Approche contrastive des adjectifs comoriens
Approche contrastive des adjectifs comoriens
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A mes enfants, Riziki et Mourad
Je sens le devoir d’adresser avant toute autre chose mes sincères remerciements à
Pierre-André Buvet, mon directeur de recherche, pour avoir accepté de diriger mon
travail mais aussi pour ses compétences, sa rigueur, sa probité professionnelle ainsi que
sa disponibilité et ses critiques constructives nécessaires à mon travail. Soyez assuré,
Monsieur Buvet, de toute mon estime et de ma profonde gratitude.
J’exprime aussi toute ma gratitude à Monsieur Salah Mejri pour avoir accepté de
m’accueillir au laboratoire LDI où mes rencontres avec mes collègues, mes professeurs
ont enrichi ma connaissance linguistique.
Un grand merci à tous mes collègues du LDI notamment Ahmed Elchheb, Aude Grzka,
Karim Chebouti, Lichao Zhu, Kangho Lee, Fatou Ndèye pour leurs précieuses aides et
orientations.
Je suis très reconnaissant à mes parents, à mes frères notamment Abdillah Mohamed,
Djamal Djohar, Kamardine Djohar, Ali Mroudjaé qui ont su rester à mes côtés tout au
long de la réalisation pratique de cette thèse.
J’adresse mes plus fervents hommages à mon adorable femme, Halima Adam pour sa
patience, ses conseils, sa confiance, son amour pour moi, pour ce travail, sans lesquelles
je n’aurais pu achever cette thèse. Sois assurée de ma reconnaissance.
Je remercie mon amie, Coralie Frei pour le temps passé à lire une à une les pages de
cette thèse pour son amélioration.
Je tiens à témoigner toute ma reconnaissance envers mes amis, Tourki Chanfi, Ali
Abdou Elwahab, Djafare Alhamid, Ibrahim Saadi Soilihi, Ahmed Abdallah, Ali Abdou
Chakour dont l’amour pour ce travail m’encourage d’un geste fort.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION…………………………………………………………………………20
CHAPITRE 1
DESCRIPTION DU SYSTÈME LINGUISTIQUE DU COMORIEN……………………25
La langue comorienne………………………………………………………...............26
1.3.2. La syllabe………………………………………………………………………..31
8
1.4.2. Conjugaison……………………………………………………………………..43
[Link]. L’infinitif………………………………………………………………………43
1.4.3. L’accompli………………………………………………………………………54
[Link]. Le futur…………………………………………………………………………55
[Link] L’imparfait……………………………………………………………………55
1.5.3 L’adjectif………………………………………………………………………66
Conclusion……………………………………………………………………………...90
CHAPITRE 2 :
ÉTAT DE CONNAISSANCE SUR LES PRÉDICATS ADJECTIVAUX EN COMORIEN
ET LES PRÉDICATS ADJECTIVAUX EN FRANÇAIS………………………………..91
[Link]. La gradation………………………………………………………………….103
10
[Link]. Les adjectifs désignant le genre………………………………………………107
Conclusion…………………………………………………………………………….109
3.2.1. La polylexicalité………………………………………………………………118
3.4.2. Le défigement…………………………………………………………………122
Conclusion…………………………………………………………………………….136
CHAPITRE 4 :
CLASSIFICATION DES ADJECTIFS COMPLEXES EN COMORIEN………………137
Conclusion…………………………………………………………………………….151
CHAPITRE 5 :
ÉTUDE DU FIGEMENT DES SÉQUENCES ADJECTIVALES COMPLEXES EN
COMORIEN…………………………………………………………………………. ….153
12
[Link]. La fonction attribut…………………………………………………………..170
Conclusion…………………………………………………………………………….179
Conclusion…………………………………………………………………………….212
CHAPITRE 7 :
ÉTUDE DES ÉQUIVALENTS EN COMORIEN DES SOUS-TYPES EN N
ETADJECTIF COMME NOM…………………………………………..........................213
Conclusion……………………………………………………………………………271
13
CHAPITRE 8 :
ANALYSE INTERNE DES SÉQUENCES FIGÉES À CARACTÈRE ADJECTIVAL. 272
[Link]. Traits inhérents des adjectifs employés dans les comparaisons figées……….313
Conclusion……………………………………………………………………………335
14
9.3. Résultat de la troisième phase……………………………………………………370
Conclusion……………………………………………………………………………375
CONCLUSION GÉNÉRALE………………………………………………………377
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………….383
15
LISTES DES SYMBOLES ET ABRÉVIATIONS
V verbe
N nom
Adj adjectif
Cl classe
SA séquence adjectivale
Ph phrase
Préd prédicat
Prép préposition
Arg argument
Adv adverbe
hum humain
éta état
ex exemple
evé événement
16
Vsup verbe support
Act actualisateur
Mv marqueur verbal
Modif modificateur
Loc locution
Inac inaccompli
Auxil auxiliaire
Déf défini
Dém démonstratif
Ani animal
* phrase inacceptable
équivalence
17
Conj conjonction
Pro pronom
Poss possessif
SV syntagme verbal
S sujet
O objet
Tps temps
Nég négation
+ plus
= égal
Fam familier
Fém féminin
Près présent
Syn synonyme
N° numéro
Contr contraire
Conj conjugaison
Acc accompli
Inf infixe
Préf préfixe
Rad radical
18
Ré[Link] référence sujet
Pré-préf pré-préfixe
Part particule
Fr français
Aff affirmatif
Tr transitif
19
INTRODUCTION GÉNÉRALE
En français, les adjectifs simples en emploi prédicatif se caractérisent par leurs propriétés
morphologiques et syntaxiques. Les propriétés morphologiques sont les particularités
flexionnelles que les adjectifs ont en commun avec les substantifs. Les propriétés
syntaxiques correspondent aux positions occupées par les adjectifs dans des phrases: (i) les
adjectifs constitutifs de groupes nominaux sont dits épithètes; (ii) les adjectifs dépendants
de groupes nominaux, de complétives ou d’infinitives, par le biais de la copule être, ou
l’une de ses variantes, sont dits attributs; (iii) les adjectifs encadrés de signes de
punctuation à leur droite sont dits appositifs.
Les propriétés (i), (ii) et (iii) permettent également d’identifier les locutions adjectivales en
tant qu’adjectifs prédicatifs complexes. Ainsi, l’unité polylexicale en colère est catégorisée
comme adjectif du fait qu’elle est compatible avec les positions épithète, attribut et
appositive : Cet homme en colère, Cet homme est en colère, Cet homme, en colère, …
Les locutions adjectivales sont des séquences figées à caractère adjectival1. Quand il y a
figement total, leur structure interne n’est pas analysée d’un point de vue syntactico-
sémantique. La séquence est globalement interprétée comme une unité lexicale à part
entière, en l’occurrence un prédicat du type adjectival. Lorsqu’il y a figement partiel,
l’analyse de la structure interne permet d’interpréter l’élément hors de la portée de
1
Sur le figement, cf. MEJRI Salah 1997, Le figement lexical : descriptions linguistiques et structuration
20
figement comme un prédicat et les éléments dans la portée de figement comme un
modifieur, un prédicat second2 ou un argument.
L’interprétation des séquences figées du type adjectival ne se limite donc pas toujours à la
mention de leur statut prédicatif. Dès lors qu’un élément apparaît comme la tête de la
construction, il faut définir le mode de fonctionnement des autres éléments et spécifier
globalement leur valeur. Différents types de valeur ont été identifiées pour ce qui est des
éléments dans la portée de figement qui fonctionnent globalement comme des modifieurs.
L’intensité forte (armé jusqu'aux dents), l’intensité faible (sous-adapté), la quantité (à
moitié endormi), l’aspect terminatif (à bout de course), la modalité de la nécessité (appelé
à disparaître) ; la négation (aimable comme un bouledogue)3.
2
Sur la notion de prédication seconde dans le groupe nominal, cf. BUVET Pierre-André 2002, « Le défini
3
Cf. BUVET Pierre-André 2008 "Quelle description lexicographique du figement pour le TAL ? Le cas des
adjectifs à forme complexe", Romanistik 36 , Francfort : Franz Steiner Verlag, pp. 43-54.
21
interprétations du second élément sont principalement fondées sur l’opposition entre la
signification grammaticale et la signification lexicale4.
-ema (gentil)
Mwana mwema, (un enfant gentil)/ wana wema (des enfants gentil) : classe 15
Par ailleurs, il existe des prédicats adjectivaux à forme complexe. Il est notamment
remarquable que les séquences adjectivales du sous-type en N soient communes aux deux
langues, c’est-à-dire le français et le comorien. L’équivalent de en en comorien est
harimwa. Dans ces langues, les deux mots suivis de substantifs donnent lieu à des
séquences figées à caractère adjectival. Certaines de ces séquences sont strictement
équivalentes du point de vue de la traduction6 :
4
BLANCO Xavier et Pierre-André BUVET 2004, « Verbes supports et significations grammaticales.
Implications pour la traduction espagnol-français », Lingvisticae Investigationes, 27:2, John Benjamins B.V.,
5
LAFON Michel 1983, « Compte-tendu de S. M. Zawawi, Loan Words and their effect on the Classification
6
Ici la copule hukaya est le morphème zéro. Nga est toujours suivi d’un pronom qui change en fonction du
référent.
22
Luc nge harimwa usiu Luc est en colère
Ainsi, notre corpus sur le comorien comprend généralement des productions orales, des
livres comoriens d’expression française (romans, recueils de poèmes, contes…) basés sur
une enquête linguistique organisée à cet effet. À partir de sa comparaison avec le corpus en
français basé sur des travaux de recherche soigneusement étudiés, nous visons à montrer la
différence et la ressemblance entre le comorien, langue cible et le français, langue source.
L’objectif de notre étude est double. D’une part, il s’agit de faire un recensement exhaustif
des locutions adjectivales du comorien et d’établir une typologie de ces prédicats
adjectivaux en utilisant les mêmes principes que pour le français. D’autre part, nous
étudierons plus spécifiquement deux sous-types de séquences figées à caractère adjectival:
les équivalents comoriens des sous-types en N (en retraite) et A comme DET N (bête
comme ses pieds).
Une première partie de notre travail consistera à présenter les particularités linguistiques du
système comorien, notamment les différentes catégories grammaticales compatibles avec
la fonction prédicative. Une deuxième partie portera sur la classification des prédicats
adjectivaux complexes. Nous nous intéresserons particulièrement aux conditions de
figement de ces unités polylexicales et nous étudierons leur structure interne tant du point
de vue morphosyntaxique que de celui du plan syntactico-sémantique. Nous comparerons
nos descriptions à celles du français. Une troisième partie de notre travail concernera
23
l’étude des deux sous-types de séquences figées à caractère adjectival. Lorsqu’elles sont
partiellement figées, nous nous intéresserons plus particulièrement au rôle des différents
constituants du point de vue du mode de fonctionnement sémantique de ces séquences.
24
CHAPITRE 1
DESCRIPTION DU SYSTÈME LINGUISTIQUE DU
COMORIEN
Les linguistes bantouphones et francophones se sont mis d’accord pour écrire le shikomori
en caractères latins dont la lecture ne présente pas donc des difficultés pour les
7
Travaux de Guthrie (1948)
8
Travaux de Kassim. Mohamed. Soyir (2008)
9
M. A. Chamanga, Introduction à la grammaire structurale du comorien (2010)
25
francophones. Cette langue agglutinante est caractérisée par un système de classes
nominales. On l’assimile souvent au swahili dont l’accord se fait par des préfixes qui
varient selon les classes des noms.
Digraphes (lettres doubles): dh, ts, dz, ny, ng, sh, th, pv, dr, Consonnes supplémentaires: /ɓ/
/ɗ Ces deux consonnes sont des implosives.
Comme la plupart des langues bantoues, le comorien se caractérise par une phonétique
relativement simple avec un accent tonique. Cet accent repose sur l’avant-dernière syllable,
sur la dernière syllable ou encore sur l’anté-pénultième. Au point de vue phonétique, le
comorien ne compte que cinq voyelles. Ces voyelles à caractères latins (a, e, i, o, u)
n’offrent aucune difficulté pour un francophone.
26
U, u [u] lulu perle
Théoriquement, toute voyelle peut se trouver en succession avec n’importe quelle autre. Il
peut y avoir amalgame à l’écrit de deux voyelles. Kodjazaya en parlant, par exemple, d’un
arbre (= ka-u-dja-zaya).
Il importe de constater qu’en comorien la lettre [u] correspond au son « ou » comme dans
le mot français « cou ».
De même, le signe [e] correspond au son « é » comme dans le mot français « télé ».
On rencontre aussi souvent en shingazidja, (le dialecte parlé dans l’île de la Grande
Comore, comme nous l’avons déjà signalé plus haut), la même voyelle doublée. Dans ce
cas, il va falloir allonger la voyelle.
27
À la différence de l’alphabet du comorien proposé au temps du président Ali Soilihi, ces
semi-voyelles (w,y) ne se placent pas au début d’un mot.
Les voyelles nasales sont en général héritées de l’arabe. Ils n’ont pas une origine bantoue.
Ces voyelles s’écrivent avec un accent circonflexe. Par exemple : î, û, â.
î : îdhini « autorisation »,
û : ûdi « luth »
Par ailleurs, on en rencontre dans des expressions comme "ââ!" (oui), "'â'â !" (non !), "ûûû
!", "êhê !" etc.
28
S, s [s] siri pantalon
T, t [t] -titi petit, peu
V, v [v] voti vote
Z, z [z] -zulifu mendiant,
labio-dentales ( f, v)
vélaires (k, g)
L’écriture de ces consonnes doubles (digraphie) n’obéit pas à une règle orthographique
précise. Elle relève d’une convention linguistique admise dans l’alphabet international
africain. Aucune étude ne tente de donner une étude étymologique de cette réalité
orthographique. On trouve ces consonnes doubles dans beaucoup de langues bantoues. En
comorien, certaines de ces consonnes doubles font partie des consonnes fricatives (son et
écriture).
Fricative bilabiale: pv
th se prononce comme th de l’anglais dans that ou this. Exemple: thamani (= prix, valeur)
29
dh correspond au [th] anglais dans le mot [there].
kh est un mot d’origine arabe. Il correspond au son h. Exemple: khairi, kheri (= mieux,
vaut mieux).
gh est un mot d’origine arabe. Il correspond également au son h. Exemple: lugha, luha (=
langue).
dj se prononce comme dans le mot français adjectif. Exemple. : madji mema « eau
potable »
30
[Link]. La géminaton ou longueur consonantique
1.3.2. La syllabe
La syllabe, en tant que structure inhérente aux flux de la parole, se retrouve dans le
shikomori.
En comorien, la syllabe est constituée d’une consonne et d’une voyelle. Une seule voyelle
peut, à elle seule, former une syllabe. Cependant, une seule consonne ne peut être réalisée
individuellement dans le flux de la parole: elle doit, pour exister, être coarticulée avec une
31
voyelle. La nasale m dans « mlimadji » peut former une syllabe à elle seule à moins que ce
préfixe occupe une fonction particulière dans le système nominal du comorien.10 Force est
de constater que toutes les syllabes du comorien sont ouvertes. Elles se terminent toujours
par une voyelle.
En comorien, comme dans les autres langues bantoues, les catégories nominales
notamment les substantifs se répartissent, non pas en genres non liés au sexe du type
masculin, féminin, neutre mais en classes nominales. En termes très clairs, le comorien
notamment le shingazidja qui fait l’objet de notre étude se comporte comme une véritable
langue à classes. En effet, ces dernières peuvent y être définies comme un phénomène
d’accord affectant toutes les unités grammaticales notamment les verbes, les noms, les
adjectifs, les pronoms déterminatifs. L’accord s’opère aussi bien au niveau de l’énoncé
(accord du verbe avec le sujet) qu’au niveau du syntagme (accord de l’expansion avec le
noyau). Cette variante comprend 15 classes nominales dont trois classes particulières
appelées classes locatives, où les substantifs, les adjectifs, les verbes s’accordent bel et
bien en classes locatives. Exemples. : iho hwema, hodahoni hundjilwa.
Les classifieurs sont utilisés dans un discours lorsqu’on désigne ou dénombre, par
exemple, un objet ou une notion abstraite.
Les classes nominales correspondent à des catégories sémantiques plus ou moins étendues.
Elles se reconnaissent par leurs préfixes. En effet, il n’existe pas en comorien de genre
féminin et masculin ou neutre. Si l’on désigne des personnes ou des animaux de sexe
féminin ou masculin, on place après le nom les adjectifs -she pour le féminin et –me pour
le masculin. (mwanamshe désigne une fille ; mwanamume désigne un garçon, un homme).
Les noms qui ne désignent que des personnes de sexe masculin ou féminin sont très
10
M. A. Chamanga, Introduction à la grammaire structurale du comorien, 2010.
32
limités, comme c’est le cas dans le vocabulaire des adjectifs relationnels (mbaba « père »,
mdzadze « mère », mdjomba « oncle »).
La plupart des noms sont regroupés deux par deux. Une classe pour le singulier et une
autre pour le pluriel.
Exemple:
Préfixes
Classes Exemples Catégories sémantiques
nominaux
mlimadji,
Classe 1 M-, Mw-
mwandzani
Noms d'êtres humains uniquement
walimadji,
Classe 2 Wa-, W-
wandzani
33
Genre MU-/MI-
Genre MA-
Genre Shi-/Zi-
Genre N-
nyungu,
Classe 9 N-, Ø-
nyura
Noms d'objets, d'animaux, de
personnes. Noms abstraits.
nyungu,
Classe 10 N-, Ø-
nyura
Classes 11-
U- uzi, ubu
14 Noms d'objets concrets et notions
abstraites
Classes 6 ou 10 mauzi
34
Genre U- (verbes)
Cette caractéristique ne s’observe pas cependant pour les noms de luiquide comme madji
(= eau), mafura ( = l’huile), ndjizi (miel, sirop de canne)…
Faciliter l’étude des classes nominales en les regroupant deux par deux dont chaque genre
comporte un singulier et un pluriel.
Les numéros attribués aux différentes classes nominales dans ce tableau sont classés selon
l’ordre de leur découverte au début des études bantoues.
Riziki oyi mwana mwema swafi / Riziki là enfant gentil très/ « Riziki est très gentille »
11
Nonise-shi
35
Emafundi pia wasomo
Exemple:
Les pronoms possessifs s’accordent en classe avec les noms de l’objet possédé.
12
nonise-shi
36
hiri shahangu/chaise ma/ « ma chaise » (classe 7/8)
ahangu : mon, ma, mes le mien, la mienne, les miens, les miennes
ahaho : ton, ta, tes le tien, la tienne, les tiens, les tiennes
ahahe : sa, son, ses le sien, la sienne, les siens, les siennes
Lorsque le possesseur est un nom humain, on emploie les pronoms –ngu, -ho, -he, tru, -
nyu, -wo.
Les pronoms –wo, -lo, -sho, -yo, -wo, -pvo, -zo s’emploient avec les possesseurs non
humains.
Exemple :
Lepaha linu ematso yahalo yo matiti/le chat là les yeux ses maintenant petits/« les yeux de
ce chat sont petits ».
Les pronoms possessifs se placent toujours après le nom. Ils s’accordent en classe avec le
nom auquel ils se rapportent. Les possessifs de 1ère et 2ème personne (-ngu, -ho) sont
aussi déictiques. Ils confèrent au groupe nominal entier une valeur déictique:
37
Les possessifs de la 3ème personne (-he, -wo) peuvent, comme les pronoms personnels,
renvoyer à une tierce personne présente dans la situation de discours, et donc posséder une
valeur déictique :
hamisi legauni laho.
Range la robe ta
« Ranges-tu ta robe »
[Link]. Les pronoms démonstratifs
Exemple 1 : Emwana oyi hakaya mmwade/l’enfant cet était malade /« cet enfant était
malade. »
Exemple 2 : Elepaha linu ngilo bwade/ Le chat ce maintenant malade « Ce chat est
malade. »
Exemple 3 : Omri uno ngofao/ l’arbre cet fanne « cet arbre se fanne. »
Exemple 4 : Eshiyo shino sho muhimu/ Le livre ce maintenant important/« ce livre est
important »
Les pronoms démonstratifs s’accordent également en classe. Ils se placent toujours après le
nom qu’ils déterminent.
38
Classe 3 unu omdri unu, l’arbre cet « cet arbre »
39
Les classes 1 et 2 désignent uniquement des humains. Nous rappelons que les classes 2, 4,
6, 8, 10 forment le pluriel des classes 1, 3, 5, 7, 9. Les pronoms n’échappent pas aussi au
système de classes nominales. Cela peut s’observer dans le tableau ci-desous.
cl 1 ola
cl 2 wala
cl 3 ula
cl 4 ila
cl 5 lila
cl 6 yala
cl 7 shila
cl 8 zila
cl 9 Ila
cl 10 zila
cl 11 ula
cl 16 pvala
cl 17 Hula
cl 18 mula
40
En comorien, les pronoms démonstratifs peuvent aussi déterminer des êtres ou des objets
qui sont complètement absents.
Exemple 1: Emdru ola kadjafa/L’homme là ne pas mort/ « Cet homme-là n’est pas mort ».
Exemple 2 : Eziyo zila kazitsuhulwa/ Les livres-là ne pas acheté « ces livres-là ne se
vendent pas. »
Les pronoms démonstratifs ne désignent pas forcément quelqu’un ou quelque chose qui est
lointain. Ils déterminent parfois des êtres, des objets qui sont absents. Dans ce cas, ils
doivent être suivis d’un verbe conjugué à l’accompli, au présent ou au futur.
Exemple : Enyumba ila naiwaha ipvi/La maison que construit brulé « La maison que j’ai
construite est brûlée »
Les pronoms démonstratifs unu , oyi , linu , zinu, wanu se réfèrent souvent à un objet
ou à une personne présent(e) dans le discours :
En comorien, le verbe se caractérise par son caractère agglutinant. Pour qu’il puisse être le
noyau de la phrase, on le conjugue et on l’introduit dans une phrase. On doit lui attacher un
nombre variable d’affixes: préfixes, infixes et suffixes selon les différents cas de figure.
Tous ces affixes ont une place et une fonction bien précises.
41
La dénomination de cette copule permet clairement de dissocier ukaya et les autres verbes
d’état tels que -baki, -redjei, … qui sont des copules pleines signifiant rester, devenir en
français.
L’auxiliaire être ukaya sert à indiquer une relation à deux termes, entre le sujet et
l’attribut. L’attribut est alors le pivot de la phrase.
Tout comme en français, en comorien, les verbes d’actions expriment une action faite ou
subie par le sujet. Ils peuvent prendre de nombreuses formes selon leur temps de la
conjugaison, leur structure monosyllabique (verbes formés d’une seule consonne : -dja =
venir), leur forme dissyllabique (verbes constitués d’une consonne suivie d’une seule
voyelle ou d’une voyelle suivie d’une consonne : -rua = se tare) ou leur forme irrégulière.
Nous considérons les verbes hukaya et hukana comme des verbes auxiliaires. Ils peuvent
se conjuguer seuls. Ils peuvent servir à la conjugaison des formes composées et participent
à l’accord selon la classe.
Owana waka wadja hunu dahoni “les enfants étaient venus à la maison”
Mais ils peuvent aussi servir d’auxiliaire aux autres verbes, les accompagner dans certaines
conjugaisons ;
42
Ali haka hashindiha/Ali était épuisé/ « Ali avait été épuisé »
1.4.2. Conjugaison
En comorien, comme en français, le verbe est un mot qui se conjugue et qui exprime
l’action faite par le sujet (emwana ngwendo = l’enfant marche) ou l’état dans lequel se
trouve le sujet (ngami mlemevu = Je suis fatigué) ou encore ce que subit le sujet (emwidzi
hafugwa = le voleur est condamné). En conjuguant un verbe, on énumère donc toutes les
formes d’un verbe (mode, temps, personne, nombre). Le verbe au sein de la phrase est
l'élément autour duquel gravitent les autres mots (affixes) et il s'analyse à partir de
certaines formes bien définies. En comorien, le présentatif est exprimé par nga pvo (il y a).
Il est formé de deux morphèmes, qui fonctionnent syntaxiquement et sémantiquement
comme un seul morphème. Ainsi, on ne peut décomposer ngapvo en une structure du type
nga (pronom sujet exprimant en ce moment, maintenant) + yapvo (adverbe de lieu). Ce
présentatif résulte d’un figement de syntagme. Il ne varie pas en nombre mais supporte
formellement le temps.
Exemple :
Ngapvo mwana yadanguha/Il y a enfant qui tombé/ « il y a un enfant qui est tombé. »
Ngapvo wana wadanguha/Il y a enfants qui tombé/ « il y a des enfants qui sont tombés. »
[Link]. L’infinitif
En français, l’infinitif est marqué par une terminaison : ER, -IR, -OIR, -RE.
En comorien, l’infinitif est marqué seulement par le préfixe hu- placé devant le radical
verbal et le suffixe –a placé à la fin du radical.
43
hu+radical+a
Exemple :
Comme nous le voyons à travers les exemples ci-dessous, les verbes comoriens d’origine
bantoue se terminent par –a à l’infinitif. Ces verbes se conjuguent de la même façon selon
la catégorie du verbe.
44
hu-shirik-i blasphémer hu-faul-u compter sur (Dieu)
Les verbes du comorien d’origine arabe se terminent par -i, -u, -a.
hu-telefon-e « téléphoner »
hu-pos-e « poster »
hu-vot-e « voter »
hu-djaswir-e « s’assurer »
Des verbes comme –rantsi « laisser, abandonner », hantsi ou ehantsi « poser, mettre ont
un comportement très différents des autres verbes car ce sont des verbes composés formés
d’une base verbale suivie du nom ntsi « sol, terre ». Littéralement kantsi signifie « être par
terre », -rantsi « jeter per terre, et -hantsi ou –ehantsi « poser par terre »13.
13
M.A. CHAMANGA, Introduction à la grammaire structurale du comorien, 2010.
45
-dja « venir », -fa « mourir »
Nous constatons que tous ces verbes ont des radicaux formés d’une seule consonne. Ainsi,
la morphologie de ces verbes dits primaires14 est différente des autres verbes15.
En comorien, il est courant de modifier les verbes en ajoutant différents suffixes à la fin du
radical. Ce phénomène de dérivation s’observe dans le shingazidja parlé à la Grande
Comore. À titre de comparaison, on peut en français modifier le sens d'un verbe en lui
adjoignant certains préfixes. Par exemple: prendre, comprendre, apprendre, surprendre,
reprendre...
14
Verbes qui n’ont aucun élément de dérivation.
15
M.A. CHAMANGA, Introduction à la grammaire structurale du comorien, 2010
46
dérivatif varie en général de 1 à 3.
47
hu-pvendzelewa passif être favorisé
La forme causative
suffixe -is, -es, -idz, -edz, -ish, -ts
La forme prépositionnelle
suffixe -iz, -e Exemple type :
hu-la = manger
Exemple type :
hulisa = nourrir, faire manger
hurantsi = laisser
hurantsiza = laisser à, pour Hurora = chavirer
hurotsa
48
La forme réciproque applicatif
suffixe -an suffixe -i
49
Causatif + Passif suffixe : -iwa
Le principe d’agglutination:
Dans une langue agglutinante, on juxtapose au radical une série de morphèmes distincts
servant à exprimer les rapports grammaticaux. Dans ce type de langue, chacun des affixes
(préfixes, infixes ou suffixes) est clairement analysable et identifie précisément une
fonction grammaticale ou syntaxique.
Nous rappelons que moyen-neutre est l’équivalent d’un verbe pronominal passif comme
se vendre, se lire…
Exemple:
Il existe aussi bon nombre de verbes d’origine comorienne dont les causatifs se forment en
ajoutant -tsa au radical du verbe à l’infinitif. En général, ce sont les verbes qui se terminent
par ra. Autrement dit, le suffixe -tsa remplace pratiquement la terminaison -ra.
50
Exemples:
Malgré les causatifs morphologiques de certains verbes, le comorien possède des procédés
réguliers de dérivation d’un causatif à partir d’un verbe.
Le comorien comporte donc un causatif morphologique et l’exprime par des suffixes qui se
rajoutent au radical du verbe à l’infinitif.
Au sein de toutes ces phrases, nous voyons que la personne sert à préciser si le sujet de la
phrase parle de lui, parle à quelqu’un ou parle de quelqu’un.
Cela s’observe par exemple dans la forme de la conjugaison du verbe -latsa qui signifie
jeter en français.
Il est important de constater qu’en comorien, les pronoms personnels varient dans leur
forme selon le mode et le temps.
51
Le nombre d’un verbe fait varier sa forme suivant que le sujet de la phrase est au singulier
ou au pluriel. Cela s’observe dans le cas du verbe –heza (= chanter) conjugué au présent
progressif, temps équivalent du présent d’actualité en français.
Le mode d'un verbe sert à indiquer la manière dont l'état ou l'action est présentée (action
réelle, possible, envisagée, qui dure...) : infinitif, indicatif, subjonctif, impératif,
conditionnel:
52
Ngufo (= il meurt ) présent
Les verbes husoma, hurema, hulila dont les radicals sont respectivement –som- , -rem-, -
lil- supportent toutes les différentes formes d’une action.
Hasomo , a lu passé
Exemple :
53
1.4.3. L’accompli
L’accompli montre que l’action est passée, c’est-à-dire qu’il exprime une action qui a été
déjà effectuée. Il est l’équivalent du passé composé en français. Sa conjugaison est
caractérisée par l’adjonction au radical verbal des préfixes tsi, hu, ha, ri, m, wa et des
suffixes a, i, e, u ou o. Ces préfixes verbaux correspondent, en français, aux pronoms
personnels sujet (je, tu, il, elle, nous, vous, ils, elles). En comorien, les terminaisons varient
d’un verbe à l’autre. Cette variation dépend en grande partie de la forme du verbe.
Exemples
L’accompli affirmatif
La forme affirmative de l’accompli se construit toujours avec tous ces préfixes verbaux
(sujets de l’accompli).
54
Le morphème u est la terminaison des verbes ayant la voyelle u dans le radical. Cela
s’observe dans les verbes comme -vura (= tirer), -ruma (= diriger), funga (= faire un
nœud).
L’accompli négatif
Le présent progressif s’inscrit dans l’inaccompli. Il exprime une action qui se passe au
moment où l’on parle. Il est donc l’équivalent du présent de l’indicatif. Sa conjugaison est
caractérisée par l’adjonction au radical verbal des préfixes verbaux nga, ngo, ngu, nga,
nga, ngwa (formes affirmatives) et ntsu, hutsu, katsu, karitsu, kamtsu, kwatsu et des
terminaisons (o, ao).
55
Exemple:
Les verbes conjugués au présent progressif à la forme affirmative ou négative gardent les
mêmes préfixes verbaux et les mêmes terminaisons.
[Link]. Le futur
Le futur se construit avec les sujets du présent progressif suivi de la marque du futur djo
plus la base verbale.
hu : marque de l’infinitif qui se réalise u devants les bases plurisyllabiques, hu devant les
bases monosyllabiques et hw devant les bases commençants par les voyelles /e/ et /a/
56
Base verbale : association du radical verbal +un ou plusieurs dérivatifs+suffixe verbal de
l’infinitif.
Exemple :
[Link]. L’imparfait
L’imparfait est une forme du verbe qui indique qu’une action est entrain de se faire dans le
passé (aspect non accompli).
Exemple:
Forme affirmative
57
mka hunwa mka huwaha mka hulima mka hula
Forme négative
58
kamdjaka kamdjaka huwala kamdjaka hulima kamdjaka hula
hunwa
vous ne semiez pas vous ne labouriez pas vous ne mangiez
vous ne buvez pas
pas
kwadja hunwa kwadjaka huwala kwadjaka hulima kwadjaka hula
ils ne buvaient ils ne semaient pas ils ne labouraient pas ils ne mangeaient
pas pas
Le passé révolu est apte à rendre compte d’un fait situé dans le passé. Il indique que
l’événement n’appartient pas à l’actualité de l’énonciateur. Le passé révolu présente le
procès dans son déroulement, en cours d’accomplissement.
Forme affirmative
Exemple 1
59
mka mdja vous étiez venus
Exemple2:
Exemple 3 :
Le passé révolu négatif se construit avec la particule –ka suivi d’un verbe conjugué à
l’accompli relatif affirmatif.
60
-hesa « chanter »
À la forme affirmative, le futur antérieur se construit avec l’auxiliaire –djoka suivi d’un
verbe à la forme infinitive. En comorien, le futur antérieur est l’équivalent de futur proche
en français.
Forme affirmative
61
Il y a dans la forme verbale des éléments obligatoires et d'autres facultatifs. Les éléments
obligatoires sont: la marque personnelle pour les premières et deuxièmes personnes du
singulier et du pluriel) et le préfixe verbal pour les classes; une marque d'aspect ou de
temps selon la forme utilisée et le suffixe. ngamhezo « je chante » (en ce moment), nga- est
un relateur du présent. -o-, la marque du présent progressif, -hez- la racine et -o le préfixe.
Au présent actuel la copule ukaya se construit avec le focalisateur nga suivi des pronoms
personnels autonomes courts.
16
L’auxiliaire être et l’auxiliaire avoir n’existent pas réellement dans la langue comorienne.
62
Legari laho likaya dunu/la voiture ta était bonne/ « Ta voiture était bonne. »
Enyama ikaya mpira/ La viande était élastique « La viande s’est mangée difficilement.»
Force est de constater que le verbe ukaya est déffectif. Il ne s’emploie pas au present
d’actualité comorien. En effet, la phrase ngami mmwade est constituée de nga ( marqueur
du temps présent suivi de mi (indice-sujet) et de mmwade (adjectif qualificatif). Ainsi, la
copule se résume en un morphème zéro car l’usage du présent progessif en comorien ne
nécessite pas l’emploi de la copule hukaya. La fonction attribut peut s’observer à
l’imparfait, au futur simple.
Omkatre uka upihwa ni Amina/Le gâteau préparé par Amina/ « Le gâteau est préparé par
Amina
Ali haka halaumulwa ne letrengwe « Ali a été accusé par le public.». En comorien,
l’emploi de l’auxiliaire hukaya est facultatif. Dans les phrases ci-dessus, on emploie
simplement haka, le diminutif de hukaya qui peut se supprimer sans que la phrase change
de sens. Ainsi, la voix passive ne se construit pas avec l’auxiliaire être.
63
Ali halaumulwa neletregwe « Ali a été lamenté par le public »
Le verbe être ukaya sert à indiquer une relation entre deux termes ou entre le sujet et
l’attribut. Ce dernier peut devenir alors le pivot de la phrase.
64
Nhum : Ye ngudjokaya mle « il sera long »
Le verbe ukana et ukayana se construisent parfois avec le connectif na qui se place devant
les pronoms personnels autonomes courts (mi, we, nge, si, nyi, wo). À la troisième
personne du singulier, le connectif na se colle au marqueur de temps nge . Ce mécanisme
s’explique par la perte de son propre pronom personnel « ye » et sa contraction avec le
marqueur temporel nga.
Le verbe ukana est la dérivation réciproque du verbe ukaya ou littéralement ukaya na (être
avec) qui obtient également cette spécificité17.
Comme en français, la particule ukana fonctionne comme un verbe transitif direct. Il admet
obligatoirement un complément d’objet direct. Ainsi, il n’existe pas des tournures
phrastiques de type Ali ngena. La particule ukana est doté d’un sens plein. Il exprime bien
entendu la possession. Il est important de rappeler brièvement des critères d’identification
du complément d’objet direct. Ce dernier se place après la particule ukana. Cette fonction
(COD) n’est assurée que par des noms. Le complément d’objet direct ne se pronominalise
17
Site nonise-shi
65
pas. La possibilité de la pronominalisation se fait dans des cas où la détermination est
beaucoup plus claire et précise.
Exemple :
(14) Marie haka havaya gauni/ Marie avait porté robe/ « Marie a porté une robe »
(15) Salim haka hali sumu /Salim avait mangé du poison « Salim avait bu du
poison »
Exemple :
66
[Link]. Ukana comme verbe support
« Ukana » fonctionne comme un verbe support lorsqu’il est suivi d’un verbe conjugué au
passé ou d’un nom non prédicatif. Il est syntaxiquement l’équivalent d’un verbe simple.
On dit aussi que les verbes supports se combinent avec des noms prédicatifs pour former
des locutions verbales.
Exemple :
Ngamina huba « j’ai envie ». Le nom envie est difficilement analysable comme
complément d’objet direct. Il est, comme la plupart de noms en comorien, sans déterminant
et n’est pas pronominalisable. Notons que ukana peut admettre des emplois de verbe d’état
proches de ceux de ukaya. En effet, ukana huba (avoir envie) renvoie à un état mental
1.5.3. L’adjectif
En comorien, il est donné sous sa forme lexicale (radical du mot sans préfixe) précédée
d’un tiret qui indique qu’en énoncé il doit être muni d’un préfixe de classe (celui du nom
qui les régit). Autrement dit, l’adjectif comorien est dépourvu de classificateur propre au
plan lexical, mais prend dans le discours le genre du nom qualifié, au singulier et au
pluriel. Soit le cas des adjectifs –ema, -du, -le, -tsala.
67
mwanamshe mtsala wanawashe wantsala
L’adjectif qualificatif se place toujours après le nom ou l’auxiliaire être. Dans le cas
contraire, il serait vide de sens.
L’adjectif peut parfois se placer avant le nom s’il y a une reprise nominale.
1. Ceux qui prennent un préfixe de classe pour s’accorder au nom qu’ils qualifient.
68
Exemple 1:
En général, les préfixes d’accord sont identiques aux préfixes de classe des noms qu’ils
qualifient. Les préfixes d’accord pour les genres M-/WA- (classe 1-2 ), M-/MI- (classe 3-
4) sont strictement identitiques à ceux des noms.
La présence d’une voyelle au début du radical de l’adjectif qualificatif entraîne parfois des
modifications phonétiques.
Les adjectifs qualificatifs invariables sont la plupart du temps empruntés à l’arabe. Comme
les adjectifs qui s’accordent (variables), les adjectifs qualificatifs invariables se placent
toujours après le nom. Certains peuvent être à la fois nom et adjectif. C’est le cas de
masiki et tadjiri qui signifient respectivement pauvre et riche.
69
Exemple1 : emamasikiki ngwataabihao/ pauvres souffrent « les pauvres souffrent »
Exemple2 : mbabahangu emasikini/ père mon pauvre « mon père est pauvre ».
70
Owandru piya sawa / tout le monde égal « tous les hommes sont égaux »
Zesiri ngizo hali / les pantalons sont chers « les pantalons sont chers »
Les adjectifs simples en comorien sont peu nombreux. Cependant, il existe différents
procédés pour en fabriquer à partir des noms, des verbes ou d’autres mots.
Un des moyens les plus courants pour fabriquer un adjectif est de faire précéder un nom ou
un verbe du connectif –A pour lui conférer une valeur adjectivale. Ce connectif s’accorde
en classe avec le nom auquel il se rapporte.
Exemple :
Le nom ou le mot placé après le connectif –A peut prendre le préfixe de manière ki-, shi-
-a baridi froid
-a bure gratuit
-a haki juste
-a hatwari dangereux
71
-a kawaida naturel, régulier
-a kweli vrai
-a mwiso dernier
-fu
-rahitswa
-babufu
-mlozi
Fonction attribut
On parle d’un adjectif qualificatif attribut lorqu’il est relié au sujet par l’intermédiaire du
verbe être hukaya ou des verbes comme « -redeha », « -baki », « -fa »…
Salim hafu mwema/ Salim mort martyr « Salim est mort en martyr »
Mdri mwema kohomo msiruni = Un bon arbre ne dure pas longtemps dans la forêt.
Comme nous l’avons dit clairement en haut qu’en comorien l’adjectif se place
pratiquement après le nom. L’adjectif garde toujours son sens propre.
72
nyumba ndjeu = maison blanche
L’adjectif antéposé se pratique dans la langue comorienne dans des cas spécifiques ou
dans le superlatif absolu, dans le cas contraire l’adjectif serait vide de sens.
1.6. La phrase
La phrase comorienne se définit comme un ensemble de mots bien ordonnés ayant un sens.
Elle est l’unité de communication. Elle exprime un jugement, une pensée sur un être ou sur
une chose. Elle s’organise conformément à la syntaxe. Elle est constituée de syntagme en
respectant, à l’instar de la phrase en français, les règles et la norme.
À l’écrit, elle commence tout comme en français par une lettre majuscule et se termine par
un point.
La phrase verbale
Exemple :
73
un groupe nominal sujet
— soit les pronoms: mi, we, ye… équivalents à je, tu, il, elle…
— éventuellement, rien
Avec certains verbes comme –rema, -lindia, -waha qui se traduisent respectivement par
frapper, attendre, construire), le complément s’avère obligatoirement.
Le comorien, comme le swahili, est une langue du type SVO , c’est-à-dire les phrases
suivent généralement un ordre sujet-verbe-objet.
Nous avons expliqué dans le premier chapitre que les pronoms possessifs ahangu, ahaho,
ahahe, ahatru… se collent toujours au nom auquel ils déterminent. Ils se placent toujours
devant le nominal objet.
74
Emdzadze : « la mère » est le groupe nominal sujet (cl. 1)
Nguliso « fait manger » est le verbe transitif direct. Il s’accorde en classe avec le groupe
nominal sujet emdzadze.
Emwanahe « son enfant » (litt. enfant son) est le groupe nominal objet.
La phrase simple est la phrase de base. Elle ne contient, comme en français, qu’un seul
verbe conjugué. Elle peut être déclarative, énonciative, active, neutre et affirmative. Elle
suit en général, comme on l’a dit en haut, un ordre sujet-verbe-objet.
GV : La. « Mange. »
75
Une phrase complexe peut être constituée d'au moins deux propositions conjointes par un
signe de ponctuation ne servant pas à la délimitation entre phrases.
La relation de la juxtaposition
Deux propositions sont juxtaposées si elles sont séparées par une virgule, deux points ou
point virgule. Chakira nguhezo, nguzino. « Chakira chante, danse. »
La relation de la coordination
On entend par propositions coordonnées quand la phrase complexe est constituée d'au
moins deux propositions reliées par les connectifs na équivalent de et , hau « ou », sha
« mais », etc. Chakira nguhezo na huzina « Chakira chante et danse ». Par conséquent, le
rapport entre des propositions juxtaposées pourrait dans bon nombre de cas être exprimé
par les connectifs ci-dessus mentionnés.
La relation de la subordination
18
En comorien, les pronoms relatifs varient en forme selon le temps auquel verbe est conjugué.
76
-Au présent relatif, la subordonnée relative se caractérise par l’emploi du marqueur –o
joint généralement au verbe.
Enyama rilao yivu ndro « La viande que nous mangeons est bien cuite ».
Au présent progressif, le pronom relatif ni peut avoir, selon le sens de la phrase, le sens de
où ou que ou qui
Emwana ni eshio minaye nge mnono. « L’enfant qui habite avec moi est en bonne santé ».
Ces phrases complexes peuvent être ramenées au modèle de base de la phrase simple.
Exemple 2 : Ngari aminio uka mgu nguriono pia « nous croyons que Dieu nous voit
tous ».
77
Exemple 3 : Wafikiri uka ngasi pvanu « Ils ont pensé que nous sommes là ».
Nous rappelons que le pronom subordonnant uka se place toujours après le verbe. Il est
invariable.
Exemple. :
Elle est généralement introduite par la connectif mana. Il ne s’accorde pas en classe. Il est
invariable.
Exemple. :
Ngamwendo hohahe twabibu mana ngami mmwade.
78
La subordonnée circonstancielle de conséquence
Il est important de rappeler que le connectif hata peut exprimer le but dans une phrase dont
le verbe est conjugué au futur.
[Link]. Le lexique
Le bon fonctionnement d’une langue est conditionné par un stock de vocabulaire. Cette
richesse lexicale s’explique par le vocabulaire d’origine, les emprunts et le néologisme. La
majorité du fond lexical comorien provient, par exemple, de la langue bantu. De nombreux
79
termes possèdent un doublon d’une même étymologie. Le tableau ci-après en est une
illustration. Les emprunts à d’autres langues sont aussi nombreux : d’abord à l’arabe. Le
français a fourni encore quelques mots. Les emprunts à d’autres langues comme l’anglais,
le portugais et l’indien sont relativement faibles.
Nous rappelons qu’en comorien, le mot n’existait qu’à l’oral. Cette particularité propre au
comorien n’a pas fait, malgré les dictionnaires déjà écrits, l’objet d’un travail très
approfondi. Par conséquent, les comoriens restent prisonniers de leur expérience
langagière, et beaucoup d’entre eux écrivent ce qu’ils ont l’habitude d’entendre.
80
asanta (merci) swahili
81
banki banque français
82
sitilo stylo français
83
dirisha fenêtre swahili
84
karibu vous êtes bienvenu swahili
85
madji eau swahili
86
1.7. Le sens des mots
Le mot est un ensemble d’unités composant n’importe langue. Ces unités correspondent
aux unités de sens à traduire, les choses, les êtres, les actions de l’expérience de tout un
chacun.
Quand on passe d’une langue à l’autre, on comprend que ce ne sont pas les noms des
choses qui changent, mais souvent les choses elles-mêmes, ou plutôt la manière de les
considérer qui change. Si l’on compare par exemple, les deux mots comoriens évoquant
hawa « temps tempéré », à savoir hawa et burda, on découvre, en réalité, qu’ils ne
correspondent point à terme entre eux. Le mot hawa signifie tantôt air doux, tantôt climat.
Le mot burda signifie un passage permanent d’un air frais.
Un seul mot peut contenir plusieurs unités de signification. À l’inverse le groupe de mots
payalashio « école» pourtant composé de trois mots notamment paya (maison) la (de),
shio (école) ne présente qu’une seule unité significative.
Tout ce qui a été dit plus haut permet de penser qu’un mot ne saurait avoir un sens, mais
bien une multiplicité de sens possibles, dépendant des divers contextes où il se trouve.
La connotation et la dénotation
Les Comoriens ont dans leurs réservoirs langagiers des termes qui sont pour eux seuls
chargés de significations particulières, souvent liées à leurs expériences, à leurs souvenirs,
à leur religion, à leurs habitudes de pensée, à des vécus communs à un groupe, c’est ce que
les chercheurs ont proposé d’appeler « pouvoir de connotation ». Ce pouvoir de
connotation s’ajoute à celui de dénotation qui est le signifié objectif représenté par le
dictionnaire.
Ainsi le jour mardi n’est pas pour les uns une journée propice à celui qui veut se marier ou
déménager.
Les synonymes
87
-dzadze, wawe = mère
L’homophonie
trunku = maladie
trunku = plante
Les antonymes
88
Le comorien est une langue dont chaque mot a son sens contraire. Cela s’observe dans les
exemples ci-dessous.
Les homonymes se définissent comme des mots qui, sans avoir le même sens, se
prononcent et s’écrivent parfois de la même façon. En comorien, les homonymes s’écrivent
souvent de la même façon. Toutefois, les adjectifs et les verbes sont, contrairement aux
noms, précédés d’un tiret s’ils ne sont pas employés dans un contexte donné. Nyama
(nom), -nyama (verbe) ; la (négation), -la (verbe) ; mdu (nom), -du (adjectif). Il est donc
nécessaire de tenir compte du contexte pour bien éviter toute confusion.
Ainsi de l’adjectif –du, génère udu, uduni. Cela s’observe intégralement dans le verbe –
ruma, urumishiha, urumwa. Ce mécanisme aidera à distinguer les verbes et les adjectifs
des noms. Ce dernier s’écrit souvent sans être précédé d’un tiret. Les verbes et les adjectifs
engendrent de leur côté leurs propres séries de dérivé. La relation qui existe entre le
paradigme verbal, nominal et adjectival donne naissance aux mots des mêmes familles. Cet
ensemble fini d’éléments permet d’engendrer une infinité des phrases grammaticales.
La polysémie
Comme dans beaucoup de langues, le comorien connait certains mots qui n’ont qu’un seul
sens. Ces mots s’appellent monosémiques. Ils désignent des objets ou des êtres comme
kopwa, tasa, nazi, ikombe, mtulu, nkuhu etc. D’autres mots, en revanche très nombreux
peuvent avoir plusieurs significations. Ils sont donc polysémiques. Ainsi, un mot banal
comme hitswa peut désigner :
89
1. Tête : Emwana ngena hitswa ititi. « L’enfant a une petite tête. »
2. Ali ngudjo ndjia dahoni maudu (se marier, réaliser le grand mariage)
Le nom hitswa et le verbe –ndjia sont des unités à large spectre lexical. Cette richesse
donne lieu à comprendre que le comorien dispose de mots extrêmement riches de sens.
Fort malheureusement peu de Comoriens ont du mal à utiliser le vocabulaire adapté au
public. La preuve est que rares sont les Comoriens qui parlent sans avoir recours à des
mots français pour la construction de leurs phrases. Faute d’apprentissage du comorien,
d’une langue nationale et d’une politique de sensibilisation, les mots d’origine comorienne
sont peu utilisés en parlant.
90
Conclusion
Le comorien, comme la plupart des langues bantoues, se distingue par trois caractères
principaux :
Le premier est la division des noms en classes. Chacune de ces classes a un préfixe ou
initiale propre au singulier et au pluriel. Ce système morphologique permet à tout un
chacun de pouvoir distinguer les classes entre elles. Tous les noms prennent donc un
préfixe. Le second est l’accord se fait par des préfixes, lesquels varient selon les classes. Le
troisième est l’absence du genre. Pour indiquer les sexes, un locuteur comorien ajoute au
nom les adjectifs –me pour le mâle, et –she pour la femelle dont l’accord se fait avec la
classe à laquelle le nom appartient.
91
CHAPITRE 2
L’ADJECTIF EN COMORIEN
En tant que catégorie sémantique et morphologique, l’adjectif existe bel et bien dans la
langue comorienne. En tant que catégorie syntaxique définie par une comptabilité et une
fonction spécifique, l’adjectif est connu dans la plus grande partie de l’ensemble
linguistique comorienne. La variante où il n’est pas attesté en tant que catégorie syntaxique
est le shimwali. Il est apte à servir d’épithète ou d’attribut. Du point de vue sémantique,
l’adjectif comorien tout comme dans la plupart des langues, exprime une manière d’être,
une qualité de l’être ou de la chose désignée par le nom auquel il se rapporte. Il se
reconnait par trois critères notamment la forme du préfixe, le caractère omniclasse et la
dépendance syntaxique (STAPPERS, 1965: 177, MEEUSSEN, 1967: 104).
Avant d’entamer notre étude sur l’adjectif, nous allons procéder à une révision des corpus
qui parlent spécifiquement de cette catégorie linguistique qui fait, tout au long de ce
chapitre, l’objet de notre étude.
92
2.1. Révision de la documentation existante sur l’adjectif en comorien.
L’accord des adjectifs se fait en classe et en nombre car chaque classe porte en elle son
nombre.
Il est lié au nom pour exprimer la qualité de l’objet ou de l’être, ou la notion désignée par
le nom ou bien encore permettre à ce nom d’être actualisé dans une phrase (adjectif
déterminatif) (DUBOIS, 1973)
vieux : -duhazi : par ex. mdru mduhazi, une personne vieille (cl.1). wandru waduhazi, des
personnes vieilles (cl.2) ; mdri mduhazi, un vieux arbre (cl.3) ; miri miduhazi, de vieux
arbres (cl.4).
L’adjectif est une forme nominale, dépendante du substantif avec lequel il s’accorde en
classe. En clair, le substantif est composé d’un préfixe propre qui varie généralement au
singulier et au pluriel, l’adjectif lui est composé d’un thème et d’un préfixe qui est dicté
par le substantif (STAPPERS, 1975: 177).
93
Les exemples suivants paraissent confirmer cette définition puisqu’on relève une identité
entre le préfixe nominal et le préfixe adjectival (PN et PA).
Dans tous les cas, l’adjectif s’accorde en classe avec le nom auquel il se rapporte.
Autrement dit, rien ne s’énonce en dehors de classe.
Pour Michel LAFON, en shingazidja (la variante de la Grande Comore), langue bantu en
extrème-orientale, l’expression de la qualité portant sur le nom met ainsi en jeu, de façon
peu originale, les catégories grammaticales majeures que sont noms et verbes, de même
qu’un type d’éléments, que nous appellerons adjectifs, dont le comportement syntaxique et
morphologique se révèle proche, mais non analogue, de celui des noms.
Les adjectifs simples non-dérivés prennent les préfixes d’accord des nominaux.
94
mdru wapeu « une personne méchante »
Des noms en fonction de qualifiants formés de deux noms dont l’un qualifie l’autre dans
une structure nécessitent parfois l’emploi épithétique adjectival.
Mdru mduhazi « un vieux », mwana mwari « une fille non mariée ». Les adjectifs à
forme verbale qui regroupent la fonction qualifiante, sous deux modalités de nature et de
comportement morphologique différents. Ces adjectifs sont formés par dérivation au
moyen du suffixe adjectival –vu/-fu19.
En comorien, il existe un nombre limité d’adjectifs primaires. Ce sont des adjectifs non-
dérivés qui s’emploient fréquemment dans la langue comorienne. Ils sont courts et
monosyllabiques. Ils sont inaptes à être employés seuls. Ils acceptent parfois le processus
de dérivation. Pour CREISSELS, « les adjectifs primaires sont des déterminants
« satellites » du nom, définis par leur aptitude à participer à un syntagme épithétique , le
19
Michel LAFON, l’expression de la qualité en shingazidja
95
nom avec lequel ils sont en relation , qu’il soit exprimé ou non, régissant l’accord de
classe ». Ils acceptent l’emploi épithétique.
Par exemple : haono mdru, il a vu une personne ; haono mdru mfupvi, il a vu une personne
de petite taille.
Les adjectifs composés constituent le noyau de notre travail dans la mesure où ils font
partie intégrante des séquences figées à caractères adjectival. L’étude des chapitres
suivants sera consacrée à cette notion linguistique qui nécessite un travail cohérent pour
leur traitement informatique. Nous travaillons plus particulièrement sur les locutions
adjectivales plus opaques et moins opaques. Le comorien n’échappe pas à ce phénomène
linguistique qui constitue également le corps de notre corpus.
Exemple :
20
Monia BOUALI, Opacité des locutions adjectivales
96
ulemevu fatigue, faiblesse -lemevu paresseux, faible
Comme les adjectifs qualificatifs en français, les adjectifs verbaux en comorien précisent
l’état ou la qualité des noms qu’ils complètent. Ils s’accordent en classe avec les noms
qu’ils qualifient.
Exemple:
Force est de constater que l’orthographe des adjectifs verbaux diffère d’une forme à
l’autre. Ensuite, les différences orthographiques entre le verbe et l’adjectif sont
indispensables de ne pas confondre les deux (le comorien ne connaît pas le participe
97
présent). Il en va pas de même pour les adjectifs à base nominale. Ils concernent plus
particulièrement les humains.
98
2.2.2. Les adjectifs de nationalité
« enfant français »
« enfants français »
« fille marocaine »
« filles marocaines »
« Gouverneur américain »
La deuxième possibilité consiste à utiliser le joncteur « m’ » qui varie d’une forme à l’autre
« enfant français »
mlimadji mmarecani
« Cultivateur américain »
Ces deux structures sont acceptables pour la formation des adjectifs de nationalité. Ils sont
en position d’épithète. Ils peuvent parfois accepter la fonction attribut lorsqu’ils sont
précédés par un verbe copule.
L’adjectif est une sous-classe syntaxique du nom. Il partage certains traits combinatoires
et fonctionnels du substantif. En termes clairs, les préfixes d’accords des adjectifs sont
identiques aux préfixes de classe des noms qu’ils qualifient.
On se contentera ici de montrer les points communs de ces deux catégories grammaticales.
Comme nous l’avons montré dans la sous-section (2.1), ces deux classes grammaticales
acceptent la fonction épithète et acceptent également les mêmes préfixes d’accord de
classe. L’adjectif ne s’en distingue que par la capacité qu’il a de déterminer, de qualifier un
substantif. Des séquences comme:
mwana mwema, l’/un enfant gentil, wana wema, les/des enfants gentils
mwanadamu mdu, « l’/un homme noir », wanadamu wadu, « les/des hommes noirs »
paha dzidu, « le/un chat noir » mapvaha madu, « les/des chats noirs »
Nous rappelons que les adjectifs qui qualifient les noms de personnes prennent les accords
de classe ½.
Les différentes parties du discours font que l’adjectif qualificatif épithète peut être :
1. un adjectif
101
2. Un participe passé
-hohwa
Maïs cl+grillé
Maïs grillé
« un maïs grillé »
3. Un substantif
makalima yataabu
« Paroles malveillantes »
4. Un adverbe
Mwanadamu mwema
Homme bien
« Un homme bien »
5. Une préposition
mwendo wakinyume
démarche cl+contre
démarche de contraire
102
mabakia kume na maili
part cl+douzième
« douze parties»
Baadhwi ya wanazioni
Elève +certains
« Certains élèves »
L’adjectif qualificatif peut se placer avant le nom bien que cette antéposition ne s’emploie
pas fréquemment en comorien qu’en français moderne. L’adjectif épithète antéposé
exprime une sorte d’intensification.
Mradji ziungo
grand corps
« grand de taille »
Mtiti shumu
Petit taille
« Petite de taille »
Mwema swiraya
Beau visage
« Beau de visage »
103
L’antéposition se permet généralement dans le vocabulaire du corps. Tous les adjectifs
n’acceptent pas donc l’antéposition.
mnashioni mwema
Élève cl + intelligent
Élève bon
« Un élève intelligent »
miri mile
Arbre cl + grand
Arbres lons
« de grands arbres »
Mapvaha madu
Chat cl + noir
Chat noir
« un chat noir »
Est attribut tout adjectif lié au nom par un verbe copule (être ou un verbe exprimant l’état),
qu’il s’agisse d’un sujet ou d’un complément. Comme nous l’avons clairement expliqué
dans le premier chapitre, l’adjectif qualificatif attribut s’emploie fréquemment dans la
langue comorienne.
104
[Link]. La gradation
Hahulu shononde ile-ilé ho shindoni, il a acheté un coupe-coupe plus, plus long (encore
plus) long au marché.
Tsiono mdru mtsala mtsala, « j’ai vu un personne très, très mince (mince, mince »
Exemples:
Pour le comparatif d’égalité, la construction est fort simple. Il est exprimé par sawana.
C’est l’exact équivalent du français « égal à ». Il sert à comparer deux élèments entre eux.
105
Luc Eds3sg aussi+grand que Saïd
Le comorien connaît deux catégories d’adjectifs qualificatifs. Ceux qui prennent un suffixe
de classe pour s’accorder avec le nom qu’ils qualifient et ceux qui restent invariables. La
plupart des adjectifs invariables sont empruntés à l’arabe.
En comorien, comme en français, les adjectifs prédicatifs sont caractérisés par l’emploi
indispensable d’un verbe copule. En comorien, la plupart des adjectifs sont prédicats sans
copule. Ils occupent donc la place des verbes. Mais il en existe d’autres qui ne peuvent pas
exercer la fonction prédicative sans copule. On peut voir plusieurs structures où les
adjectifs prédicatifs occupent tantôt la place des verbes tantôt la place des noms.
Selon l’ordre canonique de la phrase, l’adjectif prédicatif se situe entre le nom sujet et la
copule. Parfois, l’adjectif prédicatif se place en début de phrase pour sa mise en valeur.
L’adjectif est un mot ajouté au nom pour apporter un complément d’information sur sa
qualité, sa propriété ou son état. Etant prédicat, il se met pratiquement devant un marqueur
verbal.
N0 mv Adj
106
Professeur class+dét Edv3pl fatigués
Toutefois, la place de l’adjectif qualificatif diffère selon les types d’adjectifs ou le sens à
donner à la phrase.
D’autres adjectifs se réfèrent au temps d’une autre manière. Ils décrivent des noms
désignant des intervalles de temps mesurables, généralement utilisés comme unité de
compte.21
Du point de vue syntaxique, les adjectifs référentiels acceptent la fonction épithétique. Ils
ne sont pas aptes à servir d’attribut. Ils sont soumis à des contraintes d’ordre synataxiques
dans la mesure où leur propriété reste le refus de la gradation, la pronominalisation et
l’effacement.
Waziri mzamani
Ministre cl+ancien
« ancien ministre »
Mwaha djana
Année + dernier
21
André Borillo, quelques adjectifs de référence temporelle du français
107
« l’année dernière »
Refus de la gradation
Refus de la nominalisation
*Ouzamani wa ministre
« *L’ancienneté ministérielle »
*Oumwahadjana wa mwaha
« *l’ancienne année »
108
Non effacement
*Waziri
*mwaha
Les linguistes s’accordent à définir que les adjectifs affectifs impliquent un engagement
affectif du sujet parlant vis-à-vis de l’objet qualifié. En général, il s’agit des adjectifs
simples qui se distinguent des autres adjectifs par leur sens émotionnel.
Exemple:
L’adjectif comorien ne connaît pas le genre masculin et féminin. « Les noms qui se
réfèrent à des femelles ne sont jamais de genre masculin, tout comme ceux qui se réfèrent
à des mâles ne sont jamais de genre féminin ».
Mwanamshe mwema (cl.1), une belle fille, wanawashe wema (cl.2), de belles filles.
Mdri mle (cl.3), un grand arbre, miri mile (cl.4), de longs arbres.
En général, le classifieur me est utilisé pour désigner le mâle et le classifieur she est utlisé
pour désigner la femelle.
(nom+masculin) ; (nom+féminin)
En comorien, comme dans toutes les langues bantoues, les substantifs sont rangés dans des
classes sémantiques correspondant chacun à une classe sémantique différente.
Contrairement à la langue française qui a de genre grammatical (masculin, féminin,
neutre).
109
2.3.2. Les adjectifs non prédicatifs
Pour étudier clairement la situation de ces adjectifs, on doit nécessairement se baser sur la
classification des adjectifs non prédicatifs décrit par G. Gross. Le comorien admet sans
contrainte les critères définis (les noms en fonction d’épithète, les adjectifs arguments, les
adjectifs fonctionnant par couple, les adjectifs locatifs, les adjectifs géographiques).
Comme les adjectifs prédicatifs qui s’accordent, les adjectifs prédicatifs invariables se
placent après le nom. Certains peuvent être à la fois noms et adjectifs. C’est le cas de
maskini (pauvre) et de tadjiri (ma-) (riche). Comme nous l’avons dit dans la sous-section
(2.2.5), ils peuvent occuper la fonction prédicative et la fonction épithètique.
110
Le nombre des adjectifs prédicatifs invariables est très limité. Car la plupart de ces
adjectifs sont empruntés à l’arabe, plus rarement à d’autres sources, alors que les adjectifs
ordinaires, à une ou deux exceptions près, sont endogènes.22
Conclusion
L’analyse adoptée par quelques spécialistes de la langue comorienne, les méthodes existant
en français pour procéder à la typologie de l’adjectif qualificatif nous permettent de
constater que cette question n’est ni compliquée ni difficile à définir à l’aide de quelques
règles précises. En effet, l’adjectif qualificatif n’est pas énigmatique puisqu’il a sa propre
place dans le discours. Étant constituant dépendant, il ne fonctionne qu’en référence au
nom, c’est-à-dire comme une qualité pure dont l’actualisation dépend entièrement de son
support.
On peut rencontrer beaucoup d’adjectif en antéposition aussi bien qu’en postposition. Mais
le choix de la place suscite parfois de contrainte sur le plan syntaxique et sémantique dans
la mesure où le choix de la place de l’adjectif n’est ni libre ni arbitraire.
Les adjectifs simples de type –ema (gentil, beau), -le (grand), -huu (grand), -nene (gros)
sont habituellement postposés, c’est-à-dire qu’ils le sont dans la majorité des cas. Ce sont
le plus souvent des adjectifs qui s’emploient fréquemment dans la langue comorienne et
qui expriment une valeur morale ou esthétique. Ils acceptent la fonction prédicative. Mais
ils attirent une attention toute particulière lorsqu’ils sont antéposés.
Le choix de la place pour les adjectifs prédicatifs est beaucoup plus libre et ne provoque
pas un changement de sens. Ils dénotent des états, des propriétés. Ils sont attribués dans des
classes sémantiques en suivant le modèle des classes d’objet ([Link], 1995) en fonction
de leur comportement syntaxique. Cette démarche permet de lever les ambigüités des
constructions prédicatives et rend possible l’attribution d’un équivalent de traduction
([Link], 1999; Blanco, 2001). L’analyse et la représentation sémantique de ces adjectifs
22
Michel LAFON, L’expression de la qualité en shingazidja
111
deviennent une tâche assez délicate, mais aussi d’une grande importance pour le traitement
automatique des langues naturelles.
112
CHAPITRE 3
ÉTUDE SUR LE FIGEMENT
Tous les linguistes s’accordent à dire que le figement est un phénomène linguistique qui
concerne toutes les langues naturelles. Il touche également tous les domaines de la langue
plus particulièrement la syntaxe et la sémantique. Ainsi, le comorien ne peut y échapper.
Toutefois, cette notion linguistique n’a pas encore, à notre connaissance, fait l’objet d’une
étude linguistique particulière dans la langue comorienne. Par conséquent, à l’état actuel de
notre recherche, il nous est impossible de répondre à toutes les questions relatives à ce
phénomène « qui ne cesse d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche ».
Notre analyse sémantique s’appuie généralement sur les travaux réalisés au LDI dans le
cadre du traitement automatique des langues en se basant considérablement sur les critères
décrits par G. Gross. Ceux-ci vont nous permettre de mettre en évidence le fait que le
français et le comorien révèlent plusieurs points de rapprochement. Nous montrerons
comment le figement se situe, se lit dans la langue comorienne. Il s’agit d’expliquer son
mode de fonctionnement du point de vue de la constitution des structures de sa relation
entre lui et le discours dans lequel il est utilisé. Ce travail nous oblige d’effectuer un corpus
qui avoisine plus de 3000 expressions figées reparties dans toutes les catégories
(proverbes, dictons, collocations, noms composés…).
113
« Le figement possède un sens global soit compositionnel, soit figuré, habituel dans tous
les domaines de la langue, mais ils sont aussi porteurs d’un troisième niveau sémantique
qui correspond au sens opaque. Celui-ci entraine un degré supplémentaire de difficulté
pour le décodage, parce qu’on ne peut pas le déduire de celui des formatifs. Le cas
d’opacité, plus limités, ont dépassé l’arbitraire premier des signes ou sens littéral, ainsi que
la motivation du sens figuré, pour devenir démotivés, tout en étant aptes à une nouvelle
remotivassions. »
« Le figement a fait l’objet d’un intérêt relativement récent en linguistique mais il est
désormais un sujet d’actualité,23 qui se présente comme un domaine très hétérogène qui ne
cesse d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche ».
Les études sur le figement sont traditionnellement indiquées avec le terme phraséologie.
Ce terme, qui a longtemps gardé une connotation péjorative,24 est polysémique, du moment
qu’il peut indiquer (González Rey 2002: 33):
2. l’objet d’étude de cette discipline, c’est-à-dire les combinaisons lexicales fixes dans une
langue donnée ;
23
La publication de plusieurs ouvrages collectifs consacrés au figement dans les vingt dernières années est
révélatrice pour un intérêt croissant, pour ce phénomène linguistique : nous nous référons Balibar-Mrabti et
Vaguer(eds) 2006, Blumenthal et Mejri (eds) 2008, Cosme et al (esd), 2005, Danlos(ed) 1988, Fiala et al
(eds) 1997, François et Mejri (eds) 2006, Gréciano (ed.) 1989, Gréciano (ed.) 2000, Iglesias Overjos (ed.)
2000et 2002, Martin-Baltar (ed.) 1995 et 1997, Mejri et al. (eds) 1998, Mejri (ed.) 2003, 2004a, 2004b, 2008
24
Il était rattaché dans les esprits à un niveau de langue très soutenu et pompeux, ou bien les locutions
apparaissaient vidées de sens parce que trop fréquemment employées ; enfin, on les jugeait hermétiques et
114
3. une aire terminologique déterminée, également appelée jargon ou langue de spécialité
(LSP) : il indique alors l’ensemble de termes propres à un milieu, à une activité, et coïncide
avec terminologie. »
N’ayant aucune étude faite sur les expressions figées en comorien, nous essaierons de
présenter dans cette sous-section les différents points de vue relatifs aux approches
sémantiques réalisées par les linguistes français afin de montrer les raisons qui nous
poussent à opter pour les séquences figées à caractère adjectival.
L’opacité est alors définie (Gonzales Ray, 2002 : 57) comme l’effacement du sens premier
du syntagme qui est à l’origine de la séquence figée que l’on finit par oublier. Les unités
phraséologiques donnent souvent une impression d’archaicité, parce que les coutumes et
les sociétés dans lesquelles elles sont nées ont disparu (ou trop éloignées
géographiquement dans le cas des unités phraséologiques empruntées). L’icône, trop
éloignée dans le temps et l’espace, s’obscurcit, même un locuteur natif ne saisit pas bien le
sens, il utilise donc machinalement ces expressions qu’il a apprises par cœur. Cela est
d’autant plus vrai pour un locuteur étranger: si l’image ne lui est pas familière, parce
115
qu’elle est trop éloignée dans le temps et dans l’espace, l’opacité peut être un obstacle dans
la compréhension, parce qu’il ne possède aucun indice qui l’aide dans la déduction du
sens.
Gaston Gross (1996) montre qu’il existe une possibilité des deux types de lecture relative
aux expressions figées notamment la lecture transparente (compositionnelle) qui conduit à
découvrir le sens direct et la lecture opaque (non compositionnelle) qui se base sur la
synthèse sémantique et qui permet également de parvenir au sens figuré.
Cela s’observe pratiquement dans l’expression tsili kawi bitsi. À travers la lecture
transparente nous arrivons au sens direct qui signifie tsili hindru itsondisho (= j’ai mangé
une chose qui m’est inhabituelle), tandis que la lecture opaque révèle le sens figuré tel que
tsihundrana na taabu (je suis confronté à un problème).
En comorien tout comme en français, nombreuses sont les expressions figées qui rejettent
leurs interprétations littérales. Dans ce cas, la lecture compositionnelle ne se pratique pas.
C’est par exemple le cas de l’expression hali wombibo (= il a mangé l’anacardier) qui ne se
prête qu’à la lecture opaque dévoilant uniquement le sens figuré.
D’après D. Butler (1982) sur le plan de phraséologisme, nous parlons du sens structural
direct, compositionnel et littéral, sens réel (sens figuré, métaphorique ou idiomatique).
« Les expressions qui sont figées du point de vue sémantique accusent un certain nombre
de degré d’analogie par rapport aux lexèmes. Cette ressemblance est justifiée naturellement
par l’unicité du signifié mais reste perturbée par le caractère polylexical du signifiant.
Pourtant, à l’instar des lexèmes, les expressions figées ouvrent la porte à l’analyse du
sens. »
Très souvent la nature significative des expressions figées se caractérise par la double
structure sémantique (dualité du sens). Cette dualité sémantique correspond en fait à la
dichotomie traditionnelle entre sens propre et sens figuré. Elle est soutenue également par
les paires d’opposition répandues sur les pages des études phraséologiques, telles que par
exemple le sens littéral et le sens opaque, le sens compositionnel et non compositionnel, le
sens analytique et idiomatique.
116
Pour exprimer la double signification des expressions figées, [Link] (1988) parle de
deux niveaux sémantiques. Le niveau sémantique superficiel reflétant le sens direct et le
niveau sémantique profond recouvrant le sens figuré étant essentiel pour les expressions
figées.
Il existe un très grand nombre de locutions verbales qui ne mettent pas en jeu un emploi
spécifique d’un verbe. C’est le cas d’une phrase telle que :
Il est important de constater que le verbe -li utilisé dans ces deux phrases n’a pas la même
signification.
M. Gross a précisé qu’« ignorer ces constructions revient à ignorer une bonne partie du
langage »
Dans son premier ouvrage intitulé « Phylosophy and grammar » (1924), Otto Jespersen a
su découvrir pour la première fois le principe de la liberté combinatoire et le figement.
Cette remarque constitue une étape importante notamment en ce qui concerne le caractère
essentiel au processus de figement.
Weinrich (1969) donne une valeur importante aux expressions figées. Pour lui « ce qui
avait longtemps été considéré comme un phénomène marginal, comme une série
d’exceptions, se révèle être en fait caractéristique des langues humaines naturelles ».
Gaston Gross (1987) va plus loin dans ses remarques en attribuant une ampleur importante
à ce phénomène linguistique qui attire une attention particulière au niveau du traitement
automatique des langues.
Henri Frei parle dans « la grammaire des fautes » (1969) de brachysémie (figement) étant
synonyme de brièveté sémantique.
117
« Le mécanisme de la brachysémie ou brièveté sémantique est le figement d’un syntagme,
c’est-à-dire un agencement de deux ou plusieurs signes en un signe simple. La
brachysémie, brièveté sémantique se distingue de la brachylogie, brièveté formelle).
Notre approche sémantique se résume à une observation générale sur toutes les
expressions figées existant plus particulièrement en comorien notamment les locutions
adjectivales, verbales, adverbiales, des phrases figées, proverbes, dictons, maximes etc.
Ces unités figées acceptent tous les critères d’identification décrits par Gaston Gross pour
distinguer les séquences figées des séquences libres dans un discours donné.
Les linguistes partagent quelques points communs en s’accordant à dire que le figement
constitue un phénomène central du langage (M. Gross, 1988, Hausman, 1997, Klein,
2007).
118
Comme le montre également Salah Mejri (2000 : 60), le figement est une notion obscure,
et par définition il est englobant. C’est un phénomène complexe qui concerne tous les
domaines de la langue notamment en ce qui concerne la syntaxe, la sémantique, la
morphologie, la phonétique, la prosodie, le lexique, le discours (Mejri, 1997 : 23,73).
Toutefois, les linguistes tombent d’accord que le figement n’est pas un phénomène absolu.
Il s’agit au contraire d’un continuum, à décrire en termes de degré (Mejri, 2006 : 7, Gaston
Gross, 1996, Lamiroy, 2003), au sens qualitatif comme au sens quantitatif. La notion de
figement parait, du point de vue cognitif, inhérent au langage naturel.
Pour G. Gross (1996 : 154) « une séquence est figée du point de vue syntaxique quand elle
refuse toutes les possibilités combinatoires ou transformationnelles qui caractérisent
habituellement une suite de ce type. Elle est figée sémantiquement quand le sens est
opaque ou non-compositionnel, c’est-à-dire quand elle ne peut être déduite du sens des
éléments composants. Le figement peut être partiel si la contrainte qui pèse sur une
séquence donnée n’est pas absolue, s’il existe des degrés de liberté. »
La notion du figement comprend des structures fixes, dont les constituants sont privés de
liberté, c’est-à-dire qu’on ne peut pas modifier l’ordre, supprimer un mot, ou remplacer un
mot par des mots de sens équivalent (synonyme). Les éléments qui constituent le groupe de
mots perdent leur sens propre. Par exemple l’expression hanireme mare marahafu qui
signifie hani rai (= il m’a séduit par des paroles convaincantes).
L’existence des séquences figées dans toutes les langues naturelles ne suscite aucun doute.
Mais pouvoir les reconnaitre, les répertorier dans le discours ne facilite pas la tâche des
locuteurs étrangers. C’est pour cette raison que G. Gross a su décrire certains critères
d’identification définissant les séquences figées. On peut retenir notamment :
I. La polylexicalité
II.L’opacité sémantique
VII. La non-insertion
XI. Le défigement
Il est à rappeler que notre étude sur les séquences figées à caractère adjectif se basera sur
ces critères qui couvrent les différents types d’expressions figées qui ne se comprennent
pas facilement lorsqu’elles sont employées dans un discours.
3.2.1. La polylexicalité
Une séquence est dite figée lorsqu’il est impossible d’envisager son sens à partir de ses
composants. On définit, du point de vue sémantique, une séquence figée comme un tout.
Par contre, dans une séquence dite libre, le sens de la séquence est le produit de celui de
ses constituants. Prenons à titre d’illustration l’exemple de cette phrase emwana hali
eshahula (= l’enfant a mangé le repas). Le sens de cette phrase est conditionné par la
combinaison de sens respectif de emwana , hali et eshahula selon les règles de la
syntaxe. Nous disons donc qu’une séquence libre accepte la lecture compositionnelle.
Par contre, une séquence figée rejette catégoriquement ce genre de lecture, qui se heurte à
une véritable opacité sémantique. Le sens de la séquence Salim hali wombibo , c’est-à-
dire Salim nge harimwa hawa ndziro (il est dans une situation embarrassante) n’est pas le
120
produit du sens de hali et celui de mbibo. Cette séquence ne relève donc pas d’une
lecture compositionnelle. Cette dernière « est possible soit quand une suite figée se trouve
isolée, soit dans un contexte produisant une allusion, suivant des buts humoristique ou
littéraires. Or le cas dernier fait déjà partie du phénomène du défigement sémantique dont
parlera plus tard » (G. Gross, 1996: 10-11).
Pourtant, il n’existe pas de règles montrant que chaque séquence figée a un sens opaque.
L’opacité sémantique est un phénomène scalaire: elle peut être totale trunda la binguni
,trunda tamu ou partiel hukaya idukuni et sert à identifier le degré de figement (G. Gross,
1996: 11).
Haudziro (avec difficultés) Ngulo haudziro (il mange Ehawa ngio haudziro (la
difficilement) situation est difficile
Dans le premier exemple, le mot -dziro est un adjectif qalificatif attaché au mot hau . Il ne
garde pas son sens propre. Dans l’exemple 2, le mot hapvapvi est le diminutif du mot
hapvapvihapvapvi qui signifie lentement. Ce mot garde, par contre, son premier sens.
121
3.3. Le blocage des propriétés transformationnelles
Il est bien évident que les transformations syntaxiques notamment le passage de la voix
active à la voix passive ne s’opère pas dans une séquence figée verbale sinon la séquence
resterait plus opaque et vide de sens. Nous envisageons les transformations suivantes :
Les séquences figées ne supportent pas les transformations syntaxiques habituelles. Ces
dernières sont impossibles pour les noms composés et les séquences figées en général (G.
Gross, 1996 :13).
Les éléments grammaticaux qui constituent une séquence figée n’admettent pas une
actualisation dans la mesure où chacun d’eux a déjà perdu son autonomie. Cette remarque
s’observe dans Ali hapara trama. Il est clair que la lecture compositionnelle se pratique
sur le mot aliment: *Ali hapara (le, -lahe, -laho, -linu) –trama. Il est important de constater
122
qu’il n’est pas possible de procéder à l’actualisation par un déterminant puisque le sens du
mot trama n’a rien avoir avec un aliment.
Il n’est pas rare que le figement puisse affecter, du point de vue syntaxique et sémantique,
la totalité d’une locution (figement total) ou une partie d’une séquence (figement partiel).
Le figement total qui, sans doute, touche tous les constituants de la locution ne tolère
aucune modification. Cela concerne en particulier les proverbes où tous les éléments
embrassent les critères du figement. Prenons à titre d’exemple mbe kali mbe (= une vache
ne mange pas une vache). En comorien, le figement partiel ne constitue pas le cas de la
majorité même s’il s’emploie fréquemment plutôt à l’oral. Tout comme en français, il
supporte les modifications nécessaires ; ngampveho womhono watranga wa hangu (= je lui
présente toutes mes condoléances), hampveshea womhono watranga wahe (= il lui a
présenté toutes ses condoléances), pveha womhono wa tranga waho (présente-lui toutes tes
condoléances).
La substitution d’un mot par un de ses synonymes demeure une opération impossible dans
une séquence figée totale. Cette restriction qui s’inscrit dans le côté sémantique d’une
locution figée concerne en general les séquences figées. En clair, il est impossible de
remplacer -huu (grand) par -le (long) ou -radji (costaud) par trobwa (corpulent) dans une
suite figée comme mdru mhuu (grand notable) car mhuu ne se réfère ni à une taille, ni à
une stature mais à un titre honorifique, de même que -ema (bon) par -rahafu (beau,
magnifique) dans l’expression hitswa shema (bonne tête).
3.4.1. La non-insertion
123
Mon père class+dét Edv3sg vache absolument inféconde
On insère un adjectif
L’insertion des éléments nouveaux est une opération très restreinte qui se pratique en
général dans une locution qui relève du figement partiel. Autrement dit, les séquences
figées totale se heurtent à cette opération jugée très réduite. Cette observation montre que
l’insertion n’est pas le critère absolu pour parler du figement. Les suites telles que
manywahwili (patrimoine familial), manywahurwa (dents douloureuses), trengwe mɓidi
(groupe séparatiste) ne supportent aucune insertion.
3.4.2. Le défigement
L’insertion d’un mot dans une séquence figée ou la substitution de cette dernière donne
naissance au défigement. En effet, une séquence figée s’avère unique et irremplaçable. Le
défigement qui relève du jeu de mots utilisés plus particulièrement dans la presse écrite
pour attirer l’attention du lecteur « désigne le dépassement des contraintes qui constituent
une locution figée ». Ce mécanisme s’opère pratiquement le plus souvent dans les
proverbes. Les modifications dues à cette insertion n’est pas considérée comme une faute
de français car elle est considérée comme un jeu de mots qui « met en évidence
l’importance du figement dans les langues. (Gaston Gross, 1996 :21)
124
[Link]. Classement des collocations
Une locution verbale se définit comme une suite verbale dont les groupes nominaux sont
semi-figés et qui « s’opposent à une suite libre verbe+complément, c’est-à-dire, qui n’est
contrainte que par le domaine d’arguments du verbe et qui a toutes les transformations
potentielles. » (G. Gross, 1996 : 70)
En clair, une suite libre telle que : Abdou hali saladi ( = Abdou a mangé de la salade) se
permet toutes les transformations habituelles.
Formation relative
Interrogation en ye
Emphatique du sujet :
125
« C’est Abdou qui a mangé de la salade »
Alorsqu’une locution verbale se caractérise par des critères bien décrit et elle ne se heurte
pas à cette définition : « une suite verbale+complément est une locution verbale si
l’assemblage verbe-complément n’est pas compositionnel ou les groupes nominaux sont
figés (c’est-à-dire qu’on ne peut les modifier d’aucune manière : les déterminants sont
fixes et les modifieurs sont interdits)…Le complément ne doit pas être un prédicat
nominal. Une locution verbale a une distribution de verbe, ou dans le cas de figements
moindres, de groupe verbal. Il faut ajouter aussi que contrairement aux noms composés,
qui peuvent avoir une structure interne totalement différente de celle des groupes
nominaux ordinaires, aucune locution verbale n’a de structure interne spécifique. » (G.
Gross, 1996: 69-70)
Une locution verbale ne supporte pas toutes les modifications habituelles notamment, en ce
qui concerne la formation relative, interrogative et l’emphatique du sujet. Cela s’observe
dans la locution verbale telle qu’Ali hanu madji « Ali s’est trompé »
Le traitement informatique des locutions verbales nécessite une sérieuse étude mettant en
relief les ressemblances et les différences qu’ont les locutions verbales par rapport aux
suites verbales libres.
La structure interne qui s’observe dans ces exemples montre qu’il existe bel et bien une
vraie similitude entre les locutions verbales et les groupes verbaux libres. En clair, notre
observation sur le paramètre du figement détermine qu’il y a un continuum entre les suites
verbales libres, les collocations verbales et les suites verbales totalement affectées par le
figement dans la mesure où les locutions ne sont ni complètement figées, ni complètement
libres.
Gaston Gross (1994 : 18) a signalé que les différents emplois des prédicats sont exprimés
par la notion des classes d’objets. Cette description rigoureuse s’observe uniquement dans
les constructions libres. De cette constatation, Gaston Gross a su montrer qu’on traite le
problème de la polysémie grâce à cette description des classes d’objets. Nous prenons
comme exemple la classe des vêtements (kotri, shatri, nkandu…) sélectionnée par le verbe
–vaya (porter). Le verbe –andziha (écrire) appartient à la classe des textes (compte rendu,
courrier, rapport d’activité, carte de visite…). Ainsi, Gaston Gross dénombre 8 traits
127
syntaxiques (humain, animal, inanimé concret, inanimé abstrait, végétal, locatif, temps,
événement) pour décrire avec précision certains prédicats.
Les quatre situations décrites par Gaston Gross (1996) s’observent de la manière suivante :
L’ « élément bloqué » peut être en position d’objet direct sans complément second.
No V N1 : Hahana ulime wawadjwa /il a langue soignée.
« il est éloquent »
No V N1 : Hali hitima
Ce même substantif ne se construit pas cependant avec les déterminants possessifs, définis,
démonstratifs. Prenons, à titre d’exemples, les séquences suivantes : *-rema mbeye yahe
(*donner sa gifle), *-rema embeye (*donner la gifle), *-rema mbeye inu (*donner cette
gifle).
Cette même remarque s’observe dans l’emploi du prédicat nyura (soif) actualisé par
l’auxiliaire hukana (avoir).
déterminanat zéro
« Ali a soif »
Déterminant kavu-modif :
Article -zama-modif
129
Ali ngena zenyura zinu randzi zama
« *Ali a la douleur »
Possessif
« *Ali a sa soif »
Démonstratif
Déterminant zéro
Roho mbi
Cœur répugnant
« Il est arrogant »
130
Article indéfini
-la zindru
Averbe
Huka mlehuni
Les collocations verbales et les constructions verbales libres ne s’identifient pas facilement
dans un discours. Ces deux suites partagent certains points communs notamment leur
structure interne. Leur distinction par un locuteur nécessite une analys plus approfondie
qui doit tenr compte de la transformation syntaxique, qui se base sur la passivation, la
pronominalisation, le détachement, l’extraction ou la relativation. À la différence des
locutions verbales, une suite libre peut supporter toutes ces transformations syntaxiques.
Prenons à titre d’exemple l’expression hanu madji. Cette expression, dans sa lecture
compositionnelle ou sémantiquement transparente signifie simplement « il a bu de l’eau ».
La lecture figée ou sémantiquement opaque montre que cette expression a le sens de se
tromper.
1. Ali hanu dziwa (= Ali a bu du lait). Cette construction est libre : le substantif madji est
remplacé par le substantif dziwa pour mettre en évidence les différences entre la
construction libre et la construction figée.
2. Ali hanu madji (= Ali a bu de l’eau). Cette construction est figée et signifie Ali hadji
danganya (= Ali s’est trompé).
131
Phrase 1 : Ali hanu eledziwa lahe
Transformations syntaxiques :
Ayant une lecture transparente, la phrase 1 tolère toutes les transformations syntaxiques.
Un certain nombre de transformations ou de changements tel que que la passivation, la
pronominalisation, le détachement, l’extraction et la relativation sont pratiquement rendues
impossibles dans une séquence figée. Les exemples suivants en sont une belle illustration.
132
Le signe (*) montre, du point de vue sémantique, que toutes ces phrases ne sont pas
correctes. Mais leurs structures sont grammaticales dans la mesure où elles obéissent aux
structures syntaxiques communes. Ces dernières ne permettent pas cependant la lecture
figée : seule la lecture compositionnelle est possible.
Force est de constater qu’en français tout comme en comorien certaines constructions se
heurtent à des transformations syntaxiques alors que ces constructions ne sont pas figées.
Cette observation est clairement mise en évidence par G. Gross en prenant comme exemple
le mot regarder ayant comme synonyme concerner pour défendre cette notion
linguistique. Il a enfin donné les exemples suivants :
En comorien, ces mêmes exemples s’observent typiquement sur les verbes synonymes « -
husu » et -sababisha (= concerner).
Gaston Gross met en parallèle ces deux constructions dont les verbes sont synonymes.
Nous constatons que le verbe regarder ne tolère pas le passage de la voix active en voix
passive alors qu’il s’agit d’une construction libre. Gaston Gross a fini par conclure que
133
« l’opacité sémantique et les restrictions syntaxiques vont de pair ». Ces critères ne doivent
pas être traités séparément.
Dans cette sous section, nous sommes soumis à la réflexion des deux lectures possibles
notamment la lecture d’une construction libre et la lecture figée. Ainsi, Gaston Gross a
proposé l’opacité sémantique comme l’un des critères nous permettant de distinguer les
séquences figées des séquences libres. Une suite est dite opaque quand le sens n’est pas
compositionnel et, à l’inverse, une suite est dite transparente quand le sens est
compositionnel. Grâce à ce critère, on arrive à apercevoir la différence entre une suite
libre et les collocations.
On constate que, malgré les nombreuses études faites sur les collocations verbales, le
problème est loin d’être résolu dans la mesure où il existe des collocations opaques, des
collocations transparentes et des collocations régulières (Tutin et Grossmann, 2002). Dans
les collocations opaques, le collocatif est imprédictible et démotivé sémantiquement
hadjipishia embitsi (il se met en danger), hapara trama (il est triste). Dans les collocations
transparentes, le collocatif est motivé mais imprédictible hahea beani (il a rejoint une
classe sociale), hafu mnamdji (il est mort jeune). Les collocations « régulières » se
rapprochent des combinaisons libres et contiennent des mots dont le sens est déductible et
semble prédictible hali mkatrasinia (il a mangé un gateau), haono uwade (il était très
malade) (Fatou Ndèye, 2013).
134
3.6.1. Délimitation
Détermination autonome :
Déf+cl+alimment Prép+jour
« Le repas de midi »
Dét+cl+aliment Démo+jour
emwana wa mfaume
Dét+hum Prép+chef
« Le fils du chef »
Détermination globale
Emwanamshe mrwamararu
Dét+hum Prép+class
135
« Une jeune fille»
Mwana mwari
« Une célibataire »
Toutes les collocations ne peuvent pas forcément avoir une fonction prédicative. Cela se
voit dans Linu dalao mazubutu (c’est un remède efficace) est une prédication par le fait
qu’on peut dire Ledalao linu lomazubutu (ce remède est efficace). Tandis qu’on ne parle
pas d’une prédication dans la collocation: mwana zidakani (une fille enfermée).
Nous observons dans cette sous section les constructions comme : N+N (maele yamafuu,
trunda labinguni, andwi-nkodo…). Du point de vue sémantique, nous sommes soumis à la
réflexion de deux types de noms composés: les noms composés dont le degré de figement
sémantique est faible (le sens est transparent) et ceux dont le sens est opaque. Dans la
locution nkodo yamare « guerre de salive », on peut pas deviner son sens selon ses
constituants. Il est impossible de substituer dans ce syntagme un mot par un autre. Il y a un
blocage : on ne dit pas *nkodo yaulemevu (guerre de fatigue). On ne doit pas non plus
insérer un mot (*nkodo nde yamare, *nkodo yamare swafi (une longue guerre de salive ;
très longue guerre de salive). Par contre, si nous prenons un exemple de collocation dont le
sens est opaque telle que mwana shama, nous constatons que le sens de ses composantes
ne correspond pas à la signification existante dans la langue comorienne: « une personne
membre d’une association).
136
[Link]. Collocations de type Nom+Ajectif
Les constructions du type Nom+Adjectif sont des collocations dont le sens de l’adjectif
reste parfaitement clair et contribue pleinement au sens de l’expression, alors que le nom,
généralement un objet naturel, sert à préciser la nuance de la couleur, du goût et agit sur le
plan syntaxique comme un modifieur de la comparaison. On privilégie à titre d’exemple
quelques associations qui s’utilisent fréquemment en comorien.
Les collocations du type N+A sont bien entendu beaucoup moins productives dans la
langue comorienne. Dans ce cas, il est question de savoir si l’adjectif peut être le prédicat
du substantif ou non. Pour livrer une réponse à cette question, Gaston Gross a décrit des
critères sur lesquels on s’appuie pour mettre fin aux contraintes et au doute.
À la différence d’une collocation, une construction libre peut avoir une fonction
prédicative. Ainsi, une construction libre comme mwanadamu waankili (un homme d’une
grande intelligence) peut avoir cette fonction par le fait qu’on peut l’actualiser:
emwanadamu oyi ngena ankili « cet homme est intelligent ». Par contre, l’adjectif -nene
employé dans la collocation mbe nene ne peut pas être prédicat. Car cette collocation ne
tolère aucune transformation syntaxique.
La deuxième raison c’est que, pour Gaston Gross, la lecture d’une suite libre comme
emwana nge mhuu (l’enfant est grand) est compositionnelle, ce qui ne s’opère pas dans une
collocation comme mdri mzungu (arbre français) dans laquelle l’adjectif ne tolère pas aussi
aucune transformation syntaxique habituelle.
La troisième raison montre qu’une construction libre ayant un adjectif peut bien entendu
subir la nominalisation. Nous prenons à titre d’illustration le cas de la suite libre zendrabo
za Salim dont la nominalisation s’opère de la manière suivante:
137
Salim yena ndrabo (= Salim est un menteur).
Conclusion
138
CHAPITRE 4
CLASSIFICATION DES ADJECTIFS
COMPLEXES EN COMORIEN
D’une manière générale, la catégorie de l’adjectif est définie du point de vue sémantique
comme « un mot que l’on joint à un nom pour exprimer une qualité de l’être ou de l’objet
nommé ou pour introduire un mot dans le discours » (Grevisse dans Gross, 1996 : 89). Les
adjectifs sont, du point de vue syntaxique, des mots « qui figurent, en position d’attribut, à
droite du verbe être, et peuvent être nominalisés par le pronom invariable le ». (Gross,
1996 : 90). Compte tenu de ces critères, l’adjectif peut, dans une phrase simple en
particulier, avoir le statut d’un prédicat ayant des arguments. Cette définition convient bien
entendu aux adjectifs à forme complexe qui font plus particulièrement l’objet de notre
étude. Il suffit qu’on ajoute la propriété de la polylexicalité.
Les adjectifs complexes se définissent comme, tout comme les adjectifs simples, une forme
nominale dépendant du substantif avec lequel ils s’accordent en genre (classe) et en
nombre. Ils ont un comportement morphologique très varié. Leur comportement
syntaxique s’apparente au nom bien qu’une étude morphosyntaxique les distingue.
En tant que classe sémantico-pragmatique, les adjectifs à forme complexe recouvrent tout
comme l’attribut, l’activité relationnelle du sujet et la spécification de l’être ou de l’objet
sur lequel cette activité s’exerce. Ils recouvrent également l’information physique et
fonctionnelle qui caractérise un individu ou un objet. Ils deviennent enfin un élément
prédicatif de base dont le sens peut être soit opaque ou transparent. Cette caractérisation
préliminaire prendra en compte l’emploi logique des adjectifs à forme complexe. Afin de
139
poser le problème de leur classification grammaticale, il nous semble important de dégager
rapidement certaines de ces contraintes. Nous rappelons également que la classification
grammaticale de ces adjectifs à forme complexe nous permet de connaître, d’identifier leur
caractère flou, mais aussi de les distinguer des substantifs dont la ressemblance et le
fonctionnement syntaxique semblent difficile pour un locuteur non natif.
En comorien, tout comme en français, les adjectifs à forme complexe relèvent des
différentes classes grammaticales. Celles-ci se construisent le plus souvent avec des
prépositions harimwa « dans, à… » (harimwa shida, harimwa raha, harimwa duwa…),
des substantifs « convertis » en séquence d’élément ou noms joints au locatif ni (idani,
swalani, fikirani, trobweni, tabirini…), ntsini « sous » (ntsinimweze amdri…), avec un
adjectif (daba dziro), un nom (mnono wa mgu), un verbe (mra-mgu), un adverbe (ndjema
zamwana), un suffixe (uzadedjuu), un participe (-capa calamu), une phrase (kafu hambi),
avec hama « comme » (hama fumanga) mais aussi avec des adjectifs inanalysables (mna
shifwi shifwi, malamafu…).
Ces adjectifs se caractérisent par la graduation que leur sémantisme inscrit « sur une
échelle » qui tente de représenter des propriétés ontologiques telles que l’intensité, la
dimension, la force et même l’engagement.
Il est important de constater que les adjectifs composés et le complément du nom peuvent
parfois avoir une même forme. Pour les distinguer, Gaston Gross propose qu’on procède à
la preuve de la nominalisation par le comme expliqué en début de chapitre sur la
définition de l’adjectif. En clair, le complément du nom ne se nominalise pas par le . Ce
mécanisme s’applique en comorien sur les adjectifs à forme complexe ou les adjectifs
monolexicaux.
? Ali ngena
140
Naye pvahe « Il l’est aussi »
Cette classification grammaticale que nous avons examinée met en relief le caractère
syntaxico-sémantique du comportement des adjectifs à forme complexe, qui se
construisent le plus souvent avec le présent progressif. Cette classification nous a permis
également de constater que ces adjectifs sont l’expression des propriétés alors que les
substantifs désignent les classes d’objet. Cette différence sépare les adjectifs à forme
complexe de l’ensemble des constituants de la phrase notamment le nom dont la référence
est posée par les déterminants en leur attribuant un sens.
Notre étude sur les adjectifs à forme complexe en comorien nécessite, pour fournir à la
machine des descripteurs formels et opérationnels, une classification syntaxique. Ce
dernier se définit comme une opération nécessaire à l’étude interne et externe des
prépositions sans lesquelles on ne parlerait pas d’adjectifs à forme complexe du sous-type
harima+N ayant comme équivalent en français en N ou PREP W.
Tout comme en français, la structure des adjectifs à forme complexe en comorien sont
souvent introduite par des prépositions qui ne prennent pas la même forme dans la phrase.
Ils se distinguent des uns des autres par quatre formes différentes dont la classification
nous permet de découvrir quatre types aussi différents :
Nous rappelons que nous nous intéressons à l’étude dans cette sous-section des sous-types
harimwa N « en N » et kongowoni « dans GN ». Ces deux séquences se ressemblent
sémantiquement bien qu’elles soient morphologiquement différentes. Le chapitre suivant
141
se fixe comme objectif d’effectuer une comparaison de ces suites relatives aux deux
langues à savoir le français et le comorien.
En comorien, les prépositions forment une classe grammaticale dont le sens varie selon
contexte, selon le domaine du vocabulaire. Tel est le cas de la préposition harimwa. Sa
particularité et son mode de fonctionnement s’éclaircissent dans les adjectifs à forme
complexe où il n’a pas de concurrent, c’est-à-dire elle est la seule et unique préposition
introduite dans les séquences à caractère adjectivale. Elle y joue toute seule le rôle de
« sur », « dans », « sous ». Elle peut donc avoir une interprétation spatiale (eisimu yahe
ngio harimwa elebuku « son nom est sûr le cahier ») ou temporelle (tsili ndro harimwa
emashuhuli yaho « j’ai bien mangé lors de ton mariage »). L’interprétation causale se
construit difficilement en comorien. On peut également examiner une observation sur les
structures du sous-type harima N et le substantif joint au locatif ni. Du point de vue
sémantique, les suites suivantes véhiculent une même information même si elles se
diffèrent morphologiquement.
Structures exemples
142
Nge harimwa mashaka/nge masha kani
Force est de constater que les parallèles harimwa N/Noms en ni varient sémantiquement
mais personne ne sera surpris de voir qu’ils sont synonymes. La préposition harimwa se
substitue le plus souvent par le substantif en ni . À la différence de la séquence harimwa
taabu, les adjectifs complexes qui se construisent avec la préposition ni rejettent le défini e
(*nge etsumuni; *nge etabirini; *nge fikirani). Ces séquences acceptent difficilement
l’adverbe intensif swafi (*nge ndolani swafi, ?nge tsumuni swafi ; nge mswibani swafi).
L’autre difficulté tient notamment à la variété sémantique. Il est bien évident que cette
instabilité sémantique contribue aux difficultés de la construction des séquences figées à
143
caractères adjectivales introduites par les substantives joints au locatif ni. Ce qui est
particulièrement clair, c’est que ces adjectifs complexes se caractérisent le plus souvent par
le locatif ni ajouté au nom.
La syntaxe externe des suites introduites par la préposition harimwa et le locatif ni sont
catégorisés comme des adjectifs prédicatifs complexes dans la mesure où ils adoptent la
position attribut et la pronominalisation. Prenons à titre d’exemple les suites suivantes:
Entsi ngio harimwa mswiba na Bushini tsena « Le pays est en deuil et Madagascar aussi »
(sous-type harmwa N) ; Ali nge harimwa mtihani. Hata Salami tsena « Ali est en examen.
Salami l’est aussi » (sous-type harimwa N) ; Enyumba ngio harimwa hifadhwi. Nane
yahangu tsena « La maison est en sécurité ; ma maison l’est aussi » (sous-type PREP N);
Ngami swalani ; Hata Salim pvahe « Je suis en prière ; Salim l’est aussi » ; Embe ngio
biasharani. Hata embe yahangu pvayo « La vache est en vente ; Ma vache l’est aussi »
(PREP N).
Salim nge kongowoni, na Mohamed pvahe « Salim est dans le coma et Mohamed aussi » ;
Enyumbahe ngio rahani, ne nyumbaho pvaho « Sa maison est en gage ; Ta maison l’est
aussi ». Il existe plusieurs possibilités de pratiquer la nominalisation en le en comorien,
notamment l’emploi de l’adverbe tsena. Cet adverbe qui établi la comparaison est
invariable.
Salim ngo magobani na Soilihi tsena « Salim est en prison et Soilihi l’est aussi » ; Ngasi
rukuni, nanyi tsena « nous sommes en sommeil et vous l’êtes aussi ». La position épithète
de ces adjectifs prédicatifs s’observe également dans des suites telles que nyumba yarahani
« une maison en gage », mbe yadjuzo « une vache en vente », gari latumo « une voiture
commerciale ».
144
Effectuer une analyse interne de ces adjectifs à forme complexe contribue à mesurer le
degré de figement de ces séquences dont le recensement s’effectue en termes d’opacité
sémantique et de paradigme synonymique.
Les différentes observations que nous avons déjà examinées nous permettent de constater
que les séquences adjectivales qui se construisent avec harimwa et ni ont la même
caractéristique sémantique. Elles s’interprètent donc de la même façon car harimwa peut
avoir le sens de « dans », « sur », « en ». Les substantifs en ni catégorisés comme prédicats
complexes peuvent également être un nom locatif simple tels que swalani , trangani,
twamayani qui se traduisent respectivement par en prière, en deuil, dans l’espoir.
Les adjectifs à forme complexe peuvent, tout comme les adjectifs simples, avoir la
fonction épithète. Mais la position épithète des adjectifs à forme complexe s’emploie
difficilement dans la langue comorienne.
Les adjectifs à forme complexe ont les propriétés fonctionnelles des adjectifs qualificatifs
simples par le fait qu’ils peuvent incontestablement être attributs. Certaines locutions telles
que kongowoni, houwadeni, hotrambaoni, hounanyileni sont mêmes gradables :
Ces exemples rappellent que certains verbes supports peuvent être locutionnels comme par
exemple :
Trobweni « dans l’embarras » ekabila inu ngio trobweni « cette famille est dans
l’embarras »
Les locutions de forme en N A (en bonne santé) ne sont pas productives en comorien.
Dans la langue comorienne, les adjectifs complexes se reconnaissent par le locatif ni qui
s’ajoute au nom et par la préposition harimwa qui se met devant le nom.
146
4.2.3. Classification sémantique
Notre étude sur ces adjectifs complexes en comorien nous offre davantage la particularité
possible de classer dans le tableau suivant les adjectifs à forme complexe en quatre
catégories :
La première catégorie est formée d’un adjectif qualificatif suivie d’un élément précédé par
la conjonction hama. La deuxième catégorie est formée d’un adjectif qualificatif suivi d’un
nom. La troisième catégorie est formée d’une préposition suivie d’un nom. La quatrième
catégorie regroupe tous les noms composés dont le sens relève d’un adjectif qualificatif.
Cette classification sémantique nous permet de reconnaitre facilement les adjectifs
complexes mais aussi leurs différences une fois employés dans un discours.
Cette classification s’avère importante dans la mesure où elle s’inscrit dans le discours
notamment dans le cadre de l’énonciation. Pour mieux illustrer notre travail sur la
classification pragmatique des adjectifs complexes en comorien, nous nous référons à la
classification de Kerbrat-Orecchioni qui classe les adjectifs en plusieurs catégories. Nous
tenons compte des catégories d’adjectifs dont les critères sont relatifs à ceux qui sont déjà
étudiés en comorien. Kerbrat-Orecchioni constate qu’il existe des adjectifs objectifs et des
adjectifs subjectifs. Les adjectifs subjectifs se divisent à leur tour en adjectifs affectifs et en
adjectifs évaluatifs. Ces derniers se divisent en adjectifs axiologiques et en adjectifs non
axiologiques. Toutes ces catégories s’observent sur le comportement des adjectifs
complexes en comorien. Force est de constater que, tout comme les adjectifs affectifs
147
simples, les adjectifs à forme complexe impliquent une réaction émotionnelle du locuteur.
Ils donnent encore un sentiment du narrateur sur une personne, un objet. Ils impliquent une
appréciation.
Les adjectifs à forme complexe non axiologiques « impliquent une évaluation qualitative
ou quantitative de l’objet, sans énoncer de jugement de valeur ni d’engagement affectif du
locuteur ». Prenons à titre d’exemples les adjectifs mcapa kalamu « talentueux »,
« mwalimu dunia ».
Les adjectifs objectifs, « si on les définit par rapport à l’acte d’énonciation, se constituent
de propriétés (par exemple : bile « vert », mdrutsutsu « bleu », ndjeu « blanc »
définissables indépendamment de toute énonciation particulière ». On les utilise le plus
souvent pour donner des informations sur une couleur, une forme, un motif, une matière ou
encore un groupe social.
Pron N Adj
148
N Prép Adj
« Un village de bourgeois »
N V N Prép N
Cette typologie repose sur l’analyse de la structure des adjectifs à formes complexe
notamment ceux qui se distinguent difficilement des noms. Elle est donc d’ordre
morphologique. La caractérisation de types morphologiques s’avère importante dans le
cadre du traitement automatique des langues naturelles en particulier le comorien qui n’est
pas sorti, malgré les études faites, de son statut oral. Certains adjectifs à forme complexe se
caractérisent par une forme variable des unités lexicales en fonction des valeurs
grammaticales associées. À la différence des adjectifs en français, ces valeurs
grammaticales sont représentées par des segments distincts (des affixes, suffixes ou
préfixes) qui s’agglutinent les uns aux autres. Le comportement grammatical des adjectifs
complexes comoriens ressemble à celui des noms. En clair, ces adjectifs ont les mêmes
caractéristiques morphologiques que les noms. Ils portent les mêmes marques de genre
(classe) et de nombre.
Mwendza bahati « chanceux ». Cet adjectif s’emploie sans une copule. Il peut se contruire
avec le présent progressif.
« Tu es chanceux »
En général, les adjectifs à forme complexe s’emploient sans qu’ils nécessitent de copule.
Ils sont gradables.
« Tu es très chanceux »
Les adjectifs à forme complexe qui s’apparentent au nom s’accordent tout comme les
adjectifs simples en genre, c’est-à-dire en classe avec le nom ou pronom auquel ils sont
liés.
Mais une possibilité de distinction morphologique entre ces adjectifs complexes et les
noms existe déjà dans les langues à classes nominales comme le comorien. En effet, la
possibilité de délimiter une classe d’adjectifs se caractérise de la manière suivante :
La variation en genre des noms s’exprime de façon très limitée, tandis que la variation en
genre des adjectifs s’avère illimitée. En plus, nous constatons que le substantif peut à lui
seul former un groupe nominal alors que l’adjectif ne peut le faire que s’il renvoie à un
référent qui a été effacé par une opération de réduction. (Jean BAKA)
En comorien, il y a des cas où il faut, fautes d’adjectifs appropriés, avoir recours à des
phrases pour qualifier une personne ou exprimer sa manière d’être, son état. Ces phrases
150
qui s’emploient adjectivement ne se construisent pas avec une copule et ils ne se
construisent pas avec le present d’actualité.
Mdjanaheri « porte-bonheur »
Mlanonilila « pessimiste »
Ces adjectifs ont également des emplois substantivés où on les interprète comme des
modifiants.
Il existe des éléments qui peuvent également acquérir le statut d’adjectifs qualificatifs à
forme complexe grâce au phénomène de transfert appelé communément en français
dérivation impropre.
La variation de forme de ces adjectifs dénotant des traits humains se fait uniquement sur
Mrampira « joueur »
151
Ces adjectifs s’emploient soit comme nom, soit comme adjectif. Ils sont appropriés à des
noms de personnes.
Les adjectifs complexes peuvent être formés des deux noms séparés par le connectif wa
collé généralement au nom.
Ces types d’adjectifs ne fonctionnent pas comme des adjectifs épithètes voir attributs. Ils
ont le plus souvent la valeur des attributs de complément d’objet direct en français.
En comorien, on peut exploiter ces séquences à caractère adjectival pour établir une classe
d’adjectifs dont le comportement syntaxique les distingue des noms.
152
On peut rencontrer de nombreuses formes d’adjectifs formés à partir de deux adjectifs ou
d’un nom suivi d’un adjectif. Les exemples suivants recensés lors d’une enquête paraissent
confirmer le comportement morphologique de ces adjectifs complexes.
Il faut souligner que les adjectifs de ce genre peuvent jouer tout comme les noms séparés
par le connectif wa le rôle d’un attribut de complément d’objet direct. Ils se construisent
généralement avec les verbes –hundra « trouver », -ona « voir », -pvimisa « juger »…
L’emploi de certains adjectifs complexes formés à partir du diminutif mna font partie des
adjectifs cités ci-dessus. Ils s’utilisent souvent en comorien bien que le nombre soit très
limité.
Il n’existe pas un nombre important d’adjectifs qualificatifs simples en comorien. Ainsi, les
linguistes bantouphones s’accordent à montrer qu’il y a différents moyens
morphosyntaxiques permettant de fabriquer des adjectifs complexes à partir de noms, de
verbes et d’autres mots pour combler cette lacune.
Conclusion
Il est bien évident qu’il existe plusieurs structures ambiguës relatives à la formation des
adjectifs complexes en comorien. La variation morphologique de ces adjectifs rend leur
153
comportement morphosyntaxique difficile à les distinguer des noms voire des phrases.
L’étude sémantique déjà faite sur ces adjectifs nous semble insuffisante pour remédier à ce
problème. Raisons pour laquelle une typologie morphologique de ces adjectifs nous semble
primordiale dans la mesure où elle nous permet de délimiter une classe d’adjectifs mais
aussi de décrire leur classe sémantique sans lesquelles nous aurions du mal à distinguer ces
deux notions linguistiques qui s’apparentent morphologiquement.
Cette typologie qui s’inscrit dans le cadre du lexique-grammaire (M. Gross, 2007)
contribue à organiser des entrées lexicales des adjectifs complexes. Nous rappelons
également que cette classification qui s’inscrivent dans des propriétés non seulement
sémantique mais encore formelle ou syntaxique contribue également à décrire ces adjectifs
de façon utilisable dans le traitement automatique des langues naturelles.
Nous rappelons que dans ce chapitre, notre étude se résume à la classification des adjectifs
complexes en comorien dont le figement sera traité dans le chapitre suivant.
154
CHAPITRE 5
ÉTUDE DU FIGEMENT DES SÉQUENCES
ADJECTIVALES COMPLEXES EN COMORIEN
Dans notre travail, nous tenterons d’esquisser une typologie nous permettant de
comprendre dans un premier temps comment les séquences figées à caractère adjectival en
comorien notamment les adjectifs complexes sont construites tant sur le plan syntaxique
que sur le plan sémantique. Nous procéderons à une typologie rendant compte du degré du
figement de ces unités fonctionnelles qui contribuent au fonctionnement de la langue
comorienne.
Une description rigoureuse s’impose car, comme pour toutes les autres les langues, le
comorien n’échappe pas à ce phénomène linguistique dont l’opacité sémantique devient
une vraie source de défaillance au niveau de la compréhension, de l’apprentissage et de la
maîtrise de la langue.
155
Nous nous interessons dans ce chapitre aux séquences adjectivales entre le plus opaque et
le moins opaque. Pour commencer, nous prenons à titre d’exemple la collocation
adjectivale djaya lamadzi « prostitué », mnono wa mgu « idiot ». Il est difficile voire
impossible qu’une personne non native puisse connaître le sens de ces séquences. Il est
question de savoir pourquoi? Qu’est ce qui fait défaut? Est-ce l’association particulière du
nom djaya au complément du nom lamadzi? On constate que ces locutons adjectvales sont
employées au sens fguré. En conséquence, leur sens n’est pas transparent. Est-ce par
rapport à sa structure syntaxique? Ou encore dû à son mécanisme sémantique? Une étude
approfondie sera menée tout au long de ce chapitre pour donner une réponse à ces
questions dont l’étude de figement demeure le seul moyen nécessaire à la résolution de ce
problème linguistique.
Afin de mener à bien notre analyse sur le figement des adjectifs complexes en comorien,
nous partirons de la définition d’une séquence adjectvale, qui se définit comme un groupe
de mots adjectvaux auquels la syntaxe donne à ces groupes le caractère d’une expression
fgée et qui correspondent à des mots uniques. Ces adjectifs complexes répondent aux
critères d’adjectifs simples. Notre étude sera centrée dans ce cadre et nous comptons
éclaircir ce point de vue en décrivant, analysant les adjectifs à forme complexe dont les
critères définitoires s’inscrivent dans certaines notions comme l’opacité, la transparence, la
compositionalité, la non-compositonalité.
La matière sur laquelle nous nous sommes basés pour la rédaction de cette sous-section est
un corpus de productions personnelles. Ce choix est mûrement réflechi dans la mesure où
ce serait une erreur de travailler sur un sujet comme le nôtre sans se baser sur un corpus.
156
La contruction des locutions adjectivales opaques et moins opaques s’observe dans la
langue comorienne en particulier dans les suites adjectivales figées. Ce phénomène
linguistique touche essentiellement la structure et la sémantique des séquences
adjectivales. Nous livrons quelques exemples où la locution-même pourrait avoir le
comportement d’un prédicat nge harimwa ranarenga « il est dans le doute », ou un
argument ngena usiu « il est en colère » ou un argument ngena madjitso madziro « il est au
regret suprême ». Ce genre de travail a fait l’objet de nombreuses études au LDI dans le
cadre du traitement automatique des langues.
Avant de procéder à l’étude de la notion d’opacité, nous allons analyser les contraintes et
les contrastes des constructions de type harimwa mswiba « en deuil », vs *harimwa udhuri
« occupé ». Force est de constater que ces deux séquences partagent des points communs
dans la mesure où ils ont la même surface:
N Pron V Gpe Prép : edjirani wahangu nge harimwa mswiba (= mon voisin est en deuil)
N Pron V Gpe Prép : *edjirani wahangu nge harimwa udhuri « *mon voisin est occupé »
Nous avons clairement dit dans le chapitre précédent qu’il y a deux manières, tout comme
en français, d’exprimer, de présenter les suites figées à caractère adjectival en comorien :
N Pron V Gpe Prép : Edjirani wahangu nge harimwa mswiba « mon voisin est en deuil ».
N Pron V N : Edjirani wahangu ngena mswiba « mon voisin a un deuil/ « mon voisni est
en deuil ».
Par contre le nom abstrait udhuri se construit uniquement avec l’auxiliaire hukana et non
avec hukaya. Ainsi, nous constatons que certaines suites figées qui se construisent avec
157
l’auxiliaire hukana « avoir » suivie des noms abstraits ont le plus souvent le sens de
l’auxiliaire être en franaçais. hukana udhuri, hukana furaha, hukanana fidjo se traduisent
littéralement en «* j’ai occupé », « * j’ai content », « * j’ai pressé » qui signifient
respectivement « je suis occupé », « je suis content », « je suis pressé ».
L’auxiliaire hukana pourrait être introduit dans des phrases dont le sens ne relève pas du
sens de l’auxiliaire être mais de l’auxiliaire avoir. Examinons les exemples suivants:
Les caractéristiques des séquences adjectivales opaques sont identifiables dans des
constructions où la formation de la classe sémantique du constituant nominal s’avère
impossible. Cette remarque s’observe dans le tableau suivant:
harimwa <Doute> ø
ranarenga
Ali nge harimwa ranarenga
trobweni <Emotion> ø
Ngawe trombweni
Hiridjuu <Cérémonie> ø
158
mwadalao Nge hiridjuu mwadalao
djamani <Affect> ø
Ngami djamani
Nge trengweni
Par contre, les classes sémantiques des séquences figées transparentes s’apparentent tout
comme en français à celles des constituants nominaux.
159
Harimwa mashuhuli
<JOIE> <JOIE>
Rappelons que cette sous-section se veut également un champ de réflexion qui permet de
rendre compte des constituants des différentes séquences à caractère adjectival. Ainsi, il
nous est important de jeter un coup d’œil sur la structure de N Prép N, les adjectfs
complexes dont la catégorie grammatcale s’identifie difficilement. Ansi, les adjectfs dont
la caractérisation est de nature relationnelle ou introduite notamment par le connectif wa,
s’apparentent à des compléments de nom.
160
N+Adj : Mbe nene « vache improductive »
Il y a lieu de signaler que ces adjectifs complexes et le complément du nom ont la même
structure de surface.
Les adjectifs complexes remplissent les conditons requises pour que l’on puisse parler du
figement. En conséquence, on ne peut pas varier, modifer, transformer les adjectives ci-
dessous mentionnés.
Cette classification grammaticale nous permet de montrer que ces adjectifs ayant le statut
des adjectfs qualificatfs épithètes peuvent être interprétés comme des adjectifs prédicatifs.
Autrement dit, à la différence des compléments du nom, les adjectifs complexes sont
susceptibles de figurer en position d’attribut.
Nhukaya mmatsaha
Pron V Adj
« Tu étais imbécile »
161
Ngaridjo hukaya wadru waduhazi
Pron V Adj
Pron V Adj
Notre étude sur ces séquences figées nécessite qu’on parle de la noton d’opacité. Cette
dernière s’avère comme un critère définitoire de certaines séquences figées jugées
sémantiquement différentes de la notion de transparence.
Gaston Gross a expliqué de façon explicite ces deux notions en montrant qu’une séquence
donnée pourrait avoir deux lectures possibles, l’une transparence et l’autre opaque. Ainsi,
on tirera l’attention sur ces deux notions qui se confondent avec la notion de
compositionalité et non-compositonalité. Nous nous contentons de définir qu’une suite
figée est dite opaque « lorsque son sens global ne correspond pas à la résultante des
éléments qui la composent. » Cela s’affirme dans les séquences adjectivales suivantes.
Ntsahaya nkavu
Madji maleni
Le sens des mots qui composent la séquence emwana nge harimwa swafa na maruwa ne
nous permet pas de conclure que « l’enfant est dans une situaton difficile ». Il va de même
pour la séquence entsi ngio harimwa ntsahaya nkavu dont le sens opaque signifie
respectivement emwana nge harimwa hali ndziro « l’enfant est en exercice difficile »,
Entsi ngiyona tabu ya madji « le pays souffre de la sécheresse ». Le sens de ces séquences
n’est pas transparant. Nous sommes en présence d’une opacité sémantique définie par
Gaston Gross comme un phénomène scalaire. Par contre, les locutions adjectivales telles
que harimwa maha flani, harimwa owakati n’ont pas plusieurs lectures. Ils s’emploient,
tout comme en français, comme des adjectifs qualificatifs épithètes. Ils sont donc
considérés adjectifs prédicatifs.
Tsimpaka mdru wa maha kadha « il n’est obligé qu’il soit un homme d’un certain âge »
La construction de ces locutions adjectivales avec la copule hukaya semble possible. Mais
il n’existe pas un nombre important des locutions prédicatifs en comorien.
Emdru oyi wamaha kadha « cet homme est d’un certain âge »
163
Telele
Hahafula
Hataratibu
Hasheo
Ces locutions qui actualisent les classes d’objets sont nombreux en comorien.
164
<appareil> mashini yamhono « machine à coudre »
En observant toutes ces classes d’objet, on constate qu’il n’y a aucun actualisateur qui
pisse former tout seul des sous-classes comme l’actualisateur à air en français. Cet
actualisateur nous permet de former en français plusieurs sous-classes d’objets notamment
une sous-classe d’instruments de musique, une sous-classe d’armes, une sous-classe
d’appareils.
Il est important de retenir que ces locutions adjectivales en comorien ne sont pas des
compléments du nom bien qu’elles aient une même structure de surface avec le
complément du nom.
harimwa taabu na mashaka harimwa uhayati ndziro dans une vie difficile
165
Harimwa maesha bora Ukaya harimwa raha Mener une belle vie
Nous pourrons croire à priori que ces locutions adjectivales prédicatives représentent un
cas d’exception par la non compositionnalité du sens. Étant figées, ces locutions sont
singulières sur le plan syntaxique et sémantique.
En comorien, les adjectifs dits simples sont donnés sous leur forme lexicale précédés d’un
tiret qui indique qu’en énoncé, ils doivent être munis d’un préfixe de classe.
-titi « petit »
Par ailleurs, il existe des prédicats adjectivaux à forme complexe. Ces prédicats
adjectivaux dont les formes sont diversifiées partagent tous les traits combinatoires et
fonctionnels du substantif. Ils portent les marques de :
Classe : mdru waheri « un homme pacifique », wandru waheri « des hommes pacifiques »
En comorien, les adjectifs figés à forme complexe se construisent avec la copule hukaya.
En conséquence, ces adjectifs, qui se caractérisent par les critères morphologques et
166
syntaxiques, sont considérés adjectifs prédicatifs. Il n’y a pas d’ irrégularité au nveau de la
syntaxe. En clair la combinaison des mots ne demeure pas une ressource de défaillance
pour la maîtrise du comorien. L’élément prédicatif n’est pas absent au niveau de la
formation de ces séquences figées même si la classification n’est pas toujours aisée. Il est
intéressant d’observer que les locutions adjectivales sont relativement peu fréquentes dans
la langue comorienne. Cela s’illustre dans le travail sur le corpus où la formation des
adjectifs complexes en ni s’avère abondante. Le travail que nous avons présenté s’inscrit
dans le cadre du lexique dont l’objectif est de lexicaliser ces suites figées transparentes et
proches des séquences libres.
Les flexions de la langue comorienne se font, comme les langues agglutinantes telles que
les langues bantoues, par affixation. L’adjectif comorien est composé, comme le verbe,
d’une racine à laquelle on ajoute le plus souvent un ou plusieurs affixes pour indiquer la
classe à laquelle il appartient.
-du « noir »
-le « grand »
167
Mdru wadini « un homme / une femme pieuse »
Il existe un affixe qui concerne notamment les adjectifs complexes. C’est le cas du locatif
ni collé inséparablement au nom. C’est un affixe interne.
Selon leur place par rapport au radical, les affixes se subdivisent en plusieurs types.
-Les préfixes
-Les suffixes
-Les prépréfixes
Les affixes peuvent s’ajouter les uns les autres. Cela s’observe dans le mot mkaondro. Il
est impératif qu’on traite un sujet sur les flexions en genre car aucun traitement informatisé
168
n’est concevable si les unités lexicales ne sont pas clairement identifiées. Ainsi, le
traitement automatique des langues naturelles exige une reconnaissance de toutes les
formes lexicales. Le codage morphologique des adjectifs simples repose sur les mêmes
principes fondamentaux que celui des adjectifs complexes.
Rappelons que, pour des raisons sémantiques et syntaxiques, nombreux sont les adjectifs
comoriens qui ne sont pas fléchis en genre. Il nous appartient donc de décrire de manière
précise les codages des flexions. Il existe, selon notre étude sur les flexions en genre, trois
types de flexions:
L’absence des flexions qui s’observe dans les adjectifs figés opaques.
Hiridjuu mwadalao
Il y a également l’absence des flexions qui s’opère au niveau des adjectifs figés dont le
sens est transparent. Dans ce cas, le groupe prépositionnel reste invariable.
169
Nganyi harimwa duwa « Nous sommes en prière »
La flexion se pratique en comorien sur les adjectifs composés tels que mnunu wa mngu,
wanunu wa mngu.
La flexion s’opère au niveau des préfixes de classes. Cette flexion ne fonctionne pas par
ajoût ou par changement de morphème mais par changement phonétique du radical lui-
même.
Hazaya mnamwanamshe mwema mkudu « elle a accouché d’une jolie petite fille blanche »
Tsi hulu mri mhuu mwema « J’ai acheté un grand arbre magnifque »
La juxtaposition des deux ou plusieurs adjectifs épithètes se met toujours après le nom. Ce
comportement syntaxique se pratique rarement en français.
La juxtaposition peut s’employer avec le connectif na. Ce dernier peut être dans certains
emplois l’équivalent en français de et conjonction de coordination.
Entsi ngio harimwa taabu na mashaka « Le pays est plongé dans une situation difficile et
dégoûtante. La juxtaposition par coordination s’emploie le plus souvent au niveau des
adjectifs complexes. Elle s’emploie également à l’écrit et à l’oral avec ou sans un mot-
outil. Le but de ce travail est d’examiner l’ordre de plusieurs adjectifs épithètes dans le
discours. L’ordre dans lequel deux ou plusieurs adjectifs se combinent entre eux.
170
5.2.3. La dérivation impropre
La dérivation impropre des adjectifs s’observe plus particulièement dans l’emploi des
adjectifs complexes en ni. Il s’agit des noms qui, grâce à l’adjonction de ce connectif ni ,
se transforment en groupes prépositionnels.
Nous traitons l’adjectif en deux sections selon sa place dans le discours : l’adjectif épithète,
l’adjectif attribut. En effet, en français les adjectifs prédicatifs simples se caractérisent par
leurs propriétés morphologiques et syntaxiques. Les propriétés morphologiques sont les
particularités flexionnelles que les adjectifs ont en commun avec les substantifs. Les
propriétés syntaxiques correspondent à la position occupée par les adjectifs dans les
phrases. Les adjectifs constitutifs de groupes nominaux sont dits épithètes.
171
Hatowa makalima mai « Il a tenu de mauvais propos »
Pron V Adj
Pron V Adj
Ces propriétés nous permettent d’identifier les locutions adjectivales en tant qu’adjectifs
prédicatifs complexes. Ainsi, l’unité polylexicale wausiu « en colère » est catégorisée
comme adjectif du fait qu’elle est compatible avec la position épithète.
Emwanadamu wausiu oyi katsuhudja ndeyenasi « cet homme en colère ne vient pas avec
nous ». Force est de constater que la séquence mwanadame wausiu a deux lectures
différentes:
172
[Link]. L’attribut
L’adjectif complexe comorien ne rejete pas la fonction attribut. En effet, l’unité lexicale
harimwa usiu est également catégorisée comme adjectif prédicatif du fait qu’elle peut
occuper tout comme d’autres adjectifs complexes la position attribut par le biais de la
copule hukaya.
Nous constatons qu’il y a deux possibilités de construire les adjectifs à forme complexe en
comorien. On peut les construire soit avec la préposition harimwa suivi d’un nom, soit
par un nom joint au connectif ni.
Les études faites dans le cadre du traitement automatique des langues ne touchent pas
suffisamment la détermination du point de vue contrastif alors que la description de ces
actualisateurs est nécessaire à l’informatisation d’une langue.
Nous travaillons sur les séquences figées en comorien plus particulièrement sur les
adjectifs complexes où l’emploi des déterminants ne se soumet pas à une obligation. En
effet, dans la langue comorienne, le plus souvent, on n’emploie pas de déterminants. Il y a
toujours l’absence des determinants indéfinis devant le nom. Dans la phrase, les noms non
déterminés restent donc inchangés. L’emploi des adjectifs à forme complexe dans le
tableau suivant en est une illustration.
173
Karitsi harimwa taabu Nous ne pas dans misère Nous ne sommes pas dans
la misère.
Les pronoms intégrés dans les suites figées à caractère adjectival pour éviter, par exemple
la répétition d’une même phrase, sont catégorisés comme des indices-sujets bien qu’ils
soient différents morphologiquement et sémantiquement des déterminants définis et
indéfinis.
Ali hakaya mdru mwema « Ali était gentil », nana Said pvaha « Said l’était aussi »
ahangu, ahaho, ahahe, ahatru, ahanyu, ahao sont des pronoms démonstratifs qui peuvent
s’employer dans des phrases dont le verbe est au présent progressif. Ce dernier ne se
construit pas avec la copule hukaya. En clair, l’auxiliaire être hukaya est quasiment absent
dans le présent progressif.
En comorien, les substantifs sont, nous l’avons dit plus haut, dépourvus des déterminants
indéfinis. Nous allons jusqu’à dire que les déterminants indéfinis tels que un, une, des
voire partitfs n’existent pas en comorien. Ils sont sous-entendus. Cela s’observe dans
l’emploi des séquences catégorisées comme adjectifs complexes épithètes.
Ali nge mdru mwema swafi /Ali maintenant homme gentil très/ « Ali est un homme gentil »
Ali ye mdru wadini/ Ali, lui homme pieux/ « Ali est un homme pieux »
Ali ye mdru wa amani/ Ali, lui homme pacifique/ « Ali est un homme pacifique »
174
Ces exemples montrent que l’absence des déterminants indéfinis devant un nom est un
phénomène typique à la langue comorienne écrite et orale. Les adjectif à forme complexe
mdru mwema, mdru wadini, mdru wa amani peuvent morphologiquement s’employer sans
déterminant indéfini notamment.
Le comorien connaît des définis qui s’emploient occasionnellement dans des cas
spécifiques. Autrement dit, l’insertion des définis semble facultative.
Ngasi harimwa nkodo ndziro « Nous sommes dans une guerre difficile »
Ngasi harimwa enkodo ndziro « Nous sommes dans une guerre difficile »
On trouve d’autres cas où les définis s’emploient obligatoirement dans des phrases dont le
substantif commence la phrase, tellement que l’absence des définis rend la phrase insensée.
175
Tsiono emwanadamu mwema ola « J’ai vu l’homme gentil là »
Halolwa nemdru wa zibwata wanonesae « elle s’est mariée avec l’homme difficle que tu
m’as montré. »
Haremwa nemwana mfudhuli wa Ali « il est frappé par l’enfant insolent d’Ali »
Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une simple présence d’un déterminant dans les phrases
introduites par les adjectifs complexes. Car son absence suscite beaucoup de contraintes.
Mais il est bien évident qu’en comorien l’emploi des détermnants se résume à une
opération assez complexe mas il est notoire qu’on rappelle quelques traits relatifs à l’usage
des déterminants inhérents aux séquences figées à caractère adjectival.
Puisqu’on se donne comme objectif de décrire le comorien en se basant sur les séquences
figées à caractères adjectival dont les adjectifs prédicatifs complexes constituent le corps
de notre travail, il est important, pour être capable de reconnaître et générer quelques
emplois, qu’on fasse une typologie sémantique de ces unités linguistiques. En effet, le
comorien qui fait l’objet de notre étude a besoin d’être informatisée pour son traitement
automatique mais aussi pour l’élaboration des dictionnaires éléctroniques. Tel est l’objectif
des travaux ménés au LDI. Il s’agit ici des classes sémantiques construites à partir des
critères d’ordre sémantiques et syntaxiques. Cette étude intervient au moment où les
adjectifs complexes ne doivent pas être traités comme des untés isolées.
Nous verrons tout au long de cette sous partie les différents emplois de chaque adjectif en
nous servant du mécanisme des classes d’objets dont les prédicats séléctionnent les grandes
classes relatives aux traits syntactico-sémantiques : humain (mdru wapeu « méchant » ;
animal (paha lamatsaha « chat campagnard ») ; végétal (sandze marashi « plante
arromantique ») ; inanimé concret (ndrabo ndjeu « propos mensongers ». Il faut noter que
parmi ces adjectifs il y a ceux dont la structure de surface est beaucoup plus restreinte et
que leur description s’avère moins précise.
Les classes sémantiques se révèlent importantes dans la mesure où elles nous permettent de
déterminer la nature, la classe et le nombre d’arguments qu’un prédicat adjectival peut
176
sélectionner. Ce phénomène sémantique est mûrement réflechi dans la mesure où il
s’apprête à lever les ambiguïtés dues à l’emploi des adjectifs en comorien.
Il est important de préciser que les adjectifs complexes en comorien sont souvent
hétérogènes du point de vue sens. On décrit ces adjectifs selon le principe de la suite la
plus longue des arguments. Par exemple.:
La manière dont les adjectifs sont décrits dans les dictionnaires comoriens s’avère très
insuffisant sur le plan sémantique et syntaxique. Par conséquent, nous nous contenterons
de faire une typologie de ces adjectifs dont les informations nécessares doivent être claires.
Cette typologie sera illustrée par les différentes classes sémantiques des adjectifs
complexes dont la description sémantique s’observe d’abord sur les adjectifs de
comportement relatif à l’attitude morale.
Nhum Adj
« X est arrogant »
X mdru wahila
N0hum Adj
177
« X est brutal »
X mdru wafikira
Nhum Adj
« X est visionnare »
Les adjectifs d’état moral et physique étudiés ici expriment une manière d’être, de la
personne, de l’animal ou de la chose représentée par le nom. À ces adjectifs d’état, nous
ajoutons d’autres adjectifs dont l’apport sémantique nous semble pertinent en particulier
les adjectifs de « maladie ».
Le très petit nombre d’adjectifs récoltés dans les dictionnaires de la langue comorienne et
les articles écrits sur la langue et ainsi que les lacunes constatées dans chacune des classes
sémantiques précédemment citées nous ont poussés à nous adresser à des locuteurs natifs
du comorien résidant aux Comores et en France pour enrichir notre corpus.
Comme dans la plupart des langues, en comorien, les adjectifs de « maladie » ne font pas
référence aux noms des choses mais plutôt aux personnes et aux animaux. Ces adjectifs se
construisent en général avec l’auxiliaire hukaya ayant la valeur de l’auxiliaire avoir en
français. Les classes d’objets de « maladie » répondent à la question engena uwade
hindri ? De quoi il/ elle souffre ? (N0 hum).
178
X ngena ndrerema, hitswa shahurwa, nkohowa
La plupart des adjectifs du nom « maladie » ne se construisent pas avec l’auxiliaire être –
hukaya. Ils se construisent plutôt avec hukana catégorisé comme auxiliaire avoir en
comorien. Et les adjectifs du nom « maladie » sont parfois formés de deux noms
sémantiquement diférents.
Dét N V3sg N N
Ye Ali harende ?
179
Ali Edv3sg +fou+débile+délaissé
Il s’avère que la plupart des adjectifs du nom « maladie » sont formés sur la base d’un
nom.
Ali Edv3sg N
Ali Edv3sg N
Force est de constater que les adjectifs du nom « maladie » peuvent être sous catégorisés
en adjectif de « maladie physique », en adjectif de « maladie psychique». Toutes ces
catégories d’adjectifs sont relativement liées au corps et à l’esprit humain.
Les adjectifs du nom « maladie » sont aussi formés sur la base d’un nom et d’un adjectif.
On les considère comme des noms composés mais catégorisés comme adjectifs
qualificatifs.
180
Ils peuvent également être formés sur la base d’un nom et d’un adjectif qualificatif simple.
PronV3sg N N
Il est agoraphobe
Il est important de rappeler que les adjectifs engendrés par le nom « maladie » sont aussi
gradables et peuvent être soumis à d’autres modifieurs.
Conclusion
25
En comorien, les adjectifs sont relativement peu nombreux.
181
l’objet de notre étude, car nous les considérons également comme des adjectifs complexes.
Ces adjectifs n’ont pas la même construction de base (on l’a vu plus haut). Certains se
construisent sur la base de l’auxiliaire être hukaya alors que certains se construisent sur la
base de l’auxiliaire avoir hukana. Les adjectifs fabriqués et catégorisés comme adjectifs
complexes ne se placent pas après le nom mais après la copule. Il y a ceux qui prennent un
préfixe de classe pour qualifier le nom auquel ils se rapportent et ceux qui restent
invariables.
182
CHAPITRE 6
ÉTUDE CONTRASTIVE FRANCO-
COMORIENNE
Notre étude sur le figement se résume à une étude contrastive de deux systèmes
linguistiques différents le comorien et le français. Cette étude permet d’abord de faciliter le
passage d’une langue à l’autre. Il s’agit d’une comparaison rigoureuse et systématique de
ces deux langues, surtout leurs différentes structures, de leur ressemblance pour permettre
de réaliser des méthodes mieux adaptées au traitement automatique. Exprimer le même
contenu sémantique dans plusieurs langues est une opération linguistique incontestable et
incontournable consistant à encourager la capacité de l’être humain à produire des énoncés
cohérents, fiables, compréhensibles et grammaticalement corrects. Le traitement de ce
langage humain par la machine est le souhait de tout un chacun. En effet, il offre une base
solide pour l’apprentissage des langues naturelles. C’est pourquoi l’étude contrastive des
séquences figées à caractère adjectival relatives à ces deux langues est de nature à mieux à
éclairer certains aspects propres à l’une ou à l’autre notamment les suites figées basées sur
la copule suivie d’un adjectif ou d’un groupe prépositionnel équivalent à un adjectif
qualificatif ou catégorisé comme adjectif qualificatif. Une telle étude permettrait
d’apporter des descriptions nécessaires au traitement automatique de ces deux langues
jugées très différentes sur le plan morphologique. Notre travail s’est ainsi construit autour
de ce mécanisme. Nous examinerons à travers ces éléments définitoires ce que signifient
les adjectifs complexes dont les structures peuvent se schématiser de la manière suivante.
183
N0 être N Adj : Ali hakaya mdru wadini
Ces suites figées font l’objet de notre étude. Nous ne les mettrons pas de côté car elles ne
revêtent pas d’ambigüité importante. Elles ont parfois des équivalents en français. C’est la
raison pour laquelle ce travail nécessite une étude contrastive dont la traduction devrait être
très originale.
Cette étude contrastive sera également élaborée dans un souci de lexicaliser d’abord les
adjectifs complexes en comorien et en français. Ainsi, nous avons effectué en long et en
large une étude beaucoup plus approfondie sur la grammaire du comorien afin d’offrir une
vue d’ensemble nous permettant de bien répondre à cette question. Cette étude sur la
grammaire du comorien intervient à un moment où cette dernière est peu écrite et décrite
alors que la réussite de notre travail nécessite une description linguistique de cette langue
qui n’est pas sortie de son statut oral. Il va falloir une grammaire écrite, correcte et
formalisée qui puisse servir de base. Ce choix favorise bien entendu notre étude
contrastive sur les séquences figées à caractère adjectival.
Ce chapitre a également pour but d’offrir une vue d’ensemble des relations syntaxiques
entre les séquences figées existant en comorien et en français et de mener également une
étude contrastive de constructions ci-dessus mentionnées, ainsi que leurs équivalents dans
une interface syntactico-sémantique bilingue franco-comorien où nous devons faire
connaître les aspects qui doivent être pris en considération pour une étude contrastive bien
réussie. Nous allons d’abord offrir une description des séquences figées à caractère
adjectival en comorien et en français relatives au cadre choisi dont l’objectif est de voir les
solutions nous permettant de gommer si nécessaire les points de divergences entre ces deux
langues.
184
6. Étude comparée des séquences adjectivales figées en comorien et en français.
Le comorien, comme toutes les langues naturelles, possèdent des règles syntaxiques,
morphologiques régissant la bonne formation des phrases (règles syntaxiques) et la bonne
formation des mots (règles morphologiques). Étant un phénomène linguistique
incontournable, le figement touche tous ces domaines linguistiques et s’introduit dans la
construction des phrases. C’est pourquoi une telle étude nous semble pertinente et
innovante dans la mesure où elle n’a jamais été menée dans la langue comorienne. La
réalité est qu’il il existe, dans la langue comorienne comme dans la langue française, une
structure d’organisation entre les mots de la phrase et qu’il est possible que cette même
phrase résulte de plusieurs structures.
Amina nge harimwa ntranga lahe mwanahe « Amina est en deuil de son fils »
2) Elle détermine les arguments du prédicat adjectival : un prédicat peut avoir deux ou
plusieurs arguments.
3) Elle précise les trois fonctions primaires notamment les arguments, le prédicat et les
actualisateurs.
4) Elle indique une règle d’ordre : le N0 se place avant le prédicat, le N1 se place après.
Cette description révèle la bonne formation de la suite figée et l’ordre des constituants qui
ne revêtent pas d’ambigüité.
Mais il est important de constater qu’une suite figée introduite par un prédicat adjectival ne
contient pas obligatoirement plusieurs arguments. Ce qui fait que dans cette séquence
figée, l’emploi du N1hum est facultatif.
N0hum (présent progressif) Préd. : Mdjombahangu nge harimwa matembezi « mon oncle
est en voyage »
N0inc (présent progressif) Préd : Enyumba ngio harimwa hazi « La maison est en
construction »
Dans cette sous-section, nous voulons faire d’abord une description et une analyse sur les
différents types de séquences figées à caractère adjectival les plus utilisées en comorien en
particulier les séquences formées de la préposition harimwa suivie d’un substantif du sous-
type harimwa N : Ali nge harimwa uvumzi « Ali est en vacances ») et les séquences
formées sur une copule suivie d’un substantif joint au connectif ni catégorisé comme un
syntagme prépositionnel du sous-type hukaya mswibani. Ce choix est lié au fait que la
formation de ces séquences constitue un point important sur notre travail. En plus, ce
phénomène est très productif et de grande ampleur dans la langue comorienne. Leur
multiplicité (on a recensé plus de 500 types des séquences figées à caractère adjectival
basées sur cette construction) a pour effet de rendre compte, dans le détail, de la structure
186
morphologique de ces suites figées. L’objectif est de faciliter l’analyse des procédés
compositionnels et permettre le saisi et le traitement automatique des classes formelles
homogènes. Nous donnons ici un petit extrait de ces différentes typologies.
187
N0 V. être N : Ali hakaya mashuhulini
Luc nge harimwa nkodo/ Luc nge nkodoni sont deux séquences qui sont
morphologiquement différentes mais ont le même sens. La préposition harimwa peut être
tombée à la place du substantif en ni catégorisé dans notre étude comme adjectf prédicatif
complexe.
Ces deux séquences sont synonymes car exprimant la même chose. L’étude de la
prédication adjectivale de ces séquences figées n’est pas négligeable dans la mesure où elle
constitue une donnée fondamentale et un vrai obstacle pour tout apprenant étranger.
Comme les adjectifs prédicatifs simples, ces deux séquences prédicatives ont les mêmes
critères d’identification, c’est-à-dire elles peuvent être actualisées par le verbe support
basique hukaya et pronominalisables par les pronoms correspondants. En effet, en
188
comorien, la pronominalisation par le pronom personnel invariable le existe sous forme
différente. Elle génère donc plusieurs pronoms morphologiquement différents.
Ali nge harimwa mswiba « Ali est en deuil », Nami pvangu « Je le suis aussi »
Ngasi harimwa feti « Nous sommes en fête », Nao pvao « ils le sont aussi »
Ngwao swalani « Ils sont en prière », Nasi pvatru « nous le sommes aussi »
Ngwao furahani « Ils sont dans la joie », Nawe pvaho « tu l’es aussi ».
La pronominalisation s’opère en comorien. Les pronoms possessfs qui s’utilisent dans cette
opération s’accorde en classe.
Nous constatons que le figement des séquences ci-dessus mentionnées est d’ordre
syntaxique et sémantique. Certaines d’entre eux comme mcafu mabanguzi refusent
syntaxiquement les transformations suivantes :
- la substitution synonymique
Le figement qui touche le prédicat adjectival touche également les arguments sélectionnés
par le prédicat. Autrement dit une phrase élémentaire est composée d’un prédicat et de ses
189
arguments. Ces derniers peuvent être des unités lexicales monolexicales ou polylexicales.
Cela s’examine dans les exemples suivants :
Omwaha unu, emitihani yamwiso ngio midziro « cette année, les examens finaux sont
difficiles »
Le prédicat adjectival kongowoni a un argument sujet emwana mtiti. Ce dernier est, certes,
une unité polylexicale dont la syntaxe est correcte. Cet argument suscite également des
contraintes qui s’expliquent par son sens jugé global « bébé ou enfant » et par des
contraintes combinatoires.
De même, la locution nominale argumentale emitihani yamwiso ne doit pas subir une
transformation syntaxique ou sémantique.
*Zemwisizoni zahemitihani
Ainsi, le figement semble être un phénomène général qui touche parfois les trois fonctions
primaires notamment le prédicat, les arguments et les actualisateurs.
190
Notre étude du figement relative aux trois fonctions primaires dont le but s’inscrit dans
l’étude de la description du lexique pour le traitement automatique des langues nécessite
qu’on fasse une brève analyse syntactico-sémantique des verbes supports complexes en
comorien. En effet, tout comme en français, « les verbes supports complexes
« conjuguent » les prédicats et les inscrivent non seulement dans le temps mais également
dans le cadre des catégories grammaticales [comme notamment] la voix, l’intensité et
l’aspect ».
La voix
Ali nge harimwa laana zahowandzani wahe Ali a été l’objet de critiques de la part de
ses amis
Amina nge harimwa hawa yangoma ndziro « Amina est en proie aux horreur de la
jalousie »
L’intensité
Luc nge harimwa usiu wenda mno Luc est bouillonnant de rage
L’aspect progressif
L’aspect terminatif
L’aspect inchoatif
191
L’utilisation, l’identification des verbes supports complexes dans les suites figées à
caractère adjectival nous permet de distinguer ce dernier des verbes supports simples.
Grâce à cette étude nous permettant de reconnaître la combinatoire interne des verbes
supports complexes, on arrive à savoir qu’il y a différent degré de figement et qu’il y a
également une réciprocité entre la combinatoire interne syntaxique et sémantique. Il y a
donc un continuum de degré de figement de ces verbes supports complexes.
Il est important de constater que le statut des verbes supports complexes utilisés dans cette
sous-section est plutôt « discontinu ».
Les verbes supports complexes qui actualisent les prédicats adjectivaux construits avec la
copule hukaya peuvent être effacés.
Ces verbes supports figés n’ont pas le même degré de figement. Ils présentent un
continuum.
Toutes les constructions retenues pour le comorien ont leur équivalent en français. Nous
retenons à titre d’exemple, pour effectuer notre étude contrastive entre le comorien et le
français, à titre d’exemple, les constructions suivantes :
192
Le dossier est en attente
Il est de retour
Ces exemples sont riches et variés sur le plan syntaxique. Mais la structure de la surface est
la même. En effet, les adjectifs complexes sont formés sur la base d’une copule suivie d’un
groupe prépositionnel.
En N : en vacances
En A N : en bon santé
Prép N : à la proche
Force est de constater que toutes ces séquences adjectivales sont communes aux deux
langues, et que certaines de leurs séquences sont strictement équivalentes du point de vue
de la traduction.
193
Ainsi, ces séquences en français et en comorien ont les mêmes critères d’identification.
Elles peuvent être actualisées par les copules être et -kaya.
L’observation faite sur ces unités polylexicales nous permet également de reconnaître le
comportement syntactico-sémantiques des verbes support complexes en français dont la
différence entre ces deux langues soumises à notre réflexion s’observe seulement sur la
structure et non sur le sens. Une étude contrastive sur l’introduction des prépositions dans
les séquences figées à caractère adjectival relatives à ces deux langues sera faite dans le
paragraphe suivant. Elle nous permettra de savoir pourquoi la différence de ces deux
langues s’observe au niveau de la morphologie mais pas au niveau du sens.
est à l’article de
Force est de constater que le sens métaphorique de ces suites figées participe également à
l’emploi des verbes supports complexes.
194
« Il en résulte que le continuum des verbes supports complexes est tributaire de leur
formation, de leur polylexicalité, de leur degré de figement interne et de la relation qu’ils
entretiennent avec les noms prédicatifs qu’ils actualisent ».
L’étude des verbes supports complexes nous parait nécessaire dans la mesure où elle
permet de les distinguer également des constructions figées.
On appelle isomorphisme une relation existant entre deux langues ou deux structures
linguistiques quand elles présentent toutes deux les mêmes types combinatoires.
(Dictionnaire de français, La Rousse)
Concrètement, il nous semble important que nous utilisions dans cette étude contrastive le
terme isomorphisme dans la mesure où la typologie faite sur le comorien et le français
laisse à penser qu’il y a des structures qui sont communes entre ces deux langues. En clair,
chaque élément d’une structure du comorien correspond à un élément d’une structure du
français. C’est le cas par exemple des séquences figées qui se rapportent à des groupes
prépositionnels.
195
N0 V. être Prép N Le voyage est à la proche.
La différence syntaxique entre ces deux structures isomorphes s’observe notamment dans
la deuxième et dernière séquence en comorien lorsqu’on respecte l’ordre syntaxique
(formation) relatif aux séquences figées en comorien et en français. En effet, nous
constatons après la traduction non littérale en français des séquences figées en comorien
que le groupe prépositionnel catégorisé comme adjectif complexe harimwa kongowo est
dépourvu de déterminant (déterminant zéro) alors que ce dernier s’invite obligatoirement
lorsqu’on traduit cette séquence en français. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le
français est une langue à déterminant alors que le comorien est une langue qui, le plus
souvent, ne comporte pas des déterminants. Dans la séquence comme rikaya holatabuni, le
connectif ni se colle toujours au nom. Il est l’équivalent en français de à, dans. En français,
ces prépositions précédent ou se lient également au nom. Il s’agit ici de rendre compte de
la compréhension et du caractère de ces suites isomorphes dont les points communs sont
significatifs. En clair, il n’y a pas différence fondamentale entre les séquences figées en
comorien et en français. L’objectif d’une telle étude est de réduire l’écart entre ces deux
langues naturelles en appliquant la sémantique qui s’inscrit dans le traitement automatique
des langues naturelles, d’uniformiser le traitement sémantique sans lequel il n’y aurait pas
un traitement automatique. En effet, le traitement de la sémantique permettrait une
interprétation dont l’enjeu est d’éviter une ambigüité lexicale et syntaxique.
Il est structurellement difficile de pouvoir établir une équivalence exacte des mots émanant
de ces deux langues. Mais puisque nous travaillons sur elles notamment sur la phrase
simple et que le prédicat adjectival de celle-ci n’est pas thématique, l’isomorphe des mots
relatifs à ces deux langues peuvent y paraitre et cela se voit dans les suites suivantes :
196
Pron V. être Prép N Hakaya harimwa mahadisi.
Force est de constater qu’on rencontrera la même structure dans la langue française.
Dans cette démarche, on ne compare pas la morphologie qui peut être un peu différente
mais la structures sémantique et les faits de la structure de surface. Ces deux langues sont
apparentées sur le plan de la structure des séquences figées catégorisées comme adjectif.
La similitude structurale s’observe également au niveau de la syntaxe, de la construction
des séquences de ces deux langues. En clair, les séquences figées émanant des deux
langues ci-dessus mentionnées ont, comme on peut le voir, les mêmes constituants. Il y a
donc une convergence typologique bien que le comorien et le français ne soient pas
génétiquement apparentés. Toutefois, si nous prêtons attention aux formes de suites figées
des deux langues, on observe une variation formelle mais pas structurale. Autrement dit, la
forme des pronoms personnels, des verbes, des prépositions, des noms qui constituent les
séquences figées à caractère adjectival en comorien ne conduit pas à penser qu’il y a un air
certain de famille entre le comorien et le français.
Mais l’hétérogénéité qui s’observe au niveau de la forme ne nous empêche pas de trouver
des équivalences structurales. C’est d’abord le cas des structures syntaxiques. Les deux
tableaux suivants nous révèlent un parallélisme rigoureux dans l’ordre des mots.
SF N V Prép N SF N V Prép N
Une préposition est une partie du discours invariable qui, placé devant un élément à valeur
nominale, le lie dans un rapport sémantique donné (approche, éloignement, intériorité,
privation…) en le subordonnant à un autre élément de la phrase ou à la phrase entière; mot
ou locution appartient à cette partie du discours. (Trésor de Langue Française informatisée)
L’usage des prépositions dans la langue comorienne favorise la construction des syntagmes
prépositionnels catégorisés comme des séquences figées à caractère adjectival. Toutefois, il
n’existe pas un grand nombre de prépositions en comorien.
Notre étude sur les séquences figées à caractère adjectival nécessite qu’on étudie la
préposition harimwa et le connectif ni. Ces deux unités sont corrélatives et synonymes.
198
Ces unités qui s’emploient fréquemment dans la langue comorienne notamment dans les
groupes prépositionnels catégorisés comme adjectif ont des valeurs et des nuances très
variés. Ces unités n’ont pas la même syntaxe. Autrement dit, la fonction grammaticale de
ni et harimwa varie et cela dépend du contexte dans lequel il est employé. Ces unités
contribuent à la formation des adjectifs complexes où elles sont l’équivalentes de plusieurs
prépositions en français.
Cette préposition joue également plusieurs rôles lorsqu’elle est précédée d’un prédicat
verbal.
Les séquences figées introduites par la préposition harimwa sont très productives en
comorien. La fonction de harimwa varie d’une séquence à l’autre. Elle est donc
l’équivalent de plusieurs prépositions françaises.
harimwa sur
Leshatri ngilo harimwa letriho lahe nyumba La chemise est sur le toit de la
maison.
199
Ngeharimwa elisti Il est sur la liste
harimwa en
harimwa dans
harimwa à
harimwa sous
Les études faites sur l’usage de la préposition harimwa et le connectf ni dans les séquences
figées à caractère adjectival montrent que ces deux unités sont corrélatives et synonymes.
La préposition harimwa est parmi, dans la langue comorienne, tout comme la préposition
en dans langue française, une préposition « abstraites ». Elle se prête à un grand nombre
d’emplois. C’est la raison pour laquelle son étude est beaucoup plus privilégiée surtout
lorsqu’on aborde la notion des adjectives à forme complexe en comorien. Pour une étude
très approfondie, nous nous contentons de travailler sur trois corpus différents notamment
200
L’expression de la qualité en shingazidja, Michel Lafond ; Question de grammaire pour
les concours, Frédéric CLAS et Nathalie ROSSI ; Opacté, idiomaticité, traduction
(Rencontres Méditeranéennes), Pedro Mogorron Huerta et Salah Mejri (dirs.).
* Mdru wahila.
* Mdru mafitsi.
Nous rappelons qu’en comorien, une expression locutionnelle peut faire partie d’un
paradigme transformationnel. Autrement dit, le sens véhiculé par le verbe avoir peut être
201
l’équivalent de celui de l’auxiliaire être dans des phrases où ces deux auxiliaires sont
considérés comme des verbes supports. Par conséquent, l’expression ou la séquence
ngamina furaha est sur le même paradigme transformationnel que la séquence ngami
harimwa furaha. Cela s’applique dans les exemples ci-dessous.
Ali ngena uwade « Ali a une maladie » Ali nge mmwade « Ali est malade »
Fatima ngena doroso « Fatima a une fiançailles » Fatima nge harimwa doroso
« Fatima est en fiançailles ».
Cette manière de dire plusieurs fois pour signifier la même chose nous rappellent bien
entendu qu’on peut former plusieurs prédicats (nominal, adjectival, verbal) à partir d’un
seul prédicat. Cela s’observe par exemple dans le cas du verbe désirer en français :
Notre étude classe, tout comme les adjectifs qualificatifs simples en français, comme
expression de la qualité tous les adjectifs figés qui indiquent une qualité, une propriété
essentielle ou accidentelle de l’objet désigné par le nom sur lequel ils portent.
Comme le nom, ces adjectifs peuvent varier en genre, c’est-à-dire en classe. En clair, les
exemples suivants montrent que les substantifs sont composés des préfixes propres qui
varient généralement au singulier et au pluriel.
202
Mdru mwema wandru wema
En comorien, les équivalents des expressions de la qualité concernent les noms humains,
les animaux et les objets. Ils s’inscrivent dans la notion des classes nominales dans
lesquelles les adjectifs ci-dessus mentionnés participent à la formation de la première
classe et de la deuxième classe. Leur nombre se reconnaît de cette façon : la deuxième
classe est le pluriel de la première classe, la quatrième classe est le pluriel de la troisième
classe, la sixième classe est le pluriel de la cinquième classe ainsi de suite. L’ensemble de
ces adjectifs forment, par exemple, les classes 1-2 (cl.1 et cl.2). Comme modificateur
facultatif à l’intérieur d’une phrase, les adjectifs ci-dessous mentionnés s’emploient
généralement comme adjectif qualificatif épithète mais n’ excluent pas aussi la fonction
attribut.
Rihelelea mdru mwema hoshindoni (On a rencontré une personne gentille au marché).
203
*Tsihulu mbuzi nce (halisi, kabisa, swafi)
En français, le terme adjectif, par son étymologie latine, signifie « qui s’ajoute ». Il
s’ajoute à un autre mot auquel il porte une précision de sens.
Une séquence figée à caractère adjectival du sous type N0 V Adj n’est pas très productif.
Les équivalents des séquences adjectivales en français ci-dessous mentionnées sont les
séquences du sous-type en N, en A N ou PREP W.
Séquences en N
204
Toutes ces suites sont considérées comme adjectifs prédicatifs. Ils admettent dans ces
phrases la position attribut.
L’étude faite sur les prépositions en comorien nous nous amène à penser que les
prépositions dont le sens est objectif ne sont pas nombreuses, et sans doute, la raison pour
laquelle la préposition harimwa s’emploie fréquemment dans les séquences adjectivales.
Elle fait, par consequent, l’objet de nombreuses interprétations. Elle est déjà l’équivalent
de la préposition en employé dans les séquences adjectivales. Pour valider notre hypothèse,
il nous appartient d’examiner les séquences adjectivales du sous-type en N/ en A N
décrites ci-dessus en comorien et en français dans lesquelles les études faites sur les
prépositions pour ces deux langues, français et comorien, ont montré que la préposition en
est corrélative à dans. La différence s’observe au niveau de la syntaxe. En effet, en est,
dans une séquence adjectivale, toujours suivi d’un substantif ou d’un adjectif.
Les dossiers sont en attente. Luc est en bonne santé. Luc est en voyage.
Par contre la préposition dans est suivi généralement d’un groupe nominal :
Ce sorcier est dans le coma. Paul est dans l’embarras. Marie est dans des difficultés
financières. Nous rappelons qu’il existe en français un nombre important d’adjectifs
complexes formés sur la base de ces prépositions (en, dans, sur, à …). Ces adjectifs à
forme complexe étant sémantiquement transparents peuvent être lexicalisées afin d’être
reconnus par la machine. Tel est l’objectif de cette étude. La particularité de ces séquences
s’observe également dans la divergence relevant du régime adjectival.
En comorien, l’adjectif est sous forme nominal et il est dépendant du substantif avec lequel
il s’accorde en classe. Il est composé d’un thème et d’un préfixe qui sont dictés par ce
substantif. Toutefois, il ne connaît pas la marque du genre (masculin/singulier, neutre). Il
ne peut être ni détaché du nom, ni mis en tête de la phrase. Ces critères concernent plus
particulièrement les adjectifs simples et les adjectifs à forme complexe en comorien.
205
*Ngena usiu, haroha hondani.
Exemple. :
Mdu mwiyi Salim. « méchant, ce Salim ». Mwana mwema Salim. « gentil, Salim ».
Mdjinga Salim « ignorant, Salim ». Mtrazi emnashioni oyi. « Très absent, cet élève ».
mtiti shumu « il est de petite taille/ou il a une petite taille ». Ce sont des phrases normales
et complètes ayant un sens en comorien. Toutefois, nous précisons que le comportement
syntaxique de ces adjectifs nécessite qu’on place le nom en fin de phrase sinon cette
dernière serait vide de sens.
Par contre, en français, on ne dit pas tout court : *méchant Salim. *Gentil, Salim.
*Ignorant, Salim. On dit plutôt : Méchant, Salim n’aime pas son frère. Très gentil, Salim
aide les gens à trouver un emploi. Ignorant, ce jeune homme ne sait ni lire, ni écrire.
En comorien, les adjectifs apposés n’admettent pas être suivis d’une phrase verbale.
*Mwema, Salim ehusaidia wandru wahundru hazi « Très gentil, Salim aide les gens à
trouver un emploi ». *Mdjinga, Salim ekadju soma ekadju andziha « Ignorant, Salim ne
sait ni lire, ni écrire ».
Les séquences adjectivales dont le sens est opaque (figement total) ou formées de la
préposition dans suivie d’un groupe nominal n’admettent pas l’insertion d’un adverbe.
Il est important de constater que la séquence en pétard répond aux critères définitoires
d’une séquence figée (l’opacité sémantique, la non-compositionalité…) cf. BUVET, 2001.
207
Occupant la position attribut, les adjectifs à forme complexe acceptent la
pronominalisation en le.
Luc est en voyage nous le sommes aussi. Ils peuvent être actualisés en être (Luc est
en colère). Ces deux critères à savoir la pronominalisation et l’actualisation de ces
séquences permettent de distinguer les adjectifs prédicatifs des adjectifs non prédicatifs.
Cette remarque se vérifie dans les séquences à gogo, dans la misère, à volonté, en
danger…
Les séquences dans la misère, en danger sont des adjectifs prédicatifs dans la mesure où
elles répondent aux critères définitoires d’un adjectif simple, c’est-à-dire elles sont aptes à
servir d’épithète, d’attribut ou en apposition. Par contre, ces critères syntaxiques ne
s’appliquent pas aux séquences à gogo, à volonté car il est agrammatical de dire *le riz est
à gogo,* le chocolat est à volonté. Ces locutions ne sont pas donc des adjectives
prédicatives. Ils sont catégorisés comme des actualisateurs dans la mesure où ils peuvent
actualiser des noms.
« J’entre au bistro pour boire du whisky à gogo » (Boris Vian, j’suis snob, 1955)
Un ressort qui joue à volonté. « Un buffet à libre service est un buffet où l’on peut servir à
volonté ». Je me propose de converser à discrétion avec ce brave homme pour peu qu’il
soit loquace (Jules Verne, Claudius Bombarnac, Hetzel, 1892, chap. 5).
Ces exemples rappellent que ces locutions sont incontestablement non prédicatives même
si elles s’apparentent à des adjectifs prédicatifs locutionnels tels que : à la mode, en forme,
à la page, en colère qui sont gradables. Nous rappelons également que certains de ces
syntagmes prépositionnels catégorisés, grâce aux verbes supports, comme prédicats
adjectivaux se classent parmi les séquences qui sont sémantiquement figés. Cela s’observe
208
dans leur comportement syntactico-sémantique ou lorsqu’elles sont employées dans des
phrases où elles sont actualisées par un verbe support.
Des séquences comme Paul est à la page. Cette robe est à la mode. Les enfants sont au
parfum se distinguent des séquences adjectivales telles que : en vacances, en voyage, dans
le coma par le fait que ces dernières sont sémantiquement transparentes.
Il va de soi que les verbes supports qui conjuguent ces adjectifs complexes « ne servent pas
qu’à porter les flexions de temps, aspect, mode et personne. Ils peuvent en outre porter des
informations aspectuelles (être/devenir courageux), être un opérateur causatif (être/rendre
malade) »
Nous rappelons que les verbes supports sont si nombreux en français et jouent toujours le
rôle d’actualisateur. En clair, ils actualisent le prédicat nominal et le prédicat adjectival. Le
verbe support être actualise toujours les prédicats nominaux et adjectivaux. Il n’actualise
jamais un prédicat verbal. Notre étude est centrée sur toutes les séquences figées ou moins
figées qui se construisent avec ce verbe support et qui peut également être ou non figé.
Le comorien est une langue agglutinante qui se caractérise, comme le français, par une
forme variable des unités lexicales en fonction des valeurs grammaticales associées, mais à
la différence du français, ces valeurs grammaticales sont représentées par des segments
distincts (affixes, préfixes, suffixes) qui s’agglutinent les uns aux autres.
La flexion nominale
209
Mihogo = pluriel + manioc
La flexion adjectivale
Mdji mtiti
Midji mititi
Mdru wapeu
Wandru wapeu
En comorien, l’adjectif ne s’emploie pas tout seul. La flexion adjectivale n’exprime pas le
masculin et le féminin mais elle exprime plutôt le singulier et le pluriel grâce aux classes
nominales.
La flexion verbale
L’agglutination touche toutes les parties du discours (nom, verbe, adjectif, préposition…)
Nganu « farine » Rihulu madjunia ya nganu « Nous avons acheté des sacs de farine.
En effet, le français est une langue dans laquelle les mots changent de forme selon le
rapport grammatical aux autres mots. Dans cette langue, certains mots sont cependant
invariables. Certains mots modifient même la prononciation. Les mots variables subissent
le jeu de la flexion et l’ensemble de formes différentes d’un même mot fléchi forment son
paradigme. La flexion s’opère au niveau des traits grammaticaux (genre, nombre, fonction,
nature) et ces traits s’opposent au singulier contre pluriel, masculin contre neutre, première
personne du singulier contre première personne du pluriel etc). La flexion s’explique
également par les désinences qui se rajoutent au radical. Chantez est composé d’un radical
(chant) + désinence (ez). Le changement qui s’opère au niveau grammatical touche toutes
parties du discours (verbe, nom, adjectif…).
211
mangeraient ancienne illisible lavable
Un mot français peut avoir trois parties différentes notamment la racine, le radical et la
terminaison.
L’absence des déterminants définis, indéfinis, partitifs ou contractés devant un nom est un
phénomène très productif en comorien. Cela s’opère dans les exemples suivants :
Hiri Tsihulu hiri *J’ai acheté chaise « J’ai acheté une chaise »
Mbe Tsiono mbe * j’ai vu vache « J’ai vu une vache ». Ce critère syntaxique
qui s’explique par ce manque d’article n’est pas donc utile pour repérer le caractère figé
d’une séquence adjectivale, verbale ou nominale. Nous évoquons cela car nombreux sont
les linguistes qui proposent que l’absence d’article peut contribuer au figement. Cette
raison convoquée et qui s’applique pour définir le figement ne se pratique pas dans la
langue comorienne dont l’absence des déterminants devant le nom se résume à un
phénomène très récurrent. Les exemples ci-dessus mentionnés en sont une illustration. En
clair, l’article se met rarement devant un nom. Ainsi, le déterminant zéro n’est pas, dans la
langue comorienne, un critère définitoire sûr des expressions figées. Nous avons bien
montré dans les chapitres précédents que les articles s’utilisent rarement dans des phrases
dont le champ sémantique est très réduit ou dans des séquences sémantiquement
transparentes.
212
Nge harimwa elekongowo dziro ilo « Il est dans cette souffrance là ». Ngasi harimwa
emaesha madziro yanu « Nous sommes dans cette vie difficile ». Cela va de soi que la
présence d’un déterminant devant un nom n’est pas cependant une faute en comorien.
Par contre, en français, l’absence d’un déterminant ou plutôt d’un article contribue à la
formation des séquences figées (SF) car l’article est obligatoire en français. On ne dit pas
*il est dans coma, mais il est dans le coma, *le train est à proche, mais le train est à la
proche, *il est dans embarras, mais il est dans l’embarras non plus *donner stylo, mais
donner un/ou le stylo. Maria Helena Svensson a étudié ce phénomène linguistique sous
l’étiquette des critères de figement. Pour des raisons littéraires ou stylistiques, certains
noms s’emploient tout seul sans déterminant. Cela se pratique dans des expressions telles
que prêter serment, remuer ciel et terre, chercher refuge, voir rouge, livrer
bataille…L’absence des déterminant se trouve surtout dans les expressions figées. Le
nombre des expressions figées ou des proverbes introduit par un déterminant zéro est
important (la nuit porte conseil, pierre qui roule n’amasse pas mousse, chercher noise.
Encore pour des raisons de pertinence, certains noms s’emploient sans déterminant : on
invite hommes et femmes à assister à cette réunion, cela ne me fera ni chaud, ni froid….
L’auteur des critères de figement, Maria Helena Svensson a cité un nombre important de
syntagmes nominaux qui s’emploient sans déterminant notamment : plier bagage, fermer
boutique, porter chance, perdre contenance, déclarer forfait, ne pas souffler mot, baisser
pavillon, menacer ruine, refaire surface, montrer patte blanche, donner carte blanche,
payer rubis sur l’ongle, prendre fait et cause, rebrousser chemin, mener grand train et être
bonne poire. La liste est assez longue.
Nous pouvons enfin dire que les trous lexicaux existent différemment dans les deux
langues et cela s’observe notamment dans l’emploi des déterminants indéfinis, contractés
ou partitifs. En comorien, les déterminants s’emploient occasionnellement. Leur absence
devant un nom se résume à un phénomène langagier spécifique et correspond également à
l’usage réel de la langue. Par contre, en français, les déterminants sont inhérents au
discours et leur absence devant un nom rend parfois la phrase ou le discours vide de sens.
Ils s’emploient à la fois à l’oral et à l’écrit car le sens de certains mots est conditionné par
l’emploi des déterminants. Les trous lexicaux observés dans les deux langues (français et
213
comorien) n’est pas une faute grammaticale ou d’inattention mais un phénomène
linguistique dont l’analyse mérite une étude beaucoup plus approfondie.
Conclusion
214
CHAPITRE 7
ÉTUDE DES ÉQUIVALENTS EN COMORIEN
DES SOUS TYPES EN N ET ADJECTIF
COMME NOM
Quant aux suites figées en comorien équivalentes du sous-type A comme DET N (maigre
comme un clou) en français, leur étude constitue la suite logique des séquences figées à
caractères adjectivale étudiés également dans les chapitres précédents. Cependant, la
215
question centrale de ce chapitre est le rapport entre ces suites figées introduites par l’outil
de comparaison hama équivalent de comme en français avec les groupes prépositionnels
catégorisés comme des suites adjectivales figées (en colère, dans le coma, au septième
ciel…). Nous essayons de montrer également quels rapports il peut y avoir entre l’emploi
de A comme DET N et A hama N. La typologie de ces deux suites figées nous amènera à
observer ce qui est commun à ces suites figées relevant de ces deux langues à savoir le
français et le comorien soumises tout au long de cette thèse à notre réflexion. Notre étude
nous conduit à tenir les paramètres suivants : l’ordre des mots dans ces suites figées, la
relation sémantique, l’étude de figement.
Étudier l’ordre des mots s’avère un point important par le fait que le français et le
comorien sont deux langues différentes sur le plan syntaxique, sémantique et
morphologique. La preuve est que le français est d’abord une langue flexionnelle dont les
déterminants jouent un rôle important pour son bon fonctionnement. Par contre, le
comorien est une langue agglutinante dont les déterminants ou plutôt les particules
notamment définies ne s’emploient pas ou s’emploient occasionnellement. Commençons
par observer les exemples suivants :
Ali emudu hama sharibo / Ali est noir comme charbon/ « Ali est noir comme un charbon »
Ali emle hama mnazi / Ali est long comme cocotier/ « Ali est long comme un cocotier »
Fatima eudjisa hama fumanga/ Fatima est belle comme plante/ « Fatima est belle comme
une plante ». Il existe en français un grand nombre important du sous-type A comme DET
N dont une typologie nécessite une classification syntaxique voir sémantique.
Les expressions figées en comorien ci-dessus mentionnées diffèrent les expressions figées
en français du point de vue de son comportement syntaxique. Ceci est visible dans le cas
de l’absence des déterminants définis et indéfinis dans ces expressions comme : Fatima
216
emhali hama itsangu/ Fatima est irritant comme une ortie « Fatima est impudente »,
Fatima nge mle hama mnazi /Fatima est longue comme cocotier « Fatima est longue
comme un cocotier ». Le moins que l’on puisse dire c’est que, contrairement aux séquences
figées en français, le déterminant ne s’introduit pas dans les séquences en comorien du
sous-type A hama N. Nous rappelons que les séquences figées obéissant à cette structure
est foisonnante en comorien. En clair, le nombre n’est pas très limité. Toutefois, il existe
en comorien une autre façon d’exprimer cette comparaison dont l’adjectif est toujours au
centre de toute communication. Prenons le cas des suites suivantes:
La structure de ces suites qui sont très fréquentes en comorien nécessitent parfois que
l’adjectif soit sous-entendu dans la phrase. Nous constatons cependant qu’elles échappent à
une classification très homogène dans la mesure où leur comportement sémantique s’avère
très complexe. Il va de soi que l’étude relative à leur caractère figée se propose de remplir
certaines lacunes constatées. Mais la conséquence due à leur emploi est incohérente car
elle peut donner lieu à des interprétations diverses. En effet, le comparé est sous-entendu
et qu’il peut être un verbe ou un adjectif. Telle est la complexité de ces séquences dont les
variations morphosyntaxiques sont, puis qu’elles sont figées, restreintes.
Une relation sémantique entre ces expressions figées du sous-type A comme DET N et les
groupes prépositionnels catégorisés comme adjectif complexe (aux anges, en voyage, en
prière…) se précise et s’explique par la position relative de l’adjectif dont le
comportement syntactico-sémantique serait à considérer comme décisif pour
l’identification de figement. L’adjectif est omniprésent et son caractère figé touche à la fois
217
son comportement syntaxique et sémantique. Reste maintenant à examiner le statut des
éléments qui se construisent avec cet adjectif notamment l’outil de comparaison hama
introduit dans des séquences telles que -udu hama hidza shalowa « noir comme une nuit
mouillée », mwema hama mwarabu « beau/belle comme un(e) arabe » ou comme, son
équivalent en français introduit dans rapide comme l’éclair, brave comme un pape.
heureux comme un poisson dans l’eau. Mais il n’est pas possible qu’on fasse une étude de
l’adjectif utilisé dans ces séquences indépendamment de celle de l’outil de comparaison et
du comparant. En effet, le figement peut être partiel ou total. En clair, les équivalences du
sous-type A hama N ou A comme DET N sont relativement figées car elles refusent
plusieurs activités syntaxiques notamment l’insertion, la non-actualisation des éléments...
*Mudu hama izinga (noir comme une braise) *hama daba kuu. Ce refus s’observe
également dans les expressions figées en français.
*Bête comme son pied droit, *adroit comme un singe sauvage, *noir comme un corbeau
bleu. Les adjectifs employés dans les séquences du sous-type A comme DET N ou A
comme N ont un rôle très particulier car ils dénotent obligatoirement une comparaison
figée.
Le linguiste, Gaston Gross a su montrer dans son article qui s’intitule « La notion de
figement » (1996 : 9) les propriétés communes au figement notamment:
1 La polylexicalité
2. L’opacité sémantique
5. La portée de figement
6. Le degré de figement
218
8. La non-insertion
9. Le défigement
10. L’étymologie
Toutes les études menées sur la notion de figement s’articulent autour de ces
caractéristiques pertinentes et utiles à la reconnaissance d’une expression figée. Cela est
encore valable à toutes les langues. Nous rappelons que toutes ces propriétés ne
s’appliquent au même degré, à toutes les catégories figées. On aura l’occasion plus tard de
revenir sur les détails de ces propriétés qui s’appliquent notamment aux séquences
adjectivales du sous-type en N.
L’adjectif de relation est un procédé syntaxique qui s’emploie dans la langue comorienne.
Il se caractérise par son comportement morphologique invariable dans la phrase. N+
ADJ. Il s’emploie en fonction épithète. Mwana isilam « enfant musulman », mdri-mzungu
(plante fragile), mwana-mdjeni ( enfant étranger ). L’adjectif de relation reste également
invariable. Il est, comme en français, en général postposé au nom. Il indique une relation
comme le nom l’indique. Les adjectifs de relation moins figés ou qui n’ont pas le statut de
nom composé peuvent varier en degré. Mwana islam (swafi, hakuu, halisi) tandis que les
adjectifs relationnels figés ne peuvent pas varier en degré avec le référent du nom dont ils
sont « dérivés ». Mdri-mzungu (*swafi, *halisi, *hakuu), mwana-mdjeni (*swafi, *halisi,
*hakuu). Cette relation dépend du sémantisme de leur nom recteur :
219
Les adjectifs ci-dessus sont formés d’un nom et d’un adjectif où le connectif wafi
s’introduit automatiquement. Cela se schématise ainsi. N+Adj Rel. Ces adjectifs en ki26
équivalent syntaxiquement et sémantiquement à un complément du nom. Mwana mkomori
« enfant comorien), mwana waki komori (enfant des Comores). Le connectif -ki est à peu
près l’équivalent syntaxique et sémantique de la préposition de en français. Force est de
constater que l’adjectif de relation est morphologiquement identique au nom. Nous
pouvons encore observer une deuxième structure de l’adjectif de la relation. Celui-ci est
formé d’un nom prédicatif suivi d’un adjectif de relation.
Les deux formes qu’ont les adjectifs de relation en comorien s’observent également en
français. Toutefois, quelques adjectifs de relation en comorien peuvent occasionnellement
s’employer en fonction d’attribut. Nous pouvons observer les exemples suivants ;
Ils se pronominalisent :
26
En comorien, les noms en -ki peuvent avoir notamment la signification d’un complément du nom ou la
220
Nous rappelons que les pronoms personnels en gras ayant la valeur de le, pronom
personnel attribut en français varient en forme. Cette variation dépend du pronom
personnel sujet auquel il est attaché. Nous précisons qu’il n’y a pas une variation
morphologique importante qui s’opère lors de la transformation du nom en adjectif de
relation. Pour toutes ces raisons, quelques adjectifs relationnels peuvent être catégorisés
comme adjectif prédicatif.
L’adjectif de relation peut, tout comme en français, être l’argument d’un nom prédicatif :
En effet, en français, on observe une variation au niveau du nom à partir duquel on forme
l’adjectif de relation, qui s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se
221
rapporte. En termes très clairs, les adjectifs de relations sont formés sur une base nominale
en ajoutant à ce nom un suffixe d’adjectif. Nous parlons d’une dérivation
morphologique qui s’opère de la manière suivante:
Les adjectifs de relations représentent une syntaxe et un sens lexical foisonnants où une
étude sur la syntaxe, la morphologie et la sémantique s’annonce importante dans notre
travail. En effet, sa position relative dans la phrase est un peu complexe dans la mesure où
il est parfois en position d’attribut alors qu’il n’a pas cette fonction. À la différence des
adjectifs simples et complexes soigneusement étudiés dans les chapitres précédents, les
adjectifs de relation sont des adjectifs qui ne changent pas de sens au cours de la
dérivation. Ils définissent une relation et non une qualification, et ils peuvent être
remplacés par un complément du nom. Le voyage présidentiel est « le voyage du
président », tandis qu’on dit une voiture rapide et non* une voiture de la rapidité. Ensuite,
contrairement aux adjectifs qualificatifs ou complexes, les adjectifs de relation ne sont pas
gradables. *Ce voyage est très présidentiel. On a vu dans les chapitres précédents qu’on
peut intensifier les adjectifs simples et complexes. Très rapide, très en colère. Toutefois,
cette gradation ne s’applique pas à tous les adjectifs complexes : *Très en voyage, *très en
vacances, *très dans le coma, *très sous son autorité.
Force est de reconnaître également que les adjectifs de relation « sont l’occasion de
nombreuses figures style » notamment le zeugma :
L’étude de point de vue syntaxique et sémantique est privilégiée dans ce travail dont
l’objectif est d’effectuer une description relative au lexique-grammaire utile au traitement
automatique des langues naturelles. En français, les adjectifs relationnels se scindent en
trois catégories notamment les adjectifs formés d’un nom et d’un adjectifs et les adjectifs
relationnels figés et les adjectifs relationnels formés d’un nom prédicatif suivi, tout comme
en comorien, d’un adjectif de relation. Ces trois catégories sont très productives en français
qu’en comorien. La première catégorie se schématise ainsi :
223
N+AdjR vaccination infantile vaccination des enfants
Quartier latin
Ville fleurie
Commerce triangulaire
Poésie universelle
Travail forcé
Allocation chômage
Travail saisonnier
Travail temporaire
Exercice individuel
224
Visite médicale
Ecole doctorale
Commerce international
Sécurité sociale
Café littéraire
Sourire diplomatique
Ces adjectifs ne désignent pas directement un rapport avec les noms auxquels ils font
référence. Les compléments du nom seront difficiles à construire, c’est-à-dire ils ne sont
pas paraphrasables. En effet, on ne dit pas *quartier de latin, *ville de fleur, *idée de
l’univers, *allocation de chômeur, *commerce de triangle.
Les adjectifs formés d’un nom prédicatif et d’un adjectif relationnel (Npréd+AdjR) sont
également très productifs en français.
La classe est hétérogène. Les noms-têtes considérés comme des prédicats établissent une
relation sémantique avec les adjectifs relationnels. Ces prédicats ont des classes
sémantiques différentes. Nous entendons par classes sémantique l’ensemble de mots
partageant les mêmes propriétés sémantiques. Le but de la création de cette classe a été le
traitement de la polysémie. En termes très clairs, puisque le prédicat change de sens selon
les arguments, il a été nécessaire qu’un tel système linguistique puisse apparaitre afin de
décrire de façon cohérente les classes d’objets. Ceux-ci diffèrent de la notion du domaine
qui traite aussi la polysémie. Ainsi, une pertinence relationnelle pourrait être née grâce à
cette notion linguistique qui fait que les noms, les verbes, les adjectifs s’emploient sans
contrainte sémantique aucune. La notion de domaine prend une valeur très proche de
classes d’objets. Dans notre travail relatif notamment aux adjectifs relationnels, il est
question de spécifier le domaine d’argument pour une description beaucoup plus cohérente
en matière du traitement automatique des langues.
226
Les domaines ci-dessus définis, déterminés, conçus jouent un rôle déterminant,
parallèlement aux classes, dans le traitement de la polysémie (BUVET, 1996).
[Prédicats adjectivaux]
N de N : le voyage du président
N de N : la maladie du vagin
[Prédicats verbal]
N de N : La fatigue de l’homme
[Prédicat nominal]
N de N : l’intuition de la femme
227
N0 Vsup Det Npréd
Nous pouvons encore ajouter une classe dans laquelle l’adjectif relationnel s’avère
modifieur.
[Visite médicale].
[Envergure nationale]
[Collecte alimentaire]
[Inscription universitaire]
[adaptaton théatrale]
Toute classification des adjectifs relationnels qui s’oriente vers une typologie visant à
mettre le prédicat nominal en tête serait pertinente pour voir en grand la place et le rôle des
adjectifs relationnels dans la langue française.
Cursus universitaire
Communication gouvernementale
Réussite scolaire
Réunion ministérielle
Cette classification lexicale montre que les adjectifs relationnels ne sont pas régulièrement
paraphrasables par un complément du nom27.
Nous pouvons former une classe où certains adjectifs relationnels participent à la création
de quelques figures de style notamment l’hyperbole28. Ces adjectifs relationnels participant
27
Les adjectifs de relation, complémentation et sous-classification, Anne MONCEAU, 1997.
229
à la création de cette figure de style ne se paraphrasent pas aussi. Syntaxiquement, ils ne
sont pas l’équivalent d’un complément du nom.
Nous rappelons que les adjectifs de relations en comorien et en français décrits, analysés
dans cette sous-section sont sélectionnés sur des critères syntaxiques, morphologiques et
sémantiques pour leur traitement informatique. Notre observation linguistique, notre
analyse sur ces adjectifs évitent d’abord qu’on les confonde avec les adjectifs simples,
complexes prédicatifs. Cette sous-section est destinée surtout à illustrer le comportement
syntaxique des adjectifs de relation employés dans ces deux langues dont la différence
s’observe notamment sur la variation morphologique qui s’opère en français. Par contre,
les adjectifs de relation en français et en comorien ont en commun un comportement
syntaxique non négligeable. Les propriétés linguistiques qu’ils ont en commun se résument
dans le tableau ci-dessous.
Propriétés linguistiques
0 « ils n’acceptent pas d’adverbes de degré » (*voyage très présidentiel, sauf cas très
particulier) (Dubois et Dubois Charlier, 1999). Les adjectifs relationnels refusent la
gradation en général, et « très », en particulier » (Goes, 1999).
28
Figure de style qui consiste à exprimer une idée ou un sentiment de façon exagérée.
230
nominalisation (*la présidentialité).
0 « Ils ne s’emploient pas en fonction d’attribut » (*ce voyage est présidentiel, sauf cas
particulier).
Propriétés opérationnelles
0 Les suffixes des adjectifs relationnels : - ique, - aire, -eux, - ier, -ien, - ois, - ain, - al,
- el, - estre, - il, -in, - esque, - é, -if.
1 Ils peuvent être préfixés par les préfixes : post-, trans-, uni-, tri-, pré-
1 Ils peuvent être préfixés par des racines gréco-latines : micro-, radio-, séro- etc.
Force est de reconnaître que toutes ces propriétés décrites dans ce tableaux se partagent
également dans la langue comorienne où le connectif ki ne subit pas une variation
231
morphologique, c’est-à-dire elle est invariable car elle ne s’accorde pas en classe comme
les adjectifs, les noms et les verbes etc.
Il faut noter également que ces critères énumérés dans ce tableau plafonnent et soumettent
ces deux langues à une limite bien que les adjectifs de relation étudiés s’écartent de toute
forme d’homogénéité. Mais il est intéressant de constater que certains problèmes sont d’un
point de vue informatique analogue à ceux que pose notamment le comorien qui est d’un
type agglutinatif absent du travail sur le traitement des langues naturelles, et qu’une étude
linguistique n’est pas aussi en voie d’amélioration.
Cette sous-section se propose de faire une typologie des adjectifs qui s’emploient dans les
expressions figées dont le sens diffère des adjectifs simples. Ce travail n’exclut pas les
adjectifs complexes tels que être sur l’étiquette, être aux âges mais notre typologie serait
plutôt consacré à l’usage des adjectifs qui s’emploient dans les comparaisons figées en
comorien et en français tels que -udu hama izinga, -kudu hama irasi, -tsala hama unyungo
ou bête comme ses pieds, brave comme un pape, sage comme une image…
Cette typologie des adjectivaux se résume à une classification syntaxique de ces séquences
figées adjectivales. C’est un travail qui s’avère important dans la mesure où les propriétés
syntaxiques relatives aux adjectivaux comoriens et français favorisent et facilitent leur
traitement informatique par la machine d’où la naissance d’une interface innovante. Nous
allons classer ces adjectifs suivant des conventions syntaxiques. L’objectif ne se propose
pas d’examiner seulement une correspondance régulière et systématique entre la forme et
le sens de ces adjectifs mais aussi de les décoder, de confronter tous les emplois de leur
emploi afin qu’ils soient délimités et reconnus par la machine.
Les adjectivaux soumis à notre réflexion n’ont pas la même structure syntaxique, ils
s’inspirent de formes diverses, c’est la raison pour laquelle ils se scindent en plusieurs
classes. Nous pouvons schématiser la première classe des adjectivaux comoriens de la
manière suivante :
232
Adj comme subst : -du hama izinga
233
Adj hama subst : -relesa hama mafura
Étant figées, ces locutions adjectivales refusent qu’on les substitue par une séquence ou par
un mot appartenant à la même classe sémantique qu’elles. Ce critère définitoire du
figement permet de distinguer ces séquences figées des séquences libres. Ainsi, il est
impossible de remplacer le nom ntsidawe (pierre) par le nom bwe (pierre) dans
l’expression –relesa hama ntsidawe (glissant comme une pierre) alors que ntsidawe est
synonyme de bwe dans le shingazidja29.
Le caractère figé de ces séquences s’annonce incontestable par le fait qu’elles ne rejettent
pas les caractéristiques définitoires du figement. Nous envisageons les caractéristiques
suivantes :
La non-insertion
29
Dialecte parlé dans la Grande Comores qui fait, tout au long de notre travail en comorien, l’objet de notre
étude.
234
*-risa hama nkima ya hondze (laid comme un maki campagnard)
Remplacer une séquence figée par un mot ou par une séquence ayant/ou non apparemment
le même sens se heurte à un refus :
-dziro hama ntsidawe « lourd comme une pierre » *-dziro hama bwe.
Actualiser une locution adjectivale du sous-type Adj hama N est une opération qui
cependant s’avère possible même si celle-ci n’est pas jugée plus libre syntaxiquement.
Cette possibilité s’explique par la transparence sémantique de ces locutions. En clair, le
caractère figé de ces locutions est plutôt syntaxique.
Nous rappelons que les locutions adjectivales, tout comme les prédicats adjectivaux
simples et les prédicats adjectivaux complexes, sont actualisées par la copule hukaya
équivalent de être en français. Pour cette raison, on la considère comme un verbe support
(Vsup).
Omhogo unu ukaya mhavu hama nganu « ce manioc est sec comme une farine ». Cette
comparaison figée dont le verbe support est au présent progressif peut s’actualiser à
d’autres temps comme le futur simple : omhogo unu ngodjoukaya mhavu hama nganu « ce
manioc sera sec comme la farine », omhogo unu ukaya mhavu hama nganu (accompli)
« ce manioc était sec comme la farine).
235
Salim nge mudu hama izinga. « Salim est noir comme braise. »
Salim ngudjokaya mudu hama izinga. « Salim serait noir comme une braise. »
Salim harendeha mudu hama izinga. « Salim reste noir comme une braise. »
Salim hakaya mudu hama izinga. « Salim était noir comme une baise. »
Salim hadja mudu hama izinga. « Salim devient noir comme une braise. »
Fatima emwama hama mwarabu « Fatima est belle comme une arabe »
Fatima ngudjoka mwema hama mwarabu « Fatima serait belle comme une arabe. »
Fatima harendeha mwema hama mwarabu « Fatima reste belle comme une arabe. »
Fatima hakaya mwema hama mwarabu « Fatima était belle comme une arabe. »
Fatima ngudjokaya mwema hama mwarabu « serait belle comme une arabe. »
Il est important de remarquer que ces adjectivaux ne se nominalisent pas, ce qui les
distinguent des suites adjectivales libres :
Toutefois, dans Salim emudu wa falaska30, l’adjectif –du peut subir la nominalisation :
30
Cette séquence ne se traduit pas littéralement.
236
La possibilité d’actualiser une locution parait possible en français dans les locutions
adjectivales ayant la structure Nhum+Adjcoul+comme+N dont une analyse sémantico-
syntaxique sera faite de façon beaucoup plus approfondie dans le chapitre chap. 8.
Il est rouge comme un coq peut s’actualiser en Ali reste rouge comme un coq. Ali devient
rouge comme un coq. Ali cesse d’être rouge comme un coq.
Opacité sémantique
En ce qui concerne l’opacité sémantique, nous avons vu que cette propriété est souvent
mentionnée comme critère définitoire d’une expression figée. C’est une condition
nécessaire et pertinente pour le traitement la polysémie, notion qui pose de problème au
niveau du traitement informatique des langues naturelles. Ainsi, le sens des locutions du
type –djipva hama ndjizi, -radji hama mlango, -le hama mnazi sont sémantiquement
transparentes car elles sont compréhensibles pour les sujets natifs et non-natifs. Il n’est pas
nécessaire qu’on réexplique ces locutions pour qu’elles soient très compréhensibles. En
effet, comparer un Nhum qui est –radji avec mlango (une porte assez large) répond à une
question objective qui ne pose aucun problème de compréhension par le fait que –radji
signifie large (la largeur ou la corpulence de la personne dont on parle) et que
mlango « porte » a un aspect physique assez grand par rapport à la hauteur et à la taille,
d’où l’expression Ali emradji hama mlango « Ali est large comme une porte ». Ainsi, nous
supposons que des expressions telles que –du hama hidza, -le hama mnazi, -tsala hama uzi
sont transparentes pour les locuteurs non natifs. Il suffit qu’ils comprennent le sens de
chaque mot qui compose l’expression afin de pouvoir interpréter sans contrainte le sens de
l’expression.
Par contre le sens des locutions telles que –ledjevu hama binda, -ndji hama bahari, fupvi
hama kulimba sont opaques pour les Comoriens eux-mêmes car ces locutions adjectivales
sont difficiles à interpréter. Mais il faut souligner que l’opacité sémantique de ces
séquences figées ne nous suffit pas pour dire qu’elles sont totalement figées. En effet, les
insertions ne s’interdisent pas dans ces expressions.
237
Salim emledjevu kabisa hama binda
Le tableau ci-dessus énumère les différents critères définitoires du figement appropriés aux
comparaisons figées.
Critères principaux
Opacité
1 sémantique
Blocage
2 de propriétés transformationnelles
Non-actualisation
3 des éléments constitutifs de l’expression
Substitution
4 synonymique impossible
Non-insertion
5 d’éléments nouveaux
Toutefois, le figement ici étudié est plutôt syntaxique. Le figement sémantique de ces
locutions adjectivales n’est pas aussi négligeable et cela nécessite une analyse beaucoup
plus sérieuse car une grande partie des locutions du sous-type Adj+hama+subst est
transparente. Cela s’observe dans les locutions -tsala hama uzi, -udu hama izinga, -eu
hama dziwa toutes ces comparaisons se comprennent facilement car on exprime d’abord ce
qui est très important dans le contexte plus particulièrement les adjectifs qualificatifs –
tsala, -udu, -eu. On assigne à ces locutions le sens de mstala swafi, mudu swafi, mweu
swafi qui se traduisent respectivement par (très mince, très noir, très clair). Par
conséquent, ces locutions sont sémantiquement transparentes. Par analogie, nous pouvons
encore élucider les locutions –radji hama mlango, -risa hama nkima, -ema hama dhahabu
comme signifiant mradji swafi (très large), urisa swafi (très laid), mwema swafi (très beau/
très bel). Le sens de ces adjectifs est encore transparent. Certaines de ces locutions
238
s’emploient au sens figuré, c’est-à-dire leur sens n’est pas motivé:-hali hama itsangu, -
ledjevu hama madji, -indji hama bahari. La compréhension de ces comparaisons nécessite
des explications pour le sujet non natif. En effet, -hali hama itsangu ne veut pas dire –
wawa (irritant ou piquant) mais -fudhuli, mdjabari, -tsovu adabu (impudent, insolent,
impoli). La même chose pour –ledjevu qui ne veut pas dire –mbavu (léger, moins dur) mais
makini (tranquille, calme,) ou –trulivu (timide) ; - ndji qui ne veut pas dire abondant ou
beaucoup mais omniprésent, omniscient31. Le sens de ces locutions est donc opaque.
bahari nkima
31
Certains mots comoriens n’ont pas de mots de sens équivalent en comorien, c’est-à-dire ils n’ont pas de
mots synonymes.
239
Nous entendons par opacité sémantique quand le sens de la locution adjectivale présenté
ci-dessus, par exemple, est non compositionnel et à l’inverse, elle a une transparence
sémantique quand le sens est compositionnel.
Il y a lieu de préciser qu’en comorien, il existe une deuxième catégorie32 des locutions qui
se schématisent ainsi : hama+Adj considérées comme locutions adjectivales dans la
mesure où l’adjectif, qui fait l’objet de notre étude, occupe une place centrale non
négligeable. Ces locutions n’ont pas la même structure de surface avec les locutions
adjectivales du sous-type Adj hama N.
Exemple. :
32
Une manière pour les Comoriens d’exprimer la comparaison sans le comparant.
240
Hama+Adj : hama bubu
Les comparés ne sont pas exprimés. Ces locutions peuvent se définir comme le résultat
provenant d’un contexte ou d’un discours donné pouvant avoir le sens ou la signification
d’un comparés. En clair, ces locutions dépendent des conditions dans lesquelles le locuteur
les tient et surtout du point de vue auquel il se place. Il y a environ une centaine de
locutions adjectivales qui fonctionnent de cette manière.
Tsiono Ali havaya siri ndzidu yanambuha hama mdjifumoyo « j’ai vu Ali s’habiller d’un
pantalon noir rapiécé. Tel un fou/ on dirait un fou. Cela sous-entend ou s’interprète: Ali est
maladroit comme un fou.
En outre, le fait d’employer ces locutions s’expliquent par plusieurs raisons. D’abord, elles
peuvent être, soit que le comparant est absent, soit que qu’il existe dans l’imagination. Par
consequent, la tournure de ces adjectivaux a des explications diverses.
241
N0hum PrédV N1hum où N0hum = mlevi : emlevi oyi hakaya wapeu « cet ivre est
méchant ».
Toutefois l’insertion d’un mot s’avère impossible dans ces locutions adjectivales.
Nous rappelons également que l’étude sur ces locutions adjectivales en comorien
n’échappe pas également à la notion de degré du figement. En effet, ce dernier peut
intervenir dans la description des locutions adjectivales ci-dessus mentionnées. Dans le
« Figement lexical, 1997 », Salah Mejri, auteur de cet ouvrage constate que le figement
s’inscrit dans un continuum puisque le passage des séquences libres (S.L) « s’opère d’une
manière graduelle et imperceptible aux séquences figées (S.F). Pour toutes ces raisons, il
33
Dans la grande Comores, la région de Badjini est composée de quatre parties nommées Itsahidi (Badjini
Sud), Ngongwe (Badjini Ouest), Pimba (Badjini Est), Domba (Badjini Nord).
242
est important de souligner qu’une locution adjectivale n’est pas obligatoirement synonyme
d’une séquence figée, et qu’aucune de ces locutions n’est totalement figée. Les séquences à
noyau adjectival illustrent cette remarque. Nombreuses sont ceux qui se pronominalisent.
Loulou eurisa hama nkima, hata emwanahe tsena (Loulou est laide comme un maki, son
fils l’est aussi). Emnashioni oyi enankili hama sungurwa, hata fundiwahe « cet élève est
intelligent, son enseignant l’est aussi ».
Notre travail sur ces locutions adjectivales mérite une description rigoureuse relative à ces
deux langues, car il s’agit d’un phénomène qui est très productif en comorien et en français
et qu’il devient parfois une source de nombreuses contraintes au niveau de la
compréhension, de l’apprentissage et de la maîtrise de ces deux langues qui font l’objet de
notre étude tout au long de notre travail. En conséquence, une telle description apparaît a
243
priori comme une nécessité. Un sujet non natif ne peut pas, par exemple, prédire le sens de
-hali hama itsangu, -ledjevu hama binda, -kevu hama madji ou bête comme ses pieds, con
comme un balai, con comme la lune. Une classification syntaxique de ces locutions
adjectivales s’avère, nous semble-t-il, pertinente pour délimiter ces adjectifs prédicatifs. Et
selon Gaston Gross les flexions (féminin pluriel) ne sont pas les mêmes selon que l’on a
affaire à tel ou tel type de composition, le recensement s’effectue plus facilement si la
recherche se fait dans des cadres bien définis. En plus, informatiquement, un composé ne
peut être reconnu que si sa structure figure au préalable dans un lexique. Nous présentons
ici une partie des locutions adjectivales que nous avons recensées pour la construction de
notre corpus. Notre corpus en français comprend plus de 260 locutions adjectivales dont
une description syntactico-sémantique s’effectuera dans le chapitre 8 de notre travail.
244
Adj comme un N : rusé comme un renard
245
Adj comme une N : bavard comme une pie
246
Adj comme une N : plate comme une planche
Les structures de type Adj comme Det N sont très productives en français. Toutes les
locutions adjectivales construites sur cette base « sont étroitement appropriées à un
adjectif: sale comme un cochon, fort comme un turc, bête comme ses pieds ». Ces prédicats
adjectivaux s’avoisinent à des adverbes d’intensité. Ils se dégradent donc de la manière
suivante: Luc est très bête comme ses pieds. Luc est très fort comme un Turc. Cet
indicateur d’intensité se pratique dans beaucoup des locutions adjectivales du sous-type
Adj comme N. Il est important de constater que ces locutions sélectionnées par les adjectifs
sale, bête, fort « ne font pas parties de l’expression locutionnelle ».
camion, poids lourd beau comme un camion *beau comme un poids lourd
bête, idiot, con bête comme ses pieds *idiot/con comme ses pieds
247
Sale, crasseux, sale comme un cochon *crasseux comme un cochon
Il existe cependant des variantes diverses mais cette variation ne porte pas par exemple
atteinte au sens de la locution de base. On dirait sale comme un cochon, un peigne, un
porc), con comme (la lune, un balai, une valise), triste comme la mort, un bonnet de nuit),
blanc comme (neige, symbole), soûl comme (une grive, une bourrique, un cochon). Ces
débuts de paradigmes, les coréférences qui s’opèrent occasionnellement (bête comme mes,
tes, ses pieds) n’empêchent pas de dire que les locutions adjectivales du sous-type Adj
comme N ne sont pas figées. Nous précisons qu’elles sont syntaxiquement et
sémantiquement figées. Les critères définitoires d’une séquence figée s’appliquent, sauf
cas particulier, à ces locutions adjectivales. Ces dernières sont polylexicales par le fait
qu’elles sont composées de plusieurs mots (adjectif, outil de comparaison, GN) où
l’opération consistant à remplacer une de ces parties du discours par un mot synonyme se
heurte à l’impossible. En effet, on ne dit pas *Luc est beau comme un poids à lourd mais
Luc est beau comme un camion, on ne dit pas *il est crasseux comme un cochon mais sale
comme un cochon. L’insertion d’un mot se heurte également à un refus. On ne dit pas *je
le trouvais con comme un balai électrique mais je le trouvais con comme un balai. On ne
dit pas *mince comme un fil de fer mais mince comme un fil. Ces locutions se construisent
avec des éléments qui ne s’actualisent pas entre lesquels s’opère le blocage de propriétés
transformationnelles.
Les comparaisons sont des adjectifs prédicatifs. Elles se pronominalisent par le, pronom
personnel. Il est con comme la lune. Luc l’est également. Luc est brave comme un pape. Je
le suis aussi. La comparaison n’est pas évidente. Elle parait moins motivée et l’on peut
parler d’opacité relative ou complète de la relation, ce qui est la définition du figement
sémantique (Gaston Gross, 1996) :
248
Triste comme un bonnet de nuit
Notre analyse sur ces locutions nécessite évidemment que nous observions également leur
dissymétrie.
Des locutions comme bronzé comme un cachet d’aspirine, aimable comme porte de prison
relèvent par leur motivation de l’antiphrase.
Dans notre typologie des locutions adjectivales figurent plusieurs classes parmi lesquelles
les locutions constituées d’un adjectif, d’un outil de comparaison suivie d’un nom propre.
On peut le schématiser de la manière suivante :
Certaines de ces locutions font références à des situations, à des croyances ou à des
pratiques périmées ou encore à des illusions religieuses, littéraires. Telles que soûl comme
un Polonais, fier comme Artaban…
Quelques adjectifs relationnels peuvent s’employer sans que les noms avec lesquels ils sont
mis en relation prennent un déterminant.
L’étude des adjectifs construits sur une préposition se résume à une construction complexe
dont l’étude a exclu les adjectifs simple et les adjectivaux de sous-type Adj hama N et Adj
comme N. nous entendons par préposition une partie du discours invariable qui, placé
devant un élément à valeur nominale ( subst. pour Léa; pron. pour moi ; adj. Capable de
réussir ; adv. pour ce soir ; syntagme inf. pour le chercher, prop. conj. pour qu’il aille dans
le bon sens), le lie dans un rapport sémantique (approche, éloignement, intériorité,
privation…) en le subordonnant à un autre élément de la phrase (subst. la robe de Léa ; adj.
capable de gagner ; adv. loin de lui, verbe. douter de qqc) ou à la phrase entière (à vrai
dire, il) ; mot ou locution qui appartient à cette partie du discours34. Cette définition est
valable à la langue comorienne et à la langue française. Seulement, en comorien, la
préposition n’est pas une partie du discours assez riche car il n’existe pas, à notre
connaissance, une variété importante relative à cet élément linguistique qui joue un rôle
indubitable dans la langue française. Nous rappelons que quelque soit le comportement
syntaxique (adjectif simple, adjectif composé) ou la position de l’adjectif (attribut, épithète,
détaché) dans la phrase, cette partie du discours (l’adjectif) peut, selon Gaston Gross, être
soumis à des différents degrés de comparaison et pronominalisé en le.
La complexité des adjectifs construits sur une préposition s’explique d’abord par leur
comportement lexical (ces adjectivaux sont polylexicaux) et par le fait que certaines
prépositions sont eux-mêmes de nature prédicative. De ces prépositions prédicatives, on
extrait des adjectifs prédicatifs composés tels que mon stylo est en vente, je suis pour cette
équipe. Ces prédicats adjectivaux peuvent se pronominaliser en le, ce qui les distingue des
prédicats nominaux comme décision, gifle, courage…Ce critère est une illustration
évidente, nécessaire à entretenir la typologie de ces adjectivaux dans cette sous-section. La
34
Le TLFI, (Trésor de la Langue Française Informatisée).
251
troisième raison relative à la construction complexe de ces adjectivaux c’est que certains
d’entre eux proviennent du passage de la voix active à la voix passive : Luc abandonne ses
enfant, les enfants de Luc sont à l’abandon. Les variantes sont diverses et nécessitent une
description très détaillée. Puisque nous avons étudié en détail ces types d’adjectifs en
montrant pourquoi ils sont à la fois transparents et opaques, c’est-à-dire leurs caractères
figés dans les chapitres précédents, nous allons faire une typologie de ces adjectivaux en
leur attribuant des classes syntaxiques sans lesquelles il serait difficile qu’elles soient
reconnues par la machine. Ce choix syntaxique est lié à l’origine, à la création et à la
structure des adjectifs construits sur une préposition.
En comorien, l’étude de ces adjectifs construits sur une préposition s’inscrit dans un cadre
de fonctionnement difficile à mettre en œuvre dans la mesure où les prépositions remontent
à des formes diversifiées non stables dont le sens varie d’une phrase à l’autre. En plus,
elles ont un comportement syntaxique irrégulier et font parties des homophones
grammaticaux. Prenons les exemples suivants où le connectif ni catégorisé comme une
préposition collée toujours au nom peut être l’équivalent de dans. lekotri lahangu ngilo
hobironi , Ngami homsirini, en. Ngami tsumuni. Le comportement syntaxique de ces
prépositions a fait que le comorien ne connaît pas un nombre important de prépositions qui
forment des adjectivaux. Nous classons les différentes constructions sur une préposition.
252
être+NPrép : hukaya mikoni
La réalité est que le comorien connaît un très grand nombre d’adjectivaux construits
notamment sur une préposition locative. C’est-à-dire la fonction attribuée à ces
prépositions, qui se collent le plus souvent au nom, est celle d’introduire un complément de
lieu. Ces prépositions conditionnent la formation des adjectivaux qui comprennent
plusieurs catégories à savoir les adjectivaux construits sur une locution prépositive, les
adjectivaux construits sur une préposition provenant d’un verbe mis notamment à la voix
passive, les adjectivaux construits sur une préposition prédicative.
Les adjectivaux construits sur une locution prépositive ne sont pas nombreux. Ils ne se
défigent pas. Leur comportement sémantico-syntaxique ne rejettent aucun critère
définitoire du figement. Ils se construisent sur la base d’un nom suivi d’un connectif
attachée à ce nom : ipvilipvilidjuu, hiridjuu mwadalao, fukatredjuu. Le connectif -u collée
toujours à la fin du nom est catégorisée comme préposition. Son sens varie d’une séquence
à l’autre. Elle peut être l’équivalent de sur ou en en français.
La non-insertion
253
Le défigement
L’opacité sémantique
Le sens de ces adjectivaux est opaque. En effet, le sens n’est pas le produit de la somme
des sens des éléments lexicaux individuels. Les expressions hiridjuu mwadalao,
fukatredjuu, ipvilipvilidju ne sont pas du tout compréhensibles. Leur figement se situe au
niveau de la syntaxe et de la sémantique. Chacune de ces suites figées a sa propre structure.
Dans hiridju mwadalao le mot hiri n’est pas synonyme de chaise. Il n’y a aucun rapport de
sens avec chaise bien que hiri signifie chaise en française. Il en est de même pour dalao ne
signifiant pas remède ou prière. La relation entre hiri et dalao est inanalysable. Cette
expression s’emploie pour exprimer l’état dans lequel une personne pourrat se trouver. Les
deux autres adjectivaux acceptent cette même analyse. Ainsi, ils sont totalement opaques,
totalement figées.
Ces suites figées ne se remplacent pas par un mot ou par une séquence ayant le même sens,
c’est-à-dire les constituants de ces séquences ci-dessous refusent la substitution ou la
permutation avec un autre mot ou une locution provenant de la même classe
Il est important de reconnaître que la relation du nom avec la préposition –u qui signifie
sur ne s’analyse pas car cette même préposition est sémantiquement figée. Son sens est
254
totalement opaque. En plus, les noms auxquels elle est attachée (hiri, fukatre, -pvilipvili)
s’emploient tous au sens figuré.
Étymologie
Chacune de ces locutions adjectivales a d’abord un sens ancien et un sens actuel. Elles
s’utilisent dans des périodes de temps distinctes:
Ipvilipvilidju signifie s’approcher du danger (sens ancien) car sous arbre mpvilipvili
reposent des djinns envoutants.
Ipvilipvilidju a le sens actuel de hukaya harimwa hawa ndziro « être sur le point de
sombrer ».
Fukatredjuu a le sens actuel de hukaya harimwa maesha bora « être dans une vie en
rose ».
Hiridjuu mwadalao a le sens actuel de « être en traitement, être sur le point de réaliser le
grand mariage ».
C’est à peu près l’équivalent de l’exemple qu’il a donné en français en guise d’illustration.
Il nous a soumis l’exemple de à cent mille balles comme locution complètement opaque
dans la mesure où aucun de ses constituants n’accepte la substitution ou la permutation
avec un autre qui relève de la même classe:
255
Sa relation avec le nom question reste inanalysable35 :
Il existe tout comme en français un très un grand nombre d’adjectifs complexes construits
à partir des verbes notamment conjugués à la voix passive. On les formalise ainsi: Prép N.
35
Mona BOUALI
256
Ali ngutwaliziwa: Ali nge harimwa mtwalaan
Il faut signaler qu’il n’est pas toujours possible que tous les verbes à la voix passive
puissent donner naissance à un adjectif complexe formé d’une préposition suivie d’un
nom. Observons par exemples les formes verbales passives suivantes:
Ces suites sont compréhensives. Elles sont donc transparentes par le fait qu’ils sont,
contrairement aux locutions adjectivales décrites en haut, compositionnelles. En effet, dans
Ali nge harimwa himda, Ali nge harima shukura, Ali nge harimwa dhuluma, il n’y a que
les groupes prépositionnels harima himda, harimwa shukura, harimwa dhuluma qui sont
figées.
257
Les prédicats prépositionnels.
Les prédicats prépositionnels ne sont pas généralement nombreux en comorien. Ils sont
limités à leur apport syntaxictico-sémantique. Comme le nom l’indique, ils remontent
d’une préposition qui est lui-même le noyau, le prédicat de la phrase. Ils se construisent
avec l’auxiliaire hukaya. Cette copule, comme elle joue le rôle d’un verbe support, les
actualisent.
Ngami kinyume nemaensha yanu « je suis contre cette vie ». Eshahula ngisho
pvolatabudjuu « le repas est sur la table ». Ngami hosonimwa Fatima « Je suis devant
Fatima ». Zenkabwa zaho ngizo hontsinmwe latabu « tes chaussures sont sous la table ».
Dans Ali nge kinyume nemaesha yanu, nous constatons que tous ces prédicats
prépositionnels sont actualisés par l’auxiliaire être hukaya. Ce phénomène propre aux
prédicats adjectivaux simples et complexes a fait que les prédicats prépositionnels en
question et les prédicats adjectivaux étudiés en haut ont un comportement syntaxiquement
non négligeable qu’ils partagent en commun. En plus, le rôle que joue le prédicat adjectival
peut être joué par la préposition prédicat. Par exemple, la préposition kinyume sélectionne
soigneusement, tout comme un prédicat adjectival, les arguments N0 : Nhum (Ali) et N1 :
N-hum (maesha). Il en est de même pour les prépositions locatives hontsini, -djuu qui
acceptent qu’on les paraphrase36 dans ce but : effacer le verbe support qui ne joue pas un
rôle déterminant dans la phrase à prédicat nominal ou adjectival:
Dans ngami kinyume nemaesha yanu, la préposition prédicative kinyume « contre » peut
être remplacé par le verbe –nda kinyume qui a le même comportement syntaxique et
sémantique qu’elle. Syntaxique, parce que kinyume et –ndakinyume ont les mêmes
36
La pratique de la mise en apposition dans la langue comorienne s’opère occasionnellement car elle
258
arguments, sémantique parce que ces deux suites ont le même sens. Une grande partie de
ces prédicats prépositionnels se dégrade. Par exemple on peut dire ngami kinyume
nemaesha yanu halisi, zekabwa zaho ngizo hontsinimwelatabu swafi, ngami hosonimwa
Ali swafi. Mais ils ne se nominalisent pas.37
Nous rappelons que les prépositions locatives hontsinimwa, -djuu nécessitent que leurs
arguments se formalisent ainsi : N0 soit un Nhum et N1 soit un N-hum. La distinction des
adjectifs prédicatifs et prépositionnels s’observent concrètement en français où les adjectifs
complexes ou composés abondent et remontent tout comme en comorien de plusieurs
origines, de plusieurs catégories.
Le français connaît un très grand nombre d’adjectifs construits sur une préposition. La
grammaire traditionnelle les catégorise comme des groupes prépositionnels ayant les
fonctions de complément d’objet indirects, des compléments circonstanciels de lieu, de
temps, de manière, de cause. Toutefois, la linguistique rejette cette tendance en
catégorisant ces suites figées et moins figées comme locutions adjectivales ou adjectifs
complexes pour les raisons que nous connaîssons tous et énumérées dans les chapitres
précédents. En français comme en comorien, la construction de ces adjectivaux est assez
complexe. Mais pour les délimiter, nous nous contentons de les classer, décrire compte
tenu de leur origine. En effet, leur formation ne provient pas d’une même base syntaxique.
Ces séquences adjectivales se scindent du point de vue formel en trois catégories
différentes notamment les locutions prépositionnelles, les groupes prépositionnels
provenant des verbes à la voix passives, les prédicats prépositifs. Ces adjectivaux se
construisent généralement avec l’auxiliaire être. Employée dans ces suites, cette copule
conjugue ces adjectivaux.
Les locutions prépositives sont des adjectifs complexes. Leur construction n’est pas
énigmatique mais leur sens est opaque. La clarté de la syntaxe s’explique par le fait que
37
La non-nominalisation des prédicats adjectivaux est une chose typique à la langue comorienne.
259
leur tournure ne désobéit pas à l’ordre syntaxique de la phrase française. Ce sont des
phrases simples comprenant donc un seul prédicat.
Il n’est pas si important, puisque nous avons déjà constitué un corpus, de continuer à
établir une liste comprenant toutes les locutions adjectivales en français recensées pour la
construction de notre corpus. D’ailleurs la liste déjà établie est exhaustive. Il nous incombe
par contre d’effectuer un classement de construction à partir duquel nous saurons les
différentes catégories des adjectifs complexes construits sur une préposition, séquences les
plus opaques et le moins opaques, les constructions qui nécessitent un sujet humain ou non
humain pour une construction efficace du lexique-grammaire. Nous sommes convaincus
que le travail d’un tel classement est une clarificaton qui vise à sélectionner et à
hiérarchiser ces adjectivaux dont le comportement syntactico-sémantique et
morphologique est différent. L’étude de figement de ce type de catégorie d’adjectif s’avère
nécessaire dans la mesure où leur comportement est assez spécifique. D’abord, ces
locutions adjectivales sont opaques car idiomatiques. Prenons par exemple les séquences
être aux anges, être au septième ciel. Elles sont « incompréhensibles » pour un étranger
même si il connaît le sens de chaque mot composant chacune de ces séquences. L’opacité
sémantique de ces suites figées s’explique par le fait que le sens global de ces expressions
ne correspond à la résultante des éléments qui les composent. Cette notion d’opacité
260
s’explique aussi par les difficultés de les traduire. Par exemple, dans être aux anges, se
pose déjà le problème de donner une traduction littérale. En plus, la rigidité structurale de
ces suites figées qu’on les intensifie en insérant l’adverbe très. En effet, on ne dit pas *je
suis très aux anges, *je suis très au septième ciel, *il est très sur l’article de la mort, *Paul
est très en perte de vitesse…En conséquence, ces suites composées de l’auxiliaire être
suivies d’un groupe prépositionnel sont totalement figées. Leur structure est différente de,
par exemple, à la mode, d’un certain âge qui tolèrent qu’on les insère dans des phrases à
prédicat verbal où ils s’emploient comme des adjectifs épithètes :
J’ai vu un homme d’un certain âge cet homme est d’un certain âge.
L’emploi des locutions prépositives ne nécessite pas l’emploi de l’auxiliaire être. Car dans
être à la mode et être d’un certain âge le figement ne touche pas l’auxiliaire être mais ils
touchent uniquement les locutions à la mode, d’un certain âge. Il y a donc la possibilité
d’effacer la copule être car elle n’apparaît pas nécessairement en surface. En conséquence,
le figement est partiel dans être à la mode, être d’un certain âge, être dans le coma. Alors
que dans être sur l’article de la mort, être aux anges le figement est total car il touche
toutes les locutions toutes entières y compris l’auxiliaire être. Ces suites adjectivales se
construisent obligatoirement avec l’auxiliaire être. De cette remarque vient la différence
entre les expressions idiomatiques construites sur être et les locutions prépositives où
l’emploi de être est facultatif. Nous considérons comme idiomatique: toute lexie complexe
saisie comme une seule signification formée par des éléments lexicaux soudés. Est
idiomatique à l’intérieur de la chaine syntagmatique, tout segment de plusieurs éléments
lexicaux à signifié unique, par la cohésion indestructible de toutes les unités. (A.
Negrenuds Cash. Lexicol, 1975, n° 27, p. 118). Les suites idiomatiques construites sur la
copule être ont la même structure de surface avec les adjectifs complexes ou avec les
locutions prépositives à valeur prédicatives:
261
Être Dét N : est d’un certain âge
Toutefois, elles n’ont pas le même degré de figement. Tel est le cas de être sur l’article de
la mort et être aux anges. En effet, dans être sur l’article de la mort l’auxiliaire être et le
groupe prépositionnel sur l’article de la mort forment un couple inséparable, c’est-à-dire
on se trouve dans l’impossibilité de remplacer l’auxiliaire être par un verbe ou une
séquence de même sens (l’auxiliaire être est insupprimable).
La deuxième catégorie des adjectifs complexes ce sont les adjectifs construits sur un verbe
conjugué à la voix passive :
262
Luc est mis en prison/Luc est en prison.
Reconnaître les différentes structures de ces prédicats adjectivaux enrichit, clarifie notre
recherche sur le comorien et le français. En effet, parler différemment la même chose se
résume à une bonne maîtrise de la langue donnée. Ajoutons que CHOMSKY 1975 montre
que la paraphrase est la manifestation du concept de performance En plus, cette méthode
de classement s’inscrit dans le cadre d’extraction d’information où la phrase simple
constitue une base importante pour l’analyse des séquences figées à caractère adjectival.
Nous précisons encore une fois qu’une telle étude permet par exemple des rapprochements
avec les formes à verbe support être prép (L. Doulos, 1980).
263
Il est important souligner que « la vraisemblance d’occurrence est une caractéristique des
mots en rapport avec leurs contraintes distributionnelles. Toutes les relations avec les mots
ne sont pas équipotentes puisque certaines sont plus congruentes que d’autres, cf. HARRIS
1988 ».
Osons dire que tous les verbes français peuvent accepter toutes sortes de transformation où
le groupe prépositionnel est en position d’attribut comme dans se vendre/ en vente ; se
préparer/en préparation ; est libéré/en liberté ; prier/en prière. La réponse est non car tous
les verbes français n’ont pas le même comportement syntaxico-sémantique. La preuve est
qu’il y ait des verbes pronominaux de sens passifs, des verbes d’action, des verbes d’état
qui se heurtent à la paraphrase, c’est-à-dire ils s’apprêtent pas à donner naissance à des
groupes prépositionnels catégorisés comme adjectifs complexes. Prenons à titre d’exemple
le cas de: se manger/en manger, se lever, écrire, couper, devenir, rester.
Le caractère figé de ces adjectifs complexes construits sur des verbes se diffère de celui
des expressions construites nécessairement avec l’auxiliaire être décrites en haut. Nous le
considérons comme des suites inventives, c’est-à-dire elles ne sont pas propres à la langue
française. Leur emploi est facultatif. Toutes ces suites adjectivales ci-dessus mentionnées
peuvent être remplacées par des verbes de sens équivalents: Luc est en prière/ Luc prie.
Luc est au travail/Luc travaille. Lu est en liberté/Luc est libre. Le sens ces suites
adjectivales est loin d’être opaque car le sens compositionnel donne le sens de l’ensemble
de la séquence. Leur structure syntaxique tolère parfois une insertion d’un mot, c’est-à-dire
on y observe la liberté combinatoire :
Insertion :
Luc est en formation continue, le président est en voyage culturelle, Luc est en cours de
français.
Pronominalisation :
Elles se pronominalisent en le. Prenons par exemple les séquences le président est en
voyage, il l’est, je le suis aussi. Luc est en cours de français, nous le sommes aussi. Luc est
en stage, ma sœur l’est aussi.
264
Substitution :
Coordination :
La formation de Luc sur la création d’un site et sur le traitement des données
informatique.
Effacement
Le travail de Luc
Le stage de Luc
La formation de Luc
Le figement ces suites compositionnelles normales est partiel car elles ne refusent pas les
possibilités combinatoires et transformationnelles. Le figement s’observe au niveau des
groupes prépositionnel tels que en liberté, en attente, en formation, en cours… Elles sont
donc des prédicats adjectivaux actualisés par la copule être.
La troisième catégorie d’adjectifs ce sont les prépositions prédicatives. Nous pouvons faire
les mêmes remarques que pour les autres catégories d’adjectifs. Elles peuvent, comme les
adjectifs simples et les adjectifs complexes, être en position d’attribut, d’épithète. Prenons
à titre d’illustration l’exemple des prépositions prédicatives traduisant la localisation telles
que sur, sous dont le sens de la copule qui les actualise peut être l’équivalent de se
trouver.38
38
Gaston Gross, Manuel d’analyse linguistique.
265
Le stylo est sur la table le stylo se trouve la table.
Les séquences figées à caractère adjectival ne sont pas toutes figées au même degré,
tellement qu’il y a, comme l’a fait remarquer Gaston Gross sur le paramètre du figement,
un continuum entre les adjectifs complexes les moins opaques et les adjectifs complexes
les plus opaques. Cette différence est plutôt sémantique. La différence syntaxique apparaît
lorsqu’on détache une de ces suites adjectivales au nom auquel elles se rapportent. Il paraît
que seules les séquences figées à caractère adjectival les moins opaques acceptent comme
les adjectifs simples cette mise en apposition. Cette méthode permettant encore de
distinguer les séquences figées les moins opaques et les séquences figées les plus opaques
peuvent s’opérer dans les exemples suivants :
Luc est en colère/ En colère, Luc donne une tape brutale à son fils.
Par contre les séquences figées les plus opaques se heurtent à la mise en apposition. La
possibilité d’effacer la copule être s’avère intolérable car celle-ci ne s’échappe pas au
figement. Les groupes prépositionnels aux anges, dans la limonade, au trente-sixième
dessous ne se détachent de l’auxiliaire qui joue malgré tout le rôle d’un verbe support.
Luc est aux anges/*Aux anges, Luc voit les choses en grand.
Ces suites figées sont de nature polylexicale. Nous rappelons que la notion de la
polylexicalité est la première condition du figement, cf. MEJRI 1997 et 2003. Étant figée,
266
chacune de ces séquence a un sens plus opaque dont la valeur n’est déductible ni celle de
la copule ni celle du groupe prépositionnel39. Elles se heurtent également à la substitution
et à l’insertion d’un élément.
Il est fort possible qu’on confonde parfois les adjectifs simples avec les adjectifs
composés. Pour lever ce doute, Gaston Gross propose une méthode selon laquelle les
adjectifs simples « prennent rendre : être anxieux, rendre anxieux ; être malheureux,
rendre malheureux ; être triste, rendre triste….Par contre les adjectifs composés ne
prennent pas rendre mais plutôt l’opérateur mettre : être à la mode, mettre à la mode ; être
en forme, mettre en forme, être en colère, mettre en colère…
Les adjectifs complexes sous ses différentes formes donnent naissances à des prédicats
appropriés. L’analyse de ces derniers s’avère fondamentale pour l’élaboration des classes
d’arguments (Gross G., 1995a et 1995b).
39
Une grande partie des adjectifs composés est constitué d’un Préposition et d’un déterminant suivis d’un
267
Luc est en retard.
Le but de notre travail est de faire une description linguistique des prédicats adjectivaux
remontant à tous les domaines appropriés à ces adjectivaux (disposition d’esprit, sentiment,
comportement, affect…) afin d’en dégager une modélisation adaptée au traitement
automatique du comorien et du français. Il faut rappeler que la description de ces prédicats
adjectivaux voir des classes d’arguments « doit se prêter à la formalisation et être
entièrement explicite, l’ordinateur n’ayant pas d’intuition susceptible de compenser les
manques d’un programme de reconnaissance ou de génération qu’on lui fournit ».
Nous précisons que les caractéristiques de tous les domaines relatifs à ces prédicats et les
sous-classes des prédicats de sentiment (la peur, la joie, la tristesse…) seront étudiées dans
les annexes.
Nous précisons également que la notion de classes d’objets s’applique à ces suites
adjectivales figées où les prédicats adjectivaux sélectionnent tous seuls explicitement les
arguments avec lesquels ils se construisent. Ces arguments n’appartiennent pas aux mêmes
classes sémantiques. Ainsi, la notion des classes d’objets intervient et s’impose comme
nécessaire à l’élaboration des classes sémantiques homogènes. Nous entendons par classes
d’objets une méthode linguistique « conçue comme un dispositif théorique qui permet de
traiter la polysémie, la synonymie et le figement à partir des relations d’appropriation ».
Ainsi, la locution prépositionnelle à la mode ne tolère qu’elle appartienne à toutes les
classes. Elle est notamment appropriée aux classes de vêtement.
268
<N0 = N-hum>, à la mode : tes chaussures sont à la mode.
Nombreux sont les adjectifs complexes qui sélectionnent des sujet humains <N0 = Nhum>
(classe des humains).
Au-delà des classes que nous avons décrites, on pourrait appliquer dans le chapitre suivant
le même type de réflexion à la formation des sous-classes (classe de transport, de boisson,
de maladie, des écrits…) du sous-type Prép N et d’une autre classe qui se nomme les
prédicats de couleurs du sous-type Adj comme N). La formation de ces prédicats
adjectivaux notamment de couleur s’ouvre aussi à plusieurs classes notamment blancs,
rouge, jaune, noir, rose. Chaque couleur forme une classe. Cette classification sémantique
joue également un rôle déterminant pour la formation du vocabulaire des couleurs dont le
comportement syntaxique a recours à des arguments (Nhum, N-hum, Npc). Une grande
269
partie de ces locutions adjectivales sera extraite des autres classes déjà établies. Ce choix
est plus pertinent dans la mesure où « les prédicats de couleurs du sous-type Adj comme N
représentent eux aussi un ensemble parfaitement normalisé, dans le cadre des séquences
figées à caractère adjectival: rouge comme carotte, blanc comme neige, jaune comme un
citron, noir comme du cirage, vert comme un rayon d’Aldébaran.
Les adjectifs composés sur hama est une partie composante du discours. Il y a deux
manières possibles de construire ces adjectifs selon le contexte. Nous rappelons qu’il ne
s’agit pas de faire ici une redondance sur la notion de l’adjectif en comorien dont une
étude syntaxico-morpho-sémantique a été faite dans les chapitres précédents. Ici, il est
question de montrer, de toucher la particularité signifiante de cette partie du discours dont
la variation du sens se prête à une confusion qui se résout difficilement. En effet, en
comorien, certains verbes s’emploient, on l’a vu en haut, comme adjectif dans des
comparaisons figées et qu’il serait très difficile de faire une distinction absolue entre ces
deux parties du discours, c’est-à-dire le verbe et l’adjectif. Prenons par exemple le cas de –
wawa, -djipva, -runga. Chacun de ces mots a à la fois une valeur verbale et une valeur
adjectivale.
Leputu ngaliwawao. Cette phrase comme toutes les phrases ci-dessous mentionnées donne
lieu à deux interprétations différentes: -uwawa hama putu « piquant comme le piment » ou
« pique comme le piment ». Il en est de même pour –runga: -runga hama shiba « piquant
comme l’épine » ou « sentir comme l’épine ».
Cette manière d’exprimer l’adjectif en comorien composé sur hama présente deux
constructions différentes. La première construction se résume à une suite ayant à la fois un
270
prédicat verbal dont le sens est transparent suivi d’une comparaison figée introduite par
l’adjectif: omtuzi ngowawao hama putu « la sauce est piquante comme du piment ». Dans
cette comparaison, l’outil de comparaison hama est encadré par un adjectif et un nom (A
hama N). En clair, l’adjectif est antéposé. Nous précisons que l’antéposition de l’adjectif
est une caractéristique qui s’opère rarement en comorien. Nombreux sont les adjectifs
simples qui rejettent cette tournure: *mwema mwana,* mtsala mdri, *mnene mdru, *mdu
mdru. L’antéposition de l’adjectif s’observe donc dans les comparaisons figées à caractère
adjectival. Dans cette première construction, l’adjectif est supprimable car il échappe au
figement. On peut dire tout simplement hama putu sans pour autant prononcer le
comparé40. Il n’y a que hama putu qui est figé. La deuxième construction de l’adjectif
composé sur hama incarne une structure dans laquelle l’adjectif en question et la
comparaison sont totalement
figés. Par exemple: -du hama izinga, -le hama mnazi, -titi hama kulimba, -havu hama
nganu. –hali hama itsangu.
Si l’on procède à établir une comparaison entre ces deux structures adjectivales, sur le plan
linguistique, nous pourrons dégager les critères classés dans le tableau ci-dessous. Nous y
mettons au clair l’intermédiaire (copule), les critères distributionnels et l’accord en classe,
l’opacité sémantique (transparent, opaque).
Première structure
Intermédiaire (copule) + – + –
Place (distribution) + – + –
40
La possibilité de cette construction typique notamment au shingazidja, dialecte parlé à la grande Comore,
langue de notre thèse, s’explique par le fait que le shikomori (le comorien) est une langue à vocation orale.
271
accord + + + –
opacité – – + –
Deuxième structure
Intermédiaire (copule) + – – +
accord + + + +
opacité + + – +
Nous pouvons clairement remarquer que dans la première structure, l’emploi de l’adjectif
attribut est facultatif alors que dans la deuxième structure l’attribut est un élément essentiel
pour la comparaison figée.
Position attribut
Épithète détachée
Apposition
Conclusion
Ce travail sur les adjectifs complexes du sous-type Prép N et sur la comparaison figée du
sous-type Adj comme N dont l’adjectif occupe la place la plus importante s’intéresse au
développement des expressions figées ignorées dans le milieu linguistique comorien et
sérieusement étudiée en français. Cette étude fait état de plusieurs raisons qui justifient
l’importance de recenser, lexicaliser, décrire et analyser ces séquences adjectivales en
comorien et en français afin qu’elles soient reconnues par la machine. En effet, l’habileté à
informatiser ces deux langues notamment le comorien constitue une grande réussite en
communication.
273
CHAPITRE 8
ANALYSE INTERNE DES SÉQUENCES
FIGÉES À CARACTERE ADJECTIVAL
Nous nous limitons dans notre travail au cas des expressions figées à base adjectivale,
excluant d’emblée les proverbes. Ces séquences considérées par les linguistes comme le
reflet du patrimoine culturel d’une communauté, un phénomène central du langage ont fait
l’objet de nombreuses études en français notamment. Fort malheureusement les définitions
ne sont pas univoques. R. Martin affirme en 2007: « Nous sommes nombreux à trouver que
c’est un thème admirable, sans savoir avec netteté ce que c’est ». Nous entendons par
séquence figée à caractère adjectival toute suite de nature polylexicale (une séquence qui a
plusieurs mots ayant ou non une existence autonome) ayant les caractéristiques d’un
adjectif qualificatif simple dont le sens de ses constituants n’est pas compositionnel. Ces
suites sont généralement composées dans les premiers chapitres de notre travail, on les a
vues notamment dans le chapitre 7, d’une préposition suivie d’un substantif. Cette structure
syntaxique convainc les linguistiques notamment P-A. BUVET, G. Gross à les catégoriser
comme adjectifs complexes ou composés. Les arguments linguistiques qu’ils ont avancés
figurent bel et bien dans leurs écrits « nous considérons à la mode, de bonne humeur, à
l’abandon et en perte de vitesse comme des suites adjectivales complexes, puisqu’elles ont
les mêmes propriétés que les adjectifs simples : cette fille est (belle, à la mode), une fille
(belle, à la mode) attire tous les regards, cette fille est (belle, à la mode) et sa sœur l’est
aussi ». Pierre-André BUVET accorde aussi une grande importance à cette catégorisation
attribuée à ces suites plus ou moins figées appelées dans la grammaire traditionnelle
syntagmes prépositionnels « Nous étudions des séquences lexicalisées plus au moins figées
introduites par la préposition en catégorisées comme adjectifs (il est en chute libre, il est en
274
retard) ». Nous, Après avoir étudié leur caractère plus ou moins figé dans le chapitre 7, il
nous incombe de faire leur taxonomie dans ce chapitre afin d’entreprendre leur étude
syntaxique interne sans laquelle on aurait une complication liée à leur règle grammaticale.
En effet, ces séquences doivent figurer dans un dictionnaire électronique avec les mêmes
informations que ces adjectifs qualificatifs simples qui acceptent notamment la position
attribut, épithète, le détachement, la prise anaphorique, la pronominalisation, l’effacement.
Nous précisons que nous devons nous baser nécessairement sur ces critères afin de tenir le
bon bout. Dans le cas contraire, nous aurons du mal à connaître le chemin par lequel il faut
passer pour aborder l’analyser interne de ces adjectifs composés dont les prépositions
jouent aussi un rôle majeur. Nous rappelons encore une fois que cette analyse syntaxique
interne concerne uniquement les adjectifs complexes en français et en comorien. Puisque
ce chapitre est la suite logique du chapitre 7, nous allons établir une classification en
fonction des prépositions mais aussi en fonction de surface des catégories adjectivales dans
laquelle nous montrerons comment les prépositions harimwa, ni, ou à, dans, sur, sous…
sont seulement incidents à un nom et non à un verbe ou à une phrase. Toutefois, nous
rappelons que cette énumération est loin d’être exhaustive. Cette typologie a cependant un
sens car elle donne lieu à comprendre la diversité et les différentes structures de ces
adjectifs complexes qui relèvent de ces deux langues. Ces syntagmes prépositionnels sont
en outre susceptibles d’entretenir diverses relations syntaxiques dans la phrase simple. Ils
peuvent selon la grammaire traditionnelle avoir la fonction d’un complément circonstanciel
de manière, de lieu, de temps, de cause... Ces morphèmes grammaticaux ne sont pas donc
cantonnés à une seule fonction grammaticale. En conséquence, nous ne les voyons pas
dans notre travail comme des simples intermédiaires parce qu’elles peuvent, on a vu plus
haut, être en emploi prédicatif actualisés le plus souvent par les copules de ces deux
langues. Leur complicité s’explique d’abord par leur structure syntaxique et leur sens plus
ou moins opaque.
275
ou la composition, à côté de. D’un point de vue relationnel, en revanche, les prépositions
sont diversement considérées ».
Dans notre étude sur les séquences figées à caractère adjectival, nous avons reconnu dans
la langue comorienne deux types de syntagmes prépositionnels41 : les syntagmes
prépositionnels composés de la préposition harimwa vue comme une simple préposition
suivi d’un substantif, harimwa raha, harimwa wafati, harimwa swala et un deuxième
syntagme prépositionnel composé du connectif ni soudé au nom qui le précède,
hotrangani, hoswalani. Ils ne fonctionnent pas différemment dans le discours. En effet, ces
deux prepositions exercent la même fonction et véhiculent, on l’a vu plus haut, la même
information même si elles se diffèrent sur le plan morphologique. Dans cette conception, le
noyau du syntagme introduit par les prépositions harimwa, ni est le nom.
Pour délimiter le recensement, nous avons procédé à la relevée, dans notre corpus, des
syntagmes prépositionnels qui se construisent avec harimwa et ni qui peuvent être
actualisés par la copule hukaya ou qui peuvent se construire avec le présent progressif.
Nous nous limitons dans ce chapitre à l’analyse syntaxique de ces suites plus ou moins
figées étant en emploi prédicatif. En conséquence, nous excluons dans notre travail les
syntagmes prépositions qui ne répondent pas à cette caractéristique telles que harimwa
pandza, harimwa mapesa, harimwa ilimu, dzahani, harimwa dzaha, baoni, bweni… Ils ne
s’emploient pas dans des phrases simples ou complexes comme adjectifs qualificatifs
simples ou complexes. Nous prenons par exemples les phrases suivantes :
41
Il peut y avoir plusieurs syntagmes prépositionnels en comorien mais on a retenu ceux dont les critères
276
<Harimwa pandza>
<Bweni>
<Unanyileni>
278
harimwa N : harimwa adjali
279
Nous mesurons le progrès et l’inachèvement de ces adjectivaux introduits par la
préposition harimwa équivalente à dans en français. Nous parlons du progrès car le
recensement de ces syntagmes prépositionnels est le fruit de notre recherche personnelle.
Nous parlons de l’inachèvement car la liste comprenant ces adjectivaux est exhaustive. Ce
constat s’observe dans l’emploi des autres prépositions où elles sont toutes incidentes à un
nom. Nous rappelons qu’une préposition et un nom peuvent former un couple qui reste
immobile s’il est actualisé par la copule hukaya, c’est-à-dire s’il occupe la fonction d’un
adjectif.
Le syntagme prépositionnel n’est pas donc facultatif dans les séquences figées à caractère
adjectival. Par contre, il peut être mobile voir facultatif s’il s’emploie dans des phrases où
il peut occuper d’autres fonctions.
Ngapvo heri.
Le syntagme prépositionnel harimwa adjali peut même être remplacé par une expression
de même sens ou de sens équivalent.
Ali nguenshi.
280
harimwa = à
harimwa emambizo
harimwa endola
harimwa ousukani
281
harimwa N: harimwa laha
282
harimwa N : harimwa dhwamana
Il n’existe pas un nombre important d’adjectifs composés sur la base de cette préposition
bien qu’elle ait un rôle syntaxique et sémantique non négligeable dans les adjectifs
composés où la préposition harimwa indique, comme en français, qu’une chose ou une
personne est située très bas ou en position inférieur par rapport à une autre.
Les syntagmes prépositionnels composés sur harimwa équivalents à sur en français sont
introduits généralement par le défini e placé généralement avant le nom. C’est le caractère
le plus marquant de ce syntagme prépositionnel dont la préposition harimwa a une valeur
locative.
Nni : uwadeni
Nni : furahani
Nni : kongowoni
Nni : mashashini
Nni : fikirani
Nni : mashakani
283
Nni : adjalini
Nni : undrwadingoni
Nni : unatrengweni
Nni : deneni
Nni : trobweni
Nni : twamaani
Nni : hadisini
Nni : tabirini
Nni : mtsangoni
Nni : mvulini
Nni : mbioni
Nni : idukuni
Nni : djendoni
Nni : mswibani
Nni : mbwanani
Nni : trangani
Nni : ndolani
Nni : rahani
284
Nni : malengoni
Nni : mahaulioni
Nni : idani
Nni : biyasharani
Nni : djuzoni
Nni : pvinguni
Nni : mashindanoni
Nni : mtwalani
Nni : udjenini
Nni : mtangoni
Nni : ndimani
Nni : malapveni
Nni : uzadeni
Nni : halitaabani
Nni : fidjoni
Nni : trambaoni
Force est de reconnaître que tous ces syntagmes prépositionnels catégorisés comme
adjectifs complexes peuvent être actualisés par la copule hukaya qui, malgré son statut
syntaxique, (verbe support) est effaçable. Ce critère s’avère pertinent dans la mesure où il
nous rassure que tous les syntagmes prépositionnels composés sur harimwa et ni ne sont
pas candidats aux prédicats adjectivaux. En effet, beaucoup de syntagmes prépositionnels
285
ne répondent pas à ce critère qui fait qu’on conserve les syntagmes prépositionnels utiles et
appropriés dont le comportement syntaxique est similaire à celui des adjectifs qualificatifs
simples.
Nous avons préféré passer sous silence un commentaire sur les variations sémantiques de
la préposition ni. En effet, la variation de son sens est proche de celui de la préposition
harimwa. Cet objectif n’est pas explicatif mais théorique dans la mesure où il offre une
réflexion sur la notion du sens multiple de cette préposition qui est inhérent au nom.
Notre analyse syntaxique interne se transforme vite en une typologie des syntagmes
prépositionnels en sens multiple. Peut-être qu’il serait une faute linguistique grave de
passer sous silence cette notion linguistique (la polysémie) par le fait que le comportement
polysémique des harimwa et ni a fait que ce phénomène s’impose peu à peu et reste
286
également au cœur de notre analyse interne, où ces mêmes prépositions s’avèrent comme
élément de base pour la tournure des séquences figées à caractère adjectival. Ainsi, notre
analyse interne reconnaîtrait à ces divers adjectivaux les valeurs suivantes :
Valeur émotionnelle.
Valeur temporelle
Ngasi harimwa makati madziro. « Nous sommes dans une période difficile ».
Nous avons relevé dans notre corpus les syntagmes composés sur les particule –u et ni dont
on n’arrive pas à identifier la fonction.
hunikadjuu
trobweni
fukatredjuu
hiridjuu
djandodjuu
madji maleni
madjakani
Nous rappelons que nous prenons en compte, non plus la préposition, mais le syntagme
prépositionnel dont elle participe.
287
d’adjectif et encore en emploi prédicatif et se scindent, en plus, différemment en classes
sémantiques:
Nous rappelons que nous sommes toujours dans l’obligation d’avoir recours à cette batterie
de tests nous permettant de délimiter notre travail car elle distingue les séquences figées en
position d’adjectif des séquences figées n’ayant pas ce statut telles que au fur et à mesure,
en la matière, en grosso modo, en revue 42…
Toutefois, notre analyse syntaxe interne ne se résume pas seulement à l’identification des
classes sémantiques, notion qui serait abordée dans les annexes. Notre objectif est
notamment de proposer, structurer et tester des indices s’apprêtant à être reconnaissables
par la machine. Ce mécanisme va nous permettre de pouvoir distinguer différents degrés
d’autonomie de ces adjectifs complexes. Pour atteindre ce but, il va falloir, comme l’a
constaté Gaston Gross dans son manuel linguistique qui s’intitule Manuel d’analyse
linguistique, que nous montrions comment ces adjectifs composés se structurent dans un
contexte où ils sont précédés des prépositions des fonctions différentes. Parmi les
42
Nous avons montré la méthode dans le chapitre 7 la méthode syntactico-sémantique nous
288
syntagmes prépositionnels en emploi prédicatif qui se produisent quantitativement en
français, nous avons relevé dans notre corpus ceux qui sont précédés de en, de dans, de à,
de sous, de sur, de de. Cette relevée méthodique et syntaxique va nous permettre de définir
une mesure spécifique de productivité, qui permettrait également d’évaluer la régularité
entre l’association de la préposition et le nom recteur dans l’adjectif complexe. Le choix de
cette méthode très efficace dans la tâche de désambigüisation s’avère prometteur pour
mettre en évidence différents types d’emplois prépositionnels. Les types de classement
sont aussi très divers car ces adjectifs à forme complexe sont formés des prépositions de
fonctions et objectifs différents. Le but est de développer des méthodes d’analyses
linguistiques pouvant générer des classes sémantiques différentes. C’est un axe fort du
traitement du figement et de la polysémie depuis les travaux de Gaston Gross sur la notion
des classes d’objet, P.A. BUVET sur les trois fonctions primaires et de Salah Mejri sur le
figement lexical.
De nombreuses pages seront consacrées, pour repartir du bon pied, à la construction des
adjectivaux qui se construisent sur le même modèle que les adjectivaux comoriens car
nombreuses sont les prépositions qui sont incidentes à un nom. Les variations d’usage de
ces prépositions françaises sont diverses. Chaque préposition notamment en, à, dans
constitue un corpus suffisamment volumineux. Notre corpus comprend plus de 450
adjectivaux construits sur la base de la préposition à. Nous comptons cependant être brefs
en les décrivant dans ce chapitre. Nous prenons en compte les prépositions qui introduisent
un complément d’adjectif. Il va falloir que ce dernier soit actualisé, conjugué par la copule
être.
Notre analyse syntaxique interne sur ces adjectifs à forme complexe nous permet de
dresser une grande liste qui se scinde, grâce aux différentes valeurs sémantiques des
prépositions, en plusieurs parties à l’intérieur de laquelle chacune des prépositions
françaises donne naissance à une liste exhaustive des séquences plus ou moins figée en
emploi prédicatif.
289
en N : en position, en liberté, en cours, en gage
290
en Adj N : en bon état, en bonne posture, en bon ordre
en N de N : en quart de finale
en N à N : en garde à vue
291
en N : en duvet de canard, en fonte, en terre, en recréation,
en N : en quarantaine,
Force est de constater encore une fois que nous avons choisi, pour l’analyse syntaxique
interne des adjectivaux en emploi prédicatif, d’utiliser davantage les prépositions qui
s’apprêtent à relier un nom à un autre nom, et qui introduisent des compléments d’adjectif
à forme complexe qui peuvent être actualisés par la copule être.
Ainsi, cette classification syntaxique de ces adjectivaux permet de délimiter notre travail
sur les séquences en emploi prédicatif. En effet, on a tendance à constater que la fonction
attribuée aux prépositions en, dans, à, sous, sur, de ci-dessus mentionnée est fondamentale
292
pour la construction des phrases simples où la copule être joue encore un rôle déterminant
pour l’identification des valeurs aspectuelles, sémantiques dont toutes ces prépositions ne
s’apprêtent pas à être effacées. Elles peuvent être mobiles avec le nom auquel il est attaché.
Luc est en bras de fer avec son employeur. En bras de fer avec son employeur, Luc saisit la
justice. Luc, en bras de fer avec son employeur, saisit la justice.
La mobilité des adjectifs à forme complexe dont la préposition est notamment incidente à
un nom a fait de ces séquences une suite similaire à celui d’un adjectif simple. Nous
rappelons que dans le champ sémantique des émotions contenu dans notre corpus, certains
adjectivaux construits notamment sur la base prépositionnelle font partie d’un réseau
métaphorique : en bras de fer, en plein milieu du réveillon, en flamme, dans le bras de
Morphée. Nous préférons ne pas passer sous silence l’analyse de ce phénomène dont la
valeur sémantique s’apparente à celle du figement. On a toujours tendance à considérer que
ces adjectivaux formés sur la base de la métaphore sont souvent considérés comme les plus
figés. La présence physique de la métaphore dans le discours s’avère comme un des
facteurs du figement (ex. Martin, 1997). Cette observation semble pertinente bien que cette
figure de style ne soit pas un critère définitoire du figement (Mejri, 2005 : 189). Le
linguiste SVENSON pose un regard critique sur le rapport sémantique de ces deux notions
linguistiques : « (…) cette relation parcourt un continuum qui va de la relation zéro (il n’y
a pas forcément de relation entre métaphore et figement) jusqu’à une relation très forte
(dans certaines définitions, les idiomes ont un statut de « métaphores mortes ». Nous
comptons ne pas développer en long et en large l’emploi métaphorique des adjectifs
complexes par le fait qu’ils véhiculent une valeur sémantique très particulière qui nécessite
qu’on les observe sous un autre angle très différent de celui des adjectivaux en emploi
prédicatif. En plus, ils échappent à une catégorisation satisfaisante.
Étant strictes sur le recensement de ces adjectivaux en emploi prédicatif, nous n’avons pas
pris en compte certains syntagmes prépositionnels tels en flagrant délit, avec angoisse, au
fur et à mesure, d’un coup de chapeau, à force de, à son comptoir, sous d’abondants
cheveux gris…
293
En observant les différentes constructions des adjectivaux en emploi prédicatif précédés de
la copule être, nous avons tendance à constater que certains d’entre eux permettent de
traduire l’aspect. Nous pouvons donc citer quelques uns :
Imminence
Inchoatif
Progressif
Terminatif
Tout comme en comorien, ces constructions adjectivales ne sont pas, nous avons montré
dans le chapitre 6, toujours figées au même degré de figement. Il est manfeste qu’on
observe une différence sémantique entre à feu et à sang et en formation. En effet, dans à
feu et à sang le sens est opaque. Cette séquence n’est pas fondée sur la liberté combinatoire
des mots. Alors que dans en formation le sens est transparent, c’est-à-dire le sens de cette
séquence est le produit de celui de ses éléments constitutifs. Elle est fondée sur la liberté
294
combinatoire de certains mots. Mais il faut noter que nous faisons en sorte que l’étude du
figement de ces séquences reste sommaire dans ce chapitre parce qu’il est étudié en détail
dans le chap.6. Il reste à souligner que tous ces adjectivaux plus ou moins figés ont tous
des caractéristiques fondées sur des ressemblances généralement reconnues sous le type
Prép N, mais les plus figés génèrent une réalité et un sens particulier et que leur
combinatoire est beaucoup plus restreinte. C’est la raisons pour laquelle ces deux
séquences sémantiquement différentes ne se traitent pas de la même façon.
à la N : à la hauteur, à la merci de
à le N : au supplice
à N et à N : à feu et sang
à N : à bout de nerfs
à la N : à la noce, à la rue
295
à la N : à la fiche, à la botte
à N : à charge de
à la N : aux commandes
à le N : au clair
à N : à crin
à la N : à la dévotion
à le N : au courant de
à Pé : à découvert
à V : à blâmer, à déconseiller,
296
à Adj : à mal,
à le N de la N : à l’article de la mort
à le N : à l’avenant,
à le N : au comble, au complet
à la N : à la dérive
à Dét N : au diapason
à Adv : au mieux
à la N : à la renverse
à N et à le N : à pain et à l’eau
à la N : à la porte
297
à N : à jeun
à N N : à vau-l’eau
à le Pé : au fait
dans les N : dans les vignes du seigneur, dans les bégonias, dans les choux
298
dans la N : dans la limonade, dans la bouteille
dans Poss Adj N : dans ses petits souliers, dans ses idées
dans Poss N : dans son bain, dans son assiette, dans sa jeunesse, dans ses bois
dans Poss N : dans son tord, dans son inquiétude, dans son centre
dans Poss Adj N : dans son bon droit, dans ses bons jours
299
dans Poss N N : dans son effacement augmenta
dans les N : dans les légumes, dans les mals, dans les mœurs, dans les patates
dans les N : dans les privance de, dans les prix de, dans le prolongement de
dans le N : dans le rouge, dans le ton, dans le trou, dans l’urgence, dans le vin
300
dans les N : dans les temps
de le N : de l’âge de
de bonne humeur
301
de Adj N : de bonne composition, de plain-pied, de bas étage, de bon aloi
de Poss N : de son côté, de son parti, de son époque, de sa poche, de son siècle
de N : de gaude, de droit
de la N de N : de la côte d’Adam
de N N : de poil carotte
de N et de N : de chair et d’os
302
de N Adj : de condition modeste, de garde facile
de N Pé : de parti pris
de N : de sortie, de tranchée
303
de le N de : du bord de
de le N de le N : du côté du manche
sous les N : sous les armes, sous les roues, sous les drapeaux, sous les ponts
sous les N de : sous les murs de, sous les espèces, sous les pieds
304
sous l’image, sous le marteau, sous le sens
sous les N de : sous les ordres de, sous les couleurs de, sous les traits de
sous les N : sous les fleurs, sous les tuiles, sous les verrous
sous le N de : sous le régime de, sous le talon de, sous le vocable de, sous le voile de
sous la N : sous la forme de, sous la figure, sous la bâche, sous la coupole
sous la N de : sous la bannière de, sous la botte de, sous la coupe de, sous la férule de
305
sous la N de : sous la loi de, sous la main de, sous la pantoufle de
sur les N : sur les dents, sur les attelles, sur les boulets, les brasses
sur Poss N : sur ses gardes, sur ses pattes, sur son penchant
sur le N : sur le cul, sur le rivage, sur le seuil, sur le grabat, sur gril
sur les N : sur les rotules, sur les roses, les rotules, les sondes
306
sur le N de : sur le dos de, sur le point de
sur le N : sur le retour, sur le tas, sur le trépied, sur le trône, sur le qui-vive
8. 2. N est à N = N à Dét N
La paraphrase qui s’opère dans cette sous-section nous semble devoir atteindre deux buts,
celui de récupérer les différentes classes d’objets fondées sur la syntaxe de la langue
comorienne et de la langue française « permettant de d’écrire les phrases avec la précision
nécessaire au traitement automatique, et celui de calculer le degré des séquences
adjectivales où les prépositions harimwa et ni et les prépositions françaises telles que à,
dans, sur, sous jouent notamment un rôle déterminant pour la reconnaissance du prédicat et
de ses arguments.
La préposition à introduite dans ces deux séquences est locative. Cette valeur reste
inchangée même si on effectue un changement syntaxique à l’intérieur de la séquence.
307
L’invitation de l’élève à la direction par le principal nous inquiète.
C’est une structure de base qui représente encore une étape importante en vue de
l’acquisition ou de la formation complète d’une séquence figée à caractère adjectival. Cela
peut se constater dans trois étapes différentes. Nous rappelons que nous allons utiliser la
méthodologie de Gaston Gross pratiquée dans son ouvrage Manuel d’analyse linguistique.
Tous nos exemples de cette sous-section sont tirés de cet ouvrage. Nous nous y référons
pour donner également nos exemples en comorien.
Nhum V Dét N SP
Ngapvo N SP
N-hum SP
Nhum V N SP
Ngapvo N SP
308
N-hum (V) SP
Nhum V Dét N SP
Il y a Dét N SP
N-hum V SP
Nhum V Dét N SP
Il y a Dét N SP
N-hum V SP
Nhum V Dét N SP
Il ya Dét N SP
309
Il y a de l’essence dans ce moteur.
N-hum V SP
Les syntagmes prépositionnels (SP) catégorisés comme adjectifs complexes (en pétard, en
attente, à l’écoute, dans le coma…) sont, tout comme les groupes nominaux de N de N,
l’occasion de difficultés d’analyses diverses. En effet, après avoir présenté
schématiquement les structures pour une analyse syntaxique interne de ces adjectivaux,
nous avons fini par constater que la structure de ces adjectivaux est complexe. Toutefois, la
préposition qui précède le nom (N) ou le GN joue un rôle important pour l’identification
de la structure interne de ces suites adjectivales.
Les paraphrases qui se sont opérées ou qui se résument enfin à ce pain est au raisin, à ce
pain au chocolat nécessitent qu’on emploie la copule est pour actualiser la séquence au
raisin et au chocolat. Gaston Gross a qualifié cette structure de caractéristique en donnant
plusieurs exemples pour épauler son argumentation linguistique: Luc mange du saucisson
à l’ail, ce saucisson est à l’ail; il y a de l’ail dans ce saucisson. Luc mange un gâteau au
chocolat, ce gâteau est au chocolat; il y a du chocolat dans ce gâteau. « On observera que
dans ces structures aussi, il y a de fortes restrictions sur la détermination du substantif : on
trouve le générique le mais non l’indéfini, même accompagné d’un modifieur : ce gâteau
est au chocolat, *ce gâteau à un chocolat, *ce gâteau a un chocolat fondant ».
310
Sens transparent : N0-hum être en attente.
« Nous appelons zone fixe d’une expression figée la partie de l’expression qui admet un
nombre fixe de mots simples, même si ces mots sont susceptibles de variations
morphologiques. Dans les exemples ci-dessus, les éléments de la zone fixe (à cran, à courte
vie) ne peuvent pas varier ». Nous rappelons que la copule être ayant le statut d’un verbe
support ne peut pas être considéré comme figé. La raison est qu’il peut être effacé.
Elle va encore mettre Chevestre à cran par des questions tendancieuses (Collecte, Duo,
1934, p. 124).
8.2.2. N est à N = N V à N
Les relations suggérées ici sont considérées de spéculatives par Gaston Gross dans son
ouvrage linguistique Manuel d’analyse linguistique. En effet, selon lui, les paraphrases
Emaele yanu yo yanazi, Enyungu inu yo yadongo sont plus sémantiques que syntaxiques.
Cela peut s’observer également en français où les exemples donnés par Gaston Gross sont
encore beaucoup plus variés :
« On peut ranger dans ce groupe le cas d’effacement dont on peut contrôler la trace de
façon moins aléatoire ».
311
Ali ngufanyo hazi habaya na nkodo, Ali nge harimwa baya na nkodo.
On paye Léa au rendement, Léa est payée au rendement, Léa est au rendement.
On a mis Paul à contribution, Paul a été mis à contribution, Paul est à contribution.
On voit, sur ce mécanisme, comment ces relations peuvent être appréhendées de façon
systématique dans le cadre d’un traitement syntaxique homogène, qui recouvre bel et bien
le lien entre les séquences N est à N et N V à N (ex. : Luc travaille à la merci de son
patron/ Luc est à la merci de son patron. Luc travaille à temps plein/ Luc est à temps
plein.)
312
8.2.3. Le verbe est à l’actif.
Dans cette sous-section, nous essayons de suivre un chemin déjà tracé systématiquement
par Gaston Gross. Selon lui, la création des structures nominales à interprétation
adjectivale s’avère possible grâce au verbe être à. Il n’est pas question ici de transformer
une voix active en passive mais de nominaliser un verbe « qui peut être à l’actif ou au
passif ». La tournure de ces séquences peut être observée dans le comorien et le
français où la paraphrase en est le pivot:
Ces élèves sont à l’écoute de leur professeur/ Ces élèves sont à l’écoute de leur professeur.
313
des compléments de nature différente. C’est la raison pour laquelle sa relation avec son
nom donne naissance à des contraintes sémantiques.
Notre étude portant sur l’usage des verbes employés au passif nécessite toujours qu’on
prenne obligatoirement en considération l’usage du verbe être à. En effet, la
nominalisation des formes passives est, selon Gaston Gross, conditionnée par ce verbe.
Nous avons expliqué brièvement dans les chapitres précédents les formes passives qui
s’interprètent en adjectif à forme complexe.
Paul est formé dans cette école/ Paul est en formation dans cette école.
Dire que le verbe être à permet de nominaliser les formes verbales passives est une
manière de montrer que toutes les formes verbales passives n’acceptent pas cette
nominalisation.
Par ailleurs, Gaston Gross a su rappeler que « de ce point de vue, le support il y a a des
propriétés analogues au support converse avoir (cf. Gaston Gross, 1989.) : il y a chez Luc
de l’admiration pour cette réaction, cette réaction est admirée par Luc, cette réaction a
l’admiration de Luc. Il a souligné que les formes verbales passives ne nécessitent que le
complément d’agent soit utilisé. En clair, dans la voix active, le sujet est un pronom
indéfini qui ne s’exprime jamais dans la forme passive comme complément d’agent.
314
On a libéré cet accusé (forme active)
[Link]. Traits inhérents des adjectifs employés dans les comparaisons figées
Nous définissons traits comme une unité permettant de distinguer un composant phonique,
syntaxique ou sémantique. Dans cette sous-section, la typologie des comparaisons figées à
base adjectivale nous permettra de connaître les traits syntaxiques et sémantiques des
adjectifs employés dans ces comparaisons figées, c’est-à-dire, on connaîtra dans cette sous-
section la catégorie de ces adjectifs, leur place dans les comparaisons figées (trait
syntaxique) et la pertinence de ces adjectifs employés dans ces séquences (traits
sémantique). Le caractère figé de ces séquences montrera comment les adjectifs et les
noms employés dans ces séquences sont intimement liés.
Notre étude sur les adjectifs appelés, dans la grammaire traditionnelle, adjectifs
qualificatifs employés dans les comparaisons figées est fondamentale. Ils ne marquent pas
une rupture avec les adjectifs composés étudiés en long et en large dans les chapitres
précédents. En effet, ces deux séquences ont le figement en commun. Nous rappelons
également que le figement est variable et il n’a pas toujours la même étendue, ni la même
intensité. C’est ce que nous avons bien montré dans les chapitres précédents.
Trait syntaxique.
Les adjectifs employés dans les comparaisons figées sont immobiles. Leur position attribut
dans la phrase reste inchangée. Différents des adjectifs simples, les adjectifs employés dans
les comparaisons figées se heurtent à la fonction épithète et épithète détaché. Cela peut
s’observer dans Ali nge mudu hama izinga. « Ali est noir comme une braise ».
315
cette séquence s’explique aussi par le fait que l’adjectif -udu et le nom izinga forment une
séquence.
Trait sémantique
En comorien, le sens des comparaisons figées est en général transparent parce qu’il y a
quelque chose en commun entre le comparé et le comparant. En effet, l’adjectif –udu
signifie noir et le nom izinga signifie braise (quelque chose de très noir). Alors le sens
« ordinaire » de -udu hama izinga « noir comme une braise » qui signifie udu swafi (très
noir) permet de deviner qu’on parle d’une personne qui est très noire. Ces suites qui
ressemblent à de simples comparaisons s’observent également en français où certaines
comparaisons figées n’ont pas forcément deux lectures (lecture transparente et lecture
opaque). Car l’adjectif est hors de la portée de figement. C’est le cas de l’adjectif noir dans
noir comme de l’encre qui signifie très noir et fort dans fort comme un lion qui signifie
très fort.
Nous rappelons cependant que nous ne prenons pas les adjectifs employés dans les
comparaisons figées pour des adjectifs simples mais nous les analysons comme le noyau
de la comparaison figée car « ils assurent et justifient le rapprochement entre le terme
comparé et le terme comparant ». Très souvent, on a du mal en français à déterminer ce
rapprochement entre le comparé et le comparant à cause de l’opacité sémantique. Ainsi, il
est difficile pour un étranger de pouvoir interpréter la suite donnée même s’il connaît le
sens de chaque mot.
Les adjectifs bête, sage, gai (ils ne sont pas motivés) caractérisent respectivement les noms
pieds, image, pinson. Ils sont inséparables et nécessaires à ces noms. Chaque adjectif ne
représente pas forcément le sème commun qui a été choisi comme motif de la
comparaison. Ils expriment une qualité et indiquent un état.
316
Adjectifs exprimant une qualité physique
fort un bœuf
Notre analyse sémantique nous est nécessaire pour la reconnaissance des traits inhérents
des adjectifs employés dans les comparaisons figées.
[Link]. Champs sémantique des adjectifs employés dans les comparaisons figées.
Il est bien évident que la typologie faite sur les comparaisons figées à base adjectivale en
comorien et en français montre que ces deux langues sont dotés des adjectifs qui ont un
champ sémantique extrêmement large. Par champ sémantique, on entend généralement un
ensemble de termes (mots ou expressions) que recouvre tel ou tel concept. En comorien
tout comme en français, on peut trouver, par exemple, dans les comparaisons figées à base
317
adjectival, des comparaisons dont les adjectifs appartiennent à des champs sémantiques
largement divers.
Le plus souvent, on trouve des adjectifs dont la signification montre l’état dans lequel
l’être humain se trouve : -wawa hama itsangu, -lenga hama utseo. Ces caractéristiques
sont semblables à celles rencontrées en français, où la même idée d’intensité forte peut être
rendue de diverses manières. En effet, pour les qualités essentielles de l’être humain, ainsi
que pour les situations les plus fréquentes auxquelles l’être humain se confronte, il y a un
paradigme des termes comparants dont chacun met en évidence de manière exemplaire la
situation envisagée. Ainsi, le champ sémantique des comparaisons figées à base adjectivale
est, en français, beaucoup plus large qu’en comorien. Nous pouvons mentionner les
comparaisons idiomatiques françaises dont les adjectifs expriment une qualité. Toutes ces
comparaisons figées à base adjectivale forment une séquence dans laquelle on peut aussi
observer des adjectifs ayant une caractéristique passagère d’un individu.
La langue française est bel et bien connue pour ses multiples ressources d’expressivité.
Cette richesse linguistique s’observe notamment dans l’emploi des comparaisons à base
318
adjectivale dont les adjectifs exprimant la qualité physique notamment humaine est non
négligeable.
319
Nous rappelons qu’en français le N0hum est un argument de référence qui s’emploie le
plus souvent dans les comparaisons figées à base adjectivale, où le champ sémantique de
défaut est mis plutôt en évidence.
320
Adj comme N : gros comme une loutre
Force est de constater que la typologie faite sur ces adjectifs exprimant des défauts n’est
pas exhaustive.
Nombreuses sont les comparaisons figées françaises dont les adjectifs expriment
notamment un défaut de caractère. « Grâce à l’importance des notions qu’ils expriment, à
la fréquence de leur emploi, ils contribuent, pour ainsi dire, le fond usuel du vocabulaire
adjectival ».
322
Adj comme N : faux comme un jeton
En français tout comme en comorien les adjectifs montrant une caractéristique d’un
individu dans les comparaisons figées sont en nombre limité. Cela peut s’observer par
exemple dans notre corpus où nous n’avons pas recensé un nombre important relatif à cette
caractéristique. Nous donnons à titre d’exemple des comparaisons à base adjectival en
comorien et en français répondant à ce genre de critère (caractéristique passagère).
Nous nous concentrons dans ce qui suit sur l’étude de ces adjectifs employés dans les
comparaisons figées dans le but de montrer la place capitale que ces séquences adjectivales
occupent dans les deux langues soumises ici à notre réflexion.
La réalité est qu’il n’existe pas en comorien un nombre important des comparaisons dont
les adjectifs expriment une couleur. Les couleurs existent mais s’emploient rarement dans
les comparaisons figées. Les adjectifs ne sont pas très productifs comme en français où un
seul adjectif donne naissance à plusieurs comparaisons.
324
Adj hama N : -du hama sharibo
Ces comparaisons figées se déclinent avec un nombre très limité mais elles maintiennent
une relation syntaxique d’équivalence qui peut être ressentie en français. Ils admettent tout
comme en français pour sujet un Nhum et d’autres un N-hum ou Npc.
Npc nge Adj hama N: Emihono yahe ngio midu hama misizi.
En français, le corpus comprenant les comparaisons figées à base adjectivale dont l’adjectif
exprime spécifiquement une couleur est très dense. Pour un travail soigneusement
présenté, nous comptons faire une typologie de ces adjectifs figés en les classant en
plusieurs sous classes selon la couleur qu’ils expriment (blanc, noir, vert, rouge…).
325
Adj comme N : blanc comme la craie
326
Adj comme N : rouge comme un coquelicot
327
Adj comme N : jaune comme un canari
328
Adj comme N : rose comme une crevette
329
Adj comme N : gris comme l’argent
Force est de constater que toutes ces couleurs sont exprimées par des adjectifs, et non par
des noms. Dans ce cas, ces adjectifs employés dans ces comparaisons figées s’accordent,
comme un adjectif simple, en genre et nombre avec le nom qu’ils qualifient.
On a pu observer plusieurs cas complexes des séquences. Cette complexité s’observe dans
le domaine de la syntaxique, de la sémantique et du lexique. Tel est le cas des
comparaisons figées à base adjectival. Nous avons retenu que ces séquences figées du
sous-type N est Adj comme N est le cas le plus productif notamment en français. Ce
schéma syntaxique peut s’observer cependant dans les constructions libres : Paul est beau
comme un acteur de cinéma. Paul est bête comme un supporter de foot. Toutefois, les
constructions des comparaisons largement classées ci-dessus sont figées car « contraintes
du point de vue des modifications lexico-syntaxiques qu’elles peuvent subir ».
330
? Léa est moins têtue qu’une mule.
Différentes des constructions libres, les constructions des comparaisons figées à base
adjectivale ne laissent pas penser que leur sens est compositionnel. Observons que le sens
des adjectifs employés dans ces comparaisons figées (sourd, con, têtue) s’éloignent de son
sens habituel car ils sont complètement opaques.
Nous pouvons formuler l’hypothèse que moins la comparaison à base adjectival est figée,
plus elle n’est pas contrainte dans le domaine de la sémantique, c’est-à-dire la comparaison
ou plutôt l’adjectif se comprend sans contrainte aucune.
Notons que la transparence sémantique s’observe surtout dans les comparaisons figées
dont les adjectifs expriment notamment la couleur. La preuve est que le figement des
comparaisons ci-dessus mentionnées ne s’accompagne pas nécessairement d’un sens
opaque. Nous rappelons également qu’en traitement automatique des langues naturelles
« le sens est problème central du langage en général, et des expressions figées en
particulier. En effet, leur caractère non compositionnel rend la question de la description
sémantique particulièrement épineuse, les différents degrés de figement et de semi-
figement ajoutant à cette complexité.
Les comparaisons figées à base adjectivale qui font l’objet de notre étude font partie des
expressions idiomatiques. Ces comparaisons idiomatiques sont soumises à notre réflexion
car elles occupent un grand espace dans les structures figées amplement étudiées dans les
chapitres précédents. Certains linguistes s’accordent donc à les définir comme « un
regroupement fait par au moins deux mots, dont les membres sont obligés d’être utilisés
331
ensemble et une construction des structures sémantiques qui ne permet jamais d’enlever
l’un de ses éléments (Robins, 1968: 70). Cette définition nous apprend à constater que le
regroupement des mots et le figement partagent un point commun et sont indispensables
pour la construction des expressions idiomatiques. Ainsi, les comparaisons étudiées en
comorien et en français répondent bel et bien à cette définition.
Dans une comparaison figées à base adjectivale du sous-type N nge Adj hama N/ N est Adj
comme N l’adjectif et le comparant sont sémantiquement liés. Ils forment un bloc où son
sens n’est pas à comprendre selon ses éléments. Ali ye mudu hama izinga. La forme du
comparant izinga reste inchangée. Il ne s’accorde pas en classe même si le comparé se met
au pluriel. Puisque l’adjectif s’apparente sémantiquement au référent (le comparant), ce
comparant ne forme pas un paradigme. D’ailleurs, en comorien, le choix se porte le plus
souvent sur le référent dans les comparaisons figées à base adjectival. Elles n’ont pas deux
lectures.
Le cas des expressions idiomatiques françaises est contraint. La comparaison est inscrite
comme unité figée et idiomatique. Étant également idiomatique, le comparant a une
structure qui se heurte à une variation morphosyntaxique ou n’entre pas dans la
constitution d’une forme plus large.
332
Luc est bête comme ses pieds.
Les comparants pieds, image, pie sont figés. Ces éléments de référence ne forment pas un
paradigme. Leur relation avec les comparés n’est pas relative. Elle n’est pas non plus
motivée. Le paradigme du comparant s’effectue exceptionnellement en français dans ces
comparaisons où la relation sémantique du comparé assurée par l’adjectif encore
idiomatique avec le référent peut être motivée, non motivée ou opaque.
Par exemple:
Il faut noter que dans ces comparaisons idiomatiques le choix se porte tout comme en
comorien sur le référent qui ne forme pas aussi un paradigme.
Nous avons exclu de notre étude les constructions verbales figées comoriennes du sous
type V comme N : hurongowa hama mpushe-mbuwa, hula hama mbe, hurema hama mvu,
hunena hama mzungu et françaises du sous-type V comme N : saigner comme un bœuf, se
porter comme un charme, dormir comme une masse, râler comme un pou.
La paraphrase s’avère dans notre travail une méthode fondamentale pour la récupération
des phrases simples ayant des adjectifs complexes. Les constructions épithétiques se
présentent à la vue dans des phrases verbales. Fatima halolwa ni mwanadamu wamaana/
Emwanadamu oyi hakaya wamaana. Ali hahulu gari lafaida/ Legari linu lafaida.
Tsihelelea mwanadamu wapeu / Emwanadamu oyi hakaya wapeu.
333
En français, comme le nom l’indique, elles s’opèrent à droite dans les phrases verbales en
position épithète précédée de la préposition de. Ce cadre permet aux deux langues des
rapprochements avec les verbes à verbe support être Prép (de). Luc croise un homme d’une
grande importance/ Cet homme est d’une grande importance. Ronaldo joue avec une
équipe en pleine confiance/ Cette équipe est pleine confiance. Ces phrases copulatives
simples constituent une très bonne base pour l’analyse et l’entrée des adjectifs complexes
dans le dictionnaire électronique. Les adjectifs comoriens et français en position épthète
ont le même statut syntactico-sémantique que les adjectifs complexes en colère, en vie,
dans l’embarras, dans le coma, en attente décrits et analysés dans les chapitres précédents
selon leur portée de figement.
En comorien, les noms employés comme adjectifs sont complexes. Ces substantifs qui
peuvent être en position attribut dans des phrases simples s’inscrivent dans le cadre du
lexique-grammaire. Notre étude sur les séquences figées à caractère adjectival en comorien
a recours à ces unités lexicales pour contribuer à l’enrichissement de la langue comorienne
dont les thèmes adjectivaux sont très limités. Ces unités lexicales ont un paramètre unique
dans la langue comorien.
Ces unités lexicalisées s’inscrivent dans le cadre du type 4 de notre étude où l’adjectif en
emploi prédicatif est formé d’un adjectif et d’un nom ou d’un nom et d’un adjectif (cf.
Buvet, 2008).
Par exemple :
334
En position attribut, les adjectifs en emploi prédicatif mcafu-mabanguzi, bwe-lodiha,
madji-madziro, mtsovuwaradhi sont idiomatiques. Leur caractère figé s’explique par les
différents points de vue théoriques décrits dans les chapitres précédents.
V Pron: Attrape-tout
V en N : boute-en-train
Tout N tout N : Tout feu tout flamme, tout sucre tout miel
N de N : Fin de siècle
335
N N de N : couleur pain d’épices
Pé N : Cousu-main
Non-Adj : non-violent
Préf Pé : contre-indiqué
Préf N : contre-attaque
336
Adjectifs composés sur un nom propre.
Npropre+al : extrême-oriental
Conclusion
Notre corpus des adjectivaux en comorien est le fruit d’une enquêtes et des interviews. Il
est constitué également au moyen des matériaux « naturels » regroupés en vue d’une
recherche tels que des articles de journaux, des recueils de contes, de poèmes, des romans
comoriens d’expression française, des récits, des témoignages, des discours politiques.
Ainsi, tout ce qui est dit et écrit est susceptible d’être soumis à notre réflexion afin de
constituer un corpus assez important pour l’étude des adjectifs à forme complexe. En
conséquence, nos recherches menées sur les séquences figées à caractère adjectival en
comorien et en français ont porté pour une large part sur la construction des adjectifs
complexes. A la lecture analytique de ce corpus, on a réalisé que les adjectifs à forme
complexe peuvent figurer sous diverses formes : ils peuvent être du sous-type être Prép N
et des comparaisons figées à base adjectivale du sous type Adj hama N et Adj comme N
dont les points de ressemblance sont très significatifs. À partir des observations
rassemblées, notre corpus fournit l’occasion de tenter un tri. Cela laisse à penser que tous
les syntagmes prépositionnels ne sont pas en emploi prédicatif. Cela s’observe et se justifie
au niveau des deux langues soumises à notre réflexion. Pour reconnaître les prédicats
adjectivaux contenus dans notre corpus, nous nous sommes inspirés des méthodes
présentées par Gaston Gross appliquée soigneusement dans ses différents ouvrages
linguistiques. Ces méthodes n’ont pas été construites dans le seul but de relever ces suites
adjectivales mais aussi de surmonter des difficultés qui relèvent de leur structure
syntactico-sémantique. Elles répondent également à des exigences nouvelles permettant de
reconnaître le prédicat et ses arguments. Nous précisons que ces méthodes varient selon le
degré du figement de la séquence donnée. Cette manière de caractériser les adjectifs
337
composés donne lieu à reconnaitre également les différentes classes sémantiques sans
lesquelles on aurait toujours du mal à traiter la question de la polysémie.
Rappelons que nous avons reconnu deux types de prépositions participant à la formation
des adjectifs complexes où elles instaurent une relation entre le N0 et le reste de la phrase,
ces prépositions unissent le nom au complément d’adjectif. Toutefois, on est en pleine
confusion sémantique par le fait que ces deux prépositions comoriennes harimwa et ni sont
morphologiquement différentes mais équivalent sémantiquement. Le locuteur a, sans
contrainte sémantique, le choix d’employer un syntagme à la place d’un autre sans porter
atteinte au sens la phrase.
C’est un rappel salutaire sur un point fondamental. En effet, on s’attendait que chacune de
ces deux prépositions ait un rôle spécifique à jouer pour la variation sémantique des
syntagmes prépositionnels. Puisque les séquences plus ou moins figées sont construites
généralement sur la base de ces prépositions ayant leur sens équivalent en français, nous
devrons tirer une conclusion plus précise en disant que la ressemblance entre les adjectifs
complexes comoriens et les adjectifs complexes français s’observe notamment sur l’ordre
des mots et leur comportement sémantique.
Les adjectifs employés dans les comparaisons figées expriment, comme un adjectif simple,
une manière, une qualité de l’être ou de la chose désignée par le nom auquel il rapporte.
Leur spécificité s’explique par plusieurs raisons: ils ne sont pas mobiles, ils rejettent la
fonction épithète et la mise en apposition. Ils ont une place fixe dans les comparaisons dans
lesquelles ils sont employés. Ils ne peuvent pas être transformés en syntagme nominal par
l’effacement de la copule.
Adjectif simple (figé) : il est gai comme un pinson *ce pinson gai
338
CHAPITRE 9
RÉSULTAT DE L’ÉTUDE
Ce dernier chapitre de notre travail semble être un travail synthétique purement contrastif.
Il nous permettra de représenter, mesurer de façon beaucoup plus claire et dans une
perspective contrastive l’isomorphisme des adjectifs complexes en comorien et les
adjectifs complexes en français en emploi prédicatif. Notre observation sur les trois
résultats envisagés touchera trois points fondamentaux, nécessaires à la construction de
notre thèse notamment la présentation de la grammaire du comorien, les séquences figées à
caractère adjectival de sous-type Ali hakaya harimwa shida et les comparaisons figées à
base adjectivale de sous-type Ali ye mudu hama izinga ou Luc est bête comme un chou. Ce
choix s’explique par le fait que tout au long de notre travail notre point de vue tourne
autour de ces différentes structures adjectivales et comparatives.
Dans cette partie purement contrastive de notre travail, nous observerons la situation
linguistique de ces trois axes pour présenter les résultats de notre travail. Nous verrons
qu’il existe certainement un très grand nombre de points communs entre la langue
comorienne et la langue française même si elles se diffèrent par fois morphologiquement.
Il n’est pas étonnant qu’on compare une langue agglutinante à une langue flexionnelle
historiquement et géographiquement différente. En effet, la question ne se pose pas si une
de ces deux langues est faible ou forte. Ce travail contrastif vise d’abord à déterminer, dans
le cas échéant, la présence d’un transfert syntaxique voir accentuel du comorien vers le
français. L’objectif est de faire en sorte que le français et le comorien se situent au
croisement des domaines de la linguistique contrastive, de l’informatique et de
l’intelligence artificielle. Ceci constitue une notion importante dans l’apprentissage de ces
deux langues. Puisque nous nous sommes intéressés à la question du traitement
automatique des langues naturelles en vue de constituer un dictionnaire électronique, cette
339
étude contrastive innovante est, certes, une priorité. Cette perspective s’inscrit dans le
cadre du lexique-grammaire notamment du comorien qui n’a jamais fait l’objet d’étude
dans ce domaine. C’est pourquoi il a été très important de donner une description plus
détaillée de cette langue qui n’est pas sortie de son statut oral et de faire une typologie de
différence de ses adjectifs complexes dans une perspective contrastive. Cette étude
comporte également une description détaillée da la phonétique, de la phonologie et de la
morphologie. Ceci a abouti à la conclusion que le comorien, langue fondamentalement
bantoue est composée, comme la langue française, de lettres latines dont l’accent tombe
sur la dernière syllabe (mbaba, trama, msihiri, dzihiro) mais on ne le précise toujours pas
en français. On trouve qu’en français, on pratique « la variation de hauteur pour
essentiellement varier la mélodie de la phrase (affirmation, question, insistance, ordre… ».
340
9. 1. Résultat de la première phase
La première partie de notre travail offre une description détaillée du comorien. Dans cette
partie, nous avons montré les propriétés linguistiques de cette langue à classe nominale.
Nous avons enfin découvert une grammaire foisonnante dont la notion du genre (féminin,
masculin, neutre), les déterminants indéfinis, contrairement à la langue française,
n’existent pas.
Ali nguwaho nyumba/ Ali construit maison « Ali construit une maison. »
L’absence des articles indéfinis, de la notion du genre est donc l’une des caractéristiques
de la langue comorienne, qui fait qu’il y a sur ce point une très grande différence entre elle
et le français.
Toutefois, le comorien tout comme le français indique une règle d’ordre: S V O. Le sujet
se place avant le verbe et le complément après. L’ordre de la phrase canonique comorienne
est le suivant:
V : la « mange »
341
Il est bien évident que la grammaire comorienne assure une bonne formation de la structure
et un ordre des mots à la manière du français. L’inversion du sujet dans la phrase
interrogation s’opère dans la grammaire du comorien sans que la phrase perde son sens.
Dans une phrase interrogative le verbe se place nécessairement avant l’objet et le sujet
après. Seule la place des pronoms possessifs, démonstratifs diffère. Ces déterminants se
placent après le nom.
Le comorien et le français se ressemblent notamment dans l’ordre des mots dans la phrase.
Les exemples ci-dessus mentionnés en sont une illustration. Mais dans bien de cas, il est
impossible d’établir des critères de ressemblance rigoureux par le fait que les déterminants
sont quasiment absents à la construction des phrases canoniques comoriennes. Ceci est
l’une des difficultés rencontrées tout au long de notre travail.
Nous rappelons également que le système d’écriture du comorien s’écarte cependant sur
certains points des conventions phoniques usuelles.
tr = [t] (rétroflexe)
dz = [dz]
342
ts = [ts]
pv = [β]
Mama (= maman) [m a m a] [m a m ã]
Radio (= radio) [r a d j o] [r a d j o]
N0hum hukaya Prép N : Emwana nge harimwa izingiri/ L’enfant est dans embarras
« l’enfant est dans l’embarras ».
343
Legari ngilo harimwa hifadhwi
N-hum V Prép N
N-hum V Prép N
Cette méthode entreprise aux années 30 par Bloomfield (1933) est relative à l’analyse
structurale qui fait que les parties du discours sont définis à travers leur position dans la
phrase : « tous les mots qui pourraient occuper le même ensemble de position (…) doivent
appartenir à la même partie du discours ». Ainsi, en analyse distributionnelle, on peut dire
que les pronoms possessifs, les articles, les pronoms démonstratifs appartiennent, par
exemple, à la même partie du discours car leur distribution est la même.
Isomorphisme de forme
La grammaire traditionnelle comorienne tout comme celle du français s’inscrit dans une
langue flexionnelle. On entend par langue flexionnelle « une langue dans laquelle les
lemmes (les mots) changent de forme (soit le nombre des noms, soit le temps verbal) selon
les rapports grammaticaux qu’ils entretiennent avec les autres lemmes. Certains mots
modifient donc leur forme (sonore/ ou visuel) ; on dit d’eux qu’ils subissent le jeu de la
flexion. L’ensemble de formes différentes d’un même mot fléchi forme son paradigme ».
344
Toutefois, la morphologie du shingazidja (langue de notre thèse) est complexe. Elle se
caractérise par des pré-préfixes, des préfixes d’accord et d’affixes qui s’engendrent grâce
notamment aux classes nominales.
Le défini
Les démonstratifs
emwana oyi (cet enfant-ci), emwana uwo (cet enfant-là), emwana ola (cet enfant-là-bas)
owana wanu (ces enfants- ci), owana wawo (ces enfants-là), owana wala (ces enfants là-
bas)
Sheitranda shinu (ce lit-ci), sheitranda shila (ce lit là), ezitranda zinu (ces lits-ci),
ezitranda zila (ces lits-là-bas).
On retient trois types de démonstratifs: -nu, -o, -la. Ces pronoms qui se collent toujours au
nom participent également à la morphologie de la langue comorienne. Ils forment donc un
paradigme. La morphologie se réalise par un morphème préfixé (e) ou suffixé (nu, o, la), et
non par des mots autonomes. Le défini se rapporte toujours à un objet déterminé et
n’indique jamais son appartenance au genre masculin ou féminin.
La morphologie verbale
345
enyama yatsuliwa (accompli/ négatif) « La viande qui n’a pas été mangée »
La morphologie verbale est complexe et variable. Elle s’identifie aux pré-préfixes verbaux,
aux préfixes verbaux, aux suffixes verbaux et à la variation de temps (l’accompli,
l’accompli relatif, le présent progressif) et aux formes affirmative et négative.
Etude contrastive
Le comorien est une langue agglutinante Le français est une langue flexionnelle
Mouvance et éparpillement des mots. Ils Mouvance et éparpillement des mots. Ils
sont combines. Ils changent de genre et de sont combines, changent de genre et de
sens. Le mot est déformable, susceptible sens. Le mot est déformable, susceptible de
de métamorphoses : méta-morphoses :
Le locuteur est désigné (« je, « moi »). Il est Le locuteur est désigné (« je », « moi »).Il
toujours au centre de toute communication. est toujours au centre de toute
Il est stable au milieu d’un monde instable communication. Il est stable au milieu d’un
monde instable.
Le comorien est typiquement une langue Le français est typiquement une langue
dont l’ordre de la phrase est de type SVO configurationnelle de type S V O, avec
avec plusieurs fonctions affectées à l’ordre. plusieurs fonctions affectées à l’ordre.
Le comorien est une langue qui n’est ni fixe Le français est une langue qui n’est ni fixe
ni entièrement libre ni entièrement libre.
347
L’adjectif qualificatif comorien est un mot L’adjectif qualificatif français est un mot
qu’on ajoute au nom pour exprimer sa qua- qu’on ajoute au nom pour exprimer sa
lité, son état… qualité, son état…
Les déterminants indéfinis (un, une, des…) En français, l’usage les déterminants indéfi-
sous-entendent en comorien. nis existent réellement et s’emploient
concrètement.
En comorien, la phrase est le terrain privilé- La phrase, en français, est le terrain privilé-
gié de l’analyse grammaticale. Elle trouve gié de l’analyse grammaticale. Elle trouve
toute sa pertinence dans la perspective de Toute sa pertinence dans la perspective de la
lapédagogie de l’écriture. pédagogie de l’écriture.
Le comorien est une langue à valeur Le français est une langue académique,
nationa- recherchée dans les dictionnaires français.
348
le. Elle est influencée par le français qui, Elle est parlée et enseignée dans le monde.
par-conséquent, devient la langue de
l’adminis-tration, de toutes les institutions.
Elle est enseignée de la maternelle à
l’université.
Cette partie sera consacrée dans une perspective contrastive sur l’usage et le comportement
syntactico-sémantique des adjectifs complexes en comorien et en français. Nous allons
présenter des exemples d’analyse précis portant sur un seul niveau de description, celui de
la phrase simple. En effet, cette dernière peut s’analyser dans les deux langues en termes
de prédicat et d’arguments et d’actualisateur selon le schéma d’argument (N0, N1, N2)
dont le prédicat est l’élément central. Dans notre travail, le schéma d’argument n’est pas le
plus long que l’on imagine grâce au comportement syntactico-sémantique des adjectivaux
en emploi prédicatif. Ainsi, nos séquences sont généralement constituées d’un seul
argument (N0). Pour délimiter notre analyse contrastive sur ces séquences, nous faisons en
sorte que cette étude s’effectuera en tenant compte de trois aspects relatifs critères
définitoires de la notion du figement notamment le comportement syntaxique, les
possibilités de combinatoire lexicale et la sémantique des classes de prédicats et des classes
d’objets.
Les adjectifs complexes du comorien sont construits de la même manière que les adjectifs
complexes en français, c’est-à-dire les éléments linguistiques nécessaires à la construction
des adjectifs complexes de ces deux langues sont identiques et peuvent s’observer dans les
deux côtés.
349
N0hum être Prép N : Ali hakaya harimwa msafara. Puisque la ressemblance de ces deux
langues est très forte dans ce domaine, il y a toujours la possibilité de construire des
séquences syntaxiquement et sémantiquement équivalentes en français où l’analyse de base
est fondamentalement la même.
Nous voyons que dans les deux parties, les constituants sont les mêmes, le sens est très
voisin. Les prédicats n’appartiennent que dans une seule catégorie, celle de l’adjectif
complexe. Les arguments sont des variantes. Leur statut (Nhum, N-hum, Npc) est
généralement sélectionné par le prédicat.
Les adjectifs complexes relevés dans les deux langues forment des listes qui sont très
denses grâce à l’usage varié des prépositions. En comorien, on a vu que harimwa et ni sont
des prépositions à multiples emplois. La recherche du comportement sémantique de ces
prépositions montre que loin de comprendre qu’elles ont la signification de dans, elles
s’apprêtent à de milliers de tournures différentes. Autrement dit, elles engendrent la
signification des autres prépositions dont le sens sous-entend la signification de à, de, dans,
sous, sur, en… La taxonomie des prépositions décrites dans le chp. 8 en est un exemple.
Le figement des adjectifs complexes en comorien ont également des causes similaires à
ceux que l’on peut observer dans les adjectifs complexes français. Nous avons montré dans
les chapitres que tout comme les adjectifs complexes en français, les adjectifs complexes
en comorien n’échappent pas au phénomène du figement. Il ne s’agit pas ici de renouveler
l’étude du figement faite dans les chapitres précédents sur ces séquences mais de voir
comment ces séquences partagent en commun la portée du figement.
Le figement des adjectifs complexes comoriens est fondé sur tous les domaines notamment
de la syntaxe et de la sémantique. Le figement peut concerner la séquence adjectivale toute
entière. Dans ce cas, on ne peut pas observer une liberté combinatoire. La séquence est
donc contrainte:
350
(hukaya) harimwa ra na renga
(hukaya) trobweni
(hukaya) ipvilipvilidju
(être) à cran
(être) de taille
351
uniquement sur les adjectivaux de ces deux langues ont parfaitement affirmé cette
différente structurale. En effet, en comorien, la construction reste stable, inchangée. Elle
est du sous-type Prép N. Par contre en français, le syntagme prépositionnel catégorisé
comme adjectif complexe se dote d’une construction complexe par le fait qu’elle varie,
change de forme. Nous prenons à titre d’exemple les locutions adjectivales ci-dessous
mentionnées.
Il existe dans les deux langues des séquences à caractère adjectival où l’on peut observer
des traits communs au niveau de la structure et de la sémantique.
Après avoir traduit les séquences en comorien figurant à gauche, nous avons trouvé que les
prépositions, les noms utilisés sont les mêmes dans les deux langues. Les structures des
séquences figurant à gauche et à droite sont syntaxiquement et sémantiquement identiques.
L’absence de déterminant devant le nom observée dans les séquences en emploi prédicatif
en français placées à droite équilibre certainement cette équivalence. Cette analyse réussie
grâce à la traduction en français rappelle qu’il y a isomorphisme de structure entre le
comorien et le français.
352
Ces séquences ne sont pas certainement, on l’a vu dans les chapitres précédents, au même
degré de figement. Certaines séquences telles que: ra na renga, ipvilipvilidju ou aux
abonnés absents, dans des beaux draps rejettent la pronominalisation, l’insertion d’un
modifieur, la coordination et la substitution. Par contre, elles peuvent contenir des
composantes libres telles que le N0 et le verbe support qui les conjugue. En effet, le N0
peut être n’importe quel nom humain. Les copule hukaya, être peuvent être supprimées ou
remplacées. Nous avons également montré dans les chapitres précédents que certaines
structures adjectivales tolèrent exceptionnellement l’insertion d’un modifieur et la
pronominalisation.
Les linguistes s’accordent à dire qu’il existe « deux générations de critères formels ».
Une seconde génération : les transformations (M. Gross, 1982). Nous appliquons
l’ensemble de tests proposés par M. Gross pour les séquences verbales :
43
Nous préférons donner des exemples en français car l’absence de déterminant devant l’élément nominal est
une caractéristique typique à la langue comorienne. Pour cette raison, en comorien, l’absence de déterminant
353
A. la variation de la personne et du nombre du possessif.
1a. Mdzadze nge harimwa ledandzi lahe mwanahe / Maman est la douleur de son enfant
Mdzadze hakaya harimwa ledandzi laho wanahe/ Maman était dans la douleur de ses
enfants
1b. Ngamina harara uka mdzadze hakaya harimwa ledandzi lahe mwanahe
1c. Mdzadze hakaya harimwa ledandzi lahe mwanahe harimwa muda mfupvi pvanu
E. La pronominalisation
d1. Mdzadze nge harimwa dandzi lahe mwanahe na edjirarani wahe pvahe.
D2. Le bureau est au terme de son mandat et le nôtre le sera dans quelques jours.
44
Le non-respect de la coréférentialité s’avère possible par le fait que dans la phrase l’adjectif complexe est
355
“Mama souffre d’une douleur insupportable”
J. Le clivage
Nous rappelons que certains critères tels que la passivation, l’interrogation et la relativation
ne s’appliquent pas ni aux adjectifs complexes en comorien, ni aux adjectifs complexes
français. Nous précisons également que certains critères typiques à la langue comorienne
notamment l’absence de déterminant, de la notion du genre ne sont pas parmi les critères
définitoires du figement. À mesure que nous testons les adjectifs complexes recensés, nous
remarquons que le travail accompli présente une équivalence importante sur le plan
sémantique et syntaxique. Les séquences relevées dans les deux langues ne sont pas toutes
figées au même degré. Il y a donc un continuum entre les locutions adjectivales figées et
les séquences libres dont le sens est transparent. Les séquences fournies en exemple
figurent parmi les séquences dont le sens est transparent. Leur complexité s’explique par le
fait que leur structure syntaxique est variée et inchangée. Les travaux menés montrent bel
et bien que qu’elles sont des adjectivaux en emploi prédicatif actualisés par les copules
hukaya et être.
Toutefois, après avoir placé toutes les traductions du verbe hukaya, nous trouvons qu’il
introduit des séquences équivalentes à des séquences adjectivales françaises conjuguées
par l’auxiliaire être dont l’usage est source de beaucoup des séquences en emploi prédicatif
en français. Ces deux auxiliaires sont donc synonymes même s’ils se diffèrent sur le plan
morphologique. En effet, l’auxiliaire hukaya change de forme et change également de sens.
Son champ sémantique est limité. Après avoir traduit, mis en parallèle les séquences ayant
les mêmes mots dans les deux langues, nous avons constaté qu’il y a des séquences en
comorien introduites par la copule hukaya qui ne peuvent pas être traduites par l’auxiliaire
356
être. Telle est, à notre connaissance, la typologie de différence la plus marquante.
L’isomorphisme des prépositions s’observe tout au long de notre travail.
Après avoir traduit les séquences en comorien avec la copule hukaya, on trouve que les
prépositions utilisées dans les deux langues sont les mêmes.
harimwa en
harimwa dans
(E) Ali nge harimwa unai = (F) Ali est dans la misère
(G) Ali nge harimwa furaha = (H) Ali est dans la joie
harimwa à
357
devant N) et C = D (toutes les deux prépositions se rencontrent devant N) ainsi de suite.
Nous pouvons conclure que les prépositions de A et B sont d’une même classe
d’équivalence. Les prépositions de C et D le sont également ainsi de suite. Il est à
remarquer que l’opération consistant à regrouper les séquences ayant les mêmes structures,
le même sens facilite la traduction sans laquelle on n’arrive pas à reconnaître l’équivalence
syntaxique et sémantique des séquences et des prépositions.
Nous avons établi des listes des adjectifs complexes en comorien où nous avons observés
les possibilités suivantes de traduction des prépositions :
Les prépositions présentent dans les deux langues des mots équivalents :
La préposition harimwa intervient dans plus de 120 expressions comoriennes, elle est
traduite par la préposition en des 42 expressions, par la préposition dans des 52
expressions, par la préposition à des 15 expressions, par la préposition sur des 5
expressions, par la préposition sous des 3 expressions. Sur la base des propriétés lexico-
syntaxiques, les adjectifs complexes comoriens en emploi prédicatif peuvent être classés,
comme les adjectifs complexes français en emploi prédicatif, en plusieurs sous classes. De
nombreuses études ont été menées sur les classes sémantiques des adjectifs simples en
français en emploi prédicatif. On s’y réfère pour la classification sémantique des adjectifs
complexes en comoriens et en français en emploi prédicatif. L’objectif est de reconnaître
leur point commun et leur différence afin de faciliter leur entrée.
L’ordre des mots dans une séquence à caractère adjectival est identique aux deux langues.
Ce rapport structural d’équivalence constitue une bonne base pour le démarrage de notre
étude sur les classes sémantiques des adjectivaux soumis à notre réflexion.
Nous rappelons encore une fois que la théorie la plus pratique, la plus récente à
entreprendre pour la reconnaissance et la classification des classes sémantiques est la
théorie de trois fonctions primaires entreprise au LDI pour le traitement de la polysémie,
du figement et de l’inférence, qui posent toujours de problème au niveau du traitement
automatique des langues naturelles. Nous suivons donc cette théorie en élaborant toujours
dans une perspective contrastive les classes sémantiques des adjectifs complexes en emploi
prédicatifs recensés dans les deux langues. Ainsi, il est important de se conformer
358
rigoureusement aux exigences formelles de cette théorie, qui constitue une garantie pour la
reconnaissance, dans une suite donnée, des arguments, du prédicat et de l’actualisateur.
Ici, il ne s’agit pas de chercher une distribution systématique de ces unités lexicales; il
s’agit plutôt de considérer des critères externes comme, par exemple, la longueur de la
séquence donnée. Tout cela se résume à confirmer que la théorie de trois fonctions
primaires est une priorité car elle impose une nouvelle donne pour le développement du
lexique-grammaire de la langue comorienne et de la langue française.
Les adjectifs complexes comoriens en emploi prédicatif est unité stable, une unité à forte
dominante sémantique. Leur classement sémantique facilite la lecture et l’apprentissage du
comorien. « Il s’agit ici d’analyser conjointement les propriétés morphologiques,
syntaxiques et sémantiques des unités linguistiques selon qu’elles fonctionnent comme des
prédicats (fonction prédicative), des arguments (fonction argumentale) ou des
actualisateurs (fonction actualisatrice). Nous rappelons que le concept de racine prédicative
dans la théorie de trois fonctions primaires est exclu de notre étude pour des raisons de
clarté. En effet, la structure morphologique des adjectifs composés de ces deux langues est
complexe. Ainsi, notre analyse sur l’emploi prédicatif des adjectifs complexes en comorien
et en français sera fondée sur les propriétés sémantiques et les propriétés formelles ci-
dessous mentionnées.
Propriétés sémantiques
Classe sémantique
Aspect sémantique
Type inhérent
Propriétés formelles
Construction
Distribution morphosyntaxique
359
Distribution sémantique
Distribution morphosyntaxe : X0 = GN / X1 = GN
360
Classe sémantique: TRAITEMENT
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN / X1 = GN
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN
361
Type inhérent: provisoire
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN
Distribution morphosyntaxique: X0 = GN
Distribution morphosyntaxique: X0 = GN
362
Trad. « Les dents sont en soins »
Force est de constater qu’en comorien et en français, nous avons évoqué un certains
nombre d’adjectifs composés en emploi prédicatif dont le sens n’est pas compositionnel,
c’est-à-dire la signification ne pose pas de problème au niveau de la compréhension. On
trouve, pour l’analyse ces séquences partiellement figées du type N0 hukaya Prép N,
toutes les categories
de prédicat. De ces adjectifs, nous avons relevés les prédicats complexes qui sélectionnent
tous les substantifs. C’est le cas, par exemple, de harimwa adjali, harimwa hifadhwi :
Entsi (le pays), emwana (l’enfant), embuzi (le cabri), legari (la voiture) hukaya harimwa
adjali.
Entsi (le pays), emwana (l’enfant), embuzi (le cabri), legari (la voiture) hukaya harimwa
hifadhwi (être en sécurité). Le second groupe de prédicat sélectionne de grandes classes
correspondant, aux traits sémantico-syntaxiques habituels: humain (harimwa nkodo),
animal (harimwa djuzo), partie du corps (harimwa kandilio), végétal (kweheni), inanimé
concret (harimwa djuzo), locatif (hazini), temps (harimwa ntsahaya nkavu). Ce qui est
spécifique à ces séquences prises isolement, c’est qu’elles n’ont pas d’autres emplois dans
un texte donné. Il n’est pas donc nécessaire de dresser une liste des éléments correspondant
à ces sept classes. Nous avons retenu un troisième groupe de prédicats complexes dont le
champ sémantique est beaucoup plus restreint. La description de ces prédicats s’avère
incertaine, «avec la précision requise par le traitement automatique à l’aide de ces classes».
La complicité de ces suites en emploi précatif s’explique par le fait que leurs « emplois ne
laissent pas identifier à l’aide de trait comme « concret ou abstrait».
363
une solution à son problème. Cela sous-entend donc la classe de solution45. Le second a
pour sujet un nom de « sport » (équipe). « Nous appelons des ensembles de ce type des
classes d’objets. Notons que ces classes sont construites sur la syntaxe, c’est-à-dire sur la
compatibilité des prédicats et des arguments et qu’elles ne doivent pas être considérées
comme un découpage de la réalité préalable à la combinatoire linguistique. Nous avons
enfin découvert des séquences en emploi prédicatif dont le comportement sémantique
nécessite qu’ils s’emploient avec un seul sujet (N0). Cela s’observe notamment dans le cas
des séquences figées dont le sens est opaque : ra na renga, hiridju mwadalao, trobweni,
fukatredjuu. Mais il faut rappeler que cette restriction n’est pas une propriété
définitionnelle du figement.
Toutes les observations faites sur ces séquences figées en comorien s’appliquent également
aux séquences figées en emploi prédicatif en français. La théorie de trois fonctions
primaires entreprise pour analyser les séquences en français ci-dessous décrites affirment
la notion d’équivalence du comorien et du français.
45
Nous nous référons à l’étude faite par Gaston Gross sur l’emploi de passer : pour faire cette soupe, il faut
364
Classe sémantique : SÉCURITE
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN / X1 = GN
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN
365
Distribution sémantique : X0 = HUMAIN
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN
366
Construction : N0 être PREP N
Distribution morphosyntaxique : X0 = GN
Les classes sémantiques est un objet d’observation dont on décrit son fonctionnement par
la théorie de trois fonctions primaires. Cette nouvelle méthode linguistique soutenue par la
réflexion de beaucoup de linguistes français tels que Gaston Gross, Pierre-André BUVET
s’inscrit dans le cadre du lexique-grammaire, conçue pour le traitement de la polysémie, du
figement et de l’inférence, où les arguments d’une suite donnée peuvent être catégorisés en
termes de classes d’objets.
367
catégorisés en haut en termes de classes ne restent pas détachés de la notion
d’actualisateur.
Pour des raisons de clarté, nous ne mettons pas l’accent sur la fonction prédicative.
368
Emwana hakaya harimwa hifadhwi « L’enfant était en sécurité ». On a procédé à
l’effacement du défini e dans hifadhwi (ehifadhwi ≠ hifadhwi). Par contre, on est dans la
syntaxe figée dans la deuxième séquence emwidzi hakaya madji maleni. Tous les éléments
(le nom, la préposition) sont figés dans madji maleni. On est dans l’impossibilité de
remplacer madji, male et ni par un mot synonyme. Le sens est donc non compositionnel.
Cette séquence figée en emploi prédicatif n’est pas non plus compatible avec les trois
fonctions primaires. Telles sont, dans cette description fondée notamment sur la syntaxe
libre et la syntaxe figée, les caractéristiques qui les distinguent. Nous rappelons que pour
toutes ces raisons, seules les séquences ayant une syntaxe libre, un sens transparent
acceptent qu’ils puissent être compatibles avec la théorie de trois fonctions primaires.
Trangani fonctionne comme prédicat dans Ali ngudjokaya hotrangani, comme argument
dans Tsili shahula hotrangani, comme actualisateur dans Mikali shahula shatrangani.
Ainsi, cette catégorisation des unités lexicales se résume à affirmer qu’en comorien, un
même adjectif complexe en emploi prédicatif peut être, comme le substantif tranga,
compatible avec les trois fonctions primaires.
Le tranga lidja
Tranga fonctionne comme prédicat dans Ali hadja tranga, comme argument dans Letranga
lidja, comme actualisateur dans Ripveha omhono watranga.
Nous allons également nous appuyer sur des exemples en français où les fonctions
prédicat, argument et actualisateur s’identifient dans les adjectifs polylexicaux. Il ne s’agit
pas ici de reprendre toute la littérature des adjectifs complexes en français pour la
369
reconnaissance de la notion d’équivalence. Nous livrons deux séquences sémantiquement
différentes pour mettre en relief ce postulat.
Nous avons préféré donner dans fonction prédicative la forme complète du prédicat car, à
notre connaîssance, ce dernier n’a pas une racine propre comme le prédicat verbal, nominal
et adjectival (adjectif simple).
Le fait qu’un même adjectif polylexical en emploi prédicatif peut être compatible avec les
trois fonctions primaires est possible mais cette construction n’est pas très productive.
Ainsi, l’emploi de l’adjectif complexe à la mode dans les phrases suivantes où il pourrait
occuper trois fonctions différentes en est un exemple.
À la mode fonctionne comme prédicat dans cette voiture est à la mode, comme argument
dans laisse-moi t’aimer à la mode, comme actualisateur dans cette voiture à la mode se
vend en Allemagne. On peut observer les mêmes caractéristiques dans en colère.
370
Cet homme est en colère.
En colère fonctionne comme prédicat dans cet homme est en colère, comme argument dans
cet homme se met en colère, comme actualisateur dans cet homme en colère a tué son
voisin.
Tout comme en comorien, les séquences adjectivales figées dont le sens est à la fois
opaque et non compositionnel ne sont pas, en français, compatibles avec les trois fonctions
primaires. Cela peut, par exemple, s’observer dans au parfum, aux anges. Malgré leur
fonction attribut dans la police est au parfum, cet homme est aux anges ils rejettent les
fonctions épithète et épithète détaché. *Au parfum, la police surveille le palais
présidentiel. *La police au parfum surveille le palais présidentiel. *Aux anges, cet homme
remercie le public. *Cet homme aux anges remercie le public. Pierre-André BUVET
affirme: « les structures prédicat-argument sont donc conçues comme éléments
fondamentaux d’une composante d’un savoir linguistique partagé. Elles permettent de
formuler des contenus proportionnels ». Ce constat est valable aux deux langues soumises
ici à notre réflexion.
371
3.9. Résultat de la troisième phase
Nous présentons dans cette sous-section les comparaisons en comorien et en français ayant
les mêmes structures.
(3)N ye Adj hama N: Fatima ye mwema hama mwarabu/Faima est belle comme
arabe « Fatima est belle comme une arabe ».
372
(4)N être Adj comme N : Léa est belle comme un astre.
Dans l’optique d’une description de 360 comparaisons à base adjectivale, nous avons
vérifié qu’il y a 210 séquences qui possèdent la même structure dans les deux langues. Ces
structures figées ont toutes de N0hum et expriment notamment leurs défauts et leurs
qualités physiques. Cependant, nous avons constaté une légère différence. En effet, si l’on
regarde attentivement les comparaisons en comorien et leur traduction, nous pouvons
observer que la seule unité qui ne correspond pas terme à terme sont toujours les
déterminants indéfinis absents à la langue comorienne. Sinon, on a dans les deux langues
les mêmes schémas formels et les traductions systématiquement équivalentes.
Nous constatons qu’une grande partie de ces séquences expriment la classe sémantique de
couleur dont les adjectifs n’ont pas, comme tous les adjectifs employés dans les
comparaisons figées du sous type Adj hama N/ Adj comme N, une interprétation
comparative. Ces adjectifs expriment généralement une intensité due à l’image sémantique
des comparants :
Mle hama mnazi, ndziro hama ntsidawe, naakili hama sungurwa, udjipva hama ndjizi.
373
Omkoba wo mudu. Trad. « le sac est noir »
Isomorphisme de l’adjectif
Nous avons remarqué que l’élément important et original dans les comparaisons figées de
ces deux langues est celui de l’adjectif. On ne peut pas observer, analyser cette unité
lexicale individuellement, c’est-à-dire indépendamment de son contexte (la comparaison
dans laquelle il est employé). Cette observation offre la possibilité de voir, on l’a vu dans
le chapitre 8, la différence sémantique de, par exemple, -du employé dans Ali ye mudu
hama hidza shalowa et lepaha lo dzidu équivalents en français à Luc est noir comme
l’ébène; ce chat est noir. Étant figés, les adjectifs -du et noir s’analysent de la même façon:
ils renvoient à des traits humains et dénotent une couleur. Tels sont les traits inhérents à
ces adjectifs prédicatifs. Leur totale équivalence est incontestable. Nous en profitons pour
effectuer une étude contrastive afin de voir en quoi les adjectifs employés dans les deux
comparaisons ont le même degré d’intensité, présentent un même paradigme riche des
comparants.
Le comorien est une langue orale dont la littérature des comparaisons figées à base
adjectivale donne une dimension linguistique très forte en intensité et en paradigme. Les
adjectifs exprimant le degré d’intensité dans les comparaisons s’inscrivent dans un
processus continu. Les exemples suivants en sont une illustration.
Dans (1) le degré la maigreur est exprimé uniquement par le comparant uzi. Dans (2), le
degré de la largeur est également exprimé par le comparant mlango. Il faut rappeler que ces
structures comparatives en comorien qui ne présentent qu’un seul terme de comparaison
ont aussi des équivalents en français.
374
gourmand comme un chat, bavard comme une pie, riche comme Crésus, frais comme une
rose, sage comme une image, pauvre comme job, sombre comme un chameau, joli comme
un cœur, libre comme l’air…
Le haut degré d’intensité peut être marqué par plusieurs comparants. Cela peut s’observer
dans maigre comme un hareng, comme un clou, comme un coucou où le degré de la
maigreur est marqué à l’aide des comparants hareng, clou, coucou.
Mudu hama hidza shalowa, hama sharibo, hama izinga (défaut physique)
Les adjectifs qualificatifs français « qui présentent un paradigme riche des comparant sont
ceux qui désignent soit un défaut du caractère, soit une caractéristique passagère, mais
fréquemment rencontrés chez de nombreux individus » :
Bête comme une carpe, comme un chou, comme une cruche, comme ses pieds, comme une
oie (défaut de caractère) ; fier comme un coq, comme un paon, comme Artaban (défaut de
caractère) ; têtu comme un mulet, comme une mule, comme une bourrique (défaut de
caractère)
Il est important que cet isomorphisme des structures comparatives n’échappe à la notion du
figement. La preuve est qu’on trouve en comorien et en français des structures dont le
375
figement est, comme nous l’avons dans les séquences du sous-type en collaboration,
harimwa heri, partiel. Ainsi, les constructions suivantes peuvent être considérées comme
séquence partiellement figées.
Emwana ye mle hama mnazi. Cette fille est bête comme ses pieds.
Nous avons regroupes des séquences dont les structures sont identiques. Ces séquences
sont toutes constituées d’un N0 libre et d’une séquence dont les composantes ne peuvent
pas être modifiées (bête comme ses pieds). Dans les deux structures, le N0 sujet peut être
n’importe quel nom humain comme, Salim, Paul, son père, le professeur, le menuisier, le
patron… La partie bête comme ses pieds ou mudu hama izinga est figée. La possibilité de
modifier les composantes de ces séquences ou de remplacer une de ses composantes par un
mot synonyme favorise donc leur défigement.
Par exemple :
Luc est fort comme (un lion, *un âne, *le lion)
Cette fille est bête comme (ses pieds, *mes pieds, *son pied droit, *un ivre)
376
Il faut noter que les séquences charmant comme une star, beau comme mon enfant sont
plus libres que gai comme un pinson, têtu comme une bourrique, sage comme une image
dans la mesure où ces dernières séquences, contrairement aux premières sont opaques46. En
plus, elles n’autorisent pas ni l’insertion, ni l’effacement d’un élément. La possibilité de
remplacer les adjectifs gai, têtu, sage par un synonyme s’avère impossible. Ce qui n’est
pas le cas dans charmant comme une star, beau comme mon enfant qui sont des structures
comparatives libres. Les structures comparatives figées en comorien et en français sont
identiques. Seule la richesse sémantique diffère.
Conclusion
Nos résultats comprennent des analyses syntaxiques et des analyses sémantiques effectuées
dans une perspective contrastive. Ils montrent une production importante des séquences
figées à caractère adjectival émanant de la langue comorienne et de la langue française
dont les propriétés de ressemblance sont très fortes. La notion d’équivalence s’observe
notamment dans le domaine de la phonologie, de la morphologie, de la grammaire et de la
semantique. Les définitions, les remarques faites sont convergentes. Elles montrent que
cette étude contrastive est le reflet d’une flexibilité sémantique primordiale au cours de
l’acquisition du lexique-grammaire notamment adjectival d’une langue qui n’est pas sortie
de son statut oral et d’une langue écrite, académique à vocation universelle dont la
littérature des expressions figées est foisonnante. Cette dernière a fait l’objet de
nombreuses études en français dans le domaine du traitement automatique des langues
naturelles, ce qui nous a permis de mener dans une démarche beaucoup plus claire notre
étude contrastive dont le français y reste la langue ressource, le comorien la langue cible.
Nos résultats nous ont permis de constater que l’isomorphisme des structures est à la fois
partiel et total. L’isomorphisme des mots et des structures dans les deux langues nous a
permis de sélectionner les adjectifs complexes en emploi prédicatif, les comparaisons
figées à base adjectivale qui se traduisent avec les mêmes mots dans les deux langues. Une
46
Le comorien comprend un nombre très limité des comparaisons figées à base adjectivale. Le sens
377
traduction en français des structures en comorien favorise bel et bien la réussite de cette
étude contrastive dont le but est notamment le traitement de la langue cible par la machine
en vue d’un dictionnaire électronique.
378
CONCLUSION GÉNÉRALE
Notre étude contrastive sur les séquences figées à caractère adjectival en comorien et en
français s’inscrit notamment dans le cadre du progrès du lexique-grammaire dont le mode
de fonctionnement a été traité, expliqué du point de vue de la théorie de trois fonctions
primaires. L’objectif est d’élaborer un dictionnaire électronique de ces adjectifs à forme
complexe en emploi prédicatif. Leur entrée automatique dans le dictionnaire est d’autant
plus difficile à traiter et à acquérir par le locuteur non natif que leur sens est souvent
opaque. C’est la raison pour laquelle notre démarche linguistique a nécessité que la
présente étude contrastive vise un développement des systèmes de production des phrases
équivalentes, cohérentes, valides, compréhensibles et grammaticalement correctes. La
réussite de cette démarche nous a permis de faire dans un premier temps la typologie des
adjectifs à forme complexe en comorien qui n’ont jamais fait l’objet d’étude dans le milieu
linguistique comorien47. C’est pour cette raison que la présente étude s’avère innovante et
nécessaire à l’apprentissage notamment de cette langue qui reste confinée à son usage
strictement oral.
Pour l’élaboration de notre corpus, nous avons recensé, décrit, analysé dans une
perspective contrastive ces adjectifs dont le sens est à la fois transparent et opaque. Ce
comportement sémantique typique à eux s’explique par le fait qu’ils n’ont pas le même
degré de figement. Ainsi, notre corpus fournit l’occasion de tenter un tri car tous les
47
Notre étude sur les adjectifs à forme complexe en comorien analysés tout au long de notre travail trouve son
origine dans les travaux de Salah Mejri, Gaston Gross, Pierre-André BUVET et de leur équipe du LDI de
l’université Paris 13. L’ensemble des adjectifs répertoriés par ces linguistes appartenaient à la langue
française.
379
adjectivaux ne sont pas figés et ne sont pas non plus en emploi prédicatif. Ce choix
méthodique se résume à délimiter ces adjectifs à forme complexe en se basant sur les
critères définitionnels des adjectifs prédicatifs et du figement développés au LDI et
soutenus par la réflexion de Salah Mejri, Pierre-André BUVET et Gaston Gross. Les
résultats obtenus nous ont permis de constater que le nombre des séquences adjectivales en
français du sous-type Prép N notamment en N est approximativement le triple de celui des
séquences adjectivales en comorien. Nous avons en suite réuni les séquences adjectivales
en emploi prédicatif du comorien et du français ayant les mêmes structures. Ceci nous a
permis de constater que pour chaque type de structure dans la langue comorienne nous
avons trouvé une structure équivalente dans la langue française. Cette méthode permettant
de trouver des structures syntaxiques et sémantiques communes aux deux langues
s’applique également aux structures comparatives à base adjectivale du sous type Ali ye
mle hama mnazi ou Luc est con comme un balai, où tous les schémas formels en comorien
existent bel et bien en français. Notre observation concernant le parallélisme de ces deux
langues s’observe essentiellement sur les trois axes fondamentaux de notre thèse ci-
dessous mentionnés à titre d’exemple, où chaque phrase en comorien est équivalente
syntaxiquement et sémantiquement à chaque phrase traduite en française.
N0 être Adj comme N : Ali ye mudu hama izinga Luc est noir comme une braise.
On se rappelle que notre analyse linguistique sur les adjectifs complexes à caractère
adjectival en comorien et en français s’inscrit dans une logique et suit une méthode claire,
solide pour la construction et la reconnaissance de ces unités lexicales qui sont avec le
figement au centre de notre étude. Cette méthode se base, pour partir d’un bon pied, sur la
construction d’une phrase copulative dont les avantages liés à nos méthodes d’analyse sont
de taille. Tout d’abord, le lexique-grammaire recourt le plus possible à des phrases
élémentaires dont les constructions syntaxiques sont analysables. Ce cadre permet par
exemple de rapprochement avec les formes à verbe support être prép (L. Danlos, 1980).
De nombreux exemples épaulant cet argument linguistique existent en comorien : Emwa
oyi nge pvwema swafi/Emwana oyi nge harimwa raha swafi, et avec les verbes : Ali
ngurumwa/ Ali nge harimwa urumwa. Des exemples du même type de structure existent
également en français : cette couleur est très chic/cette couleur est très à la mode, et avec
les verbes cet enfant est abandonné/ cet enfant est à l’abandon.
Nous avons appliqué la même méthode développée par Gaston Gross pour la
reconnaissance d’un adjectif simple en emploi prédicatif aux adjectifs complexes en
comorien et en français. Ceci va nous permettre de délimiter le champ sémantique de ces
adjectifs prédicatifs à forme complexe. En conséquence, nous avons fini par constater que
381
ces adjectifs complexes comoriens et français peuvent tout comme les adjectifs prédicatifs
à forme simple :
Ces critères sans lesquels il nous semblerait compliqué de procéder au recensement des
adjectifs complexes notamment en comorien deviennent fondamentaux et nécessaires au
relevé de ces adjectivaux. Nous rappelons, en plus, que ces critères distinguent les
séquences adjectivales en emploi prédicatif dans le coma, dans la gêne de à gogo, à
volonté qui sont des actualisateurs.
De nombreux exemples en comorien et en français ont montré tout au long de notre travail
qu’il existe dans ces séquences en emploi prédicatifs de ces deux langues toujours une
valeur identique qui s’explique par leur sens transparent et opaque. Ce comportement
sémantique de ces prédicats complexes s’explique également par leur degré de figement.
Nous avons montré que les séquences ci-dessous mentionnées en exemple ne s’analysent
pas de la même façon :
(1) swalani.
(3) en colère.
382
(4) au parfum.
En effet, dans (1) et (3) les séquences harimwa harara et dans le coma se définissent
comme des adjectifs composés qui peuvent occuper les fonctions attribut, épithète,
apposition (Salim ngo swalani ; Salim, hoswalani, haombo duwa48), (cette fille est en
colère ; cette fille, en colère, m’insulte ; cette fille en colère multiplie ses insultes). Ces
adjectifs peuvent aussi être soumis aux règles de la comparaison (Fatima nge harimwa
taabu swafi), (Cette robe est très à la mode). Nous avons montré en haut qu’ils sont
pronominalisables en le. Dans (2) et (4), les séquences sont totalement figées. Elles
répondent aux critères définitoires de ce phénomène notamment la polylexicalité, l’échelle
d’opacité sémantique, la non-actualisation des éléments et l’opération de substitution, de
modification et d’insertion). Selon Pierre-André BUVET, « les adjectifs prédicatifs à
forme complexe sont des séquences plus ou moins figées que l’on définit avec les mêmes
critères syntaxiques que les adjectifs prédicatifs à forme simple ». Ce postulat s’illustre
grâce à l’analyse faite sur les adjectifs prédicatifs donnés en exemple en comorien et en
français.
48
Les adjectifs composés en comoriens prennent difficilement la fonction épithète.
383
Le comorien, du point de vue lexical, a, tout comme le français, comme caractèristiques
essentielles la polysémie, la polymorphie, le figement, la paraphrase et la vraisemblance
d’occurrence.
Nous avons voulu que les démarches linguistiques menées tout au long de notre travail
pour décrire, analyser le comorien soient sérieuses et solides. Nous espérons que la
présente thèse, qui est, il faut le rappeler, une ébauche, sera un pas vers l’élaboration d’une
grammaire comorienne cohérente et informatisée.
384
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399
Table des annexes
Qualité physique……………………………………………………………………399
Qualité morale……………………………………………………………………....400
Défaut du caractère…………………………………………………………………401
Défaut physique…………………………………………………………………….404
Caractéristique passagère…………………………………………………………...410
Qualité physique……………………………………………………………………414
Qualité morale…………………………………………………………………….....433
Défaut physique………………………………………………………………..........437
Défaut du caractère……………………………………………………………….....445
Caractéristique passagère…………………………………………………………….467
400
Annexes 1 : Les classes sémantiques
Qualité physique
variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
401
Entrée udjisa hama dhahabu
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Qualité morale
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
402
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Défaut de caractère
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
403
Classe sémantique <défaut de caractère>
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
404
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
405
Antonyme
Défaut physique
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
406
Niveau de langue littérature orale
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
407
Entrée urisa hama mshendzi
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
408
Classe sémantique <défaut physique>
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
409
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
410
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
411
Traduction être de taille très courte
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
412
Entrée urelesa hama mafura
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
413
Classe sémantique <caractéristique passagère>
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
414
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Variante shingazidja
Synonyme
Antonyme
415
Annexes 2. Les classes sémantiques en franaçais
Qualité physique
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
416
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
417
Schéma d’argument N0 : = N-hum
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
418
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
419
Signification avoir le teint fort jaune
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
420
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Schéma d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
421
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
422
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
423
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
424
Entrée clair comme de l’eau de boudin
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
425
Classe sémantique <qualité physique>
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
426
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau lanfgue
Variante
Synonyme
427
Antonyme
Niveau
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
428
Signification très beau
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
429
Entrée souple comme un gant
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
430
Classe sémantique <qualité physique>
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
431
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
432
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
433
Signification être très pâle
Variante
Synonyme
Antonym
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
434
Qualité morale
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
435
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
436
Schéma d’arguments N0 : = Nhum
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Signification
Variante
437
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
438
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Défaut physique
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
439
Signification très maigre
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
440
Entrée myope comme une taupe
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
441
Classe sémantique <défaut physique>
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
442
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
443
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
444
Entrée noir comme puce
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
445
Classe sémantique <défaut physique>
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
446
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Défaut du caractère
Variante
447
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
448
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
449
Entrée sec comme de la merde de poisson
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
450
Classe sémantique <défaut du caractère>
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
451
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
452
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Effacement d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
453
Signification très bavard
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
454
Entrée bête comme ses pieds
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau
Variante
455
Classe sémantique <défaut du caractère>
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
456
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
457
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
458
Signification se dit d’une personne qui ne s’arrête pas de
parler.
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
459
Entrée têtu comme une bourrique
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
460
Classe sémantique <défaut du caractère>
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
461
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
462
Antonyme
Niveau de langue
Signification
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
463
signification très avare
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
464
Entrée gueux comme un rat
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
465
Classe sémantique <défaut du caractère>
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
466
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
467
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
468
Signification très rigolo, comique
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Caractéristique passagère
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
469
Entrée malin comme un bossu
Variante
Synonyme
Antonyme
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
470
Classe sémantique <caractéristique passagère>
Synonyme
Antonyme
Niveau
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
471
Effacement possible d’arguments
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
472
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau de langue
473
plus extrême pauvreté à mendier pour
subsister
Variante
Synonyme
Antonyme
Niveau
474
Annexe 3
(hukaya) harimwa ra na renga (être) dans le doute
475
être en avance sur son temps le devancer par le modernisme, par le
caractère d’avant-garde de ses idées
476
être en chasse être en rut, en chaleur
être en pays, en terrain connu être familier de quelque chose par habitude
ou par compétence particulière
477
être en pleine possession de ses moyens jouir de toutes ses facultés
478
être à la botte servir avec complaisance
479
être au pied du mur âtre acculer, ne pas avoir d’échappatoire
être dans son tort être dans une situation contraire à la loi, à
des règles implicites
480
être dans la note être en harmonie
481
être de taille à être capable
être sous la férule d’une personne être sous l’autorité d’une personne
482
être en devoir de être prêt à
être en lecture (en parlant d’une prostituée) être occupé avec un client
483
être en main (en parlant d’un document) être en consultation
être en son particulier être retiré dans sa chambre, dans son cabinet
être en prise sur quelque chose avoir une appréhension réaliste de quelque
chose
484
être en reste devoir encore quelque chose sur une somme
être à la bavette être trop jeune pour les choses dont il s’agit
être à cheval sur quelque chose être très strict sur quelque chose
485
Résumé en français
Traduction en anglais
Mots clés :
486