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Pionniers de la participation au Maroc

Cet article examine les pionniers de la participation au Maroc, en se concentrant sur les agents qui ont élaboré et mis en œuvre des pratiques participatives entre 1995 et 2005. Il met en lumière le rôle des intermédiaires qui ont importé ces concepts tout en se positionnant comme experts, et analyse comment ces acteurs ont contribué à un espace de reclassement social et professionnel. L'étude souligne la diversité des approches de la participation, oscillant entre des visées politiques et économiques, et la manière dont ces pratiques se sont institutionnalisées au fil du temps.

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Pionniers de la participation au Maroc

Cet article examine les pionniers de la participation au Maroc, en se concentrant sur les agents qui ont élaboré et mis en œuvre des pratiques participatives entre 1995 et 2005. Il met en lumière le rôle des intermédiaires qui ont importé ces concepts tout en se positionnant comme experts, et analyse comment ces acteurs ont contribué à un espace de reclassement social et professionnel. L'étude souligne la diversité des approches de la participation, oscillant entre des visées politiques et économiques, et la manière dont ces pratiques se sont institutionnalisées au fil du temps.

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Les pionniers de la participation au Maroc.

Espace de
reclassement et constitution d’un savoir autonome
Éric Cheynis
Dans Participations 2016/1 (N° 14), pages 37 à 59
Éditions De Boeck Supérieur
ISSN 2034-7650
ISBN 9782807390348
DOI 10.3917/parti.014.0037
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Les pionniers de la participation au Maroc 37

Les pionniers de la participation au Maroc


Espace de reclassement et constitution
d’un savoir autonome

›› Éric Cheynis
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›› Résumé

Cet article est consacré aux agents qui fondent leur position sur l’élaboration,
la promotion et la mise en œuvre, au Maroc, de la participation, afin d’en écarter
toute approche téléologique, ou diffusionniste et désincarnée car sans acteur. Il
porte sur une période particulière – la décennie au tournant du xxe siècle – avant
que ne s’institutionnalisent des dispositifs, des pratiques et des rôles. Dans ce
contexte, il met au jour le rôle d’intermédiaires qui ont contribué à importer au
Maroc la participation tout en s’imposant comme des experts de cette dernière.
L’analyse aborde la participation comme un espace de reclassement social et
professionnel et spécifie les compétences nécessaires à une « entrée en exper-
tise » : expériences professionnelles antérieures, connaissances du terrain,
savoirs académiques mais aussi passé militant. Au final, l’article met en relation
deux histoires à l’origine de l’invention de positions sociales nouvelles : celle de
rôles et de postes en train de se faire et liée à une offre de participation de la
part de bailleurs étrangers et celle des hommes et des femmes qui les occupent.
38 participations

E
n vogue au Maroc depuis les années 1990, la participation, prônée par les orga-
nisations internationales et les bailleurs étrangers, et réappropriée par les
acteurs marocains étatiques ou autres, revêt des sens multiples. De manière
générale, elle vise à associer les bénéficiaires à la définition et à la mise en œuvre
des politiques de développement. Mais deux acceptions – non exclusives l’une de
l’autre – coexistent, selon qu’elles ont des visées politiques ou économiques, collec-
tives ou individuelles. D’une part, dans un contexte où, pendant longtemps, l’État a
été perçu avant tout comme autoritaire et répressif, l’objectif est la transformation
des rapports de la population avec les autorités publiques. Dit autrement, il s’agit
de mettre fin à la méfiance et à la suspicion réciproques. Mais dissociées de l’État
et surtout de la politique institutionnelle, les structures participatives ne remettent
guère en cause l’exercice même du pouvoir. Essentiellement consultatives, leur
portée décisionnelle demeure limitée. D’autre part, la participation s’inscrit éga-
lement dans le nouveau mot d’ordre des organismes internationaux qu’est la lutte
contre la pauvreté. Dans ce cas, elle cible les populations pauvres et démunies et
renvoie avant tout à leur intégration et à leur participation au marché.

Ces différentes approches s’incarnent au Maroc dans une diversité de pratiques


et de procédures concrètes. La participation des bénéficiaires de l’action publique
signifie avant tout celles des forces organisées de la société civile sous forme
associative (Bacqué, Rey, Sintomer, 2005). Les dispositifs prennent la forme de
commissions consultatives plus ou moins ponctuelles ou pérennes, mais très
peu souvent institutionnalisées. La participation des associations se matérialise
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également à travers des gestions déléguées par les pouvoirs publics. L’octroi de
subventions suite à l’organisation d’appels d’offres constitue autant de processus
de sélection des associations, ainsi classifiées et labellisées comme partenaires
des organisations internationales ou des pouvoirs publics marocains. Dans ces
conditions, la politique participative prend la forme d’un renforcement des capa-
cités du tissu associatif (Calvès, 2009). Dans les années 1990, ce dernier vise une
réforme du droit des associations fortement encouragée par les bailleurs de
fonds et les organisations internationales. Si, d’un côté, cette réforme – effec-
tive en 2002 – s’inscrit dans le cadre d’un élargissement et d’une consolidation
des libertés publiques, d’un autre, elle consacre aussi les associations comme
acteurs économiques. Par ailleurs, le renforcement des capacités des asso-
ciations passe par des sessions de formation de leurs membres bénévoles ou
salariés. À cette conception collective de la participation s’en superpose une autre
plus individuelle. Dans ce cas, il s’agit avant tout de faire participer les pauvres au
marché, d’en faire des acteurs économiques à travers le développement massif
du microcrédit.

Si la participation au Maroc se traduit par un encouragement à l’action associative,


celle-ci fait l’objet de conceptions concurrentes. La sélection des associations
concernées (« qui participe ? », voir Gourgues, 2013) est une question centrale
qui ne fait pas l’objet d’une réponse univoque. D’un côté sont reconnues comme
partenaires des pouvoirs publics des organisations qui sont avant tout les fers de
lance du développement du microcrédit, sans objectif politique direct. De l’autre
Les pionniers de la participation au Maroc 39

sont mises en avant des organisations à l’histoire plus militante et revendica-


tive. Pour certains, le développement participatif doit être un levier de promotion
de la démocratie, alors que d’autres ne lui assignent pas d’objectifs politiques
directs. Par conséquent, les définitions des associations de développement
garantes de cette participation divergent et renvoient à des organisations plus
ou moins revendicatives et militantes. D’un côté, le développement participatif
ne doit pas indisposer le pouvoir en place et demeurer neutre politiquement.
D’un autre, il s’appuie sur une conception politique et militante de l’action asso-
ciative. En fonction de conceptions divergentes de la gestion participative, plus
ou moins audacieuses ou prudentes, les bailleurs étrangers soutiennent des
acteurs associatifs réputés proches du Palais ou, au contraire, proches de l’op-
position voire dans des positions très critiques. Face à cette pluralité de sens,
les réappropriations concurrentielles et conflictuelles que le monde associatif
marocain fait de la participation sont multiples : de la conformation à un modèle
gestionnaire à des tentatives de subversion et de politisation.

La littérature qui s’est développée depuis quelques années (Berriane, 2010 ; Bono,
2010a ; Navez-Bouchanine, 2003, 2007a, 2007b) permet d’enrichir les recherches
sur la participation en décentrant le regard vers un contexte différent de celui des
démocraties généralement abordées. Elle n’est pas toujours exempte d’un projet
normatif. Partant d’un idéal de participation, certains travaux tentent d’en évaluer
les effets, débouchant parfois sur un « sentiment de frustration qui accompagne
les espérances déçues » (Blondiaux, Fourniau, 2011). Mais surtout, ces travaux
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ont pour caractéristique de s’intéresser à des dispositifs déjà en place et relati-
vement institutionnalisés. L’Initiative nationale de développement humain (INDH),
mise en œuvre à partir de 2005, est au cœur des attentions en tant que symbole
d’un tournant participatif marocain (Bono, 2010b, 2012). Au final, la littérature
s’intéresse peu à la manière dont la thématique de la participation a circulé
et fini par s’imposer comme légitime au Maroc. Le caractère désirable de tels
dispositifs, leur « force intrinsèque », la fétichisation de la décision – le fameux
discours de Mohamed VI annonçant la création de l’INDH le 18 mai 2005 – ou
encore la pression exercée par les bailleurs étrangers servent bien souvent de
valeur explicative à leur succès. Les organisations internationales, agences de
coopération bilatérales, organisations non gouvernementales jouent sans doute
un rôle non négligeable dans la circulation de ces pratiques participatives. Faire
de leur volontarisme politique le seul facteur explicatif enferme néanmoins dans
la vision mécanique d’un simple transfert institutionnel et présuppose une uni-
cité d’initiative. À l’inverse, un autre écueil consiste à survaloriser une demande
marocaine de participation.

Cet article est consacré aux agents qui fondent leur position sur la fabrique et la
mise en œuvre au Maroc de la participation. Une telle approche permet de ne pas
céder à un diffusionnisme sans acteur et évite toute vision développementaliste
qui fait de la participation non seulement un idéal désirable mais plus encore un
horizon inéluctable. Nous nous intéressons aux passeurs, aux importateurs de
nouvelles façons de faire en les abordant sous l’angle d’un espace de spécialistes
40 participations

de la participation. Contrairement à la plupart des travaux, nous n’analysons


pas des politiques et des rôles déjà en place, mais les premiers acteurs qui, au
Maroc, ont construit un savoir relatif à la participation et ont ainsi dû inventer
leur propre position. Nous nous penchons sur la dizaine d’années (1995-2005)
qui précèdent la mise en place de l’INDH. Cela offre un terrain d’enquête où les
différentes logiques de construction d’un espace de pratiques sont particulière-
ment visibles. Il est alors possible non seulement d’observer des processus en
train de se dérouler qui présentent justement l’intérêt de ne pas avoir l’épaisseur
historique des choses institutionnalisées, mais également de mettre en évidence
la porosité des frontières avant éventuellement qu’elles ne se solidifient.

Nous considérons que la participation au Maroc correspond à l’émergence d’un


nouvel espace de pratiques – encore incertaines, floues et mal établies – qui
est aussi un espace de reclassement social (Topalov, 1999). L’accent est mis sur
la sociologie des tout premiers acteurs qui au Maroc ont porté et fait exister la
participation. L’analyse de leur trajectoire et des institutions au sein desquels ils
circulent met en évidence la genèse d’un groupe restreint de professionnels. Des
acteurs occupent les postes offerts par l’offre de participation – et par là même les
font exister – comme autant de lieux de reconversion de ressources et de compé-
tences acquises ailleurs précédemment (Tissot et al., 2005 ; Nonjon, 2005). Ils se
construisent ainsi des positions d’intermédiaires et de passeurs. En l’absence de
formations et de filières d’accès clairement définies pour parvenir à ces positions
professionnelles en construction, ils viennent d’horizons divers et se reclassent
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en créant leur propre champ d’action. Notre objectif est de comprendre la genèse
de cet espace professionnel en la rapportant aux trajectoires des agents.

À partir de la reconstitution de plusieurs itinéraires d’« entrée en expertise »


(Chevallier, 1996), il s’agit de spécifier les compétences nécessaires à un inves-
tissement dans cet espace où se combinent expérience professionnelle mais
aussi passé militant. Durant les années considérées, les positions d’intermé-
diaires et d’experts de la participation sont plus que récentes et véritablement
en train de se faire. Si des éléments objectifs les caractérisent, elles sont aussi
subjectivement construites comme distinctes et liées à la revendication crois-
sante d’une identité spécifique. L’incertitude qui entoure ces nouvelles fonctions
laisse toute latitude aux agents qui les occupent et participe de leur construc-
tion. Dans ces conditions, il s’agit d’être attentif à la manière dont les trajectoires
et les dispositions personnelles contribuent à définir les conditions d’exercice
des rôles. Dans des positions encore mal établies, ces intermédiaires de la parti-
cipation se construisent des positions, si ce n’est contre, tout du moins à distance
des organisations internationales, de l’administration marocaine et des orga-
nisations partisanes et associatives. Ils revendiquent alors une identité propre
et présentent leur champ d’action comme « un monde à part » (Henry, 1997).
Tout en abordant ces spécificités comme des différences construites, nous nous
proposons de prendre au sérieux cette croyance, parce qu’elle participe de l’ob-
jectivation de l’univers social des acteurs ici considérés. Au final, une sociologie
des intermédiaires permet d’analyser des microprocessus sociaux à l’origine de
transformations trop souvent décrites en termes globaux.
Les pionniers de la participation au Maroc 41

Il nous appartient donc de mettre en relation deux histoires et d’analyser leur ren-
contre dont résulte l’invention de positions sociales (Muel-Dreyfus, 1983) : l’histoire
de rôles et de postes en train de se faire, en d’autres termes celle de l’offre de par-
ticipation (Gourgues, 2012) et l’histoire d’hommes et de femmes qui les occupent.
Pour la clarté de l’exposé, l’article aborde successivement ces deux histoires
nécessairement imbriquées. Dans un premier temps, cette distinction analytique
s’attarde sur la constitution d’un savoir spécifique et autonome en la rapportant à
une offre de postes. Dans un deuxième temps, en abordant la participation comme
un espace de reclassement, est spécifiée la diversité des investissements et des
différents types de capitaux reconvertis : politiques, académiques et administratifs.

Enquêter sur une nébuleuse d’acteurs


La reconstitution de l’espace de reclassement que constitue la participation
s’appuie sur des données recueillies au cours d’une recherche doctorale
portant plus largement sur les transformations de l’action associative au
Maroc. L’enquête, d’une durée totale de 9 mois sous forme de plusieurs
séjours, s’est déroulée durant la première moitié des années 2000 à un
moment où il était possible d’observer des processus en train de se dérouler
avant qu’ils n’acquièrent l’épaisseur historique des choses institutionnali-
sées. Notre démarche a consisté à identifier et reconstituer une nébuleuse
d’acteurs et d’institutions qui forment l’espace de production du développe-
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ment participatif au Maroc. Les matériaux mobilisés articulent différentes
méthodes : la réalisation d’entretiens avec une diversité d’acteurs (des
membres d’associations marocaines, mais aussi des fonctionnaires maro-
cains, des employés d’institutions internationales, d’agences de coopération
bilatérales ou encore d’organisations non gouvernementales intervenant au
Maroc) ; des observations de réunions publiques ou internes, de séminaires ;
l’analyse de toute une documentation produite par les institutions étudiées
(rapports d’activité, etc.). Si la langue arabe était utilisée dans certaines
réunions, le français était majoritaire. Les entretiens se sont, quant à eux,
tous déroulés en français. Au Maroc, les langues sont aussi un marqueur
social et donnent des indications sur le caractère « élitiste » et francophone
des pionniers de la participation. Ces caractéristiques contrastent avec des
individus, plus jeunes et moins dotés socialement, pour qui la participa-
tion constituera à partir de 2005 des débouchés professionnels beaucoup
plus précaires et incertains. À partir des trajectoires individuelles que les
entretiens permettent de retracer, il s’agit de reconstituer ce que l’on peut
appeler une « biographie collective d’un espace de pratiques » (Dezalay,
Rask Madsen, 2006). Par un effet « boule de neige », nous avons cheminé
vers les acteurs qui jouent un rôle déterminant dans la structuration de cet
espace. Cette démarche biographique permet de dépasser les frontières
des institutions, de remettre en cause les coupures national/international,
public/privé, de ne pas réifier les identités ou figer les oppositions, tout en
soulignant le jeu des relations personnelles, les multi-positions et les éven-
tuelles reconversions aux différentes étapes des trajectoires individuelles.
42 participations

Une offre de postes ou la constitution d’un savoir


spécifique et autonome ?
La constitution au Maroc d’une expertise de la participation nous amène à nous
interroger sur le degré d’autonomie de ce savoir spécifique. Des bailleurs étran-
gers, au premier rang desquels quelques organisations non gouvernementales,
ont joué un rôle précurseur dans l’importation de discours, de pratiques et d’ou-
tils nouveaux. Mais cette offre de participation doit également être rapportée à
l’ouverture de postes qui constituent autant de débouchés professionnels. Elle
est indissociable du recrutement de profils nouveaux qui valorisent une connais-
sance de l’associatif. Importée et constituée en dehors ou en marge de l’État,
la participation devient progressivement un objet d’intérêt étatique. Mais cette
réappropriation publique de savoirs à l’origine en grande partie associatifs s’ef-
fectue sur un mode paradoxal.

L’importation d’outils, de savoirs et de savoir-faire

Une poignée d’ONG étrangères va jouer un rôle précurseur dès le début des
années 1990 dans l’introduction au Maroc du mot d’ordre de la participation et
de nouvelles manières de faire. À travers l’organisation de séminaires, de col-
loques, souvent à dimension régionale, une organisation comme Enda Maghreb
contribue à la circulation de discours et de pratiques. La publication des actes
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de tels événements qui rassemblent réflexions et comptes rendus d’expériences
vise à objectiver des savoirs et savoir-faire spécialisés.

Enda Maghreb est la dénomination au Maroc de l’antenne d’Enda Tiers-


Monde (Environnement et Développement du Tiers Monde). Cette dernière
se définit comme une ONG internationale basée à Dakar (Sénégal). Il
s’agit initialement d’un programme qui, créé en 1972 conjointement par
le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’Institut
africain de développement économique et de planification (IDEP) et l’Orga-
nisation suédoise pour le développement international, s’est autonomisé
en 1978 en se constituant comme association.

L’Association marocaine de solidarité et de développement (AMSED) constitue un


autre lieu d’accumulation et d’institutionnalisation d’un savoir spécialisé. Cette
organisation est créée en 1993 par un groupe d’acteurs d’horizons et de statuts
divers, qui ont en commun d’avoir travaillé pour ou avec le Catholic Relief Service
(CRS) : il s’agit d’employés marocains du CRS qui voient leur emploi menacé
compte tenu du projet de désengagement de l’organisation américaine, mais aussi
de fonctionnaires qui, de par leur travail au sein de l’administration marocaine,
ont été en contact et ont travaillé avec l’association américaine, ou encore des
universitaires qui se sont construit des positions d’experts auprès du CRS. Au fil
du temps, tous ont accumulé des savoirs et savoir-faire en matière de projets de
développement qui de plus en plus mettent l’accent sur la notion de participation.
Les pionniers de la participation au Maroc 43

L’AMSED n’intervient généralement pas directement auprès de la population,


mais à travers de plus petites associations de développement agissant essentiel-
lement en milieu rural. À travers l’organisation de conférences ou de sessions de
formation, elle leur apporte son soutien et contribue à les structurer. Par la même
occasion, elle contribue à importer et diffuser de nouvelles pratiques.

Le Catholic Relief Services (CRS) a été créé par l’Église catholique des
États-Unis d’Amérique en 1943, essentiellement pour venir en aide aux
populations victimes de la Seconde Guerre mondiale. Installée au Maroc à
partir de 1956, au moment de l’Indépendance et des retraits de la France
et de l’Espagne, l’organisation intervient surtout dans le domaine de l’aide
alimentaire. Après quelques velléités de désengagement, l’organisation a
finalement conservé un certain nombre d’actions au Maroc.

Au-delà de quelques ONG, des agences de coopération ont également joué un


rôle pionnier dans l’importation au Maroc de la notion de participation. C’est à
la fin des années 1980, dans le cadre de programmes de développement mis en
place dans le monde rural que la GTZ (Deutsche Gesellschaft für Technische
Zusammenarbeit), organisme allemand de coopération technique, expérimente
de nouvelles modalités d’action qui privilégient une approche participative et
incitent au développement de partenariats avec des associations. À travers l’éla-
boration d’outils techniques, de guides et de manuels de procédures repris, par
la suite, par d’autres organisations, la GTZ a fortement contribué à l’élaboration
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d’un savoir spécialisé.

Concrètement, dans des politiques de gestion des ressources en eau ou encore


de lutte contre la désertification, il s’agit d’inclure des groupes de populations
bénéficiaires ou concernées par la question. Des instances ad hoc des projets
de développement permettent de les consulter ou de les associer aux prises
de décision, voire d’en faire des porteurs de projets. Dans le monde rural, ce
genre d’expérience tend à s’appuyer sur des groupements traditionnels de fait et
les pousse à la formalisation. Pour être reconnus comme partenaires, recevoir
des financements, bénéficier de formations et porter des projets, ces groupes
doivent s’enregistrer officiellement sous statut associatif. Signe que la participa-
tion des associations devient un objet d’intérêt étatique, les autorités marocaines
adoptent, en 1990, une réforme qui soumet les associations des usagers des
eaux d’irrigation à un régime spécial dérogatoire au dahir (décret du roi) de 1958
qui régit les associations en général.

Tout au long des années 1990, l’introduction de ces méthodes participatives


reste circonscrite à quelques projets de développement dans le monde rural
et conserve un caractère très expérimental. Ces façons de faire nouvelles
demeurent l’apanage de quelques organisations perçues comme « étrangères ».
L’entrée en lice de grandes organisations multilatérales comme le Programme
des Nations unies pour le développement (PNUD) ou la Banque mondiale, qui
n’agissent que conjointement avec les autorités marocaines, va contribuer à
44 participations

légitimer l’approche participative et à généraliser sa diffusion. L’administration


marocaine est désormais impliquée et le principe participatif est progressive-
ment intégré à son répertoire d’action (Gourgues, 2013, p. 11). Néanmoins, le
développement d’un savoir spécialisé se fait de manière largement autonome
par rapport à l’appareil d’État.

À partir de 1998, le PNUD met en place, conjointement avec le ministère du


Développement social, de la Solidarité, de l’Emploi et de la Formation pro-
fessionnelle, un Programme de lutte contre la pauvreté en milieu urbain et
périurbain (PLCP). Dans un premier temps, ce dernier se déploie, à titre expé-
rimental, sur trois sites ciblés des villes de Casablanca, Marrakech et Tanger.
Bien que l’administration marocaine soit le véritable maître d’œuvre du PLCP,
le PNUD a poussé à la mise en place d’un mode de fonctionnement relativement
autonome par rapport à l’appareil d’État marocain. Au-delà de l’objectif affiché
de lutte contre la pauvreté, le PLCP vise avant tout à promouvoir de nouvelles
façons de faire et à réformer l’action publique. La mise en place d’institutions
ad hoc, comme les Comités d’orientation et de suivi (COS) présidés par le wali
(gouverneur de région) ou les Comités de pilotages communaux (CPC) présidés
par les présidents de communes, tout comme l’organisation environ une fois par
an d’« Ateliers Consultation de Ville », se veulent être une traduction dans la pra-
tique des discours relatifs à l’approche participative et partenariale. Réunissant
l’ensemble des acteurs parties prenantes du Programme (représentants de
l’État central, délégation du ministère, élus, associations, entreprises, etc.),
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ces institutions mettent en scène « le champ de la lutte contre la pauvreté »,
construisent et donnent à voir les relations nouvelles entre services de l’État,
collectivités locales et société civile. À travers l’organisation de formations à
destination d’élus locaux et de cadres associatifs, la stratégie vise officiellement
à contrebalancer le pouvoir de l’État central et de ses représentants, ainsi qu’à
favoriser son décloisonnement et son ouverture sur « l’extérieur ». Il s’agit non
seulement de former des élus locaux et des acteurs associatifs à la gestion de
l’action publique, mais plus encore de rapprocher des acteurs qui ont longtemps
vécu dans la suspicion. Dans ce cas, la participation sert autant à renforcer les
capacités gestionnaires du monde associatif, qu’à réformer et moderniser les
collectivités locales. Mais dans le cadre d’une politique de décentralisation,
l’intégration des associations à l’action publique peut paradoxalement aboutir à
diluer le pouvoir des élus locaux et pérenniser ainsi la mainmise de l’État central.

Le recrutement de nouveaux profils ou la valorisation d’une connaissance


de l’associatif

L’émergence de nouvelles politiques de développement va de pair avec la trans-


formation des caractéristiques des agents chargés de les concevoir et de les
mettre en œuvre. Jusque dans les années 1990, les programmes de développe-
ment sont exclusivement pris en charge par des fonctionnaires en poste. À partir
des années 1990, sous l’impulsion de bailleurs étrangers et d’organisations
Les pionniers de la participation au Maroc 45

internationales, bien que toujours sous la direction de l’administration maro-


caine, ils sont de plus en plus conçus comme des programmes indépendants,
recrutant un personnel spécifique en dehors de la fonction publique. Certains de
ces programmes de coopération multilatéraux ou bilatéraux ou mis en place par
des organisations non gouvernementales échappent de plus en plus à la tutelle
des autorités marocaines. Dans ces conditions, les agents qui les animent, non
seulement présentent des caractéristiques qui les distinguent des fonction-
naires historiquement en charge de ce domaine, mais surtout construisent leurs
positions en opposition à l’État. Autrement dit, l’aspect proprement technique
des projets devient subsidiaire face à leur dimension institutionnelle, et d’autres
types de compétences, de savoirs et d’expertise nécessitent alors d’être mobi-
lisés. Aux fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ou aux corps techniques de
l’État succèdent des coordinateurs de projets davantage formés aux sciences
humaines au sens large.

Dans le cadre de projets de développement rural, la GTZ contribue au recru-


tement de nouveaux profils, mais également à leur formation à de nouvelles
façons de faire et à leur socialisation à la gestion participative. Fonctionnaires,
cadres de ministères ou enseignants du supérieur, âgés de trente à quarante
ans, ces derniers ont aussi la particularité non seulement d’être originaires des
zones où ils mettent en œuvre des projets de développement, mais surtout d’y
être assez fortement investis dans l’action associative. C’est notamment le cas
de Ahmed Zainabi et Lekbir Ouhajou qui, après des études supérieures et suivant
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des parcours différents, ont tous deux investi les politiques de développement en
tant que coordinateurs de projets.

Ahmed Zainabi est né à Zagora (sud du Maroc) en 1962. Après un passage


par le lycée de Ouarzazate, il poursuit ses études supérieures à l’univer-
sité de Rabat, puis en France où il obtient un doctorat de géographie en
1989. Il est recruté au ministère de l’Agriculture à son retour au Maroc en
1990. Dans ce cadre, il travaille sur plusieurs projets de développement
rural en liaison avec des organismes internationaux d’appui et finit, en
1997, par devenir directeur du Projet pour la lutte contre la désertification
dans la vallée du Draâ (POLUDRA), en partie financé par la GTZ. En lien
direct avec son activité professionnelle, il fonde, avec d’autres en 1996,
l’Association de développement de la vallée du Draâ (ADEDRA) dont la
naissance est indissociable des politiques de partenariat menées tant par
les autorités marocaines que l’organisme allemand.
Lekbir Ouhajou est, quant à lui, né en 1954 à côté de Ouarzazate. Après
des études supérieures à l’université de Montpellier où il obtient un docto-
rat de géographie en 1986, il est recruté comme enseignant à l’université
d’Agadir. Il est, lui aussi, un membre fondateur de l’Association de déve-
loppement de la vallée du Draâ (ADEDRA). Après plusieurs expériences
en tant qu’expert dans des projets de développement – notamment pour
la GTZ –, il est recruté, en 2002, comme coordinateur à Agadir du bureau
régional du programme « Agenda 21 », financé par le PNUD.
46 participations

Concrètement, la thématique de la participation s’incarne dans la reconnais-


sance de certaines associations comme partenaires privilégiés des pouvoirs
publics, dans des procédures de consultation ou de gestion déléguée. Ce tra-
vail d’ouverture vers et de concertation avec le monde associatif, alors inédit
au Maroc, nécessite de nouvelles compétences. Dans le cadre d’une gestion de
proximité, il s’agit de jouer les intermédiaires, de mobiliser voire de susciter des
partenaires associatifs. À travers les parcours des personnes recrutées se lit la
genèse d’un « métier », né de la rencontre entre des trajectoires individuelles
et ces nouvelles politiques dites de « développement participatif ». S’esquisse
alors une nouvelle profession que certains commencent à qualifier d’« agent de
développement ». L’investissement dans l’associatif – comme la création de l’As-
sociation de développement de la vallée du Draâ (ADEDRA) – peut être analysé
comme l’institutionnalisation de rôles d’intermédiaires entre les populations
locales, les administrations marocaines et les bailleurs internationaux. Ces
acteurs sont caractéristiques de ces générations de diplômés du supérieur qui,
en revenant dans leur région natale, participent pleinement de la mise en œuvre
des politiques de partenariat et de l’importation de nouvelles manières de faire.
Ils actualisent dans leurs nouvelles positions d’« agents de développement »
leurs diverses compétences et ressources : académiques, administratives, rela-
tionnelles à travers le réseau de connaissances qu’ils peuvent activer en raison
de leur origine sociale et géographique. Leur trajectoire est caractéristique de
l’accumulation de savoirs et de savoir-faire qui progressivement les construit
comme des intermédiaires incontournables, particulièrement recherchés par
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les organismes internationaux souhaitant intervenir dans les régions rurales du
sud du Maroc. En s’investissant dans l’associatif, ces agents de l’État ne font que
poursuivre et prolonger, dans un autre cadre, leur activité au sein de l’administra-
tion. Chez eux, engagement associatif et activité professionnelle se nourrissent
mutuellement. Ils ont découvert et se sont familiarisés avec la participation au
contact de bailleurs étrangers et d’organisations internationales avec lesquelles
ils ont eu l’occasion de travailler. Cette thématique est pour eux l’occasion de
prendre part à l’action publique dans les limites de ce qui est possible alors au
Maroc. La participation représente un moyen d’agir, tout en dépassant ce que
certains ont qualifié d’apolitisation du champ politique (Roussillon, Ferrié, 2006).

Le PLCP s’illustre également par le recrutement de profils nouveaux selon des


modalités jusque-là inédites. Si le directeur national n’est autre que la direc-
trice de la coopération internationale du ministère du Développement social,
son coordinateur national et ses coordinateurs locaux ne sont pas des fonction-
naires marocains des services déconcentrés. Contrairement aux pratiques en
la matière, ces derniers ont été embauchés sur une base contractuelle. Si les
autorités marocaines ont donné leur aval à ces recrutements, le PNUD est par-
venu à imposer quelques profils pour le moins « atypiques ». Lors de la phase
d’élaboration du projet, les deux experts internationaux s’adjoignent l’aide d’un
expert marocain, recruté tant pour son profil universitaire que pour sa connais-
sance et ses entrées dans le monde associatif. Du côté des coordinateurs locaux,
les profils sont diversifiés. Les consultants recrutés pour leur carrière dans des
Les pionniers de la participation au Maroc 47

cabinets de conseil spécialisés dans le développement contrastent avec des tra-


jectoires où est avant tout valorisée une connaissance du monde associatif et des
réseaux mobilisables dans le domaine. Le jeune diplômé de droit, par ailleurs
investi dans la cause amazigh (berbère) et ayant été salarié de Transparency
Maroc, côtoie l’ancien prisonnier politique.

À la fin des années 1990, du côté de la Banque mondiale, la politique participative


se décline par un soutien à une réforme du droit des associations à travers le finan-
cement d’études, de publications et de séminaires au niveau régional. L’institution
pousse également les autorités marocaines à créer un fonds de développement
social destiné à financer des associations porteuses de projets de développe-
ment, l’accent étant mis sur l’accès au microcrédit. En 2002, cette politique de la
Banque prend un nouveau tournant avec la création, pour la première fois dans un
pays du Maghreb, d’un poste (civil society country staff) entièrement consacré au
travail avec les associations et la société civile. Le profil de la personne recrutée
est révélateur de la double compétence de ces intermédiaires tout comme de leur
circulation entre différentes institutions de l’aide au développement.

Née à la fin des années 1950, Najat Yamouri est titulaire d’une licence de
littérature anglaise. Des travaux de traduction pour le bureau rabati du
Catholic Relief Service (CRS) lui font découvrir le monde du développe-
ment. Elle intègre par la suite cette organisation comme chargée de la
coordination administrative. En 1990, elle est recrutée par la fondation
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politique allemande Friedrich Ebert, puis en 1997, elle rejoint l’Agence
américaine de coopération internationale USAID afin de s’occuper d’un
projet dans le domaine de l’éducation des filles (Girl Education Activities).
En 2002, elle est embauchée par le bureau de la Banque mondiale à Rabat
afin de prendre en charge les questions relatives aux associations. La
brève présentation de ce curriculum vitae atteste de la circulation des indi-
vidus entre les différentes organisations étrangères de la coopération au
développement. Simultanément aux postes professionnels qu’elle occupe,
elle s’engage bénévolement dans plusieurs associations marocaines. En
1993, avec d’autres employés marocains du CRS, elle fonde l’AMSED dont
elle occupe, un temps, la vice-présidence. Sa participation à la création
du Comité de soutien à la scolarisation des filles rurales (CSSF) est à
rapporter à son travail à l’USAID dans ce domaine. Elle est également
membre de l’organisation Transparency Maroc de lutte contre la corrup-
tion au côté d’anciens militants politiques, et cofondatrice de l’Association
marocaine pour une vie meilleure (AMVIM) intervenant dans le secteur
du handicap et par ailleurs présidée par son mari. L’entremêlement de sa
vie professionnelle et de son engagement associatif illustre une forme de
multipositionnalité. Située dans un entre-deux aux frontières brouillées
entre le monde associatif marocain et les institutions de la coopération
au développement, son cas invite à abandonner toute vision statique des
catégories d’acteurs, car comme elle le souligne elle-même : « Je me
situe des deux côtés […] Tout le monde n’est pas blanc ou noir. »
48 participations

Dans l’élaboration de son plan stratégique pour le Maroc (Country Assistance


Strategy), la Banque mondiale cherche à consulter largement et à développer
des relations avec des organisations dites de la société civile. Sa connaissance
intime du monde associatif, les liens personnels qu’elle a noués permettent à
Najat Yamouri de faire venir autour de la table ceux qui sont réputés les plus
réticents, contribuant ainsi à légitimer l’action de la Banque mondiale. Au titre
de la participation, elle est également chargée de gérer un appel d’offres destiné
à financer le monde associatif. En alliant carrière professionnelle dans la coopé-
ration au développement et engagement bénévole dans l’associatif, le profil des
intermédiaires comme elle souligne l’imbrication entre organisations internatio-
nales et associations marocaines. Il met en lumière les processus d’acquisition
et d’accumulation de compétences qui aboutissent à la formation d’un groupe
d’acteurs qui, spécialisés sur les questions de développement participatif, sont
des intermédiaires indispensables aux stratégies des bailleurs de fonds.

Les réappropriations paradoxales de la participation par l’État

À partir du début des années 2000, l’action publique intègre de plus en plus une
dimension participative. Les discours et l’ingénierie de la participation circulent
et en viennent à constituer une ressource au sein même de l’administration
marocaine. Ce nouveau savoir d’État participe du déroulement des carrières
tout comme de la concurrence qui se joue dans le conglomérat institutionnel que
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forme l’État. Dans un contexte politique de concurrence entre diverses fractions
du pouvoir, l’offre de participation constitue une boîte à outils dans laquelle l’ad-
ministration marocaine va puiser. Deux institutions incarnent notamment cette
politique participative d’État.

La création de l’Agence de développement social (ADS) constitue un moment


particulier d’institutionnalisation de l’approche participative et partenariale et
de la politique de soutien des pouvoirs publics marocains aux associations. Le
dahir no 1-99-207 du 25 août 1999 portant création de l’Agence précise (article 3)
qu’elle « a pour mission d’initier et de soutenir les actions et programmes des-
tinés à améliorer durablement les conditions de vie des populations les plus
vulnérables ». Le même article poursuit : « Elle peut, à cet effet, apporter son
concours financier soit de manière directe aux projets qu’elle agrée, soit par
l’entremise d’associations régulièrement déclarées et fonctionnant conformé-
ment à leurs statuts ». Le préambule est encore plus explicite précisant que
« sa démarche est participative et communautaire [et] fondée sur le principe de
partenariat avec les secteurs associatifs et privés ». En déléguant aux associa-
tions la gestion de projets de développement, l’ADS contribue à une privatisation
de l’action publique. Elle met aussi beaucoup l’accent sur le développement du
microcrédit. La création de l’Agence revient au gouvernement d’Abderrahaman
Youssoufi qui a placé les questions sociales au rang de priorités gouverne-
mentales. Dans ces conditions, tous les projets à connotation sociale jusque-là
demeurés dans les cartons ou encore au stade d’études sont remis sur les rails.
Les pionniers de la participation au Maroc 49

Les bailleurs de fonds et institutions internationales représentent dès lors des


« boîtes à idées » ou des « boîtes à outils » dans lesquelles le gouvernement
va puiser. La création d’un fonds social sert la stratégie de lutte contre la pau-
vreté et d’atténuation des déficits sociaux du gouvernement marocain. Au final,
ce dernier n’a pas suivi la Banque mondiale qui poussait à la création d’une insti-
tution au statut privé. Le statut d’établissement public positionne néanmoins de
manière singulière l’ADS par rapport à l’administration. Il lui permet une auto-
nomie assez poussée et des modes de gestion et de recrutement proches de
ceux du privé.

L’Initiative nationale de développement humain (INDH) peut être analysée comme


le dernier avatar de la politique de partenariat avec le monde associatif et la
consécration d’un nouveau sens commun. Élaborée dans la plus grande dis-
crétion par des technocrates travaillant pour le Cabinet royal et annoncée, à
grand renfort de communication, par le roi lui-même lors de son discours du
18 mai 2005, la mise en œuvre concrète de ce vaste programme de développe-
ment a été confiée au gouvernement. S’inspirant très largement des expériences
déjà conduites conjointement par le PNUD et le ministère en charge de l’Emploi
et de la Solidarité – tout en disant vouloir tirer les leçons de certains échecs –,
l’INDH généralise de fait des modalités d’action importées à titre expérimental.
Souhaitant reprendre l’initiative et s’affirmer comme l’acteur dominant y compris
dans le domaine social, le Palais royal se réapproprie les discours et les pratiques
prônées depuis quasiment une dizaine d’années par les institutions internatio-
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nales. L’INDH participe ainsi de la légitimation des usages pratiques (et surtout
rhétoriques) de savoirs et savoir-faire qui ont cours au niveau international.

Au-delà de ces créations institutionnelles, une politique participative d’État passe


par le recrutement de profils spécifiques passés par l’associatif. Les passages
d’employés d’organisations privées (étrangères ou pas) vers des institutions
publiques marocaines illustrent la porosité de la frontière entre public et privé,
national et international, et éclairent la circulation des pratiques. Ont déjà été
évoqués les rôles de la coopération allemande et de l’Association de développe-
ment de la vallée du Draâ (ADEDRA) dans la genèse de nouvelles compétences
et la constitution d’une expertise. D’autres organisations, comme l’AMSED
historiquement liée au Catholic Relief Service ou encore l’organisation Enda-
Maghreb, ont aussi constitué des lieux de formation initiale pour la population
des intermédiaires ici étudiée. Lors de la création de l’ADS, une bonne part de
son personnel a volontairement été recrutée parmi ces organisations en raison
des compétences spécifiquement recherchées. Cette circulation des personnels
et ce système de vases communicants d’institutions privées vers des institutions
publiques ne sont pas univoques. D’un côté, l’AMSED ou Enda ont pu encourager
et faciliter cette mobilité, y voyant une forme de reconnaissance de la qualité de
leur travail et un triomphe de leurs pratiques. De l’autre, ces débauchages ont
parfois pu déstabiliser le monde associatif. Concrètement, plusieurs cadres diri-
geants de l’AMSED, anciens employés du CRS au Maroc, ont par la suite rejoint
l’ADS. L’ancienne directrice de l’AMSED a été recrutée par le bureau marocain
50 participations

du Bureau international du travail (BIT) dans le cadre d’un programme sur le


travail des enfants. Une autre employée travaille aujourd’hui pour la Fondation
Mohamed V. La reconstitution des carrières montre que l’initiative privée – et
notamment d’organisations étrangères – a joué un rôle central dans l’émer-
gence d’un savoir spécifique relatif à la participation. Elle permet d’appréhender
les processus et logiques d’institutionnalisation de nouvelles modalités d’action
à travers la genèse d’un ensemble d’agents qui les animent et les incarnent.
Au lancement de l’INDH en 2005, ce programme s’appuie très largement sur
l’expérience du PLCP et vise à en généraliser la méthode. Il représente aussi un
débouché professionnel pour bon nombre de bénévoles et salariés associatifs.

La constitution d’une expertise de la participation est indissociable des positions


offertes par des institutions internationales, des agences de coopération bilaté-
rales, des organisations non gouvernementales et, dans une moindre mesure,
des administrations marocaines. Elle naît de la rencontre entre ces postes et
des trajectoires singulières. Au tournant des années 2000, les agents qui fondent
leurs positions sur l’élaboration et la mise en œuvre de la participation ne for-
ment pas une profession établie. Compte tenu de l’émergence récente de cet
espace de reclassement, il nous faut étudier l’importance des trajectoires et des
ressources personnelles dans la définition de ces rôles nouveaux. La genèse
d’une expertise en matière de participation renvoie à ses différentes voies de
diffusion qui sont autant de modes de légitimation.
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Un espace de reclassement pour préserver
son autonomie
Nous voudrions spécifier les compétences nécessaires à un investissement
dans cet espace qui correspond aussi à une « entrée en expertise » : il s’agit
de compétences politiques, académiques, administratives. Dans des positions
encore mal établies, les intermédiaires de la participation se construisent tout
à la fois contre les organisations partisanes, les institutions internationales et
l’administration marocaine. Ils revendiquent une identité propre et cherchent à
garantir l’autonomie de leur champ d’action. Les trajectoires sociales ici étu-
diées sont indissociables des transformations politiques que le Maroc a connues.
Car, initialement, les positions d’experts de la participation ont aussi constitué
des refuges.

Un espace de reclassements politiques et militants

Les nouvelles modalités d’action publique qui mettent l’accent sur la parti-
cipation valorisent les expériences associatives et militantes et permettent
la reconversion de capitaux acquis précédemment. Encore faut-il préciser ce
qui est reconverti. Dans son analyse des carrières militantes des fondateurs
Les pionniers de la participation au Maroc 51

de SOS-Racisme, Philippe Juhem (2001) définit le capital politique notamment


comme des « réseaux de fidélités personnalisés » ou encore « un capital de
notoriété individuel ». Au tournant des années 2000, les souvenirs des années
de répression qui ont caractérisé le Maroc depuis les années 1960 continuent à
marquer la vie politique et sociale et incitent à la méfiance et à la prudence. Les
solidarités et les fidélités construites au plus fort de la répression constituent
autant de liens qui sont réactivés lorsqu’il s’agit de redéfinir l’action associative
et lui faire prendre le tournant de la participation.

Dans son travail pour la Banque mondiale ou auparavant pour la Fondation


Friedrich Ebert, Najat Yamouri mobilise ses connaissances du monde associatif
et les liens de confiance qu’elle a pu nouer du fait de ses propres engagements.
Représentante d’une institution souvent perçue négativement dans les milieux
militants, elle parvient néanmoins à désamorcer cette défiance en grande partie
sur la base de sa notoriété personnelle. De la même manière, lorsque le PNUD
réussit à imposer un ancien prisonnier politique au poste de coordinateur local
du Programme de lutte contre la pauvreté à Tanger, il recrute une figure tangé-
roise connue qui a ses entrées dans de multiples espaces : partisan, associatif
mais aussi économique. À propos du capital politique, P. Juhem évoque encore
des « facultés personnelles incorporées au cours de la carrière militante –
capacité à s’exprimer en public, assurance et maîtrise de soi, connaissance des
thématiques politiques ». Le travail de Matthieu Hély (2005) et la typologie du tra-
vailleur associatif qu’il élabore peuvent servir ici de référence utile. Cet auteur
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qualifie l’un des quatre types qu’il définit de « mailleur de réseaux d’acteurs
locaux », dont il précise que la « légitimité repose sur sa capacité à produire des
compromis locaux entre des acteurs aux intérêts divergents » (p. 344). Cette
figure du travailleur associatif français présente des points communs avec les
acteurs marocains dont il est ici question. Ils ont la capacité de circuler entre
des univers sociaux contrastés, de faire le lien et de jouer les intermédiaires.
Ils contribuent à modifier tant l’image que les pratiques d’un État pendant très
longtemps vu comme omnipotent et autoritaire. Ils visent ainsi à rapprocher les
citoyens ou leurs représentants – en l’occurrence certains acteurs associatifs
– des différentes administrations, centrales, déconcentrées ou bien encore des
collectivités et des élus locaux. À l’aise aussi bien avec de hauts fonctionnaires
nationaux ou internationaux qu’avec les membres d’une petite association locale,
ils disposent d’une capacité d’adaptation certaine. Ils doivent pouvoir développer
de bonnes relations avec des associations locales, mais aussi savoir tenir tête
et s’imposer face aux représentants de l’État peu habitués à voir concurrencer
leurs prérogatives en matière de politiques de développement. Leur connais-
sance du contexte national voire local, mais aussi leur maîtrise des discours
et des pratiques en vogue au niveau international, en font des « traducteurs ».
La proximité et la connaissance concrète du terrain sont des éléments majeurs
des nouvelles compétences recherchées par les institutions internationales et
agences de coopération étrangères. À ces qualités relationnelles s’ajoutent des
compétences rédactionnelles, ainsi qu’une capacité à prendre la parole en public
et à animer des réunions collectives.
52 participations

Un contexte politique favorable aux reclassements


Le terme d’« alternance » a été largement mobilisé pour qualifier la
séquence politique qui s’est déroulée au Maroc durant la seconde moitié
des années 1990, tant par ses acteurs que par ses commentateurs. Ce mot,
largement répandu et consensuel, recouvre néanmoins des usages et signi-
fications multiples et souvent concurrentiels. D’une part, il désigne l’arrivée
au pouvoir de l’ancienne opposition, avec la nomination en mars 1998 au
poste de Premier ministre d’Abderrahman Youssoufi, leader de l’Union
socialiste des forces populaires (USFP), et l’entrée au gouvernement d’une
coalition de partis d’opposition regroupés pour certains dans la Koutla
Dîmoqrâtiyya (le Bloc démocratique). Plus largement, il désigne le résultat
du processus de tractations ayant abouti à cet événement. Entamées dès le
début des années 1990 entre l’opposition et l’institution monarchique, ces
tractations n’avaient pas pu être tranchées par une majorité claire à l’issue
des élections législatives de 1997, de sorte que ce changement politique,
sans véritable légitimité électorale, a fini par apparaître comme « octroyé »
par le Palais. D’autre part, à la mort d’Hassan II, le terme est réapproprié
dans un sens différent par son fils, Mohamed VI, désignant alors l’avène-
ment de celui-ci à travers l’expression « alternance monarchique ».

À la valorisation des carrières associatives s’ajoute aussi la reconversion de


capitaux plus directement politiques et partisans. L’histoire de la vie associative
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marocaine, depuis l’Indépendance, est en effet indissociable de celle du champ
politique. La répression et l’emprise des services de sécurité qui sévissent
tout au long des décennies 1960, 1970 et 1980 – qualifiées d’années de plomb –
rendent toute tentative d’action et d’organisation indépendante inenvisageable,
et en rétrécissant à l’extrême l’espace des possibles militants, renforcent l’hété-
ronomie du champ associatif par rapport à celui du pouvoir. Les transformations
du champ politique marocain au cours des années 1990 vont contribuer au
redéploiement des activités militantes vers l’action associative. Dans le prolon-
gement de l’adoption d’une nouvelle constitution en 1996, le choix de plusieurs
partis de gauche formant l’opposition historique à la monarchie de participer
au gouvernement dit d’« alternance » a redistribué les positions. La question
de la participation gouvernementale, et au-delà l’acceptation des règles du jeu
définies par le monarque, ont suscité de vifs débats au sein des organisations
partisanes et entraîné plusieurs scissions. Sans pour autant vouloir condam-
ner a priori cette expérience gouvernementale, certains militants politiques
ont cependant refusé de la cautionner. Leur opposition à toute participation au
pouvoir s’est traduite par une démobilisation partisane et a parfois constitué le
terrain favorable à un surinvestissement dans l’associatif. Dans le contexte poli-
tique marocain des années 1990 et 2000, le mot d’ordre de la participation a pu
favoriser un redéploiement des engagements des partis politiques vers l’asso-
ciatif. L’investissement dans des dispositifs participatifs permet d’être partie
prenante de l’action publique sans pour autant cautionner le pouvoir. Pour cer-
tains acteurs, retirés du militantisme partisan, cela permet de ne pas renoncer
Les pionniers de la participation au Maroc 53

totalement à toute transformation sociale, tout en évitant ce qu’ils considèrent


être une compromission avec le pouvoir.

La reconversion de capitaux académiques

Au Maroc, comme ailleurs (Blondiaux, Fourniau, 2011, p. 18), les stratégies de


promotion du développement participatif sont aussi en grande partie des straté-
gies savantes et renvoient au déroulement de carrières académiques. Certains
universitaires ont ainsi joué un rôle pionnier dans l’importation au Maroc de nou-
veaux discours et de nouvelles manières de faire. Ces individus ont souvent aussi
été engagés politiquement. Si beaucoup ont été militants ou proches de partis
d’opposition dans les années 1960 ou 1970, ils ont depuis suivi des trajectoires
différenciées. Certains se sont rapprochés du Palais et/ou sont désormais totale-
ment partie prenante du pouvoir politique au Maroc ; d’autres ont préféré conserver
une distance vis-à-vis du pouvoir. Au-delà de leurs différences, ces parcours poli-
tiques peuvent tous être rapportés à la valorisation de ressources académiques et
de compétences spécifiques en matière d’associations. Après avoir été un refuge,
l’expertise de l’associatif, combinée à des ressources politiques, a également été
un tremplin pour accéder au champ du pouvoir. L’investissement dans la ges-
tion participative a été, pour eux, une voie d’internationalisation de leur carrière
académique. La reconnaissance qu’ils ont obtenue en travaillant pour le compte
d’institutions internationales ou d’organisations non gouvernementales étran-
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gères a accru leur légitimité et renforcé leur champ des possibles. Après avoir
été experts pour des organisations internationales, ils contribuent à importer
et à légitimer, parfois au sein même de l’appareil gouvernemental, de nouvelles
modalités d’action, et ont été les pionniers de l’importation au Maroc d’une nou-
velle orthodoxie en matière de développement. Producteurs de discours, certains
ont aussi concrètement participé à la réforme de la législation dans le domaine et
à l’institutionnalisation de nouvelles modalités d’action publique.

Deux exemples de reclassement de carrières


académiques et militantes
Titulaire d’une thèse d’État en droit portant sur les coopératives au Maroc,
Ahmed Ghazali a enseigné à la faculté de droit de Rabat. Ses compétences
universitaires sont indissociables de ses divers engagements bénévoles
dans ce qu’il appelle des institutions d’économie sociale. Parallèlement
à son poste d’enseignant, il est aussi expert pour différentes institutions
de coopération internationale (GTZ, USAID, etc.). Sur un plan politique,
après avoir occupé des postes à responsabilité au sein de l’organisa-
tion de jeunesse de l’Union nationale des forces populaires (UNFP) dans
les années 1960, il s’en éloigne progressivement tout en disant demeu-
rer proche de la gauche. Sa participation, à la fin des années 1980, à
des groupes de conseillers informels réunis autour du roi Hassan II
54 participations

témoigne d’un certain rapprochement avec le Palais. À partir du début des


années 1990, il participe à plusieurs cabinets ministériels. Entre-temps,
en tant qu’expert pour l’USAID, il contribue fortement à la mise en place
d’une nouvelle législation régissant les associations de microcrédit et
s’implique concrètement dans ce secteur.
Titulaire lui aussi d’un doctorat en droit, membre de l’Union nationale des
étudiants marocains (UNEM) durant sa jeunesse, Rachid Filali Meknassi
présente une trajectoire en certains points comparable à la précédente. Il
s’en distingue néanmoins car il a toujours tenu à conserver ses distances
vis-à-vis du pouvoir, renonçant à une carrière administrative. La création
d’un bureau d’études lui a permis d’institutionnaliser sa position d’expert
« indépendant » auprès d’organisations internationales ou d’agences de
coopération étrangères : Union européenne, Banque mondiale, Bureau
international du travail, Fondation Friedrich Ebert. Savant intervenant
dans la sphère militante, il est également caractéristique de ces universi-
taires pour qui l’engagement ou la proximité avec le monde associatif ont
été une voie d’internationalisation de leur carrière.

La reconstitution de trajectoires d’universitaires qui s’investissent dans l’exper-


tise de l’associatif permet d’objectiver un espace de reclassement professionnel
et de vérifier, comme le précise Johanna Siméant, que « les experts d’une époque
[sont] parfois les savants-militants de la précédente » (2002, p. 36). Si, à un
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moment donné, cette expertise a pu représenter un refuge pour les carrières
universitaires, elle est aussi devenue, dans le contexte politique marocain et les
évolutions qu’il a connues au cours de la décennie 1990, une ressource et une
voie de tremplin social. La mise en évidence de la science comme voie de diffu-
sion de la participation souligne l’hétéronomie du champ académique au Maroc
et l’absence d’une véritable coupure avec le champ politique. Compte tenu de
cette faible autonomie, la reconnaissance sociale de la compétence scientifique
ne provient pas du champ lui-même, mais bien de l’extérieur, en l’occurrence du
pouvoir politico-administratif tant national qu’international.

La poursuite de carrières administratives : réformer l’État de l’extérieur

La conversion, même partielle et relative, de l’administration marocaine à de


nouvelles façons de faire ne peut se comprendre que parce que le mot d’ordre de
la participation devient aussi, pour certains fonctionnaires, une ressource dans
le déroulement de leurs carrières. Si comme nous l’a dit une fonctionnaire au
cours d’un entretien : « Des gens au sein de l’administration y ont cru et ils se
retrouvent de manière formelle et informelle », encore faut-il mettre au jour les
conditions sociales de cette « croyance ».

À défaut d’une analyse précise du champ administratif marocain, de ses trans-


formations et des rapports de forces en son sein qui permettrait de mettre au
Les pionniers de la participation au Maroc 55

jour les logiques de réappropriation des méthodes participatives, nous nous


contenterons ici de quelques hypothèses. Il s’agit notamment d’acteurs dont la
position marginalisée et dominée au sein de l’administration a pesé sur le dérou-
lement de la carrière. Ils n’appartiennent pas aux grands corps ou sont issus
de cursus jusque-là peu valorisés (sciences humaines, licence administration
économique et sociale). Les outils du développement participatif, tout comme
les pratiques d’expertise pour des organisations internationales ou des agences
bilatérales de coopération qui sont liées, représentent autant de ressources
mobilisables pour relancer leurs carrières administratives. Dans d’autres cas,
leur marginalisation peut aussi être rapportée à leur proximité avec les organi-
sations partisanes qui, jusqu’en 1998, ont constitué l’opposition à la monarchie.
Dans le contexte de l’« alternance », le mot d’ordre de la participation est alors
à leurs yeux un moyen pour réformer l’administration jugée sclérosée et rejoint
les discours sur la nécessaire « démocratisation ». Ces fonctionnaires reconver-
tissent leurs ressources bureaucratiques dans la participation. En revanche, les
savoirs et savoir-faire qu’ils ont progressivement acquis apparaissent peu valo-
risables dans l’administration. Bon nombre d’entre eux poursuivent leur carrière
en dehors de l’État comme si l’administration marocaine leur offrait finalement
peu de débouchés. Un tel adossera sa carrière à la création d’un think tank, tel
autre la poursuivra dans des organisations internationales, plus lucratives.

Titulaire d’une maîtrise de sociologie obtenue en France, Naïma Senhadji


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revient au Maroc au début des années 1980. Après avoir travaillé quelque
temps dans un bureau d’études, elle est recrutée à la Direction des affaires
sociales et intègre ainsi l’administration. Au milieu des années 1990,
elle devient chef de la Division de la coopération internationale au sein
du ministère de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Solidarité. À ce
titre, elle assure, entre autres, la direction du PLCP conduit en partenariat
avec le PNUD. À ce poste, elle se familiarise et acquiert progressivement
un savoir et savoir-faire relatifs à la participation. Plus tard, elle mettra
notamment en place un programme d’appui aux associations intégralement
financé sur le budget du Ministère, reconvertissant ainsi des compétences
acquises au contact d’institutions internationales et d’ONG étrangères.
Suite à différents changements à la tête de son ministère, elle a le sen-
timent d’être mise « au placard » et décide de bénéficier des mesures de
« départ volontaire » mises en place par le gouvernement afin de réduire
les effectifs de la fonction publique. Après avoir quitté l’administration,
elle crée un bureau d’études puis intègre quelque temps plus tard le BIT
au Maroc. Après une carrière dans des postes à caractère social plutôt
dominés par le champ administratif marocain, son investissement dans la
participation représente, dans son cas, une ressource pour la poursuite
et l’internationalisation de sa carrière professionnelle. Par ailleurs, elle
justifie ses choix de carrière par un discours critique et pessimiste sur
l’administration marocaine, à ses yeux difficile à réformer de l’intérieur.
56 participations

La circulation de la participation est ici abordée sous l’angle d’un proces-


sus d’import/export. Sa promotion et sa mise en œuvre au Maroc renvoient à
des stratégies d’investissement dans un espace en cours de constitution, qui
correspondent aussi à des reconversions de ressources acquises ailleurs pré-
cédemment. La reconstitution d’un tel espace offre l’occasion de repenser les
relations entre le national et l’international tout en échappant, d’un côté, au
paradigme classique des relations internationales qui réduit tout à l’État-nation
et en évitant, de l’autre, l’illusion d’une fin de l’État annoncée comme inéluctable
par les discours prescriptifs sur la globalisation. Il fallait pour cela décrypter aux
niveaux micro et méso les logiques des agents intermédiaires, ainsi que celles
des institutions qui jouent le rôle de passerelles dans les processus de circula-
tion et de transferts internationaux.

S’intéresser aux pionniers de la participation au Maroc implique de porter le


regard sur une multitude d’institutions aux statuts extrêmement variés : des
fragments de l’administration marocaine, des bureaux d’organisations interna-
tionales ou ceux d’institutions étrangères de coopération, des universités, etc.
Certaines sont pérennes et ont déjà une longue histoire, d’autres plus éphé-
mères ne durent que le temps d’un projet de développement. Elles représentent
toutes des espaces « tampons », des mondes de l’entre-deux où se côtoient des
fonctionnaires nationaux et internationaux, des universitaires, des membres
d’institutions publiques ou privées – un même individu pouvant simultanément
ou successivement avoir plusieurs casquettes.
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Mise à part l’existence d’un réseau très informel d’« agents de développement
local », qui se résume davantage à l’esquisse d’une réflexion pour se constituer
en groupe, les acteurs abordés ici sont loin de constituer une profession achevée
dotée d’une forme de représentation politique. Si la mise en œuvre de l’INDH
a généralisé des guides et manuels de procédures, les savoirs et savoir-faire
qu’ils ont contribué à importer et à forger demeurent encore flous et vagues. La
création d’une Association marocaine de l’évaluation (AME) qui regroupe un cer-
tain nombre de pionniers ici étudiés atteste des enjeux qui se nouent autour de
la définition et de la codification d’une expertise de la participation. Le flou, l’hé-
térogénéité des statuts et l’absence de représentation professionnelle qu’elle
implique sont autant d’obstacles à l’objectivation de l’univers social ici étudié.
Qu’ils soient marocains ou étrangers, les bureaux d’études constituent un ter-
rain privilégié pour enquêter sur ces pionniers de la participation et mettre au
jour la genèse d’une expertise en matière de participation. Ils constituent des
lieux d’intersection entre différents champs : non seulement les champs acadé-
mique et administratif marocains, mais également le champ des organisations
internationales et des agences de coopération qui commanditent et financent les
études, contribuant ainsi à l’émergence d’un véritable marché de l’expertise.
Cependant, la faible institutionnalisation de ces activités, la diversité des acteurs
qui s’y côtoient, tout comme le mystère qui entoure leurs pratiques ne facilitent
guère la description d’un tel espace social.
Les pionniers de la participation au Maroc 57

Les savoirs, les pratiques et les rôles liés à la participation au Maroc demeurent
peu institutionnalisés et offrent des perspectives professionnelles encore bien
fragiles. Le travail de Christian Topalov (1999), qui met au jour une nébuleuse
réformatrice au tournant du xixe siècle, éclaire a posteriori la genèse de l’État-
providence. Au Maroc au tournant du xxe siècle, la participation est bel et bien
devenue une politique d’État. Elle fait néanmoins l’objet d’une réappropriation
publique paradoxale qui ne permet pas de conclure à un processus de subs-
titution complet de l’administration marocaine aux initiatives privées et/ou
étrangères. Au final, la participation questionne les liens et l’interpénétration
entre plusieurs champs, tout comme elle invite à s’interroger sur le pouvoir d’ac-
créditation des experts. En soulignant la pluralisation des sources de savoirs,
elle incite à s’intéresser aux processus nouveaux de construction de la légitimité
où se combinent savoirs bureaucratiques, académiques, politiques, militants
et connaissances du terrain. Elle éclaire ainsi les transformations de l’action
publique en cours.

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Les pionniers de la participation au Maroc 59

Abstract – The Pioneers of Participation in Morocco. Reclassification


Space and Autonomous Knowledge

This article deals with agents who produce, promote and implement par-
ticipation in Morocco avoiding any teleological approach without actors.
It concentrates on a special period—the turn between the twentieth
and twenty-first centuries before the institutionalization of the process,
practices and the roles. In this context, it highlights the role of inter-
mediaries who have contributed to the importation of participation in
Morocco and made themselves the experts of it. Participation is viewed
as a space of social and professional reclassification. The analysis sets
out the necessary competencies to be such an expert on participation :
past professional experience, knowledge of grass roots organisations,
academic knowledge and also a political past. The article links two his-
tories necessary to understand theses new social positions: roles which
are in the process of being linked to an offer of participation from inter-
national organisations and the people who fill them.

Keywords Morocco, Participation, Association, Development,


Professional knowledge, Public policy
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Éric Cheynis est maître de conférences en sociologie à l’Université de Haute-
Alsace, membre du laboratoire SAGE de l’Université de Strasbourg (UMR 7363).
Ses travaux portent sur le phénomène associatif marocain et l’homogénéisation
des pratiques sous l’effet de l’importation de standards internationaux, mais
aussi sur les questions d’engagement et de reconversion militante. Il a notamment
publié « Les reconversions dans l’associatif de militants politiques marocains.
Ruptures, continuités et fidélité à soi », Politix, 2013/2, no 102, p. 147-173. Il a tra-
vaillé par ailleurs sur le rôle des associations dans la fabrique de l’action publique
en France : « Les mobilisations en faveur d’une loi contre les exclusions (1994-1998)
ou comment faire reconnaître des savoirs associatifs sur la pauvreté », in M. Hély,
M. Simonet-Cusset (dir.), Le travail associatif, Paris, Presses universitaires de
Paris-Ouest, 2013. Il poursuit actuellement des recherches sur la place des repré-
sentants d’intérêts dans la production de la politique européenne du médicament.

Mots clés
Maroc, participation, association, développement, savoir professionnel,
action publique

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