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Approche contrastive des adjectifs comoriens

Le document présente une approche contrastive entre le français et le comorien, en se concentrant sur les séquences figées à caractère adjectival. Il explore les systèmes linguistiques du comorien, y compris les phonétiques, les pronoms, et les adjectifs, tout en comparant ces éléments avec ceux de la langue française. La recherche est dirigée par Pierre-André Buvet et inclut des remerciements à divers contributeurs et soutiens.

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Approche contrastive des adjectifs comoriens

Le document présente une approche contrastive entre le français et le comorien, en se concentrant sur les séquences figées à caractère adjectival. Il explore les systèmes linguistiques du comorien, y compris les phonétiques, les pronoms, et les adjectifs, tout en comparant ces éléments avec ceux de la langue française. La recherche est dirigée par Pierre-André Buvet et inclut des remerciements à divers contributeurs et soutiens.

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Approche contrastive franco-comorienne : les séquences

figées à caractère adjectival.


Abdou Djohar

To cite this version:


Abdou Djohar. Approche contrastive franco-comorienne : les séquences figées à caractère
adjectival.. Linguistique. Université Paris-Nord - Paris XIII, 2014. Français. <NNT :
2014PA131038>. <tel-01287783>

HAL Id: tel-01287783


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Submitted on 14 Mar 2016

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A mes enfants, Riziki et Mourad

« N’oubliez pas que dans la vie les


choses se produisent pour des raisons
hors de votre contrôle. Vous devez vous
rappeler que la vraie façon de vraiment
s’épanouir dans la vie est de n’avoir que
des attentes positives. »
Remerciements

Je sens le devoir d’adresser avant toute autre chose mes sincères remerciements à
Pierre-André Buvet, mon directeur de recherche, pour avoir accepté de diriger mon
travail mais aussi pour ses compétences, sa rigueur, sa probité professionnelle ainsi que
sa disponibilité et ses critiques constructives nécessaires à mon travail. Soyez assuré,
Monsieur Buvet, de toute mon estime et de ma profonde gratitude.

J’exprime aussi toute ma gratitude à Monsieur Salah Mejri pour avoir accepté de
m’accueillir au laboratoire LDI où mes rencontres avec mes collègues, mes professeurs
ont enrichi ma connaissance linguistique.

Je remercie Ahmed CHAMANGA pour ses commentaires, son aide, ses


encouragements, surtout pendant ces derniers jours. Il a également contribué, par ses
remarques et suggestions, à amélorer la qualité de cette thèse. Je lui en suis très
reconnaissant.

Je ne pourrais passer sous silence le soutien manifeste de mes amis professeurs


notamment docteur Ali Abdoulhamid, Ali Mohamed Mboreha. Ils étaient toujours à
mes côtés pour m’encourager à finaliser avec succès ce travail.

Un grand merci à tous mes collègues du LDI notamment Ahmed Elchheb, Aude Grzka,
Karim Chebouti, Lichao Zhu, Kangho Lee, Fatou Ndèye pour leurs précieuses aides et
orientations.

Je suis très reconnaissant à mes parents, à mes frères notamment Abdillah Mohamed,
Djamal Djohar, Kamardine Djohar, Ali Mroudjaé qui ont su rester à mes côtés tout au
long de la réalisation pratique de cette thèse.

J’adresse mes plus fervents hommages à mon adorable femme, Halima Adam pour sa
patience, ses conseils, sa confiance, son amour pour moi, pour ce travail, sans lesquelles
je n’aurais pu achever cette thèse. Sois assurée de ma reconnaissance.

Je remercie mon amie, Coralie Frei pour le temps passé à lire une à une les pages de
cette thèse pour son amélioration.

Je tiens à témoigner toute ma reconnaissance envers mes amis, Tourki Chanfi, Ali
Abdou Elwahab, Djafare Alhamid, Ibrahim Saadi Soilihi, Ahmed Abdallah, Ali Abdou
Chakour dont l’amour pour ce travail m’encourage d’un geste fort.
TABLE DES MATIÈRES

LISTE DES SYMBOLES ET DES ABRÉVIATIONS…………………………………...16

INTRODUCTION…………………………………………………………………………20
CHAPITRE 1
DESCRIPTION DU SYSTÈME LINGUISTIQUE DU COMORIEN……………………25

La langue comorienne………………………………………………………...............26

1.1.. Les systèmes phonétiques du comorien………………………………………...26

1.1.1. Les voyelles……………………………………………………………………..26

1.2. Les semi-voyelles………………………………………………………………….27

1.3 Les voyelles nasales………………………………………………………………...28

1.3.1. Les consonnes……………………………………………………………………28

[Link]. Les affriquées………………………………………………………………….30

[Link]. La germination ou longueur consonantique…………………………………...31

1.3.2. La syllabe………………………………………………………………………..31

[Link]. Le système nominal……………………………………………………………32

[Link]. Les pré-préfixes ou articles définis……………………………………………35

1.3.3. Les pronoms possessifs………………………………………………………….36

[Link]. Les pronoms démonstratifs ……………………………………………………37

1. 3.3.2. Les pronoms démonstratifs très proches……………………………………...38

1.4. Le système verbal…………………………………………………………………38

1.4.1. Les types des verbes……………………………………………………………..40

[Link]. Les verbes d’action……………………………………………..................41

[Link]. Les verbes auxiliaires………………………………………………………….41

8
1.4.2. Conjugaison……………………………………………………………………..43

[Link]. L’infinitif………………………………………………………………………43

[Link]. La dérivation verbale ………………………………………………………….46

1.4.3. L’accompli………………………………………………………………………54

[Link] Le présent progressif………………………………………………………….54

[Link]. Le futur…………………………………………………………………………55

[Link] L’imparfait……………………………………………………………………55

1.5. Le passé révolu……………………………………………………………………58

1.5.1. Le futur antérieur……………………………………………………………….60

[Link]. Les emplois de ukaya…………………………………………………………61

[Link] Ukaya est copule………………………………………………………………61

1.5. 1.3 Emploi des morphèmes équivalents de ukaya…………………………………62

1.5.2. les emplois de ukana ou ukayana (avoir)………………………………………63

[Link] Ukana comme auxiliaire du participe passé ………………………...................65

[Link] Ukana comme verbe support…………………………………….......................65

1.5.3 L’adjectif………………………………………………………………………66

[Link]. L’accord de l’adjectif qualificatif……………………………………………67

[Link]. La fonction de l’adjectif……………………………………………………..71

1.6. La phrase. ………………………………………………………………………....72

1.6.1. La phrase simple. ………………………………………………………………74

[Link]. La phrase complexe……………………………………………………………74

[Link]. La subordonnée relative. …………………………………………………….75

1.6.2. La subordonnée complétive ……………………………………………………76

[Link]. La subordonnée circonstancielle. ……………………………………………77


9
[Link]. Le lexique ……………………………………………………………………78

1.7. Le sens des mots. …………………………………………………………………86

Conclusion……………………………………………………………………………...90

CHAPITRE 2 :
ÉTAT DE CONNAISSANCE SUR LES PRÉDICATS ADJECTIVAUX EN COMORIEN
ET LES PRÉDICATS ADJECTIVAUX EN FRANÇAIS………………………………..91

2.1. Révision de la documentation existante de l’adjectif en comorien………………..91

2.2. Les adjectifs primaires……………………………………………………………94

2.2.1. Les adjectifs composés…………………………………………………………95

[Link]. Adjectifs formés à partir d’un nom……………………………………………95

[Link]. Adjectifs formés à partir d’un verbe à l’infinitif………………………………96

2.2.2. Adjectifs de nationalité…………………………………………………………97

2.2.3. Adjectif et substantif……………………………………………………………98

[Link]. L’adjectif épithète……………………………………………………………99

[Link]. Antéposition de l’adjectif épithète……………………………………………101

[Link]. Postposition de l’adjectif épithète……………………………………………102

[Link]. La position attribut……………………………………………………………102

[Link]. La gradation………………………………………………………………….103

[Link]. Le comparatif et le superlatif avec « rahana »………………………………103

2.2.4. Les catégories de l’adjectif………………………………………………………104

2.2.5. Les adjectifs prédicatifs…………………………………………………………104

2.3. La position de l’adjectif……………………………………………………………104

2.3.1. Les adjectifs référentiels…………………………………………………………105

[Link]. Les adjectifs affectifs…………………………………………………………107

10
[Link]. Les adjectifs désignant le genre………………………………………………107

2.3.2. Les adjectifs non prédicatifs……………………………………………………108

[Link]. Les adjectifs prédicatifs invariables…………………………………………108

Conclusion…………………………………………………………………………….109

CHPITRE 3 : ÉTUDE SUR LE FIGEMENT. ………………………………………….111

3.1. Approche sémantique……………………………………………………………111

3.2. Notion de figement………………………………………………………………116

3.2.1. La polylexicalité………………………………………………………………118

3.2.2. L’opacité sémantique…………………………………………………………118

3.3. Le blocage des propriétés transformationnelles…………………………………120

3.3.1. La non actualisation des éléments……………………………………………120

3.3.2. La portée du figement…………………………………………………………121

3.4. Le blocage de paradigmes synonymiques………………………………………121

3.4.1. La non insertion………………………………………………………………121

3.4.2. Le défigement…………………………………………………………………122

[Link]. Classement des collocations…………………………………………………123

[Link]. Les collocations verbales……………………………………………………123

[Link]. Problèmes de délimitation……………………………………………………123

[Link]. Paramètre du figement………………………………………………………125

3.5. Les compléments ne forment pas de classe………………………………………125

[Link]. Les compléments ne sont pas actualisés……………………………………..127

[Link]. Blocage des transformations…………………………………………………129

[Link]. Opacité ou transparence sémantique…………………………………………132

3.6. Les collocations nominales………………………………………………………132


11
3.6.1. Délimitation……………………………………………………………………133

3.6.2. Paramètre du figement…………………………………………………………133

[Link]. Collocation de type Nom+Nom………………………………………………134

[Link]. Collocation de type Nom+Adjectif…………………………………………...135

Conclusion…………………………………………………………………………….136

CHAPITRE 4 :
CLASSIFICATION DES ADJECTIFS COMPLEXES EN COMORIEN………………137

4.1. Classification grammaticale……………………………………………………...137

4.2. Classification syntaxique…………………………………………………………139

4.2.1. Fonction épithète………………………………………………………………143

4.2.2. Fonction attribut………………………………………………………………..143

4.2.3. Classification sémantique………………………………………………………144

4.2.4. Classification pragmatique……………………………………………………..145

4.2.5. Typologie des adjectivaux……………………………………………………...147

Conclusion…………………………………………………………………………….151

CHAPITRE 5 :
ÉTUDE DU FIGEMENT DES SÉQUENCES ADJECTIVALES COMPLEXES EN
COMORIEN…………………………………………………………………………. ….153

5.1. Catégorie grammaticale…………………………………………………………..154

5.2. La forme des adjectifs complexes………………………………………………..164

5.2.1. La flexion en genre……………………………………………………………..165

5.2.2. Gestion des variantes flexionnelles…………………………………………….167

[Link]. La juxtaposition des deux ou plusieurs adjectifs…………………………….168

5.2.3. La dérivation impropre…………………………………………………………169

5.2.4. La fonction épithète…………………………………………………………….169

12
[Link]. La fonction attribut…………………………………………………………..170

[Link]. Déterminants ou pronoms intégrés…………………………………………..171

[Link]. Déterminants indéfinis……………………………………………………….172

[Link]. Déterminants définis…………………………………………………………173

[Link]. Classes sémantiques des adjectifs complexes…………………………………174

Conclusion…………………………………………………………………………….179

CHAPITRE 6 : ÉTUDE CONTRASTIVE FRANCO-COMORIENNE ……………….181

6. Étude comparée des séquences adjectivales figées en comorien et en français……183

6.1. Isomorphisme des structures……………………………………………………..193

6.2. Isomorphisme des mots…………………………………………………………194

6.2.1. Isomorphisme dans les prépositions…………………………………………..196

6.2.2. Les équivalents des expressions de la qualité………………………………….199

[Link]. Divergence relevant du régime adjectival……………………………………203

6.2.3. Divergences flexionnelles………………………………………………………207

6.2.4. Les trous lexicaux………………………………………………………………210

Conclusion…………………………………………………………………………….212

CHAPITRE 7 :
ÉTUDE DES ÉQUIVALENTS EN COMORIEN DES SOUS-TYPES EN N
ETADJECTIF COMME NOM…………………………………………..........................213

7.1. Les adjectifs de relation……………………………………………………………...217

7.2. Typologie des adjectivaux………………………………………………………..230

7.2.1. Adjectifs construits sur une préposition………………………………………..249

7.2.2. Adjectifs composés sur « hama » (comme)……………………………………268

Conclusion……………………………………………………………………………271

13
CHAPITRE 8 :
ANALYSE INTERNE DES SÉQUENCES FIGÉES À CARACTÈRE ADJECTIVAL. 272

8.1. Analyse syntaxique interne………………………………………………………274

8.2. N est à N = N à Dét N……………………………………………………………305

8.2.1. N est à N = il y a Dét N dans N………………………………………………..306

8.2.2. N est à N = N V à N……………………………………………………………309

8.2.3. Le verbe est à l’actif……………………………………………………………311

8.2.4. Le verbe est au passif…………………………………………………………..312

[Link]. Traits inhérents des adjectifs employés dans les comparaisons figées……….313

[Link]. Champs sémantiques des adjectifs employés dans les comparaisons


idiomatiques……………………………………………………………………………...315

[Link]. Une qualité physique…………………………………………………………316

8.2.4. Un défaut physique……………………………………………………………318

[Link]. Une qualité morale……………………………………………………………319

[Link]. Un défaut du caractère………………………………………………………320

[Link]. Une caractéristique passagère d’un individu………………………………..321

8.2.5. Une couleur……………………………………………………………………322

[Link]. La comparaison idiomatique et paradigme du comparant……………………329

[Link].. Les constructions épithétiques comportant « de »…………………………331

8.2.6. Nom employé comme adjectif………………………………………………..332

Conclusion……………………………………………………………………………335

CHAPITRE 9 : RÉSULTAT DE L’ÉTUDE……………………………………………..337

9.1. Résultat de la première phase……………………………………………………339

9.2. Résultat de la deuxième phase……………………………………………………347

14
9.3. Résultat de la troisième phase……………………………………………………370

Conclusion……………………………………………………………………………375

CONCLUSION GÉNÉRALE………………………………………………………377

BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………….383

Table des annexes ……………………………………………………………………398

Annexe 1 : Les classes sémantiques………………………………………………….399

Annexe 2 : Les classes sémantques …………….............................................................414

Annexe 3 : Les locutions adjectivales………………………………………………….473

15
LISTES DES SYMBOLES ET ABRÉVIATIONS

V verbe

N nom

Adj adjectif

Cl classe

SA séquence adjectivale

Ph phrase

Préd prédicat

Prép préposition

Nhum nom humain

N-hum nom non humain

Npc nom partie du corps

N0 nom en position sujet

N1 nom en position complément d’objet

Arg argument

Adv adverbe

hum humain

éta état

ex exemple

evé événement

16
Vsup verbe support

Act actualisateur

Mv marqueur verbal

Modif modificateur

Inc inanimé concret

Loc locution

Eds emphatique sujet

Edv emphatique du verbe

Inac inaccompli

Auxil auxiliaire

Déf défini

Dém démonstratif

Ani animal

3sg troisième personne du singulier

3spl troisième personne du pluriel

2sg deuxième personne du singulier

1sg premier personne du singulier

Npréd prédicat nominal

Préd Adj prédicat adjectival

Préd V prédicat verbal

* phrase inacceptable

? phrase ou séquence d’acceptabilité douteuse

équivalence

17
Conj conjonction

Pro pronom

Poss possessif

SV syntagme verbal

S sujet

O objet

Tps temps

TrF traduction française

Nég négation

+ plus

= égal

Fam familier

Fém féminin

Cf confer : impératif latin signifiant littéralement rapporte-toi à

Près présent

Syn synonyme

N° numéro

Contr contraire

Conj conjugaison

Acc accompli

Inf infixe

Préf préfixe

[Link] pronom autonome

Rad radical
18
Ré[Link] référence sujet

Pré-préf pré-préfixe

Part particule

Fr français

Aff affirmatif

Tr transitif

19
INTRODUCTION GÉNÉRALE

En français, les adjectifs simples en emploi prédicatif se caractérisent par leurs propriétés
morphologiques et syntaxiques. Les propriétés morphologiques sont les particularités
flexionnelles que les adjectifs ont en commun avec les substantifs. Les propriétés
syntaxiques correspondent aux positions occupées par les adjectifs dans des phrases: (i) les
adjectifs constitutifs de groupes nominaux sont dits épithètes; (ii) les adjectifs dépendants
de groupes nominaux, de complétives ou d’infinitives, par le biais de la copule être, ou
l’une de ses variantes, sont dits attributs; (iii) les adjectifs encadrés de signes de
punctuation à leur droite sont dits appositifs.

Les propriétés (i), (ii) et (iii) permettent également d’identifier les locutions adjectivales en
tant qu’adjectifs prédicatifs complexes. Ainsi, l’unité polylexicale en colère est catégorisée
comme adjectif du fait qu’elle est compatible avec les positions épithète, attribut et
appositive : Cet homme en colère, Cet homme est en colère, Cet homme, en colère, …

Les locutions adjectivales sont des séquences figées à caractère adjectival1. Quand il y a
figement total, leur structure interne n’est pas analysée d’un point de vue syntactico-
sémantique. La séquence est globalement interprétée comme une unité lexicale à part
entière, en l’occurrence un prédicat du type adjectival. Lorsqu’il y a figement partiel,
l’analyse de la structure interne permet d’interpréter l’élément hors de la portée de

1
Sur le figement, cf. MEJRI Salah 1997, Le figement lexical : descriptions linguistiques et structuration

sémantique, Faculté des lettres de la Manouba, Tunis.

20
figement comme un prédicat et les éléments dans la portée de figement comme un
modifieur, un prédicat second2 ou un argument.

L’interprétation des séquences figées du type adjectival ne se limite donc pas toujours à la
mention de leur statut prédicatif. Dès lors qu’un élément apparaît comme la tête de la
construction, il faut définir le mode de fonctionnement des autres éléments et spécifier
globalement leur valeur. Différents types de valeur ont été identifiées pour ce qui est des
éléments dans la portée de figement qui fonctionnent globalement comme des modifieurs.
L’intensité forte (armé jusqu'aux dents), l’intensité faible (sous-adapté), la quantité (à
moitié endormi), l’aspect terminatif (à bout de course), la modalité de la nécessité (appelé
à disparaître) ; la négation (aimable comme un bouledogue)3.

L’analyse morphosyntaxique et l’analyse syntactico-sémantique ne donnent pas


exactement les mêmes résultats. L’analyse morphosyntaxique conduit à identifier les
séquences figées qui sont des adjectifs à part entière. L’analyse syntactico-sémantique
distingue les séquences selon qu’elles sont totalement ou partiellement figées. Dans le
second cas de figure, l’étude de la structure interne permet d’interpréter les relations entre
la tête de la construction et les autres constituants. Les séquences figées ne correspondent
plus alors à des adjectifs à part entière: deux éléments sont distingués. Le premier élément
est un prédicat de type adjectival, voire nominal ou verbal. Le second élément est
l’ensemble des constituants dans la portée de figement. Il caractérise le premier. Les

2
Sur la notion de prédication seconde dans le groupe nominal, cf. BUVET Pierre-André 2002, « Le défini

obligatoirement modifié » Langages, 145, Larousse, Paris, pp. 97-125.

3
Cf. BUVET Pierre-André 2008 "Quelle description lexicographique du figement pour le TAL ? Le cas des

adjectifs à forme complexe", Romanistik 36 , Francfort : Franz Steiner Verlag, pp. 43-54.

21
interprétations du second élément sont principalement fondées sur l’opposition entre la
signification grammaticale et la signification lexicale4.

Tout comme en français, il existe en comorien un nombre important de séquences figées


qui sont susceptibles d’être analysées comme des adjectifs prédicatifs. Le comorien est une
langue agglutinante proche du swahili. À ce titre, les prédicats adjectivaux simples sont
cooccurrents à des classes nominales. Du fait qu’ils peuvent être accordés en toutes classes
(par définition), les adjectifs sont donnés sous leur forme lexicale (radical du mot sans
préfixe) précédés d’un tiret qui indique qu’en énoncé, ils doivent être munis d’un préfixe
de classe (celui du nom qui les régit):

-ema (gentil)

Mwana mwema, (un enfant gentil)/ wana wema (des enfants gentil) : classe 15

Par ailleurs, il existe des prédicats adjectivaux à forme complexe. Il est notamment
remarquable que les séquences adjectivales du sous-type en N soient communes aux deux
langues, c’est-à-dire le français et le comorien. L’équivalent de en en comorien est
harimwa. Dans ces langues, les deux mots suivis de substantifs donnent lieu à des
séquences figées à caractère adjectival. Certaines de ces séquences sont strictement
équivalentes du point de vue de la traduction6 :

4
BLANCO Xavier et Pierre-André BUVET 2004, « Verbes supports et significations grammaticales.

Implications pour la traduction espagnol-français », Lingvisticae Investigationes, 27:2, John Benjamins B.V.,

Amsterdam, pp. 327-342.

5
LAFON Michel 1983, « Compte-tendu de S. M. Zawawi, Loan Words and their effect on the Classification

on Swahili Nominals », Afrique & Langage. Vol. 20, p. 47-67.

6
Ici la copule hukaya est le morphème zéro. Nga est toujours suivi d’un pronom qui change en fonction du

référent.

22
Luc nge harimwa usiu  Luc est en colère

Luc nge harimwa uvumzi  Luc est en vacances

Entsi ngiyo harimwa tranga  le pays est en deuil

L’abondance de ces séquences, l’omniprésence du figement dans tous les domaines de la


langue comorienne (syntaxe, sémantique, terminologie, morphologie…), l’absence d’étude
portant sur ce phénomène linguistique et le fait que le comorien n’est pas sorti de son statut
oral expliquent pleinement notre choix sur ce sujet jugé innovent.

Ainsi, notre corpus sur le comorien comprend généralement des productions orales, des
livres comoriens d’expression française (romans, recueils de poèmes, contes…) basés sur
une enquête linguistique organisée à cet effet. À partir de sa comparaison avec le corpus en
français basé sur des travaux de recherche soigneusement étudiés, nous visons à montrer la
différence et la ressemblance entre le comorien, langue cible et le français, langue source.

L’objectif de notre étude est double. D’une part, il s’agit de faire un recensement exhaustif
des locutions adjectivales du comorien et d’établir une typologie de ces prédicats
adjectivaux en utilisant les mêmes principes que pour le français. D’autre part, nous
étudierons plus spécifiquement deux sous-types de séquences figées à caractère adjectival:
les équivalents comoriens des sous-types en N (en retraite) et A comme DET N (bête
comme ses pieds).

Une première partie de notre travail consistera à présenter les particularités linguistiques du
système comorien, notamment les différentes catégories grammaticales compatibles avec
la fonction prédicative. Une deuxième partie portera sur la classification des prédicats
adjectivaux complexes. Nous nous intéresserons particulièrement aux conditions de
figement de ces unités polylexicales et nous étudierons leur structure interne tant du point
de vue morphosyntaxique que de celui du plan syntactico-sémantique. Nous comparerons
nos descriptions à celles du français. Une troisième partie de notre travail concernera

23
l’étude des deux sous-types de séquences figées à caractère adjectival. Lorsqu’elles sont
partiellement figées, nous nous intéresserons plus particulièrement au rôle des différents
constituants du point de vue du mode de fonctionnement sémantique de ces séquences.

24
CHAPITRE 1
DESCRIPTION DU SYSTÈME LINGUISTIQUE DU
COMORIEN

Le comorien ou le shikomori appartient à la famille des langues bantoues, langues proches


du swahili. Ces langues parlées dans près de la moitié du continent africain sont
historiquement et géographiquement classées en groupe7. Les groupes vont de A à S. Le
comorien, le swahili, le mwini forment le groupe Sabaki, auquels Guthrie a donné la lettre
G. Le comorien occupe donc le numéro 44 et se divise en 44a et 44b8.

Quatre parlers constituent le comorien: le shingazidja (parlé à la Grande Comore), le


shindzuani (parlé à Anjouan), le shimwali (parlé à Mohéli) et le shimaore (parlé à
Mayotte). Ces quatre parlers sont intercompréhensibles bien qu’ils présentent souvent un
inventaire phonologique et morphologique un peu différent. Ils se scindent en deux
groupes dialectaux: le groupe occidental formé par le shingazidja et le shimwali (Gr 1) et
le groupe oriental formé par le shimaore et le shindzuani (Gr 2)9.

Les linguistes bantouphones et francophones se sont mis d’accord pour écrire le shikomori
en caractères latins dont la lecture ne présente pas donc des difficultés pour les

7
Travaux de Guthrie (1948)

8
Travaux de Kassim. Mohamed. Soyir (2008)

9
M. A. Chamanga, Introduction à la grammaire structurale du comorien (2010)

25
francophones. Cette langue agglutinante est caractérisée par un système de classes
nominales. On l’assimile souvent au swahili dont l’accord se fait par des préfixes qui
varient selon les classes des noms.

Notre étude typologique de la grammaire du comorien s’articule au tour de cinq grandes


parties notamment la phonétique et la phonologique, la morphologie, la syntaxe,
l’énonciation et le lexique.

[Link] système phonétique du comorien

•L’alphabet du comorien comprend 24 lettres simples. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l m, n, o,


p, r, s, t, u, v, w, y, z.

Les lettres q, x, ne sont pas utilisées par les Comoriens.

Digraphes (lettres doubles): dh, ts, dz, ny, ng, sh, th, pv, dr, Consonnes supplémentaires: /ɓ/
/ɗ Ces deux consonnes sont des implosives.

1.1.1. Les voyelles

Comme la plupart des langues bantoues, le comorien se caractérise par une phonétique
relativement simple avec un accent tonique. Cet accent repose sur l’avant-dernière syllable,
sur la dernière syllable ou encore sur l’anté-pénultième. Au point de vue phonétique, le
comorien ne compte que cinq voyelles. Ces voyelles à caractères latins (a, e, i, o, u)
n’offrent aucune difficulté pour un francophone.

ECRITURE PHONEME EXEMPLE Equivalent français

A, a [a] mɓaɓa père

E, e [e] Fenese jaque

I, i [i] viri inactif

O, o [o] koko grand-mère

26
U, u [u] lulu perle

À la différence de la langue française, en comorien, deux ou trois voyelles écrites qui se


suivent ne s’associent jamais entre elles pour former un son unique. Chaque voyelle
conserve sa propre valeur. Autrement dit, dans un énoncé, toutes les voyelles sont
prononcées.

Par exemple : ou se prononce « o-ou et non « hou », au se prononce « a-ou » et non « o »,


eu se prononce « e-ou » et non « heu », ai se prononce « a-i » et non « é ».

Théoriquement, toute voyelle peut se trouver en succession avec n’importe quelle autre. Il
peut y avoir amalgame à l’écrit de deux voyelles. Kodjazaya en parlant, par exemple, d’un
arbre (= ka-u-dja-zaya).

Il importe de constater qu’en comorien la lettre [u] correspond au son « ou » comme dans
le mot français « cou ».

De même, le signe [e] correspond au son « é » comme dans le mot français « télé ».

On rencontre aussi souvent en shingazidja, (le dialecte parlé dans l’île de la Grande
Comore, comme nous l’avons déjà signalé plus haut), la même voyelle doublée. Dans ce
cas, il va falloir allonger la voyelle.

Djuu (= en haut), buu (= baobab)

Mzee (= vieux), fuu (= ongle)

1.2. Les semi-consonnes

PHONEME EXEMPLE Equivalent


ECRITURE Français
W, w [w] wewe toi
Y, y [y] yeye lui, elle

27
À la différence de l’alphabet du comorien proposé au temps du président Ali Soilihi, ces
semi-voyelles (w,y) ne se placent pas au début d’un mot.

1.3. Les voyelles nasales

Les voyelles nasales sont en général héritées de l’arabe. Ils n’ont pas une origine bantoue.
Ces voyelles s’écrivent avec un accent circonflexe. Par exemple : î, û, â.

î : îdhini « autorisation »,

û : ûdi « luth »

â : âda « coutumes, traditions »

Par ailleurs, on en rencontre dans des expressions comme "ââ!" (oui), "'â'â !" (non !), "ûûû
!", "êhê !" etc.

1.3.1. Les consonnes

Les consonnes simples

Ecriture Phoneme Exemple Equivalent français


B, b [b] mbaba père
D, d [d] didi trou, tombeau
F, f [f] kafa drame, fléau
G, g [g] gora chapeau
H, h [h] hale conte
J, j
K, k [k] koko grand-mère
L, l [l] -lila pleurer
M, m [m] mali argent
N, n [n] unono santé
P, p [p] -piha cuisiner
R, r [r] rahisi moins cher

28
S, s [s] siri pantalon
T, t [t] -titi petit, peu
V, v [v] voti vote
Z, z [z] -zulifu mendiant,

implosives (ɓ/ /ɗ)

occlusives (p, b, t, d, dr, tr, k, g)

bilabiales (p, b, pv, m, w)

labio-dentales ( f, v)

dentales (t, d, th, dh)

alvéolaires (tr, dr, s, z, ts, dz, l, r)

vélaires (k, g)

L’écriture de ces consonnes doubles (digraphie) n’obéit pas à une règle orthographique
précise. Elle relève d’une convention linguistique admise dans l’alphabet international
africain. Aucune étude ne tente de donner une étude étymologique de cette réalité
orthographique. On trouve ces consonnes doubles dans beaucoup de langues bantoues. En
comorien, certaines de ces consonnes doubles font partie des consonnes fricatives (son et
écriture).

Les fricatives sourdes: th, sh, kh

Les fricatives sonores: pv, dh, gh

Fricative bilabiale: pv

ny se prononce comme le gn français de « ignoble ». Exemple : nyuha (= serpent), nyile


« cheveux ».

th se prononce comme th de l’anglais dans that ou this. Exemple: thamani (= prix, valeur)
29
dh correspond au [th] anglais dans le mot [there].

pv [β] n’a pas un son équivalent en français. Il s’apparente au v du français. Exemple: -


pvira (= expirer), -pvambaya (= s’évader, s’enfuir).

kh est un mot d’origine arabe. Il correspond au son h. Exemple: khairi, kheri (= mieux,
vaut mieux).

gh est un mot d’origine arabe. Il correspond également au son h. Exemple: lugha, luha (=
langue).

[Link]. Les affriquées

c se prononce comme le tch du mot français match. Exemple : ngami wamice

dj se prononce comme dans le mot français adjectif. Exemple. : madji mema « eau
potable »

dz se prononce comme Dzaoudzi (ancienne capitale de Mayotte). Exemple: dzaha (=


volcan)

ts correspond au son tsé-tsé en français. Exemple: tsili (= j’ai mangé), tsongeza

La nazale ny se prononce gn comme dans le mot ignoble. Exemple: nyantsu (= fourmi),


nyile (= cheveu). Les semi-consonnes w se prononcent comme le son ou dans jouer.
Exemples: wendo (c’est qui?), wenefu (=lèpre). La lettre y se prononce comme le y de
yaourt. Exemples: baya (= grève), shaya (= doigt). Quant aux consonnes labialisées, le
comorien est une langue riche en consonnes labialisées. Cela s’observe dans les différents
énoncés simples et complexes en comorien. La consonne labiale se caractérise par une
consonne suivie de la semi-consonne [w]. Exemple : bw, cw, dw, djw, ndrw, fw, gw, hw,
kw, mw, mbw, ncw, nfw, nkw, trw, ntsw, nw, pvw, rw, sw, tw, vw, zw. Ces sons sont souvent
prononcés par les Comoriens. Par exemple, Idwadwai (= gâteau traditionnel),
mwanadamu (= un homme), nyaswia (= conseils). Huhadalwa (= être trompé),
mwangamifu (= capricieux), mwendza bahati (= qui a de la chance).

30
[Link]. La géminaton ou longueur consonantique

Ce phénomène linguistique s’observe dans des énoncés en shingazidja. Cela se présente


donc dans les énoncés suivants:

Ali ngutsondzo mmwa.

Ali suce canne sucre

« Ali suce de la canne à sucre »

Emwana nge mmwade

L’enfant maintenant malade

« L’enfant est malade »

1.3.2. La syllabe

La syllabe, en tant que structure inhérente aux flux de la parole, se retrouve dans le
shikomori.

mots découpage en syllabes traduction


maele ma-e-le → CV-V-CV riz
latabu La-ta-bu → CV-CV-CV table
faida Fa-i-da → CV-V-CV bénéfice
ndrovi Ndro-vi → CV-CV banane
mapesa Ma-pe-sa → CV-CV-CV argent
mlimadji m-li-ma-dji → C-CV-CV-CV cultivateur

En comorien, la syllabe est constituée d’une consonne et d’une voyelle. Une seule voyelle
peut, à elle seule, former une syllabe. Cependant, une seule consonne ne peut être réalisée
individuellement dans le flux de la parole: elle doit, pour exister, être coarticulée avec une

31
voyelle. La nasale m dans « mlimadji » peut former une syllabe à elle seule à moins que ce
préfixe occupe une fonction particulière dans le système nominal du comorien.10 Force est
de constater que toutes les syllabes du comorien sont ouvertes. Elles se terminent toujours
par une voyelle.

[Link]. Le système nominal

Les classes nominales du comorien

En comorien, comme dans les autres langues bantoues, les catégories nominales
notamment les substantifs se répartissent, non pas en genres non liés au sexe du type
masculin, féminin, neutre mais en classes nominales. En termes très clairs, le comorien
notamment le shingazidja qui fait l’objet de notre étude se comporte comme une véritable
langue à classes. En effet, ces dernières peuvent y être définies comme un phénomène
d’accord affectant toutes les unités grammaticales notamment les verbes, les noms, les
adjectifs, les pronoms déterminatifs. L’accord s’opère aussi bien au niveau de l’énoncé
(accord du verbe avec le sujet) qu’au niveau du syntagme (accord de l’expansion avec le
noyau). Cette variante comprend 15 classes nominales dont trois classes particulières
appelées classes locatives, où les substantifs, les adjectifs, les verbes s’accordent bel et
bien en classes locatives. Exemples. : iho hwema, hodahoni hundjilwa.

Les classifieurs sont utilisés dans un discours lorsqu’on désigne ou dénombre, par
exemple, un objet ou une notion abstraite.

Les classes nominales correspondent à des catégories sémantiques plus ou moins étendues.
Elles se reconnaissent par leurs préfixes. En effet, il n’existe pas en comorien de genre
féminin et masculin ou neutre. Si l’on désigne des personnes ou des animaux de sexe
féminin ou masculin, on place après le nom les adjectifs -she pour le féminin et –me pour
le masculin. (mwanamshe désigne une fille ; mwanamume désigne un garçon, un homme).
Les noms qui ne désignent que des personnes de sexe masculin ou féminin sont très

10
M. A. Chamanga, Introduction à la grammaire structurale du comorien, 2010.

32
limités, comme c’est le cas dans le vocabulaire des adjectifs relationnels (mbaba « père »,
mdzadze « mère », mdjomba « oncle »).

La plupart des noms sont regroupés deux par deux. Une classe pour le singulier et une
autre pour le pluriel.

Exemple:

Classe 1 (singulier) : classe 2 (pluriel)

mwana (enfant) wana (enfants)

Classe 3 (singulier) classe 4 (pluriel)

mri (arbre) miri (arbres)

Classe 5 (singulier) classe 6 (pluriel)

dzitso matso (yeux)

Tableau des classes nominales étudiées et testées en comorien.

Préfixes
Classes Exemples Catégories sémantiques
nominaux

Genre MU-/WA- préfixes

mlimadji,
Classe 1 M-, Mw-
mwandzani
Noms d'êtres humains uniquement
walimadji,
Classe 2 Wa-, W-
wandzani

33
Genre MU-/MI-

Classe 3 Mu-, M- mhono, miri


Noms d'arbres, d'objets, parties du
corps. Pas de personnes.
Classe 4 Mi-, M- mihono, miri

Genre MA-

Classe 5 Dzi, Ø- dzinyo, gari


Noms d'objets, de fruits, parties du
corps, personnes, noms abstraits.
Classe 6 Ma- manyo, magari

Genre Shi-/Zi-

Classe 7 Shi-, Sh- hiri, shombo


Noms d'objets, parties du corps.
Noms de langues en classe 7
Classe 8 Zi-, Z- ziri, zombo

Genre N-

nyungu,
Classe 9 N-, Ø-
nyura
Noms d'objets, d'animaux, de
personnes. Noms abstraits.
nyungu,
Classe 10 N-, Ø-
nyura

Genre U- (pas de pluriel spécifique)

Classes 11-
U- uzi, ubu
14 Noms d'objets concrets et notions
abstraites
Classes 6 ou 10 mauzi

34
Genre U- (verbes)

Classe 15 U- (Hu-) -Usoma (lecture) Verbes substantivés

Cette caractéristique ne s’observe pas cependant pour les noms de luiquide comme madji
(= eau), mafura ( = l’huile), ndjizi (miel, sirop de canne)…

Le concept de « genre », bien que controversé notamment en ce qui concerne la description


des langues bantoues, a été introduit ici pour deux raisons essentielles :

Faciliter l’étude des classes nominales en les regroupant deux par deux dont chaque genre
comporte un singulier et un pluriel.

Éviter que le même mot de « classe » désigne l’ensemble ou le sous-ensemble.

« Classes M-/WA- mais genre M-/WA- ou « classe ½.

Les numéros attribués aux différentes classes nominales dans ce tableau sont classés selon
l’ordre de leur découverte au début des études bantoues.

Les propriétés du système de classes nominales se résument aux classes auxquelles


appartiennent toutes les unités grammaticales11 (adjectifs, démonstratifs, possessifs, verbes,
etc..) soumises à l’accord de classes:

Riziki oyi mwana mwema swafi / Riziki là enfant gentil très/ « Riziki est très gentille »

Sheikombe shahe shema/ la tasse sa magnifique « Sa tasse est magnifique »

Emwana ngutsapvuho pvondze/ l’enfant mainenant joue « L’enfant joue »

11
Nonise-shi

35
Emafundi pia wasomo

Les professeurs tous ont lu

« Tous les professeurs ont lu »

[Link]. Les pré-préfixes ou articles définis

Ces pré-préfixes définis se placent en général devant le préfixe de classe du nom, et


fonctionnent à peu près comme les articles définis français. Leur forme varie en fonction
de la classe à laquelle ils sont attachés. Leur usage est plus fréquent que les articles définis
français. Ils s’emploient pour désigner une personne, un animal, un objet. Pour les noms de
genre N- (Classes 9/10), Les pré-préfixes définis permettent, pour la clarté du discours, de
faire la différence entre le singulier et le pluriel. Ils jouent le rôle d'un préfixe de classe
parce que les noms de Genre N- ont une forme identique au singulier et au pluriel12. Quant
aux classes locatives, elles comprennent 3 classes notamment la classe 16 (préfixe PVA-),
la classe 17 et 18 dont les préfixes ne sont pas clairement définis. Seulement, elles se
reconnaissent par leur valeur locative qui exprime le plus souvent un endroit plus ou moins
vague.

Exemple:

Msirini/mosquée dans/ « mosquée », daho « maison », sanduku « banque ».

1.3.3. Les pronoms possessifs

Les pronoms possessifs s’accordent en classe avec les noms de l’objet possédé.

mri wahangu /arbre mon/ « mon arbre » (classe 3/4)

trunda lahangu/ orange mon/ « mon orange » (classe 5/6)

12
nonise-shi

36
hiri shahangu/chaise ma/ « ma chaise » (classe 7/8)

nguo yahangu/vêtement mon/ «mon vêtement » (classe 9/10)

ahangu : mon, ma, mes le mien, la mienne, les miens, les miennes

ahaho : ton, ta, tes le tien, la tienne, les tiens, les tiennes

ahahe : sa, son, ses le sien, la sienne, les siens, les siennes

ahatru : notre, nos le nôtre, la nôtre, les nôtres

ahanyu : votre, vos le vôtre, la vôtre, les vôtres

ahawo : leur, leurs le leur, la leur, les leurs

Lorsque le possesseur est un nom humain, on emploie les pronoms –ngu, -ho, -he, tru, -
nyu, -wo.

Emwana wahangu/l’enfant mon/ « mon enfant » ; fundi wahe/enseignant son/« son


enseignant »

Les pronoms –wo, -lo, -sho, -yo, -wo, -pvo, -zo s’emploient avec les possesseurs non
humains.

Exemple :

Lepaha linu ematso yahalo yo matiti/le chat là les yeux ses maintenant petits/« les yeux de
ce chat sont petits ».

Les pronoms possessifs se placent toujours après le nom. Ils s’accordent en classe avec le
nom auquel ils se rapportent. Les possessifs de 1ère et 2ème personne (-ngu, -ho) sont
aussi déictiques. Ils confèrent au groupe nominal entier une valeur déictique:

Ninke eshiyo shahangu/ donne le livre mon/ « donne mon livre »


Ngamdjohunika eshahaho/Je te donnerai le tien/ « je donnerai le tien »

37
Les possessifs de la 3ème personne (-he, -wo) peuvent, comme les pronoms personnels,
renvoyer à une tierce personne présente dans la situation de discours, et donc posséder une
valeur déictique :
hamisi legauni laho.
Range la robe ta
« Ranges-tu ta robe »
[Link]. Les pronoms démonstratifs

Les pronoms démonstratifs se classent en trois catégories qui sont sémantiquement


différents (les démonstratifs proches, les démonstratifs lointains). Ils expriment tous une
démonstration. Ils désignent, d’une part, des êtres ou des choses qui sont présents dans la
situation de communication et, d’autre part, des termes qui les précèdent ou suivent dans le
contexte. Ils varient selon le nom désigné.

Exemple 1 : Emwana oyi hakaya mmwade/l’enfant cet était malade /« cet enfant était
malade. »

Exemple 2 : Elepaha linu ngilo bwade/ Le chat ce maintenant malade « Ce chat est
malade. »

Exemple 3 : Omri uno ngofao/ l’arbre cet fanne « cet arbre se fanne. »

Exemple 4 : Eshiyo shino sho muhimu/ Le livre ce maintenant important/« ce livre est
important »

Les pronoms démonstratifs s’accordent également en classe. Ils se placent toujours après le
nom qu’ils déterminent.

[Link]. Les pronoms démonstratifs très proches

Classes pronoms démonstratifs exemples

Classe 1 oyi wana oyi, cet enfant

Classe 2 wanu wana wanu, ces enfants

38
Classe 3 unu omdri unu, l’arbre cet « cet arbre »

Classe 4 inu emiri inu, les arbres ces/ « ces


arbres »

Classe 5 linu elepaha linu, le chat ce/ « ce chat »

Classe 6 yanu Emapvaha yanu/les chats ces /« ces


chats »

Classe 7 shinu eshanu shinu/l’assiette cette/ « cette


assiette »

Classe 8 zinu ezanu zinu/les assiettes ces/ « ces


assiettes »

Classe 9 inu ebirika inu/la bouilloire cette / “cette


bouilloire”

Classe 10 zinu zebirika zinu/ les bouilloires ces/


“ces bouilloires”

Classe 11 unu owubu unu/ le bouilli ce/ « ce


bouilli »

Classe 16 pvanu opvahanu panu/la place cette/ « cette


place »

Classe 17 hunu hondani hunu/maison dans/ « dans


cette maison »

Classe 18 munu homahala munu, endroits ces/ « ces


endroits »

39
Les classes 1 et 2 désignent uniquement des humains. Nous rappelons que les classes 2, 4,
6, 8, 10 forment le pluriel des classes 1, 3, 5, 7, 9. Les pronoms n’échappent pas aussi au
système de classes nominales. Cela peut s’observer dans le tableau ci-desous.

cl 1 ola

cl 2 wala

cl 3 ula

cl 4 ila

cl 5 lila

cl 6 yala

cl 7 shila

cl 8 zila

cl 9 Ila

cl 10 zila

cl 11 ula

cl 16 pvala

cl 17 Hula

cl 18 mula

Les pronoms démonstratifs ola et wala déterminent un nom propre ou commun de


personne. Ola pour le singulier et wala pour le pluriel. Les autres pronoms démontratifs
déterminent notamment les animaux, les objets, les idées, les actions.

40
En comorien, les pronoms démonstratifs peuvent aussi déterminer des êtres ou des objets
qui sont complètement absents.

Exemple 1: Emdru ola kadjafa/L’homme là ne pas mort/ « Cet homme-là n’est pas mort ».

Exemple 2 : Eziyo zila kazitsuhulwa/ Les livres-là ne pas acheté « ces livres-là ne se
vendent pas. »

Les pronoms démonstratifs ne désignent pas forcément quelqu’un ou quelque chose qui est
lointain. Ils déterminent parfois des êtres, des objets qui sont absents. Dans ce cas, ils
doivent être suivis d’un verbe conjugué à l’accompli, au présent ou au futur.

Exemple : Enyumba ila naiwaha ipvi/La maison que construit brulé « La maison que j’ai
construite est brûlée »

Les pronoms démonstratifs unu , oyi , linu , zinu, wanu se réfèrent souvent à un objet
ou à une personne présent(e) dans le discours :

Hula eshononde shinu/achète le couteau ce « achète ce couteau ». / wala omri unu/Plante


l’arbre cet « plante cet arbre ». Renga emwana oyi/Prend l’enfant cet « prends cet
enfant. »

[Link] système verbal

En comorien, le verbe se caractérise par son caractère agglutinant. Pour qu’il puisse être le
noyau de la phrase, on le conjugue et on l’introduit dans une phrase. On doit lui attacher un
nombre variable d’affixes: préfixes, infixes et suffixes selon les différents cas de figure.
Tous ces affixes ont une place et une fonction bien précises.

1.4.1. Les types de verbes

Tout comme en français, en comorien, l’auxiliaire être ukaya introduisant l’attribut du


sujet, est un verbe d’état, car il est considéré comme un verbe qu’indique l’« état » dans
lequel le sujet se trouve. Cette étiquette sémantique pourrait être floue dans la mesure où
certaines tournures attributives n’y répondent pas.

41
La dénomination de cette copule permet clairement de dissocier ukaya et les autres verbes
d’état tels que -baki, -redjei, … qui sont des copules pleines signifiant rester, devenir en
français.

L’auxiliaire être ukaya sert à indiquer une relation à deux termes, entre le sujet et
l’attribut. L’attribut est alors le pivot de la phrase.

1.4..1.1. Les verbes d’actions

Tout comme en français, en comorien, les verbes d’actions expriment une action faite ou
subie par le sujet. Ils peuvent prendre de nombreuses formes selon leur temps de la
conjugaison, leur structure monosyllabique (verbes formés d’une seule consonne : -dja =
venir), leur forme dissyllabique (verbes constitués d’une consonne suivie d’une seule
voyelle ou d’une voyelle suivie d’une consonne : -rua = se tare) ou leur forme irrégulière.

Quelques verbes monosyllabiques et dissyllabiques

Verbes à formes monosyllabiques Verbes à formes dissyllabiques


-pva = donner -komia = toucher
-nwa = boire -pvea = balayer
-dja = venir -ndjia= entrer
-la = manger -lima = labourer

[Link]. Les verbes auxiliaires

Nous considérons les verbes hukaya et hukana comme des verbes auxiliaires. Ils peuvent
se conjuguer seuls. Ils peuvent servir à la conjugaison des formes composées et participent
à l’accord selon la classe.

Ali ngena bahati/ Ali a chance/ « Ali a de la chance »

Owana waka wadja hunu dahoni “les enfants étaient venus à la maison”

Mais ils peuvent aussi servir d’auxiliaire aux autres verbes, les accompagner dans certaines
conjugaisons ;
42
Ali haka hashindiha/Ali était épuisé/ « Ali avait été épuisé »

1.4.2. Conjugaison

En comorien, comme en français, le verbe est un mot qui se conjugue et qui exprime
l’action faite par le sujet (emwana ngwendo = l’enfant marche) ou l’état dans lequel se
trouve le sujet (ngami mlemevu = Je suis fatigué) ou encore ce que subit le sujet (emwidzi
hafugwa = le voleur est condamné). En conjuguant un verbe, on énumère donc toutes les
formes d’un verbe (mode, temps, personne, nombre). Le verbe au sein de la phrase est
l'élément autour duquel gravitent les autres mots (affixes) et il s'analyse à partir de
certaines formes bien définies. En comorien, le présentatif est exprimé par nga pvo (il y a).
Il est formé de deux morphèmes, qui fonctionnent syntaxiquement et sémantiquement
comme un seul morphème. Ainsi, on ne peut décomposer ngapvo en une structure du type
nga (pronom sujet exprimant en ce moment, maintenant) + yapvo (adverbe de lieu). Ce
présentatif résulte d’un figement de syntagme. Il ne varie pas en nombre mais supporte
formellement le temps.

Exemple :

Ngapvo mwana yadanguha/Il y a enfant qui tombé/ « il y a un enfant qui est tombé. »

Ngapvo wana wadanguha/Il y a enfants qui tombé/ « il y a des enfants qui sont tombés. »

Pvwakaya mdru pvanu/Il y avait homme là « il avait un homme ici. »

Nous constatons que les phrases à tournures présentatives ne correspondent pas à la


structure d’une phrase canonique sujet+pivot verbal.

[Link]. L’infinitif

En français, l’infinitif est marqué par une terminaison : ER, -IR, -OIR, -RE.
En comorien, l’infinitif est marqué seulement par le préfixe hu- placé devant le radical
verbal et le suffixe –a placé à la fin du radical.

43
hu+radical+a
Exemple :

hu-roh-a « sortir », hu-me-a « mendier »

hu-lol-a « se marier », hu-f-a « mourir »

hu-buw-a « ouvrir », hu-roh-a « sortir »

hu-bali-a « apporter » , hu-pveh-a « envoyer »

hu-nw-a « boire », hu-rem-a « frapper »

hu-vay-a « s’habiller » , hu-huz-a « vendre »

hu-f-a « mourir », hu-dj-a « venir, arriver »

hu-tr-a « jeter », hu-l-a « manger »

hu-nw-a « boire », hu-peny-a « peigner »

hu-yel-a « se baigner », hu-lim-a « labourer »

Comme nous le voyons à travers les exemples ci-dessous, les verbes comoriens d’origine
bantoue se terminent par –a à l’infinitif. Ces verbes se conjuguent de la même façon selon
la catégorie du verbe.

Quelques verbes d’origine arabe

hu-fikir-i réfléchir hu-amin-i croire

hu-bak-i rester hu-furah-i se réjouir

hu-badil-i changer hu-djib-u répondre

hu-tub-u regretter hu-samih-i pardonner

44
hu-shirik-i blasphémer hu-faul-u compter sur (Dieu)

Les verbes du comorien d’origine arabe se terminent par -i, -u, -a.

Quelques verbes d’origine français

hu-telefon-e « téléphoner »

hu-pos-e « poster »

hu-vot-e « voter »

hu-djaswir-e « s’assurer »

Les verbes comoriens d’origine française se terminent par –e ou i

Quelques verbes d’origine comorienne ou arabe terminant par i

hu-kants-i “rester”, hu-fuwants-i “s’attrister”

hu-hants-i « mettre par terre », « hu-kants-i » s’asseoir

hu-hamis-i “ranger” hu-djihodar-i s’armer (verbes d’origine arabe ou persane)

hu-rants-i « arrester », hu-taman-i « choisir » (verbes d’origine arabe)

Des verbes comme –rantsi « laisser, abandonner », hantsi ou ehantsi « poser, mettre ont
un comportement très différents des autres verbes car ce sont des verbes composés formés
d’une base verbale suivie du nom ntsi « sol, terre ». Littéralement kantsi signifie « être par
terre », -rantsi « jeter per terre, et -hantsi ou –ehantsi « poser par terre »13.

Quelques verbes monosyllabiques

13
M.A. CHAMANGA, Introduction à la grammaire structurale du comorien, 2010.

45
-dja « venir », -fa « mourir »

-la « manger », -tswa « se coucher »

-pvwa « baisser », -nya « déféquer »

-tra « jeter », -wa « tomber »

Nous constatons que tous ces verbes ont des radicaux formés d’une seule consonne. Ainsi,
la morphologie de ces verbes dits primaires14 est différente des autres verbes15.

[Link]. La dérivation verbale

En comorien, il est courant de modifier les verbes en ajoutant différents suffixes à la fin du
radical. Ce phénomène de dérivation s’observe dans le shingazidja parlé à la Grande
Comore. À titre de comparaison, on peut en français modifier le sens d'un verbe en lui
adjoignant certains préfixes. Par exemple: prendre, comprendre, apprendre, surprendre,
reprendre...

Mais ce procédé ne s'applique qu'à un petit nombre de verbes, et ne modifie en général


que l'aspect lexical du verbe, sans en modifier la fonction. En comorien, la dérivation
verbale vise à modifier, non seulement le sens du verbe, mais aussi son emploi
grammatical dans la phrase. Cela se traduira en français par différents procédés:
pronominalisation, adjonction d'un autre verbe (faire, être), ajout d'une préposition,
changement de verbe (voix active, voix passive…). Un verbe dérivé se caractérise de la
manière suivante:

hu+radical verbal+[Link]+suffixe verbal Les de dérivatifs sont


différents. Le nombre de

14
Verbes qui n’ont aucun élément de dérivation.

15
M.A. CHAMANGA, Introduction à la grammaire structurale du comorien, 2010

46
dérivatif varie en général de 1 à 3.

Exemples de verbes dérivés:

(1) hudjuwa (= savoir, hu-djulwa Passif être connu


connaître)

hu-djuza Causatif informer, faire savoir

hu-djudziwa Caus+Ps être informé, prévenu

hu-djuzana Réciproque s'informer l'un l'autre

hu-djulihana Prép+Réc faire connaissance

hu-djuliana Statif être connu

2) humbiza (voir) hu-mbiziwa passif faire voir

hu-oneha statif se voir l’un l’autre

hu-onana réciproque Se voir l’un l’autre

hu-djiona pronom se voir


réflechi

hu-onehana statif se voir, être visible

(3) hupvendza (aimer) hu-pvendziwa passif être aimé, favoriser

hu-pv̄endzelea groupe favoriser, avantager


prépositionnel

47
hu-pvendzelewa passif être favorisé

hu-pv̄endzisa causatif plaire

Hu-pv̄endzeleana Réciproque se favoriser

Les principaux suffixes de dérivation du shingazidja:

4) husindiha husindihwa passif être aidé


(bousculer)
husaidilana réciproque s’entraider
husaidia groupe aider à
prépositionnel

La forme passive La forme pronominale passive (neutre)


suffixe -w suffixe -iha

Exemple type : Exemple type :


hu-rema = frapper husoma
hu-remwa = être frappé husomiha = se lire (livre)

La forme causative
suffixe -is, -es, -idz, -edz, -ish, -ts
La forme prépositionnelle
suffixe -iz, -e Exemple type :
hu-la = manger
Exemple type :
hulisa = nourrir, faire manger
hurantsi = laisser
hurantsiza = laisser à, pour Hurora = chavirer

hurotsa

48
La forme réciproque applicatif
suffixe -an suffixe -i

Exemple type : Exemple type :


husaidia= aider hulipva = lier
husaidiana = s'entraider hulipvia = payer pour

Double et triple dérivation :

Ces doubles ou triples dérivations s'effectuent toujours dans un ordre précis :

Prépositionnel + Passif suffixe : -iw, -ew

Prépositionnel + Prépositionnel suffixe : -ilia

Prépositionnel + Causatif suffixe : -iza

Prépositionnel + Moyen neutre suffixe : -ia

Prépositionnel + Réciproque suffixe : -iana

Moyen-neutre+Prépositionnel suffixe : -ia

Causatif + Prépositionnel suffixe : -iza

Causatif + Moyen-neutre suffixe : -iha

Causatif + Prépositionnel + Passif suffixe : -iziwa

Causatif + Réciproque suffixe : -ana

49
Causatif + Passif suffixe : -iwa

Causatif + Prépositionnel + Passif suffixe : -iziwa

Intensif+moyen neutre+applicatif+associatif Suffixe : -iana

Le principe d’agglutination:

Dans une langue agglutinante, on juxtapose au radical une série de morphèmes distincts
servant à exprimer les rapports grammaticaux. Dans ce type de langue, chacun des affixes
(préfixes, infixes ou suffixes) est clairement analysable et identifie précisément une
fonction grammaticale ou syntaxique.

Nous rappelons que moyen-neutre est l’équivalent d’un verbe pronominal passif comme
se vendre, se lire…

Prépositionnel est l’équivalent de l’applicatif (laisser à, punir pour…)

En comorien, le causatif de certains verbes d’origine arabe se forme en le suffixe ish au


radical du verbe à l’infinitif.

Exemple:

infinitif Formes dérivées formes


-dumu (durer) -dumisha (faire durer) causatif
-zidi (s’agraver) -zidisha (aggraver) causatif
-baini (réveler) -bainisha (rendre public) causatif
-badili (changer) -badilisha (changer) causatif

Il existe aussi bon nombre de verbes d’origine comorienne dont les causatifs se forment en
ajoutant -tsa au radical du verbe à l’infinitif. En général, ce sont les verbes qui se terminent
par ra. Autrement dit, le suffixe -tsa remplace pratiquement la terminaison -ra.

50
Exemples:

Formes non dérivées Formes dérivées


- pvira (=passer) - pvitsa (= faire passer)

- mira (= être enceinte) - mitsa (= engrosser)

- rahara (= être propre) - rahatsa (= nettoyer)

- kura (= être rassasié) - kutsa (= rassasier)

Malgré les causatifs morphologiques de certains verbes, le comorien possède des procédés
réguliers de dérivation d’un causatif à partir d’un verbe.

Le comorien comporte donc un causatif morphologique et l’exprime par des suffixes qui se
rajoutent au radical du verbe à l’infinitif.

Au sein de toutes ces phrases, nous voyons que la personne sert à préciser si le sujet de la
phrase parle de lui, parle à quelqu’un ou parle de quelqu’un.

Cela s’observe par exemple dans la forme de la conjugaison du verbe -latsa qui signifie
jeter en français.

Ngamlatso enyama = je jette la viande ou je suis en train de jeter la viande.

Ngolatso enyama = tu jettes la viande ou tu es en train de jeter la viande.

Halatsa enyama = il a jeté la viande.

Ngamdjo latsa enyama = je jetterai la viande

Ngudjolatsa enyama = il jettera la viande.

Il est important de constater qu’en comorien, les pronoms personnels varient dans leur
forme selon le mode et le temps.

51
Le nombre d’un verbe fait varier sa forme suivant que le sujet de la phrase est au singulier
ou au pluriel. Cela s’observe dans le cas du verbe –heza (= chanter) conjugué au présent
progressif, temps équivalent du présent d’actualité en français.

ngamhezo : je suis entrain de chanter

ngohezo : tu es entrain de chanter

nguhezo : il /elle est entrain de chanter

ngarihezao : nous sommes entrain de chanter

ngamhezao : vous êtes entrain de chanter

ngwahezao : ils/elles sont entrain de chanter

Le mode d'un verbe sert à indiquer la manière dont l'état ou l'action est présentée (action
réelle, possible, envisagée, qui dure...) : infinitif, indicatif, subjonctif, impératif,
conditionnel:

hula, manger infinitif

ngulo, il/elle mange indicatif

la, mange impératif

nale, qu’il mange subjonctif

tsidjohula, je mangerais conditionnel

Le mode participe n’existe pas en comorien.

En comorien, tout comme le français, le temps sert à indiquer le moment de l’action ou de


l’état : présent, futur, passé.

52
Ngufo (= il meurt ) présent

Ngudjohufa (= il mourra) futur simple

Hafu (= il est mort) passé (accompli)

Les verbes husoma, hurema, hulila dont les radicals sont respectivement –som- , -rem-, -
lil- supportent toutes les différentes formes d’une action.

Ngamsomo, je lis présent progressif

Hasomo , a lu passé

Ngwadjohusoma, ils liront, futur simple

Ngamremo, je frappe présent progressif

Hareme, il a frappé passé

Ngwadjohurema, ils frapperont futur simple

Ngamlilo, je suis entrain de pleurer présent

Halili, il a pleuré passé

Ngwadjohulila, ils pleureront futur simple

La forme verbale minimale comprend deux éléments : racine + suffixe correspondant


notamment à l’impératif deuxième personne du singulier.

Exemple :

-lima |lim-a| "laboure"

53
1.4.3. L’accompli

L’accompli montre que l’action est passée, c’est-à-dire qu’il exprime une action qui a été
déjà effectuée. Il est l’équivalent du passé composé en français. Sa conjugaison est
caractérisée par l’adjonction au radical verbal des préfixes tsi, hu, ha, ri, m, wa et des
suffixes a, i, e, u ou o. Ces préfixes verbaux correspondent, en français, aux pronoms
personnels sujet (je, tu, il, elle, nous, vous, ils, elles). En comorien, les terminaisons varient
d’un verbe à l’autre. Cette variation dépend en grande partie de la forme du verbe.

Exemples

radicaaux exemples terminaisons


-l- (manger) Tsili (j’ai mangé) i
-rem- (frapper) Hareme (il a frappé) e
-som- (lire) Risomo (nous avons lu) o
-f-a (mourir) Wafu(ils sont morts) u
-lal- (dormir) Mlala (vous avez dormi) a

L’accompli affirmatif

La forme affirmative de l’accompli se construit toujours avec tous ces préfixes verbaux
(sujets de l’accompli).

Forme affirmative de l’accompli du verbe –vuna (récolter)


Tsivunu j’ai récolté
Huvunu tu as récolté
Havunu il/elle a récolté
Rivunu nous avons récolté
Mvunu vous avez récolté
Wavunu ils ont récolté

54
Le morphème u est la terminaison des verbes ayant la voyelle u dans le radical. Cela
s’observe dans les verbes comme -vura (= tirer), -ruma (= diriger), funga (= faire un
nœud).

L’accompli négatif

La forme négative de l’accompli se construit avec le préfixe verbal ka . La forme de ce


préfixe varie suivant la forme du verbe à conjuguer. La forme négative de l’accompli
s’observe dans le cas du verbe –vuna (récolter).

Ndjavuna : je n’avais pas récolté

Kudjavuna : tu n’avais pas récolté

Kadjavuna : il n’avait pas récolté

Karidjavuna : nous n’avions pas récolté

Kamdjavuna : vous n’aviez pas récolté

Kwadjavuna : ils n’avaient pas récolté

Les préfixes verbaux changent dans la forme négative de l’accompli. L’accompli se


construit donc par préfixation (-ndja, kudja, kadja, karidja, kamdja, kwadja) et par
suffixation (a). En général, les verbes conjugués à l’accompli négatif conservent les mêmes
préfixes verbaux et les mêmes terminaisons verbales.

[Link]. Le présent progressif

Le présent progressif s’inscrit dans l’inaccompli. Il exprime une action qui se passe au
moment où l’on parle. Il est donc l’équivalent du présent de l’indicatif. Sa conjugaison est
caractérisée par l’adjonction au radical verbal des préfixes verbaux nga, ngo, ngu, nga,
nga, ngwa (formes affirmatives) et ntsu, hutsu, katsu, karitsu, kamtsu, kwatsu et des
terminaisons (o, ao).

55
Exemple:

Formes affirmatives formes négatives

ngamlo je mange ntsuhula je ne mange pas

ngulo tu manges kutsuhula tu ne manges pas

ngulo il/elle mange katsuhula il/elle ne mange pas

ngarilao nous mangeons karitsuhula nous ne mangeons pas

ngamlao vous mangez kamtsuhula vous ne mangez pas

ngwalao ils/elles mangent kwatsuhula ils/elles ne mangent pas

Les verbes conjugués au présent progressif à la forme affirmative ou négative gardent les
mêmes préfixes verbaux et les mêmes terminaisons.

[Link]. Le futur

Le futur se construit avec les sujets du présent progressif suivi de la marque du futur djo
plus la base verbale.

Exemple. : Ngamdjohula saladi, je mangerai de la salade. mdjomba ngudjohudja, l’oncle


viendra. Le futur qui, en shingazidja, est calqué sur le present, se caractérise par les
morphèmes suivants:

Ngu : marque du présent

djo : auxiliaire, marque du futur

hu : marque de l’infinitif qui se réalise u devants les bases plurisyllabiques, hu devant les
bases monosyllabiques et hw devant les bases commençants par les voyelles /e/ et /a/

56
Base verbale : association du radical verbal +un ou plusieurs dérivatifs+suffixe verbal de
l’infinitif.

Exemple :

ngodjosoma eshiyo shahangu, « tu liras mon livre ».

[Link]. L’imparfait

L’imparfait est une forme du verbe qui indique qu’une action est entrain de se faire dans le
passé (aspect non accompli).

Il se construit avec l’auxiliaire huka suivi d’un verbe mis à l’infinitif.

Exemple:

Forme affirmative

-nwa (boire) -wala (semer) -lima (labourer) -la (manger)

tsika hunwa tsika huwala tsika hulima tsika hula

je buvais je semais je labourais je mangeais


huka hunwa Huka huwala huka hulima huka hula

tu buvais Tu semais tu labourais tu mangeais

haka hunwa haka huwaha haka huluma haka hula

il/elle buvait il/elle semait il/elle labourait il/elle mangeait


rika hunwa rika huwaha rika hulima rika hula

nous buvions nous semions nous labourions nous mangions

57
mka hunwa mka huwaha mka hulima mka hula

vous buviez vous semiez vous labouriez vous mangiez


waka hunwa waka huwaha waka hulima waka hula

ils/elles ils/elles semaient ils/elles ils/elles


buvaient labouraient mangeaient

Forme négative

-nwa -wala (semer) -lima (labourer) -la (manger)


(boire)
ndjaka ndjaka huwala ndjaka hulima ndjaka hula
hunwa
je ne semais pas je ne labourais pas je ne mangeais pas
je ne buvais
pas
ndjaka kudjaka huwala kudjaka hulima kudjaka hula
hunwa
tu ne semais pas tu ne labourais pas tu ne mangeais pas
tu ne buvais
pas
kadjaka kadjaka huwala kadjaka hulima kadjaka hula
hunwa
Il ne semait pas Il ne labourait pas Il ne mangeait pas
Il/elle ne
buvait pas
karidjaka karidjaka huwala karidjaka hulima karidjaka hula
hunwa
kous ne semions pas nous ne labourions pas nous ne mangions
nousne pas
buvions pas

58
kamdjaka kamdjaka huwala kamdjaka hulima kamdjaka hula
hunwa
vous ne semiez pas vous ne labouriez pas vous ne mangiez
vous ne buvez pas
pas
kwadja hunwa kwadjaka huwala kwadjaka hulima kwadjaka hula

ils ne buvaient ils ne semaient pas ils ne labouraient pas ils ne mangeaient
pas pas

La conjugaison de l’imparfait négatif s’opère par la négation ka suivie de l’infinitif du


verbe. Cette négation ne se colle jamais au verbe.

1.5. Le passé révolu

Le passé révolu est apte à rendre compte d’un fait situé dans le passé. Il indique que
l’événement n’appartient pas à l’actualité de l’énonciateur. Le passé révolu présente le
procès dans son déroulement, en cours d’accomplissement.

À la forme affirmative, le passé révolu se construit avec la particule ka suivi du verbe


conjugué. Les terminaisons d’un verbe conjugué au passé révolu changent d’un verbe à
l’autre.

Forme affirmative

Exemple 1

tsika tsidja j’étais venu

huka hudja tu étais venu

haka hadja il/elle était venu (e)

rika ridja nous étions venus

59
mka mdja vous étiez venus

waka wadja ils/elles étaient venus

Exemple2:

tsika tsili j’ai déjà mangé

huka huli tu as déjà mangé

haka hali il/elle a déjà mangé

rika rili nous avons déjà mangé

mka mli vous avez déjà mangé

waka wali ils/elles ont déjà mangé

Exemple 3 :

tsika tsino j’ai déjà bu

huka huno tu as déjà bu

haka hano il/elle a déjà bu

rika rino nous avons déjà bu

mka mno vous avez déjà bu

waka wano ils/elles ont déjà mange

Le passé révolu négatif

Le passé révolu négatif se construit avec la particule –ka suivi d’un verbe conjugué à
l’accompli relatif affirmatif.

60
-hesa « chanter »

ndjaka naheza je n’ai pas chanté

kudjaka waheza tu n’as pas chanté

kadjaka yaheza il/elle n’a pas chanté

karidjaka raheza nous n’avons pas chanté

kamdjaka huheza vous n’avez pas chanté

kwadjaka waheza ils n’ont pas chanté

1.5.1. Le futur antérieur

À la forme affirmative, le futur antérieur se construit avec l’auxiliaire –djoka suivi d’un
verbe à la forme infinitive. En comorien, le futur antérieur est l’équivalent de futur proche
en français.

Forme affirmative

ngamdjoka hula, j’aurai mangé

ngodjoka hula tu auras mangé

ngudjoka hula tu auras mangé

ngaridjoka hula nous aurons mangé

ngamdjoka hula vous aurez mangé

ngwadjoka hula ils auront mangé

61
Il y a dans la forme verbale des éléments obligatoires et d'autres facultatifs. Les éléments
obligatoires sont: la marque personnelle pour les premières et deuxièmes personnes du
singulier et du pluriel) et le préfixe verbal pour les classes; une marque d'aspect ou de
temps selon la forme utilisée et le suffixe. ngamhezo « je chante » (en ce moment), nga- est
un relateur du présent. -o-, la marque du présent progressif, -hez- la racine et -o le préfixe.

Les emplois de hukaya « être » et hukana « avoir » dans la langue comorienne

Les verbes « hukaya » et « hukana» qui se traduisent respectivement en français par


« être » et « avoir » s’emploient fréquemment dans la langue comorienne. Ils ont un statut
particulier, car sur le plan morphologique ils se caractérisent, suivant les modes, le temps,
les personnes, par de nombreux radicaux verbaux16.

[Link]. Les emplois de ukaya (être)

Au présent actuel la copule ukaya se construit avec le focalisateur nga suivi des pronoms
personnels autonomes courts.

Ngami mmwade/ Maintenant je malade « Je suis malade ».

Ali nge paha/ Ali maintenant chat « Ali est gourmand »

Letrama ngilo bi/ le maïs maintenant pourri « Le maïs est pourri »

Le verbe être ukaya admet sémantiquement plusieurs emplois différents.

[Link]. Ukaya est copule

L’attribut est un adjectif

Luc hakaya mlemevu « Luc était fatigué.»

Yenyumba ikaya ndjema « La maison était belle.»

16
L’auxiliaire être et l’auxiliaire avoir n’existent pas réellement dans la langue comorienne.

62
Legari laho likaya dunu/la voiture ta était bonne/ « Ta voiture était bonne. »

L’attribut est un nom

Luc hakaya paha / Luc était chat/ « Luc était gourmand »

Omhogo ukaya shuma / Manioc était dur « Le manioc est dur »

Enyama ikaya mpira/ La viande était élastique « La viande s’est mangée difficilement.»

Force est de constater que le verbe ukaya est déffectif. Il ne s’emploie pas au present
d’actualité comorien. En effet, la phrase ngami mmwade est constituée de nga ( marqueur
du temps présent suivi de mi (indice-sujet) et de mmwade (adjectif qualificatif). Ainsi, la
copule se résume en un morphème zéro car l’usage du présent progessif en comorien ne
nécessite pas l’emploi de la copule hukaya. La fonction attribut peut s’observer à
l’imparfait, au futur simple.

Emwana hakaya mmwade « L’enfant était malade »

Lepaha likaya bwade « Le chat était malade »

Ukaya « auxiliaire de la voix passive »

Omkatre uka upihwa ni Amina/Le gâteau préparé par Amina/ « Le gâteau est préparé par
Amina

Enyama ika iliwa ni paha « La viande a été mangée par un chat »

Ali haka halaumulwa ne letrengwe « Ali a été accusé par le public.». En comorien,
l’emploi de l’auxiliaire hukaya est facultatif. Dans les phrases ci-dessus, on emploie
simplement haka, le diminutif de hukaya qui peut se supprimer sans que la phrase change
de sens. Ainsi, la voix passive ne se construit pas avec l’auxiliaire être.

Omkatre upihwa ni Amina « Le gâteau a été préparé par Amina »

Enyama iliwa ni paha « La viande a été mangée par le chat »

63
Ali halaumulwa neletregwe « Ali a été lamenté par le public »

[Link]. Emploi des pronoms personnels (indice-sujet) où ukaya est sous-entendu.

Mi daba/ Moi sot « Je suis sot »

We mudu/ Toi noir/ « Tu es noir »

Ali ye mwema /Ali lui beau/ « Ali est beau »

Zendazi zo ndzidu = Les sourcils sont noirs

Il y a des constructions attributives ou prédicatives où l’auxiliaire ukaya où les pronoms


personnels sujets mi , we , ye, nyi , si, wo… suivi d’un adjectif ont la valeur de l’auxiliaire
être ukaya.

La dénomination de la copule permet clairement de dissocier ukaya et les autres verbes


d’état tels que (-baki, -redjei, …) qui sont des copules pleines ayant la valeur de rester,
devenir en français.

Le verbe être ukaya sert à indiquer une relation entre deux termes ou entre le sujet et
l’attribut. Ce dernier peut devenir alors le pivot de la phrase.

Ye hakaya mle swafi. Il est très grand.

Mkaya wandru warohombi « vous étiez arrogants »

Ngodjokaya mdru wasitehi « Tu sera poli »

Au passé ou au futur l’usage da la copule hukaya s’avère obligatoire sinon la phrase


change de sens.

Nhum : Ye hakaya mle « il était long »

Nhum : We hukaya mudu « tu étais noir »

N-hum, Nhum : Lo likaya djindru « il était débile »

64
Nhum : Ye ngudjokaya mle « il sera long »

Nhum : We ngodjokaya mudu « tu seras noir »

N-hum, Nhum : Lo ngalidjo hukya djindru

1.5.2. Les emplois de ukana ou ukayana

Le verbe ukana et ukayana se construisent parfois avec le connectif na qui se place devant
les pronoms personnels autonomes courts (mi, we, nge, si, nyi, wo). À la troisième
personne du singulier, le connectif na se colle au marqueur de temps nge . Ce mécanisme
s’explique par la perte de son propre pronom personnel « ye » et sa contraction avec le
marqueur temporel nga.

Ngamina mali Ngasina shiyo

Ngawena mali Nganyinya shiyo

Ngena mali Ngwaona shiyo

Le verbe ukana est la dérivation réciproque du verbe ukaya ou littéralement ukaya na (être
avec) qui obtient également cette spécificité17.

ukana suivi d’un complément d’objet.

Comme en français, la particule ukana fonctionne comme un verbe transitif direct. Il admet
obligatoirement un complément d’objet direct. Ainsi, il n’existe pas des tournures
phrastiques de type Ali ngena. La particule ukana est doté d’un sens plein. Il exprime bien
entendu la possession. Il est important de rappeler brièvement des critères d’identification
du complément d’objet direct. Ce dernier se place après la particule ukana. Cette fonction
(COD) n’est assurée que par des noms. Le complément d’objet direct ne se pronominalise

17
Site nonise-shi

65
pas. La possibilité de la pronominalisation se fait dans des cas où la détermination est
beaucoup plus claire et précise.

Exemple :

(12a) Ngawena eshononde ? As-tu le couteau? Ngaminisho; je l’ ai.

La pronominalisation se fait dans les phrases interrogatives ayant un complément d’objet


direct déterminé par un article défini.

Si le complément d’objet direct est indéterminé, la pronominalisation demeure impossible.


Il appartient à l’interlocuteur de livrer une phrase complète comme réponse à la question
posée.

Ngawena shononde? = As-tu un couteau? Ngamina shononde. « Oui j’ai un couteau ».

[Link]. Ukana comme auxiliaire du participe passé

(13) Embe ika ilala « La vache était couché »

(14) Marie haka havaya gauni/ Marie avait porté robe/ « Marie a porté une robe »

(15) Salim haka hali sumu /Salim avait mangé du poison « Salim avait bu du
poison »

En comorien, l’auxiliaire ou la particule ukana ne sert obligatoirement à former ni le


participe passé ni le passé composé. La capacité à l’effacement montre son caractère non
obligatoire dans ces deux tournures. . Sa suppression ne porte donc pas atteinte au sens de
la phrase.

Exemple :

Embe ilala. = La vache avait dormi

Marie havaya gauni = Marie porte une jupe

Marie hali sumu = Marie avait bu du poison.

66
[Link]. Ukana comme verbe support

« Ukana » fonctionne comme un verbe support lorsqu’il est suivi d’un verbe conjugué au
passé ou d’un nom non prédicatif. Il est syntaxiquement l’équivalent d’un verbe simple.

On dit aussi que les verbes supports se combinent avec des noms prédicatifs pour former
des locutions verbales.

Exemple :

Ngamina huba « j’ai envie ». Le nom envie est difficilement analysable comme
complément d’objet direct. Il est, comme la plupart de noms en comorien, sans déterminant
et n’est pas pronominalisable. Notons que ukana peut admettre des emplois de verbe d’état
proches de ceux de ukaya. En effet, ukana huba (avoir envie) renvoie à un état mental

1.5.3. L’adjectif

L’adjectif se définit comme un mot ajouté à un nom pour apporter un complément


d’information sur sa qualité, sa propriété ou son état.

En comorien, il est donné sous sa forme lexicale (radical du mot sans préfixe) précédée
d’un tiret qui indique qu’en énoncé il doit être muni d’un préfixe de classe (celui du nom
qui les régit). Autrement dit, l’adjectif comorien est dépourvu de classificateur propre au
plan lexical, mais prend dans le discours le genre du nom qualifié, au singulier et au
pluriel. Soit le cas des adjectifs –ema, -du, -le, -tsala.

mdru mwema wandru wema

un homme gentil des hommes gentils

paha dzidu mapvaha madu

un chat noir des chats noirs

mdri mle miri mile

un grand arbre de grands abres

67
mwanamshe mtsala wanawashe wantsala

une fille maigre des filles maigres

L’adjectif qualificatif se place toujours après le nom ou l’auxiliaire être. Dans le cas
contraire, il serait vide de sens.

Ali ngena usiu / Ali a colère « Ali est furieux ».

?Usiu, Ali haroha ho salini = Furieux, Ali est sorti de la salle.

Ye mbwa yinu ya peu = Ce chien est méchant

Ye mwana mshwahe ye mwema = Sa sœur est belle.

Wo mdri unu mle

L’adjectif peut parfois se placer avant le nom s’il y a une reprise nominale.

Wa peu ye mwana woyi = méchant cet enfant

Udjipva wo mhogo unu = Délicieux ce manioc

[Link]. L’accord de l’adjectif qualificatif

L’adjectif qualificatif s’accorde en classe avec le nom auquel il se rapporte. En effet, en


comorien, il n’existe pas de genre masculin et féminin.

Mwana mwema (cl.1)/ enfant gentil « un enfant gentil »

Wana wema (cl.2)/ enfants gentils « des enfants gentils »

On distingue deux grandes catégories d’adjectifs qualificatifs

1. Ceux qui prennent un préfixe de classe pour s’accorder au nom qu’ils qualifient.

2. Ceux qui restent invariables.

Nous consacrons ce chapitre à l’étude des adjectifs qui s’accordent.

68
Exemple 1:

EXEMPLE TRADUCTION TRADUCTION

Mlimadji mfarantsa Un cultivateur français Classe 1

Mri mwi Mauvais arbre Classe 2

Djuwa kali Soleil accablant Classe 7

Mhogo mwi Manioc amer Classe 3

Ndrovi yaiva Banane mûre Classe 6

En général, les préfixes d’accord sont identiques aux préfixes de classe des noms qu’ils
qualifient. Les préfixes d’accord pour les genres M-/WA- (classe 1-2 ), M-/MI- (classe 3-
4) sont strictement identitiques à ceux des noms.

Exemple 1 : Mdru mpvamowo/ homme gourmand « un homme gourmand »

Exemple 2 : Miri mile/ grands arbres « de grands arbres »

On observe cependant quelques modifications d’ordre phonétique, surtout avec les


adjectifs dont la racine commence par une voyelle.

Exemple 3 : mwana muaminifu/ enfant honnête « un enfant honnête »

Exemple 4 : mdru mwema/homme gentil « un homme gentil »

La présence d’une voyelle au début du radical de l’adjectif qualificatif entraîne parfois des
modifications phonétiques.

Les adjectifs qualificatifs invariables sont la plupart du temps empruntés à l’arabe. Comme
les adjectifs qui s’accordent (variables), les adjectifs qualificatifs invariables se placent
toujours après le nom. Certains peuvent être à la fois nom et adjectif. C’est le cas de
masiki et tadjiri qui signifient respectivement pauvre et riche.
69
Exemple1 : emamasikiki ngwataabihao/ pauvres souffrent « les pauvres souffrent »

Exemple2 : mbabahangu emasikini/ père mon pauvre « mon père est pauvre ».

Adjectifs invariables les plus courants :

ADJECTIF TRADUCTION ADJECTIF TRADUCTION

bora Excellent, meilleur hai vivant

bure Inutile, gratuit hodari brave, intélligent

hali cher imara Fort, uni

halali Pur, légitime kamili complet, exact

haramu Impur, illégitime kweli vrai

laini Doux, lisse maalum spécial

maskini pauvre muhimu important

rahisi Pas cher, facile rasmi officiel

shiwari Calme, clair inswafi uni, solidaire

sawa égal tayari prêt

telele abondant wazi ouvert,

Quelques exemples d’emploi:

Mdru tadjiri/ homme riche « un homme riche »

Shahula telele / repas abondant « nourriture abondante »

Msafara rasmi / voyage officiel « un voyage officiel »

70
Owandru piya sawa / tout le monde égal « tous les hommes sont égaux »

Ngapvo shiwari / il y a calme « il fait beau »

Zesiri ngizo hali / les pantalons sont chers « les pantalons sont chers »

Les adjectifs simples en comorien sont peu nombreux. Cependant, il existe différents
procédés pour en fabriquer à partir des noms, des verbes ou d’autres mots.

Un des moyens les plus courants pour fabriquer un adjectif est de faire précéder un nom ou
un verbe du connectif –A pour lui conférer une valeur adjectivale. Ce connectif s’accorde
en classe avec le nom auquel il se rapporte.

Exemple :

Madji ya mdro/ eau de chaud « eau chaude »

Madji ya baridi / eau de froid « eau froide »

Mahala ya amani/ endroit de calme « un endroit calme »

Le nom ou le mot placé après le connectif –A peut prendre le préfixe de manière ki-, shi-

Djimbo la shikomori ou djimbo laki komori « chanson comorienne »

Mwana waki farantsa ou mwana waki farantsa « un enfant français »

Twabia zaki silamu ou twabia zashi silamu « conduite musulmane »

Quelques mots adjectivés courants :

-a baridi froid

-a bure gratuit

-a haki juste

-a hatwari dangereux

71
-a kawaida naturel, régulier

-a kweli vrai

-a mwiso dernier

-fu

-rahitswa

-babufu

-mlozi

[Link]. La fonction de l’adjectif

L’adjectif qualificatif comorien peut occuper les fonctions attribut et épithète.

Fonction attribut

On parle d’un adjectif qualificatif attribut lorqu’il est relié au sujet par l’intermédiaire du
verbe être hukaya ou des verbes comme « -redeha », « -baki », « -fa »…

Emwana hakaya mwade/ enfant était malade « L’enfant était malade »

Ali haredeha irewe/ Ali devient handicapé « Ali devient handicap »

Salim hafu mwema/ Salim mort martyr « Salim est mort en martyr »

L’adjectif est épithète lorsqu’il se colle directement au nom.

Mdri mwema kohomo msiruni = Un bon arbre ne dure pas longtemps dans la forêt.

Oyi mdru mdziro = C’est un homme têtu.

Tsiyono mbwa nkuu = J’ai vu un grand chien.

Comme nous l’avons dit clairement en haut qu’en comorien l’adjectif se place
pratiquement après le nom. L’adjectif garde toujours son sens propre.

72
nyumba ndjeu = maison blanche

mnashioni mwema = élève bon

mdru wapeu = homme méchant

L’adjectif antéposé se pratique dans la langue comorienne dans des cas spécifiques ou
dans le superlatif absolu, dans le cas contraire l’adjectif serait vide de sens.

Tadjiri isilamu « riche musulman »

Kuu daba « grand débile »

Mdjifumoyo mwendzavuu = fou fort

1.6. La phrase

La phrase comorienne se définit comme un ensemble de mots bien ordonnés ayant un sens.
Elle est l’unité de communication. Elle exprime un jugement, une pensée sur un être ou sur
une chose. Elle s’organise conformément à la syntaxe. Elle est constituée de syntagme en
respectant, à l’instar de la phrase en français, les règles et la norme.

À l’écrit, elle commence tout comme en français par une lettre majuscule et se termine par
un point.

La phrase verbale

La phrase verbale se construit autour d’un verbe conjugué.

Exemple :

Emwana ngulo maele. « l’enfant mange du riz»

Lepaha lifu. « le chat est mort »

Tsi hulu gari. « j’ai achté une voiture »

En première analyse, une phrase comporte trois éléments fondamentaux.

73
un groupe nominal sujet

— soit les pronoms: mi, we, ye… équivalents à je, tu, il, elle…

— soit un substantif, précédé le plus souvent par le défini -e ou autre défini, et


éventuellement d’un ou plusieurs adjectifs

Exemple : Emudiru mnyomeni hadja. « Le nouveau directeur est arrivé ». La fonction


sujet de ce groupe nominal est indiquée par un système de marques caractérisant le cas
sujet ou nominatif (voir déclinaisons). Le noyau verbal, constitué d’une forme verbale
conjuguée, c’est-à-dire portant une marque de personne (voir conjugaisons). Le reste de la
phrase, qui peut comporter

— éventuellement, rien

Evuwa ngenyao. « il pleut »

Ngamlalo. « je suis entrain de dormir »

Avec certains verbes comme –rema, -lindia, -waha qui se traduisent respectivement par
frapper, attendre, construire), le complément s’avère obligatoirement.

Le comorien, comme le swahili, est une langue du type SVO , c’est-à-dire les phrases
suivent généralement un ordre sujet-verbe-objet.

Dans la forme SVO, l'acteur est devant, l'action de transition au milieu et le


récepteur/subisseur ensuite. Ainsi, bien que le comorien soit une lange agglutinante, le
verbe sépare parfois, les 2 parties nominales de la phrase, à l'image d'un graphe : acteur →
relation-verbe ← patient.

Emdzadze nguliso emwanahe. « La mère fait manger son enfant. »

Nous avons expliqué dans le premier chapitre que les pronoms possessifs ahangu, ahaho,
ahahe, ahatru… se collent toujours au nom auquel ils déterminent. Ils se placent toujours
devant le nominal objet.

74
Emdzadze : « la mère » est le groupe nominal sujet (cl. 1)

Nguliso « fait manger » est le verbe transitif direct. Il s’accorde en classe avec le groupe
nominal sujet emdzadze.

Emwanahe « son enfant » (litt. enfant son) est le groupe nominal objet.

He « son » est le pronom possessif qui s’accorde en classe avec emdzadze

1.6.1. La phrase simple

La phrase simple est la phrase de base. Elle ne contient, comme en français, qu’un seul
verbe conjugué. Elle peut être déclarative, énonciative, active, neutre et affirmative. Elle
suit en général, comme on l’a dit en haut, un ordre sujet-verbe-objet.

Owana ngwalao saladi « les enfants mangent de la salade. »

Ali hahulu nyama « Ali a acheté de la viande »

Salim nguhezo djimbo « Salim chante une chanson »

Sujet-verbe-circonstant : Luc ngwendo shioni. « Luc va à l’école »

Sujet-verbe-objet-circonstant : Luc ngulo nyama holeteli « Luc mange de la viande au


restaurant. »

Sujet- verbe (phrase minimale) : Luc handanguha. « Luc est tombé. »

GV : La. « Mange. »

Néamoins, ce n’est pas systématique. On peut trouver des phrases où le circonstant


précède le sujet. Par exemple. : Ngamhulo gari « Maintenant, j’achète une voiture ». Cet
ordre est fondamental en comorien car l’actualisateur nga est insupprimable.

[Link]. La phrase complexe

75
Une phrase complexe peut être constituée d'au moins deux propositions conjointes par un
signe de ponctuation ne servant pas à la délimitation entre phrases.

La relation de la juxtaposition

Deux propositions sont juxtaposées si elles sont séparées par une virgule, deux points ou
point virgule. Chakira nguhezo, nguzino. « Chakira chante, danse. »

La relation de la coordination

On entend par propositions coordonnées quand la phrase complexe est constituée d'au
moins deux propositions reliées par les connectifs na équivalent de et , hau « ou », sha
« mais », etc. Chakira nguhezo na huzina « Chakira chante et danse ». Par conséquent, le
rapport entre des propositions juxtaposées pourrait dans bon nombre de cas être exprimé
par les connectifs ci-dessus mentionnés.

La relation de la subordination

La relation de subordination implique la présence d'une proposition dite principale, dont


dépendent une ou plusieurs propositions subordonnées et d'un terme introducteur, qui peut
être un pronom subordonnant ou une conjonction de subordination, du type –o, hata,
mpaka, ili, raha, eka qui ont respectivement la valeur de jusqu’à ce que, pour que, avant
que, si, etc. Ntsina uroha pvanu raha wedjadja, « je ne sortirais pas d’ici avant que tu
viennes » ou un pronom relatif18, c'est-à-dire un pronom du type ye, ni équivalent à qui,
que, etc. Enyumba ni wahao yo ndjeu. « La maison que je construis est blanche ».

[Link].La subordonnée relative

La subordonnée relative a comme fonction principale de compléter le sens de son


antécédent. Les pronoms relatifs connaissent des variantes morphologiques assez
complexes lorsqu’ils se combinent avec les verbes.

18
En comorien, les pronoms relatifs varient en forme selon le temps auquel verbe est conjugué.

76
-Au présent relatif, la subordonnée relative se caractérise par l’emploi du marqueur –o
joint généralement au verbe.

Letrunda nlao loudjipva « L’orange que je mange est délieuse »

Enyama rilao yivu ndro « La viande que nous mangeons est bien cuite ».

-À l’accompli relatif, la subordonnée relative se caractérise par l’usage du marqueur a


toujours joint au verbe conjugué à l’accompli.

Emwana ramlela nge tadjiri

Lepaha laulwawa lila lahangu

Enyama yahulwa youdjipva

Les pronoms relatifs varient en forme suivant la conjugaison du verbe.

Au présent progressif, le pronom relatif ni peut avoir, selon le sens de la phrase, le sens de
où ou que ou qui

Homdjini ni liyo omakini. « Le quartier où j’habite est tranquille ».

Enyumba ni wahao yo ndjema. « La maison que je construis est belle ».

Emwana ni eshio minaye nge mnono. « L’enfant qui habite avec moi est en bonne santé ».

Ces phrases complexes peuvent être ramenées au modèle de base de la phrase simple.

1.6.2. La subordonnée complétive

La subordonnée complétive est introduite par la conjonction –uka

Exemple 1 : Ngamdjuo uka ngawena haki « je sais que tu as raison ».

Exemple 2 : Ngari aminio uka mgu nguriono pia « nous croyons que Dieu nous voit
tous ».
77
Exemple 3 : Wafikiri uka ngasi pvanu « Ils ont pensé que nous sommes là ».

Nous rappelons que le pronom subordonnant uka se place toujours après le verbe. Il est
invariable.

[Link]. La subordonnée circonstancielle

La phrase complexe est composée d’une proposition principale et d’une proposition


subordonnée. Elle exprime une relation de temps, de cause, de conséquence…

La subordonné circonstancielle de temps

La subordonnée circonstancielle de temps est introduite par les conjonction de


subordordinations raha, na, hata, hata owakati,. Ces conjonctions ont respectivement la
valeur de avant que, pendant que, jusqu’à ce que, jusqu’au moment où.

Exemple. :

Narisibirie hata owakati mama yadjohudja

Ngarilao raha mdzadze edjadja.

Naripihe na Fatima yehosa ezanu.

La subordonnée circonstancielle de cause

Elle est généralement introduite par la connectif mana. Il ne s’accorde pas en classe. Il est
invariable.

Exemple. :
Ngamwendo hohahe twabibu mana ngami mmwade.

Ngamlo maele mahavu mana ngamina ndzaya.

Tsibuwa ledirisha mana ngapvo djotro swafi.

78
La subordonnée circonstancielle de conséquence

La subordonnée de la conséquence marque le résultat atteint, l’effet obtenu. Elle est


introduite par le connectif hata. Ce connectif a la valeur sémantique de au point que,
tellement que, de sorte que…

Tsiheza hata tsihanga ledji.

Emwidzi haremwa hata hafu.

Tout comme en français, la subordonnée de conséquence comorienne est liée à un dégré


d’intensité portant sur l’adjectif, le verbe, le nom…

La conséquence est liée à un dégré d’intensité portant sur l’adjectif.

Ali nge mudu hata mdru katsu mrambuwa.

La conséquence est liée à un dégré d’intensité portant sur le verbe.

Hali hata katsushinda hudjuha.

La conséquence est liée à un dégré d’intensité portant sur le nom.

Ali ngana ndzaya hata katsushinda udjuha.

Il est important de rappeler que le connectif hata peut exprimer le but dans une phrase dont
le verbe est conjugué au futur.

Ngamdjo tuma mali hata nike tadjiri.

Ngamdjo mwelezani hata mwelewe.

[Link]. Le lexique

Le bon fonctionnement d’une langue est conditionné par un stock de vocabulaire. Cette
richesse lexicale s’explique par le vocabulaire d’origine, les emprunts et le néologisme. La
majorité du fond lexical comorien provient, par exemple, de la langue bantu. De nombreux
79
termes possèdent un doublon d’une même étymologie. Le tableau ci-après en est une
illustration. Les emprunts à d’autres langues sont aussi nombreux : d’abord à l’arabe. Le
français a fourni encore quelques mots. Les emprunts à d’autres langues comme l’anglais,
le portugais et l’indien sont relativement faibles.

Nous rappelons qu’en comorien, le mot n’existait qu’à l’oral. Cette particularité propre au
comorien n’a pas fait, malgré les dictionnaires déjà écrits, l’objet d’un travail très
approfondi. Par conséquent, les comoriens restent prisonniers de leur expérience
langagière, et beaucoup d’entre eux écrivent ce qu’ils ont l’habitude d’entendre.

Beaucoup de mots utilisés en comorien nous viennent de la langue swahili, de l’arabe, du


français, de l’anglais, du portugais. Nous rappelons que l’usage des mots d’origine
française dans la langue comorienne introduits dans le tableau ci-dessous se résume à une
manifestation de la volonté d’ « imiter » une langue alors sentie comme prestigieuse. Par
conséquent, cet usage ne relève pas d’une recherche pour enrichir la langue comorienne.

Mots d’emprunts écrits en Traduction française Langues d’origine des emp-


langue comorienne.
runts en comorien

envelupu enveloppe français

La poste poste français

mzungu Français, Occident swahili

nuru lumière arabe

adiresi adresse français

alkoli alcool français

furiapa fruit à pain français

beni benne français

80
asanta (merci) swahili

tabu (problème) arabe

riziki (vital) arabe

marahaba (merci) arabe

bahari (mer) Arabe

anvio avion français

valizi valise français

fuleshi flèche français

radio radio français

latabu table français

bougi, bougie français

bandari port persan

swala (prière) arabe

suala question arabe

swibira résistance arabe

kalma mot, parole arabe

hafula en urgence arabe

bange chanvre indien persan

bangili bracelet indien

81
banki banque français

karefuru carrefour français

bao bâton swahili

bendera drapeau portugais

bilingani aubergine swahili

hidaya cadeau arabe

roho cœur, sentiment, courage arabe

bibi mademoiselle swahili

bile bleu swahili

riba illicite arabe

mwanadamu homme, femme arabe

penya peigne français

kwaferi coiffure français

bahari mer arabe

mama maman français

kado cadeau français

moto moto français

biro bureau français

buruburu rond malgache

82
sitilo stylo français

likoli école français

duwa prière arabe

bisikileti bicyclette français

saridini sardine français

pwapwai paye français

frambazi framboise français

bwana monsieur, maître swahili

halali halal arabe

fulera fleur français

mdjinga criminel arabe

katili mercenaire arabe

sharia loi arabe

nia intension arabe

siri confidence arabe

fenesi jaque indien

pasima pansement français

kolera choléra français

diare diarrhée français

83
dirisha fenêtre swahili

dara drap français

dama dame portugais

magaza magasin français

bweta boite portugais

samaha pardon swahili

husaidia aider swahili

ulaya Métropole swahili

haraka pressé swahili

domino domino français

gambusi luth turc

gari voiture swahili

hufahamu comprendre Swahili, arabe

dunia Monde, ici-bas arabe

fenya Feignant, fainéant français

gashi pétrole anglais

kilo kilo français

gazeti gazette français

upesi rapide, rapidement swahili

84
karibu vous êtes bienvenu swahili

gato gâteau français

loteli hôtel français

lopitali hôpital français

gazi gaz français

gisi oie malgache

godoro matelas indien

guni sac swahili

cafe café français

karata carte portugais

karoti carotte français

karo carreau français

kotri manteau anglais

kuveti cuvette français

sio seau français

kulukulu dindon malgache

Langi-langi Ilang-ilang français

lakuru cour français

lampu lampe français

85
madji eau swahili

madji yabarafu eau glacée swahili

lasansi essence français

sarvisi service français

lavani vanille français

twamaya espoir arabe

shaka doute arabe

tablo tableau français

nyama viande swahili

sambusa tarte swahili

zeituni olives Swahili, arabe

pvilipvili poivre swahili

sungurwa lapin swahili

saladi salade français

mboga légumes swahili

lera l’heure français

mapesa l’argent indien

meza table portugais

nazi noix portugais

86
1.7. Le sens des mots

Le mot est un ensemble d’unités composant n’importe langue. Ces unités correspondent
aux unités de sens à traduire, les choses, les êtres, les actions de l’expérience de tout un
chacun.

Quand on passe d’une langue à l’autre, on comprend que ce ne sont pas les noms des
choses qui changent, mais souvent les choses elles-mêmes, ou plutôt la manière de les
considérer qui change. Si l’on compare par exemple, les deux mots comoriens évoquant
hawa « temps tempéré », à savoir hawa et burda, on découvre, en réalité, qu’ils ne
correspondent point à terme entre eux. Le mot hawa signifie tantôt air doux, tantôt climat.
Le mot burda signifie un passage permanent d’un air frais.

Un seul mot peut contenir plusieurs unités de signification. À l’inverse le groupe de mots
payalashio « école» pourtant composé de trois mots notamment paya (maison) la (de),
shio (école) ne présente qu’une seule unité significative.

Tout ce qui a été dit plus haut permet de penser qu’un mot ne saurait avoir un sens, mais
bien une multiplicité de sens possibles, dépendant des divers contextes où il se trouve.

La connotation et la dénotation

Les Comoriens ont dans leurs réservoirs langagiers des termes qui sont pour eux seuls
chargés de significations particulières, souvent liées à leurs expériences, à leurs souvenirs,
à leur religion, à leurs habitudes de pensée, à des vécus communs à un groupe, c’est ce que
les chercheurs ont proposé d’appeler « pouvoir de connotation ». Ce pouvoir de
connotation s’ajoute à celui de dénotation qui est le signifié objectif représenté par le
dictionnaire.

Ainsi le jour mardi n’est pas pour les uns une journée propice à celui qui veut se marier ou
déménager.

Les synonymes

Deux mots sont synonymes lorqu’ils ont un sens voisin.

87
-dzadze, wawe = mère

-mnamwana, mnamotro = jeune homme, jeune femme

-mdrwamararu, mwanamwari = jeune fille

-mdjizi, mwalimu = expert,

- mlezi, dhamana = responsable

L’homophonie

En comorien tout comme en français, les homophones se prononcent de la même façon


mais n’ont pas le même sens.

hufuwa = orner (verbe)

hufuwa = lessiver (verbe)

dalao = médicament (nom)

dalao = prière, invocation (nom)

siri = pantalon (nom)

siri= confidence (nom)

susu = prostituée (nom)

susu = jeu d’enfant (nom)

hulowa = pêcher (verbe)

hulowa = mouiller (verbe)

trunku = maladie

trunku = plante

Les antonymes
88
Le comorien est une langue dont chaque mot a son sens contraire. Cela s’observe dans les
exemples ci-dessous.

hundjia (entrer) ≠ huroha (sortir)

-du (noir) ≠ -djeu (blanc)

-titi (petit) ≠ -kuu (grand)

Les homonymes se définissent comme des mots qui, sans avoir le même sens, se
prononcent et s’écrivent parfois de la même façon. En comorien, les homonymes s’écrivent
souvent de la même façon. Toutefois, les adjectifs et les verbes sont, contrairement aux
noms, précédés d’un tiret s’ils ne sont pas employés dans un contexte donné. Nyama
(nom), -nyama (verbe) ; la (négation), -la (verbe) ; mdu (nom), -du (adjectif). Il est donc
nécessaire de tenir compte du contexte pour bien éviter toute confusion.

Fatima hasaya mwana mdu. « Fatima a accouché d’un enfant noir. »

Fatima nge mwade omdu. « Fatima a mal au pied.

Ainsi de l’adjectif –du, génère udu, uduni. Cela s’observe intégralement dans le verbe –
ruma, urumishiha, urumwa. Ce mécanisme aidera à distinguer les verbes et les adjectifs
des noms. Ce dernier s’écrit souvent sans être précédé d’un tiret. Les verbes et les adjectifs
engendrent de leur côté leurs propres séries de dérivé. La relation qui existe entre le
paradigme verbal, nominal et adjectival donne naissance aux mots des mêmes familles. Cet
ensemble fini d’éléments permet d’engendrer une infinité des phrases grammaticales.

La polysémie

Comme dans beaucoup de langues, le comorien connait certains mots qui n’ont qu’un seul
sens. Ces mots s’appellent monosémiques. Ils désignent des objets ou des êtres comme
kopwa, tasa, nazi, ikombe, mtulu, nkuhu etc. D’autres mots, en revanche très nombreux
peuvent avoir plusieurs significations. Ils sont donc polysémiques. Ainsi, un mot banal
comme hitswa peut désigner :

89
1. Tête : Emwana ngena hitswa ititi. « L’enfant a une petite tête. »

2. Intelligence : Emwana ngena hitswa « L’enfant est très intelligent. »

3. L’impolitesse: Emwana ngena hitswa shiyi. “L’enfant est insolent.”

4. Qualité d’apprendre : Emwana ngena hitswa shangu. « L’enfant apprend, comprend


vite. »

5. Difficulté d’apprendre : Emwana ngena hitswa idziro. « L’enfant a du mal à apprendre »

Cela s’observe de la même façon dans –ndjia (entrer).

1. Ali handjia hodani (entrer)

2. Ali ngudjo ndjia dahoni maudu (se marier, réaliser le grand mariage)

3. Owana wandjia likoli (commencer)

4. Ali haheuha hanindjia (embrasser, serrer contre son corps)

5. Omdji undjilwa (s’emparer, encercler)

6. Ali handjia eyadwiyi yahe (s’en prendre à).

Le nom hitswa et le verbe –ndjia sont des unités à large spectre lexical. Cette richesse
donne lieu à comprendre que le comorien dispose de mots extrêmement riches de sens.
Fort malheureusement peu de Comoriens ont du mal à utiliser le vocabulaire adapté au
public. La preuve est que rares sont les Comoriens qui parlent sans avoir recours à des
mots français pour la construction de leurs phrases. Faute d’apprentissage du comorien,
d’une langue nationale et d’une politique de sensibilisation, les mots d’origine comorienne
sont peu utilisés en parlant.

90
Conclusion

Le comorien, comme la plupart des langues bantoues, se distingue par trois caractères
principaux :

Le premier est la division des noms en classes. Chacune de ces classes a un préfixe ou
initiale propre au singulier et au pluriel. Ce système morphologique permet à tout un
chacun de pouvoir distinguer les classes entre elles. Tous les noms prennent donc un
préfixe. Le second est l’accord se fait par des préfixes, lesquels varient selon les classes. Le
troisième est l’absence du genre. Pour indiquer les sexes, un locuteur comorien ajoute au
nom les adjectifs –me pour le mâle, et –she pour la femelle dont l’accord se fait avec la
classe à laquelle le nom appartient.

91
CHAPITRE 2
L’ADJECTIF EN COMORIEN

En tant que catégorie sémantique et morphologique, l’adjectif existe bel et bien dans la
langue comorienne. En tant que catégorie syntaxique définie par une comptabilité et une
fonction spécifique, l’adjectif est connu dans la plus grande partie de l’ensemble
linguistique comorienne. La variante où il n’est pas attesté en tant que catégorie syntaxique
est le shimwali. Il est apte à servir d’épithète ou d’attribut. Du point de vue sémantique,
l’adjectif comorien tout comme dans la plupart des langues, exprime une manière d’être,
une qualité de l’être ou de la chose désignée par le nom auquel il se rapporte. Il se
reconnait par trois critères notamment la forme du préfixe, le caractère omniclasse et la
dépendance syntaxique (STAPPERS, 1965: 177, MEEUSSEN, 1967: 104).

Le traitement de l’adjectif en comorien nous conduit également à nous référer aux


manuels de linguistique qui traitent cette catégorie syntaxique, notamment sur le plan
syntaxique, morphologique et analytique. Nous nous contentons de faire recours aux autres
parties du discours, notamment le syntagme nominal pour un travail approfondi débarrassé
de toute sorte de contrainte.

Avant d’entamer notre étude sur l’adjectif, nous allons procéder à une révision des corpus
qui parlent spécifiquement de cette catégorie linguistique qui fait, tout au long de ce
chapitre, l’objet de notre étude.

92
2.1. Révision de la documentation existante sur l’adjectif en comorien.

Quand on consulte les dictionnaires spécialisés ou encore les manuels de grammaires


traitant la notion d’adjectif en comorien, on s’aperçoit que l’adjectif comorien est
clairement établi et que son identification et sa définition ne posent aucun problème.
Pourtant, quand nous examinons les critères de définition ou de différenciation qui sont
donnés pour justifier la distinction entre les substantifs et les adjectifs, nous constatons que
ces deux constituants de la phrase partagent certains traits identiques notamment en ce qui
concerne les préfixes d’accord.

Mw-ana mw-ema, « enfant gentil »

W-ana w-ema, « enfants gentils »

L’accord des adjectifs se fait en classe et en nombre car chaque classe porte en elle son
nombre.

Il est lié au nom pour exprimer la qualité de l’objet ou de l’être, ou la notion désignée par
le nom ou bien encore permettre à ce nom d’être actualisé dans une phrase (adjectif
déterminatif) (DUBOIS, 1973)

Le comorien, comme certaines langues bantoues, possède un nombre limité de thèmes


adjectivaux. Pour Michel Lafon, les adjectifs sont donnés sous leur forme lexicale (radical
du mot sans préfixe) précédé d’un tiret qui indique qu’en énoncé ils doivent être munis
d’un préfixe de classe (celui du nom qui les régit).

vieux : -duhazi : par ex. mdru mduhazi, une personne vieille (cl.1). wandru waduhazi, des
personnes vieilles (cl.2) ; mdri mduhazi, un vieux arbre (cl.3) ; miri miduhazi, de vieux
arbres (cl.4).

L’adjectif est une forme nominale, dépendante du substantif avec lequel il s’accorde en
classe. En clair, le substantif est composé d’un préfixe propre qui varie généralement au
singulier et au pluriel, l’adjectif lui est composé d’un thème et d’un préfixe qui est dicté
par le substantif (STAPPERS, 1975: 177).

93
Les exemples suivants paraissent confirmer cette définition puisqu’on relève une identité
entre le préfixe nominal et le préfixe adjectival (PN et PA).

Cl. Subst Adj

1 m-dru m-ntsala/ homme maigre « un homme maigre »

2 wa-dru wa-ntsala/ hommes maigres « des hommes maigres »

3 m-dri m-le/ arbre long « un grand arbre »

4 mi-ri mi-le/ arbres longs « de grands arbres »

5 bwe kuu/ pierre grande « une grande pierre »

6 ma-we ma-huu / pierres grands « de grandes pierres »

7 i-tranda i-nunu/ lit solide « un lit solide »

8 zi-tranda zi-nunu/ lits solides « des lits solides »

Dans tous les cas, l’adjectif s’accorde en classe avec le nom auquel il se rapporte.
Autrement dit, rien ne s’énonce en dehors de classe.

Pour Michel LAFON, en shingazidja (la variante de la Grande Comore), langue bantu en
extrème-orientale, l’expression de la qualité portant sur le nom met ainsi en jeu, de façon
peu originale, les catégories grammaticales majeures que sont noms et verbes, de même
qu’un type d’éléments, que nous appellerons adjectifs, dont le comportement syntaxique et
morphologique se révèle proche, mais non analogue, de celui des noms.

En comorien, la formation de l’adjectif exprimant la qualité portant sur des noms se


caractérise par plusieurs catégories grammaticales distinctes notamment les adjectifs
simples, les noms en fonction des qualifiants et les éléments issus de formes verbales. Ces
catégories grammaticales ont toutes les fonctions que connait l’adjectif qualificatif en
français notamment la fonction épithète et attribut.

Les adjectifs simples non-dérivés prennent les préfixes d’accord des nominaux.

94
mdru wapeu « une personne méchante »

mdri mhuu « un grand arbre »

manyo mahuhuru « des dents durs »

Des noms en fonction de qualifiants formés de deux noms dont l’un qualifie l’autre dans
une structure nécessitent parfois l’emploi épithétique adjectival.

Mwanamshe djaya « une fille pute »

Mdru mduhazi « un vieux », mwana mwari « une fille non mariée ». Les adjectifs à
forme verbale qui regroupent la fonction qualifiante, sous deux modalités de nature et de
comportement morphologique différents. Ces adjectifs sont formés par dérivation au
moyen du suffixe adjectival –vu/-fu19.

Mdru mlemevu « une personne fatiguée »

Hutuba pvenufu « discours clair, détaillé »

Mare marahafu « parole éloquente »

Toutes ces différentes catégories adjectivales acceptent les fonctions épithétiques,


attributives et prédicatives.

2.2. Les adjectifs primaires

En comorien, il existe un nombre limité d’adjectifs primaires. Ce sont des adjectifs non-
dérivés qui s’emploient fréquemment dans la langue comorienne. Ils sont courts et
monosyllabiques. Ils sont inaptes à être employés seuls. Ils acceptent parfois le processus
de dérivation. Pour CREISSELS, « les adjectifs primaires sont des déterminants
« satellites » du nom, définis par leur aptitude à participer à un syntagme épithétique , le

19
Michel LAFON, l’expression de la qualité en shingazidja

95
nom avec lequel ils sont en relation , qu’il soit exprimé ou non, régissant l’accord de
classe ». Ils acceptent l’emploi épithétique.

Par exemple : haono mdru, il a vu une personne ; haono mdru mfupvi, il a vu une personne
de petite taille.

2.2.1. Les adjectifs composés

Les adjectifs composés constituent le noyau de notre travail dans la mesure où ils font
partie intégrante des séquences figées à caractères adjectival. L’étude des chapitres
suivants sera consacrée à cette notion linguistique qui nécessite un travail cohérent pour
leur traitement informatique. Nous travaillons plus particulièrement sur les locutions
adjectivales plus opaques et moins opaques. Le comorien n’échappe pas à ce phénomène
linguistique qui constitue également le corps de notre corpus.

Chaque locution adjectivale a sa propre structuration sémantique. Cette structuration obéit


à des degrés d’opacité ou de transparence qui déterminent par la suite les degrés de
figement de la séquence et les possibilités de sa traduction.20

[Link]. Adjectifs formés à partir d’un nom

En français comme en comorien, la formation de certains adjectifs qualificatifs se forment


par dérivation à partir du nom.

Exemple :

nom traduction adjectif traduction

upeu méchanceté -apeu méchant

unafiki hypocrisie -nafiki hypocrite

20
Monia BOUALI, Opacité des locutions adjectivales

96
ulemevu fatigue, faiblesse -lemevu paresseux, faible

wema gentil, beauté -ema gentil, beau/belle

uwamivu égoïsme -mwamivu égoïste

ucucu avarice -cucu avare

À la différence du français, la préfixation constitue le principale procédé morphologique


permettant de construire les adjectifs à base nominale en comorien.

[Link]. Adjectifs formés à partir d’un verbe

Comme les adjectifs qualificatifs en français, les adjectifs verbaux en comorien précisent
l’état ou la qualité des noms qu’ils complètent. Ils s’accordent en classe avec les noms
qu’ils qualifient.

Exemple:

V. infinitif traduction adjectif traduction

-lemewa fatiguer mlemevu fatigué

-tadjirisa enrichir tadjiri riche

-ilimisha apprendre mwalimu compétent

-fwaria convaincre mfwarizi convaincant

-nenepva grossir mnene gros

Force est de constater que l’orthographe des adjectifs verbaux diffère d’une forme à
l’autre. Ensuite, les différences orthographiques entre le verbe et l’adjectif sont
indispensables de ne pas confondre les deux (le comorien ne connaît pas le participe

97
présent). Il en va pas de même pour les adjectifs à base nominale. Ils concernent plus
particulièrement les humains.

98
2.2.2. Les adjectifs de nationalité

Il existe deux possibilités de procéder à la formation des adjectifs de nationalité en


comorien.

La première possibilité est de construire par le joncteur waki

mwana waki farantsa

enfant class+jonc Eds3sg français

« enfant français »

wana waki farantsa

enfants class+jonc Eds3pl français

« enfants français »

mwanamshe waki maroko.

Fille class+Eds3sg marocaine

« fille marocaine »

wanawashe waki maroco

filles class+jonc Eds3sg marocaines

« filles marocaines »

mhafidhu waki marekani,

gouverneur class+jonc Eds3sg americain

« Gouverneur américain »

mamuhafidhu waki marekani

Gouverneur class + Eds3pl américains


99
« Gouverneurs américains »

La deuxième possibilité consiste à utiliser le joncteur « m’ » qui varie d’une forme à l’autre

(cl.1) Mwana m’farantsa,

Enfant class+Eds3sg français

« enfant français »

mlimadji mmarecani

Cultivateur class+ Eds3sg américain

« Cultivateur américain »

Ces deux structures sont acceptables pour la formation des adjectifs de nationalité. Ils sont
en position d’épithète. Ils peuvent parfois accepter la fonction attribut lorsqu’ils sont
précédés par un verbe copule.

Ali nge mfaratsa

Ali+mv Edv3sg français

Ali est français

« Ali est français »

2.2.3. Adjectif et substantif

L’adjectif est une sous-classe syntaxique du nom. Il partage certains traits combinatoires
et fonctionnels du substantif. En termes clairs, les préfixes d’accords des adjectifs sont
identiques aux préfixes de classe des noms qu’ils qualifient.

mle “long” , wale (adj.) “long”

mlimadji « cultivateur », walimadji, « cultivateurs » (sub)

daba « débile », malaba « débiles » (adj.)


100
fundi « professeur » mafundi « professeurs » (sub.)

L’adjectif peut même être point de rattachement d’un complément du nom.

On se contentera ici de montrer les points communs de ces deux catégories grammaticales.
Comme nous l’avons montré dans la sous-section (2.1), ces deux classes grammaticales
acceptent la fonction épithète et acceptent également les mêmes préfixes d’accord de
classe. L’adjectif ne s’en distingue que par la capacité qu’il a de déterminer, de qualifier un
substantif. Des séquences comme:

mwana mwema, l’/un enfant gentil, wana wema, les/des enfants gentils

mwanadamu mdu, « l’/un homme noir », wanadamu wadu, « les/des hommes noirs »

paha dzidu, « le/un chat noir » mapvaha madu, « les/des chats noirs »

mwanadamu mlimadji, « le/un homme cultivateur », wadamu walimadji, des/les


« hommes cultivateurs »

Nous rappelons que les adjectifs qui qualifient les noms de personnes prennent les accords
de classe ½.

[Link]. L’adjectif épithète

La grammaire traditionnelle attribue la fonction épithète à tout adjectif, mis en contexte,


qui se lie à son qualifié sans intermédiaire. L’adjectif comorien n’échappe pas à cette
fonction.

Les différentes parties du discours font que l’adjectif qualificatif épithète peut être :

1. un adjectif

ubao mle wahafani

planche long cl+prép reserve

« une longue planche de réserve »

101
2. Un participe passé

-hohwa

Maïs cl+grillé

Maïs grillé

« un maïs grillé »

3. Un substantif

makalima yataabu

Parole cl+ malveillantes

« Paroles malveillantes »

4. Un adverbe

Mwanadamu mwema

Homme cl+ bien

Homme bien

« Un homme bien »

5. Une préposition

mwendo wakinyume

démarche cl+contre

démarche de contraire

« une démarche contraire »

6. Un numéral ordinal ou cardinal

102
mabakia kume na maili

part cl+douzième

partie dix et deux

« douze parties»

Baadhwi ya wanazioni

Elève +certains

Certains +de + élèves

« Certains élèves »

[Link]. Antéposition de l’adjectif épithète

L’adjectif qualificatif peut se placer avant le nom bien que cette antéposition ne s’emploie
pas fréquemment en comorien qu’en français moderne. L’adjectif épithète antéposé
exprime une sorte d’intensification.

Mradji ziungo

grand corps

« grand de taille »

Mtiti shumu

Petit taille

« Petite de taille »

Mwema swiraya

Beau visage

« Beau de visage »

103
L’antéposition se permet généralement dans le vocabulaire du corps. Tous les adjectifs
n’acceptent pas donc l’antéposition.

[Link]. Postposition de l’adjectif épithète

De manière générale l’adjectif se joint directement au nom auquel il se rapporte.

mnashioni mwema

Élève cl + intelligent

Élève bon

« Un élève intelligent »

miri mile

Arbre cl + grand

Arbres lons

« de grands arbres »

Mapvaha madu

Chat cl + noir

Chat noir

« un chat noir »

[Link]. Position attribut

Est attribut tout adjectif lié au nom par un verbe copule (être ou un verbe exprimant l’état),
qu’il s’agisse d’un sujet ou d’un complément. Comme nous l’avons clairement expliqué
dans le premier chapitre, l’adjectif qualificatif attribut s’emploie fréquemment dans la
langue comorienne.

104
[Link]. La gradation

Le comorien ne connait pas le degré de signification. Par conséquent, la gradation


s’exprime le plus souvent par un redoublement d’un même adjectif simple employé dans
une phrase verbale. Ce procédé morpho-syntaxique s’inscrivant dans le cadre de l’usage de
l’intensification s’applique sur les adjectifs qualificatifs simples.

Hahulu shononde ile-ilé ho shindoni, il a acheté un coupe-coupe plus, plus long (encore
plus) long au marché.

Tsiono mdru mtsala mtsala, « j’ai vu un personne très, très mince (mince, mince »

Le redoublement peut produire des effets d’intensification ou d’atténuation selon l’objectif


visé par le sujet parlant.

[Link]. Le comparatif et le superlatif avec « rahana »

Habituellement, lorsque nous parlons de comparatif et de superlatif, nous pensons aux


adjectifs qualificatifs. Le comorien connaît, dans le comparatif et superlatif, le terme de
comparaison rahana « plus que » qui s’emploie avec les adjectifs, les noms et les verbes.

Exemples:

Ali ye mfupvi rahana Léa

Ali Eds3sg plus+ petit Léa

« Ali est plus petit que Léa »

Owana gwao matrobwa rahana Jean

Paul Eds3pl plus+ grands Jean

Pour le comparatif d’égalité, la construction est fort simple. Il est exprimé par sawana.
C’est l’exact équivalent du français « égal à ». Il sert à comparer deux élèments entre eux.

Luc ye mle sawana Said,

105
Luc Eds3sg aussi+grand que Saïd

2.2.4. Les catégories de l’adjectif

Le comorien connaît deux catégories d’adjectifs qualificatifs. Ceux qui prennent un suffixe
de classe pour s’accorder avec le nom qu’ils qualifient et ceux qui restent invariables. La
plupart des adjectifs invariables sont empruntés à l’arabe.

2.2.5. Les adjectifs prédicatifs

En comorien, comme en français, les adjectifs prédicatifs sont caractérisés par l’emploi
indispensable d’un verbe copule. En comorien, la plupart des adjectifs sont prédicats sans
copule. Ils occupent donc la place des verbes. Mais il en existe d’autres qui ne peuvent pas
exercer la fonction prédicative sans copule. On peut voir plusieurs structures où les
adjectifs prédicatifs occupent tantôt la place des verbes tantôt la place des noms.

Selon l’ordre canonique de la phrase, l’adjectif prédicatif se situe entre le nom sujet et la
copule. Parfois, l’adjectif prédicatif se place en début de phrase pour sa mise en valeur.

Mfuvi Salim. Udjipva fi. Mwema ye mwana.

2.3. La position de l’adjectif

L’adjectif est un mot ajouté au nom pour apporter un complément d’information sur sa
qualité, sa propriété ou son état. Etant prédicat, il se met pratiquement devant un marqueur
verbal.

N0 mv Adj

Ali nge mle

Ali Edv3sg long

« Ali est grand »

Ye mafundi wahakaya walemevu

106
Professeur class+dét Edv3pl fatigués

« Les professeurs étaient fatigués »

Toutefois, la place de l’adjectif qualificatif diffère selon les types d’adjectifs ou le sens à
donner à la phrase.

2.3.1. Les adjectifs référentiels

Les adjectifs référentiels s’emploient pratiquement dans la langue comorienne bien


qu’aucune étude n’ait été faite. Ils servent, comme le terme l’indique, à construire la
référence du nom auquel ils se rapportent. Ils se reconnaissent par leur valeur temporelle
dont le sens dérivé estompe parfois leur valeur référentielle.

D’autres adjectifs se réfèrent au temps d’une autre manière. Ils décrivent des noms
désignant des intervalles de temps mesurables, généralement utilisés comme unité de
compte.21

Du point de vue syntaxique, les adjectifs référentiels acceptent la fonction épithétique. Ils
ne sont pas aptes à servir d’attribut. Ils sont soumis à des contraintes d’ordre synataxiques
dans la mesure où leur propriété reste le refus de la gradation, la pronominalisation et
l’effacement.

Waziri mzamani

Ministre cl+ancien

« ancien ministre »

Mwaha djana

Année + dernier

21
André Borillo, quelques adjectifs de référence temporelle du français

107
« l’année dernière »

Refus de la fonction attribut

*Waziri nge mzamani

Ministre cl+mv Eds3sg ancien

« *le ministre est ancien »

*Mwaha nguo mwahadjana

Année cl+mv Eds3sg dernier

« *l’année est dernière »

Refus de la gradation

*Waziri nge mhale swafi

Ministre cl+mv Eds3sg ancien très

« *le ministre est très ancien »

Mwaha djana swafi

Année class+dernier très

«* l’année très dernière »

Refus de la nominalisation

*Ouzamani wa ministre

« *L’ancienneté ministérielle »

*Oumwahadjana wa mwaha

« *l’ancienne année »

108
Non effacement

*Waziri

*mwaha

[Link]. Les adjectifs affectifs

Les linguistes s’accordent à définir que les adjectifs affectifs impliquent un engagement
affectif du sujet parlant vis-à-vis de l’objet qualifié. En général, il s’agit des adjectifs
simples qui se distinguent des autres adjectifs par leur sens émotionnel.

Exemple:

[Link]. Les adjectifs désignant le genre

L’adjectif comorien ne connaît pas le genre masculin et féminin. « Les noms qui se
réfèrent à des femelles ne sont jamais de genre masculin, tout comme ceux qui se réfèrent
à des mâles ne sont jamais de genre féminin ».

Mwanamshe mwema (cl.1), une belle fille, wanawashe wema (cl.2), de belles filles.

Mdri mle (cl.3), un grand arbre, miri mile (cl.4), de longs arbres.

En général, le classifieur me est utilisé pour désigner le mâle et le classifieur she est utlisé
pour désigner la femelle.

Mwana mume = un garçon ; mwanamshe = une fille

(nom+masculin) ; (nom+féminin)

Mbuzi she = une chèvre ; mbuzidume = un taureau

En comorien, comme dans toutes les langues bantoues, les substantifs sont rangés dans des
classes sémantiques correspondant chacun à une classe sémantique différente.
Contrairement à la langue française qui a de genre grammatical (masculin, féminin,
neutre).

109
2.3.2. Les adjectifs non prédicatifs

Pour étudier clairement la situation de ces adjectifs, on doit nécessairement se baser sur la
classification des adjectifs non prédicatifs décrit par G. Gross. Le comorien admet sans
contrainte les critères définis (les noms en fonction d’épithète, les adjectifs arguments, les
adjectifs fonctionnant par couple, les adjectifs locatifs, les adjectifs géographiques).

[Link]. Les adjectifs prédicatifs invariables

Comme les adjectifs prédicatifs qui s’accordent, les adjectifs prédicatifs invariables se
placent après le nom. Certains peuvent être à la fois noms et adjectifs. C’est le cas de
maskini (pauvre) et de tadjiri (ma-) (riche). Comme nous l’avons dit dans la sous-section
(2.2.5), ils peuvent occuper la fonction prédicative et la fonction épithètique.

Bora = excellent : maecha bora, une vie excellent

Bure = gratuit : hazi ya bure, un travail gratuit

Peu = méchant : mdru wa peu, un homme méchant

Hai = vivant : ngami hai, je suis vivant

Haramu = illicite : chahula shaharamu, repas illicite

Halali = licite : nyama ya halali, viande licite

Maalum = spécial : hadisi maalumu, histoire spéciale

Kweli = vrai, meilleur : maecha ya kweli, une vie meilleure

Kamili = complet : fi ya kamili, un poisson complet

Imara = fort : ngasi imara, nous sommes forts

Hodari = brave, intelligent : Ye goli nge mhodari, le gardien est intelligent

110
Le nombre des adjectifs prédicatifs invariables est très limité. Car la plupart de ces
adjectifs sont empruntés à l’arabe, plus rarement à d’autres sources, alors que les adjectifs
ordinaires, à une ou deux exceptions près, sont endogènes.22

Conclusion

L’analyse adoptée par quelques spécialistes de la langue comorienne, les méthodes existant
en français pour procéder à la typologie de l’adjectif qualificatif nous permettent de
constater que cette question n’est ni compliquée ni difficile à définir à l’aide de quelques
règles précises. En effet, l’adjectif qualificatif n’est pas énigmatique puisqu’il a sa propre
place dans le discours. Étant constituant dépendant, il ne fonctionne qu’en référence au
nom, c’est-à-dire comme une qualité pure dont l’actualisation dépend entièrement de son
support.

On peut rencontrer beaucoup d’adjectif en antéposition aussi bien qu’en postposition. Mais
le choix de la place suscite parfois de contrainte sur le plan syntaxique et sémantique dans
la mesure où le choix de la place de l’adjectif n’est ni libre ni arbitraire.

Les adjectifs simples de type –ema (gentil, beau), -le (grand), -huu (grand), -nene (gros)
sont habituellement postposés, c’est-à-dire qu’ils le sont dans la majorité des cas. Ce sont
le plus souvent des adjectifs qui s’emploient fréquemment dans la langue comorienne et
qui expriment une valeur morale ou esthétique. Ils acceptent la fonction prédicative. Mais
ils attirent une attention toute particulière lorsqu’ils sont antéposés.

Le choix de la place pour les adjectifs prédicatifs est beaucoup plus libre et ne provoque
pas un changement de sens. Ils dénotent des états, des propriétés. Ils sont attribués dans des
classes sémantiques en suivant le modèle des classes d’objet ([Link], 1995) en fonction
de leur comportement syntaxique. Cette démarche permet de lever les ambigüités des
constructions prédicatives et rend possible l’attribution d’un équivalent de traduction
([Link], 1999; Blanco, 2001). L’analyse et la représentation sémantique de ces adjectifs

22
Michel LAFON, L’expression de la qualité en shingazidja

111
deviennent une tâche assez délicate, mais aussi d’une grande importance pour le traitement
automatique des langues naturelles.

112
CHAPITRE 3
ÉTUDE SUR LE FIGEMENT

Tous les linguistes s’accordent à dire que le figement est un phénomène linguistique qui
concerne toutes les langues naturelles. Il touche également tous les domaines de la langue
plus particulièrement la syntaxe et la sémantique. Ainsi, le comorien ne peut y échapper.
Toutefois, cette notion linguistique n’a pas encore, à notre connaissance, fait l’objet d’une
étude linguistique particulière dans la langue comorienne. Par conséquent, à l’état actuel de
notre recherche, il nous est impossible de répondre à toutes les questions relatives à ce
phénomène « qui ne cesse d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche ».

Notre analyse sémantique s’appuie généralement sur les travaux réalisés au LDI dans le
cadre du traitement automatique des langues en se basant considérablement sur les critères
décrits par G. Gross. Ceux-ci vont nous permettre de mettre en évidence le fait que le
français et le comorien révèlent plusieurs points de rapprochement. Nous montrerons
comment le figement se situe, se lit dans la langue comorienne. Il s’agit d’expliquer son
mode de fonctionnement du point de vue de la constitution des structures de sa relation
entre lui et le discours dans lequel il est utilisé. Ce travail nous oblige d’effectuer un corpus
qui avoisine plus de 3000 expressions figées reparties dans toutes les catégories
(proverbes, dictons, collocations, noms composés…).

3.1. Approche sémantique

« Les expressions figées participent au phénomène général de la polysémie, la solidarité


lexicale les rapproche des collocations et en fin, la fixité morphosyntaxique est présente
dans beaucoup de phrases figées qui sont des routines conventionnelles et même en partie
dans la syntaxe dite libre. »

113
« Le figement possède un sens global soit compositionnel, soit figuré, habituel dans tous
les domaines de la langue, mais ils sont aussi porteurs d’un troisième niveau sémantique
qui correspond au sens opaque. Celui-ci entraine un degré supplémentaire de difficulté
pour le décodage, parce qu’on ne peut pas le déduire de celui des formatifs. Le cas
d’opacité, plus limités, ont dépassé l’arbitraire premier des signes ou sens littéral, ainsi que
la motivation du sens figuré, pour devenir démotivés, tout en étant aptes à une nouvelle
remotivassions. »

« Le figement a fait l’objet d’un intérêt relativement récent en linguistique mais il est
désormais un sujet d’actualité,23 qui se présente comme un domaine très hétérogène qui ne
cesse d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche ».

Les études sur le figement sont traditionnellement indiquées avec le terme phraséologie.
Ce terme, qui a longtemps gardé une connotation péjorative,24 est polysémique, du moment
qu’il peut indiquer (González Rey 2002: 33):

1. une discipline autonome, dotée d’un objet d’étude et d’une méthodologie ;

2. l’objet d’étude de cette discipline, c’est-à-dire les combinaisons lexicales fixes dans une
langue donnée ;

23
La publication de plusieurs ouvrages collectifs consacrés au figement dans les vingt dernières années est

révélatrice pour un intérêt croissant, pour ce phénomène linguistique : nous nous référons Balibar-Mrabti et

Vaguer(eds) 2006, Blumenthal et Mejri (eds) 2008, Cosme et al (esd), 2005, Danlos(ed) 1988, Fiala et al

(eds) 1997, François et Mejri (eds) 2006, Gréciano (ed.) 1989, Gréciano (ed.) 2000, Iglesias Overjos (ed.)

2000et 2002, Martin-Baltar (ed.) 1995 et 1997, Mejri et al. (eds) 1998, Mejri (ed.) 2003, 2004a, 2004b, 2008

24
Il était rattaché dans les esprits à un niveau de langue très soutenu et pompeux, ou bien les locutions

apparaissaient vidées de sens parce que trop fréquemment employées ; enfin, on les jugeait hermétiques et

trompeuses à cause de leur opacité sémantique.

114
3. une aire terminologique déterminée, également appelée jargon ou langue de spécialité
(LSP) : il indique alors l’ensemble de termes propres à un milieu, à une activité, et coïncide
avec terminologie. »

Ferdinand de Saussure constate « qu’il existe un grand nombre d’expressions qui


appartiennent à la langue ; ce sont les locutions toutes faites, auxquelles l’usage interdit de
ne rien changer, même si on peut y distinguer, à la réflexion, des parties significatives (cf.
A quoi bon ? Allons donc ! etc.) Il en est de même, bien qu’à un moindre degré, des
expressions telles que prendre la mouche, forcer la main à quelqu’un, rompre une lance ou
encore avoir mal (à la tête, etc.), à force de (soins, etc.), que vous semble-t-il? Point n’est
besoin de… etc., dont le caractère usuel ressort des particularités de leur signification ou de
leur syntaxe. Ces tours ne peuvent pas être improvisés, ils sont fournis par la tradition »
(Saussure, 1972 : 172).

N’ayant aucune étude faite sur les expressions figées en comorien, nous essaierons de
présenter dans cette sous-section les différents points de vue relatifs aux approches
sémantiques réalisées par les linguistes français afin de montrer les raisons qui nous
poussent à opter pour les séquences figées à caractère adjectival.

L’approche de Mel’cuk est purement sémantique. Il juge nécessaire de dénombrer dans la


description d’une langue les unités qu’il appelle phrasèmes et qu’il définit ainsi « un
phrasème de la langue L est une expression multilexémique de L qui ne peut pas être
produite, à partir d’une situation donnée ou un sens donné, selon un dictionnaire des mots
de L et à partir des règles générales standard de L » (Mel’cuk, 1993 : 83).

L’opacité est alors définie (Gonzales Ray, 2002 : 57) comme l’effacement du sens premier
du syntagme qui est à l’origine de la séquence figée que l’on finit par oublier. Les unités
phraséologiques donnent souvent une impression d’archaicité, parce que les coutumes et
les sociétés dans lesquelles elles sont nées ont disparu (ou trop éloignées
géographiquement dans le cas des unités phraséologiques empruntées). L’icône, trop
éloignée dans le temps et l’espace, s’obscurcit, même un locuteur natif ne saisit pas bien le
sens, il utilise donc machinalement ces expressions qu’il a apprises par cœur. Cela est
d’autant plus vrai pour un locuteur étranger: si l’image ne lui est pas familière, parce

115
qu’elle est trop éloignée dans le temps et dans l’espace, l’opacité peut être un obstacle dans
la compréhension, parce qu’il ne possède aucun indice qui l’aide dans la déduction du
sens.

Gaston Gross (1996) montre qu’il existe une possibilité des deux types de lecture relative
aux expressions figées notamment la lecture transparente (compositionnelle) qui conduit à
découvrir le sens direct et la lecture opaque (non compositionnelle) qui se base sur la
synthèse sémantique et qui permet également de parvenir au sens figuré.

Cela s’observe pratiquement dans l’expression tsili kawi bitsi. À travers la lecture
transparente nous arrivons au sens direct qui signifie tsili hindru itsondisho (= j’ai mangé
une chose qui m’est inhabituelle), tandis que la lecture opaque révèle le sens figuré tel que
tsihundrana na taabu (je suis confronté à un problème).

En comorien tout comme en français, nombreuses sont les expressions figées qui rejettent
leurs interprétations littérales. Dans ce cas, la lecture compositionnelle ne se pratique pas.
C’est par exemple le cas de l’expression hali wombibo (= il a mangé l’anacardier) qui ne se
prête qu’à la lecture opaque dévoilant uniquement le sens figuré.

D’après D. Butler (1982) sur le plan de phraséologisme, nous parlons du sens structural
direct, compositionnel et littéral, sens réel (sens figuré, métaphorique ou idiomatique).

« Les expressions qui sont figées du point de vue sémantique accusent un certain nombre
de degré d’analogie par rapport aux lexèmes. Cette ressemblance est justifiée naturellement
par l’unicité du signifié mais reste perturbée par le caractère polylexical du signifiant.
Pourtant, à l’instar des lexèmes, les expressions figées ouvrent la porte à l’analyse du
sens. »

Très souvent la nature significative des expressions figées se caractérise par la double
structure sémantique (dualité du sens). Cette dualité sémantique correspond en fait à la
dichotomie traditionnelle entre sens propre et sens figuré. Elle est soutenue également par
les paires d’opposition répandues sur les pages des études phraséologiques, telles que par
exemple le sens littéral et le sens opaque, le sens compositionnel et non compositionnel, le
sens analytique et idiomatique.

116
Pour exprimer la double signification des expressions figées, [Link] (1988) parle de
deux niveaux sémantiques. Le niveau sémantique superficiel reflétant le sens direct et le
niveau sémantique profond recouvrant le sens figuré étant essentiel pour les expressions
figées.

Il existe un très grand nombre de locutions verbales qui ne mettent pas en jeu un emploi
spécifique d’un verbe. C’est le cas d’une phrase telle que :

« Ali hali irobwe » (= Ali s’est trompé)

« Ali hali eshahula sha Salim » (= Ali a mangé le repas de Salim)

Il est important de constater que le verbe -li utilisé dans ces deux phrases n’a pas la même
signification.

M. Gross a précisé qu’« ignorer ces constructions revient à ignorer une bonne partie du
langage »

Dans son premier ouvrage intitulé « Phylosophy and grammar » (1924), Otto Jespersen a
su découvrir pour la première fois le principe de la liberté combinatoire et le figement.
Cette remarque constitue une étape importante notamment en ce qui concerne le caractère
essentiel au processus de figement.

Weinrich (1969) donne une valeur importante aux expressions figées. Pour lui « ce qui
avait longtemps été considéré comme un phénomène marginal, comme une série
d’exceptions, se révèle être en fait caractéristique des langues humaines naturelles ».
Gaston Gross (1987) va plus loin dans ses remarques en attribuant une ampleur importante
à ce phénomène linguistique qui attire une attention particulière au niveau du traitement
automatique des langues.

Henri Frei parle dans « la grammaire des fautes » (1969) de brachysémie (figement) étant
synonyme de brièveté sémantique.

117
« Le mécanisme de la brachysémie ou brièveté sémantique est le figement d’un syntagme,
c’est-à-dire un agencement de deux ou plusieurs signes en un signe simple. La
brachysémie, brièveté sémantique se distingue de la brachylogie, brièveté formelle).

Dans l’ouvrage intitulé « Introduction à la lexicologie, sémantique et morphologie »


(LEHMAN Alise et MARTIN-BERTHET Françoise, 2000) annoncent plus
particulièrement un critère sémantique nous permettant de distinguer les syntagmes libres
des syntagmes figés. Ce critère d’ordre sémantique accepte ce mécanisme, qui fait
remarquer que le sens composé n’est pas compositionnel. Mais il s’avère contestable par le
fait qu’il est des exemples composés dont le sens parait compositionnel. Cela s’observe
dans l’expression hali kawi bitsi ou faire chou blanc . Les éléments constituants ne
gardent pas leurs sens. La compositionalité du sens n’existe donc pas. Par contre dans un
syntagme nominal tel que mna motro (petit), mvura-msi (fumeur), ils nous permettent
d’apercevoir le sens général du syntagme grâce aux mots constituants. « C’est l’ajout
d’autres sens que ceux des composants qui confère au syntagme le statut de composé,
autrement dit de syntagme figé.»

Notre approche sémantique se résume à une observation générale sur toutes les
expressions figées existant plus particulièrement en comorien notamment les locutions
adjectivales, verbales, adverbiales, des phrases figées, proverbes, dictons, maximes etc.
Ces unités figées acceptent tous les critères d’identification décrits par Gaston Gross pour
distinguer les séquences figées des séquences libres dans un discours donné.

3.2. La notion du figement

Malgré les nombreuses publications sur le figement, le nombre de colloques récents


consacrés aux expressions figées, cette notion linguistique reste un concept flou.
Autrement dit, le phénomène du figement n’a guère reçu une définition univoque. La
boutade de R. Martin (1997) : « Nous sommes nombreux à trouver que c’est un thème
admirable, sans savoir avec netteté ce que c’est ».

Les linguistes partagent quelques points communs en s’accordant à dire que le figement
constitue un phénomène central du langage (M. Gross, 1988, Hausman, 1997, Klein,
2007).
118
Comme le montre également Salah Mejri (2000 : 60), le figement est une notion obscure,
et par définition il est englobant. C’est un phénomène complexe qui concerne tous les
domaines de la langue notamment en ce qui concerne la syntaxe, la sémantique, la
morphologie, la phonétique, la prosodie, le lexique, le discours (Mejri, 1997 : 23,73).

Toutefois, les linguistes tombent d’accord que le figement n’est pas un phénomène absolu.
Il s’agit au contraire d’un continuum, à décrire en termes de degré (Mejri, 2006 : 7, Gaston
Gross, 1996, Lamiroy, 2003), au sens qualitatif comme au sens quantitatif. La notion de
figement parait, du point de vue cognitif, inhérent au langage naturel.

Pour G. Gross (1996 : 154) « une séquence est figée du point de vue syntaxique quand elle
refuse toutes les possibilités combinatoires ou transformationnelles qui caractérisent
habituellement une suite de ce type. Elle est figée sémantiquement quand le sens est
opaque ou non-compositionnel, c’est-à-dire quand elle ne peut être déduite du sens des
éléments composants. Le figement peut être partiel si la contrainte qui pèse sur une
séquence donnée n’est pas absolue, s’il existe des degrés de liberté. »

La notion du figement comprend des structures fixes, dont les constituants sont privés de
liberté, c’est-à-dire qu’on ne peut pas modifier l’ordre, supprimer un mot, ou remplacer un
mot par des mots de sens équivalent (synonyme). Les éléments qui constituent le groupe de
mots perdent leur sens propre. Par exemple l’expression hanireme mare marahafu qui
signifie hani rai (= il m’a séduit par des paroles convaincantes).

L’existence des séquences figées dans toutes les langues naturelles ne suscite aucun doute.
Mais pouvoir les reconnaitre, les répertorier dans le discours ne facilite pas la tâche des
locuteurs étrangers. C’est pour cette raison que G. Gross a su décrire certains critères
d’identification définissant les séquences figées. On peut retenir notamment :

I. La polylexicalité

II.L’opacité sémantique

III. Le blocage des propriétés transformationnelles

IV. La non-actualisation des éléments : la notion des locutions adjectivales


119
V. La portée de figement

VI. Le degré de figement

VII. La non-insertion

XI. Le défigement

Il est à rappeler que notre étude sur les séquences figées à caractère adjectif se basera sur
ces critères qui couvrent les différents types d’expressions figées qui ne se comprennent
pas facilement lorsqu’elles sont employées dans un discours.

3.2.1. La polylexicalité

La polylexicalité est un critère nécessaire permettant de parler du figement. Elle se


caractérise par la présence d’un ensemble de mots privés de leur existence habituelle
autonome mais qui, ensemble, portent un sens. Ils forment une unité et se reconnaissent par
le trait d’union mna shifwi-shifwi, l’apostrophe ndeze nyambo, nde kutsu, le blanc trunda la
binguni, mnunu wa mgu, mbe nene. Ils peuvent, le plus souvent, s’écrire en un seul mot
mnamdji, mbence, hirizamani, mwanadjeshi. Ainsi, les mots simples ne peuvent pas faire
l’objet du figement (G. Gross, 1996: 9-10, 48-49).

3.2.2. L’opacité sémantique

Une séquence est dite figée lorsqu’il est impossible d’envisager son sens à partir de ses
composants. On définit, du point de vue sémantique, une séquence figée comme un tout.
Par contre, dans une séquence dite libre, le sens de la séquence est le produit de celui de
ses constituants. Prenons à titre d’illustration l’exemple de cette phrase emwana hali
eshahula (= l’enfant a mangé le repas). Le sens de cette phrase est conditionné par la
combinaison de sens respectif de emwana , hali et eshahula selon les règles de la
syntaxe. Nous disons donc qu’une séquence libre accepte la lecture compositionnelle.

Par contre, une séquence figée rejette catégoriquement ce genre de lecture, qui se heurte à
une véritable opacité sémantique. Le sens de la séquence Salim hali wombibo , c’est-à-
dire Salim nge harimwa hawa ndziro (il est dans une situation embarrassante) n’est pas le

120
produit du sens de hali et celui de mbibo. Cette séquence ne relève donc pas d’une
lecture compositionnelle. Cette dernière « est possible soit quand une suite figée se trouve
isolée, soit dans un contexte produisant une allusion, suivant des buts humoristique ou
littéraires. Or le cas dernier fait déjà partie du phénomène du défigement sémantique dont
parlera plus tard » (G. Gross, 1996: 10-11).

Tout un individu est apte à apprendre, à comprendre sa langue maternelle tout en


connaissant le sens des mots qui la constitue à l’instar d’une personne qui assimile une
langue qui lui est étrangère.

Pourtant, il n’existe pas de règles montrant que chaque séquence figée a un sens opaque.
L’opacité sémantique est un phénomène scalaire: elle peut être totale trunda la binguni
,trunda tamu ou partiel hukaya idukuni et sert à identifier le degré de figement (G. Gross,
1996: 11).

Les collocations adverbiales

Collocations adverbiales Emploi adverbial Emploi adjectival

Haudziro (avec difficultés) Ngulo haudziro (il mange Ehawa ngio haudziro (la
difficilement) situation est difficile

Haupole (doucement) Zendrongowo ngazendao Ehawa ngiyo haupole (le


hapvapvi (les choses vont climat est stable
lentement)

Dans le premier exemple, le mot -dziro est un adjectif qalificatif attaché au mot hau . Il ne
garde pas son sens propre. Dans l’exemple 2, le mot hapvapvi est le diminutif du mot
hapvapvihapvapvi qui signifie lentement. Ce mot garde, par contre, son premier sens.

121
3.3. Le blocage des propriétés transformationnelles

Il est bien évident que les transformations syntaxiques notamment le passage de la voix
active à la voix passive ne s’opère pas dans une séquence figée verbale sinon la séquence
resterait plus opaque et vide de sens. Nous envisageons les transformations suivantes :

La passivation : *wombibo uliwa ni salim

Extraction : *unu ndo mbibo Salim ya hala

Pronominalisation : *Salim hauli wo mbibo

Détachement : *wo mbibo, Salim hauli

Relativation : *wombibo Salim ya hala

Interrogation : * ye Salim hauli ?

Les séquences figées ne supportent pas les transformations syntaxiques habituelles. Ces
dernières sont impossibles pour les noms composés et les séquences figées en général (G.
Gross, 1996 :13).

3.3.1. La non actualisation des éléments

L’actualisation « désigne l’intégration d’un monème dans un énoncé quelconque où elle


exerce, de ce fait, une fonction précise. L’actualisation syntaxique résulte des procédés
comme la position, l’autonomie ou l’utilisation des phonèmes spéciaux (de, dans, sur,
que…). Ainsi, le monème « piste » est actualisé comme expansion (ou complément) grâce
à sa position dans « le pilote aperçoit la piste », et grâce au monème dans « l’appareil se
pose sur la piste. » (Mounin, 1974: 9)

Les éléments grammaticaux qui constituent une séquence figée n’admettent pas une
actualisation dans la mesure où chacun d’eux a déjà perdu son autonomie. Cette remarque
s’observe dans Ali hapara trama. Il est clair que la lecture compositionnelle se pratique
sur le mot aliment: *Ali hapara (le, -lahe, -laho, -linu) –trama. Il est important de constater

122
qu’il n’est pas possible de procéder à l’actualisation par un déterminant puisque le sens du
mot trama n’a rien avoir avec un aliment.

3.3.2. La porté du figement

Il n’est pas rare que le figement puisse affecter, du point de vue syntaxique et sémantique,
la totalité d’une locution (figement total) ou une partie d’une séquence (figement partiel).
Le figement total qui, sans doute, touche tous les constituants de la locution ne tolère
aucune modification. Cela concerne en particulier les proverbes où tous les éléments
embrassent les critères du figement. Prenons à titre d’exemple mbe kali mbe (= une vache
ne mange pas une vache). En comorien, le figement partiel ne constitue pas le cas de la
majorité même s’il s’emploie fréquemment plutôt à l’oral. Tout comme en français, il
supporte les modifications nécessaires ; ngampveho womhono watranga wa hangu (= je lui
présente toutes mes condoléances), hampveshea womhono watranga wahe (= il lui a
présenté toutes ses condoléances), pveha womhono wa tranga waho (présente-lui toutes tes
condoléances).

3.4. Le blocage des paradigmes synonymiques

La substitution d’un mot par un de ses synonymes demeure une opération impossible dans
une séquence figée totale. Cette restriction qui s’inscrit dans le côté sémantique d’une
locution figée concerne en general les séquences figées. En clair, il est impossible de
remplacer -huu (grand) par -le (long) ou -radji (costaud) par trobwa (corpulent) dans une
suite figée comme mdru mhuu (grand notable) car mhuu ne se réfère ni à une taille, ni à
une stature mais à un titre honorifique, de même que -ema (bon) par -rahafu (beau,
magnifique) dans l’expression hitswa shema (bonne tête).

3.4.1. La non-insertion

Certaines séquences figées ne se heurtent pas à la non-insertion de nouveaux éléments.


Autrement dit, introduire un mot dans une suite figée ne s’avère pas interdit même si le
champ n’est pas totalement libre.

Mbaba hangu hahulu mbe nene

123
Mon père class+dét Edv3sg vache absolument inféconde

« Mon père a acheté une vache absolument inféconde »

On insère un adjectif

Mbaba hangu hahulu mbe nene ndjema

Mon père class+dét Edv3sg mbe nene énorme

« Mon père a acheté une enorme vache inféconde »

On peut insérer également un intensifieur

?Mbaba hangu hahulu mbe nene swafi

Mon père class+dét Edv3sg vache absolument inféconde

« Mon père a acheté une vache absolument inféconde »

L’insertion des éléments nouveaux est une opération très restreinte qui se pratique en
général dans une locution qui relève du figement partiel. Autrement dit, les séquences
figées totale se heurtent à cette opération jugée très réduite. Cette observation montre que
l’insertion n’est pas le critère absolu pour parler du figement. Les suites telles que
manywahwili (patrimoine familial), manywahurwa (dents douloureuses), trengwe mɓidi
(groupe séparatiste) ne supportent aucune insertion.

3.4.2. Le défigement

L’insertion d’un mot dans une séquence figée ou la substitution de cette dernière donne
naissance au défigement. En effet, une séquence figée s’avère unique et irremplaçable. Le
défigement qui relève du jeu de mots utilisés plus particulièrement dans la presse écrite
pour attirer l’attention du lecteur « désigne le dépassement des contraintes qui constituent
une locution figée ». Ce mécanisme s’opère pratiquement le plus souvent dans les
proverbes. Les modifications dues à cette insertion n’est pas considérée comme une faute
de français car elle est considérée comme un jeu de mots qui « met en évidence
l’importance du figement dans les langues. (Gaston Gross, 1996 :21)
124
[Link]. Classement des collocations

Le classement des collocations s’observe dans la description des expressions figées en


français par G. Gross (1996).

[Link]. Les collocations verbales

[Link]. Problèmes de délimitation

Une locution verbale se définit comme une suite verbale dont les groupes nominaux sont
semi-figés et qui « s’opposent à une suite libre verbe+complément, c’est-à-dire, qui n’est
contrainte que par le domaine d’arguments du verbe et qui a toutes les transformations
potentielles. » (G. Gross, 1996 : 70)

En clair, une suite libre telle que : Abdou hali saladi ( = Abdou a mangé de la salade) se
permet toutes les transformations habituelles.

Formation relative

Lesaladi Abdou yahala

Dét+salade+cl Abdou +Pro+ manger

« La salade que Abdou a mangée »

Interrogation en ye

Ye lesaladi Abdou yahala ?

Qu’est-ce que Edc3sg Abdou manger

« Qu’est-ce que Abdou a mangé ? »

Emphatique du sujet :

Abdou ndea hala lesaladi

Abdou Eds3sg manger dét+salade

125
« C’est Abdou qui a mangé de la salade »

Alorsqu’une locution verbale se caractérise par des critères bien décrit et elle ne se heurte
pas à cette définition : « une suite verbale+complément est une locution verbale si
l’assemblage verbe-complément n’est pas compositionnel ou les groupes nominaux sont
figés (c’est-à-dire qu’on ne peut les modifier d’aucune manière : les déterminants sont
fixes et les modifieurs sont interdits)…Le complément ne doit pas être un prédicat
nominal. Une locution verbale a une distribution de verbe, ou dans le cas de figements
moindres, de groupe verbal. Il faut ajouter aussi que contrairement aux noms composés,
qui peuvent avoir une structure interne totalement différente de celle des groupes
nominaux ordinaires, aucune locution verbale n’a de structure interne spécifique. » (G.
Gross, 1996: 69-70)

Une locution verbale ne supporte pas toutes les modifications habituelles notamment, en ce
qui concerne la formation relative, interrogative et l’emphatique du sujet. Cela s’observe
dans la locution verbale telle qu’Ali hanu madji « Ali s’est trompé »

*Emadji Ali ya hanwa

Eau cl+dét Ali bu

« L’eau que Abdou a bue »

*Ye Abdou hanu hindri ?

Qu’est-ce qu’Abdou Edc3sg bu

« Qu’est-ce que Abdou a bu ? »

*Abdou ndeahanwa emadji

Abdou Eds3sg boire+dét

« C’est Abdou qui a bu de l’eau »

Le blocage des transformations syntaxiques notamment la passivation, l’extraction, le


détachement, la pronominalisation s’observe dans les locutions verbales. Il faut noter qu’il
126
y a les locutions qui sont totalement figées et celles qui sont partiellement figées, ce qui
fait que toutes les locutions n’ont pas le même degré de signification.

[Link]. Le paramètre du figement

Le traitement informatique des locutions verbales nécessite une sérieuse étude mettant en
relief les ressemblances et les différences qu’ont les locutions verbales par rapport aux
suites verbales libres.

Ces deux notions linguistiques ne se différencient pas au niveau de la morphosyntaxe.


Toutes les deux partagent la même structure syntaxique dans la mesure où les locutions
verbales se construisent avec un complément d’objet direct hanu madji (il a bu de l’eau),
hanika mbuzi ya dalao. Si le figement affecte toute la séquence, comme dans le cas d’un
proverbe, la conjugaison est très limitée mais les désinences peuvent être similaires au
niveau de la morphosyntaxe.

Hanu madji (séquence figée), hanu vinyo (suite libre)

La structure interne qui s’observe dans ces exemples montre qu’il existe bel et bien une
vraie similitude entre les locutions verbales et les groupes verbaux libres. En clair, notre
observation sur le paramètre du figement détermine qu’il y a un continuum entre les suites
verbales libres, les collocations verbales et les suites verbales totalement affectées par le
figement dans la mesure où les locutions ne sont ni complètement figées, ni complètement
libres.

3.5. Les compléments ne forment pas une classe

Gaston Gross (1994 : 18) a signalé que les différents emplois des prédicats sont exprimés
par la notion des classes d’objets. Cette description rigoureuse s’observe uniquement dans
les constructions libres. De cette constatation, Gaston Gross a su montrer qu’on traite le
problème de la polysémie grâce à cette description des classes d’objets. Nous prenons
comme exemple la classe des vêtements (kotri, shatri, nkandu…) sélectionnée par le verbe
–vaya (porter). Le verbe –andziha (écrire) appartient à la classe des textes (compte rendu,
courrier, rapport d’activité, carte de visite…). Ainsi, Gaston Gross dénombre 8 traits

127
syntaxiques (humain, animal, inanimé concret, inanimé abstrait, végétal, locatif, temps,
événement) pour décrire avec précision certains prédicats.

Les collocations verbales n’adoptent pas cependant ce genre de comportement dans la


mesure où elles souffrent de l’absence des classes d’objets.

Les quatre situations décrites par Gaston Gross (1996) s’observent de la manière suivante :

L’ « élément bloqué » peut être en position d’objet direct sans complément second.
No V N1 : Hahana ulime wawadjwa /il a langue soignée.

« il est éloquent »

No V N1 : Hali hitima

« Il est victime d’ une punition divine »

Le premier complément est libre tandis que le second est bloqué

No V Prép N Prép N Ngena twamaya yandze na mdjini

« Il est armé d’espoir »

Nhum V N N Havaya vao laki fadhwahaya

« Il porte de bons habits »

Le premier complément est libre et le second figé

Nhum V Nhum N Ali halola mwanamshe mdrwamararu

« Ali a épousé une jeune fille »

Nhum V N Prép N Ali ngena mbuzi ya dalao

« Ali a une chèvre-remède »

Les deux compléments sont figés


Nhum V N N Owana ngwao hama mɓasi na hanale
128
« Les enfants ne s’aiment pas »

NN Ndo wingu ne sheipvande shandzi

« Très grande différence »

[Link]. Les compléments ne sont pas actualisés

Le déterminant est un mot-outil variable dont la fonction syntaxique est d’actualiser un


argument ou un substantif prédicatif. Nous donnons, à titre d’exemple, le support –
amdrisha (intimer un odre) et le substantif mbeye (gifle) dont la détermination parait sans
doute libre : -rema (dzima, zindji, mbili…) mbeye « donner (un, des, deux) gifles ».

Ce même substantif ne se construit pas cependant avec les déterminants possessifs, définis,
démonstratifs. Prenons, à titre d’exemples, les séquences suivantes : *-rema mbeye yahe
(*donner sa gifle), *-rema embeye (*donner la gifle), *-rema mbeye inu (*donner cette
gifle).

Cette même remarque s’observe dans l’emploi du prédicat nyura (soif) actualisé par
l’auxiliaire hukana (avoir).

déterminanat zéro

Ali ngena nyura

Ali Edv3sg avoir soif

« Ali a soif »

Déterminant kavu-modif :

Ali ngena nyura kavu

Ali Edv3sg avoir soif sèche

« Ali a une soif sèche »

Article -zama-modif
129
Ali ngena zenyura zinu randzi zama

Ali Edv3sg avoir soif depuis longtemps

« Ali a cette soif depuis longtemps »

Le prédicat nyura rejette le défini -e

*Ali ngena enyura

Ali Edv3sg avoir soif+ class

« *Ali a la douleur »

Possessif

*Ali ngena nyura zahe

Ali Edv3sg avoir douleur + poss

« *Ali a sa soif »

Démonstratif

*Ali ngena zenyura zinu

Ali Edv3sg avoir soif cl+dém

« Ali a cette soif »

Les collocations ne rejettent pas catégoriquement la détermination. Cette dernière s’y


observe de façon très variée.

Déterminant zéro

Roho mbi

Cœur répugnant

« Il est arrogant »
130
Article indéfini

-la zindru

« être victime d’ une punition divine »

Averbe

Huka mlehuni

« Etre dans un état de somnolence »

[Link]. Blocage des transformations

Les collocations verbales et les constructions verbales libres ne s’identifient pas facilement
dans un discours. Ces deux suites partagent certains points communs notamment leur
structure interne. Leur distinction par un locuteur nécessite une analys plus approfondie
qui doit tenr compte de la transformation syntaxique, qui se base sur la passivation, la
pronominalisation, le détachement, l’extraction ou la relativation. À la différence des
locutions verbales, une suite libre peut supporter toutes ces transformations syntaxiques.
Prenons à titre d’exemple l’expression hanu madji. Cette expression, dans sa lecture
compositionnelle ou sémantiquement transparente signifie simplement « il a bu de l’eau ».
La lecture figée ou sémantiquement opaque montre que cette expression a le sens de se
tromper.

Nos observations se basent sur les propriétés transformationnelles de la construction libre


et de la construction figée. Nous livrons comme exemple les deux phrases suivantes:

1. Ali hanu dziwa (= Ali a bu du lait). Cette construction est libre : le substantif madji est
remplacé par le substantif dziwa pour mettre en évidence les différences entre la
construction libre et la construction figée.

2. Ali hanu madji (= Ali a bu de l’eau). Cette construction est figée et signifie Ali hadji
danganya (= Ali s’est trompé).

131
Phrase 1 : Ali hanu eledziwa lahe

Transformations syntaxiques :

Passivation : Ledziwa lahe linulwa ni Ali

Pronominalisation : Ali halinu

Détachement : Ledziwa lahe, Ali halinu

Extraction : ilonlo dziwa lahe ndilo Ali yahanwa

Relativation : ledziwa Ali yahanwa

Ayant une lecture transparente, la phrase 1 tolère toutes les transformations syntaxiques.
Un certain nombre de transformations ou de changements tel que que la passivation, la
pronominalisation, le détachement, l’extraction et la relativation sont pratiquement rendues
impossibles dans une séquence figée. Les exemples suivants en sont une belle illustration.

Ali hanu madji (Ali hadjinasa) « Ali s’est trompé »

Transformations syntaxiques Structures

Passivation *Emadji yanulwa niye

Pronominalisation *Ali hayanu

Détachement *Emadji Ali hayanu

Extraction *Yao ndemadji Ali yahanwa

Relativation *Emadji Ali yahanwa

132
Le signe (*) montre, du point de vue sémantique, que toutes ces phrases ne sont pas
correctes. Mais leurs structures sont grammaticales dans la mesure où elles obéissent aux
structures syntaxiques communes. Ces dernières ne permettent pas cependant la lecture
figée : seule la lecture compositionnelle est possible.

Force est de constater qu’en français tout comme en comorien certaines constructions se
heurtent à des transformations syntaxiques alors que ces constructions ne sont pas figées.
Cette observation est clairement mise en évidence par G. Gross en prenant comme exemple
le mot regarder ayant comme synonyme concerner pour défendre cette notion
linguistique. Il a enfin donné les exemples suivants :

actif Cette affaire nous concerne tous

« Concerner » passif Nous sommes tous concernés par cette affaire

actif Cette affaire nous regarde tous

« Regarder » passif *Nous sommes tous regardés par cette affaire

En comorien, ces mêmes exemples s’observent typiquement sur les verbes synonymes « -
husu » et -sababisha (= concerner).

Gaston Gross met en parallèle ces deux constructions dont les verbes sont synonymes.
Nous constatons que le verbe regarder ne tolère pas le passage de la voix active en voix
passive alors qu’il s’agit d’une construction libre. Gaston Gross a fini par conclure que
133
« l’opacité sémantique et les restrictions syntaxiques vont de pair ». Ces critères ne doivent
pas être traités séparément.

[Link]. L’opacité ou transparence sémantique

Dans cette sous section, nous sommes soumis à la réflexion des deux lectures possibles
notamment la lecture d’une construction libre et la lecture figée. Ainsi, Gaston Gross a
proposé l’opacité sémantique comme l’un des critères nous permettant de distinguer les
séquences figées des séquences libres. Une suite est dite opaque quand le sens n’est pas
compositionnel et, à l’inverse, une suite est dite transparente quand le sens est
compositionnel. Grâce à ce critère, on arrive à apercevoir la différence entre une suite
libre et les collocations.

On constate que, malgré les nombreuses études faites sur les collocations verbales, le
problème est loin d’être résolu dans la mesure où il existe des collocations opaques, des
collocations transparentes et des collocations régulières (Tutin et Grossmann, 2002). Dans
les collocations opaques, le collocatif est imprédictible et démotivé sémantiquement
hadjipishia embitsi (il se met en danger), hapara trama (il est triste). Dans les collocations
transparentes, le collocatif est motivé mais imprédictible hahea beani (il a rejoint une
classe sociale), hafu mnamdji (il est mort jeune). Les collocations « régulières » se
rapprochent des combinaisons libres et contiennent des mots dont le sens est déductible et
semble prédictible hali mkatrasinia (il a mangé un gateau), haono uwade (il était très
malade) (Fatou Ndèye, 2013).

3.6. Les collocations nominales

Les collocations nominales se définissent comme un phénomène d’ordre lexicologique


dans la mesure où elles forment des unités lexicales à proprement parler. Elles se
construisent du point de vue syntaxique sur la base de N+N et N+adjectif.

134
3.6.1. Délimitation

Les collocations nominales se distinguent des groupes nominaux libres par la


combinabilité restreinte des mots combinés. À la différence de la combinaison libre, les
collocations mettent en jeu deux éléments linguistiques sémantiquement pleins dont le
statut est parfois inégal.

3.6.2. Paramètre du figement

On distingue deux sortes de détermination : une détermination autonome qui s’observe


uniquement dans les groupes nominaux libres et la détermination globale qu’ont les
collocations nominales. Cette observation est illustrée dans les exemples suivants :

Détermination autonome :

Eshahula sha mtsana

Déf+cl+alimment Prép+jour

« Le repas de midi »

Eshahula sha pvanu mtsana

Dét+cl+aliment Démo+jour

« Le repas de cet après midi »

emwana wa mfaume

Dét+hum Prép+chef

« Le fils du chef »

Détermination globale

Emwanamshe mrwamararu

Dét+hum Prép+class

135
« Une jeune fille»

Mwana mwari

Déf+hum Prép aujourd’hui

« Une célibataire »

Toutes les collocations ne peuvent pas forcément avoir une fonction prédicative. Cela se
voit dans Linu dalao mazubutu (c’est un remède efficace) est une prédication par le fait
qu’on peut dire Ledalao linu lomazubutu (ce remède est efficace). Tandis qu’on ne parle
pas d’une prédication dans la collocation: mwana zidakani (une fille enfermée).

[Link]. Collocations de type N+N

Nous observons dans cette sous section les constructions comme : N+N (maele yamafuu,
trunda labinguni, andwi-nkodo…). Du point de vue sémantique, nous sommes soumis à la
réflexion de deux types de noms composés: les noms composés dont le degré de figement
sémantique est faible (le sens est transparent) et ceux dont le sens est opaque. Dans la
locution nkodo yamare « guerre de salive », on peut pas deviner son sens selon ses
constituants. Il est impossible de substituer dans ce syntagme un mot par un autre. Il y a un
blocage : on ne dit pas *nkodo yaulemevu (guerre de fatigue). On ne doit pas non plus
insérer un mot (*nkodo nde yamare, *nkodo yamare swafi (une longue guerre de salive ;
très longue guerre de salive). Par contre, si nous prenons un exemple de collocation dont le
sens est opaque telle que mwana shama, nous constatons que le sens de ses composantes
ne correspond pas à la signification existante dans la langue comorienne: « une personne
membre d’une association).

136
[Link]. Collocations de type Nom+Ajectif

Les constructions du type Nom+Adjectif sont des collocations dont le sens de l’adjectif
reste parfaitement clair et contribue pleinement au sens de l’expression, alors que le nom,
généralement un objet naturel, sert à préciser la nuance de la couleur, du goût et agit sur le
plan syntaxique comme un modifieur de la comparaison. On privilégie à titre d’exemple
quelques associations qui s’utilisent fréquemment en comorien.

Trunda tamu (orange douce)

Hitswa shiyi (têtu, impoli)

Mbe nene (vache improductive)

Les collocations du type N+A sont bien entendu beaucoup moins productives dans la
langue comorienne. Dans ce cas, il est question de savoir si l’adjectif peut être le prédicat
du substantif ou non. Pour livrer une réponse à cette question, Gaston Gross a décrit des
critères sur lesquels on s’appuie pour mettre fin aux contraintes et au doute.

À la différence d’une collocation, une construction libre peut avoir une fonction
prédicative. Ainsi, une construction libre comme mwanadamu waankili (un homme d’une
grande intelligence) peut avoir cette fonction par le fait qu’on peut l’actualiser:
emwanadamu oyi ngena ankili « cet homme est intelligent ». Par contre, l’adjectif -nene
employé dans la collocation mbe nene ne peut pas être prédicat. Car cette collocation ne
tolère aucune transformation syntaxique.

La deuxième raison c’est que, pour Gaston Gross, la lecture d’une suite libre comme
emwana nge mhuu (l’enfant est grand) est compositionnelle, ce qui ne s’opère pas dans une
collocation comme mdri mzungu (arbre français) dans laquelle l’adjectif ne tolère pas aussi
aucune transformation syntaxique habituelle.

La troisième raison montre qu’une construction libre ayant un adjectif peut bien entendu
subir la nominalisation. Nous prenons à titre d’illustration le cas de la suite libre zendrabo
za Salim dont la nominalisation s’opère de la manière suivante:

137
Salim yena ndrabo (= Salim est un menteur).

Les collocations représentent une source de difficulté primordiale pour l’apprentissage


d’une langue étrangère comme le comorien, pour la traduction mais aussi pour le
traitement automatique des langues naturelles. C’est pour cette raison que les phénomènes
scalaires qui se situent « entre liberté et figement, langue et discours, règles et variation
stylistique (S. Mejri, 2011 : 93) font l’objet de notre étude dans ce chapitre consacré à
l’étude de figement dans la langue comorienne.

Conclusion

Le figement est un phénomène linguistique universel. En clair, il est omniprésent dans


toutes les langues. Dans ce chapitre, on a expliqué, étudié, vu qu’il constitue le cœur de
notre travail, sa structure, sa position syntaxique, son sens, son fonctionnement syntactico-
sémantique dans la langue comorien. À notre connaissance, après une étude attentive, nous
avons constaté que le français et le comorien partagent incontestablement les mêmes
critères décrits par G. Gross pour parler du figement dans un discours donné.

138
CHAPITRE 4
CLASSIFICATION DES ADJECTIFS
COMPLEXES EN COMORIEN

D’une manière générale, la catégorie de l’adjectif est définie du point de vue sémantique
comme « un mot que l’on joint à un nom pour exprimer une qualité de l’être ou de l’objet
nommé ou pour introduire un mot dans le discours » (Grevisse dans Gross, 1996 : 89). Les
adjectifs sont, du point de vue syntaxique, des mots « qui figurent, en position d’attribut, à
droite du verbe être, et peuvent être nominalisés par le pronom invariable le ». (Gross,
1996 : 90). Compte tenu de ces critères, l’adjectif peut, dans une phrase simple en
particulier, avoir le statut d’un prédicat ayant des arguments. Cette définition convient bien
entendu aux adjectifs à forme complexe qui font plus particulièrement l’objet de notre
étude. Il suffit qu’on ajoute la propriété de la polylexicalité.

Les adjectifs complexes se définissent comme, tout comme les adjectifs simples, une forme
nominale dépendant du substantif avec lequel ils s’accordent en genre (classe) et en
nombre. Ils ont un comportement morphologique très varié. Leur comportement
syntaxique s’apparente au nom bien qu’une étude morphosyntaxique les distingue.

4.1. Classification grammaticale

En tant que classe sémantico-pragmatique, les adjectifs à forme complexe recouvrent tout
comme l’attribut, l’activité relationnelle du sujet et la spécification de l’être ou de l’objet
sur lequel cette activité s’exerce. Ils recouvrent également l’information physique et
fonctionnelle qui caractérise un individu ou un objet. Ils deviennent enfin un élément
prédicatif de base dont le sens peut être soit opaque ou transparent. Cette caractérisation
préliminaire prendra en compte l’emploi logique des adjectifs à forme complexe. Afin de

139
poser le problème de leur classification grammaticale, il nous semble important de dégager
rapidement certaines de ces contraintes. Nous rappelons également que la classification
grammaticale de ces adjectifs à forme complexe nous permet de connaître, d’identifier leur
caractère flou, mais aussi de les distinguer des substantifs dont la ressemblance et le
fonctionnement syntaxique semblent difficile pour un locuteur non natif.

En comorien, tout comme en français, les adjectifs à forme complexe relèvent des
différentes classes grammaticales. Celles-ci se construisent le plus souvent avec des
prépositions harimwa « dans, à… » (harimwa shida, harimwa raha, harimwa duwa…),
des substantifs « convertis » en séquence d’élément ou noms joints au locatif ni (idani,
swalani, fikirani, trobweni, tabirini…), ntsini « sous » (ntsinimweze amdri…), avec un
adjectif (daba dziro), un nom (mnono wa mgu), un verbe (mra-mgu), un adverbe (ndjema
zamwana), un suffixe (uzadedjuu), un participe (-capa calamu), une phrase (kafu hambi),
avec hama « comme » (hama fumanga) mais aussi avec des adjectifs inanalysables (mna
shifwi shifwi, malamafu…).

Ces adjectifs se caractérisent par la graduation que leur sémantisme inscrit « sur une
échelle » qui tente de représenter des propriétés ontologiques telles que l’intensité, la
dimension, la force et même l’engagement.

Il est important de constater que les adjectifs composés et le complément du nom peuvent
parfois avoir une même forme. Pour les distinguer, Gaston Gross propose qu’on procède à
la preuve de la nominalisation par le comme expliqué en début de chapitre sur la
définition de l’adjectif. En clair, le complément du nom ne se nominalise pas par le . Ce
mécanisme s’applique en comorien sur les adjectifs à forme complexe ou les adjectifs
monolexicaux.

Ali ngena uhayati « Ali a une vie »

uhayati wa Ali « la vie d’Ali »

? Ali ngena

Ali nge hayati « Ali est en vie »

140
Naye pvahe « Il l’est aussi »

Complément du nom : Linu dziwa lamadjni « c’est du lait de djinn »

Adjectif complexe: ledziwa likaya djuzoni « le lait était en vente »

Cette classification grammaticale que nous avons examinée met en relief le caractère
syntaxico-sémantique du comportement des adjectifs à forme complexe, qui se
construisent le plus souvent avec le présent progressif. Cette classification nous a permis
également de constater que ces adjectifs sont l’expression des propriétés alors que les
substantifs désignent les classes d’objet. Cette différence sépare les adjectifs à forme
complexe de l’ensemble des constituants de la phrase notamment le nom dont la référence
est posée par les déterminants en leur attribuant un sens.

4.2. Classification syntaxique

Notre étude sur les adjectifs à forme complexe en comorien nécessite, pour fournir à la
machine des descripteurs formels et opérationnels, une classification syntaxique. Ce
dernier se définit comme une opération nécessaire à l’étude interne et externe des
prépositions sans lesquelles on ne parlerait pas d’adjectifs à forme complexe du sous-type
harima+N ayant comme équivalent en français en N ou PREP W.

Tout comme en français, la structure des adjectifs à forme complexe en comorien sont
souvent introduite par des prépositions qui ne prennent pas la même forme dans la phrase.
Ils se distinguent des uns des autres par quatre formes différentes dont la classification
nous permet de découvrir quatre types aussi différents :

harimwa+N substantif suffixé hama Adj divers

harimwa uvumzi kongowoni hama izinga mnunu wa mgu

Nous rappelons que nous nous intéressons à l’étude dans cette sous-section des sous-types
harimwa N « en N » et kongowoni « dans GN ». Ces deux séquences se ressemblent
sémantiquement bien qu’elles soient morphologiquement différentes. Le chapitre suivant
141
se fixe comme objectif d’effectuer une comparaison de ces suites relatives aux deux
langues à savoir le français et le comorien.

En comorien, les prépositions forment une classe grammaticale dont le sens varie selon
contexte, selon le domaine du vocabulaire. Tel est le cas de la préposition harimwa. Sa
particularité et son mode de fonctionnement s’éclaircissent dans les adjectifs à forme
complexe où il n’a pas de concurrent, c’est-à-dire elle est la seule et unique préposition
introduite dans les séquences à caractère adjectivale. Elle y joue toute seule le rôle de
« sur », « dans », « sous ». Elle peut donc avoir une interprétation spatiale (eisimu yahe
ngio harimwa elebuku « son nom est sûr le cahier ») ou temporelle (tsili ndro harimwa
emashuhuli yaho « j’ai bien mangé lors de ton mariage »). L’interprétation causale se
construit difficilement en comorien. On peut également examiner une observation sur les
structures du sous-type harima N et le substantif joint au locatif ni. Du point de vue
sémantique, les suites suivantes véhiculent une même information même si elles se
diffèrent morphologiquement.

Structures exemples

Nge harimwa kongowo/ nge kongowoni

Nge harimwa mswiba/nge mswibani

Nge harimwa ida/nge idani

Nge harimwa trengwe/ ngetregweni

Nge harmwa ndola/nge ndolani

Nge harimwa fikira/ nge fikirani

Harimwa N/Noms+locatif Nge harimwa mashaka/nge mswibani

Nge harimwa tranga/ nge trangani

142
Nge harimwa mashaka/nge masha kani

Nge harimwa tabiri/nge tabirini

Nge harimwa djunduo/ngedjunduoni

Nge harimwa mahaba/nge mahabani

Nge harimwa tsumu/nge tsumuni

Ngami harimwa djendo/ ngami djendoni

Nge harimwa raha/ngena raha

Nge harimwa dawa/ngena dawa

Nge harimwa hamu/gena hamu

Constructions diverses Nge harimwa swibira/ngena swibira

Nge harimwa twamaya/ngena twamaya

Nge harimwa malezi/ngena malezi

Force est de constater que les parallèles harimwa N/Noms en ni varient sémantiquement
mais personne ne sera surpris de voir qu’ils sont synonymes. La préposition harimwa se
substitue le plus souvent par le substantif en ni . À la différence de la séquence harimwa
taabu, les adjectifs complexes qui se construisent avec la préposition ni rejettent le défini e
(*nge etsumuni; *nge etabirini; *nge fikirani). Ces séquences acceptent difficilement
l’adverbe intensif swafi (*nge ndolani swafi, ?nge tsumuni swafi ; nge mswibani swafi).
L’autre difficulté tient notamment à la variété sémantique. Il est bien évident que cette
instabilité sémantique contribue aux difficultés de la construction des séquences figées à
143
caractères adjectivales introduites par les substantives joints au locatif ni. Ce qui est
particulièrement clair, c’est que ces adjectifs complexes se caractérisent le plus souvent par
le locatif ni ajouté au nom.

La syntaxe externe des suites introduites par la préposition harimwa et le locatif ni sont
catégorisés comme des adjectifs prédicatifs complexes dans la mesure où ils adoptent la
position attribut et la pronominalisation. Prenons à titre d’exemple les suites suivantes:

Entsi ngio harimwa mswiba na Bushini tsena « Le pays est en deuil et Madagascar aussi »
(sous-type harmwa N) ; Ali nge harimwa mtihani. Hata Salami tsena « Ali est en examen.
Salami l’est aussi » (sous-type harimwa N) ; Enyumba ngio harimwa hifadhwi. Nane
yahangu tsena « La maison est en sécurité ; ma maison l’est aussi » (sous-type PREP N);
Ngami swalani ; Hata Salim pvahe « Je suis en prière ; Salim l’est aussi » ; Embe ngio
biasharani. Hata embe yahangu pvayo « La vache est en vente ; Ma vache l’est aussi »
(PREP N).

En comorien, la reprise nominale ou plutôt la pronominalisation en le varie selon la classe.


En clair, la reprise nominale se fait au moyen des pronoms possessifs ou des indices-objets
qui s’accordent en classe.

Salim nge kongowoni, na Mohamed pvahe « Salim est dans le coma et Mohamed aussi » ;
Enyumbahe ngio rahani, ne nyumbaho pvaho « Sa maison est en gage ; Ta maison l’est
aussi ». Il existe plusieurs possibilités de pratiquer la nominalisation en le en comorien,
notamment l’emploi de l’adverbe tsena. Cet adverbe qui établi la comparaison est
invariable.

Salim ngo magobani na Soilihi tsena « Salim est en prison et Soilihi l’est aussi » ; Ngasi
rukuni, nanyi tsena « nous sommes en sommeil et vous l’êtes aussi ». La position épithète
de ces adjectifs prédicatifs s’observe également dans des suites telles que nyumba yarahani
« une maison en gage », mbe yadjuzo « une vache en vente », gari latumo « une voiture
commerciale ».

144
Effectuer une analyse interne de ces adjectifs à forme complexe contribue à mesurer le
degré de figement de ces séquences dont le recensement s’effectue en termes d’opacité
sémantique et de paradigme synonymique.

Les différentes observations que nous avons déjà examinées nous permettent de constater
que les séquences adjectivales qui se construisent avec harimwa et ni ont la même
caractéristique sémantique. Elles s’interprètent donc de la même façon car harimwa peut
avoir le sens de « dans », « sur », « en ». Les substantifs en ni catégorisés comme prédicats
complexes peuvent également être un nom locatif simple tels que swalani , trangani,
twamayani qui se traduisent respectivement par en prière, en deuil, dans l’espoir.

4.2.1. Fonction épithète

Les adjectifs à forme complexe peuvent, tout comme les adjectifs simples, avoir la
fonction épithète. Mais la position épithète des adjectifs à forme complexe s’emploie
difficilement dans la langue comorienne.

4.2.2. Fonction attribut

Les adjectifs à forme complexe ont les propriétés fonctionnelles des adjectifs qualificatifs
simples par le fait qu’ils peuvent incontestablement être attributs. Certaines locutions telles
que kongowoni, houwadeni, hotrambaoni, hounanyileni sont mêmes gradables :

Ali haka hounanyileni

Tsi huhundru hounanyileni

Ali, hounanyileni, hakaya mwema

Emakati yawo hukaya hounanyileni swafi

Des locutions introduites par la préposition harimwa rejettent la fonction épithète,


apposition. En conséquence, elles ne sont pas gradables :

Enyumba ngio harimwa djuzo « la maison est en vente »

*Enyumba ngio harimwa djuzo swafi


145
*Harimwa djuzo, enyumba ngio.

Ces exemples rappellent que certains verbes supports peuvent être locutionnels comme par
exemple :

Trobweni « dans l’embarras » ekabila inu ngio trobweni « cette famille est dans
l’embarras »

Ipvilipvilidjuu « en danger » Ngawe ipvili pvili djuu « tu es en danger »

Hiridju mwadalao « en mariage », Nge hiridjuu mwadalao « il annonce son mariage »

Toutes les locutions prépositionnelles peuvent avoir la fonction attribut.

Harimwa raha « dans la joie »

Harmwa taabu « dans la douleur »

Harimwa rewa « dans un rêve »

Harimwa mashuhuli « en fête »

Harimwa mashindano « en discussion »

Harimwa djuzo « en vente »

Harimwa amani « en paix »

Harimwa nkodo « en guerre »

Harimwa mashaka « en difficulté »

Harimwa hifadhi « en sécurité »

Les locutions de forme en N A (en bonne santé) ne sont pas productives en comorien.

Dans la langue comorienne, les adjectifs complexes se reconnaissent par le locatif ni qui
s’ajoute au nom et par la préposition harimwa qui se met devant le nom.

146
4.2.3. Classification sémantique

Notre étude sur ces adjectifs complexes en comorien nous offre davantage la particularité
possible de classer dans le tableau suivant les adjectifs à forme complexe en quatre
catégories :

Catégorie 1 Catégorie 2 Catégorie 3 Catégorie 4

AConjN A+N Prép+N Nom composé

mudu hama hidza trobwalamdru« grand Harimwa madjitso Mnunu wa mngu


« blanc comme la stature » « dans le regret » « débile »
nuit »

La première catégorie est formée d’un adjectif qualificatif suivie d’un élément précédé par
la conjonction hama. La deuxième catégorie est formée d’un adjectif qualificatif suivi d’un
nom. La troisième catégorie est formée d’une préposition suivie d’un nom. La quatrième
catégorie regroupe tous les noms composés dont le sens relève d’un adjectif qualificatif.
Cette classification sémantique nous permet de reconnaitre facilement les adjectifs
complexes mais aussi leurs différences une fois employés dans un discours.

4.2.4. Classification pragmatique

Cette classification s’avère importante dans la mesure où elle s’inscrit dans le discours
notamment dans le cadre de l’énonciation. Pour mieux illustrer notre travail sur la
classification pragmatique des adjectifs complexes en comorien, nous nous référons à la
classification de Kerbrat-Orecchioni qui classe les adjectifs en plusieurs catégories. Nous
tenons compte des catégories d’adjectifs dont les critères sont relatifs à ceux qui sont déjà
étudiés en comorien. Kerbrat-Orecchioni constate qu’il existe des adjectifs objectifs et des
adjectifs subjectifs. Les adjectifs subjectifs se divisent à leur tour en adjectifs affectifs et en
adjectifs évaluatifs. Ces derniers se divisent en adjectifs axiologiques et en adjectifs non
axiologiques. Toutes ces catégories s’observent sur le comportement des adjectifs
complexes en comorien. Force est de constater que, tout comme les adjectifs affectifs
147
simples, les adjectifs à forme complexe impliquent une réaction émotionnelle du locuteur.
Ils donnent encore un sentiment du narrateur sur une personne, un objet. Ils impliquent une
appréciation.

Mdzadze hakaya harimwa maesha bora

Enfant V Prép N Adj

« L’enfant était dans une belle vie »

Certains adjectifs affectifs à forme complexe peuvent être antéposés.

Mkudu swafi emdru uwo.

Adj N DetN Pron

« Très blanc cet homme là »

Les adjectifs à forme complexe non axiologiques « impliquent une évaluation qualitative
ou quantitative de l’objet, sans énoncer de jugement de valeur ni d’engagement affectif du
locuteur ». Prenons à titre d’exemples les adjectifs mcapa kalamu « talentueux »,
« mwalimu dunia ».

Les adjectifs objectifs, « si on les définit par rapport à l’acte d’énonciation, se constituent
de propriétés (par exemple : bile « vert », mdrutsutsu « bleu », ndjeu « blanc »
définissables indépendamment de toute énonciation particulière ». On les utilise le plus
souvent pour donner des informations sur une couleur, une forme, un motif, une matière ou
encore un groupe social.

Unu mkatre mkudu (couleur)

Pron N Adj

« C’est un gâteau rouge »

Mdji wa mabwana (groupe social)

148
N Prép Adj

« Un village de bourgeois »

Ngeharimwa nyumba yantsi (matière)

Pron Prép N Prép N

« Il est dans une maison en terre »

Emwana gena uso wankorwa (forme)

N V N Prép N

« Cet enfant a un visage en rond »

Les détails de ces adjectifs n’appartiennent pas au jugement du narrateur.

4.2.5. Typologie des adjectivaux

Cette typologie repose sur l’analyse de la structure des adjectifs à formes complexe
notamment ceux qui se distinguent difficilement des noms. Elle est donc d’ordre
morphologique. La caractérisation de types morphologiques s’avère importante dans le
cadre du traitement automatique des langues naturelles en particulier le comorien qui n’est
pas sorti, malgré les études faites, de son statut oral. Certains adjectifs à forme complexe se
caractérisent par une forme variable des unités lexicales en fonction des valeurs
grammaticales associées. À la différence des adjectifs en français, ces valeurs
grammaticales sont représentées par des segments distincts (des affixes, suffixes ou
préfixes) qui s’agglutinent les uns aux autres. Le comportement grammatical des adjectifs
complexes comoriens ressemble à celui des noms. En clair, ces adjectifs ont les mêmes
caractéristiques morphologiques que les noms. Ils portent les mêmes marques de genre
(classe) et de nombre.

M’mwadahamili « une femme enceinte ». Il fonctionne prédicativement tout en faisant


recours à une copule.

N0 être Adj. Emwanamshe oyi nge mmwadahamili


149
« Cette fille est enceinte »

Cet adjectif peut également être substantivé.

N V N. Hassani hareme mmwadahamili

« Hassani a frappé une femme enceinte »

Mwendza bahati « chanceux ». Cet adjectif s’emploie sans une copule. Il peut se contruire
avec le présent progressif.

Pron Adj. We mwendza bahati

« Tu es chanceux »

En général, les adjectifs à forme complexe s’emploient sans qu’ils nécessitent de copule.
Ils sont gradables.

Pron Adj. We mwendza bahati swafi

« Tu es très chanceux »

Les adjectifs à forme complexe qui s’apparentent au nom s’accordent tout comme les
adjectifs simples en genre, c’est-à-dire en classe avec le nom ou pronom auquel ils sont
liés.

Mais une possibilité de distinction morphologique entre ces adjectifs complexes et les
noms existe déjà dans les langues à classes nominales comme le comorien. En effet, la
possibilité de délimiter une classe d’adjectifs se caractérise de la manière suivante :

La variation en genre des noms s’exprime de façon très limitée, tandis que la variation en
genre des adjectifs s’avère illimitée. En plus, nous constatons que le substantif peut à lui
seul former un groupe nominal alors que l’adjectif ne peut le faire que s’il renvoie à un
référent qui a été effacé par une opération de réduction. (Jean BAKA)

En comorien, il y a des cas où il faut, fautes d’adjectifs appropriés, avoir recours à des
phrases pour qualifier une personne ou exprimer sa manière d’être, son état. Ces phrases

150
qui s’emploient adjectivement ne se construisent pas avec une copule et ils ne se
construisent pas avec le present d’actualité.

Mdjanaheri « porte-bonheur »

Oyi mdjanaheri « c’est un porte-bonheur »

Mlanonilila « pessimiste »

Ces adjectifs ont également des emplois substantivés où on les interprète comme des
modifiants.

Il existe des éléments qui peuvent également acquérir le statut d’adjectifs qualificatifs à
forme complexe grâce au phénomène de transfert appelé communément en français
dérivation impropre.

Hila « trouble », mwendza hila « troublant »

Shonga « poisse », mwendza shonga « capricieux »

Adabu « politesse », mwendza adabu « poli »

Usiu « colère », mwendza usiu « coléreux »

Ankili « inteligence », mwendza ankili « intelligent »

La variation de forme de ces adjectifs dénotant des traits humains se fait uniquement sur

l’élément mwendza qui s’accorde en classe et en nombre.

Classe 1 : Mwana mwendza hila « un enfant troublant »

Classe 2 : wana wendza hila « des enfants troublants »

Les adjectifs déverbaux font partie de ces catégories d’adjectifs.

Mresadji mpira « arbitre du match »

Mrampira « joueur »
151
Ces adjectifs s’emploient soit comme nom, soit comme adjectif. Ils sont appropriés à des
noms de personnes.

Subst : emresadji mpira haulwawa « l’arbitre a été abattu »

Adj : ngami mresadji mpira lelo « Je suis arbitre aujourd’hui »

Les adjectifs complexes peuvent être formés des deux noms séparés par le connectif wa
collé généralement au nom.

N Prép N. Mdru wadini « pieux »

N Prép N. Mdru wapwapvwa (vaniteux »

N Prép N. Mdru wandrabo « menteur »

N Prép N. Mdru wasitehi « poli »

N Prép N. Mdru washeo « homme préstigieux »

N Prép N. Mdru wazibwata « indécis »

Ces types d’adjectifs ne fonctionnent pas comme des adjectifs épithètes voir attributs. Ils
ont le plus souvent la valeur des attributs de complément d’objet direct en français.

Tsi huparisa mdru wasitehi « je t’ai trouvé poli »

Tsi hupvimisa mdru waankili « je t’ai jugé intelligent »

Ils peuvent s’employer avec une copule en fonctionnant comme attribut.

Ngami mdru wandrabo « Je suis menteur »

Ngawe mdru wahila « Tu es troublant »

En comorien, on peut exploiter ces séquences à caractère adjectival pour établir une classe
d’adjectifs dont le comportement syntaxique les distingue des noms.

152
On peut rencontrer de nombreuses formes d’adjectifs formés à partir de deux adjectifs ou
d’un nom suivi d’un adjectif. Les exemples suivants recensés lors d’une enquête paraissent
confirmer le comportement morphologique de ces adjectifs complexes.

Adj+Adj : Motro mtiti « petit »

Adj+Adj: Mdrwadingoni sumbwi « idiot »

Nom+Adj : Mfaume hanithi « chef indécis »

N+Adj : Paha lamatsaha « chat campagnard »

N+Adj : Mdru mduhazi « vieux »

N+Adj : Mdru mhuu « notable »

N+Adj : Maele meu « riz blanc »

N+Adj : Mdru mmatsaha « imbécile »

Il faut souligner que les adjectifs de ce genre peuvent jouer tout comme les noms séparés
par le connectif wa le rôle d’un attribut de complément d’objet direct. Ils se construisent
généralement avec les verbes –hundra « trouver », -ona « voir », -pvimisa « juger »…

L’emploi de certains adjectifs complexes formés à partir du diminutif mna font partie des
adjectifs cités ci-dessus. Ils s’utilisent souvent en comorien bien que le nombre soit très
limité.

Il n’existe pas un nombre important d’adjectifs qualificatifs simples en comorien. Ainsi, les
linguistes bantouphones s’accordent à montrer qu’il y a différents moyens
morphosyntaxiques permettant de fabriquer des adjectifs complexes à partir de noms, de
verbes et d’autres mots pour combler cette lacune.

Conclusion

Il est bien évident qu’il existe plusieurs structures ambiguës relatives à la formation des
adjectifs complexes en comorien. La variation morphologique de ces adjectifs rend leur

153
comportement morphosyntaxique difficile à les distinguer des noms voire des phrases.
L’étude sémantique déjà faite sur ces adjectifs nous semble insuffisante pour remédier à ce
problème. Raisons pour laquelle une typologie morphologique de ces adjectifs nous semble
primordiale dans la mesure où elle nous permet de délimiter une classe d’adjectifs mais
aussi de décrire leur classe sémantique sans lesquelles nous aurions du mal à distinguer ces
deux notions linguistiques qui s’apparentent morphologiquement.

Cette typologie qui s’inscrit dans le cadre du lexique-grammaire (M. Gross, 2007)
contribue à organiser des entrées lexicales des adjectifs complexes. Nous rappelons
également que cette classification qui s’inscrivent dans des propriétés non seulement
sémantique mais encore formelle ou syntaxique contribue également à décrire ces adjectifs
de façon utilisable dans le traitement automatique des langues naturelles.

Nous rappelons que dans ce chapitre, notre étude se résume à la classification des adjectifs
complexes en comorien dont le figement sera traité dans le chapitre suivant.

154
CHAPITRE 5
ÉTUDE DU FIGEMENT DES SÉQUENCES
ADJECTIVALES COMPLEXES EN COMORIEN

En comorien, le figement ou plutôt les séquences figées à caractère adjectival sont


pratiquement ignorées. Elles s’utilisent uniquement à l’oral, et elles n’ont jamais fait
l’objet d’études. Pour cette raison, aucun traitement informatisé des adjectifs n’est
concevable si les séquences figées à caractère adjectival ne sont pas clairement identifiées,
ce qui suppose d’abord un recensement très large et une description minutieuse.

Dans notre travail, nous tenterons d’esquisser une typologie nous permettant de
comprendre dans un premier temps comment les séquences figées à caractère adjectival en
comorien notamment les adjectifs complexes sont construites tant sur le plan syntaxique
que sur le plan sémantique. Nous procéderons à une typologie rendant compte du degré du
figement de ces unités fonctionnelles qui contribuent au fonctionnement de la langue
comorienne.

Une description rigoureuse s’impose car, comme pour toutes les autres les langues, le
comorien n’échappe pas à ce phénomène linguistique dont l’opacité sémantique devient
une vraie source de défaillance au niveau de la compréhension, de l’apprentissage et de la
maîtrise de la langue.

En français, cette notion linguistique a fait l’objet de nombreuses études de manière à


répondre aux interogations qu’elle pose sur le plan pratique dans le cadre des travaux
ménés au LDI où elle est explicitée notamment par (Gaston Gross, 1996) et (S. Mejri,
1997).

155
Nous nous interessons dans ce chapitre aux séquences adjectivales entre le plus opaque et
le moins opaque. Pour commencer, nous prenons à titre d’exemple la collocation
adjectivale djaya lamadzi « prostitué », mnono wa mgu « idiot ». Il est difficile voire
impossible qu’une personne non native puisse connaître le sens de ces séquences. Il est
question de savoir pourquoi? Qu’est ce qui fait défaut? Est-ce l’association particulière du
nom djaya au complément du nom lamadzi? On constate que ces locutons adjectvales sont
employées au sens fguré. En conséquence, leur sens n’est pas transparent. Est-ce par
rapport à sa structure syntaxique? Ou encore dû à son mécanisme sémantique? Une étude
approfondie sera menée tout au long de ce chapitre pour donner une réponse à ces
questions dont l’étude de figement demeure le seul moyen nécessaire à la résolution de ce
problème linguistique.

Afin de mener à bien notre analyse sur le figement des adjectifs complexes en comorien,
nous partirons de la définition d’une séquence adjectvale, qui se définit comme un groupe
de mots adjectvaux auquels la syntaxe donne à ces groupes le caractère d’une expression
fgée et qui correspondent à des mots uniques. Ces adjectifs complexes répondent aux
critères d’adjectifs simples. Notre étude sera centrée dans ce cadre et nous comptons
éclaircir ce point de vue en décrivant, analysant les adjectifs à forme complexe dont les
critères définitoires s’inscrivent dans certaines notions comme l’opacité, la transparence, la
compositionalité, la non-compositonalité.

5.1. Catégorie grammaticale

La catégore grammaticale est le résultat d’un classement de dfférents types d’adjectifs


complexes dont la syntaxe est partculière pour définir le figement. Dans ce cadre, nous
allons étudier surtout les contraintes qui pèsent sur l’insertion des noms abstraits dans la
construction hukaya harimwa N. Rendre compte des contrastes tels que hukaya harimwa
msafara « être en voyage » vs *hukaya harimwa ufu, ou hukaya harimwa tabuni vs hukaya
harimwa.

La matière sur laquelle nous nous sommes basés pour la rédaction de cette sous-section est
un corpus de productions personnelles. Ce choix est mûrement réflechi dans la mesure où
ce serait une erreur de travailler sur un sujet comme le nôtre sans se baser sur un corpus.

156
La contruction des locutions adjectivales opaques et moins opaques s’observe dans la
langue comorienne en particulier dans les suites adjectivales figées. Ce phénomène
linguistique touche essentiellement la structure et la sémantique des séquences
adjectivales. Nous livrons quelques exemples où la locution-même pourrait avoir le
comportement d’un prédicat nge harimwa ranarenga « il est dans le doute », ou un
argument ngena usiu « il est en colère » ou un argument ngena madjitso madziro « il est au
regret suprême ». Ce genre de travail a fait l’objet de nombreuses études au LDI dans le
cadre du traitement automatique des langues.

Avant de procéder à l’étude de la notion d’opacité, nous allons analyser les contraintes et
les contrastes des constructions de type harimwa mswiba « en deuil », vs *harimwa udhuri
« occupé ». Force est de constater que ces deux séquences partagent des points communs
dans la mesure où ils ont la même surface:

N Pron V Gpe Prép : edjirani wahangu nge harimwa mswiba (= mon voisin est en deuil)

N Pron V Gpe Prép : *edjirani wahangu nge harimwa udhuri « *mon voisin est occupé »

Nous avons clairement dit dans le chapitre précédent qu’il y a deux manières, tout comme
en français, d’exprimer, de présenter les suites figées à caractère adjectival en comorien :

La construction avec l’auxiliaire hukaya équivalent de l’auxilaire être en français (hukaya


mswibani « être en deuil » et l’auxiliaire hukana (avoir) ayant parfois le sens de être.

Le nom abstrait mswiba se construit avec hukaya ou hukana ou sans la préposition


harimwa :

N Pron V Gpe Prép : Edjirani wahangu nge harimwa mswiba « mon voisin est en deuil ».

N Pron V N : Edjirani wahangu ngena mswiba « mon voisin a un deuil/ « mon voisni est
en deuil ».

N Pron V N en ni : edjirani wahangu nge mswibani « mon voisin est deuil ».

Par contre le nom abstrait udhuri se construit uniquement avec l’auxiliaire hukana et non
avec hukaya. Ainsi, nous constatons que certaines suites figées qui se construisent avec
157
l’auxiliaire hukana « avoir » suivie des noms abstraits ont le plus souvent le sens de
l’auxiliaire être en franaçais. hukana udhuri, hukana furaha, hukanana fidjo se traduisent
littéralement en «* j’ai occupé », « * j’ai content », « * j’ai pressé » qui signifient
respectivement « je suis occupé », « je suis content », « je suis pressé ».

L’auxiliaire hukana pourrait être introduit dans des phrases dont le sens ne relève pas du
sens de l’auxiliaire être mais de l’auxiliaire avoir. Examinons les exemples suivants:

Ngamina twamaya « j’ai l’espoir »

Ngamina fikira « j’ai une idée »

Ngamina ndrazi « j’ai une solution »

Ngamina msomo « j’ai une connaissance »

Ces phrases sont exclues de notre étude.

Les caractéristiques des séquences adjectivales opaques sont identifiables dans des
constructions où la formation de la classe sémantique du constituant nominal s’avère
impossible. Cette remarque s’observe dans le tableau suivant:

Séquences Classe sémantique de la séquence Classe sémantique du


adjectivales adjectivale constituant nominal

harimwa <Doute> ø
ranarenga
Ali nge harimwa ranarenga

trobweni <Emotion> ø

Ngawe trombweni

ipvilipvlidjuu Etwamaya ngio ipvilipvilidjuu ø

Hiridjuu <Cérémonie> ø

158
mwadalao Nge hiridjuu mwadalao

djamani <Affect> ø

Ngami djamani

trengweni <Vie sociale> ø

Nge trengweni

trambaoni < Naissance> ø

Emwana nge trambaoni

Par contre, les classes sémantiques des séquences figées transparentes s’apparentent tout
comme en français à celles des constituants nominaux.

Séquences adjectivales Classe sémantque de la Classes sémantiques


transparentes séquence adjectivale du constituant nominal

Harimwa swala <PRIERE> <PRIERE>

Fundi nge harimwa swala Fundi harantsi eswala

Harimwa baya <GUERRE> <GUERRE>

Ali nge harimwa baya Ali halimi baya

Harimwa nafasi <JOIE> <GUERRE

Ali nge harimwa nafasi Ali ngena nafasi

Harimwa uzade < EMOTION> <EMOTON>

Maria nge harimwa uzade Maria habalia uzade

159
Harimwa mashuhuli

<JOIE> <JOIE>

Ngami harimwa mashuhuli Nga mfanyo mashuhuli

Harimwa biashara <COMMERCE> <COMMERCE>

Ngio harima biashara Ngu djuo ebiashara

Harimwa tranga <EMOTION> <EMOTION>

Ngawe harimwa tranga Habala tranga

Harimwa msomo <APPRENTISSAGE>


<APPRENTISSAGE
Ngami harimwa msomo
Nga mrengo msomo

Harimwa fikira <MEDITATION> <MEDITATION>

Nge harimwa fikira Hatowa fikira

Harimwa djendo <COURSE> <COURSE>

Nge harimwa djendo Harantsi ledjendo

Rappelons que cette sous-section se veut également un champ de réflexion qui permet de
rendre compte des constituants des différentes séquences à caractère adjectival. Ainsi, il
nous est important de jeter un coup d’œil sur la structure de N Prép N, les adjectfs
complexes dont la catégorie grammatcale s’identifie difficilement. Ansi, les adjectfs dont
la caractérisation est de nature relationnelle ou introduite notamment par le connectif wa,
s’apparentent à des compléments de nom.

N Prép N : Mdrumwa wa mngu « sot »

160
N+Adj : Mbe nene « vache improductive »

N Prép N : Mwana wa shama « membre »

N Prép N : hitswa daho « gérant »

Il y a lieu de signaler que ces adjectifs complexes et le complément du nom ont la même
structure de surface.

N Prép N : Emwana wa Ali « l’enfant de Ali »

N Prép N : Mkatre wa sinia « gâteau »

N Prép N : nyugu ya dongo « récpient »

Les adjectifs complexes remplissent les conditons requises pour que l’on puisse parler du
figement. En conséquence, on ne peut pas varier, modifer, transformer les adjectives ci-
dessous mentionnés.

Mnono wa mgu, *ounono wa he “sa santé”

Mbe nene, *embe yahe “sa vache”

Mwana wa shama, *emwana hangu “son enfant”

Hitswadaho, Eshehitswadaho shahe “son gérant”

Cette classification grammaticale nous permet de montrer que ces adjectifs ayant le statut
des adjectfs qualificatfs épithètes peuvent être interprétés comme des adjectifs prédicatifs.
Autrement dit, à la différence des compléments du nom, les adjectifs complexes sont
susceptibles de figurer en position d’attribut.

Nhukaya mmatsaha

Pron V Adj

« Tu étais imbécile »

161
Ngaridjo hukaya wadru waduhazi

Pron V Adj

« Nous serons vieux »

Mkaya wadru wahuu

Pron V Adj

« Vous étiez de grands notables »

Notre étude sur ces séquences figées nécessite qu’on parle de la noton d’opacité. Cette
dernière s’avère comme un critère définitoire de certaines séquences figées jugées
sémantiquement différentes de la notion de transparence.

Gaston Gross a expliqué de façon explicite ces deux notions en montrant qu’une séquence
donnée pourrait avoir deux lectures possibles, l’une transparence et l’autre opaque. Ainsi,
on tirera l’attention sur ces deux notions qui se confondent avec la notion de
compositionalité et non-compositonalité. Nous nous contentons de définir qu’une suite
figée est dite opaque « lorsque son sens global ne correspond pas à la résultante des
éléments qui la composent. » Cela s’affirme dans les séquences adjectivales suivantes.

Ntsahaya nkavu

Entsi ngio harimwa ntsahaya nkavu

Det N V Prép Loc adj

« Le pays souffre de la sécheresse »

Madji maleni

Ali nge harimwa madji madziro

Nhum V Prép Loc adj

« Ali est dans une situation difficile »


162
Swafa na marwa

Emwana nge harimwa swafa na maruwa

Dét N V Prép Loc

« L’enfant est en exercice difficile »

Le sens des mots qui composent la séquence emwana nge harimwa swafa na maruwa ne
nous permet pas de conclure que « l’enfant est dans une situaton difficile ». Il va de même
pour la séquence entsi ngio harimwa ntsahaya nkavu dont le sens opaque signifie
respectivement emwana nge harimwa hali ndziro « l’enfant est en exercice difficile »,
Entsi ngiyona tabu ya madji « le pays souffre de la sécheresse ». Le sens de ces séquences
n’est pas transparant. Nous sommes en présence d’une opacité sémantique définie par
Gaston Gross comme un phénomène scalaire. Par contre, les locutions adjectivales telles
que harimwa maha flani, harimwa owakati n’ont pas plusieurs lectures. Ils s’emploient,
tout comme en français, comme des adjectifs qualificatifs épithètes. Ils sont donc
considérés adjectifs prédicatifs.

Tsimpaka mdru wa maha kadha « il n’est obligé qu’il soit un homme d’un certain âge »

Hahulu shatri laho wakati « il a acheté une chemise à la mode »

La construction de ces locutions adjectivales avec la copule hukaya semble possible. Mais
il n’existe pas un nombre important des locutions prédicatifs en comorien.

Emdru oyi wamaha kadha « cet homme est d’un certain âge »

Eleshatri ngilo lahowati « cette chemise est à la mode »

Ces locutions se distinguent des compléments de nom considérés comme adjectifs


qualificatifs épithètes par la structure de surface, autrement dit, ces deux locutions n’ont
pas la même structure de surface.

Il existe en comorien des locutions adjectivales non-prédicatives dont la structure rejette


l’emploi de la préposition harimwa. Le nombre de ces locutions est très limité.

163
Telele

Farantsa emapomu yo telele « En France, il y a des pommes à gogo »

Hahafula

Eshahula shipihwa hahafula « Le repas est préparé vite fait »

Hataratibu

Narende hataratibu/ Hamwemweu « On va tout doucement »

Hasheo

Tsirengwa hasheo « je suis accueilli à bras ouvert »

Ces locutions adjectivales non-prédicatives ne se construisent pas fondamentalement avec


des prépositions lorsqu’elles précèdent un verbe. Leur sens s’approche à celui des adverbes
de manière. Ils actualisent toujours les prédicats verbaux. Ils se construisent avec des
prépositions lorsqu’ils actualisent les adjectifs prédicatifs simples.

Tsiono mwana mwema washeo « j’ai vu un bel enfant respectable »

Harongowa makalima mema yafaswaha « il a dit de bonnes paroles éloquentes »

Ces locutions qui actualisent les classes d’objets sont nombreux en comorien.

<arme> mbaya wa shuma « houe »

<bâtiment> bwe labrike « brique »

<vêtement> shatri la mihono ya kamili « chemise à manches longues »

<aliment> mkatre wa djungu « gâteau traditionnel »

<maladie> uwade wa roho « maladie de cœur »

<boisson> madji yabarafu « eau froide »

164
<appareil> mashini yamhono « machine à coudre »

En observant toutes ces classes d’objet, on constate qu’il n’y a aucun actualisateur qui
pisse former tout seul des sous-classes comme l’actualisateur à air en français. Cet
actualisateur nous permet de former en français plusieurs sous-classes d’objets notamment
une sous-classe d’instruments de musique, une sous-classe d’armes, une sous-classe
d’appareils.

<Instrument de musique> : trompette à air, sifflet à air

<Appareils> : appareil à air, fifre à air, pompe à air

<Armes> : pistolet à air, armes à air, carabines à air

Il est important de retenir que ces locutions adjectivales en comorien ne sont pas des
compléments du nom bien qu’elles aient une même structure de surface avec le
complément du nom.

De l’opacité structurelle de ces locutions adjectivales vient également une opacité


sémantique. Cette opacité sémantique touche à la fois les locutions adjectivales
prédicatives et les locutions non prédicatives dans la mesure où elles sortent du cadre
déductif habituel et que leur sens nécessite qu’on les mémorise. En effet, il est important
de savoir que le sens global d’une séquence figée n’équivaut pas à la somme des sens
individuels.

Locutions adjectivales opaques Signification en comorien Traduction

harimwa ranarenga harimwa harara être dans le doute

harimwa taabu na mashaka harimwa uhayati ndziro dans une vie difficile

ukaya mvulini ukaya harimwa maesha être dans une vie en


rose
mema

165
Harimwa maesha bora Ukaya harimwa raha Mener une belle vie

Nous pourrons croire à priori que ces locutions adjectivales prédicatives représentent un
cas d’exception par la non compositionnalité du sens. Étant figées, ces locutions sont
singulières sur le plan syntaxique et sémantique.

5.2. La forme des adjectifs complexes

En comorien, les adjectifs dits simples sont donnés sous leur forme lexicale précédés d’un
tiret qui indique qu’en énoncé, ils doivent être munis d’un préfixe de classe.

-titi « petit »

Ngamina mwana mtiti « j’ai un petit enfant »

Par ailleurs, il existe des prédicats adjectivaux à forme complexe. Ces prédicats
adjectivaux dont les formes sont diversifiées partagent tous les traits combinatoires et
fonctionnels du substantif. Ils portent les marques de :

Classe : mdru waheri « un homme pacifique », wandru waheri « des hommes pacifiques »

Ce type de N Prép N s’accorde en genre, c’est-à-dire en classe mais le connectif wa reste


invariable. On relève donc différentes formes d’adjectifs complexes figés en comorien :

N Prép N : mdru wadini « un homme pieux », mnunu wa mgu « un idiot »

Prép N : Harimwa ipvilipvilidjuu « dans l’ embarras », harimwa tranga « en deuil »

Nom en ni : fikirani « en méditation », tabirini « en rêve »

Une phrase : mdru mwendza matso mai « envieux »

Locution adjectivale : ranarenga « dans le doute »

En comorien, les adjectifs figés à forme complexe se construisent avec la copule hukaya.
En conséquence, ces adjectifs, qui se caractérisent par les critères morphologques et
166
syntaxiques, sont considérés adjectifs prédicatifs. Il n’y a pas d’ irrégularité au nveau de la
syntaxe. En clair la combinaison des mots ne demeure pas une ressource de défaillance
pour la maîtrise du comorien. L’élément prédicatif n’est pas absent au niveau de la
formation de ces séquences figées même si la classification n’est pas toujours aisée. Il est
intéressant d’observer que les locutions adjectivales sont relativement peu fréquentes dans
la langue comorienne. Cela s’illustre dans le travail sur le corpus où la formation des
adjectifs complexes en ni s’avère abondante. Le travail que nous avons présenté s’inscrit
dans le cadre du lexique dont l’objectif est de lexicaliser ces suites figées transparentes et
proches des séquences libres.

5.2.1. La flexion en genre

Les flexions de la langue comorienne se font, comme les langues agglutinantes telles que
les langues bantoues, par affixation. L’adjectif comorien est composé, comme le verbe,
d’une racine à laquelle on ajoute le plus souvent un ou plusieurs affixes pour indiquer la
classe à laquelle il appartient.

-du « noir »

Bwe dzidu « pierre noire »

Mawe madu « des pierres noires »

-kudu « blanc, claire de peau »

Emwana yemkudu (cl.1) « l’enfant est clair de peau »

Owana owankudu (cl.2) « les enfants sont clairs de peau »

-le « grand »

Tsihulu mri mle (cl.3) « j’ai acheté un grand arbre »

Tsihulu miri mile (cl.4) « j’ai acheté de grands arbres »

L’adjectif comorien n’a pas de genre féminin et masculin.

167
Mdru wadini « un homme / une femme pieuse »

Mdru maswilaha « un homme pacifique/ une femme pacifique »

Mdruwapeu « un homme méchant/une femme méchante »

L’opposition de genre se fait parfois par des substantifs d’origine différente.

Mwana mume « un garçon » ≠ mwanamshe « une fille »

Mdrumume « un homme » ≠ mdrumshé « une femme »

Mdrwamararu « une jeune fille » ≠ mnamdji « jeune homme »

Nkuhunce « une poule » ≠ kudume « un coq »

Mbuzice « une chevre » ≠ mbuzindume « un bouc »

Mbence « une vache » ≠ mbedume « un bœuf »

Il existe un affixe qui concerne notamment les adjectifs complexes. C’est le cas du locatif
ni collé inséparablement au nom. C’est un affixe interne.

Hakaya tabirini « Il était en rêve »

Tsikaya udjenini « j’étais à l’étranger »

Wakaya fikirani « Ils étaient en méditation »

Selon leur place par rapport au radical, les affixes se subdivisent en plusieurs types.

-Les préfixes

-Les suffixes

-Les prépréfixes

Les affixes peuvent s’ajouter les uns les autres. Cela s’observe dans le mot mkaondro. Il
est impératif qu’on traite un sujet sur les flexions en genre car aucun traitement informatisé

168
n’est concevable si les unités lexicales ne sont pas clairement identifiées. Ainsi, le
traitement automatique des langues naturelles exige une reconnaissance de toutes les
formes lexicales. Le codage morphologique des adjectifs simples repose sur les mêmes
principes fondamentaux que celui des adjectifs complexes.

5.2.2. Gestion des variantes flexionnelles

Rappelons que, pour des raisons sémantiques et syntaxiques, nombreux sont les adjectifs
comoriens qui ne sont pas fléchis en genre. Il nous appartient donc de décrire de manière
précise les codages des flexions. Il existe, selon notre étude sur les flexions en genre, trois
types de flexions:

L’absence des flexions qui s’observe dans les adjectifs figés opaques.

Hiridjuu mwadalao

Ali nge hiridjuu mwadalao

Nhum présent progressif Loc Adj

Ali est en mariage »

Omdji ukaya ipvilipvilidjuu

Ninc V Loc Adj

« Le village était en difficulté »

La flexion en genre et en nombre ne s’opère pas sur certains adjectifs qualificatifs


invariables.

Endrovi ngio hali « la viande coûte chère », zendrovi gizo hali

Il y a également l’absence des flexions qui s’opère au niveau des adjectifs figés dont le
sens est transparent. Dans ce cas, le groupe prépositionnel reste invariable.

Ngami harimwa duwa « Je suis en prière »,

169
Nganyi harimwa duwa « Nous sommes en prière »

La flexion se pratique en comorien sur les adjectifs composés tels que mnunu wa mngu,
wanunu wa mngu.

La flexion s’opère au niveau des préfixes de classes. Cette flexion ne fonctionne pas par
ajoût ou par changement de morphème mais par changement phonétique du radical lui-
même.

[Link]. La juxtaposition des deux ou plusieurs adjectifs

En comorien, la juxtaposition de deux ou plusieurs adjectifs semble possible. Elle s’utilise


le plus souvent sans la médiation d’un mot-outil, c’est-à-dire sans un mot coordonnant.

Halola mwanamshe mwema mtsala « Il a épousé une belle fille mince »

Hazaya mnamwanamshe mwema mkudu « elle a accouché d’une jolie petite fille blanche »

Tsi hulu mri mhuu mwema « J’ai acheté un grand arbre magnifque »

Tsiono paha dzidu bwidzi « j’ai vu un chat noir, voleur »

La juxtaposition des deux ou plusieurs adjectifs épithètes se met toujours après le nom. Ce
comportement syntaxique se pratique rarement en français.

La juxtaposition peut s’employer avec le connectif na. Ce dernier peut être dans certains
emplois l’équivalent en français de et conjonction de coordination.

Ngasi harimwa heri na usalama « nous sommes en paix et en harmonie »

Omdji nguo harimwa hasara na madjitso « Le village est en perdition et au regret »

Entsi ngio harimwa taabu na mashaka « Le pays est plongé dans une situation difficile et
dégoûtante. La juxtaposition par coordination s’emploie le plus souvent au niveau des
adjectifs complexes. Elle s’emploie également à l’écrit et à l’oral avec ou sans un mot-
outil. Le but de ce travail est d’examiner l’ordre de plusieurs adjectifs épithètes dans le
discours. L’ordre dans lequel deux ou plusieurs adjectifs se combinent entre eux.

170
5.2.3. La dérivation impropre

La dérivation impropre des adjectifs s’observe plus particulièement dans l’emploi des
adjectifs complexes en ni. Il s’agit des noms qui, grâce à l’adjonction de ce connectif ni ,
se transforment en groupes prépositionnels.

Tranga « deuil », trangani « en deuil »

Mbwana « combat », mbwanani « dans un combat »

Swala « prière », swalani « en prière »

Ndola « mariage », ndolani « en mariage »

Taabu « difficulté », taabuni « en difficulté »

Furaha « joie », furahani « dans la joie »

La dérivation impropre des adjectifs favorise la formation des adjectifs complexes en


comorien. Ce mécanisme change catégoriquement la classe grammaticale des noms.

5.2.4. La fonction épithète

Nous traitons l’adjectif en deux sections selon sa place dans le discours : l’adjectif épithète,
l’adjectif attribut. En effet, en français les adjectifs prédicatifs simples se caractérisent par
leurs propriétés morphologiques et syntaxiques. Les propriétés morphologiques sont les
particularités flexionnelles que les adjectifs ont en commun avec les substantifs. Les
propriétés syntaxiques correspondent à la position occupée par les adjectifs dans les
phrases. Les adjectifs constitutifs de groupes nominaux sont dits épithètes.

Le comportement syntaxique et morphologique de l’adjectif prédicatif français s’observe


sur l’adjectif prédicatif comorien.

Tsi hulu shatri djema « J’ai acheté une belle chemise »

Ngena hitswa iwade « Il a une tête malade »

171
Hatowa makalima mai « Il a tenu de mauvais propos »

Les adjectifs complexes en comorien se collent au verbe sans un connectif.

Tsiono mdru wadini

Pron V Adj

« J’ai vu un homme pieux »

Hareme mdru washeo

Pron V Adj

« Il a frappé un homme respectable »

Ces propriétés nous permettent d’identifier les locutions adjectivales en tant qu’adjectifs
prédicatifs complexes. Ainsi, l’unité polylexicale wausiu « en colère » est catégorisée
comme adjectif du fait qu’elle est compatible avec la position épithète.

Emwanadamu wausiu oyi katsuhudja ndeyenasi « cet homme en colère ne vient pas avec
nous ». Force est de constater que la séquence mwanadame wausiu a deux lectures
différentes:

Mwanadamu wausiu signifie coléreux. Le deuxième sens signifie un homme en colère ou


un homme coléreux. En comorien l’unité polylexicale mwanadamu wausu est considérée
comme un nom composé catégorisé comme adjectif prédicatif complexe.

172
[Link]. L’attribut

L’adjectif complexe comorien ne rejete pas la fonction attribut. En effet, l’unité lexicale
harimwa usiu est également catégorisée comme adjectif prédicatif du fait qu’elle peut
occuper tout comme d’autres adjectifs complexes la position attribut par le biais de la
copule hukaya.

Emwana hakaya harimwa usiu « L’enfant est en colère ».

Tsikaya harimwa madjitso « J’étais dans un regret »

Hakaya harimwa taabiri « Il est dans un rêve »

Nous constatons qu’il y a deux possibilités de construire les adjectifs à forme complexe en
comorien. On peut les construire soit avec la préposition harimwa suivi d’un nom, soit
par un nom joint au connectif ni.

Rikaya harimwa usalama « Nous étions en paix »

Hakaya udjenini « Il était en voyage »

[Link]. Déterminants ou pronoms intégrés

Les études faites dans le cadre du traitement automatique des langues ne touchent pas
suffisamment la détermination du point de vue contrastif alors que la description de ces
actualisateurs est nécessaire à l’informatisation d’une langue.

Nous travaillons sur les séquences figées en comorien plus particulièrement sur les
adjectifs complexes où l’emploi des déterminants ne se soumet pas à une obligation. En
effet, dans la langue comorienne, le plus souvent, on n’emploie pas de déterminants. Il y a
toujours l’absence des determinants indéfinis devant le nom. Dans la phrase, les noms non
déterminés restent donc inchangés. L’emploi des adjectifs à forme complexe dans le
tableau suivant en est une illustration.

Suites polylexicale Traduction littérale Significaton

173
Karitsi harimwa taabu Nous ne pas dans misère Nous ne sommes pas dans

la misère.

Ngami harimwa hulindia Maintenanant, moi dans Je suis dans l’attente


attente

Nge harimwa raha Maintenant, il dans joie Il/elle dans la joie

Les pronoms intégrés dans les suites figées à caractère adjectival pour éviter, par exemple
la répétition d’une même phrase, sont catégorisés comme des indices-sujets bien qu’ils
soient différents morphologiquement et sémantiquement des déterminants définis et
indéfinis.

Ali hakaya mdru mwema « Ali était gentil », nana Said pvaha « Said l’était aussi »

ahangu, ahaho, ahahe, ahatru, ahanyu, ahao sont des pronoms démonstratifs qui peuvent
s’employer dans des phrases dont le verbe est au présent progressif. Ce dernier ne se
construit pas avec la copule hukaya. En clair, l’auxiliaire être hukaya est quasiment absent
dans le présent progressif.

[Link]. Déterminants indéfinis

En comorien, les substantifs sont, nous l’avons dit plus haut, dépourvus des déterminants
indéfinis. Nous allons jusqu’à dire que les déterminants indéfinis tels que un, une, des
voire partitfs n’existent pas en comorien. Ils sont sous-entendus. Cela s’observe dans
l’emploi des séquences catégorisées comme adjectifs complexes épithètes.

Ali nge mdru mwema swafi /Ali maintenant homme gentil très/ « Ali est un homme gentil »

Ali ye mdru wadini/ Ali, lui homme pieux/ « Ali est un homme pieux »

Ali ye mdru wa amani/ Ali, lui homme pacifique/ « Ali est un homme pacifique »

174
Ces exemples montrent que l’absence des déterminants indéfinis devant un nom est un
phénomène typique à la langue comorienne écrite et orale. Les adjectif à forme complexe
mdru mwema, mdru wadini, mdru wa amani peuvent morphologiquement s’employer sans
déterminant indéfini notamment.

[Link]. Déterminants définis

Le comorien connaît des définis qui s’emploient occasionnellement dans des cas
spécifiques. Autrement dit, l’insertion des définis semble facultative.

Nge harimwa ezerehema za mgu « il est dans l’harmonie divine »

Nge harimwa rehema « il est dans l’harmonie »

Ngasi harimwa nkodo ndziro « Nous sommes dans une guerre difficile »

Ngasi harimwa enkodo ndziro « Nous sommes dans une guerre difficile »

On trouve d’autres cas où les définis s’emploient obligatoirement dans des phrases dont le
substantif commence la phrase, tellement que l’absence des définis rend la phrase insensée.

Emwana nge madji maleni « l’enfant est en difficulté »

*Mwana nge madji maleni « *enfant est en difficulté »

Enyumba ngio harimwa djuzo « La maison est en vente »

Nyumba ngio harimwa djuzo « Maison est vente »

En comorien, les définis se reconnaissent, au singulier et au pluriel, par l’emploi de la


morphème e placée toujours devant le nom. Nous rappelons que les définis ne montrent
pas le genre masculin ou féminn mais plutôt le singulier et le pluriel. En efet, le genre
masculin et féminin n’existe pas en comorien. Le genre ou les classes s’expriment donc en
classes sémantiques.

Le défini e précède obligatoirement les noms prédicatifs catégorisés comme adjectifs


prédicatifs à forme complexe.

175
Tsiono emwanadamu mwema ola « J’ai vu l’homme gentil là »

Halolwa nemdru wa zibwata wanonesae « elle s’est mariée avec l’homme difficle que tu
m’as montré. »

Haremwa nemwana mfudhuli wa Ali « il est frappé par l’enfant insolent d’Ali »

Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une simple présence d’un déterminant dans les phrases
introduites par les adjectifs complexes. Car son absence suscite beaucoup de contraintes.
Mais il est bien évident qu’en comorien l’emploi des détermnants se résume à une
opération assez complexe mas il est notoire qu’on rappelle quelques traits relatifs à l’usage
des déterminants inhérents aux séquences figées à caractère adjectival.

[Link]. Classes sémantiques des adjectifs complexes

Puisqu’on se donne comme objectif de décrire le comorien en se basant sur les séquences
figées à caractères adjectival dont les adjectifs prédicatifs complexes constituent le corps
de notre travail, il est important, pour être capable de reconnaître et générer quelques
emplois, qu’on fasse une typologie sémantique de ces unités linguistiques. En effet, le
comorien qui fait l’objet de notre étude a besoin d’être informatisée pour son traitement
automatique mais aussi pour l’élaboration des dictionnaires éléctroniques. Tel est l’objectif
des travaux ménés au LDI. Il s’agit ici des classes sémantiques construites à partir des
critères d’ordre sémantiques et syntaxiques. Cette étude intervient au moment où les
adjectifs complexes ne doivent pas être traités comme des untés isolées.

Nous verrons tout au long de cette sous partie les différents emplois de chaque adjectif en
nous servant du mécanisme des classes d’objets dont les prédicats séléctionnent les grandes
classes relatives aux traits syntactico-sémantiques : humain (mdru wapeu « méchant » ;
animal (paha lamatsaha « chat campagnard ») ; végétal (sandze marashi « plante
arromantique ») ; inanimé concret (ndrabo ndjeu « propos mensongers ». Il faut noter que
parmi ces adjectifs il y a ceux dont la structure de surface est beaucoup plus restreinte et
que leur description s’avère moins précise.

Les classes sémantiques se révèlent importantes dans la mesure où elles nous permettent de
déterminer la nature, la classe et le nombre d’arguments qu’un prédicat adjectival peut
176
sélectionner. Ce phénomène sémantique est mûrement réflechi dans la mesure où il
s’apprête à lever les ambiguïtés dues à l’emploi des adjectifs en comorien.

Il est important de préciser que les adjectifs complexes en comorien sont souvent
hétérogènes du point de vue sens. On décrit ces adjectifs selon le principe de la suite la
plus longue des arguments. Par exemple.:

Ali mdru mhodari

« Ali est bon, meilleur»

Ali mdru mhodari washifarantsa

« Ali est bon en français »

La manière dont les adjectifs sont décrits dans les dictionnaires comoriens s’avère très
insuffisant sur le plan sémantique et syntaxique. Par conséquent, nous nous contenterons
de faire une typologie de ces adjectifs dont les informations nécessares doivent être claires.
Cette typologie sera illustrée par les différentes classes sémantiques des adjectifs
complexes dont la description sémantique s’observe d’abord sur les adjectifs de
comportement relatif à l’attitude morale.

X mdru waroho mbi

Nhum Adj

« X est arrogant »

X mdru warohombi hosonimowandru pia

N0hum Adj Prép N1hum

« X est arrogant envers tout le monde »

X mdru wahila

N0hum Adj

177
« X est brutal »

X mdru wahila hosonimwaho

Nhum Adj Prép Pron

« X est brutal envers toi »

X mdru wafikira

Nhum Adj

« X est visionnare »

X mdru wafikira ndjema

Nhum Adj Adj

« X est un visionnaire important »

Les adjectifs d’état moral et physique étudiés ici expriment une manière d’être, de la
personne, de l’animal ou de la chose représentée par le nom. À ces adjectifs d’état, nous
ajoutons d’autres adjectifs dont l’apport sémantique nous semble pertinent en particulier
les adjectifs de « maladie ».

Le très petit nombre d’adjectifs récoltés dans les dictionnaires de la langue comorienne et
les articles écrits sur la langue et ainsi que les lacunes constatées dans chacune des classes
sémantiques précédemment citées nous ont poussés à nous adresser à des locuteurs natifs
du comorien résidant aux Comores et en France pour enrichir notre corpus.

Comme dans la plupart des langues, en comorien, les adjectifs de « maladie » ne font pas
référence aux noms des choses mais plutôt aux personnes et aux animaux. Ces adjectifs se
construisent en général avec l’auxiliaire hukaya ayant la valeur de l’auxiliaire avoir en
français. Les classes d’objets de « maladie » répondent à la question engena uwade
hindri ? De quoi il/ elle souffre ? (N0 hum).

Efulani nge m’mwada hindri?

178
X ngena ndrerema, hitswa shahurwa, nkohowa

X Edv3sg fièvre+maux de tête+toux

« X souffre de la fièvre+maux de tête+toux »

Elesungurwa ngilona uwade hindri ? Elesungurwa lirende ?

Lesungurwa ngilona madodo+mpvuwa+ mba nkuu

DétN Edv3sg+coryza+mpvuwa+mba nkuu

« Le lapin souffre du coryza+de la diarrhée+du gros ventre »

Pour reconnaître les adjectifs de « maladie », on pose les questions :

Efulani nge m’mwada hindri ? Efulani harendé ?, Elesungurwa ngilom’mwada hindri ?

La plupart des adjectifs du nom « maladie » ne se construisent pas avec l’auxiliaire être –
hukaya. Ils se construisent plutôt avec hukana catégorisé comme auxiliaire avoir en
comorien. Et les adjectifs du nom « maladie » sont parfois formés de deux noms
sémantiquement diférents.

Emwana harende ? Emwana nge mmwade wa hindri ?

Emwana ngena matso mawade

Dét N V3sg N N

« De quoi l’enfant souffre-t-il »

« L’enfant a mal aux yeux »

L’auxiliaire être s’utilise occasionnellement.

Ye Ali harende ?

Ali hakaya mtsutsuvu roho+mnono wa mgu+mcanfu mabanguzi

179
Ali Edv3sg +fou+débile+délaissé

« Ali est fou+délaissé+débile »

Il s’avère que la plupart des adjectifs du nom « maladie » sont formés sur la base d’un
nom.

Ye Ali nge mmwade wa hindri ?

Ali ngena ntsungu

Ali Edv3sg N

« Ali est lépreux »

Ye Ali nge mmwade wa hindri ?

Ali ngena nkoma

Ali Edv3sg N

« Ali est constipé »

Force est de constater que les adjectifs du nom « maladie » peuvent être sous catégorisés
en adjectif de « maladie physique », en adjectif de « maladie psychique». Toutes ces
catégories d’adjectifs sont relativement liées au corps et à l’esprit humain.

Les adjectifs du nom « maladie » sont aussi formés sur la base d’un nom et d’un adjectif.
On les considère comme des noms composés mais catégorisés comme adjectifs
qualificatifs.

Ye nge mmwade wa hindri?

Ngena uwade wapeu

Pron V3sg N Adj

“Il est tuberculeux”

180
Ils peuvent également être formés sur la base d’un nom et d’un adjectif qualificatif simple.

Ye nge mmwade wa hindri ?

Ngena uwade waroho

PronV3sg N N

Il est agoraphobe

Il est important de rappeler que les adjectifs engendrés par le nom « maladie » sont aussi
gradables et peuvent être soumis à d’autres modifieurs.

Ngena uwade wapeu swafi

PronV3sg N Adj Très

Ngena uwade wapeu mdziro

PronV3sg N Adj Adv

Conclusion

En comorien, comme en français, les adjectifs se répartissent non pas en genres


grammaticaux du type féminin, masculin ou neutre, qui n’existent pas d’ailleurs en
comorien, mais en classes sémantiques. C’est pourquoi nous avons fini par dégager une
typologie de ces classes sémantiques d’adjectifs (< adjectifs de maladie physique>,
< adjectifs de maladie psychique>) dont une typologie plus approfondie sera abordée dans
le chapitre 8. Nous avons individualisé chaque classe par un certain nombre de propriétés
syntactico-sémantiques.

Pour s’adapter à la réalité, compléter et enrichir le vocabulaire comorien25, la langue


comorienne se doit fabriquer des noms catégorisés comme adjectifs dont la plupart font

25
En comorien, les adjectifs sont relativement peu nombreux.

181
l’objet de notre étude, car nous les considérons également comme des adjectifs complexes.
Ces adjectifs n’ont pas la même construction de base (on l’a vu plus haut). Certains se
construisent sur la base de l’auxiliaire être hukaya alors que certains se construisent sur la
base de l’auxiliaire avoir hukana. Les adjectifs fabriqués et catégorisés comme adjectifs
complexes ne se placent pas après le nom mais après la copule. Il y a ceux qui prennent un
préfixe de classe pour qualifier le nom auquel ils se rapportent et ceux qui restent
invariables.

182
CHAPITRE 6
ÉTUDE CONTRASTIVE FRANCO-
COMORIENNE

Notre étude sur le figement se résume à une étude contrastive de deux systèmes
linguistiques différents le comorien et le français. Cette étude permet d’abord de faciliter le
passage d’une langue à l’autre. Il s’agit d’une comparaison rigoureuse et systématique de
ces deux langues, surtout leurs différentes structures, de leur ressemblance pour permettre
de réaliser des méthodes mieux adaptées au traitement automatique. Exprimer le même
contenu sémantique dans plusieurs langues est une opération linguistique incontestable et
incontournable consistant à encourager la capacité de l’être humain à produire des énoncés
cohérents, fiables, compréhensibles et grammaticalement corrects. Le traitement de ce
langage humain par la machine est le souhait de tout un chacun. En effet, il offre une base
solide pour l’apprentissage des langues naturelles. C’est pourquoi l’étude contrastive des
séquences figées à caractère adjectival relatives à ces deux langues est de nature à mieux à
éclairer certains aspects propres à l’une ou à l’autre notamment les suites figées basées sur
la copule suivie d’un adjectif ou d’un groupe prépositionnel équivalent à un adjectif
qualificatif ou catégorisé comme adjectif qualificatif. Une telle étude permettrait
d’apporter des descriptions nécessaires au traitement automatique de ces deux langues
jugées très différentes sur le plan morphologique. Notre travail s’est ainsi construit autour
de ce mécanisme. Nous examinerons à travers ces éléments définitoires ce que signifient
les adjectifs complexes dont les structures peuvent se schématiser de la manière suivante.

N0 être Adj : Ali hakaya harimwa izingiri

N0 être PrépN : Ali hakaya harimwa mswiba

183
N0 être N Adj : Ali hakaya mdru wadini

N0 être N suffixé : Ali hakaya swalani

N0 être N Prép N : Ali hakaya mdru wadjendo

N0 être loc Adj : Ali hakaya harimwa ranarenga

Ces suites figées font l’objet de notre étude. Nous ne les mettrons pas de côté car elles ne
revêtent pas d’ambigüité importante. Elles ont parfois des équivalents en français. C’est la
raison pour laquelle ce travail nécessite une étude contrastive dont la traduction devrait être
très originale.

Cette étude contrastive sera également élaborée dans un souci de lexicaliser d’abord les
adjectifs complexes en comorien et en français. Ainsi, nous avons effectué en long et en
large une étude beaucoup plus approfondie sur la grammaire du comorien afin d’offrir une
vue d’ensemble nous permettant de bien répondre à cette question. Cette étude sur la
grammaire du comorien intervient à un moment où cette dernière est peu écrite et décrite
alors que la réussite de notre travail nécessite une description linguistique de cette langue
qui n’est pas sortie de son statut oral. Il va falloir une grammaire écrite, correcte et
formalisée qui puisse servir de base. Ce choix favorise bien entendu notre étude
contrastive sur les séquences figées à caractère adjectival.

Ce chapitre a également pour but d’offrir une vue d’ensemble des relations syntaxiques
entre les séquences figées existant en comorien et en français et de mener également une
étude contrastive de constructions ci-dessus mentionnées, ainsi que leurs équivalents dans
une interface syntactico-sémantique bilingue franco-comorien où nous devons faire
connaître les aspects qui doivent être pris en considération pour une étude contrastive bien
réussie. Nous allons d’abord offrir une description des séquences figées à caractère
adjectival en comorien et en français relatives au cadre choisi dont l’objectif est de voir les
solutions nous permettant de gommer si nécessaire les points de divergences entre ces deux
langues.

184
6. Étude comparée des séquences adjectivales figées en comorien et en français.

Le comorien, comme toutes les langues naturelles, possèdent des règles syntaxiques,
morphologiques régissant la bonne formation des phrases (règles syntaxiques) et la bonne
formation des mots (règles morphologiques). Étant un phénomène linguistique
incontournable, le figement touche tous ces domaines linguistiques et s’introduit dans la
construction des phrases. C’est pourquoi une telle étude nous semble pertinente et
innovante dans la mesure où elle n’a jamais été menée dans la langue comorienne. La
réalité est qu’il il existe, dans la langue comorienne comme dans la langue française, une
structure d’organisation entre les mots de la phrase et qu’il est possible que cette même
phrase résulte de plusieurs structures.

Amina nge harimwa ntranga lahe mwanahe « Amina est en deuil de son fils »

La représentation syntaxique de cette séquence introduite par l’adjectif complexe figé


harimwa tranga équivalent à un adjectif soulève plusieurs points :

1) Elle détermine la tête de la phrase (N0hum) sélectionnée par l’adjectif complexe


harimwa tranga.

2) Elle détermine les arguments du prédicat adjectival : un prédicat peut avoir deux ou
plusieurs arguments.

3) Elle précise les trois fonctions primaires notamment les arguments, le prédicat et les
actualisateurs.

4) Elle indique une règle d’ordre : le N0 se place avant le prédicat, le N1 se place après.

Cette description révèle la bonne formation de la suite figée et l’ordre des constituants qui
ne revêtent pas d’ambigüité.

Mais il est important de constater qu’une suite figée introduite par un prédicat adjectival ne
contient pas obligatoirement plusieurs arguments. Ce qui fait que dans cette séquence
figée, l’emploi du N1hum est facultatif.

Amina nge harimwa tranga Amina est en deuil.


185
Le prédicat adjectival harimwa tranga n’a pas besoin de sélectionner un N1. Un prédicat
adjectival, tout comme certains verbes transitifs indirect (tomber, pleuvoir…) ne
sélectionne pas nécessairement deux arguments. C’est le cas des suites suivantes :

N0hum ( présent progressif) Préd. : Ali nge swalani

N0hum (présent progressif) Préd. : Fundi nge harimwa uvumzi

N0hum (présent progressif) Préd. : Kokwahangu nge harimwa tsumu

N0hum (présent progressif) Préd. : Mdjombahangu nge harimwa matembezi « mon oncle
est en voyage »

N0inc (présent progressif) Préd : Enyumba ngio harimwa hazi « La maison est en
construction »

N0 V.être Préd : Embe ikaya harimwa djuzo « La vache est en vente »

« Dans le cadre méthodologique des classes d’objets du LDI, la description du lexique


dans la perspective du traitement automatique des langues est centrée sur l’étude de la
phrase élémentaire, c’est-à-dire sur l’étude d’un prédicat, de ses arguments et de ses
actualisateurs. Dans cette perspective, la description de toute unité lexicale se basera sur
l’identification et la reconnaissance de sa fonction primaire en tant qu’argument, prédicat
ou actualisateur dans un emploi bien spécifique. »

Dans cette sous-section, nous voulons faire d’abord une description et une analyse sur les
différents types de séquences figées à caractère adjectival les plus utilisées en comorien en
particulier les séquences formées de la préposition harimwa suivie d’un substantif du sous-
type harimwa N : Ali nge harimwa uvumzi « Ali est en vacances ») et les séquences
formées sur une copule suivie d’un substantif joint au connectif ni catégorisé comme un
syntagme prépositionnel du sous-type hukaya mswibani. Ce choix est lié au fait que la
formation de ces séquences constitue un point important sur notre travail. En plus, ce
phénomène est très productif et de grande ampleur dans la langue comorienne. Leur
multiplicité (on a recensé plus de 500 types des séquences figées à caractère adjectival
basées sur cette construction) a pour effet de rendre compte, dans le détail, de la structure
186
morphologique de ces suites figées. L’objectif est de faciliter l’analyse des procédés
compositionnels et permettre le saisi et le traitement automatique des classes formelles
homogènes. Nous donnons ici un petit extrait de ces différentes typologies.

N0 V. être Prép N : Ali hakaya harimwa nkodo

N0 V. être Prép N: Amina hakaya harimwa mashaka

N0 V. être Prép N : Ngudjokaya harimwa mashuhuli

N0 V. être PrépN : hakaya harimwa msafara

N0 V.être Prép N : hakaya harimwa doleo

N0 V. être Prép N: hakaya harimwa taabiri

N0 V. être Prép N : rikaya harimwa mahadisi

N0 V. être Prép N : Sarah hakaya harimwa mtwalan

N0 V. être Prép N : Rikaya harimwa madjitso

N0 V. être Prép N : hakaya harimwa ibada

N0 V. être Prép N : Ethahabu ikaya harimwa dene

L’identification morphologique de ces séquences, qui sont les plus productives en


comorien, ne pose aucun problème au niveau de la syntaxe. Mais il est important d’établir
toutes les descriptions systématiques de ces séquences afin de les intégrer dans les
dictionnaires conçus pour le traitement automatique des langues.

N0 V. être N : Luc hakaya nkodoni

N0 V. être N : Fundi hakaya mashakani

187
N0 V. être N : Ali hakaya mashuhulini

N0 V. être N : Ali hakaya doleoni

N0 V. être N : Paul hakaya tabirini

N0 V. être N : Paul hakaya mahadisini

N0 V. être N : Sarah hakaya mtwalani

N0 V. être N : Salim hayaya ibadani

N0 V. être N : Ali ngudjokaya hazini

N0 V. être N : Ali hakaya mbioni

N0 V. être N : Ali hakaya bundjilioni

Luc nge harimwa nkodo/ Luc nge nkodoni sont deux séquences qui sont
morphologiquement différentes mais ont le même sens. La préposition harimwa peut être
tombée à la place du substantif en ni catégorisé dans notre étude comme adjectf prédicatif
complexe.

Luc nge harimwa nkodo « Luc est en guerre »

Luc nge nkodoni « Luc est en guerre »

Ces deux séquences sont synonymes car exprimant la même chose. L’étude de la
prédication adjectivale de ces séquences figées n’est pas négligeable dans la mesure où elle
constitue une donnée fondamentale et un vrai obstacle pour tout apprenant étranger.

Comme les adjectifs prédicatifs simples, ces deux séquences prédicatives ont les mêmes
critères d’identification, c’est-à-dire elles peuvent être actualisées par le verbe support
basique hukaya et pronominalisables par les pronoms correspondants. En effet, en

188
comorien, la pronominalisation par le pronom personnel invariable le existe sous forme
différente. Elle génère donc plusieurs pronoms morphologiquement différents.

Ali nge harimwa mswiba « Ali est en deuil », Nami pvangu « Je le suis aussi »

Ngami harimwa mswiba « Je suis en deuil », Nae pvahe « Il l’est aussi »

Ngasi harimwa feti « Nous sommes en fête », Nao pvao « ils le sont aussi »

Ngwao swalani « Ils sont en prière », Nasi pvatru « nous le sommes aussi »

Ngwao furahani « Ils sont dans la joie », Nawe pvaho « tu l’es aussi ».

La pronominalisation s’opère en comorien. Les pronoms possessfs qui s’utilisent dans cette
opération s’accorde en classe.

Nous constatons que le figement des séquences ci-dessus mentionnées est d’ordre
syntaxique et sémantique. Certaines d’entre eux comme mcafu mabanguzi refusent
syntaxiquement les transformations suivantes :

- Le changement de l’ordre des mots

*nge mabanguzi mcafu

- la substitution synonymique

*nge mcafu mmwade

- l’insertion d’autres éléments dans la locution

*Nge mcafu mabanguzi swafi

*Nge mcafu mabanguzi hozungoni

*Nge mcafu mabanguzi halisi

Le figement qui touche le prédicat adjectival touche également les arguments sélectionnés
par le prédicat. Autrement dit une phrase élémentaire est composée d’un prédicat et de ses

189
arguments. Ces derniers peuvent être des unités lexicales monolexicales ou polylexicales.
Cela s’examine dans les exemples suivants :

Emwana mtiti nge kongowoni L’enfant est dans le coma

Omwaha unu, emitihani yamwiso ngio midziro « cette année, les examens finaux sont
difficiles »

Le prédicat adjectival kongowoni a un argument sujet emwana mtiti. Ce dernier est, certes,
une unité polylexicale dont la syntaxe est correcte. Cet argument suscite également des
contraintes qui s’expliquent par son sens jugé global « bébé ou enfant » et par des
contraintes combinatoires.

De même, la locution nominale argumentale emitihani yamwiso ne doit pas subir une
transformation syntaxique ou sémantique.

*Emitihani ngio yamwiso

*Emitihani ngio yamwiso swafi

*Emitihani yamwiso halisi

*Zemwisizoni zahemitihani

Ainsi, le figement semble être un phénomène général qui touche parfois les trois fonctions
primaires notamment le prédicat, les arguments et les actualisateurs.

La détermination prédicative ou argumentale figée présente en comorien quelques


spécificités qui peuvent être observés dans des phrases où elle actualise les prédicats
nominaux ou verbaux. En clair, les déterminants complexes ne s’emploient pas avec les
adjectifs complexes en comorien.

« Les actualisateurs monolexicaux et les actualisateurs polylexicaux permettent d’inscrire


les prédicats dans les catégories grammaticales générales en leur apportant des
informations sur le temps, l’aspect, le nombre, le genre, la voix etc. »

190
Notre étude du figement relative aux trois fonctions primaires dont le but s’inscrit dans
l’étude de la description du lexique pour le traitement automatique des langues nécessite
qu’on fasse une brève analyse syntactico-sémantique des verbes supports complexes en
comorien. En effet, tout comme en français, « les verbes supports complexes
« conjuguent » les prédicats et les inscrivent non seulement dans le temps mais également
dans le cadre des catégories grammaticales [comme notamment] la voix, l’intensité et
l’aspect ».

La voix

Ali nge harimwa usiu Ali est sous l’entreprise de la colère

Ali nge harimwa laana zahowandzani wahe Ali a été l’objet de critiques de la part de
ses amis

Amina nge harimwa hawa yangoma ndziro « Amina est en proie aux horreur de la
jalousie »

L’intensité

Luc nge harimwa kongowo

Luc nge harimwa usiu wenda mno Luc est bouillonnant de rage

L’aspect progressif

Ebavu yahangu ngio harimwa maendeleo Ma région est en voie de développement”

L’aspect terminatif

Salim nge harimwa eswala yamwiso Salim est à la fin de sa prière »

L’aspect inchoatif

Salim nge homwisoni hahe swala Salim est à la fin de sa prière.

191
L’utilisation, l’identification des verbes supports complexes dans les suites figées à
caractère adjectival nous permet de distinguer ce dernier des verbes supports simples.
Grâce à cette étude nous permettant de reconnaître la combinatoire interne des verbes
supports complexes, on arrive à savoir qu’il y a différent degré de figement et qu’il y a
également une réciprocité entre la combinatoire interne syntaxique et sémantique. Il y a
donc un continuum de degré de figement de ces verbes supports complexes.

hukaya harimwa usiu wenda mno

Actualisation temporelle + actualisation aspectuelle intensive

hukaya harimwa maendeleo

actualisation temporelle + actualisation aspectuelle

Il est important de constater que le statut des verbes supports complexes utilisés dans cette
sous-section est plutôt « discontinu ».

Hukaya harimwa usiu wenda mno

Hukaya harimwa mahaba madziro

Les verbes supports complexes qui actualisent les prédicats adjectivaux construits avec la
copule hukaya peuvent être effacés.

Harimwa usiu wenda mno

Harimwa mahaba madziro

Ces verbes supports figés n’ont pas le même degré de figement. Ils présentent un
continuum.

Toutes les constructions retenues pour le comorien ont leur équivalent en français. Nous
retenons à titre d’exemple, pour effectuer notre étude contrastive entre le comorien et le
français, à titre d’exemple, les constructions suivantes :

Le train est à la proche

192
Le dossier est en attente

Luc est dans le coma

Paul est sous l’emprise de la colère

Léa est en vacances

Léa est sur le point de partir

Il est de retour

Paul est en bon santé

Ces exemples sont riches et variés sur le plan syntaxique. Mais la structure de la surface est
la même. En effet, les adjectifs complexes sont formés sur la base d’une copule suivie d’un
groupe prépositionnel.

En N : en vacances

En A N : en bon santé

Prép N : à la proche

Sur N : sur le point de partir

Sous N : sous l’emprise

Force est de constater que toutes ces séquences adjectivales sont communes aux deux
langues, et que certaines de leurs séquences sont strictement équivalentes du point de vue
de la traduction.

Luc nge harimwa usiu  Luc est en colère

Luc nge harimwa uvumzi  Luc est en vacances

Esharia ngisho mtwani  la loi est en étude

193
Ainsi, ces séquences en français et en comorien ont les mêmes critères d’identification.
Elles peuvent être actualisées par les copules être et -kaya.

L’étude de la prédication du point de vue de figement dans une phrase élémentaire


adjectivale relative à ces deux langues s’inscrit dans le cadre d’une phrase simple. Tout
comme en comorien, la description faite sur les séquences figées à caractère adjectival en
français nous permet de constater qu’il y a des degrés différents au niveau de la
combinatoire interne de ces suites polylexicales figées.

Paul est sous l’autorité de son chef.

Paul est à l’article de la mort.

Paul est au seuil de la dépression.

Paul est à deux doigts de l’accident.

L’observation faite sur ces unités polylexicales nous permet également de reconnaître le
comportement syntactico-sémantiques des verbes support complexes en français dont la
différence entre ces deux langues soumises à notre réflexion s’observe seulement sur la
structure et non sur le sens. Une étude contrastive sur l’introduction des prépositions dans
les séquences figées à caractère adjectival relatives à ces deux langues sera faite dans le
paragraphe suivant. Elle nous permettra de savoir pourquoi la différence de ces deux
langues s’observe au niveau de la morphologie mais pas au niveau du sens.

est sous l’autorité de

est à l’article de

est au seuil de la mort

Force est de constater que le sens métaphorique de ces suites figées participe également à
l’emploi des verbes supports complexes.

194
« Il en résulte que le continuum des verbes supports complexes est tributaire de leur
formation, de leur polylexicalité, de leur degré de figement interne et de la relation qu’ils
entretiennent avec les noms prédicatifs qu’ils actualisent ».

L’étude des verbes supports complexes nous parait nécessaire dans la mesure où elle
permet de les distinguer également des constructions figées.

6.1. Isomorphisme des structures

On appelle isomorphisme une relation existant entre deux langues ou deux structures
linguistiques quand elles présentent toutes deux les mêmes types combinatoires.
(Dictionnaire de français, La Rousse)

Concrètement, il nous semble important que nous utilisions dans cette étude contrastive le
terme isomorphisme dans la mesure où la typologie faite sur le comorien et le français
laisse à penser qu’il y a des structures qui sont communes entre ces deux langues. En clair,
chaque élément d’une structure du comorien correspond à un élément d’une structure du
français. C’est le cas par exemple des séquences figées qui se rapportent à des groupes
prépositionnels.

N0 V. être Prép N Ali hakaya harimwa tranga.

N0 V. être Prép N Salim hakaya harmwa kongowo.

Pron V. être Prép N Wao hakaya harimwa mashindano.

N0 V. être N Omsafara ukaya karibu.

Pron V. être N Prép Rikaya holatabuni.

Les séquences ci-dessus mentionnées ont structurellement d’équivalent en français.

N0 V. être Prép N Ali est en deuil.

N0 V. être Prép N Salim est dans le coma.

Pron V. être Prép N Ils sont en discussion.

195
N0 V. être Prép N Le voyage est à la proche.

Pron V. être Prép N Nous sommes à table.

La différence syntaxique entre ces deux structures isomorphes s’observe notamment dans
la deuxième et dernière séquence en comorien lorsqu’on respecte l’ordre syntaxique
(formation) relatif aux séquences figées en comorien et en français. En effet, nous
constatons après la traduction non littérale en français des séquences figées en comorien
que le groupe prépositionnel catégorisé comme adjectif complexe harimwa kongowo est
dépourvu de déterminant (déterminant zéro) alors que ce dernier s’invite obligatoirement
lorsqu’on traduit cette séquence en français. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le
français est une langue à déterminant alors que le comorien est une langue qui, le plus
souvent, ne comporte pas des déterminants. Dans la séquence comme rikaya holatabuni, le
connectif ni se colle toujours au nom. Il est l’équivalent en français de à, dans. En français,
ces prépositions précédent ou se lient également au nom. Il s’agit ici de rendre compte de
la compréhension et du caractère de ces suites isomorphes dont les points communs sont
significatifs. En clair, il n’y a pas différence fondamentale entre les séquences figées en
comorien et en français. L’objectif d’une telle étude est de réduire l’écart entre ces deux
langues naturelles en appliquant la sémantique qui s’inscrit dans le traitement automatique
des langues naturelles, d’uniformiser le traitement sémantique sans lequel il n’y aurait pas
un traitement automatique. En effet, le traitement de la sémantique permettrait une
interprétation dont l’enjeu est d’éviter une ambigüité lexicale et syntaxique.

Les séquences figées à caractère adjectival en comorien jouent vis-à-vis de la préposition


harimwa le même rôle que les séquences figées à caractère adjectival en français
introduites par les prépositions en, à, dans, sur, de dont une étude sera abordée dans la
sous-section suivante.

6.2. Isomorphismes des mots

Il est structurellement difficile de pouvoir établir une équivalence exacte des mots émanant
de ces deux langues. Mais puisque nous travaillons sur elles notamment sur la phrase
simple et que le prédicat adjectival de celle-ci n’est pas thématique, l’isomorphe des mots
relatifs à ces deux langues peuvent y paraitre et cela se voit dans les suites suivantes :
196
Pron V. être Prép N Hakaya harimwa mahadisi.

Pron V. être Prép N Rikaya harimwa mtwalan.

N être Prép N Ali hakaya harimwa nkodo.

Force est de constater qu’on rencontrera la même structure dans la langue française.

Pron V. être Prép N Il est en discussion.

Pron V. être Prép N Nous sommes en cours.

N. V. être Prép N Ali est en guerre.

Dans cette démarche, on ne compare pas la morphologie qui peut être un peu différente
mais la structures sémantique et les faits de la structure de surface. Ces deux langues sont
apparentées sur le plan de la structure des séquences figées catégorisées comme adjectif.
La similitude structurale s’observe également au niveau de la syntaxe, de la construction
des séquences de ces deux langues. En clair, les séquences figées émanant des deux
langues ci-dessus mentionnées ont, comme on peut le voir, les mêmes constituants. Il y a
donc une convergence typologique bien que le comorien et le français ne soient pas
génétiquement apparentés. Toutefois, si nous prêtons attention aux formes de suites figées
des deux langues, on observe une variation formelle mais pas structurale. Autrement dit, la
forme des pronoms personnels, des verbes, des prépositions, des noms qui constituent les
séquences figées à caractère adjectival en comorien ne conduit pas à penser qu’il y a un air
certain de famille entre le comorien et le français.

Mais l’hétérogénéité qui s’observe au niveau de la forme ne nous empêche pas de trouver
des équivalences structurales. C’est d’abord le cas des structures syntaxiques. Les deux
tableaux suivants nous révèlent un parallélisme rigoureux dans l’ordre des mots.

SF N V Prép N SF N V Prép N

SF Pron V Prép N SF Pron V Prép N

SF N V Prép N SF N V Prép N 197

SF Pron V Prép N SF Pron V Prép N


Toutefois, en français, la structure d’une suite figée à caractère adjectival varie d’une suite
à l’autre.

SF en A N : Paul est en bon santé

SF en A N : Paul est en plein campagne

SF en A N : Les mots sont bon ordre

Il n’y a pas, à notre connaissance, des séquences figées de sous-type en A N en comorien.

6.2.1. Isomorphisme dans les prépositions

Une préposition est une partie du discours invariable qui, placé devant un élément à valeur
nominale, le lie dans un rapport sémantique donné (approche, éloignement, intériorité,
privation…) en le subordonnant à un autre élément de la phrase ou à la phrase entière; mot
ou locution appartient à cette partie du discours. (Trésor de Langue Française informatisée)

L’usage des prépositions dans la langue comorienne favorise la construction des syntagmes
prépositionnels catégorisés comme des séquences figées à caractère adjectival. Toutefois, il
n’existe pas un grand nombre de prépositions en comorien.

Emwana nge harimwa ililo l’enfant est en pleurs.

Marie nge harimwa kandilio Marie est en traitement.

Edhahabu ngio rahani L’or est en gage.

Notre étude sur les séquences figées à caractère adjectival nécessite qu’on étudie la
préposition harimwa et le connectif ni. Ces deux unités sont corrélatives et synonymes.

Paul nge harimwa tranga Paul nge trangani

« Paul est en deuil » « Paul est dans un deuil »

198
Ces unités qui s’emploient fréquemment dans la langue comorienne notamment dans les
groupes prépositionnels catégorisés comme adjectif ont des valeurs et des nuances très
variés. Ces unités n’ont pas la même syntaxe. Autrement dit, la fonction grammaticale de
ni et harimwa varie et cela dépend du contexte dans lequel il est employé. Ces unités
contribuent à la formation des adjectifs complexes où elles sont l’équivalentes de plusieurs
prépositions en français.

Ni en : Salim nge nkodoni « Salim est en guerre »

Ni sur : Salim ngo holatabuni « Salim est à table »

Ni dans : Salim ngo kongowoni « Salim est dans le coma »

Ni à : Salim nge shioni « Salim est à l’école »

Cette préposition joue également plusieurs rôles lorsqu’elle est précédée d’un prédicat
verbal.

N1 Préd V N2 Ha pviri hondrayani : Il est passé par la fenêtre.(complément


circonstanciel de lieu)

N1 Préd V N2 Salim halawa duniani : Salim a quitté ce bas-monde (complément


d’objet direct.

N1 Préd V N2 Salim hadjuha homasihuni : Salim s’est levé la nuit (complément


circonstanciel de temps).

Les séquences figées introduites par la préposition harimwa sont très productives en
comorien. La fonction de harimwa varie d’une séquence à l’autre. Elle est donc
l’équivalent de plusieurs prépositions françaises.

harimwa sur

Eshononde ngisho harimwa elatabu Le couteau est sur la table

Leshatri ngilo harimwa letriho lahe nyumba La chemise est sur le toit de la
maison.
199
Ngeharimwa elisti Il est sur la liste

harimwa en

Ngami harimwa mtwalâ Je suis en cours

Ali nge harimwa budjilio Ali est en réunion

Ali nge harimwa doleo Ali est en méditation

harimwa dans

Ngami harimwa tabu Je suis dans une souffrance

Ngasi harimwa tabiri Nous sommes dans un rêve

Salim nge harimwa trwaramowo Salim est dans un doute

harimwa à

Ali nge harimwa madjitso Ali est au regret.

Embuzi ngio harimwa hifadhwi Le cabri est à l’abri.

Salim nge harimwa hazi Salim est au travail.

harimwa sous

Tsikaya harimwa amdri

Les études faites sur l’usage de la préposition harimwa et le connectf ni dans les séquences
figées à caractère adjectival montrent que ces deux unités sont corrélatives et synonymes.

La préposition harimwa est parmi, dans la langue comorienne, tout comme la préposition
en dans langue française, une préposition « abstraites ». Elle se prête à un grand nombre
d’emplois. C’est la raison pour laquelle son étude est beaucoup plus privilégiée surtout
lorsqu’on aborde la notion des adjectives à forme complexe en comorien. Pour une étude
très approfondie, nous nous contentons de travailler sur trois corpus différents notamment

200
L’expression de la qualité en shingazidja, Michel Lafond ; Question de grammaire pour
les concours, Frédéric CLAS et Nathalie ROSSI ; Opacté, idiomaticité, traduction
(Rencontres Méditeranéennes), Pedro Mogorron Huerta et Salah Mejri (dirs.).

6.2.2. Les équivalents des expressions de la qualité

Les équivalents des expressions de la qualité renvoient directement à l’adjectif qualificatif


comorien et français qui s’inscrit dans les séquences figées dont la structure de la surface
est la suivante :

N0 V. être Adj Ali ngodjokaya mdru mwema « Ali est gentil »

N0 V. être Adj Ali hakaya mdru wadini « Ali est pieux »

N0 Présent progressif Adj Ali ye mnono wamgyu « Ali est débile »

Les expressions de la qualité participent à la formation des séquences figées à caractère


adjectival. Elles présentent la particularité de pouvoir se former avec deux noms
catégorisés comme adjectif qualificatif. Cette méthode appliquée à la langue comorienne
est due au manque d’adjectifs qualificatifs. Le deuxième nom apportant une précision sur
le sens s’ajoute toujours au nom mdru.

Mdru wahila « troublant » ou « un homme troublant »

Mdru maswilaha « pacifique » ou « un homme pacifique »

Mdru mdjewiri « insolent » ou « un homme insolent »

Ces syntagmes nominaux ayant la valeur de N de N en français catégorisés ou considérés


en comorien comme adjectif sont inaptes à être employés seuls.

* Mdru wahila.

* Mdru mafitsi.

Nous rappelons qu’en comorien, une expression locutionnelle peut faire partie d’un
paradigme transformationnel. Autrement dit, le sens véhiculé par le verbe avoir peut être

201
l’équivalent de celui de l’auxiliaire être dans des phrases où ces deux auxiliaires sont
considérés comme des verbes supports. Par conséquent, l’expression ou la séquence
ngamina furaha est sur le même paradigme transformationnel que la séquence ngami
harimwa furaha. Cela s’applique dans les exemples ci-dessous.

Ali ngena uwade « Ali a une maladie » Ali nge mmwade « Ali est malade »

Fatima ngena doroso « Fatima a une fiançailles » Fatima nge harimwa doroso
« Fatima est en fiançailles ».

auxiliaire avoir auxiliaire être Verbes correspondant

Ali ngena utadjiri Ali nge harimwa utadjiri Ali hatadjiriha

Ali ngena wafati Ali nge harimwa wafati Ali hafiwa

Ali ngena nema Ali nge harimwa neema Ali hanemishiha

Ali ngana fitina Ali nge harimwa fitina Ali hafitiniha

Cette manière de dire plusieurs fois pour signifier la même chose nous rappellent bien
entendu qu’on peut former plusieurs prédicats (nominal, adjectival, verbal) à partir d’un
seul prédicat. Cela s’observe par exemple dans le cas du verbe désirer en français :

Je désire voyager j’ai le désir de voyager je suis désireux de voyager. Ces


trois discours sont sur le même paradigme transformationnel.

Notre étude classe, tout comme les adjectifs qualificatifs simples en français, comme
expression de la qualité tous les adjectifs figés qui indiquent une qualité, une propriété
essentielle ou accidentelle de l’objet désigné par le nom sur lequel ils portent.

Comme le nom, ces adjectifs peuvent varier en genre, c’est-à-dire en classe. En clair, les
exemples suivants montrent que les substantifs sont composés des préfixes propres qui
varient généralement au singulier et au pluriel.

202
Mdru mwema wandru wema

Mdru mdjinga wandru wadjinga

Mdru wasitehi wandru wasitehi

En comorien, les équivalents des expressions de la qualité concernent les noms humains,
les animaux et les objets. Ils s’inscrivent dans la notion des classes nominales dans
lesquelles les adjectifs ci-dessus mentionnés participent à la formation de la première
classe et de la deuxième classe. Leur nombre se reconnaît de cette façon : la deuxième
classe est le pluriel de la première classe, la quatrième classe est le pluriel de la troisième
classe, la sixième classe est le pluriel de la cinquième classe ainsi de suite. L’ensemble de
ces adjectifs forment, par exemple, les classes 1-2 (cl.1 et cl.2). Comme modificateur
facultatif à l’intérieur d’une phrase, les adjectifs ci-dessous mentionnés s’emploient
généralement comme adjectif qualificatif épithète mais n’ excluent pas aussi la fonction
attribut.

Rihelelea mdru mwema hoshindoni (On a rencontré une personne gentille au marché).

Ngamstaho madji yamdro « Je voudrais du thé »

Tsihulu mbuzi nce « J’ai acheté une chèvre »

Ces adjectifs en italiques ne peuvent être ni détachés, ni apposés.

*Mwema, mdru hadja.

*Mdro, madji yanulwa.

*Nce, mbuzi ifu.

Ils ne se pronominalisent pas mais peuvent parfois varier en degré.

Tsihelelea mdru mwema kabisa

Tsinu madji mendji

203
*Tsihulu mbuzi nce (halisi, kabisa, swafi)

L’ensemble de ces propriétés syntaxiques définit le figement de ces séquences adjectivales


dont la copule qui se met généralement au milieu de N0 et l’Adj peut être remplacée par le
présent progressif.

En français, le terme adjectif, par son étymologie latine, signifie « qui s’ajoute ». Il
s’ajoute à un autre mot auquel il porte une précision de sens.

Une séquence figée à caractère adjectival du sous type N0 V Adj n’est pas très productif.
Les équivalents des séquences adjectivales en français ci-dessous mentionnées sont les
séquences du sous-type en N, en A N ou PREP W.

Séquences en N

Elle est en transe.

Luc est en fureur.

Le dossier est en attente.

Séquences du sous type en A N :

Paul est plein délire

Elle est en bonne santé

Le marché français est en forte baisse.

Séquences du sous type PREP W.

Le train est à la proche.

Elle est sous mes ordres.

Nous sommes dans l’embarras.

204
Toutes ces suites sont considérées comme adjectifs prédicatifs. Ils admettent dans ces
phrases la position attribut.

L’étude faite sur les prépositions en comorien nous nous amène à penser que les
prépositions dont le sens est objectif ne sont pas nombreuses, et sans doute, la raison pour
laquelle la préposition harimwa s’emploie fréquemment dans les séquences adjectivales.
Elle fait, par consequent, l’objet de nombreuses interprétations. Elle est déjà l’équivalent
de la préposition en employé dans les séquences adjectivales. Pour valider notre hypothèse,
il nous appartient d’examiner les séquences adjectivales du sous-type en N/ en A N
décrites ci-dessus en comorien et en français dans lesquelles les études faites sur les
prépositions pour ces deux langues, français et comorien, ont montré que la préposition en
est corrélative à dans. La différence s’observe au niveau de la syntaxe. En effet, en est,
dans une séquence adjectivale, toujours suivi d’un substantif ou d’un adjectif.

Les dossiers sont en attente. Luc est en bonne santé. Luc est en voyage.

Par contre la préposition dans est suivi généralement d’un groupe nominal :

Ce sorcier est dans le coma. Paul est dans l’embarras. Marie est dans des difficultés
financières. Nous rappelons qu’il existe en français un nombre important d’adjectifs
complexes formés sur la base de ces prépositions (en, dans, sur, à …). Ces adjectifs à
forme complexe étant sémantiquement transparents peuvent être lexicalisées afin d’être
reconnus par la machine. Tel est l’objectif de cette étude. La particularité de ces séquences
s’observe également dans la divergence relevant du régime adjectival.

[Link]. Divergence relevant du régime adjectival

En comorien, l’adjectif est sous forme nominal et il est dépendant du substantif avec lequel
il s’accorde en classe. Il est composé d’un thème et d’un préfixe qui sont dictés par ce
substantif. Toutefois, il ne connaît pas la marque du genre (masculin/singulier, neutre). Il
ne peut être ni détaché du nom, ni mis en tête de la phrase. Ces critères concernent plus
particulièrement les adjectifs simples et les adjectifs à forme complexe en comorien.

*Salim, mdru mwiyi, kanahudja hobundjilioni.

205
*Ngena usiu, haroha hondani.

La mise en apposition de l’adjectif est possible en comorien mais s’opère rarement et


difficilement.

Exemple. :

Mdu mwiyi Salim. « méchant, ce Salim ». Mwana mwema Salim. « gentil, Salim ».
Mdjinga Salim « ignorant, Salim ». Mtrazi emnashioni oyi. « Très absent, cet élève ».
mtiti shumu « il est de petite taille/ou il a une petite taille ». Ce sont des phrases normales
et complètes ayant un sens en comorien. Toutefois, nous précisons que le comportement
syntaxique de ces adjectifs nécessite qu’on place le nom en fin de phrase sinon cette
dernière serait vide de sens.

Par contre, en français, on ne dit pas tout court : *méchant Salim. *Gentil, Salim.
*Ignorant, Salim. On dit plutôt : Méchant, Salim n’aime pas son frère. Très gentil, Salim
aide les gens à trouver un emploi. Ignorant, ce jeune homme ne sait ni lire, ni écrire.

En comorien, les adjectifs apposés n’admettent pas être suivis d’une phrase verbale.

*Mwiyi, Salim ekandza mamahe « Méchant, Salim n’aime pas sa mère ».

*Mwema, Salim ehusaidia wandru wahundru hazi « Très gentil, Salim aide les gens à
trouver un emploi ». *Mdjinga, Salim ekadju soma ekadju andziha « Ignorant, Salim ne
sait ni lire, ni écrire ».

En comorien, la divergence est moins grande au niveau de quelques adjectifs complexes


dont une grande partie des séquences figées est sémantiquement transparente.

Ali nge harimwa ndola « Ali est en mariage », harimwa ndola…

Embe ngio harimwa djuzo « La vache est en vente » harimwa djuzo…

Legari ngilo harimwa mawadjara « La voiture est en location » harimwa mawadjara…

Les adjectifs complexes en ni n’admettent pas la mise en apposition. *Trangani…


*mashuhulini…,* tsumuni…
206
Il est bien évident que nous nous intéressons aux locutions adjectivales entre les moins
opaques et les plus opaques. Les séquences harimwa ranarenga, harimwa hiridjuu
mwadalao, harimwa rewa, harimwa itriso n’acceptent pas, comme elles sont totalement
figées, la mise en apposition. Nous rappelons que Monia BOUALI a traité sémantiquement
un sujet sur L’opacité des locutions adjectivales où le figement total et partiel se reconnaît
grâce à une méthode qu’elle a entreprise.

En français, on réserve l’appellation d’adjectif à la seule catégorie de mots variables en


genre et en nombre. Autrement dit, l’adjectif français s’accorde en genre et en nombre avec
le nom auquel il se rapporte. Les adjectifs simples tels que gentil, méchant, bon ont les
mêmes critères syntaxiques que les adjectifs à forme complexe (en pétard, en attende, dans
l’embarras…). Tout comme les adjectifs simples, les adjectifs à forme complexe admettent
la liberté de position. C’est-à-dire, ils peuvent être attributs, épithètes et apposés.

Luc est en colère. Luc, en colère…, En colère, Luc…

Ils peuvent également être gardables :

Luc est très en colère. Luc est en soins intensifs.

Les séquences adjectivales dont le sens est opaque (figement total) ou formées de la
préposition dans suivie d’un groupe nominal n’admettent pas l’insertion d’un adverbe.

*Luc est très en pétard.

*Luc est très dans le coma

*Luc est très dans l’embarras

Il est important de constater que la séquence en pétard répond aux critères définitoires
d’une séquence figée (l’opacité sémantique, la non-compositionalité…) cf. BUVET, 2001.

Toutefois, il faut préciser que la structure syntactico-sémantique d’un groupe


prépositionnel (GP) est assez ambigüe.

207
Occupant la position attribut, les adjectifs à forme complexe acceptent la
pronominalisation en le.

Luc est dans le coma Salim l’est aussi.

Luc est en colère je le suis aussi.

Luc est en voyage nous le sommes aussi. Ils peuvent être actualisés en être (Luc est
en colère). Ces deux critères à savoir la pronominalisation et l’actualisation de ces
séquences permettent de distinguer les adjectifs prédicatifs des adjectifs non prédicatifs.
Cette remarque se vérifie dans les séquences à gogo, dans la misère, à volonté, en
danger…

Les séquences dans la misère, en danger sont des adjectifs prédicatifs dans la mesure où
elles répondent aux critères définitoires d’un adjectif simple, c’est-à-dire elles sont aptes à
servir d’épithète, d’attribut ou en apposition. Par contre, ces critères syntaxiques ne
s’appliquent pas aux séquences à gogo, à volonté car il est agrammatical de dire *le riz est
à gogo,* le chocolat est à volonté. Ces locutions ne sont pas donc des adjectives
prédicatives. Ils sont catégorisés comme des actualisateurs dans la mesure où ils peuvent
actualiser des noms.

« J’entre au bistro pour boire du whisky à gogo » (Boris Vian, j’suis snob, 1955)

« Il a de l’argent à gogo » (Furetière)

Un ressort qui joue à volonté. « Un buffet à libre service est un buffet où l’on peut servir à
volonté ». Je me propose de converser à discrétion avec ce brave homme pour peu qu’il
soit loquace (Jules Verne, Claudius Bombarnac, Hetzel, 1892, chap. 5).

Ces exemples rappellent que ces locutions sont incontestablement non prédicatives même
si elles s’apparentent à des adjectifs prédicatifs locutionnels tels que : à la mode, en forme,
à la page, en colère qui sont gradables. Nous rappelons également que certains de ces
syntagmes prépositionnels catégorisés, grâce aux verbes supports, comme prédicats
adjectivaux se classent parmi les séquences qui sont sémantiquement figés. Cela s’observe

208
dans leur comportement syntactico-sémantique ou lorsqu’elles sont employées dans des
phrases où elles sont actualisées par un verbe support.

Des séquences comme Paul est à la page. Cette robe est à la mode. Les enfants sont au
parfum se distinguent des séquences adjectivales telles que : en vacances, en voyage, dans
le coma par le fait que ces dernières sont sémantiquement transparentes.

Il va de soi que les verbes supports qui conjuguent ces adjectifs complexes « ne servent pas
qu’à porter les flexions de temps, aspect, mode et personne. Ils peuvent en outre porter des
informations aspectuelles (être/devenir courageux), être un opérateur causatif (être/rendre
malade) »

Nous rappelons que les verbes supports sont si nombreux en français et jouent toujours le
rôle d’actualisateur. En clair, ils actualisent le prédicat nominal et le prédicat adjectival. Le
verbe support être actualise toujours les prédicats nominaux et adjectivaux. Il n’actualise
jamais un prédicat verbal. Notre étude est centrée sur toutes les séquences figées ou moins
figées qui se construisent avec ce verbe support et qui peut également être ou non figé.

6.2.3. Divergence flexionnelle

Le comorien est une langue agglutinante qui se caractérise, comme le français, par une
forme variable des unités lexicales en fonction des valeurs grammaticales associées, mais à
la différence du français, ces valeurs grammaticales sont représentées par des segments
distincts (affixes, préfixes, suffixes) qui s’agglutinent les uns aux autres.

La flexion nominale

Itranda = singulier + lit

Zitranda = pluriel + lit

Mwana = singulier + enfant

Wana = pluriel + enfant

Mhogo = singulier + manioc

209
Mihogo = pluriel + manioc

Les préfixes exprimant le singulier et le pluriel se collent inséparablement au nom qu’ils


déterminent.

La flexion adjectivale

Mdji mtiti

Midji mititi

Mdru wapeu

Wandru wapeu

En comorien, l’adjectif ne s’emploie pas tout seul. La flexion adjectivale n’exprime pas le
masculin et le féminin mais elle exprime plutôt le singulier et le pluriel grâce aux classes
nominales.

La flexion verbale

Contrairement aux flexions nominales et adjectivales, les flexions verbales se placent à la


fin du verbe. Elles permettent d’indiquer le temps, la modalité, la personne et la voix.
Toutefois, nous précisons que nous n’étudions pas ici la manière dont on peut les utiliser
dans un discours. Nous parlons de leur comportement morphosyntaxique dans le discours.

Présent progressif Ngarilao maele “ nous mangeons du riz”

Futur Ngaridjohula maele “Nous mangerons du riz”

Accompli Rili maele “nous avons mangé du riz”

Le nom et le verbe se séparent. Mais souvent les indices-sujets et la flexion verbale


s’agglutinent. Cela s’applique dans tous les temps de la conjugaison.

L’agglutination touche toutes les parties du discours (nom, verbe, adjectif, préposition…)

Ngami (= maintenant moi) harimwa ( = dans) unai (= misère)


210
Ngami harimwa unai « Je suis dans la misère »

Nge mswibani « Il est en deuil »

Emdru tadjiri « Il est un homme riche »

Certains mots sont cependant invariables :

Nganu « farine » Rihulu madjunia ya nganu « Nous avons acheté des sacs de farine.

Mtsanga « sable » Rihulu mtsanga « Nous avons acheté des sables »

Madji « eau » Rihulu madji « Nous avons acheté de l’eau »

Les deux langues étudiées ici présentent des flexions différentes.

En effet, le français est une langue dans laquelle les mots changent de forme selon le
rapport grammatical aux autres mots. Dans cette langue, certains mots sont cependant
invariables. Certains mots modifient même la prononciation. Les mots variables subissent
le jeu de la flexion et l’ensemble de formes différentes d’un même mot fléchi forment son
paradigme. La flexion s’opère au niveau des traits grammaticaux (genre, nombre, fonction,
nature) et ces traits s’opposent au singulier contre pluriel, masculin contre neutre, première
personne du singulier contre première personne du pluriel etc). La flexion s’explique
également par les désinences qui se rajoutent au radical. Chantez est composé d’un radical
(chant) + désinence (ez). Le changement qui s’opère au niveau grammatical touche toutes
parties du discours (verbe, nom, adjectif…).

Temps/personne genre nombre préfixe suffixe infix


e

mange neuf/neuve journal/journaux apolitique possibilité tapoter

mangeras gentille jeu/jeux impossible attentivement

mangions institutrice clou/clous réexpliquer lavage

211
mangeraient ancienne illisible lavable

Nous remarquons également qu’en français, la flexion relève de la conjugaison, de la


morphologie et de la morphosyntaxe. Autrement dit, le nom, le pronom, l’adjectif, le verbe
subissent ce changement de forme. Ce dernier est très important en français dans mesure
où il constitue le départ de la tâche relative à l’apprentissage du français. En clair, la
maîtrise de la langue française nécessite une bonne maîtrise de la flexion.

Un mot français peut avoir trois parties différentes notamment la racine, le radical et la
terminaison.

6.2.4. Les trous lexicaux

L’absence des déterminants définis, indéfinis, partitifs ou contractés devant un nom est un
phénomène très productif en comorien. Cela s’opère dans les exemples suivants :

Hiri Tsihulu hiri *J’ai acheté chaise « J’ai acheté une chaise »

Nyama Ngulo nyama *Il mange viande « Il mange de la viande »

Mbe Tsiono mbe * j’ai vu vache « J’ai vu une vache ». Ce critère syntaxique
qui s’explique par ce manque d’article n’est pas donc utile pour repérer le caractère figé
d’une séquence adjectivale, verbale ou nominale. Nous évoquons cela car nombreux sont
les linguistes qui proposent que l’absence d’article peut contribuer au figement. Cette
raison convoquée et qui s’applique pour définir le figement ne se pratique pas dans la
langue comorienne dont l’absence des déterminants devant le nom se résume à un
phénomène très récurrent. Les exemples ci-dessus mentionnés en sont une illustration. En
clair, l’article se met rarement devant un nom. Ainsi, le déterminant zéro n’est pas, dans la
langue comorienne, un critère définitoire sûr des expressions figées. Nous avons bien
montré dans les chapitres précédents que les articles s’utilisent rarement dans des phrases
dont le champ sémantique est très réduit ou dans des séquences sémantiquement
transparentes.
212
Nge harimwa elekongowo dziro ilo « Il est dans cette souffrance là ». Ngasi harimwa
emaesha madziro yanu « Nous sommes dans cette vie difficile ». Cela va de soi que la
présence d’un déterminant devant un nom n’est pas cependant une faute en comorien.

Par contre, en français, l’absence d’un déterminant ou plutôt d’un article contribue à la
formation des séquences figées (SF) car l’article est obligatoire en français. On ne dit pas
*il est dans coma, mais il est dans le coma, *le train est à proche, mais le train est à la
proche, *il est dans embarras, mais il est dans l’embarras non plus *donner stylo, mais
donner un/ou le stylo. Maria Helena Svensson a étudié ce phénomène linguistique sous
l’étiquette des critères de figement. Pour des raisons littéraires ou stylistiques, certains
noms s’emploient tout seul sans déterminant. Cela se pratique dans des expressions telles
que prêter serment, remuer ciel et terre, chercher refuge, voir rouge, livrer
bataille…L’absence des déterminant se trouve surtout dans les expressions figées. Le
nombre des expressions figées ou des proverbes introduit par un déterminant zéro est
important (la nuit porte conseil, pierre qui roule n’amasse pas mousse, chercher noise.
Encore pour des raisons de pertinence, certains noms s’emploient sans déterminant : on
invite hommes et femmes à assister à cette réunion, cela ne me fera ni chaud, ni froid….

L’auteur des critères de figement, Maria Helena Svensson a cité un nombre important de
syntagmes nominaux qui s’emploient sans déterminant notamment : plier bagage, fermer
boutique, porter chance, perdre contenance, déclarer forfait, ne pas souffler mot, baisser
pavillon, menacer ruine, refaire surface, montrer patte blanche, donner carte blanche,
payer rubis sur l’ongle, prendre fait et cause, rebrousser chemin, mener grand train et être
bonne poire. La liste est assez longue.

Nous pouvons enfin dire que les trous lexicaux existent différemment dans les deux
langues et cela s’observe notamment dans l’emploi des déterminants indéfinis, contractés
ou partitifs. En comorien, les déterminants s’emploient occasionnellement. Leur absence
devant un nom se résume à un phénomène langagier spécifique et correspond également à
l’usage réel de la langue. Par contre, en français, les déterminants sont inhérents au
discours et leur absence devant un nom rend parfois la phrase ou le discours vide de sens.
Ils s’emploient à la fois à l’oral et à l’écrit car le sens de certains mots est conditionné par
l’emploi des déterminants. Les trous lexicaux observés dans les deux langues (français et
213
comorien) n’est pas une faute grammaticale ou d’inattention mais un phénomène
linguistique dont l’analyse mérite une étude beaucoup plus approfondie.

Conclusion

Le comorien et le français s’accordent sur une même structure syntaxique et sémantique.


En effet, d’une manière générale, chaque emploi adjectival, séquence figée à caractère
adjectival, de la langue comorienne correspond à un emploi adjectival de la langue
française. La traduction des séquences figées étudiées en comorien consiste à mettre en
équivalence les phrases adjectivales comoriennes avec les phrases adjectivales françaises
du point de vue à la fois syntaxique et lexical. La question d’équivalence reste centrale
dans l’ étude contrastive de ces deux langues. Elle prend différents noms (équivalence
formelle, dynamique, fonctionnelle, etc.) selon l’optique sous laquelle elle se place
(structure, sémantique, pragmatique, etc.). Dans notre étude, nous adoptons comme
beaucoup de linguistes la distinction faite par Nenopoukou (2001) entre équivalence
directe (isomorphisme de forme syntaxique et contenu sémantique) et équivalence
indirecte (dissymétrie qui fait intervenir des modalités aspectuelles et stylistiques). Ainsi,
nous précisons que toutes les notions d’équivalences s’effectuent au niveau de la syntaxe
mais non au niveau des termes lexicaux.

214
CHAPITRE 7
ÉTUDE DES ÉQUIVALENTS EN COMORIEN
DES SOUS TYPES EN N ET ADJECTIF
COMME NOM

La langue comorienne connaît, comme la langue française, un grand nombre d’adjectifs, de


noms, de verbes, de suites figées qui font d’elle une langue foisonnante dont la syntaxe, la
morphologie et la sémantique nécessitent une étude beaucoup plus approfondie pour son
entrée dans le dictionnaire électronique réalisé par le biais du traitement automatique des
langues naturelles. Toutefois, toutes ces parties du discours notamment les expressions
figées à caractère adjectival n’ont pas fait l’objet d’étude en matière du traitement
automatique des langues naturelles. C’est la raison pour laquelle une telle étude s’avère
aujourd’hui à la fois innovante et primordiale.

D’abord, les expressions figées en comorien du sous-type harimwa N équivalentes de en


N est un syntagme prépositionnel formé de la préposition simple harimwa suivie d’un
nom. Elles ont la même structure de surface que les suites en N. Ces séquences
catégorisées comme adjectif complexe (on l’a vu dans le chapitre précédent) conservent sa
signification et sa syntaxe et répond aux critères définitoires d’une suite figée. Son étude
dans ce chapitre exclu les syntagmes des sous-types N+NI (trangani), mdru+Adj (mdru
mwema) et les syntagmes dont la préposition harimwa n’est pas l’équivalent de en en
français. Une typologie relative à la structure de cette suite sera abordée dans ce chapitre.

Quant aux suites figées en comorien équivalentes du sous-type A comme DET N (maigre
comme un clou) en français, leur étude constitue la suite logique des séquences figées à
caractères adjectivale étudiés également dans les chapitres précédents. Cependant, la

215
question centrale de ce chapitre est le rapport entre ces suites figées introduites par l’outil
de comparaison hama équivalent de comme en français avec les groupes prépositionnels
catégorisés comme des suites adjectivales figées (en colère, dans le coma, au septième
ciel…). Nous essayons de montrer également quels rapports il peut y avoir entre l’emploi
de A comme DET N et A hama N. La typologie de ces deux suites figées nous amènera à
observer ce qui est commun à ces suites figées relevant de ces deux langues à savoir le
français et le comorien soumises tout au long de cette thèse à notre réflexion. Notre étude
nous conduit à tenir les paramètres suivants : l’ordre des mots dans ces suites figées, la
relation sémantique, l’étude de figement.

Étudier l’ordre des mots s’avère un point important par le fait que le français et le
comorien sont deux langues différentes sur le plan syntaxique, sémantique et
morphologique. La preuve est que le français est d’abord une langue flexionnelle dont les
déterminants jouent un rôle important pour son bon fonctionnement. Par contre, le
comorien est une langue agglutinante dont les déterminants ou plutôt les particules
notamment définies ne s’emploient pas ou s’emploient occasionnellement. Commençons
par observer les exemples suivants :

Ali emudu hama sharibo / Ali est noir comme charbon/ « Ali est noir comme un charbon »

Ali emle hama mnazi / Ali est long comme cocotier/ « Ali est long comme un cocotier »

Fatima eudjisa hama fumanga/ Fatima est belle comme plante/ « Fatima est belle comme
une plante ». Il existe en français un grand nombre important du sous-type A comme DET
N dont une typologie nécessite une classification syntaxique voir sémantique.

Fatima est rouge comme une tomate.

Il est bête comme ses pieds.

Il est brave comme un pape.

Les expressions figées en comorien ci-dessus mentionnées diffèrent les expressions figées
en français du point de vue de son comportement syntaxique. Ceci est visible dans le cas
de l’absence des déterminants définis et indéfinis dans ces expressions comme : Fatima
216
emhali hama itsangu/ Fatima est irritant comme une ortie « Fatima est impudente »,
Fatima nge mle hama mnazi /Fatima est longue comme cocotier « Fatima est longue
comme un cocotier ». Le moins que l’on puisse dire c’est que, contrairement aux séquences
figées en français, le déterminant ne s’introduit pas dans les séquences en comorien du
sous-type A hama N. Nous rappelons que les séquences figées obéissant à cette structure
est foisonnante en comorien. En clair, le nombre n’est pas très limité. Toutefois, il existe
en comorien une autre façon d’exprimer cette comparaison dont l’adjectif est toujours au
centre de toute communication. Prenons le cas des suites suivantes:

Hama Adj Hama daba

Hama Adj hama mdjifumowo

Hama Adj hama mdru utsina roho

Hama Adj hama mnatrengweni

Hama Adj hama mdrwadingoni

Hama Adj hama mmatsaha

La structure de ces suites qui sont très fréquentes en comorien nécessitent parfois que
l’adjectif soit sous-entendu dans la phrase. Nous constatons cependant qu’elles échappent à
une classification très homogène dans la mesure où leur comportement sémantique s’avère
très complexe. Il va de soi que l’étude relative à leur caractère figée se propose de remplir
certaines lacunes constatées. Mais la conséquence due à leur emploi est incohérente car
elle peut donner lieu à des interprétations diverses. En effet, le comparé est sous-entendu
et qu’il peut être un verbe ou un adjectif. Telle est la complexité de ces séquences dont les
variations morphosyntaxiques sont, puis qu’elles sont figées, restreintes.

Une relation sémantique entre ces expressions figées du sous-type A comme DET N et les
groupes prépositionnels catégorisés comme adjectif complexe (aux anges, en voyage, en
prière…) se précise et s’explique par la position relative de l’adjectif dont le
comportement syntactico-sémantique serait à considérer comme décisif pour
l’identification de figement. L’adjectif est omniprésent et son caractère figé touche à la fois
217
son comportement syntaxique et sémantique. Reste maintenant à examiner le statut des
éléments qui se construisent avec cet adjectif notamment l’outil de comparaison hama
introduit dans des séquences telles que -udu hama hidza shalowa « noir comme une nuit
mouillée », mwema hama mwarabu « beau/belle comme un(e) arabe » ou comme, son
équivalent en français introduit dans rapide comme l’éclair, brave comme un pape.
heureux comme un poisson dans l’eau. Mais il n’est pas possible qu’on fasse une étude de
l’adjectif utilisé dans ces séquences indépendamment de celle de l’outil de comparaison et
du comparant. En effet, le figement peut être partiel ou total. En clair, les équivalences du
sous-type A hama N ou A comme DET N sont relativement figées car elles refusent
plusieurs activités syntaxiques notamment l’insertion, la non-actualisation des éléments...

*Mudu hama izinga (noir comme une braise) *hama daba kuu. Ce refus s’observe
également dans les expressions figées en français.

*Bête comme son pied droit, *adroit comme un singe sauvage, *noir comme un corbeau
bleu. Les adjectifs employés dans les séquences du sous-type A comme DET N ou A
comme N ont un rôle très particulier car ils dénotent obligatoirement une comparaison
figée.

Le linguiste, Gaston Gross a su montrer dans son article qui s’intitule « La notion de
figement » (1996 : 9) les propriétés communes au figement notamment:

1 La polylexicalité

2. L’opacité sémantique

3. Le blocage des propriétés transformationnelles

4. La non-actualisation des éléments : la notion de locution

5. La portée de figement

6. Le degré de figement

7. Le blocage des paradigmes synonymiques

218
8. La non-insertion

9. Le défigement

10. L’étymologie

Toutes les études menées sur la notion de figement s’articulent autour de ces
caractéristiques pertinentes et utiles à la reconnaissance d’une expression figée. Cela est
encore valable à toutes les langues. Nous rappelons que toutes ces propriétés ne
s’appliquent au même degré, à toutes les catégories figées. On aura l’occasion plus tard de
revenir sur les détails de ces propriétés qui s’appliquent notamment aux séquences
adjectivales du sous-type en N.

7.1. Les adjectifs de relation

L’adjectif de relation est un procédé syntaxique qui s’emploie dans la langue comorienne.
Il se caractérise par son comportement morphologique invariable dans la phrase. N+
ADJ. Il s’emploie en fonction épithète. Mwana isilam « enfant musulman », mdri-mzungu
(plante fragile), mwana-mdjeni ( enfant étranger ). L’adjectif de relation reste également
invariable. Il est, comme en français, en général postposé au nom. Il indique une relation
comme le nom l’indique. Les adjectifs de relation moins figés ou qui n’ont pas le statut de
nom composé peuvent varier en degré. Mwana islam (swafi, hakuu, halisi) tandis que les
adjectifs relationnels figés ne peuvent pas varier en degré avec le référent du nom dont ils
sont « dérivés ». Mdri-mzungu (*swafi, *halisi, *hakuu), mwana-mdjeni (*swafi, *halisi,
*hakuu). Cette relation dépend du sémantisme de leur nom recteur :

N ADJ Mdri-mzungu mdri waki zungu.

N ADJ Mwana isilamu mwana waki silamu

N ADJ Mwana-mfaume mwana waki faume

219
Les adjectifs ci-dessus sont formés d’un nom et d’un adjectif où le connectif wafi
s’introduit automatiquement. Cela se schématise ainsi. N+Adj Rel. Ces adjectifs en ki26
équivalent syntaxiquement et sémantiquement à un complément du nom. Mwana mkomori
« enfant comorien), mwana waki komori (enfant des Comores). Le connectif -ki est à peu
près l’équivalent syntaxique et sémantique de la préposition de en français. Force est de
constater que l’adjectif de relation est morphologiquement identique au nom. Nous
pouvons encore observer une deuxième structure de l’adjectif de la relation. Celui-ci est
formé d’un nom prédicatif suivi d’un adjectif de relation.

Npréd+Adj Rel : maneno macanfu « parole ignoble »

Npréd+Adj Rel : Fikira zaki djinga « idée abjecte »

Npréd+Adj Rel : monano waki silamu « rencontre religieuse »

Les deux formes qu’ont les adjectifs de relation en comorien s’observent également en
français. Toutefois, quelques adjectifs de relation en comorien peuvent occasionnellement
s’employer en fonction d’attribut. Nous pouvons observer les exemples suivants ;

Tsika harimwa usilamu. « J’étais dans une cérémonie religieuse »

Harendeha isilamu. « Il devient musulman »

Tsikaya harimwa ufaume « J’étais dans une loyauté »

Ils se pronominalisent :

Tsikaya harimwa usilamu, hata nami.

Ngodjokaya mwana isilamu, Nanawe pvaho

Ngamdjoka harimwa ufaume, Nanyi pvanyu.

26
En comorien, les noms en -ki peuvent avoir notamment la signification d’un complément du nom ou la

signification d’un adjectif de relation.

220
Nous rappelons que les pronoms personnels en gras ayant la valeur de le, pronom
personnel attribut en français varient en forme. Cette variation dépend du pronom
personnel sujet auquel il est attaché. Nous précisons qu’il n’y a pas une variation
morphologique importante qui s’opère lors de la transformation du nom en adjectif de
relation. Pour toutes ces raisons, quelques adjectifs relationnels peuvent être catégorisés
comme adjectif prédicatif.

L’adjectif de relation peut, tout comme en français, être l’argument d’un nom prédicatif :

hatuwa yaki daula « décision gouvernementale ». Cette séquence est l’équivalent ou la


réduction de edaula irenge hatuwa « le gouvernement a pris une décision » où hatuwa
devient substantif prédicatif actualisé par le verbe support irenge. Il serait difficile de
pouvoir déterminer la fonction de l’adjectif de relation yaki daula sans qu’on fasse une
phrase verbale à partir de laquelle on saurait le rôle du prédicat nominal hatuwa. À partir
de cette analyse, nous pouvons constater que l’adjectif de relation peut se construire avec
un nom prédicatif. Il est nécessaire de constater que la forme verbale donnée edaula irenge
hatuwa ne se produit pas sur la base du prédicat nominal hatuwa. En effet, ce substantif
prédicatif n’est pas un nom verbal. Puisqu’il ne l’est pas, il ne se nominalise pas, et il ne se
transforme pas en prédicat verbal comme le substantif prédicatif français décision qui peut
subir plusieurs variations :

La décision du président le président décide le président a pris une décision.

Toutefois, ce prédicat nominal hatuwa accepte la relativisation :

Ehatuwa ya rengwa nedaula « la décision que le gouvernement a prise ». Ce prédicat


nominal peut être actualisé par d’autres verbes supports : ehatuwa ya (+trwamhono,
+shaishiwa, -+rumilwa…). Ces verbes pourront être à un autre temps : ehatuwa idjoka
hutramhono, ehatuwa rishaishio, ehatuwa rirumiao…

Ainsi, la différence entre l’adjectif de relation en comorien et l’adjectif de relation en


français est fondée notamment sur la morphologie.

En effet, en français, on observe une variation au niveau du nom à partir duquel on forme
l’adjectif de relation, qui s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se
221
rapporte. En termes très clairs, les adjectifs de relations sont formés sur une base nominale
en ajoutant à ce nom un suffixe d’adjectif. Nous parlons d’une dérivation
morphologique qui s’opère de la manière suivante:

L’armée des Comores l’armée comorienne

La décision du gouvernement la décision gouvernementale

Un bateau de France un bateau français

Un arrête de la préfecture un arrêté préfectoral

La réponse du ministre Réponse ministérielle

Les adjectifs de relations représentent une syntaxe et un sens lexical foisonnants où une
étude sur la syntaxe, la morphologie et la sémantique s’annonce importante dans notre
travail. En effet, sa position relative dans la phrase est un peu complexe dans la mesure où
il est parfois en position d’attribut alors qu’il n’a pas cette fonction. À la différence des
adjectifs simples et complexes soigneusement étudiés dans les chapitres précédents, les
adjectifs de relation sont des adjectifs qui ne changent pas de sens au cours de la
dérivation. Ils définissent une relation et non une qualification, et ils peuvent être
remplacés par un complément du nom. Le voyage présidentiel est « le voyage du
président », tandis qu’on dit une voiture rapide et non* une voiture de la rapidité. Ensuite,
contrairement aux adjectifs qualificatifs ou complexes, les adjectifs de relation ne sont pas
gradables. *Ce voyage est très présidentiel. On a vu dans les chapitres précédents qu’on
peut intensifier les adjectifs simples et complexes. Très rapide, très en colère. Toutefois,
cette gradation ne s’applique pas à tous les adjectifs complexes : *Très en voyage, *très en
vacances, *très dans le coma, *très sous son autorité.

Force est de reconnaître également que les adjectifs de relation « sont l’occasion de
nombreuses figures style » notamment le zeugma :

« La tribune était présidentielle et pleine à craquer ». Le zeugma ou le zeugme s’explique


par l’emploi d’un même mot (tribune) régissant deux types d’adjectifs différents à savoir
l’adjectif classifiant présidentiel et l’adjectif qualifiant pleine. Autrement dit, ces adjectifs
222
sont mis sur le même plan syntaxique alors qu’ils appartiennent à des registres sémantiques
différents. Tous ces critères définitoires des adjectifs de relations se résument à leur
définition sans laquelle leur comportement syntaxique serait difficile à décrire.

L’étude de point de vue syntaxique et sémantique est privilégiée dans ce travail dont
l’objectif est d’effectuer une description relative au lexique-grammaire utile au traitement
automatique des langues naturelles. En français, les adjectifs relationnels se scindent en
trois catégories notamment les adjectifs formés d’un nom et d’un adjectifs et les adjectifs
relationnels figés et les adjectifs relationnels formés d’un nom prédicatif suivi, tout comme
en comorien, d’un adjectif de relation. Ces trois catégories sont très productives en français
qu’en comorien. La première catégorie se schématise ainsi :

N+AdjR parti républicain parti de la république

N+AdjR ville française ville de France

N+AdjR palais présidentiel palais du président

N+AdjR université française université de France

N+AdjR coupe mondiale coupe du monde

N+AdjR l’armée italienne l’armée de l’Italie

N+AdjR hymne national hymne de la nation

N+AdjR autorités comoriennes autorités des Comores

N+AdjR étudiant sorbonnard étudiante de la Sorbonne

N+AdjR vie estudiantine vie de l’étudiant

N+Adj produit chinois produit de chine

N+AdjR régime alimentaire régime d’aliment

N+AdjR bureau administratif bureau de l’administration

223
N+AdjR vaccination infantile vaccination des enfants

N+AdjR compte bancaire compte de banque

N+AdjR caisse nationale caisse de la nation

N+AdjR pharmacie villageoise pharmacie du village

N+AdjR situation africaine situation de l’Afrique

N+AdjR Séisme politique séisme politique

N+AdjR Association satanique association satanique

La classification syntaxique de ces adjectifs de relation nous permet de constater qu’ils


partagent une morphologie commune. Cette morphologie s’avère utile pour écrire et
reconnaître un grand nombre d’adjectifs relationnels, qui se placent toujours après le nom.
Nous rappelons que la parenté morphologique ici constatée nous permet également de
distinguer les adjectifs ci-dessus mentionnés des adjectifs relationnels figés où la parenté
morphologique ne s’observe pas. Tel est le cas des adjectifs suivants:

Quartier latin

Ville fleurie

Commerce triangulaire

Poésie universelle

Travail forcé

Allocation chômage

Travail saisonnier

Travail temporaire

Exercice individuel

224
Visite médicale

Ecole doctorale

Commerce international

Sécurité sociale

Café littéraire

Sourire diplomatique

Ces adjectifs ne désignent pas directement un rapport avec les noms auxquels ils font
référence. Les compléments du nom seront difficiles à construire, c’est-à-dire ils ne sont
pas paraphrasables. En effet, on ne dit pas *quartier de latin, *ville de fleur, *idée de
l’univers, *allocation de chômeur, *commerce de triangle.

Les adjectifs formés d’un nom prédicatif et d’un adjectif relationnel (Npréd+AdjR) sont
également très productifs en français.

rencontre littéraire N1 effectue une rencontre

décision préfectorale N1 a pris une décision

hémorragie cérébrale N1 a fait une hémorragie

voyage présidentiel N1 est en voyage

envergure nationale N1 a une envergure nationale

naissance infantile N1 donne naissance N2

paiement mensuel N1 effectue un paiement

visite médicale N1 effectue une visite

maladie vaginale N1 a une maladie

désir corporel N1 a le désir


225
exercice musculaire N1 est en exercice

préparation scolaire N1 est en préparation

cours magistral N1 est en cours

production cotonnière N1 produit N2

communication téléphonique N1 est en communication

dépense annuelle N1 fait une dépense

intuition féminine N1 a une intuition

la fatigue humaine N1 a une fatigue

La classe est hétérogène. Les noms-têtes considérés comme des prédicats établissent une
relation sémantique avec les adjectifs relationnels. Ces prédicats ont des classes
sémantiques différentes. Nous entendons par classes sémantique l’ensemble de mots
partageant les mêmes propriétés sémantiques. Le but de la création de cette classe a été le
traitement de la polysémie. En termes très clairs, puisque le prédicat change de sens selon
les arguments, il a été nécessaire qu’un tel système linguistique puisse apparaitre afin de
décrire de façon cohérente les classes d’objets. Ceux-ci diffèrent de la notion du domaine
qui traite aussi la polysémie. Ainsi, une pertinence relationnelle pourrait être née grâce à
cette notion linguistique qui fait que les noms, les verbes, les adjectifs s’emploient sans
contrainte sémantique aucune. La notion de domaine prend une valeur très proche de
classes d’objets. Dans notre travail relatif notamment aux adjectifs relationnels, il est
question de spécifier le domaine d’argument pour une description beaucoup plus cohérente
en matière du traitement automatique des langues.

Instrument communication téléphonique

Locatif maladie cérébrale

Temps dépense annuelle

226
Les domaines ci-dessus définis, déterminés, conçus jouent un rôle déterminant,
parallèlement aux classes, dans le traitement de la polysémie (BUVET, 1996).

Si on paraphrase certains adjectifs de relation, on trouve que les noms-têtes deviennent


prédicats nominaux, verbaux ou adjectivaux. Cela s’illustre dans les exemples suivants.

[Prédicats adjectivaux]

Npréd+AdjR : Voyage présidentiel

N de N : le voyage du président

Det N0 Vsup Préd Aj

Le président est en voyage

Npréd+AdjR : maladie vaginale

N de N : la maladie du vagin

Det N Vsup Préd Adj

Le vagin est malade.

[Prédicats verbal]

Npréd +AdjR : fatigue humaine

N de N : La fatigue de l’homme

Det N0 PrédV Det N1

La fatigue caractérise l’homme

[Prédicat nominal]

Npréd+AdjR : intuition féminine

N de N : l’intuition de la femme

227
N0 Vsup Det Npréd

La femme a une intuition

Nous pouvons encore ajouter une classe dans laquelle l’adjectif relationnel s’avère
modifieur.

[Visite médicale].

N0 Vsup Npréd médicale

Luc effectue une visite médicale.

[Envergure nationale]

N0 Vsup NPréd nationale

Luc a une envergure nationale.

[Collecte alimentaire]

N0 V sup Det Npréd almmentaire

Ils ont fait une collecte alimentaire

[Inscription universitaire]

N0 Vsup Det Npréd universitaire

Luc a fait une inscription universitaire

N0 Vsup Det Npréd linguistique

Luc a une maîtrise linguistique

[adaptaton théatrale]

N0 Vsup Det Npréd théatrale

Cet auteur a fait une adaptation théâtrale (+de son roman).


228
Ces adjectifs relationnels jouent aussi un rôle important dans des phrases à verbe support
dans la mesure où ils établissent une relation forte avec les noms prédicatifs. On ne peut
pas donc les effacer car ils précisent et complètent ces prédicats nominaux actualisés
toujours par les verbes supports dont la suppression ne porte pas atteinte au sens de la
phrase. Cette relation est régulière en français. Elle s’avère aussi importante pour définir
bel et bien les verbes supports et les prédicats nominaux. Ces derniers ont besoin qu’ils se
construisent avec un adjectif relationnel afin qu’ils soient beaucoup plus compréhensibles.

? Luc effectue une visite.

? Luc a une envergure.

? Luc a une maîtrise.

? Il a fait une collecte.

Toute classification des adjectifs relationnels qui s’oriente vers une typologie visant à
mettre le prédicat nominal en tête serait pertinente pour voir en grand la place et le rôle des
adjectifs relationnels dans la langue française.

Cursus universitaire

Communication gouvernementale

Réussite scolaire

Réunion ministérielle

Cette classification lexicale montre que les adjectifs relationnels ne sont pas régulièrement
paraphrasables par un complément du nom27.

Nous pouvons former une classe où certains adjectifs relationnels participent à la création
de quelques figures de style notamment l’hyperbole28. Ces adjectifs relationnels participant

27
Les adjectifs de relation, complémentation et sous-classification, Anne MONCEAU, 1997.

229
à la création de cette figure de style ne se paraphrasent pas aussi. Syntaxiquement, ils ne
sont pas l’équivalent d’un complément du nom.

Pluie torrentielle * Pluie de torrent

Hémorragie monétaire *Hémorragie de monnaie

Vent glacial *vent de glace

Film hyperréaliste *film de réaliste

Nous rappelons que les adjectifs de relations en comorien et en français décrits, analysés
dans cette sous-section sont sélectionnés sur des critères syntaxiques, morphologiques et
sémantiques pour leur traitement informatique. Notre observation linguistique, notre
analyse sur ces adjectifs évitent d’abord qu’on les confonde avec les adjectifs simples,
complexes prédicatifs. Cette sous-section est destinée surtout à illustrer le comportement
syntaxique des adjectifs de relation employés dans ces deux langues dont la différence
s’observe notamment sur la variation morphologique qui s’opère en français. Par contre,
les adjectifs de relation en français et en comorien ont en commun un comportement
syntaxique non négligeable. Les propriétés linguistiques qu’ils ont en commun se résument
dans le tableau ci-dessous.

Propriétés linguistiques

0 « ils n’acceptent pas d’adverbes de degré » (*voyage très présidentiel, sauf cas très
particulier) (Dubois et Dubois Charlier, 1999). Les adjectifs relationnels refusent la
gradation en général, et « très », en particulier » (Goes, 1999).

0 Ils ne peuvent pas être antéposés (*le présidentiel voyage).

0 « ils ne sont pas susceptibles d’adverbialisassions » (*présidentiellement), ni de

28
Figure de style qui consiste à exprimer une idée ou un sentiment de façon exagérée.

230
nominalisation (*la présidentialité).

0 « Ils ne s’emploient pas en fonction d’attribut » (*ce voyage est présidentiel, sauf cas
particulier).

0 « La coordination d’un adjectif relationnel avec un adjectif qualificatif est


impossible ».

0 « Ils ne forment généralement pas une série antonymes ».

Propriétés opérationnelles

0 Les suffixes des adjectifs relationnels : - ique, - aire, -eux, - ier, -ien, - ois, - ain, - al,
- el, - estre, - il, -in, - esque, - é, -if.

0 « il existe des paraphrases dans un corpus monolingue de la forme [X PREP DET ?


N’] : : [X AdjR] (ex : cancer du poumon) : : (cancer pulmonaire) ; où X est un nom,
N est le nom de base de AdjR. (PREP signifie préposition, DET signifie déterminant.
Signifie que DET peut apparaître une ou zéro fois).

0 Dans les syntagmes de la forme [N Adj1 Adj2] (ex : rupture capsulaire


ganglionnaire), si Adj2 est un adjectif relationnel, Adj1 est relationnel également.

1 Dans les syntagmes de la forme [N Adj1 et/ ou Adj2] (ex : facteurs


environnementaux ou génétiques), si Adj2 est un adjectif relationnel, Adj1 est
relationnel également.

1 Ils peuvent être préfixés par les préfixes : post-, trans-, uni-, tri-, pré-

1 Ils peuvent être préfixés par des racines gréco-latines : micro-, radio-, séro- etc.

Force est de reconnaître que toutes ces propriétés décrites dans ce tableaux se partagent
également dans la langue comorienne où le connectif ki ne subit pas une variation

231
morphologique, c’est-à-dire elle est invariable car elle ne s’accorde pas en classe comme
les adjectifs, les noms et les verbes etc.

Il faut noter également que ces critères énumérés dans ce tableau plafonnent et soumettent
ces deux langues à une limite bien que les adjectifs de relation étudiés s’écartent de toute
forme d’homogénéité. Mais il est intéressant de constater que certains problèmes sont d’un
point de vue informatique analogue à ceux que pose notamment le comorien qui est d’un
type agglutinatif absent du travail sur le traitement des langues naturelles, et qu’une étude
linguistique n’est pas aussi en voie d’amélioration.

7.2. Typologie des adjectivaux

Cette sous-section se propose de faire une typologie des adjectifs qui s’emploient dans les
expressions figées dont le sens diffère des adjectifs simples. Ce travail n’exclut pas les
adjectifs complexes tels que être sur l’étiquette, être aux âges mais notre typologie serait
plutôt consacré à l’usage des adjectifs qui s’emploient dans les comparaisons figées en
comorien et en français tels que -udu hama izinga, -kudu hama irasi, -tsala hama unyungo
ou bête comme ses pieds, brave comme un pape, sage comme une image…

Cette typologie des adjectivaux se résume à une classification syntaxique de ces séquences
figées adjectivales. C’est un travail qui s’avère important dans la mesure où les propriétés
syntaxiques relatives aux adjectivaux comoriens et français favorisent et facilitent leur
traitement informatique par la machine d’où la naissance d’une interface innovante. Nous
allons classer ces adjectifs suivant des conventions syntaxiques. L’objectif ne se propose
pas d’examiner seulement une correspondance régulière et systématique entre la forme et
le sens de ces adjectifs mais aussi de les décoder, de confronter tous les emplois de leur
emploi afin qu’ils soient délimités et reconnus par la machine.

Les adjectivaux soumis à notre réflexion n’ont pas la même structure syntaxique, ils
s’inspirent de formes diverses, c’est la raison pour laquelle ils se scindent en plusieurs
classes. Nous pouvons schématiser la première classe des adjectivaux comoriens de la
manière suivante :

Adj +hama +subst

232
Adj comme subst : -du hama izinga

Adj comme subst : -du hama sharibo

Adj comme subst : -ema hama dhahabu

Adj comme subst : -kevu hama hamadji

Adj comme subst : -le hama mnazi

Adj comme subst : -weu hama dziwa

Adj hmama subst : -hali hama itsangu

Adj hama subst : -kudu hama irasi

Adj hama subst : -fupvi hama kulimba

Adj hama subst : -ledjevu hama binda

Adj hama subst : -kudu hama ina

Adj hama subst : -du hama misizi

Adj hama subst : -radji hama mwango

Adj hama subst : -tsala hama mkandra

Adj hama subst : -ndji hama bahari

Adj hama subst : -relesa hama ntsidawe

Adj hama subst : - relesa hama ure

Adj hama subst : -djipva hama ndjizi

Adj hama subst : -risa hama nkima

Adj hama subst : - djipva hama sukari

233
Adj hama subst : -relesa hama mafura

Adj hama subst : -huhuru hama ntsidawe

Adj hama subst: -havu hama nganu

Adj hama subst: -nyongo hama sibiri

Adj hama subst : -tsala hama uzi

Adj hama subst : -peu hama inyama

Étant figées, ces locutions adjectivales refusent qu’on les substitue par une séquence ou par
un mot appartenant à la même classe sémantique qu’elles. Ce critère définitoire du
figement permet de distinguer ces séquences figées des séquences libres. Ainsi, il est
impossible de remplacer le nom ntsidawe (pierre) par le nom bwe (pierre) dans
l’expression –relesa hama ntsidawe (glissant comme une pierre) alors que ntsidawe est
synonyme de bwe dans le shingazidja29.

Le caractère figé de ces séquences s’annonce incontestable par le fait qu’elles ne rejettent
pas les caractéristiques définitoires du figement. Nous envisageons les caractéristiques
suivantes :

La non-insertion

On est dans l’impossibilité d’insérer un mot dans ces locutions adjectivales :

-djipva hama ndjizi (délicieux comme le miel).

*-djipva hama ndjizi ya mmwa (*délicieux comme le sirop de canne à sucre).

-risa hama nkima (laid comme un maki).

29
Dialecte parlé dans la Grande Comores qui fait, tout au long de notre travail en comorien, l’objet de notre

étude.

234
*-risa hama nkima ya hondze (laid comme un maki campagnard)

-ndji hama bahari (large comme la mer)

*-ndji ndziro hama bahari (large et lourd comme la mer)

Le blocage de paradigmes synonymiques

Remplacer une séquence figée par un mot ou par une séquence ayant/ou non apparemment
le même sens se heurte à un refus :

-eu hama dziwa « blanc comme le lait » * -eu hama ndelebingu.

-dziro hama ntsidawe « lourd comme une pierre » *-dziro hama bwe.

-havu hama nganu « sec comme la farine » * -havu hama unga

La non-actualisation des éléments constitutifs de l’expression.

Actualiser une locution adjectivale du sous-type Adj hama N est une opération qui
cependant s’avère possible même si celle-ci n’est pas jugée plus libre syntaxiquement.
Cette possibilité s’explique par la transparence sémantique de ces locutions. En clair, le
caractère figé de ces locutions est plutôt syntaxique.

Nous rappelons que les locutions adjectivales, tout comme les prédicats adjectivaux
simples et les prédicats adjectivaux complexes, sont actualisées par la copule hukaya
équivalent de être en français. Pour cette raison, on la considère comme un verbe support
(Vsup).

Omhogo unu ukaya mhavu hama nganu « ce manioc est sec comme une farine ». Cette
comparaison figée dont le verbe support est au présent progressif peut s’actualiser à
d’autres temps comme le futur simple : omhogo unu ngodjoukaya mhavu hama nganu « ce
manioc sera sec comme la farine », omhogo unu ukaya mhavu hama nganu (accompli)
« ce manioc était sec comme la farine).

-du hama izinga « noir comme une braise »

235
Salim nge mudu hama izinga. « Salim est noir comme braise. »

Salim ngudjokaya mudu hama izinga. « Salim serait noir comme une braise. »

Salim harendeha mudu hama izinga. « Salim reste noir comme une braise. »

Salim hakaya mudu hama izinga. « Salim était noir comme une baise. »

Salim hadja mudu hama izinga. « Salim devient noir comme une braise. »

-ema hama mwarabu « beau/belle comme un/une arabe

Fatima emwama hama mwarabu « Fatima est belle comme une arabe »

Fatima ngudjoka mwema hama mwarabu « Fatima serait belle comme une arabe. »

Fatima harendeha mwema hama mwarabu « Fatima reste belle comme une arabe. »

Fatima hakaya mwema hama mwarabu « Fatima était belle comme une arabe. »

Fatima ngudjokaya mwema hama mwarabu « serait belle comme une arabe. »

Il est important de remarquer que ces adjectivaux ne se nominalisent pas, ce qui les
distinguent des suites adjectivales libres :

*Oudu wa Salima wa izinga

*Owema wa Fatima wa mwarabu

Toutefois, dans Salim emudu wa falaska30, l’adjectif –du peut subir la nominalisation :

Oudu wa Salim wa falasika.

30
Cette séquence ne se traduit pas littéralement.

236
La possibilité d’actualiser une locution parait possible en français dans les locutions
adjectivales ayant la structure Nhum+Adjcoul+comme+N dont une analyse sémantico-
syntaxique sera faite de façon beaucoup plus approfondie dans le chapitre chap. 8.

Il est rouge comme un coq peut s’actualiser en Ali reste rouge comme un coq. Ali devient
rouge comme un coq. Ali cesse d’être rouge comme un coq.

Opacité sémantique

En ce qui concerne l’opacité sémantique, nous avons vu que cette propriété est souvent
mentionnée comme critère définitoire d’une expression figée. C’est une condition
nécessaire et pertinente pour le traitement la polysémie, notion qui pose de problème au
niveau du traitement informatique des langues naturelles. Ainsi, le sens des locutions du
type –djipva hama ndjizi, -radji hama mlango, -le hama mnazi sont sémantiquement
transparentes car elles sont compréhensibles pour les sujets natifs et non-natifs. Il n’est pas
nécessaire qu’on réexplique ces locutions pour qu’elles soient très compréhensibles. En
effet, comparer un Nhum qui est –radji avec mlango (une porte assez large) répond à une
question objective qui ne pose aucun problème de compréhension par le fait que –radji
signifie large (la largeur ou la corpulence de la personne dont on parle) et que
mlango « porte » a un aspect physique assez grand par rapport à la hauteur et à la taille,
d’où l’expression Ali emradji hama mlango « Ali est large comme une porte ». Ainsi, nous
supposons que des expressions telles que –du hama hidza, -le hama mnazi, -tsala hama uzi
sont transparentes pour les locuteurs non natifs. Il suffit qu’ils comprennent le sens de
chaque mot qui compose l’expression afin de pouvoir interpréter sans contrainte le sens de
l’expression.

Par contre le sens des locutions telles que –ledjevu hama binda, -ndji hama bahari, fupvi
hama kulimba sont opaques pour les Comoriens eux-mêmes car ces locutions adjectivales
sont difficiles à interpréter. Mais il faut souligner que l’opacité sémantique de ces
séquences figées ne nous suffit pas pour dire qu’elles sont totalement figées. En effet, les
insertions ne s’interdisent pas dans ces expressions.

Salim emfupvi halisi hama kulimba

237
Salim emledjevu kabisa hama binda

Salim emwindji nanamnayautosha hama bahari

Le tableau ci-dessus énumère les différents critères définitoires du figement appropriés aux
comparaisons figées.

Critères principaux

Opacité
1 sémantique

Blocage
2 de propriétés transformationnelles

Non-actualisation
3 des éléments constitutifs de l’expression

Substitution
4 synonymique impossible

Non-insertion
5 d’éléments nouveaux

Ces différentes caractéristiques ci-dessus présentées brièvement pour la reconnaissance de


l’expression figée sont communes à tous les types de structure Adj+hama+substantif.

Toutefois, le figement ici étudié est plutôt syntaxique. Le figement sémantique de ces
locutions adjectivales n’est pas aussi négligeable et cela nécessite une analyse beaucoup
plus sérieuse car une grande partie des locutions du sous-type Adj+hama+subst est
transparente. Cela s’observe dans les locutions -tsala hama uzi, -udu hama izinga, -eu
hama dziwa toutes ces comparaisons se comprennent facilement car on exprime d’abord ce
qui est très important dans le contexte plus particulièrement les adjectifs qualificatifs –
tsala, -udu, -eu. On assigne à ces locutions le sens de mstala swafi, mudu swafi, mweu
swafi qui se traduisent respectivement par (très mince, très noir, très clair). Par
conséquent, ces locutions sont sémantiquement transparentes. Par analogie, nous pouvons
encore élucider les locutions –radji hama mlango, -risa hama nkima, -ema hama dhahabu
comme signifiant mradji swafi (très large), urisa swafi (très laid), mwema swafi (très beau/
très bel). Le sens de ces adjectifs est encore transparent. Certaines de ces locutions

238
s’emploient au sens figuré, c’est-à-dire leur sens n’est pas motivé:-hali hama itsangu, -
ledjevu hama madji, -indji hama bahari. La compréhension de ces comparaisons nécessite
des explications pour le sujet non natif. En effet, -hali hama itsangu ne veut pas dire –
wawa (irritant ou piquant) mais -fudhuli, mdjabari, -tsovu adabu (impudent, insolent,
impoli). La même chose pour –ledjevu qui ne veut pas dire –mbavu (léger, moins dur) mais
makini (tranquille, calme,) ou –trulivu (timide) ; - ndji qui ne veut pas dire abondant ou
beaucoup mais omniprésent, omniscient31. Le sens de ces locutions est donc opaque.

-ndji hama -risa hama

bahari nkima

Opacité sémantique transparence sémantique

31
Certains mots comoriens n’ont pas de mots de sens équivalent en comorien, c’est-à-dire ils n’ont pas de

mots synonymes.

239
Nous entendons par opacité sémantique quand le sens de la locution adjectivale présenté
ci-dessus, par exemple, est non compositionnel et à l’inverse, elle a une transparence
sémantique quand le sens est compositionnel.

Il y a lieu de préciser qu’en comorien, il existe une deuxième catégorie32 des locutions qui
se schématisent ainsi : hama+Adj considérées comme locutions adjectivales dans la
mesure où l’adjectif, qui fait l’objet de notre étude, occupe une place centrale non
négligeable. Ces locutions n’ont pas la même structure de surface avec les locutions
adjectivales du sous-type Adj hama N.

Exemple. :

Hama+Adj : hama daba la Badjini

Hama +adj: hama mdru utsinaroho

Hama+ Adj: hama mdjinga

Hama+Adj : hama djudju

Hama+Adj : hama mtsovwaradhi

Hama+Adj : hama mwendza-shonga

Hama+Adj : hama mdru wadini

Hama+Adj : hama mdru utsina roho

Hama+Adj : hama mwendza roho bi

Hama+Adj: hama masikini siki

Hama+Adj: hama mnai mmahandeni

32
Une manière pour les Comoriens d’exprimer la comparaison sans le comparant.

240
Hama+Adj : hama bubu

Hama+Adj : hama mfumatso

Hama+Adj : hama mdru wadjitihadi

Hama+Adj : hama mlevi madzi

Hama+Adj : hama irewe shandani

Hama+Adj: hama djaya lamadzi

Hama+Adj: hama kafiri dhunubi

Les comparés ne sont pas exprimés. Ces locutions peuvent se définir comme le résultat
provenant d’un contexte ou d’un discours donné pouvant avoir le sens ou la signification
d’un comparés. En clair, ces locutions dépendent des conditions dans lesquelles le locuteur
les tient et surtout du point de vue auquel il se place. Il y a environ une centaine de
locutions adjectivales qui fonctionnent de cette manière.

Tsiono Ali havaya siri ndzidu yanambuha hama mdjifumoyo « j’ai vu Ali s’habiller d’un
pantalon noir rapiécé. Tel un fou/ on dirait un fou. Cela sous-entend ou s’interprète: Ali est
maladroit comme un fou.

Ali ngulatso hama daba « Ali est incontrôlé comme un idiot. »

En outre, le fait d’employer ces locutions s’expliquent par plusieurs raisons. D’abord, elles
peuvent être, soit que le comparant est absent, soit que qu’il existe dans l’imagination. Par
consequent, la tournure de ces adjectivaux a des explications diverses.

Ces adjectivaux visiblement employés comme comparant peuvent s’employer comme


argument (on les catégorise donc comme adjectifs-arguments), c’est-à-dire ils peuvent se
substantiver :

N0hum PrédV N1hum où mlevi = N1hum Tsiono mlevi. « J’ai vu un ivre.»

241
N0hum PrédV N1hum où N0hum = mlevi : emlevi oyi hakaya wapeu « cet ivre est
méchant ».

Ces adjectivaux peuvent parfois ne pas accepter le facteur d’intensité.

?Hama masikini swafi

?Hama daba la Badjini swafi

Toutefois l’insertion d’un mot s’avère impossible dans ces locutions adjectivales.

*Hama djudju dziro « on dirait un idiot difficile »

*Hama daba la Badjini ya Pimba33 « on dirait un idiot de Badjini dans la région de


Pimba »

*Hama kafiri dhunubi lamaka « on dirait un infidèle mecquois ».

Nous rappelons que la classification des locutions adjectivales en comorien ci-dessus


décrites est loin d’être exhaustive, mais elle donne cependant une idée sur la diversité de
ces adjectivaux qui n’ont jamais fait l’objet d’une telle étude. Nous constatons qu’au
regard des critères que nous avons déjà énumérés leur comportement sémantico-syntaxique
répond à certains critères définitoires du figement.

Nous rappelons également que l’étude sur ces locutions adjectivales en comorien
n’échappe pas également à la notion de degré du figement. En effet, ce dernier peut
intervenir dans la description des locutions adjectivales ci-dessus mentionnées. Dans le
« Figement lexical, 1997 », Salah Mejri, auteur de cet ouvrage constate que le figement
s’inscrit dans un continuum puisque le passage des séquences libres (S.L) « s’opère d’une
manière graduelle et imperceptible aux séquences figées (S.F). Pour toutes ces raisons, il

33
Dans la grande Comores, la région de Badjini est composée de quatre parties nommées Itsahidi (Badjini

Sud), Ngongwe (Badjini Ouest), Pimba (Badjini Est), Domba (Badjini Nord).

242
est important de souligner qu’une locution adjectivale n’est pas obligatoirement synonyme
d’une séquence figée, et qu’aucune de ces locutions n’est totalement figée. Les séquences à
noyau adjectival illustrent cette remarque. Nombreuses sont ceux qui se pronominalisent.
Loulou eurisa hama nkima, hata emwanahe tsena (Loulou est laide comme un maki, son
fils l’est aussi). Emnashioni oyi enankili hama sungurwa, hata fundiwahe « cet élève est
intelligent, son enseignant l’est aussi ».

Pour compléter et enrichir le vocabulaire du comorien, certains verbes ou phrases


s’emploient comme adjectifs :

Mwendza-shonga (capricieux, mal chanceux), mwandza-zio (gourmand), mrehuri


(libérateur). Ces adjectifs feront l’objet de vérification pendant que nous décrivons,
interprétons, analysons les adjectifs composés en comorien afin de livrer des réponses
satisfaisantes à notre question principale. Ces adjectifs remplissent toutes les conditions
pour figurer parmi les adjectifs composés. En effet, ils peuvent être en position épithète:
mwana mwendza-shonga ; attribut : emwana hakaya mwendza-shonga. Ils se
pronominalisent: Ali nge mwendza-shonga, hata emwandzani wahe. En conséquence, nous
pouvons les catégoriser comme adjectifs prédicatifs.

Le comportement des adjectivaux comoriens dont le nom recteurs ne prennent pas un


déterminant ne s’inscrit pas dans le cadre de la notion du figement. Autrement dit,
l’absence de déterminant ou le déterminant zéro n’est pas, en comorien, un critère
définitoire du figement. En effet, les déterminants ou les particules catégorisées comme
déterminant s’emploient occasionnellement. C’est un comportement syntaxique typique à
la langue comorienne. Ce phénomène linguistique (le déterminant zéro), peut s’observer
dans la troisième classe des locutions adjectivales en français montrée ci-dessous : blanc
comme neige, rouge comme carotte, amer comme chicotin…

Notre travail sur ces locutions adjectivales mérite une description rigoureuse relative à ces
deux langues, car il s’agit d’un phénomène qui est très productif en comorien et en français
et qu’il devient parfois une source de nombreuses contraintes au niveau de la
compréhension, de l’apprentissage et de la maîtrise de ces deux langues qui font l’objet de
notre étude tout au long de notre travail. En conséquence, une telle description apparaît a

243
priori comme une nécessité. Un sujet non natif ne peut pas, par exemple, prédire le sens de
-hali hama itsangu, -ledjevu hama binda, -kevu hama madji ou bête comme ses pieds, con
comme un balai, con comme la lune. Une classification syntaxique de ces locutions
adjectivales s’avère, nous semble-t-il, pertinente pour délimiter ces adjectifs prédicatifs. Et
selon Gaston Gross les flexions (féminin pluriel) ne sont pas les mêmes selon que l’on a
affaire à tel ou tel type de composition, le recensement s’effectue plus facilement si la
recherche se fait dans des cadres bien définis. En plus, informatiquement, un composé ne
peut être reconnu que si sa structure figure au préalable dans un lexique. Nous présentons
ici une partie des locutions adjectivales que nous avons recensées pour la construction de
notre corpus. Notre corpus en français comprend plus de 260 locutions adjectivales dont
une description syntactico-sémantique s’effectuera dans le chapitre 8 de notre travail.

Adj comme Det N

Adj comme Poss N : bête comme ses pieds

Adj comme un N : brave comme un pape

Adj comme un N : rouge comme une tomate

Adj comme un N : gai comme un pinson

Adj comme un N : vivant comme un dieu

Adj comme un N : beau comme un astre

Adj comme un N : fort comme un lion

Adj comme un N : pur comme un astre

Adj comme le N : clair comme de l’eau de roche

Adj comme la N : con comme la lune

Adj comme la N : triste comme la pluie

Adj comme les N : malheureux comme les pierres

244
Adj comme un N : rusé comme un renard

Adj comme un N : con comme un manche

Adj comme un N : mince comme un fil

Adj comme un N : bêtes comme un chou

Adj comme un N : con comme un balai

Adj comme Poss N : con comme ses pieds

Adj comme du N : blanc comme du lait

Adj comme une N : blanc comme une colombe

Adj comme la N : blanc comme la cire des cierges

Adj comme un N : bête comme un dindon

Adj comme un N : bête comme un mouton

Adj comme un N : bête comme un panier

Adj comme un N : bête comme une buche

Adj comme un N : bête comme une cruche

Adj comme un N : bête comme un pot

Adj comme un N : bête comme une bûcheje

Adj comme une N : bête comme une oie

Adj comme un N : bête comme un âne

Adj comme un N : froid comme un marbre

Adj comme un N : bête comme bonjour et bonsoir

245
Adj comme une N : bavard comme une pie

Adj comme un N : beau comme un le jour

Adj comme le N : clair comme le jour

Adj comme le N : bon comme le bon Dieu

Adj comme un N : courageux comme un lion

Adj comme un N : doux comme un mouton

Adj comme un N : droit comme un piquet

Adj comme le N : dur comme l’acier

Adj comme la N : embêtant comme la pluie

Adj comme un N : faux comme un jeton

Adj comme une N : fin comme une mouche

Adj comme le N : grand comme le monde

Adj comme un N : heureux comme un roi

Adj comme une N : insolent comme une porte cochère

Adj comme un N : jaune comme un citron

Adj comme un N : lourd comme un plomb

Adj comme un N : malade comme un chien

Adj comme une N : mou comme une chiffe

Adj comme un N : pâle comme un mort

Adj comme la N nu comme la main

246
Adj comme une N : plate comme une planche

Adj comme un N : rouge comme un coq

Adj comme une N : têtu comme une mule

Adj comme un N : vilain comme un singe

Adj comme un N : sourd comme un pot

Adj comme un N : sérieux comme un pape

Adj comme un N : laid comme un pou

Adj comme un N : fier comme un pou

Les structures de type Adj comme Det N sont très productives en français. Toutes les
locutions adjectivales construites sur cette base « sont étroitement appropriées à un
adjectif: sale comme un cochon, fort comme un turc, bête comme ses pieds ». Ces prédicats
adjectivaux s’avoisinent à des adverbes d’intensité. Ils se dégradent donc de la manière
suivante: Luc est très bête comme ses pieds. Luc est très fort comme un Turc. Cet
indicateur d’intensité se pratique dans beaucoup des locutions adjectivales du sous-type
Adj comme N. Il est important de constater que ces locutions sélectionnées par les adjectifs
sale, bête, fort « ne font pas parties de l’expression locutionnelle ».

Ces locutions adjectivales n’échappent, bien qu’elles acceptent la gradation, au phénomène


du figement. Cela s’illustre dans le tableau ci-dessous.

synonymes Loc. adjectivales substitutions

camion, poids lourd beau comme un camion *beau comme un poids lourd

bête, idiot, con bête comme ses pieds *idiot/con comme ses pieds

Mince, maigre, mince comme un fil *maigre comme un fil

247
Sale, crasseux, sale comme un cochon *crasseux comme un cochon

Il existe cependant des variantes diverses mais cette variation ne porte pas par exemple
atteinte au sens de la locution de base. On dirait sale comme un cochon, un peigne, un
porc), con comme (la lune, un balai, une valise), triste comme la mort, un bonnet de nuit),
blanc comme (neige, symbole), soûl comme (une grive, une bourrique, un cochon). Ces
débuts de paradigmes, les coréférences qui s’opèrent occasionnellement (bête comme mes,
tes, ses pieds) n’empêchent pas de dire que les locutions adjectivales du sous-type Adj
comme N ne sont pas figées. Nous précisons qu’elles sont syntaxiquement et
sémantiquement figées. Les critères définitoires d’une séquence figée s’appliquent, sauf
cas particulier, à ces locutions adjectivales. Ces dernières sont polylexicales par le fait
qu’elles sont composées de plusieurs mots (adjectif, outil de comparaison, GN) où
l’opération consistant à remplacer une de ces parties du discours par un mot synonyme se
heurte à l’impossible. En effet, on ne dit pas *Luc est beau comme un poids à lourd mais
Luc est beau comme un camion, on ne dit pas *il est crasseux comme un cochon mais sale
comme un cochon. L’insertion d’un mot se heurte également à un refus. On ne dit pas *je
le trouvais con comme un balai électrique mais je le trouvais con comme un balai. On ne
dit pas *mince comme un fil de fer mais mince comme un fil. Ces locutions se construisent
avec des éléments qui ne s’actualisent pas entre lesquels s’opère le blocage de propriétés
transformationnelles.

Les comparaisons sont des adjectifs prédicatifs. Elles se pronominalisent par le, pronom
personnel. Il est con comme la lune. Luc l’est également. Luc est brave comme un pape. Je
le suis aussi. La comparaison n’est pas évidente. Elle parait moins motivée et l’on peut
parler d’opacité relative ou complète de la relation, ce qui est la définition du figement
sémantique (Gaston Gross, 1996) :

Con comme un balai

Fort comme un Turc

Fier comme un petit banc

248
Triste comme un bonnet de nuit

Con comme une valise

Notre analyse sur ces locutions nécessite évidemment que nous observions également leur
dissymétrie.

Bête comme ses pieds mais con comme la lune

Mince comme un fil mais maigre comme un clou

Triste comme la pluie mais malheureux comme les pierres

Malin comme un singe mais rusé comme un renard

Des locutions comme bronzé comme un cachet d’aspirine, aimable comme porte de prison
relèvent par leur motivation de l’antiphrase.

Dans notre typologie des locutions adjectivales figurent plusieurs classes parmi lesquelles
les locutions constituées d’un adjectif, d’un outil de comparaison suivie d’un nom propre.
On peut le schématiser de la manière suivante :

Adj comme Npropre

Adj comme Npropre : vieux comme Matbusalem

Adj comme Npropre : soûl comme Artaban

Adj comme Npropre : vieux comme Hérode

Adj comme Npropre : pauvre comme Jacob

Adj comme Npropre : riche comme Crésus

Adj comme Nprore : sage comme Montaigne

Adj comme Npropre : sensible comme Mozart

Adj comme Npropre : gueux comme Job


249
Adj comme Npropre : tranquille comme Baptiste

Adj comme Npropre : vieux comme Hérob

Adj comme Npropre : fort comme Hercule

Adj comme Nprore : blond comme Phoebus

Certaines de ces locutions font références à des situations, à des croyances ou à des
pratiques périmées ou encore à des illusions religieuses, littéraires. Telles que soûl comme
un Polonais, fier comme Artaban…

Quelques adjectifs relationnels peuvent s’employer sans que les noms avec lesquels ils sont
mis en relation prennent un déterminant.

Adj comme subst

Adj comme N : bête comme chou

Adj comme N : amer comme chicotin

Adj comme N : blanc comme neig

Adj comme N : blanc comme symbole

Adj comme N : roué comme potence

Adj comme N : rouge comme carotte

Adj comme N : barbu comme chèvre

Adj comme N : chaud comme braise

Adj comme N : doux comme miel

Adj comme N : vert comme pré

Certaines de ces comparaisons ne s’interprètent pas littéralement. Elles apportent à la


phrase une contribution stylistique et intensive. Tel est le cas des locutions amer comme
250
chicotin (métaphore, Zola, L’Assommoir, 1877, p. 695), blanc comme symbole
(métaphore).

7.2.1. Adjectifs construits sur une préposition

L’étude des adjectifs construits sur une préposition se résume à une construction complexe
dont l’étude a exclu les adjectifs simple et les adjectivaux de sous-type Adj hama N et Adj
comme N. nous entendons par préposition une partie du discours invariable qui, placé
devant un élément à valeur nominale ( subst. pour Léa; pron. pour moi ; adj. Capable de
réussir ; adv. pour ce soir ; syntagme inf. pour le chercher, prop. conj. pour qu’il aille dans
le bon sens), le lie dans un rapport sémantique (approche, éloignement, intériorité,
privation…) en le subordonnant à un autre élément de la phrase (subst. la robe de Léa ; adj.
capable de gagner ; adv. loin de lui, verbe. douter de qqc) ou à la phrase entière (à vrai
dire, il) ; mot ou locution qui appartient à cette partie du discours34. Cette définition est
valable à la langue comorienne et à la langue française. Seulement, en comorien, la
préposition n’est pas une partie du discours assez riche car il n’existe pas, à notre
connaissance, une variété importante relative à cet élément linguistique qui joue un rôle
indubitable dans la langue française. Nous rappelons que quelque soit le comportement
syntaxique (adjectif simple, adjectif composé) ou la position de l’adjectif (attribut, épithète,
détaché) dans la phrase, cette partie du discours (l’adjectif) peut, selon Gaston Gross, être
soumis à des différents degrés de comparaison et pronominalisé en le.

La complexité des adjectifs construits sur une préposition s’explique d’abord par leur
comportement lexical (ces adjectivaux sont polylexicaux) et par le fait que certaines
prépositions sont eux-mêmes de nature prédicative. De ces prépositions prédicatives, on
extrait des adjectifs prédicatifs composés tels que mon stylo est en vente, je suis pour cette
équipe. Ces prédicats adjectivaux peuvent se pronominaliser en le, ce qui les distingue des
prédicats nominaux comme décision, gifle, courage…Ce critère est une illustration
évidente, nécessaire à entretenir la typologie de ces adjectivaux dans cette sous-section. La

34
Le TLFI, (Trésor de la Langue Française Informatisée).

251
troisième raison relative à la construction complexe de ces adjectivaux c’est que certains
d’entre eux proviennent du passage de la voix active à la voix passive : Luc abandonne ses
enfant, les enfants de Luc sont à l’abandon. Les variantes sont diverses et nécessitent une
description très détaillée. Puisque nous avons étudié en détail ces types d’adjectifs en
montrant pourquoi ils sont à la fois transparents et opaques, c’est-à-dire leurs caractères
figés dans les chapitres précédents, nous allons faire une typologie de ces adjectivaux en
leur attribuant des classes syntaxiques sans lesquelles il serait difficile qu’elles soient
reconnues par la machine. Ce choix syntaxique est lié à l’origine, à la création et à la
structure des adjectifs construits sur une préposition.

En comorien, l’étude de ces adjectifs construits sur une préposition s’inscrit dans un cadre
de fonctionnement difficile à mettre en œuvre dans la mesure où les prépositions remontent
à des formes diversifiées non stables dont le sens varie d’une phrase à l’autre. En plus,
elles ont un comportement syntaxique irrégulier et font parties des homophones
grammaticaux. Prenons les exemples suivants où le connectif ni catégorisé comme une
préposition collée toujours au nom peut être l’équivalent de dans. lekotri lahangu ngilo
hobironi , Ngami homsirini, en. Ngami tsumuni. Le comportement syntaxique de ces
prépositions a fait que le comorien ne connaît pas un nombre important de prépositions qui
forment des adjectivaux. Nous classons les différentes constructions sur une préposition.

Adjectifs construits sur une préposition.

être+NPrép : hukaya ipvilipvilidju

être+NPrép : hukaya hiridjuu mwadalao

être+NPrép : hukaya fukatredjuu

être+NPrép : hukaya trambaoni

être+NPrép : hukaya madji maleni

être+NPrép : hukaya udjenini

être+NPrép : hukaya swalani

252
être+NPrép : hukaya mikoni

être+NPrép : hukaya madjimaleni

La réalité est que le comorien connaît un très grand nombre d’adjectivaux construits
notamment sur une préposition locative. C’est-à-dire la fonction attribuée à ces
prépositions, qui se collent le plus souvent au nom, est celle d’introduire un complément de
lieu. Ces prépositions conditionnent la formation des adjectivaux qui comprennent
plusieurs catégories à savoir les adjectivaux construits sur une locution prépositive, les
adjectivaux construits sur une préposition provenant d’un verbe mis notamment à la voix
passive, les adjectivaux construits sur une préposition prédicative.

Les prédicats construits sur une locution prépositive

Les adjectivaux construits sur une locution prépositive ne sont pas nombreux. Ils ne se
défigent pas. Leur comportement sémantico-syntaxique ne rejettent aucun critère
définitoire du figement. Ils se construisent sur la base d’un nom suivi d’un connectif
attachée à ce nom : ipvilipvilidjuu, hiridjuu mwadalao, fukatredjuu. Le connectif -u collée
toujours à la fin du nom est catégorisée comme préposition. Son sens varie d’une séquence
à l’autre. Elle peut être l’équivalent de sur ou en en français.

La non-actualisation des élements

Ces adjectivaux ne s’actualisent pas individuellement :

*Ali nge hiridjuu mwadalao swafi, halisi, halisi

*Ali nge fukatredjuu swafi, halisi, kabisa

*Ali nge hiridjuu mwadalao shema

La non-insertion

Ces adjectivaux refusent toutes les possibilités combinatoires ou transformationnelles.


C’est-à-dire l’impossibilité d’ajouter des éléments lexicaux à l’intérieur de ces adjectivaux
ne se heurte pas à un refus.

253
Le défigement

Le blocage des propriétés transformationnelles. Ces adjectivaux ne tolèrent pas le


défigement.

*Ali nge hiridjuu shaki faume.

? Entsi ngio harimwa ipvilipvilidju

L’opacité sémantique

Le sens de ces adjectivaux est opaque. En effet, le sens n’est pas le produit de la somme
des sens des éléments lexicaux individuels. Les expressions hiridjuu mwadalao,
fukatredjuu, ipvilipvilidju ne sont pas du tout compréhensibles. Leur figement se situe au
niveau de la syntaxe et de la sémantique. Chacune de ces suites figées a sa propre structure.
Dans hiridju mwadalao le mot hiri n’est pas synonyme de chaise. Il n’y a aucun rapport de
sens avec chaise bien que hiri signifie chaise en française. Il en est de même pour dalao ne
signifiant pas remède ou prière. La relation entre hiri et dalao est inanalysable. Cette
expression s’emploie pour exprimer l’état dans lequel une personne pourrat se trouver. Les
deux autres adjectivaux acceptent cette même analyse. Ainsi, ils sont totalement opaques,
totalement figées.

Le blocage des paradigmes synonymiques

Ces suites figées ne se remplacent pas par un mot ou par une séquence ayant le même sens,
c’est-à-dire les constituants de ces séquences ci-dessous refusent la substitution ou la
permutation avec un autre mot ou une locution provenant de la même classe

Ali hakaya (hiridjuu mwadalao + *badjuu mwadalao, + *badjuu yadowa)

Ali nge (fukatredjuu+ *umbizadjuu)

Entsi ngedjoukaya (ipvilipvilidjuu + *adjalidjuu)

Il est important de reconnaître que la relation du nom avec la préposition –u qui signifie
sur ne s’analyse pas car cette même préposition est sémantiquement figée. Son sens est

254
totalement opaque. En plus, les noms auxquels elle est attachée (hiri, fukatre, -pvilipvili)
s’emploient tous au sens figuré.

Étymologie

Chacune de ces locutions adjectivales a d’abord un sens ancien et un sens actuel. Elles
s’utilisent dans des périodes de temps distinctes:

Ipvilipvilidju signifie s’approcher du danger (sens ancien) car sous arbre mpvilipvili
reposent des djinns envoutants.

Ipvilipvilidju a le sens actuel de hukaya harimwa hawa ndziro « être sur le point de
sombrer ».

Fukatredjuu signifie consommer son mariage (sens ancien).

Fukatredjuu a le sens actuel de hukaya harimwa maesha bora « être dans une vie en
rose ».

Hiridjuu mwadalao : ukaya harimwa usuri « être en discrétion » (sens ancien).

Hiridjuu mwadalao a le sens actuel de « être en traitement, être sur le point de réaliser le
grand mariage ».

Selon Pierre-André BUVET, il s’agit de « séquences structurellement stables et


globalement invariantes ».

C’est à peu près l’équivalent de l’exemple qu’il a donné en français en guise d’illustration.
Il nous a soumis l’exemple de à cent mille balles comme locution complètement opaque
dans la mesure où aucun de ses constituants n’accepte la substitution ou la permutation
avec un autre qui relève de la même classe:

une question (à + *de + *en + *sous + *sur) balles.

une question à (cent + *dix + *mille) balles

une question à cent (balles + *euros + *franc)

255
Sa relation avec le nom question reste inanalysable35 :

*cette question coûte cent balles

*cette question vaut cent balles

*le prix de cette question est de cent balles.

Adjectifs complexes construits sur une base verbale.

Il existe tout comme en français un très un grand nombre d’adjectifs complexes construits
à partir des verbes notamment conjugués à la voix passive. On les formalise ainsi: Prép N.

Ali halapvwa : Ali nge malapveni/ Ali nge harimwa malapvo

Ali est abandonné : Ali est à l’abandon

Ali ngumbiziwa: Ali nge harimwa mambizo

Emwana ngutwabibiwa: Emwana nge harimwa utwabibu

Emwana ngutsapvusiwa: Emwana nge harimwa ntsapvuho

Fatima ngusomisiwa: Fatima hakaya harimwa ntsapvuho

Ngani fanyo bundjilo: Ngami harimwa bundjilio

Salim ngurumwa: Salim nge harimwa urumwa

Fatima ngulolwa: Fatima nge harimwa ndola

Ali nguombo duwa: Ali nge harmwa duwa

Ali nguswaliziwa: Ali nge harimwa swala

35
Mona BOUALI

256
Ali ngutwaliziwa: Ali nge harimwa mtwalaan

Ali ngudjingisiwa: Ali nge harimwa udjinga

Ali ngubaziziwa: Ali nge harimwa ubazizi

Ali ngudhulumulwa: Ali nge harimwa dhuluma

Ali nguhimidio: Ali nge harimwa himda

Ali nguzungulwa: Ali nge harimwa dzunguo

Il faut signaler qu’il n’est pas toujours possible que tous les verbes à la voix passive
puissent donner naissance à un adjectif complexe formé d’une préposition suivie d’un
nom. Observons par exemples les formes verbales passives suivantes:

Emwana ngunusiwa: *emwana nge harimwa manuso

Emwana nguvaziwa: *emwana nge harimwa vazi

Tsilatsiwa : * ngami harimwa malatso

Parfois la relation sémantique entre les constructions passives et les groupes


prépositionnels ne correspond pas. En clair, il n’est pas toujours possible que le sujet de
l’adjectif complexe subisse l’action.

Ali nguremwa ≠ Ali nge harimwa maremo

Ali ngushukuriwa ≠ Ali nge harimwa shukura

Ali nguhimidiwa ≠ Ali nge harimwa himda

Ces suites sont compréhensives. Elles sont donc transparentes par le fait qu’ils sont,
contrairement aux locutions adjectivales décrites en haut, compositionnelles. En effet, dans
Ali nge harimwa himda, Ali nge harima shukura, Ali nge harimwa dhuluma, il n’y a que
les groupes prépositionnels harima himda, harimwa shukura, harimwa dhuluma qui sont
figées.

257
Les prédicats prépositionnels.

Les prédicats prépositionnels ne sont pas généralement nombreux en comorien. Ils sont
limités à leur apport syntaxictico-sémantique. Comme le nom l’indique, ils remontent
d’une préposition qui est lui-même le noyau, le prédicat de la phrase. Ils se construisent
avec l’auxiliaire hukaya. Cette copule, comme elle joue le rôle d’un verbe support, les
actualisent.

Ngami kinyume nemaensha yanu « je suis contre cette vie ». Eshahula ngisho
pvolatabudjuu « le repas est sur la table ». Ngami hosonimwa Fatima « Je suis devant
Fatima ». Zenkabwa zaho ngizo hontsinmwe latabu « tes chaussures sont sous la table ».
Dans Ali nge kinyume nemaesha yanu, nous constatons que tous ces prédicats
prépositionnels sont actualisés par l’auxiliaire être hukaya. Ce phénomène propre aux
prédicats adjectivaux simples et complexes a fait que les prédicats prépositionnels en
question et les prédicats adjectivaux étudiés en haut ont un comportement syntaxiquement
non négligeable qu’ils partagent en commun. En plus, le rôle que joue le prédicat adjectival
peut être joué par la préposition prédicat. Par exemple, la préposition kinyume sélectionne
soigneusement, tout comme un prédicat adjectival, les arguments N0 : Nhum (Ali) et N1 :
N-hum (maesha). Il en est de même pour les prépositions locatives hontsini, -djuu qui
acceptent qu’on les paraphrase36 dans ce but : effacer le verbe support qui ne joue pas un
rôle déterminant dans la phrase à prédicat nominal ou adjectival:

Hontsinimwe latabu, ngapvo zenkabwa zaho.

Ngapvo shahula pvolatabudjuu.

Dans ngami kinyume nemaesha yanu, la préposition prédicative kinyume « contre » peut
être remplacé par le verbe –nda kinyume qui a le même comportement syntaxique et
sémantique qu’elle. Syntaxique, parce que kinyume et –ndakinyume ont les mêmes

36
La pratique de la mise en apposition dans la langue comorienne s’opère occasionnellement car elle

favorise l’incompréhensibilité de la phrase.

258
arguments, sémantique parce que ces deux suites ont le même sens. Une grande partie de
ces prédicats prépositionnels se dégrade. Par exemple on peut dire ngami kinyume
nemaesha yanu halisi, zekabwa zaho ngizo hontsinimwelatabu swafi, ngami hosonimwa
Ali swafi. Mais ils ne se nominalisent pas.37

Nous rappelons que les prépositions locatives hontsinimwa, -djuu nécessitent que leurs
arguments se formalisent ainsi : N0 soit un Nhum et N1 soit un N-hum. La distinction des
adjectifs prédicatifs et prépositionnels s’observent concrètement en français où les adjectifs
complexes ou composés abondent et remontent tout comme en comorien de plusieurs
origines, de plusieurs catégories.

Le français connaît un très grand nombre d’adjectifs construits sur une préposition. La
grammaire traditionnelle les catégorise comme des groupes prépositionnels ayant les
fonctions de complément d’objet indirects, des compléments circonstanciels de lieu, de
temps, de manière, de cause. Toutefois, la linguistique rejette cette tendance en
catégorisant ces suites figées et moins figées comme locutions adjectivales ou adjectifs
complexes pour les raisons que nous connaîssons tous et énumérées dans les chapitres
précédents. En français comme en comorien, la construction de ces adjectivaux est assez
complexe. Mais pour les délimiter, nous nous contentons de les classer, décrire compte
tenu de leur origine. En effet, leur formation ne provient pas d’une même base syntaxique.
Ces séquences adjectivales se scindent du point de vue formel en trois catégories
différentes notamment les locutions prépositionnelles, les groupes prépositionnels
provenant des verbes à la voix passives, les prédicats prépositifs. Ces adjectivaux se
construisent généralement avec l’auxiliaire être. Employée dans ces suites, cette copule
conjugue ces adjectivaux.

Les locutions prépositives sont des adjectifs complexes. Leur construction n’est pas
énigmatique mais leur sens est opaque. La clarté de la syntaxe s’explique par le fait que

37
La non-nominalisation des prédicats adjectivaux est une chose typique à la langue comorienne.

259
leur tournure ne désobéit pas à l’ordre syntaxique de la phrase française. Ce sont des
phrases simples comprenant donc un seul prédicat.

Etre + aux N : être aux anges

Etre + au N : être au septième ciel

Etre + sous N : être sous bonne garde

Etre + à N : être sous l’ombre de

Etre + en N : être en perte de vitesse

Etre + sur N : être sur l’article de la mort

Etre + en N : être en arrêt

Etre + à Adv : être à la dernière extrémité

Il n’est pas si important, puisque nous avons déjà constitué un corpus, de continuer à
établir une liste comprenant toutes les locutions adjectivales en français recensées pour la
construction de notre corpus. D’ailleurs la liste déjà établie est exhaustive. Il nous incombe
par contre d’effectuer un classement de construction à partir duquel nous saurons les
différentes catégories des adjectifs complexes construits sur une préposition, séquences les
plus opaques et le moins opaques, les constructions qui nécessitent un sujet humain ou non
humain pour une construction efficace du lexique-grammaire. Nous sommes convaincus
que le travail d’un tel classement est une clarificaton qui vise à sélectionner et à
hiérarchiser ces adjectivaux dont le comportement syntactico-sémantique et
morphologique est différent. L’étude de figement de ce type de catégorie d’adjectif s’avère
nécessaire dans la mesure où leur comportement est assez spécifique. D’abord, ces
locutions adjectivales sont opaques car idiomatiques. Prenons par exemple les séquences
être aux anges, être au septième ciel. Elles sont « incompréhensibles » pour un étranger
même si il connaît le sens de chaque mot composant chacune de ces séquences. L’opacité
sémantique de ces suites figées s’explique par le fait que le sens global de ces expressions
ne correspond à la résultante des éléments qui les composent. Cette notion d’opacité

260
s’explique aussi par les difficultés de les traduire. Par exemple, dans être aux anges, se
pose déjà le problème de donner une traduction littérale. En plus, la rigidité structurale de
ces suites figées qu’on les intensifie en insérant l’adverbe très. En effet, on ne dit pas *je
suis très aux anges, *je suis très au septième ciel, *il est très sur l’article de la mort, *Paul
est très en perte de vitesse…En conséquence, ces suites composées de l’auxiliaire être
suivies d’un groupe prépositionnel sont totalement figées. Leur structure est différente de,
par exemple, à la mode, d’un certain âge qui tolèrent qu’on les insère dans des phrases à
prédicat verbal où ils s’emploient comme des adjectifs épithètes :

J’ai acheté une voiture à la mode cette voiture est à la mode.

J’ai vu un homme d’un certain âge cet homme est d’un certain âge.

L’emploi des locutions prépositives ne nécessite pas l’emploi de l’auxiliaire être. Car dans
être à la mode et être d’un certain âge le figement ne touche pas l’auxiliaire être mais ils
touchent uniquement les locutions à la mode, d’un certain âge. Il y a donc la possibilité
d’effacer la copule être car elle n’apparaît pas nécessairement en surface. En conséquence,
le figement est partiel dans être à la mode, être d’un certain âge, être dans le coma. Alors
que dans être sur l’article de la mort, être aux anges le figement est total car il touche
toutes les locutions toutes entières y compris l’auxiliaire être. Ces suites adjectivales se
construisent obligatoirement avec l’auxiliaire être. De cette remarque vient la différence
entre les expressions idiomatiques construites sur être et les locutions prépositives où
l’emploi de être est facultatif. Nous considérons comme idiomatique: toute lexie complexe
saisie comme une seule signification formée par des éléments lexicaux soudés. Est
idiomatique à l’intérieur de la chaine syntagmatique, tout segment de plusieurs éléments
lexicaux à signifié unique, par la cohésion indestructible de toutes les unités. (A.
Negrenuds Cash. Lexicol, 1975, n° 27, p. 118). Les suites idiomatiques construites sur la
copule être ont la même structure de surface avec les adjectifs complexes ou avec les
locutions prépositives à valeur prédicatives:

Être Dét N : est à la mode.

Être Dét N : est sur l’article de la mort

261
Être Dét N : est d’un certain âge

Être Dét N : être la cinquième roue de la charrette

Être Dét N : être sous l’ombre de

Etre Prép N : être en faute

Etre Prép N : être du bâtiment

Etre Prép N : être aux antipodes

Etre prép N : être à la botte

Etre Prép N : être à la bourre

Etre Prép N : être sur la braise

Etre Prép N : être à la cape

Toutefois, elles n’ont pas le même degré de figement. Tel est le cas de être sur l’article de
la mort et être aux anges. En effet, dans être sur l’article de la mort l’auxiliaire être et le
groupe prépositionnel sur l’article de la mort forment un couple inséparable, c’est-à-dire
on se trouve dans l’impossibilité de remplacer l’auxiliaire être par un verbe ou une
séquence de même sens (l’auxiliaire être est insupprimable).

La deuxième catégorie des adjectifs complexes ce sont les adjectifs construits sur un verbe
conjugué à la voix passive :

Luc est abandonné/Luc est à l’abandon.

Ce train est retardé/Ce train est en retard.

Ce repas est traîné/Ce repas est à la traîne.

Ce livre se vend/Ce livre est en vente.

Léa est libérée/Léa est en liberté.

262
Luc est mis en prison/Luc est en prison.

Léa est fiancée/Léa est en fiançailles.

Léa est mariée/Léa est en mariage

Le dossier est attendu/Le dossier est en attente.

Léa couche/Léa est en accouchement

Quelques verbes à la voix active peuvent également se périphraser en adjectif complexe :

Le président voyage/Le président est en voyage.

Luc prie/Luc est en prière.

Luc a pris une pause/ Luc est en pause.

Luc travaille/Luc est au travail.

De même certains prédicats nominaux peuvent être transformés en adjectifs complexes :

Luc assiste à une formation/Luc est en formation.

Luc donne des cours/Luc est en cours.

Luc effectue un stage/Luc est en stage.

Reconnaître les différentes structures de ces prédicats adjectivaux enrichit, clarifie notre
recherche sur le comorien et le français. En effet, parler différemment la même chose se
résume à une bonne maîtrise de la langue donnée. Ajoutons que CHOMSKY 1975 montre
que la paraphrase est la manifestation du concept de performance En plus, cette méthode
de classement s’inscrit dans le cadre d’extraction d’information où la phrase simple
constitue une base importante pour l’analyse des séquences figées à caractère adjectival.
Nous précisons encore une fois qu’une telle étude permet par exemple des rapprochements
avec les formes à verbe support être prép (L. Doulos, 1980).

263
Il est important souligner que « la vraisemblance d’occurrence est une caractéristique des
mots en rapport avec leurs contraintes distributionnelles. Toutes les relations avec les mots
ne sont pas équipotentes puisque certaines sont plus congruentes que d’autres, cf. HARRIS
1988 ».

Osons dire que tous les verbes français peuvent accepter toutes sortes de transformation où
le groupe prépositionnel est en position d’attribut comme dans se vendre/ en vente ; se
préparer/en préparation ; est libéré/en liberté ; prier/en prière. La réponse est non car tous
les verbes français n’ont pas le même comportement syntaxico-sémantique. La preuve est
qu’il y ait des verbes pronominaux de sens passifs, des verbes d’action, des verbes d’état
qui se heurtent à la paraphrase, c’est-à-dire ils s’apprêtent pas à donner naissance à des
groupes prépositionnels catégorisés comme adjectifs complexes. Prenons à titre d’exemple
le cas de: se manger/en manger, se lever, écrire, couper, devenir, rester.

Le caractère figé de ces adjectifs complexes construits sur des verbes se diffère de celui
des expressions construites nécessairement avec l’auxiliaire être décrites en haut. Nous le
considérons comme des suites inventives, c’est-à-dire elles ne sont pas propres à la langue
française. Leur emploi est facultatif. Toutes ces suites adjectivales ci-dessus mentionnées
peuvent être remplacées par des verbes de sens équivalents: Luc est en prière/ Luc prie.
Luc est au travail/Luc travaille. Lu est en liberté/Luc est libre. Le sens ces suites
adjectivales est loin d’être opaque car le sens compositionnel donne le sens de l’ensemble
de la séquence. Leur structure syntaxique tolère parfois une insertion d’un mot, c’est-à-dire
on y observe la liberté combinatoire :

Insertion :

Luc est en formation continue, le président est en voyage culturelle, Luc est en cours de
français.

Pronominalisation :
Elles se pronominalisent en le. Prenons par exemple les séquences le président est en
voyage, il l’est, je le suis aussi. Luc est en cours de français, nous le sommes aussi. Luc est
en stage, ma sœur l’est aussi.

264
Substitution :

Luc est au (travail, boulot, travaille)

Luc est (abandonné, à l’abandon)

Coordination :

Le travail de Luc sur le figement et sur le défigement

La formation de Luc sur la création d’un site et sur le traitement des données
informatique.

Effacement

Le travail de Luc

Le stage de Luc

La formation de Luc

Le figement ces suites compositionnelles normales est partiel car elles ne refusent pas les
possibilités combinatoires et transformationnelles. Le figement s’observe au niveau des
groupes prépositionnel tels que en liberté, en attente, en formation, en cours… Elles sont
donc des prédicats adjectivaux actualisés par la copule être.

La troisième catégorie d’adjectifs ce sont les prépositions prédicatives. Nous pouvons faire
les mêmes remarques que pour les autres catégories d’adjectifs. Elles peuvent, comme les
adjectifs simples et les adjectifs complexes, être en position d’attribut, d’épithète. Prenons
à titre d’illustration l’exemple des prépositions prédicatives traduisant la localisation telles
que sur, sous dont le sens de la copule qui les actualise peut être l’équivalent de se
trouver.38

38
Gaston Gross, Manuel d’analyse linguistique.

265
Le stylo est sur la table le stylo se trouve la table.

Ta règle est sous la table Ta règle se trouve sous la table

Les séquences figées à caractère adjectival ne sont pas toutes figées au même degré,
tellement qu’il y a, comme l’a fait remarquer Gaston Gross sur le paramètre du figement,
un continuum entre les adjectifs complexes les moins opaques et les adjectifs complexes
les plus opaques. Cette différence est plutôt sémantique. La différence syntaxique apparaît
lorsqu’on détache une de ces suites adjectivales au nom auquel elles se rapportent. Il paraît
que seules les séquences figées à caractère adjectival les moins opaques acceptent comme
les adjectifs simples cette mise en apposition. Cette méthode permettant encore de
distinguer les séquences figées les moins opaques et les séquences figées les plus opaques
peuvent s’opérer dans les exemples suivants :

Luc est en vacances/ En vacances, Luc s’amuse à lire.

Luc est en colère/ En colère, Luc donne une tape brutale à son fils.

Luc est dans le coma/Dans le coma, Luc respire difficilement.

Puisque le figement n’affecte pas toute la séquence, il y a la possibilité d’effacer la copule


être qui actualise les prédicats adjectivaux figés en vacances, en colère et dans le coma.

Par contre les séquences figées les plus opaques se heurtent à la mise en apposition. La
possibilité d’effacer la copule être s’avère intolérable car celle-ci ne s’échappe pas au
figement. Les groupes prépositionnels aux anges, dans la limonade, au trente-sixième
dessous ne se détachent de l’auxiliaire qui joue malgré tout le rôle d’un verbe support.

Luc est aux anges/*Aux anges, Luc voit les choses en grand.

Luc est dans la limonade/*Dans la limonade, Luc s’amuse à prier.

Luc est au trente-sixième dessous/*Etre au trente-sixième dessous, Luc se calme.

Ces suites figées sont de nature polylexicale. Nous rappelons que la notion de la
polylexicalité est la première condition du figement, cf. MEJRI 1997 et 2003. Étant figée,

266
chacune de ces séquence a un sens plus opaque dont la valeur n’est déductible ni celle de
la copule ni celle du groupe prépositionnel39. Elles se heurtent également à la substitution
et à l’insertion d’un élément.

Il est fort possible qu’on confonde parfois les adjectifs simples avec les adjectifs
composés. Pour lever ce doute, Gaston Gross propose une méthode selon laquelle les
adjectifs simples « prennent rendre : être anxieux, rendre anxieux ; être malheureux,
rendre malheureux ; être triste, rendre triste….Par contre les adjectifs composés ne
prennent pas rendre mais plutôt l’opérateur mettre : être à la mode, mettre à la mode ; être
en forme, mettre en forme, être en colère, mettre en colère…

Les adjectifs complexes sous ses différentes formes donnent naissances à des prédicats
appropriés. L’analyse de ces derniers s’avère fondamentale pour l’élaboration des classes
d’arguments (Gross G., 1995a et 1995b).

Les prédicats de < disposition d’esprit>, par exemple en colère

Luc est en colère.

Luc est dans le coma.

Léa est dans tous ses états.

Paul est dans la gêne.

Paul est dans le désarroi.

Les prédicats de <comportement>, par exemple sous l’emprise de

Luc est sous l’emprise de sa femme.

Cet employé est à la merci de son patron.

39
Une grande partie des adjectifs composés est constitué d’un Préposition et d’un déterminant suivis d’un

substantif (Prép Dét N).

267
Luc est en retard.

Les prédicats de <sentiment>, par exemple être d’avis avec

Luc est d’avis avec moi.

Les Comores sont sous l’influence du français

Léa est d’accord avec son mari.

Le but de notre travail est de faire une description linguistique des prédicats adjectivaux
remontant à tous les domaines appropriés à ces adjectivaux (disposition d’esprit, sentiment,
comportement, affect…) afin d’en dégager une modélisation adaptée au traitement
automatique du comorien et du français. Il faut rappeler que la description de ces prédicats
adjectivaux voir des classes d’arguments « doit se prêter à la formalisation et être
entièrement explicite, l’ordinateur n’ayant pas d’intuition susceptible de compenser les
manques d’un programme de reconnaissance ou de génération qu’on lui fournit ».

Nous précisons que les caractéristiques de tous les domaines relatifs à ces prédicats et les
sous-classes des prédicats de sentiment (la peur, la joie, la tristesse…) seront étudiées dans
les annexes.

Nous précisons également que la notion de classes d’objets s’applique à ces suites
adjectivales figées où les prédicats adjectivaux sélectionnent tous seuls explicitement les
arguments avec lesquels ils se construisent. Ces arguments n’appartiennent pas aux mêmes
classes sémantiques. Ainsi, la notion des classes d’objets intervient et s’impose comme
nécessaire à l’élaboration des classes sémantiques homogènes. Nous entendons par classes
d’objets une méthode linguistique « conçue comme un dispositif théorique qui permet de
traiter la polysémie, la synonymie et le figement à partir des relations d’appropriation ».
Ainsi, la locution prépositionnelle à la mode ne tolère qu’elle appartienne à toutes les
classes. Elle est notamment appropriée aux classes de vêtement.

<N0= N-hum>, à la mode : Ta robe est à la mode.

<N0 = N-hum>, à la mode : Ta veste est à la mode.

268
<N0 = N-hum>, à la mode : tes chaussures sont à la mode.

<N0 = N-hum>, à la mode : ta montre est à la mode.

<N0 = Nhum>, Ton manteau est à la mode.

<N0 = Npc>, *Tes pieds sont à la mode.

<N0 = N-hum> ? Le ciel est à la mode.

Nombreux sont les adjectifs complexes qui sélectionnent des sujet humains <N0 = Nhum>
(classe des humains).

<N0 = Nhum>, en entretien : Luc est en entretien.

<N0 = Nhum>, en vacances : Luc est en vacances.

<N0 = Nhum>, aux anges : Léa est aux anges.

<N0 = Nhum>, dans le coma, Marie est dans le coma.

<N0 = N-hum >:

<N0 = Nhum>, en attente : Le dossier est en attente.

<N0 = Nhum>, en activité : Le volcan est en activité aux Comores.

<N0 = Nhum>, en vente : Cette voiture est en vente.

Au-delà des classes que nous avons décrites, on pourrait appliquer dans le chapitre suivant
le même type de réflexion à la formation des sous-classes (classe de transport, de boisson,
de maladie, des écrits…) du sous-type Prép N et d’une autre classe qui se nomme les
prédicats de couleurs du sous-type Adj comme N). La formation de ces prédicats
adjectivaux notamment de couleur s’ouvre aussi à plusieurs classes notamment blancs,
rouge, jaune, noir, rose. Chaque couleur forme une classe. Cette classification sémantique
joue également un rôle déterminant pour la formation du vocabulaire des couleurs dont le
comportement syntaxique a recours à des arguments (Nhum, N-hum, Npc). Une grande

269
partie de ces locutions adjectivales sera extraite des autres classes déjà établies. Ce choix
est plus pertinent dans la mesure où « les prédicats de couleurs du sous-type Adj comme N
représentent eux aussi un ensemble parfaitement normalisé, dans le cadre des séquences
figées à caractère adjectival: rouge comme carotte, blanc comme neige, jaune comme un
citron, noir comme du cirage, vert comme un rayon d’Aldébaran.

7.2.2. Adjectifs composés sur hama « comme »

Les adjectifs composés sur hama est une partie composante du discours. Il y a deux
manières possibles de construire ces adjectifs selon le contexte. Nous rappelons qu’il ne
s’agit pas de faire ici une redondance sur la notion de l’adjectif en comorien dont une
étude syntaxico-morpho-sémantique a été faite dans les chapitres précédents. Ici, il est
question de montrer, de toucher la particularité signifiante de cette partie du discours dont
la variation du sens se prête à une confusion qui se résout difficilement. En effet, en
comorien, certains verbes s’emploient, on l’a vu en haut, comme adjectif dans des
comparaisons figées et qu’il serait très difficile de faire une distinction absolue entre ces
deux parties du discours, c’est-à-dire le verbe et l’adjectif. Prenons par exemple le cas de –
wawa, -djipva, -runga. Chacun de ces mots a à la fois une valeur verbale et une valeur
adjectivale.

Leputu ngaliwawao. Cette phrase comme toutes les phrases ci-dessous mentionnées donne
lieu à deux interprétations différentes: -uwawa hama putu « piquant comme le piment » ou
« pique comme le piment ». Il en est de même pour –runga: -runga hama shiba « piquant
comme l’épine » ou « sentir comme l’épine ».

Leputu ngaliwawao adjectif

Leputu ngaliwawao verbe

Letrunku linu ngalirungao adjectif

Letrungu linu ngalirungao verbe

Cette manière d’exprimer l’adjectif en comorien composé sur hama présente deux
constructions différentes. La première construction se résume à une suite ayant à la fois un
270
prédicat verbal dont le sens est transparent suivi d’une comparaison figée introduite par
l’adjectif: omtuzi ngowawao hama putu « la sauce est piquante comme du piment ». Dans
cette comparaison, l’outil de comparaison hama est encadré par un adjectif et un nom (A
hama N). En clair, l’adjectif est antéposé. Nous précisons que l’antéposition de l’adjectif
est une caractéristique qui s’opère rarement en comorien. Nombreux sont les adjectifs
simples qui rejettent cette tournure: *mwema mwana,* mtsala mdri, *mnene mdru, *mdu
mdru. L’antéposition de l’adjectif s’observe donc dans les comparaisons figées à caractère
adjectival. Dans cette première construction, l’adjectif est supprimable car il échappe au
figement. On peut dire tout simplement hama putu sans pour autant prononcer le
comparé40. Il n’y a que hama putu qui est figé. La deuxième construction de l’adjectif
composé sur hama incarne une structure dans laquelle l’adjectif en question et la
comparaison sont totalement

figés. Par exemple: -du hama izinga, -le hama mnazi, -titi hama kulimba, -havu hama
nganu. –hali hama itsangu.

Si l’on procède à établir une comparaison entre ces deux structures adjectivales, sur le plan
linguistique, nous pourrons dégager les critères classés dans le tableau ci-dessous. Nous y
mettons au clair l’intermédiaire (copule), les critères distributionnels et l’accord en classe,
l’opacité sémantique (transparent, opaque).

Première structure

critères attribut épithète transparent opaque

Intermédiaire (copule) + – + –

Place (distribution) + – + –

40
La possibilité de cette construction typique notamment au shingazidja, dialecte parlé à la grande Comore,

langue de notre thèse, s’explique par le fait que le shikomori (le comorien) est une langue à vocation orale.

271
accord + + + –

opacité – – + –

Deuxième structure

critères attribut épithète transparent opaque

Intermédiaire (copule) + – – +

Place (distribution) Après Après – ±

accord + + + +

opacité + + – +

Nous pouvons clairement remarquer que dans la première structure, l’emploi de l’adjectif
attribut est facultatif alors que dans la deuxième structure l’attribut est un élément essentiel
pour la comparaison figée.

Position attribut

Fatima hakaya mhali hama itsangu

Position épithète liée

Fatima mhali hama itsangu.

Épithète détachée

*Fatima mhali hama itsangu, ngurideo.

Apposition

*Mhali hama itsangu Fatima ngurideo.


272
Toutes ces caractéristiques relatives à la position de l’adjectif sont communes aux deux
structures. Mais il faut constater que la différence s’observe plus particulièrement sur le
plan sémantique où la notion de transparence est seulement appropriée à la première
structure dont la copule peut s’effacer sans que cet effacement porte atteinte au sens de la
séquence.

Conclusion

Ce travail sur les adjectifs complexes du sous-type Prép N et sur la comparaison figée du
sous-type Adj comme N dont l’adjectif occupe la place la plus importante s’intéresse au
développement des expressions figées ignorées dans le milieu linguistique comorien et
sérieusement étudiée en français. Cette étude fait état de plusieurs raisons qui justifient
l’importance de recenser, lexicaliser, décrire et analyser ces séquences adjectivales en
comorien et en français afin qu’elles soient reconnues par la machine. En effet, l’habileté à
informatiser ces deux langues notamment le comorien constitue une grande réussite en
communication.

273
CHAPITRE 8
ANALYSE INTERNE DES SÉQUENCES
FIGÉES À CARACTERE ADJECTIVAL

Nous nous limitons dans notre travail au cas des expressions figées à base adjectivale,
excluant d’emblée les proverbes. Ces séquences considérées par les linguistes comme le
reflet du patrimoine culturel d’une communauté, un phénomène central du langage ont fait
l’objet de nombreuses études en français notamment. Fort malheureusement les définitions
ne sont pas univoques. R. Martin affirme en 2007: « Nous sommes nombreux à trouver que
c’est un thème admirable, sans savoir avec netteté ce que c’est ». Nous entendons par
séquence figée à caractère adjectival toute suite de nature polylexicale (une séquence qui a
plusieurs mots ayant ou non une existence autonome) ayant les caractéristiques d’un
adjectif qualificatif simple dont le sens de ses constituants n’est pas compositionnel. Ces
suites sont généralement composées dans les premiers chapitres de notre travail, on les a
vues notamment dans le chapitre 7, d’une préposition suivie d’un substantif. Cette structure
syntaxique convainc les linguistiques notamment P-A. BUVET, G. Gross à les catégoriser
comme adjectifs complexes ou composés. Les arguments linguistiques qu’ils ont avancés
figurent bel et bien dans leurs écrits « nous considérons à la mode, de bonne humeur, à
l’abandon et en perte de vitesse comme des suites adjectivales complexes, puisqu’elles ont
les mêmes propriétés que les adjectifs simples : cette fille est (belle, à la mode), une fille
(belle, à la mode) attire tous les regards, cette fille est (belle, à la mode) et sa sœur l’est
aussi ». Pierre-André BUVET accorde aussi une grande importance à cette catégorisation
attribuée à ces suites plus ou moins figées appelées dans la grammaire traditionnelle
syntagmes prépositionnels « Nous étudions des séquences lexicalisées plus au moins figées
introduites par la préposition en catégorisées comme adjectifs (il est en chute libre, il est en

274
retard) ». Nous, Après avoir étudié leur caractère plus ou moins figé dans le chapitre 7, il
nous incombe de faire leur taxonomie dans ce chapitre afin d’entreprendre leur étude
syntaxique interne sans laquelle on aurait une complication liée à leur règle grammaticale.
En effet, ces séquences doivent figurer dans un dictionnaire électronique avec les mêmes
informations que ces adjectifs qualificatifs simples qui acceptent notamment la position
attribut, épithète, le détachement, la prise anaphorique, la pronominalisation, l’effacement.
Nous précisons que nous devons nous baser nécessairement sur ces critères afin de tenir le
bon bout. Dans le cas contraire, nous aurons du mal à connaître le chemin par lequel il faut
passer pour aborder l’analyser interne de ces adjectifs composés dont les prépositions
jouent aussi un rôle majeur. Nous rappelons encore une fois que cette analyse syntaxique
interne concerne uniquement les adjectifs complexes en français et en comorien. Puisque
ce chapitre est la suite logique du chapitre 7, nous allons établir une classification en
fonction des prépositions mais aussi en fonction de surface des catégories adjectivales dans
laquelle nous montrerons comment les prépositions harimwa, ni, ou à, dans, sur, sous…
sont seulement incidents à un nom et non à un verbe ou à une phrase. Toutefois, nous
rappelons que cette énumération est loin d’être exhaustive. Cette typologie a cependant un
sens car elle donne lieu à comprendre la diversité et les différentes structures de ces
adjectifs complexes qui relèvent de ces deux langues. Ces syntagmes prépositionnels sont
en outre susceptibles d’entretenir diverses relations syntaxiques dans la phrase simple. Ils
peuvent selon la grammaire traditionnelle avoir la fonction d’un complément circonstanciel
de manière, de lieu, de temps, de cause... Ces morphèmes grammaticaux ne sont pas donc
cantonnés à une seule fonction grammaticale. En conséquence, nous ne les voyons pas
dans notre travail comme des simples intermédiaires parce qu’elles peuvent, on a vu plus
haut, être en emploi prédicatif actualisés le plus souvent par les copules de ces deux
langues. Leur complicité s’explique d’abord par leur structure syntaxique et leur sens plus
ou moins opaque.

Contrairement aux prépositons de la langue comorienne, « il est maintenant largement


admis que, d’un point de vue numérique, dans la langue française, les prépositions,
n’appartiennent pas à une classe fermée et que leur nombre est susceptible d’augmenter en
particulier grâce à des procédés morphologiques comme le transfert, côté dans côté jardin,

275
ou la composition, à côté de. D’un point de vue relationnel, en revanche, les prépositions
sont diversement considérées ».

8.1. Analyse syntaxique interne

Les syntagmes prépositionnels en comorien s’emploient uniquement en oral. Ils n’ont


jamais fait l’objet d’étude qu’il soit dans le milieu informatique ou linguistique comorien.
Étudier leurs procédés morphologiques, leur place dans la phrase s’avère donc nécessaire
et innovent pour leur traitement informatique par la machine.

Dans notre étude sur les séquences figées à caractère adjectival, nous avons reconnu dans
la langue comorienne deux types de syntagmes prépositionnels41 : les syntagmes
prépositionnels composés de la préposition harimwa vue comme une simple préposition
suivi d’un substantif, harimwa raha, harimwa wafati, harimwa swala et un deuxième
syntagme prépositionnel composé du connectif ni soudé au nom qui le précède,
hotrangani, hoswalani. Ils ne fonctionnent pas différemment dans le discours. En effet, ces
deux prepositions exercent la même fonction et véhiculent, on l’a vu plus haut, la même
information même si elles se diffèrent sur le plan morphologique. Dans cette conception, le
noyau du syntagme introduit par les prépositions harimwa, ni est le nom.

Pour délimiter le recensement, nous avons procédé à la relevée, dans notre corpus, des
syntagmes prépositionnels qui se construisent avec harimwa et ni qui peuvent être
actualisés par la copule hukaya ou qui peuvent se construire avec le présent progressif.
Nous nous limitons dans ce chapitre à l’analyse syntaxique de ces suites plus ou moins
figées étant en emploi prédicatif. En conséquence, nous excluons dans notre travail les
syntagmes prépositions qui ne répondent pas à cette caractéristique telles que harimwa
pandza, harimwa mapesa, harimwa ilimu, dzahani, harimwa dzaha, baoni, bweni… Ils ne
s’emploient pas dans des phrases simples ou complexes comme adjectifs qualificatifs
simples ou complexes. Nous prenons par exemples les phrases suivantes :

41
Il peut y avoir plusieurs syntagmes prépositionnels en comorien mais on a retenu ceux dont les critères

syntaxiques répondent aux critères des séquences figées à caractère adjectival.

276
<Harimwa pandza>

<Nhum = N0>, harimwa pandza : * Ali nge harimwa pandza

<N-hum = N0>, harimwa pandza: * Eshehiri ngisho harimwa pandza…

<Npc = N0>, harimwa pandza: * Ledzitso ngilo harimwa pandza…

<Bweni>

<Nhum = N0>, bweni: * Ali nge bweni

<N-hum = N0>, bweni : * Embuzi ngio bweni

<Npc = N0>, bweni: * Omkoba nguo bweni

<Unanyileni>

<Nhum = N0>, unanyileni : ? Ali nge unanyileni

<N-hum = N0>, unanyileni : ? embe ngio unanyileni.

<Npc = N0>, unanyileni: *omhono nguo unanyileni.

Les prépositions harimwa et ni sont généralement incidentes à un nom. Elles sont


incolores. En effet, elles offrent des emplois tellement diversifies. Il est difficile de leur
trouver une valeur unitaire, comme en témoignent les classements syntactico-sémantiques
des syntagmes prépositions ci-dessus où elles sont ineffaçables. Nous rappelons que nous
faisons connaître ces différents emplois engendrés sur la base de ces prépositions en
classant méthodiquement les différents syntagmes dans lesquels ces prépositions
contribuent, pour la formation des adjectivaux, au développement syntactico-sémantique
de notre analyse interne et externe. Ces classements nous semblent constituer une entrée
pertinente pour l’étude des adjectifs à forme complexe et des locutions prépositionnelles
notamment en comorien. Telle est l’analyse syntaxique interne que nous envisageons. Il est
donc nécessaire que nous procédions au recensement méthodique de ces adjectivaux dont
l’étude n’a jamais aussi été faite. Cela va encore permettre aux linguistes spécialisés dans
le traitement automatique des langues naturelles de bien mener leurs recherches dans un
277
cadre bien défini « un composé ne peut être reconnu que si sa structure figure dans un
lexique ».

Adjectivaux en emploi prédicatif composé sur la préposition harimwa équivalent à


dans

harimwa N : harimwa umani

harimwa N : harimwa taabu

harimwa N : harimwa raha

harimwa N: harimwa maesha bora

harimwa N: harimwa izingiri

harimwa N : harimwa mahaba

harimwa N: harimwa mbwana

harimwa N : harimwa msada

harimwa N: harimwa utsandzi

harimwa N: harimwa ntsapvuho

harimwa N : harimwa bangano

harimwa N: harimwa utsimbuzi

harimwa N : harimwa uhadazi

harimwa N : harimwa udjasusu

harimwa N: harimwa madziho

harimwa N : harimwa mharabati

harimwa N: harimwa laha

278
harimwa N : harimwa adjali

harimwa N: harimwa twamaya

harimwa N : harimwa mhima

harimwa N: harimwa gori

harimwa N: harimwa hidza

harimwa N: harimwa rewa

harimwa N: harimwa haki

harimwa N: harimwa twauni

harimwa N: harimwa utadjiri

harimwa N: harimwa unafasi

harimwa N: harimwa umasikini

harimwa N: harimwa madjandidi

harimwa N: harimwa ufukara

harimwa N: harimwa harara

harimwa N: harimwa hali ndziro

harimwa N: harimwa eyezi

harimwa N: harimwa udjinga

harimwa N: harimwa unafiki

harimwa N: harimwa umalishama

harimwa N: harimwa ididi

279
Nous mesurons le progrès et l’inachèvement de ces adjectivaux introduits par la
préposition harimwa équivalente à dans en français. Nous parlons du progrès car le
recensement de ces syntagmes prépositionnels est le fruit de notre recherche personnelle.
Nous parlons de l’inachèvement car la liste comprenant ces adjectivaux est exhaustive. Ce
constat s’observe dans l’emploi des autres prépositions où elles sont toutes incidentes à un
nom. Nous rappelons qu’une préposition et un nom peuvent former un couple qui reste
immobile s’il est actualisé par la copule hukaya, c’est-à-dire s’il occupe la fonction d’un
adjectif.

Ali hakaya harimwa gori « Ali était dans le brouillard »

*Harimwa gori, Ali nge.

Le syntagme prépositionnel n’est pas donc facultatif dans les séquences figées à caractère
adjectival. Par contre, il peut être mobile voir facultatif s’il s’emploie dans des phrases où
il peut occuper d’autres fonctions.

Pvatsoha mfaume harimwa bea.

harimwa bea, pvatsoha mfaume.

Ngapvo heri harimwa taabu.

harimwa taabu, ngapvo heri.

Ngapvo heri.

Le syntagme prépositionnel harimwa adjali peut même être remplacé par une expression
de même sens ou de sens équivalent.

Mohamed hafu harimwa adjali yagari Mohamed hafu ha adjali yagari.

Ali nguenshi harimwa msada.

Ali nguenshi harimwa msada Ali nguensi hamsada.

Ali nguenshi.

280
harimwa = à

harimwa emambizo

harimwa endola

harimwa ousukani

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition harimwa équivalent à en

harimwa N : harimwa piriho

harimwa N : harimwa fikira

harimwa N : harimwa msomo

harimwa N: harimwa zifungo

harimwa N: harimwa monano

harimwa N: harimwa wafati

harimwa N: harimwa mtihani

harimwa N: harimwa mashindano

harimwa N: harimwa madombowo

harimwa N: harimwa duwa

harimwa N: harimwa uvumzi

harimwa N: harimwa djuzo

harimwa N: harimwa uvumzi

harimwa N: harimwa ndola

harimwa N: harimwa hifadhwi

281
harimwa N: harimwa laha

harimwa N: harimwa tabiri

harimwa N: harimwa rewa

harimwa N: harimwa matembezi

harimwa N : harimwa trindrindra

harimwa N : harimwa djazba

harimwa N: harimwa tsumu

harimwa N: harimwa ibada

harimwa N: harimwa mtwalaa

harimwa N: harimwa siri

harimwa N: harimwa mbambandrano

harimwa N : harimwa madjadidiliano

harimwa N: harimwa dowa

La valeur de la préposition harimwa ayant la valeur de en en français est stable. Il a le


même comportement syntaxique que harimwa équivalent à dans. Le syntagme
prépositionnel composé sur cette préposition peut être l’équivalent aux syntagmes
prépositionnels composés sur la base du connectif ni. Nous pouvons observer par exemple
le cas des suites ci-dessous mentionnées.

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition harimwa équivalent à


sous

harimwa N : harimwa amdri

harimwa N : harimwa idhini

282
harimwa N : harimwa dhwamana

Il n’existe pas un nombre important d’adjectifs composés sur la base de cette préposition
bien qu’elle ait un rôle syntaxique et sémantique non négligeable dans les adjectifs
composés où la préposition harimwa indique, comme en français, qu’une chose ou une
personne est située très bas ou en position inférieur par rapport à une autre.

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition harimwa équivalente à


sur

harimwa N : harimwa elatabu

harimwa N : harimwa eshiwandza

harimwa N : harimwa elebuku

harimwa N : harimwa endzia yahufa

harimwa N : harimwa endzia

Les syntagmes prépositionnels composés sur harimwa équivalents à sur en français sont
introduits généralement par le défini e placé généralement avant le nom. C’est le caractère
le plus marquant de ce syntagme prépositionnel dont la préposition harimwa a une valeur
locative.

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition ni équivalent à dans

Nni : uwadeni

Nni : furahani

Nni : kongowoni

Nni : mashashini

Nni : fikirani

Nni : mashakani
283
Nni : adjalini

Nni : undrwadingoni

Nni : unatrengweni

Nni : deneni

Nni : trobweni

Nni : twamaani

Nni : hadisini

Nni : tabirini

Nni : mtsangoni

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition ni équivalent à sous

Nni : mvulini

Nni : mbioni

Nni : idukuni

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition ni équivalent à en

Nni : djendoni

Nni : mswibani

Nni : mbwanani

Nni : trangani

Nni : ndolani

Nni : rahani

284
Nni : malengoni

Nni : mahaulioni

Nni : idani

Nni : biyasharani

Nni : djuzoni

Nni : pvinguni

Nni : mashindanoni

Nni : mtwalani

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur le connectif ni équivalent de à

Nni : udjenini

Nni : mtangoni

Nni : ndimani

Nni : malapveni

Nni : uzadeni

Nni : halitaabani

Nni : fidjoni

Nni : trambaoni

Force est de reconnaître que tous ces syntagmes prépositionnels catégorisés comme
adjectifs complexes peuvent être actualisés par la copule hukaya qui, malgré son statut
syntaxique, (verbe support) est effaçable. Ce critère s’avère pertinent dans la mesure où il
nous rassure que tous les syntagmes prépositionnels composés sur harimwa et ni ne sont
pas candidats aux prédicats adjectivaux. En effet, beaucoup de syntagmes prépositionnels
285
ne répondent pas à ce critère qui fait qu’on conserve les syntagmes prépositionnels utiles et
appropriés dont le comportement syntaxique est similaire à celui des adjectifs qualificatifs
simples.

Ainsi, ce classement est fondamental en traitement automatique. En effet, l’usage des


prépositions dans la langue comorienne nécessite une méthode de classification de ces
prépositions grâce auxquelles on saurait l’emploi spécifique des adjectifs à forme
complexe. Ce mécanisme va nous permettre d’éviter la désambigüisation lexicale. Il nous a
également permis de transformer ce langage oral en langage écrit et évolué en une suite
élémentaire exécutable par la machine. Il nous a permis de montrer de manière plus
détaillée la structure des syntagmes prépositionnels en comorien généralement construits
sur la base des prépositions harimwa et ni dont le comportement sémantique s’inscrit dans
la notion de la polysémie. Nous rappelons que chacune de ces prépositions est
polysémique. Elles s’inscrivent dans la liste des mots à large spectre lexical. Cela nous
ramène à penser qu’il est fort possible de voir en grand l’usage de ces prédicats adjectivaux
dans la langue comorienne et dans le contexte où ils occupent explicitement,
syntaxiquement et sémantiquement la place d’un adjectif qualificatif. Nous nous reportons,
à titre d’exemple, aux cas des séquences décrites dans le chapitre 6. Ainsi, nous constatons
que l’analyse syntaxique interne a suscité le développement de très nombreux emplois de
ces prépositions. Notre but n’est pas de donner ici toutes les techniques permettant de
décrire ces syntagmes prépositionnels mais plutôt de manipuler d’abord ces deux
prépositions, qui se présentent sous forme d’un thème, en plusieurs formes bien structurées
adaptées à un traitement efficace.

Nous avons préféré passer sous silence un commentaire sur les variations sémantiques de
la préposition ni. En effet, la variation de son sens est proche de celui de la préposition
harimwa. Cet objectif n’est pas explicatif mais théorique dans la mesure où il offre une
réflexion sur la notion du sens multiple de cette préposition qui est inhérent au nom.

Notre analyse syntaxique interne se transforme vite en une typologie des syntagmes
prépositionnels en sens multiple. Peut-être qu’il serait une faute linguistique grave de
passer sous silence cette notion linguistique (la polysémie) par le fait que le comportement
polysémique des harimwa et ni a fait que ce phénomène s’impose peu à peu et reste
286
également au cœur de notre analyse interne, où ces mêmes prépositions s’avèrent comme
élément de base pour la tournure des séquences figées à caractère adjectival. Ainsi, notre
analyse interne reconnaîtrait à ces divers adjectivaux les valeurs suivantes :

Valeur émotionnelle.

Ali hakaya harimwa furaha. « Ali était dans la joie».

Valeur temporelle

Ngasi harimwa makati madziro. « Nous sommes dans une période difficile ».

Nous avons relevé dans notre corpus les syntagmes composés sur les particule –u et ni dont
on n’arrive pas à identifier la fonction.

hunikadjuu

trobweni

fukatredjuu

hiridjuu

djandodjuu

madji maleni

madjakani

Nous rappelons que nous prenons en compte, non plus la préposition, mais le syntagme
prépositionnel dont elle participe.

Il existe également de milliers de syntagmes prépositionnels en français appartenant à un


système riche et ouvert où une grande partie de ces adjectifs à forme complexe est
incidente à un nom. Rappelons très schématiquement les principales caractéristiques de ces
adjectivaux que l’on admettra ici : ils expriment une propriété. Ils sont en position

287
d’adjectif et encore en emploi prédicatif et se scindent, en plus, différemment en classes
sémantiques:

Prép N : en colère Luc est en colère (classe d’affect)

Prép N : en copie Luc est en copie de ton message (classe de communication)

Prép N : à la proche Le train est à la proche (classe de transport)

Prép N : en préparation Le café est en préparation (classe de boisson)

Prép N : à table Le repas est à table (classe de nourriture)

Prép N : à l’écrit Le devoir est à l’écrit (classe des écrits)

Nous rappelons que nous sommes toujours dans l’obligation d’avoir recours à cette batterie
de tests nous permettant de délimiter notre travail car elle distingue les séquences figées en
position d’adjectif des séquences figées n’ayant pas ce statut telles que au fur et à mesure,
en la matière, en grosso modo, en revue 42…

Toutefois, notre analyse syntaxe interne ne se résume pas seulement à l’identification des
classes sémantiques, notion qui serait abordée dans les annexes. Notre objectif est
notamment de proposer, structurer et tester des indices s’apprêtant à être reconnaissables
par la machine. Ce mécanisme va nous permettre de pouvoir distinguer différents degrés
d’autonomie de ces adjectifs complexes. Pour atteindre ce but, il va falloir, comme l’a
constaté Gaston Gross dans son manuel linguistique qui s’intitule Manuel d’analyse
linguistique, que nous montrions comment ces adjectifs composés se structurent dans un
contexte où ils sont précédés des prépositions des fonctions différentes. Parmi les

42
Nous avons montré la méthode dans le chapitre 7 la méthode syntactico-sémantique nous

permettant de recenser et reconnaître ces adjectivaux en comorien et en français.

288
syntagmes prépositionnels en emploi prédicatif qui se produisent quantitativement en
français, nous avons relevé dans notre corpus ceux qui sont précédés de en, de dans, de à,
de sous, de sur, de de. Cette relevée méthodique et syntaxique va nous permettre de définir
une mesure spécifique de productivité, qui permettrait également d’évaluer la régularité
entre l’association de la préposition et le nom recteur dans l’adjectif complexe. Le choix de
cette méthode très efficace dans la tâche de désambigüisation s’avère prometteur pour
mettre en évidence différents types d’emplois prépositionnels. Les types de classement
sont aussi très divers car ces adjectifs à forme complexe sont formés des prépositions de
fonctions et objectifs différents. Le but est de développer des méthodes d’analyses
linguistiques pouvant générer des classes sémantiques différentes. C’est un axe fort du
traitement du figement et de la polysémie depuis les travaux de Gaston Gross sur la notion
des classes d’objet, P.A. BUVET sur les trois fonctions primaires et de Salah Mejri sur le
figement lexical.

De nombreuses pages seront consacrées, pour repartir du bon pied, à la construction des
adjectivaux qui se construisent sur le même modèle que les adjectivaux comoriens car
nombreuses sont les prépositions qui sont incidentes à un nom. Les variations d’usage de
ces prépositions françaises sont diverses. Chaque préposition notamment en, à, dans
constitue un corpus suffisamment volumineux. Notre corpus comprend plus de 450
adjectivaux construits sur la base de la préposition à. Nous comptons cependant être brefs
en les décrivant dans ce chapitre. Nous prenons en compte les prépositions qui introduisent
un complément d’adjectif. Il va falloir que ce dernier soit actualisé, conjugué par la copule
être.

Notre analyse syntaxique interne sur ces adjectifs à forme complexe nous permet de
dresser une grande liste qui se scinde, grâce aux différentes valeurs sémantiques des
prépositions, en plusieurs parties à l’intérieur de laquelle chacune des prépositions
françaises donne naissance à une liste exhaustive des séquences plus ou moins figée en
emploi prédicatif.

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition en.

en N : en vacances, en voyage, en attente

289
en N : en position, en liberté, en cours, en gage

en N : en joie, en liesse, en colère, en lice

en Adj N : en totale confiance, en bonne santé

en N : en proie, en défaut, en train de, en faute

en N : en nage, en finale, en phase, en danger

en N : en reste, en porte à feux, en osmose, en forme, en tête

en N : en butte à, en administration devant, en carafe, en rade

en N : en communication, en entretien, en arrêt devant, en promotion

en N : en transe, en vente, en coupe du monde, en construction

en N : en activité, en mouvement, en commun accord, en érection

en N : en rapport, en règle, en avance, en visite, en discussion

en Adj et Adj N : en bonne et due forme

en N : en sortie, en guerre, en marche, en concurrence

en Adj N : en plein milieu du réveillon, en plein cours, en bonne voix

en N : en panne, en odeur de sainteté, en discrétion,

en Adj Adj : en plein jaune

en N : en prise directe, en peine, en stage, en voyage, en solde

en Adj N : en bons termes, en plein campagne, en plein guerre

en N : en berne, deuil, en alerte, en adhésion, en contact

en N Adj : en chute libre, en mi majeur, en situation régulière

290
en Adj N : en bon état, en bonne posture, en bon ordre

en N de N : en arc de cercle, en bois de cèdre, en costume d’Adam, en match d’élimination

en N : en équilibre, en évidence, en éveil, en partenariat, en deuil, en collaboration

en Dnum N : en cinq actes, en deux parties,

en Adv N : en demi-deuil, en demi finale

en N de N : en quart de finale

en N à N : en garde à vue

en Dnum card : en huitièmes de finale

en Adj N : en flagrant délit

en N de N : en bras de chemise, en bras de fer

en N : en jeûne, en correction, en litige, en péril de mort

en le N : en l’occurrence de, en l’air, à l’église, en l’espace de

en N : en larmes, en réponse à, en présence de, en scène

en N Pé : en liberté surveillée, en vase clos

en N Adj : en sens inverse, en liberté provisoire

en Adj et Adj : en noir et blanc

en N : en selle, en croupe, en doctorat, en permanence, en détente

en N : en veine, en chance, en bleu de nuit, en corrélation avec

en Adj N : en grande hâte, en totale confiance

en Adv : en sus, en tendem, en décà de, en dessus, en dehors de

291
en N : en duvet de canard, en fonte, en terre, en recréation,

en Adv : en dedans de, en travers de,

en N : en concentration, en position de, en apposition, en vrac

en N Adj : en raison inverse de, en rapport inverse, en proportion inverse de

en N : en droit, en froid, en abondance, en société, en santé

en Adj N : en plein essor, en bas âge, en plein maturité

en N : en amitié, en chômage, en disgrâce, en divorce, en surnombre

en N : en quarantaine,

Force est de constater encore une fois que nous avons choisi, pour l’analyse syntaxique
interne des adjectivaux en emploi prédicatif, d’utiliser davantage les prépositions qui
s’apprêtent à relier un nom à un autre nom, et qui introduisent des compléments d’adjectif
à forme complexe qui peuvent être actualisés par la copule être.

N0hum être en liberté

N0hum être en entretien

N0-hum être en flamme

N0-hum être à la proche

N0hum être au septième ciel

N0-hum être sur mesure

N0hum être dans le coma

Ainsi, cette classification syntaxique de ces adjectivaux permet de délimiter notre travail
sur les séquences en emploi prédicatif. En effet, on a tendance à constater que la fonction
attribuée aux prépositions en, dans, à, sous, sur, de ci-dessus mentionnée est fondamentale

292
pour la construction des phrases simples où la copule être joue encore un rôle déterminant
pour l’identification des valeurs aspectuelles, sémantiques dont toutes ces prépositions ne
s’apprêtent pas à être effacées. Elles peuvent être mobiles avec le nom auquel il est attaché.

Luc est en bras de fer avec son employeur. En bras de fer avec son employeur, Luc saisit la
justice. Luc, en bras de fer avec son employeur, saisit la justice.

La mobilité des adjectifs à forme complexe dont la préposition est notamment incidente à
un nom a fait de ces séquences une suite similaire à celui d’un adjectif simple. Nous
rappelons que dans le champ sémantique des émotions contenu dans notre corpus, certains
adjectivaux construits notamment sur la base prépositionnelle font partie d’un réseau
métaphorique : en bras de fer, en plein milieu du réveillon, en flamme, dans le bras de
Morphée. Nous préférons ne pas passer sous silence l’analyse de ce phénomène dont la
valeur sémantique s’apparente à celle du figement. On a toujours tendance à considérer que
ces adjectivaux formés sur la base de la métaphore sont souvent considérés comme les plus
figés. La présence physique de la métaphore dans le discours s’avère comme un des
facteurs du figement (ex. Martin, 1997). Cette observation semble pertinente bien que cette
figure de style ne soit pas un critère définitoire du figement (Mejri, 2005 : 189). Le
linguiste SVENSON pose un regard critique sur le rapport sémantique de ces deux notions
linguistiques : « (…) cette relation parcourt un continuum qui va de la relation zéro (il n’y
a pas forcément de relation entre métaphore et figement) jusqu’à une relation très forte
(dans certaines définitions, les idiomes ont un statut de « métaphores mortes ». Nous
comptons ne pas développer en long et en large l’emploi métaphorique des adjectifs
complexes par le fait qu’ils véhiculent une valeur sémantique très particulière qui nécessite
qu’on les observe sous un autre angle très différent de celui des adjectivaux en emploi
prédicatif. En plus, ils échappent à une catégorisation satisfaisante.

Étant strictes sur le recensement de ces adjectivaux en emploi prédicatif, nous n’avons pas
pris en compte certains syntagmes prépositionnels tels en flagrant délit, avec angoisse, au
fur et à mesure, d’un coup de chapeau, à force de, à son comptoir, sous d’abondants
cheveux gris…

293
En observant les différentes constructions des adjectivaux en emploi prédicatif précédés de
la copule être, nous avons tendance à constater que certains d’entre eux permettent de
traduire l’aspect. Nous pouvons donc citer quelques uns :

Imminence

Luc est sur l’article de la mort

Cette famille est au seuil de la misère

L’armée est à la porte de la gloire

Inchoatif

Le bureau est au début de son mandant

Luc est à l’aube de son travail d’écrivain

Je suis au commencement de mon travail

Progressif

Le traitement de ton dossier est en cours

Terminatif

Le président est au terme de son mandat

Luc est à la retraite

Le malade est à la fin de ses souffrances

Tout comme en comorien, ces constructions adjectivales ne sont pas, nous avons montré
dans le chapitre 6, toujours figées au même degré de figement. Il est manfeste qu’on
observe une différence sémantique entre à feu et à sang et en formation. En effet, dans à
feu et à sang le sens est opaque. Cette séquence n’est pas fondée sur la liberté combinatoire
des mots. Alors que dans en formation le sens est transparent, c’est-à-dire le sens de cette
séquence est le produit de celui de ses éléments constitutifs. Elle est fondée sur la liberté
294
combinatoire de certains mots. Mais il faut noter que nous faisons en sorte que l’étude du
figement de ces séquences reste sommaire dans ce chapitre parce qu’il est étudié en détail
dans le chap.6. Il reste à souligner que tous ces adjectivaux plus ou moins figés ont tous
des caractéristiques fondées sur des ressemblances généralement reconnues sous le type
Prép N, mais les plus figés génèrent une réalité et un sens particulier et que leur
combinatoire est beaucoup plus restreinte. C’est la raisons pour laquelle ces deux
séquences sémantiquement différentes ne se traitent pas de la même façon.

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition à

à la N : à la mode, à la proche, à la queue,

à le N : aux anges, aux gages de

à la N : à la hauteur, à la merci de

à le N : à l’heure, à l’écoute, à l’abandon,

à le N : aux genoux de, au pied du mur

à le N : au supplice

à N et à N : à feu et sang

à N : à bout de nerfs

à Pron et à Pron : à tu et à toi

à Adj num ord Adv : au trente-sixième dessous

à Adj num ord N: au septième ciel

à la N : à la noce, à la rue

à N : au bout du rouleau, à plat, à bord, à genoux

à Pé Adj : aux abandonnés absents

295
à la N : à la fiche, à la botte

à N : à charge de

à la N : aux commandes

à le N : au clair

à N Pé : à couteaux tirés avec N

à N : à crin

à la N : à la dévotion

à le N : au courant de

à N : à bail, à cheval, à cran

à le N à N : au coude à coude avec N

à Pé : à découvert

à le N Adj : à l’état solide, à l’état liquide

à Poss : à son aise, à son compte

à Adj : neuf, à vif,

à N : à crime, à cœur, à égalité, à flot, à faveur

à Dnum N : à deux places

à Dét Adj : au beau, au complet

à Adv Adj : au plus mal, au mieux avec N

à V : à blâmer, à déconseiller,

à N : à honneur, à injure, à jour

296
à Adj : à mal,

à N : à mépris, à poil, à terme

à le N : aux abois, à l’affût, à l’arrêt

à Poss : à sa place, à sa merci

à le N de la N : à l’article de la mort

à le N : à l’avenant,

à Adj : au beau, à sec, à vide

à Adj num N : au cent coup

à le N : au comble, au complet

à la N : à la dérive

à Dét N : au diapason

à Dét N : aux côtés de

à les N de : aux ordres de

à Adv : au mieux

à la N : à la renverse

à le N : à l’unisson, à l’abri, à l’aise

à la num : à la six quatre deux

à N et à le N : à pain et à l’eau

à la N : à la porte

à la N Adj : à la voix active

297
à N : à jeun

à N N : à vau-l’eau

à Adj N : à bonne école

à le Pé : au fait

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition dans

dans le N : dans le coma, le bleu, dans les brindes, dans le doute

dans le N : dans le cirage, dans le vague, dans le cas de

dans le N : dans le besoin, dans le chao, dans les broussailles

dans le Adj N : dans le même bateau, dans les mêmes chemises

dans Poss N : dans son élément, dans ses meubles

dans la N : dans la dèche, la pauvreté, dans la crotte

dans de Adj N : dans de beaux draps

dans Pron Poss N : dans tous ses états,

dans Poss N Adj : dans son état second

dans la N : dans la souffrance, dans la bourlingue

dans le N : dans le coup, dans le piège, le circuit

dans Poss N : dans son tort, dans son assiette

dans les N : dans les vignes du seigneur, dans les bégonias, dans les choux

dans la N : dans la lune, dans la basane,

dans la N : dans la mouscaille, dans la cavalerie

298
dans la N : dans la limonade, dans la bouteille

dans la N : dans la gêne, la jubilation, dans la nasse

dans Poss Adj N : dans ses petits souliers, dans ses idées

dans le N de N : dans les bras de Morphée

dans la N : dans la merde, dans la béatitude, dans la nature

dans le N : dans le bras de, dans l’hiver, dans l’ordre

dans le N : dans le nuage, dans le brouillard, dans l’embarras

dans Poss N : dans son bain, dans son assiette, dans sa jeunesse, dans ses bois

dans la N : dans la servitude, dans la détresse,

dans Poss N : dans son tord, dans son inquiétude, dans son centre

dans Poss N Adj : dans son inquiétude suprême

dans la N : dans la galère, dans la misère

dans la N de N : dans la fleur de l’âge, dans la force de l’âge

dans Pron Poss N : dans tous ses bras,

dans Dét N Adj : dans un état second

dans Poss Adj : dans ses bonnes

dans Adj les N : dans toutes les bouches

dans le N Prép Dét N : dans le pétrin jusqu’au cou

dans le N de N : dans le creux de la main, dans le secret des dieux

dans Poss Adj N : dans son bon droit, dans ses bons jours

299
dans Poss N N : dans son effacement augmenta

dans le N : dans l’enivrement, dans le faux, dans l’erreur

dans Poss N Adj : dans son état normal

dans une N : dans une exposition

dans Poss N de N : dans son coup de feu

dans le N : dans le grain, dans l’intention de, dans les jambes de

dans une N Adj : dans une position intéressante

dans un Adj N : dans un joli pétrin

dans de Adj N : dans de jolis draps

dans les N : dans les légumes, dans les mals, dans les mœurs, dans les patates

dans les N de N : dans les douleurs de l’enfantement

dans Poss N : dans ses murs, dans son noir

dans les Adj N : dans les petits papiers de

dans le N : dans le poêle de, dans le sud de

dans la N : dans la police, dans l’armée

dans les N Adj : dans les pommes cuites

dans les num : dans les premiers

dans les N : dans les privance de, dans les prix de, dans le prolongement de

dans le N : dans le rouge, dans le ton, dans le trou, dans l’urgence, dans le vin

dans la N : dans la stupéfaction, dans la vérité, dans la vitrine

300
dans les N : dans les temps

dans le N en N : dans le train en marche

dans le N : dans le ton, dans l’affliction

dans le N Adj : dans l’âge ingrat

dans le ordin N : dans le 36e dessous

dans le Adv Adj : dans le plus simple appareil

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition de

de la N : de la jaquette, de la partie, de la classe, de la coutille, de la balle

de N : d’attaque, de raison, de force, de loisir, de mèche, de connivence

de le N : de l’âge de

de Poss N : de son âge

de Pron les N : de toutes les fêtes

de Adj indéf les N : de toutes les réunions

de Dét Adj N : d’un certain âge

de bonne humeur

de Adj N : de bon conseil, de grande maison

de Adj N : de mauvaise foi, de mince étoffe, de basse étoffe

de N : de droit, de commandement, de compte, de repos

de N Adj : d’abord facile, d’âge avancé, d’utilité publique

de N : de rigueur, de retour, de naissance, de fête

301
de Adj N : de bonne composition, de plain-pied, de bas étage, de bon aloi

de le N : du jour, du tonnerre, du métier, du matin, du

de Adv : de trop, de peu

de Poss N : de son côté, de son parti, de son époque, de sa poche, de son siècle

de la Adj N : de la même espèce, de la même race, de la même couvée

de le N Prép N : de l’âge de N, du bord de N

de la Adj N Prép : du dernier bien avec

de N : de gaude, de droit

de le Adj N : du plus haut comique

de un N Adj : d’un avis contraire, d’un blanc laiteux

de un N Adj N : d’un seul tenant

de tout N : de tout repos

de la N de N : de la côte d’Adam

de le N : de l’arbe, de l’avis, de l’f

de le Pron. indéf N de de la N : de l’autre côté de la barricade

de un Pron. indéf N : d’un autre bateau, d’un autre caractère

de une Pron. indéf N : d’une autre génération

de N N : de poil carotte

de N et de N : de chair et d’os

de le N Adj : de l’eau claire

302
de N Adj : de condition modeste, de garde facile

de Adj N : de bonne façon

de inf la N : de monter la faction, de prendre la faction

de inf un N en N : de mettre un soldat en faction

de la Adj N : de la première jeunesse

de Adj et de Adj N : de noble et d’ancienne race

de N à : de nature à, de sorte à, de taille à

de N : de nuit, de garde, de paillasse, de parole, de passage, de poids, de circonstance

de la Adj N : de la même paroisse

de N avec : d’avis avec

de N Pé : de parti pris

de la N : de la partie, de la pédale, de la poitrine, de la province, de la science-fiction

de la N de : de la religion, de la revue, de la compétence de

de Adj. indéf N : de quelque secours

de un Adj N : d’un grand secours

de N : de sortie, de tranchée

de Poss N : de son temps, de son village

de le Adj Adv : du dernier bien, du dernier mieux

de le Adj : du dernier, du joli

de le N : du bâtiment, du chinois, du matin, du nombre, du réchauffé, du soir

303
de le N de : du bord de

de le N de le N : du côté du manche

de le N des N : du commun des martyrs

de le Adj N : du meilleur monde, du bon nombre

de le Adj N : du même monde, du même milieu

de le Poss : du nôtre, du sien

de le Adj ifinitif pour : du dernier tendre pour

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition sous

sous le N de : sous l’influence de, sous l’engagement de

sous la N de : sous la présidence de, sous la surveillance de

sous le N de : sous l’autorité de, sous le contrôle de

sous la N de : sous la direction de, sous la domination, sous la dépendance de

sous le N de : sous le commandement de, sous l’égide, sous l’invocation de

sous le N de: sous l’égide de, sous le patronage de

sous la N de : sous la garde de, sous la tutelle de, sous la protection de

sous la N de : sous la coupe de

sous N : sous perfusion, sous tension, sous pression, sous location

sous les N de : sous les pas de, sous les doigts de

sous les N : sous les armes, sous les roues, sous les drapeaux, sous les ponts

sous les N de : sous les murs de, sous les espèces, sous les pieds

304
sous l’image, sous le marteau, sous le sens

sous la Adj N : sous la haute espèce

sous les N Adj de : sous les fourches caudines de

sous les N de : sous les ordres de, sous les couleurs de, sous les traits de

sous les N de le N : sous les projecteurs de l’actualité

sous les N : sous les fleurs, sous les tuiles, sous les verrous

sous le N : sous le vent, sous le ciel, sous le sabot, sous le dais

sous le N de : sous le coup de, sous le fléau de, sous le poids de

sous la N de : sous la dépendance de, sous le joug de, sous le rapport de

sous les N Pé de : sous les coups répétés de

sous le N : sous le manteau, sous le fardeau, sous le fouet

sous le N de : sous le régime de, sous le talon de, sous le vocable de, sous le voile de

sous le N de N : sous le sceau du secret

sous la N : sous la forme de, sous la figure, sous la bâche, sous la coupole

sous des N Adj : sous des modes différents

sous tel aspect, sous tel angle, sous telle face

sous la N de : sous la bannière de, sous la botte de, sous la coupe de, sous la férule de

sous la N de une N : sous la couleuvrine d’une place

sous la N de un N : sous la houlette d’un berger, sous la conduite d’un guide

sous la N : sous la peau, sous la remise,

305
sous la N de : sous la loi de, sous la main de, sous la pantoufle de

sous la N : sous la presse, sous la semelle

sous la N de : Sous la prévention de, sous la puissance de, sous la verge de

sous le N de : sous l’effet de, sous l’ombre de

sous la N de : sous la transparence de, sous la plume de,

Adjectivaux en emploi prédicatif composés sur la préposition sur

sur N : sur mesure

sur les N : sur les dents, sur les attelles, sur les boulets, les brasses

sur la N : sur la paille, sur la braise, sur la pente

sur Poss N : sur ses gardes, sur ses pattes, sur son penchant

sur les N : sur les genoux, sur les rangs

sur la N : sur la sellette, sur la cour, sur la paille

sur des N Adj : sur des charbons ardents

sur le N : sur le cul, sur le rivage, sur le seuil, sur le grabat, sur gril

sur les N : sur les rotules, sur les roses, les rotules, les sondes

sur Adj N : sur toutes lèvres, sur toutes les bouches

sur le N : sur l’arrière, sur le pont, sur le bord, sur le chandelier

sur des N : sur des charbons, des épines

sur le Adj N : sur le grand chemin

sur la N Adj : sur la corde raide, sur la pente savonneuse

306
sur le N de : sur le dos de, sur le point de

sur Poss N : sur son pailler

sur le N : sur le retour, sur le tas, sur le trépied, sur le trône, sur le qui-vive

sur le Adv : sur le devant

sur le N de N : sur le sentier de la guerre

8. 2. N est à N = N à Dét N

Eshio sikaya djuzoni = Ali hakahatria eshio djuzoni.

Ali nge harimwa mswiba = Etwabibu hatria Ali harimwa mswiba.

La paraphrase qui s’opère dans cette sous-section nous semble devoir atteindre deux buts,
celui de récupérer les différentes classes d’objets fondées sur la syntaxe de la langue
comorienne et de la langue française « permettant de d’écrire les phrases avec la précision
nécessaire au traitement automatique, et celui de calculer le degré des séquences
adjectivales où les prépositions harimwa et ni et les prépositions françaises telles que à,
dans, sur, sous jouent notamment un rôle déterminant pour la reconnaissance du prédicat et
de ses arguments.

En français, on peut observer la même structure syntaxique qu’en comorien. La différence


s’observe uniquement au niveau de l’emploi des déterminants en français.

La cérémonie est à l’université Paris 13, l’école doctorale organise la cérémonie à


l’université.

L’élève est à la direction, le principal a convoqué l’élève à la direction.

La préposition à introduite dans ces deux séquences est locative. Cette valeur reste
inchangée même si on effectue un changement syntaxique à l’intérieur de la séquence.

L’organisation de la cérémonie à l’université Paris 13 par l’école doctorale avait tiré


notre attention.

307
L’invitation de l’élève à la direction par le principal nous inquiète.

L’association ou plutôt l’attachement de la préposition à au groupe nominal précédé d’un


déterminant (Dét N) s’inscrit dans le cadre d’une relation syntaxique très forte de sorte que
le degré d’autonomie ne s’observe pas sur une de ces deux notions mais sur l’ensemble,
c’est-à-dire sur le SP. Ce critère de productivité n’est pas insuffisante dans la mesure où les
adjectivaux composés sur la préposition à abondent sous différentes formes.

8.2.1. N est à N = Il y a Dét N dans N

C’est une structure de base qui représente encore une étape importante en vue de
l’acquisition ou de la formation complète d’une séquence figée à caractère adjectival. Cela
peut se constater dans trois étapes différentes. Nous rappelons que nous allons utiliser la
méthodologie de Gaston Gross pratiquée dans son ouvrage Manuel d’analyse linguistique.
Tous nos exemples de cette sous-section sont tirés de cet ouvrage. Nous nous y référons
pour donner également nos exemples en comorien.

Nhum V Dét N SP

Ali ngulo maele yanazi

Ngapvo N SP

Ngapvo nazi harimwa emaele yanu.

N-hum SP

Emaele yanu yanazi

Nhum V N SP

Fatima ngupiho mtuzi wantsandzi

Ngapvo N SP

Ngapvo ntsandzi harimwa omtuzi unu

308
N-hum (V) SP

Omtuzi unu wantsandzi

En comorien, la structure de la paraphrase comprenant un adjectif complexe du sous type


N-hum (V) SP ne nécessite pas l’emploi de la copule. C’est la raison pour laquelle nous
avons mis le verbe, c’est-à-dire cette copule entre parenthèse. Par contre, en français, la
copule considérée comme verbe support s’exprime dans la paraphrase sans contrainte
aucune.

Nhum V Dét N SP

Luc achète du pain au raisin.

Il y a Dét N SP

Il y a du raisin dans ce pain.

N-hum V SP

Ce pain est au raisin.

Nhum V Dét N SP

Léa mange du pain au chocolat.

Il y a Dét N SP

Il y a du chocolat dans ce pain.

N-hum V SP

Ce pain est au chocolat.

Nhum V Dét N SP

Luc répare un moteur à essence.

Il ya Dét N SP
309
Il y a de l’essence dans ce moteur.

N-hum V SP

Ce moteur est à essence.

Les syntagmes prépositionnels (SP) catégorisés comme adjectifs complexes (en pétard, en
attente, à l’écoute, dans le coma…) sont, tout comme les groupes nominaux de N de N,
l’occasion de difficultés d’analyses diverses. En effet, après avoir présenté
schématiquement les structures pour une analyse syntaxique interne de ces adjectivaux,
nous avons fini par constater que la structure de ces adjectivaux est complexe. Toutefois, la
préposition qui précède le nom (N) ou le GN joue un rôle important pour l’identification
de la structure interne de ces suites adjectivales.

Les paraphrases qui se sont opérées ou qui se résument enfin à ce pain est au raisin, à ce
pain au chocolat nécessitent qu’on emploie la copule est pour actualiser la séquence au
raisin et au chocolat. Gaston Gross a qualifié cette structure de caractéristique en donnant
plusieurs exemples pour épauler son argumentation linguistique: Luc mange du saucisson
à l’ail, ce saucisson est à l’ail; il y a de l’ail dans ce saucisson. Luc mange un gâteau au
chocolat, ce gâteau est au chocolat; il y a du chocolat dans ce gâteau. « On observera que
dans ces structures aussi, il y a de fortes restrictions sur la détermination du substantif : on
trouve le générique le mais non l’indéfini, même accompagné d’un modifieur : ce gâteau
est au chocolat, *ce gâteau à un chocolat, *ce gâteau a un chocolat fondant ».

À notre connaissance, la méthode entreprise pour recenser les adjectivaux comoriens et


français se résume à un système qui consiste à reconnaître dans une séquence du sous type
N0 être Prép N la partie libre et la partie fixe lors du traitement automatique. Cette
reconnaissance s’avère fondamentale dans la mesure où « les expressions figées posent des
problèmes spécifiques en analyse automatique des textes en langues naturelles ». Ce
constat peut s’observer dans les exemples suivants:

Sens transparent : N0hum être en stage.

Sens opaque : N0hum être à cran.

310
Sens transparent : N0-hum être en attente.

Sens opaque : N0-hum être à courte vue.

« Nous appelons zone fixe d’une expression figée la partie de l’expression qui admet un
nombre fixe de mots simples, même si ces mots sont susceptibles de variations
morphologiques. Dans les exemples ci-dessus, les éléments de la zone fixe (à cran, à courte
vie) ne peuvent pas varier ». Nous rappelons que la copule être ayant le statut d’un verbe
support ne peut pas être considéré comme figé. La raison est qu’il peut être effacé.

Luc donne des cours aux élèves en stage.

Elle va encore mettre Chevestre à cran par des questions tendancieuses (Collecte, Duo,
1934, p. 124).

Les dossiers en attentes seront traités prochainement.

Notre président mène une politique à courte vue.

8.2.2. N est à N = N V à N

Ali ngulo maele yanazi, Emaele yanu yo yanazi

Fatima hahulu nyungu yadongo, Enyungu inu yo yadongo

Les relations suggérées ici sont considérées de spéculatives par Gaston Gross dans son
ouvrage linguistique Manuel d’analyse linguistique. En effet, selon lui, les paraphrases
Emaele yanu yo yanazi, Enyungu inu yo yadongo sont plus sémantiques que syntaxiques.
Cela peut s’observer également en français où les exemples donnés par Gaston Gross sont
encore beaucoup plus variés :

Ce moteur est à essence, ce moteur (marche, fonctionne) à essence.

Cette lampe est à l’alcool, cette lampe (fonctionne) à l’alcool.

« On peut ranger dans ce groupe le cas d’effacement dont on peut contrôler la trace de
façon moins aléatoire ».

311
Ali ngufanyo hazi habaya na nkodo, Ali nge harimwa baya na nkodo.

Ali ngurendo ndjema nodombowa, Ali nge harimwa udombowa.

Ngarienshio hataabu, Ngasi harimwa taabu.

Ce mécanisme s’observe de la même manière qu’en français où l’article de Gaston Gross


sur la construction des adjectivaux illustre la possibilité de paraphraser, dans une
perspective du traitement automatique des langues, une phrase canonique comprenant un
verbe en une phrase où la copule être joue le rôle d’un verbe support. À titre indicatif, il est
rappelé que l’étude de construction des adjectifs composés dans cette perspective permet
d’aboutir à l’élaboration des classes sémantiques différentes. Puis sont rappelés les grands
principes d’une analyse du lien entre construction verbale et construction adjectivale:

Luc travaille à mi-temps, Luc est à mi-temps.

On paye Léa au rendement, Léa est payée au rendement, Léa est au rendement.

On a mis Paul à contribution, Paul a été mis à contribution, Paul est à contribution.

On voit, sur ce mécanisme, comment ces relations peuvent être appréhendées de façon
systématique dans le cadre d’un traitement syntaxique homogène, qui recouvre bel et bien
le lien entre les séquences N est à N et N V à N (ex. : Luc travaille à la merci de son
patron/ Luc est à la merci de son patron. Luc travaille à temps plein/ Luc est à temps
plein.)

Ainsi, la paraphrase se définit, dans cette perspective innovante, comme un processus


continu de productions-altérations sémantiques, que manifeste entre autres, dans le corpus
soumis à notre réflexion.

312
8.2.3. Le verbe est à l’actif.

Dans cette sous-section, nous essayons de suivre un chemin déjà tracé systématiquement
par Gaston Gross. Selon lui, la création des structures nominales à interprétation
adjectivale s’avère possible grâce au verbe être à. Il n’est pas question ici de transformer
une voix active en passive mais de nominaliser un verbe « qui peut être à l’actif ou au
passif ». La tournure de ces séquences peut être observée dans le comorien et le
français où la paraphrase en est le pivot:

Ali ngulimo, Ali nge malimani

Fatima ngupiho, Fatima nge harimwa upisi

Salim ngulo, Salim hakaya harimwa mlo.

Ali nguswali, Ali hakaya swalani.

En comorien, le passage de l’actif au passif pratiqué ici dépend du comportement


sémantique du verbe à l’actif. Cela donne lieu à comprendre que tous les verbes comoriens
à l’actif ne s’apprêtent pas à avoir une interprétation adjectivale.

Ali ngusomeso/ ? Ali nge msomoni.

Salim ngwendo dahoni/ *Salim hakaya hodahoni

Ali hakaza shiwanda/ *Ali nge shiwandani

En français « cette possibilité dépend quelquefois de la nature du complément, en


particulier du statut, humain ou non, de ce complément ».

Ces élèves sont à l’écoute de leur professeur/ Ces élèves sont à l’écoute de leur professeur.

Luc est à l’écoute de la misère du monde/ * Luc écoute la misère du monde.

Sémantiquement, le verbe écouter peut être utilisé en emploi particulier. Il a une


caractéristique d’un verbe spécifique dans la mesure où il ne peut s’étendre à des sujets et à

313
des compléments de nature différente. C’est la raison pour laquelle sa relation avec son
nom donne naissance à des contraintes sémantiques.

8.2.4. Le verbe est au passif.

Notre étude portant sur l’usage des verbes employés au passif nécessite toujours qu’on
prenne obligatoirement en considération l’usage du verbe être à. En effet, la
nominalisation des formes passives est, selon Gaston Gross, conditionnée par ce verbe.
Nous avons expliqué brièvement dans les chapitres précédents les formes passives qui
s’interprètent en adjectif à forme complexe.

Ex. : Ali hahifadhulwa/ Ali hakaya harimwa hifadhwi.

Ali ngwandziwa/ Ali hakaya nyandzoni.

Ali ngurumwa/ Ali nge urumwani

Nous pouvons observer des séquences syntaxiquement équivalentes en français où le verbe


être à sert également à créer des formes passives à interprétation adjectivale.

Paul est abrité du vent/ Paul est à l’abri du vent.

Paul est formé dans cette école/ Paul est en formation dans cette école.

Le dossier est traité/ Le dossier est en traitement.

Dire que le verbe être à permet de nominaliser les formes verbales passives est une
manière de montrer que toutes les formes verbales passives n’acceptent pas cette
nominalisation.

Par ailleurs, Gaston Gross a su rappeler que « de ce point de vue, le support il y a a des
propriétés analogues au support converse avoir (cf. Gaston Gross, 1989.) : il y a chez Luc
de l’admiration pour cette réaction, cette réaction est admirée par Luc, cette réaction a
l’admiration de Luc. Il a souligné que les formes verbales passives ne nécessitent que le
complément d’agent soit utilisé. En clair, dans la voix active, le sujet est un pronom
indéfini qui ne s’exprime jamais dans la forme passive comme complément d’agent.

314
On a libéré cet accusé (forme active)

Cet accusé a été libéré (forme passive)

*Cet accusé a été libéré par on.

Cet accusé est en liberté (forme adjectivale).

[Link]. Traits inhérents des adjectifs employés dans les comparaisons figées

Nous définissons traits comme une unité permettant de distinguer un composant phonique,
syntaxique ou sémantique. Dans cette sous-section, la typologie des comparaisons figées à
base adjectivale nous permettra de connaître les traits syntaxiques et sémantiques des
adjectifs employés dans ces comparaisons figées, c’est-à-dire, on connaîtra dans cette sous-
section la catégorie de ces adjectifs, leur place dans les comparaisons figées (trait
syntaxique) et la pertinence de ces adjectifs employés dans ces séquences (traits
sémantique). Le caractère figé de ces séquences montrera comment les adjectifs et les
noms employés dans ces séquences sont intimement liés.

Notre étude sur les adjectifs appelés, dans la grammaire traditionnelle, adjectifs
qualificatifs employés dans les comparaisons figées est fondamentale. Ils ne marquent pas
une rupture avec les adjectifs composés étudiés en long et en large dans les chapitres
précédents. En effet, ces deux séquences ont le figement en commun. Nous rappelons
également que le figement est variable et il n’a pas toujours la même étendue, ni la même
intensité. C’est ce que nous avons bien montré dans les chapitres précédents.

Trait syntaxique.

Les adjectifs employés dans les comparaisons figées sont immobiles. Leur position attribut
dans la phrase reste inchangée. Différents des adjectifs simples, les adjectifs employés dans
les comparaisons figées se heurtent à la fonction épithète et épithète détaché. Cela peut
s’observer dans Ali nge mudu hama izinga. « Ali est noir comme une braise ».

L’impossibilité de déplacer, remplacer, substituer l’adjectif -udu ou de mettre la


comparaison hama izinga en tête explique le figement de cette séquence. Le figement de

315
cette séquence s’explique aussi par le fait que l’adjectif -udu et le nom izinga forment une
séquence.

Trait sémantique

En comorien, le sens des comparaisons figées est en général transparent parce qu’il y a
quelque chose en commun entre le comparé et le comparant. En effet, l’adjectif –udu
signifie noir et le nom izinga signifie braise (quelque chose de très noir). Alors le sens
« ordinaire » de -udu hama izinga « noir comme une braise » qui signifie udu swafi (très
noir) permet de deviner qu’on parle d’une personne qui est très noire. Ces suites qui
ressemblent à de simples comparaisons s’observent également en français où certaines
comparaisons figées n’ont pas forcément deux lectures (lecture transparente et lecture
opaque). Car l’adjectif est hors de la portée de figement. C’est le cas de l’adjectif noir dans
noir comme de l’encre qui signifie très noir et fort dans fort comme un lion qui signifie
très fort.

Nous rappelons cependant que nous ne prenons pas les adjectifs employés dans les
comparaisons figées pour des adjectifs simples mais nous les analysons comme le noyau
de la comparaison figée car « ils assurent et justifient le rapprochement entre le terme
comparé et le terme comparant ». Très souvent, on a du mal en français à déterminer ce
rapprochement entre le comparé et le comparant à cause de l’opacité sémantique. Ainsi, il
est difficile pour un étranger de pouvoir interpréter la suite donnée même s’il connaît le
sens de chaque mot.

bête comme ses pieds,

sage comme une image.

gai comme un pinson.

Les adjectifs bête, sage, gai (ils ne sont pas motivés) caractérisent respectivement les noms
pieds, image, pinson. Ils sont inséparables et nécessaires à ces noms. Chaque adjectif ne
représente pas forcément le sème commun qui a été choisi comme motif de la
comparaison. Ils expriment une qualité et indiquent un état.

316
Adjectifs exprimant une qualité physique

fort comme un Turc

fort comme un lion

fort un bœuf

Adjectifs exprimant une qualité morale

brave comme un pape

méchant comme la gale

malheureux comme les pierres

sourd comme un pot

L’aspect duratif s’invite parfois à l’emploi de certains adjectifs ci-dessus mentionnés.

joli comme un cœur

fort comme un bœuf

bête comme ses pieds

blond comme les blés

Notre analyse sémantique nous est nécessaire pour la reconnaissance des traits inhérents
des adjectifs employés dans les comparaisons figées.

[Link]. Champs sémantique des adjectifs employés dans les comparaisons figées.

Il est bien évident que la typologie faite sur les comparaisons figées à base adjectivale en
comorien et en français montre que ces deux langues sont dotés des adjectifs qui ont un
champ sémantique extrêmement large. Par champ sémantique, on entend généralement un
ensemble de termes (mots ou expressions) que recouvre tel ou tel concept. En comorien
tout comme en français, on peut trouver, par exemple, dans les comparaisons figées à base

317
adjectival, des comparaisons dont les adjectifs appartiennent à des champs sémantiques
largement divers.

Champ sémantique de qualité physique

-ndu hama izinga « noir comme une braise

-le hama mnazi « long comme un cocotier »

-penya hama dhahabu « brillant comme l’or

-naakili hama sungurwa « intelligent comme un lapin »

Champ sémantique de goût

-djipva hama ndjiz « délicieux comme le miel »

-nanyungo hama sibiri « amer comme l’aloe vera”

-nkavu hama nganu “sec comme une farine”

Le plus souvent, on trouve des adjectifs dont la signification montre l’état dans lequel
l’être humain se trouve : -wawa hama itsangu, -lenga hama utseo. Ces caractéristiques
sont semblables à celles rencontrées en français, où la même idée d’intensité forte peut être
rendue de diverses manières. En effet, pour les qualités essentielles de l’être humain, ainsi
que pour les situations les plus fréquentes auxquelles l’être humain se confronte, il y a un
paradigme des termes comparants dont chacun met en évidence de manière exemplaire la
situation envisagée. Ainsi, le champ sémantique des comparaisons figées à base adjectivale
est, en français, beaucoup plus large qu’en comorien. Nous pouvons mentionner les
comparaisons idiomatiques françaises dont les adjectifs expriment une qualité. Toutes ces
comparaisons figées à base adjectivale forment une séquence dans laquelle on peut aussi
observer des adjectifs ayant une caractéristique passagère d’un individu.

[Link]. Une qualité physique

La langue française est bel et bien connue pour ses multiples ressources d’expressivité.
Cette richesse linguistique s’observe notamment dans l’emploi des comparaisons à base
318
adjectivale dont les adjectifs exprimant la qualité physique notamment humaine est non
négligeable.

Adj comme N : belle comme une fleur.

Adj comme N : beau comme un astre

Adj comme N : beau comme le jour

Adj comme N : clair comme le jour

Adj comme N : grand comme le monde

Adj comme N : beau comme un dieu

Adj comme N : beau comme le soleil

Adj comme N : joli comme un cœur

Adj comme N : clair comme l’eau de roche

Adj comme N : solide comme un roc

Adj comme N : tendu comme un arc

Adj comme N : fraîche comme une rose

Adj comme N : bon comme le pain

Adj comme N : solide comme le Pont Neuf

Adj comme N : beau comme un ange

Adj comme N : brillant comme le soleil

Adj comme N : beau comme une hirondelle

Adj comme N : bronzé comme un cachet d’aspirine

319
Nous rappelons qu’en français le N0hum est un argument de référence qui s’emploie le
plus souvent dans les comparaisons figées à base adjectivale, où le champ sémantique de
défaut est mis plutôt en évidence.

8.2.4. Un défaut physique

Les comparaisons figées à base adjectivale en français forment un champ sémantique


extrêmement large. Elles sont utiles à la langue française dans la mesure où elles
contribuent à son enrichissement. Elles s’avèrent, par leur structure grammaticale, rigides.
Nous prenons à titre d’exemple les comparaisons suivantes:

Adj comme N : maire comme un clou

Adj comme N : laid comme un pou

Adj comme N : noir comme un corbeau

Adj comme N : noir comme l’ébène

Adj comme N : poilu comme un singe

Adj comme N : poilu comme un ours

Adj comme N : gros comme une pastèque

Adj comme N : pale comme un mort

Adj comme N : long comme le bras

Adj comme N : dur comme l’acier

Adj comme N : fauché comme les blés

Adj comme N : blond comme les blés

Adj comme N : plein comme un œuf

Adj comme N : nu comme la main

320
Adj comme N : gros comme une loutre

Adj comme N : plat comme une limonade

Adj comme N : maigre comme un hareng

Adj comme N : myope comme une taupe

Adj comme N : laid comme les sept péchés capitaux

Force est de constater que la typologie faite sur ces adjectifs exprimant des défauts n’est
pas exhaustive.

[Link]. Une qualité morale

Adj comme N : sage comme une image

Adj comme N : brave comme un pape

Adj comme N : franc comme l’or

Adj comme N : fort comme un lion

Adj comme N : fort comme Hercule

Adj comme N : rapide comme l’éclair

Adj comme N : heureux comme un poisson dans l’eau

Adj comme N : heureux comme un roi

Adj comme N : doux comme un agneau

Adj comme N : fier comme un pou

Adj comme N : gai comme un pinson

Adj comme N : droit comme i

Adj comme N : droit comme un piquet


321
Nous rappelons que le travail présenté ici porte sur le traitement automatique et
lexicographie des expressions figées à caractère adjectival en comorien et en français où
ces comparaisons constituent des unités lexicales à proprement parler. C’est pour cette
raison qu’une typologie nous permettant de procéder à une classification de ces unités en
champ sémantique s’avère probable pour la reconnaissance de ces séquences par
l’informatique.

8.2. 4.2. Un défaut du caractère.

Nombreuses sont les comparaisons figées françaises dont les adjectifs expriment
notamment un défaut de caractère. « Grâce à l’importance des notions qu’ils expriment, à
la fréquence de leur emploi, ils contribuent, pour ainsi dire, le fond usuel du vocabulaire
adjectival ».

Adj comme N : lent comme un escargot

Adj comme N : adroit comme un singe

Adj comme N : mou comme une chique

Adj comme N : sourd comme un pot

Adj comme N : bête comme ses pieds

Adj comme N : méchant comme une teigne

Adj comme N : gourmand comme un chat

Adj comme N : bavard comme une pie

Adj comme N : muet comme une carpe

Adj comme N : méchant comme la gale

Adj comme N : avare comme un rat

Adj comme N : embêtant comme la pluie

322
Adj comme N : faux comme un jeton

Adj comme N : insolent comme une porte cochère

Adj comme N : ennuyeux comme la pluie

Adj comme N : méchant comme le diable

Adj comme N : sourd comme un pot

Adj comme N : vaniteux comme un paon

Adj comme N : bête comme une oie

Adj comme N : soûl comme une grive

Adj comme N : chargé comme une mule

Adj comme N : malheureux comme les briques

Adj comme N : têtu comme une mule

Adj comme N : fier comme Artaban

[Link]. Une caractéristique passagère d’un individu

En français tout comme en comorien les adjectifs montrant une caractéristique d’un
individu dans les comparaisons figées sont en nombre limité. Cela peut s’observer par
exemple dans notre corpus où nous n’avons pas recensé un nombre important relatif à cette
caractéristique. Nous donnons à titre d’exemple des comparaisons à base adjectival en
comorien et en français répondant à ce genre de critère (caractéristique passagère).

Adj hama N: -ema hama mwarabu

Adj hama N: -fubia hama ina

Adj hama N: -dziro hama ntsidawe

Adj hama N : -upenya hama dhabu


323
On peut également trouver en française des comparaisons figées à base adjectivale qui
peuvent être préférentiellement équivalentes.

Adj comme N : riche comme Crésus

Adj comme N : gai comme un pinson

Adj comme N : malade comme une bête

Adj comme N : clair comme l’eau de roche

Adj comme N : nu comme un vert

Adj comme N : sale comme un pourceau

Adj comme N : raide comme un passe-lacet

Adj comme N : malade comme un chien

Adj comme N : malin comme un singe

Nous nous concentrons dans ce qui suit sur l’étude de ces adjectifs employés dans les
comparaisons figées dans le but de montrer la place capitale que ces séquences adjectivales
occupent dans les deux langues soumises ici à notre réflexion.

8.2.5. Une couleur

La réalité est qu’il n’existe pas en comorien un nombre important des comparaisons dont
les adjectifs expriment une couleur. Les couleurs existent mais s’emploient rarement dans
les comparaisons figées. Les adjectifs ne sont pas très productifs comme en français où un
seul adjectif donne naissance à plusieurs comparaisons.

Comparaisons figées composées sur hama à base de l’adjectif -du « noir »

Adj hama N : -du hama hidza shalowa

Adj hama N: -du hama izinga

324
Adj hama N : -du hama sharibo

Adj hama N : -du hama mrema-hapva

Adj hama N : -du hama misizi

Comparaisons figées composées sur hama à base de l’adjectif -kudu « rouge »

Adj hama N : -kudu hama irasi

Adj hama N : -kudu hama mzungu

Adj hama N : -kudu hama ina

Comparaisons figées composées sur hama à base de l’adjectif -weu « blanc »

Adj hama N : -weu hama dziwa

Ces comparaisons figées se déclinent avec un nombre très limité mais elles maintiennent
une relation syntaxique d’équivalence qui peut être ressentie en français. Ils admettent tout
comme en français pour sujet un Nhum et d’autres un N-hum ou Npc.

N0 hum nge Adj hama N : Ali nge mudu hama sharibo.

N0 hum nge Adj hama N : Ali nge mkudu hama mzungu.

Npc nge Adj hama N: Emihono yahe ngio midu hama misizi.

N-hum ngilo Adj hama N: Legari ngilo djeu hama dziwa.

En français, le corpus comprenant les comparaisons figées à base adjectivale dont l’adjectif
exprime spécifiquement une couleur est très dense. Pour un travail soigneusement
présenté, nous comptons faire une typologie de ces adjectifs figés en les classant en
plusieurs sous classes selon la couleur qu’ils expriment (blanc, noir, vert, rouge…).

Comparaisons figée composées sur comme à base de l’adjectif blanc

Adj comme N : blanc comme l’albâtre

325
Adj comme N : blanc comme la craie

Adj comme N : blanc comme un lis

Adj comme N : blanc comme un lys

Adj comme N : blanc comme neige

Adj comme N : blanc comme un cachet d’aspirine

Adj comme N : blanc comme aspirine

Adj comme N : blanc comme un navet

Adj comme N : blanc comme un linge

Adj comme N : blanc comme le lait

Adj comme N : blanc comme petit-suisse

Adj comme N : blanc comme un fromage

Adj comme N : blanc comme de la maquée

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif bleu

Adj comme N : bleu comme un ciel d’été

Adj comme N : bleu comme la mer

Adj comme N : bleu comme le saphir

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif rouge

Adj comme N : rouge comme une pomme

Adj comme N : rouge comme une tomate

Adj comme N : rouge comme une cerise

326
Adj comme N : rouge comme un coquelicot

Adj comme N : rouge comme une pivoine

Adj comme N : rouge comme un coq

Adj comme N : rouge comme une écrevisse

Adj comme N : rouge comme une crête de coq

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif noir

Adj comme N : noir comme une taupe

Adj comme N : noir comme du charbon

Adj comme N : noir comme le diable

Adj comme N : noir comme de l’ébène

Adj comme N : noir comme un charbonnier

Adj comme N : noir comme un bougnat

Adj comme N : noir comme la fausseté

Adj comme N :noir comme un corbeau

Adj comme N : noir comme le jais

Adj comme N : noir comme le cirage

Adj comme N : noir comme de l’encre

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif jaune

Adj comme N : jaune comme un souci

Adj comme N : jaune comme un cire

327
Adj comme N : jaune comme un canari

Adj comme N : jaune comme de la paille

Adj comme N : jaune comme un citron

Adj comme N : jaune comme un coing

Adj comme N : jaune du safran

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif rose

Adj comme N : rose comme une conque

Adj comme N : rose comme une fraise

Adj comme N : rose comme une framboise

Adj comme N : rose comme un crocodile

Adj comme N : rose comme un monstre

Adj comme N : rose comme une jeune fille

Adj comme N : rose comme du saumon

Adj comme N : rose comme les bourgeons de tilleuls

Adj comme N : rose comme la pulpe du bégonia

Adj comme N : rose comme un bébé

Adj comme N : rose comme des boutons de pommiers

Adj comme N : rose comme un poupon

Adj comme N : rose comme des lobes

Adj comme N : rose comme un radis

328
Adj comme N : rose comme une crevette

Adj comme N : rose comme neige à l’aurore

Adj comme N : rose comme le Mars de M. Landis

Adj comme N : rose comme à Balbec

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif vert

Adj comme N : vert comme de l’ache

Adj comme N : vert comme un rayon d’Aldébaran

Adj comme N : vert comme l’hydre farouche

Adj comme N : vert comme une olive

Adj comme N : vert comme pré

Adj comme N : vert comme l’émeraude

Adj comme N : vert comme le jade

Adj comme N : vert comme un singe du Brésil

Adj comme N : vert comme un concombre

Adj comme N : vert comme la brousse à la saison de pluie

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif gris

Adj comme N : gris comme un cordelier

Adj comme N : gris comme l’ardoise

Adj comme N : gris comme la cendre

Adj comme N : gris comme les nuages

329
Adj comme N : gris comme l’argent

Comparaisons figées composées sur comme à base de l’adjectif brun

Adj comme N : brun comme un Maure

Adj comme N : brun comme un moricaud

Adj comme N : brun comme une datte

Adj comme N : brun comme chique

Adj comme N : brun comme le diable

Adj comme N : brun comme noisette

Force est de constater que toutes ces couleurs sont exprimées par des adjectifs, et non par
des noms. Dans ce cas, ces adjectifs employés dans ces comparaisons figées s’accordent,
comme un adjectif simple, en genre et nombre avec le nom qu’ils qualifient.

Ces chemises brunes comme une datte me conviennent.

Cette feuille verte comme le jade s’utilise dans la médecine traditionnelle.

On a pu observer plusieurs cas complexes des séquences. Cette complexité s’observe dans
le domaine de la syntaxique, de la sémantique et du lexique. Tel est le cas des
comparaisons figées à base adjectival. Nous avons retenu que ces séquences figées du
sous-type N est Adj comme N est le cas le plus productif notamment en français. Ce
schéma syntaxique peut s’observer cependant dans les constructions libres : Paul est beau
comme un acteur de cinéma. Paul est bête comme un supporter de foot. Toutefois, les
constructions des comparaisons largement classées ci-dessus sont figées car « contraintes
du point de vue des modifications lexico-syntaxiques qu’elles peuvent subir ».

? Luc est beaucoup plus sourd qu’un pot.

? Luc est beaucoup plus con que la lune.

330
? Léa est moins têtue qu’une mule.

Différentes des constructions libres, les constructions des comparaisons figées à base
adjectivale ne laissent pas penser que leur sens est compositionnel. Observons que le sens
des adjectifs employés dans ces comparaisons figées (sourd, con, têtue) s’éloignent de son
sens habituel car ils sont complètement opaques.

Nous pouvons formuler l’hypothèse que moins la comparaison à base adjectival est figée,
plus elle n’est pas contrainte dans le domaine de la sémantique, c’est-à-dire la comparaison
ou plutôt l’adjectif se comprend sans contrainte aucune.

Luc est noir comme de l’ébène.

Luc est rouge comme une tomate.

Ses cheveux sont verts comme l’émeraude.

Sa peau est verte comme une olive.

Notons que la transparence sémantique s’observe surtout dans les comparaisons figées
dont les adjectifs expriment notamment la couleur. La preuve est que le figement des
comparaisons ci-dessus mentionnées ne s’accompagne pas nécessairement d’un sens
opaque. Nous rappelons également qu’en traitement automatique des langues naturelles
« le sens est problème central du langage en général, et des expressions figées en
particulier. En effet, leur caractère non compositionnel rend la question de la description
sémantique particulièrement épineuse, les différents degrés de figement et de semi-
figement ajoutant à cette complexité.

[Link]. La comparaison idiomatique et paradigme du comparant

Les comparaisons figées à base adjectivale qui font l’objet de notre étude font partie des
expressions idiomatiques. Ces comparaisons idiomatiques sont soumises à notre réflexion
car elles occupent un grand espace dans les structures figées amplement étudiées dans les
chapitres précédents. Certains linguistes s’accordent donc à les définir comme « un
regroupement fait par au moins deux mots, dont les membres sont obligés d’être utilisés

331
ensemble et une construction des structures sémantiques qui ne permet jamais d’enlever
l’un de ses éléments (Robins, 1968: 70). Cette définition nous apprend à constater que le
regroupement des mots et le figement partagent un point commun et sont indispensables
pour la construction des expressions idiomatiques. Ainsi, les comparaisons étudiées en
comorien et en français répondent bel et bien à cette définition.

Dans une comparaison figées à base adjectivale du sous-type N nge Adj hama N/ N est Adj
comme N l’adjectif et le comparant sont sémantiquement liés. Ils forment un bloc où son
sens n’est pas à comprendre selon ses éléments. Ali ye mudu hama izinga. La forme du
comparant izinga reste inchangée. Il ne s’accorde pas en classe même si le comparé se met
au pluriel. Puisque l’adjectif s’apparente sémantiquement au référent (le comparant), ce
comparant ne forme pas un paradigme. D’ailleurs, en comorien, le choix se porte le plus
souvent sur le référent dans les comparaisons figées à base adjectival. Elles n’ont pas deux
lectures.

Ali na Salim ngwao wadu hama izinga.

?Ngwao wadu hama zizinga.

Fatima nge mtsala hama binda

*Fatima nge mtsala hama mabinda

Salim ye mcucu hama mhindi.

Le comparant varie exceptionnellement en forme s’il est un nom de personne. Nous


pouvons affirmer cette remarque en donnant les exemples suivants.

Ali nge mkudu hama mzungu

Ngwao wakudu hama wazungu

Le cas des expressions idiomatiques françaises est contraint. La comparaison est inscrite
comme unité figée et idiomatique. Étant également idiomatique, le comparant a une
structure qui se heurte à une variation morphosyntaxique ou n’entre pas dans la
constitution d’une forme plus large.
332
Luc est bête comme ses pieds.

L’enfant est sage comme une image

Léa est bavarde comme une pie

Les comparants pieds, image, pie sont figés. Ces éléments de référence ne forment pas un
paradigme. Leur relation avec les comparés n’est pas relative. Elle n’est pas non plus
motivée. Le paradigme du comparant s’effectue exceptionnellement en français dans ces
comparaisons où la relation sémantique du comparé assurée par l’adjectif encore
idiomatique avec le référent peut être motivée, non motivée ou opaque.

Par exemple:

Luc est noir comme un corbeau.

L’enfant est clair comme l’eau de roche.

Paul est fort comme un lion.

Il faut noter que dans ces comparaisons idiomatiques le choix se porte tout comme en
comorien sur le référent qui ne forme pas aussi un paradigme.

Nous avons exclu de notre étude les constructions verbales figées comoriennes du sous
type V comme N : hurongowa hama mpushe-mbuwa, hula hama mbe, hurema hama mvu,
hunena hama mzungu et françaises du sous-type V comme N : saigner comme un bœuf, se
porter comme un charme, dormir comme une masse, râler comme un pou.

[Link].1. Les constructions épithétiques comportant de

La paraphrase s’avère dans notre travail une méthode fondamentale pour la récupération
des phrases simples ayant des adjectifs complexes. Les constructions épithétiques se
présentent à la vue dans des phrases verbales. Fatima halolwa ni mwanadamu wamaana/
Emwanadamu oyi hakaya wamaana. Ali hahulu gari lafaida/ Legari linu lafaida.
Tsihelelea mwanadamu wapeu / Emwanadamu oyi hakaya wapeu.

333
En français, comme le nom l’indique, elles s’opèrent à droite dans les phrases verbales en
position épithète précédée de la préposition de. Ce cadre permet aux deux langues des
rapprochements avec les verbes à verbe support être Prép (de). Luc croise un homme d’une
grande importance/ Cet homme est d’une grande importance. Ronaldo joue avec une
équipe en pleine confiance/ Cette équipe est pleine confiance. Ces phrases copulatives
simples constituent une très bonne base pour l’analyse et l’entrée des adjectifs complexes
dans le dictionnaire électronique. Les adjectifs comoriens et français en position épthète
ont le même statut syntactico-sémantique que les adjectifs complexes en colère, en vie,
dans l’embarras, dans le coma, en attente décrits et analysés dans les chapitres précédents
selon leur portée de figement.

8.2.6. Nom employé comme adjectif

En comorien, les noms employés comme adjectifs sont complexes. Ces substantifs qui
peuvent être en position attribut dans des phrases simples s’inscrivent dans le cadre du
lexique-grammaire. Notre étude sur les séquences figées à caractère adjectival en comorien
a recours à ces unités lexicales pour contribuer à l’enrichissement de la langue comorienne
dont les thèmes adjectivaux sont très limités. Ces unités lexicales ont un paramètre unique
dans la langue comorien.

Ces unités lexicalisées s’inscrivent dans le cadre du type 4 de notre étude où l’adjectif en
emploi prédicatif est formé d’un adjectif et d’un nom ou d’un nom et d’un adjectif (cf.
Buvet, 2008).

Par exemple :

Ali harendeha mcafu-mabanguzi

Ali nge djabwe-lodiha

Ali nge harimwa madji madziro

Ali nge mtsovu waradhi.

334
En position attribut, les adjectifs en emploi prédicatif mcafu-mabanguzi, bwe-lodiha,
madji-madziro, mtsovuwaradhi sont idiomatiques. Leur caractère figé s’explique par les
différents points de vue théoriques décrits dans les chapitres précédents.

En en français, ils jouent également un rôle en tant que révélateur linguistique


d’idiomaticité et d’opacité.

Adjectifs composés sur un verbe

V N : casse-tête, casse-gueule, casse-pieds, rabat-joie, tape-cul

V Pron: Attrape-tout

V Adv : passe-haut, passe-bas, passe-partout

V à Dét N : tape-à-l’œil, tir-au-flanc

V en N : boute-en-train

Adjectifs composés sur tout

Tout en N pc : Tout en muscle, tout en nerf

Tout Adj : Tout entier, tout puissant, tout sourire

Tout N tout N : Tout feu tout flamme, tout sucre tout miel

Adjectifs composés sur un nom

N et N : échec et mat, jupe et partie, poivre et sel

N Adv Adv : Sens dessus dessous

N à Dét N : Café au lait, pain au raisin

N de N : Fin de siècle

N à N : terre à terre, côte à côte

335
N N de N : couleur pain d’épices

Adjectifs composés sur un adverbe

Adv Pant : Mal pensant, bien portant

Adv Adj : Bien aise

Adv Pé : bien balancé, bien-aimé

Adjectifs composés sur un participe

Pé Pé : Mort-né, porte disparu

Pé N : Cousu-main

Pé à N : Gonflé à bloc, saigné à blanc

Pé de N : cousu d’or, couronné de succès

Pé sous une Adj N : sous une bonne étoile

Adjectifs composés sur préfixe

Non-Pé : non aligné, non-accompli

Non-Adj : non-violent

Préf Pé : contre-indiqué

Préf N : contre-attaque

Pas Adv Adj : Pas très catholique

Pas Adj : pas fameux

Pas Adj N : Pas grand-chose

336
Adjectifs composés sur un nom propre.

Npropre+ien : Etats-uniens, Onusien

Npropre+al : extrême-oriental

Npropre+ard : louis-philippard, quarantre-buitard

Inversion : est-allemand, sud-africain

Conclusion

Notre corpus des adjectivaux en comorien est le fruit d’une enquêtes et des interviews. Il
est constitué également au moyen des matériaux « naturels » regroupés en vue d’une
recherche tels que des articles de journaux, des recueils de contes, de poèmes, des romans
comoriens d’expression française, des récits, des témoignages, des discours politiques.
Ainsi, tout ce qui est dit et écrit est susceptible d’être soumis à notre réflexion afin de
constituer un corpus assez important pour l’étude des adjectifs à forme complexe. En
conséquence, nos recherches menées sur les séquences figées à caractère adjectival en
comorien et en français ont porté pour une large part sur la construction des adjectifs
complexes. A la lecture analytique de ce corpus, on a réalisé que les adjectifs à forme
complexe peuvent figurer sous diverses formes : ils peuvent être du sous-type être Prép N
et des comparaisons figées à base adjectivale du sous type Adj hama N et Adj comme N
dont les points de ressemblance sont très significatifs. À partir des observations
rassemblées, notre corpus fournit l’occasion de tenter un tri. Cela laisse à penser que tous
les syntagmes prépositionnels ne sont pas en emploi prédicatif. Cela s’observe et se justifie
au niveau des deux langues soumises à notre réflexion. Pour reconnaître les prédicats
adjectivaux contenus dans notre corpus, nous nous sommes inspirés des méthodes
présentées par Gaston Gross appliquée soigneusement dans ses différents ouvrages
linguistiques. Ces méthodes n’ont pas été construites dans le seul but de relever ces suites
adjectivales mais aussi de surmonter des difficultés qui relèvent de leur structure
syntactico-sémantique. Elles répondent également à des exigences nouvelles permettant de
reconnaître le prédicat et ses arguments. Nous précisons que ces méthodes varient selon le
degré du figement de la séquence donnée. Cette manière de caractériser les adjectifs

337
composés donne lieu à reconnaitre également les différentes classes sémantiques sans
lesquelles on aurait toujours du mal à traiter la question de la polysémie.

Rappelons que nous avons reconnu deux types de prépositions participant à la formation
des adjectifs complexes où elles instaurent une relation entre le N0 et le reste de la phrase,
ces prépositions unissent le nom au complément d’adjectif. Toutefois, on est en pleine
confusion sémantique par le fait que ces deux prépositions comoriennes harimwa et ni sont
morphologiquement différentes mais équivalent sémantiquement. Le locuteur a, sans
contrainte sémantique, le choix d’employer un syntagme à la place d’un autre sans porter
atteinte au sens la phrase.

Mdzadze hakaya harimwa mswiba mdzadze hakaya mswibani.

C’est un rappel salutaire sur un point fondamental. En effet, on s’attendait que chacune de
ces deux prépositions ait un rôle spécifique à jouer pour la variation sémantique des
syntagmes prépositionnels. Puisque les séquences plus ou moins figées sont construites
généralement sur la base de ces prépositions ayant leur sens équivalent en français, nous
devrons tirer une conclusion plus précise en disant que la ressemblance entre les adjectifs
complexes comoriens et les adjectifs complexes français s’observe notamment sur l’ordre
des mots et leur comportement sémantique.

Les adjectifs employés dans les comparaisons figées expriment, comme un adjectif simple,
une manière, une qualité de l’être ou de la chose désignée par le nom auquel il rapporte.
Leur spécificité s’explique par plusieurs raisons: ils ne sont pas mobiles, ils rejettent la
fonction épithète et la mise en apposition. Ils ont une place fixe dans les comparaisons dans
lesquelles ils sont employés. Ils ne peuvent pas être transformés en syntagme nominal par
l’effacement de la copule.

Adjectif simple : Léa est élégante cette fille élégante

Adjectif simple (figé) : il est gai comme un pinson *ce pinson gai

338
CHAPITRE 9
RÉSULTAT DE L’ÉTUDE

Ce dernier chapitre de notre travail semble être un travail synthétique purement contrastif.
Il nous permettra de représenter, mesurer de façon beaucoup plus claire et dans une
perspective contrastive l’isomorphisme des adjectifs complexes en comorien et les
adjectifs complexes en français en emploi prédicatif. Notre observation sur les trois
résultats envisagés touchera trois points fondamentaux, nécessaires à la construction de
notre thèse notamment la présentation de la grammaire du comorien, les séquences figées à
caractère adjectival de sous-type Ali hakaya harimwa shida et les comparaisons figées à
base adjectivale de sous-type Ali ye mudu hama izinga ou Luc est bête comme un chou. Ce
choix s’explique par le fait que tout au long de notre travail notre point de vue tourne
autour de ces différentes structures adjectivales et comparatives.

Dans cette partie purement contrastive de notre travail, nous observerons la situation
linguistique de ces trois axes pour présenter les résultats de notre travail. Nous verrons
qu’il existe certainement un très grand nombre de points communs entre la langue
comorienne et la langue française même si elles se diffèrent par fois morphologiquement.

Il n’est pas étonnant qu’on compare une langue agglutinante à une langue flexionnelle
historiquement et géographiquement différente. En effet, la question ne se pose pas si une
de ces deux langues est faible ou forte. Ce travail contrastif vise d’abord à déterminer, dans
le cas échéant, la présence d’un transfert syntaxique voir accentuel du comorien vers le
français. L’objectif est de faire en sorte que le français et le comorien se situent au
croisement des domaines de la linguistique contrastive, de l’informatique et de
l’intelligence artificielle. Ceci constitue une notion importante dans l’apprentissage de ces
deux langues. Puisque nous nous sommes intéressés à la question du traitement
automatique des langues naturelles en vue de constituer un dictionnaire électronique, cette
339
étude contrastive innovante est, certes, une priorité. Cette perspective s’inscrit dans le
cadre du lexique-grammaire notamment du comorien qui n’a jamais fait l’objet d’étude
dans ce domaine. C’est pourquoi il a été très important de donner une description plus
détaillée de cette langue qui n’est pas sortie de son statut oral et de faire une typologie de
différence de ses adjectifs complexes dans une perspective contrastive. Cette étude
comporte également une description détaillée da la phonétique, de la phonologie et de la
morphologie. Ceci a abouti à la conclusion que le comorien, langue fondamentalement
bantoue est composée, comme la langue française, de lettres latines dont l’accent tombe
sur la dernière syllabe (mbaba, trama, msihiri, dzihiro) mais on ne le précise toujours pas
en français. On trouve qu’en français, on pratique « la variation de hauteur pour
essentiellement varier la mélodie de la phrase (affirmation, question, insistance, ordre… ».

Le travail que nous présentons ici s’intéresse plus particulièrement au phénomène du


figement des adjectifs complexes en emploi prédicatif. Nous avons recensé plus de 1170
séquences adjectivales classées, décrites, et analysées dans une perspective contrastive par
rapport à leur trait syntactico-sémantique. Il s’agit d’étudier leur syntaxe interne et de
regrouper les séquences ayant les structures identiques. Le principe est aussi de dégager un
point commun entre ces unités lexicales et ce qu’elles partagent en commun avec les
adjectifs complexes français afin de faciliter leur traitement par la machine. La
construction de ces unités obéit à des règles strictes en vue de délimiter notre travail sur ces
séquences en emploi prédicatif conjuguées par la copule être dont la séquence du sous-type
en attente, à cran, au parfum ou l’adjectif employé dans les comparaisons figées du sous-
type mwema hama fumanga ou beau comme un astre constitue le noyau de la phrase. Ce
mécanisme peut également constituer une limite à notre étude.

Pour chaque séquence, la continuité sémantique, la présence d’une copule, la mobilité de la


SP et la pronominalisation de cette dernière par le ont constitué les éléments nécessaires à
l’étude contrastive de ces deux langues dont chacune comprend un nombre important des
séquences en emploi prédicatif catégorisés comme adjectifs complexes.

340
9. 1. Résultat de la première phase

La première partie de notre travail offre une description détaillée du comorien. Dans cette
partie, nous avons montré les propriétés linguistiques de cette langue à classe nominale.
Nous avons enfin découvert une grammaire foisonnante dont la notion du genre (féminin,
masculin, neutre), les déterminants indéfinis, contrairement à la langue française,
n’existent pas.

Voici quelques exemples en comorien traduits littéralement et littérairement en français:

Ali hahulu shononde/ Ali a acheté couteau « Ali a acheté un couteau.»

Ali ngena mwana/ Ali a enfant « Ali a un enfant. »

Ali nguwaho nyumba/ Ali construit maison « Ali construit une maison. »

L’absence des articles indéfinis, de la notion du genre est donc l’une des caractéristiques
de la langue comorienne, qui fait qu’il y a sur ce point une très grande différence entre elle
et le français.

Toutefois, le comorien tout comme le français indique une règle d’ordre: S V O. Le sujet
se place avant le verbe et le complément après. L’ordre de la phrase canonique comorienne
est le suivant:

Sujet : Salim Verbe : ngulo Objet : nyama

S V O : Salim ngulo eyama « Salim mange la viande »

S V O Adj : Fatima handziha shio muhimu « salim a écrit un livre important »

S V Adj : Fatima nge mmwade « Fatima est malade »

S V Adv : Fatima na Salim ngwasomao ndro « Fatima et Salim lisent bien »

V : la « mange »

341
Il est bien évident que la grammaire comorienne assure une bonne formation de la structure
et un ordre des mots à la manière du français. L’inversion du sujet dans la phrase
interrogation s’opère dans la grammaire du comorien sans que la phrase perde son sens.

Handziha shio Fatima?

Ngwa somao ndro Fatima na Salim ?

Nge mmwade Fatima ?

Ngulo nyama salim ?

Dans une phrase interrogative le verbe se place nécessairement avant l’objet et le sujet
après. Seule la place des pronoms possessifs, démonstratifs diffère. Ces déterminants se
placent après le nom.

Mwanahangu/ enfant mon « mon enfant »

Eshondeshahe/ couteau son « son couteau »

Mdrumshahatru/ femme notre « notre femme »

Emdru oyi/ homme cet « cet homme »

Le comorien et le français se ressemblent notamment dans l’ordre des mots dans la phrase.
Les exemples ci-dessus mentionnés en sont une illustration. Mais dans bien de cas, il est
impossible d’établir des critères de ressemblance rigoureux par le fait que les déterminants
sont quasiment absents à la construction des phrases canoniques comoriennes. Ceci est
l’une des difficultés rencontrées tout au long de notre travail.

Nous rappelons également que le système d’écriture du comorien s’écarte cependant sur
certains points des conventions phoniques usuelles.

tr = [t] (rétroflexe)

dz = [dz]

342
ts = [ts]

pv = [β]

Les lettres (l, m, n, p, t, k, f, s, v, z) se prononcent de la même manière qu’en français. Sur


ce point, il existe donc un lien phonologique d’équivalence entre le comorien et le français.
Les mots comorien empruntés au français se prononcent presque de la même façon.

Mots comoriens emprun- Prononc. et orth en comorien Prononc. et orth en fran-


tés en français çais.

Mama (= maman) [m a m a] [m a m ã]

Radio (= radio) [r a d j o] [r a d j o]

Avio (= avion) [a v jo] [ a v j o]

En grammaire, l’équivalence s’observe aussi au niveau de la construction de la phrase


(ordre des mots, positionnements des éléments grammaticaux…). Les 9 neufs classes
grammaticales connues en français existent également en comorien où le nombre
d’adjectifs complexes méritent d’être étudiés en syntaxe et sémantique. Le critère
d’équivalence le plus important à retenir est celui de la distribution des mots à l’intérieur
d’une phrase simple du sous-type Ali nge harimwa mhima. Le comorien accepte l’analyse
structurale qui confirme aussi l’isomorphisme des mots et des structures.

N0hum hukaya Prép N : Emwana nge harimwa izingiri/ L’enfant est dans embarras
« l’enfant est dans l’embarras ».

343
Legari ngilo harimwa hifadhwi

N-hum V Prép N

La voiture est en sécurité

N-hum V Prép N

Cette méthode entreprise aux années 30 par Bloomfield (1933) est relative à l’analyse
structurale qui fait que les parties du discours sont définis à travers leur position dans la
phrase : « tous les mots qui pourraient occuper le même ensemble de position (…) doivent
appartenir à la même partie du discours ». Ainsi, en analyse distributionnelle, on peut dire
que les pronoms possessifs, les articles, les pronoms démonstratifs appartiennent, par
exemple, à la même partie du discours car leur distribution est la même.

Legari linu lirumilwa « cette voiture est utilisée »

Legarilahangu lirumilwa « ma voiture est utilisée »

Legari lirumilwa « la voiture est utilisée »

En français, les pronoms démonstratifs, les pronoms possessifs se placent, contrairement à


ceux du comorien, avant le nom. Mais ces déterminants français et comoriens jouent le
même rôle dans le discours car ils déterminent le nom.

Isomorphisme de forme

La grammaire traditionnelle comorienne tout comme celle du français s’inscrit dans une
langue flexionnelle. On entend par langue flexionnelle « une langue dans laquelle les
lemmes (les mots) changent de forme (soit le nombre des noms, soit le temps verbal) selon
les rapports grammaticaux qu’ils entretiennent avec les autres lemmes. Certains mots
modifient donc leur forme (sonore/ ou visuel) ; on dit d’eux qu’ils subissent le jeu de la
flexion. L’ensemble de formes différentes d’un même mot fléchi forme son paradigme ».
344
Toutefois, la morphologie du shingazidja (langue de notre thèse) est complexe. Elle se
caractérise par des pré-préfixes, des préfixes d’accord et d’affixes qui s’engendrent grâce
notamment aux classes nominales.

Le défini

emlimadji (le cultivateur), owalimadji (les cultivateurs)

efundi (l’enseignant), emafundi (les enseignants)

sheitranda (le lit), ezitranda (les lits)

Les démonstratifs

emwana oyi (cet enfant-ci), emwana uwo (cet enfant-là), emwana ola (cet enfant-là-bas)

owana wanu (ces enfants- ci), owana wawo (ces enfants-là), owana wala (ces enfants là-
bas)

Sheitranda shinu (ce lit-ci), sheitranda shila (ce lit là), ezitranda zinu (ces lits-ci),
ezitranda zila (ces lits-là-bas).

On retient trois types de démonstratifs: -nu, -o, -la. Ces pronoms qui se collent toujours au
nom participent également à la morphologie de la langue comorienne. Ils forment donc un
paradigme. La morphologie se réalise par un morphème préfixé (e) ou suffixé (nu, o, la), et
non par des mots autonomes. Le défini se rapporte toujours à un objet déterminé et
n’indique jamais son appartenance au genre masculin ou féminin.

La morphologie verbale

La morphologie verbale varie selon la forme, le temps, l’aspect…

enyama iliwa (affirmatif) « La viande a été mangée »

enyama kaidjaliwa (négatif) « La viande n’a pas été mangée »

enyama yaliwa (accompli relatif/ affirmatif) « La viande qui a été mangée »

345
enyama yatsuliwa (accompli/ négatif) « La viande qui n’a pas été mangée »

La morphologie verbale est complexe et variable. Elle s’identifie aux pré-préfixes verbaux,
aux préfixes verbaux, aux suffixes verbaux et à la variation de temps (l’accompli,
l’accompli relatif, le présent progressif) et aux formes affirmative et négative.

Etude contrastive

Langue comorienne Langue française

Le comorien est une langue agglutinante Le français est une langue flexionnelle

Le polysyllabisme est la règle Le polysyllabisme est la règle

Chaque syllabe se prononce On prononce chaque syllabe. On utilise


aussi des syllabes muettes « pour ne rien
dire »

Présence de la phonétique sur la Présence de la phonétique sur la


sémantique. Le sens ne vient qu’après une sémantique.
succession de sons
Le sens ne vient qu’après une succession de
Il faut plusieurs sons pour émettre une idée. sons.

Il faut plusieurs sons pour émettre une idée.

Mouvance et éparpillement des mots. Ils Mouvance et éparpillement des mots. Ils
sont combines. Ils changent de genre et de sont combines, changent de genre et de
sens. Le mot est déformable, susceptible sens. Le mot est déformable, susceptible de
de métamorphoses : méta-morphoses :

 singulier ou pluriel  singulier ou pluriel


 verbe conjugué  féminin ou masculin
 absence de genre masculin, féminin  verbes conjugués
 absence des liaisons  liaisons qui modifient la
phonétique :
346
un oiseau = un noiseau

deux oiseaux = deux zoiseaux

neuf oiseaux = neuf oiseaux

Le locuteur est désigné (« je, « moi »). Il est Le locuteur est désigné (« je », « moi »).Il
toujours au centre de toute communication. est toujours au centre de toute
Il est stable au milieu d’un monde instable communication. Il est stable au milieu d’un
monde instable.

Le comorien est typiquement une langue Le français est typiquement une langue
dont l’ordre de la phrase est de type SVO configurationnelle de type S V O, avec
avec plusieurs fonctions affectées à l’ordre. plusieurs fonctions affectées à l’ordre.

Le comorien est une langue qui n’est ni fixe Le français est une langue qui n’est ni fixe
ni entièrement libre ni entièrement libre.

L’adjectif qualificatif comorien se place L’adjectif qualificatif français se place après


généralement après le nom. le nom

L’adjectif qualificatif comorien peut L’adjectif français peut occuper la fonction


occuper la fonction épithète, attribut, épithète, attribut, épithète détaché.
épithète détaché

Le comportement de l’adjectif qualificatif L’adjectif qualificatif français accepte la


comorien se heurte à la mise en apposition. mise en apposition

L’adjectif qualificatif comorien s’accorde L’adjectif qualificatif français s’accorde en


en classe avec le nom auquel il se rapporte. genre et en nombre avec le nom auquel il se
rapporte.

347
L’adjectif qualificatif comorien est un mot L’adjectif qualificatif français est un mot
qu’on ajoute au nom pour exprimer sa qua- qu’on ajoute au nom pour exprimer sa
lité, son état… qualité, son état…

L’adjectif qualificatif comorien se construit L’adjectif qualificatif français se construit

généralement avec la copule hukaya équiva- généralement avec l’auxiliaire être ou un

lente à être en français ou avec un verbe verbe d’état.


d’état.

En comorien, les déterminants possessifs, En français, tous les déterminants se placent


démonstratifs se mettent après le nom. avant le nom.

Les déterminants indéfinis (un, une, des…) En français, l’usage les déterminants indéfi-
sous-entendent en comorien. nis existent réellement et s’emploient
concrètement.

En comorien, la phrase est le terrain privilé- La phrase, en français, est le terrain privilé-
gié de l’analyse grammaticale. Elle trouve gié de l’analyse grammaticale. Elle trouve
toute sa pertinence dans la perspective de Toute sa pertinence dans la perspective de la
lapédagogie de l’écriture. pédagogie de l’écriture.

Le comorien a 9 classes grammaticales : Le français a 9 classes grammaticales : nom,


Nom, verbe, adjectif, déterminant, pronom, verbe, adjectif, déterminant, préposition,
Conjonction, article, interjection, pronom, conjonction, article, interjection.
préposition

Le comorien comprend 4 dialectes : Les Français parlent 3 niveaux de langage :


shigazidja, shindzouani, shimwali, shimaore Langage familier, courant et soutenu.

Le comorien est une langue à valeur Le français est une langue académique,
nationa- recherchée dans les dictionnaires français.

348
le. Elle est influencée par le français qui, Elle est parlée et enseignée dans le monde.
par-conséquent, devient la langue de
l’adminis-tration, de toutes les institutions.
Elle est enseignée de la maternelle à
l’université.

9.2. Résultat de la deuxième phase

Cette partie sera consacrée dans une perspective contrastive sur l’usage et le comportement
syntactico-sémantique des adjectifs complexes en comorien et en français. Nous allons
présenter des exemples d’analyse précis portant sur un seul niveau de description, celui de
la phrase simple. En effet, cette dernière peut s’analyser dans les deux langues en termes
de prédicat et d’arguments et d’actualisateur selon le schéma d’argument (N0, N1, N2)
dont le prédicat est l’élément central. Dans notre travail, le schéma d’argument n’est pas le
plus long que l’on imagine grâce au comportement syntactico-sémantique des adjectivaux
en emploi prédicatif. Ainsi, nos séquences sont généralement constituées d’un seul
argument (N0). Pour délimiter notre analyse contrastive sur ces séquences, nous faisons en
sorte que cette étude s’effectuera en tenant compte de trois aspects relatifs critères
définitoires de la notion du figement notamment le comportement syntaxique, les
possibilités de combinatoire lexicale et la sémantique des classes de prédicats et des classes
d’objets.

Isomorphisme de structure syntaxique

Les adjectifs complexes du comorien sont construits de la même manière que les adjectifs
complexes en français, c’est-à-dire les éléments linguistiques nécessaires à la construction
des adjectifs complexes de ces deux langues sont identiques et peuvent s’observer dans les
deux côtés.

N0hum être Prép N : Ali hakaya harimwa mhima.

N0hum être Prép N : Fatima hakaya harimwa harara.

349
N0hum être Prép N : Ali hakaya harimwa msafara. Puisque la ressemblance de ces deux
langues est très forte dans ce domaine, il y a toujours la possibilité de construire des
séquences syntaxiquement et sémantiquement équivalentes en français où l’analyse de base
est fondamentalement la même.

N0hum être Prép N : Ali est en difficulté.

N0hum être Prép N : Fatima est dans le doute.

N0hum être Prép N : Ali être en voyage.

Nous voyons que dans les deux parties, les constituants sont les mêmes, le sens est très
voisin. Les prédicats n’appartiennent que dans une seule catégorie, celle de l’adjectif
complexe. Les arguments sont des variantes. Leur statut (Nhum, N-hum, Npc) est
généralement sélectionné par le prédicat.

Les adjectifs complexes relevés dans les deux langues forment des listes qui sont très
denses grâce à l’usage varié des prépositions. En comorien, on a vu que harimwa et ni sont
des prépositions à multiples emplois. La recherche du comportement sémantique de ces
prépositions montre que loin de comprendre qu’elles ont la signification de dans, elles
s’apprêtent à de milliers de tournures différentes. Autrement dit, elles engendrent la
signification des autres prépositions dont le sens sous-entend la signification de à, de, dans,
sous, sur, en… La taxonomie des prépositions décrites dans le chp. 8 en est un exemple.

Le figement des adjectifs complexes en comorien ont également des causes similaires à
ceux que l’on peut observer dans les adjectifs complexes français. Nous avons montré dans
les chapitres que tout comme les adjectifs complexes en français, les adjectifs complexes
en comorien n’échappent pas au phénomène du figement. Il ne s’agit pas ici de renouveler
l’étude du figement faite dans les chapitres précédents sur ces séquences mais de voir
comment ces séquences partagent en commun la portée du figement.

Le figement des adjectifs complexes comoriens est fondé sur tous les domaines notamment
de la syntaxe et de la sémantique. Le figement peut concerner la séquence adjectivale toute
entière. Dans ce cas, on ne peut pas observer une liberté combinatoire. La séquence est
donc contrainte:
350
(hukaya) harimwa ra na renga

(hukaya) trobweni

(hukaya) ipvilipvilidju

(hukaya) madji maleni

Ces séquences figées ci-dessus sont équivalents à :

(être) à cran

(être) entre deux âges

(être) au-dessus du besoin

(être) sur le gril

(être) de taille

(être) dans le vent

(être) sur mesure

(être) d’un certain âge

Il n’y a ni changement de préposition, ni effacement partiel dans la suite. Le figement de


ces locutions adjectivales s’avère donc relatif. « L’indication du degré de figement se
reflète dans les possibilités transformationnelles». Toutes ces observations sur ces
séquences figées en comorien et en français peuvent se résumer en affirmant que toutes les
conditions sont réunies pour dire que le comorien se dotent des adjectifs complexes dont le
figement est relatif, et qu’elles partagent en commun toutes les caractéristiques définitoires
d’une séquence figée catégorisée comme relative. Elles ne se diffèrent pas du point de vue
de leur structure interne. Cependant, pour comparer leur construction, nous sommes loin de
dire que les constructions adjectivales de ces deux langues sont identiques. Nous tenons
compte de l’ensemble de leurs propriétés pour montrer qu’il existe une différence
importante même s’il y a des traits communs. L’analyse syntaxique interne faite

351
uniquement sur les adjectivaux de ces deux langues ont parfaitement affirmé cette
différente structurale. En effet, en comorien, la construction reste stable, inchangée. Elle
est du sous-type Prép N. Par contre en français, le syntagme prépositionnel catégorisé
comme adjectif complexe se dote d’une construction complexe par le fait qu’elle varie,
change de forme. Nous prenons à titre d’exemple les locutions adjectivales ci-dessous
mentionnées.

harimwa N : harimwa taabu en Adj Adj : en plein jaune

harimwa N : harimwa nkodo à Pé Adj : aux abonnés absents

harimwa N : harimwa urumwa dans de Adj N : dans de beaux draps

harimwa N : harimwa djuzo de Adj N : de bon conseil

Il existe dans les deux langues des séquences à caractère adjectival où l’on peut observer
des traits communs au niveau de la structure et de la sémantique.

harimwa N : harimwa nkodo en N : en guerre

harimwa N : harimwa tsumu à N : à jeun

harimwa N : harimwa usawa à N : à égalité

harimwa N : harimwa uvumzi en N : en vacances

harimwa N : harimwa uziu en N : en colère

Après avoir traduit les séquences en comorien figurant à gauche, nous avons trouvé que les
prépositions, les noms utilisés sont les mêmes dans les deux langues. Les structures des
séquences figurant à gauche et à droite sont syntaxiquement et sémantiquement identiques.
L’absence de déterminant devant le nom observée dans les séquences en emploi prédicatif
en français placées à droite équilibre certainement cette équivalence. Cette analyse réussie
grâce à la traduction en français rappelle qu’il y a isomorphisme de structure entre le
comorien et le français.

352
Ces séquences ne sont pas certainement, on l’a vu dans les chapitres précédents, au même
degré de figement. Certaines séquences telles que: ra na renga, ipvilipvilidju ou aux
abonnés absents, dans des beaux draps rejettent la pronominalisation, l’insertion d’un
modifieur, la coordination et la substitution. Par contre, elles peuvent contenir des
composantes libres telles que le N0 et le verbe support qui les conjugue. En effet, le N0
peut être n’importe quel nom humain. Les copule hukaya, être peuvent être supprimées ou
remplacées. Nous avons également montré dans les chapitres précédents que certaines
structures adjectivales tolèrent exceptionnellement l’insertion d’un modifieur et la
pronominalisation.

Owanduzangu ngwao harimwa taabu.

Owanduzangu ngwao harimwa taabu ndziro. Hata nowaho tsena.

Nos soldats sont en guerre.

Nos soldats sont en guerre sanglante. Les vôtres le sont aussi.

Ainsi, isomorphisme s’observe au niveau de la portée du figement.

Les linguistes s’accordent à dire qu’il existe « deux générations de critères formels ».

« Une première génération de critère appliquée aux séquences figées :

L’absence de déterminant devant l’élément nominal de certaines séquences adjectivales : à


cran, à jeun, à égalité43

Une seconde génération : les transformations (M. Gross, 1982). Nous appliquons
l’ensemble de tests proposés par M. Gross pour les séquences verbales :

43
Nous préférons donner des exemples en français car l’absence de déterminant devant l’élément nominal est

une caractéristique typique à la langue comorienne. Pour cette raison, en comorien, l’absence de déterminant

n’est pas un critère définitoire du figement.

353
A. la variation de la personne et du nombre du possessif.

1a. Mdzadze nge harimwa ledandzi lahe mwanahe / Maman est la douleur de son enfant

« Maman souffre pour la douleur de son enfant »

Mdzadze hakaya harimwa ledandzi laho wanahe/ Maman était dans la douleur de ses
enfants

« Maman souffre pour la douleur de ses enfants »

2a. Le bureau est au terme de son mandat.

? Le bureau est au terme de ses mandats.

B. La variation du mode du verbe

1b. Ngamina harara uka mdzadze hakaya harimwa ledandzi lahe mwanahe

« Je doute que maman souffre pour la douleur de son mandat »

2b. Je doute que le président soit au terme de son mandat.

Étant au terme de son mandat, le bureau prépare son bilan.

C. L’emploi de l’adverbe de temps

1c. Mdzadze hakaya harimwa ledandzi lahe mwanahe harimwa muda mfupvi pvanu

2c. Le bureau va être au terme de son mandat dans peu de temps.

D. L’insertion d’éléments dans la phrase ou entre le verbe et l’adjectif.

d1. Ngaridjohuka sontsi pia harimwa dandzi laho wanahatru.

“Nous souffrirons tous pour la douleur de nos enfants”

Mdzadze lelo nge harimwa dandzi lahe mwanahe.

«Maman souffre aujourd’hui pour la douleur de son enfant »


354
d2. Le bureau est certainement au terme de son mandat.

E. La pronominalisation

d1. Mdzadze nge harimwa dandzi lahe mwanahe na edjirarani wahe pvahe.

« Maman souffre pour la douleur de son fils et celle de sa voisine aussi »

D2. Le bureau est au terme de son mandat et le nôtre le sera dans quelques jours.

F. La substitution d’un adjectif synonyme à l’adjectif harimwa dandzi et au terme de.

F1. *Mdzadze hakaya dandzini lahe mwanahe.

f2. Le bureau est à la fin de son mandat.

G. La substitution d’un nom synonyme ou proche de dandzi et terme.

g1. Mdzadze hakaya harimwa ikoza shahe mwanahe.

g2. Le bureau est à la fin de son mandat

H. Le non-respect de la coréférentialité du pronom au sujet.

h1. Mdzadze nge harimwa ledandzi laho wanahao44

“Maman souffre pour la douleur de leurs enfants”

h2.* Le bureau est au terme de leur mandat

I. Introduction d’un modifieur

i1. Mdzadze nge harimwa dandzi dziro

44
Le non-respect de la coréférentialité s’avère possible par le fait que dans la phrase l’adjectif complexe est

composé d’une préposition suivie d’un nom abstrait.

355
“Mama souffre d’une douleur insupportable”

i2. Le bureau est au terme de son mandat politique.

J. Le clivage

j1. *Ndo dandzini ndo Mdzadze nge harimwa.

“C’est dans la douleur que maman souffre”

j2. * C’est au terme que le bureau est de.

Nous rappelons que certains critères tels que la passivation, l’interrogation et la relativation
ne s’appliquent pas ni aux adjectifs complexes en comorien, ni aux adjectifs complexes
français. Nous précisons également que certains critères typiques à la langue comorienne
notamment l’absence de déterminant, de la notion du genre ne sont pas parmi les critères
définitoires du figement. À mesure que nous testons les adjectifs complexes recensés, nous
remarquons que le travail accompli présente une équivalence importante sur le plan
sémantique et syntaxique. Les séquences relevées dans les deux langues ne sont pas toutes
figées au même degré. Il y a donc un continuum entre les locutions adjectivales figées et
les séquences libres dont le sens est transparent. Les séquences fournies en exemple
figurent parmi les séquences dont le sens est transparent. Leur complexité s’explique par le
fait que leur structure syntaxique est variée et inchangée. Les travaux menés montrent bel
et bien que qu’elles sont des adjectivaux en emploi prédicatif actualisés par les copules
hukaya et être.

Toutefois, après avoir placé toutes les traductions du verbe hukaya, nous trouvons qu’il
introduit des séquences équivalentes à des séquences adjectivales françaises conjuguées
par l’auxiliaire être dont l’usage est source de beaucoup des séquences en emploi prédicatif
en français. Ces deux auxiliaires sont donc synonymes même s’ils se diffèrent sur le plan
morphologique. En effet, l’auxiliaire hukaya change de forme et change également de sens.
Son champ sémantique est limité. Après avoir traduit, mis en parallèle les séquences ayant
les mêmes mots dans les deux langues, nous avons constaté qu’il y a des séquences en
comorien introduites par la copule hukaya qui ne peuvent pas être traduites par l’auxiliaire

356
être. Telle est, à notre connaissance, la typologie de différence la plus marquante.
L’isomorphisme des prépositions s’observe tout au long de notre travail.

En comorien, nous connaîssons deux prépositions associées considérablement au nom pour


la formation des syntagmes prépositionnels catégorisés comme adjectifs complexes.
Cependant, il est difficile de percevoir les nuances qui distinguent l’emploi de ces deux
prépositions harimwa et ni car en comorien notamment en shingazidja, il n’y a pas une
différence sémantique significative entre harima tranga et trangani. Après avoir testé leur
emploi dans les adjectifs complexes en emploi prédicatif en comorien, nous avons constaté
que harimwa N peut être remplacé par Nni. Étant très productives, elles ont leurs
équivalents en français.

Isomorphisme des prépositions

Après avoir traduit les séquences en comorien avec la copule hukaya, on trouve que les
prépositions utilisées dans les deux langues sont les mêmes.

harimwa en

(A) Ali nge harimwa hifadhwi. = (B) Ali est en sécurité.

(C) Entsi ngio harimwa tranga. = (D) Le pays est en deuil.

harimwa dans

(E) Ali nge harimwa unai = (F) Ali est dans la misère

(G) Ali nge harimwa furaha = (H) Ali est dans la joie

harimwa à

(I) Fatima nge harimwa emambizo = (J) Fatima est au mariage

(K) Fatima nge harimwa ousukani = (L) Fatima est au volant

Les prépositions se présentent dans des séquences d’équivalence en syntaxe et en


sémantique. Nous avons les formules A = B (toutes les deux prépositions se rencontrent

357
devant N) et C = D (toutes les deux prépositions se rencontrent devant N) ainsi de suite.
Nous pouvons conclure que les prépositions de A et B sont d’une même classe
d’équivalence. Les prépositions de C et D le sont également ainsi de suite. Il est à
remarquer que l’opération consistant à regrouper les séquences ayant les mêmes structures,
le même sens facilite la traduction sans laquelle on n’arrive pas à reconnaître l’équivalence
syntaxique et sémantique des séquences et des prépositions.

Nous avons établi des listes des adjectifs complexes en comorien où nous avons observés
les possibilités suivantes de traduction des prépositions :

Les prépositions présentent dans les deux langues des mots équivalents :

La préposition harimwa intervient dans plus de 120 expressions comoriennes, elle est
traduite par la préposition en des 42 expressions, par la préposition dans des 52
expressions, par la préposition à des 15 expressions, par la préposition sur des 5
expressions, par la préposition sous des 3 expressions. Sur la base des propriétés lexico-
syntaxiques, les adjectifs complexes comoriens en emploi prédicatif peuvent être classés,
comme les adjectifs complexes français en emploi prédicatif, en plusieurs sous classes. De
nombreuses études ont été menées sur les classes sémantiques des adjectifs simples en
français en emploi prédicatif. On s’y réfère pour la classification sémantique des adjectifs
complexes en comoriens et en français en emploi prédicatif. L’objectif est de reconnaître
leur point commun et leur différence afin de faciliter leur entrée.

L’ordre des mots dans une séquence à caractère adjectival est identique aux deux langues.
Ce rapport structural d’équivalence constitue une bonne base pour le démarrage de notre
étude sur les classes sémantiques des adjectivaux soumis à notre réflexion.

Nous rappelons encore une fois que la théorie la plus pratique, la plus récente à
entreprendre pour la reconnaissance et la classification des classes sémantiques est la
théorie de trois fonctions primaires entreprise au LDI pour le traitement de la polysémie,
du figement et de l’inférence, qui posent toujours de problème au niveau du traitement
automatique des langues naturelles. Nous suivons donc cette théorie en élaborant toujours
dans une perspective contrastive les classes sémantiques des adjectifs complexes en emploi
prédicatifs recensés dans les deux langues. Ainsi, il est important de se conformer
358
rigoureusement aux exigences formelles de cette théorie, qui constitue une garantie pour la
reconnaissance, dans une suite donnée, des arguments, du prédicat et de l’actualisateur.
Ici, il ne s’agit pas de chercher une distribution systématique de ces unités lexicales; il
s’agit plutôt de considérer des critères externes comme, par exemple, la longueur de la
séquence donnée. Tout cela se résume à confirmer que la théorie de trois fonctions
primaires est une priorité car elle impose une nouvelle donne pour le développement du
lexique-grammaire de la langue comorienne et de la langue française.

Les adjectifs complexes comoriens en emploi prédicatif est unité stable, une unité à forte
dominante sémantique. Leur classement sémantique facilite la lecture et l’apprentissage du
comorien. « Il s’agit ici d’analyser conjointement les propriétés morphologiques,
syntaxiques et sémantiques des unités linguistiques selon qu’elles fonctionnent comme des
prédicats (fonction prédicative), des arguments (fonction argumentale) ou des
actualisateurs (fonction actualisatrice). Nous rappelons que le concept de racine prédicative
dans la théorie de trois fonctions primaires est exclu de notre étude pour des raisons de
clarté. En effet, la structure morphologique des adjectifs composés de ces deux langues est
complexe. Ainsi, notre analyse sur l’emploi prédicatif des adjectifs complexes en comorien
et en français sera fondée sur les propriétés sémantiques et les propriétés formelles ci-
dessous mentionnées.

Fonctions des adjectifs complexes comoriens en emploi prédicatif:

Propriétés sémantiques

Classe sémantique

Aspect sémantique

Type inhérent

Propriétés formelles

Construction

Distribution morphosyntaxique

359
Distribution sémantique

Nous testons à titre d’exemple les séquences suivantes :

Prédication complexe à plusieurs arguments (N0, N1)

(1) Emwana nge harimwa ehifadhwi yaho wamzaya.

Classe sémantique : Amour

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 hukaya PRÉP N PRÉP N

Distribution morphosyntaxe : X0 = GN/ X1 = GN

Distribution sémantique : X0 = HUMAIN/ X1 = HUMAIN

Trad. « L’enfant est sous la sécurité de ses parents »

(2) Ledjawabu ngilo harimwa mbambandrano homahakama

Classe sémantique : DISCUSSION

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 hukaya PRÉP N DET N

Distribution morphosyntaxe : X0 = GN / X1 = GN

Distribution sémantique : X0 = N-HUMAIN / X1 = N-HUMAIN

Traduction : « La réponse est en discussion à la justice »

(3) Omhono wahangu guo harimwa kandilio hohahe twabibu.

360
Classe sémantique: TRAITEMENT

Aspect sémantique: état

Type inhérent : Provisoire

Construction : N0 hukaya PRÉP N DET N

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN / X1 = GN

Distribution sémantique : X0 = NPC/ X1 = HUMAIN

Trad. « Ma main est en traitement chez le kiné »

Prédication complexe avec modifieur

(4) Omdji ngio harimwa hawa ndziro

Classe sémantique : DIFFICULTE

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 hukaya PRÉP N MOD

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN

Distribution sémantique : X0 = N-HUMAIN

Trad. « Le village est dans un climat difficile »

Prédication complexe avec un seul argument (N0)

Entsi ngio harimwa ibada.

Classe sémantique: ADORATION

Aspect sémantique: état

361
Type inhérent: provisoire

Construction: N0 hukaya PRÉP N

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN

Distribution sémantique : X0 = N-HUMAIN

Trad. « Le pays est en prière »

Emwandzani nge harimwa uvu

Classe sémantique: JALOUSIE

Aspect sémantique: état

Type inhérent: provisoire

Construction: N0 hukaya PRÉP N

Distribution morphosyntaxique: X0 = GN

Distribution sémantique: X0 = HUMAIN

Trad. « Mon ami est jaloux »

Emanyu ngao harimwa dzihiro.

Classe sémantique: Traitement

Aspect sémantique: état

Type inhérent: provisoire

Construction: N0 hukaya PREP N

Distribution morphosyntaxique: X0 = GN

Distribution sémantique: X0 = NPC

362
Trad. « Les dents sont en soins »

Force est de constater qu’en comorien et en français, nous avons évoqué un certains
nombre d’adjectifs composés en emploi prédicatif dont le sens n’est pas compositionnel,
c’est-à-dire la signification ne pose pas de problème au niveau de la compréhension. On
trouve, pour l’analyse ces séquences partiellement figées du type N0 hukaya Prép N,
toutes les categories

de prédicat. De ces adjectifs, nous avons relevés les prédicats complexes qui sélectionnent
tous les substantifs. C’est le cas, par exemple, de harimwa adjali, harimwa hifadhwi :

Entsi (le pays), emwana (l’enfant), embuzi (le cabri), legari (la voiture) hukaya harimwa
adjali.

Entsi (le pays), emwana (l’enfant), embuzi (le cabri), legari (la voiture) hukaya harimwa
hifadhwi (être en sécurité). Le second groupe de prédicat sélectionne de grandes classes
correspondant, aux traits sémantico-syntaxiques habituels: humain (harimwa nkodo),
animal (harimwa djuzo), partie du corps (harimwa kandilio), végétal (kweheni), inanimé
concret (harimwa djuzo), locatif (hazini), temps (harimwa ntsahaya nkavu). Ce qui est
spécifique à ces séquences prises isolement, c’est qu’elles n’ont pas d’autres emplois dans
un texte donné. Il n’est pas donc nécessaire de dresser une liste des éléments correspondant
à ces sept classes. Nous avons retenu un troisième groupe de prédicats complexes dont le
champ sémantique est beaucoup plus restreint. La description de ces prédicats s’avère
incertaine, «avec la précision requise par le traitement automatique à l’aide de ces classes».
La complicité de ces suites en emploi précatif s’explique par le fait que leurs « emplois ne
laissent pas identifier à l’aide de trait comme « concret ou abstrait».

Ngasi hombioni hahutsaha taksi.

Ekipu ngio mbioni.

Le premier emploi de ngasi hombioni a comme objet un complément de la classe de


transport. Cette séquence en emploi prédicatif s’emploie lorsqu’on s’apprête à chercher

363
une solution à son problème. Cela sous-entend donc la classe de solution45. Le second a
pour sujet un nom de « sport » (équipe). « Nous appelons des ensembles de ce type des
classes d’objets. Notons que ces classes sont construites sur la syntaxe, c’est-à-dire sur la
compatibilité des prédicats et des arguments et qu’elles ne doivent pas être considérées
comme un découpage de la réalité préalable à la combinatoire linguistique. Nous avons
enfin découvert des séquences en emploi prédicatif dont le comportement sémantique
nécessite qu’ils s’emploient avec un seul sujet (N0). Cela s’observe notamment dans le cas
des séquences figées dont le sens est opaque : ra na renga, hiridju mwadalao, trobweni,
fukatredjuu. Mais il faut rappeler que cette restriction n’est pas une propriété
définitionnelle du figement.

Toutes les observations faites sur ces séquences figées en comorien s’appliquent également
aux séquences figées en emploi prédicatif en français. La théorie de trois fonctions
primaires entreprise pour analyser les séquences en français ci-dessous décrites affirment
la notion d’équivalence du comorien et du français.

L’enfant est en colère contre ses parents.

Classe sémantique : RESSENTIMENT

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 être PRÉP N PRÉP DÉT N1

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN/ X1 = GN

Distribution sémantique : X0 = HUMAIN/ X1 = HUMAIN

La ville est sous la surveillance de la police.

45
Nous nous référons à l’étude faite par Gaston Gross sur l’emploi de passer : pour faire cette soupe, il faut

passer les pommes de terre. Ce bleu a passé.

364
Classe sémantique : SÉCURITE

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 être PREP N DET N

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN / X1 = GN

Distribution sémantique : X0 = N-HUMAIN/ X1 = HUMAIN

Mes yeux sont en rééducation chez l’orthoptiste.

Classe sémantique : TRAITEMENT

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 être PREP N PREP N

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN/ X1 = GN

Distribution sémantique : X0 = NPC/ X1 = HUMAIN

Prédication complexe avec modifieur

L’accusé est en liberté provisoire.

Classe sémantique : LIBÉRATION

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 être PREP N MOD

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN

365
Distribution sémantique : X0 = HUMAIN

Prédication complexe à un seul argument

Cette famille est dans la misère.

Classe sémantique : PAUVRETE

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 être PREP N

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN

Distribution sémantique : X0 = HUMAIN

Le train est à la proche.

Classe sémantique : VOYAGE

Aspect sémantique : état

Type inhérent : provisoire

Construction : N0 être PREP N

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN

Distribution sémantique : X0 = N-HUMAIN

La tête est en poire

Classe sémantique : COMPORTEMENT

Aspect sémantique : état

Type inhérent : résultatif

366
Construction : N0 être PREP N

Distribution morphosyntaxique : X0 = GN

Distribution sémantique: X0 = NPC

Le fonctionnement syntactico-sémantique des adjectivaux en comorien ne rejette pas la


notion des classes d’arguments dont « l’avantage est de regrouper un grand nombre des
phrases dans le cadre d’un emploi déterminé et d’en proposer un traitement uniforme en
mettant en évidence toutes les propriétés communes à l’emploi en question ». Le comorien
et le français partagent en commun cette définition dont le but est aussi d’établir des
classes sémantiques homogènes qui reçoivent une description unique. Ainsi, les prédicats
complexes harimwa utwabibu, shahuladju, harimwa urahafu sélectionnent respectivement
les classes de dzihiro (soin), shahula (nourriture) et urahafu (hygiène). Dans harimwa
utwabibu, on peut, par exemple, mettre dans la position N0 tous les noms humains, dans la
position N1 tous les mots qui renvoient aux classes sémantiques du traitement médical.

On trouve la même observation en français où les prédicats à la mode, en préparation, à


quai sélectionnent respectivement les classes de « vêtement », de « boisson », de
« transport ». Cela laisse à affirmer que l’isomorphisme des classes de prédicats et des
classes des arguments qui n’échappe pas à la notion d’équivalence montre que le comorien
et le français ne manquent pas de cohésion.

Les classes sémantiques est un objet d’observation dont on décrit son fonctionnement par
la théorie de trois fonctions primaires. Cette nouvelle méthode linguistique soutenue par la
réflexion de beaucoup de linguistes français tels que Gaston Gross, Pierre-André BUVET
s’inscrit dans le cadre du lexique-grammaire, conçue pour le traitement de la polysémie, du
figement et de l’inférence, où les arguments d’une suite donnée peuvent être catégorisés en
termes de classes d’objets.

« L’établissement de classe d’objets d’arguments pour décrire les prédicats a de nombreux


avantages. Elles permettent d’abord de rendre compte de façon claire des différents
emplois d’un prédicat et donc de décrire la polysémie». Les prédicats et les arguments

367
catégorisés en haut en termes de classes ne restent pas détachés de la notion
d’actualisateur.

Malgré l’absence à la langue comorienne des déterminants notamment indéfinis, de la


notion du genre masculin/féminin, malgré la forme agglutinante de cette langue, les
adjectivaux en comorien se vérifient pour leur cohérence grâce aux actualisateurs.

Puisque le figement couvre la totalité des champs de la linguistique et qu’aucune langue


n’échappe pas à ce phénomène linguistique, son étude à travers la notion de l’actualisation
n’est pas négligeable. En effet, la fonction actualisatrice permet de reconnaître les
séquences adjectivales figées et moins figées. Observons à titre d’exemple les séquences
suivantes :

Emwana hakaya harimwa ehifadhwi. « L’enfant était dans la sécurité ».

Pour des raisons de clarté, nous ne mettons pas l’accent sur la fonction prédicative.

Fonction prédicative : harimwa ehifadhwi

Fonction argumentale : mwana, mdzadze

Fonction actualisatrice : e, nge, e, ya, he

Emwidzi nge madji maleni « le voleur est dans un embarras ».

Fonction prédicative : madji maleni

Fonction argumentale : mwidzi

Fonction actualisatrice : e, nge,

Nous avons en exemple deux adjectifs polylexicaux sémantiquement différents. En effet,


dans la première séquence la combinatoire est libre. Son sens est transparent. Grâce à la
fonction actualisatrice, on comprend que son comportement morphosyntaxique tolère une
substitution ou une variation pronominale voir nominale qui risque de favoriser le
défigement.

368
Emwana hakaya harimwa hifadhwi « L’enfant était en sécurité ». On a procédé à
l’effacement du défini e dans hifadhwi (ehifadhwi ≠ hifadhwi). Par contre, on est dans la
syntaxe figée dans la deuxième séquence emwidzi hakaya madji maleni. Tous les éléments
(le nom, la préposition) sont figés dans madji maleni. On est dans l’impossibilité de
remplacer madji, male et ni par un mot synonyme. Le sens est donc non compositionnel.
Cette séquence figée en emploi prédicatif n’est pas non plus compatible avec les trois
fonctions primaires. Telles sont, dans cette description fondée notamment sur la syntaxe
libre et la syntaxe figée, les caractéristiques qui les distinguent. Nous rappelons que pour
toutes ces raisons, seules les séquences ayant une syntaxe libre, un sens transparent
acceptent qu’ils puissent être compatibles avec la théorie de trois fonctions primaires.

Ali ngudjokaya hotrangani

Tsili shahula hotrangani

Mikali shahula sha trangani

Trangani fonctionne comme prédicat dans Ali ngudjokaya hotrangani, comme argument
dans Tsili shahula hotrangani, comme actualisateur dans Mikali shahula shatrangani.

Ainsi, cette catégorisation des unités lexicales se résume à affirmer qu’en comorien, un
même adjectif complexe en emploi prédicatif peut être, comme le substantif tranga,
compatible avec les trois fonctions primaires.

Ali hadja tranga

Le tranga lidja

Ripveha omhono watranga.

Tranga fonctionne comme prédicat dans Ali hadja tranga, comme argument dans Letranga
lidja, comme actualisateur dans Ripveha omhono watranga.

Nous allons également nous appuyer sur des exemples en français où les fonctions
prédicat, argument et actualisateur s’identifient dans les adjectifs polylexicaux. Il ne s’agit
pas ici de reprendre toute la littérature des adjectifs complexes en français pour la
369
reconnaissance de la notion d’équivalence. Nous livrons deux séquences sémantiquement
différentes pour mettre en relief ce postulat.

La réponse est en attente au parquet.

Fonction prédicative : en attente

Fonction argumentale : réponse ; parquet

Fonction actualisatrice : la ; est ; à

Cet élève est à cran.

Fonction prédicative : à cran

Fonction argumentale : élève

Fonction actualisatrice : cet ; est

Nous avons préféré donner dans fonction prédicative la forme complète du prédicat car, à
notre connaîssance, ce dernier n’a pas une racine propre comme le prédicat verbal, nominal
et adjectival (adjectif simple).

Le fait qu’un même adjectif polylexical en emploi prédicatif peut être compatible avec les
trois fonctions primaires est possible mais cette construction n’est pas très productive.
Ainsi, l’emploi de l’adjectif complexe à la mode dans les phrases suivantes où il pourrait
occuper trois fonctions différentes en est un exemple.

Cette voiture est à la mode.

Laisse-moi t’aimer à la mode

Cette voiture à la mode se vend en Allemagne.

À la mode fonctionne comme prédicat dans cette voiture est à la mode, comme argument
dans laisse-moi t’aimer à la mode, comme actualisateur dans cette voiture à la mode se
vend en Allemagne. On peut observer les mêmes caractéristiques dans en colère.

370
Cet homme est en colère.

Cet homme se met en colère

Cet homme, en colère, a tué son voisin.

En colère fonctionne comme prédicat dans cet homme est en colère, comme argument dans
cet homme se met en colère, comme actualisateur dans cet homme en colère a tué son
voisin.

Tout comme en comorien, les séquences adjectivales figées dont le sens est à la fois
opaque et non compositionnel ne sont pas, en français, compatibles avec les trois fonctions
primaires. Cela peut, par exemple, s’observer dans au parfum, aux anges. Malgré leur
fonction attribut dans la police est au parfum, cet homme est aux anges ils rejettent les
fonctions épithète et épithète détaché. *Au parfum, la police surveille le palais
présidentiel. *La police au parfum surveille le palais présidentiel. *Aux anges, cet homme
remercie le public. *Cet homme aux anges remercie le public. Pierre-André BUVET
affirme: « les structures prédicat-argument sont donc conçues comme éléments
fondamentaux d’une composante d’un savoir linguistique partagé. Elles permettent de
formuler des contenus proportionnels ». Ce constat est valable aux deux langues soumises
ici à notre réflexion.

En appliquant la théorie de trois fonctions primaires aux séquences figées à caractère


adjectival en comorien et en français, nous avons fini par comprendre qu’elle offre un
critère probable nous permettant de reconnaître le degré de figement des adjectifs
complexes de ces deux langues après avoir trouvé les structurations acceptées et les
structurations rejetées. La gradation qui conduit de la syntaxe libre à la syntaxe figée due à
la description des prédicats, des arguments et d’actualisateurs indique la manière dont les
contraintes évoluent dans les séquences figées à caractères adjectival en emploi prédicatif.
Ainsi, il y a lieu de rappeler que les séquences en colère, en attente sont semi-figées alors
que les séquences au parfum, à cran sont complètement figées. Ces dernières « refusent
toute variation de quelque nature qu’elle soit ».

371
3.9. Résultat de la troisième phase

Le recensement et l’analyse syntactico-sémantique d’une centaine de comparaisons figées


à base adjectivale en comorien inscrites dans le cadre du lexique-grammaire laissent à
penser que la notion du figement occupe une place centrale dans ces séquences du sous-
type Luc est bête comme ses pieds, Ali hakaya mudu hama izinga. Il n’est pas question ici
de reprendre toute la littérature de ces séquences décrites, analysées dans le chapitre 8. Il
s’agit ici de montrer en quoi l’analyse syntactico-sémantique précisant les traits inhérents
de ces comparaisons figées s’avère équivalente à l’analyse syntactico-sémantique faite sur
les comparaisons figées à base adjectivale en français. Ainsi, nous étudions toujours dans
une perspective contrastive les comparaisons figées émanant de ces deux langues ayant les
mêmes structures et le même comportement sémantique. L’objectif est de regrouper des
classes homogènes qui s’apprêtent à être traités, reconnues par la machine. Dans cette
partie, nous prenons trois éléments en considération : le comparé, le verbe, l’adjectif et le
terme comparatif. L’isomorphisme de ces quatre unités permettrait, à notre connaissance,
de voir en quoi les structures comparatives à base adjectivale en comorien sont identiques
aux structures à base adjectivale en français.

Commençons par l’isomorphisme des structures

Nous présentons dans cette sous-section les comparaisons en comorien et en français ayant
les mêmes structures.

N être Adj comme N

(1)N ye Adj hama N: Ali ye mudu hama izinga

(2) N être Adj comme N : Luc est noir comme l’ébène

(3)N ye Adj hama N: Fatima ye mwema hama mwarabu/Faima est belle comme
arabe « Fatima est belle comme une arabe ».

372
(4)N être Adj comme N : Léa est belle comme un astre.

Dans l’optique d’une description de 360 comparaisons à base adjectivale, nous avons
vérifié qu’il y a 210 séquences qui possèdent la même structure dans les deux langues. Ces
structures figées ont toutes de N0hum et expriment notamment leurs défauts et leurs
qualités physiques. Cependant, nous avons constaté une légère différence. En effet, si l’on
regarde attentivement les comparaisons en comorien et leur traduction, nous pouvons
observer que la seule unité qui ne correspond pas terme à terme sont toujours les
déterminants indéfinis absents à la langue comorienne. Sinon, on a dans les deux langues
les mêmes schémas formels et les traductions systématiquement équivalentes.

Nous constatons qu’une grande partie de ces séquences expriment la classe sémantique de
couleur dont les adjectifs n’ont pas, comme tous les adjectifs employés dans les
comparaisons figées du sous type Adj hama N/ Adj comme N, une interprétation
comparative. Ces adjectifs expriment généralement une intensité due à l’image sémantique
des comparants :

Mle hama mnazi, ndziro hama ntsidawe, naakili hama sungurwa, udjipva hama ndjizi.

Isomorphisme des verbes

Les comparaisons figées à base adjectivale en comorien et en français se construisent


respectivement avec les copules hukaya et être. Étant verbes supports, ils conjuguent les
adjectifs mudu et noir en (1) et (2). Ils ne se substituent pas par des verbes synonymes.
Toutefois, la copule hukaya est défective. On peut peut pratiquement employer le present
progressif à la place de la copule hukaya : Ali nge mudu ou Ali ye mudu. Ces deux formes
sont possibles et leur apport sémantique est le même car ils expriment la même chose. Il
s’accorde en classe avec le nom auquel il est se rapporte.

Emwana ye mudu. Trad. « l’enfant est noir »

Lepaha lo dzidu. Trad. « le chat est noir »

Ematso yo madu. Trad. « les yeux sont noirs »

373
Omkoba wo mudu. Trad. « le sac est noir »

Isomorphisme de l’adjectif

Nous avons remarqué que l’élément important et original dans les comparaisons figées de
ces deux langues est celui de l’adjectif. On ne peut pas observer, analyser cette unité
lexicale individuellement, c’est-à-dire indépendamment de son contexte (la comparaison
dans laquelle il est employé). Cette observation offre la possibilité de voir, on l’a vu dans
le chapitre 8, la différence sémantique de, par exemple, -du employé dans Ali ye mudu
hama hidza shalowa et lepaha lo dzidu équivalents en français à Luc est noir comme
l’ébène; ce chat est noir. Étant figés, les adjectifs -du et noir s’analysent de la même façon:
ils renvoient à des traits humains et dénotent une couleur. Tels sont les traits inhérents à
ces adjectifs prédicatifs. Leur totale équivalence est incontestable. Nous en profitons pour
effectuer une étude contrastive afin de voir en quoi les adjectifs employés dans les deux
comparaisons ont le même degré d’intensité, présentent un même paradigme riche des
comparants.

Le comorien est une langue orale dont la littérature des comparaisons figées à base
adjectivale donne une dimension linguistique très forte en intensité et en paradigme. Les
adjectifs exprimant le degré d’intensité dans les comparaisons s’inscrivent dans un
processus continu. Les exemples suivants en sont une illustration.

(1) Mtsala hama uzi. Trad. « maigre comme un fil »

(2) Mradji hama mlango. Trad. « lange comme une porte »

Dans (1) le degré la maigreur est exprimé uniquement par le comparant uzi. Dans (2), le
degré de la largeur est également exprimé par le comparant mlango. Il faut rappeler que ces
structures comparatives en comorien qui ne présentent qu’un seul terme de comparaison
ont aussi des équivalents en français.

Voici quelques exemples :

374
gourmand comme un chat, bavard comme une pie, riche comme Crésus, frais comme une
rose, sage comme une image, pauvre comme job, sombre comme un chameau, joli comme
un cœur, libre comme l’air…

Le haut degré d’intensité peut être marqué par plusieurs comparants. Cela peut s’observer
dans maigre comme un hareng, comme un clou, comme un coucou où le degré de la
maigreur est marqué à l’aide des comparants hareng, clou, coucou.

On connaît, en comorien, un paradigme des termes comparants renvoyés à un seul adjectif.


Cet adjectif prédicatif exprime d’une manière claire les qualités et les défauts humains.

Voici quelques exemples de tels paradigmes :

Mudu hama hidza shalowa, hama sharibo, hama izinga (défaut physique)

Mwema hama mwarabu, hama fumanga, hama dhahabu (qualité physique)

Les adjectifs qualificatifs français « qui présentent un paradigme riche des comparant sont
ceux qui désignent soit un défaut du caractère, soit une caractéristique passagère, mais
fréquemment rencontrés chez de nombreux individus » :

Bête comme une carpe, comme un chou, comme une cruche, comme ses pieds, comme une
oie (défaut de caractère) ; fier comme un coq, comme un paon, comme Artaban (défaut de
caractère) ; têtu comme un mulet, comme une mule, comme une bourrique (défaut de
caractère)

Isomorphisme des termes de comparaison

Le terme de comparaison hama est sémantiquement et syntaxiquement équivalent à


comme. En effet, le terme comparatif utilisé en français est le même dans les structures en
comorien et dans la traduction en français. Il n’y a ni variation sémantique, ni variation
morphologie au niveau de ces termes, qui fonctionnent dans les deux langues comme deux
mots de sens proche. Ils sont figés dans les comparaisons à base adjectivale en question.

Il est important que cet isomorphisme des structures comparatives n’échappe à la notion du
figement. La preuve est qu’on trouve en comorien et en français des structures dont le
375
figement est, comme nous l’avons dans les séquences du sous-type en collaboration,
harimwa heri, partiel. Ainsi, les constructions suivantes peuvent être considérées comme
séquence partiellement figées.

Ali ye mradji hama mlango. Luc est fort comme un lion.

Ali ye mudu hama izinga. Luc est gourmand comme un chat.

Emwana ye mle hama mnazi. Cette fille est bête comme ses pieds.

Nous avons regroupes des séquences dont les structures sont identiques. Ces séquences
sont toutes constituées d’un N0 libre et d’une séquence dont les composantes ne peuvent
pas être modifiées (bête comme ses pieds). Dans les deux structures, le N0 sujet peut être
n’importe quel nom humain comme, Salim, Paul, son père, le professeur, le menuisier, le
patron… La partie bête comme ses pieds ou mudu hama izinga est figée. La possibilité de
modifier les composantes de ces séquences ou de remplacer une de ses composantes par un
mot synonyme favorise donc leur défigement.

Par exemple :

Ali ye mradji hama(mlango, *dirisha, *gari,* ndomlango)

Ali ye mudu hama (izinga, *lami, *kafu,*esheizinga)

Emwana yemle hama (mnazi,*mkabaya,* ndomnazi)

Luc est fort comme (un lion, *un âne, *le lion)

Luc est gourmand comme (un chat, un animal, le chat)

Cette fille est bête comme (ses pieds, *mes pieds, *son pied droit, *un ivre)

Cette notion d’identité, d’équivalence favorise, autorise le rapprochement de ces deux


langues dont le français qui comprend bel et bien un très grand nombre des comparaisons
figées à base adjectivale variées sémantiquement que le comorien.

376
Il faut noter que les séquences charmant comme une star, beau comme mon enfant sont
plus libres que gai comme un pinson, têtu comme une bourrique, sage comme une image
dans la mesure où ces dernières séquences, contrairement aux premières sont opaques46. En
plus, elles n’autorisent pas ni l’insertion, ni l’effacement d’un élément. La possibilité de
remplacer les adjectifs gai, têtu, sage par un synonyme s’avère impossible. Ce qui n’est
pas le cas dans charmant comme une star, beau comme mon enfant qui sont des structures
comparatives libres. Les structures comparatives figées en comorien et en français sont
identiques. Seule la richesse sémantique diffère.

Conclusion

Nos résultats comprennent des analyses syntaxiques et des analyses sémantiques effectuées
dans une perspective contrastive. Ils montrent une production importante des séquences
figées à caractère adjectival émanant de la langue comorienne et de la langue française
dont les propriétés de ressemblance sont très fortes. La notion d’équivalence s’observe
notamment dans le domaine de la phonologie, de la morphologie, de la grammaire et de la
semantique. Les définitions, les remarques faites sont convergentes. Elles montrent que
cette étude contrastive est le reflet d’une flexibilité sémantique primordiale au cours de
l’acquisition du lexique-grammaire notamment adjectival d’une langue qui n’est pas sortie
de son statut oral et d’une langue écrite, académique à vocation universelle dont la
littérature des expressions figées est foisonnante. Cette dernière a fait l’objet de
nombreuses études en français dans le domaine du traitement automatique des langues
naturelles, ce qui nous a permis de mener dans une démarche beaucoup plus claire notre
étude contrastive dont le français y reste la langue ressource, le comorien la langue cible.
Nos résultats nous ont permis de constater que l’isomorphisme des structures est à la fois
partiel et total. L’isomorphisme des mots et des structures dans les deux langues nous a
permis de sélectionner les adjectifs complexes en emploi prédicatif, les comparaisons
figées à base adjectivale qui se traduisent avec les mêmes mots dans les deux langues. Une

46
Le comorien comprend un nombre très limité des comparaisons figées à base adjectivale. Le sens

transparent s’observe dans beaucoup de constructions comparatives en comorien.

377
traduction en français des structures en comorien favorise bel et bien la réussite de cette
étude contrastive dont le but est notamment le traitement de la langue cible par la machine
en vue d’un dictionnaire électronique.

378
CONCLUSION GÉNÉRALE

Notre étude contrastive sur les séquences figées à caractère adjectival en comorien et en
français s’inscrit notamment dans le cadre du progrès du lexique-grammaire dont le mode
de fonctionnement a été traité, expliqué du point de vue de la théorie de trois fonctions
primaires. L’objectif est d’élaborer un dictionnaire électronique de ces adjectifs à forme
complexe en emploi prédicatif. Leur entrée automatique dans le dictionnaire est d’autant
plus difficile à traiter et à acquérir par le locuteur non natif que leur sens est souvent
opaque. C’est la raison pour laquelle notre démarche linguistique a nécessité que la
présente étude contrastive vise un développement des systèmes de production des phrases
équivalentes, cohérentes, valides, compréhensibles et grammaticalement correctes. La
réussite de cette démarche nous a permis de faire dans un premier temps la typologie des
adjectifs à forme complexe en comorien qui n’ont jamais fait l’objet d’étude dans le milieu
linguistique comorien47. C’est pour cette raison que la présente étude s’avère innovante et
nécessaire à l’apprentissage notamment de cette langue qui reste confinée à son usage
strictement oral.

Pour l’élaboration de notre corpus, nous avons recensé, décrit, analysé dans une
perspective contrastive ces adjectifs dont le sens est à la fois transparent et opaque. Ce
comportement sémantique typique à eux s’explique par le fait qu’ils n’ont pas le même
degré de figement. Ainsi, notre corpus fournit l’occasion de tenter un tri car tous les

47
Notre étude sur les adjectifs à forme complexe en comorien analysés tout au long de notre travail trouve son

origine dans les travaux de Salah Mejri, Gaston Gross, Pierre-André BUVET et de leur équipe du LDI de

l’université Paris 13. L’ensemble des adjectifs répertoriés par ces linguistes appartenaient à la langue

française.

379
adjectivaux ne sont pas figés et ne sont pas non plus en emploi prédicatif. Ce choix
méthodique se résume à délimiter ces adjectifs à forme complexe en se basant sur les
critères définitionnels des adjectifs prédicatifs et du figement développés au LDI et
soutenus par la réflexion de Salah Mejri, Pierre-André BUVET et Gaston Gross. Les
résultats obtenus nous ont permis de constater que le nombre des séquences adjectivales en
français du sous-type Prép N notamment en N est approximativement le triple de celui des
séquences adjectivales en comorien. Nous avons en suite réuni les séquences adjectivales
en emploi prédicatif du comorien et du français ayant les mêmes structures. Ceci nous a
permis de constater que pour chaque type de structure dans la langue comorienne nous
avons trouvé une structure équivalente dans la langue française. Cette méthode permettant
de trouver des structures syntaxiques et sémantiques communes aux deux langues
s’applique également aux structures comparatives à base adjectivale du sous type Ali ye
mle hama mnazi ou Luc est con comme un balai, où tous les schémas formels en comorien
existent bel et bien en français. Notre observation concernant le parallélisme de ces deux
langues s’observe essentiellement sur les trois axes fondamentaux de notre thèse ci-
dessous mentionnés à titre d’exemple, où chaque phrase en comorien est équivalente
syntaxiquement et sémantiquement à chaque phrase traduite en française.

Ordre des mots dans la phrase :

S V O : Ali nguwaho enyuma Ali construit la maison

Adjectif complexe en emploi prédicatif :

N0 être Prép N : Ali nge harima swala Ali est en prière

Structure comparative à base adjectival :

N0 être Adj comme N : Ali ye mudu hama izinga Luc est noir comme une braise.

L’isomorphisme des mots, des prépositions, d’adjectifs, des termes de comparaison


donnent lieu à reconnaître qu’il existe un parallélisme presque total, une équivalence entre
les structures des phrases du sous-type harimwa trange, trangani dans la langue
comorienne, où leur typologie de différence offre la possibilité d’affirmer que les
prépositions existant concrètement en comorien et en français sont identiques, et que leur
380
participation à la constructions des syntagmes prépositionnels catégorisés comme adjectifs
complexes est fondamentale pour l’élaboration de notre corpus. Les résultats obtenus nous
ont également permis de constater que la différence de ces deux langues appartenant à des
familles des langues différentes s’observe notamment en comorien dont l’absence du genre
masculin, féminin voir neutre, des déterminants indéfinis, des mots appropriés à la
traduction et du champ sémantique restreint des adjectifs simples et l’insuffisance des
comparaisons figées à base adjectivale favorisent une légère différence entre le comorien et
le français dont les sujets parlants sont francophones. Mais il faut rappeler que la
différence qui se prononce la plus difficile à réconcilier est celle du comportement
agglutinant du comorien qui n’a pas d’équivalent en français et de la liaison totalement
absente au système linguistique du comorien. Toutefois, les équivalences ne sont jamais
nettes, il y a toujours de contrainte.

On se rappelle que notre analyse linguistique sur les adjectifs complexes à caractère
adjectival en comorien et en français s’inscrit dans une logique et suit une méthode claire,
solide pour la construction et la reconnaissance de ces unités lexicales qui sont avec le
figement au centre de notre étude. Cette méthode se base, pour partir d’un bon pied, sur la
construction d’une phrase copulative dont les avantages liés à nos méthodes d’analyse sont
de taille. Tout d’abord, le lexique-grammaire recourt le plus possible à des phrases
élémentaires dont les constructions syntaxiques sont analysables. Ce cadre permet par
exemple de rapprochement avec les formes à verbe support être prép (L. Danlos, 1980).
De nombreux exemples épaulant cet argument linguistique existent en comorien : Emwa
oyi nge pvwema swafi/Emwana oyi nge harimwa raha swafi, et avec les verbes : Ali
ngurumwa/ Ali nge harimwa urumwa. Des exemples du même type de structure existent
également en français : cette couleur est très chic/cette couleur est très à la mode, et avec
les verbes cet enfant est abandonné/ cet enfant est à l’abandon.

Nous avons appliqué la même méthode développée par Gaston Gross pour la
reconnaissance d’un adjectif simple en emploi prédicatif aux adjectifs complexes en
comorien et en français. Ceci va nous permettre de délimiter le champ sémantique de ces
adjectifs prédicatifs à forme complexe. En conséquence, nous avons fini par constater que

381
ces adjectifs complexes comoriens et français peuvent tout comme les adjectifs prédicatifs
à forme simple :

-être en position d’attribut à la droite du verbe être :

Ali nge harimwa mashaka/ Luc est en colère.

- subir l’effacement de leur actualisation (épithète, apposition) :

Hotrangani, Ali nge harimwa ililo/ Ali nge harimwa ililo.

Cet homme en colère est à l’abandon / Cet homme est à l’abandon.

-être nominalisé le pronom invariable le :

Emwana nge harimwa raha/ Hata name pvangu.

Luc est en colère/ Léa l’est aussi.

Ces critères sans lesquels il nous semblerait compliqué de procéder au recensement des
adjectifs complexes notamment en comorien deviennent fondamentaux et nécessaires au
relevé de ces adjectivaux. Nous rappelons, en plus, que ces critères distinguent les
séquences adjectivales en emploi prédicatif dans le coma, dans la gêne de à gogo, à
volonté qui sont des actualisateurs.

De nombreux exemples en comorien et en français ont montré tout au long de notre travail
qu’il existe dans ces séquences en emploi prédicatifs de ces deux langues toujours une
valeur identique qui s’explique par leur sens transparent et opaque. Ce comportement
sémantique de ces prédicats complexes s’explique également par leur degré de figement.
Nous avons montré que les séquences ci-dessous mentionnées en exemple ne s’analysent
pas de la même façon :

(1) swalani.

(2) hiridjuu mwadalao

(3) en colère.

382
(4) au parfum.

En effet, dans (1) et (3) les séquences harimwa harara et dans le coma se définissent
comme des adjectifs composés qui peuvent occuper les fonctions attribut, épithète,
apposition (Salim ngo swalani ; Salim, hoswalani, haombo duwa48), (cette fille est en
colère ; cette fille, en colère, m’insulte ; cette fille en colère multiplie ses insultes). Ces
adjectifs peuvent aussi être soumis aux règles de la comparaison (Fatima nge harimwa
taabu swafi), (Cette robe est très à la mode). Nous avons montré en haut qu’ils sont
pronominalisables en le. Dans (2) et (4), les séquences sont totalement figées. Elles
répondent aux critères définitoires de ce phénomène notamment la polylexicalité, l’échelle
d’opacité sémantique, la non-actualisation des éléments et l’opération de substitution, de
modification et d’insertion). Selon Pierre-André BUVET, « les adjectifs prédicatifs à
forme complexe sont des séquences plus ou moins figées que l’on définit avec les mêmes
critères syntaxiques que les adjectifs prédicatifs à forme simple ». Ce postulat s’illustre
grâce à l’analyse faite sur les adjectifs prédicatifs donnés en exemple en comorien et en
français.

De nombreuses études ont été menées dans le cadre de la définition de la notion de


figement. Gaston Gross (1996) tout comme Salah Mejri (1997) ont explicitement expliqué
ce phénomène qui touche tous les domaines d’une langue donnée. Gaston Gross a fait
connaître un faisceau de critères visant à délimiter le champ de ce phénomène linguistique
qui participe au bon fonctionnement d’une langue. Nous avons repris ci-dessous les
critères qui nous paraissent les plus opérationnels du point de vue du traitement
automatique des langues (TAL), ou qui sont appropriés aux séquences figées à caractère
adjectival soumis désormais à notre réflexion. Ces critères définitionnels dont le comorien
et le français partagent en commun peuvent, à notre connaissance, être incontournables
pour une modélisation du phénomène.

48
Les adjectifs composés en comoriens prennent difficilement la fonction épithète.

383
Le comorien, du point de vue lexical, a, tout comme le français, comme caractèristiques
essentielles la polysémie, la polymorphie, le figement, la paraphrase et la vraisemblance
d’occurrence.

Nous avons voulu que les démarches linguistiques menées tout au long de notre travail
pour décrire, analyser le comorien soient sérieuses et solides. Nous espérons que la
présente thèse, qui est, il faut le rappeler, une ébauche, sera un pas vers l’élaboration d’une
grammaire comorienne cohérente et informatisée.

384
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399
Table des annexes

Table des annexes………………………………………………………………….398

Annexe 1. Les classes sémantiques en comorien……………………………….399

Qualité physique……………………………………………………………………399

Qualité morale……………………………………………………………………....400

Défaut du caractère…………………………………………………………………401

Défaut physique…………………………………………………………………….404

Caractéristique passagère…………………………………………………………...410

Annexe 2. Les classes sémantiques en français………………………………….414

Qualité physique……………………………………………………………………414

Qualité morale…………………………………………………………………….....433

Défaut physique………………………………………………………………..........437

Défaut du caractère……………………………………………………………….....445

Caractéristique passagère…………………………………………………………….467

Annexe 3 : les locutions adjectivales………………………………………………..473

400
Annexes 1 : Les classes sémantiques

Qualité physique

Entrée nkuhuru hama ngozi

variante shingazidja

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue comorien oral

traduction française dur comme la peau

Entrée mwema hama fumanga

Variante shingazidja

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française belle comme une plante

401
Entrée udjisa hama dhahabu

Variante shingazidja

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’argument

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française belle comme l’or

Qualité morale

Entrée mwekevu hama madji

Variante shingazidja

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction calme comme l’eau

Entrée mwindji hama bahari

402
Variante shingazidja

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’argument

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française large comme la mer

Défaut de caractère

Entrée ununka hama madzi

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut de caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc , N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française Ça sent comme une selle

Entrée mcucu hama mhindi

Variante shingazidja

403
Classe sémantique <défaut de caractère>

Schéma d’arguments N0 := Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française avare comme un indien

Entrée ununka hama uvundo

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut de caractère>

Schéma d’arguments N0 := Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française Ça sent comme une pie

Entrée naitriso hama nyuha

Variante shingazidja

Classe sémantique défaut de caractère

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

404
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française horrible comme un serpent

Entrée mledjevu hama binda

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut de caractère >

Schéma d’arguments N0: = Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’argument

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française mou comme une fibre

Entrée wapeu hama inyama

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut de caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

405
Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française méchant comme un animal

Défaut physique

Entrée mkudu hama irasi

Variante shingazidja

Classe d’arguments <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française très rouge

Entrée urisa hama nkima

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

406
Niveau de langue littérature orale

Traduction française laid comme un maquis

Entrée mradji hama mlango

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française large comme une porte

Entrée mtsala hama uzi

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction mince comme un fil

407
Entrée urisa hama mshendzi

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

traduction française laid comme un makoua (très laid)

Entrée mudu hama izinga

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’argument N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française noir comme une braise

Entrée mudu hama hidza shalowa

Variante shingazidja

408
Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française noir comme une nuit mouillée

Entrée mudu hama mrema hapva

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française noir comme un champ enflammé

Entrée mtsala hama mkandra

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

409
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction orale mince comme une ceinture

Entrée mtiti hama kulimba

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction être de taille très courte

Entrée mudu hama misizi

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

410
Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française très noir

Entrée mtiti hama ntruda ntsuzi

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction être de taille très courte

Entrée mtiti hama ifiniho

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut de caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

411
Traduction être de taille très courte

Une caractéristique passagère

Entrée udjipva hama ndjizi

Variante shingazidja

Classe sémantique <défaut de caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

traduction française doux comme le miel

Entrée relesa hama ntsidawe

Variante shingazidja

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française glissant comme une pierre de mer

412
Entrée urelesa hama mafura

Variante shingazidja

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française glissant comme l’huile

Entrée urelesa hama ure

Variante shingazidja

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française très glissant

Entrée udjipva hama sukari

Variante shingazidja

413
Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction doux comme le sucre

Entrée nanyongo hama sibiri

Variante shingazidja

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction française très amer

Entrée udjipva hama haluwa

Variante shingazidja

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

414
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction très doux

Entrée uleza hama vinyo

Variante shingazidja

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue littérature orale

Traduction enivrant comme le vin

415
Annexes 2. Les classes sémantiques en franaçais
Qualité physique

Entrée jaune comme un citron

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification avoir le visage jaune

Entrée souple comme un roseau

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’argument N0 = : Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Traduction française très souple

Entrée blanc comme une colombe

416
Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très blanc

Entrée blanc comme du lait

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très blanc

Entrée rose comme neige à l’aurore

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

417
Schéma d’argument N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très rose

Entrée rose comme une fraise

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très rose

Entrée rose comme une framboise

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Npc

Effacement possible d’arguments

418
Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très rose

Entrée fort comme un roc

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très fort

Entrée jaune comme un coing

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

419
Signification avoir le teint fort jaune

Entrée jaune comme (du) safran

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification avoir la jaunisse

Entrée nu comme la main

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification complètement nu, dénudé

Entrée Jaune comme un souci

420
Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très jaune, avoir le teint brouillé

Entrée rose comme un crocodile

Variante

Classe sémantique N0 : = Nhum

Schéma d’arguments

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très rose

Entrée belle comme une fleur

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

421
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très belle

Entrée rouge comme une tomate

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification avoir les joues rouges de honte, de timidité,


de confusion, de colère.

Entrée rouge comme une cerise

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

422
Antonyme

Niveau de langue

Signification très rouge naturellement ou par suite d’un


effort, d’une émotion

Entrée rouge comme une pivoine

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification rougir très fortement sous l’effet d’une


émotion.

Entrée rouge comme une crête de coq

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, N-hum, Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

423
Niveau de langue

Signification Très rouge

Entrée rouge comme une écrevisse

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification avoir le visage tout rouge

Entrée blanc comme un cachet d’aspirine

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très blanc

424
Entrée clair comme de l’eau de boudin

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum, Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau

Signification ce n’est pas clair du tout

Entrée clair comme deux et deux font quatre

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification c’est très clair, très simple

Entrée blanc comme un signe

Variante

425
Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être d’un blanc pur

Entrée blanc comme neige

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’argument N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très blanc

Entrée rouge comme un homard

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Npc

426
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification avoir le visage tout rouge

Entrée beau comme un astre

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau lanfgue

Signification très beau

Entrée beau comme le jour

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

427
Antonyme

Niveau

Signification très beau

Entrée bon comme le bon Dieu

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très bon

Entrée beau comme le jour

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

428
Signification très beau

Entrée clair comme le jour

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très clair

Entrée clair comme l’eau de roche

Variante

Sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très clair

429
Entrée souple comme un gant

Variante

Sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très clair

Entrée souple comme l’osier

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très souple

Entrée souple comme un verre d’une lampe

Variante

430
Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très raide

Entrée vieux comme le monde

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très vieux, très ancien

Entrée solide comme le Pont-Neuf

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc, N-hum

431
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau

Signification très solide, en pleine forme, en pleine santé

Entrée pâle comme un linge

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, N-hum, Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification extrêmement pale

Entrée pâle comme une bougie

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schema d’arguments N0: = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

432
Antonyme

Niveau de langue

Signification Chandelle de cire

Enrée plate comme une planche à pain

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : =Nhum, N-hum, Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très plate comme une poitrine

Entrée pâle comme un mort

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

433
Signification être très pâle

Entrée blanc comme linge

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, N-hum, Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonym

Niveau de langue

Signification extrêmement pâle

Entrée droit comme un cièrge

Variante

Classe sémantique <qualité physique>

Schema d’arguments N0: = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très droit

434
Qualité morale

Entrée bon comme le pain

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être d’une grande bonté

Entrée courageux comme un lion

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très courageux

Entrée franc comme l’osier

435
Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être d’une sincérité à toute épreuve

Entrée sage comme un enfant-Jesus

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être docile, obéissant

Entrée franc comme l’or

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

436
Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification loyal, intègre, honnête

Entrée brave comme un pape

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification

Entrée fin comme l’ambre

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

437
Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification qui a l’esprit fin et pénétrant.

Entrée doux comme un agneau

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être quelqu’un de doux, de gentil

Entrée copains comme cochon

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

438
Niveau de langue

Signification être très amis

Entrée doux comme un mouton

Variante

Classe sémantique <qualité morale>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très doux, inoffensif, pacifique

Défaut physique

Entrée maigre comme un clou

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

439
Signification très maigre

Entrée noir comme du cirage

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, N-hum, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très noir

Entrée laid comme les sept péchés capitaux

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très laid

440
Entrée myope comme une taupe

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très myope

Entrée laid comme un pou

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

signification être très laid

Entrée noir comme une taupe

Variante

441
Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification se dit d’une personne très noire

Entrée laid comme un magot

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’argument N0 : = Nhum

Effacement possible d’argument

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification très laid, très grossière, très sot

Entrée sourd comme une bécasse

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

442
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de la langue soutenu

Signification être excessivement sourd

Entrée sourd comme un pot

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification être complètement sourd

Entrée vilain comme un singe

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

443
Antonyme

Signification très laid

Entrée gros comme une vache

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification se dit d’une personne très grosse

Entrée maigre comme un coucou

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très maigre

444
Entrée noir comme puce

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très noir

Entrée noir comme l’ébène

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification se dit d’une personne très noire

Entrée serré comme des sardines

Variante

445
Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très serré

Entrée noir comme de l’encre

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum, Npc

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très noir

Entrée noir comme le diable

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

446
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau

Signification être d’un noir très sombre

Entrée noir comme du charbon

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très noir

Défaut du caractère

Entrée fier comme Artaban

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

447
Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification fier d’une façon poussée à l’extrême

Entrée fier comme un coq

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très fier, orgueilleux

Entrée fier comme un pou

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

448
Niveau de langue

Signification très fier

Entrée orgueilleux comme un pou

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très fier, vaniteux

Entrée fin comme une mouche

Variante

Classe sémantique <défaut physique>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très rusé

449
Entrée sec comme de la merde de poisson

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification se dit d’une chose qui est très mouillée

Entrée fou comme un jeune chien

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très étourdi, folâtre

Entrée ennuyeux comme les mouches

Variante

450
Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être profondément ennuyeux

Entrée têtu comme une mule

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être particulièrement obstiné

Entrée ennuyeux comme la pluie

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

451
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très embêtant

Entrée bête comme une oie

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification personne extrêmement bête, stupide, niaise,

Entrée pédé comme phoque

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

452
Antonyme

Niveau de langue

Signification être complètement pété

Entrée jaloux comme un pigeon

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très jaloux

Entrée bavard comme une pie

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

453
Signification très bavard

Entrée excité comme un pou

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très énervé,

Entrée bête comme (un) chou

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

signification être stupide

454
Entrée bête comme ses pieds

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très bête

Entrée embêtant comme la pluie

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau

Signification très embêtant

Entrée insolent comme une porte cochère

Variante

455
Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très insolent

Entrée faux comme un jeton

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

signification Sans valeur, hypocrite

Entrée malin comme un singe

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

456
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très futé

Entrée dur comme l’acier

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma sémantique N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très dur

Entrée mou comme une chiffe

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

457
Antonyme

Niveau de langue

Signification très mou

Entrée malheureux comme les pierres

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être extrêmement malheureux

Entrée bavard comme une pie

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

458
Signification se dit d’une personne qui ne s’arrête pas de
parler.

Entrée têtu comme mulet

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification être particulièrement obstiné

Entrée têtu comme un âne

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification être particulièrement obstiné

459
Entrée têtu comme une bourrique

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification être particulièrement obstiné

Entrée gourmand comme un chat

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très gourmand

Entrée méchant comme la gale

Variante

460
Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très méchant

Entrée amer comme chicotin

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très amer

Entrée méchant comme la/une teigne

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

461
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très méchant

Entrée méchant comme un âne rouge

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très méchant

Entrée avare comme un rat

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

462
Antonyme

Niveau de langue

Signification

Entrée bête comme ses pieds

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

signification très bête

Entrée vilain comme lard jaune

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’argument N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

463
signification très avare

Entrée fier comme un pou

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très orgueilleux

Entrée fier comme un gueux

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être digne

464
Entrée gueux comme un rat

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être mendiant

Entrée rusé comme un renard

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très rusé

Entrée muet comme une carpe

Variante

465
Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification se dit d’une personne qui reste


complètement silencieux.

Entrée fier comme un paon

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très fier et orgueilleux

Entrée vif comme une mouche

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

466
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très espiègle

Entrée raide comme balle

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue argot

Signification de manière rapide, brutale, inattendue

Entrée raide comme une manche à balai

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

467
Antonyme

Niveau de langue

Signification sans souplesse physique ou intellectuelle

Entrée raide comme un passe-lacet

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue expression populaire

Signification qui guindé, qui a un maintien compassé

Entrée drôle comme un singe

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

468
Signification très rigolo, comique

Entrée long comme une journée sans pain

Variante

Classe sémantique <défaut du caractère>

Schéma d’arguments N0 : = N-hum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très ennuyeux

Caractéristique passagère

Entrée riche comme Crésus

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacements possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification avoir de l’argent en abondance

469
Entrée malin comme un bossu

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue familier

Signification s’amuser beaucoup

Entrée gai comme un pinson

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacements possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être de bonne humeur, joyeux

Entrée malade comme une bête

Variante

470
Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau

Signification très malade

Entrée malade comme un chien

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très malade

Entrée heureux comme un pape

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

471
Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification très heureux

Entrée bon comme la romaine

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être menacé d’une condamnation

Entrée heureux comme un poisson dans l’eau

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

472
Antonyme

Niveau de langue

Signification parfaitement heureux

Entrée excité comme une puce

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification être très content

Entrée gueux comme Job

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau de langue

Signification se dit d’une personne qui est réduite par la

473
plus extrême pauvreté à mendier pour
subsister

Entrée pauvre comme Job

Variante

Classe sémantique <caractéristique passagère>

Schéma d’arguments N0 : = Nhum

Effacement possible d’arguments

Synonyme

Antonyme

Niveau

signification très pauvre

474
Annexe 3
(hukaya) harimwa ra na renga (être) dans le doute

(hukaya) harimwa ididi (être) dans le doute

(hukaya) harimwa izingiri (être) dans un embarras

(hukaya) trobweni (être) dans des difficultés

(hukaya) harimwa taradudi (être) dans le doute

(hukaya) harimwa madjadidiliano (être) en discussion

(hukaya) harimwa swala (être) en prière

(hukaya) dembezoni (être) en attente

(hukaya) harimwa uvundzifumoyo (être) mécontent

(hukaya) harimwa gori (être) dans le brouillard

(hukaya) harimwa umalishama (être) dans la misère

(hukaya) harimwa malaliko être invité

(hkaya) harimwa shidhaya (être) en peine

(hukaya) harimwa trwaramoyo (être) dans le doute

(hukaya) hozeloni (être) tranquille

(hukaya) madjimaleni (être) dans une situation très difficile

être en l’air être sans argent

être en appesantissement être dans un engourdissement intellectuel


progressif

être en arrière être en retard

être en mauvais arroi être en mauvaise posture

475
être en avance sur son temps le devancer par le modernisme, par le
caractère d’avant-garde de ses idées

être en avarie s’arrêter le temps de réparer le navire

être en plein baccara être dans une misère noire

être en baisse être en train de diminuer

être en barbe être mouillé à l’avant et à peu de distance


d’un autre navire

être en forme de barrique être très corpulent

être en belle humeur être bien disposé ou être dans de bonnes


dispositions

être en beauté paraître plus beau, plus belle qu’à


l’ordinaire

être en bénédictin être habillé en bénédictin

être en bénédiction être aimé, respecté, vénéré

être en bisbille avec quelqu’un avoir un léger différend avec quelqu’un

être en bonne être de bonne humeur

être en boule adopter une attitude qui consister à se


ramasser sur soi pour se défendre ou
attaquer

être en brindezingue être en état d’ivresse

être en brosse être ivre

être en cause être partie au procès

être en celle faire partie d’une communauté religieuse ;


faire retraite pour se préparer à recevoir un
sacrement

être en chapelle assister à une dernière messe avant


l’exécution

476
être en chasse être en rut, en chaleur

être en chemin être en train de franchir l’espace,


d’accomplir un trajet, de marcher, de
voyager

être en bras être sans veste

être en manche de chemise être sans veste

être en cherche de être à la recherche

être en cheville avec quelqu’un lui être associé

être en chirurgie être en traitement dans un hôpital pour une


affection chirurgicale

être en cloque être enceinte

être en service commandé accomplir une mission dont on a reçu


l’ordre de s’acquitter

être en compte avec quelqu’un être en relation d’affaire avec quelqu’un

être en âge de connaissance avoir atteint l’âge où l’on est apte à


discerner la valeur de ses actions petites ou
grandes

être en pays, en terrain connu être familier de quelque chose par habitude
ou par compétence particulière

être en mal de copie manquer de sujets d’article

être en coquine être homosexuel

être en couronne être en parfaite harmonie

être en deçà de vérité ne pas exagérer, ne pas forcer la réalité

être en bon terme s’entendre bien avec quelqu’un

être en reste avec quelqu’un devoir

être en prise directe être en contacte avec la réalité

477
être en pleine possession de ses moyens jouir de toutes ses facultés

être en phase être en harmonie

être en peine avoir des difficultés, être gêné

être en passe être sur le point de

être en panne être sans le sou

être en panne être arrêté accidentellement par un


dysfonctionnement, une avarie

être en panne pour un bateau être arrêté

être en odeur de sainteté être apprécié

être en nage trempé de sueur

être en mesure de être apte de

être en évidence être remarqué, être vu

être en éveil être sur ses gardes

être en état de être prêt à, capable de

être en équilibre être stable

être en condition être en forme

être en cheville avec être en association étroite avec

être en alerte être dans un état d’inquiétude vigilent

être en adhésion avec quelqu’un être d’accord avec quelqu’un

être aux abonnés absents ne pas répondre au téléphone

être à l’affiche se donner, se passer, pour un spectacle

être aux anges être enchanté, ravi

être aux antipodes être opposé

478
être à la botte servir avec complaisance

être à la bourre être pressé, en retard

être à la cape amener les voiles et ne garder qu’une très


petite voiture lorsque le mauvais temps
arrive

être à la charge de être dépendant de

être à cheval sur les principes interpréter les règlements à la lettre

être au parfait être au courant

être au clair savoir, être au courant

être aux commandes diriger

être à la côte être sans argent

être au courant être informé

être à couteaux tirés détester une personne

être à crins être de mauvaise humeur

être à découvert avoir un compte bancaire débiteur

être à la dévotion de quelqu’un lui être complètement dévoué

être à la dernière extrémité être à l’agonie

être aux anges de être l’employé de, le serviteur de

être aux genoux de supplier, s’incliner devant

être à la hauteur avoir les qualités pour se tirer d’une


situation difficile

être aux leviers de commande être à un poste de commandement

être à même être en mesure de

être à la merci de dépendre entièrement de

479
être au pied du mur âtre acculer, ne pas avoir d’échappatoire

être au niveau être à la hauteur

être au niveau de être à la hauteur de

être à pied d’œuvre être fin prêt

être à sa place convenir

être à côté de la plaque se tromper

être à plat être fatigué

être aux prises avec combattre

être à la recherche de être en quête de

être à la remorque rester en arrière

être au bout du rouleau ne plus avoir des ressources

être à la rue sans domicile

être aux petits soins avoir des attentions

être au supplice être impatient, agacé, intimidé

être à la traine être derrière

être au trente-sixième dessous ne pas aller bien

être dans ses petits souliers se sentir mal à l’aise

être dans son tort être dans une situation contraire à la loi, à
des règles implicites

être dans les vignes du Seigneurs être ivre

être dans le rouge être dans la zone d’urgence, de difficulté, de


danger

être dans les petits papiers de quelqu’un jouir de sa considération

être dans les nuages rêver

480
être dans la note être en harmonie

être dans les niôles rêver

être dans nécessité vivre dans l’indigence

être dans la mouscaille être dans une situation très difficile

être dans la lune avoir l’esprit ailleurs

être dans la limonade être dans la misère

être dans les limbes être dans un état un peu comateux

être dans la gêne avoir besoin d’argent

être dans un état second être momentanément déphasé

être dans tous ses états être particulièrement agité, énervé

être dans son élément être à l’aise, évoluer en terrain de


connaissance

être dans de beaux draps se trouver dans une situation délicate

être dans dèche être ruiné, tomber dans mouise

être dans la crotte vivre misérablement

être dans le coaltar être hébété, mal réveillé, dans le brouillard

être dans le cirage vivre dans une situation confuse

être dans le besoin manquer du nécessaire

être dans le même bateau devoir être solidaire

être dans le bain tremper dans, être compromis dans une


affaire

être d’attaque être prêt à agir, avoir de l’énergie

être du bâtiment appartenir à la même profession

être de la jaquette être homosexuel

481
être de taille à être capable

être sur un volcan être en danger

être sur la sellette être harcelé de questions

être sur les rotules être très fatigué

être sur la paille être ruiné

être sur la même longueur d’onde s’entendre, se comprendre

être le gril être inquiet ou très impatient

être sur les genoux extrêmement fatigué

être sur ses gardes être attentif, prudent

être sur le dos de surveiller et contrôler sans arrêt

être sur les dents être très fatigué

être sur la brèche travailler avec énergie dans une situation


difficile

être sur la braise craindre, être anxieux

être sous le charme être séduit, impressionné

être sous les drapeaux servir dans l’armée

être sous la férule d’une personne être sous l’autorité d’une personne

être sous la coupe de quelqu’un être sous la dépendance de quelqu’un

être sous l’égide de quelqu’un être sous la protection d’une personne


physique ou morale

être sous le joug être dominé

être en défaut manquer ce qui est nécessaire pour satisfaire


à une demande, à une attente

être en dérive aller au gré du vent ou d’un courant

482
être en devoir de être prêt à

être en dévotion être en ferveur

être en droit de être légitimement, légalement autorisé à

être en effervescence être en ébullition

être en érection bander

être en état de pouvoir, être capable de

être en blanc être de blanc vêtu

être en faveur jouir d’une considération

être en fonds avoir de l’argent

être en froideur avec quelqu’un ne pas avoir des rapports cordiaux,


chaleureux

être en fuite être en train de fuir

être en gaffe être en sentinelle

être en glace être complètement froid, inhibé

être en plein goudron être en difficulté

être en grâce auprès de quelqu’un jouir de sa bienveillance, de sa


considération

être en grève à la recherche d’un travail

être en hausse s’améliorer

être en horreur à quelqu’un inspirer de la répulsion mêlée d’effroi à


quelqu’un

être en jeu être engagé dans une affaire qui peut


comporter des risques

être en lecture (en parlant d’une prostituée) être occupé avec un client

483
être en main (en parlant d’un document) être en consultation

être en liesse manifester publiquement, extérioriser de


manière sensible une allégresse générale

être en marché être en pourparlers d’affaires

être en maudit être en colère

être en nom diriger une affaire, une entreprise


commerciale sous son propre nom

être en oraison prier, se recueillir

être en papillotes avoir des papillotes sur la tête

être en parole avec quelqu’un être en conversation

être en son particulier être retiré dans sa chambre, dans son cabinet

être en pénitence être châtié, puni

être en pétoche suivre quelqu’un de près

être en plaque porter au bras la plaque de commissionnaire

être en position s’établir pour attaquer

être en prise sur quelque chose avoir une appréhension réaliste de quelque
chose

être en provisoire être en liberté provisoire

être en puissance de mari être sous l’autorité du mari ou sur le point


de se marier

être en rade abandonner quelqu’un ou quelque chose

être en régression diminuer

être en relation être en rapport avec

être en ressaut être en colère

484
être en reste devoir encore quelque chose sur une somme

être en haut/en bas de la roue être dans la prospérité, dans l’infortune

être en situation de être à même de

être en souci (de) être inquiet, préoccupé

être en spectacle être exposé au regard, à la critique d’autrui

être en termes être en position, en état

être en terrain conquis ne rencontrer aucune résistance

être en tétanos tétaniser, être tétanisé

être en bon train être en bonne voie, en bonne condition

être en transe être hors de soi, manifester un état


d’excitation extrême

être en vedette avoir son ainsi affiché

être en veine être inspiré dans une œuvre, dans un


discours

être en venaison être en graisse

être en biberon être en bas âge

être à la bavette être trop jeune pour les choses dont il s’agit

être à la botte de quelqu’un être prêt à obéir

être à cheval sur quelque chose être très strict sur quelque chose

485
Résumé en français

Tout comme en français, il existe en comorien un nombre important des séquences


adjectivales qui s’utilisent uniquement à l’oral. Ces adjectifs à forme complexe n’ont
jamais fait l’objets d’étude dans le milieu linguistique comorien. Ils sont remarquables du
sous-type Prép N (aux anges ; harimwa ra na renga); A comme Dét N (bête comme ses
pieds ; mudu hama izinga). Ils expriment un état et sont pronominalisables par le. Ils sont
susceptibles d’être analysées comme des adjectifs prédicatifs par le fait qu’ils ont les
mêmes propriétés syntaxiques que les adjectifs simples : ils sont compatibles avec la
position épithète que la positon attribut. Ils acceptent également la mise en appositon.

Faire l’analyse morphosyntaxique et l’analyse syntactico-sémantique de ces adjectifs


prédicatifs donnent lieu à comprendre que leur caractère figé de ces adjectifs répond aux
deux conditions de figement : ils sont polylexicals et sont dotés d’un certain degré de
figement, la deuxième condition peut être mise en évidence du fait que dans ra narenga on
ne peut pas substituer renga par un autre élément. Ali nge harimwa ra na renga, *Ali nge
harimwa ra na uvura. Ali ye mwema hama mwarabu ; *Ali ye mwema hama mfarantsa.

Dans cette étude contrastive franco-comorienne, nous allons procéder à un recensement


exhaustif des locutions adjectivales du comorien et d’établir une typologie de ces prédicats
adjectvaux en utilisant les mêmes principes que pour le français.

Traduction en anglais

Mots clés :

Séquence, adjectif, figement, prédicat, argument

486

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