Dans l’Etranger d’Albert Camus, le personnage de Meursault illustre la façon dont l'individu peut se
heurter aux attentes et aux règles imposées par la société. L’auteur évoque souvent l'absurdité de la
condition humaine et la manière dont les normes sociales peuvent être oppressives. Il est donc
quelque peu surprenant lorsque Bergson présuppose que l'effort de collectivité devient plus facile
pour les individus qui récoltent les fruits de leur subordination. Selon lui, la société ne peut
prospérer que si elle parvient à harmoniser l'autonomie individuelle avec les impératifs collectifs,
transformant ainsi les efforts individuels en avantages pour l'ensemble du groupe. En effet, il
affirme dans l’Energie Spirituelle que « la société, qui est la mise en commun des énergies
individuelles, bénéficie des efforts de tous et rend à tous leur effort plus facile. Elle ne peut subsister
que si elle se subordonne l’individu, elle ne peut progresser que si elle le laisse faire.» Cependant,
cette vision soulève des interrogations majeures quant à la nature de la liberté individuelle. En effet,
la soumission de l'individu à des structures sociales plutôt rigides peut conduire à une aliénation, où
l'authenticité et la créativité de l'individu seraient étouffées au profit d'une conformité imposée. A
priori, on pourrait aussi penser que le véritable progrès de la société dépendrait non pas de l'absence
de conflit entre l'individu et la communauté, mais de la capacité de l'individu à s'affirmer,
s’épanouir pleinement et à innover, même en opposition aux normes établies. Cette citation met
donc en évidence la tension entre deux nécessités pour la société : d’une part maintenir une forme
d’autorité pour garantir son unité; et de l’autre permettre aux individus d’exercer leur liberté pour
favoriser le progrès. Il s’agit donc ici de questionner si la subordination des individus au collectif
est réellement compatible avec leur liberté individuelle. Cette relation, a priori complémentaire, est
minée, travaillée par une inadéquation fondamentale : l’intérêt de la communauté n’équivaut pas à
la somme des intérêts particuliers. On se demandera donc est ce que la société peut réellement
évoluer tout en imposant des contraintes à l’individu risquant ainsi de freiner son épanouissement
et, par conséquent, d’entraver le progrès social ? Nous étayerons cette réflexion à l’aide du corpus
suivant: Les Sept contre Thèbes et Les Suppliantes d’Eschyle, Le Traité théologico-politique de
Baruch Spinoza ainsi que Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton.
Même si la subordination de l’individu à la société est indispensable pour maintenir la stabilité
sociale, un abus de celle-ci pourrait entraver la liberté créative des individus et freiner le progrès.
Ainsi, il serait plus judicieux de trouver un juste équilibre entre ces deux exigences, où la société
s’adapterait pour répondre aux besoins individuels sans sacrifier sa cohésion.
Premièrement, le corpus semble donner raison à Bergson en ce qui concerne l’importance
des normes et des règles partagées assurant le bon fonctionnement de la collectivité: la société
subsiste en soumettant les hommes à ces lois. Il y a une dynamique d’individualisation qui ne peut
se laisser comprendre sans le processus de rationalisation de la vie sociale qui l’accompagne. En
effet, il s’avère que les lois apportent une protection contre les comportements égoïstes qui
menacent l’harmonie collective. Ces structures sociales, bien établies, contribuent à maintenir
l'harmonie et la stabilité au sein des communautés garantissant ainsi une cohésion sociale. Un pacte
sociale est ainsi établi où chacun tire profit de l’autre. Enfin, Bergson avance que la société ‘’rend
leur effort plus facile’’ dans le sens où l'identité individuelle ne se construit jamais dans un
isolement total mais en interaction avec la communauté.
Tout d’abord, la liberté peut engendrer des abus si elle est exercée sans limite. En limitant la
liberté par des règles collectivement acceptées, la société permet à chacun de se sentir en sécurité et
de se projeter dans des projets à long terme. Ainsi, les normes sociales et les lois agissent comme un
rempart contre l’arbitraire individuel. Les contraintes sociales sont donc nécessaires pour tempérer
les excès de la liberté individuelle et préserver la paix. Dans Les Sept contre Thèbes, Eschyle met
en avant l'importance des lois et des règles notamment dans le cadre d'une société en guerre. Le
personnage d'Éteocle, qui défend Thèbes contre les assaillants, incarne l'idée que la préservation de
la ville et de ses valeurs repose sur le respect de l'autorité et des lois. Il affirme en ce sens que « la
loi est l'unique refuge des malheureux », soulignant que les lois sont essentielles afin de protéger les
citoyens contre l'anarchie et le chaos qui règnent en temps de conflit. Dans ce contexte, les règles
non seulement organisent la défense de la ville, mais renforcent également l'identité collective des
Thébains, prouvant que la soumission à une autorité commune est fondamentale pour la survie de la
communauté. Dans son Traité théologico-politique, Spinoza avance que « Le bien commun exige
que les citoyens obéissent aux lois. ». Il exprime ici l'idée que le respect des lois est nécessaire pour
le bien de la communauté. L’obéissance à ces règles, régulatrices des comportements individuels,
assure une harmonie collective et maintient l'ordre social. Quant à Edith Wharton, il explore les
normes sociales plutôt rigides de la haute société new-yorkaise du XIXe siècle. Le personnage de
Newland Archer se trouve en proie à un dilemme moral entre son désir d'amour et le respect des
conventions sociales. Wharton écrira ainsi que « les règles sont ce qui nous protège de la barbarie »,
indiquant ainsi que ces lois, bien que contraignantes, sont nécessaires pour préserver l'équilibre au
sein de la communauté. Ainsi, l’auteur souligne que la soumission à ces lois n'est pas seulement une
question de conformité, mais une condition nécessaire afin d’assurer la cohésion et le bien-être de la
collectivité. Ainsi, il apparaît clairement que les lois permettent de tempérer les passions
individuelles, de limiter les comportements égoïstes et de créer un espace de liberté collective où
chacun peut s’exprimer sans craindre les excès d'autrui. Dans ce sens, les contraintes sociales sont
perçues non comme des entraves à la liberté, mais comme des garanties de paix et de sécurité,
offrant une forme de liberté régulée tout en étant compatible avec le bien commun.
Ensuite, dans la construction de ce pacte social, les obligations s'imposent en échange des
droits accordés aux personnes dans leur communauté. Ceux-ci n'ont pas tous les droits mais c'est la
condition même pour que la vie collective soit supportable et profitable. Cependant, les individus ne
sont pas isolés dans les oeuvres, ils évoluent dans un milieu social et sont conscients de devoir
composer en fonction des règles et conventions d'un monde déjà présent, qui sont apparemment
immuables. Les droits et les devoirs qui gouvernent la vie des personnes sont donc le fruit d'un
compromis, d'un accord sur les conditions de la vie collective. Le pacte social est donc basé sur une
transaction : en bénéficiant de droits qui leur sont assurés, les individus doivent respecter des
exigences spécifiques, ne pas négliger leurs responsabilités dont la signification leur est inculquée
dès le début. Danaos est clair sur ce point : il incite ses filles à se démarquer, en les contraignant à
respecter les lois et les coutumes dissimulées de la vie dans leur ville natale, en contrepartie de la
protection et des habitations gracieusement accordées. Cette interdépendance entre les droits et les
devoirs, qui est au centre du lien communautaire, est révélée par Spinoza lorsqu'il analyse le cas de
l'État hébreu. Pour profiter de la tranquillité civile, chaque individu doit véritablement consentir à
participer à sa défense en faisant partie du personnel armé lors des conflits. Dans ce contexte, le
parcours d’Ellen est considéré comme une forme d’apprentissage. Wharton tire du roman initiatique
la structure de transformation d’un personnage face aux difficultés. Par conséquent, elle décide de
ne pas solliciter le divorce et est accueillie par les luxueuses demeures du cinquième avenue.
Aussi, La tension entre les impératifs sociaux et la quête d’autonomie montre que l’identité
individuelle est profondément influencée par les institutions qui, tout en limitant la liberté
personnelle, façonnent une identité collective. Elle se développe en interaction avec la communauté
qui nous entoure et qui impose normes, valeurs, et attentes. Chaque individu est façonné, parfois
inconsciemment, par les traditions, les règles morales, et les idéaux collectifs de son environnement.
« La ville est un corps unique ; et ce corps, je dois le défendre comme je défendrais le mien. »
Eschyle met ici en évidence l’assimilation de l’individu à sa communauté, où le citoyen est perçu
comme une partie intégrante de la cité. Le roi assume la responsabilité de défendre ce « corps »
commun, soulignant la fusion de l’identité personnelle avec celle de la ville. Cette vision collective
de l’identité montre que, dans l’Antiquité, l’individu se définit avant tout par son rôle dans la
communauté. L’identité d’Étéocle est profondément liée à celle de sa lignée, les Labdacides, et son
destin est scellé non seulement par les Dieux, mais aussi par l’héritage familial et culturel d’une
ville marquée par des conflits dynastiques. Cette communauté thébaine impose à Étéocle un rôle
auquel il ne peut échapper, façonnant son identité en tant que roi, guerrier, et martyr d’une cause
familiale tragique. Selon Spinoza, les religions imposent une vision du monde et un système moral
qui contraignent l'individu à une forme d'identité sociale, qu’il intègre souvent par conformisme ou
par peur de l'exclusion. Il dira même que « Nous n'agissons pas en vertu d'une pure liberté
individuelle, mais en fonction de la nécessité de la société. »: il y a bien une interdépendance entre
identité personnelle et appartenance communautaire, soulignant ainsi l'influence de la communauté
sur l’action individuelle. Plutôt que de vivre librement, l'individu est modelé par les exigences de la
société: notre identité n'est pas purement autonome mais profondément façonnée par les attentes
collectives. Les personnages, tels que Newland Archer et May Welland, se définissent avant tout par
leur position dans la société, et leurs choix sont limités par les attentes sociales de leur classe. «
Tout dans cette société semblait minutieusement organisé pour que l'individu se fonde dans la
masse. » Wharton dépeint ici une société aristocratique où les normes imposent un conformisme
extrême. Le protagoniste est tiraillé entre son désir d’autonomie et son attachement à l'identité que
lui impose cette communauté. Mais, lorsqu’il rencontre la comtesse Ellen Olenska, qui représente
une alternative à la rigide moralité de son cercle social, il commence à questionner son identité
sociale. Pourtant, sa peur de l’ostracisme et son attachement aux valeurs collectives finissent par
l’emprisonner dans un rôle qu’il aurait voulu fuir. Ainsi, Wharton montre comment la communauté
impose une identité que l’individu intègre souvent par résignation, soulignant la difficulté de
s'affranchir des influences sociales. Ainsi, que ce soit par les traditions familiales tragiques, les lois
religieuses et politiques, ou les conventions sociales, l’identité de l’individu est indissociable de la
communauté qui le nourrit et le restreint à la fois. L’identité individuelle se construit dans un
rapport de tension entre le besoin d’appartenance et le désir d’émancipation.
Toutefois, ce désir d’émancipation se retrouve souvent freiné par un abus des normes
sociales. L'idée que chaque individu possède une liberté de choix totale est une illusion séduisante
mais illusoire, tout comme l’aspiration à une autonomie totale. La société impose parfois un
conformisme extrême et des devoirs trop exigeants réfrénant l’expression personnelle et
l’épanouissement de l’individu.
En réalité, l’individu est souvent influencé, voire déterminé, par les normes, valeurs, et
structures de la société dans laquelle il évolue. Ces influences, bien que souvent invisibles,
façonnent les décisions et les comportements, érodant ainsi la notion d'une indépendance
individuelle absolue. Wharton dépeint le personnage de Newland Archer comme un homme
prisonnier des attentes sociales de la haute société new-yorkaise. Bien qu'il aspire à l'indépendance,
notamment par son attirance pour la comtesse Ellen Olenska, Archer va découvrir que ses choix
sont dictés par les conventions sociales. Wharton écrit : « Les choix d’Archer ne lui appartenaient
jamais vraiment. » Cela souligne l’illusion dans laquelle vit Archer, persuadé de son autonomie
alors qu’il se conforme, souvent inconsciemment, aux normes qui gouvernent son milieu. L’auteure
montre ainsi que la société impose subtilement des contraintes aux individus, leur faisant croire
qu'ils sont libres, alors qu'ils suivent des codes profondément enracinés. L'indépendance d'Archer
est un mirage, car sa communauté new-yorkaise façonne son identité et ses choix à un degré tel qu'il
ne peut échapper à ses obligations sociales sans subir une forme d'exclusion. Cette œuvre démontre
que la quête d’autonomie peut être compromise par l’emprise d’une société conservatrice qui
contraint ses membres dans des rôles sociaux prédéterminés. Spinoza, lui, va plus loin en affirmant
que même lorsque les individus croient agir de manière indépendante, ils obéissent en réalité à des
structures sociales sous-jacentes. Il écrit ainsi que « Chacun pense agir par sa propre puissance et
par sa volonté propre, mais il obéit en réalité aux règles invisibles de la société. » Par cette phrase,
Spinoza introduit le concept de déterminisme social, selon lequel les choix personnels ne sont pas
réellement autonomes, mais plutôt le résultat d’influences collectives inconscientes. Selon lui, la
société façonne les pensées, désirs et actions des individus au point que leur liberté devient un
artefact de ces influences externes. Le philosophe remet donc en question la conception classique de
l’individu en tant qu’être entièrement autonome, suggérant que l’identité et la volonté individuelle
sont construites en grande partie par des forces sociales et culturelles. Cette perspective invite à
reconsidérer la liberté individuelle comme une construction fragile et partiellement illusoire,
constamment influencée et limitée par les institutions, les croyances, et les traditions collectives.
Dans Les Suppliantes, Eschyle met en scène les Danaïdes, un groupe de femmes qui, bien
qu’aspirant à une indépendance et à un destin choisi, se trouvent inéluctablement liées par leur
destin collectif. L'une des Danaïdes exprime cette prise de conscience : « Nous sommes toutes liées
par un destin commun, même si nous désirons nous en détacher. » Cela révèle que l’identité
individuelle des Danaïdes est indissociable de leur appartenance au groupe et de leur héritage
culturel et familial. Cependant, échapper à leur destinée collective et aux obligations imposées par
leur communauté est impossible, car leur identité même est imbriquée dans un réseau de liens
sociaux et religieux qui les dépasse. Eschyle souligne ainsi l’impuissance des individus face aux
forces communautaires qui façonnent leurs vies, malgré leurs désirs de liberté personnelle. Par cette
œuvre, il démontre que l'indépendance individuelle n’est qu'une illusion lorsque le poids de la
tradition et des obligations sociales est trop fort pour être ignoré. Ainsi, la liberté individuelle pure
apparaît comme un mythe, constamment remis en cause par les normes, valeurs, et attentes de la
communauté: la tension entre la quête de liberté et l'influence sociale souligne que l'individu,
malgré ses aspirations, est souvent prisonnier de son appartenance à la communauté.
Le souci réside également dans le fait que la relation entre les droits et les devoirs se
transforme, le respect de ces derniers ne garantissant plus l'accès aux premiers, car les individus
sont contraints d'abandonner leurs droits en fonction du devoir. Ce mouvement se produit à l'insu
des individus, un aspect que Wharton exhibe de manière remarquable en exploitant, comme dans le
théâtre, les effets de la ironie. Seulement lors du dîner de départ d'Ellen, Newland Archer découvre
qu'elle et lui ont été reconnus coupables d'adultère et condamnés à la séparation au nom d'un régime
moral conservateur. Aucune voix n'a été accordée ni à lui, ni à Ellen dans le chapitre, car leur procès
a eu lieu en secret. Archer ressent le devoir envers sa famille comme un poids qui restreint sa liberté
de choix. « Parfois, il avait l'impression que son devoir envers sa famille étouffait son véritable
désir.» Wharton dénonce ici l’oppression subtile du devoir familial, qui confine l'individu dans un
rôle qu'il n’a pas nécessairement choisi, illustrant le dilemme entre les aspirations individuelles et
les attentes collectives. Quant à Eschyle, il met en scène les Danaïdes, contraintes par une nécessité
sociale qui va à l’encontre de leur désir d’autonomie.« Filles, que feriez-vous si la nécessité vous
commandait ce que vous ne désirez pas ? » La tragédie éclaire ici la difficulté de concilier les
aspirations individuelles avec les impératifs sociaux, illustrant que l’appartenance communautaire
impose des sacrifices personnels. Ce dilemme montre comment la société, en imposant des devoirs,
limite souvent la liberté de l’individu.
Ce déséquilibre entre droits et devoirs trop exigeants se traduit par le fait que la communauté
détériore les fondations sur lesquelles elle repose. C'est la signification que Spinoza donne à la fable
du voleur. En réalité, celui qui arrache une promesse à sa victime ne gagne rien, un tel accord est
inutile. Le philosophe agit par réduction, en modifiant le degré pour comprendre la erreur politique
commise par l'État qui ne considère que son propre intérêt et néglige le droit des individus. Eschyle
examine cet effet néfaste qui transforme le recours rigide au devoir en un levier pour détruire l'ordre
communautaire. Les Egyptiades s'opposent au pouvoir qu'ils souhaitaient vivement consolider en
défendant leurs aspirations liées au mariage. En utilisant des comparaisons basées sur le bestiaire
pour les métamorphoser, les Danaïdes révèlent la tragédie derrière leur engagement féminin : les
Égyptiades agissent comme des prédateurs qui les persécutent et les métamorphosent en oiseaux
migrateurs. L'illusion d'une entité politique supérieure s'effondre, submergée par le désir dévorateur
des fils d'Égyptos. Dans Les Sept contre Thèbes, Étéocle ne peut qu'être affecté en combattant
Polynice pour sauvegarder la ville, le danger d'exposer constamment Thèbes aux répercussions des
aventures de l'Œdipodie. Wharton, de son côté, caractérise une société stagnante et étouffée, en
mettant l'accent sur la satire des repas monotones organisés par les Van der Luyden. Seule Ellen, en
tant qu'étrangère franchit le silence et se permet de plaisanter avec Newland sur ce point.
Cependant, son observation se base plus sur le diagnostic que sur la plaisanterie : en imposant des
obligations de toutes sortes au nom du bon goût, la chaleur humaine disparaît de ce qui est
désormais uniquement une célébration personnelle.
Au terme de ces réflexions, il paraît évident que cette subordination a risqué plus d’une fois
d’étouffer les énergies individuelles qui sont pourtant essentielles pour le progrès. En contraignant
trop les individus, la société n’affaiblit quelque peu leur capacité à innover et à prendre des
initiatives.
Partie 3 exemples :
-Spinoza, Traité théologico-politique : « La liberté, pour un individu, n’est rien d’autre que la
capacité à obéir aux lois de sa propre nature. »
Spinoza relie la liberté à l’obéissance à soi-même plutôt qu’à l’absence de contraintes
externes. Cette vision de la liberté met en évidence le fait que l’individu n’est libre qu’en respectant
les « lois de sa propre nature », qui sont néanmoins influencées par la communauté. Ainsi, la vraie
liberté ne se trouve pas dans la rébellion contre les normes sociales, mais dans la capacité de
l'individu à harmoniser ses désirs et ses actions avec les exigences rationnelles de la vie en
communauté.
Dans Le Traité théologico-politique, Spinoza aborde la nécessité des lois d'une manière plus
philosophique, plaidant pour un État régi par des lois rationnelles qui assurent la paix et la sécurité.
Spinoza affirme que « le meilleur État est celui où l'individu jouit de la plus grande liberté, tant qu'il
n'empiète pas sur la liberté des autres ». Cette déclaration illustre l'importance des lois comme
mécanisme permettant de concilier la liberté individuelle avec le bien commun. Les lois établissent
des frontières qui préservent la liberté de chacun tout en maintenant l'ordre social. Par conséquent,
Spinoza démontre que sans un cadre légal, la société risquerait de sombrer dans le désordre et le
conflit, ce qui compromettrait la cohésion sociale.
L’équilibre entre identité personnelle et appartenance collective
-Wharton, Le Temps de l'innocence: « Archer comprit qu’il ne pourrait jamais vivre en dehors de ce
cercle sans perdre une partie de lui-même. »
Wharton souligne ici la dépendance réciproque entre l’identité individuelle et la
communauté. L’appartenance sociale devient une composante de l’identité personnelle, révélant que
l’individu a besoin du collectif pour se définir, malgré les concessions qu’il doit faire.
-Spinoza,Traité théologico-politique: « L’homme doit apprendre à naviguer entre ses désirs et les
nécessités sociales. »
Pour Spinoza, l’équilibre entre les désirs individuels et les contraintes de la société est
essentiel pour l’épanouissement personnel. Cette tension souligne l’importance de l’adaptation pour
préserver l’individualité tout en respectant les exigences communautaires.
-Eschyle, Les Suppliantes: « Nous sommes à la fois libres et liés, chaque pas est un choix entre
notre volonté et celle de la cité. »
Eschyle exprime la dualité entre liberté et appartenance, montrant que l’individu est toujours
en équilibre entre son autonomie et sa place dans la communauté. Cette citation invite à réfléchir
sur la complexité de l’identité humaine, qui n’est jamais complètement détachée du collectif.
La solidarité et la protection des valeurs communes
-Eschyle, Les Suppliantes : « Nous sommes unis par un serment, et c’est ce lien qui nous sauvera. »
Dans ce passage, Eschyle montre que la solidarité est essentielle à la survie de la
communauté. Le serment partagé lie les individus, démontrant que les valeurs communes assurent
la cohésion et la protection de chaque membre, tout en imposant des responsabilités réciproques.
-Spinoza, Traité théologico-politique : « La vertu d’un homme ne peut s’accomplir que dans sa
relation aux autres. »
Spinoza insiste sur l’importance de la communauté pour le développement de la vertu. La
solidarité, en tant que valeur collective, devient ici un fondement de l’épanouissement individuel,
montrant que l’accomplissement personnel est indissociable du soutien communautaire.
-Wharton, Le Temps de l'innocence : « La société new-yorkaise formait un cercle protecteur, mais
oppressant, autour de ses membres. »
Pour Wharton, la solidarité au sein de la haute société protège les individus, mais cette
protection se fait au prix de la liberté personnelle. La communauté devient une force stabilisante,
mais aussi une source de contrainte, montrant ainsi l’ambivalence de l’appartenance sociale.