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Droit Des Contrats Civils Et Spéciaux

Le document présente un cours sur le droit des contrats civils et spéciaux, définissant le contrat comme une convention qui crée des obligations entre les parties. Il aborde également l'évolution législative du contrat, en mettant en lumière l'influence des idées philosophiques et économiques sur le droit contractuel. Enfin, il souligne l'importance de la liberté contractuelle tout en reconnaissant les limites imposées par le législateur pour protéger les intérêts sociaux.

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Droit Des Contrats Civils Et Spéciaux

Le document présente un cours sur le droit des contrats civils et spéciaux, définissant le contrat comme une convention qui crée des obligations entre les parties. Il aborde également l'évolution législative du contrat, en mettant en lumière l'influence des idées philosophiques et économiques sur le droit contractuel. Enfin, il souligne l'importance de la liberté contractuelle tout en reconnaissant les limites imposées par le législateur pour protéger les intérêts sociaux.

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UNIVERSITE DE GOMA

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES

DROIT DES CONTRATS CIVILS ET SPECIAUX


Troisième licence (L3)

Par Drs Prosper KITOGA KASILENGE,

Chef de travaux

Ancien bâtonnier

Année académique 2022-2023


2

INTRODUCTION

I. Notion de contrat et quelques considérations sur les objectifs du cours


a. Notion de contrat

D’emblée, il faut indiquer que le contrat est une variété de convention qui est elle-
même une variété d’acte juridique.

L’acte juridique peut être unilatéral ou conventionnel.

L’acte juridique unilatéral est celui qui résulte de la manifestation d’une seule volonté
qui se suffit alors à elle-même pour produire des effets de droit.

Exemple : le testament, la démission1.

La définition du contrat a fait et continue à faire l’objet de maintes discutions


doctrinales.

L’article 1er du code civil congolais livre III (CCCLIII) le définit comme « une
convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent envers une ou plusieurs autres à
donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose ».

On doit constater que cette définition est celle « qui s’applique à l’obligation »2

La doctrine définit le contrat comme étant « un accord de volontés par lequel des
parties créent elle-même à la charge d’une ou plusieurs d’entre elles, des obligations »3. « Il
concerne toujours au moins deux parties, ce qui traduit son caractère d’acte social. Mais il
peut intéresser un plus grand nombre de personnes, et d’aller jusqu’à des accords collectifs »4.

Pour sa part le nouvel article 1101 du code civil français définit le contrat comme « un
accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou
éteindre des obligations ».

Cette définition inclut dans le contrat la novation, la remise de dette, la cession de


créance et la subrogation conventionnelle5.

b. Quelques considérations sur les objectifs du cours


1
Cass.fr-com., 22 février 2005, no 03-12902, Bull. civ. IV, no 38; Bull. July Sociétés 2005, p. 862, note B.
SAINTOURENS: « attendu que, sauf stipulation contraire des statuts, la démission d’un dirigeant de société qui
constitue un acte juridique unilatéral, produit tous ses effets dès lors qu’elle a été portée à la connaissance de la
société ; qu’elle ne nécessite aucune acceptation de la part de celle-ci et ne peut faire l’objet d’aucune
rétractation, son auteur pouvant seulement en contester la validité en démontrant que sa volonté n’a pas été libre
et éclairée » (cité par BERTRANT FAGES, Droit des obligations, 2ème éd ., LGDJ, 2009, p. 19, no 21).
2
SAUHIER (A.), Droit civil du Congo belge (sous la dir.), par ORBAN, tII, contrats et obligations, p.19, n o 12.
3
FAGES (B.), op. cit., p. 20, no 22.
4
BENABENT (A.), Droit des obligations, 19ème éd., LGDJ, 2021, p. 32, no 15.
5
FAGES (B.), op. cit., p. 19, no 21.
3

Sous l’ancien programme, on enseignait « les principaux contrats usuels », c’est-à-dire


les contrats que le code civil considère dans les nombreux articles du livre III à partir de
l’article 263.

Ce cours était précédé de l’étude de la théorie générale des sources contractuelles et


extracontractuelles des obligations et du régime général des obligations indépendamment de
leurs sources. Autrement dit, une sorte de droit civil général des obligations qu’on peut
comparer au Droit pénal général.

Avec le système LMD, ces enseignements ont été scindés en deux. Le droit des
contrats civils et spéciaux que nous examinons ici et l’étude des sources extracontractuelles
des obligations et du régime général de celles-ci indépendamment de leurs sources (les délits,
les quasi-délits, les quasi-contrats, la circulation des obligations, l’extinction des obligations,
les obligations plurales, la preuve des obligations).

Ce cours peut également être intitulé « Droit civil général et spécial des contras ». Le
droit civil général des contrats expose la théorie générale des contrats, c’est-à-dire les aspects
communs à tous les contrats, y compris les contrats qui ont acquis leur autonomie par rapport
au droit civil, comme le contrat d’assurance, les contrats commerciaux et le contrat de travail
(la définition du contrat, la classification des contrats, les conditions de formation et de
validité des contrats, les effets du contrat, l’exécution et la résolution des contrats, etc…)

Pour sa part, « le Droit civil spécial des contrats » concerne l’étude des dispositions
propres à chaque catégorie de contrat, indépendamment des règles fixant la teneur de tel ou tel
contrat individuel 6. Ex : les obligations du vendeur, les obligations de l’acheteur, du mandant
ou du mandataire, etc… bref l’étude des principaux contrats usuels parce que les contrats
étant très nombreux et ce nombre ne cessant pas de s’allonger, on ne peut étudier tous les
contrats civils.

Plus réaliste que le droit commun du contrat, plus moderne aussi, le droit spécial des
contrats a une vocation pratique indéniable.

II. Généralités sur l’évolution législative

Souvent aperçu comme un instrument hérité du droit romain et de la tradition


canonique, le contrat est en réalité, dans l’étroite dépendance des idées philosophiques et
économiques qui prévalent à une époque donnée.

1. L’élaboration du code Napoléon

6
« Le contrat individuel est le contrat qui habille le contrat préconstitué. Seules les parties sont à même de
préciser les modalités d’exécution d’une vente. » (Collart Dutilleul (F.) et DELEBECQUE (Ph.), Contrats civils
et commerciaux, 4e éd., Paris, Dally, 1998, p.5, n°2.
4

Le code civil Napoléon élaboré en 1804 sous l’influence d’une philosophie ou d’une
politique ayant privilégié la liberté et la responsabilité a offert à l’épanouissement du contrat
un milieu particulièrement favorable.

Voici à titre d’exemple quelques idées qui ont influencé le code civil à cette époque :

 Les conventions sont selon la formule de ROUSSEAU « la base de toute autorité


parmi les hommes » ;
 Si une obligation imposée peut être injuste, une obligation acceptée ne peut pas
l’être. Donc qui dit « Contractuel dit juste »7 ; le contrat est la source de droit par
excellence en ce qu’il permet d’établir les rapports individuels les plus justes et
socialement les plus utiles (thèse du libéralisme économique). S’il n’y a pas
d’équilibre entre les deux parties, celle qui a été désavantagée n‘a pas consenti.

Appliquée au régime juridique des contrats, la théorie de l’autonomie de la volonté a


conduit à la proclamation des trois principes étroitement liés :

a. Les parties sont libres de contracter ou de ne pas contracter : c’est la liberté


contractuelle ;
b. Si elles décident de se lier, elles sont tenues de respecter leurs engagements : c’est
la force obligatoire du contrat ;
c. Enfin, sont seules tenues les personnes qui ont entendu se lier : c’est l’effet relatif
du contrat.

Il faut cependant noter que les rédacteurs du code civil ont partiellement adhéré au
postulat de l’autonomie de la volonté.

Il en résulte notamment que les trois principes déduits de l’autonomie de la volonté se


trouvent dans le code civil mais à l’état tempéré :

a. La liberté contractuelle s’exerce dans les limites fixées par le législateur et l’espace
ainsi laissé libre au jeu des volontés peut aller s’accroissant ou se rétrécissant au
gré de ce que le législateur estime bon pour les intérêts dont il a la charge.

Exemple : l’art. 8 du CCCLIII qui protège ces intérêts en exigeant des parties contractantes le
respect de certaines conditions.

b. La force obligatoire du contrat n’existe que parce qu’une règle légale le prévoit et
celle-ci n’accorde sa sanction qu’aux contrats conclus en conformité des exigences
posées par le code civil.

Exemple : l’art. 33, alinéa 1er du CCCLIII qui prévoit que les conventions des parties sont des
lois à condition qu’elles soient conformes aux lois.

7
F. Terré, Ph. Smiler et Y. Lequette, Droit civil ; les obligations, Dalloz, 7ème éd. p. 29, no 21.
5

c. L’effet relatif du contrat crée les obligations entre les parties mais ce contrat n’est
pas pour autant une affaire purement individuelle. Il constitue en effet un fait
social qui s’insère dans la vie d’une collectivité : c’est l’opposabilité du contrat.

La rencontre des volontés n’est donc pas efficace en tant que telle et à elle seule. Elle a
été enserrée par les rédacteurs du code dans un cadre qui tend à éviter qu’elle ne porte atteinte
aux intérêts dont la société a la charge : la justice et l’utilité sociales.

2. Les marques d’une politique socialisante et d’une économie dirigée

Une bonne partie du XXe siècle a été marquée par une politique socialisante et une
économie dirigée qui impose au contrat des comportements et qui le prive d’une bonne part de
ses vertus. Au postulat qui voulait que le libre jeu des volontés individuelles conduise à la
justice, on a opposé au XX e siècle que les hommes sont fondamentalement inégaux : la liberté
contractuelle serait l’instrument qui permet au fort d’imposer sa loi au faible.

A la formule de Fouillée « qui dit contractuel dit juste », répond celle de Lacordaire
« Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui asservit, la loi qui affranchit ». Au postulat qui
voulait que le libre jeu des volontés individuelles conduise aux rapports socialement les plus
utiles, on a objecté que les hommes s’orientent naturellement vers les activités les plus
rentables lesquelles ne sont pas nécessairement les plus utiles8.

D’où le renforcement du cadre contraignant :

Les rédacteurs du code civil, en subordonnant la validité du contrat à l’existence d’un


objet et d’une cause licites, ont dès l’origine, forgé les instruments permettant aux agents de
l’ordre juridique de vérifier que le produit du libre accord de volonté (contrat) respecte les
valeurs essentielles que la société a en charge. Mais à l’époque, ce contrôle était relativement
léger. Si le contrat ne transgressait pas quelques grands interdits édictés pour défendre les
piliers de la société (l’individu, la famille, l’Etat), il était valable : c’est l’ordre public
classique (ou politique).

L’ordre public nouveau ne se contente plus d’interdire mais d’imposer des


comportements : le contrat de travail, d’assurance, de transport, de bail, sont règlementés (on
parle de l’ordre public économique de protection).

Le législateur impose une certaine conception de l’utilité sociale. Ex : pour lutter


contre l’inflation, le gouvernement pratique une politique de taxation, c’est-à-dire qu’il fixe
lui-même le prix des biens et des services (on parle de l’ordre public économique de
direction).

Le contrat devient un acte-condition (acte-déclic), c’est-à-dire un acte qui n’a plus


pour but de modeler des droits et obligations, mais d’appliquer à la personne les droits et
obligations résultant d’un statut réglementaire.

8
F. Terré et alii op. cit., pp. 35 et 36, no 32.
6

On essaie de redonner à la liberté contractuelle ses vertus en créant un environnement


favorable au débat entre les parties.

Plusieurs démarches sont concevables pour ce faire :

 Le regroupement : des plus faibles au sein d’organismes collectifs (syndicats,


association, centrale d’achat) qui leur confèrent un poids similaire à celui de leurs
contractants.
 L’information : le législateur peut aménager la rencontre des volontés de telle sorte
qu’on soit assuré qu’une information adaptée a été dispensée à la partie la plus faible
et que le consentement de celle-ci est suffisamment libre et réfléchi (délai de réflexion
ou droit de réflexion en faveur du consommateur, la qualité de pollicitant collée au
professionnel même sollicité)
 La concurrence : rétablir un climat favorable à l’épanouissement de la liberté
contractuelle, c’est aussi veiller à ce qu’existe une véritable concurrence entre les
acteurs de la vie économique, de telle sorte que la loi de l’offre et de la demande
puisse pleinement jouer.

L’état du droit positif des contrats n’est pas clair et limpide. Pour essayer de le
comprendre, il est nécessaire d’en décrire l‘évolution. Cette évolution nous fournit des raisons
qui auraient pu militer pour un autre intitulé de ce cours. Au lieu de Droit des contrats civils et
spéciaux, le mouvement du droit contractuel démontre plutôt qu’il s’agit de la théorie
générale du contrat (Droit du contrat) et des règles régissant chaque espèce de contrat « Droits
des contrats spéciaux ». L’intitulé serait donc « Théorie générale et droits des contrats
spéciaux ».

III. Mouvement du droit contractuel


1° Du droit des contrats au droit du contrat : le système romain était clos, si bien que
le contrat en lui-même, le simple accord de volonté, n’avait aucun effet juridique.
Seuls les contrats spéciaux, limitativement définis étaient reconnus :
a. Les contrats nommés : c’est-à-dire des contrats dont la théorie est formalisée et
auquel correspond une action particulière
b. Plus tardivement, le droit romain finit par admettre d’autres contrats qu’il
qualifia des contrats innommés. En dehors de ces deux hypothèses, les pactes
nus, démunis d’action, n’avaient aucune force juridique.
c. Quant à cette notion de contrat nommé et de contrat innommé, quelques
précisions doivent être faites à l’heure actuelle.

Selon l’article 7 du CCCLIII, les contrats qui ont une « dénomination propre » sont
dits « contrats nommés », par opposition aux contrats innommés.

Ce n’est pas le titre que les parties elles-mêmes peuvent apposer à leur accord qui
compte, mais l’économie et le contenu de celui-ci.
7

Sont « nommés », les contrats qui correspondent à un moule connu et font à ce titre
l’objet d’un corps de règles propres, lequel constitue précisément la matière des contrats
spéciaux » et « très spéciaux ». Chaque contrat « nommés » a ainsi son statut juridique.

Mais en pratique, on réserve plus volontiers le terme de « statut » aux cas où ce corps
de règles émane de la loi et présente un caractère impératif. Ex : le contrat de travail, statut
des baux commerciaux.

Le corps des règles régissant le contrat nommé n’est pas nécessairement impératif : le
principe de la liberté contractuelle conduit au contraire à regarder comme d’ordinaire
seulement supplétives les règles relatives à chaque espèce de contrat. Mais le seul fait qu’elles
existent leur confère néanmoins une portée pratique considérable : les règles supplétives
s’appliqueront chaque fois qu’elles n’auront pas été expressément écartées. Ex : lorsque ces
règles sont impératives, ce qui devient de plus en plus fréquents, leur portée est encore
accrue : du seul fait qu’il sera rangé dans la catégorie considérée, le contrat sera soumis
obligatoirement à ces règles.

La source de la nomination, c’est plus souvent la loi mais elle n’est pas la seule source
possible ; la pratique ne l’attend pas en ce sens qu’avant l’intervention du législateur, elle peut
s’ériger en coutume et fournir un corps de règles au contrat qui ne sera pas moins considéré
comme un contrat nommé même si ce corps de règles reste plus ou moins embryonnaire
(C’est l’expression du pluralisme politique).

d. Au cours des siècles, sous l’influence des canonistes et pour répondre aussi aux
nécessités du commerce, l’ordonnancement s’est totalement renversé : le
contrat, le simple échange de consentement entre deux ou plusieurs personnes,
dans lequel n’intervient aucune autorité publique, devient juridiquement
obligatoire, peu importe sa forme et son expression, et même si cet accord ne
moule pas dans une catégorie prédéterminée. Les contrats particuliers existent
et se développent, mais leur organisation est secondaire. L’important est que le
contrat s’établisse sur des volontés libres et justifiées.
2° Du droit du contrat au droit des contrats très spéciaux

Tout au long du XIXe S et pendant une bonne partie du XX e S, le droit contractuel


s’articule principalement sur ce qu’il est convenu d’appeler la théorie générale des
obligations. Les contrats spéciaux ne sont conçus par le code civil que comme des exemples
de cette théorie : la vente, le louange, le mandant, le prêt, la société, le dépôt…, bref, les
principaux contrats que connaissent le droit romain ; mais ces contrats ne sont que des
modèles dont les parties peuvent s’inspirer avant de personnaliser leur projet ou au contraire,
se détourner pour bâtir leur propre convention.

L’essentiel est donc dans le droit du contrat qui énonce les règles communes à
l’ensemble des contrats. Le droit commun a ainsi une autorité bien supérieure au droit spécial,
qui n’est qu’un droit d’illustration.
8

Aujourd’hui la situation est différente. Celle-ci se caractérise par le développement


d’une législation impérative, laquelle conduit à un certain effacement du droit commun ou du
contrat au profit des règles propres à chaque type de contrat.

 Ainsi le contrat de travail fait à lui seul l’objet d’un code ;


 Le contrat d’assurance, dont tous les aspects sont couverts par des textes précis, ne
doit plus grand-chose à la théorie générale
 A l’intérieur de chaque type de contrat, les différenciations se multiplient : les
beaux à usage d’habitation, les baux commerciaux obéissent désormais à des
règles impératives propres qui refoulent le droit commun du bail et vident d’une
partie de son intérêt la théorie générale du contrat : c’est le phénomène
d’arborescence. En conséquence, sans forcément échapper à l’orbite du code civil,
ces contrats très spéciaux chassent les contrats spéciaux, et érodent ce code : c’est
le phénomène de la publicisation du droit privé.

Rappelons-le, la réglementation impérative qui a donné lieu aux contrats spéciaux est
né du souci qu’avait le législateur de rétablir l’équilibre entre les parties contractantes
rompu sous l’ordre public classique.

Il faut aussi remarquer que les contrats très spéciaux tentent aussi par leurs règles
impératives de vider les contrats individuels de toute leur substance.

Exemple : l’arrêté ministériel no 009 CAB. / MIN. Urb. Hab/ LSIL/ 2007 du 20 juin 2007
portant instauration d’un contrat de location type en RDC, fixe impérativement en ses articles
6 et 10 la garantie locative et la durée de préavis. Ces dispositions limitent ainsi la liberté des
parties de déterminer la garantie locative ou de fixer la durée du préavis en fonction
notamment du milieu ou de la loi de l’offre et de la demande. Ainsi ce règles tendent à vider
le bail (contrat individuel) de sa substance.
9

IV. Références bibliographiques

1. Textes de loi :
a. Décret du 30 juillet 1888 portant code civil congolais, Livre III ;
b. Loi n°87-010 du 1 août 1987 portant Code de la famille
c. Loi n°73-021 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, régime foncier
et immobilier ;
d. Loi n°73-013 du 5 janvier 1973 portant obligation de l’assurance de responsabilité
civile en matière d’utilisation des véhicules automoteurs ;
e. Loi n°015-2002 du 16 octobre 2002 portant code du travail.
2. Les ouvrages congolais
a. Sous la direction de Antoine SOHIER par Orban, Droit civil du Congo belge, M.F.
et Larcier, Bruxelles, 1956.
b. KALOMBO MBIKAYI :
- Responsabilité civile et socialisation des risques, PUZ, Kinshasa, 1977 ;
- Cours de Droit civil, les obligations, polycopié.
c. M.RAE, Droit civil, des engagements qui se forment sans convention, 2èéd. SEJK,
Lubumbashi, 1967.
d. KATUALA KABA KASHALA,
- Code civil zaïrois annoté, Kin 199
- La preuve en droit congolais, éd. Batena NT. Kin, 1998.
e. Pierre Piron et J. Devos, Code et lois du Congo belge, matières civiles,
commerciales, pénales, 2èéd. Bilingue, 1960.
3. Ouvrages français
a. Christian LARROUMET, Droit civil Tom 3, les obligations, le contrat, 4èéd.
1998.
b. H. CAPITANT, Les grands arrêts de la jurisprudence civile, 10ème édition, par F.
Terré et Yves Lequette.
c. F. TERRE, Ph. SIMLER et Yves LEQUETTE, Droit civil, les obligations 7èéd.
1999.
d. Ph. Le Tourneau, La responsabilité civile, 2èéd., D., 1976
e. J ; Carbonnier, Droit civil, t4, Les obligations, 22èéd. Refondue, PUF, janvier
2000.
f. F. Collart Dutilleul, Ph. Delebecque, Contrats civils et commerciaux, 4èéd., D ;
1998
g. Hugues Périnet-Marquet, La responsabilité des constructeurs, D., 1996.
h. J. Boré et Louis Boré, La cassation en matière civiles, D., 3èéd, 2003.
i. Gérard CORNU, Droit civil, introduction, les personnes, les biens, 10èéd.
Montchrestien, 2001.
j. Gérard CORNU, les régimes matrimoniaux, 9èéd., PUF, 1997.
k. M. Fontaine, Principes et techniques du droit, droit civil, droit commercial,
Foucher, Paris, 1986.
l. Sylvie Welsch, responsabilité du médecin, Litec, Paris, 2000.
10

m. Remy Cabrillac, Introduction générale au droit, Dalloz, 1995.


a. Deborah E. Bouchoux, La propriété intellectuelle, Nouveaux horizons, traduit de
l’américain par B.B. Rennaut, Paris, 2007.
11

V. PLAN DU COURS

Première partie : théorie générale du contrat


Chapitre 1 : notions générales et classification des contrats
Chapitre 2 : conditions de formation et de validité des contrats
Chapitre 3 : annulation du contrat et prescription de l’action en nullité
Chapitre 4 : effets des contrats entre les parties
Chapitre 5 : effets des contrats à l’égard des ayants-cause des parties et a l’égard des
tiers.
Chapitre 6 : extinction et résolution des contrats
Deuxième partie : Etude de quelques contrats spéciaux
Chapitre 1 : La vente
Chapitre 2 : Le bail ou louage des choses
Chapitre 3 : L’échange
Chapitre 2 : le prêt à usage et le prêt de consommation
Chapitre 2 : Le mandat
Chapitre 2 : L’entreprise
Chapitre 2 : Le dépôt
Chapitre 2 : La transaction
12

Chapitre I. CLASSIFICATIONS DES CONTRATS


Section 1 : Classification des contras quant à leur règlementation

§1. Contrat nommés et contrats innomés


1. Les contrats nommés

Les contrats nommés sont ceux auxquels la loi, le règlement ou l’usage donnent un
nom et dont le régime est fixé par un texte. 9 Le code civil les a règlementés. Ex : La vente, le
louage, le prêt, la transaction, le dépôt.

Mais la complexité des rapports juridique a donné naissance à d’autres types de


contrats non prévus par le code : ce sont les contrats innomés.

2. Les contrats innomés (voir introduction)

Intérêt de la distinction

L’intérêt de cette distinction générale de contrats est manifeste. En effet, à défaut des
stipulations contraires des parties, les contrats nommés sont régis principalement par leur
règle propre, c'est-à-dire les règles du code relatives à ces contrats et subsidiairement par les
règles générales des obligations, tandis que les contrats innomés sont uniquement régis par les
règles générales des obligations (art 7 CCCL III).

§2. Contrats internes et contrats internationaux

Le droit civil congolais des obligations est un droit interne en ce qu’il se préoccupe
exclusivement des contrats internes, c’est à dire des contrats dont tous les éléments (lieu de
conclusion, lieu d’exécution, objet, nationalité et résidence des parties) sont localisés à
l’intérieur des frontières de la République Démocratique du Congo.

La notion de contrat international peut recevoir deux acceptions :

 L’une est juridique : un contrat est international dès lors qu’il présente un élément
d’extranéité, c'est-à-dire qu’il a des liens avec au moins deux ordres juridiques (deux
législations nationales).
Exemple :

Un contrat conclu entre un congolais et un rwandais (tous deux établis au Congo). Sur
un immeuble situé à Bujumbura.

 L’autre est économique : un contrat est international dès lors qu’il met en jeu les
intérêts du commerce international.
Exemple :

9
Terré (F.) et alii, Op.cit., pp37 à 44.
13

Un contrat conclu au Congo entre un importateur congolais et l’utilisateur congolais


d’un produit importé peut être juridiquement interne et économiquement international.

L’intérêt de cette distinction est que lorsque le contrat est juridiquement international,
c'est-à-dire présente des liens avec plusieurs pays, il convient de désigner l’ordre juridique
dont il relève. Le code civil congolais livre III ne renferme en la matière aucune directive. La
réponse à cette question doit être trouvée dans la législation du droit international privé, dans
la jurisprudence et dans les conventions internationales (telles que la convention de Vienne du
11 avril 1980 sur la vente internationale des marchandises).

Exemple : La loi d’autonomie élaborée par la jurisprudence française selon laquelle « la loi
applicable aux contrats, en ce qui concerne leur formation, leurs conditions ou leurs effets est
celle que les parties ont adopté ; à défaut de déclaration expresse de leur part, il appartient aux
juges du fond de rechercher d’après l’économie de la convention et les circonstances de la
cause, quelle est la loi qui doit régir les rapports des contractants ».10En droit congolais, outre
quelques dispositions légales éparses, la règlementation du droit international est le titre II de
l’ancien livre Ier du Code Civil.

§3. Contrat administratifs et contrats de droit privé

Hormis les cas où la loi imprime elle-même au contrat un caractère administratif (en le
qualifiant expressément de tel ou en conférant directement son contentieux au juge
administratif), la qualification de contrat de droit public s’opère en fonction de deux critères
jurisprudentiels : l’un organique, l’autre matériel11.

- Critère organique : le caractère administratif d’un contrat suppose le présence d’une


personne publique dans la relation contractuelle, soit directement (contrat conclu entre
deux personnes publiques ou entre une personne publique et une personne privée), soit
indirectement par application du mandat administratif, de sorte que peut relever du
droit public le contrat conclu entre deux personnes privées.
- Critère matériel : est administratif, le contrat qui, soit a pour objet l’exécution même
du service public ou une participation à cette exécution 12; soit comporte des clauses
exorbitantes du droit commun13. Les clauses exorbitantes du droit commun (…) sont
« les clauses qui différentes par leur nature de celles qui peuvent être stipulées dans un
contrat analogue de droit privé » (J. MESTRE, sous ce dernier arrêt).

Lorsqu’il est qualifié d’administratif, le contrat échappe, sinon à la totalité des règles
du droit privé, du moins à la compétence des tribunaux de l’ordre judiciaire14.

10
Cass. Civ. 5 déc 1910, DIP, n°11 ; cas. 1èr Civ, 6 juillet 1959, Rév. Crit. DIP 1959, 708 (citée par F. Terré et
alii, Op.cit., pp 65 et 66, n°58.
11
FAGES (B.), Droit des obligations, 2ème éd., LGDJ, 2009, p. 21, no 22.
12
Cass.fr. 1er civ. 8 décembre 1998, no 96-20983, Bull. I, no 352, citée par Bertrand FAGES, Ibidem.
13
Cass.fr.1er civ., 18 février 1992, no 90-18826, Bull.civ.I, no59 (citée par le même auteur).
14
FAGES (B.), op. cit., p. 22, no 24.
14

Section 2 : Classification proprement dite des contrats

Le code civil congolais à l’instar des codes qui l’ont influencé consacre à ses art 1 à 7
une certaine classification des contrats. C’est la classification traditionnelle. La doctrine sous
l’action des auteurs modernes a été amenée à ajouter d’autres catégories que l’évolution
commandait.
§1. Classification ancienne des contrats : celle du code

Ici, c’est le contenu du contrat qui est pris en considération

1. Contrats synallagmatiques

Le contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les contractants s’obligent


réciproquement les uns envers les autres (art 2 CCCLIII). L’obligation de l’un a pour
contrepartie l’obligation de l’autre.

Exemple : Dans la vente, le vendeur s’oblige à transférer la propriété et à faire délivrance de


la chose vendue ; en contrepartie l’acquérir s’oblige à en payer le prix.

La majorité de contrats rentre dans cette classe.

2. Contrats unilatéraux

Le contrat est unilatéral, dit l’art 3, lorsqu’une ou plusieurs personnes sont obligées
envers une ou plusieurs autres sans que de la part de ces dernières il y ait d’engagement. Ici,
les obligations ne sont pas réciproques, une seule partie s’oblige à l’égard de l’autre qui reste
sans engagement.

Ex : La donation, le contrat de prêt, le dépôt gratuit, le mandat gratuit.

Il faut souligner la différence qui existe entre un contrat unilatéral et un acte


unilatéral : Un acte unilatéral est l’œuvre d’une seule volonté (Ex. Le testament) : par contre,
un contrat unilatéral est l’œuvre d’au moins deux parties différentes avec cette caractéristique
que l’obligation ne naît qu’à la charge d’une seule partie.

Un contrat unilatéral lors de sa formation, peut, en cours d’exécution donner naissance


à des obligations réciproques.

Exemple :

Le contrat de dépôt ou de mandat gratuit est en principe unilatéral (le dépositaire ou le


mandataire est seul tenu de restituer la chose ou de rendre compte). Mais, si le dépositaire (ou
le mandataire) fait des dépenses pour assurer la conservation de la chose (ou pour exécuter sa
mission en ce qui concerne le mandataire), il peut en exiger le remboursement de la part du
déposant ou du mandant : d’unilatéral, le contrat devient synallagmatique, mais
« synallagmatique imparfait ».
15

Selon une certaine analyse, ces contrats unilatéraux renfermeraient, dès leur formation, des
obligations éventuelles interdépendantes dont la réalisation leur conférerait un caractère
synallagmatique et les soumettrait aux règles spécifiques qui gouvernent l’exécution des
contrats synallagmatiques notamment l’exception d’inexécution et la résolution de l’article 82
du CCCL III15

Intérêt de la distinction

a) En matière de preuve, les règles sont différentes selon que l’on se trouve devant un
contrat synallagmatique (art 207) ou un contrat unilatéral (art 208) ;
b) Dans le contrat synallagmatique les obligations naissant à la charge de chacune des
parties se servent réciproquement de cause. Si l’une des parties n’exécute pas ses
obligations l’autre partie peut refuser d’exécuter les siennes en vertu du principe
(exceptio non adimpleti conctractus » ou exception d’inexécution).

3. Contrats à titre onéreux et contrats à titre gratuit.

Le contrat à titre onéreux est celui qui assujettit chacune des parties à donner ou à
faire quelque chose (art 6CCCLIII).

Cette définition est inexacte car elle est déjà connue du contrat synallagmatique.
L’erreur du code est compréhensible. En effet, les contrats synallagmatiques sont
généralement des contrats à titre onéreux comme les contrats unilatéraux qui sont
généralement à titre gratuit. Mais, l’inverse n’est pas vrai. Tous les contrats à titre onéreux ne
sont pas nécessairement synallagmatiques.

Ex. Le prêt à intérêt en vertu duquel le prêteur agit en vue de retirer un intérêt de son argent,
l’emprunteur s’engage en vue de jouir de la somme qui lui a été remise et de la restituer.

Disons d’abord que la distinction des contrats à titre onéreux et à titre gratuit se
rattache au but poursuivi par le cocontractant. Dans les contrats à titre onéreux, celui qui
s’oblige le fait en vue d’obtenir de son contractant un avantage correspondant à celui qu’il lui
procure, c’est donc du donnant-donnant. Il s’engage à fournir une prestation parce qu’il espère
en contrepartie un avantage donné.

Exemple :

 Dans le contrat de prêt à intérêt, contrat unilatéral à titre onéreux, l’emprunteur


s’engage en vue de jouir de la somme qui lui a été remise.
 Dans une vente, le vendeur escompte bénéficier du prix de la chose.

Dans le contrat à titre gratuit, ou contrat de bienfaisance, (art 5, CCCL II) la


personne qui s’oblige ne s’attend en retour à aucun avantage. Dans ce contrat, l’une de parties
procure à l’autre un avantage purement gratuit, son comportement est caractérisé par
l’intention libérale de bienfaisance (l’animus donandi).
15
Ch. LARROUMET, Op. cit., pp159 et ss ;F.Terré et alii, Op,cit, n°62
16

Ex : Donation entre vifs, prêt d’argent sans intérêt, dépôt non salarié (ou commodat ou dépôt
gratuit).
Le contrat à titre gratuit est aussi appelé contrat désintéressé ou contrat de coup de
main.

Intérêt de la distinction

c) Les contrats de bienfaisance sont généralement présumés faits intuitu personnae, c’est-
à-dire en considération de la personne à laquelle on veut rendre service.
d) La responsabilité du débiteur est en général appréciée de façon moins sévère dans le
contrat à titre gratuit.
4. Contrats commutatifs et contrats aléatoires

Ici, il s’agit d’une subdivision des contrats à titre onéreux

a) Les contrats commutatifs : Ce sont des contrats à titre onéreux dans lequel
l’avantage poursuivi par chacune des parties et d’ores et déjà susceptible d’être
apprécié par elle.

Ex : La vente d’un objet déterminé à un prix déterminé.

b) Contrats aléatoires : Le contrat est aléatoire lorsque l’avantage consiste dans la


chance de gain ou de perte d’après un événement incertain.

Ex. Le contrat d’assurance : vous me payez la prime et je vous indemniserai lorsque le risque
se produira (sinistre).

Intérêt de la distinction

Le seul intérêt de cette distinction réside dans le fait que les contrats réellement
aléatoires ne sont pas susceptibles d’encourir la sanction pour cause de lésion.

5. Contrats consensuels, solennels et réels

Cette distinction n’est pas expliquée par le code, mais elle est traditionnelle. Elle se
fonde sur les modalités des contrats.

a) Contrats consensuels : Ce sont ceux qui se forment uniquement par l’accord des
parties sans qu’aucune forme spéciale ne soit exigée. C’est la règle contenue dans
l’article 33 : (« solus consensus obligat »).
b) Contrats solennels : Ce sont ceux pour la validité desquels la loi exige que le
consentement soit donné en certaines formes consistant souvent en la rédaction d’un
acte authentique.

Ex : la vente immobilière, le mariage, contrat d’hypothèque


17

e) Contrats réels : Ce sont ceux qui, outre le consentement requièrent pour leur
formation la remise de la chose.

Ex. Le prêt, le dépôt.

6. Les contrats à exécution instantanée et les contrats successifs

Cette catégorie n’est pas expliquée par le code, mais elle est traditionnelle.

Un contrat est dit instantané ou à exécution instantanée lorsqu’il donne naissance à


des obligations susceptibles d’être exécutées par une seule prestation.

Ex : la vente d’un objet ; le mandat portant sur une seule exécution.

Un contrat est dit successif lorsqu’il comporte l’exécution d’obligations répétées,


s’échelonnant dans le temps. Les contractants se lient pour une certaine durée déterminée ou
indéterminée.

Exemple. Le contrat de travail, contrat de bail, contrat de société.

Il est intéressant de connaître cette distinction car l’on verra par exemple que les effets
de la résolution pour inexécution subissent une restriction notable lorsqu’on est en présence
d’un contrat à exécution successive.
§2. Classifications modernes des contrats

Ces classifications sont nées des transformations subies par la notion même de contrat
du fait du déclin des principes individualistes. Les unes concernent la formation du contrat,
les autres ses effets, sa structure ou la qualité des contractants.

1. Contrats de libre discussion, contrats d’adhésion, contrat types et conditions


générales d’affaires
a) Contrat de libre discussion

Cette catégorie désigne le contrat où les parties discutent librement de toutes les
clauses du contrat. Ce genre de contrat est aussi appelé contrat de gré à gré. Après en avoir
négocié les termes, les parties parviennent à un accord en principe équilibré. Chaque individu
étant le meilleur juge de ses intérêts comment pourrait-il au demeurant consentir à un contrat
qui lui porte préjudice ?

Raisonner de cette façon jusqu’à l’excès c’est oublier qu’égaux en droit, les hommes
ne le sont pas en fait. Puissants et humbles, riches et pauvres, habiles et maladroits, savants et
ignorants coexistent dans toute société.

La liberté contractuelle devient alors le moyen pour les premiers d’imposer aux
second des conditions draconiennes. Aussi bien certains ont-ils dénoncé au début du XXème
S la menace que représentaient pour la justice contractuelle les contrats d’adhésion.
18

b) Contrat d’adhésion

L’expression contrat d’adhésion a été prononcée par SALEILLES pour désigner faute
de mieux le contrat dans lequel il y a prédominance exclusive d’une seule volonté agissant
comme une volonté unilatérale qui dicte sa loi non plus à un individu mais à une collectivité
déterminée et qui s’engage déjà par avance unilatéralement sauf adhésion de ceux qui
voudraient accepter la loi du contrat et s’emparer de cet engagement créé sur soi-même. Le
contrat d’adhésion est donc celui dont le contenu a été fixé totalement ou partiellement de
façon abstraite et générale avant la période contractuelle. C’est le contrat dont les conditions
ont été déterminées à l’avance et unilatéralement par la partie économiquement forte et qui les
propose à l’autre partie sans possibilité pour cette dernière de les discuter et à fortiori de les
faire modifier.

Exemple. Le contrat de transport, le contrat d’assurance.

Mais, il arrive parfois que les clauses du contrat ne soient l’œuvre d’aucune des parties
au contrat. Il s’agit dans ce cas de contrat type ou de contrat standard. Ex : Le contrat type de
location.16

Le contrat d’adhésion est donc celui dont le contenu a été fixé totalement ou
partiellement de façon abstraite et générale avant la période contractuelle. C’est le contrat
dont les conditions ont été déterminées à l’avance et unilatéralement par la partie
économiquement forte et qui les propose à l’autre partie sans possibilité pour cette dernière de
les discuter et à fortiori de le faire modifier.

c) Conditions générales d’affaires

D’une manière générale, l’expression « conditions générales » vise les clauses


rédigées avant la conclusion des contrats individuels dans lesquels elles sont destinées en
principe à s’intégrer. Les conditions générales sont toutes les conditions qui sont formulées
pour une multitude des contrats et qui sont imposées par l’une des parties au contrat à l’autre
partie lors de la conclusion de celui-ci.

Exemple :

- Les conditions générales élaborées par l’une des parties à la transaction


- Les conditions générales élaborées par un groupe de parties qui sont dans la même
situation, tels que les vendeurs, les transporteurs, les expéditeurs, les employeurs.

2. Distinction entre les conditions générales, les contrats d’adhésion et les contrats
types
a) Conditions générales et contrats d’adhésion

16
Ce contrat a été élaboré par l’Arrêté ministériel Cab/Min/TPAT.UH/025/ZM/99 du 16 décembre 1999.
19

Les conditions générales ressemblent au contrat d’adhésion, elles en constituent


d’ailleurs des variétés lorsqu’elles sont imposées par l’une des parties en position de force sur
le marché.

b) Conditions générales et les contrats types

Dans le contrat type, il est admis que l’utilisation des clauses spécifiques lieu à
négociation et très souvent, il existe des clauses différentes adaptées à des situations
différentes. Par contre, les clauses contenues dans les conditions générales élaborées par l’une
des parties au contrat ou par un groupe de parties ne sont pas en principe négociables. Cette
distinction n’est cependant pas rigoureuse.

3. Contrat individuels et contrats collectifs

Cette catégorie met en relief les effets du contrat. Dans la conception classique, les
contrats sont en principe individuels, c’est-à-dire qu’ils ne font naître d’obligations qu’à
l’égard des personnes mêmes qui y sont intervenues. Mais le droit moderne connaît de plus en
plus à côté de ces contrats individuels des contrats conclus par deux ou plusieurs personnes,
mais qui tiennent une collectivité ou les membres d’un groupe plus ou moins important de
personnes qui n’y ont pas participé : ce sont des contrats collectifs.

Ex : contrat d’assurance de responsabilité, la stipulation pour autrui 17, convention collective


de travail.

4. Contrat multilatéraux et opérations juridiques à trois personnes18


a) Les contrats multilatéraux : Un contrat multilatéral est un contrat dans lequel il y a
plus de deux créanciers ou plus de deux débiteurs, mais tous les créanciers ou tous les
débiteurs seront dans la même situation juridique les uns envers les autres : il y a co-
titulaire quant à la qualité de débiteur ou à celle de créancier.

Exemple :

 La convention collective de travail conclue entre un ou plusieurs patrons ou bien un


syndicat patronal avec un syndicat ouvrier
 La vente d’une chose indivise dans laquelle tous les indivisaires consentent à la vente
et ont la même qualité de vendeur.
b) L’opération juridique à trois personnes : il s’agit d’un acte juridique différent du
contrat multilatéral. C’est un acte qui va avoir pour effet de placer chacune des trois
personnes intéressées dans une situation juridique différente envers les autres.

17
Ch. Larroumet, Op cit, P.98, n°119
18
Idem, p 68, n°78
20

Il y a deux types différents d’opérations juridiques à trois personnes :

1° Les opérations fondées sur les volontés des trois personnes :

Les volontés des trois personnes interviennent pour la formation de l’acte juridique qui
les placera dans une situation différente les unes envers les autres.

Exemples :

- La délégation : une personne, que l’on appelle le délégué, s’oblige, sur instruction
d’une autre personne, (le délégant) envers une troisième (le délégataire), le délégué,
n’est pas un représentant du déléguant, auquel cas l’opération serait réduite à deux
personnes.

Dans la délégation, le consentement des trois personnes intervient. Le déléguant donne


un ordre au délégué ; ensuite le délégué accepte cet ordre en s’engageant envers le
délégataire ; enfin le délégataire accepte l’engagement du délégué. Aucune de trois personnes
n’est placée dans la même situation que les autres.

En effet, le délégué, en vertu de la délégation, est débiteur du délégataire (le plus


souvent c’est parce que le délégué est débiteur du déléguant qu’il accepte de s’engager envers
le délégataire sur l’ordre du déléguant). Cette dette du délégué envers le délégant est
extérieure à la délégation et elle ne résulte pas de la délégation elle-même. Ensuite, le
délégataire est créancier du délégué. Ici encore, le plus souvent, le délégataire est aussi
créancier du déléguant et c’est parce qu’il est créancier du déléguant qu’il acceptera que le
délégué s’engage à son profit sur l’ordre du délégant. Mais là encore la créance du délégataire
envers le déléguant est extérieure à la délégation et ne résulte pas de celle-ci ; elle justifie
économiquement l’opération de la même façon que la dette du délégué envers le déléguant,
mais elle ne la caractérise pas juridiquement.

- La lettre de change ou traite : opération commerciale dans laquelle interviennent un


tireur, un tiré et un bénéficiaire.
2° Les opérations fondées sur les volontés de deux seulement de trois personnes
- La stipulation pour autrui
- L’assurance de responsabilité (voir tempérant principe de l’effet des contrats.

5. Contrat égalitaires et contrats de consommation

L’idée qui sous-tend cette distinction est simple : les professionnels sont
traditionnellement en position de supériorité par rapport aux consommateurs en raison de
meilleures connaissances techniques et de capacités financières plus importantes.

L’expression « contrat de consommation » désigne les contrats qui, parce que


conclus entre professionnels et consommateurs, sont soumis à un ensemble de règles ayant
21

pour objet la protection de ceux qui sont en position d’infériorité (les consommateurs) par
rapport à leurs contractants (les professionnels).

A ces contrats, on oppose les contrats égalitaires qui sont ceux conclus entre
professionnels où entre consommateurs. Les contrats égalitaires relèvent du droit commun en
ce sens qu’il n’y existe pas, en principe, de cause structurelle d’inégalité.

La notion de consommateur est difficile à cerner.

Au sens strict : le consommateur est le particulier qui conclut un contrat de


fourniture de biens ou de services pour la satisfaction d’un besoin personnel ou familial. Cette
notion peut également être entendue de façon plus compréhensive et englober dans la
catégorie des personnes protégées, les professionnels qui, tout en poursuivant la satisfaction
d’un intérêt professionnel, sont dépourvues de compétence quant au contrat qu’ils concluent.19

6. Contrat égalitaire et contrat de dépendance

La notion de contrats de dépendance est évoquée lorsqu’une entreprise est inféodée à un


partenaire puissant au point qu’elle n’a pas d’alternative et dépend totalement pour son
existence des relations privilégiées qu’elle a nouée avec celui-ci :

Exemple : Certains sous-traitants dans le secteur de la production ou certains distributeurs


dans le domaine de la distribution.

7. Contrat complexe, groupe de contrats, contrat-échange et contrat-organisation20


1° Le contrat complexe : est une opération qui résulte de la combinaison de plusieurs
contrats spéciaux

Exemple : Le contrat de crédit-bail :

Forgé par la pratique américaine sous le nom de leasing, le crédit-bail se présente


schématiquement ainsi : une personne désireuse de disposer d’un bien (meuble ou immeuble)
qu’elle ne peut payer comptant, le fait acheter par une entreprise de crédit-bail qui le lui loue
pour une période correspondant à la durée normale de l’amortissement, à l’expiration de cette
période, elle dispose d’une option : acheter le bien pour sa valeur résiduelle, le restituer, ou
éventuellement demander le renouvellement de la location. Le crédit-bail résulte de la
juxtaposition de trois éléments : l’achat d’une chose, la location de cette chose, une promesse
unilatérale de vente.

2° Le groupe de contrats : c’est une figure juridique nouvelle mise en évidence par la
doctrine au cours des années soixante-dix. L’expression vise des contrats qui, tout en
étant liés entre eux, conservent leur individualité. Le groupe de contrats associe
plusieurs contrats sans en faire, à la différence du contrat complexe, un contrat unique.
19
Terré (F.) et alii, op cit, n°69
20
Terré (F.) et alii, op cit,
22

La chaîne de contrats est formée des contrats qui sont unis parce qu’ils portent sur la
même chose, en tout ou en partie.

Exemple : Ventes successives telles que du fabricant ou grossiste, du grossiste ou détaillant,


du détaillant ou consommateur.

3° Contrat-échange et contrat-organisation
- Reposant sur un accord de volonté, les contrats ont le plus souvent pour objet de
réaliser une permutation de biens ou de services. Pour désigner cette réalité, on
emploie parfois l’expression de « contrat-échange ».

Exemple : La vente, le louage

- Les contrats-organisation ont, quant à eux, pour objet de réaliser, non une permutation
de biens ou de services, mais une « agrégation de biens et de services » en vue
d’atteindre un certain but. Souvent mais non toujours, la poursuite de ce but passera
par la création d’une personne morale.

Exemple :

 Le contrat de société par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre en


commun des biens ou leur industrie en vue de faire des bénéfices et de se les partager ;
 le contrat d’association.
23

Chapitre II. CONDITIONS DE VALIDITÉ ET DE FORMATION DES CONTRATS

Les conditions essentielles pour l’existence et la validité de tout contrat sont :

 Le consentement des parties ;


 La capacité de contracter ;
 Un objet certain et licite ;
 Une cause licite (article 8, CCCLIII qui apparaît dans l’art 33 par les termes
« légalement formé »).

Tout contrat qui ne respecterait pas l’une de ces conditions ne serait pas légalement
formé et ne sortirait pas les effets juridiques escomptés.
Section 1. LE CONSENTEMENT

Le CCCL III en ses articles 9 à 18 n’aborde que la question de divers vices de


consentement ; mais il y a lieu d’examiner le consentement en lui-même, c'est-à-dire son
existence et son mode d’expression.
§1. Le consentement en lui-même

La notion de consentement examine ces aspects :

 De qui doit émaner le consentement ?


 Dans quelle mesure le consentement est-il nécessaire et sur quoi doit-il porter ?
 En quelle forme doit-il être exprimé ?
 A quel moment précis et à quel lieu le concours des volontés est-il réalisé ?

A. De qui doit-il émaner

Le consentement doit émaner de toutes les personnes parties au contrat, créancières


comme débitrices. Chacune de ces personnes doit pouvoir manifester sa volonté de contribuer
à la naissance du contrat et d’en accepter les effets. Mais, il n’est pas exigé que seule la
personne au contrat y intervienne de façon exclusivement personnelle : la représentation est
admise en matière contractuelle. Une personne peut en effet passer un contrat par
l’intermédiaire d’un représentant, c'est-à-dire d’une personne qui contracte au nom du
représenté en vertu du pouvoir qu’elle a soit de la loi soit d’un contrat avec le représenté.
Dans le premier cas, on parle du mandat légal, dans le second, du mandat conventionnel.

S’il est possible d’être représenté dans un contrat, est-il possible aussi de passer un
contrat avec soi-même ?

Le contrat avec soi-même est possible : mais il n’est pas licite dans toutes les
hypothèses. La loi interdit généralement de tels contrats lorsqu’il est présumé que l’individu
qui prétend agir ainsi ne défendra pas de façon légale les deux groupes d’intérêt. Il sacrifiera
un groupe au profit de l’autre. Ce contrat suppose que l’individu qui contracte ainsi avec lui-
même agit en des qualités différentes en fonction d’intérêts juridiquement distincts. En
24

interdisant de tels contrats, le législateur veut protéger ainsi les intérêts de personnes absentes,
à savoir les enfants mineurs et les mandants.

Exemple :

- Le mandataire chargé de vendre


- Le tuteur d’un mineur qui voudrait acquérir les biens du mineur
- Deux sociétés veulent contracter et le même gérant consent au nom de ces sociétés.

Mais en dehors des prohibitions particulières du contrat avec soi-même, dès l’instant
où celui-ci est analysé comme un contrat et non comme un acte unilatéral, il doit en être
considéré comme valable en vertu de la liberté contractuelle.
B. Nécessité et portée du consentement
Pour qu’il y ait contrat, il faut que les deux parties manifestent clairement et librement
leur intention et leur volonté de se lier, leur volonté d’accepter le contenu de leur contrat.
Il y a lieu de noter que si le principe de la libre discussion des clauses du contrat
explique la nécessité du consentement dans la majorité de contrats, il est des exceptions où la
libre discussion est restreinte.

Exemple. Contrat d’adhésion

C’est le cas aussi de certaines atteintes à la liberté de contracter comme :

 Les avant-contrats ou promesses de contracter : la partie qui promet n’est plus libre,
elle doit se réserver pour la personne à laquelle elle a promis de contracter. Cette
promesse de contracter peut-être unilatérale ou bilatérale.
Ce dernier cas constitue un véritable contrat.
 Les promesses de ne pas contracter. Ex : Contrat d’exclusivité.
 Les interdictions du refus de contracter : dans certains pays, la loi interdit à un
membre d’une profession de refuser de passer un contrat avec un client. Ex. le
pharmacien.
 Les contrats imposés : Ex. le contrat d’assurance obligatoire.

C. La forme du consentement
1° Le consensualisme

On peut dire que la matière du contrat est aujourd’hui dominée par le principe du
consensualisme. En règle générale, le contrat naît, sauf lorsqu’il est solennel ou réel, dès qu’il
y a accord de volonté, dès qu’il y a consensus : d’où le fameux adage « solus consensus
obligat ». Et sauf pour le contrat solennel, le consentement peut prendre n’importe quelle
forme : un geste, une parole, un écrit. S’il est vrai que le seul consentement suffit pour qu’il y
ait contrat sans exigence de quelques formes particulières, il faut tout au moins que ce
consentement soit exprimé. A cet égard, il convient de discerner deux éléments dans le
consentement :
25

 Un élément interne : la conscience des éléments du contrat envisagé et l’intention de


les réaliser ;
 Un élément externe : la manifestation extérieure de l’intention de contracter, c'est-à-
dire l’expression de la volonté.

Les deux éléments de consentement peuvent être contradictoires. Dans ce cas quelle
sera la solution à suivre ?

Exemple :

Il y a doute quelconque quant à la volonté des parties sur un élément de leur contrat.
La question est de savoir si c’est la volonté réelle (aspect interne) ou la volonté déclarée
(aspect externe) qui va orienter le juge.

La doctrine est trop controversée quant à la solution à suivre. Une certaine doctrine
affirme que c’est la volonté déclarée qui doit orienter le juge (doctrine allemande) ; une autre
pense que c’est la volonté réelle qui doit l’orienter (doctrine franco-belge).

La jurisprudence congolaise s’est inspirée de la conception classique franco-belge


selon laquelle, en cas de doute, le juge se réfère à la volonté réelle des parties. 21Nous pensons
que c’est ce qu’affirme l’article 54,CCCL III.
2° Du silence comme manifestation de volonté
L’on se demande parfois si le silence gardé par une personne vaut de sa part
manifestation de la volonté et peut l’engager dans le contrat.
Principe : La réponse à cette question est généralement négative contrairement à l’adage
« qui ne dit mot consent ».
Exception : Dans certains cas particuliers, le silence vaut manifestation de volonté :

c) Le cas de la tacite reconduction reconnue par la loi à certains contrats successifs


arrivés à expiration. Ex. : Contrat de bail, contrat de travail.
d) Le cas du silence gardé par le destinataire d’une offre, considérée par la jurisprudence
française comme valant acception lorsque l’offre a été faite dans l’intérêt exclusif du
destinataire.
3° Formes autres que les formes solennelles.

Certains contrats sont soumis à certaines formes qu’il faut se garder de confondre avec
les formes solennelles.

a) Les formes habilitantes : Il s’agit des autorisations préalables exigées pour qu’un
incapable ou son représentant puissent valablement passer le contrat. L’absence de ces

21
Elis., 30 Août 1924, RJC. I. p3 ; Léo, 22 janvier 1929, Rév. Doct. Jur. Col., 1930-1931, p.68 ; Elis., 19 janvier
1932, RJC, p.207, citée par KATUALA KABA KASHALA, Op-cit, p.36, art.3, n°8
26

formes entraîne une nullité relative alors que celles des formes solennelles entraînent
une nullité absolue.

Exemple : Art 231du code de la famille : « le tuteur ne peut ni faire voyager les mineurs plus
de 3 mois hors du territoire national ni l’émanciper, ni encore passer sur ses biens aucun acte
excédent la simple administration, sans l’autorisation du tribunal pour enfant, le conseil de
famille entendu. »

b) Les formes probantes : Il s’agit des formalités accomplies par les parties si elles
veulent se ménager la preuve de leur contrat.
c) Exemple : Art 217 CCCL III qui exige un écrit lorsque la convention porte sur une
somme de 2000 FC. Si on « n’accomplit pas cette formalité, le contrat reste valable »
(on n’est donc pas devant une formalité solennelle). Les parties encourent seulement
une difficulté de preuve parce qu’en cette matière, la loi n’admet pas la preuve
testimoniale et la preuve par présomption.

D. La réalisation du concoures de volonté


1° Introduction

Le contrat, nous l’avons dit, suppose l’accord de volonté. A quel moment et à quel lieu
se réalise ce concours de volonté ?

 Lorsque la conclusion du contrat se fait en un seul trait de temps, il n’a aucun


problème parce que le concours de volonté se réalisera au moment même de cette
conclusion du contrat et à ce lieu-là.

Exemple :

 Le cas ordinaire de contrat conclu entre parties présentes ou représentées ;


 Le cas de contrat conclu par téléphone entre les deux parties intéressées.

Dans ces 2 exemples, le concours de volonté est instantané, sauf en ce qui concerne le lieu.

 La situation change lorsque la manifestation de volonté doit être faite en deux ou


plusieurs phases : l’une des parties faisant une offre ou pollicitation, l’autre partie
devant accepter cette offre. Ex. Le cas de contrat par correspondance.

Si, en pratique, le concours de deux volontés est précédé de nombreux pourparlers


aboutissant à de nombreuses offres en partie acceptée et en partie rejetée, l’on peut affirmer
d’une façon schématique que ce concours se réalise lorsque l’offre est acceptée.
2° L’offre ou pollicitation, quid ?

L’offre ou pollicitation est une proposition de contracter à certaines conditions


adressées à une personne ou à des personnes déterminées ou indéterminées.

Ex :
27

- L’offre au public par annonce ou par affiche (offre expresse) ;


- Le cas d’un commerçant qui place à l’étalage un objet avec un prix (offre tacite).
 Caractéristiques de l’offre

Au sens juridique du terme, l’offre doit être à la différence d’une simple proposition
des pourparlers :

- Ferme, c'est-à-dire l’offrant doit exprimer une volonté bien nette de conclure le contrat
si son offre est acceptée. C’est une détermination de conclure le contrat ;
- Non équivoque, c'est-à-dire elle doit être exempte de quelque doute ;
- Précise et complète, c'est-à-dire contenir tous les éléments du contrat à conclure de
façon en ce que les contractants agissent en connaissance de cause.

 Effets de l’offre avant son acceptation

Tant que l’offre n’a pas été acceptée, le contrat n’est pas encore formé. A-t-elle quand
même un certain effet obligatoire ? Les solutions dans la législation comparée sont
controversées :

 Selon le code civil allemand, l’offrant (pollicitant) se trouve toujours lié par le seul
effet de son offre et doit donc la maintenir pendant un certain délai (volonté
déclarée).
 Les codes civils français, belge et congolais sont muets à ce sujet. La doctrine et la
jurisprudence françaises qui ont influencé notre droit ont dégagé un principe
inverse au principe allemand : l’offre n’a en règle générale aucun effet obligatoire
pour le pollicitant.

Les conséquences de ce dernier principe sont :

- L’offre non encore acceptée est révocable par l’offrant.


- L’offre est caduque si le pollicitant meurt ou devient incapable avant l’acceptation.

Exceptions :

- L’offre n’est pas révocable en cas de promesse de contracter (l’avant-contrat) car, ici,
les parties sont pratiquement engagées. Il s’agit surtout de la promesse bilatérale de
contracter. Ex. l’art 270 du CCCLIII dit ceci : « La promesse de vente vaut vente,
lorsqu’il y a consentement réciproque de deux parties sur la chose et sur le prix ».
- Lorsqu’un délai est prévu expressément ou lorsqu’il est présumé suivant les usages
liés à la nature et aux circonstances du contrat escompté, la révocation de l’offre n’est
pas possible. On admet même qu’en cas de mort de l’offrant, ses héritiers resteraient
tenus jusqu’à expiration du délai.
28

3° L’acceptation

Lorsque l’offre est acceptée sans réserve, l’on peut considérer que le contrat est
définitivement formé. Mais la question demeure, à quel moment précis peut-on dire qu’il y a
acceptation.

La réponse réservée à cette question revêt un intérêt pratique et théorique considérable.

 En droit international privé, c’est de cette question que l’on pourra déterminer le
moment de la formation du contrat avec les questions connexes de la connaissance des
lois applicables et de la capacité des parties ;
 En droit procédural, cette question nous permet de déterminer le lieu de la formation
du contrat avec la question connexe de la compétence territoriale des juridictions.

Les solutions proposées pour résoudre cette question sont :


 Les unes prétendent que le contrat se forme quand l’acceptation est émise : c’est le
système de l’émission ;
 Les autres qu’il n’est conclu qu’au moment où l’acceptation a été portée à la
connaissance de l’offrant : c’est le système de la réception ou de l’information.

A ces deux théories principales s’ajoute une 3 ème position doctrinale selon laquelle la
solution ne peut être recherchée que dans l’intention des parties.

1° Le système de déclaration

Certains affirment que l’acceptation a lieu au moment où l’acceptant déclare vouloir


accepter.

Ex : le moment de la signature de cette acceptation.

Fondement du système de déclaration

 Dispositions du code relatives à la stipulation pour autrui (art 21 CCCL III) : « on peut
pareillement stipuler au profit d’un tiers lorsque telle est la condition d’une stipulation
que l’on fait pour soi-même ou d’une donation que l’on fait à un autre. Celui qui a fait
cette stipulation ne peut plus la révoquer si le tiers a déclaré vouloir en profiter ».
 Le mandant (art 527 al 2) qui admet que l’acceptation du mandat peut être tacite et
n’être pas connu du mandant. L’acceptation tacite lie le mandant au mandataire
comme dans l’hypothèse précédente où il suffit que le tiers accepte la stipulation pour
que celle-ci soit valable.

Cette théorie de la déclaration a été critiquée. On a estimé qu’elle laissait trop


dépendre la formation du contrat du vouloir du destinataire de l’offre qui pourra à son gré
expédier sa lettre d’acceptation, en retarder l’envoi ou la détruire. Bien plus, la preuve de la
déclaration peut paraître difficile, d’où une deuxième variante de la théorie de l’émission.
29

2° Système de l’expédition

Certains ont préféré fixer le moment de la formation du contrat à celui où l’acceptant


se dessaisit de son acceptation et ne peut plus revenir sur elle.

Exemple :

En mettant une lettre à la poste ou en expédiant un télégramme, un fax ou un E-mail,


pour l’adresser à l’offrant. Cette théorie est non sans inconvénient parce que l’acceptant peut
toujours revenir sur sa décision en atteignant l’offrant par un procédé plus rapide que sa lettre,
son télégramme ou son e-mail ou son fax et paralyser l’effet de la 1èacceptation.

Ex. Au lieu d’une lettre postale, on peut envoyer un fax.

3° Système de la réception

Selon ce système, le contrat n’est formé qu’au moment et au lieu où l’offrant a eu


connaissance de l’acceptation de son offre. Certains, plus exigeants, ont affirmé que l’offrant
doit personnellement et de façon directe, réceptionner l’acceptation et doit être matériellement
informé de cette acceptation par exemple la lettre par laquelle l’acceptant marque son accord :
c’est le système de l’information.

Mais, pour contourner les difficultés de preuve à savoir que l’offrant a effectivement
eu la lettre d’acceptation et le moment précis où il l’a fait, l’on a assorti le système de la
réception d’un correctif qui en facilite la mise en œuvre : le contrat est formé dès l’instant que
l’acceptation arrive chez l’offrant et celui-ci est présumé en avoir eu connaissance aussitôt. En
ce moment, l’acceptant est désormais dans l’impossibilité de revenir sur sa décision.

Fondement du système : La donation

Il se fonde sur un texte du code civil français, lequel a été reproduit par l’art 875 du
code de la famille congolaise aux termes duquel la donation n’a d’effet à l’égard du donateur
qu’à la date à laquelle l’acceptation du donataire lui a été notifiée.

Une troisième tendance Considère que la solution ne doit être recherchée que dans
l’intention des parties ou à défaut dans la nature du contrat.

Ex : Les commandes avec ordre de livrer n’exigent pas acceptation.


30

4° Jurisprudence

Notre jurisprudence semble s’orienter vers le système de la réception.

 C’est ainsi qu’il a été décidé qu’une lettre modifiant une pollicitation envoyée
télégraphiquement ne peut avoir cet effet que si elle parvient au destinataire avant
l’arrivée chez le pollicitant de l’acceptation du destinataire du télégramme 22.
 Que dès le moment où dans une convention conclue par correspondance l’acceptation
sans réserve parvient au pollicitant, l’accord est conclu définitivement et la
notification ultérieure à celui-ci que la convention ne peut être conclue est
inopérante.23
 Quel que soit l’avancement des pourparlers poursuivis entre parties, un contrat n’est
définitivement formé que lorsque l’acceptant a, par lui-même ou par mandataire
qualifié, porté son consentement à la connaissance du pollicitant.24

§2. Les vices du consentement

Il n’y a point de consentement valable si celui-ci n’a été donné que par erreur ou s’il a
été extorqué par violence ou surpris par dol (art 9).

L’erreur, la violence, le dol sont donc les vices du consentement. Dans certains cas, il
faut aussi ajouter la lésion. Ces vices enlèvent au consentement toute sa valeur car il n’y a
plus véritablement volonté de s’obliger de la part du contractant qui en est la victime. C’est
pourquoi, la loi, pour protéger cette victime, lui permet de demander l’annulation du contrat.

Les vices du consentement sont : l’erreur, la violence, le dol et la lésion.


A. L’erreur
1. Notion

L’erreur est une représentation fausse ou inexacte que se fait un contractant d’un des
éléments du contrat. Certaines erreurs plus graves entraînent la destruction du consentement et
partant la nullité absolue du contrat. D’autres ne font que vicier le contrat et entraînent ainsi
une nullité relative. Une 3ècatégorie d’erreur n’a quant à elle aucun effet sur la validité du
contrat.

1. Classification

a. L’erreur destructrice du consentement

Les erreurs destructrices du consentement ne sont pas prévues par le code. Elles
détruisent complètement le contrat et l’empêchent même de se former. C’est pourquoi on les
appelle des erreurs obstacles. Il s’agit :
22
Léo 3 sept 1925 jur. Col. 1929 p. 84
23
Léo 14 mai 1929 jur. Col ? 1930-1931 p.146
24
Sentence arbitrale 22 janv. 1932 jur. Col. 1932-1933 p.23.
31

- De l’erreur sur la nature du contrat (error in negotio)


- De l’erreur sur l’identité de l’objet (error in corpore)
- De l’erreur sur la cause.

a.1. L’erreur sur la nature du contrat (error in negotio)

On suppose ici que les deux parties n’ont pas en vue le même contrat.

Ex. L’une des parties croit acheter alors qu’il s’agit en réalité pour l’autre d’un simple bail.

Sanction :

Logiquement il faut dire qu’il y a absence totale de consentement entraînant donc une
nullité absolue.
a.2. L’erreur sur l’identité de l’objet du contrat (error in corpore)

Il s’agit ici d’un malentendu à la suite duquel chaque partie a en vue une chose
différente.

Ex. Un client a cru acquérir telle maison située sur l’avenue du lac alors que le vendeur lui
avait en vue une de ces maisons en bois située à Kibwe.
a.3. L’erreur sur la cause du contrat

L’art 30 du CCCL III a affirmé qu’en cas d’erreur sur la cause, le contrat n’aura aucun effet.

La cause du contrat c’est la raison déterminante qui a amené les parties à contracter.

Ex. :

- Assurer un véhicule alors qu’il l’était déjà ;


- S’engager à subvenir aux besoins d’un enfant né hors mariage en croyant qu’on était
son père, alors qu’il n’en était rien.
b. Erreurs-vices du consentement

D’après l’art 10 CCCL III, l’erreur vicie le consentement et entraîne la nullité relative
du contrat lorsqu’elle porte sur la substance de la chose qui en est l’objet et sur la personne en
cas de contrat intuitu personae. Il faut aussi y ajouter l’erreur de droit.

b.1. L’erreur sur la substance de la chose

Suivant une conception ancienne, certains auteurs considéraient que l’erreur sur la
substance ne pouvait être que l’erreur sur les éléments entrant dans la composition physique
de cette chose : c’est la thèse dite objective.
32

Ex :

- Acheter un pot de bois alors qu’on croyait qu’il était en argile ;


- Acheter un couvert qu’on croyait en argent alors qu’il était en cuivre argenté ;
- Acheter une chaînette qu’on croyait en or alors qu’elle est en aluminium doré.

Mais à l’heure actuelle, la jurisprudence entend par erreur sur la substance de la chose,
l’erreur qui tombe sur la qualité de la chose que la partie a eu principalement en vue, c'est-à-
dire la qualité dont l’existence supposée a été déterminante de son consentement ; c'est-à-dire
encore celle sans laquelle elle n’aurait pas contracter. Cette jurisprudence introduit un élément
subjectif dans la conception de l’erreur sur la substance de la chose.

Ex :

 J’achète tel mobilier d’art croyant qu’il est de telle époque alors qu’il n’en est rien ;
 J’achète telle œuvre d’art croyant qu’elle est réalisée par tel artiste, alors qu’il n’en est
rien.
 J’achète une poupée croyant qu’elle provient du japon, alors qu’elle a été réalisée par
imitation à Kampala (piraterie).
b.2. L’erreur sur la personne

L’erreur sur la personne n’est causée de nullité du contrat que lorsque la considération
de cette personne était déterminante pour s’engager. On dira d’une façon générale que l’erreur
sur la personne entraîne en cas de contrat intuitu personae la nullité du contrat.

Ex :

 Dans le contrat de bienfaisance, dans le contrat de société des personnes.


 Dans certains contrats de bail, la considération de la personne peut être aussi
déterminante.

De même que pour l’erreur sur la substance, la partie actionnée en nullité doit avoir
connu ou dû connaître l’importance attachée par son cocontractant à la considération de
l’identité et de qualité de la personne.
b.3. L’erreur sur le droit ou erreur de droit

En plus de l’erreur sur la substance de la chose et de l’erreur sur la personne prévue


par l’art 10 et qui sont des erreurs de fait, la doctrine a prévu une 3 è erreur qui vicie le
consentement : l’erreur de droit qui est celle qui consiste dans le fait d’ignorer une
prescription légale.

Exemple :
33

 Un héritier qui cède à vil prix ses droits successoraux parce qu’il s’est trompé sur
l’étendue de la part héréditaire que la loi lui attribue (nul n’est censé ignorer la loi
n’est pas en application dans le droit des contrats).
 Acheter un terrain, y construire, dans l’ignorance d’un arrêté ministériel grevant la
zone d’une servitude non aedificandi.

En droit écrit, l’erreur de droit peut porter aussi sur une règle juridique qui avait
constitué le motif déterminant de l’engagement.

Ex. Le cas de celui qui prend l’engagement de réparer un dommage parce qu’il se croyait
juridiquement responsable.

Conséquences juridiques de l’erreur de droit

On admet depuis longtemps que l’erreur de droit, lorsqu’elle a été la cause principale
et déterminante d’une obligation, peut entraîner la nullité relative du contrat au même titre que
l’erreur de fait.

La maxime « nul n’est censé ignorer la loi » n’a de valeur qu’en droit pénal acquilien
et public pour éviter que l’inculpé n’échappe à la répression en invoquant l’ignorance de la loi
ou n’échappe aux exigences de la protection de l’ordre public et des bonnes mœurs.

Toutefois, la loi elle-même exclut l’erreur de droit en deux cas particuliers :

 Art 591 en matière de transaction ;


 Art 232 en matière d’aveu (aveu judiciaire).

b.4. Conditions exigées pour l’annulation du contrat pour cause d’erreur

 Si l’erreur d’une partie ne doit pas nécessairement être commise par le cocontractant,
ce dernier doit avoir eu pleinement connaissance de l’erreur commise par l’autre partie
ou avoir dû la connaître ;
 L’erreur doit être excusable, c'est-à-dire celle que peut commettre aussi un homme
raisonnable placé dans les mêmes circonstances.

c. Les erreurs indifférentes

Ces erreurs n’ont aucune incidence sur la validité du contrat.

Exemple :

 L’erreur sur la personne si le contrat ne comporte pas d’intuitu personae ou, si tout au
moins la considération de la personne n’est pas la cause principale qui a déterminé la
conclusion du contrat.
 L’erreur sur la solvabilité du cocontractant.
34

B. Le dol (art 16 et 17 CCCL III)

Le dol est une cause de nullité de la convention lorsque les manœuvres pratiquées par
l’une des parties sont telles qu’il est évident que, sans ces manœuvres, l’autre partie n’aurait
pas contracté.
1° Notion du dol

On appelle dol les manœuvres frauduleuses, les tromperies, les artifices, les
mensonges, les réticences dont une personne peut se servir pour tromper une autre à
l’occasion de la conclusion d’un contrat. Le dol provoque une erreur.
2° Eléments constitutifs du dol

Le dol civil est en réalité une fraude plus large que le dol criminel (pénal). En effet, il
peut consister suivant les circonstances.

- En vraies manœuvres frauduleuses du droit pénal. Ex. Une escroquerie, l’usage de


faux noms, faux documents ;
- En mensonge présentant une certaine gravité. Ex. Vanter sa marchandise de façon
même excessive n’est pas un dol c’est une simple publicité et tous les commerçants le
font ; mais aller jusqu’à lui attribuer une qualité fausse que les contractants
considèrent comme particulièrement importante devient un dol civil.
- En un simple silence ou en une simple réticence, c'est-à-dire le fait de dissimuler
certains faits que l’on est tenu par le contrat de déclarer, ou de garder le silence sur un
point où l’on avait le devoir de renseigner son partenaire. Ex. Le fait de ne pas signaler
un vice que contient une chose, objet du contrat.

3° Conditions d’annulation du contrat pour dol


- Le dol doit être l’œuvre d’une partie au contrat ou de son représentant. C’est dire que,
si un contractant a été amené à traiter par les manœuvres dolosives d’un tiers, le
contrat ne doit pas être annulé. Il faut noter cependant qu’en cas de dol commis parun
tiers au contrat, l’annulation de celui-ci peut être demandée du seul fait que le
contractant a été seulement complice de ce dol ;
- Le dol doit être déterminant, c’est-à-dire qu’il faut que les manœuvres soient telles
qu’il soit évident que sans ces manœuvres, la victime n’aurait pas contracté.
35

4° Sanction

Le dol donne lieu à une nullité relative et doit être prouvé par la personne qui
l’allègue ; il ne se présume donc pas. Il peut également donner lieu à des dommages et intérêts
sur base de l’art 258 du CCCL III.

C. La violence (art 11 à 15)


1° Notion

Au lieu de la violence elle-même, le code aurait mieux parlé de la crainte, c’est à dire
la crainte fondée car, en réalité, c’est la crainte née de la violence qui altère la liberté du
consentement.

D’après les articles 12 et 13 du code civil livre III, la violence est le fait d’inspirer à
une personne la crainte en vue de lui arracher (extorquer) un consentement qu’elle ne peut
donner.

La violence peut consister :

- En la crainte d’un mal d’ordre physique ; c’est la violence physique. Ex : menace


d’attentat, tortures sévices, etc.
- En la crainte d’un mal d’ordre moral : c’est la violence morale. Ex : Le mal qui sera
infligé à un de ses proches en cas de refus de contracter.
- En la crainte d’un mal d’ordre pécuniaire : c’est la violence d’ordre matériel. Ex :
menace de dynamiter son usine.
2° Violence et dol

Le dol et la violence sont des vices de consentement très différents. Alors que le dol
pour entrainer la nullité du contrat, doit être provoqué par l’une des parties seulement, la
violence, quant à elle, entraine la nullité du contrat même lorsqu’elle provient d’un tiers au
contrat. Ex : Le frère de l’acheteur, soldat de profession, menace de me tuer si je refuse de
vendre mon champ.

Exception : En matière de libéralités, le dol même émanant d’un tiers est une cause de nullité
de la libéralité (art. 829, Code de la famille).

Cette exception est justifiée car les libéralités sont considérées comme des opérations
dangereuses pour le donateur lui-même, sa famille et ses créanciers. Tout ce monde a en effet
intérêt à la stabilité et à l’évolution positive de l’actif du patrimoine de leur auteur. La
protection juridique de toutes ces personnes doit donc être plus rigoureuse25.

25
Gérard Legier, Droit ciivil, les obligations, Paris Dalloz, 13èéd., 1992, p.10
36

3° Conditions d’annulation du contrat pour violence

Pour qu’un contrat puisse être annulé pour violence, il faut :

- Que la violence ait été d’une certaine gravité ;


- Qu’elle soit injuste.
a. La violence doit avoir une certaine gravité

Elle doit être de nature à faire impression sur une personne raisonnable, c'est-à-dire
que la menace doit présenter une certaine efficacité telle que l’apprécie un homme
raisonnable.

Ex : Menace de tuer à l’aide d’un papier ou d’un bâton n’est pas une menace sérieuse.

La gravité de la violence exigée n’est pas une gravité extrême ou absolue. On a égard,
en cette matière, à l’âge, au sexe et à la condition des personnes, c'est-à-dire que
l’appréciation de la violence est en définitive subjective et varie selon la personne qui en est
victime.

Exemple :

 Il est évident que lorsqu’un garçon de 10 ans oblige un adulte à contracter sous la
menace d’une violence physique, cette prétendue victime ne sera pas fondée à
invoquer le vice de son consentement pour violence ; mais l’inverse est fondé.
 La menace de vous jeter un mauvais sort dans notre société peut constituer une
menace morale car la crédibilité des gens n’est pas négligeable dans ce domaine.
b. L’état de nécessité

Dans cette hypothèse, un individu profite de circonstances extérieures généralement


périlleuses, qui pèsent sur la volonté d’une autre personne pour conclure avec celle-ci un
contrat.

Ex. Le cas d’un individu qui conditionne le sauvetage d’un autre à la promesse par la
personne en détresse de paiement d’une somme d’argent excessif.

Cet état de nécessité a donné naissance à des solutions juridiques controversées.

- Certains ont tenté de justifier l’annulation du contrat en invoquant l’absence du contrat


ou l’illicéité quitte à accorder à l’autre partie une juste rémunération sur le fondement
de la gestion d’affaires ou de l’enrichissement sans cause.
- D’autres auteurs invoquent la violence résultant de l’exploitation de l’état de nécessité.

Le législateur français et belge ont introduit dans leurs législations le terme de la


convention internationale du 23 septembre 1910 dont l’article 7 dispose : « toute convention
d’assistance et de sauvetage passée au moment et sous l’influence du danger, peut à la requête
37

de l’une des parties, être annulé ou modifiée par le juge s’il estime que les conditions
convenues ne sont pas équitables ».

Cette convention introduite dans notre législation par le colonisateur n’a pas été
abandonnée. En se fondant sur l’argument de ce texte, on peut affirmer que telle devait être la
solution dans tous les autres cas de violence provenant des circonstances extérieures.
D. La lésion
1° Notion

La lésion dans le contrat consiste dans le préjudice pécuniaire résultant pour l’une des
parties contractantes de la disproportion entre l’avantage qu’elle a obtenu et celui qu’elle a
conféré à son contractant. La lésion ne se conçoit que dans le contrat à titre onéreux. Elle ne
se conçoit pas.

- Dans les contrats réellement aléatoires, car les parties ont volontairement assumé un
risque de perte ;
- Dans les contrats de bienfaisance, puisque, dans ces contrats, il n’y a pas par définition
d’avantage que d’un seul côté.

La disproportion doit s’apprécier au moment où le contrat se forme.

Ex. Si j’ai vendu un immeuble pour 2000 FC qui constituent le prix réel de cet immeuble au
moment de la vente, et qu’aujourd’hui cette somme est devenue dérisoire, je ne peux
prétendre que j’ai été lésé par le contrat.
2° Fondement juridique de la réduction pour cause de lésion
- Il est bien évident que la lésion qui consiste dans un préjudice n’est pas en soi un vice
de consentement, mais une certaine tradition considère que l’individu n’a pu conclure
un contrat aussi désavantageux que parce qu’il a été contraint ou parce qu’il s’est
trompé.
- Il n’empêche cependant que la lésion demeure un vice objectif doté par le législateur
napoléonien d’une sanction propre. En effet, il n’est pas nécessaire d’établir l’erreur,
le dol ou la contrainte qui l’a provoquée. Bien plus, la lésion vicie le consentement
même si le défendeur établit d’une façon certaine qu’il n’y a eu ni erreur ni dol ni
violence et que le consentement a été entièrement libre.
- Les doctrines modernes rapprochent plutôt la lésion des théories relatives à l’objet et à
la cause car, objectivement, la prestation due par la victime de la lésion manque de
cause, tout au moins partiellement. Le contrat par lequel une partie exploite l’autre est
socialement contraire à l’ordre public.
3° Situation antérieure au décret du 26 août 1959

Lors de l’élaboration du livre III du code civil congolais, le législateur s’est abstenu de
légiférer en matière de lésion. A cette époque, on recourait à des palliatifs, c’est-à-dire qu’on
considérait les contrats lésionnaires comme entachés de dol, d’erreur ou de violence et on
l’annulait sur cette base, ou encore, lorsque la disproportion des prestations heurte les bonnes
38

mœurs, on annulait le contrat pour illicéité, ou encore, on considérait l’exploitation de l’un


des contractants par l’autre comme un comportement fautif donnant ouverture à une
responsabilité civile.

Ces palliatifs demeurent aujourd’hui encore le seul moyen de sanctionner les contrats
lésionnaires sortant du champ d’application du décret du 26 août 1959.
4° Analyse du décret du 26 août 1959

Par ce décret, le législateur congolais a introduit dans le titre 1 er du CCCL III un


chapitre bis intitulé « De la lésion » et constitué par l’art 131 bis. Ce texte dispose : » Sans
préjudice de l’application des dispositions protectrices des incapables ou relatives à la validité
des conventions, si par une opération des crédits, d’un contrat de dépôt ou de toute autre
contrat indiquant une remise des valeurs mobilières quelle que soit la forme apparente du
contrat, le créancier abusant des besoins, des faiblesses, des passions, ou de l’ignorance du
débiteur, se fait promettre pour lui-même ou pour autrui un intérêt ou d’autres avantages
excédant manifestement l’intérêt normal, le juge peut, sur la demande du débiteur, réduire ses
obligations à l’intérêt normal. »

La lésion au sens où on l’entend à l’article 131 bis constitue une infraction prévue par
l’art 96 du code pénal, ce dernier article autorise le juge une fois l’infraction constatée à
appliquer l’art 131 bis à la demande de la partie lésée. Cette infraction s’appelle « l’usure ».

a. Contrat soumis à l’art 131 bis

Par définition, seuls les contrats à titre onéreux et commutatifs peuvent être
lésionnaires parce qu’ils permettent la comparaison des avantages réciproques.

Voici les contrats visés par l’art 131 bis :

- L’opération de crédit : l’expression « opération de crédit » ne possède pas de


définition juridique consacrée, il faut entendre par là « tout acte juridique aboutissant
au même résultat économique qu’un prêt des capitaux ». Ex. La vente à tempérament,
l’escompte, ouverture de crédit, le report, le compte courant, …
- Les contrats de prêt : il s’agit du prêt de consommation consenti à titre onéreux. Le
prêt à titre gratuit (et le prêt à usage) est nécessairement gratuit et ne peut faire l’objet
de l’art 131 bis.
- Les contrats indiquant la remise d’une valeur mobilière : l’expression « valeur
mobilière » doit être prise dans son acception civile de meuble incorporel, c'est-à-dire
le droit réel sur un meuble, tel que le droit de propriété, l’usufruit, l’usage, le privilège,
c'est-à-dire encore, le droit de créance ayant pour objet une prestation mobilière, et
enfin, les actions en justice visant ces droits (droits réels et droits de créance).

Demeurent étrangers au décret du 26 août 1959, notamment :

- Les contrats à titre gratuit et le contrat réellement aléatoire ;


39

- Les contrats emportant une obligation de faire ou de ne pas faire ;


- Les contrats de cautionnement et d’hypothèque qui sont des contrats unilatéraux ;
- La transaction.
40

b. Conditions d’application de l’article 131 bis

La partie qui se prévaut de l’art 131 bis est tenue de prouver l’existence simultanée de
deux conditions.

- Une condition objective : il faut, dit cet article, que le créancier se soit fait promettre
pour lui-même ou pour autrui un intérêt ou d’autres avantages excédant manifestement
l’intérêt normal. Le juge congolais jouit d’un pouvoir d’appréciation très large tant
pour déterminer ce qui constitue un avantage normal que pour décider si l’avantage
stipulé excède le premier de façon manifeste et choquante. Dans cette appréciation, il
doit tenir compte des circonstances de l’espèce, c'est-à-dire les aspects particuliers du
dossier, les circonstances de temps et de lieu ou autre qui entouraient les parties au
moment de la conclusion du contrat. Il convient de remarquer que l’intérêt normal
s’apprécie par rapport au prix du marché et non d’une façon subjective :
- Une condition subjective : Ces avantages doivent avoir été soutirés en abusant des
besoins, des faiblesses, des passions ou de l’ignorance du débiteur. Les besoins dont
on parle à l’article 131 bis se particularisent par leur caractère d’urgence extrême,
d’impérieuse nécessité : Ex : La maladie de l’épouse ou des enfants, le cas de violence
résultant de circonstances extérieures, voyage pour raison de santé.

La notion d’ignorance englobe toutes les défaillances intellectuelles du débiteur


(défaut d’instruction, crédulité, inexpérience,) qui le rendent inapte à comprendre la portée
exacte du contrat auquel il va adhérer. Il faut d’autre part pour que l’article 131 bis puisse
jouer, que le créancier ait abusé de cet état d’infériorité. La notion d’abus implique une idée
de mauvaise foi dans le chef du créancier.

c. Sanction de la lésion

La réunion des conditions requises étant démontrée, il appartient au juge de réduire les
engagements manifestement excessifs à l’intérêt normal. La mise en œuvre du principe de la
réduction des obligations suscite plusieurs interrogations :

- Demande en réduction : le texte congolais permet à toute partie lésée de demander la


réduction de ses obligations. En vertu des principes généraux, il convient d’adjoindre à
la partie contractante lésée, ses héritiers et même ses créanciers agissant par voie de
l’action oblique.
- Caractéristiques de la demande en réduction : la victime de la lésion peut faire
valoir le moyen tiré de l’article 131 bis tant par l’action que par l’exception de
réduction. Si elle a déjà rempli ses obligations, elle demandera la restitution partielle
de paiement. Dans l’hypothèse inverse, il lui est permis d’opposer l’exception de la
lésion à la demande de paiement formulé par son cocontractant. Le juge ne peut
accorder le bénéfice de l’article 131 bis d’office, la réduction n’aura lieu que sur la
demande du débiteur.
- Extinction de l’action en réduction : l’article 131 bis dispose dans son alinéa dernier
que la réduction s’applique aux paiements effectués par le débiteur à condition que la
41

demande soit intentée dans les 3 ans à dater du jour du paiement (prescription
triennale). La victime peut y renoncer et confirmer le contrat lésionnaire.

A partir de quel moment une confirmation de la convention lésionnaire peut-elle


valablement être faite ?
Par application des principes généraux du droit, la confirmation serait permise dès le moment
où la partie lésée est affranchie des besoins, des faiblesses, des passions ou de l’ignorance
sous l’empire desquels elle avait contracté. Avant cela en effet, on peut craindre que la
confirmation ne soit entachée de mêmes abus que le contrat initial.

Section 2. La capacité de contracter (Article 23-24)

La matière de la capacité est étudiée dans le cours de droit civil, les personnes et en
droit international, Privé pour la capacité des étrangers. C’est donc de façon très brève que
nous allons en parler.
§1. Notion et principe d’application en matière des contrats

La capacité est l’aptitude qu’a une personne à être titulaire des droits (capacité de
jouissance) et à les exercer librement (capacité d’exercice). Cette notion et spécialement la
capacité d’exercice, s’applique à la possibilité de contracter. Pour les étrangers, on se réfère à
leurs lois nationales pour déterminer leur capacité ou leur incapacité. C’est dire qu’à cet
égard, ce qui vaut en droit étranger n’est pas forcement repris en droit congolais. Ex. L’âge de
la majorité.
§2. Espèces d’incapacité

Autant la capacité est de jouissance et d’exercice autant l’incapacité est de jouissance


et d’exercer.

a. L’incapacité de jouissance

Elle est plus profonde et plus radicale que l’incapacité d’exercice. Elle prive l’individu
du principe même d’être titulaire du droit envisagé ou des droits. Ex. Le droit de passer un
contrat, le droit de propriété.

Cette incapacité peut être générale ou partielle. L’incapacité de jouissance générale est
devenue en réalité inexistante. C’est une notion qui s’appliquait à l’égard des esclaves. Il ne
subsiste plus que des incapacités de jouissance spéciales, c'est-à-dire limitées à certains actes
juridiques seulement. Exemple :

 Les étrangers ne peuvent jouir que des droits privés et non des droits politiques ;
 La privation de certains droits à la suite d’un jugement
 Le tuteur n’a pas le droit d’acquérir les biens de son pupille ; le mineur ou son
représentant légal ne peut consentir de donation.
42

b. L’incapacité d’exercice

Elle ne vise pas au contraire le droit lui-même, mais uniquement la possibilité de le


faire valoir personnellement. L’individu reste titulaire des droits, mais il est inapte à les
exercer par lui-même.

Ex : Le droit de contracter que le mineur d’âge ne peut exercer.

Pour ce faire, il doit soit être représenté, soit être assisté, soit encore être autorisé par
une personne capable.

L’incapacité d’exercice peut être générale et visée tous les actes. C’est le cas des
mineurs d’âge et des interdits. Elle peut également être relative et ne viser qu’une catégorie
d’actes. C’est le cas des mineurs émancipés et des personnes mises sous curatelle. La loi
congolaise n’énumère pas les personnes incapables de contracter. On appliquera à cet égard le
principe tiré du droit civil des personnes. Le but de l’incapacité poursuivi par la loi et la
protection des incapables eux-mêmes et l’intérêt public.
Section 3. L’objet du contrat (art 25-29)
§1. Définition

Bien que le code emploie indifféremment les expressions « objet du contrat et objet de
l’obligation », il faut reconnaître que c’est la dernière expression qui est la plus exacte. Un
contrat n’a pas proprement parler d’objet, il a pour effet d’engendrer des obligations et c’est
chacune de ces obligations qui a un objet. L’objet de l’obligation n’est pas seulement une
chose matérielle dans le sens d’une res, c’est plutôt d’une façon générale la prestation
engendrée par l’obligation. Cette prestation peut consister à donner, à faire ou à ne pas faire
quelque chose. Ex. Dans la vente c’est le transfert de propriété de la chose, c’est la livraison
de la chose, c’est la conservation de la chose en bon père de famille.

Selon la théorie classique, l’objet c’est à quoi on s’engage, c’est le quid debetur.
§2. Caractères de l’objet

L’objet de l’obligation doit être principalement déterminé ou déterminable, possible,


licite et moral.
1° L’objet doit être déterminé ou déterminable

C'est-à-dire que la loi vise le fait que la prestation engendrée par l’obligation doit être
précisée par les parties quant à son contenu et sa nature.

D’une façon générale, les parties doivent bien préciser les divers éléments de leurs
prestations réciproques. Il n’est pas dit qu’au moment du contrat tous les éléments doivent
être déterminés, ce qui importe est qu’au moins ces éléments soient déterminables
43

 En ce qui concerne les obligations de donner :

C’est la chose qui fera l’objet du transfert de propriété qu’il faudra bien déterminer
pour éviter des équivoques et pour bien circonscrire l’objet sur lequel porteront les droits du
créancier. Cette chose peut être un corps certain ; les « corps certains » ou « biens non
fongibles » sont ceux qui ne sont pas susceptibles de se remplacer les unes les autres
comme instrument de paiement ou de restitution.

Ex. une maison, une chaise, une table.

Cette chose peut également être une chose de genre lorsqu’il s’agit d’une chose
déterminée seulement dans son espèce. Les biens fongibles ou choses de genre ou objets de
série sont ceux qui sont rigoureusement équivalents et qui peuvent se remplacer comme des
instruments de paiement ou de restitution.

Ex. Le riz, le sucre, le sel…

On ne peut dire je vous vends un animal (car l’objet est indéterminé). La jurisprudence
désire que le contrat n’est nul pour manque d’objet certain formant la matière de
l’engagement que s’il y a incertitude absolue ne permettant pas d’établir à quoi les parties se
sont engagées26

Et la sanction pouvant résulter du fait que l’objet du contrat n’est pas déterminé ou n’est pas
déterminable ou qu’il n’est pas possible est la nullité relative. Cette sanction ne peut être
applicable d’office par le juge.27

 En ce qui concerne les obligations de faire ou de ne pas faire :

Il n’y a rien d’autre que d’exiger que les parties précisent les prestations qu’elles
veulent faire naître.
2° L’objet doit être possible

Il s’agit de la possibilité non seulement de la prestation elle-même, c'est-à-dire de sa


potentialité à être réalisée, mais encore de la chose, objet de prestation. Cette chose doit
d’abord exister avant d’être possible. On ne saurait valablement s’engager à une prestation
impossible, car « à l’impossible nul n’est tenu » dit-on. Il s’agit d’une impossibilité absolue et
non d’une impossibilité relative. L’impossibilité absolue est celle qui s’exerce à l’égard de
tout le monde dans les mêmes circonstances de lieu et de temps. Tandis que l’impossibilité
relative est celle qui ne s’exerce qu’à l’égard de certaines personnes seulement.

Ex. Si telle personne est incapable pour diverses raisons morales ou physiques de fournir telle
obligation que telle autre personne peut fournir, l’on ne perlera pas d’une impossibilité

26
Elis. 29 janvier 1916, jur Col 1926, p.296.
27
Léo, 16 cotobre 1956, jur. Col 1957, p.89
44

absolue, mais d’une impossibilité relative. L’impossibilité est appréciée par rapport au
moment du contrat, c'est-à-dire compte tenu des moyens dont disposent les parties.
3° L’objet doit être licite et moral

Les notions de licéité et de moralité se rapprochent, mais ne se confondent pas. En


matière contractuelle, en tout cas, une règle s’est dégagée chez nous comme ailleurs suivant
laquelle est nul tout contrat dont l’objet serait contraire aux bonnes mœurs ou à l’ordre public.

Examinons à présent deux cas dont notre code civil fait application :

- Le contrat ne peut avoir pour objet une chose hors commerce ;


- Il ne peut non plus avoir pour objet une succession future.

a. Les choses et les droits hors commerce

Il n’y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent être l’objet des
conventions.

Certaines choses sont hors commerce par leur nature.

Ex. les étoiles, les hommes, les choses communes (air par ex).

D’autres choses sont mises hors commerce en vertu d’une disposition expresse de la loi.
Ex. Le biens du domaine public de l’Etat qui sont inaliénables, les droits de la personnalité, la
liberté du travail, les fonctions publiques ; les substances venimeuses ou contagieuses, les
armes de guerre, les animaux atteints ou supposés atteints des maladies contagieuses.

b. Les successions futures

La chose objet de la prestation peut être future et donc constituer un objet licite.

Exemple.

- Vente sur le croit d’un troupeau, vente sur les futures mangues d’un jardin on n’en va
pas de même pour la succession.
- L’article 29 al 2 ainsi que l’art 277 reproduisant en cela les articles des codes
étrangers, interdisent en principe les actes sur succession future, c'est-à-dire les
conventions portant sur les successions non encore ouvertes. L’art 29 al 2 dispose :
« On ne peut cependant renoncer à une succession non ouverte ni faire aucune
spéculation sur une pareille succession, même avec le consentement de celui de la
succession duquel il s’agit ».

L’art 277 dispose : « On ne peut vendre la succession d’une personne vivante, même
de son consentement ». Diverses raisons expliquent la prohibition de tels actes :
45

- En ce qui concerne le pacte sur sa propre succession : on fait valoir que de tels pactes
privent l’individu (futur De Cujus) de la liberté dont il doit jouir jusqu’à sa mort de
régler la dévolution de son patrimoine.
- En ce qui concerne les pactes sur la succession d’autrui : on invoque contre eux le fait
qu’ils sont dangereux et immoraux car impliquant la spéculation sur la mort d’une
personne encore vivante. Quant à la prohibition de la renonciation anticipée à sa
succession (c'est-à-dire l’acte par lequel un successeur présomptif abdique des droits
héréditaires dans la succession non ouverte de l’autre partie) elle a pour but d’assurer
l’égalité de partage.

Disons enfin que ce que la loi interdit ce sont des pactes portant directement sur
succession future et non des conventions qui font allusion à une succession future.

Ex. Un débiteur peut valablement faire coïncider la date de l’exigibilité de sa dette au jour où
il obtiendra sa succession, car l’objet d’une clause est simplement de fixer la date d’exigibilité
de sa dette et non de profiter de ladite succession.
4° Sanction

Les conventions dont les obligations portent sur un objet inexistant ou un fait
impossible sont susceptibles d’annulation. Si les intérêts en jeu sont purement d’ordre privé,
la nullité est relative. Par contre, si l’objet des obligations nées du contrat est illicite ou
immoral, parce que contraire au droit impératif, aussi appelé droit public de l’Etat, et à la
moralité publique, les obligations sont frappées de nullité absolue puisque les intérêts protégés
sont d’ordre public.

Dans certains cas le contrat n’est pas annulé. Ex. le cas où l’action est déclarée
irrecevable par le juge.
Section 4. La cause de l’obligation et du contrat (Art 8, 30, 31 et 32)
A. Notion de la cause

C’est à propos de la notion de la cause que les controverses les plus nombreuses et les
plus célèbres ont divisé la doctrine. C’est ainsi qu’on démontre trois doctrines :

- La doctrine classique ;
- La doctrine anti-causaliste ;
- La doctrine moderne de la cause.

1° La théorie classique
a. Définition

La théorie classique voit dans la cause le but immédiat et déterminant en vue duquel le
débiteur s’engage envers le créancier. Cette théorie n’a pas voulu aller au-delà pour chercher
les causes ou les motifs qui peuvent être en dehors du contrat.
46

b. Distinction d’avec les notions voisines


 Distinction d’avec le consentement

Le consentement c’est la volonté de s’engager ; la cause c’est le but poursuivi par la


volonté qui s’engage.

 Distinction d’avec l’objet

La théorie classique a affirmé que l’objet c’est ce à quoi on s’engage c’est le quid
debetur ; tandis que la cause est ce pourquoi on s’engage, c’est le cur debetur.

 Distinction d’avec les motifs

C’est cette distinction qui est la plus importante. Selon la théorie classique, les motifs
qui ne doivent pas être confondus avec la cause et dont le juge n’a pas à s’occuper, sont
« toutes les raisons multiples et plus ou moins lointaines qui ont poussé la volonté à
s’engager ». On les appelle aussi des mobiles lointains, indirects de l’obligation ; tandis que la
cause est le mobile immédiat et direct.

Dans le contrat à titre onéreux, l’obligation de chaque partie a pour cause d’une façon
générale l’avantage qu’elle espère obtenir du contrat.

 Les contrats synallagmatiques qui font naître des obligations réciproques, la cause
de l’obligation de chacune des parties réside dans l’obligation de l’autre. Telle est la
vente où la cause de l’obligation du vendeur est le paiement du prix par l’acheteur ;
tandis que la cause pour l’acheteur est le transfert par le vendeur de la chose vendue à
l’acheteur.

Si dans cet exemple de la vente, la cause est toujours l’obligation de l’autre, les motifs
sont, quant à eux, très variables, car l’acheteur peut vouloir être propriétaire de telle chose
parce que sa femme la lui demande, ou bien son standing de vie l’exige, ou bien il croit qu’on
lui a volé la sienne.

 Les contrats réels : d’une façon générale, la cause de l’obligation dans ce type de
contrat est le fait d’avoir déjà reçu quelque chose. C’est en effet parce qu’il a déjà reçu
quelque chose que le débiteur s’oblige à le restituer. Telle contrat de prêt, le contrat de
gage, le contrat de dépôt.
Dans le contrat à titre gratuit : il faut rechercher la cause ailleurs que dans la
poursuite d’un avantage corrélatif. La doctrine classique affirme que la cause du
contrat à titre gratuit c’est l’intention libérale (animus donandi). Cette cause est stable
alors que les motifs de cette intension libérale peuvent varier.
47

2° La théorie anti-causaliste

La théorie classique de la cause fut depuis 1826 critiquée très violemment. Pour les
anti-causalistes, la notion de cause est fausse et inutile. Pour ces auteurs, un contrat est
complet dès qu’il y a consentement, objet et capacité. La cause, pour eux, n’ajoute
absolument rien à ces trois premiers éléments. Elle n’était qu’une façon de considérer soit le
consentement soit l’objet.

Ex. Dans les contrats synallagmatiques, disaient les anti-causalistes, la cause n’est autre chose
que la prestation de l’autre partie. A ce titre, elle se confond donc avec l’objet du contrat.

Les critiques des anti-causalistes n’ont cependant pas abouti à la suppression de la


notion de cause ; elles ont permis seulement, et c’est peut-être là leur mérite, à faire
approfondir par les causalistes cette notion de cause.
3° La conception moderne de la cause

L’utilité de la cause s’est avérée importante dans la jurisprudence moderne. Ses


applications sont nombreuses. Ici, la conception dominante de la cause est dualiste car elle
inclut dans cette notion de cause à la fois des éléments objectifs et subjectifs :

- Ainsi, dans certains cas, la notion de cause a pour rôle de protéger l’un des
contractants à l’égard de l’autre. Il en sera ainsi dans les contrats à titre onéreux et
particulièrement dans les contrats synallagmatiques. La cause est alors conçue
objectivement et sert à protéger l’équilibre, l’équivalence voulue entre les parties (la
notion d’équivalence appelle celle de la balance). Ceci apparaît plus clairement, dans
ce genre de contrat synallagmatique, dominé par le principe de la simultanéité et de la
connexité des obligations : c’est la cause intrinsèque.

La cause se trouve dans le contrat, et est la même pour tous les contrats de même
espèce ; mais les motifs se trouvent dans le sujet et sont variables.

- Dans les autres cas, il s’agit de protéger l’ordre et la morale publics. Dans ce cas, la
cause sera cherchée subjectivement dans les motifs poursuivis en commun ou même
dans les motifs individuels de chaque partie s’ils ont été déterminants pour celle-ci :
c’est la cause extrinsèque.

Exemple :

L’exploitation de la débauche ; la destruction de la famille ; lorsque des versements


sont faits à un commerçant dans le but avoué de constituer avec lui une association, mais avec
le dessein (mobile) évident de se rapprocher de son épouse afin de favoriser des relations
coupables avec elle.

Dans ces hypothèses, le concours de tribunaux doit être refusé en raison du caractère
immoral du but poursuivi (nemo auditur propriam turpidudinem allegans, c’est-à-dire nul ne
peut invoquer sa propre turpitude…). Cet adage empêche les restitutions sauf pour protéger la
48

partie ayant agi de bonne foi (in pari causa turpidinis repetitio cessat). Mais en principe, il
n’interdit pas, l’action en nullité.

Cette distinction est essentielle car, suivant les auteurs les plus récents, le code
parlerait tantôt de la cause intrinsèque, tantôt de la cause extrinsèque. Les art 8, 30 et 31
traiteraient de la première, l’art 32 ne s’appliquerait qu’à la seconde.
B. Les effets juridiques de la cause

Vouloir parler des effets juridiques de la cause, c’est donc admettre au préalable
l’existence et la nécessité de la cause comme élément essentiel du contrat. Ceci est vrai en
droit congolais qui ne reconnaît pas l’acte abstrait, c'est-à-dire l’acte détaché de sa cause et
dont l’existence et la validité seraient indépendantes de cette cause. Le droit allemand ne croît
pas devoir faire de la cause un élément de formation du contrat, c’est un droit qui privilégie la
volonté déclarée, il est formaliste car ce qui prévaut n’est pas la volonté psychologique
(élément interne) mais la seule volonté déclarée.

Les buts ou les motifs qui auraient poussé les parties à contracter n’ont en droit
allemand aucune incidence sur le contrat s’ils n’ont pas été exprimés nettement dans leur
déclaration.

Les applications du principe selon lequel « il n’y a pas d’acte abstrait en droit
congolais » sont apparues nombreuses dans la jurisprudence et l’on peut les présenter
en deux volets :

- Les cas d’absence de cause et de fausse cause ;


- Les cas de cause immorale et illicite.
1° Les cas d’absence de cause et de fausse cause

L’obligation sans cause ou sur une fausse cause, dispose l’art 30 du CCCL III, « ne
peut avoir aucun effet ».

a. Absence de cause (art 30-31)

La cause varie suivant les types de contrat. Si cette cause est absente au moment de la
formation du contrat ou même en cours du contrat, cette absence de cause entraînera la nullité
du contrat.

ESMEIN explique bien le fondement de cette règle posée par l’art 30 : « L’obligation
est une charge pour celui qui l’assume ; on ne pose pas un acte juridique dans le vide sauf
lorsqu’on est fou ; on ne s’oblige pas par le plaisir de s’obliger ; l’obligation doit avoir une
raison d’être (ratio obligationis), une cause ; sinon le droit positif ne lui accorde pas sa
sanction. Cette cause, élément requis par la loi pour qu’elle donne sa sanction à l’obligation,
c’est ou bien une contrepartie ou bien l’intention libérale ».
49

Exemple de l’absence de cause ;

- Contrat synallagmatique
 S’engager à vendre une chose déjà périe ne permet pas la création de
l’obligation, faute de cause, car le vendeur ne saura jamais exécuter son
obligation qui est la cause de l’obligation de l’acheteur.
 De même, si un vendeur s’engage à livrer une chose impossible.

- Contrat unilatéral (contrat réel)

On peut citer le fait qu’un emprunteur signe un billet par lequel il s’engage à rendre
telle ou telle somme d’argent, alors que les fonds ne lui sont pas en fait versés.

- Contrat à titre gratuit

S’il n’y a pas d’intention libérale, il n’y a pas de contrat non plus (erreur sur la nature
du contrat).

Sanction de l’absence de cause

Nullité absolue du contrat car cette circonstance prive l’acte d’un de ses éléments
essentiels exigé s pour sa validité.

b. Fausse cause

Comme l’erreur, elle constitue un vice du consentement. Ainsi, en cas de fausse cause
comme en cas d’erreur sur la cause, le contrat sera irrégulier non pas pour absence d’un de ses
éléments essentiels mais pour vice de consentement. Il peut y avoir fausse cause dans deux
cas :

- La cause erronée
- La cause simulée
 Cause erronée (erreur sur la cause)
Ici, le débiteur croyait en l’existence d’une cause qui n’existait pas.

Exemple :

 Le fait qu’une personne se croyant l’auteur d’un accident, s’engage à en réparer les
conséquences et s’aperçoit ensuite qu’elle n’en était pas responsable.
 Je m’oblige à vous payer telle somme en exécution d’un testament de mon oncle alors
que par la suite on découvre que mon oncle avait révoqué le legs à votre profit.

N.B : L’erreur peut marcher de paire avec l’absence de cause.

 Cause simulée : ici, les parties donnent à leur contrat une cause autre que la cause
véritable.
50

Exemple : Déguiser une donation sous l’apparence d’une vente en donnant pour cause
apparente à l’obligation de transférer la propriété, une obligation réciproque d’en payer le
prix, alors qu’aucun prix n’est convenu et que la cause véritable est l’intention libérale.

Quelle est la conséquence de la cause simulée ?

Il faut noter que la cause simulée n’annule pas toujours le contrat, car la simulation est
permise en droit.

Il n’y a nullité que si, en réalité :

- La cause réelle est absente ;


- La cause véritable est illicite ou immorale.

Ex. Ca de la simulation d’une vente par une donation alors que la chose vendue est
inexistante, placée hors commerce, ou contraire aux bonnes mœurs.

 Cas de billet non causé

L’hypothèse du billet non causé est prévu et règlementée par l’art 31 du CCCLIII,
selon lequel « la convention n’est pas moins valable quoi que la cause n’en soit pas
exprimée ». Cette hypothèse ne doit pas être confondue avec celle d’absence de cause, elle
vise simplement le cas où la cause existe, mais n’est pas exprimée dans l’écrit qui constate
une obligation.

Ex. Je m’engage à payer une somme de 1000 Fc à une personne à une date déterminée.

Quel est le rôle de cet article (art 31) ?

Il a pour but :

- De déclarer valable tout billet qui n’exprime pas de cause ;


- De donner valeur probante au billet non causé.

Le créancier qui produit un billet non causé est donc dispensé de la preuve de la cause.
C’est au débiteur qui veut se décharger à démontrer l’absence de cause ou la preuve de
l’illicéité de la cause de son engagement.
2° Cas de la cause immorale et illicite

L’obligation sur une cause illicite ne peut avoir aucun effet, dit l’art 30 du CCCLII. La
lecture de cette disposition comme celle de l’article 32 nous révèle que la loi assimile la cause
immorale à la cause illicite et fait de l’un et de l’autre une condition de validité du contrat. En
effet, l’article 32 dit : « la cause est illicite quand elle est prohibée par la loi, quand elle est
contraire aux bonnes mœurs ou à l’ordre public. »
51

Le caractère immoral ou illicite de la cause peut s’attacher à :


52

- L’élément objectif de la cause

Exemple : Lorsqu’une vente porte sur une chose hors du commerce ou sur un bien relatif à
une succession future, l’obligation du vendeur sera nulle pour objet illicite tandis que celle de
l’acheteur sera nul pour cause illicite, parce qu’il veut acquérir un objet illicite.

Vendeur Acheteur

A B

Prix Cocaïne

Objet de l’obligation de A est illicite tandis que la cause de l’obligation de B est illicite.

- Son aspect subjectif


Ceci est de loin plus fréquent.

Ex. La location d’une maison de tolérance.

Pour le bailleur comme pour le locataire, l’objet du contrat apparaît de façon objective
très licite, mais c’est le but lointain poursuivi par les parties ou par l’une d’entre elles qui est
contraire aux bonnes mœurs et à la loi. La maison est en effet destinée à la débauche. C’est
vous dire que, dans ce dernier cas, la notion de cause est alors très étendue et ce dans l’unique
dessein de protéger l’ordre public, et Dieu sait que chaque pays y tient, et les bonnes mœurs.
L’annulation du contrat vise aussi la protection de la partie qui agit de bonne foi c'est-à-dire
sans intention manifeste contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs (dans le cas
précédent c’est le bailleur qui est protégé).

 Applications jurisprudentielles

La jurisprudence a fait de la cause illicite et immorale des applications nombreuses.


Les conventions qui ont été annulées pour causes illicites ou immorales sont celles qui ont
pour but ou portent sur :

- Le trafic d’influence ;
- La spéculation sur le change et le trafic des devises ;
- Les engagements établis entre étrangers tendant à frauder aux lois d’ordre public en
matière économique ;
- La vente ou le louage d’une maison de tolérance en vue de l’exploiter pour cette
activité.
53

- Les libéralités entre concubins ayant pour but l’obtention ou le maintien des relations
illégitimes et non leur rupture.

Il a été jugé que l’action qui tend à demander l’exécution d’une obligation découlant
d’une convention immorale ne peut être accueillie.28

Une partie qui demande l’annulation d’un contrat pour cause illicite, auquel elle a
délibérément participé, n’est pas fondée à introduire une demande reconventionnelle en
payement des dommages et intérêts.29

L’article 30 du CCCL III traduit en quelque sorte l’adage romain « Quod nullum est,
nullum producit effectum » c'est-à-dire ce qui est nul ne produit aucun effet.

Lorsque la nullité est prononcée, l’acte est évidemment privé d’effets pour l’avenir
mais la nullité remet aussi en cause les effets que l’acte a déjà produits. L’acte est donc aussi
anéanti rétroactivement.

Il se peut cependant qu’en fait l’acte ait déjà été partiellement ou totalement exécuté.
La rétroactivité de la nullité postule alors que les choses soient remises en l’état où elles se
trouvaient au moment de la formation de l’acte. Il y a donc lieu à restitution des prestations
déjà effectuées.

A ce principe la jurisprudence apporte une exception importante lorsque cette


annulation est fondée sur le caractère immoral de la convention : c’est l’exception d’indignité.

Celle-ci résulte de la mise en œuvre d’une règle traditionnelle, déjà connue en droit
romain, mais que les rédacteurs du code civil (1804) ont passé sous silence.

Deux maximes expriment cette règle :

- « Nemo auditur propriam turpitudinem allegans » (Nul ne peut être entendu qui
allègue sa propre turpitude).
- « In pari causa turpidinis cessat repetitio » (Il n’a pas lieu à répétition si les deux
parties sont pareillement associées à la turpitude).

La règle aboutit à empêcher le contractant qui se prévaut de son immoralité d’être reçu
par le juge pour obtenir la restitution de la prestation qu’il a fournie.

A ce sujet, plusieurs solutions ont été proposées :

- Certains interprétant de façon très stricte l’art 30, enseignent que la restitution
(répétition) n’aura absolument pas lieu et qu’il faut donc rejeter la demande de la
restitution ;

28
Ière Inst. Léo, 31 juillet 1954, RJCB, 1955, p.208
29
L’Shi, 13 août 1971 RJZ 1972, p.64
54

Critique

On a critiqué cette position en soutenant que le refus de l’action en répétition


aboutissait à donner effet à une convention illicite étant donné que le statu quo ante n’est pas
rétabli. Ce qui est une violation de l’art 30.

Certains auteurs ont pensé qu’il ne fallait écarter l’action que lorsqu’elle émanait
d’une partie informée du caractère immorale de l’acte (à cause de sa mauvaise foi). Cette
tendance semble protéger le contractant de bonne foi et punir celui de mauvaise foi.

Critique

Cette solution n’est pas défendable car, dès que l’ordre public ou les bonnes mœurs
sont intéressés, il importe peu que la connaissance du caractère immoral ou illicite soit le fait
de deux parties ou d’une seule. Ce qui guide le juge c’est l’ordre public, c’est la moralité
publique.

D’autres auteurs ont cru soutenir la restitution lorsque le contrat était contraire à
l’ordre public et non aux bonnes mœurs.

Critique

Cette solution est mal fondée car, l’art 32 assimile la cause immorale à la cause illicite.

L’une et l’autre thèse entrainent en pratique des inconvénients. C’est pourquoi la


tendance dominante aujourd’hui consiste à ne pas appliquer de façon aveugle la maxime
« Nemo auditur… « et son corollaire « In pari causa… ». Les tribunaux dans chaque cas
d’espèces » (dans chaque dossier) doivent se demander quelle est la solution la meilleure ; le
refus de l’action en répétition ou non et n’admettre le refus de l’action que lorsque cette
sanction n’entraine pas des inconvénients plus graves que ceux qui résulteraient de
l’hypothèse contraire. Le juge ne s’inspirera donc non point de l’intérêt des parties, mais de
l’intérêt public.

Il cherchera si la sanction que constitue la nullité absolue établie par l’article 30 sera
rendu plus efficace par le rejet de la répétition que par l’accueil de celle-ci : il y a souveraine
appréciation du juge.

La jurisprudence Congolaise décide que le principe selon lequel une obligation sur
une cause illicite ne peut avoir aucun effet ne doit pas être appliqué rigoureusement et être
inévitablement sanctionné par un refus de restitution demandée.
55

Chapitre III. ANNULATION DU CONTRAT ET PRESCRIPTION DE L’ACTION EN


NULLITÉ

Dans le chapitre précédent, nous avons examiné les conditions de validité du contrat. Il
faut maintenant en examiner la sanction qui est la nullité.
Section I : Notions générales

La nullité est une sanction juridique qui frappe normalement un acte juridique
irrégulier du point de vue des éléments requis pour sa validité tels que prévus par l’article 8 du
CCCL III. Cette sanction doit toujours être prononcée par le juge ; c’est dire qu’avant
l’intervention du juge, le contrat n’est qu’annulable.

Notons par ailleurs que l’on pourrait faire valoir la nullité par des moyens distincts :

- Soit par la voie d’action qui est positive ou active ;


- Soit par voie d’exception qui est passive.

§1. Distinction entre la nullité et les notions voisines


1. Distinction entre la nullité d’avec la résolution, la résiliation et la révocation

La résolution, la résiliation et la révocation (pour le cas de donation par exemple)


sont des faits juridiques, des événements qui mettent fin à l’efficacité d’un contrat qui, elles,
supposent que dès son origine, était valable. Ils ne doivent pas être confondus avec la nullité
qui, elle, suppose que dès son origine, l’acte n’était pas valable.

La résolution est la dissolution d’un contrat par le tribunal pour inexécution par l’une
de partie de ses obligations.

La révocation est l’acte par lequel les deux parties mettent volontairement fin à leur
contrat (mutus dissensus). C’est la révocation bilatérale mais on peut aussi parler de la
révocation dans l’hypothèse des contrats unilatéraux.

Ex. Un donateur qui révoque la donation pour ingratitude de la part du donataire. C’est la
révocation unilatérale.

La résiliation a le même sens que la résolution et la révocation avec la différence


qu’elle concerne seulement les contrats successifs et que ses effets ne sont pas rétroactifs. Ici
une seule partie peut mettre fin au contrat, c'est-à-dire qu’elle peut résilier le contrat si les
clauses de celui-ci le lui permettent.
56

2. Distinction d’avec l’inopposabilité aux tiers

La notion d’opposabilité ou celle d’inopposabilité ne peuvent se confondre avec celle


de nullité, car, pour être opposable, le contrat doit d’abord être valable. Ce n’est pas le cas
pour la nullité qui suppose un acte invalide.

L’opposabilité est la qualité d’un acte dont on peut faire valoir les effets à l’égard des parties
et des tiers ; l’inopposabilité est le contraire. Ex. De l’inopposabilité : un contrat valable qui
produit ses effets entre les parties, mais qui, pour certaines raisons indépendantes de sa
formation tel que le défaut de publicité, ne peut produire ses effets en l’encontre de certains
tiers auxquels il serait normalement opposable. Ex. Le mariage.

3. Distinction d’avec la rescision et la suspension

La rescision est le terme utilisé pour signifie la nullité relative spécialement causé par
la lésion. Cette sanction est particulière aux droits français et belge, la sanction de la lésion en
droit Congolais étant la réduction.

La suspension vise l’hypothèse où le contrat est valable mais son exécution est arrêtée,
c'est-à-dire suspendue pour un temps à la suite d’un tel ou tel empêchement.

Ex. Le contrat de travail suspendu par l’effet d’une maladie ou de l’enrôlement de l’employé
dans l’armée.

4. Distinction d’avec l’inexistence

L’acte inexistant est celui auquel il manque un élément essentiel de sa validité. La


théorie de l’inexistence est défendue par ceux qui refusent d’admettre l’existence de la nullité
sans texte exprès : « Pas de nullité sans texte ».

Pour franchir l’obstacle que présente cette règle, on a inventé la théorie de


l’inexistence qui, plutôt que de parler de la nullité, parle de l’inexistence.

D’autre part, l’acte entaché de nullité se distingue de l’acte inexistant par ce qu’il
existe tant qu’il n’a pas été annulé. Il contient en lui un vice qui permettra de la faire
disparaître ; mais en attendant, il existe, du moins en apparence.

Textes exprès absence des textes

Nullité Inexistence

Existence en attendant la sanction N’existe pas

En fait, la notion de l’inexistence tend à se confondre avec celle de nullité absolue.


57

§2. Classification et critères de distinction des nullités


1. Classification de nullité
La doctrine distingue deux sortes de nullité :
- La nullité absolue ;
- La nullité relative.
2. Critères de distinction
1er Critère : Le fondement de chaque nullité

D’après certaines doctrines, il y a nullité absolue lorsque le contrat manque totalement


d’un élément de validité (art 8 CCCL III) et nullité relative lorsqu’il y a seulement vice d’un
de ces éléments. Ce critère n’est pas exact. D’une part, il est discuté que l’absence totale du
consentement entraîne la nullité absolue, d’autre part, le caractère illicite de l’objet ou de la
cause tout comme l’erreur sur la cause qui n’est qu’un vice de ces éléments entraînent
certainement une nullité absolue.

Le fondement le plus sûr doit être cherché dans la nature des intérêts qui sont en jeu.
La nullité relative est une sanction qui frappe la violation d’une règle visant la protection d’un
intérêt privé ou particulier ; tandis que la nullité absolue est une sanction qui anéantit les actes
qui ont violé une règle qui protège l’intérêt général, l’ordre public ou les bonnes mœurs.

Il faut toutefois noter que ce critère connaît quelques atténuations.

Exemple :

En matière de vice de consentement, au lieu de rencontrer toujours la nullité relative, il


est de cas où la sanction est plutôt la nullité absolue, tel est le cas d’absence totale de
consentement. De même, l’absence de cause ou l’erreur sur la cause entraîne la nullité absolue
alors que l’intérêt public n’est pas spécialement en vue. Ex : une vente nulle pour défaut de
prix, acte dépourvu d’existence légale n’est susceptible ni de confirmation ni de ratification
(cass. Fr. com., 30 Nov. 1983, Gaz. Pal. 1984.2.675, note calvo).

2ème Critère : Les conditions d’exercice de l’action en nullité

La nullité quelle qu’elle soit, n’est pas automatique. Elle est le résultat d’une demande
en justice. Lorsqu’on examine les conditions de recours exercé devant les tribunaux pour
aboutir à l’annulation de l’acte, on voit nettement se distinguer la nullité absolue d’avec la
nullité relative. Les nullités absolues peuvent être invoquées par tout intéressé ; les nullités
relatives ne peuvent quant à elles, être invoquées que par certaines personnes auxquelles la loi
reconnaît cette faculté.
58

a) Personnes pouvant invoquer la nullité relative

En principe, la nullité relative ne peut être invoquée que par la ou les personne (s) que
la loi a voulu protéger en établissant la nullité.

Ex. Le cocontractant en cas de vice de consentement, en cas de minorité ou d’autres


incapacités.

Mais, d’autres personnes peuvent intenter cette même action ; mais alors, elles le font du chef
de l’intéressé principal en l’occurrence, la personne que la loi a voulu protéger. Ce sont :

- Le successeur du mineur ;
- Les créanciers qui peuvent agir par voie de l’action oblique (art 64 CCCL III) :
- Et même, les ayants-cause à titre particulier qui succèdent au droit ayant fait l’objet du
contrat annulable.
b) Personnes pouvant invoquer la nullité absolue

Ici, c’est tout intéressé qui peut l’invoquer :

1. Les parties, leurs représentants, leurs successeurs universels et à titre particulier, leurs
créanciers ;
2. Le tiers dit « Penitus extranei » (les tiers complètement étrangers) si on veut leur
imposer les effets indirects du contrat ;
3. Le juge peut soulever d’office la nullité absolue en tout état de cause.
4. Le Ministère Public peut soulever dans son avis, la nullité absolue d’un contrat
invoqué. Il ne peut agir lui-même par une action principale en nullité absolue d’un
contrat en dehors des cas où la loi lui en reconnait formellement le droit que lorsque
l’ordre public est spécialement et directement intéressé.

3ème Critère : Les modes d’extinction d’action en nullité

L’on sait que l’action en nullité peut être paralysée par le jeu des adages « Nemo
auditur… » Et « In pari causa ». Ce qui doit maintenant retenir notre attention, c’est d’autres
obstacles à la mise en œuvre de la nullité, d’autres modes d’extinction de la nullité : la
confirmation et la prescription de l’acte nul.
59

a) La confirmation des actes nuls (art.216 CCCLIII)

1° Notion de la confirmation

L’article 216 a introduit dans notre droit, une erreur très critiquée dans le droit belge et
français en assimilant la notion de confirmation à celle de ratification.

La confirmation est l’acte qui couvre la nullité relative ; la ratification en droit civil
est, quant à elle, l’acceptation par une personne de l’acte accompli pour elle par un gérant
sans mandat.

Il n’y a donc aucune relation entre ces deux actes (confirmation et ratification).

Par définition, la confirmation est l’acte juridique par lequel la personne qui peut se
prévaloir de la nullité d’un acte renonce à l’invoquer (c’est un acte abdicatif, un acte de
renonciation), en d’autres termes, c’est la renonciation par une personne à son droit de
demander la nullité de son acte. La confirmation n’est possible qu’en cas de nullité relative,
l’unique susceptible de disparaître par la volonté exclusive de telle personne déterminée.

2° Conditions de la confirmation

 Conditions de fond
La validité de l’acte confirmatif est soumise à deux conditions de fond :
- Il faut d’abord que le vice dont l’acte était atteint ait pris fin au moment où intervient
l’acte confirmatif, sinon, la confirmation serait affectée de la même imperfection que
l’acte initial.

Ex. Le mineur doit être devenu majeur pour pouvoir confirmer efficacement l’acte qu’il aurait
fait en état de minorité.

- L’auteur de la confirmation doit agir en pleine connaissance de cause, c’est-à-dire


avec la connaissance précise du vice qui infectait l’acte primordial et avec la volonté
de le couvrir.
 Condition de forme
Il y a deux sortes de confirmation :
- La confirmation expresse ;
- La confirmation tacite.
 Confirmation expresse

Elle est celle qui résulte d’une volonté manifeste en termes exprimant formellement
l’intention de confirmer.

Elle ne doit pas nécessairement être écrite. Mais, si un écrit est établi pour relater cette
confirmation, il devra contenir les mentions suivantes :

- La substance de l’obligation à confirmer ;


60

- La mention du motif de la nullité ;


- L’intention de couvrir le vice.

L’acte (écrit) n’aura de valeur probatoire que s’il contient les mentions précitées.

 Confirmation tacite

Elle peut résulter de l’exécution volontaire de l’obligation après l’époque à laquelle


l’obligation pouvait être valablement confirmée. Cette exécution volontaire de l’obligation
n’est que l’un des modes de confirmation tacite de l’acte nul. L’art 216 n’est à ce sujet
qu’exemplatif. D’autres faits qui établiraient de façon non équivoque la confirmation peuvent
donc être invoqués, mais la confirmation ne se présume pas.

3° Les effets de la confirmation

La confirmation d’un acte annulable entraîne un effet rétroactif, c'est-à-dire que l’acte
confirmé est considéré comme ayant été valable ab initio sans préjudicier les droits acquis à
des tiers. Cet effet distingue la confirmation de la réfection (qui est un acte bilatéral ‘alors que
la confirmation est un acte unilatéral) par lequel les deux parties font un nouvel acte dans
d’autres conditions que les premières.

Exemple : Un acte nul de nullité absolue pour telle ou telle autre cause peut être refait en
respectant les conditions de l’art 8 du CCCLIII. Le nouvel acte ne produira ses effets que ex
nunc (dans l’avenir seulement, (pas d’effet rétroactif).

b) La prescription des actions en nullité

1° Durée de la prescription

La prescription de l’acte, mieux de l’action en nullité, est un mode d’extinction de


cette action résultant de son non-exercice endéans un certain délai. Aux termes de l’art 196,
« Dans tous les cas où l’action en nullité, d’une convention n’est pas limitée à un moindre
temps par une loi particulière, cette action dure dix ans », ce texte ne vise que la nullité
relative. Quant aux nullités absolues, les auteurs admettent en général que fondées sur l’ordre
public, elles sont imprescriptibles ; mais la jurisprudence considère que ces nullités sont
prescrites par 30 ans en application de l’art 647 du CCCL III selon lequel « toutes les actions
tant réelles que personnelles sont prescrites dans un délai de 30 ans ».

Il faut noter cependant que si l’action en nullité est temporaire, l’exception en


nullité est perpétuelle. C’est ce que traduit l’adage latin « Quae temporalia sunt ad agendum,
perpetua sunt ad excipiendum ».

Exemple :

A passe un contrat avec un incapable B, c’est un contrat annulable et l’incapable


devenu majeur a une action en nullité pendant 10 ans ; s’il laisse passer ce délai et que par la
suite A lui réclame l’exécution du contrat, l’incapable B pourra toujours opposer à A la nullité
61

du contrat par voie d’exception ; mais il ne peut plus après ce délai demander l’annulation de
ce contrat par voie d’action.

2° Domaine d’application de l’art 196.

L’art 196 étant une exception au droit commun (art 647), il doit être interprété de
façon stricte :

- Il s’applique aux seules actions en nullité relative ;


- Il ne s’applique pas aux actions en nullité dirigées contre les actes non-patrimoniaux.
Ex. Le mariage, l’adoption, la reconnaissance d’un enfant né hors mariage.

Cette interprétation découle de la place qu’occupe cet article dans le code au milieu
des dispositions consacrées au droit du patrimoine.

- D’après ses termes, l’art 196 s’applique à l’action en nullité d’une convention et non
aux actes unilatéraux tels que la renonciation et le testament.

3°Fondement de la prescription

On affirme unanimement que la prescription édictée par l’art 196 est fondée sur une
idée de confirmation tacite. La loi présume en effet que le contractant qui, ayant le droit de
faire annuler, reste dix ans sans intenter l’action y a renoncé. Cette conception, bien que
contestée par certains auteurs, trouve son appui dans l’art 15 du CCCL III qui rapproche la
confirmation tacite de la prescription.

4°Point de départ de la prescription décennale

La prescription ne commence à courir qu’à dater du jour où la confirmation peut se


faire valablement.

Exemple :

En cas de vice de consentement, c’est à partir du jour où la violence a cessé ou du jour


où l’erreur ou le dol a été découvert. Pour le mineur, le point de départ se situe à la majorité.
Section II. Les effets de la nullité

Il convient de rappeler que les effets de la nullité sont les mêmes qu’il s’agisse de la
nullité absolue ou de la nullité relative.
§1. L’étendu de l’annulation

En principe, la nullité porte sur l’ensemble de l’acte. Il est cependant fréquent que,
dans un contrat qui comporte de nombreuses clauses, une seule d’entre elles ou quelques-unes
seulement soient entachées de nullité. Doit-on dans ce cas annuler le contrat tout entier ou
seulement la clause irrégulière ? L’art 70 répond : « Toute condition d’une chose impossible
62

ou contraire aux bonnes mœurs ou prohibée par la loi est nulle et rend nulle la convention qui
en dépend ».

Ainsi donc, dans cette hypothèse, c’est le contrat tout entier qui doit être annulé. Mais,
la jurisprudence estime qu’il faut tenir compte de l’intention des parties sur cette clause. Si
celle-ci avait été la condition essentielle et déterminante du contrat, sa nullité entraîne celle du
contrat tout entier ; sinon, c’est la clause seule qui sera annulée.
§2. La rétroactivité de la nullité
a. Entre les parties contractantes
 Principe

En Principe, l’acte nul est censé n’avoir jamais existé. Lorsque sa nullité a été
prononcée, l’acte nul est anéanti dans le passé et dans l’avenir (ex tunc et nunc). Si le contrat
a déjà été exécuté en tout ou en partie, les choses doivent être rétablies comme si l’acte
n’avait pas existé, on dit que les choses ont été remises au statu quo ante (prestin état).

Ex : En cas de nullité d’une vente, l’acheteur doit rendre la chose, le vendeur le prix perçu

 Tempéraments au principe
- Dans les contrats successifs, il est souvent matériellement impossible de restituer ce
qu’a été irrémédiablement accompli. Ex. Dans un contrat de bail annulé, le locataire
ne pourra pas rendre la jouissance du local ;
- Lorsque la nullité est invoquée contre un contractant de bonne foi qui a ignoré le vice
de l’acte, ce contractant pourra conserver les fruits produits à la suite d’un contrat nul
en tant que possesseur de bonne foi.
- La nullité du contrat passé par une personne incapable, n’oblige pas cette dernière à
restituer l’intégralité de la prestation. Elle est dispensée de restituer ce qu’elle a
dépensé (cfr art 297 code de la famille en ce qui concerne les mineurs d’âge).
- Lorsque la nullité est demandée pour immoralité du contrat, l’action en restitution peut
se heurter à la maxime « Nemo auditur… » et surtout la maxime « In pari causa… ».
- Il faut signaler qu’en matière immobilière, l’annulation du contrat d’aliénation
n’entraîne pas automatiquement celle du certificat d’enregistrement établi au bénéfice
de l’acquéreur.
63

b. Effets à l’égard des tiers


 Principe

En principe, la nullité du contrat est opposable aux tiers ; cela résulte de la règle « On
ne transfert pas un droit qu’on n’a pas », (Nemo dat quod non habet).

Contrat annulé
Contrat annulé
B
Ex. A
Chose
transférée à C ;
donc la nullité
est opposable à
Chos
C
e
Prix
C
Opposabilité

 Tempéraments au principe
- En matière mobilière, l’art 658 du CCCL III qui dispose qu’en fait des meubles
possession vaut titre, protège le sous-acquéreur de bonne foi lorsque la chose, objet du
contrat, est un meuble corporel ;
- En matière immobilière, l’annulation du contrat d’aliénation n’entraîne pas
automatiquement celle du certificat d’enregistrement établi au bénéfice du sous-
acquéreur ;
- La nullité du contrat n’est pas non plus opposable aux tiers en vertu de l’adage « error
communis facit jus ». Ex. Si le tiers a traité avec un propriétaire apparent ou avec un
mandataire apparent.

La théorie de l’apparence signifie qu’un tiers a accompli, sur le fondement d’une


croyance erronée, un acte avec une personne qui n’avait pas le droit ou le pouvoir de
l’accomplir.

Il y a mandat apparent lorsque par exemple le mandataire a accompli un acte pour le compte
du mandant, alors que le mandat a été révoqué ou a pris fin d’une autre façon. La bonne foi, et
l’erreur excusable ou commune (celle d’un homme raisonnable placé dans la même situation)
sont exigées dans le chef du tiers.30

30
Larroumet (Ch.), Op.cit, pp. 148 et ss, n°174 et 175
64

§3. Responsabilité civile

La nullité du contrat peut être préjudiciable au contractant. Par exemple, s’il a manqué
une occasion d’une opération plus rentable. Dans ce cas, le contractant peut évoquer l’art 258
du CCCLIII et si la nullité provient de la faute exclusive de l’autre partie, celle-ci sera
condamnée à réparer le préjudice subi par l’autre. La victime du préjudice peut donc intenter
deux actions : l’une visant l’annulation du contrat, l’autre l’allocation des dommages et
intérêts au motif que son contractant a été de mauvaise foi, il a posé un acte punissable. Il
s’agit en pratique d’une même demande comportant deux chefs.
65

Chapitre IV. EFFETS DES CONTRATS ENTRE LES PARTIES

INTRODUCTION

Le chapitre sur les effets des contrats entre parties et à l’égard des tiers concerne un
même problème. C’est l’étude de l’exécution même du contrat ; en d’autres termes, l’étude de
l’exécution des obligations créées par le contrat. Cette exécution des obligations du contrat
peut s’analyser en se référant tantôt aux rapports entre parties : l’on vise les effets internes du
contrat ; tantôt aux rapports avec les tiers : il s’agit des effets externes du contrat ou
l’opposabilité du contrat à l’égard des tiers.

C’est l’art 33 du CCCLIII qui énonce le principe de base dans le rapport des parties
entre elles : « les conventions légalement formées tiennent lieu des lois à ceux qui les ont
faites ». Les mots « légalement formées » visent le fait que les conventions doivent être faites
conformément à la loi (art 8) ; les mots « tiennent lieu des lois » signifient que chaque
contractant est lié par le contrat comme il le serait si son obligation lui était imposée par la loi.
Ceci implique que chaque contractant est tenu d’exercer sa prestation sous peine d’y être
contraint par la force publique et si l’exécution directe n’est pas possible, il sera condamné à
des dommages et intérêts.

Plan du chapitre
Section 1 : L’interprétation du contrat
Section 2. Le principe de la force obligatoire du contrat
Section 3. Les conditions de l’exécution forcée du contrat
Section 4. Les cas particuliers de l’exécution des contrats synallagmatiques ;
Section 5. Les conséquences de l’inexécution ou du retard dans l’exécution ou la théorie de la
responsabilité contractuelle.
Section 1 : L’interprétation du contrat

L’interprétation du contrat est l’opération par laquelle on en précise le sens, en cas de


lacune, ambigüité ou contradiction.

A distinguer de la preuve : prouver un contrat, c’est en démontrer l’existence.

A défaut d’accord entre les parties, l’interprétation est effectuée par le juge.
§1. Règles d’interprétation

Les art.54 et s. donnent au juge certaines directives, mais elles ne sont pas impératives
en ce sens qu’un pourvoi fondé sur leur éventuelle violation est irrecevable.

Directive principale : « On doit dans les conventions rechercher quelle a été la commune
intention des parties contractantes plutôt que de s’arrêter au sens littéral des termes » (art 54)
66

Donc :

1. Le juge doit rechercher l’intention commune et non l’intention d’une partie.


L’intention commune est celle que les parties avaient au moment de la conclusion du
contrat, mais le comportement ultérieur peut être de nature à révéler cette intention.

2. L’intention réelle doit l’emporter sur le sens littéral.

En particulier, en cas de contradiction entre une clause manuscrite et une clause


imprimée, surtout une clause de style (clause habituelle, utilisée dans tous les contrats du
même genre et insérée à l’avance), la première l’emporte, car elle est censée mieux révéler la
volonté réelle.

Autres directives.

1. Clause « susceptible de deux sens », l’un susceptible de produire effet, l’autre non : on
retient le premier (art 55)

2. Si les deux sens sont susceptibles de produire effet : on retient le sens « qui convient le
plus à la matière du contrat » (art 56)

3. Si l’ambigüité de la clause s’oppose à ce qu’apparaisse la volonté des parties : on


l’interprète « par ce qui est d’usage dans le pays où le contrat a été passé » (art 57)

4. Si la clause peut produire un effet différent dans chacune de ses significations : on la


rapproche des autres clauses de l’acte (art. 59).

5. On doit suppléer dans le contrat les clauses qui y sont d’usage, quoi qu’elles n’y soient
pas exprimées (art.58).

6. Si, cependant, le doute subsiste : l’acte s’interprète contre le créancier et en faveur du


débiteur (art 60) ; v. application en matière de vente).

 Rôle du juge :

les juges ne sont pas liés par la qualification donnée au contrat par les parties et
peuvent rétablir la véritable qualification pour en déduire des conséquences légales autres que
celles envisagées par l’une ou l’autre des parties en qualifiant le contrat ; p.ex.la remise d’une
somme d’argent faite, d’après les termes du contrat, à titre de dépôt, peut être qualifiée de
prêt par le tribunal : d’où il résultera, en particulier, que le con- remboursement ne sera pas
assorti de la sanction pénale de l’abus de confiance (voir Code Pénal art.95 qui retient cette
infraction en cas de détournement d’une chose déposée, mais non d’une chose prêtée).

Par le biais de l’interprétation, les juges du fond ont parfois ajouté au contrat des
obligations qui n’avaient pas réellement été envisagées par les parties (obligation de
renseignements ou même de conseil, surtout à la charge des professionnels ; obligation de
sécurité dans certains contrats, tel le contrat de transport)
67

L’interprétation du contrat est une interprétation statique en ce sens que le juge n’a pas
la possibilité de modifier ou de refaire le contrat que le juge n’a pas la possibilité de modifier
ou de refaire le contrat, parce qu’en le faisant, il dénaturerait la volonté des parties lorsque
l’interprétation de la loi est dynamique.
 Rôle de la Cour de cassation

1. Principe : l’interprétation d’un contrat relève du pouvoir souverain des juges du fond, et le
pourvoi fondé sur une mauvaise interprétation est irrecevable (Arrêt Lubert, 1808)

Justification : interpréter une clause obscure ou ambigue entraîne des recherches de fait, dans
lesquelles la cour de cassation n’a pas à s’immiscer.

2. Mais la Cour de Cassation française se réserve le droit, depuis un arrêt de 1872, de casser
une décision qui dénature une clause contractuelle.

Justification :la dénaturation suppose, à la différence de l’interprétation, une clause claire et


précise que les juges ont déformée. Ce faisant, ils ont violé, non seulement la volonté des
parties, mais aussi l’art 33, al. 1er, qui lui donne force obligatoire, donc il ne s’agit plus d’une
question de fait, mais d’une violation de la loi, ce qui justifie la cassation.

La distinction entre la dénaturation (lorsque la clause est claire et précise) et l’interprétation


(lorsque la clause est obscure ou ambigüe) n’est pas toujours aisée31.
Section 2. Le principe de la force obligation du contrat

Pour l’heure, l’on peut affirmer que le droit civil écrit est fondé sur la volonté
individuelle. Lorsque les gens se sont engagés, ils doivent respecter leur volonté, leur parole,
et même le juge est obligé de respecter la volonté des parties, de même que la loi supplétive.
§1. Force du contrat entre les parties
1° L’irrévocabilité du contrat entre les parties.

Les conventions ne peuvent être révoquées que du consentement mutuel des parties
(art 33 al 2). C’est dire que le contrat conclu par les parties reste irrévocable par elles tant
qu’elles n’ont pas été amenées à en modifier les éléments par un nouvel accord de volonté.

Ce principe de l’irrévocabilité du contrat comporte quelques atténuations :

- Il est de cas où les parties accordent à l’une d’entre elles un droit de résiliation
unilatérale du contrat. Ex. Cas des contrats successifs tel que le bail.
- Dans certains contrats successifs à durée indéterminée, c’est la loi elle-même qui
permet à l’une des parties de résilier unilatéralement le contrat. Ex. Le mandat finit par
la seule volonté du mandataire (art 544CCCLIII).

31
G. Légier, Op.cit., pp 52 et 53
68

2° Respect du contenu réel de l’accord

Il est un 2ème aspect de la force obligatoire du contrat entre parties. Celles- ci sont liées
pour ce qu’elles ont réellement convenu entre elles, c'est-à-dire pour le contenu réel de leur
contrat (art 54 CCCLIII).

Il arrive souvent en effet que, pour diverses raisons, les parties dissimulent leur
véritable convention sous l’apparence d’un contrat apparent ou ostensible (hypothèse de la
simulation). Dans ce cas, elles seront liées par ces contrats simulés appelés contre-lettre qui
traduit leur volonté véritable. La contre-lettre est prévue par l’art 203 : « Les contre-lettres ne
peuvent avoir leur effet qu’entre les parties contractantes, elles n’ont point d’effet contre les
tiers ».

Conditions de la simulation :

- Les parties doivent être d’accord sur le contrat secret qui est celui qu’elles ont voulu
passer en réalité.
- L’acte secret doit être contemporain à l’acte apparent, même si l’acte apparent est fait
un ou deux jours après, l’essentiel est qu’il soit fait dans la même période et que dans
l’intention des parties les deux actes sont applicables simultanément.
- La contre lettre doit être secrète et son existence ne doit pas être révélée par l’acte
apparent.
3° Exécution de bonne foi

La force obligatoire du contrat entre parties implique également que ces dernières
doivent l’exécuter de bonne foi (article 33 al 3). Cela signifie que les parties doivent faire
montre de loyauté, lorsqu’elles exécutent les obligations issues du contrat qu’elles ont
volontairement conclu. Elles doivent coopérer, collaborer, se faciliter la tâche,
§2. Force du contrat à l’égard du juge

Principe

Si les parties n’exécutent pas volontairement leur contrat, c’est au juge que le
créancier s’adressera pour obtenir l’ordre de l’exécution forcée. Le juge est dans ce cas lié par
le contrat comme il le serait par la loi.

De ce principe, il se dégage les conséquences suivantes :

- Le juge ne peut modifier le contrat : le contrat s’impose au juge en ce sens qu’il est
obligé de l’appliquer tel qu’il a été voulu par les parties, il n’a pas le droit d’en
modifier les clauses valables sous aucun prétexte.
- Le juge doit interpréter fidèlement le contrat (article 54 à 62). Tous les contrats dont le
juge va ordonner l’exécution ne sont pas toujours clairs. En cas de quelques
difficultés sur le sens du contrat, le juge sera amené à interpréter le contrat comme il le
69

ferait de la loi. Ajoutons que l’article 60 décide que dans le doute, la convention
s’interprète contre celui qui a stipulé, c'est-à-dire le créancier, en faveur de celui qui a
contracté l’obligation, c'est-à-dire le débiteur.
§3. Force du contrat à l’égard de la loi

Il faut ici distinguer les lois impératives des lois supplétives. Par rapport aux lois
supplétives, le contrat a une force supérieure, ce qui n’est pas le cas par rapport aux lois
impératives.
Section 3 : les conditions d’exécution force du contrat

Si le débiteur n’exécute pas volontairement son obligation, le créancier pourra exiger


cette exécution avec l’appui de la force publique. L’exécution forcée n’est toutefois possible
qu’à certaines conditions.

- La dette doit être exigible, c'est-à-dire arriver à l’échéance.


- Le créancier doit mettre préalablement son débiteur en demeure.
- Le débiteur ne doit pas être déchargé de son obligation par une cause d’exonération (la
force majeure ou cas fortuit).
- Le créancier doit être muni d’un titre exécutoire, c'est-à-dire la grosse d’un acte
notarié ou d’un jugement revêtu de la formule exécutoire.
§1. La mise en demeure

1. Notion

Etymologiquement, d’après le vocabulaire juridique de Henri CAPITANT, « être en


demeure » signifie être en retard ; mais le débiteur n’est légalement en retard que lorsqu’il est
interpellé par le créancier. Mettre en demeure équivaut ainsi à interpeller quelqu’un, à lui
rappeler son obligation d’exécuter ses obligations contractuelles.

2. Sa nécessité

Lorsque le débiteur contractuel n’accomplit pas son obligation, le créancier doit tout
d’abord le mettre en demeure d’exécuter (article 37 al.2, art. 38 et 44). En effet, tant qu’il ne
réclame pas, il est censé ne pas souffrir du retard et il ne peut réclamer des dommages-intérêts
moratoires au débiteur.

La formalité de mise en demeure est donc indispensable, elle ne peut être écartée que
si les parties elles-mêmes l’ont décidé en stipulant que la seule échéance du terme mettra le
débiteur en demeure (art 38 in fine) et dans d’autres hypothèses prévues par la loi.

3. Procédure de la mise en demeure

La procédure de la mise en demeure est à l’instar de notre procédure civile très


simplifiée dans notre droit. L’art. 38 signale que le débiteur est constitué en demeure soit par
une sommation ou par un autre acte équivalent soit par l’effet de la convention lorsque celle-
70

ci prévoit que sans qu’il soit besoin d’acte et par la seule échéance du terme le débiteur sera
en demeure. La jurisprudence précise que la mise en demeure peut résulter de l’assignation
introductive de l’action en résolution, acte équivalent à une sommation.

Il ressort de la jurisprudence congolaise que le juge du fond apprécie souverainement


le caractère d’une correspondance invoquée à titre de mise en demeure : lettre recommandée,
lettre missive, un télégramme, un fax, une réclamation verbale etc.

Il apparaît dans notre droit que tout procédé par lequel le créancier veut signifier au
débiteur qu’il doit exécuter son obligation peut constituer ce dernier en demeure.

4. Les effets de la mise en demeure

La mise en demeure produit 2 effets :

- Elle permet au créancier de réclamer des dommages-intérêts moratoires au débiteur en


raison du retard dans l’exécution (art 44. CCCLIII). Il faut noter que pour qu’il y ait
intérêts compensatoires, la mise en demeure n’est pas nécessaire. Ils sont dus lorsque
l’obligation directe ou en nature est impossible à exécuter.
- Quand l’obligation a pour objet la livraison d’un corps certain, le risque de la chose
qui, jusque-là pesait sur le créancier propriétaire de cet objet en vertu de l’adage « Res
perit domino », incombe au débiteur à dater de la mise en demeure (Art 37 al.2).
5. Cas où la mise en demeure est inutile

Le créancier peut être dispensé de la mise en demeure dans les cas ci-après :

- Par la nature même de l’obligation du débiteur :


 Pour les obligations de ne pas faire (Art 43) : « Si l’obligation est de ne pas faire, celui
qui contrevient doit des dommages-intérêts par le seul fait de la contravention ».
 Lorsque la chose que le débiteur s’était obligé de donner ou de faire ne pouvait être
donnée ou faite que dans un certain temps qu’il a laissé passer (art. 44 in fine).
- Par la convention lorsqu’il est stipulé que l’échéance d’un terme donné équivaudra à la
mise en demeure (art 38)
- Par la loi qui fait courir les intérêts de plein droit dans des cas précis. Exemple l’art.
542 CCCLIII.
- Par le fait que le débiteur a pris les devants et a lui-même manifesté la volonté de ne
pas exécuter.

Il faut noter enfin que la mise en demeure ne se conçoit que pour l’exécution d’un
contrat. Toutefois, le créancier d’une indemnité délictuelle n’obtiendra d’intérêts moratoires
qu’après mise en demeure.
§2. Les causes d’exonération (Art 45 et 46)

L’art 45 dispose : « le débiteur est condamné s’il y a lieu au paiement des intérêts soit
en raison de l’inexécution de l’obligation soit en raison du retard dans l’exécution toutes les
71

fois qu’il ne justifie pas que l’inexécution provient d’une cause étrangère qui ne peut lui être
imputée, encore qu’il n’y ait aucune mauvaise foi de sa part ».

Le débiteur ne sera donc exonéré que si l’inexécution ou le retard d’exécution


provenait d’une cause étrangère. Et l’art 46 d’ajouter : « La cause étrangère c’est le cas fortuit
ou la force majeure ». Mais en dehors de cas fortuit et de force majeure, il y a lieu de parler de
la théorie de l’imprévision.
1°. Le cas fortuit et la force majeure

a. Notion

Bien que certains auteurs aient voulu distinguer le cas fortuit de la force majeure en
affirmant que le cas fortuit serait un événement interne se rattachant à l’activité du débiteur ou
de son entreprise telle que la maladie brusque du débiteur, la rupture du moteur de la voiture
qu’il conduit chez le créancier, et que la force majeure serait un événement externe par
rapport au débiteur, tels la foudre, l’inondation, l’ouragan, l’éruption volcanique…. Il résulte
de l’analyse du code, que ce dernier emploie indifféremment l’une ou l’autre de deux
expressions ou les deux à la fois.

On admet généralement que la force majeure c’est un événement impossible à prévoir


et à éviter et qui empêche le débiteur à exécuter ses obligations. L’article 57, al.2 de la loi
n°015-2002 du 16 octobre 2002 portant code du travail définit la force majeure en ces termes :
« Il y a force majeure lorsque l’événement survenu est imprévisible, inévitable, non imputable
à l’une ou l’autre partie et constitue une impossibilité absolue d’exécution d’obligation
contractuelles. »

b. Conditions du cas fortuit et de la force majeure


Trois conditions sont nécessaires d’après la jurisprudence :
- Il faut que l’inexécution provienne d’une cause étrangère au débiteur. Il n’y a pas de
force majeure si l’événement peut être rattaché à une faute, même non intentionnelle
du débiteur ou, lorsque l’obstacle a été créé par lui. Exemple : la déclaration de faillite
ne constitue pas un cas de force majeure ou un cas fortuit car elle est due à la faute du
débiteur.
- Il faut que l’événement ait été inévitable c'est-à-dire irrésistible et imprévisible car si
l’événement pouvait être prévu au moment du contrat, les parties auraient dû en tenir
compte dans leur convention.
- Il faut que le débiteur ait été empêché d’exécuter son obligation (art 46).

L’insurmontable est une question de fait qui dépend des circonstances. Elle doit être
appréciée in abstacto et non par rapport aux forces personnelles du débiteur. C’est par
référence à un critère abstrait qui serait non pas l’homme le plus fort et le plus diligent, mais
le bon père de famille qui est toujours diligent et qui, placé dans les mêmes circonstances de
temps et de lieu, se buterait à l’insurmontable de l’événement.
72

La jurisprudence se montre chez nous très sévère pour admettre l’insurmontable. Elle
exige que l’empêchement du débiteur soit absolu et constitue une réelle impossibilité et non
des obstacles passagers rendant l’exécution plus onéreuse ou plus difficile.

Ainsi, l’état de guerre n’est pas en soi un cas fortuit ou de force majeure, c’est un fait
qui peut rendre l’exécution plus difficile en raison de la démobilisation du personnel ou de la
pénurie des produits. Seuls des faits de guerre précis tels que les réquisitions, les
bombardements, les destructions peuvent revêtir le caractère de force majeure.

c. Effets du cas fortuit et de la force majeure

Le cas fortuit et la force majeure libère le débiteur. Celui-ci ne doit pas des intérêts
moratoires (art.46 et 194). Il en est cependant autrement.

- Si le débiteur a pris à sa charge le cas fortuit ;


- Quand le débiteur est en demeure d’exécuter.

En cas d’impossibilité momentané seulement il n’y a pas de force majeure mais


suspension de l’exécution du contrat. Exemple la maladie d’un travailleur.

2°. Autres causes d’exonération.

Le débiteur est encore exonéré par une cause étrangère au cas où l’inexécution est
due :

- Soit à la faute du créancier lui-même (il faut prouver dans ce cas que cette cause a été
génératrice et exclusive de l’inexécution) ;
- Soit à la faute d’un tiers ; dans ce cas, il faut selon la jurisprudence deux conditions :
 Que le débiteur n’ait pu, ni prévoir, ni empêcher cette faute qui se ramène ainsi
pour lui à un véritable cas de force majeure ;
 Que le tiers fautif ne soit pas représentant légal ou conventionnel du débiteur
ou son préposé chargé d’exécuter pour lui le contrat ou de l’aider dans cette
exécution.)

3°. Preuve de la libération

Suivant l’art, 197 al.2, la charge de la preuve de la libération pèse sur le débiteur. Le
créancier aura à démontrer seulement l’existence et la teneur du contrat. La doctrine et la
jurisprudence traduisent cette règle en disant que « Le débiteur qui n’exécute pas son
obligation est présumé en faute ».

A propos des obligations des moyens, la règle selon laquelle le débiteur est présumé en
faute comporte une exception. Le débiteur d’une obligation des moyens aura fait la preuve qui
lui incombe s’il démontre qu’il a fourni le service promis. Il appartiendra au créancier de
démontrer que les moyens employés par le débiteur étaient défectueux.
73

4°. La théorie de l’imprévision

Elle est née en occident depuis la guerre 14-18, c'est-à-dire au moment où la stabilité
des contrats a été rendue difficile et à la suite de la crise monétaire et des difficultés
économiques.

La théorie de l’imprévision tend, suivant la formule consacrée par un arrêt de cassation


belge, « à faire admettre qu’en toute matière, la partie lésée par un contrat peut être déliée de
ses engagements lorsque des événements extraordinaires, échappant à toutes prévisions au
moment où ce contrat a pris naissance, en ont altéré si profondément l’économie qu’il soit
certain qu’elle n’aurait pas consenti à assumer l’aggravation des charges qui en résultent »
(Cass. B 30 octobre 1924, Pas. 1924. I. 565).

Malgré les arguments de ses défenseurs, cette théorie n’a pas pu s’imposer dans la
jurisprudence belge, français et congolaise.

Le seul pouvoir accordé au juge est celui d’accorder des délais de grâce non de délier
les parties.

Il convient toutefois de noter qu’en matière administrative, cette théorie a été admise
dans certains pays et que même en matière civile certaines lois particulières et exceptionnelles
l’ont admises.
Section 4 : Particularités de l’exécution des contrats synallagmatiques
§1. Le principe de l’exécution simultanée des obligations réciproques et l’exception
d’inexécution
1. Principe

En principe, les prestations promises par les contractants doivent être exécutées
simultanément. Exemple dans le contrat de vente, l’acheteur paie le prix en même temps qu’il
prend livraison de la chose. De là il résulte que si l’un des contractants n’exécutent pas son
obligation au moment où il le doit, l’autre peut refuser lui-même de s’exécuter et opposer à la
demande de l’autre contractant « l’exceptio non adimpleti contractus » (ou exception
d’inexécution).
2. Origine de l’exception d’inexécution

Cette exception n’est nulle part énoncée dans le code napoléon ni dans notre code. Elle
nous vient du droit romain. Elle a été créée par les canonistes.

En droit congolais, les applications les plus saillants de cette exception ont été faites en
matière de vente (art 278, 289, 290). La jurisprudence a étendu les solutions des articles
précités aux autres contrats synallagmatiques.
74

3. Exception au principe d’exécution simultanée

Le principe n’est pas d’application :

- Lorsqu’il est écarté par la volonté des parties. Exemple lorsque le vendeur a consenti
un terme à l’acheteur.
- Quand la nature du contrat s’oppose à l’exécution simultanée. Exemple le contrat
successif.
§2. Le principe de la connexité des obligations réciproques et la théorie des risques
1°. Principe

Quand un cas fortuit ou de force majeure empêche l’un des contractants d’accomplir
sa prestation, non seulement celui-ci est exonéré mais l’autre contractant est également
libéré : C’est la notion de cause qui commande cette solution. Il découle de tout ceci que c’est
donc le débiteur qui subit le risque (res perit debitori). Cette règle est conforme à l’équité. Il
serait en effet injuste que le contractant qui ne reçoit pas livraison de l’objet qu’il a stipulé soit
obligé néanmoins d’exécuter sa propre obligation.
2°. Exception à ce principe

Au principe de la connexité des obligations réciproques de contrat synallagmatiques


qui se traduit lui-même en cas de risque par l’adage « res perit debitori ». Il faut apporter une
exception lorsque le contrat comporte transfert de la propriété. La règle applicable dans
cette hypothèse est celle de l’art 37 suivant laquelle « res perit domino ». Le dominus qui est
visé c’est le créancier de la livraison de sorte qu’en matière de contrat comportant transfert de
la propriété, la règle devient « res perit creditori ». C’est dire que si la chose, objet du contrat,
périt par cas fortuit avant d’être livré au créancier, la perte est non plus pour le débiteur
(vendeur) comme le voudrait la règle énoncée ci-dessus, mais pour le créancier (l’acheteur)
qui n’en reste pas moins tenu de payer le prix.

Il est donc juste que si le vendeur a exécuté son obligation l’acheteur doit exécuter la
sienne, c'est-à-dire le paiement du prix. La perte de la chose ne peut donc l’empêcher de payer
le prix, étant donné que ladite perte est un risque naturel et normal pour tout propriétaire.

Il faut noter cependant que pour les immeubles et les choses fongibles (ou de genre)
non individualisées, cette exception n’est pas d’application. En définitive la règle « res perit
domino » apparaît non pas comme une exception au principe de la connexité des obligations
mais bien comme sa parfaite application. Il faut rappeler que cette règle ne s’applique que
pour le contrat comportant le transfert instantané de la propriété.

Ceci revient à dire que la chose resterait au risque du débiteur en cas de vente toutes
les fois que la perte est survenue alors que celui-ci était encore propriétaire de la chose
vendue. Il en sera ainsi.
75

- Lorsque les parties ont décidé que l’acheteur de la chose n’en deviendrait propriétaire
qu’au jour de la délivrance.
- En matière immobilière, avant l’enregistrement, c'est-à-dire la mutation ;
- En matière de vente des choses de genre dont l’individualisation ne doit se faire que
plus tard. Exemple vente de 10 sacs de riz sans autres précisions. Si avant la livraison
il y a incendie dans le hangar du vendeur où se trouvaient entassé l’ensemble de sacs
de riz sans individualisation, les risques sont pour le vendeur.
- En cas de mise en demeure du vendeur, les risques sont pour lui (art 37 al 2).
- En cas de vente faite sous condition suspensive (car pour que la vente se forme, il faut
que la chose existe au moment où la condition se réalise) les risques incombent sur le
vendeur conditionnel.
- En cas de vente sous condition résolutoire : Ici il y a controverse. Certains auteurs
affirment que les risques sont pour l’acheteur, d’autres que les risques sont pour le
vendeur. Il y a condition résolutoire lorsque la disparition d’une obligation d’ores et
déjà née, dépend de la réalisation de l’événement érigé en condition. Exemple la vente
à la condition résolutoire du non-paiement du prix à telle échéance.
Section 5. Conséquences de l’inexécution ou du retard dans l’exécution

La force obligatoire du contrat exige que les parties exécutent volontairement leurs
obligations. Il s’agit alors de l’exécution directe ou en nature. Si, cependant, le débiteur ne
s’exécute pas, le créancier peut l’y contraindre par la force : c’est l’exécution forcée qui peut
être en nature ou par équivalent lorsque l’exécution en nature est devenue impossible ou que
le débiteur ne veut absolument pas s’exécuter.

Les conséquences de l’inexécution ou du retard de l’exécution des obligations sont double :


- L’exécution en nature de l’obligation
- L’exécution par équivalent ou en dommages-intérêts
§1. L’exécution directe ou en nature de l’obligation
1°. Principe

Etant donné que le contrat vise l’exécution de telle obligation précise, c’est de
préférence de cette obligation là que le créancier demandera l’exécution.
2°. Obligations susceptibles d’exécution forcée en nature

a) Obligations de donner

L’exécution directe n’est à première vue possible que pour les obligations de donner.
C’est plus particulièrement l’obligation de délivrance qui sera le plus facilement exécuté
grâce à la force publique au moyen par exemple de la saisie. Si la saisie des choses promises
est impossible, le créancier pourra être autorisé par le juge à les acheter d’un autre aux frais
du débiteur.
76

Les autres obligations qu’emporte l’obligation générale de donner et qui sont celle de
transférer la propriété et de conserver la chose en bon père de famille se prête plus
difficilement à l’exécution forcée en nature.

b) L’obligation de faire et de ne faire

Pour les obligations de faire ou de ne pas faire, le principe de l’exécution en nature ne


semble pas devoir s’appliquer car l’art. 40 nous dit qu’une telle obligation se résout en
dommages-intérêts en cas d’inexécution. Mais, les articles 41 et 42 qui offrent au créancier
des moyens d’exécution en nature des obligations de faire ou de ne pas faire, prouvent que la
formule de l’article 40 est trop générale. Il est du reste généralement admis que l’exécution
forcée en nature est possible pour toutes les obligations quelle que soit la nature de l’objet. Et
notamment pour l’obligation de faire ou de ne pas faire. Exemple la justice autorisera le
locataire à exécuter au compte du bailleur les réparations que celui-ci a promises et qu’il
refuse de faire par un tiers.

Exemple :

A demande au maçon B de lever une clôture chez lui, le maçon n’exécute pas le
travail, le juge peut l’autoriser à faire faire ce travail par C au compte du maçon B. L’article
41 reconnait au créancier d’une obligation de ne pas faire le droit de demander que ce qui a
été fait par contraventions à cette obligation soit détruit et lui permet de faire autoriser de le
détruire aux dépens du débiteur. L’art. 40 n’a fait que reproduire le vieil adage selon lequel
« nul ne peut être contraint dans sa personne à faire ou a ne pas faire quelque chose » car ça
serait une violence qui ne peut être un mode d’exécution normale du contrat.

En principe l’art.40 n’est pas d’application, c’est-à-dire que le créancier ne doit se contenter
des dommages-intérêts que lorsqu’il est vraiment impossible de contraindre le débiteur à
l’exécution forcée en nature. Ça sera le cas notamment :

- Lorsque l’exécution en nature est devenue impossible du fait par exemple que la chose
a péri ou quelle n’a pas été livrée à une date utile pour le créancier. Exemple un
électricien qui est chargé d’installer une maison à l’occasion du mariage, s’il laisse
passer le jour du mariage, il ne peut plus s’exécuter en nature, mais plutôt en
dommages-intérêts.

- Lorsque l’exécution en nature ne peut être possible qu’avec le concours du débiteur


qui ne veut pas bouger. Exemple : l’obligation du débiteur qui consistait à dessiner tel
plan d’immeuble dont le débiteur architecte connaît seul le secret, l’y forcer serait
inefficace.
77

3°. Les moyens de contrainte

Dans tous les cas, le créancier qui souhaite obtenir une exécution en nature dispose de
divers moyens directs ou indirects de contrainte.

a. Moyens directs
- La saisie
- La faillite et la déconfiture

b. Moyens indirects
- La menace d’action en résolution
- L’exception d’inexécution
- L’astreinte : c’est un procédé indirect de contrainte consistant pour le juge à
condamner le débiteur qui refuse ou qui retarde à s’exécuter à payer au créancier une
somme d’argent égale à autant par jour et ce pour toute la durée de l’inexécution ou du
retard de l’exécution. L’astreinte n’est pratiquée qu’en jurisprudence française, la
jurisprudence belge et la majorité de la jurisprudence congolaise n’admettent pas la
légalité de cette pratique, qui n’est d’ailleurs pas prévue par la loi congolaise. Elle est
prévue en droit OHADA.
§2. L’exécution par équivalent ou par dommage-intérêts (art. 44-54)

Lorsque l’exécution en nature est vraiment impossible l’obligation contractuelle se


résout en dom mages-intérêts au bénéfice du créancier. On parle dans ces conditions de la
responsabilité contractuelle du débiteur qui n’est, en fait, qu’un aspect particulier de la
responsabilité civile générale.

La responsabilité contractuelle du débiteur ne peut intervenir que lorsque se trouvent


réunies certaines conditions précises dont le mécanisme est d’ailleurs repris à la responsabilité
civile générale. Il faut :
- Que l’inexécution de l’obligation du débiteur ou retard dans l’exécution de cette
obligation entraîne le dommage au créancier et ce dommage soit bien le fait de cette
inexécution ou de ce retard.
- Que cette inexécution ou ce retard soit imputable au débiteur (exclusion du cas fortuit
et de force majeure)
- Que l’inexécution ou le retard dans l’exécution n’ait pas été couvert par une clause
d’irresponsabilité ou clause de non responsabilité.
1°. Nature des dommages-intérêts

Les dommages-intérêts sont soit compensatoires soit moratoires. Les dommages-


intérêts compensatoires sont ceux destinés à réparer le préjudice causé au créancier par la
non-exécution de l’obligation du débiteur. Il compense, c'est-à-dire tiennent lieu de
l’exécution en nature et ne peuvent donc pas se cumuler avec l’exécution en nature. Les
dommages-intérêts moratoires, quant à eux, sont ceux destinés à réparer le préjudice causé au
créancier par le retard dans l’exécution de l’obligation à dater du jour où le débiteur a été mis
78

en demeure. Les dommages-intérêts moratoires peuvent être cumulés avec l’exécution en


nature ou avec les intérêts compensatoires.
2°. La fixation des intérêts par le juge

a. Principe

Evaluation souveraine du juge du montant des dommages-intérêts, le but étant la


réparation intégrale du préjudice évalué au jour du prononcé.

Seront donc pris en considération :


- Le préjudice moral
- Le préjudice matériel qui comprend le lucrum cessans qui est le manque à gagner et le
damnum emergens qui est la perte subie (art.45)

Exemple1 : A attend de BX tonnes de sucre, B ne livre pas. Si A achète chez C le sucre à un


taux élevé, il peut demander à B le remboursement du supplément du prix (perte subie) et le
bénéfice manqué (manque à gagner)

Exemple 2 : Si un acteur engagé pour un spectacle manque, il doit payer des frais de location
de salle de publicité, le bénéfice net qui aurait été réalisé si le spectacle avait eu lieu.

- Le préjudice futur aussi bien que le préjudice actuel à condition qu’au jour du
jugement ce préjudice soit déjà certain. Lorsque l’existence d’un préjudice est établie,
mais que le demandeur ne fournit pas des éléments de base certain pour en calculer le
montant, il doit être évalué ex aequo et bono.

b. Limitations au principe de la réparation intégrale

A ce principe de la réparation intégrale existent deux limitations :

- Le préjudice indirect est exclu de la réparation car il faut un lien de causalité entre le
fait du débiteur et le préjudice subi (art 49)

Exemple : si, à la suite de l’inexécution par A de son obligation de livrer telle marchandise, B
agent commercial en est tombé malade et s’est absenté de son travail et a été renvoyé. B ne
peut réclamer le dédommagement de ce dernier préjudice car c’est un préjudice indirect.

- Le préjudice impossible à prévoir ou qui n’a pas été prévu est exclu de la réparation
intégrale, sauf quand il y a eu dol.
79

3°. La fixation des dommages-intérêts par la loi dans les obligations ayant pour objet
une somme d’argent (art 51)

Il s’agit ici des dommages-intérêts moratoires en cas d’inexécution car on ne peut


transformer une somme d’argent en une autre somme d’argent.

Les solutions de l’article 51

Les dommages-intérêts en cas d’inexécution d’une obligation ayant pour objet une
somme d’argent sont calculés suivant un taux fixé par le juge en fonction du taux moyen
courant de l’argent.

La jurisprudence congolaise dit que ce taux d’intérêt est fixé à 6% l’an en matière
civile et 8% l’an en matière commerciale. Ces intérêts ne sont dus que du jour de la demande.
Le créancier n’a pas à prouver le dommage subi.

4°. Fixation de l’intérêt par la convention des parties ou dommages-intérêts


conventionnels

Le taux de l’intérêt judiciaire n’est pas d’ordre public, les parties peuvent donc y déroger en
fixant un taux différent, c’est l’intérêt conventionnel (art 480, CCCLIII)

5°. Intérêts des intérêts dus par les débiteurs ou anatocisme

L’anatocisme appelé aussi capitalisation des intérêts est réglementé par l’art 52. Qui dispose
que « les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts ou par une demande
judiciaire ou par une convention spéciale, pourvu que soit dans la demande soit dans la
convention, il s’agisse d’intérêts dus au moins pour une année entière » sauf exception prévue
à l’art.53 en ce qui concerne les revenus échus tels que les fermages et les loyers.
6°. Clauses conventionnelles relatives à la responsabilité du débiteur et aux dommages-
intérêts

La détermination des dommages-intérêts peut faire l’objet de convention de la part des


parties elles-mêmes.

Trois sortes de clauses sont possibles

- Les clauses fixant forfaitairement les dommages-intérêts ou clauses pénales ;


- Les clauses limitant à un certain maximum la responsabilité du débiteur
- Les clauses de non responsabilité

a. Les clauses pénales

 Définition

La clause pénale constitue une convention subsidiaire à un contrat principal et par


laquelle les contractants évaluent par avance les dommages-intérêts dus par le débiteur en cas
80

de retard ou d’inexécution de la convention principale (article 124). Ce qui est fixé à l’avance
n’est pas une peine, mais une indemnité.

 Caractères des clauses pénales

Les clauses pénales présentent deux caractères :

- Elles tiennent lieu des dommages-intérêts

- La clause pénale est un forfait, contrairement aux intérêts bancaires

Le juge doit respecter cette clause, il ne peut donc allouer aux créanciers une somme
plus forte ni moindre quand bien même il trouverait le chiffre insuffisant ou excessif (art 50).
Toutes fois, l’art 129 permet au juge de modifier la peine lorsque l’obligation n’a été exécutée
qu’en partie. Et la jurisprudence admet également qu’en cas de dol ou de faute lourde du
débiteur, il peut être alloué au créancier des dommages-intérêts dépassant le forfait. D’autre
part, lorsque la clause fixe l’indemnité à un chiffre tellement bas qu’elle équivaut en fait à une
clause de non responsabilité, il arrive souvent que la jurisprudence permette au juge
d’augmenter l’indemnité, voir annuler la clause. Si la clause principale est nulle cette nullité
entraîne celle de la clause pénale (article 125). Cela est dû au caractère accessoire de la clause
pénale par rapport à la convention principale dont elle dépend.

Par contre, la nullité de la clause pénale n’entraîne point celle de l’obligation


principale (art 125 al 2)

b. Les clauses limitatives de responsabilité

Ce sont celles par lesquelles le contrat fixe le maximum possible des dommages-
intérêts. Elles différent des clauses pénales en ce que le juge pourra accorder une somme
moindre s’il estime que le préjudice est inférieur au maximum prévu. Ces clauses sont en
principe valables, sauf en cas de dommage causé à la personne, en cas de dol ou de faute de la
part du débiteur.

c. Les clauses de non responsabilité

Il ne faut pas confondre ici la clause de non responsabilité et l’assurance de


responsabilité. La différence principale réside dans le fait qu’en cas d’assurance de
responsabilité, l’obligation du débiteur ne disparaît pas comme c’est le cas lorsqu’il y a clause
de non responsabilité.

En effet, en cas d’assurance de responsabilité, l’obligation du débiteur ne fera que se


déplacer pour peser sur la tête de l’assureur, et ce, moyennant une prime que le débiteur paye
à l’assureur. Ici, chez nous, la loi n’a pas réglé la question relative aux clauses de non
responsabilité. De façon générale, elle intervient dans certains cas pour les interdire
totalement.
81

Exemple : les arts 2.et 3 du décret du 30 mars 1931 relatif à la responsabilité des
transporteurs. La jurisprudence proclame en principe la validité des clauses de non
responsabilité avec des atténuations et des exceptions :

- En cas de faute lourde et de dol du débiteur, la clause d’exonération n’a aucun effet. Il
est en effet inéquitable et contraire à l’ordre public de s’exonérer à l’avance contre son
dol ou sa faute lourde. Certaines doctrines enseignent que l’engagement du débiteur
risque de ne pas être sérieux à la suite d’une clause d’irresponsabilité.

- Les clauses d’irresponsabilité relatives à l’intégrité physique de la personne sont aussi


sans effet.
82

Chapitre V. EFFETS DES CONTRATS A L’EGARD DES TIERS

En principe, les effets du contrat se limitent au rapport des parties entre elles : c’est la
règle de la relativité des conventions formulée par l’art. 63 du CCCL III.

Plan

Section 1 : Le principe de la relativité des conventions


Section 2 : Les dérogations à ce principe.
Section 1 : LE PRINCIPE DE LA RELATIVITE DES CONVENTIONS
§1. Siège de la matière

C’est l’art 63 qui dispose « les conventions n’ont d’effet qu’entre les parties
contractantes elles ne nuisent point au tiers et elles ne lui profitent que dans les cas prévus par
l’art. 21 »

C’est ce que signifie l’adage « res inter alios acta, aliis nec prodesse nec nocere
potest » (ce qui a été fait entre certaines personnes ne nuit ni ne profitent aux autres)

Le principe de la relativité se déduit même de la notion du contrat et surtout de l’idée de


l’autonomie de volonté. Il est naturel que la force obligatoire du contrat ne s’impose que sur
ceux qui ont voulu ses effets, qui ont consenti volontairement à ce que ses effets juridiques ne
les concernent qu’eux.
§2. Effets internes et externes du contrat

a. La relativité des effets internes du contrat

Lorsqu’on parle des effets obligatoires du contrat et qui sont relatifs, on vise les effets
internes du contrat, c'est-à-dire les obligations et les droits qui naissent du contrat et qui ne
s’adressent qu’aux seules parties. Ce qui est obligatoire relativement aux parties et non
relativement aux tiers c’est donc le but du contrat, c'est-à-dire son contenu interne.

b. Opposabilité des effets externes du contrat à l’égard des tiers

A l’égard des tiers, le contrat n’est pas pour autant inexistant. Les effets non pas
internes mais externes de ce contrat leur sont opposables. S’il n’a pas été conclu par les tiers,
le contrat reste pour ce dernier un fait social qui existe. En tant que tel les tiers doivent le
respecter (opposabilité erga omnes).

Lorsque les parties opposent le contrat aux tiers, elles ne prétendent pas lier ces derniers sans
leur volonté en leur étendant les effets internes du contrat. Elles entendent seulement leur faire
respecter les effets que ce contrat a produit entre elles. Cela signifie que seuls sont opposables
aux tiers les effets externes ou indirects du contrat. L’effet externe du contrat est le respect par
le tiers de ce contrat. Ceci produit d’importantes conséquences dont voici les principales :
83

- Le contrat crée entre les deux parties une situation juridique opposable à tous.
Exemple celui qui acquiert un droit en vertu d’un contrat opposera ce droit à l’égard
de tous.

- Le tiers qui se rend complice de la violation par l’une des parties de ses obligations
contractuelle est considéré comme ayant commis une faute délictuelle et peut se voir
réclamer des dommages-intérêts par le créancier lésé.
§3. Les personnes visées à l’art.63

L’article 63 parle des tiers sans le définir. Ces tiers se définissent en réalité par
opposition aux parties contractantes. Les parties contractantes sont les personnes ayant donné
personnellement leur consentement, étant présentes ou représentés à la formation du contrat.
Les tiers sont ceux qui n’ont pas été ni présents ni représentés au contrat.

a. Les ayants cause universels et à titre universel

L’expression « ayant-cause » équivaut à l’expression «ayant-droit », l’expression


« ayant-cause universel » est employée pour désigner celui qui succède à l’universalité des
biens ; l’expression « ayant-cause à titre universel » pour désigner celui qui succède à une
quote-part de l’universalité.

Ce sont les héritiers ou légataires qui succèdent à l’universalité ou une quote-part de


l’universalité du patrimoine d’un défunt. Ils ne sont pas des tiers au sens de l’art.63. Les
contrats passés par leur auteur produisent effets à leur égard. Ils succèdent aux créances
comme aux dettes car ils sont censés continuer la personne du défunt.

L’art 22 du CCCLIII confirme cette solution en disposant que chacun » (…) est censé
avoir stipulé pour soi et pour ses héritiers et ayants cause à moins que le contraire ne soit
exprimé ou ne résulte de la nature de la convention ».

b. Les ayants-cause à titre particulier

Ce sont ceux qui ont acquis d’un des contractants non l’ensemble ni une quote-part de
l’ensemble de ses droits et obligations mais un ou plusieurs biens ou droits déterminés.

Exemple : un acheteur qui a acquis un immeuble de la part de l’une des parties au contrat.

D’une façon générale et ce malgré les termes généraux de l’art. 22, l’on admet que les
ayants-cause à titre particulier sont des tiers au regard de l’art 63. Ils ne continuent pas en
effet la personne du de cujus. Il en est autrement que s’il s’agit d’un contrat passé par leur
auteur antérieurement à la transmission du bien ou du droit qu’ils ont acquis de lui et ayant
pour objet la création, l’extinction ou la modification de ce droit portant sur ce bien. Ceci est
logique car l’acquéreur à titre particulier n’a acquis le droit que tel qu’il se trouvait dans le
patrimoine de son auteur.
84

Exemple :

Cas où l’immeuble était grevé d’une servitude au profit ou à la charge, le cessionnaire


profite de la garantie qui accompagne la créance tel que l’acquéreur de la propriété de
l’immeuble qui peut se voir opposé le contrat de son auteur ayant créé ou modifié l’étendue et
les effets de cette créance : le taux d’intérêts, les garanties qu’il avait acceptées etc.

Par contre, l’ayant-cause à titre particulier n’est pas en principe lié par le contrat passé
par son auteur même relativement aux droits aliénés si ce contrat n’a pas pour objet ces droits
eux-mêmes et leurs effets à moins que, ayant connu ce contrat, il n’en ait expressément ou
tacitement accepté la charge.

Exemple : l’acquéreur n’est pas lié par une vente en vertu de laquelle son vendeur avait
assumé des obligations relatives à la fourniture d’eau à son voisin

Sauf le cas de l’article 399 du CCCL III qui dispose : l’acquéreur ne doit pas expulser
le locataire qui a un bail authentique ou ayant date certaine antérieure à la vente bien que le
bail ne fasse naître qu’un droit personnel n’affectant pas la nature du droit de propriété

c. Cas des créanciers chirographaires

On a longtemps pensé que le créancier chirographaire était, en vertu du droit de gage


général qu’ils ont sur le patrimoine de leur débiteur, des ayants-cause à titre universel de leur
débiteur. Cette formule est inexacte. Les créanciers ne deviennent personnellement ni
créanciers ni débiteurs des obligations nées des contrats passés par leurs débiteurs.

Ce qui est vrai ce que ce contrat des débiteurs ont des répercussions à l’égard du gage
des créanciers que la loi leur reconnait. C’est pourquoi les articles 64 et 65 leur reconnaissent
les actions oblique et paulienne.

Les créanciers chirographaires constituent une catégorie originale des tiers. Ce sont
des tiers « sui generis » qui ne sauraient être confondus avec les autres car ils peuvent attaquer
les conséquences des actes de leurs débiteurs au moyen des actions directes et indirectes.

Exemple.

L’action paulienne, oblique (actions indirectes) et l’action de la victime contre


l’assureur, l’action du propriétaire contre le sous-locataire (actions directes).

d. Les tiers penitus extranei

Les tiers complètement étrangers qui ne sont pas des ayants-cause d’une des parties et
qui n’ont aucun rapport avec celles-ci ne peuvent subir les effets du contrat. C’est en principe
à eux que s’applique pleinement l’article 63.
85

Section 2. Les dérogations au principe de la relativité des conventions


§1. Les dérogations expressément prévues par la loi : la promesse pour autrui, la
stipulation pour autrui, la simulation, la délégation et la représentation

A. La promesse pour autrui ou promesse de porte-fort.


a. Interdiction de la promesse pour autrui.

L’article 19 dispose « qu’on ne peut en général s’engager ni stipuler en son propre nom que
pour soi-même ». Cette disposition n’est qu’une application du principe de la relativité des
conventions prévue par l’art.63 déjà examiné.

b. Validité de la promesse de porte-fort

Si donc en principe la promesse pour autrui est prohibée par la loi en la sanctionnant de
nullité, une exception est prévue lorsqu’il y a promesse de porte-fort. L’art 20 faisant suite à
l’art 19 permet en effet que l’on se porte fort pour un tiers en promettant le fait de celui-ci,
sauf l’indemnité contre celui qui s’est porté fort ou qui a promis de faire ratifier si le tiers
refuse de tenir l’engagement.

Le fait promis peut-être :

- Un fait matériel : comme la participation d’un athlète C à une compétition sportive


promise par un entraîneur A à l’organisation de la compétition B.
- Un acte juridique positif ou négatif : la conclusion d’un contrat, telle l’intervention du
véhicule de C promise par B à A ou une abstention de toute action en revendication du
véhicule de C.
- A
Entraîneur porte fort B Organisateur
(Promettant)
On dit que A a porté fort
pour C. il a promis le fait
d’autrui
C

Athlète
Si C décline sa participation, alors c’est A qui engage
sa responsabilité. B n’a aucune action contre C.

c. Effets juridique de la clause de porte-fort (art.20)

Lorsqu’on l’analyse de près, on voit que la promesse de porte fort n’est pas en réalité une
promesse pour autrui. Elle apparaît comme un engagement personnel du port fort à l’égard du
contractant. Le tiers n’est nullement lié par cet engagement en dehors de la ratification, c'est-
à-dire que le porte-fort n’engage pas les tiers. Il promet personnellement d’obtenir
l’engagement ou le fait du tiers et sa promesse peut avoir les effets suivants :
86

- Si le tiers ne veut pas prendre l’engagement ou ne veut pas fournir le fait promis, le
porte fort n’est tenu qu’a des dommages-intérêts.
- Si le tiers s’engage, le porte-fort est alors en principe libéré et l’engagement lie le tiers.

A partir de quel moment ?

Doctrine classique : à partir du moment où il s’engage

Doctrine moderne suivie de la jurisprudence : dès le jour où le contrat de porte-fort a été


passé.

B. Cas de la stipulation pour autrui


a. Définition

La stipulation pour autrui est un contrat par lequel l’une des parties appelées le
stipulant obtient de l’autre partie, le promettant, à faire ou à donner quelque chose au profit
d’un tiers étranger, le tiers bénéficiaire.

Exemple : B promet de transférer le bien à C après la mort de A.

C’est l’hypothèse de l’assurance sur la vie au profit d’un tiers et de l’assurance pour compte
de qui il appartiendra telle que l’assurance de choses garantissant les marchandises contre la
perte ou la destruction. En cas de vente de ces marchandises, l’acquéreur sera bénéficiaire du
contrat d’assurance parce qu’il a été conclu pour le compte du futur propriétaire.

A B

Stipulant Promettant

C. Tiers bénéficiaire

La stipulation pour autrui est en principe interdit par l’art 19 CCCLIII dont l’art.21 n’en
admet la validité que dans les cas exceptionnels et sans en préciser les conditions et les effets.

b. La validité de la stipulation pour autrui

L’acte 21 ne le reconnaît que :

- Lorsqu’elle est la condition de la donation que l’on fait à une personne. C’est la
donation avec charge ou donation sub modo, exemple : la double donation ou
substitution fidéicommissaire en vertu de laquelle toute personne peut attribuer un
bien à une autre à charge pour celle-ci de transmettre le même bien après sa mort à une
seconde (art.911 Code de la famille).
87

- Lorsqu’elle est la condition d’une stipulation que l’on fait pour soi-même. Exemple le
vendeur stipule qu’une partie du prix sera à lui-même, l’autre partie à une autre
personne. Mais, la jurisprudence à généraliser la validité de la stipulation pour autrui
chaque fois qu’il est établi que le stipulant y a un intérêt, même moral.
c. Mécanisme et effet de la stipulation pour autrui

Celui qui a fait la stipulation ne peut la révoquer si le tiers a déclaré vouloir en profiter. L’art
21 précise que le tiers a la faculté d’accepter ou de décliner la stipulation à son profit et que le
stipulant peut révoquer la stipulation jusqu’à ce que le tiers ait accepté.

La jurisprudence a dégagé les rapports entre les 3 personnes.

 Rapports entre le tiers bénéficiaire et le promettant


Le tiers bénéficiaire a un droit direct sur le promettant ; celui-ci est lié à l’égard du
tiers bénéficiaire et ne peut se dégager par sa seule volonté. La faculté de révocation
n’appartient qu’au stipulant, mais avant l’acceptation par le tiers. Le droit direct du
tiers naît dès le contrat primitif directement en son patrimoine sans passer par le
patrimoine du stipulant.
 Rapport entre le promettant et le stipulant

Entre ces deux personnes il se forme un contrat ordinaire, entre elles les effets internes sont
obligatoires, et au cas d’inexécution de l’obligation par l’une des parties, tout ce qu’on a dit
sur l’exécution forcée des contrats est d’application.

 Rapport entre les tiers bénéficiaire et le stipulant

Le stipulant peut agir soit pour une dette qu’il avait contractée envers le tiers soit pour faire
une donation ce qui est fréquent. Pourtant, ce ne sont pas les règles du paiement ni celle de
la donation qui régissent les rapports entre le stipulant et les tiers bénéficiaire. Ces
rapports sont régis de manière spécifique par l’art.21 in fine.

- Le stipulant peut révoquer la stipulation tant que le bénéficiaire ne l’a pas acceptée :
- Le tiers bénéficiaire a le droit d’accepter ou de ne pas accepter la stipulation ;
- L’acceptation par le tiers ne fait pas naître le droit direct de celui-ci sur le promettant,
il ne fait que le consolider car ce droit est né antérieurement à l’acceptation, c’est-à-
dire au moment de la stipulation ;
- L’acceptation n’est soumise à aucune forme.

La question à résoudre ici est celle de savoir si les stipulations faites au profit des
personnes futures ou indéterminées sont valables. En principe, la stipulation pour une
personne indéterminée n’est pas valable ; mais il est nécessaire que le tiers bénéficiaire soit
déterminé ou tout au moins déterminable au moment où la stipulation doit produire effet.

Ainsi, sont valables,

- Les stipulations en faveur des pauvres de tel quartier


88

- L’assurance pour le compte de qui il appartiendra : assurance sur la vie contractée par
une personne au profit de ses héritiers sans qu’il soit besoin d’inscrire leur nom dans la
police.

En ce qui concerne la stipulation pour une personne future, il s’agit généralement des
personnes qui ne sont pas encore nées au moment du contrat. La question est controversée. Je
vous recommande de suivre la tendance de la doctrine et de certaines législations modernes
qui rejoignent la position selon laquelle que les stipulations au profit des enfants nés ou à
naître sont valables. Cette solution rejoint d’ailleurs celle de la stipulation au profit des
personnes déterminables.

C. Le cas de la simulation (art.203)

Nous avons déjà examiné le mécanisme de la simulation et ses effets à l’égard des parties.

Nous ne traiterons ici que les effets de la contre-lettre à l’égard des tiers.

Le principe de solution se trouve posé dans l’art.203. Après avoir affirmé que la
contre-lettre produit des effets entre les parties, le même article ajoute que la contre-lettre n’a
point d’effet contre le tiers. Il y a lieu de s’interroger quel est le sens du mot tiers dans cet
article. Ce mot n’a pas ici le même sens que dans l’art.63. Il est vrai que les art.203 et 63 ont
le même sens quant aux ayants-causes universels et à titre universel. Ces derniers ne sont pas
tiers au sens de ces articles.

Mais ces deux articles n’ont pas le même sens quant aux penitus extranei, ayant causé
à titre particulier et créanciers chirographaires des parties. Les penitus extranei ne sont pas
visés par l’art.203 qui parle plutôt des ayants-cause à titre particulier et des créanciers
chirographaires.

L’art 203 dit que la contre-lettre n’a aucun effet contre les tiers, c'est-à-dire contre les ayants-
cause à titre particulier et les créanciers chirographaires. On ne peut pas faire allusion aux
penitus extranei parce qu’ils n’ont rien à voir avec le contrat des parties.

Exemple cas du contrat de bail : la date certaine opposable à l’acquéreur de l’immeuble est
celle stipulée dans le contrat apparent.

Cependant, lorsque la contre-lettre profite aux tiers, ces derniers peuvent l’invoquer
pour écarter l’acte apparent qui leur est nuisible. Les tiers disposent dans ce cas de l’action en
déclaration de simulation. La preuve en est administrée par tous les moyens de droit. En
cas de conflit entre les tiers, c’est-à-dire l’hypothèse où certains d’entre eux évoquent la
contre-lettre, d’autres l’acte apparent, on applique l’acte apparent.
89

Le cas de l’art 138 et du contrat passé par le possesseur du bien d’autrui.

En vertu de l’art 138 CCCLIII, le paiement fait de bonne foi à un possesseur de


créance est opposable au véritable créancier. Les contrats constituant des actes
d’administration passés par le possesseur du bien d’autrui continuent à produire effet à l’égard
des tiers.

D. La représentation
a. Notion

C’est un procédé juridique par lequel une personne appelée le représentant agit pour le
compte et au nom d’une autre appelée le représenté de sorte que l’acte accompli par le
représentant produit directement ses effets sur la tête du représenté comme si celui-ci avait
passé l’acte.

A B contractant

Représentant.

Il a un mandat de C

C représenté

b. Caractères et hypothèses.

La vraie représentation suppose que :

- Le représentant qui passe le contrat agit au nom du représenté et fait connaître son
intention à celui avec qui il contracte. Il doit veiller à ce que sa qualité d’intermédiaire
ne soit pas ignorée par l’autre partie contractante.

Ne sont pas représentants parce qu’ils laissent ignorée leur qualité d’intermédiaire auprès des
tiers ou des contractants, les commissionnaires du droit commercial et celui qui agit pour le
compte d’autrui comme prête-nom ou personne interposée.

- Le représentant doit avoir le pouvoir de représenter celui pour le compte duquel il agit.
Ce pouvoir peut avoir plusieurs sources : la loi, la volonté des intéressés, une décision
judiciaire, le mandat apparent (théorie de l’apparence)
- Le représentant doit avoir une certaine liberté d’action, il a quelque initiative. Le
contrat serait donc annulable si cette volonté était viciée par dol, erreur ou violence.
Par contre l’incapacité du représentant n’a pas d’effets sur le contrat. Il s’agit bien
entendu de l’incapacité de s’obliger et non de l’incapacité de vouloir, pourvu qu’il ait
suffisamment de discernement pour agir, pour vouloir.
c. Les effets juridiques de la représentation
90

- Le représenté est partie au contrat


- Le représentant n’est pas partie au contrat, il est donc tiers.
91

E. La délégation.

Une personne que l’on appelle « délégant », va demander à une autre personne, que l’on
appelle « délégué », de s’engager envers une troisième personne que l’on appelle
« délégataire » (cfr opérations juridiques à trois personnes).

§2. Dérogations non prévues expressément par la loi.

1. Les actes posés par l’héritier apparent (la théorie de l’apparence ou de la


confiance légitime).

Les contrats, même d’aliénation, passés par l’héritier apparent sont opposables au
véritable héritier par l’acquéreur de bonne foi conformément à l’adage « error communis facit
jus ».

2. Les contrats collectifs

Il s’agit d’un contrat passé entre deux ou plusieurs personnes, mais dont les
clauses seront obligatoires pour un ensemble d’autres individus y ayant un intérêt. Ce contrat
constitue une atteinte à la liberté contractuelle, puisque des individus se trouvent liés par un
contrat auquel, ils n’ont pas été parties.

Exemple : les conventions collectives du travail, le règlement d’entreprise.

3. Contrat d’assurance de responsabilité :

On admet que la victime d’un dommage dispose du droit d’agir directement contre
l’assureur pour lui réclamer le paiement de l’indemnité due à l’assuré.
92

Chapitre 6. EXTINCTION ET RESOLUTION DES CONTRATS

Nous verrons dans la première section de ce chapitre les causes de l’extinction des
contrats et dans la deuxième section, les règles particulières propres à l’extinction des contrats
synallagmatiques.
Section 1 : Causes générales d’extinction des contrats
§1. Exécution de ses obligations par chacune des parties :

C’est le mode le plus normal par lequel les contrats prennent fin.
§2. Accord des parties

Puisque le contrat né du mutuus consensus, il peut de même prendre fin du


mutuus disensus. Les parties peuvent en effet révoquer leur contrat d’un accord mutuel (art
33 al 2).
§3. L’arrivée du terme :

L’arrivée du terme convenu, spécialement pour le contrat successif, met fin au


contrat

Exemple : un bail de deux ans


§4. Volonté de l’une des parties dans le contrat successif à durée indéterminée.

C’est la résiliation unilatérale du contrat


§5. Mort de l’un des contractants en cas de contrat conclu intuitu personae.
Exemple : Le contrat de mandat, le contrat d’entreprise, le contrat du travail (la mort du
travailleur).
Section 2. Résolution judiciaire des contrats synallagmatiques pour inexécution par l’un
des contractants.

Nous avons vu à propos des contrats synallagmatiques qu’en cas d’inexécution,


l’autre partie peut soulever l’exception d’inexécution. L’invocation de cette exception
n’équivaut pas à la résiliation unilatérale du contrat, ni non plus à la résolution de celui-ci.
§1. Le droit d’option du créancier et son fondement

a. Le droit d’option

Le droit d’option du créancier se trouve aujourd’hui consacré dans notre code par
l’art.82. Lui-même fidèle reproduction de l’art. 1184 du Code Napoléon. Il dispose : « la
condition résolutoire est toujours sous entendue dans les contrats synallagmatiques pour le cas
où l’une de deux parties ne satisfera point à ses engagements. Dans ce cas, le contrat n’est
point résolu de plein droit. La partie envers laquelle l’engagement n’a point été exécuté, a le
choix, ou de forcer l’autre à l’exécution de la convention lorsqu’elle est possible, ou d’en
93

demander la résolution avec dommages-intérêts. La résolution doit être demandée en justice,


et il peut être accordé au défendeur un délai selon les circonstances. »

b. Fondement de ce droit

Ce droit d’option se fonde sur le principe général de l’exécution de bonne foi (art
33) mais aussi et surtout sur la notion même de la cause dans les contrats synallagmatiques.
On sait que dans ce genre des contrats, les obligations des parties se servent réciproquement
de cause. Si l’une des parties ne s’exécute pas, l’autre ne le fera pas non plus car sa propre
obligation n’aurait plus de cause.
§2. Conditions d’application et effets de la résolution

a. Conditions d’application de l’art.82

1°. Mise en demeure

2°. L’inexécution de l’obligation par l’autre partie

L’article 82 est très large à cet égard, il vise le cas d’inexécution totale ou
simplement partielle et même le cas d’exécution tardive. D’autre part, il faut qu’il y ait
réellement inexécution ; c'est-à-dire que si le débiteur offre de s’exécuter même en cours
d’instance, le créancier ne peut l’empêcher. L’action en résolution n’appartient logiquement
qu’à la partie lésée, de même que l’action en exécution forcée. La partie lésée c’est celle qui
s’est exécutée et qui n’a pas d’exécution en retour ou la partie dont on a refusé le paiement.
Ces actions judiciaires n’appartiennent donc pas à l’auteur de l’inexécution fautive.

3°. Prononciation de la résolution par le tribunal.

La résolution ne peut être prononcée que par le tribunal, celui-ci jouit d’un pouvoir
souverain d’appréciation.

L’art 82 in fine indique en effet que le juge peur accorder au débiteur un délai de
grâce pour son obligation principale. Le tribunal a le choix entre quatre solutions :

- Soit rejeter la demande en résolution tout en accordant au demandeur des dommages


et intérêts si ce dernier subit un quelconque dommage,
- Soit accorder au défendeur un délai de grâce lorsque le juge estime par exemple que le
défendeur peut encore exécuter son obligation
- Soit prononcer la résolution du contrat sans dommages et intérêts
- Soit prononcer la résolution du contrat avec dommages et intérêts
b. Effets de la résolution

La résolution anéantit rétroactivement le contrat ; chaque contractant doit restituer


à l’autre ce qu’il a reçu. L’anéantissement rétroactif est irréalisable pour les contrats
successifs.
94

1. A quel contrat s’applique l’art. 82 ?

En principe, l’art 82 ne s’applique qu’aux contrats synallagmatiques, mais pas


tous. Ainsi certains contrats aléatoires tel que le contrat d’assurance, le droit positif substitue à
la résolution un système de déchéance.

2. Clauses relatives à la résolution

L’art.82. Ne pas d’ordre public. Les parties peuvent déroger à cet article et insérer
dans leur contrat une clause expresse de résolution qu’on appelle pacte commissoire exprès.
Celui-ci peut être simple ou étendu.

a. Pacte commissoire exprès simple

Ce pacte déroge à l’article 82. Il diffère du pacte commissoire exprès étendu en ce


sens qu’il se contente de stipuler sans plus que le contrat sera résolu de plein droit à défaut
pour une des parties de remplir ses obligations.

Conséquences de ce pacte

- Le pouvoir d’appréciation du juge quant à la gravité du manquement commis par l’une


des parties et quant aux possibilités d’accorder de délai pour l’exécution de
l’obligation est supprimé.
- Dès qu’il y a inexécution, la résolution intervient de plein droit, c'est-à-dire que le juge
est tenu de la prononcer.
- L’obligation de la mise en demeure se maintient
b. Le pacte commissoire exprès étendu.

Ici les parties sont encore plus explicites et facilitent les conditions d’application
de la résolution. Les parties stipulent qu’en cas d’inexécution, le contrat sera résolu de plein
droit sans sommation ni autres formalité.

Conséquences

- L’obligation de la mise en demeure tombe,


- Les tribunaux interviennent non pas pour prononcer la résolution mais pour la
constater et prononcer les condamnations qui s’imposent. Mais il faut noter que les
parties doivent passer par les tribunaux.
95

DEUXIEME PARTIE : ETUDE DE QUELQUES CONTRATS SPECIAUX

Il n’est pas possible d’étudier, ici, tous les contrats de droit privé car des nombreux
contrats jadis spéciaux font aujourd’hui l’objet d’une discipline autonome, tel que le contrat
de travail, le contrat des sociétés, le contrat d’assurance, le contrat de compromis. On ne
saurait non plus étudier les contrats commerciaux et les contrats internationaux.

Ce cours se situe en effet en droit civil interne. Et malgré cela, cette étude n’analysera
que quelques contrats de droit civil. Le mariage, le cautionnement, le gage et l’hypothèque qui
font l’objet des enseignements spécialisés en sont exclus. Il en est de même des contrats
relatifs aux droits de la personnalité.

Exemple : le prêt de voix et toutes les opérations de jeu et de pari. Ceux-ci ne sont pas
vraiment des contrats32.

Les contrats retenus33, y compris les travaux pratiques et dirigés :

1°. Les contrats relatifs aux biens


 La vente ;
 Le bail ou louage des choses
 L’échange ;
 Le prêt à usage et le prêt de consommation
2°. Les contrats relatifs aux services
 Le mandat ;
 L’entreprise
 Le dépôt.
3°. La transaction

32
Francis Collart DUTILLEUL et Phillipe DELEBECQUE, Contrats civils et commerciauc, 4 ème édition. ; D,
1998, p20.
33
La classification ici adoptée est celle de MM. François Collart DUTILLEUL et PH, DELEBECQUE, op. cit.
96

CHAPITRE 1er : LA VENTE

Section 1 : Base légale, nature et forme de la vente

§1. Base légale de la vente : le contrat de vente (civile) est régi par les dispositions des
articles 263 à 264 du code civil congolais Livre III.
§2. Définition de la vente : la vente est une convention par laquelle une personne (le
vendeur) s’engage à livrer une chose, et l’autre (l’acheteur) à en payer un prix.

C’est un contrat consensuel, synallagmatique, commutatif, à titre onéreux, et dans


certains cas aléatoires34. La vente est cependant solennelle quand elle a pour objet un
immeuble35. Il en est de même de la vente aux enchères.

Quel que soit le nom que les parties lui ont donné, toute cession à titre onéreux
constitue une vente36, même si elle est dissimulée sous les apparences d’une location 37, mais
toute stipulation pour autrui, toute remise de dette, toute renonciation translative d’un droit ou
tout paiement pour autrui qui se réalise à titre gratuit et sans simulation est réputé une
donation indirecte38.

Section 2 : Eléments essentiels du contrat de vente

La définition de la vente relève trois choses essentielles du contrat de vente : le


consentement des parties, une chose qu’on vend, un prix qu’on paie.

§1. Le consentement des parties : tout ce qui a été dit du consentement à propos du
contrat dans la théorie générale des obligations vaut pour le contrat de vente. Il en est
de même des autres conditions.

Remarques spéciales

1°. A quel moment précis y a-t-il consentement ?

Dès qu’on est convenu de la chose et du prix quoi que la chose n’ait pas encore été
livrée ni le prix payé (article 264 CCLIII).

Ce principe est important pour déterminer celui qui supporte les risques.

Pour illustrer le principe du transfert instantané de la propriété et des risques, il faut


savoir :

34
CL. PIRLOT, Manuel de droit civil et commercial, Bruxelles, MF. Larcier, 1959, p. 51.
35
Article 231 de la loi n o 73 021 du 29 juillet 1993 telle que modifiée à ce jour portant régime général des biens,
régime foncier et immobilier et régimes des surétés.
36
Elis, 21.29.1912, Jur. Congo, 1914-19, p. 260.
37
Leo, 22.1.1929, Jur. Col. 1930-31, p. 68, citées par Katuala K. Kashala, code civil annoté, éd. Batena Ntambua
Kinshasa, 1995, p. 159.
38
Article 881 de la loi n o 87-010 du 1er août 1987 portyant code de la famille telmle que modifiée à ce jour par la
loi no 16-008 dun 15 juillet 2016.
97

 Que la vente d’immeuble n’est parfaite qu’après mutation opéréen par le


conservateur des titres immobiliers.
 Que la vente par correspondance devient définie lorsque celui qui a fait l’offre
reçoit la lettre qui constate l’acceptation de celui à qui l’offre est faites (Elis., 31
octobre 1942, cité par Pirlot, op. cit., p. 52) : c’est le système de la réception.
L’artic le 824, alinéa 2 du code de la famille semble avoir consacré cette solution
en matière de donation.
 Que la vente au poids, au compte, et à la mesure n’est pas parfaite en ce sens que
les choses vendues sont aux risques du vendeur jusqu’à ce qu’elles soient pesées,
comptées ou mesurées. (Art. 266, CCCLIII) : c’est l’individualisation.
 Que la vente en bloc est parfaite quoique les marchandises n’aient pas encore été
pesées, comptées ou mesurées, dès l’accord des parties sur la chose et le prix (art.
267) ;
 Que dans le cas de la vente au gout à l’égard du vin, de l’huile et des autres choses
que l’on est dans l’usage de gouter avant d’en faire l’achat, il n’y a point de vente
tant que l’acheteur ne les a pas goutées et agréées (art. 268, CCCLIII) ;
 La vente à l’essai : quand une marchandise est vendue à l’essai, la condition
d’essai est stipulée et le délai est souvent précisé :
- Cette condition est toujours présumée suspensive (article 269, CCCLIII) :
si l’acheteur ne se décide pas dans le délai prévu, il n’y a pas de vente,
puisqu’il n’y a pas de consentement. Il peut donc refuser la chose essayée ;
- Pendant la durée de l’essai, les risques restent à charge du vendeur
puisqu’il est toujours propriétaire ;
- Mais l’acheteur qui garde la marchandise après le délai prévu ou, si le délai
n’est pas prévu, au-delà du temps normalement nécessaire pour l’essai, est
censé avoir donné son agréation (1 er inst. Léo, 06 avril 1949, citée par
Pirlot, op. cit., p. 52).

2°. Situations prévues à l’article 270 du CCCLIII

L’article 270 du CCCLIII dispose : « la promesse de vente vaut vente lorsqu’il y a


consentement réciproque de deux parties sur la chose et sur le prix ».

Sans entrer dans les détails des controverses auxquelles s’est livrée la doctrine au sujet
de cet article, il importe d’expliquer ce qu’en réalité ce texte vise en parlant de promesses de
vente. Selon ORBAN trois situations juridiques peuvent se présenter sous le couvert d’une
promesse de vente :

a) La promesse unilatérale de vente :

Une partie s’oblige à vendre une chose moyennant un prix déterminé à l’autre partie,
au cas où celle-ci voudrait l’acquérir.

C’est une simple offre de vendre, simple pollicitation d’une partie sans aucune
manifestation de volonté de la part de l’autre.
98

En revanche, cette promesse unilatérale est accompagnée d’un délai d’option pour
l’accepter, la doctrine et la jurisprudence estiment que le pollicitant est tenu de respecter le
délai qu’il a lui-même fixé. Il doit donc maintenir son offre durant ce délai mais il ne lui est
pas interdit d’entreprendre des négociations avec d’autre amateurs pendant ce délai en vue de
leur vendre la chose au cas où le droit d’option ne serait pas exercé 39. L’option est la faculté
que le vendeur laisse à quelqu’un de se porter acheteur, de préférence à tout autres
pendant un temps déterminé.

Exemple : un garagiste offre en vente une voiture d’occasion, un client l’examine et demande
48h de réflexion ; le garagiste lui accorde ce délai avec option. Cela signifie que pendant ce
délai, il refusera de vendre la voiture à un autre amateur éventuel avant d’avoir préalablement
été informé de la décision du bénéficiaire de l’option. Cette option n’est pas une vente 40. Il a
été jugé que « la promesse unilatérale de vente engage irrévocablement le promettant à
réaliser la vente si le bénéficiaire exprime la volonté d’acquérir le bien, pour autant que les
parties soient d’accord sur la chose et sur le prix41.

b) Le contrat unilatéral de promesse de vente

On peut aller plus loin. Ce vendeur a fait une offre de vente, l’acheteur tout en n’étant
pas encore décidé à acheter, trouve l’offre intéressante. Il se réserve de faire connaitre sa
décision ultérieurement et en informe le vendeur. Celui-ci n’y objecte point, il y a alors accord
des volontés, c’est-à-dire promesse de ventes obligeants le vendeur à vendre sa chose si le le
futur acheteur manifeste l’intention d’acheter. Il y a promesse de contrat de ventes appelée
« contrat unilatéral de promesse de vente, unilatéral parce que le vendeur seul s’oblige.

c) Promesse synallagmatique de vente

Le vendeur promet de vendre sa chose pour un prix déterminé, et celui à qui il fait
cette promesse promet, de son coté de l’acheter au prix fixé. Dans l’esprit de l’article 270
CCCLIII, cette double promesse vaut vente, car il y a engagements réciproques, c’est-à-dire
contrat synallagmatique. « je promets de vendre, je promets d’acheter » sont synonymes des
formules correspondantes « je vends, j’achète »42. Pour De page, la promesse synallagmatique
de vente est tout simplement une vente et ce n’est pas cette promesse que l’article 270 du
CCCLIII vise43.

39
Sohier (A.), op. cit., pp. 410 et 411.
40
PIRLOT (CL.), op. cit., pp. 52 et 53.
41
Cass b. 09 janvier 1975 Pas. I, p. 482 (cité par KATUALA KASHALA, op. cit., p. 165, no 9.
42
Orban, op. cit., p. 412.
43
Auteur cité par Orban, Idem.
99

3°. La vente avec arrhes :

Du latin (arrha=gage), les arrhes signifient en français une somme d’argents qu’une
partie verse à la conclusions d’un contrat pour en assurer le respect.

La vente avec arrhes et la vente avec faculté de dédit sont des formes de vente
permettant à l’un des contractants ou aux deux de reprendre leur liberté et de renoncer à
vendre ou acheter, moyennant le versement d’une somme d’argent. C’est cette somme
d’argent qu’on appelle « arrhe » ou « dédit » selon le cas44. A la différence des arrhes, la
faculté de dédit appartient à un seul des contractants, ou aux deux, selon les stipulations du
contrat45.

Si la promesse de vente a été faite avec arrhes, chacun des contractants peut revenir
sur sa décision et révoquer le contrat : celui qui a payé les arrhes, en les perdant, et celui qui
les a reçues, en restituant le double (art. 271, CCCLIII).

Les dispositions de l’article 271 du CCCLIII ne sont que supplétives de la volonté des
46
parties .

A côté de cette fonction de dédit visée par l’article 271, la remise d’arrhes peut
répondre à deux autres fonctions :

 Les arrhes peuvent constituer (cas plus fréquent) un simple acompte sur le prix. En
cas d’exécution, les arrhes seront imputées sur le prix. En cas d’inexécution, elles
constitueront une provision sur dommages-intérêts.
 Les arrhes peuvent aussi constituer un moyen de preuve de l’existence du contrat.
S’il n’y a pas de preuve écrite et régulière du contrat, une des parties donne des
arrhes à l’autre et en demande quittance.

NB : le sens et la portée de la remise d’arrhes restent essentiellement une question de fait, et il


faudra dans chaque cas rechercher l’intention des parties. Dans le doute, la convention
s’interprétera contre le vendeur47.

4°. La vente sur échantillon

L’acheteur comme dans la vente « ad gustum », prend certaines précautions pour que
le contrat corresponde bien à ce qu’il en attend. Il se fait remettre un exemplaire, un
échantillon de l’objet qu’il désire acquérir et ne s’engage que sur la foi de cet échantillon. La
vente sera parfaite dès l’instant où le vendeur aura donc livré une chose rigoureusement
conforme à l’échantillon.

44
Collart D (F.). et Ph. DELEBECQUE, op. cit., pp. 76 ett 77, no 80 in fine
45
HUMANN (V.), “ la spécificité de la clause de dédit » RD imm. 1997, p. 169 (cité par F. Collart et Ph.
DELEBEQUE, op. cit., p. 76)
46
Cass.fr civile. 16 juillet 1956, p. 609 ; Orléans, 26 octobre 1967, D 1968, p. 210 (citée par Katuala KK, op. cit.,
166, no 4.
47
Art. 279, CCCLIII, ORBAN, op. cit, pp. 415-416.
100

5°. La vente avec déclaration de command

Cette vente (aussi appelé « venter avec réserve d’élection d’ami ») est celle où
l’acheteur réserves dans le contrat, la faculté de se substituer une autre personne non désignée
actuellement, au seul égard de laquelle la vente produira ses effets. Si cette personne appelée
« command » ne se déclare pas, c’est l’acheteur en nom ou « commandé » qui reste acheteur.

Cette réserve peut être d’une grande utilité en ce sens qu’elle permet notamment
d’éviter que le vendeur impose un prix surfait (surestimé, exagéré) sachant que l’acheteur
véritable qu’il connaitrait à l’absence de cette élection d’ami ne pourrait se passer de l’objet
vendu.

Conditions :

 La réserve doit être expressément formulée dans l’acte de vente ;


 La déclaration doit être faite dans le délai prescrit par le contrat ;
 la déclaration doit être faite par acte authentique48.

6°. La vente à réméré ou avec faculté de rachat


a. Notion

La faculté de rachat ou de réméré est un pacte par lequel le vendeur se réserve de


reprendre vendue moyennant la restitution du prix principal et le remboursement des frais et
loyaux coûts de la vente, des dépenses nécessaires et utiles faites sur la choses par
l’acheteur49.

L’expression vente à réméré vient du droit romain (re-emere : acheter à nouveau) où il


s’agissait réellement d’une nouvelle vente en ce sens que le vendeur était créancier de la
rétrocession et disposait d’une action pour obtenir que l’acheteur lui revendît la chose.

C’est une vente faite sous condition résolutoire. En effet, le vendeur convient avec
l’acheteur que le contrat de vente sera résolu si dans un délai déterminé, il fait part de son
désir de reprendre la chose50.

b. Formes prohibées

La vente a ramené ne serait plus qu’un anachronisme, si en réalité, elle ne servait très
fréquemment à celer un contrat prohibé ou à éluder diverses prescriptions légales relatives au
prêt sur gage :

 Le prêt usuraire : celui-ci peut se présenter sous l’aspect d’une vente à réméré.
L’emprunteur vend à réméré un objet au prêteur soit à un prix bien inférieur à sa
valeur réelle, soit en acceptant de payer un prix supérieur lors de l’exercice du
rachat à la valeur qu’à payer l’acheteur-prêteur.
48
Orban, op. cit., p. 416.
49
Art. 336 et 349, CCCLIII
50
Orban. op. cit., pp 459 à 468.
101

 Le contrat pignoratif : ce contrat est celui en vertu duquel le créancier-gagiste


non payé à l’échéance peut sans formalité, s’approprier le gage. En donnant à un
tel contrat l’apparence de la vente à réméré, on tente d’éluder les formalités
exigées par l’article 56 de l’Acte uniforme du 17 avril 1997 portant organisation
des sûretés. Pour la réalisation du gage, c’est-à-dire l’obligation de s’adresser au
juge pour obtenir l’autorisation de faire vendre le gage. Il se rapproche du pacte
commissoire prévu en droit des sûretés.

§2. La chose, objet de la vente


1. Principe : Tout ce qui est dans le commerce peut être vendu lorsque des lois
particulières n’en ont pas prohibé l’aliénation51.
2. La chose dont l’aliénation est prohibée :
 La vente d’une chose hors commerce est nulle, même si l’acheteur ne connaissait
pas le vice52.
 La vente de la chose d’autrui est nulle. L’acheteur peut réclamer des dommages-
intérêts lorsqu’il a ignoré que la chose fut à autrui 53. La nullité de la vente de la
chose ne peut être invoquée que par l’acheteur et jamais par le vendeur. Lorsque le
propriétaires de la chose vendue par un tiers succède à celui-ci comme héritier pur
et simple, il se retrouve à la fois propriétaire et vendeur du bien et la propriété est
aussitôt transférée à l’acheteurs (il y a con fusion,).54.
 On ne peut vendre la succession d’une personne vivante même de son
consentement55;
 Si au moment de la vente, la chose vendue était périe :
 En totalité : la vente serait nulle
 En partie : l’acheteur aurait le choix d’abandonner la vente ou de
demander la partie conservée en faisant déterminer le prix par la
ventilation56.
§3. Le prix
1°. Notion : le prix est une somme d’argent que l’acheteur s’engage à payer en
échange de la chose dont il devient propriétaire.
2°. Caractères du prix
a) Le prix doit donc consister en argent. Un contrat qui prévoit qu’en contrepartie de ma
maison vous me donnez 2HA de terrain est parfaitement valable seulement ce n’est
plus une vente, c’est un échange57.
b) Le prix doit être sérieux : on ne peut vendre sa maison pour 50 FC. L’article 13 bis du
CCCLIII sanctionne le lesion.

51
Art. 275, CCCLIII
52
Cass. Fr. 28 janvier 1931, D.H, 1931, p. 162 citée par KATUALA, op. cit., p. 169, no2.
53
Art. 276, CCCLIII
54
Cass. B, 30 janvier 1931, KATUALA K, op. cit., p. 208, no 1.
55
Art. 277, CCCLIII
56
Art. 278, CCCLIII
57
Orban, op. cit., p. 405, Pirlot, op. cit., p. 53.
102

c) Le prix doit être fixé au moment du contrat. Une vente qui serait faite en stipulant que
le prix serait fixé plus tard, serait nulle 58. Cela veut dire que le prix doit être si non
déterminé, du moins déterminable par un procédé convenu qui ne laisse pas sa fixation
au pouvoir d’un des contractants59. Si le prix d’une vente doit être déterminé, et être
désigné par les parties, il n’est pas nécessaire que le montant en soit fixé, dans le
principe, d’une manière absolue. Il suffit pour la formation de la vente, que le prix
puisse être déterminé, en vertu des clauses du contrat, par voie de relation avec des
éléments qui ne dépendent plus de la volonté, ni de l’une, ni de l’autre des parties60.

L’absence d’un prix réel ou sérieux peut être l’indice d’une donation 61 et même d’une
fraude aux obligations fiscales par exemple.

Le prix étant un élément essentiel de la vente, à défaut de prix il n’y a pas vente 62.

3°. Frais de vente : les frais autres que les frais relatifs à la livraison, sont à charge de
l’acheteur63.

Exemple : les frais d’actes authentique pour la vente d’immeuble, les frais de mutation et
autres frais accessoires.

§4. Obligations des parties


A. Obligation du vendeur
1. Principe général : le vendeur est tenu d’expliquer clairement ce à quoi il
s’oblige ; tout pacte obscur ou ambiguë s’interprète contre le vendeur64.
2. Obligations proprement dites : le vendeur assume deux catégories d’obligations.
Les obligations principales et les obligations accessoires.

I. Les obligations principales du vendeur.

Elles sont au nombre de deux :

 Obligation de délivrer la chose vendue (art. 282 du CCCLIII) ;


 L’obligation de garantir à l’acheteur la possession paisible de la chose et l’absence
de défauts cachés (ou vices rédhibitoires, art. 302 CCCLIII).

58
Art. 272, CCCLIII
59
Cass.fr. com. Tournai, 9-12-1947, p. 31 (citée par KATUALA, op. cit, p. 206.
60
Rea. 7 janvier 1925, DH 1925, DH 1925-57 (citées par H capilant, F. TERRI et Y. Lequette, les grands arrets
de la jurisprudence civile, 10ème édition, Dalloz, p. 707.
61
Orban, op. cit. p. 406.
62
Ibidem, p. 407.
63
Voir art. 274, CCCLIII
64
Art. 279, CCCLIII.
103

1. La délivrance de la chose vendue


a. Notion : la délivrance est l’acte par lequel le vendeur fait passer l’objet vendu en la
possession de l’acheteur (art. 281, CCCLIII).
b. Importance de la délivrance : en droit moderne, la délivrance conserve une réelle
importance :
 Dans la vente des choses de genre, c’est par la délivrance, agréée par l’acheteur
qu’on détermine la chose vendue et s’effectue le transfert de propriété (lire art. 282
à 284 CCCLIII) ;
 En matière d’action en résolution pour inexécution l’époque de la délivrance est un
élément essentiel (art. 287 CCCLIII)
 Elle précise l’instant à partir duquel l’acheteur jouit des avantages de la
possessions (art. 95, 39 et 658 CCCLIII).
c. L’objet de la délivrance
 La remise matérielle de la chose à l’acheteur ou la mise de la chose à la disposition
de l’acheteur : ex : une voiture, un immeuble ;
 La remise d’une chose conforme à la chose vendue65.

Lorsqu’il y a contestation sur la non-conformité de la chose livrée à la chose vendue,


l’acheteur doit protester sans retard, sous peine de se voir opposer l’agréation66.

d. Les accessoires de la chose : l’obligation de délivrer la chose comprend ses


accessoires et tout ce qui a été destiné à son usage perpétuel (art. 292, CCCLIII). Les
accessoires sont des éléments inséparables de la chose. Ex : la roue de secours pour
l’automobile67.
e. Les fruits de la chose : ils appartiennent à l’acquéreur dès le jour de la vente (l’article
291, al. 2 CCCLIII). Cette disposition se fonde sur le transfert instantané de propriété.
f. Lieu de la délivrance : la délivrance doit se faire au lieu où était, au temps de la
vente, la chose qui est en fait l’objet, sauf s’il en a été autrement convenu (art. 286,
CCCLIII).
g. Le moment de la délivrance : le code est muet à ce sujet. La doctrine énonce la règle
selon laquelle « la délivrance aura lieu au moment fixé par le contrat, sinon au
moment de la vente »68.
h. Les frais de délivrance : sont à charge du vendeur. Ex : les frais d’de pesage, de
comptage, d’expédition.

Les frais d’enlèvement sont à charge de l’acheteur. Ex : les frais d’expédition du lieu
de la délivrance au domicile de l’acheteur.

i. Sanction : si le vendeur manque à faire la délivrance dans le temps convenu entre les
parties, l’acquéreur pourra, à son choix, demander la résolution de la vente ou sa mise
en possession, si le retard ne vient que du fait du vendeur (articles 287 et 288,
65
1er inst. Elis. 06 juin 1947 RT, 1984, P y69 (citée par Orban, op. cit. p. 421.
66
Elis, 10 avril 1926, jur. Kat., ii, p. 183.
67
Orban, op. cit., p. 422.
68
Idem, p. 424.
104

CCCLIII). Dans tous ces cas le vendeur doit être condamné aux dommages et intérêts
s’il résulte un préjudice pour l’acquéreur du défaut de délivrance ou de terme convenu.
A noter qu’une mise en demeure est nécessaire sauf dans le cas où conformément au
droit commun, elle ne se justifie pas69.
j. La rétention : le vendeur n’est pas tenu de délivrer la chose si l’acheteur n’en paie
pas le prix et que le vendeur ne lui a pas accordé un délai pour le paiement (art. 289
CCCLIII). Il s’agit de l’application de l’exception « non adimpleti contractus ». Bien
plus, il sera dispensé de livrer même s’il a accordé un délai pour le paiement, si depuis
la vente, l’acheteur est tombé en faillite ou en état de déconfiture, en sorte que le
vendeur se trouverait en danger imminent de perdre le prix (art. 290 CCCLIII).
k. L’agréation : c’est la reconnaissance par l’acheteur que la chose livrée est de bonne
livraison, tant au point de vue de sa conformité à la chose vendue, que de ses vices
apparents. Elle est expresse ou tacite. Il va de soi que le défaut de protestation lors de
la délivrance ou immédiatement après, implique agréation et rend non recevable tous
recours ultérieurs en raison de la non-conformité. L’acheteur doit protester sans retard
en cas de contestation relative à la conformité de la chose vendue à celle qui a été
réellement livrée.
2. L’obligation de garantie
a. Notion de garantie et sa portée : la garantie consiste à fournir à l’acheteur la
possession paisible et utile de la chose qui lui est transférée et lui payer des dommages
et intérêts pour le cas où cette promesse ne serait pas respectée.

L’idée de garantir est née de la vente, mais elle s’applique à tous les autres contrats
translatifs à titre onéreux70.

b. Objet de la garantie

Aux termes de l’article 302 du CCCLIII, la garantie que le vendeur doit à l’acquéreur
a deux objets : l’éviction et le vice cachés

La garantie contre l’éviction protège l’acheteur principalement contre les défauts du


droit qu’il a acquis, tandis que la garantie contre les vices cachés le protège contre les
défauts de la chose71.

c. Garantie contre l’éviction

Elle peut prendre deux formes différentes selon que l’atteinte portée à l’acquéreur
trouve son origine dans un fait personnel du vendeur ou dans celui d’un tiers.

69
Elis, 30 janvier 1915, jur-col, 1925, p. 319 avec note ; Elis, 13 février 1926, jur. Kat, II, p. 278.
70
Orban, op. cit., p. 428.
71
DUTILLEU (F.) et DELEBECQUE (Ph.), op. cit., p. 200, no 246.
105

1. La garantie du fait personnel

 Principe : le vendeur qui transfère la propriété de la chose vendue à l’acquéreur ne


peut par acte quelconque, troubler la possession de l’acheteur (« qui doit garantie ne
peut évincer »).
 Etendue : la garantie du fait personnel s’étend à tout trouble aussi bien de fait que de
droit, alors qu’en matière de garantie du fait d’un tiers, le vendeur ne répond que du
trouble de droit.

Exemple du trouble du fait personnel :

 L’acte de concurrence déloyale commis par le vendeur d’un fonds de commerce à


l’égard de l’acheteur ;
 Continuer à exploiter un brevet d’invention déjà vendu ;
 Pousser la limite d’une parcelle vendue.

Exemples d’un trouble de droit : le vendeur vend une seconde fois un immeuble à une autre
personne qui fait enregistrer son titre avant le premier acquéreur. Il y aura éviction par le
second acquéreur, mais dont la cause première est dans le chef du vendeur. Il en est de même
en cas de vente d’un meuble successivement à deux acheteurs et mis en possession du second
acquéreur72.

Il faut préciser :

 Un trouble de droit est toute atteinte que le vendeur prétend fondée sur un droit à
l’exception de droit d’agir en nullité ou en résolution de la vente elle-même.
 Un trouble de fait est toute atteinte que le vendeur ne prétend pas fondée sur un
droit.
2. La garantie du fait d’un tiers
 Principe : la garantie du fait d’un tiers joue lorsqu’un tiers émettra des prétentions
juridiques sur la chose et troublera ainsi la possession de l’acheteur. Cette garantie est
de plein droit car il n’est pas nécessaire pour qu’elle existe, qu’il y ait stipulation
particulière (art. 303 du CCCLIII).
 Sanction de l’obligation : si l’acheteur vient à étre dépossédé de la chose, le vendeur
devra rembouser à l’acheteur : le prix, les frais divers, les fruits, la plus-value et lui
payer des dommages et intérets (art. 307 et 309 du CCCLIII).

d. La garantie contre les défauts de la chose


1°. Notion

Les défauts (vices) cachés (également appélés vices rédhibitoires, du latin ;


« redhibere, restituer) sont ceux qui rendent la chose vendue impropre à l’usage auquel on la

72
Orban, op. cit., p. 431.
106

destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquise, ou n’en
aurait donné qu’un moindre prix s’il les avait connus (art. 318 CCCLIII).

Ex : Un animal atteint d’une maladie contagieuse non apparente à un défaut caché73.

Le vendeur n’est donc pas tenu des vices apparents et dont l’acheteur a pu se
convaincre lui-même (art. 319 CCCLIII).

Sont des vices apparents, ceux que l’acheteur peut constater lui-même au moment de
la livraison par un examen attentif. Si l’acheteur n’a pas examiné la marchandise avant d’en
donner décharge, il doit subir les conséquences de sa négligence74.

2°. Conditions requises


 Le vice doit rendre la chose vendue impropre à usage ou diminuer cet usage de
telle manière que l’acheteur ne l’aurait pas acquise ou n’en aurait donné qu’un
moindre prix.
 Le vice doit être caché : c’est celui qui ne peut être décelé après un examen attentif
et sérieux que le bon père de famille apporte aux affaires qu’il traite ;
 Le vice doit présenter une certaine gravité ;
 Le vice doit exister au moment de la vente.

3°. Sanction de l’obligation

Deux hypothèses :

 Si l’objet possède un vice caché, l’acheteur a le droit entre :


 L’action rédhibitoire : c’est-à-dire que l’acheteur peut restituer la chose et
se faire rembourser le prix et les frais occasionnés par la vente.
 L’action estimatoire : c’est-à-dire que l’acheteur gardera la chose, mais que
sa valeur sera à estimer par experts, et qu’une partie du prix lui sera
remboursée (art. 321 et 323, CCCLIII).

Si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu en outre, de tous les
dommages-intérêts envers l’acheteur (art. 322, CCCLIII).

Remarque : le fabricant ou le marchand spécialisé qui livre à l’acheteur un produit de son


commerce ou de son industrie doit être considéré comme ayant connu les vices de la chose et
est par conséquent tenu de tous dommages-intérêts envers l’acheteur même si,, en fait, il a
ignoré les vices75. C’est une règle de protection de consommateur.

73
Léo, 1er janvier 1937, (citée par Pirlot, op. cit. p. 56)
74
E’ville-décembre 1913 (cité par Pirlot, op. cit. p. 56
75
Cass. B. 4 mai 1939, (cité par Pirlot, op. cit., p. 56)
107

4°. Délai de l’appel en garantie

L’action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par l’acquéreur dans le délai
de 60 jours à partir du jour de la livraison (art. 325 CCCLIII).

Lorsque le vendeur a stipulé une garantie spéciale, ce délai ne s’applique pas76.

Exemple : il arrive que les objets tels que les montres de marque, postes de radio, appareils
électroniques soient vendus avec un bon garantie d’une durée allant jusqu’à une année par
exemple.

Remarque : pas d’action pour vices rédhibitoires en cas de vente faite par autorité de justice
(art. 326 CCCLIII).

5°. L’action récursoire : lorsque l’acheteur final a obtenu la garantie de son vendeur,
celui-ci peut à son tour, se retourner contre son propre vendeur. Il bénéficie en
effet de la subrogation légale dans les droits du sous-acquéreur. Il exerce alors une
action récursoire qui doit satisfaire aux conditions de fond et de délai de la
garantie des vices cachés, adaptées aux circonstances. Le délai de son action court
à compter du jour où il a été assigné en garantie par son acheteur77.

II. Les obligations accessoires du vendeur

Il faut citer l’obligation d’information et de conseil ainsi que l’obligation de sécurité.

1°. L’obligation d’information et de conseil

C’est la jurisprudence qui a établi l‘existence de l’obligation générale d’information et


de conseil et qui a dû pas à pas en fixer le régime.

Déjà sous d’autres cieux, elle influence le législateur. C’est le cas en France où
l’article L. 111-1 du code de la consommation, consacre l’obligation générale d’information
sur les caractéristiques du bien vendu.

L’obligation d’information et de conseil procède du devoir plus général de loyauté. Sa


manifestation plus ancienne se situe dans le dol par réticence. Mais son domaine s’est
considérablement accrue et généralisé sous l’impulsion de la jurisprudence à l’ensemble des
contrats.

Cette obligation signifie que le vendeur doit prendre l’initiative de communiquer ce


qu’il sait de la chose à vendre à son cocontractant.

Il s’agit de toutes les informations susceptibles d’influencer la décision d’acheter ou


utiles à l’usage de la chose vendue :

76
1er inst. E’ Ville, 17 février 1944 cité par Pirlot, op. cit., p. 56
77
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., p. 226
108

 De la compétence du vendeur : elle pèse plus lourdement sur ls vendeurs


professionnels que sur les vendeurs occasionnels ;
 De l’objet du contrat : composants du bien, ses caracteristiques techniques,
conditions de son utilisation.

NB : dans tous les cas, les informations fournies doivent être complète et exactes78.

2°. L’obligation de sécurité

La sécurité des produits pèse au premier chef sur le fabricant. Elle pèse également sur
l’importateur qui met sur le marché national des produits fabriqués à l’étranger.

Plus généralement, la contrainte sécuritaire se prolonge sur tous les professionnels qui
assurent la distribution des marchandises du producteur au consommateur.

Exemple : un commerçant détaillant est responsable s’il commercialise un produit périssable


dont la date limite de consommation est dépassée.

Ici encore, la jurisprudence a précédé, à l’étranger, l’innervation législative.

En droit congolais, les sources jurisprudentielles et législatives sont timides. Or rien


n’interdit cependant à nos juges, de s’inspirer des droits français, belge et européen.

B. Obligation de l’acheteur

Les obligations de l’acheteur sont au nombre de trois :

 Prendre livraison de la chose vendue ;


 Payer les frais de vente ;
 Et payer le prix.

1. Prise de livraison
a. Notion : l’acheteur a l’obligation de prendre livraison de la chose vendue. Cette
obligation est le corollaire de l’obligation imposée au vendeur : celui-ci ne peut
être tenu de livrer que si l’acheteur est tenu de recevoir la livraison.
b. Moment : en principe, l’enlèvement de la chose doit se faire immédiatement lors
qu’aucun délai n’a été fixé pour la délivrance, sauf à tenir compte du temps
nécessaire pour retirer la chose ou pour en prendre livraison selon les
circonstances.
c. Lieu : c’est au lieu où était au temps de la vente, la chose qui en fait l’objet (art.
286 CCCLIII°
d. Sanctions :
 Offres réelles
 Résolution du contrat pour inexécution
 Exécution forcée du contrat (art. 162, CCCLIII)

78
DUTILLEUL (F.), op. cit., pp. 173 et 176.
109

 La résolution renforcée de l’article 334, CCCLIII : en matière de vente des


denrées et effets mobiliers, la résolution de la vente aura lieu de plein droit et
sans sommation au profit du vendeur après l’expiration du délai convenu pour
le retirement.

Contrairement au droit commun de l’article 82, cette disposition spéciale à la vente de


denrées et effets mobiliers prévoit le pacte commissoire exprès étendu.

2. Paiement des frais : ce sont les frais de notariat, les frais d’enregistrement, etc.
3. Paiement du prix : c’est l’obligation principale de l’acheteur (art. 327 du CCCLIII)
4. Moment et lieu : le principe est que la détermination de l’époque et du lieu du
paiement du prix est abandonné à la volonté des parties (art. 145, CCCLIII).

S’il y a aucune stipulation en matière de vente, l’article 328 prévoit que l’acheteur doit
payer au lieu et dans le temps où doit se faire la délivrance.

Mais en droit commun la délivrance doit être faite au domicile du débiteur (la dette est
quérable et non portable).

5. Intérêts :la question des intérêts se pose quand il s’agit d’une vente à terme, quant au
paiement du prix, ou encore d’une vente au comptant dans laquelle le vendeur n’aura
pas exigé le paiement au moment de la délivrance.

Il faut distinguer trois cas prévus à l’article 329, CCCLIII :

 Les intérêts sont dus s’il a été convenu ainsi : ils courent alors depuis le jour
convenu.
 S’il y a sommation. Ils courent dans ce cas à partir de la sommation
 Si la chose vendue et livrée produit des fruits ou autres revenus. Dans ce cas les
intérêts courent du jour où l’acheteur a droit aux fruits.
6. Suspension du paiement : c’est dans l’hypothèse d’éviction, ou du danger d’éviction.
En effet, aux termes de l’article 330, CCCLIII « si l’acheteur est troublé ou a juste
sujet de craindre d’être troublé par une action soit hypothécaire, soit en revendication,
il peut suspendre le paiement du prix jusqu’à ce que le vendeur ait fait cesser le
trouble, si mieux n’aime celui donner caution, ou à moins qu’il n’ait été stipulé que,
nonobstant le trouble, l’acheteur paiera ».
7. Garantie du vendeur non payé : le vendeur non payé dispose de deux garanties pour
réagir à l’inexécution de l’obligation de payer le prix.
 L’exception d’inexécution (art. 289 et 290 CCCLIII)
 L’action en résolution (art. 331 et 333 du même code).
110

Section 5. La licitation79

§1. Définition

La licitation est une vente aux enchères d’un bien indivis.

§2. Bien indivis : un bien sur lequel plusieurs personnes ont ensemble, un droit de
propriété ou tout autre droit réel.

La licitation appelle nécessairement l’idée de partage du bien ; c’est pour permettre le


partage d’un bien, qui ne peut être commodément partagé comme tel, que l’on recourt à cette
forme de vente.

La vente est aussi un moyen de substituer une valeur partageable à une valeur qui ne
l’est pas. Peu importe l’origine de l’indivision, peu importe également le titre en vertu duquel
les indivisaires auraient acquis cette qualité. Peu importe l’égalité des droits de chacun des
indivisaires.

§3. Vente aux enchères : aux termes de l’article 350 « si une chose commune à plusieurs
ne peut être partagée commodément et sans perte ou si, dans un partage fait de gré à
gré de biens communs, il s’en trouve quelques-uns qu’aucun des copartageants ne
puisse ou ne veille prendre, la vente s’en fait aux enchères, et le prix en est partagé
entre les copropriétaires ».

Chacun des propriétaires est le maitre de demander que les étrangers soient appelés à
la licitation (art. 351 CCLIII).

§4. Formes : la licitation est volontaire ou judiciaire selon que les copropriétaires sont
d’accord entre eux ou non. La vente aux enchères ne suppose pas nécessairement une
licitation judiciaire. Elle se conçoit parfaitement en cas de licitation volontaire.
§5. Effets : la licitation est une vente ou un partage. Elle est une vente si un étranger est
l’acquéreur du bien indivis. Elle est un partage, si c’est l’un des indivisaires qui est
l’acquéreur. Dans l’un ou l’autre cas, on appliquera les principes de la vente ou dun
partage.

79
Orban, op. cit., pp 469 et 470
111

CHAPITRE 2 : LE BAIL OU LOUAGE DES CHOSES

Section 1. Notions fondamentales

§1. Définition : le bail est un contrat par lequel l’une des parties s’oblige à faire jouir
l’autre d’une chose pendant un certain temps, et moyennant un certain prix que celle-
ci s’oblige à lui payer. (Art. 371, CCCLIII).

Aujourd’hui, les termes « louage », « bail », « location » sont regardés comme


équivalents80.

§2. Caractéristiques du bail

Il ressort de cette définition du bail :

1°. Le bail confère sur la chose qui en constitue l’objet un droit d’usage et de jouissance ;
2°. C’est un contrat à titre onéreux : l’usage et la jouissance sont concédés contre un prix ;
3°. Il confère au preneur un droit de créance (droit personnel) contre le bailleur, et non un
droit réel ;
4°. Le bail est un contrat synallagmatique ;
5°. Le bail est un contrat successif et temporaire : en effet, l’exécution des obligations qui
en découlent s’échelonnent dans le temps mais de plus, il n’est exigible que par termes
périodiques.

Le contrat est temporaire : sa durée maximum est de 99 ans (bail emphytéotique).

§3. Le code civil congolais livre III

Il n’existe pas un régime unique pour le bail. Le code civil lui-même distingue trois
séries de règles :

 Les règles communes aux baux des maisons et des biens ruraux (art. 374 à 407,
CCCLIII) ;
 Les règles particulières aux baux à loyer (art. 408 à 416, CCCLIII) ;
 Les règles particulières aux baux à ferme (art. 417 à 426, CCCLIII).

Il faut en outre remarquer que la montée des statuts spéciaux dans les domaines des
différents baux (d’habitation, commerciaux, ruraux) a donné au code civil un rôle seulement
résiduel, et interstitiel81.

Exemple : pour réglementer le secteur de l’habitat en vue, a-t-on espérer, d’une meilleure
harmonisation des rapports entre bailleurs et locataires le ministre de l’urbanisme et de
l’habitat a en date du 20 juin 2007 pris l’arrêté n o 009 CAB/MIN.URB-HAB/LSIL/2007, par
lequel il institue une série des mesures impératives :

80
DUTILLEU (F.), et alii, op. cit., p. 277.
81
DUTILLEU (F.), et alii, op. cit., p. 277.
112

 Contrat de location type applicable sur toute l’étendue du territoire congolais ;


 La légalisation du contrat de bail ;
 Le dépôt d’une copie du bail au service chargé de l’habitat ;
 Les pénalités sanctionnant le non-respect de ces mesures.

Ce statut réglementaire impératif envahit ainsi un secteur jusque-là régi par le principe
de la liberté contractuelle.

Cependant, le code civil congolais, livre III conserve un double rôle :

 Un rôle supplétif de volonté pour la détermination du régime des contrats qui


restent soumis à la liberté contractuelle. Ex : les baux mobiliers.
 Il est générateur de principes généraux et des règles applicables à tous ls baux où
ces règles ne sont pas contraires aux statuts spéciaux : le code civil s’apparente,
ainsi a un droit commun du bail, une théorie générale du contrat spécial du bail.

Section 2. Distinction

Le bail est un contrat générateur d’un droit personnel, offrant au preneur l’usage
exclusif et continu d’une chose moyennant le versement d’un prix. Au regard de la nature du
contrat le bail doit être distingué des conventions translatives d’un droit réel, des autres
contrats d’usage ou des services et même de société.

§1. Bail et vente

La vente est un contrat instantané et translatif de propriété tandis que le bail est un
contrat à exécution successive qui confère un droit de jouissance au preneur, exclusif de tout
droit réel.

§2. Le bail dans une opération contractuelle complexe : la location-vente, le crédit-


bail, la location-accession et la location-promesse de vente.

Ces différentes opérations ne relèvent pas d’une nature juridique homogène. Certaines
d’entre elles sont essentiellement des opérations de crédit. Elles la une vente comme objectif
et sont assorties d’un crédit consenti pour le vendeur. Celui-ci demeure propriétaire de la
chose, soit parce que le transfert de propriété est différé, soit parce que le candidat à
l’acquisition n’a pas encore déclaré vouloir acheter.

Mais dans l’attente, le candidat acheteur a la jouissance de la chose moyennant le


paiement d’une redevance qui s’imputera en tout ou en partie sur le prix de vente, si celle-ci
ne se réalise pas.

Si la mise à disposition du bien moyennant redevance s’apparente à un bail, elle n’en a


pas pour autant la nature82.

§3. Bail et démembrements de propriété


82
DUTILLEUL (F.), op. cit., p. 283.
113

 Bail et constitution d’usufruit : tous deux portent sur la jouissance d’une chose et
confèrent le droit d’en percevoir les fruits. Mais dans l’usufruit, démembrement de
la propriété, l’usufruitier n’a aucun rapport d’obligation avec le nu propriétaire, ce
qui n’est pas le cas du bail.
 Il en est de même de la cession du droit d’usage et d’habitation

§4. Bail et contrat d’usage

Un certain nombre de contrats ont pour objet de conférer l’usage d’une chose à un
contractant, sans transfert de droit réel mais sans que la qualification de bail puisse être
retenue83.

Il en est ainsi des contrats suivants choisis à titre d’illustration.

1°. Le commodat : c’est un prêt à usage par lequel l’une des parties livre une chose à
l’autre pour s’en servir à la charge pour le preneur de la rendre après s’en être servi84.

Dans ce contrat de prêt à usage, on retrouve deux éléments du bail :

 La mise en disposition d’une chose ;


 L’obligation de restituer en nature.

La différence entre le bail et le commodat réside dans le caractère essentiellement


gratuit de ce dernier85.

2°. La convention d’occupation précaire : est un contrat par lequel les parties
manifestent leur volonté de ne reconnaitre à l’occupant qu’un droit de jouissance
précaire moyennant une contrepartie financière modique.

La précarité de la jouissance se caractérise essentiellement par deux éléments :

 Le contrat est susceptible de prendre fin à tout moment ou par la survenance d’un
événement envisagé par les parties, par la volonté du propriétaire le plus souvent
sans préavis et sans indemnité ;
 Le propriétaire ne supporte pas les obligations que la loi met à la charge du
bailleur.

Il en résulte que le contrat d’occupation précaire est un contrat innomée et non un


bail86.

Les règles du code civil ne lui sont donc pas applicables, même à titre supplétif des
volontés87.

83
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., pp 285 à 292.
84
Code civil congolais livre III, art. 448.
85
Code civil congolais, livre III, art. 371 et 449.
86
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., pp. 290 et 291.
87
Cass.fr. 3ème Civ. 17 juillet 1996, Bull.civ III. no184 (citée par F.C DTILLEUL, op. cit., p. 291)
114

Exemple : une location saisonnière.

NB : pour éviter la fraude aux statuts du bail, la jurisprudence française demeure très attentive
et exige que la précarité soit justifiée par des motifs sérieux et légitimes 88.

3°. L’occupation sans titre : l’occupation d’un immeuble sans titre peut avoir différentes
causes :
 Elle peut résulter de ce qu’un locataire se maintient dans les lieux loués malgré
l’anéantissement du bail par la survenance du terme, la résiliation ou la nullité.
 Elle peut aussi être le fait de « squatters » qui investissent de manière illicite des
immeubles vides89.
Il est à remarquer que ces différents cas ne posent aucun problème de qualification
parce qu’il n’y a pas de contrat. On peut cependant se demander si la tolérance de cette
occupation pendant un certain temps ne confère pas à l’occupant un quelconque titre : il s’agit
d’un bail ou une convention d’occupation précaire. Cette question doit se résoudre par
application des règles de preuve régissant chacune des catégories de convention. Mais il a été
jugé que l’occupant sans titre doit au propriétaire une « indemnité d’occupation » qui
représente la contrepartie de la jouissance des lieux90.

§5. Bail et contrat de société

Lorsqu’un associé effectue un rapport en nature, c’est-à-dire en jouissance, il se trouve


soumis aux mêmes obligations qu’un bailleur :

 Il demeure propriétaire du bien apporté et supporte les risques ;


 Il a l’obligation de garantir à la société une jouissance paisible du bien.

Cependant l’apport en jouissance n’est pas un bail car la société n’a pas à verser un
loyer, contrepartie à exécution successive caractéristique du bail, mais à remettre
instantanément à l’associé des parts sociales91.

§6. Bail et contrat de service


1°. Bail et dépôt
 Le louage de choses est un contrat consensuel tandis que le dépôt est un contrat
réel ;
 Le dépositaire, dans le contrat de dépôt est obligé de conserver la chose pour le
déposant qui est le bénéficiaire du contrat ;

Dans le louage, c’est le bailleur qui s’oblige à mettre la chose à la disposition du


preneur.

88
CA Caen, 27 janvier 1950, D.1950, Som.93 ; Cass.com. ; 22 octobre 1951, D, 1952-37 ; Cass, 3ème Civ, 12
janvier 1977, bull.civ, III, no 20.
89
CA paris, 6ème ch, 12 mai 1987, D.1987, 139, F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., p. 292.
90
Cass. 3ème Civ, 1er juillet 1987, Bull. civ, no 134.
91
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., p. 297.
115

2°. Bail et louage d’ouvrage : il n’est pas toujours facile de discerner, dans certains cas si
l’on se trouve en présence d’un louage de choses ou d’un louage d’ouvrage. Il faut
rechercher dans chaque cas d’espèce, l’élément prédominant du contrat.

Exemple :la location d’une automobile avec chauffeur est un contrat de transport (qui est une
variété de louage d’ouvrages) mais la voiture est donnée sans chauffeur, on est en présence
d’un bail92.

Section 3. Diversité des baux

Le code civil congolais considère le louage de choses comme un genre unique. Cela
ressort de la définition qu’en donne l’article 371 : « le louage de choses est un contrat par
lequel l’une de parties s’oblige à faire jouir l’autre d’une chose pendant un certain temps et
moyennant un certain prix que celle-ci s’oblige de lui payer.

Un genre unique parce que la définition du code ne fait aucune distinction parmi les
baux.

Cela n’exclut cependant pas l’existence d’une très grande variété de baux différents. Si
cette diversité n’existe presque pas en matière mobilière 93, elle a cependant spécialement
marqué la famille des baux immobilier : baux d’habitation, baux commerciaux, baux ruraux,
etc.

Section 4. Le droit commun du bail

§1. Siège de la matière

Il s’agit des dispositions légales régissant les baux des maisons, les baux des biens
ruraux et même des biens mobiliers.

Ces dispositions s’étendent de l’article 370 à l’article 207 du code civil congolais livre
III.

§2. Eléments essentiels du bail

Deux éléments, comme pour la vente, sont essentiels à l’existence et à la validité du


louage des choses : la chose et le prix.

1. La chose
a. Le principe : tous les biens, à quelques exceptions près, peuvent être louées. Même
les choses incorporelles sont susceptibles d’être louées.

Exemple : le droit d’exploiter un brevet, le droit de pêche, etc. (art. 373, CCCLIII)

b. Exceptions :
92
Orban, op. cit., pp. 492 et 493 ; F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., PP ; 293 et 294.
93
Si une certaine diversification est malgré tout apparue en matière mobilière c’est l’œuvres de la pratique et de
la jurisprudence (F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., pp. 299 à 332)
116

 Les choses hors commerce


 Les droits déclarés incessibles par la loi. Ex : l’usage, l’habitation, etc.
 Les choses dont l’usage entraine la consommation : cette exception manifeste
la différence entre le bail et le prêt de consommation. En effet, la restitution de
la chose louée est l’une des caractéristiques essentielles du bail.

Ces choses dont l’usage entraine la consommation peuvent cependant faire l’objet
d’un bail, si les parties le prévoient.

c. La chose d’autrui : contrairement à la vente, le bail de la chose d’autrui est valable. Il


a été jugé que le bail de lma chose d’autrui n’est pas nul, une chose indivise pouvant
valablement etre donnée à bail par un des indivisaires sans le consentement des
autres94.. Lorsque l’action se meut entre un bailleur et un locataire qui, ont traité en
leur nom personnel, le fait que le bien loué est la propriété d’un, et que les parties ne
l’ignorent pas, n’empêche pas que des obligations soient nées entre elles du contrat de
location qu’elles ont passé95.
2. Le prix : le bail est un contrat à titre onéreux. Contrairement à la vente qui exige une
somme d’argent, ce prix dans un bail peut aussi consister en de prestations en nature
ou en des services.

Comme pour la vente, le prix dans un contrat de bail doit être déterminé ou
déterminable96 et sérieux.

§3. Preuve et formalités

C’est à l’article 374 du code civil congolais livre III qu’il se référer

Selon cet article :

 Le louage n’est soumis à aucune condition de forme en ce sens qu’il est parfait
entre les parties dès que celles-ci sont convenues de la chose et du prix (contrat
consensuel) ;
 S’il y a un écrit, celui-ci ne sert que de preuve littérale et non comme condition de
validité du contrat ;
 Les règles de preuve apprise dans la théorie générale des obligations sont
applicables au bail (ces règles sont celles des articles 199 à 245, CCCLIII).

Le système simple consacré par l’article 374, est selon Orban, conforme au caractère
non formaliste du droit congolais97.

94
Cass.b., 4 déc. 1941, pas., 443 (citée par Orban, op. Cit., p. 495).
Elis ; 5 mai 1945, RJCB, p. 140 (citée par Katuala, op. cit., p. 207).
95
Elis, 5 mai 1945, RJCB, p. 140 (citée par Katuala, op. cit, p. 207s
96
Cass.b.25 juin 1954, Pas. I. 1954, p. 928 (citée par Katuala K.K, op. cit., p. 205)
97
Orban, op. cit., p. 497.
117

Le bail étant un contrat consensuel ; il peut être verbal. Il a été jugé que la preuve d’un
bail convenu par convention verbale, ainsi que ses clauses, incombent à la partie qui les
invoque. Cette preuve peut résulter des actes posés par les parties98.

Remarque : le ministre de l’urbanisme et l’habitat agissant apparemment sous la pression de


la crise de logement dans la ville de Kinshasa, a signé en date du 20 juin 2007, l’Arrêté n o
009/CAB/MIN. URB-HAB/LSIL/2007 par lequel il impose une série des mesures aux parties
à un contrat de bail :

 Un modèle unique de livret de bail contenant le contrat de location type applicable


sur toute l’étendue du territoire national ;
 La législation et la numérotations obligatoire du livret du bail signé entre le
locataire et le bailleur par l’officier du service chargé de l’habitat au niveau du
territorial concerné ;
 La garantie locative est fixée à trois, six et douze mois selon qu’il s’agit
respectivement du bail à usage résidentiel, commercial, ou à usage industriel, et à
usage socio-culturel.

Ces formalités sont assorties des sanctions :

 Toute action judiciaire ayant sa cause dans un contrat de bail intentée par une
personne qui n’a pas souscrit au livret de bail, sera déclarée irrecevable (art. 3, al. 2
dudit Arrêté) ;
 Le non établissement et/ou la non législation du livret de bail est une faute
entrainant dans le chef de deux parties une pénalité équivalent au paiement d’un
loyer mensuel, en raison de la moitié pour chacune (art. 3 al. 1er dudit Arrêté).
 Tous contrats de bail conclus avant l’entrée en vigueur de l’Arrêté sus évoqué et
qui lui sont contraires, sont réputés nuls (art. 13, dudit Arrêté).

Selon la théorie de la pyramide juridique de Hans Kelsen, laquelle consacre la


hiérarchie des normes juridiques et le parallélisme de forme, un Arrêté ministériel, norme
inférieure ne peut abroger une loi qui est une norme supérieure.

Dans le cas sous examen, on a un exemple qui contredit cette théorie aujourd’hui
universellement suivie. Si le ministre exerçant son pouvoir réglementaire subordonné, avait la
compétence de préciser (pour les asseoir) les dispositions du décret du roi souverain de l’Etat
indépendant du Congo du 30 juillet 1888 relatif aux contrats et aux obligations
conventionnelles, appelé « code civil congolais, Livre III » surtout en ce qui est de la garantie
locative, il n’avait pas le pouvoir d’en abroger les dispositions.

En effet, à l’époque de l’Etat indépendant du Congo comme à l’époque coloniale, le


Roi des belges exerçait le pouvoir législatif par voie de décret et le pouvoir réglementaire par
voie des règlements et Arrêtes. Tandis que le parlement belge exercait le pouvoir legislatif par

98
Elis. 20 janvier 1924 kat. I. p. 143 (citées par Katuala Kaba Kashalas, op. cit., p. 207).
118

les lois. Ainsi les mesures d’exécution relatives aux lois et décrets s’appelaient « Arrêté-
royal »99.
Le décret du 30 juin 1988 portant code civil congolais livre III et qui régit le bail civil est
donc un acte ayant force de loi. Lorsque l’Arrêté ministériel sous examen impose des
formalités contraires à l’esprit et à la lettre de l’article 374 de ce décret en supprimant le
caractère consensuel du bail pour l’ériger en contrat solennel, viole la théorie de l’acte
contraire. Cet Arrêté va même jusqu’à annuler les baux conclus conformément au code civil
avant son entrée en vigueur, portant ainsi atteinte à la sécurité juridique des parties en matière
des contrats c’est-à-dire aux principes légal de non-rétroactivité des lois100.

C’était pour le ministre plus indiqué de déposer un projet de loi au parlement ou de


recourir à la technique d’habitation de l’article 129 de la constitution qui lui permet de
prendre par ordonnance lois des mesures relative au domaine légal.

§4. Les obligations des parties


1. Les obligations du bailleur

Les obligations du bailleur sont au nombre de trois : délivrer, entretenir la chose,


garantir la jouissance paisible (art. 376, CCCLIII).

a. La délivrance : le bailleur est tenu de délivrer la chose en bon état de réparation de


toute espèce (art. 377, al. 1 er). Si le bailleur délivre au locataire une chose en mauvais
état, celui-ci a la faculté de le contraindre à y faire les réparations nécessaires ou de
demander la résolution du bail ou encore de retenir le loyer jusqu’à la mise en état. Le
locataire peut aussi dispenser le bailleur de la mise en état. Dans ce cas, il lui
appartient de faire dresser un état des lieux, faute de quoi il sera présumé, à la fin du
bail, avoir reçu la chose en bon état. Cette obligation porte sur toutes les réparations.
b. L’obligation d’entretenir la chose : le bailleur doit faire pendant la durée du bail,
toutes les réparations qui peuvent devenir nécessaires autres que les réparations
locatives (art. 377, al. 2 CCCLIII). Il doit faire ces réparations quelle que soit la cause
de la dégradation subie : l’usage normal de la chose louée par le preneur, défaut
d’entretien, vétusté, cas fortuit ou de force majeure.

On distingue :

 Les grosses réparations qui sont seules à la charge du bailleur ;


 De réparations locatives à la charge du locataire.

Si le bailleur refuse de faire les réparations d’entretien nécessaires, le preneur à la


faculté :

 De demander l’exécution forcée de cette obligation ;


99
Concernant l’époque coloniale voir aussi MONGO TUMBU SHAMBAYI, Introduction générale à l’étude du
droit, cours polycopié, 1985-1986, UNILU, p. 61 ; Charte coloniale, articles 7 et 8.
100
Sur les notions des droits acquis ou situations juridiques antérieures, voit Remy CABILLAC, introduction
générale à l’étude du droit, Dalloz, 1995, pp. 90 à 97.
119

 De demander la résolution du bail avec dommages et intérêts ;


 D’opposer l’exception non adimpleti contractés

NB : le preneur ne peut effectuer lui-même les grosses réparations et en demander ensuite


compte au bailleur. Cela pour éviter la contestation toujours possible sur la nécessité et même
l’urgence des travaux101.

Les parties peuvent apporter les dérogations aux dispositions de l’article 377, alinéa 2.
Ces dérogations doivent être formelles et en cas de rédaction douteuse ou ambiguë, elles
s’interprètent toujours en faveur du preneur102.

c. L’obligation de garantie

Le bailleur est obligé de faire jouir paisiblement le preneur de la chose louée pendant
la durée du bail (art. 346, alinéa 3, CCCLIII).

De cette obligation découle celle pour le bailleur, de garantir le preneur de tout trouble
qui porterait atteinte à cette jouissance : garantie du fait personnel, garantie du fait des tiers et
garantie des vices de la chose.

 Le fait personnel : le bailleur doit s’abstenir de troubler la jouissance paisible de


la chose louée qu’il s’est obligé de prester au preneur. Cette garantie couvre le
trouble de fait et le trouble de droit. Ex. le cas cité à l’article 380 du CCCLIII ; le
preneur doit les souffrir, quelque incommodité qu’elles lui causent et quoi qu’il
soit privé, pendant qu’elles se font, d’une partie de la chose louée103.
 Le fait des tiers : il s’agit du trouble de droit (article 382 CCCLIII).
 Les vices de la chose louée : il est dû garantie au preneur pour tous les vices ou
défauts de la chose louée qui empêchent l’usage, même si le bailleur ne les
connaissait pas lors de la conclusion du contrat, s’il résulte de ces vices ou défauts
quelque perte pour le preneur, le bailleur est tenu de l’indemniser (article 378
CCCLIII).

L’empêchement ne doit pas nécessairement être total ; il suffit qu’il soit tel que la
jouissance normale de la chose en soit altérée. Il faut que le vice de la chose soit inhérent à la
chose louée elle-même.

Exemple : l’immeuble loué est infesté de fourmis ou d’autres insectes, le vice de construction
de l’immeuble loué qui en compromet la jouissance normale.

Le bailleur n’est pas tenu des vices apparents au moment de la conclusion du bail.

101
Léo, 11 juin 1929, jur. Col., 1930-1931, p. 205 ; Léo, 11 juin 1929, rev. Jur., 1929, p. 257, Léo, 9 septembre
1930, Rev. Jur 1931, p. 135.
102
Orban, op. cit., p. 503.
103
Cet article prévoit une diminution du prix en faveur du preneur si les travaux durent 490 jours et la possibilité
de résilier le contrat.
120

d. Le cas fortuit : si pendant la durée du bail, la chose louée est détruite en totalité par
cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ; si elle n’est détruite qu’en partie, le
preneur peut, d’après les circonstances, demander une diminution de prix ou la
résiliation du bail (art. 379, CCCLIII).
2. Les obligations du preneur

Le preneur est tenu de deux obligations : user de la chose en bon père de famille et
payer le prix du bail aux termes convenus (art. 385, CCCLMIII).

En réalité, le preneur est également tenu aux obligations de veiller à la conservation de


la chose louée et de la restituer à l’expiration du bail.

a. L’obligation d’user de la chose en bon père de famille

Cette obligation se présente une double face :

 User et jouir comme le ferait un homme normalement consciencieux et prudent,


c’est se conduire comme s’il s’agissait de son propre bien, c’est prendre les soins
et les précautions requis pour la conservation de la chose louée ;
 Respecter la destination de la chose louée, telle qu’elle résulte de la convention de
bail, ou à défaut de convention, des circonstances.

Cependant le locataire peut y apporter les modifications peu importantes.

b. L’obligation de payer le prix

Le preneur doit payer le prix du bail aux termes convenus (art. 385, CCCLIII).

L’époque est déterminée par la convention et à défaut, on se réfère aux usages. Quant
au lieu, c’est au domicile du débiteur que le loyer est payable sauf convention contraire.

c. L’obligation de conserver la chose

Le preneur répond des dégradations ou des pertes qui arrivent pendant sa jouissance, a
moins qu’il ne prouve qu’elles ont eu lieu sans sa faute (art. 389 CCCLIII). Il est aussi tenu
des dégradations et pertes qui arrivent par le fait des personnes de sa maison ou de ses sous-
locataires (art. 392, CCCLIII).

Les dégradations provenant d’un usage normal de la chose, de sa vétusté ou de la force


majeure ne sont pas imputables au preneuir « art. 387 CCCLIII ».
121

d. L’obligation de restituer la chose

Le preneur à l’expiration du bail, doit rendre la chose telle qu’il l’a reçue s’il a été fait
un état des lieux au moment de l’entrée en jouissance. S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le
preneur est présumé avoir reçu la chose louée en bon état et doit la rendre telle (art. 387 et
388, CCCLIII). L’état des lieux est un accessoire du bail et doit donc être signé par les deux
parties104.

La présomption de l’article 388 et simple.

Aucun délai spécial n’étant prévu pour l’état des lieux, celui-ci peut toujours être
sollicité tant qu’aucune circonstance spéciale n’a modifié la situation 105.

Les causes libératoires énumérées à l’article 390 du CCCLIII sont exemplatives 106.

L’obligation de restituer la chose étant contractuelle, le preneur pourra donc rapporter


la preuve de l’absence de faute dans son chef. Ex. une dégradation ayant une origine
étrangère.

Déclaré responsable de l’incendie, le preneur est tenu envers le propriétaire de payer la


valeur de la chose au moment du sinistre, valeur à laquelle il faut ajouter la perte de loyer
subie par le propriétaire pendant le temps de la reconstruction et de la relocation 107.

§5. Cession et sous-location

Le preneur a le droit de sous-louer et même de céder son bail à un autre, si cette


faculté ne lui a pas été interdite (Art. 375, CCCLIII).

1. Définitions
 La cession de bail est une cession de créance c’est-à-dire que les droits du preneur
originaire sont transmis au cessionnaire avec la conséquence que ce dernier pourra
exiger du bailleur primitif (le cédé) l’exécution du bail.
 La sous-location est un bail conclu entre le locataire originaire agissant en qualité
de bailleur et un preneur qui est le sous-locataire.

La sous-location est en principe, une « res inter alios acta » par rapport au bailleur
originaire.

De ces définitions, il résulte que :

 La cession de bail, en tant que cession de créance, est soumise aux formalités de
l’article 353, CCLIII.
104
Orban, op. cit., p. 511.
105
Elis, 18 novembre 1933, RJCB, 1934, p. 10.
106
Il s’agit d’établir que l(‘incendie s’est produit par cas fortuit, par force majeur, par vice de construction ou que
le feu a été communiqué par une maison voisine.
107
Orban, op. cit., p. 513.
122

La sous-location, par contre, est soumise seule aux dispositions de l’article 374 du
même code (caractère consensuel du bail) ;

Lorsqu’il y a sous-location, les clauses des deux baux peuvent être différentes. En
cas de cession de bail, au contraire, le bail ancien subsiste ; le cessionnaire ne peut
avoir des droits moindres ni plus étendus que ceux du preneur cédant.
 La cession de bail porte sur la totalité de la chose, la sous-location au contraire,
peut être totale ou partielle108.
 La défense de céder le bail n’emporte pas nécessairement celle de la clause de
sous-louer et vice-versa.
2. Les effets de la cession et de la sous-location

En tant que cession de créance, la cession de bail produit les effets suivants :

 Le bail ancien subsiste au profit du cessionnaire. Celui-ci le reprend avec ses


avantages et ses charges ;
 Tant que la signification de la cession n’a pas été faite au débiteur cédé (le
bailleur) , ce dernier et les tiers sont censés ne pas la reconnaitre ;
 Les formalités de l’article 353 accomplies, le cessionnaire bénéficie d’une action
directe contre le bailleur, débiteur cédé, pour l’exécution du bail.

Quant à la sous-location :

 Elle constitue un bail nouveau ;


 Les relations juridiques se nouent entre le preneur et le sous-locataire, relation à
l’égard desquelles le bailleur reste totalement tiers.
 Aucun lien juridique entre le bailleur primitif et le sous-locataire ; sauf action
oblique contre le sous-locataire.
§6. La fin du bail

Les causes d’extinction du bail sont l’expiration du temps convenu, la résiliation par la
volonté un unilatérale d’un des contractants, la perte de la chose louée et l’inexécution des
obligations de l’une ou l’autre partie.

1. L’arrivé du terme : le bail finit de plein droit par l’expiration du temps pour lequel il
a été contracté, sans qu’il soit nécessaire de donner congé (art. 393 CCCLIII).

Cependant, un bail à terme fixe peut se voir prolonger par tacite reconduction si à la
fin du bail, qui cesse de plein droit, le preneur reste et est laissé en possession, après
l’expiration du terme conventionnel, légal ou coutumier. Il s’opère alors un nouveau bail par
le consentement tacite du preneur et du bailleur (art. 394, CCCLIII).

Le nouveau bail est conclu pour une durée indéterminée et les garanties du bail ancien
tombe.

108
Elis, 3 mars 1945, R.J, p. 45 ; Orban, op. cit., pp. 498 et 499.
123

Une simple occupation matérielle ne traduit pas nécessairement un consentement


tacite.

2. Résiliation unilatérale : si le bail a été fait sans durée fixe, il ne finit que par le congé,
préavis que l’une des parties donne à l’autre, en observant les délais fixés par l’arrêté
ministériel no 009 précité109.

Le congé peut être verbal ou écrit. Pendant la durée du préavis, le locataire doit payer
le prix du bail.

3. La perte fortuite : le contrat de bail est résolu lorsque l’une des parties se trouve dans
l’impossibilité d’exercer son obligation, par suite de la perte de la chose louée par cas
fortuit ou force majeure.
4. L’inexécution des obligations : la résolution du bail peut être demandée » lorsque
l’une des parties vient à manquer à ses obligations (art. 397, CCCLIII). Le décès de
l’un des contractants n’est pas une cause de résolution du contrat (art. 398 du
CCCLIII).
5. Que dire de la vente du bien loué : ce cas est résolu par les articles 399 à 407 du
CCCLIII.

Le principe est énoncé par l’article 399 : « si le bailleur vend la chose loué, l’acquéreur
ne peut expulser le fermier ou le locataire qui a un bail authentique ou dont la date est certaine
néanmoins qu’l ne se soit réservé ce droit par le contrat de bail ».

Quatre hypothèses peuvent dès lors être envisagées :

 Le bail n’a pas acquis date certaine : l’acquéreur conserve le droit d’expulser le
locataire ou le fermier ;
 Le bail a acquis date certaine, mais contient une clause réservant à l’acquéreur
éventuel la faculté d’expulser le preneur : l’acquéreur possède dans ce cas, le droit
incontestable d’expulsion. Mais le preneur se voit accorder par le législateur des
larges compensations.
 Le bailleur a date certaine et ne contient aucune réserve de la faculté d’expulsion :
l’acquéreur est tenu de respecter ce bail et de l’entretenir. Il ne peut donc expulser l
locataire ou le fermier
 L’acquéreur à pacte de rachat : l’article 407 dispose que l’acquéreur à pacte de
rachat ne peut user de la faculté d’expulser le preneur jusqu’à ce que, par
l’expiration du délai fixe pour le réméré, il devienne propriétaire incommutable
(qui ne peut changer ne peut être dépossédé).

109
Ces délais sont de 3 mois pour le bail à caractère résidentiel, 6 mois pour le bail commercial et 12 mois pour
la bail à caractère industriel et socio-culturel (art. 10, al. 2).
124

Section 5 : les baux à loyer et à ferme

Les dispositions du droit commun du bail s’applique à ce genre de bail.

Il faut cependant préciser certaines règles concernant le bail à loyer.

Dans le bail à loyer, la maison, l’habitation est l’élément essentiel du bail tandis que
dans le bail à ferme, c’est le bien rural (ou la terre) qui en constitue l’objet principal.

Dans le bail à loyer, le locataire est obligé de garnir la maison de meubles à moins
qu’il ne donne des suretés capables de répondre du loyer (art. 408, CCCLIII)110.

Dans le bail à ferme, le fermier a l’obligation de garnir le bien loué des bestiaux et
ustensiles nécessaires à son exploitation (art. 417, CCCLIII°.

Dans le bail à loyer, le bailleur ne peut résoudre la location, encore qu’il déclare
vouloir occuper par lui-même la maison louée, s’il n’y a eu convention contraire (art. 514,
CCCLIII). Même si la clause contraire existe, le bailleur est tenu de donner un congé au
preneur. Dans ce genre de bail, en cas de résiliation par la faute du locataire, celui-ci est tenu
de payer le prix du bail pendant le temps nécessaire à la relocation, sans préjudice des
dommages-intérêts qui ont pu résulter de la faute (art. 414, CCCLIII). Cette règle est celle du
droit commun.

Le preneur d’un bien rural est tenu, sous peine de tous dépens et dommage-intérêts,
d’avertir le propriétaire des usurpations, qui peuvent être commises, sur le fonds (art. 419,
CCCLIII).

Si le fermier n’exécute pas les clauses du bail et qu’il en résulte un dommage pour le
bailleur, celui-ci peut, suivant les circonstances, faire résilier le bail et faire condamner aux
dommages-intérêts. La sanction de l’expulsion n’existe pas en ce qui concerne le bail à ferme.
Le locataire, au contraire, peut être expulsé lorsqu’il ne garnit pas les lieux loués des meubles
suffisants (art. 408, CCCLIII).

110
Voir aussi l’arrêté ministériel no 009 précité qui parle de la garantie locative à donner à titre de sureté.
125

CHAPITRE III. L’ECHANGE

Section 1 : Notion et régime juridique

Aux termes de l’article 365 du code civil congolais livre III, « L’échange est un
contrat par lequel les parties se donnent respectivement une chause pour une autre ».

Les parties au contrat d’échange s’appellent les « copermutants » ou coéchangistes.

Il apparait ainsi comme une forme élaborée de troc et s’est effacé derrière la vente qui
en a dérivé avec l’apparition de la monnaie111.

La seule différence entre l’échange et la vente est que dans l’échange, l’aliénation
d’une chose ne se fait contre une monnaie mais contre une autre chose.

Toute chose qui est dans le commerce peut être échangée.

A cause de ses nombreuses affinités avec la vente, l’échange est régi par la plupart des
règles applicables au contrat de vente (art. 369 CCCLIII) :

 Contrat consensuel et transfert instantané de propriété ;


 Etre propriétaire de la chose à échanger ;
 Contrat à titre onéreux ;
 Garantie d’éviction ;
 Droit de résolution, etc.112.

Section 2. Echange avec soulte

Il faut supposer que les deux choses offertes en échange ne soient pas exactement de la
même valeur. L’échange est alors accompagné d’un solde de prix.

Ce solde de prix s’appelle « soulte ».

La soulte est payée par le coéchangiste qui reçoit la chose qui, des deux, a le plus de
valeur.

Il est généralement admis que l’existence d’une soulte ne modifie pas la nature du
contrat d’échange. La solution serait cependant différente si la soulte, par son importance,
apparaissait comme l’élément principal du contrat. Ce serait alors dans ce cas, d’une vente
déguisée en contrat d’échange, la chose donnée par le débiteur de la soulte ne constituant
qu’une dation en paiement pour une partie du prix113.

Les contrats relatifs aux services

111
DUTILLEUL (F.) et alii, op. cit., p. 445.
112
Voir les articles 366 à 369 du CCCLIII.
113
Orban, op. cit., p. 487.
126

Nous allons successivement analyser les contrats de prêt , de mandat, d’entreprise et celui de
dépôt .
127

CHAPITRE 4. LE PRET A USAGE ET LE PRET DE CONSOMMATION

Section 1. Généralités

§1. Définition

Le prêt est un contrat par lequel une personne (le prêteur) livre une chose à une autre
(l’emprunteur) pour qu’elle s’en serve, et par lequel l’emprunteur s’oblige à restituer cette
chose après s’en être servi114.

Par ses termes généraux, cette définition convient aux deux sortes de prêt dont nous
allons parler.

§2. Sortes de prêts


 Le prêt à usage ou commodat (du latin commodare : prêter) : c’est le prêt des
choses dont on peut user sans les détruire. Ex. prêt de voiture, d’une veste.
 Le prêt de consommation : c’est celui de choses qui se consomment par l’usage
qu’on en fait.

Ex. : prêt d’un verre de sel.

§3. Caractères

Le contrat de prêt est un contrat :

 Réel : ce contrat ne se forme que par la remise ;le prêteur n’aura plus qu’une
situation d’attente, sans obligation. Le contrat engendre à partir de ce moment les
obligations à charge de l’emprunteur dont la principale est celle de restituer la
chose.
 Gratuit : le prêt à usage est essentiellement gratuit (art. 449, CCCLIII). S’il y a une
rétribution quelconque, on sera devant un louage. C’est pour cette raison que le
prêt est appelé contrat de bienfaisance ou de coup de main. Par contre, le prêt de
consommation, en principe un contrat à titre gratuit, cette qualité (de contrat à titre
gratuit) ne lui est pas essentielle. En effet, un prix peut être stipulé. On parlera
alors d’un prêt à intérêt, prêt de consommation à titre onéreux. Ex. prêt d’argent
avec intérêt115.

Section 2. Le prêt à usage

§1. Définition

Le prêt à usage ou commodat est un contrat par lequel l’une des parties livre une chose
à l’autre pour s’en servir, à charge pour le preneur de la rendre après s’en être servi (art. 448,
CCCLIII).

114
Colin et Capitant, cités pour Orba, op. cit., p. 547.
115
Orban, op. cit., pp. 549 à 564.
128

C’est un contrat intuitu personnae.

§2. Obligations de l’emprunteur

L’emprunteur assume trois obligations :

 L’obligation de se servir de la chose suivant l’usage déterminé par nature ou par la


convention ;
 Garder et conserver la chose en bon père de famille ;
 Restituer la chose.
§3. Obligations du prêteur

Le contrat de prêt est un contrat unilatéral n’engendrant pas d’obligation pour le


prêteur.

La section 3 du chapitre qui traite du prêt à usage est cependant intitulé « des
engagements de celui qui prête à usage » et le développement de cette section est régi par les
articles 461 à 464 du CCCLIII.

Y a-t-il alors contradiction ?

En réalité, enseigne Orban, les obligations qui peuvent incomber au préteur ne naissent
pas du contrat lui-même. Elles peuvent lui incomber après coup et éventuellement 116.

Il en est aussi de l’obligation :

1° De rembourser les dépenses extraordinaires nécessaires et urgents que l’emprunteur a


dû exposer pour la conservation de la chose117.

Si le prêteur refuse de rembourser ces frais, l’emprunteur peut exercer le droit de


rétention parce que ce droit :

 Appartient à tout créancier détenteur d’une chose revenant à son débiteur, dès
l’instant où sa créance est née à l’occasion de la chose qu’il détient ;
 Apparait comme une application de l’exception d’inexécution 118. C’est la théorie
de contrat synallagmatique imparfait.

De PAGE estime, par contre, qu’en raison de la gratuité du prêt, l’exception


d’inexécution et le droit de rétention doivent être écartés en application de l’article 458,
CCCLIII, selon lequel « l’emprunteur ne peut pas retenir la chose par compensation de ce que
le prêteur lui doit ».

116
Orban, op. cit., p. 356.
117
Art. 463, CCCLIII
118
Colin et Capitant, cités par Orban, op. cit., p. 557, C.A. Paris, 29 juin 1893, DP 94.2.437 ; CA Naney, 11
janvier 1939, DH 1936.155 (cités par Futerré et Ph. Smeler, Droit civil, les obligations, 7ème éd., p. 70).
129

Lorsque la chose prêtée a des défauts tels qu’elle puisse causer du préjudice à celui qui
s’en sert, le prêteur est responsable s’il connaissait les défauts et n’en a pas averti
l’emprunteur119.

Il s’agit des vices cachés, c’est-à-dire inconnus de l’emprunteur.

Section 3 : le prêt de consommation

Le prêt de consommation est un contrat par lequel l’une des parties livre à l’autre une
certaine quantité de choses qui se consomment par l’usage, à la charge par cette dernière de
lui en rendre autant de même espèce et qualité120.

NB : il faut noter que la volonté des parties est très importante en ce sens qu’elle peut
modifier la nature du contrat.

Exemple :

 Une chose consomptible peut faire l’objet d’un prêt à usage si telle est l’intention
des parties. C’est le cas des fruits ou des fleurs de qualité supérieure qui sont
prêtées en vue d’une décoration. Ce sont ces fruits et ces fleurs eux-mêmes qui
sont restitués au prêteur.
 Réciproquement, des choses non consomptibles peuvent faire l’objet d’un prêt de
consommation lorsqu’elles sont fongibles. Tel est le cas d’un libraire qui,
manquant d’exemplaire d’un livre réclamé par ses clients, en emprunte un ou
plusieurs à un autre libraires121.

Le prêt de consommation, a la différence de la simple détention du prêt à usage, est un


contrat translatif de propriété. Par l’effet de ce prêt, l’emprunteur devient le propriétaire de la
chose prêtée122.

Le prêteur doit être propriétaire de la chose ce qui n’est pas nécessaire pour le prêt à
usage se limitant à la concession d’un droit de créance sur la chose.

§1. Obligation de l’emprunteur

L’emprunteur assume l’obligation de restituer la chose prêtée, en même espèce,


quantité et qualité et au terme convenu123.

Cependant, l’emprunteur en demeure de restituer doit rendre la valeur que les titres
auraient eue s’il les avait remboursés exactement en terme convenu.

119
Art. 464, CCCLIII.
120
Art. 465, CCCLIII.
121
Orban, op. cit., p. 558. Rappelons qu’une chose consomptible est celle qui se détruit par le premier usage que
l’on en fait (ex : une denrée telle que les tomates). Une chose non consomptible est celle susceptible d’un usage
prolongé « ex : maison, voiture, livre)
122
Art. 466, CCCLIII.
123
Art. 475, CCCLIII.
130

Les risques de la chose sont toujours à charge de l’emprunteur.

§2. Obligations du prêteur

Le prêteur, dans le prêt de consommation comme dans le prêt à usage, ne contacte à


vrai dire aucune obligation.

Il faut cependant souligner :

 Le prêteur est responsable du dommage qu’ont pu causer à l’emprunteur les


défauts cachés de la chose, non connus de ce dernier (art. 421, CCCLIII).
 Le préteur ne peut pas redemander la chose prêtée avant le terme convenu (art.
478, CCCLIII). S’il n’y a pas de terme stipulé, il peut réclamer la restitution à
n’importe quel moment. Par contre, dans le prêt à usage, le préteur réclame la
restitution de la chose avant le terme convenu en cas de besoin urgent.

Section 4. Le prêt à intérêt

§1. Notion

Le prêt à intérêt est un prêt de consommation à titre onéreux (art. 478, CCCLIII).

Les parties ont en effet stipulé un prix en contrepartie du droit d’usage concédé par le
préteur.

L’intérêt doit certainement être stipulé puisque le prêt de consommation est, de par sa
nature, gratuite. Cette stipulation peut toutefois être toute tacite.

§2. L’intérêt
1. Le taux : le principe est que l’intérêt est stipulé et le taux est précisé.

Les parties peuvent s’entendre sur d’autres formes : exemple que l’intérêt variera
d’après les bénéfices que réalisera l’emprunteur124.

2. Le paiement
 L’emprunteur qui a payé des intérêts qui n’étaient pas stipulés ne peut ni les
répéter, ni les imputer sur le capital125.
 La quittance du capital donnée sans réserve des intérêts en fait présumer le
paiement et en opère la libération126.
 Si l’empereur ne rend pas la chose prêtée ou sa valeur au terme convenu, il en doit
l’intérêt du jour de la demande en justice.

124
Elis, 3 juillet 1937, R.J., p. 217.
125
Art. 479, CCCLIII.
126
Présentation absolue par application de l’art. 288, al. 2 du CCCLIII.
131

Chapitre 5 : LE MANDAT

Chap 1 : Le mandat ordinaire

Section 1. Généralités

§1. Définition :

Le mandant (du latin, mandare, charge de, envoyer, lancer) est le contrat par lequel on
commet le soin d’une affaire à quelqu’un qui s’en charge.

« on », c’est le mandat et « quelqu’un » c’est le mandataire127. Le code civil congolais


le définit, comme étant un acte par lequel une personne donne à une autre, le pouvoir de faire
quelque chose pour le mandant et en son nom (art. 526).

§2. Importance et utilité du mandat

Le mandat est essentiel dans la vie juridique. Il pèse dans la vie quotidienne, dans la
vie des entreprises, dans la vie des affaires, dans la vie du palais, dans la vie financière, dans
la vie intellectuelle.

Il accorde le don d’ubiquité : le non-présent peut être, par l’intermédiaire de ses


mandataires dans tous les endroits où on le réclame. Il donne également la possibilité d’exister
juridiquement à des personnes frappées d’une incapacité (personne physiques incapables) ou
d’un empêchement matériel (les personnes morales qui ont nécessairement besoin de
représentants)128.

§3. Contrat aux mille visages

Le code civil congolais distingue entre le mandat gratuit et le mandat salarié et prend
le premier comme principe. Cependant, si les parties stipule le contraire, le mandat est salarié.

Compte tenu des rémunérations accordées et de la professionnalisation des activités


d’intermédiaire, les statuts particuliers se sont multipliés : l’avocat, les agences, le fondé de
pouvoir de société, etc.

Le droit commun n’a pour autant éclaté car les règles générales issues pour la plupart
du code civil font encore figure de référence.

Nous allons étudier le droit commun du mandat applicable au mandat ordinaire mais il
faut savoir qu’il existe aussi des règles particulières composant le droit spécial du mandat.

Ex. : les règles sur les contrats de prête-nom et de commission.

127
DUTILLEUL et DELEBECQUE, op. cit., p. 475.
128
V.P.Y. Gautier, « Mandat et droit d’auteur », Mélanges français, 1995, 223 ; Palaurie et AYNES, no 530 ; V.
GIVERDON, l’évolution du contrat de mandant, thèse, Paris, 1947 (auteurs citées par F.C. DUTILLEUL et PH.
DELEBECQUE, op. cit, pp. 425 et 476).
132

Section 1. L’établissement du mandat

1. La source de pouvoir : l’article 256 du code civil congolais livre III définit le mandat
en ces termes : « le mandat ou procuration est un acte par lequel une personne donne à
une autre le pouvoir de faire quelque chose pour le mandant et en son nom ».

La source du pouvoir du mandataire, c’est un acte juridique.

Cet acte peut être légal, conventionnel ou hybride129.

Exemple : les mandataires de l’Etat chargés de représenter l’Etat en justice ont un mandat tiré
de l’O-L no 79/08 du 28 septembre 1979 portant organisation du barreau, du corps des
défenseurs judiciaires et des mandataires de l’Etat.

Lorsqu’il est conventionnel, cet acte juridique peut être écrit, verbal ou tacite 130.

Exemple : du mandat hybride est celui de l’avocat ou des dirigeants de sociétés résultants à la
fois de la loi et de l’accord des volontés.

La source du pouvoir, c’est aussi une ou plusieurs personnes le(s) mandant(s).

Le mandat donne pouvoir, c’est-à-dire un ordre au mandataire en vertu duquel celui-ci


pourra et devra agir. Mais le mandataire n’est pas tenu d’accepter le mandant et peut y
renoncer.

La personnalité du mandataire est essentielle car c’est un individu auquel le mandat


fait confiance. Si cette confiance disparait, le mandat n’a pas plus de raison d’être.

2. Objet du pouvoir

C’est la question de l’étendue du mandat. Elle est régie par les articles 529, 530 et 531
du code civil congolais livre III.

Le mandat peut être général, spécial, exprès ou conçu en termes généraux.

a. Le mandat général et le mandat spécial :


 Le mandat général est celui qui s’étend à toutes les affaires du mandat. Ex. : passer
tous les actes relatifs à mon patrimoine.
 Le mandat spécial est limité à une affaire ou à certaines affaires seulement.

Exemple : former opposition dans une affaire judicaire bien déterminée.

129
F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit., p. 478.
130
Article 527, CCCLIII.
133

b. Le mandat conçu en terme généraux et le mandat exprès


 Le mandat conçu en termes généraux n’embrasse que les actes d’administration.

S’il s’agit d’aliéner ou hypothéquer ou de quelque autre acte de propriété, le mandat


doit être exprès131.

 La distinction établie entre le mandat donné en termes généraux et le mandat


exprès ne concerne plus l’étendue des affaires comprises dans le mandat, mais sert
à demander la nature des opérations que le mandataire est autorisé à faire.
 Le mot exprès ne doit pas ici être compris comme l’opposé de « tacite ». Il signifie
que le mandat doit énoncer clairement la volonté du mandat quant à son étendue
aux actes dépassant ceux de simple administration132.
 Le mandat exprès est d’interprétation stricte. Ex. : le pouvoir de transiger ne
renferme pas celui de compromettre ; le mandat d’intenter une action en justice ne
comprend pas celui d’interjeter appel133.
c. Le mandataire agit dans l’intérêt du mandat et en son nom

Le mandataire reçoit le pouvoir d’agir « pour » le mandat. La préposition « pour »


signifie :

 « À la place de » : le mandataire remplace le mandant, car il agit en ses lieux et


place.
 « En faveur de » : c’est-à-dire dans l’intérêt du mandant mais il n’est pas
forcément neutre.

Le mandataire agit pour le compter et au nom d’autrui. Il a git ouvertement en tant que
tel et se révèle sous cette identité. Le mandataire n’est pas un commissionnaire (qui est une
sorte de mandat mais sans représentation à l’instar du prête-nom)., ni un simple intermédiaire
seul tenu des engagements qu’il prend à l’égard des tiers. C’est un représentant qui intervient
dans un mécanisme juridique à trois personnes mettant en présence, un représentant et un
tiers134.

§1. La preuve du mandat


a. Entre parties : les principes de droit commun s’appliquent intégralement135.
b. A l’égard des tirs : il n’est pas rare que le mandat ou son étendue soit contestée par le
mandant. Or, le tiers qui n’est pas partie à ce contrat, se trouvera dans l’impossibilité
de s’en procurer une preuve écrite.

Ainsi est-il admis qu’en ce qui concerne les tiers, la preuve du mandat pourra être
rapporter par toutes voies de droit. L’article 217 du CCCLIII ne s’appliquera donc pas136.

131
Art. 530, CCCLIII.
132
Article 530, alinéa 2, CCCLIII ; Orban, op. cit., pp. 592 et 593.
133
Art. 531, CCCLIII
134
F.C. DUTILLEUL et alii, op. cit, pp. 487 et 488.
135
Art. 527, CCCLIII
136
Orban, op. cit., p. 594.
134

§2. Les effets du mandat


1. Obligation du mandataire

Le mandataire doit exécuter le mandat et en rendre compte.

a. L’exécution du mandat137
1° Deux hypothèses :
 Rien n’a été prévu dans le contrat quant au mode d’exécution : le mandataire
devra mettre dans cette exécution, les soins d’un bon père de famille. Il devra agir
consciencieusement, conformément à la nature de l’acte envisagé, aux usages et
aux circonstances ;
 Le mandant a donné au mandataire des instructions précises au mode
d’exécution : le mandataire devra scrupuleusement respecter ces instructions. S’il
sort des limites du mandat, il sera tenu envers le tiers, puisque le mandant ne sera
pas engagé, sauf s’il a ratifié les actes dub mandataire ou commis une faute envers
le tiers en rédigeant les termes du mandat de manière ambiguë ou en donnant à
entendre que les pouvoirs de son préposé étaient plus larges qu’ils ne l’étaient en
réalité138.

2° Responsabilité
 Le mandataire répond des dommages-intérêts qui pourraient résulter de son
inexécution avec moins de rigueur à l’égard du mandat gratuit (art. 532 et 533,
CCCLIII).
 La responsabilité du mandataire peut être atténuée ou augmentée par convention.

3° Substitution d’un tiers


 Principe : le mandataire ne peut se substituer un tiers pour l’exécution du mandat,
car le mandataire est choisi « intuitu personae ».
 Position du législateur : elle est différente. En effet, aux termes de l’article 535
du code civil congolais livre III, le mandataire répond de celui qu’il s’est substitué
dans la gestion :
 Quand il n’a pas reçu le pouvoir de se substituer quelqu’un ;
 Quand ce pouvoir lui a été confié sans désignation d’une personne et que
celle-ci était notoirement incapable ou insolvable.

Cela veut dire que le mandataire a le droit de se substituer un tiers, sauf si la


convention le lui interdit formellement.

Mais dans le mandat salarié, on estime qu’il y a engagement tacite du mandataire


d’exécuter lui-même le mandat139.
137
Art. 532, CCCLIII
138
Elis., 6 novembre 1915, jur. Col., 1926, p. 169 ;
Léo, 28 février 1929, rev.jur. 1929, p.197 ;
Leo, 28 février 1929, Jur.col., 1930-1931, p. 123 ;
Léo, 9 avril 1929, Jur. Col., 1930-31, p. 353 ;
Léo, 14 mai 1929, Jur. Col., 1930-1931, p. 147 avec note.
139
Orban, op. cit., p. 598.
135

 Le mandat dispose d’une action directe contre la personne que le mandataire s’est
substituée, que la substitution soit autorisée ou non.
 Il n’y a pas solidarité entre les commandataires sauf stipulation contraire ou de
faute commune et concertée la quelle est assimilée au dol.
b. La reddition de compte

Tout mandataire est tenu de rendre compte de sa gestion et de faire raison au mandat
de tout ce qu’il a reçu en vertu de sa procuration, quand ce qu’il aurait reçu n’eût point été dû
au mandat140.

La reddition de compte se fait en principe à l’expiration du mandat mais rien


n’empêche les parties de prévoir que le mandataire rendra compte périodiquement de sa
gestion.

Etant essentielle au mandat, cette obligation ne peut être supprimée


conventionnellement. Elle s’applique au mandat légal, conventionnel, mixte et judicaire.

Il résulte des termes de la loi que le mandataire doit rendre compte même du payement
de l’indu puisqu’il ne l’a pas reçu pour lui-même mais pour le mandat.

En règle générale, il résulte a contrario de l’article 537 que le mandataire ne doit aucun
intérêt pour les sommes détenues par lui en raison du mandat141.

2. Obligations du mandant

Comme en matière de prêt à usage et de dépôt, les obligations du mandant à l’égard du


mandataire ne sont pas, à proprement ^parler, de l’essence du contrat :

 L’obligation de rembourser les avances et frais et celle d’indemniser le mandataire


des pertes subies sont éventuelles ;
 L’obligation de payer le salaire du mandataire n’existe que dans le mandat salarié
qui, de ce fait, devient un contrat synallagmatique.
a. Obligations de rembourser les avances et frais

Le mandant doit rembourser au mandataire les avances et frais que celle-ci a fait pour
l’exécution du mandat même si l’affaire n’a pas réussi 142. Ce mandataire assume donc
l’obligation de moyen et non de résultat.

L’exécution du mandat ne doit pas être onéreuse au mandataire. Il est donc juste qu’il
soit complètement indemnisé.

140
Article 534, CCCLIII
141
L’article 537, CCCLIII prévoit deux cas où le mandataire est tenu de payer les intérêts :
- S’il a employé l’argent à son usage, il devra l’intérêt à dater de cet emploi et sans mise en demeure ;
-
142
Art. 540, CCCLIII.
136

b. Le paiement du salaire convenu

Le mandant est un contrat unilatéral car, il est en principe gratuit.

Les parties peuvent cependant prévoir le contraire 143. Dans ce cas, le mandat doit payer
au mandataire le salaire qui lui a été promis144.

Le mandant ne peut se dispenser du paiement sous prétexte que l’affaire n’aurait pas
réussi à moins toutefois que ce ne soit pas par la faute du mandataire. Même dans cette
dernière hypothèse, le principe de paiement n’est pas supprimé ; c’est le mécanisme de
compensation qui jouera.

L’engagement de payer le salaire peut être tacite. Ex. : lorsque le mandat constitue
pour le mandataire l’exercice d’une profession145,tel un avocat.

c. Droit de rétention du mandataire

Aux termes de l’article 541, « le mandant doit aussi indemniser le mandataire des
pertes que celui-ci a essuyées à l’occasion de sa gestion, sans imprudence qui lui soit
imputable ».

Cette obligation est très large car elle porte sur les pertes extrapatrimoniales et
patrimoniales146.

Le droit de rétention du mandataire est admis d’une manière générale par la doctrine
quoique certains auteurs préfèrent parler de l’exception d’inexécution. Il est également
reconnu par la jurisprudence congolaise147.

Selon la cour de cassation française, « le droit de rétention peut être exercé dans tous
les cas où, la créance ayant pris naissance à l’occasion de la chose retenue, il existe entre cette
créance et cette chose un lien de connexité matérielle «(et qu’il) n’est pas nécessaire que le
propriétaire du bien retenu soit débiteur de la créance »148.

4° Rapports avec les tiers


a. Hypothèses possibles : trois hypothèses doivent être envisagées :
 Le mandataire a agi en son nom personnel ;
 Le mandataire est resté dans les limites de son mandat ;
 Le mandataire a dépassé son pouvoir
b. Le mandataire a agi en son nom personnel : il est possible que le mandataire chargé
d’accomplir un acte juridique quelconque par son mandat, au lieu de se présenter à une
tierce personne en cette qualité, ait traité en son nom personnel, comme si l’acte
143
Art. 528, CCCLIII.
144
Art. 540, alinéa 1er, CCCLIII
145
Orban, op ; cit., p. 601.
146
Voir aussi F.C. DUTILLEUL et PH. DELEBECQUE, op. cit., pp. 494 et 495.
147
Léo, 20 mars 1928, Rév. Jur., 1929, p. 132 ; 1er inst.
148
Cass, 1er sect . Civ. 22 mai 1962, D.1962, D.1965.58, note Rodière, Gaz.Pal.1962.2.130, Rec. Gén. Lois
1965.268, no 259, obs.STRARCK (citée par H. Capitant, F. Térré et Y. Lequette, les grands arrets de la
jurisprudence civil, 10ème éd., p. 847.
137

n’intéressait que lui. Dans ce cas le mandataire sera personnellement tenu envers les
tiers et devient seul créancier et débiteur. Par contre les rapports du mandataire avec
son mandant ne sont pas modifiés. Il n’existe d’autre part, aucune action directe entre
le mandant et les tiers ni au profit du premier, ni au profit du second. Les actions
indirectes sont possibles. C’est le cas de l’action oblique et de l’action de in rem verso
(action sur base de l’enrichissement sans cause).
c. Le mandataire est resté dans les limites de son mandat : par application du principe
de la représentation, l’exécution du mandat oblige le mandant directement envers les
tiers, comme s’il avait traité lui-même. C’est le mandant qui est tenu d’exécuter les
engagements contractés par le mandataire en son nom149.

Le principe de la représentation entraine d’autres conséquences :

Les actes sous seing privé passés par le mandataire font foi de leur date à l’égard
du mandant, bien qu’ils n’aient pas date certaine
 Les contre-lettres faites par le mandataire sont opposables au mandant ;
 Si le mandataire avait le pouvoir d’avouer, l’aveu fait par le mandataire lie le
mandant.
d. Le mandataire a dépassé ses pouvoirs

On peut distinguer deux situations :

1° Celle du mandant : selon l’article 539, alinéa 2, le mandant n’est pas lié par les actes
qui dépassent les pouvoirs du mandataire, l’acte accompli en dehors des limites du
mandat est un acte fait sans mandat à l’égard du mandant. Il lui est donc étranger et
inopposable, sauf s’il ‘l’a expressément ou tacitement ratifié.

Le mandant pourrait aussi être tenu des actes accomplis au-delà des limites du contrat
si, par le fait de l’obscurité ou de l’ambiguïté de la procuration, il a donné au tiers des raisons
de croire que le mandataire avait qualité pour agir. L’erreur du tiers est donc, par hypothèse,
imputable au mandat ; c’est la théorie du mandat apparent, unanimement admise par la
doctrine et la jurisprudence.

2° Situation du mandataire : le mandataire qui a dépassé ses pouvoirs n’est pas


personnellement engagé dans l’acte qu’il accopmplit, il ne s’obligent pas
personnellement envers des tiers puis qu’il n'agit pas en son propre nom. Dans ce cas,
le mandataire est tenu à la garantie à l’égard des tiers, garantie qui se résoudra en
dommages et intérêts. Cependant, aux termes de l’article 538 du CCCLIII, le
mandataire ne sera tenu d’aucune garantie, s’il a donné connaissance de ses pouvoirs.
Cette partie traite à ses risques et périls et elle est donc privée de recours contre le
mandataire et le mandant.

149
Article 539, alinéa 1er ,CCCLIII.
138

§3. La fin du mandat


a. Les causes de l’extinction du mandat

Elles sont celles de droit commun. Cependant là, il existe des causes d’extinction
propres au contrat de mandat : la révocation du mandataire par le mandat, la renonciation au
mandat par le mandataire, la mort du mandat ou du mandataire et la faillite ou la déconfiture
du mandat ou du mandataire.

b. La révocation du mandataire

Aux termes de l’article 545, « le mandat peut révoquer sa procuration quand bon lui
semble et contraindre, s’il y a lieu, le mandataire à lui remettre soit l’écrit sous seing privé qui
la contient soit la minute ou l’expédition de la procuration ».

Par conséquent :

 La résiliation du mandat est unilatérale ;


 Le droit de révocation appartient au mandat ;
 Le droit de révocation s’exerce ad nutum, en sens qu’aucun motif ni délai ne
doivent être donnés par le mandat.

La révocation n’est soumise à aucune forme déterminée.


Elle peut être expresse ou tacite. L’article 547 donne un exemple d’une révocation
tacite : la constitution d’un nouveau mandataire pour la même affaire ; cette constitution vaut
révocation du premier mandataire, à compter du jour où elle a été notifié à celui-ci. Pour que
la révocation soit opposable aux tiers, elle doit être notifiée à ces derniers. A défaut de quoi le
mandant reste tenu à l’égard des tiers, qui ont traité dans l’ignorance de cette révocation, sauf
son recoure contre le mandataire (art. 546).
§4. Effets de la fin du mandat
a. Entre parties
- Obligation de rendre compte pour le mandataire ;
- Obligation éventuelle de payer le salaire pour le mandant ;
- Obligation de restituer à charge du mandataire ;
- Obligation pour le mandataire d’achever la chose commencée, au décès du mandant,
s’il y a péril en la demeure ;
- Obligation de notification en cas de cessation du mandant (art. 545, CCCLIII)) ;
- Obligation pour les héritiers du mandataire en cas de mort de ce dernier, d’avertir le
mandant et de pourvoir, en attendant, à ce que les circonstances exigent pour l’intérêt
de celui-ci (art. 551, CCCLIII).
139

b. A l’égard des tiers :

Le mandat ayant pris pour qu’elle que cause que ce soit, le mandataire perd le pouvoir
de lier et d’engager le mandant. Il y a cependant des tempéraments que la loi apporte lorsque
le mandataire ou le tiers ignore l’extinction du mandat et que pareille ignorance ne lui est pas
imputable. (Art. 546, CCCLIII).
Chap 2 : Les mandats particuliers

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