Fin 2
Fin 2
Nul ne peut se faire justice à soi-même. C’est pourquoi, lorsqu’un conflit est
né et qu'une solution amiable n'aboutit pas, il devient souvent nécessaire de saisir la
justice. Deux types de recours judiciaires existent : la voie judiciaire ordinaire lorsque
les parties doivent passer par un juge étatique pour régler le litige, et les voies
judiciaires alternatives. Parmi ces voies alternatives on trouve l’arbitrage1 .
L’arbitrage s'impose alors comme une alternative aux tribunaux étatiques, permettant
aux parties de choisir un ou plusieurs arbitres pour statuer sur leur différend. Ce mode
de résolution des conflits, plus flexible et confidentiel que la voie judiciaire classique,
est apprécié pour sa rapidité et pour la possibilité qu'il offre aux parties de désigner
elles-mêmes les personnes chargées de rendre une décision. L’arbitrage est devenu une
solution prisée dans de nombreux domaines, offrant un cadre efficace pour parvenir à
une résolution équitable et définitive des litiges.
Toutefois, elle n'a pas abordé la médiation comme un moyen alternatif de règlement
des différends et s'est limitée à la réglementation de l'arbitrage interne, sans inclure
l'arbitrage international2 .
Pour combler ces lacunes, les dispositions régissant l'arbitrage dans le Code de
procédure civile ont été modifiées par la loi 08.05, abrogeant et remplaçant le chapitre
1 [Link] , consulté le
12/11/2024
L'une des premières avancées de cette réforme est la séparation des dispositions
relatives à l'arbitrage et à la médiation conventionnelle du code de procédure civile,
créant ainsi un cadre législatif distinct. De plus, la loi 95-17 a permis d'apporter des
clarifications essentielles en définissant plusieurs notions, renforçant ainsi la
compréhension et l'application des règles en matière d'arbitrage.
Le législateur marocain a défini l'arbitrage dans l'article 1 de la loi 95.17 comme suit :
« L'arbitrage est la soumission d'un litige à un tribunal arbitral qui reçoit des parties la
mission de résoudre le litige en vertu d'une convention d'arbitrage » . À côté de la
définition législative, la doctrine marocaine4 apporte également un éclairage sur
l’arbitrage. Abdellah Khial, par exemple, le définit comme un mode alternatif de
règlement des litiges par recours à une ou plusieurs personnes privées, (les arbitres)
3Boukhima, A., & Ouhssaine, L. (2023). « Quelques réflexions sur la nouvelle loi 95-17 relative à l'arbitrage au
Maroc ». Revue Internationale du Chercheur, Volume 4, Numéro 3, p. 3.
4Mohammed Amine Sourhami, L'arbitrage en droit marocain et ses évolutions, Faculté de droit - Droit
Privé, 2015, p. 13.
choisies par les parties en vue d'obtenir une décision impérative ,en dehors des
juridictions étatiques .
De ce fait, la problématique sera celle de savoir : quelles sont les différentes demandes
recevables en arbitrage ? et dans quelle mesure ce mode de résolution de litiges est-il
capable de les traiter de manière équitable et efficace pour les parties en conflit ?
Afin de répondre à cette problématique, il sera judicieux de traiter, dans une première
partie, les demandes principales et incidentes, et dans une deuxième partie, les
mesures provisoires et conservatoires ainsi que les ordonnances que le tribunal
arbitral peut prononcer dans le cadre de la procédure.
Plan
CHAPITRE I :
Avant de soumettre une demande d’arbitrage, plusieurs éléments doivent être vérifiés6 .
D’abord, il faut s’assurer de l'existence d'une convention d'arbitrage , cette convention
doit être établie par écrit mais peut résulter d'un procès-verbal dressé devant le tribunal
arbitral désigné . Ensuite, en présence d’une clause de médiation préalable, la
constitution du tribunal arbitral ne pourra commencer qu’après confirmation de l’échec
de cette médiation. Enfin, la nature du litige doit être vérifiée pour s'assurer de
son arbitrabilité , car seuls les différends portant sur des droits librement négociables
peuvent être soumis à arbitrage. La loi n° 95-17, par exemple dans ses articles 15 et
16, exclut certains litiges de l’arbitrage.
5Jalal El Ahdab et Daniel Mainguy, Droit de l'arbitrage : théorie et pratique, LexisNexis, Paris, 2021, p.
663.
6 Zineb NACIRI-BENNANI, Constituer un tribunal arbitral ad hoc, LexisMA, 15 juillet 2023, p. 4.
Cette requête est accompagnée de tous documents et toutes preuves à son soutien, et
les autres parties sont notifiées par tous moyens.
Ainsi, dans le cadre d’un arbitrage ad hoc 7, il n’y a pas d’institution qui gère
l’arbitrage. Il appartiendra à la partie demanderesse de notifier directement à la partie
adverse sa requête d’arbitrage et bien entendu de veiller à obtenir une preuve de ce que
la partie adverse a bien reçu cette requête d’arbitrage.
Cependant, cette avance est imputée sur les frais et honoraires globaux que le
demandeur devra payer pour l’arbitrage, donc elle réduit le montant total dû plus tard.
7 Zineb Naciri-Bennani, Introduction d’une demande d’arbitrage, Lexis Maroc, 26 juillet 2023, p. 4.
Une fois que le demandeur a payé cette avance, le Secrétariat de la Cour envoie une
copie de la demande d’arbitrage et des documents associés à la partie défenderesse .
Dès réception de cette demande d’arbitrage par la partie adverse , cette dernière est
tenue d’y répondre . Conformément à l’article 36 de la loi 95-17 , qui dispose que le
défendeur à l’arbitrage répond par des mémoires écrits ou adressés par les moyens
électroniques qui contiennent tous ses moyens de défense et ses demandes
reconventionnelles ou incidentes accompagnés de tous documents et toutes preuves
nécessaires .
En effet, l’article 38 de la loi n° 95-17 prévoit qu’une copie de tout ce qui est soumis
par chaque partie au tribunal arbitral, qu’il s’agisse de mémoires ou tous documents,
est communiquée à l'autre partie, ainsi que tout ce qui est soumis au tribunal arbitral
comme rapports d'experts et autres éléments de preuve en leur donnant un délai pour
soumettre leurs réponses et observations.
Les demandes incidentes dans le procès sont des demandes introduites au cours de
l'instance par l’une des parties, leur introduction permet à ces derniers de modifier leurs
prétentions ainsi que l'objet initial du litige en vue d'adapter l'instance à l'évolution que
les faits ont connue8.
En d’autres termes les demandes incidentes sont des demandes qui sont formulées au
cours même de l'instance, une fois que l'instance a été introduite par la demande initiale.
Ce sont des demandes nouvelles qui viennent se greffer sur la demande initiale.
Ils existent trois types de demandes incidentes, à savoir les demandes reconventionnelles
les demandes additionnelles et les demandes en intervention, cependant la recevabilité
de ces demandes est subordonnée à l’existence d’un lien suffisant avec la demande
initiale, en droit commun l’appréciation de son existence est laissée au pouvoir
d’appréciation des juridictions de fond
En matière d’arbitrage le CPC dans son article 327-14 dispose qu’un échange de
mémoires écrits entre le demandeur et le défendeur doit avoir lieu. Ils contiennent les
questions objet du litige, les demandes, les réponses et les moyens de défense 10
Les demandes incidentes sont prévues dans le deuxième alinéa dudit article, il permet
aux parties d'introduire des demandes incidentes au cours de la procédure d'arbitrage.
En effet les demandes reconventionnelles sont une notion complexe en raison de leurs
nature hybride11, agissant à la fois comme une stratégie de défense et un mode d’attaque.
Elle se distingue des moyens de défense classiques, car son objectif dépasse le simple
Cependant la formation de cette demande et sa transmission doit être faite dans un délai
convenu entre les parties ou dans un délai imparti par le tribunal arbitral sous la forme
d’un mémoire écrit en repense à la requête introductive du demandeur
Dans ce mémoire, le défendeur doit exposer ses arguments juridiques et factuels pour
réfuter les demandes du demandeur. Il peut s'agir de contester les faits, de soulever des
exceptions de procédure (par exemple, un manque de compétence du tribunal arbitral),
ou de présenter des arguments sur le fond du litige (par exemple, prouver que les
demandes du demandeur sont infondées).
Selon le règlement du CCI dans son article 2 alinéa 8 : « Le défendeur qui veut former
une demande reconventionnelle doit le faire dans sa réponse en indiquant l'objet et la
justification de sa demande.
Or Ce délai peut être prorogé exceptionnellement une seule fois par le Président de la
Cour à la demande du demandeur. »
Cependant si l’une des parties refuse d’acquitter sa quota l’autre partie doit payer la
totalité et ce sous peine d’irrecevabilité (Cependant, lorsque le défendeur refuse de
payer sa quote-part sur la provision due au titre de la demande principale, le
demandeur sera tenu, sous peine d'irrecevabilité de la demande, de régler la totalité de
la provision due au titre de sa demande. Il en sera de même pour le défendeur pour sa
demande reconventionnelle si la provision due à ce titre a été fixée distinctement par la
Cour, soit d'office, soit à la requête du demandeur)
CIMAC dans son article 6-1 prévoit des conditions dans son règlement pour faire un
demande reconventionnelle Le Défendeur soumet au Secrétariat par tout moyen de
communication autorisé par l’Article 3 que ce soit LRAR ou par courrier
électronique…, dans un délai de trente (30) jours à compter de la réception de la
Demande d’arbitrage, cette demande doit contenir plusieurs mentions obligatoires
Cependant l’article 6-3 du règlement de la CIMAC ainsi l’article 40 de la loi 95-17
prévoient que « En cas d’absence de Réponse à la Demande, le Défendeur n’est pas
réputé avoir renoncé à son droit de formuler toute demande reconventionnelle, sous
réserve toutefois de l’Article 18 relative aux modifications des demandes au cours de
l’instance dans le cas du règlement CIMAC ou en cas d’accord contraire entre les
parties »
La demande reconventionnelle doit présenter un lien suffisant avec la demande
introductive a défaut elle n’est pas recevable cependant si la demande respecte ce
critère, le refus par le tribunal arbitral d’examiner les demandes reconventionnelles
peut être de nature à porter atteinte au droit d’accès à la justice et au principe d’égalité
entre les parties cette question a été soulevé conformément à l’article 3.2 de règlement
de l’International Centre for Dispute Résolution de l’AAA13 qui ne fait qu'effleurer
cette question en prévoyant que « lorsque le défendeur soumet son mémoire en
défense, il peut formuler des demandes reconventionnelles qui rentrent dans la
convention d'arbitrage ou opposer une compensation ».
13Interna=onal Centre for Dispute Resolu=on (“ICDR”) est la branche interna=onale de l’American Arbitra=on
Associa=on.
14 hUps://[Link]/breve/demande-conven=onnelle-en-ma=ere-d-arbitrage, consulté le :
12/11/2024.
15 Sentence dans l'affaire CCI n° 5971 citée par F.-X. TRAIN, note 84, p. 328.
tribunal a ainsi conclu qu'une approche plus formaliste aurait indûment restreint l'accès
à la justice.
En ce qui concerne les demandes additionnelles, Une demande additionnelle consiste
pour une partie à modifier ses prétentions antérieures16 . Par exemple, une partie avait,
dans sa demande initiale d'arbitrage, formulé sa prétention sur le terrain de la
résiliation du contrat puis, par une demande ultérieure, elle prétend à une
indemnisation
La loi 95-17 dans son article 38 prévoit que Chacune des parties à l'arbitrage peut
modifier ou compléter ses requêtes ou moyens de défense ou présenter des documents
additionnels au cours de la procédure d'arbitrage selon les mesures convenues entre les
parties ou imparti par le tribunal arbitral sauf refus de ce dernier ».
On comprend par l’article que l’admission de ces demandes dépend de l’acceptation
du tribunal arbitral, en d’autres mots les tribunaux arbitraux ont généralement le
pouvoir discrétionnaire de rejeter des demandes additionnelles s'ils estiment qu'elles
créeraient un préjudice injuste pour une des parties, perturberaient déraisonnablement
la procédure ou entraîneraient un retard excessif.
Le tribunal arbitral se base sur la connexité de la demande additionnelle avec la
demande initiale.
L'objet du litige est déterminé par la volonté commune des parties. Il ne peut donc être
modifié en cours d'instance arbitrale que par leurs acceptations communes.
Or l'objet du litige sera élargi lorsque les demandes additionnelles sont liées à celles
contenues dans le compromis par un rapport de principal à accessoire ou si la demande
constitue «la suite et la conséquence nécessaire de la demande principale
Pour que les demandes incidentes puissent être examinées, il faut non seulement que le
lien de connexité soit établi, mais aussi que la provision soit versée et cela
conformément à l’article 42.6 du Règl. CIMAC qui prévoit que le tribunal arbitral ne
connaît que des demandes pour lesquelles la provision est versée.
Or l’article 49 de la loi 95-17 prévoit qu’après accomplissement de la procédure
d'investigation et lorsqu'il estime que l'affaire est prête, le tribunal arbitral fixe la date à
laquelle l'affaire sera mise en délibéré ainsi que la date du prononcé de la sentence.
16 Idem, [Link], p: 9.
Après cette date, aucune demande nouvelle ne peut être formée ni aucun moyen
nouveau soulevé. Aucune nouvelle observation ne peut être présentée ni aucune
nouvelle pièce produite, si ce n'est à la demande du tribunal arbitral.
Le législateur a judicieusement instauré un délai pour la présentation des demandes
incidentes, afin de préserver les droits de la défense et les intérêts des parties, d'une
part, et d'autre part, pour éviter que la procédure d'arbitrage ne s'éternise et que l'objet
du litige initial ne devienne flou. Sans un tel délai, des situations problématiques
pourraient survenir, telles que des incertitudes, des retards ou des abus. Par exemple,
une partie pourrait soumettre une demande incidente de manière tardive dans le but de
prolonger la procédure ou de surprendre l'autre partie, ce qui serait incompatible avec
les principes de l'arbitrage et le bon déroulement de la procédure.
Or en ce qui concerne les demandes en intervention ce sont des demandes incidentes
émanent d’un tiers ou dirigées contre lui17 , elles sont au nombre de deux à savoir
demande en intervention volontaire (présente par un tiers) et demande en intervention
forcée (présente contre un tiers)
En matière d’arbitrage en principe l'intervention d'un tiers dans le litige n'est pas
admise, sauf en cas de consentement mutuelle des parties, soit par un compromis
d’arbitrage, soit par une clause compromissoire.
Dans la 95-17 relative à l'arbitrage et à la médiation conventionnelle, cette question
n'est pas abordée, les articles régissant l'arbitrage dans cette loi ne contiennent aucune
disposition spécifique à cet égard. Par conséquent, la question est laissée au principe
de l'autonomie de la volonté des parties et à leur acceptation éventuelle de
l'intervention d'un tiers dans leur litige arbitral. Cela concerne l'intervention volontaire,
qui se limite uniquement à rejoindre l'une des parties pour soutenir sa position et
adopter les moyens de défense de la partie rejointe, qu'il s'agisse du demandeur ou du
défendeur
L'intervention forcée consiste à contraindre un tiers, qui n'est pas partie au litige, à y
entrer, soit à la demande de l’une des parties, soit par une ordonnance rendue d'office
par le tribunal. Alors que les règles générales de la procédure judiciaire permettent de
citer un tiers au procès malgré son opposition, l'objectif de cette intervention est de
17 Idem, [Link], p: 9.
rendre le jugement prononcé opposable à ce tiers. Il est également admis qu'un tiers
peut intervenir volontairement devant le juge étatique ou être contraint d'intervenir,
soit dans l'intérêt de la justice, soit pour révéler la vérité, que ce soit à l'initiative du
juge ou sur la demande de l'une des parties.
En réalité, les lois d’arbitrage internationales, régionales ou nationales ne prévoient
pas expressément cette question. Cependant, elles consacrent une forme particulière
d’intervention d’un tiers, qui ne constitue pas à proprement parler une assignation dans
le sens strict. Cette forme consiste à introduire un tiers uniquement pour produire une
preuve en sa possession. Cette intervention ne confère pas au tiers la qualité de partie
au litige. De plus, l’arbitre ne dispose pas du pouvoir d’ordonner cette intervention ; il
peut seulement, d’office ou à la demande des parties, solliciter du tribunal compétent
qu’il enjoigne à ce tiers de produire la preuve. Si cela s’applique à cette forme
d’intervention qui n’équivaut pas à une assignation stricte, il en va a fortiori de même
pour les véritables formes d’assignation.
Par ailleurs, lorsqu'une partie détient un moyen de preuve, elle peut être contrainte de
le produire. Le tribunal arbitral est également habilité à entendre tout élément qu’elle
juge utile pour apprécier le litige et peut recourir au juge pour obtenir toute décision
nécessaire à la réalisation des objectifs énoncés dans ce cadre. Ainsi, l’article 37 de la
loi marocaine 95.17 dispose : « Si l’un des parties détient un moyen de preuve, la
formation arbitrale peut, d’office ou à la demande de l’une des parties, lui demander de
le produire. »
CHAPITRE II :
Le législateur a également abordé la même question que celle du juge des référés pour
décider des mesures provisoires et conservatoires dans l'article 19 de la loi sur
l'arbitrage, qui stipule ce qui suit :« La convention d’arbitrage n’empêche aucune partie
de recourir au juge des référés, que ce soit avant le début de la procédure arbitrale ou
pendant son déroulement, pour demander que toute mesure temporaire ou conservatoire
soit prise conformément aux dispositions du code de procédure civile, et il est possible
de renoncer à ces procédures selon les mêmes conditions. »
Sur la base des deux articles ci-dessus, il est clair que le travail du tribunal arbitral pour
prendre des mesures provisoires et conservatoires est lié à la nécessité de présenter une
demande par les parties, car l'une des conditions pour lancer ces procédures est que les
deux parties à l'arbitrage acceptent explicitement de transférer cette autorité au tribunal,
de sorte que l'arbitre n'a pas le droit de prendre des mesures temporaires ou
conservatoires de sa propre initiative.
Certaines législations arabes ont adopté la même position, comme la loi jordanienne à
l'article 23, ainsi que la loi égyptienne sur l'arbitrage à l'article 21, qui stipule que : « les
deux parties à l'arbitrage peuvent convenir que le tribunal arbitral, à la demande de l'une
d'entre eux, peut ordonner à l'un d'eux de prendre des mesures provisoires ou
conservatoires. »
Il convient également de noter que le législateur marocain dans l'article 19 a rendu les
mesures provisoires et conservatoires une affaire essentiellement des ordonnances du
juge des référés et c'est ce que préconisent les dispositions de l’article 149 du Code de
procédure civile, qui stipule que : « Le président du tribunal de première instance peut
être appelé à statuer comme juge des référés, ce magistrat est seul compétent pour
connaître, en cette même qualité et toujours en vertu de l'urgence, de toutes les difficultés
relatives à l'exécution d'un jugement ou d'un titre exécutoire, ou pour ordonner une mise
sous séquestre, ou toute autre mesure conservatoire, que le litige soit ou non engagé,
devant le juge du fond. »
Il est établi qu'en dépit de l'existence d'une convention d'arbitrage, les parties peuvent
saisir le juge des référés afin de solliciter l'adoption de toute mesure provisoire ou
conservatoire. En l'espèce, l'ordonnance rendue par le président du tribunal de
commerce a ordonné la réalisation d'une expertise contradictoire et a précisé la mission
de l'expert, consistant à examiner les documents en possession des deux parties afin
d'évaluer les divers préjudices subis par la demanderesse à la suite de la résiliation de
leur relation contractuelle. Dès lors, la cour d'appel, en annulant ladite ordonnance et en
déclarant une nouvelle fois la demande irrecevable, a fondé sa décision sur le motif que
l'expertise, en dépassant la simple constatation pour émettre un avis sur l'évaluation des
dommages à partir de l'examen des documents des parties, excédait les limites de l'objet
de l'expertise. Ce faisant, la cour d'appel a rendu une décision sur des bases légales
suffisantes et suffisamment motivées.19
Les juristes ont divergé sur la signification des mesures provisoires et conservatoires, et
certains ont remarqué la difficulté à comprendre les termes et expressions utilisés dans
ce contexte. Les termes "mesures provisoires" et "mesures conservatoires" sont souvent
employés sans distinction ou considérés comme imbriqués, bien qu’ils renvoient à des
concepts différents. En conséquence, la doctrine a distingué entre les mesures
provisoires et conservatoires, en définissant chaque type d’action séparément ; certains
ont établi une distinction entre les deux en fonction de leur finalité. Les mesures
provisoires empêchent un acte susceptible de lui causer un dommage réel ou imminent
ou de nuire au bon déroulement du processus arbitral, comme l'intervention
préjudiciable d'une autre partie ; de maintenir ou rétablir le statu quo en attendant que le
différend soit tranché, par exemple en suspendant l'exécution de procédures parallèles
devant un tribunal étatique ou arbitral, ; ou encore de préserver des moyens de preuve
pertinents pour le règlement du différend 20. Tandis que les mesures conservatoires sont
des actions qui ont pour objet de préserver une situation, certaines d'entre elles relèvent
du pouvoir d'instruction quand il s'agit de préserver une preuve tandis que d'autres
protègent le déroulement de l’instance arbitrale ou préparent l'exécution de la sentence 21
à venir.
Certains chercheurs22 ont défini les mesures provisoires et conservatoires sans les
distinguer, comme étant des mesures temporaires mises en œuvre en urgence sans
Il ne fait aucun doute que les mesures conservatoires ont toujours un caractère
temporaire. Une mesure conservatoire peut produire ses effets dès le moment de son
prononcé, ou elle peut être considérée comme définitive, tel qu'une décision ordonnant
la mise sous séquestre judiciaire. À l'inverse, une mesure temporaire ne revêt pas
nécessairement un caractère conservatoire, comme c'est le cas de la pension alimentaire
provisoire prévue par la loi française, laquelle vise à satisfaire en tout ou en partie les
droits d'un créancier dont les droits ne sont pas sérieusement contestés, en émettant une
décision dans le cadre d'une procédure d'urgence, sans préjuger de la décision qui sera
rendue au fond.
Les mesures conservatoires visent à préserver la preuve, lorsqu'il est dans l'intérêt d'une
partie, avant ou après la constitution du tribunal arbitral, de solliciter une mesure
d'urgence devant une juridiction de l'État ou devant l'arbitrage pour prouver un fait
susceptible de disparaître ou d'être altéré avec le temps. Un exemple significatif de ces
mesures est la demande de constatation de l'absence d'achèvement de travaux par un
entrepreneur dans le délai contractuel, ou la constatation de l'état de marchandises
chimiques sujettes à détérioration avec le temps.
Mesures visant à maintenir l'équilibre dans les relations juridiques entre les parties
durant la procédure d'arbitrage.
Ces mesures se distinguent par leur caractère accessoire, dans la mesure où elles
n'existent qu'en présence d'un litige, ou d'un litige potentiel, portant sur un sujet
spécifique pour lequel les parties ont convenu de recourir à l'arbitrage.
Pour que la compétence du tribunal étatique doit être établie, un ensemble de conditions
doivent être réunies, et elle peuvent se limiter à deux conditions de base qui sont les
suivantes, la première est l’urgence tel que l’article 147 du CPP dispose : « le président
du tribunal de première instance peut être appelé à statuer comme juge des référés, ce
magistrat est seul compétent pour connaître, en cette même qualité et toujours en vertu
de l'urgence » sans préciser les conditions d’établissement de cette urgence ou les
critères sur lesquels on peut s’appuyer pour déterminer le sens de l’urgence, en laissant
plutôt la question au pouvoir discrétionnaire du juge de référés.
La deuxième condition réside de ne pas juger dans le fond, l’article 152 du CPP dispose :
« Les ordonnances sur référés ne statuent qu'au provisoire et sans préjudice de ce qui
sera décidé sur le fond. » On peut déduire qu’il est interdit au juge des référés de statuer
sur le fond du litige qui demeure de la compétence exclusive de l’arbitre en raison de
l’existence d’une convention d’arbitrage. Si l’une des parties à une convention
d’arbitrage demande au juge des référés de placer un bien litigieux sous séquestre
judiciaire, ce dernier doit se limiter à statuer sur cette seule demande et sur la condition
d’urgence, sans se prononcer sur la question de la propriété de ce bien, qui relève de la
compétence du tribunal arbitral. Ainsi, le juge compétent pour ordonner le séquestre
judiciaire, en rendant cette mesure provisoire, doit s’abstenir de toute décision sur le
fond, laissant le soin à l’arbitre de trancher la question au fond. Il doit également
préserver les droits des parties sans examiner le fond. 23
L’absence d’accord entre les parties sur l’exclusion du juge des référés pour ordonner
des mesures provisoires et conservatoires soulève une question de savoir si les parties à
une convention d’arbitrage peuvent-elles convenir d’exclure totalement la compétence
judiciaire en matière des mesures provisoires et conservatoires mais cette question
dépend de la nature des mesures provisoires et conservatoires sollicitées et de leur lien
éventuel avec le concept d’ordre public.
- C.P.C
Jurisprudences :
Ouvrages :
- El-Ahdab Jalal ;Mainguy Daniel, Droit de l’arbitrage : théorie et pratique. France :
LexisNexis, 2021.
- Cachard O., Dalmau R., Ben Hamida W., Droit des affaires internationales, Lextenso,
sept. 2024.
Articles de revues :
- BOUKHIMA A. & al. , Quelques réflexions sur la nouvelle loi 95-17 relative à
l'arbitrage au Maroc , Revue Internationale du Chercheur « Volume 4 : Numéro 3 »,
2023
Mémoires :
- Mohammed Amine Sourhami, L’arbitrage en droit marocain et ses évolutions,
Université de Toulon, 2015.
Webographie :
- [Link]
litiges,[Link] , consulté le 12/11/2024.
- [Link] , consulté le
12/11/2024.
- [Link]
arbitrage, consulté le : 12/11/2024.