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Bonjour à tous,
Le mois de Chevat qui se terminera la semaine prochaine, est le onzième mois
dans le calendrier de la Torah, un nombre qui dépasse les limites du dix, symbole du
monde créé en Dix Paroles.
L’objectif ultime est d’intégrer cette dimension transcendante, le onze, dans le
monde matériel, transformant la réalité en une demeure pour la Présence divine.
La Torah a été donnée à tout Israël et à quelques tribus non israélites au pied
de la montagne du Sinaï, nous devons donc comprendre que toute la Parole de [Link]
n'est pas le monopole d'Israël.
Ce qui est le plus impressionnant et le plus remarquable dans la Torah que
[Link] a donnée à Israël sous l'ombre du mont Sinaï, c'est qu’Il a commencé cet
ensemble de lois et de jugements sur la façon dont Israël devait traiter les non-
Israélites réduits en esclavage.
Vous voyez, chers frères du monde entier qui lisez ce mail, la Torah est pour
notre instruction et notre éducation.
Dans toute l'histoire du tribunal de Jérusalem, il est dit que s'il y avait une
exécution d'un coupable tous les soixante-dix ans, le Sanhédrin serait qualifié de
Sanhédrin mortel.
Et il n’a pas été écrit que depuis l’époque de Yeshouâ jusqu’à la destruction du
Temple, un seul Juif ait été exécuté par un jugement du Sanhédrin.
Des centaines et même des milliers de Juifs ont été crucifiés par les Romains,
même sans procès.
Mille Juifs ont été crucifiés sur la route de Jéricho, cinq cents de chaque côté
de la route en un seul jour du 9 du mois d’Av, après la chute de Jérusalem.
Il y a eu plusieurs fois où des centaines de Juifs ont été exécutés en même
temps.
L’événement le plus célèbre a été la crucifixion de 800 Juifs dans la ville
d’Ashkelon, là où j’habite, sur les rives de la mer Méditerranée.
Et je passe sur ce qui s’est passé le 7 Octobre 2023 et aujourd’hui, cette honte
infamante de rendre quatre corps sans vie dont ceux de deux petits bébés !
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La Torah » n’était pas pour l’exécution mais pour l’éducation, pour prévenir
le crime et pour faire respecter et craindre Israël afin qu’il soit une nation sainte,
prospère et obéissante.
Le Talmud soulève la question suivante : « D’où savons-nous qu’un
médecin est autorisé à guérir ? » et il répond que cela découle du verset « Et il
guérira. » (Shemot 21 : 19)
Mais nulle part il n’a été donné à un médecin le droit ou la capacité de
déterminer qu’un être humain est incurable.
La question du Talmud est une question très réelle pour le croyant.
Si une personne est frappée par la maladie uniquement parce que [Link] a
déterminé qu’elle devait être malade, à quoi sert-il de convoquer le médecin ?
Ce n’est pas seulement la question de « Comment osez-vous interférer avec
la volonté de [Link] ? », c’est aussi la question de « Comment pouvez-vous
penser que ce que vous faites fera une différence ? »
La réponse donnée par le Talmud est qu’en effet, le médecin n’est autorisé
à « interférer » que parce que [Link] permet, voire ordonne au médecin
d’interférer, et que les efforts du médecin ne font une différence que parce que
[Link] désire que les efforts du médecin fassent une différence.
On peut en conclure que l’autorité et l’influence du médecin sont
strictement limitées à la fonction que la Torah lui a donnée, à savoir, soigner.
Tout ce qui est au-delà de cela, ce n’est pas son travail.
Médecin des Rois de France, Ambroise Paré (16ème siècle) disait « je les
soigne et [Link] les guérit. »
Si la maladie et la guérison illustrent ce principe, cela s’applique à tous les
domaines de la vie comme gagner sa vie, aider les nécessiteux, etc…
Nous avons la capacité, le droit et le devoir de faire la différence parce que
et seulement parce que [Link] nous a donné le pouvoir de faire la différence.
Mais cette autorité a ses limites.
Lorsque nous atteignons ces limites, c’est-à-dire lorsque nous avons
vraiment fait tout ce qui est dans les limites de nos connaissances et de notre
capacité à faire , ce qui se passe au-delà de ces limites est hors de notre domaine.
C’est pourquoi le concept de « désespoir » n’est pas pris en compte dans
le judaïsme.
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On considère généralement qu’il existe deux types de personnes : les
fatalistes et les activistes.
Le fataliste soutient que les choses sont comme elles sont, et que rien de ce
que l’on fait ne fait vraiment de différence, il n’y a donc pas lieu ni de s’exalter
ni de se désespérer, même si l’on pourrait dire que l’état du fataliste est un état de
désespoir perpétuel.
L’activiste, en revanche, se croit maître de son destin, il exulte donc sur ses
réalisations et se désespère lorsque les choses ne se déroulent pas comme il l’avait
prévu, croyant que ces dernières sont le résultat de son échec à faire advenir ce
qu’il voulait qu’il advienne.
Le Juif n’est ni l’un ni l’autre, mais les deux à la fois.
Il est fataliste, en ce sens qu’il croit que tout ce qui se produit est le résultat
direct de la volonté de [Link] que cela se produise, mais il est aussi un
activiste parce qu’il croit qu’il peut et doit faire beaucoup de choses, et que ce
qu’il fait, va faire la différence.
Faire les choses bien, c’est notre travail, et la joie et l’épanouissement que
nous éprouvons dans nos réussites sont authentiques.
Mais lorsque nous atteignons les limites de ce que nous pouvons faire, ce
n’est pas un échec, cela signifie simplement que nous avons fait notre travail, et
que c’est maintenant à [Link] de faire le Sien.
La lecture de la parachat Michpatim / Lois est la source de centaines de
prescriptions régissant la réparation des dommages, les sanctions en cas de vol et
d’agression, le remboursement des prêts, etc…
Que signifient ces lois ?
Il existe plusieurs approches pour comprendre de quoi parle la Torah :
1. d’abord, elle veut dire ce qu’elle dit : un bœuf est un bœuf, une vache est
une vache, l’argent est de l’argent et un voleur est évidemment un voleur.
Voilà ce qu’est la Torah : un guide qui nous instruit sur la façon de vivre
nos vies dans le monde matériel.
2. Tout est une métaphore : la Torah est l’esprit de [Link], et [Link] n’a-t-Il rien
de mieux à considérer que de vulgaires bœufs et de vulgaires vaches ?
Le « bœuf » dont parle la Torah est le pnei chor / face de bœuf céleste que
le prophète Ezéchiel contempla dans le « char » divin, la « vache » est l’aspect
féminin de cette entité spirituelle élevée.
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C’est un code, que le plus grand nombre doit étudier et mémoriser et qu’il
appartient aux éclairés de déchiffrer.
3. Il faut la lire de haut en bas : la Torah n’est pas soit spirituelle, soit concrète,
elle peut être, et est, l’un et l’autre.
Bien sûr, son essence est spirituelle, mais la réalité matérielle que nous
habitons procède du spirituel et s’en nourrit.
Ainsi, les vérités spirituelles contenues dans la Torah se traduisent
également en lois applicables à nos vies matérielles.
Lorsque la Torah décrit la nature des « bœufs », des « prêts » et de la
« responsabilité des dommages », tout cela peut également s’appliquer aux
analogues matériels de ces entités spirituelles.
4. La Torah se lit aussi de bas en haut, la Torah est à la fois une idée spirituelle
et un guide d’application concrète, mais c’est cette dernière fonction qui prime.
La quatrième approche repose sur le concept selon lequel le monde matériel
est l’objectif et le centre de la création divine, l’arène dans laquelle le dessein du
Créateur se réalise.
Bien que le monde physique reçoive sa subsistance du spirituel, les
mondes spirituels reçoivent leur signification, leur but et leur raison d’être du
matériel, et c’est donc le spirituel qui « découle », en définitive, du matériel, et
non l’inverse.
C’est du monde matériel que l’esprit de [Link] est le plus préoccupé, c’est
le monde dont parle la Torah.
Elle parle aussi des réalités spirituelles, car le spirituel reflète le matériel.
En effet, nous pouvons mieux comprendre et mieux appliquer les lois de la
Torah lorsque nous étudions également leur signification spirituelle, illuminant
ainsi la loi pragmatique par son âme intérieure et sa signification spirituelle.
Mais la source et la finalité de tout cela sont les règles traitant des bœufs
qui encornent, des vaches gestantes, des prêts monétaires et des voleurs furtifs.
Lorsque Moïse monta au ciel pour recevoir la Torah de [Link], les anges
soutinrent que la Torah appartenait aux royaumes célestes et ne devait pas être
amenée en bas sur terre, et [Link] indiqua alors que les anges avançaient un
argument recevable et demanda à Moïse de répondre à leur argument.
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Ce n’est qu’après que Moïse ait apporté une série de preuves démontrant
que les lois de la Torah concernaient le monde physique que [Link] lui donna la
Torah pour l’apporter au peuple.
Il existe des milliers de communautés juives dans le monde entier, et
chacune d’entre elles possède la Torah.
La Torah est une idée, pas un objet, elle peut être n’importe où et partout
en même temps.
Si les anges avaient « gardé » la Torah, qu’est-ce qui nous empêcherait
d’en obtenir également un exemplaire ?
On pourrait expliquer que ce n’est pas si simple, que le débat entre Moïse
et les anges ne porte pas simplement sur l’endroit où sera la Torah, mais sur sa
portée véritable.
En effet, jusqu’à ce que Moïse vienne la chercher au ciel, la Torah était
interprétée uniquement dans le sens spirituel.
Ce que les anges ne supportaient pas, c’était cet humain qui entreprenait de
la réinterpréter comme un document traitant de bœufs et de vaches.
Laissons les anges la comprendre à leur façon, et nous la comprendrons à
la nôtre.
En fait, la question n’était pas seulement de quelle manière la Torah
serait interprétée, mais de ce qu’elle est.
Les anges comprirent que [Link] avait invité Moïse à monter au ciel non
seulement pour réinterpréter la Torah, mais pour la redéfinir.
Jusqu’au Don de la Torah au mont Sinaï, la Torah revêtait essentiellement
une dimension spirituelle.
Les êtres humains étaient en mesure de l’étudier et de s’en servir pour
comprendre les royaumes spirituels, et même l’appliquer comme guide à la vie
physique, mais la signification physique restait une métaphore, une « ombre »,
une projection du sens spirituel profond.
En donnant la Torah aux êtres humains, [Link] détermina que son sens
premier est sa signification matérielle, tandis que les significations spirituelles
sont ses métaphores et ses ombres.
Pourquoi est-il si important de déterminer quelle est la « vraie »
signification de la Torah, quelle différence cela fait-il ?
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Une différence capitale.
Disons que la Torah nous dit qu’une certaine chose dans notre monde
devrait être d’une certaine façon, mais supposons que cette chose n’est pas comme
la Torah dit qu’elle devrait être, et qu’elle montre de la résistance à changer pour
devenir ainsi.
Si la Torah était fondamentalement une idée spirituelle que nous
appliquions à notre monde physique, nous dirions probablement « Eh bien, voici
une partie de notre monde qui n’est pas encore conforme à son analogue
spirituel.
Cette partie de la Torah restera, pour l’heure, dans sa signification
supérieure.
La traduction devra attendre de meilleures circonstances, ou un meilleur
traducteur. »
Mais nous savons que [Link] nous a donné la Torah, et juste après nous
l’avoir donnée, Il déclara : « Elle n’est pas dans le ciel ! »
Bien sûr, les âmes peuplant les cieux peuvent l’étudier aussi, et les
kabbalistes en ce monde peuvent l’approfondir et en tirer les enseignements
spirituels les plus sublimes, mais ce sont des métaphores, des ombres, des
expressions.
En définitive, ce que la Torah dit, et ce que [Link] pense, c’est : fais ceci, ne
fais pas cela, prends ceci pour en faire cela.
Si [Link] le pense ainsi, cela est réalisable.
En définitive, quel est le but des commandements ?
L’une des explications que l’on trouve dans les enseignements de nos Sages
est qu’ils ont pour dessein de raffiner les hommes, les commandements de la
Torah sont destinés à avoir un effet civilisateur sur le peuple juif.
Il existe deux aspects à notre personnalité profonde, l’un est notre Âme
Divine, une « étincelle » spirituelle à l’intérieur de nous, disons une parcelle de
divinité, elle vient dans le monde avec une tâche particulière et la Torah et ses
commandements constituent les instructions pour mener celle-ci à bien.
Pour comprendre la nature de cette tâche, il nous faut considérer le second
trait de notre monde intérieur, l’Âme Animale.
C’est la force à l’intérieur de nous qui veut vivre, manger, posséder, et, aisi
guidés par la Torah nous devons tenter de purifier et raffiner l’Âme Animale.
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Concrètement, ceci signifie que nous devons nous efforcer de contrôler,
voire de transformer les caractéristiques fondamentales de notre nature un peu
trop humaine.
Si une personne observe les directives de la Torah, elle met en pratique un
véritable programme de développement de son caractère.
La parachah de cette semaine contient la loi qui nous enjoint de séparer le
lait et la viande.
Cet aspect et bien d’autres de la casherout sont souvent envisagés comme
une manière de développer la vertu du contrôle de soi et de ne pas considérer les
choses comme allant de soi.
« Est-ce casher ? » est la question que l’on pose avant de prendre une
bouchée.
Il est sûr que l’effet d’une telle loi est bien plus vaste que de simplement
définir notre attitude par rapport à la nourriture, nous apprenons peu à peu à
demander à propos de toute chose dans la vie : « est-ce casher ? »
La casherout est une loi « entre la personne et [Link] », alors qu’en
revanche, la majorité des enseignements de notre parachah sont des lois « entre
l’homme et son prochain », c'est-à-dire centrées sur des questions concernant les
relations humaines.
La Torah nous dit par exemple « Si tu rencontres le bœuf ou l’âne de ton
ennemi et qu’il s’est égaré, tu dois à coup sûr le lui ramener. Si tu vois l’âne de
ton ennemi ployer sous sa charge, tu ne dois pas éviter la situation mais tu dois
l’aider à s’en décharger. »
Maïmonide souligne que la Torah nous enjoint également d’aider un ami,
« Tu ne verras pas l’âne de ton frère ou son bœuf tomber en route et tu ne te
dissimuleras pas d’eux, tu l’aideras à coup sûr à les relever. »
Si la Torah nous demande d’aider nos amis et aussi nos ennemis, que
devrions-nous faire si nous rencontrons ensemble notre ami et notre ennemi et que
tous deux ont un animal trop chargé qui a besoin d’aide ?
Maïmonide répond qu’il faut d’abord aider l’animal de notre ennemi !
La raison en est, poursuit-il, qu’il faut courber notre mauvais penchant,
c’est un plus grand accomplissement dans la formation de notre nature d’aider un
ennemi que d’aider un ami.
C’est la raison pour laquelle l’aide à apporter à l’ennemi passe avant.
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Suivre les directives de la Torah nous aide à transformer notre propre
caractère, créant ainsi une forme pure de civilisation.
L’étape suivante, qui sera mise en œuvre par [Link], sera de déclencher une
réaction en chaîne de transformation intérieure, qui finira par affecter l’univers
tout entier.
Et cela se fait pas à pas, progressivement, tout le monde sait que Rome ne
s’est pas construite en un jour, et il n’y a pas un seul chantier sur terre où
l’entrepreneur n’a pas expliqué ses retards en utilisant ce cliché bien connu.
Jérusalem ne s’est pas non plus construite en un jour et la Terre Sainte non
plus.
Dans la lecture de la Torah de cette semaine, le Tout-Puissant annonce au
peuple juif qu’il n’héritera pas immédiatement de la terre de Canaan, il sera dans
leur intérêt que la conquête de la Terre promise soit progressive et prudente.
Il faudra du temps pour s’installer dans le pays, et le peuple juif est averti
d’emblée qu’il devra être patient : Je ne le chasserai pas de devant toi en une
seule année, de peur que le pays ne se désertifie et que les bêtes sauvages ne se
multiplient contre toi. Je le chasserai peu à peu de devant toi, jusqu’à ce que,
devenu nombreux, tu puisses occuper tout le pays. (23 : 29-30)
Les succès fulgurants sont souvent éphémères, alors que lente et
régulière, pas à pas, l’approche graduelle est généralement synonyme de
longévité et de succès durable.
Chaque Juif a une part de la Terre promise, non seulement
géographiquement mais aussi spirituellement.
Il y a un morceau de Jérusalem en chacun de nous, nous avons tous la
capacité d’atteindre la sainteté et la spiritualité.
Mais parfois, nous pouvons être découragés d’entreprendre le voyage
vers notre terre promise personnelle, la route semble trop longue et ardue.
Ne vous attendez pas à des miracles du jour au lendemain.
Ne dites pas : « J’ai un pays entier à conquérir ! Comment vais-je
faire ? » , mais dites plutôt : « Par où dois-je commencer aujourd’hui ? »
Ne regardez pas la fin du chemin, regardez les quelques premiers pas que
vous devez faire dès maintenant, et demain, vous ferez quelques pas de plus, le
lendemain quelques autres, et d’ici peu, tout le pays sera à vous.
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Si vous demandiez à un entrepreneur optimiste qui vient de se lancer dans
sa première aventure commerciale « Etes-vous millionnaire ? », il ne répondrait
pas « Non », mais très probablement « Pas encore, j’y travaille ! »
Alors mon frère si je te demande est-ce que tu mets les tefilin, ne me dis
pas « non », mais « pas encore », la différence est essentielle entre les deux.
« Non » implique que je ne le fais pas maintenant et que je n’ai pas
l’intention de le faire bientôt, « Pas encore » signifie que, même si je n’y suis
pas encore, je reste ouvert à la suggestion.
J’espère que le moment viendra bientôt où tu seras prêt à intégrer les tefilin
dans ton observance quotidienne.
L’approche « pas encore » est une bonne approche, il n’y a personne qui
sache tout faire, nous avons tous une marge de progression, nous devrions tous
aspirer à plus.
Si nous ne pratiquons pas une certaine bonne action pour le moment, il n’y
a aucune raison que nous ne puissions pas le faire dans un avenir proche.
Ne nous laissons jamais décourager par la longueur du voyage, faisons
les premiers pas et continuons à avancer, cela peut être lent, mais tant que le
progrès est régulier, nous y arriverons.
Donc, si quelqu’un vous demande si vous mettez les tefilin, si vous
mangez casher ou si vous observez le Shabbat, et que vous ne le faites pas, ne
dites pas « non », mais dites « pas encore. »
Shabbat Shalom.
C-H B