Démocratie participative et agriculture au Brésil
Démocratie participative et agriculture au Brésil
La démocratie participative
comme structure d’opportunité
et de renforcement de la notabilité
sectorielle
Le cas des agriculteurs familiaux
dans le Programme de Développement
Durable des Territoires Ruraux au Brésil,
territoire Aguas Emendadas
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›› Résumé
C
et article cherche à éviter deux écueils des recherches ou autres consul-
tances d’accompagnement de processus participatifs. Le premier est la
réification des instances participatives comme arènes décideuses autono-
mes. Cette version va à l’encontre des enseignements de l’action publique qui
insistent au contraire sur le polycentrisme, l’« action conjointe » (Pressman, Wil-
davski, 1973) et l’interdépendance entre acteurs, instances et organisations, sous
forme de réseaux et coalitions qui débordent et traversent institutions et orga-
nisations (Massardier, 2008). Le second est la réification d’une sorte d’« homo
consensus participus », hors sol de la réalité sociale, qui s’inscrit en faux contre
les lois sociologiques. N’est-il pas en effet scientifiquement vain d’imaginer 1 :
d’une part, un acteur qui se désocialiserait en quelque sorte en abandonnant à
l’entrée d’une arène participative ses socialisations primaires et secondaires,
ses trajectoires, ressources, positions, représentations et capitaux sociaux et
politiques ; et d’autre part, des interactions dans ces arènes qui se délesteraient
de l’épaisseur sociologique de leurs acteurs ?
Cette recherche s’était donné 2 pour objectif principal d’adopter la posture scienti-
fique du désenclavement de l’analyse des arènes participatives en les réinsérant
dans les rapports de pouvoir du policy making territorialisés, un au-delà des arènes
représentatives 3, à travers l’exemple de la participation des agriculteurs familiaux
au Programme de Développement Durable des Territoires Ruraux (sigle PDSTR
en portugais), et plus spécifiquement dans la partie du District Fédéral (DF) du
territoire Aguas Emendadas.
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[1] Sans nier, bien entendu, l’existence de conditions de possibilité d’institutionnalisation de rela-
tions sociales durables consensuelles dans ce type d’arènes (par voie d’apprentissage des logiques
d’accord, d’une socialisation secondaire de négociateur…).
[2] Elle est le fruit d’une enquête de plusieurs années auprès des acteurs du Territoire Aguas
Emendadas. L’étude a été initiée par Éric Sabourin en 2005 et a donné lieu à de multiples missions
(Pauline Landel et Lauren Lécuyer pour des mémoires de Masters, Mario Avila pour une thèse
de doctorat, Éric Sabourin, expatrié à Brasilia, et Gilles Massardier pour des missions du CIRAD
et du projet ANR PALAPA). Nous tenons à remercier Alice Mazeaud et Magalie Nonjon pour leurs
lectures stimulantes.
[3] Ce choix nous amène, dans cet article, à n’évoquer que très marginalement le fonctionnement
interne des conseils observés, qui mériterait une analyse spécifique.
80 participations
[4] Les méthodes employées ont été : des entretiens semi-directifs avec les agriculteurs intégrés
dans les instances participatives, portant notamment sur les trajectoires militantes et profes-
sionnelles et sur les montages de dossiers et de projets, ainsi qu’avec les techniciens de l’agricul-
ture membres des commissions participatives ; l’observation directe de réunions de commissions
municipales et territoriales ; la consultation de dossiers de projets. Par ailleurs, une méthodo-
logie de recomposition de la configuration d’action publique en matière de développement rural
sur ce territoire a été mise en œuvre (Avila, 2011) et a notamment permis de mettre au jour les
interactions entre le système technique agricole et les agriculteurs dans et autour du dispositif
participatif.
82 participations
(Talpin, 2012) et vérifie l’hypothèse que l’autonomie des carrières militantes est
une variable indépendante explicative de la saillance 5 en politique participative.
Le PDSTR, mis en place en 2004, trouve sa genèse, d’une part, dans des expé-
riences menées par le Parti des Travailleurs (PT) à partir de 1988 dans les
municipalités qu’il avait conquises et, d’autre part, dans un dispositif mis en
place depuis 1996 par le gouvernement Fernando Henrique Cardoso : il s’agissait
de distribuer des crédits à l’agriculture familiale par l’intermédiaire du Pro-
gramme
[5] Selon le terme employé par Bernard Manin pour qualifier le processus de distinction inhérent
au système représentatif dans lequel « l’élection favorise les individus saillants » (Manin, 1995,
p. 183).
La démocratie participative comme structure d’opportunité et de renforcement… 83
Ministère du
Développement
Agraire (MDA)
Communautés
La composition de ces arènes participatives repose sur des collèges qui donnent
à la « participation » un design spécifique : à chaque échelle, les élus locaux et les
techniciens (agronomes et techniciens des services d’appui à l’agriculture – EMA-
TER) y sont, selon les textes de 1996, 2004 et 2008, représentés paritairement
avec les agriculteurs. De ce fait, la participation des agriculteurs est ambivalente.
D’une part, les leaders de l’agriculture familiale ont des stratégies d’autonomi-
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[6] Le District Fédéral n’est pas divisé en municipalités, mais en régions administratives.
La démocratie participative comme structure d’opportunité et de renforcement… 85
[7] Le Territoire Aguas Emendadas englobe onze municipalités et dix régions administratives du
District Fédéral, répartis sur les trois États fédérés.
[8] Une anecdote de terrain en dit long sur le ligotage de la territorialisation par le sentier fédéral.
Il n’y a pas de regroupement des dossiers de financement pour le Territoire Aguas Emendadas au
niveau du Secrétariat du Développement rural du Ministère du Développement Agraire : les dos-
siers sont classés par États fédérés.
86 participations
[9] Notons bien qu’il s’agit ici du système de représentation des intérêts sectoriels et non de la
démocratie représentative.
[10] Une communauté peut regrouper jusqu’à 2000 agriculteurs qui élisent un bureau d’associa-
tion. Ce bureau désigne un représentant (le plus souvent le président) pour siéger au CRDRS. Seuls
huit agriculteurs (un par région) participent au « grand conseil » informel et à la COTAE.
[11] Chaque participant représente plusieurs communautés au niveau du « grand conseil » et de
la COATE.
La démocratie participative comme structure d’opportunité et de renforcement… 87
Il en est de même des ressources politiques. Les trajectoires militantes des par-
ticipants à la COTAE et au « grand conseil » (tableau 1) leur octroient la capacité
d’acquérir les formes de la discussion politique traditionnelle et la grammaire
discursive délibérative indispensable, mais coûteuse pour ceux qui n’en dispo-
sent pas, pour entrer et demeurer dans la délibération (Blondiaux, 2008, p. 73) :
les participants aux différents étages PDSRT ont tous accumulé les ressources
nécessaires et suffisantes à cette condition première qui les distingue nettement
de l’ensemble des agriculteurs des communautés qu’ils représentent (comme
permettent de l’observer les réunions des associations communautaires et
Conseils régionaux de développement rural durable). Ces observations confir-
ment l’existence de « cercles de la participation » et d’un processus de sélection
interne aux dispositifs participatifs où se constituent des « noyaux durs » (Talpin,
2012). Un des effets du dispositif participatif est l’apparition d’une « élite de la
participation » propre aux agriculteurs qui n’hésitent pas à en faire, pour cer-
tains, une rampe de lancement vers la compétition électorale (type 3, tableau°1).
Mais cette élite est elle-même hiérarchisée. Les types 1 et 2/3 ne montrent pas
les mêmes dispositions à intégrer les cercles décisionnels. La preuve en est de
la séparation très nette entre ceux (type 1) qui s’investissent pleinement dans la
COTAE, dont l’observation des réunions montre que ce niveau de participation
La démocratie participative comme structure d’opportunité et de renforcement… 89
n’est pas le plus déterminant dans le dispositif participatif car il est peu déci-
sionnel, et les types 2 et 3 qui investissent pleinement les niveaux régional et du
« grand conseil » car il est au contraire très décisionnel (du fait de l’altération de
la territorialisation due à la répartition politique informelle des projets entre les
trois États fédérés).
Les observations de terrain ont permis d’établir une typologie (tableau 1) des par-
ticipants du premier cercle, c’est-à-dire les douze agriculteurs du DF participants
ou ayant été participants au « grand conseil » et à la COTAE à partir du croisement
des critères de leurs trajectoires militantes et politiques, de leurs répertoires
d’action collective, de leurs ressources (politiques, sociales, militantes) et de
leurs capacités à agir dans mais aussi hors des instances participatives.
Type 1 :
Type 2 : Type 3 :
Mouvements
Pratiques et ressources Institutionnels Institutionnels
politiques et sociaux,
autonomes autonomes/isolés
associations
Représentations des
communautés ++++ +++++ +++
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Militantisme politique + ++ - ++
Militantisme professionnel -- ++ + ++
Investissement dans le
conseil des territoires +++++ +- +-
(COTAE)
Investissement dans le
+- +++ ++++
« grand conseil »
90 participations
Le type 1 (un profil plus axé sur les ressources du militantisme associatif, politi-
que et des mouvements sociaux) est caractérisé par une intégration très active
dans le mouvement des « sans terre ». Le répertoire d’action acquis à cette
occasion est celui de l’occupation de terres, de la lutte pour la reconnaissance
des droits de propriété. Par exemple, l’une des représentantes est présidente de
l’association d’une communauté du DF de 1800 agriculteurs issue de la réforme
agraire (assentamento) installée irrégulièrement sur des terres mais ayant
obtenu leur régularisation après une lutte de plusieurs années. Elle a initié sa
carrière militante avec le Mouvement des Sans Terre qu’elle a quitté rapidement
après la reconnaissance des terres de son assentamento. Reste qu’elle doit à ce
mouvement social sa formation à l’action militante et à la pratique agricole. Elle
est aussi l’héritière d’une tradition (familiale) de syndicalisme agricole. Elle est
membre de la direction du syndicat des travailleurs ruraux du DF – FETADF –
et de la confédération des travailleurs ruraux (CONTAG) qui a joué un rôle très
important dans la reconnaissance de la catégorie de l’agriculture familiale. Elle
a par la suite contribué à la fondation et milité dans l’association de producteurs
de sa communauté qu’elle préside depuis sept ans et, à ce titre, elle a intégré
les commissions participatives du développement rural territorial du DF puis du
Territoire Aguas Emendadas. Elle a participé également au processus participatif
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Le type 2 (un profil plus axé sur le militantisme associatif, professionnel et ins-
titutionnel) se caractérise par deux éléments qui le distinguent nettement du
type 1. Premièrement, si ces participants défendent la catégorie « agriculture
familiale » et s’en considèrent membres, ils en sont bien extérieurs au regard
des textes de la Loi de l’Agriculture Familiale. Ils sont propriétaires de plusieurs
dizaines, plus rarement de plusieurs centaines d’hectares de terre, et emploient
plusieurs salariés agricoles permanents. Par ailleurs, leur production agricole
ne représente souvent pas la totalité de leurs revenus (retraites, pluriactivité,
commerce). Ils sont dotés d’un capital scolaire souvent élevé (universitaire) qui
leur confère des ressources incomparables au regard des participants du type 1.
Deuxièmement, leurs luttes ne sauraient pas non plus se comparer à celles du
type 1. Par exemple, le président d’une association d’une commune du DF pos-
sédant aujourd’hui 60 hectares dédiés au maraîchage fruitier et à l’élevage, a
développé un militantisme à la fois de « déclassé » et de chef d’entreprise struc-
turant son propre marché. Suite à l’étatisation des terres du DF entre 1960 et
1970, dans le cadre de l’urbanisation du plateau, sa famille s’est vue reléguée
loin du « centre ville » et des 2000 hectares de terres familiales, sans dédomma-
gement. Cette « injustice » a propulsé cet agriculteur, héritier de la terre de sa
famille, dans une lutte incessante contre le déclassement de ces agriculteurs de
la première heure du plateau de Brasilia. Cette catégorie obtiendra en 2008, au
même titre que les petits agriculteurs, le droit de bénéficier des projets et cré-
dits qui n’étaient destinés qu’aux petits agriculteurs familiaux ainsi qu’à ceux de
la réforme agraire. Cet agriculteur moyen a alors porté dans sa région le combat
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[13] L’agriculteur pris en exemple est membre du Conseil d’Administration de l’EMATER (agence
d’appui technique à l’agriculture du DF). Il est d’ailleurs rémunéré à ce titre.
92 participations
Ces parcours militants rejoignent des analyses déjà connues sur la personnali-
sation des fonctions de représentation (Gaxie, 2006). Alors que le type 1 est plus
lié aux organisations qui ont construit et porté ces militants, le type 2 est à la fois
mieux doté en capitaux économique, culturel et social, et de ce fait a autonomisé
ses propres pratiques militantes par rapport aux groupes, organisations et com-
munautés qu’ils représentent. Le discours du « nous » est moins présent chez
eux, ne serait-ce que du fait que le « nous » est à l’évidence pluriel.
L’exemple de l’un d’entre eux est caractéristique de cette catégorie. D’une part,
il est président de l’association des cuniculteurs de Brasilia (groupe certes res-
treint !). Cet engagement professionnel semble premier pour lui, entretenant
régulièrement ses interlocuteurs de cette filière. D’autre part, il personnalise
son engagement, se distinguant ainsi de ses collègues membres des conseils
participatifs, en critiquant vertement le dispositif participatif du PDSTR : il aurait
dérivé d’une volonté initiale d’aménagement rural durable du territoire vers une
distribution fragmentée de subsides vers des projets peu structurants pour le
territoire dans son ensemble (ce qui se vérifie dans les faits selon nos obser-
vations). Cette personnalisation, liée à ses ressources sociales et scolaires, se
retrouve dans ces pratiques militantes : il a créé en 2009 une association dans sa
région pour promouvoir un plan de développement territorial durable conforme à
sa vision. Cette personnalisation des postures, pratiques et répertoires d’action
collective, a poussé deux agriculteurs de cette catégorie à militer au niveau du
DF, pour la création en 2008 du « conseil grand » informel des présidents des
Conseils régionaux de développement rural afin d’assurer une stratégie com-
mune de sélection des projets de politique publique au niveau du DF.
Un point commun aux trois types reste toutefois primordial : il s’agit de leur mili-
tantisme participatif. Ils ont prolongé leur expérience du budget participatif mis
en place par le PT du DF en 1995 dans les Programmes de développement rural
territorial de 1996 (PRONAF Infrastructure), 2004 (PDSTR) et 2008 (Territoires
de la Citoyenneté). Certes les ressources de chacun de ces types différencient
94 participations
leurs capacités d’investissement dans ce dispositif, mais cette variable est une
condition importante de leur sélection comme « participants ».
Le policy making tend par là même à s’hybrider entre plusieurs modèles d’action
publique et entre plusieurs pratiques de participation politique qui trouvent une
complémentarité : représentation communautaire ; militantisme associatif ; mili-
tantisme politique ; « entrée en politique » ; professionnalisation du militantisme
institutionnel et participatif ; militantisme professionnel en faveur de l’institu-
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Premièrement, les techniciens de l’État fédéré sont membres des Conseils muni-
cipaux de développement rural (ou Conseils régionaux pour le DF) et de la COTAE.
À ce titre, ils sont considérés eux-mêmes comme des participants. Deuxième-
ment, ces techniciens interviennent directement dans les communautés comme
« appui » technique à la mise en place du processus électif des bureaux et pré-
sidents d’associations de communautés mais aussi pour former à ces fonctions.
Troisièmement, ils accompagnent le montage des projets, depuis leur mise en
forme technique et financière jusqu’à leur mise en œuvre par les communautés
elles-mêmes. Les Conseils régionaux sont aussi des arènes d’accompagnement
96 participations
Conseil du territoire
Aguas Emendadas
(COTAE)
Conseils régionaux
(CRDR) et de l’État
F fédéré F
o o
r Représentation et r
m sélection projets m
communautaires
a a
t t
Fonctionnaires a a
Techniciens agricoles et
et représentants élus g g
Participants agronomes
niveau de l’Etat fédéré
e Type 2 et 3 e
EMATER
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liale militent pour obtenir des avantages matériels pour leurs communautés,
cela ne les empêche pas de s’investir pour leurs propres projets et propriétés,
et de bénéficier à ce titre des conseils des techniciens. En ce sens, techniciens
et agriculteurs investis dans le dispositif participatif font « coalition » au sens
où ils partagent un « référentiel » et la défense de la « cause » de l’agriculture
familiale, jusque dans ses référents les plus techniques.
Conclusion
Au résultat, le croisement de sociologies politiques (des trajectoires militantes,
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Cette recherche met également en évidence des effets sur les participants eux-
mêmes. Le premier est la construction de trajectoires participatives sur le long
terme. L’entrée en participation dessine, à condition de disposer des ressources
nécessaires (capacité à représenter, capital politique et/ou social et/ou scolaire),
des parcours participatifs qui permettent, et il s’agit là du deuxième effet sur les
participants, l’accumulation de répertoires d’action spécifiques à la participation :
capacité à négocier les projets, capacité à intégrer leurs contraintes techniques,
capacité à inventer une posture de passeurs entre les représentés et le système
technicien, capacité à imposer la sélection entre les « bons » et les « mauvais »
projets à propulser dans le système participatif. Le troisième effet, lié aux deux
98 participations
premiers, est le fait que les participants montrent également une capacité à
jouer alternativement des différents répertoires d’action collective accumulés
tout au long de leur trajectoire militante, ce en fonction des arènes où ils évo-
luent conjointement et/ou successivement. Chacune des ressources militantes,
mais aussi sociales, leur permet d’accroître leur marge de manœuvre dans le
dispositif participatif. Au final, cette recherche montre que les participants les
plus déterminants, c’est-à-dire ceux qui influent le plus sur la politique publi-
que, sont ceux dont les ressources permettent de s’autonomiser (type 3) le plus
possible dans la configuration d’action publique, au-delà du dispositif participatif
lui-même et de la légitimité représentative communautaire et sectorielle.
Enfin, la participation des agriculteurs dans l’action publique hisse notre réflexion
au cœur d’une contradiction de la participation directe institutionnalisée : alors
que l’action protestataire collective ouvre les opportunités d’action aux dépourvus
en ressources sociales et politiques (Tarrow, 1998, p. 87), l’institutionnalisation
de procédures d’expression participative des moins dotés en ressources, ou la
« conventionnalisation » de l’expression des less ressources actors (Tarrow, 1998,
p. 77), ne réinstaurerait-elle pas des hiérarchies et inégalités déjà observées
dans l’action politique conventionnelle (usage des « bons » mots, « bon » usage
des institutions, spécialisation voire professionnalisation des tâches dans l’accès
et la négociation avec guichet…) ? Si la participation en politiques publiques ouvre
des « opportunités politiques », la capacité de s’y engouffrer n’est pas la même
pour tous.
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Tilly C., 2007, Regimes and Repertoires, Chicago, University of Chicago Press.
Tonneau J. P., Sabourin E. (dir.), 2007, Agricultura familiar. Interação entre Políticas
Públicas e Dinâmicas Locais, Porto Alegre, UFRGS Editora.
Tonneau J. P., Sabourin E., 2009, « Agriculture familiale et Politiques publiques de
développement territorial : le cas du Brésil de Lula », Confins, Revue franco-bré-
silienne de géographie, 5, [Link] (accès le 20/02/2012).
Gilles Massardier est chercheur au CIRAD (UMR ART Dev 5281). Ses travaux
comparatifs portent sur les recompositions des processus de fabrication des
politiques publiques et celles des régimes politiques. Il co-anime le réseau Po-
litiques Publiques en Amérique latine. Il a notamment publié Politiques et action
publiques, Paris, Armand Colin, 2008 ; « Les espaces non pluralistes dans les dé-
mocraties contemporaines », dans O. Dabène, V. Geisser, G. Massardier (dir.), Les
autoritarismes au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2008 ; « La gouvernance de
l’eau : entre procédure de concertation et régulation “adhocratique”. Le cas de la
gestion de la rivière Verdon en France », VertigO - la revue électronique en scien-
ces de l’environnement, hors série 6, 2009 ([Link]
Éric Sabourin est chercheur au CIRAD (UMR ART Dev 5281). Ses travaux portent
sur les interactions entre organisations d’agriculteurs et politiques de déve-
loppement rural en Amérique latine. Il anime le réseau Politiques Publiques et
Inégalités en Amérique latine. Il a notamment publié : « Oppression paternaliste
et exploitation capitaliste au Brésil », Lusotopie, n° 15-2, nov. 2008, p. 231-234 ;
« Les débats de politique agricole et de développement rural dans le Brésil de
Lula », Lusotopie, n° 14-2, 2007, p. 61-85 ; Paysans du Brésil, entre échange mar-
chand et réciprocité, Paris, Éditions Quae, coll. « Indiscipline », 2007 ; Sociedades
e organizações camponesas: uma leitura através da reciprocidade, Porto Alegre,
Editora da UFRGS.
Lauren Lécuyer est allocataire de recherche du CIRAD (UMR ART Dev 5281). Sa
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Mots clés
participations, notabilité, leadership transactionnel,
structure d’opportunité politique, militantisme institutionnel, coalition