Le Cercle de Lester
Le Cercle de Lester
Jean-Louis AYME 1
Résumé. Nous présentons une preuve synthétique, peut être la première, du cercle de Lester. Elle prend
pour point de départ, la fascinante figure de Cundy, s'intéresse à une remarquable symédiane,
considère un cercle tangent à la droite d'Euler et se termine par le cercle de Lester.
Les théorèmes cités en annexe peuvent être tous démontrés synthétiquement.
F'
N F
B C
Note historique : ce cercle a été découvert avec l'aide d'un ordinateur en 1996 par la canadienne June A.
Lester. Il a été popularisé
par Clark Kimberling3, le fondateur de ETC4, qui lui donna le nom de la chercheuse.
1
Janvier 2008.
2
Lester J. A., problème 19, Triangle III : Complex triangle functions, Aequationes Mathematicae 53 (1997) 4-35.
[Link]
2
En 1996, June Lester en donne une preuve analytique en recourant aux birapports
complexes.
En 2000, Bernard Gibert5 propose un schéma de démonstration à partir d'un problème
plus général reposant sur l'hyperbole de Kiepert et cela sans donner la moindre preuve.
Je suppose que les résultats ont été obtenus à partir de l'emploi des coordonnées
trilinéaires.
La même année, M. Trott6 présente une preuve algébrique s'appuyant sur les bases de
Groebner en utilisant le logiciel Mathematica.
En 2001, Ron Shail7 propose une preuve analytique basée sur l'utilisation des
coordonnées cartésiennes et justifie l'utilisation d'un logiciel de calcul face à la
complexité des expressions polynomiales à manipuler.
En 2003, Henry Martyn Cundy8 propose une preuve analytique basée sur les
complexes et l'hyperbole de Kiepert.
La même année John Rigby9 propose une preuve de même nature mais ne nécessitant
pas le recours à un logiciel de calcul.
En 2006, l'espagnol Nicholas Rosillo Fernandez10 en donne une preuve analytique
assistée par ordinateur, en utilisant les coordonnées trilinéaires.
Sans en connaître l'année, une n-ième preuve analytique a été donnée par J. A. Scott11
ainsi qu'une preuve projective par Michael Dufff12 en passant d'une hyperbole à un
cercle.
Les preuves synthétiques ont souvent été demandées par différents géomètres.
3
Kimberling C., Lester Circle, Math. Teacher 89 (1996) 26.
4
Encyclopedia of Triangle Centers.
5
Gibert B., Feuerbach, Kiepert, Lester and co, Message Hyacinthos # 1270 du 22/08/2000.
6
Trott M., A Proof or Lester's Circle Theorem ; http//[Link]/demos/v3/[Link] ;
Applying Groebner basis to three Problems in Geometry, Mathematica in Education and Research 6 (1997) 15-28.
7
Shail R., A proof of Lester's theorem, Mathical Gaette. 85 (July 2001) 226-232.
8
Cundy H. M., A journey round the triangle, Lester's circle, Kiepert's hyperbola and a configuration from Morley (July 2003).
9
Rigby J., A simple proof of Lester's theorem, The Mathematical Gazette (2003) 444-452.
10
Barroso R., Lester circle solve, Messsage Hyacinthos # 13562 du 05/07/2006.
11
Scott J. A., Two more proof of the Lester's theorem, The Mathematical Gazette (?) 553-556.
12
Duff M., The Mathematical Gazette, 89.85 (?) 505-506.
3
F'
A
O
S
K M'
G M
F
N
B C
S'
H
Commentaire : toutes ces notations et tous les résultats de l'article "La fascinante figure de Cundy"13 seront
utilisés dans ce qui suit.
en tombant sous le charme de cette fascinante figure découverte partiellement par Frank
Morley et son fils Frank V., et complétée par Henry Martyn Cundy, celui-ci a la ferme
conviction qu'elle peut dévoiler au géomètre qui la contemple, une preuve simple du cercle de
June A. Lester.
L'observation de l'auteur :
En regardant amicalement la fascinante figure de Cundy, l'auteur a reçu comme inspiration, une symédiane qui
sera le germe invisible d'une preuve synthétique du cercle de Lester.
Ayant fait part de cette observation au géomètre américain Mark Tudosi, celui-ci m'a communiqué une série de
résultats sans preuves, tirés du livre d'Efimov14. La considération de deux résultats dus à A. Boutin, m'a permis
de prouver que (GK) est bien la G-symédiane du triangle GFF'.
13
Ayme J.-L., La fascinante figure de Cundy, G.G.G. volume 2 (2008).
14
Efimov D., Novaia Geometria Treugolnika i.e. Modern Geometry of triangle (1902).
4
Note historique : en 1949, une exploitation métrique de la figure de Morley a été présentée par
l'américain H. E. Fettis15 dans le Monthly.
KF
III. OU LE PREMIER RAPPORT 16
KF '
F'
S
K M'
G M
F U
N
B C
J
0
S'
H
• Scolie : nous admettons que la figure de Cundy reflète, dans les alignements, la position générale des
points.
15
Fettis H. E., The Fermat and the Hessian Points of the Triangle, Amer. Math. Monthly (1949) 74-78.
16
Boutin A..
5
KF AS . AS
• Par transitivité de la relation = et par substitution, = .
KF ' AS '.AS '
• D'après "La fascinante figure de Cundy, IV. 2.", SbSc = [Link] <BAC
S'bS'c = AS'.sin <BAC.
KF a.a
• Conclusion : = .
KF ' a'.a'
Commentaire : K divise [FF'] dans le rapport des carrés des côtés des triangles S, S'-pédaux de ABC.
GF
IV. OU LE SECOND RAPPORT 17
GF '
C+
W A
V
B+
B C
A+
17
Boutin A..
6
Scolies : (1) UVW est "le premier triangle de Napoléon relativement à ABC".
C+
W A
G V
B+
B C
A+
C+
3
W A
2
V
G F B+
B C
U
1
A+
C+
3
W A
2
V
G F B+
B C
U
1
A+
Note historique : au printemps 1644, le père Marin Mersenne18 entreprenait un pèlerinage à Rome. Aux
étapes de Bologne, puis de Florence, il montrait aux savants de l'époque, "le problème
de Fermat" qu'il emmenait avec lui dans ses bagages :
étant donné un triangle, rechercher le point tel que la somme de ses distances aux
trois sommets, est minimale.
18
Mersenne M. (1588-1648).
19
Cavalieri B. (1598-1647).
20
Torricelli E. (1608-1647).
21
Viviani V. (1622-1703).
9
C+
A-
F'
W A
3' B- V'
1' U'
G V
2' B+
B W' C
C-
A+
Scolies : (1) ce point de concours, noté F', est le second point de Fermat ;
il est répertorié sous X14 chez ETC.
(2) Une preuve synthétique basée à partir du premier point de Fermat, s'appuie sur les
cercles de Schoute (Cf. Annexe 1).
C+
A-
F'
W A
3' B- V'
1'
U' V
2' G B+
B W' C
C-
A+
Note historique : reprenant l'idée de Toricelli, mais en remplaçant "extérieur" par "intérieur",
Henri Brocard22 obtenait le "second point de Fermat".
VISION
22
Brocard H., Nouvelle Correspondance 3 (1876).
11
C+
A-
F'
W A
B-
0'
G V
B+
B C
C-
A+
VISUALISATION
C+
1"
A- 1'
F' A
W
B-
G F V B+
B C
C-
A+
C+
1"
A- 1'
0
F'
W A
B-
G F V B+
B C
C-
A+
• Mutatis mutandis, nous montrerions que 2" et 2' sont symétriques par rapport à (WU).
3" et 3' sont symétriques par rapport à (UV).
• Conclusion partielle : d'après "Les cercles de Schoute"23 (Cf. Annexe 1) appliqué à UVW et à F,
1", 2" et 3" étant concourants en F, 1', 2' et 3' concourent sur 0.
C+
A-
F'
A
W
B-
V'
1 0' U'
V
G F B+
B W' C
C-
A+
• Notons 1, 2, 3 les cercles circonscrits resp. aux triangles UBC, UCA, UAB ;
ils passent resp. par A-, B-, C-.
Note historique : ce résultat final est donné par Roger Arthur Johnson25.
Une généralisation en a été donnée par Floor van Lamoen26 et Jean-Pierre Ehrmann27.
23
Ayme J.-L., Les points jumeaux de Pieter Hendrik Schoute, G.G.G. volume 2 (2008).
24
Ayme J.-L., Les points jumeaux de Pieter Hendrik Schoute, G.G.G. volume 2 (2008).
25
Johnson R. A., Advanced Euclidean Geometry, Dover, New York, 1960 (from 1929 original), n° 354 e, p. 220.
26
van Lamoen F., Some dircles, Message Hyacinthos # 3774 du 08/09/2001..
27
Ehrmann J.-P., Some dircles, Message Hyacinthos # 3795 du 10/09/2001.
14
W
A
Sc
S V
Sb
F
B Sa C
GU
(2) Le rapport
GU '
28
Ayme J.-L., La fascinante figure de Cundy, G.G.G. volume 2 (2008).
15
F'
W
A
Sc
0'
S
M K
G Sb
V
F
B Sa C
GU KG
• Nous avons : = .
MSa KM
F'
A
O
U' S
K M'
G M
F S'a
B Sa C
J
U
S'
H
GU ' KG
• Mutatis mutandis = ;
M ' S ' a KM '
GU MSa KM '
en conséquence, = . .
GU ' MS ' a KM
• Scolies : (1) M (resp. M') est le centre du triangle équilatéral SaSbSc (resp. S'aS'bS'c).
(2) D'après le théorème d'al Kaschi, SbSc = MSa. 3
S'bS'c = MS'a. 3 .
KM ' KF '
(3) = .
KM KF
16
GU SbSc KF '
• Par substitution, = . .
GU ' S ' bS ' c KF
KF ' a'.a'
• D'après III., =
KF a.a
GU a a'.a'
• Par substitution, = . .
GU ' a' a.a
GU a'
• Conclusion : = .
GU ' a
GF
6. Le rapport
GF '
GF GU '
• d'après IV. 4. scolie 1, 2 = .
GF ' GU
GF a
• Conclusion : d'après IV. 5., = .
GF ' a '
Commentaire : GF et GF' sont proportionnels au rapport des côtés des triangles S, S'-pédaux de ABC.
V. LA SYMÉDIANE OBSERVÉE
F'
A
O
S
K M'
G M
N F
B C
J
S'
H
KF GF
• Par substitution des deux résultats de A. Boutin (III. et IV. 6.), =( )².
KF ' GF '
17
• Scolie : K divise [FF'] dans le rapport des carrés des côtés du triangle GFF'.
F' 1
A
O
S
K M'
G M
F
N
B C
S'
H
• Le milieu M de [FS] étant sur la G-symédiane de GFF', (FS) est une G-antiparallèle de GFF'.30
Note historique : l'auteur a redécouvert ce cercle tangent en G qui avait été déjà signalé par Bernard
Gibert31 en 2000
29
Casey J., A Sequel to the first six books of the Elements of Euclid, Dublin (1888), cor. 3, p. 171.
30
Altshiller-Court Nathan, College Geometry, Barnes & Noble, Richmond (1936) n° 564b, p. 249.
31
Gibert B., Feuerbach, Kiepert, Lester and co, Message Hyacinthos # 1270 du 22/08/2000.
18
F' 1
A
O
S
K M'
G
M
F
N
B C
S'
H
F'
1
A
O
S
K
M'
G M
F
N
B C
S'
H
F'
2 1
A
O
S
K
G M'
M
F
N
B C
0
S'
H
• Conclusion : d'après Gaultier "Axe radical de deux cercles sécants" (Cf. Annexe 2), 0 est orthogonal à 2.
ANNEXE
32
Schoute P. H., Journal de Mathématiques Spéciales n° 93, p.57.
20
A 1'
Y
Z
2' P
H
3'
B C
0' X
O O'
B
1 2
Donné : I est sur la droite (AB) si, et seulement si, 3 est orthogonal à 2.
33
Gaultier (de Tours) Louis, Les contacts des cercles, Journal de l'École Polytechnique, Cahier 16 (1813) 124-214.