0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
165 vues282 pages

Afrimap RDC Low-Res-Final

Le document évalue les premiers pas de la démocratie et de la participation politique en République Démocratique du Congo sous la IIIème République. Il aborde des thèmes tels que le cadre constitutionnel, l'indépendance de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), et la nécessité d'un contrôle parlementaire effectif. Des recommandations sont fournies pour améliorer la participation citoyenne et renforcer les institutions démocratiques.

Transféré par

dimekamunga
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
165 vues282 pages

Afrimap RDC Low-Res-Final

Le document évalue les premiers pas de la démocratie et de la participation politique en République Démocratique du Congo sous la IIIème République. Il aborde des thèmes tels que le cadre constitutionnel, l'indépendance de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), et la nécessité d'un contrôle parlementaire effectif. Des recommandations sont fournies pour améliorer la participation citoyenne et renforcer les institutions démocratiques.

Transféré par

dimekamunga
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

République

Démocratique du Congo
Démocratie et participation à la vie politique :
une évaluation des premiers pas dans la
IIIème République

Par Professeur P. Ngoma-Binda, Professeur J. Otemikongo Mandefu Yahisule,


Madame Leslie Moswa Mombo

Une étude d’AfriMAP


et de
L’Open Society Initiative for Southern Africa

Novembre 2010
Copyright © 2010, Open Society Initiative for Southern Africa. Tous droits réservés.

Aucune partie de la présente publication ne peut être reproduite, conservée dans un système de recherche
automatique, ni transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit sans
l’autorisation préalable de l’éditeur.

Publié par :
l’Open Society Initiative for Southern Africa

ISBN : 978-1-920489-02-1

Pour de plus amples informations, veuillez contacter:


AfriMAP / Open Society Initiative for Southern Africa (OSISA)
PO Box 678
Wits
2050
Johannesburg
South Africa

[email protected]
www.afrimap.org
www.osisa.org

Maquette et impression : Compress DSL, Afrique du Sud


Table des matières
Liste des encadrés vi
Liste des figures et tableaux viii
Liste des abréviations x
Préface xiii
Remerciements xvi

Partie I
Démocratie et participation à la vie politique : une évaluation des premiers pas
dans la IIIème République
Document de réflexion et de plaidoyer
Introduction 2
1 Consolider le cadre constitutionnel de la participation politique 4
2  enforcer l’indépendance de la CENI pour solidifier la légitimité
R
des élections 6
3 Assainir le paysage partisan 10
4 « Un tigre en papier » ? Rendre effectif le contrôle parlementaire 12
Conclusion 17
Partie II
Démocratie et participation à la vie politique : une évaluation des premiers pas
dans la IIIème République
Rapport principal
1  adre juridique et constitutionnel de la vie politique en
C
R.D. Congo 20
A. Le droit international 21
B. La constitution Congolaise 23
C. Recommandations 36

2 Egalité des citoyens en R.D. Congo 37


A. Parcours tortueux du droit à la nationalité 38
B. Une timide protection légale contre la discrimination 48
C. Discriminations contre les femmes 49
D. Recommandations 53

3 Participation des citoyens au processus politique 54


A. Liberté d’expression sous haute surveillance 55
B. Liberté d’association 59
C. Volonté de participation politique : la société civile 60
D. Recommandations 65

4 Elections en R.D. Congo 66


A. Cadre juridique et institutionnel 67
B. Administration électorale : La CEI et la CENI 78
C. Financement des opérations électorales de 2006 84
D. Inscription, éducation et participation des electeurs 86
E. Pratiques électorales 95
F. Observation et acceptation des résultats 104
G. Contentieux des élections 107
H. Rôle de la communauté internationale 113
I. Recommandations 121

5 Partis politiques 123


A. Réglementation des partis politiques 124
B. Organisation et composition des partis 130
C. Financement des partis politiques 134
D. Déficit de démocratie interne  138
E. Evaluation critique du systéme partisan 141
F. Recommandations 142
6 Le Parlement Congolais 143
A. Composition du Parlement 144
B. Conditions de travail 151
C. La fonction législative du Parlement 158
D. Contrôle de l’Exécutif 168
E. Rôle des Commissions Parlementaires 180
F. Participation du public au travail du Parlement 183
G. Contrôle et audit des finances du Parlement 189
H. Recommandations 195

7 Administration régionale et locale 198


A. Contexte historique 199
B. Cadre juridique et institutionnel 202
C. Structure et fonctionnement des institutions provinciales
et locales 209
D. Compétences des entités provinciales et locales 214
E. Financement des provinces et des entités décentralisées 219
F. Recommandations 228

8 Autorités traditionnelles 229


A. Cadre juridique 229
B. Décentralisation et démocratisation des chefferies 247
C. Perception de l’autorité traditionnelle par la population 249
D. Recommandations 253

9 Aide au développement et relations extérieures 254


A. Cartographie de l’aide et instruments de financement 255
B. Contrôle Parlementaire 256
C. Faiblesse de coordination de l’aide au développement 257
D. Soutien à la gouvernance démocratique 259
E. Recommandations 264
Liste des encadrés
Encadré 1 Déclaration des organisations de la société civile du 29 septembre 2007 sur les
réformes de la justice et l’initiative pour la révision constitutionnelle en RDC  33
Encadré 2 Le combat pour la parité  51
Encadré 3 Des médias congolais à la dérive 59
Encadré 4 16 Février 1992 – 16 Février 2008 : L’engagement des citoyens pour la
démocratie et la reconstruction de la République Démocratique du Congo 62
Encadré 5 Missions et attributions de la Commission Electorale Indépendante 80
Encadré 6 Violations du Code de bonne conduite électorale 96
Encadré 7 Les affrontements à Kinshasa 99
Encadré 8 Extrait du rapport de la Mission Electorale d’Observation conjointe
EURAC-CDCE 105
Encadré 9 Droits et devoirs de l’opposition – extraits de la loi n°07/008 du 4 décembre
2007 portant Statut de l’opposition politique 128
Encadré 10 Les Assistants Parlementaires dénoncent le détournement de leurs salaires
par les Députés et Sénateurs dont ils gèrent les cabinets 154
Encadré 11 Avis et considération sur la question orale avec débat à adresser par
l’Honorable Jean Nengbangba Tshingbangba au Ministre d’Etat en charge
de l’Intérieur, sécurité et décentralisation 157
Encadré 12 Intervention du Député Gilbert Kiakwama Kia Kiziki, (Convention des
Démocrates Chrétiens, opposition) sur les Conventions d’investissement RD
Congo-Chine le 13 mai 2008 (extraits) 167
Encadré 13 Participation de la société civile au travail législatif du parlement 188
Encadré 14 Le Sénateur Pius Isoyongo Lofete justifie sa demande au bureau du Sénat
de rendre compte de la gestion des fonds alloués au Sénat (extraits) 192
Encadré 15 Les défis politiques 217
Encadré 16 Le défi de la fiscalité 223
Encadré 17 Rapport d’enquête sur la gestion calamiteuse des finances du
Nord-Kivu (extraits) 226
Encadré 18 Kailo : résolution des conflits, 7 femmes investies dans les chefferies et
groupements 231
Encadré 19 Des chefs coutumiers pour accompagner le processus électoral en RDC 240

vi R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Encadré 20 Programme Amani, les chefs coutumiers se plaignent d’être écartés 241
Encadré 21 RDC : Les Chefs coutumiers ont peur ! 242
Encadré 22 Les chefs coutumiers de la Province Orientale demandent le départ de
l’Administrateur Délégué Général de l’Okimo 250
Encadré 23 Ineffectivité de l’aide publique au développement de la RDC 262

R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E vii
Liste des figures et tableaux
Figure 1 Organigramme de la Commission Electorale Indépendante 82
Figure 2 Coût des élections de 2006 en RDC 85
Figure 3 Evolution des taux de participation par province selon les types de scrutins 94
Figure 4 Gouvernance générale : montants par secteurs et nombres de projets. 259

Tableau 1 Nombre d’enrôlés par Province 88


Tableau 2 Taux de participation électorale 94
Tableau 3 Répartition du temps d’antenne par candidat à l’élection présidentielle
premier tour du 29 juin au 29 juillet 2006 (tous types de diffusion). 103
Tableau 4 Répartition du temps d’antenne par candidat à l’élection présidentielle
premier tour du 29 juin au 29 juillet 2006 (tous types de diffusion). 103
Tableau 5 Contentieux des résultats des élections législatives 111
Tableau 6 Report des voix entre les deux tours des présidentielles 2006 132
Tableau 7 Implantation géographique 133
Tableau 8 Représentation des Députés Nationaux (1ère législature de la IIIème
République) par partis politiques 144
Tableau 9 Représentation des Sénateurs (1ère législature de la IIIème République)
par partis politique 146
Tableau 10 Sous – représentation des Femmes à la Députation Nationale 147
Tableau 11 Origine professionnelle des Sénateurs de la première législature de la
IIIème République 148
Tableau 12 Origine professionnelle des Députés nationaux élus en 2006 149
Tableau 13 Sessions tenues par l’Assemblée Nationale : Première législature de la
IIIème République 159
Tableau 14 Sessions tenues par le Sénat depuis son installation et nombre de séances
pour chaque session 160
Tableau 15 Commissions d’enquête Parlementaire mises en place au cours de la 1ère
législature de la IIIème République de l’Assemblée Nationale (situation au
1er septembre 2009) 173

viii R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Tableau 16 Commissions d’enquête Parlementaire mises en place au cours de la
1ère législature de la IIIème République du Sénat (situation au
27 Novembre 2009) 176
Tableau 17 Recettes du Budget 2007 du Sénat : Rémunération 193
Tableau 18 Recettes du Budget 2007 du Sénat : Frais de fonctionnement 194
Tableau 19 Dépenses du Budget 2007 du Sénat : Rémunération 194
Tableau 20 Recettes du Budget 2007 du Sénat : Frais de fonctionnement 195
Tableau 21 Répartition des Députés provinciaux par province. 211
Tableau 22 Part de rétrocession des recettes à caractère national par province 222
Tableau 23 Participation des chefs coutumiers reconnus à l’Assemblée Nationale, 2006. 235
Tableau 24 Participation des chefs coutumiers non reconnus à l’Assemblée
Nationale, 2006. 235
Tableau 25 Participation des chefs coutumiers reconnus au Sénat, 2006. 236
Tableau 26 Participation des chefs coutumiers non reconnus par l’autorité 236
Tableau 27 Nombre de Chefferies en RDC par Province 244
Tableau 28 Synthèse de la structure du financement total du PAP 2007/08 260
Tableau 29 Structure de financement des PAP 2007/08 et 2009/10 (en US$ millions) 261

R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E ix
Liste des abréviations

ABAKO Association des Bakongo


ABAZI Alliance Bayanzi
ACDI Agence Canadienne de Développement International
ACP Agence Congo Presse
AFDL Alliance des Forces Démocratique pour la Libération du Congo
AGI Accord Global et Inclusif
AMP Alliance de la Majorité Présidentielle
APD Aide Publique au Développement
APEC Appui au Processus Electoral au Congo
B.M. Banque Mondiale
BAD Banque Africaine de Développement
BCECO Bureau Central de Coordination
BCMI Bureau de Coordination des Marchés d’Infrastructures
BCTC Bureau Central de Traitement des Candidatures
BL Bureaux de Liaison
BOR Bureaux Opérationnels Relais
BPO Bureaux Provinciaux des Opérations
BR Bureaux Relais
BRP Bureau de Représentation Provinciale
C.I. Centre d’Inscription
C.P.P Comités de Pouvoir Populaire
CBL Chef de Bureau de Liaison
CDCE Cadre de concertation de la société civile pour l’observation des élections
CDG Contrat de Gouvernance
CEI Commission Electorale Indépendante
CENADEP Centre National d’Appui au Développement et à la Participation
CENI Commission Electorale Nationale Indépendante
CIAT Comité International d’Appui à la Transition (CIAT)
CLCR Centres Locaux de Compilation des Résultats

x R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
CNCR Centre national de compilation des résultats
CNOC Coordination nationale des opérations électorales
CNS Conférence Nationale Souveraine
CNT Centre national de traitement
CREAC Centre de recherche et d’expertise sur l’Afrique centrale
CSMOD Cadre Stratégique de Mise en Œuvre de la Décentralisation
CTT Cellule technique de télécommunication
DIC Dialogue Inter-Congolais
DSCRP Document de Stratégie de la Croissance et de Réduction de la Pauvreté
ETD Entités Territoriales Décentralisées
EISA Electoral Institute of Southern Africa
EURAC Réseau Européen pour l’Afrique Centrale
FARDC Forces Armées de la République Démocratique du Congo
FIDA Fonds International de Développement Agricole
FMI Fonds Monétaire International
HAM Haute Autorité des Médias
HCR-PT Haut Conseil de la République Parlement de la Transition,
IDE Investissement Direct Etranger
IDH Indice du Développement Humain
IFES International Foundation for Election Systems
LICOCO Ligue congolaise de lutte contre la corruption
MLC Mouvement de Libération du Congo
MNC Mouvement National Congolais
MOE-UE Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne
MONUC Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo
NDI National Democratic Institute
NEPAD Nouveau Partenariat pour le déveopement de l’Afrique
OCDE Organisation de Coopération et Développement Economique
OGE Organisme de Gestion des Elections
OIF Organisation Internationale de la Francophonie
OMD Objectifs du Millénaire pour le Développement
ONEL Observatoire national des élections
OSC Organisations de la société civile
PACE Projet d’Appui au Cycle Electoral
PALU Parti Lumumbiste Unifié
PAP Programme d’Actions Prioritaires du gouvernement de la RDC
PAS Plans d’ajustement structurel (PAS)
PDG Programme de Gouvernance du gouvernement de la RDC
PGAI Plateforme de Gestion de l’Aide et des Investissements
PIB Produit intérieur brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement

R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E xi
PNUD- DDRProgramme du PNUD pour le désarmement, la démobilisation et la réinser-
tion
PPRD Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie
PPTE Pays Pauvres Très Endettés
PRCG Projet de Renforcement des Capacités en Gouvernance
PSA Parti Solidaire Africain
RCD Rassemblement Congolais pour la Démocratie
RCD-K-ML Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani-Mouvement de
Libération
RCD-N Rassemblement des Congolais Démocrates et Nationalistes
RENOSEC Réseau national pour l’observation et la surveillance des élections auCongo
RTNC Radio-Télévision Nationale Congolaise
SADC Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe
SCRP Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté
UA Union Africaine
UCOP Union de Coordination des Projets
UDEMO Union des Démocrates Mobutistes
UDPS Union Pour la Démocratie et le Progrès Social
UE Union Européenne
UN Union pour la Nation
UNAFEC Union Nationale des Fédéralistes du Congo
UPI Unité de Police Intégrée

xii R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Préface
La République Démocratique du Congo (RDC) est le pays membre de la Communauté des Etats
de l’Afrique Australe (SADEC) le plus vaste, le plus peuplé et probablement le plus stratégique-
ment important du point de vue de ses potentialités économiques. La mesure dans laquelle sa
population participe aux décisions des politiques publiques peut être déterminante pour le projet
démocratique en construction dans pratiquement tous les pays de la SADEC. Les efforts les
plus notables en vue de bâtir une société démocratique dans ce qui était encore appelé le Zaïre
après les années de dictature du parti unique ont été réalisés au cours des travaux de l’historique
Conférence Nationale Souveraine (CNS) en 1992-1993. Le projet de la CNS a néanmoins été
déraillé avant d’avoir réalisé sa promesse et le pays a plongé dans près de deux décennies de crise
politique et de conflits armés. Les négociations politiques appelées « Dialogue Inter Congolais »,
initiées en 2002 en Afrique du Sud pour mettre fin à la crise politique ont mis en œuvre un
processus de transition destiné à ressusciter le projet démocratique étouffé dix ans plus tôt.
Ce processus a abouti à la rédaction et à l’adoption de la Constitution de 2006 qui contient
les garanties les plus progressistes de la participation politique des citoyens que la RDC avait
jamais connues. Sur la base de cette Constitution les élections législatives, présidentielles et pro-
vinciales pluralistes ont été organisées en 2006 et des mécanismes de participation populaire
et de décentralisation du pouvoir ont été mis en place. Quel bilan peut-il être dégagé après près
de cinq ans d’expérimentation de ces mécanismes ? Quelles sont les perspectives qui s’ouvrent
au second cycle en cours du projet démocratique en RDC ? Quelles pistes de solution devraient-
elles être envisagées pour corriger les éventuelles imperfections à une année du deuxième cycle
électoral de la Troisième République ? Telles sont certaines des questions auxquelles cette étude
essaye d’apporter des réponses.
Cette étude sur la démocratie et la participation des citoyens au processus politique est la
deuxième d’une série de quatre études consacrées à l’analyse des questions spécifiques de la
gouvernance en République démocratique du Congo (RDC). Les trois autres analysent les défis
de la gouvernance dans les secteurs respectifs de la justice et de l’état de droit (encore en cours
de finalisation), de la justice militaire et de la prestation des services publics de l’éducation (ces
deux dernières publiées en juin 2009). Ces études ont toutes été initiées conjointement par la
fondation Initiative pour une Société Ouverte en Afrique Australe, OSISA (Open Society Initiative
for Southern Africa) et son projet AfriMAP (Projet pour l’observation et le plaidoyer sur la gou-
vernance en Afrique).

R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E xiii
AfriMAP a été mis en place en 2004 par OSISA et les trois autres fondations africaines du
réseau de l’Open Society Foundation. Son objectif est de suivre de près la mesure dans laquelle
les pays africains et leurs partenaires au développement assurent le respect des normes afric-
aines et internationales en matière des droits de l’homme, de l’état de droit et de la responsabilité
du gouvernement.
AfriMAP a été institué dans un contexte particulier. Depuis que l’Union africaine (UA) a
remplacé l’ancienne Organisation de l’unité africaine (OUA) en 2002, les Etats africains ont pris
des engagements précis en faveur du respect d’une meilleure gouvernance. L’Acte constitutif
de l’Union africaine contient des dispositions visant la promotion des droits de l’homme, des
principes et institutions démocratiques, de la participation populaire et de la bonne gouvernance.
D’autres documents contenant des engagements plus précis ont par la suite été adoptés, parmi
lesquels le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et le Mécanisme
africain d’évaluation par les pairs (MAEP), la Convention pour la prévention et la lutte contre la
corruption, le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples sur les droits
des femmes en Afrique, ainsi que la Charte sur la démocratie, les élections et la gouvernance.
Les travaux de recherche d’AfriMAP ont pour but de faciliter et de promouvoir le respect de ces
engagements en faisant ressortir les principaux enjeux et en fournissant un document de travail
pour les organisations de la société civile agissant aux niveaux national et régional.
Loin d’être un catalogue de jugements subjectifs ou une classification quantitative, les rap-
ports d’AfriMAP se veulent être une discussion aussi complète que possible analysant les forces
et les faiblesses dans la pratique de la gouvernance, du respect des droits de l’homme, et de la
participation politique, et soulignant les domaines qui méritent une amélioration. À travers un
processus de consultation d’experts, AfriMAP a mis au point des formats de rapport dans les
trois domaines suivants: le secteur de la justice et l’état de droit, la démocratie et la participation
politique et la prestation efficace des services publics. Les questionnaires élaborés, notamment
le questionnaire sur la prestation des services publics sur lequel est basé le présent rapport, sont
disponibles sur le site Internet d’AfriMAP à l’adresse: www.afrimap.org.
Les rapports sont établis par des experts des pays concernés, en étroite collaboration avec
le réseau des fondations de l’Open Society Institute en Afrique et avec le propre personnel
d’AfriMAP. L’objectif est que ces rapports constituent une ressource pour les parties prenantes,
les décideurs, les praticiens, les chercheurs et les militants du pays concerné ainsi que pour ceux
qui travaillent dans les autres pays d’Afrique, dans le but d’améliorer le respect des droits de
l’homme et des valeurs démocratiques.
Les recherches en vue de préparer ce rapport ont été réalisées pendant près de deux ans.
Elles ont d’abord porté sur une étude documentaire qui a ensuite été complétée par des enquêtes
de terrain. Au cours de l’enquête de bureau, les chercheurs ont compilé la documentation dis-
ponible sur les institutions publiques et les mécanismes de participation politique au Congo.
La documentation publique a été complétée et enrichie par une importante littérature des
organismes privés et non gouvernementaux sous forme de communiqués, comptes rendus et
rapports des organisations de la société civile, des déclarations et reportages des médias, etc.

xiv R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Ont également été examinées les études académiques disponibles et la littérature produite par
les organisations internationales qui interviennent dans le secteur de la gouvernance politique.
La recherche de terrain a ensuite consisté en une série d’entretiens obtenus auprès des
personnalités politiques, des acteurs des institutions publiques nationales et provinciales, des
agents de l’administration publique, des représentants des partis politiques, des animateurs des
institutions d’appui à la démocratie, des responsables des organisations de la société civile, et
des employés et responsables des organismes internationaux de coopération dans le secteur de
la gouvernance politique. Les versions préliminaires de ce rapport ont été relues et ont fait l’objet
de discussions à différentes étapes du processus, au cours de réunions avec les experts qui ont
accepté de procéder à une relecture critique. Un atelier de validation a finalement été organisé,
au cours duquel la version avancée du rapport a été présentée et les recommandations examinées
par les participants comprenant des élus nationaux et provinciaux, des membres de gouverne-
ments provinciaux, des représentants des organisations de la société civile et des universitaires.
Le caractère très participatif des recherches pour cette étude, la pertinence des analyses qui
y sont présentées, ainsi que les recommandations qui en découlent sont autant d’ingrédients
qui, nous l’espérons, garantissent un débat passionnant sur l’avenir de la participation politique
en RDC. Nous formons le vœu que les décideurs politiques prêteront à ces analyses et recom-
mandations l’oreille qu’elles méritent afin que leur mise en œuvre participe à l’édification d’une
société toujours plus ouverte en RDC et dans toute l’Afrique Australe.

Mme Sisonke Msimang


Directrice Exécutive
Open Society Initiative for Sourhern Africa (OSISA)

R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E xv
Remerciements
Ce rapport est le produit de la contribution de nombreuses personnes et institutions que nous
nous faisons le devoir de remercier. Nos remerciements vont en premier lieu au Professeur
Ngoma Binda, politologue et doyen de la faculté des Lettres de l’université de Kinshasa, qui
a coordonné les recherches pour ce rapport. La préparation et la rédaction de ce rapport sont
l’œuvre d’une équipe composée, outre le professeur Ngoma-Binda, du professeur Otemikongo
Mandefu, politologue et enseignant à la faculté des sciences politiques de l’université de
Kisangani, et de Mme Leslie Moswa, assistante à la faculté de droit de l’université de Kinshasa.
Les Professeurs Mampuya Kanunk’a Tshiabo, analyste politique dont les critiques sont fréquem-
ment rapportées dans les médias, Obotela Rachidi, rédacteur de la revue Congo-Afrique, et
Esambo Kaganshe, fréquent commentateur des affaires constitutionnelles, tous de l’Université
de Kinshasa, ont accepté de lire et commenter une version avancée de cette étude. Nous tenons à
leur exprimer notre appréciation des critiques constructives qui ont permis d’enrichir cette étude.
Nous tenons également à remercier les personnes suivantes, et les organisations et
structures qu’elles représentent, pour avoir contribué à l’enrichissement de ce rapport par les
commentaires critiques et leur participation aux travaux de l’atelier de validation du rapport :
Dave Banza de la Commission Electorale Indépendante ; Mme Eve Bazaiba, Sénatrice (MLC);
Ambassadeur K.F. Beltchika, dirigeant de l’UDPS ; Mme Kanyeba Beya, Conseillère au Bureau
d’Etudes du Sénat ; Jérôme Bonso, président de la LINELIT ; Isaac Buchekabiri, député à
l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu ; Justin Mangay Bula, vice-président de l’Assemblée provin-
ciale de Bandundu ; Albert Kawumbu de la Ligue de Conscientisation des Electeurs ; Godelive
Kila Matumbu, dirigeante du PPRD ; Mme Faida Mwangilwa, ancienne ministre, dirigeante
du RCD ; Jacques Ndjoli, Sénateur (MLC) ; jean-Baptiste Ndundu de RODHECIC ; Mabeka
ne Niku, Ministre provincial du Bas-Congo ; Paul Ngendjambolo, Conseiller à l’Assemblée
Nationale ; Mme Nicole Odia, avocate et membre de l’ACIDH ; Mathieu Ruguye, Conseiller au
Ministère de la Décentralisation ; Lazare Tshipinda, Ministre provincial de l’Intérieur du Kasaï-
Oriental ; et Joseph K. Yav, avocat et chercheur à l’Université de Lubumbashi. Nous remercions
chacune de ces personnes et de ces institutions, ainsi que plusieurs autres personnes dont nous
n’avons pas pu mentionner les noms ici, pour les contributions précieuses qu’ils ont apportées
à la réussite de ce projet.

xvi R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Ce projet s’est déroulé sous la supervision d’OSISA. Nous tenons à remercier de tout
cœur Mme Sisonke Msimang, directrice exécutive d’OSISA, Mme Anaiah Bewa, directrice
du programme RDC d’OSISA et Hubert Tshiswaka, directeur du plaidoyer international pour
la RDC à OSISA, pour leur soutien à ce projet et leurs conseils très appréciés. Nos remercie-
ments s’adressent de façon toute paticulière à Roger Mvita, coordonnateur d’AfriMAP au bureau
d’OSISA pour la RDC, qui a dirigé tout le processus en s’assurant avec professionnalisme du bon
déroulement de toutes les étapes de la recherche.
Ce rapport a été réalisé sous la direction éditoriale de Pascal Kambale, directeur adjoint
d’AfriMAP. Il a bénéficié de précieuses contributions de Bronwen Manby, conseillère spéciale
d’AfriMAP.

R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E xvii
Partie I
Démocratie et participation à la vie politique :
une évaluation des premiers pas dans la IIIème
République
Document de réflexion et de plaidoyer
Introduction
Le projet démocratique en République Démocratique du Congo (RDC) est un chantier en perpé-
tuel recommencement. Bien que les efforts les plus importants en matière de construction d’une
société démocratique et ouverte ont été réalisés au cours des dix dernières années, la quête pour
une meilleure participation des citoyens aux affaires publiques est plus vieille. Elle a accompagné
et influencé les débats auxquels la jeune nation a fait face dans les domaines aussi variés que la
forme unitaire ou fédérale de l’Etat, la citoyenneté congolaise, les options fondamentales de la
constitution, ou la place et le rôle des autorités traditionnelles.
Ecartée du système de gouvernance pendant la période la plus longue de l’histoire post
coloniale de la RDC, la démocratie fait aujourd’hui l’objet de désirs de plus en plus intransigeants
de la part des citoyens. La demande pour une participation plus effective des populations aux
affaires publiques a justifié les « consultations populaires » initiées par le président Mobutu en
1990 en vue de recueillir l’opinion que les citoyens se faisaient sur le système de parti unique en
place depuis 1965. Elle a également justifié et rendu possible la tenue entre 1991 et 1992 d’une
« Conférence Nationale Souveraine » (CNS) dont l’objectif était de faire le point sur l’état de la
gouvernance dans le pays depuis son indépendance en 1960, et de jeter les bases d’un système
nouveau de gouvernance débarrassé de la dictature du parti unique.
Inversement, l’ignorance ou la mauvaise application du projet démocratique a parfois con-
stitué un élément catalyseur aux périodes les plus tragiques de l’histoire post coloniale de la RDC.
La révocation du Premier ministre élu Patrice E. Lumumba le 5 septembre 1960, suivie de son
assassinat en janvier 1961, a déclenché une avalanche de violations des règles de la représenta-
tivité démocratique qui sont à l’origine de la longue crise politique, des sécessions et des guerres
civiles entre 1960 et 1964. Le mépris de la majorité issue des élections démocratiques de mai
et juin 1965 a fait le lit du coup d’Etat militaire de novembre 1965 qui a préparé les 25 ans de
dictature de Mobutu. Le sentiment de frustration des aspirations démocratiques a souvent été
donné pour explication à l’adhésion d’une frange importante de citoyens aux rébellions armées.
Plus récemment, la demande d’une meilleure participation politique et d’une citoyenneté plus
égale a également été avancée parmi les justifications aux crises et conflits politiques violents qui
ont successivement endeuillé le pays entre 1996 et 2002.
La volonté d’instaurer une démocratie fondée sur les libertés fondamentales figure parmi
les éléments caractérisant les efforts déployés en RDC au cours des dix dernières années pour

2 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
rompre avec un passé marqué par des guerres civiles et un régime dictatorial. Le processus
démocratique actuel a débuté le 24 avril 1990 lorsque le Président Mobutu Sese Seko a annoncé
une série de réformes, parmi lesquelles la fin du régime de parti unique, l’ouverture au multi-
partisme, la séparation des pouvoirs, le pluralisme syndical et la fixation d’une période de transi-
tion vers un régime démocratique. Il a ensuite accepté l’initiative de l’opposition de convoquer
le 15 juillet 1991, une Conférence nationale souveraine (CNS) regroupant plus de 2000 délégués
des partis politiques, d’organisations de la « société civile » et de divers groupements socio profes-
sionnels chargés de dresser le bilan de la gouvernance au Congo depuis son indépendance et de
définir l’agenda de la période de transition.
La mise en œuvre effective du processus de transition défini par la CNS avait connu
d’énormes difficultés dues principalement aux nombreux désaccords entre acteurs politiques
sur ses échéances et son contenu. Ce processus a finalement été interrompu par les crises poli-
tiques provoquées par les guerres civiles qui se sont succédé entre 1996 et 2002. Les accords
politiques successifs conclus par les belligérants pour mettre fin à ces guerres civiles ont reconnu
la nécessité de restaurer la démocratie et de promouvoir la participation politique des citoyens
comme une condition essentielle pour un retour à la paix. En plus des belligérants (c’est-à-dire
le gouvernement de Kinshasa et la dizaine de groupes armés qui l’affrontaient et s’affrontaient
entre eux au cours de conflits superposés les uns aux autres), les délégués de la société civile et
des partis politiques ont été invités à prendre une part active aux négociations de paix les plus
importantes, appelées aussi « Dialogue Inter Congolais » (DIC), qui s’est déroulé en Afrique du
Sud entre avril et décembre 2002. L’ « Accord Global et Inclusif » (AGI) conclu à Pretoria le 17
décembre 2002 par les participants au DIC est largement crédité pour avoir mis fin à la seconde
vague de conflits armés débutée en 1998. L’AGI a également déclenché un processus de transi-
tion vers la démocratie, en mettant en place les institutions de transition, le cadre institutionnel
pour l’organisation des élections, ainsi que la procédure d’élaboration et d’adoption d’une nou-
velle constitution.
La Constitution du 18 février 2006, adoptée par référendum organisé en décembre 2005,
instaure un cadre démocratique permettant, à un niveau satisfaisant, la participation politique
des citoyens à la vie politique de la société. Elle met également en place des procédures assur-
ant une séparation effective des pouvoirs entre les institutions représentant les trois pouvoirs
classiques, tout en garantissant leur bon fonctionnement. A côté de ces institutions classiques,
la constitution prévoit des institutions « d’appui à la démocratie » chargées de veiller au respect
des mécanismes de contre poids démocratique, de s’assurer du renforcement des conditions de
participation politique et de conduire des élections transparentes.
Les procédures démocratiques et les mécanismes de participation politiques sont néan-
moins confrontés à un défi majeur d’effectivité quelques années seulement après l’entrée en
vigueur de la nouvelle constitution. Les institutions d’appui à la démocratie ont des difficultés à
jouer leur rôle de veille démocratique et voient, pour certaines, leur crédibilité sérieusement mise
en doute. En particulier, la commission électorale a des difficultés à maintenir le même niveau
de crédibilité et de professionnalisme dont elle a joui à l’occasion de la gestion des élections de
2006. Le parlement a exercé son rôle de contrôle sur l’exécutif, mais avec une effectivité de plus

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 3


en plus incertaine. Sa crédibilité comme une institution indépendante de contre poids est, en
plus, constamment questionnée au vu de l’emprise de plus en plus évidente qu’exerce l’exécutif,
à travers le parti au pouvoir, sur la majorité parlementaire Alliance pour la majorité présidenti-
elle (AMP). En dépit du vote d’une loi sur le statut de l’opposition politique, le rôle que les partis
politiques, surtout de l’opposition, peuvent jouer comme force de propositions et de critique, est
limité par leur manque de ressources et l’absence de démocratie interne en leur sein.
Telles sont quelques unes seulement des conclusions auxquelles aboutit l’étude sur l’état de
la démocratie et de la participation politique en RDC. Le rapport, intitulé ‘RDC : démocratie et
participation à la vie politique’ (« rapport principal »), identifie les défis auxquels le projet démocra-
tique se heurte, quatre ans seulement après l’organisation en 2006 d’élections que beaucoup ont
jugées globalement réussies. Il formule également des pistes de solution à ces défis, sous forme
de recommandations concrètes pour des réformes législatives, des révisions constitutionnelles
et, surtout, d’un meilleur respect pour les procédures et mécanismes instaurés par la lettre ou
l’esprit de la nouvelle constitution.
Bien qu’il soit extrait du rapport principal, ce document n’en est pas un résumé. Il ne
souligne que les défis jugés parmi les plus urgents à résoudre et présente les recommandations
correspondantes proposées dans le rapport principal. Ce document doit donc être lu avec le
rapport principal qui fournit les détails du contexte historique et politique nécessaire pour mieux
évaluer l’état actuel de la démocratie et de la participation politique en RDC.

1. Consolider le cadre constitutionnel de la


participation politique
La participation politique en RDC est bâtie sur un fondement constitutionnel solide. La RDC
est partie à la majorité des traités internationaux et africains des droits de l’homme relatifs à
la participation politique, à la démocratie et à la citoyenneté égale. La RDC a également adhéré
aux principaux traités internationaux et africains relatifs à la lutte contre la discrimination et à la
promotion de l’égalité entre les citoyens. Elle n’a cependant pas encore ratifié la Charte africaine
sur la démocratie, les élections et la gouvernance.
Avant sa promulgation le 18 février 2006, la Constitution de la Troisième République a été
soumise au référendum en vertu d’une loi qui a rendu obligatoire la consultation sur le projet de
constitution pour tous les congolais inscrits sur la liste électorale. Le référendum a lui-même été
précédé par une longue période de consultations d’experts menées par le Sénat de transition au
cours de la phase de rédaction du projet de constitution. Quoiqu’entachée de quelques irrégulari-
tés et imperfections, la campagne référendaire a été la plus ouverte de l’histoire constitutionnelle
de la RDC. Elle a également donné lieu au débat le plus passionné, la Cour suprême ayant été
saisie d’une dizaine de requêtes contestant les résultats du référendum. Au total, aussi bien le
processus que le contexte de son adoption confèrent à la constitution une légitimité qui a fait
défaut à la plupart des constitutions précédentes.

4 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
La constitution met en place des mécanismes et procédures qui permettent aux institutions
de collaborer mais aussi de s’équilibrer et de se contrôler réciproquement. Alors que le gouverne-
ment a la charge de conduire la politique nationale, la définition de cette dernière se fait en con-
certation avec le président de la République. Pour son indépendance, le pouvoir judiciaire béné-
ficie de garanties plus importantes que par le passé, notamment à travers un Conseil supérieur
de la magistrature moins dépendant de l’exécutif et une gestion plus autonome des ressources
des cours et tribunaux. Le pouvoir législatif est exercé par le Parlement qui a également des com-
pétences précises de contrôle de l’exécutif et dont chacune des chambres jouit d’une autonomie
administrative et financière et dispose d’une dotation propre. La constitution prévoit en outre des
institutions indépendantes « d’appui à la démocratie » chargées de superviser et gérer le proces-
sus électoral, de contrôler le respect de la liberté d’expression et veiller à l’égal accès de toutes
les opinions politiques aux médias audiovisuels publics, et de promouvoir les règles d’éthique
et lutter contre la corruption. Dans une de ses innovations les plus importantes, la constitution
prévoit qu’outre le parlement et le président de la République, une fraction du peuple congolais
– 100 000 personnes – peuvent initier une révision constitutionnelle directement par voie de
pétition adressée à l’une des deux chambres du Parlement.
Pour être effectives, cependant, les garanties constitutionnelles d’une meilleure participa-
tion politique devront être accompagnées par une mise en œuvre législative. Or, de nombreuses
lois continuent d’être appliquées alors qu’elles sont devenues contraires à la constitution à
laquelle elles sont antérieures. Avec la collaboration de la Commission Politique, administra-
tive et judiciaire (PAJ) du parlement, le ministre de la Justice devrait mandater la Commission
permanente de réforme du droit congolais (CPRDC) de procéder à un inventaire exhaustif des
lois qui nécessitent d’être révisées afin de les rendre conformes à la Constitution du 18 février
2006. Le mandat devrait également permettre la CPRDC de préparer l’adoption de nouvelles
lois devant permettre l’application des dispositions constitutionnelles et internationales pour une
meilleure participation des citoyens aux affaires publiques.
A peine quelques années après son entrée en vigueur, la constitution fait l’objet de viola-
tions insidieuses qui rétrécissent les garanties de séparation des pouvoirs et font s’effriter les
mécanismes de contre poids prévus dans ses dispositions. Une loi a récemment été proposée au
Parlement qui aurait pour effet de réduire l’effectivité de l’indépendance du pouvoir judiciaire et
de restaurer la tutelle de l’exécutif sur le Conseil supérieur de la magistrature. Des mécanismes
législatifs et administratifs sont utilisés pour réduire l’autonomie des institutions d’appui à la
démocratie, y compris à travers la composition de ces institutions ou la rétention des ressources
nécessaires à leur fonctionnement. Il est urgent de procéder à la mise en place de la Cour con-
stitutionnelle prévue par la constitution, afin qu’elle joue son rôle de juge du respect des libertés
constitutionnelles et d’arbitre des conflits de compétences entre institutions politiques.
De manière plus inquiétante, cependant, le respect des procédures établies par la constitu-
tion a récemment été mis à très rude épreuve à l’occasion des tentatives de sa révision pour
contourner le défaut de mise en œuvre, dans les délais prévus, du processus de décentralisation
et de création de nouvelles provinces. Le fait que le gouvernement a considéré pouvoir inclure
dans la révision des dispositions expressément interdites à la révision a exposé la vulnérabilité de

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 5


la constitution aux attaques politiques en dépit de sa légitimité. Il est important que le gouverne-
ment et le parlement s’abstiennent d’engager des révisions constitutionnelles qui violeraient les
dispositions intangibles de la Constitution du 18 février 2006. Toute procédure de révision doit,
à cet effet, être établie dans les règles de transparence et assurer une participation la plus large
possible des citoyens.

2. Renforcer l’indépendance de la CENI pour


solidifier la légitimité des élections
En ouvrant en 2005 le cycle électoral prévu pendant la période de la transition par l’Accord
Global et Inclusif, la RDC s’est résolue de se conformer aux standards internationaux relatifs à
la démocratie. Elle a réformé ses règles électorales dans le but, non pas simplement de désigner
de nouveaux dirigeants et animateurs de nouvelles institutions politiques, mais d’aligner le cadre
électoral sur les objectifs de la légitimité, de la représentativité et de la durabilité.
Le cadre juridique et institutionnel relatif aux élections de 2006 – en ce compris
l’administration électorale et les mécanismes et procédures mis sur pied au cours de la gestion
de ces élections – était en principe de nature à faire reposer l’instauration de la démocratie et
de l’Etat de droit sur une bonne base électorale. En dépit du retard mis parfois dans leur élabo-
ration, les lois essentielles à l’organisation des élections, à la conduite des partis politiques et
au fonctionnement de l’administration électorale ont été élaborées. La Commission Electorale
Indépendante (CEI) a observé de manière largement satisfaisante l’autonomie et l’indépendance
de l’administration électorale. Compte tenu du manque d’expérience électorale pendant les
quatre décennies précédentes, la CEI a accompli de façon honorable et professionnelle les tâches
techniques (préparation, organisation, gestion et contrôle des opérations) des processus référen-
daire et électoral, malgré le manque de maîtrise, par certains agents électoraux, des nouvelles
technologies de l’information et de la communication nécessaires à l’exécution de ces opérations
électorales.

Nécessité de bâtir un consensus politique autour des élections


Il est important de reconnaître que les élections constituent un processus éminemment poli-
tique et que leur réussite ne saurait s’apprécier uniquement à l’aune de l’accomplissement
satisfaisant de leur organisation technique. Les élections de 2006 étaient censées mettre fin à la
longue et profonde crise de légitimité due à l’absence d’élections réellement libres et pluralistes
au cours des 40 années précédentes. En dépit d’avancées notables dans la gestion technique des
opérations électorales, les élections de 2006 ont néanmoins été organisées sur une fragile base
politique marquée par l’absence d’un consensus solide entre principaux acteurs politiques et par
une dépendance logistique et politique très évidente à l’égard des bailleurs de fonds et des puis-
sances occidentales.
De manière inquiétante, cependant, la loi sur la Commission Electorale Nationale
Indépendante (CENI, appelée à remplacer la CEI) porte les germes d’un défaut de consensus
politique préjudiciable à sa légitimité. Son élaboration a profondément divisé les deux cham-

6 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
bres du Parlement sur les critères de sa composition. La version finale de la loi est celle qui a
privilégié une composition basée sur la représentativité partisane plutôt qu’impartiale. Une telle
composition entraîne les risques d’une inféodation politique qui pourrait saper la crédibilité dont
la CENI a besoin pour asseoir sa légitimité. Elle tranche avec la composition de la CEI qui était
formellement indépendante des composantes et entités signataires de l’Accord Global et Inclusif
et dont les membres étaient censés « couper le cordon ombilical » qui les liait à leurs com-
posantes d’appartenance. Bien que l’indépendance de la CEI était en réalité largement limitée
par l’influence du gouvernement et des partenaires au développement, son autonomie politique
formelle lui permettait de pouvoir bâtir un consensus politique entre partis politiques et organi-
sations de la société civile en développant avec ces forces qu’elle n’était pas censée représenter,
des courroies de dialogue politique nécessaires. Le caractère partisan de la CENI est de nature à
l’empêcher de développer une relation de confiance politique crédible avec les forces politiques
en compétition – en particulier les partis et coalitions politiques non représentés à la CENI.
Le consensus politique devrait également concerner la révision du cadre juridique et insti-
tutionnel des élections. Une telle révision s’impose au vu de la nécessité d’accomplir les tâches
prioritaires suivantes :
i) l’élaboration des mesures d’application de la loi sur le financement des partis
politiques pour permettre une compétition équitable entre les candidats et un
encadrement rigoureux des dépenses liées aux activités de campagne ;
ii) le choix d’un mode de scrutin simple, représentatif, inclusif, ouvert et économique en
remplacement du système électoral très complexe appliqué aux élections de 2006.
En combinant les scrutins majoritaires pour les circonscriptions uninominales et
les scrutins proportionnels de listes pour les circonscriptions plurinominales, les
élections de 2006 ont inévitablement entraîné un coût très élevé des scrutins et invité
des dérapages liés au suffrage indirect ;
iii) l’autonomie effective de la CENI, qui passe par une révision de la loi sur la CENI pour
rendre sa composition plus politiquement neutre et renforcer son indépendance vis-
à-vis des partis politiques. A cet effet, il serait impératif de prévoir expressément la
présence de la société civile au sein de la CENI et la constitution d’un organe et/ou
des mécanismes formels de dialogue et de consultation avec les partis et coalitions
politiques.

Pour un financement effectif et autonome des élections


La consolidation de la CENI passe par un ferme engagement du gouvernement dans le finance-
ment des élections pour réduire sa trop grande dépendance vis-à-vis de l’assistance de la commu-
nauté internationale. Pour éviter l’inféodation de la CENI par le gouvernement ou les bailleurs
de fonds par le truchement de son financement, le budget de la CENI doit être alimenté par le
biais d’une allocation budgétaire sur base d’une évaluation des coûts opérationnels et de besoins
institutionnels faite par la CENI au cours d’une procédure ouverte à tous les partis politiques et
à la société civile.

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 7


Autant que possible, le financement des élections devrait tenir compte de la nécessité
d’établir un minimum d’équilibre entre candidats, notamment en dotant la CENI de la capacité
de superviser le
i) financement public des partis politiques et l’interdiction d’utilisation des biens publics. La
CENI devrait s’atteler à la définition de critères clairs et acceptés par tous pour le
plafonnement des dépenses de campagne et le financement public des campagnes
électorales pour éviter l’inégalité née de l’utilisation des moyens d’Etat par des
candidats exerçant des fonctions dans les postes exécutifs de l’Etat. La CENI devrait
être dotée de moyens de contrôle et de sanction – y compris en se portant partie
civile devant les tribunaux – contre l’utilisation des moyens et services publics par les
candidats aux élections ;
ii) payement des témoins. Compte tenu du rôle important qu’ils jouent pour assurer
la crédibilité des opérations de dépouillement de bulletins, de compilation et de
décompte des voix, le CENI devrait prévoir le payement des témoins en compensation
de leur travail. Ceci devrait permettre d’éviter les inégalités entre partis sur base de
leur capacité financière de présenter des témoins dans tous les bureaux de vote et
centres de dépouillement.

Décentralisation du processus électoral


Compte tenu des difficultés rencontrées dans l’organisation du referendum constitutionnel en
2005, et des élections présidentielles, législatives et provinciales en 2006, il apparaît essentiel de
décentraliser effectivement et largement la gestion de la CENI, en accordant de réels pouvoirs d’action
aux structures électorales de niveau provincial et locale. La décentralisation du processus de
validation et d’agrégation des résultats au niveau des bureaux de liaison permettrait de désen-
gorger le bureau national de la Commission électorale et de renforcer la confiance des candidats
et autres acteurs locaux vis-à-vis du processus électoral. Elle permettrait en outre, dans le cas des
élections provinciales et locales, de conserver les plis au niveau des chefs-lieux de province où les
Cours d’Appel devront traiter du contentieux électoral.

Un fichier électoral plus crédible


L’amélioration du système d’enregistrement des électeurs est l’une des priorités urgentes. Elle
passe par l’établissement d’un fichier électoral unique et l’abandon des listes parallèles des omis,
des listes spéciales et autres listes par dérogations. Le recensement général de la population serait
à cet effet une étape préalable importante pour identifier correctement les congolais en âge de
voter et d’exercer leurs droits politiques avant la tenue des élections générales prévues en 2011.

Nécessité d’un programme d’éducation civique


Les programmes d’éducation civique et électorale mises en place en 2006, principalement par
des organisations non gouvernementales, étaient généralement mal adaptés aux systèmes élec-
toraux appliqués pour ces élections. L’éducation civique a également souffert de la faiblesse du
budget de sensibilisation et de la trop grande dépendance de ce budget par rapport au finance-
ment extérieur. En conséquence, les élections de 2006 ont été caractérisées par l’impréparation

8 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
de la population aux jeux et enjeux électoraux, au découpage électoral ou subdivision des cir-
conscriptions électorales, aux systèmes électoraux, au cycle électoral, à l’éthique et déontologie
électorales. Si la grande majorité des électeurs savaient, avant le jour du scrutin, dans quel
bureau ils devaient se rendre, beaucoup ignoraient encore comment procéder au vote. Le per-
sonnel électoral et les témoins de partis ont souvent été sollicités par des électeurs hésitants. Les
faiblesses du programme de sensibilisation organisé par la CEI et les partis ont été particulière-
ment manifestes dans les zones rurales.
La CENI et les organisations spécialisées de la société civile devraient mettre en place un
programme d’éducation plus robuste et plus cohérent qui pallie les insuffisances constatées en
2006. Un important effort de sensibilisation devrait être réalisé pour vulgariser les principes
constitutionnels, le fonctionnement des institutions ainsi que les droits et devoirs civiques. En
matière d’information des électeurs, les efforts de sensibilisation devraient insister notamment
sur le respect de la liberté et du secret du vote, l’apposition d’une empreinte digitale sur le bul-
letin de vote étant parfois source de craintes injustifiées. Une attention particulière devrait être
accordée à la problématique des électeurs analphabètes, afin de limiter le besoin d’une assis-
tance, parfois intrusive, au moment du vote. Les projets conduits par certaines organisations de
la société civile et confessions religieuses engagées dans l’éducation civique ou la sensibilisation
mériteraient une plus grande attention de la part des bailleurs de fonds et de la communauté
internationale. L’ensemble des acteurs impliqués dans la campagne d’éducation civique - et
en premier la CENI, les partis politiques, les organisations de la Société civile et les médias -
devraient jouer un rôle central dans la rationalisation des efforts d’éducation civique et du soutien
aux acteurs non institutionnels en vue de la préparation de la population à toutes les opérations
et étapes du processus électoral. Les dispositions essentielles du cadre juridique des élections
devraient être accessibles au public, dans les langues compréhensibles par les populations.

Réformer le traitement judiciaire du contentieux électoral


Globalement, les résultats électoraux de 2006 ont été acceptés par la majorité des candidats et
jugés crédibles par la majorité des témoins et des observateurs nationaux et internationaux. Les
candidats malheureux qui le désiraient ont effectivement exercé des recours devant les tribunaux,
et certains recours ont pu être jugés fondés et ont abouti au rétablissement des requérants dans
leurs droits. Dans l’ensemble, néanmoins, le traitement judiciaire du contentieux électoral était
caractérisé par un manque de créativité des juges qui ont failli à ordonner des mesures d’enquête
supplémentaire pour mieux apprécier les allégations de fraude. L’archaïsme de la procédure judi-
ciaire congolaise n’a pas non plus favorisé un traitement proactif des litiges électoraux.
La formation des juges et le renforcement des capacités des juridictions en matière de droit
et du contentieux électoraux sont indispensables. Les tribunaux doivent être dotés d’une plus
grande capacité de vérification, notamment par des enquêtes de terrain. Des principes clairs
devraient guider le traitement judiciaire des disputes électorales et inviter les juges à privilégier la
nécessité de faire triompher la vérité des urnes et l’intégrité électorale au détriment d’une applica-
tion automatique des règles de forme sur la recevabilité des requêtes et la qualité des requérants.

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 9


Le contentieux électoral devrait également être étendu au contrôle strict et aux sanctions de
l’utilisation des moyens et services publics par les mandataires candidats.

3. Assainir le paysage partisan


L’apparition et l’existence actuelle de quelques centaines de partis politiques constituent l’un
des signes de l’ouverture démocratique après trois décennies de régime de parti unique. La
Constitution et la loi portant organisation et fonctionnement des partis politiques garantissent
un espace politique intégralement pluraliste et concurrentiel, dont les partis politiques con-
tribuent à l’instauration et au maintien. Ce pluralisme est tel que si la démocratie était mesurable
par le nombre de partis qui existent dans un pays alors, incontestablement, la République
Démocratique du Congo devrait passer pour une grande démocratie, dans la mesure où elle
laisse s’exprimer, jusqu’à l’extravagance, toutes les libertés et volontés d’association politique. Et,
en général, depuis les élections de 2006, les libertés d’expression des formations politiques sont
garanties, mais uniquement dans les circonstances qui ne paraissent être, aux yeux du pouvoir
en place, ni dangereuses ni véritablement préjudiciables.
Il existe néanmoins d’énormes différences dans l’ancrage populaire des partis politiques,
ainsi qu’un profond déséquilibre dans leurs niveaux d’organisation interne. Le paysage parti-
san est peuplé de partis politiques d’importance et de qualité variables, allant de grands partis
aux dimensions nationales jusqu’aux partis particulièrement minuscules, ne regroupant que
quelques membres de la famille de leurs président-fondateurs.
En particulier, les partis de l’opposition jouissent d’un statut légal qui les rend aptes à
s’organiser et à fonctionner avec efficacité, en vertu de la loi du 4 décembre 2007 portant statut
de l’opposition politique. La loi contient des prérogatives importantes en faveur de l’opposition,
notamment le droit de critiquer l’action de l’exécutif et de formuler des contre-propositions, qui
en principe doivent être prises en compte. L’opposition politique est représentée devant la nation
par un porte-parole qui a rang de ministre d’Etat et qui jouit des privilèges associés à ce rang. La
loi régissant les partis est parfaitement conforme aux instruments juridiques internationaux en
cette matière, en ce qu’elle autorise toutes les libertés d’association, d’expression, et de manifesta-
tions publiques. La législation congolaise pourrait donc passer pour être l’une des plus libérales
en Afrique si on considère que très peu de pays africains reconnaissent à l’opposition le droit à
un statut précis et officiel.

Des déficits politiques majeurs


Bien qu’ils aient fait montre, au cours des élections de 2006, d’une réelle force de canalisation
des voix électorales, les partis politiques ne paraissent pas avoir démontré un impact quelconque
sur le plan de l’inflexion de la législation et de la politique nationale. Pour la plupart formés en
vue et à la veille des élections, ils rentrent en hibernation d’activités quasi complète, jusqu’à la
veille des élections suivantes. Cette situation de léthargie et de déficience est largement due à
une grave carence de moyens financiers et matériels, la plupart des partis, en particulier ceux
n’étant pas au pouvoir, ayant une très faible capacité de mobilisation des masses et des finances.

10 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
En l’absence d’une minorité suffisamment forte au Parlement, seule la majorité acquise à la
politique du Gouvernement a de fortes chances de faire passer une loi ou d’influer sur une
politique de l’Etat. Les débats parlementaires sont certes d’une liberté d’expression admirable, et
la prise de parole y est distribuée de manière relativement équitable. Néanmoins, la trop grande
influence du gouvernement sur sa majorité fait disparaître les discordances et fait s’agglutiner
les voix autour de la ligne de conduite gouvernementale.
Le manque de démocratie interne au sein des partis politiques constitue l’une des raisons
de la pauvre capacité des partis à formuler des politiques crédibles. Les congrès ne se tiennent
généralement pas. L’UDPS, l’un des partis les plus importants du pays, a tenu son premier
congrès en mars 2009 seulement, soit 27 ans après sa création en 1982. Le processus de prise de
décision est généralement des plus opaques et incertains. Les décisions importantes sont prises
de façon discrétionnaire, sinon dictatoriale, par le chef s’estimant propriétaire du parti. L’élection
des dirigeants du parti soit n’existe pas soit n’est qu’une parodie, de sorte que l’alternance à la
direction du parti est une chose impensable voire interdite dans certains cas. La pensée unique
règne à l’intérieur des partis à un point tel que les voix discordantes sont sévèrement réprimées
aussi bien par les chefs que par les militants du parti fanatisés autour de ces chefs décrétés
charismatiques.
Un mouvement de fusion des partis politiques par pôles idéologiques majeurs pourrait
démultiplier leur force d’action, réduire leur dépendance à la personne de leurs chefs respectifs
et renforcer leurs moyens financiers.

Financement opaque des partis


L’absence de sources transparentes et solides de financement des partis politiques constitue
l’une des faiblesses les plus préoccupantes de la démocratie congolaise. Une loi sur le finance-
ment public des partis politiques a été votée, mais elle tombe progressivement en désuétude en
l’absence de mesures d’application. L’absence de critères clairs et de conditions simples pour
déterminer l’éligibilité au financement public laisse subsister un profond déséquilibre entre
partis politiques en faveur des partis membres de la coalition gouvernementale. Comme cela
ressort de différents rapports d’enquête parlementaire, une part importante des ressources des
partis au pouvoir proviennent des prélèvements illégaux sur les ressources du Trésor public
par les membres des partis qui exercent des fonctions exécutives, ainsi que des commissions
illégales tirées des procédures d’adjudication des marchés publics. L’absence de financement
public et de contrôle rigoureux des ressources des partis constitue donc à la fois la cause et la
conséquence des pratiques de corruption dans les institutions de l’Etat.
Les partis de l’opposition connaissent, par contraste, une situation financière préoccupante.
Même les grands partis de l’opposition sont financièrement fragiles, leurs moyens de finance-
ment étant très précaires du fait de la pauvreté généralisée des couches sociales populaires qui
composent la majorité de leurs membres. Les membres contribuent au financement des activi-
tés du parti essentiellement par l’achat des cartes de membre, et par de modiques cotisations
mensuelles, par ailleurs aléatoires du fait du manque de système et mécanismes de recouvre-

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 11


ment contraignants. La plupart des partis étant financièrement pauvres ou ayant des moyens
financiers précaires, ils ne peuvent donc pas fonctionner de manière efficace.
Le parlement devrait s’atteler de façon urgente à la définition des critères pour une mise en
application immédiate de la loi sur le financement public des partis politiques. Les forces vives
de la nation et les forces politiques non représentées au parlement devraient être dûment con-
sultées. Les mesures d’application doivent contenir des règles claires et acceptées par la majorité
des parties prenantes sur les conditions d’éligibilité au financement public. La mise en œuvre du
financement ne doit pas dépendre du pouvoir discrétionnaire du gouvernement.

4. « Un tigre en papier » ? Rendre effectif le


contrôle parlementaire
Le pouvoir législatif congolais est exercé par un parlement bicaméral jouissant d’une autonomie
administrative et financière et dont les membres bénéficient d’une indemnité équitable qui
assure leur indépendance et leur dignité. La composition du parlement est largement représen-
tative de la diversité socio professionnelle du pays, avec les députés provenant de tous les secteurs
professionnels : agricole, artistes et artisans, commerce, communication, Eglises, entrepreneur-
iat, fonction publique, ONG et domaine du développement, secteur privé, professions libérales,
secteur politique, retraités, université, etc. Quant au Sénat, la qualité des personnalités qui y
siègent est remarquable, la plupart traînant derrière eux une riche expérience acquise dans la
gestion des affaires publiques.
La configuration du Parlement issu des élections de 2006 reflète également la composition
ethnique de la population, les Pygmées étant le seul groupe ethnique non représenté. La partici-
pation des femmes y est encore insignifiante. La loi électorale votée par le Parlement de transi-
tion y a largement contribué en ce qu’elle n’a pas exigé expressément des partis politiques qu’ils
respectent la parité de genre dans la présentation des listes électorales. C’est ainsi que seulement
42 femmes sur 500 et 5 sur 108 siègent à l’Assemblée nationale et au Sénat respectivement. Les
Parlementaires bénéficient dans leur travail du soutien d’assistants parlementaires rémunérés
par l’Assemblée nationale ou le Sénat mais aussi des services techniques de l’Assemblée natio-
nale et du Sénat, en particulier de leurs Bureaux d’études respectifs qui, outre le fait qu’ils sont
un service de recherche, jouent essentiellement le rôle de conseil.

Bâtir sur l’impressionnante production législative


Le Parlement issu des élections de 2006 se présente comme un modèle de production législa-
tive. Doté d’une indépendance institutionnelle, le Parlement est maître de son propre calendrier
législatif, une prérogative dont les Députés et Sénateurs ont usé de façon intense et largement
effective. Les projets de loi déposés par le gouvernement ont généralement été soumis à un
examen professionnel et parfois critique du Parlement qui a ainsi contribué à leur amélioration.
Les membres des deux Chambres du Parlement ont par ailleurs soumis de nombreuses proposi-
tions de loi à leur propre initiative. L’impressionnante production législative qui en est résulté a
été rendue possible dans une grande mesure par la qualité des Députés et Sénateurs qui provien-

12 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
nent de diverses origines sociales et professionnelles et dont un grand nombre, surtout au Sénat,
apportent avec eux des expériences variées et riches acquises dans les secteurs publics et privé.
Cependant, il reste beaucoup à faire. La Constitution mentionne un nombre important de
textes d’application – notamment des lois organiques et des lois ordinaires – qui tardent à être
adoptés suite entre autres à la lenteur du travail parlementaire due à la longueur des débats sur
les projets et propositions de loi ainsi que la mauvaise gestion du temps accordé aux députés. A
cela s’ajoute l’absentéisme des députés non seulement aux plénières mais également aux travaux
en commissions, si bien que la production législative se trouve être freinée et le poids du travail
supporté par un groupe restreint de députés assidus. La participation du public aux travaux
parlementaires n’est pas autorisée. Aussi, les structures et organisations de la société civile ne
sont pas appelés à contribuer au processus législatif.
Bien que, dans certaines matières, le nombre des propositions des lois initiées par les
parlementaires a parfois été supérieur à celui des projets de loi d’origine gouvernementale, ces
derniers ont été mis au vote de préférence aux premières. C’est ainsi, par exemple, que pour 56
propositions de lois déposées par des députés au cours de l’exercice parlementaire 2007-2008,
seulement 5 ont été adoptées, tandis que 23 des 38 projets de lois d’origine gouvernementale ont
été adoptés au cours de la même période. Plusieurs facteurs expliquent le nombre important
de propositions de lois d’origine parlementaire : le niveau intellectuel relativement élevé des
députés, la solide expérience exécutive de la plupart des sénateurs, l’absence de restriction finan-
cière ou autre à l’initiative parlementaire.
La pratique consistant à privilégier l’examen en priorité des projets de loi de préférence aux
propositions de loi constitue un frein au rôle législatif du parlement. Au moins deux facteurs
sont à la base de cette pratique. D’abord, le Bureau de l’Assemblée nationale considère générale-
ment que les projets de loi sont a priori tous essentiels à l’exécution du programme d’action gou-
vernemental et que les propositions de loi ne le sont pas. Une telle supposition n’est pas toujours
justifiée et pourrait même, dans certains cas, relever d’une simple conjecture. La défaillance de
l’exécutif à mettre en œuvre les fondements législatifs des nécessaires réformes économiques,
politiques, judiciaires et sociales du pays est largement avérée. Or, certaines propositions de loi
ont l’avantage de pouvoir suppléer cette défaillance et il devrait être accordé à ces propositions
de loi l’attention qu’elles méritent. Le parlement devrait accorder la priorité à l’examen des textes
de loi sur base de leur mérite seulement et de l’importance ou l’urgence de leur contenu, sans
tenir compte de leur origine.
Ensuite, le gouvernement a souvent failli à son obligation de faire part de ses observations
sur les propositions de loi qui lui sont transmises par le parlement, dans les quinze jours suivant
la transmission de ces propositions. Pour se justifier, le gouvernement allègue parfois de la
brièveté du délai des quinze jours qu’il estime insuffisant pour mener à bien les consultations
internes que commande le texte. Quelles qu’en soient les raisons, le silence du gouvernement
prive les propositions de loi du bénéfice de l’expertise de l’exécutif. Le gouvernement préfère
parfois substituer un projet de loi à la proposition de loi qui lui est soumise pour observations,
une attitude qui mine la nécessaire collaboration législative entre les deux institutions.

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 13


Les efforts du Parlement en matière de production législative ont été considérables. Ils
doivent néanmoins être renforcés et soutenus par des mesures pratiques, parmi lesquelles les
suivantes pourraient être envisagées:
• répertorier en vue de leur inscription aux calendriers des sessions parlementaires les
lois importantes contribuant à l’édification et à la démocratisation de l’Etat congolais
sur base des travaux de la Commission Permanente de Réforme du Droit Congolais
portant sur les textes législatifs et réglementaires indispensables à l’application de la
Constitution du 18 février 2006 ;
• rallonger (par exemple d’un mois supplémentaire) le délai accordé au gouvernement
pour émettre son avis sur une proposition de loi pour permettre une concertation
interne suffisante au sein des services de l’Exécutif concernés par le texte ;
• passer à l’inscription automatique et à l’examen effectif des propositions de lois à
l’expiration de ce délai même en l’absence d’un avis du Gouvernement ;
• rendre obligatoire la présence des Députés aux travaux des commissions et en
plénière, et prévoir des sanctions pécuniaires effectives et même la suspension du
mandat en cas d’absences prolongées ou répétées et non justifiées ;
• procéder au recrutement d’assistants parlementaires compétents et expérimentés
ainsi qu’au renforcement régulier de leurs capacités.

Participation du public aux travaux du parlement


Les organisations et structures de la société civile réalisent des efforts appréciables en vue de
participer activement à l’élaboration des textes de loi. Ces efforts, souvent appuyés par des organi-
sations non gouvernementales internationales et par des organismes du système des Nations
Unies, prennent la forme de séminaires au cours desquels l’ébauche d’un avant-projet de loi est
débattue. Ces textes sont par la suite endossés par des parlementaires invités à ces travaux, qui les
enrichissent et les transforment en propositions de loi à soumettre ensuite au vote du Parlement.
L’élan de la société civile à participer à l’élaboration des lois demande une grande mobilisation de
fonds consacrés à l’étude approfondie du sujet concerné, à l’identification de l’expertise nationale
qualifiée et à l’implication des parlementaires.
La connaissance que le public a du parlement et de son travail est très limitée et approxima-
tive. Il règne une confusion entre les responsabilités dévolues à l’exécutif et celles dévolues au
législatif si bien que les différents problèmes rencontrés par la population sont indistinctement
posés et aux Parlementaires et aux membres du Pouvoir Exécutif. Cette confusion est parfois
entretenue par des députés et sénateurs eux-mêmes pour des fins électoralistes, lorsqu’ils se
mettent par exemple à ostensiblement poser des actions qui sont du domaine de l’exécutif (con-
struction d’un pont ou d’un marché, achat et installation d’une cabine électrique dans un quart-
ier, etc.). A la fin des vacances Parlementaires, le Parlementaire est appelé à déposer un rapport
au niveau du bureau de l’Assemblée Nationale ou du Sénat selon le cas sur la vie politique,
administrative, économique, sociale et culturelle de l’entité pour laquelle il propose des solutions.
La participation du public aux travaux parlementaires est nécessaire pour l’adhésion du
public aux projets de réforme en cours. Elle est également utile au maintien et à la restauration
de la crédibilité du Parlement. Les Bureaux des deux chambres du Parlement devraient prendre

14 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
des mesures simples et pratiques pour faciliter une plus grande participation du public dans
le travail législatif. Une mise à jour régulière des sites internet de l’Assemblée Nationale et du
Sénat en vue de fournir des informations actualisées sur les activités des Parlementaires con-
stituerait un premier pas positif dans cette direction. De même, l’installation des antennes relais
permettrait aux populations habitant les provinces de capter le signal des deux chaînes de télévi-
sion du Parlement. Le Parlement doit veiller à une publication régulière des comptes-rendus
des séances, calendriers des sessions plénières et en commissions ainsi que d’autres documents
officiels du Parlement. En particulier, la publication à temps des propositions et projets de loi
prévus pour le vote et leur vulgarisation dans les quatre langues nationales (kikongo, lingala,
swahili et tshiluba) permettrait d’impliquer la population au débat sur ces textes et d’inviter sa
contribution au processus législatif par le dépôt des commentaires et l’envoi de leur opinion aux
élus. Le Parlement pourrait surtout renforcer sa collaboration avec les structures et organisations
de la société civile et inviter plus régulièrement ces dernières à contribuer au travail législatif et
à participer aux travaux en Commissions.

Un contrôle largement ineffectif


Le Parlement a néanmoins largement failli à remplir avec efficacité son rôle de contre poids
à l’occasion des procédures de contrôle de l’exécutif. D’une façon générale, le Parlement de la
RDC bénéficie d’une indépendance institutionnelle et ses membres jouissent d’une liberté indi-
viduelle indépendamment de leur appartenance politique. Cette indépendance institutionnelle a
permis au parlement de mettre effectivement en branle son pouvoir de contrôle sur le pouvoir
exécutif tel que prévu par la Constitution du 18 février 2006. Les Parlementaires ont ainsi utilisé
tous les mécanismes de contrôle à leur disposition – questions orales et écrites, audition en
commissions, interpellation, commissions d’enquête – pour s’informer sur l’action de l’exécutif
et l’examiner de façon critique. Par exemple, jusqu’au 15 juin 2009, les députés avaient adressé
aux membres du gouvernement et aux dirigeants des entreprises publiques 43 questions orales
avec débats, 2 questions orales sans débats, 3 questions écrites et 11 questions d’actualité. Une
interpellation a également pu être initiée à l’Assemblée nationale à l’encontre du ministre des
Hydrocarbures au cours de la session extraordinaire de juin 2008. Au total 24 commissions
d’enquête parlementaire ont été déployées par l’Assemblée nationale et 4 par le Sénat pour exam-
iner des situations précises et vérifier des allégations sur l’action de l’exécutif.
Les débats au Parlement, nombreux et largement libres, ont contribué à l’éducation et à
l’information des populations sur des questions d’intérêt général. Dans un nombre de cas, et
compte tenu des limites des médias et de l’absence d’une presse d’investigation au Congo, le con-
trôle Parlementaire a constitué l’unique canal d’information du public sur les affaires publiques
importantes et donné aux citoyens l’occasion de participer aux débats sur la gouvernance de leur
pays. C’était le cas, par exemple, à l’occasion des débats sur les « contrats chinois » à l’Assemblée
nationale en 2007, sur la gouvernance dans le secteur minier au Sénat en 2008, sur la gestion
des services spécialisés et des contrats forestiers, sur la dépréciation du franc congolais, etc.
Pour appréciables qu’ils soient, ces efforts ont néanmoins eu des effets très limités. La très
forte soumission de la majorité parlementaire à l’autorité politique du président de la République

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 15


et à l’influence du gouvernement – surtout après le changement intervenu en avril 2009 dans
la direction du Parlement – l’a empêchée d’appuyer les initiatives tendant à sanctionner l’action
de l’exécutif suite au contrôle parlementaire. Bien qu’elle se soit associée aux dénonciations des
actes de mauvaise gestion de l’exécutif au cours des débats sur les rapports d’enquête parlemen-
taire, la majorité parlementaire a souvent fait volte-face au moment du vote des sanctions et
motions de défiance, préférant ainsi faire bloc derrière le gouvernement et couvrir en fait les
actes qu’elle venait de dénoncer. Une telle solidarité de la majorité empêche des membres du
gouvernement et des mandataires publics de s’expliquer devant l’Assemblée Nationale et d’y
rendre compte aux représentants du peuple. Elle porte ombrage à l’exercice de la démocratie qui
exige la reddition permanente des comptes.
En partie à cause de l’absence de toute sanction possible, les recommandations issues
du contrôle parlementaire sont largement ignorées par le gouvernement. Le parlement n’a
en conséquence pratiquement aucune réelle influence sur l’orientation des politiques de
l’Exécutif, comme cela a été publiquement déploré dans un discours prononcé par le président
de l’Assemblée nationale lors de la cérémonie d’installation du nouveau bureau de la Chambre
basse le 20 avril 2009. Le Gouvernement ne prend pas souvent la peine d’exécuter les recom-
mandations faites par le Parlement et les rapports d’enquête parlementaire sont pour la plupart
très peu exploités si pas du tout, et finissent en leur majorité par être rangés dans les tiroirs. De
son côté, en dépit du fait qu’elles sont censées exécuter la politique de « tolérance zéro » à l’égard
des allégations de corruption, les autorités judiciaires se donnent très peu la peine d’initier des
réquisitions d’informations pour des enquêtes judiciaires appropriées sur les allégations con-
tenues dans les rapports d’enquête parlementaire en vue des poursuites éventuelles.
Et pour rendre les choses pires, l’intégrité du contrôle parlementaire a été sérieusement
affectée par les allégations de corruption soulevées contre des membres du Parlement et la faillite
du Parlement à les sanctionner. D’après des allégations persistantes dont la presse s’est souvent
fait l’écho, des parlementaires ont utilisé les mécanismes de contrôle comme des instruments
de marchandage pour créer des occasions de corruption, et brandi la menace d’interpellation
comme moyen d’intimidation pour arracher aux ministres des faveurs matérielles illégales. La
crédibilité du parlement a davantage été sérieusement entamée par le manque de transparence
dans la gestion de ses ressources internes et la faillite des Bureaux des deux Chambres à rendre
publiquement compte de la gestion de ces ressources.
Le Bureau du parlement devrait systématiquement transmettre au Procureur général de
la République les rapports d’enquête parlementaire qui contiennent des allégations de corrup-
tion et autres crimes à charge des membres de l’Exécutif ou des mandataires publics pour des
enquêtes judiciaires appropriées et des poursuites éventuelles. Il serait important à cet effet
de modifier les lois sur les immunités pour simplifier la procédure de mise en accusation des
membres de l’exécutif (président de la République, premier Ministre, ministres). Ceci aurait
pour bénéfice d’empêcher un organe politique d’intervenir dans l’exercice du pouvoir judiciaire.
Le Bureau d’études du Parlement gagnerait en efficacité s’il pouvait être renforcé en person-
nel et en ressources nécessaires pour soutenir les investigations du Parlement. Il conviendrait
d’allouer au contrôle de l’exécutif un budget conséquent permettant de multiplier effectivement

16 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
sur le terrain les missions d’enquêtes Parlementaires et d’information. L’Assemblée Nationale
et le Sénat devraient procéder à l’audition dans un temps raisonnable de tous les rapports des
commissions d’enquêtes parlementaires et prévoir des concertations régulières avec le gouver-
nement pour en suivre l’application. Enfin, la lenteur observée dans le travail parlementaire
pourrait être brisée par l’instauration d’une meilleure gestion du temps au cours des séances
avec le gouvernement ou à l’occasion des débats sur les rapports d’enquête en accordant par
exemple à chaque Parlementaire inscrit un temps bien limité d’intervention. Le parlement
devrait également procéder à une évaluation régulière de l’exécution de ses recommandations
par le Gouvernement et rendre publics les rapports d’évaluation.
Par ailleurs, le parlement devrait envisager des mesures visant à renforcer sa propre
transparence et lui donner une autorité morale suffisante dans ses rapports avec l’exécutif. Par
exemple, le parlement devrait instituer au sein de chacune de ses Chambres une commission
permanente d’audit des finances et ressources du Parlement avec l’obligation de publier ses
rapports. Il devrait aussi décréter la démission automatique des membres du bureau impliqués
dans la mauvaise gestion des ressources du Parlement. De même il devrait automatiquement
lever l’immunité des parlementaires qui font l’objet d’allégations crédibles de corruption ou de
détournement de fonds et les déférer en justice. Le traitement des salaires et indemnités des
membres du Parlement devrait se faire dans une transparence totale et le parlement devrait
éviter d’en débattre uniquement en séances fermées au public.

Conclusion
La RDC a seulement cinq ans d’expérience de démocratie par les institutions et en vertu des
mécanismes de participation politique mis en place par la Constitution de 2006. Bien qu’il soit
relativement court, ce temps est largement suffisant pour évaluer la viabilité des institutions
démocratiques de la Troisième République et pour tester l’effectivité des mécanismes de partici-
pation politiques pratiqués au sein de ces institutions. C’est à ce bilan de mi-parcours que s’est
attelée l’étude sur la démocratie et la participation politique en RDC dont ce document de réflex-
ion est extrait. L’étude a permis de réaliser la solidité des garanties constitutionnelles pour une
démocratie effective. Elle a néanmoins permis de noter la grande vulnérabilité de ces mêmes
garanties aux attaques motivées par des raisons de convenance politique.
La préparation pour le deuxième cycle des élections de la Troisième République se déroule
dans un contexte caractérisé par la tendance à affaiblir les procédures permettant une démocratie
effective. Mais si les élections de 2006 étaient fondatrices de la Troisième République, celles de
2011 devraient donner l’occasion de consolider les mécanismes d’une meilleure participation
des citoyens à la vie publique. Les recommandations contenues dans ce document pourront
contribuer, nous l’espérons, à planter le contexte d’une telle consolidation des principes démocra-
tiques.

DOCUMENT DE RÉFLEXION ET DE PLAIDOYER 17


Partie II
Démocratie et participation à la vie politique :
une évaluation des premiers pas dans la IIIème
République
Rapport principal
1
Cadre juridique et constitutionnel de
la vie politique en R.D. Congo
L’analyse de la Constitution et des lois qui organisent la vie politique de la République
Démocratique du Congo (RDC) atteste de la volonté de rompre avec un passé marqué par des
guerres civiles et un régime dictatorial, et d’instaurer une démocratie fondée sur les libertés
fondamentales. La RDC a fait montre de sa volonté de promouvoir la participation des citoyens
au processus politique par la ratification de la majorité des traités internationaux et africains
destinés à promouvoir la participation politique, la démocratie et l’égale citoyenneté. Une faille
importante à cet égard est le défaut de ratification, à la date de ce rapport, de la Charte africaine
sur la démocratie, les élections et la gouvernance. La Constitution du 18 février 2006 adoptée
par voie référendaire en décembre 2005 n’entre pas en contradiction avec les différents instru-
ments internationaux et régionaux relatifs à la participation politique. Elle instaure un cadre
démocratique permettant, à un niveau satisfaisant, la participation politique des citoyens à la
vie politique de la société. Outre le parlement et le président de la République, la Constitution
du 18 février 2006 accorde également à une fraction du peuple congolais – 100 000 personnes
– l’initiative de la révision constitutionnelle par voie de pétition adressée à l’une des deux
Chambres. En plus des institutions classiques représentant les trois pouvoirs traditionnels, la
constitution prévoit des institutions « d’appui à la démocratie » chargées de veiller au respect
des mécanismes de contre poids démocratique, de s’assurer du renforcement des conditions
de participation politique et de conduire les élections transparentes. Néanmoins, demeure une
immense tâche de mise en œuvre législative dans le but de mettre certaines lois en conformité
avec le texte et l’esprit de la nouvelle Constitution aussi bien que pour adopter de nouvelles lois
devant permettre l’application des dispositions constitutionnelles. Aussi bien le processus que le
contexte de son adoption confèrent à la constitution une légitimité qui a fait défaut à la plupart

20 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
des constitutions précédentes. Le respect des procédures établies par la constitution a cependant
été mis à très rude épreuve à l’occasion des tentatives de sa révision pour contourner le défaut
de mise en œuvre, dans les délais prévus, du processus de décentralisation et de création de
nouvelles provinces. Le fait que le gouvernement a considéré pouvoir inclure dans la révision
des dispositions expressément interdites à la révision a exposé la fragilité de la constitution en
dépit de sa légitimité.

A. Le droit international
La Constitution accorde au président de la République le pouvoir de négocier et ratifier les traités
et accords internationaux.1 Cependant la ratification ou l’approbation des traités de paix, de com-
merce, ceux relatifs aux organisations internationales et au règlement des conflits internationaux,
ceux qui engagent les finances publiques, ceux qui modifient les dispositions législatives, ceux
qui sont relatifs à l’état des personnes ainsi que ceux qui comportent échange et adjonction de
territoire ne peuvent être faits qu’en vertu d’une loi.2 La RDC adopte le système moniste en vertu
duquel les traités et accords internationaux produisent effet automatiquement et directement,
après ratification et publication par insertion au Journal Officiel. Ils ont une autorité supérieure
à celle des lois, sous réserve pour chaque traité ou accord, de son application par l’autre partie.3
La RDC est partie à la majorité des traités internationaux et africains des droits de l’homme
relatifs à la participation politique, à la démocratie et à la citoyenneté égale. Il s’agit, notamment,
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques,4 du Protocole facultatif au Pacte
international sur les droits civils et politiques,5 de la Convention sur l’élimination de toutes les
formes de discrimination à l’égard des femmes,6 de la Charte africaine des droits de l’homme
et des peuples,7 et du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif
aux droits des femmes en Afrique.8 La RDC a signé la Charte africaine sur la démocratie, les
élections et la gouvernance, qui n’est pas encore entrée en vigueur.9
La RDC a également adhéré aux principaux traités internationaux et africains relatifs à la
lutte contre la discrimination et à la promotion de l’égalité entre les citoyens. La RDC a ainsi
ratifié et transposé en droit interne la Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination raciale10 et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimina-

1
Constitution de la RDC, 18 février 2006, Article 213.
2 Constitution, Article 214.
3 Constitution, Article 215.
4 Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques a été ratifié le 01/11/1976 et est entré en vigueur à l’égard de la RDC
le 1 février 1977.
5 Signé par la RDC le 1er novembre 1976.
6 Ratifiée par la RDC le 17 octobre 1986.
7 Ratifiée par la RDC le 20 juillet 1987
8 Signé le 5 décembre 2003. Il n’a pas encore été ratifié par la RDC.
9 Signée par la RDC le 29 juin 2008.
10 La RDC y a adhéré le 21 août 1976, Journal Officiel, n°spécial 2002, pp.47 et suivantes.

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 21


tions à l’égard des femmes.11 Par contre, la RDC n’a pas encore ratifié le Protocole à la Charte
africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, connu
aussi sous le nom de « Protocole de Maputo ». Concernant la reconnaissance des droits des
non-ressortissants, le Congo a ratifié et transposé en droit interne les instruments juridiques
internationaux ci-après : (1) la convention relative au statut des réfugiés,12 entrée en vigueur le 25
avril 1954 en vertu du décret-loi du 7 juillet 1965 ;13 (2) le Protocole relatif au statut des réfugiés,
entré en vigueur le 4 octobre 1967 en vertu de l’Ordonnance-Loi n°68-001 du 02 janvier 1968 ;14
(3) la Convention de l’Organisation de l’unité africaine régissant les aspects propres aux prob-
lèmes des réfugiés en Afrique, entrée en vigueur le 20 juin 1974.15 Par contre, la RDC n’a pas
encore ratifié la Convention de l’ONU sur les travailleurs migrants.16 De même, la RDC n’a pas
encore ratifié les conventions sur les cas d’apatridie – même si la loi actuellement en vigueur sur
la nationalité y fait allusion dans son exposé des motifs – ni le protocole de la SADC sur la liberté
de mouvement des personnes.
D’une façon générale, la Constitution du 18 février 2006 n’entre pas en contradiction
avec les différents instruments internationaux et régionaux relatifs à la participation politique.
Cependant, il convient de relever que le législateur a encore du travail à réaliser, notamment en
ce qui concerne la conformation de certaines lois au texte et à l’esprit de la nouvelle Constitution
ainsi que l’adoption de nouvelles lois d’application. Il en est ainsi pour le Code de la Famille qui
contient encore des dispositions discriminatoires à l’égard de la femme et de ce fait contraires
à la Constitution.17 Certaines organisations non gouvernementales et associations féminines
ont organisé des actions en vue de la réforme dudit Code. Parmi ces actions figurent l’atelier de
plaidoyer pour l’adoption de la loi portant modification de certaines dispositions du code de la
famille organisé du 31 mars au 1er avril 2008 par l’Association des Femmes Juristes du Congo
(AFEJUCO) avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
A l’issue dudit atelier, l’AFEJUCO a dégagé les stratégies à mettre en œuvre pour obtenir du
Parlement national la révision de certaines dispositions du Code de la famille jugées contradic-
toires et mal comprises.18

11 Journal Officiel, n°spécial précité, p.114 et suivantes.


12 Journal Officiel de la République Démocratique du Congo, 43ème année, numéro spécial, 2002, pp.110 et ss.
13 Moniteur Congolais, n°16 du 15 août 1970, p.53.
14 Moniteur Congolais, n°2 du 15 janvier 1968, p.103.
15 Journal Officiel, n°spécial précité, pp.269 et ss.
16 Le Comité des droits de l’Enfant a spécialement recommandé la ratification de cet instrument lors de l’examen du deuxième
rapport de l’état sur les droits de l’Enfant en RDC en janvier 2009.
17 En vertu de l’article 14 de la Constitution, « les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à

l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits. Ils prennent, dans tous les domaines, notamment
dans les domaines civil, politique, économique, social et culturel, toutes les mesures appropriées pour assurer le total
épanouissement et la pleine participation de la femme au développement de la nation (…). La femme a droit à une représentation
équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. L’Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme
dans lesdites institutions. La loi fixe les modalités d’application de ces droits ».
18 L’avant-projet de loi adopté par l’AFEJUCO a été envoyé au Ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant qui a promis de

le soumettre au débat au sein du Gouvernement et ensuite de l’envoyer au Parlement National. Ce texte n’a cependant pas été
débattu par le Gouvernement à la date de publication de ce rapport et l’AFEJUCO réfléchit à la stratégie de le faire endosser

22 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Bien que la RDC soutienne la Déclaration du NEPAD sur la Démocratie, la gouvernance
politique, économique et des entreprises, elle n’est pas partie au Mécanisme africain d’évaluation
par les pairs (MAEP). Selon un porte parole du gouvernement, la RDC fait partie de ceux
qui n’ont pas encore adhéré au MAEP pour la simple raison que les conclusions de l’étude
d’opportunité d’adhésion du pays aux organismes et mécanismes internationaux n’ont pas
encore été discutées par le Gouvernement.19

B. La constitution Congolaise
Avant l’adoption de la Constitution du 18 février 2006, la RDC a officiellement connu huit
constitutions en 45 ans.20 Durant ces années, les citoyens congolais ont vécu dans des régimes
politiques qui ne leur ont pas assuré le respect des droits de l’homme, ni créé des conditions de
vie encourageant une participation de qualité à la vie publique, encore moins instauré un climat
d’épanouissement individuel ou collectif.

Légitimité de la Constitution
Le processus démocratique actuel a débuté le 24 avril 1990 lorsque le Président Mobutu Sese
Seko a annoncé une série de réformes, y compris la fin du régime de parti unique, l’ouverture
au multipartisme à trois, la séparation des pouvoirs, le pluralisme syndical, la fixation d’une
période de transition, etc.21 Il a ensuite accepté l’initiative de l’opposition de convoquer le 15 juillet
1991, une Conférence nationale souveraine (CNS) regroupant plus de 2000 délégués des partis
politiques, d’organisations de la « société civile » et de divers groupements socio-professionnels
chargés de dresser le bilan de la gouvernance au Congo depuis son indépendance et de définir
le contenu de la transition vers un régime démocratique. L’« Acte portant dispositions constitu-
tionnelles relatives à la période de Transition », adopté par la CNS le 4 août 1992 fut le premier
texte de l’histoire constitutionnelle du Congo à avoir fait l’objet d’une large discussion et d’un
débat auquel ont participé des personnes de divers horizons du pays. Ce texte cependant « ne fut
pas reconnu par le Président Mobutu qui empêcha à tout prix sa publication au journal officiel,
nonobstant l’arrêt de la Cour Suprême de Justice R.A. 266 du 08 janvier 1993 ayant décrété
l’abrogation de la Constitution du 24 juin 1967 et son remplacement par l’Acte portant disposi-
tions constitutionnelles relatives à la période de transition ».22 La situation de crise qui s’ensuivit

directement par un député national. Entretien avec Madame Noël Nyangwile, Présidente de l’Association des Femmes Juristes
du Congo (AFEJUCO), le 29 octobre 2009.
19 Allocution du Secrétaire général du ministère du Plan sur « Le NEPAD et le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs

: évolution et degré d’engagement du Gouvernement Congolais » au deuxième séminaire atelier sur le Mécanisme africain
d’évaluation par les pairs et rôle de la société civile congolaise tenu à Kinshasa du 21 au 22 mai 2007.
20 Loi fondamentale du 19 juin 1960, Constitution du 1er août 1964, Constitution du 24 juin 1967, Loi constitutionnelle du

15 août 1974, Acte constitutionnel harmonisé du 2 avril 1993, Acte Constitutionnel de la transition du 9 avril 1994, Décret-loi
constitutionnel du 27 mai 1997 et Constitution de la Transition du 3 avril 2003.
21 Voir « Message du Président Mobutu à la Nation, le 24 avril 1990 » in: Mutamba Makombo, L’histoire du Congo par les textes,

Tome III: 1956–2003, Éditions Universitaires Africaines, Kinshasa, pp.447–452.


22 Jean-Louis Esambo Kangashe, « Évolution constitutionnelle et perspectives électorales en RDC », in Le Potentiel, Supplément,

Édition n°3364 du Jeudi 03 Mars 2005. Cf. Arrêt n°RA 266 du 8 janvier 1993, in Association des Hautes Juridictions de Cassation
des pays ayant en partage l’usage du Français (JURICAF), (Consulté le 8 octobre 2009),

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 23


ne put être résolue que deux ans plus tard avec l’adoption d’un « Acte constitutionnel de la
Transition » et sa promulgation le 9 avril 1994. Ce texte est resté en vigueur jusqu’en mai 1997
lorsque la victoire de la rébellion armée de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération
du Congo (AFDL) sur les Forces armées zairoises (FAZ) permit l’installation au pouvoir de son
chef Laurent-Désiré Kabila.
Le président Laurent-Désiré Kabila s’est alors arrogé le droit d’exercer seul le pouvoir exécu-
tif et législatif par décrets et par décrets-lois, en vertu de l’article 5 de la Constitution qu’il promul-
gua le 27 mai 1997.23 La seconde vague des conflits armés a été déclenchée à partir d’août 1998
avec de nombreux groupes armés opposés au pouvoir du Président Kabila avec l’appui des puis-
sances régionales.24 La recherche des solutions à cette crise a été caractérisée par une spirale de
signatures de plusieurs accords dont le plus important reste l’Accord Global et Inclusif25 conclu à
Prétoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002 sous les auspices de l’Afrique du Sud, de l’Union
Africaine et de l’Organisation des Nations Unies. En effet, « les clauses de cet accord ont constitué
la base et la matière d’une constitution dite de Transition négociée par les signataires, promulguée le 4
avril 2003. Cet accord prévoyait que la transition soit suivie d’élections générales libres, transparentes et
démocratiques, dans le cadre d’une constitution à élaborer et à faire adopter par référendum ».26 En
outre, il a donné naissance au régime « 1+4 », c’est-à-dire un Exécutif composé d’un Président de
la République et de 4 Vice-présidents représentant les différentes factions jadis en conflit.27 Il a
aussi généré un Parlement bicaméral composé de députés non élus mais désignés ou nommés
par des « entités » et des « composantes » aux négociations de Prétoria. Le parlement de transi-
tion ne possédait pas de pouvoirs réels de contrôle sur le pouvoir exécutif.28
S’inspirant de l’Accord Global et Inclusif adopté à Sun City (Afrique du Sud) le 1er avril 2003,
la Constitution de la transition du 4 avril 2003 s’était donné comme objectif d’« édifier un Etat de
droit durable fondé sur le pluralisme politique, la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le
judiciaire, la participation des citoyens à l’exercice du pouvoir, le contrôle des gouvernants par les gouver-
nés, la transparence dans la gestion des affaires publiques, la subordination de l’Autorité militaire à l’Au-

 ttp://www.juricaf.org/Juricaf/Consultation.asp?CritereTerme=&Page=1&TaillePage=20&ID_ARRET=147723.
h
Lire aussi Vunduawe-te-Pemako, « Réflexion sur la validité de l’Acte portant disposition constitutionnelles relatives à la période de
la Transition au regard du compromis politique global et l’arrêt R.A. 226 de la Cour Suprême de Justice », in Le Soft de Finances
n°127 du 30 mars 1993, p.1.
23 Décret-loi constitutionnel n°003 du 27 mai 1997 relatif à l’organisation et à l’exercice du pouvoir en RDC, Journal Officiel

Numéro spécial, 38ème année, mai 1997, p.9.


24 Y compris le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda, tandis que le gouvernement de Kinshasa recevait l’appui du Zimbabwe, de

la Namibie et de l’Angola. Ministère des Droits Humains (RDC), Livre blanc, Numéro spécial, La guerre d’agression en République
Démocratique du Congo: Trois ans de massacres et de génocide à huis-clos, Kinshasa, Octobre 2001, pp.5–7.
25 Voir le texte sur http://www.grandslacs.net/doc/2826.pdf.
26 Bakandeja wa Mpungu (G.), « La nouvelle constitution de la République Démocratique du Congo : sources et innovations », Draft
paper presented at African Network of Constitutional Law Conference on Fostering Constitutionalism in Africa, Nairobi, April
2007, p.15, (Consulté le 18 août 2008) :
http://www.publiclaw.uct.ac.za/usr/public_law/Nairobi/Mpungu_SourcesetInnovations.rtf
27 Constitution de la Transition, 4 avril 2003, Articles 80 et 83. voir Bakandeja wa Mpungu (G.), op.cit., pp.4–5.
28 Constitution de la Transition, 4 avril 2003, Articles 97 et 112.

24 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
torité civile, la protection des personnes et de leurs biens, le plein épanouissement tant spirituel que moral
de chaque citoyen congolais ainsi que le développement harmonieux de la communauté nationale ».29
La Constitution de la Transition conférait au Sénat la compétence de l’élaboration de l’avant-
projet de Constitution à soumettre au référendum,30 tandis que l’Assemblée nationale avait pour
mission d’adopter le projet à soumettre au référendum.31 C’est ainsi que l’Assemblée nationale
a adopté, le 16 mai 2005, le texte déposé par la Commission politique, administrative et judi-
ciaire (PAJ) et rédigé par le Sénat à travers sa Commission constitutionnelle avec le concours
d’un collège d’experts nationaux et internationaux provenant de l’Electoral Institute of South
Africa (EISA), de la Cellule d’appui politologique en Afrique centrale (CAPAC) des Universités
de Kinshasa, de Liège et d’Anvers, du Conseil constitutionnel français et de la Commission
européenne.32 Le comité de rédaction de l’avant projet de Constitution comprenait 9 sénateurs
et 6 experts.33 Les questions suivantes sont parmi celles qui ont suscité le plus de débats et de
controverses au cours de la rédaction de l’avant-projet de la Constitution :
i) la forme de l’Etat (soit Etat unitaire – avec trois options à savoir unitaire centralisé,
unitaire déconcentré, unitaire décentralisé – soit Etat composé c’est-à-dire Etat fédéral
ou confédéral) ;
ii) le régime politique (régime parlementaire, régime présidentiel ou régime semi-
présidentiel) ;
iii) la dénomination de l’Etat (République du Congo, République du Zaïre, République
démocratique du Congo ou Congo démocratique) ;
iv) le nombre des provinces (6 provinces comme en 1960, 21 provinces comme de 1962 à
1966, 9 provinces comme de 1966 à 1987 ou 11 provinces comme à partir de 1987 ou
tout autre découpage) ;
v) l’âge minimum des candidats présidents de la République (30 ans ou 40 ans) ;
vi) le régime de la nationalité congolaise (date de départ pour déterminer les groupes
devant acquérir la nationalité d’origine, les conditions de la naturalisation, la question
de la double nationalité, la question des minorités, etc.) ; et
vii) les prérogatives respectives du président de la République et du Premier ministre.34

La Constitution de la Troisième République a été soumise au référendum en vertu d’une loi qui a
rendu obligatoire la consultation sur le projet de constitution pour tous les congolais inscrits sur

29 Préambule de la Constitution de la Transition du 4 avril 2004.


30 Constitution de la Transition, 4 avril 2003, Article 104.
31 Constitution de la Transition, 4 avril 2003, Article 98.
32 Bob Kabamba, Godeffroy Matagne, Pierre Verjans, « (Re) construction de l’Etat et démocratisation en RDC : recours à
l’expertise et logiques d’appropriation », Congrès d’analyse politique sur l’Afrique. Cinquantenaire du CEAN (1958–2008),
Symposium sur « L’action publique en Afrique , Objet de connaissance : Avancées, errements et contraintes », 3–5 septembre
2008, pp.2, 3 et 8.
33 El Hadj Mbodj, « RDC : en marge du séminaire de réflexion sur l’élaboration de la future Constitution», http://www.elhadjmbodj.
com/index.php?2005/12/31/26-rdc-en-marge-du-seminaire-de-reflexion-sur-lelaboration-de-la-future-constitution (Consulté le 25
septembre 2009).
34 B. Kabamba, G. Matagne, P. Verjans, op.cit., pp.11–14.

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 25


la liste électorale.35 La loi a également admis la présence de témoins et observateurs nationaux et
internationaux représentant des partis politiques et regroupements ainsi que les organisations
nationales et internationales agréés par la CEI pour assister à toutes les opérations référendaires.
Les résultats du référendum proclamés par la Commission Electorale Indépendante (CEI)
n’ont pas été unanimement acceptés, plusieurs critiques ayant été formulées sur le fait, par
exemple, que la liste nominative des électeurs ainsi que la liste des bureaux de vote n’avaient
point été publiées avant le référendum.36 Les critiques ont également concerné le fait que
l’éducation civique de la population n’avait pas été convenablement assurée durant toute la
période préélectorale.37 En effet, le texte de la constitution n’a été multiplié que pour près d’un
million d’exemplaires, ce qui est énormément insuffisant pour 25 021 703 d’électeurs recensés.38
Dans certaines zones du pays, le projet de constitution est arrivé de manière tardive ou n’est pas
arrivé du tout.39 Le temps fixé pour la campagne référendaire était de 15 jours,40 temps estimé
insuffisant pour un débat contradictoire, qui aurait pu pallier, au moins en partie, la carence
observée dans la vulgarisation du texte. En violation de l’article 8 de cette même loi référendaire,
l’accès aux médias n’a pas pu se faire de façon équitable entre les partisans du « oui » et ceux
du « non », ces derniers s’étant souvent vus refuser l’accès aux médias publics.41 Ils ont subi des
intimidations, voire des agressions pendant qu’ils étaient en campagne ; et certains ont même

35 Loi n°06/ 010 du 22 juin 2006 portant organisation du référendum constitutionnel en République Démocratique du Congo,

Journal Officiel, numéro spécial, 27 décembre 2004.


36 Loi n°05/010 du 02 juin 2005 portant organisation du référendum constitutionnel en République Démocratique du Congo,
Article 19, p.1.
37 Rapport préliminaire de la Mission d’observation de l’EISA en RDC sur « Le Référendum Constitutionnel, 18 et 19

Décembre 2005 », http://www.eisa.org.za/WEP/drc05is4.htm ; Rapport de la mission d’observation de la Ligue des Electeurs


Référendum Constitutionnel en RDC: Expérience d’apprentissage de la démocratie, février 2006, http://www.liguedeselecteurs.org/
rapportmission.htm.
38 La Commission Electorale Indépendante a estimée à 25 021 703 les personnes qui se sont faites recensées par elle, http://
www.cei-rdc.cd/article.php3?id_article=35. On lui reproche le fait qu’elle n’ait pas rempli correctement son rôle de vulgariser
la constitution auprès des populations tel qu’il lui a été assigné dans l’article 7 g) de la loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant
organisation, attributions et fonctionnement de la Commission Electorale Indépendante http://www.cei-rdc.cd/document.
php3 .Voir le rapport préliminaire de la Mission d’observation de l’(EISA) en RDC sur le Référendum Constitutionnel du 18
et 19 Décembre 2005, http://www.eisa.org.za/WEP/drc05is.htm; voir aussi le « Rapport général du monitoring global du
scrutin relatif au referendum constitutionnel du 18 et 19 décembre 2005 en République Démocratique du Congo » du Collectif
des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo-Kinshasa « COJESKI / RDC » (Réseau National de 340 associations des
Jeunes œuvrant en République Démocratique du Congo depuis 1995), p.50–51. (http://www.worldvotenow.com/downloads/
rgmgrc2006.pdf).
39 Voir à cet effet l’article de l’Agence Congo Presse « Le CIDES demande de voter NON. Les raisons du ‘NON’ de la CIDES au
référendum constitutionnel », Kinshasa 14 décembre 2005, http://liondjo.afrikblog.com/archives/2005/12/index.html.
40 Loi n°05/010 du 02 juin 2005 portant organisation du référendum constitutionnel en République Démocratique du Congo,

Article 6, p.1, Journal Officiel, n°spécial, 25 juin 2005.


41 Observations et recommandations de la Haute Autorité des Médias n°HA/AP/060/2005 du 29 décembre 2005 relatives

aux violations par les medias privés, des règles régissant la propagande référendaire à travers les medias in « Référendum
constitutionnel en R.D.C : Expérience d’apprentissage de la Démocratie », http://www.liguedeselecteurs.org/rapportmission.htm
; voir également le Rapport général du monitoring global du scrutin relatif au référendum constitutionnel du 18 et 19 décembre
2005 en République Démocratique du Congo du Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo (CEJESKI) –
Kinshasa, p.51. Selon le rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « le Référendum
Constitutionnel 2005 » (p.35), le « Non » a été peu couvert dans les médias tant publics que privés. Les médias publics (RTNC

26 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
été emprisonnés alors que l’article 9 de la loi référendaire donnait le droit à toute personne de
s’exprimer librement pendant la campagne référendaire.42 Plusieurs problèmes d’organisation
logistique ont également été signalés : des urnes non conformes, un manque du matériel dans
plusieurs bureaux de vote, insuffisance de sécurité dans certains bureaux de vote, d’autres car-
rément abandonnés par des agents de sécurité mécontents de n’avoir pas été payés, etc.43 Des
observateurs ont aussi signalé la non ouverture de certains bureaux de vote.44
Par ailleurs, la Cour Suprême de Justice a reçu, entre le 20 décembre 2005 et le 19 janvier
2006, un total de 13 requêtes contestant les résultats du référendum. Ces requêtes ont été
introduites par 7 requérants distincts, dont 3 partis politiques à titre individuel, 3 regroupements
de plusieurs partis, et une personne physique. Constatant que toutes les requêtes étaient irrecev-
ables ou non fondées, la Cour Suprême de Justice a confirmé les résultats provisoires proclamés
par la CEI le 11 janvier 2006 par un arrêt prononcé le 3 février 2006.45 La Constitution fut alors
promulguée solennellement par le Président de la République Joseph Kabila le 18 février 2006.
En définitive, il peut être dit que la Constitution du 18 février 2006 jouit d’une légitimité cer-
taine compte tenu de son mode d’adoption par voie référendaire et de la qualité du débat national
qui a accompagné le processus référendaire. Le débat aurait pu être plus vibrant et plus ouvert
qu’il ne l’a été, et la légitimité de la constitution aurait pu être plus avérée si le recours à l’expertise
extérieure en dépit de l’existence d’une compétence locale abondante et la relativement faible
vulgarisation du texte constitutionnel n’avaient atténué l’impact de l’appropriation nationale du
texte.46 L’arrêt de la Cour Suprême de confirmation des résultats provisoires proclamés par la
CEI a néanmoins été largement accepté et les partisans du « OUI » à la Constitution comme
ceux du « NON » reconnaissent généralement que les institutions de la IIIème République
puisent leur légitimité de la Constitution du 18 février 2006. On ne saurait passer sous silence le
fait que bien qu’elle ait été adoptée par le souverain primaire qu’est le peuple, elle est loin d’être
considérée comme parfaite : les différents débats suscités autour de la révision de certaines dis-
positions constitutionnelles le témoignent.47

radio et télévision) ont joué leur rôle d’information en programmes informatifs. Ils ont consacré une large part au camp du Oui
(34,6%) et une faible part à celui du Non (3,6%).
42 Voir le « Rapport général du monitoring global du scrutin relatif au referendum constitutionnel du 18 et 19 décembre 2005 en
République Démocratique du Congo » du Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo-Kinshasa « COJESKI / RDC
» (Réseau National de 340 associations des Jeunes œuvrant en République Démocratique du Congo depuis 1995), pp.76–77,
(Consulté le 4 décembre 2008), http://www.worldvotenow.com/downloads/rgmgrc2006.pdf ; Voir aussi le rapport de la Mission
d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « le Référendum Constitutionnel 2005 », p.30, http://old.beati.org/
osservatori_congo/documenti/Rapport_Final_Mission_Observation_Electorale_Union_Europ%E9enne_RDC_2005.pdf
43 Voir le rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « le Référendum Constitutionnel
2005 », pp.3, 36 et 37.
44 Voir le rapport synthèse d’observation des élections du Réseau d’Organisations des Droits Humains et d’Education Civique
d’Inspiration Chrétienne (RODHECIC), p.4, http://www.rodhecic.org/article.php3?id_article=347
45 Voir le Rapport Final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « Le Référendum

Constitutionnel 2005 », pp.41–42.


46 Des commentateurs ont moqué l’expertise extérieure en parlant du texte comme étant une « Constitution de Liège »
47 Voir « Révision constitutionnelle : les Congolais toujours vigilants », Le Potentiel, Edition du l3 octobre 2009.

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 27


Institutions représentatives
La Constitution du 18 février 2008 instaure un régime qualifié de parlementaire rationalisé
par certains48 et de semi-présidentiel par les autres.49 Le pouvoir exécutif est dévolu à la fois au
Président de la République et au Gouvernement, mais les compétences attribuées au Président
de la République lui confèrent un rôle prééminent dans le fonctionnement du système mis en
place.50 En effet, le Président de la République est le chef de l’Etat. Il représente la nation et est le
symbole de l’unité nationale. Il veille au respect de la constitution et assure, par son arbitrage, le
fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions ainsi que la continuité de l’Etat.
Le Président de la République est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du terri-
toire, de la souveraineté nationale et du respect des traités et accords internationaux.51 Il est élu
au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois (article 70).
En limitant le nombre de mandats pour favoriser l’alternance dans l’exercice du pouvoir,52 « les
constituants de 2006 ont tiré ainsi les leçons de trois décennies de présidentialisme que certains
ont qualifié de chefferie modernisée ou de royauté du Père Fondateur d’alors ».53
L’article 78, al.1er, de la Constitution confie au Président la charge de nommer non seule-
ment le Premier Ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci,
mais aussi de mettre fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du gouver-
nement. En revanche, le Président de la République ne dispose pas d’un pouvoir discrétionnaire
de révocation du Premier Ministre.54 Il lui est également reconnu le pouvoir de nommer les
autres membres du gouvernement et de mettre fin aux fonctions de ces derniers sur proposi-
tion du Premier Ministre (article 78, al. 4). Le Président de la République convoque et préside le
Conseil des Ministres ; en cas d’empêchement il délègue ce pouvoir au Premier Ministre (article
79). Il nomme les hauts fonctionnaires de l’Etat, les mandataires de l’Etat dans les entreprises
et organismes publics, les magistrats du siège et du Parquet55 et statue par voie d’ordonnance
(article 79). Toutefois, les ordonnances du Président de la République relatives aux nomina-
tions à certaines fonctions sont contresignées par le Premier ministre (article 81). Il investit par
voie d’ordonnance les gouverneurs et les vice-gouverneurs de province élus (article 80). En cas
d’empêchement, la suppléance du Président de la République est assurée par le Président du
Sénat (article 75).

48 Bakandeja wa Mpungu (G.), op.cit., p.29.


49 Intervention du Sénateur Jacques Ndjoli, professeur de droit constitutionnel, à l’atelier de validation de ce rapport, CEPAS,
Kinshasa, 7 août 2010.
50 Idem.
51 Constitution de la RDC, 18 février 2006, Article 69.
52 « L’essentiel de la future Constitution de la République Démocratique du Congo ». Fédéralisme, Régionalisme, Volume 5 :
2004/05 - La IIIe République Démocratique du Congo : http://popups.ulg.ac.be/federalisme/document.php?id=215.
53 Bakandeja wa Mpungu (G.), op.cit., p.33.
54 Idem, p.31.
55 Constitution, articles 81, al. 2 et 82.

28 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Le gouvernement, quant à lui, est composé du Premier ministre, des Ministres et des Vice-
ministres.56 Le Premier Ministre en assume la direction et la responsabilité politique devant
l’Assemblée Nationale.57 Le Gouvernement est investi après l’approbation par l’Assemblée
nationale à la majorité absolue du programme du gouvernement (article 90). Le Premier
Ministre conduit la politique de la Nation,58 mais selon l’article 91, la défense, la sécurité et les
affaires étrangères sont des domaines de collaboration entre le Président de la République et le
Gouvernement. Les actes du Premier ministre sont contresignés, le cas échéant, par les minis-
tres chargés de leur exécution (Article 92). Ces derniers sont responsables de leur département
respectif et appliquent le programme gouvernemental dans leur ministère, sous la direction et
la coordination du Premier ministre.
Le pouvoir législatif est exercé en RDC par un Parlement bicaméral composé d’une
Assemblée Nationale et d’un Sénat. Il vote les lois et contrôle l’action gouvernementale ainsi que
les entreprises publiques, les établissements et les services publics. Chacune des Chambres jouit
d’une autonomie administrative et financière et dispose d’une dotation propre (article 100). Les
députés nationaux, représentent la nation. Ils sont élus au suffrage universel direct et secret59
pour un mandat de cinq ans renouvelable.60 Les Sénateurs représentent leur province mais leur
mandat est néanmoins national. Ils sont élus au second degré par les Assemblées provinciales61
pour un mandat de cinq ans renouvelable.62 Ils sont actuellement au nombre de 108. Les anciens
Présidents de la République élus sont de droit Sénateurs à vie (article 104). Le régime parlemen-
taire rationalisé ainsi instauré par la Constitution permet non seulement aux institutions de
collaborer mais aussi de s’équilibrer et de se contrôler réciproquement. En effet, la constitution
reconnaît au gouvernement la direction de la conduite de la politique de la Nation, cependant
la définition de cette dernière se fait en concertation avec le président de la République (article
91). Il est certain que l’objectif poursuivi par le constituant est d’assurer la concertation et la col-
laboration entre un président de la République élu sur base d’un projet de société et la majorité
parlementaire à la tête du gouvernement.63

56 Depuis l’avènement de la IIIème République, 3 gouvernements se sont succédés, à savoir : le gouvernement Gizenga I
nommé par l’Ordonnance n°07/001 du 5 février 2007 portant nomination des ministres d’Etat, ministres et vice-ministres
comprenant 60 membres, le gouvernement Gizenga II nommé par l’Ordonnance n°07/071 du 25 novembre 2007 portant
nomination des ministres d’Etat, ministres et vice- ministres comprenant 45 membres, http://www.presidentrdc.cd/
doctl251107.html et le Gouvernement Muzito I nommé par l’Ordonnance n°08/067 du 26 octobre 2008 portant nomination
des ministres d’Etat, ministres et vice- ministres comprenant 37 membres http://www.digitalcongo.net/article/54459.
57 Constitution, articles 90 et 93, al.4.
58 Constitution, article 91.
59 Constitution, article 101.
60 Constitution, article 103.
61 Constitution, article 104.
62 Constitution, article 105.
63 « L’essentiel de la future Constitution de la République Démocratique du Congo ». Fédéralisme Régionalisme, Volume 5 :
2004/05 – La IIIème République Démocratique du Congo :
http://popups.ulg.ac.be/federalisme/document.php?id=215.

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 29


La Constitution donne au peuple congolais l’occasion de participer à l’exercice du pouvoir
législatif et à donner son avis sur de grandes options nationales par voie référendaire. En effet,
elle prévoit de consulter le peuple congolais dans trois circonstances :
• lorsqu’il s’agit de décider de transférer la capitale de la ville de Kinshasa vers un autre
lieu du pays (Article 2, al. 3) ;
• pour obtenir l’accord du peuple congolais sur une cession, un échange ou une
adjonction de territoire (Article 214, al.2) ;
• et en vue d’approuver un projet, une proposition ou une pétition portant révision
constitutionnelle (Article 218, al.3).64

Institutions d’appui à la démocratie


La constitution du 18 février 2006 retient deux institutions « d’appui à la démocratie », à savoir la
Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI) qu’elle charge de l’organisation et de la
régularité du processus électoral et référendaire, et le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la
Communication (CSAC) dont la mission est d’assurer la liberté et la protection de la presse ainsi
que tous les moyens de communication des masses dans le respect de la loi.65 La Constitution
de la Transition du 4 avril 2003 avait prévu 5 institutions d’appui à la démocratie, à savoir, la
Commission Électorale Indépendante (CEI), l’Observatoire National des Droits de l’Homme
(ONDH), la Haute Autorité des Médias (HAM), la Commission Vérité et Réconciliation (CVR),
et la Commission de l’Ethique et de la Lutte contre la Corruption.66 Cependant, ces différentes
institutions d’appui à la démocratie ont fait montre de dysfonctionnement du fait de la logique
du partage de la direction de ces dernières entre les « composantes » et « entités » parties au
Dialogue Inter-Congolais. L’absence de profil approprié de la plupart des membres des bureaux
de ces institutions en rapport avec la matière de celles-ci est également à relever, ainsi qu’une
autonomie financière purement théorique du fait de leur dépendance essentielle du gouverne-
ment quant à leurs ressources.67
C’est ainsi que de ces cinq institutions d’appui à la démocratie, seuls la CEI et la HAM ont
joué un rôle significatif dans le cadre du processus électoral en RDC. En effet, la CEI a relevé
le défi majeur de l’organisation non seulement du référendum constitutionnel mais aussi des
élections présidentielles, législatives et provinciales dans un pays aux dimensions continentales
et largement dépourvu d’infrastructures.68La HAM, de son coté, a eu le mérite de rappeler aux

64 Toutefois, le projet, la proposition ou la pétition n’est pas soumis au référendum lorsque l’Assemblée nationale et le Sénat
réunis en Congrès l’approuvent à la majorité des trois cinquième des membres les composant (Constitution de la RDC, 18 février
2006, Article 218).
65 Ces deux nouvelles institutions ne sont pas pour l’heure fonctionnelles. En attendant leur installation, la Commission Electorale
Indépendante et la Haute Autorité des Médias prévues par la Constitution de Transition du 4 avril 2003 continuent d’exercer leurs
attributions.
66 Constitution de la transition de 2003, Article 154 à 160.
67 Rapport général de l’atelier d’évaluation de la transition et du processus électoral par la Société Civile/Forces vives, Kinshasa,
14 février 2005, p.7, http://www.afrimap.org/english/images/documents/RAPPORTGENERALDEL%5C’ATELIERD%5C’EVALUA
TIONDELATRANSITION.doc.
68 Cf. Mission d’observation électorale de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Elections présidentielles,

législatives et provinciales 2006, Déclaration préliminaire du 2 août 2006, http://www.moeuerdcongo.org/declaration_

30 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
gens que des règles existent et que la profession de journaliste n’est pas une jungle où tous
les coups sont permis. Nonobstant ces éléments positifs, il faut signaler qu’en ce qui concerne
l’impact du travail de la HAM sur les médias, l’appréciation diffère du côté des partenaires
internationaux et du côté des nationaux. Les premiers sont d’avis que la HAM a joué un rôle
réel de recadrage tandis que les seconds pensent plutôt que la HAM a muselé les médias et s’est
montrée très partisane.69
En dépit de toutes ces critiques, la CEI et la HAM ont été retenues par la Constitution du 18
février 2006 sous la forme respective de Commission électorale nationale indépendante (CENI)
et du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC).70 Certains sont d’avis
que leur maintient s’explique du fait de la spécificité de leurs missions qui durent dans le temps
et dans l’espace et les considèrent toutes deux comme de véritables supports de la démocratie.71
Mais il faut dire que le législateur congolais n’entend pas verrouiller leur nombre. L’article 222,
alinéa 3 de la Constitution permet en effet au parlement de juger de l’opportunité d’instituer
d’autres institutions d’appui à la démocratie. C’est ainsi qu’une proposition de loi organique
portant création d’une Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a été adoptée au
Sénat en juillet 2008, ouvrant la voie à un processus de création d’une institution nationale des
droits de l’homme.

Révision constitutionnelle
Contrairement aux constitutions antérieures qui reconnaissaient l’initiative de la révision con-
stitutionnelle uniquement au président de la République, au gouvernement et au parlement,
la Constitution du 18 février 2006 introduit une innovation en l’accordant également à une
fraction du peuple congolais, soit 100 000 personnes par voie de pétition adressée à l’une des
deux Chambres.72 La révision constitutionnelle peut donc être initiée par un projet du président
de la République ou du gouvernement, ou par une proposition de l’une des deux chambres
du parlement, ou encore par pétition adressée au parlement par au moins 100 000 citoyens.73
Cependant, les procédures de révision sont rigides. Le projet, la proposition ou la pétition de
révision doit être soumis à l’Assemblée nationale et au Sénat qui décident, à la majorité absolue
de chaque Chambre, de son bien-fondé.74 La révision ne deviendra définitive que si le projet,
la proposition ou la pétition est approuvée par référendum.75 Toutefois, la Constitution, en
son article 218, dispense la soumission au référendum d’un projet, d’une proposition ou d’une
pétition de révision lorsque l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en Congrès l’approuvent

preliminaire_du_2_aout_2006.html
69 Cf. Marie-Soleil Frère, « Médias et élections en République Démocratique du Congo », in L’Afrique des Grands Lacs, Annuaire
2006/07, pp.195–196.
70 Constitution du 18 février 2006, Articles 211 et 212.
71 « L’essentiel de la future Constitution de la République Démocratique du Congo», Fédéralisme Régionalisme, Volume 5 :
2004/05 - La IIIe République Démocratique du Congo, http://popups.ulg.ac.be/federalisme/document.php?id=215.
72 Constitution, article 218, al. 1.
73 Constitution, article 218.
74 Constitution, article 218, al. 2.
75 Constitution, article 218, al. 3.

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 31


à la majorité des trois cinquièmes des membres qui les composent. Par ailleurs, l’article 220
de la Constitution énumère les matières qui ne peuvent faire l’objet d’aucune modification
: « La forme républicaine de l’Etat, le principe du suffrage universel, la forme représenta-
tive du Gouvernement, le nombre et la durée des mandats du Président de la République,
l’indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l’objet
d’aucune révision constitutionnelle. Est formellement interdite toute révision constitutionnelle
ayant pour objet ou pour effet de réduire les droits et libertés de la personne ou de réduire les
prérogatives des provinces et des entités territoriales décentralisées ».
Une année à peine après la promulgation de la Constitution, une pétition co-signée par 310
députés membres de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) portant sur la révision des
articles 152, 11076 et 19777 a été déposée le 5 novembre 2007 au bureau de l’Assemblée nationale.
Des débats ont été engagés mais les plus houleux ont été autour de la révision de l’article 152. En
effet, l’initiateur de cette révision, le député Tshibangu Kalala, proposait de placer le président
de la République à la tête du Conseil supérieur de la magistrature, de réduire le nombre des
membres qui composent cet organe, et d’y incorporer des représentants de la société civile.78 Les
magistrats ont trouvé dans cette proposition de révision constitutionnelle un moyen de saper
leur indépendance et une violation flagrante de l’article 220 de la constitution.79 Les députés de
l’opposition se sont opposés à cette proposition de révision au motif qu’elle violait le principe
de la séparation des pouvoirs.80 Le débat dépassa les bornes du parlement. La société civile s’en
mêla, en publiant notamment une déclaration d’opposition au projet.81 De façon plus notable,
une pétition initiée par trois journalistes recueillit plus de 30 000 signatures de citoyens opposés
à la révision constitutionnelle proposée.82 Finalement, le Chef de l’Etat coupa court au débat
en déclarant lors de son discours sur l’état de la nation adressé à l’Assemblée Nationale et au
Sénat réunis en congrès le 6 décembre 2007 qu’« en principe, la loi fondamentale d’un pays ne
devrait être modifiée qu’en cas d’extrême nécessité, et uniquement dans l’intérêt supérieur de
la nation ».83

76 La proposition de révision visait à insérer dans la Constitution un article 110 bis qui aurait permis au député nommé ministre
dans un gouvernement de reprendre de plein droit son mandat lorsque ses fonctions de ministre prenaient fin.
77 La proposition de révision tendait à accorder une immunité aux députés provinciaux au même titre que les députés nationaux
pendant la durée de leur mandat.
78 Entretien du Professeur Mampuya Kanunk’a-Tshiabo accordé au Journal « Le Phare », 21 novembre 2007.
79 Journal du Citoyen, Supplément indépendant d’éducation civique, n°107– semaine du 19 au 25 novembre 2007, p.1.
80 Idem.
81 Voir la Déclaration des organisations de la société civile sur les réformes de la justice et l’initiative pour la révision constitutionnelle
en RDC à l’attention des honorables députes et Sénateurs, à l’issue d’une session de réflexion sur les réalisations en matière de
réforme de la justice en RDC pour la promotion et la défense des droits humains tenue au Centre d’accueil protestant de
Kinshasa du 28 au 29 septembre 2007, http://www.afrimap.org/english/images/documents/DECLARATION%20DES%20
ORGANISATIONS%20SC.doc
82 La pétition fut lancée par 3 journalistes de la chaine privée de télévision CEBS, Jean Bedel Iyoka, Bijou Ndodji et Jean-
Clément Kanku le 18 novembre 2007. Cf. « 30.074 signatures contre la révision de la Constitution », in quotidien Le Phare du
20 novembre 2007.
83 Cf. Discours à la nation du Président de la RDC, Joseph Kabila Kabange, 6 décembre 2007.

32 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Encadré 1 : Déclaration des organisations de la société civile
du 29 septembre 2007 sur les réformes de la justice et
l’initiative pour la révision constitutionnelle en RDC
(A l’attention des Honorables Députés et Sénateurs)
Les organisations de la Société civile congolaise réunies […] du 28 au 29 septembre 2007 à
l’occasion d’une Session de réflexion sur les réalisations en matière de reforme de la justice
en RDC pour la promotion et la défense des droits humains sont hautement préoccupées
par le dysfonctionnement du système judiciaire congolais, l’absence d’un organe de gestion
du pouvoir judiciaire depuis plus d’une année maintenant et l’initiative de révision de la
Constitution de la RDC. En effet, dans l’état actuel de leur fonctionnement, les cours et
tribunaux ne peuvent pas remplir leur mission compte tenu de :
• L’insuffisance des magistrats par rapport à la démographie et aux espaces géographiques à
couvrir ;
• L’insuffisance de tribunaux ;
• Le manque criant de moyens de communication, de transport, de matériel informatique et
bureautique ;
• La non spécialisation des magistrats ;
• La corruption due à la modicité du traitement du personnel judiciaire en général et des
magistrats en particulier,
• Le trafic d’influence ; et
• Le manque de personnel qualifié, etc.
Cette situation trouve un début de solution dans le vote de la loi portant organisation et
fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature qui existe au parlement depuis 2004
sans être adoptée. Aujourd’hui, plus que jamais, la dynamique pour obtenir des avancées est
menacée par une initiative de révision de la constitution qui soulève nombre d’inquiétudes.
Cette révision concerne la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature, organe
de gestion du pouvoir judiciaire, telle que prévue à l’article 152 de la Constitution. Par cette
initiative, l’honorable Tshibangu Kalala propose de placer le Président de la République à la tête
du Conseil Supérieur de la magistrature et de réduire le nombre des membres qui composent
cet organe. Suite à cela nous exprimons les inquiétudes suivantes :
1. La révision envisagée viole l’esprit de la Constitution qui, dans son exposé de motif, prévoit
que le Conseil Supérieur de la Magistrature est géré par des seuls magistrats ;
2. La révision de l’article 152 est une violation de l’article 220 qui interdit toute révision de la
Constitution en ce qui concerne le principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire ;
3. Réduire le nombre des membres du CSM augmente le risque de manipulation de cet
organe ;
4. La révision de la Constitution est inopportune étant donné que la disposition visée (article
152) n’a jamais été mise en l’épreuve de la pratique depuis l’approbation de la Constitution
par le peuple par voie de référendum du 18 au 19 décembre 2005 ;
5. Placer le Chef de l’Etat à la tête du CSM est un retour au système de gestion de la deuxième
République qui a montré toutes ses limites en nous léguant en plus le chaos actuel auquel le
Constituant entend trouver une solution ;

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 33


6. La révision de la Constitution va retarder d’avantage le processus de réforme du système
judiciaire congolais qui passe notamment par le vote des lois essentielles pour la reforme de
la justice prévues aux articles 122 point 7, 152 alinéa 4, 153 alinéa 5, 155 alinéa 5, 156 alinéa 3 et
article 169 de la Constitution et l’affectation d’un budget proportionnel aux besoins des cours
et tribunaux existants et ceux à mettre en place ; et
7. La révision constitutionnelle trahit la volonté exprimée par le peuple de se doter d’une
constitution qui rompt avec un passé récent d’instrumentalisation de la justice par le pouvoir
politique.
Pour les motifs ci-avant, les signataires de la présente Déclaration exhortent :
Les Honorables députés :
• A ne pas soutenir la révision constitutionnelle initiée par l’honorable Tshibangu Kalala et
de voter en toute urgence la loi portant organisation et fonctionnement du Conseil
Supérieur de la Magistrature pour combler le vide institutionnel qui ne fait qu’aggraver le
dysfonctionnement de la justice congolaise ;
• A voter un budget qui tienne compte des besoins de la justice afin de permettre à leurs
électeurs d’accéder à la justice ;
• D’exiger du gouvernement une politique claire de réforme de la justice en conformité avec
les dispositions de la Constitution. Cette politique devra : (1) favoriser l’accès à la justice à
tous les citoyens congolais sans distinction aucune ; (2) permettre une gestion rigoureuse de
la carrière des magistrats ; (3) assurer une formation continue du personnel judiciaire sur la
promotion et la protection des droits humains ; (4) lutter contre les pratiques qui violent les
droits humains au sein des institutions judiciaires ; (5) intégrer la lutte contre l’impunité et la
corruption à tous les niveaux ; (6) permettre la maximisation des recettes judiciaires.
Les magistrats :
1. A respecter la noblesse de leur mission en revendiquant légalement leurs droits aux côtés de
tous les autres acteurs qui militent pour l’émergence d’une justice réellement indépendante ;
2. A s’abstenir d’encourager des pratiques observées au sein des palais de justice et qui
violent les droits humains, leur éthique et leur déontologie, ce qui entament sérieusement la
crédibilité des cours et tribunaux.
Les bailleurs :
A se concerter pour soutenir le gouvernement à mettre en place un système judiciaire qui
favorise le développement, la promotion et la protection des droits et libertés fondamentaux
des citoyens.
S o urce :
http://www.afrimap.org/english/images/documents/DECLARATION%20DES%20ORGANISATIONS%20SC.doc

Le 21 septembre 2009, soit deux ans plus tard, après la signature de la pétition des 310 députés
membres de l’AMP, Radio France Internationale (RFI) annonça que le Président Joseph Kabila
aurait créé une commission d’évaluation de la Constitution pouvant aboutir à la révision de trois
dispositions constitutionnelles. La première viserait à renoncer à mettre en place les 15 provinces
supplémentaires prévues par la Constitution. La deuxième s’intéresserait au mandat présiden-
tiel actuellement fixé à 5 ans et renouvelable une seule fois, et viserait à l’amener à 7 ans avec

34 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
possibilité de renouvellement illimité. Enfin, la troisième modification permettrait au président
de la République de siéger au Conseil supérieur de la magistrature. Au cours de la plénière du
23 septembre 2009 au Sénat et répondant à une question du sénateur Boniface Balamage, le
président du Sénat Léon Kengo wa Dondo a reconnu l’existence d’une telle commission qui tra-
vaillait jusqu’alors en catimini. Selon Radio Okapi, la commission serait constituée d’une dizaine
de membres délégués par la présidence de la République, la primature, l’Assemblée nationale, le
Sénat et la Cour suprême de justice.84 Le débat a gagné l’Assemblée nationale lors de la plénière
du 25 septembre 2009 si bien qu’elle a décidé de faire figurer dans le projet de calendrier des
travaux de la session de septembre 2009 un point sur la révision de la Constitution.85 Dans un
communiqué le 26 septembre 2009, l’opposition de la province du Katanga a condamné la mise
sur pied par le président de la République de ladite commission tout en exhortant les députés
nationaux et sénateurs de l’opposition à s’opposer à la tentative de révision de la constitution que
la commission visait.86 De son côté, le ministre de la Communication et des médias, Lambert
Mende Omalanga, a déclaré lors le 28 septembre 2009 que « le principe de la révision était
légal puisque constitutionnel et qu’il fallait arrêter de le dramatiser », et que « dans la phase de
cogitation actuelle des experts » qui, d’après lui ne concernait que les dispositions relatives au
nombre des provinces et des entités territoriales décentralisées, les institutions de la République
n’était nullement engagées.87 Affirmation qui contredit évidemment celle du Président du Sénat.
Quelles que soient les matières à réviser, il est certains que les dispositions qui portent sur le
nombre et la durée des mandats du Président de la République et l’indépendance du pouvoir
judiciaire ne pourront pas faire l’objet de révision et cela du fait qu’elles font l’objet d’un verrouil-
lage systématique de la part du législateur.88 Procéder à leur révision constituerait une violation
flagrante de la Constitution et une tentative de confiscation du pouvoir au peuple.
Dans son discours sur l’Etat de la nation prononcé devant le Parlement réuni en Congrès
le 8 décembre 2009, le président de la République est revenu sur la question de la révision
constitutionnelle. Il a estimé qu’il convenait de procéder à une révision constitutionnelle suite à
la difficulté de procéder à la mise en œuvre, dans les délais prévus, de la décentralisation et du
découpage du territoire national en 26 provinces. A cela s’ajoute également le double impératif
de garantir la viabilité de toutes ces provinces au regard de la modicité des ressources disponibles
et de consolider au préalable l’autorité de l’Etat à peine rétablie.89

84 « RDC : une commission de révision de la Constitution, Kengo wa Dondo confirme », in www.radiookapi.net du 23 septembre

2009, (consulté le 4 octobre 2009).


85 « Révision de la Constitution : le sujet rebondit à l’Assemblée nationale », in www.radiookapi.net du 26 septembre 2009

(consulté le 4 octobre 2009) ; Voir aussi « Enquêtes parlementaires: la tête de Muzito de nouveau recherchée! », in La Prospérité,
28 septembre 2009
86 « Lubumbashi : éventuelle révision de la Constitution, l’opposition institutionnelle pas d’accord », Radio Okapi, 27 septembre
2009.
87 Louis-Paul Eyenga Sana, « Révision constitutionnelle : les précisions de Lambert Mende », in Le Potentiel, 29 septembre
2009.
88 Constitution du 18 février 2006, article 220.
89 Voir le Discours du Président de la République sur l’Etat de la Nation, mardi, 08 décembre 2009.

CADRE JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNEL DE LA VIE POLITIQUE EN R.D. CONGO 35


C. Recommandations
Le parlement devrait mandater la Commission permanente de réforme du droit congolais de
procéder à un inventaire exhaustif des lois qui nécessitent d’être révisées afin de les rendre con-
formes à la Constitution du 18 février 2006 ;
Le gouvernement devrait considérer comme prioritaire la ratification de la Charte africaine
sur la démocratie, les élections et la bonne gouvernance, ainsi que d’autres textes visant à assurer
une participation plus grande et plus effective des citoyens aux affaires publiques ; et
Le gouvernement et le parlement doivent s’abstenir d’engager des révisions constitution-
nelles qui violeraient les dispositions intangibles de la Constitution du 18 février 2006. Toute
procédure de révision doit, à cet effet, être établie dans les règles de transparence et assurer une
participation la plus large possible des citoyens.

36 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
2
Egalité des citoyens en R.D. Congo
La question de savoir quels individus et groupes ethniques appartiennent ou pas à la nation
congolaise est l’une des questions les plus contentieuses de l’histoire politique de la RDC. Les
difficultés des gouvernements successifs à gérer la très grande diversité ethnique de la RDC
a négativement affecté la possibilité des groupes entiers et des individus membres de ces
groupes à participer en citoyens égaux aux affaires publiques tant au niveau national que local.
Des raisons de convenance politique et parfois la volonté d’exclure des personnes et groupes
de la vie politique ont dicté des réponses incomplètes et inujstes à la question de la nationalité
congolaise, surtout pour les personnes parlant Kinyarwanda dans les deux Kivu. Des lois dis-
criminatoires ont succédé à des lois scélérates et le cercle vicieux a transformé ce qui n’était long-
temps qu’une question de difficile cohabitation interethnique localisée en une affaire nationale
affectant directement les fondements de la nation et les principes de la démocratie participative.
L’irruption de la nationalité comme l’une des questions importante de gouvernance politique au
niveau national a connu sa manifestation la plus douloureuse dans les conflits violents que la
RDC a connus à partir de 1996. Quelques progrès notables ont été enregistrés avec l’adoption
d’une loi en 2006 sur la nationalité congolaise qui contient des dispositions plus équitables que
dans les lois précédentes. Ces dispositions demeurent néanmoins largement lettre morte en
l’absence des mesures d’application. Des progrès ont également été notés au plan législatif en
matière de lutte contre les discriminations à l’égard des femmes. Cependant, de nombreuses lois
discriminatoires demeurent et requièrent un effort de mise en conformité à la constitution et aux
normes internationales acceptées par la RDC.

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 37


A. Parcours tortueux du droit à la nationalité90
Avec une population estimée à environ 60 millions d’habitants91 et plus de 500 groupes eth-
niques, la RDC est parmi les pays d’Afrique qui présentent la plus grande diversité de popula-
tion. La plupart des groupes composant la population congolaise sont des démembrements de
groupes plus larges établis sur une aire géographique qui s’étend au-delà des frontières de la
RDC. La population comprend également une bonne partie des descendants des migrants de la
période coloniale ainsi que des personnes issues de l’intégration ou du rapatriement pacifiques
de centaines de milliers de réfugiés qui ont afflué des pays voisins depuis 1960 et appartenant
parfois aux mêmes groupes ethniques existant en RDC. En grande partie à cause de ces complex-
ités, la question de savoir quelles communautés ou personnes doivent être considérées comme
ayant formé ce qui est devenu la nation congolaise constitue l’une des questions de gouvernance
les plus débattues depuis l’indépendance. Les réponses hésitantes et partielles à cette question
ont souvent menacé le fondement existentiel de la nation congolaise lorsqu’elles ont provoqué
des réactions violentes avec des conséquences négatives pour la paix et la sécurité.

Immigrations successives et critères flottants de naturalisation


Le fait de baser la citoyenneté congolaise sur le principe du jus sanguinis (c’est-à-dire le ‘droit
du sang’ ou nationalité par filiation) a jetté des centaines de milliers de personnes qui n’ont
jamais vécu dans un autre pays dans l’incertitude sur leurs droits et leur statut juridique, et cette
incertitude a servi à plusieurs reprises de justification ou de prétexte pour prendre les armes. En
particulier, le statut litigieux des populations parlant kinyarwanda dans les provinces du Nord et
du Sud Kivu est au cœur des conflits qui ravagent la région depuis le début des années 1990. La
question de savoir qui sont originaires du Congo et quand ces personnes sont arrivées et se sont
établies sur le territoire national figurait en bonne place parmi les causes lointaines ou directes
des deux conflits armés qui se sont déroulées au Congo de 1996 à 1997 et de 1998 à 2003. Au
gré des opinions politiques dominantes, des lois successives ont fixé la « date de départ » de la
nationalité – c’est-à-dire la date à laquelle la nationalité congolaise d’origine devrait être consi-
dérée comme s’étant cristallisée – à différentes dates, notamment 1885, 1908, 1950 et 1960. Les
discussions sur la question de savoir quelles personnes doivent être considérées comme des
Congolais autochtones et sur la date de leur arrivée en sont venues à dominer le discours sur le
règlement des différents conflits, liant les litiges locaux sur les ressources (notamment les litiges
fonciers) aux guerres nationales et régionales.
Dans le Nord et le Sud Kivu, qui comptent parmi les provinces les plus troublées de ces 15
dernières années, les groupes ethniques majoritaires sont les « autochtones », les Nande (Nord
Kivu), les Bashi et les Barega (Sud Kivu), avec des minorités importantes composées d’autres
« autochtones », notamment des groupes de Pygmées – et de nombreux groupes parlant

90 Ce chapitre est très largement inspiré de l’ouvrage de Bronwen Manby, Les luttes pour la nationalité en Afrique, dont il reproduit
des extraits entiers avec seulement de très légères modifications. La version française de l’ouvrage est sous presse. Sa version
anglaise, Struggles for citizenship in Africa, est disponible sur le site d’AfriMAP à l’adresse http://www.afrimap.org/english/images/
report/Struggles-for-Citizenship-Ch1-print.pdf.
91 Division de la Population du Département des Affaires économiques et sociales (AES) du Secrétariat des Nations Unies,

World Population Prospects: The 2006 Revision ; et World Urbanization Prospects: The 2005 Revision., 2007.

38 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
kinyarwanda, la langue parlée au Rwanda. Désignées d’une manière générale sous le nom de
Banyarwanda, ces populations sont principalement des Hutu, avec une minorité Tutsi. C’est
leur statut qui a été et qui est toujours le plus contesté dans ce conflit. Si les Tutsi sont tradition-
nellement considérés comme des populations pastorales, et les Hutu et les groupes « autoch-
tones » des cultivateurs, la plupart des groupes ont toujours élevé du bétail lorsqu’ils étaient en
mesure de le faire. Comme dans de nombreuses régions d’Afrique, les conflits sur la propriété
et l’utilisation de la terre, aussi bien entre cultivateurs qu’entre populations pastorales et cultiva-
teurs, ont souvent été l’élément qui a déclenché un conflit de plus grande ampleur.
Les origines des Banyarwanda de RDC sont diverses et font l’objet de controverses. Certains
Congolais avancent qu’en fait, il n’y a pas de Banyarwanda autochtones au Congo. Toutefois, cer-
taines zones du territoire qui constitue maintenant la RDC étaient sous l’autorité d’un souverain
rwandais et déjà occupées par des populations parlant rwandais avant la colonisation. Leurs habi-
tants devinrent de facto citoyens congolais en février 1885, avec la reconnaissance de l’EIC, l’Etat
« Indépendant » du Congo du roi des Belges Léopold II par la Conférence de Berlin. En 1908,
l’EIC a été confisqué par le gouvernement belge pour devenir une colonie de l’Etat belge. Dans
un accord datant de 1910 conclu entre l’Allemagne, la Belgique et la Grande-Bretagne, de nou-
velles frontières furent établies, cédant certaines parties de ce qui avait autrefois constitué l’EIC à
la colonie allemande du Rwanda et d’autres parties à la colonie britannique d’Ouganda. Après la
première guerre mondiale, les colonies allemandes du Rwanda et du Burundi (dont les langues
et la composition ethnique sont proches de celles du Rwanda) furent données aux Belges par
la Ligue des Nations en 1922 et, en 1925, la Belgique les annexa au Congo belge sous le nom de
Rwanda-Urundi. L’administration coloniale belge mit alors en place une politique de transplan-
tations organisées de dizaines de milliers de Banyarwanda, Hutu et Tutsi, depuis les régions
déjà surpeuplées et sujettes à la famine du Rwanda et du Burundi vers des zones de ce qui est
actuellement le Nord Kivu (plus particulièrement Masisi). Ces « transplantés » constituaient une
source de main-d’œuvre (souvent forcée) pour les plantations agricoles et les mines créées par les
autorités coloniales. Beaucoup d’autres émigrèrent sans faire partie de ce programme.
L’un des sous-groupes de Banyarwanda qui se trouve aujourd’hui en RDC est constitué
essentiellement de descendants des populations pastorales Tutsi qui ont migré dans cette zone
autour de Mulenge, dans ce qui est actuellement la province du Sud Kivu, en provenance du
Rwanda, du Burundi et de la Tanzanie, essentiellement aux 18ème et 19ème siècles, voire même
avant pour certains. A partir du milieu des années 1970, ce groupe a commencé à utiliser
l’expression « Banyamulenge » (gens de Mulenge) pour se désigner, ce qui traduisait un effort
délibéré de leurs chefs d’affirmer une identité séparée des autres groupes ethniques du Sud
Kivu dans la bataille pour accroître leur influence dans les politiques provinciales et nationales
– et pour se distinguer des autres Banyarwanda arrivés plus récemment. A partir du milieu des
années 1990, l’expression Banyamulenge a souvent été utilisée pour signifier « Tutsi congolais »
en général.
Depuis l’indépendance, les provinces du Kivu ont également absorbé d’autres migrants
économiques banyarwanda, ainsi que des réfugiés fuyant les violences au Rwanda et au
Burundi. En 1959, des milliers de Tutsi ont fui vers le Congo au moment du soulèvement hutu

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 39


contre la domination tutsi longtemps appuyée par les Belges au Rwanda. Davantage de réfugiés
arrivèrent ensuite au cours des violences successives.92

Réponses législatives partielles et inadéquates


La première loi à régir la nationalité au Congo a été le décret du 27 décembre 1892, qui accordait
la nationalité congolaise à “tout enfant né au Congo de parents congolais”. A partir de 1908, date
de la transformation de l’Etat Indépendant du Congo en Congo belge, la nationalité congolaise
a été supprimée et les Congolais devinrent des sujets belges – bien que privés des droits civils et
politiques accordés aux résidents blancs de la colonie.
Le statut des populations de l’est du Congo parlant Kinyarwanda faisait déjà l’objet de con-
troverses pendant la période précédant l’indépendance du Congo en 1960. La « Table Ronde de
Bruxelles » de 1960, au cours de laquelle dirigeants belges et nationalistes congolais ont négocié
les conditions de l’indépendance, s’est déroulée seulement quelques mois après l’afflux massif
de réfugiés tutsi lors des violences précédant l’indépendance au Rwanda. Le statut de ces réfugiés
et des transplantés des décennies précédentes a été une question essentielle dans la lutte pour
le pouvoir à l’approche de l’indépendance, chaque parti cherchant à coopter les nouveaux venus
pour accroître sa base de pouvoir ethnique. Il y eut une forte résistance à tout octroi de la citoy-
enneté aux immigrants rwandophones, dont l’arrivée avait modifié les calculs ethniques au sein
des acteurs politiques. C’est ainsi que la résolution n 2 de la Table Ronde stipulait que seuls ceux
qui étaient citoyens en vertu des lois en vigueur – à s avoir le décret de 1882 sur la nationalité
– pourraient voter et se présenter aux élections de 1960. Les transplantés et les réfugiés avaient
l’autorisation de voter, mais pas de briguer un poste.
Contrairement à la Loi fondamentale de mai 1960 qui était restée silencieuse sur la question
de la nationalité, la Constitution de Luluabourg de 1964 fut la première à contenir des disposi-
tions sur la nationalité congolaise. En vertu de son article 6, était déclarée « congolaise, à compter
du 30 juin 1960, toute personne dont les ancêtres étaient ou avaient été membre ou fait partie
d’une tribu installée au Congo avant le 18 octobre 1908 », date de la création du Congo belge.
Cette disposition a été confirmée par le décret-loi sur la nationalité du 18 septembre 1965. Les
Banyarwanda (entre autres) qui avaient migré au Congo après 1908 n’étaient donc pas citoyens
du nouveau pays – ce qui jetait dans l’apatridie ceux d’entre eux qui n’avaient pas la possibilité de
retourner dans leur pays d’origine. La présence de certains individus rwandophones sur le ter-
ritoire congolais avant 1908 n’a pas été un argument suffisant pour entraîner la possibilité pour
tous les rwandophones de réclamer la nationalité congolaise.
Dans les années qui ont suivi l’indépendance, il y a eu des flambées de violence dans l’est
du Congo et dans d’autres régions, les structures politiques et la cohérence du fragile nouvel
Etat étant soumises à des tensions immédiates. Les provinces du Katanga et du Kasaï, dans
le sud du pays, ont connu des luttes sécessionnistes. Une période d’instabilité nationale et de
guerre civile s’est installée jusqu’au coup d’Etat de Joseph-Désiré Mobutu en 1965. C’est au cours
de cette période que dans le Nord Kivu, des politiciens des groupes ethniques « autochtones »
92 Au début des années 1960 et en 1973 du Rwanda, en 1972 et 1978 du Burundi, au début des années 1990 du Rwanda et du

Burundi, avant l’afflux massif des centaines de milliers de personnes suite au génocide au Rwanda en avril 1994 – d’abord des
Tutsi jusqu’à la fin du génocide en juillet 1994, ensuite des Hutu à partir de cette date.

40 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
mobilisèrent des partisans en désignant comme étrangers même les Banyarwanda qui pou-
vaient montrer que leurs ancêtres étaient venus du côté congolais des frontières nationales avant
1908. De 1963 à 1965, des combats connus sous le nom de « guerre de kanyarwanda » ont fait
rage dans Nord Kivu, opposant les Banyarwanda (tutsi et hutu) aux autochtones nande, hunde
et nyanga, chaque groupe créant des agitations pour revendiquer des provinces et des districts
autonomes qu’il contrôlerait. Fait qui n’est pas sans signification, la guerre de kanyarwanda a eu
comme épicentre Masisi, où il y avait le plus grand nombre de Banyarwanda transplantés.
En 1967, une nouvelle constitution fut adoptée, qui maintenait les règles sur la nationalité
de la constitution de 1964 dans les dispositions que les révisions de 1974 et 1978 n’ont pas affec-
tées. Toutefois, sous l’influence de Barthélémy Bisengimana, un Tutsi du Nord Kivu nommé
par le président Mobutu au poste de directeur du bureau du président, et par conséquent une
personne dotée de larges pouvoirs au sein du gouvernement, des lois favorisant la position des
Banyarwanda furent adoptées. Tout d’abord, une ordonnance-loi a été adoptée en 1971, traitant
précisément les cas des personnes originaires du Rwanda et du Burundi et stipulant que si
elles étaient arrivées au Congo avant le 30 juin 1960, elles avaient la nationalité congolaise.93 En
1972, une loi générale sur la nationalité promulguée peu après le changement de nom du pays
en Zaïre avançait cette date de dix ans, stipulant que les personnes originaires du Rwanda et
du Burundi qui étaient résidentes au 1er janvier 1950 se voyaient octroyer la nationalité zaïroise
à dater de l’indépendance en 1960.94 Ces lois hautement controversées visaient ainsi à donner
la citoyenneté par filiation aux Banyarwanda qui étaient arrivés dans le pays après 1908 – en
l’absence de tout amendement constitutionnel dans ce sens. Dans le même temps, Bisengimana
favorisait son groupe ethnique à travers les nominations officielles, tandis qu’une loi foncière
également controversée était adoptée en 1973 et utilisée au profit des élites tutsi : la plupart des
plantations de l’époque coloniale situées dans les Kivu finirent dans des mains banyarwanda au
cours de cette période.95 C’est pendant cette période que la question du statut des Banyarwanda
en général, et des Tutsi en particulier, est passée de simple préoccupation régionale à une ques-
tion d’ampleur nationale.
Lorsque Bisengimana tomba en disgrâce en 1977, la question de la nationalité fut immédi-
atement remise sur la table. En 1981, un nouveau code de la nationalité a été adopté par le par-
lement zaïrois, annulant les changements intervenus dans les années 1970, instaurant les règles
les plus exclusives jamais mises en œuvre et enlevant en fait la nationalité à une large portion
de la population banyarwanda. En vertu de la loi N°2 du 29 juin 1981, la nationalité était octroyée
uniquement à « toute personne dont l’un des ancêtres était membre d’une des tribus installées
sur le territoire de la République du Zaïre, tel que défini par ses frontières au 1er août 1885 », date
à laquelle les frontières de l’Etat Indépendant du Congo furent officiellement reconnues. La date
de référence à laquelle un groupe ethnique pouvait arguer du fait d’être « autochtone » n’avait

93 Ordonnance-loi no.71-020 du 26 mars 1971 relative à l’acquisition de la nationalité congolaise par les personnes originaires

du Rwanda-Urundi établies au Congo au 30 juin 1960.


94 Loi no.72-002 du 5 janvier 1972 relative à la nationalité zaïroise.
95 La Loi foncière de 1973 – qui est toujours en vigueur – a nettement accru le contrôle de l’Etat sur les terres et a ainsi permis
l’attribution de terres à des individus pour des raisons politiques.

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 41


jamais été aussi reculée dans le temps. En application de cette loi, l’ordonnance n°061 de 1982
supprimait également les certificats de nationalité délivrés en vertu de la loi de 1972, faisant de
ces personnes des apatrides, sauf si elles demandaient la naturalisation.
Bien que certains des Banyarwanda soient en mesure de retracer l’arrivée de leurs ancêtres
à une date antérieure à 1885, la preuve était difficile à apporter et dans la pratique, ils furent
traités comme des personnes privées de nationalité : ils ne purent participer aux élections locales
dans les années 1980 et beaucoup furent expulsés.96 Toutefois, dans le même temps, une élite
banyarwanda conservait des richesses et des terres amassées au cours des années 1970 par favor-
itisme, une domination économique qui continuait à alimenter le ressentiment que suscitait leur
position.
Au début des années 1990, le régime de Joseph-Désire Mobutu faiblit sous la pression inter-
nationale et l’arrêt de l’appui des Etats-Unis à son gouvernement et il fut obligé d’accepter la créa-
tion d’une « conférence nationale souveraine » pour discuter des futures structures de gouver-
nement de ce qui était encore le Zaïre. La perspective d’élections et de nouveaux arrangements
politiques encourageait la mobilisation ethnique pour contrôler l’espace politique, faisant appel
aux sentiments autochtones lorsque cela pouvait s’avérer utile, ou se livrant simplement à des
tractations politiques lorsque cela ne l’était pas : on assista à des formations et des dissolutions
d’alliances en fonction des politiques locales. En 1991, un recensement de la population destiné à
identifier et enregistrer les citoyens avant les élections anticipées contribua à raviver les tensions,
car la puissance électorale des Banyarwanda, s’ils étaient reconnus en tant que nationaux, aurait
un impact significatif sur les résultats des élections. Enfin, les Banyarwanda furent largement
exclus de la conférence nationale souveraine elle-même, car le président Mobutu décida que
les délégués ne devaient représenter que les provinces où ils pouvaient être considérés comme
« autochtones » ; cette stipulation affectait également d’autres groupes ethniques à cheval sur
plusieurs provinces à l’intérieur des frontières du Zaïre. Une sous-commission de la conférence
nationale a adopté un rapport proposant quatre catégories de Banyarwanda – les autochtones
(antérieurs à 1885), les transplantés, les réfugiés et les clandestins (immigrants sans papiers) –
seule la première catégorie ayant droit à la nationalité d’origine.
Alors que ces débats avaient lieu à Kinshasa, les politiques du Rwanda et du Burundi avaient
également des effets négatifs sur la situation dans l’Est. Le Front patriotique rwandais (FPR) basé
en Ouganda démarra sa campagne militaire de déstabilisation du gouvernement rwandais en
1990 et s’organisa en recrutant également au sein des Tutsi congolais. Pendant ce temps, le gou-
vernement rwandais créa des liens avec des groupes hutus dans les provinces de l’est du Congo,
leur apportant son appui. En octobre 1993, un coup d’état dirigé par les Tutsi au Burundi entraîna
des massacres et la fuite de milliers de réfugiés hutus qui traversèrent les frontières.
En mars 1993, la situation déjà tendue explosa avec violence dans le Nord Kivu. L’arithmétique
électorale, ajoutée aux tensions concernant l’utilisation des terres, avait entrainé une coalition de
groupes « autochtones » (dirigés par le groupe le plus important, les Nande), et des Tutsi contre
96 L’Ouganda déplaça également un grand nombre de Banyarwanda au début des années 1980, y compris environ 40 000

personnes qui demandaient la nationalité ougandaise et 31 000 personnes enregistrées comme réfugiées auprès du HCR,
obligeant la plupart d’entre elles à chercher refuge au Rwanda. Voir Bonaventure Rutinwa, «The end of asylum? The changing
nature of refugee policies in Africa», Refugee Survey Quarterly, Vol. 21, Nos. 1 et 2, avril 2002, p.6.

42 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
les Hutu, plus particulièrement à Masisi, où les Hutu sont majoritaires. La « guerre de Masisi »,
au cours de laquelle les autorités provinciales encouragèrent des attaques contre des Hutu dans
la région, marqua le début du « nettoyage ethnique » qui s’est poursuivi jusqu’à ce jour, avec
des communautés autrefois mixtes qui devinrent exclusivement Hutu, Nande, Hunde, Nyanga,
Tutsi, etc. Dans certaines zones, les Tutsi combattirent dans les rangs du groupe d’un général
banyarwanda ; dans d’autres, les Hutu attaquèrent les Tutsi, tandis qu’ailleurs ils restèrent en
dehors du conflit local.
Les hostilités avaient à peine commencé à marquer le pas sous les efforts de négociations
de paix lorsque, en avril 1994, la guerre civile rwandaise et le génocide se répandirent au Zaïre.
Les extrémistes Hutu rwandais assassinèrent près d’un million de Tutsi et d’opposants Hutu,
au cours d’une campagne de violence organisée par le gouvernement alors que les négociations
pour mettre un terme à une rébellion tutsi semblaient aboutir. Ce furent tout d’abord des Tutsi
rwandais, puis, après les succès militaires du mouvement rebelle Front patriotique rwandais
(FPR) dominé par les Tutsi, des centaines de milliers de Hutu, comptant parmi eux aussi bien
des civils innocents que des responsables du génocide, qui fuirent en passant la frontière. Ils
furent alors placés dans des camps de réfugiés essentiellement situés au sein de communautés
hutu, ce qui n’a fait que rendre encore plus floue la distinction entre Hutu congolais et Hutu
rwandais et eut pour conséquence de potentiellement chambouler radicalement le calcul eth-
nique des politiques régionales.
Les milices Hutu ont continué à exercer des violences contre les Tutsi zaïrois après avoir
traversé la frontière et les divisions entre Tutsi et Hutu zaïrois se sont transformées en violence
ouverte. Dans certains cas, les milices hunde, nande et nyanga se sont jointes aux milices intera-
hamwe hutu ayant perpétré le génocide rwandais pour attaquer les Banyarwanda tutsi ; ailleurs,
des milices hutu attaquèrent les groupes « autochtones ». Quant aux forces du gouvernement
zaïrois, soit elles restèrent passives, soit elles aidèrent activement les milices hutu dans les
violences commises sur les Tutsi, notamment en leur fournissant des armes ; mais d’autres
commentaires officiels appuyèrent les groupes « autochtones » dans les efforts déployés pour
expulser tous les Banyarwanda. Plusieurs dizaines de milliers de Tutsi se déplacèrent du Congo
au Rwanda fin 1994 et en 1995.
Le 28 avril 1995, le parlement de transition adopta une « résolution sur la nationalité »
qui décrivait tous les Banyarwanda comme des étrangers « qui avaient acquis la nationalité
zaïroise de manière frauduleuse ». Cette résolution comprenait une liste de personnes à arrêter
et expulser, l’annulation de toute vente ou de tout transfert de biens, le remplacement des gou-
verneurs et des commandants en place par de nouveaux fonctionnaires et le bannissement des
Tutsi de tous les postes administratifs et autres.97
Dans le Sud Kivu, le commissaire du district d’Uvira ordonna en septembre 1995 un inven-
taire de tous les biens et toutes les terres appartenant aux Banyamulenge. Les expulsions de
Banyamulenge du Sud Kivu de leurs maisons devinrent courantes, de même que les déporta-

97 HCR-PT, ‘Résolution sur la nationalité’, Kinshasa, 28 April 1995, cité in Stephen Jackson, ‘Of doubtful nationality’: Political

Manipulation of Citizenship in the D.R.C’, Citizenship Studies, Vol. 11, No. 5, novembre 2007, pp.481–500. Voir également ‘Briefing
on the conflict in South Kivu’, IRIN, 10 juillet 1996.

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 43


tions, principalement au Rwanda et au Burundi, atteignant un pic en 1996. Les Banyamulenge
reçurent des ultimatums pour quitter le pays et des slogans en faveur du nettoyage ethnique
apparurent : « Opération rendre les Rwandais au Rwanda’ ; ‘Bukavu et Uvira villes propres’.98 Début
septembre, des milices ethniques « autochtones » appuyées par des militaires du gouverne-
ment commencèrent à attaquer des villages Banyamulenge, commettant assassinats et viols et
chassant les survivants. Le 8 octobre 1996, le vice-gouverneur du Sud Kivu décréta que tous les
Banyamulenge devaient s’installer dans des camps provisoires dans un délai d’une semaine. Le
31 octobre 1996, le Haut Conseil de la République-Parlement de transition (HCR-PT) annonça
l’expulsion des ressortissants rwandais, burundi et ougandais. Un grand nombre de deman-
deurs banyamulenge furent arrêtés et de nombreux rapports signalèrent des exécutions et des
disparitions. Les violences contre les Tutsi s’aggravèrent dans l’est du pays, provoquant un afflux
de réfugiés qui passèrent la frontière ; beaucoup eurent leurs cartes d’identité zaïroise confis-
quées et détruites par les gardes à la frontière.
Ripostant à ces attaques physiques et rhétoriques sur leur présence au Congo, à partir
de septembre 1996, les Banyamulenge du Sud Kivu s’organisèrent et s’armèrent tant pour se
révolter contre le gouvernement central que pour se défendre contre les milices qui opéraient
désormais sur leur territoire. Mi-octobre, quatre groupes (parmi lesquels se trouvaient des
Banyamulenge et d’autres groupes) se réunirent pour former l’Alliance des Forces démocra-
tiques pour la Libération du Congo-Zaïre (ADFL). Ce fut le catalyseur d’une guerre régionale
dans laquelle les rebelles de l’ADFL, sous la direction de Laurent-Désiré Kabila, furent soutenus
par le Rwanda et l’Ouganda (et plus tard par l’Angola), dont les troupes traversèrent la frontière
pour pénétrer au Zaïre fin 1996. Le gouvernement rwandais indiqua qu’il tentait d’éliminer les
milices organisées hutu qui faisaient toujours des incursions au Rwanda à partir des camps de
réfugiés situés en territoire zaïrois, alors que les Congolais estimaient dans l’ensemble que cet
argument n’était qu’un simple prétexte utilisé par le Rwanda pour violer la souveraineté territo-
riale du Congo et piller ses ressources. Fin 1996, une grande partie des réfugiés hutus avaient
été ramenés au Rwanda ; les soldats de l’ADFL s’étaient rendus coupables de massacres systé-
matiques à grande échelle au cours de ce processus. Les rebelles finirent par évincer le président
Mobutu du pouvoir en mai 1997 et installer Kabila à sa place.
Le soutien dont bénéficiait Kabila au sein des Banyamulenge a réellement pris fin en août
1998, lorsqu’il prit la décision d’expulser les contingents rwandais et ougandais de son armée.
Une nouvelle guerre impliquant les Banyamulenge éclata dans l’est du pays, dans laquelle le
Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Goma (RCD-Goma), avec le soutien actif du
Rwanda, a indiqué qu’il soutenait la cause des Tutsi congolais. Au titre des objectifs du RCD-
Goma dans cette guerre (et dans les négociations qui y ont mis fin) on peut citer la création d’un
territoire administratif à Minembwe dans lequel les Banyamulenge seraient majoritaires. Le
Rwanda lui-même envoya à nouveau des troupes traverser la frontière, justifiant encore une fois
sa présence en RDC au nom de l’auto-défense, dans le cadre d’un effort pour protéger les com-

98 ‘Opération rendre les Rwandais au Rwanda’; ‘Bukavu et Uvira villes propres’, tirées de la Déclaration de la communauté

banyamulenge à la conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et au Sud Kivu, janvier 2008.

44 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
munautés Banyamulenge. Kabila a également armé les milices « Mai-Mai » et hutu congolaises
en réaction à la fourniture d’armes au RCD-Goma par l’armée rwandaise.99
Pour les Tutsi de l’est du Congo, y compris les Banyamulenge, ces évènements eurent pour
conséquence que, quelle que soit la réalité pour chaque individu, le gouvernement zaïrois/
congolais et la majeure partie de la population les prenaient désormais pour des partisans des
envahisseurs rwandais et des groupes armés soutenus par les Rwandais. Le fait que les réfugiés
banyarwanda se réfugient souvent au Rwanda ou au Burundi pour se mettre à l’abri semblait
confirmer les points de vue des théoriciens de la conspiration, selon lesquels leurs vraies loyau-
tés se trouvaient de l’autre côté de la frontière. L’extraction illégale de ressources congolaises par
des intérêts étrangers – que ce soit le Rwanda, l’Ouganda ou des pays plus éloignés – accrut le
sentiment général de ressentiment face à l’implication « non-autochtone » dans la région. Des
pamphlets haineux se multiplièrent, dénonçant les envahisseurs banyarwandas et leurs marion-
nettes, accusés de vouloir imposer une domination tutsi en Afrique centrale.100 En 1998, les
discours de haine devinrent particulièrement virulents : parmi certaines autres déclarations offi-
cielles, le ministre des Affaires étrangères Abdulaiye Yerodia Ndombasi affirma publiquement
que les Tutsis étaient « de la vermine » digne « d’être exterminée », ce qui aurait directement
conduit au massacre de plusieurs centaines de Tutsis.101
Après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001, son fils Joseph prit le pouvoir.
Joseph Kabila prit rapidement des dispositions pour mettre fin à la guerre et des pourparlers
de paix se déroulèrent à Lusaka, en Zambie, et à Sun City, en Afrique du Sud, aboutissant à un
« accord global et inclusif sur la transition en RDC », signé le 17 décembre 2002. Un gouverne-
ment de transition a été formé en 2003 et des élections ont eu lieu en 2006. La constitution de
transition négociée à Sun City a établi, ce qui constituait un élément essentiel de l’effort pour
trouver une solution permanente à la discrimination qui avait contribué aux récentes guerres,
que « Tous les groupes ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire constituaient
ce qui est devenu le Congo à l’indépendance doivent bénéficier de l’égalité des droits et de la
protection aux termes de la loi en tant que citoyens ».102
Toutefois, les violences se sont poursuivies entre les populations banyarwanda et les groupes
« autochtones » dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, et entre les Forces armées de RDC

99 Début 2002, le commandant Patrick Mazunzu du RCD-Goma rejeta l’autorité du mouvement rebelle et de nombreux
partisans le suivirent, ce qui entraîna une division continue au sein de la communauté banyamulenge. Les troupes du RCD-
Goma essayèrent en vain de supprimer le groupe de Masunzu. Les soldats du gouvernement rwandais se mirent alors à attaquer
les Banyamulenge, peuple dont la sécurité avait autrefois servi de prétexte à la présence de l’armée rwandaise au Congo. Voir
Human Rights Watch, World Report 2003: Democratic Republic of Congo, New York, 2003.
100 Ce qu’on a appelé “l’hypothèse hamitique” de l’époque coloniale, aujourd’hui contestée, selon laquelle des envahisseurs

« nilotiques », des pasteurs, auraient dépossédé les cultivateurs bantu dans presque tout l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale, a
encore beaucoup de crédit dans le discours actuel sur la différence, malgré l’absence de preuve pour l’étayer.
101 En Belgique, un mandat d’arrêt international à l’encontre de Yerodia fut délivré en 2000 par un juge d’instruction en raison

de ces déclarations, l’accusant de violations des Conventions de Genève et de crimes contre l’humanité (en 2002, la Cour
internationale de Justice a décrété que la Belgique avait violé le droit international en délivrant un mandat contre un ministre en
exercice). Voir Pieter H.F. Bekker, ‘World Court Orders Belgium to Cancel an Arrest Warrant Issued Against the Congolese Foreign
Minister’, ASIL Insights, février 2002.
102 Constitution de la Transition, 5 avril 2003, article 14.

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 45


censées être nouvellement intégrées et les dissidents, qui refusaient d’accepter le règlement et
rejetaient le contrôle du gouvernement sur les parties septentrionales de la RDC.103 En 2004, des
milliers d’immigrants venus du Rwanda ont traversé la frontière pour se rendre en RDC, avec
l’appui militaire du Rwanda, et ont défriché des terres pour les cultiver dans le parc national de
Virunga, un site classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Même si le gouver-
nement rwandais a prétendu que cette opération était défensive, des rapports ont suggéré que
des hommes d’affaires rwandais influents avaient l’intention de récolter des bénéfices financiers
des nouvelles terres agricoles.104
En novembre 2004, une nouvelle loi sur la citoyenneté a été adoptée, à l’issue d’un débat
houleux qui s’est déroulé au Parlement de transition, et qui fixait à nouveau la date de référence
pour la nationalité à 1960, comme dans le décret de 1971. Mais cette loi fonde toujours la
nationalité congolaise sur l’appartenance ethnique plutôt que sur la naissance, la résidence ou
d’autres critères objectifs, octroyant la nationalité par filiation à « toute personne appartenant aux
groupes ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire constituaient ce qui devenu
à l’indépendance le Congo (actuellement la République démocratique du Congo) ».105 Cette
description ne comprend pas de plus ample indication sur les groupes ethniques.106
Parallèlement, la loi n°04/028 du 24 décembre 2004 sur l’enrolement électoral permettait
à ceux qui souhaitaient s’inscrire sur les listes électorales de produire cinq témoins déjà inscrits
et résidents depuis plus de cinq ans dans une circonscription, afin de prouver la citoyenneté du
requérant. Même si ce processus ne définissait pas la citoyenneté sur la base de l’appartenance
ethnique, la discrimination de facto restait omniprésente. De nombreuses personnes avancent
que, comme on considère que les Banyarwanda n’ont pas de « territoire » au Congo, ils ne sont
pas concernés dans la loi de 2004 ; cependant, le refus de l’Etat congolais de reconnaître les
revendications foncières « coutumières » des Banyarwanda reste l’une des principales revendica-
tions des Banyarwanda eux-mêmes.
L’Article 10 de la constitution de 2006 reconnaît les membres des groupes ethniques
présents sur le territoire national au moment de l’indépendance en 1960 comme citoyens de
la RDC par filiation.107 La loi de 2004 est toujours en vigueur, la nouvelle constitution fournis-

103 Plus particulièrement sous l’égide de deux officiers rebelles de RCD-Goma, le général Laurent Nkunda (un Tutsi du Nord

Kivu) et le colonel Jules Mutebusi (membre de la communauté Banyamulenge). Après l’entrée en vigueur en 2002 du traité
portant création d’une Cour pénale internationale, le gouvernement Kabila a porté la situation de la RDC devant la CPI ; plusieurs
affaires font l’objet d’une enquête dans la Province d’Ituri, dans le nord des Kivu, par rapport aux atrocités commises par
les différentes milices ethniques (y compris la milice tutsi) et par l’armée, et des mandats d’arrestation ont été délivrés. Des
informations mises à jour sur l’enquête par rapport à la situation en RDC sont disponibles sur le site Internet de la Cour pénale
internationale à l’adresse http://www.icc-cpi.int/cases/RDC/s0104/s0104_all.html, dernier accès le 23 novembre 2007.
104 Stefan Lovgren ‘“Gorillas in the Mist” Park Slashed by Squatters’, National Geographic News,12 juillet 2004 ; Finbarr O’Reilly,

Mountain gorilla region under threat, The Scotsman, 23 août 2004 .


105 ‘Est Congolais d’origine toute personne appartenant aux groupes ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire

constituaient ce qui devenu de Congo (présentement la République démocratique du Congo) a l’indépendance.’ Loi n°.04/024
du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise, article 6.
106 De plus, la chambre haute du parlement (le Sénat) n’a pas approuvé cet article, mais en vertu de la constitution de transition,

les avis de la chambre basse avaient préséance.


107 Constitution de la République démocratique du Congo, 2006. Toutefois, la constitution n’a pas repris l’expression

‘nationalités’ de la loi de 2004.

46 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
sant un règlement final destiné à trancher la question de savoir quels groupes sont considérés
comme autochtones. En théorie, la grande majorité des personnes considérées comme des
Banyarwanda doivent être incluses dans ces groupes, mais la formulation de la loi laisse planer
une dangereuse ambigüité au niveau de l’interprétation. Les droits des citoyens naturalisés ont
été améliorés de façon substantielle dans ces mêmes réformes juridiques, et l’exclusion des
citoyens naturalisés des fonctions publiques – jusque là extrêmement répandue – a été limitée
uniquement aux plus hautes fonctions. Sont exclus de la naturalisation les personnes coupables
de crimes économiques ou qui ont travaillé pour le compte d’un pays étranger, des accusations
courantes contre les Banyarwanda.
Etant donné la faiblesse perpétuelle de l’Etat central congolais et la présence de grandes
quantités de ressources naturelles dans l’Est du pays, la tentation de manipuler les questions eth-
niques et les questions de nationalité dans un but politique ou économique risque fort de rester
irrésistible pour certains. En mai 2006, au cours de la campagne électorale, Abdoulaye Yerodia,
alors l’un des quatre vice-présidents du gouvernement de transition du Congo et partisan du
candidat Joseph Kabila, s’en est pris aux Tutsi lors d’un rassemblement à Goma, disant qu’ils
devraient quitter le pays. En août 2007, des centaines de personnes ont manifesté violemment
et attaqué le personnel des Nations Unies dans la ville de Moba au Katanga, suite à des rumeurs
concernant le retour de Banyamulenge déplacés. Laurent Nkunda, un Tutsi congolais formé par
les Rwandais qui avait été commandant de la RDC dans le Nord Kivu et l’un de ceux qui avaient
refusé le désarmement en 2004, a repris les armes en tant que protecteur autoproclamé des
intérêts politiques et économiques des Tutsi congolais, à la tête du mouvement armé Congrès
National pour la Défense du Peuple (CNDP). Les hostilités ont repris activement fin 2006 et en
2007 entre le CNDP et la nouvelle armée congolaise, ainsi qu’avec un second groupe armé hutu,
connu sous le nom de Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Lors des pour-
parlers de paix qui se sont déroulés à Goma en janvier 2008, la capitale provinciale du Nord Kivu,
le statut des Tutsis congolais et le retour du Rwanda des réfugiés tutsis congolais ont été parmi
les points les plus difficiles à résoudre : les représentants tutsi aux pourparlers se sont plaints
de la discrimination continuelle exercée quotidiennement à l’encontre de leur communauté,
notamment de l’exclusion de la fonction publique,108 tandis que les groupes « autochtones » ont
clairement indiqué qu’ils les considéraient toujours comme des immigrants, sans réel droit à la
terre, et qu’ils travaillaient éventuellement pour le gouvernement rwandais.

Immigrés de longue date exclus de la nationalité


Un nombre important de résidents de longue durée sont en fait exclus de la citoyenneté con-
golaise comme conséquence du caratère strict des conditions de la naturalisation. Il s’agit prin-
cipalement des réfugiés angolais, rwandais ou centrafricains n’ayant visiblement plus envie de
retourner dans leurs pays d’origine et s’étant presque parfaitement intégrés dans la société con-
golaise. Il s’agit également des immigrants venus de l’Afrique de l’ouest, des personnes d’origine
asiatique et d’européens œuvrant dans les affaires.

108 Déclaration de la communauté banyamulenge à la conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et au Sud

Kivu, janvier 2008.

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 47


Les conditions d’acquisition de la nationalité congolaise par les étrangers sont particulière-
ment difficiles. Par exemple, une de ces conditions exige du demandeur de la naturalisation de
parler couramment une des langues congolaises ; une autre exige de démontrer une résidence
permanente sur le sol congolais de sept ans au moins. Mais la condition la plus drastique est
celle de l’exclusion de détenir d’une double nationalité. D’après la loi, en effet, « la nationalité
congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre nation-
alité ». Elle désavoue donc les nombreux congolais d’origine résidant à l’étranger et ayant acquis
la nationalité de leur pays d’accueil ; tout comme elle exclut toute possibilité d’acquisition de la
nationalité congolaise par des étrangers résidant au Congo et qui souhaitent néanmoins garder
leur nationalité d’origine.
De façon plus particulière, les immigrants de longue durée appartenant aux populations
frontalières éprouvent d’énormes difficultés à obtenir la citoyenneté congolaise. La loi exige de
passer par de longues étapes bureaucratiques avant d’obtenir une ordonnance du Ministre de
la Justice. Et il faut à chaque étape débourser de l’argent pour corrompre ou « soutenir » les dif-
férents fonctionnaires préposés à ce service. Pour tenter de remédier à ce problème, le gouverne-
ment de la période de Transition a assoupli la loi sur la nationalité, notamment pour résoudre
le problème des populations frontalières de l’Est de la République. En effet, l’exposé des motifs
de la loi sur la nationalité déclare clairement son objectif de combattre l’apatridie. On estime à 1
ou 1,5 millions de personnes qui sont concernées par ce problème, et la plupart sont concentrées
dans les provinces de l’Est, les deux Kivu plus spécialement.

B. Une timide protection légale contre la discrimination


Plusieures dispositions constitutionnelles et légales protègent les individus contre la discrimina-
tion. En particulier, dans la mesure où l’Etat valorise le principe de la laïcité, les discriminations
religieuses ne sont pas tolérées au terme de la constitution et des lois, lesquelles ont suprématie
sur les coutumes religieuses, sociales ou culturelles des ethnies ou communautés. Mais la pra-
tique ne suit pas toujours la loi. La mise en œuvre des engagements juridiques contre la dis-
crimination rencontre des obstacles dûs principalement à l’ignorance de la loi par la population
et à la peur, au manque de volonté ou à l’inexistence d’une tradition de recourir en justice contre
les actes visiblement discriminatoires.
La protection par la loi est d’autant plus inefficace qu’il n’existe pas de mécanismes sup-
plémentaires légaux pouvant aider à faire reculer l’ignorance de la loi et la peur des instances
administratives. En plus, les dispositions pénales contre la discrimination raciale et le tribalisme
prévues par le code pénal congolais paraissent lacunaires du fait qu’elles ne s’appliquent qu’aux
organes privés, aux individus, et non à l’Etat. Et on note que les discriminations tribales, eth-
niques, linguistiques ou provincialistes semblent avoir cours de manière ouverte et sans gêne,
en particulier en matière de nomination aux postes de la fonction publique, du gouvernement,
ou des entreprises étatiques.109 Ces comportements discriminatoires, à base de tribalisme
essentiellement, datent de longtemps, hérités du régime politique dictatorial fondé sur la confi-
109 Des observateurs notent que la majorité de postes de commandement dans les entreprises publiques comme dans

l’administration publique nationale, sont occupés par des ressortissants de l’Est du pays venus à Kinshasa avec la révolution
de l’AFDL. Il est question de faire la comptabilité, en particulier dans les bureaux de l’administration de Kinshasa et de certaines

48 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
ance réservée aux seuls frères ethniques, et donc sur la peur des frères et parents de personnes
brimées ou assassinées.110 Aucune solution efficace n’est envisageable si la loi n’est pas respectée.
Et cela suppose une volonté politique forte de la part des gouvernants.

C. Discriminations contre les femmes


L’article 14 de la Constitution du 18 février 2006 garantit et encourage le respect de la parité entre
les hommes et les femmes. En outre, les femmes ont des droits égaux à la citoyenneté dans la
mesure où, selon la loi congolaise, elles peuvent l’acquérir tout comme la transmettre au même
titre et dans les mêmes conditions que les hommes.
De nombreuses lois discriminatoires demeurent néanmoins, même si leur maintien dans
les codes rend inconstitutionnelles une bonne partie de leurs dispositions. Si le Code de la
famille a largement consacré les droits de la femme, notamment dans le cas de successions, par
contre le Code du travail contient encore des dispositions qui placent la femme dans une posi-
tion bien inférieure à celle de l’homme. C’est le cas des dispositions qui refusent d’accorder les
allocations familiales à une femme mariée, qui réduisent aux deux tiers le salaire d’une femme
enceinte ayant pris un congé de maternité, qui ne prévoient pas de pension de veuvage à un
homme dont la femme travailleuse est décédée, et qui exigent l’accord préalable du mari pour
se faire embaucher.111
Les femmes, dont la condition de vulnérabilité est sensiblement aggravée par la pauvreté
matérielle et par une grave insuffisance d’instruction, font partie des groupes les moins sus-
ceptibles de participer activement et véritablement à la politique nationale. De fait, malgré les
élections qui ont été organisées d’une manière estimée démocratique, et malgré l’absence de
tout obstacle théorique à exercer leurs droits en tant que femmes, celles-ci demeurent cependant
très faiblement représentées au parlement national, dans les parlements provinciaux, dans le
gouvernement, dans les hautes fonctions de l’administration, et dans les entreprises publiques.
La propension culturelle à privilégier le mariage et la maternité constitue également un obstacle
à la participation politique de la femme.
La volonté politique des pouvoirs publics quant à l’application du principe de parité homme-
femme dans les institutions publiques a été sérieusement mise en doute après la nomination
de 661 nouveaux dirigeants des districts, villes, territoires et communes par le Président de la
République le 24 septembre 2008. Seulement 83 des 661 postes, soit 12,5 %, ont été confiés aux
femmes contre 87,5 % aux hommes. L’arrivée à la tête du Ministère du Genre, de la famille et

villes de l’Ouest du pays où le swahili, langue parlée surtout dans les régions de l’Est, s’érige subrepticement en langue de travail
dans certaines administrations à la place du français et du lingala.
110 Voir Kabongo Malu, Emmanuel, Epurations ethniques en République Démocratique du Congo, Paris, L’Harmattan, 2007. Du fait
du combat pour la démocratie incarné par Etienne Tshisekedi, durant le règne de Mobutu, le peuple Luba a été habituellement
regardé avec beaucoup de suspicions et de dédain et, nombreux parmi les fils de ce peuple ont été victimes de refus de postes
de travail, en plus des harcèlements et de brimades. Cette attitude a amené, notamment, aux épurations ethniques connues dans
le Katanga.
111Voir Odile Bolie Nonkwa Mubiala, « Les lois et les conventions modernes : leur influence sur la situation de la femme en
RDC, sur le plan juridique, politique, économique et culturel », in: Marie-Ange Lukiana Mufwankolo (sous la direction de), La
promotion des droits des femmes. Une stratégie pour la paix en République Démocratique du Congo, Kinshasa, Publications de l’IDLP,
2000, p.81.

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 49


de l’enfant en octobre 2008 de Mme Marie-Ange Lukiana, une militante des droits de la femme
bien connue, a suscité de nombreux espoirs au sein des organisations féminines. Parmi les
premières actions entreprises par ledit ministère figure la redynamisation du Conseil National
de la Femme (CNF), tombé en léthargie depuis sa création en 1998,112 lors de la tenue le 7
janvier 2009 d’une session extraordinaire consacrée à cet effet.113 Ainsi donc le CNF est appelé à
être à l’écoute de la femme et à la stimuler, et se présente comme une table-ronde des femmes
et un mécanisme de dialogue social par excellence. Composé d’experts sur les questions de
genre désignés par arrêté du Ministre du Genre, de la famille et de l’enfant,114 des représent-
ants des organisations non gouvernementales, des associations féminines et confessionnelles,
des représentants des syndicats et partis politiques, ainsi que des observateurs nationaux et
internationaux,. Le mandat attribué au CNF est assez varié : il est chargé d’examiner toutes les
propositions de politique, projets, programmes et lois en matière d’intégration de genre et de
promotion de la femme pour avis et considération ; il veille également à la mise en œuvre de la
politique nationale en matière de genre et de promotion de la femme et à l’application effective
des instruments juridiques internationaux et régionaux ratifiés relatifs aux droits des femmes ; il
lui est également confié la mission de mobiliser toutes les forces vives de la nation œuvrant pour
la promotion de la femme et l’intégration du genre dans les politiques et programmes. Enfin, le
CNF est chargé de proposer des actions à entreprendre dans son domaine conformément aux
recommandations internationales.115
Au Congo, et plus qu’ailleurs dans les secteurs de la vie sociale, la femme est largement
invisible en politique. Les violences, les guerres et les rébellions récurrentes et quasi perma-
nentes dont souffrent les populations congolaises sont, manifestement, des signes attestant
l’absence, dans la sphère politique, de tout esprit pacifiste et réconciliateur que les femmes
paraissent incarner.
Un autre groupe susceptible de souffrir de marginalisation est celui des immigrés et des
réfugiés. Dans la loi congolaise les étrangers immigrants, demandeurs d’asile et réfugiés ne
sont pas admis à briguer des fonctions politiques. Tout comme pour les citoyens congolais
eux-mêmes, les étrangers ne bénéficient pas de mesures de protection ou d’attention spéciales
susceptibles de les aider à s’intégrer dans la société.
La conséquence de cet état des choses est que ces catégories de personnes s’activent elles-
mêmes à s’intégrer dans la société, à se donner des papiers d’identité nationale et, dans le
désordre ou la fraude, à entrer dans la politique ou à occuper des fonctions importantes dans
l’administration publique. En même temps, ne se sentant ni officiellement intégrés ni encoura-
gés à prendre la nationalité congolaise, et au-delà de la puissance affective d’appartenance à leurs

112Créé par l’arrêté ministériel n°CAB/V.M/AFF.SO.F/015/98 du 10 juillet 1998, le CNF conseille le gouvernement en matière de
promotion des droits de la femme et surveille l’application des politiques visant cette promotion.
113 Allocution de Madame la Ministre Marie-Ange Lukiana à l’occasion de la tenue de la session extraordinaire de redynamisation

du Conseil National de la Femme au Centre Catholique Cepas, Kinshasa, 7 janvier 2009, publiée dans le journal en ligne
Digitalcongo.net le 10 janvier 2009 (http://www.digitalcongo.net/article/55856)
114 Ces experts sont issus des institutions publiques, para- étatiques et privées.
115 Marie-Ange Lukiana Mufwankolo, Présentation du Conseil National de la Femme, 8 mars 2009, pp.2–3.

50 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
frères et parents restés dans leurs pays, ces étrangers vivant au Congo gardent des liens étroits
de citoyenneté avec leurs pays d’origine respectifs.

Encadré 2 : Le combat pour la parité


La question de la représentation des femmes dans les institutions nationales a donné lieu à
des discussions houleuses lors de l’élaboration de la Constitution du 18 février 2006 et de la
loi électorale. Bien que les rédacteurs de la constitution étaient d’accord pour y intégrer des
dispositions qui favorisent une plus grande représentation des femmes, ils étaient divisés sur
la formulation de telles dispositions. Fallait-il insérer dans la nouvelle constitution la formule
« une représentation appropriée de la femme à tous les niveaux de responsabilités » retenue
dans le texte de l’Accord Global et Inclusif signé à Pretoria le 17 décembre 2002 ou carrément
reprendre celle utilisée à l’article 51 de la Constitution de Transition du 4 avril 2003 qui prévoyait
« une représentation significative de la femme au sein des institutions nationales, provinciales
et locales » ? Renvoyant dos à dos les partisans d’une représentation « appropriée » et ceux
d’une représentation « significative », les organisations féministes ont mené un combat
admirable en faveur d’une représentation « paritaire ».
Au-delà des clivages et des appartenances politiques, les femmes membres du gouvernement,
des partis politiques, des organisations féminines de la société civile ont constitué depuis
le début du processus de paix un réseau dénommé « Cause Commune. » Dans le cadre de
ce réseau, elles ont mené des actions de lobbying auprès des autorités du gouvernement
(y compris le président J. Kabila et le Vice-Président A. Ruberwa), des parlementaires et des
leaders des partis politiques pour l’intégration dans la Constitution en élaboration du principe
de la parité du genre tel qu’énoncé dans la Déclaration du principe d’égalité adopté par les
Chefs d’États de l’Union africaine en 2004. Parmi ces actions figurent la tenue d’un atelier
sur l’intégration des principes du genre dans les textes fondamentaux de la RDC organisé par
Women as Partners for Peace in Africa (Woppa), la Dynamique des femmes politiques (Dynafep)
et le Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires (Refamp/RDC) du 21 au 22
janvier 2005. Les participants à l’atelier ont relevé que les imprécisions sémantiques concernant
la question de la représentation de la femme dite « appropriée » dans l’Accord global et inclusif
et « significative » dans la Constitution de la transition n’ont pas permis une participation
satisfaisante de la femme dans les institutions de la transition.
Au cours du séminaire inter-institutionnel tenu à Kinshasa du 2 au 4 février 2005, les femmes
ont lu à l’intention des participants une déclaration sur les enjeux de la RDC dans laquelle elles
ont demandé à tous les acteurs et à toutes les institutions présentes à ces assises d’intégrer la
question de la parité hommes – femmes dans la gestion de la chose publique et privée, parmi
les options fondamentales de la troisième République. La rédaction d’un mémorandum fut
même initiée par un groupe de femmes dynamiques dans lequel elles exposèrent les différentes
dispositions qu’elles désiraient voir inscrites dans la constitution. Le texte du mémorandum fut
porté à la connaissance du public le 5 février 2005 par Mme Anne-Marie Makombo Kamwanya,
députée nationale et présidente de la Commission Femme, famille et enfant ; Mme Marie-
Jacqueline Rumbu Kazang, sénatrice et présidente du groupe parlementaire de la Société civile/

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 51


Forces vives et Mme Mariam Mukanda Okama, chargée de l’administration de Woppa lors
d’une conférence de presse au siège de l’ONG internationale National Democratic Institute
(NDI).
Pour sa part, l’Association des femmes juristes du Congo (AFEJUCO) a mené des actions de
sensibilisation tant au niveau des femmes parlementaires qu’au niveau de toutes les couches
de la population. L’une des actions de plaidoyer les plus importantes réalisées par AFEJUCO
fut un dîner organisé en 2005 avec l’appui des agences des Nations Unies à l’intention des
parlementaires et des membres de la société civile réfractaires à l’idée d’insertion du principe
de la parité dans la constitution. Le Réseau Action femme (RAF) se joignant à cette lutte a
organisé des actions de lobbying auprès des parlementaires favorables au principe de parité.
Ainsi dans cette démarche, le RAF a approché individuellement les membres du bureau de
l’Assemblée Nationale et du Sénat ainsi que les membres de leurs commissions Politiques,
Administratives et Judiciaires respectives. Des rencontres informelles ont été également initiées
par le RAF avec des parlementaires peu favorables au principe de parité. Grâce aux nombreux
plaidoyers initiés par les femmes congolaises, le combat pour l’insertion de la parité dans le
projet de Constitution a été remporté. Dès lors, le principe de parité fut inséré à l’article 14 du
projet de Constitution.
La bataille des femmes fut encore plus rude pour le plaidoyer pour l’adoption dans la loi
électorale du système de scrutin à listes dites « bloquées » et « zébrées », c’est-à-dire à la fois
non susceptibles de modification après leur présentation, et présentant un nombre égal de
candidats des deux sexes. Les femmes avaient développé une stratégie de regroupement au
sein des différents partis politiques pour renforcer leur participation au sein de ces partis et
augmenter leur visibilité politique à travers la création d’associations telles que la Dynamique
des femmes politiques (Dynafep) et le Carrefour des Femmes Politiques Congolaises
(CAFPOC). Le lancement d’une campagne de plaidoyer par la Coalition pour la parité avec
l’appui du Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM) consistant
à susciter au moins chez les 2/3 des parlementaires l’adhésion à l’idée d’une représentation
paritaire des candidats hommes et femmes dans les partis politiques n’atteignit pas son
objectif.
Le Parlement de la Transition rejeta ce mode de scrutin lors de la plénière du vendredi 20
janvier 2006 alors que le gouvernement s’était aligné sur la position des « listes bloquées et
zébrées » sous pression du Comité International d’Accompagnement de la Transition (CIAT)
et des diplomates belges. Les tenants des listes bloquées et zébrées estimaient que cette
disposition était la garantie d’un droit électoral équitable pour tous et la meilleure option pour
vaincre de nouvelles velléités d’un nouveau conflit après les élections. Ceux qui, par contre,
soutenaient le mode de scrutin proportionnel à listes ouvertes étaient habités par la crainte de
voir les partis imposer certains élus dans le cadre des listes bloquées et zébrées notamment
sous la pression d’acteurs étrangers.
Les personnes opposées à la liste zébrée et bloquée étaient tous conscients du nombre minime
des femmes en politique ainsi que leur faible engagement dans les partis politiques. Mais ils
estimaient qu’opter pour les listes bloquées et zébrées signifiait « fabriquer de toutes pièces des
politiciennes », ce qui était très peu honnête car faire de la politique devrait être une vocation.
La liste bloquée et zébrée était considérée par ces derniers comme anti-démocratique. En effet,

52 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
selon les partisans des listes ouvertes, il existerait une inadéquation entre les exigences de la
liste bloquée et zébrée en tant que mode de scrutin et la volonté affirmée du peuple congolais
d’élire librement ses dirigeants. Cet avis fut partagé par l’Eglise Catholique par la voix de la
Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui estimait que l’adoption du scrutin
proportionnel des listes ouvertes à une seule voix préférentielle ferait respecter l’intention des
électeurs, et donnerait aux députés le sentiment de légitimité ainsi qu’une certaine fierté d’être
mandatés par les électeurs. Ce qui ne serait nullement le cas pour le scrutin à listes bloquées et
zébrées, qui n’exprimeraient pas nécessairement la préférence de l’électeur. Il faut dire que cette
prise de position de la CENCO rendue publique le 11 janvier 2006 contribuera à faire basculer la
balance vers les listes ouvertes dans la mouture finale de la loi électorale promulguée le 9 mars
2006.
S o urces  :
Entretiens avec : Mmes Faïda Mwangilwa, ancienne Ministre de la Condition Féminine et Famille, (15 octobre
2009), Noëlle Nyangwile, Présidente de l’Association des Femmes Juristes du Congo – AFEJUCO (29 octobre
2009) ; Josée Ngalula, Présidente du Réseau Action Femme (25 octobre 2009) et M. Thomas Luhaka, Député
National et ancien président de l’Assemblée Nationale de la Transition, le 20 Novembre 2009 ; Journal Le citoyen,
Supplément indépendant d’informations électorales ,N°20 Semaine du 20 au 26 février 2006 ; Bob Kabamba,
Geoffroy Matagne, Pierre Verjans, « (Re)construction de l’Etat et démocratisation en RDC : recours à l’expertise et
logiques d’appropriation », in L’action publique en Afrique, objet de connaissance : avancées, errements et contraintes,
Symbosium du Congrès d’analyse politique sur l’Afrique (CEAN), 3–5 septembre 2008, p.15.

D. Recommandations
1. Le gouvernement devrait identifier dans la loi sur la nationalité les principes restés
théoriques en l’absence de mesures d’application et préparer des ordonnances
présidentielles et arrêtés ministériels de mise en œuvre de ces principes. L’élaboration
d’un tel cadre réglémentaire devrait privilégier les principes de la naturalisation
pouvant faciliter une meilleure et égale participation des citoyens aux affaires
publiques. Parmi ces principes il devrait être sérieusement envisagé l’abolition de
l’exclusivité de la nationalité congolaise afin de permettre l’ouverture à la double
nationalité.
2. Des mesures concrètes et pratiques devraient être mises en œuvre pour assurer le
respect et l’effectivité du principe constitutionnel de parité entre hommes et femmes.
La mise en œuvre de ce principe devrait inclure des recommandations strictes aux
partis politiques dans la confection des listes électorales, ainsi que l’adoption d’un
système électoral qui comprenne des mesures de discrimination positive en faveur
des femmes.

EGALITÉ DES CITOYENS EN R.D. CONGO 53


3
Participation des citoyens au
processus politique
Le cadre juridique et institutionnel qui réglemente les libertés d’expression et d’association ainsi
que les droits des organisations non gouvernementales en RDC met en place des conditions
suffisantes pour assurer une participation aussi large que possible de la société civile dans les
affaires politiques. La Constitution du 18 février 2006 réserve un chapitre entier, avec 22 articles, à
l’affirmation et à la protection des libertés et droits civils et politiques des citoyens. Contrairement
aux pratiques dictatoriales instituées par le régime colonial et, ensuite, par le système de parti
unique, la participation des citoyens et des groupes de citoyens à la vie politique est désormais
rendue possible, ouverte, admise et encouragée par la Constitution et les lois du pays. La loi sur
la presse est largement libérale et des organes de presse privés jouissent d’une indépendance
relativement large comparativement à beaucoup de pays africains de même niveau de développe-
ment politique. Cependant il apparaît que, dans la pratique courante, l’effectivité de la jouissance
de ces droits et libertés n’est pas pleinement assurée. A travers des mesures administratives tatil-
lones l’exécutif parvient à exercer sur les médias un contrôle insidieux qui contrarie les libertés
garanties dans la constitution. Des faiblesses institutionnelles et une capacité organisationnelle
décroissante empêchent la société civile à participer pleinement aux procesus décisionnels.

54 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
A. Liberté d’expression sous haute surveillance
Le droit à l’information et la liberté d’expression sont garantis et protégés en vertu de la
Constitution du 18 février 2006116 ainsi que de la loi sur la presse.117 Sur le plan pratique, la R.D.
Congo bénéficie d’une large gamme de moyens d’expression, d’information et de formation de la
population. Il existe plus de trois cents médias audiovisuels (stations de radiodiffusion et chaînes
de télévision, publiques, communautaires et privées), sur le territoire national.118 Aux côtés des
médias publics gérés à travers la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), les organes
d’information privés jouissent et font preuve d’une large liberté d’expression. Leurs programmes
font souvent intervenir des débateurs représentant des positions, opinions et origines politiques
diverses voire contradictoires. C’est incontestable que les médias privés jouissent d’un degré
élevé de liberté d’expression en RDC. Certains observateurs pensent même qu’ils sont les plus
libres d’Afrique.119
La liberté d’expression demeure néanmoins très fragile. En dépit des garanties juridiques,
l’Etat ne semble pas suffisamment disposé à tolérer les voix discordantes. Des journalistes sont
régulièrement harcelés, poursuivis et arrêtés pour avoir exercé leur liberté d’expression. Au
cours des dernières années, de nombreux journalistes ont été interpellés, emprisonnés, tués à
Kinshasa et dans les autres parties du pays ; plusieurs responsables des chaînes de télévision
et de radio ont fait l’objet de harcèlements et leurs organes d’information ont été saccagés ou
fermés. C’est le cas de Radio Liberté, de Canal Kin Télévision, de Canal Congo Télévision, de Global
Télévision et de Molière Télévision. Des journalistes ont été assassinés au cours des années qui ont
suivi les élections de 2006 apparemment en rapport avec leur profession. L’Union Nationale
de la Presse Congolaise (UNPC) a enregistré au moins un mort violent chaque année depuis
2005 parmi les membres de la profession, y compris Franck Ngyke (Kinshasa, 2005), Bapuwa
Mwamba (Kinshasa, 2006), Serge Maheshe (Bukavu, 2007), Mutombo Kahilo (Lubumbashi,
2007), Patrick Kikuku (Goma, 2007), Didace Namujimbo (Bukavu, 2008), et Bruno Koko
Chirambiza (Bukavu, août 2009).

Régulation des médias


La tâche de la régulation a été assumée, pendant la Transition, par la Haute Autorité des
Médias (HAM). Cette « institution citoyenne d’appui à la démocratie », créée par la loi n°04/017
du 30 juillet 2004, est remplacée dans la Constitution de 2006 par le Conseil Supérieur de
l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), organe chargé de faire respecter l’impartialité
et le professionnalisme par les professionnels de l’information. Pour pouvoir être efficace, le
CSAC devra s’appuyer sur la collaboration avec les autres structures intervenant dans le secteur,
telles que l’Autorité de la Régulation des Postes et des Télécommunications (ARPTC) pour
116 L’article 24 de la Constitution garantit la liberté de la presse, la liberté d’information et d’émission par la radio et la télévision,

la presse écrite ou tout autre moyen de communication sous réserve du respect de l’ordre public, de bonnes mœurs et des droits
d’autrui.
117 Loi n°96-002 du 22 juin 1996 fixant les modalités de la liberté de la presse.
118Entretiens avec les experts de la Haute Autorité des Médias, en particulier avec Hemedi Mwana Mboyo, journaliste de renom
au Congo, le 18 septembre 2009.
119 Entretiens avec Kambale Juakali, journaliste et expert des médias.

P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 55
le volet technique, l’Observatoire des Médias Congolais (OMEC), qui est une instance privée
d’autorégulation du secteur, l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), laquelle est un
cadre de concertation des professionnels, associations et entreprises au niveau national.
En attendant la mise en place effective du CSAC, la HAM demeure légalement la seule
institution publique habilitée à contrôler a posteriori les contenus diffusés par les entreprises de
presse et l’audiovisuel congolais. La qualité et l’efficacité de ce contrôle sont notamment relativi-
sées par la modicité des moyens alloués à l’instance de régulation dont les besoins, en matière
de communication par exemple, sont loin d’être satisfaits. En supposant que les agents chargés
du contrôle des médias auront la formation technique et administrative requise, cette collabora-
tion permettra également d’éviter des actions de contrôle susceptibles de nuire consciemment
ou inconsciemment au fonctionnement des médias dans les marges de liberté qui leur sont
reconnues.
Le ministère de l’Information a néanmoins parfois empiété sur les compétences de la HAM
et posé des actes de régulation des médias, une tâche qui n’est plus dans ses attributions. En
avril 2005 par exemple, le Ministre de l’Information a suspendu les chaînes de télévision CEBS
et Global TV pour des manquements supposés dans le contenu d’une information diffusée.
Le Ministre n’est revenu sur sa décision qu’après protestation de la HAM qui s’est saisie du
dossier. Les manquements supposés ayant été considérés par la HAM comme étant quasiment
non avérés, les deux chaînes ont dû poursuivre leurs émissions normalement après « admoni-
tion ».120 Les médias congolais se plaignent également des nombreux contrôles administratifs
qu’ils subissent, devenant de simples tracasseries aux fins de rançonnements. Ces contrôles
et tracasseries sont l’œuvre de divers services nationaux et provinciaux relevant de différents
ministères : de l’Intérieur, du Commerce, des Finances, de la Culture et de l’Information.

Accès aux médias publics


Il est reconnu que les médias audiovisuels et écrits d’Etat sont des services publics dont
l’accès est, en principe garanti de manière équitable à tous les courants sociaux, politiques et
idéologiques. Dans la pratique, cependant, le parti au pouvoir use de ces outils presque en exclu-
sivité. Il est vrai que la disparition du parti-unique a largement desserré les verrous de la presse
publique. Toutefois, il demeure que la quasi-totalité des manifestations du gouvernement sont
encore retransmises, longuement et abondamment, à la télévision et à la radiodiffusion natio-
nales, lesquelles possèdent des relais dans chaque chef-lieu de province dans le pays. Les partis
politiques de l’opposition doivent jouer d’efforts et de négociation laborieuse pour faire couvrir
leurs activités ou faire représenter leur opinion dans les médias audiovisuels publics.121 Il est
vrai que les demandes de diffusion d’informations et de messages par les citoyens et les acteurs
politiques, en particulier à la télévision nationale qui jouit d’une grande audience à l’heure des
informations du soir, sont si nombreuses qu’il n’est pas possible de les satisfaire toutes. Ceci

120 Haute Autorité des Médias, Recueil des Actes, Décisions, Recommandations, Observations, Avis, août 2004 – juin 2005,

Kinshasa, juillet 2005, p.110.


121 Les dirigeants d’opposition de premier plan n’ont généralement pas de chance de passer dans les médias publics. Mais le

pluralisme médiatique jouant néanmoins à fond, dans une liberté enviable par maints pays africains et même occidentaux, ces
opposants se font abondamment entendre grâce aux médias privés.

56 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
est si vrai que le parlement a dû se doter de sa propre télévision publique, la Radio Télévision
Nationale Congolaise 3, pour retransmettre ses débats publics.

Droit à l’information
Il n’existe pas, à ce jour, de loi garantissant et réglémentant l’accès des citoyens aux informations
publiques. On connaît et on comprend la délicatesse de certaines informations qui peuvent être
utilisées aussi bien pour informer objectivement que pour simplement nuire, surtout quand la
presse ne fait pas toujours montre de responsabilité et d’éthique professionnelle. Néanmoins,
une loi judicieuse et raisonnable sur l’accès aux informations peut, de toute évidence, aider à
rendre la société plus transparente. L’existence d’une telle loi devrait pouvoir intéresser aussi bien
les chercheurs que les professionnels des médias et les activistes de la société civile.
La presse privée, en particulier, connaît de difficultés importantes pour accéder aux infor-
mations détenues par les services publics. Certaines erreurs commises par la presse, au nom
de la liberté d’informer, le sont parfois à l’insu de leurs auteurs, faute de moyens adéquats et
suffisants de vérification de l’information, défaut dû principalement à la pauvreté financière des
journalistes et des organes qui les emploient, et aussi du fait des difficultés d’accès à la source de
l’information. Par ailleurs, plusieurs professionnels des médias se plaignent régulièrement de
la rétention de l’information par ceux qui la détiennent dans les cercles politique, économique
et social congolais.122 L’absence d’accès aux sources primaires d’information amène à supputer,
à imaginer et, finalement, à tomber dans l’erreur. Les hommes et femmes des médias savent
qu’il leur appartient de faire des efforts pour accéder à l’information, en usant parfois de ruse,
d’investigation et peut-être d’achat de documents et informations dont la plupart sont abusive-
ment classés confidentiels. Il n’existe pas de disposition légale faisant obligation d’informer le
peuple sur les matières jugées privées comme les salaires, les émoluments, les avoirs de comptes
bancaires des gouvernants, ou les biens déclarés par ces derniers avant d’entrer en fonction et
en quittant les fonctions.123

Forces et faiblesses des médias au Congo


La cartographie du secteur de l’information et de la communication indique qu’il existe à la
fin 2009, 213 stations de radiodiffusion, 107 chaînes de télévision (publiques, privées et com-
munautaires), et environ 250 journaux et périodiques dans l’ensemble de l’univers médiatique
congolais124. Comparativement à beaucoup d’autres pays africains, le ciel médiatique congolais
est suffisamment couvert, même si la concentration de ces médias d’information à Kinshasa

122 Entretien avec le journaliste Polydor Muboyayi, directeur du journal Le Phare. On accuse notamment les responsables

politiques « de ne pas communiquer suffisamment ». L’obtention de l’information sur le dossier des « contrats chinois » a été
une énorme difficulté pour maints journalistes désireux d’informer correctement les citoyens sur le type de contrat passé sur les
mines du Congo.
123 La loi fait obligation de déclarer les biens avant la prise de fonctions publiques tout comme à la fin de ces fonctions

(entre autres les membres du gouvernement et les gestionnaires d’entreprises publiques). Mais ces déclarations demeurent
confidentielles. Les informations y relatives ne sont pas accessibles au citoyen contribuable.
124 Chiffres fournis, le 18 septembre 2009 par Monsieur Hemedi Mwana Mboyo, Expert à la Haute Autorité des Médias, à partir

de la documentation de cette dernière instance de régulation.

P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 57
fait que l’accès à l’information par voie audiovisuelle et écrite est complètement déséquilibré en
défaveur des habitants de l’intérieur du pays.
L’usage de la liberté d’expression par les médias du Congo pose un sérieux problème
d’insuffisance d’objectivité. Les nombreux médias de service public et ceux dont les propriétaires
sont des acteurs politiques au pouvoir d’une part, ainsi que ceux détenus par des responsables
des partis politiques de l’opposition, d’autre part, se regardent les uns les autres en chiens de
faïence, n’informant presque jamais le public sur les activités de l’autre camps politique, sauf
quand il s’agit de les critiquer négativement. Dans une telle situation de suspicion, de méfiance
sinon de dédain mutuels, l’information souffre inévitablement soit de silence soit de partialité
dans son traitement. Nombreux à Kinshasa, ces médias « politiques » constituent, en tant qu’ils
sont tenus par de non journalistes, une grande source de tensions ; et en tant qu’ils sont des
outils d’expression des acteurs politiques, ils reflètent, de manière parfaite les conflits politiques
ainsi que les insuffisances de la culture politique de leurs propriétaires. A côté de cette catégorie
de médias « politiques » – du pouvoir comme de l’opposition – se situent les médias qui sont
plus ou moins indépendants, tenant une ligne éditoriale qui ne s’exprime pas de manière tran-
chée pour une position précise alignée à l’idéologie d’un courant politique donné. En général,
cependant, les moyens d’indépendance réelle des médias font largement défaut, du fait de la
non application de la législation permettant aux médias publics de générer des possibilités
financières, sous forme de redevances ; et du fait de l’absence d’une politique de subventions,
de soutien des médias privés par les pouvoirs publics, comme aide à l’épanouissement de la
démocratie. Après un tour des maisons de presse en 2005, l’Observatoire des Médias au Congo
(OMEC) a établi le constat suivant : une bonne partie des journalistes (la majorité) œuvrant au
sein des différentes rédactions des journaux congolais sont des professionnels ayant acquis une
formation académique et professionnelle suffisante. Mais, la plupart du temps, ils travaillent
dans des conditions difficiles, marquées par un contexte général de misère. La pauvreté et la
misère amènent parfois à la simple fabulation plutôt qu’à l’information.125
Les abus réguliers des règles de conduite professionnelle constituent un autre problème qui
se pose aux médias congolais. Une observation attentive du mode de déploiement de la liberté
d’expression des journalistes congolais fait voir qu’il y a visiblement chez eux un réel déficit
d’éthique et du manque de professionnalisme, conduisant à la violation récurrente des règles
de la déontologie journalistique. En guise d’illustration, entre février et juillet 2009, la HAM
a prononcé 27 « actes de régulation » (décisions) contre des journalistes et maisons de presse,
sous forme d’observations, mises en demeure ou suspensions de diffusion faisant suite à des
manquements à l’éthique et à la déontologie de l’information et de la communication. Au moins
10 de ces actes constataient des manquements consistant au déséquilibre dans le traitement et
la diffusion de l’information ; au partis pris systématique, des propos diffamatoires, accusations
sans preuves, diabolisation des adversaires, violation de la présomption d’innocence, etc. Cinq
de ces actes réprimaient des productions ou diffusions qualifiées d’indécentes. Par ailleurs, on

125 Entretien avec Stanys Nkundye, de l’Organisation des Médias Congolais, le 19 septembre 2009.

58 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
a noté que huit des faits réprimés par la HAM étaient des violations de l’éthique et de la régle-
mentation de la publicité, tandis que quatre actes déploraient un déficit de professionnalisme.126

Encadré 3 : Des médias congolais à la dérive


Il y a un manque de professionnalisme avéré. En effet, quand on voit le type de papier qui est
servi à la lecture ou le type d’émission produite à la télé, on est écœuré. Des individus, fatigués
du chômage, s’improvisent journalistes, transcrivent, transposent, de manière brute et souvent
maladroite, dans une langue approximative, ce qu’on leur demande de faire. Aujourd’hui, les
journalistes fonctionnent comme des publicitaires. Vous achetez votre espace, vous avez le
droit de le remplir comme vous voulez. Mais si vous achetez toute la chaîne, vous pouvez
vociférer à souhait. Aucune analyse, aucune enquête. Rien que des reportages sur les faits
et gestes de celui qui paie le mieux. Au-delà du professionnalisme, il se pose un problème
d’éthique et de déontologie. Imaginez un seul instant que n’importe qui décide d’ouvrir une
officine et d’y exercer comme médecin. (…)
En effet, on peut aussi dire que les médias ne font monter que ce que notre classe politique est
en réalité. Depuis qu’avec l’argent gagné grâce à des trafics divers, ils ont acquis des stations
de radio et de télévision, les politiciens congolais vocifèrent à longueur des journées pour
s’insurger ou pour menacer le processus. Aucun souci d’image, aucune grandeur d’esprit,
aucune hauteur, aucune tolérance, aucune tempérance, aucune culture politique, aucune culture
démocratique. Rien que de la médiocrité, rien que de la bassesse, rien que de l’immaturité, de
l’arrogance, de l’irresponsabilité, de la haine. Voilà le spectacle qu’offrent les hommes politiques
congolais. La radio et la télévision leur servent de promontoire. Malheureusement, les rues ont
commencé à leur servir de champ de bataille.
S o urce  :
Charles Mazinga Mashin, « Médias et incitation à la haine et à la violence », in Elections, paix et développment en
R.D. Congo. Prise de position des Universités Congolaises, Kinshasa, Publications de la Fondation Konrad Adenauer,
2007, pp.51–52.

B. Liberté d’association
La liberté d’association est garantie par la Constitution127 et par une loi de 2001.128 Celle-ci prévoit
même que l’Etat associe les organisations non gouvernementales à la conception et à la réalisa-
tion de la politique de développement, qu’il leur accorde des facilités administratives, fiscales, et
qu’il soutienne leurs actions de développement.129
Ces granties sont difficilement mises en œuvre. En particulier, l’obtention des actes de docu-
ments administratifs autorisant à fonctionner comme associations est soumise à une procédure

126 Entretien avec Me Luemba lu Masanga, Conseiller Juridique de la Haute Autorité des Médias, le 18 septembre 2009.
127 Article 37 de la Constitution du 18 février 2006.
128 Loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associations sans but lucratif et aux
établissements d’utilité publique, Journal Officiel, 42è Année, numéro spécial, 15 août 2001, p.23.
129 Articles 38, 39 et 40 de la Loi n°004/2001 du 20 juillet 2001.

P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 59
onéreuse130 qui mine l’objectif même de la loi.131 En plus, les membres des associations dûment
constituées sont l’objet de harcèlements de façon régulière, en particulier pour ce qui est des asso-
ciations de défense des droits de l’homme. En juin 2009, la Rapporteuse Spéciale des Nations
Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme a exprimé des préoccupations sur
la liberté d’action des associations en ces termes : « Les libertés fondamentales des défenseurs
des droits de l’homme -liberté d’opinion et d’expression, de réunion et d’association – sont illé-
galement restreintes. Les défenseurs, notamment les journalistes, qui font état de violations des
droits de l’homme perpétrées par l’Etat ou des acteurs non étatiques, sont assassinés, menacés,
torturés ou arbitrairement arrêtés et leurs bureaux sont saccagés. Les médias sont parfois sus-
pendus et les journalistes s’autocensurent par crainte de représailles. Les journalistes se voient
également refuser l’accès à l’information par les autorités. L’exercice du droit au rassemblement
pacifique pose également un problème. Le régime d’information instauré par la Constitution de
2006 n’est souvent pas respecté dans la pratique et les défenseurs doivent obtenir une autorisa-
tion des autorités pour pouvoir manifester. Enfin, même lorsqu’elles sont en règle, plusieurs
ONG se sont vues refuser la personnalité juridique et n’ont par conséquent pu ni déposer de
plaintes devant les tribunaux, ni recevoir un financement de bailleurs ».132
Entre autres causes d’une telle situation, le Rapport indique l’absence, en République
Démocratique du Congo, d’un « cadre juridique de protection des défenseurs des droits de
l’homme ». Au total, de très nombreuses organisations, légalement constituées ou non, peuplent
le monde associatif congolais. Mais bien peu d’entre elles ont les moyens effectifs pour la réali-
sation de leurs projets et missions ;133 et la liberté d’expression et de travail de ces associations
demeure encore très contrôlée et limitée par les pouvoirs publics.134

C. Volonté de participation politique : la société civile


La volonté de participation au processus politique est largement appuyée et consolidée par la
société civile organisée.135 A la Conférence Nationale Souveraine, en 1991, elle a occupé plus des
30 % des participants. Au Dialogue Inter-Congolais tenu à Sun City et à Prétoria en Afrique
130 La loi prévoit des frais de dépôt et d’enregistrement, des frais de publication d’actes au Journal Officiel, à diverses occasions.

Il y a également des frais administratifs variant suivant l’administration ou le service public approché, sans oublier les pesanteurs
diverses d’une administration publique où toutes les prestations sont quasiment monnayées.
131 Certaines associations d’éducation civique ont du mal à obtenir les documents et autorisations nécessaires et, au bout d’une

longue période d’attente, se découragent et laissent tomber les démarches administratves. C’est le cas de l’Organisation pour la
Défense des Droits de l’Homme et des Peuples (ODEP) constitué par un groupe d’avocats.
132 Le Rapport de Mme Sekaggya est disponible à l’adresse: http://www.protectionline.org/spip.php?article8377.
133 Pour plus de détails sur les difficultés des associations des droits de l’homme en République Démocratique du Congo, on
se référera notamment aux sites internet de « Reporters Sans Frontières », de « ProtectiOnline », de « Journaliste en Danger »,
de l’« Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme », de la « Fédération Internationale des Ligues des Droits de
l’Homme », ou encore de « Front Line Defenders. Protection of Human Rights Defenders ». Nombre de ces associations
entretiennent de chroniques quotidiennes sur les violations des droits de l’homme en République Démocratique du Congo.
Mais, encore une fois, on devra noter que la présente étude n’est pas consacrée à la description de la situation des droits de
l’homme. Une étude spécialisée peut être réalisée.
134Voir Nzangi Batutu, Michel, La liberté d’opinion et d’expression et ses limitations légales en République Démocratique du Congo,
Kinshasa, Konrad Adenauer, 2007.
135 Voir Ngoma-Binda, « Forces politiques de la société civile », Congo-Afrique, n°380, décembre 2003, pp.597–614.

60 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
du Sud, la société civile a joué un rôle de premier plan, notamment à travers les représentants
des confessions religieuses catholique, protestante, orthodoxe, et musulmane. A l’issue de ces
travaux destinés à concevoir et à élaborer un nouvel ordre politique dans le pays qui a souffert
d’une longue dictature et de nombreuses atrocités de la guerre, la société civile a été amenée à
assumer des fonctions importantes dans les institutions politiques, spécialement celles dénom-
mées « institutions d’appui à la démocratie ».
Les diverses organisations de la société civile jouent un rôle politique évident, mais à des
degrés divers, selon leur objet spécifique. Les plus actives, sur le plan de la réclamation du droit
de participation politique en vue de la transparence et la bonne gouvernance, sont les organi-
sations qui s’occupent de défendre des droits de l’homme, les organisations ayant pour objet
l’éducation civique et politique des citoyens, les organisations féminines (comme les femmes
magistrates, les femmes avocates, les femmes ministres et parlementaires), et, dans une bonne
mesure, les organisations syndicales.
La grande force des organisations de la société civile est à trouver moins dans les moyens
matériels que dans l’énergie intérieure de certains acteurs sociaux, dans leur détermination à
dénoncer les injustices, à réclamer la bonne gouvernance et la démocratie. Cette foi est renforcée
par la présence, à leur côté, des hommes d’église, principalement catholiques, eux aussi engagés,
comme on l’a vu avec la « Marche des Chrétiens », le 16 février 1992, réclamant un ordre poli-
tique nouveau, démocratique, plus porteur d’espoirs et de perspectives de meilleures conditions
de vie. Des organisations non gouvernementales d’inspiration chrétienne, comme le Groupe
Amos, le Groupe Jérémie, le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Chrétiens Catholiques (Calcc), et le
Réseau des organisations de droits de l’homme et d’éducation civique d’inspiration chrétienne
(Rodhecic), ont joué un rôle capital dans l’éveil de la conscience politique chez les intellectuels
congolais, chrétiens et laïcs. En plus, les « Messages » des Evêques catholiques, à travers la
Conférence Nationale Episcopale du Congo constitue un soutien moral inestimable dans la
volonté des congolais à la volonté d’avènement de la démocratie et à la participation politique des
citoyens. A la Conférence nationale souveraine comme au Dialogue Inter-Congolais, la société
civile congolaise a joué le rôle à la fois de tampon ou de conseil de sagesse entre l’opposition
désireuse de changement et le pouvoir en place accroché à garder le statu quoi. En effet, il y a
lieu de rappeler qu’à l’époque de la Conférence Nationale Souveraine la volonté des congolais à
en découdre avec le régime de Mobutu a suscité un engagement très remarquable des citoyens.
Certes ce sont les acteurs politiques qui ont principalement allumé la flamme, mais il s’est
révélé que sans l’engagement actif des acteurs sociaux, des associations corporatistes et des
organisations non gouvernementales, laïques et religieuses, le mouvement pour le changement
politique n’aurait pas été aussi efficace. Par exemple, le travail réalisé par le Dr Numbi,136 comme
porte-parole de la société civile, a acculé Mobutu à changer plusieurs fois de stratégies et même
jusqu’à accepté les positions de l’opposition politique. Et au Dialogue intercongolais, les hauts
dignitaires de l’Eglise catholique – le Cardinal Etsou – de l’Eglise protestante – Mgr Marini Bodo

136 Ce médecin dont la société civile garde le souvenir d’un acteur intègre, courageux et déterminé, est mort avant même la fin

des travaux de la Conférence nationale. A travers de nombreuses supputations incriminant le pouvoir en place, il a finalement
été dit qu’il est mort d’une mort naturelle.

P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 61
– et d’autres églises, présents à Sun City, ont servi de grande force morale, interpellant constam-
ment la conscience des acteurs politiques et belligérants face aux souffrances atroces endurées
par le peuple.
Bien que les stratèges de Mobutu aient réussir à politiser et à diviser la société civile, laquelle
s’était alors scindée en deux blocs, d’un côté celui soutenant le pouvoir en place, et de l’autre
celui attaché aux idées de l’opposition, exprimant les idéaux du changement social et politique
« radical », il demeure que l’action de cette dernière frange a quand même pu déstabiliser la dic-
tature, l’obligeant à abandonner le monopartisme. Cette fissure au sein du mouvement citoyen
n’est pas réapparue lors du Dialogue Inter-Congolais. Mais après les travaux du Dialogue, les
acteurs de la société civile qui se sont retrouvés dans des postes ministériels, au parlement, dans
les entreprises publiques ou à la tête des institutions d’appui à la démocratie ont constitué une
caste d’amis privilégiés, et ont ainsi été rejetés ou regardés avec mépris par les autres acteurs de la
société civile, en particulier ceux qui se considéraient comme plus qualifiés pour parler au nom
de la société civile, mais qui n’avaient pas eu leur part du « gâteau national » partagé à Sun City.
Lors des élections de 2006, plusieurs acteurs de la société civile ayant goûté aux délices du
pouvoir se sont jetés dans l’arène de la lutte pour le pouvoir politique, et laïcs comme religieux,
ils sont entrés dans les partis politiques ou dans des campagnes politiques d’envergure.137 Cette
entrée en politique, activement recherchée par les acteurs de la société civile, a finalement fait
comprendre la nature pour le moins ambigüe de la société civile, partagée entre la fidélité à
l’action à rendre au peuple et l’avidité pour les intérêts que procure le pouvoir politique. Elle fait
également voir la défaillance que, comme en un revers de la médaille, la participation politique
directe des acteurs de la société civile peut entraîner sur l’action sociale et civile.

Encadré 4 : 16 Février 1992 – 16 Février 2008 : L’engagement


des citoyens pour la démocratie et la reconstruction de la
République Démocratique du Congo
Le 16 février 1992 reste et restera un jour mémorable pour tous les croyants de la République
Démocratique du Congo. Ce jour là, des milliers de fidèles de différentes confessions religieuses
et des citoyens de tout âge et de différents horizons se sont levés et se sont engagés pour
revendiquer la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine, symbole de la volonté de
changement du peuple à l’époque.
Au moment où notre pays poursuit inexorablement ce processus de démocratisation de notre
société, nous nous rappelons les martyrs de la démocratie pour que le changement tant
revendiqué à l’époque soit mis en route.
Certes, nous avons déjà accompli du chemin avec la mise en place des institutions issues des
élections au niveau national et provincial. Mais il nous reste à élire des conseillers municipaux,

137 Des acteurs de la société civile, et surtout des pasteurs protestants et des religieux se réclamant des églises de réveil, siègent

comme parlementaires au Sénat et à l’Assemblée nationale. C’est le cas de Mgr Marini Bodo, Mgr Kuye Ndondo, le Chef Spirituel
Muanda Nsemi, Pasteur Kiziamina, Pasteur Ejiba, le journaliste Mutinga Musthipayi, et autres.

62 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
des bourgmestres, des maires, des chefs de secteurs, des conseillers urbains et des conseillers
de secteurs ou chefferies, sans lesquels les fruits du changement démocratique resteront
difficilement visibles dans notre vécu quotidien.
Aujourd’hui en effet, comme en 1992, notre vie reste caractérisée par l’insécurité, le
délabrement des infrastructures de base (routes, eau, électricité, etc.), le chômage, la
mauvaise rémunération des travailleurs, la délinquance juvénile, la corruption, l’impunité et les
nombreuses déficiences des services publics.
Cette situation ne peut perdurer. Levons-nous et engageons-nous pour un changement
réel dans notre pays. Prenons des initiatives constructives pour une société de liberté, de
responsabilité, de justice, de tolérance, de solidarité et de sens du bien commun.
Le moment favorable est arrivé. Organisons-nous et mobilisons-nous dans nos paroisses, dans
nos communes, secteurs et villages pour contribuer à la reconstruction de notre pays.
Mettons en place des mécanismes pour une collecte de fonds en vue de nous approprier
l’organisation des prochaines élections locales. Ainsi, nous manifesterons notre engagement
à prendre en main notre destin, à changer le cours de notre histoire comme ceux qui sont
descendus dans les rues des différentes villes du pays le 16 février 1992.
Le Collectif du 16 Février : ASCOVI – CIAM KIN – EKOLO YA BONDEKO – GROUPE JEREMIE
– MIEC – MIIC – RODHECIC

Le cas évoqué ci-dessus du « Collectif du 16 Février » est un bel exemple d’engagement des
citoyens dans la lutte pour l’instauration d’une société démocratique, laquelle est la voie de con-
struction d’une nation forte et prospère sur le plan à la fois économique, social et culturel. De
même, dirigé par le Père Rigobert Minani, le « Cadre de Concertation de la Société Civile pour
l’Observation des Elections » a abattu un travail fort appréciable, en juillet et en octobre 2006,
dans le cadre des élections présidentielles et législatives, nationales et provinciales.
Mais il y a un autre cas, plus récent et à bien des égards plus exemplaire, de participation de
la société civile à la gouvernance politique en RD Congo. Il s’agit de cette remarquable mobilisa-
tion active et courageuse des énergies de la société civile autour de la question de l’exploitation et
de la gestion des ressources naturelles du pays. Le Centre d’Etudes pour l’Action Sociale (Cepas)
a organisé des ateliers d’un travail minutieux de lecture et de réexamen approfondis des contrats
miniers signés par le gouvernement avec des entrepreneurs de la filière. Cet engagement citoyen
a eu un réel impact sur les décideurs politiques, lesquels se sont vus acculés à soutenir cette
action citoyenne. Une soixantaine de contrats miniers ont été revisités, et quelques uns ont été
rejetés ou renvoyés à une renégociation. Cette initiative est un exemple digne d’être cité comme
un succès dans le long processus de la lutte contre la corruption et pour la bonne gouvernance.
Le succès a été rendu possible par la détermination des citoyens engagés, patriotes, et profondé-
ment soucieux de voir s’instaurer la bonne gouvernance et la justice dans la redistribution des
richesses, seul chemin de la réduction concrète et effective des affres terribles de la pauvreté
généralisée parmi les populations congolaises. Mais on constate aussi que l’initiative a dû béné-
ficier d’un précieux concours financier, et moral, de la part des organisations internationales.

P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 63
Et c’est ici qu’il nous faut relever deux faiblesses dans le chef de la société civile congolaise
quant à la participation efficace dans le processus politique. La première est sa dépendance, sur
le plan financier, vis-à-vis des organisations gouvernementales et surtout non gouvernementales
des pays occidentaux. Quand tarit la source de financement, l’ardeur civile s’étiole. On connaît
des organisations qui sont ou ont été, pour de longues années, comme en hibernation d’activités
faute de moyens de financement. La société civile tournée vers les activités de développe-
ment ainsi que les organisations des droits de l’homme sont sans doute les plus concernées.
Dépendantes, celles-ci sont, de ce fait même, plus susceptibles d’être victimes de manipulation
par les donateurs d’aide. La majorité des associations congolaises sont composées de membres
dont le revenu est insignifiant. Vivant avec moins de 1 dollar américain par jour, le congolais
moyen est incapable de payer des cotisations. Par conséquent, sans la solidarité internationale
le mouvement associatif congolais serait dans l’inertie totale. Les organisations internationales
œuvrant en RDC vivent au quotidien cette réalité, en tant qu’elles sont constamment sollicitées
pour la moindre petite activité. Or on sait fort bien que, comme on dit, la main qui donne est
toujours au-dessus de celle qui reçoit. Ceci veut dire que la démocratie réclame l’objectivité,
l’impartialité. Mais l’impartialité est, pour le moins, difficile dans une situation de dépendance
ou d’assistance quasi absolue.
La seconde faiblesse est la corruption facile, en termes de non résistance à l’émigration
des acteurs sociaux non catholiques138 vers la sphère politique. Lorsqu’un membre de la société
civile devient une figure publique proéminente, il est soit inquiété soit aspiré par les pouvoirs
politiques pour servir les intérêts de ces derniers. Si les acteurs des organisations de défense des
droits de l’homme, comme la « Voix des Sans Voix », l’« Association Africaine de Défense des
Droits de l’Homme », ou encore « Journalistes En Danger », ont fait preuve d’une remarquable
capacité de résistance contre à la fois les menaces et l’attirance du pouvoir, par contre on a
remarqué que plusieurs acteurs de la société civile ont généralement et très facilement succombé
à l’attrait de l’émigration vers la politique. L’espace public congolais est peuplé de ces acteurs
politiques venus de la société civile. Le plus regrettable en cela est sans aucun doute le fait que
cette émigration est à sens unique et irréversible. Qui sort de la société civile pour la politique n’y
retourne pas. Et il coupe ou perd tout lien avec sa base sociale. Il s’en va irréversiblement sauf
dans le cas de ceux-là qui jouent à la politique de la chauve-souris, mangeurs à tous les râteliers,
et qui, de ce fait, perdent la confiance de la population.
Est-il possible de parvenir à quelque chose qui fasse que la société civile cesse de se vider
de sa substance chaque fois qu’apparaissent des figures importantes ? Comment rendre la
société civile moins vulnérable, à la fois forte et solidement enracinée ? La politique est-elle un
aboutissement inévitable ? Une réponse adéquate à ces questions est difficile. Mais tout ce qui
est certain est qu’une société sans société civile organisée manque absolument d’énergie induc-
trice de transparence, de démocratie et de participation réelle des citoyens à la vie politique.
Par exemple, faisant preuve d’un certain souci de transparence, le Ministère du Budget a pris
l’habitude d’associer des syndicats de la fonction publique dans les opérations d’élaboration du

138 Contrairement aux religieux chrétiens catholiques, les pasteurs protestants et des églises dites indépendantes font partie de

ces acteurs civils qui émigrent facilement et avec empressement vers la politique.

64 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
budget national. En particulier, l’Association des Professeurs de l’Université de Kinshasa a été
invitée à participer pour le budget de 2007 et 2008. Egalement, des couches sociales diverses
et nombreuses ont été consultées dans le processus d’élaboration du Document de la Stratégie
de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP), y compris les universitaires. Mais dans
la mesure où elle est non institutionnalisée, cette participation dépend de la bonne volonté
de l’autorité politique du moment. Elle est donc précaire, aléatoire, et non contraignante, en
particulier en ce qui concerne son apport aux travaux d’élaboration de la loi budgétaire ou des
documents définitifs. Ainsi, l’information apportée à la population n’est pas toujours complète.

D. Recommandations
1. Le vote d’une loi qui favorise l’accès des citoyens aux informations doit être érigé
en priorité afin d’assurer une meilleure participation des citoyens dans la marche
des affaires publiques de la nation. La loi, non encore promulguée à ce jour, relative
à l’organisation et aux attributions du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la
Communication devra tenir compte de la demande exprimée, en particulier par les
professionnels des médias, d’un accès plus aisé aux informations.
2. Le gouvernement devrait entamer une concertation avec les organisations
professionnelles des médias pour l’établissement d’un système de subventions
publiques transparentes en faveur des organes de presse.

P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 65
4
Elections en R.D. Congo
Avec la parenthèse constituée par les élections pluralistes organisées en 1960 et 1965, l’une
des causes des crises politiques récurrentes auxquelles la République Démocratique du Congo
est confrontée depuis son indépendance est la contestation de légitimité des institutions due
notamment à l’absence d’élections réellement libres et pluralistes. Les élections de 2006 étaient
censées mettre fin à cette longue et profonde crise de légitimité. En dépit d’avancées notables,
notamment dans la gestion technique des opérations électorales, les élections de 2006 ont néan-
moins été organisées sur une fragile base politique marquée par l’absence d’un consensus solide
entre principaux acteurs politiques et par une dépendance logistique et politique très évidente à
l’égard des bailleurs de fonds et des puissances occidentales.
Le cadre juridique et réglementaire des élections de 2006 satisfaisait aux principaux stan-
dards internationaux en matière d’élections. Il accusait néanmoins quelques lacunes impor-
tantes, notamment en matière d’élaboration des lois, d’encadrement du financement des activi-
tés politiques et de règlement du contentieux électoral. En dépit d’un manque évident de tradi-
tion électorale et de maîtrise par les agents électoraux des nouvelles technologies de l’information
dans l’exécution des opérations électorales, la Commission électorale indépendante (CEI, organe
de gestion des élections de 2006 au Congo), a fait montre d’un certain professionnalisme dans
la préparation, l’organisation, la gestion et le contrôle des opérations techniques des processus
référendaire et électoral. Le consensus national sur les fondamentaux des élections, matérialisé
par l’accord global et inclusif de décembre 2002, a beaucoup contribué à la réussite relative des
élections de 2006. Ce consensus politique est néanmoins en voie d’être rompu par la promulga-
tion d’une loi sur la CENI dont la composition est fortement contestée, ainsi que par la publica-
tion unilatérale d’un calendrier électoral par une CEI de moins en moins considérée comme un
organe neutre et professionnel de gestion des élections.

66 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Le traitement judiciaire du contentieux électoral est l’un des maillons faibles de la gestion
des élections en RDC. Il est caractérisé par un manque de créativité des juges qui réchignent à
ordonner des mesures d’enquête supplémentaire pour mieux apprécier les allégations de fraude
électorale. L’archaïsme de la procédure judiciaire congolaise ne favorisé pas non plus un traite-
ment proactif des litiges électoraux.

A. Cadre juridique et institutionnel


Le cadre juridique qui régit actuellement l’organisation des élections au Congo a été produit dans
un contexte post-conflit dans un Etat fragile en refondation, tiraillé entre l’impératif de la démoc-
ratisation et la consolidation de la paix que les violences postélectorales risquent d’énerver et de
mettre en cause. Les lois électorales reflètent donc davantage les compromis que les anciens bel-
ligérants devaient se concéder qu’un effort de permettre la meilleure organisation des élections.
Les calculs et le jeu des compromis politiques ont directement inspiré une bonne partie des
règles sur les systèmes électoraux, les conditions d’électeur et d’éligibilité, les cas d’inéligibilité,
le mode de désignation ainsi que le mandat des futures autorités.

Lois essentielles
La Constitution de la Transition (articles 154 à 160), l’Accord Global et Inclusif (chapitre IV, 4 a, b
et c) et la Résolution n°DIC/CPJ09/ du 18 avril 2004 du Dialogue Intercongolais ont chargé la
Commission Electorale Indépendante d’assurer la préparation et la tenue du référendum consti-
tutionnel et des élections libres, transparentes et démocratiques pendant la période de transition.
La nouvelle Constitution du 18 février 2006 prévoit également des dispositions relatives aux
élections. Aux termes de l’article 5 de cette Constitution, « la souveraineté nationale appartient au
peuple. Tout pouvoir émane du peuple qui l’exerce directement par voie de référendum ou d’élections et
indirectement par ses représentants. Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer
l’exercice. La loi fixe les conditions d’organisation des élections et du référendum. Le suffrage est universel,
égal et secret. Il est direct ou indirect. Sans préjudice des dispositions des articles 72, 102 et 106 de la pré-
sente Constitution, sont électeurs et éligibles, dans les conditions déterminées par la loi, tous les Congolais
de deux sexes, âgés de dix-huit ans révolus et jouissant de leurs droits civils et politiques ». Elle institue
également une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) en remplacement de la
Commission Electorale Indépendante créée par la Constitution de la Transition du 4 avril 2003
en application de la Résolution n°DIC/CPJ09/ du 18 avril 2004 du Dialogue Intercongolais. La
Constitution du 18 février 2006 confie à la nouvelle CENI pratiquement les mêmes missions
que celles dévolues jadis à la CEI, à savoir l’organisation du processus électoral, notamment de
l’enrôlement des électeurs, de la tenue du fichier électoral, des opérations de vote, de dépouil-
lement et de tout référendum. Elle assurera également la régularité du processus électoral et
référendaire.
Ce cadre est appuyé par un bloc de lois qui ont réglementé les élections générales de
2006 : i) la loi sur les partis politiques adoptée conformément à la Résolution du Dialogue
Intercongolais n°DIC/CPJ/ 04 du 18 avril 2002 relative à la libéralisation effective et totale de la

ELECTIONS EN R.D. CONGO 67


vie politique et associative en RDC ; 139 ii) la loi sur la Commission Electorale Indépendante ;140 iii)
La loi sur la nationalité congolaise ;141 iv) la loi sur l’identification et l’enrôlement des électeurs142
et ses mesures d’application ;143 v) la loi sur le référendum constitutionnel144 et ses mesures
d’application ;145 vi) le Plan opérationnel de sécurisation du processus électoral ;146 vii) la loi élec-
torale proprement dite ;147 viii) la loi du 10 juin 2008 portant financement public des partis poli-
tiques ; ix) la loi sur la libre administration des provinces ;148 et x) la loi sur la décentralisation.149
La conception de certains textes clés, tels que le projet de Constitution post-transition ou
la loi régissant la nationalité congolaise, a en outre nécessité de longues négociations en raison
du caractère politiquement sensible de leur contenu. Le projet de Constitution post-transition,
par exemple, a fait l’objet d’interminables débats notamment sur le caractère unitaire ou fédéral
de l’Etat et sur l’équilibre des pouvoirs. Avec l’implication très forte de la communauté interna-
tionale, il a finalement été adopté par les deux Chambres du Parlement le 13 mai 2005, près de
deux ans après le début de la transition, puis approuvée par référendum en décembre 2005.
L’élaboration du projet de loi électorale a également fait l’objet de blocages au sein du Parlement
de transition. Parmi les questions qui ont alimenté ce débat figurent les conditions d’éligibilité
aux fonctions du Président de la République, à la députation nationale ou au sénat ; la caution
exigée pour être candidat à la présidence (US$ 50 000) jugée trop élevée, la nature de la liste
électorale (ouverte, bloquée ou zébrée) ; la parité homme-femme dans la présentation des listes,
le découpage électoral, le parrainage des candidats par les partis politiques ou regroupements
politiques, les incompatibilités, le système électoral, le contentieux électoral, la circonscription
électorale pour les Sénateurs.150 Préalable indispensable à son adoption formelle, la promulga-
tion de la nouvelle Constitution a été retardée de façon inexpliquée. Parachevant tardivement

139 Loi n°004/2002 du 15 mars 2004 portant organisation et fonctionnement des partis politiques.
140 Loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant organisation, fonctionnement et attributions de la Commission Electorale Indépendante,
Journal Officiel, numéros spéciaux, 1er août 2004 et 20 juin octobre 2006.
141 Loi n°04/ 024 du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise, Journal Officiel, numéro spécial, 17 novembre 2004
142 Loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et enrôlement des électeurs, Journal Officiel, numéro spécial, 20
juin octobre 2006.
143 Décision n°008/CEI/BUR/05 du 9 juin 2005 relative aux mesures d’application de la loi n°04/028 du 24 décembre 2004

portant identification et enrôlement des électeurs, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin octobre 2006.
144 Loi n°05/ 010 du 24 décembre 2004 portant organisation du référendum constitutionnel en République Démocratique du

Congo, Journal Officiel, numéro spécial, 27 décembre 2004.


145 Décision n°021/CEI/BUR/05 du 1er octobre 2005 relative aux mesures d’application de la loi sur le référendum constitutionnel.
146Décret n°05/026 du 6 mai 2005 portant Plan Opérationnel de Sécurisation du Processus électoral, Journal Officiel, numéro
spécial, 20 juin octobre 2006.
147 Loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines,

municipales et locales, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin octobre 2006.


148 Loi n°08/012 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces, Journal Officiel, n°spécial, 31
juillet 2008.
149 Loi n°08/016 du 7 octobre 2008 porte composition, organisation et fonctionnement des entités territoriales décentralisées et
fixe leurs rapports avec l’Etat et les Provinces, Journal Officiel, numéro spécial, 10 octobre 2008.
150 J.-L. Ekambo Kangashe, « Les enjeux électoraux et la stabilité politique en RDC : analyse de la loi électorale », Congo-Afrique

n°402-403, février-mars 2006, pp.39–40.

68 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
le dispositif juridique indispensable au lancement des préparatifs administratifs et techniques
des scrutins, la loi électorale n’a ainsi été promulguée que le 9 mars 2006. L’accumulation des
retards dans l’élaboration du cadre juridique est à l’origine du report des élections au-delà de la
date du 30 juin 2006 prévue pour marquer la fin de la transition.
Les difficultés qui ont émaillé l’élaboration de ce cadre juridique des élections émanent
essentiellement de blocages dus aux dissensions entre les principaux acteurs des institutions de
transition et à leur manque d’empressement à affronter le verdict des urnes. Ces blocages ont
longtemps retardé l’élaboration de la législation essentielle à la tenue des différentes consulta-
tions électorales, à commencer par le referendum constitutionnel de décembre 2005.151

Systèmes électoraux
Au sens strict, par systèmes électoraux, il faut entendre « les mécanismes qui permettent de
traduire les préférences des citoyens en sièges dans des institutions représentatives ».152 Dans
les démocraties représentatives, le système électoral a trois fonctions. La première et la plus fon-
damentale, est celle de convertir les votes en sièges au sein des assemblées parlementaires ou en
charges publiques attribuées à des individus. En deuxième lieu, il constitue le canal par lequel le
peuple peut tenir ses représentants élus redevables de leurs actes. En troisième lieu, il encourage
ceux qui aspirent au pouvoir à présenter leurs appels à l’électorat selon des formes précises.153
Il existe de nombreux systèmes électoraux dont les caractéristiques s’enchevêtrent. Afin de
simplifier l’analyse, les systèmes électoraux sont généralement classés en trois grandes catégories
ou « familles »: les systèmes majoritaires, semi-proportionnels et proportionnels.154 Les pays de
la SADC à laquelle appartient la RDC, ont été encouragés à adopter chacun un système électoral
qui soit conforme à son propre ordre politique, à sa propre histoire et à son propre système de
partis. Les principes suivants devraient néanmoins être au cœur de leurs systèmes électoraux :
i) une vaste représentation des divers intérêts politiques et des groupes de population ;
ii) l’inclusivité et la participation politique des acteurs clés ;
iii) la responsabilité politique des députés envers les électeurs ;
iv) la transparence et la légitimité du processus électoral et de son résultat ; et
v) une culture démocratique intra-parti doit être garantie afin d’assurer la crédibilité et la
légitimité de la nomination des candidats au sein des partis politiques.155

151 A. Gorgemans, « Le processus électoral congolais : une procession d’Echternach ? », Echos Grands Lacs (Publication
mensuelle du Réseau mensuelle du Réseau Européen pour l’Afrique Centrale), n°17, février 2006, p.1, disponible sur http://www.
eurac-network.orgwww.eurac-network.org, consulté le 27 octobre 2009.
152 B. O’Neal, Les systèmes électoraux, Bibliothèque du Parlement, disponible en ligne sur : http ://dsp-tpsgc.umontreal.gc.ca/
Collection-R/LoPBdp/BP/bp334-f.htm, consulté le 14 mars 2009.
153 PNUD, Systèmes et processus électoraux, op.cit., p.11.
154 A. Reynolds et B. Reilly, La conception des systèmes électoraux. Un manuel de International IDEA, Stockholm, 2002, p.18,
disponible : //indh.pnud.org.co/redir.plx?d=indh.pnud.org.co/files/rec&f=poli/DEAsystemeselector.pdf, consulté le 14 mars
2009.
155 Principes de gestion, de surveillance et d’observation des élections dans les pays de la SADC, adoptés le 6 novembre 2003 à

l’initiative conjointe de EISA et du Forum des Commissions Électorales de la SADC (ECF), EISA, Electoral Handbook n°13, Benoni,
pp.9–10.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 69


Le système électoral en RDC pour les élections de 2006 repose sur la Constitution du 18 février
2006 et sur la loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections présidentielles,
législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales. Ce système combine à la fois les scru-
tins majoritaires pour les circonscriptions uninominales et les scrutins proportionnels de listes
ouvertes avec application de la règle du plus fort reste pour les circonscriptions plurinominales.
L’Article 70 de la Constitution dispose que « le Président de la République est élu au suffrage
universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois». Selon l’Article 71,
« Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci
n’est pas obtenue au premier tour du scrutin, il est procédé, dans un délai de quinze jours, à un
second tour ». Pour les membres du Parlement, le nombre de députés nationaux et des sénateurs
ainsi que les conditions de leur élection et éligibilité sont fixés par la loi électorale. Concernant
les députés nationaux membres de l’Assemblée nationale, l’article 101 de la Constitution dispose
qu’ « ils sont élus au suffrage universel direct et secret » et que « les candidats aux élections lég-
islatives sont présentés par des partis politiques ou par des regroupements. Ils peuvent aussi se
présenter en indépendants ». En fonction de la taille de la circonscription électorale déterminée
sur base du nombre d’enrôlés auquel se rapporte le quotient électoral national, certaines cir-
conscriptions étaient uninominales et d’autres plurinominales. Selon l’article 104, les candidats
sénateurs sont présentés par des partis politiques ou par des regroupements politiques ou en
indépendants. Ils sont élus au second degré par les Assemblées provinciales pour un mandat de
cinq ans. En vertu de l’article 197 alinéa 6 de la Constitution, les députés provinciaux, comme les
députés nationaux, sont présentés par les partis politiques ou des regroupements politiques ; ils
peuvent également se présenter en indépendants. L’article 161 de la loi électorale du 9 mars 2006
dispose que les Gouverneurs et les Vice-Gouverneurs des Provinces sont présentés par un parti
politique ou un regroupement politique et que les personnes indépendantes peuvent également
présenter leur candidature. Excepté le Président de la République qui est élu pour un mandat
de cinq ans renouvelable une seule fois (article 70 de la Constitution), les Députés nationaux et
les Sénateurs sont rééligibles sans limitation de mandat. Il en est de même pour les Députés
provinciaux et autres élus locaux dont le mandat n’est pas non plus limité par la Constitution et
la loi électorale.
Les députés nationaux ont été élus au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans
renouvelable, au scrutin parallèle combinant le scrutin majoritaire relatif uninominal à un tour
et le scrutin proportionnel de listes ouvertes qui comprennent un nombre de candidats inférieur
ou égal à celui des sièges à pourvoir dans la circonscription, avec l’application de la règle du plus
fort reste. En effet, dans 61 circonscriptions uninominales, les députés nationaux ont été élus
au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire relatif uninominal à un tour, système dans
lequel l’électeur se prononce pour un seul candidat et est proclamé député élu le candidat qui
obtient le plus grand nombre de voix.156 Par contre, dans 108 circonscriptions plurinominales, les
candidats députés nationaux ont été élus au suffrage universel direct et au scrutin proportionnel
de listes ouvertes où l’électeur vote pour un seul candidat parmi les noms des candidats figurant
sur la liste dans l’ordre alphabétique, sa voix est comptabilisée au titre de la liste ; le nombre de

156 Article 118 de la loi électorale.

70 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
voix de la liste est la somme des voix obtenues par les candidats inscrits sur cette liste et les sièges
sont attribués proportionnellement au nombre de voix obtenues par chaque liste présentée par le
parti politique, par le regroupement politique ou par le candidat indépendant.157
Une partie des députés provinciaux a été élue comme les députés nationaux en fonction de
la taille de la circonscription au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire relatif dans les
circonscriptions uninominales (à un siège) et au scrutin proportionnel de listes ouvertes avec
l’application de la règle du plus fort reste dans les circonscriptions plurinominales (à plus d’un
siège) et une autre partie composé de chefs coutumiers a été cooptée pour un mandat de cinq
ans renouvelable conformément aux dispositions de l’article 197.4 de la Constitution et de l’article
152 de la loi électorale. Les Sénateurs ont été élus au suffrage indirect et au scrutin proportionnel
de listes ouvertes à une seule voix préférentielle avec l’application de la règle du plus fort reste.
Comme les Sénateurs, les gouverneurs de province furent élus au suffrage indirect, mais au
scrutin majoritaire absolu de listes à deux tours (article 159 loi électorale).
Les systèmes électoraux choisis et appliqués en RDC ont fait l’objet d’un vif débat dans
l’opinion publique et la classe politique congolaises, plus particulièrement en ce qui concerne
le choix du mode de scrutin, la nature des listes et les dérapages du système électoral appliqué.
Au sujet du choix du système électoral approprié aux élections de 2006, le débat a porté sur la
difficulté de choisir entre le scrutin majoritaire et le scrutin proportionnel pour l’élection des
représentants nationaux, provinciaux et locaux. A l’issue d’intenses discussions et en dépit de
fortes pressions exercées à l’époque sur les parlementaires par la communauté internationale
lors de la discussion de la Constitution, les partisans de scrutin proportionnel à liste ouverte
ont eu raison sur les défenseurs de scrutin majoritaire et ceux de scrutin proportionnel. Pour
J.-L. Ekambo Kangashe, le système choisi est plus favorable aux grands partis et n’assure pas
la prise en compte des petits partis, des minorités, des femmes et des personnes vulnérables.
D’après lui, le législateur aurait fait œuvre utile en adoptant le système de la plus forte moyenne
en vue d’assurer l’inclusivité tant recherchée. Mais le risque de voir ce système être à la base de
nombreux conflits au lendemain des élections a justifié l’option en faveur du système de la pro-
portionnelle avec application de la règle du fort reste lequel constitue néanmoins, selon lui, une
soupape de sécurité pour les partis politiques en présence et une dose d’inclusivité en ce qu’il
donne finalement la parole plus aux partis qu’aux individus.158
Un autre sujet de controverse entre experts et acteurs politiques avait trait à la nature des
listes à présenter aux électeurs. Le débat très acharné sur cette question a opposé les partisans
de « liste bloquée » aux défenseurs de « liste ouverte ». La liste bloquée était soutenue par les
chefs de file de partis politiques qui, sur base de ce système, devaient avoir le dernier mot dans
l’inscription et l’ordre de présentation des candidats à présenter au choix des électeurs. En
raison de ses inconvénients, la liste bloquée a été rejetée parce qu’en dépit de ses avantages,
elle ne permet pas un contact direct entre les électeurs et les candidats ; elle donne un pouvoir
discrétionnaire voire dictatorial au chef du parti dans l’établissement des listes et l’ordre de
présentation des candidats. Enfin, une fois déposée et agréée au niveau de la Commission

157 Article 120 de la loi électorale.


158 J.-L. Ekambo Kangashe, art.cit., pp.45–46.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 71


Electorale Indépendante, cette liste ne peut subir aucune modification même si le candidat y
figurant venait à décéder ou à quitter le parti. Un autre débat très nourri intérieur au camp de
liste bloquée qui a accaparé l’opinion publique lors de la discussion au Parlement de la loi élec-
torale a été concentré sur les « listes zébrées » consistant à alterner les candidats hommes et les
candidates femmes sur les listes des candidats à présenter par les partis et par les regroupements
politiques. Ce courant était notamment soutenu par les partenaires au développement et les
Caucus des femmes militant en faveur de l’application effective de l’article 14 de la Constitution
de la Troisième République relative à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard
de la femme, la protection et la promotion de ses droits, l’épanouissement et la participation de
la femme au développement de la nation, sa représentation équitable au sein des institutions
nationales, provinciales et locales, la mise en œuvre de la parité homme-femme dans lesdites
institutions. A l’issue du débat au Parlement, le courant paritaire a été mis en minorité, la thèse
majoritaire préférant la méritocratie et la compétition à la discrimination positive et aux revendi-
cations catégorielles dans un système démocratique.
Le troisième sujet de débat se rapporte aux dérapages des systèmes électoraux appliqués
dans les élections de 2006/07 en République Démocratique du Congo. Quatre de ces dérapages
paraissent graves : la complexité du système électoral, sa dénaturation, son coût et la corruption
qu’il a induite. Dans son Rapport final159 publié le 23 février 2007, la Mission d’Observation
Electorale de l’Union Européenne attire d’abord l’attention sur la complexité de ce système élec-
toral.160 Faisant abstraction du caractère fortement décentralisé des institutions mises en place
dans le cadre de la Troisième République, ce choix a en effet engendré un système électoral
particulièrement complexe, combinant un scrutin majoritaire uninominal à un tour dans les
61 circonscriptions à un siège et un scrutin de type proportionnel avec listes ouvertes dans les
108 autres. Les complexités techniques et opérationnelles induites par ce système étaient consi-
dérables. Elles ont largement contribué à retarder plus encore la date des premiers scrutins, en
raison des délais incompressibles nécessaires à la conception, la production et le déploiement de
bulletins de vote sur lesquels devaient ainsi figurer les noms et photos des centaines de candidats
en lice. Par exemple, les bulletins de vote utilisés pour les élections législatives à Kinshasa repre-
naient pour chaque circonscription les noms et photos de près de 900 candidats, sur six pages de
format A1. D’une grande complexité d’utilisation pour les électeurs, ce système a en outre, consi-
dérablement alourdi les opérations de dépouillement et de compilation des résultats, multipliant
les sources d’erreur et de contestation. Pour les élections provinciales, le Parlement de transition
a de surcroît augmenté le nombre de circonscriptions à Kinshasa, en le définissant au niveau
des 24 communes de la capitale. En raison du nombre extrêmement élevé de candidatures, ce
système a permis l’élection de nombreux députés n’ayant recueilli qu’une faible minorité des
voix. Relevé dans l’ensemble du pays, le phénomène est accentué dans des provinces telles que
les Kasaï, où l’électorat est particulièrement fragmenté, sur des lignes ethniques. A titre illus-

159 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Elections présidentielle,
législatives et provinciales 2006. Rapport final, disponible sur http : //www.moeuerdcongo.org/files/MO%20RDC%202006%20
-%20Rapport%Final, consulté le 12 septembre 2009, p.25.
160 Idem, p.32.

72 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
tratif, la Mission d’Observation de l’Union Européenne note que les 3 sièges à pourvoir dans la
circonscription de Kazumba ont été attribués avec un total de voix inférieur à 20 % des voix expri-
mées. Enfin, multipliant les sources de contestation, les écarts de voix sont souvent très faibles
entre le dernier député élu et son challenger le plus proche : dans 29 circonscriptions, il est ainsi
inférieur à 3 % des suffrages. L’analyse des résultats des élections provinciales fait apparaître des
distorsions similaires. Dans la commune de Kisenso, à Kinshasa, les deux députés provinciaux
élus n’ont recueilli respectivement que 4,2 % et 3,5 % des voix exprimées. Dans la commune de
Mont Ngafula, les 2 élus totalisent moins de 7 %.161
A cette complexité du système électoral s’ajoute sa dénaturation du scrutin proportionnel
de listes ouvertes avec application de la règle du plus fort reste pour les circonscriptions pluri-
nominales. Techniquement, il s’agit d’un scrutin de listes, dans lequel chaque parti présente
dans chaque circonscription électorale une liste de candidats (le nombre de ceux-ci équivalant
à celui des sièges attribués à la circonscription) ; chaque liste faisant l’objet d’un « bulletin de
vote ». Dans ce système, l’électeur se verra remettre des bulletins représentant les listes des
partis en compétition et votera pour une liste sans nécessairement s’attacher aux noms des
candidats et jettera les autres.162 Il n’en a pas été ainsi pour les élections de 2006 organisées en
RDC. Le professeur Mampuya fait observer à cet effet que les électeurs qui ont voté en 2006
n’ont pas voté pour telle ou telle liste ou choisi entre les partis en présence, mais ils ont eu en
mains, comme bulletin de vote, les listes de candidats des partis en lice dans la circonscription
mais une seule longue liste de tous les candidats de la circonscription (parfois plusieurs dizaines
de noms) classés par ordre alphabétique (art. 119, al. 1 point 1) indépendamment de leur parti,
chacun devant voter « pour un seul candidat » sur cette liste (art. 119, al. 1 point 2). Les candidats
eux-mêmes étaient allés en campagne électorale individuellement, faisant leur propre promo-
tion et non celle d’un parti ou d’un programme de parti, faisant leurs promesses en leur nom
personnel et non au nom d’un quelconque parti. Comme on le voit, même si l’article 119 alinéas
2 à 4 de la loi électorale parle de « liste », il ne s’est donc pas agi d’un scrutin de listes mais
bien plutôt d’un « scrutin de candidats ». Il y a eu ainsi opposition et confrontation d’individus,
parfois d’un même parti, mais nulle confrontation de programmes ou de projets de politiques
publiques, chaque candidat comptant sur les voix tribales, régionales, claniques, familiales ou
amicales. Ce n’est que lors de l’attribution des sièges entre les candidats et, à travers eux, à leurs
partis respectifs, que l’on additionnait artificiellement les voix obtenues par tous les candidats de
tel parti dans la circonscription.
Ce grief mérite d’être tempéré en raison de la difficulté matérielle liée à la conception et à la
production des bulletins de vote à cause du nombre très élevé de partis ou regroupements poli-
tiques et de candidats indépendants qui ont présenté de liste aux élections de 2006. Le scrutin
de liste supposerait donc, dans la logique des détracteurs de ce système, de produire autant de
bulletins de vote différents qu’il y avait de partis ou regroupements politiques et de candidats
indépendants : 33 listes différentes pour 33 candidats présentés par 27 partis ou regroupements
politiques et 7 candidats indépendants pour l’élection présidentielle ; 965 listes différentes pour

161 Idem, p.25.


162 Lire avec intérêt A. Mampuya Kanunk’a-Tshiabo, La loi électorale en question, Le Potentiel, du 14 décembre 2009.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 73


8 940 candidats présentés par 196 partis ou regroupements politiques et 769 candidats indépen-
dants pour la députation nationale ; 393 listes différentes pour 832 candidats présentés par 98
partis ou regroupements politiques et 295 candidats indépendants pour l’élection sénatoriale ;
873 listes différentes pour 195 partis ou regroupements politiques et 678 candidats indépendants
pour 22 500 candidats pour la députation provinciale ; 58 listes différentes pour 76 candidats
présentés par 14 partis ou regroupements politiques et 44 candidats indépendants pour l’élection
des Gouverneurs et Vice-gouverneurs ; plusieurs centaines de listes électorales différentes pour
environ 200 000 candidats attendus pour les élections locales. Les cinq scrutins organisés
jusque-là (présidentiel, députation nationale, élection sénatoriale, députation provinciale et
élection des Gouverneurs) exigerait donc au total près de 2 322 listes différentes163 que devait
concevoir et produire la CEI en fonction du nombre de partis ou regroupements politiques et de
candidats indépendants qui ont pris part aux élections de 2006 ; pareil défi était honnêtement
très difficile à relever par la CEI même avec l’appui de ses partenaires intervenant dans la chaîne
de la logistique électorale et ne la mettrait pas à l’abri des risques d’erreur que cela suppose
aussi bien dans la production de ces listes (il faudrait s’assurer que chaque photo corresponde
au bon candidat) que dans leur distribution (il faudrait s’assurer que le bon bulletin aille dans
la bonne circonscription). La formule appliquée – une seule longue liste de tous les candidats
de la circonscription classés par ordre alphabétique – bien sûr critiquable, était le moindre mal
face à l’énorme défi à relever pour une Commission Electorale jeune et sans tradition en matière
électorale comme celle de la RDC, à l’impossible nul n’étant tenu.
A l’issue des élections présidentielle, législatives et provinciales organisées de 2006/07,
le Cadre de Concertation de la Société civile pour l’observation des Elections (CDCE) a eu à
formuler pour sa part deux critiques sévères contre le système électoral choisi par ce pays.164
Ces observations se rapportent au coût du suffrage universel direct et aux dérapages liés au
suffrage indirect. D’abord, même si le CDCE recommande le suffrage universel direct dans
l’environnement politique de la RDC en ce qu’il permet de consulter chaque citoyen majeur sur
les affaires publiques, il est cependant, dans le contexte de la RDC, une opération très lourde et
coûteuse en raison de l’étendue du pays. Ensuite, l’expérience du vote indirect laisse aujourd’hui
un goût amer aux élections organisées dans ce pays entre 2006 et 2007. Aux dires de cette plate-
forme de la société civile, les députés provinciaux n’ont pas tardé à trahir la confiance mise en eux
par leurs électeurs en élisant comme sénateurs des personnes qui s’étaient présentées aux élec-
tions législatives nationales et qui n’avaient pas été élues pour siéger à l’Assemblée nationale. Les
électeurs se sont sentis abusés en voyant repêchées par leurs élus provinciaux des personnalités
à qui ils avaient déjà dénié leurs votes aux scrutins antérieurs. Le malaise et la frustration ont été
grands. On a crié à la trahison et voire à la corruption des députés provinciaux. D’une manière

163Calcul effectué à partir de données fournies par A. Malu Malu, Les élections en République Démocratique du Congo : un
aperçu général, in M. Schulz (Hg), Entwicklungsträger in der DR Kongo, Lit Verlag, Berlin, 2008, p.618.
164 R. Minani Bihuzo, Présentation du rapport d’observation des élections présidentielle, législatives et provinciales en RDC. Mot

de clôture, 1er septembre 2006, disponible sur http : //www.grandslacs.net/doc/4138.pdf, consulté le 14 mars 2009, pp.3–4.

74 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
générale, « l’argent, la corruption, l’achat des consciences et le trafic d’influence ont, une nouvelle
fois et de façon scandaleuse, permis l’élection de nombreux Sénateurs et Gouverneurs ».165

Présentation des candidatures


Les articles 72, 102 et 106 de la Constitution fixent les conditions pour être candidat à la
Présidence ou au parlement. Un candidat à la Présidence doit posséder la nationalité congo-
laise d’origine et être âgé de 30 ans au moins. Un député doit être congolais et âgé de 25 ans
au moins ; un sénateur doit être congolais et âgé de 30 ans au moins.166 La loi précise que
l’éligibilité est soumise aussi aux conditions ci-après : i) être de nationalité congolaise ; ii) avoir
l’âge requis à la date de la clôture du dépôt de candidature ; iii) jouir de la plénitude de ses droits
civils et politiques ; iv) ne pas se trouver dans l’un des cas d’exclusion prévus par la Constitution ;
v) avoir la qualité d’électeur ou se faire identifier et enrôler lors du dépôt de sa candidature.167
Par contre, les cas d’inéligibilité prévus par l’article 10 de la loi électorale sont les suivants : i) la
privation de ses droits civils et politiques ; ii) la condamnation pour crimes de guerre, crimes de
génocide et crimes contre l’humanité par une juridiction pénale internationale ; iii) la condam-
nation du chef de banqueroute et faillite ; iv) l’incapacité mentale médicalement prouvée au
cours de cinq dernières années précédant les élections ; v) la qualité de fonctionnaire et agents
de l’Administration publique ne justifiant pas de leur demande de mise en disponibilité ; vi) la
qualité de mandataires actifs des entreprises publiques ou mixtes ne justifiant pas du dépôt de
leur lettre de démission ; vii) la qualité de magistrat n’ayant pas donné la preuve de leur lettre
de démission ; viii) la qualité de membres des FARDC qui n’auront pas donné la preuve de leur
lettre de démission ou de leur mise à la retraite ; ix) la qualité de membre de la CEI.168
L’engagement à consolider la démocratie doit s’appliquer à l’intérieur des partis politiques. Il
se mesure notamment au degré de transparence, à la diversité et à l’équité, à la prise en compte
de la parité dans la désignation des candidats. En fait de désignation des candidats à l’intérieur
des partis politiques, il est cependant donné de constater que, souvent, la sélection des candidats
au niveau du parti n’est pas démocratique. Généralement, les mécanismes qui encouragent les
valeurs de diversité et de représentation équitable ainsi que la désignation des femmes y font
défaut. Pareille pratique n’est donc pas de nature à consolider la démocratie à l’intérieur des
partis politiques. S’agissant spécialement de la question de la parité homme-femme au sein des
institutions publiques, en dépit du principe constitutionnel169 consacrant l’accès équitable des
femmes aux fonctions électives, aucune disposition de la loi électorale n’en permet l’application
effective au sein des nouvelles institutions, l’option de listes bloquées permettant l’introduction
d’un quota minimum de femmes ayant été rejeté par le législateur de la transition. L’article 13,

165 N. Obotela et J. Omasombo, « De la fin des ‘composantes’ à l’hégémonie par les élections en RDC », Annuaire de l’Afrique
des Grands Lacs, 2006/07, p.156, disponible sur www.ua.ac.be/objs/00151015.pdf, consulté le 14 octobre 2009.
166 Constitution, articles 72, 102 et 105.
167 Loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, municipales et
locales, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin 2006, article 103.
168 Idem, article 10.
169 L’article 14, alinéas 5et 6 de la Constitution dispose que « l’Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans
lesdites institutions. La loi fixe les modalités d’application de ces droits».

ELECTIONS EN R.D. CONGO 75


alinéas 3 et 4, de la loi électorale n’introduit qu’une mention non contraignante sur la parité, en
disposant que « chaque liste est établie en tenant compte, s’il échet, de la représentation paritaire
homme-femme (…).Toutefois, la non réalisation de la parité homme-femme au cours des pro-
chaines échéances électorales n’est pas un motif d’irrecevabilité d’une liste ».
En définitive, le cadre juridique et réglementaire des élections de 2006 satisfait aux stan-
dards internationaux en matière d’élections en dépit de lacunes importantes, notamment en
matière d’élaboration des lois, d’encadrement du financement des activités politiques, de la
parité et de règlement du contentieux électoral.170 En effet, les lois essentielles au droit élec-
toral, à l’organisation des élections, à la conduite des partis politiques, au fonctionnement de
l’administration électorale, etc., ont été produites. La constitution consacre les droits civils et
politiques essentiels au déroulement démocratique du processus électoral notamment le droit
aux rassemblements et aux manifestations politiques. Elle garantit en outre le droit des femmes
à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales, en dépit
du rejet par le Parlement d’une disposition de ce type lors de son élaboration. En revanche, le
défaut de mise en œuvre de la législation sur le financement des partis politiques a nui à une
compétition équitable.

Calendrier des scrutins


La loi électorale du 9 mars 2006 prévoit onze scrutins pour les élections prévues par l’Accord
global et inclusif pendant la période de transition de 36 mois maximum à partir de la mise en
place des institutions de la transition.171 Prévenu initialement pour la seule journée du 18 décem-
bre 2005, le référendum s’est déroulé du 18 au 19 décembre 2005. Le 30 juillet 2006 eurent lieu
le premier tour de l’élection présidentielle et l’élection des députés nationaux. Trois mois après,
le 29 octobre 2006, intervinrent le même jour le deuxième tour de l’élection présidentielle et
l’élection des députés provinciaux. L’élection par les Assemblées provinciales des Sénateurs eut
lieu le 19 janvier 2007, et celle des gouverneurs et vice-gouverneurs intervint le 27 janvier 2007.
Excepté ces élections présidentielle, législative et provinciale qui sont déjà tenues, il reste
à organiser les élections urbaines, municipales et locales. La loi électorale prévoit d’organiser le
même jour, les élections des conseillers de secteur ou chefferie ainsi que des conseillers munici-
paux au suffrage universel direct et au scrutin des listes ouvertes, à une seule voix préférentielle,
avec l’application de la règle du plus fort reste. La liste comprend un nombre de candidats inféri-
eur ou égal à celui des sièges à pourvoir dans la circonscription. Auront également lieu le même
jour les élections par les conseillers municipaux des Conseillers urbains au suffrage indirect et
au scrutin proportionnel de listes ouvertes à une seule voix préférentielle avec l’application de la
règle du plus fort reste. La liste comprend un nombre de candidats inférieur ou égal à celui des
sièges à pourvoir dans la circonscription, ainsi que des bourgmestres et bourgmestres adjoints au
suffrage indirect et au scrutin majoritaire absolu de listes. Sont également prévues le même jour
les élections des chefs de secteur et des chefs de secteur adjoints au suffrage indirect et au scrutin
majoritaire absolu de listes par les conseillers de secteurs. Seront organisées à une date qui sera

170 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Rapport cité, p.23.
171 Article 196 de la Constitution de la transition du 4 avril 2003.

76 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
déterminée par la CEI, les élections des maires et maires adjoints par les conseillers urbains au
suffrage indirect et au scrutin majoritaire absolu de listes. Six types différents d’élections sont
concernés : deux directes (pour les conseils municipaux et les conseils de secteurs ou de cheffer-
ies) et quatre indirectes (conseils urbains, bourgmestres, chefs de secteurs et maires, ainsi que
leurs adjoints). A la date de rédaction de ce rapport, la révision du fichier électoral permettant de
mettre à jour les listes électorales avant la tenue des élections et constituer la base de données
pour les élections générales de 2011 n’est laborieusement réalisée que pour la ville de Kinshasa et
la province du Bas Congo, avant d’être étendue aux neuf autres provinces.
Avant août 2010, la CEI conditionnait la tenue des élections locales à la résolution de quatre
contraintes, d’ordre juridique, financier, logistique et sécuritaire respectivement. Sur le plan
juridique, la CEI disait attendre : 1) l’adoption des décrets d’application de la loi sur la décentrali-
sation relatifs à la création des nouvelles villes et communes ainsi qu’aux limites des secteurs
et chefferies et ii) l’élaboration, le vote et la promulgation de la loi sur les entités territoriales
déconcentrées ainsi que de la loi organique portant subdivisions territoriales à l’intérieur des
provinces, laquelle loi pourrait statuer une fois pour toutes sur la reconnaissance officielle des
groupements (plus de 350) qui naissent comme des champignons sur l’ensemble du territoire
national. Quant au préalable d’ordre financier, la CEI disait n’avoir reçu aucune contribution au
budget de l’opération de la révision du fichier électoral ni au budget des élections locales prop-
rement dites, le gouvernement n’ayant procédé à aucune allocation budgétaire à cet effet et la
communauté internationale subordonnant sa contribution à celle du gouvernement. L’absence
de fonds disponibles empêchait la CEI de faire face aux défis logistiques posés par l’organisation
des élections locales. Enfin, la CEI excipait de l’insécurité dans les provinces du Nord-Kivu et
du Sud-Kivu, ainsi que dans les districts de l’Ituri, du Haut-Uélé et du Bas-Uélé de la province
Orientale pour justifier la non tenue des élections locales.172
Le 9 août 2010, cependant, la CEI a publié un calendrier du processus électoral 2010 – 2013
qui a pour effet de renvoyer les élections locales à 2013, bien au-delà du mandat de la première
législature de la Troisième République.173 En conséquence de ce calendrier, les élections locales
attendues avant les élections générales de la deuxième législature de la Troisième République
n’auront donc plus lieu. L’annulation des élections locales, sept ans après la fin de la période de
la transition où elles devaient impérativement se tenir, est un aveu sans équivoque d’échec de la
CEI et du Gouvernement de la RDC de parachever le processus électoral débuté en 2005/06. Elle
constitue également une rupture du consensus politique matérialisé par l’Accord Global et
Inclusif de 2002 qui avait mis en place un nouvel ordre politique en RDC fondé, entre autres
piliers, sur la démocratie locale. Bien plus, cette annulation a été furtivement réalisée sans que
la CEI ne la justifie par l’impossibilité de résoudre les quatre préalables qu’elle mettait à l’avant
comme obstacles à la tenue des élections locales. La CEI a donc laissé la place à des spéculations
qui voyaient derrière le renvoi sans date des élections locales des raisons politiques liées à la stra-

172Entretien mercredi 2 septembre 2009 dans son office à Kinshasa Gombe avec Dieudonné Mirimo, Rapporteur de la
Commission Electorale Indépendante sur le calendrier des élections locales.
173 CEI, Décision n°030/CEI/BUR/10 du 9 août 2010 portant publication du calendrier du processus électoral 2010–2013 en

RDC.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 77


tégie du gouvernement d’exercer un contrôle total du processus politique, contrôle qui pourrait
être contrarié par la consolidation de la démocratie locale. Une telle stratégie corrobore la convic-
tion du gouvernement, partagée avec l’organisation Crisis Group en octobre 2009, qu’il n’y aurait
pas d’élections locales, la présidence n’ayant rien à gagner d’un scrutin risquant de modifier les
équilibres politiques des provinces si peu de temps avant le rendez-vous présidentiel.174

B. Administration électorale : La CEI et la CENI


La RDC, à l’instar d’un nombre de plus en plus important des pays africains, a opté pour la
formule de l’organisation des élections par un organe autonome et indépendant du gouverne-
ment. L’Accord Global et Inclusif du 17 décembre 2002 qui a sanctionné les négociations du
Dialogue Intercongolais a décidé qu’une Commission électorale indépendante, partiellement
partisane et décentralisée serait l’organisme de gestion des élections pendant la transition.175
Le contexte post-conflit caractérisé par la crise de confiance entre acteurs politiques et belli-
gérants explique largement la décision des participants au Dialogue Intercongolais de confier
l’organisation des élections à une administration électorale indépendante du gouvernement.176
La Constitution de la Transition du 4 avril 2003 l’a instituée sous la dénomination de Commission
Electorale Indépendante (CEI). La Constitution du 18 février 2006 a maintenu le même principe
de gestion des élections par un organe indépendant, sous la dénomination de Commission
Electorale Nationale Indépendante (CENI), appelée à succéder à la CEI et, contrairement à cette
dernière qui était instituée pour la période de transition, à être un organe permanent. La créa-
tion de la CEI et de la CENI était par ailleurs conforme à la Charte africaine de la démocratie,
des élections et de la gouvernance, en vertu de laquelle les Etats membres de l’Union africaine
s’engageaient à « créer et renforcer les organes électoraux nationaux indépendants et impartiaux,
chargés de la gestion des élections ».177
Bien que la CEI était instituée pour la période de transition entre 2003 et 2006, et qu’une
loi instituant la CENI a été adoptée en juillet 2010, les développements qui suivent seront surtout
centrés sur la CEI en raison du fait qu’à la date de publication de ce rapport la CENI n’avait pas
encore été effectivement installée et que les élections organisées à la même date l’ont été par la
CEI.

Mission et attributions
En vue de permettre la mise en place d’un régime constitutionnel démocratique, la Constitution
de la transition du 4 avril 2003 a institué la Commission Electorale Indépendante (CEI) comme
une des « institutions d’appui à la démocratie ». Elle est régie par la loi n°04/009 du 5 juin

174 International Crisis Group, « Congo : l’enlisement du projet démocratique », Briefing Afrique de Crisis Group, n°73, 8 avril 2010,

p.18.
175 Résolution DIC/CPJ/09 du Dialogue Intercongolais du 18 avril 2002 qui créé la CEI comme une des « institutions d’appui à
la démocratie ». Cf. Dialogue Intercongolais, Rapport final, janvier 2000-avril 2003.
176 Entretien avec Dieudonné Mirimo, Rapporteur de la CEI, mercredi 2 septembre 2009 à Kinshasa.
177 Article 17(1) de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée par la huitième session
ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements tenue le 30 janvier 2007 à Addis Abéba, disponible à l’adresse :
http://www.afrimap.org/english/images/treaty/Charte_africaine_de_la_Democratie.pdf.

78 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
2004 portant son organisation, son fonctionnement et ses attributions.178 Au terme de cette loi
organique, la CEI est indépendante par rapport aux autres institutions de la transition, mais elle
collabore avec elles.179 Elle est chargée d’assurer la préparation, l’organisation, la gestion et le
contrôle des élections libres, démocratiques et transparentes à tous les niveaux pendant la tran-
sition permettant la mise en place d’un régime constitutionnel démocratique en RDC.180 Plus
précisément, la loi n°06/006 du 9 mars 2006 la charge d’organiser les élections présidentielle,
législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales.181
Dans l’accomplissement de ses missions, la CEI dispose de prérogatives et de moyens
d’action étendus. Elle est en particulier dotée de la personnalité juridique et jouit de l’autonomie
financière dans la gestion de son budget dont les ressources proviennent de dotations du gou-
vernement central, complétée par des apports extérieurs de la communauté internationale. Elle
a la capacité de saisir les juridictions compétentes qui sont obligées de statuer selon la procédure
de flagrance.182 En raison de la délicatesse de sa mission, la loi reconnaît aux membres de la
CEI le bénéfice de l’immunité de poursuite et du privilège de juridiction dans l’exercice de leurs
fonctions.183
La CEI est formellement indépendante de composantes et entités signataires de l’Accord
Global et Inclusif dans la mesure ses membres sont censés « couper le cordon ombilical » qui
les liait à leurs composantes d’appartenance et être au-dessus des intérêts partisans pour ne
considérer que la stricte impartialité. L’autonomie de la CEI a été en réalité soumise à une rude
épreuve des faits, particulièrement à l’égard des partenaires avec lesquelles elle a eu à collaborer
dans l’organisation des élections. Ceci a été surtout le cas du Gouvernement et des partenaires au
développement.184 Le non respect par le Gouvernement de son engagement financier au titre de
sa quote-part dans le budget de fonctionnement de la CEI et dans le budget du reste des opéra-
tions électorales est à la base du retard dans l’organisation des élections locales et le lancement de
l’opération de la révision du fichier électoral dans les dix provinces du pays en dehors de la ville-
province de Kinshasa, sans parler de plusieurs mois d’arriérés de salaires des membres et agents
de l’Administration centrale et de ses bureaux de représentations provinciales. Cette dépendance
de la CEI de la dotation du gouvernement procède à son tour de la dépendance de ce dernier des
ressources extérieures dont les partenaires conditionnent l’octroi au respect par le gouvernement
de son engagement au financement du budget de fonctionnement de cette institution d’appui à
la démocratie. La trop grande dépendance financière de la CEI de la dotation du gouvernement

178 Loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant organisation, fonctionnement et attributions de la Commission Electorale Indépendante,

Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin 2006.


179 Idem, article 4.
180 Constitution, articles 154 à 160.
181
Loi n°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines,
municipales et locales, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin 2006.
182 Idem, article 31, alinéa 3.
183 Idem, article 33.
184 Entretien avec Dieudonné Mirimo, Rapporteur de la Commission Electorale Indépendante, Kinshasa le 2 septembre 2009.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 79


central et du financement de la communauté internationale constitue donc, à n’en point douter,
une entrave majeure à l’autonomie de cet organisme de gestion des élections.

Encadré 5 : Missions et attributions de la Commission


Electorale Indépendante
Article 5 : La Commission Electorale Indépendante a pour mission de garantir la neutralité et
l’impartialité dans l’organisation des scrutins libres, démocratiques et transparentes.
Article 6 : Sans préjudice de l’article 5 ci-dessus, la Commission Electorale Indépendante
est chargée de préparer, d’organiser, de gérer et de contrôler, en toute indépendante et
transparente, les processus référendaire et électoral pendant la transition.
Les attributions principales de la Commission Electorale Indépendante sont :
a. élaborer et interpréter, en toute indépendance et autorité, son Règlement Intérieur…
b. organiser et gérer les opérations référendaires, préélectorales et électorales notamment :
• l’identification des nationaux ;
• l’enrôlement ;
• l’établissement des listes électorales ;
• le vote ;
• le dépouillement ;
• l’annonce des résultats ;
• la passation des marchés afférents à ces opérations conformément aux procédures en
vigueur ;
c. contribuer à l’élaboration du cadre juridique relatif aux processus référendaire et électoral ;
d. élaborer les prévisions budgétaires et le calendrier relatifs à l’organisation des processus
référendaires et électoraux ;
e. traduire en langues nationales et rendre public le projet de Constitution à soumettre au
référendum ;
f. vulgariser en français et en langues nationales les lois référendaire et électorale ;
g. réaliser un programme d’information des électeurs et coordonner la campagne d’éducation
civique de la population en tenant compte des langues nationales ;
h. assurer la formation électorale des responsables nationaux, provinciaux et locaux chargés de
préparer et d’organiser les élections ;
i. élaborer et vulgariser un Code de bonne conduite et des règles de déontologie électorales ;
j. veiller à l’application des lois référendaire et électorale ;
k. déterminer le nombre des bureaux de vote, des bureaux de dépouillement et des bureaux de
centralisation des résultats électoraux par circonscription électorale ;
l. nommer les membres des bureaux de vote, les membres des bureaux de dépouillement et
des membres des bureaux de centralisation des résultats électoraux ;
m. veiller à la régularité de la campagne référendaire ;
n. annoncer et publier les résultats du référendum et les transmettre à la Cour Suprême de
Justice pour proclamation ;
o. recevoir, agréer et publier les listes des candidats ;

80 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
p. veiller à la régularité des campagnes électorales ;
q. annoncer les résultats provisoires des élections à tous les niveaux et les transmettre pour
proclamation à la Cour Suprême de Justice concernant les élections présidentielle et
législatives ou à la Cour d’Appel du ressort concernant les élections provinciales et locales ;
r. déposer à l’Assemblée nationale et au Sénat un rapport général sur le référendum et un
rapport général sur les élections.
S o urce  :
Loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant organisation, fonctionnement et attributions de la CEI.

Composition et structure
La composition des organismes de gestion de l’élection (OGE) ou commissions électorales est
un critère essentiel de démocratisation des processus électoraux.185 Les principes de gestion, de
surveillance et d’observation des pays de la Communauté pour le Développement de l’Afrique
Australe (SADC) recommandent à cet effet que « la composition de l’OGE devrait être représentative
de la société, et devrait comporter au moins 30°% des femmes. On devrait prendre en considération la
nomination de personnes indépendantes connues pour leur intégrité au sein de la société. (…) Au moins
un des commissaires devrait être quelqu’un qui occupe une haute fonction judiciaire (juge à la Haute
Cour ou à la Cour suprême). Un pourcentage des membres des OGE devrait être constitué de membres
à plein temps afin de garantir la continuité organisationnelle et intellectuelle ».186
En Afrique francophone, la naissance des commissions électorales remonte à la veille du
deuxième cycle des élections du renouveau démocratique au début des années 1990, contexte
qui explique leur constitution selon une procédure consensuelle impliquant les partis politiques,
la société civile et le gouvernement et/ou le parlement.187 Ce schéma est plus ou moins valable
pour la RDC dont la CEI, outre les représentants des partis politiques de l’opposition et ceux de
la société civile, comprend les représentants des ex-belligérants (ex-gouvernement central, RCD,
RCD-K-ML et RCD-N). La CEI est constituée de 21 membres désignés de façon paritaire par les
composantes et entités du Dialogue inter-congolais,188 sur base des principes de compétence,
d’expérience, de haute moralité et de représentation provinciale à raison de trois membres par
Composante et de deux membres par Entité dont au moins une femme par composante et entité.

185 M. Bondo, art.cit., p.12.


186 EISA, op.cit., p.12.
187 Alao Sadikou Ayo, Quel mode de gestion des élections pour l’avenir ?, disponible sur : http://democratie.francophonie.org/IMG/
pdf/bamako.324.pdf, consulté le 16 mars 2009.
188 L’Accord Global et Inclusif fait une distinction entre « composantes » et « entités » parmi les institutions politiques
participant au DIC. Les « Composantes » sont constituées par le gouvernement central de Kinshasa, les deux principaux
groupes rebelles que sont le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RDC soutenu par le Rwanda) et le Mouvement de
Libération du Congo (MLC, soutenu par l’Ouganda), ainsi que l’opposition politique non armée et les ‘Forces vives’ constituées
des organisations de la société civile. Pour leur part, les « Entités » désignaient (i) les nombreux et disparates groupes armés
de défense populaire désignés sous l’appellation commune de « Maï-Maï », et (ii) les groupes armés issus des principaux
mouvements rebelles qu’étaient le Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Kisangani-Mouvement de Libération (RDC-
K-ML) dirigé par Mbusa Nyamwisi et soutenu par l’Ouganda, et le Rassemblement des Congolais Démocrates et Nationalistes
(RCD-N) dirigé par Roger Lumbala et soutenu par le Rwanda.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 81


Figure 1: Organigramme de la Commission Electorale Indépendante

ASSEMBLEE PLENIERE BUREAU COMMISSIONS SPECIALES


(21membres) (8 membres) (7 membres)
Orientation et évaluation Décision Supervision

CADRES DE CONCERTATION (6) • Education Civique et Electorale


• Comité International • Inscription des Electeurs et des
• Forum des Partis politiques Candidats
• Médias • Logistique des Opérations
• Unités de Médiation • Formation Electorale
• Comité Technique International • Service Juridique et Contentieux
• Acteurs non Etatiques • Déroulement des Scrutins et
–– Confessions religieuses Collecte des Résultats
–– Jeunesse • Relations Publiques,
–– Corporations Information et Communication.
professionnelles (Education,
Santé,…)
–– Associations féminines
–– Culture et Arts
–– ONGs
–– Syndicats
–– Patronat, etc..
Exécution
CABINET DU PRESIDENT BUREAU NATIONAL DES
ADMINISTRATION ET FINANCES OPERATIONS (BNO)
Direction

11 CELLULES TECHNIQUES
NATIONALES

11 Bureaux de
11 Bureaux Provinciaux des
Représentation Provinciale
Opérations (BPO)
(BRP)

64 Bureaux de Liaison des


89 Bureaux de Liaison (BL) Opérations (BLO)
(CI, BRTC, CV, BVD, CLCR)

102 Bureaux Relais des


102 Bureaux Relais (BR)
Opérations (BRO)

Au niveau national, elle est régie par trois organes : l’assemblée plénière, le bureau et les com-
missions spéciales. L’Assemblée plénière est l’organe de conception et d’orientation. Elle procède
à l’évaluation interne des activités de la CEI. Elle est composée de 21 membres, dont 10 femmes,
soit presque la moitié de l’ensemble. Le Bureau est l’organe de décision et de gestion de la CEI.
Il est composé de huit membres, dont trois femmes, soit plus d’un tiers du total. Ces membres
ont été désignés de façon paritaire par les principales composantes et entités du Dialogue

82 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Intercongolais dont le gouvernement central de Kinshasa, le Rassemblement Congolais pour la
Démocratie, le Mouvement de Libération du Congo, l’opposition politique non armée, la société
civile, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/Mouvement de Libération,
le Rassemblement Congolais Démocrates et Nationalistes et les Maï Maï. Les sept commissions
spéciales supervisent chacune une question particulière relative à l’organisation et à la gestion
des électeurs. Ces Commissions sont chargées respectivement de l’education civique et électo-
rale ; de l’inscription des électeurs et des candidats ; de la logistique des opérations, du service
juridique et contentieux ; de la formation électorale ; du déroulement des scrutins et collecte des
résultats ainsi que de Relations publiques, information et communication.
Afin d’assurer l’intégration progressive des structures techniques, la CEI a mis en place
un Bureau National des Opérations (BNO). Organe opérationnel de la CEI, le BNO regroupe
six cellules techniques dont les mandats portent respectivement sur la Coordination nationale
des opérations, le Centre national de traitement, la Cellule technique de télécommunication, le
Bureau central de traitement des candidatures, le Centre national de compilation des résultats, la
Cellule administrative et finances. Dans l’organisation des scrutins, le BNO dispose de préroga-
tives majeures et s’est nettement émancipée du contrôle des différentes composantes représen-
tées au sein du bureau national de la CEI, alimentant des critiques sur l’inclusivité effective de
l’institution électorale et l’impartialité de certaines décisions opérationnelles, notamment lors
des opérations d’enregistrement des électeurs. Afin de doter ses démembrements organiques
d’une chaîne opérationnelle efficace répondant directement au BNO, la CEI avait envisagé la
création des Bureaux provinciaux des opérations, des Bureaux opérationnels de liaison et des
Bureaux opérationnels relais. Ces structures n’ont finalement été mises en place que partielle-
ment, la responsabilité des opérations technique sur le terrain étant confiée à des Superviseurs
techniques provinciaux (STP) et nationaux (STN).
Tenant compte des recommandations formulées par la Mission d’Observation Electorale
de l’Union Européenne, la CEI a procédé à la décentralisation de la compilation des résultats.
Celle-ci s’est traduite par la mise en place, au niveau des Bureaux de Liaison, des Centres locaux
de compilation des résultats (CLCR). Placés sous la supervision du Centre national de compila-
tion des résultats rattaché au BNO et chargé de centraliser les résultats de l’ensemble des CLCR,
ces derniers étaient chargés de la centralisation, de la compilation et de l’archivage des plis de
résultats en provenance des centres de vote selon le plan de ramassage élaboré par la cellule logis-
tique du BNO. Aux niveaux provincial et local, la CEI dispose des Bureaux de représentation pro-
vinciale (BRP), des Bureaux de liaison (BL) et des Bureaux relais (BR). Les BRP sont constitués
de huit membres dont deux femmes (25 %), à raison d’un membre par composante et entité,
nommés collégialement par son bureau, sur proposition de ces dernières, selon les critères de
compétence, d’expérience et de haute moralité. Les BL établis au niveau local sont composés de
huit membres dont un chef de Bureau de liaison, quatre autres agents chargés respectivement
de la sensibilisation, de l’inscription électorale, de la logistique, de la formation ainsi qu’un
secrétaire comptable, un chauffeur et un agent préposé à l’entretien. Les BR sont des structures
d’appui logistique établis dans tous les 102 chefs-lieux de territoires et villes n’abritant pas de BL.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 83


Il apparaît ainsi clairement de cette composition que la CEI n’était pas à proprement parler
indépendante, c’est-à-dire émancipée de toute représentation partisane. Elle était placée sous
contrôle politique, même si ce contrôle était censé être équilibré, ses membres ayant été désignés
dans un souci de représentativité des différentes tendances politiques signataires de l’Accord
Global et Inclusif. En vue d’assurer que le contrôle politique de la CEI était effectif et se reflétait
dans les opérations, chaque membre du Bureau, à l’exception du président de la CEI qui assurait
une coordination générale, présidait une des sept commissions spéciales de la CEI. La loi sur la
CENI aggrave cette politisation de l’organisme de gestion des élections. Cette nouvelle institution
qui succédera à la CEI sera désormais gérée par un organe unique, le Bureau, composé de sept
membres, dont quatre seront désignés par la Majorité et trois par l’Opposition à l’Assemblée
nationale.189 Cette politisation et la marginalisation conséquente de la Société civile rompt radi-
calement avec le compromis de l’Accord Global et Inclusif qui confiait à celle-ci la présidence de
la CEI comme par ailleurs celle de toutes les autres institutions d’appui à la démocratie créées
pendant la période de transition.

C. Financement des opérations électorales de 2006


Le financement du référendum et des élections repose essentiellement sur la dotation du
Gouvernement de la RDC ainsi que l’appui budgétaire de partenaires au développement. La part
de l’Etat congolais dans le financement de l’ensemble de scrutins prévus pendant la transition est
de 10°% des dépenses contre 90°% pour la communauté internationale. Etant donné la nature
des défis à relever et le niveau des ressources en jeu, les bailleurs ont considéré que le PNUD
était le seul organisme en mesure d’assurer une gestion rationnelle et transparente des fonds.
L’appui budgétaire de partenaires au développement était mobilisé et géré par le projet Appui
au Processus Electoral au Congo (APEC) dont le projet fut signé le 29 septembre 2004. Dans
son mandat, l’APEC devait fournir à la CEI un soutien complémentaire à celui de la Division
électorale de la MONUC, visant notamment à mobiliser et gérer les ressources financières néces-
saires à l’organisation du recensement des électeurs et à la tenue des scrutins.190 Le projet a été
réalisé par le PNUD selon la modalité d’exécution directe, en raison de la jeunesse de la CEI et
de la multiplicité de bailleurs impliqués dans le processus électoral. Le montant initial du budget
APEC était de US$ 270,9 millions. Au départ, la campagne d’identification et d’enrôlement était
estimée à US$ 110 millions, le scrutin référendaire à US$ 27,2 millions et la série de scrutins
combinés devait coûter US$ 70,7 millions, pour un exercice financier prenant fin en août 2006.
Mais les scrutins combinés du 30 juillet et du 29 octobre 2006 ont coûté près de US$ 115 millions
et au bout de ligne, le projet APEC a assuré la gestion de US$ 283 millions191 au titre d’appui au
processus électoral.
Le rapport de l’évaluation du Projet d’Appui au Processus Electoral au Congo établi en
avril 2007 par le PNUD révèle que le budget initial a été largement sous-évalué. En effet, cer-
189 Loi organique n°10/010 du 28 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale

Indépendante
190PNUD, Rapport d’évaluation du Projet d’Appui au Processus Electoral au Congo (APEC), 5 mai 2007, disponible sur : http://www.
undp.org.cd/downloads/rapapecmai07.pdf (consulté le 5 août 2008), pp.12–13.
191 Idem, p.16.

84 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
tains coûts tels que celui des bulletins étaient difficilement estimables sans la connaissance
du système électoral que la RDC allait adopter.192 Outre la sous-évaluation initiale, le budget
des élections de 2006 a également subi de nombreuses fluctuations en cours de son exécu-
tion. Par exemple, dans le cadre du projet APEC, les montants estimés pour la sensibilisation
et l’éducation civique électorale ont été diminués pour se limiter à la production de supports
didactiques par la CEI, suite à la décision des ONG d’établir un fonds séparé pour ce volet dont
l’exécution ne serait pas liée à la CEI. Ce fonds n’a malheureusement jamais pu être constitué.
Par ailleurs, le coût du personnel national et international est passé de US$ 39,8 millions à US$
121 millions. On trouve d’autres augmentations substantielles dans les coûts du matériel électoral
pour les scrutins de juillet et d’octobre 2006. D’après le rapport d’évaluation du PNUD, le décal-
age entre les promesses de financement des bailleurs et les dates réelles des décaissements a
causé des retards dans le calendrier d’acquisition de matériels importants. En outre, les ballets
de chiffres présentés aux bailleurs de fonds par différents organes et la difficulté d’obtenir des
responsables un budget intégré bien ficelé ont souvent nui à la libération des fonds. Le rapport
fait état des coupures qui auraient été faites en pleines opérations électorales ou postélectorales,
comme les abonnements téléphoniques après le 31 décembre 2006.193

Figure 2 : Coût des élections de 2006 en RDC (en millions de dollars)

300
Serie 1
250

200

150

100

50

0
Appui au Logistique Dotation du Contentieux Genre et Autres
processus Gouvernement électoral Elections interventions
électoral

Source : CEI, Dépliant sur le processus électoral en République Démocratique du Congo, p.3.

En dépit de ces ballets de chiffres sur le financement des élections, le coût des élections de 2006
est estimé à 546, 20 millions de dollars américains. Ce coût comprend l’appui au processus
électoral estimé à 283 millions contre 48,5 millions de dollars américains au titre de la dotation
du Gouvernement de 2003 à novembre 2006 ; l’appui au processus de sécurisation à hauteur
de 58,6 millions de dollars américains contre 100 millions pour la logistique, 1,2 pour le conten-

192 La loi électorale n’a été adoptée que le 10 mars 2006, soit plus d’un an après le démarrage du projet.
193 PNUD, op.cit., p.17.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 85


tieux électoral, autant pour le Genre et Elections, 53,70 pour les autres interventions.194 La part
du Gouvernement congolais au financement du budget des élections est donc ridicule soit 8,88
% du budget total. Le graphique ci-dessous représente la part respective de ces différentes lignes
dans le budget des élections.

D. Inscription, éducation et participation des électeurs


Inscription des électeurs
Les normes en vigueur dans la région de la Communauté pour le Développement de l’Afrique
Australe (SADC) recommandent que l’OGE soit responsable de la compilation d’une liste élec-
torale nationale et de l’inscription des électeurs. En outre, le processus de l’inscription électorale
doit promouvoir une participation large et ne devrait pas entraver la participation des électeurs
ayant le droit de voter. Ces normes insistent également sur une durée suffisante et raisonnable
pour non seulement l’inscription des électeurs, mais aussi pour une inspection publique de la
liste électorale, pour les objections probables et le dénouement des protestations. Des normes
efficientes pour l’identification des électeurs devraient permettre l’inclusion maximum possible
des électeurs potentiels, tout en minimisant les effets pervers des inscriptions multiples ou
illégales. Les partis politiques devraient avoir le droit de surveiller le processus d’inscription des
électeurs par le biais de leurs propres représentants respectifs et avoir accès aux listes électorales,
sans frais.195
Une controverse a éclaté dans les mois qui ont précédé les élections sur la meilleure façon
d’organiser les listes électorales. Certains partis comme l’UDPS ont exigé un recensement général
de la population comme préalable nécessaire à l’identification des électeurs. Cette option était
présentée comme la meilleure option pour suppléer à l’absence des données démographiques
et statistiques fiables et à la mauvaise tenue des services de l’état civil.196 D’autres, par contre, en
particulier les bailleurs de fonds et la CEI, ont avancé les raisons liées au coût élevé d’un recen-
sement crédible et au temps limité de la transition (24 mois minimum et 36 mois maximum)
pour rejeter l’idée qu’un recensement général devrait être organisé préalablement à l’inscription
électorale. C’est cette seconde option qui a finalement été retenue lorsque la CEI a décidé de
procéder à l’identification et l’enrôlement des électeurs au lieu d’un recensement général de la
population.197
Les opérations d’inscription des électeurs étaient soumises aux conditions suivantes : i) la
nationalité congolaise ; ii) l’âge de majorité, fixée à 18 ans ; iii) la présence sur le territoire de la
RDC au moment de l’identification et d’enrôlement ; iv) la jouissance de ses droits civils et poli-
tiques. Ces conditions respectent les principes de gestion des élections en vigueur dans les pays
de la Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe (SADC), qui reposent le droit de
voter sur les considérations suivantes : i) la citoyenneté ; ii) l’âge légal ; iii) les exigences de domi-
194 CEI, Dépliant sur le processus électoral en République Démocratique du Congo, p.3.
195 EISA, op.cit., p.12.
196 Conférence de presse du 5 avril 2006 par M. Valentin Mubake, président du Comité national de l’UDPS, rapportée par
l’agence Xhinua du 6 avril 2006.
197 Journal du Citoyen, supplément indépendant d’informations électorales, n°14 Semaine du 9 au 15 janvier 2006.

86 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
cile, le cas échéant ; iv) tout autre motif supplémentaire d’exclusion (par exemple : les détenus
en milieu carcéral, les personnes ayant un casier judiciaire avec condamnations, les handicapés
mentaux, etc.)198 Pour justifier l’identité et l’âge du candidat à l’inscription et à l’enrôlement,
étaient prises en compte les pièces suivantes : i) le certificat de nationalité ou l’attestation tenant
lieu de certificat de nationalité ; ii) la carte d’identité pour citoyen ; iii) le passeport national ; iv) le
permis de conduire national sécurisé ; v) le livret de pension ; vi) la carte d’élève ou d’étudiant ; vii)
la carte de service. A ce niveau, il sied de relever parmi les contraintes auxquelles étaient confron-
tée l’opération d’identification et d’enrôlement des électeurs le dysfonctionnement criant des ser-
vices de l’état civil en RDC dû notamment à la quasi-absence de registres et d’actes d’état civil, au
manque de données démographiques et statistiques fiables, le dernier recensement général de
la population datant de 1984.199 A défaut de l’une ou l’autre de ces pièces, la loi du 24 décembre
2004 y a pourvu par le recours aux cinq témoins déjà inscrits sur la liste des électeurs du même
Centre d’Inscription et résidant depuis 5 ans au moins dans le ressort du Centre d’Inscription.
Les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs se sont déroulées durant huit
mois environ, entre juin 2005 et février 2006. Lors de la clôture de cette opération d’identification
et d’enrôlement des électeurs, la CEI a enregistré 25.712.552 enrôlés200 et lors du référendum ils
étaient 25 021 703.201 Après toutes les corrections, le nombre total d’électeurs serait finalement
24 073 177 dont 52,6 % des femmes et 47,4 % des hommes avec moyenne d’âge estimée à 35,5
ans.202 L’écart observé entre le chiffre d’électeurs inscrits et celui de votants s’explique en partie
par le fait que le chiffre total d’inscrits comprenait une série de doublons repérés ultérieurement
grâce aux empreintes digitales et qui furent ensuite radiés de la liste finale.
Les partis politiques ont effectivement surveillé le processus d’inscription des électeurs
par le biais de leurs propres témoins respectifs et accédé aux listes électorales, sans frais, con-
formément à loi organique de la CEI, à loi sur l’identification et l’enrôlement des électeurs, et
aux principes de la SADC relatifs à la gestion, à la surveillance et à l’observation des élections
dans les pays de la région. La loi n°04/028 du 24 décembre 2004 et ses mesures d’application

198 EISA, op.cit., p.16.


199 RDC Elections 2006, www.3tamis.org/.../3t%20elections06%20intro.html, consulté le 14 octobre 2009.
200 Conformément à l’annexe I à la loi électorale n°06/006 du 9 mars 2009, c’est sur base de ce chiffre que furent répartis entre
les différentes circonscriptions les 500 sièges à l’Assemblée nationale.
201 L. de Saint Moulin, loc.cit., p.334.
202 Malu Malu, art.cit., p.596. Outre ce chiffre fourni par le Président de la CEI, de légères différences quant au chiffre d’électeurs
inscrits et enrôlés en 2005/06 : comme Malu Malu, L. de Saint Moulin de même que B. Kabamba le fixent à 25 021 703 électeurs
tandis que Kamal el Féghali, après correction, le ramène à 24 072 201 électeurs et la Mission d’Observation électorale de
l’Union Européenne en RDC à 24 440 410 électeurs. Outre l’article de Malu Malu que nous avons déjà cité, lire à ce sujet : L.
de Saint Moulin, « Analyse par territoire et ville des résultats de l’enrôlement des électeurs et du référendum sur le projet de
Constitution », Congo-Afrique, février-mars 2006, p.20 ; Kamal el Féghali, Caractéristiques des électeurs enrôlés en RDC. Origine,
sexe et âge. Elections 2006, document inédit, septembre 2006, p.3 et Annexe 1 sur le nombre d’électeurs par région d’enrôlement
et région d’origine à l’article de B. Kabamba et al., « Premiers scrutins de la Troisième République Démocratique du Congo.
Analyse des résultats », disponible sur http://popups.ulg.ac.be/federalisme/document.php?id=552, consulté le 18 janvier 2010 ;
La Mission d’Observation électorale de l’Union Européenne en RDC, op.cit., p.33.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 87


sur l’identification et l’enrôlement des électeurs203 prévoient des mesures exceptionnelles en
faveur des détenus qui ne sont pas privés de leurs droits civils, des déplacés, des malades, des
femmes enceintes, des personnes vivant avec handicap et des personnes de troisième âge pour
leur inscription sur la liste des électeurs. Pour faciliter leur identification et leur enrôlement,
priorité d’accès devait à cet effet leur être accordée au Centre d’inscription à tout moment ou à
des heures particulières pendant la période d’ouverture. De tels bureaux ont été ouverts notam-
ment à Kinshasa.204

Tableau 1 : Nombre d’enrôlés par Province

Provinces Estimation de la Population de 18 ans Nombre d’enrôlés %


population en 2005 et plus attendue

Kinshasa 7 648 555 3 441 850 2 963 912 86,1

Bas-Congo 3 350 415 1 474 183 1 232 416 83,6

Bandundu 6 390 547 2 939 652 2 689 986 91,5

Equateur 6 306 416 2 900 951 2 541 927 87,6

Province Orientale 6 965 219 3 485 238 3 257 291 93,5

Maniema 1 364 227 634 365 629 894 99,3

Nord-Kivu 5 227 180 2 430 639 2 462 012 101,3

Sud-Kivu 4 412 749 2 051 928 1 666 615 812

Katanga 7 857 553 3 614 474 3 517 922 97,3

Kasai Oriental 5 441 445 2 611 893 2 021 418 77,4

Kasai Occidental 4 159 989 1 975 995 2 038 310 103,2

TOTAL 59 124 294 27 561 168 25 021 703 90,8

Source : L. de Saint Moulin, « Analyse par territoire et ville des résultats de l’enrôlement des électeurs et du
référendum sur le projet de Constitution », Congo-Afrique février-mars 2006, p.20.

La loi sur l’identification et l’enrôlement des électeurs205 a prévu trois cas dans lesquels les listes
électorales devaient être mises à jour en vue de constituer le fichier national : i) la majorité
électorale du citoyen à inscrire ; ii) le recouvrement du droit électoral ; iii) le déplacement, la
mutation, la maladie ou le décès. Il a fallu attendre plus de trois ans après l’identification et
l’enrôlement des électeurs pour que la CEI admettre, dans son communiqué de presse du 5 août
2008, la nécessité de réviser le fichier électoral à cause du retard accusé dans l’organisation des

203Article 22 de la loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et l’enrôlement des électeurs, Journal Officiel de la
République Démocratique du Congo, numéro spécial, 20 juin 2006.
204 Entretien le 12 septembre 2009 à Kinshasa avec Crispin Kayembe, Coordonnateur national technique de terrain du Bureau
national des Opérations de la Commission Electorale Indépendante.
205 La loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et enrôlement des électeurs, Journal Officiel de la République

Démocratique du Congo, numéro spécial, 20 juin 2006, article 38.

88 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
élections locales.206 En plus de l’inscription des nouveaux majeurs et de la prise en charge des
cas de changement d’adresse, l’opération de la révision du fichier électoral concerne également
l’inscription d’électeurs non inscrits en 2005, l’inscription d’électeurs inscrits mais omis des
listes, la correction des erreurs matérielles ainsi que les radiations pour cause de décès et de perte
de qualité d’électeur et de dé-doublonnage de données (traçage de doublons). Les congolais ayant
atteint la majorité dans les deux années suivantes (2010) devront aussi être inscrits pour créer la
base de la liste électorale pour les élections nationales de 2011.207

Contestation du fichier électoral


Avec les premières élections nationales informatisées en RDC, la question du fichier électoral
national a été fortement débattue.208 Les listes des électeurs générées à l’issue de l’opération
d’identification et d’enrôlement des électeurs ont été l’objet de quelques contestations de la part
des partis politiques de l’opposition au mois de juillet 2006. Ces derniers ont par exemple avancé
que la CEI n’avait pas de serveur central. Ils se sont également inquiétés de la traque des dou-
blons par une entreprise étrangère. Ce débat a pris une tournure dramatique le 27 avril 2006,
lorsque la CEI a révélé l’existence de plus de 50 000 faux électeurs à Kinshasa dont 39 policiers,
32 militaires, 49 746 civils congolais et 331 étrangers. Les personnes identifiées ont été rayées
des listes électorales et traduites en justice. A ces cas de fraude s’ajoutaient des contentieux des
candidatures dont celui relatif au statut militaire du président Kabila.209 L’opinion s’est embour-
bée dans le débat sur la liste des radiés, la liste des omis, la liste spéciale, le vote par dérogation.
L’analyse du nombre des votes sur listes d’omis ou de dérogation montre que la polémique
sur le fichier électoral a été surdimensionnée et politisée à souhait par les partis politiques de
l’opposition, notamment le Mouvement de Libération du Congo, qui accusaient la CEI d’être au
service de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP).
Cette allégation n’est pas admise aussi bien par les observateurs indépendants que par la
Commission Electorale Indépendante elle-même. R. Minani fait observer que « l’on ne pourrait
cependant pas dire que tout le travail de la CEI était parfait. On est parfois arrivé à de graves erreurs
matérielles et même de fraudes avérées. Mais tout cela n’était pas expression d’une intention systématique
de fraude, comme l’ont prétendu certains ».210 Pour L. de Saint Moulin, « la méthodologie initiale
comportait des déficiences, mais l’analyse des résultats ne permet pas d’y voir une fraude massive ou
systématique dans le chef de la CEI en faveur d’un candidat ».211 Il démontre que la répartition par pro-
vince des votes par dérogation ou sur liste des omis ne permet pas d’y voir un procédé qui aurait avantagé
l’un ou l’autre candidat. En effet, à l’issue du second tour de l’élection présidentielle, par exemple,

206 Commission Electorale Indépendante, Communiqué de presse du 26 mai 2008. Pour amples détails, lire avec intérêt CEI, Plan
opérationnel pour la révision du fichier électoral, version du 11 novembre 2008.
207 CEI, Plan Opérationnel de la pour la révision du fichier électoral, version du 8 avril 2009, p.4.
208
Sur ce débat, lire R. Minani Bihuzo, Présentation du rapport d’observation des élections présidentielle, législatives et provinciales en
RDC. Mot de clôture, Kinshasa, s.d., p.4.
209 N. Obotela et J. Omasombo, « De la fin des ‘composantes’ à l’hégémonie par les élections en RDC », L’Afrique des Grands
Lacs. Annuaire 2006/07, p.135.
210 R. Minani, art.cit., p.4.
211 L. de Saint Moulin, art.cit., p.48.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 89


leur pourcentage est en moyenne élevé dans les provinces où Jean-Pierre Bemba a obtenu la
majorité des suffrages : 10, 4 % en Equateur, 9,3 % au Bandundu, 7,4 % à Kinshasa et 5,0 %
au Bas-Congo. Dans les provinces où Joseph Kabila l’a emporté, il est de 6,6 % au Maniema,
6,0 % au Sud-Kivu, 5,9 % au Katanga, 5,0 % au Bas-Congo, 4,2 % au Nord-Kivu et 3,0 % en
Province Orientale.212 L. de Saint Moulin situe l’origine de la polémique sur la controverse sur le
fichier électoral dans une double déficience. La première est celle de la maîtrise insuffisante de
la géographie du pays. Ceux qui ont commencé l’enrôlement n’avaient pas une liste officielle de
toutes les subdivisions, jusqu’au niveau des groupements et des quartiers. L’identité de plusieurs
centres d’inscription a dès lors été notée de façon sommaire, par exemple par le nom de l’école
dans son adresse. Un effort considérable a été réalisé pour combler ces faiblesses, mais des
imperfections ont continué à subsister. Une seconde difficulté vient du manque de vision suf-
fisamment claire du processus dans lequel on s’engageait. Trop heureux de voir la population se
faire massivement enrôler, on n’a pas cru nécessaire d’insister sur le fait que le lieu d’enrôlement
devait être celui où l’on exercerait son droit de vote.213
La CEI a reconnu comme fondées les contestations basées sur les erreurs matérielles com-
mises par les opérateurs de saisie lors de l’opération d’enregistrement des électeurs, sur la perte
des CD finaux à la suite des accidents de noyade à l’instar de celui survenu dans la Province de
l’Equateur et la défectuosité de matériels d’enregistrement notamment des CD. D’après la CEI,
cependant, ces erreurs matérielles n’avaient pas une influence déterminante sur la fiabilité de
l’opération d’enrôlement et sur la crédibilité des résultats de vote ultérieurs, la CEI ayant pris
en son temps des mesures correctives.214 De toutes les mesures exceptionnelles arrêtées par le
Bureau de la CEI, celle relative aux « listes spéciales » en faveur des électeurs omis sur les listes
électorales, mérite une attention particulière. La destruction accidentelle ou méchante de cer-
tains ordinateurs ou CD (Compact Discs) avait amené le Bureau de la CEI, par sa décision n°24
du 15 juillet 2006, à autoriser les 1 029 centres dont le matériel avait été partiellement détruit
ou endommagé,215 à accueillir comme électeurs les porteurs de cartes d’enrôlement ayant des
numéros de codes correspondant à ceux qui avaient été donnés par ces centres mais qui ne figu-
raient pas dans la liste nominale de leurs électeurs. Il a de même autorisé 142 centres dont toutes
les données avaient été détruites à accueillir, en les inscrivant sur des listes « spéciales » les 394
469 électeurs sur 25 420 199 inscrits qui y avaient été enrôlés,216 soit 1,55 % du total.
L’établissement du fichier électoral à l’issue de l’opération du fichier électorale était entaché
d’erreurs matérielles dues au manque d’expertise dans le chef de certains agents électoraux
commis à l’enregistrement informatique des données de l’identification des électeurs, aux

212 Idem, p.39.


213L. de Saint Moulin, Analyse des résultats du second tour de l’élection présidentielle en RDC, Congo-Afrique, n°411, janvier
2007, pp.37–38.
214 Entretien le 12 septembre 2009 à Kinshasa avec Dieudonné Mirimo, Rapporteur de la Commission Electorale Indépendante.
215 Parmi de graves incidents qui ont émaillé l’opération d’identification et d’enrôlement des électeurs dans certaines parties du
territoire national, on peut citer notamment la noyade à l’Equateur des policiers et des agents électoraux avec de matériels ; la
destruction du matériel pour plus de 170 bureaux de vote à Mbuji-Mayi le 29 juillet 2006, et l’incendie volontaire de 40 bureaux
de vote à Mweka (Kasaï Occidental) le jour de l’élection.
216 L. de Saint Moulin, art.cit., p.38.

90 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
caprices de la technologie, aux cas de force majeure comme la noyade et autres destructions
méchantes des matériels électoraux sensibles. Mais on peut admettre que ces erreurs n’ont pas
eu une influence déterminante sur la fiabilité des listes électorales. Rien ne permet à ce jour de
démontrer qu’elles ont été une stratégie délibérée de la CEI de favoriser tel ou tel candidat ou
parti politique ou regroupement.

Education des électeurs


Les Principes pour la gestion, la surveillance et l’observation des élections dans les pays de la
SADC recommandent que l’éducation des électeurs soit effectuée comme une priorité absolue
dans l’intérêt du renforcement de la démocratie et de l’encouragement à un choix éclairé. Ils
invitent les gouvernements à accorder la priorité au financement de l’éducation des électeurs
en prévoyant des prévisions budgétaires dans le budget de l’Etat avant les élections afin de ne
pas faire dépendre ces programmes du financement des bailleurs de fonds. Toujours d’après les
Principes, la coordination de l’éducation des électeurs devrait incomber aux organes de gestion
des élections (OGE) pour en assurer non seulement la cohérence mais également la qualité.
L’éducation des électeurs devrait impliquer une pluralité d’acteurs parmi lesquels la société civile,
les ONG, les confessions religieuses, les partenaires au développement, les partis politiques
et d’autres institutions devraient jouer un rôle de premier plan pour éduquer et informer la
population au sujet des élections, en conformité avec l’éducation des électeurs et les informa-
tions fournies par l’OGE.217 La loi organique de la CEI a confié à cette OGE des attributions
importantes en matière d’éducation des électeurs. La CEI était chargée de traduire en langues
nationales et rendre public le projet de Constitution à soumettre au référendum, vulgariser
en français et en langues nationales les lois référendaire et électorale, réaliser un programme
d’information des électeurs et coordonner la campagne d’éducation civique de la population en
tenant compte des langues nationales, assurer le monitoring et mobiliser les fonds en faveur des
partenaires locaux intervenant dans le secteur et à « mettre à la disposition de tous les outils de
sensibilisation ».218
L’éducation électorale a mobilisé une diversité d’acteurs comprenant la CEI elle-même,
les ONG de la société civile, les confessions religieuses, les partis politiques, les partenaires au
développement, les autorités publiques, etc. En l’absence d’une structure publique spéciale-
ment chargée de l’éducation électorale, une division du travail était nécessaire entre la CEI et les
organisations de la société civile spécialisées dans l’éducation des électeurs. La CEI devait se con-
centrer principalement sur la préparation technique et l’organisation des scrutins proprement
dits ; tandis que l’éducation électorale devait être l’affaire surtout des partis politiques, des ONG
d’éducation civique, des confessions religieuses et les autres structures de la société civile. Mais
les programmes d’éducation civique et électorale des ONG ont souffert de l’inadaptation de leur
contenu aux systèmes électoraux appliqués en 2006, de la faiblesse du budget de sensibilisation
et de la trop grande dépendance de ce budget par rapport au financement extérieur.
217 EISA, op.cit., pp.22–23.
218 Réponse du Président de la CEI à la Conférence introductive sur l’Education civique et électorale à la deuxième journée «
Enjeux et défis des élections générales en RDC » de la Campagne Nationale d’Education civique et Electorale « Journées portes
ouvertes, FIKIN du 13 au 15 avril 2006, CEI, Kinshasa, p.37.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 91


En conséquence, les élections de 2006 ont été caractérisées par l’impréparation de la popu-
lation aux jeux et enjeux électoraux, au découpage électoral ou subdivision des circonscriptions
électorales, aux systèmes électoraux, au cycle électoral, à l’éthique et déontologie électorales. Si
la grande majorité des électeurs savaient, avant le jour du scrutin, dans quel bureau ils devaient
se rendre, beaucoup ignoraient encore comment procéder au vote. Le personnel électoral et les
témoins de partis ont souvent été sollicités par des électeurs hésitants. Les faiblesses du pro-
gramme de sensibilisation organisé par la CEI et les partis ont été particulièrement manifestes
dans les zones rurales. Si dans les centres urbains, les électeurs congolais, appelés aux urnes
pour la troisième fois en moins d’un an, semblent avoir été bien préparés quant aux modali-
tés pratiques du vote, la faiblesse, voire l’absence de pareils efforts de sensibilisation ont été
observées dans les parties les plus reculées du pays. Il a été constaté le faible intérêt manifesté
par la population congolaise à l’égard du scrutin provincial ainsi que la modicité de moyens
déployés et la faiblesse des efforts consentis à la faveur de l’information et de la sensibilisation de
la population aux enjeux de ces élections. Le faible taux de participation enregistré dans certaines
provinces de la RDC souligne l’incompréhension d’une série d’électeurs et un certain déficit
dans la formation de la population aux questions électorales quant au rôle et à l’utilité d’un vote
exprimé lors d’un second tour. Dans certaines régions du pays, il a été fait état de la relative pas-
sivité de la CEI en la matière.219
En dépit des initiatives diverses d’organisations de la société civile et du rôle important joué
par les églises dans les efforts de vulgarisation du projet de constitution et d’information des
électeurs sur les procédures de vote, la campagne de sensibilisation a eu un impact limité. Les
formations politiques n’ont pas rempli leur rôle d’explication et de mobilisation de l’électorat
sur leur prise de position face aux enjeux du scrutin. Une grande partie de l’électorat a ainsi été
appelé à se prononcer sur un projet de constitution dont elle ignorait largement le contenu et les
enjeux.220 A cette première faille relative au déficit dans l’information de la population aux ques-
tions électorales, s’ajoute un deuxième aspect des insuffisances constatées en matière de sensi-
bilisation électorale, lié à l’inadaptation de la plupart des programmes d’éducation des électeurs,
aussi bien en termes de conception des messages de sensibilisation, de leur contenu, de leur
fréquence, du véhicule de leur vulgarisation et de leur couverture géographique. Faute de coordi-
nation intégrant tous les acteurs intervenant dans le secteur, des messages contradictoires ont été
livrés aux électeurs par la pléiade d’intervenants ayant opéré dans le secteur. Les langues utilisées
comme véhicules de sensibilisation étaient la langue officielle (le français) et les quatre langues
nationales (lingala, swahili, kikongo et tshiluba). Les difficultés liées aux moyens de transport
et de communication couplées à l’insécurité ont fortement entamé l’efficacité des opérateurs
éducatifs impliqués dans la sensibilisation des électeurs et limité leur intervention aux grandes
agglomérations urbaines. S’agissant de la couverture géographique de l’éducation des électeurs,
la Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne a eu à constater qu’un grand nombre

219 EurAc-CDCE, Elections en République Démocratique du Congo. Scrutins des 30 juin & 29 octobre 2006. Rapport de la
mission d’observation électorale conjointe EurAc-CDCE, janvier 2007, p.29, disponible sur www.diplomatie.be/fr/pdf/cvasr5fr.
pdf, consulté le 27 octobre 2009.
220 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne. Référendum constitutionnel 2005, Rapport cité, p.6.

92 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
d’organisations de la société civile se sont mobilisées pour la sensibilisation du public aux procé-
dures et enjeux du référendum, puis des élections. Cet effort concerté, associant le Projet d’Appui
au Processus Electoral au Congo (APEC/PNUD) aux organisations locales, n’a pas été suffisant
dans plusieurs régions, en particulier dans l’Ouest et le Centre du pays. L’information dont a
disposé la population au sujet des scrutins a été par conséquent insuffisante.221
La faiblesse du budget de sensibilisation et sa dépendance du financement extérieur ont
constitué un autre handicap sérieux à l’éducation électorale. Le rapport d’évaluation du projet
APEC établit que « les montants estimés pour la sensibilisation et l’éducation civique électorale
ont été diminués pour se limiter à la production de supports didactiques par la CEI, suite à la
décision des ONG d’établir un fonds séparé pour ce volet dont l’exécution ne serait pas liée à la
CEI. Ce fonds n’a malheureusement jamais vu le jour ».222 De nombreux projets ont été initiés
en partenariat avec les organisations de la société civile, mais n’ont pu bénéficier pleinement du
soutien du projet d’Appui au processus électoral au Congo (APEC), en raison des contraintes
budgétaires liées à la prolongation du processus électoral et à sa complexité technique. Déjà
insuffisants pour le premier tour, les programmes de sensibilisation de la CEI dans les médias
ont également du être réduits. La demande du président de la CEI au Ministre des Finances
d’affecter le montant des cautions versées par les candidats au bénéfice d’activités de sensibilisa-
tion par la HAM n’a pas été positivement entendue.223

Participation aux élections


La participation aux élections de 2006 a été en moyenne importante : 62,2 % au référendum
constitutionnel contre 71,0 % et 65,4 % respectivement au premier tour et au second tour de
l’élection présidentielle. Selon Léon de Saint Moulin, un élément de la participation aux élec-
tions, comme lors du référendum, a été l’accessibilité des bureaux, mais les résultats enregistrés
ont également été influencés par les mots d’ordre des partis et témoignent d’un engagement
général de la population. Le nombre des enrôlés et des centres de vote est semblable à celui du
référendum. Il a augmenté dans les provinces de l’Equateur et du Bandundu, où l’enrôlement
s’est poursuivi jusqu’en février 2006, et il s’est réduit de 292 353 unités, rayées pour double
inscription. Le tableau ci-dessous présente les pourcentages des votants par rapport au nombre
des inscrits par province.
L’écart de participation entre les deux tours de l’élection présidentielle a été positif dans les
provinces de l’Equateur, du Kasai Occidental et du Kasai Oriental. Par contre, dans les sept autres
provinces, la participation a été en recul, de 4 à 6,1 % dans les deux Kivu et au Maniema, de 13,8 %
en Province Orientale, de 14,4 % à Kinshasa, de 18 % au Bandundu et de 24 % au Bas-Congo.224
La figure suivante illustre bien les variations observées entre provinces et scrutins.

221 Idem, pp.34–35.


222 PNUD, op.cit., p.17.
223 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne, Rapport déjà cité, p.35.
224 L. de Saint Moulin b, art.cit. , p.41.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 93


Tableau 2 : Taux de participation électorale

Provinces Election du 29 octobre Elections du 30 juillet Référendum du 18 et


(% votants) (% votants) 19 décembre 2005
(% votants)

Kinshasa 57,7 72,1 46,8

Bas-Congo 51,6 76,0 61,9

Bandundu 50,6 69,3 63,2

Equateur 84,4 74,5 73,7

Orientale 63,8 77,6 70,0

Maniema 80,2 85,0 79,3

Nord-Kivu 77,0 81,0 79,0

Sud-Kivu 84,1 90,2 81,4

Katanga 75,6 71,6 63.8

Kasaï Oriental 42,7 39,2 33,3

Kasaï Occidental 51,4 45,3 40,9

Total RDC 65,4 71,0 62,2

Source : Tableau reconstitué à partir des études de Père L. de Saint Moulin dans Congo-Afrique , n°408, octobre
2006, p. 334 ; et Congo-Afrique, n°411, janvier 2007, p.39.

Figure 3 : Evolution des taux de participation par province selon les types de scrutins
Elections du 29 Elections du 30 Référendum constitutionnel
octobre 2006 juillet 2006 du 18 et 19 décembre 2005
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Kinshasa

Bas-Congo

Bandundu

Equateur

Province
Orientale

Maniema

Nord-Kivu

Sud-Kivu

Katanga

Kassai
Oriental

Kassai
Occidental

Source : CEI, Dépliant sur le processus électoral en République Démocratique du Congo.

94 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Plusieurs raisons expliquent la faible participation au référendum observée dans certaines prov-
inces, ainsi que le recul de la participation entre les deux tours des présidentielles. L’examen
de la cartographie des bureaux de vote dans les provinces pose de problèmes d’éloignement
des bureaux de vote et de leur accessibilité, empêchant ainsi les électeurs de se présenter et de
participer au référendum constitutionnel. Les taux de participation observé à Kinshasa (46,8 %),
exceptionnellement dans le Kasaï Occidental (40,9 %) et le Kasaï Oriental (33,3 %) reflètent à
l’évidence le mot d’ordre de boycott lancé par l’UDPS, un parti particulièrement bien implanté
dans la capitale et dans ces deux provinces.225 Ailleurs, des électeurs ont renoncé à se rendre aux
urnes pour le second tour des présidentielles parce que le choix qui leur a été laissé était insat-
isfaisant ou parce que leur préférence au premier tour n’avait pas été respectée. Ailleurs encore,
ils auront pu être découragés et incités à rester chez eux par une campagne pour le second tour
qui a été haineuse et violente comme l’attestent les nombreuses interdictions d’accès aux media
et les suspensions des émissions de radio-TV des deux camps prononcées par la Haute Autorité
des Médias (HAM).226

E. Pratiques électorales
Code de bonne conduite
La grande majorité des partis politiques impliqués dans les contestations électorales de 2006
ont signé le 18 juin 2005 un « Code de bonne conduite » dont l’objectif visait l’organisation des
élections libres, démocratiques et transparentes dans un climat de tolérance. Elaboré à l’issue des
concertations entre la CEI et les partis politiques grâce à un soutien matériel, logistique, financier
et en expertise de l’EISA (Electoral Institute of Southern Africa), de la FKA (Foundation Konrad
Adenauer) et de NDI (National Democratic Institute), ce code fut signé par 196 partis politiques.
Long de 28 articles, il détermine les droits des partis politiques, leurs obligations ainsi que les sanc-
tions aux violations du code. Ce code s’applique à ces derniers, à leurs candidats, à leurs manda-
taires ou à leurs représentants, leurs militants et leurs sympathisants227 et est opposable à tous.228
S’inspirant de la Constitution et de la loi sur les partis politiques, le code reconnaît le droit
pour les partis politiques d’organiser des manifestations et des réunions pacifiques et d’y par-
ticiper individuellement ou collectivement, publiquement ou en privé, dans le respect des lois,
de l’ordre public et des bonnes mœurs (Art. 1). Les partis ont le droit à : i) la sécurité de leurs
membres et des lieux de réunions ; ii) l’égal accès aux médias publics ; iii) la libre diffusion de
leurs opinions et de leurs programmes ; iv) un financement équitable ; v) une suite aux recours
(Art. 3). Les partis disposent en outre du droit : i) d’exprimer librement leurs croyances et opin-
ions publiques ; ii) de défier et de discuter les croyances et opinions des autres ; iii) de publier
et de distribuer les matériels des élections et des campagnes électorales, y compris les avis et

225L. de Saint Moulin, « Analyse par territoire et ville des résultats de l’enrôlement des électeurs et du référendum sur le projet
de Constitution », Congo-Afrique, numéro 402–403, février 2006, pp.17–18.
226 J. C. Willame, Premiers commentaires sur les résultats provisoires et partiels du second tour de l’élection présidentielle,

document de travail, point 3, disponible sur www.ritimo.org/dossiers.../rdc/rdc_biblio.html, consulté le 14 octobre 2009.


227 Article 10 du code des partis politiques du 18 juin 2005.
228 Article 27 du code des partis politiques du 18 juin 2005.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 95


publicités ; iv) de dresser légalement des gros titres ou bannières, des panneaux d’affichages,
les affiches ou pancartes, les posters ; v) de soutenir ou d’appuyer qu’un autre parti ou candidat
fasse sa campagne électorale ; vi) de recruter ou de réunir les membres de son parti ; vii) de par-
courir et d’assister aux réunions publiques ; viii) de condamner publiquement tout acte qui peut
affecter la conduite des élections libres, démocratiques et transparentes (Art. 4). Le code recon-
naît également aux partis le droit de recevoir le soutien de toute nature de quiconque voudrait le
leur apporter pour la bonne marche de leurs activités (Art. 8) ainsi que le droit pour le parti ayant
perdu aux élections de se constituer en une opposition constructive en vue de faire triompher les
intérêts vitaux de la Nation (Art. 10).
Concrètement, les partis signataires du code s’engageaient à : i) respecter la dignité, la vie
privée, l’intégrité physique des personnes, des biens publics et privés (Art. 11) ; ii) faire preuve de
retenue dans les discours, attitudes et comportement (Art. 12) ; iii) lutter contre toute forme de
violence et de terrorisme (Art. 13) ; iv) ne pas utiliser pour leur compte, les forces armées, les forces
de l’ordre, le service de sécurité et les milices, des biens, les fonds et autres moyens de l’Etat, des
sociétés publiques ou à participation publique (Art. 14) ; v) respecter l’autorité, l’ordre public et
la loi (Art. 15) ; vi) se respecter mutuellement (Art. 17) ; vii) respecter et protéger les journalistes
lors de la couverture des différentes manifestations (Art. 18) ; viii) bannir dans leurs discours et
programmes politiques, le mensonge, l’achat de conscience, les incitations à la fraude électorale
ainsi que tout comportement tendant à abuser de l’électorat (Art. 19) ; ix) respecter le verdict des
urnes (Art. 20) ; x) œuvrer pour la sauvegarde de la paix et de la concorde par l’acceptation des
principes de démocratie pluraliste, d’unité et de souveraineté nationales (Art. 22).
Comme sanctions aux manquements à ces obligations, le code prévoit la dénonciation pub-
lique et l’opprobre, sans préjudice de sanctions pénales. Dans la pratique, cependant, plusieurs
dispositions du Code ont été massivement violées. Des actes de violence physique et de harcèle-
ment judiciaire destinés à intimider les électeurs et les candidats ont été observés tout au long du
processus. Les candidats exerçant des mandats publics ont abusé des biens et moyens de l’Etat
au détriment de leurs rivaux.

Encadré 6 : Violations du Code de bonne conduite électorale


La dernière lettre du Code de bonne conduite électorale était à peine écrite que ce document
était déjà violé. L’UDPS a refusé de signer le texte après avoir constaté qu’il prévoyait la
signature de deux autres partis officiellement enregistrés sous les mêmes sigle et dénomination
que les siens (...). C’était déjà une indication que quelque chose ne tourne pas rond dans ce
processus, mais des raisons d’inquiétude beaucoup plus sérieuses s’accumulent chaque jour et
constituent un nuage épais qui obscurcit l’ensemble des opérations électorales (...). En vertu du
Code, les partis politiques « disposent du droit à la sécurité de leurs membres », mais l’UDPS
était invitée à signer l’accord alors même qu’une vingtaine de ses militants en province, y
compris les dirigeants provinciaux pour le Bas-Congo et la Province Orientale, subissaient plus
de trois à quatre mois de détentions administratives arbitraires après avoir été arrêtés pour des
activités politiques non violentes (...).

96 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
La violence politique faisait rage au moment même où le Code était approuvé. A Kisangani,
les groupes Bana Etats-Unis, Kata-Moto, Chine populaire, Ligve-orabe et Groma, des gangs de
jeunes de la commune de Mangobo, se livrent une guerre de tranchée sans merci depuis
plusieurs semaines, s’affrontant au couteau et à l’arme automatique pour le contrôle des
quartiers, rivalisant de rage pour la destruction des marchés et d’édifices publics et incendiant
les domiciles des sympathisants réels ou supposés du camp adverse. Or, les militants des
droits de l’homme locaux ont maintenant la preuve de la subordination de ces groupes à des
partis politiques et du contrôle, au moins partiel, des dirigeants de ces gangs par certaines
personnalités politiques qui les approvisionnent en armes automatiques.
Les milices armées Zoulous et Brigades des Martyrs du Katanga, créées au sein d’un parti politique
représenté au gouvernement viennent de reprendre du service à l’occasion des opérations
d’enrôlement et d’identification des électeurs, après avoir mortellement passé à tabac, en
novembre 2004, un responsable de l’UDPS de la commune de Katuba à Lubumbashi. Cette fois
c’est l’organisation politique Solidarité Katangaise qui a été la principale cible de leurs attaques.
Quatre dirigeants de Solidarité Katangaise ont été attaqués au couteau par des ‘Zoulous’
alors qu’ils se faisaient enrôler dans la commune de la Kenya. Les bureaux de Solidarité
Katangaise ont ensuite été attaqués et mis à sac par le même groupe. Des slogans ethniques
et régionalistes sont entendus dans les réunions publiques et les cris de guerre des ‘Zoulous’.
Solidarité Katangaise, dont les dirigeants disent vouloir parler « le langage de la cohabitation
entre groupes ethniques au Katanga », est régulièrement dénigrée par les ‘Zoulous’ et
les ‘Brigades’ de n’être qu’une « solidarité kasaienne » qui a été établie « pour diviser les
katangais.
S o urce  :
Pascal Kambale, « Elections : code de mauvaise conduite », quotidien Le Phare (Kinshasa), 9 Septembre 2005.

Violence politique
Les élections organisées en 2006 ont été émaillées de plusieurs incidents violents révélateurs
d’un climat de forte tension entre partis politiques et pouvoirs publics. Pendant la campagne
du premier tour de l’élection présidentiel, la Mission d’Observation Electorale de l’Union
Européenne229 révèle à ce sujet que les plus violents de ces incidents eurent lieu dans les zones
peu contrôlées par la mouvance présidentielle. Le premier incident grave de la campagne prési-
dentielle s’est produit dans le territoire de Masisi (Nord Kivu) le 17 juillet 2006 avec le meurtre de
quatre personnes par des assaillants non identifiés lors d’un meeting d’un candidat indépendant.
A Kinshasa, le dérapage le plus séreux de la campagne, le 27 juillet 2006, a provoqué la mort
de six personnes en marge d’une manifestation de Jean-Pierre Bemba dans un accrochage entre
soldats et policiers. Le 28 juillet 2006, un agent de la sécurité du vice-président Ruberwa a été
abattu dans les circonstances non élucidées. Dans les Kasaï, le Bandundu et l’Equateur, le rejet
par les populations locales des candidats de la mouvance présidentielle a provoqué des heurts
répétés et de multiples dénis du droit de mener une campagne. La destruction du matériel
pour plus de 170 bureaux de vote à Mbuji-Mayi le 29 juillet 2006, et l’incendie volontaire de 40

229 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne, Rapport cité, p.39.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 97


bureaux de vote à Mweka (Kasaï Occidental) le jour de l’élection, dimanche 30 juillet 2006, ayant
entraîné la mort de deux personnes, ont constitué les violations les plus graves du droit de vote
pendant la période.
Lors des élections provinciales et du second tour de l’élection présidentielle, les heurts se
sont multipliés. Selon la Mission de l’Observation Electorale de l’Union Européenne,230 ils ont
cependant majoritairement eu lieu dans les régions considérées comme des fiefs de la prési-
dence où les représentants de Jean-Pierre Bemba ont été pris à partie : le 16 octobre 2006, les
affrontements de Lodja (Kasai Oriental) entre partisans de l’UN et de l’AMP, ont constitué le
premier incident de ce type. Les heurts les plus sérieux ont eu lieu à Bukavu et à Lubumbashi
: à Bukavu, l’encerclement de la résidence du directeur de campagne de Jean-Pierre Bemba
pour le Sud Kivu, Anselme Enerunga, puis, à Lubumbashi, l’attaque du cortège du directeur
de campagne de Jean-Pierre Bemba, le pasteur Théodore Ngoy, le 18 octobre et le « siège » de
son hôtel par les militants UNAFEC. Les incidents ont repris contre les manifestants de l’UN
à Lubumbashi quelques jours plus tard. Ailleurs au Katanga, les représentants de Jean-Pierre
Bemba ont également été systématiquement harcelés, rendant de fait inexistante la campagne
de l’UN.
En fin de campagne cependant, les incidents se sont multipliés dans les régions perçues
comme acquises à l’opposition : la visite de Nzanga Mobutu à Lisala (Equateur), a été marquée
par des jets de pierres nécessitant l’intervention de la police, tandis qu’à Boma (Bas-Congo),
le directeur provincial de campagne de l’AMP a été empêché de battre campagne. Dans le
Bandundu, à Kikwit, le 27 octobre, puis à Idiofa, les installations du PALU ont été prises d’assaut
par des militants de l’UN. A Mbuji Mayi (Kasai Oriental), le même jour, un cortège de l’AMP a
été reçu par des jets de pierres. Dérapage armé le plus grave de la période, un vif accrochage s’est
produit le 26 octobre, à Gbadolite (Equateur) autour des locaux de Radio Liberté (pro-Bemba)
entre Nzanga Mobutu (UDEMO), allié de Joseph Kabila, et les forces de Jean-Pierre Bemba. Les
échanges de tirs ont causé la mort d’au moins 4 personnes et nécessité l’extraction de Nzanga
Mobutu sous protection de la MONUC.
D’autres incidents plus localisés ont vu des partisans anonymes s’affronter : à Mbandaka
(Equateur), le 17 octobre 2006, un cortège de partisans de Joseph Kabila a agressé un groupe
d’écoliers puis de commerçantes supposément favorables à Jean-Pierre Bemba, faisant au moins
trois blessés. Quelques jours plus tard, dans la même province, à Gemena, des partisans de
Jean-Pierre Bemba se sont opposés à des militants pro-Kabila devant le siège de la radio Digital
Congo récemment installée. A Kindu (Maniema), deux poseurs d’affiche de l’UN ont été grave-
ment blessés par des partisans de Joseph Kabila le 22 octobre, et quatre jours plus tard, à Lodja,
deux personnes étaient victimes d’attaques de militants favorables à la présidence. Cet incident
a suscité une très vive réaction de la population, entraînant la destruction notamment des trois
principales stations de radio locales. Enfin, durant la période d’attente de la décision de la CSJ
sur la requête de Jean-Pierre Bemba en invalidation des résultats, plusieurs membres du MLC,
y compris Thérèse Nlandu, ancienne candidate à la présidence et avocate de Jean-Pierre Bemba,

230 En raison de la richesse de cette source, nous nous appuyons ici largement sur Mission d’Observation Electorale de l’Union

Européenne, Rapport cité, pp.41–42.

98 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
ont été arrêtés. Des membres de la Garde républicaine se sont également livrés, de manière
ponctuelle, à des exactions ciblées sur les militants MLC, notamment à Kisangani.
L’accrochage à Kinshasa durant trois jours entre les troupes de Joseph Kabila et la garde
de Jean-Bemba est l’incident le plus grave. Le 20 août 2006 en début de soirée, peu avant le
moment prévu pour l’annonce des résultats provisoires du premier tour par le président de
la CEI, des accrochages ont éclaté à proximité des locaux abritant deux chaînes de télévision
appartenant au dirigeant du MLC dans le quartier des affaires à Kinshasa. Ces incidents ont été
décrits comme relaté dans l’encadré ci-dessous par International Crisis Group.

Encadré 7 : Les affrontements à Kinshasa


[…] Dans l’après-midi du 20 août 2006, à quelques heures de l’annonce par la commission
électorale des résultats des élections présidentielles, une éruption de violence a changé la
donne. Des affrontements entre les hommes de Bemba et les fidèles de Kabila ont éclaté
devant une station de télévision appartenant au vice-président dans le centre-ville de Kinshasa.
La chaîne, Canal Kin, avait diffusé des émissions critiques envers Kabila, qui a fait l’objet
d’attaques personnelles et a été accusé de fraude électorale. Une autre chaîne appartenant
également à Bemba, Canal Congo Télévision (CCTV), a annoncé que le second tour opposerait
Bemba à Kabila avant que les résultats officiels aient été connus. Des unités de police proches
de Kabila se sont déployées aux alentour des deux stations de télévision suite à la diffusion de
ces émissions. Vers six heures du soir, une altercation entre ces unités et la garde de Bemba a
dégénéré en fusillade. Presqu’aussitôt, la garde présidentielle est venue renforcer la présence
policière tandis que Bemba déployait davantage d’hommes pour protéger les deux stations de
télévision. Ces affrontements violents ont provoqué la mort d’au moins six personnes ; des
prisonniers ont été faits dans les deux camps. Des soldats de la MONUC ont assuré la sécurité
de la commission électorale, située à proximité, et escorté son président, Apollinaire Malu
Malu, jusqu’à la chaîne de télévision nationale où il a annoncé les résultats.
Suite à une intense pression diplomatique, Bemba et Kabila, dont l’entourage était convaincu
d’avoir remporté la victoire dès le premier tour, ont appelé leurs hommes à se retirer et
les combats ont cessé. Le lendemain, les médias alliés à Bemba ou à Kabila ont accusé le
camp adverse d’être responsable des événements en diffusant des images des victimes de
la fusillade. Dans l’après-midi, la présidence aurait donné des instructions pour fermer les
stations de télévision de Bemba. Peu de temps après, plusieurs centaines d’hommes armés
de la garde présidentielle ont attaqué les deux résidences de Bemba ainsi que son bureau.
Kabila prétend n’avoir pas été au courant de cette offensive mais des experts militaires et
conseillers du président estiment qu’il est peu probable qu’une opération sensible comme
celle-ci ait été lancée sans son approbation ou sans qu’il en ait au moins été informé. L’attaque
a coïncidé avec la visite chez Bemba de quatorze ambassadeurs et du chef de la MONUC, qui
ont essuyé des tirs nourris pendant plus de six heures. Finalement, les hommes de l’EUFOR
et de la MONUC ont pu escorter les ambassadeurs en lieu sûr. L’attaque contre Bemba doit
être analysée au regard de la déception ressentie par l’entourage de Kabila après avoir réalisé
que celui-ci n’avait pas obtenu la majorité absolue. Les résultats de plusieurs circonscriptions

ELECTIONS EN R.D. CONGO 99


dans l’est du pays, où Kabila est populaire, ont rapidement été annoncés, donnant Kabila en
tête pendant les deux premières semaines qui ont suivi le scrutin. À mesure que les résultats
de l’ouest ont été connus, l’avantage de Kabila a diminué et les résultats de Kinshasa, où le
président sortant n’a obtenu que treize % des voix, l’ont fait passer sous la barre des 50 %.
Selon les chiffres officiels, 23 civils et soldats ont été tués et 43 blessés lors des affrontements ;
l’hélicoptère personnel de Bemba a été détruit. Les combats ont duré jusque dans la nuit et des
tirs isolés se sont poursuivis jusqu’au milieu de la journée du 22 août.
Le 21 août, des personnalités internationales, dont le président sud-africain Thabo Mbeki
et le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, ont appelé Bemba et Kabila à mettre fin aux
affrontements. Le 23 août, des représentants des deux camps se sont rencontrés au siège
de la MONUC à Kinshasa. Ils ont convenu de mettre en garnison les troupes qui s’étaient
combattues et de créer deux commissions conjointes : la première pour enquêter sur les
événements des jours précédents et la seconde pour décider des mesures à prendre pour
assurer la sécurité du second tour. Par ailleurs, la MONUC et l’EUFOR ont mis en place
des patrouilles conjointes afin de vérifier des allégations concernant le réarmement et le
redéploiement de leurs hommes par Bemba et Kabila. Dans la semaine qui a suivi les combats,
la plupart des troupes sont retournées dans leurs casernes avec leurs chars et l’armement
lourd.
S o urce :
International Crisis Group, La sécurité des élections au Congo: les leçons des affrontements de Kinshasa, Briefing Afrique
N°42, Nairobi/Bruxelles, 2 octobre 2006.

Utilisation des moyens publics par les candidats : une campagne élec-
torale à deux vitesses
La loi électorale du 9 mars 2006 interdit en son article 35 l’utilisation à des fins de campagne
électorale des biens, des finances et du personnel de l’Etat, des entreprises, établissements et
organismes publics et des sociétés d’économie mixte. Dans la pratique cependant, l’abus des
moyens d’Etat a créé une nette inégalité de moyens entre candidats. La mission d’observation de
l’Union européenne a constaté que la campagne du premier tour de l’élection présidentielle a
été marquée par la disproportion flagrante des moyens à disposition des candidats.231 L’absence
de législation sur le financement des partis politiques et les défaillances profondes dans le con-
trôle des dépenses de campagne expliquent en grande partie le caractère profondément inégal
de la compétition électorale. L’affichage électoral, l’accès aux médias et les déplacements aériens
vers les provinces ont illustré une disproportion totale des moyens à l’avantage de trois candi-
dats membres du gouvernement : le président Kabila, le vice-président Bemba, et à un degré
moindre, le vice-président Ruberwa.
L’inégalité des moyens a été aggravée par le détournement des ressources par certains can-
didats de la mouvance présidentielle et par les tracasseries causées par l’administration publique
et les services de sécurité à l’égard des adversaires de Joseph Kabila. Ces mesures ont eu pour
conséquence de limiter les capacités des candidats à se déplacer, à organiser des rassemblements
et à déployer leur matériel de campagne à travers le pays. Cette inégalité de l’accès au public,
231 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne, Rapport cité, p.8.

100 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
particulièrement aigue dans les zones accessibles aux seuls candidats disposant des moyens
logistiques importants, a donné lieu à une campagne à deux vitesse : l’une, touchant l’électorat
rural majoritaire, dominé par les machines de l’AMP et du MLC, et l’autre concernant une
partie limitée de l’électorat, se jouant dans les grandes villes seulement. Les candidats issus de
l’espace présidentiel, en particulier Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, ont bénéficié de l’appui
de leurs unités armées non intégrées dans l’armée nationale, tandis que les candidats issus de
l’opposition non armée ont dû faire appel à des sociétés privées de sécurité ou à une protection
légère de l’Unité de police intégrée (UPI).

Accès inégal aux médias publics : la partialité de la Haute Autorité des


Médias
L’accès des candidats et des partis politiques aux médias publics pendant la campagne électorale
était strictement réglementé par la loi sur la Haute autorité des médias (HAM)232 et par les
directives d’application publiées par la HAM, notamment la directive interdisant l’incitation à
la haine tribale, ethnique ou raciale, à la xénophobie ainsi que toute autre forme de discrimina-
tion à travers les medias.233 En vertu de cette directive, tout candidat, toute candidate, tout parti
politique légalement constitué, tout regroupement de partis politiques, tout mouvement ou
association se réclamant de ce candidat, avaient accès aux médias publics et pouvaient bénéficier
au maximum et ensemble de trois reportages par scrutin contre deux reportages à la chaîne
publique Radio-télévision nationale congolaise (RTNC) pendant la période de campagne électo-
rale.234 Ils bénéficient de la même durée d’intervention et de la gratuité des prestations.235 Par
exemple, au premier tour du scrutin présidentiel, chaque candidat avait droit à quarante-cinq
minutes d’émission radiodiffusée et de quarante-cinq minutes d’émission télévisée, réparties par
tirage au sort sur la durée de la campagne à raison de quinze minutes par intervention.236 Au
second tour du scrutin présidentiel, ce temps d’antenne fut porté à soixante minutes d’émission
radiodiffusée et à soixante minutes d’émission télévisée.237 Outre les interventions dans la
presse audiovisuelle sous forme de déclarations, d’entretiens ou de réponses à des questions,
dans presse écrite il était également réservé à chaque candidat une page intérieure du bulletin
de l’Agence Congo Presse (ACP) pour faire apparaître son programme.238 Tout ce dispositif n’a
pas été respecté intégralement dans les faits aussi bien par les médias que par la HAM, autorité
de régulation.
La HAM a eu une attitude inégale durant ces deux campagnes. Lors du deuxième tour de
l’élection présidentielle, elle s’est distinguée par la suspension, le même jour, des chaînes des

232 Loi n°04/017 du 30 juillet 2004 portant organisation, attributions et fonctionnement de la Haute Autorité des Médias, Journal

Officiel, numéro spécial, 20 juin 2006.


233 Directive n°HAM/AP/065/20006 du 3 février 2006.
234 Idem, article 6.
235 Idem, article 16.
236 Idem, article 18.
237 Idem, article 20.
238 Idem, article 27.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 101


deux candidats, puis par celle de la RTNC pour traitement inégal des candidats.239 Enfin, elle
s’est également illustrée par de nombreux embargos médiatiques de personnalités politiques,
majoritairement issues de l’Union pour la Nation, notamment lorsque celles-ci annonçaient leur
victoire sur la base de résultats déclarés erronés par la CEI. A ce sujet, la Mission d’Observation
Electorale conjointe EurAc-CDCE avait notamment souligné la fermeté avec laquelle la Haute
Autorité des Médias a traité ce genre de cas, distribuant des blâmes, mettant en embargo certains
des auteurs de ces dérapages ou encore en suspendant certaines des émissions incriminées. Sort
que connut notamment la RTNC pour avoir diffusé une communication du président Kabila
dans les toutes dernières heures de la campagne, privant donc, faute de temps, le candidat Jean-
Pierre Bemba de son droit de réponse.240
Pendant le référendum constitutionnel de 2005, les règles fixées par la HAM afin de garantir
l’équilibre de l’information n’ont pas été respectées, en particulier par la RTNC. Certains médias
étatiques et privés n’ont pas réellement garanti l’égalité de l’accès aux médias pour tous les partis
politiques. Vu le nombre important de partis politiques (environ 250), leur représentation dans
tous les médias fut un réel défi. Seuls 66 d’entre eux ont pu avoir accès aux différents médias
analysés. Le PPRD, le MLC et le RCD ont été les trois principaux partis à pouvoir s’exprimer
sur les chaînes publiques et privées. Ils ont pu y expliquer les principales raisons de voter Oui.
Les opposants au projet de constitution ont eu en comparaison peu de temps d’antenne pour
développer leurs argumentaires. Des candidats ont profité de la campagne référendaire pour
annoncer leur candidature à la future élection présidentielle. Dans certains cas, la propagande
s’est même transformée en campagne électorale, et les médias n’ont pas été assez critiques sur
ces dérapages.241
Pendant le scrutin présidentiel du 30 Juillet 2006, l’accès des candidats aux médias est resté
profondément déséquilibré sur la plupart des médias audiovisuels nationaux et provinciaux, en
particulier sur la RTNC, unique chaîne de télévision publique en RDC, qui a offert une couver-
ture disproportionnée au candidat Kabila. S’agissant particulièrement la RTNC, celle-ci n’avait
pas profité de son statut de seule chaîne de radio et télévision publique afin de se démarquer et
d’afficher, au sein d’un monde médiatique indéniablement partisan, une complète impartiali-
té.242
En ce qui concerne les candidats à la députation provinciale, nombre d’entre eux n’avaient
pu, faute de moyens, accéder aux tribunes médiatiques afin de s’adresser directement aux
électeurs. Toutefois, les espaces gratuits mis à la disposition de ces candidats dans quelque 80
radios congolaises (un chiffre bien en deçà de celui initialement proposé par la HAM) n’ont été

239 Cette dernière mesure, bien que survenue tardivement, a apaisé les détracteurs de la HAM qui l’accusaient de partialité. En

effet, alors que le débat devant opposer les deux candidats en lice venait d’être annulé, Joseph Kabila a tenu un point presse sur
la chaîne publique, à quelques heures de la fin de la campagne – privilège refusé à son challenger. La HAM, qui venait quelques
jours auparavant de montrer du doigt la partialité de la RTNC sans pour autant prendre de mesures coercitives, ne pouvait plus,
cette fois, faire preuve de complaisance, à moins d’apparaître tout aussi partiale.
240 EurAc et CDCE, Rapport déjà cité, p.26.
241 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne. Référendum constitutionnel, Rapport cité, p.7.
242 Ibid.

102 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
que faiblement exploités.243 Néanmoins, à Kikwit et à Buta, la Mission conjointe a salué le rôle
fort positif joué par les radios communautaires de la place. Indépendantes, professionnelles, elles
ont assuré, avec peu de moyens, un traitement équilibré et pluraliste de l’actualité électorale.244

Tableau 3 : Répartition du temps d’antenne par candidat à l’élection présidentielle premier tour
du 29 juin au 29 juillet 2006 (tous types de diffusion)
100% AUTRES CANDIDATS
Norbert Likulia Bolongo AUTRES CANDIDATS
90% AUTRES CANDIDATS Marie Thérèse Nlandu couverture < 4%
AUTRES CANDIDATS
couverture < 4% couverture < 4%
80% Timothée Moleka Nzulama

Timothée Moleka Nzulama


70% Pierre Pay-Pay
Pierre Pay-Pay
60% Norbert Likulia Bolongo Paul-Joseph Mukungubila

50%
Marie Thérèse Nlandu Joseph Kabila
Joseph Kabila
40% Jean-Pierre Bemba Justine M. Kasa-Vubu
Hassan Thassinda U.T.
Joseph Kabila
30% Guy Patrice Lumumba Eugène Diomi Ndongala

Christophe Mboso
20% Christrophe Mboso Banyingela Kasonga

10% Alou Bonioma Kalokola


Alou Bonioma Kalokola
Azarias Ruberwa Manywa Alafuele Mbuyi Kalala
0%
CCTV Digital Congo RAGA TV RTNC
Source : Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en RDC. Elections 2006, Rapport final,
Kinshasa, 23 février 2007, annexe p.70.

Tableau 4 : Répartition du temps d’antenne par candidat à l’élection présidentielle premier tour
du 29 juin au 29 juillet 2006 (tous types de diffusion)
100%
Wivine N’landu Kavidi
90% Vincent de Paul Lunda B. Pierre Pay-Pay Roger Lumbale
Timothée Moleka Nzulama
80% Roger Lumbala Pierre Pay-Pay
Paul Joseph Mukungubila Mutombo
70% Oscar Kashala Marie Thérèse Nlandu
Joseph Olenghankoy
60% Joseph Kabila
Jonas Mukamba K.N.
50% Jean-Pierre Bemba
Joseph Kabila
Joseph Kabila
Jacob Niemba Souga Joseph Kabila
40% Hassan Thassinda
François J. Mobutu
30% Jean-Pierre Bemba
Christophe Mboso

20% Banyingela Kasonga


Gérard Kamanda wa K.
Azarias Ruberwa
10% Arthur Ngoma Z’Ahidi Azarias Ruberwa
Antoine Givzenga Jean-Pierre Bemba
Alou Bonioma Kalokola
0% Norbert Likulia Bolongo Azarias Ruberwa

Okapi RTGA (radio) RTNC (radio) Top Congo


Source : Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en RDC. Elections 2006, Rapport final,
Kinshasa, 23 février 2007, annexe p.71.

243 Ibid.
244 EurAc et CDCE, Rapport cité, p.26.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 103


Les tableaux ci-dessus renseignent sur l’attitude des médias à l’égard des candidats pendant
l’élection présidentielle. Ils montrent que le candidat Joseph Kabila a bénéficié d’un avantage très
net en termes de couverture radiophonique globale. En province, ce phénomène a eu tendance
à se reproduire. Si la couverture médiatique de la campagne électorale en province est apparue
assez inégale, chacun des médias locaux analysés a accordé un quasi-monopole à un camp.

F. Observation et acceptation des résultats


La RDC a adhéré aux principes de gestion, de surveillance et d’observation des élections dans les
pays de la SADC.245 Ainsi a-t-elle prévu dans la loi organique de la CEI et dans la loi électorale,
une diversité d’acteurs pour observer et surveiller les opérations électorales. Parmi ces acteurs, il
sied de mentionner notamment les candidats eux-mêmes et / ou leurs mandataires, les électeurs
qui se constituent en observateurs et témoins des partis, les témoins de l’Administration, etc. Aux
termes de la loi électorale du 9 mars 2006, les observateurs nationaux et internationaux dûment
mandatés par les organisations nationales ou internationales et accrédités par la CEI, assistent à
toutes les opérations électorales. Ils ont libre accès à tous les lieux où se déroulent les opérations
électorales. Les témoins des partis politiques assistent à toutes les opérations de vote, de dépouille-
ment de bulletins, de compilation et de décompte des voix. Ils ont le droit d’exiger la mention de
toute observation, réclamation et contestation touchant à la régularité des opérations électorales
dans le procès verbal avant que celui-ci soit déplacé sous pli scellé. S’ils le désirent, ils contre-
signent le procès verbal des opérations électorales, accompagnent les urnes jusqu’au bureau de
liaison et au bureau provincial de la CEI et assistent à toutes les opérations.
Chaque parti politique ou regroupement politique, chaque candidat indépendant avait le
droit de désigner un témoin et son suppléant pour suivre les opérations électorales dans un
bureau de vote et de dépouillement déterminé. Le témoin assiste à toutes les opérations de vote,
de dépouillement de bulletins, de compilation et de décompte des voix. Le nombre de témoins
par candidat, parti politique ou regroupement politique et par bureau de vote ou de dépouille-
ment est fixé à un. Quoi que ne faisant pas partie du bureau de vote ou de dépouillement, le
témoin avait néanmoins droit d’exiger la mention de toute observation, réclamation et contesta-
tion touchant la régularité des opérations électorales dans le procès-verbal avant que celui-ci ne
soit déplacé sous pli scellé. Sur invitation du président du bureau de vote et de dépouillement,
le témoin qui le désirait pouvaient contresigner le procès-verbal des opérations électorales et
accompagner les urnes jusqu’au BL et au BRP de la CEI et assister à la centralisation des résultats
électoraux. L’absence de témoins dans le bureau de vote ou de dépouillement ne constitue pas un
motif d’invalidation du scrutin sauf si elle est provoquée de manière intentionnelle et en violation
des dispositions de la loi électorale. Selon les données fournies par la CEI, les deux candidats pré-
sidentiels ont demandé l’accréditation de 200.180 témoins pour le deuxième tour, sans jamais en
fournir la liste. Certaines irrégularités ont été relevées : à Lubumbashi notamment, les électeurs
radiés ou déplacés ont été ouvertement appelés à s’accréditer comme témoins du PPRD pour
pouvoir voter sur les registres de dérogation.

245 Idem, p.95.

104 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Alors que le témoin est mandaté par les candidats indépendants, les partis politiques ou
les regroupements politiques et choisis parmi les personnes inscrites sur la liste des électeurs,
les observateurs, eux, le sont par les organisations nationales ou internationales et sont choisis
parmi les congolais ou les étrangers accrédités par la CEI pour assister à toutes les opérations
électorales. Ils ont libre accès à tous les lieux où se déroulent les opérations électorales.
Selon les données communiquées par la CEI, plus de 111 000 accréditations246 ont été dis-
tribuées à l’occasion des scrutins du 29 octobre. Regroupant 24 réseaux d’observation, le Cadre
de concertation de la société civile pour l’observation des élections, a fourni les effectifs les plus
nombreux, avec près de 57 000 observateurs nationaux à travers le pays. Les réseaux issus de la
société civile et des confessions religieuses ont souvent mené un travail de formation important.
Certains réseaux bénéficiant d’un partenariat international (IFES, NDI, EISA) se sont générale-
ment distingués par une certaine maîtrise des outils méthodologiques de l’observation électo-
rale. La présence des observateurs nationaux a été particulièrement forte lors des opérations de
dépouillement. Par manque de moyens matériels, le déploiement des observateurs nationaux a
été généralement concentré dans les principaux centres urbains et s’est essentiellement limité
aux jours des scrutins. Un nombre retreint de réseaux d’observation nationale a pu maintenir
une présence continue durant les opérations de compilation des résultats dans les Centres locaux
de compilation des résultats (CLCR). L’accès des observateurs nationaux à l’ensemble des étapes
de la compilation a par ailleurs été occasionnellement rendu plus difficile par la résistance de
certains membres de CLCR. Certaines initiatives développées par le Cadre de concertation de la
société civile, comme la mise en commun des relevés de résultats recueillis lors du dépouille-
ment pour assurer un contrôle des résultats officiels, pourraient être menées à terme publique-
ment.

Encadré 8 : Extrait du rapport de la Mission Electorale


d’Observation conjointe EURAC-CDCE
La mission EurAc note le peu d’irrégularités constatées dans l’ensemble des bureaux de vote
observés. Seuls certains cas isolés ont été rapportés par les observateurs EurAc. Des problèmes
plus structurels furent néanmoins relevés (prise en charge des analphabètes et utilisation
abusive des listes d’omis et de dérogation). La Mission estime que ces cas ne remettent pas
en cause la régularité du scrutin. Certains abus d’influence ont toutefois été constatés, l’un des
observateurs EurAc rapporta un cas de bourrage d’urnes, à Bongatshala près de Mweka dans
la province du Kasaï Occidental, tandis que plusieurs d’entre eux déplorent, à certains endroits,
un réel manque de rigueur quant à l’application de l’encre indélébile, appliquée sur le petit doigt
des personnes ayant déjà voté.

246 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne, Rapport cité, p.53.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 105


I. Irrégularités mineures
1. La prise en charge des électeurs analphabètes est demeurée problématique et ce, malgré
les tables de réflexion organisées à ce sujet dans l’entre-deux scrutins. Suite à celles-ci,
la décision de ne plus fournir d’assistance aux personnes illettrées à l’intérieur même de
l’isoloir fut prise par la CET. (…) Au vu de ces difficultés quant à la prise en charge des
électeurs analphabètes, la mission recommande à la CEI et à la société civile d’approfondir
la réflexion lancée sur ce thème, afin qu’une méthodologie correcte pour le vote de cette
catégorie de personnes puisse être élaborée.
2. La mise à mal de la garantie du secret du vote pour les illettrés ne va pas sans poser la
question de la pression sociale exercée au sein même du bureau de vote et susceptible
d’influencer le choix de l’électeur. Deux facteurs ont par ailleurs renforcé cette pression
sociale d’une part, la très forte polarisation de l’électorat (…) et le climat de suspicion
ambiante qui régnait de manière générale et d’autre part, les nombreuses distributions
de cadeaux durant la campagne, susceptibles d’obliger les électeurs à voter pour l’un ou
l’autre camp, conformément au principe du donnant-donnant.
3. La mission d’observation EurAc déplore un manque de rigueur dans l’utilisation des listes
d’omis, établies à l’origine pour parer aux seuls ratés du processus d’enrôlement. Certains
observateurs EurAc ont pu constater des cas de personnes inscrites sur les listes d’omis
alors même que leur numéro d’électeur ne correspondait pas aux numéros inclus dans
la fourchette des omis du bureau de vote. Des électeurs ont ainsi pu être inscrits sur des
listes d’omis alors qu’ils n’avaient rien à y faire, voire que leur numéro d’électeur relevait
d’un autre bureau du même centre de vote. Tel manque de rigueur renvoie inévitablement
à la question des votes multiples, dont au moins un cas fut avéré (…).
4. La mission d’observation EurAc déplore un manque de rigueur dans la procédure de
marquage à l’encre indélébile des électeurs ayant voté. (…)
II. Irrégularités majeures
1. Des cas isolés d’abus d’influence sur des électeurs analphabètes ont été observés. Ces cas
sont liés au manque de respect de la consigne de non-accompagnement des analphabètes
par les agents électoraux et les témoins. Certains parmi eux ont ainsi abusé de l’ignorance
des analphabètes pour influencer leur vote.
2. Les observateurs EurAc ont constaté par endroits une utilisation abusive des listes de
vote par dérogation, servant à consigner les noms et numéros des électeurs déplacés et
munis d’un ordre de mission justifiant le motif de leur déplacement. Une trentaine de cas
de listes anormalement longues a été reporté sur le territoire de Mweka mais seul un cas
d’usage réellement abusif a été avéré par un Chef de Centre (BV 9622 C d’Ishamandongo,
territoire de Mweka). La présidente de bureau y aurait laissé voter un officiel et ce, pour
plus de cent personnes sous prétexte que celles-ci étaient malades.
3. Certains cas de bureaux dans lesquels les électeurs votaient à l’aide d’un crayon ont
été observés par les observateurs EurAc (…), ce qui soulève la question d’une possible
manipulation des résultats.
4. La présence de soldats armés de Laurent Nkunda a été signalée devant certains BVD du
Rutshuru (Nord Kivu).
5. Un seul et unique cas de bourrage d’urne fut rapporté par des témoins et observateurs
nationaux. II s’agit du CV 9644 de Bongatshala (Territoire de Mweka, Kasaï Occidental).

106 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Les bureaux A, B et E seraient concernés pour un total de 164 bulletins frauduleusement
introduits. Ces informations n’ont cependant pas pu être vérifiées par les observateurs
EUrAC lors de la compilation.
S o urce  :
EurAc-CDCE, Rapport de la Mission d’Observation Electorale conjointe EurAc-CDCE, Kinshasa, janvier 2007, pp.
32–34, disponible sur http://www.diplomatie?be/fr/pdf/cvar5fr.pdf, (consulté le 27 octobre 2009).

G. Contentieux des élections


Entre le 25 et le 28 août, la CSJ a reçu huit requêtes en contestation des résultats de l’élection
présidentielle du premier tour. Outre un recours rejeté pour incompétence de la Cour, cinq ont
été jugés irrecevables pour défaut de qualité ou défaut d’intérêt du requérant, et deux recevables
mais non fondés, pour absence de preuve des griefs soulevés. On notera que le recours le plus
détaillé et documenté, introduit par Azarias Ruberwa pour le RCD, a été jugé irrecevable en
raison de l’absence dans le dossier d’un mandat par le comité exécutif de son parti, seul habilité
à introduire un recours d’après les statuts du RCD.247

Procédure contentieuse
Les compétences des cours et tribunaux en matière de contentieux électoral sont établies dans
la loi électorale du 9 mars 2006. Les dispositions du Code d’organisation judiciaire hérité de la
Deuxième République ont été appliquées et sont complétées par les quelques éléments de procé-
dures contenus dans la loi électorale. L’ensemble des textes applicables aux élections attribue un
large champ de compétence à la Cour suprême de justice (CSJ) et aux Cours d’appel. Le règle-
ment des contentieux du référendum et des consultations électorales est confié à titre principal
aux organes juridictionnels.
En attendant la mise en place effective de la Cour constitutionnelle instituée par l’article 157
de la nouvelle Constitution du 18 février 2006 et aux termes de l’article 150 de la Constitution de
la Transition, de l’article 161 alinéa 2 de la Constitution de la Troisième République et de l’article
75 de la loi électorale du 9 mars 2006, la Cour Suprême de Justice est juge du contentieux des
élections présidentielle, législatives ainsi que du référendum. La Cour d’Appel, quant à elle, est
juge du contentieux des élections provinciales, le Tribunal de grande instance juge du conten-
tieux des élections urbaines et municipales et le Tribunal de paix juge du contentieux des élec-
tions locales.248 Leurs décisions doivent être rendues avec célérité : trois jours après la saisine,
pour le référendum ; quarante-huit heures pour le contentieux de la campagne électorale ; sept
pour les autres contentieux. La proclamation des résultats définitifs du référendum et des élec-
tions relève de la compétence exclusive des juridictions. En cas de recours contre les résultats
provisoires annoncés par la CEI, cette proclamation ne peut intervenir qu’après l’examen desdits
recours par les juridictions compétentes.249 Qu’il s’agisse de l’établissement des listes électorales,

247 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne, Rapport cité, p.57.


248
Loi n°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines,
municipales et locales, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin 2006, article 75.
249 Loi n°05/ 010 du 24 décembre 2004 portant organisation du référendum constitutionnel en République Démocratique du

Congo, Journal Officiel, numéro spécial, 27 décembre 2004, article 70 et Loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des

ELECTIONS EN R.D. CONGO 107


de la présentation des candidatures, de la campagne ou des opérations référendaires, les juridic-
tions statuent en dernier ressort.
Des recours peuvent être introduits en contestation à plusieurs stades du processus et sur
de nombreux aspects : établissement des listes électorales, enregistrement des candidatures,
irrégularités intervenues avant ou pendant les scrutins, établissement des résultats. Des recours
de nature pénale, notamment pour des infractions incluses dans la loi électorale, sont égale-
ment possibles. La loi électorale a en revanche restreint les requérants autorisés à saisir la CSJ
aux candidats indépendants et aux formations politiques ayant présenté des candidats, alors que
la loi référendaire étendait ce droit aux électeurs congolais. Même si la compétence attribuée à
la Cour de proclamer les résultats définitifs des scrutins peut être considérée comme donnant
implicitement une possibilité d’auto saisine, la loi électorale ne le prévoit pas explicitement. Au
titre des dispositions sur le contentieux électoral, elle organise le traitement du contentieux, puis
l’annonce des résultats définitifs si les recours sont jugés irrecevables ou non fondés. Selon cette
lecture, la Cour peut rectifier les résultats pour erreur matérielle ou décider d’annuler le scrutin
en tout ou en partie, uniquement si elle est saisie d’une contestation en la matière. Les délais
alloués aux candidats, partis politiques ou regroupements de partis politiques pour former des
recours a été fixé à 3 jours, après avoir été initialement établi à 48 heures.
Dans le cadre du scrutin présidentiel, la CSJ disposait de sept jours à compter de sa saisine
pour statuer. Pour les scrutins législatifs et provinciaux, la CSJ et les Cours d’Appel avaient deux
mois pour statuer. Les nouvelles assemblées sont mises en place sur base des résultats provi-
soires annoncés par la CEI, et les recours n’ont pas valeur suspensive.
Dans le cadre des élections législatives, la CSJ a mis en place un dispositif organisant la
réception des recours en contestation des résultats visant à permettre aux requérants de les
introduire dans le délai légal de trois jours. Les greffiers des Cours d’Appel étaient habilités à rece-
voir les requêtes et à les transmettre à la CSJ par courrier express, avec l’appui du PNUD. Dans le
souci de rendre la justice accessible à tout candidat se sentant lésé, le législateur avait simplifié les
voies de recours permettant aux candidats indépendants ainsi que ceux désignés par les partis et
regroupements politiques ou leurs mandataires de saisir les juridictions compétentes.250 A cela
s’ajoutait le fait que la Cour Suprême de Justice statuait sans frais251 sur les contestations qui lui
étaient soumises.

Contentieux post-référendaire
En sa qualité de juge du contentieux référendaire, la Cour Suprême de Justice a reçu au total
13 requêtes contestant les résultats du référendum, entre le 20 décembre 2005 et le 19 janvier
2006. Ces requêtes ont été introduites par 7 requérants distincts, dont 3 partis à titre individuel,
3 regroupements de plusieurs partis, et une personne physique. La phase juridictionnelle de

élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin octobre
2006, article 75.
250 Idem, article 73.
251 Article 74, alinéa 4 de la loi précitée.

108 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
l’établissement du referendum, à l’instar du déroulement même du scrutin, n’a pas bénéficié
d’une mobilisation forte de la part des partis politiques.
Sur le fond, les recours demandaient tous l’annulation des opérations ou des résultats du
referendum, pour violation de la loi référendaire. Dans leurs plaidoiries, certains partis ont
demandé à la Cour de procéder à la vérification des résultats, les irrégularités constatées ayant
conduit, selon eux, à fausser les résultats du scrutin. Les faits soulevés étaient : i) l’insuffisance
de la campagne de vulgarisation ainsi que le refus de la HAM de garantir aux acteurs prônant le
boycott un accès aux médias comparable à celui assuré aux tenants du oui et du non, influençant
ainsi de façon significative les résultats du scrutin ; ii) la publication de plusieurs versions de la
Constitution ; iii) la violation de la période de silence par les déclarations de responsables poli-
tiques le jour du scrutin sur le choix qu’ils venaient d’exprimer ; iv) l’absence de publication des
listes de bureaux de vote 30 jours avant le scrutin ; v) la violation du secret du vote par l’apposition
d’empreintes digitales sur le bulletin ; vi) la prolongation des scrutins au-delà de la durée légale ;
vii) les irrégularités dans le dépouillement. Certaines requêtes soulevaient également des excep-
tions préliminaires, notamment mettant en cause la constitutionnalité de la loi sur l’enrôlement,
de la loi portant organisation, attribution, et fonctionnement de la CEI, de la loi référendaire.
Toutes les requêtes ont été rejetées, soit pour prématurité, soit pour défaut de qualité dans le
chef des représentants des requérants soit pour inexistence juridique de ces dernières, ou encore
pour non fondement, et n’ont généralement pas permis à la Cour de se prononcer sur le fond.
Dans l’ensemble, la procédure s’est déroulée conformément aux textes régissant le traite-
ment du contentieux par la Cour Suprême de Justice. La Cour a statué dans le délai légal de 15
jours à compter de sa saisine. Toutefois, les requérants ont dénoncé des délais de convocation
trop courts. La CEI a dit ne pas avoir été convoquée à temps pour l’une des audiences et a estimé
que les droits de la défense avaient été violés. Certains requérants n’ont par ailleurs pas souhaité
comparaître lors de plusieurs audiences, ce qui portait atteinte au principe du contradictoire.

Contentieux des résultats de l’élection présidentielle


Après le second tour, la Cour Suprême de Justice a enrôlé 8 recours contre les résultats de
l’élection présidentielle publiés par la Commission électorale indépendante le 15 novembre
2006.252 Parmi ces recours figurent celui du Mouvement de Libération du Congo (MLC)253
introduit le 18 novembre 2006 par lequel ce parti sollicitait l’annulation, pour fraudes et irré-
gularités, du scrutin dans certains centres et bureaux de vote ainsi que la proclamation de son
candidat vainqueur de la susdite élection.254
Interrompue par la prise d’assaut et l’incendie de la CSJ par des militants du MLC, l’instance
s’est déroulée dans un climat extrêmement tendu. La requête du MLC abordait certains points
pertinents, tels que l’exclusion de témoins du MLC de bureaux de vote et l’utilisation abusive

252 J.M. Katuala Kaba Kashala, La jurisprudence électorale congolaise commentée, Kinshasa, 2007, p.18.
253Le Mouvement de Libération du Congo (MLC) est le parti qui a obtenu 64 sièges à l’Assemblée Nationale et 15 au Sénat. Son
président a été retenu pour le deuxième tour de l’élection présidentielle.
254 J.-L. Esambo Kangashe, « Constitutionnalisme et résolution des conflits en Afrique », communication à la conférence du

Réseau Africain du Droit Constitutionnel, Dakar 2008, disponible sur


http://www.publiclaw.uct.ac.za/usr/.../Dakar%20programme.doc., p.8, consulté le 14 octobre 2009.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 109


des listes de dérogation, sans toutefois avancer une argumentation solide (manque de préci-
sion des faits allégués, utilisation de quelques cas d’exemples pour démontrer des fraudes
supposées massives, référence à des chiffres non explicités et manifestement exagérés, absence
d’explication à l’audience). Evoquant la planification d’une fraude systématique et massive par
l’établissement des listes des omis et listes spéciales dont elle avait pourtant officiellement avalisé
le principe, la formation de Jean-Pierre Bemba a avancé le nombre surprenant de « 2 194 469
électeurs fictifs ayant exprimé leur suffrage frauduleusement au détriment du candidat du MLC
». Dans sa requête, le MLC demandait en outre à la CSJ, non de décider de l’annulation du
scrutin, mais de proclamer Jean-Pierre Bemba élu Président de la République, sans expliciter
l’éventuelle incidence des fraudes évoquées sur le nombre de voix attribuées aux deux candidats.
Au terme d’une instruction contestée, la Cour Suprême de Justice (CSJ) a rendu deux arrêts,
le 27 novembre dans la soirée, l’un portant sur la requête en contestation des résultats, l’autre
proclamant les résultats définitifs de l’élection présidentielle. La CSJ a rejeté l’ensemble des griefs
soulevés, avec un raisonnement conforme à sa jurisprudence, statuant sur les pièces fournies
par les requérants sans nécessairement approfondir l’examen sur le fond par des mesures
d’instruction. Elle n’a en outre que partiellement répondu à la question de l’utilisation des listes
des omis et registres de dérogation, en s’appuyant sur la régularité de leur établissement pour en
déduire l’absence d’incidence sur le scrutin – sans égard pour les abus effectivement constatés
dans leur utilisation.255

Contentieux des résultats des élections législatives


La Cour Suprême de Justice a également été saisie des recours contre les résultats des élections
législatives. Après l’annonce des résultats provisoires des élections législatives, le 7 septembre
2006, 414 recours ont été enregistrés au greffe de la CSJ, qui a par la suite rendu 208 arrêts
d’irrecevabilité, 18 de désistement, 79 de non fondement, 6 d’incompétence, et 30 de fond-
ement.256 Elle a opéré diverses rectifications matérielles et procédé aux redressements des
décomptes des voix nécessaires voire même procédé à l’annulation des élections dans la cir-
conscription électorale de Befale, située dans la province de l’Equateur. Dans l’examen de ces
différents recours, la Cour Suprême de Justice est arrivée à « invalider » l’élection de certains
députés préalablement proclamés élus par la Commission électorale indépendante.257
Comme le montre le tableau, la majorité des requêtes soumises à la CSJ ont été rejetées
pour irrecevabilité. La Cour suprême a donc adopté une interprétation trop mécanique des
règles de forme qu’elle a appliquées au pied de la lettre, même si cela devait porter atteinte à
l’intégrité des élections et à la vérité des urnes, en laissant subsister des résultats qui auraient pu
être invalidés si les recours avaient été examinés au fond. Parmi les motifs de rejet des recours
les plus fréquents il faut mentionner le fait qu’un nombre important de requérants n’avaient
pas qualité à agir, car ils avaient introduit des recours en leur nom et non par l’intermédiaire de

255Cour suprême de justice, Bulletin des arrêts de la Cour suprême de justice, numéro spécial consacré aux contentieux électoraux
2006/07, Kinshasa 2007, pp.89–110.
256 J.-L. Esambo Kangashe, op.cit., p.9.
257 J.M. Katuala Kaba Kashala, op.cit., pp.431–433.

110 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
leurs partis politiques, dûment mandatés à cet effet. Sur le fond, les recours présentés étaient
en général faiblement étayés en éléments de preuve, ce qui a conduit au rejet de la plupart des
requêtes. A ce titre, le délai particulièrement court de 3 jours à compter de la publication des
résultats provisoires par la CEI a certainement pénalisé les candidats et leurs conseils. Surtout,
l’absence de résultats détaillés par bureaux de vote a rendu difficile la préparation de recours
documentés. L’impossibilité de disposer de témoins dans la totalité des bureaux de vote, rendait
alors impossible toute contestation précise des scores publiés par circonscription, sauf si les PV
récoltés suffisaient à démontrer un score supérieur au total des voix obtenues. Certains candidats
ont d’ailleurs découvert leur défaite seulement au moment de l’annonce de la liste des députés
élus, après des rectificatifs effectués par le Centre national de compilation des résultats (CNCR)
dans le cadre de son contrôle de cohérence.258

Tableau 5: Contentieux des résultats des élections législatives

N° Désignation Elections législatives


Députés nationaux Sénateurs

1 Affaires jugées 343 17

2 Affaires non jugées 71 –

3 Affaires jugées irrecevables 208 12

4 Affaires jugées non fondées 79 5

5 Affaires jugées fondées 30 –

6 Affaires jugées sans objet 2 –

7 Affaires ayant abouti au désistement 18 –

8 Invalidation 18 –

9 Affaires pour lesquelles la Cour s’est 6 –


déclarée incompétente

10 Tierces oppositions 49 –

11 Autres recours

Interprétation et 3 –
rectification d’erreurs

Surséance ou suspension 1 –
d’exécution

Révision d’arrêt 3 –

Intervention volontaire 1 –

TOTAL AFFAIRES ENREGISTREES 414 17

Source : J.M. Katuala Kaba Kashala,Kinshasa, 2007, p.429.

258 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne, Rapport cité, p.59.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 111


Contentieux des résultats des élections provinciales
Enfin, la Cour a été sollicitée comme juridiction d’appel non seulement contre les résultats des
élections provinciales mais aussi à propos des litiges portant sur des questions de nationalité
des candidats. Il en est ainsi de ceux qui ont surgi à deux jours des élections des gouverneurs
à la suite d’une lettre de la CEI adressée au MLC et tendant à la disqualification des candidats
Dominique Kanku Kabengele, candidat au poste de Gouverneur dans la province du Kasaï
Oriental et Alexandre Kande Mupompa candidat au poste de Gouverneur dans la province du
Kasaï Occidental, tous deux présentés sur la liste de l’Union pour la Nation259 au motif qu’ils pos-
sédaient une double nationalité.260 Les Cours d’Appel de Mbuji-Mayi et de Kananga se sont pro-
noncées en faveur des candidats. Les appels relevés par la CEI contre ces arrêts ont été déclarés
irrecevables par la Cour Suprême de Justice pour défaut de qualité.261 Dès lors, les candidats ont
pu se présenter aux élections des gouverneurs.262
Dans l’ensemble, la Cour Suprême de Justice et les Cours d’appel ont joué un rôle impor-
tant tant en matière d’interprétation de la loi électorale que durant le contentieux des élections
générales organisées entre 2006 et 2007 par la Commission Electorale Indépendante. Par
exemple, la Cour Suprême de Justice a réussi notamment à obtenir un prolongement des délais
légaux compte tenu du volume des recours au sujet desquels elle était appelée à statuer et tout
cela dans le but de préserver la démocratie.263 Mais la Cour Suprême de Justice et les Cours
d’Appel sont confrontées à un grave manque de moyen matériels et humains et à la caducité du
système juridique congolais. L’indépendance des juges a en outre été mise en cause de façon
récurrente, de façon plus prégnante encore dans le cas de la CSJ, dont certaines décisions ont mis
à mal la perception d’impartialité. Le secteur judiciaire congolais n’a pas bénéficié des mesures
indispensables à son fonctionnement indépendant et efficace. Ce retard dans la réalisation des
objectifs de la Transition n’a évidemment pas permis de restaurer l’image des juridictions congo-
laises dans la perspective du contentieux électoral. La priorité donnée au désarmement et au pro-
cessus électoral a mobilisé les efforts, notamment de la communauté internationale. Certaines
réformes prévues par la Constitution de transition, telles que l’adoption d’une législation sur le
Conseil Supérieur de la Magistrature et sur la réforme du statut de la magistrature n’ont pas
été menées à bien. L’efficacité de la justice dans le traitement des contentieux électoraux a été
particulièrement éprouvée par le manque d’expérience des juges congolais dans ce domaine.
L’assistance technique du PNUD et de l’Organisation internationale de la francophonie
(OIF) a néanmoins contribué à répondre à la nécessité de renforcer les capacités des juridictions
dans le cadre du contentieux électoral, apparue clairement lors du référendum constitutionnel

259 Coalition de partis autour de Jean-Pierre Bemba Gombo lors du second tour de l’élection présidentielle.
260N. Obotela Rashidi et J. Omasombo Tshonda, De la fin des ‘composantes’ à l’hégémonie par les élections en R.D.C, L’Afrique
des Grands Lacs. Annuaire 2006/07, disponible sur http://www.ua.ac.be/objs/00151015.pdf, consulté le 14 octobre 2009).
261Cour Suprême de Justice, Bulletins des arrêts de la Cour Suprême de Justice. Contentieux électoraux 2006 -2007, numéro spécial,
Kinshasa, 2007, pp.350–353.
262 Cf. CEI, Décision n°009/CEI/BUR/007 du 09 février 2007 portant modification de la décision n°007/CEI/BUR/07 du 26
janvier 2007, disponible sur http://www.cei-rdc.cd/article.php3?id_article=239, consulté le 25 septembre 2008.
263 Entretien le 21 novembre 2008 avec le Greffier en Chef de la Cour Suprême de Justice.

112 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
et revêtant une importance cruciale en raison de l’extrême complexité du système électoral mis
en place. Un programme d’appui a été élaboré à l’usage de la CSJ et des cours d’appels, visant
notamment à renforcer la formation des juges tout en respectant l’indépendance des juridic-
tions dans leurs délibérations. Ce soutien technique n’a cependant pas empêché la CSJ et les
Cours d’Appel de n’exercer que de façon très limitée et imparfaite leur fonction de garant de la
régularité des scrutins. Leur traitement du contentieux électoral s’est borné très souvent à statuer
sur les informations fournies, sans examen de pièces supplémentaires. L’irrecevabilité de toutes
les contestations du résultat du référendum et de près des deux tiers des contestations pour
les élections présidentielle et législatives a significativement restreint le contrôle de l’intégrité
des résultats malgré les éléments indiquant l’éventualité de fraudes susceptibles d’avoir eu une
influence décisive sur les résultats de certaines circonscriptions. L’examen des recours déclarés
recevables a cependant permis de corriger, pour quelques circonscriptions, les erreurs commises
lors de l’établissement des résultats des législatives ou de les annuler quand des irrégularités
flagrantes avaient été constatées.
Mais les observations formulées sur l’administration du contentieux relatif aux scrutins
passés appellent les recommandations264 dans les principaux points ci-après : i) de moyens
suffisants au profit de la CENI pour pouvoir traiter les requêtes des candidats, dans le cadre
du contentieux pré-électoral ; ii) publication, pour les besoins de transparence, des décisions de
la CENI sur les réclamations et contestations relatives à l’ensemble des opérations électorales,
en vue d’un contrôle effectif des résultats des scrutins, notamment sous la forme d’un rapport
publié après proclamation des résultats provisoires ; iii) renforcement de la formation des partis
politiques, des candidats et de leurs témoins au contentieux électoral en amont des échéances
électorales afin de préparer leurs mandataires à la contestation devant les instances judiciaires ;
iv) prorogation des délais d’introduction de recours devant les juridictions compétentes de
manière à autoriser la constitution de contestations documentées devant les juridictions compé-
tentes ; v) extension des délais le traitement du contentieux en cas de non épuisement de toutes
les affaires ; vi) en cas d’annulation des résultats, la législation devrait prévoir un délai fixe pour
la répétition des scrutins.

H. Rôle de la communauté internationale


Le processus électoral a donc fait l’objet d’un engagement sans cesse accru de la communauté
internationale à toutes les étapes de sa préparation et de son organisation, réunie notamment
dans le cadre d’un comité technique international à partir d’octobre 2003 sous l’égide des Nations
Unies. Cet appui de la Communauté internationale au processus électoral a fait apparaître une
multitude d’acteurs et conduit à la création de plusieurs cadres de concertation et d’opération pour
pallier les inévitables problèmes de coordination. Tout en apportant à la CEI un solide appui
technique et logistique, le rôle des acteurs internationaux a néanmoins eu pour conséquence
de minimiser les soutiens politiques internes au processus électoral tout en posant une menace
constante à l’indépendance de la CEI.
264 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Rapport final d’observation

du référendum constitutionnel, du 21 février 2006, pp. 50–51 et Rapport final d’observation présidentielle, législatives et provinciales, du
23 février 2007, pp.64–65.

ELECTIONS EN R.D. CONGO 113


Cadres de concertation et d’opération
La concertation que la CEI a développée avec les acteurs internationaux s’est exprimée en particu-
lier à travers le Comité International d’Appui à la Transition (CIAT), la Division électorale de la
Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC), le Projet d’appui au proces-
sus électoral au Congo (APEC) et le Projet d’Appui au Cycle Electoral (PACE) du Programme des
Nations Unies pour le Développement et la Délégation de l’Union Européenne.

Le Comité International d’Accompagnement de la Transition


Le Comité International d’Accompagnement de la Transition (CIAT) représente une innovation
institutionnelle introduite par l’Accord Global et Inclusif, par laquelle la RDC, tout en demeurant
un Etat formellement souverain, a dû cependant intégrer au sein de ses institutions, en tant
qu’arbitre, un comité réunissant les représentants de la Communauté internationale. Regroupant
les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi
que les représentants de l’Union européenne, l’Union africaine, la MONUC, l’Afrique du Sud,
l’Angola, la Belgique, le Canada, le Gabon et la Zambie, il avait officiellement pour mission
d’accompagner la RDC dans la mise en œuvre des textes issus du Dialogue Intercongolais.
Plus concrètement, son mandat incluait les termes d’opérations suivants : i) assurer la garantie
internationale en vue de la bonne mise en œuvre dudit Accord ; ii) soutenir le programme de la
transition en RDC ; iii) apporter son soutien actif à la sécurisation des institutions de la transi-
tion issues du Dialogue Intercongolais et à l’application effective des dispositions du chapitre
8(2.2) de l’Annexe A de l’Accord de Lusaka, en ce qui concerne notamment, la neutralisation et
le rapatriement des groupes armés opérant sur le territoire de la RDC ; iv) arbitrer et trancher
tout désaccord pouvant survenir entre les parties à l’Accord et assister le Comité de suivi dans
l’accomplissement de son mandat.265
Pendant la période de la transition, le rôle joué effectivement par le CIAT fut des plus
ambigus. Contrairement à ce que voulait faire croire son nom, le CIAT était bien plus qu’un
« accompagnateur » : ce fut un « acteur » à part entière. Même s’il s’en défendait, il était « la main
qui guidait » la transition puisqu’il définissait le travail gouvernemental e