Afrimap RDC Low-Res-Final
Afrimap RDC Low-Res-Final
Démocratique du Congo
Démocratie et participation à la vie politique :
une évaluation des premiers pas dans la
IIIème République
Novembre 2010
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l’Open Society Initiative for Southern Africa
ISBN : 978-1-920489-02-1
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Partie I
Démocratie et participation à la vie politique : une évaluation des premiers pas
dans la IIIème République
Document de réflexion et de plaidoyer
Introduction 2
1 Consolider le cadre constitutionnel de la participation politique 4
2 enforcer l’indépendance de la CENI pour solidifier la légitimité
R
des élections 6
3 Assainir le paysage partisan 10
4 « Un tigre en papier » ? Rendre effectif le contrôle parlementaire 12
Conclusion 17
Partie II
Démocratie et participation à la vie politique : une évaluation des premiers pas
dans la IIIème République
Rapport principal
1 adre juridique et constitutionnel de la vie politique en
C
R.D. Congo 20
A. Le droit international 21
B. La constitution Congolaise 23
C. Recommandations 36
vi R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Encadré 20 Programme Amani, les chefs coutumiers se plaignent d’être écartés 241
Encadré 21 RDC : Les Chefs coutumiers ont peur ! 242
Encadré 22 Les chefs coutumiers de la Province Orientale demandent le départ de
l’Administrateur Délégué Général de l’Okimo 250
Encadré 23 Ineffectivité de l’aide publique au développement de la RDC 262
R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E vii
Liste des figures et tableaux
Figure 1 Organigramme de la Commission Electorale Indépendante 82
Figure 2 Coût des élections de 2006 en RDC 85
Figure 3 Evolution des taux de participation par province selon les types de scrutins 94
Figure 4 Gouvernance générale : montants par secteurs et nombres de projets. 259
viii R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Tableau 16 Commissions d’enquête Parlementaire mises en place au cours de la
1ère législature de la IIIème République du Sénat (situation au
27 Novembre 2009) 176
Tableau 17 Recettes du Budget 2007 du Sénat : Rémunération 193
Tableau 18 Recettes du Budget 2007 du Sénat : Frais de fonctionnement 194
Tableau 19 Dépenses du Budget 2007 du Sénat : Rémunération 194
Tableau 20 Recettes du Budget 2007 du Sénat : Frais de fonctionnement 195
Tableau 21 Répartition des Députés provinciaux par province. 211
Tableau 22 Part de rétrocession des recettes à caractère national par province 222
Tableau 23 Participation des chefs coutumiers reconnus à l’Assemblée Nationale, 2006. 235
Tableau 24 Participation des chefs coutumiers non reconnus à l’Assemblée
Nationale, 2006. 235
Tableau 25 Participation des chefs coutumiers reconnus au Sénat, 2006. 236
Tableau 26 Participation des chefs coutumiers non reconnus par l’autorité 236
Tableau 27 Nombre de Chefferies en RDC par Province 244
Tableau 28 Synthèse de la structure du financement total du PAP 2007/08 260
Tableau 29 Structure de financement des PAP 2007/08 et 2009/10 (en US$ millions) 261
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Liste des abréviations
x R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
CNCR Centre national de compilation des résultats
CNOC Coordination nationale des opérations électorales
CNS Conférence Nationale Souveraine
CNT Centre national de traitement
CREAC Centre de recherche et d’expertise sur l’Afrique centrale
CSMOD Cadre Stratégique de Mise en Œuvre de la Décentralisation
CTT Cellule technique de télécommunication
DIC Dialogue Inter-Congolais
DSCRP Document de Stratégie de la Croissance et de Réduction de la Pauvreté
ETD Entités Territoriales Décentralisées
EISA Electoral Institute of Southern Africa
EURAC Réseau Européen pour l’Afrique Centrale
FARDC Forces Armées de la République Démocratique du Congo
FIDA Fonds International de Développement Agricole
FMI Fonds Monétaire International
HAM Haute Autorité des Médias
HCR-PT Haut Conseil de la République Parlement de la Transition,
IDE Investissement Direct Etranger
IDH Indice du Développement Humain
IFES International Foundation for Election Systems
LICOCO Ligue congolaise de lutte contre la corruption
MLC Mouvement de Libération du Congo
MNC Mouvement National Congolais
MOE-UE Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne
MONUC Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo
NDI National Democratic Institute
NEPAD Nouveau Partenariat pour le déveopement de l’Afrique
OCDE Organisation de Coopération et Développement Economique
OGE Organisme de Gestion des Elections
OIF Organisation Internationale de la Francophonie
OMD Objectifs du Millénaire pour le Développement
ONEL Observatoire national des élections
OSC Organisations de la société civile
PACE Projet d’Appui au Cycle Electoral
PALU Parti Lumumbiste Unifié
PAP Programme d’Actions Prioritaires du gouvernement de la RDC
PAS Plans d’ajustement structurel (PAS)
PDG Programme de Gouvernance du gouvernement de la RDC
PGAI Plateforme de Gestion de l’Aide et des Investissements
PIB Produit intérieur brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
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PNUD- DDRProgramme du PNUD pour le désarmement, la démobilisation et la réinser-
tion
PPRD Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie
PPTE Pays Pauvres Très Endettés
PRCG Projet de Renforcement des Capacités en Gouvernance
PSA Parti Solidaire Africain
RCD Rassemblement Congolais pour la Démocratie
RCD-K-ML Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani-Mouvement de
Libération
RCD-N Rassemblement des Congolais Démocrates et Nationalistes
RENOSEC Réseau national pour l’observation et la surveillance des élections auCongo
RTNC Radio-Télévision Nationale Congolaise
SADC Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe
SCRP Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté
UA Union Africaine
UCOP Union de Coordination des Projets
UDEMO Union des Démocrates Mobutistes
UDPS Union Pour la Démocratie et le Progrès Social
UE Union Européenne
UN Union pour la Nation
UNAFEC Union Nationale des Fédéralistes du Congo
UPI Unité de Police Intégrée
xii R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Préface
La République Démocratique du Congo (RDC) est le pays membre de la Communauté des Etats
de l’Afrique Australe (SADEC) le plus vaste, le plus peuplé et probablement le plus stratégique-
ment important du point de vue de ses potentialités économiques. La mesure dans laquelle sa
population participe aux décisions des politiques publiques peut être déterminante pour le projet
démocratique en construction dans pratiquement tous les pays de la SADEC. Les efforts les
plus notables en vue de bâtir une société démocratique dans ce qui était encore appelé le Zaïre
après les années de dictature du parti unique ont été réalisés au cours des travaux de l’historique
Conférence Nationale Souveraine (CNS) en 1992-1993. Le projet de la CNS a néanmoins été
déraillé avant d’avoir réalisé sa promesse et le pays a plongé dans près de deux décennies de crise
politique et de conflits armés. Les négociations politiques appelées « Dialogue Inter Congolais »,
initiées en 2002 en Afrique du Sud pour mettre fin à la crise politique ont mis en œuvre un
processus de transition destiné à ressusciter le projet démocratique étouffé dix ans plus tôt.
Ce processus a abouti à la rédaction et à l’adoption de la Constitution de 2006 qui contient
les garanties les plus progressistes de la participation politique des citoyens que la RDC avait
jamais connues. Sur la base de cette Constitution les élections législatives, présidentielles et pro-
vinciales pluralistes ont été organisées en 2006 et des mécanismes de participation populaire
et de décentralisation du pouvoir ont été mis en place. Quel bilan peut-il être dégagé après près
de cinq ans d’expérimentation de ces mécanismes ? Quelles sont les perspectives qui s’ouvrent
au second cycle en cours du projet démocratique en RDC ? Quelles pistes de solution devraient-
elles être envisagées pour corriger les éventuelles imperfections à une année du deuxième cycle
électoral de la Troisième République ? Telles sont certaines des questions auxquelles cette étude
essaye d’apporter des réponses.
Cette étude sur la démocratie et la participation des citoyens au processus politique est la
deuxième d’une série de quatre études consacrées à l’analyse des questions spécifiques de la
gouvernance en République démocratique du Congo (RDC). Les trois autres analysent les défis
de la gouvernance dans les secteurs respectifs de la justice et de l’état de droit (encore en cours
de finalisation), de la justice militaire et de la prestation des services publics de l’éducation (ces
deux dernières publiées en juin 2009). Ces études ont toutes été initiées conjointement par la
fondation Initiative pour une Société Ouverte en Afrique Australe, OSISA (Open Society Initiative
for Southern Africa) et son projet AfriMAP (Projet pour l’observation et le plaidoyer sur la gou-
vernance en Afrique).
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AfriMAP a été mis en place en 2004 par OSISA et les trois autres fondations africaines du
réseau de l’Open Society Foundation. Son objectif est de suivre de près la mesure dans laquelle
les pays africains et leurs partenaires au développement assurent le respect des normes afric-
aines et internationales en matière des droits de l’homme, de l’état de droit et de la responsabilité
du gouvernement.
AfriMAP a été institué dans un contexte particulier. Depuis que l’Union africaine (UA) a
remplacé l’ancienne Organisation de l’unité africaine (OUA) en 2002, les Etats africains ont pris
des engagements précis en faveur du respect d’une meilleure gouvernance. L’Acte constitutif
de l’Union africaine contient des dispositions visant la promotion des droits de l’homme, des
principes et institutions démocratiques, de la participation populaire et de la bonne gouvernance.
D’autres documents contenant des engagements plus précis ont par la suite été adoptés, parmi
lesquels le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et le Mécanisme
africain d’évaluation par les pairs (MAEP), la Convention pour la prévention et la lutte contre la
corruption, le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples sur les droits
des femmes en Afrique, ainsi que la Charte sur la démocratie, les élections et la gouvernance.
Les travaux de recherche d’AfriMAP ont pour but de faciliter et de promouvoir le respect de ces
engagements en faisant ressortir les principaux enjeux et en fournissant un document de travail
pour les organisations de la société civile agissant aux niveaux national et régional.
Loin d’être un catalogue de jugements subjectifs ou une classification quantitative, les rap-
ports d’AfriMAP se veulent être une discussion aussi complète que possible analysant les forces
et les faiblesses dans la pratique de la gouvernance, du respect des droits de l’homme, et de la
participation politique, et soulignant les domaines qui méritent une amélioration. À travers un
processus de consultation d’experts, AfriMAP a mis au point des formats de rapport dans les
trois domaines suivants: le secteur de la justice et l’état de droit, la démocratie et la participation
politique et la prestation efficace des services publics. Les questionnaires élaborés, notamment
le questionnaire sur la prestation des services publics sur lequel est basé le présent rapport, sont
disponibles sur le site Internet d’AfriMAP à l’adresse: www.afrimap.org.
Les rapports sont établis par des experts des pays concernés, en étroite collaboration avec
le réseau des fondations de l’Open Society Institute en Afrique et avec le propre personnel
d’AfriMAP. L’objectif est que ces rapports constituent une ressource pour les parties prenantes,
les décideurs, les praticiens, les chercheurs et les militants du pays concerné ainsi que pour ceux
qui travaillent dans les autres pays d’Afrique, dans le but d’améliorer le respect des droits de
l’homme et des valeurs démocratiques.
Les recherches en vue de préparer ce rapport ont été réalisées pendant près de deux ans.
Elles ont d’abord porté sur une étude documentaire qui a ensuite été complétée par des enquêtes
de terrain. Au cours de l’enquête de bureau, les chercheurs ont compilé la documentation dis-
ponible sur les institutions publiques et les mécanismes de participation politique au Congo.
La documentation publique a été complétée et enrichie par une importante littérature des
organismes privés et non gouvernementaux sous forme de communiqués, comptes rendus et
rapports des organisations de la société civile, des déclarations et reportages des médias, etc.
xiv R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Ont également été examinées les études académiques disponibles et la littérature produite par
les organisations internationales qui interviennent dans le secteur de la gouvernance politique.
La recherche de terrain a ensuite consisté en une série d’entretiens obtenus auprès des
personnalités politiques, des acteurs des institutions publiques nationales et provinciales, des
agents de l’administration publique, des représentants des partis politiques, des animateurs des
institutions d’appui à la démocratie, des responsables des organisations de la société civile, et
des employés et responsables des organismes internationaux de coopération dans le secteur de
la gouvernance politique. Les versions préliminaires de ce rapport ont été relues et ont fait l’objet
de discussions à différentes étapes du processus, au cours de réunions avec les experts qui ont
accepté de procéder à une relecture critique. Un atelier de validation a finalement été organisé,
au cours duquel la version avancée du rapport a été présentée et les recommandations examinées
par les participants comprenant des élus nationaux et provinciaux, des membres de gouverne-
ments provinciaux, des représentants des organisations de la société civile et des universitaires.
Le caractère très participatif des recherches pour cette étude, la pertinence des analyses qui
y sont présentées, ainsi que les recommandations qui en découlent sont autant d’ingrédients
qui, nous l’espérons, garantissent un débat passionnant sur l’avenir de la participation politique
en RDC. Nous formons le vœu que les décideurs politiques prêteront à ces analyses et recom-
mandations l’oreille qu’elles méritent afin que leur mise en œuvre participe à l’édification d’une
société toujours plus ouverte en RDC et dans toute l’Afrique Australe.
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Remerciements
Ce rapport est le produit de la contribution de nombreuses personnes et institutions que nous
nous faisons le devoir de remercier. Nos remerciements vont en premier lieu au Professeur
Ngoma Binda, politologue et doyen de la faculté des Lettres de l’université de Kinshasa, qui
a coordonné les recherches pour ce rapport. La préparation et la rédaction de ce rapport sont
l’œuvre d’une équipe composée, outre le professeur Ngoma-Binda, du professeur Otemikongo
Mandefu, politologue et enseignant à la faculté des sciences politiques de l’université de
Kisangani, et de Mme Leslie Moswa, assistante à la faculté de droit de l’université de Kinshasa.
Les Professeurs Mampuya Kanunk’a Tshiabo, analyste politique dont les critiques sont fréquem-
ment rapportées dans les médias, Obotela Rachidi, rédacteur de la revue Congo-Afrique, et
Esambo Kaganshe, fréquent commentateur des affaires constitutionnelles, tous de l’Université
de Kinshasa, ont accepté de lire et commenter une version avancée de cette étude. Nous tenons à
leur exprimer notre appréciation des critiques constructives qui ont permis d’enrichir cette étude.
Nous tenons également à remercier les personnes suivantes, et les organisations et
structures qu’elles représentent, pour avoir contribué à l’enrichissement de ce rapport par les
commentaires critiques et leur participation aux travaux de l’atelier de validation du rapport :
Dave Banza de la Commission Electorale Indépendante ; Mme Eve Bazaiba, Sénatrice (MLC);
Ambassadeur K.F. Beltchika, dirigeant de l’UDPS ; Mme Kanyeba Beya, Conseillère au Bureau
d’Etudes du Sénat ; Jérôme Bonso, président de la LINELIT ; Isaac Buchekabiri, député à
l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu ; Justin Mangay Bula, vice-président de l’Assemblée provin-
ciale de Bandundu ; Albert Kawumbu de la Ligue de Conscientisation des Electeurs ; Godelive
Kila Matumbu, dirigeante du PPRD ; Mme Faida Mwangilwa, ancienne ministre, dirigeante
du RCD ; Jacques Ndjoli, Sénateur (MLC) ; jean-Baptiste Ndundu de RODHECIC ; Mabeka
ne Niku, Ministre provincial du Bas-Congo ; Paul Ngendjambolo, Conseiller à l’Assemblée
Nationale ; Mme Nicole Odia, avocate et membre de l’ACIDH ; Mathieu Ruguye, Conseiller au
Ministère de la Décentralisation ; Lazare Tshipinda, Ministre provincial de l’Intérieur du Kasaï-
Oriental ; et Joseph K. Yav, avocat et chercheur à l’Université de Lubumbashi. Nous remercions
chacune de ces personnes et de ces institutions, ainsi que plusieurs autres personnes dont nous
n’avons pas pu mentionner les noms ici, pour les contributions précieuses qu’ils ont apportées
à la réussite de ce projet.
xvi R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Ce projet s’est déroulé sous la supervision d’OSISA. Nous tenons à remercier de tout
cœur Mme Sisonke Msimang, directrice exécutive d’OSISA, Mme Anaiah Bewa, directrice
du programme RDC d’OSISA et Hubert Tshiswaka, directeur du plaidoyer international pour
la RDC à OSISA, pour leur soutien à ce projet et leurs conseils très appréciés. Nos remercie-
ments s’adressent de façon toute paticulière à Roger Mvita, coordonnateur d’AfriMAP au bureau
d’OSISA pour la RDC, qui a dirigé tout le processus en s’assurant avec professionnalisme du bon
déroulement de toutes les étapes de la recherche.
Ce rapport a été réalisé sous la direction éditoriale de Pascal Kambale, directeur adjoint
d’AfriMAP. Il a bénéficié de précieuses contributions de Bronwen Manby, conseillère spéciale
d’AfriMAP.
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Partie I
Démocratie et participation à la vie politique :
une évaluation des premiers pas dans la IIIème
République
Document de réflexion et de plaidoyer
Introduction
Le projet démocratique en République Démocratique du Congo (RDC) est un chantier en perpé-
tuel recommencement. Bien que les efforts les plus importants en matière de construction d’une
société démocratique et ouverte ont été réalisés au cours des dix dernières années, la quête pour
une meilleure participation des citoyens aux affaires publiques est plus vieille. Elle a accompagné
et influencé les débats auxquels la jeune nation a fait face dans les domaines aussi variés que la
forme unitaire ou fédérale de l’Etat, la citoyenneté congolaise, les options fondamentales de la
constitution, ou la place et le rôle des autorités traditionnelles.
Ecartée du système de gouvernance pendant la période la plus longue de l’histoire post
coloniale de la RDC, la démocratie fait aujourd’hui l’objet de désirs de plus en plus intransigeants
de la part des citoyens. La demande pour une participation plus effective des populations aux
affaires publiques a justifié les « consultations populaires » initiées par le président Mobutu en
1990 en vue de recueillir l’opinion que les citoyens se faisaient sur le système de parti unique en
place depuis 1965. Elle a également justifié et rendu possible la tenue entre 1991 et 1992 d’une
« Conférence Nationale Souveraine » (CNS) dont l’objectif était de faire le point sur l’état de la
gouvernance dans le pays depuis son indépendance en 1960, et de jeter les bases d’un système
nouveau de gouvernance débarrassé de la dictature du parti unique.
Inversement, l’ignorance ou la mauvaise application du projet démocratique a parfois con-
stitué un élément catalyseur aux périodes les plus tragiques de l’histoire post coloniale de la RDC.
La révocation du Premier ministre élu Patrice E. Lumumba le 5 septembre 1960, suivie de son
assassinat en janvier 1961, a déclenché une avalanche de violations des règles de la représenta-
tivité démocratique qui sont à l’origine de la longue crise politique, des sécessions et des guerres
civiles entre 1960 et 1964. Le mépris de la majorité issue des élections démocratiques de mai
et juin 1965 a fait le lit du coup d’Etat militaire de novembre 1965 qui a préparé les 25 ans de
dictature de Mobutu. Le sentiment de frustration des aspirations démocratiques a souvent été
donné pour explication à l’adhésion d’une frange importante de citoyens aux rébellions armées.
Plus récemment, la demande d’une meilleure participation politique et d’une citoyenneté plus
égale a également été avancée parmi les justifications aux crises et conflits politiques violents qui
ont successivement endeuillé le pays entre 1996 et 2002.
La volonté d’instaurer une démocratie fondée sur les libertés fondamentales figure parmi
les éléments caractérisant les efforts déployés en RDC au cours des dix dernières années pour
2 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
rompre avec un passé marqué par des guerres civiles et un régime dictatorial. Le processus
démocratique actuel a débuté le 24 avril 1990 lorsque le Président Mobutu Sese Seko a annoncé
une série de réformes, parmi lesquelles la fin du régime de parti unique, l’ouverture au multi-
partisme, la séparation des pouvoirs, le pluralisme syndical et la fixation d’une période de transi-
tion vers un régime démocratique. Il a ensuite accepté l’initiative de l’opposition de convoquer
le 15 juillet 1991, une Conférence nationale souveraine (CNS) regroupant plus de 2000 délégués
des partis politiques, d’organisations de la « société civile » et de divers groupements socio profes-
sionnels chargés de dresser le bilan de la gouvernance au Congo depuis son indépendance et de
définir l’agenda de la période de transition.
La mise en œuvre effective du processus de transition défini par la CNS avait connu
d’énormes difficultés dues principalement aux nombreux désaccords entre acteurs politiques
sur ses échéances et son contenu. Ce processus a finalement été interrompu par les crises poli-
tiques provoquées par les guerres civiles qui se sont succédé entre 1996 et 2002. Les accords
politiques successifs conclus par les belligérants pour mettre fin à ces guerres civiles ont reconnu
la nécessité de restaurer la démocratie et de promouvoir la participation politique des citoyens
comme une condition essentielle pour un retour à la paix. En plus des belligérants (c’est-à-dire
le gouvernement de Kinshasa et la dizaine de groupes armés qui l’affrontaient et s’affrontaient
entre eux au cours de conflits superposés les uns aux autres), les délégués de la société civile et
des partis politiques ont été invités à prendre une part active aux négociations de paix les plus
importantes, appelées aussi « Dialogue Inter Congolais » (DIC), qui s’est déroulé en Afrique du
Sud entre avril et décembre 2002. L’ « Accord Global et Inclusif » (AGI) conclu à Pretoria le 17
décembre 2002 par les participants au DIC est largement crédité pour avoir mis fin à la seconde
vague de conflits armés débutée en 1998. L’AGI a également déclenché un processus de transi-
tion vers la démocratie, en mettant en place les institutions de transition, le cadre institutionnel
pour l’organisation des élections, ainsi que la procédure d’élaboration et d’adoption d’une nou-
velle constitution.
La Constitution du 18 février 2006, adoptée par référendum organisé en décembre 2005,
instaure un cadre démocratique permettant, à un niveau satisfaisant, la participation politique
des citoyens à la vie politique de la société. Elle met également en place des procédures assur-
ant une séparation effective des pouvoirs entre les institutions représentant les trois pouvoirs
classiques, tout en garantissant leur bon fonctionnement. A côté de ces institutions classiques,
la constitution prévoit des institutions « d’appui à la démocratie » chargées de veiller au respect
des mécanismes de contre poids démocratique, de s’assurer du renforcement des conditions de
participation politique et de conduire des élections transparentes.
Les procédures démocratiques et les mécanismes de participation politiques sont néan-
moins confrontés à un défi majeur d’effectivité quelques années seulement après l’entrée en
vigueur de la nouvelle constitution. Les institutions d’appui à la démocratie ont des difficultés à
jouer leur rôle de veille démocratique et voient, pour certaines, leur crédibilité sérieusement mise
en doute. En particulier, la commission électorale a des difficultés à maintenir le même niveau
de crédibilité et de professionnalisme dont elle a joui à l’occasion de la gestion des élections de
2006. Le parlement a exercé son rôle de contrôle sur l’exécutif, mais avec une effectivité de plus
4 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
La constitution met en place des mécanismes et procédures qui permettent aux institutions
de collaborer mais aussi de s’équilibrer et de se contrôler réciproquement. Alors que le gouverne-
ment a la charge de conduire la politique nationale, la définition de cette dernière se fait en con-
certation avec le président de la République. Pour son indépendance, le pouvoir judiciaire béné-
ficie de garanties plus importantes que par le passé, notamment à travers un Conseil supérieur
de la magistrature moins dépendant de l’exécutif et une gestion plus autonome des ressources
des cours et tribunaux. Le pouvoir législatif est exercé par le Parlement qui a également des com-
pétences précises de contrôle de l’exécutif et dont chacune des chambres jouit d’une autonomie
administrative et financière et dispose d’une dotation propre. La constitution prévoit en outre des
institutions indépendantes « d’appui à la démocratie » chargées de superviser et gérer le proces-
sus électoral, de contrôler le respect de la liberté d’expression et veiller à l’égal accès de toutes
les opinions politiques aux médias audiovisuels publics, et de promouvoir les règles d’éthique
et lutter contre la corruption. Dans une de ses innovations les plus importantes, la constitution
prévoit qu’outre le parlement et le président de la République, une fraction du peuple congolais
– 100 000 personnes – peuvent initier une révision constitutionnelle directement par voie de
pétition adressée à l’une des deux chambres du Parlement.
Pour être effectives, cependant, les garanties constitutionnelles d’une meilleure participa-
tion politique devront être accompagnées par une mise en œuvre législative. Or, de nombreuses
lois continuent d’être appliquées alors qu’elles sont devenues contraires à la constitution à
laquelle elles sont antérieures. Avec la collaboration de la Commission Politique, administra-
tive et judiciaire (PAJ) du parlement, le ministre de la Justice devrait mandater la Commission
permanente de réforme du droit congolais (CPRDC) de procéder à un inventaire exhaustif des
lois qui nécessitent d’être révisées afin de les rendre conformes à la Constitution du 18 février
2006. Le mandat devrait également permettre la CPRDC de préparer l’adoption de nouvelles
lois devant permettre l’application des dispositions constitutionnelles et internationales pour une
meilleure participation des citoyens aux affaires publiques.
A peine quelques années après son entrée en vigueur, la constitution fait l’objet de viola-
tions insidieuses qui rétrécissent les garanties de séparation des pouvoirs et font s’effriter les
mécanismes de contre poids prévus dans ses dispositions. Une loi a récemment été proposée au
Parlement qui aurait pour effet de réduire l’effectivité de l’indépendance du pouvoir judiciaire et
de restaurer la tutelle de l’exécutif sur le Conseil supérieur de la magistrature. Des mécanismes
législatifs et administratifs sont utilisés pour réduire l’autonomie des institutions d’appui à la
démocratie, y compris à travers la composition de ces institutions ou la rétention des ressources
nécessaires à leur fonctionnement. Il est urgent de procéder à la mise en place de la Cour con-
stitutionnelle prévue par la constitution, afin qu’elle joue son rôle de juge du respect des libertés
constitutionnelles et d’arbitre des conflits de compétences entre institutions politiques.
De manière plus inquiétante, cependant, le respect des procédures établies par la constitu-
tion a récemment été mis à très rude épreuve à l’occasion des tentatives de sa révision pour
contourner le défaut de mise en œuvre, dans les délais prévus, du processus de décentralisation
et de création de nouvelles provinces. Le fait que le gouvernement a considéré pouvoir inclure
dans la révision des dispositions expressément interdites à la révision a exposé la vulnérabilité de
6 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
bres du Parlement sur les critères de sa composition. La version finale de la loi est celle qui a
privilégié une composition basée sur la représentativité partisane plutôt qu’impartiale. Une telle
composition entraîne les risques d’une inféodation politique qui pourrait saper la crédibilité dont
la CENI a besoin pour asseoir sa légitimité. Elle tranche avec la composition de la CEI qui était
formellement indépendante des composantes et entités signataires de l’Accord Global et Inclusif
et dont les membres étaient censés « couper le cordon ombilical » qui les liait à leurs com-
posantes d’appartenance. Bien que l’indépendance de la CEI était en réalité largement limitée
par l’influence du gouvernement et des partenaires au développement, son autonomie politique
formelle lui permettait de pouvoir bâtir un consensus politique entre partis politiques et organi-
sations de la société civile en développant avec ces forces qu’elle n’était pas censée représenter,
des courroies de dialogue politique nécessaires. Le caractère partisan de la CENI est de nature à
l’empêcher de développer une relation de confiance politique crédible avec les forces politiques
en compétition – en particulier les partis et coalitions politiques non représentés à la CENI.
Le consensus politique devrait également concerner la révision du cadre juridique et insti-
tutionnel des élections. Une telle révision s’impose au vu de la nécessité d’accomplir les tâches
prioritaires suivantes :
i) l’élaboration des mesures d’application de la loi sur le financement des partis
politiques pour permettre une compétition équitable entre les candidats et un
encadrement rigoureux des dépenses liées aux activités de campagne ;
ii) le choix d’un mode de scrutin simple, représentatif, inclusif, ouvert et économique en
remplacement du système électoral très complexe appliqué aux élections de 2006.
En combinant les scrutins majoritaires pour les circonscriptions uninominales et
les scrutins proportionnels de listes pour les circonscriptions plurinominales, les
élections de 2006 ont inévitablement entraîné un coût très élevé des scrutins et invité
des dérapages liés au suffrage indirect ;
iii) l’autonomie effective de la CENI, qui passe par une révision de la loi sur la CENI pour
rendre sa composition plus politiquement neutre et renforcer son indépendance vis-
à-vis des partis politiques. A cet effet, il serait impératif de prévoir expressément la
présence de la société civile au sein de la CENI et la constitution d’un organe et/ou
des mécanismes formels de dialogue et de consultation avec les partis et coalitions
politiques.
8 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
de la population aux jeux et enjeux électoraux, au découpage électoral ou subdivision des cir-
conscriptions électorales, aux systèmes électoraux, au cycle électoral, à l’éthique et déontologie
électorales. Si la grande majorité des électeurs savaient, avant le jour du scrutin, dans quel
bureau ils devaient se rendre, beaucoup ignoraient encore comment procéder au vote. Le per-
sonnel électoral et les témoins de partis ont souvent été sollicités par des électeurs hésitants. Les
faiblesses du programme de sensibilisation organisé par la CEI et les partis ont été particulière-
ment manifestes dans les zones rurales.
La CENI et les organisations spécialisées de la société civile devraient mettre en place un
programme d’éducation plus robuste et plus cohérent qui pallie les insuffisances constatées en
2006. Un important effort de sensibilisation devrait être réalisé pour vulgariser les principes
constitutionnels, le fonctionnement des institutions ainsi que les droits et devoirs civiques. En
matière d’information des électeurs, les efforts de sensibilisation devraient insister notamment
sur le respect de la liberté et du secret du vote, l’apposition d’une empreinte digitale sur le bul-
letin de vote étant parfois source de craintes injustifiées. Une attention particulière devrait être
accordée à la problématique des électeurs analphabètes, afin de limiter le besoin d’une assis-
tance, parfois intrusive, au moment du vote. Les projets conduits par certaines organisations de
la société civile et confessions religieuses engagées dans l’éducation civique ou la sensibilisation
mériteraient une plus grande attention de la part des bailleurs de fonds et de la communauté
internationale. L’ensemble des acteurs impliqués dans la campagne d’éducation civique - et
en premier la CENI, les partis politiques, les organisations de la Société civile et les médias -
devraient jouer un rôle central dans la rationalisation des efforts d’éducation civique et du soutien
aux acteurs non institutionnels en vue de la préparation de la population à toutes les opérations
et étapes du processus électoral. Les dispositions essentielles du cadre juridique des élections
devraient être accessibles au public, dans les langues compréhensibles par les populations.
10 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
En l’absence d’une minorité suffisamment forte au Parlement, seule la majorité acquise à la
politique du Gouvernement a de fortes chances de faire passer une loi ou d’influer sur une
politique de l’Etat. Les débats parlementaires sont certes d’une liberté d’expression admirable, et
la prise de parole y est distribuée de manière relativement équitable. Néanmoins, la trop grande
influence du gouvernement sur sa majorité fait disparaître les discordances et fait s’agglutiner
les voix autour de la ligne de conduite gouvernementale.
Le manque de démocratie interne au sein des partis politiques constitue l’une des raisons
de la pauvre capacité des partis à formuler des politiques crédibles. Les congrès ne se tiennent
généralement pas. L’UDPS, l’un des partis les plus importants du pays, a tenu son premier
congrès en mars 2009 seulement, soit 27 ans après sa création en 1982. Le processus de prise de
décision est généralement des plus opaques et incertains. Les décisions importantes sont prises
de façon discrétionnaire, sinon dictatoriale, par le chef s’estimant propriétaire du parti. L’élection
des dirigeants du parti soit n’existe pas soit n’est qu’une parodie, de sorte que l’alternance à la
direction du parti est une chose impensable voire interdite dans certains cas. La pensée unique
règne à l’intérieur des partis à un point tel que les voix discordantes sont sévèrement réprimées
aussi bien par les chefs que par les militants du parti fanatisés autour de ces chefs décrétés
charismatiques.
Un mouvement de fusion des partis politiques par pôles idéologiques majeurs pourrait
démultiplier leur force d’action, réduire leur dépendance à la personne de leurs chefs respectifs
et renforcer leurs moyens financiers.
12 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
nent de diverses origines sociales et professionnelles et dont un grand nombre, surtout au Sénat,
apportent avec eux des expériences variées et riches acquises dans les secteurs publics et privé.
Cependant, il reste beaucoup à faire. La Constitution mentionne un nombre important de
textes d’application – notamment des lois organiques et des lois ordinaires – qui tardent à être
adoptés suite entre autres à la lenteur du travail parlementaire due à la longueur des débats sur
les projets et propositions de loi ainsi que la mauvaise gestion du temps accordé aux députés. A
cela s’ajoute l’absentéisme des députés non seulement aux plénières mais également aux travaux
en commissions, si bien que la production législative se trouve être freinée et le poids du travail
supporté par un groupe restreint de députés assidus. La participation du public aux travaux
parlementaires n’est pas autorisée. Aussi, les structures et organisations de la société civile ne
sont pas appelés à contribuer au processus législatif.
Bien que, dans certaines matières, le nombre des propositions des lois initiées par les
parlementaires a parfois été supérieur à celui des projets de loi d’origine gouvernementale, ces
derniers ont été mis au vote de préférence aux premières. C’est ainsi, par exemple, que pour 56
propositions de lois déposées par des députés au cours de l’exercice parlementaire 2007-2008,
seulement 5 ont été adoptées, tandis que 23 des 38 projets de lois d’origine gouvernementale ont
été adoptés au cours de la même période. Plusieurs facteurs expliquent le nombre important
de propositions de lois d’origine parlementaire : le niveau intellectuel relativement élevé des
députés, la solide expérience exécutive de la plupart des sénateurs, l’absence de restriction finan-
cière ou autre à l’initiative parlementaire.
La pratique consistant à privilégier l’examen en priorité des projets de loi de préférence aux
propositions de loi constitue un frein au rôle législatif du parlement. Au moins deux facteurs
sont à la base de cette pratique. D’abord, le Bureau de l’Assemblée nationale considère générale-
ment que les projets de loi sont a priori tous essentiels à l’exécution du programme d’action gou-
vernemental et que les propositions de loi ne le sont pas. Une telle supposition n’est pas toujours
justifiée et pourrait même, dans certains cas, relever d’une simple conjecture. La défaillance de
l’exécutif à mettre en œuvre les fondements législatifs des nécessaires réformes économiques,
politiques, judiciaires et sociales du pays est largement avérée. Or, certaines propositions de loi
ont l’avantage de pouvoir suppléer cette défaillance et il devrait être accordé à ces propositions
de loi l’attention qu’elles méritent. Le parlement devrait accorder la priorité à l’examen des textes
de loi sur base de leur mérite seulement et de l’importance ou l’urgence de leur contenu, sans
tenir compte de leur origine.
Ensuite, le gouvernement a souvent failli à son obligation de faire part de ses observations
sur les propositions de loi qui lui sont transmises par le parlement, dans les quinze jours suivant
la transmission de ces propositions. Pour se justifier, le gouvernement allègue parfois de la
brièveté du délai des quinze jours qu’il estime insuffisant pour mener à bien les consultations
internes que commande le texte. Quelles qu’en soient les raisons, le silence du gouvernement
prive les propositions de loi du bénéfice de l’expertise de l’exécutif. Le gouvernement préfère
parfois substituer un projet de loi à la proposition de loi qui lui est soumise pour observations,
une attitude qui mine la nécessaire collaboration législative entre les deux institutions.
14 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
des mesures simples et pratiques pour faciliter une plus grande participation du public dans
le travail législatif. Une mise à jour régulière des sites internet de l’Assemblée Nationale et du
Sénat en vue de fournir des informations actualisées sur les activités des Parlementaires con-
stituerait un premier pas positif dans cette direction. De même, l’installation des antennes relais
permettrait aux populations habitant les provinces de capter le signal des deux chaînes de télévi-
sion du Parlement. Le Parlement doit veiller à une publication régulière des comptes-rendus
des séances, calendriers des sessions plénières et en commissions ainsi que d’autres documents
officiels du Parlement. En particulier, la publication à temps des propositions et projets de loi
prévus pour le vote et leur vulgarisation dans les quatre langues nationales (kikongo, lingala,
swahili et tshiluba) permettrait d’impliquer la population au débat sur ces textes et d’inviter sa
contribution au processus législatif par le dépôt des commentaires et l’envoi de leur opinion aux
élus. Le Parlement pourrait surtout renforcer sa collaboration avec les structures et organisations
de la société civile et inviter plus régulièrement ces dernières à contribuer au travail législatif et
à participer aux travaux en Commissions.
16 P A R T I E I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
sur le terrain les missions d’enquêtes Parlementaires et d’information. L’Assemblée Nationale
et le Sénat devraient procéder à l’audition dans un temps raisonnable de tous les rapports des
commissions d’enquêtes parlementaires et prévoir des concertations régulières avec le gouver-
nement pour en suivre l’application. Enfin, la lenteur observée dans le travail parlementaire
pourrait être brisée par l’instauration d’une meilleure gestion du temps au cours des séances
avec le gouvernement ou à l’occasion des débats sur les rapports d’enquête en accordant par
exemple à chaque Parlementaire inscrit un temps bien limité d’intervention. Le parlement
devrait également procéder à une évaluation régulière de l’exécution de ses recommandations
par le Gouvernement et rendre publics les rapports d’évaluation.
Par ailleurs, le parlement devrait envisager des mesures visant à renforcer sa propre
transparence et lui donner une autorité morale suffisante dans ses rapports avec l’exécutif. Par
exemple, le parlement devrait instituer au sein de chacune de ses Chambres une commission
permanente d’audit des finances et ressources du Parlement avec l’obligation de publier ses
rapports. Il devrait aussi décréter la démission automatique des membres du bureau impliqués
dans la mauvaise gestion des ressources du Parlement. De même il devrait automatiquement
lever l’immunité des parlementaires qui font l’objet d’allégations crédibles de corruption ou de
détournement de fonds et les déférer en justice. Le traitement des salaires et indemnités des
membres du Parlement devrait se faire dans une transparence totale et le parlement devrait
éviter d’en débattre uniquement en séances fermées au public.
Conclusion
La RDC a seulement cinq ans d’expérience de démocratie par les institutions et en vertu des
mécanismes de participation politique mis en place par la Constitution de 2006. Bien qu’il soit
relativement court, ce temps est largement suffisant pour évaluer la viabilité des institutions
démocratiques de la Troisième République et pour tester l’effectivité des mécanismes de partici-
pation politiques pratiqués au sein de ces institutions. C’est à ce bilan de mi-parcours que s’est
attelée l’étude sur la démocratie et la participation politique en RDC dont ce document de réflex-
ion est extrait. L’étude a permis de réaliser la solidité des garanties constitutionnelles pour une
démocratie effective. Elle a néanmoins permis de noter la grande vulnérabilité de ces mêmes
garanties aux attaques motivées par des raisons de convenance politique.
La préparation pour le deuxième cycle des élections de la Troisième République se déroule
dans un contexte caractérisé par la tendance à affaiblir les procédures permettant une démocratie
effective. Mais si les élections de 2006 étaient fondatrices de la Troisième République, celles de
2011 devraient donner l’occasion de consolider les mécanismes d’une meilleure participation
des citoyens à la vie publique. Les recommandations contenues dans ce document pourront
contribuer, nous l’espérons, à planter le contexte d’une telle consolidation des principes démocra-
tiques.
20 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
des constitutions précédentes. Le respect des procédures établies par la constitution a cependant
été mis à très rude épreuve à l’occasion des tentatives de sa révision pour contourner le défaut
de mise en œuvre, dans les délais prévus, du processus de décentralisation et de création de
nouvelles provinces. Le fait que le gouvernement a considéré pouvoir inclure dans la révision
des dispositions expressément interdites à la révision a exposé la fragilité de la constitution en
dépit de sa légitimité.
A. Le droit international
La Constitution accorde au président de la République le pouvoir de négocier et ratifier les traités
et accords internationaux.1 Cependant la ratification ou l’approbation des traités de paix, de com-
merce, ceux relatifs aux organisations internationales et au règlement des conflits internationaux,
ceux qui engagent les finances publiques, ceux qui modifient les dispositions législatives, ceux
qui sont relatifs à l’état des personnes ainsi que ceux qui comportent échange et adjonction de
territoire ne peuvent être faits qu’en vertu d’une loi.2 La RDC adopte le système moniste en vertu
duquel les traités et accords internationaux produisent effet automatiquement et directement,
après ratification et publication par insertion au Journal Officiel. Ils ont une autorité supérieure
à celle des lois, sous réserve pour chaque traité ou accord, de son application par l’autre partie.3
La RDC est partie à la majorité des traités internationaux et africains des droits de l’homme
relatifs à la participation politique, à la démocratie et à la citoyenneté égale. Il s’agit, notamment,
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques,4 du Protocole facultatif au Pacte
international sur les droits civils et politiques,5 de la Convention sur l’élimination de toutes les
formes de discrimination à l’égard des femmes,6 de la Charte africaine des droits de l’homme
et des peuples,7 et du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif
aux droits des femmes en Afrique.8 La RDC a signé la Charte africaine sur la démocratie, les
élections et la gouvernance, qui n’est pas encore entrée en vigueur.9
La RDC a également adhéré aux principaux traités internationaux et africains relatifs à la
lutte contre la discrimination et à la promotion de l’égalité entre les citoyens. La RDC a ainsi
ratifié et transposé en droit interne la Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination raciale10 et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimina-
1
Constitution de la RDC, 18 février 2006, Article 213.
2 Constitution, Article 214.
3 Constitution, Article 215.
4 Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques a été ratifié le 01/11/1976 et est entré en vigueur à l’égard de la RDC
le 1 février 1977.
5 Signé par la RDC le 1er novembre 1976.
6 Ratifiée par la RDC le 17 octobre 1986.
7 Ratifiée par la RDC le 20 juillet 1987
8 Signé le 5 décembre 2003. Il n’a pas encore été ratifié par la RDC.
9 Signée par la RDC le 29 juin 2008.
10 La RDC y a adhéré le 21 août 1976, Journal Officiel, n°spécial 2002, pp.47 et suivantes.
l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits. Ils prennent, dans tous les domaines, notamment
dans les domaines civil, politique, économique, social et culturel, toutes les mesures appropriées pour assurer le total
épanouissement et la pleine participation de la femme au développement de la nation (…). La femme a droit à une représentation
équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. L’Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme
dans lesdites institutions. La loi fixe les modalités d’application de ces droits ».
18 L’avant-projet de loi adopté par l’AFEJUCO a été envoyé au Ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant qui a promis de
le soumettre au débat au sein du Gouvernement et ensuite de l’envoyer au Parlement National. Ce texte n’a cependant pas été
débattu par le Gouvernement à la date de publication de ce rapport et l’AFEJUCO réfléchit à la stratégie de le faire endosser
22 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Bien que la RDC soutienne la Déclaration du NEPAD sur la Démocratie, la gouvernance
politique, économique et des entreprises, elle n’est pas partie au Mécanisme africain d’évaluation
par les pairs (MAEP). Selon un porte parole du gouvernement, la RDC fait partie de ceux
qui n’ont pas encore adhéré au MAEP pour la simple raison que les conclusions de l’étude
d’opportunité d’adhésion du pays aux organismes et mécanismes internationaux n’ont pas
encore été discutées par le Gouvernement.19
B. La constitution Congolaise
Avant l’adoption de la Constitution du 18 février 2006, la RDC a officiellement connu huit
constitutions en 45 ans.20 Durant ces années, les citoyens congolais ont vécu dans des régimes
politiques qui ne leur ont pas assuré le respect des droits de l’homme, ni créé des conditions de
vie encourageant une participation de qualité à la vie publique, encore moins instauré un climat
d’épanouissement individuel ou collectif.
Légitimité de la Constitution
Le processus démocratique actuel a débuté le 24 avril 1990 lorsque le Président Mobutu Sese
Seko a annoncé une série de réformes, y compris la fin du régime de parti unique, l’ouverture
au multipartisme à trois, la séparation des pouvoirs, le pluralisme syndical, la fixation d’une
période de transition, etc.21 Il a ensuite accepté l’initiative de l’opposition de convoquer le 15 juillet
1991, une Conférence nationale souveraine (CNS) regroupant plus de 2000 délégués des partis
politiques, d’organisations de la « société civile » et de divers groupements socio-professionnels
chargés de dresser le bilan de la gouvernance au Congo depuis son indépendance et de définir
le contenu de la transition vers un régime démocratique. L’« Acte portant dispositions constitu-
tionnelles relatives à la période de Transition », adopté par la CNS le 4 août 1992 fut le premier
texte de l’histoire constitutionnelle du Congo à avoir fait l’objet d’une large discussion et d’un
débat auquel ont participé des personnes de divers horizons du pays. Ce texte cependant « ne fut
pas reconnu par le Président Mobutu qui empêcha à tout prix sa publication au journal officiel,
nonobstant l’arrêt de la Cour Suprême de Justice R.A. 266 du 08 janvier 1993 ayant décrété
l’abrogation de la Constitution du 24 juin 1967 et son remplacement par l’Acte portant disposi-
tions constitutionnelles relatives à la période de transition ».22 La situation de crise qui s’ensuivit
directement par un député national. Entretien avec Madame Noël Nyangwile, Présidente de l’Association des Femmes Juristes
du Congo (AFEJUCO), le 29 octobre 2009.
19 Allocution du Secrétaire général du ministère du Plan sur « Le NEPAD et le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs
: évolution et degré d’engagement du Gouvernement Congolais » au deuxième séminaire atelier sur le Mécanisme africain
d’évaluation par les pairs et rôle de la société civile congolaise tenu à Kinshasa du 21 au 22 mai 2007.
20 Loi fondamentale du 19 juin 1960, Constitution du 1er août 1964, Constitution du 24 juin 1967, Loi constitutionnelle du
15 août 1974, Acte constitutionnel harmonisé du 2 avril 1993, Acte Constitutionnel de la transition du 9 avril 1994, Décret-loi
constitutionnel du 27 mai 1997 et Constitution de la Transition du 3 avril 2003.
21 Voir « Message du Président Mobutu à la Nation, le 24 avril 1990 » in: Mutamba Makombo, L’histoire du Congo par les textes,
Édition n°3364 du Jeudi 03 Mars 2005. Cf. Arrêt n°RA 266 du 8 janvier 1993, in Association des Hautes Juridictions de Cassation
des pays ayant en partage l’usage du Français (JURICAF), (Consulté le 8 octobre 2009),
ttp://www.juricaf.org/Juricaf/Consultation.asp?CritereTerme=&Page=1&TaillePage=20&ID_ARRET=147723.
h
Lire aussi Vunduawe-te-Pemako, « Réflexion sur la validité de l’Acte portant disposition constitutionnelles relatives à la période de
la Transition au regard du compromis politique global et l’arrêt R.A. 226 de la Cour Suprême de Justice », in Le Soft de Finances
n°127 du 30 mars 1993, p.1.
23 Décret-loi constitutionnel n°003 du 27 mai 1997 relatif à l’organisation et à l’exercice du pouvoir en RDC, Journal Officiel
la Namibie et de l’Angola. Ministère des Droits Humains (RDC), Livre blanc, Numéro spécial, La guerre d’agression en République
Démocratique du Congo: Trois ans de massacres et de génocide à huis-clos, Kinshasa, Octobre 2001, pp.5–7.
25 Voir le texte sur http://www.grandslacs.net/doc/2826.pdf.
26 Bakandeja wa Mpungu (G.), « La nouvelle constitution de la République Démocratique du Congo : sources et innovations », Draft
paper presented at African Network of Constitutional Law Conference on Fostering Constitutionalism in Africa, Nairobi, April
2007, p.15, (Consulté le 18 août 2008) :
http://www.publiclaw.uct.ac.za/usr/public_law/Nairobi/Mpungu_SourcesetInnovations.rtf
27 Constitution de la Transition, 4 avril 2003, Articles 80 et 83. voir Bakandeja wa Mpungu (G.), op.cit., pp.4–5.
28 Constitution de la Transition, 4 avril 2003, Articles 97 et 112.
24 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
torité civile, la protection des personnes et de leurs biens, le plein épanouissement tant spirituel que moral
de chaque citoyen congolais ainsi que le développement harmonieux de la communauté nationale ».29
La Constitution de la Transition conférait au Sénat la compétence de l’élaboration de l’avant-
projet de Constitution à soumettre au référendum,30 tandis que l’Assemblée nationale avait pour
mission d’adopter le projet à soumettre au référendum.31 C’est ainsi que l’Assemblée nationale
a adopté, le 16 mai 2005, le texte déposé par la Commission politique, administrative et judi-
ciaire (PAJ) et rédigé par le Sénat à travers sa Commission constitutionnelle avec le concours
d’un collège d’experts nationaux et internationaux provenant de l’Electoral Institute of South
Africa (EISA), de la Cellule d’appui politologique en Afrique centrale (CAPAC) des Universités
de Kinshasa, de Liège et d’Anvers, du Conseil constitutionnel français et de la Commission
européenne.32 Le comité de rédaction de l’avant projet de Constitution comprenait 9 sénateurs
et 6 experts.33 Les questions suivantes sont parmi celles qui ont suscité le plus de débats et de
controverses au cours de la rédaction de l’avant-projet de la Constitution :
i) la forme de l’Etat (soit Etat unitaire – avec trois options à savoir unitaire centralisé,
unitaire déconcentré, unitaire décentralisé – soit Etat composé c’est-à-dire Etat fédéral
ou confédéral) ;
ii) le régime politique (régime parlementaire, régime présidentiel ou régime semi-
présidentiel) ;
iii) la dénomination de l’Etat (République du Congo, République du Zaïre, République
démocratique du Congo ou Congo démocratique) ;
iv) le nombre des provinces (6 provinces comme en 1960, 21 provinces comme de 1962 à
1966, 9 provinces comme de 1966 à 1987 ou 11 provinces comme à partir de 1987 ou
tout autre découpage) ;
v) l’âge minimum des candidats présidents de la République (30 ans ou 40 ans) ;
vi) le régime de la nationalité congolaise (date de départ pour déterminer les groupes
devant acquérir la nationalité d’origine, les conditions de la naturalisation, la question
de la double nationalité, la question des minorités, etc.) ; et
vii) les prérogatives respectives du président de la République et du Premier ministre.34
La Constitution de la Troisième République a été soumise au référendum en vertu d’une loi qui a
rendu obligatoire la consultation sur le projet de constitution pour tous les congolais inscrits sur
35 Loi n°06/ 010 du 22 juin 2006 portant organisation du référendum constitutionnel en République Démocratique du Congo,
aux violations par les medias privés, des règles régissant la propagande référendaire à travers les medias in « Référendum
constitutionnel en R.D.C : Expérience d’apprentissage de la Démocratie », http://www.liguedeselecteurs.org/rapportmission.htm
; voir également le Rapport général du monitoring global du scrutin relatif au référendum constitutionnel du 18 et 19 décembre
2005 en République Démocratique du Congo du Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo (CEJESKI) –
Kinshasa, p.51. Selon le rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « le Référendum
Constitutionnel 2005 » (p.35), le « Non » a été peu couvert dans les médias tant publics que privés. Les médias publics (RTNC
26 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
été emprisonnés alors que l’article 9 de la loi référendaire donnait le droit à toute personne de
s’exprimer librement pendant la campagne référendaire.42 Plusieurs problèmes d’organisation
logistique ont également été signalés : des urnes non conformes, un manque du matériel dans
plusieurs bureaux de vote, insuffisance de sécurité dans certains bureaux de vote, d’autres car-
rément abandonnés par des agents de sécurité mécontents de n’avoir pas été payés, etc.43 Des
observateurs ont aussi signalé la non ouverture de certains bureaux de vote.44
Par ailleurs, la Cour Suprême de Justice a reçu, entre le 20 décembre 2005 et le 19 janvier
2006, un total de 13 requêtes contestant les résultats du référendum. Ces requêtes ont été
introduites par 7 requérants distincts, dont 3 partis politiques à titre individuel, 3 regroupements
de plusieurs partis, et une personne physique. Constatant que toutes les requêtes étaient irrecev-
ables ou non fondées, la Cour Suprême de Justice a confirmé les résultats provisoires proclamés
par la CEI le 11 janvier 2006 par un arrêt prononcé le 3 février 2006.45 La Constitution fut alors
promulguée solennellement par le Président de la République Joseph Kabila le 18 février 2006.
En définitive, il peut être dit que la Constitution du 18 février 2006 jouit d’une légitimité cer-
taine compte tenu de son mode d’adoption par voie référendaire et de la qualité du débat national
qui a accompagné le processus référendaire. Le débat aurait pu être plus vibrant et plus ouvert
qu’il ne l’a été, et la légitimité de la constitution aurait pu être plus avérée si le recours à l’expertise
extérieure en dépit de l’existence d’une compétence locale abondante et la relativement faible
vulgarisation du texte constitutionnel n’avaient atténué l’impact de l’appropriation nationale du
texte.46 L’arrêt de la Cour Suprême de confirmation des résultats provisoires proclamés par la
CEI a néanmoins été largement accepté et les partisans du « OUI » à la Constitution comme
ceux du « NON » reconnaissent généralement que les institutions de la IIIème République
puisent leur légitimité de la Constitution du 18 février 2006. On ne saurait passer sous silence le
fait que bien qu’elle ait été adoptée par le souverain primaire qu’est le peuple, elle est loin d’être
considérée comme parfaite : les différents débats suscités autour de la révision de certaines dis-
positions constitutionnelles le témoignent.47
radio et télévision) ont joué leur rôle d’information en programmes informatifs. Ils ont consacré une large part au camp du Oui
(34,6%) et une faible part à celui du Non (3,6%).
42 Voir le « Rapport général du monitoring global du scrutin relatif au referendum constitutionnel du 18 et 19 décembre 2005 en
République Démocratique du Congo » du Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo-Kinshasa « COJESKI / RDC
» (Réseau National de 340 associations des Jeunes œuvrant en République Démocratique du Congo depuis 1995), pp.76–77,
(Consulté le 4 décembre 2008), http://www.worldvotenow.com/downloads/rgmgrc2006.pdf ; Voir aussi le rapport de la Mission
d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « le Référendum Constitutionnel 2005 », p.30, http://old.beati.org/
osservatori_congo/documenti/Rapport_Final_Mission_Observation_Electorale_Union_Europ%E9enne_RDC_2005.pdf
43 Voir le rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « le Référendum Constitutionnel
2005 », pp.3, 36 et 37.
44 Voir le rapport synthèse d’observation des élections du Réseau d’Organisations des Droits Humains et d’Education Civique
d’Inspiration Chrétienne (RODHECIC), p.4, http://www.rodhecic.org/article.php3?id_article=347
45 Voir le Rapport Final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en RDC sur « Le Référendum
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Le gouvernement, quant à lui, est composé du Premier ministre, des Ministres et des Vice-
ministres.56 Le Premier Ministre en assume la direction et la responsabilité politique devant
l’Assemblée Nationale.57 Le Gouvernement est investi après l’approbation par l’Assemblée
nationale à la majorité absolue du programme du gouvernement (article 90). Le Premier
Ministre conduit la politique de la Nation,58 mais selon l’article 91, la défense, la sécurité et les
affaires étrangères sont des domaines de collaboration entre le Président de la République et le
Gouvernement. Les actes du Premier ministre sont contresignés, le cas échéant, par les minis-
tres chargés de leur exécution (Article 92). Ces derniers sont responsables de leur département
respectif et appliquent le programme gouvernemental dans leur ministère, sous la direction et
la coordination du Premier ministre.
Le pouvoir législatif est exercé en RDC par un Parlement bicaméral composé d’une
Assemblée Nationale et d’un Sénat. Il vote les lois et contrôle l’action gouvernementale ainsi que
les entreprises publiques, les établissements et les services publics. Chacune des Chambres jouit
d’une autonomie administrative et financière et dispose d’une dotation propre (article 100). Les
députés nationaux, représentent la nation. Ils sont élus au suffrage universel direct et secret59
pour un mandat de cinq ans renouvelable.60 Les Sénateurs représentent leur province mais leur
mandat est néanmoins national. Ils sont élus au second degré par les Assemblées provinciales61
pour un mandat de cinq ans renouvelable.62 Ils sont actuellement au nombre de 108. Les anciens
Présidents de la République élus sont de droit Sénateurs à vie (article 104). Le régime parlemen-
taire rationalisé ainsi instauré par la Constitution permet non seulement aux institutions de
collaborer mais aussi de s’équilibrer et de se contrôler réciproquement. En effet, la constitution
reconnaît au gouvernement la direction de la conduite de la politique de la Nation, cependant
la définition de cette dernière se fait en concertation avec le président de la République (article
91). Il est certain que l’objectif poursuivi par le constituant est d’assurer la concertation et la col-
laboration entre un président de la République élu sur base d’un projet de société et la majorité
parlementaire à la tête du gouvernement.63
56 Depuis l’avènement de la IIIème République, 3 gouvernements se sont succédés, à savoir : le gouvernement Gizenga I
nommé par l’Ordonnance n°07/001 du 5 février 2007 portant nomination des ministres d’Etat, ministres et vice-ministres
comprenant 60 membres, le gouvernement Gizenga II nommé par l’Ordonnance n°07/071 du 25 novembre 2007 portant
nomination des ministres d’Etat, ministres et vice- ministres comprenant 45 membres, http://www.presidentrdc.cd/
doctl251107.html et le Gouvernement Muzito I nommé par l’Ordonnance n°08/067 du 26 octobre 2008 portant nomination
des ministres d’Etat, ministres et vice- ministres comprenant 37 membres http://www.digitalcongo.net/article/54459.
57 Constitution, articles 90 et 93, al.4.
58 Constitution, article 91.
59 Constitution, article 101.
60 Constitution, article 103.
61 Constitution, article 104.
62 Constitution, article 105.
63 « L’essentiel de la future Constitution de la République Démocratique du Congo ». Fédéralisme Régionalisme, Volume 5 :
2004/05 – La IIIème République Démocratique du Congo :
http://popups.ulg.ac.be/federalisme/document.php?id=215.
64 Toutefois, le projet, la proposition ou la pétition n’est pas soumis au référendum lorsque l’Assemblée nationale et le Sénat
réunis en Congrès l’approuvent à la majorité des trois cinquième des membres les composant (Constitution de la RDC, 18 février
2006, Article 218).
65 Ces deux nouvelles institutions ne sont pas pour l’heure fonctionnelles. En attendant leur installation, la Commission Electorale
Indépendante et la Haute Autorité des Médias prévues par la Constitution de Transition du 4 avril 2003 continuent d’exercer leurs
attributions.
66 Constitution de la transition de 2003, Article 154 à 160.
67 Rapport général de l’atelier d’évaluation de la transition et du processus électoral par la Société Civile/Forces vives, Kinshasa,
14 février 2005, p.7, http://www.afrimap.org/english/images/documents/RAPPORTGENERALDEL%5C’ATELIERD%5C’EVALUA
TIONDELATRANSITION.doc.
68 Cf. Mission d’observation électorale de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Elections présidentielles,
30 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
gens que des règles existent et que la profession de journaliste n’est pas une jungle où tous
les coups sont permis. Nonobstant ces éléments positifs, il faut signaler qu’en ce qui concerne
l’impact du travail de la HAM sur les médias, l’appréciation diffère du côté des partenaires
internationaux et du côté des nationaux. Les premiers sont d’avis que la HAM a joué un rôle
réel de recadrage tandis que les seconds pensent plutôt que la HAM a muselé les médias et s’est
montrée très partisane.69
En dépit de toutes ces critiques, la CEI et la HAM ont été retenues par la Constitution du 18
février 2006 sous la forme respective de Commission électorale nationale indépendante (CENI)
et du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC).70 Certains sont d’avis
que leur maintient s’explique du fait de la spécificité de leurs missions qui durent dans le temps
et dans l’espace et les considèrent toutes deux comme de véritables supports de la démocratie.71
Mais il faut dire que le législateur congolais n’entend pas verrouiller leur nombre. L’article 222,
alinéa 3 de la Constitution permet en effet au parlement de juger de l’opportunité d’instituer
d’autres institutions d’appui à la démocratie. C’est ainsi qu’une proposition de loi organique
portant création d’une Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a été adoptée au
Sénat en juillet 2008, ouvrant la voie à un processus de création d’une institution nationale des
droits de l’homme.
Révision constitutionnelle
Contrairement aux constitutions antérieures qui reconnaissaient l’initiative de la révision con-
stitutionnelle uniquement au président de la République, au gouvernement et au parlement,
la Constitution du 18 février 2006 introduit une innovation en l’accordant également à une
fraction du peuple congolais, soit 100 000 personnes par voie de pétition adressée à l’une des
deux Chambres.72 La révision constitutionnelle peut donc être initiée par un projet du président
de la République ou du gouvernement, ou par une proposition de l’une des deux chambres
du parlement, ou encore par pétition adressée au parlement par au moins 100 000 citoyens.73
Cependant, les procédures de révision sont rigides. Le projet, la proposition ou la pétition de
révision doit être soumis à l’Assemblée nationale et au Sénat qui décident, à la majorité absolue
de chaque Chambre, de son bien-fondé.74 La révision ne deviendra définitive que si le projet,
la proposition ou la pétition est approuvée par référendum.75 Toutefois, la Constitution, en
son article 218, dispense la soumission au référendum d’un projet, d’une proposition ou d’une
pétition de révision lorsque l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en Congrès l’approuvent
preliminaire_du_2_aout_2006.html
69 Cf. Marie-Soleil Frère, « Médias et élections en République Démocratique du Congo », in L’Afrique des Grands Lacs, Annuaire
2006/07, pp.195–196.
70 Constitution du 18 février 2006, Articles 211 et 212.
71 « L’essentiel de la future Constitution de la République Démocratique du Congo», Fédéralisme Régionalisme, Volume 5 :
2004/05 - La IIIe République Démocratique du Congo, http://popups.ulg.ac.be/federalisme/document.php?id=215.
72 Constitution, article 218, al. 1.
73 Constitution, article 218.
74 Constitution, article 218, al. 2.
75 Constitution, article 218, al. 3.
76 La proposition de révision visait à insérer dans la Constitution un article 110 bis qui aurait permis au député nommé ministre
dans un gouvernement de reprendre de plein droit son mandat lorsque ses fonctions de ministre prenaient fin.
77 La proposition de révision tendait à accorder une immunité aux députés provinciaux au même titre que les députés nationaux
pendant la durée de leur mandat.
78 Entretien du Professeur Mampuya Kanunk’a-Tshiabo accordé au Journal « Le Phare », 21 novembre 2007.
79 Journal du Citoyen, Supplément indépendant d’éducation civique, n°107– semaine du 19 au 25 novembre 2007, p.1.
80 Idem.
81 Voir la Déclaration des organisations de la société civile sur les réformes de la justice et l’initiative pour la révision constitutionnelle
en RDC à l’attention des honorables députes et Sénateurs, à l’issue d’une session de réflexion sur les réalisations en matière de
réforme de la justice en RDC pour la promotion et la défense des droits humains tenue au Centre d’accueil protestant de
Kinshasa du 28 au 29 septembre 2007, http://www.afrimap.org/english/images/documents/DECLARATION%20DES%20
ORGANISATIONS%20SC.doc
82 La pétition fut lancée par 3 journalistes de la chaine privée de télévision CEBS, Jean Bedel Iyoka, Bijou Ndodji et Jean-
Clément Kanku le 18 novembre 2007. Cf. « 30.074 signatures contre la révision de la Constitution », in quotidien Le Phare du
20 novembre 2007.
83 Cf. Discours à la nation du Président de la RDC, Joseph Kabila Kabange, 6 décembre 2007.
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Encadré 1 : Déclaration des organisations de la société civile
du 29 septembre 2007 sur les réformes de la justice et
l’initiative pour la révision constitutionnelle en RDC
(A l’attention des Honorables Députés et Sénateurs)
Les organisations de la Société civile congolaise réunies […] du 28 au 29 septembre 2007 à
l’occasion d’une Session de réflexion sur les réalisations en matière de reforme de la justice
en RDC pour la promotion et la défense des droits humains sont hautement préoccupées
par le dysfonctionnement du système judiciaire congolais, l’absence d’un organe de gestion
du pouvoir judiciaire depuis plus d’une année maintenant et l’initiative de révision de la
Constitution de la RDC. En effet, dans l’état actuel de leur fonctionnement, les cours et
tribunaux ne peuvent pas remplir leur mission compte tenu de :
• L’insuffisance des magistrats par rapport à la démographie et aux espaces géographiques à
couvrir ;
• L’insuffisance de tribunaux ;
• Le manque criant de moyens de communication, de transport, de matériel informatique et
bureautique ;
• La non spécialisation des magistrats ;
• La corruption due à la modicité du traitement du personnel judiciaire en général et des
magistrats en particulier,
• Le trafic d’influence ; et
• Le manque de personnel qualifié, etc.
Cette situation trouve un début de solution dans le vote de la loi portant organisation et
fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature qui existe au parlement depuis 2004
sans être adoptée. Aujourd’hui, plus que jamais, la dynamique pour obtenir des avancées est
menacée par une initiative de révision de la constitution qui soulève nombre d’inquiétudes.
Cette révision concerne la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature, organe
de gestion du pouvoir judiciaire, telle que prévue à l’article 152 de la Constitution. Par cette
initiative, l’honorable Tshibangu Kalala propose de placer le Président de la République à la tête
du Conseil Supérieur de la magistrature et de réduire le nombre des membres qui composent
cet organe. Suite à cela nous exprimons les inquiétudes suivantes :
1. La révision envisagée viole l’esprit de la Constitution qui, dans son exposé de motif, prévoit
que le Conseil Supérieur de la Magistrature est géré par des seuls magistrats ;
2. La révision de l’article 152 est une violation de l’article 220 qui interdit toute révision de la
Constitution en ce qui concerne le principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire ;
3. Réduire le nombre des membres du CSM augmente le risque de manipulation de cet
organe ;
4. La révision de la Constitution est inopportune étant donné que la disposition visée (article
152) n’a jamais été mise en l’épreuve de la pratique depuis l’approbation de la Constitution
par le peuple par voie de référendum du 18 au 19 décembre 2005 ;
5. Placer le Chef de l’Etat à la tête du CSM est un retour au système de gestion de la deuxième
République qui a montré toutes ses limites en nous léguant en plus le chaos actuel auquel le
Constituant entend trouver une solution ;
Le 21 septembre 2009, soit deux ans plus tard, après la signature de la pétition des 310 députés
membres de l’AMP, Radio France Internationale (RFI) annonça que le Président Joseph Kabila
aurait créé une commission d’évaluation de la Constitution pouvant aboutir à la révision de trois
dispositions constitutionnelles. La première viserait à renoncer à mettre en place les 15 provinces
supplémentaires prévues par la Constitution. La deuxième s’intéresserait au mandat présiden-
tiel actuellement fixé à 5 ans et renouvelable une seule fois, et viserait à l’amener à 7 ans avec
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possibilité de renouvellement illimité. Enfin, la troisième modification permettrait au président
de la République de siéger au Conseil supérieur de la magistrature. Au cours de la plénière du
23 septembre 2009 au Sénat et répondant à une question du sénateur Boniface Balamage, le
président du Sénat Léon Kengo wa Dondo a reconnu l’existence d’une telle commission qui tra-
vaillait jusqu’alors en catimini. Selon Radio Okapi, la commission serait constituée d’une dizaine
de membres délégués par la présidence de la République, la primature, l’Assemblée nationale, le
Sénat et la Cour suprême de justice.84 Le débat a gagné l’Assemblée nationale lors de la plénière
du 25 septembre 2009 si bien qu’elle a décidé de faire figurer dans le projet de calendrier des
travaux de la session de septembre 2009 un point sur la révision de la Constitution.85 Dans un
communiqué le 26 septembre 2009, l’opposition de la province du Katanga a condamné la mise
sur pied par le président de la République de ladite commission tout en exhortant les députés
nationaux et sénateurs de l’opposition à s’opposer à la tentative de révision de la constitution que
la commission visait.86 De son côté, le ministre de la Communication et des médias, Lambert
Mende Omalanga, a déclaré lors le 28 septembre 2009 que « le principe de la révision était
légal puisque constitutionnel et qu’il fallait arrêter de le dramatiser », et que « dans la phase de
cogitation actuelle des experts » qui, d’après lui ne concernait que les dispositions relatives au
nombre des provinces et des entités territoriales décentralisées, les institutions de la République
n’était nullement engagées.87 Affirmation qui contredit évidemment celle du Président du Sénat.
Quelles que soient les matières à réviser, il est certains que les dispositions qui portent sur le
nombre et la durée des mandats du Président de la République et l’indépendance du pouvoir
judiciaire ne pourront pas faire l’objet de révision et cela du fait qu’elles font l’objet d’un verrouil-
lage systématique de la part du législateur.88 Procéder à leur révision constituerait une violation
flagrante de la Constitution et une tentative de confiscation du pouvoir au peuple.
Dans son discours sur l’Etat de la nation prononcé devant le Parlement réuni en Congrès
le 8 décembre 2009, le président de la République est revenu sur la question de la révision
constitutionnelle. Il a estimé qu’il convenait de procéder à une révision constitutionnelle suite à
la difficulté de procéder à la mise en œuvre, dans les délais prévus, de la décentralisation et du
découpage du territoire national en 26 provinces. A cela s’ajoute également le double impératif
de garantir la viabilité de toutes ces provinces au regard de la modicité des ressources disponibles
et de consolider au préalable l’autorité de l’Etat à peine rétablie.89
84 « RDC : une commission de révision de la Constitution, Kengo wa Dondo confirme », in www.radiookapi.net du 23 septembre
(consulté le 4 octobre 2009) ; Voir aussi « Enquêtes parlementaires: la tête de Muzito de nouveau recherchée! », in La Prospérité,
28 septembre 2009
86 « Lubumbashi : éventuelle révision de la Constitution, l’opposition institutionnelle pas d’accord », Radio Okapi, 27 septembre
2009.
87 Louis-Paul Eyenga Sana, « Révision constitutionnelle : les précisions de Lambert Mende », in Le Potentiel, 29 septembre
2009.
88 Constitution du 18 février 2006, article 220.
89 Voir le Discours du Président de la République sur l’Etat de la Nation, mardi, 08 décembre 2009.
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2
Egalité des citoyens en R.D. Congo
La question de savoir quels individus et groupes ethniques appartiennent ou pas à la nation
congolaise est l’une des questions les plus contentieuses de l’histoire politique de la RDC. Les
difficultés des gouvernements successifs à gérer la très grande diversité ethnique de la RDC
a négativement affecté la possibilité des groupes entiers et des individus membres de ces
groupes à participer en citoyens égaux aux affaires publiques tant au niveau national que local.
Des raisons de convenance politique et parfois la volonté d’exclure des personnes et groupes
de la vie politique ont dicté des réponses incomplètes et inujstes à la question de la nationalité
congolaise, surtout pour les personnes parlant Kinyarwanda dans les deux Kivu. Des lois dis-
criminatoires ont succédé à des lois scélérates et le cercle vicieux a transformé ce qui n’était long-
temps qu’une question de difficile cohabitation interethnique localisée en une affaire nationale
affectant directement les fondements de la nation et les principes de la démocratie participative.
L’irruption de la nationalité comme l’une des questions importante de gouvernance politique au
niveau national a connu sa manifestation la plus douloureuse dans les conflits violents que la
RDC a connus à partir de 1996. Quelques progrès notables ont été enregistrés avec l’adoption
d’une loi en 2006 sur la nationalité congolaise qui contient des dispositions plus équitables que
dans les lois précédentes. Ces dispositions demeurent néanmoins largement lettre morte en
l’absence des mesures d’application. Des progrès ont également été notés au plan législatif en
matière de lutte contre les discriminations à l’égard des femmes. Cependant, de nombreuses lois
discriminatoires demeurent et requièrent un effort de mise en conformité à la constitution et aux
normes internationales acceptées par la RDC.
90 Ce chapitre est très largement inspiré de l’ouvrage de Bronwen Manby, Les luttes pour la nationalité en Afrique, dont il reproduit
des extraits entiers avec seulement de très légères modifications. La version française de l’ouvrage est sous presse. Sa version
anglaise, Struggles for citizenship in Africa, est disponible sur le site d’AfriMAP à l’adresse http://www.afrimap.org/english/images/
report/Struggles-for-Citizenship-Ch1-print.pdf.
91 Division de la Population du Département des Affaires économiques et sociales (AES) du Secrétariat des Nations Unies,
World Population Prospects: The 2006 Revision ; et World Urbanization Prospects: The 2005 Revision., 2007.
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kinyarwanda, la langue parlée au Rwanda. Désignées d’une manière générale sous le nom de
Banyarwanda, ces populations sont principalement des Hutu, avec une minorité Tutsi. C’est
leur statut qui a été et qui est toujours le plus contesté dans ce conflit. Si les Tutsi sont tradition-
nellement considérés comme des populations pastorales, et les Hutu et les groupes « autoch-
tones » des cultivateurs, la plupart des groupes ont toujours élevé du bétail lorsqu’ils étaient en
mesure de le faire. Comme dans de nombreuses régions d’Afrique, les conflits sur la propriété
et l’utilisation de la terre, aussi bien entre cultivateurs qu’entre populations pastorales et cultiva-
teurs, ont souvent été l’élément qui a déclenché un conflit de plus grande ampleur.
Les origines des Banyarwanda de RDC sont diverses et font l’objet de controverses. Certains
Congolais avancent qu’en fait, il n’y a pas de Banyarwanda autochtones au Congo. Toutefois, cer-
taines zones du territoire qui constitue maintenant la RDC étaient sous l’autorité d’un souverain
rwandais et déjà occupées par des populations parlant rwandais avant la colonisation. Leurs habi-
tants devinrent de facto citoyens congolais en février 1885, avec la reconnaissance de l’EIC, l’Etat
« Indépendant » du Congo du roi des Belges Léopold II par la Conférence de Berlin. En 1908,
l’EIC a été confisqué par le gouvernement belge pour devenir une colonie de l’Etat belge. Dans
un accord datant de 1910 conclu entre l’Allemagne, la Belgique et la Grande-Bretagne, de nou-
velles frontières furent établies, cédant certaines parties de ce qui avait autrefois constitué l’EIC à
la colonie allemande du Rwanda et d’autres parties à la colonie britannique d’Ouganda. Après la
première guerre mondiale, les colonies allemandes du Rwanda et du Burundi (dont les langues
et la composition ethnique sont proches de celles du Rwanda) furent données aux Belges par
la Ligue des Nations en 1922 et, en 1925, la Belgique les annexa au Congo belge sous le nom de
Rwanda-Urundi. L’administration coloniale belge mit alors en place une politique de transplan-
tations organisées de dizaines de milliers de Banyarwanda, Hutu et Tutsi, depuis les régions
déjà surpeuplées et sujettes à la famine du Rwanda et du Burundi vers des zones de ce qui est
actuellement le Nord Kivu (plus particulièrement Masisi). Ces « transplantés » constituaient une
source de main-d’œuvre (souvent forcée) pour les plantations agricoles et les mines créées par les
autorités coloniales. Beaucoup d’autres émigrèrent sans faire partie de ce programme.
L’un des sous-groupes de Banyarwanda qui se trouve aujourd’hui en RDC est constitué
essentiellement de descendants des populations pastorales Tutsi qui ont migré dans cette zone
autour de Mulenge, dans ce qui est actuellement la province du Sud Kivu, en provenance du
Rwanda, du Burundi et de la Tanzanie, essentiellement aux 18ème et 19ème siècles, voire même
avant pour certains. A partir du milieu des années 1970, ce groupe a commencé à utiliser
l’expression « Banyamulenge » (gens de Mulenge) pour se désigner, ce qui traduisait un effort
délibéré de leurs chefs d’affirmer une identité séparée des autres groupes ethniques du Sud
Kivu dans la bataille pour accroître leur influence dans les politiques provinciales et nationales
– et pour se distinguer des autres Banyarwanda arrivés plus récemment. A partir du milieu des
années 1990, l’expression Banyamulenge a souvent été utilisée pour signifier « Tutsi congolais »
en général.
Depuis l’indépendance, les provinces du Kivu ont également absorbé d’autres migrants
économiques banyarwanda, ainsi que des réfugiés fuyant les violences au Rwanda et au
Burundi. En 1959, des milliers de Tutsi ont fui vers le Congo au moment du soulèvement hutu
Burundi, avant l’afflux massif des centaines de milliers de personnes suite au génocide au Rwanda en avril 1994 – d’abord des
Tutsi jusqu’à la fin du génocide en juillet 1994, ensuite des Hutu à partir de cette date.
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mobilisèrent des partisans en désignant comme étrangers même les Banyarwanda qui pou-
vaient montrer que leurs ancêtres étaient venus du côté congolais des frontières nationales avant
1908. De 1963 à 1965, des combats connus sous le nom de « guerre de kanyarwanda » ont fait
rage dans Nord Kivu, opposant les Banyarwanda (tutsi et hutu) aux autochtones nande, hunde
et nyanga, chaque groupe créant des agitations pour revendiquer des provinces et des districts
autonomes qu’il contrôlerait. Fait qui n’est pas sans signification, la guerre de kanyarwanda a eu
comme épicentre Masisi, où il y avait le plus grand nombre de Banyarwanda transplantés.
En 1967, une nouvelle constitution fut adoptée, qui maintenait les règles sur la nationalité
de la constitution de 1964 dans les dispositions que les révisions de 1974 et 1978 n’ont pas affec-
tées. Toutefois, sous l’influence de Barthélémy Bisengimana, un Tutsi du Nord Kivu nommé
par le président Mobutu au poste de directeur du bureau du président, et par conséquent une
personne dotée de larges pouvoirs au sein du gouvernement, des lois favorisant la position des
Banyarwanda furent adoptées. Tout d’abord, une ordonnance-loi a été adoptée en 1971, traitant
précisément les cas des personnes originaires du Rwanda et du Burundi et stipulant que si
elles étaient arrivées au Congo avant le 30 juin 1960, elles avaient la nationalité congolaise.93 En
1972, une loi générale sur la nationalité promulguée peu après le changement de nom du pays
en Zaïre avançait cette date de dix ans, stipulant que les personnes originaires du Rwanda et
du Burundi qui étaient résidentes au 1er janvier 1950 se voyaient octroyer la nationalité zaïroise
à dater de l’indépendance en 1960.94 Ces lois hautement controversées visaient ainsi à donner
la citoyenneté par filiation aux Banyarwanda qui étaient arrivés dans le pays après 1908 – en
l’absence de tout amendement constitutionnel dans ce sens. Dans le même temps, Bisengimana
favorisait son groupe ethnique à travers les nominations officielles, tandis qu’une loi foncière
également controversée était adoptée en 1973 et utilisée au profit des élites tutsi : la plupart des
plantations de l’époque coloniale situées dans les Kivu finirent dans des mains banyarwanda au
cours de cette période.95 C’est pendant cette période que la question du statut des Banyarwanda
en général, et des Tutsi en particulier, est passée de simple préoccupation régionale à une ques-
tion d’ampleur nationale.
Lorsque Bisengimana tomba en disgrâce en 1977, la question de la nationalité fut immédi-
atement remise sur la table. En 1981, un nouveau code de la nationalité a été adopté par le par-
lement zaïrois, annulant les changements intervenus dans les années 1970, instaurant les règles
les plus exclusives jamais mises en œuvre et enlevant en fait la nationalité à une large portion
de la population banyarwanda. En vertu de la loi N°2 du 29 juin 1981, la nationalité était octroyée
uniquement à « toute personne dont l’un des ancêtres était membre d’une des tribus installées
sur le territoire de la République du Zaïre, tel que défini par ses frontières au 1er août 1885 », date
à laquelle les frontières de l’Etat Indépendant du Congo furent officiellement reconnues. La date
de référence à laquelle un groupe ethnique pouvait arguer du fait d’être « autochtone » n’avait
93 Ordonnance-loi no.71-020 du 26 mars 1971 relative à l’acquisition de la nationalité congolaise par les personnes originaires
personnes qui demandaient la nationalité ougandaise et 31 000 personnes enregistrées comme réfugiées auprès du HCR,
obligeant la plupart d’entre elles à chercher refuge au Rwanda. Voir Bonaventure Rutinwa, «The end of asylum? The changing
nature of refugee policies in Africa», Refugee Survey Quarterly, Vol. 21, Nos. 1 et 2, avril 2002, p.6.
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les Hutu, plus particulièrement à Masisi, où les Hutu sont majoritaires. La « guerre de Masisi »,
au cours de laquelle les autorités provinciales encouragèrent des attaques contre des Hutu dans
la région, marqua le début du « nettoyage ethnique » qui s’est poursuivi jusqu’à ce jour, avec
des communautés autrefois mixtes qui devinrent exclusivement Hutu, Nande, Hunde, Nyanga,
Tutsi, etc. Dans certaines zones, les Tutsi combattirent dans les rangs du groupe d’un général
banyarwanda ; dans d’autres, les Hutu attaquèrent les Tutsi, tandis qu’ailleurs ils restèrent en
dehors du conflit local.
Les hostilités avaient à peine commencé à marquer le pas sous les efforts de négociations
de paix lorsque, en avril 1994, la guerre civile rwandaise et le génocide se répandirent au Zaïre.
Les extrémistes Hutu rwandais assassinèrent près d’un million de Tutsi et d’opposants Hutu,
au cours d’une campagne de violence organisée par le gouvernement alors que les négociations
pour mettre un terme à une rébellion tutsi semblaient aboutir. Ce furent tout d’abord des Tutsi
rwandais, puis, après les succès militaires du mouvement rebelle Front patriotique rwandais
(FPR) dominé par les Tutsi, des centaines de milliers de Hutu, comptant parmi eux aussi bien
des civils innocents que des responsables du génocide, qui fuirent en passant la frontière. Ils
furent alors placés dans des camps de réfugiés essentiellement situés au sein de communautés
hutu, ce qui n’a fait que rendre encore plus floue la distinction entre Hutu congolais et Hutu
rwandais et eut pour conséquence de potentiellement chambouler radicalement le calcul eth-
nique des politiques régionales.
Les milices Hutu ont continué à exercer des violences contre les Tutsi zaïrois après avoir
traversé la frontière et les divisions entre Tutsi et Hutu zaïrois se sont transformées en violence
ouverte. Dans certains cas, les milices hunde, nande et nyanga se sont jointes aux milices intera-
hamwe hutu ayant perpétré le génocide rwandais pour attaquer les Banyarwanda tutsi ; ailleurs,
des milices hutu attaquèrent les groupes « autochtones ». Quant aux forces du gouvernement
zaïrois, soit elles restèrent passives, soit elles aidèrent activement les milices hutu dans les
violences commises sur les Tutsi, notamment en leur fournissant des armes ; mais d’autres
commentaires officiels appuyèrent les groupes « autochtones » dans les efforts déployés pour
expulser tous les Banyarwanda. Plusieurs dizaines de milliers de Tutsi se déplacèrent du Congo
au Rwanda fin 1994 et en 1995.
Le 28 avril 1995, le parlement de transition adopta une « résolution sur la nationalité »
qui décrivait tous les Banyarwanda comme des étrangers « qui avaient acquis la nationalité
zaïroise de manière frauduleuse ». Cette résolution comprenait une liste de personnes à arrêter
et expulser, l’annulation de toute vente ou de tout transfert de biens, le remplacement des gou-
verneurs et des commandants en place par de nouveaux fonctionnaires et le bannissement des
Tutsi de tous les postes administratifs et autres.97
Dans le Sud Kivu, le commissaire du district d’Uvira ordonna en septembre 1995 un inven-
taire de tous les biens et toutes les terres appartenant aux Banyamulenge. Les expulsions de
Banyamulenge du Sud Kivu de leurs maisons devinrent courantes, de même que les déporta-
97 HCR-PT, ‘Résolution sur la nationalité’, Kinshasa, 28 April 1995, cité in Stephen Jackson, ‘Of doubtful nationality’: Political
Manipulation of Citizenship in the D.R.C’, Citizenship Studies, Vol. 11, No. 5, novembre 2007, pp.481–500. Voir également ‘Briefing
on the conflict in South Kivu’, IRIN, 10 juillet 1996.
98 ‘Opération rendre les Rwandais au Rwanda’; ‘Bukavu et Uvira villes propres’, tirées de la Déclaration de la communauté
banyamulenge à la conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et au Sud Kivu, janvier 2008.
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munautés Banyamulenge. Kabila a également armé les milices « Mai-Mai » et hutu congolaises
en réaction à la fourniture d’armes au RCD-Goma par l’armée rwandaise.99
Pour les Tutsi de l’est du Congo, y compris les Banyamulenge, ces évènements eurent pour
conséquence que, quelle que soit la réalité pour chaque individu, le gouvernement zaïrois/
congolais et la majeure partie de la population les prenaient désormais pour des partisans des
envahisseurs rwandais et des groupes armés soutenus par les Rwandais. Le fait que les réfugiés
banyarwanda se réfugient souvent au Rwanda ou au Burundi pour se mettre à l’abri semblait
confirmer les points de vue des théoriciens de la conspiration, selon lesquels leurs vraies loyau-
tés se trouvaient de l’autre côté de la frontière. L’extraction illégale de ressources congolaises par
des intérêts étrangers – que ce soit le Rwanda, l’Ouganda ou des pays plus éloignés – accrut le
sentiment général de ressentiment face à l’implication « non-autochtone » dans la région. Des
pamphlets haineux se multiplièrent, dénonçant les envahisseurs banyarwandas et leurs marion-
nettes, accusés de vouloir imposer une domination tutsi en Afrique centrale.100 En 1998, les
discours de haine devinrent particulièrement virulents : parmi certaines autres déclarations offi-
cielles, le ministre des Affaires étrangères Abdulaiye Yerodia Ndombasi affirma publiquement
que les Tutsis étaient « de la vermine » digne « d’être exterminée », ce qui aurait directement
conduit au massacre de plusieurs centaines de Tutsis.101
Après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001, son fils Joseph prit le pouvoir.
Joseph Kabila prit rapidement des dispositions pour mettre fin à la guerre et des pourparlers
de paix se déroulèrent à Lusaka, en Zambie, et à Sun City, en Afrique du Sud, aboutissant à un
« accord global et inclusif sur la transition en RDC », signé le 17 décembre 2002. Un gouverne-
ment de transition a été formé en 2003 et des élections ont eu lieu en 2006. La constitution de
transition négociée à Sun City a établi, ce qui constituait un élément essentiel de l’effort pour
trouver une solution permanente à la discrimination qui avait contribué aux récentes guerres,
que « Tous les groupes ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire constituaient
ce qui est devenu le Congo à l’indépendance doivent bénéficier de l’égalité des droits et de la
protection aux termes de la loi en tant que citoyens ».102
Toutefois, les violences se sont poursuivies entre les populations banyarwanda et les groupes
« autochtones » dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, et entre les Forces armées de RDC
99 Début 2002, le commandant Patrick Mazunzu du RCD-Goma rejeta l’autorité du mouvement rebelle et de nombreux
partisans le suivirent, ce qui entraîna une division continue au sein de la communauté banyamulenge. Les troupes du RCD-
Goma essayèrent en vain de supprimer le groupe de Masunzu. Les soldats du gouvernement rwandais se mirent alors à attaquer
les Banyamulenge, peuple dont la sécurité avait autrefois servi de prétexte à la présence de l’armée rwandaise au Congo. Voir
Human Rights Watch, World Report 2003: Democratic Republic of Congo, New York, 2003.
100 Ce qu’on a appelé “l’hypothèse hamitique” de l’époque coloniale, aujourd’hui contestée, selon laquelle des envahisseurs
« nilotiques », des pasteurs, auraient dépossédé les cultivateurs bantu dans presque tout l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale, a
encore beaucoup de crédit dans le discours actuel sur la différence, malgré l’absence de preuve pour l’étayer.
101 En Belgique, un mandat d’arrêt international à l’encontre de Yerodia fut délivré en 2000 par un juge d’instruction en raison
de ces déclarations, l’accusant de violations des Conventions de Genève et de crimes contre l’humanité (en 2002, la Cour
internationale de Justice a décrété que la Belgique avait violé le droit international en délivrant un mandat contre un ministre en
exercice). Voir Pieter H.F. Bekker, ‘World Court Orders Belgium to Cancel an Arrest Warrant Issued Against the Congolese Foreign
Minister’, ASIL Insights, février 2002.
102 Constitution de la Transition, 5 avril 2003, article 14.
103 Plus particulièrement sous l’égide de deux officiers rebelles de RCD-Goma, le général Laurent Nkunda (un Tutsi du Nord
Kivu) et le colonel Jules Mutebusi (membre de la communauté Banyamulenge). Après l’entrée en vigueur en 2002 du traité
portant création d’une Cour pénale internationale, le gouvernement Kabila a porté la situation de la RDC devant la CPI ; plusieurs
affaires font l’objet d’une enquête dans la Province d’Ituri, dans le nord des Kivu, par rapport aux atrocités commises par
les différentes milices ethniques (y compris la milice tutsi) et par l’armée, et des mandats d’arrestation ont été délivrés. Des
informations mises à jour sur l’enquête par rapport à la situation en RDC sont disponibles sur le site Internet de la Cour pénale
internationale à l’adresse http://www.icc-cpi.int/cases/RDC/s0104/s0104_all.html, dernier accès le 23 novembre 2007.
104 Stefan Lovgren ‘“Gorillas in the Mist” Park Slashed by Squatters’, National Geographic News,12 juillet 2004 ; Finbarr O’Reilly,
constituaient ce qui devenu de Congo (présentement la République démocratique du Congo) a l’indépendance.’ Loi n°.04/024
du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise, article 6.
106 De plus, la chambre haute du parlement (le Sénat) n’a pas approuvé cet article, mais en vertu de la constitution de transition,
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sant un règlement final destiné à trancher la question de savoir quels groupes sont considérés
comme autochtones. En théorie, la grande majorité des personnes considérées comme des
Banyarwanda doivent être incluses dans ces groupes, mais la formulation de la loi laisse planer
une dangereuse ambigüité au niveau de l’interprétation. Les droits des citoyens naturalisés ont
été améliorés de façon substantielle dans ces mêmes réformes juridiques, et l’exclusion des
citoyens naturalisés des fonctions publiques – jusque là extrêmement répandue – a été limitée
uniquement aux plus hautes fonctions. Sont exclus de la naturalisation les personnes coupables
de crimes économiques ou qui ont travaillé pour le compte d’un pays étranger, des accusations
courantes contre les Banyarwanda.
Etant donné la faiblesse perpétuelle de l’Etat central congolais et la présence de grandes
quantités de ressources naturelles dans l’Est du pays, la tentation de manipuler les questions eth-
niques et les questions de nationalité dans un but politique ou économique risque fort de rester
irrésistible pour certains. En mai 2006, au cours de la campagne électorale, Abdoulaye Yerodia,
alors l’un des quatre vice-présidents du gouvernement de transition du Congo et partisan du
candidat Joseph Kabila, s’en est pris aux Tutsi lors d’un rassemblement à Goma, disant qu’ils
devraient quitter le pays. En août 2007, des centaines de personnes ont manifesté violemment
et attaqué le personnel des Nations Unies dans la ville de Moba au Katanga, suite à des rumeurs
concernant le retour de Banyamulenge déplacés. Laurent Nkunda, un Tutsi congolais formé par
les Rwandais qui avait été commandant de la RDC dans le Nord Kivu et l’un de ceux qui avaient
refusé le désarmement en 2004, a repris les armes en tant que protecteur autoproclamé des
intérêts politiques et économiques des Tutsi congolais, à la tête du mouvement armé Congrès
National pour la Défense du Peuple (CNDP). Les hostilités ont repris activement fin 2006 et en
2007 entre le CNDP et la nouvelle armée congolaise, ainsi qu’avec un second groupe armé hutu,
connu sous le nom de Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Lors des pour-
parlers de paix qui se sont déroulés à Goma en janvier 2008, la capitale provinciale du Nord Kivu,
le statut des Tutsis congolais et le retour du Rwanda des réfugiés tutsis congolais ont été parmi
les points les plus difficiles à résoudre : les représentants tutsi aux pourparlers se sont plaints
de la discrimination continuelle exercée quotidiennement à l’encontre de leur communauté,
notamment de l’exclusion de la fonction publique,108 tandis que les groupes « autochtones » ont
clairement indiqué qu’ils les considéraient toujours comme des immigrants, sans réel droit à la
terre, et qu’ils travaillaient éventuellement pour le gouvernement rwandais.
108 Déclaration de la communauté banyamulenge à la conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et au Sud
l’administration publique nationale, sont occupés par des ressortissants de l’Est du pays venus à Kinshasa avec la révolution
de l’AFDL. Il est question de faire la comptabilité, en particulier dans les bureaux de l’administration de Kinshasa et de certaines
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ance réservée aux seuls frères ethniques, et donc sur la peur des frères et parents de personnes
brimées ou assassinées.110 Aucune solution efficace n’est envisageable si la loi n’est pas respectée.
Et cela suppose une volonté politique forte de la part des gouvernants.
villes de l’Ouest du pays où le swahili, langue parlée surtout dans les régions de l’Est, s’érige subrepticement en langue de travail
dans certaines administrations à la place du français et du lingala.
110 Voir Kabongo Malu, Emmanuel, Epurations ethniques en République Démocratique du Congo, Paris, L’Harmattan, 2007. Du fait
du combat pour la démocratie incarné par Etienne Tshisekedi, durant le règne de Mobutu, le peuple Luba a été habituellement
regardé avec beaucoup de suspicions et de dédain et, nombreux parmi les fils de ce peuple ont été victimes de refus de postes
de travail, en plus des harcèlements et de brimades. Cette attitude a amené, notamment, aux épurations ethniques connues dans
le Katanga.
111Voir Odile Bolie Nonkwa Mubiala, « Les lois et les conventions modernes : leur influence sur la situation de la femme en
RDC, sur le plan juridique, politique, économique et culturel », in: Marie-Ange Lukiana Mufwankolo (sous la direction de), La
promotion des droits des femmes. Une stratégie pour la paix en République Démocratique du Congo, Kinshasa, Publications de l’IDLP,
2000, p.81.
112Créé par l’arrêté ministériel n°CAB/V.M/AFF.SO.F/015/98 du 10 juillet 1998, le CNF conseille le gouvernement en matière de
promotion des droits de la femme et surveille l’application des politiques visant cette promotion.
113 Allocution de Madame la Ministre Marie-Ange Lukiana à l’occasion de la tenue de la session extraordinaire de redynamisation
du Conseil National de la Femme au Centre Catholique Cepas, Kinshasa, 7 janvier 2009, publiée dans le journal en ligne
Digitalcongo.net le 10 janvier 2009 (http://www.digitalcongo.net/article/55856)
114 Ces experts sont issus des institutions publiques, para- étatiques et privées.
115 Marie-Ange Lukiana Mufwankolo, Présentation du Conseil National de la Femme, 8 mars 2009, pp.2–3.
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frères et parents restés dans leurs pays, ces étrangers vivant au Congo gardent des liens étroits
de citoyenneté avec leurs pays d’origine respectifs.
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selon les partisans des listes ouvertes, il existerait une inadéquation entre les exigences de la
liste bloquée et zébrée en tant que mode de scrutin et la volonté affirmée du peuple congolais
d’élire librement ses dirigeants. Cet avis fut partagé par l’Eglise Catholique par la voix de la
Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui estimait que l’adoption du scrutin
proportionnel des listes ouvertes à une seule voix préférentielle ferait respecter l’intention des
électeurs, et donnerait aux députés le sentiment de légitimité ainsi qu’une certaine fierté d’être
mandatés par les électeurs. Ce qui ne serait nullement le cas pour le scrutin à listes bloquées et
zébrées, qui n’exprimeraient pas nécessairement la préférence de l’électeur. Il faut dire que cette
prise de position de la CENCO rendue publique le 11 janvier 2006 contribuera à faire basculer la
balance vers les listes ouvertes dans la mouture finale de la loi électorale promulguée le 9 mars
2006.
S o urces :
Entretiens avec : Mmes Faïda Mwangilwa, ancienne Ministre de la Condition Féminine et Famille, (15 octobre
2009), Noëlle Nyangwile, Présidente de l’Association des Femmes Juristes du Congo – AFEJUCO (29 octobre
2009) ; Josée Ngalula, Présidente du Réseau Action Femme (25 octobre 2009) et M. Thomas Luhaka, Député
National et ancien président de l’Assemblée Nationale de la Transition, le 20 Novembre 2009 ; Journal Le citoyen,
Supplément indépendant d’informations électorales ,N°20 Semaine du 20 au 26 février 2006 ; Bob Kabamba,
Geoffroy Matagne, Pierre Verjans, « (Re)construction de l’Etat et démocratisation en RDC : recours à l’expertise et
logiques d’appropriation », in L’action publique en Afrique, objet de connaissance : avancées, errements et contraintes,
Symbosium du Congrès d’analyse politique sur l’Afrique (CEAN), 3–5 septembre 2008, p.15.
D. Recommandations
1. Le gouvernement devrait identifier dans la loi sur la nationalité les principes restés
théoriques en l’absence de mesures d’application et préparer des ordonnances
présidentielles et arrêtés ministériels de mise en œuvre de ces principes. L’élaboration
d’un tel cadre réglémentaire devrait privilégier les principes de la naturalisation
pouvant faciliter une meilleure et égale participation des citoyens aux affaires
publiques. Parmi ces principes il devrait être sérieusement envisagé l’abolition de
l’exclusivité de la nationalité congolaise afin de permettre l’ouverture à la double
nationalité.
2. Des mesures concrètes et pratiques devraient être mises en œuvre pour assurer le
respect et l’effectivité du principe constitutionnel de parité entre hommes et femmes.
La mise en œuvre de ce principe devrait inclure des recommandations strictes aux
partis politiques dans la confection des listes électorales, ainsi que l’adoption d’un
système électoral qui comprenne des mesures de discrimination positive en faveur
des femmes.
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A. Liberté d’expression sous haute surveillance
Le droit à l’information et la liberté d’expression sont garantis et protégés en vertu de la
Constitution du 18 février 2006116 ainsi que de la loi sur la presse.117 Sur le plan pratique, la R.D.
Congo bénéficie d’une large gamme de moyens d’expression, d’information et de formation de la
population. Il existe plus de trois cents médias audiovisuels (stations de radiodiffusion et chaînes
de télévision, publiques, communautaires et privées), sur le territoire national.118 Aux côtés des
médias publics gérés à travers la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), les organes
d’information privés jouissent et font preuve d’une large liberté d’expression. Leurs programmes
font souvent intervenir des débateurs représentant des positions, opinions et origines politiques
diverses voire contradictoires. C’est incontestable que les médias privés jouissent d’un degré
élevé de liberté d’expression en RDC. Certains observateurs pensent même qu’ils sont les plus
libres d’Afrique.119
La liberté d’expression demeure néanmoins très fragile. En dépit des garanties juridiques,
l’Etat ne semble pas suffisamment disposé à tolérer les voix discordantes. Des journalistes sont
régulièrement harcelés, poursuivis et arrêtés pour avoir exercé leur liberté d’expression. Au
cours des dernières années, de nombreux journalistes ont été interpellés, emprisonnés, tués à
Kinshasa et dans les autres parties du pays ; plusieurs responsables des chaînes de télévision
et de radio ont fait l’objet de harcèlements et leurs organes d’information ont été saccagés ou
fermés. C’est le cas de Radio Liberté, de Canal Kin Télévision, de Canal Congo Télévision, de Global
Télévision et de Molière Télévision. Des journalistes ont été assassinés au cours des années qui ont
suivi les élections de 2006 apparemment en rapport avec leur profession. L’Union Nationale
de la Presse Congolaise (UNPC) a enregistré au moins un mort violent chaque année depuis
2005 parmi les membres de la profession, y compris Franck Ngyke (Kinshasa, 2005), Bapuwa
Mwamba (Kinshasa, 2006), Serge Maheshe (Bukavu, 2007), Mutombo Kahilo (Lubumbashi,
2007), Patrick Kikuku (Goma, 2007), Didace Namujimbo (Bukavu, 2008), et Bruno Koko
Chirambiza (Bukavu, août 2009).
la presse écrite ou tout autre moyen de communication sous réserve du respect de l’ordre public, de bonnes mœurs et des droits
d’autrui.
117 Loi n°96-002 du 22 juin 1996 fixant les modalités de la liberté de la presse.
118Entretiens avec les experts de la Haute Autorité des Médias, en particulier avec Hemedi Mwana Mboyo, journaliste de renom
au Congo, le 18 septembre 2009.
119 Entretiens avec Kambale Juakali, journaliste et expert des médias.
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le volet technique, l’Observatoire des Médias Congolais (OMEC), qui est une instance privée
d’autorégulation du secteur, l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), laquelle est un
cadre de concertation des professionnels, associations et entreprises au niveau national.
En attendant la mise en place effective du CSAC, la HAM demeure légalement la seule
institution publique habilitée à contrôler a posteriori les contenus diffusés par les entreprises de
presse et l’audiovisuel congolais. La qualité et l’efficacité de ce contrôle sont notamment relativi-
sées par la modicité des moyens alloués à l’instance de régulation dont les besoins, en matière
de communication par exemple, sont loin d’être satisfaits. En supposant que les agents chargés
du contrôle des médias auront la formation technique et administrative requise, cette collabora-
tion permettra également d’éviter des actions de contrôle susceptibles de nuire consciemment
ou inconsciemment au fonctionnement des médias dans les marges de liberté qui leur sont
reconnues.
Le ministère de l’Information a néanmoins parfois empiété sur les compétences de la HAM
et posé des actes de régulation des médias, une tâche qui n’est plus dans ses attributions. En
avril 2005 par exemple, le Ministre de l’Information a suspendu les chaînes de télévision CEBS
et Global TV pour des manquements supposés dans le contenu d’une information diffusée.
Le Ministre n’est revenu sur sa décision qu’après protestation de la HAM qui s’est saisie du
dossier. Les manquements supposés ayant été considérés par la HAM comme étant quasiment
non avérés, les deux chaînes ont dû poursuivre leurs émissions normalement après « admoni-
tion ».120 Les médias congolais se plaignent également des nombreux contrôles administratifs
qu’ils subissent, devenant de simples tracasseries aux fins de rançonnements. Ces contrôles
et tracasseries sont l’œuvre de divers services nationaux et provinciaux relevant de différents
ministères : de l’Intérieur, du Commerce, des Finances, de la Culture et de l’Information.
120 Haute Autorité des Médias, Recueil des Actes, Décisions, Recommandations, Observations, Avis, août 2004 – juin 2005,
pluralisme médiatique jouant néanmoins à fond, dans une liberté enviable par maints pays africains et même occidentaux, ces
opposants se font abondamment entendre grâce aux médias privés.
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est si vrai que le parlement a dû se doter de sa propre télévision publique, la Radio Télévision
Nationale Congolaise 3, pour retransmettre ses débats publics.
Droit à l’information
Il n’existe pas, à ce jour, de loi garantissant et réglémentant l’accès des citoyens aux informations
publiques. On connaît et on comprend la délicatesse de certaines informations qui peuvent être
utilisées aussi bien pour informer objectivement que pour simplement nuire, surtout quand la
presse ne fait pas toujours montre de responsabilité et d’éthique professionnelle. Néanmoins,
une loi judicieuse et raisonnable sur l’accès aux informations peut, de toute évidence, aider à
rendre la société plus transparente. L’existence d’une telle loi devrait pouvoir intéresser aussi bien
les chercheurs que les professionnels des médias et les activistes de la société civile.
La presse privée, en particulier, connaît de difficultés importantes pour accéder aux infor-
mations détenues par les services publics. Certaines erreurs commises par la presse, au nom
de la liberté d’informer, le sont parfois à l’insu de leurs auteurs, faute de moyens adéquats et
suffisants de vérification de l’information, défaut dû principalement à la pauvreté financière des
journalistes et des organes qui les emploient, et aussi du fait des difficultés d’accès à la source de
l’information. Par ailleurs, plusieurs professionnels des médias se plaignent régulièrement de
la rétention de l’information par ceux qui la détiennent dans les cercles politique, économique
et social congolais.122 L’absence d’accès aux sources primaires d’information amène à supputer,
à imaginer et, finalement, à tomber dans l’erreur. Les hommes et femmes des médias savent
qu’il leur appartient de faire des efforts pour accéder à l’information, en usant parfois de ruse,
d’investigation et peut-être d’achat de documents et informations dont la plupart sont abusive-
ment classés confidentiels. Il n’existe pas de disposition légale faisant obligation d’informer le
peuple sur les matières jugées privées comme les salaires, les émoluments, les avoirs de comptes
bancaires des gouvernants, ou les biens déclarés par ces derniers avant d’entrer en fonction et
en quittant les fonctions.123
122 Entretien avec le journaliste Polydor Muboyayi, directeur du journal Le Phare. On accuse notamment les responsables
politiques « de ne pas communiquer suffisamment ». L’obtention de l’information sur le dossier des « contrats chinois » a été
une énorme difficulté pour maints journalistes désireux d’informer correctement les citoyens sur le type de contrat passé sur les
mines du Congo.
123 La loi fait obligation de déclarer les biens avant la prise de fonctions publiques tout comme à la fin de ces fonctions
(entre autres les membres du gouvernement et les gestionnaires d’entreprises publiques). Mais ces déclarations demeurent
confidentielles. Les informations y relatives ne sont pas accessibles au citoyen contribuable.
124 Chiffres fournis, le 18 septembre 2009 par Monsieur Hemedi Mwana Mboyo, Expert à la Haute Autorité des Médias, à partir
P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 57
fait que l’accès à l’information par voie audiovisuelle et écrite est complètement déséquilibré en
défaveur des habitants de l’intérieur du pays.
L’usage de la liberté d’expression par les médias du Congo pose un sérieux problème
d’insuffisance d’objectivité. Les nombreux médias de service public et ceux dont les propriétaires
sont des acteurs politiques au pouvoir d’une part, ainsi que ceux détenus par des responsables
des partis politiques de l’opposition, d’autre part, se regardent les uns les autres en chiens de
faïence, n’informant presque jamais le public sur les activités de l’autre camps politique, sauf
quand il s’agit de les critiquer négativement. Dans une telle situation de suspicion, de méfiance
sinon de dédain mutuels, l’information souffre inévitablement soit de silence soit de partialité
dans son traitement. Nombreux à Kinshasa, ces médias « politiques » constituent, en tant qu’ils
sont tenus par de non journalistes, une grande source de tensions ; et en tant qu’ils sont des
outils d’expression des acteurs politiques, ils reflètent, de manière parfaite les conflits politiques
ainsi que les insuffisances de la culture politique de leurs propriétaires. A côté de cette catégorie
de médias « politiques » – du pouvoir comme de l’opposition – se situent les médias qui sont
plus ou moins indépendants, tenant une ligne éditoriale qui ne s’exprime pas de manière tran-
chée pour une position précise alignée à l’idéologie d’un courant politique donné. En général,
cependant, les moyens d’indépendance réelle des médias font largement défaut, du fait de la
non application de la législation permettant aux médias publics de générer des possibilités
financières, sous forme de redevances ; et du fait de l’absence d’une politique de subventions,
de soutien des médias privés par les pouvoirs publics, comme aide à l’épanouissement de la
démocratie. Après un tour des maisons de presse en 2005, l’Observatoire des Médias au Congo
(OMEC) a établi le constat suivant : une bonne partie des journalistes (la majorité) œuvrant au
sein des différentes rédactions des journaux congolais sont des professionnels ayant acquis une
formation académique et professionnelle suffisante. Mais, la plupart du temps, ils travaillent
dans des conditions difficiles, marquées par un contexte général de misère. La pauvreté et la
misère amènent parfois à la simple fabulation plutôt qu’à l’information.125
Les abus réguliers des règles de conduite professionnelle constituent un autre problème qui
se pose aux médias congolais. Une observation attentive du mode de déploiement de la liberté
d’expression des journalistes congolais fait voir qu’il y a visiblement chez eux un réel déficit
d’éthique et du manque de professionnalisme, conduisant à la violation récurrente des règles
de la déontologie journalistique. En guise d’illustration, entre février et juillet 2009, la HAM
a prononcé 27 « actes de régulation » (décisions) contre des journalistes et maisons de presse,
sous forme d’observations, mises en demeure ou suspensions de diffusion faisant suite à des
manquements à l’éthique et à la déontologie de l’information et de la communication. Au moins
10 de ces actes constataient des manquements consistant au déséquilibre dans le traitement et
la diffusion de l’information ; au partis pris systématique, des propos diffamatoires, accusations
sans preuves, diabolisation des adversaires, violation de la présomption d’innocence, etc. Cinq
de ces actes réprimaient des productions ou diffusions qualifiées d’indécentes. Par ailleurs, on
125 Entretien avec Stanys Nkundye, de l’Organisation des Médias Congolais, le 19 septembre 2009.
58 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
a noté que huit des faits réprimés par la HAM étaient des violations de l’éthique et de la régle-
mentation de la publicité, tandis que quatre actes déploraient un déficit de professionnalisme.126
B. Liberté d’association
La liberté d’association est garantie par la Constitution127 et par une loi de 2001.128 Celle-ci prévoit
même que l’Etat associe les organisations non gouvernementales à la conception et à la réalisa-
tion de la politique de développement, qu’il leur accorde des facilités administratives, fiscales, et
qu’il soutienne leurs actions de développement.129
Ces granties sont difficilement mises en œuvre. En particulier, l’obtention des actes de docu-
ments administratifs autorisant à fonctionner comme associations est soumise à une procédure
126 Entretien avec Me Luemba lu Masanga, Conseiller Juridique de la Haute Autorité des Médias, le 18 septembre 2009.
127 Article 37 de la Constitution du 18 février 2006.
128 Loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associations sans but lucratif et aux
établissements d’utilité publique, Journal Officiel, 42è Année, numéro spécial, 15 août 2001, p.23.
129 Articles 38, 39 et 40 de la Loi n°004/2001 du 20 juillet 2001.
P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 59
onéreuse130 qui mine l’objectif même de la loi.131 En plus, les membres des associations dûment
constituées sont l’objet de harcèlements de façon régulière, en particulier pour ce qui est des asso-
ciations de défense des droits de l’homme. En juin 2009, la Rapporteuse Spéciale des Nations
Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme a exprimé des préoccupations sur
la liberté d’action des associations en ces termes : « Les libertés fondamentales des défenseurs
des droits de l’homme -liberté d’opinion et d’expression, de réunion et d’association – sont illé-
galement restreintes. Les défenseurs, notamment les journalistes, qui font état de violations des
droits de l’homme perpétrées par l’Etat ou des acteurs non étatiques, sont assassinés, menacés,
torturés ou arbitrairement arrêtés et leurs bureaux sont saccagés. Les médias sont parfois sus-
pendus et les journalistes s’autocensurent par crainte de représailles. Les journalistes se voient
également refuser l’accès à l’information par les autorités. L’exercice du droit au rassemblement
pacifique pose également un problème. Le régime d’information instauré par la Constitution de
2006 n’est souvent pas respecté dans la pratique et les défenseurs doivent obtenir une autorisa-
tion des autorités pour pouvoir manifester. Enfin, même lorsqu’elles sont en règle, plusieurs
ONG se sont vues refuser la personnalité juridique et n’ont par conséquent pu ni déposer de
plaintes devant les tribunaux, ni recevoir un financement de bailleurs ».132
Entre autres causes d’une telle situation, le Rapport indique l’absence, en République
Démocratique du Congo, d’un « cadre juridique de protection des défenseurs des droits de
l’homme ». Au total, de très nombreuses organisations, légalement constituées ou non, peuplent
le monde associatif congolais. Mais bien peu d’entre elles ont les moyens effectifs pour la réali-
sation de leurs projets et missions ;133 et la liberté d’expression et de travail de ces associations
demeure encore très contrôlée et limitée par les pouvoirs publics.134
Il y a également des frais administratifs variant suivant l’administration ou le service public approché, sans oublier les pesanteurs
diverses d’une administration publique où toutes les prestations sont quasiment monnayées.
131 Certaines associations d’éducation civique ont du mal à obtenir les documents et autorisations nécessaires et, au bout d’une
longue période d’attente, se découragent et laissent tomber les démarches administratves. C’est le cas de l’Organisation pour la
Défense des Droits de l’Homme et des Peuples (ODEP) constitué par un groupe d’avocats.
132 Le Rapport de Mme Sekaggya est disponible à l’adresse: http://www.protectionline.org/spip.php?article8377.
133 Pour plus de détails sur les difficultés des associations des droits de l’homme en République Démocratique du Congo, on
se référera notamment aux sites internet de « Reporters Sans Frontières », de « ProtectiOnline », de « Journaliste en Danger »,
de l’« Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme », de la « Fédération Internationale des Ligues des Droits de
l’Homme », ou encore de « Front Line Defenders. Protection of Human Rights Defenders ». Nombre de ces associations
entretiennent de chroniques quotidiennes sur les violations des droits de l’homme en République Démocratique du Congo.
Mais, encore une fois, on devra noter que la présente étude n’est pas consacrée à la description de la situation des droits de
l’homme. Une étude spécialisée peut être réalisée.
134Voir Nzangi Batutu, Michel, La liberté d’opinion et d’expression et ses limitations légales en République Démocratique du Congo,
Kinshasa, Konrad Adenauer, 2007.
135 Voir Ngoma-Binda, « Forces politiques de la société civile », Congo-Afrique, n°380, décembre 2003, pp.597–614.
60 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
du Sud, la société civile a joué un rôle de premier plan, notamment à travers les représentants
des confessions religieuses catholique, protestante, orthodoxe, et musulmane. A l’issue de ces
travaux destinés à concevoir et à élaborer un nouvel ordre politique dans le pays qui a souffert
d’une longue dictature et de nombreuses atrocités de la guerre, la société civile a été amenée à
assumer des fonctions importantes dans les institutions politiques, spécialement celles dénom-
mées « institutions d’appui à la démocratie ».
Les diverses organisations de la société civile jouent un rôle politique évident, mais à des
degrés divers, selon leur objet spécifique. Les plus actives, sur le plan de la réclamation du droit
de participation politique en vue de la transparence et la bonne gouvernance, sont les organi-
sations qui s’occupent de défendre des droits de l’homme, les organisations ayant pour objet
l’éducation civique et politique des citoyens, les organisations féminines (comme les femmes
magistrates, les femmes avocates, les femmes ministres et parlementaires), et, dans une bonne
mesure, les organisations syndicales.
La grande force des organisations de la société civile est à trouver moins dans les moyens
matériels que dans l’énergie intérieure de certains acteurs sociaux, dans leur détermination à
dénoncer les injustices, à réclamer la bonne gouvernance et la démocratie. Cette foi est renforcée
par la présence, à leur côté, des hommes d’église, principalement catholiques, eux aussi engagés,
comme on l’a vu avec la « Marche des Chrétiens », le 16 février 1992, réclamant un ordre poli-
tique nouveau, démocratique, plus porteur d’espoirs et de perspectives de meilleures conditions
de vie. Des organisations non gouvernementales d’inspiration chrétienne, comme le Groupe
Amos, le Groupe Jérémie, le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Chrétiens Catholiques (Calcc), et le
Réseau des organisations de droits de l’homme et d’éducation civique d’inspiration chrétienne
(Rodhecic), ont joué un rôle capital dans l’éveil de la conscience politique chez les intellectuels
congolais, chrétiens et laïcs. En plus, les « Messages » des Evêques catholiques, à travers la
Conférence Nationale Episcopale du Congo constitue un soutien moral inestimable dans la
volonté des congolais à la volonté d’avènement de la démocratie et à la participation politique des
citoyens. A la Conférence nationale souveraine comme au Dialogue Inter-Congolais, la société
civile congolaise a joué le rôle à la fois de tampon ou de conseil de sagesse entre l’opposition
désireuse de changement et le pouvoir en place accroché à garder le statu quoi. En effet, il y a
lieu de rappeler qu’à l’époque de la Conférence Nationale Souveraine la volonté des congolais à
en découdre avec le régime de Mobutu a suscité un engagement très remarquable des citoyens.
Certes ce sont les acteurs politiques qui ont principalement allumé la flamme, mais il s’est
révélé que sans l’engagement actif des acteurs sociaux, des associations corporatistes et des
organisations non gouvernementales, laïques et religieuses, le mouvement pour le changement
politique n’aurait pas été aussi efficace. Par exemple, le travail réalisé par le Dr Numbi,136 comme
porte-parole de la société civile, a acculé Mobutu à changer plusieurs fois de stratégies et même
jusqu’à accepté les positions de l’opposition politique. Et au Dialogue intercongolais, les hauts
dignitaires de l’Eglise catholique – le Cardinal Etsou – de l’Eglise protestante – Mgr Marini Bodo
136 Ce médecin dont la société civile garde le souvenir d’un acteur intègre, courageux et déterminé, est mort avant même la fin
des travaux de la Conférence nationale. A travers de nombreuses supputations incriminant le pouvoir en place, il a finalement
été dit qu’il est mort d’une mort naturelle.
P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 61
– et d’autres églises, présents à Sun City, ont servi de grande force morale, interpellant constam-
ment la conscience des acteurs politiques et belligérants face aux souffrances atroces endurées
par le peuple.
Bien que les stratèges de Mobutu aient réussir à politiser et à diviser la société civile, laquelle
s’était alors scindée en deux blocs, d’un côté celui soutenant le pouvoir en place, et de l’autre
celui attaché aux idées de l’opposition, exprimant les idéaux du changement social et politique
« radical », il demeure que l’action de cette dernière frange a quand même pu déstabiliser la dic-
tature, l’obligeant à abandonner le monopartisme. Cette fissure au sein du mouvement citoyen
n’est pas réapparue lors du Dialogue Inter-Congolais. Mais après les travaux du Dialogue, les
acteurs de la société civile qui se sont retrouvés dans des postes ministériels, au parlement, dans
les entreprises publiques ou à la tête des institutions d’appui à la démocratie ont constitué une
caste d’amis privilégiés, et ont ainsi été rejetés ou regardés avec mépris par les autres acteurs de la
société civile, en particulier ceux qui se considéraient comme plus qualifiés pour parler au nom
de la société civile, mais qui n’avaient pas eu leur part du « gâteau national » partagé à Sun City.
Lors des élections de 2006, plusieurs acteurs de la société civile ayant goûté aux délices du
pouvoir se sont jetés dans l’arène de la lutte pour le pouvoir politique, et laïcs comme religieux,
ils sont entrés dans les partis politiques ou dans des campagnes politiques d’envergure.137 Cette
entrée en politique, activement recherchée par les acteurs de la société civile, a finalement fait
comprendre la nature pour le moins ambigüe de la société civile, partagée entre la fidélité à
l’action à rendre au peuple et l’avidité pour les intérêts que procure le pouvoir politique. Elle fait
également voir la défaillance que, comme en un revers de la médaille, la participation politique
directe des acteurs de la société civile peut entraîner sur l’action sociale et civile.
137 Des acteurs de la société civile, et surtout des pasteurs protestants et des religieux se réclamant des églises de réveil, siègent
comme parlementaires au Sénat et à l’Assemblée nationale. C’est le cas de Mgr Marini Bodo, Mgr Kuye Ndondo, le Chef Spirituel
Muanda Nsemi, Pasteur Kiziamina, Pasteur Ejiba, le journaliste Mutinga Musthipayi, et autres.
62 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
des bourgmestres, des maires, des chefs de secteurs, des conseillers urbains et des conseillers
de secteurs ou chefferies, sans lesquels les fruits du changement démocratique resteront
difficilement visibles dans notre vécu quotidien.
Aujourd’hui en effet, comme en 1992, notre vie reste caractérisée par l’insécurité, le
délabrement des infrastructures de base (routes, eau, électricité, etc.), le chômage, la
mauvaise rémunération des travailleurs, la délinquance juvénile, la corruption, l’impunité et les
nombreuses déficiences des services publics.
Cette situation ne peut perdurer. Levons-nous et engageons-nous pour un changement
réel dans notre pays. Prenons des initiatives constructives pour une société de liberté, de
responsabilité, de justice, de tolérance, de solidarité et de sens du bien commun.
Le moment favorable est arrivé. Organisons-nous et mobilisons-nous dans nos paroisses, dans
nos communes, secteurs et villages pour contribuer à la reconstruction de notre pays.
Mettons en place des mécanismes pour une collecte de fonds en vue de nous approprier
l’organisation des prochaines élections locales. Ainsi, nous manifesterons notre engagement
à prendre en main notre destin, à changer le cours de notre histoire comme ceux qui sont
descendus dans les rues des différentes villes du pays le 16 février 1992.
Le Collectif du 16 Février : ASCOVI – CIAM KIN – EKOLO YA BONDEKO – GROUPE JEREMIE
– MIEC – MIIC – RODHECIC
Le cas évoqué ci-dessus du « Collectif du 16 Février » est un bel exemple d’engagement des
citoyens dans la lutte pour l’instauration d’une société démocratique, laquelle est la voie de con-
struction d’une nation forte et prospère sur le plan à la fois économique, social et culturel. De
même, dirigé par le Père Rigobert Minani, le « Cadre de Concertation de la Société Civile pour
l’Observation des Elections » a abattu un travail fort appréciable, en juillet et en octobre 2006,
dans le cadre des élections présidentielles et législatives, nationales et provinciales.
Mais il y a un autre cas, plus récent et à bien des égards plus exemplaire, de participation de
la société civile à la gouvernance politique en RD Congo. Il s’agit de cette remarquable mobilisa-
tion active et courageuse des énergies de la société civile autour de la question de l’exploitation et
de la gestion des ressources naturelles du pays. Le Centre d’Etudes pour l’Action Sociale (Cepas)
a organisé des ateliers d’un travail minutieux de lecture et de réexamen approfondis des contrats
miniers signés par le gouvernement avec des entrepreneurs de la filière. Cet engagement citoyen
a eu un réel impact sur les décideurs politiques, lesquels se sont vus acculés à soutenir cette
action citoyenne. Une soixantaine de contrats miniers ont été revisités, et quelques uns ont été
rejetés ou renvoyés à une renégociation. Cette initiative est un exemple digne d’être cité comme
un succès dans le long processus de la lutte contre la corruption et pour la bonne gouvernance.
Le succès a été rendu possible par la détermination des citoyens engagés, patriotes, et profondé-
ment soucieux de voir s’instaurer la bonne gouvernance et la justice dans la redistribution des
richesses, seul chemin de la réduction concrète et effective des affres terribles de la pauvreté
généralisée parmi les populations congolaises. Mais on constate aussi que l’initiative a dû béné-
ficier d’un précieux concours financier, et moral, de la part des organisations internationales.
P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 63
Et c’est ici qu’il nous faut relever deux faiblesses dans le chef de la société civile congolaise
quant à la participation efficace dans le processus politique. La première est sa dépendance, sur
le plan financier, vis-à-vis des organisations gouvernementales et surtout non gouvernementales
des pays occidentaux. Quand tarit la source de financement, l’ardeur civile s’étiole. On connaît
des organisations qui sont ou ont été, pour de longues années, comme en hibernation d’activités
faute de moyens de financement. La société civile tournée vers les activités de développe-
ment ainsi que les organisations des droits de l’homme sont sans doute les plus concernées.
Dépendantes, celles-ci sont, de ce fait même, plus susceptibles d’être victimes de manipulation
par les donateurs d’aide. La majorité des associations congolaises sont composées de membres
dont le revenu est insignifiant. Vivant avec moins de 1 dollar américain par jour, le congolais
moyen est incapable de payer des cotisations. Par conséquent, sans la solidarité internationale
le mouvement associatif congolais serait dans l’inertie totale. Les organisations internationales
œuvrant en RDC vivent au quotidien cette réalité, en tant qu’elles sont constamment sollicitées
pour la moindre petite activité. Or on sait fort bien que, comme on dit, la main qui donne est
toujours au-dessus de celle qui reçoit. Ceci veut dire que la démocratie réclame l’objectivité,
l’impartialité. Mais l’impartialité est, pour le moins, difficile dans une situation de dépendance
ou d’assistance quasi absolue.
La seconde faiblesse est la corruption facile, en termes de non résistance à l’émigration
des acteurs sociaux non catholiques138 vers la sphère politique. Lorsqu’un membre de la société
civile devient une figure publique proéminente, il est soit inquiété soit aspiré par les pouvoirs
politiques pour servir les intérêts de ces derniers. Si les acteurs des organisations de défense des
droits de l’homme, comme la « Voix des Sans Voix », l’« Association Africaine de Défense des
Droits de l’Homme », ou encore « Journalistes En Danger », ont fait preuve d’une remarquable
capacité de résistance contre à la fois les menaces et l’attirance du pouvoir, par contre on a
remarqué que plusieurs acteurs de la société civile ont généralement et très facilement succombé
à l’attrait de l’émigration vers la politique. L’espace public congolais est peuplé de ces acteurs
politiques venus de la société civile. Le plus regrettable en cela est sans aucun doute le fait que
cette émigration est à sens unique et irréversible. Qui sort de la société civile pour la politique n’y
retourne pas. Et il coupe ou perd tout lien avec sa base sociale. Il s’en va irréversiblement sauf
dans le cas de ceux-là qui jouent à la politique de la chauve-souris, mangeurs à tous les râteliers,
et qui, de ce fait, perdent la confiance de la population.
Est-il possible de parvenir à quelque chose qui fasse que la société civile cesse de se vider
de sa substance chaque fois qu’apparaissent des figures importantes ? Comment rendre la
société civile moins vulnérable, à la fois forte et solidement enracinée ? La politique est-elle un
aboutissement inévitable ? Une réponse adéquate à ces questions est difficile. Mais tout ce qui
est certain est qu’une société sans société civile organisée manque absolument d’énergie induc-
trice de transparence, de démocratie et de participation réelle des citoyens à la vie politique.
Par exemple, faisant preuve d’un certain souci de transparence, le Ministère du Budget a pris
l’habitude d’associer des syndicats de la fonction publique dans les opérations d’élaboration du
138 Contrairement aux religieux chrétiens catholiques, les pasteurs protestants et des églises dites indépendantes font partie de
ces acteurs civils qui émigrent facilement et avec empressement vers la politique.
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budget national. En particulier, l’Association des Professeurs de l’Université de Kinshasa a été
invitée à participer pour le budget de 2007 et 2008. Egalement, des couches sociales diverses
et nombreuses ont été consultées dans le processus d’élaboration du Document de la Stratégie
de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP), y compris les universitaires. Mais dans
la mesure où elle est non institutionnalisée, cette participation dépend de la bonne volonté
de l’autorité politique du moment. Elle est donc précaire, aléatoire, et non contraignante, en
particulier en ce qui concerne son apport aux travaux d’élaboration de la loi budgétaire ou des
documents définitifs. Ainsi, l’information apportée à la population n’est pas toujours complète.
D. Recommandations
1. Le vote d’une loi qui favorise l’accès des citoyens aux informations doit être érigé
en priorité afin d’assurer une meilleure participation des citoyens dans la marche
des affaires publiques de la nation. La loi, non encore promulguée à ce jour, relative
à l’organisation et aux attributions du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la
Communication devra tenir compte de la demande exprimée, en particulier par les
professionnels des médias, d’un accès plus aisé aux informations.
2. Le gouvernement devrait entamer une concertation avec les organisations
professionnelles des médias pour l’établissement d’un système de subventions
publiques transparentes en faveur des organes de presse.
P A R T I C I P AT I O N D E S C I T O Y E N S A U P R O C E S S U S P O L I T I Q U E 65
4
Elections en R.D. Congo
Avec la parenthèse constituée par les élections pluralistes organisées en 1960 et 1965, l’une
des causes des crises politiques récurrentes auxquelles la République Démocratique du Congo
est confrontée depuis son indépendance est la contestation de légitimité des institutions due
notamment à l’absence d’élections réellement libres et pluralistes. Les élections de 2006 étaient
censées mettre fin à cette longue et profonde crise de légitimité. En dépit d’avancées notables,
notamment dans la gestion technique des opérations électorales, les élections de 2006 ont néan-
moins été organisées sur une fragile base politique marquée par l’absence d’un consensus solide
entre principaux acteurs politiques et par une dépendance logistique et politique très évidente à
l’égard des bailleurs de fonds et des puissances occidentales.
Le cadre juridique et réglementaire des élections de 2006 satisfaisait aux principaux stan-
dards internationaux en matière d’élections. Il accusait néanmoins quelques lacunes impor-
tantes, notamment en matière d’élaboration des lois, d’encadrement du financement des activi-
tés politiques et de règlement du contentieux électoral. En dépit d’un manque évident de tradi-
tion électorale et de maîtrise par les agents électoraux des nouvelles technologies de l’information
dans l’exécution des opérations électorales, la Commission électorale indépendante (CEI, organe
de gestion des élections de 2006 au Congo), a fait montre d’un certain professionnalisme dans
la préparation, l’organisation, la gestion et le contrôle des opérations techniques des processus
référendaire et électoral. Le consensus national sur les fondamentaux des élections, matérialisé
par l’accord global et inclusif de décembre 2002, a beaucoup contribué à la réussite relative des
élections de 2006. Ce consensus politique est néanmoins en voie d’être rompu par la promulga-
tion d’une loi sur la CENI dont la composition est fortement contestée, ainsi que par la publica-
tion unilatérale d’un calendrier électoral par une CEI de moins en moins considérée comme un
organe neutre et professionnel de gestion des élections.
66 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Le traitement judiciaire du contentieux électoral est l’un des maillons faibles de la gestion
des élections en RDC. Il est caractérisé par un manque de créativité des juges qui réchignent à
ordonner des mesures d’enquête supplémentaire pour mieux apprécier les allégations de fraude
électorale. L’archaïsme de la procédure judiciaire congolaise ne favorisé pas non plus un traite-
ment proactif des litiges électoraux.
Lois essentielles
La Constitution de la Transition (articles 154 à 160), l’Accord Global et Inclusif (chapitre IV, 4 a, b
et c) et la Résolution n°DIC/CPJ09/ du 18 avril 2004 du Dialogue Intercongolais ont chargé la
Commission Electorale Indépendante d’assurer la préparation et la tenue du référendum consti-
tutionnel et des élections libres, transparentes et démocratiques pendant la période de transition.
La nouvelle Constitution du 18 février 2006 prévoit également des dispositions relatives aux
élections. Aux termes de l’article 5 de cette Constitution, « la souveraineté nationale appartient au
peuple. Tout pouvoir émane du peuple qui l’exerce directement par voie de référendum ou d’élections et
indirectement par ses représentants. Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer
l’exercice. La loi fixe les conditions d’organisation des élections et du référendum. Le suffrage est universel,
égal et secret. Il est direct ou indirect. Sans préjudice des dispositions des articles 72, 102 et 106 de la pré-
sente Constitution, sont électeurs et éligibles, dans les conditions déterminées par la loi, tous les Congolais
de deux sexes, âgés de dix-huit ans révolus et jouissant de leurs droits civils et politiques ». Elle institue
également une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) en remplacement de la
Commission Electorale Indépendante créée par la Constitution de la Transition du 4 avril 2003
en application de la Résolution n°DIC/CPJ09/ du 18 avril 2004 du Dialogue Intercongolais. La
Constitution du 18 février 2006 confie à la nouvelle CENI pratiquement les mêmes missions
que celles dévolues jadis à la CEI, à savoir l’organisation du processus électoral, notamment de
l’enrôlement des électeurs, de la tenue du fichier électoral, des opérations de vote, de dépouil-
lement et de tout référendum. Elle assurera également la régularité du processus électoral et
référendaire.
Ce cadre est appuyé par un bloc de lois qui ont réglementé les élections générales de
2006 : i) la loi sur les partis politiques adoptée conformément à la Résolution du Dialogue
Intercongolais n°DIC/CPJ/ 04 du 18 avril 2002 relative à la libéralisation effective et totale de la
139 Loi n°004/2002 du 15 mars 2004 portant organisation et fonctionnement des partis politiques.
140 Loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant organisation, fonctionnement et attributions de la Commission Electorale Indépendante,
Journal Officiel, numéros spéciaux, 1er août 2004 et 20 juin octobre 2006.
141 Loi n°04/ 024 du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise, Journal Officiel, numéro spécial, 17 novembre 2004
142 Loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et enrôlement des électeurs, Journal Officiel, numéro spécial, 20
juin octobre 2006.
143 Décision n°008/CEI/BUR/05 du 9 juin 2005 relative aux mesures d’application de la loi n°04/028 du 24 décembre 2004
portant identification et enrôlement des électeurs, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin octobre 2006.
144 Loi n°05/ 010 du 24 décembre 2004 portant organisation du référendum constitutionnel en République Démocratique du
68 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
le dispositif juridique indispensable au lancement des préparatifs administratifs et techniques
des scrutins, la loi électorale n’a ainsi été promulguée que le 9 mars 2006. L’accumulation des
retards dans l’élaboration du cadre juridique est à l’origine du report des élections au-delà de la
date du 30 juin 2006 prévue pour marquer la fin de la transition.
Les difficultés qui ont émaillé l’élaboration de ce cadre juridique des élections émanent
essentiellement de blocages dus aux dissensions entre les principaux acteurs des institutions de
transition et à leur manque d’empressement à affronter le verdict des urnes. Ces blocages ont
longtemps retardé l’élaboration de la législation essentielle à la tenue des différentes consulta-
tions électorales, à commencer par le referendum constitutionnel de décembre 2005.151
Systèmes électoraux
Au sens strict, par systèmes électoraux, il faut entendre « les mécanismes qui permettent de
traduire les préférences des citoyens en sièges dans des institutions représentatives ».152 Dans
les démocraties représentatives, le système électoral a trois fonctions. La première et la plus fon-
damentale, est celle de convertir les votes en sièges au sein des assemblées parlementaires ou en
charges publiques attribuées à des individus. En deuxième lieu, il constitue le canal par lequel le
peuple peut tenir ses représentants élus redevables de leurs actes. En troisième lieu, il encourage
ceux qui aspirent au pouvoir à présenter leurs appels à l’électorat selon des formes précises.153
Il existe de nombreux systèmes électoraux dont les caractéristiques s’enchevêtrent. Afin de
simplifier l’analyse, les systèmes électoraux sont généralement classés en trois grandes catégories
ou « familles »: les systèmes majoritaires, semi-proportionnels et proportionnels.154 Les pays de
la SADC à laquelle appartient la RDC, ont été encouragés à adopter chacun un système électoral
qui soit conforme à son propre ordre politique, à sa propre histoire et à son propre système de
partis. Les principes suivants devraient néanmoins être au cœur de leurs systèmes électoraux :
i) une vaste représentation des divers intérêts politiques et des groupes de population ;
ii) l’inclusivité et la participation politique des acteurs clés ;
iii) la responsabilité politique des députés envers les électeurs ;
iv) la transparence et la légitimité du processus électoral et de son résultat ; et
v) une culture démocratique intra-parti doit être garantie afin d’assurer la crédibilité et la
légitimité de la nomination des candidats au sein des partis politiques.155
151 A. Gorgemans, « Le processus électoral congolais : une procession d’Echternach ? », Echos Grands Lacs (Publication
mensuelle du Réseau mensuelle du Réseau Européen pour l’Afrique Centrale), n°17, février 2006, p.1, disponible sur http://www.
eurac-network.orgwww.eurac-network.org, consulté le 27 octobre 2009.
152 B. O’Neal, Les systèmes électoraux, Bibliothèque du Parlement, disponible en ligne sur : http ://dsp-tpsgc.umontreal.gc.ca/
Collection-R/LoPBdp/BP/bp334-f.htm, consulté le 14 mars 2009.
153 PNUD, Systèmes et processus électoraux, op.cit., p.11.
154 A. Reynolds et B. Reilly, La conception des systèmes électoraux. Un manuel de International IDEA, Stockholm, 2002, p.18,
disponible : //indh.pnud.org.co/redir.plx?d=indh.pnud.org.co/files/rec&f=poli/DEAsystemeselector.pdf, consulté le 14 mars
2009.
155 Principes de gestion, de surveillance et d’observation des élections dans les pays de la SADC, adoptés le 6 novembre 2003 à
l’initiative conjointe de EISA et du Forum des Commissions Électorales de la SADC (ECF), EISA, Electoral Handbook n°13, Benoni,
pp.9–10.
70 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
voix de la liste est la somme des voix obtenues par les candidats inscrits sur cette liste et les sièges
sont attribués proportionnellement au nombre de voix obtenues par chaque liste présentée par le
parti politique, par le regroupement politique ou par le candidat indépendant.157
Une partie des députés provinciaux a été élue comme les députés nationaux en fonction de
la taille de la circonscription au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire relatif dans les
circonscriptions uninominales (à un siège) et au scrutin proportionnel de listes ouvertes avec
l’application de la règle du plus fort reste dans les circonscriptions plurinominales (à plus d’un
siège) et une autre partie composé de chefs coutumiers a été cooptée pour un mandat de cinq
ans renouvelable conformément aux dispositions de l’article 197.4 de la Constitution et de l’article
152 de la loi électorale. Les Sénateurs ont été élus au suffrage indirect et au scrutin proportionnel
de listes ouvertes à une seule voix préférentielle avec l’application de la règle du plus fort reste.
Comme les Sénateurs, les gouverneurs de province furent élus au suffrage indirect, mais au
scrutin majoritaire absolu de listes à deux tours (article 159 loi électorale).
Les systèmes électoraux choisis et appliqués en RDC ont fait l’objet d’un vif débat dans
l’opinion publique et la classe politique congolaises, plus particulièrement en ce qui concerne
le choix du mode de scrutin, la nature des listes et les dérapages du système électoral appliqué.
Au sujet du choix du système électoral approprié aux élections de 2006, le débat a porté sur la
difficulté de choisir entre le scrutin majoritaire et le scrutin proportionnel pour l’élection des
représentants nationaux, provinciaux et locaux. A l’issue d’intenses discussions et en dépit de
fortes pressions exercées à l’époque sur les parlementaires par la communauté internationale
lors de la discussion de la Constitution, les partisans de scrutin proportionnel à liste ouverte
ont eu raison sur les défenseurs de scrutin majoritaire et ceux de scrutin proportionnel. Pour
J.-L. Ekambo Kangashe, le système choisi est plus favorable aux grands partis et n’assure pas
la prise en compte des petits partis, des minorités, des femmes et des personnes vulnérables.
D’après lui, le législateur aurait fait œuvre utile en adoptant le système de la plus forte moyenne
en vue d’assurer l’inclusivité tant recherchée. Mais le risque de voir ce système être à la base de
nombreux conflits au lendemain des élections a justifié l’option en faveur du système de la pro-
portionnelle avec application de la règle du fort reste lequel constitue néanmoins, selon lui, une
soupape de sécurité pour les partis politiques en présence et une dose d’inclusivité en ce qu’il
donne finalement la parole plus aux partis qu’aux individus.158
Un autre sujet de controverse entre experts et acteurs politiques avait trait à la nature des
listes à présenter aux électeurs. Le débat très acharné sur cette question a opposé les partisans
de « liste bloquée » aux défenseurs de « liste ouverte ». La liste bloquée était soutenue par les
chefs de file de partis politiques qui, sur base de ce système, devaient avoir le dernier mot dans
l’inscription et l’ordre de présentation des candidats à présenter au choix des électeurs. En
raison de ses inconvénients, la liste bloquée a été rejetée parce qu’en dépit de ses avantages,
elle ne permet pas un contact direct entre les électeurs et les candidats ; elle donne un pouvoir
discrétionnaire voire dictatorial au chef du parti dans l’établissement des listes et l’ordre de
présentation des candidats. Enfin, une fois déposée et agréée au niveau de la Commission
159 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Elections présidentielle,
législatives et provinciales 2006. Rapport final, disponible sur http : //www.moeuerdcongo.org/files/MO%20RDC%202006%20
-%20Rapport%Final, consulté le 12 septembre 2009, p.25.
160 Idem, p.32.
72 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
tratif, la Mission d’Observation de l’Union Européenne note que les 3 sièges à pourvoir dans la
circonscription de Kazumba ont été attribués avec un total de voix inférieur à 20 % des voix expri-
mées. Enfin, multipliant les sources de contestation, les écarts de voix sont souvent très faibles
entre le dernier député élu et son challenger le plus proche : dans 29 circonscriptions, il est ainsi
inférieur à 3 % des suffrages. L’analyse des résultats des élections provinciales fait apparaître des
distorsions similaires. Dans la commune de Kisenso, à Kinshasa, les deux députés provinciaux
élus n’ont recueilli respectivement que 4,2 % et 3,5 % des voix exprimées. Dans la commune de
Mont Ngafula, les 2 élus totalisent moins de 7 %.161
A cette complexité du système électoral s’ajoute sa dénaturation du scrutin proportionnel
de listes ouvertes avec application de la règle du plus fort reste pour les circonscriptions pluri-
nominales. Techniquement, il s’agit d’un scrutin de listes, dans lequel chaque parti présente
dans chaque circonscription électorale une liste de candidats (le nombre de ceux-ci équivalant
à celui des sièges attribués à la circonscription) ; chaque liste faisant l’objet d’un « bulletin de
vote ». Dans ce système, l’électeur se verra remettre des bulletins représentant les listes des
partis en compétition et votera pour une liste sans nécessairement s’attacher aux noms des
candidats et jettera les autres.162 Il n’en a pas été ainsi pour les élections de 2006 organisées en
RDC. Le professeur Mampuya fait observer à cet effet que les électeurs qui ont voté en 2006
n’ont pas voté pour telle ou telle liste ou choisi entre les partis en présence, mais ils ont eu en
mains, comme bulletin de vote, les listes de candidats des partis en lice dans la circonscription
mais une seule longue liste de tous les candidats de la circonscription (parfois plusieurs dizaines
de noms) classés par ordre alphabétique (art. 119, al. 1 point 1) indépendamment de leur parti,
chacun devant voter « pour un seul candidat » sur cette liste (art. 119, al. 1 point 2). Les candidats
eux-mêmes étaient allés en campagne électorale individuellement, faisant leur propre promo-
tion et non celle d’un parti ou d’un programme de parti, faisant leurs promesses en leur nom
personnel et non au nom d’un quelconque parti. Comme on le voit, même si l’article 119 alinéas
2 à 4 de la loi électorale parle de « liste », il ne s’est donc pas agi d’un scrutin de listes mais
bien plutôt d’un « scrutin de candidats ». Il y a eu ainsi opposition et confrontation d’individus,
parfois d’un même parti, mais nulle confrontation de programmes ou de projets de politiques
publiques, chaque candidat comptant sur les voix tribales, régionales, claniques, familiales ou
amicales. Ce n’est que lors de l’attribution des sièges entre les candidats et, à travers eux, à leurs
partis respectifs, que l’on additionnait artificiellement les voix obtenues par tous les candidats de
tel parti dans la circonscription.
Ce grief mérite d’être tempéré en raison de la difficulté matérielle liée à la conception et à la
production des bulletins de vote à cause du nombre très élevé de partis ou regroupements poli-
tiques et de candidats indépendants qui ont présenté de liste aux élections de 2006. Le scrutin
de liste supposerait donc, dans la logique des détracteurs de ce système, de produire autant de
bulletins de vote différents qu’il y avait de partis ou regroupements politiques et de candidats
indépendants : 33 listes différentes pour 33 candidats présentés par 27 partis ou regroupements
politiques et 7 candidats indépendants pour l’élection présidentielle ; 965 listes différentes pour
163Calcul effectué à partir de données fournies par A. Malu Malu, Les élections en République Démocratique du Congo : un
aperçu général, in M. Schulz (Hg), Entwicklungsträger in der DR Kongo, Lit Verlag, Berlin, 2008, p.618.
164 R. Minani Bihuzo, Présentation du rapport d’observation des élections présidentielle, législatives et provinciales en RDC. Mot
de clôture, 1er septembre 2006, disponible sur http : //www.grandslacs.net/doc/4138.pdf, consulté le 14 mars 2009, pp.3–4.
74 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
générale, « l’argent, la corruption, l’achat des consciences et le trafic d’influence ont, une nouvelle
fois et de façon scandaleuse, permis l’élection de nombreux Sénateurs et Gouverneurs ».165
165 N. Obotela et J. Omasombo, « De la fin des ‘composantes’ à l’hégémonie par les élections en RDC », Annuaire de l’Afrique
des Grands Lacs, 2006/07, p.156, disponible sur www.ua.ac.be/objs/00151015.pdf, consulté le 14 octobre 2009.
166 Constitution, articles 72, 102 et 105.
167 Loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, municipales et
locales, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin 2006, article 103.
168 Idem, article 10.
169 L’article 14, alinéas 5et 6 de la Constitution dispose que « l’Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans
lesdites institutions. La loi fixe les modalités d’application de ces droits».
170 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Rapport cité, p.23.
171 Article 196 de la Constitution de la transition du 4 avril 2003.
76 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
déterminée par la CEI, les élections des maires et maires adjoints par les conseillers urbains au
suffrage indirect et au scrutin majoritaire absolu de listes. Six types différents d’élections sont
concernés : deux directes (pour les conseils municipaux et les conseils de secteurs ou de cheffer-
ies) et quatre indirectes (conseils urbains, bourgmestres, chefs de secteurs et maires, ainsi que
leurs adjoints). A la date de rédaction de ce rapport, la révision du fichier électoral permettant de
mettre à jour les listes électorales avant la tenue des élections et constituer la base de données
pour les élections générales de 2011 n’est laborieusement réalisée que pour la ville de Kinshasa et
la province du Bas Congo, avant d’être étendue aux neuf autres provinces.
Avant août 2010, la CEI conditionnait la tenue des élections locales à la résolution de quatre
contraintes, d’ordre juridique, financier, logistique et sécuritaire respectivement. Sur le plan
juridique, la CEI disait attendre : 1) l’adoption des décrets d’application de la loi sur la décentrali-
sation relatifs à la création des nouvelles villes et communes ainsi qu’aux limites des secteurs
et chefferies et ii) l’élaboration, le vote et la promulgation de la loi sur les entités territoriales
déconcentrées ainsi que de la loi organique portant subdivisions territoriales à l’intérieur des
provinces, laquelle loi pourrait statuer une fois pour toutes sur la reconnaissance officielle des
groupements (plus de 350) qui naissent comme des champignons sur l’ensemble du territoire
national. Quant au préalable d’ordre financier, la CEI disait n’avoir reçu aucune contribution au
budget de l’opération de la révision du fichier électoral ni au budget des élections locales prop-
rement dites, le gouvernement n’ayant procédé à aucune allocation budgétaire à cet effet et la
communauté internationale subordonnant sa contribution à celle du gouvernement. L’absence
de fonds disponibles empêchait la CEI de faire face aux défis logistiques posés par l’organisation
des élections locales. Enfin, la CEI excipait de l’insécurité dans les provinces du Nord-Kivu et
du Sud-Kivu, ainsi que dans les districts de l’Ituri, du Haut-Uélé et du Bas-Uélé de la province
Orientale pour justifier la non tenue des élections locales.172
Le 9 août 2010, cependant, la CEI a publié un calendrier du processus électoral 2010 – 2013
qui a pour effet de renvoyer les élections locales à 2013, bien au-delà du mandat de la première
législature de la Troisième République.173 En conséquence de ce calendrier, les élections locales
attendues avant les élections générales de la deuxième législature de la Troisième République
n’auront donc plus lieu. L’annulation des élections locales, sept ans après la fin de la période de
la transition où elles devaient impérativement se tenir, est un aveu sans équivoque d’échec de la
CEI et du Gouvernement de la RDC de parachever le processus électoral débuté en 2005/06. Elle
constitue également une rupture du consensus politique matérialisé par l’Accord Global et
Inclusif de 2002 qui avait mis en place un nouvel ordre politique en RDC fondé, entre autres
piliers, sur la démocratie locale. Bien plus, cette annulation a été furtivement réalisée sans que
la CEI ne la justifie par l’impossibilité de résoudre les quatre préalables qu’elle mettait à l’avant
comme obstacles à la tenue des élections locales. La CEI a donc laissé la place à des spéculations
qui voyaient derrière le renvoi sans date des élections locales des raisons politiques liées à la stra-
172Entretien mercredi 2 septembre 2009 dans son office à Kinshasa Gombe avec Dieudonné Mirimo, Rapporteur de la
Commission Electorale Indépendante sur le calendrier des élections locales.
173 CEI, Décision n°030/CEI/BUR/10 du 9 août 2010 portant publication du calendrier du processus électoral 2010–2013 en
RDC.
Mission et attributions
En vue de permettre la mise en place d’un régime constitutionnel démocratique, la Constitution
de la transition du 4 avril 2003 a institué la Commission Electorale Indépendante (CEI) comme
une des « institutions d’appui à la démocratie ». Elle est régie par la loi n°04/009 du 5 juin
174 International Crisis Group, « Congo : l’enlisement du projet démocratique », Briefing Afrique de Crisis Group, n°73, 8 avril 2010,
p.18.
175 Résolution DIC/CPJ/09 du Dialogue Intercongolais du 18 avril 2002 qui créé la CEI comme une des « institutions d’appui à
la démocratie ». Cf. Dialogue Intercongolais, Rapport final, janvier 2000-avril 2003.
176 Entretien avec Dieudonné Mirimo, Rapporteur de la CEI, mercredi 2 septembre 2009 à Kinshasa.
177 Article 17(1) de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée par la huitième session
ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements tenue le 30 janvier 2007 à Addis Abéba, disponible à l’adresse :
http://www.afrimap.org/english/images/treaty/Charte_africaine_de_la_Democratie.pdf.
78 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
2004 portant son organisation, son fonctionnement et ses attributions.178 Au terme de cette loi
organique, la CEI est indépendante par rapport aux autres institutions de la transition, mais elle
collabore avec elles.179 Elle est chargée d’assurer la préparation, l’organisation, la gestion et le
contrôle des élections libres, démocratiques et transparentes à tous les niveaux pendant la tran-
sition permettant la mise en place d’un régime constitutionnel démocratique en RDC.180 Plus
précisément, la loi n°06/006 du 9 mars 2006 la charge d’organiser les élections présidentielle,
législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales.181
Dans l’accomplissement de ses missions, la CEI dispose de prérogatives et de moyens
d’action étendus. Elle est en particulier dotée de la personnalité juridique et jouit de l’autonomie
financière dans la gestion de son budget dont les ressources proviennent de dotations du gou-
vernement central, complétée par des apports extérieurs de la communauté internationale. Elle
a la capacité de saisir les juridictions compétentes qui sont obligées de statuer selon la procédure
de flagrance.182 En raison de la délicatesse de sa mission, la loi reconnaît aux membres de la
CEI le bénéfice de l’immunité de poursuite et du privilège de juridiction dans l’exercice de leurs
fonctions.183
La CEI est formellement indépendante de composantes et entités signataires de l’Accord
Global et Inclusif dans la mesure ses membres sont censés « couper le cordon ombilical » qui
les liait à leurs composantes d’appartenance et être au-dessus des intérêts partisans pour ne
considérer que la stricte impartialité. L’autonomie de la CEI a été en réalité soumise à une rude
épreuve des faits, particulièrement à l’égard des partenaires avec lesquelles elle a eu à collaborer
dans l’organisation des élections. Ceci a été surtout le cas du Gouvernement et des partenaires au
développement.184 Le non respect par le Gouvernement de son engagement financier au titre de
sa quote-part dans le budget de fonctionnement de la CEI et dans le budget du reste des opéra-
tions électorales est à la base du retard dans l’organisation des élections locales et le lancement de
l’opération de la révision du fichier électoral dans les dix provinces du pays en dehors de la ville-
province de Kinshasa, sans parler de plusieurs mois d’arriérés de salaires des membres et agents
de l’Administration centrale et de ses bureaux de représentations provinciales. Cette dépendance
de la CEI de la dotation du gouvernement procède à son tour de la dépendance de ce dernier des
ressources extérieures dont les partenaires conditionnent l’octroi au respect par le gouvernement
de son engagement au financement du budget de fonctionnement de cette institution d’appui à
la démocratie. La trop grande dépendance financière de la CEI de la dotation du gouvernement
178 Loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant organisation, fonctionnement et attributions de la Commission Electorale Indépendante,
80 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
p. veiller à la régularité des campagnes électorales ;
q. annoncer les résultats provisoires des élections à tous les niveaux et les transmettre pour
proclamation à la Cour Suprême de Justice concernant les élections présidentielle et
législatives ou à la Cour d’Appel du ressort concernant les élections provinciales et locales ;
r. déposer à l’Assemblée nationale et au Sénat un rapport général sur le référendum et un
rapport général sur les élections.
S o urce :
Loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant organisation, fonctionnement et attributions de la CEI.
Composition et structure
La composition des organismes de gestion de l’élection (OGE) ou commissions électorales est
un critère essentiel de démocratisation des processus électoraux.185 Les principes de gestion, de
surveillance et d’observation des pays de la Communauté pour le Développement de l’Afrique
Australe (SADC) recommandent à cet effet que « la composition de l’OGE devrait être représentative
de la société, et devrait comporter au moins 30°% des femmes. On devrait prendre en considération la
nomination de personnes indépendantes connues pour leur intégrité au sein de la société. (…) Au moins
un des commissaires devrait être quelqu’un qui occupe une haute fonction judiciaire (juge à la Haute
Cour ou à la Cour suprême). Un pourcentage des membres des OGE devrait être constitué de membres
à plein temps afin de garantir la continuité organisationnelle et intellectuelle ».186
En Afrique francophone, la naissance des commissions électorales remonte à la veille du
deuxième cycle des élections du renouveau démocratique au début des années 1990, contexte
qui explique leur constitution selon une procédure consensuelle impliquant les partis politiques,
la société civile et le gouvernement et/ou le parlement.187 Ce schéma est plus ou moins valable
pour la RDC dont la CEI, outre les représentants des partis politiques de l’opposition et ceux de
la société civile, comprend les représentants des ex-belligérants (ex-gouvernement central, RCD,
RCD-K-ML et RCD-N). La CEI est constituée de 21 membres désignés de façon paritaire par les
composantes et entités du Dialogue inter-congolais,188 sur base des principes de compétence,
d’expérience, de haute moralité et de représentation provinciale à raison de trois membres par
Composante et de deux membres par Entité dont au moins une femme par composante et entité.
11 CELLULES TECHNIQUES
NATIONALES
11 Bureaux de
11 Bureaux Provinciaux des
Représentation Provinciale
Opérations (BPO)
(BRP)
Au niveau national, elle est régie par trois organes : l’assemblée plénière, le bureau et les com-
missions spéciales. L’Assemblée plénière est l’organe de conception et d’orientation. Elle procède
à l’évaluation interne des activités de la CEI. Elle est composée de 21 membres, dont 10 femmes,
soit presque la moitié de l’ensemble. Le Bureau est l’organe de décision et de gestion de la CEI.
Il est composé de huit membres, dont trois femmes, soit plus d’un tiers du total. Ces membres
ont été désignés de façon paritaire par les principales composantes et entités du Dialogue
82 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Intercongolais dont le gouvernement central de Kinshasa, le Rassemblement Congolais pour la
Démocratie, le Mouvement de Libération du Congo, l’opposition politique non armée, la société
civile, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/Mouvement de Libération,
le Rassemblement Congolais Démocrates et Nationalistes et les Maï Maï. Les sept commissions
spéciales supervisent chacune une question particulière relative à l’organisation et à la gestion
des électeurs. Ces Commissions sont chargées respectivement de l’education civique et électo-
rale ; de l’inscription des électeurs et des candidats ; de la logistique des opérations, du service
juridique et contentieux ; de la formation électorale ; du déroulement des scrutins et collecte des
résultats ainsi que de Relations publiques, information et communication.
Afin d’assurer l’intégration progressive des structures techniques, la CEI a mis en place
un Bureau National des Opérations (BNO). Organe opérationnel de la CEI, le BNO regroupe
six cellules techniques dont les mandats portent respectivement sur la Coordination nationale
des opérations, le Centre national de traitement, la Cellule technique de télécommunication, le
Bureau central de traitement des candidatures, le Centre national de compilation des résultats, la
Cellule administrative et finances. Dans l’organisation des scrutins, le BNO dispose de préroga-
tives majeures et s’est nettement émancipée du contrôle des différentes composantes représen-
tées au sein du bureau national de la CEI, alimentant des critiques sur l’inclusivité effective de
l’institution électorale et l’impartialité de certaines décisions opérationnelles, notamment lors
des opérations d’enregistrement des électeurs. Afin de doter ses démembrements organiques
d’une chaîne opérationnelle efficace répondant directement au BNO, la CEI avait envisagé la
création des Bureaux provinciaux des opérations, des Bureaux opérationnels de liaison et des
Bureaux opérationnels relais. Ces structures n’ont finalement été mises en place que partielle-
ment, la responsabilité des opérations technique sur le terrain étant confiée à des Superviseurs
techniques provinciaux (STP) et nationaux (STN).
Tenant compte des recommandations formulées par la Mission d’Observation Electorale
de l’Union Européenne, la CEI a procédé à la décentralisation de la compilation des résultats.
Celle-ci s’est traduite par la mise en place, au niveau des Bureaux de Liaison, des Centres locaux
de compilation des résultats (CLCR). Placés sous la supervision du Centre national de compila-
tion des résultats rattaché au BNO et chargé de centraliser les résultats de l’ensemble des CLCR,
ces derniers étaient chargés de la centralisation, de la compilation et de l’archivage des plis de
résultats en provenance des centres de vote selon le plan de ramassage élaboré par la cellule logis-
tique du BNO. Aux niveaux provincial et local, la CEI dispose des Bureaux de représentation pro-
vinciale (BRP), des Bureaux de liaison (BL) et des Bureaux relais (BR). Les BRP sont constitués
de huit membres dont deux femmes (25 %), à raison d’un membre par composante et entité,
nommés collégialement par son bureau, sur proposition de ces dernières, selon les critères de
compétence, d’expérience et de haute moralité. Les BL établis au niveau local sont composés de
huit membres dont un chef de Bureau de liaison, quatre autres agents chargés respectivement
de la sensibilisation, de l’inscription électorale, de la logistique, de la formation ainsi qu’un
secrétaire comptable, un chauffeur et un agent préposé à l’entretien. Les BR sont des structures
d’appui logistique établis dans tous les 102 chefs-lieux de territoires et villes n’abritant pas de BL.
Indépendante
190PNUD, Rapport d’évaluation du Projet d’Appui au Processus Electoral au Congo (APEC), 5 mai 2007, disponible sur : http://www.
undp.org.cd/downloads/rapapecmai07.pdf (consulté le 5 août 2008), pp.12–13.
191 Idem, p.16.
84 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
tains coûts tels que celui des bulletins étaient difficilement estimables sans la connaissance
du système électoral que la RDC allait adopter.192 Outre la sous-évaluation initiale, le budget
des élections de 2006 a également subi de nombreuses fluctuations en cours de son exécu-
tion. Par exemple, dans le cadre du projet APEC, les montants estimés pour la sensibilisation
et l’éducation civique électorale ont été diminués pour se limiter à la production de supports
didactiques par la CEI, suite à la décision des ONG d’établir un fonds séparé pour ce volet dont
l’exécution ne serait pas liée à la CEI. Ce fonds n’a malheureusement jamais pu être constitué.
Par ailleurs, le coût du personnel national et international est passé de US$ 39,8 millions à US$
121 millions. On trouve d’autres augmentations substantielles dans les coûts du matériel électoral
pour les scrutins de juillet et d’octobre 2006. D’après le rapport d’évaluation du PNUD, le décal-
age entre les promesses de financement des bailleurs et les dates réelles des décaissements a
causé des retards dans le calendrier d’acquisition de matériels importants. En outre, les ballets
de chiffres présentés aux bailleurs de fonds par différents organes et la difficulté d’obtenir des
responsables un budget intégré bien ficelé ont souvent nui à la libération des fonds. Le rapport
fait état des coupures qui auraient été faites en pleines opérations électorales ou postélectorales,
comme les abonnements téléphoniques après le 31 décembre 2006.193
300
Serie 1
250
200
150
100
50
0
Appui au Logistique Dotation du Contentieux Genre et Autres
processus Gouvernement électoral Elections interventions
électoral
Source : CEI, Dépliant sur le processus électoral en République Démocratique du Congo, p.3.
En dépit de ces ballets de chiffres sur le financement des élections, le coût des élections de 2006
est estimé à 546, 20 millions de dollars américains. Ce coût comprend l’appui au processus
électoral estimé à 283 millions contre 48,5 millions de dollars américains au titre de la dotation
du Gouvernement de 2003 à novembre 2006 ; l’appui au processus de sécurisation à hauteur
de 58,6 millions de dollars américains contre 100 millions pour la logistique, 1,2 pour le conten-
192 La loi électorale n’a été adoptée que le 10 mars 2006, soit plus d’un an après le démarrage du projet.
193 PNUD, op.cit., p.17.
86 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
cile, le cas échéant ; iv) tout autre motif supplémentaire d’exclusion (par exemple : les détenus
en milieu carcéral, les personnes ayant un casier judiciaire avec condamnations, les handicapés
mentaux, etc.)198 Pour justifier l’identité et l’âge du candidat à l’inscription et à l’enrôlement,
étaient prises en compte les pièces suivantes : i) le certificat de nationalité ou l’attestation tenant
lieu de certificat de nationalité ; ii) la carte d’identité pour citoyen ; iii) le passeport national ; iv) le
permis de conduire national sécurisé ; v) le livret de pension ; vi) la carte d’élève ou d’étudiant ; vii)
la carte de service. A ce niveau, il sied de relever parmi les contraintes auxquelles étaient confron-
tée l’opération d’identification et d’enrôlement des électeurs le dysfonctionnement criant des ser-
vices de l’état civil en RDC dû notamment à la quasi-absence de registres et d’actes d’état civil, au
manque de données démographiques et statistiques fiables, le dernier recensement général de
la population datant de 1984.199 A défaut de l’une ou l’autre de ces pièces, la loi du 24 décembre
2004 y a pourvu par le recours aux cinq témoins déjà inscrits sur la liste des électeurs du même
Centre d’Inscription et résidant depuis 5 ans au moins dans le ressort du Centre d’Inscription.
Les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs se sont déroulées durant huit
mois environ, entre juin 2005 et février 2006. Lors de la clôture de cette opération d’identification
et d’enrôlement des électeurs, la CEI a enregistré 25.712.552 enrôlés200 et lors du référendum ils
étaient 25 021 703.201 Après toutes les corrections, le nombre total d’électeurs serait finalement
24 073 177 dont 52,6 % des femmes et 47,4 % des hommes avec moyenne d’âge estimée à 35,5
ans.202 L’écart observé entre le chiffre d’électeurs inscrits et celui de votants s’explique en partie
par le fait que le chiffre total d’inscrits comprenait une série de doublons repérés ultérieurement
grâce aux empreintes digitales et qui furent ensuite radiés de la liste finale.
Les partis politiques ont effectivement surveillé le processus d’inscription des électeurs
par le biais de leurs propres témoins respectifs et accédé aux listes électorales, sans frais, con-
formément à loi organique de la CEI, à loi sur l’identification et l’enrôlement des électeurs, et
aux principes de la SADC relatifs à la gestion, à la surveillance et à l’observation des élections
dans les pays de la région. La loi n°04/028 du 24 décembre 2004 et ses mesures d’application
Source : L. de Saint Moulin, « Analyse par territoire et ville des résultats de l’enrôlement des électeurs et du
référendum sur le projet de Constitution », Congo-Afrique février-mars 2006, p.20.
La loi sur l’identification et l’enrôlement des électeurs205 a prévu trois cas dans lesquels les listes
électorales devaient être mises à jour en vue de constituer le fichier national : i) la majorité
électorale du citoyen à inscrire ; ii) le recouvrement du droit électoral ; iii) le déplacement, la
mutation, la maladie ou le décès. Il a fallu attendre plus de trois ans après l’identification et
l’enrôlement des électeurs pour que la CEI admettre, dans son communiqué de presse du 5 août
2008, la nécessité de réviser le fichier électoral à cause du retard accusé dans l’organisation des
203Article 22 de la loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et l’enrôlement des électeurs, Journal Officiel de la
République Démocratique du Congo, numéro spécial, 20 juin 2006.
204 Entretien le 12 septembre 2009 à Kinshasa avec Crispin Kayembe, Coordonnateur national technique de terrain du Bureau
national des Opérations de la Commission Electorale Indépendante.
205 La loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et enrôlement des électeurs, Journal Officiel de la République
88 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
élections locales.206 En plus de l’inscription des nouveaux majeurs et de la prise en charge des
cas de changement d’adresse, l’opération de la révision du fichier électoral concerne également
l’inscription d’électeurs non inscrits en 2005, l’inscription d’électeurs inscrits mais omis des
listes, la correction des erreurs matérielles ainsi que les radiations pour cause de décès et de perte
de qualité d’électeur et de dé-doublonnage de données (traçage de doublons). Les congolais ayant
atteint la majorité dans les deux années suivantes (2010) devront aussi être inscrits pour créer la
base de la liste électorale pour les élections nationales de 2011.207
206 Commission Electorale Indépendante, Communiqué de presse du 26 mai 2008. Pour amples détails, lire avec intérêt CEI, Plan
opérationnel pour la révision du fichier électoral, version du 11 novembre 2008.
207 CEI, Plan Opérationnel de la pour la révision du fichier électoral, version du 8 avril 2009, p.4.
208
Sur ce débat, lire R. Minani Bihuzo, Présentation du rapport d’observation des élections présidentielle, législatives et provinciales en
RDC. Mot de clôture, Kinshasa, s.d., p.4.
209 N. Obotela et J. Omasombo, « De la fin des ‘composantes’ à l’hégémonie par les élections en RDC », L’Afrique des Grands
Lacs. Annuaire 2006/07, p.135.
210 R. Minani, art.cit., p.4.
211 L. de Saint Moulin, art.cit., p.48.
90 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
caprices de la technologie, aux cas de force majeure comme la noyade et autres destructions
méchantes des matériels électoraux sensibles. Mais on peut admettre que ces erreurs n’ont pas
eu une influence déterminante sur la fiabilité des listes électorales. Rien ne permet à ce jour de
démontrer qu’elles ont été une stratégie délibérée de la CEI de favoriser tel ou tel candidat ou
parti politique ou regroupement.
219 EurAc-CDCE, Elections en République Démocratique du Congo. Scrutins des 30 juin & 29 octobre 2006. Rapport de la
mission d’observation électorale conjointe EurAc-CDCE, janvier 2007, p.29, disponible sur www.diplomatie.be/fr/pdf/cvasr5fr.
pdf, consulté le 27 octobre 2009.
220 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne. Référendum constitutionnel 2005, Rapport cité, p.6.
92 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
d’organisations de la société civile se sont mobilisées pour la sensibilisation du public aux procé-
dures et enjeux du référendum, puis des élections. Cet effort concerté, associant le Projet d’Appui
au Processus Electoral au Congo (APEC/PNUD) aux organisations locales, n’a pas été suffisant
dans plusieurs régions, en particulier dans l’Ouest et le Centre du pays. L’information dont a
disposé la population au sujet des scrutins a été par conséquent insuffisante.221
La faiblesse du budget de sensibilisation et sa dépendance du financement extérieur ont
constitué un autre handicap sérieux à l’éducation électorale. Le rapport d’évaluation du projet
APEC établit que « les montants estimés pour la sensibilisation et l’éducation civique électorale
ont été diminués pour se limiter à la production de supports didactiques par la CEI, suite à la
décision des ONG d’établir un fonds séparé pour ce volet dont l’exécution ne serait pas liée à la
CEI. Ce fonds n’a malheureusement jamais vu le jour ».222 De nombreux projets ont été initiés
en partenariat avec les organisations de la société civile, mais n’ont pu bénéficier pleinement du
soutien du projet d’Appui au processus électoral au Congo (APEC), en raison des contraintes
budgétaires liées à la prolongation du processus électoral et à sa complexité technique. Déjà
insuffisants pour le premier tour, les programmes de sensibilisation de la CEI dans les médias
ont également du être réduits. La demande du président de la CEI au Ministre des Finances
d’affecter le montant des cautions versées par les candidats au bénéfice d’activités de sensibilisa-
tion par la HAM n’a pas été positivement entendue.223
Source : Tableau reconstitué à partir des études de Père L. de Saint Moulin dans Congo-Afrique , n°408, octobre
2006, p. 334 ; et Congo-Afrique, n°411, janvier 2007, p.39.
Figure 3 : Evolution des taux de participation par province selon les types de scrutins
Elections du 29 Elections du 30 Référendum constitutionnel
octobre 2006 juillet 2006 du 18 et 19 décembre 2005
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Kinshasa
Bas-Congo
Bandundu
Equateur
Province
Orientale
Maniema
Nord-Kivu
Sud-Kivu
Katanga
Kassai
Oriental
Kassai
Occidental
94 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Plusieurs raisons expliquent la faible participation au référendum observée dans certaines prov-
inces, ainsi que le recul de la participation entre les deux tours des présidentielles. L’examen
de la cartographie des bureaux de vote dans les provinces pose de problèmes d’éloignement
des bureaux de vote et de leur accessibilité, empêchant ainsi les électeurs de se présenter et de
participer au référendum constitutionnel. Les taux de participation observé à Kinshasa (46,8 %),
exceptionnellement dans le Kasaï Occidental (40,9 %) et le Kasaï Oriental (33,3 %) reflètent à
l’évidence le mot d’ordre de boycott lancé par l’UDPS, un parti particulièrement bien implanté
dans la capitale et dans ces deux provinces.225 Ailleurs, des électeurs ont renoncé à se rendre aux
urnes pour le second tour des présidentielles parce que le choix qui leur a été laissé était insat-
isfaisant ou parce que leur préférence au premier tour n’avait pas été respectée. Ailleurs encore,
ils auront pu être découragés et incités à rester chez eux par une campagne pour le second tour
qui a été haineuse et violente comme l’attestent les nombreuses interdictions d’accès aux media
et les suspensions des émissions de radio-TV des deux camps prononcées par la Haute Autorité
des Médias (HAM).226
E. Pratiques électorales
Code de bonne conduite
La grande majorité des partis politiques impliqués dans les contestations électorales de 2006
ont signé le 18 juin 2005 un « Code de bonne conduite » dont l’objectif visait l’organisation des
élections libres, démocratiques et transparentes dans un climat de tolérance. Elaboré à l’issue des
concertations entre la CEI et les partis politiques grâce à un soutien matériel, logistique, financier
et en expertise de l’EISA (Electoral Institute of Southern Africa), de la FKA (Foundation Konrad
Adenauer) et de NDI (National Democratic Institute), ce code fut signé par 196 partis politiques.
Long de 28 articles, il détermine les droits des partis politiques, leurs obligations ainsi que les sanc-
tions aux violations du code. Ce code s’applique à ces derniers, à leurs candidats, à leurs manda-
taires ou à leurs représentants, leurs militants et leurs sympathisants227 et est opposable à tous.228
S’inspirant de la Constitution et de la loi sur les partis politiques, le code reconnaît le droit
pour les partis politiques d’organiser des manifestations et des réunions pacifiques et d’y par-
ticiper individuellement ou collectivement, publiquement ou en privé, dans le respect des lois,
de l’ordre public et des bonnes mœurs (Art. 1). Les partis ont le droit à : i) la sécurité de leurs
membres et des lieux de réunions ; ii) l’égal accès aux médias publics ; iii) la libre diffusion de
leurs opinions et de leurs programmes ; iv) un financement équitable ; v) une suite aux recours
(Art. 3). Les partis disposent en outre du droit : i) d’exprimer librement leurs croyances et opin-
ions publiques ; ii) de défier et de discuter les croyances et opinions des autres ; iii) de publier
et de distribuer les matériels des élections et des campagnes électorales, y compris les avis et
225L. de Saint Moulin, « Analyse par territoire et ville des résultats de l’enrôlement des électeurs et du référendum sur le projet
de Constitution », Congo-Afrique, numéro 402–403, février 2006, pp.17–18.
226 J. C. Willame, Premiers commentaires sur les résultats provisoires et partiels du second tour de l’élection présidentielle,
96 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
La violence politique faisait rage au moment même où le Code était approuvé. A Kisangani,
les groupes Bana Etats-Unis, Kata-Moto, Chine populaire, Ligve-orabe et Groma, des gangs de
jeunes de la commune de Mangobo, se livrent une guerre de tranchée sans merci depuis
plusieurs semaines, s’affrontant au couteau et à l’arme automatique pour le contrôle des
quartiers, rivalisant de rage pour la destruction des marchés et d’édifices publics et incendiant
les domiciles des sympathisants réels ou supposés du camp adverse. Or, les militants des
droits de l’homme locaux ont maintenant la preuve de la subordination de ces groupes à des
partis politiques et du contrôle, au moins partiel, des dirigeants de ces gangs par certaines
personnalités politiques qui les approvisionnent en armes automatiques.
Les milices armées Zoulous et Brigades des Martyrs du Katanga, créées au sein d’un parti politique
représenté au gouvernement viennent de reprendre du service à l’occasion des opérations
d’enrôlement et d’identification des électeurs, après avoir mortellement passé à tabac, en
novembre 2004, un responsable de l’UDPS de la commune de Katuba à Lubumbashi. Cette fois
c’est l’organisation politique Solidarité Katangaise qui a été la principale cible de leurs attaques.
Quatre dirigeants de Solidarité Katangaise ont été attaqués au couteau par des ‘Zoulous’
alors qu’ils se faisaient enrôler dans la commune de la Kenya. Les bureaux de Solidarité
Katangaise ont ensuite été attaqués et mis à sac par le même groupe. Des slogans ethniques
et régionalistes sont entendus dans les réunions publiques et les cris de guerre des ‘Zoulous’.
Solidarité Katangaise, dont les dirigeants disent vouloir parler « le langage de la cohabitation
entre groupes ethniques au Katanga », est régulièrement dénigrée par les ‘Zoulous’ et
les ‘Brigades’ de n’être qu’une « solidarité kasaienne » qui a été établie « pour diviser les
katangais.
S o urce :
Pascal Kambale, « Elections : code de mauvaise conduite », quotidien Le Phare (Kinshasa), 9 Septembre 2005.
Violence politique
Les élections organisées en 2006 ont été émaillées de plusieurs incidents violents révélateurs
d’un climat de forte tension entre partis politiques et pouvoirs publics. Pendant la campagne
du premier tour de l’élection présidentiel, la Mission d’Observation Electorale de l’Union
Européenne229 révèle à ce sujet que les plus violents de ces incidents eurent lieu dans les zones
peu contrôlées par la mouvance présidentielle. Le premier incident grave de la campagne prési-
dentielle s’est produit dans le territoire de Masisi (Nord Kivu) le 17 juillet 2006 avec le meurtre de
quatre personnes par des assaillants non identifiés lors d’un meeting d’un candidat indépendant.
A Kinshasa, le dérapage le plus séreux de la campagne, le 27 juillet 2006, a provoqué la mort
de six personnes en marge d’une manifestation de Jean-Pierre Bemba dans un accrochage entre
soldats et policiers. Le 28 juillet 2006, un agent de la sécurité du vice-président Ruberwa a été
abattu dans les circonstances non élucidées. Dans les Kasaï, le Bandundu et l’Equateur, le rejet
par les populations locales des candidats de la mouvance présidentielle a provoqué des heurts
répétés et de multiples dénis du droit de mener une campagne. La destruction du matériel
pour plus de 170 bureaux de vote à Mbuji-Mayi le 29 juillet 2006, et l’incendie volontaire de 40
230 En raison de la richesse de cette source, nous nous appuyons ici largement sur Mission d’Observation Electorale de l’Union
98 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
ont été arrêtés. Des membres de la Garde républicaine se sont également livrés, de manière
ponctuelle, à des exactions ciblées sur les militants MLC, notamment à Kisangani.
L’accrochage à Kinshasa durant trois jours entre les troupes de Joseph Kabila et la garde
de Jean-Bemba est l’incident le plus grave. Le 20 août 2006 en début de soirée, peu avant le
moment prévu pour l’annonce des résultats provisoires du premier tour par le président de
la CEI, des accrochages ont éclaté à proximité des locaux abritant deux chaînes de télévision
appartenant au dirigeant du MLC dans le quartier des affaires à Kinshasa. Ces incidents ont été
décrits comme relaté dans l’encadré ci-dessous par International Crisis Group.
Utilisation des moyens publics par les candidats : une campagne élec-
torale à deux vitesses
La loi électorale du 9 mars 2006 interdit en son article 35 l’utilisation à des fins de campagne
électorale des biens, des finances et du personnel de l’Etat, des entreprises, établissements et
organismes publics et des sociétés d’économie mixte. Dans la pratique cependant, l’abus des
moyens d’Etat a créé une nette inégalité de moyens entre candidats. La mission d’observation de
l’Union européenne a constaté que la campagne du premier tour de l’élection présidentielle a
été marquée par la disproportion flagrante des moyens à disposition des candidats.231 L’absence
de législation sur le financement des partis politiques et les défaillances profondes dans le con-
trôle des dépenses de campagne expliquent en grande partie le caractère profondément inégal
de la compétition électorale. L’affichage électoral, l’accès aux médias et les déplacements aériens
vers les provinces ont illustré une disproportion totale des moyens à l’avantage de trois candi-
dats membres du gouvernement : le président Kabila, le vice-président Bemba, et à un degré
moindre, le vice-président Ruberwa.
L’inégalité des moyens a été aggravée par le détournement des ressources par certains can-
didats de la mouvance présidentielle et par les tracasseries causées par l’administration publique
et les services de sécurité à l’égard des adversaires de Joseph Kabila. Ces mesures ont eu pour
conséquence de limiter les capacités des candidats à se déplacer, à organiser des rassemblements
et à déployer leur matériel de campagne à travers le pays. Cette inégalité de l’accès au public,
231 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne, Rapport cité, p.8.
100 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
particulièrement aigue dans les zones accessibles aux seuls candidats disposant des moyens
logistiques importants, a donné lieu à une campagne à deux vitesse : l’une, touchant l’électorat
rural majoritaire, dominé par les machines de l’AMP et du MLC, et l’autre concernant une
partie limitée de l’électorat, se jouant dans les grandes villes seulement. Les candidats issus de
l’espace présidentiel, en particulier Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, ont bénéficié de l’appui
de leurs unités armées non intégrées dans l’armée nationale, tandis que les candidats issus de
l’opposition non armée ont dû faire appel à des sociétés privées de sécurité ou à une protection
légère de l’Unité de police intégrée (UPI).
232 Loi n°04/017 du 30 juillet 2004 portant organisation, attributions et fonctionnement de la Haute Autorité des Médias, Journal
239 Cette dernière mesure, bien que survenue tardivement, a apaisé les détracteurs de la HAM qui l’accusaient de partialité. En
effet, alors que le débat devant opposer les deux candidats en lice venait d’être annulé, Joseph Kabila a tenu un point presse sur
la chaîne publique, à quelques heures de la fin de la campagne – privilège refusé à son challenger. La HAM, qui venait quelques
jours auparavant de montrer du doigt la partialité de la RTNC sans pour autant prendre de mesures coercitives, ne pouvait plus,
cette fois, faire preuve de complaisance, à moins d’apparaître tout aussi partiale.
240 EurAc et CDCE, Rapport déjà cité, p.26.
241 Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne. Référendum constitutionnel, Rapport cité, p.7.
242 Ibid.
102 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
que faiblement exploités.243 Néanmoins, à Kikwit et à Buta, la Mission conjointe a salué le rôle
fort positif joué par les radios communautaires de la place. Indépendantes, professionnelles, elles
ont assuré, avec peu de moyens, un traitement équilibré et pluraliste de l’actualité électorale.244
Tableau 3 : Répartition du temps d’antenne par candidat à l’élection présidentielle premier tour
du 29 juin au 29 juillet 2006 (tous types de diffusion)
100% AUTRES CANDIDATS
Norbert Likulia Bolongo AUTRES CANDIDATS
90% AUTRES CANDIDATS Marie Thérèse Nlandu couverture < 4%
AUTRES CANDIDATS
couverture < 4% couverture < 4%
80% Timothée Moleka Nzulama
50%
Marie Thérèse Nlandu Joseph Kabila
Joseph Kabila
40% Jean-Pierre Bemba Justine M. Kasa-Vubu
Hassan Thassinda U.T.
Joseph Kabila
30% Guy Patrice Lumumba Eugène Diomi Ndongala
Christophe Mboso
20% Christrophe Mboso Banyingela Kasonga
Tableau 4 : Répartition du temps d’antenne par candidat à l’élection présidentielle premier tour
du 29 juin au 29 juillet 2006 (tous types de diffusion)
100%
Wivine N’landu Kavidi
90% Vincent de Paul Lunda B. Pierre Pay-Pay Roger Lumbale
Timothée Moleka Nzulama
80% Roger Lumbala Pierre Pay-Pay
Paul Joseph Mukungubila Mutombo
70% Oscar Kashala Marie Thérèse Nlandu
Joseph Olenghankoy
60% Joseph Kabila
Jonas Mukamba K.N.
50% Jean-Pierre Bemba
Joseph Kabila
Joseph Kabila
Jacob Niemba Souga Joseph Kabila
40% Hassan Thassinda
François J. Mobutu
30% Jean-Pierre Bemba
Christophe Mboso
243 Ibid.
244 EurAc et CDCE, Rapport cité, p.26.
104 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Alors que le témoin est mandaté par les candidats indépendants, les partis politiques ou
les regroupements politiques et choisis parmi les personnes inscrites sur la liste des électeurs,
les observateurs, eux, le sont par les organisations nationales ou internationales et sont choisis
parmi les congolais ou les étrangers accrédités par la CEI pour assister à toutes les opérations
électorales. Ils ont libre accès à tous les lieux où se déroulent les opérations électorales.
Selon les données communiquées par la CEI, plus de 111 000 accréditations246 ont été dis-
tribuées à l’occasion des scrutins du 29 octobre. Regroupant 24 réseaux d’observation, le Cadre
de concertation de la société civile pour l’observation des élections, a fourni les effectifs les plus
nombreux, avec près de 57 000 observateurs nationaux à travers le pays. Les réseaux issus de la
société civile et des confessions religieuses ont souvent mené un travail de formation important.
Certains réseaux bénéficiant d’un partenariat international (IFES, NDI, EISA) se sont générale-
ment distingués par une certaine maîtrise des outils méthodologiques de l’observation électo-
rale. La présence des observateurs nationaux a été particulièrement forte lors des opérations de
dépouillement. Par manque de moyens matériels, le déploiement des observateurs nationaux a
été généralement concentré dans les principaux centres urbains et s’est essentiellement limité
aux jours des scrutins. Un nombre retreint de réseaux d’observation nationale a pu maintenir
une présence continue durant les opérations de compilation des résultats dans les Centres locaux
de compilation des résultats (CLCR). L’accès des observateurs nationaux à l’ensemble des étapes
de la compilation a par ailleurs été occasionnellement rendu plus difficile par la résistance de
certains membres de CLCR. Certaines initiatives développées par le Cadre de concertation de la
société civile, comme la mise en commun des relevés de résultats recueillis lors du dépouille-
ment pour assurer un contrôle des résultats officiels, pourraient être menées à terme publique-
ment.
106 P A R T I E I I R . D . C O N G O : D É M O C R AT I E E T P A R T I C I P AT I O N À L A V I E P O L I T I Q U E
Les bureaux A, B et E seraient concernés pour un total de 164 bulletins frauduleusement
introduits. Ces informations n’ont cependant pas pu être vérifiées par les observateurs
EUrAC lors de la compilation.
S o urce :
EurAc-CDCE, Rapport de la Mission d’Observation Electorale conjointe EurAc-CDCE, Kinshasa, janvier 2007, pp.
32–34, disponible sur http://www.diplomatie?be/fr/pdf/cvar5fr.pdf, (consulté le 27 octobre 2009).
Procédure contentieuse
Les compétences des cours et tribunaux en matière de contentieux électoral sont établies dans
la loi électorale du 9 mars 2006. Les dispositions du Code d’organisation judiciaire hérité de la
Deuxième République ont été appliquées et sont complétées par les quelques éléments de procé-
dures contenus dans la loi électorale. L’ensemble des textes applicables aux élections attribue un
large champ de compétence à la Cour suprême de justice (CSJ) et aux Cours d’appel. Le règle-
ment des contentieux du référendum et des consultations électorales est confié à titre principal
aux organes juridictionnels.
En attendant la mise en place effective de la Cour constitutionnelle instituée par l’article 157
de la nouvelle Constitution du 18 février 2006 et aux termes de l’article 150 de la Constitution de
la Transition, de l’article 161 alinéa 2 de la Constitution de la Troisième République et de l’article
75 de la loi électorale du 9 mars 2006, la Cour Suprême de Justice est juge du contentieux des
élections présidentielle, législatives ainsi que du référendum. La Cour d’Appel, quant à elle, est
juge du contentieux des élections provinciales, le Tribunal de grande instance juge du conten-
tieux des élections urbaines et municipales et le Tribunal de paix juge du contentieux des élec-
tions locales.248 Leurs décisions doivent être rendues avec célérité : trois jours après la saisine,
pour le référendum ; quarante-huit heures pour le contentieux de la campagne électorale ; sept
pour les autres contentieux. La proclamation des résultats définitifs du référendum et des élec-
tions relève de la compétence exclusive des juridictions. En cas de recours contre les résultats
provisoires annoncés par la CEI, cette proclamation ne peut intervenir qu’après l’examen desdits
recours par les juridictions compétentes.249 Qu’il s’agisse de l’établissement des listes électorales,
Congo, Journal Officiel, numéro spécial, 27 décembre 2004, article 70 et Loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des
Contentieux post-référendaire
En sa qualité de juge du contentieux référendaire, la Cour Suprême de Justice a reçu au total
13 requêtes contestant les résultats du référendum, entre le 20 décembre 2005 et le 19 janvier
2006. Ces requêtes ont été introduites par 7 requérants distincts, dont 3 partis à titre individuel,
3 regroupements de plusieurs partis, et une personne physique. La phase juridictionnelle de
élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales, Journal Officiel, numéro spécial, 20 juin octobre
2006, article 75.
250 Idem, article 73.
251 Article 74, alinéa 4 de la loi précitée.
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l’établissement du referendum, à l’instar du déroulement même du scrutin, n’a pas bénéficié
d’une mobilisation forte de la part des partis politiques.
Sur le fond, les recours demandaient tous l’annulation des opérations ou des résultats du
referendum, pour violation de la loi référendaire. Dans leurs plaidoiries, certains partis ont
demandé à la Cour de procéder à la vérification des résultats, les irrégularités constatées ayant
conduit, selon eux, à fausser les résultats du scrutin. Les faits soulevés étaient : i) l’insuffisance
de la campagne de vulgarisation ainsi que le refus de la HAM de garantir aux acteurs prônant le
boycott un accès aux médias comparable à celui assuré aux tenants du oui et du non, influençant
ainsi de façon significative les résultats du scrutin ; ii) la publication de plusieurs versions de la
Constitution ; iii) la violation de la période de silence par les déclarations de responsables poli-
tiques le jour du scrutin sur le choix qu’ils venaient d’exprimer ; iv) l’absence de publication des
listes de bureaux de vote 30 jours avant le scrutin ; v) la violation du secret du vote par l’apposition
d’empreintes digitales sur le bulletin ; vi) la prolongation des scrutins au-delà de la durée légale ;
vii) les irrégularités dans le dépouillement. Certaines requêtes soulevaient également des excep-
tions préliminaires, notamment mettant en cause la constitutionnalité de la loi sur l’enrôlement,
de la loi portant organisation, attribution, et fonctionnement de la CEI, de la loi référendaire.
Toutes les requêtes ont été rejetées, soit pour prématurité, soit pour défaut de qualité dans le
chef des représentants des requérants soit pour inexistence juridique de ces dernières, ou encore
pour non fondement, et n’ont généralement pas permis à la Cour de se prononcer sur le fond.
Dans l’ensemble, la procédure s’est déroulée conformément aux textes régissant le traite-
ment du contentieux par la Cour Suprême de Justice. La Cour a statué dans le délai légal de 15
jours à compter de sa saisine. Toutefois, les requérants ont dénoncé des délais de convocation
trop courts. La CEI a dit ne pas avoir été convoquée à temps pour l’une des audiences et a estimé
que les droits de la défense avaient été violés. Certains requérants n’ont par ailleurs pas souhaité
comparaître lors de plusieurs audiences, ce qui portait atteinte au principe du contradictoire.
252 J.M. Katuala Kaba Kashala, La jurisprudence électorale congolaise commentée, Kinshasa, 2007, p.18.
253Le Mouvement de Libération du Congo (MLC) est le parti qui a obtenu 64 sièges à l’Assemblée Nationale et 15 au Sénat. Son
président a été retenu pour le deuxième tour de l’élection présidentielle.
254 J.-L. Esambo Kangashe, « Constitutionnalisme et résolution des conflits en Afrique », communication à la conférence du
255Cour suprême de justice, Bulletin des arrêts de la Cour suprême de justice, numéro spécial consacré aux contentieux électoraux
2006/07, Kinshasa 2007, pp.89–110.
256 J.-L. Esambo Kangashe, op.cit., p.9.
257 J.M. Katuala Kaba Kashala, op.cit., pp.431–433.
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leurs partis politiques, dûment mandatés à cet effet. Sur le fond, les recours présentés étaient
en général faiblement étayés en éléments de preuve, ce qui a conduit au rejet de la plupart des
requêtes. A ce titre, le délai particulièrement court de 3 jours à compter de la publication des
résultats provisoires par la CEI a certainement pénalisé les candidats et leurs conseils. Surtout,
l’absence de résultats détaillés par bureaux de vote a rendu difficile la préparation de recours
documentés. L’impossibilité de disposer de témoins dans la totalité des bureaux de vote, rendait
alors impossible toute contestation précise des scores publiés par circonscription, sauf si les PV
récoltés suffisaient à démontrer un score supérieur au total des voix obtenues. Certains candidats
ont d’ailleurs découvert leur défaite seulement au moment de l’annonce de la liste des députés
élus, après des rectificatifs effectués par le Centre national de compilation des résultats (CNCR)
dans le cadre de son contrôle de cohérence.258
8 Invalidation 18 –
10 Tierces oppositions 49 –
11 Autres recours
Interprétation et 3 –
rectification d’erreurs
Surséance ou suspension 1 –
d’exécution
Révision d’arrêt 3 –
Intervention volontaire 1 –
259 Coalition de partis autour de Jean-Pierre Bemba Gombo lors du second tour de l’élection présidentielle.
260N. Obotela Rashidi et J. Omasombo Tshonda, De la fin des ‘composantes’ à l’hégémonie par les élections en R.D.C, L’Afrique
des Grands Lacs. Annuaire 2006/07, disponible sur http://www.ua.ac.be/objs/00151015.pdf, consulté le 14 octobre 2009).
261Cour Suprême de Justice, Bulletins des arrêts de la Cour Suprême de Justice. Contentieux électoraux 2006 -2007, numéro spécial,
Kinshasa, 2007, pp.350–353.
262 Cf. CEI, Décision n°009/CEI/BUR/007 du 09 février 2007 portant modification de la décision n°007/CEI/BUR/07 du 26
janvier 2007, disponible sur http://www.cei-rdc.cd/article.php3?id_article=239, consulté le 25 septembre 2008.
263 Entretien le 21 novembre 2008 avec le Greffier en Chef de la Cour Suprême de Justice.
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et revêtant une importance cruciale en raison de l’extrême complexité du système électoral mis
en place. Un programme d’appui a été élaboré à l’usage de la CSJ et des cours d’appels, visant
notamment à renforcer la formation des juges tout en respectant l’indépendance des juridic-
tions dans leurs délibérations. Ce soutien technique n’a cependant pas empêché la CSJ et les
Cours d’Appel de n’exercer que de façon très limitée et imparfaite leur fonction de garant de la
régularité des scrutins. Leur traitement du contentieux électoral s’est borné très souvent à statuer
sur les informations fournies, sans examen de pièces supplémentaires. L’irrecevabilité de toutes
les contestations du résultat du référendum et de près des deux tiers des contestations pour
les élections présidentielle et législatives a significativement restreint le contrôle de l’intégrité
des résultats malgré les éléments indiquant l’éventualité de fraudes susceptibles d’avoir eu une
influence décisive sur les résultats de certaines circonscriptions. L’examen des recours déclarés
recevables a cependant permis de corriger, pour quelques circonscriptions, les erreurs commises
lors de l’établissement des résultats des législatives ou de les annuler quand des irrégularités
flagrantes avaient été constatées.
Mais les observations formulées sur l’administration du contentieux relatif aux scrutins
passés appellent les recommandations264 dans les principaux points ci-après : i) de moyens
suffisants au profit de la CENI pour pouvoir traiter les requêtes des candidats, dans le cadre
du contentieux pré-électoral ; ii) publication, pour les besoins de transparence, des décisions de
la CENI sur les réclamations et contestations relatives à l’ensemble des opérations électorales,
en vue d’un contrôle effectif des résultats des scrutins, notamment sous la forme d’un rapport
publié après proclamation des résultats provisoires ; iii) renforcement de la formation des partis
politiques, des candidats et de leurs témoins au contentieux électoral en amont des échéances
électorales afin de préparer leurs mandataires à la contestation devant les instances judiciaires ;
iv) prorogation des délais d’introduction de recours devant les juridictions compétentes de
manière à autoriser la constitution de contestations documentées devant les juridictions compé-
tentes ; v) extension des délais le traitement du contentieux en cas de non épuisement de toutes
les affaires ; vi) en cas d’annulation des résultats, la législation devrait prévoir un délai fixe pour
la répétition des scrutins.
du référendum constitutionnel, du 21 février 2006, pp. 50–51 et Rapport final d’observation présidentielle, législatives et provinciales, du
23 février 2007, pp.64–65.