Origine, Nature Et Conservation Des Milieux Naturels Africains: Le Point de Vue Des Botanistes
Origine, Nature Et Conservation Des Milieux Naturels Africains: Le Point de Vue Des Botanistes
• Botaniste, CNRS.
.. Botaniste, ORSTOM.
L'homme sait, en partie, utiliser ce potentiel sur lequel il fonde de grands espoirs et
dont il ne peut se passer pour améliorer les plantes qui lui sont utiles.
Les actions de l'Homme sur le monde végétal sont diverses. L'introduction consciente
d'espèces est ancienne - rappelons que la majeure partie des plantes alimentaires, et
quelques autres, furent introduites, notamment d'Amérique, au XVIe et XVIIe siècles.
Hévéa,cacaoyer, manioc, arachide, ananas ..., ont ainsi enrichi le potentiel végétal
africain. Mais leur extension sous sa forme la plus massive, la monoculture, produira
ensuite l'effet inverse. Les nouvelles venues par leur intérêt économique (hévéa, cacaoyer,
etc.), ou, plus rarement, agronomique (manioc, riz asiatique) vont reléguer les espèces
locales à l'arrière-plan et, trop souvent, les faire disparaître. Même le palmier à huile a
conquis sur le continent africain, dont il est originaire, une telle importance qu'il a
« affecté» les anciens oléagineux.
C'est aussi de manière accidentelle que l'Homme a introduit des
espèces étrangères. N'existant pour la plupart qu'à l'état sporadique, elles peuvent aussi
se propager de manière spectaculaire et devenir de véritables « pestes végétales ». Un
exemple récent est celui d'Eupatorium odoratum qui a envahi durant ces dernières
AfrIque
contemporaine décennies les bords de route, les friches et les jachères de l'Afrique de l'Ouest.
N° 161 (spécial) L'Homme agit par ailleurs de façon sélective sur les espèces
10 ' trimestre 1992 végétales indigènes, menaçant l'existence de certaines ou au contraire en favorisant
Les milieux d'autres. Il est très fréquent que des espèces soient menacées parce que leur biotope
naturels lui-même est en voie de disparition.
C'est en particulier l'effet de l'extension des monocultures au
80 détriment des milieux initiaux naturels ou humanisés de type traditionnel, généralement
relativement riches en espèces. L'importance du prélèvement forestier ou agro-pastoral
est par ailleurs telle qu'on a pu parler de « systèmes miniers ». La menace actuelle a,
par conséquent, une dimension plus large encore: ce sont les grandes formations
végétales - les biomes -, correspondant aux principales zones climatiques du continent,
et leur potentiel floristique qui sont en danger.
Chasseurs et agriculteurs
Les sociétés de chasseurs-cueilleurs - les pygmées de l'Afrique centrale - n'ont,
directement, qu'une faible action sur l'environnement: leurs activités prédatrices sur le
monde végétal, dont ils tirent l'essentiel nécessaire à leur économie domestique et leur
action sur le milieu, réduite à l'éclaircissage du sous-bois aux fms d'installer leur
campement, sont limitées. Indirectement, ils participent aux productions agricoles et de
rentes comme main-d'œuvre des agriculteurs. Leurs déplacements, même s'ils peuvent
affecter de larges superficies, n'occasionnent pas de grandes migrations,
Les agricultures traditionnelles de forêts basées sur le défrichement
suivi du brûlis, improprement qualifiées d'itinérantes ou de nomades, et de ce fait
accusées de gaspillage, se caractérisent par des cycles culturaux réduits à une ou deux
saisons, suivis d'une longue mise en repos - la jachère - et par une reprise du cycle
cultural après des périodes variables selon les circonstances, toujours suffisamment
longues pour permettre le retour à un bon niveau de fertilité, l'élimination des ravageurs
et des prédateurs, enfin la reconstitution d'une structure permettant la coupe aisée de
(6) Par exemple le projet de l'équipe du professeur M. Lamotte dans les savanes périforestières de Côte-d'Ivoire. Par la
suite d'autres travaux du même type ont été menés sur le continent africain: Projet Nylsvley en Afrique du Sud, projet
Miombe (forêt claire) au zaïre.
(7) Aubréville A. 1938, La forêt coloniale, Annales Ik l'Académie des sciences coloniales, IX, Société d'éditions maritimes
et coloniales, Paris, 244 p. + planches H.T.
(8) Lamotle M., 1987, «Originalité et diversité des écosystémes tropicaux li, in Hall D.O., Lamotle M., Marois S., dir.
Sciences Ik la vie: questions ouvertes de recherche dans les conditions tropicales Ik milieu. Bakelma, Rotterdam, p. 87-105.
conservation des savanes: il est nécessaire pour maintenir le cortège floristique de la
savane et en particulier de la strate graminéenne» (9). Son opinion sur le rôle du feu
dans le maintien de la diversité biologique des peuplements graminées rejoint celle
d'Aubréville. « Il n'y a pas de doute dans notre esprit, les savanes soudaniennes furent
autrefois couvertes d'une formation forestière claire mais fermée où les Graminées
n'occupaient que quelques clairières naturelles» (10), mais leurs conclusions sur la
gestion des feux sont opposées!
Le problème du feu est d'ailleurs très général et se pose dans d'autres milieux que les
savanes. Les gigantesques incendies survenus en 1988 dans le Parc national de Yellowstone
aux Etats-Unis ont suscité une ample controverse sur le rôle que devait jouer le feu
dans la gestion des espaces naturels. L'attention a été attirée « sur les difficultés et les
incertitudes rencontrées lorsqu'on cherche un bon équilibre entre les aspects bénéfiques
et nuisibles du feu» (11). Dans un article paru dans un numéro spécial de la Revue
forestière française consacré aux incendies dans les forêts tempérées et méditerranéennes,
D. Gillon indique par ailleurs que « les feux feraient partie intégrante de (certains)
écosystèmes et agiraient constamment comme pression de sélection; il en résulterait
des communautés adaptées au feu, non seulement au niveau des espèces, mais également Afrique
oontemporelllll
au niveau des mécanismes» (12). N° 161 (spécial)
1"' trimestre 1992
L'environnement
Des caractères spécifiques et précieux en Afrique
11 est usuel dans l'Ouest africain de distinguer trois principaux types de savanes se 85
succédant selon un gradient climatique à sécheresse croissante. Les limites entre ces
differents types ne sont cependant pas nettes et le passage de l'un à l'autre correspond
plutôt à un véritable continuum floristique et physionomique.
Les savanes guinéennes ou périforestières sont des savanes humides,
à période de végétation longue; la production végétale, bien que ralentie durant la
courte saison sèche, y est cependant effective tout au long de l'année, la repousse du
couvert herbacé est immédiate après le passage du feu. La biomasse herbacée y est
importante et la flore ligneuse, essentiellement arbustive, peu diversifiée. Ces savanes
se maintiennent sous un climat propice au développement d'une forêt dense, avec
feuillage semi-caduc, formation vers laquelle elles évoluent lorsqu'elles sont protégées
des incendies. Le feu, à lui seul, maintient les savanes guinéennes.
Les savanes soudaniennes se rencontrent sous un climat à saison
sèche plus longue: quatre à huit mois pendant lesquels la production végétale herbacée
marque un arrêt plus ou moins prolongé selon les faciès. La formation typique de cette
zone est la forêt claire: certains, comme Aubréville (13), pensent que sa physionomie
et sa composition floristique sont assez proches de celles de la formation climacique.
Les espèces sensibles aux feux, éliminées des savanes, constituent des îlots de forêt
dense sèche, dans les zones refuges, mais aussi sur d'anciens sites d'implantation
humaine soustraits à l'action des feux. Selon Aubréville, la relative richesse de la flore
de ces savanes laisse penser qu'elles ne correspondent pas à une végétation secondaire,
venant après une utilisation humaine du milieu. Pour la région soudanienne, cet auteur
mentionne en effet plus de 150 espèces d'arbres.
La flore herbacée constitue elle aussi un patrimoine important
dont l'homme a déjà su tirer parti: la majorité des espèces fourragères utilisées pour
(9) César J" 1990, Etude de la production biologique des savanes de Côte-d'Ivoire et de son utilisation par l'homme. Thèse
de l'Université de Paris VI, 642 p.; IEMVT (à paraître).
(10) Aubréville, op. cil,
(II) Brown J. K, 1990, « Yellowstone: principe d'aménagement au moyen du feu contrôlé _, Revue forestière française, nO
spéc. ; Espaces forestiers et incendies: 357-363.
(12) Gillon D., 1990, «Les effets des feux sur la richesse en éléments minéraux et sur l'activité biologique des sols _, Revue
forestière française, n° spéc.; Espaces forestiers et incendies: 295·301.
(13) Aubréville, op. dt.
améliorer les pâturages tropicaux, notamment en Amérique tropicale, est originaire des
savanes africaines.
En région soudano-sahélienne et sahélienne, sous climat sec ou
aride à longue saison sèche (supérieure à huit mois), les savanes sont remplacées,
souvent par dégradation, par une formation steppique à épineux - en majorité des
acacias - où les feux sont absents ou rares. Le tapis herbacé y est constitué essentiellement
d'espèces annuelles.
Il faut garder à l'esprit certaines caractéristiques spécifiques des
savanes dont les principales sont:
- une physionomie très variable mais déterminée par la présence d'une strate herbacée
continue de graminées pérennes, qui peut ou non être accompagnée d'une strate ligneuse;
- un fonctionnement conditionné par de forts contrastes climatiques saisonniers avec
alternance d'épisodes secs et humides ainsi qu'une importante variabilité interannuelle
d'une part, par le passage répété du feu depuis des époques très reculées d'autre part;
- une association très ancienne avec une faune de grands herbivores, qui ont peut-
être joué un rôle dans leur création;
Afrique - une association étroite avec l'homme, moins ancienne certes qu'avec les feux, mais
contemporaine
N° 161 (spécial) datant cependant probablement au moins du Gamblien, il y a une centaine de milliers
1·' trimestre 1992 d'années: cette forte emprise anthropique a façonné les paysages actuels.
Les milieux
naturels
L'environnement
en Afrique
Action de l'homme
87
Outre les déboisements péri-urbains, les principales causes actuelles de dégradation des
savanes sont les pratiques agricoles et pastorales.
Le surpâturage conduit à la régression des herbes pérennes et des
espèces les plus appréciées des animaux et à l'accroissement des annuelles et des
refus (20). Il y a une simplification et une uniformisation de la flore. La destruction du
couvert végétal peut entraîner la dénudation de surfaces importantes, prélude à la
désertification, comme c'est le cas en région sahélienne ou soudano-sahélienne. La
dégradation des pâturages sahéliens est assez générale. Benoit indique qu'« il n'existe
plus en Oudalan de zones situées à moins de vingt kilomètres d'un point d'eau
permanent conservant du pâturage en fin de saison sèche» (21).
Dans les savanes plus humides, soudanaises ou guinéennes,
l'interruption du passage du feu dû à l'éclaircissement du couvert herbacé permet le
développement d'espèces ligneuses, ce qui se traduit par l'embuissonnement des parcours.
Il y a dégradation du pâturage, qui n'est plus utilisable par le bétail, mais en un sens,
la savane se maintient sous une autre forme. En effet, sauf là où le sol est trop compacté
ou érodé, la strate graminéenne peut se reconstituer et permettre à nouveau le passage
de feux assez intenses qui éclairciront le couvert ligneux. La pratique des feux pour
contrôler l'embuissonnement est courante en gestion pastorale; dans l'optique du
pastoraliste il convient bien entendu d'utiliser le feu avant que la strate herbacée soit
trop clairsemée, faute de quoi la reconstitution du tapis graminéen par le seul jeu de
l'évolution naturelle des peuplements nécessiterait un temps incompatible avec une
gestion pastorale intensive du milieu.
Plasticité
De telles «successions» ou cycles pastoraux existent de façon naturelle sous l'action
des grands herbivores sauvages; éléphant, buffle, hippopotame, etc. C'est ainsi que
(20) Plantes que les animaux ne consomment pas.
(21) Benoit M., 1984, Le Séno-Mango ne doit pas mourir, Mémoires üRSTüM, 103, Paris: 143 p.
Olivier et Laurie (22) expliquent la mosaïque de formations herbeuses, de zones
surpâturées à tapis herbacé clairsemé et de formations buissonnantes à acacia qui
constituent la savane riveraine de la Mara (Tanzanie). Les formations herbeuses sont
intensément pâturées par les hippopotames, ce qui dégrade le pâturage. Le couvert
herbacé devient discontinu et ne permet plus le passage du feu, ce qui conduit à
l'embuissonnement du site que les animaux délaissent alors. Libérée de la pression des
grands herbivores, la strate herbacée se reconstitue et permet à nouveau le passage des
incendies. Ceux-ci éclaircissent le couvert arbustif et rendent ainsi, une nouvelle fois,
le pâturage accessible aux hippopotames.
Il existe ainsi une certaine plasticité des écosystèmes savaniens
qui développent divers mécanismes pour se maintenir face à la pression pastorale, peut-
être parce que ces savanes africaines sont le fruit d'une longue coévolution avec la
faune de grands mammifères, en particulier d'ongulés, la plus riche du monde.
La végétation sahélienne elle-même, pourtant fort malmenée dans
son ensemble, montre, comme le mettent en évidence les travaux de Grouzis (23), « de
réelles capacités de régénération et une vitalité qui se manifestent dès la première année
Afrique de mise en défens ».
contemporaine
N° 161 (spécial) Dans les régions soudaniennes et guinéennes, les techniques
1"' trimestre 1992 culturales traditionnelles fondées sur le maintien d'un certain couvert ligneux lors des
défrichement, l'éradication des herbacées et la pratique de la jachère, paraissent
Les milieux
naturels
favorables au peuplement ligneux, comme le montre par exemple Mitja (24) dans les
savanes humides de Booro-Borotrou en Côte-d'Ivoire.
88 L'extensification des systèmes de culture, la saturation de l'espace
agricole disponible et l'abandon des jachères longues conduisent cependant à une
modification radicale des paysages savaniens. C'est le cas dans la vallée du Mouhoun
(Volta noire) au Burkina Faso où la savane est réduite à des zones refuges sur des sols
impropres à l'agriculture. Dans les zones cultivées, les formations savanicoles y sont en
très forte régression, alors que l'importance relative des jachères herbeuses semble
progresser (25).
Le problème du maintien du patrimoine forestier se pose alors,
mais il faut souligner que la raréfaction des feux dans les nouveaux paysages ainsi créés
devrait conduire à de nouveaux équilibres fIoristiques avec notamment une participation
plus grande des essences sensibles au feu. Dans ce contexte la possibilité de coexistence
entre espèces savanicoles et espèces sensibles au feu (espèces des forêts denses sèches
et espèces de brousse secondaire) est mal connue. Il faut aussi rappeler le risque
d'invasion par les « mauvaises herbes », lié à l'extension des surfaces agricoles. Le
problème se pose de façons diflèrentes selon les types de savane, mais on a vu que sur
les marges forestières, en l'absence de feu, les espèces de savane disparaissaient. Par
ailleurs, les savanes guinéennes, déstabilisées par une protection contre les incendies,
sont très sensibles aux invasions par les « pestes» végétales. C'est ce qu'illustre
parfaitement l'expérience menée par Vuattoux (26) en Côte-d'Ivoire dans une savane
périforestière protégée des feux où Eupatorium odoratum a pris une place dominante,
modifiant ainsi la succession fIoristique de la reconstitution forestière.
(22) Olivier R. C. D., Laurie W. A., 1974, «Habitat utilization by hippopotamus in the Mara River », East African Wildlife
Journal, 12: 249-271.
(23) Grouzis M., Structure, productivité et dynamique des systémes écologiques sahéliens (mare d'Ollr5i, Burkina Faso)
ORSTOM, Etudes et thèses, 1978.
(24) Mitja D., 1990, Influence de la culture itinérante sur la végétation d'une savane humide de C6te-d'lvoire (Booro-Borotou-
Touba). Thèse de l'Université de Paris VI, 371 p.; ORSTOM, Etudes et Thèses (à paraître).
(25) Devineau J.-L., Serpantie G., 1991, «Paysages végétaux et systémes agraires dans l'Ouest du Burkina Faso» in:
Caractérisation et suivi des milieux terrestres en régions arides et tropicales, ORSTOM, Colloques et séminaires; 2" journée
Télédétection de Bondy 4, 5, 6 décembre 1990 (à paraître).
(26) Vuattoux R., 1976, Contribution à l'étude de l'évolution des strates arborées et arbustives dans la savane de Lamto
(Côte-d'Ivoire). Deuxiérne note. Ann. Univ. Abidjan, C, 7: 35-63.
• Pour une conservation active des
milieux naturels
L'évolution récente des idées concernant la protection de la nature correspond, selon
les termes de Blandin, au passage d'une approche «éclatée» du problème à une
démarche « intégrée ». Il est bien clair maintenant que pour protéger une espèce sauvage
il faut conserver son biotope, mais que «ce n'est pas en transformant en sanctuaires
quelques lopins de terre et en artificialisant tout le reste que l'on conservera le patrimoine
naturel» (27).
_ La conservation se conçoit ainsi de plus en plus dans le cadre de
la gestion d'ensemble d'un territoire, et c'est pourquoi il apparaît nécessaire d'intégrer
préoccupations socio-économiques et écologiques. Ceci correspond à la stratégie mondiale
de conservation de la nature de l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation
de la nature) qui postule que conservation et développement sont interdépendants.
La conservation du milieu naturel résultera donc d'un compromis,
qui, comme l'écrit encore Blandin, aura pour objectif « d'organiser l'espace en tenant
compte à la fois des besoins divers des groupes humains et des contraintes imposées AfrIque
contemporaIne
par les conditions naturelles, de façon à assurer aux systèmes écologiques une capacité N° 161 (spécial)
optimale d'autorégulation et à préserver les potentialités évolutives des composantes 1°' trimestre 1992
biologiques de l'environnement ».
Il est certain que la conservation de la diversité biologique des L'environnement
en Afrique
forêts denses humides nécessite de façon impérative la protection d'espaces - qui
devront rester à l'abri des incursions humaines - d'autant plus vastes qu'il faut allier 89
diversité végétale et diversité animale. Ceci ne peut se réaliser que dans des régions
non habitées, les plus « vierges» possibles, sinon ce sera toujours au détriment de
l'homme. Il n'y aurait, par ailleurs, pas de sens à vouloir conserver des milieux déjà
profondément modifiés, à moins de vouloir les réhabiliter.
La conservation de la grande faune nécessite probablement aussi
de telles mesures et oblige à préserver de très importantes superficies, mais les grandes
réserves de l'Ouest africain sont très mal intégrées dans leur contexte socio-économique.
On doit s'interroger aussi sur le niveau de conservation à maintenir.
La conservation du milieu naturel requiert en effet des solutions diverses qui sont
fonction de la nature des systèmes écologiques considérés. La protection intégrale - la
« sanctuarisation» -, si elle est parfois indispensable, n'est pas toujours la meilleure
solution. D'autres mesures sont envisageables pour maintenir la diversité et gérer
l'environnement. Les systèmes transformés ou artificialisés devraient s'inspirer des
systèmes naturels en utilisant la diversité des composants et la diversité des structures.
Ce seront, par exemple, les systèmes agroforestiers, alliant espèces pérennes et espèces
à cycle court, la sylviculture dite « naturelle» - conduite des forêts naturelles vers une
plus forte production d'essences utiles - ou encore la sylviculture polyspécifique qui
associe des espèces de tempéraments et de cycles différents.
Le paysage lui-même devrait être pensé en terme d'environnement:
mosaïque de forêts et de clairières ou conservation d'un rideau forestier le long des
cours d'eau sont des exemples, parmi d'autres, rencontrés dans certaines régions des
tropiques africains ou non, qui pourraient être plus largement utilisés.
La conservation de la flore des savanes ne semble ainsi pas devoir
procéder d'une politique de protection intégrale, bannissant toute intervention, attitude
qui peut cependant être utile pour préserver certains biotopes particuliers (milieux
humides, relique forestière par exemple). La conservation des savanes semble plutôt
relever d'une politique d'intervention et d'aménagement, qui, si elle est bien conduite,
pourrait même permettre une diversification floristique à l'échelle des paysages. Il est
un fait que les savanes actuelles paraissent, même si l'on en perçoit malles causes, des
(27) Blandin P., 1986, «Bioindicateun et diagnostic des systèmes écologiques», Bull. ecol. 17 (4): 21S-307.
écosystèmes adaptés aux perturbations, tant dans leur ensemble que par les espèces
végétales qui les constituent.
La dégradation
des terres
90
• Autres références
Guillaumet (J.-L.), Morat (Ph.): 1990. - Menaces sur la flore, Les cahiers d'outre-mer.
- 172: 343-362.
Schnell (R.): 1976. - Introduction à la phytogéographie des pays tropicaux. II. - La
flore et la végétation de l'Afrique tropicale. - VoL 3, 459 p., VoL 4: 378 p. Gauthiers-
Villars, Paris.