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203 : éloge de la démocratie, et d’Amsterdam dans Spinoza, il ne faut
pas de communautarisme, cf Hébreu
Chapitre XVI
« Il est temps maintenant de nous demander jusqu’où doit s’étendre dans
l’Etat le meilleur, cette liberté laissée à l’individu de penser et de dire ce
qu’il pense »
« Le droit de chacun s’étend jusqu’où s’étend la puissance déterminée qui
lui appartient »
« chaque individu a un droit souverain de persévérer dans son état, c’est-
à-dire (comme je l’ai dit) d’exister et se comporter comme il est
naturellement déterminé à le faire »
« Le droit Naturel de chaque homme se définit donc non par la saine
Raison, mais par le désir et la puissance »
« Il suit de là que le Droit et l’Institution de la Nature […] ne prohibe rien
sinon ce que personne ne désire et ne peut ; ni les conflits, ni les haines,
ni la colère, ni l’aversion, quel qu’en soit l’objet, qu’inspire l’Appétit »
« La Nature ne se limite pas aux lois de la Raison humaine dont l’unique
objet est l’utilité véritable et la conservation des hommes »
« Toutes les fois donc qu’une chose nous paraît ridicule, absurde ou
mauvaise dans la Nature, cela vient de ce que nous connaissons les
choses en partie seulement et ignorons pour une grande part l’ordre et la
cohésion de la Nature entière et voulons que tout soit dirigé au profit de
notre Raison ; alors que ce que la Raison prononce être mauvais n’est pas
mauvais au regard de l’ordre et des lois de toute la Nature, mais
seulement au regard des lois de notre nature seule »
« pour vivre dans la sécurité et le mieux possible les hommes ont dû
nécessairement aspirer à s’unir en un corps et ont fait par là que le droit
que chacun avait de la Nature sur toutes choses appartînt à la
collectivité »
« s’ils ne s’entraident pas, les hommes vivent très misérablement et […]
s’ils ne cultivent pas la raison, ils restent asservis aux nécessités de la
vie », p. 70,
« Il faut que l’individu transfère à la société toute la puissance qui lui
appartient de façon qu’elle soit seule à avoir sur toutes choses un droit
souverain de nature », p. 75
« Dans un Etat démocratique, l’absurde et moins à craindre, car il est
presque impossible que la majorité des hommes unis en un tout, si ce tout
est considérable ; s’accordent en une absurdité », p. 77
Chapitre XVII
« Les considérations du chapitre précédent […] s’accordent à la vérité
assez bien avec la pratique ; […] toutefois il est impossible qu’à beaucoup
d’égards elles restent toujours théoriques », p. 97
« Nul en effet ne pourra jamais […] cesser d’être homme ; et il n’y aura
jamais de souverain qui puisse tout exécuter comme il voudra », p. 97
« Si des hommes pouvaient être privés de leur droit naturel […] alors en
vérité la pire violence contre les sujets serait loisible à celui qui règne. »,
p. 98
« Il faut donc accorder que l’individu se réserve une grande part de son
droit », p. 98
« Il n’est pas facile de voir suivant quelle méthode les sujets doivent être
gouvernés pour qu’ils restent constamment fidèles et vertueux », p. 101
« Aussi bien les gouvernants que ceux qui sont gouvernés sont tous des
hommes, en effet, c’est-à-dire des êtres enclins à abandonner le travail
pour chercher le plaisir », p. 101
« On verra aisément qu’ils ont dû faire naître, dans les âmes des citoyens,
un amour rendant presque impossible que l’idée leur vînt de trahir la
patrie ou de faire défection », p. 127
« Il y eut dans cet Etat une autre force unique et la plus grande de toutes
qui devait retenir les citoyens et les prémunir contre toute idée de
défection et tout désir de déserter leur patrie, ce fut la considération de
l’utilité qui donne aux actions humaines leur vigueur et leur animation »,
p. 130
« La Nature ne crée pas des nations, mais des individus, lesquels ne se
distinguent en nations que par la diversité de la langue, des lois et des
mœurs reçues », p. 134
« Nous voyons par là comment la religion a été introduite dans l’Etat des
Hébreux et quels principes auraient pu faire qu’il fût éternel, si la juste
colère du législateur avait permis qu’il demeurât tel qu’il avait d’abord été
institué », p. 141
« il ressort que le droit divin naît d’un pacte à défaut duquel il n’y a
d’autre droit que le naturel », p. 141
Chapitre XVIII
« Si des hommes en effet voulaient transférer leur droit à Dieu, il leur
faudrait comme aux Hébreux un pacte exprès », p. 145
« En second lieu une forme d’Etat comme celle-là ne pourrait convenir,
tout au plus, qu’à des hommes qui voudraient vivre seuls sans commerce
avec le dehors et se renfermer dans leurs limites », p. 146
« Il arriva que par là que la religion dégénéra en une superstition funeste
et que le sens vrai et l’interprétation des lois se corrompirent », p. 148
Chapitre XIX
« Mais il est manifeste par les chapitres précédents que le culte de la
justice et de la charité n’acquiert de force de loi que du droit de celui qui
commande », p. 168
« Par exemple il est pieux, si quelqu’un s’attaque à moi et veut prendre
ma tunique, de lui donner aussi mon manteau ; mais d’où l’on juge que
cela est dangereux pour le maintien de l’Etat, il est pieux d’appeler le
voleur en justice, bien qu’il doive être condamné à mort », p. 174
Chapitre XX
« Si grand donc que le droit accordé au souverain […], encore ne pourra-t-
il jamais se dérober à la nécessité de souffrir que les hommes jugent de
toutes choses suivant leur complexion propre », p. 191
« Ce gouvernement donc sera le plus violent qui dénie à l’individu la
liberté de dire et d’enseigner ce qu’il pense ; au contraire, un
gouvernement est modéré quand cette liberté est accordée à l’individu »,
p. 192
« Quelle pire condition concevoir pour l’Etat que celle où des hommes de
vie droite, parce qu’ils ont des opinions dissidentes et ne savent pas
dissimuler, sont envoyés en exil comme des malfaiteurs ? », p. 201
« Il faut nécessairement accorder aux hommes la liberté du jugement et
les gouverner de telle sorte que, professant ouvertement des opinions
diverses et opposées, ils vivent cependant dans la concorde », p. 202
« Nous avons ainsi montré […] que l’individu peut posséder cette liberté
sans danger pour la paix de l’Etat », p. 205-206
Présentation de l’œuvre
Structure de l’œuvre
Préface
La superstition, croyance irrationnelle née du conflit entre crainte et
espoir, est importante chez les Hommes. Cependant, elle laisse trop place
aux préjugés, ce qui est adapté à une monarchie qui trompe les Hommes
mais pas à une République.
Il faut donc laisser la liberté de penser aux hommes sans danger pour la
paix et la piété de l’Etat.
Chapitre XVI
Le chapitre XVI établit les fondements de l’Etat démocratique en
distinguant les droits respectifs des citoyens et du souverain.
Pacte fondateur de la communauté politique
A l’Etat de nature, le droit des individus se confond avec leur puissance.
Les hommes ont le droit de se faire tout ce dont ils sont physiquement
capables.
Ainsi selon les lois de la nature, rien n’est interdit (pas mêmes les conflits,
ni la haine). Mais les hommes préférant vivre en sécurité et paix, ils ont dû
s’unir en société.
Comment alors procéder si l’état de nature accorde à l’Homme le droit ce
qu’il veut ?
Cette promesse ne peut se faire que par crainte d’un mal plus grand ou
d’un espoir plus grand. Mais selon le droit de nature, les hommes peuvent
rompre cette promesse à tout moment s’ils estiment que leur bien passe
avant celui de la communauté. C’est pourquoi il est nécessaire d’instaurer
un pouvoir souverain, capable de contraindre tout pouvoir individuel par la
force.
Ainsi, les individus transmettent leur pouvoir individuel pour le mettre en
commun à la société. D’ici naît la démocratie, union des hommes ayant un
droit souverain collectif sur tout ce qui est en son pouvoir.
Obéir au souverain est conforme à la raison tant qu’il assure sécurité,
mêmes si ses commandements sont absurdes, puisque la raison
commande de choisir le moindre mal. Mais le souverain doit malgré tout
être raisonnable s’il veut conserver sa puissance et son droit.
Demander obéissance aux citoyens ne fait pas d’eux des esclaves, si c’est
dans leur intérêt public.
Définitions découlant du pacte social
Droit civil privé : liberté qu’a l’individu à se conserver dans son état,
conformément à la volonté du souverain
Violation du droit : si un citoyen est contraint par un autre à subir un
dommage contrairement au droit civil
Justice : Disposition constante à attribue à chacun ce qui lui revient
d’après le droit civil
Confédérés : Hommes de deux cités s’engageant à ne pas se faire du mal,
mais à collaborer
Ennemi : Celui qui vit hors de la cité et ne reconnaît pas le gouvernement
institué par elle
Objections et réponses
Il n’est pas contraire de vivre à l’Etat de nature face au droit divin révélé,
le droit de nature étant antérieur au droit divin.
Droit divin et droit de nature sont alors compatibles pour le souverain,
dans la mesure où il prend des décisions raisonnables dans le bien de la
communauté.
Il peut même prendre des décisions contre la religion, et il faut l’obéir, car
obéir au souverain, c’est obéir à Dieu qui veut l’unité de l’Etat, alors que
les opinions religieuses peuvent être sources de tensions.
Chapitre XVII
L’unité et la paix de l’Etat toujours précaires
Même si les citoyens doivent obéissance au souverain, ils ne peuvent pas
transférer toute leur puissance au droit collectif. En effet, leur état de
nature fait que les citoyens sont des ennemis potentiels de l’Etat.
Ainsi, la survie de l’Etat dépend de la capacité des citoyens à gérer leurs
passions qui peuvent être gênantes et menaçantes pour l’Etat. En effet,
chaque individu est autocentré, pense par lui-même et pour lui-même. Il
peut même être dangereux envers les autres.
Les institutions au secours de l’unité de l’Etat : l’exemple des
Hébreux
- Préserver l’unité de l’Etat
Pour compenser ces passions, il faut s’appuyer sur les institutions. Chez
les Romains, pour renforcer leur propre pouvoir, les monarques se font
passer pour des Dieux.
Chez les Hébreux, Moïse – désigné comme roi – affecte des
administrateurs aux différentes institutions religieuses et politiques et des
règles précises sont établies tant pour les gouvernants (grand pontife,
commandant des troupes armées) que pour les gouvernés.
- Action modératrice sur les gouvernants
- Limitation du pouvoir religieux : L’interprétation des lois divines n’est
réservée qu’à une catégorie de la population : la tribu de Lévi (les Lévites).
Elle n’a aucun pouvoir politique, ni de biens matériels de manière à
préserver l’intégrité de l’Etat.
- Limitation du pouvoir politique : seuls les Lévites inventent les Lois. De
plus, ils sont chargés de réunir le peuple tous les 7 ans afin de les leur
enseigner. Le peuple ne peut donc être manipulé par les gouvernants.
De plus, le prince ne détient pas de privilèges. Son autorité ne vient que
de son âge et sa vertu. Il ne peut pas exiger une dévotion excessive.
Les chefs militaires étant des citoyens, ils tendent vers la paix et non vers
l’état de guerre. De plus, le recours aux mercenaires est interdit.
- Action modératrice sur les gouvernés
Le succès de l’Etat hébreu doit se fonder sur l’amour donné que porte les
citoyens envers leur patrie. Pour cela, les Hébreux y sont dévoués car ils
ont la foi que leur royaume est celui de Dieu.
Cette dévotion est renforcée par le fait que l’Etat hébreu est isolé, par la
singularité de leurs mœurs et de leurs lois, ainsi que leur haine de
l’étranger.
De plus, le droit de propriété est égal pour tous (entre les citoyens et celle
du chef). En outre, la pratique de la charité exclut la pauvreté.
Echec de l’Etat hébreu
Cependant, le peuple hébreu s’est perdu du fait de la volonté de Dieu.
Moïse est en colère contre son peuple qui s’est livré à l’adoration d’une
statue de veau en or, ce qui interdit d’après le Deuxième commandement
(il est interdit d’adoré une idole).
Chapitre XVIII
Des leçons sont à tirer de l’échec de l’Etat Hébreu.
- Les ministres du culte n’étaient pas qualifiés pour juger les citoyens ni les
excommunier.
- C’est l’autonomisation du pouvoir religieux vis-à-vis du pouvoir politique
qui a mené l’Etat Hébreu à sa perte.
- Les prophètes faisaient plus de mal au peuple qu’ils ne l’aidaient. Ils ont
même été jugés intolérables par les rois. Cela a engendré des guerres
civiles, dommageables à l’Etat, comme à la religion.
- Le fait de changer de mode de gouvernement a entraîné la multiplication
des guerres civiles.
Voici des règles qui en découlent :
- Les ministres du culte ne peuvent avoir le droit de décréter quoi que ce
soit en politique.
- Il faut accorder la liberté d’opinion au peuple, parce qu’il fait partie du
droit de l’individu.
- Seul le pouvoir politique peut décider en matière politique et en matière
religieuse.
- Il faut éviter le plus souvent possible de changer de régime politique.
Chapitre XIX
La religion consiste principalement dans la pratique de la justice et de la
charité. Or, elle ne peut s’établir que par le moyen du droit politique.
Seul le souverain peut gérer les affaires de Dieu, car lui seul garantit la
paix. Le culte religieux extérieur et toutes les formes extérieures de la
piété doivent se régler sur la paix de l’Etat. Ainsi, toute pratique qui met
danger l’Etat, est considérée comme contraire à la religion.
Le souverain fixe alors les règles en matière de piété.
Chapitre XX
Un gouvernement ne peut imposer une pensée à un citoyen : le droit
naturel impose que chaque homme a son propre fonctionnement de
pensée. L’âme d’un homme ne peut pas appartenir à un autre.
Il sera également impossible de lui ôter la liberté d’expression. La question
est alors de se demander dans quelle mesure il faut autoriser la liberté
d’expression tant qu’elle ne met pas en danger la paix de l’Etat. Elle peut
être opprimée mais ne peut être interdite.
Pour former un bon Etat, il faut que le pouvoir appartienne à tous
(démocratie), ou à quelques-uns (aristocrate), ou à un seul (monarchie).
De plus, la liberté d’opinion, de jugement et d’expression se fait à
certaines conditions :
- Ne pas aller au-delà de la simple parole ou de l’enseignement
- Défendre son opinion par la raison, et non par ses émotions
- Ne pas chercher à changer l’Etat
De plus, l’Etat le meilleur cède aux individus la même liberté que la foi
peut leur laisser, même si cela a ses inconvénients. Cette liberté est
également utile pour l’avancée des sciences et des arts. Elle ne nuit pas à
la piété.
On ne peut pas interdire la liberté d’opinion aux individus, car ceci peut
causer un soulèvement. Il est également inutile de condamner les opinions
car ceux qui sont d’accord avec ces opinions condamnées ne peuvent pas
obéir aux lois. D’un autre côté, elles rendent orgueilleux ceux qui sont
d’accord avec ces opinions condamnées à tel point qu’elles ne peuvent
être abrogées. De là, peut naître scission entre certains fidèles et la
religion (magistrats contre les controverses des docteurs).
Les lois qui condamnent certaines opinions ont été instituées pour des
concessions à la colère de certains hommes face à d’autres de caractère.
Amsterdam est un bon exemple de cité où des hommes ayant des
opinions différentes peuvent vivre en communauté sans se nuire les uns
aux autres.