0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
29 vues10 pages

Expoise Rwandais

La crise rwandaise, culminant en 1994 avec le génocide, trouve ses racines dans des tensions ethniques exacerbées par la colonisation belge qui a favorisé les Tutsis au détriment des Hutus. La guerre civile entre le Front patriotique rwandais (FPR) et le régime de Juvénal Habyarimana a intensifié ces tensions, conduisant à des violations des droits de l'homme et à un climat de violence. L'analyse des causes structurelles et des événements précédant le génocide permet de mieux comprendre les dynamiques qui ont conduit à cette tragédie historique.

Transféré par

jmbyday
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
29 vues10 pages

Expoise Rwandais

La crise rwandaise, culminant en 1994 avec le génocide, trouve ses racines dans des tensions ethniques exacerbées par la colonisation belge qui a favorisé les Tutsis au détriment des Hutus. La guerre civile entre le Front patriotique rwandais (FPR) et le régime de Juvénal Habyarimana a intensifié ces tensions, conduisant à des violations des droits de l'homme et à un climat de violence. L'analyse des causes structurelles et des événements précédant le génocide permet de mieux comprendre les dynamiques qui ont conduit à cette tragédie historique.

Transféré par

jmbyday
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

INTRODUCTION

La crise rwandaise, qui a culminé en 1994 avec le génocide, est un chapitre tragique
de l'histoire contemporaine. La destruction le 6 avril 1994 vers 20h30 lors de son
atterrissage à Kigali de l'appareil Falcon 50 qui ramenait d'une conférence à Dar-es-
Salaam les Présidents Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira a plongé le
Rwanda dans une crise sans précédent. Bien que son extraordinaire violence ait
choqué l'opinion publique, celle-ci n'a pas toujours très bien compris la nature de
l'événement complexe qui se déroulait sous ses yeux et c'est sans doute en partie à
cette incompréhension que l'on doit la faiblesse des réactions de la communauté
internationale. Nous allons tenter dans cet essai de dégager trois types d'éléments de
réflexion nous permettant de mieux comprendre la nature de ce phénomène: d'abord
quelques facteurs que l'on pourrait appeler structurels et qui concernent le cadre
historique et bien sûr "ethnique" dans lequel s'est inscrit cette tragédie. Ensuite un
examen de ce qu'il faut bien appeller la guerre civile rwandaise entre le 1er octobre
1990 et le 6 avril 1994. Et enfin une analyse de la crise génocidaire elle-même depuis
cette dernière date. En guise de conclusion nous examinerons les conséquences de
cette violente convulsion pour ce qui concerne les réfugiés.

I- LES CAUSES STRUCTURELLES DE LA CRISE

1- Contexte historique et culturel

Le Rwanda est un pays d'Afrique centrale composé principalement de deux groupes


ethniques, les Hutus et les Tutsis. Pendant la période coloniale, les autorités belges
ont favorisé les Tutsis, exacerbant les tensions entre les deux groupes. Après
l'indépendance du Rwanda en 1962, les Hutus, qui formaient la majorité de la
population, ont pris le pouvoir, menant à des violences contre les Tutsis qui ont
conduit à des milliers de morts.
a) La fameuse "question ethnique’’

Tout comme son frère jumeau, le royaume du Burundi, le Rwanda présente la


caractéristique très particulière de voir sa population répartie entre deux groupes
sociaux, l'un, les Tutsis représentant environ 15% de la population et l'autre, les
Hutus représentant environ 85%. Il existe en outre quelques survivants des
populations pygmoïdes originelles, les Twa. Il ne s'agit pas ici des deux ethnies, les
Tutsis et les Hutus n'ayant aucune des caractéristiques de micro-nation (territoire
défini, langue, cultes religieux pré-chrétiens, etc) qui distinguent en Afrique les
ethnies entre elles. Il s'agit de deux groupes, probablement d'origines ethniques
différentes si l'on remonte au XIIIème ou au XIVème siècle, mais depuis longtemps
culturellement homogénéisés (ce qui ne veut pas dire unifiés) et biologiquement
partiellement mélangés (ce qui ne veut pas dire fusionnés).
Il est intéressant de noter qu'il n'existe pas au Rwanda de clans tutsis ou de clans
hutus; tous les clans sont transversaux, comprenant Tutsis, Hutus et même Twa. Ces
groupes entretenaient à la période précoloniale des relations complexes
d'interdépendance économique, de compétition politique et de
patronage/clientélisme social très différentes du violent clivage bipolaire actuel. De
plus, ces distinctions sociales étaient surdéterminées par l'existence d'un royaume
unitaire et centralisé, encore en pleine expansion à la fin du XIXème siècle. La réalité
n'était ni dans un système d'opposition violente entre "pasteurs aristocrates tutsis" et
"serfs agriculteurs hutus"ni dans l'harmonieuse intégration nationale vue par l'Abbé
Alexis Kagam mais plutôt dans ce que Catherine Newbury a appelé avec bonheur
"The cohesion of oppression" c'est à dire dans une complémentarité sociale inégale
maintenue en tension dynamique par l'idée de communauté nationale. Tandis que
sur le plan social les relations très complexes des contrats d'Ubuhak mitigeaient
l'opposition Tutsi/Hutu et que sur le plan politique le Royaume du Rwanda, entité
nationale cohérente, entraînait l'ensemble des Banyarwanda (mot à mot "enfants du
Rwanda") dans un mouvement dynamique de conquête et d'expansion nationale.

b) L'impact de la colonisation:

Les autorités belges qui se substituèrent aux allemandes à la fin de la Première


Guerre Mondiale reprirent largement leur politique de contrôle indirect du pays. Mais
avec plusieurs différences: d'une part le développement économique fut accéléré,
souvent avec des méthodes extrêmement brutales (travail forcé, lourds impôts) et
d'autre part l'administration civile fut renforcée par la titularisation bureaucratique
des chefs. Ceci eut plusieurs effets: d'une part d'amener une certaine aisance chez les
indigènes (revenus des cultures de rente) tout en accélérant la transformation des
valeurs traditionnelles, entraînant notamment un changement total dans le rôle de
l'Ubuhake. Et d'autre part d'affaiblir l'autorité royale tout en renforçant celle des
grands lignages tutsis très liés à l'autorité coloniale. On aboutit donc à une
différenciation sociale bipolaire de plus en plus aigüe tandis que s'affaiblissaient les
éléments intégrateurs de la société (Ubuhake, monarchie). Par ailleurs, sur le plan
idéologique, les stéréotypes anthropologico-racistes qui avaient déjà eu cours
pendant la période allemande connurent un renouveau de faveur. Le résultat fut de
donner aux grands lignages tutsis un pouvoir qu'ils n'avaient jamais connus avant la
période coloniale et d'amener chez les Hutus une situation d'exploitation accrue, sans
commune mesure avec leur situation traditionnelle. Le rôle de l'Eglise, fondamental
mais ambigu, vint compliquer les choses. Les autorités ecclésiastiques se rangèrent
d'abord dans l'ombre des autorités civiles belges en favorisant les Tutsis. Mais à
partir des années 1925-1930, une nouvelle génération de prêtres Flamands d'origine
plus modeste que leurs collègues francophones tendit à s'identifier aux Hutus et à
créer une contre-élite hutue, notamment autour de plusieurs journaux et du
séminaire de Kabgaye.
Le résultat de ces processus fut de créer une tension croissante entre Tutsis et Hutus,
globalisation que le vieux Rwanda n'avait jamais connue. La politique belge de
décolonisation eut pour effet de visser le détonateur sur cette bombe à retardement.
En effet, l'élite tutsie, à la fois consciente des dangers que la modernité faisait courir à
l'institution monarchique et capable d'assumer le pouvoir à cause des bénéfices reçus
dans le domaine de l'éducation, souhaitait le départ des Belges. La Belgique se sentit
trahie par "son" élite devenue anticolonialiste. Le résultat fut d'amener un soudain
renversement de politique entre 1955 et 1957, le pouvoir colonial décidant de
favoriser désormais les Hutus plus soumis et apparemment plus malléables. L'Eglise
accompagna le mouvement et l'amplifia, trouvant le clergé hutu plus conciliant et les
aspirations sociales des "paysans" mieux adaptées au climat du catholicisme social
qui régnait au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Cette politique
d'exacerbation - sans doute involontaire - des différences, aboutissant à une
bipolarisation radicale suivie d'un renversement dans l'ordre hiérarchique jusque là
favorisé allait aboutir à une terrible explosion.

II- LA GUERRE CIVILE (1er OCTOBRE 1990 - 6 AVRIL 1994)

1- Le FPR et la phase ethno-militaire (1er octobre 1990 - 8 juin 1992

En 1990, le Front patriotique rwandais (FPR), un groupe rebelle composé en grande


partie de Tutsis exilés, a envahi le Rwanda, déclenchant une guerre civile. Les
combats ont conduit à une intensification des tensions ethniques et à des violations
des droits de l'homme de part et d'autre. En 1993, un accord de paix, les accords
d'Arusha, a été signé pour mettre fin au conflit, mais la mise en œuvre a été entravée
par des hostilités persistantes :
 Le Front Patriotique Rwandais (FPR) :

Le FPR est issu d'une série d'organisations culturo-politiques de la diaspora


rwandaise en Ouganda (Rwandese Refugee Welfare Fund (RRWF), créé en 1979,
devenu Rwandese Association for National Unity (RANU) en 1980). A son septième
congrès en 1987, la RANU s'est transformée en FPR. La transformation n'était pas de
pure forme. En effet, entre-temps, les réfugiés quelque peu pathétiques de 1979
étaient devenus des acteurs majeurs de la vie politique ougandaise du fait de l'entrée
massive de leurs jeunes hommes dans la National Resistance Army (NRA) de Yoweri
Museveni. Cette adhésion à la guerilla avait une cause précise: la tentative du
Président Obote en octobre 1982 de déporter la plupart des réfugiés et de les chasser
vers le Rwanda. Le gouvernement rwandais avait refusé de les accepter. Coincées sur
une mince bande de terrain de quelques kilomètres de long et de deux kilomètres de
large aux abords de la frontière, des milliers de personnes étaient mortes. Parmi les
survivants, les jeunes n'oublièrent pas et dès le début de 1983 rejoignirent la NRA et
lorsque Kampala tomba aux mains de la guerilla le 25 janvier 1986, il y avait bon
nombre de Banyarwanda parmi les vainqueurs.

Ils continuèrent ensuite à se battre dans le Nord contre les bandes de la


"prophétesse" Alice Lakwena et plus tard contre celles de son épigone Joseph Kony.
En même temps, sur le plan politique l'ex-RANU devenu FPR maturait
considérablement et dépassait l'idéologie de restauration monarchiste qui avait été
celle des Inyenzi des années soixante pour se rallier à une vue de "démocratie sans
partis" qui ressemblait étrangement à celle du Président Museveni. Le complot à
l'intérieur de la NRA fut bien mené et 2.300 hommes encadrés par environ 200
officiers désertèrent de la NRA en masse le 29 septembre 1990 pour attaquer le
poste-frontière de Kagitumba deux jours plus tard.

On a beaucoup discuté pour estimer le degré de responsabilité du Président


Museveni dans cet événement, en parlant soit de "dette" à l'égard des
combattants Banyarwanda, soit au contraire de désir de se débarasser de leur
embarassante présence (les Baganda commençaient à s'irriter de leur mainmise sur
l'armée et de leurs ambitions commerciales), soit enfin de la création d'un "Empire
Tutsi" allant de Kampala à Bujumbura en passant par un Rwanda "reconquis". Ces
thèmes ont été abondamment répandus tant par le régime du Président Habyarimana
que par les opposants ougandais et ils ne résistent guère à l'analyse (les
Banyarwanda du FPR ne représentaient en 1990 que 2% environ des forces de la
NRA; ils n'avaient pas d'équipements lourds et leurs premiers combats tournèrent au
quasi-désastre; on ne voit pas très bien comment l'existence d'un hypothétique
"Empire Tutsi" servirait au Président Museveni pour gouverner l'Ouganda, etc.). De
fait ce qui est le plus probable, c'est qu'il y a eu tolérance pour le complot, à la fois par
refus de "servir de geolier aux réfugiés rwandais" et par souvenir de la camaraderie
d'armes passée. Il y a eu aussi une certaine prudence de la part du Président
Museveni. Fin 1990, la situation politique ougandaise était encore fragile. Bien
implantés dans l'Ouest du pays, les réfugiés rwandais auraient pu, en cas d'attitude
hostile de sa part, lui créer de très sérieux problèmes.

 Les débuts de la guerre (octobre 1990 - mars 1991):

Connaissant mal le Rwanda dont ils étaient coupés depuis des années, les cadres du
FPR avaient commis deux erreurs majeures: d'une part surestimer l'état de
déliquescence du régime Habyarimana et d'autre part sous-estimer l'efficacité de sa
propagande idéologique et par conséquent la peur qu'ils inspiraient à la population
civile hutue ordinaire. La première erreur les amena à penser pouvoir faire une
guerre-éclair et à s'emparer de Kigali en quelques jours. Or non seulement la petite
armée rwandaise réagit vite et avec vigueur, mais en outre dès le 4 octobre la France
décidait d'envoyer un petit contingent "non combattant" de 150 homme dont la
mission explicite serait de garder les points stratégiques (notamment l'aéroport) et
d'entraîner les Forces Armées Rwandaises, et dont le rôle implicite serait de
"sanctuariser" sinon tout le pays, du moins la capitale Kigali. Quant à la seconde
erreur d'appréciation, elle les amena à voir à leur grande surprise les paysans qu'ils
venaient "libérer" s'enfuir devant eux, leur laissant un terrain vide sans le moindre
soutien populaire. Cela n'empêcha pas le régime de réagir violemment face à la
population civile. Dès le soir du 1er octobre, des rafles d'opposants réels ou supposés
commençaient. Il y eut environ 10.000 arrestations et les derniers détenus de ces
rafles ne seront finalement libérés qu'en avril 1991, sans qu'aucun jugement ait été
prononcé. Les conditions de détention étaient lamentables et il y eut plusieurs
dizaines de décès. Dans Le Soir Colette Braeckman pouvait écrire:

Il semble que la répression qui vient d'être déclenchée ne vise pas uniquement
d'éventuels rebelles infiltrés mais menace aussi certains opposants potentiels ou
déclarés, ainsi que des représentants de la minorité tutsie.

Dès le début, la guerre s'était révélée d'une rare violence. "Nous ne faisons pas de
prisonniers..... On les tue. Ca leur sape le moral!" déclarait à Marie-France Cros, un
officier des FAR. Les choses ne tardèrent pas à empirer encore. Le Zaïre avait envoyé
des troupes qui se livrèrent au pillage et au massacre des civils tandis que les FAR se
livraient à de véritables pogroms anti-Tutsi dans la région du Mutara. Devant ces
exactions, la Belgique retira rapidement le petit contingent militaire qu'elle avait
envoyé (1er novembre). La France augmenta le sien. Sur le terrain, malgré deux
conférences hâtivement réunies (à Mwanza le 17 octobre et à Gbadolite le 26, les
combats se poursuivaient et ils tournaient à la débandade pour le FPR. Leur chef, le
prestigieux "Commandant Fred avait été tué le second jour de l'attaque, les FAR
avaient repris Gabiro le 9 octobre et étaient arrivés à Kagitumba sur la frontière
ougandaise le 30. Les deux adjoints de Rwigyema, les colonels Peter Banyingana et
Chris Bunyenyezi étaient morts eux aussi et les attaquants s'étaient repliés dans le
Parc National de l'Akagera. Rentré en catastrophe alors qu'il se trouvait en stage aux
Etats-Unis, c'est le Major Paul Kagamé qui allait sauver la situation. Il opéra un repli
stratégique sur la région des Virunga, en bordure du Parc National des Volcans, une
zone froide et inhospitalière de grande altitude où beaucoup de ses hommes
moururent de faim et d'épuisement mais où l'armée régulière ne se hasarda pas à les
poursuivre. Le 1er novembre, Radio Rwanda annonçait que "l'ennemi était repoussé
hors des frontières".

Pendant que la guerre diminuait ainsi d'intensité, le Président Habyarimana tentait


de reprendre l'initiative politique en promettant tout à la fois la liberté de créer des
partis politiques, un référendum sur la nature du régime en juin 1991 et la
suppression de la mention de l'ethnicité sur les cartes d'identité. Le prenant au mot,
un groupe d'opposants, parmi lesquels Faustin Twagiramungu et Emmanuel Gapyisi
étaient les plus notables, créaient en mars 1991 le Mouvement Démocratique
Républicain (MDR) auxquels certains accolèrent bientôt le mot PARMEHUTU pour
rappeler le vieux parti de Kayibanda. Le nouveau parti avait d'ailleurs une base
régionaliste résolument sudiste. Désormais la lutte politique commençait.

III- LA CRISE GENOCIDAIRE

1- De l'assassinat du Président au début de la bataille de Kigali (6 - 12 avril


1994)

Le 6 avril 1994, l'avion un Falcon 50 offert par la France et piloté par un équipage
entièrement français, a été abattu vers 20h30, heure locale. du président rwandais
Juvénal Habyarimana, un Hutu, a été abattu, ce qui a déclenché une vague de violence
sans précédent. En quelques jours, des milliers de Tutsis et des Hutus modérés ont
été massacrés. Le génocide a été marqué par une immense brutalité, des tueries
systématiques et des viols.
Les forces gouvernementales et des groupes miliciens, tels que les Interahamwe, ont
joué un rôle clé dans l'organisation et l'exécution du génocide. Environ 800 000
personnes, principalement des Tutsis, ont été tuées en l'espace de 100 jours. Presque
immédiatement des tirs d'armes légères furent entendus en divers points de la ville.
Peu nourris pendant la nuit, ils augmentèrent le 7 au matin, s'accompagnant
désormais de tirs à l'arme lourde. On saura plus tard qu'il s'agissait d'affrontements
entre la Garde Présidentielle (GP) et des unités des Forces Armées Rwandaises (FAR).
[9 Cette tentative des FAR d'enrayer les massacres lancés par la GP ne dura que
jusqu'au vendredi 8 lorsque les deux groupes militaires se réconcilièrent en
apprenant l'attaque du FPR dans le Nord. Néanmoins on peut dire que la GP demeura
beaucoup plus impliquée que les FAR dans le soutien aux milices et dans les
massacres directs, les FAR intervenant même parfois ponctuellement pour sauver
telle ou telle personne, souvent parce qu'elle avait des liens familiaux ou personnels
avec un militaire.
Dès le début, il fut évident que les massacres obéissaient à un plan pré-établi et
avaient été préparés de longue date. Même si la violence avait une nette dimension
ethnique (massacre des Tutsis) elle était loin de n'obéir qu'à cette logique et les
premières victimes furent les politiciens hutus modérés partisans de l'application des
accords d'Arusha: ainsi la Première Ministre elle-même, Mme Agathe Uwilingiyimana,
qui fut tuée en même temps que ses dix gardes du corps belges de la MINUAR qui
avaient naïvement accepté de se laisser désarmer. Furent aussi assassinés dès les
premières heures du 7 avril le Ministre de l'Agriculture, Frédéric Nzamurambaho,
visé en tant que nouveau Président du Parti Social Démocrate depuis la mort de
Félicien Gatabazi, Landwald Ndasingwa, Ministre du Travail (PL) particulièrement
haï du groupe "Power" (du même parti PL) pour ses prises de position courageuses,
ainsi que le Président de la Cour Suprême Joseph Kavaruganda, afin d'empêcher par
sa mort toute possibilité de succession légale à la Présidence. C'est en effet à lui que
celle-ci devait revenir par intérim et c'était un libéral connu.
Les massacres se déroulaient avec une violence impitoyable, les familles elles-mêmes
n'étant pas épargnées. Ainsi l'épouse canadienne de Landwald Ndasingwa et leurs
deux enfants furent tués en même temps que lui, des visiteurs ou des parents surpris
au domicile des personnes ciblées furent assassinées avec elles. Certaines personnes
visées parvinrent à se sauver par miracle. Ainsi Faustin Twagiramungu dont l'adresse
avait été mal notée par les tueurs qui se rendirent dans une maison voisine, lui
donnant le temps d'escalader la clôture du jardin.[Ou bien l'activiste des droits de
l'homme, Monique Mujawamaliya, qui parvint à se cacher entre le plafond et le toit de
sa maison et à y survivre pendant trois jours avant de parvenir à corrompre des
militaires qui la conduisirent à la MINUAR. Mais dans l'ensemble les équipes de
tueurs opérèrent avec une redoutable efficacité.

Les responsables des massacres sont connus et la plupart sont les mêmes que ceux
que dénonçait déjà le Professeur Reyntjens dans le texte de 1992 que nous
mentionions plus haut à la note 53. Le principal responsable semble avoir été le
Colonel Théogène Bagosora, Directeur de Cabinet au Ministère de la Défense, qui est
venu trouver Jacques-Roger Booh- Booh chez lui dans la nuit du 6 au 7 avril pour lui
dire qu'il s'agissait "d'un coup d'Etat" et que "tout était parfaitement sous contrôle".
Si l'assertion était un peu exagérée, les conjurés qui avaient déclenché cette
opération-catastrophe étaient néanmoins en train de tenter de "normaliser" la
situation à leur manière.

Dans la nuit du 7 au 8 avril, sous la Présidence du Colonel Célestin Rwagafilita, frère


de Mme Habyarimana et l'un des responsables du "Réseau Zéro", un "Comité de Salut
Public" était formé qui s'occupait de mettre sur pied un nouveau "gouvernement", ce
"gouvernement belliciste" dont le Premier Ministre avait déjà annoncé la sinistre
préparation le 6 juillet 1993 (cf. supra) . Dans la nuit du 8 au 9 avril , le nouveau
gouvernement était formé. Il comptait dix MRND ou CDR sur 21 postes et les
membres des autres partis, comme Justin Mugenzi pour le PL (Ministre du
Commerce) ou Gaspard Ruhumuliza pour le PDC (Environnement) étaient des
membres notoires du groupe "Hutu Power". Le "Président" Théodore Sindikubwabo,
ancien Président MRND de l'Assemblée, était un vieil homme malade et sans énergie,
complètement manipulé par les extrémistes.

Dès l'après-midi du 7 avril, les massacres s'étaient étendus à l'intérieur du pays et au


matin du 8 le FPR avait décidé de reprendre les hostilités. Ses troupes mirent quatre
jours à atteindre Kigali en combattant tout au long du chemin. La population civile
hutue fuyait devant les guerilleros, début d'un exode massif qui allait s'amplifier au
cours des semaines. Dès l'arrivée du FPR à Kigali, Paris prit la décision d'évacuer le
personnel de l'Ambassade et ceux qui s'y étaient réfugiés
IV- CONSÉQUENCES
Le génocide a laissé des cicatrices profondes dans la société rwandaise et a conduit à
un déplacement massif de la population. En juillet 1994, le FPR a pris le pouvoir,
mettant fin au génocide. Le pays a été confronté à l'énorme tâche de reconstruire et
de réconcilier une nation profondément divisée.
Les violences de l'indépendance en Novembre 1959 une révolte paysanne éclata qui
allait bientôt se transformer en révolution sous la protection et avec l'approbation des
Belges. D'abord simple jacquerie, puis mouvement anti-monarchiste et enfin
déferlement de haine raciale orchestrée par le parti PARMEHUTU (Parti de
l'Emancipation Hutu) dirigé par l'ancien séminariste Grégoire Kayibanda, la
révolution de 1959-1962 eut plusieurs conséquences:

 Posée comme acteur fondateur du Rwanda indépendant, elle imprima dès le début
un caractère extrêmement particulier à la culture politique moderne du pays. En
effet, elle combinait deux facteurs apparemment contradictoires: violence et
obéissance. On avait incendié et tué, mais avec l'approbation des autorités belges
et pour un but "vertueux", celui de la "restauration des droits de la majorité".

 La notion de "démocratie majoritaire" qui devint le leitmotiv du discours politique


en acquit un caractère très spécial: "démocratie majoritaire" signifiait dans le code
verbal politique rwandais "défense des intérêts du groupe hutu majoritaire", cette
défense étant une justification suffisante pour l'établissement d'un pouvoir
politique non seulement dictatorial mais totalitaire. En d'autres termes, un peu
comme l'émancipation d'un "Prolétariat" mythique justifiait l'établissement de la
dictature des partis communistes, l'émancipation d'un "Hutu" mythique justifia la
dictature de l'Etat-Parti, d'abord PARMEHUTU puis après 1973 MRND
(Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement). La "bourgeoisie"
dans un cas, les "Tutsis" dans l'autre, servaient de repoussoir diabolique
légitimant le pouvoir et le laissant agir en toute liberté tant que ses décisions
pouvaient passer pour la "défense de la démocratie majoritaire".

 Dans cette perspective, la paranoïa fut élevée au rang d'une vertu nationale. Le
Pouvoir ne cessait de brandir la menace des Inyenzi ("cafards"), nom méprisant
donné aux "féodaux- revanchards" tutsi, qui continuaient d'ailleurs d'attaquer
depuis l'étranger entre 1961 et 1964 pour tenter sans succès de reprendre le
pouvoir.

 La "révolution" de 1959-1962 eut aussi pour effet de causer la fuite hors du


Rwanda d'environ 170.000 réfugiés tutsis vers l'Ouganda, la Tanzanie, le Burundi
et le Zaïre. Le refus des régimes rwandais successifs d'accepter leur retour et
même de les reconnaître comme "Rwandais" maintint ouverte une plaie
suppurante.

 Environ 10.000 Tutsis avaient été tués en 1959-1960, un chiffre important vu la


population de l'époque (environ 2,6 millions). Par la suite, à chaque incursion des
Inyenzi, le gouvernement et le Parti Unique se livrèrent à des mini-pogroms
calculés pour terroriser la population tutsie (environ 150 à 200.000 personnes
demeurées au Rwanda) et pour renforcer chez les Hutus le sens de leur identité
communautaire (menace de l'extérieur, partage collectif de la responsabilité du
sang versé) et de la légitimité de leur pouvoir, ou plutôt du pouvoir qui était
exercé en leur nom. Il se créa ainsi une culture de massacre où le pogrom était non
seulement normal mais légitime et où l'Etat-Hutu, juste expression de la
"démocratie majoritaire" pouvait à tout instant encourager des tueries perçues
comme "défensives" face aux diables tutsis "féodaux-revanchards". Le vocabulaire
employé pour dire cette idéologie politico-raciale était largement emprunté au
catholicisme, soit sous sa forme ecclésiale directe (vertu, justice) soit sous la
forme moderne du christianisme social démocrate-chrétien (justice sociale,
développement paysan auto-centré, etc.). Les métaphores étaient soit religieuses
soit agraires et "parlaient" très bien aux masses rurales. Il va de soi que si
l'Internationale Démocrate-Chrétienne soutint puissamment le régime
rwandais, la réalité de la culture politique n'avait que très peu à voir avec un
christianisme réel fait de Foi, d'Amour et de Charité.

CONCLUSION
Au terme de cet exposé sur le dernier génocide du xxe siècle, un sentiment a surgi, en
remontant l’histoire de ce drame. Un peu comme lorsque l’on découvre un secret de
famille enfoui par plusieurs générations sous la poussière du mensonge. Un étrange
sentiment de malaise.
La France fut-elle vraiment impliquée, et si oui, à quel degré, dans ce génocide ?
D’ailleurs, « impliquée » est-il le mot juste ? Et faut-il vraiment parler de « La
France » ? Ne s’agit-il pas à l’évidence d’autre chose que de la culpabilité supposée
d’une nation ou d’un peuple ? En regardant le génocide rwandais bien en face, du
point de vue de sa généalogie, on découvre une famille : les institutions de l’État,
l’armée et l’administration, des milices, des escadrons de la mort et des unités
paramilitaires combattantes. Tous impliqués dans la mise en œuvre des massacres.
Dans cette famille, les parentés sont précisément inscrites dans l’histoire des armées
de la guerre froide. Loin, très loin du Rwanda, les Américains, les Anglais et les
Français ont su transmettre leur héritage. Cette manière si particulière de faire la
guerre par et dans le peuple.
Entre ces deux extrémités de l’arbre généalogique de la guerre, des articulations, des
rapports de soumission, des intérêts supérieurs et surtout l’ignorance, celle dans
laquelle furent maintenus les peuples français et rwandais. Cette ignorance n’est pas
fortuite.
La crise rwandaise du génocide souligne les dangers des tensions ethniques et de la
haine, ainsi que la nécessité de la prévention des conflits et de la promotion de la
réconciliation pour empêcher que des atrocités similaires ne se reproduisent à
l'avenir.

Vous aimerez peut-être aussi