Droit Des Contrats Civils Et Spéciaux
Droit Des Contrats Civils Et Spéciaux
Chef de travaux
Ancien bâtonnier
INTRODUCTION
D’emblée, il faut indiquer que le contrat est une variété de convention qui est elle-
même une variété d’acte juridique.
L’acte juridique unilatéral est celui qui résulte de la manifestation d’une seule volonté
qui se suffit alors à elle-même pour produire des effets de droit.
L’article 1er du code civil congolais livre III (CCCLIII) le définit comme « une
convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent envers une ou plusieurs autres à
donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose ».
On doit constater que cette définition est celle « qui s’applique à l’obligation »2
La doctrine définit le contrat comme étant « un accord de volontés par lequel des
parties créent elle-même à la charge d’une ou plusieurs d’entre elles, des obligations »3. « Il
concerne toujours au moins deux parties, ce qui traduit son caractère d’acte social. Mais il
peut intéresser un plus grand nombre de personnes, et d’aller jusqu’à des accords collectifs »4.
Pour sa part le nouvel article 1101 du code civil français définit le contrat comme « un
accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou
éteindre des obligations ».
Avec le système LMD, ces enseignements ont été scindés en deux. Le droit des
contrats civils et spéciaux que nous examinons ici et l’étude des sources extracontractuelles
des obligations et du régime général de celles-ci indépendamment de leurs sources (les délits,
les quasi-délits, les quasi-contrats, la circulation des obligations, l’extinction des obligations,
les obligations plurales, la preuve des obligations).
Ce cours peut également être intitulé « Droit civil général et spécial des contras ». Le
droit civil général des contrats expose la théorie générale des contrats, c’est-à-dire les aspects
communs à tous les contrats, y compris les contrats qui ont acquis leur autonomie par rapport
au droit civil, comme le contrat d’assurance, les contrats commerciaux et le contrat de travail
(la définition du contrat, la classification des contrats, les conditions de formation et de
validité des contrats, les effets du contrat, l’exécution et la résolution des contrats, etc…)
Pour sa part, « le Droit civil spécial des contrats » concerne l’étude des dispositions
propres à chaque catégorie de contrat, indépendamment des règles fixant la teneur de tel ou tel
contrat individuel 6. Ex : les obligations du vendeur, les obligations de l’acheteur, du mandant
ou du mandataire, etc… bref l’étude des principaux contrats usuels parce que les contrats
étant très nombreux et ce nombre ne cessant pas de s’allonger, on ne peut étudier tous les
contrats civils.
Plus réaliste que le droit commun du contrat, plus moderne aussi, le droit spécial des
contrats a une vocation pratique indéniable.
6
« Le contrat individuel est le contrat qui habille le contrat préconstitué. Seules les parties sont à même de
préciser les modalités d’exécution d’une vente. » (Collart Dutilleul (F.) et DELEBECQUE (Ph.), Contrats civils
et commerciaux, 4e éd., Paris, Dally, 1998, p.5, n°2.
4
Le code civil Napoléon élaboré en 1804 sous l’influence d’une philosophie ou d’une
politique ayant privilégié la liberté et la responsabilité a offert à l’épanouissement du contrat
un milieu particulièrement favorable.
Voici à titre d’exemple quelques idées qui ont influencé le code civil à cette époque :
Il faut cependant noter que les rédacteurs du code civil ont partiellement adhéré au
postulat de l’autonomie de la volonté.
a. La liberté contractuelle s’exerce dans les limites fixées par le législateur et l’espace
ainsi laissé libre au jeu des volontés peut aller s’accroissant ou se rétrécissant au
gré de ce que le législateur estime bon pour les intérêts dont il a la charge.
Exemple : l’art. 8 du CCCLIII qui protège ces intérêts en exigeant des parties contractantes le
respect de certaines conditions.
b. La force obligatoire du contrat n’existe que parce qu’une règle légale le prévoit et
celle-ci n’accorde sa sanction qu’aux contrats conclus en conformité des exigences
posées par le code civil.
Exemple : l’art. 33, alinéa 1er du CCCLIII qui prévoit que les conventions des parties sont des
lois à condition qu’elles soient conformes aux lois.
7
F. Terré, Ph. Smiler et Y. Lequette, Droit civil ; les obligations, Dalloz, 7ème éd. p. 29, no 21.
5
c. L’effet relatif du contrat crée les obligations entre les parties mais ce contrat n’est
pas pour autant une affaire purement individuelle. Il constitue en effet un fait
social qui s’insère dans la vie d’une collectivité : c’est l’opposabilité du contrat.
La rencontre des volontés n’est donc pas efficace en tant que telle et à elle seule. Elle a
été enserrée par les rédacteurs du code dans un cadre qui tend à éviter qu’elle ne porte atteinte
aux intérêts dont la société a la charge : la justice et l’utilité sociales.
Une bonne partie du XXe siècle a été marquée par une politique socialisante et une
économie dirigée qui impose au contrat des comportements et qui le prive d’une bonne part de
ses vertus. Au postulat qui voulait que le libre jeu des volontés individuelles conduise à la
justice, on a opposé au XX e siècle que les hommes sont fondamentalement inégaux : la liberté
contractuelle serait l’instrument qui permet au fort d’imposer sa loi au faible.
A la formule de Fouillée « qui dit contractuel dit juste », répond celle de Lacordaire
« Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui asservit, la loi qui affranchit ». Au postulat qui
voulait que le libre jeu des volontés individuelles conduise aux rapports socialement les plus
utiles, on a objecté que les hommes s’orientent naturellement vers les activités les plus
rentables lesquelles ne sont pas nécessairement les plus utiles8.
8
F. Terré et alii op. cit., pp. 35 et 36, no 32.
6
L’état du droit positif des contrats n’est pas clair et limpide. Pour essayer de le
comprendre, il est nécessaire d’en décrire l‘évolution. Cette évolution nous fournit des raisons
qui auraient pu militer pour un autre intitulé de ce cours. Au lieu de Droit des contrats civils et
spéciaux, le mouvement du droit contractuel démontre plutôt qu’il s’agit de la théorie
générale du contrat (Droit du contrat) et des règles régissant chaque espèce de contrat « Droits
des contrats spéciaux ». L’intitulé serait donc « Théorie générale et droits des contrats
spéciaux ».
Selon l’article 7 du CCCLIII, les contrats qui ont une « dénomination propre » sont
dits « contrats nommés », par opposition aux contrats innommés.
Ce n’est pas le titre que les parties elles-mêmes peuvent apposer à leur accord qui
compte, mais l’économie et le contenu de celui-ci.
7
Sont « nommés », les contrats qui correspondent à un moule connu et font à ce titre
l’objet d’un corps de règles propres, lequel constitue précisément la matière des contrats
spéciaux » et « très spéciaux ». Chaque contrat « nommés » a ainsi son statut juridique.
Mais en pratique, on réserve plus volontiers le terme de « statut » aux cas où ce corps
de règles émane de la loi et présente un caractère impératif. Ex : le contrat de travail, statut
des baux commerciaux.
Le corps des règles régissant le contrat nommé n’est pas nécessairement impératif : le
principe de la liberté contractuelle conduit au contraire à regarder comme d’ordinaire
seulement supplétives les règles relatives à chaque espèce de contrat. Mais le seul fait qu’elles
existent leur confère néanmoins une portée pratique considérable : les règles supplétives
s’appliqueront chaque fois qu’elles n’auront pas été expressément écartées. Ex : lorsque ces
règles sont impératives, ce qui devient de plus en plus fréquents, leur portée est encore
accrue : du seul fait qu’il sera rangé dans la catégorie considérée, le contrat sera soumis
obligatoirement à ces règles.
La source de la nomination, c’est plus souvent la loi mais elle n’est pas la seule source
possible ; la pratique ne l’attend pas en ce sens qu’avant l’intervention du législateur, elle peut
s’ériger en coutume et fournir un corps de règles au contrat qui ne sera pas moins considéré
comme un contrat nommé même si ce corps de règles reste plus ou moins embryonnaire
(C’est l’expression du pluralisme politique).
d. Au cours des siècles, sous l’influence des canonistes et pour répondre aussi aux
nécessités du commerce, l’ordonnancement s’est totalement renversé : le
contrat, le simple échange de consentement entre deux ou plusieurs personnes,
dans lequel n’intervient aucune autorité publique, devient juridiquement
obligatoire, peu importe sa forme et son expression, et même si cet accord ne
moule pas dans une catégorie prédéterminée. Les contrats particuliers existent
et se développent, mais leur organisation est secondaire. L’important est que le
contrat s’établisse sur des volontés libres et justifiées.
2° Du droit du contrat au droit des contrats très spéciaux
L’essentiel est donc dans le droit du contrat qui énonce les règles communes à
l’ensemble des contrats. Le droit commun a ainsi une autorité bien supérieure au droit spécial,
qui n’est qu’un droit d’illustration.
8
Rappelons-le, la réglementation impérative qui a donné lieu aux contrats spéciaux est
né du souci qu’avait le législateur de rétablir l’équilibre entre les parties contractantes
rompu sous l’ordre public classique.
Il faut aussi remarquer que les contrats très spéciaux tentent aussi par leurs règles
impératives de vider les contrats individuels de toute leur substance.
Exemple : l’arrêté ministériel no 009 CAB. / MIN. Urb. Hab/ LSIL/ 2007 du 20 juin 2007
portant instauration d’un contrat de location type en RDC, fixe impérativement en ses articles
6 et 10 la garantie locative et la durée de préavis. Ces dispositions limitent ainsi la liberté des
parties de déterminer la garantie locative ou de fixer la durée du préavis en fonction
notamment du milieu ou de la loi de l’offre et de la demande. Ainsi ce règles tendent à vider
le bail (contrat individuel) de sa substance.
9
1. Textes de loi :
a. Décret du 30 juillet 1888 portant code civil congolais, Livre III ;
b. Loi n°87-010 du 1 août 1987 portant Code de la famille
c. Loi n°73-021 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, régime foncier
et immobilier ;
d. Loi n°73-013 du 5 janvier 1973 portant obligation de l’assurance de responsabilité
civile en matière d’utilisation des véhicules automoteurs ;
e. Loi n°015-2002 du 16 octobre 2002 portant code du travail.
2. Les ouvrages congolais
a. Sous la direction de Antoine SOHIER par Orban, Droit civil du Congo belge, M.F.
et Larcier, Bruxelles, 1956.
b. KALOMBO MBIKAYI :
- Responsabilité civile et socialisation des risques, PUZ, Kinshasa, 1977 ;
- Cours de Droit civil, les obligations, polycopié.
c. M.RAE, Droit civil, des engagements qui se forment sans convention, 2èéd. SEJK,
Lubumbashi, 1967.
d. KATUALA KABA KASHALA,
- Code civil zaïrois annoté, Kin 199
- La preuve en droit congolais, éd. Batena NT. Kin, 1998.
e. Pierre Piron et J. Devos, Code et lois du Congo belge, matières civiles,
commerciales, pénales, 2èéd. Bilingue, 1960.
3. Ouvrages français
a. Christian LARROUMET, Droit civil Tom 3, les obligations, le contrat, 4èéd.
1998.
b. H. CAPITANT, Les grands arrêts de la jurisprudence civile, 10ème édition, par F.
Terré et Yves Lequette.
c. F. TERRE, Ph. SIMLER et Yves LEQUETTE, Droit civil, les obligations 7èéd.
1999.
d. Ph. Le Tourneau, La responsabilité civile, 2èéd., D., 1976
e. J ; Carbonnier, Droit civil, t4, Les obligations, 22èéd. Refondue, PUF, janvier
2000.
f. F. Collart Dutilleul, Ph. Delebecque, Contrats civils et commerciaux, 4èéd., D ;
1998
g. Hugues Périnet-Marquet, La responsabilité des constructeurs, D., 1996.
h. J. Boré et Louis Boré, La cassation en matière civiles, D., 3èéd, 2003.
i. Gérard CORNU, Droit civil, introduction, les personnes, les biens, 10èéd.
Montchrestien, 2001.
j. Gérard CORNU, les régimes matrimoniaux, 9èéd., PUF, 1997.
k. M. Fontaine, Principes et techniques du droit, droit civil, droit commercial,
Foucher, Paris, 1986.
l. Sylvie Welsch, responsabilité du médecin, Litec, Paris, 2000.
10
V. PLAN DU COURS
Les contrats nommés sont ceux auxquels la loi, le règlement ou l’usage donnent un
nom et dont le régime est fixé par un texte. 9 Le code civil les a règlementés. Ex : La vente, le
louage, le prêt, la transaction, le dépôt.
Intérêt de la distinction
L’intérêt de cette distinction générale de contrats est manifeste. En effet, à défaut des
stipulations contraires des parties, les contrats nommés sont régis principalement par leur
règle propre, c'est-à-dire les règles du code relatives à ces contrats et subsidiairement par les
règles générales des obligations, tandis que les contrats innomés sont uniquement régis par les
règles générales des obligations (art 7 CCCL III).
Le droit civil congolais des obligations est un droit interne en ce qu’il se préoccupe
exclusivement des contrats internes, c’est à dire des contrats dont tous les éléments (lieu de
conclusion, lieu d’exécution, objet, nationalité et résidence des parties) sont localisés à
l’intérieur des frontières de la République Démocratique du Congo.
L’une est juridique : un contrat est international dès lors qu’il présente un élément
d’extranéité, c'est-à-dire qu’il a des liens avec au moins deux ordres juridiques (deux
législations nationales).
Exemple :
Un contrat conclu entre un congolais et un rwandais (tous deux établis au Congo). Sur
un immeuble situé à Bujumbura.
L’autre est économique : un contrat est international dès lors qu’il met en jeu les
intérêts du commerce international.
Exemple :
9
Terré (F.) et alii, Op.cit., pp37 à 44.
13
L’intérêt de cette distinction est que lorsque le contrat est juridiquement international,
c'est-à-dire présente des liens avec plusieurs pays, il convient de désigner l’ordre juridique
dont il relève. Le code civil congolais livre III ne renferme en la matière aucune directive. La
réponse à cette question doit être trouvée dans la législation du droit international privé, dans
la jurisprudence et dans les conventions internationales (telles que la convention de Vienne du
11 avril 1980 sur la vente internationale des marchandises).
Exemple : La loi d’autonomie élaborée par la jurisprudence française selon laquelle « la loi
applicable aux contrats, en ce qui concerne leur formation, leurs conditions ou leurs effets est
celle que les parties ont adopté ; à défaut de déclaration expresse de leur part, il appartient aux
juges du fond de rechercher d’après l’économie de la convention et les circonstances de la
cause, quelle est la loi qui doit régir les rapports des contractants ».10En droit congolais, outre
quelques dispositions légales éparses, la règlementation du droit international est le titre II de
l’ancien livre Ier du Code Civil.
Hormis les cas où la loi imprime elle-même au contrat un caractère administratif (en le
qualifiant expressément de tel ou en conférant directement son contentieux au juge
administratif), la qualification de contrat de droit public s’opère en fonction de deux critères
jurisprudentiels : l’un organique, l’autre matériel11.
Lorsqu’il est qualifié d’administratif, le contrat échappe, sinon à la totalité des règles
du droit privé, du moins à la compétence des tribunaux de l’ordre judiciaire14.
10
Cass. Civ. 5 déc 1910, DIP, n°11 ; cas. 1èr Civ, 6 juillet 1959, Rév. Crit. DIP 1959, 708 (citée par F. Terré et
alii, Op.cit., pp 65 et 66, n°58.
11
FAGES (B.), Droit des obligations, 2ème éd., LGDJ, 2009, p. 21, no 22.
12
Cass.fr. 1er civ. 8 décembre 1998, no 96-20983, Bull. I, no 352, citée par Bertrand FAGES, Ibidem.
13
Cass.fr.1er civ., 18 février 1992, no 90-18826, Bull.civ.I, no59 (citée par le même auteur).
14
FAGES (B.), op. cit., p. 22, no 24.
14
Le code civil congolais à l’instar des codes qui l’ont influencé consacre à ses art 1 à 7
une certaine classification des contrats. C’est la classification traditionnelle. La doctrine sous
l’action des auteurs modernes a été amenée à ajouter d’autres catégories que l’évolution
commandait.
§1. Classification ancienne des contrats : celle du code
1. Contrats synallagmatiques
2. Contrats unilatéraux
Le contrat est unilatéral, dit l’art 3, lorsqu’une ou plusieurs personnes sont obligées
envers une ou plusieurs autres sans que de la part de ces dernières il y ait d’engagement. Ici,
les obligations ne sont pas réciproques, une seule partie s’oblige à l’égard de l’autre qui reste
sans engagement.
Exemple :
Selon une certaine analyse, ces contrats unilatéraux renfermeraient, dès leur formation, des
obligations éventuelles interdépendantes dont la réalisation leur conférerait un caractère
synallagmatique et les soumettrait aux règles spécifiques qui gouvernent l’exécution des
contrats synallagmatiques notamment l’exception d’inexécution et la résolution de l’article 82
du CCCL III15
Intérêt de la distinction
a) En matière de preuve, les règles sont différentes selon que l’on se trouve devant un
contrat synallagmatique (art 207) ou un contrat unilatéral (art 208) ;
b) Dans le contrat synallagmatique les obligations naissant à la charge de chacune des
parties se servent réciproquement de cause. Si l’une des parties n’exécute pas ses
obligations l’autre partie peut refuser d’exécuter les siennes en vertu du principe
(exceptio non adimpleti conctractus » ou exception d’inexécution).
Le contrat à titre onéreux est celui qui assujettit chacune des parties à donner ou à
faire quelque chose (art 6CCCLIII).
Cette définition est inexacte car elle est déjà connue du contrat synallagmatique.
L’erreur du code est compréhensible. En effet, les contrats synallagmatiques sont
généralement des contrats à titre onéreux comme les contrats unilatéraux qui sont
généralement à titre gratuit. Mais, l’inverse n’est pas vrai. Tous les contrats à titre onéreux ne
sont pas nécessairement synallagmatiques.
Ex. Le prêt à intérêt en vertu duquel le prêteur agit en vue de retirer un intérêt de son argent,
l’emprunteur s’engage en vue de jouir de la somme qui lui a été remise et de la restituer.
Disons d’abord que la distinction des contrats à titre onéreux et à titre gratuit se
rattache au but poursuivi par le cocontractant. Dans les contrats à titre onéreux, celui qui
s’oblige le fait en vue d’obtenir de son contractant un avantage correspondant à celui qu’il lui
procure, c’est donc du donnant-donnant. Il s’engage à fournir une prestation parce qu’il espère
en contrepartie un avantage donné.
Exemple :
Ex : Donation entre vifs, prêt d’argent sans intérêt, dépôt non salarié (ou commodat ou dépôt
gratuit).
Le contrat à titre gratuit est aussi appelé contrat désintéressé ou contrat de coup de
main.
Intérêt de la distinction
c) Les contrats de bienfaisance sont généralement présumés faits intuitu personnae, c’est-
à-dire en considération de la personne à laquelle on veut rendre service.
d) La responsabilité du débiteur est en général appréciée de façon moins sévère dans le
contrat à titre gratuit.
4. Contrats commutatifs et contrats aléatoires
a) Les contrats commutatifs : Ce sont des contrats à titre onéreux dans lequel
l’avantage poursuivi par chacune des parties et d’ores et déjà susceptible d’être
apprécié par elle.
Ex. Le contrat d’assurance : vous me payez la prime et je vous indemniserai lorsque le risque
se produira (sinistre).
Intérêt de la distinction
Le seul intérêt de cette distinction réside dans le fait que les contrats réellement
aléatoires ne sont pas susceptibles d’encourir la sanction pour cause de lésion.
Cette distinction n’est pas expliquée par le code, mais elle est traditionnelle. Elle se
fonde sur les modalités des contrats.
a) Contrats consensuels : Ce sont ceux qui se forment uniquement par l’accord des
parties sans qu’aucune forme spéciale ne soit exigée. C’est la règle contenue dans
l’article 33 : (« solus consensus obligat »).
b) Contrats solennels : Ce sont ceux pour la validité desquels la loi exige que le
consentement soit donné en certaines formes consistant souvent en la rédaction d’un
acte authentique.
e) Contrats réels : Ce sont ceux qui, outre le consentement requièrent pour leur
formation la remise de la chose.
Cette catégorie n’est pas expliquée par le code, mais elle est traditionnelle.
Il est intéressant de connaître cette distinction car l’on verra par exemple que les effets
de la résolution pour inexécution subissent une restriction notable lorsqu’on est en présence
d’un contrat à exécution successive.
§2. Classifications modernes des contrats
Ces classifications sont nées des transformations subies par la notion même de contrat
du fait du déclin des principes individualistes. Les unes concernent la formation du contrat,
les autres ses effets, sa structure ou la qualité des contractants.
Cette catégorie désigne le contrat où les parties discutent librement de toutes les
clauses du contrat. Ce genre de contrat est aussi appelé contrat de gré à gré. Après en avoir
négocié les termes, les parties parviennent à un accord en principe équilibré. Chaque individu
étant le meilleur juge de ses intérêts comment pourrait-il au demeurant consentir à un contrat
qui lui porte préjudice ?
Raisonner de cette façon jusqu’à l’excès c’est oublier qu’égaux en droit, les hommes
ne le sont pas en fait. Puissants et humbles, riches et pauvres, habiles et maladroits, savants et
ignorants coexistent dans toute société.
La liberté contractuelle devient alors le moyen pour les premiers d’imposer aux
second des conditions draconiennes. Aussi bien certains ont-ils dénoncé au début du XXème
S la menace que représentaient pour la justice contractuelle les contrats d’adhésion.
18
b) Contrat d’adhésion
L’expression contrat d’adhésion a été prononcée par SALEILLES pour désigner faute
de mieux le contrat dans lequel il y a prédominance exclusive d’une seule volonté agissant
comme une volonté unilatérale qui dicte sa loi non plus à un individu mais à une collectivité
déterminée et qui s’engage déjà par avance unilatéralement sauf adhésion de ceux qui
voudraient accepter la loi du contrat et s’emparer de cet engagement créé sur soi-même. Le
contrat d’adhésion est donc celui dont le contenu a été fixé totalement ou partiellement de
façon abstraite et générale avant la période contractuelle. C’est le contrat dont les conditions
ont été déterminées à l’avance et unilatéralement par la partie économiquement forte et qui les
propose à l’autre partie sans possibilité pour cette dernière de les discuter et à fortiori de les
faire modifier.
Mais, il arrive parfois que les clauses du contrat ne soient l’œuvre d’aucune des parties
au contrat. Il s’agit dans ce cas de contrat type ou de contrat standard. Ex : Le contrat type de
location.16
Le contrat d’adhésion est donc celui dont le contenu a été fixé totalement ou
partiellement de façon abstraite et générale avant la période contractuelle. C’est le contrat
dont les conditions ont été déterminées à l’avance et unilatéralement par la partie
économiquement forte et qui les propose à l’autre partie sans possibilité pour cette dernière de
les discuter et à fortiori de le faire modifier.
Exemple :
2. Distinction entre les conditions générales, les contrats d’adhésion et les contrats
types
a) Conditions générales et contrats d’adhésion
16
Ce contrat a été élaboré par l’Arrêté ministériel Cab/Min/TPAT.UH/025/ZM/99 du 16 décembre 1999.
19
Dans le contrat type, il est admis que l’utilisation des clauses spécifiques lieu à
négociation et très souvent, il existe des clauses différentes adaptées à des situations
différentes. Par contre, les clauses contenues dans les conditions générales élaborées par l’une
des parties au contrat ou par un groupe de parties ne sont pas en principe négociables. Cette
distinction n’est cependant pas rigoureuse.
Cette catégorie met en relief les effets du contrat. Dans la conception classique, les
contrats sont en principe individuels, c’est-à-dire qu’ils ne font naître d’obligations qu’à
l’égard des personnes mêmes qui y sont intervenues. Mais le droit moderne connaît de plus en
plus à côté de ces contrats individuels des contrats conclus par deux ou plusieurs personnes,
mais qui tiennent une collectivité ou les membres d’un groupe plus ou moins important de
personnes qui n’y ont pas participé : ce sont des contrats collectifs.
Exemple :
17
Ch. Larroumet, Op cit, P.98, n°119
18
Idem, p 68, n°78
20
Les volontés des trois personnes interviennent pour la formation de l’acte juridique qui
les placera dans une situation différente les unes envers les autres.
Exemples :
- La délégation : une personne, que l’on appelle le délégué, s’oblige, sur instruction
d’une autre personne, (le délégant) envers une troisième (le délégataire), le délégué,
n’est pas un représentant du déléguant, auquel cas l’opération serait réduite à deux
personnes.
L’idée qui sous-tend cette distinction est simple : les professionnels sont
traditionnellement en position de supériorité par rapport aux consommateurs en raison de
meilleures connaissances techniques et de capacités financières plus importantes.
pour objet la protection de ceux qui sont en position d’infériorité (les consommateurs) par
rapport à leurs contractants (les professionnels).
A ces contrats, on oppose les contrats égalitaires qui sont ceux conclus entre
professionnels où entre consommateurs. Les contrats égalitaires relèvent du droit commun en
ce sens qu’il n’y existe pas, en principe, de cause structurelle d’inégalité.
2° Le groupe de contrats : c’est une figure juridique nouvelle mise en évidence par la
doctrine au cours des années soixante-dix. L’expression vise des contrats qui, tout en
étant liés entre eux, conservent leur individualité. Le groupe de contrats associe
plusieurs contrats sans en faire, à la différence du contrat complexe, un contrat unique.
19
Terré (F.) et alii, op cit, n°69
20
Terré (F.) et alii, op cit,
22
La chaîne de contrats est formée des contrats qui sont unis parce qu’ils portent sur la
même chose, en tout ou en partie.
3° Contrat-échange et contrat-organisation
- Reposant sur un accord de volonté, les contrats ont le plus souvent pour objet de
réaliser une permutation de biens ou de services. Pour désigner cette réalité, on
emploie parfois l’expression de « contrat-échange ».
- Les contrats-organisation ont, quant à eux, pour objet de réaliser, non une permutation
de biens ou de services, mais une « agrégation de biens et de services » en vue
d’atteindre un certain but. Souvent mais non toujours, la poursuite de ce but passera
par la création d’une personne morale.
Exemple :
Tout contrat qui ne respecterait pas l’une de ces conditions ne serait pas légalement
formé et ne sortirait pas les effets juridiques escomptés.
Section 1. LE CONSENTEMENT
S’il est possible d’être représenté dans un contrat, est-il possible aussi de passer un
contrat avec soi-même ?
Le contrat avec soi-même est possible : mais il n’est pas licite dans toutes les
hypothèses. La loi interdit généralement de tels contrats lorsqu’il est présumé que l’individu
qui prétend agir ainsi ne défendra pas de façon légale les deux groupes d’intérêt. Il sacrifiera
un groupe au profit de l’autre. Ce contrat suppose que l’individu qui contracte ainsi avec lui-
même agit en des qualités différentes en fonction d’intérêts juridiquement distincts. En
24
interdisant de tels contrats, le législateur veut protéger ainsi les intérêts de personnes absentes,
à savoir les enfants mineurs et les mandants.
Exemple :
Mais en dehors des prohibitions particulières du contrat avec soi-même, dès l’instant
où celui-ci est analysé comme un contrat et non comme un acte unilatéral, il doit en être
considéré comme valable en vertu de la liberté contractuelle.
B. Nécessité et portée du consentement
Pour qu’il y ait contrat, il faut que les deux parties manifestent clairement et librement
leur intention et leur volonté de se lier, leur volonté d’accepter le contenu de leur contrat.
Il y a lieu de noter que si le principe de la libre discussion des clauses du contrat
explique la nécessité du consentement dans la majorité de contrats, il est des exceptions où la
libre discussion est restreinte.
Les avant-contrats ou promesses de contracter : la partie qui promet n’est plus libre,
elle doit se réserver pour la personne à laquelle elle a promis de contracter. Cette
promesse de contracter peut-être unilatérale ou bilatérale.
Ce dernier cas constitue un véritable contrat.
Les promesses de ne pas contracter. Ex : Contrat d’exclusivité.
Les interdictions du refus de contracter : dans certains pays, la loi interdit à un
membre d’une profession de refuser de passer un contrat avec un client. Ex. le
pharmacien.
Les contrats imposés : Ex. le contrat d’assurance obligatoire.
C. La forme du consentement
1° Le consensualisme
On peut dire que la matière du contrat est aujourd’hui dominée par le principe du
consensualisme. En règle générale, le contrat naît, sauf lorsqu’il est solennel ou réel, dès qu’il
y a accord de volonté, dès qu’il y a consensus : d’où le fameux adage « solus consensus
obligat ». Et sauf pour le contrat solennel, le consentement peut prendre n’importe quelle
forme : un geste, une parole, un écrit. S’il est vrai que le seul consentement suffit pour qu’il y
ait contrat sans exigence de quelques formes particulières, il faut tout au moins que ce
consentement soit exprimé. A cet égard, il convient de discerner deux éléments dans le
consentement :
25
Les deux éléments de consentement peuvent être contradictoires. Dans ce cas quelle
sera la solution à suivre ?
Exemple :
Il y a doute quelconque quant à la volonté des parties sur un élément de leur contrat.
La question est de savoir si c’est la volonté réelle (aspect interne) ou la volonté déclarée
(aspect externe) qui va orienter le juge.
La doctrine est trop controversée quant à la solution à suivre. Une certaine doctrine
affirme que c’est la volonté déclarée qui doit orienter le juge (doctrine allemande) ; une autre
pense que c’est la volonté réelle qui doit l’orienter (doctrine franco-belge).
Certains contrats sont soumis à certaines formes qu’il faut se garder de confondre avec
les formes solennelles.
a) Les formes habilitantes : Il s’agit des autorisations préalables exigées pour qu’un
incapable ou son représentant puissent valablement passer le contrat. L’absence de ces
21
Elis., 30 Août 1924, RJC. I. p3 ; Léo, 22 janvier 1929, Rév. Doct. Jur. Col., 1930-1931, p.68 ; Elis., 19 janvier
1932, RJC, p.207, citée par KATUALA KABA KASHALA, Op-cit, p.36, art.3, n°8
26
formes entraîne une nullité relative alors que celles des formes solennelles entraînent
une nullité absolue.
Exemple : Art 231du code de la famille : « le tuteur ne peut ni faire voyager les mineurs plus
de 3 mois hors du territoire national ni l’émanciper, ni encore passer sur ses biens aucun acte
excédent la simple administration, sans l’autorisation du tribunal pour enfant, le conseil de
famille entendu. »
b) Les formes probantes : Il s’agit des formalités accomplies par les parties si elles
veulent se ménager la preuve de leur contrat.
c) Exemple : Art 217 CCCL III qui exige un écrit lorsque la convention porte sur une
somme de 2000 FC. Si on « n’accomplit pas cette formalité, le contrat reste valable »
(on n’est donc pas devant une formalité solennelle). Les parties encourent seulement
une difficulté de preuve parce qu’en cette matière, la loi n’admet pas la preuve
testimoniale et la preuve par présomption.
Le contrat, nous l’avons dit, suppose l’accord de volonté. A quel moment et à quel lieu
se réalise ce concours de volonté ?
Exemple :
Dans ces 2 exemples, le concours de volonté est instantané, sauf en ce qui concerne le lieu.
Ex :
27
Au sens juridique du terme, l’offre doit être à la différence d’une simple proposition
des pourparlers :
- Ferme, c'est-à-dire l’offrant doit exprimer une volonté bien nette de conclure le contrat
si son offre est acceptée. C’est une détermination de conclure le contrat ;
- Non équivoque, c'est-à-dire elle doit être exempte de quelque doute ;
- Précise et complète, c'est-à-dire contenir tous les éléments du contrat à conclure de
façon en ce que les contractants agissent en connaissance de cause.
Tant que l’offre n’a pas été acceptée, le contrat n’est pas encore formé. A-t-elle quand
même un certain effet obligatoire ? Les solutions dans la législation comparée sont
controversées :
Selon le code civil allemand, l’offrant (pollicitant) se trouve toujours lié par le seul
effet de son offre et doit donc la maintenir pendant un certain délai (volonté
déclarée).
Les codes civils français, belge et congolais sont muets à ce sujet. La doctrine et la
jurisprudence françaises qui ont influencé notre droit ont dégagé un principe
inverse au principe allemand : l’offre n’a en règle générale aucun effet obligatoire
pour le pollicitant.
Exceptions :
- L’offre n’est pas révocable en cas de promesse de contracter (l’avant-contrat) car, ici,
les parties sont pratiquement engagées. Il s’agit surtout de la promesse bilatérale de
contracter. Ex. l’art 270 du CCCLIII dit ceci : « La promesse de vente vaut vente,
lorsqu’il y a consentement réciproque de deux parties sur la chose et sur le prix ».
- Lorsqu’un délai est prévu expressément ou lorsqu’il est présumé suivant les usages
liés à la nature et aux circonstances du contrat escompté, la révocation de l’offre n’est
pas possible. On admet même qu’en cas de mort de l’offrant, ses héritiers resteraient
tenus jusqu’à expiration du délai.
28
3° L’acceptation
Lorsque l’offre est acceptée sans réserve, l’on peut considérer que le contrat est
définitivement formé. Mais la question demeure, à quel moment précis peut-on dire qu’il y a
acceptation.
En droit international privé, c’est de cette question que l’on pourra déterminer le
moment de la formation du contrat avec les questions connexes de la connaissance des
lois applicables et de la capacité des parties ;
En droit procédural, cette question nous permet de déterminer le lieu de la formation
du contrat avec la question connexe de la compétence territoriale des juridictions.
A ces deux théories principales s’ajoute une 3 ème position doctrinale selon laquelle la
solution ne peut être recherchée que dans l’intention des parties.
1° Le système de déclaration
Dispositions du code relatives à la stipulation pour autrui (art 21 CCCL III) : « on peut
pareillement stipuler au profit d’un tiers lorsque telle est la condition d’une stipulation
que l’on fait pour soi-même ou d’une donation que l’on fait à un autre. Celui qui a fait
cette stipulation ne peut plus la révoquer si le tiers a déclaré vouloir en profiter ».
Le mandant (art 527 al 2) qui admet que l’acceptation du mandat peut être tacite et
n’être pas connu du mandant. L’acceptation tacite lie le mandant au mandataire
comme dans l’hypothèse précédente où il suffit que le tiers accepte la stipulation pour
que celle-ci soit valable.
2° Système de l’expédition
Exemple :
3° Système de la réception
Mais, pour contourner les difficultés de preuve à savoir que l’offrant a effectivement
eu la lettre d’acceptation et le moment précis où il l’a fait, l’on a assorti le système de la
réception d’un correctif qui en facilite la mise en œuvre : le contrat est formé dès l’instant que
l’acceptation arrive chez l’offrant et celui-ci est présumé en avoir eu connaissance aussitôt. En
ce moment, l’acceptant est désormais dans l’impossibilité de revenir sur sa décision.
Il se fonde sur un texte du code civil français, lequel a été reproduit par l’art 875 du
code de la famille congolaise aux termes duquel la donation n’a d’effet à l’égard du donateur
qu’à la date à laquelle l’acceptation du donataire lui a été notifiée.
Une troisième tendance Considère que la solution ne doit être recherchée que dans
l’intention des parties ou à défaut dans la nature du contrat.
4° Jurisprudence
C’est ainsi qu’il a été décidé qu’une lettre modifiant une pollicitation envoyée
télégraphiquement ne peut avoir cet effet que si elle parvient au destinataire avant
l’arrivée chez le pollicitant de l’acceptation du destinataire du télégramme 22.
Que dès le moment où dans une convention conclue par correspondance l’acceptation
sans réserve parvient au pollicitant, l’accord est conclu définitivement et la
notification ultérieure à celui-ci que la convention ne peut être conclue est
inopérante.23
Quel que soit l’avancement des pourparlers poursuivis entre parties, un contrat n’est
définitivement formé que lorsque l’acceptant a, par lui-même ou par mandataire
qualifié, porté son consentement à la connaissance du pollicitant.24
Il n’y a point de consentement valable si celui-ci n’a été donné que par erreur ou s’il a
été extorqué par violence ou surpris par dol (art 9).
L’erreur, la violence, le dol sont donc les vices du consentement. Dans certains cas, il
faut aussi ajouter la lésion. Ces vices enlèvent au consentement toute sa valeur car il n’y a
plus véritablement volonté de s’obliger de la part du contractant qui en est la victime. C’est
pourquoi, la loi, pour protéger cette victime, lui permet de demander l’annulation du contrat.
L’erreur est une représentation fausse ou inexacte que se fait un contractant d’un des
éléments du contrat. Certaines erreurs plus graves entraînent la destruction du consentement et
partant la nullité absolue du contrat. D’autres ne font que vicier le contrat et entraînent ainsi
une nullité relative. Une 3ècatégorie d’erreur n’a quant à elle aucun effet sur la validité du
contrat.
1. Classification
Les erreurs destructrices du consentement ne sont pas prévues par le code. Elles
détruisent complètement le contrat et l’empêchent même de se former. C’est pourquoi on les
appelle des erreurs obstacles. Il s’agit :
22
Léo 3 sept 1925 jur. Col. 1929 p. 84
23
Léo 14 mai 1929 jur. Col ? 1930-1931 p.146
24
Sentence arbitrale 22 janv. 1932 jur. Col. 1932-1933 p.23.
31
On suppose ici que les deux parties n’ont pas en vue le même contrat.
Ex. L’une des parties croit acheter alors qu’il s’agit en réalité pour l’autre d’un simple bail.
Sanction :
Logiquement il faut dire qu’il y a absence totale de consentement entraînant donc une
nullité absolue.
a.2. L’erreur sur l’identité de l’objet du contrat (error in corpore)
Il s’agit ici d’un malentendu à la suite duquel chaque partie a en vue une chose
différente.
Ex. Un client a cru acquérir telle maison située sur l’avenue du lac alors que le vendeur lui
avait en vue une de ces maisons en bois située à Kibwe.
a.3. L’erreur sur la cause du contrat
L’art 30 du CCCL III a affirmé qu’en cas d’erreur sur la cause, le contrat n’aura aucun effet.
La cause du contrat c’est la raison déterminante qui a amené les parties à contracter.
Ex. :
D’après l’art 10 CCCL III, l’erreur vicie le consentement et entraîne la nullité relative
du contrat lorsqu’elle porte sur la substance de la chose qui en est l’objet et sur la personne en
cas de contrat intuitu personae. Il faut aussi y ajouter l’erreur de droit.
Suivant une conception ancienne, certains auteurs considéraient que l’erreur sur la
substance ne pouvait être que l’erreur sur les éléments entrant dans la composition physique
de cette chose : c’est la thèse dite objective.
32
Ex :
Mais à l’heure actuelle, la jurisprudence entend par erreur sur la substance de la chose,
l’erreur qui tombe sur la qualité de la chose que la partie a eu principalement en vue, c'est-à-
dire la qualité dont l’existence supposée a été déterminante de son consentement ; c'est-à-dire
encore celle sans laquelle elle n’aurait pas contracter. Cette jurisprudence introduit un élément
subjectif dans la conception de l’erreur sur la substance de la chose.
Ex :
J’achète tel mobilier d’art croyant qu’il est de telle époque alors qu’il n’en est rien ;
J’achète telle œuvre d’art croyant qu’elle est réalisée par tel artiste, alors qu’il n’en est
rien.
J’achète une poupée croyant qu’elle provient du japon, alors qu’elle a été réalisée par
imitation à Kampala (piraterie).
b.2. L’erreur sur la personne
L’erreur sur la personne n’est causée de nullité du contrat que lorsque la considération
de cette personne était déterminante pour s’engager. On dira d’une façon générale que l’erreur
sur la personne entraîne en cas de contrat intuitu personae la nullité du contrat.
Ex :
De même que pour l’erreur sur la substance, la partie actionnée en nullité doit avoir
connu ou dû connaître l’importance attachée par son cocontractant à la considération de
l’identité et de qualité de la personne.
b.3. L’erreur sur le droit ou erreur de droit
Exemple :
33
Un héritier qui cède à vil prix ses droits successoraux parce qu’il s’est trompé sur
l’étendue de la part héréditaire que la loi lui attribue (nul n’est censé ignorer la loi
n’est pas en application dans le droit des contrats).
Acheter un terrain, y construire, dans l’ignorance d’un arrêté ministériel grevant la
zone d’une servitude non aedificandi.
En droit écrit, l’erreur de droit peut porter aussi sur une règle juridique qui avait
constitué le motif déterminant de l’engagement.
Ex. Le cas de celui qui prend l’engagement de réparer un dommage parce qu’il se croyait
juridiquement responsable.
On admet depuis longtemps que l’erreur de droit, lorsqu’elle a été la cause principale
et déterminante d’une obligation, peut entraîner la nullité relative du contrat au même titre que
l’erreur de fait.
La maxime « nul n’est censé ignorer la loi » n’a de valeur qu’en droit pénal acquilien
et public pour éviter que l’inculpé n’échappe à la répression en invoquant l’ignorance de la loi
ou n’échappe aux exigences de la protection de l’ordre public et des bonnes mœurs.
Si l’erreur d’une partie ne doit pas nécessairement être commise par le cocontractant,
ce dernier doit avoir eu pleinement connaissance de l’erreur commise par l’autre partie
ou avoir dû la connaître ;
L’erreur doit être excusable, c'est-à-dire celle que peut commettre aussi un homme
raisonnable placé dans les mêmes circonstances.
Exemple :
L’erreur sur la personne si le contrat ne comporte pas d’intuitu personae ou, si tout au
moins la considération de la personne n’est pas la cause principale qui a déterminé la
conclusion du contrat.
L’erreur sur la solvabilité du cocontractant.
34
Le dol est une cause de nullité de la convention lorsque les manœuvres pratiquées par
l’une des parties sont telles qu’il est évident que, sans ces manœuvres, l’autre partie n’aurait
pas contracté.
1° Notion du dol
On appelle dol les manœuvres frauduleuses, les tromperies, les artifices, les
mensonges, les réticences dont une personne peut se servir pour tromper une autre à
l’occasion de la conclusion d’un contrat. Le dol provoque une erreur.
2° Eléments constitutifs du dol
Le dol civil est en réalité une fraude plus large que le dol criminel (pénal). En effet, il
peut consister suivant les circonstances.
4° Sanction
Le dol donne lieu à une nullité relative et doit être prouvé par la personne qui
l’allègue ; il ne se présume donc pas. Il peut également donner lieu à des dommages et intérêts
sur base de l’art 258 du CCCL III.
Au lieu de la violence elle-même, le code aurait mieux parlé de la crainte, c’est à dire
la crainte fondée car, en réalité, c’est la crainte née de la violence qui altère la liberté du
consentement.
D’après les articles 12 et 13 du code civil livre III, la violence est le fait d’inspirer à
une personne la crainte en vue de lui arracher (extorquer) un consentement qu’elle ne peut
donner.
Le dol et la violence sont des vices de consentement très différents. Alors que le dol
pour entrainer la nullité du contrat, doit être provoqué par l’une des parties seulement, la
violence, quant à elle, entraine la nullité du contrat même lorsqu’elle provient d’un tiers au
contrat. Ex : Le frère de l’acheteur, soldat de profession, menace de me tuer si je refuse de
vendre mon champ.
Exception : En matière de libéralités, le dol même émanant d’un tiers est une cause de nullité
de la libéralité (art. 829, Code de la famille).
Cette exception est justifiée car les libéralités sont considérées comme des opérations
dangereuses pour le donateur lui-même, sa famille et ses créanciers. Tout ce monde a en effet
intérêt à la stabilité et à l’évolution positive de l’actif du patrimoine de leur auteur. La
protection juridique de toutes ces personnes doit donc être plus rigoureuse25.
25
Gérard Legier, Droit ciivil, les obligations, Paris Dalloz, 13èéd., 1992, p.10
36
Elle doit être de nature à faire impression sur une personne raisonnable, c'est-à-dire
que la menace doit présenter une certaine efficacité telle que l’apprécie un homme
raisonnable.
Ex : Menace de tuer à l’aide d’un papier ou d’un bâton n’est pas une menace sérieuse.
La gravité de la violence exigée n’est pas une gravité extrême ou absolue. On a égard,
en cette matière, à l’âge, au sexe et à la condition des personnes, c'est-à-dire que
l’appréciation de la violence est en définitive subjective et varie selon la personne qui en est
victime.
Exemple :
Il est évident que lorsqu’un garçon de 10 ans oblige un adulte à contracter sous la
menace d’une violence physique, cette prétendue victime ne sera pas fondée à
invoquer le vice de son consentement pour violence ; mais l’inverse est fondé.
La menace de vous jeter un mauvais sort dans notre société peut constituer une
menace morale car la crédibilité des gens n’est pas négligeable dans ce domaine.
b. L’état de nécessité
Ex. Le cas d’un individu qui conditionne le sauvetage d’un autre à la promesse par la
personne en détresse de paiement d’une somme d’argent excessif.
de l’une des parties, être annulé ou modifiée par le juge s’il estime que les conditions
convenues ne sont pas équitables ».
Cette convention introduite dans notre législation par le colonisateur n’a pas été
abandonnée. En se fondant sur l’argument de ce texte, on peut affirmer que telle devait être la
solution dans tous les autres cas de violence provenant des circonstances extérieures.
D. La lésion
1° Notion
La lésion dans le contrat consiste dans le préjudice pécuniaire résultant pour l’une des
parties contractantes de la disproportion entre l’avantage qu’elle a obtenu et celui qu’elle a
conféré à son contractant. La lésion ne se conçoit que dans le contrat à titre onéreux. Elle ne
se conçoit pas.
- Dans les contrats réellement aléatoires, car les parties ont volontairement assumé un
risque de perte ;
- Dans les contrats de bienfaisance, puisque, dans ces contrats, il n’y a pas par définition
d’avantage que d’un seul côté.
Ex. Si j’ai vendu un immeuble pour 2000 FC qui constituent le prix réel de cet immeuble au
moment de la vente, et qu’aujourd’hui cette somme est devenue dérisoire, je ne peux
prétendre que j’ai été lésé par le contrat.
2° Fondement juridique de la réduction pour cause de lésion
- Il est bien évident que la lésion qui consiste dans un préjudice n’est pas en soi un vice
de consentement, mais une certaine tradition considère que l’individu n’a pu conclure
un contrat aussi désavantageux que parce qu’il a été contraint ou parce qu’il s’est
trompé.
- Il n’empêche cependant que la lésion demeure un vice objectif doté par le législateur
napoléonien d’une sanction propre. En effet, il n’est pas nécessaire d’établir l’erreur,
le dol ou la contrainte qui l’a provoquée. Bien plus, la lésion vicie le consentement
même si le défendeur établit d’une façon certaine qu’il n’y a eu ni erreur ni dol ni
violence et que le consentement a été entièrement libre.
- Les doctrines modernes rapprochent plutôt la lésion des théories relatives à l’objet et à
la cause car, objectivement, la prestation due par la victime de la lésion manque de
cause, tout au moins partiellement. Le contrat par lequel une partie exploite l’autre est
socialement contraire à l’ordre public.
3° Situation antérieure au décret du 26 août 1959
Lors de l’élaboration du livre III du code civil congolais, le législateur s’est abstenu de
légiférer en matière de lésion. A cette époque, on recourait à des palliatifs, c’est-à-dire qu’on
considérait les contrats lésionnaires comme entachés de dol, d’erreur ou de violence et on
l’annulait sur cette base, ou encore, lorsque la disproportion des prestations heurte les bonnes
38
Ces palliatifs demeurent aujourd’hui encore le seul moyen de sanctionner les contrats
lésionnaires sortant du champ d’application du décret du 26 août 1959.
4° Analyse du décret du 26 août 1959
La lésion au sens où on l’entend à l’article 131 bis constitue une infraction prévue par
l’art 96 du code pénal, ce dernier article autorise le juge une fois l’infraction constatée à
appliquer l’art 131 bis à la demande de la partie lésée. Cette infraction s’appelle « l’usure ».
Par définition, seuls les contrats à titre onéreux et commutatifs peuvent être
lésionnaires parce qu’ils permettent la comparaison des avantages réciproques.
La partie qui se prévaut de l’art 131 bis est tenue de prouver l’existence simultanée de
deux conditions.
- Une condition objective : il faut, dit cet article, que le créancier se soit fait promettre
pour lui-même ou pour autrui un intérêt ou d’autres avantages excédant manifestement
l’intérêt normal. Le juge congolais jouit d’un pouvoir d’appréciation très large tant
pour déterminer ce qui constitue un avantage normal que pour décider si l’avantage
stipulé excède le premier de façon manifeste et choquante. Dans cette appréciation, il
doit tenir compte des circonstances de l’espèce, c'est-à-dire les aspects particuliers du
dossier, les circonstances de temps et de lieu ou autre qui entouraient les parties au
moment de la conclusion du contrat. Il convient de remarquer que l’intérêt normal
s’apprécie par rapport au prix du marché et non d’une façon subjective :
- Une condition subjective : Ces avantages doivent avoir été soutirés en abusant des
besoins, des faiblesses, des passions ou de l’ignorance du débiteur. Les besoins dont
on parle à l’article 131 bis se particularisent par leur caractère d’urgence extrême,
d’impérieuse nécessité : Ex : La maladie de l’épouse ou des enfants, le cas de violence
résultant de circonstances extérieures, voyage pour raison de santé.
c. Sanction de la lésion
La réunion des conditions requises étant démontrée, il appartient au juge de réduire les
engagements manifestement excessifs à l’intérêt normal. La mise en œuvre du principe de la
réduction des obligations suscite plusieurs interrogations :
demande soit intentée dans les 3 ans à dater du jour du paiement (prescription
triennale). La victime peut y renoncer et confirmer le contrat lésionnaire.
La matière de la capacité est étudiée dans le cours de droit civil, les personnes et en
droit international, Privé pour la capacité des étrangers. C’est donc de façon très brève que
nous allons en parler.
§1. Notion et principe d’application en matière des contrats
La capacité est l’aptitude qu’a une personne à être titulaire des droits (capacité de
jouissance) et à les exercer librement (capacité d’exercice). Cette notion et spécialement la
capacité d’exercice, s’applique à la possibilité de contracter. Pour les étrangers, on se réfère à
leurs lois nationales pour déterminer leur capacité ou leur incapacité. C’est dire qu’à cet
égard, ce qui vaut en droit étranger n’est pas forcement repris en droit congolais. Ex. L’âge de
la majorité.
§2. Espèces d’incapacité
a. L’incapacité de jouissance
Elle est plus profonde et plus radicale que l’incapacité d’exercice. Elle prive l’individu
du principe même d’être titulaire du droit envisagé ou des droits. Ex. Le droit de passer un
contrat, le droit de propriété.
Cette incapacité peut être générale ou partielle. L’incapacité de jouissance générale est
devenue en réalité inexistante. C’est une notion qui s’appliquait à l’égard des esclaves. Il ne
subsiste plus que des incapacités de jouissance spéciales, c'est-à-dire limitées à certains actes
juridiques seulement. Exemple :
Les étrangers ne peuvent jouir que des droits privés et non des droits politiques ;
La privation de certains droits à la suite d’un jugement
Le tuteur n’a pas le droit d’acquérir les biens de son pupille ; le mineur ou son
représentant légal ne peut consentir de donation.
42
b. L’incapacité d’exercice
Pour ce faire, il doit soit être représenté, soit être assisté, soit encore être autorisé par
une personne capable.
L’incapacité d’exercice peut être générale et visée tous les actes. C’est le cas des
mineurs d’âge et des interdits. Elle peut également être relative et ne viser qu’une catégorie
d’actes. C’est le cas des mineurs émancipés et des personnes mises sous curatelle. La loi
congolaise n’énumère pas les personnes incapables de contracter. On appliquera à cet égard le
principe tiré du droit civil des personnes. Le but de l’incapacité poursuivi par la loi et la
protection des incapables eux-mêmes et l’intérêt public.
Section 3. L’objet du contrat (art 25-29)
§1. Définition
Bien que le code emploie indifféremment les expressions « objet du contrat et objet de
l’obligation », il faut reconnaître que c’est la dernière expression qui est la plus exacte. Un
contrat n’a pas proprement parler d’objet, il a pour effet d’engendrer des obligations et c’est
chacune de ces obligations qui a un objet. L’objet de l’obligation n’est pas seulement une
chose matérielle dans le sens d’une res, c’est plutôt d’une façon générale la prestation
engendrée par l’obligation. Cette prestation peut consister à donner, à faire ou à ne pas faire
quelque chose. Ex. Dans la vente c’est le transfert de propriété de la chose, c’est la livraison
de la chose, c’est la conservation de la chose en bon père de famille.
Selon la théorie classique, l’objet c’est à quoi on s’engage, c’est le quid debetur.
§2. Caractères de l’objet
C'est-à-dire que la loi vise le fait que la prestation engendrée par l’obligation doit être
précisée par les parties quant à son contenu et sa nature.
D’une façon générale, les parties doivent bien préciser les divers éléments de leurs
prestations réciproques. Il n’est pas dit qu’au moment du contrat tous les éléments doivent
être déterminés, ce qui importe est qu’au moins ces éléments soient déterminables
43
C’est la chose qui fera l’objet du transfert de propriété qu’il faudra bien déterminer
pour éviter des équivoques et pour bien circonscrire l’objet sur lequel porteront les droits du
créancier. Cette chose peut être un corps certain ; les « corps certains » ou « biens non
fongibles » sont ceux qui ne sont pas susceptibles de se remplacer les unes les autres
comme instrument de paiement ou de restitution.
Cette chose peut également être une chose de genre lorsqu’il s’agit d’une chose
déterminée seulement dans son espèce. Les biens fongibles ou choses de genre ou objets de
série sont ceux qui sont rigoureusement équivalents et qui peuvent se remplacer comme des
instruments de paiement ou de restitution.
On ne peut dire je vous vends un animal (car l’objet est indéterminé). La jurisprudence
désire que le contrat n’est nul pour manque d’objet certain formant la matière de
l’engagement que s’il y a incertitude absolue ne permettant pas d’établir à quoi les parties se
sont engagées26
Et la sanction pouvant résulter du fait que l’objet du contrat n’est pas déterminé ou n’est pas
déterminable ou qu’il n’est pas possible est la nullité relative. Cette sanction ne peut être
applicable d’office par le juge.27
Il n’y a rien d’autre que d’exiger que les parties précisent les prestations qu’elles
veulent faire naître.
2° L’objet doit être possible
Ex. Si telle personne est incapable pour diverses raisons morales ou physiques de fournir telle
obligation que telle autre personne peut fournir, l’on ne perlera pas d’une impossibilité
26
Elis. 29 janvier 1916, jur Col 1926, p.296.
27
Léo, 16 cotobre 1956, jur. Col 1957, p.89
44
absolue, mais d’une impossibilité relative. L’impossibilité est appréciée par rapport au
moment du contrat, c'est-à-dire compte tenu des moyens dont disposent les parties.
3° L’objet doit être licite et moral
Examinons à présent deux cas dont notre code civil fait application :
Il n’y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent être l’objet des
conventions.
Ex. les étoiles, les hommes, les choses communes (air par ex).
D’autres choses sont mises hors commerce en vertu d’une disposition expresse de la loi.
Ex. Le biens du domaine public de l’Etat qui sont inaliénables, les droits de la personnalité, la
liberté du travail, les fonctions publiques ; les substances venimeuses ou contagieuses, les
armes de guerre, les animaux atteints ou supposés atteints des maladies contagieuses.
La chose objet de la prestation peut être future et donc constituer un objet licite.
Exemple.
- Vente sur le croit d’un troupeau, vente sur les futures mangues d’un jardin on n’en va
pas de même pour la succession.
- L’article 29 al 2 ainsi que l’art 277 reproduisant en cela les articles des codes
étrangers, interdisent en principe les actes sur succession future, c'est-à-dire les
conventions portant sur les successions non encore ouvertes. L’art 29 al 2 dispose :
« On ne peut cependant renoncer à une succession non ouverte ni faire aucune
spéculation sur une pareille succession, même avec le consentement de celui de la
succession duquel il s’agit ».
L’art 277 dispose : « On ne peut vendre la succession d’une personne vivante, même
de son consentement ». Diverses raisons expliquent la prohibition de tels actes :
45
- En ce qui concerne le pacte sur sa propre succession : on fait valoir que de tels pactes
privent l’individu (futur De Cujus) de la liberté dont il doit jouir jusqu’à sa mort de
régler la dévolution de son patrimoine.
- En ce qui concerne les pactes sur la succession d’autrui : on invoque contre eux le fait
qu’ils sont dangereux et immoraux car impliquant la spéculation sur la mort d’une
personne encore vivante. Quant à la prohibition de la renonciation anticipée à sa
succession (c'est-à-dire l’acte par lequel un successeur présomptif abdique des droits
héréditaires dans la succession non ouverte de l’autre partie) elle a pour but d’assurer
l’égalité de partage.
Disons enfin que ce que la loi interdit ce sont des pactes portant directement sur
succession future et non des conventions qui font allusion à une succession future.
Ex. Un débiteur peut valablement faire coïncider la date de l’exigibilité de sa dette au jour où
il obtiendra sa succession, car l’objet d’une clause est simplement de fixer la date d’exigibilité
de sa dette et non de profiter de ladite succession.
4° Sanction
Les conventions dont les obligations portent sur un objet inexistant ou un fait
impossible sont susceptibles d’annulation. Si les intérêts en jeu sont purement d’ordre privé,
la nullité est relative. Par contre, si l’objet des obligations nées du contrat est illicite ou
immoral, parce que contraire au droit impératif, aussi appelé droit public de l’Etat, et à la
moralité publique, les obligations sont frappées de nullité absolue puisque les intérêts protégés
sont d’ordre public.
Dans certains cas le contrat n’est pas annulé. Ex. le cas où l’action est déclarée
irrecevable par le juge.
Section 4. La cause de l’obligation et du contrat (Art 8, 30, 31 et 32)
A. Notion de la cause
C’est à propos de la notion de la cause que les controverses les plus nombreuses et les
plus célèbres ont divisé la doctrine. C’est ainsi qu’on démontre trois doctrines :
- La doctrine classique ;
- La doctrine anti-causaliste ;
- La doctrine moderne de la cause.
1° La théorie classique
a. Définition
La théorie classique voit dans la cause le but immédiat et déterminant en vue duquel le
débiteur s’engage envers le créancier. Cette théorie n’a pas voulu aller au-delà pour chercher
les causes ou les motifs qui peuvent être en dehors du contrat.
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La théorie classique a affirmé que l’objet c’est ce à quoi on s’engage c’est le quid
debetur ; tandis que la cause est ce pourquoi on s’engage, c’est le cur debetur.
C’est cette distinction qui est la plus importante. Selon la théorie classique, les motifs
qui ne doivent pas être confondus avec la cause et dont le juge n’a pas à s’occuper, sont
« toutes les raisons multiples et plus ou moins lointaines qui ont poussé la volonté à
s’engager ». On les appelle aussi des mobiles lointains, indirects de l’obligation ; tandis que la
cause est le mobile immédiat et direct.
Dans le contrat à titre onéreux, l’obligation de chaque partie a pour cause d’une façon
générale l’avantage qu’elle espère obtenir du contrat.
Les contrats synallagmatiques qui font naître des obligations réciproques, la cause
de l’obligation de chacune des parties réside dans l’obligation de l’autre. Telle est la
vente où la cause de l’obligation du vendeur est le paiement du prix par l’acheteur ;
tandis que la cause pour l’acheteur est le transfert par le vendeur de la chose vendue à
l’acheteur.
Si dans cet exemple de la vente, la cause est toujours l’obligation de l’autre, les motifs
sont, quant à eux, très variables, car l’acheteur peut vouloir être propriétaire de telle chose
parce que sa femme la lui demande, ou bien son standing de vie l’exige, ou bien il croit qu’on
lui a volé la sienne.
Les contrats réels : d’une façon générale, la cause de l’obligation dans ce type de
contrat est le fait d’avoir déjà reçu quelque chose. C’est en effet parce qu’il a déjà reçu
quelque chose que le débiteur s’oblige à le restituer. Telle contrat de prêt, le contrat de
gage, le contrat de dépôt.
Dans le contrat à titre gratuit : il faut rechercher la cause ailleurs que dans la
poursuite d’un avantage corrélatif. La doctrine classique affirme que la cause du
contrat à titre gratuit c’est l’intention libérale (animus donandi). Cette cause est stable
alors que les motifs de cette intension libérale peuvent varier.
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2° La théorie anti-causaliste
La théorie classique de la cause fut depuis 1826 critiquée très violemment. Pour les
anti-causalistes, la notion de cause est fausse et inutile. Pour ces auteurs, un contrat est
complet dès qu’il y a consentement, objet et capacité. La cause, pour eux, n’ajoute
absolument rien à ces trois premiers éléments. Elle n’était qu’une façon de considérer soit le
consentement soit l’objet.
Ex. Dans les contrats synallagmatiques, disaient les anti-causalistes, la cause n’est autre chose
que la prestation de l’autre partie. A ce titre, elle se confond donc avec l’objet du contrat.
- Ainsi, dans certains cas, la notion de cause a pour rôle de protéger l’un des
contractants à l’égard de l’autre. Il en sera ainsi dans les contrats à titre onéreux et
particulièrement dans les contrats synallagmatiques. La cause est alors conçue
objectivement et sert à protéger l’équilibre, l’équivalence voulue entre les parties (la
notion d’équivalence appelle celle de la balance). Ceci apparaît plus clairement, dans
ce genre de contrat synallagmatique, dominé par le principe de la simultanéité et de la
connexité des obligations : c’est la cause intrinsèque.
La cause se trouve dans le contrat, et est la même pour tous les contrats de même
espèce ; mais les motifs se trouvent dans le sujet et sont variables.
- Dans les autres cas, il s’agit de protéger l’ordre et la morale publics. Dans ce cas, la
cause sera cherchée subjectivement dans les motifs poursuivis en commun ou même
dans les motifs individuels de chaque partie s’ils ont été déterminants pour celle-ci :
c’est la cause extrinsèque.
Exemple :
Dans ces hypothèses, le concours de tribunaux doit être refusé en raison du caractère
immoral du but poursuivi (nemo auditur propriam turpidudinem allegans, c’est-à-dire nul ne
peut invoquer sa propre turpitude…). Cet adage empêche les restitutions sauf pour protéger la
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partie ayant agi de bonne foi (in pari causa turpidinis repetitio cessat). Mais en principe, il
n’interdit pas, l’action en nullité.
Cette distinction est essentielle car, suivant les auteurs les plus récents, le code
parlerait tantôt de la cause intrinsèque, tantôt de la cause extrinsèque. Les art 8, 30 et 31
traiteraient de la première, l’art 32 ne s’appliquerait qu’à la seconde.
B. Les effets juridiques de la cause
Vouloir parler des effets juridiques de la cause, c’est donc admettre au préalable
l’existence et la nécessité de la cause comme élément essentiel du contrat. Ceci est vrai en
droit congolais qui ne reconnaît pas l’acte abstrait, c'est-à-dire l’acte détaché de sa cause et
dont l’existence et la validité seraient indépendantes de cette cause. Le droit allemand ne croît
pas devoir faire de la cause un élément de formation du contrat, c’est un droit qui privilégie la
volonté déclarée, il est formaliste car ce qui prévaut n’est pas la volonté psychologique
(élément interne) mais la seule volonté déclarée.
Les buts ou les motifs qui auraient poussé les parties à contracter n’ont en droit
allemand aucune incidence sur le contrat s’ils n’ont pas été exprimés nettement dans leur
déclaration.
Les applications du principe selon lequel « il n’y a pas d’acte abstrait en droit
congolais » sont apparues nombreuses dans la jurisprudence et l’on peut les présenter
en deux volets :
L’obligation sans cause ou sur une fausse cause, dispose l’art 30 du CCCL III, « ne
peut avoir aucun effet ».
La cause varie suivant les types de contrat. Si cette cause est absente au moment de la
formation du contrat ou même en cours du contrat, cette absence de cause entraînera la nullité
du contrat.
ESMEIN explique bien le fondement de cette règle posée par l’art 30 : « L’obligation
est une charge pour celui qui l’assume ; on ne pose pas un acte juridique dans le vide sauf
lorsqu’on est fou ; on ne s’oblige pas par le plaisir de s’obliger ; l’obligation doit avoir une
raison d’être (ratio obligationis), une cause ; sinon le droit positif ne lui accorde pas sa
sanction. Cette cause, élément requis par la loi pour qu’elle donne sa sanction à l’obligation,
c’est ou bien une contrepartie ou bien l’intention libérale ».
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- Contrat synallagmatique
S’engager à vendre une chose déjà périe ne permet pas la création de
l’obligation, faute de cause, car le vendeur ne saura jamais exécuter son
obligation qui est la cause de l’obligation de l’acheteur.
De même, si un vendeur s’engage à livrer une chose impossible.
On peut citer le fait qu’un emprunteur signe un billet par lequel il s’engage à rendre
telle ou telle somme d’argent, alors que les fonds ne lui sont pas en fait versés.
S’il n’y a pas d’intention libérale, il n’y a pas de contrat non plus (erreur sur la nature
du contrat).
Nullité absolue du contrat car cette circonstance prive l’acte d’un de ses éléments
essentiels exigé s pour sa validité.
b. Fausse cause
Comme l’erreur, elle constitue un vice du consentement. Ainsi, en cas de fausse cause
comme en cas d’erreur sur la cause, le contrat sera irrégulier non pas pour absence d’un de ses
éléments essentiels mais pour vice de consentement. Il peut y avoir fausse cause dans deux
cas :
- La cause erronée
- La cause simulée
Cause erronée (erreur sur la cause)
Ici, le débiteur croyait en l’existence d’une cause qui n’existait pas.
Exemple :
Le fait qu’une personne se croyant l’auteur d’un accident, s’engage à en réparer les
conséquences et s’aperçoit ensuite qu’elle n’en était pas responsable.
Je m’oblige à vous payer telle somme en exécution d’un testament de mon oncle alors
que par la suite on découvre que mon oncle avait révoqué le legs à votre profit.
Cause simulée : ici, les parties donnent à leur contrat une cause autre que la cause
véritable.
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Exemple : Déguiser une donation sous l’apparence d’une vente en donnant pour cause
apparente à l’obligation de transférer la propriété, une obligation réciproque d’en payer le
prix, alors qu’aucun prix n’est convenu et que la cause véritable est l’intention libérale.
Il faut noter que la cause simulée n’annule pas toujours le contrat, car la simulation est
permise en droit.
Ex. Ca de la simulation d’une vente par une donation alors que la chose vendue est
inexistante, placée hors commerce, ou contraire aux bonnes mœurs.
L’hypothèse du billet non causé est prévu et règlementée par l’art 31 du CCCLIII,
selon lequel « la convention n’est pas moins valable quoi que la cause n’en soit pas
exprimée ». Cette hypothèse ne doit pas être confondue avec celle d’absence de cause, elle
vise simplement le cas où la cause existe, mais n’est pas exprimée dans l’écrit qui constate
une obligation.
Ex. Je m’engage à payer une somme de 1000 Fc à une personne à une date déterminée.
Il a pour but :
Le créancier qui produit un billet non causé est donc dispensé de la preuve de la cause.
C’est au débiteur qui veut se décharger à démontrer l’absence de cause ou la preuve de
l’illicéité de la cause de son engagement.
2° Cas de la cause immorale et illicite
L’obligation sur une cause illicite ne peut avoir aucun effet, dit l’art 30 du CCCLII. La
lecture de cette disposition comme celle de l’article 32 nous révèle que la loi assimile la cause
immorale à la cause illicite et fait de l’un et de l’autre une condition de validité du contrat. En
effet, l’article 32 dit : « la cause est illicite quand elle est prohibée par la loi, quand elle est
contraire aux bonnes mœurs ou à l’ordre public. »
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Exemple : Lorsqu’une vente porte sur une chose hors du commerce ou sur un bien relatif à
une succession future, l’obligation du vendeur sera nulle pour objet illicite tandis que celle de
l’acheteur sera nul pour cause illicite, parce qu’il veut acquérir un objet illicite.
Vendeur Acheteur
A B
Prix Cocaïne
Objet de l’obligation de A est illicite tandis que la cause de l’obligation de B est illicite.
Pour le bailleur comme pour le locataire, l’objet du contrat apparaît de façon objective
très licite, mais c’est le but lointain poursuivi par les parties ou par l’une d’entre elles qui est
contraire aux bonnes mœurs et à la loi. La maison est en effet destinée à la débauche. C’est
vous dire que, dans ce dernier cas, la notion de cause est alors très étendue et ce dans l’unique
dessein de protéger l’ordre public, et Dieu sait que chaque pays y tient, et les bonnes mœurs.
L’annulation du contrat vise aussi la protection de la partie qui agit de bonne foi c'est-à-dire
sans intention manifeste contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs (dans le cas
précédent c’est le bailleur qui est protégé).
Applications jurisprudentielles
- Le trafic d’influence ;
- La spéculation sur le change et le trafic des devises ;
- Les engagements établis entre étrangers tendant à frauder aux lois d’ordre public en
matière économique ;
- La vente ou le louage d’une maison de tolérance en vue de l’exploiter pour cette
activité.
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- Les libéralités entre concubins ayant pour but l’obtention ou le maintien des relations
illégitimes et non leur rupture.
Il a été jugé que l’action qui tend à demander l’exécution d’une obligation découlant
d’une convention immorale ne peut être accueillie.28
Une partie qui demande l’annulation d’un contrat pour cause illicite, auquel elle a
délibérément participé, n’est pas fondée à introduire une demande reconventionnelle en
payement des dommages et intérêts.29
L’article 30 du CCCL III traduit en quelque sorte l’adage romain « Quod nullum est,
nullum producit effectum » c'est-à-dire ce qui est nul ne produit aucun effet.
Lorsque la nullité est prononcée, l’acte est évidemment privé d’effets pour l’avenir
mais la nullité remet aussi en cause les effets que l’acte a déjà produits. L’acte est donc aussi
anéanti rétroactivement.
Il se peut cependant qu’en fait l’acte ait déjà été partiellement ou totalement exécuté.
La rétroactivité de la nullité postule alors que les choses soient remises en l’état où elles se
trouvaient au moment de la formation de l’acte. Il y a donc lieu à restitution des prestations
déjà effectuées.
Celle-ci résulte de la mise en œuvre d’une règle traditionnelle, déjà connue en droit
romain, mais que les rédacteurs du code civil (1804) ont passé sous silence.
- « Nemo auditur propriam turpitudinem allegans » (Nul ne peut être entendu qui
allègue sa propre turpitude).
- « In pari causa turpidinis cessat repetitio » (Il n’a pas lieu à répétition si les deux
parties sont pareillement associées à la turpitude).
La règle aboutit à empêcher le contractant qui se prévaut de son immoralité d’être reçu
par le juge pour obtenir la restitution de la prestation qu’il a fournie.
- Certains interprétant de façon très stricte l’art 30, enseignent que la restitution
(répétition) n’aura absolument pas lieu et qu’il faut donc rejeter la demande de la
restitution ;
28
Ière Inst. Léo, 31 juillet 1954, RJCB, 1955, p.208
29
L’Shi, 13 août 1971 RJZ 1972, p.64
54
Critique
Certains auteurs ont pensé qu’il ne fallait écarter l’action que lorsqu’elle émanait
d’une partie informée du caractère immorale de l’acte (à cause de sa mauvaise foi). Cette
tendance semble protéger le contractant de bonne foi et punir celui de mauvaise foi.
Critique
Cette solution n’est pas défendable car, dès que l’ordre public ou les bonnes mœurs
sont intéressés, il importe peu que la connaissance du caractère immoral ou illicite soit le fait
de deux parties ou d’une seule. Ce qui guide le juge c’est l’ordre public, c’est la moralité
publique.
D’autres auteurs ont cru soutenir la restitution lorsque le contrat était contraire à
l’ordre public et non aux bonnes mœurs.
Critique
Cette solution est mal fondée car, l’art 32 assimile la cause immorale à la cause illicite.
Il cherchera si la sanction que constitue la nullité absolue établie par l’article 30 sera
rendu plus efficace par le rejet de la répétition que par l’accueil de celle-ci : il y a souveraine
appréciation du juge.
La jurisprudence Congolaise décide que le principe selon lequel une obligation sur
une cause illicite ne peut avoir aucun effet ne doit pas être appliqué rigoureusement et être
inévitablement sanctionné par un refus de restitution demandée.
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Dans le chapitre précédent, nous avons examiné les conditions de validité du contrat. Il
faut maintenant en examiner la sanction qui est la nullité.
Section I : Notions générales
La nullité est une sanction juridique qui frappe normalement un acte juridique
irrégulier du point de vue des éléments requis pour sa validité tels que prévus par l’article 8 du
CCCL III. Cette sanction doit toujours être prononcée par le juge ; c’est dire qu’avant
l’intervention du juge, le contrat n’est qu’annulable.
Notons par ailleurs que l’on pourrait faire valoir la nullité par des moyens distincts :
La résolution est la dissolution d’un contrat par le tribunal pour inexécution par l’une
de partie de ses obligations.
La révocation est l’acte par lequel les deux parties mettent volontairement fin à leur
contrat (mutus dissensus). C’est la révocation bilatérale mais on peut aussi parler de la
révocation dans l’hypothèse des contrats unilatéraux.
Ex. Un donateur qui révoque la donation pour ingratitude de la part du donataire. C’est la
révocation unilatérale.
L’opposabilité est la qualité d’un acte dont on peut faire valoir les effets à l’égard des parties
et des tiers ; l’inopposabilité est le contraire. Ex. De l’inopposabilité : un contrat valable qui
produit ses effets entre les parties, mais qui, pour certaines raisons indépendantes de sa
formation tel que le défaut de publicité, ne peut produire ses effets en l’encontre de certains
tiers auxquels il serait normalement opposable. Ex. Le mariage.
La rescision est le terme utilisé pour signifie la nullité relative spécialement causé par
la lésion. Cette sanction est particulière aux droits français et belge, la sanction de la lésion en
droit Congolais étant la réduction.
La suspension vise l’hypothèse où le contrat est valable mais son exécution est arrêtée,
c'est-à-dire suspendue pour un temps à la suite d’un tel ou tel empêchement.
Ex. Le contrat de travail suspendu par l’effet d’une maladie ou de l’enrôlement de l’employé
dans l’armée.
D’autre part, l’acte entaché de nullité se distingue de l’acte inexistant par ce qu’il
existe tant qu’il n’a pas été annulé. Il contient en lui un vice qui permettra de la faire
disparaître ; mais en attendant, il existe, du moins en apparence.
Nullité Inexistence
Le fondement le plus sûr doit être cherché dans la nature des intérêts qui sont en jeu.
La nullité relative est une sanction qui frappe la violation d’une règle visant la protection d’un
intérêt privé ou particulier ; tandis que la nullité absolue est une sanction qui anéantit les actes
qui ont violé une règle qui protège l’intérêt général, l’ordre public ou les bonnes mœurs.
Exemple :
La nullité quelle qu’elle soit, n’est pas automatique. Elle est le résultat d’une demande
en justice. Lorsqu’on examine les conditions de recours exercé devant les tribunaux pour
aboutir à l’annulation de l’acte, on voit nettement se distinguer la nullité absolue d’avec la
nullité relative. Les nullités absolues peuvent être invoquées par tout intéressé ; les nullités
relatives ne peuvent quant à elles, être invoquées que par certaines personnes auxquelles la loi
reconnaît cette faculté.
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En principe, la nullité relative ne peut être invoquée que par la ou les personne (s) que
la loi a voulu protéger en établissant la nullité.
Mais, d’autres personnes peuvent intenter cette même action ; mais alors, elles le font du chef
de l’intéressé principal en l’occurrence, la personne que la loi a voulu protéger. Ce sont :
- Le successeur du mineur ;
- Les créanciers qui peuvent agir par voie de l’action oblique (art 64 CCCL III) :
- Et même, les ayants-cause à titre particulier qui succèdent au droit ayant fait l’objet du
contrat annulable.
b) Personnes pouvant invoquer la nullité absolue
1. Les parties, leurs représentants, leurs successeurs universels et à titre particulier, leurs
créanciers ;
2. Le tiers dit « Penitus extranei » (les tiers complètement étrangers) si on veut leur
imposer les effets indirects du contrat ;
3. Le juge peut soulever d’office la nullité absolue en tout état de cause.
4. Le Ministère Public peut soulever dans son avis, la nullité absolue d’un contrat
invoqué. Il ne peut agir lui-même par une action principale en nullité absolue d’un
contrat en dehors des cas où la loi lui en reconnait formellement le droit que lorsque
l’ordre public est spécialement et directement intéressé.
L’on sait que l’action en nullité peut être paralysée par le jeu des adages « Nemo
auditur… » Et « In pari causa ». Ce qui doit maintenant retenir notre attention, c’est d’autres
obstacles à la mise en œuvre de la nullité, d’autres modes d’extinction de la nullité : la
confirmation et la prescription de l’acte nul.
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1° Notion de la confirmation
L’article 216 a introduit dans notre droit, une erreur très critiquée dans le droit belge et
français en assimilant la notion de confirmation à celle de ratification.
La confirmation est l’acte qui couvre la nullité relative ; la ratification en droit civil
est, quant à elle, l’acceptation par une personne de l’acte accompli pour elle par un gérant
sans mandat.
Il n’y a donc aucune relation entre ces deux actes (confirmation et ratification).
Par définition, la confirmation est l’acte juridique par lequel la personne qui peut se
prévaloir de la nullité d’un acte renonce à l’invoquer (c’est un acte abdicatif, un acte de
renonciation), en d’autres termes, c’est la renonciation par une personne à son droit de
demander la nullité de son acte. La confirmation n’est possible qu’en cas de nullité relative,
l’unique susceptible de disparaître par la volonté exclusive de telle personne déterminée.
2° Conditions de la confirmation
Conditions de fond
La validité de l’acte confirmatif est soumise à deux conditions de fond :
- Il faut d’abord que le vice dont l’acte était atteint ait pris fin au moment où intervient
l’acte confirmatif, sinon, la confirmation serait affectée de la même imperfection que
l’acte initial.
Ex. Le mineur doit être devenu majeur pour pouvoir confirmer efficacement l’acte qu’il aurait
fait en état de minorité.
Elle est celle qui résulte d’une volonté manifeste en termes exprimant formellement
l’intention de confirmer.
Elle ne doit pas nécessairement être écrite. Mais, si un écrit est établi pour relater cette
confirmation, il devra contenir les mentions suivantes :
L’acte (écrit) n’aura de valeur probatoire que s’il contient les mentions précitées.
Confirmation tacite
La confirmation d’un acte annulable entraîne un effet rétroactif, c'est-à-dire que l’acte
confirmé est considéré comme ayant été valable ab initio sans préjudicier les droits acquis à
des tiers. Cet effet distingue la confirmation de la réfection (qui est un acte bilatéral ‘alors que
la confirmation est un acte unilatéral) par lequel les deux parties font un nouvel acte dans
d’autres conditions que les premières.
Exemple : Un acte nul de nullité absolue pour telle ou telle autre cause peut être refait en
respectant les conditions de l’art 8 du CCCLIII. Le nouvel acte ne produira ses effets que ex
nunc (dans l’avenir seulement, (pas d’effet rétroactif).
1° Durée de la prescription
Exemple :
du contrat par voie d’exception ; mais il ne peut plus après ce délai demander l’annulation de
ce contrat par voie d’action.
L’art 196 étant une exception au droit commun (art 647), il doit être interprété de
façon stricte :
Cette interprétation découle de la place qu’occupe cet article dans le code au milieu
des dispositions consacrées au droit du patrimoine.
- D’après ses termes, l’art 196 s’applique à l’action en nullité d’une convention et non
aux actes unilatéraux tels que la renonciation et le testament.
3°Fondement de la prescription
On affirme unanimement que la prescription édictée par l’art 196 est fondée sur une
idée de confirmation tacite. La loi présume en effet que le contractant qui, ayant le droit de
faire annuler, reste dix ans sans intenter l’action y a renoncé. Cette conception, bien que
contestée par certains auteurs, trouve son appui dans l’art 15 du CCCL III qui rapproche la
confirmation tacite de la prescription.
Exemple :
Il convient de rappeler que les effets de la nullité sont les mêmes qu’il s’agisse de la
nullité absolue ou de la nullité relative.
§1. L’étendu de l’annulation
En principe, la nullité porte sur l’ensemble de l’acte. Il est cependant fréquent que,
dans un contrat qui comporte de nombreuses clauses, une seule d’entre elles ou quelques-unes
seulement soient entachées de nullité. Doit-on dans ce cas annuler le contrat tout entier ou
seulement la clause irrégulière ? L’art 70 répond : « Toute condition d’une chose impossible
62
ou contraire aux bonnes mœurs ou prohibée par la loi est nulle et rend nulle la convention qui
en dépend ».
Ainsi donc, dans cette hypothèse, c’est le contrat tout entier qui doit être annulé. Mais,
la jurisprudence estime qu’il faut tenir compte de l’intention des parties sur cette clause. Si
celle-ci avait été la condition essentielle et déterminante du contrat, sa nullité entraîne celle du
contrat tout entier ; sinon, c’est la clause seule qui sera annulée.
§2. La rétroactivité de la nullité
a. Entre les parties contractantes
Principe
En Principe, l’acte nul est censé n’avoir jamais existé. Lorsque sa nullité a été
prononcée, l’acte nul est anéanti dans le passé et dans l’avenir (ex tunc et nunc). Si le contrat
a déjà été exécuté en tout ou en partie, les choses doivent être rétablies comme si l’acte
n’avait pas existé, on dit que les choses ont été remises au statu quo ante (prestin état).
Ex : En cas de nullité d’une vente, l’acheteur doit rendre la chose, le vendeur le prix perçu
Tempéraments au principe
- Dans les contrats successifs, il est souvent matériellement impossible de restituer ce
qu’a été irrémédiablement accompli. Ex. Dans un contrat de bail annulé, le locataire
ne pourra pas rendre la jouissance du local ;
- Lorsque la nullité est invoquée contre un contractant de bonne foi qui a ignoré le vice
de l’acte, ce contractant pourra conserver les fruits produits à la suite d’un contrat nul
en tant que possesseur de bonne foi.
- La nullité du contrat passé par une personne incapable, n’oblige pas cette dernière à
restituer l’intégralité de la prestation. Elle est dispensée de restituer ce qu’elle a
dépensé (cfr art 297 code de la famille en ce qui concerne les mineurs d’âge).
- Lorsque la nullité est demandée pour immoralité du contrat, l’action en restitution peut
se heurter à la maxime « Nemo auditur… » et surtout la maxime « In pari causa… ».
- Il faut signaler qu’en matière immobilière, l’annulation du contrat d’aliénation
n’entraîne pas automatiquement celle du certificat d’enregistrement établi au bénéfice
de l’acquéreur.
63
En principe, la nullité du contrat est opposable aux tiers ; cela résulte de la règle « On
ne transfert pas un droit qu’on n’a pas », (Nemo dat quod non habet).
Contrat annulé
Contrat annulé
B
Ex. A
Chose
transférée à C ;
donc la nullité
est opposable à
Chos
C
e
Prix
C
Opposabilité
Tempéraments au principe
- En matière mobilière, l’art 658 du CCCL III qui dispose qu’en fait des meubles
possession vaut titre, protège le sous-acquéreur de bonne foi lorsque la chose, objet du
contrat, est un meuble corporel ;
- En matière immobilière, l’annulation du contrat d’aliénation n’entraîne pas
automatiquement celle du certificat d’enregistrement établi au bénéfice du sous-
acquéreur ;
- La nullité du contrat n’est pas non plus opposable aux tiers en vertu de l’adage « error
communis facit jus ». Ex. Si le tiers a traité avec un propriétaire apparent ou avec un
mandataire apparent.
Il y a mandat apparent lorsque par exemple le mandataire a accompli un acte pour le compte
du mandant, alors que le mandat a été révoqué ou a pris fin d’une autre façon. La bonne foi, et
l’erreur excusable ou commune (celle d’un homme raisonnable placé dans la même situation)
sont exigées dans le chef du tiers.30
30
Larroumet (Ch.), Op.cit, pp. 148 et ss, n°174 et 175
64
La nullité du contrat peut être préjudiciable au contractant. Par exemple, s’il a manqué
une occasion d’une opération plus rentable. Dans ce cas, le contractant peut évoquer l’art 258
du CCCLIII et si la nullité provient de la faute exclusive de l’autre partie, celle-ci sera
condamnée à réparer le préjudice subi par l’autre. La victime du préjudice peut donc intenter
deux actions : l’une visant l’annulation du contrat, l’autre l’allocation des dommages et
intérêts au motif que son contractant a été de mauvaise foi, il a posé un acte punissable. Il
s’agit en pratique d’une même demande comportant deux chefs.
65
INTRODUCTION
Le chapitre sur les effets des contrats entre parties et à l’égard des tiers concerne un
même problème. C’est l’étude de l’exécution même du contrat ; en d’autres termes, l’étude de
l’exécution des obligations créées par le contrat. Cette exécution des obligations du contrat
peut s’analyser en se référant tantôt aux rapports entre parties : l’on vise les effets internes du
contrat ; tantôt aux rapports avec les tiers : il s’agit des effets externes du contrat ou
l’opposabilité du contrat à l’égard des tiers.
C’est l’art 33 du CCCLIII qui énonce le principe de base dans le rapport des parties
entre elles : « les conventions légalement formées tiennent lieu des lois à ceux qui les ont
faites ». Les mots « légalement formées » visent le fait que les conventions doivent être faites
conformément à la loi (art 8) ; les mots « tiennent lieu des lois » signifient que chaque
contractant est lié par le contrat comme il le serait si son obligation lui était imposée par la loi.
Ceci implique que chaque contractant est tenu d’exercer sa prestation sous peine d’y être
contraint par la force publique et si l’exécution directe n’est pas possible, il sera condamné à
des dommages et intérêts.
Plan du chapitre
Section 1 : L’interprétation du contrat
Section 2. Le principe de la force obligatoire du contrat
Section 3. Les conditions de l’exécution forcée du contrat
Section 4. Les cas particuliers de l’exécution des contrats synallagmatiques ;
Section 5. Les conséquences de l’inexécution ou du retard dans l’exécution ou la théorie de la
responsabilité contractuelle.
Section 1 : L’interprétation du contrat
A défaut d’accord entre les parties, l’interprétation est effectuée par le juge.
§1. Règles d’interprétation
Les art.54 et s. donnent au juge certaines directives, mais elles ne sont pas impératives
en ce sens qu’un pourvoi fondé sur leur éventuelle violation est irrecevable.
Directive principale : « On doit dans les conventions rechercher quelle a été la commune
intention des parties contractantes plutôt que de s’arrêter au sens littéral des termes » (art 54)
66
Donc :
Autres directives.
1. Clause « susceptible de deux sens », l’un susceptible de produire effet, l’autre non : on
retient le premier (art 55)
2. Si les deux sens sont susceptibles de produire effet : on retient le sens « qui convient le
plus à la matière du contrat » (art 56)
5. On doit suppléer dans le contrat les clauses qui y sont d’usage, quoi qu’elles n’y soient
pas exprimées (art.58).
Rôle du juge :
les juges ne sont pas liés par la qualification donnée au contrat par les parties et
peuvent rétablir la véritable qualification pour en déduire des conséquences légales autres que
celles envisagées par l’une ou l’autre des parties en qualifiant le contrat ; p.ex.la remise d’une
somme d’argent faite, d’après les termes du contrat, à titre de dépôt, peut être qualifiée de
prêt par le tribunal : d’où il résultera, en particulier, que le con- remboursement ne sera pas
assorti de la sanction pénale de l’abus de confiance (voir Code Pénal art.95 qui retient cette
infraction en cas de détournement d’une chose déposée, mais non d’une chose prêtée).
Par le biais de l’interprétation, les juges du fond ont parfois ajouté au contrat des
obligations qui n’avaient pas réellement été envisagées par les parties (obligation de
renseignements ou même de conseil, surtout à la charge des professionnels ; obligation de
sécurité dans certains contrats, tel le contrat de transport)
67
L’interprétation du contrat est une interprétation statique en ce sens que le juge n’a pas
la possibilité de modifier ou de refaire le contrat que le juge n’a pas la possibilité de modifier
ou de refaire le contrat, parce qu’en le faisant, il dénaturerait la volonté des parties lorsque
l’interprétation de la loi est dynamique.
Rôle de la Cour de cassation
1. Principe : l’interprétation d’un contrat relève du pouvoir souverain des juges du fond, et le
pourvoi fondé sur une mauvaise interprétation est irrecevable (Arrêt Lubert, 1808)
Justification : interpréter une clause obscure ou ambigue entraîne des recherches de fait, dans
lesquelles la cour de cassation n’a pas à s’immiscer.
2. Mais la Cour de Cassation française se réserve le droit, depuis un arrêt de 1872, de casser
une décision qui dénature une clause contractuelle.
Pour l’heure, l’on peut affirmer que le droit civil écrit est fondé sur la volonté
individuelle. Lorsque les gens se sont engagés, ils doivent respecter leur volonté, leur parole,
et même le juge est obligé de respecter la volonté des parties, de même que la loi supplétive.
§1. Force du contrat entre les parties
1° L’irrévocabilité du contrat entre les parties.
Les conventions ne peuvent être révoquées que du consentement mutuel des parties
(art 33 al 2). C’est dire que le contrat conclu par les parties reste irrévocable par elles tant
qu’elles n’ont pas été amenées à en modifier les éléments par un nouvel accord de volonté.
- Il est de cas où les parties accordent à l’une d’entre elles un droit de résiliation
unilatérale du contrat. Ex. Cas des contrats successifs tel que le bail.
- Dans certains contrats successifs à durée indéterminée, c’est la loi elle-même qui
permet à l’une des parties de résilier unilatéralement le contrat. Ex. Le mandat finit par
la seule volonté du mandataire (art 544CCCLIII).
31
G. Légier, Op.cit., pp 52 et 53
68
Il est un 2ème aspect de la force obligatoire du contrat entre parties. Celles- ci sont liées
pour ce qu’elles ont réellement convenu entre elles, c'est-à-dire pour le contenu réel de leur
contrat (art 54 CCCLIII).
Il arrive souvent en effet que, pour diverses raisons, les parties dissimulent leur
véritable convention sous l’apparence d’un contrat apparent ou ostensible (hypothèse de la
simulation). Dans ce cas, elles seront liées par ces contrats simulés appelés contre-lettre qui
traduit leur volonté véritable. La contre-lettre est prévue par l’art 203 : « Les contre-lettres ne
peuvent avoir leur effet qu’entre les parties contractantes, elles n’ont point d’effet contre les
tiers ».
Conditions de la simulation :
- Les parties doivent être d’accord sur le contrat secret qui est celui qu’elles ont voulu
passer en réalité.
- L’acte secret doit être contemporain à l’acte apparent, même si l’acte apparent est fait
un ou deux jours après, l’essentiel est qu’il soit fait dans la même période et que dans
l’intention des parties les deux actes sont applicables simultanément.
- La contre lettre doit être secrète et son existence ne doit pas être révélée par l’acte
apparent.
3° Exécution de bonne foi
La force obligatoire du contrat entre parties implique également que ces dernières
doivent l’exécuter de bonne foi (article 33 al 3). Cela signifie que les parties doivent faire
montre de loyauté, lorsqu’elles exécutent les obligations issues du contrat qu’elles ont
volontairement conclu. Elles doivent coopérer, collaborer, se faciliter la tâche,
§2. Force du contrat à l’égard du juge
Principe
Si les parties n’exécutent pas volontairement leur contrat, c’est au juge que le
créancier s’adressera pour obtenir l’ordre de l’exécution forcée. Le juge est dans ce cas lié par
le contrat comme il le serait par la loi.
- Le juge ne peut modifier le contrat : le contrat s’impose au juge en ce sens qu’il est
obligé de l’appliquer tel qu’il a été voulu par les parties, il n’a pas le droit d’en
modifier les clauses valables sous aucun prétexte.
- Le juge doit interpréter fidèlement le contrat (article 54 à 62). Tous les contrats dont le
juge va ordonner l’exécution ne sont pas toujours clairs. En cas de quelques
difficultés sur le sens du contrat, le juge sera amené à interpréter le contrat comme il le
69
ferait de la loi. Ajoutons que l’article 60 décide que dans le doute, la convention
s’interprète contre celui qui a stipulé, c'est-à-dire le créancier, en faveur de celui qui a
contracté l’obligation, c'est-à-dire le débiteur.
§3. Force du contrat à l’égard de la loi
Il faut ici distinguer les lois impératives des lois supplétives. Par rapport aux lois
supplétives, le contrat a une force supérieure, ce qui n’est pas le cas par rapport aux lois
impératives.
Section 3 : les conditions d’exécution force du contrat
1. Notion
2. Sa nécessité
Lorsque le débiteur contractuel n’accomplit pas son obligation, le créancier doit tout
d’abord le mettre en demeure d’exécuter (article 37 al.2, art. 38 et 44). En effet, tant qu’il ne
réclame pas, il est censé ne pas souffrir du retard et il ne peut réclamer des dommages-intérêts
moratoires au débiteur.
La formalité de mise en demeure est donc indispensable, elle ne peut être écartée que
si les parties elles-mêmes l’ont décidé en stipulant que la seule échéance du terme mettra le
débiteur en demeure (art 38 in fine) et dans d’autres hypothèses prévues par la loi.
ci prévoit que sans qu’il soit besoin d’acte et par la seule échéance du terme le débiteur sera
en demeure. La jurisprudence précise que la mise en demeure peut résulter de l’assignation
introductive de l’action en résolution, acte équivalent à une sommation.
Il apparaît dans notre droit que tout procédé par lequel le créancier veut signifier au
débiteur qu’il doit exécuter son obligation peut constituer ce dernier en demeure.
Le créancier peut être dispensé de la mise en demeure dans les cas ci-après :
Il faut noter enfin que la mise en demeure ne se conçoit que pour l’exécution d’un
contrat. Toutefois, le créancier d’une indemnité délictuelle n’obtiendra d’intérêts moratoires
qu’après mise en demeure.
§2. Les causes d’exonération (Art 45 et 46)
L’art 45 dispose : « le débiteur est condamné s’il y a lieu au paiement des intérêts soit
en raison de l’inexécution de l’obligation soit en raison du retard dans l’exécution toutes les
71
fois qu’il ne justifie pas que l’inexécution provient d’une cause étrangère qui ne peut lui être
imputée, encore qu’il n’y ait aucune mauvaise foi de sa part ».
a. Notion
Bien que certains auteurs aient voulu distinguer le cas fortuit de la force majeure en
affirmant que le cas fortuit serait un événement interne se rattachant à l’activité du débiteur ou
de son entreprise telle que la maladie brusque du débiteur, la rupture du moteur de la voiture
qu’il conduit chez le créancier, et que la force majeure serait un événement externe par
rapport au débiteur, tels la foudre, l’inondation, l’ouragan, l’éruption volcanique…. Il résulte
de l’analyse du code, que ce dernier emploie indifféremment l’une ou l’autre de deux
expressions ou les deux à la fois.
L’insurmontable est une question de fait qui dépend des circonstances. Elle doit être
appréciée in abstacto et non par rapport aux forces personnelles du débiteur. C’est par
référence à un critère abstrait qui serait non pas l’homme le plus fort et le plus diligent, mais
le bon père de famille qui est toujours diligent et qui, placé dans les mêmes circonstances de
temps et de lieu, se buterait à l’insurmontable de l’événement.
72
La jurisprudence se montre chez nous très sévère pour admettre l’insurmontable. Elle
exige que l’empêchement du débiteur soit absolu et constitue une réelle impossibilité et non
des obstacles passagers rendant l’exécution plus onéreuse ou plus difficile.
Ainsi, l’état de guerre n’est pas en soi un cas fortuit ou de force majeure, c’est un fait
qui peut rendre l’exécution plus difficile en raison de la démobilisation du personnel ou de la
pénurie des produits. Seuls des faits de guerre précis tels que les réquisitions, les
bombardements, les destructions peuvent revêtir le caractère de force majeure.
Le cas fortuit et la force majeure libère le débiteur. Celui-ci ne doit pas des intérêts
moratoires (art.46 et 194). Il en est cependant autrement.
Le débiteur est encore exonéré par une cause étrangère au cas où l’inexécution est
due :
- Soit à la faute du créancier lui-même (il faut prouver dans ce cas que cette cause a été
génératrice et exclusive de l’inexécution) ;
- Soit à la faute d’un tiers ; dans ce cas, il faut selon la jurisprudence deux conditions :
Que le débiteur n’ait pu, ni prévoir, ni empêcher cette faute qui se ramène ainsi
pour lui à un véritable cas de force majeure ;
Que le tiers fautif ne soit pas représentant légal ou conventionnel du débiteur
ou son préposé chargé d’exécuter pour lui le contrat ou de l’aider dans cette
exécution.)
Suivant l’art, 197 al.2, la charge de la preuve de la libération pèse sur le débiteur. Le
créancier aura à démontrer seulement l’existence et la teneur du contrat. La doctrine et la
jurisprudence traduisent cette règle en disant que « Le débiteur qui n’exécute pas son
obligation est présumé en faute ».
A propos des obligations des moyens, la règle selon laquelle le débiteur est présumé en
faute comporte une exception. Le débiteur d’une obligation des moyens aura fait la preuve qui
lui incombe s’il démontre qu’il a fourni le service promis. Il appartiendra au créancier de
démontrer que les moyens employés par le débiteur étaient défectueux.
73
Elle est née en occident depuis la guerre 14-18, c'est-à-dire au moment où la stabilité
des contrats a été rendue difficile et à la suite de la crise monétaire et des difficultés
économiques.
Malgré les arguments de ses défenseurs, cette théorie n’a pas pu s’imposer dans la
jurisprudence belge, français et congolaise.
Le seul pouvoir accordé au juge est celui d’accorder des délais de grâce non de délier
les parties.
Il convient toutefois de noter qu’en matière administrative, cette théorie a été admise
dans certains pays et que même en matière civile certaines lois particulières et exceptionnelles
l’ont admises.
Section 4 : Particularités de l’exécution des contrats synallagmatiques
§1. Le principe de l’exécution simultanée des obligations réciproques et l’exception
d’inexécution
1. Principe
En principe, les prestations promises par les contractants doivent être exécutées
simultanément. Exemple dans le contrat de vente, l’acheteur paie le prix en même temps qu’il
prend livraison de la chose. De là il résulte que si l’un des contractants n’exécutent pas son
obligation au moment où il le doit, l’autre peut refuser lui-même de s’exécuter et opposer à la
demande de l’autre contractant « l’exceptio non adimpleti contractus » (ou exception
d’inexécution).
2. Origine de l’exception d’inexécution
Cette exception n’est nulle part énoncée dans le code napoléon ni dans notre code. Elle
nous vient du droit romain. Elle a été créée par les canonistes.
En droit congolais, les applications les plus saillants de cette exception ont été faites en
matière de vente (art 278, 289, 290). La jurisprudence a étendu les solutions des articles
précités aux autres contrats synallagmatiques.
74
- Lorsqu’il est écarté par la volonté des parties. Exemple lorsque le vendeur a consenti
un terme à l’acheteur.
- Quand la nature du contrat s’oppose à l’exécution simultanée. Exemple le contrat
successif.
§2. Le principe de la connexité des obligations réciproques et la théorie des risques
1°. Principe
Quand un cas fortuit ou de force majeure empêche l’un des contractants d’accomplir
sa prestation, non seulement celui-ci est exonéré mais l’autre contractant est également
libéré : C’est la notion de cause qui commande cette solution. Il découle de tout ceci que c’est
donc le débiteur qui subit le risque (res perit debitori). Cette règle est conforme à l’équité. Il
serait en effet injuste que le contractant qui ne reçoit pas livraison de l’objet qu’il a stipulé soit
obligé néanmoins d’exécuter sa propre obligation.
2°. Exception à ce principe
Il est donc juste que si le vendeur a exécuté son obligation l’acheteur doit exécuter la
sienne, c'est-à-dire le paiement du prix. La perte de la chose ne peut donc l’empêcher de payer
le prix, étant donné que ladite perte est un risque naturel et normal pour tout propriétaire.
Il faut noter cependant que pour les immeubles et les choses fongibles (ou de genre)
non individualisées, cette exception n’est pas d’application. En définitive la règle « res perit
domino » apparaît non pas comme une exception au principe de la connexité des obligations
mais bien comme sa parfaite application. Il faut rappeler que cette règle ne s’applique que
pour le contrat comportant le transfert instantané de la propriété.
Ceci revient à dire que la chose resterait au risque du débiteur en cas de vente toutes
les fois que la perte est survenue alors que celui-ci était encore propriétaire de la chose
vendue. Il en sera ainsi.
75
- Lorsque les parties ont décidé que l’acheteur de la chose n’en deviendrait propriétaire
qu’au jour de la délivrance.
- En matière immobilière, avant l’enregistrement, c'est-à-dire la mutation ;
- En matière de vente des choses de genre dont l’individualisation ne doit se faire que
plus tard. Exemple vente de 10 sacs de riz sans autres précisions. Si avant la livraison
il y a incendie dans le hangar du vendeur où se trouvaient entassé l’ensemble de sacs
de riz sans individualisation, les risques sont pour le vendeur.
- En cas de mise en demeure du vendeur, les risques sont pour lui (art 37 al 2).
- En cas de vente faite sous condition suspensive (car pour que la vente se forme, il faut
que la chose existe au moment où la condition se réalise) les risques incombent sur le
vendeur conditionnel.
- En cas de vente sous condition résolutoire : Ici il y a controverse. Certains auteurs
affirment que les risques sont pour l’acheteur, d’autres que les risques sont pour le
vendeur. Il y a condition résolutoire lorsque la disparition d’une obligation d’ores et
déjà née, dépend de la réalisation de l’événement érigé en condition. Exemple la vente
à la condition résolutoire du non-paiement du prix à telle échéance.
Section 5. Conséquences de l’inexécution ou du retard dans l’exécution
La force obligatoire du contrat exige que les parties exécutent volontairement leurs
obligations. Il s’agit alors de l’exécution directe ou en nature. Si, cependant, le débiteur ne
s’exécute pas, le créancier peut l’y contraindre par la force : c’est l’exécution forcée qui peut
être en nature ou par équivalent lorsque l’exécution en nature est devenue impossible ou que
le débiteur ne veut absolument pas s’exécuter.
Etant donné que le contrat vise l’exécution de telle obligation précise, c’est de
préférence de cette obligation là que le créancier demandera l’exécution.
2°. Obligations susceptibles d’exécution forcée en nature
a) Obligations de donner
L’exécution directe n’est à première vue possible que pour les obligations de donner.
C’est plus particulièrement l’obligation de délivrance qui sera le plus facilement exécuté
grâce à la force publique au moyen par exemple de la saisie. Si la saisie des choses promises
est impossible, le créancier pourra être autorisé par le juge à les acheter d’un autre aux frais
du débiteur.
76
Les autres obligations qu’emporte l’obligation générale de donner et qui sont celle de
transférer la propriété et de conserver la chose en bon père de famille se prête plus
difficilement à l’exécution forcée en nature.
Exemple :
A demande au maçon B de lever une clôture chez lui, le maçon n’exécute pas le
travail, le juge peut l’autoriser à faire faire ce travail par C au compte du maçon B. L’article
41 reconnait au créancier d’une obligation de ne pas faire le droit de demander que ce qui a
été fait par contraventions à cette obligation soit détruit et lui permet de faire autoriser de le
détruire aux dépens du débiteur. L’art. 40 n’a fait que reproduire le vieil adage selon lequel
« nul ne peut être contraint dans sa personne à faire ou a ne pas faire quelque chose » car ça
serait une violence qui ne peut être un mode d’exécution normale du contrat.
En principe l’art.40 n’est pas d’application, c’est-à-dire que le créancier ne doit se contenter
des dommages-intérêts que lorsqu’il est vraiment impossible de contraindre le débiteur à
l’exécution forcée en nature. Ça sera le cas notamment :
- Lorsque l’exécution en nature est devenue impossible du fait par exemple que la chose
a péri ou quelle n’a pas été livrée à une date utile pour le créancier. Exemple un
électricien qui est chargé d’installer une maison à l’occasion du mariage, s’il laisse
passer le jour du mariage, il ne peut plus s’exécuter en nature, mais plutôt en
dommages-intérêts.
Dans tous les cas, le créancier qui souhaite obtenir une exécution en nature dispose de
divers moyens directs ou indirects de contrainte.
a. Moyens directs
- La saisie
- La faillite et la déconfiture
b. Moyens indirects
- La menace d’action en résolution
- L’exception d’inexécution
- L’astreinte : c’est un procédé indirect de contrainte consistant pour le juge à
condamner le débiteur qui refuse ou qui retarde à s’exécuter à payer au créancier une
somme d’argent égale à autant par jour et ce pour toute la durée de l’inexécution ou du
retard de l’exécution. L’astreinte n’est pratiquée qu’en jurisprudence française, la
jurisprudence belge et la majorité de la jurisprudence congolaise n’admettent pas la
légalité de cette pratique, qui n’est d’ailleurs pas prévue par la loi congolaise. Elle est
prévue en droit OHADA.
§2. L’exécution par équivalent ou par dommage-intérêts (art. 44-54)
a. Principe
Exemple 2 : Si un acteur engagé pour un spectacle manque, il doit payer des frais de location
de salle de publicité, le bénéfice net qui aurait été réalisé si le spectacle avait eu lieu.
- Le préjudice futur aussi bien que le préjudice actuel à condition qu’au jour du
jugement ce préjudice soit déjà certain. Lorsque l’existence d’un préjudice est établie,
mais que le demandeur ne fournit pas des éléments de base certain pour en calculer le
montant, il doit être évalué ex aequo et bono.
- Le préjudice indirect est exclu de la réparation car il faut un lien de causalité entre le
fait du débiteur et le préjudice subi (art 49)
Exemple : si, à la suite de l’inexécution par A de son obligation de livrer telle marchandise, B
agent commercial en est tombé malade et s’est absenté de son travail et a été renvoyé. B ne
peut réclamer le dédommagement de ce dernier préjudice car c’est un préjudice indirect.
- Le préjudice impossible à prévoir ou qui n’a pas été prévu est exclu de la réparation
intégrale, sauf quand il y a eu dol.
79
3°. La fixation des dommages-intérêts par la loi dans les obligations ayant pour objet
une somme d’argent (art 51)
Les dommages-intérêts en cas d’inexécution d’une obligation ayant pour objet une
somme d’argent sont calculés suivant un taux fixé par le juge en fonction du taux moyen
courant de l’argent.
La jurisprudence congolaise dit que ce taux d’intérêt est fixé à 6% l’an en matière
civile et 8% l’an en matière commerciale. Ces intérêts ne sont dus que du jour de la demande.
Le créancier n’a pas à prouver le dommage subi.
Le taux de l’intérêt judiciaire n’est pas d’ordre public, les parties peuvent donc y déroger en
fixant un taux différent, c’est l’intérêt conventionnel (art 480, CCCLIII)
L’anatocisme appelé aussi capitalisation des intérêts est réglementé par l’art 52. Qui dispose
que « les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts ou par une demande
judiciaire ou par une convention spéciale, pourvu que soit dans la demande soit dans la
convention, il s’agisse d’intérêts dus au moins pour une année entière » sauf exception prévue
à l’art.53 en ce qui concerne les revenus échus tels que les fermages et les loyers.
6°. Clauses conventionnelles relatives à la responsabilité du débiteur et aux dommages-
intérêts
Définition
de retard ou d’inexécution de la convention principale (article 124). Ce qui est fixé à l’avance
n’est pas une peine, mais une indemnité.
Le juge doit respecter cette clause, il ne peut donc allouer aux créanciers une somme
plus forte ni moindre quand bien même il trouverait le chiffre insuffisant ou excessif (art 50).
Toutes fois, l’art 129 permet au juge de modifier la peine lorsque l’obligation n’a été exécutée
qu’en partie. Et la jurisprudence admet également qu’en cas de dol ou de faute lourde du
débiteur, il peut être alloué au créancier des dommages-intérêts dépassant le forfait. D’autre
part, lorsque la clause fixe l’indemnité à un chiffre tellement bas qu’elle équivaut en fait à une
clause de non responsabilité, il arrive souvent que la jurisprudence permette au juge
d’augmenter l’indemnité, voir annuler la clause. Si la clause principale est nulle cette nullité
entraîne celle de la clause pénale (article 125). Cela est dû au caractère accessoire de la clause
pénale par rapport à la convention principale dont elle dépend.
Ce sont celles par lesquelles le contrat fixe le maximum possible des dommages-
intérêts. Elles différent des clauses pénales en ce que le juge pourra accorder une somme
moindre s’il estime que le préjudice est inférieur au maximum prévu. Ces clauses sont en
principe valables, sauf en cas de dommage causé à la personne, en cas de dol ou de faute de la
part du débiteur.
Exemple : les arts 2.et 3 du décret du 30 mars 1931 relatif à la responsabilité des
transporteurs. La jurisprudence proclame en principe la validité des clauses de non
responsabilité avec des atténuations et des exceptions :
- En cas de faute lourde et de dol du débiteur, la clause d’exonération n’a aucun effet. Il
est en effet inéquitable et contraire à l’ordre public de s’exonérer à l’avance contre son
dol ou sa faute lourde. Certaines doctrines enseignent que l’engagement du débiteur
risque de ne pas être sérieux à la suite d’une clause d’irresponsabilité.
En principe, les effets du contrat se limitent au rapport des parties entre elles : c’est la
règle de la relativité des conventions formulée par l’art. 63 du CCCL III.
Plan
C’est l’art 63 qui dispose « les conventions n’ont d’effet qu’entre les parties
contractantes elles ne nuisent point au tiers et elles ne lui profitent que dans les cas prévus par
l’art. 21 »
C’est ce que signifie l’adage « res inter alios acta, aliis nec prodesse nec nocere
potest » (ce qui a été fait entre certaines personnes ne nuit ni ne profitent aux autres)
Lorsqu’on parle des effets obligatoires du contrat et qui sont relatifs, on vise les effets
internes du contrat, c'est-à-dire les obligations et les droits qui naissent du contrat et qui ne
s’adressent qu’aux seules parties. Ce qui est obligatoire relativement aux parties et non
relativement aux tiers c’est donc le but du contrat, c'est-à-dire son contenu interne.
A l’égard des tiers, le contrat n’est pas pour autant inexistant. Les effets non pas
internes mais externes de ce contrat leur sont opposables. S’il n’a pas été conclu par les tiers,
le contrat reste pour ce dernier un fait social qui existe. En tant que tel les tiers doivent le
respecter (opposabilité erga omnes).
Lorsque les parties opposent le contrat aux tiers, elles ne prétendent pas lier ces derniers sans
leur volonté en leur étendant les effets internes du contrat. Elles entendent seulement leur faire
respecter les effets que ce contrat a produit entre elles. Cela signifie que seuls sont opposables
aux tiers les effets externes ou indirects du contrat. L’effet externe du contrat est le respect par
le tiers de ce contrat. Ceci produit d’importantes conséquences dont voici les principales :
83
- Le contrat crée entre les deux parties une situation juridique opposable à tous.
Exemple celui qui acquiert un droit en vertu d’un contrat opposera ce droit à l’égard
de tous.
- Le tiers qui se rend complice de la violation par l’une des parties de ses obligations
contractuelle est considéré comme ayant commis une faute délictuelle et peut se voir
réclamer des dommages-intérêts par le créancier lésé.
§3. Les personnes visées à l’art.63
L’article 63 parle des tiers sans le définir. Ces tiers se définissent en réalité par
opposition aux parties contractantes. Les parties contractantes sont les personnes ayant donné
personnellement leur consentement, étant présentes ou représentés à la formation du contrat.
Les tiers sont ceux qui n’ont pas été ni présents ni représentés au contrat.
L’art 22 du CCCLIII confirme cette solution en disposant que chacun » (…) est censé
avoir stipulé pour soi et pour ses héritiers et ayants cause à moins que le contraire ne soit
exprimé ou ne résulte de la nature de la convention ».
Ce sont ceux qui ont acquis d’un des contractants non l’ensemble ni une quote-part de
l’ensemble de ses droits et obligations mais un ou plusieurs biens ou droits déterminés.
Exemple : un acheteur qui a acquis un immeuble de la part de l’une des parties au contrat.
D’une façon générale et ce malgré les termes généraux de l’art. 22, l’on admet que les
ayants-cause à titre particulier sont des tiers au regard de l’art 63. Ils ne continuent pas en
effet la personne du de cujus. Il en est autrement que s’il s’agit d’un contrat passé par leur
auteur antérieurement à la transmission du bien ou du droit qu’ils ont acquis de lui et ayant
pour objet la création, l’extinction ou la modification de ce droit portant sur ce bien. Ceci est
logique car l’acquéreur à titre particulier n’a acquis le droit que tel qu’il se trouvait dans le
patrimoine de son auteur.
84
Exemple :
Par contre, l’ayant-cause à titre particulier n’est pas en principe lié par le contrat passé
par son auteur même relativement aux droits aliénés si ce contrat n’a pas pour objet ces droits
eux-mêmes et leurs effets à moins que, ayant connu ce contrat, il n’en ait expressément ou
tacitement accepté la charge.
Exemple : l’acquéreur n’est pas lié par une vente en vertu de laquelle son vendeur avait
assumé des obligations relatives à la fourniture d’eau à son voisin
Sauf le cas de l’article 399 du CCCL III qui dispose : l’acquéreur ne doit pas expulser
le locataire qui a un bail authentique ou ayant date certaine antérieure à la vente bien que le
bail ne fasse naître qu’un droit personnel n’affectant pas la nature du droit de propriété
Ce qui est vrai ce que ce contrat des débiteurs ont des répercussions à l’égard du gage
des créanciers que la loi leur reconnait. C’est pourquoi les articles 64 et 65 leur reconnaissent
les actions oblique et paulienne.
Les créanciers chirographaires constituent une catégorie originale des tiers. Ce sont
des tiers « sui generis » qui ne sauraient être confondus avec les autres car ils peuvent attaquer
les conséquences des actes de leurs débiteurs au moyen des actions directes et indirectes.
Exemple.
Les tiers complètement étrangers qui ne sont pas des ayants-cause d’une des parties et
qui n’ont aucun rapport avec celles-ci ne peuvent subir les effets du contrat. C’est en principe
à eux que s’applique pleinement l’article 63.
85
L’article 19 dispose « qu’on ne peut en général s’engager ni stipuler en son propre nom que
pour soi-même ». Cette disposition n’est qu’une application du principe de la relativité des
conventions prévue par l’art.63 déjà examiné.
Si donc en principe la promesse pour autrui est prohibée par la loi en la sanctionnant de
nullité, une exception est prévue lorsqu’il y a promesse de porte-fort. L’art 20 faisant suite à
l’art 19 permet en effet que l’on se porte fort pour un tiers en promettant le fait de celui-ci,
sauf l’indemnité contre celui qui s’est porté fort ou qui a promis de faire ratifier si le tiers
refuse de tenir l’engagement.
Athlète
Si C décline sa participation, alors c’est A qui engage
sa responsabilité. B n’a aucune action contre C.
Lorsqu’on l’analyse de près, on voit que la promesse de porte fort n’est pas en réalité une
promesse pour autrui. Elle apparaît comme un engagement personnel du port fort à l’égard du
contractant. Le tiers n’est nullement lié par cet engagement en dehors de la ratification, c'est-
à-dire que le porte-fort n’engage pas les tiers. Il promet personnellement d’obtenir
l’engagement ou le fait du tiers et sa promesse peut avoir les effets suivants :
86
- Si le tiers ne veut pas prendre l’engagement ou ne veut pas fournir le fait promis, le
porte fort n’est tenu qu’a des dommages-intérêts.
- Si le tiers s’engage, le porte-fort est alors en principe libéré et l’engagement lie le tiers.
La stipulation pour autrui est un contrat par lequel l’une des parties appelées le
stipulant obtient de l’autre partie, le promettant, à faire ou à donner quelque chose au profit
d’un tiers étranger, le tiers bénéficiaire.
C’est l’hypothèse de l’assurance sur la vie au profit d’un tiers et de l’assurance pour compte
de qui il appartiendra telle que l’assurance de choses garantissant les marchandises contre la
perte ou la destruction. En cas de vente de ces marchandises, l’acquéreur sera bénéficiaire du
contrat d’assurance parce qu’il a été conclu pour le compte du futur propriétaire.
A B
Stipulant Promettant
C. Tiers bénéficiaire
La stipulation pour autrui est en principe interdit par l’art 19 CCCLIII dont l’art.21 n’en
admet la validité que dans les cas exceptionnels et sans en préciser les conditions et les effets.
- Lorsqu’elle est la condition de la donation que l’on fait à une personne. C’est la
donation avec charge ou donation sub modo, exemple : la double donation ou
substitution fidéicommissaire en vertu de laquelle toute personne peut attribuer un
bien à une autre à charge pour celle-ci de transmettre le même bien après sa mort à une
seconde (art.911 Code de la famille).
87
- Lorsqu’elle est la condition d’une stipulation que l’on fait pour soi-même. Exemple le
vendeur stipule qu’une partie du prix sera à lui-même, l’autre partie à une autre
personne. Mais, la jurisprudence à généraliser la validité de la stipulation pour autrui
chaque fois qu’il est établi que le stipulant y a un intérêt, même moral.
c. Mécanisme et effet de la stipulation pour autrui
Celui qui a fait la stipulation ne peut la révoquer si le tiers a déclaré vouloir en profiter. L’art
21 précise que le tiers a la faculté d’accepter ou de décliner la stipulation à son profit et que le
stipulant peut révoquer la stipulation jusqu’à ce que le tiers ait accepté.
Entre ces deux personnes il se forme un contrat ordinaire, entre elles les effets internes sont
obligatoires, et au cas d’inexécution de l’obligation par l’une des parties, tout ce qu’on a dit
sur l’exécution forcée des contrats est d’application.
Le stipulant peut agir soit pour une dette qu’il avait contractée envers le tiers soit pour faire
une donation ce qui est fréquent. Pourtant, ce ne sont pas les règles du paiement ni celle de
la donation qui régissent les rapports entre le stipulant et les tiers bénéficiaire. Ces
rapports sont régis de manière spécifique par l’art.21 in fine.
- Le stipulant peut révoquer la stipulation tant que le bénéficiaire ne l’a pas acceptée :
- Le tiers bénéficiaire a le droit d’accepter ou de ne pas accepter la stipulation ;
- L’acceptation par le tiers ne fait pas naître le droit direct de celui-ci sur le promettant,
il ne fait que le consolider car ce droit est né antérieurement à l’acceptation, c’est-à-
dire au moment de la stipulation ;
- L’acceptation n’est soumise à aucune forme.
La question à résoudre ici est celle de savoir si les stipulations faites au profit des
personnes futures ou indéterminées sont valables. En principe, la stipulation pour une
personne indéterminée n’est pas valable ; mais il est nécessaire que le tiers bénéficiaire soit
déterminé ou tout au moins déterminable au moment où la stipulation doit produire effet.
- L’assurance pour le compte de qui il appartiendra : assurance sur la vie contractée par
une personne au profit de ses héritiers sans qu’il soit besoin d’inscrire leur nom dans la
police.
En ce qui concerne la stipulation pour une personne future, il s’agit généralement des
personnes qui ne sont pas encore nées au moment du contrat. La question est controversée. Je
vous recommande de suivre la tendance de la doctrine et de certaines législations modernes
qui rejoignent la position selon laquelle que les stipulations au profit des enfants nés ou à
naître sont valables. Cette solution rejoint d’ailleurs celle de la stipulation au profit des
personnes déterminables.
Nous avons déjà examiné le mécanisme de la simulation et ses effets à l’égard des parties.
Nous ne traiterons ici que les effets de la contre-lettre à l’égard des tiers.
Le principe de solution se trouve posé dans l’art.203. Après avoir affirmé que la
contre-lettre produit des effets entre les parties, le même article ajoute que la contre-lettre n’a
point d’effet contre le tiers. Il y a lieu de s’interroger quel est le sens du mot tiers dans cet
article. Ce mot n’a pas ici le même sens que dans l’art.63. Il est vrai que les art.203 et 63 ont
le même sens quant aux ayants-causes universels et à titre universel. Ces derniers ne sont pas
tiers au sens de ces articles.
Mais ces deux articles n’ont pas le même sens quant aux penitus extranei, ayant causé
à titre particulier et créanciers chirographaires des parties. Les penitus extranei ne sont pas
visés par l’art.203 qui parle plutôt des ayants-cause à titre particulier et des créanciers
chirographaires.
L’art 203 dit que la contre-lettre n’a aucun effet contre les tiers, c'est-à-dire contre les ayants-
cause à titre particulier et les créanciers chirographaires. On ne peut pas faire allusion aux
penitus extranei parce qu’ils n’ont rien à voir avec le contrat des parties.
Exemple cas du contrat de bail : la date certaine opposable à l’acquéreur de l’immeuble est
celle stipulée dans le contrat apparent.
Cependant, lorsque la contre-lettre profite aux tiers, ces derniers peuvent l’invoquer
pour écarter l’acte apparent qui leur est nuisible. Les tiers disposent dans ce cas de l’action en
déclaration de simulation. La preuve en est administrée par tous les moyens de droit. En
cas de conflit entre les tiers, c’est-à-dire l’hypothèse où certains d’entre eux évoquent la
contre-lettre, d’autres l’acte apparent, on applique l’acte apparent.
89
D. La représentation
a. Notion
C’est un procédé juridique par lequel une personne appelée le représentant agit pour le
compte et au nom d’une autre appelée le représenté de sorte que l’acte accompli par le
représentant produit directement ses effets sur la tête du représenté comme si celui-ci avait
passé l’acte.
A B contractant
Représentant.
Il a un mandat de C
C représenté
b. Caractères et hypothèses.
- Le représentant qui passe le contrat agit au nom du représenté et fait connaître son
intention à celui avec qui il contracte. Il doit veiller à ce que sa qualité d’intermédiaire
ne soit pas ignorée par l’autre partie contractante.
Ne sont pas représentants parce qu’ils laissent ignorée leur qualité d’intermédiaire auprès des
tiers ou des contractants, les commissionnaires du droit commercial et celui qui agit pour le
compte d’autrui comme prête-nom ou personne interposée.
- Le représentant doit avoir le pouvoir de représenter celui pour le compte duquel il agit.
Ce pouvoir peut avoir plusieurs sources : la loi, la volonté des intéressés, une décision
judiciaire, le mandat apparent (théorie de l’apparence)
- Le représentant doit avoir une certaine liberté d’action, il a quelque initiative. Le
contrat serait donc annulable si cette volonté était viciée par dol, erreur ou violence.
Par contre l’incapacité du représentant n’a pas d’effets sur le contrat. Il s’agit bien
entendu de l’incapacité de s’obliger et non de l’incapacité de vouloir, pourvu qu’il ait
suffisamment de discernement pour agir, pour vouloir.
c. Les effets juridiques de la représentation
90
E. La délégation.
Une personne que l’on appelle « délégant », va demander à une autre personne, que l’on
appelle « délégué », de s’engager envers une troisième personne que l’on appelle
« délégataire » (cfr opérations juridiques à trois personnes).
Les contrats, même d’aliénation, passés par l’héritier apparent sont opposables au
véritable héritier par l’acquéreur de bonne foi conformément à l’adage « error communis facit
jus ».
Il s’agit d’un contrat passé entre deux ou plusieurs personnes, mais dont les
clauses seront obligatoires pour un ensemble d’autres individus y ayant un intérêt. Ce contrat
constitue une atteinte à la liberté contractuelle, puisque des individus se trouvent liés par un
contrat auquel, ils n’ont pas été parties.
On admet que la victime d’un dommage dispose du droit d’agir directement contre
l’assureur pour lui réclamer le paiement de l’indemnité due à l’assuré.
92
Nous verrons dans la première section de ce chapitre les causes de l’extinction des
contrats et dans la deuxième section, les règles particulières propres à l’extinction des contrats
synallagmatiques.
Section 1 : Causes générales d’extinction des contrats
§1. Exécution de ses obligations par chacune des parties :
C’est le mode le plus normal par lequel les contrats prennent fin.
§2. Accord des parties
a. Le droit d’option
Le droit d’option du créancier se trouve aujourd’hui consacré dans notre code par
l’art.82. Lui-même fidèle reproduction de l’art. 1184 du Code Napoléon. Il dispose : « la
condition résolutoire est toujours sous entendue dans les contrats synallagmatiques pour le cas
où l’une de deux parties ne satisfera point à ses engagements. Dans ce cas, le contrat n’est
point résolu de plein droit. La partie envers laquelle l’engagement n’a point été exécuté, a le
choix, ou de forcer l’autre à l’exécution de la convention lorsqu’elle est possible, ou d’en
93
b. Fondement de ce droit
Ce droit d’option se fonde sur le principe général de l’exécution de bonne foi (art
33) mais aussi et surtout sur la notion même de la cause dans les contrats synallagmatiques.
On sait que dans ce genre des contrats, les obligations des parties se servent réciproquement
de cause. Si l’une des parties ne s’exécute pas, l’autre ne le fera pas non plus car sa propre
obligation n’aurait plus de cause.
§2. Conditions d’application et effets de la résolution
L’article 82 est très large à cet égard, il vise le cas d’inexécution totale ou
simplement partielle et même le cas d’exécution tardive. D’autre part, il faut qu’il y ait
réellement inexécution ; c'est-à-dire que si le débiteur offre de s’exécuter même en cours
d’instance, le créancier ne peut l’empêcher. L’action en résolution n’appartient logiquement
qu’à la partie lésée, de même que l’action en exécution forcée. La partie lésée c’est celle qui
s’est exécutée et qui n’a pas d’exécution en retour ou la partie dont on a refusé le paiement.
Ces actions judiciaires n’appartiennent donc pas à l’auteur de l’inexécution fautive.
La résolution ne peut être prononcée que par le tribunal, celui-ci jouit d’un pouvoir
souverain d’appréciation.
L’art 82 in fine indique en effet que le juge peur accorder au débiteur un délai de
grâce pour son obligation principale. Le tribunal a le choix entre quatre solutions :
L’art.82. Ne pas d’ordre public. Les parties peuvent déroger à cet article et insérer
dans leur contrat une clause expresse de résolution qu’on appelle pacte commissoire exprès.
Celui-ci peut être simple ou étendu.
Conséquences de ce pacte
Ici les parties sont encore plus explicites et facilitent les conditions d’application
de la résolution. Les parties stipulent qu’en cas d’inexécution, le contrat sera résolu de plein
droit sans sommation ni autres formalité.
Conséquences
Il n’est pas possible d’étudier, ici, tous les contrats de droit privé car des nombreux
contrats jadis spéciaux font aujourd’hui l’objet d’une discipline autonome, tel que le contrat
de travail, le contrat des sociétés, le contrat d’assurance, le contrat de compromis. On ne
saurait non plus étudier les contrats commerciaux et les contrats internationaux.
Ce cours se situe en effet en droit civil interne. Et malgré cela, cette étude n’analysera
que quelques contrats de droit civil. Le mariage, le cautionnement, le gage et l’hypothèque qui
font l’objet des enseignements spécialisés en sont exclus. Il en est de même des contrats
relatifs aux droits de la personnalité.
Exemple : le prêt de voix et toutes les opérations de jeu et de pari. Ceux-ci ne sont pas
vraiment des contrats32.
32
Francis Collart DUTILLEUL et Phillipe DELEBECQUE, Contrats civils et commerciauc, 4 ème édition. ; D,
1998, p20.
33
La classification ici adoptée est celle de MM. François Collart DUTILLEUL et PH, DELEBECQUE, op. cit.
96
§1. Base légale de la vente : le contrat de vente (civile) est régi par les dispositions des
articles 263 à 264 du code civil congolais Livre III.
§2. Définition de la vente : la vente est une convention par laquelle une personne (le
vendeur) s’engage à livrer une chose, et l’autre (l’acheteur) à en payer un prix.
Quel que soit le nom que les parties lui ont donné, toute cession à titre onéreux
constitue une vente36, même si elle est dissimulée sous les apparences d’une location 37, mais
toute stipulation pour autrui, toute remise de dette, toute renonciation translative d’un droit ou
tout paiement pour autrui qui se réalise à titre gratuit et sans simulation est réputé une
donation indirecte38.
§1. Le consentement des parties : tout ce qui a été dit du consentement à propos du
contrat dans la théorie générale des obligations vaut pour le contrat de vente. Il en est
de même des autres conditions.
Remarques spéciales
Dès qu’on est convenu de la chose et du prix quoi que la chose n’ait pas encore été
livrée ni le prix payé (article 264 CCLIII).
Ce principe est important pour déterminer celui qui supporte les risques.
34
CL. PIRLOT, Manuel de droit civil et commercial, Bruxelles, MF. Larcier, 1959, p. 51.
35
Article 231 de la loi n o 73 021 du 29 juillet 1993 telle que modifiée à ce jour portant régime général des biens,
régime foncier et immobilier et régimes des surétés.
36
Elis, 21.29.1912, Jur. Congo, 1914-19, p. 260.
37
Leo, 22.1.1929, Jur. Col. 1930-31, p. 68, citées par Katuala K. Kashala, code civil annoté, éd. Batena Ntambua
Kinshasa, 1995, p. 159.
38
Article 881 de la loi n o 87-010 du 1er août 1987 portyant code de la famille telmle que modifiée à ce jour par la
loi no 16-008 dun 15 juillet 2016.
97
Sans entrer dans les détails des controverses auxquelles s’est livrée la doctrine au sujet
de cet article, il importe d’expliquer ce qu’en réalité ce texte vise en parlant de promesses de
vente. Selon ORBAN trois situations juridiques peuvent se présenter sous le couvert d’une
promesse de vente :
Une partie s’oblige à vendre une chose moyennant un prix déterminé à l’autre partie,
au cas où celle-ci voudrait l’acquérir.
C’est une simple offre de vendre, simple pollicitation d’une partie sans aucune
manifestation de volonté de la part de l’autre.
98
En revanche, cette promesse unilatérale est accompagnée d’un délai d’option pour
l’accepter, la doctrine et la jurisprudence estiment que le pollicitant est tenu de respecter le
délai qu’il a lui-même fixé. Il doit donc maintenir son offre durant ce délai mais il ne lui est
pas interdit d’entreprendre des négociations avec d’autre amateurs pendant ce délai en vue de
leur vendre la chose au cas où le droit d’option ne serait pas exercé 39. L’option est la faculté
que le vendeur laisse à quelqu’un de se porter acheteur, de préférence à tout autres
pendant un temps déterminé.
Exemple : un garagiste offre en vente une voiture d’occasion, un client l’examine et demande
48h de réflexion ; le garagiste lui accorde ce délai avec option. Cela signifie que pendant ce
délai, il refusera de vendre la voiture à un autre amateur éventuel avant d’avoir préalablement
été informé de la décision du bénéficiaire de l’option. Cette option n’est pas une vente 40. Il a
été jugé que « la promesse unilatérale de vente engage irrévocablement le promettant à
réaliser la vente si le bénéficiaire exprime la volonté d’acquérir le bien, pour autant que les
parties soient d’accord sur la chose et sur le prix41.
On peut aller plus loin. Ce vendeur a fait une offre de vente, l’acheteur tout en n’étant
pas encore décidé à acheter, trouve l’offre intéressante. Il se réserve de faire connaitre sa
décision ultérieurement et en informe le vendeur. Celui-ci n’y objecte point, il y a alors accord
des volontés, c’est-à-dire promesse de ventes obligeants le vendeur à vendre sa chose si le le
futur acheteur manifeste l’intention d’acheter. Il y a promesse de contrat de ventes appelée
« contrat unilatéral de promesse de vente, unilatéral parce que le vendeur seul s’oblige.
Le vendeur promet de vendre sa chose pour un prix déterminé, et celui à qui il fait
cette promesse promet, de son coté de l’acheter au prix fixé. Dans l’esprit de l’article 270
CCCLIII, cette double promesse vaut vente, car il y a engagements réciproques, c’est-à-dire
contrat synallagmatique. « je promets de vendre, je promets d’acheter » sont synonymes des
formules correspondantes « je vends, j’achète »42. Pour De page, la promesse synallagmatique
de vente est tout simplement une vente et ce n’est pas cette promesse que l’article 270 du
CCCLIII vise43.
39
Sohier (A.), op. cit., pp. 410 et 411.
40
PIRLOT (CL.), op. cit., pp. 52 et 53.
41
Cass b. 09 janvier 1975 Pas. I, p. 482 (cité par KATUALA KASHALA, op. cit., p. 165, no 9.
42
Orban, op. cit., p. 412.
43
Auteur cité par Orban, Idem.
99
Du latin (arrha=gage), les arrhes signifient en français une somme d’argents qu’une
partie verse à la conclusions d’un contrat pour en assurer le respect.
La vente avec arrhes et la vente avec faculté de dédit sont des formes de vente
permettant à l’un des contractants ou aux deux de reprendre leur liberté et de renoncer à
vendre ou acheter, moyennant le versement d’une somme d’argent. C’est cette somme
d’argent qu’on appelle « arrhe » ou « dédit » selon le cas44. A la différence des arrhes, la
faculté de dédit appartient à un seul des contractants, ou aux deux, selon les stipulations du
contrat45.
Si la promesse de vente a été faite avec arrhes, chacun des contractants peut revenir
sur sa décision et révoquer le contrat : celui qui a payé les arrhes, en les perdant, et celui qui
les a reçues, en restituant le double (art. 271, CCCLIII).
Les dispositions de l’article 271 du CCCLIII ne sont que supplétives de la volonté des
46
parties .
A côté de cette fonction de dédit visée par l’article 271, la remise d’arrhes peut
répondre à deux autres fonctions :
Les arrhes peuvent constituer (cas plus fréquent) un simple acompte sur le prix. En
cas d’exécution, les arrhes seront imputées sur le prix. En cas d’inexécution, elles
constitueront une provision sur dommages-intérêts.
Les arrhes peuvent aussi constituer un moyen de preuve de l’existence du contrat.
S’il n’y a pas de preuve écrite et régulière du contrat, une des parties donne des
arrhes à l’autre et en demande quittance.
L’acheteur comme dans la vente « ad gustum », prend certaines précautions pour que
le contrat corresponde bien à ce qu’il en attend. Il se fait remettre un exemplaire, un
échantillon de l’objet qu’il désire acquérir et ne s’engage que sur la foi de cet échantillon. La
vente sera parfaite dès l’instant où le vendeur aura donc livré une chose rigoureusement
conforme à l’échantillon.
44
Collart D (F.). et Ph. DELEBECQUE, op. cit., pp. 76 ett 77, no 80 in fine
45
HUMANN (V.), “ la spécificité de la clause de dédit » RD imm. 1997, p. 169 (cité par F. Collart et Ph.
DELEBEQUE, op. cit., p. 76)
46
Cass.fr civile. 16 juillet 1956, p. 609 ; Orléans, 26 octobre 1967, D 1968, p. 210 (citée par Katuala KK, op. cit.,
166, no 4.
47
Art. 279, CCCLIII, ORBAN, op. cit, pp. 415-416.
100
Cette vente (aussi appelé « venter avec réserve d’élection d’ami ») est celle où
l’acheteur réserves dans le contrat, la faculté de se substituer une autre personne non désignée
actuellement, au seul égard de laquelle la vente produira ses effets. Si cette personne appelée
« command » ne se déclare pas, c’est l’acheteur en nom ou « commandé » qui reste acheteur.
Cette réserve peut être d’une grande utilité en ce sens qu’elle permet notamment
d’éviter que le vendeur impose un prix surfait (surestimé, exagéré) sachant que l’acheteur
véritable qu’il connaitrait à l’absence de cette élection d’ami ne pourrait se passer de l’objet
vendu.
Conditions :
C’est une vente faite sous condition résolutoire. En effet, le vendeur convient avec
l’acheteur que le contrat de vente sera résolu si dans un délai déterminé, il fait part de son
désir de reprendre la chose50.
b. Formes prohibées
La vente a ramené ne serait plus qu’un anachronisme, si en réalité, elle ne servait très
fréquemment à celer un contrat prohibé ou à éluder diverses prescriptions légales relatives au
prêt sur gage :
Le prêt usuraire : celui-ci peut se présenter sous l’aspect d’une vente à réméré.
L’emprunteur vend à réméré un objet au prêteur soit à un prix bien inférieur à sa
valeur réelle, soit en acceptant de payer un prix supérieur lors de l’exercice du
rachat à la valeur qu’à payer l’acheteur-prêteur.
48
Orban, op. cit., p. 416.
49
Art. 336 et 349, CCCLIII
50
Orban. op. cit., pp 459 à 468.
101
51
Art. 275, CCCLIII
52
Cass. Fr. 28 janvier 1931, D.H, 1931, p. 162 citée par KATUALA, op. cit., p. 169, no2.
53
Art. 276, CCCLIII
54
Cass. B, 30 janvier 1931, KATUALA K, op. cit., p. 208, no 1.
55
Art. 277, CCCLIII
56
Art. 278, CCCLIII
57
Orban, op. cit., p. 405, Pirlot, op. cit., p. 53.
102
c) Le prix doit être fixé au moment du contrat. Une vente qui serait faite en stipulant que
le prix serait fixé plus tard, serait nulle 58. Cela veut dire que le prix doit être si non
déterminé, du moins déterminable par un procédé convenu qui ne laisse pas sa fixation
au pouvoir d’un des contractants59. Si le prix d’une vente doit être déterminé, et être
désigné par les parties, il n’est pas nécessaire que le montant en soit fixé, dans le
principe, d’une manière absolue. Il suffit pour la formation de la vente, que le prix
puisse être déterminé, en vertu des clauses du contrat, par voie de relation avec des
éléments qui ne dépendent plus de la volonté, ni de l’une, ni de l’autre des parties60.
L’absence d’un prix réel ou sérieux peut être l’indice d’une donation 61 et même d’une
fraude aux obligations fiscales par exemple.
Le prix étant un élément essentiel de la vente, à défaut de prix il n’y a pas vente 62.
3°. Frais de vente : les frais autres que les frais relatifs à la livraison, sont à charge de
l’acheteur63.
Exemple : les frais d’actes authentique pour la vente d’immeuble, les frais de mutation et
autres frais accessoires.
58
Art. 272, CCCLIII
59
Cass.fr. com. Tournai, 9-12-1947, p. 31 (citée par KATUALA, op. cit, p. 206.
60
Rea. 7 janvier 1925, DH 1925, DH 1925-57 (citées par H capilant, F. TERRI et Y. Lequette, les grands arrets
de la jurisprudence civile, 10ème édition, Dalloz, p. 707.
61
Orban, op. cit. p. 406.
62
Ibidem, p. 407.
63
Voir art. 274, CCCLIII
64
Art. 279, CCCLIII.
103
Les frais d’enlèvement sont à charge de l’acheteur. Ex : les frais d’expédition du lieu
de la délivrance au domicile de l’acheteur.
i. Sanction : si le vendeur manque à faire la délivrance dans le temps convenu entre les
parties, l’acquéreur pourra, à son choix, demander la résolution de la vente ou sa mise
en possession, si le retard ne vient que du fait du vendeur (articles 287 et 288,
65
1er inst. Elis. 06 juin 1947 RT, 1984, P y69 (citée par Orban, op. cit. p. 421.
66
Elis, 10 avril 1926, jur. Kat., ii, p. 183.
67
Orban, op. cit., p. 422.
68
Idem, p. 424.
104
CCCLIII). Dans tous ces cas le vendeur doit être condamné aux dommages et intérêts
s’il résulte un préjudice pour l’acquéreur du défaut de délivrance ou de terme convenu.
A noter qu’une mise en demeure est nécessaire sauf dans le cas où conformément au
droit commun, elle ne se justifie pas69.
j. La rétention : le vendeur n’est pas tenu de délivrer la chose si l’acheteur n’en paie
pas le prix et que le vendeur ne lui a pas accordé un délai pour le paiement (art. 289
CCCLIII). Il s’agit de l’application de l’exception « non adimpleti contractus ». Bien
plus, il sera dispensé de livrer même s’il a accordé un délai pour le paiement, si depuis
la vente, l’acheteur est tombé en faillite ou en état de déconfiture, en sorte que le
vendeur se trouverait en danger imminent de perdre le prix (art. 290 CCCLIII).
k. L’agréation : c’est la reconnaissance par l’acheteur que la chose livrée est de bonne
livraison, tant au point de vue de sa conformité à la chose vendue, que de ses vices
apparents. Elle est expresse ou tacite. Il va de soi que le défaut de protestation lors de
la délivrance ou immédiatement après, implique agréation et rend non recevable tous
recours ultérieurs en raison de la non-conformité. L’acheteur doit protester sans retard
en cas de contestation relative à la conformité de la chose vendue à celle qui a été
réellement livrée.
2. L’obligation de garantie
a. Notion de garantie et sa portée : la garantie consiste à fournir à l’acheteur la
possession paisible et utile de la chose qui lui est transférée et lui payer des dommages
et intérêts pour le cas où cette promesse ne serait pas respectée.
L’idée de garantir est née de la vente, mais elle s’applique à tous les autres contrats
translatifs à titre onéreux70.
b. Objet de la garantie
Aux termes de l’article 302 du CCCLIII, la garantie que le vendeur doit à l’acquéreur
a deux objets : l’éviction et le vice cachés
Elle peut prendre deux formes différentes selon que l’atteinte portée à l’acquéreur
trouve son origine dans un fait personnel du vendeur ou dans celui d’un tiers.
69
Elis, 30 janvier 1915, jur-col, 1925, p. 319 avec note ; Elis, 13 février 1926, jur. Kat, II, p. 278.
70
Orban, op. cit., p. 428.
71
DUTILLEU (F.) et DELEBECQUE (Ph.), op. cit., p. 200, no 246.
105
Exemples d’un trouble de droit : le vendeur vend une seconde fois un immeuble à une autre
personne qui fait enregistrer son titre avant le premier acquéreur. Il y aura éviction par le
second acquéreur, mais dont la cause première est dans le chef du vendeur. Il en est de même
en cas de vente d’un meuble successivement à deux acheteurs et mis en possession du second
acquéreur72.
Il faut préciser :
Un trouble de droit est toute atteinte que le vendeur prétend fondée sur un droit à
l’exception de droit d’agir en nullité ou en résolution de la vente elle-même.
Un trouble de fait est toute atteinte que le vendeur ne prétend pas fondée sur un
droit.
2. La garantie du fait d’un tiers
Principe : la garantie du fait d’un tiers joue lorsqu’un tiers émettra des prétentions
juridiques sur la chose et troublera ainsi la possession de l’acheteur. Cette garantie est
de plein droit car il n’est pas nécessaire pour qu’elle existe, qu’il y ait stipulation
particulière (art. 303 du CCCLIII).
Sanction de l’obligation : si l’acheteur vient à étre dépossédé de la chose, le vendeur
devra rembouser à l’acheteur : le prix, les frais divers, les fruits, la plus-value et lui
payer des dommages et intérets (art. 307 et 309 du CCCLIII).
72
Orban, op. cit., p. 431.
106
destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquise, ou n’en
aurait donné qu’un moindre prix s’il les avait connus (art. 318 CCCLIII).
Le vendeur n’est donc pas tenu des vices apparents et dont l’acheteur a pu se
convaincre lui-même (art. 319 CCCLIII).
Sont des vices apparents, ceux que l’acheteur peut constater lui-même au moment de
la livraison par un examen attentif. Si l’acheteur n’a pas examiné la marchandise avant d’en
donner décharge, il doit subir les conséquences de sa négligence74.
Deux hypothèses :
Si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu en outre, de tous les
dommages-intérêts envers l’acheteur (art. 322, CCCLIII).
73
Léo, 1er janvier 1937, (citée par Pirlot, op. cit. p. 56)
74
E’ville-décembre 1913 (cité par Pirlot, op. cit. p. 56
75
Cass. B. 4 mai 1939, (cité par Pirlot, op. cit., p. 56)
107
L’action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par l’acquéreur dans le délai
de 60 jours à partir du jour de la livraison (art. 325 CCCLIII).
Exemple : il arrive que les objets tels que les montres de marque, postes de radio, appareils
électroniques soient vendus avec un bon garantie d’une durée allant jusqu’à une année par
exemple.
Remarque : pas d’action pour vices rédhibitoires en cas de vente faite par autorité de justice
(art. 326 CCCLIII).
5°. L’action récursoire : lorsque l’acheteur final a obtenu la garantie de son vendeur,
celui-ci peut à son tour, se retourner contre son propre vendeur. Il bénéficie en
effet de la subrogation légale dans les droits du sous-acquéreur. Il exerce alors une
action récursoire qui doit satisfaire aux conditions de fond et de délai de la
garantie des vices cachés, adaptées aux circonstances. Le délai de son action court
à compter du jour où il a été assigné en garantie par son acheteur77.
Déjà sous d’autres cieux, elle influence le législateur. C’est le cas en France où
l’article L. 111-1 du code de la consommation, consacre l’obligation générale d’information
sur les caractéristiques du bien vendu.
76
1er inst. E’ Ville, 17 février 1944 cité par Pirlot, op. cit., p. 56
77
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., p. 226
108
NB : dans tous les cas, les informations fournies doivent être complète et exactes78.
La sécurité des produits pèse au premier chef sur le fabricant. Elle pèse également sur
l’importateur qui met sur le marché national des produits fabriqués à l’étranger.
Plus généralement, la contrainte sécuritaire se prolonge sur tous les professionnels qui
assurent la distribution des marchandises du producteur au consommateur.
B. Obligation de l’acheteur
1. Prise de livraison
a. Notion : l’acheteur a l’obligation de prendre livraison de la chose vendue. Cette
obligation est le corollaire de l’obligation imposée au vendeur : celui-ci ne peut
être tenu de livrer que si l’acheteur est tenu de recevoir la livraison.
b. Moment : en principe, l’enlèvement de la chose doit se faire immédiatement lors
qu’aucun délai n’a été fixé pour la délivrance, sauf à tenir compte du temps
nécessaire pour retirer la chose ou pour en prendre livraison selon les
circonstances.
c. Lieu : c’est au lieu où était au temps de la vente, la chose qui en fait l’objet (art.
286 CCCLIII°
d. Sanctions :
Offres réelles
Résolution du contrat pour inexécution
Exécution forcée du contrat (art. 162, CCCLIII)
78
DUTILLEUL (F.), op. cit., pp. 173 et 176.
109
2. Paiement des frais : ce sont les frais de notariat, les frais d’enregistrement, etc.
3. Paiement du prix : c’est l’obligation principale de l’acheteur (art. 327 du CCCLIII)
4. Moment et lieu : le principe est que la détermination de l’époque et du lieu du
paiement du prix est abandonné à la volonté des parties (art. 145, CCCLIII).
S’il y a aucune stipulation en matière de vente, l’article 328 prévoit que l’acheteur doit
payer au lieu et dans le temps où doit se faire la délivrance.
Mais en droit commun la délivrance doit être faite au domicile du débiteur (la dette est
quérable et non portable).
5. Intérêts :la question des intérêts se pose quand il s’agit d’une vente à terme, quant au
paiement du prix, ou encore d’une vente au comptant dans laquelle le vendeur n’aura
pas exigé le paiement au moment de la délivrance.
Les intérêts sont dus s’il a été convenu ainsi : ils courent alors depuis le jour
convenu.
S’il y a sommation. Ils courent dans ce cas à partir de la sommation
Si la chose vendue et livrée produit des fruits ou autres revenus. Dans ce cas les
intérêts courent du jour où l’acheteur a droit aux fruits.
6. Suspension du paiement : c’est dans l’hypothèse d’éviction, ou du danger d’éviction.
En effet, aux termes de l’article 330, CCCLIII « si l’acheteur est troublé ou a juste
sujet de craindre d’être troublé par une action soit hypothécaire, soit en revendication,
il peut suspendre le paiement du prix jusqu’à ce que le vendeur ait fait cesser le
trouble, si mieux n’aime celui donner caution, ou à moins qu’il n’ait été stipulé que,
nonobstant le trouble, l’acheteur paiera ».
7. Garantie du vendeur non payé : le vendeur non payé dispose de deux garanties pour
réagir à l’inexécution de l’obligation de payer le prix.
L’exception d’inexécution (art. 289 et 290 CCCLIII)
L’action en résolution (art. 331 et 333 du même code).
110
Section 5. La licitation79
§1. Définition
§2. Bien indivis : un bien sur lequel plusieurs personnes ont ensemble, un droit de
propriété ou tout autre droit réel.
La vente est aussi un moyen de substituer une valeur partageable à une valeur qui ne
l’est pas. Peu importe l’origine de l’indivision, peu importe également le titre en vertu duquel
les indivisaires auraient acquis cette qualité. Peu importe l’égalité des droits de chacun des
indivisaires.
§3. Vente aux enchères : aux termes de l’article 350 « si une chose commune à plusieurs
ne peut être partagée commodément et sans perte ou si, dans un partage fait de gré à
gré de biens communs, il s’en trouve quelques-uns qu’aucun des copartageants ne
puisse ou ne veille prendre, la vente s’en fait aux enchères, et le prix en est partagé
entre les copropriétaires ».
Chacun des propriétaires est le maitre de demander que les étrangers soient appelés à
la licitation (art. 351 CCLIII).
§4. Formes : la licitation est volontaire ou judiciaire selon que les copropriétaires sont
d’accord entre eux ou non. La vente aux enchères ne suppose pas nécessairement une
licitation judiciaire. Elle se conçoit parfaitement en cas de licitation volontaire.
§5. Effets : la licitation est une vente ou un partage. Elle est une vente si un étranger est
l’acquéreur du bien indivis. Elle est un partage, si c’est l’un des indivisaires qui est
l’acquéreur. Dans l’un ou l’autre cas, on appliquera les principes de la vente ou dun
partage.
79
Orban, op. cit., pp 469 et 470
111
§1. Définition : le bail est un contrat par lequel l’une des parties s’oblige à faire jouir
l’autre d’une chose pendant un certain temps, et moyennant un certain prix que celle-
ci s’oblige à lui payer. (Art. 371, CCCLIII).
1°. Le bail confère sur la chose qui en constitue l’objet un droit d’usage et de jouissance ;
2°. C’est un contrat à titre onéreux : l’usage et la jouissance sont concédés contre un prix ;
3°. Il confère au preneur un droit de créance (droit personnel) contre le bailleur, et non un
droit réel ;
4°. Le bail est un contrat synallagmatique ;
5°. Le bail est un contrat successif et temporaire : en effet, l’exécution des obligations qui
en découlent s’échelonnent dans le temps mais de plus, il n’est exigible que par termes
périodiques.
Il n’existe pas un régime unique pour le bail. Le code civil lui-même distingue trois
séries de règles :
Les règles communes aux baux des maisons et des biens ruraux (art. 374 à 407,
CCCLIII) ;
Les règles particulières aux baux à loyer (art. 408 à 416, CCCLIII) ;
Les règles particulières aux baux à ferme (art. 417 à 426, CCCLIII).
Il faut en outre remarquer que la montée des statuts spéciaux dans les domaines des
différents baux (d’habitation, commerciaux, ruraux) a donné au code civil un rôle seulement
résiduel, et interstitiel81.
Exemple : pour réglementer le secteur de l’habitat en vue, a-t-on espérer, d’une meilleure
harmonisation des rapports entre bailleurs et locataires le ministre de l’urbanisme et de
l’habitat a en date du 20 juin 2007 pris l’arrêté n o 009 CAB/MIN.URB-HAB/LSIL/2007, par
lequel il institue une série des mesures impératives :
80
DUTILLEU (F.), et alii, op. cit., p. 277.
81
DUTILLEU (F.), et alii, op. cit., p. 277.
112
Ce statut réglementaire impératif envahit ainsi un secteur jusque-là régi par le principe
de la liberté contractuelle.
Section 2. Distinction
Le bail est un contrat générateur d’un droit personnel, offrant au preneur l’usage
exclusif et continu d’une chose moyennant le versement d’un prix. Au regard de la nature du
contrat le bail doit être distingué des conventions translatives d’un droit réel, des autres
contrats d’usage ou des services et même de société.
La vente est un contrat instantané et translatif de propriété tandis que le bail est un
contrat à exécution successive qui confère un droit de jouissance au preneur, exclusif de tout
droit réel.
Ces différentes opérations ne relèvent pas d’une nature juridique homogène. Certaines
d’entre elles sont essentiellement des opérations de crédit. Elles la une vente comme objectif
et sont assorties d’un crédit consenti pour le vendeur. Celui-ci demeure propriétaire de la
chose, soit parce que le transfert de propriété est différé, soit parce que le candidat à
l’acquisition n’a pas encore déclaré vouloir acheter.
Bail et constitution d’usufruit : tous deux portent sur la jouissance d’une chose et
confèrent le droit d’en percevoir les fruits. Mais dans l’usufruit, démembrement de
la propriété, l’usufruitier n’a aucun rapport d’obligation avec le nu propriétaire, ce
qui n’est pas le cas du bail.
Il en est de même de la cession du droit d’usage et d’habitation
Un certain nombre de contrats ont pour objet de conférer l’usage d’une chose à un
contractant, sans transfert de droit réel mais sans que la qualification de bail puisse être
retenue83.
1°. Le commodat : c’est un prêt à usage par lequel l’une des parties livre une chose à
l’autre pour s’en servir à la charge pour le preneur de la rendre après s’en être servi84.
2°. La convention d’occupation précaire : est un contrat par lequel les parties
manifestent leur volonté de ne reconnaitre à l’occupant qu’un droit de jouissance
précaire moyennant une contrepartie financière modique.
Le contrat est susceptible de prendre fin à tout moment ou par la survenance d’un
événement envisagé par les parties, par la volonté du propriétaire le plus souvent
sans préavis et sans indemnité ;
Le propriétaire ne supporte pas les obligations que la loi met à la charge du
bailleur.
Les règles du code civil ne lui sont donc pas applicables, même à titre supplétif des
volontés87.
83
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., pp 285 à 292.
84
Code civil congolais livre III, art. 448.
85
Code civil congolais, livre III, art. 371 et 449.
86
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., pp. 290 et 291.
87
Cass.fr. 3ème Civ. 17 juillet 1996, Bull.civ III. no184 (citée par F.C DTILLEUL, op. cit., p. 291)
114
NB : pour éviter la fraude aux statuts du bail, la jurisprudence française demeure très attentive
et exige que la précarité soit justifiée par des motifs sérieux et légitimes 88.
3°. L’occupation sans titre : l’occupation d’un immeuble sans titre peut avoir différentes
causes :
Elle peut résulter de ce qu’un locataire se maintient dans les lieux loués malgré
l’anéantissement du bail par la survenance du terme, la résiliation ou la nullité.
Elle peut aussi être le fait de « squatters » qui investissent de manière illicite des
immeubles vides89.
Il est à remarquer que ces différents cas ne posent aucun problème de qualification
parce qu’il n’y a pas de contrat. On peut cependant se demander si la tolérance de cette
occupation pendant un certain temps ne confère pas à l’occupant un quelconque titre : il s’agit
d’un bail ou une convention d’occupation précaire. Cette question doit se résoudre par
application des règles de preuve régissant chacune des catégories de convention. Mais il a été
jugé que l’occupant sans titre doit au propriétaire une « indemnité d’occupation » qui
représente la contrepartie de la jouissance des lieux90.
Cependant l’apport en jouissance n’est pas un bail car la société n’a pas à verser un
loyer, contrepartie à exécution successive caractéristique du bail, mais à remettre
instantanément à l’associé des parts sociales91.
88
CA Caen, 27 janvier 1950, D.1950, Som.93 ; Cass.com. ; 22 octobre 1951, D, 1952-37 ; Cass, 3ème Civ, 12
janvier 1977, bull.civ, III, no 20.
89
CA paris, 6ème ch, 12 mai 1987, D.1987, 139, F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., p. 292.
90
Cass. 3ème Civ, 1er juillet 1987, Bull. civ, no 134.
91
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., p. 297.
115
2°. Bail et louage d’ouvrage : il n’est pas toujours facile de discerner, dans certains cas si
l’on se trouve en présence d’un louage de choses ou d’un louage d’ouvrage. Il faut
rechercher dans chaque cas d’espèce, l’élément prédominant du contrat.
Exemple :la location d’une automobile avec chauffeur est un contrat de transport (qui est une
variété de louage d’ouvrages) mais la voiture est donnée sans chauffeur, on est en présence
d’un bail92.
Le code civil congolais considère le louage de choses comme un genre unique. Cela
ressort de la définition qu’en donne l’article 371 : « le louage de choses est un contrat par
lequel l’une de parties s’oblige à faire jouir l’autre d’une chose pendant un certain temps et
moyennant un certain prix que celle-ci s’oblige de lui payer.
Un genre unique parce que la définition du code ne fait aucune distinction parmi les
baux.
Cela n’exclut cependant pas l’existence d’une très grande variété de baux différents. Si
cette diversité n’existe presque pas en matière mobilière 93, elle a cependant spécialement
marqué la famille des baux immobilier : baux d’habitation, baux commerciaux, baux ruraux,
etc.
Il s’agit des dispositions légales régissant les baux des maisons, les baux des biens
ruraux et même des biens mobiliers.
Ces dispositions s’étendent de l’article 370 à l’article 207 du code civil congolais livre
III.
1. La chose
a. Le principe : tous les biens, à quelques exceptions près, peuvent être louées. Même
les choses incorporelles sont susceptibles d’être louées.
Exemple : le droit d’exploiter un brevet, le droit de pêche, etc. (art. 373, CCCLIII)
b. Exceptions :
92
Orban, op. cit., pp. 492 et 493 ; F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., PP ; 293 et 294.
93
Si une certaine diversification est malgré tout apparue en matière mobilière c’est l’œuvres de la pratique et de
la jurisprudence (F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., pp. 299 à 332)
116
Ces choses dont l’usage entraine la consommation peuvent cependant faire l’objet
d’un bail, si les parties le prévoient.
Comme pour la vente, le prix dans un contrat de bail doit être déterminé ou
déterminable96 et sérieux.
C’est à l’article 374 du code civil congolais livre III qu’il se référer
Le louage n’est soumis à aucune condition de forme en ce sens qu’il est parfait
entre les parties dès que celles-ci sont convenues de la chose et du prix (contrat
consensuel) ;
S’il y a un écrit, celui-ci ne sert que de preuve littérale et non comme condition de
validité du contrat ;
Les règles de preuve apprise dans la théorie générale des obligations sont
applicables au bail (ces règles sont celles des articles 199 à 245, CCCLIII).
Le système simple consacré par l’article 374, est selon Orban, conforme au caractère
non formaliste du droit congolais97.
94
Cass.b., 4 déc. 1941, pas., 443 (citée par Orban, op. Cit., p. 495).
Elis ; 5 mai 1945, RJCB, p. 140 (citée par Katuala, op. cit., p. 207).
95
Elis, 5 mai 1945, RJCB, p. 140 (citée par Katuala, op. cit, p. 207s
96
Cass.b.25 juin 1954, Pas. I. 1954, p. 928 (citée par Katuala K.K, op. cit., p. 205)
97
Orban, op. cit., p. 497.
117
Le bail étant un contrat consensuel ; il peut être verbal. Il a été jugé que la preuve d’un
bail convenu par convention verbale, ainsi que ses clauses, incombent à la partie qui les
invoque. Cette preuve peut résulter des actes posés par les parties98.
Toute action judiciaire ayant sa cause dans un contrat de bail intentée par une
personne qui n’a pas souscrit au livret de bail, sera déclarée irrecevable (art. 3, al. 2
dudit Arrêté) ;
Le non établissement et/ou la non législation du livret de bail est une faute
entrainant dans le chef de deux parties une pénalité équivalent au paiement d’un
loyer mensuel, en raison de la moitié pour chacune (art. 3 al. 1er dudit Arrêté).
Tous contrats de bail conclus avant l’entrée en vigueur de l’Arrêté sus évoqué et
qui lui sont contraires, sont réputés nuls (art. 13, dudit Arrêté).
Dans le cas sous examen, on a un exemple qui contredit cette théorie aujourd’hui
universellement suivie. Si le ministre exerçant son pouvoir réglementaire subordonné, avait la
compétence de préciser (pour les asseoir) les dispositions du décret du roi souverain de l’Etat
indépendant du Congo du 30 juillet 1888 relatif aux contrats et aux obligations
conventionnelles, appelé « code civil congolais, Livre III » surtout en ce qui est de la garantie
locative, il n’avait pas le pouvoir d’en abroger les dispositions.
98
Elis. 20 janvier 1924 kat. I. p. 143 (citées par Katuala Kaba Kashalas, op. cit., p. 207).
118
les lois. Ainsi les mesures d’exécution relatives aux lois et décrets s’appelaient « Arrêté-
royal »99.
Le décret du 30 juin 1988 portant code civil congolais livre III et qui régit le bail civil est
donc un acte ayant force de loi. Lorsque l’Arrêté ministériel sous examen impose des
formalités contraires à l’esprit et à la lettre de l’article 374 de ce décret en supprimant le
caractère consensuel du bail pour l’ériger en contrat solennel, viole la théorie de l’acte
contraire. Cet Arrêté va même jusqu’à annuler les baux conclus conformément au code civil
avant son entrée en vigueur, portant ainsi atteinte à la sécurité juridique des parties en matière
des contrats c’est-à-dire aux principes légal de non-rétroactivité des lois100.
On distingue :
Les parties peuvent apporter les dérogations aux dispositions de l’article 377, alinéa 2.
Ces dérogations doivent être formelles et en cas de rédaction douteuse ou ambiguë, elles
s’interprètent toujours en faveur du preneur102.
c. L’obligation de garantie
Le bailleur est obligé de faire jouir paisiblement le preneur de la chose louée pendant
la durée du bail (art. 346, alinéa 3, CCCLIII).
De cette obligation découle celle pour le bailleur, de garantir le preneur de tout trouble
qui porterait atteinte à cette jouissance : garantie du fait personnel, garantie du fait des tiers et
garantie des vices de la chose.
L’empêchement ne doit pas nécessairement être total ; il suffit qu’il soit tel que la
jouissance normale de la chose en soit altérée. Il faut que le vice de la chose soit inhérent à la
chose louée elle-même.
Exemple : l’immeuble loué est infesté de fourmis ou d’autres insectes, le vice de construction
de l’immeuble loué qui en compromet la jouissance normale.
Le bailleur n’est pas tenu des vices apparents au moment de la conclusion du bail.
101
Léo, 11 juin 1929, jur. Col., 1930-1931, p. 205 ; Léo, 11 juin 1929, rev. Jur., 1929, p. 257, Léo, 9 septembre
1930, Rev. Jur 1931, p. 135.
102
Orban, op. cit., p. 503.
103
Cet article prévoit une diminution du prix en faveur du preneur si les travaux durent 490 jours et la possibilité
de résilier le contrat.
120
d. Le cas fortuit : si pendant la durée du bail, la chose louée est détruite en totalité par
cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ; si elle n’est détruite qu’en partie, le
preneur peut, d’après les circonstances, demander une diminution de prix ou la
résiliation du bail (art. 379, CCCLIII).
2. Les obligations du preneur
Le preneur est tenu de deux obligations : user de la chose en bon père de famille et
payer le prix du bail aux termes convenus (art. 385, CCCLMIII).
Le preneur doit payer le prix du bail aux termes convenus (art. 385, CCCLIII).
L’époque est déterminée par la convention et à défaut, on se réfère aux usages. Quant
au lieu, c’est au domicile du débiteur que le loyer est payable sauf convention contraire.
Le preneur répond des dégradations ou des pertes qui arrivent pendant sa jouissance, a
moins qu’il ne prouve qu’elles ont eu lieu sans sa faute (art. 389 CCCLIII). Il est aussi tenu
des dégradations et pertes qui arrivent par le fait des personnes de sa maison ou de ses sous-
locataires (art. 392, CCCLIII).
Le preneur à l’expiration du bail, doit rendre la chose telle qu’il l’a reçue s’il a été fait
un état des lieux au moment de l’entrée en jouissance. S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le
preneur est présumé avoir reçu la chose louée en bon état et doit la rendre telle (art. 387 et
388, CCCLIII). L’état des lieux est un accessoire du bail et doit donc être signé par les deux
parties104.
Aucun délai spécial n’étant prévu pour l’état des lieux, celui-ci peut toujours être
sollicité tant qu’aucune circonstance spéciale n’a modifié la situation 105.
Les causes libératoires énumérées à l’article 390 du CCCLIII sont exemplatives 106.
1. Définitions
La cession de bail est une cession de créance c’est-à-dire que les droits du preneur
originaire sont transmis au cessionnaire avec la conséquence que ce dernier pourra
exiger du bailleur primitif (le cédé) l’exécution du bail.
La sous-location est un bail conclu entre le locataire originaire agissant en qualité
de bailleur et un preneur qui est le sous-locataire.
La sous-location est en principe, une « res inter alios acta » par rapport au bailleur
originaire.
La cession de bail, en tant que cession de créance, est soumise aux formalités de
l’article 353, CCLIII.
104
Orban, op. cit., p. 511.
105
Elis, 18 novembre 1933, RJCB, 1934, p. 10.
106
Il s’agit d’établir que l(‘incendie s’est produit par cas fortuit, par force majeur, par vice de construction ou que
le feu a été communiqué par une maison voisine.
107
Orban, op. cit., p. 513.
122
La sous-location, par contre, est soumise seule aux dispositions de l’article 374 du
même code (caractère consensuel du bail) ;
Lorsqu’il y a sous-location, les clauses des deux baux peuvent être différentes. En
cas de cession de bail, au contraire, le bail ancien subsiste ; le cessionnaire ne peut
avoir des droits moindres ni plus étendus que ceux du preneur cédant.
La cession de bail porte sur la totalité de la chose, la sous-location au contraire,
peut être totale ou partielle108.
La défense de céder le bail n’emporte pas nécessairement celle de la clause de
sous-louer et vice-versa.
2. Les effets de la cession et de la sous-location
En tant que cession de créance, la cession de bail produit les effets suivants :
Quant à la sous-location :
Les causes d’extinction du bail sont l’expiration du temps convenu, la résiliation par la
volonté un unilatérale d’un des contractants, la perte de la chose louée et l’inexécution des
obligations de l’une ou l’autre partie.
1. L’arrivé du terme : le bail finit de plein droit par l’expiration du temps pour lequel il
a été contracté, sans qu’il soit nécessaire de donner congé (art. 393 CCCLIII).
Cependant, un bail à terme fixe peut se voir prolonger par tacite reconduction si à la
fin du bail, qui cesse de plein droit, le preneur reste et est laissé en possession, après
l’expiration du terme conventionnel, légal ou coutumier. Il s’opère alors un nouveau bail par
le consentement tacite du preneur et du bailleur (art. 394, CCCLIII).
Le nouveau bail est conclu pour une durée indéterminée et les garanties du bail ancien
tombe.
108
Elis, 3 mars 1945, R.J, p. 45 ; Orban, op. cit., pp. 498 et 499.
123
2. Résiliation unilatérale : si le bail a été fait sans durée fixe, il ne finit que par le congé,
préavis que l’une des parties donne à l’autre, en observant les délais fixés par l’arrêté
ministériel no 009 précité109.
Le congé peut être verbal ou écrit. Pendant la durée du préavis, le locataire doit payer
le prix du bail.
3. La perte fortuite : le contrat de bail est résolu lorsque l’une des parties se trouve dans
l’impossibilité d’exercer son obligation, par suite de la perte de la chose louée par cas
fortuit ou force majeure.
4. L’inexécution des obligations : la résolution du bail peut être demandée » lorsque
l’une des parties vient à manquer à ses obligations (art. 397, CCCLIII). Le décès de
l’un des contractants n’est pas une cause de résolution du contrat (art. 398 du
CCCLIII).
5. Que dire de la vente du bien loué : ce cas est résolu par les articles 399 à 407 du
CCCLIII.
Le principe est énoncé par l’article 399 : « si le bailleur vend la chose loué, l’acquéreur
ne peut expulser le fermier ou le locataire qui a un bail authentique ou dont la date est certaine
néanmoins qu’l ne se soit réservé ce droit par le contrat de bail ».
Le bail n’a pas acquis date certaine : l’acquéreur conserve le droit d’expulser le
locataire ou le fermier ;
Le bail a acquis date certaine, mais contient une clause réservant à l’acquéreur
éventuel la faculté d’expulser le preneur : l’acquéreur possède dans ce cas, le droit
incontestable d’expulsion. Mais le preneur se voit accorder par le législateur des
larges compensations.
Le bailleur a date certaine et ne contient aucune réserve de la faculté d’expulsion :
l’acquéreur est tenu de respecter ce bail et de l’entretenir. Il ne peut donc expulser l
locataire ou le fermier
L’acquéreur à pacte de rachat : l’article 407 dispose que l’acquéreur à pacte de
rachat ne peut user de la faculté d’expulser le preneur jusqu’à ce que, par
l’expiration du délai fixe pour le réméré, il devienne propriétaire incommutable
(qui ne peut changer ne peut être dépossédé).
109
Ces délais sont de 3 mois pour le bail à caractère résidentiel, 6 mois pour le bail commercial et 12 mois pour
la bail à caractère industriel et socio-culturel (art. 10, al. 2).
124
Dans le bail à loyer, la maison, l’habitation est l’élément essentiel du bail tandis que
dans le bail à ferme, c’est le bien rural (ou la terre) qui en constitue l’objet principal.
Dans le bail à loyer, le locataire est obligé de garnir la maison de meubles à moins
qu’il ne donne des suretés capables de répondre du loyer (art. 408, CCCLIII)110.
Dans le bail à ferme, le fermier a l’obligation de garnir le bien loué des bestiaux et
ustensiles nécessaires à son exploitation (art. 417, CCCLIII°.
Dans le bail à loyer, le bailleur ne peut résoudre la location, encore qu’il déclare
vouloir occuper par lui-même la maison louée, s’il n’y a eu convention contraire (art. 514,
CCCLIII). Même si la clause contraire existe, le bailleur est tenu de donner un congé au
preneur. Dans ce genre de bail, en cas de résiliation par la faute du locataire, celui-ci est tenu
de payer le prix du bail pendant le temps nécessaire à la relocation, sans préjudice des
dommages-intérêts qui ont pu résulter de la faute (art. 414, CCCLIII). Cette règle est celle du
droit commun.
Le preneur d’un bien rural est tenu, sous peine de tous dépens et dommage-intérêts,
d’avertir le propriétaire des usurpations, qui peuvent être commises, sur le fonds (art. 419,
CCCLIII).
Si le fermier n’exécute pas les clauses du bail et qu’il en résulte un dommage pour le
bailleur, celui-ci peut, suivant les circonstances, faire résilier le bail et faire condamner aux
dommages-intérêts. La sanction de l’expulsion n’existe pas en ce qui concerne le bail à ferme.
Le locataire, au contraire, peut être expulsé lorsqu’il ne garnit pas les lieux loués des meubles
suffisants (art. 408, CCCLIII).
110
Voir aussi l’arrêté ministériel no 009 précité qui parle de la garantie locative à donner à titre de sureté.
125
Aux termes de l’article 365 du code civil congolais livre III, « L’échange est un
contrat par lequel les parties se donnent respectivement une chause pour une autre ».
Il apparait ainsi comme une forme élaborée de troc et s’est effacé derrière la vente qui
en a dérivé avec l’apparition de la monnaie111.
La seule différence entre l’échange et la vente est que dans l’échange, l’aliénation
d’une chose ne se fait contre une monnaie mais contre une autre chose.
A cause de ses nombreuses affinités avec la vente, l’échange est régi par la plupart des
règles applicables au contrat de vente (art. 369 CCCLIII) :
Il faut supposer que les deux choses offertes en échange ne soient pas exactement de la
même valeur. L’échange est alors accompagné d’un solde de prix.
La soulte est payée par le coéchangiste qui reçoit la chose qui, des deux, a le plus de
valeur.
Il est généralement admis que l’existence d’une soulte ne modifie pas la nature du
contrat d’échange. La solution serait cependant différente si la soulte, par son importance,
apparaissait comme l’élément principal du contrat. Ce serait alors dans ce cas, d’une vente
déguisée en contrat d’échange, la chose donnée par le débiteur de la soulte ne constituant
qu’une dation en paiement pour une partie du prix113.
111
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., p. 445.
112
Voir les articles 366 à 369 du CCCLIII.
113
Orban, op. cit., p. 487.
126
Nous allons successivement analyser les contrats de prêt , de mandat, d’entreprise et celui de
dépôt .
127
Section 1. Généralités
§1. Définition
Le prêt est un contrat par lequel une personne (le prêteur) livre une chose à une autre
(l’emprunteur) pour qu’elle s’en serve, et par lequel l’emprunteur s’oblige à restituer cette
chose après s’en être servi114.
Par ses termes généraux, cette définition convient aux deux sortes de prêt dont nous
allons parler.
§3. Caractères
Réel : ce contrat ne se forme que par la remise ;le prêteur n’aura plus qu’une
situation d’attente, sans obligation. Le contrat engendre à partir de ce moment les
obligations à charge de l’emprunteur dont la principale est celle de restituer la
chose.
Gratuit : le prêt à usage est essentiellement gratuit (art. 449, CCCLIII). S’il y a une
rétribution quelconque, on sera devant un louage. C’est pour cette raison que le
prêt est appelé contrat de bienfaisance ou de coup de main. Par contre, le prêt de
consommation, en principe un contrat à titre gratuit, cette qualité (de contrat à titre
gratuit) ne lui est pas essentielle. En effet, un prix peut être stipulé. On parlera
alors d’un prêt à intérêt, prêt de consommation à titre onéreux. Ex. prêt d’argent
avec intérêt115.
§1. Définition
Le prêt à usage ou commodat est un contrat par lequel l’une des parties livre une chose
à l’autre pour s’en servir, à charge pour le preneur de la rendre après s’en être servi (art. 448,
CCCLIII).
114
Colin et Capitant, cités pour Orba, op. cit., p. 547.
115
Orban, op. cit., pp. 549 à 564.
128
La section 3 du chapitre qui traite du prêt à usage est cependant intitulé « des
engagements de celui qui prête à usage » et le développement de cette section est régi par les
articles 461 à 464 du CCCLIII.
En réalité, enseigne Orban, les obligations qui peuvent incomber au préteur ne naissent
pas du contrat lui-même. Elles peuvent lui incomber après coup et éventuellement 116.
Appartient à tout créancier détenteur d’une chose revenant à son débiteur, dès
l’instant où sa créance est née à l’occasion de la chose qu’il détient ;
Apparait comme une application de l’exception d’inexécution 118. C’est la théorie
de contrat synallagmatique imparfait.
116
Orban, op. cit., p. 356.
117
Art. 463, CCCLIII
118
Colin et Capitant, cités par Orban, op. cit., p. 557, C.A. Paris, 29 juin 1893, DP 94.2.437 ; CA Naney, 11
janvier 1939, DH 1936.155 (cités par Futerré et Ph. Smeler, Droit civil, les obligations, 7ème éd., p. 70).
129
Lorsque la chose prêtée a des défauts tels qu’elle puisse causer du préjudice à celui qui
s’en sert, le prêteur est responsable s’il connaissait les défauts et n’en a pas averti
l’emprunteur119.
Le prêt de consommation est un contrat par lequel l’une des parties livre à l’autre une
certaine quantité de choses qui se consomment par l’usage, à la charge par cette dernière de
lui en rendre autant de même espèce et qualité120.
NB : il faut noter que la volonté des parties est très importante en ce sens qu’elle peut
modifier la nature du contrat.
Exemple :
Une chose consomptible peut faire l’objet d’un prêt à usage si telle est l’intention
des parties. C’est le cas des fruits ou des fleurs de qualité supérieure qui sont
prêtées en vue d’une décoration. Ce sont ces fruits et ces fleurs eux-mêmes qui
sont restitués au prêteur.
Réciproquement, des choses non consomptibles peuvent faire l’objet d’un prêt de
consommation lorsqu’elles sont fongibles. Tel est le cas d’un libraire qui,
manquant d’exemplaire d’un livre réclamé par ses clients, en emprunte un ou
plusieurs à un autre libraires121.
Le prêteur doit être propriétaire de la chose ce qui n’est pas nécessaire pour le prêt à
usage se limitant à la concession d’un droit de créance sur la chose.
Cependant, l’emprunteur en demeure de restituer doit rendre la valeur que les titres
auraient eue s’il les avait remboursés exactement en terme convenu.
119
Art. 464, CCCLIII.
120
Art. 465, CCCLIII.
121
Orban, op. cit., p. 558. Rappelons qu’une chose consomptible est celle qui se détruit par le premier usage que
l’on en fait (ex : une denrée telle que les tomates). Une chose non consomptible est celle susceptible d’un usage
prolongé « ex : maison, voiture, livre)
122
Art. 466, CCCLIII.
123
Art. 475, CCCLIII.
130
§1. Notion
Le prêt à intérêt est un prêt de consommation à titre onéreux (art. 478, CCCLIII).
Les parties ont en effet stipulé un prix en contrepartie du droit d’usage concédé par le
préteur.
L’intérêt doit certainement être stipulé puisque le prêt de consommation est, de par sa
nature, gratuite. Cette stipulation peut toutefois être toute tacite.
§2. L’intérêt
1. Le taux : le principe est que l’intérêt est stipulé et le taux est précisé.
Les parties peuvent s’entendre sur d’autres formes : exemple que l’intérêt variera
d’après les bénéfices que réalisera l’emprunteur124.
2. Le paiement
L’emprunteur qui a payé des intérêts qui n’étaient pas stipulés ne peut ni les
répéter, ni les imputer sur le capital125.
La quittance du capital donnée sans réserve des intérêts en fait présumer le
paiement et en opère la libération126.
Si l’empereur ne rend pas la chose prêtée ou sa valeur au terme convenu, il en doit
l’intérêt du jour de la demande en justice.
124
Elis, 3 juillet 1937, R.J., p. 217.
125
Art. 479, CCCLIII.
126
Présentation absolue par application de l’art. 288, al. 2 du CCCLIII.
131
Chapitre 5 : LE MANDAT
Section 1. Généralités
§1. Définition :
Le mandant (du latin, mandare, charge de, envoyer, lancer) est le contrat par lequel on
commet le soin d’une affaire à quelqu’un qui s’en charge.
Le mandat est essentiel dans la vie juridique. Il pèse dans la vie quotidienne, dans la
vie des entreprises, dans la vie des affaires, dans la vie du palais, dans la vie financière, dans
la vie intellectuelle.
Le code civil congolais distingue entre le mandat gratuit et le mandat salarié et prend
le premier comme principe. Cependant, si les parties stipule le contraire, le mandat est salarié.
Le droit commun n’a pour autant éclaté car les règles générales issues pour la plupart
du code civil font encore figure de référence.
Nous allons étudier le droit commun du mandat applicable au mandat ordinaire mais il
faut savoir qu’il existe aussi des règles particulières composant le droit spécial du mandat.
127
DUTILLEUL et DELEBECQUE, op. cit., p. 475.
128
V.P.Y. Gautier, « Mandat et droit d’auteur », Mélanges français, 1995, 223 ; Palaurie et AYNES, no 530 ; V.
GIVERDON, l’évolution du contrat de mandant, thèse, Paris, 1947 (auteurs citées par F.C. DUTILLEUL et PH.
DELEBECQUE, op. cit, pp. 425 et 476).
132
1. La source de pouvoir : l’article 256 du code civil congolais livre III définit le mandat
en ces termes : « le mandat ou procuration est un acte par lequel une personne donne à
une autre le pouvoir de faire quelque chose pour le mandant et en son nom ».
Exemple : les mandataires de l’Etat chargés de représenter l’Etat en justice ont un mandat tiré
de l’O-L no 79/08 du 28 septembre 1979 portant organisation du barreau, du corps des
défenseurs judiciaires et des mandataires de l’Etat.
Lorsqu’il est conventionnel, cet acte juridique peut être écrit, verbal ou tacite 130.
Exemple : du mandat hybride est celui de l’avocat ou des dirigeants de sociétés résultants à la
fois de la loi et de l’accord des volontés.
2. Objet du pouvoir
C’est la question de l’étendue du mandat. Elle est régie par les articles 529, 530 et 531
du code civil congolais livre III.
129
F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., p. 478.
130
Article 527, CCCLIII.
133
Le mandataire agit pour le compter et au nom d’autrui. Il a git ouvertement en tant que
tel et se révèle sous cette identité. Le mandataire n’est pas un commissionnaire (qui est une
sorte de mandat mais sans représentation à l’instar du prête-nom)., ni un simple intermédiaire
seul tenu des engagements qu’il prend à l’égard des tiers. C’est un représentant qui intervient
dans un mécanisme juridique à trois personnes mettant en présence, un représentant et un
tiers134.
Ainsi est-il admis qu’en ce qui concerne les tiers, la preuve du mandat pourra être
rapporter par toutes voies de droit. L’article 217 du CCCLIII ne s’appliquera donc pas136.
131
Art. 530, CCCLIII.
132
Article 530, alinéa 2, CCCLIII ; Orban, op. cit., pp. 592 et 593.
133
Art. 531, CCCLIII
134
F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit, pp. 487 et 488.
135
Art. 527, CCCLIII
136
Orban, op. cit., p. 594.
134
a. L’exécution du mandat137
1° Deux hypothèses :
Rien n’a été prévu dans le contrat quant au mode d’exécution : le mandataire
devra mettre dans cette exécution, les soins d’un bon père de famille. Il devra agir
consciencieusement, conformément à la nature de l’acte envisagé, aux usages et
aux circonstances ;
Le mandant a donné au mandataire des instructions précises au mode
d’exécution : le mandataire devra scrupuleusement respecter ces instructions. S’il
sort des limites du mandat, il sera tenu envers le tiers, puisque le mandant ne sera
pas engagé, sauf s’il a ratifié les actes dub mandataire ou commis une faute envers
le tiers en rédigeant les termes du mandat de manière ambiguë ou en donnant à
entendre que les pouvoirs de son préposé étaient plus larges qu’ils ne l’étaient en
réalité138.
2° Responsabilité
Le mandataire répond des dommages-intérêts qui pourraient résulter de son
inexécution avec moins de rigueur à l’égard du mandat gratuit (art. 532 et 533,
CCCLIII).
La responsabilité du mandataire peut être atténuée ou augmentée par convention.
Le mandat dispose d’une action directe contre la personne que le mandataire s’est
substituée, que la substitution soit autorisée ou non.
Il n’y a pas solidarité entre les commandataires sauf stipulation contraire ou de
faute commune et concertée la quelle est assimilée au dol.
b. La reddition de compte
Tout mandataire est tenu de rendre compte de sa gestion et de faire raison au mandat
de tout ce qu’il a reçu en vertu de sa procuration, quand ce qu’il aurait reçu n’eût point été dû
au mandat140.
Il résulte des termes de la loi que le mandataire doit rendre compte même du payement
de l’indu puisqu’il ne l’a pas reçu pour lui-même mais pour le mandat.
En règle générale, il résulte a contrario de l’article 537 que le mandataire ne doit aucun
intérêt pour les sommes détenues par lui en raison du mandat141.
2. Obligations du mandant
Le mandant doit rembourser au mandataire les avances et frais que celle-ci a fait pour
l’exécution du mandat même si l’affaire n’a pas réussi 142. Ce mandataire assume donc
l’obligation de moyen et non de résultat.
L’exécution du mandat ne doit pas être onéreuse au mandataire. Il est donc juste qu’il
soit complètement indemnisé.
140
Article 534, CCCLIII
141
L’article 537, CCCLIII prévoit deux cas où le mandataire est tenu de payer les intérêts :
- S’il a employé l’argent à son usage, il devra l’intérêt à dater de cet emploi et sans mise en demeure ;
-
142
Art. 540, CCCLIII.
136
Les parties peuvent cependant prévoir le contraire 143. Dans ce cas, le mandat doit payer
au mandataire le salaire qui lui a été promis144.
Le mandant ne peut se dispenser du paiement sous prétexte que l’affaire n’aurait pas
réussi à moins toutefois que ce ne soit pas par la faute du mandataire. Même dans cette
dernière hypothèse, le principe de paiement n’est pas supprimé ; c’est le mécanisme de
compensation qui jouera.
L’engagement de payer le salaire peut être tacite. Ex. : lorsque le mandat constitue
pour le mandataire l’exercice d’une profession145,tel un avocat.
Aux termes de l’article 541, « le mandant doit aussi indemniser le mandataire des
pertes que celui-ci a essuyées à l’occasion de sa gestion, sans imprudence qui lui soit
imputable ».
Cette obligation est très large car elle porte sur les pertes extrapatrimoniales et
patrimoniales146.
Le droit de rétention du mandataire est admis d’une manière générale par la doctrine
quoique certains auteurs préfèrent parler de l’exception d’inexécution. Il est également
reconnu par la jurisprudence congolaise147.
Selon la cour de cassation française, « le droit de rétention peut être exercé dans tous
les cas où, la créance ayant pris naissance à l’occasion de la chose retenue, il existe entre cette
créance et cette chose un lien de connexité matérielle «(et qu’il) n’est pas nécessaire que le
propriétaire du bien retenu soit débiteur de la créance »148.
n’intéressait que lui. Dans ce cas le mandataire sera personnellement tenu envers les
tiers et devient seul créancier et débiteur. Par contre les rapports du mandataire avec
son mandant ne sont pas modifiés. Il n’existe d’autre part, aucune action directe entre
le mandant et les tiers ni au profit du premier, ni au profit du second. Les actions
indirectes sont possibles. C’est le cas de l’action oblique et de l’action de in rem verso
(action sur base de l’enrichissement sans cause).
c. Le mandataire est resté dans les limites de son mandat : par application du principe
de la représentation, l’exécution du mandat oblige le mandant directement envers les
tiers, comme s’il avait traité lui-même. C’est le mandant qui est tenu d’exécuter les
engagements contractés par le mandataire en son nom149.
Les actes sous seing privé passés par le mandataire font foi de leur date à l’égard
du mandant, bien qu’ils n’aient pas date certaine
Les contre-lettres faites par le mandataire sont opposables au mandant ;
Si le mandataire avait le pouvoir d’avouer, l’aveu fait par le mandataire lie le
mandant.
d. Le mandataire a dépassé ses pouvoirs
1° Celle du mandant : selon l’article 539, alinéa 2, le mandant n’est pas lié par les actes
qui dépassent les pouvoirs du mandataire, l’acte accompli en dehors des limites du
mandat est un acte fait sans mandat à l’égard du mandant. Il lui est donc étranger et
inopposable, sauf s’il ‘l’a expressément ou tacitement ratifié.
Le mandant pourrait aussi être tenu des actes accomplis au-delà des limites du contrat
si, par le fait de l’obscurité ou de l’ambiguïté de la procuration, il a donné au tiers des raisons
de croire que le mandataire avait qualité pour agir. L’erreur du tiers est donc, par hypothèse,
imputable au mandat ; c’est la théorie du mandat apparent, unanimement admise par la
doctrine et la jurisprudence.
149
Article 539, alinéa 1er ,CCCLIII.
138
Elles sont celles de droit commun. Cependant là, il existe des causes d’extinction
propres au contrat de mandat : la révocation du mandataire par le mandat, la renonciation au
mandat par le mandataire, la mort du mandat ou du mandataire et la faillite ou la déconfiture
du mandat ou du mandataire.
b. La révocation du mandataire
Aux termes de l’article 545, « le mandat peut révoquer sa procuration quand bon lui
semble et contraindre, s’il y a lieu, le mandataire à lui remettre soit l’écrit sous seing privé qui
la contient soit la minute ou l’expédition de la procuration ».
Par conséquent :
Le mandat ayant pris pour qu’elle que cause que ce soit, le mandataire perd le pouvoir
de lier et d’engager le mandant. Il y a cependant des tempéraments que la loi apporte lorsque
le mandataire ou le tiers ignore l’extinction du mandat et que pareille ignorance ne lui est pas
imputable. (Art. 546, CCCLIII).
Chap 2 : Les mandats particuliers