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Responsabilité pénale des mineurs en RDC

Le document traite de la responsabilité pénale des mineurs en droit international et en droit congolais, soulignant un contraste entre un pragmatisme justifié au niveau international et un dogmatisme affirmé dans le droit congolais. Il examine les règles internationales qui, tout en reconnaissant la responsabilité pénale des mineurs, mettent l'accent sur leur protection en tant que victimes. L'analyse comparative révèle que la législation congolaise, en affirmant l'irresponsabilité pénale des mineurs, soulève des questions sur la capacité des jeunes à être tenus responsables de leurs actes.

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Responsabilité pénale des mineurs en RDC

Le document traite de la responsabilité pénale des mineurs en droit international et en droit congolais, soulignant un contraste entre un pragmatisme justifié au niveau international et un dogmatisme affirmé dans le droit congolais. Il examine les règles internationales qui, tout en reconnaissant la responsabilité pénale des mineurs, mettent l'accent sur leur protection en tant que victimes. L'analyse comparative révèle que la législation congolaise, en affirmant l'irresponsabilité pénale des mineurs, soulève des questions sur la capacité des jeunes à être tenus responsables de leurs actes.

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La responsabilité pénale des mineurs en droit

international et en droit congolais : Entre un


pragmatisme justifié et un dogmatisme affirmé
Bienvenu Wane Bameme, Ghislain-David Kasongo Lukoji

To cite this version:


Bienvenu Wane Bameme, Ghislain-David Kasongo Lukoji. La responsabilité pénale des mineurs en
droit international et en droit congolais : Entre un pragmatisme justifié et un dogmatisme affirmé.
FIAT JUSTISIA:Jurnal Ilmu Hukum, 2018, 12, �10.25041/fiatjustisia.v12no3.1373�. �hal-03712470�

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Volume 12 Number 3, July-September 2018: pp. 243 - 283.
Copyright © 2018 FIAT JUSTISIA. Faculty of Law, Lampung
University, Bandarlampung, Lampung, Indonesia. ISSN:
1978-5186 | e-ISSN: 2477-6238.

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international


et en droit congolais : Entre un pragmatisme justifié et un
dogmatisme affirmé

Bienvenu Wane Bameme


Université de Kinshasa/RDC
[email protected]

Ghislain-David Kasongo Lukoji


Université de Kinshasa/RDC
[email protected]
Résumé
En droit international, comme en droit interne congolais, le traitement
des personnes âgées de moins de dix-huit ans en matière pénale, interpelle et
inquiète. L’interpellation se rapporte particulièrement à la situation de
l’enfant accusé d’avoir accompli un acte infractionnel ; et l’inquiétude est
suscitée notamment par rapport au traitement de l’enfant prétendant avoir
subi un préjudice à la suite de l’infraction. L’étude a d’abord utilisé la
méthode exégétique, en recherchant le vrai sens à donner aux dispositions
normatives en rapport avec la question sous examen. Elle a recouru ensuite
à la méthode comparative, en rapprochant en effet de la réglementation
internationale, celle congolaise. S’il est vrai que d’une part, la réflexion a
souligné la justification pragmatique du droit international de la
responsabilité pénale des mineurs, à travers différents instruments
internationaux, régulièrement conclus et justement appliqués ; il n’est pas
moins vrai qu’elle a noté d’autre part, l’infirmation purement dogmatique de
la responsabilité pénale des mineurs de dix-huit ans en droit de la
République démocratique du Congo. Il est à retenir qu’en réalité, le clivage
mineur-majeur, cesse d’être celui de responsabilité pénale totale et

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

irresponsabilité pénale absolue ou de capacité-incapacité, pour ainsi laisser


place à celui de capacité spéciale-capacité générale.
How to cite: Bienvenu Wane Bameme and Ghislain-David Kasongo Lukoji,
“La responsabilité pénale des mineurs en droit international et en droit
congolais : Entre un pragmatisme justifié et un dogmatisme affirmé”, Fiat
Justisia, 12 (3), (2018).

DOI: https://doi.org/10.25041/fiatjustisia.v12no3.1373

A. Introduction
En date du 31 décembre 2015, la loi n°15/022 modifiant et complétant le
décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal a été promulguée. L’une des
dispositions de ce texte insère, dans ledit code, l’article 20 ter fixant la
majorité pénale à dix-huit ans. D’après une certaine lecture, le législateur
congolais consacrerait, à travers cette disposition, une irresponsabilité pénale
des mineurs pour les crimes internationaux, à la suite, à la fois des règles
internationales en la matière et du principe d’irresponsabilité pénale affirmé
depuis bien longtemps en droit interne congolais. A cet effet, l’intitulé de la
présente réflexion paraitrait pour le moins incongru. Le lecteur pourrait donc
s’interroger pour savoir s’il ne serait pas absurde de prétendre à une
responsabilité pénale en droit international des individus, dès lors que
l’existence même de celle de droit interne prête à débat ?
Mais, à ce dernier, nous nous employons à épingler les insinuations
essentielles caractérisant mais surtout clarifiant la matière, sous une autre
lecture.
D’entrée de jeu, il importe de rappeler ce qu’il faut entendre par «
responsabilité ». En effet, ce mot se rapporte à l’adjectif « responsable » et
peut avoir une double signification. La première se rapporte à l’aptitude
d’agir et désigne celui qui est capable de prendre une décision réfléchie en
pesant les conséquences de ses actes ; la seconde se réfère aux conséquences
et désigne celui qui doit répondre de ses actes ou réparer une faute1. Les
deux facettes sont souvent liées ; mais c’est la seconde qui induit
traditionnellement l’acception juridique. Ainsi, la responsabilité juridique
peut être définie comme « la qualité de ceux qui doivent […], en vertu d’une
règle, être choisis comme sujets passifs d’une sanction »2. Elle est dite «

1 R. NERAC-CROISIER, « Irresponsabilité ou responsabilité ? », in R. NERAC-CROISIER


(dir), Le Mineur et le droit pénal, L’Harmattan, Paris, 1997, pp.133-148.
2 P. FAUCONNET cité par J. PRADEL, Droit pénal général, Cujas, 19ème éd., Paris, (2012),

p.379. Voir aussi : Lexique des termes juridiques, Dalloz, 20ème éd., Paris, (2013), p.804 ; G.

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civile » lorsque l’individu est appelé à réparer le préjudice causé à autrui par
ses actes3; et « pénale », lorsqu’il est obligé de subir l’une ou des sanctions
pénales du fait de ses actes infractionnels.
La question qu’il sied, alors, de se poser est celle de savoir s’il existe des
règles de droit qui appellent les mineurs à répondre des faits infractionnels
dont ils viendraient à être auteurs. Au cas contraire, quels seraient les
mécanismes prévus à leur égard, quelles en serait la nature ?
Pour y répondre, nous analyserons d’abord les règles de la responsabilité
pénale de cette catégorie de personnes en droit international (I), lequel est
souvent appelé en garantie par la doctrine dominante, pour justifier la thèse
de l’irresponsabilité des mineurs, avant de traiter des règles du droit interne
congolais (II) en la matière.
B. Discussion

1. Le droit international de la responsabilite penale des mineurs :


Un pragmatisme justifié
Notons d’emblée que la quasi-totalité des règles internationales relatives aux
mineurs n’abordent que très rarement les aspects pénaux. Et même, celles
qui saisissent la question, se rapportent dans la majeure partie aux mineurs
victimes d’infractions (ou d’autres abus), et subsidiairement, aux garanties
procédurales dont doivent bénéficier les mineurs mis en cause. Ce mutisme
n’est pas seulement dû au défi cornélien4 (protection versus répression) qui
caractérise la justice des mineurs, mais aussi et surtout à la politique dite
criminelle, ou plutôt anticriminelle prônée par les instances internationales.
En effet, le mineur a émergé sur la scène internationale, avant tout, comme
un sujet vulnérable. Il est donc apparu premièrement comme une victime
principale de l’atrocité humaine et des calamités naturelles. De sorte qu’il
s’est avéré inopportun et paradoxal de penser, en même temps, à des règles
juridiques instituant sa responsabilité pénale.
Mais, cette noble posture, ayant laissé libre action aux droits internes, a été
depuis peu revue. L’on a commencé à assister, crescendo, à l’encadrement
par le droit international des droits de l’homme, des législations internes de
plus en plus diversifiées (A), et à la régulation de certaines situations

LOPEZ et S. TZITZIS (dir.), Dictionnaire des sciences criminelles, Paris : Dalloz, (2004),
pp. 832-836.
3 Définition générique qui écarte volontiers le cas de la responsabilité pour fait d’autrui.
4 J. ZERMATTEN, « La loi fédérale régissant la condition pénale des mineurs », in

Chronique de l’AIMJF, 1 (13), (2004), pp. 11-16, spéc.2-3.

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

spécifiques de la vie internationale du mineur concernant particulièrement sa


participation aux hostilités (B).
2. La responsabilité pénale des mineurs en droit international des
droits de l’Homme (DIDH) : des règles de Beijing à la Convention
Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE)

L’encadrement des législations nationales relatives à la délinquance des


mineurs s’est opéré par le truchement du Droit international des Droits de
l’Homme, DIDH en sigle. Après les jalons jetés par les déclarations de 1924
et 19595, l’enfant6, entendu ici comme mineur, et donc pris dans le sens
d’une personne de bas âge (selon les Etats), ne constituera plus un objet
particulier des Conventions internationales (sauf en matière d’adoption)
jusqu’au milieu des années 807. Malgré ce regain d’intérêt pour l’enfance et
la place de choix accordée aux mineurs contrevenants8 dans ces
Conventions, la question de leur responsabilité pénale ne sera toujours pas
sujette à des règles claires et explicites.

Son appréhension appelle constamment une analyse transversale de plusieurs


textes dont deux particulièrement : les règles de Beijing et la Convention
internationale des droits de l’enfant (CIDE).

Précurseur, le premier texte porte l’essentiel du régime juridique


international applicable aux mineurs. Il est basé sur des standards minima de
protection spécifique essentiellement judiciaire, élevés au rang des droits
fondamentaux. Successeur, le second quant à lui, sans apporter des
5 La Déclaration sur les droits de l’enfant (SDN, 26/09/1924) et la Déclaration des droits de
l’enfant (Résolution 1386, XIV, ONU/A.G, 20/11/1959).
6 La Convention Internationale des Droits de l’Enfant, CIDE en sigle. Convention des

Nations-Unies du 20 novembre 1989. Article premier : « Au sens de la présente Convention,


un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est
atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ».
7 Laquelle époque coïncide avec la remise en cause généralisée du modèle protectionnel

(concept développé supra).


8 Ensemble de règles minima des N.U concernant l’administration de la justice pour mineurs

(« Règles de Beijing », Rés. 40/33, NU/AG, 29/11/1985) ; Règles minima des N.U pour
l’élaboration de mesures non privatives de liberté (« Règles de Tokyo », Rés. 45/110,
NU/AG, 14/12/1990) ; Principes directeurs des N.U pour la prévention de la délinquance
juvénile (« Principes de Riyad », Rés. 45/112, NU/AG, 14/12/1990) ; Règles des N.U pour
la protection des mineurs privés de liberté (« Règles de La Havane », Rés. 45/113, NU/AG,
14/12/1990) ; Résolutions 1996/13 du 23/07/1996 et 1997/30 du 21/07/1997 du CES
relative à l’Administration de la justice pour mineurs ; Directives relatives aux enfants dans
le système de la justice pénale (« Directives de Vienne », Rés. 1997/30,
NU/CES, 25/02/1997) ; Observation n°10/2007 sur les droits des enfants dans la justice
pour mineurs (CRC/C/GC/10, NU/CDE, 25/04/2007).

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innovations majeures de fond, a renforcé la juridicité de ce régime,


notamment par le biais du principe de l’intérêt supérieur de l’enfant (ISE).

De ces instruments juridiques internationaux, il se dégage la non prohibition


et donc la consécration de la responsabilité pénale du mineur triplement
caractérisée d’abord dans une affirmation, ensuite dans une spécification, et
enfin dans une relativisation.

a. Une responsabilité pénale affirmée

De la lecture des deux textes internationaux ci-dessus, il ressort la


consécration d’une responsabilité pénale incontestée du mineur. En effet, ces
instruments juridiques internationaux reconnaissent que l’enfant peut « être
suspecté, accusé ou convaincu d'infraction à la loi pénale »9 et, de ce fait,
« répondre, au regard du système juridique considéré, de son délit »10 en
subissant notamment des mesures privatives de liberté11.

Il n’y a aucun détour dans cette consécration de la responsabilité pénale du


mineur au niveau international. Puisqu’on considère que la responsabilité
pénale suppose que l’agent qui aura réalisé un comportement infractionnel,
subisse à cet effet la sanction pénale y rattachée. Dès lors, ces instruments
admettent à ce niveau international, qu’un mineur peut non seulement être
suspecté, mais aussi accusé d’avoir commis une infraction prévue par un
texte pénal. Il peut également être convaincu de cette infraction, c’est-à-dire
que les enquêtes conduites et l’instruction menée dans le cadre d’une
infraction donnée peuvent aboutir à ce que cela soit mis à sa charge. De ce
qui précède, ce mineur fautif peut enfin répondre, c’est-à-dire supporter les
conséquences de son comportement, en subissant entre autres des mesures de
privation de liberté. Ces deux textes n’excluent donc pas la possibilité pour
un mineur d’être tenu de subir par exemple la sanction pénale consistant en
un enfermement.

Mais, il faut reconnaître que selon les textes, différents autres termes peuvent
être usités en lieu et place de celles utilisés à l’égard des majeurs en visant
un objectif particulier. C’est notamment ce qui fait la spécificité de cette
responsabilité pénale.

9 Article 40 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, CIDE en sigle.


10 Article 2. 2 des Règles de Beijing.
11 La Résolution 45/113 adopte une définition large et pragmatique des mesures privatives de

liberté (11.b) englobant la phase pré-juridictionnelle (détention préventive) et


juridictionnelle (jugement définitif de condamnation).

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

b. Une responsabilité pénale spécifique

Une responsabilité visant le relèvement du mineur. Ces instruments


juridiques internationaux évoqués rappellent la nécessité de distinguer les
modalités d’élaboration et de mise en œuvre de cette responsabilité, dont
l’objectif principal est le relèvement du mineur, et non la rétribution par sa
punition. Ils se fondent sur le principe de l’intérêt supérieur ou du bien-être
de l’enfant12 qui met à charge des Etats deux sortes d’obligations, à savoir :
les obligations positives, consistant à réaliser pour l’enfant et à le protéger ;
ainsi que les obligations négatives, exigeant le respect de l’enfant.

Appliqué à la responsabilité pénale, ce principe oblige d’une part, le


législateur à prévoir un régime pénal spécifique qui respecte les droits, la
dignité et les besoins des mineurs 13. Il oblige d’autre part, le juge à prendre
en compte non seulement la gravité du délit, mais aussi et surtout, les
circonstances personnelles du mineur, auteur des faits, notamment sa
position sociale, sa situation familiale, les dommages causés ou d’autres
facteurs qui influent sur ces circonstances. Ces exigences se traduisent
généralement aujourd’hui par une spécificité dans la norme pénale
substantielle, caractérisée soit par l’atténuation des sanctions pénales, soit
par l’autonomisation sanctionnelle purement et simplement. C’est que le
texte pénal peut prévoir contre le mineur des sanctions pénales allégées par
rapport à celles existantes ou des sanctions pénales nouvelles, et donc non
prévues pour les majeurs.

Ces exigences se traduisent aussi par une spécificité dans la norme pénale
formelle, renfermant pour cela une particularité liée à la procédure à côté

12 Le droit pénal met en ballotage plusieurs intérêts légalement protégés. Il s’efforce de


réaliser un juste équilibre entre les droits des délinquants, les droits des victimes et les
préoccupations sociétales relatives à la sécurité publique et à la prévention de l’infraction.
En matière d’enfance délinquante, une préoccupation supplémentaire est prise en
considération : le bien-être (ou l’intérêt supérieur) de l’enfant. Cette dernière, qui se veut
comme la plus haute, doit être privilégiée au cas où elle entrerait frontalement en
opposition avec d’autres intérêts légalement protégés. Lire avec intérêt T.
HAMMABERG, « Le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant : ce qu’il signifie et ce
qu’il implique pour les adultes », Allocution à la Conférence de Varsovie, 30/05/2008,
Conseil de l’Europe, Commissariat aux droits de l'homme, Comm DH/Speech(2008)10 ;
[en ligne] https://wcd.coe.int/ViewDoc. jsp?id=1313889&Site ; G.-D. KASONGO
LUKOJI, Existe-t-il un droit fondamental de l’enfant au respect de son intérêt supérieur ?
Etude comparée des droits anglais, belge et français, Mémoire de Master 2, DPA/Droits
Fondamentaux, AMU, 2012, (Dir.) G. SCOFFONI et P. BONFILS, pp. 11-14, 109 et ss. ;
Voir l’article 14§4 du PIDC.
13 V. MELNIC, « La responsabilité pénale des mineurs dans le droit européen », Révista, n°
3-4, 2010

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Fiat Justisia Jurnal Ilmu Hukum ISSN 1978-5186
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d’une autonomisation institutionnelle. Il s’agit à ce niveau, d’un


particularisme purement processuel, pouvant se manifester à travers diverses
limitations, notamment, dans l’exigence du huis-clos et la restriction de la
publicité…etc., ou plus directement par la création des juridictions
spécialisées propres aux mineurs appliquant des règles de procédures
adaptées aux mineurs.

Comme soutenu précédemment, le principal objectif visé est le relèvement


du mineur. Mais, la réalisation d’un tel objectif a fait émerger d’autres
catégories des mineurs dont la prise en compte s’est avérée, au demeurant,
nécessaire au regard tant de l’interdépendance que de l’indivisibilité des
droits de l’enfant (article 10 Rés. 1997/30) ainsi que des impératifs de
prévention. Il existe un lien étroit entre tous les groupes des mineurs du fait
que la quasi-totalité du contingent des mineurs-délinquants est fournie par
les mineurs déviants et en danger. Ce faisant, les règles onusiennes ont
vocation à s’appliquer à tous ces mineurs, y compris aux jeunes-adultes
délinquants, et cela, selon la limite d’âge fixée dans chaque cas, à l’égard de
qui sont prononcés des mesures de protection et d’aide sociale (article 3.1;
3.2-3.3 Rés. 40/33).

Ces règles tentent alors de concilier deux procédés pénaux apparemment


antipodiques mais réellement complémentaires, à savoir : l’intervention
ante-delictum et la diversion (ou déjudiciarisation). Le premier est une action
sur les facteurs criminogènes en vue de prévenir cette délinquance14 ; le
second est un mécanisme de substitution au procédé judiciaire classique qui
tend à extraire le plus possible le mineur du circuit pénal, quitte à le garder le
plus longtemps possible sous l’empire socio-éducatif, et donc dans un cadre
extra-juridictionnel.

Mais il n’exclue pas non plus une certaine possibilité de responsabilisation


du mineur, surtout lorsqu’il inclut la médiation15. « Le recours aux services

14 Les interventions de la justice pour enfants s’orienteront non seulement vers les
comportements qui violent le code pénal mais aussi certains actes estimés pré-
délinquantiels (appelés aussi « actes déviants», « délits d’état »). Les Principes de Ryad en
proposent une approche complète et positive impliquant tous les acteurs sociaux : la
famille, l’école, la communauté, les médias, l’administration publique et l’Etat. La
prévention y est présentée non pas comme une façon de s’attaquer à des situations
négatives, mais comme un moyen de promouvoir l’intérêt général.
15 Lire, M.J. BERBUZ-NENEITEZ, « Sens et contre-sens du processus de médiation pénale
dans la justice des mineurs. L’exemple espagnol à l’aune de la nouvelle loi organique »,
Journal du droit des jeunes, 8/2001, n°208, pp. 35-39

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

classiques de contrôle social s’érige en dernier ressort »16. Sous cet angle, le
Droit International des Droits de l’Homme, DIDH en sigle, se rapproche du
modèle dit protectionniste.

Une responsabilité pénale caractérisée par une terminologie adaptée au


mineur. On préfère à cet effet les expressions « enfants en conflits avec la
loi » ou « enfants en contact avec la justice », en lieu et place de
« délinquance juvénile », de « mineurs criminels », ou d’« enfants
délinquants », au motif pour certains que ces dernières expressions seraient
stigmatisantes, et auraient des effets pernicieux pouvant mettre à mal la
réinsertion du mineur, pourtant véritable auteur des faits infractionnels. Dans
la même lignée, on propose la substitution terminologique, désignée par la
doctrine de « déqualification pénale », des termes « infraction » et « peine »
par « manquement » et « mesure ».

Mais, il importe de souligner que rien ne peut justifier qu’une telle


consécration d’une terminologie spécifique ou encore la restriction de la
publicité de procédure, notamment en ce qui concerne le secret de l’identité
du mineur et le huis-clos, parviennent à elles seules à suffire, pour prétendre
à une irresponsabilité pénale des mineurs, en dehors d’une décision expresse
du législateur concerné.

Il est donc plus qu’impérieux de limiter la portée de cette consécration


terminologique, qui n’a jamais su s’imposer, à son champ originel qui est
l’encadrement de la publicité de procédure dans un objectif purement
réinsertionnel17.

A dire vrai, cette spécificité terminologique n’a pas abondamment attiré


l’attention des instruments juridiques internationaux18. Il faut par contre
affirmer que jusqu’à ce jour, plusieurs textes internationaux, y compris le
rapport du Comité des droits de l’enfant de 2007 qui reste le dernier état de
lieu complet du droit onusien en cette matière, portent encore la terminologie

16 M. TORELLI, « Introduction à la protection internationale des droits de l’enfant », in


CERDIRI, 2005, p.9.
17 Article 1 Obs. n° 10, 2007; articles 8 et 21 Résolution 40/33.
18
Cette terminologie n’a attiré à l’origine qu’une seule fois l’attention du législateur
conventionnel (art. 1.3 et commentaire de l’art.3). Et, jusqu’à ce jour plusieurs textes
internationaux, notamment l’article 40 de la CIDE, y compris le rapport du Comité des
droits de l’enfant de 2007 qui reste le dernier état de lieu complet du droit onusien en cette
matière, portent encore la terminologie classique (« Instruction », « poursuite »,
« infraction », « âge de la responsabilité pénale », etc).

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Fiat Justisia Jurnal Ilmu Hukum ISSN 1978-5186
Volume 12 Number 3, July-September 2018

classique, à savoir : « infraction », « instruction », « poursuite »,


« coupable », « âge de la responsabilité pénale », « incarcération » …etc. 19.

Mais, peu importe la terminologie consacrée, l’appellation retenue dans le


texte ou la qualification réservée au processus de prise en charge des
mineurs auteurs, coauteurs ou complices à l’acte infractionnel ainsi que ses
modalités d’application ; le simple fait que la norme posée oblige les
mineurs convaincus d’un comportement incriminé par la loi, à en assumer la
charge en subissant la sanction pénale, c’est-à-dire la sanction qui afflige et
s’exécute au nom de la société, rendant par conséquent ces mineurs,
redevables vis-à-vis de la société, nous semble extrêmement pertinent, à
défaut d’être particulièrement suffisant, pour admettre une responsabilité
pénale des mineurs, bien qu’étant dans ce cas adaptée et donc spécifique à
leur situation.

c. Une responsabilité pénale relative

Une relativité caractérisée par l’admission et la fixation du seuil d’âge


de responsabilité pénale. Le point culminant d’un droit pénal des mineurs20
est l’admission et la fixation d’un (des) seuil(s) de responsabilité pénale. Si
l’on se convient que la minorité pénale implique le droit à un traitement
pénal différencié, c’est-à-dire ne pas être traité comme un adulte en matière
pénale, et spécifique, ce qui voudrait renvoyer au fait d’être traité dans et
pour son intérêt spécifique ; elle constitue à cet effet, « non pas une cause de
non imputabilité, mais une limite subjective et donc personnelle à
l’application du code pénal et une ouverture à l’application du droit
spécifique »21. Dès lors, deux principaux seuils s’invitent au débat : d’une
part, un seuil inférieur, ou la limite à partir duquel l’individu commence à
bénéficier d’un tel régime spécial, et d’autre part, un seuil supérieur, appelé
aussi « majorité pénale », qui est la limite au-delà duquel l’individu n’en a
plus droit.

19 Articles 37 et 40 de la Convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre


1989 ; 18 de la Charte africaine de la jeunesse du 2 juillet 2006 ; …etc.
20 Pour une certaine école, l’on ne peut pas parler d’un « droit pénal » à l’égard des mineurs

étant donné que ces derniers seraient pénalement irresponsables. Mais, en droit congolais,
il convient simplement de rappeler que depuis l’avènement du décret du 06 août 1950, le
législateur avait déjà prévu des règles pénales spécifiques relatives à la délinquance des
mineurs ; et qu’il fallait dès cet instant commencer à soupçonner l’existence d’un droit
pénal congolais des mineurs ou de l’enfance.
21 J.L. DE LA CUESTA, « Le nouveau statut pénal du mineur en Espagne », in RIDC, 1-

2004, pp.159-174.

251
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

La fixation du second seuil n’a jamais posé beaucoup problème étant donné
qu’elle se base sur le critère mécanique de l’âge et vacille généralement
autour de la majorité civile, à savoir : entre 21, 18 et 16 ans. C’est plutôt la
fixation du premier seuil qui est plus complexe22 à cause principalement de
la duplicité du critère de référence, en l’occurrence l’âge de l’enfant et/ou
son discernement, ainsi que des enjeux qu’il porte, en frisant directement une
irresponsabilité absolue.

En continuum, le Droit international des droits de l’homme, DIDH en sigle, a


toujours préconisé un seuil d’âge en deçà duquel le mineur est présumé
n’avoir pas la capacité d’enfreindre la loi pénale23, ou encore qu’il ne
pourrait être suspecté, inculpé24, poursuivi ni convaincu d’une infraction et
engager sa responsabilité pénale. Il a, toutefois, fallu attendre plusieurs
années pour qu’il le fixe. C’est au Comité des droits de l’enfant (CDE)25 que
revient le mérite d’avoir proposé le seuil de 12 ans, plaidant en même temps
pour son relèvement progressif à 1426 et puis 16 ans. Ce seuil, dans la lignée
du droit romain, révèle l’importance d’exclure les plus jeunes enfants du
nombre de ceux qui peuvent être pénalement responsables, d’une part, et
compartimente le statut pénal des mineurs-délinquants en deux catégories en
consacrant bel et bien la responsabilité pénale à l’égard de la frange du
dessus du seuil d’âge fixé, d’autre part.

Il témoigne également le choix de ce droit (DIDH) pour le critère mécanique


de l’âge qui lui apparaît plus rassurant (art. 5, 8 et 56 des Principes de Ryad)
qu’un système qui laisse au juge ce pouvoir de le déterminer au cas par cas.
Vu sous cet angle, le droit onusien se rapproche plutôt du modèle
répressionnel.

22 J. ZERMATTEN, « L’observation générale n°10 (2007) du Comité des droits de


l’homme : les droits de l’enfant dans le domaine de la Justice des mineurs, Bulletin DEI,
Juni 2007.
23 Voir l’article 40 point 3 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, du 20
novembre 1989. La présomption d’incapacité d’enfreindre la loi pénale se situe en amont.
On considère en effet, que seul ce mineur est supposé être incapable de violer la norme
pénale. En conséquence de ce qui précède, un tel mineur incapable en amont de violer la
loi pénale, ne pourra pas non plus en aval, supporter les conséquences pénales de son acte
en engageant pour cela sa responsabilité pénale.
24 Article 4.1 Rés. 40/33, 13 et 14.c Rés.1997/30.
25 Article 32-33 Obs. n°10/2007, CDE ; Point 12 Rés. 18/12.
26
L’Association internationale de droit pénal (AIDP) recommande aussi le seuil de 14 ans.
Mais, l’âge médian international stagne à 12 ans. A ce jour, une quatre vingtaine d’Etats
ont adopté un seuil inférieur à 12 ans parmi lesquels figurent principalement les pays de la
common law mais aussi quelques pays romanistes à l’instar de la Suisse. Lire avec intérêt
les Résolutions des Congrès de l’AIDP (1926-2004), ERES, n°20, 2009, Toulouse, 205-
208, [en ligne] www.penal.org/sites/defaut/files/files/NEP%2020%20%20français.pdf.

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Fiat Justisia Jurnal Ilmu Hukum ISSN 1978-5186
Volume 12 Number 3, July-September 2018

Démarcation entre la reconnaissance de la responsabilité pénale et


l’application de la sanction. Une autre particularité du droit pénal des
mineurs tient de la démarcation qu’il convient de faire entre la
reconnaissance de la responsabilité pénale et l’application de la sanction à
l’agent. Il est évident que, lorsqu’ils sont reconnus responsables pénalement,
les mineurs ne font pas généralement l’objet de la même tarification pénale
que les majeurs. Quel que soit le système, ils n’encourent pas tous, les
mêmes types de sanctions que certains textes peuvent nommer mesures. Ces
dernières sont prononcées non seulement en fonction de la gravité des faits,
mais aussi et surtout en tenant compte de l’âge et de la situation personnelle
de l’enfant. Ainsi apparaît, particulièrement en droit interne, un autre seuil
que l’on qualifiera de « seuil de sanctionnabilité ou de punissabilité », lequel
renvoie à l’âge à partir duquel un mineur peut encourir une mesure ou une
sanction spécifique : un de ces seuils coïncide nécessairement avec le seuil
inférieur à la responsabilité.

Au niveau interne des Etats, il conviendra d’évoquer à titre illustratif


différentes législations en l’occurrence celles française, belge, allemande et
congolaise.

En France27, par exemple, ces seuils sont fixés à 6/8 ans pour les mesures
éducatives ; 10 ans pour les sanctions éducatives ; et 13 ans pour la peine.
En Belgique, ces seuils sont différemment fixés comme suit notamment à 12
ans (seuil d’âge retenu par la Cour constitutionnelle belge). En effet, avant
cet âge, le juge ne peut pas prendre de mesure à caractère pénal, mais
uniquement des mesures de garde) ; et tout récemment dans certains cas28, à
plus de 16 ans pour la peine.

27 P. BONFILS et A. GOUTTENOIRE, Droit des mineurs, Dalloz, 2ème éd., Paris, 2014,
pp. 863-882; B. BOULOC, Droit de l’exécution des peines, Dalloz, 4ème éd., Paris,
pp. 407 et svt. Lire aussi J. PRADEL, Droit pénal comparé, Dalloz, 4ème éd., Paris, 2016,
pp. 162-165.
28 Il en est ainsi notamment de la mesure de dessaisissement permettant de soustraire à la
juridiction des mineurs un jeune âgé de plus de 16 ans qui a commis un fait grave et de le
juger comme un adulte (soit devant une juridiction des adultes soit devant une Chambre
spéciale à trois juges, dont deux juges de la jeunesse, et qui reste attachée au Tribunal de
la jeunesse, mais lui appliquera le droit pénal pour adultes). Voir les lois de 15 mai 2006
et 16 juin 2006 modifiant la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse, le
Code d’instruction criminelle, le Code pénal, le Code civil, la nouvelle loi communale et
la loi du 24 avril 2003 réformant l’adoption.

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

En Allemagne29, ce seuil est fixé à 14 ans tant pour des mesures qu’en ce qui
concerne les peines.
Quant à la loi de protection de l’enfant en République démocratique du
Congo, il convient de noter que le législateur congolais organise la
démarcation de traitement en proscrivant l’application de certaines peines
seulement et de certaines mesures aux mineurs à moins de 14 ans, l’enfant
bénéficiera de la relaxe en matière pénale (art. 96 LPE) ; à moins de 15 ans,
l’enfant ne pourra pas être placé dans un établissement de rééducation de
l’Etat (art.117 al.2 LPE) ; à plus de 16 ans, le mineur ne peut pas être mis
dans une institution publique à caractère social (art.113 al.2 LPE) ; et à
moins de 18 ans, il ne peut être prononcé de peine de mort ni de servitude
pénale à perpétuité pour des infractions commises par les enfants (art. 9, al. 2
LPE).
3. La responsabilité pénale des mineurs en droit international
humanitaire (DIH) : des Conventions de Genève au Statut de Rome.
Les enfants sont les premières victimes des conflits armés, mais il n’est pas
impossible qu’ils fassent partie de la cohorte des bourreaux30. Ils sont
généralement enrôlés de force mais parfois aussi par nécessité31, et subissent
des mauvais traitements de la part des recruteurs dans le but d’altérer leur
capacité de discernement au moment de commettre le crime. Sauf que par
moments, ils s’embrigadent volontairement, prennent goût à ce mode de vie
et n’agissent toujours pas sous l’emprise de la drogue ou sous la contrainte.

29 DUNKEL FRIEDER, « Le droit pénal des mineurs en Allemagne : entre un système de


protection et de justice », Déviance et Société, 2002/3, vol.26, pp. 297-313, [en ligne]
http://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2002-3-page-297.htm; « Le système
judiciaire allemand », Ministère de la Justice, service des affaires européennes et
internationales/Bureau du droit comparé, 21/02/2014, pp.6-8, en ligne sur [http://www.ca-
angers.justice.fr/art_pix/1_1_1_fp_sj_allemagne.pdf, consulté le 23/03/2017.
30 L’utilisation des enfants dans les forces armées est un phénomène ancien ; à la différence

qu’aujourd’hui, à cause de la prolifération d’armes légères et du moindre coût de main


d’œuvre qu’ils représentent, les enfants sont plus utilisés comme des combattants plutôt
que des serviteurs, esclaves, espions, boucliers humains comme autrefois. Et, le
phénomène se pérennise principalement en Afrique. Voir : Amnesty international,
Attention : Enfants-soldats !, Dossier pédagogique 2012, pp.4-7, [en ligne]
www.amnestyinternational.be/IMG/pdf/ dossierenfantssoldats-2.pdf ; Croix-Rouge de
Belgique, Communauté francophone, Thématique : Enfants-soldats, [en ligne]
http://www.croix-rouge.be/img/db/enfants-soldats-pdf ; O.H. MOUZAYAN, L’enfant
soldat, Odile Jacob, Paris, 2003, pp. 9, 15-19 ; https://fr.wikipédia.org/wiki/enfant_soldat
; M. TOURNIER, « l’enfant soldat dans l’histoire », Bulletin N°8, 01/2004, Amnesty
Internationale/Section française, Commission enfants ; www.child-
soldiers.org/francais.php
31 Défendre leur pays, leur village, leur terre ; venger la mort de leurs parents ; salaire

alléchant...

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Ces deux cas de figure, qui résument la situation des mineurs impliqués dans
les conflits armés, ne peuvent continuer à être ignorés, ni confondus.
Malheureusement, ils ne trouvent aucune solution claire dans la
réglementation internationale : cette dernière préfère entretenir un flou
poussant à imputer sur les recruteurs les violations graves commises par les
mineurs engagés dans les hostilités, mais à garder silence32 sur les concernés
eux-mêmes pendant qu’il se pose une véritable question de leur culpabilité,
couplée à celle de la protection des droits des victimes.

a. La non-exclusion d’une responsabilisation des mineurs pour crimes


internationaux

En ce qui concerne les mineurs, auteurs des crimes internationaux, les


instruments internationaux préfèrent garder silence quant à la possibilité ou
non de leur responsabilité pénale. Mais, ce silence ne semble être que de
façade. Car, au-delà des débats d’école33, le constat est que le Droit
international humanitaire n’interdit pas expressément toute idée de
responsabilité pénale individuelle des mineurs pour crimes internationaux,
quoiqu’il incite les systèmes nationaux à considérer les mineurs impliqués
aux différents conflits armés comme des victimes et à privilégier leur
démobilisation en vue de leur réinsertion via les modes alternatifs des
règlements des conflits34. Le statut de prisonnier de guerre, que leur
confèrent les protocoles additionnels de la Convention de Genève, ou les
dispositions de l’article 40-2-a de la Convention Internationale des Droits de
l’Enfant, CIDE en sigle, n’interdisent pas non plus leurs poursuites en cas de
violation grave des lois et coutumes de guerre.

Assez souvent, la polémique émane principalement de la déclaration


d’incompétence des juridictions pénales internationales à l’égard des
personnes âgées de moins de 18 ans. Il en est ainsi de l’article 26 du statut de
Rome de la Cour pénale internationale. C’est qu’assez facilement, on

32 H. GIBROMONT, « La prise en compte des enfants-soldats par les juridictions pénales


internationales et internationalisés », Clinique de droit international pénal et humanitaire,
25/06/2014, URL : http://www.cdiph.ulaval.ca/blogue/la-prise-en-compte-des-enfants-
soldats-par-les-juridictions-penales-internationales-et, du 16/09/2015; P. MANIRAKIZA,
« Les enfant face au système international de justice : à la recherche d’un modèle de
justice pénale internationale pour les délinquants mineurs », L.J. QUEEN’S, 2009, p.722
33 Pour avoir un aperçu sur les principaux courants doctrinaux sur cette question, lire

l’excellent article de monsieur Luc AKAKPO [« Procureur c. X : les enseignements à tirer


de la poursuite des enfants soldats pour crime contre l’humanité », RGD, 2012, vol.42,
n°1, pp.9-56, disponible en ligne sur : http://id.erudit.org/iderudit/1026915ar].
34 Point 3.6 des Principes de Paris, 16 et 21 des Principes du Cap.

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

considère que cette disposition consacrerait une irresponsabilité pénale de


ces personnes. Et pourtant, une fois de plus, on ne peut déduire de cette
disposition ni une responsabilisation ni une irresponsabilisation des mineurs.
Car, les textes régissant les juridictions pénales internationales n’ont jamais,
et rien ne les en empêchait, formellement consacré une irresponsabilité
pénale au bénéfice des concernés, âgés de moins de dix-huit ans. Aussi, une
« déclaration d’incompétence d’une juridiction exclut tout simplement la
possibilité pour cette dernière de connaître de la cause, mais ne sous-entend
nullement l’irresponsabilité de l’agent35 ». Même dans l’hypothèse où cette
juridiction serait la seule susceptible à connaître de tels faits, on évoquerait
en réalité l’impunité pour absence de juridiction compétente et non
l’irresponsabilité pénale.

Force est de constater que les juridictions pénales internationales n’ont pas
de compétence exclusive. Elles ont souvent une compétence concurrente à
celle des juridictions nationales ; même si il peut s’agir soit de la primauté,
soit de la subsidiairité. On remarque en effet que ce sont les impératifs
d’ordre économique36 qui sont souvent évoqués comme principales causes
qui les obligent à se concentrer sur les « primo-délinquants »37 et à laisser à
leurs homologues nationales, la charge de juger les exécutants dont font
partie généralement les mineurs. Il y a donc ici une sélectivité justifiée des
justiciables. Les uns, plus importants à cause de leur forte influence dans la
réalisation du crime, sont préférés par les juridictions pénales
internationales ; tandis que les autres, moins importants que les précédents
puisqu’étant intervenus au second plan, peuvent être jugés par les
juridictions nationales compétentes.

b. Seuil légal de l’enrôlement volontaire ou seuil de responsabilité


pénale pour crimes internationaux ?

35 B. WANE BAMEME, La responsabilité pénale pour crime de guerre. Etude comparée des
droits français et congolais, Thèse, AMU, 2012, p.235.
36 L. COTE, « Justice pénale internationale : vers un resserrement des règles du jeu », RICR,

03/2006, n° 861, pp. 51-63 ; LAUCCI C., « Quoi de « spécial » au TSSL ? », AYIL,
vol.14, 2006, spéc. p.40, URL :
lawlib.wlu.edu/CLJC/index.aspx?mainid=1067&issuedate=2008 03-21&homepage=no ;
P. XAVIER, Cours de Droit international pénal, M1, Faculté de droit et de science
politique, AMU, [Inédit], 2010-2011.
37 Ce terme ne doit pas être pris dans le sens généralement admis qui l’oppose à « récidiviste »

et « délinquant d’habitude » ; mais le sens utilisé par le professeur Xavier PHILLIPE


[précité] comme étant les auteurs intellectuels.

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Il est aussi évoqué, comme cause de cette exclusion de compétence, le


manque de consensus38, autour du seuil de responsabilité pénale qu’il a fallu
éviter tout conflit entre les juridictions internationales et celles nationales. Ce
qui confirme bien notre hypothèse selon laquelle l’idée de responsabilité a
toujours été présente mais c’est plutôt la fixation de son seuil qui a posé
problème. Or, lorsqu’on analyse minutieusement les règles du Droit
international humanitaire, DIH en sigle, il semble se dégager un seuil
[implicite] de quinze ans39. En effet, si l’interdiction de recrutement et celle
relative à la participation des personnes âgées de moins de 18 ans dans les
conflits armés ne sont plus discutables en Droit international des droits de
l’homme (DIDH) et en Droit international humanitaire (DIH) ; seule la
violation de la non-participation directe des personnes âgées de moins de 15
ans est assortie d’une sanction pénale.

Ne sont donc pas pénalement interdites d’une part, la participation indirecte


des enfants de moins de quinze ans dans les conflits armés, et d’autre part, la
participation directe de ceux de plus de quinze ans40. Malgré le lobbying des
organisations transnationales et non-gouvernementales, l’incrimination
consécutive à cette violation de la règle humanitaire n’a pas toujours été
modifiée. Vide juridique ou seuil tacite de responsabilité, cet âge coïncide
curieusement avec la pratique d’enrôlement volontaire des mineurs adoptée
par beaucoup d’Etats41 qui sont parfois contraints, par la réalité42, à envoyer

38R. GACHOUD, « La guerre, un jeu d’enfants ? Enfants soldats ; la problématique des filles
», AYIL, précité. ; Rapport du Comité préparatoire pour la création d'une cour criminelle
internationale, AG/N.U, 53ème sess., Doc. N.U A/CONF183/2/Add 1 (1998), p.53 ;
Rapport de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits
armés, Doc. off. A.G. N.U, 65ème sess., Doc. N.U. A/65/219 (2010), §.8, [En ligne],
http://daccess-dds-
ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/474/22/PDF/N1047422.pdf?OpenElement
39 Il existe des statuts des juridictions internationales ou internationalisées qui sont allées en

deçà du seuil de 15 ans mais dans la limite de 12 ans posée par le DIDH (art. 40-3-a
CIDE, 32-33 Obs. n°10, CDE). La Chambre spéciale de la Cour d’Etat de Bosnie-
Herzégovine l’a fixé à 14 ans ; alors que Tribunal spécial pour la Sierra Leone (article 7
du statut du TSSL) et le Panel de Timor l’avaient respectivement fixé à 15 et 12 ans.
40 E. DAVID, Principes de droit de conflits armés, Bruylant, 3ème éd., Bruxelles, 2002, pp.

492-493 ; E. DAVID, F. TULKENS et D. VANDERMEERSCH, Code de droit


international humanitaire, Bruylant, 4ème éd., 2010, 932-934 ; M. MATHESON et D.
MOMTAZ (Dir), Les règles et institutions du droit international humanitaire à l’épreuve
des conflits armés récents, Académie de droit international de la Haye, 2010, p. 26.
41 Si au regard du protocole de 2000 de la CIDE, les mineurs ne peuvent donc pas combattre

ni faire l’objet d’un enrôlement obligatoire dans les forces armées, ils peuvent néanmoins
recevoir une éducation et une formation militaire dès le plus jeune âge. Et, ce même en
Europe (Belgique, France, Royaume-Uni).

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

ces derniers au combat même s’ils s’engagent généralement à ne pas le faire.


Ainsi, malgré le refus de la Communauté internationale de se prononcer, de
manière explicite, sur la question de la responsabilité pénale des mineurs en
droit international, les mineurs d’au moins 15 ans peuvent engager leur
responsabilité lorsqu’ils sont auteurs des crimes graves de droit international.
Raison pour laquelle, l’on retrouve dans la jurisprudence interne et celle
produite par des juridictions internationalisées quelques cas de poursuite.

c. Cas de poursuite des mineurs devant les juridictions internationales

Le cas Dominique ONGWEEN devant la Cour pénale internationale43 : une


vraie fausse illustration. Depuis son arrestation, nombreuses sont des
analyses abordant la question en s’en félicitant, mais surtout en insistant sur
des poursuites effectives contre ce criminel de guerre. Il y en a même qui ont
soutenu, qu’il s’agirait du premier cas de poursuite initiée par la Cour pénale
internationale conte un mineur. Et pourtant, rien de tel ne saurait se justifier.

Il est certes vrai que cet individu s’est retrouvé dans les rangs des forces
combattantes rebelles, dans son pays à l’âge mineur. Il est aussi vrai que
plusieurs personnes soutiennent qu’il aurait, en ce moment-là, tout en étant
mineur, commis des crimes graves. Il n’est pas moins vrai qu’aujourd’hui,
aucun de ces faits n’est mis à sa charge devant la Cour pénale internationale.
L’action judiciaire en mouvement devant cette institution ne se rapporte
donc pas aux faits criminels qu’il aurait commis lorsqu’il était mineur. Il ne
s’agit pas d’une action contre un mineur. Il ne s’agit pas non plus d’une
action en rapport avec les faits commis par le suspect alors qu’il était mineur
d’âge. Il s’agit en effet plutôt d’une action en justice, initiée contre l’actuel
majeur de plus de 42 ans, qui, comme tout autre individu, avait été mineur,
subi des actes infractionnels, et très probablement commis d’autres. Mais,
l’individu est en effet plutôt traduit devant la Cour pénale internationale pour
des faits commis à partir de sa majorité d’âge. Notre position semble
confortée, étant donné que d’une part, né en 1975 et transféré au quartier
pénitentiaire de la Cour pénale internationale le 21 janvier 2015 à 40 ans, la
Procureur de la Cour a mis à sa charge 70 chefs d’accusation de crimes de
guerre et de crimes contre l’humanité, qui auraient été commis entre le 1ier
juillet 2002 et le 31 décembre 2005, notamment « attaque contre une
population civile, meurtre, viol, esclavage sexuel, torture, réduction en

42 Par exemple, plusieurs mineurs de 17 ans sont comptés parmi les soldats britanniques
disparus au combat en 1982 (Malouines), en1991 (guerre du Golfe), en 1998/1999
(Mission internationale de maintien de la paix au Kosovo).
43 Le Procureur c/Dominic Ongwen, ICC-02/04-01/15, in https://www.icc-cpi.int.

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Fiat Justisia Jurnal Ilmu Hukum ISSN 1978-5186
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esclavage » ou encore « utilisation d’enfants de moins de 15 ans pour


participer activement à des hostilités ». Dès lors, seuls les faits commis à
partir de son 27ième année jusqu’à près de son 30 ième année d’âge qui sont
pris en compte devant la Cour pénale internationale, et entrainant 4.107
victimes retenues par cette juridiction. D’autre part, au moment où s’est
ouvert le procès à son encontre, les avocats de la défense ont choisi d’arguer
les traumatismes subis par leur client lorsqu’il était mineur d’âge, étant
donné qu’il a été kidnappé lui-même entre 10 et 13 ans, mais sans accepter
de soumettre leur client à une consultation d’expert. Cette ligne de défense
oriente vers la possibilité pour lui de plaider non coupable en se fondant
éventuellement sur une cause subjective d’irresponsabilité pénale (article 31
du statut de la CPI), en l’occurrence l’altération de son discernement au
moment des faits, à défaut de son abolition, et même la contrainte
irrésistible.

La Cour pénale internationale, étant incompétente à juger les personnes qui,


au moment des faits étaient âgées de moins de dix-huit ans44, ne peut en
aucune manière, et sous aucune justification fondée, se déclarer compétente
à juger une personne pour des faits commis alors qu’elle était âgée de moins
de dix-huit ans.

Mais, c’est le Tribunal spécial pour la Sierra-Léone, l’illustration d’une


juridiction pénale internationalisée45, qui a été la première à avoir, non
seulement doté le droit international d’une jurisprudence en matière de
conscription et d'utilisation d'enfants soldats constituant le crime de guerre,
mais aussi envisagé en vertu de son statut46 de poursuivre les mineurs âgés

44
L’article 26 du statut de Rome de la Cour Pénale Internationale du 17 juillet 1998, ratifié
par la République démocratique du Congo le 30 mars 2002, entré en vigueur le 1 ier juillet
2002, traitant de l’incompétence à l’égard des personnes de moins de 18 ans, prévoit ce
qui suit : « La Cour n'a pas compétence à l'égard d'une personne qui était âgée de moins
de 18 ans au moment de la commission prétendue d'un crime ».
45 P. PAZARTZSIS, « Tribunaux pénaux internationalisés : Une nouvelle approche de la
justice pénale (inter)nationale, AFDI, vol.49, n°1, 2003, pp.641-661, spéc.646.
46 L’article 7 du statut du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, issu de l’accord entre les
Nations Unies et le Gouvernement de la Sierra Leone, conformément à la résolution du
Conseil de sécurité 1315 (2000) du 14 août 2000, traitant de la compétence de cette
juridiction sur les êtres humains âgés de 15 ans, prévoit à peu près ce qui est traduit ci-
contre : « 1. Le Tribunal spécial n'a pas compétence sur toute personne qui était sous
l’âge de 15 ans au moment de la commission prétendue d’un crime. Si une personne qui
était au moment de la prétendue commission du crime entre 15 et 18 ans, devant la Cour,
il ou elle doit être traité avec dignité et un sens de valeur, en tenant compte de son jeune
âge et de l’opportunité de promouvoir sa réhabilitation, la réinsertion dans l’hypothèse
d’un rôle constructif dans la société, et conformément aux normes internationales des
droits humains, en particulier les droits de la l’enfant. 2. Dans la disposition d’une affaire

259
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

de quinze ans au moment des faits pour les crimes de droit international
humanitaire relevant de sa compétence ratione materiae.

Cette question s’est inéluctablement imposée à lui, étant donné que le conflit
armé sierra-léonais (1991-2001) a été essentiellement alimenté par des
jeunes, tentant d’échapper à la pauvreté ou tenus par l’idée de survie après
avoir été enrôlés de force. Des auteurs soutiennent même que « la
communauté internationale était généralement mal à l’aise [face] à cette idée
[…] mais, en raison de leur nombre et de leur implication, plusieurs groupes
sierra-léonais, y compris les chefs spirituels de diverses confessions,
estimèrent qu’il convenait de les poursuivre »47. C’est ainsi que ce Tribunal a
dû fonder ses poursuites sur le critère de l'opportunité (nécessité) déduit de la
gravité et de l’ampleur des crimes commis.

Deux procédés ont été mis en place : la voix judiciaire via le Tribunal spécial
pour la Sierra-Léone, TSSL en sigle, et la voie extra-judiciaire via la
Commission vérité et réconciliation, CVR en sigle.

Le Procureur David Crane, qui a jugé inopportun d’utiliser la voie


judiciaire48, a transféré des nombreux mineurs à la Commission vérité et
réconciliation, CVR en sigle, qui n’avait pas pour mission d’établir leur
responsabilité pénale mais plutôt d’analyser les motivations derrière leur
comportement dans une optique de réconciliation, de pacification sociale, de
prévention et de devoir de mémoire. Ce processus finissait souvent par la
reconnaissance par les auteurs de leur culpabilité et la demande du pardon.

contre un mineur délinquant, le Tribunal spécial visera dans tous les cas : l’orientation des
soins et des ordonnances de surveillance, des ordonnances de service communautaire, le
conseil, le placement familial, programmes de formation correctionnelle, éducative et
professionnelle, des écoles agréées et, le cas échéant, des programmes de désarmement,
de démobilisation et de réinsertion ou de programmes de protection de l’enfance ».
47 T. PERRIELLO et M. WIERDA, « Le Tribunal spécial pour la Sierra-léone sur la sellette »,

ICTJ, 05/03/2005, p.14, URL : https://www.ictj.org/sites/default/files/ICTJ-SierraLeone-


Tribunaux-Hybrides-2006-French.pdf du 11/02/2016. Voir aussi E. BLUNT, « Paix
fragile en Sierra Léone », Le Monde Diplomatique, 12/1999, p. 14 ; GALY M., « Libéria,
une guerre oubliée », Le Monde Diplomatique, 09/1994, p.11 ; Un autre témoignage d’un
mineur ayant combattu en RD Congo, rapporté par l’ONG Vision du Monde, confirme
cette perception [www.visiondumonde.fr/news/temoignage-enfant-soldat consulté le
10/03/2016].
48
D. CRANE, « Strike Terror NO More : Prosecuting the Use of Children in Times of
Conflict – The West African Extreme », International Criminal Accountability, K. ARTS
et V. POPVSKI (Dir.), Hague Academic Press, Pays-Bas, 2006 ; M. MAYSTRE et A.
WERNER, « Un modèle de tribunal « internationalisé » : analyse du et perspectives sur le
TSSL », Droit international pénal, R. KOLB (Dir.), Bruylant, Bruxelles, 2008, p. 403 ; T.
PERRIELLO et M. WIERDA, article précité.

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Volume 12 Number 3, July-September 2018

Le Tribunal spécial pour la Sierra-Léone, TSSL en sigle, a donc, constitué


l’exemple où la vulnérabilité des enfants ainsi que leur responsabilité ont été
conjointement prises en considération de façon exhaustive suivant des
mécanismes non-judiciaires.

Un autre cas à évoquer est celui revenu aux Panels spéciaux49 du Timor
Leste devant lesquels a été poursuivi, sous le chef d’accusation de crime
contre l'humanité, d'extermination ou de tentative d'extermination et d'autres
actes inhumains, un mineur âgé de quatorze ans au moment des faits qui
avait tué trois personnes à la machette dans le cadre d’une tuerie généralisée.

Mais, alors qu’il y avait forte probabilité d’aboutir à sa condamnation, il y a


eu une entente avec la défense, et la juridiction a retenu en effet plutôt le
meurtre non prémédité (punissable en droit pénal indonésien) dont il fut
reconnu coupable le 28 octobre 200250. Il s’agit là de la première juridiction
pénale internationale, quoiqu’hybride, ayant inculpé un mineur dans le cadre
d’une procédure pénale51.

Cette décision, rarement commentée en doctrine, est souvent critiquée au


motif que plusieurs garanties consacrées par le droit international en matière
de justice pour enfants n’ont pas été respectées. Mais, il sied de souligner à
ce sujet que, d’une part, l’organe d’accusation de cette juridiction était
totalement internationalisé tandis que son siège l’était partiellement, et
d’autre part, les règles de fonctionnement de cette juridiction intégraient tous
les principes du droit pénal des mineurs consacrés en Droit international des
droits de l’homme, DIDH en sigle, en Droit international humanitaire, DIH
en sigle et en droits internes des Etas modernes, à savoir : un seuil de
responsabilité pénale à 12 ans (supérieure à certains Etats), le caractère légal
et nécessaire de la détention du mineur et la brièveté de toute peine
d’emprisonnement. Dans ces conditions, il convient de s’interroger, en vue
de la confirmation de la thèse soutenue, afin de savoir comment une
juridiction ainsi régie et composée, est-elle parvenue à admettre l’hypothèse
d’une poursuite pénale à l’encontre d’un mineur de 14 ans pour des faits
constitutifs de crimes internationaux si une telle approche était contraire au
droit international.

49
Appelés aussi « Chambres spéciales pour les crimes graves de Timor ».
50 DILI District Court, Special Panel for Serious Crime, Prosecutor c/ X, n° 04/2002,
12/12/2002, [en ligne]
https://www.wcl.american.edu/warcrimes/wcro_docs/collections/spscet/SPSC, East,
Timor, Judgmts, Indmts & Docs/X/, consulté le 12/02/2016
51 L. AKAKPO, op. cit.

261
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

Néanmoins, il faut reconnaître que, en dehors des cas précités, et peut-être


celui du jeune Omar KHADR52, les exemples sont à chercher. La politique
pénale prônée par le droit international reste, d’une part, la fixation des
limites à ne pas franchir à une justice en continuel alignement sur le modèle
des adultes, et d’autre part, le référencement du mineur, quelle que soit
l’infraction commise, devant son juge national naturel compétent.

Il en est ainsi également du droit congolais, qu’il convient d’analyser.

4. DE LA (L’IR) RESPONSABILITE PENALE DES MINEURS EN


DROIT POSITIF CONGOLAIS : Une infirmation dogmatique
Etant donné que la République démocratique du Congo a ratifié la quasi-
totalité des traités évoqués précédemment, il importe de souligner que ces
instruments juridiques doivent régulièrement et normalement s’y appliquer.
Indépendamment, mais parfois aussi à la suite de ces traités, le droit interne
congolais prévoit un corpus de règles sur la question relative à la
responsabilité pénale des mineurs. Cependant, tout porte à croire que le
débat autour de la question a été orientée, puisque conduite par certaines
motivations non clairement élucidées. La doctrine dominante, ayant été
construite à l’époque dans la moule protectionnelle du droit belge, a retenu et
fait comprendre plusieurs générations de juristes une certaine
irresponsabilité pénale totale des personnes âgées de moins de dix-huit ans,
sans pour autant qu’une telle affirmation ne trouve justification textuelle.
C’est qu’à cette époque, aucun texte congolais régissant la matière ne
l’affirmait de manière expresse. Durant toute cette période, l’histoire ne
renseigne pas l’existence d’un autre courant doctrinal à l’affrontement
duquel jaillirait, si pas la vérité, mais peut-être un autre son de cloche
pouvant conduire à la relativisation de certaines positions d’écoles en
matière pénale, manifestement dogmatiques mais véritablement pourtant non
textuelles.
Pour mieux s’en rendre compte, il convient et il suffit de scruter les deux
textes qui ont organisé la gestion de la délinquance des mineurs en droit
congolais, savoir : le décret du 06 décembre 1950 sur l’enfance délinquante
et la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.

52 Sans entrer dans les spécificités du droit pénal canadien, du droit international et du droit
pénal américain, il s’agit, dans ce cas d’espèce, d’un jeune canadien, âgé de 14 ans au
moment des faits, qui a été condamné par une commission militaire américaine en date du
25 octobre 2010, pour crimes de guerre, de complot, de soutien matériel au terrorisme,
d’espionnage et de meurtre.

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a. La responsabilité pénale des mineurs sous le décret du 06 août


1950 : Une responsabilité dogmatiquement infirmée
Sans être le premier texte de droit à caractère pénal à s’intéresser au mineur
au Congo53, le décret du 06 décembre 1950 a eu le mérite d’avoir rassemblé
toutes les règles éparses du droit colonial en la matière, en les mettant sous le
contrôle d’un juge spécial. On retiendra que ce texte fut, à quelques
exceptions près, essentiellement inspiré par la loi belge de 1912. Il consacre
globalement les principes fondamentaux du droit des mineurs et même du
droit pénal des mineurs, savoir : la minorité d’âge54, la spécificité
juridictionnelle ainsi que la spécificité sanctionnelle55. A ces principes, la
touche protectionniste ajoutera le contrôle socio-judiciaire des mineurs
affichant des comportements déviants et l’absence de seuil de responsabilité
pénale dans le décret de 195056.
a) Une irresponsabilité dogmatique et conjecturale
Le droit congolais, à la suite du droit belge qui l’avait inspiré en 1950,
choisit de remplacer la peine par les mesures (art. 5, al. 2 D). C’est justement
cette déqualification qui, à y regarder de près, n’a d’ailleurs concerné que la
peine57, est évoquée à l’appui de la thèse d’irresponsabilité pénale des
mineurs. Et pourtant, le législateur congolais prévoit simplement ce qui suit
d’abord à l’article 5 du Décret : « Si un mineur a commis une infraction, le
seul juge compétent pour en connaître au premier degré sera le juge de [paix]
siégeant avec officier du ministère public, magistrat de carrière. La peine

53 Il y a lieu de citer ces différents autres textes qui l’ont précédé :


- le Décret du 04 mai 1885 sur la correction paternelle ;
- l’Arrêté du 05 mai 1896 sur le vagabondage et la mendicité ;
- le Décret du 23 mai 1896 donnant également qualité au magistrat pour intervenir en
cas de vagabondage ;
- l’Arrêté du 03 janvier 1911, l’Ordonnance 76/J du 15 octobre 1931 sur le régime
pénitentiaire…etc.
54 La minorité d’âge a été arrêtée à 18 ans à l’article premier du décret du 06 décembre 1950
sur la délinquance juvénile, puis à 16 ans dans le même article 1er du même décret,
lorsqu’il a été modifié et complété par l’Ordonnance-Loi n°78-016 du 4 juillet 1978.
55 Les articles 5 et 6 du décret du 06 décembre 1950.
56 La majorité pénale sera fixée à 18 ans révolus et intégrée dans le Code pénal à l’article 20
ter du décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal, modifié et complété par la
loi n°15/022 du 31 décembre 2015 entrée en vigueur trente jours après sa publication au
journal officiel de la République démocratique du Congo, du 29 février 2016.
57
Contrairement à une certaine opinion, aucun article et même pas l’article 6 du décret du 06
décembre 1950 n’a consacré une substitution du terme « infraction » par « manquement »,
comme la loi belge de 1912. Le législateur congolais n’évoque l’expression
« manquement qualifié d’infraction par la loi pénale » qu’uniquement dans la loi sur la
protection de l’enfant, LPE en sigle (notamment à l’article 2, point 9) en définissant
l’« enfant en conflit avec la loi ».

263
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

sera remplacée par une mesure de garde, d'éducation ou de préservation


d'après les distinctions suivantes » ; ensuite à l’article 6 du Décret : « Quelle
que soit la qualification pénale du fait commis, le juge pourra, selon les
circonstances, soit réprimander l'enfant et le rendre aux personnes qui en
avaient la garde, avec injonction de mieux le surveiller à l'avenir, soit le
confier jusqu'à sa vingt et unième année à une personne, à une société ou à
une institution de charité ou d'enseignement, publique ou privée, soit encore
le mettre jusqu'à sa vingt et unième année à la disposition du
gouvernement ».
En effet, après avoir affirmé la possibilité pour un mineur de commettre une
infraction, le législateur a simplement obligé le juge à remplacer la peine par
différentes mesures. Mais, déduire d’une telle spécificité sanctionnelle, une
quelconque irresponsabilité pénale de tout mineur, comme longtemps
soutenu par le passé, n’est que dogmatique, et même conjectural puisqu’il
s’agit là d’une opinion fondée sur des simples apparences. Le décret du 06
août 1950 relatif à l’enfance délinquante ne comportait pas moins de
disposition à coloration ou à connotation pénale58.

58 Il importe de souligner que différents articles du décret du 06 décembre 1950 relatifs à


l’enfance délinquante étaient très évocateurs sur la question. En effet, différentes notions
de droit pénal pouvaient y être retenues : D’abord, avec la révision intervenue à travers
l’Ordonnance-Loi n°78-016 du 4 juillet 1978, il fallait entendre par mineur, au sens de
l’article premier dudit décret, l’enfant âgé de moins de seize ans accomplis au moment du
fait. De sorte que si tout mineur était, comme enseigné à l’époque, irresponsable
pénalement, il fallait normalement retenir que la personne âgée de plus de seize ans
pouvait engager sa responsabilité pénale et subir toute peine (y compris celle de mort et
de servitude pénale à perpétuité). Ensuite, les mesures portées par l’article 2 de ce Décret
ne pouvaient principalement être prises qu’en cas de mendicité ou de vagabondage. Ce
qui veut dire que l’article 2 ne concernait pas d’autres comportements en dehors de ceux
clairement indiqués. En plus, sans consacrer l’irresponsabilité pénale, le second alinéa de
l’article 5 remplace simplement la peine par une mesure de garde, d’éducation ou de
préservation d’après les distinctions suivantes. On retiendrait ici la spécificité
sanctionnelle. Enfin, on compte quatre articles qui prévoyaient la mesure de mise à la
disposition du gouvernement (article 6 du décret du 6 août 1950, et pourtant le décret du
30 janvier 1940 portant Code pénal la prévoit aussi parmi les peines portées par l’article 5
point 8 ainsi qu’aux articles 14d à 14k), avec possibilités de sa prolongation, ne manquant
pas de connotation pénale. Il en est ainsi de la possibilité de prolongation d’abord au-delà
de la vingt et unième année de l’enfant pour un terme qui ne pourra dépasser sa vingt-
cinquième année, en cas d’une infraction punissable de plus de cinq ans de servitude
pénale mais non punissable de la peine de mort ou de la servitude pénale à
perpétuité (article 7) ; ensuite, au-delà de la vingt et unième année de l’enfant pour un
terme de vingt ans au maximum, en cas d’une infraction punissable de la peine de mort ou
de la servitude pénale à perpétuité (article 8) ; enfin, en cas de perversité morale trop
caractérisée, l’enfant devait être interné dans un établissement de rééducation de l’Etat
pour 2 à 10 ans, et même pour ce qui est de l’infraction punissable de mort ou de
servitude pénale à perpétuité, au-delà de la vingt et unième année de l’enfant. Il y a lieu

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Lorsqu’on analyse le régime sous la doctrine positiviste, force sera de


constater que la minorité ait toujours fait l’objet d’une réaction sociale
particulière et différente des autres causes subjectives d’irresponsabilité
pénale.
D’ailleurs, la bonne analyse démontre aujourd’hui que cette irresponsabilité
pénale des mineurs n’est consacrée nulle part dans un texte qui, bien au
contraire, établit « un recours systématique à une procédure judiciaire pour
tous les mineurs infracteurs»59 et déviants ; reconnaît et donc n’écarte pas la
possibilité pour l’enfant de commettre une infraction, contrairement à la
Convention internationale des droits de l’enfant, CIDE en sigle, laquelle
prône la fixation d’un seuil d’âge en dessous duquel l’enfant est présumé
n’avoir pas la capacité d’enfreindre la loi pénale60.
En plus, en tant que norme pénale et dérogatoire, l’irresponsabilité pénale de
tous les mineurs aurait dû être consacrée assez clairement. Bien plus, entant
que cause subjective d’irresponsabilité pénale, cette minorité est soumise à
une double exigence de textualité ou de normativité, puisque d’un côté le
texte pénal général devrait le consacrer, et que de l’autre côté celui spécial
aurait dû le confirmer.
b) Une déduction de l’irresponsabilité pénale à partir de l’attribution
de compétence à une juridiction spécialisée
Par moments, on se permet de déduire l’irresponsabilité pénale des mineurs,
à partir de l’attribution de la compétence exclusive de la délinquance

d’ajouter aussi l’article 17 du décret du 6 août 1950 qui prévoyait qu’en cas d’un mineur
vicieux, ou si aucun particulier ni institution ne pouvait l’accueillir, il pouvait être gardé
préventivement dans une prison pour une durée ne dépassant pas deux mois, bien
évidemment sous un régime spécial.
59 « La protection légale et judiciaire des enfants en RDC : Problèmes centraux et
propositions », Document de discussion, BICE – MONUC/Section Protection de l’Enfant
- Save the Children/UK - UNICEF, Kinshasa, Déc 2004, p.8 [§. Les enfants
criminellement responsables]. Voir aussi « Recueil sur la minorité: Analyse et
commentaires de la législation applicable aux mineurs en RDC », BICE, Kinshasa, 2002,
pp. 21-22, [en ligne] http://www.kira-international.org/downloads/recueilminoriterdc.pdf,
consulté le 26/02/2015.
60 L’article 40, point 3 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant du 20
novembre 1989 prévoit à cet effet ce qui suit : « 3. Les Etats parties s'efforcent de
promouvoir l’adoption de lois, de procédures, la mise en place d’autorités et d’institutions
spécialement conçues pour les enfants suspectés, accusés ou convaincus d’infraction à la
loi pénale, et en particulier : D’établir un âge minimum au-dessous duquel les enfants
seront présumés n'avoir pas la capacité d'enfreindre la loi pénale ; De prendre des
mesures, chaque fois que cela est possible et souhaitable, pour traiter ces enfants sans
recourir à la procédure judiciaire, étant cependant entendu que les droits de l’homme et
les garanties légales doivent être pleinement respectés ».

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

juvénile à un juge spécialisé. Mais une telle idée, plutôt que d’être
convaincante, n’est en réalité que déroutante. Puisqu’à y regarder de près, la
même juridiction instituée, à cet effet, n’était autre qu’une juridiction de
droit commun (juge de première instance, devenu bien après, juge de paix)
statuant au premier degré, dans une chambre pénale spécifique. Ce qui
signifie que l’affaire intégrait en appel le circuit pénal ordinaire étant donné
qu’aucune chambre spécifique équivalente n’était prévue au niveau du
Tribunal de grande instance, même pas en Cassation.
Par ailleurs, doit-on encore, à l’ère de la profusion et de la spécialisation
juridictionnelles que connaît le droit moderne, déduire l’irresponsabilité
pénale simplement à partir de l’attribution d’une compétence à un juge
spécialisé ? Une réponse affirmative à cette question conduirait à déduire
également l’irresponsabilité pénale des militaires dont les infractions
purement militaires relèvent de la compétence d’un juge spécialisé61.
c) Une remise en question des archétypes en droit comparé
Il arrive également que l’on tente de trouver justification de cette prétendue
irresponsabilité pénale de l’enfant en recourant au droit comparé, et
particulièrement au droit belge. Alors qu’en réalité, l’analyse comparée
révèle que depuis les temps immémoriaux, le mineur nage toujours entre une
irresponsabilité absolue et une responsabilité atténuée62.
La responsabilité pénale étant, à l’origine objective, la minorité était perçue
comme une inaptitude sanctionnelle63. L’ère classique lui a donné un
fondement théorique et subjectif sans pour autant la libérer de l’emprise
sanctionnelle préclassique. Les aspects criminologiques n’ont été pris en
considération qu’à l’apothéose de l’Etat-providence : le mineur-délinquant,
perçu comme une victime de l’inadaptation sociale et du défaut de la
surveillance parentale, sera alors soumis à une pénologie particulière, à
vocation préventive et éducative.

61 Article 76 de la Loi n°023/2002 du 18 novembre 2002 portant Code judiciaire militaire. Ce


raisonnement peut aussi être appliqué aux tribunaux de commerce qui connaissent toutes
les infractions relatives à la législation économique et commerciale (article 17, alinéa 2 de
la Loi n°002/2001 du 03 juillet 2001).
62 J.F. RENUCCI et C. COURTIN, Le droit pénal des mineurs, Dalloz, 4ème éd., col. Que
sais-je, Paris, 2001, p.59. Voir aussi J. BART, Histoire du droit privé de la chute de
l’Empire romain au XIXème siècle, Montchrestien, 1998, pp. 67-68 ; C. BLATIER, La
délinquance des mineurs : l’enfant, le psychologue, le droit, PUG, 2ème éd., Grenoble,
2002, pp.15-16 ; A. LAINGUI, Petite histoire illustrée du droit pénal, Litec, Paris, 2010,
pp.113-114.
63 Le droit pénal préclassique est construit autour de l’acte (fait) criminel qu’il fallait bannir
par la neutralisation du délinquant. A cet effet, le corps du mineur apparaissait comme ne
pouvant pas supporter le même supplice que celui d’un adulte, d’où l’admission de
l’adoucissement de la peine à son égard.

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Dès lors, apparaissent deux idées sur la fonction de la responsabilité des


mineurs, une responsabilité « des causes »64 et une responsabilité des
« résultats », s’opposeront et induiront deux grands modèles de droit pénal
des mineurs. D’un côté, le modèle dit « répressionnel»65, dit également
‘‘pénal’’, de ‘‘justice’’ ou ‘‘pénitentiaire’’, lequel consacre clairement la
responsabilité pénale des mineurs d’après le procédé classique (causalité,
culpabilité, imputabilité) et applique aux mineurs une tarification pénale soit
minimale, soit identique aux majeurs (USA, Angleterre, Pays de Galle). De
l’autre côté, le modèle dit « protectionnel »66, appelé aussi ‘‘tutélaire’’,
‘‘paternaliste’’ ou simplement de ‘‘protection’’, qui estime que les mineurs
sont des victimes (de leur condition de vie) qu’il sied de leur appliquer des
mesures de protection et d’éducation (Belgique, Canada, Portugal). Ce
modèle adopte souvent « des modalités d’évitement du procès pénal avec des
procédures déjudiciarisées»67 et accorde des larges pouvoirs d’appréciation
aux juges d’enfants et implique d’autres organes, essentiellement non
judiciaires, au traitement de l’enfant mis en cause. S’il faut cartographier, on
constatera à cet effet, qu’il apparaît une cartographie binaire qui distingue les
Etats anglo-saxons d’obédience ultra-libérale, des Etats romanistes
d’idéologie socialiste. Ce qui amène certains à considérer que le système
protectionnel est inspiré de la doctrine « parens patriæ », tandis que le
modèle répressionnel, de la « due process of law », soucieuse des garanties
procédurales68.

Mais, en réalité aucune classification n’est aujourd’hui rigoureusement


autonome et satisfaisante. Aucun critère n’est réellement pertinent. Aucun
système ne reste figé et recroquevillé à lui-même ; bref, aucun modèle ne
s’auto-suffit. Si l’on ne considère que le critère de la peine69, il s’avère que
toutes les mesures, aux vertus protectrices, appliquées aux mineurs ne sont
pas toujours exemptées des attributs de la peine70 (Allemagne, Belgique,

64 J. CHAZAL, Etudes de criminologie juvénile, PUF, Paris, 1952, pp. 11-13.


65 Dit aussi « pénal », « de justice » ou « pénitentiaire ».
66 Dit aussi « tutélaire », « paternaliste » ou « de protection ».
67 P. BONFILS, « Chronique de droit pénal des mineurs », RIDP, 2009/1 Vol. 80, pp. 307-

315.
68 O. D’AMOURS, « Les grands systèmes. Modèle de protection, modèle de justice et les

perspectives d’avenir », Service social, v.47/n°3-4, 1998, pp. 15-40, consulté le


11/11/2013. URL : http://id.erudit.org/iderudit /706794ar
69 « Peine » = Responsabilité pénale = répressionnel ; «Mesure de sûreté» = irresponsabilité

pénale = protectionnel.
70 Arrêt BOUMAR c/ Belgique, CEDH, n° 9106/80, 29 février 1988 ; WILLEMS L., « Un

point de vue critique des carences de l’application de la loi du 08 avril 1965 », Déviance
et société, Vol. 9, N°2, 1985, pp.151-157, spéc. p.152.

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

France). La Suisse par exemple, qui n’applique que des mesures éducatives à
l’égard des mineurs délinquants, consacre un seuil inférieur de la
responsabilité pénale, qui d’ailleurs a toujours été l’un des plus bas sur le
continent d’Europe (7 ans avant 2007 et 10 ans après 2007). De même,
certains systèmes, qui se revendiquent tutélaires ou qui ont consacré
expressis verbis l’irresponsabilité pénale du mineur admettent pourtant la
possibilité d’appliquer à certains mineurs le droit pénal commun
(Allemagne, Belgique, Canada). Bien plus, tous organisent une action
juridique visant à la fois la victime (obtention de la réparation) et le mineur-
délinquant (payer sa dette envers la société) : la nature d’une telle action, vu
toutes ses imbrications, pourrait bien être complexe mais dépasse
manifestement le cadre de l’action civile. Ce qui rapproche le modèle
paternaliste, pourtant présenté comme plus tendre et plus évolué, de la
conception objective71 de la responsabilité pénale. C’est ainsi que certains
qualifient cette subversion langagière d’hypocrisie juridique ou de rhétorique
de déguisement 72.
Au final, l’évolution du droit pénal des mineurs démontre que derrière toute
idée de protection des mineurs se cache toujours et déjà un modèle pénal en
quête d’efficacité73. Puis, dans tout système sanctionnel sont pris en compte
les acquis et connaissances scientifiques de la défense sociale qui n’ont
jamais été totalement remis en cause. Par pragmatisme, moult systèmes
juridiques renoncent à ce carcan archétypique et idéologique et se mettent à
la recherche d’une troisième voie74. Il s’agit de la voie de l’équilibre, de la
réalité et de la mixité à travers l’hybridation des deux systèmes existants.
D’où la tendance générale, même parmi les plus protectionnistes comme le

71 J. PRADEL et A. VARINARD, Les grands arrêts du droit pénal général, Dalloz, 9e éd.,
Paris, 2015, pp. 667-671.
72 Y. CARTUYVELS, « Les grandes étapes de la justice des mineurs en Belgique, continuité,

circularité ou ruptures? », Journal du droit des jeunes, n° 207, 2001, pp.13-33; P.


CORNELIS, « Présentation des travaux de la commission nationale belge pour la réforme
de la loi sur la Protection de la Jeunesse », In «Des réponses claires face à la délinquance
des mineures », Actes de colloque organisé à Bruxelles par le MR en 2005, URL:
www.mr-chambre.be/.../delinquance%20juveni...
73 T. MOREAU, « La prise en charge des mineurs difficiles est-elle considérée comme une

priorité dans notre société ? », In « Des réponses claires face à la délinquance des
mineures », Op. cit.; M. L. RASSAT, Droit pénal général, Ellipses, 3ème éd., Paris, 2014,
p.465.
74 C. MAES, « La justice juvénile dans le monde, ses systèmes, ses objectifs : les modèles »,

Séminaire de formation en justice des mineurs pour magistrats et autres acteurs en justice
juvénile de l’Afrique francophone, Ouagadougou 2004, IDE, Working Report, 1-2005,
pp.17-32 ; J. ZERMATTEN, « La loi fédérale régissant la condition pénale des
mineurs », IDE, Working Report, 3-2004, pp. 9-15.

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Canada75, vers la répression, la responsabilisation des mineurs76 et la justice


restaurative.
Et, si l’on ne s’en tenait qu’à la Belgique, laboratoire de la défense sociale,
les travaux parlementaires de la loi du 05 mai 1912, ayant instauré le modèle
protectionnel, laissent entrevoir « avant tout un réflexe défensif, un souci de
gestion rationnelle et efficace d’une délinquance en accroissement chronique
plutôt qu’une indulgence teintée d’idéalisme humaniste »77. Le régime
proposé devrait comporter « […] dans de nombreux cas une plus grande
sévérité que le régime du Code pénal »78. Bien que prônant la théorie
d’« irresponsabilité pénale des mineurs79 », le législateur de 1912 n’a jamais
eu le courage de l’affirmer dans le corps du texte et le régime qu’il avait mis
en place n’a jamais prétendu vouloir extirper le mineur-délinquant du droit
pénal, ou de sa responsabilité pénale, mais avait plutôt pour ambition de
contourner les règles pénales classiques qui empêchaient toute intervention
en amont de la commission de l’infraction. « Même si on admettait une
irresponsabilité pénale, elle devrait être relativisée et réduite à la peine [...].
Le système ne tarda pas à montrer ses limites qu’une réforme, appelée de
tous les vœux, viendra combler en 1965 qui, malgré les multiples
modifications qu’elle connaîtra, n’aura non plus le courage de consacrer
l’irresponsabilité pénale des mineurs »80. Cette réforme de 1965 se bornera à
instituer une présomption de non discernement. L’article 38 de cette loi
belge du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse décide donc que
si le tribunal de la jeunesse estime inadéquate une mesure de garde, de
préservation ou d’éducation, il peut par décision motivée se dessaisir et
renvoyer l’affaire au ministère public aux fins de poursuite devant la
juridiction compétente en vertu du droit commun s’il y a lieu81. En outre, aux

75
J. TRÉPANIER, « L’avenir des pratiques dans un nouveau cadre légal visant les jeunes
contrevenants », 2003-04, N°34, RDUS, pp.47-88, spéc.51.
76 F. BAILLEAU et Y. CARTUYVELS (Dir), La Justice pénale des mineurs en Europe,

Déviance et Société, 2002/3, vol.26 ; F. BAILLEAU et al., «La criminalisation des


mineurs et le jeu des sanctions », Déviance et Société, 2009/3, vol.33, pp. 255-269.
77 «Analyse des législations en matière de justice des mineurs : Cas de la Belgique »,

Ministère de la Justice française/Service des affaires européennes et internationales,


CNRS-JURISCOPE, Paris, 10/04/2009, p.4 ; D. DE FRAENE, « Historique de la réponse
donnée par le législateur au problème de la délinquance juvénile », In «Des réponses
claires face à la délinquance des mineurs », Op. cit.
78 T. MOREAU, « La responsabilité pénale du mineur en droit belge », RIDP, 2004/1, Vol.

75, pp. 151-200.


79
J. IDZUIMBUIR ASSOP, La justice pour mineurs au Zaïre: Réalités et perspectives,
EUA, Kinshasa, 1990, p.19.
80 F. TULKENS & T. MOREAU, F. TULKENS & T. MOREAU, Droit de la jeunesse,

Larcier, Bruxelles, 2000, p.125, 162.


81 C. HENNAU et J. VERHAEGEN, Droit pénal général, Bruxelles, 1991, cité par F.

TULKENS et M. VAN DE KERCHOVE, Introduction au droit pénal. Story-Scientia,

269
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

termes de l’article 36 bis de ce même texte, c’est toujours le juge de droit


commun qui est compétent en cas d’infractions routières et d’homicide et
lésions corporelles involontaires82.

Bien plus, depuis la réforme de 2006, le système belge, que d’aucuns


n’hésitent plus à qualifier d’« hybride»83, accuse manifestement une
tendance répressionnelle84 poussée, laquelle se caractérise par les procédés
du procès équitable85, de dessaisissement86, de responsabilisation des
mineurs par la réparation du dommage causé.

Il importe de faire état de l’avis de la section de législation du Conseil d’Etat


belge sur les mesures applicables aux mineurs. En effet, dans son avis du 20
juin 1984, cette section avait affirmé que « les mesures individuelles que le
tribunal de la jeunesse peut imposer au mineur…relèvent, du moins en
partie, du souci de préserver la sécurité publique, au besoin par des moyens
de coercition qui, en cela, s’apparentent à ceux du droit pénal » 87.

En réalité, Protéger-Réparer-Sanctionner sont les trois mots qui résument


assez parfaitement ce système aujourd’hui. C’est dans le cadre d’une telle
mutation du régime belge qu’il convient de s’interroger sur le droit congolais
de l’enfant, passant du décret du 06 décembre 1950 à la loi du 09 janvier

Bruxelles, 1991, p. 238 et s. ; cités par J. PRADEL, Droit pénal comparé, Dalloz, 2e
édition, Paris, 2002, pp. 334-335.
82 Idem.
83 Europe Ecologie Les Vert, Commission Justice, « Etat des lieux sur la justice des mineurs
en Europe », Journées d’été, 08/2011, URL: http://justice.eelv.fr/etat-des-lieux-sur-la-
justice-des-mineurs-en-europe/, du 13/12/2014.
84 A. DE TERWANGE, « La réforme de la loi du 08/04/1965 : à la prise en charge des
mineurs ayant commis un fait qualifié d’infraction et à la réparation du dommage causé
par ce fait », JDJ, N°240, Déc, 2004, [en ligne]
www.jdj.be/jdj/documents/docs/Reforme_loi_65_de_Terwangne_JDJD240.pdf, consulté
le 24/05/15.
85 CEDH, n° 9106/80, 29/02/1988, BOUAMAR C/ Belgique.
86 La gravité de l’infraction, la personnalité du mineur ou l’inefficacité avérée de mesures
éducatives antérieures peuvent conduire le juge à le renvoyer devant le tribunal
correctionnel ou, depuis les lois des 15/05 et 16/06/2006, devant une chambre spéciale du
tribunal de la jeunesse où il sera jugé selon les règles de droit commun.
87 Evoquant la question, Jean Pradel estime que cette observation s’explique par une raison
constitutionnelle. En Belgique, le droit des mineurs fait partie des matières
« personnalisées », soit de la compétence des communautés flamande et française, mais à
l’exception des questions relevant du droit pénal (articles 459 bis et 59 ter de la
Constitution), v. M. Van DE KERCHOVE, Le droit sans peines. Aspects de la
dépénalisation en Belgique et aux Etats-Unis, Bruxelles, 1987, p. 125 ; M. Van DE
KERCHOVE et F. TULKENS, Introduction au droit pénal. Aspects juridiques et
criminologiques, Bruxelles, 1991, p. 229 ; cité par Jean Pradel dans son Droit pénal
comparé, op.cit., p. 739.

270
Fiat Justisia Jurnal Ilmu Hukum ISSN 1978-5186
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2009.

5. La responsabilité pénale des mineurs sous la loi du 10 janvier 2009 :


Texte consacrant l’irresponsabilité pénale d’une partie d’enfants

Ce texte avait pour principales ambitions de combler les lacunes du décret


du 06 décembre 1950, de conformer le droit congolais aux standards du droit
international, de réduire le fossé entre le droit et la pratique, surtout, de
rapprocher les règles juridiques en cette matière aux réalités sociologiques88
congolaises. Il se présente comme un mini-code de l’enfance à l’instar de ses
homologues français et belge, dont il s’inspire. Il régule la quasi-totalité des
aspects juridiques de la vie du mineur en apportant des innovations sous
quatre axes majeurs : le droit privé de l’enfant (droit de la personne et de la
famille), le droit de la protection sociale de l’enfant, le droit
judiciaire89applicable à l’enfant et sans oublier le droit pénal de l’enfant.
Cette dernière portion se pose en charnière de toute la législation. Elle
consacre un droit particulier qui se subdivise en deux parties essentielles : un
droit pénal des mineurs-délinquants qui prévoit des règles de fond et de
forme relatives à la prise en charge des mineurs-délinquants, et un droit
pénal des mineurs-victimes qui porte des circonstances aggravantes et des
incriminations autonomes dont la spécificité tient du bas-âge ou du très bas-
âge de la victime.

A dire vrai, la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant


n’irresponsabilise pas tout enfant en matière pénale. Elle n’irresponsabilise
en réalité que l’une seule des deux catégories d’enfants (1). Il y a lieu de
remarquer également que ce texte procède en effet plutôt par mimétisme (2),
lorsqu’il organise cette responsabilité pénale, en formulant des règles
purement spéciales (3), adaptées aux personnes âgées de moins de dix-huit
ans.

a. Une (ir)responsabilité pénale d’une partie d’enfants

88 J. IDZUMBUIR ASSOP, La loi sur la protection de l’enfant en RD Congo: Analyse


critique et perspectives, CEDESURK, Kinshasa, 2013, p.21; R. KIENGE KIENGE
INTUDI, Le contrôle policier de la délinquance des jeunes à Kinshasa : Une approche
ethnographique en criminologie, Academia Bruylant & Kazi, Louvain-la-neuve &
Kinshasa, 2011, p.32
89 Elle institue une juridiction spécialisée des mineurs, distincte des juridictions de droit
commun, compétente pour connaître, même en appel, de toute affaire qui concerne un
mineur.

271
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

Il importe de souligner le fait que la loi de 2009 pèche, soit par excès de
zèle, soit par ignorance, soit par mimétisme. Elle ne définit pas clairement
ses lignes directrices. Tant et si bien qu’il semble extrêmement difficile de
classer le droit congolais de l’enfant dans l’un des modèles existants. Prenant
quelque chose dans presque tout, il paraît simplement inclassable et
atypique.

Bien que considérée par la doctrine dominante en République démocratique


du Congo comme l’aboutissement du modèle protectionniste, dont les bases
auraient été posées en 1950, cette loi contient paradoxalement des notions
antipodiques à ce modèle, à savoir notamment : la prohibition de prononcer
seulement certaines peines choisies, l’attribution de compétence pénale au
tribunal pour enfants, la subdivision de la minorité sur base du critère de
discernement et la fixation d’un seuil d’irresponsabilité pénale sur cette
même base (de discernement)…etc.

Absent de toutes les législations congolaises précédentes en la matière, le


discernement constitue un véritable objet non identifié. Le législateur
congolais l’évoque sous quatre dispositions de la loi de 2009.
- Dans les trois premières90, il reconnaît à tout enfant capable de
discernement différents droits, ci-après : celui d’exprimer son opinion
sur toute question l’intéressant, ses opinions étant dûment prises en
considération, eu égard à son âge et à son degré de maturité ; celui
d’être entendu en présence de son conseil dans toute procédure
judiciaire ou administrative l’intéressant soit directement soit par
l’intermédiaire d’un représentant ou d’une organisation appropriée ;
ainsi qu’enfin, celui d’être entendu à huis clos, en présence de son
conseil, lorsqu’il est appelé à fournir des renseignements dans une
procédure judiciaire. A cet effet, la capacité de discernement se trouve
ici présentée comme un droit d’expression ou plutôt un droit à être
consulté. Le point de vue de l’enfant ne devrait donc pas être rejeté à
cause simplement de son bas-âge voire de son très bas-âge. Pour se
prononcer sur la recevabilité ou non du point de vue de l’enfant,
l’organe devant lequel il vient s’exprimer devra, au-delà de différents
autres motifs qui peuvent exister selon les cas, s’assurer de la capacité
ou non dudit enfant à discerner c’est-à-dire à distinguer le bien du
mal. Tel que présenté dans les trois dispositions sus-évoquées, le
discernement ne concerne pas particulièrement la matière pénale. Le
législateur l’évoque à trois moments différents, comme suit : d’abord,
il vise toute question intéressant l’enfant ; ensuite, il s’intéresse

90 Articles 7, 32 et 33 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.

272
Fiat Justisia Jurnal Ilmu Hukum ISSN 1978-5186
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précisément à la procédure judiciaire et à celle administrative ; enfin,


il l’aborde en matière de procédure judiciaire simplement.

- Dans la dernière91, le discernement constitue un motif d’excuse de


peine dont bénéficient les mineurs âgés de moins de 14 ans,
irresponsable pénalement. C’est uniquement à l’égard de ces derniers
que vaut la présomption irréfragable d’irresponsabilité, qu’organise
l’article 95 de la loi de protection de l’enfant : ce qui correspond donc
au seuil de l’irresponsabilité pénale avouée en faveur uniquement de
cette catégorie d’enfants, en droit congolais.

Cette disposition bat complètement en brèche toute la théorie


construite autour de l’irresponsabilité pénale de tous les mineurs92 en
droit congolais. Puisqu’elle n’irresponsabilise nullement les mineurs
âgés d’au moins 14 ans. L’interprétation, a contrario, des trois
premières dispositions, démontre que la loi de protection de l’enfant
reconnaît explicitement l’existence de mineurs dotés de discernement
dont le régime juridique (pénal et civil) diffère, dans certains aspects,
de celui de mineurs qui en sont dépourvus.

Dès lors, l’insinuation de l’existence de quelques mineurs capables de


discernement, rapproche le régime congolais de 2009 à celui de ses
homologues français et malien, lesquels, comparativement à lui,
consacrent de manière claire, détaillée et bien réfléchie, un régime
mixte, basé sur la recherche du discernement pour établir la
responsabilité de type subjectif. En effet, la mixité des régimes
français, et malien repose sur le mélange savamment orchestré des
règles d’irresponsabilité pénale d’avec celles de responsabilité pénale
des mineurs, selon les rangs et les circonstances. C’est qu’en droits
français et malien, tout mineur n’est pas automatiquement absolument
pénalement irresponsable. On y trouve donc des mineurs, responsables
pénalement, puisque capables de discernement ; mais, (on y trouve)
aussi des mineurs irresponsables pénalement, à cause de leur
incapacité à discerner pour enfreindre la loi pénale.

Avec attention particulière, on se rend compte, et c’est notre humble


point de vue, que c’est ce régime mixte qui caractérise aujourd’hui le

91 Article 96 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.


92 S. NKASHAMA, « La loi portant protection de l’enfant : son contenu et les défis pour sa
mise en œuvre », Rapport final du Séminaire international sur les droits de l’enfant en
RDC, Kinshasa, 02-06/03/2009, pp. 8-9

273
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

droit congolais de l’enfant que porte principalement la loi n°09/001 du


10 janvier 2009.

En conséquence de ce qui précède, un tel régime éloigne le système


congolais du modèle d’irresponsabilité pénale totale de l’enfant, tant
vantée, en s’appuyant sur le modèle belge93, lequel a toujours utilisé
une tournure juridique consistant à coïncider le seuil de discernement
à celui de la majorité pénale, de sorte à ce que la présomption
d’irresponsabilité, avec ses forces et ses faiblesses, s’applique
automatiquement à tous les mineurs, considérés tous non-discernants.
Il s’agit là en effet plutôt d’une irresponsabilité de type objectif. En
claire, ce modèle belge sous-entend la capacité de discernement à
l’âge de la majorité pénale. On y est donc capable de discernement, à
la condition d’être majeur d’âge pénalement. De la sorte, tout celui qui
est mineur d’âge, serait incapable de discernement et automatiquement
pénalement irresponsable, sur cette base essentiellement objective.
Heureusement que comme explicité précédemment, les réformes
intervenues tendent à fléchir cette tendance en vue de l’instauration
d’une mixité.

De ce qui précède, il convient de reconnaître que la législation congolaise


d’aujourd’hui en matière d’enfants ne mérite plus d’être rangée du côté du
modèle protectionniste. A cet effet, il s’impose désormais d’adopter un
raisonnement adapté au contenu réel du texte actuellement en vigueur en
droit congolais de l’enfant, et d’éviter d’interpréter ce texte du 10 janvier
2009 en ayant une conception ancienne, ou plutôt en recourant aux
matériaux utilisés pour interpréter le décret du 06 décembre 1950 relatif à
l’enfance délinquante ; encore que ce dernier n’était pas, à notre humble
avis, qu’un texte d’irresponsabilisation absolue94 en matière pénale, comme
pourtant dogmatiquement affirmé.

b. Une responsabilité pénale optée par mimétisme

La loi de 2009 a repris, mais certainement à sa manière, le contenu de la loi


qui était censée lui servir d’inspiration. On peut se demander s’il s’agit d’un

93 Lequel, avec la loi belge du 15 mai 2006, organise notamment le dessaisissement en


envisageant la responsabilité pénale pour les mineurs de plus de 16 ans sous certaines
conditions. Voir supra, note 28
94 Voir supra, note 55

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oubli, d’un silence coupable95, ou plutôt d’une option levée par le législateur
congolais.

A notre humble avis, ni l’oubli, ni le silence ne trouvent bonne justification à


pareille attitude. Le législateur semble avoir désormais fait son choix. En
effet, notre loi de 2009 s’inspire du droit malien96 qui, à son tour connaît une
forte influence du droit colonial français (art. 122-8 CP), manifestement
d’obédience sanctionnelle et instituant une responsabilité subjective et
graduelle dès l’âge de 13 ans. D’ailleurs, ce seuil répond aussi à la
recommandation du Bureau international catholique de l’enfance97.

Mais, lorsqu’on compare notamment les articles 95 et 96 de loi congolaise


de 2009 portant protection de l’enfant, d’avec l’article 98 du Code malien98
applicable à l’enfant, on est vite frappé par les ‘‘réadaptations’’ faites par le
législateur congolais. Il est moins difficile de constater l’inexistence de toute
une partie du texte, supprimée volontairement par le législateur congolais,
biaisant par ce fait la logique du raisonnement porté par ladite disposition
malienne, sans la remettre en cause.

c. Une responsabilité pénale fondée sur des règles spéciales

De l’intitulé de la loi de 2009. Par ailleurs, pour asseoir l’idée d’une


irresponsabilité pénale de l’enfant, on peut être tenté de se référer à l’intitulé
de la loi du 10 janvier 2009 qui porte protection de l’enfant. Mais, il importe
de noter que la protection de l’enfant ne devrait pas être prise comme
synonyme à son irresponsabilité en matière pénale. Faut-il rappeler que
l’intitulé d’une loi relative à la gestion pénale des mineurs n’est pas suffisant
pour déterminer l’orientation effectivement prise par le législateur ?

95 J. M. KUMBU KI NGIMBI, « Le silence coupable », in Afrique d'espérance, Kinshasa, n°


1&2, oct. 2002-janv. 2003 & février-mai 2003.
96 La loi de protection de l’enfant est une copie surréaliste du code malien applicable à
l’enfant. (Lire avec intérêt J. IDZUMBUIR ASSOP, La loi sur la protection de l’enfant en
RD Congo, …, Op.cit., p. 63).
97 Recueil sur la minorité : Analyse et commentaires de la législation applicable aux mineurs
en RDC », Kinshasa, 2002, pp. 21-22, [en ligne] http://www.kira-
international.org/downloads/recueilminoriterdc.pdf, consulté le 26 février 2015
98 L’article 98 du Code malien de l’enfant prévoit ce qui suit : « L’enfant âgé de moins de
treize ans est présumé irréfragablement n’avoir pas la capacité d’enfreindre la loi
pénale ; cette présomption devient réfragable pour les enfants âgés de plus de treize ans
et moins de dix-huit ans. Lorsque le prévenu ou l’accusé aura moins de treize ans, il sera
relaxé ou acquitté comme ayant agi sans discernement. Lorsque le prévenu ou l’accusé
aura plus de treize ans et moins de dix-huit ans, il sera relaxé ou acquitté s’il est décidé
qu’il a agi sans discernement ».

275
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

Quant à nous, le fait que la loi de 2009 soit baptisée : « loi de protection de
l’enfant » ne signifie pas qu’elle irresponsabilise l’enfant. Le législateur a
simplement voulu que l’enfant soit favorisé dans tous les secteurs de la vie.
Qu’il bénéficie des traitements visant ou garantissant son intérêt supérieur, et
cela, dans tous les domaines, y compris celui répressif. C’est ainsi qu’en
matière pénale, le législateur organise un régime spécialement adapté à
l’enfant. L’intitulé ne devrait donc pas désorienter les analyses. Pour nous, la
protection n’est pas incompatible avec la répression. D’où, il n’est pas
étonnant qu’une loi de protection organise un régime répressif propre,
adaptée à la personne concernée par ladite protection.

Cette situation n’est d’ailleurs pas une particularité congolaise. On peut


évoquer, à titre d’illustration le droit comparé, d’abord pour la France,
l’ordonnance n°45-174 du 02 février 1945, qui confirme pourtant la justice
tutélaire instaurée par la loi de 1912, mais qui porte bien l’intitulé
d’« enfance délinquante » ; et, même après adoption le 23 décembre 1958
(Ord. n°58-1301) d’un texte dénommé de « protection de l’enfant », l’on
continuait toujours à parler dans l’Hexagone des « mineurs délinquants ou
dangereux ». Ensuite, pour le Royaume de Belgique, le texte belge du 15
mai 1912, très semblable à son homologue français, mais brandissait déjà
l’intitulé de « protection de l’enfant ». Enfin, au Canada99, la loi de 1908 qui
consacrait l’irresponsabilité pénale des mineurs s’intitulait « loi sur les
jeunes délinquants » ; mais celles de 1985 puis de 2002 qui remettent en
question ce principe ont pour intitulés respectivement « loi sur les jeunes
contrevenants » et « loi sur le système de droit pénal pour adolescents ».

En définitive, l’attention n’aurait pas dû être focalisée sur cette question ;


puisqu’aujourd’hui tous les textes régulant la « délinquance juvénile », peu
importe l’expression utilisée ou l’intitulé choisi, revendiquent toujours et
déjà un système de protection, de préservation ou plutôt de garantie des
droits des mineurs, construit autour du trio juge-psychologue-éducateur
social et faisant appel dans bien des cas tantôt aux structures judiciaires
spécialisées, tantôt aux structures extrajudiciaires.

Le défaut de pertinence de l’article 20 ter du Code pénal sur la loi de


2009. L’article 20 ter inséré par la loi n°15/022 du 31 décembre 2015 dans le
décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal n’a apporté aucune innovation
substantielle sur le débat autour de la responsabilité pénale de l’enfant ;

99 J. TREPANIER, « Une justice pour mineurs en changement : Evolution nord -américaine


de dernières années », RICPT, n° 39-40, 1986, p.396 ; « La justice des mineurs au
Canada : Remises en question à la fin d’un siècle », Criminologie, vol. 32, n° 2, 1999, pp.
7-35, URI: http://id.erudit.org/iderudit/004749ar.

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sinon à réaffirmer, dans ce texte général, le seuil minimal de responsabilité


pénale en droit congolais, en reconnaissant en même temps l’absence de
préjudice de cette disposition, à tout autre texte, et ici au texte spécial
applicable aux mineurs. Ce nouvel article 20 ter vient certes donner un coup
de jeunesse à notre cher Code pénal. Mais, si l’on se réalise qu’il y est inséré
par le législateur congolais, à partir d’un texte de loi qui portait au départ,
avant changement à l’Assemblée nationale, l’intitulé de « loi de mise en
œuvre du statut de la Cour pénale internationale », on peut bien se rendre
compte du fait que, malgré son objectif principal, il visait en réalité
uniquement ce cadre bien précis ; avant le ‘‘réajustement’’ intervenu.

Relevons aussi que la loi n°15/022 du 31 décembre 2015 modifiant et


complétant le décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal, introduit dans ce
dernier non seulement les infractions telles que portées par le statut de Rome
de la Cour pénale internationale100, mais aussi différentes causes
d’irresponsabilité pénale, jadis non normatives en droit pénal congolais. Si le
législateur tenait véritablement à l’irresponsabilité pénale absolue des
mineurs, aucune entrave ne se serait dressée pour que la minorité figure ou
soit reprise dans le paragraphe de la loi consacré aux causes d’exonération
de la responsabilité pénale, pensons-nous. Curieusement et assez clairement,
seuls la maladie, la déficience mentale, l’intoxication, la contrainte ou l’état
de nécessité (avec, pour certains auteurs la légitime défense) sont repris à
l’article 23 bis.

De la spécialité de la sanction applicable aux mineurs en matière pénale.


Quant à la sanction, il faut relever qu’elle constitue le domaine primordial où
le droit pénal des mineurs marque partout dans le monde, sa singularité.

En effet, les fonctions reconnues à la sanction pénale sont étroitement liées


au fondement que les différentes doctrines pénales assignent au droit de
punir. La doctrine classique lui a donné une finalité101 philosophique, morale
et utilitaire, qui imprègne tout le droit pénal contemporain, en vertu duquel

100 J. NENGOWE AMUNDALA, « Guide pratique de la détention en RD Congo : Procédure


près les juridictions de droit commun et la Cour pénale internationale », [en ligne]
http://lipadhoj.org/wp-content/uploads/2016/10/EXTRAIT-Guide-pratique-de-la-
d%C3%A9tention-en-RD-Congo.pdf.
101 A. PIRES, article précité ; M. VAN DE KERCHOVE, « Le sens de la peine dans la
jurisprudence de la Cour suprême des USA », RIEJ, n°61, 2008 ; F. TULKENS & M.
VAN DE KERCHOVE, Introduction au droit pénal. Aspects juridiques et
criminologiques, 8ème éd., Bruxelles, Kluwer, 2007, pp. 528-543 ; « La nature et les
contours de la peine. Regards croisés sur la jurisprudence interne et internationale », in
Une criminologie de la tradition à l’innovation. En hommage à Georges KELLENS,
Bruxelles, Larcier, 2006, pp. 453-474.

277
La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

elle viserait à rétablir l’équilibre social, à punir le délinquant puis à le


dissuader, ainsi que tous ceux qui seraient tentés de l’imiter ou de réitérer
son comportement. La réadaptation ayant pris le pas sur l’élimination, la
sanction pénale a intégré l’idée de traitement. Et c’est le droit pénal des
mineurs qui s’est distingué bien longtemps, à imprégner, dès le début du
XIXème siècle, la visée corrective à la sanction pénale aux moyens des
mesures éducatives dont le perfectionnement et l’autonomie de plus en plus
poussés remettent parfois en cause leur nature pénale. Mais, ces mesures
aussi spécifiques soient-elles, ne tendent pas à la suppression du volet punitif
du droit pénal des mineurs. Tout en étant répressives, elles ont pour but de
privilégier, sinon de cumuler, le volet éducatif au volet punitif. Certains
systèmes, comme celui du Royaume de Belgique, et celui congolais,
pensons-nous, ont carrément préféré les déqualifier, en évitant de retenir
leurs qualifications pénales.

D’autres par contre, le cas de la France et même de l’Allemagne, ont


maintenu toutes les mesures, en retenant chaque fois les qualifications,
même pénales, correspondantes. C’est ainsi qu’on y retrouve des mesures
éducatives et sociales, cohabitant avec diverses peines pouvant être
appliquées aux mineurs. Sans oublier aussi qu’aujourd’hui, en droit comparé
comme en droit congolais, il n’est pas toujours aisé de dissocier les peines
proprement dites des mesures de sureté102. D’où, on envisage une approche
relativisée de la notion de sanction appliquée au mineur-délinquant.

L’on décèlera cette complexité aussi bien dans le décret du 06 décembre


1950 que dans la loi de protection de l’enfant de 2009 en ce qui concerne
particulièrement les mesures définitives. Sous le décret, les mineurs
encouraient spécifiquement des sanctions qualifiées de « mesures de garde,
d’éducation et de préservation » (MGEP) dont l’une, la « mise à la
disposition du gouvernement » (MDG) avait explicitement le caractère d’une
peine103 applicable aux majeurs d’âge.

102 LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, LGDJ, 2ème éd., Paris, 1985, pp. 33-
36 ; Droit et science pénitentiaire, LGDJ, Paris, 1981, pp. 42-44 ; NYABIRUNGU M.S,
Droit pénal général zaïrois, DES, 2ème éd., Kinshasa, 1995, pp. 272-273.
103 Articles 5 point 8°, 14d -14j du décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal ; 26 de la loi
n°024/2002 du 18 novembre 2002 portant Code pénal militaire ; 6 in fine jusqu’à 11du
décret du 06 décembre 1950 sur l’enfance délinquante. Lire aussi K. WEMBOLUA
OTSHUDI, « L’anachronisme du décret sur l’enfance délinquante en RDC : Réflexion sur
le vagabondage et les droits de l’enfant », in Nouvelle tribune internationale des droits de
l’enfant, n°12, Mars 2007, pp. 22-28, spéc. p. 24 http://www.dei-
belgique.be/IMG/pdf/reflexion sur le vagabondage et les droits de l’enfant.pdf

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Dans la loi de protection de l’enfant (LPE), actuellement en vigueur, et


précisément dans le cadre de la médiation, le législateur prévoit la mesure de
travail d’intérêt général ou de prestation communautaire (article 134). Mais,
il y a lieu de remarquer que contrairement aux autres mesures prévues en ce
qui concerne la médiation, cette mesure particulièrement ne vise pas
directement la réparation du préjudice subi par la victime. Elle porte un
caractère contraignant et vise, selon la volonté clairement exprimée du
législateur, la satisfaction de la collectivité en général.

Par ailleurs, le législateur congolais adopte une attitude qui ne devrait laisser
indifférent, en ce qui concerne la mesure applicable aux mineurs
délinquants.
- Premièrement, il n’exclut nullement la possibilité de prononcer des
mesures privatives de liberté contre un mineur délinquant. Sauf qu’aux
articles 10 à 12 de la loi de 2009, il soumet cette possibilité à certaines
conditions, en vue de garantir l’intérêt supérieur de l’enfant qui les aura
subies.
- Deuxièmement, on remarque assez facilement que ce texte (article
113 LPE) actuellement en vigueur énumère simplement un éventail de
mesures, sur cinq points, dont le rattachement à un comportement et son
taux sont laissés à la libre appréciation et donc au pouvoir
discrétionnaire du tribunal pour enfants (TPE).
- Troisièmement, nonobstant le fait que la loi de 2009 ne cite aucune
peine, le législateur interdit néanmoins, au deuxième alinéa de l’article
9, le prononcé, à l’endroit de l’enfant, non pas de toutes les peines que
le droit congolais organise ou admet en matière pénale, aux articles 5 du
décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal, 26 de la loi n°024/2002
du 18 novembre 2002 portant Code pénal militaire, et 77 du statut de
Rome de la Cour Pénale Internationale, mais uniquement celui de deux
peines les plus graves, à savoir : la peine de mort et la peine de
servitude pénale à perpétuité (on peut retenir aussi la peine portant
l’expression d’emprisonnement à perpétuité, organisé par le statut et
ratifié par le Congo). Avec cette interdiction explicite, on ne peut
qu’affirmer la non interdiction des prononcés de toutes les autres peines
qui existent en droit pénal congolais. Sinon, quelle serait la portée d’une
telle disposition dans un système juridique qui, en matière pénale,
n’admettrait (selon une autre conception) l’application d’aucune peine
aux mineurs délinquants ?

Par ailleurs, il est même prévu une mesure provisoire de privation de liberté
de mouvements de l’enfant ; mesure portée par l’article 108 de la loi de
protection de l’enfant et s’apparentant à la détention préventive. Mais, il

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

préfère la qualifier de placement préventif et l’admettre pour une durée ne


dépassant pas deux mois.

De ce qui précède, il y a lieu de noter que le régime juridique104 auquel sont


soumises toutes ces mesures spécifiques applicables aux mineurs, est loin
d’être exclusivement de nature civile ou administrative. Il s’agit à n’en point
douter, du moins pour certaines d’entre elles, d’un régime répressif, ou à tout
le moins, d’un régime faisant appliquer les mesures ayant une forte
connotation ou coloration pénale.

C. Conclusion

La présente réflexion a tenté de relancer le débat sur la problématique de la


prise en charge des mineurs-délinquants en droit international et en droit
congolais, en s’efforçant de sortir des sentiers battus et des carcans
idéologiques, et en orientant, sous un autre regard, l’analyse basée sur le
pragmatisme justifié par l’existence des textes au niveau international, et
décriant un dogmatisme simplement affirmé en droit interne congolais.

Elle a mis en lumière les incohérences conceptuelles, idéologiques et


pratiques du système congolais actuellement en vigueur, censé pourtant
pallier aux insuffisances et importantes faiblesses de l’ancien, mais qui,
curieusement et paradoxalement, continue à être interprété à la lumière du
système qu’il doit avoir abrogé. Comme si le texte de 2009 était la copie
certifiée conforme de celui de 1950, et que rien n’aurait changé. Et pourtant,
pareille affirmation rentre dans le dogmatisme injustifié et fortement décrié
étant donné qu’il ne trouve aucun fondement textuel actuellement.

L’analyse a montré que l’ère tutélaire a sanctionné une nouvelle étape, la


répression des comportements des mineurs-délinquants, soit clairement, la
maturation des règles pénales relatives à leur délinquance. Mais, elle a
également apporté à cette discipline qui existe déjà ailleurs, d’énormes
controverses qui la caractérisent encore aujourd’hui et qui, pour être
transcendées, appellent à des tournures, insinuations et mosaïques, parfois
contre-nature. Ayant pour fil conducteur la consécration de la présomption
d’innocence en faveur du mineur, les controverses qui caractérisent en
République démocratique du Congo la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 sur la
protection de l’enfant, en matière pénale, portent notamment sur la
déqualification pénale, l’exclusivité de compétence du juge des mineurs,

104 Légalité et régularité : les articles 5. 2 du Décret du 06 décembre 1950 ; 10. 2, 12. 2, 113-
122 de la loi de protection de l’enfant (LPE) ; 9 et 14 de la Résolution 45/113.

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l’absence de consécration expresse de l’irresponsabilité pénale d’une


catégorie d’enfants, la consécration d’une présomption irréfragable
d’irresponsabilité en matière pénale en faveur de l’autre catégorie d’enfants,
l’interdiction formelle de prononcer seulement deux peines graves en cas
d’infraction commises par les enfants, savoir : la peine de mort et la
servitude pénale à perpétuité…etc.

Mais, tous les moyens de ces controverses, masquant vainement la réalité, ne


peuvent réfuter la nouvelle place qu’occupe à ce jour le mineur dans la
société tant nationale qu’internationale ; laquelle induit sa responsabilisation
spéciale en matière pénale.

En effet, depuis la Convention internationale aux Droits de l’Enfant, CIDE


en sigle, l’« enfant » est traité, bien que très différemment, mais comme tout
être humain. Cette évolution amenuit considérablement le volet
‘‘protectionnel’’ pris sous l’angle d’irresponsabilisation en matière pénale.

Le discours sur « plus de droits » justifie pleinement celui de « plus


de devoirs ». C’est que, s’il doit bénéficier de plus de droits, le mineur doit
en même temps être tenu de plusieurs devoirs. Aussi bien sur le plan
international qu’interne congolais, il est dorénavant censé être apte à
assumer « son enfance », mieux, sa personnalité juridique. Il est perçu
comme « un acteur rationnel, équilibré, maître de ses choix et de sa
destinée »105. D’où, à y regarder de près, le clivage « Mineur-Majeur » cesse
d’être celui d’« incapacité-capacité » pour laisser place à celui de « capacité
spéciale - capacité générale ».

Nous pensons quant à nous, que c’est ce qu’organise aujourd’hui, bien qu’à
sa manière, le droit congolais de l’enfant, à travers sa loi du 10 janvier 2009,
accusant des faiblesses nécessitant réajustements.

En définitive, à l’état actuel des textes applicables en la matière, la


responsabilité pénale des mineurs trouve son fondement aussi bien dans les
instruments juridiques internationaux sus-évoqués, qu’à travers ceux internes
congolais.

Si le pragmatisme du droit international de la responsabilité pénale des


mineurs est justifié, non seulement par sa consécration dans les instruments
internationaux, sa reconnaissance, mais aussi son application ; en revanche,
105 H. HAMON, « L'adolescence et la justice des mineurs à l'épreuve du néolibéralisme »,
Adolescence, 2012/4, n°82, p. 815-822, [en ligne] http://www.cairn.info/revue-
adolescence-2012-4-page-815.htm

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La responsabilité pénale des mineurs en droit international … Bienvanu W.B. and Ghislain K.L.

en droit congolais, l’étude a révélé que contrairement à l’exact contenu des


textes applicables en la matière, la position adoptée depuis fort longtemps,
est demeurée dogmatique et purement conjecturale.

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