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Critique A FERENCZI Tarantino

L'article examine la liberté artistique de Quentin Tarantino dans son film 'Inglourious Basterds', qui déforme l'Histoire en présentant une fin fictive où Hitler est tué dans un cinéma parisien. L'auteur soulève des questions sur la responsabilité morale des cinéastes face à leur interprétation de l'Histoire, tout en reconnaissant que la fiction permet des libertés créatives. Il conclut que la perception erronée de l'Histoire par le public ne peut être imputée qu'à l'éducation, et non à Tarantino lui-même.

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Critique A FERENCZI Tarantino

L'article examine la liberté artistique de Quentin Tarantino dans son film 'Inglourious Basterds', qui déforme l'Histoire en présentant une fin fictive où Hitler est tué dans un cinéma parisien. L'auteur soulève des questions sur la responsabilité morale des cinéastes face à leur interprétation de l'Histoire, tout en reconnaissant que la fiction permet des libertés créatives. Il conclut que la perception erronée de l'Histoire par le public ne peut être imputée qu'à l'éducation, et non à Tarantino lui-même.

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TELERAMA.fr . De quel droit Quentin Tarantino travestit-il l’Histoire ?

Par Aurélien FERENCZI


Publié le 20 août 2009 à 22h00. Mis à jour le 19 février 2025 à 11h20.

Inglourious basterds , suite. Vous savez tout le bien que je pense du film, mais je crois qu'on ne
peut pas faire l'économie d'une petite réflexion sur une partie de son contenu. Y en a-t-il ici qui
ignorent encore son dénouement ? Qu'ils détournent la tête, mettent ce blog de côté, courent
au cinéma, car, ici, la fin du film va être révélée : au terme de deux heures et demie d'aventures
échevelées et de dialogues saisissants, le IIIème Reich est vaincu par une jeune Juive et un
colonel nazi, qui se chargent de tuer Hitler et ses plus proches conseillers dans un cinéma
parisien. L'Histoire, la vraie, ne dit pas tout à fait ça...

Cette liberté prise avec la vérité historique – dans la mesure où cette notion existe – est, on le
sait, une sorte d'hommage énamouré à la puissance de la fiction, et du cinéma en particulier.
Tout le monde n'y est pas également sensible. Je cite pour info la fin de la critique de David
Denby dans le New Yorker, qui ne fait pas dans la dentelle : « Tarantino est devenu un sujet
d'embarras : sa virtuosité à fabriquer des images a été dépassée par son inanité “d'idiot de
cinémathèque” [en français dans le texte]. Inglourious basterds dure 152 minutes, mais les fans
de Tarantino attendront le director's cut, qui montrera sans doute Shirley Temple arrivant à
Treblinka avec l'orchestre de Glenn Miller, et donnant une interprétation spéciale de la
chanson Baby take a bow, tiré de l'immortel film de 1934 du même nom, avant de conduire les
S.S. à la chambre à gaz. »

Je ne suis pas d'accord avec mon éminent collègue, mais j'apprécie ses trouvailles verbales. Il
suggère sur un mode humoristique ce que d'autres diront plus violemment : qu' Inglourious
Basterds est à sa façon un film... révisionniste. Dire que la fiction autorise toutes les libertés,
que l'acteur sur la photo ci-dessus ne joue pas Hitler, mais sa représentation bouffonne, est
une réponse un peu courte. Cela justifierait d'accepter qu'un cinéaste aux opinions idéologiques
largement suspectes réhabilite le Führer qui, pourquoi pas, aurait gagné la guerre et converti
dans la joie l'Europe au nazisme… Dans Le Maître du haut-château, Philip K. Dick avait imaginé
l'occupation des Etats-Unis par l'Allemagne, qui n'était pas montrée sous un jour très favorable,
mais je ne me souviens pas si le sort des dirigeants nazis était précisé. Chez Tarantino, c'est le
spectaculaire qui pose problème : la volonté de revisiter l'Histoire non pas comme objet d'étude
(sur le modèle de l'uchronie) mais comme un jeu de massacre. Il se trouve que personne ne voit
d'objection idéologique à la mort violente d'un dictateur sanguinaire, mais Inglourious
Basterds recèle d'autres moments potentiellement discutables : par exemple, la tirade du
colonel Hans Landa où il compare les Juifs à des rats fait un peu froid dans le dos si on la sort
de son contexte.

Alexandre Dumas disait qu'on peut « violer l'Histoire à condition de lui faire de beaux enfants
». C'est un peu court pour en faire un principe : la qualité d'une œuvre n'étant pas une valeur
objective, le critère n'est pas satisfaisant. Mais, relire Marc Ferro à ce sujet, tous les films de
guerre de toutes les époques jouent avec l'Histoire, et sont davantage l'exact reflet du temps
de leur conception que celui de leur intrigue. Sans doute faut-il inventer un critère
supplémentaire, quelque chose de l'ordre de la responsabilité morale. Le film de Tarantino
montre suffisamment son caractère fictionnel, son travestissement du réel, pour qu'on ne puisse
le confondre avec un documentaire historique. Si des petits Américains ignares croient y
découvrir la véritable histoire de la Seconde Guerre mondiale, c'est la faute du système scolaire,
pas de Tarantino. De même si des criminels se mettent à scalper leurs victimes ou leur graver
sur le front des croix gammées… Un cinéaste n'est pas responsable des incuries de la société
dans laquelle il vit.

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