II- MECANIQUE LINEAIRE ELASTIQUE DE LA RUPTURE
II-1 historique
L’étude de l’influence des fissures sur la résistance de structures a commencé vers la fin du
19ème siècle. De nombreuses recherches ont été menées, mais sans résultats satisfaisants. Le
premier travail significatif en rapport avec la mécanique de la rupture a été établi par Inglis en
1913. Ce travail a consisté proposer une formulation analytique des contraintes dans une
plaque de verre contenant des trous de formes elliptiques.
L’idée de base de la mécanique de la rupture moderne peut être attribuée à Griffith
qui a publié en 1920 une approche d’équilibre énergétique sur la rupture de plaques de verre
trouées.
Les effets de la plasticité dans les métaux ont limité l’approche de Griffith jusqu’à ce
que Irwin (1948) modifie cette approche en lui introduisant l’énergie dissipée par plasticité
locale.
La curiosité scientifique vis-à-vis de la MR s’est accrue de manière significative après
la casse en deux du bateau « Liberty » (USA) pendant la 2ème guerre mondiale en pacifique. Le
travail d’expertise a été attribué à George Rankine Irwin du Naval Research Laboratory ,
Washington DC. Ce travail a donné lieu à la Mécanique Linéaire Elastique de la Rupture
(MLER°
II-2- Analyse élastiques
En MLER, le problème de base est l’analyse du champ de contraintes dans les milieux
fissurés plans, élastiques linéaires. Ceci pour des raisons théoriques (possibilité de solutions
analytiques en élasticité plane) et pratiques (beaucoup de constructions mécaniques sont
réalisées avec des tôles qui ont une forte propension à se fissurer.
II-3- Modes de sollicitations
Le mode sollicitation du solide fissuré est toujours modélisé à partir de la direction de la
résultante du chargement, par rapport au plan de l’entaille ou de la fissure. La MLER
distingue trois (03) modes des de chargement.
X2
X1
X3
P P
P P
P
mode II mode I
mode I
- mode I : mode d’ouverture ; ;
- mode II : mode de cisaillement plan ; ;
- mode III : mode de cisaillement anti plan ; ;
II-4- FACTEUR D’INTENSITE DE CONTRAINTES « K »
II-4-1- Champ de contraintes et de déformations en tête de fissure
M
r
A la loupe x
0
Considérons le système d’axes (X, Y, Z). En chaque point (x, y, z), on peut définir les
contraintes : xyzxyxzyz
Les équations d’équilibre sont données par :
(II-1)
Si les déplacements selon X, Y et Z sont respectivement U, V et W, les déformations
peuvent être données par :
(II-2)
dans le cas de :
- contrainte plane :
- déformation plane : avec
Pour les milieux (problèmes) plans les équations (II-1) et (II-2) s’écrivent :
(II-1)’
et
; ; (II-2)’
Ces équations d’équilibre sont satisfaites par l’introduction d’une fonction de
contrainte F(x,y) et supposant que :
; ; (II-3)
Sachant que la relation contrainte-déformation est donnée par :
(pour un matériau isotrope) (II-4)
Où avec E : module d’élasticité longitudinal, : module de
cisaillement et : coefficient de poisson
En dérivant les déplacements dans l’équation (II-2) ’, on obtient la condition de
compatibilité des déformations :
(II-5)
en remplaçant (II-3) et (II-4) dans (II-5) on obtient :
(II-6)
ou bien (II-7)
avec , donc la fonction de contraintes F(x,y) doit être biharmonique
Ainsi, pour les milieux plans en élasticité linéaire, il faut trouver une fonction de
contraintes F(x, y) qui satisfait l’équation (II-7). De même, les contraintes calculées à partir
de l’équation (II-3) doivent satisfaire les conditions aux limites du milieu. En général, on fait
appel à des solutions de forme complexe :
avec
La fonction Z(z) doit être analytique c’est à dire qu’elle satisfasse aux conditions de
Cauchy-Riemann données par l’équation II-8..
(II-8)
Ces fonctions sont utilisées surtout dans le cas des milieux fissurés. Ainsi, dans le cas
du mode I de rupture, Westergaard a proposé la fonction suivante :
(II-9)
où : ; ; (II-10)
par les conditions de l’équation (II-8), on a :
(II-11)
Cela montre que l’équation (II-9) satisfait automatiquement l’équation de
compatibilité (II-7).
Ainsi, en utilisant les équations (II-3), les contraintes peuvent être données par :
(II-12)
Il reste à trouver une fonction Z(z) qui satisfait aussi les conditions aux limites pour le
milieu considéré. Dansy le cas d’une plaque infinie soumise à une sollicitation telle que
représentée par la figure ci-dessous, Westergraad a proposé la fonction de contrainte
suivante :
avec z = x + iy ………………….(II –13)
y
y
y τxy
2a
x
x
Plaque infinie fissurée cas général du mode I
- la fonction Z est analytique sauf sur (-a ≤ x ≤ a ; y = o)
- lorsque z tend vers ∞ => σx=σy=σ et τxy = 0
- sur la surface de la fissure :σy =τxy =0
Il serait plus judicieux de changer la variable z en (z+a) (changement de l’origine du
centre vers la tête de fissure). En général, Z prend la forme :
………… .II-14
Où f(z) doit être réelle et constante à l’origine. La valeur de f(z) en tête de fissure est notée K I
ainsi …… II-15
En changeant en coordonnées polaires ( ) les contraintes peuvent être calculées par les
équations (II-12) et (II-15).
. II-16
ou bien
en contraintes planes : σz =0
déformations planes : σz = ν (σx +σy )
le paramètre K est appelé « facteur d’intensité des contraintes ».
Mode I
. , ;
Mode II
, ;
Mode III
II-4-3- calcul des facteurs d’intensité des contraintes :
Le facteur d’intensité de contraintes K est le même que celui que produirait l’application sur
les lèvres de la fissure des contraintes qui s’y exerceraient en son absence (en condition de
charge imposée).
F F
1 1
f
2a
≡ +
Fi Fi
KI = ? KI=0 (pas de fissure) KI(f)
Pièce non fissurée : champ de contrainte simple à déterminer
Pièce fissurée : il est possible de calculer les facteurs d’intensité des contraintes par
sommation de ceux qui sont produits par des charges élémentaires.
Exp :
* Une plaque infinie avec une charge ponctuelle. X2
b F
Ce chargement peut être réalisé en enfonçant un coin
2a X1
dans la fissure .
F
si b = 0
* Une plaque infinie avec une contrainte σ constante
X2
sur les lèvres de la fissure.
X1
2a
Infinite Plate with a Center Through Infinite Plate with a Hole and Symmetric
Crack under Tension Double Through Cracks under Tension
Infinite Stripe with an Edge Through Cracks under Tension
Infinite Stripe with Symmetric Double Through Cracks under Tension
Single Edge Notched Specimen Under Tension
Single Edge Notched Specimen Under Bending
Double Edge Notched Specimen Under Tension
Center Cracked Specimen Under Tension
Compact Specimen
Thin-walled Pressure Vessel with Axial Through Crack
Thin-walled Pressure Vessel with Circumferential Through Crack
The critical stress intensity factors Kc for some engineering materials are grouped in the
following categories.
Toughness of Metals
Kc Yield Strength
Material
(MPa·m1/2) (MPa)
Aluminum Alloy
2014 18-31 380-470
2020 19-27 525-240
2024 21-37 305-455
2124 21-36 440-460
2219 28-41 340-345
7049 21-38 460-510
7050 25-41 430-510
7075 16-41 395-560
7475 33-44 395-515
7079 24-33 505-540
7178 17-30 470-540
Ferrous Alloy
Cast Iron 6-20 120-290
Roter Steel (A533) 204-214 -
Pressure-vessel Steel (HY130) 170 -
High-Strength Steel 50-154 -
Mild Steel 140 -
Medium-Carbon Steel 51 -
4330V 86-110 1315-1400
4340 44-91 1360-1660
D6AC 62-102 1495-1570
9-4-20 132-154 1280-1310
18Ni 50-110 1450-1905
AFC77 79 1530
Titanium Alloy
Ti6Al4V 77-116 815-875
Other Metals
Beryllium (Be) 4
Toughness of Polymers
Kc
Material
(MPa·m1/2)
ABS 4
Epoxy 0.3-0.5
Nylon 3
Polycarbonate 1-2.6
Polyester 0.5
Polyethylene 1-2
Polypropylene 3
Polystyrene 2
PMMA 0.5-1.75
Toughness of Ceramics
Kc
Material
(MPa·m1/2)
Electric Porcelain 1
Soda Glass 0.7-0.8
Alumina (Al2O3) 3-5
Toughness of Composites
Kc
Material
(MPa·m1/2)
GFRP 20-60
CFRP 23-45
Boron Fiber-Epoxy 46
Wood (along grain) 0.5-1
Toughness of Minerals
Kc
Material
(MPa·m1/2)
Shale 0.6
Soda Glass 0.7-0.8
Cement/Concrete 0.2
Granite 3
Toughness of Synthetic Materials
Kc
Material
(MPa·m1/2)
Cement/Concrete 0.2
Cement/Concrete, Steel Reinforced 10-15
Silicon Nitride (Si3N4) 4-5
Cobalt Carbite 14-16
Silicon Carbite (SiC) 3
Tungsten Carbite 14-16
Magnesia (MgO) 3
Alumina (Al2O3) 3-5
II-4-4- Quelques expressions utiles
L’analyse des contraintes dans un système
fissuré peut se réduire à la détermination du
facteur d’intensité des contraintes K. Le Mode I
est le plus important pour des applications
pratiques bien que les autres modes (II et III) et y
3=z x
la combinaison de ces différents modes peut se
produire. Après la détermination du facteur
x y
d’intensité des contraintes, les contraintes sont
tirées à partir de l’équation (II-16).
2
Si
Cela veut dire que pour = 0, les contraintes x et y sont les contraintes principales 1 et 2,
et . Les contraintes principales à n’importe quel point sont déduites du cercle de Mohr
En remplaçant cette équation dans l’équation (II-16), on obtient :
ou
Pour certaines applications, il convient d’exprimer les contraintes en coordonnées
polaires (r, et r :
Il faut noter un autre paramètre aussi important que le facteur d’intensité des contraintes. Il
s’agit de l’écartement des lèvres de la fissure, C.O.D. (Crack Opening Displasement)
Le COD maximal est obtenu au centre de la fissure
COD
V
(x = 0) X
Les solutions élastiques des systèmes fissurés sont la base de la M.L.E.R. Cependant,
beaucoup de matériaux de l’ingénieur ont la capacité de se déformer plastiquement, ce qui
limite l’utilité des solutions élastiques.