qui impliquent
chacun dans l’Église, si bien que la sainteté personnelle et l’engagement moral puissent
contribuer à promouvoir la pleine crédibilité de l’annonce évangélique et l’efficacité de la
mission de l’Église »[cxliv].
142. Le catéchiste, en raison de son service, joue un rôle à l’égard des personnes qu’il
accompagne dans la foi et est perçu par elles comme une personne de référence, qui exerce
une certaine forme d’autorité. Il devient donc nécessaire que ce rôle soit vécu dans le respect
absolu de la conscience et de la personne d’autrui afin d’éviter tout type d’abus, qu’il soit de
pouvoir, de conscience, économique ou sexuel. Les catéchistes, dans leurs parcours de
formation et à travers un dialogue honnête avec leur propre guide spirituel, reçoivent l’aide
qui leur permet d’identifier la bonne façon de vivre leur propre autorité uniquement comme
un service rendu à leurs frères. De plus, afin de ne pas trahir la confiance des personnes qui
leur sont confiées, ils doivent faire la distinction entre le for externe et le for interne et
33
apprendre à avoir un grand respect pour la liberté sacrée de l’autre, sans la violer ni la
manipuler d’aucune façon.
Savoir : formation biblico-théologique et connaissance de l’homme et du contexte social
143. Le catéchiste est également un maître qui enseigne la foi. En effet, celui qui fait du
témoignage sa première vertu, n’oublie pas qu’il est aussi responsable de la transmission de la
foi ecclésiale. Dans sa formation, donc, de l’espace est donné à l’approfondissement et à
l’étude du message à transmettre en lien avec le contexte culturel, ecclésial et existentiel de
l’interlocuteur. Il faudra ne pas sous-estimer la nécessité de cet aspect de la formation,
intimement lié au désir d’approfondir la connaissance de Celui que, dans la foi, le catéchiste a
déjà reconnu comme son Seigneur. L’assimilation du contenu de la foi en tant que sagesse de
la foi s’effectue avant tout à travers la familiarité avec l’Écriture sainte et l’étude du
Catéchisme de l’Église catholique, des catéchismes de l’Église particulière, des documents
magistériels.
144. Pour cela il faut que le catéchiste connaisse :
les grandes étapes de l’histoire du salut : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament
et l’histoire de l’Église, à la lumière du mystère pascal de Jésus-Christ ;
les éléments essentiels du message et de l’expérience chrétienne : le symbole de la foi,
la liturgie et les sacrements, la vie morale et la prière ;
les principaux éléments du Magistère ecclésial concernant l’annonce de l’Évangile et
la catéchèse.
De plus, dans certaines parties du monde, où vivent ensemble des catholiques de différentes
traditions ecclésiales, les catéchistes auront une connaissance générale de la théologie, de la
liturgie et de la discipline sacramentelle de leurs frères. Enfin, dans les contextes
œcuméniques et dans ceux du pluralisme religieux, il faut veiller à faire connaître aux
catéchistes les éléments essentiels de la vie et de la théologie des autres Églises et
communautés chrétiennes et des autres religions, afin que, dans le respect de l’identité de
chacun, le dialogue soit authentique et fructueux.
145. Lors de la présentation du message, il est cependant nécessaire d’être attentif à la
manière de le faire, de sorte qu’il puisse être accepté et reçu de matière active. Il faut donc
concilier :
146. le caractère synthétique et kérygmatique, de sorte que les divers éléments de la foi
soient présentés dans une vision unitaire et organique, et capable de faire appel à l’expérience
humaine ;
147. la qualité narrative du récit biblique, qui « implique toujours de rapprocher les
Écritures de la foi et de la Tradition de l’Église, de sorte que ces paroles soient perçues
comme vivantes […] afin que tout fidèle reconnaisse que sa propre existence personnelle
appartient aussi à cette histoire »[cxlv];
148. un style catéchétique de contenus théologiques, qui valorise les conditions de vie des
personnes ;
149. une connaissance de type apologétique, qui montre que la foi ne s’oppose pas à la
raison et met en évidence les vérités d’une anthropologie correcte, éclairée par la raison
naturelle ; le rôle des preambula fidei est souligné pour « développer un nouveau discours sur
la crédibilité, une apologétique originale qui aide à créer les dispositions pour que l’Évangile
soit écouté par tous »[cxlvi].
150. En même temps que la fidélité au message de foi, le catéchiste est appelé à connaître
l’homme concret et le contexte socioculturel dans lequel il vit. Comme tous les chrétiens,
mais d’une manière particulière, les catéchistes « vivent donc en très étroite union avec les
autres hommes de leur temps et […] s’efforcent de comprendre à fond leurs façons de penser
et de sentir, telles qu’elles s’expriment par la culture » (GS 62). Le catéchiste parvient à cette
connaissance par l’expérience et le retour réfléchi sur celle-ci, mais aussi grâce à la précieuse
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[119] JEAN-PAUL II, exhortation apostolique post-synodale Pastores gregis (16 octobre
2003), 26. Cf. DGC 222.
[120] CT 63 ; cf. aussi CDC c. 775 § 1 ; CCEO c. 623 § 1.
[121] Cf. aussi CIC c. 780.
[122] Cf. CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire pour le ministère et la vie des
prêtres (11 février 2013), 65. Cf. DGC 224.
[123] JEAN-PAUL II, Discours aux participants au congrès « Les prêtres et la catéchèse en
Europe » (8 mai 2003), 3.
[124] CONGRÉGATION POUR L’ÉDUCATION CATHOLIQUE CONGRÉGATION
POUR LE CLERGÉ, Directoire pour la vie et le ministère des diacres permanents (22 février
1998), 25.
[125] Ibid., 26.
[126] JEAN-PAUL II, exhortation apostolique Vita consecrata (25 mars 1996), 20.
[127] DGC 229.
[128] CEC 429.
[129] DGC 231.
[130] JEAN-PAUL II, exhortation apostolique Familiaris consortio (22 novembre 1981), 38.
[131] AL 200.
[132] AL 85.
[133] RICA 46.
[134] Cf. CDC c. 874 ; CCEO c. 685.
[135] Cf. FRANÇOIS, Audience générale (4 et 11 mars 2015).
[136] BENOÎT XVI, Discours aux participants de l’assemblée plénière du Conseil pontifical
pour la famille (5 avril 2008).
[cxxxvii] DGC 254.
[cxxxviii] DGC 237, cf. aussi CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire
catéchétique général (11 avril 1971), 31.
[cxxxix] DGC 237. Cf. EG 171 : « Plus que jamais, nous avons besoin d’hommes et de
femmes qui, à partir de leur expérience d’accompagnement, connaissent la manière de
procéder ».
[cxl] Cf. JEAN-PAUL II, Discours à la veillée de prière au terme de la XV e Journée mondiale
de la jeunesse (19 août 2000) : le processus permettant d’expérimenter concrètement une
maturation de l’acte de foi comme élément de transformation intérieure a été présenté par
Jean-Paul II comme un laboratoire de la foi.
[cxli] EG 121.
[cxlii] DGC 239.
[cxliii] Concernant cet aspect particulier, cf. n os 88-89 (« Introduire à la vie communautaire »)
de ce Directoire.
[cxliv] FRANÇOIS, lettre apostolique Vos estis lux mundi (7 mai 2019).
[cxlv] BENOÎT XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre
2010), 74.
[cxlvi] EG 132 ; cf. aussi SYNODE DES ÉVÊQUES, XIIIe ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
ORDINAIRE, La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. Liste
finale des propositions (27 octobre 2012), 17.
[cxlvii] Cf. DGC 243.
[cxlviii] 12. DGC 244.
[cxlix] Cf. CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Le don de la vocation presbytérale.
Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis (8 décembre 2016), spécialement les nos 59, 72,
157b, 177, 181, 185.