THÈME : LA PROCÉDURE PÉNALE ET
LA PROCÉDURE CIVILE.
SOMMAIRE
INTRODUCTION
I-LES DIFFÉRENTS TYPES DE PROCÉDURE
A)TYPES DE PROCÉDURE PÉNALE
B)TYPES DE PROCÉDURE CIVILE
II-ORGANISATION DES DIFFÉRENTS APPAREILS JUDICIAIRES
A)ORGANISATION DE L'APPAREIL JUDICIAIRE PÉNAL
B) ORGANISATION DE L'APPAREIL JUDICIAIRE CIVIL
III-LA QUALITÉ POUR AGIR
A)LA QUALITÉ POUR AGIR EN PROCÉDURE PÉNALE
B)LA QUALITÉ POUR AGIR EN PROCÉDURE CIVILE
IV-LES EFFETS DU JUGEMENT
A)LES EFFETS DU JUGEMENT EN PROCÉDURE PÉNALE
B)LES EFFETS DU JUGEMENT EN PROCÉDURE CIVILE
INTRODUCTION
Une procédure se définit comme étant une manière de procéder, une
démarche, une méthode, la marche à suivre pour obtenir un résultat. Le mot
« procédure » a du reste pour étymologie latine « procedere » qui signifie
littéralement « aller en avant, s’avancer ». Ce terme a donné « procès » et
« procédure ». Une procédure permet à une demande de recevoir une
réponse (il existe ainsi une procédure d’inscription à l’université pour les
étudiants). Ce terme connaît autres acceptions. Selon Gérard CORNU dans son
vocabulaire juridique (Association Henri Capitant 12e édition mise à jour), elle
est la branche de la science du droit ayant pour objet de déterminer les règles
d’organisation judiciaire, de compétence, d’instruction des procès et
d’exécution des décisions de justice et englobant la procédure administrative,
civile et pénale. En effet, la justice ivoirienne se compose de deux (02) ordres :
l'ordre judiciaire et l'ordre administratif. L'ordre judiciaire se divise en deux (02)
branches : le civil et le pénal. Chaque subdivision est destinée à régler un type
de conflit particulier. La procédure et l'issue du règlement du conflit diffèrent
selon chaque subdivision. En cas de conflit, il est possible d'avoir recours à la
justice. Selon sa nature, le conflit n'est pas réglé par le même type de
juridiction : la justice civile règle les conflits entre particuliers (exemples :
divorce, bail d'habitation, consommation, etc.); la justice pénale règle les
conflits qui impliquent une infraction à la loi pénale; la justice administrative
règle les conflits entre administrations, et entre un particulier et une
administration. La procédure civile est la procédure applicable devant les
juridictions de l’ordre judiciaires, compétentes pour tous les litiges de droit
privé, mettant en cause exclusivement des particuliers. On l'oppose ainsi à la
procédure pénale, qui est celle appliquée devant les juridictions répressives et
au contentieux administratif lequel concerne les recours portés devant les
juridictions administratives. Le droit pénal dit ce qui est mal, ce qui est puni par
un châtiment, une peine. Mais pour sanctionner le malfaiteur, encore faut-il
que quelqu’un ait agi en justice contre lui, que les preuves de l’infraction et de
sa culpabilité soient rapportées, et qu’il soit jugé légalement. L’ensemble des
règles relatives à ces événements constitue la procédure pénale. Suivant la
formule consacrée, la procédure pénale est donc le droit pénal en action.
C’est dire que la procédure pénale n’est pas seulement l’étude du procès
pénal au sens strict, dans la mesure où nombre de règles de procédure pénale
s’appliquent en amont de tout procès, pour rechercher l’auteur d’une
infraction (réglementation de la garde à vue par exemple, dans laquelle la
police ou la gendarmerie vont garder à leur disposition une personne
soupçonnée d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction. Dans le
but donc de mieux appréhender cette notion, notre sujet : la procédure pénale
et la procédure civile, sujet à double intérêt ; théorique, en vue d’une meilleure
approche et conceptualisation vis-à-vis des individus, et pratique car l’on le vit
au quotidien ; fera l’objet de notre étude. La problématique qui se dégage alors
est la suivante : quelle(s) différence(s) existerait-il en la procédure civile et le
procédure pénale ? Dans la suite de notre analyse, nous tenterons de voir
successivement les différents types de procédure (I), l’organisation des
différents appareils judiciaire(II), la qualité pour agir (III) puis les effets du
jugement (IV).
I- LES DIFFÉRENTS TYPES DE PROCÉDURES PÉNALE ET CIVILE
A-Les types de procédure pénale
Nous avons deux types de procédures qui sont : la procédure inquisitoire et
accusatoire.
La Procédure INQUISITOIRE
Dans ce type de procédure, le juge joue un rôle prépondérant. C'est cet
acteur qui mène le jeu. En plus des éléments que vont lui apporter la défense
et l'accusation, il va rechercher la vérité. Il se forgera une opinion sur la
véracité des faits et rendra un verdict. Cette procédure réunit trois (03)
critères. On dit qu'elle est : écrite : établissement d’un procès-verbal
d’audience, non contradictoire : l’accusé à un rôle passif, secrète : l’accusé ne
connaît pas les charges qui pèse contre lui ; les témoins ne savent pas dans
quelle affaire ils témoignent. Les juges dans cette procédure sont
professionnels (fonctionnaires publics), formés aux méthodes de l’instruction
et de l’inquisition. L’accusateur devient public et « tout juge est procureur
général » et peut se saisir d’office, dès lors qu’il a connaissance d’une
infraction. La procédure apparaît donc rapide et énergique. Ce choix apparaît
avec la grande ordonnance de 1670, avec une instruction préparatoire fondée
sur l’aveu. Ce type de procédure pris un tin péjoratif avec l'apparition de la
torture au cours du procès pénal. Appelée la question par tourment. Ceci dura
jusqu'à l'apparition de l’édit du 1er mai 1788 qui exigea la motivation des
décision des jugements et un délai d’un mois pour la mise à exécution. Limites
du système : le but du système inquisitoire est de chercher à tout prix un
coupable, ceci nuisant aux droits de la défense Cette procédure recherchant à
tout prix un coupable, peut induire des erreurs et faire condamner des
innocents. Tout hêtre humain avouera les péchés aussi cruels qu'ils soient sous
l'effet de la torture afin de faire esser celle-ci. Ce n'est qu'avec l'approche de la
révolution que la torture fut bannie du procès. Cette procédure conduit à une
instruction et à des procès interminables, l’écrit peut déformer la réalité, face à
la spontanéité de l’oralité.
La Procédure ACCUSATOIRE
La procédure accusatoire, par opposition à la procédure inquisitoire, est :
PUBLIQUE. Le peuple a le pouvoir de contrôler l'action des gens de la
justice.
ORALE : Seuls les faits rapportés à l'audience peuvent être retenus.
CONTRADICTOIRE : Par opposition au système inquisitoire et au système adopté par la
France en matière judiciaire, le juge ne joue pas le rôle d'arbitre, et doit faire preuve
d'impartialité et de discernement. Ceci comme dans les pays du Common Law (USA...) Ce
sont les différentes parties qui mènent le procès : c’est la victime qui déclenche la procédure.
Cette procédure se révèle au Moyen âge. Elle fait apparaître des « accusateurs » spécialisés,
qui se professionnalisent, en ayant pour fonction de représenter les particuliers dans leurs
accusations : c’est l’apparition en France au XIIIe siècle des «procuratores», et au XIVe siècle
les procureurs du Roi. On voit clairement apparaître l’ancêtre du Ministère Public. Ce
système comprend des inconvénients majeurs. Cet accusateur dépend du pouvoir royal et
n'est donc point libre dans ses décisions. Il ne représente donc pas seulement la défense de
l'intérêt général, mais l'intérêt du royaume. L'accusateur n'est donc pas public, mais privé. Le
caractère oral du procès ne permet pas d'étoffer un dossier et donc d'examiner l'affaire en
prenant du recul. Le caractère oral peut également avoir pour défaut d'attiser la haine au
cours du procès. Les juges doivent être nombreux. Les juges doivent être impartiaux et juger
seulement sur leur intime conviction. Cette attitude est essentielle à l'administration d'une
bonne justice.
La procédure ivoirienne est mixte, largement inspirée de la procédure pénale
française, elle est, à l’origine, à dominante inquisitoire.
Les réformes successives, notamment les lois n°98-745/746/747 du 23
décembre 1998 et la dernière réforme du 27 décembre 2018, ont toutefois,
atténué ce caractère inquisitorial en ajoutant des caractères accusatoires aux
différents stades de la procédure (augmentation des droits de la défense).
Allant dans le sens de cette évolution, on assiste, au développement d’une
reconnaissance des droits de la personne poursuivie.
L’influence du système accusatoire se manifeste aussi par la place accordée à la
victime dans le procès, qui peut enclencher l’action publique par sa
constitution de partie civile ou par le biais de la citation directe devant le juge
de jugement.
Cela a conféré un caractère mixte à la procédure. Ainsi, la phase préparatoire
(policière et instruction) est plutôt inquisitoire (secrète, écrite et plutôt non
contradictoire) tandis que la phase de jugement est plutôt accusatoire (orale,
publique, contradictoire et collégiale).
Le législateur ivoirien a tenté de trouver un équilibre entre la recherche de
l’efficacité de la justice et une justice accusatoire davantage respectueuse des
droits des parties.
B- Les types de procédures civiles
La procédure civile est composé de deux procédures : la procédure
contentieuse et la procédure gracieuse.
Lors d’un procès civil, la procédure est destinée à faire juger par un tribunal la
recevabilité ou le bien fondé des prétentions opposant une ou plusieurs
personnes à d’autres : Matière contentieuse.
LES PROCEDURES CONTENTIEUSES
— Deux grandes hypothèses : → La procédure contradictoire et définitive, où
les parties ont concrètement participé à la procédure→ La procédure où l’une
des partie n’a pas participé à la procédure. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une
procédure par défaut.
A l’opposé, la Procédure gracieuse est celle par laquelle, en l’absence d’un
conflit d’intérêt, le tribunal est saisi d’une demande dont la loi exige qu’une
situation juridique soit soumise à son contrôle.
LA PROCÉDURE GRACIEUSE
— Une décision gracieuse ne peut être susceptible d’opposition car demandée
par le demandeur, sans aucun défendeur. En revanche, elle peut faire l’objet
d’un appel qui est recevable qu’il provienne des requérants déboutés de leur
demande ou qu’il provienne des tiers auxquels la décision aura été notifiée. →
Lorsque la décision n’a pas été notifiée à certains tiers, il y a certaines voix de
recours :→ C’est la tierce opposition dans l’hypothèse où des parties n’ont pas
été parties à la procédure alors qu’elles avaient intérêts à défendre leurs droits,
dans ce cas, ces personnes peuvent faire juger à nouveau les dispositions du
jugement qui leur font grief. Le pouvoir du tribunal est limité car il ne peut
modifier sa décision que sur les chefs de demande qui sont préjudiciables au
requérant. Si la décision a été rendue en dernier ressort et n’a pas été notifiée
au tiers qui avait intérêts à défendre leurs droits : tous les tiers pourront faire
appel. Car sans cette règle les tiers seraient privés de tout recours.
II- L’ORGANISATION DES DIFFÉRENTS APPAREILS JUDICIAIRES
Lorsqu'un demandeur mène une action en justice , Il doit accorder une
importance à l'ordre des juridictions dans le soucis de respecter la forme qui
est d'une prépondérance capitale dans toutes les matières du droit. Nous
verrons donc dans un premier temps, l'ordre juridictionnel en droit civil (A) et
dans un second temps, l'ordre juridictionnel en droit pénal (B).
A-L’ordre juridictionnel en droit civil
Au lendemain de l’indépendance en Côte D’ivoire, les autorités voulant se
détacher des méthodes Danson currently colonisateur, procèderons à une
refonte de l'appareil judiciaire hérité de l'époque coloniale. L'objectif est de
mettre en place une organisation judiciaire moderne et adaptée aux besoins du
pays. Toutefois, l'organisation judiciaire ivoirienne reste influencée par le droit
français . Le pouvoir judiciaire est constitué des juridictions de premier degré
(1) ; des juridictions de second degré (2) sous la houlette de la cour suprême et
le Conseil Constitutionnel forment, avec la haute cour de justice, des
juridictions spéciales(3).
1-les juridictions de premier degré
Ces juridictions sont constituées par les tribunaux de première instance et les
sections de tribunal qui sont au nombre de dix (10). Les tribunaux de
premières instances sont implantés dans plusieurs villes entre autre : Abidjan ,
San-Pedro, Gagnoa , Man ,Korhogo, etc. Depuis le 05 Octobre 2006, un décret
érigé en tribunaux de première instance, les sections de tribunaux d’Agboville ,
Adzopé ,Lakota , Tiassalé , Yamoussoukro , Bouna , Bondoukou , Guiglo ,
Tengrela, etc. Les magistrats du siège sont le président du tribunal, le ou les
vice-présidents , les juges d'instruction, les juges d'enfants, les juges de tutelle.
Ils président les audiences, rendent les jugements, et instruisent les dossiers.
Apres les juridictions de premier degré, nous avons les juridictions de second
degré.
2-Juridictions de second degré
Les cours d'appel représentent le second degré de juridictions. Elles sont
compétentes pour connaître des recours formés par l'une des parties contre les
jugements rendus en premier ressort, c’est-à-dire les tribunaux de premières
instances (degrés). Il en existe trois (03) implantés dans les villes d'Abidjan,
Bouaké et Daloa. Ces juridictions sont composées de chambre civiles, sociales,
correctionnelles et administratives. Désormais, en Côte D’ivoire , Il existe une
cour d'appel de commerce . Situé dans la commune de Cocody. Il connaît les
recours formés par les justiciables contre le jugement rendu en premier ressort
par le tribunal de commerce d'Abidjan et aussi le ressort de la cour d'appel
d'Abidjan en matière commerciale.
Notre attention portera désormais sur la Cour suprême.
3-la cour suprême
La constitution institue quatre (04) juridictions qui exercent les pouvoirs de
cette haute juridiction. Ainsi, sont créés la cour de Cassation, la cour des
comptes, le conseil d'Etat, et le Conseil Constitutionnel. A ce jour, seul le
Conseil Constitutionnel est effectivement fonctionnel. Aussi, la Cour Suprême
continue-t-elle de jouer son rôle de juridiction suprême, avec deux de ses
chambres : la chambre judiciaire et la chambre administrative .La Cour
Suprême est composée d'un président, de trois vice-présidents, de présidents
de chambre, de conseillers, de conseillers référendaires, d'auditeurs ,et d'un
Secrétaire Générale , d'un secrétaire adjoint ; son siège est à Abidjan.
Quid des juridictions spéciales précitées ?
4-Les juridictions spéciales
■ Le conseil constitutionnel
De création récente et instituée en remplacement de la chambre
constitutionnelle de la Cour Suprême, la composition, l'organisation, les
attributions et le fonctionnement du conseil constitutionnel sont d'abord fixés
par la loi n* 94-438 du 16 Août 1994. Il est régi aujourd’hui par les dispositions
de la constitution nouvelle du 8 Novembre 2016 (articles 126 à 138) qui fixe ses
attributions et par la loi organique n* 2001-303 du 5 juin 2001 qui en
détermine l'organisation et le fonctionnement. Le Conseil Constitutionnel est
juge de la constitutionnalité des lois. Il est l'organe régulateur du
fonctionnement des pouvoirs publics. Il contrôle la régularité des opérations de
référendum et en proclame les résultats. Il statue sur l'éligibilité des candidats
aux élections présidentielles et législatives, il connaît des contestations
relatives à l'élection du président de la République et des députés. Il proclame
les résultats définitifs de ces élections.
■ La haute cour de justice
La haute cour de justice est une juridiction spéciale composée de députés que
l'assemblée nationale élit en son sein, dés la première session de la législature .
Cette cour est présidée par le président de la Cour de Cassation . La haute Cour
est compétente pour connaître des crimes et délits commis par les membres
du gouvernement.
Le président de la République n'est toutefois responsable des actes accomplis
dans l'exercice de ses fonctions et traduit devant la haute cour de justice qu'en
cas de haute trahison.
La mise en accusation est votée au scrutin secret par l'assemblée nationale, à la
majorité des 2/3 pour le président de la République, et à la majorité absolue
pour les membres du gouvernement.
Apres avoir étudié l'organisation de l'appareil judiciaire en droit civil, nous
nous attarderons sur l'appareil judiciaire en droit pénal.
2- l'appareil judiciaire en droit pénal
L'appareil judiciaire pénal ivoirien repose sur deux catégories de juridictions:
les juridictions d'exceptions (a) et les juridictions de droit commun (b).
Les juridictions d'exceptions ou spéciales ont pour vocation de statuer sur les
infractions spéciales ou certains délinquants. Bien souvent, leur statut déroge
au droit commun par leur composition ou par les règles de procédures
particulières qu'elles imposent .
Quant aux juridictions de droit commun, elles sont celles qui n'ont pas de
particularités, qui jugent les crimes, délits, contraventions qui peuvent être
commis par des citoyens sans particularités.
a-les juridictions spéciales
■Les juridictions militaires
Le tribunal militaire est organisé comme les tribunaux civils avec un parquet
dirigé par un commissaire du gouvernement, des substituts au nombre de deux
et deux juges d'instruction. Le tribunal militaire a pour vocation de rendre la
justice au sein des forces républicaines de Côte D’ivoire et de la Police
Nationale. Ce tribunal est compétent en matière pénale plus précisément en
cas de plaintes, de dénonciations contre les militaires.
■ Le tribunal des mineurs
En Côte D’ivoire, la justice des mineurs est régie par des articles du Code de
Procédure Pénale. Ils privilégient les mesures de protection, d'assistance, de
surveillance et d'éducation adaptées à l'enfant en conflit avec la loi avant la
privation de liberté. Le juge des enfants peut alors associer des mesures
éducatives et répressives.
b- les juridictions de droit commun
Elles sont constituées de certains tribunaux au premier degré (1) et d'autres au
second degré (2).
1- tribunaux du premier degré
Ce sont les juridictions de première instance
■ le tribunal criminel
Les juges de ce type de tribunal sont compétents pour juger en premier ressort
les individus renvoyés devant lui par l'arrêt de renvoi du juge de la chambre
d'instruction. Ce tribunal est composé du président du tribunal et quatre
assesseurs.
■ La juridiction d'instruction
Au premier degré, l'instruction est mise en œuvre par le juge d'instruction.
Ainsi, au sein de chaque section détachée, Il est prévu une ou plusieurs
juridictions d'instructions, dont les règles de compétence ressortent des
articles 96 à 105 et suivants du nouveau Code de Procédure Pénale. Les juges
d'instructions sont nommés par le ministre de la justice, le juge d'instruction a
une double fonction: la fonction d'enquêteur qui lui permet d'interroger toutes
les personnes qui sont de loin ou de près complices d'une infraction, et la
fonction de juridiction qui lui permet de prendre une diversité de décisions. Il
peut s'agir :
- d'une ordonnance aux fins d'audition de témoins;
-d'une ordonnance de transport sur les lieux ;
-d'une ordonnance de nomination d'experts; etc.
■Le tribunal de police
Le tribunal de police est compétent pour connaître des contraventions ; on
l'appelle également tribunal de simple police. En l'absence de tribunaux de
police autonomes, ses fonctions sont reconnues aux tribunaux de première
instance ainsi qu'a leur section détachée.
Le tribunal de police est composé d'un juge, avec un représentant du ministère
public, en la personne du procureur de la République près du tribunal de
première instance, et un greffier.
■Le tribunal correctionnel
Le tribunal correctionnel, suivant les articles 389 et suivants du nouveau Code
de Procédure Pénale, est compétent pour juger les délits ainsi que les crimes
qui ont été correctionnalisés et les contraventions connexes à un délit. Le
tribunal correctionnel, suivant l'article 408 du Code de Procédure Pénale est
présidé par un président du tribunal ou un vice-président. Quant aux fonctions
de ministère public, elles sont exercées par le procureur ou l'un de ses
substituts. Et enfin un greffier.
Quels Sont les tribunaux qui composent les juridictions de second degré ?
2- les juridictions de degré
Elles sont composées de :
■La chambre d'instruction en charge de l'instruction: elle est compétente pour
l'instruction au second degré. Chaque cour d'appel comprend une chambre
d'instruction, elle est composée par un président de chambre, exclusivement
dévolue à ladite chambre, et assisté de deux conseillers. Outre, la chambre
d'instruction comprend un représentant du ministère public exercé par le
procureur général ou par ses substituts et un greffier de la cour d'appel. Elle a
pour rôle principal de réexaminer l'instruction faite en première instance, faire
des enquêtes pour instruire des dossiers, la chambre d'instruction procède aux
règlements de juges, examine les demandes d'extradition contre les
délinquants réclamés par les Etats étrangers et accorde la réhabilitation des
condamnés.
■ La chambre correctionnelle de la cour d'appel
Cette cour est compétente pour connaître des jugements rendus par les
tribunaux de première instance en matière correctionnelle
■ La cour de cassation
Les décisions rendues en dernier ressort, notamment les arrêts de la chambre
d'instruction et les arrêts et jugements rendus en dernier ressort en matière
criminelle, correctionnelle et de simple police, sont susceptibles d'être annulés,
si elles violent la loi, sur pourvoi en cassation formé par le ministère public ou
par la partie à laquelle elles font grief ([Link].603 cpp).
III- LA QUALITÉ POUR AGIR
A)La qualité pour agir en procédure pénale
L’action civile et l’action publique découlent certes de la commission de
l’infraction pénale, pour autant leur mise en œuvre n’est pas ouverte à tout le
monde. Si l’action publique appartient principalement au Ministère public et à
certaines administrations comme les seuls auteurs et complice de l’infraction,
l’action civile, elle, est la propriété de la victime.
1-Le Ministère public
D’abord, on entend par << Ministère public >> l’ensemble des magistrats
chargés par la société de mettre en œuvre l'action publique. Ensuite, le
Ministère public reste une institution publique à la procédure pénale et à la
procédure civile, même s’il joue un rôle beaucoup plus affirmé en matière
pénale. Enfin, l’expression « ministère public » renvoie au service public confié
aux magistrats du parquet.
Les magistrats intervenant au Ministère public sont appelés magistrats débout,
en ce sens que, contrairement à leurs collègues du siège, ils se tiennent debout
pour prendre leurs réquisitions . Lesdits magistrats constituent auprès de
chaque juridiction le parquet les magistrats du parquet.
Le Ministère public est composé de magistrats qui siègent auprès des
différentes juridictions á tous les niveaux de l’appareil judiciaire pénal. A
chaque niveau de la pyramide judiciaire, ces magistrats, membres du Ministère
public, portent des noms différents.
Au niveau des juridictions de première instance et leurs sections
détachées, on parle de Parquet d’instance dirigé par le Procureur de la
république assisté d’un ou plusieurs adjoints ou des substituts du
Procureur. Il est désigné substitut résident qui n’est rien d’autre que le
substitut du Procureur de la République.
Au niveau de la Cour d’appel, on parle de Parquet Général. Il est dirigé
par le Procureur Général qui en est le chef. Il est le supérieur
hiérarchique du Procureur de la République. Auprès de la Cour d’appel,
le Parquet Général joue le même rôle que le Parquet d’instance auprès
des juridictions d’instance.
Au niveau de la Cour de Cassation, on parle également de Parquet
Général avec des fonctions identiques à celles exercées par le Parquet
Général de la Cour d’appel. Il est composé d’un Procureur Général près
de ladite Cour, de trois premiers Avocats Généraux et d’Avocats
Généraux.
Le Ministère public poursuit au nom de la société, la sanction d’une infraction
par le prononcé d’une peine ou d’une mesure de sûreté. Pour ce faire, il jouit,
conformément à la mission de service Public qu'il met en œuvre, de
prérogatives que l'on peut entrevoir à travers les principes qui organisent son
fonctionnement.
Le Ministère public agit comme mandataire de la société qui se voit confier la
mise en œuvre de l’action publique. L'action ne lui appartient pas, il ne peut
donc l'arrêter une fois qu'il l'a mise en mouvement. Toutefois, ce principe
connaît des dérogations dans les cas où l’action publique est expressément
confiée à des administrations publiques.
Mais si le Ministère public ne peut arrêter l’action publique, il peut tout de
même refuser de l'engager : Dans les cas où le Procureur de République estime
que les circonstances particulières relatives à la commission des faits justifient
le classement sans suite.
De même, cette liberté du procureur est exclue dans les cas où la mise en
mouvement de l'action publique est soumise à des conditions particulières.
Exemple :
Dans le cas où l’initiative est laissée à d’autres administrations publiques
(douanes, fisc, eaux et forêts…) ;
Dans les cas où une plainte ou une dénonciation préalable est exigée
(atteinte à la vie privée) ;
Dans les cas où une autorisation préalable est exigée (mise en œuvre de
la responsabilité pénale d’un député) ;
Dans les cas où un jugement préalable est exigé (exception préjudicielle).
Le fonctionnement du Ministère public sur les principes d’unicité, de
subordination hiérarchique, d’indépendance, irrécusable et d’irresponsabilité.
2-Les personnes délégataires de la mission de service public du
Ministère public
Il s’agit notamment :
Des administrations publiques comme ceux de la douanes, des impôts,
des beaux et forêts, de la commission de la concurrence pour les
infractions pénales en rapport avec leur secteur ;
De la victime. Elle dispose du droit de mettre en mouvement l’action
publique: l’alinéa 2 de l’article 7 du nouveau CPP indique, parlant de
l’action publique << cette action peut être mise en mouvement par la
partie lésée(…) >>
Dans cette hypothèse, par définition, nous ne sommes pas en présence
d’une représentation de la société, mais d’une substitution dans
l’exercice des droits de la société. Les associés se substituent à la société.
Les bénéfices seront versés à la société. Leur intérêt n’était
qu’indirect. L’intérêt personnel est celui de la société. Comment
expliquer cette substitution dans l’action ?
Par une attribution légale de qualité, cet autrui étant la société. Cette
exception au principe est opportune. Il y a défaillance des organes
sociaux. Par conséquent, il faut habiliter une autre personne à agir au
nom de celle-ci. Il reste que si opportune soit-elle, cette solution n’est
qu’exceptionnellement prévue par les textes. La question qui se pose
alors est de savoir si l’on pourrait admettre une action ut singuli en
dehors de cette hypothèse.
La jurisprudence à ce qu’il semble ne l’a jamais admis au moins
ostensiblement.
Troisième condition de recevabilité de la demande, les délais pour agir.
B)La qualité pour agir en procédure civile
Le demandeur à un procès doit avoir un intérêt à agir en justice, doit disposer
de la qualité pour agir et doit formuler une demande au juge. Concernant la
qualité à agir, une personne a cette qualité quand elle est la première
concernée par la prétention que demandée au juge.
Mais certaines personnes ont qualité pour agir à la place de quelqu’un d’autre.
Par exemple :
L’administrateur légal agira au nom de l’enfant mineur,
Parfois, l’actionnaire peut agir au nom de la société.
Il s’agit de l’article 31 du Code de Procédure Civile : «l’action est ouverte à tous
ceux qui ont un intérêt légitime au succès ou au rejet d’une prétention sous
réserve des cas dans lesquels la loi attribue le droit d’agir aux seules personnes
qu’elle qualifie pour élever ou combattre une prétention ou pour défendre un
intérêt déterminé. »
Autrement dit, il ressort de ce texte que du moins dans le contentieux privé, la
qualité est une exigence supplémentaire par rapport à l’exigence de l’intérêt et
une exigence spéciale par rapport à la condition générale de l’intérêt à agir.
C’est ainsi qu’il faut distinguer deux types d’actions.
Il y a d’abord la terminologie des actions banales selon les doyens Cornu et
Foyer. Il s’agit d’actions ordinaires. Pour celles-ci, la justification d’un intérêt est
suffisante. On s’intéresse seulement à la condition d’intérêt. Mais il y a d’autres
actions pour lesquelles on exige qu’une seconde condition soit réunie, la
condition de qualité. Ces actions sont qualifiées volontiers d’actions attitrées,
par opposition aux actions banales. Elles sont attitrées car c’est la loi qui va
qualifier les personnes qui peuvent agir. La loi prendra bien sûr en
considération la situation juridique particulière. Cette condition peut remplir
deux fonctions. Il faut se référer à l’article 31 du Code de Procédure Civile. La
qualité est parfois exigée pour agir dans un intérêt personnel et l’autre non.
La qualité pour agir dans un intérêt personnel.
Cette première condition est visée clairement par l’article 31 du Code de
Procédure Civile lorsque le texte précise que la qualité consiste à attribuer le
droit d’agir aux seules personnes que la loi qualifie pour élever ou combattre
une prétention. La loi, de manière autoritaire, va restreindre le nombre de
personnes qui peuvent agir. Elle restreint le nombre des personnes habilitées à
agir et le fera en ne se contentant plus de n’importe quel intérêt personnel. Elle
exigera un intérêt spécial qui seul qualifiera à agir en justice. On voit tout le
bénéfice que l’on peut retirer de la qualité qui sera pour le législateur un
moyen parmi d’autres de limiter le contentieux, par la prescription, la
forclusion.
Il s’agit de pratiquement tout le contentieux familial, le contentieux de l’état
des personnes, le contentieux du mariage, des divorces. Ces actions sont
typiquement des actions attitrées. La Cour de Cassation a rappelé qu’un enfant
n’était pas recevable à agir en nullité du mariage de ses parents pour erreur sur
la personne de l’autre. Deux précisions :
– C’est la loi et la loi seule qui peut imposer cette condition
supplémentaire de qualité. On comprend bien du reste cette précision
car l’action est un droit subjectif que seul le législateur peut limiter. Le
principe est l’action banale. L’action attitrée est l’exception.
– L’exigence supplémentaire de la qualité n’écarte pas nécessairement
l’exigence élémentaire de l’intérêt à agir.
Normalement, lorsque l’on est reconnu avoir qualité à agir, on considère
qu’il y a aussi intérêt à agir. Par exemple, lorsque l’on a qualité à agir en
divorce, on a implicitement intérêt à agir.
La qualité fait présumer l’intérêt. Ce principe n’est pas absolu. Parfois,
plus exceptionnellement, il faudra justifier spécialement de l’intérêt en
plus de la qualité. La jurisprudence a fait une interprétation intéressante
de cela en droit des sociétés comme les actions spéciales d’annulation en
minorité. Il faut être minoritaire, mais aussi avoir intérêt à agir.
La Chambre commerciale de la Cour de Cassation a rappelé qu’ici le seul
fait d’avoir qualité ne se présume pas. Si l’on a intérêt, la demande sera
irrecevable. Le principe est celui de la présomption d’intérêt derrière la
qualité, mais parfois il faut prouver les deux.
L’attribution de qualité pour la défense d’intérêts pour la défense
déterminés.
1-La reconnaissance de la qualité pour défendre.
L’article 31 du Code de Procédure Civile y fait allusion. « Pour défendre
un intérêt déterminé » La loi attribue parfois qualité à certaines
personnes seulement pour la défense d’intérêts déterminés. Cette
situation se dédouble et correspond à deux situations différentes. Soit
c’est la première subdivision de la seconde fonction. L’action ne tend pas
à la défense d’un intérêt personnel, individuel, mais d’un intérêt
collectif. Puisque l’action tend ainsi, la condition élémentaire de l’intérêt
ne permet pas de sélectionner les personnes qui vont pouvoir agir. Par
définition, la sanction demandée est un intérêt collectif. C’est la loi qui va
décider dans cette hypothèse qui pourra agir dans la défense d’intérêts
collectifs.
La qualité parfois, va permettre d’élargir, non plus de restreindre le
cercle des titulaires de l’action, en qualifiant certaines personnes pour
agir, pour la défense des intérêts d’autrui cette fois-ci. Autrement dit,
dans les deux cas, on supprime l’exigence d’un intérêt personnel.
L’intérêt en cause dans le litige est un intérêt collectif. Il est clair qu’il
faut que la loi désigne une habilité pour agir. La condition de l’intérêt ne
permet pas de définir l’habilité pour agir, car c’est un intérêt collectif.
C’est donc la loi qui doit habiliter à agir à cet effet. Lorsque cet intérêt
collectif est si collectif qu’il en est général, l’habilitation est évidente,
c’est le ministère public qui va être habilité à agir car il est chargé de
défendre les intérêts de la société. Il en est de même en matière civile. Il
faudrait décider que le ministère public est le seul à défendre l’intérêt
général. C’est le rôle du ministère public. C’est le rôle de la légalité
abstraite, c’est pourquoi des textes lui reconnaissent la possibilité de se
porter partie principale dans la défense de l’intérêt public, de l’ordre
public. Dans le contentieux des mariages frauduleux, le ministère public
a des possibilités d’actions. Il en est de même en matière d’incapacité. Il
en est de même pour le contentieux du redressement et de la liquidation
judiciaire.
Depuis le XIXème siècle et au cours du XXème siècle des intérêts
catégoriels se sont développés. Des catégories sociales ont revendiqué
un intérêt collectif. Ces intérêts catégoriels furent confiés à d’autres que
le ministère public. L’article L411-11 du Code du Travail est venu
consacrer une solution de la Cour de Cassation pour donner qualité au
syndicat professionnel pour exercer devant toutes les juridictions, « tous
les droits réservés à la partie civile relativement aux faits portant un
préjudice direct ou indirect à l’intérêt collectif de la profession qu’il
représente.
De même, des textes instituent des autorités administratives
indépendantes qui sont chargées de fonction de régulation économique.
Les textes reconnaissent le pouvoir d’agir en justice pour faire cesser
certaines pratiques illicites. On les autorise à défendre un intérêt
collectif, non personnel mais individualisé. Aujourd’hui, de nombreuses
associations agréées par les textes et qui sont instituées pour la défense
d’un intérêt collectif habilitent ces associations à agir en justice pour la
défense de l’intérêt qui constitue leur objet statutaire. Il s’agit d’agir
dans un intérêt collectif. Il ne faudrait pas que les associations puissent
prétendre agir pour la défense de n’importe quel intérêt en s’érigeant
défenseur de l’intérêt collectif. Il leur faut une attribution légale de
qualité. Si elles ne sont pas agréées, en principe, elles ne peuvent agir
que dans leur intérêt personnel. L’association pouvant être victime d’un
comportement, ou bien dans l’intérêt de leurs membres. Encore faut-il
d’ailleurs qu’elles aient reçu de ces membres un mandat pour agir,
l’intérêt étant personnel à chacun. Il reste que ce principe a parfois été
contourné, pour ne pas dire bafoué par la jurisprudence face au
mouvement de certaines associations. Certains juges ont estimé qu’ils
pouvaient attribuer à certaines associations qualité pour agir dans un
intérêt collectif.
Certaines décisions ont autorisé certaines associations à agir dans la
limite de leur objet social. C’est le cas d’un arrêt de la Première Chambre
civile du 27 mai 1975, de la Première Chambre civile du 14 novembre
2000. Dans toutes ces hypothèses, il est assez clair qu’il ne s’agissait pas
seulement de reconnaître à l’association la possibilité d’agir dans son
intérêt personnel ou même dans l’intérêt de ses membres. Dans toutes
ces hypothèses, l’intérêt bafoué était l’intérêt de l’individu. Et la
réparation était celle d’un intérêt collectif.
La Cour de Cassation avait entendu mettre fin à ce mouvement
jurisprudentiel par un arrêt de la Chambre commerciale du 19 janvier
1999.
En l’espèce, la Cour de Cassation a jugé qu’ « ayant relevé qu’une
entreprise n’est pas membre d’une association professionnelle, ce dont il
résulte qu’elle ne lui a pas confié la défense de ses intérêts, (il n’y a pas
de mandat), la demande de cette association, tendant à obtenir
réparation du dommage qu’un tiers en ne respectant pas la
réglementation applicable cause à cette entreprise. Cette demande doit
être déclarée irrecevable. »
La Cour de Cassation ajoute que « cette demande fut-elle fondée sur la
défense de l’intérêt collectif qu’elle dit représenter. » pour la Cour de
Cassation, on ne peut pas prétexter d’une atteinte à un intérêt individuel
pour habiliter d’une manière prétorienne cette association à agir dans un
intérêt collectif. L’arrêt fur reçu par la Doctrine en règle générale.
Plus récemment, d’autres décisions ont paru prendre le contre-pied de
celle-ci. Notamment un arrêt de la Deuxième Chambre civile du 27 mai
2004 qui a retenu solennellement qu’il résulte de l’article 31 du Code de
Procédure Civile et de l’article 1er de la loi du 1er juillet 1901 sur les
associations, qu’hors habilitation législative, une association ne peut agir
en justice au nom d’intérêts collectifs qu’autant que ceux-ci entrent dans
son objet social. Cette précision sème le trouble car la Cour de Cassation
accepte parfois de composer avec des principes juridiques. Cela prive la
solution de toute espèce de prévisibilité. On attend donc une
jurisprudence qui fixe les termes de manière définitive.
2-La reconnaissance de la qualité pour la reconnaissance d’autrui
Il paraît difficilement admissible que n’importe qui puisse agir en justice
dans l’intérêt de n’importe qui. Chacun doit défendre son intérêt
personnel. Le principe ne peut être que l’exclusion d’une telle action au
nom d’autrui. Le droit d’action est aussi le droit de ne pas agir. C’est un
choix de ce droit subjectif. Par conséquent, on ne peut permettre à une
personne d’agir de son propre mouvement sans en rendre compte à la
personne dont l’intérêt est concerné. Cela permettrait de reconnaître
que la liberté de ne pas agir n’existe pas.
Aussi vrai qu’en droit des contrats, chacun doit agir pour son propre
compte, selon le principe de l’effet relatif des personnes, en procédure
civile, il y a le principe de l’indépendance juridique des personnes. C’est
la conséquence du principe d’égalité qui domine toute la loi civile.
Le Conseil constitutionnel dans une décision du 25 juillet 1989 estime
qu’il ne saurait être question de priver une personne de son droit d’agir
et d’agir à sa place au seul motif que cette tierce personne serait plus
protectrice. Une disposition du Code du Travail a été censurée en ce sens
qu’un syndicat pouvait agit sans autorisation d’un salarié.
Ce principe d’indépendance est-il un principe néfaste ?
Si l’on ne peut agir personnellement, rien n’interdit de donner mandat à
un tiers pour exercer à sa place le droit d’action dont on est titulaire
personnellement. On peut donner mandat d’exercer une action en
justice, c’est le mandat « ad agendum » le droit d’agir, à ne pas
confondre avec le mandat « ad litem » donné à l’avocat pour représenter
son client dans la procédure. Il ne s’agit plus alors d’une question de
qualité pour agir en justice. La question n’a plus trait à l’existence du
droit d’action. C’est une question de représentation dans les actes de la
procédure. Par conséquent, la sanction encourue ne sera pas du tout la
même. La personne qui se prétend qualifiée pour agir en justice au nom
d’autrui encourt une irrecevabilité de sa demande car elle n’est pas
titulaire du droit d’action. La personne qui prétend avoir reçu le pouvoir
de représenter autrui dans la procédure encourrait non pas une
irrecevabilité mais la nullité des actes de la procédure pour défaut de
pouvoir, car elle n’avait pas le pouvoir requis pour faire la procédure.
Quoi qu’il en soit, la technique qui va être utilisée en législation pour
permettre la défense en justice des intérêts d’autrui se ressent de cette
dualité des techniques. On peut utiliser une attribution de qualité ou une
représentation dans l’exercice de l’action. Les deux techniques peuvent
être utilisées.
Tout d’abord, il peut y avoir une simple représentation conventionnelle.
C’est l’intéressé qui donne mandat mais ce mandat peut être conféré par
la loi le cas échéant. Ainsi, certaines associations se voient reconnaître la
possibilité d’agir en justice pour la défense de leurs membres. Cela se
rencontre au profit des syndicats. Il n’est pas rare en droit du travail que
l’on reconnaisse aux syndicats professionnels le pouvoir d’agir ou non. Ce
syndicat n’exerce pas une action qui lui soit propre. Le syndicat exerce en
représentation l’action des salariés qui sont directement et
personnellement intéressés. Cette représentation légale ne doit pas
contrevenir aux principes constitutionnels sus évoqués. Le syndicat est
présumé avoir mandat, mais encore faut-il qu’il avertisse le salarié pour
que ce dernier ait toujours préservé sa liberté de ne pas agir.
– Cette analyse vaut aussi pour les actions dites en « représentation
conjointe. » Ces dernières années, des actions en représentation
conjointe ont été introduites en droit français et tentent de combler un
vide dans l’organisation procédurale et juridique. Des revendications de
défense de consommateurs veulent voir introduire en droit français les
« class-actions. » L’idée est que dans les rapports entre consommateur et
professionnel, le déséquilibre est tel comme en matière de téléphonie,
par des systèmes d’entente. Certains consommateurs individuels ont
voulu obtenir réparation. L’enjeu est toutefois minime. Les individus sont
dissuadés d’agir en justice. Or, pour le professionnel, l’addition des
préjudices individuels serait considérable. Une personne
s’autoproclamerait le champion d’une cause qui le dépasse. Il va
demander réparation non pas de son préjudice individuel mais de celui
de l’ensemble des consommateurs. C’est un système que reçoivent
certains pays de tradition anglo-saxonne comme les Etats-Unis, à charge
ensuite de se répartir les sommes collectées entre ceux qui se
représenteront. Jusqu’à présent, le législateur a toujours refusé à juste
titre. Il faut bien remarque que cette action est incompatible dans notre
système du procès français. En effet, une personne va s’autoproclamer
qualifiée là où seule la loi peut attribuer la qualité.
– Ce système va être rendu pour toutes les personnes dont l’intérêt
individuel est compris dans l’intérêt collectif. Le principe de l’autorité
relative de la chose jugée éclaterait en miettes. Qui peut dire que le
consommateur en agissant individuellement n’aurait pas mieux défendu
sa cause ou bien qu’on ne va pas tourner au détriment de l’intérêt
individuel ? De plus, il y a le danger de dérives de la pratique judiciaire.
Aux Etats-Unis, certains avocats se sont fait les champions du
démarchage de procès envers de grosses sociétés car ils se font payer au
pourcentage du résultat de la procédure. Ce système, en droit français
serait contraire à la déontologie des avocats. Le législateur a toujours
résisté, mais pourrait céder à la pression sociale.
Pour permettre un substitut, fut créé le système de l’« action en
représentation conjointe. » Une ou plusieurs associations sont agréées
par l’autorité publique pour obtenir réparation au nom des personnes
qui les ont spécialement mandatées à cet effet. Le mandat exigé est un
mandat écrit. Les personnes vont demander mandat de poursuivre la
réparation de leur préjudice individuel. Nous sommes alors dans un
système de représentation de l’exercice de l’action. C’est ainsi que les
associations agréées défense des consommateurs ou de l’environnement
se sont vues accorder ces facultés.
Il est probable que le législateur devra faire un pas en avant, car ce
système n’est pas performant. Alors pour concilier les nécessités
procédurales du système français et les besoins du consommateur, une
proposition a été faite par le Doyen Guinchard : « une class-action à la
française dans le Dalloz p : 2005. »
Le Doyen Guinchard propose le procès en deux phases.
Dans une première phase, le procès aurait pour but d’obtenir une
action en responsabilité de principe contre le professionnel. Une
seule personne pourrait poursuivre cette première phase. Elle
pourrait agir au nom de l’intérêt collectif si elle fait partie du
nombre de personnes flouées.
Mais une fois le principe de la responsabilité acquis, le procès
cesserait provisoirement pour permettre l’intervention volontaire
à l’instance du plus grand nombre de victimes intéressées
personnellement pour leur permettre de s’associer
volontairement. Alors, une condamnation pourrait intervenir qui
réparerait le préjudice subi par toutes les personnes intervenues à
l’instance. Il y aurait les avantages de l’action de classes, sans ses
inconvénients.
À titre exceptionnel, le droit français consacre une véritable attribution
de qualité pour la défense des intérêts d’autrui. C’est le droit qui confère
une action pour agir dans l’intérêt d’autrui. L’hypothèse la plus claire est
celle de l’action sociale « ut singuli. » C’est en matière commerciale, on
suppose que les représentants d’une personne morale d’une société
sont défaillants dans la défense de la société. Des personnes qui ne sont
normalement pas habilitées à représenter la société, qui n’ont pas de
mandats de gestion de représentation entendent agir en réparation du
préjudice subi par la société du fait de ses mandataires sociaux, de ses
représentants.
Effectivement, la loi les autorise exceptionnellement à agir à cette fin,
pour le compte de la société. Individuellement, un associé va pouvoir
agir pour la société. Il va agir de manière « ut singuli »
On trouve le fondement à cette action à l’article 1844-5 du Code civil, ou
à l’article L223-32 du Code de commerce.
Dans cette hypothèse, par définition, nous ne sommes pas en présence
d’une représentation de la société, mais d’une substitution dans
l’exercice des droits de la société. Les associés se substituent à la société.
Les bénéfices seront versés à la société. Leur intérêt n’était
qu’indirect. L’intérêt personnel est celui de la société. Comment
expliquer cette substitution dans l’action ?
Par une attribution légale de qualité, cet autrui étant la société. Cette
exception au principe est opportune. Il y a défaillance des organes
sociaux. Par conséquent, il faut habiliter une autre personne à agir au
nom de celle-ci. Il reste que si opportune soit-elle, cette solution n’est
qu’exceptionnellement prévue par les textes. La question qui se pose
alors est de savoir si l’on pourrait admettre une action ut singuli en
dehors de cette hypothèse.
La jurisprudence à ce qu’il semble ne l’a jamais admis au moins
ostensiblement.
IV-LES EFFETS DU JUGEMENT
La dernière phase de notre étude consistera à mettre en relief les effets du jugement, tant en
procédure pénale qu’en procédure civile.
A-Les effets du jugement en procédure pénale
Une fois le jugement rendu, celui-ci entraine les effets suivants:
le juge est dessaisi
le jugement a autorité de la chose jugée
le jugement a force exécutoire
Ces effets peuvent apparaitre complexe mais sont d'une importance particulière dans l'éventualité
d'une contestation ou tout simplement pour pouvoir faire exécuter le jugement.
Le dessaisissement du juge
Le jugement emporte tout d’abord dessaisissement du juge qui l'a rendu : le juge ne peut ni modifier
le jugement qu’il a rendu, ni réexaminer le litige. Ce dessaisissement concerne uniquement les
jugements sur le fond (c’est-à-dire ceux qui tranchent le litige et qui sont rendus par les tribunaux et
les cour d'appels), appelés «définitifs».
Deux dérogations existent, cependant, il est possible de revenir devant le juge :
En interprétation d’une décision obscure (mais la solution n'est pas modifiée),
En réparation d’une erreur matérielle ou d’une omission (par exemple, le juge a oublié de se
prononcer sur l'une des demandes des parties au litige, ou une erreur a été commise dans la
rédaction du jugement).
L’autorité de chose jugée
Le jugement a l’autorité de la chose jugée. Il s'agit d'un attribut conféré aux actes juridictionnels pour
interdire le renouvellement du procès entre les mêmes parties, sur les mêmes faits et sur les mêmes
demandes. Le jugement sur le fond est censé exprimer la vérité. Dès lors, le procès jugé ne peut être
recommencé : c’est l’exception de chose jugée.
Mais il existe deux types d’autorité de chose jugée :
L’autorité relative de chose jugée
L’autorité de la chose jugée n’est que relative, c'est-à-dire que le jugement ne vaut qu'entre les
parties, mais il ne vaut pas à l’égard des tiers (personnes non concernées par le procès).
L’autorité absolue de chose jugée
Cela signifie que le jugement vaut entre les parties mais aussi à l'égard des tiers. Le jugement peut
donc être opposé aux tiers.
Par exemple, en matière de filiation, si la filiation d'un enfant établie à l'égard de ses parents ne peut
pas être remise ne cause par des personnes.
En réalité, on dit simplement que le jugement est opposable à tous.
L'autorité absolue de chose jugée est valable pour les jugements concernant :
Le contentieux pénal,
Le contentieux administratif (l’annulation d’un acte administratif par le juge administratif
produit des effets à l’égard de tous),
Les contentieux privés, comme le divorce.
Les jugements qui bénéficient de l'autorité de la chose jugée sont précisés à l'article 480 du
Code de Procédure Civile.
Elle concerne ceux tranchant le litige et ceux qui se prononcent sur les vices pouvant la
procédure dans son ensemble.
La force exécutoire du jugement
Un jugement ayant force exécutoire permet à la partie gagnante d'obtenir l'exécution de la
décision si le perdant ne l'exécute pas de sa propre initiative.
Il peut alors demander à ce que des voies d'exécution (faites par huissier), soit pratiquées
contre la partie perdante.
Cela n’est toutefois possible que si certaines conditions sont remplies :
En principe, le jugement n’est exécutoire qu’à partir du moment où il n’est plus
susceptible de recours ;
ou si le jugement bénéficie de l'exécution provisoire (décidée par le juge) ;
dans d'autres cas, l'exécution provisoire résulte de la notification de la décision (dès
que les parties en ont connaissance officiellement) ;
ou encore si la partie gagnante produit un certificat de non appel ou de non
opposition (à demander au greffe de la juridiction) ;
le jugement doit comporter la "formule exécutoire".
Il est possible de demander l'exécution forcée du jugement pendant un délai de 10 ans suite
à son prononcé.
Pour obtenir l'exécution forcée du jugement, il faudra par la suite s'adresser à un huissier de
justice.
B-Les effets du jugement en procédure
Le jugement qui émane d’un juge institué par l’État est un acte authentique. Puisque le
jugement est un titre authentique, il aura la même force probante qu’un acte authentique
ordinaire. Il fera foi jusqu’à inscription de faux. Cette précision est donnée par l'article 457 du
Code de Procédure Civile : <<Le jugement a la force probante d’un acte authentique, sous
réserve des dispositions de l’article 459 du Code de Procédure Civile.>>
L’article 459 du Code de Procédure Civile énonce lui-même que l'omission ou l'inexactitude d’une
mention destinée à établir la régularité du jugement ne peut entraîner la nullité de celui-ci, s’il est
établi par les pièces de la procédure, par le registre d’audience, ou par tout autre moyen que les
prescriptions légales ont été respectées en fait.
Autrement dit, cette règle aboutit à déroger à une règle probatoire qui veut que l’on ne puisse
prouver contre et outre les mentions du jugement.
Le dessaisissement du juge est attaché à l'autorité de la chose jugée. Une fois que le juge a rendu son
jugement, il a épuisé son pouvoir juridictionnel. Il l'a tranché.
Par conséquent, il ne peut modifier sa décision et sa décision ne lui appartient plus ; en quelque
sorte, c’est ce qui ressort de l’article 481 du Code de Procédure Civile, selon lequel <<Le jugement,
dès son prononcé dessaisit le juge de la contestation qu’il tranche.>>
Premier tempérament : Il s’agit de l’alinéa 2ème du texte. Toutefois, le juge a le pouvoir de
rétracter sa décision en cas d’opposition ; de tierce-opposition ou de recours en révision. Ce
sont des voies de rétractation et ont pour objet de permettre au juge de revenir sur sa
décision, dans un cadre d’ouverture de ces voies de recours.
Second tempérament : Il s’agit de l’alinéa 3ème de l’article 481 du Code de Procédure Civile. Le
texte précise que le juge peut également interpréter ou rectifier sa décision sous les
distinctions établies aux articles 441 à 464 du Code de Procédure Civile.
Précisément, les articles 441 et 464 organisent les possibilités pour un juge sur requête de
préciser sa décision. On pourra demander au juge non pas qu’il révise sa décision, mais qu’il
l’interprète.
Également, la loi permet de rectifier des omissions, des erreurs matérielles, et c’est ce que
visent les articles 441 et 464 du Code de Procédure Civile.
La finalité même d’un jugement est de mettre fin aux discussions relatives au fond du
litige, c’est le but-même du jugement.
Par conséquent, le jugement va avoir des effets sur le fond du droit, condamner un plaideur à des
dommages-intérêts.
Pour caractériser ces effets, on parle souvent aujourd’hui de l’efficacité substantielle du jugement
sont dans la dépendance de l'autorité de la chose jugée. Si le jugement produit des effets sur le fond
du droit, c’est parce qu’il a mis fin au litige. Inversement, l’efficacité substantielle du jugement est
nécessairement dans la dépendance de la relativité de la chose jugée. On ne pourra invoquer les
conséquences que dans la limite de l'autorité de la chose jugée.