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Protection Sociale Benchmarking

Ce document présente une étude sur les programmes de protection sociale dans les pays du Sud, en se concentrant sur l'Afrique, l'Amérique Latine et l'Asie, à travers une approche de benchmarking. L'objectif est d'identifier les bonnes pratiques pour formuler des recommandations adaptées au Sénégal afin d'améliorer son système de protection sociale. L'analyse met en évidence l'importance de l'adaptation des services, de la gouvernance proactive et des valeurs de solidarité et d'équité pour le succès de ces programmes.

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Protection Sociale Benchmarking

Ce document présente une étude sur les programmes de protection sociale dans les pays du Sud, en se concentrant sur l'Afrique, l'Amérique Latine et l'Asie, à travers une approche de benchmarking. L'objectif est d'identifier les bonnes pratiques pour formuler des recommandations adaptées au Sénégal afin d'améliorer son système de protection sociale. L'analyse met en évidence l'importance de l'adaptation des services, de la gouvernance proactive et des valeurs de solidarité et d'équité pour le succès de ces programmes.

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Abdou Salam FALL et Rokhaya CISSÉ (éds)

Benchmarking de la protection sociale


dans les pays du Sud

Les Études Internationales du LARTES-IFAN


N° 0012/2021
Abdou Salam FALL et Rokhaya CISSÉ (éds)

Benchmarking de la protection sociale


dans les pays du Sud

Les Études Internationales du LARTES-IFAN


N° 0012/2021

Juin 2021

2
Équipe de recherche
Pr Abdou Salam FALL
Dr Rokhaya CISSE
Dr Soufianou MOUSSA
Mame Oulèye Tooli FALL
Dr Alex Nadège OUEDRAOGO
Tamsir SENE

AFRIQUE
Mamadou Chérif DIALLO
Faty NIANG
Thioro DIOUF
Mame Diarra NDIAYE

AMÉRIQUE LATINE
Mame Aminata DIAGNE
Asse TALL

ASIE
Mame Oulèye Tooli FALL
Abdoulaye WELLE

Laboratoire de Recherche sur les Transformations Économiques et Sociales


(LARTES-IFAN)
Camp Jérémy - BP : 206 Dakar
Tél. : Bureau : +221 33 825 96 14
Fax: +221 33 825 92 13
Site Web: [Link]
Les Études Internationales du LARTES-IFAN
ISSN 0012/2021

3
Sommaire

AVANT-PROPOS..........................................................................................................................................5

PREFACE ......................................................................................................................................................7

INTRODUCTION ..............................................................................................................................................9

1. BENCHMARKING : METHODOLOGIE DES BONNES PRATIQUES EN PROTECTION SOCIALE.9

2. RECAPITULATIF DES PROGRAMMES ET THEMATIQUES DE PROTECTION SOCIALE........... 12

3. LA VISUALISATION DES LEVIERS DES BONNES PRATIQUES PAR LES NUAGES DE MOTS . 16

4. ANALYSE DES BONNES PRATIQUES EN PROTECTION SOCIALE.............................................. 45

5. LA COMPARAISON ENTRE LES RESULTATS DU BENCHMARKING ET LES PROGRAMMES


DE PROGRAMMES DE PROTECTION SOCIALE AU SENEGAL………………………………………..79

6. CONCLUSION : LES PISTES D’ACTION...........................................................................................50

7. BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................................55

8. ANNEXES ............................................................................................................................................ 62

2
Liste des SIGLES

ABEP : Adult Basic Education Program


AISS: Association Internationale de la Sécurité Sociale
ANSD: Agence Nationale de Statistique et de la Démographie
AOP : Pension Vieillesse
ARV : Anti Rétro Virale
BASIC : Pension de Retraite de Base
BIRD : Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement
BSF: Bourse de Sécurité Familiale
CAIXA : Banque Fédéral au Brésil
CMU : Couverture Maladie Universelle
COVID-19 : La maladie à coronavirus 2019
CSR : Caisse Sociale du Rwanda
DIBAO : Salaire minimum en Chine
DSRP: Documents de Stratégies de Réduction de la Pauvreté
EHCVM: Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages
FGV: Fondation Getúlio Vargas
FMHCP: Free Maternal Health Care Policy
HAMO: Société des Habitations Modernes
HLM: Habitat à Loyer Modéré
IBGE : Institut Brésilien de Géographie et de statistiques
INPS : Institut National de Prévoyance Sociale
IPEA : Institut de Recherche Économique et Agricole
LEAP: Livelihood Empowerment Against Poverty
MDMS: Mid-Day Meal Scheme
NIPCRS : Programme d’amélioration de la nutrition pour les élèves de l’enseignement obligatoire en
milieu rural
NIPRCS : programme d’amélioration de la nutrition pour les élèves de l’enseignement obligatoire
NIS : Numéro d'Identification Sociale
NISSA : Système National d'Information sur l'Assistance Sociale
NRCMS: Health insurance in China
NSFP: National School Feeding Program
NSPS : Stratégie Nationale de Protection Sociale
OIT: Organisation Internationale du Travail
ONG : Organisation Non Gouvernementale
PAM : Programme Alimentaire Mondiale
PBE : Programme de Bourse pour Enfants
PBF : Programme Bolsa Familia
PIB : Produit Intérieur Brut
PNRBC: Programme National de Réadaptation à base Communautaire
PROMO-VILLES: Promotion des Villes,
PSE: Plan Senegal Emergent
PSEMAS: Public Service Employee Medical Aid Scheme

3
PTME : Prévention de la Transmission Mère-Enfant
PUDC: Programme d'Urgence de Développement Communautaire,
PUMA: Programme d'Urgence de Modernisation des Axes et Territoires frontaliers,
RAIS : Rapport Annuel d’Informations Sociales
RMN : Mortalité néo-natale
RNU: Registre National Unique
RSBY : Rashtriya Swasthya Bima Yojana
RSBY : Système d’Assurance Maladie
SASF: Serviço de Assistencia Social a Familia
SECNSA: Secrétariat National à la Sécurité Alimentaire
SHHA : Self Help Housing Agency
SICAP: Société immobilière du Cap-Vert,
HLM: Habitat à Loyer Modéré
HAMO: Société des Habitations Modernes
SONADIS Société Nationale de Distribution
PSE: Plan Sénégal Émergeant
SECNSA: Secrétariat National à la Sécurité Alimentaire:
BSF: Bourse de Sécurité Familiale
PROMO-VILLES: Promotion des Villes,
PUDC: Programme d'Urgence de Développement Communautaire,
PUMA: Programme d'Urgence de Modernisation des Axes et Territoires frontaliers,
PNRBC: Programme National de Réadaptation à base Communautaire
EHCVM: Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages
ANSD: Agence Nationale de Statistique et de la Démographie
RNU: Registre National Unique
DSRP: Documents de Stratégies de Réduction de la Pauvreté
OIT: Organisation Internationale du Travail
AISS: Association Internationale de la Sécurité Sociale
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l'Enfance

4
AVANT-PROPOS

Cette étude analyse des programmes de protection sociale (PS) dans trois continents du Sud,
l’Afrique, l’Amérique Latine et l’Asie par l’approche Benchmarking. Elle vise à recueillir les bonnes
pratiques identifiées dans la conception et la mise en œuvre de ces programmes afin de pouvoir
dégager des recommandations pertinentes au Sénégal pour une extension réussie de son système de
protection sociale et engendrer, in fine, des transformations sociales.
La comparaison s’est faite en plusieurs étapes. En premier lieu, des fiches ont été élaborées
présentant l’écosystème des programmes de protection sociale dans 14 pays1 dont huit d’Afrique
(Botswana, Cap Vert, Ile Maurice, Ghana, Lesotho, Maroc, Namibie et Rwanda), quatre d’Amérique
Latine (Argentine, Brésil, Chili et Mexique) et deux d’Asie (Chine et Inde). Dans la constitution de
l’écosystème, les programmes les plus innovants ont été relevés dans sept secteurs de protection
sociale que sont (i) l’éducation et l’enfance, (ii) la santé, (iii) l’emploi et le travail, (iv) la restauration
scolaire, (v) les personnes vulnérables, (vi) le genre et les spécificités liées aux femmes et aux filles
et enfin, (vii) le logement et l’assainissement.
Les critères de sélection des pays ont été la part de protection sociale dans le produit intérieur brut
(PIB) national, l’historicité dans la pratique de protection sociale ainsi que son niveau de couverture
et le succès enregistré et reconnu internationalement en matière de protection sociale par le pays et
les sections d’organisations internationales dédiées. Ainsi, à partir d’une revue documentaire, 73
fiches présentant chacune un programme de protection sociale ont été réalisées. Ceci, à l’aide des
indicateurs suivants : le nom du programme, le contexte de mise en œuvre, les personne-cibles, le
taux de couverture, les prestations offertes, les sources et les structures de financement (le budget
total du programme par an, le montant de contribution de l’état, etc.), les raisons de succès, les
réformes en cours, la soutenabilité du programme et les partenaires de mise en œuvre.
Ensuite, les raisons de ces succès ont été résumées en concepts clés et des nuages de mots ont été
produits pour favoriser la visualisation des facteurs de succès. Ces derniers ont fait l’objet d’une
analyse intracontinentale et intercontinentale suivant les sept secteurs de protection sociale.
L’expérience des programmes de protection sociale étudiés permet de comprendre que la prise en
compte des droits des personnes ne peut que constituer des stratégies gagnantes dans le succès des
programmes de protection sociale.
L’adaptation des offres de services, la mise en place de registre unique, la digitalisation des procédés
et le multi-partenariat montrent l’importance des performances techniques dans la réussite des
programmes.
La proactivité de la gouvernance se caractérise par l’élaboration de stratégies de récupération sociale
en créant des programmes qui offrent des services de filets sociaux permettant aux individus de
produire et ainsi de s’autonomiser et en couvrant les besoins primaires des groupes les plus
vulnérables (les enfants démunis, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les
chômeurs, etc.).
Le respect de valeurs telles que la solidarité, l’équité et la transparence sont le socle du succès de
toute réalisation mais plus spécifiquement des programmes de protection sociale étudiés.

1
Sénégal non compris et en comparaison.

5
Notons enfin, que les analyses et informations produites dans ce livre n’engagent ni l’Union
Européenne, ni les partenaires du consortium qu’elle soutient via le REPROSOC. Les auteurs sont
les seuls responsables des écrits qui restent des travaux scientifiques réalisés pour leur utilité sociale.

6
PREFACE

Le livre que vous avez entre vos mains est le produit du partenariat développé par le consortium
REPROSOC2 réunissant notre association consumériste, l’ONG GRDR et le Conseil départemental
de Rufisque et le LARTES-IFAN. Cette option de la recherche embarquée confiée au LARTES-
IFAN nous vaut des analyses fines susceptibles de nous conduire vers des actions éclairées et un
renforcement des capacités des acteurs de la société sur l’enjeu de l’État social. Ce livre montre que
le benchmarking n’a d’effets bénéfiques qu’à partir d’une bonne connaissance de l’écosystème
considérer et pour le comparer aux meilleures pratiques des pays du Sud.
Sur le plan historique, retenons que l’État Sénégalais s’est inscrit depuis les décennies 1960-1980
dans la promotion de la protection sociale. En effet, le Sénégal a connu dans les années post
indépendance, l’entame des politiques sociales tels que l’introduction internats dans les lycées,
l’habitat social avec des sociétés immobilières (SICAP, HLM, HAMO, etc.), les sociétés publiques
de distribution (SONADIS), la vaccination de masse, etc. Cependant l’héritage des plans
d’ajustement structurel (1980-2000) va conduire au rétrécissement des politiques sociales au profit
de l’équilibre des grands agrégats macro-économiques. Ce n’est qu’en 1996, à travers les documents
de stratégies de réduction de la pauvreté 1 et 2 (DSRP), qu’une nouvelle ère de politiques sociales
prend jour au Sénégal.

Cependant, le pays attendra l’avènement de l’alternance démocratique dans les années 2000 pour
insérer la politique de protection sociale dans l’agenda public. Ainsi, dès les années 2000, des
programmes de protection sociale ont été mis en place tel que le plan sésame pour ne citer que cet
exemple. En matière d’éducation, un maillage territorial plus dense et plus accentué entre les
différents types d’établissements a été réalisé afin d’augmenter l’accessibilité des services.
Parallèlement, en matière de santé, la gratuité de la césarienne, l’édification de centres de santé et
d’hôpitaux a connu une forte accélération. Néanmoins, pendant ce temps la mutualité en santé n’a
pas connu des développements importants et l’assurance en santé a couvert principalement la
minorité des salariés.
Sous le nouveau régime politique de 2012, le Sénégal a placé sa politique de protection sociale
comme vecteur du développement humain et a renforcé les efforts de mutualisation de la solidarité
pour tous. C’est à travers le Plan Sénégal Émergent (PSE), que le nouveau gouvernement instaure la
Délégation Générale de la Protection Sociale et de la Solidarité Nationale ; l’Agence de Couverture
Maladie Universelle ainsi qu’une série de différents programmes de filets sociaux dont la gratuité
des soins pour les enfants de moins de 5 ans, le programme de Bourse de Sécurité Familiale (BSF),
la Carte d'Égalité des Chances pour les personnes en situation de handicap dont les bénéficiaires sont
identifiés au sein d’un nouveau dispositif :le Registre National Unique (RNU). .
Quelques illustrations de mesures prises pour l’amélioration des conditions de vie, des infrastructures
en assainissement ont contribué fortement à limiter les dégâts liés aux inondations. Dans le souci
d’améliorer l’approche gouvernementale de la protection sociale, les cantines scolaires sont
revitalisées, la cellule de lutte contre la malnutrition acquiert un rôle plus stratégique dans la
coordination des interventions tandis que le Secrétariat Exécutif à la Sécurité Alimentaire (SECNSA)

2
Le projet de renforcement de la société civile pour une politique de protection sociale au Sénégal.

7
développe également une fonction stratégique à la fois sur la lutte contre les poches de famine et la
coordination de la sécurité alimentaire. Parallèlement, l’État met en place le Ministère du
Développement Communautaire, de l’Équité Sociale et Territoriale afin d’assurer une meilleure
intégration des différents programmes nécessitant un engagement communautaire (PROMO-
VILLES, PUDC, PUMA, PNRBC, etc.).
En dépit de l’avènement des différentes politiques de protection sociale, les premiers résultats de
pauvreté de l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM 2018/2019)
montrent que l’incidence de la pauvreté individuelle au Sénégal est de 37,8% selon l’approche basée
sur le seuil de pauvreté nationale de l’ANSD. De plus en 2020, le Sénégal est marqué par une chute
de croissance économique de l’ordre de 1,3%, du fait des impacts de la pandémie de la Covid-19
dans les secteurs tels que le tourisme et les transports. Cette pandémie a un fort impact sur les
domaines socio-économiques même sous le dynamisme des mesures de protection sociale qu’a
connu le pays.
Bien que les programmes de protection sociale se soient diversifiés, une meilleure couverture et une
qualité des services peinent à croître. Pour commencer, en matière de santé, alors que le Rwanda qui
avait pris le Sénégal comme espace d’inspiration de la mutualité en santé dont le taux de couverture
optimale avait atteint plus de 96% en 2020, le Sénégal accuse un déficit de près de 60% de
couverture de la mutualité sanitaire. Ensuite, lorsqu’il s’agit d'alimentation, l'ancienneté des cantines
scolaires ne s’est pas traduite par une couverture suffisamment large pendant que l’Inde a assuré une
couverture en restauration scolaire quasi universelle en 2019. Par ailleurs, la majorité des personnes
vivant avec un handicap ne possède pas la carte d’égalité des chances. En effet, en 2020, 64 728
personnes étaient détentrices de la carte et 12 000 inscrits pour y accéder, soit au total 76 728
personnes alors que l’ANSD estimait le nombre de personnes vivant avec un handicap à 800 000 en
2013.3 Enfin, lorsqu’on considère l’habitat, en dépit du programme récent de 100 000 logements
sociaux initié par l’État sénégalais, le logement social reste inaccessible au plus grand nombre.

Je félicite les auteurs Pr Abdou Salam Fall, Dr Rokhaya Cissé et toute la vaillante équipe du
LARTES-IFAN de l’utilisation originale de la méthode du Benchmarking sur les meilleures
pratiques de protection sociale dans des pays du sud répartis sur trois continents (Afrique, Amérique
Latine et Asie). A cette fin, à partir d’une même grille de collecte de données, un tri basé sur une
analyse documentaire et des programmes de protection sociale a permis de dégager les plus
innovants dans chaque pays retenu. L’attention portée particulièrement aux domaines et groupes
suivants : éducation, restauration scolaire, personnes vulnérables, genre spécifique aux femmes et
aux filles, santé, emploi et travail ainsi que le cadre de vie (logement, assainissement, etc.) nous
procure beaucoup de satisfactions. A partir de cette catégorisation, une agrégation a été faite sous la
forme d’un répertoire de fiches par continent, par pays et par thématique. C’est là l’expression d’une
forte générosité des auteurs qui offrent aux praticiens les instruments du suivi circonstancié des
programmes étudiés. Il ne fait pas de doute, que ce livre est une source forte d’inspiration pour
booster la politique et les programmes de protection sociale au Sénégal.
Par Amadou Kanouté,
Directeur exécutif de CICODEV-Afrique
3
Ministère de la santé et de l’action sociale, Novembre 2021-Rapport de capitalisation des réalisations
phares de l’Etat du Sénégal et des partenaires dans le domaine du handicap, p120

8
INTRODUCTION

Dans de nombreux domaines du développement, le Benchmarking s’est imposé comme un


instrument politique pour la comparaison pour définir des critères de sélection, de soutenabilité et
d’orientation de l’action. Les enjeux et pratiques du benchmark ont été dopés par les organisations
internationales avec notamment les recherches comparatives. Cela a induit des liens plus forts entre
les préoccupations de politiques publiques et les programmes de recherche. Les comparaisons
internationales ont ainsi entraîné une multiplication des grandes bases de données à des fins
d'établissement de normes et standards. Toutefois, ce type d’exercice suppose que les mêmes
pratiques aient le même sens d’un pays à l’autre. Une autre limite de l’approche découle de sa faible
prise en compte du contexte, de l’historicité, des écosystèmes et des catégories d’analyse ayant
permis l’émergence des politiques.

Ces deux limites illustrent l’importance des recherches comparatives qualitatives qui permettent une
mise en relief de la contextualisation mais également de l’importance des configurations
institutionnelles différenciées. La comparaison ne sert donc pas à répliquer mais elle est source
d’inspiration pour perfectionner ou transformer son propre modèle à l’aune d’autres expériences
réussies.
Aussi, cette étude vise à produire le recueil des leçons apprises et leurs conditions de réplicabilité au
Sénégal sur sa politique de protection sociale.

1. Benchmarking : Méthodologie des Bonnes Pratiques en Protection Sociale

Une revue des expériences les plus réussies de soutien aux populations pauvres et vulnérables dans
les pays du Sud permet de tirer des enseignements robustes
dont peut s’inspirer une réforme des politiques de protection sociale au Sénégal. Pour cela, à partir
d’une même grille de collecte basée sur une analyse documentaire, les programmes de protection
sociale recensés ont fait l’objet d’un tri pour en sélectionner les plus innovants dans chaque pays
dans les domaines suivants : éducation, restauration scolaire, personnes vulnérables, genre spécifique
aux femmes et aux filles, santé, emploi et travail et cadre de vie (logement, assainissement). A partir
de ce classement, une agrégation a été faite sous la forme d’un répertoire de fiches par continent,
thématique et pays. La démarche méthodologique s’est effectuée en plusieurs phases.

1.1. REFERENCEMENT ET DOCUMENTATION DES DIFFERENTS PROGRAMMES DE PROTECTION


SOCIALE

1.1.1. CONSTITUTION DE L’ECOSYSTEME

Cette première étape vise à décrire précisément les différents programmes de protection sociale mis
en œuvre dans chaque pays pour ensuite identifier les plus pertinents en se basant sur les bonnes

9
pratiques et les succès enregistrés. Cet exercice permet d’identifier divers groupes cibles tels
qu’universel, des personnes en situation de handicap, des enfants, des femmes, celles et ceux issues
des couches vulnérables ou pauvres, personne âgées, minorités et ou marginalisés, issus de zone à
risque entrainant la mobilité, des situations de conflit ou des défis écologiques. L’analyse favorise
également le repérage des types de protection sociale conditionnelle ou non, les collectivités locales
ciblées, les programmes de gratuité de la césarienne, etc. Cet exercice rend possible l’identification
des besoins non couverts ou les gaps. De même, la structure des financements, les niveaux de
couverture et les partenaires de mise en œuvre sont identifiés.

[Link]. LA GRILLE DE COLLECTE

Les indicateurs suivants ont permis la collecte des données pour la constitution des fiches :
• Le nom du programme
• Le contexte de mise en œuvre
• Les personne-cibles
• Le taux de couverture
• Les prestations offertes
• Les sources de financement
• Les structures de financement
• Le budget total du programme par an
• Le montant de contribution de l’état
• Les raisons de succès
• Les réformes en cours
• La soutenabilité du programme
• Les partenaires de mise en œuvre
• Autres informations sur le programme

Pour collecter ces indicateurs, plusieurs sources ont été exploitées :


• Les documents institutionnels et annuaires de l’OIT, l’AISS, la Banque Mondiale, l’UNICEF
et les sites web gouvernementaux : présentation, évaluation, capitalisation des grands
programmes de protection sociale ;
• Les articles, rapports de recherche et livres identifiés sur des bases de données scientifiques
Jstor, Cairn, Google Scholar, Persée, etc.
• Les articles et livres dans les bibliothèques universitaires dont celle du LARTES-IFAN.

Cette deuxième étape de l’analyse vise à faire une synthèse de l’ensemble des programmes, de leurs
interrelations avec leur environnement externe notamment les acteurs institutionnels (programmes
étatiques et municipaux), économiques (secteur privé) et sociaux (les syndicats, associations
consuméristes, ONG, fonds d’investissement, fondations, etc.). Cet exercice facilite la
compréhension de l’ancrage institutionnel et organisationnel des programmes.

10
Les critères suivants ont été choisis :
La liste des pays africains a été établie en tenant compte de la part de protection sociale dans le PIB
de ces pays. Ce critère est relatif à la notoriété des pays en matière de protection sociale selon les
indicateurs de l’OIT (Organisation Internationale du Travail).
Concernant les pays d’Amérique Latine, nous avons privilégié les pays qui ont une longue tradition
dans la pratique des politiques de protection sociale et qui ont servi de modèles dans l’élaboration
des politiques de protection sociale dans d’autres continents.
S’agissant des pays de l’Asie, les critères de large couverture des programmes de protection sociale
sont mis en avant ainsi que les succès des programmes tels que relatés par les institutions
internationales dont l’OIT et l’Association Internationale de la Sécurité Sociale (AISS).

1.2. IDENTIFICATION DES PROGRAMMES DE PROTECTION SOCIALE PAR PAYS CHOISI

1.2.1. POURQUOI UN ECOSYSTEME ?


L’écosystème participe à la contextualisation qui permet de circonscrire les conditions de
développement des programmes et les stratégies de protection sociale. Elle définit pareillement le
périmètre des expériences relatées et les contraintes de la généralisation. Elle décrit également les
types d’offres de services, les cibles et les conditions d’assistance sociale. L’écosystème donne un
panorama du dispositif au niveau national en mettant en relief les liens ou non entre les programmes
et les acteurs agissant. Il permet de réduire les écarts, ou domaines non couverts. L’écosystème
visualise le potentiel de prise en charge des besoins émergents dans le dispositif national. Cet
exercice débouche sur la fiche d’expériences par pays en fonction des thématiques de recherche :
éducation et enfance, emploi et travail, spécifique aux femmes et aux filles, logement et
assainissement, personnes vulnérables, restauration scolaire et santé.

1.2.2. REPERER LES INNOVATIONS OU BONNES PRATIQUES ET SYSTEMATISER LES LEÇONS APPRISES
Le but est de tirer les leçons apprises et quelle est la réplicabilité de ces expériences dans les
politiques de protection sociale au Sénégal.
Les critères suivants ont été privilégiés pour définir les bonnes pratiques en trois catégories : l’offre,
le management et le financement.
Chacune des bonnes pratiques est documentée et les leçons apprises sont tirées. La méthode des
nuages de mots a été mise à profit pour visualiser les résultats par continent et par domaines de
protection sociale (éducation/enfance, personnes vulnérables, logement et assainissement, femmes et
filles, santé, restauration scolaire, emploi et travail).

L’offre
• L’étendue de l’offre de services et le passage à la grande échelle (intensification, extension),
• La qualité du ciblage et les conditionnalités pour bénéficier des programmes.
Le management
• La qualité du management générant des économies d’échelle et l’expertise,
• L’intersectorialité des programmes de protection sociale et la coordination des acteurs,

11
• L’organisation des bases de données des bénéficiaires en un fichier unique,
• Le niveau de recours à la dématérialisation (digitalisation des procédures),
• L’efficacité des outils de contrôle et de lutte contre la fraude,
• L’existence de pratiques évaluatives (définir les effets et l’impact).
Le financement
• L’originalité de la structure du financement (financement à partir de l’épargne locale, impôts,
réorganisation budgétaire),
• La soutenabilité de l’espace budgétaire.

2. RECAPITULATIF DES PROGRAMMES ET THEMATIQUES DE PROTECTION SOCIALE

2.1. CONTINENTS

AFRIQUE
THÉMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

ÉDUCATION & 7
ENFANCE

PERSONNES 7
VULNÉRABLES

SANTÉ 6

EMPLOI & 5
TRAVAIL

RESTAURATIO 4
N SCOLAIRE

LOGEMENT & 4
ASSAINISSEME
NT

FEMMES & 4
FILLES

TOTAL 37

12
AMÉRIQUE LATINE
THÉMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

EMPLOI & 6
TRAVAIL

SANTE 4

EDUCATION & 3
ENFANCE

PERSONNES 3
VULNERABLES

FEMMES & 2
FILLES

LOGEMENT & 2
ASSAINISSEMEN
T

RESTAURATION 2
SCOLAIRE

TOTAL 22

ASIE
THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

EDUCATION & 2
ENFANCE

EMPLOI & 2
TRAVAIL

FEMMES & 2
FILLES

LOGEMENT &
ASSAINISSEMEN
T

PERSONNES 2
VULNERABLES

RESTAURATION 2
SCOLAIRE

SANTE 2

TOTAL 14

2.2. THEMATIQUES

13
ÉDUCATION & ENFANCE
THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

AFRIQUE 7

AMERIQUE 3

LATINE

ASIE 2

TOTAL 12

EMPLOI & TRAVAIL


THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

AFRIQUE 5

AMERIQUE 6

LATINE

ASIE 2

TOTAL 13

FEMMES & FILLES


THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

AFRIQUE 4

AMERIQUE 2

LATINE

ASIE 2

14
TOTAL 8

LOGEMENT & ASSAINISSEMENT


THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

AFRIQUE 4

AMERIQUE 2

LATINE

ASIE 2

TOTAL 8

PERSONNES VULNÉRABLES
THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

AFRIQUE 7

AMERIQUE 3

LATINE

ASIE 2

TOTAL 12

RESTAURATION SCOLAIRE
THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

AFRIQUE 4

15
AMERIQUE 2

LATINE

ASIE 2

TOTAL 8

SANTE
THEMATIQUE NOMBRE HISTOGRAMME

AFRIQUE 6

AMERIQUE 4

LATINE

ASIE 2

TOTAL 12

3. LA VISUALISATION DES LEVIERS DES BONNES PRATIQUES PAR LES NUAGES DE MOTS

Cette revue documentaire sur les programmes de protection sociale dans les pays ciblés d’Afrique,
d’Asie et d’Amérique Latine a permis de se concentrer sur les programmes phares et plus
particulièrement sur les facteurs ayant conduit aux succès des programmes. Une analyse spécifique a
été faite de ces différents facteurs de succès à l’échelle des 3 continents et divers domaines retenus
pour le référencement des programmes de protection sociale.

Cet exercice a permis de déboucher sur une analyse systématique des mots-clés déterminants de la
réussite de chaque programme. Une fois les mots clés retenus, il a été possible de les traiter à l’aide
du logiciel « Nvivo 12 » afin d’en élaborer des nuages de mots. Lesquels reflètent le poids de chaque
mot clé selon la récurrence de son apparition. Par ailleurs, pour chacun des trois continents et chacun
des sept domaines, un nuage de mots a été produit. Ces vingt-et-un nuage de mots ont fait l’objet
d’une analyse intracontinentale de sorte à révéler les spécificités de chaque continent selon les
différents domaines. Ensuite, l’analyse s’est approfondie en proposant des comparaisons
intercontinentales sur chaque domaine avec un focus sur les convergences et les spécificités. Ainsi,
tous les mots-clés que l’on retrouve dans les trois continents ont été classés dans les convergences.

16
En revanche, ont été classés parmi les spécificités, ceux qui ont une grande portée mais qui
n’apparaissent que sur un seul des continents
Cette méthodologie a permis de visualiser les résultats présentés ci-après dans l’analyse
intracontinentale introduisant les facteurs majeurs de succès à l’échelle de chaque continent et pour
chaque domaine.

3.1. ANALYSE INTRACONTINENTALE


En Amérique latine, de manière générale, la protection sociale est un concept en constante évolution
qui repose sur différents socles. La protection fondée sur l’emploi formel, la protection face à des
situations d’urgence, la protection comme assistance et accès à la promotion ainsi que la protection
en tant que garantie citoyenne (Cf. Cecchini, S., Gilbert, R., et Morales, B., 2018). Tous les
programmes sont reliés d’une manière ou d’une autre entre eux. Soit en étant des continuités, des
réaménagements ou encore des alternatives pour s’adapter aux évolutions.

3.1.1. LOGEMENT ET ASSAINISSEMENT


Concernant l’Afrique, la gouvernance apparaît comme levier d’innovation pour booster la protection
sociale. Il s’agit de la volonté politique d’assoir des filets de sécurité sociaux en faveur des groupes
dont la demande en protection sociale s’est accrue sous l’effet des faibles investissements dans les
secteurs sociaux pendant une longue période de plan d’ajustement structurel. La gouvernance
signifie également la robustesse des dispositifs mis en place par les États ainsi que l’importance des
financements mobilisés dans le budget national pour l’assistance des groupes vulnérables.
Au Namibie, les difficultés en matière de logement inquiètent l’administration namibienne. Des
efforts accélérés en matière de développement du logement sont nécessaires. La population
namibienne étant composée de 44,4% de moins de 15 ans et 52,2% de 15 à 64 ans alors que 3,4% de
la population ont plus de 65 ans en 1990, cette situation entraine avec effet direct une augmentation
de la demande en logement. Le taux d’urbanisation augmente de façon très lente.4 Ce taux s’élevait à
4,5% en 1990 et a atteint 41% en 2001 (selon la commission nationale de planification). Le
Gouvernement s’est engagé à atteindre un taux de 60% d’ici 2025. Pour atteindre son objectif, le
Gouvernement de la Namibie devra intensifier la construction des services de base de logement.
Dans l’optique de satisfaire à cette augmentation de la demande, le Gouvernement a ainsi adopté la
politique nationale du logement en 1991. Cette politique fournira un cadre politique et guidera le
pays pour toutes les composantes de l’industrie du logement. La politique du logement a été révisée
pour trois raisons que sont :
• La nécessité d’admettre et de reconnaitre l’indissociabilité du logement et de l’infrastructure des
services municipaux au niveau politique. Le niveau d’investissement très faible dans les
infrastructures municipales conduit à une pénurie de terrain viable.
• Le manque d’ambition de la politique vis-à-vis de la résolution du déficit de logement. En effet,
la politique ne reconnait pas et ne soutient pas comme il se doit le rôle essentiel qu’elle devrait
jouer pour éradiquer le problème de logement.
• La politique ne décentralise pas les Logements aux autorités locales et régionales. La politique de
décentralisation n’a été adoptée qu’en 1996. Plusieurs lois et programmes ont été adoptés en vue

4
[Link]

17
de soutenir la politique nationale du logement. En 1992, la Loi sur les conseils régionaux est
promulguée et impactera sur le logement et la planification urbaine et régionale ainsi que sur le
régime foncier. Ensuite la loi nationale sur le développement du logement est promulguée et
appliquée en 2000. Cette loi sur le régime foncier est flexible et constitue un élément
incontournable de l’environnement législatif relatif au logement. En outre, la participation de la
Namibie aux activités de l’ONU-Habitat, en étant signataire au programme pour l’habitat, et son
engagement à atteindre les OMD ont aussi incité le Gouvernement à investir dans les logements
sociaux.
Au Rwanda, l'accès à un logement abordable figure parmi les facteurs clés pour promouvoir un
développement durable. C’est un pays où 45% des habitants ont un faible revenu entre 36038 FRW
(30,24 Euros) et 213381 FRW (179,53 Euros) par mois. Les 21% des habitants représentent le
revenu intermédiaire du groupe et les revenus mensuels se situent entre 213381 FRW soit 179,12
Euros et 642990 FRW (539,74 Euros). Ceux qui n'ont pas les moyens pour payer les prix des
logements formels, ont développé leurs logements de manière informelle dans des zones non
planifiées occupant 60 %.
Le 13 Décembre 1996, le Conseil des ministres du Rwanda a adopté une politique nationale de
l'habitat imposant à tous les Rwandais habitant des maisons dispersées d'aller s'installer dans des
"villages" créés par les autorités. Cette politique allait bouleverser la manière de vivre d'environ 94%
de la population. Durant les quatre années qui suivirent, le gouvernement Rwandais a procédé au
déplacement de centaines de milliers de personnes vers les imidugudu dont un nombre important
contre leur gré. Le gouvernement adopte cette politique dans le but d'arriver à divers objectifs de
développement économique à long terme.
Le secteur immobilier a soutenu environ 157000 emplois en 2017 correspondant à 111 milliards de
FRW (93 130 124,47 Euros). Les 53 milliards FRW soit 44 470 523,21 Euros d’impôts indirects nets
et un excédent brut d'exploitation de 129 milliards de FRW (108 239 575,35 Euros) ont été générés.
En 2019, le conseil rwandais de développement a contribué à hauteur de 647 milliards FRW
(542 965 998,55 Euros) au produit intérieur brut national (PIB).

18
En Amérique Latine, il est marquant de noter une sensibilité écologique du fait de la dégradation du
cadre de vie et de l’intérêt manifeste pour la protection de l’environnement. En effet, comme
l’indique Navarro (2011 : p.3) les inégalités en Amérique latines sont de divers ordres lorsque l’on
aborde la question du développement durable. Tout d’abord dans la répartition et le difficile accès
des ressources ensuite, les différentes perceptions et conceptions de ce que sont le développement et
le bien-être. L’accessibilité des logements sociaux pour le plus grand nombre ainsi que la durabilité
renvoyant à l’utilisation des matériaux locaux demeurent aux centres d’intérêt des stratégies de
défense des populations. On recourt ainsi au concept de production sociale de l’habitat qui se veut
transversale et repose sur « la capacité d’action citoyenne, pour (re)construire et transformer l’habitat
des quartiers précaires » (Moles, O., et Varnai, B., 2018 : p.12) (Paquette, C., 2017).

Au Brésil, le programme dit des citernes découle d'un mouvement social dans la région Nordeste qui
connaît un climat semi-aride où les populations (environ 22 millions d'habitants) étaient victimes de
graves pénuries d'eau en raison de sécheresses successives. Le plan de construction d'un million de
citernes a été formulé pour la première fois en 1999, les premières ont été construites grâce à la
collaboration d’organisations de la société civile, d’églises et de syndicats de travailleurs ruraux.
(Nogueira 2010). En 2003, lors de son élection, le Président Lula a fait adopter le programme des
citernes par le gouvernement fédéral qui est ainsi devenu un élément clef de la nouvelle stratégie
nationale “Faim Zéro”. Le programme fut ensuite élargi afin d’y inclure la construction de citernes
destinées à recueillir l'eau pour les activités de production, principalement pour la culture de produits
alimentaires (IFAD 2021 ; voir fiche #38 pour toutes informations complémentaires).
Ce programme a été financé sur un fonds budgétaire fédéral alloué au Ministère du développement
social et de la lutte contre la faim (MDS) s'élevant à près de treize millions d’euros en 2020.

Au Mexique, le programme Mejora De Vivienda Y Vivienda En Conjunto (Amélioration de l'habitat


et du logement) a joué un rôle important dans le financement et la construction de logements pour les
familles à faible revenu, tant des zones rurales qu'urbaines. Ce programme lancé en 2019 avait pour
but de lutter contre le surpeuplement dans les habitations et tous les problèmes inhérents tels la
précarité, l’insalubrité, les biens dégradés et proches de l’effondrement. Ce programme a été conçu
pour les résidents âgés de 18 ans à 64 ans non propriétaires. Le programme a été financé par le
gouvernement mexicain pour un budget de 52 millions de dollars en 2019 (voir fiche #39 pour toutes
informations complémentaires).

19
En Asie, le développement des infrastructures est marqué par l’utilisation de technologies durables.
Cette approche valorise la mise en œuvre à grande échelle de l’ensemble des zones urbaines,
l’innovation technologique via des matériaux durables et le financement sous forme de partenariat
public-privé. En effet, face à la hausse des prix de l’immobilier résidentiel et une forte croissance
démographique, la Chine avec une population de 1,3 milliard d’habitants voit l’accès des ménages
chinois au logement devenir de plus en plus inégal. (Attané, I., n.d. ; Vorms 2014). À Pékin, entre
2009 et 2012, le loyer mensuel a en moyenne augmenté de 10 %, pour pallier la précarisation des
populations vulnérables et agir contre un mécontentement social croissant, le gouvernement central a
lancé en 2011 le programme de « logements garantis ». En planifiant la construction de 36 millions
de logements sociaux locatifs et en accession à la propriété, dans le cadre du XIIème Plan
quinquennal. En d’autres termes, la construction de logements sociaux locatifs et allocation de
logements à faible coût pour les populations démunies inscrites dans le registre national du « hukou »
( Elosua,M. Ged, F. et Chen, Y. 2020; voir fiche #40 pour toutes informations complémentaires).

En Inde, le problème de logement est lié à de multiples facteurs, la congestion, le manque de confort,
un grand nombre d’habitats précaires et non autorisés ne disposant pas de toilettes ni d’eau potable
en leurs seins. (Dupont 2017 : p.27). En 2009, 29 % de la population urbaine totale de l’Inde vivait
dans des slums et c’est à Bombay que l’on retrouve le plus grand bidonville d’Asie. Ce ne sont pas
moins de 65 millions de personnes qui vivent dans des « slums » (bidonvilles) selon un recensement
fait en 2011. (Dupont 2017 : pp.27-28).
Pour régler ce problème, le gouvernement indien instaura en 2015 le Pradhan Mantri Awas Yojana
(PMAY -un logement pour tous). Afin de garantir des logements abordables aux populations pauvres
habitantes des villes ou en milieu rural (voir fiche #41 pour toutes informations complémentaires).

20
3.1.2. ÉDUCATION ET ENFANCE

En Afrique, les leviers du succès reposent sur l’étendue de la couverture des programmes, la qualité
du ciblage, l’adaptation de l’offre de services selon les vulnérabilités et la gouvernance entendue
sous l’angle de l’intersectorialité entre les différents types d’acteurs (État, société civile, collectivités
territoriales et secteur privé) et les dispositifs de surveillance et de suivi des impacts des prestations.
Dans la dynamique de soutenir les familles pauvres et vulnérables, le gouvernement du Namibie a
mis en place le programme de bourse pour enfant (Child Grants Maintenance, Special Maintenance,
Foster Care Grant, Place of Safety). La Namibie dispose de l'un des systèmes de protection sociale
les plus complets d'Afrique. Le gouvernement namibien alloue 13% de son PIB aux programmes
protections sociales.
Au Rwanda, depuis les années 90, le système éducatif Rwandais inauguré par les colons allemands
prit la forme de quelques « chapelles-écoles » dédiées essentiellement au catéchisme. En 1962 avant
l’indépendance, le système favorise l’accès au pouvoir d’un parti républicain. En 1982, le système
est passé d’un extrême à l’autre, c’est-à-dire de l’obsession de contrôle de l’accès à une « anarchie
d’initiatives », d’abord au niveau du secondaire puis au niveau du supérieur. Après le génocide de
1994, il y’a eu des changements au niveau de l’explosion de l’accès, la diversification des
programmes d’enseignement et l’introduction de la spécialisation dans la formation des enseignants.
En 2006 l’éducation de base gratuite est passée de 6 ans à 9 ans. En 2007, le Rwanda adopte la
seconde perspective à la faveur de son entrée dans la Communauté des États de l’Afrique de l’Est. Le
gouvernement a ouvert 640 écoles de secondaire avec un nombre d’enseignants de 6458. Quatre
matières principales sont enseignées au premier cycle du primaire : l’anglais, le Kinyarwanda, les
mathématiques élémentaires et les études sociales. Pour les autres matières comme la religion, la
musique, le modelage, les activités culturelles et les travaux manuels durent seulement 4 heures par
semaine. En 2008, le système éducatif Rwandais a commencé à offrir un enseignement secondaire
gratuit avec l’adoption de la politique de 9 ans d'éducation de base. En 2009, 95 % des enfants
rwandais en âge d’être scolarisés en primaire sont scolarisés.
L’espérance de vie à la naissance rwandaise est passée de 63 ans en 2012 à 68 ans en 2017.

21
L’État a mis en place un programme d’éducation permettant à tous les Rwandais de bénéficier d'une
éducation de base gratuite (9 ans).

En Amérique Latine, la situation est quasi similaire à l’Afrique car le taux de couverture de même
que l’adaptation des prestations constituent les raisons de succès des programmes de protection
sociale. Dépendamment des pays, il y a des programmes de politiques de santé en faveur de l’enfant,
des allocations en nature et en espèces et des politiques scolaires qui ont été établis depuis longtemps
et d’autres qui ont été introduits plus récemment. (Rossel et al., 2018 : p.132). Ainsi, au Brésil, le
gouvernement lança la Bolsa familia en 2003 pour les familles vivant dans la pauvreté et l'extrême
pauvreté et ce à l’échelle du pays et conjointement financé par le gouvernement fédéral et la Banque
Mondiale (BM) à hauteur de près de sept milliards d'euros en 2019. L’échec des programmes Faim
Zéro et Progredir depuis 1970 conduisit à l’adoption de ce nouveau plan par l’unification d'une série
de programmes préexistants (Bolsa Escola national et Bolsa Alimentação) sélectionnée par les
organismes municipaux sous couvert de quatre conditions (voir fiche #8 pour toutes informations
complémentaires). Couplé à cela, le recours aux transferts conditionnels d'argent dans le but de briser
le cycle intergénérationnel de la pauvreté en investissant dans la formation du capital humain des
enfants des familles les plus pauvres. En effet, des mécanismes innovants ont été mis en place et ont
permis de soutenir le revenu familial, de renforcer la qualification technique et professionnelle des
autres membres de la famille et l’incitation à l’esprit d’entreprenariat. Ces mécanismes innovants
reposent sur l’intersectorialité gouvernementale permettant ainsi la convergence des efforts du
Ministère du Développement Social (MDS) avec les ministères de l’Éducation, du Travail, de
l’Industrie, du Commerce Extérieur et des Technologies et Communications. Ces mécanismes ont
permis la création des emplois et des revenus, en plus de promouvoir l'autonomie des familles à
faibles revenus, en particulier celles inscrites sur le registre unique (CadÚnico).

Au Chili, une attention particulière fut portée aux enfants. En effet, tous les enfants doivent avoir
droit au meilleur départ possible et au meilleur soutien. C’est pourquoi, l'administration Bachelet a
mis en œuvre le système global de protection de l'enfance “Chile Crece Contigo” (Le Chili grandit

22
avec toi) (Cubillos Celis, P. 2017 : p.295). Ce programme fournit une aide financière, une garantie
d’accès aux crèches et jardins d’enfants et un suivi global de développement de l’enfant au centre de
soins de premiers recours aux familles vulnérables. De plus, en 2007, Chile Crece Contigo a inclus
dans sa couverture les femmes enceintes, les enfants de 0 à 9 ans ainsi que les familles pauvres et ce
sur l’étendue du territoire national. Le programme fut conjointement financé par le gouvernement et
l’UNICEF pour un montant de 2,6 milliards de dollars (voir fiche #9 pour toutes informations
complémentaires). En 2009, la loi n° 203795 a créé le système intersectoriel de protection sociale et a
institutionnalisé les actions du sous-système Chile Crece Contigo favorisant ainsi sa stabilité et sa
continuité en tant que politique publique. (Cubillos Celis, P. 2017 : p.357). Cette loi établit que les
enfants sont intégrés dans Chile Crece Contigo dès le premier bilan de santé de leur mère, et sont
accompagnés et soutenus tout au long de leur trajectoire de développement jusqu'à leur entrée dans le
système scolaire au premier niveau de transition de l'éducation préscolaire. Par la suite, à partir de
2016, l'extension progressive de Chile Crece Contigo jusqu'à l'âge de 9 ans commence. Cela a
impliqué la mise en œuvre progressive de nouveaux programmes et l'extension de la coordination au
premier cycle scolaire, en ajoutant ces acteurs à l'action des réseaux communautaires. Enfin, en 2017,
les règlements de cette loi ont été publiés, renforçant ainsi l'applicabilité des prestations mises en
œuvre par le programme.

Au Mexique, le programme phare Mi Beca Para Empezar (ma bourse pour commencer) pour lutter
contre le taux d’abandon élevé en milieu scolaire fut introduit. De ce fait, le programme Mi Beca
Para Empezar fut mis en œuvre pour réduire le taux d'abandon au niveau d'enseignement de base.
Ceux inscrits dans les établissements publics de tous niveaux préscolaire, élémentaire, secondaire et
universités et issus des ménages pauvres bénéficient d’un transfert en espèces. Afin que ces élèves et
étudiants puissent continuer leurs études dans de bonnes conditions. Le programme garantit l'accès à
l’éducation, le soutien de l'environnement économique de la famille et de la motivation de leur
performance scolaire. Il est financé par le fond fiduciaire de garantie de l’éducation (FIDEGAR)
(voir fiche #10 pour toutes informations complémentaires).

5
Loi Nº. 20.379 du 12/09/2009.

23
En Asie, la coordination des acteurs (États, collectivités territoriales, fonds sociaux et les institutions
gérant l’apprentissage) a été décisive dans la réalisation avec succès des programmes. Ce partenariat
multi-acteurs vise la modernisation de l’offre éducative et le ciblage de la petite enfance.
En Chine, les ministères des finances et de l'éducation ont publié en 2016 un document stipulant qu'à
partir du semestre d'automne 2016, les élèves démunis inscrits dans les écoles secondaires publiques,
ainsi que d'autres élèves nécessiteux, doivent être exemptés des frais de scolarité et des frais
d'éducation connexes (étude du soir, passage des examens, surveillance pendant les récréations et la
cantine, etc.). Malgré cette décision, certains frais sont demandés aux parents. Par ailleurs, il faut
noter qu’en Chine, les personnes relèvent de leurs lieux d’enregistrement c’est ainsi, que les
gouvernements locaux ne sont responsables que de ceux qui sont enregistrés dans leur localité. Ce
qui freine certaines migrations malgré le système du hukou (Froissart, C., 2003 : p.2).
C’est dans ce contexte qu’en 2016 le programme intitulé ‘’Subvention pour les enfants d'âge
préscolaire’’ qui offre un soutien financier pour favoriser la scolarisation des enfants démunis âgés
entre 4 à 10 ans a été créé (voir fiche #11 pour toutes informations complémentaires). Un co-
financement de 6,6 milliards de yuans provenaient des gouvernements et 160 millions de yuans des
jardins d'enfants ainsi que 38 millions de yuans de dons caritatifs et de fonds sociaux.
En Inde, l’attention fut portée sur l’éducation d’enfants issus des minorités musulmanes souvent en
retard dans le parcours scolaire parce qu’ils fréquentent les Madrasas, les Maktabs ou des Darul-
Ulooms jusqu’à un certain âge.6 Ces institutions délivrent un enseignement religieux permettant aux
élèves de devenir imam, muezzin ou enseignant de Madrasa. En 2004, l’État indien a créé un comité
national de suivi de l’éducation des minorités pour déceler les problèmes ainsi que les progrès à faire
pour moderniser les madrasas. La conclusion tirée était la nécessaire intégration des madrasas dans
l’enseignement professionnel. Ce travail de modernisation des madrasas amorcé depuis deux
décennies aboutit à la création d’un premier programme intitulé Scheme for Providing Quality
Education in Madrasas (SPQEM et IDMI) en 2009. Le but étant la réintégration des minorités
musulmanes dans une éducation de qualité (SPQEM) et la création d’infrastructures et de
développement d’instituts pour les minorités (IDMI) depuis 2009 reconnue par l’État (voir fiche #12
pour toutes informations complémentaires). L’accompagnement s’est fait sous forme d’une aide
financière fournie aux institutions, par la création d’infrastructures scolaires et l’inclusion de la
dimension genre en mettant l’accent sur les établissements d’enseignement pour filles. Le budget de
l’année 2019-2020 fut de plus d’un milliard de roupies indiennes INR soit 13 616 947,61 Euros. A
travers cette méthode, les minorités sont intégrées dans le système d’éducation national. Ainsi, au
niveau des madrasas, les enseignements sont formés sur les matières modernes en plus des
infrastructures adaptées à ce nouveau système.

6
Madrasa est un mot d'origine arabe signifiant école, que celle-ci soit inscrite dans la laïcité ou la religion.
Dans les temps modernes, le terme madrasa désigne une institution où les sciences islamiques sont
enseignées; un collège d'études supérieures.
Maktab est un type d'école primaire dans le monde musulman principalement visant à enseigner aux
enfants la lecture, l'écriture, la grammaire et les études .
Darul uloom est un terme arabe qui signifie littéralement "maison du savoir". Ce terme désigne
généralement un établissement d'enseignement islamique.

24
3.1.3. EMPLOI ET TRAVAIL

En Afrique, l’extension de la protection sociale à des catégories non salariées et précaires a permis
un élargissement de l’offre qui est appelée à être de plus en plus inclusif. En effet, pendant de
nombreuses décennies, les programmes de protection sociale étaient exclusivement limités à la
minorité des travailleurs salariés. Il a fallu ouvrir continuellement aux travailleurs de l’économie
informelle et à l’auto-emploi.
Au Maroc, le chômage n’est pas considéré comme un risque social assurable. L’absence du terme
chômage dans le code du travail montre son négligence. Le risque de perte d’emploi fait l’objet d’un
traitement singulier dans le système de sécurité sociale du Maroc. Pour pallier à ce manque de
considération, le gouvernement du Maroc a ratifié la convention internationale du chômage portant
révision de la convention no 2 de 1919. Ce texte rend obligatoire l’accord aux employés ayant perdus
leur travail de façon involontaire.

25
En Amérique Latine, la formation conduisant à une meilleure employabilité des jeunes a constitué un
des ressorts des programmes de protection sociale. Il est également noté un affinement du ciblage et
l’extension de la couverture face à des demandes de plus en plus fortes de groupes socio-
professionnels non couverts (les personnes en situation de handicap, des chômeurs, des personnes du
milieu carcéral). L’amélioration de la gouvernance a été la clé du succès avec l’accent mis sur la
dématérialisation des procédures, des modulations des contributions pour les travailleurs selon les
situations socio-économiques.

Au Brésil, le programme Progredir lancé en 2017 à destination des membres des familles à faibles
revenus, en particulier ceux inscrits au registre national unique ont pu accéder à des formations
professionnelles, consulter des offres d'emploi, et recevoir du soutien à l'entrepreneuriat. Tout ceci
financé à hauteur de trois milliards de R$ par le Gouvernement du Brésil et réseau des partenaires du
développement social soit dix-sept institutions financières qui opèrent dans le microcrédit (voir fiche
#21 pour toutes informations complémentaires).

Au Chili, le programme "Más Capaz" ou "+Capaz " est mis en œuvre par le Service National de la
Formation et de l'Emploi, du Ministère du travail et de la protection sociale. Il a été créé en 2014, en
tant que programme pilote, à la suite des engagements pris lors de la campagne présidentielle, visant
à accroître les possibilités offertes aux femmes, aux jeunes et aux personnes handicapées en vue
d’augmenter l’employabilité de cette main-d'œuvre et à améliorer les conditions de vie de ces
personnes. Révisé en 2018, il est destiné aux femmes de 18 à 64 ans, aux jeunes hommes de 18 à 29
ans, aux personnes incarcérées et aux personnes handicapées et vulnérables. Ceci, afin qu’ils puissent
obtenir un emploi de qualité soit comme salarié ou entrepreneur (voir fiche #22 pour toutes
informations complémentaires). Financé par le gouvernement du Chili en 2018 à hauteur de 37
millions d’euros. En outre, les pensions non contributives développées au Chili dès les années 1975,
jouent un rôle majeur dans la lutte contre la pauvreté. Des dispositifs permettant de lutter contre les
inégalités de pension entre hommes et femmes sont mis en place à partir de 2008. Une « bonification
universelle pour maternité » octroie pour chaque naissance une somme égale à 10 % de 18 mois de
salaire minimum) la mère, qui est versée sur son compte individuel de retraite. Cette somme produit
des intérêts à partir de cette date et complète sa pension au moment de la retraite (Mesa-Lago, 2008 :
p.429).

Au Mexique, l’emploi des jeunes est au cœur de divers programmes, en effet, il y a cette
catégorisation de jeunes qu’on n’appelle « ni-ni » parce qu’ils n’ont ni étudié ni travaillé qui seraient
de 7,4 millions de jeunes (Ramos Iduñate, G., 2013). La Loi du premier emploi qui reverses les
cotisation sociales aux employeurs si le jeune reste au sein de l’entreprise au-delà d e10 mois (OIT
2012 : p.75), le programme Jovenes Construyendo El Futuro (Les jeunes construisent leur avenir)
lancé en 2019 mis en place pour lutter contre le chômage des jeunes ( Mendizábal Bermúdez, G.
2019 : p.170; Cf. Social Protection n.d.).

En Argentine, PROGRESAR, un programme dans le domaine de l’emploi et de la formation fut créé


pour les jeunes, les adultes en situation de vulnérabilité et les chômeurs au niveau national financé
par le gouvernement argentin avec un budget de 375 millions de dollars EU (United Nations

26
ECLAC. (n.d.) ; voir fiche #18 pour toutes informations complémentaires). Deux programmes phares
se distinguent, le premier, ProEmplear mis en œuvre à partir de 2014 a pour objectif de promouvoir
et de faciliter l'insertion professionnelle des jeunes et des adultes sans emploi. Pour lequel, un
ensemble d'outils sera promu et renforcé, notamment le programme de redressement productif, les
services d'emploi, le programme de placement et le programme de formation sur place. Le second,
Programa de Formación Continua mis en œuvre en 2003. Il a pour objectif de promouvoir la
formation continue des travailleurs (achèvement de la scolarité, formation professionnelle et
certification des compétences) comme un outil pour accéder à des emplois décents et de qualité et
contribuer à l'amélioration de la compétitivité. Elle favorise également le renforcement des
institutions de formation professionnelle dans tout le pays et dispose du programme de crédit d'impôt
pour encourager et promouvoir la formation.

En Asie, l’inclusion des groupes socioprofessionnels ainsi qu’un meilleur ciblage a rendu possible
l’extension de la couverture sociale en particulier au milieu rural. Les programmes ont expérimenté
avec réussite les contrats de performances entre les districts et l’État se traduisant par des bonus
octroyés selon les résultats attendus. Certains contrats de performance ont porté sur le niveau de
promotion de l’emploi rural pour la construction d’édifices et la protection des ressources naturelles
(sol et eau).
En Chine, depuis la réforme économique chinoise de 1978, le pays connaît une croissance
économique remarquable. Cependant, le succès économique de la Chine ne traduit pas
nécessairement une amélioration du bien-être social de ses citoyens. Avec la croissance économique,
dans les zones rurales, le début des années 1980 a mis en exergue la dissolution du régime coopératif
de santé en milieu rural qui était le pilier du système de soins de santé dans les zones rurales. La
quasi majorité des résidents ruraux (90%) vivaient sans aucune couverture entre 1984 et 2003
(Global health expenditure database, OMS). Dans les zones urbaines, des millions de travailleurs ont
perdu leur emploi ainsi que l'assurance maladie liée à l'emploi lors de la réduction des dépenses de
l'État au milieu des années 1990. Pour améliorer cette situation, en 2003, le gouvernement a mis en
place un système de santé publique universel dans sa réforme des soins de santé. Un régime
d’assurance médicale pour les résidents urbains non-salariés (sans activité professionnelle). Le
système se compose de trois programmes clés : l'assurance médicale de base des employés urbains
(UEBMI) pour les employés urbains, initiée en 1998 ; la Nouvelle Coopérative Médicale (NCMS)

27
pour les résidents ruraux, établi en 2003 ; et le programme pour les résidents urbains (Urban
Resident Basic Medical Insurance - URBMI), qui couvre les résidents urbains sans emploi (voir
fiche # 24 pour toutes informations complémentaires).

Dans le cas de l'Inde, « Plus de 90 % de la population active en Inde travaille dans le secteur
informel, dont plus de 50 % dans l’agriculture et les métiers connexes, et plus de 20 % dans la
fabrication de produits bas de gamme et les services. Les possibilités d’emploi dans l’économie
informelle sont toujours instables en raison d’une concurrence acharnée, de l’évolution des marchés
et des changements de politiques économiques » (Langan, P. et Nanavaty, R., 2018 : p.37). Le
Programme d'emploi garanti MG-NREGA établi en 2005, consiste à octroyer cent jours de travail
par an au niveau des chantiers publics pour soulager les populations rurales qui vivent en dessous du
seuil de pauvreté. Cible les régions rurales. Il s'agit d’un programme cofinancé par le gouvernement
central et les États. Cependant une grande partie est mobilisée par le gouvernement central. Au cours
de l'année 2017-2018, l'estimation budgétaire était de 48 000,00 crores INR (1 crore = 10 millions)
(voir fiche # 24 pour toutes informations complémentaires). Pour apporter des solutions nouvelles à
ce problème, ce programme a été mis en œuvre dans un contexte de décentralisation des politiques
publiques pour assister les populations les plus pauvres. En plus de fournir aux ménages ruraux des
emplois supplémentaires, le MG-NREGA cherche également à encourager et à faciliter
l'autonomisation des femmes grâce à l'inclusion financière. Dans le rapport de l’UNESCO de 2010,
le ministre du logement et de la Lutte contre la Pauvreté urbaine signale que plus de 81 millions
d’Indiens vivaient en dessous du seuil de pauvreté. A nouveau, il en est ainsi du fait qu’une infime
proportion de la population active jouisse de droits de protection sociale alors que ceux actifs dans
l’informel font face à une précarité sans commune mesure. (Sénat français, n.d.).

3.1.4. FEMMES ET FILLES

En Afrique, le succès des programmes est déterminé par la qualité de la gouvernance qui se mesure
par la dématérialisation des procédures d’enregistrement selon un registre unique. Par gouvernance,
on entend la qualité et le suivi des données en temps réel et le pilotage des programmes au plus haut

28
niveau de l’État. La gratuité de certains services de santé liés aux maternités et autres maladies
chroniques.
Au Ghana, une politique d'exonération des frais d'accouchement a été introduite en 2004, destinée à
couvrir tous les coûts des soins dispensés à la mère et au fœtus pendant le travail et à la mère pendant
les six semaines suivant l'accouchement. Entre 2005 et 2006, une évaluation de la politique dans 6
districts de la région centrale et de la Volta a été menée par une initiative pour l'évaluation des
programmes de mortalité maternelle (IMPACT). Cette initiative a été progressivement abandonnée et
remplacée par l'assurance maladie en 2008.
La politique ghanéenne prévoyait des livraisons effectuées par des fournisseurs publics, des missions
et des fournisseurs privés, avec des tarifs différenciés pour refléter les différentes subventions
publiques dont ces acteurs bénéficient.
En 2008, le Ghana a introduit une politique de soins de santé maternelle via l'inscription des femmes
enceintes au régime national d'assurance maladie pour accéder gratuitement aux soins de santé.
L’étude vise à mesurer la contribution du Free Maternal Health Care Policy (FMHCP) à l'utilisation
des soins de santé maternelle, des soins prénatals et l'accouchement en établissement et déterminer
l'impact de l'utilisation sur les mort-naissances, les décès périnatals et néonatals.

En Amérique Latine, la principale raison du succès demeure le ciblage qui présente l’avantage de
prendre en compte les vulnérabilités multidimensionnelles auxquelles les femmes sont exposées. Par
vulnérabilités multidimensionnelles, on entend le besoin de formation et d’emploi, de garderie
d’enfants, d’aide psychologique, de santé mentale et d’autres soins médicaux). A titre d’exemple, on
observe une convergence des interventions ciblant les femmes chefs de ménage. Au Mexique, le
programme Red Mujeres a été créé en 2019, lutte contre la violence faites aux femmes adressées à 2
500 femmes de Mexico, et un réseau de 400 femmes appartenant à des peuples autochtones7. Ces
groupes peuvent accéder à des centres de soins pour les femmes victimes de violences en leur offrant

7
Escobar, Agustín et Mercedes González de la Rocha (2009), « Les filles, les mères et la réduction de la
pauvreté au Mexique: évaluer Progresa-Oportunidades », Les impacts du genre de la libéralisation,
ShahraRazavi (éd.), New York, Routledge.

29
des suivis psychologiques et juridiques. Il y a aussi des ateliers de sensibilisation. Cette initiative fait
suite à une enquête nationale sur la dynamique des relations au sein des ménages en 2016, la ville de
Mexico présente une prévalence plus élevée de la violence à l'égard des femmes que la moyenne
nationale. La violence la plus fréquente est celle qui se produit dans la communauté avec 61,1 %,
suivie par la violence entre partenaires intimes, avec 52,26 %. Les femmes âgées de 15 ans et plus,
habitantes de Mexico, qui ont déclaré avoir subi des violences de la part de leur partenaire,
constituent 52,6 %. 6 mexicaines sur 10 ont été confrontées à un incident de violence ; 41,3% ont été
victimes de violence sexuelle. Le programme "red mujeres" est créé dans le but de renforcer la
prévention de la violence faite aux femmes mais aussi de lutter contre ces violences. Il promeut
l'accès à la justice par la connaissance des droits des femmes. Le secrétariat à la femme
(SEMUJERES) met en œuvre la stratégie du Réseau des Femmes pour l'égalité et non à la violence
qui touche plus 636.644 personnes depuis son lancement. Le budget du programme est de 1 870
078,74 de dollars (SEMUJERES : Secrétariat de las mujeres de la cuidad de Mexico)

En Asie, l’inclusion des femmes a favorisé la réduction du gap de protection sociale. Selon les
situations géographiques (rural, urbain, péri urbain), des paquets de services ont été adaptés pour
prendre en charge les soins spécifiques relatifs à la maternité.
En Chine, l’accent a été mis sur la santé reproductive pour garantir la santé individuelle de sa
population et assurer le développement économique et social. Le taux de participation à la
population active des femmes était de 61.9% en 2011 avec un taux de natalité de 12.1%. Fort de ce
constat, le Conseil d'État a publié et mis en place en avril 2012 des dispositions spéciales, relatives à
la protection du travail de toutes les femmes salariées, de l'épouse sans emploi d'un travailleur
salarié, de l'épouse sans emploi d'un travailleur indépendant mais aussi la femme qui exerce une
activité indépendante.
Les soins liés à la grossesse sont pour la plupart pris en charge, les montants variant selon les
provinces. Le congé de maternité est de 98 jours soit 14 semaines dont 15 jours avant

30
l'accouchement et les indemnités de maternité correspondent à 100 % de la base de calcul. 8Le
programme est financé par l’État (voir fiche #32 pour toutes informations complémentaires).
En Inde, dans les années 2000, l'État indien avait comme objectif de satisfaire la demande en matière
de santé maternelle et infantile (Julien 2015: pp.264-265). La mortalité maternelle constituait à
l‘époque un problème majeur car, elle représentait plus de 20% des décès. En outre, le
gouvernement se rend compte que seules 34% des femmes fréquentent les hôpitaux. Pour remédier à
ce problème et éliminer ce fléau, l'État avec la collaboration du National Rural Health Mission
(NRHM) instaure le programme de protection maternelle Janani Surakshya Yojana (JSY) afin
d'inciter les femmes à se rendre au niveau des structures sanitaires pendant l'accouchement. Le but
est d’œuvrer pour la baisse du taux de mortalité maternelle et néonatale. La prime est de 1000 à 1400
roupies pour les femmes enceintes pauvres fréquentant les structures de santé. En 2005-2006, les
chiffres tournaient autour de 739 000 bénéficiaires. Une enquête par sondage a été réalisée en Inde et
les données analysées ont permis de voir la proportion de naissances intentionnelles avant 2005 et
après la mise en œuvre du JSY de 2006 jusqu’à 2010. Sur les 284 districts des 9 États, la proportion
de naissances dans les institutions publiques est passée de 20 % avant le commencement du
programme à 49% en 5 ans.
Le programme de protection maternelle, créé en 2005 visait à améliorer les conditions
d'accouchement des femmes en favorisant la fréquentation des hôpitaux. Il s’agit d’un projet
entièrement financé par l’État central indien qui procède par des transferts monétaires à condition
que la patiente se rende dans les institutions sanitaires pendant et après l’accouchement. La prime en
guise d’incitation est de 1000 à 1400 roupies selon les États (voir fiche #33 pour toutes informations
complémentaires).

3.1.5. PERSONNES VULNERABLES

8
Marius, Kamala, 2016, « Les inégalités de genre en Inde », Géoconfluences, mis
en ligne le 28 novembre 2016

31
En Afrique, le défi principal a été le ciblage des personnes vulnérables selon la diversité des
situations (les personnes vivant avec handicap, les personnes âgées…) dans des contextes où les
données statistiques sont relativement peu existantes ou n’ont qu’une couverture géographique
partielle. L’offre a été diversifiée pour être en mesure de couvrir davantage de catégories jusqu’alors
laissé en rade. La gouvernance s’est également améliorée en réservant une place à la
dématérialisation, le contrôle de l’effectivité des prestations auprès des ayants-droit et le partenariat
multi-acteurs (Ministères, organismes parapublics, société civile, secteur privé).
Le gouvernement du Cap-Vert accorde une grande priorité à la croissance économique dans l’équité
du pays. Le Cap-Vert étant le pays le plus « vieux » de la sous-région, en 2020, les personnes âgées
de 60 ans ou plus représentent 7,6% de la population (contre une moyenne régionale d’environ 5%).
L’espérance de vie est estimée à 71 ans pour les hommes et 76 ans pour les femmes correspondant à
des niveaux très élevés par rapport à la moyenne ouest-africaine autour de 60 ans.
Dans la moitié des années 2000, le Cap-Vert lance un grand programme de transferts en faveur des
couches vulnérables dont une pension universelle destinée aux personnes âgées qui représente ,en
2005, 7,1% de la population. Avec la mise en œuvre de ce programme, on estime qu’en 2015, 90%
des personnes âgées bénéficient d’une pension issue du régime contributif ou non contributif.
A l’Ile Maurice, le nombre d’handicapés représente 4,9% (60 000 personnes) de la population totale
de l’Ile Maurice. Le gouvernement mauricien a signé et ratifié la Convention des Nations Unies
relative aux droits des personnes handicapées qui appelle les États parties à promouvoir le concept de
l'éducation inclusive pour les personnes handicapées. Dans ce contexte, le ministère de de
l'intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale a signé en 2007 et ratifié, en
2010, l'unité d'autonomisation des personnes handicapées qui fournit une gamme de services directs
aux personnes handicapées.

En Amérique Latine, l’enjeu de la sécurité alimentaire et de la nutrition est très présent dans les
programmes étudiés : aide aux familles pour lutter contre la malnutrition et la faim et une meilleure
qualité nutritionnelle des aliments. On observe des pratiques similaires de préservation de la
cohésion sociale à travers des aides pour les populations vulnérables (adolescents, travailleurs
précaires, familles démunies, etc.). Au Brésil, le Bénéfice de Prestation Continue (BPC) est un

32
programme national qui octroie une allocation dont la valeur est égale au salaire minimum aux
personnes âgées et aux personnes handicapées dont le revenu n’atteint pas le quart du salaire
minimum. (Rocha, 2008 : p.640). Ces prestations sont versées par la sécurité sociale, financées par le
gouvernement fédéral et servies par l'INSS. (Ibid,p.641). Elles permettent aux personnes âgées et aux
handicapés de nationalité brésilienne ou portugaise résidant de façon permanente au Brésil, de
disposer d'un minimum vital. Les bénéficiaires et les membres de leurs familles doivent
obligatoirement être inscrits au Registre unique des programmes sociaux du gouvernement fédéral
(Cadastro Único de Programas Sociais do Governo Federal - CadÚnico). Les conditions sont les
suivantes : être âgé de 65 ans ou plus, ne percevoir aucune allocation accordée par la prévoyance
sociale ni par aucun autre régime social, justifier d'un revenu familial par personne inférieur à un
quart du salaire minimum en vigueur, soit 107€. En outre, il faut pouvoir justifier d’un état
d'invalidité d'au moins 2 ans empêchant de mener une vie autonome, être en incapacité de travail,
justifier d'un revenu familial par personne inférieur au quart du salaire minimum en vigueur, soit 107
€. Ces conditions permettent l’octroi d’un transfert direct de 114$ au bénéficiaire (voir fiche #50
pour toutes informations complémentaires) (Monde sans pauvreté 2015).

Au Chili, la mise en œuvre du Chili Solidario en 2002 a constitué une étape fondamentale qui a jeté
les bases de l'actuel système de protection sociale. (Mesa-Lago, 2008: p.419; Ferreira, n.d. ) Chile
Solidario génère un nouveau paradigme pour les politiques sociales, grâce à l'intégration
intersectorielle dans un réseau de protection sociale qui relie tous les programmes pertinents. Le
programme cherche à accompagner et à fournir un soutien psychosocial aux familles chiliennes
vivant dans l'extrême pauvreté, dans le but de soutenir le développement des capacités de ses
membres pour leur permettre de sortir de cette situation. L’innovation technique de ce modèle est
d'intégrer les opportunités offertes par la société avec les capacités des personnes à les utiliser
efficacement. Le modèle est basé sur une approche reposant sur les droits avec des garanties
explicites, un soutien psychosocial pour les familles et un réseau de programmes sociaux. Cette
approche a permis de réduire l'extrême pauvreté, selon l'enquête nationale de caractérisation socio-
économique (CASEN) de 2006.

Le Mexique a développé en 2014 le programme Prospera qui constitue la conversion d’anciens


programmes : Progresar lancé en 1997 et Oportunidades en 2002. (Scaling Up nutrition 2017). Il
comprend 3 principales composantes de développement du capital humain à savoir : l'alimentation,
la santé et l'éducation. En plus de cela, les bénéficiaires ont accès à d'autres programmes sociaux
pour le développement productif, la création de revenu et l'inclusion de la main-d’œuvre. (Ibid.). Il
s’étend via des bourses d'études universitaires ou techniques supérieurs 232,85 dollars pour s'inscrire
à l'université, un accès à l'assurance Seguro Popular. De plus, les femmes enceintes et allaitantes
recevront des compléments alimentaires. Financé par le gouvernement mexicain en mensualité de
147 dollars mensuels.
Sans compter une distribution d’un ensemble de compléments alimentaires aux femmes enceintes et
1 an après accouchement, des suppléments de vitamines pour les enfants de 6 à 59 mois. Il s’agit
dans ce cadre ci d’à la fois prendre en charge les vulnérabilités mais également de s’attaquer aux
problèmes de nutrition. Ces actions sont cofinancées par le Gouvernement du Mexique, le Groupe de
la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement. (Op cit.).

33
Enfin, en Argentine, le Plan Argentine Trabaja (2009-2018) a ciblé les ménages en situation de
vulnérabilité afin de créer un nivellement des écoles et taux d'abandon scolaire, de contribuer à la
formation technique et professionnelle, d’apporter du soutien au travailleurs indépendants et stimuler
la création d'emplois directs au niveau national. Les Ministères du développement social est en
charge de l'exécution et c’est le Gouvernement de l'Argentine qui le finance. (Naciones Unidas -
CEPA, n.d.; Social Protection, 2021).L'impact est ainsi doublement positif: d'une part, il crée de
nouveaux emplois authentiques qui privilégient la participation collective à la participation
individuelle et, d'autre part, il améliore les espaces communautaires en affectant directement la vie
quotidienne des voisins.
À destination des ménages en situation de vulnérabilité en leur octroyant un revenu social par le
travail, développant des projets sociaux et productifs ainsi qu’un programme national de microcrédits
pour l'économie sociale et solidaire (voir fiche # pour plus d’information).

En Asie, les facteurs de succès reposent sur la décentralisation avec une forte responsabilisation des
municipalités dans la gestion de l’offre de services. Les règles d’équité entre les groupes socio-
économiques et les territoires ont été respectées conduisant à décrédibiliser les programmes. La
couverture s’est étendue à grande échelle dans le domaine de la sécurité alimentaire et de l’énergie.
Les subventions sont accordées par l’État pour l’achat de denrées de première nécessité tels que le
blé, le riz, le kérosène, du charbon de cuisine, du sucre.
En Chine, le programme de garantie du niveau de vie minimum DIBAO est né en 1997, dans un
contexte de restructurations économiques qui ont entraîné un choc sur le marché du travail dans les
zones urbaines. Ces facteurs ont engendré un taux inquiétant de chômage dans ces zones. Face à
cette situation alarmante, le gouvernement chinois a commencé à fournir des garanties sur le niveau
de vie minimum des résidents urbains pour réduire l'émergence de la pauvreté urbaine (voir fiche #
52 pour toutes informations complémentaires).
En Inde la croissance économique est forte mais, la grande majorité de sa population rurale vit en
dessous du seuil de pauvreté. Le régime indien de sécurité sociale n'est pas universel et couvre des

34
groupes bien distincts du secteur formel vieillesse-invalidité-décès, maladie-maternité, chômage,
accidents du travail et maladies professionnelles (CLEISS, 2021 ).
Durant l'année 2015, 300 millions de personnes vivaient toujours dans l'extrême pauvreté avec un
revenu maximal de 1, 5 dollars par jour. Pour aider les populations pauvres vulnérables à atteindre un
niveau de vie convenable, le gouvernement central en collaboration avec les États crée ce
programme qui vise à fournir une sécurité alimentaire et une subvention du carburant pour les
besoins domestiques et de l'éclairage. En 1997, pour la sécurité alimentaire, Crée en 1997, le
programme continue de poursuivre ses œuvres notamment avec la loi nationale sur la sécurité
alimentaire (NFSA) de 2013 qui a autorisé son déploiement au niveau national.
Les ménages pauvres reçoivent jusqu'à 5 kg de céréales à des prix subventionnés par mois et par
personne. Les céréales sont composées de riz, du blé et du mil subventionné respectivement en 3, 2
et 1 kg. Le montant de la subvention alimentaire était estimé à 145 338,60 crore INR soit
1 644 748 215,74 Euros, et celui du kérosène à 8923,87 crore INR soit 1 009 668 309,14 Euros pour
le budget de l'année 2017-2018. En 2014 précisément 1 an après son déploiement au niveau
national, le gouvernement central a ordonné aux États qui ont atteint le seuil d'électrification d'arrêter
la subvention liée au Kérosène (voir fiche #53 pour plus d’information).

3.1.6. RESTAURATION SCOLAIRE

En Afrique, les programmes de restauration scolaire réussis s’expliquent par l’engagement de l’État
et la forte implication des autres parties prenantes (collectivités locales) à faciliter l’éducation à tout
élève indépendamment de leurs conditions socio-économiques. Ainsi, une méthode de diversification
de l’alimentation et d’adaptation des menus selon les normes nutritionnelles a été adoptée dans le
cadre de la mise en place de ces programmes. Pour accompagner cet effort de l’État et mener à bien
la conduite de ces programmes, le suivi strict ainsi que la mise en place d’un système d’information
en ligne et l’aménagement du budget national sont notés pour assurer la durabilité des programmes.

35
Le Lesotho souffrant d’une malnutrition infantile très élevée pour un pays de niveau de revenu
intermédiaire, le quotidien des ménages du Lesotho a été impacté par les fluctuations de ces derniers.
Ainsi environ 39,2% des enfants ont un retard de croissance (avec 14,8% ayant un retard de
croissance sévère) et 36% des enfants de moins de 5 ans sont malnutris. Le niveau de carence en
vitamine A chez les enfants est resté élever. Les changements climatiques qui ravagent le pays
entrainent une réduction de la production agricole. Ainsi les couches vulnérables vivant de
l’agriculture de subsistance sont exposés à la malnutrition. Afin de lutter contre la malnutrition, la
scolarisation des enfants et d’atteindre les ODD, le gouvernement du Lesotho a mis en place le
programme d’alimentation scolaire (School Feeding) en 1963.
Une mission de renforcement de capacité du Gouvernement s’est rendue au Lesotho en août 2019.
Cette mission dirigée par des experts de du Centre d’excellence PAM du Brésil avait pour but de
mettre en place une stratégie solide afin de transférer au Gouvernement la gestion intégrale du
programme.
Au Maroc, les déficits alimentaires enregistrés cumulés aux Objectifs de Développement Durable
(ODD) ont poussé le Gouvernement marocain à mettre en place le programme Cantines Scolaires
avec l’accompagnement des Nations Unies à travers le PAM. Ainsi depuis 1997, la responsabilité et
le financement sont gérés par le gouvernement marocain. Le Gouvernement marocain a mis en place
un partenariat avec le Programme Alimentaire Mondiale pour l’assister dans son projet de réforme
du programme. Cette réforme a été faite pour appuyer les efforts faits par le Ministère de l’éducation
Nationale.
Dans ce sens, après son indépendance en 1990, le Gouvernement du Namibie a fait de la réduction
de la pauvreté et des inégalités une priorité à travers l’éducation. L’article 20 de la Constitution
namibienne stipule que «l’éducation est un droit universel fondamental pour tous le namibiens et
rend l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous les enfants ». Dans cette lancée, le
Gouvernement namibien met en place, avec l’aide de Nations Unies, le programme alimentation
scolaire en 1996. Depuis 1996, la gestion et le financement du programme est assuré par le
gouvernement à travers le Ministère de l’Éducation Nationale et ses partenaires.
Au Ghana, l'enquête démographique et sanitaire de 1998 (EDSG 3) avait dévoilé que l'impact du
retard de croissance, de l'insuffisance pondérale et de l'émaciation chez les enfants était
respectivement de 26%, 25% et 10%. Durant l’année 2003, les résultats ont montré que la proportion
d'enfants de moins de 5 ans avec un retard de croissance était passée de 28,5% en 1997 à 30%, dont
11% étaient gravement rabougris, 7% des enfants de moins de 5 ans étaient amaigris et 1% en état
très grave. De plus, 22% présentaient une insuffisance pondérale, dont 5% en situation aggravée.
En réponse à ce problème, le Ghana a créé une politique alimentaire en fin 2005 afin de vaincre la
faim et la malnutrition des enfants. Dans la mise en œuvre du programme, un budget total de 211,7
millions de dollars a été débloque pour couvrir quatre ans d’exercice (2006-2010). Dans ce budget,
l'alimentation représentait la part le plus important équivalent à 87% du coût total. La fourniture de
repas chaud et nutritif par jour aux enfants revenait à 33% par jour, soit 65 dollars par an, en 2007
aux taux de change actuels, en hausse de 2,5% par an. Le ministère de la santé, le ministère des
affaires étrangères et les assemblées de district étant des institutions partenaires au programme ont
mobilisé également la somme de 102,3 millions de dollars pour compléter le budget du programme
en soutien aux activités connexes telles que la vermification, la construction de cuisines, d'aires de

36
cuisson et de plates-formes pour les réservoirs d'eau afin de soutenir le travail au niveau du district
(agent de liaison spécialisé) et des sous-districts (par exemple les cuisiniers et les aides).
Durant la phase pilote du GSFP qui a été effectué en mai et juin 2006, des résultats ont été récoltés
en 6 mois de mise en œuvre. On note l’augmentation des inscriptions dans les écoles pilotes de
20,3% contrairement aux écoles témoins (non-SPFG) des mêmes districts qui se retrouvent avec
2,8% seulement. On peut y adjoindre le taux de fréquentation, qui a augmenté de 39,9%, 5% et 13%
dans trois écoles pilotes, contre 9%, -0,5% et -19% dans les écoles non encore ciblés par le GSFP au
sein des mêmes communautés ou districts.

En Amérique Latine, on observe une prise en charge sur le long terme avec un suivi de la maternelle
au secondaire. L’effort s’accentue alors sur le ciblage exhaustif des écoles publiques au niveau
national, la capacité d’adaptation à différents milieux et la durabilité des programmes.
Au Chili, le programme de restauration scolaire (PAE) consistait en services de restauration aux
élèves vulnérables des établissements d'enseignement municipaux et privés qui sont subventionnés
pendant l'année scolaire. Tous issus de familles appartenant aux 60% les plus vulnérables ou les plus
défavorisés socio-économiques selon le registre social des ménages tant en ville qu’en campagne.
Financé par le Gouvernement du Chili et le Conseil national de l'aide et des bourses scolaires
(JUNAEB) pour un budget de 278 milliards de dollars (voir fiche #58 pour plus d’informations).
Au Mexique, Programa Alimentos Escolares est un programme social par lequel des aides
alimentaires basées sur des critères de qualité nutritionnelle sont fournies aux filles et aux garçons
dans les niveaux préscolaires, primaire et spécial. Le programme offre des petits déjeuners complets
(pain céréales fruits…) aux enfants qui sont écrits dans les établissements publics. Grâce aux
financements du Gouvernement de Mexico et du (secrétariat d’inclusion et de protection sociale de la
ville de Mexico (SIBISO), du système national pour le développement intégral de la famille (DIF).
Le budget en 2019 s’élevait à 41 802 067 dollars.
Au Brésil, pour garantir que les enfants aient un accès aux cantines scolaires, des incitations
financières ont été mises en place pour encourager l’assiduité.9 En effet, tel que vu précédemment,

9
Service d’alimentation scolaire du PAM. (n.d. : pp.39-41).

37
les aides sont conditionnés et l’une de ces conditions est la fréquentation scolaire qui induit une
alimentation au sein de son établissement.

En Asie, dans un processus d’amélioration du taux de scolarisation des enfants et d’inclusion de tous
les groupes socio-économiques favorisant l’égalité des chances, des programmes de protection
sociale ont été mis en place. Ces programmes visant à éradiquer la faim et à promouvoir une
nutrition équilibrée ont évolué en mettant en avant un multi-partenariat entre l’État, les municipalités
et les écoles. En Chine, selon le bulletin statistique 2012 du développement économique et social
national de la République populaire de Chine, le revenu net par habitant des ménages ruraux était de
7917 CNY (≈$US 1257) en 2012. Le coefficient d'Engel, qui fait référence à la proportion des
dépenses alimentaires par rapport aux dépenses de consommation totales des ménages, est passé de
45.5 % pour les ménages ruraux en 2005 à 39.3 % en 2012.
L'état nutritionnel des élèves vivant en Chine rurale est déficitaire comparé à leurs homologues
urbains.10 En 2005, les différences de taille, de poids et de tour de poitrine entre les garçons de 14
ans vivant en milieu rural et ceux du milieu urbain étaient respectivement de 4 à 3 cm, de 5 à 8 kg et
de 1 à 8 cm. Dans le même groupe d'âge d'élèves de 14 ans, les garçons et les filles des zones rurales
présentent un taux plus faible que leurs homologues urbains respectivement 25.7 % contre 17.6 % et
13.5 % contre 12.1 %. Outre le mauvais état nutritionnel des élèves des zones rurales, le manque de
restaurants et d'éducation nutritionnelle est fréquent dans les écoles rurales de Chine. Une enquête
menée dans 122 écoles primaires rurales pauvres du nord-ouest de la Chine a montré que seules 8.2
% des écoles étudiées disposaient d'une cafétéria, qu'entre 50 et 70 % des élèves prennent deux repas
par jour pendant toute l'année (les pourcentages diffèrent selon la saison) et que les directeurs, les
enseignants et les parents manquaient généralement de connaissances en matière de nutrition et de
santé.

Service d’alimentation scolaire du PAM. (n.d.). Ce que l’expérience nous a appris


Bonnes pratiques de 45 années d’alimentation scolaire.
10
FAO. (2010). Profil nutritionnel par pays – Chine. [En ligne]
[Link] consulté le 9 décembre 2021.

38
La malnutrition a des implications à long terme pour la population dans son ensemble. L'examen
systématique a montré que la malnutrition infantile était un facteur de risque de maladie mentale,
d'hyperglycémie à l'âge adulte et d'hypertension artérielle. La malnutrition infantile entraîne une
déficience permanente.

Au cours des 20 dernières années, des chercheurs chinois ont constaté les implications de la
malnutrition infantile et ont suggéré que des politiques de réduction de la malnutrition soient
développées sur une base nationale. Dans ce cas, une intervention plus concrète est mise en œuvre
dans les écoles, notamment dans les écoles rurales. Le besoin identifié est de fournir aux élèves des
repas scolaires bien conçus, en promouvant l'éducation à la santé et la construction d'un plus grand
nombre de cafétérias scolaires. Ainsi, le gouvernement chinois a pris conscience de la nécessité et
l'urgence de modéliser une approche politique d'amélioration de la nutrition des enfants à l’école.
Voir fiche #60 pour plus d'informations sur le "Nutrition Improvement Program For Rural
Compulsory Education Students (NIPRCS)" ou le Programme d'amélioration De La Nutrition Pour
Les Élèves De L'enseignement Obligatoire En Milieu Rural ciblant principalement les étudiants
ruraux de l'enseignement obligatoire, qui sont principalement âgés de 6 à 15 ans de la 1ère à 9ème
année.

Alors qu’en Inde, Ayant constaté que 42% des enfants de moins de 5 ans ont un poids en dessous de
la moyenne, l'État indien a instauré ce programme afin de renverser la tendance. Lancé en 1995, Le
Mid Day Meal Scheme (MDMS) avait pour objectif de mettre en place les conditions nécessaires
permettant à tous les enfants de bénéficier d'un enseignement primaire. Par ce programme, l'État
comptait également éradiquer les préjugés de castes et les inégalités de classes et favoriser la
fréquentation des écoles par les couches défavorisées. Il demeure le plus grand programme
d'alimentation scolaire au monde.
Pour sa mise en œuvre concrète, un arrêt a été rendu par la Cour suprême en 2001, pour rendre
obligatoire l’alimentation scolaire dans les écoles primaires. En 2010-2011, le montant des dépenses
combinées du gouvernement central et des gouvernements des États/territoires de l’Union pour le
programme d’alimentation scolaire avoisinait 3 850 millions USD. La couverture durant cette année
était de 113,6 millions d’écoliers (voir fiche #61 pour plus d’information) Cela suite au constat que
42% des enfants de moins de 5ans ont un poids en dessous de la moyenne, l'État indien a instauré ce
programme afin de renverser la tendance. Lancé en 1995, Le Mid Day Meal Scheme (MDMS) avait
pour objectif de mettre en place les conditions nécessaires permettant à tous les enfants de bénéficier
d'un enseignement primaire.
Pour l’année 2017-2018, le budget a été de 10 000 crore INR (100 000 000 000 INR) soit
1 131 953 000 Euros.

39
3.1.7. SANTE

En Afrique, l’atout principal des programmes de protection sociale est la gratuité et la diversité de
l’offre de santé. La demande étant forte, la couverture universelle pour la plupart des programmes est
devenue une grande réalisation grâce à une incorporation de système préexistants et à leur
généralisation. Ce succès est dû à un partenariat entre l’État, les structures de santé et les institutions
internationales (l’OIT, l’OMS, etc.). La dématérialisation caractérisée par la création d’un registre
unique intégrant les personnes en situation de handicap et la décentralisation des centres de santé ont
constitué un facteur majeur de réussite des programmes. Dans la gouvernance, l’existence d’une
unité de gestion qui fédère les interventions crée une synergie positive. Les processus de contrôle
rigoureux de la qualité des services et des données ont favorisé les performances des programmes.
Au Maroc la population à de faibles revenus et le système de santé trop coûteux. L’accès aux soins
de santé est en moyenne de 65,5% (seulement 45,1% pour les plus démunis c’est-à-dire 20% de la
population). Dans l’optique de remédier à ces difficultés, l’État marocain s’est engagé à :
• Assurer l’accès aux soins à toutes les couches sociales de la population par la prise en charge
solidaire des dépenses de santé,
• Garantir une offre de soins de qualité répartie d’une manière harmonieuse sur le territoire
Marocain ;
• Relever les défis afin d’atteindre la couverture sanitaire universelle.
• Ainsi la loi 65.00 portant code de la couverture médicale a été instituée en 2002 et est entré en
vigueur le 18 août 2005.

Depuis les années 2000, la politique socio-sanitaire de L’État rwandais vise à assurer qu’aucun
membre de la société ne soit confronté à la mort, au handicap, à la mauvaise santé ou à
l'appauvrissement pour des raisons qui pourraient avoir un coût limité. Ainsi, le pays démarra la
phase pilote des assurances en 1999. Ensuite, en 2001, la loi du 27/4/2001 consacre l’assurance
maladie obligatoire pour les agents de l’État et facultative pour le secteur privé (RAMA) et gérée par

40
l’Office Rwandais de Sécurité Sociale (RSSB). En 2005, il fut créé l’assurance maladie des militaires
(Armée, Police Nationale et autres corps de sécurité). En 2006, le succès de la phase pilote démarrée
en 1999 entraine l’extension des mutuelles dans les 30 districts du pays. En 2007, une loi renforce les
mutuelles de santé en l’étendant au secteur informel toujours gérée par la RSSB. En 2015, à travers
la loi du 25/11/2015 il fut instaurée l’assurance maladie obligatoire au Rwanda et dont la gestion est
assurée par le Conseil National d’Assurance Maladie.
Au cours des deux dernières décennies les indicateurs de santé du Rwanda se sont largement
améliorés. L’espérance de vie de la population est passée de 48 ans en 2000 à 63 ans en 2010 pour
atteindre 67 ans en 2020, selon les chiffres de l’Institut National des Statistiques du pays. Le taux de
mortalité infantile a chuté de 106,2 pour 1 000 naissances vivantes en 2000 à 43,8 en 2010 pour
atteindre 25,38 en 2020. Le taux de mortalité maternelle est passé de 107 pour 100 000 naissances
vivantes en 2000 à 468 en 2010 pour atteindre 248 en 2017.

En Amérique Latine, les programmes ont favorisé l’aide aux familles et aux chômeurs en cas de
maternité, naissance, adoption, enfants en situation de handicap. Il a été noté une anticipation des
allocations familiales qui commencent dès la grossesse. La gratuité des médicaments, le soutien à la
parentalité ainsi que le ciblage des femmes et des hommes en situation de monoparentalité montrent
le focus qui est mis dans la prévention des risques de santé dès le début du cycle de vie.
L’accessibilité des soins de santé est un levier de succès du fait des stratégies basées sur des
consultations publiques pour la prévention des maladies avec un suivi des vaccinations et des visites
à domicile pour les pathologies chroniques. Au Brésil, sous l’ère COVID-19, la pauvreté recule. Le
Président Jair Bolsanaro, contesté depuis le début de son mandat bénéficie d’un regain de popularité
grâce à sa politique sociale d’aide d’urgence plus connue sous le nom de « coronavoucher ». Ce
programme a permis à plus de 20 millions de brésiliens de ne pas sombrer dans la pauvreté. L’État
verse mensuellement environ 100 euros à environ 30% de la population soit 50 millions de familles11
Au Chili, le Subsidio Único Familiar cible les personnes à faible revenu appartenant aux 60% les
plus vulnérables sur le plan socio-économique de la population nationale, basée sur le Registre

11
Brésil: le Covid-19 progresse, la pauvreté recule ([Link])

41
Social des Ménages (RSH). Le programme SUF met à disposition une allocation pour les personnes
à faible revenu qui n'ont pas accès à l'allocation familiale ou maternelle parce qu'elles ne sont pas des
travailleurs affiliés à un système de pension. La subvention familiale unique fait partie des
prestations accordées par le système des prestations familiales. Le montant de l'allocation familiale
est de 15,14 € par charge familiale. Cependant, le montant reçu par les personnes handicapées est le
double (30,28 €). Financé par le gouvernement du Chili à hauteur de 336 391 073 Euros en 2019
(voir fiche #70 pour plus d’information).
Au Mexique, Salud en tu casa est un soutien social pour les personnes qui ne sont pas affiliées à
l'IMSS (Institut mexicain de sécurité sociale) ou à l'ISSSTE (Institut de sécurité sociale et des
services sociaux pour les travailleurs de l’État). Anciennement appelé medico en tu casa, le
programme salud en tu casa est créé dans le but de venir en aide aux personnes défavorisées qui ne
peuvent pas se rendre dans les hôpitaux, de venir chez eux les soigner gratuitement.
Un soutien social pour les personnes qui ne sont pas affiliées à l'IMSS (Institut mexicain de sécurité
sociale) ou à l'ISSSTE (Institut de sécurité sociale et des services sociaux pour les travailleurs de
l’État)
Des bénéficiaires recevront des soins médicaux, des études de laboratoire et des médicaments chez
eux à chaque qu'elles en auront besoin.
Anciennement appelé medico en tu casa, le programme salud en tu casa est créé dans le but de venir
en aide aux personnes défavorisées qui ne peuvent pas se rendre dans les hôpitaux, de venir chez eux
les soigner gratuitement. Des groupes cibles tels les personnes âgées, les femmes enceintes, les
personnes handicapés qui n'ont pas d'assurance à l'IMSS (Institut Mexicain de Sécurité Sociale) se
voient offrir leurs soins médicaux et médicaments. Cette nouvelle orientation fut financée par le
gouvernement Mexico et le
Ministère de la santé pour un montant de 8 370 261 dollars en 2019 (voir fiche #71 pour plus
d’information).

En Argentine, sur le plan de la santé, le système est caractérisé par son incapacité à garantir l'accès
aux soins pour les populations qui ne disposent pas de couverture sociale, d'une part, et par
l'existence de disparités territoriales en matière d'offre de soins, d'autre part. C’est pourquoi, le
système de protection sociale en Argentine : reconstruire après la crise : les obras sociaux ont été
introduits. Elles sont le fruit d'une longue histoire, constituent aujourd'hui la pierre angulaire du
système d'assurance maladie argentin) n'arrivaient à faire bénéficier du système d'assurance maladie
qu'à 3,5 millions de personnes, soit 27 % de la population. Plus tard, ce système d'assurance maladie
organisé autour des obras sociaux ne couvre qu'une proportion de la population estimée à environ 52
% de la population. Sur ce, un travail sera fait au préalable avec le développement d’une politique de
santé publique. En ce qui concerne la couverture d'assurance maladie : Le système de santé est
caractérisé par son incapacité à garantir l'accès aux soins pour les populations qui ne disposent pas de
couverture sociale, d'une part, et par l'existence de disparités territoriales en matière d'offre de soins,
d'autre part.
L’objectif est la lutte contre l’exclusion et l’octroi d’allocations familiales et lutte contre le chômage
financé par la Banque interaméricaine de développement a débloqué des crédits à hauteur de 700
millions d'euros pour financer ce programme. L'État consacre 3,5 milliards de pesos (soit 80 % du

42
montant de l'aide sociale distribuée par l'État) au plan Jefes y Jefas qui a pour objectif d'apporter une
aide aux familles les plus démunies.
Le Gouvernement argentin consacre 20,8% de son PIB aux dépenses de la santé : 1 milliard de
dollars

En Asie, l’accentuation des programmes en milieu rural a résorbé partiellement le gap d’accessibilité
des services. Les besoins massifs ont conduit les États à investir fortement dans les zones déficitaires
à l’échelle nationale. Une des stratégies des programmes de santé consiste à expérimenter des
procédés simples, efficaces, digitalisés et réplicables. Cette situation a favorisé davantage d’équité et
de transparence. En Chine, L’évolution du modèle économique chinois jadis collectif vers une
économie privée a creusé les écarts entre les régions côtières et les provinces enclavées, entre les
villes et le monde rural et plus récemment, entre les différentes couches socio-économiques. Avec la
fin de l'Ancien Régime Médical Coopératif Rural (RCMS), le besoin de soins de santé abordables est
devenu urgent dans la Chine rurale. Le Nouveau Régime de Soins Médicaux Coopératifs Ruraux
(NRCMS) a été mis en place pour remanier le système de santé, en particulier pour le rendre plus
accessible pour les personnes défavorisées dans les zones rurales. La population rurale représentant
61.5% de la population de la Chine. Le NRCMS couvre les dépenses dans les établissements de santé
publique de tous niveaux, bien que le taux varie selon les régions et le type d'établissement.
L’évolution du modèle économique chinois jadis collectif vers une économie privée a creusé les
écarts entre les régions côtières et les provinces enclavées, entre les villes et le monde rural et plus
récemment, entre les différentes couches socio-économiques. Avec la fin de l'Ancien Régime
Médical Coopératif Rural (RCMS), le besoin de soins de santé abordables est devenu urgent dans la
Chine rurale. Le Nouveau Régime de Soins Médicaux Coopératifs Ruraux (NRCMS) a été mis en
place pour remanier le système de santé, en particulier pour le rendre plus accessible pour les
personnes défavorisées dans les zones rurales. La population rurale représentant 61.5% de la
population de la Chine. Le fonds sert à subventionner les frais d'hospitalisation (environ 60%) et une
partie des frais pour les soins ambulatoires de l'assuré (environ 30%). Les gouvernements central et
local mettent en place des fonds spéciaux chaque année pour soutenir le programme (voir # 72 pour
plus d’information).

43
En Inde, le gouvernement a constaté la difficulté d'inciter les populations locales à souscrire dans les
mutuelles de santé pour bénéficier d'un meilleur avantage en matière de soins médicaux. En 2004-
2005, les données des comptes nationaux de la santé montrent que les dépenses combinées du
gouvernement central, des États et des collectivités locales ne représentaient qu'environ 20 % des
dépenses totales de santé en Inde alors que celles des ménages représentaient près de 60 %. Pour
réduire les dépenses supportées par les ménages et étendre les soins de santé aux personnes non
couvertes, l’État décide alors de mettre en place en 2008 le Programme National D'assurance
Maladie Rashtriya Swasthya Bima Yojana (RSBY) afin d'alléger le coût sanitaire pour satisfaire les
populations les plus démunies. En 2010, environ 70 millions de personnes y étaient déjà affiliées,
soit 24% de la population cible totale. Il faut noter que jusqu'en 2013, 34 285 737 cartes à puce ont
été distribuées dont 5 097 128 cas d'hospitalisation. Piloté par le ministère de la Santé, il a été adopté
par 29 États en 2014.12
Ceci afin de permettre aux travailleurs du secteur informel de bénéficier d'une couverture des soins
médicaux et d'hospitalisation. En 2008 un régime d'assurance maladie afin de protéger les ménages
concernés contre les pertes financières engendrés par les problèmes de santé fut créé. Les
bénéficiaires détiennent des cartes biométriques qui leur permettent d’accéder dans les structures
sanitaires agréées par l’État, environ 6 093 hôpitaux privés et 4 218 hôpitaux publics en mai 2014.
Les travailleurs du secteur informel appartenant à la catégorie des personnes vivant en dessous du
seuil de pauvreté ainsi que les membres de leur famille (environ une cellule de 5 individus) la
couverture est au niveau national. Le programme investi dans la prise en charge des frais médicaux
de patients à revenu faible par l'intermédiaire d'une carte à puce. Il y a les frais d'hospitalisation. La
prise en charge s'élève à 30 000 RS (339,66 Euros) par famille par an. Les frais de transport ainsi
qu'une assurance y sont adjoints. C’est ainsi que 75 % des frais sont gérés par l'État central et les 25
% de la prime annuelle estimée à 750 RS par les États respectifs. Le montant dépensé par l’État pour
le budget de l'année 2017-2018 est de 1 000 crore INR soit 113 210 600 Euros (voir fiche #73 pour
plus d’information).

INSTITUT MONTAIGNE. (2018). MODICARE : L'AVENIR DE LA PROTECTION SOCIALE INDIENNE ? TROIS QUESTIONS A
12

CHRISTOPHE JAFFRELOT. 13 JUIN 2018. [EN LIGNE] HTTPS://[Link]/BLOG/MODICARE-LAVENIR-


DE-LA-PROTECTION-SOCIALE-INDIENNE-TROIS-QUESTIONS-CHRISTOPHE-JAFFRELOT CONSULTE LE 30 NOVEMBRE 2021.

CESSAC, M. (2018). L'ASSURANCE SANTE GENERALISEE, LE NOUVEAU DEFI DE L'INDE. LES ECHOS. PUBLIE LE 27 SEPT. 2018.
[EN LIGNE] HTTPS://[Link]/IDEES-DEBATS/EDITOS-ANALYSES/LASSURANCE-SANTE-GENERALISEE-LE-
NOUVEAU-DEFI-DE-LINDE-140161 CONSULTE LE 30 NOVEMBRE 2021.

44
4. ANALYSE DES BONNES PRATIQUES EN PROTECTION SOCIALE
Plus d’empathie et de connexion entre les solidarités de groupes et les actions étatiques pour
booster l’économie
Dans cette partie, nous dressons un récapitulatif des leviers de transformation sociale qui sont
apparus dans les expériences de protection sociale telles que présentées précédemment.
La méthode a consisté à faire une synthèse des bonnes pratiques autour de quatre leviers majeurs : i)
les droits des personnes, ii) les performances techniques et managériales, iii) la gouvernance
proactive et iv) les valeurs fondées sur la solidarité, l’équité et la transparence. C’est l’analyse des
facteurs de succès des différents programmes qui a permis de décliner ces quatre leviers majeurs de
transformation sociale. Le choix de cette perspective des transformations sociales est fondé sur la
volonté de mettre en relief les aspects structurants des innovations dans les programmes de
protection sociale observés.
Le procédé a été de partir des mots clés pour construire les cohérences au sein de chaque champ
débouchant sur la typologie des bonnes pratiques. Ainsi l’étape suivante a été d’observer la diversité
des points d’application géographique (pays ou continent) et des domaines de protection sociale
couverts. Il s’agit de sept domaines que sont i) la santé, ii) l’éducation et l’enfance, iii) le logement et
l’assainissement, iv) l’emploi et le travail, v) les personnes vulnérables, vi) les femmes et les filles,
vii) la restauration scolaire. Cette mise en contexte s’est poursuivie jusqu’à l’identification des
groupes socioéconomiques cibles dans l’analyse de chacune des situations en vue de faciliter la
généralisation des leçons apprises. Il reste entendu que l’exercice de benchmarking ne vise pas à
promouvoir un modèle mais bien plus de demeurer un cadre qui inspire les acteurs innovants.

45
PROCESSUS DE TRANSFORMATION SOCIALE PAR LA PROTECTION SOCIALE

L’inclusion des couches


Une approche vulnérables dans les filets
fondée sur les sociaux
La lutte contre les
droits des inégalités de genre
personnes L’autonomisation pour corriger
durablement les inégalités L’autonomisation
économique et sociale

La digitalisation
Des Le ciblage catégoriel et
géographique
performances
Le ciblage
techniques et
managériales La priorité à l’usage des
visant Le ciblage conditionnel
ressources locales
Les leviers de l’efficience
L’adaptation des bonnes L’anticipation des
transformations pratiques à la COVID-19 risques de basculement
dans la précarité
sociales des La lutte contre l’extrême
pauvreté
Une formation centrée sur
programmes de Une l’employabilité
protection gouvernance L’adaptation des services aux
proactive pour besoins des bénéficiaires La flexibilité et la
sociale dans les anticiper les
complétude des
services
risques sur les La décentralisation des
pays du sud groupes
politiques de protection
sociale
vulnérables
Le volume important
d’investissement financier

Des valeurs
Valeurs fondées sur la
fondées sur la solidarité
solidarité,
l’équité, la Valeurs fondées sur l’équité
transparence… et la transparence

46
4.1. UNE APPROCHE FONDEE SUR LES DROITS DES PERSONNES

Dans les pays où la protection sociale est considérée comme un droit, il a été possible de réaliser une
convergence d’acteurs qui ont développé des actions volontaristes pour rendre possible les
aspirations à un mieux-être des groupes socio-économiques concernés. Force est de relever que les
droits des personnes les plus manifestes restent leur autonomie, leur inclusion dans les filets sociaux
ainsi que l’égalité de genre. Durant les dernières décennies, les mouvements sociaux (associations,
ONG) ont été les premiers à expérimenter des systèmes de protection sociale dans des échelles
restreintes au moment où les États, sous l’influence des plans d’ajustement structurel et leurs effets
(1980 à 2000), se sont limités au système classique de la couverture sociale pour les salariés.
L’élargissement et l’approfondissement de la pauvreté dans les pays du sud a créé l’onde de choc qui
s’est traduite par ce qu’on appelle « la demande sociale ».
Autrement dit, les vulnérabilités sont tellement devenues massives que les États ont fini, par pur
réalisme des gouvernants face à leur électorat, à mettre en place des politiques de protection sociale
plus offensives et couvrant des secteurs qui jusqu’ici étaient laissés à la marge. L’intervention
volontariste des États a constitué une reprise en main durant les années 2000 à maintenant avec des
investissements de plus en plus importants et diversifiés dans la protection sociale. Il s’en est suivi
une diversification des programmes et un intérêt marqué pour les nouveaux travailleurs, pour l’auto-
emploi et pour la plupart des travailleurs du secteur dit informel.
Les droits les plus récurrents dans les pays étudiés restent l’inclusion dans les filets sociaux,
l’autonomie, l’adaptabilité ainsi que l’égalité de genre.

4.1.1. L’INCLUSION DES COUCHES VULNERABLES DANS LES FILETS SOCIAUX

Les filets de sécurité sociaux visent à apporter aux personnes les plus vulnérables une assistance
stable sous forme de nourriture, de biens, d'argent ou de coupons. Des efforts considérables ont été
notés en matière d’inclusion des couches défavorisées. Ces derniers ont été observés dans des
programmes de protection sociale en Afrique (Cap Vert, Rwanda et Lesotho) et en Asie (Chine et
Inde).

EN AFRIQUE

Au Cap-Vert, dans une dynamique de réforme du régime de protection sociale, des lois ont été
votées pour mettre en œuvre un système de sécurité sociale rendant l’adhésion obligatoire. C’est
dans cette perspective que la loi 131/V/200113 du 22 janvier définissant et structurant les bases du
système capverdien de protection sociale a été votée.
Le système repose sur deux aspects, une protection sociale obligatoire et une protection sociale
complémentaire. En 2004, le décret-loi n°5/2004 a reformulé et systématisé les bases de l'application
du système de protection sociale obligatoire des salariés avec deux axes majeurs et complémentaires
: une protection sociale plus juste et plus équilibrée d’une part et la viabilité financière du système
13
CLEISS. (2019) -Le régime capverdien de sécurité sociale, accessible à l'aide [Link]

47
d’autre part. Ces lois ont permis la mise en place d’un régime de sécurité sociale au Cap-Vert par
l’adoption de la pratique de l’adhésion obligatoire afin de permettre la participation intégrale de la
population ciblée dans le système qui a pour effet de renforcer la protection sociale des enfants. C’est
dans ce contexte que l’Institut National de Prévoyance Sociale (INPS) a mis en place un cadre
juridique séparé prévoyant l’adhésion obligatoire des travailleuses domestiques. La stratégie de
l’adhésion obligatoire permet aux travailleurs une indemnité journalière de maternité mais aussi de
pouvoir bénéficier d’une pension de vieillesse à l’âge de 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les
femmes après avoir cotisé durant au moins 15 ans. Le programme offre des prestations de santé, tous
les assurés ont droit à une assistance médicale et hospitalière, des soins en stomatologie, en
physiothérapie, l'achat de lunettes, en prothèses et en dispositifs orthopédiques et certains
médicaments. Les travailleurs non-salariés sont également pris en compte par le système et peuvent
recevoir des transferts durant une période (à partir du 4e jour d'arrêt de travail) ne dépassant pas 365
jours. Par ailleurs, l’inscription obligatoire permet aux travailleurs indépendants de pouvoir
bénéficier des avantages qu’offre le régime. Cette mesure a eu un impact positif sur la vie de ces
personnes dans le sens où elle leur permet de se sentir plus en sécurité dans le système.

Au Rwanda, la première assurance maladie date de 1975 et ne couvrait que le secteur privé formel.
Depuis, le système de protection sociale n’a guère évolué jusqu’à la fin des années 1990. Depuis les
années 2000, la politique socio-sanitaire de L’État Rwandais vise à assurer qu’aucun membre de la
société ne soit confronté à la mort, au handicap, à la mauvaise santé ou à l'appauvrissement pour des
raisons qui pourraient avoir un coût limité. Ainsi, le pays démarre la phase pilote des assurances en
1999. Ensuite, en 2001, la loi du 27/4/2001 consacre l’assurance maladie obligatoire pour les agents
de l’État et facultative pour le secteur privé (RAMA) et gérée par l’Office Rwandais de Sécurité
Sociale (RSSB). En 2005, il est créé l’assurance maladie des militaires (Armée, Police Nationale et
autres corps de sécurité). En 2006, le succès de la phase pilote démarrée en 1999 entraîne l’extension
des mutuelles dans les 30 districts du pays. En 2007, une loi renforce les mutuelles de santé en
l’étendant au secteur informel toujours gérée par la RSSB. En 2015, à travers la loi du 25/11/2015, il
est instauré l’assurance maladie obligatoire au Rwanda et dont la gestion est assurée par le Conseil
National d’Assurance Maladie.

Au cours des deux dernières décennies, les indicateurs de santé du Rwanda se sont largement
améliorés. L’espérance de vie de la population est passée de 48 ans en 2000 à 63 ans en 2010 pour
atteindre 67 ans en 2020, selon les chiffres de l’Institut National des Statistiques du pays. Le taux de
mortalité infantile a chuté de 106,2 pour 1 000 naissances vivantes en 2000 à 43,8 en 2010 pour
atteindre 25,38 en 2020. Le taux de mortalité maternelle est passé de 107 pour 100 000 naissances
vivantes en 2000 à 468 en 2010 pour atteindre 248 en 2017.

Au Lesotho, l’adaptation de l’indemnisation selon le type d’accident a été un facteur clé dans la
mise en œuvre du programme Workmen’s Compensation Fund (Caisse d’indemnisation des
accidents du travail). En outre, la sécurité physique a été renforcée dans le cadre de ce programme
par la pénalisation de tous refus émanant d’un employeur d’assurer ses employés. L’indemnité
couvre tout accident survenu durant l’activité professionnelle. En cas d’incapacité temporaire, le
travailleur a droit à 75% de son salaire mensuel. Rappelons qu’au Lesotho, le nombre de travailleurs
officiels des secteurs public et privé bénéficiant d’une prestation sociale garantie est très faible. En

48
effet, 84% de la population sont sujets à la vulnérabilité et à la pauvreté. C’est la raison pour laquelle
le Lesotho a pris des dispositions légales relatives à la couverture de risques tels que les accidents de
travail. C’est à cet égard que la loi n°13 sur l’indemnisation des travailleurs a été promulguée le 10
Octobre 1977. Elle stipule qu'un employeur doit assurer ses salariés pour tous risques dans l’exercice
de ses fonctions. Elle précise en outre qu'un employeur qui n'assure pas ses employés sera reconnu
coupable d'un délit et passible d'une amende de 300.00 Malotis et/ou 12 mois d'emprisonnement ou
les deux. Cette flexibilité du programme a permis de couvrir 4,7% de la population totale dont 6,1%
en milieu rural et 2,3% en milieu urbain. En outre, le programme a permis aux travailleurs victimes
d’accident d’avoir une vie décente et de ne pas basculer dans la pauvreté.

EN ASIE

Pour la préservation et le renforcement du principe d’égalité, les programmes de protection sociale


étudiés en Asie offrent des services visant à améliorer la dignité humaine et à réduire les inégalités
de classe. Par le truchement de lois encadrant l’action dès sa mise en œuvre, les États centraux et les
collectivités assurent l’extension de la prestation aux plus démunis.

En Chine, l’expansion rapide du régime de sécurité sociale est attribuée à la loi sur l’assurance
sociale entrée en vigueur en Juillet 2011. Cette loi a renforcé les acquis du système sociale existant
permis la mise en place dont plusieurs programmes de protection sociale dont le Nouveau régime
médical coopératif rural en Chine ( New rural cooperative medical scheme - NRCMS). Ces
programmes ont bien fonctionné et ont permis à la Chine de se rapprocher de la couverture médicale
universelle. Depuis la réforme du système d’attribution du logement, la disparition du « logement de
bien-être » et la réouverture progressive du marché de l’immobilier. Face à la hausse des prix de
l’immobilier résidentiel et la forte démographie de la Chine avec une population de 1.3 milliard
d’habitants, l’accès des ménages chinois aux logements est de plus en plus inégal. À Pékin, entre
2009 et 2012, le loyer mensuel a en moyenne augmenté de 10 %, pour pallier la précarisation des
populations vulnérables et agir contre un mécontentement social croissant, le gouvernement central a
lancé en 2011 le programme de « logements garantis ». Il planifie la construction de 36 millions de
logements sociaux locatifs et en accession à la propriété, dans le cadre du XIIème Plan quinquennal.
Outre l’accès égalitaire aux soins de santé, cette restructuration du système de sécurité sociale a
permis l’émergence d’autres programmes tels que le programme d’amélioration de la nutrition pour
les élèves de l’enseignement obligatoire en milieu rural (NIPCRS) qui a été mis en place en vue
d’éliminer la faim et de réduire l'écart entre les populations urbaine et rurale.

En Inde, l’emploi est considéré comme un droit légal pour toute la population. Le programme
Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee Act (MG-NREGA) vise la réduction des
inégalités qui existent entre les différentes zones géographiques. L’inde a la plus grande population
rurale au monde. Le programme est soutenu par la loi Mahatma Gandhi National Rural Employment
Guarantee Act stipulant le caractère juridique et légal du travail, permettant ainsi l’enrôlement d’une
part importante de non actifs. On note également des effets positifs consistant à promouvoir le
respect de l’égalité de genre. En effet, les femmes s’investissent massivement dans les chantiers
publics et constituent 80% de la main d’œuvre.

49
4.1.2. L’AUTONOMISATION POUR CORRIGER DURABLEMENT LES INEGALITES

Le droit à l’autonomie est pris en compte à travers le renforcement des capacités des couches
vulnérables en Afrique (Ile Maurice). La démarche inclusive et sensible au genre est notamment
montrée dans la mise en place des politiques de protection sociale en Amérique Latine plus
particulièrement au Brésil.

a) L’AUTONOMISATION ECONOMIQUE ET SOCIALE

A l’Ile Maurice, en ce qui concerne, le respect des générations, le gouvernement mauricien s’est
investi dans une logique de soutenir les personnes âgées en instaurant le programme Basic
Retirement Pension (pension de retraite de base). Ce programme met à la disposition des personnes
âgées un revenu mensuel pouvant aller de 104,62 Euros à 417,90 Euros. Dans le même temps, l’État
a mis en place l’unité de protection des personnes âgées et l’installation des maisons de retraite après
l’adoption de la loi sur la protection des personnes âgées. En effet, le Gouvernement mauricien a
promulgué la loi sur la protection sociale des personnes âgées en mai 2006 pour garantir une
protection et une assistance adéquate à ces derniers. Ces deux actions en particulier ont beaucoup
aidé dans le respect de leurs droits car donnant la possibilité de répondre aux besoins spécifiques de
ce groupe en assurant le bien-être des personnes âgées et leur autonomisation. Cette unité sensibilise
sur les droits des personnes handicapées pour repenser la stratégie de protection sociale.

b) L’AUTONOMISATION DES FEMMES

Au Mexique, les programmes de protection sociale promeuvent l’autonomie. Dans le but de


promouvoir la femme et de lutter contre toutes les formes de violences, le programme Red Mujeres
(mères rouges a été initié en 2019 pour aider ces dernières à lutter mais aussi à prévenir la violence à
leur égard en les accompagnant sur le plan financier mais aussi dans le processus d’autonomisation.
Des centres d’accueil et de soins ont été créés appelés Lunas. Ce sont des unités territoriales de suivi
et de prévention des violences afin que l'assistance soit globale et ainsi qu’une réduction des risques.
Ces centres permettent aux victimes d’avoir un suivi psychologique et juridique. Le programme
forme des réseaux communautaires de femmes qui vivent ou résident dans des quartiers, des villes ou
des logements dans des zones de grande vulnérabilité sociale et d'insécurité dans les 16 mairies de
Mexico. Il s’agit d’une contribution à l'exercice de leur droit à une vie sans violence, la promotion de
l'égalité des droits, l’autonomisation économique, l'intégration sociale ainsi que la libre expression de
leurs idées. Aussi, 2 200 femmes bénéficiaires directes et 29 membres de l'équipe technique du
programme social ont reçu un soutien économique mensuel qui leur permet d'influencer la création
de réseaux de femmes dans la ville de Mexico. Fort de ce constat, les femmes commencent à sortir
de la dépendance économique et s’autonomisent davantage. En somme, le programme encourage les
femmes et les filles par le biais de ses structures compétentes et sur la base du cadre juridique
promulgué. Il dénonce toute forme d’abus et fait recourir à la justice pour la protection et obtention
d’une réparation. Les efforts sont également axés sur la formation nécessaire du personnel de soutien
et l’acquisition de réflexes de base indispensables à la réintégration familiale, sociale, professionnelle

50
des victimes de manière à briser la chaîne du système d’exclusion sociale. Il s’engage aussi à
renforcer l’autonomisation des femmes afin de mieux réduire les effets de l’insécurité économique
qui conduit souvent à la discrimination et à la violence envers les femmes.

4.2. DES PERFORMANCES TECHNIQUES ET MANAGERIALES

Les programmes de protection sociale ont été dynamisés par le truchement de différentes innovations
dans le domaine du ciblage et dans les supports techniques rendant l’accessibilité des filets sociaux à
des échelles de plus en plus grand. Ce qui naguère était expérimentale s’est muté en une couverture
de sécurité sociale plus large dans un élan universaliste. Les offres de services ont connu des
adaptations donnant toute la légitimité aux gratuités, aux subventions, aux cash-transferts, à la mise
en place de registre unique pour faciliter la planification des interventions et la digitalisation des
procédés rendant plus accessibles les services offerts. Les innovations les plus réussies ont été des
solutions simples, réplicables, à moindre coût, flexibles et adaptables.
Les États centraux se sont associés aux gouvernements locaux, qui à leur tour, se sont mis en alliance
avec la société civile. En outre, le secteur privé par le biais de fonds sociaux se sont illustrés ainsi
que d’autres dispositifs d’assurance sociale.
La comparaison internationale est remarquable car elle permet de mettre en avant des procédés
techniques qui reflètent une vision soutenue par une longue pratique d’intervention auprès de fortes
couches démographiques. Il s’agit en effet, de solutions simples, réplicables, au moindre coût,
flexibles et adaptables qui signent une identité capable de traverser les continents et de servir de
catalyseur des pratiques innovantes. Simple renvoie à l’accessibilité et à la contrôlabilité par les
groupes de proximité parce que provenant de leur intériorité. Réplicable est entendu comme pouvant
passer à la grande échelle du fait de sa transversalité qui défie les contextes en s’y adaptant. A
moindre coût laisse entendre l’efficience comme étant le rapport le plus favorable entre
l’investissement économique et le gain social. De plus, cela signifie des coûts à la portée des acteurs
sur le long terme, arcboutés à leur autonomie et à la soutenabilité des investissements financiers des
programmes de protection sociale. Les solutions flexibles sont celles qui s’ajustent aux contextes
divers et qui se mettent à la portée des acteurs qui en font une pluralité d’usages selon leurs besoins.
L’adaptabilité se joue pareillement dans la manière avec laquelle les offres de protection sociale
épousent les contours des contextes et des besoins sociaux des groupes concernés et des cibles
vulnérables.
La digitalisation ainsi que le ciblage catégoriel et géographique avec l’appui des registres
uniques ont permis le succès de nombreux programmes de protection sociale dans ces pays africains.
Parmi ces techniques, nous pouvons relever l’usage des ressources locales et l’adaptation de ces
bonnes pratiques à la COVID-19.
La comparaison internationale a révélé une diversité de techniques qui ont boosté les programmes de
protection sociale.

4.2.1. LA DIGITALISATION

51
La digitalisation joue un rôle clé dans la mise en œuvre des politiques de protection sociale. Elle a
permis l’élargissement du ciblage, la dématérialisation des produits et services mais également une
meilleure gestion des programmes de protection sociale dans la majorité des programmes de
protection sociale étudiés en Afrique (Namibie, Lesotho, Cap vert, Rwanda, Ile Maurice), en
Amérique Latine (Mexique, Brésil) et en Asie (Chine et Inde).

EN AFRIQUE

En Afrique, les pratiques de digitalisation sont identifiées dans cinq pays.


En Namibie, les nouvelles technologies ont été mises à profit dans la mise en place des programmes
de protection sociale. Des dispositifs de contrôle et de gestion des programmes ont été mis en place
par le biais de la digitalisation au niveau de trois programmes étudiés. Il s’agit du programme
l'allocation de vieillesse (The old age grant) du programme « Child Grants et du régime d’assistance
médicale de la fonction publique (PSEMAS). Dans le cadre du programme d’allocation de vieillesse,
l’identification biométrique et les paiements mobiles ont d’abord été utilisés. Ce système
d’identification biométrique permet de lutter contre les doublons ou les passagers clandestins dans le
même temps le système de paiement mobile est utilisé pour minimiser les coûts de transaction. De
même, dans l’exécution du programme PSEMAS, une plateforme d’enregistrement a été utilisée.
Cette plateforme appelée Namibian Health a permis de faciliter le contrôle et la gestion des
bénéficiaires. Malgré les avancées du pays qui fait partie intégrante des pays à revenu intermédiaire
supérieur, des disparités restent à noter. En effet, la mauvaise répartition des richesses a intensifié les
inégalités sociales. Le coefficient de Gini s’élevait en 2013 à environ 0,614classant le pays parmi
ceux avec les plus fortes inégalités en Afrique. C’est dans ce cadre que le programme the old age
grant a été mis en place. Le programme a pu couvrir en 2018 plus de 170 386 personnes en 2018 soit
5 010 bénéficiaires de plus que 2017. La vieillesse et la retraite sont ainsi prises en charge grâce à
une pension publique. Cette allocation a eu pour effet l’amélioration des conditions de vie des
personnes âgées. Par ailleurs, elle aura permis aux bénéficiaires d’avoir un revenu supérieur au seuil
de pauvreté ainsi que de restaurer la dignité humaine et de stimuler l’économie locale en augmentant
la consommation.

Au niveau du programme Child Grants également, la digitalisation a permis la conception de


mécanismes de suivi et de contrôle du programme Child Grants. Ce programme est composé de la
subvention pour enfants vulnérables, de la bourse de placement familial, de la subvention d'entretien
et de la subvention alimentaire spéciale. Child Grants est mis en œuvre dans un contexte
particulier où les moins de 14 ans représentent environ 37%15 de la population de la Namibie. Les
zones les plus pauvres du pays sont en outre, les plus vulnérables au paludisme, à la sécheresse
chronique et au VIH/SIDA. Les conséquences dévastatrices du VIH/SIDA dans le pays entraînent
une hausse considérable du nombre d’orphelins pour exemple, sur les 120 000 enfants de moins de
17 ans, 57 000 ont perdu au moins un parent victime du VIH/SIDA. Le pays a, en outre, enregistré
plus de 3742 incarcérés en 2016 avec 2,9%16 de détenus féminins. Le gouvernement de la Namibie a
14
Document de stratégie pays 2014-2018
15
UNESCO UIS, 2019
16
Wikipédia

52
mis en place ce programme afin de soutenir les familles pauvres et vulnérables. Dans l’exécution du
programme, des innovations ont facilité la réussite du programme. Ainsi, la création d’une institution
de surveillance de l’aide sociale, la mise en place d’un dispositif de suivi des impacts du programme
sur la population en mettant à profit le Ministère de l’Intérieur et celui de l’égalité des sexes et de la
protection de l’enfance.
En outre, le programme s’est aussi appuyé sur un dispositif permettant le respect des procédures
d’accès aux prestations, en particulier dans les zones les plus pauvres et vulnérables. L’agence
namibienne de la statistique de la protection sociale a mis en place un système de centralisation des
données pour permettre un contrôle permanent des bénéficiaires. Le programme a enregistré en 2018
près de 345 000 bénéficiaires et a permis de réduire la pauvreté et d’aider financièrement les enfants
orphelins ou les enfants dont les parents sont à la retraite. Par ailleurs, les conditions de vie des
enfants orphelins et handicapés ont été améliorées par la bourse d’accueil et la subvention spéciale
destinées respectivement aux parents d’accueil attribués la garde d’un orphelin et aux parents
d’enfants handicapés.

Ce contrôle permanent est également à noter dans le régime d’assistance médicale de la fonction
publique (PSEMAS). En effet, une prestation est offerte aux fonctionnaires et vise à aider ses
membres à couvrir notamment les frais de soins médicaux et de promouvoir la santé des membres en
général grâce à ses programmes de mieux-être et de gestion des maladies chroniques. Les systèmes
de santé namibiens sont financés à hauteur de 64% par le gouvernement, 30% par le privé et 6% par
des donateurs. Le Régime d’Assistance Médicale aux Employés du Service Public (PSEMAS) et le
fonds de pension des institutions gouvernementales représentaient entre 2015 et 2016 environ 2,9%17
du PIB de la Namibie. Le succès du programme résulte d’une gestion rigoureuse. Il s’agit d’une
méthode pour influencer le comportement des bénéficiaires, d’un contrôle permanent de tous les
comptes soumis à ses administrateurs et d’une surveillance contrôle de la qualité de services sont
adoptés.
Ces mesures permettent de rationaliser les dépenses, d’éviter les passagers clandestins et d’améliorer
la qualité des services. Cette méthode consiste à sensibiliser les bénéficiaires afin d’éviter d’engager
des procédures superflues. De plus, des enquêtes sont lancées pour éviter les fraudes dès l’adhésion
et la mise en place d’un système de contrôle avec des cartes membres.

Le Cap-Vert étant le pays où la population des aînés est la plus forte de la sous-région ouest-
africaine, les autorités publiques ont dû mener un engagement volontariste en faveur de la protection
sociale pour offrir aux populations les plus vulnérables une pension sociale. Cette stratégie a permis
de faciliter le ciblage. A cet effet, le Cap-Vert dispose d’un programme de pension universelle pour
les personnes âgées qui vise à leur assurer un revenu de base. De ce fait, la gestion transparente du
système semble reposer en partie sur l'utilisation des technologies de l'information permettant
notamment un meilleur ciblage à travers le regroupement de données et la réduction des doublons.
Dès lors, la mise en place d’un système unifié de pensions sociales non-contributives a bénéficié de
l’appui de STEP (Stratégies et Techniques contre l’Exclusion sociale et la Pauvreté « les personnes
vulnérables) un projet qui appuie à l’extension et la promotion de la protection sociale au Cap-Vert.

17
Ministère des Finances

53
Et a pour vocation de couvrir les hommes et les femmes de plus de 60 ans vivant dans la pauvreté, et
souvent d’anciens travailleurs du secteur informel. Selon le Centre National de Pensions Sociales, le
pourcentage de la population de plus de 60 ans couvert par une pension non contributive a atteint 46
% en 2010 18, un des niveaux les plus élevés de l'Afrique subsaharienne et la valeur de la prestation
est supérieure de 20 % au seuil de pauvreté. Cette pension permet aux bénéficiaires d’acheter de la
nourriture et autres besoins. Il faudra aussi souligner l’effet positif sur la sécurisation des personnes
âgées qui résulte de la garantie liée à l’accès à une pension. Par conséquent, de par le ciblage, ce
programme a réalisé les effets escomptés, et on constate en 2015 que 90% des personnes âgées en
ont bénéficié 19.

Au Rwanda, la digitalisation est un aspect important dans la réussite du programme de pension


vieillesse aux personnes âgées. Ce programme a pour but d’assurer les moyens de subsistance des
personnes âgées de 55 ans, en rapport avec les cotisations à la sécurité sociale faites durant leur vie
active. Le critère d’adhésion se fait par un enregistrement obligatoire sur internet à travers la
plateforme créée à cet effet. Et elle est obtenue après 7 jours ouvrables. La plateforme est accessible
pour les membres vivant à l’étranger et elle est structurée de telle sorte que les délais d’inscription et
de compléments de dossiers, ainsi que les échéances de paiements sont automatisées. Le système
d’inscription facilite l’accès à tous les bénéficiaires, la possibilité de bénéficier d’une pension
anticipée en raison d’une invalidité attestée par un médecin du gouvernement et empêchant à l’assuré
de travailler. De ce fait, le système de pension vieillesse du Rwanda est solidaire et favorise l’appui
aux personnes vulnérables en cessation d’activité pour cause de maladies, personnes victimes
d’accidents de travail ou de risques professionnels, et ceux pour qui ne sont plus en âge de travailler.
A cet effet, les prestations classiques sont versées lors de la retraite à l’assuré qui a cotisé pendant au
moins 15 ans.
De par l’adhésion obligatoire, le régime verse aussi des pensions anticipées d’un montant équivalent
à la pension vieillesse. Il est à noter que, la pension d’invalidité est versée après 5 années
d’affiliation et 6 mois d’assurance au cours des 12 derniers mois précédant le début de l’invalidité. A
travers ce régime de pension vieillesse, le système rwandais met en application sa politique de
protection et de réhabilitation de la dignité humaine mais également grâce à la digitalisation, le
système de pension vieillesse du Rwanda est moderne, performant, et adapté aux exigences de la
mondialisation. En 2010, 91% des personnes âgées de 55 ans et plus ont été couverts par ce régime20.
La lutte contre les vulnérabilités des personnes âgées de plus de 55 ans au Rwanda et au Cap-Vert a
été dopée par la qualité du ciblage et la digitalisation. Ces programmes révèlent une capacitation des
acteurs dans la mise en œuvre des stratégies innovantes et adaptées aux besoins des bénéficiaires.

A l’Ile Maurice, dans le cadre de l’exécution du programme Basic Widow’s Pension (la pension de
bases pour les veuves), la digitalisation à travers la mise en place d’un canal de change électronique
automatisé et la conception d’un registre social de l’Ile Maurice par la Division de l’État Civil ont été
des éléments majeurs dans la réussite du programme. Ce canal a pour but la détection des cas de
18
International Labour Office. (2015). Universal pensions for older people
19
International Labour Office. (2015). Universal pensions for older people.

20
[Link]

54
décès et de remariages des bénéficiaires. Ainsi les informations concernant les bénéficiaires sont
obtenues de façon quotidienne via la plateforme Info-Highway. Le programme intitulé « Basic
Widow Pension » s’appliquant aux groupes de femmes vulnérables comme les veuves a connu un
grand succès grâce à la digitalisation. En effet, afin d’aider les personnes vivant seules suite au décès
de leur conjoint, le gouvernement mauricien a mis en place ce programme. Seulement 18% des
ménages sont dirigés par une femme et 85% des femmes chefs de ménages sont soit des veuves ou
divorcées ; 6% de célibataires et 7% de femmes mariées21. Le taux de chômage des femmes s’élève à
54% alors que celui des hommes est de 27% en 2019.22 85%des femmes chefs de ménages sont soit
des veuves ou des divorcées. Alors que le registre social fait office de base de données de tous les
bénéficiaires de programme de protection sociale dans le pays. Le registre est utilisé par le Ministère
de la Sécurité Sociale pour identifier les potentiels bénéficiaires et décider du niveau d’assistance
pour chaque bénéficiaire. Ainsi, 19 050 personnes ont bénéficié du programme sur l’étendue du
territoire nationale en 2017. Cette prestation a permis aux femmes veuves d’atteindre davantage
l’autonomie économique

EN AMERIQUE LATINE

Il a été noté au Mexique l’existence de nombreux programmes de soutien et d’assistance sociale


dont l’objectif est d’améliorer les niveaux de vie des populations, les performances techniques,
économiques, sociales, et éducatives. Dans le but de dématérialiser les procédures d’inscriptions
physiques des apprenants et la dispensation des enseignements et apprentissages, s’est opéré la
digitalisation des processus traditionnels par le biais de technologies digitales afin de les rendre plus
performants. Entre 2015 et 2016, le taux d’abandon à l’école primaire était de 0,7% une proportion
qui représente 105.301 élèves. 23 Dans l’enseignement secondaire le taux de décrochage était estimé
à 15,5%, de sorte que 772 215 élèves sur les 4 985 080 inscrits dans ce type d'enseignement ont
abandonné au cours de l'année scolaire. Fort de ce constat, le programme de protection sociale « ma
bourse pour commencer » renforce les systèmes d'enseignement surtout en ligne et à distance, par
l'intermédiaire des cybers écoles, afin de réduire le nombre d'étudiants n'ayant pas terminé leurs
études secondaires ou préparatoires. En raison d’urgence sanitaire due à la pandémie Covid-19, le
programme a mis en place une application mobile permettant aux apprenants de s’inscrire chez eux
avec leurs smartphones pour respecter la distanciation sociale.

Au Brésil, le Programme Bolsa Familia (PBF) reste l'un des premiers programmes de "Transfert
Conditionnel d'Espèces" (TCE) au monde. En termes de couverture, le PBF bénéficie à 43,7 millions
de personnes, soit 1 habitant sur 5. La mise en place d'une infrastructure de soutien et à un leadership
fort de la part du gouvernement fédéral et des États. En ce qui concerne la digitalisation, elle a
favorisé l'abandon de l'argent liquide et a permis au gouvernement de réaliser d'importantes
économies, en réduisant ses coûts de transaction de 14,7 % du total des paiements à 2,6 %.

21
A Centre of MAURITIUS RESEARCH COUNCIL, 2015
22
[Link]
23
INEE (). ¿Cuál es la situación respecto a este indicador?. [En ligne] [Link]
educativo-de-mexico-isen/at02d-tasa-de-abandono-total/ consulté le 30 novembre 2021. SOURCE EN ESPAGNOL A VERIFIER

55
La digitalisation est un pari gagné dans le cadre du programme Bolsa Familia. Pour un pays comme
le Brésil, avec de grandes villes comme Rio de Janeiro, Sao Paulo, etc. et des régions incroyablement
éloignées en Amazonie, démocratiser l’accès aux services sociaux est une grande entreprise. C’est
ainsi que des efforts considérables sur la digitalisation sont entamés par le gouvernement brésilien en
collaboration avec la CAIXA pour améliorer l'accès aux services financiers.24 La CAIXA fournit des
applications de saisie et de transmission de données, elle fournit également un soutien opérationnel
aux trois sphères du gouvernement, forme les agents d'enregistrement, identifie les personnes
enregistrées, attribue le numéro d'identification sociale (NIS) et distribue les formulaires
d'enregistrement.
Le Ministère de la Citoyenneté, gestionnaire des programmes fédéraux de transfert de revenus, est
chargé de coordonner les actions intégrées avec les municipalités pour la collecte de données auprès
des familles à faible revenu. Les formulaires Cadastro Único (registre unique) sont utilisés pour
enregistrer et mettre à jour les informations concernant le ménage, les personnes, les revenus et les
dépenses des familles bénéficiaires du programme.
Les formulaires de registre unique peuvent être demandés via le service de formulaires de registre
unique et le système de demande (SASF). La SASF permet à la municipalité, en plus de demander le
type et la quantité de formulaires requis, d'accompagner également la réalisation de la demande.
Contrairement à ce que craignent les gouvernements, les programmes de transferts d’espèces
n’entraînent pas davantage de dysfonctionnement que les autres. L’enregistrement et l’identification
des bénéficiaires par le biais de données biométriques (empreintes digitales, reconnaissance de l’iris
ou reconnaissance faciale) diminuent en effet les risques de fraude. Les technologies facilitent
également les versements. Les services bancaires à distance, un système à l’aide duquel les équipes
mobiles ou les prestataires locaux équipés de lecteurs d’empreintes digitales peuvent effectuer les
versements, permettent d’améliorer la couverture des programmes dans les zones éloignées et de
vérifier l’identité des personnes venues demander leurs allocations.
En matière de contrôle du versement des prestations, le recours au système bancaire et la possibilité
de retirer les prestations au moyen de cartes magnétiques sur des terminaux électroniques contribuent
également à assurer que les prestations arrivent bien à destination, en évitant par exemple
l’établissement de relations clientélistes et en permettant au bénéficiaire de retirer directement sa
prestation, de façon autonome et sans intermédiaire.

EN ASIE

L’analyse s’est faite sur deux grands pays de l’Asie. Il s’agit de la Chine et de l’Inde. En effet, le
modèle asiatique de protection sociale repose également sur des outils et techniques innovants
permettant d’assurer le bon ciblage des groupes vulnérables. Par l’intermédiaire de la digitalisation,
le système opère une simplification des procédures d’acquisition de l’offre de service. Ainsi, la
diversification de la prestation a facilité l’employabilité des minorités, la réhabilitation et la
construction d’édifices pour les personnes en situation de handicap. La digitalisation est une valeur
sûre dans l’élaboration des programmes de protection sociale en Asie.

24
La Caixa Econômica Federal est une banque publique du Brésil.

56
En Chine, elle participe au désengorgement du système d’inscription et facilite l’accès aux
prestations offertes aux bénéficiaires des programmes. Elle s’illustre à travers un modèle numérique
d’inscription adopté dans le programme de logements garantis - le logement social en Chine
Baozhang Xing Zhufang (Cf. Henriot 2013) et le programme de garantie du niveau de vie minimum
DIBAO (Cf. Golan, J., Sicular, T. et Umapathi, N. 2017). Pour pouvoir adhérer à ce programme, il
faut s’enrôler via le registre national nommé ‘’hukou’’ qui est un système d'enregistrement
obligatoire, un livret de résidence, qui porte le nom de la localité où le hukou a été enregistré et le
statut du hukou possédé : agricole et non agricole. Cette méthode a facilité le ciblage dans ces
programmes. Elle permet de recenser les individus vivants dans les zones rurales et urbaines qui
bénéficient d’un traitement différent mais plus avantageux, au bénéfice des populations vivant dans
les zones rurales afin de réduire les disparités territoriales. Malgré l’évolution du taux d’urbanisation
qui ne cesse de progresser et qui a atteint 60.6% en 2019. (Qi et al. 2020 : p.13). Le fossé existant
entre la population urbaine et la population rurale se note dans la démographie de sa population mais
en particulier par la déficience du système de protection sociale dans le monde rural.

En Inde, l’usage des cartes à puce renforce la sécurisation du système et permet d’octroyer des
moyens d’identification aux personnes susceptibles de bénéficier de la couverture sanitaire. Le
système d’assurance maladie Rashtriya Swasthya Bima Yojana - RSBY s’est appuyé sur cet outil
technique qui a valu le succès du programme à travers la simplification des procédures. Un
allègement du coût est opéré avec une contribution minimale d'une somme de 30 RS (0,34 Euro)25
par an pour le renouvellement de la carte à puce.
La technologie digitale a été un facteur déterminant sur le programme de subvention d’aliments, de
carburant et d'électricité TPDS. Cette distribution alimentaire s’est penchée sur ce dispositif
numérique afin de garantir l’acheminement exclusif des aliments subventionnés aux ayants-droit. Un
système favorisant le succès du programme des subventions grâce à la facilitation du système de
ciblage des groupes vulnérables.
Pour rendre accessible les produits subventionnés dont le riz, le blé et le mil, les politiques sont
décentralisées au niveau des districts. Ces derniers abritent les magasins de stockage destinés à
ravitailler les populations les plus démunies.

4.2.2. LE CIBLAGE

Les méthodes de ciblage sont larges en ce qui concerne la protection sociale et jouent un rôle
déterminant sur l’efficacité des programmes mis en place. Elles permettent d’assurer que le groupe-
cible est effectivement pris en compte dans l’offre de services. Au niveau des programmes de
protection sociale étudiés, deux méthodes de ciblage ont été observées. Il s’agit du ciblage catégoriel
et géographique notés en Afrique (Namibie), en Amérique Latine (Brésil) et du ciblage conditionnel
noté pareillement dans le dernier pays cité.

25
[Link]/spotlight/rashtriya-swasthya-bima-yojana

57
a) LE CIBLAGE CATEGORIEL ET GEOGRAPHIQUE

EN AFRIQUE

En Namibie, le ciblage catégoriel et géographique a été adopté dans le cadre du School Feeding
Program et le programme Provision of housing and shelter. Ces systèmes de ciblage des
bénéficiaires ont permis de toucher les couches les plus vulnérables mais également de sécuriser les
terres des groupes vulnérables. En effet, des critères de ciblage correspondant aux besoins du pays et
répondant aux normes édictées par le manuel de référence National School Feeding Program
(NSFP) ont été mis en place. Le National School Feeding Program est un manuel avec des normes
nationales pour la distribution de nourriture pour toutes les écoles bénéficiaires. Rappelons que la
population namibienne est sous-alimentée à hauteur de 37,6% en 2010 et 28,8% en 201526. Cette
sous-alimentation est causée par le taux de pauvreté très élevé, du chômage (34%) et de prévalence
du VIH. Le programme a ainsi couvert 366 000 enfants en 2017/2018 sur l’étendue du territoire
national. Le School Feeding Program a contribué au soulagement de la faim chez les enfants et à
promouvoir l’accès et la rétention de ces derniers à l’école. En outre, le programme a permis
d’améliorer les capacités de l’État en matière de conception et de gestion d’un programme national
d’alimentation scolaire qui prend en compte les besoins alimentaires et nutritionnels fondamentaux.
Parallèlement, le programme contribue à la hausse du taux de scolarisation et à la réalisation des
Objectifs de Développement Durables en éducation.

EN AMERIQUE LATINE

Au Brésil, les programmes de protection sociale sont fondés sur un ciblage robuste permettant de
toucher les couches les plus vulnérables. L’identification de ces couches est faite sur la base d’une
évaluation des ressources financières des ménages. Pour s’assurer la fiabilité de la qualité du ciblage,
le programme a entrepris le croisement de différentes sources d’informations :
- Les revenus auto-déclarés des ménages inscrits au Registre unique du gouvernement fédéral à
l’usage des programmes sociaux.
- Les revenus consignés dans d’autres registres administratifs fédéraux tels que le RAIS (Rapport
Annuel d’Informations Sociales),
- La base de données individualisée sur les salaires des travailleurs formels du privé et du public
alimentée par les employeurs.
Les résultats obtenus à la lumière des données ci-dessus indiquent qu’entre 2012 et 2018, la part des
ménages bénéficiaires du PBF appartenant aux 10% les plus pauvres de la population (premier décile
de revenu net par habitant) a augmenté de 6,3 points de pourcentage (passant de 32,6% à 38,9%), et
que la part des bénéficiaires appartenant aux 20% les plus pauvres (le premier et le deuxième décile
de revenu net par habitant) a augmenté de 7,5 points de pourcentage (passant de 58% à 65,5%)27. Le

26
[Link]
27
Luis Henrique Paiva, Marconi Souza et Hugo Nunes, Institut de recherche économique appliquée (Ipea), Le ciblage du programme
brésilien BolsaFamília de 2012 à 2018 à la lumière de l’enquête nationale auprès des ménages PNAD

58
versement de prestations plus élevées aux bénéficiaires les plus pauvres explique que les prestations
soient majoritairement mieux ciblées.
Plusieurs études menées au plan mondial (Costa, Salvato et Diniz, 2010 ; Dias et Silva, 2010 ; Hall,
2006 ; Mourão, Macedo et Ferreira, 2011 ; Tavares, 2010 ; Soares, Ribas et Osório, 2010) ont
démontré que le Programme Bolsa Família est mieux ciblé que les autres programmes de Transfert
Monétaires Conditionnels (TMC) mis en œuvre dans d’autres pays.
D’autres études menées par la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement
(BIRD), par l'Institut de Recherche Économique et Agricole (IPEA, 2011) et par la Fondation
Getúlio Vargas (FGV, 2005), ainsi que l'enquête nationale réalisée par l'Institut Brésilien de
Géographie et de statistiques (IBGE, 2008) montrent que le PBF contribue à réduire les inégalités de
revenus au Brésil.

b) LE CIBLAGE CONDITIONNEL

La méthode de ciblage conditionnel a été enregistrée uniquement dans le cadre du célèbre


programme dénommé « Bolsa Familia » au Brésil. Les programmes conditionnels de lutte contre la
pauvreté transfèrent un montant d’argent mensuellement aux familles les plus pauvres, à condition
pour celles-ci d’utiliser les services de santé et d’éducation. Les conditions fixées par le PBF se
matérialisent au sein des familles brésiliennes par des engagements pris en matière d’éducation et de
santé afin d’améliorer l’accès aux services sociaux de base.
Au Brésil, en matière d’éducation, le suivi de la fréquentation scolaire vise à favoriser l’accès à
l’enseignement et la poursuite des études. En matière de santé, l’objectif est de renforcer la
prévention et de promouvoir la santé des familles participant au programme. L’application des
conditions imposées par le programme Bolsa Familia va de pair avec une couverture complète des
structures de santé et d’éducation dans l’ensemble du pays et dans toutes les municipalités du Brésil.
En matière d’assistance sociale, si les familles ne sont tenues par aucune obligation, il est de la
responsabilité du Système unique d’assistance sociale de venir en aide aux familles qui ne
remplissent pas les conditions fixées afin d’identifier, d’une part, les raisons de l’absentéisme
scolaire des enfants et des adolescents et, d’autre part, les obstacles entravant l’accès des enfants et
des femmes enceintes aux soins de santé de base. Le PBF se fonde sur le principe d’équité. C’est
pourquoi, il s’appuie sur le Cadastro Único qui est le principal registre destiné aux populations à
faibles revenus au Brésil.

4.2.3. LA PRIORITE A L'USAGE DES RESSOURCES LOCALES

La protection sociale peut promouvoir les systèmes alimentaires durables, la gestion des ressources
naturelles et les moyens de subsistance plus résistants. Ainsi, l’usage de produits locaux est préconisé
dans l’élaboration de certains programmes de cantine scolaire comme au Ghana et en Inde.

Au Ghana, l’enquête démographique et sanitaire de 1998 a montré qu’il y avait un retard de


croissance, de l'insuffisance pondérale et de l'émaciation chez les enfants. Pour répondre à ce
problème, en 2005, le gouvernement a mis en place le programme Ghana School Feeding dans le but

59
de réduire la faim et la malnutrition dans les écoles primaires et dans les jardins d'enfants publics des
zones les plus pauvres. On note l’implication des communautés locales en valorisant les produits
locaux pour la consommation, ce qui a permis d’offrir des prestations de qualité. Ainsi des repas
sains et nutritifs, composés uniquement de produits locaux, sont offerts aux enfants. Grâce à ce
système de pilotage, un an après, en 2006, le programme qui a débuté avec 10 écoles pilotes dans les
régions du pays s’est étendu à 200 écoles en couvrant un nombre total de 69 000 élèves dans
l'ensemble des 138 districts. Et en 2017, 1,7 millions d’enfants ont bénéficié du programme28.

En Inde, la sécurité alimentaire constitue un élément important au niveau des programmes de


restauration scolaire. Dans le programme Mid Day Meal Scheme (MDMS), des impacts ont été notés
notamment dans la promotion des cultures vivrières. La disponibilité, l’accès, l’utilisation et la
stabilité de ces cultures vivrières au niveau communautaire permet d'anticiper les ruptures de stock et
favorise un meilleur ravitaillement des écoles en aliments nutritifs.

4.2.4. L’ADAPTATION DES BONNES PRATIQUES A LA COVID-19

La pandémie de COVID-19 a servi à prendre conscience de l’importance de la protection sociale et à


renforcer les systèmes de protection sociale en développant des stratégies diverses d’adaptation à
cette nouvelle situation.

Au Brésil, les bénéficiaires de la Bolsa Família peuvent désormais recevoir leurs versements au
moyen d'un compte numérique simplifié et gratuit, automatiquement ouvert à leur nom auprès de la
CAIXA. Les anciennes formes de remboursement des prestations mensuelles effectuées par le biais
de retraits avec la carte Bolsa Família ou la carte de citoyen restent disponibles. Les comptes
numériques ne font qu'ajouter une nouvelle option. Avec eux, il n'est pas nécessaire de retirer tout
l'argent en une seule fois et le solde peut être utilisé pour des achats et des paiements de factures via
l'application Caixa Tem, initialement créée pour effectuer des paiements d'aide d'urgence pendant la
pandémie de coronavirus. La digitalisation a facilité l’adaptation au contexte de la pandémie de la
COVID-19.

De même, au Mexique, le cash transfert a permis d’atténuer la vulnérabilité des bénéficiaires de ces
différentes initiatives. Dans cette même logique, le respect des mesures barrières y compris la
distanciation physique n’a pas compromis la continuité des services de protection sociale qui
s’appuient sur les ressources électroniques.

28
Edited by Lesley Drake Alice Woolnough Imperial College London, UK Carmen Burbano World Food Programme, Italy Donald
Bundy World Bank Group, USA, accessible à l'aide [Link]
benefit-analysis-report, consulté le 10/02/2021

60
4.3. UNE GOUVERNANCE PROACTIVE POUR ANTICIPER LES RISQUES SUR LES GROUPES
VULNERABLES

On observe des interventions qui visent à requalifier des groupes socio-économiques en leur offrant
des services de filets sociaux qui les font sortir de vulnérabilités fortes et les mettre en condition de
production et d’auto-emploi. Dans le même temps, les aspects stratégiques que sont la sécurité
alimentaire, la nutrition, la réhabilitation des personnes en situation de handicap et l’accès à la
propriété et aux logements sociaux deviennent les mobiles de nouveaux programmes de protection
sociale.

Relevons d’abord, la couverture de santé au-delà des soins primaires permettant à des groupes
sociaux de faire face à des pathologies chroniques ou à des maladies transmissibles. Ensuite, dans ce
lot de besoins stratégiques figurent l’éducation du plus grand nombre, la formation des jeunes pour
l’employabilité et la prévention d’un certain nombre de risques touchant à l’écologie,
l’environnement et à la sécurité humaine et publique. Enfin, la sécurité alimentaire des
communautés, la restauration scolaire et les pensions retraite pour divers groupes socio-économiques
sont apparues de plus en plus dans les programmes de protection sociale.
Procédant ainsi, les États œuvrent à reconquérir leurs fonctions régaliennes dans le domaine social.

Conscient qu’il faut une gouvernance proactive pour pallier certaines difficultés et anticiper les
vulnérabilités de la population, les États ont investi dans les programmes de lutte contre la pauvreté
par l’anticipation des risques de basculement dans la précarité et l’employabilité pour assurer une
sécurité humaine à tous les individus. Pareillement, certains États ont visé dans l’adaptation des
services aux besoins des bénéficiaires par la flexibilité et la complétude des services. D’autres États
ont voulu être pragmatiques en réhabilitant des maisons dans les programmes d’accession au
logement. Ils ont également développé des stratégies de décentralisation des politiques de protection
sociale. L’ensemble de ces stratégies ont eu pour but de prévenir sur tout risque de vulnérabilité des
personnes cibles avec un effort d’investissement financier particulier dans certains pays.

4.3.1. LA LUTTE CONTRE L’EXTREME PAUVRETE

a) L’ANTICIPATION DES RISQUES DE BASCULEMENT DANS LA PRECARITE

EN AFRIQUE

Au Maroc, dans une logique d’anticipation des risques de basculement dans la précarité, le Conseil
du gouvernement a adopté le 30 octobre un décret introduisant une aide directe aux veuves qui
représentent10% des femmes du Maroc29. L’analyse de la situation des femmes révélait une faible
participation au marché du travail. Le taux d’activité des femmes s’élevait à 14,7% avec un taux de

29
Recensement Générale de la Population et de l’Habitat, 2014

61
19,4% en milieu rural et 7,5% 30. Lancée en fin 2014, par le Chef du gouvernement, la mise en œuvre
de ce programme s’est faite selon une approche intersectorielle suite à une concertation de trois
départements ministériels à savoir le Ministère de l’Intérieur ; le Ministère de la Solidarité, de la
Femme, de la Famille et du Développement social et le Ministère de l’Économie et des Finances.
Seules les femmes ayant un ou des enfants à charge en bénéficient. L’aide est de 350 dirhams par
enfant âgé de moins de 21 ans, plafonnée à 1 050 dirhams. La limite d’âge est supprimée en cas
d’enfant vivant avec un handicap.
Ce programme est adopté pour éviter aux femmes d’être sans ressources et de se trouver dans une
situation favorisant l’abandon des enfants. Ce programme favorise également la scolarisation des
enfants car pour en bénéficier, ces derniers doivent être scolarisés ou inscrits dans une formation
professionnelle.
Toujours dans le domaine de l’éducation, les déficits en qualité nutritionnelle enregistrés par le
Maroc en rapport avec les Objectifs de Développement Durable ont conduit le Gouvernement
marocain à mettre en place le programme Cantines Scolaires avec l’accompagnement des Nations
Unies à travers le Programme Alimentaire Mondiale (PAM) depuis 1997. Cette réforme a été faite
pour appuyer les efforts faits par le Ministère de l'Éducation Nationale.
En effet, le régime alimentaire au Maroc est caractérisé par d’importants apports en glucides.
L’apport énergétique des protéines et des lipides reste en dessous de la limite souhaitée : En 1985, le
taux de calories glucidiques s’élevait à 68,8% alors que la norme se situe entre 45 et 55%). Quant
aux taux de protéines et de lipides, ils représentent respectivement 9,1% et 22,1% en 2019 sachant
que les normes se situent respectivement entre 12 et 15% ; et 25 et 35% 31. Ainsi pour remédier aux
déficits alimentaires, le programme a fait appel à l’expertise des diététiciens. Ce recours aux
directives des diététiciens permet une diversification et une adaptation des menus aux différents âges.
En 2013/2014, le nombre de bénéficiaires s’est établie comme suit :
- Tranche d’âge 6-12 : 1 212 628 dont 594 113 filles ;
- Tranche d’âge 13-15 : 54 481 dont 21 740 filles.
En 2018 le taux de couverture s'élevait à 49,8%.
C’est ainsi que la situation nutritionnelle des enfants s’est progressivement améliorée, notamment
grâce aux interventions par le suivi de la croissance, ainsi que par le dépistage et la prise en charge
des enfants souffrant de malnutrition. En effet, il contribue aussi à réduire les contraintes socio-
économiques et éducatives limitant l’accès à une éducation de base équitable et de qualité et portant
atteinte à la rétention des enfants et des adolescents défavorisés à l’école.

En Namibie, le programme Full Concrete Housing Unit Scheme en partenariat avec le National
Empowerment Foundation et le Ministère de l’intégration sociale et de l’autonomisation économique
a pour but de permettre aux bénéficiaires de vivre dans un environnement agréable. Le programme a
permis aux bénéficiaires d’obtenir un logement à prix subventionné avec un remboursement à
hauteur de 25% du coût de construction. De ce fait, près de 10 000 logements sociaux ont été
construits entre 2015 et 2019. Dans le même élan, la Namibie a apporté une réponse à la question de
l’accès au logement étant donné que seules les élites étaient capables d’acquérir des terrains et des

30
Recensement Générale de la Population et de l’Habitat, 2014
31
Programme d’Appui l’Amélioration de la Protection Sociale, 2019

62
maisons formelles. C’est au travers d’une approche écologique volontariste en tenant compte de la
disponibilité foncière dans certaines localités que le Gouvernement namibien via le programme
Provision of Housing and Shelter a octroyé 2 200 logements par an sur l’étendue du territoire
national. Ces programmes ont ainsi permis de réduire l’utilisation des énergies non renouvelables et
d’augmenter le nombre de logements. En outre, ils ont aussi un impact sur la société en permettant
d’assurer la sécurité des terres des groupes vulnérables et la construction d’habitats de bonne qualité
pour les personnes disposant de revenu moyen ou faible.

EN AMERIQUE LATINE

En Argentine, la prévention demeure un aspect important de la réussite du programme du Régime


de « Monotribut » qui a démarré en 1998 et a pris fin en 2013. A la base, la finalité était de mettre en
place un système qui cherche à adapter les travailleurs à bas revenus au régime fiscal et à celui de la
sécurité sociale. Nous rappelons que ces derniers ont une capacité contributive très réduite, raison
pour laquelle une taxe originale sera constituée afin de leur permettre de couvrir les frais d’impôt et
cotisations de sécurité sociale (maladie et retraite). Pour cela, on note une forte implication du volet
social avec une restructuration du système de protection sociale permettant l’inclusion de l’ensemble
des travailleurs. Avec la création d’un sous-régime et donc d’une nouvelle sous-catégorie de petits
contribuables, l’inclusion de ces travailleurs facilite la transition vers l’insertion sur le marché du
travail avec des exonérations sur le paiement des contributions fiscales avec un droit à la prestation
basique universelle et un programme médical obligatoire. Grâce à cette inclusion, on note une
réussite de ce régime de « monotribut », qui lève la contrainte de la capacité limitée à cotiser de
certains travailleurs, dans un dispositif basé sur la logique fiscale (centrée sur l’efficacité du
prélèvement des impôts.). Finalement, ils représentent 65,4% « des mono tributaires ». Cela reflète le
caractère assistantiel du régime depuis le début. C’est dans ce sens que l’on considère cet aspect
comme une prévention de la précarité de ces travailleurs en raison de cette inclusion participative
organisée par l’État argentin.

4.3.2. UNE FORMATION CENTREE SUR L’EMPLOYABILITE

EN AFRIQUE

Au Botswana, le renforcement de l’employabilité demeure un aspect important dans la réussite de


l’un des programmes de protection sociale au Botswana a conduit le gouvernement à la mise en place
du programme Adult Basic Education Program (ABEP). Ce programme ABEP vise à éliminer les
disparités intergroupes et à favoriser l’inclusion sociale des minorités les plus vulnérables par
l’enseignement. Le contenu des formations proposées, les matières, ainsi que le choix des
facilitateurs et mobilisateurs communautaires renforcent l’efficacité du programme. Ainsi, L'ABEP
cherche à accompagner les communautés bénéficiaires à une meilleure autonomisation sociale et
financière dans le respect des activités familiales ou professionnelles pour une meilleure justice
sociale. Il offre une démarche inclusive respectant les statuts et les aspirations sociales des
bénéficiaires. Il cible principalement les jeunes et les adultes non scolarisés, les minorités ethniques
et les communautés rurales défavorisées. En outre, le programme octroie la possibilité de pouvoir

63
exercer une carrière professionnelle. L'ABEP est en partenariat avec des écoles de formation et des
universités afin de permettre aux apprenants de poursuivre leurs études secondaires et supérieures.
Par ailleurs, le programme offre la possibilité de se professionnaliser dans les domaines de
spécialisation et d’exercer des activités génératrices de revenus.

Au Maroc, le taux de chômage était de 9,88% en 201432 a fait que la perte d’emploi fait l’objet d’un
traitement singulier dans le système de sécurité sociale du Maroc, L’État a mis en place une
réglementation relative à l’indemnisation de perte d’emploi et un dispositif pour la réinsertion
professionnelle pour garantir un revenu de remplacement aux travailleurs privés d'emploi. Cette
indemnité répond aux besoins matériels de groupes vulnérables en assurant un minimum de revenus
et d’améliorer leur inclusion dans la société.
L’indemnité pour perte d'emploi constitue ainsi un changement majeur dans la prise en charge des
personnes ayant perdu leur emploi, tant du point de vue de leur régime indemnitaire que des
dispositifs mobilisés pour leur réinsertion professionnelle.

EN AMERIQUE LATINE

En Argentine, l’employabilité a été un concept très usité dans le package de protection sociale. En
effet, l’Argentine a fait face à d’énormes défis socio-économiques au lendemain de la crise de 2001
qui a fragilisé la croissance et entraîné le chômage. Cette crise aura aussi un versant financier. Ce
contexte de fragilité économique est caractérisé par une demande sociale plus forte et qui induit des
transformations majeures du système politique, économique et social. D’ailleurs, au-delà de
l’identification du modèle social argentin, il marque l’augmentation du chômage et de la pauvreté,
qui se traduit par des phénomènes d’exclusion et participe à la transformation des rapports sociaux.
Plus tard, c’est au cours du processus de mobilisation des « sans emploi » que le chômage est devenu
une problématique centrale, ce qui explique le fait qu’il soit désormais au cœur de la conception des
politiques publiques. Rappelons que la population désignée comme « sans emploi » dans ce pays est
très instable en raison du poids du secteur informel et de la fragilité des entreprises. D’ailleurs au
plus fort de la crise, en 2002, le taux de pauvreté a atteint 57 % alors qu’elle était de 27% en 1998.
Le taux de chômage a atteint 23 %33 et on pouvait voir apparaître dans les rues des "piqueteros", des
pauvres et des chômeurs qui coupent les routes pour exiger du travail et du pain. Les argentins
devaient renoncer aux produits américains dont ils raffolent en raison du coût exorbitant des biens
importés. Également, l’Argentine s’est déclarée en cessation de paiement sur l’ensemble de sa dette
extérieure, s’élevant à 88 Md$, 93 % de cette dette étant détenue par des créanciers privés. Les 7 %
restants étaient détenus par des organismes multilatéraux, le Fonds Monétaire International (FMI)
notamment, ainsi que des créanciers bilatéraux.

Avec cette nouvelle crise, l’Argentine a connu une chute vertigineuse de son PIB, une montée en
flèche du chômage et de la pauvreté, une hausse des prix considérable, une division par quatre de son
taux de change en moins d’un an et un endettement extérieur devenu intenable. L’Argentine se

32
Lex Social, 2017
33
Lo Vuolo, Rubén M. « Argentine : les leçons de la sortie de crise », Revue Tiers Monde, vol. 189, no. 1, 2007, pp. 13-34.

64
présentait à ce moment comme un pays où toutes les forces industrielles et financières étaient
vendues aux capitaux internationaux, où les salariés de la fonction publique ont été massivement
sacrifiés, où l’éducation et la santé étaient réservées aux rares personnes solvables et où la pauvreté
et les inégalités n’ont cessé de croître.
C’est dans cette perspective que les politiques publiques prioritaires et les stratégies de relance socio-
économique sont désormais orientées vers une recherche de solutions pratiques face à une situation
de forte mobilisation de chômeurs et de sans-emplois. Ces populations, souvent issues des couches
défavorisées, revendiquent tantôt un changement social profond ou une meilleure participation et une
inclusion de tous dans la société salariale. L’idée est donc de s’emparer de programmes dont
l’objectif reste la lutte contre le chômage et donc la lutte contre la pauvreté.

Largement utilisé, le concept d’employabilité a été conçu dans le programme Proemplear lancé en
2014 dont le but était de répondre aux besoins de formation et d’emploi des jeunes, mais également
aux défis du contexte actuel de l’emploi qui propose de promouvoir le placement et de régulariser le
travail formel. Il s’intéresse à l’insertion professionnelle des jeunes et des adultes sans emploi dans le
monde du travail. En ce moment, l'évolution annuelle du taux de chômage en Argentine de 2010 à
2016, avec des prévisions jusqu'en 2021, montre que le taux de chômage en Argentine est resté
relativement stable entre 2010 et 2014, s'établissant à un peu plus de 7 %.34 La jonction des
demandes des « adultes en situation de vulnérabilité » (jeunes sans emploi, chômeurs) et des
entreprises dans le monde du travail a exigé une refonte du système éducatif en lien avec le marché
du travail. Ainsi, l’enseignement général, la formation et le renforcement de capacités expérientielles
mais également une préservation des emplois et une régularisation du travail formel, ont été les
points saillants de cette réforme. Ce qui participe en partie à favoriser l’employabilité des jeunes.
Par ailleurs, cette employabilité est soutenue par la formation continue de travailleurs afin de leur
permettre d’accéder à des emplois décents et de qualité, en contribuant à l'amélioration de la
compétitivité. C’est le cas du Programme de Formation Continue (2003) qui promeut la formation
continue des travailleurs en tant qu'instrument permettant d’améliorer les moyens de subsistance.
Cette pratique de formation pour l’employabilité a noté une large extension chez les cibles
notamment les employés et chômeurs en raison de sa diversité : la formation a touché plusieurs
volets. S’agissant des jeunes, une proportion importante a diminué parmi les chômeurs (34,4%, soit
4,3 points de moins qu'en 2002) : non seulement cette conception de formation (avec ses diverses
caractéristiques) a positivement impacté la baisse du chômage chez ces jeunes mais a également
favorisé d’autres moyens d’insertion dans le monde du travail (stages, prestations, etc.). Cette
situation est similaire pour l’enseignement et la formation professionnelle (avec un nombre de
860.414 personnes formées) avec un renforcement du double système d’éducation et du recyclage
professionnel des personnes éprouvant des difficultés à s’adapter aux besoins du marché du travail.

Au Mexique, le taux de chômage des jeunes est assez élevé. 79%35 des jeunes ont du mal à entrer
dans le monde du travail. De ce fait, le gouvernement mexicain en collaboration avec ses partenaires

34
Taux de chômage en Argentine de 2010-2021 (2017), Statista Research Department, Argentine.
35
[Link]
trabajo#:~:text=La%20falta%20de%20experiencia%2C%20del,de%20Oportunidades%20Laborales%20para%20los

65
a décidé de mettre en œuvre le programme Jóvenes construyendo el futuro dont l’objectif est de
former les jeunes de 18 à 29 ans sans activité professionnelle. Avec l’aide des entreprises ou des
ateliers, ils peuvent développer et renforcer leurs aptitudes au travail et leurs compétences techniques
pour une durée d’un an afin d'accroître leurs possibilités d'employabilité dans le futur. Le programme
vise à créer les conditions permettant à 2 300 000 jeunes, qui jusqu'à présent n'ont pas participé aux
processus économiquement productifs de la société mexicaine de se percevoir comme coparticipants
et de contribuer à la construction d'un nouveau Mexique qui les reconnaît et les inclut. Fort de ce
constat, 30% des boursiers inscrits au programme, soit 300 000 jeunes obtiennent un emploi formel à
l'issue de leur formation, en leur octroyant 24595 postes de travail et 131358 des postes vacants dans
la ville de Mexico. 18076 postes de travail ont été octroyés et 101871 et des postes vacants dans la
ville de Guerrero. A Yucatan, 9360 postes de travail ont été octroyés et 37 357 postes vacants.

4.3.3. L’ADAPTATION DES SERVICES AUX BESOINS DES BENEFICIAIRES

Dans les programmes étudiés, il a été noté une adaptation des services aux besoins des bénéficiaires.
Ainsi, les interventions ont visé la complétude des services afin de couvrir la diversité des situations
des ayants-droit.

a) LA FLEXIBILITE ET LA COMPLETUDE DES SERVICES

EN AFRIQUE

En Namibie, le gouvernement s’est également engagé à atteindre un taux d’urbanisation de 60%


d’ici 2025. Pour ce faire, il a mis en place le programme Provision of Housing and Shelter dans
l’optique d’atteindre cet objectif. Le système foncier flexible a été une innovation essentielle dans le
bon fonctionnement du programme. Ce système facilite la sécurisation des terres des groupes
vulnérables. Il a été mis en place dans le cadre du programme de réforme foncière entamé par la
Namibie. Le programme a ainsi couvert 2 200 logements par an sur l’étendue du territoire national.
Le programme a favorisé l’accès au logement et à un cadre de vie décent aux personnes pauvres et à
la classe moyenne.

Au Rwanda, suite au génocide de 1994, le pays a entamé le programme de reconstruction qui est
financé en partie par l’aide extérieure. C’est ce qui a conduit à la création de la Caisse Sociale du
Rwanda (CSR) qui est régie par la loi du 22/03/2003 modifiant et complétant le décret du
22/08/1974. L’innovation majeure a été de favoriser la prise en charge inclusive en offrant un paquet
de soins de santé gratuit pour le secteur public et privé ainsi que toutes les dépenses médicales.
L’objectif de la CRS est d’apporter du soutien aux travailleurs en cas d’accidents de travail et de
maladies professionnelles. La CRS dispose d’une offre de services correspondant aux attentes des
bénéficiaires en augmentant la participation du secteur informel dans le système de sécurité sociale
contributif. En plus, des travailleurs, le programme de la CRS cible aussi les élèves des écoles
professionnelles ou artisanales, les stagiaires et les apprentis, les agents sous statut général de la
fonction publique. Il couvre 10% de la population active et 15% de tickets modérateurs.

66
Dans le même élan, le programme de la Couverture Maladie Universelle (CMU), offre une prise en
charge des soins médicaux pour toute la population. Ainsi, de par la mise en place d’une extension
des mutuelles dans les 30 districts du pays avec la création d’une personnalité juridique fédérant dans
l’ensemble de ces mutuelles (synergie opérationnelle, solidarité entre les mutuelles et économie
d’échelle), le taux de couverture a augmenté de 83.2 % en 2020 et une nette diminution du taux de
mortalité infantile de 25.38% 36.

Au Botswana, la prévalence des infections au VIH est très élevée avec un taux de prévalence du
VIH de 23%37 des adultes en 2018. Le gouvernement a mis en place le programme de Prévention de
la Transmission Mère-Enfant du VIH (PTME). Ce programme a pour but de prendre en charge les
femmes enceintes et les mères allaitantes porteuses du virus. L’innovation a été de rendre gratuite la
Zidovine et d’offrir du lait maternisé aux femmes séropositives qui ont choisi de ne pas allaiter leurs
enfants. Le programme PTME propose aux femmes un dépistage volontaire du VIH pendant la
grossesse, avec des conseils avant le test par des sages-femmes lors des visites prénatales de routine.
Grâce à l’accessibilité aux soins de santé antirétroviraux, plus de 95 % des femmes ont reçu des
consultations prénatales et ont accouché dans un centre de santé.
Le programme d’aide au logement Self Help Housing Agency (SHHA) vient répondre à l’élan du
Gouvernement afin d’offrir aux ménages à revenus intermédiaires et faibles, l’opportunité d’accéder
aux logements. Cela a été possible par le déploiement à grande envergure de la pratique de la
réhabilitation. Le programme Self Help Housing Agency (SHHA) offre des prêts de logements sur 20
ans à taux d’intérêt nul, et est de deux types, le programme « Clé en main » et le programme
« Amélioration de l’habitat ». Les bénéficiaires doivent être des citoyens du Botswana qui se situent
dans la tranche de revenus de400 par an, et qui ont un bail de droit civil, un certificat ou un titre de
propriété et qui sont âgés entre 21 à 60 ans. Toutefois, il faudra répondre aux critères d’éligibilité
pour accéder aux prêts, par contre, pour tout retard au remboursement, une pénalité de 10% est
allouée. Le véritable succès du programme résulte dans la mise en œuvre de la promotion de l’élan
de solidarité gouvernementale du Botswana afin de favoriser le bien-être et l’équité de sa population.
Le programme Self Help Housing Agency (SHHA) couvre environ 3456 bénéficiaires, soit 1937
personnes pour la clé en main et 1519 personnes pour l’amélioration de l'habitat.

De même au Ghana, la difficulté financière relative aux frais d’accouchement pour les femmes
enceintes, et les initiatives de réduction des inégalités sociales, font que le gouvernement a mis en
place le programme Free Maternal Health Care Policy (FMHCP). En effet, en 2008, le pays a
introduit une politique de soins de santé maternelle via l'inscription des femmes enceintes au régime
national d'assurance maladie pour accéder gratuitement aux soins de santé. Pour ce régime, on
constate une couverture de 64%, avec une nette baisse du taux de mortalité maternelle 38.

36
KAMWENUBUSA Théodore et AL. (2011). Étude comparative des systèmes de protection sociale au Rwanda et au Burundi,
accessible à l'aide
[Link]
37
[Link]
38
John Azaare. (2020). Impact de la politique de soins de santé maternelle gratuits sur l'utilisation des soins de santé maternelle et
la mortalité périnatale au Ghana, accessible à l’aide
[Link] [Link]/articles/10.1186/s12978-020-01011-9

67
EN AMERIQUE LATINE

Au Mexique, le programme « Mejora de vivienda y vivienda en conjunto » (Amélioration de


l’habitat et logement) créé en 2019 a été conçu dans le but d'octroyer des financements à des projets
de logements sans intérêt. Les aides sociales sont offertes à la population résidant à Mexico,
principalement à celles à faibles ressources économiques, en situation de vulnérabilité (autochtones,
personnes âgées, mères célibataires, femmes chefs de famille et personnes handicapées) ou qui
vivent dans des zones à risque. Son objectif est de lutter contre les problèmes liés au surpeuplement
dans les maisons, aux logements précaires dégradés avec un risque d'effondrement. Le programme
couvre 13500 foyers, l’objectif est d’améliorer les logements des bénéficiaires ou de leur accorder de
nouveaux logements. La réhabilitation des maisons dégradées est une innovation pour le programme
car il permet de répondre aux besoins de la population. Il s’agit de refaire les habitats risquant de
s’effondrer. Parmi les actions menées par le gouvernement mexicain et ses partenaires au cours des
trois dernières années (2013, 2014 et 2015) dans le cadre du Programme commun pour le logement,
62% en moyenne ont nécessité une subvention pour l'aide au loyer ou la complémentarité (pour les
crédits contractés).
Les aides au loyer sont destinées aux familles vivant dans des zones à risques hydrométéorologiques,
géologiques et structurels, et sont soutenues jusqu'à ce qu'une solution de logement (atténuation ou
nouveau logement) soit trouvée pour elles.

EN ASIE

La diversité des offres de service est un facteur de réussite des programmes de protection sociale en
Asie.

En effet, en Chine, dans les programmes tels que la subvention pour les enfants d’âge préscolaire et
le programme d’amélioration de la nutrition pour les élèves de l’enseignement obligatoire (NIPRCS),
on note une initiative de renforcement des capacités des élèves. La prise en charge dès le bas âge des
élèves à travers les subventions octroyées permet de faciliter très tôt chez l’enfant la mise en place de
certaines habiletés. Elle induit des prédispositions favorables à la réussite de l’enfant. Le NIPRCS
contribue également à l’amélioration des performances scolaires des enfants en permettant
l’inclusion des enfants issus de familles démunies à l’école publique en offrant des repas scolaires.
Dans l’assurance maternité, le service offert est un paquet complet depuis les consultations
prénatales jusqu’à l'accouchement et à la gratuité des médicaments tant pour la mère que pour
l’enfant.
Cette diversité dans l’offre de service se note également dans le programme de restauration scolaire
(NIPRCS) qui prend en charge les trois repas de la journée : le petit déjeuner, le déjeuner mais aussi
le dîner grâce à la subvention alimentaire quotidienne octroyée aux parents des élèves. Trois options
sont proposées aux élèves : (1) la restauration scolaire, (2) le pack alimentaire et (3) la subvention
familiale. En fin juin 2012, 53 % des écoles couvertes par le NIPRCS tandis que 64 % des élèves
couverts par le NIPRCS utilisaient le programme d'alimentation scolaire ; 35 % des écoles et 32 %
des élèves utilisaient le pack alimentaire ; et 12% des écoles et 4 % des élèves ont opté pour la

68
subvention familiale. La principale raison du choix du pack alimentaire est le manque de cuisiniers
qualifiés ou d'installations de cuisines scolaires.
Dans le programme de logements garantis, le dispositif planifie un système d’aide au logement
décliné selon plusieurs niveaux et comprend quatre types de logements sociaux, dont deux
d’accession à la propriété et deux d’accession à la location : d’une part, les logements à prix
abordable et les logements à prix limité, d’autre part les logements locatifs à faible coût et les
logements locatifs publics.

En Inde, la promotion de l’employabilité à travers le programme de modernisation des madrasas est


soutenue par l’élaboration de contenus pédagogiques appropriés afin d’octroyer les mêmes
opportunités et aptitudes que les enfants des autres écoles. Notons que ces minorités étaient dans un
système d’apprentissage non conforme aux exigences du monde de l’emploi. C’est pourquoi, afin de
leur garantir l’employabilité, il a fallu moderniser le système afin d’offrir à cette communauté les
dispositions nécessaires. La réorganisation des contenus à travers des techniques conformes au
système national et l’introduction de l’anglais dans les enseignements illustrent cette tentative de
modernisation.
Dans le programme de protection maternelle Janani Shurashan Yojana, la gratuité des soins
d’accouchement ainsi que les mesures incitatives notamment en termes de primes ont favorisé
l’augmentation de nombres de femmes enceintes fréquentant les établissements sanitaires. Ainsi, les
femmes des milieux défavorisés qui auparavant n’accouchaient pas dans les structures de santé ont
changé de comportement grâce à cette politique. Cette tendance est illustrée par une hausse des
prestations institutionnelles qui passent de 47% en 2007-2008 à 78,9 % dans l'année 2015-2016. Une
approche qui a contribué fortement à la réduction de la mortalité maternelle et infantile. En effet, le
taux de mortalité est passé de 254 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 2004-2006 à
167 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 2011-2013. Le taux de mortalité infantile a
aussi régressé passant de 58 pour 1000 naissances vivantes en 2005 à 34 pour 1000 naissances
vivantes en 2016. Enfin la mortalité néo-natale (RMN) a connu elle aussi une diminution passant de
37 pour 1000 naissances vivantes en 2006 à 24 pour 1000 naissances vivantes en 2016 39.
Dans le domaine de l’habitat, la flexibilité de l’offre en rapport avec les besoins a été privilégiée dans
les pays comme le Botswana, le Mexique et l’Inde. En effet, afin d’amoindrir les coûts, ces pays ont
préféré inclure la réhabilitation des maisons dans leurs programmes de logement sociaux. Cela a
également permis de lever les contraintes de l’accès au foncier.
La construction d’édifices mais particulièrement la réhabilitation de maisons sont des facteurs
innovants notés dans la mise en œuvre du programme de logement pour Tous, PMAY. L’État Indien
avec la collaboration des banques d’assurance, anticipe sur les besoins des couches défavorisées en
simplifiant l'achat de maison grâce à une subvention de 6,5% sur le prêt de l'emprunteur au niveau de
la banque avec des taux d'intérêt raisonnables pour une durée de 20 ans40. Une identification au
préalable des besoins a permis de situer l’intervention. De préférence, l'État travaille avec les
banques d’assurance locales et les matériaux de construction répondent aux normes écologiques.

39
Enquête sur les ménages au niveau des districts - III, en 2007-08 et NFHS-4, 2015-16.
40
P. Milon. (2017). “Un logement pour tous : des avantages socio-économiques pour l’Inde”.

69
4.3.4. LA DECENTRALISATION DES POLITIQUES DE PROTECTION SOCIALE

La décentralisation est un aspect important pour la réussite de certains programmes de protection


sociale en Afrique (Botswana et Rwanda) et en Asie (Chine et Inde).

EN AFRIQUE

Au Botswana, le VIH menaçait de détruire des décennies de progrès économique et social du pays.
On constate que seuls quelques riches botswanais pouvaient se permettre le traitement antirétroviral.
Par le principe de la décentralisation en 2001, l’État du Botswana a mis en place le programme
Masa-Soins avancés du VIH. Le gouvernement s'est engagé à faire du VIH une priorité nationale et a
décidé de fournir gratuitement un traitement antirétroviral (ARV) à ses citoyens. En guise de rappel,
le Botswana est le deuxième pays dont le taux de VIH/SIDA est le plus élevé au monde avec 23% de
la population vivant avec le virus en 2018. Ce programme Masa-soins avancés du VIH (encore
appelé traitement antirétroviral-TAR) offre, de par la décentralisation, le dépistage systématique du
VIH/SIDA, l’accès à la thérapie antirétrovirale (TAR) et la création de nouveaux centres de
traitement et de ressources, de laboratoires et de dispensaires. On constate aussi qu’en 2004,
correspondant à la date de la modification du dépistage du VIH avec le programme « opt-out » dans
lequel les prestataires proposaient des tests lors des visites de routine au bureau. Ainsi, la promotion
des tests s'est avérée efficace, plus les gens connaissaient leur statut, plus ils étaient susceptibles de
mieux interagir avec les personnes porteuses du virus. Par conséquent, la couverture du TAR s'est
rapidement développée avec le déploiement national à peine deux ans plus tard. En 2005, plus de la
moitié de la population éligible, soit 43 000 personnes, bénéficient de Masa. L'augmentation massive
de l'utilisation du TAR est due en grande partie à une augmentation des tests grâce à la
décentralisation du programme vers les districts satellites du pays.

Au Rwanda, en 1996, le Conseil des ministres a adopté une politique nationale de l'habitat imposant
à tous les Rwandais habitant des maisons dispersées d'aller s'installer dans des "villages" créés par
les autorités. C’est le cas du programme d’Accès à un Logement au Rwanda instauré par le
gouvernement dans le but d’appuyer les groupes vulnérables qui sont les rapatriés, les rescapés du
génocide et les anciens combattants invalides ayant des difficultés pour trouver un toit. Pour la mise
en œuvre du programme, le gouvernement fournit des matériaux de construction et favorise un
processus décentralisé au niveau des zones concernées. Les bénéficiaires de ce programme sont
sélectionnés à partir de la plateforme Ubudehe qui est un processus participatif communautaire. En
effet, 4 ans après, l’État a procédé au déplacement de centaines de milliers de personnes vers les
nouveaux logements ou dénommés les « Imidugudus ». Entre 2007 et 2009, 10 858 maisons ont été
construites. Et aussi le secteur immobilier a soutenu environ 157 000 emplois en 2017 correspondant
à 111 milliards de FRW (93,13 millions d’euros).

70
EN ASIE

En Chine, les collectivités locales sont au cœur de la mise en œuvre des programmes de protection
sociale. En effet, l’atout principal du programme de garantie du niveau de vie minimum (DIBAO) est
le fait qu'il soit mis en place de manière indépendante dans chaque municipalité. Les autorités
municipales ont un pouvoir important sur la détermination de la ligne de pauvreté de leur ville, du
montant global des transferts et de la mise en œuvre du programme.
Un mécanisme de travail collaboratif est noté via l’engagement de quinze ministères et comités
nationaux dans le NIPCRS. Chaque ministère ou comité a un rôle et des responsabilités claires en
tant que membre de l'équipe. Cela a beaucoup facilité la gestion du programme. A cela s’ajoute le
multipartenariat public-privé noté dans l’élaboration du programme de logements garantis avec une
coalition entre les pouvoirs publics, les grandes sociétés d’investissement et les sociétés de
constructions immobilières chinoises. Dans le programme de subvention pour les enfants d’âge
préscolaire, le succès du programme est également attribué au système de cofinancement entre les
trois partenaires : le gouvernement central, les jardins d’enfants et les fonds sociaux.

En Inde, le principe de déconcentration des politiques et l’intersectorialité via l’implication des


districts ainsi que les conseils au sein de ces madrasas ont appuyé le programme de modernisation
dénommé Cadre pour l’éducation des Madrasas et des Minorités. Ce partenariat entre l’État et les
conseils au sein des madrasas est le facteur déterminant du succès de cette initiative. Des activités de
sensibilisation sont même portées par les autorités de la madrasa au niveau de la communauté
musulmane sur l’importance de moderniser les écoles islamiques afin de contribuer au passage à
l’échelle de cette innovation.
Une forte implication des autorités administratives locales dans la gestion des travaux est un facteur
clé dans la réussite du programme d’emploi garanti MG-NREGA en Inde. Le gouvernement fédéral
travaille avec les gouvernements des différents États pour la mise en œuvre effective du programme.
Le suivi et l’accompagnement est assuré à la base par des acteurs locaux qui traitent directement
avec les bénéficiaires. Des comités et conseils villageois (gram sahha et gram panchâyat) sont
impliqués dans le processus pour la réussite des politiques au niveau communautaire.

4.3.5. LE VOLUME D’INVESTISSEMENT FINANCIER

L’Argentine et la Chine sont deux pays d'Amérique Latine et d’Asie, qui ont démontré leur volonté
d’améliorer les conditions de vie de leurs citoyens en mettant à contribution d’énormes sommes dans
la protection sociale.

En Argentine, l’extension de la couverture et celle du budget peuvent être considérées comme étant
les facteurs de succès de la stratégie de réduction de la pauvreté. Ceci s’explique par le fait que
l’employabilité a permis d’insérer un grand nombre de jeunes dans le monde du travail et de les aider
par des actions de promotion. A cet effet, l’État a pu maintenir l’emploi au centre des politiques
publiques comme prévu depuis la fin de la crise. C’est ce qui explique qu’en 2016, la part des
chômeurs au sein de la population active argentine s'élevait à environ 8,5 %. Néanmoins, il est prévu

71
une baisse de ce taux à environ 6,5 % en 202141. Le programme a réussi parce qu’il a servi d’outil
fondamental pour soutenir l’emploi au cours des derniers mois. En ce sens, il a réussi à faire insérer
25.000 jeunes et à les aider par des actions de promotion de l’emploi dans tout le pays. Ce qui permet
de mettre en exergue la volonté de l’État national et provincial de maintenir l’emploi au centre des
politiques publiques.
En outre, le déploiement d’un budget pour renforcer la formation des jeunes a été un aspect positif
dans la réalisation de cette prouesse, compte tenu de l’inclusion du travail et la création d’emplois
formels. Cette couverture de ces jeunes en situation de vulnérabilité a nécessité un investissement
total pour le deuxième semestre de 2014 de 150 millions de pesos.
L’expérience chinoise montre que la volonté politique et l’engagement financier jouent un rôle
primordial dans le succès des programmes de protection sociale.

En Chine, la forte implication de l’État dans le financement des programmes et l’implication des
collectivités locales se notent dans tous les programmes étudiés avec de fortes contributions de l’État
dans la mise en œuvre de ceux-ci. Les dépenses totales du DIBAO sont exclusivement financées par
l’État et ont atteint 159,20 milliards de yuans, dont 72,17 milliards de yuans pour le DIBAO urbain
et 87,03 milliards de yuans pour le DIBAO rural. Dans le programme de subventions pour les élèves
d’âge préscolaire également, l’État contribue à hauteur de la somme de 6,6 milliards de yuans qui
représente la plus forte contribution avec plus de la moitié du budget du programme déployé
uniquement par les gouvernements central et local. L’effort se caractérise par le réaménagement
budgétaire à travers la mise en place de fonds spéciaux investis dans le programme de restauration
scolaire (NIPRCS). La couverture et la durabilité des programmes de repas scolaires sont
directement affectées par le niveau de revenu d'un pays. Les revenus annuels par habitant des
ménages ruraux et urbains en Chine étaient respectivement de 1257$ et 3900$ en 2013. En 2019, le
revenu annuel par habitant de la Chine se situait à 10410$42 soit 868$ par habitant par mois. Il est
rare qu'un pays, classé dans la catégorie des pays émergents comme la Chine, intègre un programme
de repas scolaires à long terme dans son cadre ré[Link] investisse plus de 2,5 milliards de
dollars par an et 4,8 milliards de dollars supplémentaires en fonds spéciaux pour les cuisines
scolaires au profit de 23 millions d'élèves ruraux.
Le même procédé est noté dans le financement du NRCMS pour lequel les gouvernements central et
locaux mettent en place des fonds spéciaux chaque année afin de soutenir le programme.
Une forte détermination et une gouvernance efficace sont essentielles aux phases initiales de
développement et de mise en œuvre.

4.4. DES VALEURS FONDEES SUR LA SOLIDARITE, L’EQUITE ET LA TRANSPARENCE ...


Des modes de gouvernance favorisant une plus grande place aux actions sociales a rendu possible un
élan vers davantage d’empathie et de solidarité portées par les programmes de protection sociale.
Cette situation a promu les valeurs d’équité, de transparence, de respect des genres et des
générations, prise en compte des minorités, de réhabilitation des personnes en situation de handicap,
etc.

41
Op cit.
42
China Statistical Yearbook, 2014

72
L’adaptation de l’offre de services au besoin des groupes socio-professionnels a facilité fortement
l’extension de la couverture des programmes de protection sociale. Les formes de solidarité
intrinsèques aux groupes sociaux trouvent de plus en plus une jonction avec les solidarités formelles
insufflées par les programmes de protection sociale sous la houlette de l’État.

Plusieurs acteurs ont désormais compris que c’est l’équilibre des sociétés et les conditions de
production à dimension humaine qui sont en jeu. Les bonnes pratiques qui ont été analysées
concourent à la réhabilitation de la dignité humaine et à corriger les inégalités marquantes selon les
situations des pays.

Les programmes de protection sociale sont pour la plupart fondés sur les valeurs de solidarité,
l’équité et la transparence. C’est la raison pour laquelle certains pays d’Afrique ont misé sur le
respect des générations pour prendre en compte la spécificité des besoins des personnes âgées et sur
la réhabilitation des personnes vulnérables (enfants victime d’abus et les personnes vivant avec un
handicap, etc.).

4.4.1. DES VALEURS FONDEES SUR LA SOLIDARITE

EN AFRIQUE

Les pays d’Afrique (Botswana, Lesotho et Maroc) ainsi que les pays d’Amérique Latine (Argentine
et Mexique) ont développé des principes éthiques visant à rétablir l’équilibre d’une société résiliente
à travers des programmes solidaires. En effet, dans le souci de corriger les inégalités sociales et
d’apporter des solutions viables face aux fragilités d’une certaine catégorie de la population, des
stratégies ont été initiées.

Au Botswana, l’autonomisation est employée dans le cadre du programme Universel Old Age
Pension /Pension de Vieillesse Universelle avec un dispositif innovant qui favorise le soutien aux
personnes vulnérables âgées de 65 ans ou plus. Le programme apporte une aide sécuritaire et
garantie aux personnes âgées des moyens financiers afin de subvenir à leurs besoins. En effet, ce
programme octroie aux bénéficiaires un transfert en espèces mensuellement à tous les citoyens âgés
de 65 ans ou plus qui représentent environ 4,5 %43 du total de la population. En 2015, le nombre de
bénéficiaires est estimé à 102 323, ce chiffre peut être considéré comme élevé et proche des 100% de
la proportion de personnes dans cette tranche d'âge. Les prestations mensuelles correspondent à
environ 30 US$, équivalant à un peu plus d'un tiers du seuil de pauvreté. Force est de reconnaître que
l’ampleur du programme ainsi que sa réponse face à la vulnérabilité des personnes âgées de 65 ans
ou plus, témoignent du maintien des valeurs éthiques en faveur de la promotion de la solidarité et de
l’autonomisation au sein du pays.

43
[Link]

73
Le Lesotho, comme dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, est caractérisé par une
pauvreté généralisée avec une espérance de vie très faible (48 ans) du fait de la prévalence élevée du
VIH/SIDA. Cette situation a fait que les personnes âgées sont en charge de leurs petits-enfants alors
que l’incidence de la pauvreté expose davantage ces derniers. C’est dans ce contexte que le
gouvernement du Lesotho a introduit la pension vieillesse (AOP) en 2004 pour fournir un revenu
minimum garanti aux personnes âgées dans un but ultime de les accompagner dans leur fonction de
parentalité. Cette pension représente le plus grand transfert régulier de fonds au Lesotho soit 83 751
de bénéficiaires représentant 4,1% de la population totale avec un budget 38,733 millions Euros (707
195 200 Malotis), soit 2,03% du PIB 44. Avant l'introduction de l'OAP, seuls les anciens combattants
et les fonctionnaires recevaient une pension, ce qui couvrait moins de 3% des personnes âgées au
Lesotho. La pension ne bénéficie pas uniquement aux personnes âgées. Le Bureau International du
Travail estime en 2016 que 20% du montant alloué revient aux enfants et orphelins 45.

Au Maroc, les valeurs de l’empathie et de la solidarité ont prévalu lorsque le gouvernement


marocain a instauré dans le cadre de son nouveau plan de développement. L’intervention de
l’Entraide Nationale s’articule autour de l’Assistance sociale à travers l’accueil, l’écoute,
l’orientation et l’accompagnement, les prestations sociales de prise en charge des personnes en
situation de vulnérabilité (femmes, enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap).
L’entraide nationale offre aussi une assistance à l’inclusion et l’insertion sociale de ces groupes
vulnérables par l’intermédiaire des programmes de formation et d’appui à la scolarisation, de l’aide
d’urgence et actions humanitaires par le biais d'interventions ponctuelles.
A travers ces interventions, les personnes vulnérables ont pu disposer d’assez de ressources et de
moyens intellectuels pour assurer leur intégration dans la société et de jouir de leurs droits.
En 2014, le nombre de bénéficiaires était de 6 154 avec les 53% en milieu rural et les 47% en milieu
urbain.

EN AMERIQUE LATINE

En Argentine, les manières de faire participer les communautés sont multiples. La création
d’opportunités d’insertion et d’emplois, la formation et la promotion de l’organisation collective sont
autant d’exemples illustratifs de la considération de l’employabilité dans ce pays. Toutefois, ceci
reste le point de départ pour continuer à donner et à promouvoir la participation collective en
améliorant des espaces communautaires qui affectent directement la vie quotidienne des voisins.
L’Argentine s’inscrit dans une dynamique de promotion d’actions qui ouvrent des espaces de liaison
avec le monde du travail, tout en préservant les rapports sociaux. Cette pratique peut être considérée
comme étant la principale logique de performance de programmes de protection sociale en la
solidarité. Le principe de solidarité est fondé sur notre conviction de l'interdépendance des
personnes, car nul ne peut se suffire à lui-même. En effet, la diversité des talents, des compétences et
des fonctions entre collaborateurs de l'entreprise mais aussi avec les adhérents ou les fournisseurs est
une opportunité d'enrichissement mutuel au service du bien commun.

44
Government of the Kingdom of Lesotho: National Social Protection Strategy
45
International Labor Office: Universal Old Pension 2016

74
La protection sociale liée à l’activité salariée recouvrait les diverses formes corporatives. Ainsi,
certaines organisations s’appuient sur des réseaux d’interconnaissances préexistants qui soulignent
les appartenances locales et familiales, qui s’avèrent capables d’entretenir des formes de solidarité
locale et d’interpeller l’État sur la question du chômage de masse. Ainsi, dans Plan Argentine
Trabaja, la solidarité entre les travailleurs est devenue un levier avantageux qui a été le principal
facteur de réussite de ce programme. En effet, ce dernier s’est appuyé sur les coopératives pour
arriver à cette performance tout en générant des relations sociales plus horizontales. La solidarité à ce
niveau a permis d’atténuer les tensions tout en évitant les conflits. Elle a aussi des conséquences sur
le développement humain et l’accumulation du capital. C’est d’ailleurs dans ce cadre que
l’organisation sociale ne va plus être en lien avec la municipalité, mais avec une fédération de
coopératives qui sera directement liée aux ministères de développement social. Dans le même temps,
différentes formes de solidarité apparaissent également, comme la revendication d’un travail pour
soi, pour sa propre dignité alors que la dimension « familialiste » de l’intervention sociale, proche
des minima sociaux par son caractère universel, s’inscrit dans la lutte contre la pauvreté et
l’engagement au sein des territoires n’est valorisé que comme dernier recours.

Au-delà de ce programme, l’Argentine est très familière avec cette pratique qui permet la réduction
de la pauvreté. Ainsi, la procédure renvoie à un système étendu de petits crédits octroyés à des
personnes démunies qui se « connaissent mutuellement ». Ce crédit est ainsi demandé conjointement
par un groupe de cinq personnes qui s’engagent collectivement à rembourser l’argent à la banque.
L’idée est que ces relations personnelles réduiraient les risques associés à « prêter de l’argent aux
pauvres ». La méthodologie envisage ainsi une « garantie solidaire » que l’on pourrait décrire comme
étant morale plutôt que matérielle, c’est-à-dire qu’elle parie que la solidarité groupale peut agir
comme mesure incitative pour assurer le remboursement.
En sommes, nous pouvons dire qu’en Argentine, cette bonne pratique va au-delà du sentiment d’un
lien commun. En fait, c’est devenu un aspect qui associe des différences et des divergences, les
réunit dans un ensemble hétérogène dont l’épanouissement repose sur les valeurs universelles
relatives aux droits de l’homme. Par conséquent, la solidarité internationale ne cherche en rien à
homogénéiser, mais plutôt à être une passerelle entre ces différences et ces divergences, reliant les
uns aux autres avec leurs intérêts propres, dans des relations mutuellement respectueuses et
bénéfiques, pétries des principes régissant les droits de l’homme et des notions d’équité et de justice.

Au Mexique, de nombreux enfants en milieu scolaire présentent un retard de croissance, une


insuffisance pondérale et de multiples carences en micronutriments. En 2018, 1 430.000 enfants de la
ville de Mexico souffraient de malnutrition soit un taux de 12,4%. Pour lutter contre ce fléau, le
programme Alimentos Escolares met en place des techniques de conseils nutritionnels qui visent à
améliorer l’état nutritionnel des apprenants en intégrant la nutrition dans le programme afin de
favoriser des changements dans les pratiques des apprenants par la consommation d’aliments et une
orientation saine. Il renforce la capacité des enseignants à délivrer des services nutritionnels
spécifiques aux apprenants. On observe que 650 670 filles et garçons inscrits dans des écoles
publiques de Mexico au niveau de l'éducation initiale préscolaire, secondaire primaire spéciale sont

75
couverts par le programme soit un taux de 54.9%46. Selon les bénéficiaires interrogés, le programme
aide plus de 84% des bénéficiaires à améliorer leur nutrition à travers des conseils qu’ils reçoivent.
Des filles et des garçons inscrits dans les écoles publiques de Mexico au niveau préscolaire, primaire
et spécial améliorent leur alimentation en accédant à la prise en charge de rations alimentaires en
mode froid sur la base des critères de qualité nutritionnelle. En 2019, il octroie 4.350.516 rations
alimentaires aux bénéficiaires. Il demeure nécessaire de veiller à ce que l’enfant ait un régime
alimentaire et un mode de vie sain, et il est clair qu’une nutrition optimale est indispensable à sa
santé, son bien-être et son développement cognitif et social.
Les investissements dans les repas scolaires peuvent apporter bien plus que des résultats dans les
domaines de la santé et de la nutrition, notamment élargir l’accès à l’éducation, améliorer la
protection sociale fondée sur les valeurs de la solidarité. Les conseils techniques pour une bonne
alimentation permettent aux bénéficiaires d’avoir une alimentation saine, variée et équilibrée. Cet
équilibre doit se construire au quotidien de façon à éviter les carences et excès dus à une mauvaise
alimentation mais aussi cela permet de lutter contre la malnutrition.

4.4.2. DES VALEURS FONDEES SUR L'EQUITE ET LA TRANSPARENCE

EN AFRIQUE

L’équité et la transparence sont des valeurs qui ont servi de pilier pour de nombreux pays d’Afrique
(Ghana, Ile Maurice et Maroc). Ces valeurs ont permis la réinsertion sociale des groupes ou zones
marginalisées et ont favorisé l’équilibre de ces sociétés.
Le Ghana s’alignera en droite ligne à la politique de réhabilitation des orphelins, des enfants, des
handicapés, des personnes âgées de 65 ans ou plus et des femmes enceintes en instaurant le
programme Livelihood Empowerment Against Poverty (LEAP). C’est un programme
d’autonomisation des moyens de subsistance. Il vise à amoindrir les risques de pauvreté extrême
chez les populations exposées aux conjonctures circonstancielles sociales et économiques néfastes.
Aussi, le programme prend en charge l’amélioration de l’alimentation et de la nutrition des enfants
de moins de 2 ans et des personnes âgées de 65 ans ou plus, et le renforcement de l’accessibilité aux
soins de santé primaire pour les enfants de moins de 5 ans et les personnes handicapées, ainsi que
l’accès aux services complémentaires. Le gouvernement du Ghana alloue en 2015 un budget de 80
millions de GHS (11.42 millions d'euros) pour le programme. Le programme s’occupe également de
la scolarisation de base, de l’assiduité et de la rétention des enfants éligibles au programme âgés de 5
à 15 ans. Depuis le démarrage effectif du LEAP en 2013, on note une nette amélioration des
conditions de vie des bénéficiaires grâce à la stratégie de la réhabilitation des bénéficiaires et qui
répond majoritairement à la demande.
Les stratégies mises en œuvre dans le cadre des programmes de santé, de pension vieillesse et
d’habitat mettent en avant l’accessibilité aux soins de santé, l’autonomisation, et la réhabilitation
grâce au ciblage des personnes vulnérables.

46
[Link]

76
À l’Ile Maurice, dans le souci de répondre aux besoins spécifiques et de garantir le droit à l’emploi
des personnes vivant avec un handicap (60 000 personnes soit 4,9% de la population totale), le
ministère de l'intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale a mis en place une
unité d'autonomisation qui fournit une gamme de services directs à ces derniers. 47 A travers ce
programme, les personnes vivant avec un handicap bénéficient d’une carte de bus gratuite, d’une
réduction de prix sur les billets d’avion, des cartes de stationnement gratuites, un remboursement des
frais de bus pour les enfants handicapés fréquentant l’école et séance gratuite de physiothérapie,
d’ergothérapie et d’hydrothérapie. Dans le même élan, l’État a adopté la loi sur l'égalité des chances,
la loi sur les droits en matière d'emploi et l'établissement d'un comité sur le suivi et la mise en œuvre
des observations finales du Comité des droits des personnes handicapées. Cette loi donne aux
personnes vivant avec un handicap les moyens de recours contre la discrimination fondée sur le
handicap.

Au Maroc, le programme de transfert monétaire conditionnel TAYSSIR lancé en 2008 est destiné à
maintenir les enfants des ménages pauvres à l’école. Il fournit une assistance financière à des enfants
de familles pauvres. Le programme est destiné aux communes rurales et à certaines communes
urbaines souffrant d’une déperdition scolaire élevée. L’objectif est de limiter la déperdition scolaire
ainsi que les stigmatisations des enfants de familles pauvres qui fréquentent l’école. Rappelons que
l’abandon scolaire au Maroc est marqué par deux phases : tout d’abord le taux d’abandon reste très
faible jusqu’à l’âge de 11 ans, ensuite à partir de 12 ans, le niveau d’abandon connaît une hausse
significative. Il passe ainsi de 5% à l’âge de 11 ans à 14% à l’âge de 12 ans. Ce taux cache cependant
des disparités selon le genre. Ainsi, le taux d’abandon des filles est de 20% alors que celui des
garçons est de 9%48. Pour bénéficier du programme, trois facteurs sont pris en compte à savoir la
rétention des élèves à l’école, le niveau d’acquisition des élèves et le niveau de vie des ménages. La
réussite du programme est liée en partie à une mobilisation sociale qui implique les collectivités
décentralisées en faveur
de l’inclusion des enfants pauvres. Ainsi, 825 0000 élèves ont pu bénéficier du programme. Cette
mobilisation sociale a permis de toucher les zones les plus reculées du pays, notamment les douars.
Les douars sont de petits villages ou groupements d’habitations rurales composés d’une vingtaine de
foyers. Ces zones d’habitations sont essentiellement composées de nomades. Le programme a ainsi
entraîné une réduction significative de l’abandon scolaire. Le taux de déperdition a ainsi baissé de
57% par rapport au groupe contrôle. Le programme a en outre impacté de façon significative la
réinsertion scolaire des enfants ayant abandonné l’école à la fin de l’année scolaire avec une hausse
de 37% (2008). 49

EN ASIE

Afin de promouvoir l’accès aux services pour les personnes les plus démunies, les programmes en
Asie respectent un certain nombre de valeurs favorisant leur succès. Des mécanismes garantissant le

47
Republic of Mauritius: Implementation of the UN Convention on the Rights of Persons with Disabilities
48
Observatoire Nationale du Développement Humain, 2020
49
Conseil Supérieur de l’Education de la Formation et de la Recherche Scientifique : rapport sur les enfants non scolarisés

77
respect de la transparence sont inclus dans la mise en œuvre des programmes de protection sociale.
L’équité dans la distribution de l’offre à travers un ciblage visant les groupes les plus vulnérables, la
recherche de l’équilibre entre les classes sociales ainsi que la promotion de l’égalité des chances par
la prise en compte des besoins des personnes en situation de handicap sont mises en relief pour
assurer la réussite des programmes.
Par un dispositif de suivi et de vérification à travers les plateformes numériques et les cartes à puces
ou par les registres uniques recensant toutes les informations nécessaires à l’identification des
ayants-droit, le système anticipe sur les défauts de ciblage et facilite l’attribution des prestations aux
ayants-droit.

En Inde, au niveau de la distribution et de la subvention des aides alimentaires, le principe d’équité


et de la transparence dans la gouvernance est primordial. D’abord les magasins de stockage sont
répartis dans tout le territoire permettant à tous les bénéficiaires d’avoir accès aux produits au niveau
communautaire. Ensuite dans toutes les zones, la subvention est la même pour tous les ayants-droit
afin d’en garantir l’impartialité. La distribution des produits est effective dans plus de 500 000
magasins à des prix équitables et la subvention touche 75% de la population rurale et 50% des
citadins, soit 2/3 de la population globale50.
La transparence dans la gestion du travail est renforcée par le dispositif de suivi et de vérification de
tous les bénéficiaires des soins au niveau des districts afin d’assurer la traçabilité au niveau du
programme national d'assurance maladie Rashtriya Swasthya Bima Yojana (RSBY).
Toujours dans le souci de renforcer les valeurs d’équité et d’égalité, le programme PMAY en Inde
est subdivisé en deux étapes : le PMAY U pour les populations défavorisées en milieu urbain dont
404151 villes statuaires et le PMAY-G pour celles des zones rurales incluant tous les villages sauf
Chandigarh et Delhi.

En Chine, cette pratique est également notée dans de nombreux programmes comme le programme
de garantie du niveau de vie minimum DIBAO. En effet, le programme de revenu minimal de
subsistance (DIBAO) prend naissance dans un contexte de mouvements sociaux dans les années 1990
et couvre les familles en dessous du seuil de pauvreté et les pauvres inaptes au travail ou les
travailleurs victimes de restructurations industrielles titulaires d’un hukou urbain. La couverture du
programme augmente très rapidement de 0,85 million en 1996 à 2,66 millions en 1999 et 23,3
millions en 2008. Par la suite, le programme est réparti en deux parties : DIBAO pour les zones
rurales et DIBAO pour les zones urbaines. En 2014, le nombre total de bénéficiaires est de 70,84
millions, dont 18,77 millions de citadins et 52,07 millions de bénéficiaires ruraux. Pour la
réhabilitation des personnes en situation de handicap, le PMAY (Inde) et le programme de
construction de logements sociaux (Chine) offrent des services adaptés aux personnes à mobilité
réduite. En leur dotant de matériaux et d’abris au niveau des rez-de-chaussée, le système promeut
l’égalité des chances. Le ciblage est aussi axé sur les groupes à revenus intermédiaires, ceux à faibles
revenus et les groupes économiquement plus faibles pour garantir l’équilibre entre les classes
sociales et permettre à ces couches défavorisées d’avoir accès à des logements décents.

50
Rapport annuel 2016-2017 du Ministère indien de la consommation, de l'alimentation et de la distribution publique
51
[Link]/spotlight/Pradhan MantriAwayYojna

78
5. LA COMPARAISON ENTRE LES RESULTATS DU BENCHMARKING ET LES PROGRAMMES DE
PROTECTION SOCIALE AU SENEGAL

5.1. LA METHODE DE COMPARAISON

La particularité de ce rapport, est qu’il contribue au développement du concept de benchmarking en


dehors de son cadre initiale industriel, dans un domaine jusqu’ici peu explorer sur base du concept de
benchmarking. En effet, en matière de protection sociale dans les pays du Sud particulièrement peu
d’études existe. L’analyse benchmark est synonyme de mise en œuvre des bonnes pratiques
observées dans d’autres contextes, cela ne signifie pas un copié collé mais offre un cadre réflexif qui
permet d’orienter d’autres modes d’actions inspirés de méthodes qui ont fait leurs preuves.
(Lepoivre, F. 2003). Dans notre cas et comme relevé antérieurement sa vocation est d’inspirer les
programmes et stratégies de protection sociale en analysant les offres de service, leurs processus et
toutes activités inhérentes. A cet effet, les actions initiées dans d’autres contextes interrogent les
pratiques locales en leur donnant davantage de puissance par l’effet miroir.
A la fois pour les expériences internationales comme pour les programmes nationaux de protection
sociale, des fiches ont été réalisées afin de mettre en relief la contextualisation qui est essentielle en
matière de comparaison internationale. La confrontation d’expériences inter pays sert à les jauger
selon une échelle d’observation réelle. Les expériences sont mises face à face pour tenter de les faire
dialoguer. C’est ainsi que cette section s’intéresse spécifiquement à illustrer la protection sociale au
Sénégal où tous les programmes nationaux ont été considérés.

Tant pour les pays du Sud présentés antérieurement que pour le Sénégal, des fiches ont été réalisées
selon la même démarche (contexte de mise en œuvre, cibles et couverture, prestations offertes,
raisons du succès, financement et partenaires de mise en œuvre). Pour les fiches relatives au Sénégal,
une rubrique sur les écarts a été ajoutée. Au-delà des fiches, l’objectif est de faire le point sur les
leçons apprises qui peuvent permettre de mettre en lumière des innovations, les écarts et d’indiquer
les marges de progression à travers les recommandations sous formes de pistes d’actions. C’est ainsi
que la cartographie des interventions entre 2005 et 2015 de la stratégie nationale de protection
sociale 2016-2035 nous renseigne sur l’écosystème des politiques de protection sociale au Sénégal.
Elles peuvent être sous formes de régimes formels de sécurité sociale, de programmes de gestion des
risques et catastrophes et ou de subventions générales (DGPSN 2016 NPS: pp.39-42). Ainsi,
l’approche cycle de vie permet de visualiser dans la couverture par branche et par cible.

5.2. L'ECOSYSTEME DE LA PROTECTION SOCIALE AU SENEGAL

L’écosystème des politiques de protection sociale peut être retracé grâce aux multiples travaux
d’anthropologues, sociologues et démographes (Antoine Ph. et al. 1995 a, 1995 b) qui se sont
intéressés à la précarisation et à la paupérisation à travers la production de documents scientifiques
informatifs et descriptifs. De plus, les travaux du BIT apportent un éclairage institutionnel sur le
système de protection sociale contributif et semi-contributif (temps à préciser). En outre, les experts

79
de l’administration en charge de la pauvreté ont contribué à accroître la masse critique de
connaissances sur l’évolution de la protection sociale au Sénégal avec l’emphase sur les mécanismes
d’assurance contre les risques ainsi que les filets sociaux de sécurité (Dia I. ; Atou-ministère famille)

Ces diverses ressources ont abordé la question sociale, la pauvreté et la vulnérabilité face à divers
chocs couvrant particulièrement le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DRSP) I
2003-2005 et DRSP II – 2006 ont le premier fut initié en 2000 (République du Sénégal 2002, 3).
C’est en particulier le DRSP II qui inscrit ses orientations dans la prise en compte des nouvelles
formes de pauvreté notamment la précarisation en y répondant par une série de programmes
présentés ci-après. Il s'intéresse également aux risques émergents illustrés par les recherches qui
résument les résultats en ces termes : « Les jeunes vivent la crise, les aînés la supportent » (Antoine
Ph. et al. 1995) 52 en retraçant l’exode urbaine nous donnant ainsi le ton par rapport aux différences
intergénérationnelles face à l’emploi, la composition des ménages et leurs lieux de vie (Idem). En
outre, l’ouvrage collectif 53 publié la même année insiste sur “les multiples formes de sociabilité"
dont les fonctions traditionnelles opèrent en dualité avec les modes urbains de vie. L’intérêt de ces
travaux repose aussi sur l’identification des nouvelles formes de pauvreté urbaine54. De plus, Fall
(2007)55 nous ouvre les yeux sur un thème maintes fois recherché en d’autres contextes sur ce que
représente l’économie de la débrouille en mettant l’accent sur la généralisation de la pauvreté
conduisant de nombreux acteurs à bricoler pour survivre. Dans cette mouvance, Cissé (2014)56 met
en relief le déplacement géographique de la pauvreté et sa transmission intergénérationnelle qui
révèlent les basculements et sorties de la pauvreté. Ainsi, elle nous fait découvrir que l’enjeu majeur
demeure le patrimoine immatériel transmis par génération qui handicape les plus jeunes. L’analyse
des formes de résilience montre que sortir de la pauvreté passe par une distanciation de l’acteur face
à un héritage altéré. En effet, Cissé R. (2014) a mis en lumière les vulnérabilités et l’importance de
créer des filets sociaux spécifiques aux modalités d’entrées et sorties de la pauvreté en fonction
qu’elle soit chronique ou transitoire. Plus récemment, Fall (2021)57 aborde la question des solidarités
et précise que la solidarité horizontale repose essentiellement sur les réseaux sociaux qui eux même
ont connu des modifications au sein des structures familiales par de nouveaux arrangements (Fall
A.S. 2021, 319). Il montre l'essoufflement des solidarités horizontales lorsqu’elles ne sont pas
relayées par les solidarités verticales provenant de l’Etat central ou des collectivités territoriales.
Tous ces travaux résonnent dans la dernière version de la Stratégie Nationale de Protection Sociale
(SNPS) 2016-2035 en particulier, des filets sociaux y sont mis en avant consacrés : la Bourse de
Sécurité Familiale (BSF), la Couverture Maladie Universelle (CMU), la Carte d'Égalité des Chances
(CEC), le Plan Sésame et les gratuités aux soins, les 100 000 logements (à compléter). Ces politiques

52 Antoine Philippe, Bocquier Philippe, Fall Abdou Salam, Nanitelamio Jeanne. (1995). L'insertion urbaine à Dakar : les jeunes vivent
la crise, les aînés la supportent. ORSTOM Actualités, (48), p. 15-22. ISSN 0758-833X.
53 Antoine Philippe, Bocquier Philippe, Fall Abdou Salam, Guisse Youssouf, Nanitelamio Jeanne. (1995). Les familles dakaroises face

à la crise. Dakar (SEN) ; DAKAR (SEN) ; PARIS : IFAN ; ORSTOM ; CEPED, 209 p.
54 chap 4 173-196
55 Fall, Abdou Salam. (2007). Bricoler pour survivre : perceptions de la pauvreté dans l'agglomération urbaine de Dakar. Karthala

Éditions.

56Cissé, Rokhaya. (2014). L’héritage de la pauvreté, Entre récurrence, rupture et résilience dans les trajectoires des pauvres au
Sénégal. Editions L’Harmatan.

57Fall, Abdou Salam (2021). Le recours aux réseaux sociaux en contexte de pauvreté au Sénégal les sénégalais sont-ils solidaires
des pauvres ?, in : Fall Abdou Salam et Cissé Rokhaya (Eds.), La pauvreté au Sénégal, Lieu ?: Editions universitaires européennes, pp.
278-338.

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sont contributives et comptent s’élargir en s’appuyant sur le système informel afin d’y inclure le plus
grand nombre.

Ensuite, à cet égard, il convient d’aborder un aspect déterminant d’une période de remise en cause de
la demande sociale grandissante. La création de multiples boucliers préventifs aux dérives exprimés
par l’expression d’« acquis démocratiques réversibles » a fait naître une série de mouvements
sociaux.58 Ces derniers ont constitué de réels remparts contre la réversibilité des acquis
démocratiques. Ces mêmes mouvements sociaux sont à l’initiative de la relance de certaines
politiques sociales dans un cadre structurant davantage celles-ci. Bien que l’État ait tenté d’anticiper
certains problèmes, il s’est révélé que ce dernier n’agissait pas assez vite tel l’exemple de la création
de la direction de l’emploi rapide qui malgré tout n’a pas permis de satisfaire promptement à
l’inemploi des jeunes et donc à leurs revendications.59

L’amorce des politiques sociales dans la période post indépendance (1960-2000)


La pression pour le changement exercé par les organisations internationales et les élites locales et
nationales a commencé (Mamadou Dia, Félix Houphouët-Boigny et Sékou Touré, pour n'en citer que
quelques-uns), initiant la reconnaissance des droits (civils, politiques et économiques) des
populations locales, et le fer de lance du bien-être des colonies (Bonnecasse 2009, 160).
Malgré les défis rencontrés après l'obtention de l'indépendance en 1960 et les années successives, la
nouvelle administration a cherché à réorienter les politiques vers les intérêts populaires et sociaux
plus larges pour atteindre les objectifs de développement national (Fall 2012, 80).
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