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Les Lois du Discours et Communication

L'analyse de discours explore divers genres et contextes de communication, en soulignant l'importance des règles et normes qui régissent le discours. Elle aborde également les interactions entre émetteur et récepteur, ainsi que l'impact du médium sur la transmission du message. Enfin, elle met en évidence les compétences nécessaires pour interpréter et produire des énoncés, en tenant compte des lois du discours et des dynamiques de politesse.

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Les Lois du Discours et Communication

L'analyse de discours explore divers genres et contextes de communication, en soulignant l'importance des règles et normes qui régissent le discours. Elle aborde également les interactions entre émetteur et récepteur, ainsi que l'impact du médium sur la transmission du message. Enfin, elle met en évidence les compétences nécessaires pour interpréter et produire des énoncés, en tenant compte des lois du discours et des dynamiques de politesse.

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ANALYSE DE DISCOURS 2021

Notions d’analyse de discours

Objet de l’analyse du discours

-un genre de discours (cours de langue, débat politique)


-un secteur de l’espace social
-un champ discursif (le politique, le didactique, le scientifique)

Il n’y a pas d’objet trivial, on peut analyser tous les textes de communication courante et
fonctionnelle (recette, pub, JT, horoscope..)
C’est une discipline interdisciplinaire, utilisée en histoire, en sociologie, en psychologie…

Le discours

-Langue = code commun >< Parole = usage individuel -> le discours est dans la parole
-discours >< parole : il répond à certaines conventions, règles, contraintes -> discours = parole
surdéterminée par des règles.

Caractéristiques du discours :

Discours = organisation au-delà de la phrase : soumis à des règles d’organisation en vigueur


dans un certain groupe social et non seulement des règles morphosyntaxiques.
 Il est orienté : début – milieu – fin ; développement d’un propos même si il y a des
digressions ( réussir la recette)
 C’est une forme d’action : la recette modifie la situation du lecteur en lui apportant
des connaissances, il sait maintenant préparer le plat. « on ne discourt pas pour rien. »
 Pris dans un interdiscours : il y a un ‘je’ et un ‘tu’ ; ‘émetteur ‘ et ‘récepteur’ (Jakobson)
 Pris en charge par un sujet : principe de sérieux : on part de l’idée que l’auteur a raison
et qu’il ne veut pas nous tromper
 Régi par des normes : toutes les type de discours ont des codes qui leurs sont propes
(ex : recette : il faut faire une liste des ingrédients, puis la préparation…)

 Interactif : relation variable entre l’auteur et le lecteur.

Énoncé et contexte

Pour interpréter un énoncé, on se sert des informations qui appartiennent au contexte


situationnel in presentia = matériel, environnement physique commun / in absentia =
connaissances partagées entre l’émetteur et de récepteur (ex : stéréotypes, culture gé).
Ou des informations provenant du cotexte : informations paratextuelles, indications écrites
dans le document.

Certains genre du discours sont extrêmement tributaires de leur contexte :


-Dessin de presse : connaissances sur l’actualité, compétences linguistiques, références
ponctuelles => se démode très vite

Énoncé et énonciation

-l’énoncé est ancré dans sa situation d’énonciation : tout énoncé porte des traces de son
énonciation -> il n’y a pas l’un sans l’autre.
-énoncé = résultat d’un processus de production : l’énonciation = acte physique et mental de
production du message >< ensemble des traces linguistiques par lesquels le locuteur imprime
sa marque à l’énoncé, s’inscrit dans les message et se situe par rapport à lui-> opposition
fondamentale

 Énonciation : qui énonce ? à qui s’adresse le message ? Quand le message a-t-il été
produit ? Où le message a-t-il été produit ?

Énoncé, texte, phrase

-Énoncé = unité élémentaire de communication verbale inscrite dans un contexte particulier


-Texte = unité verbale appartenant à un genre de discours, forme un tout (début – milieu –
fin) destiné à ê reproduit et à circuler éventuellement loin de sa source
-Phrase = unité susceptible de recevoir des interprétations différentes suivant son contexte.

___________________________________________________________________________

Discours et communication

Schéma de la communication de Jakobson : pour qu’il y ait communication, il faut 6


éléments associés à 6 fonctions du langage.

Contexte
(référentielle) Référentielle = ce qui se passe autour
l Expressive = ce que l’on ressent
Destinateur -- Message -- Destinataire Poétique = choix du code utilisé pour
(expressive) (poétique) (conative) provoquer une émotion esthétique
l Conative = agir sur l’autre
Contact Phatique = établir/ maintenir/ mettre fin
(phatique) à l’échange
l Métalinguistique = clarifier le code
Code
(métalinguistique)

La critique de Jakobson : C. Kerbrat Orrechioni


-Problème de l’homogénéité du code : le code n’est pas exactement le même pour chacun
des locuteurs -> les locuteurs ont des compétences linguistiques et para linguistiques
différentes (langue, origine sociale, âge…)
-Problème de l’extériorité du code : ce n’est pas une « boîte à outils » mais une compétence
intériorisée au niveau de la production et de la réception. Ces compétences sont restreintes
par une série de filtres :
Compétences non-linguistiques -> déterminations psychologiques, compétences
culturelles et idéologiques
Contraintes de l’univers du discours -> situations qui possèdent des codes spécifiques
auxquels il faut s’adapter
Modèles de production et d’interprétation

___________________________________________________________________________

Les lois du discours

Tout discours est régi par des normes : respect de « règles du jeu » que chacun des locuteurs
est censé respecter.

Principe de sérieux : condition de la bonne interprétation des énoncés, sinon la


communication est impossible -> je ne cherche pas à tromper l’autre, je ne cherche pas à
vérifier tout ce que l’on me dit >< on peut déroger à cette règle et tromper (ex : canular)

Principe de coopération : les partenaires en présence sont censés partager un cadre et


collaborer à la réussite de leur activité commune

Les « Maximes de Grice » ou « maximes conversationnelles »

= problématique introduite dans les années 60 par paul Grice


Normes partagées par les interlocuteurs lors d’un échange verbal (contribuent à la juste
interprétation de l’énoncé)
Valides pour tout type d’énonciation (même à l’écrit)

 Loi de pertinence = une énonciation doit être appropriée au contexte dans lequel elle
intervient et elle doit intéresser le récepteur en apportant des informations qui
modifient sa situation

 Loi de sincérité = L’énonciateur doit être engagé dans son énoncé : inscription dans un
ton. Degré d’adhésion dans le ton de son énoncé

 Loi d’informativité = les énoncés doivent apporter des informations nouvelles au


destinataire -> un énoncé tautologique n’apporte rien en soi, son sens est implicite
« lui c’est lui et moi, c’est moi » veut dire que chacun a le droit de faire les choses à sa
façon.
 Loi d’exhaustivité = il faut délivrer la bonne quantité d’informations par rapport à la
situation, ni trop, ni trop peu

Transgression des lois du discours

→ Risque de non-coopération
La préservation des faces (lois de politesse)

Règles de politesse et théorie des faces

Les échanges verbaux sont soumis à des règles de politesse -> théorie des faces de Brown et
Levinson (1978), inspirée de Erving Goffman (1967) : Tout individu possède deux faces : une
face positive (publique) et une face négative (privée)

Face positive : image valorisante de soi → bonne impression que l’on veut produire
Face négative : ce que l’on veut garder pour soi, l’intime, le corps… (le territoire privé)
Dans un acte de communication (interaction), 4 faces sont engagées (la face négative et la
face positive de chaque coénonciateur)

Être poli = ne pas trop agresser autrui/soi-même ou préserver l’équilibre entre les faces des
coénonciateurs ou encore s’efforcer d’atténuer globalement les menaces sur les faces par des
stratégies de compensation
= condition de la réussite de l’acte de communication, car tout acte de communication est en
soi menaçant (pour le locuteur, pour l’interlocuteur)

Exemples d’actes menaçants pour chacune des faces :


Face + du récepteur :
- insulte (« Chauffard ! »)
- rejet de l’opinion de l’autre (« Tu as tort, je pense, parce que… »)
- critique (« Le bricolage, c’est pas ton truc ! »)…
Face – du récepteur :
- questions indiscrètes (« Vous êtes encore ensemble? »)
- conseil non sollicité (« À ta place, je ne passerais pas cet examen »)
- ordre/défense (« Ne me parle pas sur ce ton ! »)
- menace sur le corps (« Je vais te casser la gueule ! »)…
Face + de l’émetteur :
- auto-dévalorisation (« Tu sais bien que je suis nul en bricolage »)
- aveux ( « Je reconnais que je me suis trompé »)
- excuses (Je suis désolée d’être aussi en retard »)…
Face – de l’émetteur :
- promesse (« Je ne le ferai plus, promis »)
- engagement (« Lundi prochain, je te conduis à l’école »)
- dévoilement (« Je ne te l’ai jamais dit mais… »)

 Jouer sur les faces permet de compenser


Lois de modalité

Prescrivent d’être à la fois clair (=être audible, explicite) et économe (=ne pas trop digresser,
utiliser la voie la plus concise)
 Dépendent de la situation

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Médium et discours

Dimension importante : le médium (ou support/canal pour Jakobson) = élément important


dans la transmission du message. Il influence sur les contenus et les usages du message -> ce
n’est pas qu’un simple moyen de transmettre le message, mais peut modifier un genre de
discours.

Ex : de genre de la confession :
-dans une église : pour le pardon de dieu, dans un lieu secret, solennité
-chez un psy : pour se sentir mieux, moins solennel
-dans un talk-show/téléréalité : partager son histoire, attirer l’attention, notoriété
=> le déplacement du médium reflète les mutations d’une société, il faut prendre en
considération tout le dispositif communicationnel qui intègre ce médium.

Hamlet, par Gianni di Luca : voix narrative, espace et temps, informations essentielles,
monologue célèbre  modification du contenu, des usages
 Le passage à la BD il réduit le message à l’essentiel mais garde « être ou ne pas être, là
est la question » non-essentiel à la compréhension mais indispensable pour la
retranscription de la pièce.

La voix narrative prend la parole et explique en même temps que le discours ce qui se passe,
ce qui n’est pas fait un théâtre, où toute l’histoire doit être compréhensible par le dialogue
des personnages.
La BD est visuelle donc elle permet de prendre connaissance de deux espaces différents en
même temps où au théâtre en l’occurrence ce sont 2 scènes différentes.
Le propos se resserre autour de l’histoire contrairement au théâtre qui propose d’avantages
de dimensions.
Le registre n’est pas le même, la BD « vulgarise » la pièce et la rend plus accessible -> public
peut-être plus jeune, visée scolaire ?

Oral vs écrit

À l’oral la situation de communication est immédiate et à l’écrit, elle est différée. Cela
influence fortement les différences entre les 2 médiums.

Communication Orale Communication Ecrite


Pluricodique Seule compte la chaîne verbale
= utiliser plusieurs codes : la langue, les = parfois il y a aussi le code iconique (images)
gestes, les regards, l’intonation

S’élabore sur le vif -> scories Produit fini, autosuffisant, repérage


= hésitations, répétitions, mots phatiques intratextuel
(=mots « parasites ») digressions, phrases = plus soigné et épuré, vocabulaire plus
non-finies, registre plus familier soutenu, explicite, détaillé

Énoncé dépendant de l’environnement Énoncé indépendant de l’environnement


= possibilité de s’appuyer sur des éléments
matériels en commun

Particularités linguistiques de l’oral

- Mots phatiques : euh, donc, quoi, bon ; ils servent à nous faire enchaîner les idées en
réfléchissant, à créer un lien entre les phrases
- Hésitations, répétitions, phrases inachevées, incises
- Parataxes : juxtaposition de différents éléments alors qu’en réalité ils sont en relation
de dépendance qui est précisée à l’écrit par des prépositions, mots-liens etc.
- Construction à constituants détachés : emphase, dislocation : extraire certains
éléments de la phrase en les plaçant à différents endroits de la phrase (« moi, mon
papa, sa voiture elle est en panne ») pour les mettre en évidence.
- Ruptures de constructions
- Registre de langue : plus relâché à l’oral
- Prononciation : certaines fin de mots ou mots entiers (‘ne’ de la négation, ‘not(re)’)

Typologie des oraux et écrits

 Écrits et oraux et familiers :


Oraux familiers : conversations
Écrits familiers : post-it, brouillons, sms, liste de courses…
 Écrits et oraux formalisées
Oraux formalisés : communication, discours, examen, conférence, plaidoirie…
Écrits formalisés : correspondance commerciale, demande d’emploi, rapport de stage…

Il y a aussi des énoncés qui présentent des caractéristiques dépendantes ou indépendantes


de leur environnement.

Spécificité de l’écrit et de l’imprimé

 Propriétés de l’écrit :
Circuler loin de sa source, rencontrer des publics différents…
Lecture contrôlée par le récepteur
Ouverture d’un espace pour un commentaire, une analyse
Peut être archivé, classé, conservé

 Propriétés de l’imprimé
Objet inaltérable et fermé sur soi
Peut être diffusé à grande échelle
Caractère officiel, anonymat
 L’imprimé accentue des effets de l’écriture car la distance est bien plus grande.

La spatialité du texte

Avec l’imprimerie surtout, la spatialité du texte est l’espace occupé par le texte ;
Il peut être associé à des éléments iconiques, d’un paratexte (=ensemble des éléments qui
entourent, accompagnent le texte)
Présente une certaine mise en page
 Tout un texte est une image qui s’offre au regard

Nouveaux dispositifs de communication

-Hypertexte -> le texte est matériellement relié à plein de liens qui nous lient vers d’autres
pages d’autres textes etc. , instabilité, instantanéité
-Dématérialisation des supports physiques des énoncés

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Le lecteur et ses compétences

Le récepteur (ou lecteur) comme l’émetteur, doit maîtriser 3 instances : la langue, la


connaissance du monde et la capacité de s’inscrire dans le monde à travers la langue

La compétence encyclopédique

= ensemble illimité de compétences (peut être élargi)


Certaines d’entre elles sont emmagasinées dans des scripts (ou scénarios) = suite stéréotypée
d’actions permettant de s’orienter dans l’espace social /répertoire d’actions provenant de
l’expérience antérieure et adaptée aux exigences de l’environnement

Ex : le restaurant, l’entretien d’embauche, la consultation médicale : au fil du temps on


acquiert consciemment ou inconsciemment la suite d’événements liée à l’expérience d’un
événement. Si le script n’est pas respecté, il peut y avoir des conséquences négatives.
 les guides pratiques décrivent ce script.

La compétence communicative
= connaissance des lois du discours + compétence générique
Connaissance des lois du discours = maîtrise du code linguistique etc.
Compétence générique= savoir reconnaître un genre du discours et savoir se comporter dans
certaines situations de discours.

Ex : le marchandage (genre du discours) : on peut marchander dans une brocante mais pas
dans une boulangerie.
 Quelle attitude adopter face à un genre ?
 Connaissances socialement favorisées ou non
On peut transgresser le script, effet comique (Charlie Chaplin)

On parle du « lecteur modèle » = celui qui a toutes les compétences nécessaires à la


compréhension d’un énoncé.
Un genre peut se construire un public par exclusion (presse spécialisée) ou par inclusion (JT
adressé à M. et Mme tout le monde).

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Types et genres de discours

Tout texte appartient à un genre de discours ex : compte rendu sportif, conversation, talk-
show etc. ce sont des catégories qui ne sont pas scientifiques, elles sont nées de l’usage et
s’affirme par leur répétition .
Elle ont une dénomination variable (forme du support, contenu, but…)
 le genre de discours sert à faire des économies cognitives, on sait à quoi on a affaire et on
connait des codes assez définis
 il sécurise la communication

Typologies communicationnelles

 Fonction du langage (Jakobson)


Textes à fonction conative : recette de cuisine, le but est que le récepteur fasse le plat
À fonction métalinguistique : une définition

 Fonctions sociales
Fonction de contact : conversation
Fonction ludique : jeu
Fonction religieuse : messe
Les genre des discours ne sont pas immuables, ils apparaissent lorsque certaines conditions
sont réunies : un genre peut apparaître ou disparaître.

Typologies de situation de communication

 Conditions socio-historiques
Ex : le fait divers n’existe que depuis l’invention de la presse à grand tirage (journal) au 19e s
mais ajd il existe encore à la presse orale (radio) avant, les gens étaient au courage de ce genre
d’histoires par les commérages.
 historiquement variables

 Types de discours
= grand secteur d’activité sociale : fait divers englobé dans le type plus vaste de la presse qui
est englobée dans le discours médiatique
 cela reste une analyse plus intuitive que scientifique.

Autres classifications
 Milieu institutionnel : entreprise, hôpital, famille, école
 Statut des partenaires : discours entre adultes, enfants, discours riche, pauvre
 Positionnement idéologique : discours marxiste, catholique, néolibéral…

Typologies linguistiques et discursives

 Typologies énonciatives
Benvéniste : opposition récit/discours
Un récit est un texte dont l’énonciateur est complètement absent  vocabulaire neutre,
3eme personne, tournures impersonnelles etc.
Un discours est un texte dans lequel l’énonciateur s’inscrit dans son énoncé  exclamations,
références etc.

 Typologies discursives
Elles allient :
Les typologies communicationnelles ne se préoccupant pas des caractéristiques des textes
Les typologies énonciatives éloignées de l’inscription sociale des énoncés

Comment concevoir un genre ?

 Œuvres et routines
Une œuvre littéraire s’inscrit dans une classe généalogique (ex : la tragédie) qui se réfère à un
prototype ;
Les genres peuvent avoir une œuvre de référence qui sert de modèle aux autres
Ex : Épopée : œuvre-type Ulysse // Roman épistolaire : Les liaisons dangereuses
 Pour d’autres types de textes, pas de référence prestigieuse : ce sont des routines

 Genres = des activités sociales, soumises à des critères de réussite


Conditions de cette réussite : ex consultation médicale
-Une finalité reconnue : soigner le malade
-Le statut des partenaires légitimes : médecin - patient
-Le lieu et le moment légitimes : horaires du médecin
-Un support matériel (médium) : voix
-Une organisation textuelle : informations sur le patient, auscultation, diagnostic, prescription
 Métaphores : contrat, rôle, jeu
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La scène d’énonciation

Tout énoncé, toute parole se donne à voir au récepteur d’une certaine façon par une « mise
en scène » qui interpelle le lecteur à 3 niveaux

Les trois scènes

(exemple pub biscuit)


- Scène englobante : type de discours (pub)
- Scène générique : genre de discours (pub pour biscuits diététiques)
- Scénographie : la façon dont le message se présente à nous qui peut être une autre
discours que le genre réel (mail)

La scénographie

Routinière >< originale


 La scénographie originale : genres publicitaires qui « trompent » volontiers le lecteur
 La scénographie routinière : une série d’habitudes, qui se confondent avec le genre de
discours

Diffuse >< spécialisée


 Scénographie spécialisée : la scénographie est identifiable à un genre de discours, qui
« masque » le genre réel auquel le lecteur est confronté.
 Scénographie diffuse : la scénographie fait appel à plusieurs genres de discours, sans
qu’on puisse en identifier précisément un seul.

Scénogaphie et scène validée


 La scénographie peut aussi s’appuyer sur ce qu’on appelle une scène validée = scène
de parole, enregistrée dans la mémoire collective des gens, et parfois assez
stéréotypée
Exemple : la rumeur, le commérage

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Des genres de discours très variés

Genres conversationnels et genres institués

 Les genres institués :


Correspondent à la définition des genres comme dispositifs communicationnels socio-
historiquement définis
Ce sont des cadres stables et contraignants, avec des rôles prédéfinis que peuvent jouer
l’émetteur et le récepteur
La consultation médicale, la recette de cuisine, la conférence de presse, le fait divers…

 Les genres conversationnels :


Ont un cadre flou et peu contraignant (comme la conversation) ne suit pas un plan préétabli.
Les contraintes sont surtout locales et permettent aux deux partenaires de s’ajuster l’un à
l’autre

Scène générique et scène scénographique

Il est difficile de catégoriser les genres conversationnels


Par contre, pour les genres institués, on peut établir des catégories en se basant sur la relation
qui s’établit entre scène générique et scénographie (scéno= critère de catégorisation des
genres institués)
 On distingue ainsi 4 modes de genres institués

 Genres institués de mode 1

Au mode 1, la scénographie est tout à fait routinière. Le discours se présentera toujours de la


même manière au lecteur
Les formulations sont figées
Ex : le bulletin météo, le contrat de bail (seuls varient les noms du bailleur et du locataire),
la correspondance commerciale…

 Genres institués de mode 2

Au mode 2, le genre de discours adopte une scénographie préférentielle (un cahier des
charges contraignant) attendue du lecteur, mais qui permet malgré tout une certaine
originalité
Les formulations ne sont pas figées
Ex : le journal télévisé, la recette de cuisine, le fait divers (v. Analyser les textes de
communication, p. 104), l’annonce de décès ou de mariage , le flyer de marabout…

 Genres institués de mode 3

Au mode 3, il n’y a pas de scénographie préférentielle et les genres de discours se prêtent à


une scénographie originale (par exemple déguiser le genre de discours sous un autre)
 C’est le cas des émissions TV, des chansons, de la publicité…

 Genres institués de mode 4

Au mode 4, l’auteur assigne son texte à un genre préétabli ou qu’il définit lui-même
C’est souvent le cas pour les textes littéraires, qui ne remplissent pas un cahier des charges
précis, parce qu’ils ne correspondent pas à une activité définie dans l’espace social
Ces dénominations (la « méditation », le « dialogue »…) sont constitutives du sens de l’œuvre
et contribuent à son interprétation

Genres et étiquettes

La plupart du temps, un genre de discours n’est pas associé à une étiquette : un énoncé ne «
dit » pas qu’il appartient à tel genre de discours, mais se montre comme tel
Dans d’autres cas, lorsqu’un auteur « étiquette » son énoncé, il peut mettre l’accent sur les
propriétés formelles de celui-ci ou sur son interprétation (ou parfois les deux)

 Ainsi certaines étiquettes assignent un énoncé à un hypergenre, (=ensemble de


caractéristiques formelles assez flou) qui renvoie surtout à un mode d’organisation textuelle
(le « carnet de bord », le « journal », l’ « essai »…)
D’autres orientent plutôt la manière dont le lecteur doit comprendre le texte : on parle de
cadrage interprétatif (voir le nom de certaines rubriques dans les journaux )
D’autres encore renvoient à la fois à des caractéristiques formelles et à un contenu : ce sont
des classes généalogiques qui se construisent par référence à une œuvre prototypique (l’«
épopée »)

___________________________________________________________________________

L’ethos

Un énoncé est mis en scène, mais il est aussi produit par un énonciateur, dont le lecteur se
construit une représentation…
Ethos = représentation que le lecteur se forge de l’énonciateur à travers ce qu’il dit et
comment il le dit

Exemple : « Un récit très BMW »  Comment nous représentons nous cet énonciateur?

Apparence physique et position dans l’espace social:


-un homme éduqué (passé simple, registre de langue soigné voire littéraire) // jeune (voiture
sportive, pas de femme ou d’enfants) // aisé (BMW = voiture chère)…
Traits psychologiques :
-déterminé, curieux, aventurier (oui mais pas trop : il veut rebrousser chemin), // hédoniste…

Caractère et corporalité

Nous prêtons à cet énonciateur une corporalité (sexe, âge, capital social, économique…) et un
caractère (traits psychologiques, capital culturel…)
Caractère et corporalité proviennent de représentations sociales qui sont renforcées par des
stéréotypes culturels véhiculés par les médias, la littérature… (ici, cliché de l’aventurier)

Ton
C’est à travers le ton utilisé par l’énonciateur que nous pouvons aussi nous forger cette
représentation…
Le ton, qui correspond à la manière d’énoncer, renvoie à une manière d’être (le caractère, ma
corporalité…) et donne une autorité à l’énoncé (ici, vocabulaire soigné et recours à des phrases
longues  fluidité de la conduite)

Garant et incorporation

Le ton est le garant de ce qui est dit


Parallèlement, l’ethos exerce une action sur le lecteur : celui-ci peut trouver l’énonciation
rebutante, mais s’il la trouve attractive, il aura tendance à s’incorporer les qualités prêtées à
l’énonciateur. (ici, un peu aventurer mais pas trop téméraire)
Il rejoint alors la communauté imaginaire de ceux qui adhèrent à un même discours

Ethos hybride

Une même énonciation peut mêler plusieurs ethos : c’est ce qu’on appelle un ethos hybride
Dans notre exemple, l’énonciateur est un aventurier, mais il est aussi un touriste, ce qui
renvoie à l’univers de la voiture vanté par cette publicité…

___________________________________________________________________________

L’embrayage énonciatif

Le repérage énonciatif (ou repérage par le contexte)

Tout énoncé est toujours situé par rapport à un repère.


Ce repère sera très souvent l’évènement énonciatif dont il est le produit (c’est ce qu’on
appelle un repérage par le contexte) : il correspond au « moi-ici-maintenant » de
l’énonciateur :  Qui ? À qui ? Quand ? Où ?
Ex : Traces de 1re personne : notre , nos, nous-mêmes, moi…
Traces de 2e personne : vous, vos…
Trace temporelle : aujourd’hui…

→ Notre, nos, vous, vôtre, aujourd’hui = traces linguistiques de l’énonciation dans le texte
→ Ce sont des embrayeurs de l’énonciation ou déictiques

Les embrayeurs de l’énonciation (personnes, temps, lieux)


 Les embrayeurs (ou déictiques) de personne

Sont considérés comme embrayeurs de personnes tous les mots qui partagent le trait « 1 re
personne » ou « 2 e personne » :
- les pronoms personnels sujets (je, nous, vous, tu, moi, toi)
- objets (me, te, nous…)
- les adjectifs possessifs (mon, votre…)
- les pronoms possessifs (le mien, le tien, le nôtre…)

La 3e personne est appelée en AD la « non-personne » (c’est ce dont parlent le « je » et le «


tu »)
« On » = un cas à part car il peut, selon les contextes, prendre différentes valeurs : « il », «
nous » (inclusif) et même parfois « tu » (« on a bien mangé, mon bébé ? »)

 Les embrayeurs (ou déictiques) temporels

Les verbes conjugués au présent, au passé composé et au futur


Attention : le présent n’est pas toujours déictique :
- le présent de narration
- le présent historique (« Le 14 juillet, les Français prennent la Bastille »)
- le présent de vérité générale (« L’eau bout à 100 degrés ») ≠ embrayeurs
Certains adverbes de temps (ou d’autres mots à valeur temporelle) ssi ils prennent bien
comme point de repère le moment de l’énonciation
- Aujourd’hui, demain, hier… = embrayeurs
- La veille, le lendemain, le jour suivant… ≠ embrayeurs

Les embrayeurs (ou déictiques) spatiaux

Moins nombreux
Des adverbes comme ici et là (et leurs dérivés) sont embrayeurs (« il fait froid ici, n’est-ce pas
? »)
L’adjectif démonstratif ce (ces, cette…), ssi il désigne un élément commun à l’environnement
des co-énonciateurs : « Veux-tu bien fermer cette fenêtre ? »
Mais pas « Paul m’a parlé de toi. J’aime bien ce garçon » (repérage interne/ par le cotexte)

Spécificité des embrayeurs

Les embrayeurs de personne, temps et lieu ont un signifié qui leur est propre
Mais ils tirent aussi une partie de leur signification de la situation d’énonciation
Ex : « je »

D’autres embrayeurs (modalités, subjectivèmes)

Modalités
Les modalités ou modalisations au sens strict concernent la tournure des phrases en fonction
de la valeur logique que l’énonciateur veut leur donner ou de la façon dont il veut entrer en
relation avec son coénonciateur :
- J’espère que Paul pourra annuler sa réservation… (ce n’est pas sûr)
- Il est possible que Paul annule (c’est possible)
- Paul a annulé sa réservation (c’est certain)
- Est-ce que tu as annulé la réservation, Paul ? (question)
- Annule, Paul, s’il te plaît ! (ordre)

Subjectivèmes (ou modalités appréciatives)

A côté de ces modalités logiques existent des modalités appréciatives ou subjectivèmes (C.
Kerbrat-Orrechioni): chaque fois que l’énonciateur fait une évaluation, émet un jugement de
valeur, compare, etc.
Contrairement aux autres embrayeurs (temps, personne, lieu), les subjectivèmes sont en
nombre illimité : toutes les catégories du langage sont quasi touchées (les adjectifs mais aussi
les noms, les adverbes, les verbes, certaines expressions, tournures de phrase, etc.)

Adjectifs : bons, efficaces, navrants…


Adverbe : très
Verbes : donne de la densité, boostent…
Noms : talent
Phrases complètes : on a le temps de…, aurait -on tort de s’en priver ?
Comparaisons : à la différence du cinéma, la série n’est pas obligée de… (+ modalités
impératives : il faut…)

D’autres formes de repérage

Repérage hors contexte (ou datation autoritaire) : A la fin de l’après -midi du 29 septembre
1759, on était au milieu du XVIIIe siècle…
Repérage par le cotexte : le soir, quelques semaines plus tôt …
Repérage par le contexte (artifice): maintenant

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Plan embrayés et plans non-embrayés

Deux types d’énonciation

- Énoncés embrayés : les plus nombreux (conversations)


- Énoncés non-embrayés : se présentent comme coupés de leur situation d’énonciation
(énoncés à caractère scientifique, textes narratifs/ historiques, articles de dictionnaire
etc.)
Présent déictique = embrayé dans la situation de communication/ Présent non-déictique=
vérité générale
Imparfait ne signifie rien pour l’embrayage

Privilégier le système sur l’élément

En cas d’hésitation : la présence d’1 élément ou 1 type d’éléments n’est pas décisive : souvent
il faudra prendre en considération la présence simultanée de plusieurs éléments
1 re personne + présent déictique + subjectivèmes -> plan embrayé
3 e personne + passé simple/présent non déictique + pas ou peu de subjectivèmes -> plan non
embrayé

Mélange des plans d’embrayage

Il existe des textes entièrement embrayés/ entièrement désembrayés mais le plus souvent,
un même énoncé alterne les plans d’embrayage: ainsi l’énonciateur embraye, désembraye,
ré-embraye…

Embrayage, modalités et genres de discours

Pour caractériser l’embrayage d’un texte, on peut aussi examiner comment se combinent
dans un même énoncé deux grandes catégories d’embrayeurs.
Les embrayeurs du premier groupe (personne, temps, lieu) et les embrayeurs du second
groupe (modalités appréciatives/subjectivèmes)

Énoncés embrayés et modalisés (subjectivants)  critique, éditorial…


Énoncés embrayés et non modalisés (objectivants)  déclaration de vol, recette de cuisine,
fait divers…
Énoncés non embrayés et non modalisés (objectivants)  écrits scientifiques, historiques,
comptes rendus, protocoles…
Énoncés non embrayés et modalisés (subjectivants)  textes narratifs (écrits au passé simple)

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La polyphonie

Notion de polyphonie

Souvent dans son énoncé, l’émetteur fait entendre d’autres voix que la sienne, voix par
rapport auxquelles il est amené à se situer
 C’est souvent le cas dans des textes qui sont le lieu d’un débat, où plusieurs opinions se
manifestent
L’auteur va mettre en scène un ensemble de voix dont il se distancie ou avec lesquelles il se
solidarise
Le responsable du texte

Le producteur/le locuteur
Il peut y avoir parfois une différence entre producteur et locuteur du texte (les deux
peuvent aussi se confondre)
 Le producteur = l’auteur matériel du texte
 Le locuteur/l’auteur = celui qui accomplit l’énonciation dans l’énoncé et qui est « mis
en scène » par le producteur (exemple : le locuteur d’« Un récit très BMW »).
Il est la source du repérage énonciatif et se montre responsable de ses points de vue.

La notion d’auctorialité :

L’auctorialité pose la question de la responsabilité de ce qui est dit dans l’énoncé


Généralement, on identifie un seul auteur mais :
Certains textes se présenteront comme auctorialement hétérogènes càd que plusieurs
auteurs collaborent à un même énoncé (ex : paquets de cigarettes)
On peut aussi envisager l’auctorialité d’un texte sous une forme hiérarchisée
A l’auteur, réel ou supposé, se superposent d’autres instances au sein d’une hiérarchie, on
parle de degrés d’auctorialité
Ainsi, on pourrait rencontrer, dans certains cas :

Le méta-énonciateur = attribuer l’ethos et la responsabilité des propos tenus,


indépendamment de l’auteur réel (cas typique : un article de presse non signé ou signé des
seules initiales de l’auteur)

L’inter-énonciateur = celui qui parle d’une seule voix au nom d’un groupe, masquant ainsi
les dissensions éventuelles entre les membres de ce groupe (cas typique : le communiqué
officiel d’un parti politique ou d’un groupe d’intérêt)

L’archi-énonciateur = celui qui rassemble, organise et parfois commente différents énoncés


provenant d’énonciateurs différents au sein d’un même cadre (cas typique : les perles du
bac, une revue de presse, une rubrique « Ils ont dit »…) In Pierre Scheurette, « Les faits
alternatifs », Moustique, 11/3/2020

Différentes formes de polyphonie

Le discours direct et la modalisation en discours second

- Discours direct : verbe déclaratif (devant, dans, derrière), :, « »


- 2 situations d’énonciation: celle du discours citant et celle du discours cité :
- Fidélité du DD : = mise en scène visant à authentifier, se montrer objectif, faire sérieux… ou
mettre à distance (l’auteur n’adhère pas aux propos, ou, a contrario, marque son respect
pour eux).
- Le DD n’est pas objectif cf. c’est un fragment dominé par l’énonciation du discours citant
(voir le verbe introducteur qui fournit un élément de ce cadre interprétatif : raconter,
s’étonner, condamner…) 11
Modalisation en discours second : une seule situation d’énonciation + indicateurs
(modalisateurs) de déresponsabilisation

Selon, d’après X : selon X, la France prépare une riposte


Paraît-il : la France, paraît-il, prépare une riposte
Conditionnel : la France préparerait une riposte

Du discours direct au discours indirect

Situations intermédiaires :

- Discours direct sans guillemets : Johnson dit : nous avons pris le canon et nous avons tiré
sur les maîtres. Ce qui le fait rire aux éclats. Pierre est étonné, il pensait que c’était lui qui
avait pris le canon et qui avait tiré. Mais il est vrai que sans Johnson il n’aurait jamais pu le
tourner ni le mettre en position de tir. « Johnson, c’est ton nom. Et ton prénom ? » H.
Bauchau, Le régiment noir, Actes Sud, 2000, p. 74.

- Discours direct libre : Elle est rassurée, sourit : Quelle passion pour ce cheval. Mais c’est
vraiment une bonne idée. Oui, partez demain, cela vous distraira. H. Bauchau, Le régiment
noir, Actes Sud, 2000, p. 43.

Discours indirect, formes hybrides

- Discours indirect : une seule situation d’énonciation, verbe déclaratif, subordonnée


complétive (introduite par « que », par exemple)

- Situations où il devient difficile de choisir entre DD et DI :

Discours indirect libre : La femme de chambre ne bougeait pas. Il fallait vraiment que
Madame fût enragée. Maintenant, l’eau tombait à torrents, la petite ombrelle de soie
blanche était déjà toute noire ; et elle ne couvrait pas madame, dont la jupe ruisselait.

Ilot citationnel : Il s’agit de lutter contre le passage trop brutal de l’école, où l’enfant
étudie LA science, au collège, où LES sciences sont enseignées par des professeurs différents
donnant « l’image d’un manteau d’Arlequin et d’un monde parcellaire sans unité visible ».
(Le Monde de l’éducation, décembre 2005)

Résumé avec citations : […] Dylan décrit la gloire et la déroute, la lucidité et les
doutes d’un folk singer qui reconnaît que sa musique est « dépassée », mais cherche encore,
en sourcier du phrasé, le tempo et le flot de mots appropriés, loin des pièges de la
canonisation. Car, pas plus qu’un Nietzsche, Dylan ne s’est rêvé en « fondateur d’une
religion » et a toujours refusé d’être « le prince de la contestation » ou « le porte-parole
d’une génération », comme en témoigne le récit hallucinatoire de sa maison de Woodstock «
assiégée » par tous les « tapés » et autres « gauchistes crapuleux » des seventies qui
cherchaient un maître pour se révolter. (Le Monde de l’éducation, décembre 2005)
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Modalisation, guillemets, italiques

Autonymie et modalisation autonymique

 Autonymie : « chat » est un nom masculin


= citation du mot (on parle du signe, non de la chose)
Emploi autonymique : opposé à l’emploi standard où les mots réfèrent à la réalité extérieure
au langage.

 Modalisation autonymique : ensemble des procédés par lesquels un énonciateur


commente sa propre parole au moment où elle s’élabore. Il dédouble ainsi son
propre discours.
Mise entre guillemets Ex : La Plagne, en Savoie, a installé une signalétique « intelligente » qui
informe et donne des conseils aux skieurs en temps réel.
Autres procédés : expressions ou usage de la ponctuation (mise entre parenthèses, italiques,
points de suspension…) Ex : recommander à tout un chacun, sans exception aucune, de «
quitter sa zone de confort », me semble, comment dire ? Un diktat abusif, voire une pression
inutile mise sur des épaules qui n’ont rien demandé (Gilles Dal).

Différents types de modalisation autonymique

- modalisation qui indique un écart entre les interlocuteurs (non-coïncidence dans


l’interlocution) : « passez-moi l’expression », « si l’on peut dire », « vous voyez ce que je veux
dire » etc.

- modalisation qui indique la présence d’un autre discours dans le discours (non-coïncidence
du discours à lui-même) : « le soi-disant », « ce qu’on appelle », « pour reprendre les mots de
X », « pour parler comme X » etc.

- modalisation qui indique que les mots et les choses ne coïncident pas (non-coïncidence
entre les mots et les choses) : « ce qu’il faut appeler X », « on pourrait dire », « comment
dire? », « s’il faut donner un nom » etc.

- modalisation qui indique que le sens des mots est équivoque (non-coïncidence des mots à
eux-mêmes) : « à tous les sens du mot », « au sens premier », « littéralement » etc.

La mise entre guillemets

A l’écrit, c’est la plus fréquente.


Les guillemets encadrent typographiquement les éléments sur lesquels ils portent →
l’élément modalisé est parfaitement intégré à la syntaxe de la phrase.
 C’est un signe à interpréter pour le lecteur : cf. attirent l’attention de celui-ci sur un
mot, mais sans explication supplémentaire.
 ouverture d’une faille dans le discours : pour quelle raison ?
 lier mise entre guillemets et type de modalisation autonymique

Exemples (v. D. Maingueneau):


- Cette dernière attaque des « rebelles » aurait fait 13 morts et 17 blessés selon le
ministère malien de l’Administration.
- Ensemble, ils ont inventé une nouvelle « grammaire » Valentino. Leur mode tient du
cabinet de curiosité vestimentaire infusé par la culture.
- Ces jeunes gens qui ne réalisent pas toujours, au départ, ce que l’homme attend d’eux,
le suivent sans hésiter jusqu’à un hôtel-brasserie de Xe arrondissement où il juge la «
marchandise »…

→ nécessité d’une connivence entre énonciateur et lecteur pour que les guillemets
puissent être déchiffrés.
→ renforcement de ce e connivence au terme de ce e interpréta on.

L’italique

S ’emploient pour l’autonymie comme pour la modalisation autonymique


Mais différences (en principe) :
 L’italique est incorporé à l’énoncé (les guillemets s’ajoutent à l’énoncé)
 L’italique s’emploie de façon préférentielle pour les mots étrangers ou pour insister
sur certaines unités. (Les guillemets s’emploient plutôt pour indiquer une réserve de
l’énonciateur.)
 Il y a des usages propres à un auteur, une discipline, un genre de discours…

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Proverbe, slogan, ironie

Énonciation proverbiale et polyphonique

Cas de polyphonie moins visible : proverbes et slogans


Le proverbe :
Bien mal acquis ne profite jamais
Qui trop embrasse mal étreint
Tel père, tel fils
La loi est dure mais c’est la loi
Ce que femme veut, Dieu le veut Le chat parti, les souris dansent
Il n’est point de sot métier
Les loups ne se mangent pas entre eux
La fin justifie les moyens
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire

→ caractéris ques ?

Énonciation polyphonique car l’énonciateur présente son énonciation comme la reprise


d’énonciations antérieures + fait entendre une autre voix que la sienne = celle de la « sagesse
universelle » à qui est attribuée la responsabilité de l’énoncé ; ça se dit depuis la nuit des
temps.

+ coopération du lecteur : identifie le proverbe en se fondant :


- Sur sa mémoire : présenté comme un énoncé facile à retenir
- Sur les propriétés linguistiques de l’énoncé : court, bien frappé souvent basé sur un
parallélisme (2 parties), rimes internes, présent non déictique (c’est un énoncé non
embrayé), registre archaïsant (qui marque le caractère immémorial des proverbes), ethos
sentencieux ou moralisateur

Le slogan

Similitudes entre slogan et proverbe :


Nous, c’est le goût
Un coup de barre ? Mars, et ça repart
Caprice à deux, caprice des dieux
Coca-Cola, c’est ça
Avec Carrefour, je positive
Du pain, du vin, du Boursin
Pas d’avenir sans connexions

→ formules courtes, des nées à être répétées par un nombre illimité de locuteurs, rimes,
symétries…
Se présentent aussi comme des citations : celui qui les énonce ne se pose pas comme le
responsable et n’en donne pas la source…

Mais différences :
- Inséparables d’un certain contexte socio-historique (nom de la marque compréhensible
seulement par les contemporains)
- Valeur pragmatique très différente :
le slogan est lié à la suggestion : associer dans la mémoire une marque et un argument de
vente
Le proverbe prétend dire le vrai : son énonciateur associe une situation à un cadre général
préétabli → le lecteur doit associer les 2

Évolution du slogan :
- Sensible à l’évolution des médias :
diffusé à la radio → rimes internes, répé ons, jeux de mots (« Dubo, Dubon, Dubonnet »)
autres médias : associé à situations, images → s’affranchit de ses contraintes formelles («
Parce que je le vaux bien ») → le nom de la marque est moins présent.
Des énoncés sur d’autres énoncés

- L’allusion à d’autres énoncés :


« Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis seul » (message de prévention à côté d’un
distributeur de billets)
- Pratique des journaux ou de la publicité consistant à laisser percevoir sous certains énoncés
d’autres énoncés connus :
→ souvent dans les titres de journaux (Libération, Le Canard enchaîné…) : Habemus
François (sur Habemus papam, pour un article consacré au pape François)
→ pas toujours de rela on de sens : > accrocher le lecteur + mise en évidence d’un
ethos ludique

Captation et subversion

- Parfois imitation non pas d’un seul énoncé mais de tout un genre de discours → on sort du
cadre de l’allusion → permet au discours imitant de construire son iden té

EX : slogan publicitaire imitant le proverbe : « Les chiens aboient, les Lee Cooper passent »
= les chiens aboient, la caravane passe ( : avancer sans écouter les rageux)
 Cf. tout slogan aspire à l’autorité du proverbe, à être universellement reconnu et accepté

Captation ou subversion plutôt qu’imitation :

Captation : essayer de capter la valeur pragmatique attachée à un genre (le slogan qui capte
le proverbe)
Subversion : imiter un énoncé pour le disqualifier (parodies) « Martine a empaillé sa sœur »

Genres de discours et textes attestés :

- Qu’il s’agisse de captation ou de subversion, l’imitation peut porter sur un texte attesté (un
proverbe en particulier) ou sur un genre de discours (par ex. le genre proverbial dans son
ensemble : « Se dépasser, c’est essentiel »)

- Subversion d’un genre de discours : ex : proverbes absurdes : « Trois font une truie », «
Belette n’est pas de bois », « Qui s’y remue s’y perd »… (152 proverbes mis au goût du jour, P.
Éluard et B. Péret)  faux proverbes

De la subversion à l’ironie

Polyphonie et ironie :

- Quand l’énonciateur subvertit son propre discours, phénomène d’ironie : sorte de mise en
scène par laquelle l’énonciateur fait entendre par sa bouche un énonciateur bis qui dirait
sérieusement une parole déplacée, mais dont il se distancie.
Ex : « C’est sympa de nous prévenir » (critique de « Astérix aux Jeux olympiques »)
Ironie >< proverbe : dans le cas du proverbe, valorisation de « l’autre » énonciateur,
ambiguïté de l’ironie : entre ce qui peut être assumé ou rejeté.

Ironie et prise de distance :

« Quel charmant bambin ! » (devant un enfant qui fait un caprice)


À l’oral : ton >< À l’écrit : indices d’une prise de distance : registre, ponctuation…

Ironie et guillemets :

>< avec guillemets autonymiques : division de l’instance d’énonciation


Dans le cas de l’ironie, l’énonciateur produit un énoncé invalide au moment où il parle
Dans le cas des guillemets, il « montre » une expression qu’il n’assume pas vraiment.

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Les énoncés détachés

Le détachement

-Énoncés détachés = énoncés brefs qui ont été détachés d’un texte dont le responsable
est un locuteur identifiable
- Autonomes par nature (proverbes, slogans, devises : pas vraiment d’origine)
 phénomène des « petites phrases »
- Mais avant d’être détaché, l’énoncé doit avoir été surasserté dans son texte d’origine

La surassertion

=transformation pour rendre détachable


Dans leur texte d’origine, de nombreux énoncés figurent comme « détachables »
- Valeur généralisatrice du fragment
- Position visible (début ou fin de texte)
- Énonciateur + présent : emphase, prise e position
- Organisation interne forte (symétrie, métaphore)
- Commentaire de l’énonciateur soulignant le caractère privilégié du fragment

→ proliféra on des énoncés détachés, souvent associés au nom de leur énonciateur :


Jean-Louis Borloo, ministre de la ville, sur les zones urbaines sensibles: « Les cités doivent devenir des quartiers
ordinaires. » (cité par D.M.)

+ phénomène des « petites phrases » : citations destinées à être reprises dans des émissions
d’information (voulues telles par leur producteur ou par un journaliste ?)
→ volonté de contrôler le détachement « Parler de social à Nicolas Sarkozy, c'est comme parler de
cinéma à une caméra de surveillance. » (Laurent Fabius)
Détachement fort et détachement faible :
 Détachement fort : les énoncés détachés sont séparés du texte dont ils sont extraits
C’est souvent le cas des « petites phrases »
Souvent rubriques « La citation du jour », « C’est dit ! », « Les petites phrases
remarquées en 2005 »…
 Détachement faible : les énoncés restent dans le paratexte du texte dont ils sont
extraits.

L’aphorisation

=Les modifications des énoncés détachés :

Altération de l’énoncé original :


"J'ai découvert que ce n'était pas triste de devenir adulte" "[...] Alors elle s'écoute grandir, se regarde évoluer:
"J'ai découvert en réalisant un film que ce n'était pas triste de devenir adulte! Comme actrice, je restais à une
place un peu enfantine, où on se laisse diriger et on s'efforce de plaire [...]." (Le Figaro, 2 octobre 2004, p. 28.,
cité par D. Maingueneau)

De la surassertion à l’aphorisation :
Possibilité pour un journaliste de « convertir » un énoncé en énoncé surasserté, pour le
détacher → un locuteur peut se retrouver « surasserteur » d’énoncés qu’il n’a pas posé
comme tel… → figure du surasserteur construit par le détachement même

Distinction entre surassertion et aphorisation :


La surassertion fait ressortir une séquence à l’intérieur d’un texte
L’aphorisation implique l’amplification de la figure d’un énonciateur

Dans nos sociétés, l’aphorisation répond à différentes motivations :


- Personnaliser et authentifier les énoncés
- Effet de dramatisation : énoncé emphatique impliquant une prise de position forte
Permet d’attirer l’attention du public
- Elle est économique
- Evolution de la presse écrite : éclatement du texte

Deux types d’énonciation

→ phénomène (proverbes, sentences, petites phrases…) qui traverse les époques et les
sociétés : si un locuteur doit dire qqc d’important, il doit le dire dans un énoncé bref et
autonome.
→ l’énonciateur d’un énoncé aphorisant est censé prendre de la hauteur, se situer au-delà
des controverses, doit montrer l’ethos de qqn qui exprime une conviction…
→ énoncés qui échappent à la textualisation et aux genres

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