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Thème 5 - OTC

En juin 2023, les États-Unis font face à des catastrophes environnementales, notamment des incendies et des inondations, révélant les tensions entre exploitation et protection de la nature. Historiquement, les États-Unis ont été à la fois pionniers de la protection de l'environnement et responsables d'une exploitation intensive de leurs ressources naturelles, entraînant une dégradation significative de l'environnement. Les politiques de conservation ont évolué, passant d'une approche utilitaire à une reconnaissance croissante de la nécessité de préserver la nature, tout en intégrant les voix des populations autochtones dans les décisions environnementales.

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Thème 5 - OTC

En juin 2023, les États-Unis font face à des catastrophes environnementales, notamment des incendies et des inondations, révélant les tensions entre exploitation et protection de la nature. Historiquement, les États-Unis ont été à la fois pionniers de la protection de l'environnement et responsables d'une exploitation intensive de leurs ressources naturelles, entraînant une dégradation significative de l'environnement. Les politiques de conservation ont évolué, passant d'une approche utilitaire à une reconnaissance croissante de la nécessité de préserver la nature, tout en intégrant les voix des populations autochtones dans les décisions environnementales.

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THEME 5

L’ENVIRONNEMENT, ENTRE EXPLOITATION ET PROTECTION :


UN ENJEU PLANETAIRE

OBJET DE TRAVAIL CONCLUSIF – LES ETATS-UNIS ET LA QUESTION


ENVIRONNEMENTALE : TENSIONS ET CONTRASTES

En juin 2023, les Etats-Unis subissent une forte pollution atmosphérique en raison des incendies
qui ravagent le Canada voisin (un tiers de la population touchée). Début juillet, des inondations
catastrophiques touchent l’Etat du Vermont, dans le Nord-Est. Au cours de l’été, 100 millions de
personnes connaissent des alertes à la chaleur au Texas, en Arizona, au Nevada, en Californie.
Les températures dépassent 50°C par endroits.

Pionniers des politiques de protection de la nature, les Etats-Unis créent en 1864 le premier
espace protégé contre les appétits des pionniers, des exploitants forestiers et des prospecteurs,
dans la vallée de Yosemite. Cette politique repose sur une conception nord-américaine originale
de la nature, vue comme wilderness, une nature vierge et sauvage, que les sociétés doivent
s’efforcer de dominer et de mettre en valeur, mais aussi de protéger. De fait, aujourd’hui, un
voyageur peut découvrir des villes en plein déserts agrémentée de golfs bien verts (au Texas par
exemple) et des espaces où la nature conserve une partie de sa virginité, comme dans l’Oregon,
au Nord-Ouest du pays : Crater Lake (lac volcanique), Mount Hood (mont enneigé de la chaîne
des Cascades), côte sauvage le long de l’océan Pacifique des rochers de Cannon Beach au Nord à
ceux de Gold Beach au Sud à la frontière californienne, Dunes City (enchevêtrement de zones
humides et de collines sablonneuses), l’Oregon National Dunes Recreation Area (nombreuses
forêts de sapins douglas).

I. Les Etats-Unis et la question environnementale : un processus précoce

Dans quelle mesure la question environnementale s’impose-t-elle aux Etats-Unis ?

1. Un environnement riche en ressources profondément transformé

L’immensité du territoire états-unien offre une grande variété de milieux et de ressources naturels.
Outre les ressources liées au sol (agriculture) et aux richesses hydrauliques (fleuves et lacs), les
forêts fournissent du bois de construction utile à l’essor des villes. Les réserves du sous-sol
(charbon, fer…) alimentent l’essor industriel. Excepté pour les terres rares1, les Etats-Unis
atteignent quasiment l’autosuffisance, notamment avec la mise en valeur du pétrole et du gaz de
schiste2 qui réduit la dépendance aux hydrocarbures. Alors qu’ils importaient près des deux tiers
de leur consommation pétrolière en 2005, aujourd’hui, devenus les premiers producteurs de
pétrole au monde, ils n’en importent plus qu’un tiers.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les premiers colons qui débarquent sur la côte Est rencontrent une
nature réputée sauvage. Ils se confrontent à d’immenses forêts peu transformées par les
Amérindiens. Cette expérience fondamentale de la nature sauvage, la wilderness3, marque
durablement le rapport des Américains à une nature perçue comme une menace.

1 Métaux non ferreux servant à la fabrication de produits électroniques de grande consommation (écrans plats,
smartphones) et de technologie verte (moteurs électriques, éoliennes).
2 Hydrocarbure piégé dans la roche ou le sable et difficile d’accès, nécessitant des techniques d’extraction complexes

qui inquiètent les défenseurs de l’environnement.


3 Terme anglo-saxon désignant le caractère sauvage de la nature et par extension, certains sites protégés.

1
Durant trois siècles, les colons cherchent à conquérir et à dominer cette nature contraignante,
motivés par une conception religieuse puritaine qui voit en l’Amérique l’opportunité d’un
nouveau paradis terrestre. La conquête du territoire consiste à transformer cette nature en terre
de richesse et d’abondance. Les colons, percevant essentiellement la nature dans sa dimension
productive, se lancent dans d’importantes opérations de déforestation et d’assèchement des
marais afin de transformer l’espace de la wilderness en terres exploitables. L’immensité du territoire
semble garantir des ressources illimitées, et encourage une exploitation prédatrice, qui culmine au
début de l’ère industrielle, dans la seconde moitié du XIX e siècle.
 En 1845, dans un article paru dans le United States Magazine and Democratic Review, dans
lequel il évoque l’annexion du Texas et du comté d’Oregon par les Etats-Unis
(préfiguration de la guerre américano-mexicaine de 1846-1848), le journaliste new-
yorkais John O’Sullivan formule la théorie de la Destinée manifeste (Manifest destiny),
selon laquelle les Etats-Unis seraient investis d’une mission divine d’expansion
territoriale sur le continent (puis sur le monde à partir de 1945). Les Etats-Unis
auraient la mission d’apporter leurs lumières sur leur territoire par le progrès
technique et leur modèle politique, la démocratie libérale. La supériorité de leur
civilisation justifierait et légitimerait la conquête de l’Ouest. Cette idée participe au
mythe de la frontière.

Au XIXe siècle, la wilderness séduit certains aventuriers, intellectuels et artistes, qui apparaissent
comme les précurseurs de la pensée environnementale. Ces derniers célèbrent dans leurs récits et
leurs œuvres la dimension romantique, esthétique et spirituelle. Ralph W. Emerson (1803-1882)
et Henry D. Thoreau (1817-1862) représentent les chefs de file du transcendantalisme,
mouvement littéraire et philosophique qui exalte la nature comme une œuvre divine. Ils érigent le
pionnier en un héros ayant le droit de mettre en valeur la terre après les difficultés de la
colonisation. D’autres voient dans cette nature un élément constitutif de l’identité nationale.
L’historien Frederick Turner (1861-1932) relie la wilderness aux valeurs fondatrices de la nation : à
l’épreuve de cette nature, les pionniers se forgeraient les qualités d’indépendance, de liberté, de
courage et de persévérance propres à l’esprit américain.

Le sentiment d’abondance, entretenu par des ressources qui semblent illimitées, prévaut
longtemps, entraînant une grande transformation de l’environnement et sa dégradation. Les
milieux décrits par Lewis et Clark lors de leur expédition d’exploration du territoire américain
réalisée entre 1804 et 1806 disparaissent progressivement : érosion accélérée des sols par les
pratiques agricoles, appauvrissement des carrières et mines, déforestation sans reboisement (si les
grandes forêts de l’Ouest couvrent 800 millions d’hectares avant l’arrivée des Européens, elles
n’en couvrent plus que 81 millions en 1900 ; au XVIIe siècle, les forêts recouvraient près de la
moitié du territoire, contre 30% aujourd’hui, aux deux tiers exploités [papier, construction]). En
1912, la construction de grands barrages hydrauliques en Californie provoque des tensions avec
les Etats voisins comme l’Arizona qui dénonce les risques sur la ressource en eau. Les hommes
affectent également la biodiversité, comme le symbolise la disparition des bisons à la fin du XIXe
siècle, considérés comme des obstacles à l’installation des pionniers. En une génération, la
population des bisons s’effondre, passant de 30 millions à quelques centaines de têtes,
bouleversant ainsi le mode de vie des Amérindiens. Dans l’Oregon, la pêche et le bûcheronnage à
grande échelle engendrent la quasi-disparition des castors et l’éloignement des saumons.

La priorité accordée à la prospérité économique et à la satisfaction du mode de vie américain


explique les pollutions (sol, eau, air). Ainsi, les pollutions au dioxyde de soufre et à l’oxyde d’azote
émises par les industries de la région des Grands Lacs jusque dans les années 1980 contribuent à

2
acidifier les précipitations et les cours d’eau des régions voisines, canadiennes incluses. La crise
industrielle dans années 1970 laisse des paysages urbains dévastés et des sols pollués (Rust Belt4).

2. Une politique de protection de l’environnement ancienne

Les Etats-Unis apparaissent comme des pionniers de la protection de la nature, longtemps limitée
à la préservation d’espaces naturels. Au XIXe siècle, la population éduquée des villes développe
un nouveau rapport à la nature. Elle exprime le besoin de conserver un contact avec la wilderness
dans un cadre récréatif et éducatif. Dès les années 1830, elle fait entendre sa volonté de protéger
certains sites naturels. En 1864, le philologue et homme politique états-unien George Perkins
Marsh, un des fondateurs de l’environnementalisme, publie Man and Nature, évocation d’une
planète dégradée et avilie par l’action humaine, et notamment la destruction des forêts. Le livre
nourrit l’inquiétude quant à un déboisement rapide et excessif du pays. Effet immédiat, le
gouvernement crée la même année un premier parc naturel5 destiné au public à Yosemite, en
Californie.

En 1973, le Timber Culture Act vise à combattre la menace climatique tout en veillant à la
disponibilité de la ressource : la loi prévoit l’octroi de terres aux fermiers s’engageant à planter et
entretenir des arbres. Trois ans plus tard, le poste de Commissioner of Forestry apparaît, jalon de la
prise en charge fédérale des forêts.

La fin du XIXe siècle marque un tournant. Avec la fin de la conquête de l’Ouest (1890), les Etats-
Unis prennent conscience de la finitude de ressources naturelles auparavant considérées comme
inépuisables. La nature apparaît dès lors comme un patrimoine fragile à préserver ; l’« économie
de conservation » débute et se concrétise par une « sanctuarisation de l’environnement » (qui
entraîne cependant l’éviction des populations amérindiennes [premières réserves créées par l’Etat
fédéral en Oklahoma en 1853]). Dans ce contexte, deux courants écologistes voient le jour.
- La préservation6, incarnée par l’écrivain et naturaliste John Muir (1838-1914), vise à
préserver la wilderness de toute influence humaine. Fondateur du Sierra Club, la plus
ancienne des grandes organisations environnementales (San Francisco, 1892) dont le
but consiste à protéger l’ensemble de la Sierra Nevada californienne, Muir milite pour
la sauvegarde des paysages du Yosemite (qui devient parc national en 1890). Il inspire
encore aujourd’hui de nombreux mouvements écologistes aux Etats-Unis et dans le
monde.
- La conservation7 prône l’usage avisé des ressources naturelles (wise use). Il ne s’agit pas
de préserver la nature pour elle-même, mais en tant que réservoir de ressources pour
l’homme. Des personnes comme l’ingénieur forestier Gifford Pinchot (1865-1946)
défendent cette position plus modérée. Formé en France à l’Ecole nationale des Eaux
et Forêts de Nancy, Pinchot réclame une gestion raisonnée et publique des forêts
contre les intérêts privés afin de garantir leur renouvellement.

4 « Ceinture de la rouille » : surnom donné aux anciennes régions industrielles du Nord-Est américain frappées par la
désindustrialisation et la crise de l’industrie lourde à partir des années 1970.
5 Espace protégé soumis à une réglementation spécifique pour assurer la sauvegarde de son patrimoine naturel et/ou

culturel.
6 Approche radicale de la protection de la nature. Considérée comme singulière, la nature est protégée pour elle-

même contre les effets néfastes de l’action des sociétés.


7 Approche de la protection de la nature qui promeut la gestion raisonnée des ressources, dans le respect des rythmes

de renouvellement des milieux.

3
Le Congrès américain, lançant une initiative reprise partout dans le monde, crée en 1872 le
premier parc national8 au monde à Yellowstone, célèbre pour son « Old Faithful », un
spectaculaire geyser d’eau bouillante. D’autres suivent, comme celui des Adirondacks, à
l’extrémité nord de l’Etat de New York, en 1892.

Au début du XXe siècle, le président Théodore Roosevelt, cow-boy et chasseur de bisons dans le
Dakota du Nord (un parc national lui est dédié), fait de la protection de l’environnement une
cause nationale. Au cours de ses deux mandats présidentiels (1901-1909), ce passionné de la
nature réoriente la politique nationale de gestion des ressources. Il inaugure un discours
s’inquiétant du gaspillage des ressources (forêt, sols, pétrole) pour les générations futures. Face à
l’industrialisation croissante du pays et les conséquences de la mise en valeur intensive des
ressources, il accroît le rôle de l’Etat fédéral dans la protection de l’environnement. A l’écoute de
Muir, Roosevelt crée cinq nouveaux parcs nationaux (Glacier, Crater Lake…). Il institue avec
Pinchot le Service des forêts des Etats-Unis (USFS) en 1905, qui défend une vision plus utilitaire
de la nature, et fait classer 675000 km² de forêt sous statut fédéral (150 forêts concernées). Il
confie la gestion de l’eau (construction de barrages, surveillance des cours d’eau) à une agence
fédérale, le Reclamation Service, en lien avec l’institut d’études géologiques des Etats-Unis. Il
délimite également 51 réserves ornithologiques.

La sanctuarisation de l’environnement montre le désir de replacer la nature au cœur de la vie des


hommes et des pratiques touristiques. Si, durant la première moitié du XX e siècle, sa mise en
valeur s’effectue au détriment des populations autochtones, la tendance s’inverse ensuite. L’Etat
valorise désormais le patrimoine amérindien et prend en compte l’avis des populations
autochtones dans les décisions concernant le devenir des parcs et de leurs ressources. D’ailleurs,
en août 2023, le président Joe Biden annonce une protection supplémentaire des terres occupées
par les natifs américains.

II. Les Etats-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes

En quoi la question environnementale exacerbe-t-elle les tensions au sein des Etats-Unis ?

1. De la protection de la nature à la protection de l’environnement

Dans la première moitié du XXe siècle, guerres et crise relèguent les questions environnementales
au second plan. Malgré tout, la préservation de la nature continue à mobiliser une élite urbaine au
sein d’associations comme la Wilderness Society fondée en 1935 par le forestier environnementaliste
Aldo Leopold (1887-1948). Leur nombre d’adhérents et la fréquentation des parcs nationaux
s’intensifient à la fin des années 1950 avec l’avènement de la société de loisirs et de
consommation.

De fait, la visibilité des dégradations environnementales, qui s’expriment notamment par


l’existence de phénomènes naturels dangereux s’accroît. Certains s’avèrent destructeurs,
provoquant des catastrophes marquant les esprits : crues du Mississippi au XIXe siècle, séisme de
San Francisco en 1906, Dust Bowl9 ravageant les Grandes Plaines du Sud (Texas, Oklahoma,
Kansas) dans les années 1930. Des pollutions majeures et très médiatisées touchent le pays : en
1969, la Californie subit une marée noire sans précédent ; Cleveland voit sa rivière Cuyahoga

8 Territoire dans lequel le milieu naturel présente un intérêt particulier, tant par ses paysages que par la flore et la
faune qu’il abrite, ce qui explique sa protection ainsi que son attrait touristique.
9 Tempêtes de poussière catastrophiques résultant d’une sécheresse associée à une exploitation agricole trop intensive

des sols dans le centre des Etats-Unis dans les années 1930.

4
s’enflammer à cause des rejets toxiques des usines environnantes. Le pays prend peu à peu
conscience de l’urgence écologique.

Dans les années 1960, la biologiste et écologiste Rachel Carson (1907-1964) fait figure de
lanceuse d’alerte10. Son livre, Silent Spring, publié en 1962, dénonce la nocivité des pesticides
utilisés dans l’agriculture productiviste (notamment le DDT). Son engagement conduit à une
législation sur les pesticides. L’environnementalisme11 se structure. L’Etat promulgue une loi sur
la qualité de l’air (Clean Air Act de 1970). Le 22 avril 1970, lors du premier Earth Day12, 20
millions d’Etats-uniens interpellent les dirigeants sur la question environnementale. Le président
Richard Nixon (1969-1974) s’engage sur « un droit fondamental à un environnement sans
pollution » et crée l’Agence de protection de l’environnement (EPA pour Environmental Protection
Agency) en 1970, dont la mission consiste à protéger la santé humaine et de sauvegarder les
éléments naturels essentiels à la vie. D’autres lois suivent, certaines se souciant de la santé
publique (Federal Pesticide Act de 1972, Clean Water Act de 1977), d’autres de la gestion du
patrimoine naturel (Coastal Protection Act, loi « littoral » de 1972). Ces lois, références au niveau
mondial, placent le pays à l’avant-garde de l’écologie.

2. Protéger l’environnement : une question qui divise

Malgré ces lois, les Etats-uniens ne renoncent pas à un mode de vie néfaste pour
l’environnement. L’American way of life, qui repose sur la consommation de masse, gaspille
pourtant beaucoup (eau, espace…), utilise beaucoup d’énergie, reste dépendant des énergies
fossiles et génère une quantité massive de déchets et de pollution. Les milieux industriels
s’opposent activement à la législation environnementale. Ils y voient un frein au développement
économique. Ils s’appuient sur des Etats et des citoyens de l’Amérique rurale ou industrielle plus
soucieux de la situation économique que de l’écologie.
 L’entreprise pétrogazière ExxonMobil dispose pourtant depuis 1977, grâce à des
modélisations qu’elle a fait réaliser par des scientifiques, de projections fiables sur le
réchauffement climatique (étude parue dans Science en janvier 2023 et réalisée
notamment par Naomi Oreskes, historienne des sciences à l’université Harvard).

Depuis les années 1980, la montée des courants anti-écologistes freine la politique
environnementale fédérale. Les puissants lobbies13 pétroliers et charbonniers obtiennent un
assouplissement des réglementations dès la présidence de Ronald Reagan (1981-1989). Ils
s’attaquent aux fondements scientifiques de l’alerte environnementale, notamment aux travaux du
GIEC : un « scepticisme environnemental » s’affirme.

En 2021, l’Agence internationale de l’énergie14 (AIE), désormais un acteur-clé de la lutte contre le


changement climatique, publie sa première feuille de route vers la neutralité carbone. A l’automne
2023, elle annonce même que « Nous sommes sur la bonne voie pour atteindre le pic de toutes
les énergies fossiles avant 2030 ». Les réactions fusent immédiatement : si l’OPEP parle de
« fantasme », des représentants républicains états-uniens traitent l’Agence de « pom-pom girl de la
transition » et fustigent son appartenance « à la jet-set climatique ».

10 Personne ou organisation qui, ayant connaissance d’un danger, risque ou scandale, interpelle l’opinion.
11 Militantisme ayant pour objet la protection de la nature.
12 Créé en 1970 par le sénateur Gaylord Nelson, la « journée mondiale de la Terre » est fêtée tous les 22 avril pour

sensibiliser à l’environnement.
13 Groupe de pression défendant des intérêts communs auprès des décideurs politiques.
14 Cette agence, qui dépend de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), comprend

30 pays membres. Son numéro deux est traditionnellement un Etats-unien, en raison du poids du financement de
cette institution par les Etats-Unis, premier contributeur financier.

5
Aujourd’hui, le gouvernement fédéral reste un acteur majeur de la gestion environnementale à
l’échelle nationale. Il possède encore près du quart du territoire états-unien et Washington gère
l’exploitation des ressources (pétrole de l’Alaska, terres rares en Californie). L’EPA (même si son
budget baisse depuis les années 1980) et le NPS disposent d’une compétence nationale.

Des Etats fédérés disposent néanmoins d’une certaine liberté. En 2017, dix Etats, dont l’Oregon,
la Californie, le Minnesota et la Virginie) s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de
Serre conformément à l’Accord de Paris (au total, près de 3000 entités états-uniennes – Etats,
entreprises, villes, collèges, tribus – signent l’engagement pour le climat de la COP 23 de 2017
que l’administration fédérale refuse).
 La Californie15 apparaît en pointe de la lutte et renforce régulièrement les mesures de
protection : premier Etat à imposer le pot catalytique dans les années 1970, premier
Etat à développer la voiture à hydrogène dans les années 2000, elle décide en 2005 de
financer à hauteur de 6,5 millions de dollars la construction de stations pour les
véhicules roulant à l’hydrogène, puis en 2006 de respecter le protocole de Kyoto. Elle
impose alors des sanctions financières aux industriels qui ne respectent pas cet
engagement. En 2019, elle ratifie des lois l’obligeant à s’approvisionner intégralement
en énergies renouvelables et neutres en carbone d’ici à 2045. Fin 2021, grâce à un
excédent historique, l’assemblée de Californie adopte un budget de 2 milliards de
dollars pour lutter contre les incendies, ce qui permet de remplacer les 13 hélicoptères
Huey datant de la guerre de Vietnam et de se doter de 7 avions-citernes (mais le sous-
effectif reste un problème : 11300 pompiers en 2022, mal payés). En septembre 2023,
la Californie, suivant la décision de nombreuses autres villes, comtés et Etats états-
uniens, engage des poursuites judiciaires contre cinq des plus grosses compagnies
pétrolières du monde (ExxonMobil, Shell, BP, CononoPhillip, Chevron) au motif
qu’elles auraient causé des milliards de dollars de dégâts et trompé l’opinion en
minimisant les risques pour le climat dus aux énergies fossiles.

Cependant, les désaccords croissent entre Etat fédéral et Etats fédérés qui revendiquent une plus
grande décentralisation de la politique environnementale. Les sénateurs des Etats de l’Ouest
parviennent à bloquer l’ouverture des parcs naturels à l’exploitation pétrolière voulue par le
président Trump. En 2020, l’Etat charbonnier de Virginie occidentale n’hésite pas à attaquer en
justice la politique environnementale du président Joe Biden (la Cour suprême se saisit du
dossier).

3. Des acteurs de plus en plus divers

A l’issue des Trente Glorieuses, sous l’influence d’acteurs privés, la volonté de développer des
pratiques plus respectueuses de l’environnement s’affirme. Les initiatives se multiplient (gestion
des déchets et de l’eau, progrès de l’agriculture biologique), portées par des acteurs industriels qui
investissent dans l’économie verte16, pour accélérer la transition énergétique et réduire leur impact
environnemental : énergie solaire et éolienne, habitat écoresponsable, transports doux… La firme
transnationale (FTN) Wal-Mart annonce en 2008 une nouvelle série d’exigences vis-à-vis de ses
fournisseurs en matière de respect de l’environnement. Dans la Silicon Valley californienne, de

15 Au printemps 2023, alors que la Californie connaît une profonde sécheresse depuis deux décennies, des pluies
abondantes (notamment dues à des rivières atmosphériques) contribuent à faire revivre le lac Tulare, le plus grand lac
d’eau douce à l’ouest du Mississippi (120 km de long sur 50 de large jusqu’à la fin du XIX e siècle), au point de
menacer d’inondation des infrastructures et des résidences. A la fin du XIXe siècle, le lac commence à rétrécir avant
de disparaître en 1898 en raison des prélèvements agricoles opérés en amont. Il réapparaît modestement en 1969 puis
en 1983. A cet égard, les climatologues forgent l’expression whiplash weather ou « météo en dents de scie ».
16 Ensemble des branches de l’économie engagée dans la transition environnementale.

6
nombreuses start-up et des entreprises confirmées comme Google ou Tesla investissent dans les
technologies innovantes de l’environnement. Toutefois, l’action de ces entreprises s’apparente
parfois à du greenwashing17.

Les grandes métropoles agissent aussi en faveur de l’environnement. New York ou San Francisco
deviennent des laboratoires d’expérimentation et d’innovation du développement durable. Elles
adoptent des politiques écologiques actives (green politics) en matière de transport, de gestion des
déchets ou de consommation d’énergie, et cherchent des solutions au niveau local. De
nombreuses villes mènent des politiques de prévention (mobilités douces à Seattle, toits verts à
Chicago) et de résilience18 (nouvelles formes de construction dans les Etats exposés aux cyclones,
création de zones réservoirs pour faire face aux risques de submersion à New York). Des « hubs
alimentaires régionaux », encouragés par les Etats, facilitent la mise en place de circuits courts : les
200 producteurs locaux de celui d’Oklahoma City alimentent 3800 consommateurs réguliers.

Les citoyens se mobilisent pour faire pression pour une meilleure justice environnementale.
Comme Erin Brockovich dans les années 1980 alertant sur la contamination au chlore de l’eau
potable de la ville de Hinckley en Californie, des lanceurs d’alerte dénoncent les pratiques
polluantes. Diverses communautés militent pour une meilleure justice environnementale :
communauté noire dès les années 1990, marche des femmes en 2017. La victoire en justice des
citoyens de la ville de Flint, majoritairement afro-américains, contre le gouvernement fédéral et
l’Etat du Michigan en 2017, après la mort de 12 personnes empoisonnées au plomb, illustre cette
mobilisation.
 En juin 2023, 16 enfants et jeunes âgés de 5 à 22 ans accusent l’Etat du Montana de
violer leur droit constitutionnel à un « environnement propre et sain » (épisodes
climatiques extrêmes de plus en plus nombreux). Le Montana dispose depuis 1972
d’une constitution qui prend en compte de manière très précise l’environnement, et
évoque notamment le « droit inaliénable » à « un environnement propre et sain ».
o Dans le film Et au milieu coule une rivière (1992), les scènes de pêche ne sont pas
tournées dans la rivière Blackfoot en raison de l’absence de saumons due à
une forte pollution (mines de plomb et d’étain à proximité).
 Des personnalités s’engagent également dans le combat écologique, à l’image de
Leonardo Di Caprio qui investit dans les substituts de viande d’origine végétale avec
la start-up Beyond Meat.

La mobilisation d’acteurs de la société civile apparaît déterminante pour sensibiliser l’opinion


publique aux pratiques environnementales des grandes firmes et notamment à leurs stratégies de
dumping environnemental19. Les campagnes de boycott et de dénonciation (à l’instar de celle des
sweatshops relative au travail des enfants chez les sous-traitants de l’entreprise Nike) peuvent
contribuer à des changements de comportements des entreprises (adoption d’engagements
éthiques dans le cadre de la RSE [responsabilité sociale des entreprises]).

Les ONG de protection de l’environnement jouent un rôle essentiel à tous les échelons.
- Certaines dispensent une information générale alors que d’autres se spécialisent :
l’institut de recherche environnementale Worldwatch édite chaque année un rapport de
référence sur l’état de la planète. Au contraire, des groupes écologistes – les grassroots20

17 Méthode de communication utilisant l’argument écologique à des fins purement marketing.


18 Capacité d’un individu ou d’une société à s’adapter ou à atténuer les effets d’un changement ou d’une catastrophe.
19 Action d’une institution ou d’une entreprise visant à alléger ou à contourner la législation en faveur de

l’environnement, afin de poursuivre des objectifs de compétitivité économique.


20 Groupe de citoyens utilisant l’action locale pour influer sur les changements au niveau local, régional, national ou

international.

7
– ou des associations comme Conservation International (actions pour préserver la
biodiversité), Sierra Club (protéger les espaces sauvages et préservés de l’action
humaine) ou [Link] (lutter contre le changement climatique) se spécialisent.
- Certaines jouent un rôle local, d’autres visent l’échelle internationale. L’Association
Surfrider foundation, créée par un groupe de surfeurs californiens dans les années 1980,
dispose d’antennes sur tous les continents dans le but de protéger les océans et les
littoraux. The Nature Conservancy constitue un puissant « lobby vert » à Washington et
dans les instances internationales grâce à leurs experts (scientifiques, juristes).
 En 2006, des ONG poursuivent en justice l’EPA estimant qu’il relève de son devoir
de réglementer les rejets de CO2 des transports. En 2019, des ONG américaines
(Earthjustice,…) assignent en justice l’administration Trump pour avoir assoupli une loi
protégeant les espèces menacées dont l’emblème du pays, le pygarque à tête blanche.

Les Etats-Unis accueillent par ailleurs des bureaux des principales ONG environnementales non
américaines (WWF, Greenpeace). La question environnementale se pose de fait à l’échelle
planétaire. Cet enjeu pèse sur les acteurs politiques, économiques et sociaux des Etats-Unis. Mais
les débats et les décisions que ce pays connaît et prend se répercutent aussi sur l’ensemble de la
planète.

III. Les Etats-Unis et l’environnement à l’échelle internationale

L’environnement constitue un bien commun mondial. La détérioration du climat altère le bien-


être de tous alors qu’il s’avère difficile d’en faire payer l’usage. Dans un article de la revue Science
paru en 1968, le biologiste américain Garett Hardin (1915-2003) nomme cela la « tragédie des
biens communs » : l’accès gratuit aux ressources de la nature entraîne souvent leur
surexploitation. Face à ce risque, une concertation des acteurs au niveau international s’impose,
mais elle se heurte aux réticences des Etats-Unis et des grands pays.

Dans quelle mesure l’approche des Etats-Unis de la question environnementale à l’échelle


mondiale constitue-t-elle un paradoxe ?

Les Etats-Unis affichent une position ambiguë à l’égard de l’environnement. Objet de


préservation, l’environnement s’apparente à une ressource à exploiter pour le bien-être du pays.
Entre vénération de ces grands espaces et vision ultra-libérale de l’usage qui peut en être fait, les
Etats-Unis inquiètent l’opinion publique du pays, mais aussi la communauté internationale.
Néanmoins, la flexibilité des politiques rendue possible par le système fédéral permet la mise en
place de mesures en faveur d’une politique verte à différentes échelles (qui peut conduire à
opposer Etat fédéral et Etats fédérés). Etrangement, ce manque d’homogénéité des gouvernances
apparaît constitutif du système états-unien.

Première économie mondiale, les Etats-Unis engendrent un impact majeur sur l’environnement à
l’échelle planétaire. Ils consomment 20% de l’énergie (2e rang mondial) et émettent 15% des
émissions de GES (2e rang mondial). Comme tous les pays développés, en important 23% des
biens qu’ils consomment, ils contribuent à la pollution dans les pays producteurs, aux normes
environnementales souvent limitées (Chine, Mexique). Selon l’ONG WWF, si tous les habitants
du monde adoptaient le mode de vie américain (surconsommation énergétique, gaspillage
alimentaire), il faudrait cumuler les ressources de cinq planètes Terre pour les satisfaire. La
contribution des Etats-Unis à la lutte contre le réchauffement climatique s’avère donc essentielle.
Or le pays rencontre de réelles difficultés à impulser un changement profond dans les habitudes
de consommation.

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Jusque dans les années 1990, les Etats-Unis endossent la responsabilité morale de protéger la
planète. Dans les années 1960-1970, un consensus politique s’impose. Si le parti écologiste reste
minoritaire (0,7% des voix en 1996), les partis républicain et démocrate intègrent les questions
environnementales à leur programme : en 1970, le président républicain Richard Nixon fait
adopter le Clean Air Act, tandis que le démocrate Jimmy Carter entérine celui de la protection de
l’Alaska en 1980. En 1988, le climatologue en chef de la NASA, James Hansen, auditionné par le
Congrès des Etats-Unis, alerte les politiques de la réalité du réchauffement climatique et de ses
conséquences pour l’environnement. Lui emboîtant le pas, le célèbre Time Magazine fait de la
« Terre en danger » sa personnalité de l’année. La couverture du numéro qu’elle lui dédie dévoile
une œuvre de l’artiste Christo montrant un globe emballé de plastiques et de cordes

Dans les années 1990, la politique états-unienne devient très réticente aux mesures
contraignantes, potentiellement néfastes à leurs intérêts économiques.
 Déjà non signataires de la convention de l’ONU sur le droit de la mer, ni de la
convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, ni de la convention
de Bonn sur la conservation des espèces migratoires, les Etats-Unis ne signent pas la
Convention sur la biodiversité biologique (CDB) lors de la COP15 de Montréal
(décembre 2022).

Comme tous les producteurs de pétrole et de gaz, le pays craint les conséquences d’une transition
vers une économie bas carbone trop rapide. Les lobbies pétroliers, rejoints par les Eglises
évangélistes au nom de la méfiance envers les sciences, encouragent le climatoscepticisme.21
Aussi, le Sénat refuse de ratifier le protocole de Kyoto en 1997 (le pays s’en retire officiellement
en 2001). G. W. Bush (2001-2009) se montre franchement hostile à la création d’une
Organisation mondiale de l’environnement (OME), idée soutenue par le couple franco-allemand,
pour centraliser les réglementations, ce qui témoigne d’une posture méfiante voire hostile à
l’égard d’une gouvernance mondiale des questions climatiques. En 2017, le président Donald
Trump, ouvertement climatosceptique, retire son pays de l’accord de Paris sur le climat
(officiellement en 2019). Par la suite, l’administration Trump annule plus d’une centaine de
mesures environnementales, dont le plan Obama de réduction des GES et des mesures visant à
interdire de nouveaux forages en zone protégée, suscitant les protestations de l’opposition
démocrate. L’absence de D. Trump au sommet de l’« urgence climatique », tenu au siège des
Nations unies le 23 septembre 2019, réaffirme cette position de « cavalier solitaire ». La même
année, le président porte un projet de réglementation sur une « énergie propre et bon marché
s’appuyant sur des calculs d’impact de pollution moins stricts et qui limiterait la capacité d’action
de l’EPA centrale par centrale, et non Etat par Etat (la justice l’invalide en janvier 2020).

Pourtant, l’influence de leaders d’opinion comme Al Gore permet progressivement une réelle
prise de conscience. Les actions locales se multiplient : de nombreuses villes s’engagent dans le
réseau international C40. Des décisions prises au plus haut niveau suggèrent que le pays agit
contre le changement global :
- En 2015, B. Obama promulgue le Clean Power Plan qui exige des Etats fédérés qu’ils se
fixent un plan de réduction d’un tiers de leurs émissions entre 2005 et 2030.
- Le Green New Deal, plan climat proposé par les progressistes, s’invite dans la campagne
électorale de 2020. Il s’agit, d’ici 2030, de réduire les émissions de GES de 48 à 52%
par rapport au niveau de 2005.
- En janvier 2020, le président Joe Biden réintègre les Etats-Unis dans l’accord de Paris.
Il ambitionne que les Etats-Unis produisent une électricité neutre en carbone d’ici
2035 (la part du charbon dans la production d’électricité recule : 48% en 2007, 22%

21 Attitude de rejet des théories scientifiques sur le changement climatique en cours, au nom de convictions
religieuses ou de la défense des intérêts économiques.

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en 2021) tandis que la part des énergies renouvelables progresse fortement (de 9 à
20%), de même que celle du gaz naturel (de 21 à 38%). On constate que la réduction
des émissions de GES résulte davantage de l’action du marché que de la
réglementation.
- En août 2022, le Sénat adopte le projet de loi Inflation Reduction Act (« Réduction de
l’inflation », version allégée du Black Built Better) qui prévoit 369 milliards de dollars
sur 10 ans pour la défense du climat (transition énergétique, énergies renouvelables,
réduction des émissions de GES de 40% d’ici à 2030).

La ligne de conduite des Etats-Unis oscille en fait en fonction de la lutte acharnée que se livrent,
au sein du pays, des forces radicalement antagonistes. Or, en raison de la puissance du pays, les
décisions prises à l’échelle nationale impactent le reste du monde. En 2015, un décret de B.
Obama, qui lève l’interdiction d’exportation de pétrole brut, stimule la production
d’hydrocarbures non conventionnels (gaz et pétrole de schiste). De nouveaux booms pétroliers se
produisent au Dakota, bouleversant les paysages et l’économie des territoires, tandis que de
nouveaux projets de pipelines suscitent la controverse. Cette décision impacte par ailleurs
directement le marché mondial en provoquant une surproduction et en faisant baisser les prix.

Les Etats-Unis font valoir l’idée d’« exemptionnisme » pour refuser de se plier aux règles
communes. L’argument récurrent mis en avant est le maintien de la productivité de l’économie
nationale. Agissant de la sorte, les Etats-Unis vont à l’encontre de la communauté internationale
qui multiplie les critiques à son égard. Plusieurs pays d’Asie refusent désormais de recevoir des
déchets en provenance des Etats-Unis.

La position de retrait de l’Etat fédéral américain sur la question environnementale, laissant les
autres pays fournir les efforts collectifs sans en payer le coût (cela revient à agir en passager
clandestin), libère un espace dans le leadership en faveur de la lutte contre le changement
climatique que cherchent à occuper d’autres pays à l’instar de la France. Mais les objectifs de la
COP21 que s’imposent les Etats-Unis en matière de réduction des émissions de carbone
pourraient être respectés du fait de l’engagement d’acteurs privés.

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Né dans les marges du mouvement environnemental radical états-unien, le concept de


« rewilding » (réensauvagement), porteur de la promesse d’un regain de la biodiversité, se diffuse
dans la science écologique contemporaine depuis une trentaine d’années. Il s’est hissé jusque dans
les textes sur la restauration de la nature de l’UE. Il génère des conflits d’usage entre naturalistes
et chasseurs ou agriculteurs.

Dès les années 1960, Elinor Ostrom (1933-2012, première femme à recevoir le prix Nobel
d’économie en 2009) montre que des formes d’auto-gouvernance collectives sont souhaitables et
seraient plus efficaces contre les abus environnementaux que les normes imposées qui
provoquent des fraudes, moyennant des règles strictes incluant la réciprocité et la confiance.

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