CHAPITRE I : LES GENERALITES SUR LA PRODUCTION
D’HUILE VEGETALE
I.0 Introduction
L’huile végétale est un produit essentiel dans l’indus tr ie
agroalimentaire. Elle est utilisée dans divers secteurs aussi bien pour la consommation humaine
que pour la production de biodiesel et de divers produits industriels comme les cosmétiques ou
la pharmacie. Parmi les différentes huiles végétales, l’huile de soja occupe une place importante
en raison de sa forte teneur en acide gras instaurés et de son utilisation varié dans l’industr ie
alimentaire. Elle est largement produite dans des pays comme le Brésil, les Etats-Unis et
l’argentine. En République Démocratique du Congo (RDC), bien que la production d’huile de
soja soit encore émergente, elle représente un potentiel important pour l’économie locale, en
particulier pour des exploitations agricoles comme la ferme Mashamba dans le Haut-Katanga.
(Mebarki N, 2010)
La production industrielle d’huile végétale implique des processus
complexes, où se combinent technique agricoles, traitements industriels et gestion des
ressources. Cependant, cette production n’est pas exempte de défis, notamment en matière
d’organisation, d’optimisation des processus, de normes qualité et d’impact environnementa l.
Ce chapitre propose une vue d’ensemble de la production d’huile végétale, avec un focus
particulier sur la production d’huile de soja à la ferme Mashamba.
Dans ce chapitre nous allons explorer la production de l’huile végétale
en abordant ses modes d’extraction, son processus industriel, ainsi que les enjeux et contraintes
liées à sa fabrication. Nous parlerons également du cas spécifique de la ferme Mashamba, en
détaillant ses infrastructures, son processus de production et ses besoins en matière
d’information et de gestion de la production.
I.1 Production de l’huile végétale
I.1.1 Mode de production
Le mode production d’une huile végétale désigne l’ensemble des
méthodes et technologies utilisées pour extraire l’huile contenue dans les graines ou les fruits
oléagineux. Cette production peut se faire de différentes manières, chacune ayant un impact sur
le rendement, la qualité de l’huile et la durabilité du processus. Il existe plusieurs approches,
qui varient selon les objectifs de production. (Mostafa M, 2017)
a. Production artisanale
Elle est utilisée pour des petites quantités, dans des milieux reculés ou
villages. Cette production est principalement mécanique avec des presses manuelles ou
hydrauliques, et cette huile souvent brute, est destinée à une consommation locale.
b. Production industrielle
Ici l’utilisation des machines modernes est beaucoup plus sollicité es
pour maximiser le rendement. L’extraction est mécanique (par pression) ou chimique (par
solvant comme l’hexane) ainsi qu’un raffinage pour améliorer la qualité et la conservation.
Pour le soja par exemple, l’extraction mécanique par pression est soit à
froid (pour l’obtention d’une huile de meilleur qualité nutritionnelle mais avec un faible
rendement) et/ou à chaud (chauffer les graines avant l’extraction pour augmenter le rendement,
mais peut altérer certaines propriétés de l’huile) et l’extraction chimique par un solvant
principalement à l’hexane (une méthode la plus courante dans l’industrie après broyage des
grains pour dissoudre l’huile et la séparer des résidus solides, l’huile extraite est ensuite purifiée
par distillation pour éliminer le solvant. Cette production est souvent en grande quantité, et
destinée aux marchés nationaux et internationaux. (Katheleen H, 2014)
I.1.2 Processus de production
Le processus de production d’une huile végétale suit plusieurs étapes
principales qui garantissent une bonne extraction et une qualité optimale du produit final. Et il
varie en fonction de la matière première utilisée (soja, olive, tournesol, palme, arachide, etc.)
1. Approvisionne ment et stockage des matières premières
Les huiles végétales proviennent principalement des graines
oléagineuses comme : soja, tournesol arachide, coton etc. et/ou de fruits oléagineux comme :
palme, olive et noix de coco.
Stockage : les matières premières sont réceptionnées, pesées et stockées dans des
silos. Les conditions de stockage sont contrôlées pour éviter la détérioration (la
température, l’humidité ainsi que la protection contre les insectes).
Séchage (si nécessaire) : certaines graines sont séchées pour réduire leur taux
d’humidité et faciliter l’extraction.
2. Prétraitement des graines ou fruits
Avant l’extraction de l’huile, la matière première subit plusieurs
traitements pour optimiser le rendement :
a. Nettoyage
Un premier tri est effectué pour l’élimination des impuretés (terre,
poussière, cailloux, résidus végétaux, graines endommagées, fibres, débris métalliques). Ce
nettoyage approfondi a pour objectif garantir une qualité optimale, dans certains cas l’utilisa tio n
de tamis, d’aimants et de ventilateurs s’avèrent nécessaire pour purifier les graines.
b. Décorticage (pour certaines graines)
Le décorticage est une séparation des coques et des amandes. Certaines
graines comme l’arachide, le tournesol et le soja ont une coque dure qui ne contient pas d’huile,
on les décortique pour améliorer l’efficacité de l’extraction.
Pour certaines usines cette méthode est beaucoup plus utilisée pour
augmenter le rendement de l’huile.
c. Broyage et conditionnement
Broyage : les grains sont concassés, réduit en petit morceaux ou en farine pour
faciliter l’extraction
Conditionne ment thermique : chauffage des graines pour augmenter la fluid ité
de l’huile et améliorer l’extraction.
Parfois aussi le floconnage des graines, une méthode additionnelle qui
consiste à former des flocons (petites masses peu dense ou léger) pour préparer et faciliter
l’extraction, peut être employer pour faciliter l’extraction et avoir un bon rendement. Cette
méthode est employée par les usines qui font l’extraction par l’hexane, en immergeant des
flocons dans l’hexane pour dissoudre l’huile.
3. Extraction de l’huile
L’extraction de l’huile existe en deux principales méthodes qui peut être
soit mécanique (par pression), soit chimique (extraction par solvant).
a. Extraction mécanique (pression)
C’est une méthode conditionnée par l’utilisation de presse à vis ou
hydraulique pour presser les graines et en extraire l’huile, cette méthode permet d’obtenir une
huile vierge ou biologique souvent utilisée pour la consommation directe. Apres extraction il y
a une possibilité de se retrouver avec des résidus solides (tourteau) ou d’autres impuretés dans
l’huile, c’est pourquoi certains recours à une séparation ou une filtration pour l’obtention d’une
huile plus pure. (Wikipedia)
(Image presse à vis et hydraulique)
Le rendement est limité, laissant une partie de l’huile dans le résidu ou
tourteau.
b. Extraction chimique (par solvant – hexane)
Méthode industrielle qui permet d’extraire presque 100% de l’huile
contenue dans les graines. Pour cette méthode on utilise généralement l’hexane, un solvant qui
dissout l’huile contenue dans les graines.
Apres extraction, un processus de distillation permet que l’huile et
l’hexane soient ensuite séparés par évaporation, puis l’hexane recyclé. Cette méthode est
efficace pour obtenir un rendement maximal.
4. Raffinage de l’huile
L’huile brute contient des impuretés et des composés indésirab les
(acides gras libres, pigments, phospholipides, etc.), pour améliorer sa qualité ils sont éliminés
par un processus de raffinage en plusieurs étapes :
Démucilagination ou dégommage : qui est l’élimination des phospholipides et des
gommes à l’aide d’une solution acide ou alcaline (eau chaude).
Neutralisation : qui est la suppression ou l’élimination des acides gras libre
(responsables de l’acidité) à l’aide de soude caustique.
Décoloration : qui es l’utilisation de terres décolorantes (argiles ou charbon actif) pour
absorber les pigments et clarifier l’huile.
Désodorisation : qui est l’élimination des composés volatils responsables des odeurs
par chauffage sous vide.
Les huiles non raffinées conservent plus de nutriments mais ont une
durée de conservation plus courte. Cette méthode est facultative, selon l’usage final. Après ces
étapes une filtration est recommandé pour l’élimination des particules fines et impuretés
restantes, puis l’huile est stockée dans des cuves avant d’être mise en bouteilles, bidons ou fûts.
(AFNOR, 1984)
5. Valorisation des sous-produits
Afin d’éviter les pertes économiques, les résidus ou déchets obtenus
après extraction de l’huile sont valorisés comme suit :
- Tourteaux : des résidus solides riches en protéines, utilisés comme aliments pour le
bétail.
- Phospholipides : souvent utilisés en cosmétique et en pharmaceutique.
- Acides gras : sont réutilisés pour la production de biodiesel (glycérine) ou d’autres
produits industriels.
(Schéma synthèse du processus)
I.2 Enjeux et contraintes de la production industrielle d’huile végétale
I.2.1 Contraintes technique et organisationnelles
Les contraintes techniques dans la production d’huile végétale inclue nt
la gestion des équipements d’extraction, les couts d’entretiens des machines et la gestion des
processus de transformation. L’optimisation des rendements et la réduction des pertes durant
les différentes étapes (de la récolte à l’emballage) sont des défis importants.
L’aspect organisationnel, quant à lui, englobe la gestion des ressources
humaines et la coordination des différentes étapes de la production. Des inefficacités dans
l’organisation du travail, des problèmes de communication ou des retards dans la chaine
d’approvisionnement peuvent avoir un impact direct sur la rentabilité.
La mise en place d’une unité industrielle nécessite des équipements
couteux, chaque type d’huile nécessite un procédé spécifique (pressage à froid, extraction
chimique, raffinage, etc.) avec des exigences techniques précises. Comme tout autre production
industrielle, la production d’huile végétale est confrontée à plusieurs défis comme :
Disponibilité et qualité des matières premières
La production dépend des rendements agricoles, qui varient selon le
climat et les pratiques agricoles. La teneur en huile et la qualité des graines ou fruits influe
directement sur le rendement d’extraction et la qualité de l’huile.
Gestion de la capacité de production et des équipements
Les équipements doivent être adaptés pour répondre à la demande tout
en optimisant la consommation énergétique, réduisant ainsi l’empreinte écologique de
l’industrie.
On peut aussi optimiser les procédés en améliorant les technologies
d’extraction pour maitriser les pertes et améliorer le rendement d’extraction.
Entretien et maintenance des équipements industriels (presses, extracteurs,
filtres, etc.)
Ces machines doivent être régulièrement entretenus pour éviter les
pannes et assurer un rendement optimal.
Contraintes logistiques et stockage
L’huile végétale est sensible à l’oxydation, son transport et son stockage
doit être effectué dans des conditions adaptées.
I.2.2 Normes et exigences qualité
La production d’huile végétale est soumise à des normes internationa les
de qualité. Par exemple, l’Organisation Internationale de Normalisation (ISO) définit des
critères stricts pour la production d’huile, qui concernent notamment l’hygiène, la sécurité
alimentaire et la traçabilité des produits.
L’huile destinée a la consommation humaine doit répondre a des
critères de pureté et de sécurité, ce qui nécessite un contrôle rigoureux des processus de
production et de raffinage. Le respect des normes est essentiel pour garantir la qualité du produit
fini et son acceptabilité sur le marché international. C’est un processus qui allie à la fois la
science et l’ingéniosité pour transformer les matières premières en un produit fini de haute
qualité. C’est ainsi que les industries de production d’huiles sont soumises à plusieurs normes
liées à la sécurité alimentaire comme la norme ISO 22000, au système de gestion des risques
sanitaires le HACCP, mais aussi des règlementations locales qui demande le respect des seuils
fixés de contrôle de qualité à chaque étape, des contaminants et solvants résiduels. (Kyriakis
N.B, 2000)
I.2.3 Enjeux environnementaux et règlementaires
Les enjeux environnementaux liés à la production d’huile de soja par
exemple, sont multiples. La culture du soja peut entraîner des changements dans les
écosystèmes locaux, notamment à travers la déforestation, la perte de biodiversité et la pollutio n
des sols et des eaux due aux produits chimiques utilisés. Dans le cas de la ferme Mashamba, la
gestion durable des ressources naturelles est essentielle pour minimiser l’impact écologique de
la production.
Du point de vue réglementaire, les producteurs d’huile de soja en RDC
doivent se conformer à des normes locales et internationales qui encadrent les pratiques
agricoles et industrielles, notamment en ce qui concerne l’utilisation de pesticides, la gestion
des déchets et la protection des habitats naturel.
Gestion des déchets : pour les tourteaux qui sont souvent réutilisés en alimenta tio n
animale
Emissions et consommation d’eau : l’extraction par solvant nécessite des traitements
spécifiques pour limiter la pollution
Conformité aux normes environnementales : réglementation sur les rejets industriels et
la gestion des effluents (eaux usées, solvants résiduels)
Déforestation et perte de biodiversité : la culture intensive d’oléagineux, notamment le
palmier à huile, entraine la destruction de forêts tropicales.
I.3 Présentation de la ferme Mashamba
I.3.1 Historique et activités principales
Mashamba Enterprises DRC SARL est une entreprise agro-industrie lle
basée à Lubumbashi, en République Démocratique du Congo. Elle a été créée par le groupe
Teichmann et les parties prenantes locales, en Mai 2014 dans la province du Haut-Katanga. Elle
est spécialisée dans la production et la transformation agricole, notamment dans le domaine du
maïs et du soja. Sa vision est d’être le principal fournisseur agricole en RDC, grâce à un projet
d’approvisionnement alimentaire entièrement intégré et de substitution d’importation tout en
créant des opportunités pour les congolais. L’un de ses produit phares est l’huile de soja et la
farine de maïs, qui est raffinée localement et distribuée à travers le pays.
La ferme Mashamba a commencé comme une ferme de maïs initiale de
240 hectares et est devenue une entreprise agricole primée. L’objectif principal de cette
initiative est de réduire la dépendance de la RDC vis-à-vis des importations de farines et
d’huiles en provenance de la Zambie. L’investissement dans cette ferme est estimé à 20 millio ns
de dollars. Cette initiative vise à renforcer la sécurité alimentaire et à favoriser l’autosuffisa nce
en production de maïs et de l’huile de soja pour la région. (Teichman G, 2020)
I.3.2 Localisation
A environ 30 Km de Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, se trouve une
vaste exploitation agricole appelée Mashamba, situé dans le village de Futuka, dans une région
fertile du Haut-Katanga où le climat et les sols sont propices à la culture du soja et du maïs.
Cette ferme, s’étend sur 15000 hectares, dont 11000 sont dédiés à la culture de maïs.
L’emplacement stratégique de la ferme permet un accès relativement facile aux grandes routes
commerciales, facilitant le transport des matières premières et des produits finis.
I.3.3 Processus de production d’huile végétale à Mashamba
Le processus de production d’huile de soja à Mashamba suit les étapes
classiques suivant permettant d’obtenir une huile pure et de qualité. Voici les différentes étapes
du processus :
Etape 1 : nettoyage du soja
Le soja brut est d’abord déposé dans un conservateur (un petit bassin)
pour le nettoyage. Il est ensuite transporté via un tuyau convoyeur vers un tamis, où les
impuretés et autres déchets sont éliminés. Après cette première étape, le soja propre est transféré
dans un conservateur destiné à la production.
Etape 2 : broyage du soja
Une fois nettoyé, le soja est dirigé vers un extruder, une machine équipé
d’un moteur puissant de 132 kilowatts et de trois résistances. Le soja est chauffé à une
température de 160°C pour le préparer à l’extraction. Le soja broyé est ensuite transporté par
un second convoyeur et déversé dans un cyclone perforé, où une première séparation des
composants est effectuée.
Etape 3 : pressage et filtration de l’huile
Après la séparation dans le cyclone, le tourteau de soja pressé, libérant
ainsi l’huile. Cette huile est ensuite dirigée vers une pompe de filtration, où un tissu filtrant est
utilisé pour éliminer les impuretés. L’huile purifiée passe ensuite à travers de petites vannes,
prête pour l’étape suivante d’emballage.
Ici nous signifions que Mashamba ne fait pas de raffinage, la production et le rendement sont
comme suite :
- Matière première : 10 tonnes de soja brut
- Apres tamisage : 8.5 tonnes de soja propre
- Huile extraite : 1150 litres
I.3.4 Analyse des ressources humaines, matérielles et logistique
Mashamba dispose d’une main-d’œuvre qualifiée, avec des équipes
spécialisées dans chaque étape du processus de production. Les ressources matérielles
comprennent des équipements de récoltes moderne, des presses d’extraction et des entrepôts de
stockage. En termes de logistique, la ferme gère efficacement l’approvisionnement en matières
premières et les défis liés au transport des produits finis.
I.3.5 Description de la solution
La ferme Mashamba, tout en cherchant à améliorer sa production, doit
envisager l’implémentation d’un système d’information pour gérer la chaine de production
d’huile de soja de manière plus efficace. Ce système permettre de suivre les étapes de la
production, d’optimiser les stocks, de contrôler la qualité de l’huile produite et d’assurer une
traçabilité complète des produits.
I.3.6 Analyse de besoins et exigences
Les besoins de la ferme Mashamba en matière de système
d’information incluent la gestion des données de production en temps réel, le suivi des
rendements, l’optimisation des ressources humaines et matérielles, ainsi que la conformité aux
normes de qualité. Le système devra être accessible aux différents niveaux de l’organisatio n,
avec des interfaces adaptées aux opérateurs, aux gestionnaires et aux responsables qualité.
Conclusion
Ce chapitre a permis de poser les bases théoriques et pratiques de la
production d’huile végétale en générale et d’huile de soja en particulier, tout en présentant les
spécificités de la ferme Mashamba. Ce cadre général sert de point de départ pour la proposition
d’une solution informatique adaptée, visant à améliorer l’efficacité, la gestion et la qualité de la
production d’huile de soja à Mahamba. Le prochain chapitre détaillera la conception ou
modélisation du système d’information nécessaire pour répondre aux besoins identifiés dans ce
chapitre.