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Cet article examine les circulations transnationales de l'ingénierie participative, en analysant les dynamiques verticales et horizontales qui influencent cette pratique à l'échelle mondiale. Il remet en question les approches critiques qui considèrent la participation comme coercitive et souligne la diversité des motivations derrière l'appropriation des pratiques participatives par les acteurs locaux. L'article met également en lumière le rôle des réseaux professionnels et des acteurs institutionnels dans la diffusion de ces pratiques à travers le monde.

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Parti 014 0005

Cet article examine les circulations transnationales de l'ingénierie participative, en analysant les dynamiques verticales et horizontales qui influencent cette pratique à l'échelle mondiale. Il remet en question les approches critiques qui considèrent la participation comme coercitive et souligne la diversité des motivations derrière l'appropriation des pratiques participatives par les acteurs locaux. L'article met également en lumière le rôle des réseaux professionnels et des acteurs institutionnels dans la diffusion de ces pratiques à travers le monde.

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Les circulations transnationales de l’ingénierie

participative
Alice Mazeaud, Magali Nonjon, Raphaëlle Parizet
Dans Participations 2016/1 (N° 14), pages 5 à 35
Éditions De Boeck Supérieur
ISSN 2034-7650
ISBN 9782807390348
DOI 10.3917/parti.014.0005
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Dossier :
Un tournant participatif
mondial ?
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Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 7

Les circulations transnationales


de l’ingénierie participative

›› Alice Mazeaud, Magali Nonjon, Raphaëlle Parizet

›› Résumé
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À partir d’une lecture croisée des articles rassemblés dans ce dossier, cette
introduction interroge l’existence d’un « tournant participatif mondial » en
analysant les dynamiques transnationales de circulation verticale (de l’interna-
tional vers le national ou le local) et horizontale (territoires entre eux, acteurs
appartenant aux mêmes espaces institutionnels et sociaux) de l’ingénierie par-
ticipative. En situant l’analyse de ces dynamiques circulatoires au croisement
des travaux de sociologie et d’anthropologie (circulation des formes démocra-
tiques et sociologie fine des acteurs de la circulation), de sociologie des sciences
(circulation des innovations) ainsi que ceux de science politique (transnationa-
lisation des politiques publiques), cet article invite d’une part à relativiser la
dimension coercitive exercée par les organisations internationales développée
par les approches critiques de la « tyrannie » de la participation. D’autre part, à
rebours d’une vision trop déterministe qui fait de l’appropriation du discours et
des pratiques participatives par les acteurs locaux le signe mécanique de leur
adhésion à la rhétorique participative, l’article met en exergue la pluralité des
investissements, plus ou moins intéressés, dans la participation. Enfin, la valori-
sation systématique de « bonnes pratiques » et d’expériences modèles dans les
processus circulatoires étudiés conduit à mettre l’accent sur le rôle des réseaux
professionnels et les usages stratégiques de l’international dans le cadre de la
compétition entre les territoires.
8 participations

L
’émergence plus ou moins simultanée1 d’une multitude de pratiques partici-
patives à travers le monde est un constat largement admis et partagé. Cette
émergence reste pourtant une énigme. Comment expliquer le succès des
projets de développement communautaire, ou encore des diagnostics participa-
tifs ruraux, tout à la fois en Amérique latine, en Afrique ou en Asie du Sud-Est ?
Comment comprendre qu’il y ait des budgets participatifs à Porto Alegre, dans
les mairies de quartiers parisiens, dans des villes chinoises ou polonaises ?
Comment expliquer que dans des contextes aussi variés apparaissent en même
temps des dispositifs participatifs plus ou moins standardisés ? Des travaux,
notamment des ouvrages collectifs, se sont confrontés à cette diversité. Pour
gérer la tension « entre la multiplicité presque sans limites des cas concrets
et une désignation purement générique qui gommerait au contraire les lignes
de tensions entre diverses dynamiques » (Bacqué et al., 2005, p. 14), ils ont opté
pour une approche typologique (Fung, Wright, 2003 ; Bacqué et al., 2005 ; Smith,
2005, 2009) ou au contraire plus compréhensive des « catégories de pensée
vernaculaires des cultures participatives » (Neveu, 2007). Ces travaux ont ainsi
permis de bien documenter la diversité des pratiques mais également des signi-
fications que revêt la participation dans le monde.

Pour expliquer l’émergence des dispositifs participatifs, deux causes sont


généralement avancées. La première est une explication structurelle. Les
transformations politiques (crises des démocraties représentatives), socio-
économiques et culturelles (affirmation du néolibéralisme, nouveaux rapports
aux sciences et aux savoirs, effets de la mondialisation contemporaine),
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institutionnelles (affirmation des pouvoirs locaux et d’une action publique multi-
niveaux) nourriraient une demande sociale de participation exprimée sous des
formes variées et motiveraient des expérimentations participatives conduites
principalement à l’échelle locale. Ainsi que le souligne Catherine Neveu (2007,
p. 17), « plutôt que de la considérer comme une “norme”, aborder la démocra-
tie participative par ses pratiques permet d’appréhender en quoi elle constitue
sinon une solution, au moins une forme de réponse pratique à un certain nombre
de transformations et d’enjeux politiques contemporains et ce tant du point de
vue des institutions internationales que des États et des mouvements sociaux ».

La seconde explication met au contraire l’accent sur la « configuration interna-


tionale » et les réseaux concrets qui font circuler les discours et les pratiques
à travers le monde. Or, si la plupart des travaux donnent à voir le rôle joué par
des organisations internationales et un certain nombre d’acteurs transnatio-
naux dans la mise en œuvre des expériences participatives, ces circulations
sont, à l’exception notable de l’ouvrage collectif dirigé par Marie-Hélène Bacqué
et Yves Sintomer (2010), rarement l’objet même de l’analyse. Dans la plupart
des travaux, la dimension mondiale du phénomène participatif sert souvent de

[1] Des travaux ont toutefois pointé l’illusion de la nouveauté absolue en la matière (Bacqué,
Sintomer, 2011).
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 9

contextualisation préalable à des analyses localisées2, le plus souvent orientées


vers l’analyse des effets démocratiques (Nepal, 2002 ; Dryzek, Tucker, 2008 ;
Newton, Geissel, 2011 ; Sintomer et al., 2013 ; Geissel, Joas, 2013). Enfin, lorsque
les circulations sont étudiées, l’analyse est généralement centrée sur un dis-
positif et vise à évaluer la conformité des dispositifs par rapport à un modèle
d’origine ; le budget participatif en est l’exemple typique (Röcke, 2009 ; Wampler,
Hartz-Karp, 2010 ; Sintomer et al., 2008, 2013 ; Ganuzza, Baiocchi, 2012).

Ce dossier a pour objectif d’informer ces circulations transnationales de ce que


nous appelons l’ingénierie participative. Face à cette mosaïque d’expériences
participatives, nous ne partons pas d’une définition a priori de ce qu’est la parti-
cipation, mais ne prétendons pas non plus embrasser l’ensemble des pratiques
participatives. Le dossier, et c’est là autant un choix éditorial qu’un résultat de
l’appel à communications3, est centré sur l’un des aspects les plus saillants
du « tournant participatif » contemporain, à savoir l’émergence de politiques
participatives portées plus ou moins directement par les autorités publiques
(Gourgues, 2012). Cette entrée spécifique explique l’absence de travaux sur la
transnationalisation des mouvements sociaux et la circulation de formes parti-
cipatives plus contestataires dont le rôle n’est pourtant pas à négliger (voir par
exemple, le numéro récent de Mouvements sur le Community organizing où d’im-
portants développements sont consacrés à la circulation, Balazard et al., 2016).

Afin d’éviter le « tropisme normatif et procédural » des travaux sur les dis-
positifs participatifs (Mazeaud, 2010), nous mobilisons la notion d’ingénierie
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participative, entendue comme regroupant tout à la fois les ingénieurs (acteurs
et promoteurs), la machinerie (outils, dispositifs, savoir-faire, etc.) et les idées
qui sont portées par ces ingénieurs via ces machineries. D’une part, cela nous
permet de prendre de la distance avec le présupposé démocratique de la parti-
cipation4. Dans la continuité des travaux ayant procédé à une sociologie de l’offre
participative (Gourgues, 2012), cette entrée nous conduit à analyser la façon
dont ces circulations transnationales répondent au moins autant à des logiques
endogènes aux jeux politique, administratif et marchand qu’à une demande de
participation et aux transformations des démocraties contemporaines. En effet,
envisager la participation comme une offre largement déconnectée de toute
demande sociale permet notamment de dissocier la question de la circulation
des dispositifs de celle de la croyance des acteurs ou des « problèmes » sociaux

[2] S’il est impossible de les recenser ici de manière exhaustive, le constat est encore plus vrai
dans les monographies.
[3] Les articles sont issus d’une journée d’étude « Un tournant participatif mondial ? Les circulations
internationales de l’ingénierie participative » organisée en janvier 2015 à l’IEP d’Aix-en-Provence,
grâce au soutien du CHERPA et du GIS Participation, décision et démocratie participative.
[4] Sans pouvoir l’analyser précisément ici, notons que le prisme démocratique de la participation
est si puissant que la participation est pensée comme synonyme de démocratisation, et cela même
dans des contextes autoritaires. Pour une discussion sur ce point à partir de l’analyse de la diffu-
sion des sondages délibératifs en Chine, voir Charon (2010).
10 participations

à laquelle cette offre prétend répondre. D’autre part, la notion d’ingénierie par-
ticipative nous permet de déplacer le regard des dispositifs vers les acteurs qui
les font vivre et circuler. Puisque les enquêtes sont ici essentiellement axées
sur des formes de participation institutionnalisées, l’analyse tend à mettre
l’accent sur le rôle des acteurs institutionnels (notamment organisations inter-
nationales) et des élites intermédiaires (ONG, think thanks, etc.) connectées plus
ou moins explicitement aux bureaucraties et donc largement dépendantes des
États (subventions, autorisations, soutiens logistiques, labellisations). Toutefois,
les articles s’attachent également à éclairer le rôle joué par des acteurs locaux,
et en premier lieu les professionnels de la participation, dans ces circulations.
Notamment, l’un des objectifs du dossier est d’analyser ensemble les circula-
tions internationales d’État à État, ou entre les organisations internationales et
les États, ainsi que les circulations transnationales entre les acteurs privés (du
secteur marchand ou non marchand) et/ou entre les gouvernements locaux.
C’est la raison pour laquelle nous nommons transnationales ces circulations
qui sont le fait d’un ensemble d’interactions entre des acteurs publics – États et
organisations internationales – mais également tout un ensemble d’acteurs pri-
vés – acteurs marchands, associations, chercheurs indépendants, etc. En effet,
dans les articles, les circulations sont envisagées comme une variable indépen-
dante explicative de l’émergence des dispositifs participatifs dans le monde, mais
surtout, ces circulations sont étudiées pour elles-mêmes, c’est-à-dire comme
variable dépendante, éclairant la transnationalisation de l’action publique.

Sur le plan théorique et méthodologique, ce dossier s’inscrit au croisement de


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plusieurs champs académiques. Les travaux de sociologie ou d’anthropologie
centrés sur la circulation des formes démocratiques (par exemple Pétric, 2012),
mais également de pratiques sociales, à partir d’une sociologie fine des acteurs
de la circulation, sont mobilisés. Des travaux de sociologie des sciences sur la
circulation des innovations permettent de mettre l’accent sur le fait que le succès
d’une innovation tient moins à ses qualités qu’aux opérations d’intéressement
dont elle est l’objet (Akirch et al., 1988a, 1988b). Et des travaux de science poli-
tique sur la circulation transnationale des politiques publiques apportent des
modèles théoriques pour caractériser les dynamiques circulatoires (par exemple
Simmons, Dobbins et Garret, 2007). Aussi, dans un premier temps, nous revien-
drons sur les outils théoriques et méthodologiques de l’analyse des circulations
transnationales, ainsi que sur les terrains d’études mobilisés. Puis, dans un deu-
xième temps, nous soulignerons les apports des articles du dossier pour l’analyse
de dynamiques de la circulation transnationale de l’ingénierie participative.

Penser les dynamiques de la circulation :


enjeux théoriques et méthodologiques
La circulation est devenue un « leitmotiv académique » (Vauchez, 2013,
p. 9). Témoin de l’intérêt porté par la sociologie et la science politique à ces
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 11

phénomènes, elle est mobilisée dans des travaux qui portent sur les politiques
publiques (Delpeuch, 2009 ; Dolowitz, Marsh, 1996, 2000 ; Hassenteufel, 2005 ;
Hassenteufel, de Maillard, 2013), sur les mouvements sociaux et les réseaux
transnationaux (Dezalay, Garth, 2002 ; Keck, Sikkink, 1998 ; Siméant, 2003,
2005), sur le droit (Delpeuch, 2009) ou encore sur les croyances et les pratiques
sociales (Bourdieu, 2002 ; Weber, 2012)5. Les travaux qui étudient la circulation
des individus, des dispositifs, des idées ou encore des normes ont recours à tout
un ensemble de notions – diffusion, transfert, convergence – dont les sens sont
plus ou moins stabilisés.

Deux raisons expliquent la préférence que nous donnons à la notion de circulation.


Tout d’abord, comme le soulignent Vincent Béal, Renaud Epstein et Gilles Pinson
(2015, p. 104), contre « la vision trop mécanique et désincarnée des mécanismes
de diffusion et d’influence », la notion de circulation « s’inscrit dans des cadres
analytiques plus sensibles aux acteurs, aux communautés politiques, adminis-
tratives, épistémiques et professionnelles dans lesquels ils s’inscrivent, à leurs
ressources, à leurs positions et au travail politique qu’ils doivent consentir pour
diffuser, acclimater et adapter des “solutions” venues d’ailleurs ». En outre, ainsi
que l’a montré Antoine Vauchez (2013, p. 11), « au-delà même du flou qui accom-
pagne les usages académiques multiples dont le mot fait l’objet, [la circulation]
est aussi indissociablement un mot d’ordre des stratégies d’internationalisation
qu’il prétend décrire ». L’existence d’un « tournant participatif mondial »6 est en
effet autant un objet d’analyse né du constat de l’accumulation d’expériences
participatives à travers le monde, qu’une catégorie d’action, et, à ce titre, il a un
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effet performatif. La dimension mondiale est mobilisée – notamment dans les
discours institutionnels – pour légitimer la mise en œuvre des expérimentations
participatives (Cornwall, Brock, 2005 ; Jennings, 2000). C’est notamment le cas,
mais pas exclusivement, des organisations internationales : le PNUD qui depuis
les années 1990 promeut la « participation populaire » (PNUD, 1993), la FAO
qui produit des lignes de conduite (van Heck, 2003) ou encore la Banque mon-
diale avec des lignes de conduite sur les budgets participatifs (Wampler, 2007 ;
Sintomer, Herzberg, Allegretti, 2013).

[5] Les processus circulatoires font l’objet de nombreux séminaires de recherche ou journées
d’étude, comme la journée d’étude « La mobilité des élites : reconversions et circulation inter-
nationale. Bilans et réflexions sur les possibilités de recherches comparatives Nord – Sud et Est
– Ouest », organisée par le Réseau Acteurs Émergents (janvier 2009) ; le séminaire de recherche
« Transferts, circulations, acteurs de l’international » (2009-2010) du programme Polilexes-
DEJUGE du Centre de recherches politiques de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; le
colloque « Droit et politique : la circulation internationale des modèles en question(s) », orga-
nisé par le Cerdhap (mars 2012) ; le colloque « Les sciences de gouvernement, Circulation(s),
Traduction(s), Réception(s) », organisé par le laboratoire Triangle (décembre 2010) ; la journée
d’étude « Repenser les phénomènes circulatoires », organisée à l’université Paris 1 Panthéon-
Sorbonne (septembre 2012).
[6] Pour des questions de lisibilité, nous ne reproduirons pas les guillemets dans la suite de cet
article, même s’il s’agit bien d’une catégorie produite par les acteurs que nous discutons dans
l’article.
12 participations

La circulation : l’apport analytique d’un « leitmotiv académique »

Le « tropisme normatif et procédural » des travaux sur les dispositifs participa-


tifs n’est pas sans conséquence sur la façon dont leur circulation est analysée.
Ces travaux s’inscrivent plus ou moins explicitement dans une approche diffu-
sionniste dont le biais mécanique a souvent été souligné. Premièrement, s’ils
sont sensibles à la variété des pratiques, les travaux tendent à postuler une
convergence fonctionnelle des expériences participatives – la diffusion de la
participation s’expliquerait par l’existence de « problèmes » communs auxquels
les dispositifs participatifs apporteraient une réponse pratique. Ces travaux ont
ainsi mis en évidence des effets de « contagion », parfois de « suivisme » dans
l’adoption de pratiques participatives. Ces phénomènes traduiraient une ten-
dance des acteurs à accorder de l’importance et une validité aux pratiques de
leurs pairs, souvent géographiquement situés près d’eux. Le risque est alors
d’homogénéiser exagérément le « tournant participatif » en l’appréhendant sous
l’angle de la diffusion d’une « norme participative » (Saurruger, 2009) ou d’un
« référentiel hégémonique » (Moini, 2011). Deuxièmement, les approches diffu-
sionnistes cherchent à comprendre pourquoi une telle innovation est reprise et
transposée dans d’autres lieux en retraçant essentiellement de manière des-
criptive le séquençage de l’adoption de ces pratiques à partir d’une innovation
située dans le temps et dans l’espace. En s’attachant à repérer les conditions
de réussite de « greffes » de solutions considérées comme innovantes, elles
introduisent un jeu de hiérarchies entre le point de départ de la diffusion et celui
de la « greffe », et ignorent la manière dont le modèle peut être transformé et
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réinterprété par les acteurs qui le portent.

En raison des critiques quant à l’automaticité de cette vision et au faible inté-


rêt accordé au questionnement sur les interactions et les mécanismes sociaux
par les approches diffusionnistes, l’étude des transferts dans l’action publique
constitue leur complément naturel. Ces travaux ont en effet mis en évidence
les facteurs institutionnels, les facteurs politiques mais également le rôle joué
par les acteurs, leurs stratégies et parfois la formation de réseaux dans ces
dynamiques. Dans cette perspective, la circulation est généralement interprétée
au prisme d’une logique d’importation/exportation. La dynamique d’importation
(dont certains critiquent le caractère contraint) est alors analysée comme plus
ou moins légitime, plus ou moins pertinente (importation d’un modèle construit
dans les pays dits du Nord appliqué dans les pays dits du Sud) et la dynamique
d’exportation d’un dispositif modèle comme plus en ou moins conforme au
modèle original en interrogeant les déclinaisons locales et nationales (Sintomer
et al., 2008, 2013 ; Ganuza, Baiocchi, 2012). La diffusion de la participation s’ex-
pliquerait alors par la plasticité et l’ambiguïté de la « norme » participative et
des dispositifs qui l’incarnent. À ce titre, les approches en termes de transfert
portent toujours en elles une vision normative du transfert dont les concep-
tions sont parfois hasardeuses et difficilement objectivables. En considérant le
modèle transféré comme un tout qui doit être exporté et importé nécessairement
dans son entièreté (Dolowitz, Marsh, 2000 ; Rose, 1993), les travaux se limitent
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 13

à constater un transfert réussi, complet, couronné de succès ou au contraire


partiel, incomplet ou « interrompu » (broken), et parfois à analyser le transfert
comme le résultat d’un processus d’apprentissage – lesson learning et lesson
drawing (Dolowitz, Marsh, 1996, 2000 ; Rose, 1993). Ces études s’appuient ainsi
sur le principe du volontarisme des acteurs du transfert, considérés comme des
importateurs et/ou des exportateurs, et privilégient de ce fait l’hypothèse d’une
rationalité des acteurs guidés par la seule volonté d’appliquer un modèle exté-
rieur (Bulmer et al., 2007). En outre, ces approches renvoient à une perspective
déterministe : l’action publique nationale finit ainsi par être analysée comme lar-
gement voire exclusivement déterminée par des modèles extérieurs, appliqués
dans un espace national et/ou local. Or, sur le plan empirique, la transnationa-
lisation croissante de l’action publique et l’enchevêtrement des niveaux d’action
publique rendent la distinction entre les acteurs considérés comme importateurs
et exportateurs difficile à établir du fait de leur très grande multipositionnalité.
De plus, la production de l’action publique renvoie en grande partie à des pra-
tiques d’innovation et de création traduisant une forme d’autonomie vis-à-vis
des modèles extérieurs (voir entre autres Dezalay, Garth, 2002). La distinction
entre les transferts volontaires et ceux davantage contraints (Dolowitz, Marsh,
1996) est donc tout aussi difficile à établir, et masque de surcroît la pluralité des
investissements des acteurs. Enfin, contrairement à ce qui est souvent l’objectif
implicite des études en termes de transferts, l’objectif du dossier vise justement
à ne pas réduire la circulation à une variable explicative de la convergence des
politiques participatives. Au contraire, en adoptant la notion de circulation, il
s’agit de déconstruire l’apparente linéarité du phénomène pour envisager les
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enjeux et dynamiques propres de la circulation transnationale de l’ingénierie
participative.

Les terrains locaux de l’étude des circulations transnationales ›


de l’ingénierie participative

L’intérêt de la notion d’ingénierie participative tient à ce qu’elle regroupe tout


à la fois les ingénieurs (acteurs et promoteurs), la machinerie (outils, disposi-
tifs, savoir-faire, etc.) et les idées qui sont portées par ces ingénieurs via ces
machineries. Aussi les contributions rassemblées ici abordent-elles pleinement
l’étude des acteurs, la dimension relationnelle qui les lie tout en attachant de
l’importance aux équipements que ces derniers produisent et mettent en œuvre.
Elles s’efforcent d’être aussi attentives aux idées comme vecteur et objet de la
circulation qu’aux acteurs qui les portent et les ancrent dans des dispositifs d’ac-
tion. Loin d’adopter une approche cognitiviste, il s’agit davantage de montrer que
les idées ne peuvent être pensées sans les acteurs qui les portent et les insti-
tutions qui leur donnent corps. Aussi, sur le plan méthodologique, les articles
articulent-ils différents matériaux d’enquête. Ils étudient à la fois les propriétés
et les trajectoires des ingénieurs, les différents espaces de circulation (réseaux
de villes, voyages d’études, conférences internationales), et les équipements qui
viennent matérialiser le discours participatif (élaboration de kits, production de
14 participations

guides méthodologiques et de rapports d’expertise pour et/ou par les organisa-


tions internationales, mais aussi publications scientifiques – parfois financées
par les organisations internationales). À ce titre, l’analyse de la circulation des
idées dans les productions académiques (articles, colloques, séminaires) est
largement ré-encastrée dans l’analyse des trajectoires des chercheurs : la
manière dont ces derniers construisent ou non leur reconnaissance à l’interna-
tional et parfois par l’international, leur multipositionnalité entre des espaces
académiques, associatifs (en particulier au sein des ONG) et institutionnels (dans
les organisations internationales comme dans les collectivités locales).

S’attacher ainsi à éclairer les acteurs et les institutions concrètes de la circula-


tion nous permet de prendre pour objet ce qui est construit par tout un ensemble
d’acteurs comme les « qualités » des dispositifs participatifs. D’une part, on peut
analyser la rhétorique participative qui constitue souvent le postulat des tra-
vaux qui, rappelons-le, voient les dispositifs participatifs comme une réponse
aux transformations structurelles de nos sociétés. Sans contester l’objectivité
de telles transformations, il nous semble fécond de délaisser temporairement ce
prisme démocratique pour analyser la façon dont la rhétorique participative a été
construite et légitimée. En effet, à mesure que la participation s’est diffusée et
institutionnalisée, cette rhétorique s’est déployée dans des univers extrêmement
différents comme ceux du développement (Chambers, 1983), de la démocra-
tie locale (Mazeaud, Nonjon, 2015) ou encore de la gestion de l’environnement
(Labranche, 2009), et a fini par ne plus être interrogée. Or, en adoptant cette vision
démocratique, voire moderniste et développementaliste, de la participation, on
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peine à saisir la façon dont cette rhétorique est mobilisée pour légitimer la circu-
lation des expériences participatives. Une telle analyse est d’autant plus cruciale,
nous y reviendrons, que les chercheurs sont loin d’être de simples observateurs
de la circulation, mais jouent au contraire un rôle actif. Cette approche nous
permet également d’analyser les opérations d’intéressements et de traductions
(Callon, 1986 ; Akrich, Callon, Latour, 1988a, 1988b) dont les dispositifs participa-
tifs sont l’objet. Ainsi, plutôt que de comparer les expériences participatives par
rapport à un modèle d’origine, ce qui conduit inévitablement à souligner les mul-
tiples déclinaisons et appropriations des dispositifs, les articles s’intéressent au
contraire au travail de standardisation ou d’adaptation à des contextes variés
réalisé par les entrepreneurs de la circulation.

Dans les articles, ces circulations transnationales sont avant tout saisies à partir
de terrains locaux, à travers l’observation d’espaces de relations à combinaisons
multiples (Robert, 2010 ; Aldrin, Hubé, 2016). Cette entrée est autant dictée par
les contraintes d’accès au terrain, les choix méthodologiques réalisés par les
auteurs, que conditionnée par l’objet même étudié puisque les politiques par-
ticipatives sont toujours localisées. Cela nous conduit à être particulièrement
attentifs aux jeux d’échelles de la circulation. Premièrement, cela permet de
prendre en compte la porosité des acteurs et des espaces, et donc de ne pas
délimiter l’espace local et l’espace international, ni d’établir de hiérarchies ou de
sens prédéfinis de la circulation (voir Neveu, 2007 ; Parizet, 2015). Deuxièmement,
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 15

suivant la mise en garde de Sidney Tarrow (2000) sur le décalage entre le


cadrage mondial d’une activité et l’ancrage empirique de celle-ci, les articles
s’attachent à distinguer le discours sur la dimension mondiale de la participa-
tion et la réalité de celle-ci. Troisièmement, comme l’ont montré les travaux sur
la comparaison internationale de politiques locales (Dupuy, Pollard, 2012), une
difficulté de l’analyse tient à ce que la comparaison des politiques locales n’est
pas qu’une catégorie d’analyse, c’est également un instrument d’action publique
et un vecteur de circulation. Enfin, cela nous permet d’envisager ensemble les
circulations transnationales et internationales7.

Sans prétendre à l’exhaustivité, les articles rassemblés ici donnent à voir la


très grande hétérogénéité des acteurs et des processus circulatoires dans des
contextes extrêmement variés. Éric Cheynis s’intéresse à l’appropriation du
développement participatif par les acteurs associatifs marocains au tournant
des années 2000, alors qu’à partir d’un terrain mexicain Raphaëlle Parizet étu-
die les universitaires qui sont enrôlés au sein des organisations internationales
de développement. En croisant le suivi des ambassadeurs du budget participatif
réalisé par Osmany Porto de Oliveira et l’analyse que fait Melike Yalçın-Riollet
sur les réseaux de villes autour de l’importation de l’Agenda 21 en Turquie, on
prend la mesure de la diversité des acteurs et des réseaux mobilisés dans la
circulation d’un dispositif relativement standardisé. Ce travail de standardisa-
tion est au cœur de l’analyse qu’Alice Mazeaud et Magali Nonjon consacrent à
l’Association internationale des professionnels de la participation publique
(IAP2), association dont le rôle est aussi envisagé par Julien O’Miel dans l’étude
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du travail d’exemplification réalisé par les entrepreneurs du modèle participatif
toscan. La lecture croisée des articles nous permet ainsi d’apprécier la com-
plexité des dynamiques de circulations transnationales qui sont verticales (de
l’international vers le national ou le local) et des dynamiques de circulations
transnationales qui sont, elles, horizontales (territoires entre eux, acteurs de
même niveau) (Béal et al., 2015).

Dans le cadre de cette introduction, il nous semble intéressant de rendre compte


des dynamiques de ces circulations et de la façon dont les circulations verticales
et horizontales sont largement entremêlées. Comme le notent Beth A. Simmons,
Franck Dobbins et Geoffrey Garret (2006, 2008), dont les travaux portent sur les
processus d’élaboration des politiques nationales et le rôle des organisations
internationales, quatre approches théoriques – constructivisme, coercition,
compétition, apprentissage – peuvent être mobilisées pour rendre compte de la
globalisation des politiques publiques8. Si ces approches fournissent un cadre

[7] Dans les sens que nous avons identifiés au début de cet article.
[8] Selon eux, les constructivistes mettent l’accent sur le rôle des experts et des communautés
épistémiques dans la production de « normes » internationales. Les analyses en termes de coer-
cition mettent l’accent sur le caractère vertical et inégalitaire de la circulation – les acteurs les
plus puissants parvenant à imposer des politiques de façon plus ou moins subtile. Les analyses en
termes de compétition insistent sur les effets d’émulation entre des acteurs désireux d’améliorer
16 participations

analytique fécond pour penser les circulations, elles ne doivent pas être vues
comme des théories causales explicatives – et cela d’autant plus que les proces-
sus ne sont pas exclusifs mais au contraire profondément articulés entre eux.

La « tyrannie » de la participation :
une « libre conformation » ?
Plusieurs travaux ont dénoncé la « tyrannie » ou l’« orthodoxie » d’une partici-
pation imposée par les grandes organisations internationales (Cooke, Kothari,
2001 ; Cornwall, Brock, 2005). Sans nécessairement adopter une telle posture
critique, certains articles du dossier pointent également cette forme injonctive
de la participation dans les politiques et les dispositifs des institutions néolibé-
rales. Toutefois, l’analyse empirique conduit surtout à interroger et à relativiser
la dimension coercitive de cette circulation verticale (des organisations interna-
tionales vers les acteurs locaux).

L’interdépendance des organisations internationales et des acteurs


locaux autour de la mise en œuvre de la participation

En intégrant un impératif participatif dans leurs programmes, les organisa-


tions internationales font de la mise en œuvre de dispositifs participatifs une
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condition d’accès aux ressources institutionnelles et financières. Le travail sur
le budget participatif d’O. Porto de Oliveira montre par exemple comment les
organisations internationales vont contribuer à amplifier la diffusion du dispositif
en l’adossant à des ressources institutionnelles (programmes d’action, réseaux
professionnels) dont se saisissent les acteurs des budgets participatifs. À partir
du terrain marocain, É. Cheynis met en évidence le fait que la dimension coer-
citive repose également sur les ressources financières et institutionnelles qui
peuvent prendre la forme de subventions, d’autorisations ou encore de soutiens
logistiques. La Banque mondiale, rappelle l’auteur, a largement incité les insti-
tutions marocaines à créer un Fonds de développement social destiné à financer
des associations porteuses de la participation locale. Dans le monde rural,
cette politique menée par la Banque a eu des incidences considérables dans la
mesure où les groupements traditionnels ont été contraints de se faire enregis-
trer sous le statut associatif pour être reconnus comme des partenaires et ainsi
être en capacité à prétendre et recevoir des financements dans les projets de
développement. En ce sens, la relation de dépendance qui lie les acteurs locaux
aux agences internationales de développement est au cœur de la circulation de

leur attractivité et leur compétitivité. Enfin, selon les auteurs, les approches en termes d’ap-
prentissage soulignent les changements de croyance et de pratiques liés à ce que les acteurs
apprennent de leurs propres expériences ou de celles des autres.
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 17

l’ingénierie participative : les acteurs locaux sont contraints de mettre en œuvre


des dispositifs participatifs pour accéder aux ressources que ces espaces insti-
tutionnels de l’aide internationale peuvent leur offrir. Ces ressources prennent
ainsi la forme d’incitations financières dont les règles sont déterminées par les
organisations internationales ; du fait des subventions aux projets de développe-
ment local qui sont en jeu, les acteurs locaux sont incités et enclins à privilégier
la promotion de la participation dans le sens donné par les organisations inter-
nationales.

Toutefois, ce processus n’est pas unilatéral, les organisations internationales


peuvent également constituer une ressource symbolique pour les acteurs natio-
naux et locaux qui s’adossent à leurs programmes. Ces acteurs mobilisent la
référence à l’international dans les espaces sociaux, politiques et administratifs
dans lesquels ils s’inscrivent : sur le terrain marocain, É. Cheynis montre par
exemple comment les ressources symboliques que constitue l’expérience d’une
relation de partenariat avec une organisation internationale ou encore une ONG
internationale sont largement valorisées dans les espaces nationaux et locaux
(notamment dans l’autonomie par rapport à l’État marocain). La capacité à faire
le lien entre les univers associatifs, administratifs, universitaires et les bailleurs
de fonds peut en effet constituer une ressource considérable dans la carrière
d’expert du développement participatif. Sur un tout autre terrain, brésilien cette
fois-ci, Gilles Massardier, Éric Sabourin, Lauren Lécuyer et Mario L. de Avila
avaient déjà mis en évidence la manière dont la participation encadrée pouvait
avoir une fonction de légitimation politique et d’opportunité financière pour les
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« leaders communautaires et “entrepreneurs de cause” des droits des petits
agriculteurs », qui ont largement investi un dispositif participatif fédéral mis en
œuvre par le ministère du Développement agraire (2012, p. 86).

Ainsi, si les articles confirment l’existence d’une dynamique coercitive dans cette
circulation verticale, des organisations internationales vers les acteurs natio-
naux et locaux, ils invitent également à dépasser la critique sur la légitimité de
cette coercition pour interroger ce qui se joue dans l’imposition de l’approche
participative du développement. Il s’agit de comprendre quels sont les acteurs
qui sont en mesure d’imposer la participation, de quelle manière ils procèdent9,
et d’interroger dans un même temps les motivations qui poussent les organi-
sations internationales à reprendre à leur compte et à promouvoir l’approche
participative. Par exemple, comment expliquer que la Banque mondiale fasse
aujourd’hui de la participation un des piliers de ses activités, alors que les
années 1980 ont été au contraire marquées par l’application, voire l’imposi-
tion des plans d’ajustement structurel engagés avec l’appui des institutions de
Bretton Woods n’incluant aucune approche participative ?

[9] Sur ce point, les contributions suivent l’invitation faite par Simmons, Dobbin et Garret pour
qui non seulement les acteurs en capacité d’exercer cette coercition doivent être identifiés, mais
aussi les supports et les réseaux par lesquels ces derniers promeuvent un dispositif (2006, p. 791).
18 participations

L’analyse proposée par R. Parizet apporte une série de réponses. L’auteure sou-
ligne notamment comment la Banque mondiale a fait évoluer ses pratiques,
mais également ses instruments de pilotage et d’évaluation, de façon à incor-
porer dans l’ensemble de ses dispositifs le point de vue des administrations et
autorités locales concernées et celui des populations vulnérables à qui sont
destinés in fine ses programmes. Il en est de même au niveau du PNUD dont
le renforcement de la « gouvernance démocratique » va être conçu comme la
principale activité dans les pays où cette agence onusienne intervient. Ainsi,
le développement participatif offre-t-il aux organisations internationales, lar-
gement critiquées pour avoir imposé dans les années 1980 des programmes
clé en main aux administrations et aux populations alors considérées comme
des « destinataires » de l’aide internationale, un moyen de se re-légitimer. Son
enquête permet par exemple de mieux saisir comment cette coercition peut se
faire sur un mode moins contraignant, du fait de l’incorporation dans les pra-
tiques des institutions de développement de travaux de chercheurs en sciences
sociales et économiques qui considèrent la participation comme un instrument
au service des objectifs de développement humain et/ou économique. Sans pour
autant que soient fondamentalement remis en cause les principes de l’aide
internationale, les organisations internationales « investissent les approches
participatives pour en faire des modalités de leurs actions sur le terrain » et
se repositionnent ainsi face aux acteurs locaux – administrations et autorités
locales mais également populations « bénéficiaires » – qui deviennent leurs
« partenaires ».
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Aussi la logique coercitive de cette circulation verticale mérite-t-elle d’être
relativisée. On observe finalement une forme d’interdépendance entre les
organisations internationales et les acteurs locaux, qu’ils soient administra-
tifs, associatifs ou politiques. La norme participative s’adosse aux programmes
institutionnels et aux ressources financières des organisations internationales
(ainsi qu’aux usages qui en sont faits) ; en retour, ces dernières ont besoin des
acteurs locaux pour continuer à intervenir dans les terrains de l’aide internatio-
nale. En ce sens, Tania Murray Li (2007) a montré dans son travail sur un terrain
indonésien comment les organisations internationales, contrairement à l’image
qu’elles peuvent donner d’espaces institutionnels particulièrement hermétiques
et clos, s’appuient sur toute une série d’interlocuteurs en les encadrant, les for-
mant tout à la fois à des raisonnements techniques mais également au capacity
building. C’est également ce que montre R. Parizet dans ce dossier à travers le
programme « Leaders autochtones féminins » du bureau mexicain du PNUD, qui
forme des femmes à être des « “acteurs” du changement » dont la caractéris-
tique est d’être à l’interface entre les espaces locaux et les espaces onusiens
(pour davantage de développements, voir Parizet, 2013). Aussi la dynamique
coercitive se fait-elle essentiellement sur un registre « soft » par l’offre d’oppor-
tunités et de ressources qui y sont liées mais également à travers la construction
d’une référence commune à la participation.
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 19

De la légitimation de la rhétorique participative au gouvernement ›


à distance

Les articles réunis ici mettent l’accent sur l’activité de cadrage de l’approche
participative, qui passe par des discours, des registres de justification et d’argu-
mentation qui donnent corps à cette norme. Or cette activité de cadrage consiste
en un travail visant à rendre générique et acceptable la norme participative.
Comme l’ont déjà suggéré les travaux sur les nouveaux instruments de l’Union
européenne (par exemple Ravinet, 2011), cette contrainte « soft » peut s’avérer
finalement d’autant plus puissante qu’elle fonctionne précisément sur ce registre
d’adhésion qui est suscitée tant sur le plan du contenu que des procédures.

Du point de vue du contenu, les organisations internationales comme la Banque


mondiale et le PNUD disposent en effet d’un pouvoir d’imposition des catégories
légitimes. Les articles du dossier soulignent le caractère déterminant de la mise
en forme savante de la rhétorique participative (nous y reviendrons), en pointant
le rôle central joué par un certain groupe d’acteurs : les chercheurs (écono-
mistes, anthropologues, sociologues, politistes) embarqués dans la définition et
la mise en œuvre des programmes de ces organisations. R. Parizet en particu-
lier analyse combien les acteurs académiques dont la spécificité est de travailler
dans les organisations internationales endossent un rôle spécifique dans la
formulation d’inflexions10 données aux pratiques de développement. C’est éga-
lement ce que montre l’étude des ambassadeurs du budget participatif réalisée
par O. Porto de Oliveira. Ainsi, parce que les savoirs participatifs circulent entre
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les espaces académique, associatif, politique et institutionnel, les chercheurs
apparaissent-ils comme des acteurs de premier plan dans la construction et la
légitimation d’une référence commune de la participation.

Notons toutefois que les articles montrent que les justifications démocratiques
et modernisatrices de la participation n’expliquent pas le comportement des
acteurs : l’adoption de pratiques participatives ne traduit pas nécessairement la
conversion et la croyance des acteurs dans leurs mythes. C’est notamment ce qu’a
souligné Olivier Mériaux pour qui « il faut voir dans les systèmes de valeurs, ou
idéologiques, des ressources pour bâtir l’équilibre du système, des moyens pour
les acteurs de légitimer leurs pratiques plutôt que ce qui détermine inévitable-
ment leurs perceptions de la réalité et leurs actions » (1995, p. 63). S’il existe bien
un discours mondial sur la nécessité de la participation qui produit ses propres
effets, les articles pointent le risque qu’il y aurait à prendre pour acquis ce discours
comme preuve de l’existence d’un tournant mondial de la participation dont le
sens serait partagé. É. Cheynis suggère ainsi qu’au sein des associations de déve-
loppement marocaines, si le principe du développement participatif promu par

[10] Elles sont envisagées ici comme autant de « formulations doctrinales et [des] revendications
de scientificité dont s’est continûment enorgueillie la conduite du pouvoir bureaucratique » (Ihl,
Kaluszynski, 2002, p. 233).
20 participations

les organisations internationales est largement mobilisé, il est encore aujourd’hui


perçu par certains acteurs comme un levier de promotion de la démocratie,
alors que d’autres y voient exclusivement un moyen de renforcer leurs capaci-
tés gestionnaires. En ce sens, si les acteurs locaux de la circulation apparaissent
relativement dépendants des ressources financières et institutionnelles des États
et des organisations internationales, les articles suggèrent cependant qu’on ne
doit pas négliger la capacité d’hybridation et d’autonomisation de ces acteurs
intermédiaires. La dimension coercitive apparaît finalement peu contraignante :
cette relation verticale n’implique ni un rapport d’obéissance ni une adhésion
enthousiaste des acteurs locaux à la rhétorique participative. En d’autres termes,
ce n’est pas parce que la participation est un buzzword11 (Cornwall, Brock, 2005) –
ou encore un « hurrah » word (White, 1996) – que les acteurs locaux et nationaux
mettent en pratique la participation telle qu’elle est promue par les organisations
internationales. L’analyse de cette relation verticale met au contraire en lumière
l’interdépendance des relations et donc des usages stratégiques de l’injonction
participative tant par les acteurs locaux que par les organisations internationales.

En effet, la promotion de la participation locale (par opposition aux dispositifs qui


viennent « du haut ») n’hypothèque en rien le poids et le rôle des agents des orga-
nisations internationales. Au contraire, c’est même la singularité et la centralité
du rôle des agents des organisations en tant qu’animateurs de la participation
locale qui se voient renforcées (on renvoie sur ce point aux travaux de Mosse,
2005 ; Murray Li, 2007 ; Parizet 2015). La présence de « courtiers du développe-
ment » identifiée et analysée dans une variété de terrains, notamment le Maroc
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et la Turquie (É. Cheynis, M. Yalçın-Riollet), témoigne du rôle de passerelle entre
les groupes sociaux locaux, les institutions locales et nationales, et les agences
de l’aide internationale que jouent ces acteurs. Les contributions rappellent ainsi
l’importance de ces acteurs dans un rôle déjà largement étudié par la socio-
anthropologie de « courtiers du développement » (voir entre autres Bierschenk,
Chauveau, Olivier de Sardan, 2000 ; Blundo, Le Meur, 2009), qui consiste à faire le
lien entre des savoirs et des savoir-faire techniques et institutionnalisés et ceux
ordinaires, souvent qualifiés de populaires, des groupes sociaux locaux.

Du point de vue des procédures, les politiques participatives des organisations


internationales reposent sur la production de guides méthodologiques, d’orien-
tation, de rapports dans lesquels l’identification et la mise en avant de « modèles
à suivre » ou de « bonnes pratiques » occupent une place centrale. R. Parizet
montre notamment qu’à travers les publications institutionnelles des organi-
sations internationales, ce sont des expériences locales singulières qui sont

[11] Nous rejoignons l’analyse d’Andrea Cornwall et de Karen Brock qui montrent que la partici-
pation « confère une légitimité » aux acteurs institutionnels (2005, p. 1044) : ce ressort explicatif
permet de comprendre la construction d’un mot d’ordre qui légitime les interventions des organi-
sations internationales, notamment dans le champ du développement participatif ; toutefois, nous
ne considérons pas que ce ressort ne permet pas à lui seul d’expliquer l’adhésion et l’appropria-
tion des acteurs nationaux et locaux à cette norme participative.
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 21

valorisées et érigées en « modèles à suivre ». Elle souligne en ce sens que « la


force de l’argumentaire des “bons exemples” du développement participatif tient
à ce […] qu’il se construise à l’épreuve d’expériences concrètes et singulières ».
Comme le notent Asmara Klein et al. (2015), dans l’ouvrage collectif récent qui
est consacré à ce sujet, les références aux « bonnes pratiques »12 ont connu une
croissance considérable depuis les années 1990. La promotion de ces outils de
régulation plus souples et moins directement contraignants doit être rapportée,
d’une part, au succès de l’idéologie néolibérale dans ses deux dimensions (priva-
tisation d’une partie des services de l’État et dépolitisation par la promotion de
solutions techniques encadrant les affrontements idéologiques) et, d’autre part,
à l’injonction à l’efficacité de l’action dans un contexte de réductions budgétaires,
notamment des allocations des États à l’endroit des organisations internatio-
nales. Ainsi, à travers les bonnes pratiques, les organisations internationales
continuent d’agir dans le champ de l’aide internationale, alors même que leurs
ressources budgétaires et normatives se sont raréfiées.

Si cette valorisation de l’apprentissage et de l’amélioration continue des pratiques


se présente comme une forme nouvelle, moins dirigiste, d’instrumentation de
l’action publique (Lascoumes, Le Galès, 2005), elle ne doit pas être interprétée
comme un retrait mécanique des organisations internationales, ou encore une
érosion de leur capacité d’action dans le champ de l’aide internationale13. Ces
bonnes pratiques forment le support d’un gouvernement à distance à travers
lequel les organisations internationales entendent orienter les comportements
des acteurs nationaux et locaux en les incitant, au nom de l’efficacité supérieure
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de l’action, à adopter les comportements attendus. Les acteurs locaux ne sont
donc pas contraints mais incités à se conformer librement au modèle dominant.
Ce mécanisme prend la forme d’une « libre conformation » (Epstein, 2012) à tra-
vers laquelle les organisations internationales s’appuient sur des mécanismes
« soft » de pilotage, qui conduisent les acteurs locaux à mettre en œuvre des
projets participatifs conformes à leurs attentes.

Ainsi, le régime d’incitations financières, en plus des ressources symboliques


qu’offrent les organisations internationales, est prolongé par la valorisation de
« bonnes pratiques », non pas entendues comme des recettes modélisées, mais
au contraire comme des processus de capitalisation d’expériences singulières
et locales. Or, si ces bonnes pratiques valorisent officiellement des dynamiques
d’apprentissage, ce sont finalement des dynamiques de coopétition14 – coopération

[12] Pour des questions de lisibilité, nous ne reproduirons pas les guillemets dans la suite de cet article,
même s’il s’agit bien d’une catégorie produite par les acteurs et donc d’un discours à déconstruire.
[13] On peut faire ici appel aux travaux qui portent sur la recomposition de l’action et du rôle de l’État
dans ce même sens, voir entre autres Hibou (2012) et Esptein (2012).
[14] Ce néologisme managérial issu de la contraction des termes de coopération et de compéti-
tion a progressivement envahi le champ des politiques publiques. Il désigne la congruence de deux
dynamiques a priori contradictoires : le développement de stratégies de coopération entre des
acteurs en concurrence (Brandenburger, Nalebuff, 1996).
22 participations

et compétition – qui sont stimulées. En d’autres termes, si les organisations


internationales sont des promoteurs de la participation, c’est moins en mobili-
sant les ressources de la circulation verticale (autorité/budget) qu’en alimentant
les dynamiques de coopétition au cœur des processus de circulation horizontale.

Le « jeu des bonnes pratiques »15 :


entre professionnalisation et compétition
La notion d’apprentissage a souvent été mobilisée pour expliquer l’adoption et la
diffusion de dispositifs participatifs. C’est par exemple la combinaison des effets
d’apprentissage liés aux conflits locaux d’aménagement et de l’expérience du
modèle québécois qui expliquerait pour une large part l’institutionnalisation du
débat public en France (Revel et al., 2007). Elle constitue également un argumen-
taire puissant des discours portés par les organisations internationales sur la
circulation des bonnes pratiques de la participation. Ces dernières sont perçues
et construites comme étant un levier d’amélioration continue des expérimen-
tations participatives facilitant le perfectionnement des méthodes de travail,
des modèles à suivre dans une dynamique nécessairement vertueuse pour la
qualité de la démocratie. Une telle approche a le mérite de réintroduire la ques-
tion de l’expertise et du savoir dans les dynamiques circulatoires, et in fine un
questionnement central qui balise l’ensemble des contributions réunies dans ce
dossier, à savoir l’analyse des processus de consolidation et de professionnali-
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sation de l’expertise participative comme moteur de la circulation. Elle masque
en revanche la puissance des logiques de compétition qui appuient les circula-
tions de ces bonnes pratiques.

Consolidation et professionnalisation de l’expertise participative

Les enquêtes réunies dans ce dossier mettent en évidence les processus de


consolidation d’une expertise participative dans les dynamiques circulatoires de
l’ingénierie participative. Cette expertise participative est construite à la frontière
des espaces considérés comme savants et professionnels. L’accent est d’abord
mis sur l’importance des savoirs, la production et la légitimation de registres
d’argumentation, de justification et de savoirs pratiques dans ce processus. C’est
l’objet même de l’article d’A. Mazeaud et de M. Nonjon qui analyse la façon dont le
réseau IAP2 promeut la « maîtrise de savoirs et savoir-faire spécifiques comme
condition de diffusion et de mise en œuvre d’une participation publique de qua-
lité » ; l’amélioration et la standardisation des pratiques participatives sont ici
pensées comme un levier principal de diffusion de la participation publique.

[15] Nous reprenons ici l’expression et le sens de l’analyse de Françoise Navez-Bouchanine et


Licia Valladares (2007).
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 23

L’ensemble des articles souligne également le rôle des chercheurs embarqués


dans la mise en forme savante du discours et des pratiques participatives. Qu’ils
œuvrent aux portes des organisations internationales ou directement en leur
sein, comme dans les travaux de R. Parizet et d’O. Porto de Oliveira, ou dans les
collectivités territoriales comme dans le travail de J. O’Miel, les acteurs issus
du monde académique participent pleinement à la production des « savoirs de
gouvernement ». Les chercheurs ne semblent d’ailleurs pas jouer seulement
un rôle dans la production et la reconnaissance de savoirs pratiques. La mise
en forme savante de l’ingénierie participative peut également servir de support
de légitimité professionnelle pour ces chercheurs dont la carrière se construit
à l’interface des espaces professionnels et académiques. À partir de la circu-
lation du modèle toscan de débat public, J. O’Miel met en évidence la manière
dont certains experts académiques, en particulier Luigi Bobbio, se sont saisis de
l’ingénierie participative comme outil de légitimation académique, à l’interna-
tional mais surtout au niveau local, en mettant notamment en scène dans leurs
publications la démultiplication des dispositifs délibératifs comme « réponse
aux problèmes liés à la construction des projets d’infrastructures en Italie ». En
observant cet expert académique en action, J. O’Miel montre comment ce der-
nier va jusqu’à formater le dispositif scénique des colloques internationaux qu’il
organise en Toscane, pour en faire des espaces de légitimation de la réforme
locale du débat public dont il est partie prenante. Les intervenants sont ainsi
sommés, comme le rappelle l’auteur, de « ne pas discuter de la théorie de la
participation ou de la démocratie mais de pratiques concrètes ».
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Les enquêtes réunies dans ce dossier interrogent également un moteur de
la diffusion et de la circulation des expérimentations participatives encore
aujourd’hui peu étudié, celui de la professionnalisation de l’expertise participa-
tive. La consolidation de l’expertise participative s’adosse en effet autant à la
production, la formalisation de savoirs et de savoir-faire permettant d’identifier
les bonnes pratiques qu’à la professionnalisation d’acteurs spécialisés (Payre,
Spahic, 2012). En ce sens, la diffusion de la participation doit être rapportée à
la professionnalisation croissante des acteurs chargés de mettre en œuvre la
participation, ce que souligne par exemple le travail d’É. Cheynis consacré aux
prémices du tournant participatif marocain à la fin des années 1990. Le dossier
invite ainsi à prendre en compte dans les dynamiques de circulation les caracté-
ristiques sociologiques de ces professionnels. L’analyse du réseau IAP2, et celle
de M. Yalçın Riollet sur l’importation de l’Agenda 21 en Turquie, mettent toutes
deux en évidence le fait que la circulation est en partie liée aux modalités de
socialisation professionnelle des acteurs intermédiaires, administratifs ou pri-
vés, toujours plus engagés dans des réseaux internationaux, comme dans le cas
turc les réseaux de ville au sein desquels se construisent les modalités de l’ex-
cellence professionnelle. S’intéresser aux dynamiques de professionnalisation
permet également de souligner que ce modèle d’excellence n’est pas nécessai-
rement partagé par l’ensemble des professionnels repérés dans les différents
terrains étudiés. Dans le cas des praticiens de la participation publique analysé
par A. Mazeaud et M. Nonjon, les consultants québécois sont finalement peu
24 participations

nombreux à disposer de ressources à l’international, et même à revendiquer


une position sur des marchés internationaux. Ces consultants se saisissent de
dispositifs ou de pratiques participatives et contribuent in fine à la circulation
des kits de bonnes pratiques promus par IAP2 avant tout pour des enjeux de
luttes d’expertise professionnelle et de concurrence sur des marchés localisés.
Aussi, les articles rassemblés dans ce numéro rappellent que la construction
et la circulation des bonnes pratiques ne traduisent pas qu’une forme de ratio-
nalisation croissante du gouvernement participatif. Elles soulignent également
l’importance des logiques de compétition dans les dynamiques de circulation de
l’ingénierie participative.

Labellisation, concurrence et mimétisme : les logiques de compétition

Les bonnes pratiques traduisent, nous l’avons précisé, l’existence d’une nouvelle
forme d’action publique plus souple, moins coercitive, reposant sur la diffusion de
l’expertise et l’apprentissage de recettes et de modèles à suivre. Elles reflètent
également l’importance des dynamiques concurrentielles qu’elles participent à
alimenter et à structurer dans un jeu de l’innovation et de la distinction (Navez-
Bouchanine, Valladares, 2007). À ce titre, les articles réunis dans ce dossier
invitent à réintégrer le poids des logiques de compétition dans les dynamiques
de circulation des dispositifs participatifs, en attachant autant d’importance à
celles que se livrent les professionnels de la participation pour exister sur les
marchés locaux et nationaux de l’expertise participative qu’à celles qui se jouent
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entre les territoires.

Le dossier interroge en premier lieu les modalités de construction et de légiti-


mation de ces bonnes pratiques. Elles sont notamment certifiées, labellisées
par les organisations internationales et les réseaux professionnels et acadé-
miques. Ces logiques de certification supposent ainsi qu’un acteur ou un groupe
d’acteurs disposent du pouvoir de certifier d’autres acteurs ou leurs activités.
L’analyse croisée des articles d’A. Mazeaud et M. Nonjon et de J. O’Miel montre
bien le rôle central joué par un réseau professionnel comme IAP2 dans ce pro-
cessus. Le travail de standardisation des bonnes pratiques participatives réalisé
par les dirigeants du réseau ne vise pas uniquement à consolider une expertise
participative. En effet, la certification renvoie à l’existence de rapports de forces
et de hiérarchie : elle vise en ce sens à faire reconnaître la primauté et la supé-
riorité des pratiques des membres du réseau IAP2 afin d’asseoir leur position
sur le marché des prestations participatives, et en particulier de la formation.
L’internationalisation du réseau constitue alors tout à la fois un enjeu (plus
qu’une réalité) de légitimation de la place d’IAP2 dans les marchés de l’exper-
tise participative, et un argument de vente des formations et certifications des
praticiens de la participation publique. Si cette dimension commerciale est rare-
ment prise en compte dans les travaux sur la démocratie participative, elle en
est pourtant un moteur non négligeable, comme le montre par exemple le tra-
vail de Nina Amelung sur la standardisation des « mini-publics » (2012). Notons
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 25

également que le réseau IAP2 joue aussi un rôle de certificateur externe venant
valider les stratégies de distinction de ses membres, comme dans le cas de la
loi régionale en Toscane. Ces deux articles du dossier rappellent ainsi que les
logiques de compétition entre professionnels de la participation et territoires se
superposent et s’alimentent.

En s’intéressant (certes à des degrés variables) aux bonnes pratiques de la


participation, que ce soit sous la forme de prix, de distinctions ou de labels
décernés aux collectivités, l’ensemble des contributions indique qu’aujourd’hui
la qualité démocratique est devenue un outil de distinction parmi d’autres dans
les logiques d’internationalisation des villes. La qualité démocratique est ainsi
intégrée selon diverses modalités aux « trophées de la gouvernance urbaine »
dans une perspective de valorisation dans la concurrence territoriale (Epstein,
2013). Il s’agit dans ce cas d’innover et de faire circuler cette innovation à l’in-
ternational de façon à construire la notoriété de l’expérience, et par là même
de distinguer son auteur. Cette dynamique est particulièrement visible dans les
stratégies des maires de Porto Alegre qui vont faire du budget participatif un
élément central de la construction des relations internationales de la ville et de
la région Toscane qui a cherché à s’ériger en « modèle ». Le cas toscan indique
ainsi que les circulations relèvent autant « de mécanismes d’uploading (faire
remonter des pratiques, les sélectionner et les modéliser) que de downloading
(diffuser ces “bonnes pratiques”, les intégrer aux cadres de l’action publique) »
(Beal, Epstein, Pinson, 2015, p. 114). À ce titre, le cas toscan est particulièrement
éclairant quant à la façon dont ces stratégies de distinction territoriales sont
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d’une part tout à la fois adossées et conditionnées par des stratégies de distinc-
tion individuelles d’acteurs fortement internationalisés et multipositionnés dans
les champs académique, politique et administratif. En effet, la forte internatio-
nalisation des experts académiques embarqués dans l’action publique toscane
apparaît comme une condition de cette stratégie de distinction territoriale par
la participation et par l’international. D’autre part, ce cas rappelle combien ces
stratégies de distinction reposent davantage sur la circulation internationale
des innovations participatives que sur le transfert de ces innovations. Ainsi, à
l’image de la région Nord-Pas-de-Calais vis-à-vis de la Toscane, les stratégies
de distinction jugées réussies suscitent bien l’imitation des autres : les acteurs
politiques locaux sont en effet tentés d’adopter les recettes qui semblent fonc-
tionner ailleurs. Cette logique d’imitation d’un modèle jugé digne d’être suivi
peut être formalisé via des voyages d’études, comme celui des élus et cher-
cheurs nordistes en Toscane, ou des professionnels turcs. Toutefois, l’enquête
suggère également que les réappropriations locales des innovations n’ont rien
d’automatique. En articulant analyse du voyage d’études organisé par la région
Nord-Pas-de-Calais en Toscane consacré à l’instance régionale de débat public
italienne, et étude des modalités de réception des entrepreneurs nordistes de
la participation (fonctionnaires, associatifs mais aussi académiques), l’auteur
met en effet en évidence le poids de la configuration politique locale dans les
dynamiques de réappropriation de ces dispositifs participatifs. Plus large-
ment, les conclusions formulées par les auteurs de ce dossier suggèrent que
26 participations

le plus souvent, la logique d’imitation prend la forme d’une circulation par le


bas largement contingente, issue du bricolage à la fois cognitif et pratique de
professionnels de la participation. Aussi, même si les articles s’intéressent peu
aux modalités de « downloading » des pratiques participatives, ils rappellent
néanmoins qu’il faut les envisager également comme une accumulation de com-
pétences, de réflexes et de savoir-faire qui se fait sur un mode horizontal de
façon non délibérée (du fait de la circulation des acteurs et des informations) ou
de façon alimentée voire structurée (promotion d’orientations et de guidelines
au sein des programmes des organisations internationales, des réseaux pro-
fessionnels, etc.). L’analyse de la diffusion de la boîte à outils du réseau IAP2
montre bien d’ailleurs la dimension largement incontrôlée, et donc difficilement
mesurable, de l’appropriation de l’expertise produite.

Ainsi, l’ensemble des contributions réunies dans ce dossier, en s’intéressant


à des moteurs de la circulation transnationale de l’ingénierie participative
encore aujourd’hui trop peu investis (les dynamiques de professionnalisation,
de concurrences marchandes et de compétitions territoriales), rappelle que la
question de la croyance ne constitue en rien une condition sine qua non de la
circulation de l’ingénierie participative : l’expérimentation des pratiques partici-
patives renvoie chez les acteurs enquêtés à des investissements variés qui n’ont
parfois plus grand-chose à voir avec la question démocratique (avoir le mono-
pole de l’expertise, favoriser l’attractivité des territoires, etc.). Ces contributions
invitent également à prendre de la distance avec le fait que les acteurs chan-
geraient leur croyance dans les mécanismes d’apprentissage (Simmons et al.,
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2006). Enfin, en s’intéressant à la socialisation professionnelle des ingénieurs,
le dossier souligne que si l’appropriation de modèles participatifs étrangers per-
met de se parer des atours de la modernité ou de l’international (Dezalay, Garth,
2002 ; Lodge, 2005), il serait exagéré de considérer les normes et pratiques valo-
risées dans les espaces internationaux comme étant relayées par des acteurs
nationaux uniquement soucieux de s’insérer dans les réseaux internationaux
(Hassenteufel, 2005). Dans le cas turc, M. Yalçın Riollet indique en ce sens que
si des espaces comme le sommet Habitat II servent d’arènes de socialisation à
l’international pour toute une série de militants associatifs spécialisés sur la
jeunesse, cet espace sert aussi de prétexte à ces militants pour élargir leurs
réseaux au niveau local.

Conclusion
En inscrivant ce dossier au croisement de plusieurs champs académiques pour
interroger les circulations transnationales de l’ingénierie participative, les
enquêtes mobilisées éclairent l’extrême hétérogénéité des acteurs (acteurs
politiques, cadres d’organisations internationales, experts académiques et
professionnels exerçant dans le secteur public comme privé – marchand et
non marchand) impliqués volontairement ou non dans les dynamiques circula-
toires. Sans chercher à dresser une typologie figée de ces acteurs et de leurs
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 27

principales caractéristiques sociologiques, les contributions soulignent que les


circulations de l’ingénierie participative doivent autant aux entrepreneurs de la
circulation qu’aux acteurs locaux qui expérimentent sur le terrain les pratiques
participatives.

Les articles pointent tout d’abord le rôle d’acteurs fortement internationalisés,


souvent multipositionnés, à l’instar des agents des organisations internatio-
nales, des académiques et de certains professionnels de la participation. Ces
acteurs jouent leur propre stratégie, notamment de légitimation institution-
nelle et professionnelle, mais sont également porteurs de représentations de
la bonne participation, qui se traduit dans les discours et procédures spécifiques
qu’ils contribuent à diffuser. Les enquêtes soulignent en parallèle la pluralité
des investissements des acteurs locaux dans la participation. Ceux-ci ne sont
pas nécessairement dotés de ressources internationales ni directement inté-
ressés par l’international. Néanmoins, ils contribuent à alimenter la circulation
de l’ingénierie participative. Ce sont finalement des acteurs ordinaires et peu
visibles qui mobilisent des dispositifs et des références – à la participation et à
l’international – dans leurs espaces sociaux locaux pour de multiples raisons
professionnelles, institutionnelles, politiques et sociales. Ainsi, dans les cas
étudiés, il apparaît que l’appropriation du discours et des pratiques participa-
tives relève moins de l’adhésion à des valeurs (croyance en la démocratie) que
d’investissements pluriels qui, en retour, viennent donner de la consistance au
tournant participatif mondial.
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Au-delà de l’hétérogénéité des acteurs de la circulation, l’analyse des circula-
tions transnationales de l’ingénierie participative nous conduit par ricochet à
interroger l’existence d’un tournant participatif mondial dont la circulation des
discours et des pratiques serait tout à la fois le témoin et le vecteur. L’existence
d’un tel tournant traduirait alors la conversion à la fois idéologique et pragma-
tique d’un nombre croissant d’acteurs à la nécessité de renforcer la participation
des citoyens à l’action publique via des dispositifs participatifs, et cela dans la
plupart des contextes nationaux et locaux. Sans prétendre répondre de manière
définitive à une telle interrogation, ce numéro conduit néanmoins à question-
ner l’unicité du tournant participatif tant sur le plan des idées que sur le plan
des pratiques. Le dossier met tout d’abord en évidence le fait que l’émergence
des pratiques participatives à travers le monde ne résulte ni de la conversion
« enthousiaste » des acteurs à la participation ni d’une logique coercitive exercée
depuis le haut vers le bas, mais plutôt d’une dynamique de « libre conforma-
tion ». La construction et la légitimation de la rhétorique participative sont ici
centrales, d’autant plus que les acteurs académiques, comme nous l’avons vu,
y participent directement. En d’autres termes, nous sommes bien ici face à un
« mot d’ordre » dont le succès repose sur sa circulation dans les différents uni-
vers et espaces sociaux et professionnels. La participation est alors en ce sens
un lieu commun « avec [lequel] on argumente, mais sur [lequel] on n’argumente
pas » : c’est ce qu’ont souligné Pierre Bourdieu et Loïc Wacquant pour qui ces
présupposés « doivent une part de leur force de conviction au fait que, circulant
28 participations

de colloques universitaires en livres à succès, de revues demi-savantes en rap-


ports d’experts, de bilans de commissions en couvertures de magazines, ils sont
présents partout à la fois, de Berlin à Tokyo et de Milan à Mexico, et sont puis-
samment soutenus et relayés par des lieux prétendument neutres que sont les
organismes internationaux » (1998, p. 109). Si le succès du discours participatif
ne saurait être rabattu sur la simple diffusion d’un nouveau slogan à la mode, il
ne doit pas non plus être interprété comme le signe de l’institutionnalisation d’un
référentiel participatif. En effet, si les idées, au-delà des discours, s’adossent à
des procédures, des références et des bonnes pratiques, la multiplication des
références comme autant de modèles à suivre est loin de former un référentiel16
contraignant et hégémonique. Si tous les articles identifient des processus de
construction de modèles ou bonnes pratiques diffusés dans le monde, leur ana-
lyse croisée souligne surtout que c’est dans des termes et selon des modalités
extrêmement divers. L’accumulation de stratégies individuelles et collectives
dans des univers variés et la sédimentation de circulations horizontales pour
partie non contrôlées donnent une consistance à la rhétorique participative, et
donc accréditent le discours sur la nécessité de la participation ; elles ne tra-
duisent en aucun cas le partage d’une vision commune, c’est-à-dire d’un sens
commun donné à la participation.

La circulation de l’ingénierie participative doit au contraire beaucoup à sa pluri-


vocité. Le dossier rappelle ainsi à quel point c’est bien au prix d’une conception
extensive de la participation que l’on peut tenir ensemble la diversité des pratiques
et des politiques participatives. Après tout, qu’y a-t-il vraiment de commun entre
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la participation des pauvres à leur développement, la mise en place d’Agenda 21
et la participation publique ? Variété de pratiques qui pourrait être encore plus
forte si le dossier comprenait des articles s’intéressant au Community organi-
zing, à la concertation entre stake holders dans la gestion de l’environnement ou
au référendum d’entreprises. Aussi, si ces circulations transnationales peuvent
être vues comme le reflet d’un tournant participatif mondial qu’elles contribuent
à alimenter, elles nous conduisent plutôt à mettre l’accent sur l’hétérogénéité
des pratiques et des discours, et donc sur la forte segmentation géographique et
politique de ce tournant. D’une part, les freins et limites de la circulation observés
dans le dossier nous invitent à remettre sur le métier l’hypothèse des « cultures
participatives » en intégrant des variables institutionnelles telles que le degré de
contrainte juridique, la structure de l’offre de participation (offre publique/offre
privée) ou encore les modalités de professionnalisation qui nous semblent reflé-
ter des sentiers nationaux d’institutionnalisation de la participation. D’autre part,
si les différents modèles participatifs mentionnés se légitiment réciproquement,
ils sont porteurs de significations et de représentations différentes du politique.

[16] Un référentiel, rappelons-le, « est constitué d’un ensemble de prescriptions qui donnent
sens à un programme d’action publique en définissant des critères de choix et des modes de dési-
gnation des objectifs. Il s’agit à la fois d’un processus cognitif fondant un diagnostic et permettant
de comprendre le réel (en limitant sa complexité) et d’un processus prescriptif permettant d’agir
sur le réel » (Muller, 1990, p. 62).
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 29

En effet, prendre de la distance avec le prisme démocratique ne doit pas nous


conduire à considérer ces procédures comme de pures techniques. Elles incor-
porent au contraire des conceptions différentes du politique. D’ailleurs, et c’est
une comparaison qui mériterait d’être approfondie, les entrepreneurs de la cir-
culation du budget participatif n’ont pas le même profil que ceux par exemple de
la participation publique. Ces conceptions politiques incorporées dans les pro-
cédures tendent à être neutralisées par la multiplication des références et des
bonnes pratiques et diluées dans les appropriations multiples des procédures.
Elles sont dès lors plus ou moins perceptibles par les acteurs locaux de la parti-
cipation qui participent pourtant à leur institutionnalisation et à leur circulation.

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34 participations

Abstract – Transnational circulations of partipatory engineering

Analyzing participatory engineering’s transnational dynamics of vertical


circulation (from international to national or local spaces) and horizontal
circulation (territories among themselves, actors from same institutional
and social spaces), this introduction tackles the existence of a “global
participatory turn” from a cross-reading of the assembled papers in
this issue. The proposed analysis is at the crossroads of sociology and
anthropology’s works (democratic forms’ circulation and actor-centered
sociology), sociology of science’s works (innovations’ circulation) and
those of political science (transnationalization of public policy). From
this theoretical corpus, it firstly calls on to question the coercive dimen-
sion of International Organizations developed by approaches adopting
the “participation as the new tyranny” perspective. Secondly, away from
overly deterministic perspectives that make the appropriation of partici-
patory discourses and practices by local actors the automatic product
of compliance to the participatory rhetoric, this article sheds light on
the plurality of investment in participation, more or less interested and
strategic. Finally, the systematic use of “best practices” or the labeling
of experiences as “models” leads to emphasize the role of professional
networks and unveils the strategic uses of the International in the frame-
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work of a fierce competition between territories.

Raphaëlle Parizet est maître de conférences en science politique à l’Univer-


sité Paris-Est, membre du Laboratoire interdisciplinaire d’étude du politique
Hannah Arendt (Lipha Paris-Est) et chercheure associée au Centre d’Études et
de Recherches Administratives, Politiques et Sociales (CERAPS, Université de
Lille, CNRS, UMR 8026). Elle a notamment publié Les paradoxes du développe-
ment. Sociologie politique des dispositifs de normalisation des populations indiennes
au Mexique, Paris, Dalloz, 2015 ; « La fabrique dépolitisée des élites locales. Les
dispositifs de développement participatif dans le Chiapas (Mexique) », Revue
internationale de politique comparée, 20 (4), 2013, p. 77-101 ; « Mesurer le dévelop-
pement pour gouverner les peuples autochtones », Revue Tiers Monde, 213, 2013,
p. 143-160. Elle s’est spécialisée sur la sociologie politique de l’international en
menant notamment une enquête ethnographique sur les dispositifs et les pra-
tiques de développement qui concernent les populations indiennes au Mexique.
Elle travaille aujourd’hui sur deux thématiques : sur les mécanismes de régu-
lation sociale et politique contemporains et sur les processus de politisation, de
dépolitisation et de requalification politique.
Les circulations transnationales de l’ingénierie participative 35

Alice Mazeaud est maître de conférences en science politique à l’Université de


La Rochelle et chercheuse au CEJEP. Ses travaux portent sur les recomposi-
tions du travail politique et de l’action publique, et la professionnalisation de la
démocratie participative. Elle a récemment coordonné un ouvrage, Pratiques de
la représentation politique, publié aux Presses universitaires de Rennes en 2014,
et publié avec Magali Nonjon, « De la cause au marché de la démocratie partici-
pative », Agone, 56, 2015.

Magali Nonjon est maître de conférences en science politique à l’Institut


d’Études Politiques d’Aix-en-Provence. Elle est membre du CHERPA (EA3788).
Ses recherches portent notamment sur la professionnalisation de l’ingénierie
participative. Sur cette thématique, elle a récemment publié : « La participa-
tion en kit : l’horizon funèbre de l’idéal participatif », Quaderni, 2012 (avec Julia
Bonaccorsi) ; « The French Industry of Public Participation: Standardization and
diversification of professional profiles », in Laurence Bherer, Louis Simard et
Mario Gauthier, The Professionalization of the Public Participation Field, Routledge,
à paraître deuxième semestre 2016 (avec Alice Mazeaud).
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