Cours L2 4
Thèmes abordés
Cours L2 4
Thèmes abordés
Cours
de Finances publiques
Frédéric LAFARGUE
FINANCES PUBLIQUES
INTRODUCTION
Les choix budgétaires de la France pour l’année à venir sont arrêtés, en conseil des
ministres, par le Gouvernement, à la fin du mois de septembre. Le budget de l’État est ensuite
présenté au Parlement, dès le début du mois d’octobre, pour être discuté, modifié et voté par
celui-ci avant la fin de l’année.
- Ou bien, la croissance est nulle, voire même négative (on parle alors de récession
si cette tendance se confirme sur plusieurs trimestres), en raison du ralentissement
global des activités économiques. Dans cette hypothèse, les recettes fiscales de
l’État, provenant des impôts et en particulier provenant des impôts indirects tels
que la TVA, connaissent une stagnation voire même pour certaines une
diminution, en raison du ralentissement de la consommation. Les dépenses
publiques, qui sont quant à elles en partie incompressibles, se maintiennent à leur
niveau, voire augmentent selon les choix politiques adoptés. Il en résulte au total
une aggravation du déficit budgétaire. Pour financer ce déficit, l’État fait alors
appel à l’emprunt, ce qui ne fait qu’aggraver son endettement, donc la dette
publique.
- Ou bien, au contraire, la croissance économique est positive, qu’elle soit modérée
(de 0,1% à moins de 2%) ou plus dynamique (plus de 2%), en raison de la
progression globale des activités. Dans cette hypothèse, les recettes fiscales de
l’État connaissent une augmentation résultant de la croissance de la consommation,
liée à l’augmentation du pouvoir d’achat des particuliers. Cette augmentation des
recettes permet une meilleure couverture des dépenses de l’État, et donc de mener
3
D’abord, concernant les dépenses publiques, une double norme d’évolution de ces
dépenses a été adoptée ces dernières années, pour obtenir leur stabilisation :
- Les États qui dépassent ce plafond doivent s’engager à réduire d’un vingtième par
an, en moyenne, la dette publique dépassant la valeur de référence de 60% du PIB.
4
Au final, l’élaboration du budget de l’État, devant tenir compte de tous ces paramètres,
constitue un exercice particulièrement difficile (« une alchimie médiévale »), d’autant plus
difficile qu’elle doit respecter les règles posées par la loi organique relative aux lois de
finances (LOLF) du 1er août 2001, qui constitue le texte fondamental applicable aux finances
de l’État. Cette loi repose sur une logique de meilleure gestion de la dépense publique. Elle
est axée sur la recherche de la performance et sur l’évaluation des résultats obtenus. Elle vise
à obtenir des gains d’efficacité dans la gestion publique, dans le but de rétablir à terme
l’équilibre des comptes publics. Il s’agit, en vérité, d’appliquer à l’État une logique
d’optimisation et de rentabilité, et donc de réduction des charges (notamment de personnels),
comme dans les entreprises privées.
BIBLIOGRAPHIE :
REMARQUES :
MODALITÉS D’EXAMEN :
ELEARN :
CHAPITRE I :
L’ÉVOLUTION DU DROIT BUDGÉTAIRE
Les principes de base du droit budgétaire français ont été posés à partir de la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) du 26 août 1789. Celle-ci contient,
en effet, des dispositions relatives aux finances publiques.
Tous ces textes montrent que les premiers constituants se sont préoccupés des
questions financières pour mettre fin aux abus de l’Ancien Régime. Mais, de 1789 à 1814, les
finances publiques n’ont pas cessé de se dégrader. Aussi, pour y remédier, Louis XVIII,
lorsqu’il est revenu de son exil en Grande-Bretagne, a décidé de mettre en œuvre les
mécanismes du droit budgétaire anglais, qui régissent encore de nos jours les finances
publiques.
7
Les fondements du droit budgétaire moderne sont alors posés, et permettent ainsi un
véritable contrôle parlementaire sur les finances du pouvoir exécutif. Mais, à partir de là, les
textes constitutionnels suivants vont au contraire s’attacher à limiter les excès de ce contrôle,
en encadrant les pouvoirs des parlementaires en matière budgétaire.
depuis les années 70, et au sein des autres pays de l’Union européenne. Cette réforme a été
appliquée intégralement, pour la première fois, pour le budget de 2006. La LOLF a été
modifiée par la loi organique du 12 juillet 2005, pour renforcer les pouvoirs d’information et
de contrôle des parlementaires sur les questions budgétaires, et par la loi organique du 28
décembre 2021 relative à la modernisation de la gestion des finances publiques pour renforcer
la pluriannualité budgétaire.
Il faut cependant reconnaître que cette réforme s’est traduite par des réductions
d’effectifs dans tous les ministères, par des économies draconiennes de fonctionnement, et par
la précarisation de certains emplois dans un but de réduction des dépenses publiques. De plus,
cette réforme n’a pas encore modifié fondamentalement les habitudes des gestionnaires des
crédits de l’État, qui ont des difficultés à mettre en œuvre cette « culture des résultats » et de
la pluriannualité.
9
CHAPITRE II :
LES PRINCIPES DU DROIT BUDGÉTAIRE
L’élaboration actuelle du budget de l’État est fondée sur plusieurs principes hérités du
ème
XIX siècle, qui ont connu depuis de nombreuses atténuations. Il s’agit des principes
d’unité, d’universalité, de l’annualité, de la spécialité et de l’équilibre budgétaire. Il faut
désormais y ajouter le principe de la sincérité budgétaire qui a été consacré par la LOLF de
2001.
Tous ces principes répondent à une préoccupation commune, qui est de permettre aux
assemblées parlementaires de contrôler les recettes et les dépenses de la collectivité publique
nationale.
Ce principe signifie que toutes les recettes et toutes les dépenses de l’État doivent
figurer dans un document unique, soumis au vote du Parlement. Il s’agit de donner aux
parlementaires une vue d’ensemble de la situation budgétaire, et d’assurer une présentation
claire de celle-ci pour leur permettre d’exercer leur pouvoir de contrôle. Ce principe s’impose
au Gouvernement qui, en dehors des assouplissements prévus par la LOLF, ne peut y déroger.
Aux termes de l’article 18 de la LOLF, les budgets annexes retracent les opérations
financières des services de l’État qui ne sont pas dotés de la personnalité morale, sinon il
s’agirait d’établissements publics dotés de budgets autonomes, mais qui exercent à titre
principal une activité de production de biens ou de prestation de services donnant lieu au
paiement de redevances.
Si la formule des budgets annexes est très utilisée par les collectivités territoriales, il
n’existe que deux budgets annexes au niveau de l’État :
La formule des budgets annexes reste donc très limitée au niveau de l’État, et ne
constitue pas une atteinte au principe de l’unité budgétaire.
La notion de compte spécial n’est pas définie par la LOLF de 2001, mais elle répond à
trois types de préoccupations.
D’abord, certaines opérations financières font l’objet d’un compte spécial, parce qu’il
s’agit d’opérations temporaires, telles que les prêts et avances accordés par l’État, qui feront
l’objet de remboursements. En raison de leur nature temporaire, ces opérations doivent être
isolées du budget général qui ne retrace que des opérations définitives, c’est-à-dire des
opérations de recettes ou de dépenses qui ne donnent lieu à aucun remboursement. En effet,
en principe, une recette budgétaire encaissée n’est pas restituée et une dépense budgétaire
effectuée n’est pas remboursée.
11
- Tel est le cas des comptes de concours financiers, qui retracent les avances faites,
chaque mois, par l’État aux collectivités territoriales, en attendant l’encaissement
de leurs recettes fiscales qui, pour l’essentiel, ne sont encaissées qu’en fin d’année
(taxe d’habitation en octobre, taxes foncières en septembre, par exemple). Il y a
aussi les prêts de l’État français à des États étrangers qu’ils fassent ou non partie de
l’UE.
Ensuite, d’autres opérations financières sont inscrites dans des comptes spéciaux,
parce qu’il s’agit d’opérations à caractère industriel et commercial réalisées à titre accessoire
par des services de l’État, et qu’elles nécessitent donc d’être dégagées des contraintes du droit
budgétaire et de la comptabilité publique. Contrairement aux services industriels et
commerciaux dotés de budgets annexes, ces services ne bénéficient d’aucune autonomie
financière.
- Tel est le cas des comptes de commerce, tel que celui intitulé « Régie industrielle
des établissements pénitentiaires » qui retrace les recettes et les dépenses liées aux
activités professionnelles des détenus en prison.
Enfin, il peut être utile d’isoler du budget général, sur des comptes spéciaux, des
activités qui font l’objet d’un financement par des ressources qui leur sont spécialement
affectées.
- Tel est le cas des comptes d’affectation spéciale, tel que le compte intitulé
« Contrôle de la circulation et du stationnement routiers » qui retrace, en recettes,
une partie du produit des amendes perçues grâce aux radars automatiques, et, en
dépenses, les coûts relatifs à l’entretien et au développement de ces radars. Le
solde est affecté aux collectivités territoriales et au désendettement de l’État.
Au total, ces comptes spéciaux apportent une certaine souplesse de gestion, tout en
restant sous le contrôle du Parlement puisqu’ils figurent en annexe dans le document
budgétaire.
§3 Les débudgétisations
Jusqu’au début des années 90, ces débudgétisations se sont multipliées vers divers
organismes (Caisse des dépôts et consignations, EPA et EPIC, entreprises publiques, sociétés
d’économie mixte, sociétés privées, etc.). Cette technique a permis ainsi de faire financer par
12
ces organismes des travaux d’équipements très consommateurs de crédits, dans le domaine
routier (autoroutes), des transports collectifs (tunnels, TGV), du logement social (HLM), etc.
En pratique, il n’en est pas moins vrai que de nombreuses dépenses sont encore
débudgétisées et mises, par la loi elle-même, à la charge d’autres personnes publiques, telles
que les collectivités territoriales (communes, EPCI, départements, régions). Ainsi, désormais,
la quasi-totalité des dépenses d’investissement et des dépenses sociales sont prises en charge
par ces collectivités publiques. Or, les budgets des collectivités territoriales sont distincts du
budget de l’État et ils échappent donc au contrôle parlementaire. De plus, ces dépenses ne
sont pas intégralement compensées par les dotations de l’État, et sont de plus en plus
supportées par les collectivités territoriales elles-mêmes. Il s’agit donc bien d’un transfert de
dépenses de l’État vers les collectivités territoriales.
Cette règle est aussi appelée règle de la non-contraction des recettes et des dépenses,
ou règle du produit brut. Elle oblige le Gouvernement à inscrire, dans le budget, l’intégralité
des recettes et des dépenses de l’État pour leurs montants bruts, dans un souci de
13
transparence. Il est donc interdit de ne faire figurer dans le budget que des soldes de
compensation dont la simple lecture ne permettrait pas de connaître l’origine et le montant des
ressources, ni le détail des dépenses.
Cette règle, prévue par l’article 6 alinéa 2 de la LOLF de 2001, ne connaît qu’une
exception pour certains comptes spéciaux pour lesquels n’apparaît dans le budget qu’un
découvert, c’est-à-dire un écart entre les recettes et les dépenses à ne pas dépasser pendant
l’année (comptes de commerce).
Par contre, le mécanisme des prélèvements sur recettes, qui existe au profit des
collectivités territoriales (dotations budgétaires de l’État aux collectivités territoriales) et au
profit de l’UE (participation financière de la France au budget européen), n’est pas considéré
comme une compensation (article 6 alinéa 4 de la LOLF). Ce mécanisme consiste à rétrocéder
directement une partie des recettes de l’État aux collectivités territoriales et à l’UE, sans faire
figurer ces opérations en dépenses parce qu’il ne s’agit pas de dépenses pour l’État. Ces
opérations figurent parmi les recettes de l’État (Etat A) et elles viennent en diminution de ces
recettes. Il n’y a pas de compensation car le document budgétaire énumère, d’une part, la
totalité des recettes de l’État et, d’autre part, le montant de chacun de ces prélèvements. Dès
lors, ce mécanisme ne conduit pas à diminuer une recette particulière ni à dissimuler une
dépense.
Cette règle a pour objet d’interdire qu’une recette déterminée soit affectée au
financement d’une dépense déterminée. Autrement dit, n’importe quelle recette doit pouvoir
financer n’importe quelle dépense.
Ce principe de l’annualité est posé par l’article 6 alinéa 2 de la LOLF, selon lequel :
« le budget décrit, pour une année, l’ensemble des recettes et des dépenses budgétaires de
l’État », et plus précisément par l’article 34-I-1°, selon lequel : « la loi de finances de l’année
autorise, pour l’année, la perception des ressources de l’État ».
Alors que l’année budgétaire commence le 1er octobre aux États-Unis, le 1er avril en
Grande-Bretagne et le 1er juillet en Australie, l’année budgétaire coïncide, en France, avec
l’année civile. Elle commence donc le 1 er janvier (à 0 heure) et se finit le 31 décembre (à
minuit). Pour que l’exécution budgétaire puisse commencer dès le début du mois de janvier,
le budget doit donc être voté avant le début de chaque année civile. Il s’agit de la règle de
l’antériorité de l’autorisation budgétaire.
des recettes déjà existantes, et il est suivi par les nouvelles mesures fiscales voulues par le
Gouvernement.
Strictement appliqué, ce principe serait toutefois trop rigide, en particulier pour les
dépenses d’investissement qui dépassent le cadre annuel. L’article 8 de la LOLF a donc prévu
un aménagement. Il s’agit du mécanisme des autorisations d’engagement (AE) et des crédits
de paiement (CP) :
- Les autorisations d’engagement (AE) sont votées par le Parlement, dans le cadre
de la loi de finances, pour permettre à l’État de financer des programmes de
dépenses qui s’échelonnent sur plusieurs années. Elles constituent, de la part de
l’État, un engagement budgétaire pluriannuel pour financer la totalité d’une
opération à réaliser.
- Les crédits de paiement (CP) permettent de débloquer, chaque année, dans le cadre
du budget, les sommes nécessaires au paiement des dépenses réellement effectuées
au cours de l’exercice budgétaire pour la mise en œuvre des AE. Ils peuvent être
reportés sur l’année suivante, s’ils ne sont pas consommés (art. 15 LOLF).
des crédits par anticipation sur le budget de l’année suivante pour permettre les
paiements dès le début de l’année.
- D’autre part, l’article 15 II et III de la LOLF permet au Gouvernement de reporter
des crédits d’une année sur l’autre. Tel est le cas des crédits de paiement débloqués
dans le cadre des autorisations d’engagement, qui sont reportés tant que le
programme prévu n’est pas terminé. Tel est le cas également des crédits des fonds
de concours qui sont reportés, de la même façon, sur l’année suivante, s’ils n’ont
pas été consommés. Tel est le cas, enfin, du solde de chaque compte spécial.
Ce principe signifie que l’autorisation budgétaire votée par le Parlement ne doit pas
être globale, car elle laisserait au Gouvernement la maîtrise totale de l’utilisation des crédits
budgétaires. Au contraire, elle doit être spécialisée, c’est-à-dire que le vote des crédits doit
être détaillé pour que chaque somme ait une destination précise et que le Gouvernement soit
tenu de la respecter en cours d’exécution. Il y a donc une spécialisation de l’autorisation
budgétaire et de l’exécution budgétaire.
Les modalités de vote des crédits budgétaires par le Parlement ont été modifiées
fondamentalement par la LOLF de 2001. Il s’agit de l’un des aspects les plus novateurs de
cette réforme.
Désormais, l’article 7 de la LOLF de 2001 prévoit que les crédits ouverts aux ministres
par les lois de finances sont regroupés par mission budgétaire, chaque mission comportant
plusieurs programmes budgétaires.
D’une part, les différentes missions budgétaires sont créées chaque année par la loi de
finances. Leur nombre peut donc varier d’une année à l’autre selon les préoccupations du
Gouvernement. Toutefois, deux missions spécifiques sont instituées de manière permanente
par la LOLF elle-même. Elles ont la particularité de regrouper des crédits non pas par
programme, mais par dotation, car elles ne peuvent pas donner lieu à la définition d’objectifs
au moment du vote du budget.
- Une première mission spécifique regroupe les crédits affectés aux pouvoirs publics
(PR, AN, Sénat, Cons. Constit, etc.), chacun d’entre eux faisant l’objet d’une ou
plusieurs dotations. Il s’agit de garantir leur autonomie financière vis-à-vis des
budgets ministériels et, par conséquent, le respect du principe de la séparation des
pouvoirs. Ainsi, par exemple, les assemblées parlementaires ne dépendent pas
financièrement d’un budget ministériel.
- Une seconde mission spécifique regroupe des crédits globaux, c’est-à-dire des
crédits dont la destination ne peut pas être connue avec précision au moment du
vote du budget. Tel est le cas de la dotation pour dépenses accidentelles et
imprévisibles (inondations, tempêtes, conflits sociaux, etc.).
D’autre part, les différents programmes budgétaires sont définis au niveau national, et
ils sont mis en œuvre par les services déconcentrés de l’État, qui sont dotés chacun d’un
budget opérationnel de programme (BOP). Cette spécialisation des crédits par programme
constitue le cœur de la réforme de 2001, car elle introduit une budgétisation par objectifs, qui
repose sur une logique de performance et non plus de moyens. Concrètement, un programme
regroupe l’ensemble des crédits destinés à mettre en œuvre une action ou un ensemble
cohérent d’actions relevant d’un même ministère. Cette présentation par objectifs permet de
rendre plus lisibles les politiques publiques menées par le Gouvernement, et de mieux
appréhender leurs résultats concrets.
Au total, la nouvelle nomenclature budgétaire, prévue par la LOLF, ouvre donc la voie
à une réelle évaluation de l’efficacité de la dépense publique.
Au cours de l’année d’exécution, cette répartition des crédits, votée par le Parlement,
ne peut être modifiée que par une loi de finances rectificative ou, à titre exceptionnel, par le
Gouvernement par des virements ou des transferts de crédits (article 7 de la LOLF) :
- D’une part, les virements permettent de modifier la répartition initiale des crédits
entre programmes d’un même ministère. Le montant cumulé, au cours d’une même
20
année, des crédits ayant fait l’objet de virements, ne peut excéder 2% des crédits
ouverts par la loi de finances pour chacun des programmes concernés (article 12).
Ces virements sont donc strictement limités à des « ajustements frictionnels ».
- D’autre part, les transferts permettent de modifier la répartition initiale des crédits
entre programmes de ministères distincts, dans la mesure où l’emploi des crédits
ainsi transférés correspond à des actions du programme d’origine (article 12). Ces
transferts permettent donc de mener des politiques interministérielles, c’est-à-dire
lorsque des programmes de ministères distincts poursuivent des objectifs communs
(politique de lutte contre l’insécurité par le ministère de l’Intérieur, de la Justice,
de la Santé, de la Ville, de l’Environnement, etc.).
Ces virements et transferts sont effectués par décret du Premier ministre, pris sur
rapport du ministre des Finances, après information des commissions des Finances de l’AN et
du Sénat. Il s’agit d’éviter que le Gouvernement porte atteinte, en cours d’exécution, à la
répartition initiale des crédits votée par le Parlement et donc au principe de spécialisation.
Pour assurer de façon plus précise l’exécution des opérations budgétaires de l’État,
l’article 7 de la LOLF ajoute que les crédits de chaque programme budgétaire sont répartis par
titres, pour distinguer les dépenses de personnel (titre 2), les dépenses de fonctionnement
autres que celles de personnel (titre 3), les dépenses d’investissement (titre 5) et les dépenses
d’intervention (titre 6). Cette répartition par titre se trouve en annexe de la loi de finances.
Au total, toutes ces modifications faites en cours d’exécution apportent là aussi une
certaine souplesse de gestion et, dans la mesure où elles restent strictement limitées, elles ne
portent pas une atteinte excessive à l’autorisation budgétaire donnée par le Parlement.
Dans cette optique, l’article 1er de la LOLF de 2001 introduit la notion d’équilibre
budgétaire, en plus de celle d’équilibre économique et financier, sans toutefois en faire une
obligation juridique : « Les lois de finances déterminent pour un exercice la nature, le montant
et l’affectation des ressources et des charges de l’État, ainsi que l’équilibre budgétaire et
financier qui en résulte. Elles tiennent compte d’un équilibre économique défini. »
(seuls les intérêts des emprunts figurent en dépenses dans le budget de l’État, et non le
remboursement du capital). Ce solde a le mérite de permettre de comparer le volume des
recettes et des dépenses de l’État, en écartant de ce calcul le remboursement des intérêts des
emprunts contractés par l’État (charge de la dette). Il permet ainsi de déterminer s’il existe un
excédent des recettes sur les dépenses, disponible pour réduire cette charge de la dette, et donc
pour enrayer la spirale de l’endettement qui consiste à emprunter pour rembourser l’emprunt.
Sous la Vème République, onze lois de finances ont été présentées en équilibre (de 1965
à 1967 et 1970 à 1977), mais cet équilibre de présentation dissimulait d’importantes
débudgétisations. Par ailleurs, seulement quatre lois de finances ont été réellement exécutées
en équilibre (1970, 1972, 1973 et 1974). Depuis la loi de finances pour 1978, tous les budgets
ont été présentés et votés en déficit, même si chaque Gouvernement a tenté d’en maîtriser le
volume.
Pour imposer une plus grande discipline budgétaire aux États membres de l’UE, le
Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’UE (TSCG) ou « Pacte
budgétaire européen », signé en 2012 par les 25 États membres de l’UE à l’exception de la
République tchèque et de la Grande-Bretagne, contient une série d’engagements :
Toutes ces innovations sont destinées à rendre plus stricte la discipline budgétaire des
États membres de l’UE, en vue de retrouver l’équilibre des comptes de ces États. Cependant,
la crise sanitaire de 2020, déclenchée par l’épidémie de Covid-19, a considérablement
aggravé le montant du déficit budgétaire, obligeant les institutions européennes à activer la
clause pour récession économique sévère du Pacte de Stabilité et de Croissance. Cette clause
du Pacte de Stabilité et de Croissance est une clause dérogatoire et générale, qui n’avait
jamais été activée jusque-là et qui a permis une déviation par rapport aux cibles budgétaires
prévues par les traités européens. Depuis le 1er janvier 2024, les critères des 3% et 60% du
PIB s’appliquent de nouveau, mais avec plus de flexibilité pour favoriser la croissance, les
investissements dans les transitions vertes et numériques, ainsi que la sécurité des États
membres de l’UE. En effet, les États disposent de délais plus longs pour respecter ces critères.
L’État doit trouver les moyens de financer son déficit budgétaire, mais il doit
également faire face à d’autres besoins de financement qui s’imposent à lui. Différents
services financiers du Ministère de l’Économie et des Finances participent à ces opérations. Il
s’agit, d’une part, de la Direction Générale du Trésor (DG Trésor), et plus précisément de
l’Agence France Trésor (AFT) pour la gestion du compte de l’État à la Banque de France et
l’émission des emprunts. Il s’agit, d’autre part, de la Direction Générale des Finances
Publiques (DGFiP), et plus précisément de la Direction de la Gestion Publique (DGP) pour les
opérations comptables d’encaissement et de décaissement.
24
Le Ministère des Finances doit, d’une part, assurer la couverture quotidienne des
besoins de trésorerie de l’État et financer le déficit budgétaire qui en résulte, et, d’autre part,
prendre en charge la dette résultant des emprunts contractés par l’État.
D’une part, le Ministère des Finances doit assurer l’équilibre quotidien des
disponibilités de l’État. En effet, ses services sont chargés d’assurer l’exécution de la loi de
finances en recouvrant tous les impôts, produits et revenus de l’État (opérations
d’encaissement), et en effectuant le paiement des dépenses publiques (opérations de
décaissement). A ce titre, l’Agence France Trésor doit gérer, tout au long de l’année
d’exécution, ces disponibilités et s’assurer que le compte de l’État à la Banque de France est
constamment positif. Si tel n’est pas le cas, en raison du décalage inévitable entre le rythme
de paiement des dépenses et le rythme d’encaissement des recettes, elle a recours à des modes
de financement et, en particulier, à l’emprunt. Si, au contraire, l’encaisse est positive, elle
place ces excédents ponctuels de trésorerie sur les marchés financiers. Le prélèvement à la
source de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP), organisé depuis le 1 er janvier
2019, permet à l’État de bénéficier d’un rythme beaucoup plus régulier de recouvrement de
cet impôt. Par contre, les impôts locaux sont perçus en fin d’année (taxe d’habitation sur les
résidences secondaires et taxes foncières en octobre), alors que leur produit est versé par
l’État aux collectivités territoriales à partir du début de l’année budgétaire (mécanisme du
versement par douzième). Le Ministère des Finances doit donc assurer, tout au long de
l’année d’exécution, le financement du déficit budgétaire, c’est-à-dire l’écart entre les recettes
encaissées et les dépenses effectuées. En effet, ses services sont chargés du suivi permanent
du solde d’exécution des opérations budgétaires de l’État, et de répondre au fur et à mesure au
besoin de financement de ce solde (déficit d’exécution). Ces services doivent donc recourir à
des modes de financement (en particulier recourir à l’emprunt) pour financer l’augmentation
du déficit budgétaire tout au long de l’année.
D’abord, l’État bénéficie des dépôts de ses correspondants. En effet, certains services
ou organismes ont l’obligation de déposer leurs fonds disponibles au Trésor (environ 20000
comptes), sans qu’aucune rémunération de ces fonds ne soit prévue. Tel est le cas des
collectivités territoriales, des établissements publics administratifs tels que la Caisse des
dépôts et consignations (CDC). La CDC, créée en 1816, gère, en particulier, les flux
financiers en provenance des Livrets A, ce qui lui permet de financer, sur des fonds privés, de
nombreux investissements publics d’intérêt général (logements sociaux, équipements des
collectivités territoriales, lignes TGV, tramways dans les grandes villes…). Tel est le cas
également de certaines banques centrales africaines qui déposent leurs fonds disponibles au
Trésor public, mais qui bénéficient d’une rémunération de ces fonds. Les fonds déposés par
ces correspondants peuvent être utilisés par l’État pour combler les déséquilibres momentanés
de trésorerie et donc pour financer le déficit budgétaire. En effet, en application de la règle de
l’unité de caisse, les fonds déposés au Trésor public sont confondus au sein d’une caisse
unique, qui se matérialise par un compte courant que possède le Trésor public à la Banque de
France.
Ensuite, l’État peut recourir à l’emprunt pour répondre à ses différents besoins de
financement. En effet, l’article 26 de la LOLF donne la faculté à l’État d’émettre des
emprunts sur les marchés financiers, conformément aux autorisations annuelles données par la
loi de finances.
- D’une part, il s’agit d’emprunts à moyen ou long terme, émis sous la forme d’OAT
(obligations assimilables du Trésor) pour des durées de 7 à 30 ans, voire même 50
ans, à taux fixes ou révisables, auprès des particuliers (Sicav obligataires), des
banques, compagnies d’assurances et autres établissements financiers. Ces titres
sont standardisés (montant nominal identique) et dématérialisés. Ils peuvent être
indexés sur l’inflation française (OATi) ou sur l’inflation de la zone euro (OAT€i).
Leur émission répond à une programmation régulière suivant un calendrier
annoncé en début d’année. Chaque émission est rattachée (« assimilée »), au même
taux, à une date d’échéance. L’État rembourse, à cette échéance, le capital placé et
il sert, dans l’intervalle, un revenu annuel.
26
- D’autre part, il s’agit de bons du Trésor, émis à court terme, souscrits uniquement
par des investisseurs professionnels (banques, établissements financiers). Ces BTF
(bons à taux fixe et intérêts précomptés) sont émis pour une durée de 13, 26 ou 52
semaines. Les intérêts sont payés par l’État, au moment de l’émission, par
imputation sur le prix. Le souscripteur ne paie donc pas la valeur nominale des
titres (Valeur nominale du titre : 500 € ; Intérêts à 10%, soit 50 € ; Montant
payé par le souscripteur : 450 €).
Certains économistes pensent donc qu’il vaudrait mieux que la BCE verse une
« monnaie hélicoptère » directement aux particuliers, c’est-à-dire qu’elle transfère
directement ces liquidités dans l’économie réelle, sans passer par le canal des banques et des
marchés financiers, pour avoir un effet plus fort et plus immédiat sur l’économie réelle.
27
La loi organique du 1er août 2001 consacre le principe de la sincérité des lois de
finances comme un principe fondamental du droit budgétaire. Il s’agit d’une innovation
importante, dans la mesure où ce principe ne figurait pas explicitement dans l’ordonnance du
2 janvier 1959.
Lors de l’examen des lois de finances, le Parlement doit pouvoir exercer réellement
ses compétences en matière budgétaire. Pour cela, il est impératif d’assurer la sincérité des
évaluations contenues dans les documents budgétaires, en recettes comme en dépenses. Mais
il est tout aussi indispensable de mettre à la disposition des parlementaires une information
complète et lisible sur ces différentes évaluations. Autrement dit, les prévisions budgétaires
doivent être évaluées et présentées de façon sincère.
- D’une part, concernant les recettes, il faut d’abord rappeler qu’elles ne figurent
dans les lois de finances que sous la forme de simples évaluations, et qu’elles ne
présentent qu’un caractère prévisionnel. Pour être sincères, il faut que ces
évaluations prévisionnelles tiennent compte du contexte économique et financier
de l’année à venir (rythme de la croissance économique), et des effets possibles de
28
De façon générale, le Conseil Constitutionnel admet que, pour certaines sommes peu
importantes en recettes comme en dépenses, le budget ne soit pas présenté de façon
totalement sincère (décision n° 98-406 DC du 29 décembre 1998). Le principe de la sincérité
budgétaire joue donc surtout comme une arme de dissuasion destinée à éviter les cas de non-
sincérité manifeste des présentations budgétaires.
La LOLF du 1er août 2001 consacre un chapitre entier (articles 32 et 33) au principe de
la sincérité budgétaire, exprimant ainsi la volonté de conforter la jurisprudence du Conseil
Constitutionnel, et d’ériger la sincérité en principe fondamental du droit budgétaire. Plus
précisément, l’article 32 dispose que : « Les lois de finances présentent de façon sincère
l’ensemble des ressources et des charges de l’État. Leur sincérité s’apprécie compte tenu des
informations disponibles et des prévisions qui peuvent raisonnablement en découler ».
Autrement dit, le principe de sincérité exige que l’évaluation des ressources et des
charges de l’État soit réalisée, dans les lois de finances, aussi correctement que possible en
tenant compte des données statistiques disponibles. Il ne s’agit donc pas d’une sincérité
absolue, mais d’une sincérité relative, impliquant une obligation de moyens et non de
résultats. Dès lors, un Gouvernement peut donc présenter un projet de loi de finances sincère
mais erroné, si les informations dont il dispose au moment de son élaboration se révèlent, par
la suite, différentes.
29
Les conséquences de cette définition de la sincérité des lois de finances, par l’article
32 de la LOLF, ne doivent pas pour autant être sous-estimées :
- D’une part, cette définition implique une présentation exhaustive des ressources et
des charges de l’État, ce qui exclut tout solde budgétaire artificiel qui serait
déterminé uniquement en fonction des engagements européens de la France. De
plus, si des informations nouvelles parviennent au Gouvernement en cours de
discussion de la loi de finances, et qu’elles sont susceptibles de remettre en cause
les grandes lignes du projet de budget, le principe de sincérité impose au
Gouvernement de porter ces informations à la connaissance du Parlement.
- D’autre part, ce principe de la sincérité s’applique à l’ensemble des lois de
finances (LFI, LFR, LFG, LRG). En particulier, il est applicable aux lois relatives
aux résultats de la gestion (LRG), pour permettre au Parlement d’exercer un
véritable contrôle des opérations budgétaires et financières réellement exécutées.
La sincérité de la LRG est une notion beaucoup plus exigeante que pour les autres
lois de finances, car elle signifie que les comptes doivent être exacts (décision n°
2001-448 DC du 25 juillet 2001).
CHAPITRE III :
LES LOIS DE FINANCES
Aux termes de l’article 6 de la LOLF de 2001, le budget est un acte de description des
recettes et des dépenses de l’État. Concrètement, le document budgétaire est constitué par les
différents fascicules élaborés par les services du Ministère des Finances, à l’occasion du débat
budgétaire au Parlement (document de prévision).
Sur le plan juridique, ce document prend la forme d’un texte de synthèse, la loi de
finances, approuvée par le Parlement. La portée de cette loi est d’autoriser le Gouvernement à
procéder aux opérations budgétaires et de trésorerie de l’État (document d’autorisation).
Aux termes de l’article 1er de la LOLF, « ont le caractère de lois de finances, la loi de
finances de l’année, les lois de finances rectificatives, la loi de finances de fin de gestion, la
loi relative aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes, et les lois prévues
par l’article 45 de la LOLF ».
Tout d’abord, il y a la loi de finances de l’année, dite aussi loi de finances initiale
(LFI) puisqu’elle constitue l’autorisation budgétaire initiale donnée par le Parlement. Elle est
soumise à un certain formalisme. En effet, d’une part, elle est adoptée par le Parlement
suivant une procédure particulière prévue par l’article 47 de la Constitution (priorité à l’AN,
délais…). D’autre part, elle est rédigée comme toutes les lois sous forme d’articles, mais elle
se présente toutefois en deux parties distinctes. La première partie fixe les recettes, les
plafonds des dépenses et les données générales de l’équilibre budgétaire et financier qui en
résulte. La seconde partie répartit les crédits nécessaires aux dépenses entre le budget général,
les budgets annexes et les comptes spéciaux, et comporte diverses dispositions financières.
réserve des exceptions prévues par la loi organique (virements et transferts de crédits), seules
des lois de finances rectificatives peuvent, en cours d’année, modifier les dispositions de la loi
de finances initiale. Chaque année, une ou plusieurs lois de finances rectificatives sont
adoptées par le Parlement à la demande du Gouvernement. Ces lois de finances rectificatives
ont une importance particulière lorsqu’elles font suite à un changement politique (changement
de majorité) résultant des élections présidentielles ou législatives.
Ensuite, il y a la loi de finances de fin de gestion (LFG) qui est adoptée en fin d’année
pour ratifier les modifications règlementaires intervenues en cours d’année. Cette loi ne peut
pas comporter de mesures fiscales nouvelles.
Lorsque l’examen du budget prend du retard et que la loi de finances risque de ne pas
pouvoir être promulguée avant le début de l’exercice budgétaire, le Gouvernement a le choix
entre deux procédures :
- Ou bien, si la procédure précédente n’a pas été suivie ou si elle n’a pas abouti, le
Gouvernement dépose devant l’AN, avant le 19 décembre, un projet de loi spéciale
l’autorisant seulement à percevoir les impôts existants, jusqu’au vote de la loi de
finances de l’année. Cette procédure, qui existait également dans le cadre de
l’ordonnance de 1959, a été utilisée en décembre 1979. En effet, la loi de finances
de l’année n’avait pas pu être promulguée en temps utile, car elle avait été déclarée
inconstitutionnelle (décision n° 79-110 DC du 24 décembre 1979).
Ces différentes lois partielles constituent des lois de finances à part entière.
D’abord, pour ce qui est des recettes fiscales, l’autorisation donnée par le Parlement
entraîne une véritable obligation de les percevoir. En effet, la loi de finances a une force
exécutoire. Elle s’impose, d’une part, aux services des impôts chargés de procéder au calcul
de ces prélèvements fiscaux, et, d’autre part, aux comptables publics de l’État chargés de
procéder à leur recouvrement. En pratique, il ne s’agit pas pour ces services de percevoir les
impôts pour les montants inscrits dans la loi de finances, car ceux-ci ne constituent que de
simples évaluations pour élaborer le budget. Mais, il s’agit de procéder, sans discrimination
entre les contribuables, au recouvrement de l’intégralité des recettes fiscales de l’État, en
application des dispositions du Code général des impôts (CGI) et du Livre des procédures
fiscales (LPF). Il s’agit donc de procéder à l’encaissement de ces recettes dans le respect des
règles applicables. Il est à noter que le principe de l’égalité des citoyens devant l’impôt est un
principe constitutionnel, prévu par l’article 13 de la DDHC de 1789.
Ensuite, pour ce qui est des recettes non fiscales, leur autorisation par la loi de
finances, qui se trouve également dans son article 1 er, est moins déterminante. En effet, leur
33
existence et leurs modalités de perception sont prévues de manière permanente par d’autres
textes de loi. Il s’agit de tous les revenus, loyers, droits d’entrée, amendes, redevances,
produit du prélèvement sur les jeux exploités par la Française des jeux, etc. Mais, là aussi, il y
a, pour les services chargés de leur encaissement, une véritable obligation de les percevoir.
D’abord, il y a les crédits limitatifs. Il s’agit des crédits de droit commun. En effet,
l’article 9 de la LOLF prévoit que tous les crédits inscrits dans la loi de finances sont
limitatifs, à moins qu’il n’en soit expressément décidé autrement. Leurs montants constituent
donc des plafonds qui, en principe, ne peuvent pas être dépassés en cours d’exécution du
budget. Cependant la LOLF prévoit elle-même deux aménagements, qui permettent au
Gouvernement de s’affranchir de cette contrainte et de modifier les crédits initialement
prévus :
- Tel est le cas des obligations financières de l’État qui peuvent résulter des charges
de la dette (intérêts de la dette) dont le montant dépendra des emprunts émis en
cours d’année.
- Tel est le cas également des obligations financières résultant des remboursements
d’impôts, qui dépendent de la situation fiscale des contribuables (crédits d’impôts).
- Tel est le cas des obligations financières résultant des appels en garantie, lorsque
l’État s’est engagé à garantir la défaillance de certains débiteurs.
Ces crédits évaluatifs peuvent être majorés, en cours d’année, par simple arrêté du
Ministre des Finances (dépassement de crédits). La LOLF a prévu que les commissions des
finances des deux assemblées doivent être informées des motifs de ces dépassements, qui
doivent être repris dans la loi de finances de fin de gestion (LFG).
CHAPITRE IV :
35
La préparation du projet de loi de finances est une opération longue et complexe, qui
relève de la compétence exclusive du Gouvernement. En effet, l’article 38 de la LOLF du 1 er
août 2001 dispose que : « Sous l’autorité du Premier ministre, le ministre chargé des finances
prépare les projets de loi de finances, qui sont délibérés en conseil des ministres ».
La préparation administrative des projets de lois de finances n’est pas organisée par la
LOLF elle-même, pour éviter de figer cette procédure qui a besoin d’évoluer en fonction de
l’organisation des services du Ministère des Finances. Cette préparation suit cependant un
calendrier établi par une circulaire du Premier ministre, du 21 janvier 2005, relative à la
préparation du projet de loi de finances dans le cadre de la LOLF. Cette circulaire a été
complétée et actualisée par une circulaire du Premier ministre du 24 mai 2017.
Pour préparer le budget de l’État, le ministre des Finances peut s’appuyer soit sur un
ministre du Budget chargé de diriger à sa place cette préparation, soit sur un ministre délégué
chargé du Budget qui assure l’essentiel de la discussion budgétaire au Parlement, soit parfois
sur un simple secrétaire d’État au Budget. Au-delà de ces structures ministérielles qui varient
suivant les Gouvernements, il y a en permanence, au ministère des Finances, de grandes
36
Il s’agit, tout d’abord, de la Direction du Budget (DB), qui est la plaque tournante du
processus budgétaire. Il s’agit également de la Direction Générale du Trésor (DG Trésor), qui
joue un rôle important en matière d’évaluation des charges, en matière de gestion de la
trésorerie de l’État et en matière de définition de la politique économique de la France. Il
s’agit aussi de la Direction Générale des Douanes et des Droits indirects (DGDDI) et de la
Direction Générale des Finances publiques (DGFiP) pour ce qui est des prévisions de recettes.
Mais le budget de l’État n’est pas établi seulement par ces grandes directions du
ministère de l’Économie et des Finances, dominées par la Direction du Budget. En effet, dans
chaque ministère gestionnaire, il existe une Direction des Affaires Financières (DAF) qui
participe également à l’élaboration du budget. Ces services déterminent les crédits nécessaires
pour mettre en œuvre les choix définis par leur ministre, et dialoguent avec le ministère des
Finances tout au long de la procédure d’élaboration du budget.
D’abord, en début d’année, le Premier ministre définit, avec le ministre des Finances,
la stratégie d’ensemble en matière de finances publiques. Actuellement, cette stratégie
consiste à réduire les déficits publics par une maîtrise de la dépense, conformément aux
engagements européens de la France.
Ensuite, aux mois de février et mars, des « réunions techniques » sont alors organisées
entre la Direction du Budget et les directeurs des affaires financières des différents ministères,
ainsi que les responsables de programmes, pour préparer l’élaboration du projet de loi de
finances dans le cadre de cette stratégie. A l’issue de ces réunions, le Premier ministre adresse
une « lettre de cadrage » aux différents ministres pour leur préciser les orientations qui leur
permettront d’élaborer leurs budgets. Un débat sur le programme de stabilité budgétaire de la
France, transmis à la Commission européenne, est alors organisé au Parlement (fin mars –
début avril).
Ensuite, aux mois d’avril et mai, ont lieu des « conférences de budgétisation » pour
déterminer les besoins des différents ministères pour la mise en œuvre de leurs politiques
respectives, et pour en tirer les conséquences en termes de crédits budgétaires et d’effectifs. Il
s’agit d’envisager les économies budgétaires qui s’imposent et les gains de productivité qui
37
peuvent être retenus (logique de performance). Aucun désaccord n’a vocation à persister à
l’issue de ces conférences. Les évaluations chiffrées doivent être définitivement arrêtées, au
terme d’un travail technique partagé.
Enfin, aux mois d’août et septembre, a lieu la finalisation des documents budgétaires,
c’est-à-dire la rédaction des articles du projet de loi de finances (PLF) et l’élaboration des
annexes budgétaires. Au cours du mois de septembre, le Ministre de l’Economie et des
Finances organise, dans ses locaux, les « Dialogues de Bercy » qui permettent de présenter le
contenu du projet de loi de finances aux différents groupes politiques représentés au
Parlement.
Fin septembre, le PLF est adopté en conseil des ministres, après avis du Conseil
d’État. Celui-ci veille ainsi à ce que les articles du projet de loi ne soient pas contraires aux
dispositions de la Constitution et de la LOLF de 2001, et qu’ils ne soient pas en contrariété
avec d’autres dispositions de loi que le Gouvernement ne souhaiterait pas abroger. Le PLF est
alors présenté aux commissions des Finances de l’AN et du Sénat, ainsi que dans le cadre
d’une conférence de presse qui a lieu à Bercy.
Le projet de loi de finances (PLF) commence par un article liminaire (placé en tête)
qui présente, sous la forme d’un tableau de synthèse, le solde du budget de l’État, l’évolution
et le montant des dépenses publiques, ainsi que les prévisions de prélèvements obligatoires, de
dépenses et de dette publique en pourcentage du PIB. Cet article liminaire permet ainsi
d’éclairer les parlementaires sur l’évolution des éléments fondamentaux des finances
publiques.
La première partie, après avoir évalué le montant des ressources de l’État et fixé les
plafonds des dépenses, arrête les données générales de l’équilibre budgétaire et financier qui
en résulte. Elle comporte cinq rubriques différentes :
- D’abord, la seconde partie fixe, pour chaque mission, le montant des autorisations
d’engagement (AE) et des crédits de paiement (CP), c’est-à-dire les enveloppes
budgétaires pluriannuelles et les crédits annuels débloqués pour chaque mission.
Dans les annexes, les états B (budget général), C (budgets annexes) et D (comptes
spéciaux) précisent cette répartition par programme budgétaire. L’état G précise la
liste des objectifs et des indicateurs de performance pour chaque programme
budgétaire.
- Ensuite, la seconde partie fixe le plafond des autorisations d’emplois rattachés à
chaque ministère, calculé en équivalent temps plein (ETP). Ces données
permettent de connaître la politique du Gouvernement en matière de créations ou
de suppressions d’emplois pour chaque ministère, pour chaque mission et chaque
programme budgétaire.
- Enfin, la seconde partie comporte diverses dispositions permanentes qui ne sont
pas rattachées à celles de la première partie.
Au final, le projet de loi de finances initiale comporte environ 300 pages qui
synthétisent l’ensemble de ces dispositions, sous la forme d’articles qui sont soumis à
l’approbation des parlementaires.
- D’abord, une annexe explicative analyse les effets des changements de la structure
du budget d’une année à l’autre. Elle permet ainsi d’effectuer une véritable
comparaison par rapport à la structure du budget de l’année précédente. Cette
annexe permet des comparaisons à « structure constante », lorsque le périmètre des
budgets ministériels ou des missions budgétaires subit des modifications d’une
année à l’autre.
- Ensuite, une annexe explicative présente les recettes et les dépenses de l’État
regroupées dans une section de fonctionnement et une section d’investissement.
Cette présentation a l’avantage de faire apparaître que le produit des emprunts
(recette d’investissement) sert principalement à combler le déficit de la section de
fonctionnement, ainsi qu’à rembourser les emprunts, et non à financer des
dépenses d’investissement. Il s’agit là d’une véritable « hérésie budgétaire », dans
la mesure où, en principe, l’emprunt, qui sera remboursé dans les années futures,
doit servir à couvrir des dépenses d’investissement dont bénéficieront les
générations à venir. La loi organique du 28 décembre 2021, relative à la
modernisation de la gestion des finances publiques, a décidé de distinguer les
dépenses de fonctionnement et d’investissement, non seulement dans cette annexe,
mais aussi au sein même de l’article d’équilibre qui clôt la première partie de la loi
de finances. Cette nouveauté a pour but de montrer l’importance des dépenses de
fonctionnement dans le budget de l’État et donc de légitimer la nécessité de réduire
ces dépenses.
- Ensuite, une autre annexe explicative analyse les prévisions de chaque recette
budgétaire, et présente les dépenses fiscales associées à ces recettes (exonérations,
abattements, dégrèvements, réductions d’impôts, etc.). Il s’agit de faire apparaître
les avantages fiscaux (« niches fiscales ») liés à chaque recette.
- Ensuite, une autre annexe explicative présente les mesures envisagées par le
Gouvernement pour assurer, au cours de l’exécution budgétaire, le respect du
plafond des dépenses du budget général. Cette présentation doit, en particulier,
indiquer le taux de mise en réserve prévu pour les crédits de chaque programme.
41
- Enfin, des annexes explicatives détaillent le montant des crédits budgétaires pour
chaque unité opérationnelle de programme (UOP). Elles sont accompagnées des
projets annuels de programme (PAP) qui décrivent les objectifs poursuivis, les
coûts associés à ces objectifs, et les résultats attendus pour chaque programme. Ces
PAP doivent justifier l’évolution des crédits par rapport aux dépenses effectuées
l’année précédente.
Il s’agit également des annexes jaunes dont le nombre est variable car leur périodicité
n’est pas nécessairement annuelle. Elles portent sur des sujets très divers tels que l’effort
financier de l’État en faveur des associations, de la formation professionnelle, des collectivités
territoriales, de l’aménagement du territoire, selon les préoccupations du moment. Elles
permettent d’appréhender les efforts budgétaires engagés par l’État dans des domaines qui ne
correspondent pas exactement à des missions budgétaires.
Il s’agit enfin des documents de politique transversale pour retracer des actions qui
relèvent de plusieurs ministères ou de plusieurs programmes. Ces documents donnent une
vision d’ensemble des crédits budgétisés pour mettre en œuvre une politique particulière telle
que la sécurité routière, la prévention de la délinquance, l’égalité entre les femmes et les
hommes, l’insertion sociale, selon les priorités du Gouvernement.
CHAPITRE V :
L’ADOPTION DU BUDGET DE L’ÉTAT
La procédure d’adoption du projet de loi de finances est soumise aux règles générales
du droit parlementaire. Ces règles sont cependant complétées par des dispositions spécifiques
au budget, prévues par la Constitution de 1958 elle-même et par la LOLF du 1er août 2001.
De manière générale, les pouvoirs des parlementaires sont très fortement encadrés en
matière budgétaire par la rationalisation du régime parlementaire mise en place sous la Vème
République. L’importante révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, qui a revalorisé les
pouvoirs du Parlement, n’a pas pour autant renforcé les pouvoirs des parlementaires dans le
domaine budgétaire.
La procédure d’adoption des projets de loi de finances est caractérisée par des délais
très stricts et par une organisation très encadrée de la discussion budgétaire au Parlement,
pour permettre au Gouvernement de disposer du budget en temps utile.
L’objet de cette règle est de permettre, d’une part, aux parlementaires de disposer des
informations budgétaires suffisamment tôt, pour pouvoir exercer leurs prérogatives dans les
délais fixés par la Constitution, et, d’autre part, de permettre au Gouvernement d’obtenir le
vote de la loi de finances avant le début de l’exercice budgétaire pour assurer la continuité de
la vie nationale.
En pratique, il peut arriver que les documents budgétaires soient transmis avant le
premier mardi d’octobre, et qu’ils soient déposés, dès la fin du mois de septembre, sur le
bureau de l’Assemblée nationale.
43
Pour les lois de finances rectificatives (LFR), les textes ne prévoient pas de délai
concernant leur dépôt au Parlement, ce qui est logique puisqu’elles n’ont qu’un caractère
facultatif et qu’elles peuvent intervenir à tout moment au cours de l’exercice budgétaire pour
modifier les prévisions initiales. La seule limite résulte du fait qu’elles doivent être déposées
suffisamment tôt pour qu’elles puissent être adoptées avant la fin de l’exercice auquel elles se
rapportent, c’est-à-dire avant le 31 décembre de l’année budgétaire. Il en va de même pour la
loi de finances de fin de gestion (LFG).
Pour ce qui est de la loi relative aux résultats de la gestion et portant approbation des
comptes de l’année (LRG), l’article 46 de la LOLF prévoit que le projet de loi doit être
déposé, avec ses annexes, avant le 1er mai de l’année suivant celle de l’exécution du budget.
Toutes ces règles de dépôt sont dictées par un souci d’efficacité et visent à permettre le
bon déroulement de la phase parlementaire d’adoption du budget.
Cette priorité de l’AN est valable non seulement pour le projet de loi de finances de
l’année, mais aussi pour les projets de lois de finances rectificatives, les projets de lois de fin
de gestion et les projets de lois relatives aux résultats de la gestion, ainsi que pour les projets
de lois de programmation des finances publiques et les projets de lois de financement de la
sécurité sociale.
En réalité, dans la pratique, le projet de loi de finances de l’année avec ses annexes est
transmis en même temps à l’AN et au Sénat, pour que la commission des finances de celui-ci
puisse commencer aussitôt à en étudier le contenu. Cette pratique permet ainsi au Sénat de
disposer d’un délai suffisant, et équivalent à celui de la première chambre, pour préparer la
discussion budgétaire, même si officiellement il ne sera saisi du projet de loi de finances
qu’après l’adoption de celui-ci par l’AN.
Comme tous les projets de loi, le texte budgétaire commence par être examiné au
Parlement en commission, avant d’être débattu en séance plénière dans chaque assemblée.
Parmi les huit commissions permanentes qui existent dans chaque assemblée parlementaire, il
existe une commission des Finances, à laquelle est immédiatement adressé le projet de loi de
finances. Il est de tradition que la présidence de la commission des Finances soit attribuée à
un membre de l’opposition.
Sous les IIIème et IVème Républiques, les commissions des finances disposaient de
pouvoirs très importants. En effet, elles pouvaient modifier considérablement le projet de loi
du Gouvernement, et le débat budgétaire s’ouvrait, dans l’hémicycle, sur le texte remanié par
la commission. Le Gouvernement était donc placé en position d’infériorité, et il devait alors
négocier pour retrouver le contenu initial de son projet.
Sous la Vème République, les commissions des finances sont restées les interlocuteurs
privilégiés du Gouvernement, mais leur puissance a disparu. Elles n’ont plus la possibilité de
substituer leur propre texte au projet gouvernemental. En effet, la révision constitutionnelle du
23 juillet 2008, qui prévoit que la discussion des projets et propositions de lois porte, en
séance, sur le texte adopté par la commission saisie, n’a pas étendu cette règle aux projets de
loi de finances (article 42 alinéa 2 de la Constitution). Concrètement, les commissions de
l’AN et du Sénat procèdent à l’analyse des documents budgétaires, font des observations et
45
En pratique, le rôle des commissions des finances est loin d’être négligeable. En effet,
dès le début de la préparation du budget, elles reçoivent, pour information, les lettres-plafonds
adressées par le Premier ministre aux différents ministres. Ensuite, elles adressent des
questionnaires très détaillés aux ministres et à la Direction du Budget (article 49 de la LOLF).
De plus, elles procèdent à l’audition du ministre des Finances sur l’ensemble du projet de loi,
et à l’audition de chaque ministre sur son propre budget. Enfin, elles sont tenues informées,
toutes les semaines, de l’évolution de la situation budgétaire de l’État.
Les commissions des finances jouent donc un rôle d’information des parlementaires en
matière budgétaire.
L’examen du projet de loi de finances initiale occupe la majeure partie des premiers
mois de la session parlementaire ordinaire, qui commence début octobre et se termine à la fin
du mois de juin. Cette session est donc particulièrement chargée, dans la mesure où d’autres
projets de loi sont examinés en même temps. Tel est le cas du projet de loi de financement de
la sécurité sociale et du projet de loi de finances de fin de gestion (LFG).
La procédure d’examen du budget commence, comme pour tous les projets de loi, par
une discussion générale dans l’hémicycle. Il s’agit là d’un débat politique, qui ne donne lieu à
aucun vote. Ce débat permet au Gouvernement de présenter ses choix budgétaires et fiscaux,
et il donne l’occasion à la majorité et à l’opposition de s’exprimer sur ces choix. A partir de
là, commence la discussion détaillée des articles du projet de loi de finances. Cette discussion
se déroule obligatoirement en deux phases, qui correspondent aux deux parties du projet de
loi.
La discussion sur la première partie porte sur les évaluations des ressources et des
charges de l’État, ainsi que sur le solde budgétaire qui en résulte et sur son financement (par
l’emprunt).
Les articles de la première partie sont examinés et votés suivant la procédure ordinaire,
c’est-à-dire article par article, avec pour chaque article la discussion et le vote de chaque
amendement. Toutes les nouvelles mesures fiscales, voulues par le Gouvernement, et les
amendements parlementaires relatifs à ces mesures sont ainsi examinés et soumis au vote
(vote à main levée ou vote au scrutin public c’est-à-dire par vote électronique).
Par contre, il n’y a pas un article pour chaque recette budgétaire de l’État, car cela
entraînerait une multiplication trop importante des votes. Les recettes fiscales et non fiscales
de l’État ainsi que les prélèvements sur recettes sont donc répertoriés dans un état annexé à
l’article d’équilibre qui termine la première partie du projet de loi (État A). Cet article
d’équilibre fait l’objet d’un seul vote d’ensemble, mais cela n’empêche pas les parlementaires
46
de modifier l’état A. Il peut donc y avoir des amendements discutés et votés à l’occasion de
l’examen de l’article d’équilibre.
Par ailleurs, la première partie du projet de loi de finances doit être obligatoirement
adoptée avant l’examen de la seconde. En effet, l’article 42 de la LOLF précise que « la
seconde partie du projet de loi de finances ne peut être mise en discussion devant une
assemblée avant l’adoption de la première partie ».
En décembre 1979, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 1980, l’article
d’équilibre avait été rejeté, car certains députés de la majorité s’étaient abstenus. Il y avait
donc bien eu un vote sur la première partie, mais non une adoption de la première partie.
Malgré tout, l’Assemblée nationale était passée à l’examen de la seconde partie. Le Conseil
constitutionnel a estimé que la loi de finances avait été adoptée suivant une procédure
irrégulière, et il a donc procédé à l’annulation de celle-ci dans son ensemble (décision n° 79-
110 DC du 24 décembre 1979).
Désormais, dans le cadre de la LOLF de 2001, les dépenses de chaque ministère sont
votées globalement par mission et par programme budgétaire. Chaque vote porte sur un
couple de nombres qui correspond aux autorisations d’engagement et aux crédits de paiement
(AE/CP). Il y a également un vote unique, par ministère, des dépenses de personnel.
Cette globalisation des votes, au sein de chaque budget ministériel, est liée à la
responsabilisation accrue des gestionnaires des crédits de l’État. En effet, chaque responsable
de programme, ou de budget opérationnel de programme (BOP), dispose ainsi d’une
enveloppe globale dont il peut ensuite librement disposer en cours d’exécution, pour gérer au
mieux les crédits qui lui sont accordés (fongibilité).
47
La LOLF de 2001 a donc mis fin à la notion de « services votés », qui représentaient
de 92 à 97 % des crédits budgétaires, et qui étaient reconduits automatiquement d’une année
sur l’autre, par un seul vote. Désormais, il n’y a plus aucune reconduction automatique de
crédits. Ceux-ci doivent donc être réévalués en totalité, chaque année, en base zéro, puisque
les crédits de l’année précédente ne servent plus de référence (système américain du BBZ :
Budget Base Zéro). Le Parlement peut, par conséquent, demander au Gouvernement de
justifier chaque euro de son budget (système français de la JPE : « Justification au premier
euro »). Concrètement, cette budgétisation « au premier euro » conduit à réexaminer, chaque
année, la pertinence de toutes les dépenses de l’administration, et donc les activités des
différents services de l’État, dans un but d’économie.
Au terme de cet examen des crédits, sont adoptés les autres articles de la seconde
partie du projet de loi de finances, qui portent sur diverses dispositions permanentes non
rattachées aux dispositions précédentes. A l’issue du débat budgétaire, un vote intervient sur
l’ensemble du projet de loi pour confirmer sa cohérence, et surtout pour vérifier que l’article
d’équilibre, qui arrête le solde budgétaire, n’a pas été remis en cause.
Les pouvoirs des parlementaires en matière budgétaire sont restreints, d’une part, par
l’interdiction qui leur est faite d’intégrer, dans le budget, des cavaliers budgétaires, et, d’autre
part, par la limitation de leur droit d’amendement en matière financière prévue par l’article 40
de la Constitution.
48
La loi de finances a un contenu précis, qui est fixé limitativement par l’article 1 er de la
LOLF de 2001. En effet, cet article dispose que « les lois de finances déterminent, pour un
exercice, la nature, le montant et l’affectation des ressources et des charges de l’État ». Toutes
les dispositions qui sont donc étrangères à ce contenu constituent des cavaliers budgétaires, et
ne doivent donc pas figurer dans la loi de finances.
On appelle plus précisément « cavaliers budgétaires », les dispositions qui n’ont aucun
caractère financier ou qui ne concernent pas directement les finances de l’État, mais que les
parlementaires ou même le Gouvernement cherchent à intégrer dans la loi de finances. En
effet, l’intérêt de cette pratique est de permettre, si le cavalier passe inaperçu, qu’il soit adopté
plus rapidement et plus facilement avec le reste de la loi de finances, sans avoir à déposer une
proposition ou un projet de loi.
Cette pratique a toujours été interdite que cela soit sous la III ème République (loi du 30
juillet 1913), sous la IVème République (article 16 de la Constitution de 1946) ou sous la V ème
République (art. 47 alinéa 3 de la LOLF de 2001). Elle n’a malgré tout jamais cessé d’exister,
et le Conseil constitutionnel est souvent saisi pour ce motif par les parlementaires de
l’opposition, à l’occasion du contrôle de la conformité de la loi de finances à la Constitution.
Il est donc fréquent que certaines dispositions de la loi de finances soient déclarées
inconstitutionnelles en raison de la violation de l’article 1 er de la LOLF. Les cavaliers
budgétaires constituent même, quantitativement, le premier motif d’inconstitutionnalité des
dispositions de la loi de finances. Mais, s’agissant de dispositions détachables du reste de la
loi, leur déclaration de non-conformité n’empêche pas la promulgation du reste de la loi de
finances. La jurisprudence constitutionnelle relative aux cavaliers budgétaires est d’autant
plus abondante que le Conseil constitutionnel peut soulever d’office l’inconstitutionnalité de
ces dispositions (décision n° 89-270 DC du 29 décembre 1989).
Le critère utilisé par le Conseil constitutionnel pour déterminer si une disposition peut
figurer dans la loi de finances est celui de « l’incidence directe et immédiate » de cette
disposition sur les ressources et les charges de l’État (décision n° 93-330 DC du 29 décembre
1993). Si cette disposition n’a pas un lien suffisamment étroit avec une recette ou une dépense
de l’État, le Conseil constitutionnel la qualifie de cavalier budgétaire et en prononce
l’annulation.
Cette interdiction, faite aux parlementaires, de réduire les recettes et d’augmenter les
dépenses, vise à préserver l’équilibre budgétaire arrêté par le projet de loi de finances, et à
49
Ainsi, en matière de recettes, il est admis que les parlementaires peuvent proposer une
diminution d’une ressource, si cette diminution est compensée par la création ou
l’augmentation d’une autre ressource, bénéficiant à la même collectivité ou au même
organisme. En effet, une telle modification n’entraîne pas globalement une diminution des
ressources publiques. Cette interprétation de l’article 40, favorable au Parlement, fournit de
réelles possibilités d’amendement aux parlementaires. Toutefois, il est nécessaire que
l’augmentation de ressources soit réelle et immédiate. De même, il est admis, par tradition,
que les parlementaires peuvent modifier à la baisse les augmentations d’impôts voulues par le
Gouvernement. Cette possibilité donnée aux parlementaires, de réformer les nouvelles
mesures fiscales du Gouvernement, n’est pas contraire à l’article 40 de la Constitution, dans la
mesure où il n’y a pas de diminution des ressources publiques par rapport au droit existant
l’année précédente.
La limitation dans le temps du débat budgétaire est indispensable pour que la loi de
finances puisse être promulguée avant le début de l’exercice budgétaire, et pour que la règle
de l’antériorité budgétaire soit ainsi respectée.
Sous les IIIème et IVème Républiques, la loi de finances était rarement votée avant le 31
décembre, en raison de l’absence de majorité solide et cohérente pour l’approuver. Par
conséquent, pour permettre au Gouvernement de percevoir les ressources et d’engager les
dépenses dès le début de l’année, des mesures provisoires étaient mises en place :
Pour éviter que ne se reproduisent de telles situations, les constituants de 1958 ont
imposé au Parlement des délais très stricts, qui sont sanctionnés de manière rigoureuse en cas
de dépassement. L’article 47 de la Constitution de 1958 prévoit ainsi que le Parlement dispose
dorénavant d’un délai maximum de 70 jours pour se prononcer sur le projet de loi de finances.
Ce délai est valable pour la loi de finances initiale, mais aussi pour les lois de finances
rectificatives (LFR) et pour la loi de finances de fin de gestion (LFG). En effet, celles-ci
doivent intervenir avant le 31 décembre de l’exercice auquel elles s’appliquent, et il est donc
indispensable de limiter leur examen dans le temps. Par contre, ce délai de 70 jours ne
51
s’applique pas aux lois approuvant les résultats de la gestion (LRG), dans la mesure où il n’y
a pas d’urgence à adopter ce texte qui ne constitue qu’un bilan comptable de l’exercice
écoulé.
Pour ce qui est du projet de loi de finances initiale, ce délai de 70 jours court à compter
du dépôt du projet de loi, c’est-à-dire au plus tard à partir du premier mardi d’octobre. En
pratique, le vote final du budget doit donc intervenir autour du 20 décembre. Pour ce qui est
du projet de loi de financement de la sécurité sociale, l’article 47-1 de la Constitution ne
prévoit qu’un délai de 50 jours à compter de son dépôt au Parlement, dans la mesure où son
contenu est moins complexe et étendu.
Le délai global de 70 jours, prévu pour le projet de loi de finances initiale, est réparti
par l’article 47 de la Constitution, entre les deux assemblées parlementaires, qui ne disposent
pas de la même durée pour procéder à leur première lecture. En effet, l’Assemblée nationale a
40 jours et le Sénat 20 jours pour examiner et voter le projet de budget en première lecture. Si
le projet de loi de finances n’est pas voté par l’Assemblée nationale dans le délai de 40 jours,
cette assemblée est dessaisie et le Gouvernement transmet alors le projet de loi de finances au
Sénat, qui ne dispose plus, quant à lui, que de 15 jours. Si le Sénat ne respecte pas lui-même
ces délais (20 ou 15 jours), la sanction est la même que pour l’Assemblée nationale. Dans les
faits, le Sénat dispose d’un temps d’examen comparable à celui de l’Assemblée nationale,
dans la mesure où, dès que celle-ci est saisie, le Sénat commence à préparer le travail en
commission. Au total, le délai global de 70 jours dont dispose le Parlement tient compte à la
fois de la durée de la première lecture dans chaque assemblée, et des navettes inévitables.
Une fois adoptée par le Parlement, la loi de finances initiale est promulguée, dans les
15 jours qui suivent, par le Président de la République. En réalité, ce délai est souvent plus
court, car la loi de finances, adoptée vers le 20 décembre, doit être publiée au Journal officiel
au plus tard le 31 décembre. De plus, le Conseil constitutionnel peut être saisi, notamment par
l’opposition, pour contrôler la conformité de la loi de finances à la Constitution, mais aussi
pour contrôler sa conformité à la loi organique du 1 er août 2001 (LOLF). En effet, la LOLF
étant une loi organique, elle a une valeur juridique supérieure aux lois ordinaires. Ses
dispositions doivent donc être respectées par la loi de finances de l’année (la LOLF a une
valeur supra-législative, mais infra-constitutionnelle).
En pratique, la loi de finances initiale est donc promulguée et publiée dans les derniers
jours de décembre.
53
CHAPITRE VI :
L’EXÉCUTION DU BUDGET DE L’ÉTAT
Les opérations d’exécution du budget de l’État, pour les recettes comme pour les
dépenses, sont ainsi divisées en deux phases distinctes, confiées chacune à l’une de ces deux
catégories d’agents. Il en va de même pour toutes les collectivités ou établissements publics.
Un même agent ne doit pas à la fois décider d’engager une dépense et procéder lui-
même au paiement de cette dépense, ni décider de percevoir une recette et procéder lui-même
au recouvrement de celle-ci.
1. Les ordonnateurs
54
- Parmi les ordonnateurs principaux, on peut citer, pour l’État, les ministres et, pour
les collectivités territoriales, les présidents de conseils régionaux, départementaux,
les présidents des métropoles, des communautés urbaines, des communautés
d’agglomération, des communautés de communes, les maires.
- Parmi les ordonnateurs secondaires, il faut citer tous les ordonnateurs qui ont reçu
une délégation de signature des précédents. De manière générale, il s’agit des
fonctionnaires chargés de la direction d’un service, des élus locaux ou des
fonctionnaires de l’administration territoriale qui ont reçu une délégation de
signature.
L’article 10 du décret GBCP dispose que les ordonnateurs ont pour fonction de
prescrire (donner l’ordre) l’exécution des recettes et des dépenses, c’est-à-dire d’établir les
titres qui, juridiquement, permettront au comptable de procéder à ces opérations :
quand cette Trésorerie se trouvait sur la même commune qu’un Service des impôts aux
particuliers (SIP), elle n’exerçait que la mission de gestion financière du secteur public local.
Les SIP sont chargés à la fois du calcul de l’impôt à partir des déclarations des contribuables
et des actions de recouvrement. Dans les Trésoreries et les SIP, il existait un service d’accueil
fiscal de proximité, le « guichet fiscal unique », qui permettait de donner un premier niveau
de réponse, et de transmettre la demande vers les services compétents.
- Pour les usagers, des accueils de proximité, plus nombreux que les Centres des
Finances Publiques, servent de point de contact avec le public. Certains sont
intégrés au sein des Maisons France Service (MFS) destinées à permettre un
meilleur accès aux services publics dans les territoires. D’autres prennent la forme
de rendez-vous dans des permanences ou des locaux mis à disposition par les
collectivités territoriales. De même des « services de paiement de proximité »
permettent aux usagers de régler leurs factures locales (cantine, crèche, eau, etc.),
leurs amendes et leurs impôts, en espèces jusqu’à 300 € ou par carte bancaire,
auprès de plus de 6000 buralistes partenaires, agréés par la DGFiP.
- Pour les élus locaux, des Services de Gestion Comptable (SGC), regroupant
plusieurs Centres des Finances publiques, avec à leur tête un comptable public,
sont responsables de la gestion des comptes des collectivités territoriales qui leur
sont rattachés. Un conseiller aux décideurs locaux (CDL) se consacre aux
demandes des élus locaux de son périmètre de compétence, qui correspond aux
frontières des intercommunalités. Il s’occupe de l’analyse financière des comptes
de la commune, des simulations fiscales avant le vote annuel des taux de fiscalité
directe, des possibilités de financement des projets d’investissement, ainsi que du
conseil budgétaire.
- Les services fiscaux et les services de contrôle fiscal restent organisés au sein de la
direction départementale des finances publiques (DDFiP) et de quelques antennes.
Au niveau régional, il existe une direction régionale des finances publiques chargée
entre autres du paiement des rémunérations des agents publics, et, à un niveau suprarégional,
des directions spécialisées des finances publiques compétentes en matière de contrôle fiscal et
comptable, pour lutter en particulier contre les fraudes internationales et le blanchiment
d’argent provenant de la drogue ou de la prostitution (cellule TRACFIN : Traitement du
Renseignement et Action contre les Circuits Financiers clandestins).
Il faut enfin noter que toute personne qui s’immisce dans le recouvrement d’une
recette ou dans le paiement d’une dépense, sans avoir la qualité de gestionnaire public, ou
sans agir pour le compte et sous le contrôle d’un gestionnaire public, est coupable de gestion
de fait. Un tel gestionnaire de fait encourt les mêmes responsabilités et les mêmes peines
qu’un gestionnaire public, et peut donc être condamné à une amende.
57
Il faut d’abord préciser que les crédits budgétaires présidentiels sont inscrits au sein de
la mission spécifique intitulée « Pouvoirs publics ». Cette mission spécifique est composée de
dotations et elle ne comporte pas de programmes budgétaires, dans la mesure où le Parlement
ne doit pas fixer d’objectifs au Président de la République, en raison de la séparation du
pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Le Conseil constitutionnel a relevé dans sa décision
n° 2001-448 DC du 25 juillet 2001 que l’existence de cette mission spécifique permet
d’assurer la sauvegarde de l’autonomie financière des pouvoirs publics, et ainsi de garantir le
respect du principe de la séparation des pouvoirs. Mais, si cette autonomie financière est
nécessaire et n’est donc pas contestable, il n’en est pas moins vrai que les règles du décret du
7 novembre 2012 (GBCP) ne s’appliquent pas. En effet, les services présidentiels déterminent
eux-mêmes le montant de la dotation dont ils ont besoin, et il n’existe aucun comptable public
de la DGFiP au sein des services de la Présidence de la République, en raison du principe de
la séparation entre l’administration et le pouvoir politique. Il n’y a que des ordonnateurs à
58
l’Elysée, qui font également fonction de comptables et qui procèdent donc au paiement des
dépenses.
Toutefois, depuis 2008, et pour répondre aux critiques apparues ces dernières années,
le Chef de l’État a pris l’habitude de demander, de façon informelle, à la Cour des comptes de
réaliser chaque année un contrôle des comptes et de la gestion des services de la Présidence
de la République. Les résultats de ce contrôle sont disponibles en ligne sur le site de la Cour
des comptes. Ce rapport très complet et détaillé a ainsi le mérite de révéler les efforts
d’économie réalisés par les services de la Présidence et leur participation à l’effort de maîtrise
des dépenses publiques, justifié par la nécessité de réduire le déficit du budget de l’État et la
dette publique.
Les fonds spéciaux du Premier ministre sont inscrits, au sein de la mission budgétaire
intitulée « Direction de l’action du Gouvernement », sur le programme budgétaire intitulé
« Coordination du travail gouvernemental », au titre de l’action budgétaire intitulée
« Soutien » (plus de 100 millions d’euros). Ils servent à financer presqu’exclusivement des
opérations de sécurité et de défense. En effet, la majorité de ces crédits est destinée à la
Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) pour financer des opérations
d’intervention et de renseignement à l’étranger. Ils servent également au financement du
Groupement interministériel de contrôle (GIC) qui rémunère en particulier les prestions de
renseignement fournies par les opérateurs de téléphonie mobile. A cela s’ajoute le
financement d’autres services de renseignement tels que la Direction générale de la sécurité
intérieure (DGSI ou « Renseignements généraux »), la Direction du Renseignement militaire
(DRM), la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) et la
cellule TRACFIN du ministère des Finances chargée de lutter contre la fraude fiscale
internationale et le blanchiment d’argent sale provenant de la drogue.
Ces fonds spéciaux sont directement versés en espèces par la Banque de France aux
services du Premier ministre. Ces services utilisent alors ces fonds, sans l’intervention d’un
comptable de l’État, pour financer ces opérations d’intervention et de renseignement dans la
plus grande discrétion. La Cour des comptes n’opère elle-même aucun contrôle sur l’usage de
cet argent public.
Seule une commission de vérification des fonds spéciaux, composés de deux députés,
deux sénateurs ainsi que deux magistrats de la Cour des comptes, est chargée de contrôler
l’utilisation de ces fonds. Les travaux de cette commission sont cependant classés
59
Mis à part le cas de ces pratiques tout à fait critiquables, les fonds spéciaux constituent
une atteinte nécessaire et justifiée au principe de la séparation des ordonnateurs et des
comptables.
Les régies d’État sont créées par arrêté du ministre de l’Économie et des Finances et
du ministre intéressé (Musée du Louvre, Beaubourg, tous les musées ou monuments
nationaux). Le régisseur, ainsi que ses mandataires, sont nommés par l’ordonnateur de
l’organisme auprès duquel la régie est instituée, et non par le comptable. Il s’agit donc
d’agents des services relevant de l’ordonnateur. L’intérêt de la régie est de permettre au
régisseur et à ses mandataires d’avoir la possibilité, bien que n’ayant pas la qualité de
comptable public, de manier des fonds publics à la place du comptable.
Les opérations d’encaissement des recettes, tout comme les opérations de paiement
des dépenses, donnent lieu à des procédures spécifiques d’exécution, qui suivent une
chronologie particulièrement minutieuse. Ces opérations se déroulent de manière identique
pour toutes les collectivités et établissements publics.
- Ou bien de l’application des lois et règlements, pour ce qui est des recettes fiscales,
qu’il s’agisse du produit des impôts directs ou indirects.
- Ou bien de décisions de justice rendues au bénéfice de la collectivité publique,
pour ce qui est des indemnités, des dommages-intérêts, des amendes prononcées au
profit de l’État.
- Ou bien de contrats ou de titres de propriété, pour les produits des ventes ou des
locations de biens appartenant à l’État.
- Ou bien de divers évènements tels que l’accès d’un usager aux prestations d’un
service public pour les droits au comptant et les redevances pour service rendu, tels
qu’un excès de vitesse pour les amendes résultant de contraventions, tels que le fait
de jouer aux jeux de La Française des Jeux ou au PMU pour les produits de ces
jeux, etc.
Par conséquent, les ordonnateurs ne créent pas eux-mêmes les recettes publiques. Ils
se bornent à en constater l’existence, à en calculer le montant suivant les règles applicables, et
à émettre les titres de perception qui permettront ensuite aux comptables publics de l’État de
procéder à leur recouvrement.
Cependant, pour ce qui est des recettes fiscales, qui constituent l’essentiel des recettes
budgétaires de l’État (plus de 90%), il n’y a plus, depuis la création de la DGFiP en 2008, de
distinction marquée entre les services chargés du calcul des impôts (ordonnateurs) et ceux
chargés de leur recouvrement (comptables).
Avant la réforme de 2008, la perception des recettes fiscales relevait, d’une part, de la
Direction générale des impôts (DGI) pour le calcul des impôts et, d’autre part, de la Direction
générale de la comptabilité publique (DGCP) pour leur recouvrement. Désormais, ces services
ont été unifiés au sein de la DGFiP, qui est maintenant organisée autour de différents pôles :
- Les services des impôts des particuliers (SIP) sont compétents pour le calcul des
impôts dus par les contribuables et pour le recouvrement de ces impôts (ISR et
impôts locaux).
61
- Les services des impôts des entreprises (SIE) sont les interlocuteurs uniques des
PME, des commerçants, des artisans, des agriculteurs et des professions libérales
pour le dépôt des déclarations professionnelles (déclarations de résultats, de TVA,
de CFE, de CVAE, etc.) et pour le paiement des principaux impôts professionnels
(impôt sur les sociétés, TVA, taxe sur les salaires, etc.).
- Les grands groupes et les grandes entreprises disposent d’un interlocuteur
spécifique qui est la Direction des grandes entreprises (DGE) située à Pantin, dans
le département de la Seine Saint-Denis.
- Le centre des impôts fonciers est l’interlocuteur des usagers pour toute question
sur le calcul de la valeur locative de leurs biens immobiliers (base utilisée pour le
calcul des impôts locaux) ou pour toute demande d’extrait de plan cadastral. Dans
certaines villes, ces missions sont désormais assurées par les SIP.
- Les pôles « enregistrement » sont les interlocuteurs des notaires, des particuliers ou
des entreprises, pour l’enregistrement des actes tels que les déclarations de
successions, les donations, les actes des sociétés, etc.
- Les services de la publicité foncière, souvent associés aux précédents, tiennent à
jour le fichier immobilier qui recense les éléments juridiques relatifs à l’ensemble
des propriétés bâties et non bâties. Ils garantissent ainsi la sécurité juridique des
transactions immobilières. Ils enregistrent les actes notariés, et perçoivent les
impôts relatifs à ces formalités.
situation du contribuable par rapport à l’année précédente, celui-ci, après avoir vérifié les
informations préremplies, bénéficie de la déclaration automatique.
(banques) ou qui rémunère celui-ci (employeur). Les sommes disponibles sont alors saisies au
profit de l’État. Il y a aussi la saisie des biens du débiteur et la possibilité de leur vente aux
enchères publiques. Il existe toutefois en amont des facultés de transaction, c’est-à-dire des
possibilités de remise totale ou partielle d’imposition ou d’atténuations d’amendes fiscales.
De plus, le contribuable qui conteste le bien-fondé de son imposition peut toujours, après
paiement et réclamation préalable auprès du DDFiP, saisir dans les délais impartis soit le juge
administratif pour les impôts directs, soit le juge judiciaire pour les impôts indirects tels que la
TVA qui est perçue à l’occasion d’activités industrielles ou commerciales.
Dès le début du mois de janvier, chaque ministre répartit les crédits qui lui ont été
affectés pour les missions et les programmes budgétaires de son ministère. Il les attribue à ses
différents services, pour leur permettre de mettre en œuvre leurs budgets opérationnels de
programme (BOP).
Cette répartition constitue le cadre budgétaire qui doit être obligatoirement respecté
pour l’exécution des opérations de dépenses, sauf si des modifications règlementaires sont
effectuées en cours d’année (transferts, virements, avances ou annulation de crédits).
contrôle du comptable public. Cette mise en place d’un Centre de gestion financière (CGF)
présente l’avantage, comme les SFACT, de simplifier et d’accélérer considérablement la
procédure de paiement des dépenses publiques. En effet, elle permet à l’ordonnateur de payer
directement ses dépenses.
Enfin, pour ce qui est des ordonnateurs, les articles 69, 70 et 71 du décret GBCP ont
mis en place toute une série de responsables chargés de mettre en œuvre et de suivre
l’exécution de la dépense, dans un souci de meilleure performance et d’évaluation de
l’efficacité de la dépense publique.
Ces réformes permettent donc de mettre fin à la dissociation trop rigide entre les
services de l’ordonnateur et du comptable chargés de l’exécution de la dépense, et de ne plus
se contenter d’assurer seulement la régularité de ces opérations, mais aussi de rechercher leur
efficacité.
67
CHAPITRE VII :
LE CONTRÔLE DE L’EXÉCUTION DU BUDGET DE
L’ÉTAT
Il est essentiel, dans une démocratie, de contrôler l’usage de l’argent public. En effet,
le contrôle des opérations d’exécution du budget est tout aussi nécessaire et important que le
vote de l’autorisation budgétaire, car il permet de déceler les irrégularités, les discriminations,
les fraudes et les gaspillages qui peuvent apparaître à l’occasion de l’utilisation de fonds
publics.
Très tôt, un tel contrôle a été organisé par les textes, puisque la Déclaration des droits
de l’homme et du citoyen de 1789 prévoit elle-même, dans ses articles 14 et 15, que les
contribuables ou leurs représentants disposent du droit de suivre l’emploi des fonds publics, et
de demander des comptes à l’Administration.
Le décret du 7 novembre 2012 (GBCP) est venu organiser ces nouvelles modalités de
contrôle, en organisant la dématérialisation des opérations comptables, et en mettant en place,
en plus des services facturiers, des innovations telles que le contrôle sélectif et le contrôle
allégé partenarial.
Ces contrôles, exercés tant sur les ordonnateurs que sur les comptables, visent à
vérifier la régularité de leurs opérations respectives, et à sanctionner les éventuelles fautes qui
pourraient être commises.
Au niveau de l’État, ces contrôles sont opérés, d’une part, par des « contrôleurs
budgétaires et comptables ministériels » (CBCM), avant même l’exécution de l’opération
financière, et, d’autre part, par les comptables publics de l’État, au moment de l’exécution de
l’opération financière.
Les CBCM n’ont pas pour fonction d’examiner la régularité de toutes les dépenses. En
effet, ils ont plutôt un rôle d’alerte destiné à éviter les principaux risques financiers liés à la
dépense publique.
A ce titre, ils ont trois missions définies par les articles 87 à 106 du décret du 7
novembre 2012 (GBCP) :
Les CBCM ont donc pour fonction de suivre l’exécution budgétaire, afin d’alerter les
responsables de crédits, et la Direction du budget, de l’existence de risques budgétaires, c’est-
à-dire de risques d’aggravation du déficit budgétaire. Leur fonction les conduit ainsi à établir
un dialogue avec les responsables de programmes pour que chacun contribue à une bonne
gestion des crédits budgétaires de l’État, conformément à la logique de la LOLF.
Il faut ajouter que l’article 170 du décret GBCP a rendu obligatoire l’organisation, au
sein de chaque ministère, d’un contrôle interne budgétaire (CIB). Ce contrôle interne vise à
améliorer la qualité de l’élaboration du budget, à renforcer sa sincérité, à optimiser les choix
de gestion budgétaire par rapport aux objectifs des politiques publiques et à faciliter le
pilotage de l’exécution budgétaire. Ce contrôle budgétaire interne est donc complémentaire à
celui des CBCM, puisqu’il vise à améliorer la performance de la gestion budgétaire.
Les contrôles que les comptables sont tenus d’exercer, au moment d’effectuer les
opérations de recouvrement des recettes et de paiement des dépenses, sont définis par les
articles 19 et 20 du décret du 7 novembre 2012 (GBCP).
69
D’une part, concernant les recettes, le comptable est tenu, dès lors qu’il a connaissance
de l’existence d’une créance pour l’État, de s’assurer de sa mise en recouvrement, par des
démarches écrites, suffisantes et répétées auprès de l’ordonnateur en vue d’obtenir le titre de
perception. Lorsque le titre de recettes a été émis, le comptable doit d’abord s’assurer que la
perception de la recette a été autorisée par l’autorité compétente dans les formes requises. Le
comptable doit faire preuve de diligences adéquates, complètes et rapides pour obtenir le
recouvrement de la créance. Toutefois, le comptable, qui établit que le défaut de
recouvrement résulte de causes indépendantes de sa volonté (décès du redevable, mise en
liquidation judiciaire), peut obtenir que ces recettes soient « admises en non-valeur » par
décision administrative de l’ordonnateur.
D’autre part, concernant les dépenses, le comptable est tenu de vérifier, préalablement
au paiement de la dépense, la qualité de l’ordonnateur, la disponibilité des crédits, l’exacte
imputation de la dépense, l’existence du service fait, l’exactitude des calculs de liquidation,
l’existence du visa ou de l’avis préalable du CBCM, l’existence des pièces justificatives
régulières et suffisantes, et l’absence de prescription ou de déchéance (avant le terme de la
prescription). Il doit aussi vérifier le caractère libératoire du règlement de la dépense, c’est-à-
dire si ce règlement a pour effet de libérer la collectivité publique de sa dette. Tel n’est pas le
cas, notamment, lorsque le paiement a été fait à une autre personne que le créancier. Le
comptable se borne donc à examiner la régularité des mandats de paiement qui lui sont
présenté, sans pouvoir contrôler la légalité des actes qui servent de fondement juridique au
paiement (arrêté de nomination, bon de commande, contrat de location, marchés publics, etc.).
De manière générale, lorsque les contrôles effectués par les comptables font apparaître
des irrégularités, ceux-ci doivent refuser d’exécuter les ordres de recouvrer ou les ordres de
payer qui leur sont adressés par l’ordonnateur.
Le décret du 7 novembre 2012 (GBCP) est venu donner une assise règlementaire aux
différentes adaptations qui avaient été expérimentées jusque-là, dans la pratique, pour mettre
en œuvre les dispositions de la LOLF de 2001. Ce décret institutionnalise ainsi le contrôle
sélectif de la dépense et le contrôle allégé partenarial exercés par les comptables. Il s’agit là
d’un véritable changement de méthode.
comptable public, à proportionner ses contrôles exercés sur la dépense en fonction des risques
et des enjeux. Sa mise en œuvre se traduit par une modulation du moment (contrôle a priori
ou a posteriori), par une modulation de l’étendue des actes contrôlés (contrôle exhaustif ou
par sondage) et par une modulation de l’intensité des vérifications (tout ou partie des
contrôles règlementaires prévus par les articles 19 et 20 du décret GBCP). Le contrôle sélectif
de la dépense aboutit à des procédures de dépense plus simples, en raison de la réduction du
nombre de pièces justificatives produites à l’appui des ordres de paiement. Il aboutit
également à des procédures plus rapides, en raison de la réduction des délais de paiement,
grâce à l’allègement des contrôles sur les dépenses présentant moins de risques et d’enjeux.
Le ministère de l’Économie et des Finances dispose, dans ses locaux de Bercy, d’un
service de contrôle, l’Inspection générale des Finances (IGF), chargé de contrôler l’ensemble
des comptables publics de l’État.
Créée en 1816, l’IGF est placée sous l’autorité directe du ministre de l’Économie et
des Finances. Elle constituait un corps prestigieux de l’État composé d’inspecteurs issus de
l’École nationale d’administration (ENA), dont les cinq ou six meilleurs choisissaient en
général ce corps qui bénéficiait d’un statut particulier. En 2020, la décision a été prise, par le
Président de la République, de supprimer le corps des inspecteurs généraux des finances, mais
le service de l’IGF demeure toujours, composé d’inspecteurs généraux des finances qui ne
71
disposent plus d’un statut particulier. Il s’agit dorénavant de fonctionnaires détachés d’autres
administrations, pour une durée limitée.
Les inspecteurs généraux des finances exercent leurs missions soit dans un secteur
particulier (les infrastructures routières, l’insertion professionnelle, le secteur hospitalier) soit
dans un territoire déterminé (tel ou tel département). Ils sont aussi détachés dans les
ministères, et dans les diverses administrations centrales de l’État. Ils siègent dans les
différentes commissions, conseils d’administration ou comités où les enjeux financiers sont
significatifs (Air France, SNCF, Pôle Emploi, La Française des Jeux, l’Office national des
Forêts, le Commissariat à l’énergie atomique, l’Agence nationale pour la gestion des déchets
radioactifs, etc.). Ils sont membres ou assurent la présidence d’organismes comme le comité
consultatif d’éthique, la commission des marchés publics de l’État, le conseil des
prélèvements obligatoires, etc. L’IGF a donné des ministres des Finances, des Premiers
ministres (Alain Juppé), des gouverneurs de la Banque de France, un gouverneur de la
Banque centrale européenne (Jean-Claude Trichet), deux Présidents de la République (Valéry
Giscard d’Estaing et Emmanuel Macron). En raison de leurs compétences, les inspecteurs des
généraux des finances avaient cependant tendance, tout en conservant leur statut de membres
du corps des inspecteurs généraux des finances, à rejoindre très vite le secteur des grandes
entreprises privées (Vivendi, Alstom, Société Générale, Crédit Lyonnais, Banque Rothschild,
Orange, Total, etc.). Cette tendance était qualifiée de « pantouflage ». Parfois, certains
inspecteurs généraux des finances revenaient ensuite à la tête des directions du Ministère de
l’Economie et des Finances (pratique des « portes tournantes »).
Ces contrôles sont effectués à la fois par la Cour des comptes, qui est une juridiction
financière indépendante vis-à-vis de l’Administration, et par le Parlement lui-même, qui est
tenu de suivre l’exécution de l’autorisation budgétaire qu’il a accordée au Gouvernement.
La LOLF de 2001 a renforcé les modalités et la portée de ces contrôles, qu’il s’agisse
du contrôle exercé par la Cour des comptes ou qu’il s’agisse du contrôle exercé par le
Parlement et le Haut Conseil des finances publiques.
La Cour des comptes (rue Cambon, à Paris) est une vieille institution, créée par la loi
du 16 septembre 1807, mais la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008 a réaffirmé sa
place prééminente dans notre dispositif juridique, en ajoutant un article 47-2 à la Constitution
de 1958.
Selon cet article, « la Cour des comptes assiste le Parlement dans le contrôle de
l’action du Gouvernement. Elle assiste le Parlement et le Gouvernement dans le contrôle de
l’exécution des lois de finances et de l’application des lois de financement de la sécurité
sociale, ainsi que dans l’évaluation des politiques publiques. Par ses rapports publics, elle
contribue à l’information des citoyens ».
La Cour des comptes, dont le statut et les compétences sont prévus par le Code des
juridictions financières (CJF), est une juridiction financière relevant de l’ordre juridictionnel
administratif. En effet, ses arrêts peuvent faire l’objet de recours en cassation devant le
Conseil d’État.
La Cour des comptes exerce un contrôle non juridictionnel sur la gestion effectuée par
les ordonnateurs.
73
En effet, aux termes de l’article L. 111-3 CJF, la Cour des comptes s’assure du bon
emploi des crédits, fonds et valeurs gérés par les services de l’État et par les autres personnes
morales de droit public. Aux termes des articles L. 111-4 à L. 111-8 CJF, son contrôle s’étend
aux entreprises publiques, aux institutions de la sécurité sociale, aux organismes qui
bénéficient du concours financier de l’État ou d’une autre personne publique soumise à son
contrôle, ainsi que d’un concours financier de l’Union européenne. Elle peut également
contrôler les comptes des organismes faisant appel à la générosité publique, ou qui bénéficient
de dons, pour vérifier la conformité des dépenses engagées par ces organismes par rapport aux
objectifs poursuivis.
Lors de ce contrôle administratif de la gestion des fonds publics, la Cour des comptes
n’émet que des observations sur l’utilisation des crédits. Cependant, en cas de délit, elle peut
saisir le Procureur de la République pour que des poursuites pénales soient engagées. Avant
l’ordonnance du 23 mars 2022, elle pouvait également saisir la Cour de discipline budgétaire
et financière (CDBF) pour faire sanctionner, par une amende, les fautes de gestion commises
par les ordonnateurs, mais les condamnations étaient très rares. L’ordonnance du 23 mars
2022 a supprimé la CDBF et elle a transféré ses compétences à la Chambre du Contentieux de
la Cour des comptes, qui est devenue compétente pour sanctionner les fautes graves commises
par les ordonnateurs et pour les condamner à l’amende.
Ainsi, ce nouveau régime tend, d’une part, à sanctionner les gestionnaires publics
(ordonnateurs ou comptables) qui, par une infraction aux règles d’exécution des recettes et
des dépenses ou à la gestion des biens publics, ont commis une faute grave ayant causé un
préjudice financier significatif. Il vise, d’autre part, à limiter la sanction des fautes purement
formelles ou procédurales qui relèvent désormais d’une simple logique de responsabilité
managériale, c’est-à-dire qui relèvent des pouvoirs d’appréciation du supérieur hiérarchique
du gestionnaire concerné.
Les infractions constatées sont sanctionnées par des peines d’amendes plafonnées à six
mois de rémunération ou à un mois pour les infractions formelles. Elles sont prononcées par
le juge financier de manière proportionnée à la gravité des faits reprochés, à l’éventuelle
répétition des pratiques prohibées ainsi que, le cas échéant, à l’importance du préjudice. La
juridiction unifiée en charge de la répression de ces fautes en première instance est la
Chambre du Contentieux de la Cour des comptes, comprenant des membres de la Cour et des
magistrats des chambres régionales des comptes. Cette Chambre du Contentieux peut être
saisie par les Présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, le Premier ministre, les
ministres, le Président de la Cour des comptes, les Préfets et les Directeurs départementaux
des Finances publiques (DDFiP).
Afin de renforcer les droits des justiciables, une Cour d’appel financière, présidée par
le Premier président de la Cour des comptes, a été instituée, composée de quatre conseillers
d’État, de quatre conseillers maîtres à la Cour des comptes et de deux personnalités qualifiées
désignées pour leur expérience dans le domaine de la gestion publique. Enfin, le Conseil
d’État demeure la juridiction de cassation.
La Cour des comptes dispose donc d’une place prééminente en matière d’information
et de contrôle des fonds publics.
Les modalités de contrôle dont disposent les parlementaires sur l’exécution du budget
ont été considérablement renforcées par la LOLF de 2001, conférant ainsi de véritables
prérogatives au Parlement. Ce contrôle parlementaire peut intervenir en cours d’exécution de
la loi de finances, mais aussi a posteriori lors du vote de la loi relative aux résultats de la
gestion et portant approbation des comptes de l’année (LRG).
Les parlementaires bénéficient, tout d’abord, de toute une série d’informations qui
doivent leur être transmises par le Gouvernement, lorsque celui-ci est amené à modifier, en
cours d’année, les prévisions initiales. Tel est le cas concernant les décrets d’avance, les
virements et transferts de crédits, les décrets d’annulation, qui doivent tous être transmis pour
information aux commissions des finances des deux assemblées parlementaires.
Aux termes de l’article 37 de la LOLF de 2001, l’objet de la loi relative aux résultats
de la gestion et portant approbation des comptes de l’année (LRG) est de constater les
résultats financiers de l’année écoulée, et d’approuver ces résultats. Cette loi constitue donc le
mode normal de contrôle parlementaire sur l’exécution de la loi de finances. Elle permet aux
parlementaires de vérifier si l’autorisation budgétaire a bien été respectée et dans quelles
conditions.
Il s’agit là d’un véritable contrôle a posteriori exercé sur les gestionnaires des services
de l’État. De plus, les parlementaires disposent, à l’occasion du vote de la loi relative aux
résultats de la gestion, de l’assistance de la Cour des comptes, qui élabore à cette occasion un
rapport sur l’exécution de la loi de finances et qui analyse par mission et par programme
l’exécution des crédits (art. 58 de la LOLF). Ce rapport constitue une source d’information,
neutre et objective, leur permettant d’avoir une vision critique sur les résultats de l’exercice
écoulé.
À cela, il faut ajouter la création du Haut Conseil des Finances publiques qui est un
organisme indépendant placé auprès de la Cour des comptes, présidé par le président de la
Cour des comptes, et qui vient encore renforcer ce contrôle. En effet, désormais doit être joint,
en annexe au projet de loi relatif aux résultats de la gestion, l’avis par lequel ce Haut conseil
identifie les écarts importants entre les résultats de l’exécution de l’année écoulée et les
orientations pluriannuelles du solde budgétaire définies dans la loi de programmation des
finances publiques.
En réalité, l’intérêt que les parlementaires portent à la loi relative aux résultats de la
gestion est assez limité, car ce texte ne présente aucun intérêt électoral. Il faut bien reconnaître
qu’une fois le budget adopté, les parlementaires sous-utilisent les moyens de contrôle à leur
disposition. La LOLF de 2001 est donc loin d’avoir réglé à elle seule tous les problèmes. Il est
vrai que, derrière la logique de performance qu’elle institue, se cache la difficile réforme de
l’État tout entier. Il s’agit d’un chantier complexe qui a d’abord été mené, de 2007 à 2012,
dans le cadre de la RGPP (révision générale des politiques publiques), puis de 2012 à 2017
dans le cadre de la MAP (modernisation de l’action publique), puis de 2017 à 2022 dans le
cadre de l’AP 2022 (Action publique 2022) et désormais dans le cadre des PPG (Politiques
prioritaires du Gouvernement) pour la période 2023-2027. Un tel chantier impose
d’importantes mutations aussi bien dans les esprits que dans les procédures, et il devra,
surtout, être constamment recommencé tant que l’équilibre des comptes n’aura pas été atteint.
Le contrôle budgétaire repose sur la séparation des fonctions entre ordonnateurs et comptables. Les comptables doivent vérifier la disponibilité des crédits, l'existence du service fait, et d'autres critères avant de procéder aux paiements. Ils doivent refuser les paiements en cas d'irrégularités et la mise en place de Centers de Gestion Financière simplifie et accélère les procédures .
La séparation des tâches peut créer des lenteurs et une rigidité administrative. Les réformes ont instauré des procédures automatiques, comme celles pour le paiement des salaires, et mis en place des centres de gestion financière pour simplifier les opérations, ainsi qu'un contrôle sélectif des dépenses pour réduire la charge administrative .
Le déficit budgétaire en France est compris comme le solde secondaire du budget de l'État, évalué initialement mais dont le déficit réel, ou déficit d’exécution, est seulement constaté après la clôture des comptes de la fin de l'année. De plus, le solde primaire, qui exclut les intérêts de la dette, permet de comparer les recettes et les dépenses. La différence entre l'évaluation initiale et l'exécution réelle peut varier en fonction de la croissance économique .
Les mécanismes incluent le droit de priorité à l'ordre du jour pour le projet de loi de finances, l'opposition à l'examen d'amendements non soumis, et le vote bloqué sur le texte du projet. Le Gouvernement peut aussi engager sa responsabilité pour passer outre l'opposition .
La Direction Générale du Trésor gère l'émission des emprunts et le compte de l'État pour maintenir un équilibre quotidien des disponibilités. L'Agence France Trésor assure que le compte de l'État est positif, utilisant des emprunts au besoin. La DGFiP gère les opérations comptables d'encaissement et de décaissement .
Le décret GBCP de 2012 a introduit le contrôle sélectif des dépenses, permettant aux comptables de moduler l'intensité, la périodicité et le périmètre des contrôles en fonction des risques. Cela simplifie les procédures avec moins de pièces justificatives et des délais de paiement réduits .
Les gouvernements français peuvent intervenir sur quatre paramètres financiers : les dépenses publiques, le déficit budgétaire, la dette publique et les prélèvements obligatoires. Pour stabiliser les dépenses publiques, deux normes ont été adoptées : la "zéro volume", où les dépenses ne doivent pas augmenter plus vite que l'inflation, et la "zéro valeur", où les dépenses ne doivent pas augmenter en termes réels. Concernant le déficit budgétaire, la France doit respecter ses engagements européens, tels que le Pacte de stabilité et de croissance, qui fixe un maximum de 3% du PIB pour les déficits publics. Pour la dette publique, la règle exige que le montant emprunté ne dépasse pas 60% du PIB .
La double norme comprend la "zéro volume", où les dépenses ne doivent pas croître plus vite que l'inflation, et la "zéro valeur", où les dépenses ne doivent pas augmenter en termes réels. Cette approche vise à stabiliser les dépenses et, potentiellement, à réduire la dette publique, bien que des augmentations inévitables comme les charges de la dette puissent limiter son efficacité .
En réponse à la crise sanitaire de 2020, les institutions européennes ont activé la clause pour récession économique sévère du Pacte de Stabilité et de Croissance, permettant une dérogation temporaire par rapport aux cibles budgétaires prévues, comme les critères des 3% et 60% du PIB. À partir de 2024, ces critères s'appliquent à nouveau mais avec plus de flexibilité pour encourager la croissance et les investissements dans les transitions vertes et numériques .
Le projet de loi de finances doit être déposé au Parlement au plus tard le premier mardi d'octobre, pour permettre une discussion avant l'exercice fiscal suivant. Si le projet n'est pas voté à temps, le Gouvernement peut demander au Parlement l'autorisation de percevoir les impôts et ouvrir des crédits par décret. Ces mesures assurent la continuité des fonctions de l'État .