Année Universitaire 2024‐2025
3 LSC 1 – 3 LSC 2
Module : Economie monétaire
Enseignant : Mr. Kaies SAMET
TD N°1
Le texte suivant est un extrait de l’ouvrage « La monnaie et la politique monétaire », Faugère,
J.P., Editions Seuil, Collection Mémo, Paris.
Qu’est-ce-que la monnaie ?
I. La nature de la monnaie
a. La monnaie est un bien ou un actif…
La monnaie peut être une marchandise, lorsque la société choisit d’attribuer à un bien
la qualité d’une monnaie, mais le développement de la monnaie bancaire débouche sur de
nouvelles formes de monnaie : la monnaie est un actif, une créance liquide détenue par les
agents économiques.
Les actifs monétaires constituent l’une des formes de détention de leur patrimoine des
agents :
- Ils opèrent un arbitrage entre monnaie et biens, comme le montre l’effet d’encaisse réelle :
les agents qui disposent de trop de monnaie achètent des biens ;
- par ailleurs, ils effectuent un arbitrage entre actifs monétaires et actifs financiers, comme le
montre l’analyse keynésienne.
b. … dont les formes et les modes d’émission varient…
La monnaie est une institution sociale fortement dépendante du contexte dans lequel
elle s’inscrit.
Les formes de monnaie des sociétés traditionnelles (coquillages, sel, …) sont
différentes de celles des sociétés du capitalisme libéral (métal précieux) et des formes
contemporaines (avoirs bancaires, billets, …).
De cette différence de forme résulte une différence dans les modes d’émission et dans
le pouvoir de création de monnaie, qui peut incomber au souverain, aux possesseurs de métal
précieux, aux banques, etc.
Plus fondamentalement, les sociétés se distinguent selon la place qu’elles attribuent à
l’échange marchand : si certaines sociétés traditionnelles accordent peu d’importance à
l’échange marchand, en raison de la place occupée par le troc et le don, les sociétés modernes
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reposent sur les échanges marchands généralisés qui n’excluent pas des activités non
marchandes (à l’intérieur de la cellule familiale ou de l’entreprise).
c. … qui est accepté..
La monnaie repose sur la confiance que lui accordent les agents économiques.
Une crise de confiance dans la monnaie se traduit par un échange de monnaie contre des actifs
financiers, de biens ou de devises étrangères. La « fuite devant la monnaie » induit une
dépréciation de la monnaie, qui peut être interne ou externe.
La dépréciation provient du remplacement de la monnaie par des biens :
appréhendant une nouvelle hausse des prix, les agents accélèrent leurs achats, ce qui accentue
le processus d’inflation. La dépréciation interne s’exprime par la perte de pouvoir d’achat de
la monnaie, par la hausse des prix des biens.
La dépréciation externe est entrainée par la substitution de devises à la monnaie
nationale. Les opérateurs cèdent leurs actifs en monnaie nationale (dinars) et acquièrent des
actifs en monnaie tierce (le dollar par exemple). Là aussi, les prévisions sont auto-
réalisatrices : si les opérateurs s’attendent à une baisse du dinar, ils provoquent par leurs
opérations une telle baisse. La dépréciation externe s’exprime par une dévalorisation de la
monnaie par rapport au reste du monde, par une baisse du taux de change.
d. …. sur un espace…
La monnaie est acceptée sur un espace qui, en principe, est l’espace national : un Etat-
nation, une monnaie. Toutefois, dans les unions monétaires, une monnaie est commune à
plusieurs Etats. Il peut arriver aussi que, sur un même espace national, coexistent différentes
monnaies ; c’est le cas de certains pays qui subissent des effets de domination d’une monnaie
étrangère (« dollarisation » dans certains pays du tiers monde). Toutefois, la cohabitation de
différentes monnaies sur un même espace peut inciter les agents économiques à conserver la
meilleure et céder la moins bonne, alors « la mauvaise monnaie chasse la bonne » (Loi de
Gresham).
e. … pour l’évaluation et le règlement des échanges…
La monnaie joue bien évidemment un rôle fondamental dans l’échange marchand,
puisqu’elle fournit à la fois un instrument de mesure et une contrepartie de l’échange.
f. … et la constitution de réserves…
Des auteurs, Keynes en particulier, ont souligné le rôle que pouvait jouer la monnaie
comme instrument de réserve. La monnaie constitue alors, au même titre que les actifs
financiers, une forme de patrimoine. L’importance des encaisses est liée au taux d’intérêt.
g. … C’est donc un actif liquide, aux frontières floues et changeantes
La monnaie est un actif qui présente la particularité d’être immédiatement utilisable
dans l’échange, c’est donc un actif liquide. Mais, la liquidité comporte des degrés ; c’est la
raison pour laquelle les agrégats monétaires sont multiples (incorporant progressivement des
actifs moins liquides) et variables au cours du temps.
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II. La dynamique monétaire
a. La monnaie doit être saisie dans son mouvement de création-destruction…
La monnaie ne doit pas être envisagée comme un stock immuable : l’ensemble des
moyens de paiement, à un moment donné, dans une société, résultant d’un flux incessant de
création et de destruction de signes monétaires. Ces mouvements sont étroitement liés à ceux
de l’économie.
b. … étroitement lié au processus de crédit…
La création de signes monétaires s’opère principalement par le crédit : la création de
monnaie par les banques est une anticipation sur les richesses à venir. Les entreprises grâce au
crédit, distribuent des revenus qui permettent d’acheter les biens à venir.
c. … sans que l’on puisse associer strictement crédit et création de monnaie…
La création de monnaie peut provenir d’autres opérations que le crédit, lorsque les
banques achètent des devises à leur clientèle.
En sens inverse, le crédit ne s’accompagne pas nécessairement d’une création de
monnaie : lorsque le crédit est financé par une épargne préexistante, il ne participe pas à la
croissance de la masse monétaire.
d. … La croissance est en relation d’interdépendance avec l’évolution de la
production et des prix
De façon comptable, et donc incontestable, l’équation des échanges MV = PT est
vérifiée. En l’absence de toute hypothèse particulière, elle signifie que la croissance de la
masse monétaire est égale à la croissance de la production en valeur (croissance en volume et
hausse des prix), corrigée des variations de la hausse de la vitesse de circulation de la
monnaie.
Pour la théorie quantitative de la monnaie, P, le niveau général des prix, est la variable
endogène déterminée dans le cadre de l’équation.
Pour Keynes, l’ajustement peut s’opérer par la variable T, le niveau de production, qui
influe sur le niveau de l’emploi, comme sur la variable, le niveau général des prix.
Toutefois, on peut se demander si la variable M ne peut pas être considérée comme
endogène, dépendante de la production et des prix : dans ce cas, la croissance de la masse
monétaire n’est pas un processus exogène, purement dépendant de la volonté des autorités
monétaires, mais elle peut être reliée à la production et à la hausse des prix.
III. La monnaie au cœur des mécanismes économiques
a. Si personne ne conteste son rôle dans l’échange…
Le rôle joué par la monnaie comme instrument d’homogénéisation des valeurs des
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biens et des services et comme contrepartie de l’échange fait l’objet d’un consensus entre tous
les courants théoriques.
b. en revanche, la référence dichotomique est permanente…
De Bodin, à la nouvelle école classique en passant par Fisher et Pigou, il existe une
forte tradition selon laquelle les équilibres réels sont indépendants de la monnaie.
c. … mais discutable
D’autres courants théoriques pendent en revanche que la monnaie « compte »
(« money matters ») et qu’elle influe sur les variables réelles :
- Le taux d’intérêt, qui oriente les niveaux de production, d’investissement et d’emploi, est
dépendant des décisions des autorités monétaires ;
- en période d’inflation, les prix relatifs ne restent pas inchangés, en raison de l’inégale
capacité des agents économiques à défendre leurs revenus réels et à maintenir les prix
relatifs ;
- l’illusion monétaire existe : les agents économiques peuvent être « trompés », au moins
pendant un certain temps.
Travail à faire :
Les étudiants sont invités à commenter et discuter les principales idées du texte en
répondant aux questions suivantes :
1. Les limites du troc.
2. Expliquer pourquoi la monnaie est considérée comme une institution sociale.
3. Expliquer comment la monnaie contemporaine est complètement dématérialisée.
4. Expliquer la nature fiduciaire de toute monnaie.
5. La théorie quantitative de la monnaie et la question de la neutralité de la monnaie.
6. Présenter brièvement l’analyse keynésienne de la demande de monnaie.