Rentrée Lacanienne : Événements et Réflexions
Rentrée Lacanienne : Événements et Réflexions
NUMERO 21
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
LACAN QUOTIDIEN
Je
n’aurais
manqué
un
Séminaire
pour
rien
au
monde—
PHILIPPE
SOLLERS
Nous
gagnerons
parce
que
nous
n’avons
pas
d’autre
choix
—
AGNES
AFLALO
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Le Gongora de la psychanalyse,
pour vous servir
*
Jacques Lacan
13 avril 1901 - 9 septembre 1981
BIG
BANG
!
par
Eric
Laurent
Voilà,
nous
savons
depuis
ce
matin
que
les
trois
coups
de
la
«
Rentrée
lacanienne
»
ont
maintenant
sonné.
Que
la
fête
commence
!
Il
y
eût
d’abord
Lacan
Quotidien,
avec
le
retour
de
celui
qui
avait
été
refoulé
des
magazines
culturels
et
des
émissions
de
la
dite
rentrée.
Celui
dont
le
travail
était
pillé
et
le
nom
gommé
reprenait
la
parole,
et
comment!
Il
y
eût
ensuite
la
soirée
de
lundi,
où
le
Rendez
vous
avec
Lacan
de
Gérard
Miller
présentait
à
un
très
grand
public
le
type
étonnant
qu’était
Lacan,
s’affrontant
calmement
aux
stéréotypes
diffamatoires
sur
sa
personne
et
sa
pratique.
Mardi
soir,
il
y
eût
une
soirée
moins
calme,
où,
devant
les
400
personnes
réunies
à
Montparnasse,
et
aux
côtés
d’un
grand
écrivain
incarnant
littérature-‐lituraterre,
qui
avait
dit
en
termes
inoubliables
son
attachement
à
la
personne
et
à
la
parole
de
Lacan,
nommément
Sollers,
Jacques-‐Alain
Miller
fit
état
de
sa
correspondance
avec
la
direction
du
Seuil,
des
«
mauvaises
manières
»
dont
il
avait
été
l’objet
à
répétition,
et
enfin
de
sa
décision,
le
matin
même,
de
rompre
avec
cette
maison
d’édition
où
Lacan
avait
publié
ses
Ecrits
en
1966..
Il
raconta
les
ultimes
rebondissements
de
l’après-‐midi,
sa
rencontre
avec
Hervé
de
La
Martinière,
son
choix
de
ce
groupe
pour
y
concevoir
et
y
développer
une
nouvelle
politique
éditoriale
lacanienne..
Enfin,
hier,
Le
Point
:
Judith
Miller
sort
de
sa
réserve
et
«
déclare
la
guerre
»
à
Elisabeth
Roudinesco
en
raison
de
l’intolérable
final
de
son
opuscule
sur
Lacan,
l’accusant
d’avoir
trahi
les
dernières
volontés
de
son
père.
«
L’historienne
»
-‐
rions
-‐
va
bientôt
se
retrouver
historisée,
comme
l’arroseur
peut
être
parfois
arrosé.
Nous
voici
à
un
carrefour
de
l’histoire
de
la
psychanalyse
en
France.
Pas
de
fin
de
l’histoire
pour
les
lacaniens.
De
nouvelles
séparations,
déclarations,
éclaircissements,
développements
sont
en
vue,
avant
de
se
retrouver
dans
une
unité
de
niveau
supérieur.
Pas
question
d’une
extinction
par
vaste
consensus,
telle
que
certains
avaient
pu
rêver
la
soirée
organisée
à
l’Ecole
Normale
Supérieure
vendredi
soir.
J’y
lirai
le
texte
du
séminaire
sur
Hamlet,
que
m’a
assigné
Catherine
Clément,
mais
ce
sera
dans
un
contexte
où
un
chat
nommera
un
chat,
et
non
la
nuit
où
tous
les
chats
sont
gris.
L’histoire
de
la
psychanalyse
Lacanienne
en
France
n’est
pas
l’histoire
de
générations
incréées
qui
se
succèderaient
en
sages
cohortes.
C’est
l’histoire
d’une
béance
irréductible,
la
lacune
de
Lacan,
empêchant
l’histoire
de
tourner
en
rond,
faisant
entendre
que
«
la
vie
est
une
histoire
pleine
de
bruit
et
de
fureur,
racontée
par
un
idiot,
et
qui
ne
signifie
rien
».
Macbeth
est
une
bonne
voie
pour
le
sentiment
joycien
de
Lacan
devant
l’histoire,
«
cauchemar
dont
on
se
réveille
pas
»,
parodie
de
l’éternité.
Cette
réouverture
de
la
béance
dans
l’histoire
est
une
belle
façon
de
marquer
l’anniversaire
de
la
mort
de
Lacan.
Cette
mort
s’est
produite
l’année
suivant
la
dissolution
par
lui
de
son
Ecole,
l’Ecole
freudienne
de
Paris
(EFP).
Cet
acte
même
marquait
son
refus
obstiné
de
laisser
perdurer
l’institution
comme
mensonge,
au
delà
du
malentendu
qui
l’avait
porté
à
son
impasse
finale.
C’est
le
contraire
du
«
Je
meurs,
et
la
patrie
ne
meurt
pas
».
Ce
n’est
pas,
comme
certains
le
lui
reprochaient,
le
«
Après
moi
le
déluge
».
Il
a
tenu
à
ce
qu’elle
soit
remplacée
par
une
Ecole
dont
les
statuts
avaient
été
pensés
selon
ses
indications
et
les
leçons
de
la
dissolution.
Le
contexte
de
la
mort
de
Lacan
est
aussi
celui
de
la
fondation
de
l’Ecole
de
la
Cause
freudienne
(ECF),
qu’il
a
adoptée
avant
de
mourir.
Pour
en
arriver
au
nouveau
départ
de
l’ECF
il
a
fallu
des
scansions
multiples.
Au
départ,
c’était
simple,
il
y
avait
les
pour
et
les
contre
l’acte
de
dissolution
de
Lacan.
Chez
les
contre,
on
trouvait
Mme
Aubry,
avec
Françoise
Dolto.
Puis,
très
vite,
on
arrive
au
brouillard
de
la
guerre,
une
succession
ininterrompue
de
lettres,
où
il
était
difficile
de
retrouver
dans
les
positions
bigarrées
et
les
singularités
de
chacun,
la
belle
simplicité
du
départ.
Il
ne
fallait
pas
perdre
le
fil,
entre
ceux
dont
l’esprit
de
conciliation
affiché
cachait
mal
leur
opposition
profonde
au
processus
en
cours,
et
ceux
qui
s’affichaient
au
départ
comme
leaders
du
mouvement
pro-‐dissolution,
pour
trahir
ensuite
brutalement,
avec
une
jouissance
d’une
rare
obscénité.
Lacan,
lui,
s’orientait
parfaitement,
rejoignant
le
groupe
soutenant
la
dissolution,
réuni
chez
lui
ce
soir
de
décembre
1980,
juste
après
la
trahison
de
M*.
Après
nous
avoir
entendu,
il
conclut
:
«
Tout
cela
est
une
belle
saloperie
».
C’est
toute
cette
saloperie
qui
a
été
le
terreau
de
la
transformation
des
listes
de
ceux
qui
s’étaient
déclarés
pour
lui,
«
les
Mille
»
appelés
ainsi
pour
leur
nombre
et
le
souvenir
garibaldien,
en
une
Ecole
de
300
membres,
à
l’issue
d‘un
processus
cheminant
dans
une
atmosphère
étrange.
Les
plus
belles
fleurs
poussent
sur
le
fumier.
C’était
un
temps
que
les
moins
de
trente
ans
ne
peuvent
pas
connaître,
où
un
ami
de
longtemps,
pouvait,
du
jour
au
lendemain,
sans
vous
dire
un
mot,
vous
tourner
le
dos,
et
se
retrouver
sur
une
liste
de
personnes
vous
injuriant
avec
ferveur.
Ou
bien,
à
l’inverse,
vous
receviez
des
appels
vous
demandant
d’un
ton
patelin
si
vous
alliez
bien.
On
craignait
le
suicide,
étant
donné
la
pression
formidable
qui
s’exerçait.
Etc.
Quoi
qu’il
en
soit,
l’adoption
de
l’ECF
par
Lacan,
à
l’issue
de
son
dernier
Séminaire,
et
après
le
voyage
à
Caracas
en
1980,
a
été
entendu
comme
un
appel
vers
l’avenir.
Il
a
retenti
«
au-‐delà
de
la
dissolution
de
l'École
qu'il
avait
fondée
-‐
retenti
par-‐delà
sa
mort,
survenue
le
9
septembre
1981
-‐
retenti
loin
de
Paris,
où
il
vécut
et
travailla
».
Ainsi
s'exprimait,
le
1er
février
1992,
le
texte
du
Pacte
de
Paris,
rédigé
au
moment
où
l'École
de
la
Cause
freudienne,
l'Escuela
del
Campo
freudiano
de
Caracas,
l'École
européenne
de
Psychanalyse
du
Champ
freudien,
et
l'Escuela
de
la
Orientación
lacaniana
del
Campo
freudiano,
décidaient
de
converger
dans
l'Association
mondiale
de
Psychanalyse
qui
venait
d'être
fondée
par
Jacques-‐Alain
Miller.
Depuis
cette
époque,
les
Ecoles
se
sont
transformées,
d’autres
ont
été
créées,
l’ECF
été
reconnue
d’utilité
publique
par
décret
du
5
mai
2006,
et
l’AMP
a
obtenu
le
statut
de
«
consultant
spécial
»
de
la
part
de
la
branche
ONG
des
Nations
Unies,
le
31
juillet
2011.
*
Pour
préciser
l’orientation
commune
conservée
à
travers
les
différentes
Ecoles,
l’Association
mondiale
de
Psychanalyse
a
adopté
en
juillet
2000
la
Déclaration
de
l’Ecole
Une.
Elle
souligne
que
l'École
issue
de
la
dissolution
n’est
pas
un
rassemblement
de
professionnels
partageant
un
savoir
commun.
Elle
est
formée
de
membres
qui
s’accordent
sur
la
reconnaissance
d'un
non-‐savoir
irréductible,
qui
est
l'inconscient
même.
Ils
y
trouvent
le
ressort
de
«
poursuivre
un
travail
d'élaboration
orienté
par
le
désir
d'une
invention
de
savoir
et
de
sa
transmission
intégrale,
ce
que
Lacan
devait
appeler
plus
tard
le
mathème.
Sur
ce
fondement
d'abîme,
le
couvrant
de
son
nom
propre,
il
établissait
son
École
et
appelait
à
la
«
reconquête
du
Champ
freudien
».
Cette
reconquête
prend
un
sens
nouveau
dans
le
contexte
de
la
«
Rentrée
lacanienne
».
Quelque
chose
de
la
«
Vie
de
Lacan
»
doit
être
reconquis
sur
les
stéréotypes,
la
désinformation,
la
franche
diffamation,
et
l’universitarisation
pacifiante
sous
le
couvert
de
l’équilibre
à
préserver
entre
laudateurs
et
critiques.
Nous
saurons
mieux
quel
courant
de
l’idéologie
française,
et
pourquoi,
a
tellement
tenu
à
faire
de
Lacan
un
Catholique
Maurrassien,
et
non
pas
Sollersien.
Ou
pourquoi
on
a
fait
de
lui
un
portrait
en
monarque
absolu.
C’est
à
partir
de
l’événement
de
rupture
que
nous
vivons
en
ce
moment,
que
l’on
pourra
lire
la
structure
des
élucubrations
qui
ont
fait
l’étoffe
de
ce
qui
passait
jusque-‐là
pour
une
biographie
de
Lacan,
et
qui
su
parfois
séduire
des
esprits
distingués.
Nous
voilà
au
bivium
de
deux
logiques,
deux
sensibilités,
deux
voies
éthiques.
Chacun
pourra
choisir.
Paris,
ce
9
septembre
2011
Jacques
Lacan
et
les
noms
d'oiseaux
par
Edith
Msika
«
Plus
rien
de
Lacan
au
Seuil
»,
selon
la
formule
de
JAM
entendue
mardi
soir
au
Pullman
Montparnasse,
serait-‐ce
une
raison
de
donner
Lacan
aux
éditions
de
la
Martinière
?
Que
M.
de
la
Martinière
édite
des
livres,
des
beaux
livres,
des
livres
avec
de
nombreuses
illustrations,
des
livres
qu'on
a
plaisir
à
tenir,
manipuler,
feuilleter,
etc.,
est
une
chose,
il
le
fait
de
manière
soignée
et
exigeante,
je
l'ai
vu
de
mes
yeux
lors
d'une
étude
auprès
de
consommateurs
pour
un
guide
des
vins
;
que
les
éditions
de
la
Martinière,
dont
la
"baseline"
(signature)
sur
le
site
du
groupe
est
"La
marque
de
référence
:
des
livres
prestigieux
sur
la
photo,
la
nature,
le
voyage,
l’art,
le
patrimoine
et
la
spiritualité",
puissent
griffer
les
livres
de
Lacan
en
est
une
autre.
En
quoi
la
psychanalyse
entrerait
dans
un
catalogue
propositionnel,
dont
chacun
des
autres
termes
dessinerait
l'horizon
de
l'otium,
du
loisir,
alors
qu'elle
est
à
peu
près
tout
sauf
ça
?
Vous
me
direz,
on
ne
choisit
pas
ses
voisins,
etil
paraîtrait
qu'il
ne
faut
pas
idéaliser,
pas
avoir
de
nostalgie,
s'accommoder
de
la
réalité
telle
qu'elle
est
devenue.
Faire
voisiner
Lacan
avec
Les
secrets
des
mentalistes,
ou
500
salades,
ce
serait
ça
avoir
un
rapport
juste
avec
ladite
réalité
?!
Les
effets
possiblement
enchanteurs
ou
délétères
de
la
collusion
de
deux
noms
propres
sur
une
première
de
couv'
constituent
un
des
paramètres
b-‐a-‐basique
de
la
connaissance
du
marketeur
éditorial
avisé.
Un
autre
en
est
l'identité
:
Le
Seuil
est
une
maison
d'édition,
Gallimard
est
une
maison
d'édition,
lesquelles
accueillent
(plus
ou
moins
bien)
des
auteurs.
Un
autre
en
est
le
positionnement,
le
champ
dans
lequel
œuvre
la
maison
d'édition.
La
"baseline"
du
Seuil
,
quoiqu'on
en
pense,
est
celle
d'un
éditeur,
pas
d'une
marque
:
"Publier
des
ouvrages
qui
permettent
de
comprendre
notre
temps
et
d'imaginer
ce
que
le
monde
doit
devenir."
Les
éditions
de
la
Martinière
est
et
s'énonce
comme
une
marque.
Il
y
a
(encore)
une
différence,
même
si
elle
tend
à
s'amincir
:
une
marque
vend
des
produits
;
un
éditeur
–
ou
une
maison
d'édition
-‐
édite
des
livres.
Des
livres
destinés
à
être
lus,
et
non
des
objets,
aussi
agrémentants
soient-‐ils,
tel
un
dictionnaire
ornithologique,
dont
la
fonction
d'ornement
est
au
moins
aussi
importante
que
la
jolie
science
naturelle
qu'il
délivre.
Avec
tout
mon
respect
pour
l'écrit,
le
nom
de
l'auteur,
l'éditeur.
Rien
de
plus,
mais
rien
de
moins.
—
EDITH
MSIKA
EST
EDITEE
PAR
POL,
EDITEUR
REPONSE
DE
JAM.
J’accueille
avec
faveur
cette
belle
lettre,
qui
dit
très
bien
les
choses.
Je
vous
répondrai,
Edith
Msika,
sérieusement
et
longuement,
dès
que
j’en
aurais
le
loisir.
Répondre
à
vos
fortes
objections
fortifiera
mon
choix,
qui
fut
l’affaire
d’un
instant
-‐
un
instant
de
voir.
Votre
lettre
constitue
pour
moi
une
invitation
à
entrer
dans
le
temps-‐pour-‐comprendre.
Le
moment
de
conclure
un
contrat
viendra
à
la
fin
:
il
n’y
a
pour
l’instant
qu’une
poignée
de
main.
Le
sens
que
je
donne
à
mon
entrée
aux
éditions
de
La
Martinière,
avec
Lacan,
et
aussi
le
Champ
freudien
devenant
autre
chose,
Hervé
l’acceptera-‐til
?
Je
m’efforcerai
en
tous
les
cas
de
l’entraîner
avec
nous.
Tenez
!
Voilà
ce
dont
je
prendrai
mon
départ,
demain,
chez
Mollat,
à
Bordeaux.
LILIA
MAHJOUB.
Cher
Jacques-‐Alain,
voilà
ça
remue
de
partout
et
je
savoure
cette
victoire,
la
vôtre,
et
celle
de
tous
ceux
qui
vous
aiment.
C’est
divin
!
Je
respire.
L’air
de
l’île
de
Ré
est
à
Paris.
Et
le
combat
continue.
Baisers.
Lilia
RODOLPHE
GERBER.
La
dernière
année
de
sa
vie,
Lacan
était
présent
avec
une
intensité
dont
aucun
mot
ne
me
permet
de
dire
la
densité.
Il
m'avait
dit
en
juillet
de
venir
le
2
septembre.
Gloria
m'accueillit
à
la
porte
avec
gentillesse
:
«
Le
Docteur
Lacan
est
encore
en
vacances,
revenez
la
semaine
prochaine.
»
Pas
l'ombre
d'un
doute
ne
vint
embrumer
la
tresse
de
mes
espérances;
j'en
gardais
avec
certitude
le
fil
d'argent.:
Lacan
sera
là
comme
Gloria
me
l'avait
dit;
Gloria
que
j'entendais
Lacan
appeler
un
jour
à
haute
voix
de
son
cabinet
alors
qu'il
avait
devant
lui,
sur
son
petit
et
beau
bureau,
une
assiette
garnie
d'un
morceau
de
viande
et
un
verre
de
vin
rouge:
»Gloria!
c'est
bon!
»
Le
premier
patient
du
9
septembre,
qui
venait
régulièrement
à
7
heures,
me
parla
d'une
nouvelle
entendue
à
la
radio:
un
grand
psychanalyste
serait
mort..
;
Je
refusais
longtemps
l'évidence,
puis
je
cherchais,
des
années
plus
tard,
qui
pourrait
remplacer
l'irremplaçable....
GUILLAUME
DARCHY.
Léna,
13
ans,
rentre
du
collège
où
elle
vient
de
faire
sa
rentrée.
Elle
me
demande
:
«
Jacques
Lacan
?
il
est
vivant
?
»
Moi
:
«
On
fête
le
30e
anniversaire
de
sa
mort
»
-‐«
Zut
alors,
me
dit-‐elle,
la
prof
de
français
nous
a
demandé
de
citer
des
auteurs
contemporains,
et
j’ai
écrit
Lacan.
»
En
4ème
6
au
Collège
Carnot
de
Lille
aussi,
la
rentrée
sera
lacanienne.
DANIELE
LACADEE
LABRO.
Roudinesco
dans
Télérama.
Son
télé-‐ramage
mérite
un
dé-‐plumage.
Lacan
«
avait
des
inhibitions
à
l’écriture,
mais
qu’il
savait
manier
le
langage
avec
génie».
Mais
non,
pas
du
génie,
mais
de
la
logique,
et
une
mise
en
acte
de
l’instance
de
la
lettre
dans
l’inconscient.
Où
sont
les
inhibitions
?
Pas
non
plus
«
l’ombre
du
maître
à
penser
»,
conjurée
par
le
discours,
mais
la
nécessité
que
le
lecteur
des
Ecrits
y
mette
du
sien.
Je
passe
sur
des
points
plus
virulents
de
cette
interview,.
AURELIE
PFAUWADEL.
Judith
Miller
est
bien
vivante
–
pour
ceux
qui
sont
amenés
à
la
rencontrer
dans
le
cadre
du
Champ
freudien,
nul
besoin
d’attendre
la
juste
colère
et
l’acte
de
courage
dont
elle
fait
preuve
dans
Le
Point
de
ce
jour
pour
s’en
apercevoir.
Je
regrette
seulement
que
les
journalistes,
Christophe
Labbé
et
Olivia
Recasens,
dessinent
la
cartographie
du
conflit
dans
les
termes
mêmes
qu’E.
Roudinesco
utilise
dans
sa
biographie,
par
exemple
quand
elle
met
en
parallèle
l’IPA
et
l’AMP,
affirmant
:
«
Tous
deux
ont
pour
point
commun
d’être
légitimistes,
c’est-‐à-‐dire
légalement
et
familialement
dépositaires
d’une
image
officielle
du
mouvement,
de
sa
doctrine,
de
sa
pratique.
»
Ce
«
légitimisme
millérien
»
consisterait
essentiellement,
selon
elle,
en
un
«
embrigadement
doctrinal
».
On
ne
sait
pas
où
ces
journalistes
sont
allés
pêcher
que,
depuis
la
mort
de
Lacan,
il
existerait
«
deux
courants
qui,
depuis
le
schisme,
se
disputent
»
son
héritage
intellectuel.
Deux
courants
?
Seulement
?
Les
millériens
et
les
«
roudinesquiens
»
?
Cette
relecture
duelle
de
l’histoire
du
lacanisme
depuis
30
ans
est
loufoque.
Le
titre
de
l’article,
«
La
fille
de
Lacan
entre
en
guerre
»,
met
pourtant
bien
l’acte
du
côté
de
J.
Miller
:
c’est
elle
qui
met
le
feu
aux
poudres
et
provoque
E.R.
en
duel,
affichant
sur
sa
belle
photo
le
sourire
serein
de
la
guerrière
appliquée.
Alors,
pourquoi
dire
que
E.R.
aurait
à
elle
seule
un
quelconque
pouvoir
d’«
embraser
la
planète
lacanienne
»
?
Le
film
nous
est
projeté
ici
la
tête
en
bas,
comme
dans
une
camera
obscura.
Judith
Miller
n’en
gardera
pas
moins
la
tête
droite
–
en
allant
jusqu’au
bout.
YVES
VANDERVEKEN.
La
question
du
moment
:
«
Que
reste-‐t-‐il
de
Lacan
?
»
L’énoncé
même
suggère
qu’il
n’en
resterait…
que
des
restes.
Cette
thèse
explicite
est
relayée
par
une
sphère
académico-‐
politico-‐éditorialo-‐o-‐o,
dont
on
aperçoit
bien
les
contours.
Les
formes
sont
certes
différentes,
qui
vont
de
savante
à
pitoyable
et
à
futile.
Il
n’y
a
que
deux
possibilités.
Ou
bien
il
s’agit
de
tuer,
effacer
quelque
chose
dont
il
reste
justement
trop
–
dépassionner,
en
finir
avec,
et
tous
ses
rejetons.
Ou
il
y
a
là
une
cécité
qui
ne
peut
s’expliquer
que
par
le
fait
d’être
-‐
ne
fût-‐ce
qu’un
rien
-‐
trop
peu
en
prise
directe
avec
une
réalité
concrète
de
terrain,
dirai-‐je.
Car
enfin,
ce
sont
aujourd’hui
des
milliers
de
praticiens
qui
s’appuient
et
trouvent
à
s’orienter,
à
des
titres
divers,
tous
les
jours,
à
travers
l’Europe
et
au-‐delà,
dans
leur
formation
et
leur
clinique,
comme
on
dit
(et
ce
dans
des
secteurs
bien
divers)
sur
l’enseignement
de
Lacan,
grâce
à
celui
qui
nous
apprend
à
le
lire,
Jacques-‐Alain
Miller.
Parce
qu’eux
–
confrontés
au
réel
de
cette
clinique
–
savent
bien
in
fine
que
c’est
là
qu’ils
trouvent
matière
à
s’orienter
de
façon
authentique.
Sans
faire
l’impasse
sur
l’inconciliable
et
l’incurable.
Ils
savent
–
parce
qu’ils
l’éprouvent
–
la
forfaiture
des
orientations
complètement
détachées
de
l’humain
dont
la
sphère
vante
et
appuie
l’imposition.
Tout,
simplement,
ce
vent
qu’on
nous
vend…
ils
en
voient
tous
les
jours
l’imposture.
Et
ces
praticiens,
c’est
par
centaines
qu’ils
témoignent
de
leur
pratique
et
de
ses
effets
qu’ils
interrogent
sans
cesse.
C’est
sur
ce
terreau-‐là
et
celui
de
l’enseignement
de
Lacan
et
de
Jacques-‐
Alain
Miller
que
des
concepts
sont
travaillés,
étudiés,
remaniés.
Que
de
nouveaux
en
émergent,
là
en
prise
directe
avec
ce
réel.
Des
congrès
scientifique
bondés.
Des
publications,
des
revues,
nombreuses,
en
témoignent.
Certaines
se
vendent
à
hauteur
de
deux
mille
à
trois
mille
exemplaires
–
et
ceux
qui
travaillent
dans
le
milieu
de
l’édition
savent,
pour
une
revue,
ce
que
cela
signifie.
Outre
ceux
déjà
cités
dans
LQ,
deux,
trois
exemples.
En
langue
française.
Pas
au
hasard,
mais
parce
que
je
m’y
suis
trouvé
ou
y
ait
été
directement
impliqué,
et
que
je
peux
donc
témoigner
à
partir
de
là.
Quarto,
(Revue
de
psychanalyse
publiée
à
Bruxelles)
n°
94-‐95:
«
Retour
sur
la
psychose
ordinaire
».
Presque
3000
ex.
vendus.
Des
chercheurs,
cliniciens,
analystes,
psychologues,
philosophes,
enseignants,
universitaires
(y
compris
américains),
etc.
y
interrogent
comment
le
concept
de
psychose
ordinaire,
inventé
par
Jacques-‐Alain
Miller
à
partir
du
dernier
enseignement
de
Lacan,
vient
résonner
avec
un
réel
de
leur
domaine.
Et
dans
la
foulée
réinterrogent
le
concept
même.
Dix
ans
de
travail
de
toute
une
communauté
de
recherche.
Mental,
revue
vraiment
internationale,
de
l’EuroFédération
de
Psychanalyse.
Numéro
26,
«
Comment
la
psychanalyse
opère
».
Des
praticiens
de
l’Europe
entière
témoignent.
Son
prochain
numéro
aura
pour
titre
:
«
La
santé
mentale
existe-‐t-‐elle
?
»
Plus
de
120
interventions,
du
monde
entier,
issues
du
Congrès
au
même
thème,
à
Bruxelles
!
Etc.
Je
paraphrase
Sollers
:
Des
citations
comme
preuves
!
Concepts
Le
Point
d’interrogation
par
Anaëlle
Lebovits-‐Quenehen
"Pourquoi
Lacan"
(sans
point
d'interrogation)
:
ce
titre
du
dernier
Diable
est
inspiré
d’un
titre
de
Claude
Lanzmann
–
je
l'ai
dit
de
la
tribune
du
Pullmann
Montparnasse
mardi
soir.
Lanzmann
a
l'art
des
titres
percutants,
mais
il
y
a
autre
chose.
Cette
chose,
je
l'ai
dite,
mais
en
aparté
cette
fois,
à
Philippe
Sollers,
en
descendant
de
la
tribune.
En
nommant
ce
numéro
9,
je
m'inspirais
de
son
film
Pourquoi
Israël.
J'ai
compris
au
Pullman
ce
qui
avait
irrésistiblement
orienté
mon
choix
quand
je
me
suis
résolue
à
lancer
le
Diable
sur
les
traces
de
Lacan,
il
y
a
des
mois
:
l'effacement
des
noms
a
une
histoire.
Elle
me
connaît
bien,
si
je
puis
dire.
Cela
dit,
et
sachant
cela
–
mais
le
refoulant
aussitôt
pour
mieux
le
retrouver
mardi
dernier
–
je
ne
pouvais
prévoir
la
forme
que
l’effacement
de
Lacan
prendrait
trente
après
sa
mort
:
celui
d’un
autre
nom,
un
nom
auquel
ceux
qui
lisent
Lacan
l’associe,
celui
de
Miller
dont
Lacan
avait
fait
légalement,
et
par
contrat,
le
co-‐auteur
des
Séminaires.
Ainsi,
je
fus
moi
aussi
surprise
quand
les
hostilités
commencèrent
en
cette
rentrée.
Passée
la
surprise
toutefois,
il
y
a
là
une
logique
qui
se
dessine,
implacable.
Miller
–
Jacques-‐Alain
de
son
prénom
–
se
tient
proche
du
réel
dont
Lacan
s’était
employé
à
faire
le
tour.
Il
est
fidèle
à
l’esprit
qui
souffle
dans
son
enseignement,
qu’il
commente
et
éclaire
depuis
longtemps.
De
son
vivant,
Lacan
avait
l’idée
que
Jacques-‐Alain
Miller
comprenait
de
quoi
il
était
pour
lui
question.
Et
sans
doute
était-‐il
le
mieux
placé
pour
en
juger.
Mais
là
n’est
pas
l’essentiel.
L’essentiel,
qui
se
révèle
et
éclate
aujourd’hui
au
grand
jour,
réside
en
ceci,
que
tous
ceux
qui
s’intéressent
à
Lacan
connaissent
le
rôle
de
Jacques-‐Alain
Miller
dans
la
transmission
de
son
enseignement.
Tous,
sans
exception.
Ceux
qui
suivent
son
enseignement
et
le
lisent
dans
le
monde
entier
le
savent,
cela
va
de
soi.
Mais
ceux
qui
ne
veulent
rien
savoir
de
l’agalma
de
Miller,
le
traînent
dans
la
boue,
et
le
traitent
comme
une
m…
(on
retrouve
là
les
deux
versants
de
l’objet
a)
en
attestent
aussi,
en
l’effaçant
précisément.
Ils
l’effacent
avec
d’autant
plus
d’acharnement
qu’ils
savent
cela.
Une
question
cependant
me
taraude.
Pourquoi
ceux
qui
ont
décidé
d’effacer
Lacan
–
et
en
cette
rentrée,
le
nom
de
Miller
avec
lequel
ils
le
confondent
–
font-‐ils
profession
de
lire
Lacan,
ou
du
moins
de
le
faire
croire,
et
peut-‐être
d’abord
de
se
le
faire
croire
?
Pourquoi
passer
son
temps
à
fréquenter
Lacan
si
c’est
pour
le
lisser,
le
laver,
le
ripoliner
?
Pourquoi
Lacan,
et
pas
un
penseur
plus
plan-‐plan
?
Les
philosophes
de
comptoir
ne
manquent
pourtant,
ni
dans
l’histoire,
ni
en
ce
bas
monde.
Pourquoi
s’intéresser
à
Lacan
qui
incarne
le
paradigme
de
l’originalité,
si
c’est
finalement
pour
en
faire
un
original
comme
un
autre
?
À
cette
question
qui
se
décline,
je
ne
vois
qu’une
réponse.
Elle
me
vient
d’une
analogie
que
je
fais
entre
les
spécialistes
de
Lacan
qui
ignorent
décidément
Lacan,
pour
mieux
faire
disparaître
le
réel
qu’il
approche,
et
ces
philosophes
que
Pascal
épinglait
comme
consumant
leurs
jours
dans
la
philosophie
dans
le
but
précis
de
ne
pas
penser.
Un
conseil
à
ceux
qui
sont
toujours
en
avance
sur
leurs
propres
excréments
(j’emprunte
cette
expression
à
Chamfort),
un
conseil
aux
amateurs
de
m…
qui
haïssent
M.
:
employez-‐vous
à
chasser
le
réel,
acharnez-‐vous
y,
vous
verrez,
il
résiste
–
c’est
de
structure.
Cette
leçon,
je
la
tiens
de
Lacan
himself.
LACAN
QUOTIDIEN
Anne
Poumellec,
éditrice
Publié
en
ligne
par
Navarin
éditeur
Eve
Miller-‐Rose,
présidente