REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOGRAPHIQUE ET POPULAIRE
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
UNIVERSITE BADJI MOKHTAR-ANNABA-
FACULTE DE MEDECINE -ANNABA-
DEPARTEMENT DE MEDECINE
SERVICE MEDECINE DU TRAVAIL
Polycopié à l’usage des étudiants de sixième année
LES DERMATOSES PROFESSIONNELLES
Dr BAHMED Amel
Maître de Conférence A
Médecine du travail
Plan
I. Généralités
II. Dermatoses dues à des agents chimiques
III. Dermatoses dues à des agents physiques
IV. Dermatoses dues à des agents vivants
V. Diagnostique d’une dermatose professionnelle
VI. Prévention
VII. Réparation
Bibliographie
I. Généralités
Définition :
La définition communément admise désigne les dermatoses professionnelles comme « les affections
cutanées qui résultent en totalité ou en partie des conditions de travail ».
Cette définition englobe donc d’une part les dermatoses strictement liées aux conditions de travail et d’autre
part les dermatoses aggravées lors de l’exercice professionnel.
Fréquence :
Autrefois très fréquentes, les dermatoses professionnelles accusent une forte tendance à la régression depuis
une cinquantaine d’années [5].
Elles concernent la plupart des professions manuelles, particulièrement les métiers en relation avec le
nettoyage et l’entretien, le BTP, les soins infirmiers, la peinture, la coiffure, la métallurgie et l’usinage des
métaux, l’élevage et l’agriculture [1].
Classification :
La classification des dermatoses professionnelles selon les agents en cause est actuellement préférée :
- Dermatoses dues à des agents chimiques : dermatites d'irritation, dermatites de contact allergiques,
urticaires de contact et autres dermatoses ;
- Dermatoses dues à des agents physiques : mécaniques, ambiances hygrothermiques (chaleur, froid),
rayonnements, vibrations ;
- Dermatoses dues à des agents vivants : virus, bactéries, champignons, parasites.
I. Dermatoses dues à des agents chimiques
1. Dermatoses d'irritation
1.1. Brûlures chimiques
Elles résultent d’un contact avec des acides forts (acide chlorhydrique ou phosphorique par exemple) ou des
alcalins (soude caustique). Les ciments à prise rapide peuvent engendrer des brûlures graves [2,3].
1.2. Dermatites d’irritation aigues
Les dermatites d’irritation sont les plus fréquentes. Elles atteignent les doigts et les mains, siège d’un placard
érythémateux pouvant s’aggraver par des lésions bulleuses.
Les agents responsables sont nombreux : détergents, hypochlorite de sodium (eau de Javel), les carbonates
alcalins, solvants ... Les milieux humides et les contacts prolongés avec de l’eau fragilisent la couche cornée
de l’épiderme et favorise l’irritation.
1.3. Dermatites d’usure et d'irritation chroniques :
Deux exemples classiques :
Dermatite des ménagères : due à l'agression chimique répétée de la peau par des irritants mineurs tels que
des détergents, des agents mouillants, des solvants organiques, des acides et alcalins dilués. Il s’agit d’une
dermatite des pulpes des doigts, puis des paumes des mains, d’aspect sec, finement squameux puis fissuraire.
Lorsque ces agressions chimiques surviennent en association avec des traumatismes physiques répétés
(frottement), une dermatite d’usure peut apparaitre avec disparition des empreintes digitales.
Dermatite du cimentier : due à l’action caustique des ciments, aggravée par le lavage des mains avec des
détergents et une action traumatique liée à la manipulation de briques et parpaings, conduisant à des
ulcérations parfois profondes.
2. Dermatoses allergiques.
Elles constituent les allergies les plus fréquentes en milieu de travail.
2.1. Eczémas
Les principaux allergènes professionnels retrouvés en pathologie professionnelle sont :
Métaux :
- Chrome ou sels de chrome contenus dans les ciments, les cuirs, les colorants ou les huiles
industrielles ;
- Nickel ;
- Mercure et dérivés mercuriels.
Antiseptiques, désinfectants et antibiotiques :
- Formaldéhyde (formol) ;
- Glutaraldéhyde ;
- Chloréxydine et hexamidine ;
- Bêtalactamines (pénicillines, oxacilline, ampicilline, amoxicilline) et céphalosporines) .
Huiles industrielles : huiles de coupe, de graissage et de refroidissement.
Solvants organiques.
Latex (ou caoutchouc naturel).
Matières plastiques : résines époxy, résines acryliques et résines phénoliques (colles).
Colorants organiques : PPD ou paraphénylènediamine utilisée en coiffure pour les teintures capillaires.
Allergènes végétaux, plantes, bois tropicaux et goudrons de bois
Protéines et enzymes : affectant surtout les personnels de la restauration et de l'alimentation.
2.2. Urticaire
L'urticaire est une éruption prurigineuse faite de papules érythémateuses, apparaissant rapidement après
contact avec l’allergène. D’abord localisée à la zone de contact, l’urticaire peut s’étendre en quelques
minutes et s’accompagner d’un œdème de Quincke, un asthme, des manifestations digestives ou d’une
réaction anaphylactique.
Parmi les formes étiologiques, citons :
- L’urticaire au latex [4] observée en milieu de soins après utilisation de gants et de consommables
tels que sondes, cathéter … ;
- L’urticaire aux protéines végétales ou animales (épices, ail, viandes de mouton, poulet, poisson
etc...) ;
- L’urticaire au dichlorométhane (chlorure de méthylène utilisé comme solvant de nettoyage).
3. Autres dermatoses :
- Acné professionnelle : parmi les substances incriminées, on distingue, les huiles industrielles et les
hydrocarbures aromatiques chlorés (chlorophénols, dioxine)...
- Pigeonneaux : ulcérations torpides des doigts et des mains avec bourrelets hyperkératosiques entourant
ces ulcérations, en général dus au chrome et à l’arsenic.
- Cancers cutanés : Arsenic, (3,4) benzopyrène et dibenzoanthracène (contenus dans les goudrons, la
suie et les huiles usagées).
II. Dermatoses dues à des agents physiques
1. Agents mécaniques
Callosités :
Pénétration de corps étrangers :
- Tatouage (particules de fer, d'argent).
- Granulome à corps étrangers : par pénétration de particules de charbon, de silice.
- Dermite de fibres de verre (éruption très prurigineuse faite de petites papules érythémateuses surtout
folliculaires qui apparaissent deux ou trois heures après le début du travail).
- Trichogranulome des coiffeurs : petits nodules inflammatoires et douloureux dus à la pénétration de
fragments de cheveux dans la peau entre les espaces interdigitaux.
2. Chaleur et froid
Dermites dues à la chaleur
On retrouve :
- Brûlures ;
- Urticaire de contact à la chaleur ;
- Dermite des chaufferettes lors de l'exposition aux infra-rouges : pigmentation ocre brune associée à
des télangiectasies donnant un aspect réticulé de la peau et retrouvée chez les fondeurs et les
forgerons.
Dermites dues au froid
Une surexposition au froid peut entrainer :
- Gelures,
- Engelures qui correspondent à des placards érythémato- cyanotiques infiltrés,
- Urticaires au froid ou des panniculites au froid (hypodermite violacée douloureuse).
3. Rayonnements
3.1. Ultraviolets
L’exposition aux UV peut être responsable de :
- Kératoses actiniques fréquemment observées chez les sujets travaillant au soleil (marins, agriculteurs...).
Elles se présentent sous un aspect rugueux de la peau, jaune-brun et peuvent évoluer vers un carcinome
spinocellulaire.
- Photosensibilisation chez des individus en cours de traitement par certaines substances (tétracyclines
par exemple).
3.2. Rayonnements ionisants
On distingue les radiodermites aigües (brûlures) et les radiodermites chroniques (sclérose et atrophie de la
peau, associées à des télangiectasies, une pigmentation ocre-brune) pouvant dégénérer.
III. Dermatoses professionnelles dues à des agents vivants
1. Dermatoses d'origine virale
Herpès digital : éruptions vésiculeuses translucides sur fond érythémateux, prurigineuses, affectant le
personnel soignant en contact répété avec la salive ou les sécrétions pharyngolaryngées ou bronchiques des
patients.
Nodule des trayeurs : élément saillant de couleur violacée et finement squameux dû à un pox virus.
2. Dermatoses d'origine bactérienne
Surinfections des dermites professionnelles : eczéma impétiginisé du maçon, staphylococcie cutanée,
pyodermite…
Tuberculose cutanée.
Charbon : macule rougeâtre évoluant rapidement vers une vésicule prurigineuse puis une pustule associée
à une adénopathie douloureuse, accompagnée de fièvre.
Tularémie : nodule ulcéré au point d'inoculation accompagné d'une adénopathie satellite douloureuse.
Brucellose : dermatose allergique aux antigènes brucelliens chez les personnes en contact avec des animaux
infectés (vétérinaires, fermiers).
3. Dermatoses d'origine mycosique
Pied d'athlète : retrouvé dans les professions nécessitant le port de chaussures de sécurité.
Dermatophyties : chez les fermiers, les agronomes, les mineurs, les vétérinaires.
Onycomycose : chez les employés d'abattoirs en contact avec les animaux.
4. Dermatoses d'origine parasitaire
Gale : chez les vétérinaires, fermiers, palefreniers, employés de chenil...
Borréliose ou maladie de Lyme : due à un spirochète transmis par les tiques. Elle touche surtout les
professionnels de la forêt (forestiers, bûcherons). Cliniquement, il s’agit d’une macule à bords surélevés
associée à des signes généraux, neurologiques, cardiaques ou articulaires, parfois un lymphadénome bénin.
IV- Diagnostic :
A-interrogatoire +++
- Le terrain atopique personnel et familial.
➢ Les antécédents dermatologiques
➢ L’ancienneté des lésions : date de début, nombre des poussées antérieures, localisation initiale.
➢ Autres signes associés
➢ Sources d’expositions extraprofessionnelles : activités de loisir, produits cosmétiques, médication
➢ Signes associés : conjonctivite, rhinite, asthme …
➢ Activités annexes et extra-professionnelles : bricolage, jardinage, cosmétiques, bijoux...
B- Enquête professionnelle
- Poste de travail (actuel et antérieur)
- Ancienneté au travail : durée d’exposition
- Établir le lien avec l'activité professionnelle
Produits manipulés (liste, concentration et fréquence),
Procédés de travail (les opérations, les conditions),
Amélioration pendant les périodes de repos et réapparition à la reprise du travail. : périodicité par
rapport au travail
- Coexistence chez d’autres travailleurs : Caractère collectif ou individuel
- EPI: équipements de protection individuels
C- Diagnostic étiologique
Manipulation de produits chimiques : nature des produits, fréquence, quantité, ancienneté
d’utilisation, techniques d’utilisation, moyens de protection
Agents physiques : ambiance thermique, radiation,
Manipulation d’agents biologiques
D-Diagnostic dermatologique
Dermite d'irritation Dermite allergique
Caractère collectif Caractère non collectif
Ne dépend pas de facteurs immunologiques Mécanisme immunologique allergique de type
4
Siège strictement limitée à la zone de contact Siège en fonction des produits manipulés
(bords nets) (bords émiettés)
Pas de lésions à distance S'étendre au-delà de la zone de contact,
Xérose avec fine desquamation et disparition Phase aigüe (érythème, vésicules, œdème,
des empreintes digitales bulles, suintement, croûte et desquamation)
Brûlure Prurit
Une hyperkératose réactionnelle, des Eczéma chronique (placards érythémato-
crevasses squameux mal délimités, prurigineux)
Tests épicutanés négatifs Tests épicutanés positifs
E- Examen clinique :
Un examen approfondi de la peau est essentiel pour évaluer les caractéristiques des lésions
cutanées
- Aspect des lésions, la couleur
- Localisation des lésions
- Evolution des lésions
- Signes fonctionnels ressentis : prurit / brûlures – cuisson
- Autres signes associés
F- Examens complémentaires
- Tests cutanés
1. Épidermo-tests (test épicutanés ou patch tests)
2. Les open-tests
3. Les Prick-tests
- Ig E sérique
- Examens mycologiques
V- Prévention
1. Prévention technique :
Elle repose principalement sur la substitution des produits à risque et la suppression ou la
réduction des contacts cutanés avec les produits irritants ou allergisants.
Diverses mesures sont préconisées :
- Travail en système clos supprimant tout contact entre les opérateurs et les produits
utilisés ;
- Utilisation d’outils de préhension (pinces) pour éviter le contact direct des mains ;
6
- Installation de système de protection des machines-outils contre les projections de
fluides d’usinage afin de réduire les risques d’éclaboussures ;
- Installation de systèmes d’aspiration à la source, ventilation et aération des lieux de
travail ;
- Maintien des lieux et plans de travail dans un état de propreté pour éviter le contact
cutané intempestif avec des produits souillant les surfaces ;
- Respect des procédures de stockage afin de prévenir les fuites et les déversements sur
le sol de produits dangereux.
2. Prévention individuelle :
- Utilisation de gants de protection adaptés au risque : le port de gants adéquats constitue
une mesure importante dans la prévention des dermatoses professionnelles. Le type de
gants doit être choisi en fonction des risques (risques mécaniques, risques chimiques et
microbiologiques et risques thermiques …) ;
- Port de vêtements de protection pour éviter les contacts cutanés suite aux projections et
aux éclaboussures de produits chimiques (les manches courtes seront proscrites pour ne
pas exposer les avants –bras) ;
- Port de vêtements de travail imperméables aux huiles ;
- Utilisation de blouses et de tabliers et éventuellement de manchettes de protection ;
- Lavage fréquent des vêtements de travail ;
- Hygiène individuelle : lavage des mains avec un savon neutre (jamais de savons
alcalins) ;
- Utilisation de crèmes protectrices adaptées.
3. Formation et information du personnel :
- Apprentissage de gestes professionnels corrects ;
- Interdiction de certaines pratiques dangereuses comme se rincer les mains avec des solvants;
- Information sur les risques et dangers.
4. Prévention médicale :
- A l'embauche, écarter les travailleurs présentant une allergie cutanée des postes exposant
aux substances connues pour leur pouvoir allergisant ;
- Dépistage et traitement des irritations cutanées qui prédisposent à l'allergie ;
- Dépistage précoce des allergies cutanées suivi de changement de poste.
V. Réparation
De nombreux tableaux réparent les dermatoses professionnelles. Le tableau N°64 répare
spécifiquement les lésions eczématiformes de mécanisme allergique.
Bibliographie
1. GERAUT C., TRIPODI D. Dermatoses professionnelles. EMC Toxicologie - Pathologie
professionnelle, Elsevier Masson SAS, Paris,16-533-A-10, 2006.
2. GERAUT C. FRIMAT P. Dermatoses des utilisateurs de ciments. Arch Mal Prof 1993;
54:312-4.
3. FRIMAT P. Dermatoses professionnelles dans le bâtiment et les travaux publics. Rev Prat
2002;52:1433-8.
4. BARBAUD A. Dermatoses professionnelles du personnel soignant. Rev Prat
2002;52:1425-32.
5. LACHAPELLE JM, FRIMAT P, TENNSTEDT D, DUCOMBS G. Précis de dermatologie
professionnelle et de l’environnement. Masson Paris, 1992.