I.
LES DIFFÉRENTS POLLUANTS DE L’EAU
L’eau, qu’elle soit douce, salée, de l’eau de pluie, de l’eau souterraine ou de
l’eau superficielle, peut être souillée par des matières qui peuvent la rendent
nocive. Selon l’origine des déchets (industriels, agricoles, urbains...), qui est
majoritairement anthropique, les pollutions peuvent donc être de nature
chimique, physique ou encore biologique.
a) La pollution chimique
Différents polluants: Exemples: Origine:
Les pesticides (produits phytosanitaires)
- Contre les insectes : insecticides
- Contre les mauvaises herbes : herbicides
- Contre les champignons : fongicides -> Agricole & Industrie
Les hydrocarbures - pétrole, gaz naturel -> Industrie
Les métaux lourds - plomb, mercure, arsenic, cyanure -> Agricole (plomb dans
engrais), Naturelle (pluies acides) & Industrielle
Les détergents - phosphates -> Domestique (lessives) & Industrie
Les engrais - nitrates -> Agricole
Les solvants - Hydrocarbures aromatiques -> Industrie, Domestique & Agricole
Les colorants - chrome -> Industrie (peintures)
b) La pollution physique
Elle provient essentiellement des centrales thermiques et nucléaires et des
usines utilisant l’eau comme liquide de refroidissement. L’eau prélevée dans le
milieu naturel va être rejetée par ces structures à une température plus élevée.
Ceci va provoquer une élévation de la température. (Notons alors qu’ une
centrale de 1000 Mw utilise et rejette plusieurs dizaines de m3 d'eau par
seconde avec une température élevée de 7 à 8 °C). La pollution thermique qui
est liée à l’utilisation de l’eau comme liquide de refroidissement par les
industriels, apparaît souvent mineur. Mais il s’accroît, du fait de l’augmentation
des besoins de l’industrie.
Ensuite, un autre facteur de la pollution physique de l’eau serait celui lié aux
risques de pollution radioactive tels que les accidents potentiels. (l’accident de
Tchernobyl a par exemple libéré dans l’atmosphère divers radioéléments,
provoquant une augmentation très nette de la radioactivité des aérosols.
Retombés au sol avec les pluies, ces contaminants ont été entraînés par
ruissellement et infiltration jusque dans les nappes phréatiques).
Dernièrement, on peut aussi constater une pollution de l’eau par des matières
en suspension provenant des mines ou des cimenteries qui peuvent alors
modifier la turbidité de l’eau, c'est-à-dire réduire la transparence de celle-ci.
c) La pollution biologique
Elle est liée au surdéveloppement de micro-organismes (bactéries, virus...) ou
de végétaux micro ou macroscopiques (champignons) qui provoquent un
déséquilibre du milieu environnant.
Elle est la conséquence d’une action humaine: enrichissement en nitrates d’un
milieu (rejets organiques), développement de virus/bactéries, modification de
la température d’un milieu (rejet d’eau chaude), introduction d’espèces
invasives, concentration d’élevages intensifs (excédent de déjections animales),
etc…
La pollution microbiologique résulte des déchets organiques, en particulier les
excréments qui contiennent des germes pathogènes (virus, bactéries ou
parasites) véhiculés par l’eau. Ces germes peuvent provoquer des maladies
graves qui ont été jadis responsables d’épidémies dramatiques dans nos pays.
Exemples : origine bactérienne = choléra, origine virale = poliomyélite, origine
parasitaire = helminthes. Aujourd’hui, cette pollution des eaux a fortement
diminué dans les pays industrialisés grâce à la mise en service de stations
d’épuration qui assurent le nettoyage des eaux usées avant leur rejet dans la
nature.
II. LES CONSEQUENCES DE LA POLLUTION DE L’EAU
a) Les conséquences sur l’environnement
L’eutrophisation :
L'eutrophisation (du grec "EU" : bien et "TROPHOS" : nourri) est le phénomène
lent d'asphyxie des écosystèmes aquatiques résultant de la prolifération
d'algues, qui consomment tout l'oxygène indispensable à la survie de
l'écosystème. Il résulte d'un apport trop riche de substances nutritives et a
plutôt lieu dans des milieux aquatiques où l’eau est stagnante comme les
rivières ou lacs. Les inconvénients principaux de l'eutrophisation sont la
diminution de la biodiversité et de la qualité de l'eau en tant que ressource.
Cette pollution de l'eau est principalement due au phosphore d’origine agricole
et industrielle (contenu dans les phosphates, présents dans les lessives, les
détergents, les engrais et les déjections notamment) et à l'azote d’origine
agricole (contenu dans l'ammonium et les nitrates présents dans les engrais).
Les algues qui se développent grâce à ces substances nutritives absorbent de
grandes quantités d'oxygène lorsqu'elles meurent et se décomposent. Leur
prolifération provoque alors l'appauvrissement, puis la mort de l'écosystème
aquatique présent qui ne bénéficie plus de l'oxygène nécessaire pour vivre.
Ce phénomène s'intensifie avec la profondeur du lac ou de la rivière,
notamment des lacs profonds qui sont naturellement peu oxygénés. La
propagation des bactéries aérobies (elles se développent en l'absence
d'oxygène), qui se nourrissent des algues en décomposition, provoque la
disparition de l'oxygène, ainsi que la production de méthane et de sulfure
d'hydrogène. Le phénomène s’intensifie également quand la température
augmente, ce qui amène à une solubilité de l’oxygène qui diminue.
Il existe un phénomène proche qui peut toucher les eaux lacunaires : la
dystrophisation. Il résulte du rejet de matières organiques fermentescibles dans
les eaux ou de leur enrichissement par les minéraux nutritifs - nitrates et
phosphates - provenant de l’agriculture et des effluents domestiques rejetés.
Comme le renouvellement des eaux lacustres est évidemment beaucoup plus
lent que celui d’un cours d’eau, ces éléments nutritifs libérés directement ou
par l’intermédiaire de la dégradation de matières organiques vont provoquer
une prolifération du phytoplancton et des plantes aquatiques qui va elle-même
engendrer un véritable bouleversement des conditions écologiques du lac.
Une des méthodes consistant à réduire ce phénomène d’eutrophisation est le
brassage qui est un phénomène naturel mais rare (ayant lieu surtout les hivers
très froids) permettant la réoxygénation des couches profondes de l’eau. En été,
il se forme dans les lacs des couches de températures différentes qui ne se
mélangent pas entre elles, car la densité de l'eau est fonction de sa
température. Les couches les plus froides, donc lourdes, se trouvent au fond du
lac. Lors d'hivers très froids, la couche supérieure se refroidit et l'eau atteint
une densité plus élevée. Sous l'effet des vents, elle gagne le fond du lac en
créant des courants verticaux. Les eaux sont ainsi brassées.
Les autres conséquences :
- Empoisonnement et dégradation de la flore et de la faune par les toxiques
(ex : par les hydrocarbures en plus des nitrates et des phosphates)
- Radioactivité des eaux du fait du développement du déversement des résidus
radioactifs dangereux.
b) Les conséquences sur la santé
La France et la plupart des pays développés ont établi des lois et des normes
pour la qualité de l’eau potable.
Ce n’est pas le cas partout : les maladies provenant de l’eau polluée tuent
encore aujourd’hui des millions de personnes chaque année dans les pays
pauvres.
Il s’agit de maladies provoquées par le fait de boire cette eau polluée et des
maladies dues à un simple contact de la peau avec cette eau.
- Cancérigènes et toxique atteintes au foie, aux reins et au système nerveux
(pesticide, hydrocarbures, solvants, colorants)
- Maladies de la peau (champignons, solvants)
- Maladies diarrhéiques telles que la dysenterie, la typhoïde et le choléra
(bactérie, virus).
- Reproduction et/ou croissance perturbée fausse couche, baisse de fertilité,…
(engrais, colorants, solvants, métaux lourds).
III. LES SOLUTIONS POUR REMEDIER A CETTE POLLUTION
Comme le dit si bien le dicton : « Mieux vaut prévenir que guérir ». Ainsi, à
l'évidence, mieux vaut ne pas polluer que de chercher à réparer les effets de la
pollution. Il convient donc de lutter de manière individuelle mais aussi
collective, dans la mesure du possible, à la source même de celle-ci:
- Diminuer les sources de pollution (= les polluants).
- Diminuer notre consommation (= diminuer les traitements chimiques et les
infrastructures nécessaires).
- Réduire la dose de détergents (vaisselle, carrelage, agriculture).
- Utiliser des détergents qui respectent l’environnement (sans phosphates ni
décolorants).
- Eviter les engrais chimiques (nitrates), utiliser des engrais biologiques.
- Ne pas jeter des déchets dans l’eau (les trier).
- Ne pas jeter les huiles de vidange, huiles ménagères, herbicides et autres
rejets de produits polluants dans le réseau d'eaux usées (évier), une fosse
sceptique (toilettes) ou une rivière !
- Protéger de la pollution : assainir (= diminuer la concentration en matières
organiques).
- Faire une ACV (Analyse du Cycle de Vie) qui est une méthodologie qui permet
d’évaluer les impacts environnementaux d’un produit sur l’ensemble de son
cycle de vie. D’un côté, cette analyse permettra de prévenir les impacts qui
seront produits par toutes les opérations et installations nécessaires à la bonne
gestion du déchet (collecte, transport, traitement, recyclage,…) et d’un autre
côté elle permettra d’éviter, dans la mesure du possible, certains impacts.
- Utiliser de nouveaux procédés de traitement de l’eau plus « sain » comme
l’ultrafiltration et la nanofiltration (filtres constitués d’une membrane
permettant d’extraire physiquement les micropolluants).
La lutte contre la pollution de l’eau n’est pas toujours évidente car les produits
contaminants sont parfois difficiles à détecter : enfouis au fond des océans,
mélangés avec l’eau et donc invisibles à l’œil nu… Il arrive en outre qu’une
matière polluante ne produise ses effets toxiques que beaucoup plus tard, alors
qu’elles se sont déjà infiltrées très profondément dans le sol. La qualité de l’eau
dépend alors de la dissolution des polluants jusqu’à leur disparition totale.
Les Agences de l'eau apportent des conseils techniques aux élus, aux industriels
et aux agriculteurs. Elles leur fournissent des aides financières afin
d'entreprendre les travaux nécessaires à la lutte contre la pollution des eaux et
à la protection des ressources en eau permettant de sensibiliser financièrement
les pollueurs. Il y a notamment des taxes à la pollution de l’eau, qui ont été
mises en œuvre au niveau de la facture d’eau. Ces fonds sont ensuite
redistribués sous forme d'aides financières (prêts, subventions) aux collectivités
locales, aux industriels et aux agriculteurs pour la réalisation de travaux de lutte
contre la pollution (construction, extension ou amélioration des stations
d'épuration et des réseaux de collecte des eaux usées, mise en place de
procédés de production plus propres…).
En conclusion, l’eau, principal constituant des êtres vivants (60% du corps
humain), demeure l’élément indispensable à la vie. N’étant pas une ressource
inépuisable, elle doit donc faire l’objet d’une gestion équilibrée, c’est pour cela
que son contrôle est très surveillé et que les normes de qualité de l'eau potable
sont très rigoureuses. Celles-ci consistent en 64 paramètres divisées en 7
groupes et contrôlées régulièrement afin que sa qualité soit conforme aux
normes définies par le ministère de la Santé et le Parlement Européen. Elles
traduisent la mise en évidence des effets nocifs d’un élément (à court terme ou
à long terme) mais aussi des possibilités industrielles de la production et de la
distribution d’eau potable. Ces effets nocifs peuvent être dangereux pour la
santé et entraîner certaines répercutions plus ou moins dangereuses sur
l’homme et l’environnement. Il faut donc continuer à valoriser les divers
investissements permettant d’éduquer notre comportement envers son
utilisation.