Lundi
12
septembre
8
h
07
[GMT
+
1]
NUMERO 24
Je
n’aurais
manqué
un
Séminaire
pour
rien
au
monde—
PHILIPPE
SOLLERS
Nous
gagnerons
parce
que
nous
n’avons
pas
d’autre
choix
—
AGNES
AFLALO
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
JACQUES-ALAIN MILLER
Hommage à Madame la Directrice
de l’Ecole normale supérieure
*
Bonsoir.
Avant
de
lire
le
passage
qui
m’a
été
assigné
par
Catherine
Clément,
vous
me
permettrez
de
dire
quelques
mots.
Je
veux
ce
soir
rendre
hommage
à
la
Directrice
de
cette
Ecole,
qui
a
bien
voulu
accueillir
l’initiative
de
mon
amie
Catherine
Clément.
Mme
la
Directrice
a
ainsi
permis
que
s’accomplisse
ici
ce
qui
est
un
acte,
un
acte
de
l’Université
française,
en
l’un
de
ses
hauts
lieux.
Cet
acte
est
un
acte
de
réparation,
sinon
de
contrition,
à
l’endroit
où
Jacques
Lacan
fut
maltraité.
Certes,
il
fut
reçu
en
ces
lieux
alors
qu’il
se
trouvait
proscrit
par
l’Association
internationale
de
psychanalyse.
Il
trouva
ici
un
abri
où
poursuivre
son
Séminaire,
et
c’est
l’honneur
de
l’Ecole
normale
supérieure
que
de
lui
avoir
offert
cet
abri.
J’en
suis
reconnaissant
au
Directeur
de
cette
Ecole,
à
l’époque,
Robert
Flacelière,
par
ailleurs
helléniste
distingué,
et
spécialiste
de
ce
Plutarque
qui
aujourd’hui
m’inspire
pour
écrire
la
Vie
de
Lacan.
Et
je
rends
aussi
ce
que
je
lui
dois
à
Louis
Althusser,
qui
était
alors
le
secrétaire
général
de
l’Ecole.
Mais
il
se
trouve
que,
quelques
années
plus
tard,
Jacques
Lacan
fut
chassé
de
cette
Ecole,
et
par
ceux-‐là
même
qui
l’y
avaient
accueilli.
Le
prétexte,
Lacan
l’a
dit
et
s’en
est
gaussé,
c’était
la
fumée
des
cigarettes
de
ses
auditeurs
qui,
pénétrant
par
le
plancher,
paraît-‐il,
venait
incommoder
les
hôtes
du
Directeur.
Il
y
avait
aussi
qu’on
mettait
en
question
le
caractère
bigarré,
bizarre,
anormal,
de
son
auditoire.
En
fait,
il
y
avait,
après
quelques
années
de
présence
de
Lacan
dans
cette
Ecole,
ce
qu’on
pourrait
appeler,
dans
les
termes
d’aujourd’hui,
une
Lacan-‐fatigue.
Et
comment
ne
pas
la
comprendre
?
Lacan
était
fatigant,
en
effet.
Cependant,
lorsqu’il
reçut
l’avis
d’avoir
à
déguerpir
–
qui
fut
formulé
dans
les
termes
les
plus
courtois
qui
soient,
car
le
Directeur
de
l’Ecole
était
un
homme
courtois
–
eh
bien,
Lacan
ne
se
comporta
pas
bien.
Se
tenir
bien,
cela
aurait
été
accepter,
faire
comme
si
de
rien
n’était,
et
s’incliner
devant
la
direction
de
l’établissement
par
une
sorte
de
Fiat
voluntas
tua
!
Je
dois
à
la
vérité
de
dire
que
Lévi-‐Strauss,
pourtant
ami
de
Lacan,
considéra
que
son
ami
ne
savait
pas
se
tenir.
Néanmoins,
un
grand
écrivain,
Philippe
Sollers,
a
rappelé
mardi
soir
à
Paris
qu’il
avait
été,
lui,
disponible
pour
accompagner
Lacan
dans
cette
épreuve,
et
pour,
en
quelque
sorte,
militer
avec
lui.
Des
années
plus
tard,
il
y
a
trois
jours,
il
a
su
témoigner
avec
émotion
et
avec
fierté
d’avoir
été
le
compagnon
de
Lacan
à
ce
moment-‐là.
Je
dois
dire
que
la
proscription
ne
finit
pas
avec
le
départ
de
Lacan.
Et
lorsque
je
vins
moi-‐
même,
il
y
a
dix
ou
quinze
ans,
demander,
comme
«
archicube
»,
une
salle
pour
mon
séminaire
d’études
approfondies
à
mon
vieux
copain,
à
mon
cothurne
Bernard
Pautrat,
dont
je
ne
pouvais
pas,
dont
je
ne
peux
toujours
pas
soupçonner
la
bonne
volonté,
il
me
dit
:
«
Que
veux-‐tu,
je
ne
peux
pas
demander
cela
au
conseil
d’administration,
vu
la
façon
dont
Lacan
s’est
comporté
».
Et
là,
j’ai
compris
que
je
portais,
moi
!
encore
le
péché,
même
pas
le
péché
du
père,
le
péché
du
beau-‐père,
sur
mes
épaules.
Eh
bien,
je
reparle
ici,
à
l’Ecole
normale
supérieure,
pour
la
première
fois
depuis
que
j’ai
quitté
cette
Ecole
après
ce
qu’on
appelait
«
l’année
supplémentaire
».
Prenant
la
parole
ici
ce
soir,
et
en
mon
nom,
avant
de
lire
ce
que
j’ai
rédigé
du
Séminaire
de
Lacan,
je
considère
que
cette
proscription
est
levée.
Et
j’en
rends
hommage
à
la
Directrice
actuelle
de
cette
institution
que
j’aime
et
que
je
respecte,
Monique
Canto-‐Sperber.
Assurémment,
tout
accueil
est
ambigu.
On
entend
ces
jours-‐ci
une
rumeur,
un
discours
qui
nous
dit
que
Lacan
fait
désormais
consensus,
qu’il
est
devenu
un
classique,
et
les
plus
enthousiastes,
parmi
lesquels
mes
amis
Catherine
Clément
et
Jean-‐Claude
Milner,
vont
jusqu’à
dire
que
le
siècle
est
lacanien,
est
d’ores
et
déjà
lacanien,
ou
est
presque
lacanien.
Ils
me
permettront
là-‐dessus
de
différer
de
leur
avis.
Le
siècle
est
lacanien,
j’entends
cette
sentence
comme
un
encouragement
qui
veut
dire
:
«
Dormez
les
petits
!
La
partie
est
gagnée.
»
Elle
ne
l’est
pas
!
(le
poing
droit
frappe
la
table.)
Le
siècle,
sans
doute,
est
lacanien
parce
que
Lacan
nous
permet
de
déchiffrer,
nous
aide
à
déchiffrer
le
siècle.
J’ai
pu
dire
dans
telle
interview
au
magazine
Le
Point,
que
l’évidence
de
«
Il
n’y
a
pas
de
rapport
sexuel
»
éclatait
désormais
aux
yeux
de
tous.
Il
n’en
demeure
pas
moins
qu’un
combat
est
en
cours,
qui
n’est
pas
gagné,
qui
est
le
combat
de
Lacan,
et
qu’il
qualifiait
d’être
le
combat
des
Lumières.
Ainsi,
il
y
a
deux
Lacan,
aujourd’hui,
qui
se
regardent
en
chiens
de
faïence,
si
j’ose
dire.
Il
y
a
un
Lacan
aseptisé,
mortifié,
celui
qui
ferait
l’accord
de
tous.
J’ai
reçu
à
ce
propos
un
message
de
mon
fils
Luc
-‐
qui
n’est
pas
été
élève
de
l’Ecole
normale
supérieure,
mais
de
l’Ecole
Polytechnique.
Ce
n’est
pas
un
«
littéraire
»
comme
je
l’ai
été
ici,
c’est
un
mathématicien.
J’ai
publié
de
lui,
il
y
a
deux
jours,
une
lettre
émouvante
où
il
évoquait
la
défense
du
nom
propre,
de
notre
nom
de
famille.
Là,
après
l’émotion,
c’est
plutôt
le
comique
–
ce
qui
est
très
lacanien.
«
Papa,
me
dit-‐il,
suite
à
la
petite
chronique
de
l’Ecole
normale
supérieure
dans
Lacan
Quotidien
n°19,
je
tiens
à
t’assurer
que
cet
établissement
a
su
maintenir
bien
vivante
sa
grande
tradition
en
mathématiques.
Il
n’est
pas
bien
sûr
que
l’ouverture
d’une
Chaire
d’excellence
en
Nécrologie
lacanienne
serait
de
nature
à
lui
insuffler
un
surcroît
d’esprit
pionnier.
Le
souffle
de
l’Orientation
lacanienne,
circulant
pourtant
tout
autour
du
globe,
serait-‐il
trop
vif
pour
stimuler
ces
«
chères
jeunes
têtes
bien
faites
»
?
Force
est
de
constater
qu’en
ce
moment,
il
fait
claquer
quelques
portes.
Ton
mathématicien
de
fils,
Luc.
»
Eh
bien,
en
face
du
Lacan
mortifié,
du
Lacan
dont
on
étudie
l’héritage,
à
partir
de
dossiers
d’huissier,
je
suis
le
tenant,
moi,
d’un
autre
Lacan,
un
Lacan
qui
vit
!
(le
poing
droit
frappe
la
table.)
un
Lacan
auquel
j’ai
donné
une
partie
de
ma
vie.
Celui-‐là,
c’est
Lacan
«
le
dérangeur
»
comme
l’appelait
Sollers
l’autre
soir.
C’est
celui
qui
pouvait
dire
que
son
nom
était
devenu
ineffaçable
précisément
parce
qu’on
avait
essayé
de
l’effacer.
Et
en
cette
rencontre,
je
dirai
en
toute
modestie
qu’on
s’est
employé
à
gommer
mon
nom
partout
-‐
dans
les
magazines,
dans
les
radios,
dans
les
librairies,
dans
les
journaux
quotidiens.
Cette
volonté
mauvaise,
méchante,
d’effacer
mon
nom,
que
je
n’avais
jamais
mis
en
avant,
a
pour
résultat
que
désormais
je
défendrai
mon
nom
!
(le
poing
droit
frappe
la
table.)
Elle
me
conduit
aussi
à
m’interroger
sur
ce
qui,
en
moi,
a
pu
susciter
de
telles
réactions
de
défense
professionnelle,
corporatiste,
intellectuelle
aussi,
contre
ma
présence,
et
contre
mon
nom,
que,
désormais,
je
défendrai,
à
partir
de
ce
soir.
De
tout
cela,
Madame
la
Directrice,
Monique
Canto-‐Sperber,
je
vous
rends
hommage.
J’en
rends
hommage
aussi
à
Catherine
Clément.
Et
c’est
pour
cela
que
je
vous
donnerai
à
chacune,
tout
à
l’heure,
ce
que
j’ai
pu
acheter
pour
vous
dans
l’après-‐midi,
à
savoir
une
petite
plaque
de
chocolat,
de
chez
Jadis
et
Gourmande.
*
Maintenant,
je
vais
procéder
à
la
lecture
d’une
partie,
la
partie
qui
m’est
assignée,
du
chapitre
que
j’ai
intitulé
39
de
fièvre,
extrait
du
Séminaire
de
Lacan,
le
Livre
XVI,
D’un
Autre
à
l’autre
[p.
135-‐241,
jusqu’à
la
phrase
:
«
Pour
quiconque
se
fait
des
illusions
sur
ce
qu’on
appelle
le
progrès,
j’entends
poser
ceci.
»].
Avant,
je
savais
imiter
Lacan,
j’avais
sa
voix
dans
l’oreille.
Maintenant,
je
ne
sais
plus.
Bon.
Je
vais
interpréter.
[Commentaire
après
la
phrase
:
«
De
mémoire
d’historien,
on
n’a
jamais
entendu
parler
d’organe
de
gouvernement
qu’on
quitte
en
donnant
sa
démission
»].
Il
faut
quand
même
que
je
rappelle
que
Lacan
dit
ça
en
mars
1969,
quand
De
Gaulle
a
annoncé
qu’il
démissionnerait
s’il
perd
le
référendum
d’avril.
[Suite
et
fin
de
la
lecture
;
le
lecteur
passe
le
relais
à
Catherine
Millot.]
Catherine,
à
vous.
Texte
enregistré
et
transcrit
par
Michèle
Simon,
relu
et
corrigé
par
J.A.
Miller
Le
9
septembre
2011,
quelque
chose
a
changé
par
Clotilde
Leguil
Nous
sommes
le
9
septembre
2011,
il
est
minuit
à
Paris,
il
fait
très
doux
dans
la
cour
de
l’Ecole
normale
supérieure
de
la
rue
d’Ulm,
on
se
croirait
encore
en
plein
été.
Lacan
est
mort
il
y
a
trente
ans.
Nous
sommes
là
pour
écouter
des
lectures
de
ses
textes,
après
avoir
vu
ou
revu
l’émouvant
documentaire
de
Gérard
Miller
Rendez-‐vous
avec
Lacan,
mais
nous
sommes
là
aussi
parce
que
trente
ans
après
la
mort
de
Lacan,
la
rumeur
médiatique
s’est
répandue
qu’il
n’y
pas
de
successeur
de
Lacan,
qu’il
n’y
en
a
jamais
eu,
qu’après
lui
tout
s’est
arrêté,
et
qu’il
ne
reste
plus
qu’à
faire
de
l’histoire
de
la
psychanalyse
pour
rendre
compte
de
son
héritage.
Nous
sommes
là
parce
que
cette
rumeur
ne
résulte
pas
seulement
de
la
désinformation
de
journalistes
qui
connaîtraient
mal
le
milieu
psychanalytique,
mais
d’une
volonté
délibérée
de
faire
comme
si
Jacques-‐Alain
Miller
n’existait
pas,
comme
s’il
n’avait
jamais
existé
et
jamais
rien
apporté
à
la
psychanalyse.
Il
est
minuit
et
quelques
poussières.
Jacques-‐Alain
Miller
arrive
accompagné
de
sa
fille.
Il
vient
nous
parler.
Il
dit
alors
ce
qu’il
n’avait
jamais
dit
auparavant,
car
jusqu’ici,
il
avait
fait
avec
et
supporté,
en
pensant
sans
doute
que
le
plus
important
n’était
pas
là,
qu’il
ne
fallait
pas
se
laisser
divertir
pas
les
médisances,
mais
continuer
de
mettre
toute
son
énergie,
toute
sa
passion,
tous
ses
intérêts,
au
service
de
la
transmission
de
l’enseignement
de
Lacan,
non
seulement
en
établissant
le
Séminaire,
mais
aussi
en
faisant
cours
pour
tous
ceux
qui
souhaitaient
découvrir
Lacan,
avancer
dans
son
orientation,
et
en
animant
par
des
créations
institutionnelles
le
mouvement
psychanalytique
lacanien
dans
le
monde.
Jusqu’ici,
il
avait
considéré
que
c’était
contre
les
thérapies
cognitivo-‐
comportementales
qu’il
fallait
se
battre,
contre
les
amendements
cherchant
à
transformer
la
psychanalyse
en
psychothérapie
évaluable
quantitativement.
Mais
ce
soir,
quelque
chose
a
changé.
Pour
lui
et
aussi
pour
nous.
Jacques-‐Alain
Miller
nous
parle
dans
la
cour
aux
Ernest
de
l’Ecole
normale
supérieure
de
la
rue
d’Ulm,
qui
fut
aussi
son
Ecole,
au
moment
même
où
Lacan
y
fut
accueilli
en
1964
après
son
excommunication,
l’Ecole
grâce
à
laquelle
il
a
rencontré
Lacan.
Comme
il
le
rappelle
lui-‐même,
c’est
la
première
fois
qu’il
est
reçu
dans
l’enceinte
de
cette
Ecole
depuis
qu’il
l’a
quittée,
il
y
a
plus
de
quarante
ans.
Cette
fois-‐ci,
à
partir
d’aujourd’hui,
il
défendra
son
nom,
il
ne
laissera
plus
officier
celles
et
ceux
qui
travaillent
à
gommer
son
existence,
et
comme
il
le
dit
lui-‐même
en
évoquant
l’accueil
que
lui
a
fait
Monique
Canto-‐Sperber,
c’est
un
acte.
Et
c’est
en
ce
lieu
où
il
nous
parle
pour
la
première
fois
qu’il
dit
au
nom
des
siens,
qu’il
ne
laissera
plus
son
nom
être
ainsi
maltraité.
Ce
n’est
certainement
pas
à
Jacques-‐Alain
Miller
de
dire
qu’il
est
le
successeur
de
Lacan.
Mais
puisque
certains
feignent
d’ignorer,
non
seulement
son
immense
travail
pour
la
psychanalyse,
mais
même
son
existence,
nous
pouvons
dire
que
pour
nous,
pour
toutes
celles
et
ceux
qui
l’écoutent
chaque
semaine
depuis
de
nombreuses
années,
qui
découvrent
le
Séminaire,
sans
parfois
avoir
rien
pu
saisir
des
Ecrits
que
Lacan
lui-‐même
avait
qualifié
d’illisibles,
pour
nous
tous,
il
est
le
passeur
de
Lacan.
Notre
Lacan
aujourd’hui,
notre
Lacan
au
XXIe
siècle,
c’est
un
Lacan
avec
Miller.
Non
pas
le
Lacan
de
Miller,
mais
un
Lacan
que
Miller
sait
faire
résonner,
sait
élucider,
sait
aussi
prolonger,
en
ne
l’imitant
pas
mais
en
prenant
le
risque
d’avancer
parfois
là
où
Lacan
lui-‐même
s’est
arrêté.
Si
la
psychanalyse
lacanienne
a
pu
se
transmettre
aux
générations
suivantes,
ce
n’est
pas
grâce
à
des
biographies
de
Lacan,
mais
grâce
à
celui
qui
donne
de
sa
voix,
de
sa
pensée,
de
son
existence,
pour
rendre
Lacan
non
seulement
vivant
mais
pour
nous
tendre
aussi
la
main
afin
de
nous
faire
pénétrer
dans
les
labyrinthes
de
son
élaboration
si
complexe.
Nous
suivons
alors
le
fil
de
Miller
et
nous
nous
apercevons
qu’après
l’avoir
entendu,
nous
ouvrons
Lacan
et
nous
ne
nous
sentons
plus
étrangers
à
ce
que
Lacan
dit,
à
ce
qu’il
écrit,
nous
lisons
Lacan
et
nous
devenons
lacanien.
Et
cela
personne
ne
nous
obligera
nous
plus
à
le
taire,
à
faire
comme
si
cela
n’était
rien,
à
nous
renier
nous-‐même
pour
nous
plier
aux
diktats
de
ceux
qui
font
mine
de
défendre
la
psychanalyse
contre
le
cognitivo-‐
comportementalisme
alors
que
leur
but
profond
est
de
faire
disparaître
le
nom
de
celui
qui
rend
la
psychanalyse
lacanienne
vivante.
Il
est
minuit
et
des
poussières,
Jacques-‐Alain
Miller
lit
39
de
fièvre,
la
leçon
du
19
mars
1969
du
Séminaire
XVI,
une
leçon
où
la
voix
de
Lacan
s’entend
d’autant
plus
qu’il
parle
de
lui
et
de
sa
fatigue.
Il
n’imitera
pas
la
voix
de
Lacan,
mais
il
interprétera
ce
texte,
nous
dit-‐il.
Il
interprète
alors
en
y
étant
de
tout
son
corps,
comme
un
acteur
qui
s’oublie
lui-‐même,
qui
laisse
le
texte
faire
exister
le
personnage
et
pendant
ce
court
moment,
nous
voilà
dans
cette
cour
en
cette
fin
d’été
à
Paris
comme
transporté
à
Avignon,
dépaysé,
redécouvrant
ce
texte.
Si
Miller
est
pour
nous
le
passeur
de
Lacan,
c’est
que
ce
qu’il
a
fait
ce
soir,
c’est
aussi
ce
qu’il
fait
pour
nous
depuis
si
longtemps,
il
interprète
Lacan
pour
ne
jamais
le
laisser
enterrer
pas
des
croque-‐morts
qui
préfèrent
que
la
psychanalyse
disparaissent
plutôt
que
de
reconnaître
celui
grâce
à
qui
elle
continue
d’être
l’objet
d’un
désir
vivant.
Un
maestro
no
es
un
amo
por
Marta
Serra
Trabajo
como
psicoanalista
lacaniana,
es
así
como
por
ahora
puedo
nombrar
lo
que
soy.
Ha
sido
un
camino
largo
para
el
que
he
tenido
tres
maestros,
palabra
que,
por
suerte,
en
español
no
se
confunde
con
amo.
Primero
encontré
a
Freud.
Todo
lo
que
él
escribió
me
hablaba.
Después
llegó
Lacan.
Sus
escritos
me
resultaban
farragosos,
crípticos,
pero
me
generaban
preguntas
suficientes
como
para
ir
a
buscar
respuestas
en
una
cura
orientada
por
su
enseñanza.
Por
último
encontré
a
Miller.
O
le
busque.
Él
encarnó
la
voz
que
me
permitió,
poco
a
poco,
acceder
a
la
letra
lacaniana.
Sus
enseñanzas
se
encadenan
y
se
entremezclan,
aclarándose.
Ahora
para
mí
hay
una
serie,
o
sea,
hay
algo
serio.
Quizás
por
eso,
las
anécdotas
me
pueden
divertir,
pero
igual
que
los
chistes,
las
olvido
rápido.
Como
seres
de
carne
y
lenguaje
tienen
una
vida,
la
suya.
Nunca
me
la
propusieron
como
un
modelo
a
imitar.
Creía
que
celebrar
el
nacimiento
de
Lacan
era
celebrar
lo
que
nos
legó
en
saber.
Algunos,
por
el
contrario,
aprovechan
la
coyuntura
para
gozar
de
atacar
a
su
maestro,
Freud,
o
a
su
discípulo,
Miller.
Con
y
sin
palabras.¿Tienen
alguna
enseñanza
que
aportarnos
con
su
crítica
y
su
fisgoneo?¿Hay
algún
saber
a
descifrar
en
lo
que
dicen?¿en
lo
que
silencian?
No.
Entonces
podemos
dedicarnos
a
celebrar
el
legado
de
Lacan
que
Miller
nos
brinda.
Sin
él
muchos
no
se
podrían
llamar
lacanianos.
Yo
entre
ellos.
L’auteur
est
psychanalyste
à
Barcelone.
LIENS
AVEC
LA
PRESSE
Des
photos
de
la
soirée
sous
les
platanes
à
l’ENS
ont
été
mises
en
ligne
par
David
Genzel.
Je
n'y
étais
pas,
mais
presque,
malgré
tout,
à
la
soirée
Lacan
à
l'ENS...
:
[Link]
Et
merci
pour
votre
message...
(lu
et
relu).
Amicalement,
David
G.
Jacques-‐AlainMiller
<[Link]@[Link]>
a
écrit
à
"David
Genzel"
<[Link]@[Link]>
Date:
Mercredi
7
septembre
2011,
6h37
Je
suis
touché,
ému,
de
voir
Vie
de
Lacan
figurer
dans
votre
chronique
si
plaisante
et
originale,
que
j’aime.
Comme
un
spectateur
qui
s’apercevrait
brusquement
qu’il
est
sur
la
scène.
Car
c’est
la
scène
du
monde,
cette
chronique,
chaotique,
contingente,
hors
sens
et
narrant
des
rencontres,
le
monde
reflété
dans
le
bassin
du
Luxembourg,
mais
le
monde
n’étant
fait
que
d’un
enchevêtrement
d’innombrables
Lilliput
...
A
vous,
JAM
Un
article
d'Alain
Beuve-‐Méry,
«
Lacan
change
de
rayon
»,
paru
dans
Le
Monde
vendredi
dernier,
clarifie
les
enjeux
:
<[Link]
rayon_1569948_3260.html>
DERNIERE
MINUTE
Francis
Donovan
nous
communique
cette
information,
qu’il
a
trouvée
à
l’adresse
:
[Link]
ARRESTATION
DE
LA
PSYCHANALYSTE
SYRIENNE
RAFAH
NACHED
Le
samedi
10
septembre
à
1
heure
du
matin
(heure
de
Damas),
la
psychanalyste
syrienne
Rafah
NACHED,
fondatrice
de
l’Ecole
de
Psychanalyse
de
Damas,
a
été
arrêtée
par
les
services
de
sécurité
syriens
à
l’aéroport
de
Damas,
alors
qu’elle
s’apprêtait
à
embarquer
sur
un
vol
d’Air
France
en
direction
de
Paris
afin
d’y
assister
à
l’accouchement
de
sa
fille.
Rafah
NACHED
a
juste
eu
le
temps
de
passer
un
bref
coup
de
fil
pour
prévenir
ses
proches
dans
les
secondes
qui
ont
précédé
son
arrestation.
Depuis
plus
de
36
heures,
sa
famille
est
sans
nouvelle.
Les
services
de
l’aéroport
comme
les
services
de
police
refusent
de
communiquer
la
moindre
information.
Nul
ne
sait
où
elle
se
trouve,
ni
si
elle
est
en
mesure
de
prendre
les
médicaments
requis
par
son
insuffisance
cardiaque.
Le
choc
est
d’autant
plus
violent
pour
ses
proches
que
nul
ne
comprend
les
raisons
de
cette
interpellation.
Rafah
NACHED,
âgée
de
66
ans,
est
diplômée
en
Psychologie
Clinique
de
l’Université
Paris
7.
Elle
est
la
première
femme
psychanalyste
à
exercer
en
Syrie
et
a
récemment
fondé
l’Ecole
de
Psychanalyse
de
Damas,
en
collaboration
avec
des
psychanalystes
français.
Son
engagement
professionnel
a
toujours
été
de
nature
scientifique
et
humanitaire,
à
l’exclusion
de
toute
implication
politique.
Ainsi,
fin
août
dernier,
les
presses
arabe
et
française
s’étaient
fait
l’écho
des
initiatives
prises
par
Rafah
Nached
et
la
communauté
jésuite
de
Damas
pour
organiser
des
réunions
entre
citoyens
syriens
de
toutes
obédiences.
Il
s'agissait
de
leur
offrir
un
espace
apolitique,
ouvert
et
multiconfessionnel,
au
sein
duquel
verbaliser
leurs
angoisses
et
leurs
peurs
dans
le
climat
de
violence
qui
ravage
actuellement
le
pays.
Est-‐ce
ce
dernier
espace
d’accompagnement
psychologique
de
la
souffrance
humaine
qu’on
a
voulu
museler
ce
samedi
par
une
arrestation
arbitraire
?
Alors
même
que
ces
trop
rares
initiatives
sont
probablement
vitales
pour
maintenir
le
fil
ténu
du
dialogue
inter-‐communautaire
et
éviter
que
la
Syrie
ne
bascule
demain
dans
la
guerre
civile
?
A
Paris
et
à
Damas,
comme
dans
les
nombreuses
capitales
arabes
où
Rafah
NACHED
avait
noué,
au
cours
des
30
dernières
années,
de
nombreuses
amitiés
personnelles
et
professionnelles
au
sein
des
communautés
universitaires,
et
notamment
dans
les
facultés
de
psychologie
et
de
psychanalyse,
l’inquiétude
-‐
couplée
à
un
formidable
sentiment
d’injustice
-‐
grandit
d’heure
en
heure
en
l’absence
de
toute
information.
[Certains
articles
de
Rafa
NACHED
sont
accessibles
ici]
LACAN
QUOTIDIEN
Anne
Poumellec,
éditrice
Publié
en
ligne
par
Navarin
éditeur
Eve
Miller-‐Rose,
présidente
FIN
LQ
24