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Texte - La Valise Question-Interprétation

L'extrait de Robert Antelme met en lumière les violences physiques et psychologiques subies par les détenus, symbolisées par la valise qui devient un fardeau écrasant. La brutalité de la scène est accentuée par l'absence de connexion entre les phrases et la déshumanisation des personnages, qui sont réduits à des objets porteurs de souffrance. Les relations humaines sont fragiles et la menace constante des SS souligne la brutalité et l'angoisse omniprésentes dans cette expérience de déportation.

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Texte - La Valise Question-Interprétation

L'extrait de Robert Antelme met en lumière les violences physiques et psychologiques subies par les détenus, symbolisées par la valise qui devient un fardeau écrasant. La brutalité de la scène est accentuée par l'absence de connexion entre les phrases et la déshumanisation des personnages, qui sont réduits à des objets porteurs de souffrance. Les relations humaines sont fragiles et la menace constante des SS souligne la brutalité et l'angoisse omniprésentes dans cette expérience de déportation.

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ROBERT ANTELME, L’Espèce humaine, t.

C : la valise (la main)


SEM 2. L’humanité en question > histoire et violence
Quelles violences cet extrait met-il à jour ?

Violences physiques & brutalité de la scène


- Omniprésence de la valise, sans variation lexicale (pas de « bagage » ni
« marchandise ») : 6x « valise » pour le seul premier §.
- Enchaînement mécanique : brutalité de l’enchaînement des actions. Ex. « On a
dépassé le hameau. Une sentinelle SS m'a donné sa valise à porter. Elle est
lourde. » structures grammaticales rudimentaires (S+V+COD pour la première
phrase, S+V+Att.Sujet pour la troisième) ; absence de connexion entre les
phrases (une subordonnée relative aurait été possible entre la 2e et la 3e phrase
de notre relevé).
- L’arbitraire, l’absence de sens de la situation se retrouve dans l’interrogation
partielle (sans réponse simple) « Jusqu’à quand … ? » et aussi, dans l’élision du
COD (« Jusqu’à quand vais-je porter ? »), signe que le détenu ne sait peut-être
plus ce qu’il doit porter, ou pourquoi on lui fait porter cette valise. C’est à se
demander si ce port de valise, démotivé, n’a pas d’autre but sadique que
d’épuiser les détenus.
- Souffrance liée au port de la valise : « lourde », « poids », « douloureux »,
« congestionne », « brûlure », « rouge » (par association d’idées, on déduit que
c’est le manque d’oxygène sur les visages essoufflés) : intériorisation de + en +
marquée de l’effet de cette valise chez le porteur. Et on note que c’est avant
tout le corps qui parle. (Alors même que le contenu de la valise nous est
inconnu). Le texte a déplacé le lexique sur le médical, le pathologique de sorte
que le lecteur comprenne la gravité de cette valise.
- Poids de la valise : « elle », « la valise » domine les hommes, elle est placée en
sujet, elle prend toute la place.
- Poids rendu par le pronom hyperbolique « tout ce qui ».
- Poids de la contrainte rendu par la tournure passive : « est porté par nous »
- Objectivation, mise à distance de ses parties de corps : « la main », « le bras »,
« la figure » (le possessif a disparu pour marquer qu’on ne sent son corps sous
le poids de l’effort ; on aurait dû avoir « ma main » …).
- Pesanteur de ce corps soumis à rude épreuve dans les allitérations en [b] à partir
du mot « bras » (« bras… bâton… bas ») qui se double d’une délégation en
cascade : individu => corps (bras) => objet (bâton)
- Destin laborieux des détenus traduit par les répétitions : « je continue… [les
copains] continuent », « marcher… je marche… ils marchent… » = l’insistance
sur le verbe de locomotion, le mouvement inexorable, rend compte de
l’avancée pénible des déportés.

Violences plus subtiles : sociales, morales et psychologiques


- Massification des détenus, anonymisation dégradante dans ce « on », pronom
indéfini neutre dès le premier § « On a dépassé le hameau. »
- Objets et humains ont un destin similaire : jeu de mots sordide sur le verbe
« crever » (glissement sens premier/second du « crever », se fendre, quand il
s’agit de la valise/mourir, quand il s’agit du détenu). On peut se poser la
question de l’identification de l’homme à la valise, ou plutôt de la valise comme
d’une planche de salut ; de la valise dépend la survie.
- Fragilité des relations humaines et même du même bord, les solidarités sont
hypothétiques, provisoires, ténues : le texte oscille entre une désignation
homogène et favorable du groupe de détenus (« les copains ») ; au fur et à
mesure, le groupe se fragmente : on passe du pluriel des « copains » ou du
collectif de « la colonne » à des singuliers dissociés et solitaires (« je », « un
copain »).
- Distinction choquante, parmi les victimes elles-mêmes, entre deux catégoriques
vulgairement résumées à des apparences (des tâches de couleurs) : « les gris »,
les « rouges ». Cette distinction est d’autant plus dérangeante qu’elle est
rendue par un phénomène syntaxique, la parataxe : le lien d’opposition (qui
aurait pu être « alors que », « tandis que ») a sauté « … sont rouges ; les autres
sont gris »).
- Brutalité de la relation aux SS : groupe nominal qui fonde la phrase nominale
« Coups de crosse. » La violence grammaticale est à la hauteur de la violence
physique.
- La valise disparaît dans l’interrogation directe (qui nous fait être dans la tête de
R. Antelme) : « Jusqu’à quand vais-je porter ? » On remarque le COD (la valise)
a donné lieu à une ellipse : cette ellipse veut-elle dire que c’est l’action de porter
qui compte (et pas l’objet porté) ou bien qu’il aimerait que la valise disparaisse ?
- Menace permanente qui pèse sur le détenu et agressivité de l’expression :
système conditionnel double, intensifié par l’hypozeuxe et même par les ellipses
« Si je m’arrête, des coups (pleuvent). Si je tombe, (je reçois) une rafale. ». Le
systématisme de l’hypothèse qui nous choque, système hypothétique au
présent (donc qui n’a rien de virtuel) et qui est aggravé par le fait que les coups
ont déjà eu lieu, plus haut dans le texte.

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