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Intégration Régionale : Stratégies et Enjeux

L'intégration régionale est une réponse stratégique à la mondialisation, visant à renforcer la résilience collective des États et à favoriser la cohésion économique et politique. Elle se manifeste sous différentes formes, notamment la zone de libre-échange, l'union douanière, le marché commun et l'union économique, chacune ayant des niveaux variés de coopération. L'harmonisation des politiques économiques et la coordination sectorielle sont essentielles pour optimiser les résultats de cette intégration et éviter les disparités entre les pays membres.

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Intégration Régionale : Stratégies et Enjeux

L'intégration régionale est une réponse stratégique à la mondialisation, visant à renforcer la résilience collective des États et à favoriser la cohésion économique et politique. Elle se manifeste sous différentes formes, notamment la zone de libre-échange, l'union douanière, le marché commun et l'union économique, chacune ayant des niveaux variés de coopération. L'harmonisation des politiques économiques et la coordination sectorielle sont essentielles pour optimiser les résultats de cette intégration et éviter les disparités entre les pays membres.

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Intégration régionale

Par Malick Lazare DIAKHATE


Doctorant en Droit public à l’UCAD
[email protected]

Introduction

La mondialisation, qui se traduit par l’accélération des échanges économiques, financiers,


culturels et technologiques à l’échelle mondiale, a transformé en profondeur les relations
internationales. Elle a entraîné à la fois des opportunités de développement et des risques accrus,
notamment pour les économies les plus vulnérables. Face à ces enjeux globaux, l’intégration
régionale apparaît comme une réponse stratégique visant à offrir aux États une meilleure résilience
collective, tout en favorisant une plus grande cohésion économique et politique au sein des zones
géographiques concernées.

• Définition de l’intégration régionale

L’intégration régionale désigne la collaboration et la coopération entre des pays voisins ou des
régions géographiques afin de renforcer leurs liens économiques, politiques, sociaux et culturels.
L’objectif est de maximiser les avantages des échanges intra-régionaux, tout en renforçant leur
position collective face à la concurrence mondiale.

Ainsi, l’intégration régionale et sous régionale se distingue des autres formes de regroupement
d’Etats comme la confédération d’Etats ou l’Etat fédéral

• Origines de l’intégration régionale

L’intégration régionale trouve ses racines dans les premières formes de coopération
internationale après la Seconde Guerre mondiale. L’exemple le plus marquant est celui de l’Europe
avec la création de la Communauté économique européenne (CEE) en 1957, qui a progressivement
évolué vers l’Union européenne (UE). Cependant, elle a pris une importance nouvelle avec
l’accélération de la mondialisation à partir des années 1980. Aujourd’hui, les blocs régionaux
comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou
l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) sont devenus des acteurs essentiels dans
la gouvernance mondiale, témoignant de la pertinence de l’intégration régionale face à
l’interdépendance croissante des économies mondiales.

I. Les formes d’intégration régionale

1
L’intégration régionale peut prendre plusieurs formes, chacune correspondant à un niveau de
coopération et d’engagement plus ou moins poussé entre les pays membres.

A. La zone de libre-échange

La zone de libre échange est caractérisée par l’élimination des barrières commerciales et le
maintien de politiques commerciales indépendantes vis-à-vis des pays tiers1.

• Élimination des barrières tarifaires et non tarifaires entre les pays membres :
cela implique la suppression des droits de douane sur les biens échangés entre les
pays membres, ce qui facilite les échanges commerciaux en rendant les produits
moins chers pour les consommateurs. De plus, les barrières non tarifaires telles
que les quotas d’importation et les restrictions administratives sont souvent
réduites, voire éliminées.
• Maintien de politiques commerciales indépendantes vis-à-vis des pays
tiers : malgré la suppression des barrières commerciales entre les pays membres,
chaque pays conserve sa souveraineté en matière de politique commerciale vis-à-
vis des pays tiers. En d’autres mots, chaque pays peut toujours négocier ses propres
accords commerciaux avec des pays extérieurs à la zone de libre-échange.
B. L’union douanière

À l’instar de la zone de libre-échange, l’union douanière assure la libre circulation des biens en
supprimant les obstacles commerciaux. Toutefois, les Etats membres n’ont pas une indépendance
absolue dans la définition des politiques commerciales avec des pays tiers.

• Suppression des droits de douane entre les pays membres : dans une union
douanière, les droits de douane sur les échanges commerciaux entre les pays
membres sont éliminés afin de favoriser la libre circulation des biens et services à
l’intérieur de l’union.
• Etablissement d’un tarif extérieur commun (TEC) : les pays membres de l’union
douanière mettent en place un tarif douanier uniforme sur les importations en provenance
de pays tiers. Cela signifie qu’ils appliquent le même niveau de droits de douane sur les
produits importés de l’extérieur de l’union, ce qui évite les distorsions de concurrence entre

1 Les barrières commerciales sont des mesures mises en place par les Etats pour réguler les échanges de biens et de
services entre pays. Elles peuvent être classées en deux grandes catégories : les barrières tarifaires et les barrières non
tarifaires. Ces barrières peuvent avoir divers objectifs, notamment la protection des industries nationales, la génération
de revenus pour l’État, ou encore la protection de la santé publique et de l’environnement.

2
les membres. Au sein de l’UEMOA, les articles 4-c, 76 et 77 du Traité de 1994 prévoyaient
l’instauration d’un TEC mais qui n’adviendra qu’en 1977 avec le règlement
n°02/97/CM/UEMOA du 28 septembre 1977 portant adoption du tarif extérieur
commun.
C. Le marché commun

À rebours de la zone de libre-échange et de l’union douanière, qui ne s’intéressent qu’aux biens,


le marché commun a l’avantage de mettre l’accent sur les services et les facteurs de production.

• La liberté de mouvement des personnes : la liberté de mouvement des personnes


comprend trois aspects : la liberté de circulation, le droit de résidence et le droit
d’établissement :
- La libre circulation : les citoyens de la communauté ont le droit d’entrer et de
séjourner dans les autres pays membres sans avoir besoin de visas pour des séjours
de courte durée, généralement 90 jours. Dans le cadre de la CEDEAO, cette règle
est étendue aux véhicules particuliers et, dans une moindre mesure (séjour inférieur
à quinze jours), aux véhicules à usage commercial.
- Le droit de résidence : il renvoie à la possibilité pour « un citoyen ressortissant d’un
Etat membre, de demeurer dans un Etat membre autre que son Etat d’origine et qui lui a délirer
une carte ou un permis de résidence pour y occuper ou non un emploi »2. Le droit de résidence
est une garantie à la libre circulation des travailleurs en ce qu’il interdit toute
discrimination basée sur la nationalité quant à l’emploi et les conditions de travail.
Cependant, ce droit lié à l’exercice d’une activité professionnelle peut subir des
restrictions pour des raisons d’ordre public, de sécurité publique et de santé
publique. Les emplois de l’administration publique constituent aussi une limitation
à l’exercice du droit de résidence.
- Le droit d’établissement : reconnait « à tout citoyen, ressortissant d’un Etat membre,
de s’installer ou de s’établir dans un Etat membre autre que son Etat d’origine, d’accéder à des
activités économiques, de les exercer ainsi que de constituer et de gérer des entreprises notamment
des sociétés dans les conditions définies par la législation de l’Etat membre d’accueil pour ses
propres ressortissants »3.
• La liberté de mouvement des services et des capitaux : elle comprend la libre
prestation des services et la libre circulation des capitaux

2 Protocole du 1er juillet 1986 de la CEDEAO relatif au droit de résidence


3 Article 1er du protocole de 1990 relatif au droit d’établissement de la CEDEAO.

3
- La libre prestation des services : elle permet aux entreprises et aux prestataires
de services d’opérer dans tous les pays membres sans discrimination. Cela signifie
que les entreprises établies dans un État membre peuvent fournir des services à
des clients situés dans d’autres États membres sans être soumises à des restrictions
discriminatoires basées sur leur nationalité ou leur lieu d’origine.
- La liberté de circulation des capitaux : elle garantit le mouvement sans entrave
des investissements financiers entre les États membres. Autrement dit, il n’y a pas
de restrictions sur les transferts de capitaux, tels que les investissements directs, les
prêts et les placements financiers, entre les frontières des pays membres. Les
investisseurs peuvent acheter, vendre ou transférer des actifs financiers (actions,
obligations, fonds, etc.) d’un pays membre à un autre sans être soumis à des
contrôles de change ou à d’autres obstacles réglementaires.
D. L’union économique

L’union économique a pour objectif d’éviter les disparités et les conflits susceptibles de
compromettre la coopération et l’intégration régionale, tout en préparant le terrain pour une union
monétaire stable. Elle harmonise les économies des pays membres en alignant des éléments tels
que la dette et l’inflation, afin de faciliter une transition en douceur vers une monnaie commune4.
En imposant des règles budgétaires strictes, elle évite les déséquilibres qui pourraient mettre en
danger la stabilité de la monnaie partagée5. Pour se réaliser, l’union économique repose sur deux
instruments principaux : l’harmonisation des politiques économiques et la coordination des
politiques sectorielles.

• L’harmonisation des politiques économiques est un processus plus large qui


inclut la coordination des politiques budgétaires, fiscales et commerciales des États
membres.
- La politique budgétaire englobe les décisions relatives aux niveaux de dépenses
publiques et de recettes fiscales. Elle peut être expansionniste, notamment en
période de récession, lorsqu’elle vise à stimuler l’économie en augmentant les
dépenses publiques ou en particulier les impôts pour encourager la demande et

4 Avant d’utiliser une monnaie commune, il faut s’assurer que les économies des pays ne sont pas trop différentes
(exemple : un pays ne doit pas être trop endetté ou avoir une inflation très élevée par rapport aux autres). L’union
économique aide à harmoniser ces éléments (dette, inflation, etc.), pour que le passage à la monnaie commune soit
plus facile et stable.
5 Si un pays dépense de manière irresponsable ou a une économie en crise, cela peut causer des problèmes pour tous

les pays qui partagent la même monnaie. L’union économique impose des règles (par exemple : ne pas trop dépenser
ou s’endetter), afin que tout le monde respecte des critères et évite de mettre en danger la monnaie commune.

4
relancer la croissance. Au cas contraire, elle est dite restrictive, car visant à réduire
les déficits budgétaires en diminuant les dépenses publiques ou en augmentant les
impôts. Elle est généralement mise en œuvre pour lutter contre l’inflation ou pour
stabiliser l’économie lorsque celle-ci est en surchauffe. Pour une position
harmonisée dans le cadre d’une union économique, il est établi des critères de
convergence. Dans le contexte de l’UEMOA, par exemple, le Pacte de
convergence impose des critères de convergence de premier rang, comme un
déficit budgétaire limité à 3 % du PIB et une dette publique inférieure à 70 % du
PIB.
- L’harmonisation des politiques fiscales consiste à établir des normes
communes en matière d’imposition, de fiscalité des entreprises, et de protection
des investissements. Cela vise à éviter la concurrence fiscale déloyale entre les États
membres, où certains pays pourraient réduire leurs taux d’imposition pour attirer
des investissements étrangers. Une approche harmonisée permet également de
simplifier les échanges commerciaux entre les pays, facilitant ainsi le commerce
intra-régional et contribuant à l’augmentation des recettes fiscales.

- La coordination des politiques commerciales comprend la création d’un cadre


réglementaire unifié qui facilite les échanges entre les États membres. Au sein de
la CEDEAO et de l’UEMOA, il s’agit d’un processus d’harmonisation complexe
qui s’accompagne de la perte de certaines compétences des États membres au
profit de l’organisation communautaire. En effet, selon l’article 50 (g) du Traité
révisé de la CEDEAO, les États abandonnent leur pouvoir de négociation
commerciale internationale à la CEDEAO qui détient désormais la compétence
exclusive pour conclure des accords commerciaux dans toutes les instances
internationales. Cette centralisation vise à créer un espace économique cohérent,
facilitant les échanges tout en instaurant une politique concertée sur la fixation des
prix et la commercialisation des matières premières. En parallèle, l’intégration
d’une Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) commune et la libéralisation des échanges
à travers un Tarif Extérieur Commun (TEC) conduisent à une uniformisation des
politiques douanières, fiscales et statistiques des États membres. Cette
harmonisation se renforce par des dispositions telles que l’article 41, qui impose
l’élimination progressive des restrictions commerciales, et les articles 88 à 90, qui
garantissent la libre concurrence au sein de l’UEMOA en interdisant les pratiques
anticoncurrentielles.

5
• La coordination des politiques sectorielles consiste à harmoniser les règles et
les stratégies adoptées par différents pays dans ces domaines pour éviter les
contradictions et optimiser les résultats. Par exemple, si plusieurs pays voisins
coordonnent leurs politiques agricoles, ils pourraient mettre en place des
subventions et des régulations communes pour les cultures principales, ce qui
permettrait de stabiliser les prix et de faciliter les échanges agricoles entre eux. À
cet effet, l’UEMOA a mis en place un Protocole additionnel qui prévoit sept (07)
politiques sectorielles : le développement des ressources humaines6 ;
l’aménagement du territoire7 ; la politique des transports et des infrastructures8 ;
l’harmonisation de l’environnement9 ; la politique agricole10 ; la politique
énergétique11 ; la politique industrielle et minière12.

6 La politique de développement des ressources humaines de l’UEMOA vise à améliorer la qualité de l’enseignement
supérieur et de la formation professionnelle dans la région. Elle contribue également à réduire les disparités entre les
pays membres en matière d’éducation et de compétences. Les principaux objectifs incluent l’amélioration de
l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, la création d’institutions communes à l’image du CESAG,
la reconnaissance mutuelle des diplômes, la coordination des programmes d’enseignement et la mesure des
performances éducatives.
7 L’aménagement du territoire a pour objectif d’harmoniser les plans nationaux d’infrastructures afin de favoriser un

développement équilibré de la région. La finalité est de désenclaver les zones isolées pour faciliter les échanges
économiques et sociaux entre les États membres.
8 Les infrastructures de transport et de télécommunications sont décisives dans l’intégration régionale, car elles facilitent

la circulation des personnes, des biens et des services et améliorent la connectivité entre les États membres. Une
politique commune dans ce secteur permet ainsi de réduire les coûts et les obstacles logistiques. Les principaux objectifs
de cette politique comprennent l’amélioration des infrastructures de transport et de télécommunications, la
libéralisation progressive des services de transport et de télécommunications ainsi que la facilitation des échanges inter-
États, contribuant ainsi à une intégration économique plus fluide et efficace.
9 La politique environnementale de l’UEMOA vise à protéger les ressources naturelles et à promouvoir le

développement durable. Les objectifs de cette politique incluent la lutte contre la désertification, la protection des
ressources naturelles, l’amélioration de l’environnement rural et urbain, l’exploitation des énergies renouvelables, et la
lutte contre l’érosion côtière, contribuant ainsi à un avenir durable pour la région.
10 La politique agricole vise à garantir la sécurité alimentaire, à augmenter durablement la productivité agricole, et à

améliorer les conditions de marché pour les produits agricoles, d’élevage et de pêche. Cette approche permet de
renforcer l’autosuffisance alimentaire et de stabiliser les revenus des agriculteurs, contribuant ainsi à la résilience
économique et à la durabilité du secteur agricole dans la région.
11 L’énergie étant un pilier essentiel du développement économique, une politique énergétique commune vise à

sécuriser les approvisionnements, à optimiser la gestion des ressources et à favoriser l’interconnexion des réseaux
électriques. Cette approche permet d’assurer la stabilité et de stimuler la croissance économique au niveau régional.
Les principaux objectifs d’une telle politique incluent la sécurisation des approvisionnements énergétiques et
l’optimisation des ressources disponibles pour un développement durable et intégré.
12 La politique industrielle et minière de l’UEMOA a pour finalités l’émergence d’entreprises performantes, y compris

communautaires, capables de répondre à la demande intérieure tout en étant compétitives sur le marché international,
ainsi que la valorisation des échanges intersectoriels et l’harmonisation des cadres réglementaires liés aux activités
industrielles et minières. Pour atteindre ces objectifs, elle se fixe des moyens tels que l’élaboration d’un code
communautaire des investissements, la définition de procédures d’information mutuelle entre États membres pour
coordonner leurs politiques, et la prise en compte des besoins d’un développement économique équilibré entre les
différentes régions de l’Union. En parallèle, elle doit veiller à la compatibilité avec un marché ouvert et concurrentiel

6
E. L’union monétaire

L’union monétaire parachève l’intégration. Elle représente un cadre dans lequel les États
décident d’utiliser une même monnaie et de synchroniser leurs politiques monétaires afin de
faciliter les échanges économiques, d’assurer la stabilité financière et de promouvoir l’intégration
régionale.

• L’adoption d’une monnaie unique

L’adoption d’une monnaie unique signifie que plusieurs pays décident d’utiliser la même
monnaie pour toutes leurs transactions économiques au lieu d’avoir chacun sa propre monnaie. A
ce titre, elle facilite les échanges commerciaux et financiers entre ces pays car il n’est plus nécessaire
de convertir les devises, ce qui simplifie les transactions et évite les frais de change. Ainsi, les coûts
liés aux échanges sont réduits et les complications de la conversion de devises éliminées, rendant
les transactions plus fluides et efficaces.

• La mise en place d’une politique monétaire commune

La politique monétaire désigne l’ensemble des actions et des mesures prises par une banque
centrale pour contrôler la quantité de monnaie en circulation et les taux d’intérêt dans une
économie. La gestion de la politique monétaire est comme le pilote d’un avion qui contrôle la
vitesse et l’altitude pour que le vol se passe bien. Dans ce cas, le pilote est la banque centrale, qui
est l’institution principale chargée de gérer l’argent d’un pays ou d’une zone économique. Ainsi, la
BCEAO est responsable de la régulation de la masse monétaire, de la fixation des taux d’intérêt et
du contrôle de l’inflation.

- La régulation de la masse monétaire : cela signifie qu’elle décide combien


d’argent doit circuler dans l’économie. Trop d’argent peut provoquer de l’inflation
(augmentation des prix), tandis que pas assez d’argent peut ralentir l’économie.
- La fixation des taux d’intérêt : la banque centrale détermine le coût de l’argent.
Si elle fixe des taux d’intérêt bas, emprunter de l’argent devient moins cher, ce qui
encourage les gens à dépenser et investir. Si elle augmente les taux d’intérêt, cela
coûte plus cher d’emprunter, ce qui peut ralentir les dépenses et réduire l’inflation.
- Le contrôle de l’inflation : l’inflation est la hausse des prix. La banque centrale
essaie de maintenir l’inflation à un niveau stable, pour que la valeur de l’argent ne

et à l’aménagement équilibré du territoire communautaire, tout en permettant des dérogations temporaires aux règles
de concurrence dans certaines branches, sous certaines conditions.

7
diminue pas trop vite. Cela aide les gens à planifier leurs dépenses et leurs
économies.

II. Les enjeux de l’intégration régionale et sous régionale

L’intégration régionale et sous-régionale représente un levier stratégique essentiel pour le


développement des pays, leur permettant de surmonter les défis communs et de maximiser des
opportunités d’ordre économique et politique.

A. Les enjeux économiques

Sur le plan économique, l’intégration régionale a l’avantage de favoriser le commerce et les


investissements.

• La promotion du commerce

L’un des principaux avantages de l’intégration régionale est la suppression des barrières
commerciales, telles que les droits de douane et les quotas. En éliminant ces obstacles, l’intégration
favorise les échanges commerciaux entre les pays membres, ce qui peut entraîner une stimulation
significative de la croissance économique. Par exemple, la CEDEAO a instauré un tarif extérieur
commun et a prévu la création d’une zone de libre-échange, visant à augmenter le commerce intra-
régional, qui est passé de 10 % à environ 20 % entre 2000 et 2020. Une étude de la Banque Mondiale
estime que l’élimination totale des droits de douane au sein de la CEDEAO pourrait accroître les
échanges commerciaux de 28 % d’ici 2025.

• L’attractivité des investissements

En parallèle, l’intégration régionale joue un rôle essentiel dans l’attractivité des


investissements. En réduisant les risques liés aux investissements et en améliorant l’accès aux
marchés régionaux, l’intégration peut attirer davantage d’investissements directs étrangers (IDE).
Les initiatives de l’UEMOA, comme l’harmonisation des politiques fiscales et des réglementations,
ont contribué à créer un environnement d’affaires plus favorable. En 2020, les IDE en Afrique de
l’Ouest ont atteint 19,6 milliards de dollars, en partie grâce à ces efforts d’intégration. Une étude
de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable indique que la coopération
régionale a entraîné une augmentation de 12 % des IDE à l’UEMOA entre 2020 et 2021.

B. Les enjeux politiques

Les enjeux politiques de l’intégration régionale et sous régionale sont relatifs à la stabilité
régionale et au renforcement de la voix régionale.

8
• La stabilité régionale

L’intégration contribue à la stabilité régionale par la prévention des conflits et par l’instauration
d’une légitime défense collective.

Sur le plan préventif, l’intégration économique crée une interdépendance entre les États
membres. Cette interdépendance économique rend les conflits moins probables, car les pays ont
des intérêts économiques communs qui seraient menacés par des hostilités. Par ailleurs, il ne faut
pas oublier que les organisations régionales fournissent des plateformes de dialogue régulier entre
les États membres afin de discuter des problèmes potentiels et trouver des solutions consensuelles
avant qu’ils ne dégénèrent en conflits ouverts. De même, il faut relever, dans les instances
régionales, la mise en place des institutions spécifiques pour la médiation et l’arbitrage, ce qui
encourage la résolution pacifique des différends et interdit l’utilisation de la force.

L’instauration d’une légitime défense collective au sein des organisations régionales ne signifie
pas une intégration supranationale complète des forces armées nationales, mais plutôt une
coopération coordonnée en matière de défense. Les États membres cherchent à se protéger
mutuellement dans un cadre de sécurité collective, où les menaces communes sont abordées de
manière collaborative. Cette approche permet de gérer les risques de conflits tout en respectant la
souveraineté des États et sans nécessairement dissoudre les armées nationales dans des structures
supranationales. (A. SALL, Les mutations de l’intégration, P.65). L’approche de sécurité collective, plus
précisément, se manifeste par des arrangements permettant aux États de coordonner leurs efforts
pour répondre aux menaces communes, tout en maintenant leurs propres capacités militaires. Par
exemple, la CEDEAO a organisé des interventions militaires dans des contextes de crises majeures,
comme en Liberia et en Côte d’Ivoire, pour stabiliser la région et éviter la propagation des conflits.

• Le renforcement de la voix régionale

L’intégration régionale permet aux États membres de s’unir pour parler d’une seule voix sur la
scène internationale, ce qui leur confère un poids diplomatique et une influence qu’ils n’auraient
pas individuellement. Ce renforcement de la voix régionale repose sur la coordination des
politiques étrangères, la mutualisation des compétences diplomatiques et l’accès privilégié
aux négociations internationales. L’Union Africaine est devenue membre du G20 ; ce qui
devrait contribuer à mieux faire entendre la voix de l’Afrique sur la scène économique mondiale.
lors des discussions sur le changement climatique, les pays d’Afrique de l’Ouest, à travers le Groupe
Régional d’Appui aux Négociations Internationales sur le Climat (GRANIC) de la
CEDEAO, adoptent une position commune, approche qui augmente leur capacité à influencer les

9
décisions mondiales. De plus, la mutualisation des ressources diplomatiques permet aux pays de
mobiliser des compétences spécialisées en offrant, de ce point de vue, de meilleures chances de
défendre leurs intérêts dans les forums internationaux. Les négociations sur des sujets complexes,
tels que la dette ou la sécurité, bénéficient de cette coopération renforcée, comme l’a démontré le
Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) lors des accords avec l’Union
Européenne.
En outre, l’intégration régionale offre un accès direct aux grandes négociations internationales.
Les organisations régionales participent régulièrement à des sommets mondiaux en défendant les
intérêts de leurs membres avec plus de poids, notamment sur les questions de développement ou
de réformes institutionnelles globales, à l’instar de la réforme du Conseil de sécurité des Nations
Unies afin d’assurer une représentation permanente pour l’Afrique, renforcée par l’unité des États
africains au sein de cette organisation. Les accords commerciaux et partenariats stratégiques,
comme ceux négociés par la CEDEAO avec l’Union Européenne, montrent comment cette
intégration renforce le pouvoir de négociation des États, leur permettant d’obtenir des conditions
plus favorables pour leur développement.

III. Les défis de l’intégration régionale et sous régionale

Les défis de l’intégration en Afrique de l’ouest tournent essentiellement autour de deux aspects :
les disparités économiques et politiques, d’un côté, et la faiblesse des infrastructures, de l’autres.

• Les disparités économiques et politiques

Les disparités économiques et politiques entre les États membres de représentent des défis
cruciaux pour l’intégration régionale. En ce qui concerne les inégalités économiques, certains pays,
tels que le Nigeria, exercent une influence prédominante, ce qui entraîne un déséquilibre dans les
décisions au sein des organisations régionales. Ces inégalités peuvent complexifier la mise en œuvre
des politiques d’intégration, car les priorités des pays à forte économie ne correspondent pas
nécessairement aux besoins de ceux en développement. Au surplus, l’ECO, la monnaie unique
prévue pour les pays de la CEDEAO, rencontre plusieurs obstacles entravant sa mise en œuvre.
Les divergences économiques entre les États, qui affichent des niveaux de développement et des
structures économiques variés, compliquent l’harmonisation des politiques nécessaires. De plus, le
respect des critères de convergence économique, souvent non atteints par certains pays, constitue
un frein. L’instabilité politique dans la région, associée à un manque de confiance historique entre
certains États, nuit à la coopération indispensable.

10
Sur le plan politique, l’Afrique de l’Ouest fait face à une instabilité croissante, particulièrement
dans le Sahel, avec l’amplification des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et en Guinée qui
illustrent des défis persistants en matière de gouvernance. Malgré les efforts de la CEDEAO,
notamment à travers le Protocole A/SP1/12/01 sur la démocratie et la bonne gouvernance, la
région a été marquée par des tensions politiques, comme celles observées au Sénégal à l’approche
des élections. Ces événements mettent en lumière les limitations des mécanismes de prévention et
de gestion des conflits, compromettant ainsi la coopération entre les États membres et la sécurité
collective, même avec l’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES) pour faire face à ces défis.

• La faiblesse des infrastructures

La faiblesse des infrastructures de transport en Afrique de l’Ouest constitue un obstacle majeur


à l’intégration régionale et au développement économique. Malgré des efforts pour améliorer les
réseaux routiers et ferroviaires, de nombreux pays souffrent encore d’infrastructures insuffisantes
et mal entretenues. Selon la Banque mondiale, environ 20 % des routes en Afrique subsaharienne
sont en bon état, un chiffre qui contraste fortement avec d’autres régions comme l’Asie, où plus
de 70 % des routes sont praticables. Ce manque de qualité affecte non seulement la connectivité
entre les pays, mais engendre également des coûts de transport élevés qui freinent le commerce
intra-régional. Par exemple, le coût du transport routier peut représenter jusqu’à 50 % du prix final
des marchandises, limitant ainsi l’accès des petites et moyennes entreprises aux marchés. Les projets
d’infrastructures, comme le Programme d’Amélioration des Infrastructures Routières (PAIR),
visent à remédier à ces défis, mais leur mise en œuvre est souvent entravée par des problèmes de
financement et de gestion.

En ce qui concerne les infrastructures de communication, les lacunes sont tout aussi
préoccupantes. Bien que la couverture mobile se soit considérablement améliorée, l’accès à Internet
reste limité, notamment dans les zones rurales. Environ 28 % des populations rurales ont accès à
Internet, comparé à 70 % dans les zones urbaines. Cette fracture numérique freine non seulement
l’accès à l’information, mais limite également les opportunités de développement économique et
social. De plus, la qualité des services de communication est souvent inférieure aux normes
internationales, impactant négativement les entreprises et les investissements étrangers. La mise en
place d’un réseau de communication fiable est essentielle pour faciliter le commerce, améliorer les
services publics et renforcer la coopération régionale. Les initiatives comme le projet « ECO-
Connect » visent à améliorer l’accès à Internet dans la région, mais nécessitent des investissements
substantiels et un engagement politique fort pour être efficaces.

11
Conclusion

L’intégration régionale en Afrique représente une avancée significative vers un


développement économique et politique durable, en renforçant les échanges, en consolidant la
stabilité régionale et en permettant aux pays africains de mieux peser sur la scène internationale.
Elle a su créer des mécanismes facilitant la coopération et favorisant une interconnexion accrue
des marchés, malgré les défis persistants liés aux disparités économiques, aux infrastructures
inadéquates, et aux tensions politiques qui freinent parfois la réalisation de son plein potentiel.

A l’avenir, il serait essentiel de repenser cette intégration sous l’angle de l’inclusivité et de la


résilience. Les prochaines étapes pourraient viser à réduire les inégalités entre pays membres, à
renforcer les infrastructures pour améliorer la mobilité et la connectivité et à mettre en place
des politiques de gouvernance plus robustes face aux défis sécuritaires. En somme, une
intégration réussie nécessitera un engagement renforcé et des stratégies concertées pour
surmonter les obstacles existants et atteindre une coopération plus harmonieuse et bénéfique
pour tous.

Sujets d’application :

- Infrastructures et intégration dans l’espace UEMOA


- Intégration et stabilité régionale
- Intégration et échanges commerciaux

12

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