OXYGENOTHERAPIE AUX URGENCE
Objectifs pédagogiques
Maîtriser les indications des différentes interfaces de l’oxygénothérapie.
Décrire les modalités de prescriptions.
Calculer les réserves d’oxygène.
Citer la règlementation concernant le stockage et remplissage des obus d’oxygène.
INTRODUCTION
L'air ambiant que nous respirons se compose d'environ 78 % d'azote, de 21 % d'oxygène et de
moins de 1 % de gaz rares comme notamment le dioxyde de carbone (environ 0,04 %).
La fraction inspirée en oxygène (FiO2) en air ambiant est donc de 21 %. L'oxygénothérapie
vise à augmenter la FiO2.
Cette thérapeutique est fondamentale dans bon nombre de situations impliquant hypoxémie et
hypoxie tissulaire, qu'elle vise à corriger par une augmentation de la FiO2, ce qui la place
dans les traitements de base et d'urgence que tout professionnel de santé doit savoir manier.
Elle doit toujours être adaptée aux besoins du patient de manière à éviter l'hypoxémie (PaO2
< 80 mmHg) mais aussi l'hyperoxémie (PaO2 > 100 mmHg) potentiellement source d'effets
secondaires.
HISTORIQUE
La découverte de l’oxygène (O2) est attribuée à Joseph Priestley en 1774, qui l’a isolé dans
son état gazeux pour la première fois et l’a nommé l'air « déphlogistiqué ».
Son nom actuel a été donné par la suite par Antoine Lavoisier.
Deux cents ans après sa découverte, l’O2 a enfin acquis le statut de médicament (décret 98-79
du 11 février 1998).
BUT ET INTERET DE L’OXYGENATION
L’organisme a un besoin physiologique en O2 pour fonctionner.
L’hypoxémie tissulaire induite par le manque d’O2 peut résulter d’une hypoxémie artérielle
ou d’un déficit en transport d’O2.
Devant les effets délétères d’une hypoxémie, il est important de savoir rapidement la détecter,
l’expliquer et la corriger.
Les recommandations actuelles fixent un objectif d’oxygénation pour obtenir une PaO2
supérieure à 8 kPa (60 mmHg) et une SaO2 supérieure ou égale à 92 %.
DEFINITION DE L'HYPOXEMIE :
L'hypoxémie se définit par une baisse de la pression partielle en oxygène dans le sang artériel
(PaO2) au-dessous de 80 mmHg.
(PaO2 normale : 80 à 100 mmHg).
Celle-ci est « dépistée » en clinique par une baisse de la SpO2 et mesurée par les gaz du sang
artériels.
Hypoxémie, hypoxie :
Hypoxémie Hypoxie
diminution de la insuffisance d'oxygénation
PaO2 tissulaire
INDICATIONS DE L’OXYGENOTHERAPIE
Oxygénothérapie à haut débit pour hyperoxémie
Intoxication au CO
Pneumothorax symptomatique
Oxygénothérapie pour SaO2 entre 94 et 98 %
Hypoxie non hypoxémique :
Arrêt cardio-respiratoire
État de choc
Sepsis
Traumatisme majeur
Anaphylaxie
Anémie sévère
Crise aiguë drépanocytaire
Hypoxie hypoxémique :
Crise d’asthme
Pneumonie
Cancer
Embolie pulmonaire
Pleurésie
Œdème aigu pulmonaire
Contexte postopératoire
Hypoxémie de cause encore non élucidée
Oxygénothérapie pour SaO2 entre 88 et 92 %
Hypoxémie chez un patient à risque d’hypercapnie
Oxygénothérapie non indiquée sauf en cas d’hypoxémie
Intoxication au paraquat
Intoxication à la bléomycine
Syndrome coronarien aigu
Accident vasculaire cérébral
Urgences obstétricales chez une patiente non hypoxémique
Hyperventilation non compensatrice d’une hypoxémie
Voie inhalée
METHODES
D’OXYGENATION : Voie sanguine
Les méthodes d’oxygénation peuvent se faire de manière
non invasive et invasive.
METHODES NON INVASIVES D’OXYGENOTHERAPIE
Sonde nasale
Indications : IRA / IRCO
Débit : 0,5 à 2 L/min
Pression expiratoire positive (PEP) : Non
FiO₂ : 30 %
Lunettes à oxygène
Indications : Hypoxémie modérée
Débit : 2 à 4 L/min
PEP : Non
FiO₂ : 5 à 44 %
Masque à moyenne concentration
Indications : Hypoxémie
Débit : 4 à 8 L/min
PEP : Non
FiO₂ : 40 à 60 %
Contre-indications (CI) : Acidose respiratoire décompensée
Masque à réserve (haute concentration)
Indications : Hypoxémie profonde
Débit : Réserve pleine ≥ 8 à 25 L/min
PEP : Non
FiO₂ : 70 à 90 % (non réglable)
CI : Acidose respiratoire décompensée
Valve de Boussignac®
Indications : OAP, hypoxémie profonde
Débit : 10 à 30 L/min
PEP : Réglable
FiO₂ : Non réglable
CI : Traumatisme facial, coma, hypoxémie très profonde, transport
CPAP (Pression positive continue)
Indications : OAP
Débit : 20 à 30 L/min
PEP : 7,5 - 10 mmHg
FiO₂ : Réglable
CI : Traumatisme facial, coma, transport
Optiflow®
Indications : IRA
Débit : 10 à 70 L/min
PEP : Non réglable
FiO₂ : Réglable (21 à 100 %)
CI : Fosses nasales non perméables, coma
Ventilation non invasive (VNI)
Indications : IRA / IRCO
Débit : Variable
PEP : Réglable
FiO₂ : Réglable (21 à 100 %)
CI : Traumatisme facial, coma, choc, plaie de l’arête du nez, distension gastrique, retard à
l’intubation
Ventilation invasive sur sonde d’intubation
ou trachéomie
Méthodes invasive
ECMO
VENTILATION INVASIVE
Indications : Échec des mesures précédentes Protection des VAS Choc
Débit : Variable
PEP : Réglable
FiO2 : Réglable 21 à 100 %
Canule de trachéotomie
ECMO
L’extracorporeal membrane oxygenation (ECMO) est une technique
d’assistance circulatoire et respiratoire dérivée des circuits de
circulation extracorporelle utilisés depuis plus de 50 ans maintenant en
chirurgie cardiaque.
RISQUES ET COMPLICATIONS DE L’OXYGENOTHERAPIE
Quelle que soit la méthode utilisée, l’objectif principal est d’obtenir :
PaO₂ ≥ 8 kPa (60 mmHg)
SaO₂ ≥ 92 %
Suivant la modalite de l’oxygénothérapie, il existe des risques liés aux :
Aux propriétés de l’ O₂
À l’appareillage
À l’administration de l’O₂
Hypercapnie
Hyperoxie
Atteintes de l’appareil respiratoire :
à fort débit et en absence d’humidification:
o Sécheresse des muqueuses des voies aériennes supérieures, pouvant entraîner
o Ulcérations
o Épistaxis
o Altération de l’activité ciliaire
o Déperdition thermique et favorisation des inflammations
o infections et atélectasies
rupture sur distension gastrique
Stockage et remplissage de l’oxygène
L’oxygène est stocké sous forme gazeuse dans des bouteilles (obus) spécialement conçues
et de différentes contenances.
Elles sont toujours peintes en blanc, code couleur de l’O2 à usage médical en France, ce qui
les différencie de l’O2 industriel.
Dans ces bouteilles l’o2 est stocke sous forme gaseuse et comprime a une pression de 200
bars (la pression atmosphérique est egale a 1 bar).
Grâce à cette pression, le volume d’O2 gazeux que peuvent libérer les bouteilles est important.
A la sortie des bouteilles, un manodétendeur intégré réduit la
pression de sortie à 3 bars environ.
Le manomètre permet de vérifier la pression à la sortie de la
bouteille.
Lorsque celle‐ci est pleine et ouverte, l’aiguille du manomètre
indique 180 à 200 bars.
Au fur et à mesure que la bouteille se vide, la pression baisse lentement.
Un débit litre, fixé sur le manodétendeur, permet de régler et vérifier le débit d’O2 suivant la
prescription médicale.
CALCUL DE L’AUTONOMIE D’UNE BOUTEILLE A OXYGENE
Quand on utilise de l’oxygène, on doit toujours savoir calculer le volume d’oxygène
disponible pour évaluer l’autonomie de la technique et prévoir ainsi à temps le remplacement
des bouteilles.
volume total d’O2 disponible = volume bouteille x pression lue au manomètre (bars)
volume réellement disponible = volume total -10%
Autonomie (min.) = volume réellement disponible / débit administré au patient (l/min.).
Exemple 1
• Bouteille d’O2 de 5 litres.
• Pression de 100 bars.
• Débit de 15 l/min.
• Autonomie = ((5 x 100) -10%) / 15 = 30 min
Exemple 2
• Bouteille d’O2 de 10 litres.
• Pression de 135 bars.
• Débit de 7 l/min.
• Autonomie = ((10 x 135) -10%) / 7 = 173.5 min = 2 heures et 53 min