Poly Cdac 2018 Commented
Poly Cdac 2018 Commented
Licence de Mathématiques
Université Lyon 1
Dragoş Iftimie
2 Courbes paramétrées 9
2.1 Définitions et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Allure d’une courbe plane . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.3 Remarques sur les courbes gauches . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.4 Courbes planes définies par une équation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3 Séries entières 11
3.1 Définition, rayon de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.2 Somme et produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
4 Fonctions holomorphes 13
4.1 Définitions, généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
4.2 Exponentielle, fonctions trigonométriques, logarithme . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.3 Intégration complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
4.4 Indice d’un point par rapport à un lacet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
4.5 Théorème et formules de Cauchy. Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
4.6 Analyticité des fonctions holomorphes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
4.7 Principe des zéros isolés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
4.8 Principe du maximum . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.9 Séries de Laurent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.10 Singularités isolées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4.11 Théorème des résidus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Mise à jour le 3 mai 2018.
1
4.12 Applications du théorème des résidus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
4.12.1 Exemples de calculs d’intégrales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
4.12.2 Théorème de Rouché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
4.12.3 Théorème de l’application ouverte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
4.12.4 Théorèmes d’inversion locale et globale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
4.13 Théorème de représentation conforme de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2
1 Calcul différentiel
Soient (E, k · kE ) et (F, k · kF ) deux espaces vectoriels normés sur R ou C. Pour simplifier la
notation, on ne mettra pas d’indice à la norme k · k lorsqu’il n’y
p a pas de risque de confusion. Dans
le cas de Rn on utilisera toujours la norme euclidienne kxk = x21 + x22 + · · · + x2n .
Remarques.
a) Pour pouvoir étudier la différentiabilité d’une fonction en un point il faut que la fonction soit
définie au voisinage de ce point.
b) La notion de différentiabilité ne change pas quand on remplace les normes de E et F par des
normes équivalentes.
c) En dimension finie le théorème de Riesz affirme que toutes les normes sont équivalentes. Par
conséquent, si E et F sont de dimension finie alors la notion de différentiabilité ne change pas
quand on change les normes de E et F .
Proposition 1.2. L’application linéaire et continue L qui apparaît dans la définition 1.1 est unique.
On appelle L la différentielle de f au point a et on note L = Df (a) ou encore L = f 0 (a) lorsqu’il n’y
a pas de risque de confusion avec la dérivée usuelle.
Df (a)(h) = hf 0 (a).
Exemples.
a) Toute application linéaire et continue entre deux espaces normés est différentiable en tout
point et sa différentielle en un point arbitraire est elle-même.
b) L’application f : R2 → R, f (x) = x1 x2 est différentiable en tout point et sa différentielle est
donnée par
Df (a)(h) = a1 h2 + a2 h1 .
c) Soient E1 , E2 et F des espaces normés, B : E1 × E2 → F une application bilinéaire et continue
(i.e. kB(x1 , x2 )k ≤ Ckx1 kkx2 k). Alors B est différentiable en tout point et DB(a)(h) =
B(a1 , h2 ) + B(h1 , a2 ).
d) Soit E l’espace des fonctions continues sur [0, 1] à valeurs dans R muni de la norme k · k∞ .
R1 R1
L’application T : E → R, T (f ) = f 2 est partout différentiable et DT (f )(h) = 2 f h.
0 0
3
1.2 Dérivées directionnelles
Définition 1.5. Soit U un ouvert de E, a ∈ U , v ∈ E et f : U → F . On dit que f admet au point
a une dérivée directionnelle dans la direction v, et on la note par ∂f
∂v
(a), si la limite suivante existe :
∂f f (a + εv) − f (a)
(a) = lim .
∂v ε&0 ε
∂f
En d’autres termes, la dérivée directionnelle ∂v
(a) est la dérivée à droite en 0 de la fonction t 7→
f (a + tv).
Proposition 1.6. Si f est différentiable en a alors f admet des dérivées directionnelles en a suivant
toute direction et nous avons de plus que
∂f
(a) = Df (a)(v).
∂v
Exemples.
a) L’existence des dérivées directionnelles suivant toute direction n’entraîne pas forcément la
différentiabilité de la fonction. Ni même la continuité. La fonction f : R2 → R
2
1 si y ≥ x
f (x, y) = 1 si y ≤ 0
0 sinon
admet des dérivées directionnelles en 0 qui sont nulles en toute direction. Mais f n’est pas
continue en 0, et a fortiori n’est pas différentiable en 0.
b) Même si la fonction est continue et que toutes ses dérivées directionnelles existent en un point
cela n’implique toujours pas que la fonction est différentiable. La fonction f : R2 → R
( 2 2
x(x −3y )
x2 +y 2
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) =
0 si (x, y) = (0, 0)
est continue en 0 et toutes ses dérivées directionnelles en 0 existent :
∂f
(0) = f (v) ∀v ∈ R2 .
∂v
Elle n’est cependant pas différentiable en 0 car les dérivées directionnelles en 0 ne sont pas
linéaires en v.
∂f f (a + εej ) − f (a)
(a) = lim
∂xj ε→0 ε
où on a noté par ej le j-ème élément de la base canonique de Rn : toutes les composantes de ej sont
∂f
nulles sauf la j-ème qui est égale à 1. En d’autres termes, la dérivée partielle ∂x j
(a) est la dérivée en
aj de la fonction t 7→ f (a1 , . . . , aj−1 , t, aj+1 , . . . , an ) (on fige toutes les variables sauf xj et on dérive
par rapport à xj ).
4
La différentielle peut s’exprimer en fonction des dérivées partielles de la manière suivante.
Une fonction f : R2 → R2 peut aussi être vue comme une fonction définie de C dans C. Nous avons
alors deux notions de différentiabilité. D’une part la notion de différentiabilité sur R2 vu comme un R-
espace vectoriel. Et d’autre part la notion de différentiabilité sur C vu comme un C-espace vectoriel.
Ces deux notions sont-elles les mêmes ? La réponse est non. Plus précisément, la C différentiabilité
implique la R différentiabilité mais la réciproque est fausse. Cela vient du fait qu’une application
linéaire sur C est aussi linéaire sur R2 mais une application linéaire sur R2 ne l’est pas forcément sur
C.
5
1.3.3 Continuité des dérivées partielles et différentiabilité
Le critère le plus important pour la différentiabilité d’une fonction est celui de la continuité des
dérivées partielles.
Si la continuité des dérivées partielles est une condition suffisante de différentiabilité, ce n’est pas
une condition nécessaire (seule l’existence des dérivées partielles est une condition nécessaire). En
pratique, lorsqu’on veut décider de la différentiabilité d’une fonction concrète (qui a en général des
points de singularité) on peut procéder de la manière suivante :
1. On étudie la continuité de la fonction. Si la fonction n’est pas continue elle n’est pas différen-
tiable.
2. Si la fonction est continue, on étudie l’existence des dérivées partielles. Si au moins une des
dérivées partielles n’existe pas, la fonction n’est pas différentiable.
3. Si la fonction est continue et toutes les dérivées partielles existent, on étudie la continuité
des dérivées partielles. Si toutes les dérivées partielles sont continues alors la fonction est
différentiable.
4. Si la fonction est continue et toutes les dérivées partielles existent mais certaines sont disconti-
nues, il ne reste plus qu’à vérifier la définition de la différentiabilité. Mais l’application linéaire
et continue L de la définition est connue (sa matrice est la matrice des dérivées partielles, la
matrice jacobienne) donc la vérification de la définition est maintenant aisée.
Exemple. La fonction
(
1
x2 sin x2 +y 2 si (x, y) 6= (0, 0)
f : R2 → R, f (x, y) =
0 si (x, y) = (0, 0)
est continue en (0, 0), les dérivées partielles existent partout mais sont discontinues en (0, 0). La
fonction est différentiable en (0, 0) de différentielle nulle.
Corollaire 1.13. Si f = f (y) est une fonction différentiable à valeurs réelles définie sur un ouvert
de Rm et g = g(x) est définie d’un ouvert de Rn à valeurs dans Rm , alors
6
La différentielle de l’inverse est l’inverse de la différentielle. Plus précisément :
f (t) − f (t0 )
f 0 (t0 ) = lim
t→t0 t − t0
existe.
Pour une fonction d’une variable réelle à valeurs dans un espace normé, les notions de dérivabilité
et différentiabilité coïncident.
Lemme 1.18. Soit f : [0, 1] → E dérivable. On suppose qu’il existe C tel que kf 0 (t)kE ≤ C pour
tout t ∈ [0, 1]. Alors kf (1) − f (0)kE ≤ C.
Théorème 1.19. Soit f : U → F où U est un ouvert de E et E, F sont des espaces normés. Soient
a, b ∈ U tels que le segment [a, b] = {ta + (1 − t)b ; t ∈ [0, 1]} soit inclus dans U . On suppose que f
est différentiable en tout point de [a, b] et que la norme de sa différentielle en tout point du segment
est bornée par une constante indépendante du point. Alors nous avons l’inégalité suivante
Corollaire 1.20. Soit f : U → F où U est un ouvert connexe de E et E, F sont des espaces normés.
On suppose que f est différentiable sur U et que sa différentielle est nulle en tout point. Alors f est
constante.
7
1.6 Théorème d’inversion locale
Commençons par définir la notion de difféomorphisme.
Définition 1.21. — Une fonction f : U ouvert de E espace normé à valeurs dans F espace
normé est dite de classe C 1 si elle est différentiable et si sa différentielle Df : U → L (E, F )
est continue.
— Une fonction f est un C 1 difféomorphisme de U dans V si U et V sont ouverts, si f est
bijective de U dans V , f est C 1 et f −1 est C 1 .
Montrons un lemme qui sera utilisé dans la preuve du théorème d’inversion locale.
Théorème 1.23 (inversion locale). Soient E un espace de Banach, f : U ouvert de E à valeurs dans
E une fonction de classe C 1 et a ∈ U tels que Df (a) est un homéomorphisme. Alors il existe U 0 un
ouvert qui contient a et V 0 un ouvert qui contient f (a) tels que f est un C 1 diffémorphisme de U 0
dans V 0 .
Comme dans le cas des dérivées partielles, on peut exprimer la différentielle en fonction des
différentielles partielles.
Lemme 1.26. Soit f : U ouvert de E × F à valeurs dans G où E, F et G sont des espaces normés.
Si f est différentiable en (a, b) alors elle admet des différentielles partielles en (a, b) et on a
8
Voici le théorème des fonctions implicites.
Théorème 1.27 (fonctions implicites). Soient E, F des espaces de Banach, U un ouvert de E × F ,
f : U → F une fonction de classe C 1 . Soit (a, b) ∈ U tel que f (a, b) = 0 et Dy f (a, b) est un
homéomorphisme de L (F ). Alors il existe un ouvert W qui contient (a, b), un ouvert V qui contient
a et une fonction ϕ : V → F de classe C 1 tels qu’on a l’équivalence suivante :
(x, y) ∈ W et f (x, y) = 0 ⇔ x ∈ V et y = ϕ(x).
Exemples.
a) Considérons le système (
4xy + 2xz + y + 4y 2 = 0
x3 y + xz + 4z − z 2 = 0
au voisinage du point (0, 0, 0). Le théorème des fonctions implicites s’applique et nous permet
d’exprimer y et z en fonction de x. Mais il ne s’applique pas pour exprimer x et y en fonction
de z, ni x et z en fonction de y. Par ailleurs, il ne peut pas s’appliquer pour exprimer par
exemple x en fonction de y et z car dans le théorèmes des fonctions implicites le nombre de
variables qui s’expriment en fonction des autres est toujours égal au nombre d’équations.
b) Considérons l’équation 2xy − z + 2xz 3 = 5 au voisinage du point (1, 2, 1). On peut exprimer
z en fonction de x et y et on peut calculer les dérivées de la fonction implicite en (1, 2) à
n’importe quel ordre.
2 Courbes paramétrées
2.1 Définitions et premières propriétés
Définition 2.1. — Une courbe paramétrée de Rn est une application continue γ : I → Rn où I
est un intervalle de R.
— Le support de la courbe est γ(I).
— Une courbe plane est une courbe de R2 ou une courbe de R3 qui est incluse dans un plan.
— Une courbe est dite de classe C k si l’application γ est de classe C k .
— Une courbe est dite simple si l’application γ est injective.
— Deux courbes paramétrées β : I → Rn et γ : J → Rn sont dites équivalentes s’il existe un
homéomorphisme ϕ : I → J tel que γ ◦ ϕ = β. L’application ϕ est dite changement de
paramètre, ou changement de paramétrage. Si β et γ sont de classe C k , alors ϕ doit être
un difféomorphisme de classe C k . Si ϕ est croissante, le sens de parcours de la courbe est
conservé ; dans le cas contraire il est inversé.
— La longueur d’une courbe paramétrée γ : [a, b] → Rn est la borne supérieure des longueurs de
toutes les lignes polygonales dont les sommets sont sur la courbe :
n
X
long(γ) = sup kγ(xj ) − γ(xj−1 )k
a=x0 <x1 <···<xn =b j=1
9
Remarque. Deux courbes équivalentes ont la même longueur.
Définition 2.3. — Un point γ(t0 ) d’une courbe γ est dit régulier si γ 0 (t0 ) 6= 0. Une courbe est
dite régulière si tous ses points sont réguliers.
— Un point γ(t0 ) d’une courbe γ est dit bi-régulier si γ 0 (t0 ) 6= 0 et γ 00 (t0 ) 6= 0.
— Une courbe est dite paramétrée par la longueur d’arc, ou par l’abscisse curviligne, si kγ 0 (t)k = 1
pour tout t.
Remarque. Pour une courbe paramétrée par la longueur d’arc, le point γ(t) parcourt la courbe à
vitesse constante égale à 1.
Proposition 2.4. Toute courbe régulière admet un paramétrage par la longueur d’arc. Ce paramé-
trage est unique à une translation près et au sens de parcours près.
Proposition 2.5. Dans un point régulier γ(t0 ), la direction de la tangente à la courbe est donnée
par γ 0 (t0 ). Si, de plus, γ est paramétrée par la longueur d’arc, alors le vecteur γ 00 (t0 ) est normal à la
courbe.
Remarque. Dans un point qui n’est pas régulier, la direction de la tangente est donnée par la
première dérivée non-nulle de γ en t0 .
|γ 0 (t) ∧ γ 00 (t)|
κ(t) =
kγ 0 (t)k3
où on a utilisé la notation x ∧ y = x1 y2 − x2 y1 .
Proposition 2.8. a) Toute courbe régulière de classe C 2 de courbure nulle est un bout de droite.
b) Toute courbe régulière de classe C 3 de courbure constante et strictement positive est un bout
de cercle.
Définition 2.9. Le cercle osculateur est le cercle dont le centre est le centre de courbure et le rayon
1
est l’inverse de la courbure : C(P (t), κ(t) ).
10
Le cercle osculateur en γ(t0 ) passe par γ(t0 ). Son centre est situé sur la normale à la courbe, du
même côté que γ 00 (t0 ) (qui est aussi normale à la courbe dans le cas d’une paramétrisation par la
longueur d’arc). La distance de son centre à γ(t0 ) est l’inverse de la courbure. Le cercle osculateur
en γ(t0 ) est le cercle qui approche le plus la courbe au point γ(t0 ). Plus précisément, nous avons la
propriété suivante :
Proposition 2.10. Soit γ une courbe C 2 et t0 un point bi-régulier. Si t1 < t2 < t3 tendent vers t0
alors le cercle qui passe par γ(t1 ), γ(t2 ) et γ(t3 ) tend vers le cercle osculateur en γ(t0 ) (au sens que
le centre et le rayon convergent).
f (x, y) = 0 ⇔ y = ϕ(x).
Ainsi, au voisinage de (a, b), l’ensemble Γ est une courbe de classe C 1 paramétrée par x 7→ (x, ϕ(x)).
La tangente à la courbe est (1, ϕ0 (x)). On peut vérifier que ce vecteur est normal au ∇f (a, b).
L’équation de la tangente au point (a, b) est donc
∂f ∂f
(x − a) (a, b) + (y − b) (a, b) = 0.
∂x ∂y
3 Séries entières
3.1 Définition, rayon de convergence
an z n où an ∈ C et z ∈ C.
P
Définition 3.1. Une série entière est une série formelle de la forme
n≥0
11
an z n le nombre
P
Définition 3.3. On appelle rayon de convergence de la série entière
n≥0
|an |
d) Si tous les an sont non-nuls et |an+1 |
→ l alors R = l (critère de d’Alembert).
Le rayon de convergence d’une série entière peut être 0 (par exemple si an = nn ) ou ∞ (par
exemple si an = 1/nn ). Si le rayon de convergence est nul la série ne converge qu’en 0, si c’est ∞ la
série converge en tout point. Lorsqu’on applique la formule d’Hadamard on convient que 01 = ∞ et
1
∞
= 0.
Définition 3.5. Le disque de convergence d’une série entière est le disque ouvert D(0, R) où R est
le rayon de convergence.
P zMême
n
si la série converge sur le disque fermé, comme c’est le cas par exemple pour la série
n2
, on appelle quand même disque de convergence le disque ouvert. La raison est que les autres
propriétés, comme la convergence de la série des dérivées, ne sont vraies que dans le disque ouvert
même si la série converge sur le disque fermé.
12
4 Fonctions holomorphes
4.1 Définitions, généralités
Définition 4.1. Soit f une fonction définie sur un ouvert Ω de C à valeurs dans C.
— La fonction f est dite C–dérivable, ou plus simplement dérivable, en z0 ∈ Ω si la limite
lim f (z)−f
z−z0
(z0 )
existe. La valeur de cette limite est la dérivée de f en z0 :
z→z0
f (z) − f (z0 )
f 0 (z0 ) = lim .
z→z0 z − z0
— La fonction f est dite holomorphe sur Ω si elle est dérivable en tout point de Ω.
On peut voir très facilement que les puissance z n , et plus généralement les polynômes, sont des
fonctions dérivables.
On vérifie sans peine que les propriétés suivantes bien connues pour la dérivabilité sur R restent
vraie pour la dérivabilité sur C.
Théorème 4.3. Soit f = P + iQ une fonction définie sur un ouvert Ω de C à valeurs dans C. Soit
z0 = x0 + iy0 ∈ Ω.
a) La fonction f est C–dérivable en z0 si et seulement si f est différentiable en tant que fonction
de R2 dans R2 et les équations de Cauchy-Riemann sont satisfaites :
∂P ∂Q
(z0 ) = (z0 )
∂x ∂y
∂P ∂Q
(z0 ) = − (z0 ).
∂y ∂x
∂f ∂f
(z0 ) = i (z0 ).
∂y ∂x
∂f ∂f
f 0 (z0 ) = (z0 ) = −i (z0 ).
∂x ∂y
13
Exemple. La fonction f (z) = |z|2 est dérivable seulement en 0. La fonction f (x, y) = x2 + iy 2 est
dérivable seulement sur la droite {(x, x) ; x ∈ R}. Aucune de ces deux fonctions n’est holomorphe.
Corollaire 4.4. Soit Ω un ouvert connexe et f une fonction holomorphe sur Ω de dérivée nulle.
Alors f est constante.
Corollaire 4.5. La somme d’une série entière est holomorphe sur le disque de convergence et sa
dérivée est la somme des dérivées.
Définition 4.6. Une primitive d’une fonction f définie sur un ouvert Ω de C est une fonction
holomorphe sur Ω telle que g 0 = f .
On peut vérifier aisément à l’aide du critère de d’Alembert que la série qui définit l’exponentielle
a un rayon de convergence infini. L’exponentielle est donc bien-définie pour tout z ∈ C. Remarquons
aussi que lorsque z ∈ R on retrouve l’exponentielle réelle. Voici maintenant quelques propriétés de
l’exponentielle complexe.
Proposition 4.8. Nous avons les propriétés suivantes :
a) L’exponentielle complexe est holomorphe et sa dérivée est elle-même : (ez )0 = ez .
b) ez1 +z2 = ez1 ez2 .
c) ex+iy = ex (cos y + i sin y).
d) |ez | = eRe z et arg(ez ) = Im z (mod 2π). En particulier, l’exponentielle complexe ne s’annule
jamais.
e) L’exponentielle complexe est périodique de période 2iπ : ez+2iπ = ez .
On peut aussi définir les principales fonctions trigonométriques comme sommes de séries entières :
∞ ∞
X z 2n X z 2n+1 sin z
cos z = (−1)n sin z = (−1)n tan z =
n=0
(2n)! n=0
(2n + 1)! cos z
∞ ∞
X z 2n X z 2n+1 sinh z
cosh z = sinh z = tanh z =
n=0
(2n)! n=0
(2n + 1)! cosh z
14
Remarques.
a) log(0) n’a pas de sens. En effet, l’exponentielle ne s’annule jamais.
b) log(z) n’est pas uniquement défini. En effet, l’exponentielle est périodique de période 2πi donc
si eu = z alors eu+2πi = z aussi.
En identifiant le module et l’argument de eu et de z on trouve la formule suivante pour log(z) :
Comme l’argument est défini à 2π près, le logarithme est défini à 2πi près.
Nous aimerions maintenant définir le logarithme en tant que fonction holomorphe. Cela s’avère
plutôt compliqué. On montrera plus tard qu’il n’est pas possible de faire cela sur C∗ tout entier.
Définition 4.10. Soit Ω un ouvert de C∗ . Une détermination holomorphe du logarithme sur Ω est
une fonction f holomorphe sur Ω telle que ef (z) = z pour tout z ∈ Ω.
Pour trouver une détermination holomorphe du logarithme sur un ouvert Ω il suffit de pouvoir
définir de manière continue l’argument sur Ω. En effet, cela implique que le logarithme défini par
(4.1) est régulier (différentiable) et si c’est différentiable c’est automatiquement holomorphe en vertu
de la proposition suivante :
Proposition 4.11. Soient f holomorphe et g différentiable tels que f ◦ g = Id. Alors g est holo-
morphe.
Pour α ∈ R, on introduit le plan fendu Pα = C \ {reiα ; r ≥ 0}. L’argument peut être défini
de manière continue sur Pα en choisissant par exemple arg(z) ∈]α, α + 2π[. Donc il existe une
détermination holomorphe du logarithme sur le plan fendu Pα . On appelle détermination principale
du logarithme celle qui correspond au cas α = −π.
15
1
b) Il existe une détermination holomorphe de log(z) sur Ω si et seulement si z
admet une primi-
tive sur Ω.
c) La dérivée d’une détermination holomorphe de log(z) est toujours z1 .
Un dernier résultat sur le logarithme :
Proposition 4.16. Pour tout |z| < 1 nous avons que
∞
X zn
log(1 + z) = (−1)n−1 .
n=1
n
(par un changement de paramétrage on peut supposer γ1 définie sur [0, 1] et γ2 définie sur
[1, 2].)
g) Si f est une fonction continue sur un chemin γ : [a, b] → C, on définit
Z Zb
f (z) dz = f (γ(t)) γ 0 (t) dt.
γ a
16
f ) Si f admet des primitives et γ est un lacet alors
Z
f (z) dz = 0.
γ
Comme l’intégrale complexe ne dépend pas du paramétrage de la courbe, pour travailler avec une
intégrale complexe il suffit de disposer de l’image de la courbe et de son sens de parcours. On pourra
choisir le paramétrage comme on veut dés lors que le sens de parcours est préservé. En pratique,
on ne donnera pas le paramétrage d’une courbe ; on donnera seulement son image et son sens de
parcours. Dans le cas d’un lacet, parfois il n’est même pas nécessaire de spécifier le sens de parcours.
On choisira par défaut le sens direct (ou sens trigonométrique), c’est-à-dire le sens inverse des aiguilles
d’une horloge. L’autre sens est appelé sens rétrograde.
Formule géométrique pour l’indice. Nous avons l’interprétation géométrique suivante de l’in-
dice. L’indice est le nombre de tours que l’on fait autour de z0 lorsqu’on parcourt complètement la
courbe (les tours dans le sens direct comptent pour +1, ceux dans le sens rétrograde comptent pour
−1). Dans le cas d’une courbe d’allure compliquée, il est utile de procéder de la manière suivante.
On trace une demi-droite arbitraire d’origine z0 . Pour chaque intersection de la demi-droite avec la
courbe on compte +1 si la courbe croise la demi-droite dans le sens direct et −1 sinon (le sens direct
ou rétrograde est défini par rapport à z0 , c’est-à-dire en supposant que l’origine est en 0). On fait la
somme et le résultat est l’indice de z0 .
Remarquons enfin que dans le cas d’un lacet simple, l’indice à l’intérieur de la courbe est ±1,
suivant que la courbe est parcourue dans le sens direct ou pas.
Définition 4.21. Un lacet simple est dit orienté dans le sens direct si l’indice d’un point situé à
l’intérieur du lacet est égal à 1.
17
4.5 Théorème et formules de Cauchy. Applications
Définition 4.22. Un ouvert Ω est dit étoilé s’il existe a ∈ Ω tel que pour tout z ∈ Ω nous avons que
tout le segment fermé [a, z] est inclus dans Ω.
Théorème 4.23 (Cauchy). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction holomorphe
sur Ω. Alors Z
f (z) dz = 0.
γ
En fait, on peut se passer de l’hypothèse que Ω est étoilé. Il suffit de supposer que f est holomorphe
à l’intérieur du lacet γ.
Pour montrer ce théorème, on considére d’abord le cas d’un triangle.
Théorème 4.24 (Goursat). Soit Ω un ouvert de C, 4 un triangle inclus (avec son intérieur) dans
Ω et f une fonction holomorphe sur Ω sauf éventuellement en un point où elle est continue. Alors
Z
f (z) dz = 0.
∂4
Théorème 4.25 (Cauchy bis). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction holo-
morphe sur Ω sauf éventuellement en un point où elle est continue. Alors
Z
f (z) dz = 0.
γ
Théorème 4.26 (formule de Cauchy). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction
holomorphe sur Ω. Pour tout z ∈ Ω \ γ nous avons que
Z
1 f (u)
f (z) Ind(z, γ) = du.
2πi u−z
γ
L’intégrale qui apparaît dans le terme de droite au-dessus peut se dériver par rapport à z. En
dérivant plusieurs fois nous obtenons des formules similaires pour les dérivées de f .
Théorème 4.27 (formules de Cauchy). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction
holomorphe sur Ω. Alors f peut être dérivée autant de fois qu’on veut et pour tout n ∈ N et z ∈ Ω \ γ
nous avons que Z
(n) n! f (u)
f (z) Ind(z, γ) = du.
2πi (u − z)n+1
γ
18
Remarques.
a) Soulignons que ce théorème montre en particulier que la dérivée d’une fonction holomorphe
est elle-même holomorphe.
b) Comme dans les théorèmes de Goursat et de Cauchy bis, nous pouvons supposer que la fonction
f est holomorphe sauf éventuellement en un point où elle est continue. Nous obtenons alors
que f est holomorphe aussi dans ce point exceptionnel.
La formule de Cauchy dans le cas d’un cercle donne la formule de la moyenne suivante :
En prenant la valeur absolue dans les formules de Cauchy dans le cas où γ est un cercle, nous
obtenons les inégalités de Cauchy.
Proposition 4.29 (inégalités de Cauchy). Soit f holomorphe au voisinage du disque fermé D(z0 , r).
Alors
n!
|f (n) (z0 )| ≤ n sup |f |.
r C(z0 ,r)
Théorème 4.30 (Liouville). Une fonction holomorphe et bornée sur C est nécessairement constante.
Théorème 4.31 (d’Alembert). Tout polynôme non-constant admet une racine complexe.
Voici maintenant une réciproque de la propriété qui affirme que l’intégrale sur une lacet d’une
dérivée est nulle.
Théorème 4.33. Soit f uneR fonction continue sur un ouvert Ω. La fonction f admet une primitive
dans Ω si et seulement si f (z) dz = 0 pour tout lacet γ de Ω.
γ
Ce théorème nous permet ensuite de caractériser les ouverts où une détermination holomorphe
du logarithme existe de la manière suivante :
Corollaire 4.34. Soit Ω un ouvert qui ne contient pas 0. Il existe une détermination holomorphe du
logarithme sur Ω si et seulement si Ind(0, γ) = 0 pour tout lacet γ de Ω.
19
4.6 Analyticité des fonctions holomorphes
Les fonctions analytiques sont les sommes des séries entières.
Définition 4.35. Soit f une fonction définie sur un ouvert Ω. On dit que f est analytique en un
an z n de rayon de convergence > 0 telle qu’on ait
P
point z0 ∈ Ω s’il existe une série entière
n≥0
X
f (z) = an (z − z0 )n
n≥0
au voisinage de z0 .
Nous avons vu que les fonctions analytiques sont holomorphes. Nous pouvons déterminer les
coefficients an en fonctions des dérivées de f .
an (z − z0 )n . Nous avons
P
Proposition 4.36. Soit f une fonction analytique en z0 : f (z) =
n≥0
f (n) (z0 )
∀n ∈ N an = .
n!
Il se trouve que toute fonction holomorphe est analytique. Ainsi, pour les fonctions d’une variable
complexe, les notions d’holomorphie et d’analyticité coïncident.
Théorème 4.37. Une fonction holomorphe est analytique en tout point. Plus précisément, si f est
holomorphe sur D(z0 , r) alors f est dévéloppable en série entière en z0 et le rayon de convergence de
la série entière est au moins égal à r. De plus, f est égale à la somme de la série entière sur tout le
disque D(z0 , r).
Par la proposition 4.38, les zéros d’une fonction holomorphe non identiquement nulle sont tous d’ordre
fini. Nous pouvons montrer aisément le résultat de factorisation suivant.
Proposition 4.40. Soit Ω un ouvert, f une fonction holomorphe non identiquement nulle sur Ω et a
un zéro d’ordre m. Il existe une fonction g holomorphe sur Ω telle que g(a) 6= 0 et f (z) = (z−a)m g(z).
Voici maintenant le principe des zéros isolés.
Théorème 4.41 (Principe des zéros isolés). Soit Ω un ouvert connexe et f une fonction holomorphe
non identiquement nulle sur Ω. Alors les zéros de f sont isolés.
20
Ainsi, une suite injective de zéros de d’une fonction holomorphe non identiquement nulle peut
s’accumuler ou bien à l’infini ou bien sur le bord de Ω mais jamais à l’intérieur. Exemples : les zéros
1
de la fonction ez − 1 tendent vers l’infini, ceux de e z − 1 tendent vers 0 qui n’est pas dans le domaine
de définition de la fonction.
Le principe des zéros isolés porte parfois le nom de principe de prolongement analytique car il
permet de montrer le résultat suivant.
Ainsi, il suffit de connaître les valeurs d’une fonction holomorphe sur une telle suite pour connaître
les valeurs sur tout l’ouvert Ω, c’est-à-dire la prolonger à Ω.
Théorème 4.43 (principe du maximum). Soit f une fonction holomorphe sur un ouvert connexe
Ω. Si |f | admet un maximum local en un point de Ω, alors f est constante.
Soit f une fonction holomorphe qui n’est pas constante et zn une suite telle que |f (zn )| →
sup |f (z)|. Si zn est non bornée, alors il existe une sous-suite znk qui tend vers l’infini. Le sup de |f |
Ω
s’obtient dans ce cas à l’infini. Si zn est bornée, alors il existe une sous-suite znk qui converge vers
un élément a. Comme f n’est pas constante, a 6∈ Ω. Donc a ∈ Ω \ Ω = ∂Ω. Dans ce cas, le sup de
|f | s’obtient sur le bord. On peut ainsi dire de manière un peu formelle (car on ne sait si f a une
trace au bord ou une limite à l’infini) que |f | admet son sup à l’infini ou sur le bord de l’ouvert de
définition. Voici maintenant un énoncé rigoureux.
Proposition 4.44. Soit Ω un ouvert borné, f une fonction holomorphe sur Ω et continue sur Ω.
Alors
sup |f (z)| = max |f (z)|.
z∈Ω z∈∂Ω
Les fonctions définies sur des couronnes circulaires admettent des développements en série de
Laurent. Montrons d’abord le lemme suivant.
21
Lemme 4.46. Soit f une fonction holomorphe dans la couronne R circulaire C(a, r1 , r2 ) = {z ; r1 <
|z − a| < r2 } où 0 ≤ r1 < r2 ≤ ∞. Pour r ∈]r1 , r2 [, l’intégrale f (z) dz ne dépend pas de r.
C(a,r)
+∞
X
f (z) = an (z − a)n .
n=−∞
où r ∈]r1 , r2 [ est arbitraire. En particulier, l’intégrale au-dessus ne dépend pas de r. Enfin, la série
de Laurent converge uniformément sur tout compact de la couronne C(a, r1 , r2 ).
Sur une couronne donnée, le développement en série de Laurent est uniquement déterminé car
on connaît la formule des coefficients an . Par contre, sur des couronnes différentes on peut avoir
des développements en série de Laurent différents pour la même fonction. Exemple avec z21−z sur les
couronnes C(0, 0, 1) et C(0, 1, ∞). Cependant, sur deux couronnes de même centre et non-disjointes
le développement en série de Laurent est le même.
+∞
an (z − a)n converge unifor-
P
La preuve du théorème 4.47 montre en fait un peu plus : la série
n=0
mément sur les compacts du disque {|z − a| < r2 } (c’est par conséquent holomorphe sur ce disque) et
−1
an (z − a)n converge uniformément sur les compacts de l’ensemble {|z − a| > r1 } (c’est
P
la série
n=−∞
par conséquent holomorphe sur cet ensemble).
Fin du cours du 04/04/2018.
P−1 +∞
P
La partie du développement en série de Laurent est dite partie singulière. La partie est
n=−∞ n=0
dite partie régulière.
22
+∞
an (z − a)n le déve-
P
Théorème 4.49. Soit a une singularité isolée de la fonction f et f (z) =
n=−∞
loppement en série de Laurent de f dans le disque pointé Ḋ(a, r). Alors
a) a est une fausse singularité ⇔ an = 0 pour tout n < 0 ⇔ f se prolonge en une fonction
holomorphe en a.
b) a est un pôle si et seulement si il existe m ≥ 1 tel que an = 0 pour tout n ≤ −m−1 et a−m 6= 0
(c’est-à-dire que le développement en série de Laurent commence à −m). On dit alors que a
est un pôle d’ordre m (pôle simple si m = 1, double si m = 2, triple si m = 3, etc.). De plus,
g(z)
a est un pôle d’ordre m si et seulement si on peut écrire f sous la forme f (z) = (z−a) m où g
23
Exemples.
z ei
a) Nous avons que Res( z2e+1 , i) = 2i
(pôle simple).
z3 1
b) Tous les résidus de z 4 +1
sont égaux à 4
(pôles simples).
c) De même, tous les résidus de cotan z sont 1 (pôles simples).
eiz
d) Les pôles de 1+cos z
sont tous doubles et les résidus sont tous −2i.
2z+3 1
e) Le résidu de (z−1)3 ez
en 1 est 2e (pôle triple).
Voici maintenant le théorème des résidus, le théorème le plus important de cette partie sur les
fonctions holomorphes.
Théorème 4.51 (théorème des résidus). Soit Ω un ouvert étoilé, f une fonction holomorphe sur
Ω sauf en un nombre fini de points a1 , a2 , . . . , ak et γ un lacet tracé sur Ω qui ne passe pas par les
singularités de f . Nous avons que
Z k
X
f (z) dz = 2πi Res(f, aj ) Ind(aj , γ)
γ j=1
Remarques.
a) Dans la somme au-dessus, seules les singularités de f situées à l’intérieur de la courbe γ
apparaissent (les autres disparaissent car l’indice est nul). En fait, nous n’avons pas vraiment
besoin que f admette un nombre fini de singularités dans Ω. Il faut seulement avoir un
nombre fini de singularités à l’intérieur de la courbe γ. Par compacité, cela est toujours vrai
si la fonction f n’admet que des singularités isolées.
b) Dans le cas d’une courbe simple orientée dans le sens direct, le théorème des résidus s’écrit
sous la forme Z X
f (z) dz = 2πi Res(f, aj ).
γ aj ∈int(γ)
où R(x, y) est une fraction rationnelle en x et y qui ne s’annule pas sur le cercle unité.
Pour calculer I on cherche une fonction f holomorphe avec des singularités isolées telle que
Z
I= f (z) dz.
|z|=1
24
En notant z = eit on a que cos t = 12 (z + z1 ) et sin t = 1
2i
(z − z1 ). On trouve facilement
1 1 1 1 1
f (z) = R (z + ), (z − ) .
iz 2 z 2i z
On remarque que f est une fraction rationnelle. On conclut donc par le théorème des résidus
que X
I = 2πi Res(f, zj ).
zj pôle de f
|zj |<1
Z2π
1 2π
dt = 2
a2 − 2a cos t + 1 |a − 1|
0
où R est une fraction rationnelle sans singularités réelles et telle que lim zR(z) = 0.
|z|→∞
Dans ce cas on applique le théorème des résidus à la fonction R(z) sur le lacet donné par
l’union de γ1 = [−A, A] et γ2 = {Aeit , 0 ≤ t ≤ π}. On fait ensuite A → ∞ et on trouve la
formule suivante
Z+∞ X
R(x) dx = 2πi Res(R, zj ).
−∞ zj pôle de R
Im(zj )>0
Exemple :
Z+∞
1 π
2 2
dx = .
(1 + x ) 2
−∞
où R est une fraction rationnelle sans singularités réelles et telle que lim zR(z) = 0.
|z|→∞
Comme au-dessus on trouve
Z+∞ X
R(x)eix dx = 2πi Res(R(z)eiz , zj ). (4.2)
−∞ zj pôle de Reiz
Im(zj )>0
Si on sait calculer l’intégrale de R(x)eix , on sait aussi calculer l’intégrale de R(x) cos x (et
celle de R(x) sin x) : ou bien on prend la partie réelle si R(x) est réelle ou bien en écrivant
ix −ix
cos x = e +e2
. Attention, on ne peut pas appliquer directement la méthode de l’exemple 2.
directement à la fonction R(z) cos z car celle-ci ne décroît pas sur γ2 quand A → ∞.
25
4. Même intégrale que dans l’exemple précédent mais cette fois-ci on suppose seulement que
lim R(z) = 0. Dans ce cas nous avons que R(z) = az + O( |z|12 ) quand |z| → ∞. Comme
|z|→∞
R eix
l’intégrale généralisée x
dx converge (critère d’Abel) et qu’une fonction en O( |x|1 2 ) est
|x|>1
+∞
R
intégrable à l’infini, nous avons que l’intégrale R(x)eix dx est une intégrale généralisée
−∞
convergente. L’approche utilisée dans l’exemple précédent s’applique encore en estimant dif-
férement l’intégrale sur γ2 . La formule (4.2) reste valable dans ce cas.
Fin du cours du 11/04/2018.
Exemple :
Z∞
x3 sin x 2 1
4 2
dx = π( 2 − ).
x + 5x + 4 3e 6e
0
où 0 < α < 1 et R est une fraction rationnelle sans singularités sur R+ et telle que lim R(z) =
|z|→∞
0.
Dans ce cas nous appliquons le théorème des résidus à la fonction R(z) zα
qui est holomorphe sur
C \ R+ (avec des singularités isolées) où on définit z α = eα log z et le logarithme est défini sur
C \ R+ en prenant l’argument dans l’intervalle ]0, 2π[. Le lacet utilisé est l’union des courbes
suivantes :
γ1 = {Aeit ; η ≤ t ≤ 2π − η},
γ2 = {te−iη ; ε ≤ t ≤ A},
γ3 = {εeit ; η ≤ t ≤ 2π − η},
γ4 = {teiη ; ε ≤ t ≤ A}.
Exemple :
Z∞
xα π
dx = ·
n
x(1 + x ) n sin πα
n
0
26
a) Nous avons que
f 0 (z)
Z
1
Z(f, γ) = dz.
2πi f (z)
γ
Application : tout polynôme de degré n admet exactement n racines (comptées avec leurs multi-
plicités).
Théorème 4.53 (Théorème de l’application ouverte). Soit Ω un ouvert connexe et f une application
holomorphe sur Ω qui n’est pas constante. Alors f est ouverte : pour tout U ouvert de Ω nous avons
que f (U ) est ouvert.
On ne voit pas le rapport, pourtant ce théorème est une conséquence du théorème de Rouché
(donc du théorème des résidus).
Remarque. On montre en fait une affirmation plus précise. Si f (z0 ) = w0 et si w est suffisamment
proche de w0 , alors dans un petit voisinage de z0 l’équation f (z) = w admet exactement m racines
où m est la multiplicité de z0 en tant que zéro de f − w0 .
Théorème 4.54 (Théorème d’inversion locale). Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert Ω.
Soit z0 ∈ Ω tel que f 0 (z0 ) 6= 0. Il existe U voisinage ouvert de z0 et V voisinage ouvert de f (z0 ) tels
que f est bijective de U dans V et f −1 est holomorphe sur V .
Théorème 4.56 (Théorème d’inversion globale). Soit f une fonction holomorphe et injective sur Ω.
Alors f (Ω) est un ouvert et f est un biholomorphisme de Ω dans f (Ω).
La preuve du théorème d’inversion globale montre le fait remarquable suivant : une fonction
holomorphe injective est de dérivée non-nulle. À comparer avec le cas réel où la fonction x3 est
injective mais de dérivée nulle en 0. De même, dans R une fonction de dérivée non-nulle est injective
mais cela n’est plus vrai dans C. En effet, l’exponentielle est de dérivée non-nulle mais elle n’est pas
injective puisque périodique.
27
Application. Pour tout λ ∈ C de partie réelle > 1, l’équation e−z + z − λ = 0 admet exactement
une solution zλ de partie réelle > 0. De plus, zλ dépend de manière holomorphe de λ.
Fin du cours du 25/04/2018.
Définition 4.57. Un ouvert Ω est dit simplement connexe s’il est connexe et si toute fonction
holomorphe non-nulle sur Ω admet un logarithme sur Ω.
Rappelons qu’un logarithme de f sur Ω est une fonction holomorphe g sur Ω telle que f = eg .
En combinant la proposition 4.14 et le théorème de Cauchy (théorème 4.23) on voit que tout
ouvert étoilé est simplement connexe. De manière intuitive, un ouvert simplement connexe est un
ouvert d’un seul morceau et sans trou.
La propriété d’être simplement connexe est stable par biholomorphisme.
Théorème 4.59 (Montel). Soit Ω un ouvert et fn une suite de fonctions holomorphes sur Ω. On
suppose que la suite fn est bornée sur les compacts de Ω (pour tout K compact de Ω il existe une
constante C(K) telle que |fn | ≤ C(K) sur K quel que soit n). Alors il existe une fonction f holo-
morphe sur Ω et une sous-suite fϕ(n) qui converge vers f uniformément sur les compacts de Ω.
Théorème 4.60 (Hurwitz). Soit fn une suite de fonctions holomorphes sur un ouvert connexe Ω
qui converge uniformément sur les compacts vers une fonction holomorphe f . On suppose que toutes
les fonctions fn sont injectives. Alors f est injective ou constante.
Lemme 4.61 (Schwarz). Soit f : D(0, 1) → D(0, 1) une fonction holomorphe qui s’annule en 0.
Alors |f 0 (0)| ≤ 1 avec égalité si et seulement si f est une rotation.
α−z
Lemme 4.62. Pour tout |α| < 1, l’application ϕα (z) = 1−αz est un automorphisme du disque unité
(c’est-à-dire un biholomorphisme du disque unité sur lui-même).
L’hypothèse que les ouverts ne soient pas C tout entier ne peut être enlevé. Par exemple, il n’existe
pas de biholomorphisme entre C et le disque unité comme on peut le voir en appliquant le théorème
de Liouville.
28
D’où vient la terminologie “représentation conforme” ? Avec nos notations, ce serait plus naturel
de parler de “représentation holomorphe”. Par définition, une application conforme est une appli-
cation qui préserve les angles. Il se trouve que les applications holomorphes sont des applications
qui préservent les angles. De plus, elles préservent aussi leur orientation. Plus précisément, si l’on
prend deux courbes qui se croisent en un point alors l’angle entre leurs images par une fonction
holomorphe (c’est-à-dire l’angle entre les tangentes aux courbes) et son orientation sont les mêmes
que pour les courbes de départ. On peut aussi montrer la réciproque : les fonctions holomorphes sont
exactement les fonctions qui préservent les angles et leur orientation. Attention, si l’orientation n’est
pas préservée alors la fonction n’est pas forcément holomorphe. Par exemple, la fonction z 7→ z est
une symétrie donc conserve les angles mais ce n’est pas une fonction holomorphe.
Fin du cours du 02/05/2018.
Bibliographie
[1] A. Avez. Calcul différentiel. Masson, Paris, 1983.
[2] G. Christol, A. Cot, C.-M. Marle. Calcul différentiel : Cours et exercices corrigés. Ellipses, 1998.
[3] J. Melleray. Calcul intégral et différentiel. Cours de licence 3e année.
[4] F. Rideau. Exercices de calcul différentiel. Hermann, Paris, 1979.
[5] O. Robert. Calcul différentiel. Cours de licence 3e année.
29