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Poly Cdac 2018 Commented

Le document traite du calcul différentiel et de l'analyse complexe dans le cadre d'un cours de Licence de Mathématiques à l'Université Lyon 1. Il couvre des sujets tels que les définitions de la différentiabilité, les dérivées directionnelles, et les fonctions holomorphes, en fournissant des propositions et des exemples illustratifs. La structure est organisée en sections détaillant les concepts fondamentaux et leurs applications.

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Calcul différentiel et analyse complexe

Licence de Mathématiques
Université Lyon 1

Dragoş Iftimie

Table des matières


1 Calcul différentiel 3
1.1 Définitions et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Dérivées directionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3 Dimension finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3.1 Dérivées partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3.2 Matrice jacobienne, gradient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.3.3 Continuité des dérivées partielles et différentiabilité . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Composition et inverse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.5 Inégalité des accroissements finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.6 Théorème d’inversion locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.7 Théorème des fonctions implicites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

2 Courbes paramétrées 9
2.1 Définitions et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Allure d’une courbe plane . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.3 Remarques sur les courbes gauches . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.4 Courbes planes définies par une équation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

3 Séries entières 11
3.1 Définition, rayon de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.2 Somme et produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

4 Fonctions holomorphes 13
4.1 Définitions, généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
4.2 Exponentielle, fonctions trigonométriques, logarithme . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.3 Intégration complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
4.4 Indice d’un point par rapport à un lacet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
4.5 Théorème et formules de Cauchy. Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
4.6 Analyticité des fonctions holomorphes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
4.7 Principe des zéros isolés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
4.8 Principe du maximum . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.9 Séries de Laurent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.10 Singularités isolées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4.11 Théorème des résidus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Mise à jour le 3 mai 2018.

1
4.12 Applications du théorème des résidus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
4.12.1 Exemples de calculs d’intégrales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
4.12.2 Théorème de Rouché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
4.12.3 Théorème de l’application ouverte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
4.12.4 Théorèmes d’inversion locale et globale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
4.13 Théorème de représentation conforme de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

2
1 Calcul différentiel
Soient (E, k · kE ) et (F, k · kF ) deux espaces vectoriels normés sur R ou C. Pour simplifier la
notation, on ne mettra pas d’indice à la norme k · k lorsqu’il n’y
p a pas de risque de confusion. Dans
le cas de Rn on utilisera toujours la norme euclidienne kxk = x21 + x22 + · · · + x2n .

1.1 Définitions et premières propriétés


Définition 1.1. Soit U un ouvert de E, a ∈ U et f : U → F . On dit que f est différentiable en a
s’il existe une application linéaire et continue L : E → F telle que

f (a + h) = f (a) + L(h) + o(khk) quand h → 0.


X
(On a utilisé la notation habituelle X = o(khk) ssi khk
→ 0 quand h → 0.)

Remarques.
a) Pour pouvoir étudier la différentiabilité d’une fonction en un point il faut que la fonction soit
définie au voisinage de ce point.
b) La notion de différentiabilité ne change pas quand on remplace les normes de E et F par des
normes équivalentes.
c) En dimension finie le théorème de Riesz affirme que toutes les normes sont équivalentes. Par
conséquent, si E et F sont de dimension finie alors la notion de différentiabilité ne change pas
quand on change les normes de E et F .

Proposition 1.2. L’application linéaire et continue L qui apparaît dans la définition 1.1 est unique.
On appelle L la différentielle de f au point a et on note L = Df (a) ou encore L = f 0 (a) lorsqu’il n’y
a pas de risque de confusion avec la dérivée usuelle.

Proposition 1.3. Une fonction différentiable en a est continue en a.

Proposition 1.4. Si E = F = R, alors une fonction f est différentiable en un point a si et seulement


si elle est dérivable. De plus, la différentielle Df (a) est l’application linéaire et continue donnée par
la multiplication par la dérivée f 0 (a) :

Df (a)(h) = hf 0 (a).

Exemples.
a) Toute application linéaire et continue entre deux espaces normés est différentiable en tout
point et sa différentielle en un point arbitraire est elle-même.
b) L’application f : R2 → R, f (x) = x1 x2 est différentiable en tout point et sa différentielle est
donnée par
Df (a)(h) = a1 h2 + a2 h1 .
c) Soient E1 , E2 et F des espaces normés, B : E1 × E2 → F une application bilinéaire et continue
(i.e. kB(x1 , x2 )k ≤ Ckx1 kkx2 k). Alors B est différentiable en tout point et DB(a)(h) =
B(a1 , h2 ) + B(h1 , a2 ).
d) Soit E l’espace des fonctions continues sur [0, 1] à valeurs dans R muni de la norme k · k∞ .
R1 R1
L’application T : E → R, T (f ) = f 2 est partout différentiable et DT (f )(h) = 2 f h.
0 0

3
1.2 Dérivées directionnelles
Définition 1.5. Soit U un ouvert de E, a ∈ U , v ∈ E et f : U → F . On dit que f admet au point
a une dérivée directionnelle dans la direction v, et on la note par ∂f
∂v
(a), si la limite suivante existe :
∂f f (a + εv) − f (a)
(a) = lim .
∂v ε&0 ε
∂f
En d’autres termes, la dérivée directionnelle ∂v
(a) est la dérivée à droite en 0 de la fonction t 7→
f (a + tv).
Proposition 1.6. Si f est différentiable en a alors f admet des dérivées directionnelles en a suivant
toute direction et nous avons de plus que
∂f
(a) = Df (a)(v).
∂v

Exemples.
a) L’existence des dérivées directionnelles suivant toute direction n’entraîne pas forcément la
différentiabilité de la fonction. Ni même la continuité. La fonction f : R2 → R

2
1 si y ≥ x

f (x, y) = 1 si y ≤ 0

0 sinon

admet des dérivées directionnelles en 0 qui sont nulles en toute direction. Mais f n’est pas
continue en 0, et a fortiori n’est pas différentiable en 0.
b) Même si la fonction est continue et que toutes ses dérivées directionnelles existent en un point
cela n’implique toujours pas que la fonction est différentiable. La fonction f : R2 → R
( 2 2
x(x −3y )
x2 +y 2
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) =
0 si (x, y) = (0, 0)
est continue en 0 et toutes ses dérivées directionnelles en 0 existent :
∂f
(0) = f (v) ∀v ∈ R2 .
∂v
Elle n’est cependant pas différentiable en 0 car les dérivées directionnelles en 0 ne sont pas
linéaires en v.

1.3 Dimension finie


On suppose dans cette partie que E est de dimension finie : E = Rn .

1.3.1 Dérivées partielles


Définition 1.7. Soit U un ouvert de Rn , a ∈ U et f : U → F . On dit que f admet au point a une
∂f
dérivée partielle par rapport à la variable xj , et on la note par ∂xj
(a), si la limite suivante existe :

∂f f (a + εej ) − f (a)
(a) = lim
∂xj ε→0 ε
où on a noté par ej le j-ème élément de la base canonique de Rn : toutes les composantes de ej sont
∂f
nulles sauf la j-ème qui est égale à 1. En d’autres termes, la dérivée partielle ∂x j
(a) est la dérivée en
aj de la fonction t 7→ f (a1 , . . . , aj−1 , t, aj+1 , . . . , an ) (on fige toutes les variables sauf xj et on dérive
par rapport à xj ).

4
La différentielle peut s’exprimer en fonction des dérivées partielles de la manière suivante.

Proposition 1.8. Soit U un ouvert de Rn , a ∈ U et f : U → F une fonction différentiable en a.


Alors n
X ∂f
Df (a)(h) = hj (a).
j=1
∂xj

Fin du cours du 24/01/2018.

1.3.2 Matrice jacobienne, gradient


Supposons maintenant que F est lui aussi de dimension finie : F = Rm . Une fonction f à valeurs
dans F admet m composantes  
f1
 f2 
f =  .. 
 
 . 
fm
Comme la limite dans Rm se fait composante par composante et que les dérivées partielles sont
définies via une limite, nous avons que f admet des dérivées partielles ssi chaque composante de f
admet des dérivées partielles et la dérivée partielle de f s’obtient en prenant les dérivées partielles
des composantes.
La différentielle est une application linéaire de Rn dans Rm . Elle s’identifie donc à une matrice.
On peut exprimer cette matrice en fonction des dérivées partielles des composantes de f .

Proposition 1.9. Soit U un ouvert de Rn , a ∈ U et f : U → Rm une fonction différentiable en a.


La matrice de Df (a) dans les bases canoniques de Rn et Rm est donnée par la matrice suivante
 ∂f1 ∂f1 ∂f1 
∂x1
(a) ∂x 2
(a) . . . ∂x n
(a)
 ∂f   ∂f2 (a) ∂f2 (a) . . . ∂f2 (a) 
i
Mf (a) = (a) 1≤i≤m =  ∂x1. ∂x2 ∂xn
 
∂xj  . . .
. .
. 
1≤j≤n . . 
∂fm
∂x1
(a) ∂fm
∂x2
(a) . . . ∂f
∂xn
m
(a)

On appelle cette matrice la matrice jacobienne en a.

Une fonction f : R2 → R2 peut aussi être vue comme une fonction définie de C dans C. Nous avons
alors deux notions de différentiabilité. D’une part la notion de différentiabilité sur R2 vu comme un R-
espace vectoriel. Et d’autre part la notion de différentiabilité sur C vu comme un C-espace vectoriel.
Ces deux notions sont-elles les mêmes ? La réponse est non. Plus précisément, la C différentiabilité
implique la R différentiabilité mais la réciproque est fausse. Cela vient du fait qu’une application
linéaire sur C est aussi linéaire sur R2 mais une application linéaire sur R2 ne l’est pas forcément sur
C.

Définition 1.10. Soit U un ouvert de Rn , a ∈ U et f : U → R une fonction différentiable en a. On


appelle gradient de f en a le vecteur ligne
∂f ∂f ∂f 
∇f (a) = (a), (a), . . . , (a) .
∂x1 ∂x2 ∂xn
Le gradient coïncide avec la matrice jacobienne. On peut facilement voir que le gradient est la
direction où f augmente le plus vite.

5
1.3.3 Continuité des dérivées partielles et différentiabilité
Le critère le plus important pour la différentiabilité d’une fonction est celui de la continuité des
dérivées partielles.

Théorème 1.11. Soit U un ouvert de Rn , a ∈ U et f : U → Rm . On suppose que les dérivées


partielles de f existent dans un voisinage de a et sont continues en a. Alors f est différentiable en a.

Si la continuité des dérivées partielles est une condition suffisante de différentiabilité, ce n’est pas
une condition nécessaire (seule l’existence des dérivées partielles est une condition nécessaire). En
pratique, lorsqu’on veut décider de la différentiabilité d’une fonction concrète (qui a en général des
points de singularité) on peut procéder de la manière suivante :
1. On étudie la continuité de la fonction. Si la fonction n’est pas continue elle n’est pas différen-
tiable.
2. Si la fonction est continue, on étudie l’existence des dérivées partielles. Si au moins une des
dérivées partielles n’existe pas, la fonction n’est pas différentiable.
3. Si la fonction est continue et toutes les dérivées partielles existent, on étudie la continuité
des dérivées partielles. Si toutes les dérivées partielles sont continues alors la fonction est
différentiable.
4. Si la fonction est continue et toutes les dérivées partielles existent mais certaines sont disconti-
nues, il ne reste plus qu’à vérifier la définition de la différentiabilité. Mais l’application linéaire
et continue L de la définition est connue (sa matrice est la matrice des dérivées partielles, la
matrice jacobienne) donc la vérification de la définition est maintenant aisée.

Exemple. La fonction
(
1
x2 sin x2 +y 2 si (x, y) 6= (0, 0)
f : R2 → R, f (x, y) =
0 si (x, y) = (0, 0)

est continue en (0, 0), les dérivées partielles existent partout mais sont discontinues en (0, 0). La
fonction est différentiable en (0, 0) de différentielle nulle.

1.4 Composition et inverse


Nous avons que la composition de deux applications différentiables est différentiable et la diffé-
rentielle de la composition est la composition des différentielles.

Proposition 1.12. Soient E, F et G trois espaces normés, U un ouvert de E, V un ouvert de F ,


f : U → F et g : V → G. On suppose que f est différentiable en a ∈ U , que f (a) ∈ V et que g est
différentiable en f (a). Alors g ◦ f est différentiable en a et

D(g ◦ f )(a) = Dg(f (a)) ◦ Df (a).

Corollaire 1.13. Si f = f (y) est une fonction différentiable à valeurs réelles définie sur un ouvert
de Rm et g = g(x) est définie d’un ouvert de Rn à valeurs dans Rm , alors

∂  ∂f ∂g1 ∂f ∂g2 ∂f ∂gm


f (g1 , g2 , . . . , gm ) = + + ··· + .
∂xi ∂y1 ∂xi ∂y2 ∂xi ∂ym ∂xi
Définition 1.14. Soient E et F deux espaces normés, U un ouvert de E et V un ouvert de F .
Un homéomorphisme de U dans V est une application de U dans V qui est bijective, continue et
d’inverse continue.

6
La différentielle de l’inverse est l’inverse de la différentielle. Plus précisément :

Théorème 1.15. Soient E et F deux espaces normés, U un ouvert de E, V un ouvert de F et


f : U → V un homéomorphisme. On suppose que f est différentiable en un point a ∈ U et que sa
différentielle Df (a) est un homéomorphisme de E dans F . Alors f −1 est différentiable en f (a) et
−1
D(f −1 )(f (a)) = Df (a) .

1.5 Inégalité des accroissements finis


Commençons par définir la dérivabilité.

Définition 1.16. Soit I un intervalle de R, E un espace normé et f : I → E. On dit que f est


dérivable en un point t0 de I si la limite

f (t) − f (t0 )
f 0 (t0 ) = lim
t→t0 t − t0
existe.

Pour une fonction d’une variable réelle à valeurs dans un espace normé, les notions de dérivabilité
et différentiabilité coïncident.

Lemme 1.17. Soit I un intervalle de R, E un espace normé, f : I → E et t0 ∈ I. La fonction f


est dérivable en t0 si et seulement si elle est différentiable en t0 . De plus, la différentielle en t0 est
l’application linéaire et continue de multiplication par la dérivée f 0 (t0 ) et nous avons que

k|Df (t0 )k|L (R,E) = kf 0 (t0 )kE .

Voici l’inégalité des accroissements finis dans un cas particulier.

Lemme 1.18. Soit f : [0, 1] → E dérivable. On suppose qu’il existe C tel que kf 0 (t)kE ≤ C pour
tout t ∈ [0, 1]. Alors kf (1) − f (0)kE ≤ C.

Enfin le cas général :

Théorème 1.19. Soit f : U → F où U est un ouvert de E et E, F sont des espaces normés. Soient
a, b ∈ U tels que le segment [a, b] = {ta + (1 − t)b ; t ∈ [0, 1]} soit inclus dans U . On suppose que f
est différentiable en tout point de [a, b] et que la norme de sa différentielle en tout point du segment
est bornée par une constante indépendante du point. Alors nous avons l’inégalité suivante

kf (a) − f (b)kF ≤ ka − bkE sup k|Df (x)k|L (E,F ) .


x∈[a,b]

Corollaire 1.20. Soit f : U → F où U est un ouvert connexe de E et E, F sont des espaces normés.
On suppose que f est différentiable sur U et que sa différentielle est nulle en tout point. Alors f est
constante.

Fin du cours du 31/01/2018.

7
1.6 Théorème d’inversion locale
Commençons par définir la notion de difféomorphisme.

Définition 1.21. — Une fonction f : U ouvert de E espace normé à valeurs dans F espace
normé est dite de classe C 1 si elle est différentiable et si sa différentielle Df : U → L (E, F )
est continue.
— Une fonction f est un C 1 difféomorphisme de U dans V si U et V sont ouverts, si f est
bijective de U dans V , f est C 1 et f −1 est C 1 .

Montrons un lemme qui sera utilisé dans la preuve du théorème d’inversion locale.

Lemme 1.22. Soit E un espace de Banach. L’ensemble X = {T ∈ L (E) ; T inversible} est un


ouvert de L (E) et l’application X 3 T 7→ T −1 ∈ L (E) est continue.

Voici le théorème d’inversion locale.

Théorème 1.23 (inversion locale). Soient E un espace de Banach, f : U ouvert de E à valeurs dans
E une fonction de classe C 1 et a ∈ U tels que Df (a) est un homéomorphisme. Alors il existe U 0 un
ouvert qui contient a et V 0 un ouvert qui contient f (a) tels que f est un C 1 diffémorphisme de U 0
dans V 0 .

Nous avons aussi une version globale du théorème d’inversion locale.

Théorème 1.24 (inversion globale). Soient E un espace de Banach, f : U ouvert de E à valeurs


dans E une fonction de classe C 1 . Si f est injective et Df (x) est un homéomorphisme pour tout
x ∈ U alors f (U ) est un ouvert et f est un C 1 difféomorphisme de U dans f (U ).

1.7 Théorème des fonctions implicites


Le théorème des fonctions implicites permet de résoudre une équation du type f (x, y) = 0 en
exprimant une des variables en fonction des autres. Par exemple y = ϕ(x) où ϕ est une fonction
implicite. On sait que ϕ existe mais on ne la connaît pas explicitement, d’où la terminologie de
fonction implicite. On peut montrer ainsi que les zéros d’une fonction de R2 se trouvent sur une
courbe ; on discutera cela plus en détail quand on parlera de courbes plus tard.
Définissions d’abord la notion de différentielle partielle, qui est similaire à la notion de dérivée
partielle.

Définition 1.25. Soit f : U ouvert de E × F à valeurs dans G où E, F et G sont des espaces


normés. On dit que f = f (x, y) admet une différentielle partielle par rapport à x au point (a, b) ∈ U
si l’application x 7→ f (x, b) est différentiable en a et on note

Dx f (a, b) = D x 7→ f (x, b) (a).

On définit de même la différentielle partielle par rapport à y et on note



Dy f (a, b) = D y 7→ f (a, y) (b).

Comme dans le cas des dérivées partielles, on peut exprimer la différentielle en fonction des
différentielles partielles.

Lemme 1.26. Soit f : U ouvert de E × F à valeurs dans G où E, F et G sont des espaces normés.
Si f est différentiable en (a, b) alors elle admet des différentielles partielles en (a, b) et on a

Df (a, b)(h, k) = Dx f (a, b)h + Dy f (a, b)k.

8
Voici le théorème des fonctions implicites.
Théorème 1.27 (fonctions implicites). Soient E, F des espaces de Banach, U un ouvert de E × F ,
f : U → F une fonction de classe C 1 . Soit (a, b) ∈ U tel que f (a, b) = 0 et Dy f (a, b) est un
homéomorphisme de L (F ). Alors il existe un ouvert W qui contient (a, b), un ouvert V qui contient
a et une fonction ϕ : V → F de classe C 1 tels qu’on a l’équivalence suivante :
(x, y) ∈ W et f (x, y) = 0 ⇔ x ∈ V et y = ϕ(x).

Fin du cours du 07/02/2018.

Exemples.
a) Considérons le système (
4xy + 2xz + y + 4y 2 = 0
x3 y + xz + 4z − z 2 = 0
au voisinage du point (0, 0, 0). Le théorème des fonctions implicites s’applique et nous permet
d’exprimer y et z en fonction de x. Mais il ne s’applique pas pour exprimer x et y en fonction
de z, ni x et z en fonction de y. Par ailleurs, il ne peut pas s’appliquer pour exprimer par
exemple x en fonction de y et z car dans le théorèmes des fonctions implicites le nombre de
variables qui s’expriment en fonction des autres est toujours égal au nombre d’équations.
b) Considérons l’équation 2xy − z + 2xz 3 = 5 au voisinage du point (1, 2, 1). On peut exprimer
z en fonction de x et y et on peut calculer les dérivées de la fonction implicite en (1, 2) à
n’importe quel ordre.

2 Courbes paramétrées
2.1 Définitions et premières propriétés
Définition 2.1. — Une courbe paramétrée de Rn est une application continue γ : I → Rn où I
est un intervalle de R.
— Le support de la courbe est γ(I).
— Une courbe plane est une courbe de R2 ou une courbe de R3 qui est incluse dans un plan.
— Une courbe est dite de classe C k si l’application γ est de classe C k .
— Une courbe est dite simple si l’application γ est injective.
— Deux courbes paramétrées β : I → Rn et γ : J → Rn sont dites équivalentes s’il existe un
homéomorphisme ϕ : I → J tel que γ ◦ ϕ = β. L’application ϕ est dite changement de
paramètre, ou changement de paramétrage. Si β et γ sont de classe C k , alors ϕ doit être
un difféomorphisme de classe C k . Si ϕ est croissante, le sens de parcours de la courbe est
conservé ; dans le cas contraire il est inversé.
— La longueur d’une courbe paramétrée γ : [a, b] → Rn est la borne supérieure des longueurs de
toutes les lignes polygonales dont les sommets sont sur la courbe :
n
X
long(γ) = sup kγ(xj ) − γ(xj−1 )k
a=x0 <x1 <···<xn =b j=1

où k · k désigne la norme euclidienne.


Proposition 2.2. Soit γ : [a, b] → Rn une courbe de classe C 1 . Nous avons que
Zb
long(γ) = kγ 0 (t)k dt.
a

9
Remarque. Deux courbes équivalentes ont la même longueur.

Définition 2.3. — Un point γ(t0 ) d’une courbe γ est dit régulier si γ 0 (t0 ) 6= 0. Une courbe est
dite régulière si tous ses points sont réguliers.
— Un point γ(t0 ) d’une courbe γ est dit bi-régulier si γ 0 (t0 ) 6= 0 et γ 00 (t0 ) 6= 0.
— Une courbe est dite paramétrée par la longueur d’arc, ou par l’abscisse curviligne, si kγ 0 (t)k = 1
pour tout t.

Remarque. Pour une courbe paramétrée par la longueur d’arc, le point γ(t) parcourt la courbe à
vitesse constante égale à 1.

Proposition 2.4. Toute courbe régulière admet un paramétrage par la longueur d’arc. Ce paramé-
trage est unique à une translation près et au sens de parcours près.

Proposition 2.5. Dans un point régulier γ(t0 ), la direction de la tangente à la courbe est donnée
par γ 0 (t0 ). Si, de plus, γ est paramétrée par la longueur d’arc, alors le vecteur γ 00 (t0 ) est normal à la
courbe.

Remarque. Dans un point qui n’est pas régulier, la direction de la tangente est donnée par la
première dérivée non-nulle de γ en t0 .

2.2 Allure d’une courbe plane


Définition 2.6. Soit γ une courbe C 2 paramétrée par la longueur d’arc. On appelle courbure la
quantité
κ(t) = kγ 00 (t)k
et centre de courbure le point
γ 00 (t)
P (t) = γ(t) +
kγ 00 (t)k2
Proposition 2.7. Soit γ une courbe régulière C 2 (pas nécessairement paramétrée par la longueur
d’arc). Nous avons la formule suivante pour la courbure :

|γ 0 (t) ∧ γ 00 (t)|
κ(t) =
kγ 0 (t)k3

où on a utilisé la notation x ∧ y = x1 y2 − x2 y1 .

Fin du cours du 14/02/2018.


La courbure est une mesure quantitative du caractère « plus ou moins courbé ». La courbure
d’une droite est nulle. Celle d’un cercle de rayon R est R1 . Intuitivement, un bout d’un cercle de
rayon très grand semble être presque plat ; il est donc normal que sa courbure soit petite. Nous avons
aussi la réciproque :

Proposition 2.8. a) Toute courbe régulière de classe C 2 de courbure nulle est un bout de droite.
b) Toute courbe régulière de classe C 3 de courbure constante et strictement positive est un bout
de cercle.

Définition 2.9. Le cercle osculateur est le cercle dont le centre est le centre de courbure et le rayon
1
est l’inverse de la courbure : C(P (t), κ(t) ).

10
Le cercle osculateur en γ(t0 ) passe par γ(t0 ). Son centre est situé sur la normale à la courbe, du
même côté que γ 00 (t0 ) (qui est aussi normale à la courbe dans le cas d’une paramétrisation par la
longueur d’arc). La distance de son centre à γ(t0 ) est l’inverse de la courbure. Le cercle osculateur
en γ(t0 ) est le cercle qui approche le plus la courbe au point γ(t0 ). Plus précisément, nous avons la
propriété suivante :
Proposition 2.10. Soit γ une courbe C 2 et t0 un point bi-régulier. Si t1 < t2 < t3 tendent vers t0
alors le cercle qui passe par γ(t1 ), γ(t2 ) et γ(t3 ) tend vers le cercle osculateur en γ(t0 ) (au sens que
le centre et le rayon convergent).

2.3 Remarques sur les courbes gauches


Une courbe gauche est une courbe de R3 qui n’est pas plane. La tangente à la courbe est encore
dirigée par γ 0 . Soit γ paramétrée par la longueur d’arc. Alors γ 00 est encore orthogonale à γ 0 , donc à
la courbe. On appelle plan osculateur le plan engendré par γ 0 (t) et γ 00 (t) et qui passe par γ(t). On
peut définir comme en dimension deux la courbure et le cercle osculateur qui sera tracé dans le plan
osculateur. La proposition 2.10 reste vraie. Une quantité spécifique à la dimension trois est la torsion
qui est définie par
det(γ 0 , γ 00 , γ 000 )
θ=−
kγ 0 ∧ γ 00 k2
La torsion d’une courbe mesure la manière dont la courbe se tord pour sortir de son plan oscu-
lateur. On peut montrer que la torsion est nulle si et seulement si la courbe est plane.

2.4 Courbes planes définies par une équation


Soit f une fonction C 1 définie sur un ouvert de R2 à valeurs dans R. On pose Γ = {(x, y) ; f (x, y) =
0}. Soit (a, b) ∈ Γ un point où le gradient de f ne s’annule pas. Alors une des dérivées partielles de
f en (a, b) ne s’annule pas. Disons que ∂f ∂y
(a, b) 6= 0. Le théorème des fonctions implicites dit qu’il
1
existe ϕ de classe C définie au voisinage de a telle que, au voisinage de (a, b)

f (x, y) = 0 ⇔ y = ϕ(x).

Ainsi, au voisinage de (a, b), l’ensemble Γ est une courbe de classe C 1 paramétrée par x 7→ (x, ϕ(x)).
La tangente à la courbe est (1, ϕ0 (x)). On peut vérifier que ce vecteur est normal au ∇f (a, b).
L’équation de la tangente au point (a, b) est donc
∂f ∂f
(x − a) (a, b) + (y − b) (a, b) = 0.
∂x ∂y

3 Séries entières
3.1 Définition, rayon de convergence
an z n où an ∈ C et z ∈ C.
P
Définition 3.1. Une série entière est une série formelle de la forme
n≥0

Rappelons maintenant quelques propriétés de la limsup.


Proposition 3.2. Soit (xn ) une suite réelle et l = lim sup xn = lim sup xk . Alors
n→∞ n→∞ k≥n

a) l est la plus grande limite de sous-suite de (xn ).


b) Si l0 > l alors il existe N tel que xn < l0 pour tout n ≥ N .
c) Si xn ≥ 0 et lim sup xn = 0 alors xn → 0.
n→∞

11
an z n le nombre
P
Définition 3.3. On appelle rayon de convergence de la série entière
n≥0

R = sup{r ≥ 0 ; |an |rn borné}.


Le théorème suivant regroupe quelques propriétés du rayon de convergence.
an z n une série entière de rayon de convergence R.
P
Théorème 3.4. Soit
n≥0
a) La série converge pour tout |z| < R et diverge pour tout |z| > R.
b) Le rayon de convergence de la série des dérivées est aussi égal à R. La série converge uniformé-
ment sur tous les compacts du disque de convergence D(0, R), sa somme est C ∞ sur D(0, R)
et on peut la dériver terme à terme (la somme des dérivées est la dérivée de la somme).
c) Nous avons la formule d’Hadamard pour le rayon de convergence
1
R= 1
lim sup |an | n
n→∞

|an |
d) Si tous les an sont non-nuls et |an+1 |
→ l alors R = l (critère de d’Alembert).
Le rayon de convergence d’une série entière peut être 0 (par exemple si an = nn ) ou ∞ (par
exemple si an = 1/nn ). Si le rayon de convergence est nul la série ne converge qu’en 0, si c’est ∞ la
série converge en tout point. Lorsqu’on applique la formule d’Hadamard on convient que 01 = ∞ et
1

= 0.
Définition 3.5. Le disque de convergence d’une série entière est le disque ouvert D(0, R) où R est
le rayon de convergence.

P zMême
n
si la série converge sur le disque fermé, comme c’est le cas par exemple pour la série
n2
, on appelle quand même disque de convergence le disque ouvert. La raison est que les autres
propriétés, comme la convergence de la série des dérivées, ne sont vraies que dans le disque ouvert
même si la série converge sur le disque fermé.

3.2 Somme et produit


an z n et bn z n deux séries entières. La série somme est la série cn z n
P P P
Définition 3.6. Soient
où cn = an + bn .
an z n , respectivement bn z n deux séries entières de rayons de conver-
P P
Proposition 3.7. Soient
gence R1 , respectivement R2 . Alors la série somme est de rayon de convergence
P n
P ≥ min(R
R
n
P1 , R2n).
De plus, si R1 6= R2 alors R = min(R1 , R2 ). Si |z| < min(R1 , R2 ), alors cn z = an z + b n z .

Fin du cours du 28/02/2018.


Lorsque R1 = R2 on n’a plus forcément R = min(R1 , R2 ). Contre-exemple en posant an = −bn .
an z n et bn z n deux séries entières. La série produit est la série cn z n
P P P
Définition 3.8. Soient
n
P
où cn = ak bn−k .
k=0

an z n , respectivement bn z n deux séries entières de rayons de conver-


P P
Proposition 3.9. Soient
gence R1 , respectivement R2 . Alors la série produit est de rayon de convergence R ≥ min(R1 , R2 ).
De plus, si |z| < min(R1 , R2 ), alors la somme de la série produit est le produit de sommes de deux
séries (la somme du produit est le produit des sommes).
an z n =
P
Lorsque R 1 6
= R 2 on n’a pas forcément R = min(R 1 , R2 ). Contre-exemple en posant
bn z n = z n .
P P
1 − z et

12
4 Fonctions holomorphes
4.1 Définitions, généralités
Définition 4.1. Soit f une fonction définie sur un ouvert Ω de C à valeurs dans C.
— La fonction f est dite C–dérivable, ou plus simplement dérivable, en z0 ∈ Ω si la limite
lim f (z)−f
z−z0
(z0 )
existe. La valeur de cette limite est la dérivée de f en z0 :
z→z0

f (z) − f (z0 )
f 0 (z0 ) = lim .
z→z0 z − z0
— La fonction f est dite holomorphe sur Ω si elle est dérivable en tout point de Ω.

On peut voir très facilement que les puissance z n , et plus généralement les polynômes, sont des
fonctions dérivables.
On vérifie sans peine que les propriétés suivantes bien connues pour la dérivabilité sur R restent
vraie pour la dérivabilité sur C.

Proposition 4.2. a) Une fonction dérivable en un point est continue en ce point.


b) Si f et g sont dérivables en z0 , alors f + g est dérivable en z0 et (f + g)0 = f 0 + g 0 .
c) Si λ ∈ C et f est dérivable en z0 , alors λf est dérivable en z0 et (λf )0 = λf 0 .
d) Si f et g sont dérivables en z0 , alors f g est dérivable en z0 et (f g)0 = f 0 g + f g 0 .
f f 0 g−f g 0
e) Si f et g sont dérivables en z0 et g(z0 ) 6= 0, alors g
est dérivable en z0 et ( fg )0 = g2
.
f ) Si n ∈ N∗ et f est dérivable en z0 , alors f n est dérivable en z0 et (f n )0 = nf f 0 n−1
.
g) Si g est dérivable en z0 et f est dérivable en g(z0 ) alors f ◦ g est dérivable en z0 et (f ◦ g)0 =
f 0 ◦ g g0.

Le lien entre la C–dérivabilité et la R2 –différentiabilité se fait par les équations de Cauchy–


Riemann.

Théorème 4.3. Soit f = P + iQ une fonction définie sur un ouvert Ω de C à valeurs dans C. Soit
z0 = x0 + iy0 ∈ Ω.
a) La fonction f est C–dérivable en z0 si et seulement si f est différentiable en tant que fonction
de R2 dans R2 et les équations de Cauchy-Riemann sont satisfaites :
∂P ∂Q
(z0 ) = (z0 )
∂x ∂y
∂P ∂Q
(z0 ) = − (z0 ).
∂y ∂x

b) Les équations de Cauchy-Riemann sont équivalentes à

∂f ∂f
(z0 ) = i (z0 ).
∂y ∂x

c) Si f est C–dérivable en z0 alors

∂f ∂f
f 0 (z0 ) = (z0 ) = −i (z0 ).
∂x ∂y

13
Exemple. La fonction f (z) = |z|2 est dérivable seulement en 0. La fonction f (x, y) = x2 + iy 2 est
dérivable seulement sur la droite {(x, x) ; x ∈ R}. Aucune de ces deux fonctions n’est holomorphe.
Corollaire 4.4. Soit Ω un ouvert connexe et f une fonction holomorphe sur Ω de dérivée nulle.
Alors f est constante.
Corollaire 4.5. La somme d’une série entière est holomorphe sur le disque de convergence et sa
dérivée est la somme des dérivées.
Définition 4.6. Une primitive d’une fonction f définie sur un ouvert Ω de C est une fonction
holomorphe sur Ω telle que g 0 = f .

4.2 Exponentielle, fonctions trigonométriques, logarithme


Définition 4.7. Pour z ∈ C on définit l’exponentielle complexe par

X zn
ez = .
z=0
n!

On peut vérifier aisément à l’aide du critère de d’Alembert que la série qui définit l’exponentielle
a un rayon de convergence infini. L’exponentielle est donc bien-définie pour tout z ∈ C. Remarquons
aussi que lorsque z ∈ R on retrouve l’exponentielle réelle. Voici maintenant quelques propriétés de
l’exponentielle complexe.
Proposition 4.8. Nous avons les propriétés suivantes :
a) L’exponentielle complexe est holomorphe et sa dérivée est elle-même : (ez )0 = ez .
b) ez1 +z2 = ez1 ez2 .
c) ex+iy = ex (cos y + i sin y).
d) |ez | = eRe z et arg(ez ) = Im z (mod 2π). En particulier, l’exponentielle complexe ne s’annule
jamais.
e) L’exponentielle complexe est périodique de période 2iπ : ez+2iπ = ez .
On peut aussi définir les principales fonctions trigonométriques comme sommes de séries entières :
∞ ∞
X z 2n X z 2n+1 sin z
cos z = (−1)n sin z = (−1)n tan z =
n=0
(2n)! n=0
(2n + 1)! cos z
∞ ∞
X z 2n X z 2n+1 sinh z
cosh z = sinh z = tanh z =
n=0
(2n)! n=0
(2n + 1)! cosh z

En utilisant le développement en série entière de l’exponentielle, on peut écrire ces fonctions


trigonométriques à l’aide de l’exponentielle. Nous avons
eiz + e−iz eiz − e−iz ez + e−z ez − e−z
cos z = sin z = cosh z = sinh z =
2 2i 2 2
1 1
cos 0 = − sin sin 0 = cos cosh 0 = sinh sinh 0 = cosh tanh 0 = tan 0 =
cosh 2 cos 2
Toutes les formules trigonométriques connues dans R s’étendent à C sans difficulté en utilisant
les expressions des fonctions trigonométriques en terme d’exponentielle et les propriétés de l’expo-
nentielle.
On peut définir le logarithme comme l’inverse de l’exponentielle.
Définition 4.9. Soit z ∈ C∗ . On appelle log(z) un nombre complexe u tel que eu = z.

14
Remarques.
a) log(0) n’a pas de sens. En effet, l’exponentielle ne s’annule jamais.
b) log(z) n’est pas uniquement défini. En effet, l’exponentielle est périodique de période 2πi donc
si eu = z alors eu+2πi = z aussi.
En identifiant le module et l’argument de eu et de z on trouve la formule suivante pour log(z) :

log(z) = ln |z| + i arg(z). (4.1)

Comme l’argument est défini à 2π près, le logarithme est défini à 2πi près.
Nous aimerions maintenant définir le logarithme en tant que fonction holomorphe. Cela s’avère
plutôt compliqué. On montrera plus tard qu’il n’est pas possible de faire cela sur C∗ tout entier.

Définition 4.10. Soit Ω un ouvert de C∗ . Une détermination holomorphe du logarithme sur Ω est
une fonction f holomorphe sur Ω telle que ef (z) = z pour tout z ∈ Ω.

Pour trouver une détermination holomorphe du logarithme sur un ouvert Ω il suffit de pouvoir
définir de manière continue l’argument sur Ω. En effet, cela implique que le logarithme défini par
(4.1) est régulier (différentiable) et si c’est différentiable c’est automatiquement holomorphe en vertu
de la proposition suivante :

Proposition 4.11. Soient f holomorphe et g différentiable tels que f ◦ g = Id. Alors g est holo-
morphe.

Pour α ∈ R, on introduit le plan fendu Pα = C \ {reiα ; r ≥ 0}. L’argument peut être défini
de manière continue sur Pα en choisissant par exemple arg(z) ∈]α, α + 2π[. Donc il existe une
détermination holomorphe du logarithme sur le plan fendu Pα . On appelle détermination principale
du logarithme celle qui correspond au cas α = −π.

Définition 4.12. On appelle détermination principale du logarithme l’application

C \ R− 3 z 7→ log(z) = ln |z| + i arg(z) où arg(z) ∈] − π, π[.

Dans la suite, quand on parlera du logarithme complexe il faut comprendre la détermination


principale du logarithme sauf mention contraire. Remarquons que nous n’avons pas forcément l’égalité
log(z1 z2 ) = log(z1 ) + log(z2 ). Cette relation n’a lieu que modulo 2πi.
Lorsqu’une détermination holomorphe du logarithme existe, on peut définir de manière holo-
morphe pour z ∈ C∗ et α ∈ C la puissance complexe par z α = eα log(z) . On n’a pas forcément l’égalité
(z1 z2 )α = z1α z2α .
On peut aussi s’intéresser à la détermination holomorphe du logarithme d’une fonction.

Définition 4.13. Soit Ω un ouvert de C et f : Ω → C∗ une fonction holomorphe. Une détermination


holomorphe du logarithme de f sur Ω est une fonction g holomorphe sur Ω telle que eg(z) = f (z)
pour tout z ∈ Ω.

Proposition 4.14. Soit f : Ω → C∗ une fonction holomorphe.


f0
a) Si g est une détermination holomorphe de log(f ) sur Ω, alors g 0 = f
.
f0
b) Si f
admet une primitive sur Ω, alors il existe une détermination holomorphe de log(f ) sur
Ω.

Voici un corollaire immédiat.

Corollaire 4.15. a) Il existe une détermination holomorphe de log(f ) sur Ω si et seulement si


f0
f
admet une primitive sur Ω.

15
1
b) Il existe une détermination holomorphe de log(z) sur Ω si et seulement si z
admet une primi-
tive sur Ω.
c) La dérivée d’une détermination holomorphe de log(z) est toujours z1 .
Un dernier résultat sur le logarithme :
Proposition 4.16. Pour tout |z| < 1 nous avons que

X zn
log(1 + z) = (−1)n−1 .
n=1
n

Fin du cours du 07/03/2018.

4.3 Intégration complexe


Commençons par plusieurs définitions.
Définition 4.17. a) Un chemin est une courbe C 1 par morceaux.
b) L’origine d’un chemin γ : [a, b] → C est γ(a). L’extrémité est γ(b).
c) Un lacet est une courbe fermée : γ(a) = γ(b).
d) Un chemin simple est un chemin sans intersections (la paramétrisation est injective).
e) Un changement de paramètre est toujours un C 1 difféomorphosme croissant (le sens de par-
cours de la courbe est préservé).
f ) Si γ1 et γ2 sont deux courbes telles que l’extrémité de γ1 est l’origine de γ2 on définit l’union
γ1 ∨ γ2 comme étant la courbe paramétrée par
(
γ1 (t) si t ∈ [0, 1]
γ : [0, 2] → C, γ(t) =
γ2 (t) si t ∈ [1, 2]

(par un changement de paramétrage on peut supposer γ1 définie sur [0, 1] et γ2 définie sur
[1, 2].)
g) Si f est une fonction continue sur un chemin γ : [a, b] → C, on définit
Z Zb
f (z) dz = f (γ(t)) γ 0 (t) dt.
γ a

où le produit f (γ(t)) γ 0 (t) se fait en tant que nombres complexes.


Voici quelques propriétés élémentaires de l’intégrale complexe.
Proposition 4.18. a) L’intégrale complexe est linéaire.
b) L’intégrale complexe est invariante par changement de paramètrage.
c) Si on change le sens de parcours d’une courbe, l’intégrale change de signe.
d) Nous avons l’inégalité Z
f (z) dz ≤ long(γ) sup |f (z)|.
z∈γ
γ

e) Si f est holomorphe alors Z


f 0 (z) dz = f (γ(b)) − f (γ(a)).
γ

16
f ) Si f admet des primitives et γ est un lacet alors
Z
f (z) dz = 0.
γ

g) Si l’extrémité de γ1 est l’origine de γ2 alors


Z Z Z
f (z) dz = f (z) dz + f (z) dz.
γ1 ∨γ2 γ1 γ2

h) Si fn → f uniformément sur γ alors


Z Z
fn (z) dz → f (z) dz.
γ γ

Comme l’intégrale complexe ne dépend pas du paramétrage de la courbe, pour travailler avec une
intégrale complexe il suffit de disposer de l’image de la courbe et de son sens de parcours. On pourra
choisir le paramétrage comme on veut dés lors que le sens de parcours est préservé. En pratique,
on ne donnera pas le paramétrage d’une courbe ; on donnera seulement son image et son sens de
parcours. Dans le cas d’un lacet, parfois il n’est même pas nécessaire de spécifier le sens de parcours.
On choisira par défaut le sens direct (ou sens trigonométrique), c’est-à-dire le sens inverse des aiguilles
d’une horloge. L’autre sens est appelé sens rétrograde.

4.4 Indice d’un point par rapport à un lacet


Définition 4.19. Soit γ un lacet et z0 6∈ γ. On définit l’indice du point z0 par rapport à la courbe
γ : Z
1 1
Ind(z0 , γ) = dz.
2πi z − z0
γ

Voici quelques propriétés de l’indice.

Proposition 4.20. Soit γ un lacet et z0 6∈ γ.


a) L’indice est toujours entier : Ind(z0 , γ) ∈ Z.
b) L’indice est constant sur chaque composante connexe de C \ γ.
c) L’indice est nul sur la composante connexe non-bornée de C \ γ.

Formule géométrique pour l’indice. Nous avons l’interprétation géométrique suivante de l’in-
dice. L’indice est le nombre de tours que l’on fait autour de z0 lorsqu’on parcourt complètement la
courbe (les tours dans le sens direct comptent pour +1, ceux dans le sens rétrograde comptent pour
−1). Dans le cas d’une courbe d’allure compliquée, il est utile de procéder de la manière suivante.
On trace une demi-droite arbitraire d’origine z0 . Pour chaque intersection de la demi-droite avec la
courbe on compte +1 si la courbe croise la demi-droite dans le sens direct et −1 sinon (le sens direct
ou rétrograde est défini par rapport à z0 , c’est-à-dire en supposant que l’origine est en 0). On fait la
somme et le résultat est l’indice de z0 .
Remarquons enfin que dans le cas d’un lacet simple, l’indice à l’intérieur de la courbe est ±1,
suivant que la courbe est parcourue dans le sens direct ou pas.

Définition 4.21. Un lacet simple est dit orienté dans le sens direct si l’indice d’un point situé à
l’intérieur du lacet est égal à 1.

17
4.5 Théorème et formules de Cauchy. Applications
Définition 4.22. Un ouvert Ω est dit étoilé s’il existe a ∈ Ω tel que pour tout z ∈ Ω nous avons que
tout le segment fermé [a, z] est inclus dans Ω.

Le but de cette partie est de montrer le théorème de Cauchy suivant.

Théorème 4.23 (Cauchy). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction holomorphe
sur Ω. Alors Z
f (z) dz = 0.
γ

En fait, on peut se passer de l’hypothèse que Ω est étoilé. Il suffit de supposer que f est holomorphe
à l’intérieur du lacet γ.
Pour montrer ce théorème, on considére d’abord le cas d’un triangle.

Théorème 4.24 (Goursat). Soit Ω un ouvert de C, 4 un triangle inclus (avec son intérieur) dans
Ω et f une fonction holomorphe sur Ω sauf éventuellement en un point où elle est continue. Alors
Z
f (z) dz = 0.
∂4

Voici maintenant une version légèrement améliorée du théorème de Cauchy.

Théorème 4.25 (Cauchy bis). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction holo-
morphe sur Ω sauf éventuellement en un point où elle est continue. Alors
Z
f (z) dz = 0.
γ

De plus, f admet un primitive sur Ω.

Fin du cours du 14/03/2018.


Nous obtenons comme corollaire la formule de Cauchy :

Théorème 4.26 (formule de Cauchy). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction
holomorphe sur Ω. Pour tout z ∈ Ω \ γ nous avons que
Z
1 f (u)
f (z) Ind(z, γ) = du.
2πi u−z
γ

L’intégrale qui apparaît dans le terme de droite au-dessus peut se dériver par rapport à z. En
dérivant plusieurs fois nous obtenons des formules similaires pour les dérivées de f .

Théorème 4.27 (formules de Cauchy). Soit Ω un ouvert étoilé, γ un lacet dans Ω et f une fonction
holomorphe sur Ω. Alors f peut être dérivée autant de fois qu’on veut et pour tout n ∈ N et z ∈ Ω \ γ
nous avons que Z
(n) n! f (u)
f (z) Ind(z, γ) = du.
2πi (u − z)n+1
γ

18
Remarques.
a) Soulignons que ce théorème montre en particulier que la dérivée d’une fonction holomorphe
est elle-même holomorphe.
b) Comme dans les théorèmes de Goursat et de Cauchy bis, nous pouvons supposer que la fonction
f est holomorphe sauf éventuellement en un point où elle est continue. Nous obtenons alors
que f est holomorphe aussi dans ce point exceptionnel.
La formule de Cauchy dans le cas d’un cercle donne la formule de la moyenne suivante :

Proposition 4.28 (formule de la moyenne). Soit f holomorphe au voisinage du disque fermé


D(z0 , r). Alors
Z1
f (z0 ) = f (z0 + re2πit ) dt.
0

En prenant la valeur absolue dans les formules de Cauchy dans le cas où γ est un cercle, nous
obtenons les inégalités de Cauchy.

Proposition 4.29 (inégalités de Cauchy). Soit f holomorphe au voisinage du disque fermé D(z0 , r).
Alors
n!
|f (n) (z0 )| ≤ n sup |f |.
r C(z0 ,r)

Une application immédiate des inégalités de Cauchy est le théorème de Liouville.

Théorème 4.30 (Liouville). Une fonction holomorphe et bornée sur C est nécessairement constante.

Le théorème de Liouville implique à son tour le théorème de d’Alembert.

Théorème 4.31 (d’Alembert). Tout polynôme non-constant admet une racine complexe.

Le théorème de Goursat admet une réciproque. C’est le théorème de Morera.

Théorème 4.32 (Morera). Soit f une fonction continue


R sur un ouvert Ω. Si pour tout triangle 4
contenu dans Ω avec son intérieur nous avons que f (z) dz = 0, alors f est holomorphe.
∂4

Voici maintenant une réciproque de la propriété qui affirme que l’intégrale sur une lacet d’une
dérivée est nulle.

Théorème 4.33. Soit f uneR fonction continue sur un ouvert Ω. La fonction f admet une primitive
dans Ω si et seulement si f (z) dz = 0 pour tout lacet γ de Ω.
γ

Ce théorème nous permet ensuite de caractériser les ouverts où une détermination holomorphe
du logarithme existe de la manière suivante :

Corollaire 4.34. Soit Ω un ouvert qui ne contient pas 0. Il existe une détermination holomorphe du
logarithme sur Ω si et seulement si Ind(0, γ) = 0 pour tout lacet γ de Ω.

19
4.6 Analyticité des fonctions holomorphes
Les fonctions analytiques sont les sommes des séries entières.
Définition 4.35. Soit f une fonction définie sur un ouvert Ω. On dit que f est analytique en un
an z n de rayon de convergence > 0 telle qu’on ait
P
point z0 ∈ Ω s’il existe une série entière
n≥0
X
f (z) = an (z − z0 )n
n≥0

au voisinage de z0 .
Nous avons vu que les fonctions analytiques sont holomorphes. Nous pouvons déterminer les
coefficients an en fonctions des dérivées de f .
an (z − z0 )n . Nous avons
P
Proposition 4.36. Soit f une fonction analytique en z0 : f (z) =
n≥0

f (n) (z0 )
∀n ∈ N an = .
n!
Il se trouve que toute fonction holomorphe est analytique. Ainsi, pour les fonctions d’une variable
complexe, les notions d’holomorphie et d’analyticité coïncident.
Théorème 4.37. Une fonction holomorphe est analytique en tout point. Plus précisément, si f est
holomorphe sur D(z0 , r) alors f est dévéloppable en série entière en z0 et le rayon de convergence de
la série entière est au moins égal à r. De plus, f est égale à la somme de la série entière sur tout le
disque D(z0 , r).

4.7 Principe des zéros isolés


Commençons par montrer le résultat préliminaire suivant.
Proposition 4.38. Soit f une fonction holomorphe sur un ouvert connexe Ω et a ∈ Ω. Si f et toutes
ses dérivées s’annulent en a (i.e. f (n) (a) = 0 pour tout n ≥ 0), alors f est identiquement nulle.

Fin du cours du 28/03/2018.


Définissons maintenant l’ordre d’un zéro de f .
Définition 4.39. Soit f une fonction holomorphe sur un ouvert Ω et a ∈ Ω un zéro de f . L’ordre
de a en tant que zéro de f , ou sa multiplicité, est l’ordre de la première dérivée non nulle de f en a.
Si toutes les dérivées s’annulent en a, l’ordre est dit infini.
L’ordre de a en tant que zéro de f est donc l’entier m caractérisé par la propriété suivante :

f (a) = f 0 (a) = . . . f (m−1) (a) = 0 et f (m) (a) 6= 0.

Par la proposition 4.38, les zéros d’une fonction holomorphe non identiquement nulle sont tous d’ordre
fini. Nous pouvons montrer aisément le résultat de factorisation suivant.
Proposition 4.40. Soit Ω un ouvert, f une fonction holomorphe non identiquement nulle sur Ω et a
un zéro d’ordre m. Il existe une fonction g holomorphe sur Ω telle que g(a) 6= 0 et f (z) = (z−a)m g(z).
Voici maintenant le principe des zéros isolés.
Théorème 4.41 (Principe des zéros isolés). Soit Ω un ouvert connexe et f une fonction holomorphe
non identiquement nulle sur Ω. Alors les zéros de f sont isolés.

20
Ainsi, une suite injective de zéros de d’une fonction holomorphe non identiquement nulle peut
s’accumuler ou bien à l’infini ou bien sur le bord de Ω mais jamais à l’intérieur. Exemples : les zéros
1
de la fonction ez − 1 tendent vers l’infini, ceux de e z − 1 tendent vers 0 qui n’est pas dans le domaine
de définition de la fonction.
Le principe des zéros isolés porte parfois le nom de principe de prolongement analytique car il
permet de montrer le résultat suivant.

Proposition 4.42 (Principe du prolongement analytique). Soit Ω un ouvert connexe et f, g deux


fonctions holomorphes. On suppose qu’il existe une suite injective zn qui converge vers un point de
Ω et telle que f (zn ) = g(zn ) pour tout n. Alors f ≡ g.

Ainsi, il suffit de connaître les valeurs d’une fonction holomorphe sur une telle suite pour connaître
les valeurs sur tout l’ouvert Ω, c’est-à-dire la prolonger à Ω.

4.8 Principe du maximum


En général, la valeur absolue d’une fonction holomorphe ne peut pas avoir de maximum local à
l’intérieur du domaine de définition.

Théorème 4.43 (principe du maximum). Soit f une fonction holomorphe sur un ouvert connexe
Ω. Si |f | admet un maximum local en un point de Ω, alors f est constante.

Soit f une fonction holomorphe qui n’est pas constante et zn une suite telle que |f (zn )| →
sup |f (z)|. Si zn est non bornée, alors il existe une sous-suite znk qui tend vers l’infini. Le sup de |f |

s’obtient dans ce cas à l’infini. Si zn est bornée, alors il existe une sous-suite znk qui converge vers
un élément a. Comme f n’est pas constante, a 6∈ Ω. Donc a ∈ Ω \ Ω = ∂Ω. Dans ce cas, le sup de
|f | s’obtient sur le bord. On peut ainsi dire de manière un peu formelle (car on ne sait si f a une
trace au bord ou une limite à l’infini) que |f | admet son sup à l’infini ou sur le bord de l’ouvert de
définition. Voici maintenant un énoncé rigoureux.

Proposition 4.44. Soit Ω un ouvert borné, f une fonction holomorphe sur Ω et continue sur Ω.
Alors
sup |f (z)| = max |f (z)|.
z∈Ω z∈∂Ω

4.9 Séries de Laurent


Les séries de Laurent jouent le rôle de série entière pour les fonctions qui sont définies sur des
couronnes circulaires. Définissons d’abord ce que c’est une série de Laurent.

Définition 4.45. Une série de Laurent est une série de la forme


+∞
X
an z n .
n=−∞

Une série de Laurent est dite convergente si les deux séries


+∞
X −∞
X
n
an z et an z n
n=0 n=−1

convergent. La somme de la série de Laurent est la somme de ces deux séries.

Les fonctions définies sur des couronnes circulaires admettent des développements en série de
Laurent. Montrons d’abord le lemme suivant.

21
Lemme 4.46. Soit f une fonction holomorphe dans la couronne R circulaire C(a, r1 , r2 ) = {z ; r1 <
|z − a| < r2 } où 0 ≤ r1 < r2 ≤ ∞. Pour r ∈]r1 , r2 [, l’intégrale f (z) dz ne dépend pas de r.
C(a,r)

Nous avons le résultat suivant sur l’existence du développement en série de Laurent.


Théorème 4.47 (Développement en série de Laurent). Soit f une fonction holomorphe dans la
couronne circulaire C(a, r1 , r2 ) = {z ; r1 < |z − a| < r2 } où 0 ≤ r1 < r2 ≤ ∞. Il existe une série de
+∞
an (z − a)n qui converge sur la couronne C(a, r1 , r2 ) et dont la somme vaut f (z) :
P
Laurent
n=−∞

+∞
X
f (z) = an (z − a)n .
n=−∞

De plus, les coefficients an sont uniquement déterminés par la formule


Z
1 f (z)
an = dz
2πi (z − a)n+1
C(a,r)

où r ∈]r1 , r2 [ est arbitraire. En particulier, l’intégrale au-dessus ne dépend pas de r. Enfin, la série
de Laurent converge uniformément sur tout compact de la couronne C(a, r1 , r2 ).
Sur une couronne donnée, le développement en série de Laurent est uniquement déterminé car
on connaît la formule des coefficients an . Par contre, sur des couronnes différentes on peut avoir
des développements en série de Laurent différents pour la même fonction. Exemple avec z21−z sur les
couronnes C(0, 0, 1) et C(0, 1, ∞). Cependant, sur deux couronnes de même centre et non-disjointes
le développement en série de Laurent est le même.
+∞
an (z − a)n converge unifor-
P
La preuve du théorème 4.47 montre en fait un peu plus : la série
n=0
mément sur les compacts du disque {|z − a| < r2 } (c’est par conséquent holomorphe sur ce disque) et
−1
an (z − a)n converge uniformément sur les compacts de l’ensemble {|z − a| > r1 } (c’est
P
la série
n=−∞
par conséquent holomorphe sur cet ensemble).
Fin du cours du 04/04/2018.
P−1 +∞
P
La partie du développement en série de Laurent est dite partie singulière. La partie est
n=−∞ n=0
dite partie régulière.

4.10 Singularités isolées


Définition 4.48. On dit que le point a est une singularité isolée de la fonction f s’il existe r > 0
tel que f soit holomorphe dans le disque pointé Ḋ(a, r) = D(a, r) \ {a} = {z ; 0 < |z − a| < r}.
Les singularités isolées peuvent être de trois types :
a) a est dite singularité artificielle (ou fausse singularité) si f est bornée au voisinage de a ;
b) a est un pôle si lim |f (z)| = +∞ ;
z→a
c) a est une singularité essentielle si |f | est non-bornée au voisinage de a mais ne tend pas vers
l’infini en a.
Remarquons que le développement en série de Laurent dans un disque pointé ne dépend pas du
rayon du disque.
Nous pouvons caractériser le type de point singulier à l’aide du développement en série de Laurent
au voisinage du point.

22
+∞
an (z − a)n le déve-
P
Théorème 4.49. Soit a une singularité isolée de la fonction f et f (z) =
n=−∞
loppement en série de Laurent de f dans le disque pointé Ḋ(a, r). Alors
a) a est une fausse singularité ⇔ an = 0 pour tout n < 0 ⇔ f se prolonge en une fonction
holomorphe en a.
b) a est un pôle si et seulement si il existe m ≥ 1 tel que an = 0 pour tout n ≤ −m−1 et a−m 6= 0
(c’est-à-dire que le développement en série de Laurent commence à −m). On dit alors que a
est un pôle d’ordre m (pôle simple si m = 1, double si m = 2, triple si m = 3, etc.). De plus,
g(z)
a est un pôle d’ordre m si et seulement si on peut écrire f sous la forme f (z) = (z−a) m où g

est holomorphe en a et g(a) 6= 0.


c) a est une singularité essentielle si et seulement si le développement en série de Laurent va
effectivement jusqu’à −∞ : il existe une suite nk → −∞ telle que ank 6= 0. De plus, a est une
singularité essentielle si et seulement si l’image par f de tout voisinage de a est dense dans
C.
1
Un exemple de singularité essentielle est donnée par 0 pour la fonction e z .

4.11 Théorème des résidus


Définition 4.50. Soit a une singularité isolée de la fonction f . Le résidu de f en a, Res(f, a), est
1
le coefficient de z−a dans le développement de Laurent de f dans un disque pointé Ḋ(a, r).
Attention, il ne faut pas se tromper de développement de Laurent. En effet, la série de Laurent
dépend de la couronne considérée. Par exemple Res( z21−z , 0) = −1 mais le coefficient de z1 dans le
développement de Laurent valable pour |z| > 1 est 0.
Il est très important de bien savoir calculer un résidu. Voici quelques méthodes de calcul.
— Dans le cas d’un pôle simple nous avons que
 
Res(f, a) = (z − a)f (z) z=a = lim (z − a)f (z).
z→a
g
Si f = h
avec g(a) 6= 0 alors
g(a)
Res(f, a) =.
h0 (a)
— Dans le cas d’un pôle multiple, d’ordre m, nous avons de même
1 (m−1)
(z − a)m f (z)

Res(f, a) = (a).
(m − 1)!
Cette dérivée étant parfois difficile à calculer, il est souvent plus facile de procéder par iden-
tification des coefficients de la manière suivante. On écrit f = hg avec g, h holomorphes en a.
L’ordre de a comme pôle de f est la différence entre l’ordre de a comme zéro de h et l’ordre
de a comme zéro de g. Puis on écrit
g a−m a−m+1 a−1
f= = + + · · · + + ...
h (z − a)m (z − a)m−1 z−a
d’où
a−m a−m+1 a−1 
g=h + + · · · + + . . . .
(z − a)m (z − a)m−1 z−a
Maintenant on remplace g et h par leurs développements en série entière (seuls les m premiers
termes sont nécessaires), on développe le produit à droite et on identifie les coefficients. Cela
donne un système d’équations très facile à résoudre, ce qui nous permet de trouver a−1 qui
est le résidu cherché. Pour simplifier encore plus les calculs, on fera le changement de notation
u = z − a et on développera en puissances de u.

23
Exemples.
z ei
a) Nous avons que Res( z2e+1 , i) = 2i
(pôle simple).
z3 1
b) Tous les résidus de z 4 +1
sont égaux à 4
(pôles simples).
c) De même, tous les résidus de cotan z sont 1 (pôles simples).
eiz
d) Les pôles de 1+cos z
sont tous doubles et les résidus sont tous −2i.
2z+3 1
e) Le résidu de (z−1)3 ez
en 1 est 2e (pôle triple).

Voici maintenant le théorème des résidus, le théorème le plus important de cette partie sur les
fonctions holomorphes.

Théorème 4.51 (théorème des résidus). Soit Ω un ouvert étoilé, f une fonction holomorphe sur
Ω sauf en un nombre fini de points a1 , a2 , . . . , ak et γ un lacet tracé sur Ω qui ne passe pas par les
singularités de f . Nous avons que
Z k
X
f (z) dz = 2πi Res(f, aj ) Ind(aj , γ)
γ j=1

Remarques.
a) Dans la somme au-dessus, seules les singularités de f situées à l’intérieur de la courbe γ
apparaissent (les autres disparaissent car l’indice est nul). En fait, nous n’avons pas vraiment
besoin que f admette un nombre fini de singularités dans Ω. Il faut seulement avoir un
nombre fini de singularités à l’intérieur de la courbe γ. Par compacité, cela est toujours vrai
si la fonction f n’admet que des singularités isolées.
b) Dans le cas d’une courbe simple orientée dans le sens direct, le théorème des résidus s’écrit
sous la forme Z X
f (z) dz = 2πi Res(f, aj ).
γ aj ∈int(γ)

4.12 Applications du théorème des résidus


Le théorème des résidus est le résultat le plus important du cours de fonctions holomorphes. Voici
quelques applications de ce théorème.

4.12.1 Exemples de calculs d’intégrales


Le théorème des résidus fournit une méthode de calculs pour des diverses intégrales (classiques).
Voici plusieurs exemples.
1. Les intégrales de la forme
Z2π
I= R(cos t, sin t) dt
0

où R(x, y) est une fraction rationnelle en x et y qui ne s’annule pas sur le cercle unité.
Pour calculer I on cherche une fonction f holomorphe avec des singularités isolées telle que
Z
I= f (z) dz.
|z|=1

24
En notant z = eit on a que cos t = 12 (z + z1 ) et sin t = 1
2i
(z − z1 ). On trouve facilement

1 1 1 1 1 
f (z) = R (z + ), (z − ) .
iz 2 z 2i z
On remarque que f est une fraction rationnelle. On conclut donc par le théorème des résidus
que X
I = 2πi Res(f, zj ).
zj pôle de f
|zj |<1

Nous trouvons par exemple la formule suivante :

Z2π
1 2π
dt = 2
a2 − 2a cos t + 1 |a − 1|
0

pour tout a ∈ R \ {±1}.


2. Les intégrales de la forme
Z+∞
I= R(x) dx
−∞

où R est une fraction rationnelle sans singularités réelles et telle que lim zR(z) = 0.
|z|→∞
Dans ce cas on applique le théorème des résidus à la fonction R(z) sur le lacet donné par
l’union de γ1 = [−A, A] et γ2 = {Aeit , 0 ≤ t ≤ π}. On fait ensuite A → ∞ et on trouve la
formule suivante
Z+∞ X
R(x) dx = 2πi Res(R, zj ).
−∞ zj pôle de R
Im(zj )>0

Exemple :
Z+∞
1 π
2 2
dx = .
(1 + x ) 2
−∞

3. Les intégrales de la forme


Z+∞
I= R(x)eix dx
−∞

où R est une fraction rationnelle sans singularités réelles et telle que lim zR(z) = 0.
|z|→∞
Comme au-dessus on trouve
Z+∞ X
R(x)eix dx = 2πi Res(R(z)eiz , zj ). (4.2)
−∞ zj pôle de Reiz
Im(zj )>0

Si on sait calculer l’intégrale de R(x)eix , on sait aussi calculer l’intégrale de R(x) cos x (et
celle de R(x) sin x) : ou bien on prend la partie réelle si R(x) est réelle ou bien en écrivant
ix −ix
cos x = e +e2
. Attention, on ne peut pas appliquer directement la méthode de l’exemple 2.
directement à la fonction R(z) cos z car celle-ci ne décroît pas sur γ2 quand A → ∞.

25
4. Même intégrale que dans l’exemple précédent mais cette fois-ci on suppose seulement que
lim R(z) = 0. Dans ce cas nous avons que R(z) = az + O( |z|12 ) quand |z| → ∞. Comme
|z|→∞
R eix
l’intégrale généralisée x
dx converge (critère d’Abel) et qu’une fonction en O( |x|1 2 ) est
|x|>1
+∞
R
intégrable à l’infini, nous avons que l’intégrale R(x)eix dx est une intégrale généralisée
−∞
convergente. L’approche utilisée dans l’exemple précédent s’applique encore en estimant dif-
férement l’intégrale sur γ2 . La formule (4.2) reste valable dans ce cas.
Fin du cours du 11/04/2018.
Exemple :
Z∞
x3 sin x 2 1
4 2
dx = π( 2 − ).
x + 5x + 4 3e 6e
0

5. Les intégrales de la forme


Z+∞
R(x)
I= dx

0

où 0 < α < 1 et R est une fraction rationnelle sans singularités sur R+ et telle que lim R(z) =
|z|→∞
0.
Dans ce cas nous appliquons le théorème des résidus à la fonction R(z) zα
qui est holomorphe sur
C \ R+ (avec des singularités isolées) où on définit z α = eα log z et le logarithme est défini sur
C \ R+ en prenant l’argument dans l’intervalle ]0, 2π[. Le lacet utilisé est l’union des courbes
suivantes :

γ1 = {Aeit ; η ≤ t ≤ 2π − η},
γ2 = {te−iη ; ε ≤ t ≤ A},
γ3 = {εeit ; η ≤ t ≤ 2π − η},
γ4 = {teiη ; ε ≤ t ≤ A}.

Après avoir appliqué le théorème des résidus, on fait d’abord η → 0, puis ε → 0 et A → ∞.


On obtient à la fin la formule suivante
Z+∞
R(x) πeiαπ X R(z) 
dx = Res , zj .
xα sin(πα) R(z)

0 zj pôle de zα
zj ∈C\R+

Exemple :
Z∞
xα π
dx = ·
n
x(1 + x ) n sin πα
n
0

4.12.2 Théorème de Rouché


Une application inattendue du théorème des résidus est le comptage des zéros d’une application
holomorphe. Nous avons le théorème suivant :
Théorème 4.52 (Rouché). Soient f et g deux fonctions holomorphes sur un ouvert étoilé Ω. Soit
γ un lacet simple tracé sur Ω orienté dans le sens direct qui ne contient pas des zéros de f et g. On
note par Z(f, γ) le nombre de zéros de f situés à l’intérieur de γ comptés avec leurs multiplicités
(un zéro d’ordre m compte pour m zéros).

26
a) Nous avons que
f 0 (z)
Z
1
Z(f, γ) = dz.
2πi f (z)
γ

b) Si |f − g| < |f | sur γ alors Z(f, γ) = Z(g, γ).

Application : tout polynôme de degré n admet exactement n racines (comptées avec leurs multi-
plicités).

4.12.3 Théorème de l’application ouverte


Une fonction holomorphe non-constante est ouverte (c’est-à-dire qu’elle envoie les ouverts en des
ouverts).

Théorème 4.53 (Théorème de l’application ouverte). Soit Ω un ouvert connexe et f une application
holomorphe sur Ω qui n’est pas constante. Alors f est ouverte : pour tout U ouvert de Ω nous avons
que f (U ) est ouvert.

On ne voit pas le rapport, pourtant ce théorème est une conséquence du théorème de Rouché
(donc du théorème des résidus).

Remarque. On montre en fait une affirmation plus précise. Si f (z0 ) = w0 et si w est suffisamment
proche de w0 , alors dans un petit voisinage de z0 l’équation f (z) = w admet exactement m racines
où m est la multiplicité de z0 en tant que zéro de f − w0 .

4.12.4 Théorèmes d’inversion locale et globale


Les fonctions holomorphes étant de classe C 1 en tant que fonctions de deux variables réelles, on
peut se placer dans R2 et leur appliquer les théorèmes d’inversion locale et globale qu’on a montré
dans le cadre des fonctions différentiables (Théorèmes 1.23 et 1.24). Dans le cadre des fonctions
holomorphes, les théorèmes d’inversion locale et globales s’énoncent sous la forme suivante.

Théorème 4.54 (Théorème d’inversion locale). Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert Ω.
Soit z0 ∈ Ω tel que f 0 (z0 ) 6= 0. Il existe U voisinage ouvert de z0 et V voisinage ouvert de f (z0 ) tels
que f est bijective de U dans V et f −1 est holomorphe sur V .

Définissons maintenant les biholomorphismes.

Définition 4.55. Un biholomorphisme entre deux ouverts Ω1 et Ω2 de C est une application f :


Ω1 → Ω2 holomorphe, bijective et telle que f −1 est holomorphe.

Le théorème de l’application ouverte et le théorème d’inversion locale nous permettent de montrer


le théorème d’inversion globale suivant.

Théorème 4.56 (Théorème d’inversion globale). Soit f une fonction holomorphe et injective sur Ω.
Alors f (Ω) est un ouvert et f est un biholomorphisme de Ω dans f (Ω).

La preuve du théorème d’inversion globale montre le fait remarquable suivant : une fonction
holomorphe injective est de dérivée non-nulle. À comparer avec le cas réel où la fonction x3 est
injective mais de dérivée nulle en 0. De même, dans R une fonction de dérivée non-nulle est injective
mais cela n’est plus vrai dans C. En effet, l’exponentielle est de dérivée non-nulle mais elle n’est pas
injective puisque périodique.

27
Application. Pour tout λ ∈ C de partie réelle > 1, l’équation e−z + z − λ = 0 admet exactement
une solution zλ de partie réelle > 0. De plus, zλ dépend de manière holomorphe de λ.
Fin du cours du 25/04/2018.

4.13 Théorème de représentation conforme de Riemann


Une version simplifiée du théorème de représentation conforme de Riemann dit qu’il y a toujours
un biholomorphisme entre deux ouverts étoilés différents de ∅ et de C. La version générale du théorème
de représentation conforme de Riemann dit la même chose pour des ouverts simplement connexes.
La définition d’un ouvert simplement connexes fait intervenir la notion d’homotopie : il faut que tout
lacet soit homotope à un point, c’est-à-dire qu’il puisse être déformé continûment en un point. Tout ça
en restant dans l’ouvert bien-entendu. Nous n’allons pas introduire cette complication supplémentaire
ici, tout ça est déjà assez compliqué comme cela. Nous donnerons une définition équivalente de la
simple connexité sans parler d’homotopie. La notion introduite dans cette définition sera exactement
la propriété utilisée dans le théorème de représentation conforme de Riemann.

Définition 4.57. Un ouvert Ω est dit simplement connexe s’il est connexe et si toute fonction
holomorphe non-nulle sur Ω admet un logarithme sur Ω.

Rappelons qu’un logarithme de f sur Ω est une fonction holomorphe g sur Ω telle que f = eg .
En combinant la proposition 4.14 et le théorème de Cauchy (théorème 4.23) on voit que tout
ouvert étoilé est simplement connexe. De manière intuitive, un ouvert simplement connexe est un
ouvert d’un seul morceau et sans trou.
La propriété d’être simplement connexe est stable par biholomorphisme.

Proposition 4.58. Soit Ω un ouvert simplement connexe et f un biholomorphisme de Ω dans Ω0 .


Alors Ω0 est simplement connexe.

Voici maintenant quelques résultats nécessaires à la preuve du théorème de représentation conforme


de Riemann.

Théorème 4.59 (Montel). Soit Ω un ouvert et fn une suite de fonctions holomorphes sur Ω. On
suppose que la suite fn est bornée sur les compacts de Ω (pour tout K compact de Ω il existe une
constante C(K) telle que |fn | ≤ C(K) sur K quel que soit n). Alors il existe une fonction f holo-
morphe sur Ω et une sous-suite fϕ(n) qui converge vers f uniformément sur les compacts de Ω.

Théorème 4.60 (Hurwitz). Soit fn une suite de fonctions holomorphes sur un ouvert connexe Ω
qui converge uniformément sur les compacts vers une fonction holomorphe f . On suppose que toutes
les fonctions fn sont injectives. Alors f est injective ou constante.

Lemme 4.61 (Schwarz). Soit f : D(0, 1) → D(0, 1) une fonction holomorphe qui s’annule en 0.
Alors |f 0 (0)| ≤ 1 avec égalité si et seulement si f est une rotation.
α−z
Lemme 4.62. Pour tout |α| < 1, l’application ϕα (z) = 1−αz est un automorphisme du disque unité
(c’est-à-dire un biholomorphisme du disque unité sur lui-même).

Voici enfin l’énoncé du théorème de représentation conforme de Riemann.

Théorème 4.63 (Théorème de représentation conforme de Riemann). Soient Ω1 et Ω2 deux ouverts


simplement connexes non-vides et différents de C. Il existe un biholomorphisme de Ω1 à Ω2 .

L’hypothèse que les ouverts ne soient pas C tout entier ne peut être enlevé. Par exemple, il n’existe
pas de biholomorphisme entre C et le disque unité comme on peut le voir en appliquant le théorème
de Liouville.

28
D’où vient la terminologie “représentation conforme” ? Avec nos notations, ce serait plus naturel
de parler de “représentation holomorphe”. Par définition, une application conforme est une appli-
cation qui préserve les angles. Il se trouve que les applications holomorphes sont des applications
qui préservent les angles. De plus, elles préservent aussi leur orientation. Plus précisément, si l’on
prend deux courbes qui se croisent en un point alors l’angle entre leurs images par une fonction
holomorphe (c’est-à-dire l’angle entre les tangentes aux courbes) et son orientation sont les mêmes
que pour les courbes de départ. On peut aussi montrer la réciproque : les fonctions holomorphes sont
exactement les fonctions qui préservent les angles et leur orientation. Attention, si l’orientation n’est
pas préservée alors la fonction n’est pas forcément holomorphe. Par exemple, la fonction z 7→ z est
une symétrie donc conserve les angles mais ce n’est pas une fonction holomorphe.
Fin du cours du 02/05/2018.

Bibliographie
[1] A. Avez. Calcul différentiel. Masson, Paris, 1983.
[2] G. Christol, A. Cot, C.-M. Marle. Calcul différentiel : Cours et exercices corrigés. Ellipses, 1998.
[3] J. Melleray. Calcul intégral et différentiel. Cours de licence 3e année.
[4] F. Rideau. Exercices de calcul différentiel. Hermann, Paris, 1979.
[5] O. Robert. Calcul différentiel. Cours de licence 3e année.

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