Bob
Bob
« Vouloir caractériser le régime politique d'un Etat africain par référence seulement au texte
constitutionnel, c'est protéger un schéma abstrait et vide sur une réalité différente que l'on se
condamne à jamais connaître »
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DEDICACE
A nos parents notamment t wivine bopelako et joe likinga , et Julienne motima et jhon okako ,
pour nous avoir montré le chemin de l'école et pouvoir avoir nourri, entretenu et constamment
ravivé en nous le goût scientifique et le désir d'apprendre. Nous leur disons infiniment merci
pour toutes les privations et sacrifices consentis pour que leur fils, que nous sommes fasse
aujourd'hui parti de l'élite universitaire. Que ce travail puisse être le couronnement de leurs
efforts ;
REMERCIEMENTS
Nous pensons également à nos amis et compagnons de lutte romain bokoy, oscar mutshipule,
Daniel tsimbombo, qui, durant tout notre parcours académique ont été pour nous, non
seulement des amis mais aussi de frères qui n'ont aménagé aucun effort pour nous apporter
leur soutien
[Link]
O.1. Problématique
Le Droit constitutionnel moderne est dominé par un mythe : celui de fonder la société politique
et son pouvoir sur la volonté du groupe lui-même ; il s'agit en fait de faire de chacun un
gouvernement gouverné par lui-même. Formellement, un régime démocratique est fondé sur le
système représentatif des élections libres et transparentes aptes à générer l'alternance, le
multipartisme qui consacre la compétitivité et ce régime institue le principe contradictoire, c'est-
à-dire la possibilité de dire et d'être contredit, la liberté de la presse, le refus de la censure, la
bonne gouvernance. Tous ces éléments étant garantis par une justice indépendante.
En réalité, s'il est peut être difficile de définir conceptuellement la démocratie, « l'on sait
immédiatement à qui ou à quoi on a à faire lorsqu'on se trouve en sa présence
Historiquement la démocratie, qui est née dans la Grèce antique, est à la fois un idéal et un
modèle de gouvernement. Le mot démocratie qui signifie littéralement le « gouvernement du
peuple » ou « le peuple au pouvoir », « le gouvernement du peuple par lui-même ». Self-
government selon l'expression anglo-saxonne ou mieux encore selon la formule qu'employait
Abraham LINCOLN : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (1(*)) et le
terme Etat de Droit, appelé aussi principe de primauté du droit, qui est une situation juridique
dans laquelle chacun est soumis au respect du droit, du simple individu jusqu'à la puissance
publique, sont devenus de nos jours, plus qu'hier l'objectif même de toute société moderne.
Placer l'individu au coeur de la société et soumettre l'Etat au Droit paraît bien être la finalité de
tout Etat de droit démocratique.
De plus, la démocratie, solidement implantée dans les pays occidentaux, semble partie à la
conquête du monde. C'est à ce titre que la constitution congolaise du 18 février 2006 a, d'entrée
de jeux, à son article premier définit la RDC dans ses frontières du 30 juin 1960 comme étant un
Etat de droit ; indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc. (2(*))
Depuis de lustres, les congolais ont toujours aspiré à une société démocratique où la violence
doit céder le pas au dialogue, la domination au service rendu, le profit personnel à la solidarité,
l'arbitraire à la justice et l'oppression à la garantie de la liberté tout en sachant que le
développement politique reste la toile de fond d'un véritable Etat de Droit démocratique
garantissant et assurant d'abord la sécurité des personnes et de leurs biens, qui à son tour
serait une source de foisonnement d'initiatives et de liberté. (3(*))
En effet, l'Etat de Droit suppose que la constitution qui en est le soubassement procède à une
répartition équilibrée des compétences entre les différents organes de l'Etat et que le droit ne
soit pas seulement les textes mais surtout ce qu'en font les acteurs. Il reste de ce fait que
l'ancrage constitutionnel des fondements d'un Etat de Droit démocratique ne suffit pas pour
placer la notion dans le domaine du vécu. L'avènement de l'Etat de droit démocratique demeure
encore tributaire des comportements humains et de l'usage que l'on en fait. En Afrique, et
particulièrement en RDC, il est confronté à plusieurs obstacles.
Cependant, dans toute société humaine, la lutte pour le pouvoir demeure une donnée
permanente. Elle détermine de nos jours la classification des régimes politiques. En RDC, à
l'approche des échéances électorales déterminantes beaucoup sont les citoyens qui
s'interrogent encore sur l'utilité des élections, la nécessité d'aller voter. En effet, ayant vite
compris que le gain immédiat des élections allait revenir en premier au personnel politique, pour
ne pas attendre des promesses jugées fallacieuses, le futur électorat a en 2006 par exemple,
lors des campagnes électorales conditionné sa participation aux réunions des propagandes à
sa rétribution immédiate.
Mais hélas, en ce 21e siècle la situation a changé, car aucun parti politique ne mobilise au delà
de son ethnie ou de sa région. A chaque fois que l'on s'approche des échéances électorales, le
débat sur la nationalité et les appartenances tribales refait surface. Ceux qui détiennent le
pouvoir mobilisent les leur en leurs expliquant que la perte du pouvoir signifie pour eux la fin des
privilèges. D'où une bipolarisation entre les partisans de ceux qui sont au pouvoir et ceux de
l'opposition qui épouseraient les contours géographiques des terroirs d'origine des
protagonistes (Nord-sud, Est-Ouest). Dans ces conditions, aucune élection ne peut sembler
valable et ressortir ses vertus de départager des compétiteurs. Lors des échéances électorales
le débat au lieu de se baser autour des idées concrètes et des programmes de gouvernement
bien établis, malencontreusement il est ailleurs, autour des appartenances tribales et de telle ou
telle autre considération. Ce genre d'attitudes crée des tensions sociales entre acteurs
politiques plongeant ainsi le peuple dans un profond climat d'incertitude et d'insécurité au point
que ce dernier souhaite même que les élections n'aient même plus lieu.
De ce fait, les élections au lieu d'être le meilleur moyen de départager de façon pacifique des
compétiteurs du pouvoir créent beaucoup plus de problèmes qu'elles n'en résolvent, car les
acteurs politiques ventent la démocratie et multiplient au quotidien des discours sur l'Etat de
droit démocratique auquel eux-mêmes ne croient pas car encrés et tributaires d'une forte
tradition autocratique.
Pourtant, on ne saurait manquer d'être frappé, à l'observation par le décalage existant entre les
institutions politiques envisagées en RDC dans leur fonctionnement réel, et les règles
constitutionnelles dont elles sont censées procéder.
Cet état de chose n'a cessé de susciter en nous quelques interrogations à savoir :
Ø Est-ce qu'en RDC, contrairement aux textes, le jeu démocratique se joue t-il comme il se doit ?
Ø Ce faisant, peut-on retenir le qualificatif d'Etat de droit démocratique pour la RDC tel que
consacré par la constitution congolaise du 18 février 2006 à son article premier ?
Telles sont les questions auxquelles la présente étude tentera d'apporter des éléments de
réponse. Mais avant d'y arriver quelles en sont alors les hypothèses.
O.2 Hypothèses
Globalement, un Etat de droit n'est pas nécessairement un Etat démocratique mais tout Etat
démocratique est nécessairement un Etat de droit. L'Etat de droit apparait ainsi comme une
première étape dans la formation d'un Etat démocratique.
S'agissant des élections, disons d'emblée que celles-ci sont l'expression la plus évidente et la
plus achevée de la liberté. On est libre que quand on est à même de choisir, raison pour laquelle
les élections se confondent même avec la démocratie et que lorsqu'on exclut l'alternance par le
biais des élections, il n'y a plus de démocratie, plus de possibilité de l'opposition de devenir
majorité et vice versa. Cependant, loin de constituer le seul critère de la pratique démocratique,
les élections offrent tout de même l'occasion aux citoyens d'opérer un choix entre plusieurs
programmes politiques qui leur sont proposés. Elles permettent aux électeurs d'évaluer les
performances des politiques publiques menées par les dirigeants.
A ce propos, une partie de la doctrine considère à juste titre que la démocratie est étroitement
liée aux élections et que ces dernières sont un mode de transmission du pouvoir du peuple à
ses représentants. Elles sont la voie par laquelle les gouvernés arrivent à exercer concrètement
la liberté et l'égalité politiques qui leurs sont reconnues par la constitution car un pouvoir qui ne
circule pas a tendance à s'identifier en la personne qui l'exerce.
Tributaire d'un passé politique à forte tendance autocratique, les acteurs politiques congolais
dont la plupart sont ceux qui, hier ont été les principaux apôtres du mobutisme, donc de la
dictature, ont du mal à s'adapter au contexte actuel et à comprendre que le temps a largement
changé et que le contexte et l'environnement sociopolitique ne sont plus les mêmes. De ce fait,
en RDC le jeu démocratique semble ne pas bien se jouer et cela suite à plusieurs raisons que
nous aurons dans la mesure du possible à démontrer tout au long de cette étude notamment :
le manque de culture politique et démocratique, le manque de tolérance, le clientélisme et le
fanatisme politique...
Il est vrai que la coquille est vide car l'Etat de droit démocratique ne peut en aucun cas être
seulement formel mais plutôt substantiel, il ne peut se limiter simplement à des proclamations
d'intention, à des discours pompeux au contenu creux mais il devra en sus de cela être effectif
et se traduire en acte. Mais ne pas retenir le qualificatif d'Etat de droit démocratique pour la
RDC à mon sens serait injustifié car en soit l'Etat de droit démocratique reste de tout temps un
idéal auquel tous les Etats aspirent et qu'à ce stade aucun pays du monde ne peut prétendre
avoir atteint la pure forme de démocratie et d'Etat de droit, un processus que même les pays de
vieille démocratie comme la France ne peut à ce jour prétendre l'avoir définitivement atteint. De
ce fait ne pas retenir ce qualificatif pour la RDC serait alors méconnaitre tous les efforts fournis
et les avancées considérables enregistrées dans ce domaine depuis les élections organisées en
2006. L'Etat de droit démocratique devra s'inscrire dans une logique de programmation car en
soit l'Etat de droit démocratique n'est pas une réalité statique mais dynamique qui varie selon
les époques et les circonstances.
Le concept méthode vient de deux mots grecs meta : suivant et odo : chemin, passage, donc «
chemin suivant lequel (4(*))
Ceci compte fait, pour l'élaboration de ce travail, nous avons recouru aux méthodes juridique et
sociologique. La première juridique nous a permis de confronter les faits au droit, et la seconde
sociologique, au-delà des textes nous a facilité la compréhension et l'explication des faits, tout
en décrivant le phénomène concret avec toutes les manifestations et en tenant compte de
toutes les implications.
La technique est un procédé qui permet au chercheur de récolter les données et informations
sur son sujet d'étude.
En effet, pour que nos objectifs soient atteints, nous nous sommes servis des techniques
documentaire et d'observation. Celle documentaire come étant efficace, nous a permis
d'interroger les différentes doctrines et documents pouvant nous éclairer sur les questions ou
préoccupations soulevées par notre étude notamment par la lecture quotidienne des ouvrages,
textes de lois, magazines, revus et publications officielles ayant trait à notre objet d'étude.
La technique d'observation quant à elle nous a été d'une importance indéniable car elle nous a
permis d'observer au quotidien la scène politique congolaise et ses acteurs afin de nous forger
une opinion sur la manière dont le jeu démocratique s'exerce en RDC.
Il va sans dire que l'étude sur le caractère d'Etat de droit démocratique de la RDC ne tombe pas
de nu, elle tombe à point nommé à ce moment précis de l'histoire où la RDC, plus que jamais, à
l'instar d'autres pays du monde, depuis les élections organisées en 2006, s'est irrévocablement
engagée dans la marche vers l'édification d'un Etat de droit démocratique. Dans ce contexte,
l'intérêt porté à une telle étude est double : théorique et pratique.
L'Etat de droit démocratique suppose l'existence des institutions politiques stables, l'exercice
libre et responsable des libertés fondamentales des citoyens, l'accession à la gestion de la
chose publique par des mécanismes acceptables par tous, et au demeurant la protection des
citoyens par la justice.
Mais hélas, comment arriver à cet Etat de droit démocratique? Tel est l'intérêt porté à cette
étude et la tache à laquelle elle compte se pencher.
Telle qu'elle se présente, la matière de la présente étude est vaste. Il nous parait assez
déconcertant voire prétentieux à pouvoir l'épuiser. A cet effet, pour éviter une recherche vague
et imprécise, le mieux serait de circonscrire notre cadre d`investigation. C'est ainsi que sur le
plan de l'espace notre travail couvre uniquement les réalités contenues en RDC et que le temps
pris en compte pour ce faire partira des élections organisées en 2006 jusqu'à ce jour
Contrairement aux dictatures entretenues par l'occident pendant toute la période de la guerre
froide en Afrique en général et en RDC en particulier, de nos jours, l'instauration d'un Etat
soumis au droit est au coeur même des relations internationales et apparait de ce fait comme
un objectif poursuivi par bon nombre des Etats Africains. Eprouvant de difficultés pour rendre
un compte assez exact de ce que l'on peut définir comme un Etat de droit, nous nous limiterons
à en dégager les quelques éléments caractéristiques considérés bien entendu dans le cadre de
ce travail comme impératifs de l'Etat de droit, c'est-à-dire les conditions de son existence.
Dans son sens subjectif, l'Etat de droit, serait celui dans lequel se trouveraient consacrées, sans
ambage au profit de chaque individu, membre de la collectivité, diverses prérogatives. En effet,
l'Etat de droit n'est ni une chimère, ni une vue de l'esprit. Il est claire que l'Etat de droit est fondé
sur une culture de célébration des valeurs intrinsèques des hommes et de participation et non
celle d'exclusion qui entraine tant de passions aveugles et de distinctions.(5(*))
Un Etat de droit est un Etat acceptant de lier son existence à celle d'un droit démocratique.
L'Etat de droit est l'Etat soumis au droit, c'est-à-dire qui soumet volontairement son action à des
règles de droit qu'il produit. Le pouvoir normatif appartient en propre à l'Etat qui, en démocratie,
s'autolimite puisque son rôle est en même temps de « créer du droit »(6(*))
Cependant, toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation
des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution. (7(*))
L'Etat de droit, appelé principe de primauté du droit, est une situation juridique dans laquelle
chacun est soumis au respect du droit, du simple individu jusqu'à la puissance publique. Il est
étroitement lié au respect de la hiérarchie des normes, à la séparation des pouvoirs et des droits
fondamentaux. Il est aussi étroitement lié au développement du constitutionnalisme.
L'Etat de droit est celui dans lequel les mandataires politiques, en démocratie : les élus sont
tenus par le droit qui a été édicté. En effet, l'Etat de droit est une théorie d'origine allemande
(rechtsstaat), redéfinie par le juriste autrichien Hans Kelsen. D'après lui, un Etat de droit est un «
Etat dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s'en
trouve limitée ».
Fondamentalement, un Etat de droit signifie que les pouvoirs publics doivent exercer leurs
fonctions selon les balises par un ensemble de normes juridiques. Ainsi est fondée la légalité
administrative ou rule of law ou primauté du droit, des termes essentiellement équivalents.
L'Etat de droit peut aussi être résumé par la formule : « Nul n'est au -dessus de la loi ». Plus
généralement, cet ordre regroupe un ensemble de règles juridiques qui prémunissent les
citoyens contre les formes arbitraires du pouvoir (exécutif). Pour qu'un Etat de droit existe, il
faut que les obligations qui émanent de l'Etat soient officielles, impersonnelles, impératives et
sanctionnables. En d'autres termes, les lois doivent être connues, personne ne peut y échapper,
elles doivent s'appliquer réellement et la transgression de la loi doit entrainer des sanctions.
L'autorité de l'Etat dans un pays est indispensable et nul ne l'ignore. Cependant, la puissance de
l'Etat a des limites consignées dans les lois du pays, à savoir : la constitution, les lois et
règlements...
Par conséquent, l'Etat n'agit pas n'importe comment, allusion faite ici à un Etat de droit. En effet,
dans cet Etat, la puissance de l'Etat, doit pouvoir s'exercer dans le respect des limites légales.
On peut avec le professeur VUNDUAWE rappeler qu'un Etat de droit implique trois choses :
1°) Que les actes des autorités publiques soient soumis au droit et à des règles préétablies ;
2°) Que tous les actes des autorités administratives et autres soient soumis au contrôle d'un
juge compétent et indépendant ; et
Un Etat de droit suppose des normes juridiques qui sont elles-mêmes hiérarchisées d'une
manière explicite. L'ordre hiérarchique des normes juridiques place au sommet la constitution
du pays. Un Etat de droit, c'est d'abord un Etat qui obéit à des normes hiérarchisées, à
commencer par le respect des procédures.
Pourtant, cette idée d'Etat de droit est apparue au XIXe siècle, dans la pensée juridique
allemande, et à l'instigation de Mohl. Cette notion a été délaissée par les auteurs français (sauf
par [Link]é de Malberg, essentiellement), alors que Hans Kelsen ne s'y intéressa que pour faire
la critique, le célèbre juriste autrichien estimant que l'expression « Etat de droit » constituait une
tautologie puisque, pour cet auteur, l'Etat personnifiant l'ordre juridique. (9(*))
Cependant, bien qu'il soit difficile de définir conceptuellement ce que l'on entend par « un Etat
de droit », mais l'on devra retenir que l'Etat de droit implique nécessairement les principes
suivants : le respect de la hiérarchie des normes, l'égalité des sujets devant la loi,
l'indépendance du pouvoir judiciaire, la séparation des pouvoirs, le respect des droits de
l'homme, le contrôle de constitutionnalité des actes réglementaires, législatifs et administratifs
ainsi que la souveraineté, principes qui, dans le cadre de ce travail seront considérés comme
étant les éléments caractéristiques d'un Etat de droit.
L'Etat de droit se caractérise par les principes suivant : le respect de la hiérarchie des normes,
l'égalité des sujets devant la loi, l'indépendance du pouvoir judiciaire, la séparation des pouvoirs,
le respect des droits de l'homme, le contrôle de constitutionnalité des actes réglementaires,
législatifs et administratifs ainsi que la souveraineté
Dans une société politique, les gouvernants sont soumis au droit. Cela implique qu'ils doivent
non seulement respecter le contenu même de la constitution mais aussi la hiérarchie des
normes qu'elle établit.
Il en découle :
· L'existence d'une hiérarchie interne, aux actes pris par l'exécutif, correspondant à celle des
autorités administratives.
Le droit constitutionnel a pour finalité de définir les conditions d'exercice du pouvoir au sein de
l'Etat. Or, nous l'avions vu, l'une des fonctions majeures des autorités étatiques consiste à créer
le droit destiné à régir les institutions, et la vie sociale. Ce droit, de plus complexe, est formé des
normes de plus en plus nombreuses et diverses qui ne pourraient être appliquées s'il ne
définissait lui-même une hiérarchie destinée à éviter la confusion des normes. C'est l'objet de la
constitution que de définir la procédure d'élaboration des différentes règles, leur champ de
compétence et leur place dans l'édifice juridique de l'Etat. Elle ne pourrait remplir cet office si
elle n'émanait de l'autorité détenant le pouvoir le plus entier qui puisse exister dans l'Etat, le
pouvoir constituant, et si elle ne se plaçait, elle-même au-dessus des pouvoirs publics et des
compétences normatives qu'elle leur confère. (10(*))
L'existence d'une hiérarchie des normes constitue l'une des plus importantes garanties de l'Etat
de droit. Dans ce cadre, les compétences des différents organes de l'Etat doivent être
précisément définies et les normes qu'ils édictent ne sont valables qu'à condition de respecter
l'ensemble des normes de droit supérieur. Au sommet de cet ensemble pyramidal figure la
constitution, suivie de la loi, puis des règlements. A la base de la pyramide figurent les décisions
administratives ou les conventions entre personnes de droit privé.
Cet ordonnancement juridique s'impose à l'ensemble des personnes juridiques. L'Etat pas plus
qu'un particulier, ne peut ainsi méconnaitre le principe de légalité : toute norme, toute décision
qui ne respecteraient pas un principe supérieur seraient en effet susceptible d'encourir une
sanction juridique. L'Etat, qui a compétence pour édicter le droit, se trouve ainsi lui-même
soumis aux règles juridiques, dont la fonction de régulation est ainsi affirmée et légitimée. La
protection de la constitution permet de faire respecter la hiérarchie des normes et d'assurer une
protection efficace des droits fondamentaux.
Les pouvoirs constitués sont soumis au respect de la constitution d'où ils tirent leurs
compétences et les règles concernant leur intervention. Le contrôle de constitutionnalité régule
le jeu politique. La loi votée par les assemblées, d'initiative parlementaire ou gouvernementale,
n'est plus la norme supérieure, ce qui tend à faire de l'Etat de droit l'aboutissement de l'Etat
démocratique. (11(*))
Le contrôle de constitutionnalité des lois, qui permet la protection constitutionnelle des droits
fondamentaux, manifeste ses spécificités dans deux directions : quant aux modalités du
contrôle d'une part et quant à la nature du contrôle d'autre part.
S'il est un débat qui a pu faire couler l'encre d'une doctrine divisée, c'est bien celui portant sur la
nature du contrôle de constitutionnalité. Plus précisément, la discussion s'est focalisée sur la
nature de l'organe de contrôle lui-même : est-il un organe politique, ou une juridiction ? Exerce-t-
il une fonction de constituant secondaire ? Est-il juge de la constitution ? Sur ces diverses
questions, les auteurs se sont affrontés les uns estimant qu'il est un organe politique, les autres
y voyant, à l'inverse, une « véritable juridiction ». (14(*))
On soulignera alors combien la Cour Suprême de justice remplit une fonction juridictionnelle
consistant à dire le droit et à trancher des litiges portant sur une question de constitutionnalité.
En premier lieu, si la Cour Suprême de justice a bien vocation à dire le droit, ce qui est un des
critères de l'activité juridictionnelle, il ne faudrait pas sous-estimer le fait qu'il existe, ce faisant,
une activité de constituant en tant que de législateur.
Constituant, la Cour l'est sans nul doute si l'on veut bien admettre qu'elle a vocation à combler
les lacunes de la constitution et à l'adapter aux exigences contemporaines.
Les normes supérieures étant moins nombreuses que les normes subordonnées, la hiérarchie
des normes peut être représentée par l'image d'une « pyramide », à laquelle le juriste autrichien
Kelsen a attaché son nom : « l'ordre juridique n'est pas un système de normes juridiques
placées au même rang, mais un édifice à plusieurs étages superposés, une pyramide ou une
hiérarchie formée d'un certain nombre d'étages ou couches de normes successives ».
L'image de la pyramide laisse de coté une question essentielle : quelle est la norme supérieure ?
Une constatation : tout système juridique se fonde sur une hiérarchie des normes, et la norme la
plus haute est généralement la constitution. C'est elle la norme suprême, elle commande à
toutes les autres. C'est pourquoi son élaboration a une portée symbolique considérable et
intervient selon une procédure contraignante avec des formes solennelles.
Mais la conception normativiste (toutes les règles générales ou individuelles sont de même
nature) ainsi exposée, a surtout des vertus didactiques : faire apparaitre la subordination des
normes. L'idée que le système est couronné par la constitution est contestable : si la
constitution est abrogée, que se passe t-il ? Toute la pyramide s'effondre ? Il est bien évident
que toute nouvelle constitution n'entraine pas la caducité immédiate et automatique du Droit
antérieur. (18(*))
Un tel modèle suppose donc la reconnaissance d'une égalité des différents sujets de droit
soumis aux normes en vigueur.
En dépit de quelques faiblesses qu'on peut constater dans la pratique, le principe est affirmé
dans la constitution : « Tous les congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale
protection des lois, aucun congolais ne peut, en matière d'éducation et d'accès aux fonctions
publiques ni en aucune matière, faire l'objet d'une mesure discriminatoire, qu'elle résulte de la
loi ou d'un acte de l'exécutif, en raison de sa religion, de son origine familiale, de sa condition
sociale, de sa résidence, de ses opinions ou de ses convictions politiques, de son appartenance
à une race, à une ethnie, à une tribu, à une minorité culturelle ou linguistique». (19(*))
Le principe d'égalité, qui s'oppose à tout traitement différencié des personnes juridiques
constitue la deuxième condition de l'Etat de droit. Celui-ci implique en effet que tout individu,
toute organisation, puissent contester l'application d'une norme juridique, dès lors que celle-ci
n'est pas conforme à une norme supérieure. L'égalité devant la loi ou égalité en droit est le
principe selon lequel tout individu doit être traité de la même façon par la loi (isonomie). Aucun
individu ou groupe d'individus ne doit donc avoir de privilèges garantis par la loi.
Dans le domaine judiciaire, l'égalité devant la loi se traduit par la règle de l'égalité devant la
justice, qui exige que tous les justiciables se trouvant dans la même situation soient jugés par
les mêmes tribunaux, selon les mêmes règles de procédure et de fond. (20(*))
Ce principe s'est développé dans la philosophie politique occidentale au XVIIIe siècle et fut mis
en oeuvre dans des systèmes de démocratie libérale en France et aux Etats-Unis après les
révolutions de 1787 et 1789. Ainsi la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen
de 1789 proclame-t-elle dans son premier article que « les hommes naissent et demeurent
libres et égaux en droits. (21(*))
3. L'indépendance de la justice
Pour avoir une portée pratique, le principe de l'Etat de droit suppose l'existence de juridictions
indépendantes, compétentes pour trancher les conflits entre les différentes personnes
juridiques en appliquant à la fois le principe de légalité, qui découle de l'existence de la
hiérarchie des normes, et le principe d'égalité, qui s'oppose à tout traitement différencié des
personnes juridiques.
Un tel modèle implique l'existence d'une séparation des pouvoirs et d'une justice indépendante.
En effet, la justice faisant partie de l'Etat, seule son indépendance à l'égard des pouvoirs
législatif et exécutif est en mesure de garantir son impartialité dans l'application des normes de
droit.
A la suite, la séparation devient une sorte de dogme politique auquel, sous la révolution, la
déclaration des droits de l'homme devait donner une consécration éclatante en proclamant : «
Toute société dans laquelle la séparation des pouvoirs n'est pas déterminée, n'a point de
constitution ». (22(*))
En d'autres termes, la constitution est la mise en forme de la séparation des pouvoirs. (23(*))
Des justifications théoriques et pratiques se mêlent alors que le principe de la séparation lui-
même a été réfuté.
La théorie de la séparation des pouvoirs repose sur la répartition des fonctions entre des
organes indépendants les uns des autres, qui forment chacun un démembrement du pouvoir : le
pouvoir est distribué entre plusieurs organes. Montesquieu propose de distinguer le pouvoir de
faire les lois (législatif), celui de les exécuter (exécutif) ; et celui de juger les crimes et les
différents ou conflits ; (judiciaire). Ces pouvoirs seront à la fois spécialisés et indépendants :
l'exécutif n'a pas à donner ou à recevoir d'ordres du juge, etc. l'innovation est là : si on souhaite
un fonctionnement harmonieux des institutions, les pouvoirs ne doivent pas être concentrés
dans les mêmes mains, on se méfie d'un pouvoir trop puissant, on recherche un gouvernement
faible ou modéré.
Un argument pratique est beaucoup plus convaincant. En réalité, ce que Montesquieu propose,
c'est une recette politique, de bonne politique, destinée à affaiblir un pouvoir dont il se méfie, à
réaliser ce « gouvernement modéré », objet de sa recherche.
Son point de départ est dans ce passage bien connu de l'esprit des lois : « c'est une expérience
éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Il va jusqu'à ce qu'il trouve des
limites. Qui le dirait ? La vertu même a besoin de limites ».
Il faut donc limiter le pouvoir si on veut protéger la liberté des citoyens contre la tyrannie, il faut
que « le pouvoir arrête le pouvoir ». Montesquieu précisait : « pour former un gouvernement
modéré, il faut combiner les puissances, les régler, les tempérer à une autre ». Séparés, «
distribués », les pouvoirs vont se limiter les uns les autres par ce que les américains appellent
un système de « freins et contrepoids » (checks and balances). Une constitution organisée
autour de la séparation des pouvoirs fait que ces pouvoirs se limitent mécaniquement en
quelque sorte « par la force des choses » et non par le seul respect du texte de la constitution
car la séparation des pouvoirs n'est pas l'isolement des pouvoirs à travers des conflits
inévitables qui aboutirait à la paralysie de l'Etat. Chaque pouvoir est en quelque sorte infirme, il
ne peut agir sans le concours des autres. Les pouvoirs doivent collaborer « par le mouvement
nécessaire des choses ». Ils sont « forcés d'aller de concert ». En pratique en effet, ils ne
peuvent agir sans l'assentiment des autres, leurs attributions sont incomplètes (celui qui vote la
loi ne peut l'appliquer, celui qui l'applique ne peut la voter), et si chacun dans son domaine peut
décider, il peut aussi s'opposer aux décisions de l'autre, c'est la fameuse faculté d'empêcher,
distinguée de la « faculté de statuer » à laquelle Montesquieu attachait beaucoup d'importance.
(24(*))
Au départ : une analyse des taches de l'Etat. C'est à elle que procède Aristote comme Locke. Un
certain nombre de fonctions du pouvoir, ou de l'Etat, apparaissent, dont la liste va varier de l'un à
l'autre : délibérer, commander, juger, pour Aristote ; faire la loi, exécuter la loi, mener les
relations avec l'étranger pour Locke.
De cette constatation banale, on passe à l'idée que si ces fonctions peuvent être exercées par le
même organe, comme ce fut le cas pendant presque toute l'histoire, on peut aussi concevoir
qu'elles soient confiées à des organes différents : celui qui fait la loi n'est pas celui qui est
chargé de l'appliquer, etc. Apparait alors une spécialisation des organes dans une fonction
définie. Si Aristote avait entrevu la distinction des taches, il revient à Locke d'avoir compris
qu'elles peuvent être exercées par des organes distincts. Montesquieu devait aller plus loin
encore. (25(*))
Le mouvement de proclamation des droits individuels est apparu, on l'a noté, à la fin du XVIIIe
siècle lors de la révolution américaine, puis française. Il est d'usage de distinguer, au moins en
théorie les déclarations des droits, simples expressions d'une philosophie politique, exposé de
principes placés en tête de la constitution mais non dans son corps même des garanties des
droits, incluses au contraire en leur sein et ayant donc force de droit. En France, la constitution
de 1791 place ainsi en tête la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et intègre
au texte constitutionnel des « dispositions fondamentales » garanties par la constitution. (26(*))
Il arrive qu'au lieu d'introduire dans le texte même de la constitution les principes qui doivent
dicter la conduite du législateur, l'autorité constituante leur consacre un document spécial qui
porte le nom de « déclaration de droits », ce titre lui vient de ce que, originairement, il énonçait
l'existence d'un domaine réservé au profit de l'individu en face de l'Etat.
La première déclaration des droits provient des Etats indépendants d'Amérique du nord
(constitution du Massachusetts du 15 juin 1780), mais celle qui eu le plus de retentissement fut
« la déclaration des droits de l'homme et du citoyen », placée en tète de la constitution
française du 3 septembre 1791 et par laquelle l'assemblée constituante affirmait
solennellement les principes de la philosophie de la démocratie individualiste, égalitaire et
libérale.
La pratique des déclarations des droits, s'est par la suite développée après la première et
surtout la seconde guerre mondiale, mais assez paradoxalement et pour des raisons
contingentes. C'est sous la forme d'une série d'amendements (les dix premiers) apportés à la
constitution fédérale américaine du 17 septembre 1787 et définitivement adoptés en 1791 que
les Etats Unis se donnèrent l'équivalent d'une déclaration des droits.
La raison qui motive les déclarations des droits, c'est de faire solennellement connaitre au
peuple, aux gouvernants la doctrine politico-sociale dont devra s'inspirer l'activité de l'Etat. A vrai
dire, il s'agit plus d'affirmer un principe philosophique que d'établir des véritables règles
juridiques. C'est pourquoi lorsque fut discutée la question de leur valeur obligatoire, la majeure
partie des auteurs fut d'accord pour leur denier une force juridique, en leur reconnaissant
seulement l'autorité d'un dogme philosophique.
La pratique des déclarations des droits est discutable. Les défenseurs des déclarations des
droits font valoir qu'il faut bien inclure dans la constitution les principes de base de philosophie
politique qui inspire le régime, car les fins poursuivies par la collectivité étatique et le pouvoir ne
peuvent être dissociées de l'organisation de l'Etat et de son pouvoir
De leur coté, ceux qui condamnent cette pratique des déclarations des droits font valoir les
griefs ci-après :
Ø D'abord, elle fausse le sens de la constitution car c'est une erreur de ne voir en elle qu'un texte
de caractère technique et de renvoyer pour l'énonciation des fins du mécanisme étatique à un
document spécial. L'idée de droit ne doit pas être en dehors de la constitution parce qu'elle n'est
pas en dehors de l'Etat. L'Etat, c'est un pouvoir avec l'idée de droit qu'il incarne.
Ø Ensuite, l'idée de condenser dans une déclaration des droits les directives de l'activité
gouvernementale méconnait la véritable signification du pouvoir politique. Le pouvoir est
porteur d'une idée de droit. Placer l'idée en dehors de la constitution revient à dissocier cette
unité homogène que forme l'idée de droit et le pouvoir ;
Ø Enfin, la pratique des déclarations des droits incite le peuple à se soulever contre l'autorité au
nom des principes et les gouvernants à violer les principes en invoquant la liberté qui leur est
nécessaire pour gouverner. (27(*))
A ce sujet, Rivarol disait : « si vous voulez qu'un grand peuple jouisse de l'ombrage et se
nourrisse des fruits de l'arbre que vous plantez, ne laissez pas ses racines à découvert.
Pourquoi révéler au monde des vérités purement spéculatives ? Ceux qui n'en abuseront pas
sont ceux qui les connaissent comme vous et ceux qui n'ont pas su les tirer de leur propre sein
ne les comprendront jamais et en abuseront toujours ». (28(*))
6. Le contrôle de constitutionnalité
Les autorités administratives congolaises sont soumises, dans leurs différentes actions, au
contrôle du juge, car le pouvoir judiciaire est, suivant l'article 150, alinéa 1er, de la constitution, le
garant des libertés individuelles et des droits des citoyens. En effet, les actes des autorités
administratives doivent être conformes à la loi : c'est le prescrit des articles 153, alinéa 4 et 155
de la constitution.
La constitution comprend l'ensemble des règles qui régissent et déterminent l'Etat et organisent
les rapports entre les pouvoirs constitués. Elle définit la nature de l'Etat (unitaire, fédéral) et
celle du régime politique (parlementaire, présidentiel). La constitution est la norme suprême de
la hiérarchie des normes internes. Sa protection peut être politique ou judiciaire et souvent les
deux.
Cette suprématie des lois constitutionnelles serait un vain mot si elles pouvaient être
impunément violées par les organes de l'Etat. En ce qui concerne les actes de l'exécutif, leur
subordination est assurée du fait que les tribunaux peuvent apprécier la légalité des actes qu'ils
doivent appliquer. Mais le problème reste entier, quant au respect que les lois ordinaires doivent
à la constitution. Certes, on s'accorde pour reconnaitre que la constitution pose des règles que
le législateur a le droit d'observer.
Ø Que tous les Etats qui sont dotés de constitution rigides, et qui reconnaissent par conséquent
la suprématie de la loi constitutionnelle sur la législation ordinaire, n'organisent pas le contrôle
de la constitutionnalité de lois. Ce fut longtemps le cas de la France ;
Ø Que dans les pays où ce contrôle existe, ses modes de réalisation varient beaucoup en
technique et en intensité d'un régime à l'autre ;
Ainsi le contrôle de la constitutionnalité des lois et des actes ayant force de lois constitue une
sanction de la suprématie de la constitution. A vrai dire, le contrôle de la régularité des normes
juridiques autre que la loi ordinaire est plus facile à construire que le contrôle de la
constitutionnalité de lois et des actes ayant force de lois qui exige des procédures
compliquées.(30(*))
La constitution apparait aujourd'hui comme la règle suprême forgée par le peuple, fixant le
statut des gouvernants et énonçant les droits et libertés. Elle est sur ce plan, indissociable de
l'idée démocratique. Mais sur le plan juridique prédomine aujourd'hui la notion de constitution
entendue au sens formel, supérieure à toutes les autres lois, adoptée et modifiée dans des
conditions particulières et redevable d'une protection spéciale garantie par l'existence d'un
contrôle de constitutionnalité.
Comme le soulignait jadis Georges Burdeau, l'association entre la notion de constitution et l'idée
de limitation du pouvoir par la « séparation des pouvoirs » a perdu de sa force à mesure que le «
prince » s'est en pratique identifié au peuple. La constitution, émanant de ce dernier, suppose
une certaine conformité de vue entre les titulaires du pouvoir et le peuple qui les institue, par
l'opération constituante. Mais en aménageant le pouvoir au sein de l'Etat et, en assurant
l'indépendance du pouvoir judiciaire, l'idée de la constitution demeure indissociable à celle de
liberté. (31(*))
Du fait que ces règles émanent du peuple, le pouvoir souverain, elles sont non seulement
distinctes des autres mais supérieures à elles : aussi ne peuvent-elles en principe être changées
que selon une procédure spéciale ou particulière. Le cas échéant leur respect est assuré par
l'existence du contrôle de constitutionnalité. Ainsi, les autres règles en particulier celles qui
émanent du parlement doivent-elles être conformes à la constitution. (32(*))
Règle suprême que le peuple s'est donné pour le gouvernement de la société, la constitution
exprime une philosophie politique. Cette dimension n'est certes pas nouvelle mais revêt dans
les démocraties contemporaines, une signification particulière, dès lors que certaines règles,
issues de ces principes, font l'objet d'une protection spéciale. (33(*))
L'évolution et même la révolution juridique, intervient le 16 juillet 1971, avec une très importante
décision relative à la liberté d'association (décis. n° 71-44 DC). En effet, saisi par le Président su
sénat de la constitutionnalité d'une loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association, et
tendant à subordonner l'acquisition de la capacité juridique des associations déclarées à un
contrôle préalable de leur conformité à la loi par l'autorité judiciaire, le conseil constitutionnel
déclare non conformes à la constitution certaines dispositions de cette loi. Il motive sa décision
en visant non pas tel ou tel article de la constitution, mais son préambule : « considérant qu'au
nombre des principes fondamentaux reconnus par les lois de la république et solennellement
réaffirmés par le préambule de la constitution, il y a lieu de ranger le principe de la liberté
d'association... » En fondant son contrôle sur le préambule de la constitution, le conseil
constitutionnel élargit considérablement les normes de référence du contrôle de
constitutionnalité, ce que l'on appelle souvent le bloc de constitutionnalité. (35(*))
7. La souveraineté
A condition de ne pas être totalitaire, l'Etat souverain reste un Etat de droit, c'est-à-dire un Etat
qui ne peut pas tout faire. (37(*))
En somme, la souveraineté est la forme qui donne l'être à l'Etat ; elle est un tout inséparable de
l'Etat auquel, si elle était ôtée, ne serait plus un Etat. (39(*))
La personnalité de l'Etat ne suffit pas à le caractériser car il existe : régions, villes, zones, qui en
bénéficient. Si on veut déterminer le critère juridique de l'Etat, il faut ajouter à sa personnalité un
élément qui prétend n'appartenir qu'à lui. Cet élément ne serait autre que sa souveraineté.
Cette conception développée par Jean Bodin, dans ses six livres de la république, publiés en
1576, établit une équivalence entre souveraineté et indépendance absolue
Elle consiste à affirmer que l'Etat est affranchi de toute espèce de subordination vis-à-vis de
n'importe quel autre pouvoir et porte, dans une large mesure, la marque de l'époque à laquelle
elle était formulée. S'agissant en effet, au XVIe siècle et principalement, dans le royaume de
France, d'affirmer la suprématie du Roi sur les grands féodaux.
Cette indépendance de la France, vis-à-vis de tout pouvoir étranger est affirmée dans deux
brocards hérités de légistes : « le roi ne tient sa couronne que de Dieu seul » « le roi est
empereur en son royaume ».
Bien qu'elle ait été surtout mise au point pour répondre à un besoin momentané, la conception
politique de la souveraineté-indépendance a été conservée, en grande partie par le droit
international. Elle est à la base de la doctrine de l'indépendance fondamentale des Etats et
justifie le principe de non-intervention. Elle explique également que les Etats ne se soumettent
que volontairement à des arbitrages ou à des procédures de justice internationale. (41(*))
Aussi, lui a-t-on progressivement substitué une conception juridique plus souple et plus
explicative.
Cette conception consiste à admettre que la souveraineté est une propriété des pouvoirs du
gouvernement. Pour le gouvernement d'un Etat, il est nécessaire de mettre en oeuvre un certain
nombre des pouvoirs ou des droits : droit de législation et de réglementation, de police, de
justice, droit de battre la monnaie, droit d'entretenir une armée, et ce qui caractérise l'Etat, c'est
qu'il a la disposition de ces pouvoirs de gouvernement de ces droits régaliens essentiels.
Cette doctrine a la même origine historique que celle de la souveraineté-indépendance. Elle fait
elle aussi état de la reprise progressive des droits régaliens, opérée par le roi sur les grands
féodaux. Mais elle a l'avantage d'être plus explicative. Elle permet de comprendre que la
souveraineté est divisible, c'est-à-dire que le faisceau des droits de puissance publique puisse
être partagé et reparti entre divers titulaires. Elle explique aussi, les partages de la souveraineté
qui s'opèrent dans le cadre de l'Etat fédéral, entre l'Etat central et les Etats membres.
Dans tous les cas, on est parti de la constatation que l'Etat détermine lui-même ses propres
compétences et ses propres règles fondamentales inscrites dans la constitution, lesquelles
conditionnent toutes les autres règles applicables sur son territoire, sans exception, et pour
l'observation desquelles il peut seul mettre en mouvement la force publique.
La souveraineté peut alors être définie comme un pouvoir de droit, il ne s'agit pas d'une
situation de force mais d'un pouvoir s'inscrivant dans l'ordre juridique qu'il fonde, initial parce
qu'il est à la source de cet ordre juridique, inconditionné parce qu'il ne procède d'aucune norme
extérieure, et suprême parce qu'il n'existe aucune norme au dessus d'elle.
Si l'Etat est aussi à la source du pouvoir et du droit, il n'en constitue pas pour autant la fin, sauf
dans les conditions totalitaires. Les compétences libérales ou démocratiques assignent, pour
finalité à l'Etat le bien commun des individus. (42(*))
La souveraineté de l'Etat étant inacceptable, nombre d'auteurs considérait qu'il n'existe pas de
critères juridiques absolus de la collectivité étatique, qui ne peut être véritablement caractérisé
que par ses éléments historiques et politiques. Cependant, la souveraineté n'est ni
l'omnipotence ni l'arbitraire car si l'Etat est maitre de son organisation, il en est prisonnier en ce
sens :
Ø Et qu'il ne peut s'affranchir du droit qu'en le modifiant, c'est-à-dire en créant un nouveau qui
continuera à le lier. (43(*))
Mais à coté de l'Etat de droit, il existe un certain nombre de situations transitoires qui, sans
échapper à la légalité ordinaire qu'exige un Etat de droit, diffèrent cependant de celui-ci quant à
leur mise en oeuvre. Tel est l'intérêt porté au paragraphe suivant
L'Etat de droit admet aussi plusieurs variantes à savoir : l'Etat démocratique, et l'Etat d'urgence.
1. L'Etat démocratique
En traversant plusieurs siècles de l'histoire des nations et baignant dans des cultures si
diverses, le mot démocratie s'est chargé de significations multiples, précisées souvent par des
qualificatifs spécifiques. Mais le mot, adopté par toutes les langues, a traversé, intact, l'histoire
de toutes les nations.
En effet, on ne s'entend pas sur la caractérisation d'un Etat démocratique alors qu'on a aucune
difficulté ni réserve à définir l'Etat dictatorial, l'aristocratie ou la tyrannie. N'est-ce pas étonnant?
Cependant, un Etat de droit n'est pas nécessairement un Etat démocratique mais tout Etat
démocratique est nécessairement un Etat de droit. De ce fait l'Etat de droit apparait donc
comme un prélude à la formation d'un Etat démocratique. Il ressort de cette analyse que la
corrélation entre un Etat de droit et un Etat démocratique est grande à la seule différence que
L'Etat démocratique garantit que le processus d'accession, d'exercice et d'alternance au pouvoir
permette une libre concurrence politique et émanant d'une participation populaire ouverte, libre
et non discriminatoire alors que l'Etat de droit insiste surtout sur la soumission de l'Etat au droit.
2. L'Etat d'urgence
L'Etat d'urgence est une mesure prise par un gouvernement en cas de péril imminent dans un
pays. Certaines libertés fondamentales peuvent être restreintes à cet effet comme celle de
circuler ou la liberté de la presse. L'article 4 du pacte international relatif aux droits civils et
politiques de l'ONU de 1966 régule au niveau du droit international l'Etat d'urgence. (46(*)). Le
comité des droits de l'homme de l'ONU peut examiner les éléments constitutifs du danger
public invoqué et éventuellement solliciter l'élaboration de rapports spéciaux.
Cependant, s'il n'est pas le seul régime d'exception, il est sans doute celui qui remet le moins
gravement en cause la légalité ordinaire. La proclamation de l'Etat d'urgence ne permet pas de
déroger à certains droits fondamentaux et interdictions absolues tel que le droit à la vie, les
droits de la défense et le droit de recours. (47(*))
En République Démocratique du Congo, l'état d'urgence peut être proclamé lorsque des
circonstances graves menacent d'une manière immédiate l'indépendance ou l'intégrité du
territoire national ou qu'elles provoquent l'interruption du fonctionnement régulier des
institutions, le Président de la République proclame l'état d'urgence ou l'état de siège, après
concertation avec le premier ministre et les présidents des deux chambres. (48(*)) Mais l'Etat
de droit est celui dans lequel les mandataires politiques, en démocratie : les élus sont tenus par
le droit qui a été édicté sans dérogation aucune.
Ce faisant, quels sont alors les rapports qu'entretien l'Etat de droit démocratique et d'autres
notions qui lui sont voisines ?
En ce 21e siècle, les Etats se caractérisent sous plusieurs modes de gouvernance. Ils sont
gouvernés tantôt sous une forme dictatoriale (§1) tantôt sous une forme républicaine (§2),
enfin orienté et motivé uniquement par l'impérieuse nécessité de la survivance de l'Etat d'où le
fameux prétexte de la raison d'Etat (§3)
Aussi, dans un Etat de droit, les gouvernants sont soumis à des règles de droit contenues dans
la constitution et les textes officiels qui la complètent « auxquels ils doivent se soumettre, sans
pouvoir les modifier si non en des formes spéciales, solennelles et difficiles ». Le droit
constitutionnel suppose que les gouvernants sont considérés comme des hommes ordinaires,
soumis au Droit comme les sont les citoyens. »
Cependant, la dictature désigne un régime politique dans lequel une personne ou un groupe de
personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu'aucune loi ou institution ne les
limitent. L'origine de ce terme remonte à la Rome antique où la dictature désignait un état de la
République romaine où un magistrat (le dictateur) se voyait confier de manière temporaire et
légale les pleins pouvoirs en cas de trouble grave.
Etymologiquement, le terme vient du latin « dictatura » qui désignait comme nous l'avions dit à
l'époque de la république romaine une magistrature exceptionnelle qui attribuait tous les
pouvoirs à un seul homme (le dictateur), étymologiquement « celui qui parle ». Cette
magistrature suprême, assortie de règles de désignation précises et temporaires (six mois au
maximum), était accordée en cas de danger grave contre la République. Elle fut abolie après les
dictatures de Sylla et Jules César.
Le mot dictature désigne aujourd'hui ce que l'on appelait plutôt « tyrannie » dans l'antiquité ou
despotisme dans l'ancien régime. Cette acception qui s'est développée pendant la révolution
française sert surtout pour la période contemporaine.
Dans le domaine politique, on appelle « dictature », un régime dans lequel une personne (le
dictateur), ou un groupe de personnes, disposant d'un pouvoir absolu, s'y maintient de manière
autoritaire et l'exerce de façon arbitraire. Le caractère absolu du pouvoir se caractérise
notamment par l'absence de séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire). Cette
confusion des pouvoirs peut l'être au profit de l'exécutif (cas le plus courant) ou au profit du
législatif (régime d'assemblée) il résulte aussi de l'absence de contrôle démocratique et
d'élections libres (répression des opposants, le non-respect de la liberté de presse). Si
beaucoup de dictateurs arrivent au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat ou d'une guerre civile, il
arrive qu'un dirigeant parvienne au pouvoir légalement avant de devenir un dictateur.
En effet, la République désigne avant tout l'objet même du pouvoir politique : le bien commun, la
chose publique (res publica). Par suite, bien sûr, c'est l'Etat de droit, un gouvernement légitime
(le pouvoir s'exerce sur les hommes libres, les lois ne sont pas répressives mais plus
précisément, limitent les libertés afin qu'elles s'accordent entre elles et au bout du compte
soient mieux assurées). Dans ses six livres de la république, [Link] définit la République par sa
fin. Pour lui, la République est un droit gouvernement de plusieurs ménages (familles), et de ce
qui leur est commun, avec puissance souveraine. La démocratie donne un contenu à la
République : elle désigne un titulaire du pouvoir politique ou de la chose publique, à savoir le
peuple. Le lien entre la République et la démocratie est donc complexe, et nullement un lien de
synonymie : en effet, s'il va de soi que la démocratie est républicaine, car elle est un Etat de droit,
la République, chose publique est une personne unique, qui a les compétences nécessaires.
Conçue par Machiavel dans « le prince » dont la philosophie est peu encline à l'éthico-juridique.
La raison d'Etat envisagée dans le sens d'user des moyens immoraux (crimes, ruse, perfidies,
etc) pour atteindre son but politique. Dans cette optique, la raison d'Etat serait la raison des plus
forts. En séparant la politique de la morale pour l'inscrire dans le champ de rapports de force : «
la fin justifie les moyens », Machiavel aurait inventé la raison d'Etat. La raison d'Etat désigne
l'impératif au nom duquel le pouvoir s'autorise à transgresser le droit dans l'intérêt public. (50(*))
La raison d'Etat est une théorie vitaliste du politique, un point de vue ontologique qui préside à
son caractère absolu. L'Etat ayant pour but impérieux de persister, la loi de la nécessité régira
son fonctionnement. Il n'acceptera de se soumettre à aucune autre maxime. Le gouvernement
de la raison d'Etat exige donc de proscrire toute norme dogmatique. John Lock va dans le
même sens avec beaucoup de flexibilité : « comme la loi ne peut pas tout prévoir, il faudra
laisser aux gouvernants le bénéfice d'un pouvoir discrétionnaire. (51(*))
Pour certains auteurs comme [Link] (52(*)), la raison d'Etat est une injustice
institutionnalisée. C'est exactement contre Machiavel que s'est développé le discours de la vraie
raison d'Etat. Au début du XVIIe siècle, s'opposent deux raisons d'Etat : l'une vraie raison d'Etat
et vraie règle de gouvernement, conforme à la morale chrétienne et regardant toujours le
bénéfice du public ; l'autre seulement apparente, qui vise qu'au seul avantage de celui qui s'en
sert.
Cependant, comme on pourra le constater, alors que le gouvernement d'un Etat de droit
démocratique exige des règles consensuelles, équitables et préalablement établies auxquelles
mêmes les gouvernants sont soumis, la raison d'Etat apparaît donc de ce point de vue comme
une particularité, elle désigne l'impératif au nom duquel les gouvernants peuvent transgresser le
droit. La raison d'Etat évite le dogmatisme juridique, pour elle avions-nous dit, l'Etat ayant pour
but de persister, seule la nécessité régira son action. Dans un tel gouvernement, le moyen utilisé
par le pouvoir ne tient qu'au but par lui poursuivi.
Enfin, la raison d'Etat en soi n'est pas une mauvaise chose. Etant une notion relative, elle doit
être bien cernée par les constituants, avec de très bons garde-fous susceptibles d'éviter les
déviances. Sinon, leur absence laisserait libre cours à la dérive d'une élite au pouvoir, aux idées
dictatoriales en puissance, soucieuse de réaliser son dessein égoïste et pernicieux
Le débat sur la méthode n'est pas totalement nouveau. Il y a longtemps qu'on se demande si,
pour faire évoluer les relations sociales, il faut porter l'effort premier sur les hommes ou sur les
institutions, sur les usages ou sur le droit. (53(*))
La priorité devra être donnée dans le cadre de ce travail au niveau des usages, chaque société
ayant ses problèmes spécifiques, le mal congolais est essentiellement un problème d'hommes
car on ne peut construire un Etat de droit démocratique qu'avec des démocrates convaincus,
respectueux de lois et des valeurs républicaines. La démocratie étant par ailleurs un état
d'esprit, une culture politique supérieure et élitiste incarnée par un ensemble de valeurs qui la
sous-tendent.
Se proposant d'associer dans toute la mesure du possible l'ensemble des citoyens à la gestion
des affaires publiques, le régime démocratique comporte en effet une très grande variété de
rouages destinés à faciliter cette liaison. Il constitue aussi le type le plus élaboré et par
conséquent fort instructif d'aménagement constitutionnel. Mais s'il sert à bien des titres
d'exemplaires, le régime démocratique est devenu fort ambigu. La plupart des pays s'en
recommandent quelle que soient leurs structures politiques réelles et jamais expression n'avait
été si répandue autant que controversée.
Cependant, la prééminence du droit (rule of law) reste le fondement de l'Etat de droit. Il soumet
l'action des gouvernants à l'emprise des règles préétablies. L'action des autorités est disciplinée
par des normes générales et impersonnelles destinées à prévenir l'arbitraire : le législateur est
soumis à la constitution, les organes juridictionnels et administratifs sont liés par les lois ». En
pareil système, « les gouvernants ne peuvent rien que ce qu'ils sont chargés de faire » tandisque
les particuliers, peuvent tout faire, sauf ce qui leur est explicitement interdit. (54(*))
Dans un Etat de droit, il est nécessaire pour ses citoyens de voir respecter et appliquer la norme
suprême dans la mesure où, détenteurs du pouvoir constituant originaire, ils en sont la source.
(56(*))
En effet, le Droit constitutionnel a pour finalité de définir les conditions d'exercice du pouvoir au
sein de l'Etat. Or, nous l'avions vu, l'une des fonctions majeures des autorités étatiques consiste
à créer le droit destiné à régir les institutions, et la vie sociale. Ce droit, de plus complexe, est
formé des normes de plus en plus nombreuses et diverses qui ne pourraient être appliquées s'il
ne définissait lui-même une hiérarchie destinée à éviter la confusion des normes. En RDC,
depuis l'avènement de la constitution du 18 février 2006, le problème de l'ordonnancement
juridique des textes de lois ne semble plus se poser avec acuité car la constitution définit elle-
même l'ordre légal de succession de textes juridiques.
Mais, un problème reste pendant à savoir celui du respect dû à la constitution par les autres
textes. En effet, si en droit comparé par exemple la question du contrôle de constitutionnalité
peut être qualifiée de diffus car laissée à l'appréciation de n'importe quelle juge saisi, en RDC
par contre cette question ne relève que de la compétence du seul juge constitutionnel alors que
jusqu'à ce jour la mise en place de cette institution semble verser dans une léthargie profonde.
Nous formulons à cet effet le voeu de voir rapidement cette Cour être mise en place afin de
jouer pleinement son rôle dans l'instauration et l'enracinement de cette démocratie naissante.
En démocratie, l'égalité est une valeur centrale. Les différences de statuts sociaux n'impliquent
pas des inégalités de droit mais uniquement des inégalités de fait. La démocratie ouvre donc le
champ des possibles en éliminant les inégalités de droit. L'autorité d'une fonction ne va plus
alors se fonder sur la tradition, la coutume mais sur l'accord contractuel des volontés de chacun.
De tout ce qu'on a vu précédemment résulte l'émergence d'une vaste classe moyenne. Cette
égalité sociale ne signifie pas une société égalitaire ; il ne s'agit pas de remettre en cause les
inégalités économiques mais de fonder une société sur l'égalité juridique ainsi que sur la
mobilité sociale. Cela ne signifie pas non plus égalité des conditions de vie, mais égalité dans
les espérances de réussite (et dans la dignité sociale attachée aux individus)
Ce sentiment d'égalité pénètre la société toute entière. Il transforme profondément les relations
humaines. Cette passion pour l'égalité amène le changement social. Le passage à la
démocratie sera lent et inéluctable. L'égalisation des conditions entraîne le rapprochement des
niveaux de vie, donc une montée en puissance des classes moyennes. C'est une société qui
connaît une grande fluidité sociale car les inégalités entrainent des frustrations et des tensions
sociales.
En République Démocratique du Congo, les écarts entre riches et pauvres sont devenus de plus
en plus croissants, de telle façon que l'essentiel des richesses du pays est concentré entre les
mains d'un groupe minoritaire de personnes vivant confortablement avec leurs familles pendant
que l'ensemble du peuple croupit dans une misère indescriptible, chose qui entraine la
disparition d'une classe moyenne au sein de la société et de ce fait, les riches deviennent de
plus en plus riches pendant que les pauvres continuent à s'appauvrir davantage chaque jour qui
passe. Dans un tel environnement il est difficile voire impossible de parler d'égalité entre
citoyens, fondement d'un Etat de droit.
§3. Au niveau de l'indépendance du pouvoir judiciaire
Ce mouvement se meut lentement, voire encore très lentement en RDC. Ainsi, la beauté des
textes est trahie par la pratique.
La démocratie est une culture élitiste, c'est-à-dire qu'elle ne peut être manipulée à bon escient
que par un homme de culture supérieure, prêt à tolérer le partage du pouvoir car finalement, la
démocratie est une vertu. En tout état de cause, la plus grande difficulté à souligner dans le
rapport entre la justice et la démocratie, est qu'en rapprochant les deux réalités, la tendance
actuelle, encline au développement même de la démocratie, est que, dans un Etat justement
démocratique, les pouvoirs législatif et exécutif tirent directement leur légitimité selon les
modes d'une investiture par le peuple souverain. En France, les jurés, simples citoyens sont
adjoints au juge, et aux Etats-Unis d'Amérique, la nomination par le président de la république
des juges fédéraux doit être approuvée par le sénat.
Tout bien considéré, une bonne justice tire son fondement de la démocratie car celle-ci a
comme objectif principal la mise en place d'un Etat de droit, à telle enseigne qu'en démocratie,
la justice se fait couronner de sa promotion. De cette façon, l'on se doit de souligner en guise de
conclusion, deux grands rôles de la justice dans la démocratie : elle est une garantie majeure
contre l'arbitraire du pouvoir et en réalise par là même la limitation.
Initiée par Montesquieu au XVIIIe siècle, la théorie de séparation des pouvoirs se fixe pour but
de limiter le pouvoir en organisant sa division par la répartition des trois fonctions de l'Etat :
législative, exécutive, judiciaire à des organes distincts, disposant chacun de moyens d'action
réciproques pour empêcher l'autre de l'absorber. Inspirée par l'exemple des institutions
anglaises de l'époque, cette théorie est devenue un dogme du constitutionnalisme moderne, et
une référence obligée, bien que différemment interprétée. Si, prise à la lettre, elle est devenue
inapte à éclairer le fonctionnement des régimes démocratiques, dans son esprit, elle demeure
une source d'inspiration et un de fondements classiques des régimes politiques. (59(*))
Quant à la séparation des pouvoirs, il convient de préciser qu'il s'agit d'une théorie liée à la
philosophie des lumières et préconisée par John Locke. Cette théorie qui se fonde moins sur
une vraie séparation que sur l'équilibre des pouvoirs. En effet, élaborée en un temps où les
partis politiques n'existaient pas encore, en tout cas pas sous leur forme moderne, la théorie de
séparation des pouvoirs pouvait apporter un équilibre entre les différents organes, maitres de
l'exercice du pouvoir, à telle enseigne qu'aujourd'hui où ce sont les partis politiques qui animent
la vie politique à laquelle les institutions ne fournissent qu'un cadre formel, la distinction
gouvernement et parlement est remplacée par majorité d'un côté, regroupant les partis
vainqueurs des élections, et l'opposition d'un autre coté, attendant sa revanche aux élections
prochaines.
En définitive, en terme démocratique, l'Etat est en réalité aujourd'hui le parti politique au pouvoir
ou le parti qui exerce le pouvoir de l'Etat. La démocratie est finalement inséparable d'un pouvoir
unique, lequel constitue la seule garantie des luttes constructives des tendances politiques, qui
régit le principe de l'unité dans la diversité. Nous empruntons à Francis KERNALGUEN cette
déclaration du général De Gaulle dans un discours le 31 janvier 1964 : « l'autorité indivisible de
l'Etat est confiée toute entière au Président de la République par le peuple qui l'a élu ; il n'en
existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire qui ne soit tenue par lui »,
cette analyse ne nous autorise nullement de renier l'équilibre, notamment organique, que cette
théorie a imposé au paysage du pouvoir politique.
Si certains voient dans les rapports entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif les indices
sérieux d'un régime présidentiel, qu'il nous soit permis estime le professeur DJOLI, de remettre
en cause leur cogitation pour la bonne et simple raison qu'au fond il s'agit de la pratique
présidentialiste. En effet, la détermination d'un régime politique reste tributaire du
fonctionnement réel des institutions et non des rapports tels que définis dans la constitution :
quelle est de nos jours la valeur attachée à la responsabilité gouvernementale lorsque l'organe
de contrôle juge préférable et à dessein de se transformer en caisse de résonnance des
décisions de l'exécutif ? Quelle est la place de la dissolution de l'assemblée nationale tant il est
vrai que la culture politique du politicien congolais est loin d'atteindre sa maturation et lui
permettre par conséquent de repenser la structure de laquelle il tire le pouvoir ?
Au demeurant, nous sommes persuadés et convaincus de ce que un tel régime reste une
coquille vide, un panier à crabe, un conglomérat d'amis, qui profitent de marquer leur époque
avec l'idée de l'inamovibilité, de l'immuabilité et de l'immutabilité. (61(*))
Si en occident l'Etat passe pour la clé de voûte du dispositif sécuritaire des droits de l'homme,
dans les pays du tiers monde en général et en Afrique en particulier, la sauvegarde des droits et
libertés fondamentaux est loin de compter parmi ses missions essentielles et ne préoccupe que
très peu d'hommes au pouvoir. Certains estiment que dans ces pays, on ne peut permettre à
des personnes retranchées derrière des droits individuels égoïstes de freiner et compliquer la
tâche de l'Etat, dont les moyens sont déjà insuffisants. En cas de conflit entre les nécessités du
développement et les droits fondamentaux, les seconds doivent céder. La priorité devrait par
conséquent être accordée plus aux progrès économiques et sociaux qu'au respect des droits de
l'homme. (62(*))
En effet, tout système juridique est lié à un contexte culturel, historique et politique particulier.
Le droit est sûrement ce qui fait autorité mais ce qui fait autorité ne tient pas seulement à la
machinerie juridique, c'est-à-dire la forme. Ce qui fait autorité tient surtout à un dispositif
invisible. La norme doit s'emboiter avec la représentation, à des mythes, à de traditions, bref à la
culture. (64(*))
Cependant, le positivisme ne doit être absolument que juridique mais aussi sociologique, c'est-à
-dire le droit ou le positivisme doit s'entendre comme une réponse apportée par les acteurs
juridiques aux aspirations de la conscience collective autrement dit le droit doit traduire les
aspirations profondes d'un peuple, donc jouer le rôle de miroir.
Le constat que nous pouvons tirer de cette affirmation est qu'il existe très peu des textes,
législatifs et réglementaires en matière des libertés constitutionnelles consacrées dont on ne
sait pas appliquer faute de lois d'application. Mais ce qui frappe à l'observation est que dans la
pratique, on se trouve rarement si pas jamais dans des hypothèses où ces droits fondamentaux
consacrés par des différents instruments juridiques internationaux soient évoqués devant les
cours et tribunaux. En Droit international, tous les instruments juridiques internationaux
consacrent les libertés publiques et les droits de l'homme. Ces instruments ne sont pas
seulement philosophiques car la plupart d'entre eux font partie intégrante de notre système
juridique. (65(*))
Par ailleurs, une véritable diplomatie des droits de l'homme se cristallise et qui devra permettre
au Congo, après toutes les affres de la guerre, de redevenir une nation acceptable sur la scène
internationale. (66(*))
En fait, la saisine du juge constitutionnel, bien qu'elle soit intéressée, montre clairement d'abord,
la quête par les acteurs de la caution constitutionnelle légitime, ensuite, l'existence au-dessus
des acteurs d'une institution tierce régulant les conflits d'interprétation. (67(*))
Le droit n'est pas une science exacte, c'est à dire qu'à un problème donné, il n'existe pas une
seule et unique solution mais plusieurs. Une part de subjectivité entrera dans l'analyse. Ceci est
très net pour les dispositions de la constitution. La façon dont sera composé sociologiquement,
politiquement l'organe chargé du contrôle, son jugement sur le respect ou le non respect de la
constitution variera. Or, on a pu dire qu'il ne fallait « toucher à la constitution qu'avec des mains
tremblantes ». N'y a t-il pas quelque chose de choquant à ce que cet organe définisse une
interprétation de la constitution conforme ou non à la volonté du constituant ?
Le contrôle étant en effet le plus souvent attribué à un juge, celui-ci apparaît comme la, plus
haute autorité de l'Etat. Quoi qu'il en soit, toutes les constitutions ne font pas la même place au
contrôle de constitutionnalité. Le choix existe entre une foule de possibilités. (70(*))
Le Droit constitutionnel n'est pas seulement constitué par l'articulation textuelle. Il n'existe que
par sa jurisprudence qui lui donne consistance et assure la garantie de sa suprématie. Ce n'est
qu'à cette condition qu'il quitte l'étape métaphysique pour accéder à la positivité. (71(*))
Dans cette perspective, les tripatouillages et les révisions constitutionnelles afin de conforter
son pouvoir et de s'y maintenir constituent un exercice banal dans l'évolution constitutionnelle
congolaise ; le texte constitutionnel apparaît comme un instrument de « stratégie politique
qu'un code contraignant et formaliste ; ainsi, le juge constitutionnel africain se trouve dans une
situation d'une grande dépendance à l'égard du chef de l'Etat et son idée de juridicité, car du fait
de la personnalisation du pouvoir, tout contrôle de constitutionnalité doit ménager la
susceptibilité du chef de l'Etat. (72(*))
Mais, s'appuyant sur l'article 87 alinéa 2 de l'ordonnance-loi n°82-017 du 31 mars 1982 relative à
la procédure devant la cour suprême de justice, s'agissant des demandes d'annulation des
actes, décisions et règlements des autorités centrales qui dispose que : « La cour apprécie
souverainement quels sont les actes du conseil exécutif qui échappent à son contrôle. (75(*))
Se fondant sur cette disposition, la Cour a pris cette habitude malheureuse de se déclarer à
chaque fois incompétente quant à l'appréciation de constitutionnalité des actes et décisions
pris par les autorités centrales. Il va sans dire que cette politique constitutionnelle ne va pas
sans inconvénient car, une de fonction de la justice c'est essentiellement celle de trouver de
solutions aux litiges qui se posent en société, autrement dit, aucune situation ne peut rester
sans issue. Or, la cour étant l'instance la plus haute et à cela la seule habilitée à exercer le
contrôle de constitutionnalité, cette attitude plonge dans une certaine confusion car faudra-t-il
permettre aux parties de rechercher autres solutions qu'institutionnelles ? N'est ce pas là un
déni de justice et une insécurité judiciaire et juridique ?
La souveraineté a le grand mérite de bien faire comprendre ce qu'il y a dans l'Etat d'irréductible
aux autres groupements et collectivités. Les données de base dont elle découle, et qui rendent
un compte assez exact de ce que l'observation fait découvrir de plus courant dans la vie
nationale et internationale permet, en effet de dégager une notion suffisamment claire et
précise de l'Etat. (78(*))
En effet, l'idée principale contenue dans l'affirmation de la souveraineté de l'Etat est celle de
procurer une certaine indépendance tant interne qu'externe à l'Etat dans la manière dont ce
dernier compte s'y prendre. Nous devons garder à l'esprit que la vraie souveraineté, la vraie
indépendance politique passe toujours par celle économique.
Cependant, en RDC, vu la modicité des moyens financiers qui sont les sien, vu la recrudescence
des problèmes de société auxquels elle doit régulièrement faire face, se trouve dans une
impasse pour concilier les nécessités de l'ordre public à celles de son développement d'où
comme la plupart d'autres pays africains se voit souvent obligée de recourir aux pays mieux
nantis qui lui fournissent aides et assistances, mais à quel prix ? Si dans le cadre du programme
d'ajustement structurel par exemple, le FMI, la banque mondiale et les différents autres
partenaires pour annuler les dettes de la RDC doivent contrôler et orienter ses dépenses en lui
dictant une ligne de conduite par rapport à la gestion des deniers publics et sa politique
économique, on se demande alors où serait sa souveraineté si elle ne peut pas décider seule?
Comme on peut le constater, l'Etat de droit n'est donc pas quelque chose qui serait établi au
Congo suite à un coup de baguette magique. Il est un problème de volonté, mieux un problème
de culture nationale, que devrait rejoindre en cela la culture universelle du moment. (79(*))
La démocratie est la forme de gestion la plus difficile à réaliser. En tout cas, elle est plus
difficile que la dictature où les dirigeants imposent des ordres, suivant leurs propres visions du
monde, sans le moindre moment d'une discussion réelle. (80(*))
Tout régime politique peut se réclamer de la démocratie. Et dans les mêmes circonstances, il
est très aisé pour un chef d'Etat autocratique de se déguiser en défenseur de la démocratie. Il
suffit pour cela qu'il mette en place des institutions (pluralisme tronqué) et des mécanismes
(élections) qui, permettent l'exercice de la démocratie pour faire observer que son pouvoir est
basé sur la liberté de choix. En réalité, ces institutions et mécanismes cachent un pouvoir
politique extrêmement autoritaire et violant car ils ont été créés et activés uniquement pour
assurer le contrôle des élections en faveur du parti unique et des conditions, elles aussi uniques.
(81(*))
Mais il faudra souligner qu'en République démocratique du Congo une chose est sûre ; ce qu'on
a réussi à remettre le pouvoir jadis longtemps confisqué par la classe politique au peuple lui-
même qui, en est originairement détenteur par le mécanisme d'élections régulières organisées
tous les cinq ans. Cependant il reste, ce faisant, un grand travail de fond à abattre car le peuple
congolais, dont la majorité est constituée de personnes non lettrées, ne comprennent pas
encore les rouages de la démocratie, cette dernière étant encore d'apparition récente.
Répondant à la question du journalise Jean Louis Remilleux à savoir : « Le MPR est un parti
unique ; vous en êtes le `'guide'' et pourtant vous parlez de la démocratie ! Est-ce bien cohérent ?
Et à cette question du journaliste, le président MOBUTU répondit comme suit : « En Afrique, à
l'inverse, nos partis sont en général unanimistes et rassembleurs. Mais ce que j'aimerai vous
faire comprendre, c'est que le degré de démocratie ne se mesure pas au nombre de partis
politiques. La Belgique par exemple, compte quelques huit partis pour une dizaine de millions
d'habitants ; est-elle 80 fois plus démocratique que les Etats-Unis qui n'en ont que 2 pour plus
de 200 millions d'américains ? Le multipartisme n'est pas consubstantiel à la démocratie. Dans
certaines circonstances socio historiques, il peut même jouer contre elle. C'est ce qui s'est
passé dans mon pays. En 1960, nos colonisateurs belges nous ont légué le multipartisme en
même temps que la redingote et le noeud papillon. La loi fondamentale bricolée par la Belgique
a fait naitre 44 partis et 7 syndicats. Résultats : résurgence du tribalisme, rebellions, guerres
fratricides, faillite de l'Etat, balkanisation du territoire, 5000 morts, un fleuve de sang ». (83(*))
Les élections s'effectuent au sein et entre des partis politiques concurrents, ceux-ci
fonctionnent comme des institutions de canalisation des diverses opinions des masses
populaires qui adhèrent à un idéal commun, lequel est estimé pouvoir le mieux servir l'intérêt
individuel et national. La pluralité des partis politique est perçue, dans le monde occidental,
comme une pratique essentielle en dehors de laquelle il est tout simplement fallacieux de parler
de démocratie ; le système de parti unique n'est pas capable, estime-t-on d'informer
objectivement les électeurs et de les aider à choisir, d'entre plusieurs, les points de vue ainsi que
les dirigeants les meilleurs, susceptibles de favoriser l'intérêt de chaque citoyen et de la nation
tout entière.
Dans un système démocratique, il y a toujours au moins deux partis politiques. Ainsi, un régime
démocratique est nécessairement pluraliste : parce qu'il vit du conflit fécond entre les différents
partis. Et, l'opposition corollaire du pluripartisme, fonctionne légitimement en tant qu'institution
de contre-pouvoir. Contre l'uniformisation totalitaire, le pluralisme impose que personne ne
détienne la vérité ultime de la société et de son histoire ; il implique aussi, par conséquent, non
point qu'il n'y ait pas à rechercher la vérité, mais que celle-ci ne pourra être approchée que dans
l'échange et la communication des points de vue partiels.
Depuis 1960, la République Démocratique du Congo a traversé plusieurs crises politiques qui
ont mis à mal la cohésion et les libertés publiques. L'acceptation réciproque du pouvoir et de
l'opposition a souvent fait défaut pour assurer une démocratie apaisée. La mise en place d'un
statut de l'opposition politique en République Démocratique du Congo est une innovation de son
système politique.
Au regard du droit interne, elle constitue une mutation juridique et politique d'importance voulue
par le constituant de la troisième république dans le but de sacraliser les acquits de longues
luttes pour la démocratie dans notre pays, tout en tirant les leçons des échecs et des limites
des expériences démocratiques antérieures. Ce faisant, l'instauration d'un statut spécifique de
l'opposition politique participe à l'enracinement de l'Etat de droit au coeur d'une démocratie
apaisée suivant les battements du rythme du calendrier républicain. (85(*))
Au terme de la loi organisant l'opposition politique en RDC, il faut entendre par opposition
politique, le parti politique ou les groupements des partis politiques qui ne participent pas à
l'exécutif ou ne soutiennent pas son programme d'action aux niveaux national, provincial, urbain,
municipal ou local. (86(*))
Dans son rapport publié en janvier 2008 sur la décentralisation en RDC, GRIP affirme que : si la
tenue des élections nationales et provinciales constitue en soit une réussite remarquable qu'il
convient de saluer, la lucidité commande toutefois de garder à l'esprit les dangers de
l'application de la règle de la majorité dans une société divisée. L'effet boomerang de ce qui
peut rapidement être perçu comme une dictature de la majorité peut se révéler lourd de danger
si des mécanismes de partage du pouvoir ne sont pas simultanément mis en place. (87(*))
Si hier la dictature était le fait d'un individu qui imposait sa volonté aux autres, de nos jours la
dictature a changé, elle est devenue le fait d'une famille politique au pouvoir, constituant la
majorité, imposant ainsi ses vues aux autres groupes et à la nation toute entière.
Le débat opposition-majorité se confond entre animosité et adversité car certes ils sont des
adversaires politiques, ne professant pas les mêmes vues quant à la gestion de la chose
publique, cela ne signifie pas pour autant qu'ils sont condamnés à demeurer dans une inimitié
permanente mais plutôt fédérer l'ensemble de leur force en interaction constante pour ainsi
faire avancer la nation.
Une autre difficulté ou limite de la démocratie, et sans doute la plus fâcheuse, est l'absurdité ou
la déraison tyrannique qu'entraine parfois la règle de la majorité. L'on sait que la pratique
démocratique se fonde, en ce qui concerne le processus décisionnel, sur l'importance
numérique des membres participants. La décision est en faveur de la position exprimée par le
plus grand nombre de personnes, et cette décision se prend habituellement sous le mode du
vote. L'emportant, la majorité est autorisée à appliquer et à faire passer son programme
politique, et la minorité est obligée de se soumettre et d'obéir aux règles qu'elle met en place.
De cette manière, la démocratie se présente, quoique de façon peu visible, comme une tyrannie
de la majorité et que déjà Alexis de Tocqueville disait effrayante.
Mais elle est plus effrayante encore si cette majorité est incompétente, non instruite, non
informée, non éduquée et mue par des considérations plutôt sentimentales que rationnelles et
objectives. La démocratie manifestée dans le principe populaire de la victoire de la majorité
n'est justifiée que si cette majorité est éclairée et capable d'indépendance d'esprit et
d'objectivité c'est-à-dire si la majorité est reconnue apte à opérer des choix rationnels,
raisonnables et justes en faveur de toute la communauté. Bref, la démocratie ne signifie pas
seulement nombre, mais aussi qualité. (88(*))
A ce propos, une question mérite d'être posée à savoir : quand est ce qu'on est opposant ? A
mon sens, l'opposition n'est pas un tremplin ni moins encore un blanchissement. On est
opposant quand on a une vision contraire dans la conduite de l'Etat par rapport à la classe
politique au pouvoir et que l'on croit devoir apporter une nouvelle façon de faire, bref c'est une
question de conviction et d'état d'esprit. Or en République démocratique du Congo, on ne
devient opposant que quand on est pas associé à la gestion de la chose publique ou quand on
n' y trouve pas son compte, donc c'est une question de vengeance personnelle même sans avoir
des alternatives concrètes à proposer au peuple souverain.
Il convient de noter aussi que la loi organise plusieurs niveaux d'opposition politique à savoir au
niveau central, provincial, local, municipal et urbain. Mais le constat tiré de la pratique montre
que l'opposition politique ne se retrouve qu'à Kinshasa, capital du pays et siège des institutions
alors qu'à travers la république, dans des provinces, c'est l'institution du monolithisme politique
car, seul le parti politique au pouvoir n'a droit au chapitre. Au niveau provincial et local, les
choses évoluent encore comme si rien n'a changé par une certaine violence et manque de
tolérance sans pour autant prendre en compte le fait qu'au niveau central, les institutions ont
largement évoluées, c'est comme si le Congo ne se limitait qu'à Kinshasa et de ce fait les
provinces ont leurs propres modes de gestion.
Le libéralisme est le courant de pensée bâti autour de la valeur des droits de l'individu, et qui
propose d'aménager la société de manière à assurer et à garantir la liberté individuelle. La
société de droit ayant comme fin l'individu, les rapports entre gouvernants et gouvernés doivent
être organisés de telle façon que la liberté du citoyen ne subisse aucune limitation de la part du
pouvoir à laquelle l'individu n'ait consenti en ayant participé à la désignation des gouvernants.
J.J Rousseau disait : « le peuple pense qu'il est libre, il se trompe fort, il ne l'est qu'au moment
des élections. Une fois les membres du parlement élus, il devient esclave ».
L'individu est au centre du libéralisme. La plus haute tâche de l'État est d'assurer et de défendre
la liberté individuelle qui est considérée comme imprescriptible. La liberté individuelle étant aux
yeux des libéraux la norme fondamentale et le fondement de la société humaine autour de
laquelle l'État, l'ordre politique et économique doivent être structurés.
En effet, il faut qu'un peuple jouisse de sa liberté sous toutes ses formes pour pouvoir participer
souverainement à l'organisation du pouvoir à travers ses représentants car la liberté est pour un
peuple ou un individu synonyme de la vie elle même. Cependant, la vraie liberté est le résultat
d'un long processus de la libération. Pour les congolais, ce processus s'étend à la libération de
la misère socio-économique au sens pragmatique d'équilibre d'un minimum vital.
Priver l'homme de son travail, c'est le rendre économiquement dépendant. En effet, en RDC, la
classe moyenne est entrain de disparaître parce qu'elle a perdu son pouvoir d'achat. L'idée de la
liberté est intimement liée à celle du développement économique. On ne peut être libre,
affranchi de toute contrainte quand on est économiquement dépendant. Aujourd'hui l'état de
pauvreté sans cesse accentuée du jour au jour plonge le congolais dans une insécurité
grandissante et croissante au point même que sa conscience s'en trouve annihilée. Il ne sait
décider de lui-même, penser de lui-même, bref il est tenu prisonnier par l'élite politique au
pouvoir qui dans la mesure du possible l'apporte régulièrement aides et assistance ; dans un tel
contexte, l'idée de la liberté n'est qu'une pure utopie.
§5. Au niveau du respect de l'individu
La source de légitimité de l'Etat se trouve dans sa capacité à concilier l'ordre public et la liberté
en toute clarté avec le souci de réaliser l'intérêt général et ensuite elle se trouve dans
l'institutionnalisation des droits de l'homme car l'Etat, le pouvoir politique n'existent que pour
servir la population et non le contraire. (89(*))
Dans la tradition chrétienne, l'individu est la fin de la société, la fin de la politique, il est la fin du
droit. En fin de compte, l'individu est la source de la finalité du pouvoir politique.
Le gouvernement démocratique ne sera donc pas uniquement celui qui émane du peuple, mais
celui qui respecte, voire réalise, les droits et intérêts des citoyens, considérant à cet effet que
l'individu ne pourra produire de bons résultats que lorsqu'il est motivé.
Comme le note Rousseau dans ses huit lettres de montagne, « un peuple libre obéit mais ne
sert pas, il obéit aux lois, mais n'obéit qu'aux lois, et c'est par la force des lois qu'il n'obéit pas
aux hommes
Section 3 : Les obstacles éventuels à l'avènement d'un Etat de droit démocratique en RDC
Pour nous, les causes de la débâcle congolaise sont multiples à savoir : l'enjeu politique
international, la mauvaise gouvernance, la décroissance économique, la pauvreté de la culture
politique, le manque de dialogue entre acteurs politiques, le fanatisme et le clientélisme
politique, les partis politiques, l'absence de leadership et d'une pensée politique autonome , la
sacralisation du pouvoir, le manque d'exigence du peuple et enfin l'impunité.
Qu'on le veuille ou non, la réussite de la démocratie en Afrique est également liée à ce qui se
passe en Europe et en Amérique. L'autoritarisme n'a pas seulement été imposé, mais aussi
appuyé durant toute la période de la guerre froide par la communauté internationale. En fait,
l'élite politique et militaire n'aurait pas instauré des régimes répressifs aussi longtemps et sans
aucune inquiétude, si ces derniers n'avaient pas l'approbation quasi-totale de cette même
communauté internationale. Au nom de la géopolitique et de la philosophie consistant à avoir
des hommes forts pour gouverner l'Afrique, la communauté internationale n'a pas hésité à
appuyer des régimes répressifs et sanguinaires. A titre d'exemple, ni les Etats-Unis d'Amérique,
ni la France et encore moins la Belgique, n'ont désapprouvé l'assassinat en 1961 de Patrice
Emery LUMUMBA et ses compagnons de lutte par les autorité belges et les différents acteurs
politiques congolais, ou encore la pendaison d'Evariste KIMBA, Emmanuel BAMBA, Jérôme
ANANY et Alexandre MAHAMBA, le 4 juin 1966, par le Lieutenant colonel Joseph Désiré
MOBUTU qui, loin d'être inquiété a, au contraire été encouragé de continuer une telle pratique en
vue de cimenter avec une main de fer, son règne sur la RDC. C'est du reste pour cela qu'en signe
de congratulation, il a bénéficié de l'appui de ses amis en occident durant toute la période de
l'imposition de la dictature. (92(*))
Cependant, depuis la fin de la guerre froide en 1989, les intérêts de la communauté
internationale ne sont plus corollaires à l'autoritarisme, mais à la démocratisation. La pensée
sociale dominante en Europe profonde n'accepte plus l'autoritarisme comme système politique
pour la planète. Elle prône la démocratie, les droits de l'homme, la bonne gouvernance pour
garantir le développement et la paix durables dont le commerce international a tant besoin pour
sa bonne marche. (93(*))
La CPI de la Haye par exemple traduit en justice tout dictateur ayant commis des crimes contre
l'humanité. Les aides bilatérales et multilatérales de ces pays nantis sont de plus
La culture politique se définit comme l'ensemble des valeurs et croyances, d'attitudes qui
guident et orientent le comportement politique d'une société ou mieux, les « normes » politiques
de la société.
Pour donner naissance à une démocratie, la culture politique doit comporter et responsabiliser
le pouvoir de l'Etat pour solutionner les conflits individuels ou collectifs, former des
associations et des groupes d'intérêts autonomes au sein de l'Etat, l'acceptation de la tolérance
d'opinions, le respect des droits individuels, l'obligation pour chaque citoyen de participer à la
bonne gestion de la chose publique, son acceptation de pratiquer la politique, l'obligation pour
chaque citoyen de voter ou élire et le droit d'être voté ou élu.
Cependant l'impréparation politique qui a conduit à l'inculture politique est à la base de l'échec
actuel du processus de démocratisation du pays. (105(*))
La démocratie comme idéal, éthique et pratique politique et le pouvoir politique en soi, comme «
apostolat » et éthique au service du bien commun sont une constance dynamique de l'action
politique. La politique, en termes de pouvoirs politiques (organisation efficace de la société), est
un « apostolat », c'est une « profession de foi ». Dans ce sens que : « s'engager en toute intégrité
à réaliser le bien commun, à s'occuper des autres, en élevant le niveau de vie de la population
par le développement politique et économique relève sincèrement d'une véritable profession de
foi car un tel engagement exige des qualités intellectuelles, un savoir faire et un savoir moral,
mais aussi un profond dévouement à servir les multitudes.
L'élite dirigeante qui n'a pas de telles qualités, un tel objectif, gouverne pour son propre intérêt
et non pour celui de toute la population. Ceci est une évidence eu égard au virus dictatorial et à
l'égoïsme viscéral qui gangrènent l'élite politique congolaise. C'est un vrai « apostolat » : rendre
service aux autres à travers la collectivité nationale ou locale, réaliser l'intérêt général, avec
l'amour d'un travail bien fait, procurer à chaque habitant du pays concerné le minimum vital, ceci
est une véritable profession de foi qui exige volonté et éthique politiques. Ainsi, on ne
s'improvise pas politicien parce qu'on sait parler et captiver l'attention des gens. (108(*))
Le deuxième type de regard, qui est largement celui des acteurs politiques de Etats africains
modernes, considère le pouvoir comme une propriété privée, personnelle et exclusive de son
détenteur, il est centralisé et exercé de manière cynique, autoritaire et arbitraire, selon les
humeurs, émotions et préoccupations tout à fait personnelles.
Le troisième regard est éthique. C'est celui des personnes qui considèrent le pouvoir comme
une propriété collective et un outil transitoire entre leurs mains dans le but d'aider la
communauté à mieux réaliser ses aspirations de vie harmonieuse, prospère et heureuse. Le
politicien véritable se forge une vision communautaire de la réalité : il fait du bien commun c'est-
à-dire l'exigence de mettre en avant plan l'intérêt de la nation entière, le motif unique de son
action dans la politique. (109(*))
A cet effet, la lutte politique au Congo se résume de nos jours par : comment faire pour accéder
aux ressources du trésor public. Il y a peu la politique relevait en RDC du domaine des initiés
mais qu'est ce qui justifie à ce jour l'afflux massif et l'attirance de tout un chacun vers la
politique ? Il fait l'ombre d'aucun doute que le congolais a compris que faire de la politique c'est
gagner aussi rapidement que prévu l'argent, bref s'enrichir.
Ainsi, certains auteurs et acteurs politiques parvinrent à soutenir que l'origine de la crise
congolaise est à rechercher dans l'inculture politique, consécutive à un vide traditionnel en cette
matière. Cette thèse côtoie une autre, celle de l'immaturité des individus. En effet, l'immaturité
des individus suggère des solutions de survie individualiste sans souci de l'intérêt général. Celle
-ci justifierait l'incapacité des acteurs politiques congolais à se transcender dans leur quête en
vue de l'instauration d'une véritable culture démocratique dans le pays. (110(*))
L'élucidation des sujets traités dans ce travail concourt à l'émergence d'une nouvelle culture
politique au Congo en particulier, et en Afrique en général en attirant l'attention des congolais
sur la gravité de la situation et lancer en même temps un défi à la jeunesse montante, pour
qu'elle se débarrasse des tares de la colonisation et se départisse de l'inculture politique des
générations antérieures en vue de transformer les richesses potentielles dont regorge le pays
en réel bonheur.
Si la population qui est en grande partie analphabète pratique encore l'art de discuter et de
palabrer (kinzonzi) pour trouver des solutions à leurs problèmes, par contre, l'élite alphabétisée
a perdu cet art parce que très pauvre en culture politique. C'est là le grand danger de la
démocratie, car le développement démocratique risque d'être bloqué et kidnappé soit par de
nouveaux venus, soit par les anciens détenteurs qui cherchent à reconquérir le pouvoir par tous
les moyens, et même par des voies démocratiques, sans être démocrates convaincus. C'est la
politique de « ôte-toi de là que je m'y mette ». (111(*))
L'Etat est le lieu de neutralisation des intolérances ; il est une des conquêtes importantes de la
modernité : c'est lui qui a permis à des gens qui se détestaient de trouver une pacification par le
droit, c'est parce qu'il leur a offert sa rationalité froide que les belligérants ont pu renoncer aux
guerres de religion ; aussi aujourd'hui l'Etat démocratique apparaît comme le seul espace
rationnel d'articulation démocratique des identités polysémiques. (112(*))
Le monde moderne s'accorde que la meilleure manière de régler des conflits et d'instauration de
la paix demeure le dialogue. La paix, la paix, et toujours la paix. Elle reste une valeur
imprescriptible à rechercher, une vertu à recommander. Autour d'elle, tout le monde s'accorde
parce que chacun, à son niveau de vie, reste tendu vers elle. Cela revient à dire que la paix est le
tout de l'homme et de tout homme. Elle est une raison de vivre qui permet à chacun de prendre
conscience et d'apprécier pour lui-même et pour les autres la qualité de la situation d'être co-
partageant de la vie avec autrui. De par sa raison naturelle tout homme est susceptible de se
rendre compte de la situation relationnelle qui nécessite, au nom de l'harmonie et de la paix
sociales, un certain équilibre vital entre les forces en présence.
Une telle paix s'acquiert au bout d'un dialogue et d'un consensus vrai autour d'un certain nombre
de choses qui importent pour la vie et la cohabitation commune. (113(*))
Comme pilier de la gestion fondée sur la participation, le dialogue est, en cas de crise, un
instrument de recréation de concorde et de l'unité historique, du consensus et de la solidarité
communautaire. Or le dialogue suppose toujours déjà l'entente sur la chose même du dialogue.
Ici les interlocuteurs s'effacent l'un et l'autre devant les choses qui engagent et qui, en quelque
sorte, imposent le dialogue et de ce fait, demeurent un trait d'union entre les interlocuteurs. Ils
seront ainsi par un intérêt commun, un horizon encore flou vers lequel ils se tournent l'un et
l'autre et qui les obligent à se consulter pour en avoir une meilleure appréhension.
Le dialogue vise une entente sur la chose, une quête en commun de la vérité. Cela signifie que
les interlocuteurs ne vivent ni dans les horizons fermés, ni dans un horizon unique. Cela
suppose que sa propre vérité est toujours déjà à l'épreuve de la vérité qui, elle, doit s'imposer à
tous ; son savoir est sujet au débat, à la discussion. Car, c'est l'entente des interlocuteurs, des
subjectivités présentes, sur la chose même qui garantit l'objectivité, la rationalité, l'universalité
et le respect des accords conclus à cet effet. Se refuser d'obéir ou d'observer l'entente, refuser
de respecter les clauses de l'entente, c'est se condamner à l'état de nature, et donc à l'état
sauvage.
La culture du dialogue refuse spontanément toute violence, tout recours aux armes pour un
quelconque règlement du différend. Car, la violence c'est l'expression de l'état animal de
l'homme. La rationalité s'apparente à la civilisation qui veut que les hommes se retrouvent être
dialoguant et négociant ces choses qui engagent la vie des peuples et des communautés.
(114(*))
Dieudonné WAMU OYATAMBWE souligne que la palabre est ensorcelée. Si, au fondement de
l'authentique palabre il y avait un « verbe ritualisé, vecteur de la vérité, laquelle est la matrice de
la concorde et de la solidarité, aujourd'hui le genre du discours est celui du psittacisme : le
déploiement rhétorique de phrases et de notions que leur locuteur n'a pas pensées, c'est-à-dire
ne se préoccupe pas de confronter à la réalité des situations non plus qu'à la réalité de ses
intentions et projets. (115(*))
L'attirance vers l'autre constitue le paradigme fondamental pour la construction de tout essai
d'explication sur l'essence de l'être humain. Malgré tous les obstacles, malgré toutes les
difficultés, l'homme s'oriente vers la rencontre avec d'autres hommes grâce à la conviction que
ce n'est qu'avec les autres qu'il va pouvoir faire davantage pour lui-même et pour les autres.
(116(*))
Le culte de la personne devra céder la place au culte de l'excellence et des idées et que les
congolais devront apprendre à épouser les idées et non les personnes. On peut s'en douter mais
le Congo a l'avantage nonobstant la multiplicité des tribus qu'il regorge en son sein d'avoir un
peuple homogène et à ce titre, le clivage est-ouest dont on a toujours entendu parler n'est qu'un
alibi qui n'existe que dans le mental des hommes politiques permettant, à chacun de se
positionner.
L'élite politique africaine en général et congolaise en particulier vouée dans sa totalité au régime
clos, confond volontiers, une fois au pouvoir, la structure du parti politique avec celle de l'Etat.
Le parti politique a pour objectif la participation d'une façon démocratique à l'exercice du
pouvoir. Il est en réalité une véritable école d'apprentissage de connaissances et de l'exercice
du pouvoir politique. C'est un instrument qui manifeste et interprète la volonté populaire. Dans
l'exercice du pouvoir politique, l'Etat est absolument distinct des partis politiques. L'inverse nous
plonge dans un Etat-Parti « totalitaire ». (121(*))
Patrimoine communautaire, l'Etat ne peut en aucun cas appartenir à une famille politique
donnée, représentée par les partis politiques. C'est un instrument que la population a mis au
point pour s'administrer, pour se gérer. C'est la raison pour laquelle aucune tendance politique
ne peut en revendiquer la propriété, car par essence, l'Etat reste neutre. La neutralité de l'Etat vis
-à-vis du pouvoir politique et de la société civile s'insère dans la logique de sa mission d'intérêt
général. (122(*))
En RDC par contre une telle neutralité exigée de l'Etat est loin d'être observée dans la pratique. Il
suffit pour s'en convaincre de voir par exemple des autorités publiques avec des écharpes de
partis politiques, prenant fait et cause au nom du parti, de cellules de partis politiques dans des
entreprises publiques, toutes les autorités de la territoriale entrain de battre au quotidien
campagne au nom du chef de l'Etat. Ainsi la structure de l'Etat s'en trouve mêlée et confondue à
celle du parti politique et de la coalition au pouvoir.
L'étude de la manière dont sont organisées le fonctionnent des partis politiques congolais
permet d'observer que ces derniers ne sont pas constitués sur des bases démocratiques et
idéologiques bien connues et comprises des membres. A l'absence des programmes politiques
crédibles et fiables, s'ajoute une propension à l'autoritarisme dans la gestion de ces partis, la
configuration familiale, tribale ou régionale de leurs organes de direction ainsi que la nature
quasi secrète de leurs actes constitutifs. L'absence des sièges identifiables et la non tenue des
congrès en vue de définir leurs projets politiques, le programme de formation de l'opinion et de
sélection de l'élite dirigeante. En sont pour beaucoup. Sur ce point, on remarque que la majorité
des membres de ces partis naviguent à vue. Dans un tel contexte, la notion de l'Etat de droit ne
peut qu'être mal comprise si elle n'est pas considérée comme un concept nouveau
s'accommodant difficilement avec la mentalité des acteurs politiques. Ces derniers accusent un
déficit d'éducation politique indispensable à l'exercice des charges publiques. (123(*))
Le multipartisme signifie diversité d'opinions, de pensée, or dans nos pays africains, la diversité
d'opinions finit par épouser la diversité tribale ou ethnique. (124(*))
Enfin, quel est le rôle d'un parti politique dans une démocratie moderne ?, Est ce que nos partis
politiques jouent ils réellement ce rôle ? Si non pourquoi ? Voilà tout autant des questions qui
nécessitent de notre part des réponses adéquates et appropriées pour pouvoir esquisser vers
des propositions concrètes.
Cependant, la question qui se pose, est celle de savoir si la démocratie congolaise doit être le
mimétisme de la démocratie occidentale ; et si non quelle doit être alors la particularité de cette
démocratie ?
A ce sujet le Président, MOBUTU dans une interview accordée à Jean Louis Remilleux disait : «
je crois profondément que l'histoire particulière de chaque pays et de chaque civilisation aboutit
à un système politique et culturel propre, à des règles du jeu spécifiques dont il est toujours
dangereux de s'éloigner. Même le chemin de l'universel passe par la culture locale, tout
simplement parce que la ferveur doit s'exprimer dans des formes accessibles à tous. Pas de
solutions toutes faites, il en est de la culture comme de la démocratie : notre adhésion à un
principe universel ne doit pas conduire à l'abandon des spécificités locales. Je ne préjuge pas
renchérit le président MOBUTU de l'évolution des partis politiques en Afrique, mais ma
conviction d'aujourd'hui est que c'est le système le mieux adapté aux réalités de l'Afrique
d'aujourd'hui, à notre mentalité et à notre culture. Dans nos villages, la démocratie a toujours
existé : c'est l'union autour d'un chef à la recherche du consensus avec les notables, par la
technique de la palabre sous l'arbre. C'est que nous appelons au MPR la démocratie de
juxtaposition, à l'opposé de la démocratie conflictuelle, la votre. Le fait est là : nos ancêtres ne
nous ont pas légué votre philosophie de l'opposition, ce dont on a pu prendre conscience lors de
notre malheureuse expérience du multipartisme.
Les peuples se dotent chacun du système qui leur convient : nous réclamons donc le droit à la
différence, le droit de penser par nous-mêmes et de créer des systèmes politiques et
démocratiques qui nous soient propres. La démocratie étant d'essence locale, elle doit évoluer
d'elle même dans son contexte et à son rythme. » (125(*))
Du point de vue de la forme, des principes de base, on pourrait d'emblée dire que la démocratie
congolaise doit suivre la démocratie occidentale. Cependant, compte tenu du fond, les principes
de base qui fondent la démocratie libérale restent les mêmes dans la pratique, les réalités de
chaque pays ou continent divergent. (126(*))
De ce point de vue, il faut aussi que le mimétisme institutionnel face aussi l'inverse car pourquoi
est ce que le Congo devra toujours se présenter dans le concert de nations comme si elle
n'avait rien à proposer en contre partie.
L'arrivée du colonialisme n'a pas favorisé l'essor de la démocratie car ce dernier a instauré la
négation des droits, l'animalisation de l'homme noire et cela va perturber la conception africaine
au lieu de réaliser la synthèse entre la civilisation occidentale et celle africaine, cette rencontre
sera dissolvante estime le professeur DJOLI. (127(*))
L'Afrique doit donc trouver une autre voie et, pour y parvenir, elle doit inventer sa propre
démocratie non pas dans l'individualisme et le libéralisme, mais plutôt dans le communalisme,
le sens de la solidarité, du partage, de la retenue, en un mot dans l'humanisme.
Car, depuis que le vent de la démocratisation a commencé à souffler sur le Continent africain, la
confusion institutionnelle s'en est trouvée plus grande, les guerres civiles plus nombreuses et
plus meurtrières, les querelles intestines plus exacerbées, la pauvreté et la misère plus
généralisées, les dictatures plus atroces, même si elles se sont savamment camouflées du
manteau de la légitimité conférée par des élections en réalité toujours entachées d'irrégularités.
L'exercice du pouvoir en Afrique doit reposer essentiellement sur le sens du partage. Tant que le
législateur africain n'aura pas tenu compte de « l'arbre à palabres », lieu traditionnel de
rassemblement, à l'ombre duquel on s'exprime sur la vie en société, les problèmes du village, la
politique afin de prendre des décisions concertées, il y aura toujours des coups d'Etat et des
coups de force, des arrestations postélectorales, des contestations de résultats électoraux, des
assassinats politiques, des amendements et des révisions constitutionnels, ... en un mot,
l'instabilité politique qui freine tout effort développement...
Toutefois, africaniser la démocratie ne veut pas dire doter l'Afrique d'une démocratie au rabais,
c'est tout simplement forger une démocratie respectueuse des principes fondamentaux en
droits de l'Homme, mais aussi de réalités africaines positives comme le sens du partage et la
solidarité, entre autres.
Si la religion musulmane peut servir de base à une prise de conscience commune pour les
arabes par exemple, la musique pour les autres, en RDC par contre il nous manque un repère
commun ou un objet pouvant ainsi mobiliser l'ensemble du peuple, un catalyseur des énergies
dans lequel chaque congolais peut se réclamer et se retrouver. Chaque fraction ou groupe étant
ainsi retranché derrière des intérêts parfois mesquins.
La culture traditionnelle africaine avec la sacralité du pouvoir peut être un frein majeur à
l'avènement d'un Etat de droit démocratique en RDC. Le positivisme sociologique considère le
droit comme une réponse apportée aux aspirations de la conscience collective.
L'ensemble des institutions politiques constitue ce que l'on appelle le pouvoir politique. Celui-ci
n'est d'ailleurs reconnu par le droit constitutionnel que dans la mesure où il est institutionnalisé,
c'est-à-dire qu'il s'est dégagé de la personne de ses titulaires pour s'attacher à une entité
abstraite. (128(*))
Parmi les raisons qui retardent l'avènement de l'Etat de droit en République Démocratique du
Congo, on note l'identification de l'individu à sa fonction, ou plus exactement la confusion entre
l'autorité et la fonction qu'elle exerce. Perceptible dans le chef de bon nombre de citoyens, cette
constatation conduit à soutenir que la majorité des congolais se résignent à s'attaquer
directement aux actes des autorités publiques. (129(*))
Le 04 juillet 1966, dans son face à face avec la presse justifiant la pendaison d'Evariste KIMBA,
Emmanuel BAMBA, Jérôme ANANY et Alexandre MAHAMBA, le Lieutenant colonel Joseph
Désiré MOBUTU dit : « le respect dû au chef, c'est quelque chose de sacré et il fallait frapper par
l'exemple. Il fallait couper court à cela pour que les gens ne puissent plus recommencer ».
La question n'est pas de moindre importance dès lors qu'elle évoque le souci de la conciliation
entre le droit positif souvent importé de l'occident et quelques pratiques africaines (soumission
au chef, absence de contestation et d'opposition dans la gestion de la cité).
Il est à cet égard permis de se demander si, dans la perspective de la fonctionnalité de l'Etat, la
rencontre entre le droit écrit et la coutume, celle-ci est une percée ou un raté. Evariste Boshab
pense que dans bien de cas, le droit écrit est avalé par le droit coutumier. Pour lui, « si la
coutume peut avaler le droit écrit, il se pose un double problème : soit il s'agit des mauvaises
lois et le peuple se fera justice en les ignorants purement et simplement ; soit la légitimité de
l'appareil de l'Etat ne semble pas suffisamment forte pour que la population se sente
automatiquement obligée d'exécuter ses décisions. (130(*))
§9. Le manque d'exigence du peuple
Tocqueville disait : « dans toute démocratie, le peuple a les gouvernants qu'il mérite ».
Les acteurs politiques congolais au lieu de servir de semeur de lumière aux leurs, ils continuent
comme eux à demeurer plongés dans le tribalisme, l'ethnocentrisme et le régionalisme, qui
constituent des obstacles au développement. Ils aggravent par le sous développement du
Congo en ce que chaque fraction tribale cherche à s'arroger des droits particuliers, voire des
avantages, des monopoles.
Placés dans ces conditions (ignorance de la constitution et de leurs droits), il est peu probable
que les gouvernants et les gouvernés soient absolument tenus au respect de la constitution,
des lois de la république et aux valeurs du constitutionnalisme.
L'effort de chaque congolais devrait tendre d'une part à sortir spirituellement de son clan, de sa
tribu, de sa région, d'autre part à détruire par l'éducation, la formation et la conscientisation,
l'ethnocentrisme pour faire siennes les valeurs fondatrices de la conscience nationale. (132(*))
Il n'y a pas de démocratie forte sans un peuple fort, un peuple qui connaît non seulement ses
devoirs et obligations envers l'Etat et le pouvoir politique mais aussi les devoirs de ceux-ci
envers lui et des droits dont il devra bénéficier pour son épanouissement. Or comme on venait
de le faire remarquer, l'élite politique congolaise qui, dans sa majorité est lettrée au lieu de se
constituer en semeur de lumière entre les leur, cette dernière continue d'ailleurs à les abroutir
davantage dans le but d'entretenir leur ignorance afin de mieux leur manipuler et de se servir
d'eux comme appât en vue d'accéder et de rester au pouvoir aussi longtemps que cela puisse
paraître possible. De ce fait le manque d'information du peuple, son ignorance constitue un fond
de commerce politique pour l'élite politique aux idées pernicieuses, retranchée dans la
recherche des intérêts égoïstes et dans sa quête effrénée d'un positionnement politique.
De ce fait le manque d'exigence du peuple congolais est dû non dans une intention délibérée de
sa part mais plutôt par un déficit criant d'information entretenu à dessein par son élite qui, au
demeurant est censée l'éclairer. Il suffit pour s'en convaincre de regarder autour de nous et
d'observer ce qui se passe au quotidien dans les rapports entre peuple et gouvernants, rapports
dans lesquels le peuple fait montre d'une ignorance extrême ne sachant même pas les
fondamentaux de la démocratie, à savoir quel est par exemple le rôle du président de la
république en démocratie, d'un député, d'un ministre au mieux du gouvernement, quels sont ses
droits en tant que peuple, détenteur originaire du pouvoir politique.
D'autre part, les élections pluralistes et démocratiques n'ont aucun sens si la majorité du peuple
et des leaders politiques est incapable de comprendre les règles du jeu ni sa finalité; si les
électeurs ne sont pas en mesure de se prononcer de manière réfléchie et responsable sur le
choix des hommes devant les gouverner et les politiques qu'ils proposent; si le cadre
constitutionnel lui-même, le régime politique, les lois électorales leur sont totalement inconnus.
C'est l'épineux problème d'éducation politique des masses et aussi des leaders politiques qui
est indispensable à l'avènement d'une démocratie vraie et durable en RDC. L'éducation à la
démocratie et aux élections est une tâche cruciale qui conditionne très largement la qualité et la
réussite des élections sur le continent et appelle l'engagement de tous ceux qui militent pour la
démocratie en Afrique. Tout comme les élections elles-mêmes, cette éducation exige des
moyens et des infrastructures matérielles et financières.
La démocrate est fondée sur le voeu de posséder des dirigeants dotés de très hautes qualités
sociales, intellectuelles et morales. Elle se veut un gouvernement du peuple pour le peuple, par
les meilleurs choisis par le peuple parmi les meilleurs au sein du peuple. Elle exige l'excellence
non seulement des représentants du peuple, mais aussi de leurs électeurs, qui doivent opérer le
choix pertinent le meilleur. Tout choix non fondé sur des analyses et des arguments rationnels
et raisonnables est en tous points semblables à un tirage au sort minable. (133(*))
En définitive, il faut reconnaître que si la masse est mal informée ou peu éclairée, le pouvoir
pourra la manipuler et l'influencer plus facilement qu'il ne pourrait le faire à l'égard des
populations informées.
§10. Le manque du sens de l'histoire et de la reconnaissance des mérites des uns et des autres
Pour prévenir l'avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout
temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes
passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats. (134(*))
En RDC, la population est convaincue que les intellectuels qui ont choisi de faire de la politique
active leur métier, ont échoué parce qu'ils n'ont pas réussi à répondre aux attentes et aux
espoirs de tous, malgré leurs compétences et leurs positions dans la hiérarchie au sein des
institutions de l'Etat. Devenus politiciens, ces intellectuels se sont servis au lieu de servir. De ce
fait, ils sont accusés par la population d'être en partie responsables de sa misère. Et pour
réfuter ces accusations, ces politiciens se posent en victimes d'un système politique dans
lequel ils auraient allègrement évolué sans pouvoir réel. (135(*))
Mais paradoxalement, tous les régimes politiques, depuis l'indépendance jusqu'à ce jour,
négligent l'enseignement par lequel la science est transmise et font appel à des individus
incultes ou à des « intellectuels » recrutés non pour leur compétence, mais pour leur
militantisme. Ainsi, les véritables compétences se retrouvent dans la rue ou en exil, pendant que
des aventuriers et des pseudo-intellectuels prennent place dans des bureaux et participent aux
instances de décisions.
Voilà ce qui confirme la prophétie du feu professeur ILUNGA KABONGO qui a publié, il y a une
vingtaine d'années, un article dont le titre reste d'actualité : « La problématique de la recherche
scientifique en société bloquée : le fond du problème ». Décédé en exil, ce politologue congolais
avait prédit « qu'un jour on établira des corrélations fatales, à savoir par exemple : que la
mortalité infantile augmente dans la même proportion que le nombre des médecins docteurs ;
que la détérioration de l'état des routes et des bâtiments publics est directement
proportionnelle au nombre d'ingénieurs produits par l'université ; que le déficit alimentaire
augmente avec le nombre d'ingénieurs agronomes, etc. » (136(*))
Déjà au lendemain de nos indépendances, le collège des commissaires auquel MOBUTU a fait
recours pour lui confier la gestion du pays a posé le premier acte de démission de l'intelligence
sur notre sol. Il s'est plongé dans l'illusion de vouloir sauver la nation sans analyser avec lucidité
les enjeux de la situation néocoloniale dans laquelle nous étions entrés ni à chercher à
comprendre ce qui se trainait derrière le surgissement de MOBUTU sur la scène politique de
notre pays. Ce péché originel, a été suivi d'autres démissions de l'intelligence. Le manifeste de
la n'sele et la mise sur pied du système de la dictature n'ont été possibles que parce que des
diplômés se sont courbés devant le nouveau maitre du pays pour servir et élaborer pour lui les
principes et les stratégies de domination. Le mouvement populaire de la révolution (MPR),
comme parti unique et cadre de destruction de la liberté, n'a pu s'épanouir que par la force d'une
élite asservie au pouvoir et en quête d'une visibilité sociale de nouveaux riches.
Comme avec ce parti unique de MOBUTU, l'alliance des forces démocratiques pour la libération
(AFDL) de Laurent Désiré KABILA a débarqué à Kinshasa avec sa propre cohorte d'intellectuels
qui ont inauguré une nouvelle période de la démission de l'intelligence. Du mobutisme, on est
passé au kabilisme, avec les mêmes principes, les mêmes comportements et les mêmes
pratiques sociales des intellectuels au service du prince, sans aucune distance critique par
rapport aux réalités ni aucune capacité d'éclairer le pouvoir sur les enjeux véritables de la
situation du pays. (137(*))
Aujourd'hui, avec le président Joseph KABILA, les mêmes personnes reprennent avec les
mêmes comportements, les mêmes pratiques et attitudes. Faudra-t-il attendre l'après pouvoir,
pour afin reprendre la routine : « c'était la faute du système ».
Il n'y a pas continuité de l'Etat et cela se traduit généralement par le fait que lorsqu'une nouvelle
classe politique arrive au pouvoir, l'ancienne a souvent tendance à aller en exil. Et que de ce fait
le premier acte que cette classe politique au pouvoir pose c'est de réfuter tout ce qui a été fait
avant elle et de considérer que tout est reparti à zéro, dans ce contexte peut on espérer au
progrès alors que chaque fois que nous sommes obligés avant le changement de régimes de
repartir chaque fois à zéro ?
Les congolais devront se réconcilier avec l'histoire et la responsabilité de chaque congolais en
général et de la classe politique et de l'élite intellectuelle en particulier serait celui de restituer au
peuple son histoire, transcendant toute subjectivité car aucune nation à travers le monde ne
peux se bâtir et se développer sans prendre en compte sa propre histoire et son passé. Et à ce
sujet, la reforme de notre système d'éducation et d'enseignement s'impose car à quoi servira le
fait par exemple d'enseigner aux générations futures l'histoire de la France, de la Rome antique,
si au demeurant ces derniers ne maitrisent même pas l'histoire congolaise ?
§11.L'impunité
Dans une société démocratique, l'exercice des charges publiques ou l'accomplissement d'un
mandat électif doit être considérée comme une obligation et non pas une entreprise lucrative.
L'accession au pouvoir ne peut pas être assimilée à la recherche du gain facile, à la loi du
moindre effort ou au positionnement personnel. Tel ne semble pas toujours le cas en pratique.
La majorité des acteurs politiques congolais font de la politique non pas pour rendre service ou
accomplir un devoir, mais pour en tirer un profit personnel. (139(*))
La lutte contre l'impunité est une valeur constitutionnelle qui exige que les gouvernants soient
comptables de leurs actes. L'absence d'une réelle responsabilité politique et pénale des
gouvernants ne peut qu'aggraver leur impunité et portant retarder l'avènement de l'Etat de droit.
La justice exige que l'Etat respecte et use des moyens à sa disposition pour faire respecter le
principe de l'égalité de tous devant la loi, et eu égard aux chances de succès personnel. Une
société démocratique apparaît donc comme une société à haut degré de justice. Elle est un Etat
de droit et qui travaille avec le maximum d'efficacité dans la sanction, négative et positive à
faire respecter le droit, la justice, la légalité, et à faire éclore les talents utiles à la vie et à la
prospérité de la société et de chacun des citoyens qui la composent.
La corruption constitue un mal qui détruit les individus et les nations. Si elle permet aux uns de
s'enrichir, elle ravage en même temps des milliers de foyers où elle sème le dénuement, la
pauvreté, la misère. Aucune nation ne peut se développer si les citoyens versent dans la
corruption, la concussion et le détournement des deniers publics.
De telles pratiques détraquent le fonctionnement normal des services de la nation. Elles sont
contraires à la loi et à la morale, et doivent être découragées par une punition exemplaire. Une
nation qui désire se développer et progresser est donc obligée de mener un combat sans
complaisance contre la corruption. (140(*))
Aucune gestion du pouvoir ne peut être efficace si elle ne s'appuie sur les valeurs républicaines
mais aussi sur l'exigence de la sanction sans complaisance des actes individuels et collectifs
posés dans la cité. Il s'agit, négativement, de punir avec rigueur et conformément à la loi les
personnes dont les actes ou la conduite s'écartent à la loi, les personnes dont les actes ou la
conduite s'écartent des règles requises mais il s'agit aussi de rendre hommage et d'encourager
les actes civiques, efforts et talents qui font honneur au pays et concourent à son progrès.
La juste sanction rigoureuse est ce qui a manqué le plus dans nos pays africains post-coloniaux.
Des individus et des groupes ethniques se sont comportés avec barbarie, désinvolture et sans
égards pour les autres. Et ils sont généralement restés impunis. L'impunité est une porte
ouverte au laisser-aller et à l'anarchie. Une bonne gestion du pouvoir doit fixer tant soit peu
correctement les espaces de liberté ainsi que les limites d'action des individus et des
collectivités ethniques, en même temps qu'elle doit assumer la tache délicate de réprimer les
errements. Aucune ethnie n'a le droit ni de soumettre une autre ethnie ni de lui priver les moyens
de vie et de succès.
L'impunité reste ce faisant l'un de plus grand maux qui gangrène la société congolaise, la
corruption est instituée de nos jours comme mode de gouvernance et de gestion de la cité.
Il convient de préciser avant de terminer ce paragraphe que la sanction dont nous en appelons
dans ce travail n'est pas seulement juridique mais aussi sociale. En effet, si hier dans nos
sociétés primitives traditionnelles tout membre de la communauté qui posait des actes
contraires à la conduite sociale exigée et à l'ordre établi se voyait voué à l'isolement, à
l'indifférence et au rejet des autres membres du corps social pour ainsi marquer leur indignation,
de nos jours une telle culture semble s'écarter de notre vécu quotidien car, au lieu de subir une
désapprobation de tous, les marginaux sont par contre ovationner par le public quand bien
même que leurs comportements ne s'accommoderaient pas aux exigences sociales
élémentaires .
Mais enfin que faire pour bâtir un Etat de droit véritablement démocratique en RDC ? Telle est la
substance de la section suivante.
Lorsqu'on considère le poids des limites potentielles auxquelles est soumise la construction de
l'Etat de droit, on a l'impression que la notion pourtant indispensable à la démocratie et au
développement du pays semble s'éloigner des portes de la République Démocratique du Congo.
Eprouvant les difficultés de rassembler le critère de définition d'un Etat de droit démocratique,
Robert Badinter s'est résolu de ne proposer que quelques réflexions. L'auteur affirme qu'il « n'y a
dans un Etat de droit démocratique de modèle préétabli : il y a plutôt des principes, ce qui n'est
pas la même chose. Il n'y a pas, pour parvenir à un Etat de droit démocratique, de recettes pures
: il y a que des expériences, avec des conséquences que l'histoire de chaque pays permet de
dégager. (142(*))
Compte tenu des ambivalences relevées dans l'édification d'un Etat de droit démocratique au
Congo, il nous parait utile, sans s'enfermer dans des considérations théoriques et stériles de
proposer de façon beaucoup plus pragmatique quelques lignes de conduite à suivre afin qu'en
République Démocratique du Congo soit bâtie une démocratie florissante au coeur de l'Afrique.
Pour ce faire il faudra pour la RDC :
Aussi, Alors que la démocratie est essentiellement associée aux valeurs et intérêts de la classe
moyenne. Les frontières de la démocratie coïncident à peu près avec celles du développement
économique. Comparée à l'autoritarisme triomphant des trente premières années des
indépendances, la démocratie en RDC relève sans aucun doute de la vertu. Or, comme le faisait
remarquer Saint Augustin, ce «père de l'Eglise (catholique)» aux origines africaines, «la vertu
exige un minimum d'aisance» qui, malheureusement, fait encore largement défaut au Congo.
Quant aux partis politiques, disons tout de suite qu'ils sont en réalité une véritable école
d'apprentissage de connaissances et de l'exercice du pouvoir politique. A ce titre en RDC, vu la
multiplicité des partis politiques qui ne cessent de naitre du jour au jour, allant même jusqu'à
brouiller le paysage politique, il y a lieu de penser autrement quant à l'avenir de ces partis
politiques. A ce titre il faudra par exemple conditionner l'agrément d'un parti politique à un
minimum d'aisance matérielle et financière car on ne crée pas un parti uniquement pour le
plaisir de le faire, mais il faut cependant s'assurer des moyens de pouvoir le faire fonctionner à
tous les échelons de la vie nationale et assurer sa pérennité et dans ce même ordre d'idée, ces
partis politiques doivent répondre à certains préalables à savoir : Comment ils sont différents
des autres partis existants?. Comment le programme de ces partis sera-t-il profitable pour le
citoyen moyen? Au lieu d'assister impuissant à la formation de partis politiques multiples ayant
les mêmes vues mais seulement se disputant le problème de leadership.
L'étude de la manière dont sont organisées le fonctionnent des partis politiques congolais
permet d'observer que ces derniers ne sont pas constitués sur des bases démocratiques et
idéologiques bien connues et comprises des membres. A l'absence des programmes politiques
crédibles et fiables, s'ajoute une propension à l'autoritarisme dans la gestion de ces partis,
raison pour laquelle ces partis politiques survivent difficilement en l'absence de leurs leaders.
Au demeurant les partis politiques en RDC devront pour l'avenir se bâtir autour des idées fortes
et que la présidence de ces partis devra se faire de manière rotative par voie d'élections
organisées régulièrement. Cela aura l'avantage de permettre à ces partis de continuer le combat
et de survivre même à l'absence du leader et de ne pas s'identifier en lui.
Enfin, il faut africaniser la démocratie congolaise. En effet africaniser cette démocratie ne veut
pas dire doter la RDC d'une démocratie au rabais, c'est tout simplement forger une démocratie
respectueuse des principes fondamentaux en droits de l'Homme, mais aussi de réalités
africaines positives comme le sens du partage et la solidarité, tout cela étant bien sûr soutenu
par un système judiciaire efficace et indépendant, ajouter à cela une éducation civique des
citoyens, clé d'une démocratie réussie. Et tout bien considéré, l'élite intellectuelle en général et
politique en particulier ont chacune, dans sa sphère de compétence une responsabilité majeure
dans la construction d'un Etat de droit démocratique en RDC.
CONCLUSION
Cette étude est partie de deux constatations majeures. La première, observant les violences qui
accompagnent toujours les périodes préélectorales, électorales et post-électorales en Afrique
en général et en République Démocratique du Congo en particulier, nous avons été amené à
réfléchir sur la corrélation qui puisse exister entre l'Etat de droit et la démocratie ou mieux que
deviendrait la démocratie si on la détachait des élections. Et il a été clairement dit que la
corrélation entre Etat de droit et une démocratie est grande d'autant plus que toute démocratie
est nécessairement un Etat de droit mais tout Etat de droit n'est pas nécessairement un Etat
démocratique. S'agissant des élections, il a été prouvé que celles-ci sont l'expression la plus
évidente et la plus achevée de la liberté. On est libre que quand on est à même de choisir.
La seconde, nous avons été poussé à nous demander si en RDC, contrairement au texte, le jeu
démocratique se joue comme il se doit et à ce titre vu les différentes pratiques qui rongent
encore la scène politique congolaise nous avons constaté que ce jeu semble ne pas bien se
jouer en RDC.
De ces deux constatations nous avions abouti à une conclusion à savoir si on pouvait retenir le
qualificatif d'Etat de droit démocratique pour la RDC tel que voulu par l'article premier de la
constitution du 18 février 2006 étant bien considéré que le jeu démocratique ne se joue pas
encore comme il se doit. Et dans ce contexte, s'agissant de la RDC, il a été souligné que rien ne
nous autorise à ce jour à ne pas retenir le qualificatif d'Etat de droit démocratique pour la RDC
car, en soi, l'Etat de droit démocratique reste de tout temps un idéal auquel tous les Etats
aspirent et qu'à ce stade aucun pays du monde ne peut prétendre avoir atteint la pure forme de
démocratie et d'Etat de droit. En effet, en RDC, l'Etat de droit démocratique est perceptible du
point de vu des textes et des agencements institutionnels, mais quant à la pratique beaucoup
reste encore à faire.
Dans notre pays où l'accession au pouvoir est l'occasion pour les vainqueurs de s'emparer du «
gâteau » national avec gloutonnerie et d'en jouir seuls au détriment des intérêts vitaux de tous
les citoyens. Ce travail est un défi lancé à la nouvelle génération montante, qui doit sans tarder,
s'engager résolument dans la recherche des solutions à la grande crise congolaise sous peine
de voir son avenir lui échapper et son pays, au mieux relégué au dernier rang, au pire disloqué.
En effet, compte tenu de la position stratégique de notre pays dans le monde, compte tenu
d'immenses atouts humains dont nous disposons et de ressources naturelles immenses qui
font de notre pays une terre de grandes espérances, le rêve que nous devons bâtir en RDC et
l'ambition que nous devons tous porter sont ceux d'une nation appelée à construire la politique
d'humanité et de civilisation pour la proposer à toute l'Afrique et au monde d'aujourd'hui.
Nous devons pour ce faire devenir la plus belle, la plus forte et la plus rayonnante démocratie du
continent africain. Si nous voulons échapper au destin de guerre, de violence, de misère,
d'inconscience et d'impuissance qui domine notre nation actuellement, nous n'avons pas d'autre
choix que celui de devenir une grande démocratie au coeur de l'Afrique : une vraie démocratie
où le pouvoir politique puisse garantir à chaque citoyen les possibilités les meilleures d'assumer
sa liberté, d'exercer ses responsabilités et de faire resplendir tous les pouvoirs et toutes les
énergies de sa créativité pour une sociétés du bonheur partagé.
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