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Origine, Nature Et Conservation Des Milieux Naturels Africains: Le Point de Vue Des Botanistes

Le document aborde l'impact croissant de l'Homme sur les milieux naturels africains, soulignant la destruction des biomes, la perte de biodiversité et les menaces sur les écosystèmes. Les botanistes insistent sur l'importance de conserver la diversité végétale pour assurer la pérennité des biocénoses et la régénération des milieux. Il est également discuté de la complexité des interactions entre l'Homme et la nature, ainsi que des défis liés à la gestion des ressources naturelles en Afrique.

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Mèvognon MITCHOZOUNOU
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Origine, Nature Et Conservation Des Milieux Naturels Africains: Le Point de Vue Des Botanistes

Le document aborde l'impact croissant de l'Homme sur les milieux naturels africains, soulignant la destruction des biomes, la perte de biodiversité et les menaces sur les écosystèmes. Les botanistes insistent sur l'importance de conserver la diversité végétale pour assurer la pérennité des biocénoses et la régénération des milieux. Il est également discuté de la complexité des interactions entre l'Homme et la nature, ainsi que des défis liés à la gestion des ressources naturelles en Afrique.

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• Origine, nature et conservation

des milieux naturels africains :


le point de vue des botanistes
Jean·Louis Devineau* et Jean·Louis Gull/aumet**

Le fait majeur de l'Afrique contemporaine est la radicalisation


de l'emprise de l'Homme sur le milieu naturel: elle fait peser
de sérieuses menaces sur les principaux biomes du
continent.
Depuis l'Afrique équatoriale humide jusqu'à l'Afrique sèche Afrique
des marges sahariennes, les exemples des bouleversements contemporaine
N° 161 (spécial)
qu'elle a occasionnés et des conséquences dramatiques le' trimestre 1992
qu'ils peuvent avoir sont nombreux.
L'environnement
Destruction de la forêt dense, presque totale en certains en Afrique
endroits comme le bloc occidental, où le Parc National de
Taï en Côte-d'Ivoire représente l'unique et ultime massif de 79
quelque importance.
Défrichements extensifs des savanes, comme dans les
vallées des Volta au Burkina Faso, qui étaient des terres
pratiquement vierges dans les années 50, mais où, après les
succès obtenus dans la lutte contre l'onchocercose depuis
les années 1970, l'ensemble des terres cultivables a été
utilisé.
Surpâturage et désertification du Sahel et de ses marges:
problèmes immenses, difficiles à maîtriser, comme l'illustre de
façon peut-être anecdotique, mais combien révélatrice,
l'histoire du forage Christine qui piégea plusieurs milliers de
têtes de bétail, provoquant la destruction de la végétation
dans ses alentours et la mort des animaux.

• Diversité de la végétation: un enjeu


pour l'avenir
Dans ce contexte, la préoccupation première du botaniste sera de conserver les formes
et là diversité du monde végétal. C'est elle qui déterminera son point de vue sur
l'environnement.
L'utilité de conserver le milieu naturel est maintenant bien
démontrée et commence à être admise par tous, au moins théoriquement. On sait en
effet que la diversité biologique, héritage de faits anciens, garantit la pérennité des
biocénoses, leur faculté de régénération et leur capacité d'évolution à long terme.

• Botaniste, CNRS.
.. Botaniste, ORSTOM.
L'homme sait, en partie, utiliser ce potentiel sur lequel il fonde de grands espoirs et
dont il ne peut se passer pour améliorer les plantes qui lui sont utiles.
Les actions de l'Homme sur le monde végétal sont diverses. L'introduction consciente
d'espèces est ancienne - rappelons que la majeure partie des plantes alimentaires, et
quelques autres, furent introduites, notamment d'Amérique, au XVIe et XVIIe siècles.
Hévéa,cacaoyer, manioc, arachide, ananas ..., ont ainsi enrichi le potentiel végétal
africain. Mais leur extension sous sa forme la plus massive, la monoculture, produira
ensuite l'effet inverse. Les nouvelles venues par leur intérêt économique (hévéa, cacaoyer,
etc.), ou, plus rarement, agronomique (manioc, riz asiatique) vont reléguer les espèces
locales à l'arrière-plan et, trop souvent, les faire disparaître. Même le palmier à huile a
conquis sur le continent africain, dont il est originaire, une telle importance qu'il a
« affecté» les anciens oléagineux.
C'est aussi de manière accidentelle que l'Homme a introduit des
espèces étrangères. N'existant pour la plupart qu'à l'état sporadique, elles peuvent aussi
se propager de manière spectaculaire et devenir de véritables « pestes végétales ». Un
exemple récent est celui d'Eupatorium odoratum qui a envahi durant ces dernières
AfrIque
contemporaine décennies les bords de route, les friches et les jachères de l'Afrique de l'Ouest.
N° 161 (spécial) L'Homme agit par ailleurs de façon sélective sur les espèces
10 ' trimestre 1992 végétales indigènes, menaçant l'existence de certaines ou au contraire en favorisant
Les milieux d'autres. Il est très fréquent que des espèces soient menacées parce que leur biotope
naturels lui-même est en voie de disparition.
C'est en particulier l'effet de l'extension des monocultures au
80 détriment des milieux initiaux naturels ou humanisés de type traditionnel, généralement
relativement riches en espèces. L'importance du prélèvement forestier ou agro-pastoral
est par ailleurs telle qu'on a pu parler de « systèmes miniers ». La menace actuelle a,
par conséquent, une dimension plus large encore: ce sont les grandes formations
végétales - les biomes -, correspondant aux principales zones climatiques du continent,
et leur potentiel floristique qui sont en danger.

Les grands milieux naturels africains


Pour comprendre le présent, évaluer l'effet des interventions humaines sur les milieux
et en tirer les conséquences sur l'environnement, le botaniste est obligé de se référer à
un état initiaI.
Cette référence nécessaire au milieu naturel n'est cependant pas exempte de difficultés:
la connaissance - ou la conception - que l'on en a, peut conduire parfois à des
options de gestion de l'environnement divergentes.
Indissociable de la notion de milieu naturel est celle de climax. C'est vers cet état
d'équilibre idéal entre le climat et la végétation, où viendraient s'inclure les autres
compartiments de l'écosystème, que devrait retourner toute formation altérée et aller
toute nouvelle terre offerte à la vie. Les deux notions de milieu naturel et de climax
excluent résolument l'Homme.

Relativiser la notion de climax


La réalité est cependant beaucoup plus complexe. Il est maintenant admis qu'il existe
des perturbations naturelles faisant partie intégrante des écosystèmes, en dehors des
ruptures dues à des événements climatiques tels qu'ouragans, sécheresse, glissements de
terrains, éruptions volcaniques, etc. C'est ainsi que les botanistes ont été amenés à
considérer les chablis - chutes naturelles d'arbres - comme indispensable à la
régénération interne de la forêt.
Il ne peut, par ailleurs, être question d'exclure du milieu naturel
les troupeaux de grands ongulés qui parcourent les savanes et qui ont une influence
profonde sur la végétation. L'Homme lui-même a fortement marqué de sa présence
l'ensemble de l'Afrique tropicale depuis des temps très anciens. Il est ainsi irréaliste de
vouloir identifier des milieux en dehors de toute humanité. Sans l'Homme, la nature
africaine présenterait un autre visage.
Les grandes unités de végétation de l'Afrique tropicale sont
étroitement liées aux climats, en particulier aux précipitations. Aux climats humides
des régions proches de l'équateur, correspondent ainsi les forêts denses, puis avec une
saison sèche bien marquée, sous des latitudes plus hautes, apparaissent les savanes, où
cohabitent herbes en tapis continu et arbres en couverts variables. Sous les climats les
plus secs se rencontrent enfin les steppes au tapis herbacé discontinu, dominées par des
espèces ligneuses épineuses.
La succession latitudinale des zones géobotaniques résulte de la
dynamique de faits anciens. Les fluctuations paléoclimatiques en particulier ont entraîné
la succession d'épisodes secs et pluvieux. Les uns ont favorisé l'extension des flores
sèches et confiné les espèces des biomes humides dans des refuges, les autres leur ont Afrique
contemporain
permis au contraire de conquérir de nouveaux espaces. Ces mécanismes sont à l'origine N° 161 (spécial)
de la répartition actuelle des espèces végétales et de l'individualisation de grands 1e, trimestre 199,
ensembles floristiques.
L'environnement
Le dernier épisode sec correspondant à une régression de la forêt en Afrique
dense, suivie d'une nouvelle extension forestière, date de 20 000 ans. Ces faits sont
contemporains de l'utilisation humaine du milieu, puisqu'il y a au moins 60 000 ans 81
que la maîtrise du feu par l'Homme en Afrique est certaine et que son usage, comme
instrument de chasse, est probablement devenu régulier dans les savanes.
L'empreinte dont l'homme a ainsi marqué la végétation de l'Afrique
tropicale est probablement plus ou moins profonde selon les milieux. La forêt dense a
dû être relativement épargnée jusqu'à l'époque contemporaine, faute de techniques
suffisantes pour la défricher. Les savanes, au contraire, après l'apparition du feu,
connurent l'agriculture puis l'élevage. Il y a de cela respectivement 5 000 et 3 000 ans,
ce qui peut amener à s'interroger sur leur signification par rapport au concept de milieu
naturel. L'homme, notamment par ses feux, aurait permis à la savane de se maintenir
là où la forêt aurait dû se réinstaller. Ainsi, certains auteurs ont pu poser l'hypothèse
de l'origine paléoclimatique et anthropique de certaines savanes côtières et périforestières,
qui paraissent des anomalies sous des climats propices au développement d'une forêt
dense.

• Fragilité des forêts denses


Il est clair que l'homme est ou a été partout présent en Afrique tropicale, et que les
actuelles forêts humides, y compris dans leur forme la plus idéale représentée par le
climax, résultent d'une longue confrontation avec l'homme comme avec tous les autres
organismes vivants. En conséquence, l'on doit retenir comme point de ,réference les
situations où le milieu, la phytocénose, semble être dans un équilibre relatif, sans
rupture brutale ni catastrophe susceptibles d'être imputables à l'action directe de
l'homme. Ce seront donc les forêts sans signes visibles d'exploitation. Elles tendent à
s'amenuiser - tous les recensements convergent sur ce point - voire à disparaître sur
de vastes superficies, comme il a été indiqué à propos de la Côte-d'Ivoire.

Un milieu naturel diversifié


Du seul point de vue du monde végétal, la principale caractéristique de la forêt tropicale
humide réside dans sa richesse. C'est certainement la plus élevée de tous les écosystèmes
terrestres, bien que la forêt africaine soit d'une relative pauvreté. Cette richesse, ou
diversité spécifique au sens large, va de pair avec la diversité des types biologiques -
arbres, lianes, herbes, épiphytes (2), parasites, saprophytes (3), etc. -, des formes de vie
- durée de vie des feuilles, fleurs et inflorescences, fruits, etc. -, des structures -
stratification complexe -, des fonctionnements ... Les raisons de ces différents aspects
de la diversité biologique ne sont pas bien élucidées, tant s'en faut. L'absence de facteurs
climatiques limitants et un passé somme toute relativement stable, malgré diverses
vicissitudes climatiques, une histoire humaine assez diffuse, ainsi que la diversité des
conditions d'habitat alliées à la juxtaposition spatiale des étapes de la reconstitution
naturelle, créent une mosaïque de faciès à l'intérieur d'un type forestier défini par le
climat général.
A l'intérieur de cette forêt tropicale, ou dense humide, on distingue
de très nombreuses formations ou groupements différents à déterminisme climatique
(forêt sempervirente (4) et semi-décidue (5) ou édaphique (forêt marécageuse, riveraine,
...), auxquels viennent s'ajouter toutes les formes de reconstitution, formations secondaires,
dues aux activités humaines. En bref, une multitude de formes dont la composition et
Afrique le fonctionnement sont loin d'être connues!
,[Link]
N° 161 (spécial)
le' trimestre 1992

Les milieux Milieu naturel et systèmes traditionnels


naturels
L'utilisation par l'homme du milieu forestier se réalisera, nécessité oblige, à travers ces
82 systèmes d'exploitation trop rapidement qualifiés de traditionnels, Ce terme n'implique
dans notre esprit, ni la permanence de tels systèmes, ni une quelconque volonté de
vouloir les considérer comme harmonieux et équilibrés avec le milieu, ni surtout une
quelconque référence à certaines idées « rousseauistes». Même les botanistes savent que
si l'évolution du monde biologique est lente, celle des sociétés est rapide et que
l'acquisition de nouveaux outils, de nouvelles plantes, de nouvelles techniques, si frustes
puissent-ils être, peuvent bouleverser la tradition et avoir un impact considérable sur
le milieu, L'étude attentive de ces modes d'exploitation permet d'en cerner les
caractéristiques et d'en mesurer l'impact sur l'environnement. On en rendra compte ici
brièvement.

Chasseurs et agriculteurs
Les sociétés de chasseurs-cueilleurs - les pygmées de l'Afrique centrale - n'ont,
directement, qu'une faible action sur l'environnement: leurs activités prédatrices sur le
monde végétal, dont ils tirent l'essentiel nécessaire à leur économie domestique et leur
action sur le milieu, réduite à l'éclaircissage du sous-bois aux fms d'installer leur
campement, sont limitées. Indirectement, ils participent aux productions agricoles et de
rentes comme main-d'œuvre des agriculteurs. Leurs déplacements, même s'ils peuvent
affecter de larges superficies, n'occasionnent pas de grandes migrations,
Les agricultures traditionnelles de forêts basées sur le défrichement
suivi du brûlis, improprement qualifiées d'itinérantes ou de nomades, et de ce fait
accusées de gaspillage, se caractérisent par des cycles culturaux réduits à une ou deux
saisons, suivis d'une longue mise en repos - la jachère - et par une reprise du cycle
cultural après des périodes variables selon les circonstances, toujours suffisamment
longues pour permettre le retour à un bon niveau de fertilité, l'élimination des ravageurs
et des prédateurs, enfin la reconstitution d'une structure permettant la coupe aisée de

(2) Végétaux qui croissent sur d'autres, sans être parasites.


(3) Plantes vivant dans des matières organiques en décomposition.
(4) Au feuillage toujours vert.
(S) Qui perd, en partie, ses feuilles.
la végétation. C'est ainsi, que selon les régions, le rythme de culture peut varier de 5-
6 ans à une vingtaine d'années.
Dans ces sociétés, l'agriculture est associée à des activités de
cueillette importantes s'exerçant sur de nombreux milieux. L'agriculture elle-même se
base sur une grande diversité de plantes, malgré la dominance d'une espèce, riz, manioc,
igname ou bananier, selon les régions et les cultures. Cette diversité est encore renforcée
par l'utilisation de variétés, des cultivars, tirant partie au mieux de l'hétérogénéité des
champs et répondant aux besoins des agriculteurs. Elle permet de jouer sur les aléas
climatiques, d'éviter les pullulations de ravageurs,d'étaler la période de production. Ces
differents aspects sont bien maîtrisés par les cultivateurs.

Milieu naturel et économie moderne


L'objet de cet article n'est pas de rechercher les responsables du changement de situation
récent, annoncé dès le début du siècle avec l'installation permanente des premiers
Afrique
Européens en Afrique tropicale puis poursuivi avec le développement des économies contemporain.
nationales. L'exploitation forestière, l'initiation de la culture du cafeier et de cacoyer N° 161 (spécial)
d'abord, suivie de cel1e de l'hévéa, de l'ananas, du bananier, du palmier à l'huile ensuite, 1·' trimestre 199;
ont largement «mangé l'espace» plus que la culture sur brûlis. En fait, si cel1e-ci se L'environnement
caractérise par son aspect momentané, si elle revient périodiquement sur les mêmes en Afrique
lieux, elle s'inscrit dans la dynamique naturel1e. Celles-là sont faites pour durer. Elles
s'installent sur l'espace forestier et sont prévues pour y rester, au moins autant qu'existera 83
la demande du produit! Quant à l'exploitation forestière, elle n'est jusqu'à maintenant
que prédatrice. Ce n'est que depuis peu que l'on s'inquiète de replantation, à défaut de
pratiquer une véritable sylviculture novatrice.
La pression démographique actuel1e entraîne une réduction du
temps de jachère, dommageable tant pour la productivité des cultures que pour
l'ensemble du milieu: diminution de la fertilité, prolifération des pestes, aggravation de
l'érosion ... L'agriculteur, à la recherche de nouvelles terres, utilise les routes ouvertes
par les exploitants forestiers dans les massifs non pénétrés jusqu'alors. Leurs défrichements
font disparaître les arbres, réserve potentielle des exploitants. Ceux-ci accusent alors les
agriculteurs de dilapider ce capital... A ces differentes atteintes à l'environnement
végétal, il faudrait ajouter les conséquences indirectes de l'urbanisation, de l'industria-
lisation, de la création de grandes retenues d'eau nécessaires à la production électrique ...
Au bilan général, un amenuisement des superficies de forêts, une
profonde modification de leurs caractéristiques structurales et fonctionnelles réduisant
notamment la diversité du capital végétal, et aussi la destruction privilégiée de certains
milieux que l'on doit qualifier, pour certains de fragiles, pour d'autres de restreints.

Des espaces stériles


L'augmentation de l'espace non contrôlé, non géré, est un phénomène également
important. Il est situé entre le domaine de l'agriculture sur brûlis - dont le cycle
normal ne fonctionne plus - celui des cultures permanentes de toutes sortes, de la
parcelle familiale au bloc industriel démesuré, et celui, la partie congrue, réservé à la
conservation. Il ne s'agit ni de jachère ni de forêts secondaires encore productives. C'est
l'espace de la friche, en passe de devenir improductif, et qui ne joue plus de rôle
protecteur. Il est banalisé par la dominance d'espèces tolérantes et proliferantes, entre
lesquelles vont se distinguer les « pestes », dont le développement stoppe complètement
toute évolution du système et, pire encore, interdit toute exploitation. C'est bien de
cela dont il s'agit avec l'eupatoire, déjà citée.
Ainsi, d'une formation végétale riche et diversifiée, on passe à de
pauvres végétations incapables de protéger le milieu et sans intérêt en tant que ressources.
Ces espaces stériles, inefficaces et sans valeur ne font qu'augmenter. L'environnement
tout entier est modifié, altéré, détruit et, dans bien des cas, de manière irréversible,
l'environnement sous tous ses aspects: l'homme de la forêt ne se retrouve plus dans
les cadres naturels où sa propre culture s'est développée. Dans nombre de sites des
tropiques humides africains, le botaniste doit être bien clairvoyant - ou optimiste -
pour reconnaître un environnement forestier.

• Les savanes: un milieu moins


connu
Paradoxalement, alors que les savanes occupent la majeure partie des terres tropicales
et 65 % du continent africain, elles n'ont pas bénéficié du même intérêt et de la même
intensité de recherche que les forêts denses ou les régions arides. Les premiers projets
Afrique
de recherches d'écologie intégrée concernant ces milieux sont relativement récents
I:ontemporalne puisqu'ils datent des années 60-70 (6). Des lacunes demeurent encore, en particulier
N° 161 (spécial) pour les savanes et forêts claires soudaniennes.
1·' trimestre 1992
C'est pourquoi, bien que la flore de ces régions ne réserve probablement plus guère de
Les milieux surprises au botaniste, même s'il est encore possible d'y découvrir de nouvelles espèces
naturels non encore décrites dans les flores, en particulier chez les plantes herbacées, leur écologie
84
est en revanche moins bien connue.

Les feux: des points de vue divergents


Au sujet de la biologie des savanes, de leur aménagement ou de leur conservation,
s'affrontent les opinions les plus variées, voire les plus contradictoires. Cette diversité
d'opinion est liée à l'origine encore très discutée des milieux en question, à leur rapport
avec les feux et avec les formations climaciques auxquelles ces derniers les substituent.
Le feu est en effet une référence obligée lorsqu'on parle des savanes puisqu'il les
maintient et les façonne. Fléau ou catastrophe écologique pour les uns, élément
participant aux cycles naturels de la vie pour les autres, le feu pose encore aujourd'hui
un problème scientifique majeur dont les implications dans la gestion et la conservation
des milieux naturels sont fondamentales.
L'histoire récente des idées sur le rôle des feux de savane est, à
cet égard, très significative. En 1938, Aubreville écrit; « Si les effets heureux des feux
de brousse sont encore à démontrer, leurs effets nuisibles sont patents et considérables» ...
« comment combattre un tel fléau, une plaie chronique qui ronge l'Afrique occiden·
tale?» (7). L'opinion actuelle des scientifiques, notamment à la suite des recherches en
écologie menées dans le cadre des grands programmes PBI (Programme biologique
international), MAB (Man And Biosphere) etc., depuis les années 60, est plus nuancée.
Pour de nombreux auteurs, les feux doivent être considérés comme partie intégrante
des écosystèmes savaniens, et c'est plutôt l'absence de feu de brousse qui constitue, de
nos jours en zone de savane, une situation anormale (8).
César, dans son étude pastorale des savanes de Côte-d'Ivoire écrit: « Le feu ne doit
pas être considéré comme un facteur de transformation mais comme un facteur de

(6) Par exemple le projet de l'équipe du professeur M. Lamotte dans les savanes périforestières de Côte-d'Ivoire. Par la
suite d'autres travaux du même type ont été menés sur le continent africain: Projet Nylsvley en Afrique du Sud, projet
Miombe (forêt claire) au zaïre.
(7) Aubréville A. 1938, La forêt coloniale, Annales Ik l'Académie des sciences coloniales, IX, Société d'éditions maritimes
et coloniales, Paris, 244 p. + planches H.T.
(8) Lamotle M., 1987, «Originalité et diversité des écosystémes tropicaux li, in Hall D.O., Lamotle M., Marois S., dir.
Sciences Ik la vie: questions ouvertes de recherche dans les conditions tropicales Ik milieu. Bakelma, Rotterdam, p. 87-105.
conservation des savanes: il est nécessaire pour maintenir le cortège floristique de la
savane et en particulier de la strate graminéenne» (9). Son opinion sur le rôle du feu
dans le maintien de la diversité biologique des peuplements graminées rejoint celle
d'Aubréville. « Il n'y a pas de doute dans notre esprit, les savanes soudaniennes furent
autrefois couvertes d'une formation forestière claire mais fermée où les Graminées
n'occupaient que quelques clairières naturelles» (10), mais leurs conclusions sur la
gestion des feux sont opposées!
Le problème du feu est d'ailleurs très général et se pose dans d'autres milieux que les
savanes. Les gigantesques incendies survenus en 1988 dans le Parc national de Yellowstone
aux Etats-Unis ont suscité une ample controverse sur le rôle que devait jouer le feu
dans la gestion des espaces naturels. L'attention a été attirée « sur les difficultés et les
incertitudes rencontrées lorsqu'on cherche un bon équilibre entre les aspects bénéfiques
et nuisibles du feu» (11). Dans un article paru dans un numéro spécial de la Revue
forestière française consacré aux incendies dans les forêts tempérées et méditerranéennes,
D. Gillon indique par ailleurs que « les feux feraient partie intégrante de (certains)
écosystèmes et agiraient constamment comme pression de sélection; il en résulterait
des communautés adaptées au feu, non seulement au niveau des espèces, mais également Afrique
oontemporelllll
au niveau des mécanismes» (12). N° 161 (spécial)
1"' trimestre 1992

L'environnement
Des caractères spécifiques et précieux en Afrique

11 est usuel dans l'Ouest africain de distinguer trois principaux types de savanes se 85
succédant selon un gradient climatique à sécheresse croissante. Les limites entre ces
differents types ne sont cependant pas nettes et le passage de l'un à l'autre correspond
plutôt à un véritable continuum floristique et physionomique.
Les savanes guinéennes ou périforestières sont des savanes humides,
à période de végétation longue; la production végétale, bien que ralentie durant la
courte saison sèche, y est cependant effective tout au long de l'année, la repousse du
couvert herbacé est immédiate après le passage du feu. La biomasse herbacée y est
importante et la flore ligneuse, essentiellement arbustive, peu diversifiée. Ces savanes
se maintiennent sous un climat propice au développement d'une forêt dense, avec
feuillage semi-caduc, formation vers laquelle elles évoluent lorsqu'elles sont protégées
des incendies. Le feu, à lui seul, maintient les savanes guinéennes.
Les savanes soudaniennes se rencontrent sous un climat à saison
sèche plus longue: quatre à huit mois pendant lesquels la production végétale herbacée
marque un arrêt plus ou moins prolongé selon les faciès. La formation typique de cette
zone est la forêt claire: certains, comme Aubréville (13), pensent que sa physionomie
et sa composition floristique sont assez proches de celles de la formation climacique.
Les espèces sensibles aux feux, éliminées des savanes, constituent des îlots de forêt
dense sèche, dans les zones refuges, mais aussi sur d'anciens sites d'implantation
humaine soustraits à l'action des feux. Selon Aubréville, la relative richesse de la flore
de ces savanes laisse penser qu'elles ne correspondent pas à une végétation secondaire,
venant après une utilisation humaine du milieu. Pour la région soudanienne, cet auteur
mentionne en effet plus de 150 espèces d'arbres.
La flore herbacée constitue elle aussi un patrimoine important
dont l'homme a déjà su tirer parti: la majorité des espèces fourragères utilisées pour

(9) César J" 1990, Etude de la production biologique des savanes de Côte-d'Ivoire et de son utilisation par l'homme. Thèse
de l'Université de Paris VI, 642 p.; IEMVT (à paraître).
(10) Aubréville, op. cil,
(II) Brown J. K, 1990, « Yellowstone: principe d'aménagement au moyen du feu contrôlé _, Revue forestière française, nO
spéc. ; Espaces forestiers et incendies: 357-363.
(12) Gillon D., 1990, «Les effets des feux sur la richesse en éléments minéraux et sur l'activité biologique des sols _, Revue
forestière française, n° spéc.; Espaces forestiers et incendies: 295·301.
(13) Aubréville, op. dt.
améliorer les pâturages tropicaux, notamment en Amérique tropicale, est originaire des
savanes africaines.
En région soudano-sahélienne et sahélienne, sous climat sec ou
aride à longue saison sèche (supérieure à huit mois), les savanes sont remplacées,
souvent par dégradation, par une formation steppique à épineux - en majorité des
acacias - où les feux sont absents ou rares. Le tapis herbacé y est constitué essentiellement
d'espèces annuelles.
Il faut garder à l'esprit certaines caractéristiques spécifiques des
savanes dont les principales sont:
- une physionomie très variable mais déterminée par la présence d'une strate herbacée
continue de graminées pérennes, qui peut ou non être accompagnée d'une strate ligneuse;
- un fonctionnement conditionné par de forts contrastes climatiques saisonniers avec
alternance d'épisodes secs et humides ainsi qu'une importante variabilité interannuelle
d'une part, par le passage répété du feu depuis des époques très reculées d'autre part;
- une association très ancienne avec une faune de grands herbivores, qui ont peut-
être joué un rôle dans leur création;
Afrique - une association étroite avec l'homme, moins ancienne certes qu'avec les feux, mais
contemporaine
N° 161 (spécial) datant cependant probablement au moins du Gamblien, il y a une centaine de milliers
1·' trimestre 1992 d'années: cette forte emprise anthropique a façonné les paysages actuels.
Les milieux
naturels

86 Résistances à la sécheresse et aux feux


L'intérêt biologique intrinsèque des savanes est maintenant universellement reconnu:
leur flore originale, relativement riche, présente par ailleurs une large diversité de
comportements phénologiques et de types biologiques.
Les plantes ont développé certains mécanismes pour résister aux feux qui parcourent
régulièrement les savanes. Les structures xéromorphes (14), qui assurent une protection
contre la dessiccation, donnent aussi une protection contre le feu. Chez les arbres, la
présence d"une couche subéreuse (15) épaisse, la capacité pour certaines espèces de se
comporter comme de véritables géophytes ou hémicryptophytes (16), la forte aptitude
à la régénération végétative par rejets de souche sont des caractères qui permettent de
résister au feu. Chez certaines essences, telle karité, il existe une morphologie particulière
des germinations qui constitue une véritable adaptation au feu. Chez les herbacées, le
caractère vivace de certaines plantes permet une résistance au feu. Chez les graminées
cespiteuses (17), par exemple, les ébauches de tiges, à l'abri des bases foliaires, se
retrouvent intactes après le passage du feu (18).
Les savanes sont ainsi des milieux sujets à des perturbations
fréquentes et importantes. C'est de là que découle un autre de leurs traits marquants:
une permanence dans le temps qui se fonde sur une capacité à retrouver rapidement
leur état d'origine après la perturbation. Pour Walker et Noy-Meir (19), les savanes
seraient non seulement adaptées à ces perturbations, mais en auraient besoin pour
maintenir leur capacité de « résilience», c'est-à-dire leur stabilité. Dans cette dernière
hypothèse un système protégé contre les perturbations qu'il subit ordinairement, se
transformerait en un autre système qui les supporterait moins bien. Un exemple de ce
phénomène est la protection contre les feux de savane qui conduit à une accumulation

(14) Adaptées à la sécheresse.


(15) Suber: tissu protecteur du type liège.
(16) Plantes se développant dans le sol (géophytes) ou en partie cachées dans celui-ci (hémicryptophites).
(17) En touffes.
(18) Yoir par exemple: Fournier A., 1990, Phénologie. croissance et production lIégétale dans quelques savanes d'Afrique de
l'Ouest. - Variations selon un gradient de sécheresse. Thèse d'Etal, Université Paris YI, 44 p. ; ORSTOM, Etudes et thèses
(à paraître).
(19) Walker B. H., [Link] 1.; 1982, «Aspects of the stability and resilience of savanna ecosystems» in Ecology of
tropical savannas; Huntley B. J., Walker B. H. dir., Ecological sludies, 42; Springer-Yerlag; Berlin: 556·590.
de biomasse potentiellement inflammable, et souvent aussi au remplacement de certaines
espèces pyrophiles par des espèces sensibles au feu. Lorsqu'un feu survient, comme cela
est nécessairement le cas dans ces régions, son effet est dévastateur.
En cela les savanes sont différentes des forêts denses qui sont très
sensibles aux perturbations et qui, dans le meilleur des cas, ne retrouveraient leur état
initial qu'après un temps très long. Cette distinction n'est pas seulement académique:
elle conduit à des principes de conservation et d'aménagement bien différents. Dans un
cas, le système sera maintenu grâce à un niveau de perturbation adéquat: il y a
possibilité d'aménagement. Dans l'autre, toute perturbation autre que celles liées au
cycle sylvigénétique naturel sera néfaste: il sera nécessaire de conserver.
Cette capacité de résilience des savanes n'est cependant pas infinie,
et, au-delà de certaines limites, le système se transforme. C'est le cas lorsque sous l'effet
d'une intensification des pratiques agricoles ou pastorales, le tapis d'herbes pérennes est
remplacé par des annuelles et que, comme cela s'observe sur les marges du Sahel, la
savane laisse la place à une formation à épineux de type steppique. Le remplacement,
après culture, des savanes humides de lisières forestières par des brousses secondaires
Afrique
correspond aussi à une telle transformation radicale du milieu végétal, qui entraîne la contemporalnl
disparition de l'écosystème savanicole primitif. N° 161 (spécial)
1"' trimestre 1992

L'environnement
en Afrique
Action de l'homme
87
Outre les déboisements péri-urbains, les principales causes actuelles de dégradation des
savanes sont les pratiques agricoles et pastorales.
Le surpâturage conduit à la régression des herbes pérennes et des
espèces les plus appréciées des animaux et à l'accroissement des annuelles et des
refus (20). Il y a une simplification et une uniformisation de la flore. La destruction du
couvert végétal peut entraîner la dénudation de surfaces importantes, prélude à la
désertification, comme c'est le cas en région sahélienne ou soudano-sahélienne. La
dégradation des pâturages sahéliens est assez générale. Benoit indique qu'« il n'existe
plus en Oudalan de zones situées à moins de vingt kilomètres d'un point d'eau
permanent conservant du pâturage en fin de saison sèche» (21).
Dans les savanes plus humides, soudanaises ou guinéennes,
l'interruption du passage du feu dû à l'éclaircissement du couvert herbacé permet le
développement d'espèces ligneuses, ce qui se traduit par l'embuissonnement des parcours.
Il y a dégradation du pâturage, qui n'est plus utilisable par le bétail, mais en un sens,
la savane se maintient sous une autre forme. En effet, sauf là où le sol est trop compacté
ou érodé, la strate graminéenne peut se reconstituer et permettre à nouveau le passage
de feux assez intenses qui éclairciront le couvert ligneux. La pratique des feux pour
contrôler l'embuissonnement est courante en gestion pastorale; dans l'optique du
pastoraliste il convient bien entendu d'utiliser le feu avant que la strate herbacée soit
trop clairsemée, faute de quoi la reconstitution du tapis graminéen par le seul jeu de
l'évolution naturelle des peuplements nécessiterait un temps incompatible avec une
gestion pastorale intensive du milieu.

Plasticité
De telles «successions» ou cycles pastoraux existent de façon naturelle sous l'action
des grands herbivores sauvages; éléphant, buffle, hippopotame, etc. C'est ainsi que
(20) Plantes que les animaux ne consomment pas.
(21) Benoit M., 1984, Le Séno-Mango ne doit pas mourir, Mémoires üRSTüM, 103, Paris: 143 p.
Olivier et Laurie (22) expliquent la mosaïque de formations herbeuses, de zones
surpâturées à tapis herbacé clairsemé et de formations buissonnantes à acacia qui
constituent la savane riveraine de la Mara (Tanzanie). Les formations herbeuses sont
intensément pâturées par les hippopotames, ce qui dégrade le pâturage. Le couvert
herbacé devient discontinu et ne permet plus le passage du feu, ce qui conduit à
l'embuissonnement du site que les animaux délaissent alors. Libérée de la pression des
grands herbivores, la strate herbacée se reconstitue et permet à nouveau le passage des
incendies. Ceux-ci éclaircissent le couvert arbustif et rendent ainsi, une nouvelle fois,
le pâturage accessible aux hippopotames.
Il existe ainsi une certaine plasticité des écosystèmes savaniens
qui développent divers mécanismes pour se maintenir face à la pression pastorale, peut-
être parce que ces savanes africaines sont le fruit d'une longue coévolution avec la
faune de grands mammifères, en particulier d'ongulés, la plus riche du monde.
La végétation sahélienne elle-même, pourtant fort malmenée dans
son ensemble, montre, comme le mettent en évidence les travaux de Grouzis (23), « de
réelles capacités de régénération et une vitalité qui se manifestent dès la première année
Afrique de mise en défens ».
contemporaine
N° 161 (spécial) Dans les régions soudaniennes et guinéennes, les techniques
1"' trimestre 1992 culturales traditionnelles fondées sur le maintien d'un certain couvert ligneux lors des
défrichement, l'éradication des herbacées et la pratique de la jachère, paraissent
Les milieux
naturels
favorables au peuplement ligneux, comme le montre par exemple Mitja (24) dans les
savanes humides de Booro-Borotrou en Côte-d'Ivoire.
88 L'extensification des systèmes de culture, la saturation de l'espace
agricole disponible et l'abandon des jachères longues conduisent cependant à une
modification radicale des paysages savaniens. C'est le cas dans la vallée du Mouhoun
(Volta noire) au Burkina Faso où la savane est réduite à des zones refuges sur des sols
impropres à l'agriculture. Dans les zones cultivées, les formations savanicoles y sont en
très forte régression, alors que l'importance relative des jachères herbeuses semble
progresser (25).
Le problème du maintien du patrimoine forestier se pose alors,
mais il faut souligner que la raréfaction des feux dans les nouveaux paysages ainsi créés
devrait conduire à de nouveaux équilibres fIoristiques avec notamment une participation
plus grande des essences sensibles au feu. Dans ce contexte la possibilité de coexistence
entre espèces savanicoles et espèces sensibles au feu (espèces des forêts denses sèches
et espèces de brousse secondaire) est mal connue. Il faut aussi rappeler le risque
d'invasion par les « mauvaises herbes », lié à l'extension des surfaces agricoles. Le
problème se pose de façons diflèrentes selon les types de savane, mais on a vu que sur
les marges forestières, en l'absence de feu, les espèces de savane disparaissaient. Par
ailleurs, les savanes guinéennes, déstabilisées par une protection contre les incendies,
sont très sensibles aux invasions par les « pestes» végétales. C'est ce qu'illustre
parfaitement l'expérience menée par Vuattoux (26) en Côte-d'Ivoire dans une savane
périforestière protégée des feux où Eupatorium odoratum a pris une place dominante,
modifiant ainsi la succession fIoristique de la reconstitution forestière.

(22) Olivier R. C. D., Laurie W. A., 1974, «Habitat utilization by hippopotamus in the Mara River », East African Wildlife
Journal, 12: 249-271.
(23) Grouzis M., Structure, productivité et dynamique des systémes écologiques sahéliens (mare d'Ollr5i, Burkina Faso)
ORSTOM, Etudes et thèses, 1978.
(24) Mitja D., 1990, Influence de la culture itinérante sur la végétation d'une savane humide de C6te-d'lvoire (Booro-Borotou-
Touba). Thèse de l'Université de Paris VI, 371 p.; ORSTOM, Etudes et Thèses (à paraître).
(25) Devineau J.-L., Serpantie G., 1991, «Paysages végétaux et systémes agraires dans l'Ouest du Burkina Faso» in:
Caractérisation et suivi des milieux terrestres en régions arides et tropicales, ORSTOM, Colloques et séminaires; 2" journée
Télédétection de Bondy 4, 5, 6 décembre 1990 (à paraître).
(26) Vuattoux R., 1976, Contribution à l'étude de l'évolution des strates arborées et arbustives dans la savane de Lamto
(Côte-d'Ivoire). Deuxiérne note. Ann. Univ. Abidjan, C, 7: 35-63.
• Pour une conservation active des
milieux naturels
L'évolution récente des idées concernant la protection de la nature correspond, selon
les termes de Blandin, au passage d'une approche «éclatée» du problème à une
démarche « intégrée ». Il est bien clair maintenant que pour protéger une espèce sauvage
il faut conserver son biotope, mais que «ce n'est pas en transformant en sanctuaires
quelques lopins de terre et en artificialisant tout le reste que l'on conservera le patrimoine
naturel» (27).
_ La conservation se conçoit ainsi de plus en plus dans le cadre de
la gestion d'ensemble d'un territoire, et c'est pourquoi il apparaît nécessaire d'intégrer
préoccupations socio-économiques et écologiques. Ceci correspond à la stratégie mondiale
de conservation de la nature de l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation
de la nature) qui postule que conservation et développement sont interdépendants.
La conservation du milieu naturel résultera donc d'un compromis,
qui, comme l'écrit encore Blandin, aura pour objectif « d'organiser l'espace en tenant
compte à la fois des besoins divers des groupes humains et des contraintes imposées AfrIque
contemporaIne
par les conditions naturelles, de façon à assurer aux systèmes écologiques une capacité N° 161 (spécial)
optimale d'autorégulation et à préserver les potentialités évolutives des composantes 1°' trimestre 1992
biologiques de l'environnement ».
Il est certain que la conservation de la diversité biologique des L'environnement
en Afrique
forêts denses humides nécessite de façon impérative la protection d'espaces - qui
devront rester à l'abri des incursions humaines - d'autant plus vastes qu'il faut allier 89
diversité végétale et diversité animale. Ceci ne peut se réaliser que dans des régions
non habitées, les plus « vierges» possibles, sinon ce sera toujours au détriment de
l'homme. Il n'y aurait, par ailleurs, pas de sens à vouloir conserver des milieux déjà
profondément modifiés, à moins de vouloir les réhabiliter.
La conservation de la grande faune nécessite probablement aussi
de telles mesures et oblige à préserver de très importantes superficies, mais les grandes
réserves de l'Ouest africain sont très mal intégrées dans leur contexte socio-économique.
On doit s'interroger aussi sur le niveau de conservation à maintenir.
La conservation du milieu naturel requiert en effet des solutions diverses qui sont
fonction de la nature des systèmes écologiques considérés. La protection intégrale - la
« sanctuarisation» -, si elle est parfois indispensable, n'est pas toujours la meilleure
solution. D'autres mesures sont envisageables pour maintenir la diversité et gérer
l'environnement. Les systèmes transformés ou artificialisés devraient s'inspirer des
systèmes naturels en utilisant la diversité des composants et la diversité des structures.
Ce seront, par exemple, les systèmes agroforestiers, alliant espèces pérennes et espèces
à cycle court, la sylviculture dite « naturelle» - conduite des forêts naturelles vers une
plus forte production d'essences utiles - ou encore la sylviculture polyspécifique qui
associe des espèces de tempéraments et de cycles différents.
Le paysage lui-même devrait être pensé en terme d'environnement:
mosaïque de forêts et de clairières ou conservation d'un rideau forestier le long des
cours d'eau sont des exemples, parmi d'autres, rencontrés dans certaines régions des
tropiques africains ou non, qui pourraient être plus largement utilisés.
La conservation de la flore des savanes ne semble ainsi pas devoir
procéder d'une politique de protection intégrale, bannissant toute intervention, attitude
qui peut cependant être utile pour préserver certains biotopes particuliers (milieux
humides, relique forestière par exemple). La conservation des savanes semble plutôt
relever d'une politique d'intervention et d'aménagement, qui, si elle est bien conduite,
pourrait même permettre une diversification floristique à l'échelle des paysages. Il est
un fait que les savanes actuelles paraissent, même si l'on en perçoit malles causes, des

(27) Blandin P., 1986, «Bioindicateun et diagnostic des systèmes écologiques», Bull. ecol. 17 (4): 21S-307.
écosystèmes adaptés aux perturbations, tant dans leur ensemble que par les espèces
végétales qui les constituent.

Gérer les incendies


Le problème du feu est à cet égard très significatif. Le maintien des savanes, de la
diversité de leur flore et des formes biologiques spécifiques qui s'y rencontrent, passe
par une gestion des incendies plutôt que par leur suppression pure et simple. C'est là
un aspect de la dynamique de ces milieux, qui a des implications importantes sur les
conceptions qui doivent présider à leur aménagement.
Il faut enfin souligner que toute action de gestion écologique des
espaces naturels reste, pour une large part, nécessairement empirique. Nos connaissances
« sur les mécanismes de stabilisation et les capacités d'adaptation des systèmes écologiques
sont encore bien modestes» (28). La théorie sur les perturbations est, par exemple,
encore embryonnaire et <d'écologie du paysage» est une discipline récente. C'est
Afrique pourquoi le contrôle continu de l'évolution des systèmes écologiques semble un volet
contemporaine
N° 161 (spécial) essentiel de la gestion du territoire.
le' trimestre 1992

La dégradation
des terres

90
• Autres références
Guillaumet (J.-L.), Morat (Ph.): 1990. - Menaces sur la flore, Les cahiers d'outre-mer.
- 172: 343-362.
Schnell (R.): 1976. - Introduction à la phytogéographie des pays tropicaux. II. - La
flore et la végétation de l'Afrique tropicale. - VoL 3, 459 p., VoL 4: 378 p. Gauthiers-
Villars, Paris.

• La dégradation des terres en


Afrique
Pierre Braban'"

Les médias ont si souvent associé l'Afrique à des images de


sécheresse, de désertification, de récoltes anéanties, de
famine, d'épidémies que ce continent a la réputation d'un
continent maudit. Les avancées tentaculaires du désert qui
progresserait inexorablement; le Sahara bientôt aux portes
d'Abidjan! Il Y a certainement des exagérations mais des
incertitudes aussi et surtout des inquiétudes pour l'avenir.
D'où ces questions: la dégradation des terres en Afrique
est-elle un mythe ou une réalité? Quelle est l'importance
réelle de cette dégradation?
Cet article se propose de dresser un état des lieux à partir
des données les plus fiables, actuellement disponibles.

(28) Blandin P., op. cil.


• Pédologue, ORSTOM.

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