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Interview

Le Colonel Moussa Keïta accuse le Général Sékouba Konaté d'avoir orchestré un coup d'État contre le Capitaine Dadis Camara en raison d'un différend sur 22 millions de dollars, disparus après la prise de pouvoir de Konaté. Il défend le bilan du CNDD, soulignant des efforts pour assainir l'économie guinéenne, tout en dénonçant des accusations de détournement de fonds. Keïta évoque également des influences extérieures, notamment de la France, de l'Allemagne et des États-Unis, dans les événements qui ont conduit à la chute de Dadis.

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Interview

Le Colonel Moussa Keïta accuse le Général Sékouba Konaté d'avoir orchestré un coup d'État contre le Capitaine Dadis Camara en raison d'un différend sur 22 millions de dollars, disparus après la prise de pouvoir de Konaté. Il défend le bilan du CNDD, soulignant des efforts pour assainir l'économie guinéenne, tout en dénonçant des accusations de détournement de fonds. Keïta évoque également des influences extérieures, notamment de la France, de l'Allemagne et des États-Unis, dans les événements qui ont conduit à la chute de Dadis.

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Le Colonel Moussa Keïta : "Le Général Konaté a fait le coup d’Etat à cause

de ces 22 millions de dollars. La Preuve est que dès qu’il est monté au
pouvoir, les 22 millions de dollars ont disparu"

L'ancien Secrétaire permanent du CNDD (junte militaire du Capitaine Dadis


Camara) expliqué dans une grande interview accordée à
[Link], que le Général Sékouba Konaté a, au cours de la
transition qu'il a dirigée, détourné de diamant, d'or et d'argent dont les 22
millions de dollars que la SAG avait officieusement offert à Dadis Camara
pendant son ère de gloire.

Il exprime sa volonté de travailler avec le professeur-président et accuse la


France, l'Allemagne et les Etats-Unis d'avoir poussé le Général Konaté à
faire ce qu'il appelle "Coup d'Etat" contre le Capitaine Dadis...

Bonjour M. Keïta ! Vous avez été un proche collaborateur du Capitaine


Moussa Dadis Camara et vous lui avez été toujours fidèle. Parlez-nous du
bilan du CNDD ?

Colonel Moussa Keïta : Bonjour M. Bakayoko ! Merci de m’avoir donné


cette opportunité qui n’est pas la première et, j’espère, ne sera pas la
dernière. A la mort du feu Général Lansana Conté, le Conseil national pour
la démocratie et le développement (CNDD), sous la direction du Capitaine
Président Moussa Dadis Camara, nous avions pris le pouvoir dans la nuit
du 22 au 23 décembre 2008 pour éviter à la Guinée un bain de sang parce
que tout Guinéen conscient savait ce qui planait dans le pays. C’est la
psychose qui régnait. C’est ainsi, répondant à l’appel du peuple, nous nous
sommes organisés pour prendre le pouvoir.

Je voudrais tout d’abord rappeler que nous avons trouvé un Etat qui était à
plat où le narcotrafic et le népotisme avaient longtemps régné et avaient
fini par prendre en otage l’autorité même de l’Etat. Plus de 80% de
l’autorité et de l’hiérarchie militaire étaient impliqués dans le trafic de
drogue. Ensuite il y avait le détournement du dénier public qui avait
agenouillé le pays. Le Président Dadis et ses compagnons se sont mis à
assainir la situation. Nous avons démantelé les réseaux des
narcotrafiquants. Nous avons moralisé l’économie du pays. Nous avons
multiplié les recettes de la douane. Nous avons fait de grandes
réalisations. Nous avons bitumé les artères de plusieurs villes du pays :
Conakry, Labé, Kankan, N’Zérékoré… Le Bilan du CNDD est appréciable.

Pouvez-vous nous parler des 700 mille dollars qu’on vous accuse, vous les
proches du capitaine Dadis, d’avoir détournés au cours des différents
voyages pour les négociations à Ouagadougou.

Je suis très heureux de répondre à cette question. J’ai conduit cette


délégation de Ouagadougou. J’étais le chef de mission. Nous avions
effectué cinq à six voyages. Au premier voyage, chaque ministre n’a perçu
que 2 000 dollars comme prime pour une semaine. Ceux qui n’étaient pas
ministres ont perçu 1 000 dollars chacun. Et on logeait dans un Hôtel qui
était payé à 90 mille FCFA la nuit. Le plus souvent on ne pouvait pas payer
tous les frais d’Hôtel. On a saisi deux fois nos affaires parce qu’on n’avait
pas payé les frais d’Hôtel. Il a fallu l’intervention du Président Blaise
Compaoré qui a payé nos frais d’Hôtel. C’est une seule fois que nous
avons perçu 3 000 dollars. Moi, chef de mission, je ne savais pas quel
montant était alloué à cette mission. C’est dans l’Hôtel que mon ami, mon
compagnon d’armes, mon cousin Kélétigui Faro passait de chambre en
chambre pour donner des enveloppes. Je n’ai jamais été associé à un
quelconque retrait d’argent et je prenais le même montant que les autres.

L’ancien premier ministre ambigu, Jean-Marie Doré, accuse le CNDD


d’avoir laissé une dette de 9 000 milliards de francs guinéens. Il a expliqué
à la presse qu’une grande partie de ce montant a été détournée entre la
signature des accords de Ouagadougou et sa prise de fonction. Qu’en
dites-vous ?

C’est pourquoi si le régime actuel veut que les audits soient crédibles, il
faut que cela concerne toutes les étapes. Tous ceux qui ont géré avec le
Général Lansana Conté, avec le Capitaine Dadis et avec le Général
Sékouba Konaté doivent être audités. En ce qui concerne le CNDD, s’il y a
eu détournement ou crimes économiques, c’est après l’attentat contre le
Président Dadis. Je sais une chose : Dadis avait peur de l’argent. Les 22
millions de dollars qu’il a présentés au peuple peuvent le prouver. Il était
seul dans son bureau lorsqu’on lui a donné ces 22 millions de dollars. Il a
appelé les autres membres du CNDD pour le leur dire. C’est d’ailleurs à
partir de là que Dadis a eu de problèmes avec beaucoup de gens qui
s’emblaient être ses amis.
Que voulez-vous insinuer par-là ?

Beaucoup voulaient qu’on se partage l’argent. Puisque le Président Dadis


ne l’a pas accepté, ils se sont fâchés.

Pensez-vous que c’est à cause de ces 22 millions de dollars qu’ils auraient


créé des problèmes au Capitaine Dadis pour le salir et l’expulser de la
gestion du pays ?

Oui !

Mais qui aurait pu faire une chose pareille, avez-vous des noms ?

Le Général Sékouba Konaté.

En êtes-vous sûr, avez-vous de preuves de ce que vous dites ?

Il avait tout fait pour que le Président Dadis ne présente pas cet argent au
peuple. Il avait tout fait pour que Dadis partage cet argent avec lui. Il avait
dit à Dadis que lui il avait besoin d’argent, qu’il était malade et qu’il fallait
absolument qu’il ait de l’argent pour qu’il aille se soigner. Il avait dit à
Dadis « Moi je suis malade ! Je veux quitter le CNDD. Je veux même quitter
la Guinée. Donne-moi de l’argent je vais partir. Donne-moi de l’argent je
vais te laisser le pouvoir. Donne-moi de l’argent je vais partir me soigner.
Partage ces 22 millions de dollars, donne-moi ma part je vais partir et je
vais te laisser le pouvoir »

Voulez-vous expliquer que le général Sékouba Konaté a fait un coup d’Etat


contre le Capitaine Dadis et que c’est à cause de ces 22 millions de dollars
qu’il l’a fait ?

Oui ! C’est un coup d’Etat que le Général Sékouba Konaté a fait contre son
frère d’armes qui l’a toujours aimé et lui faisait beaucoup confiance. Il a
fait le coup d’Etat parce que le Président Dadis a refusé de lui donner les
22 millions de dollars.

Un coup d’Etat, uniquement pour de l’argent, comment l’expliquez-vous ?

Le Général Konaté a fait le coup d’Etat à cause de ces 22 millions de


dollars. La Preuve est que dès qu’il est monté au pouvoir, les 22 millions
de dollars ont disparu. Il a fait croire que c'est avec cet argent qu’il a
acheté des tenues aux militaires. Mais ce n’était pas vrai. Toutes les
tenues ont été offertes par le Colonel Kadhafi. Si le professeur Alpha
Condé veut que les audits soient crédibles, il doit auditer tout le monde y
compris le Général Konaté.

Etes-vous prêts, volontiers, à être auditer, vous qui conseillé le dictateur


d’auditer tout le monde ?

Oui ! Je suis disposé à être auditer. Je n’ai pas géré un centime.

Vous avez réussi à prendre le pouvoir sans effusion de sang, ce qui


soulageait le Capitaine Dadis pendant son ère de gloire. Comment donc
l’hécatombe du 28 septembre 2009 vous est-il arrivé ?

La succession du Général Lansana Conté avait déjà été préparé. Ils avaient
recruté, sur des bases ethniques, plus 11 mille jeunes soldats pour assurer
la continuité du régime. Nous avons réussi à freiner cette monarchie que
les ténors du pouvoir de Lansana Conté avaient préparée.

Très malheureusement, les évènements du 28 septembre, que je déplore


beaucoup, sont arrivés. C’est avec une grande peine que j’évoque ces
évènements. Cela ne devrait pas arriver. Nous regrettons tout ce qui s’est
passé. Quand on a dit au Président Dadis qu’il y a eu une bavure au stade
et qu’il y a eu un mort. Il a dit « un mort c’est trop ». C’est plus tard qu’il a
écouté sur BBC qu’il y a eu une cinquantaine de morts.
Je salue la mémoire de ceux qui sont tombés. Je prie Dieu de leur accorder
le Paradis parce qu’ils sont morts pour la Patrie. Ils sont morts pour une
bonne cause. Ils se battaient pour la démocratie.

Il y avait une responsabilité partagée. Les leaders politiques n’avaient pas


respecté l’autorité de l’Etat. Puisque le Président Dadis avait interdit de
marcher ce jour car c’était un jour historique. Cette interdiction a été
violée par les leaders politiques. Mais si l’autorité avait été tolérante et si
les militaires n’avaient pas eu la gâchette facile, ces évènements ne
seraient pas arrivés. C’est regrettable, mais cela est arrivé. Acceptons de
nous pardonner et battons-nous pour que plus jamais cela n’arrive dans
notre très cher pays.

Aujourd’hui, près de deux ans après ces massacres, pouvez-vous nous dire
si c’est le Capitaine Dadis qui a ordonné ces massacres ou si c’étaient des
gens de son entourage qui voulaient le salir et lui donner un carton
rouge ?

Je n’étais pas en Guinée au moment des évènements. Mais à mon analyse,


il y a eu de gens qui ont voulu salir le Président Dadis et le CNDD. Nous
avons des preuves. Nous avons des cassettes vidéo que j’ai
personnellement remises au médiateur Blaise Compaoré où on voit des
hommes habillés en civil qui sont armés de kalachnikovs et qui tiraient sur
les manifestants. Mais puisque le tribunal pénal international est saisi, il
nous édifiera. J’ose croire déjà que le Capitaine Dadis n’est pas capable de
tuer une mouche.

Est-ce que selon vous les accords de Ouagadougou avaient étté


respectés ?

Il n'y a même pas eu d'accords à Ouagadougou ! Les accords devaient être


signés entre le CNDD et la classe politique guinéenne.

Comment, et ce qui a été signé le 15 janvier 2010 par le Capitaine Dadis


et le Général Sékouba Konaté ?
Ce ne sont pas des accords. C’est un coup d’Etat qu’on a validé.

Comment le Capitaine Dadis a-t-il pu signer un coup d’Etat contre lui, et


pourquoi ses fidèles que vous êtes l’aviez-vous accepté ?

On était à Ouagadougou. Tout d’un coup on nous a appelés, on nous a dit


d’aller au Palais parce que le Président Dadis avait une déclaration à faire.
Nous sommes allés. Ils ont obligé le Président Dadis à lire cette
déclaration. Nous ne saivons même pas qui l’a rédigé. C’était un coup de
fouet. C’était un scénario. Le Président Dadis était malade, il ne savait
même pas ce qu’il lisait. C’était un coup d’Etat masqué.

Pourquoi donc vous les fidèles de Dadis n’aviez pas réagi après la
signature de ce que vous appelé "Coup d’Etat" ?

Le Général Konaté m’a appelé dans sa chambre d’hôtel. Il était furieux. Il


hurlait, criait et tapait sur la table. Il m’a menacé. Il m’a dit que Kélétigui
Faro l’a appelé et lui a dit que c’est moi seul qui m’opposait à lui.

Comment expliquez-vous que le Général Sékouba Konaté fasse un coup


d’Etat contre quelqu’un pour avoir un pouvoir et qu’il rende ce même
pouvoir à quelqu’un d’autre après moins d’une année ?

Le Général Konaté n’a jamais aimé le pouvoir. Tout ce qu'il voulait c’est
l’argent. Et il voulait avoir beaucoup d’argent. La seule chose qui l’a
opposé à Dadis c’est que lui il voulait immédiatement avoir beaucoup
d’argent et Dadis lui voulait protéger l’économie nationale. Quand donc le
Général Konaté a pris le pouvoir, il s’est enrichi, il a pris tout l’argent qu’il
voulait prendre… il a rendu le pouvoir. Ce n’est ni pour la démocratie, ni
par amour de la patrie. Il a rendu le pouvoir parce qu’il a obtenu en
abondance l’argent qu’il voulait. Et il ne voulait que l’argent. Il avait dit à
Dadis qu'il voulait beaucoup de dollars, beaucoup d’euros, beaucoup de
diamant et beaucoup d’or. Il a même dit à Blaise Compaoré que le
Capitaine Dadis l’a trahi parce qu’il lui avait dit qu’il ne voulait que d’or, de
diamant et d’argent et que depuis la prise du pouvoir celui-ci a refusé de
lui en donner.
Comment le Général Konaté a-t-il géré la convalescence du Capitaine
Dadis, est-ce qu’il lui envoyait de l’argent ?

Pas du tout. Il a dit que s’il envoyait de l’argent au Président Dadis, celui-ci
allait entretenir des rebelles pour le renverser.

Personnellement, comment avez-vous vécu la transition après l’expulsion


de votre ami Dadis Camara ?

Dès que le Général Sékouba Konaté a pris le pouvoir après le coup d’Etat
maquillé qu’il a fait, il a d’abord écarté tous les parents et amis de Dadis.
Ensuite, moi, il m’a arrêté, il m’a dit qu’il a appris que j'ai des armes que le
professeur Alpha Condé m’aurait confié pendant le régime de Lansana
Conté et que celui-ci m’a demandé de déstabiliser le CNDD. C’est
Thiégboro qui m’avait emmené au PM3 puis à l’État-major de la
gendarmerie. Il est rentré dans le bureau du chef d’Etat-major, a écrit un
questionnaire et a demandé à que je sois entendu pour tentative de coup
d’Etat. Le lendemain le Général Konaté est venu me libérer en me disant
que si j’en parle à la presse, il m’arrête à nouveau.

Quelles sont vos relations actuelles avec le Capitaine Dadis ?

Nos relations sont très bonnes. On s’appelle presque tous les jours. C’est
mon frère. C’est mon ami. C’est mon Président. Nous sommes en contact
permanant.

Avez-vous des souvenirs de votre ami, Dadis ?

Oui ! De très bons souvenirs. Je me souviens de son engagement, de son


patriotisme, son amour pour la Guinée et pour la jeunesse. C’est une
grande perte pour la Guinée. Moi j’aime beaucoup la Guinée. J’aime ma
patrie. Dadis était un patriote.

Selon vous quel rôle les narcotrafiquants que Dadis a combattus ont-ils
joué dans tout ce qui lui est arrivé ?
Dadis lui-même avait dit que la lutte qu’il menait avait des conséquences
et qu’il était prêt à les assumer. En nous attaquant à ces narcos, nous
avions mis nos vies en danger. Mais nous l’avons fait pour notre patrie.
Aussi, des grandes puissances comme la France, l’Amérique, l’Allemagne…
étaient contre nous.

Que reprochez-vous à ces trois puissances ?

Ce sont la France, les Etats-Unis et l’Allemagne qui ont envoyé Bernard


Kouchner au Maroc rencontrer le Général Sékouba Konaté et le pousse à
faire le coup d’Etat contre le Président Dadis.

Après avoir vécu tout cela et après avoir suivi ce qui s’est passé en Côte
d’Ivoire, avez-vous compris que de nos jours aucun chef d’Etat de l’Afrique
francophone ne peut s’opposer à la France et continuer à gouverner ?

Oui ! C’est pour continuer à piller nos nations.

A présent, regrettez-vous avoir été opposés à la France ?

Non ! Même si nous revenons encore aux affaires nous n’allons pas
accepter que la France pille notre pays.

Quelles sont vos relations avec Alpha Condé ?

De bonnes relations. J’ai connu le professeur il y a 15 à 20 ans. J’ai été l’un


des premiers militaires de rang à militer en sa faveur. Finalement j’ai été
repéré par le pouvoir de l’époque. J’ai été victime de beaucoup de
tracasseries. J’ai été secoué pendant longtemps, jusqu’à l’arrestation du
professeur Alpha Condé. Quand il a été arrêté, on m’a arrêté aussi. J’ai
passé deux ans en prison avec le Professeur Alpha Condé. Donc nos
relations sont bonnes, mais très malheureusement, depuis qu’il est venu
aux affaires, on ne s’est pas vu. J’ai demandé une audience, j’attends la
réponse. C’est tout simplement pour qu’on se sert la main. Je souhaite
aussi mettre mes connaissances et mes expériences à sa portée. Parce
que quand tu soufre avec quelqu’un en prison c’est beaucoup.
Malheureusement, ce sont ceux qui nous qualifiaient de supporteurs de
politiciens qui tournent autour du Professeur aujourd’hui.

Pensez-vous qu’Alpha Condé est un ingrat parce qu’il a oublié son


compagnon de prison que vous êtes ?

Non ! Le professeur Alpha Condé n’est pas ingrat. Il est de très bonne foi.
Mais on lui a raconté n’importe quoi. On lui aurait dit que moi je m’étais
opposé à sa candidature au cours d’une émission télévisée. Mais moi j’ai
encore la cassette avec moi. J’avais répondu au Journaliste que personne
n’allait être exclu pour éviter ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. J’avais dit
que même si on a 100 ans on peut être candidat. Moi j’ai toujours aimé
Alpha Condé. J'ai toujours milité pour le professeur Alpha Condé. J’ai été
arrêté avec lui, j’ai fait deux ans en prison. Même ma femme a été arrêtée
et emprisonnée à Kassa lorsqu’on m’a accusé d’avoir caché les armes du
professeur Alpha Condé. Même sous Dadis, Toumba et Makambo m’ont
arrêté en m’accusant de cacher les armes du professeur Alpha Condé. Ils
m’ont dit que c’est un certain Sékou Souapé qui m’a dénoncé. C’est Dadis
qui a ordonné qu’on me laisse tranquille. Partout où on me voit, on sent les
couleurs du RPG. Après la proclamation des résultats, ma maison a été
saccagée.

Quel bilan faites-vous de ces mois de gestion d’Alpha Condé ?

Je souhaite que ça aille bien. Car il y a deux types de changement : le


changement positif et le changement négatif. Si j’étais un conseiller du
Président, je lui dirai de mettre un peu de jalons positifs et faire des actes
concrets : augmenter les salaires des fonctionnaires, diminuer le
chômage…

Etes-vous optimiste ?

Optimiste dans la mesure où on oublie les querelles politiques parce que


les élections sont passées. Il faut qu’on se donne la main pour travailler.
Mon optimisme se repose sur les promesses d’Alpha Condé lorsqu’il dit
vouloir réconcilier les Guinéens et faire de la Guinée ce que Mandela a fait
de l’Afrique du Sud. Avant d’inviter les Guinéens à se pardonner et à se
réconcilier, Alpha Condé doit pardonner les autres leaders politiques.

Croyez-vous en ce fameux ‘‘Mandela da la Guinée’’ qui vient d’incarcérer,


juger et condamner plusieurs dizaines de militants, sympathisants et
garde-corps de son rival Cellou Dalein Diallo dont le seul crime a été
d’accueillir celui-ci à l’Aéroport ?

C’est pourquoi j’ai dit que le pardon doit venir d’Alpha Condé. Cellou a de
millions de personnes derrière lui. Alpha a de millions de personnes
derrière lui. Si les deux se pardonnent, c’est toute la Guinée qui se
pardonne. De toutes les façons, je souhaite qu’Alpha soit le vrai Mandela
de la Guinée.

Avez-vous envie de travailler avec Alpha Condé pour l’aider à devenir le


vrai Mandela de la Guinée avant qu’il ne soit trop tard ?

Je veux servir ma nation. J’ai des ambitions et des expériences dont ma


très chère patrie a besoin. Dès l’élection d’Alpha, je lui ai envoyé un memo
sur la réforme de l’armée. Je lui ai dit de créer un poste de chef d’Etat-
major particulier à la Présidence. Il a pris bonne note parce que les jours
qui ont suivi, il a nommé Bourema Condé, chef d’Etat-major particulier.

Et il ne vous a pas contacté ?

Non ! Mais ce n’est pas grave. Tout ce que je veux c’est qu’il réussisse. Si
je ne suis pas utile pour sa réussite, je prie Dieu de ne pas nous
rapprocher. Mais si je suis utile pour sa réussite, je prie Dieu de nous
rapprocher.

Dans quel domaine pensez-vous être utile à Alpha Condé ?

Dans le domaine de l’armée. Je n’ai plus envie de faire la politique.


Avez-vous eu peur de la politique ?

Non ! Je suis un homme qui n’a jamais eu peur et qui n’aura jamais peur.
J’ai peur de Dieu et j’ai peur de commettre du tort. C’est tout. Je n’ai pas
peur de faire la politique. On dit souvent que si tu ne fais pas la politique,
la politique te fera.

Au terme du second tour présidentiel, le Capitaine Dadis a longuement


exprimé son désir de rentrer au pays. Pourquoi il n’est toujours pas là ?

Je ne vois aucune raison qui peut empêcher un ancien président de la


République de rentrer chez lui.

Que faites-vous actuellement ?

Pour le moment je me repose. Je suis en train d’écrire un livre que je


comte publier dans les prochains mois.

De quoi parle-t-il, votre livre ?

C’est un livre intitulé ‘‘La face cachée de l’histoire de la Guinée’’. Il parle


des régimes de Sékou Touré et de Lansana Conté. Il parle de mes relations
avec Dadis. Il parle également de l’arrestation d’Alpha Condé. C’est un
document très riche.

Avez-vous d’autres messages ?

Je demande à Cellou Dalein Diallo et à Alpha Condé de se donner la main.


C’est seulement les deux unis qui peuvent unir la Guinée. Mais j’ai peur
quand j’écoute l’émission ‘‘Grogne’’ de Soleil FM : quand un Malinké parle
c’est pour attaquer les Peulhs et quand un Peulh parle c’est pour attaquer
les Malinkés. On devrait prendre l’exemple sur la radio mille collines de la
RDC. Nous devons exclure tout ce qui amène la guerre dans notre cher
pays
Interview réalisée par Abdourahamane Bakayoko

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